Descriptions des arts et métiers
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- PREMIERE PARTIE.
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- Par M. Kovbo le fils, Compagnon Menuijier.
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- M. DCC. LXIX.
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- EXTRAIT DES REGISTRES de l’Académie Royale
- DES SDIENCES.
- Du 17 Décembre 1768.
- L’Académie m’ayant chargé d’examiner l’Art du Menuifier, fait par le fieurRoubo fils, Compagnon Menuifier, je vais expoler la marche que l’Auteur a fuivie dans la description de ce bel Art ; mais auparavant je dois rappellera la Compagnie que M. Jeaurat avoit entrepris de décrire ce même Art, & que le fieur Roubo étant venu le préfenter à l’Académie, M. Jeaurat a eu la générofité de renoncer au travail qu’il*avoit commencé, jugeant convenable de l’abandonner à un homme du métier, capable de le bien exécuter.
- Le fieur Roubo a compris dans fon travail tous les ouvrages en bois qui fervent à la fû-reté , à la commodité & à la décoration des Maifons & des Appartements ; ainfi il s’eft engagé à traiter de la Menuiferie d’affemblage, & de celle de rapport connue fous le nom de Marqueterie ÔC d’Ebéritflerie.
- La Menuiferie d’affemblage, appliquée aux Bâtiments , fe divife en deux parties , Ravoir ; la Dormante, qui comprend les Lambris, Chambranles, Cloifons, Parquets ôt tous autres ouvrages qui relient en place ; êt la Mobile, qui regarde les fermetures, telles que les Portes, Croifées, Contrevents, ôte. celle-ci fait Tunique objet de la partie de cet Art dont nous, avons à entretenir l’Académie.
- Le Menuifier doit débiter, drelfer, corroyer , affembler, orner de moulures, ôt polir les Bois avec lelquels il fait fes ouvrages ; ce qui le diftingue du Charpentier qui ne travaille point le bois avec autant de précifion £r. de propreté. Comme le fieur Roubo emploie pour fon Trait ôt même pour tracer les Moulures, des opérations de Géométrie-pratique , il commence par donner des Eléments de cette Science, fe bornant à ce qui eft néceffaire pour l’intelligence des méthodes qu’il propofe ; ôt ce petit Traité forme le premier Chapitre.
- Il entame dans le fécond Chapitre la pratique de fon Art, en faifant connoître quels font les Bois propres à la Menuiferie , ex-pofant leurs différentes qualités, ôt les cir-conftances où il convient d’employer les uns plutôt que les autres. Il dit comment on doit les empiler par échantillon , ayant foin de féparer les Battants des Portes - cocheres , d’avec les Membrures ôt les Planchers , distinguant tous ces bois félon leurs différentes longueurs , largeurs & épaiffeurs.
- ^ Il parle enfuite du débit des Bois, objet très-important à i’œconomie, ôt qui eft fur-tout effentiel quand on entreprend de grands ouvrages , où il y a des parties cintrées ou bombées.
- Il s agit dans le troifieme Chapitre des Moulures ôt des Profils ; il fait connoître ceux qui font enufage dans la Menuiferie ; les circonftances ou il convient d’employer les uns plutôt que les autres , ôt la façon de les tracer, ou en fuivant la pratique des Ouvriers , ou par des opérations de Géométrie-pratique , au moyen defqueües on les rend
- Menuiserie.
- plus régulières.
- Les Affemblages dont il traite dans le qüaa trieme Chapitre , contribuent non-feulement à la beauté des ouvrages, mais encore à leur folidité ; aufli c’eftune partie très-intéreffante de cet Art. L’Auteur parle d’abord de leurs ufages ôt de leurs proportions ; il explique la façon de faire les Affemblages à tenons & mortaifes , ceux à enfourchements, comment on doit ménager les Onglets dans différentes circonftances, les Affemblages que Ton nomme à bois de fil, ceux de fauffe coupe quand les champs font inégaux ; ceux à clefs, à queues d’aronde apparentes ou perdues. J’étendrois trop cet Extrait, fi j’entreprenois de fuivre l’Auteur dans toutes les fortes d’Affemblages dont il parle. Ce Chapitre eft terminé par les Affemblages en flûte, ceux à mi bois, ôt ceux que Ton nomme à Trait de Jupiter, Après avoir donné très clairement la façon de traiter ces différentes fortes d’Affemblages , avec les attentions néceffaires pour ne point interrompre Tordre des Moulures , l’Auteur indique les circonftances où il convient d’employer les unes plutôt que les autres.
- Les Menuifiers font ufage de beaucoup de différentes fortes d’Outils, que Ton trouvera décrits dans le cinquième Chapitre qui eft fort étendu. L’Auteur y donne leurs différentes formes , ôt fur-tout les ufages auxquels chaque outil doit fervir.
- Le fieur Roubo traite fpécialement dans le 6e. Chapitre de la Menuiferie mobile, & d’abord des Croifées ; ôt après en avoir parlé en général, il fait remarquer que les ouvrages de Menuiferie que Ton met dans les Bayes pratiquées dans les murailles fe nomment Croifées , ainfi que les Bayes elles-mêmes, & que les Croifées de Menuiferie prennent des noms particuliers , fuivant leurs différentes formes êt ufages. Par rapport à leurs formes on les nomme Croifées en éventail, quand elles font dans des bayes cintrées ; elles font ou plein ceintre, ou bombées, ou furbaiffées, à impolie , ou fans impolie. De plus il y a des Croifées d’Entrefol, à la Manfarde, à couliffe double ou fimple, à l’Angloife & à la Fran-çoife : fi elles font garnies de volets , on les nomme Pleines, ôt celles qui font cintrées fur le plan , fe nomment Cintrées en plan , foit qu’elles foient creufes ou bombées.
- Eu égard à leur ouverture, les unes* fe nomment à côté double ou fimple , à gueule de loup , à champfrain double ou fimple, d noix ÔC à feuillure , ôte.
- 7 Par rapport à leur affemblage , les unes font à pointe de diamant ; d’autres à grandes ou à petites plinthes, ou à rond entre deux cavées ; en trefle, a cœur, à petit cadre, ôte*
- La plupart des Croifées font à fimple parement ; cependant il y en a qui ont des parements des deux côtés.Le fieurRoubo traite féparément de toutes ces différentes efpeces
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- ide Croifëes, faifant remarquer leurs avantages ôc leurs inconvénients, les lieux où chacune peut convenir ; Ôc il termine‘ce fixieme Chapitre par les Portes vitrées, les doubles Croifées, ôc celles à jaloufies d’affemblage, Ôc les Perfiennes.
- Dans le feptieme Chapitre , il s’agit des Volets ou Guichets : on fait que ce font des Vantaux de Menuiferie qui recouvrent les Chaflis à verre , rendent les appartements plus fûrs , & empêchent que le jour n’y pénétré lorfqu’on le juge à propos. Si les em-brafures avoient allez de profondeur pour que l’on pût fe difpenfer de brifer les volets, cet article exigeroit peu de précaution, puif-que ce ne feroit qu’un panneau de Menuife-rie ; mais on eft prefque toujours dans la né-ceffité de les brifer, & en ce cas les Menui-fiers peu expérimentés font des difformités choquantes ; le fieur Roubo les en avertit, ôc leur fournit des moyens pour les éviter.
- Le huitième Chapitre où il s’agit des petites Croifées, eft en quelque forte une continuation du fixieme, au moins à l’égard des Croifées à deux battants ; mais après avoir indiqué quelques différences qui appartiennent à ces Croifées , l’Auteur traite des Croifées Manfardes ôc à couliffe. Ces Croifées qui n’exigent aucunes ferrures, étoient autrefois bien plus en ufage quelles ne le font préfentêment ; on les a beaucoup perfeêtion-nées : car anciennement elles n’avoient point de dormants , les Vitriers étoient obligés de les emporter chez eux pour les nettoyer , ôc les joints étoient feulement fermés par du papier ôc de la colle de farine ; maintenant elles ont un dormant, Ôc le Vitrier emporte feulement les chaflis à verre, qu’il remet en place fans papier ni colle.
- Les Menuifiers ont beaucoup varié la façon de travailler ces fortes de Croifées ; ils y ont quelquefois mis des volets : tous ces détails font amplement expofés dans ce Chapitre , où l’Auteur a toujours l’attention de faire remarquer l’avantage ôc l’inconvénient des différentes pratiques.
- Dans les trois derniers Chapitres qui termine la première Partie , dont j’ai à ren*-dre compte à la Compagnie , il s’agit des Portes battantes. Le fieur Roubo en diftin-gue de trois efpeces , fçavoir ; les grandes , qui comprennent les Portes d’Eglifes , les Portes cocheres des Hôtels, les Portes charretières des Baffes-cours ôc Fermes, ôc généralement toutes celles qui ont affez d’ou-varture pour le paffage des voitures. Les moyennes Portes comprennent les bâtardes qui fervent d’entrées aux Maifons bourgeoi-fes, celles des veftibules, ôc toutes les portes des grands appartements qui font à deux vantaux. Les petites qui n’ont qu’un vantail. Elles font très-ordinaires dans les maifons communes, & l’on s’en fert dans les palais ôc dans les hôtels pour les garde - robes ôc les dégagements. A l’égard des grandes Portes , il y en a qui ; n’ont point d’impoftes , Ôc qui ouvrent dans le cintre ; d’autres avec importes ou fans importes, n’ouvrent point de toute la hauteur, ôc fourniffent un en-trefol* Notre Auteur entre à ce fujet dans
- des détails fort intéreffants fur les ornements qui conviennent à ces différentes parties ; il donne auffi l’échantillon de la force des bois qu’il faut employer pour les Portes cocheres , fuivant leurs grandeurs, les af-femblages qui conviennent pour leur folidité. Les difcuffions de notre Auteur s’étendent fur les Guichets, tant à l’égard de leur folidité , que par rapport à leurs décorations ; mais plus toutes ces chofes font détaillées dans l’Ouvrage du fieur Roubo, moins il eft poffible d’en faire l’extrait. Il remarque fort a propos que quoique les Portes d’Eglifes doivent l’emporter fur les autres pour la décoration , il faut éviter de les trop charger d’ornements. A l’égard des Portes de Baffes-cours ôc de Ferme#, il faut s’attacher prefque uniquement à la folidité. Pour ce qui eft des Portes bâtardes oubourgeoifes, comme elles n’ont qu’un vantail, elles doivent, à peu de chofe près, être femblables aux guichets des grandes Portes cocheres.
- Quoique les Portes que l’on nomme en Placards , qui fervent pour l’entrée des appartements foient, à proprement parler, des panneaux de Menuiferie, elles exigent des„ attentions particulières, eu égard aux Chambranles, aux Embrafements, aux Attiques, ôcc.
- Le fieur Roubo donne différentes manières de déterminer la forme Ôc la largeur des Chambranles , comment il faut revêtir les Embrafements : il parle enfuite des Placards à petits cadres, de ceux à grands cadres ; des Placards dont les traverfes font fufeepti-bles de contours Ôc d’ornements ; ôc, à cette occafion, des différentes maniérés de chantourner les traverfes ôc de faire les coupes des traverfes cintrées. Notre Auteur dit quelque chofe des Portes dont les cintres ôc la décoration changent des deux côtés. Il donne enfuite plu fleurs façons de couper les Portes dans les lambris, puis il parle des placards pleins ôc ravalés dans l’épaiffeur des bois.
- Cette première Partie qui fait au plus le tiers de cet Ouvrage, eft terminée par les petites Portes , ôc elle a exigé cinquante Planches qui ont toutes été deflinées par le fieur Roubo. Je puis affurer qu’il régné beaucoup d’ordre ôc de clarté dans cet Ouvrage ; qu’il eft écrit dans le ftyle convenable à la chofe ; ôc je fuis perfuadé que ceux qui liront cet Art, feront furpris de voir au Titre qu’il a été fait par un Compagnon Menuifier. Que l’Académie feroit fatisfaite fi dans tous les Arts il fe trouvoit des Ouvriers capables de rendre auffi bien les connoiffances qu’ils ont acquifes par un long exercice ! Moins ce phénomène eft commun, plus il fait d’honneur au fieur Roubo, ôc de plaifir à l’Académie , dont l’unique objet eft le progrès des Arts ôc des Sciences. Ces confidérations ont engagé les Libraires à ne rien épargner pour la perfe&ion des Gravures.
- Signé, DUHAMEL DU MONCEAU.
- Je certifie l'Extrait ci-défias conforme à fort Original & au jugement de l'Académie. A Paris , le io Janvier 1769.
- GRAND JEAN DE FOUCHY, Sécr. perp. de l’Ac. R, des Sciences.
- L'ART
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- L’ART
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- MENUISIER.
- Par M. R ovso le fils, Compagnon Menuifier.
- PREMIERE PARTIE-
- Av an t-Pr opos, ôC Divifion de cet Ouvrage.
- S o u s le nom de Menuiferie, on comprend tous les ouvrages faits en bois fervant, tant à la commodité, quà la sûreté & à la décoration des Appartements.
- On diftingue deux fortes de Menuiferie : celle à Tillage des Bâtiments , que Ton nomme d* ajfemblage , Sc Tautre qui le fait de bois de différentes couleurs débités par feuilles très-minces que Ton applique lur la Menuilerie ordinaire, ce qui s'appelle Menuiferie de rapport , ou Marqueterie , ou enfin Ebénijlerie ; ces deux branches le liibdivilènt en plufieurs autres, comme je le dirai dansuninftant.
- Le détail de la Menuilerie d’afîemblage eft d'une très-grande étendue, vû que c eft de celle-ci qu’émanent toutes les autres elpeces, Sc que leurs principes {ont les mêmes dans le fond.
- On la divife en deux parties, la Dormante, & la Mobile. Par Dormante on entend toutes les elpeces de revêtiftèments propres aux Appartements, comme Lambris , Cloifons , Parquets, Sc tous autres ouvrages reliants en place ; & par Menuiferie Mobile, toutes fortes de fermetures, comme les Portes Sc les Croi-
- fees, & généralement tous les ouvrages ouvrants, lervants à la commodité Sc à la sûreté.
- On nomme donc Menuiferie l’Art de débiter , de drefler, de corroyer, d’aP fembler , d’orner de moulures , de coller Sc de polir les différentes elpeces de bois : Art qui diffère de la Charpenterie, en ce que les Menuifiers n’em-ployent que des bois lècs Sc d’une médiocre épaiftèur, lelquels lont corroyés avec la varlope & le rabot ; au lieu que les Charpentiers n’emploient que des gros bois prefque toujours verts, charpentés ou équarris avec la coignée , & repares feulement avec la belàiguë.
- Menuisier, A
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- .J2 MENUISIER, I. Partie.
- Les Menuifiers étoient autrefois appellés Huchers 9 du mot Huche , qui défi-* gne une efpece.de coffre de bois propre à pétrir & à mettre le pain. On les a auffi appellés Huifiiers, àcaufe de l'ancien motÆ&/s,quifignifie la porte d’une chambre , lequel nom eft encore refté aux poteaux de Charpente ou de Menuiferie qui fervent de baies aux portes des Appartements de peu d’importance.
- Les Menuifiers ont confervé les différents noms dont je viens de parler jufqu’à la fin du quatorzième fiécle, qu’un Arrêt rendu le 4 Septembre 1382, en augmentant les Statuts de cette Communauté, ordonna qu’à l’avenir on les appelle-roit Menuifiers, du mot Minutarius ou Minutiarius , ce qui fignifie im ouvrier qui travaille à de menus ouvrages.
- Les Menuifiers étoient autrefois dépendants du Maître Charpentier du Roi ; on ne fait pas combien a duré cette Jurifdiétion ; mais ce qui eft certain , c’eft qu’il leur fut donné des Statuts au mois de Décembre de l’année 1290, par le fieur Charles de Montigny , Garde de la Prévôté. (*)
- Depuis ce temps on leur donna encore d’autres Réglements, où l’on confirma les anciens. Le dernier de ces Réglements eft du mois d’Août 164J.
- Quoique la Menuiferie fbit très-ancieane en France, il eft certain qu’elle n’a commencé d’être fufceptible de la beauté & de l’élégance que l’on y remarque, que depuis le Régne de Louis XIII. On ne fàuroit cependant nier que celui de François I. ne foit l’époque de la naifiance des beaux Arts dans ce Royaume; mais les temps malheureux qui ont fuivi ce Régné 5 en ont arrêté le progrès jufqu à la fin du Régné de Louis XIII, ainfi que je l’ai déjà dit, où les temps devenant plus tranquilles, ont donné aux ouvriers le loifir de s’appliquer à faire ufàge de leurs talents , pour perfectionner leur Art.
- Le nombre des Menuifiers venant à s’augmenter, ainfi que leur induftrie, relativement aux différents befoins, les a obligés de fe féparer, non-feulement en deux Corps, ( quoique réunis dans une feule & même Communauté ), qui font les Menuifiers d’Affemblage & les Ebéniftes , mais encore les premiers fe divi-ferent en Menuifiers d’Affemblage ou de Bâtiments, & Menuifiers enCarroffes, lefquels ne font que des caiffes de Voitures, comme les Berlines, les Vis-à^vis, les Cabriolets, &c ; &les féconds en Menuifiers Ebéniftes, ou de Marqueterie , & en Menuifiers en Meubles d’Affemblage, tels que font les Armoires, les Commodes , les Secrétaires, &c. Il y a encore des Menuifiers en Meubles, qui ne font que des Chaifes , des Canapés, des Bois de lits avec leurs Pavillons de toutes efpeces, lefquels font un Corps à part, & demeurent prefque tous dans un quartier de Paris appelle la Ville-neuve.
- En général, les Menuifiers font tous obligés d’apprendre le Defîein, chacun relativement à la partie qu’ils embraffent, pour la traiter avec quelque fuccès ; ceux de Bâtiments fiir - tout doivent non - feulement apprendre le Deftein propre à leur Art, maisencore l’Ornement & l’Architeéhire,tant pour la décq-
- (*) Voy. le Di&ionnaire des Arts 6c Métiers.
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- MENUISIER, I. Partie. 3
- ration que pour la diftribution, afin d’être plus à portée d’entrer dans les Vues de celui qui préfide à l’ordonnance totale du Bâtiment ; la connoiffance des Eléments de Géométrie pratique, leur eft auffi ablolument néceffaire pour les accoutumer à mettre de l’ordre & de l’arrangement dans leurs ouvrages, & pour leur faciliter les moyens d’en accélérer la pratique par le fecours d’une théorie fondée fur des principes invariables. (*)
- Comme la plûpartdes ouvriers n’ont ni le temps ni les commodités néceflaires pour faire une étude complette & luivie des Eléments de Géométrie, j’ai cru ne pouvoir pas me difpenfer de leur en donner ici quelques notions, lefquelles en leur donnant les lumières & les fecours néceflaires, tant pour la coupe des Bois & l’art du Trait, que pour le Toifé de leurs ouvrages, les difpenfera d’une plus longue étude qu’ils feroient fouvent dans l’impoflibilité de faire.
- Après les Eléments de Géométrie, je traiterai de la connoiflànce & du choix des bois, de ceux qui font propres à chaque efpece deMenuiferie, de la maniéré de les débiter avec toute l’économie & la folidité poffibles.
- Enfoite je traiterai de l’art des Profils , Sc de la maniéré de les tracer géométriquement ; des différents affemblages de la Menuiferie. D’après ces connoif lances générales , j’entrerai dans le détail des outils néceflaires aux Menuifiers, de leurs formes & ufàges, & de la maniéré de les faire & de s’en fervir. Et, par une fuite néceflàire, ce détail entraînera après lui la maniera de corroyer & afo fembler les bols, en commençant d’abord par les chofes les plus fimples dans la pratique, jufqu’à celles qui font les plus difficiles.
- Je donnerai enfuite le détail de la Menuiferie Mobile, tant pour ce qui regarde fes rapports & ulàges , que pour ce qui eft relatif à fes différentes formes, profils & affemblages ; ce qui fera le fojet de cette première Partie.
- Dans la fécondé, je parlerai de la Menuiferie Dormante: je ne négligerai aucun foin pour la détailler parfaitement Sc la rendre auffi intérefïànte que la première. Cette fécondé Partie contiendra auffi le détail de la Menuiferie des Eglifes, qui comprend les Chœurs , les Chaires à prêcher, les Sacrifties ou Tréfors, &c : je la terminerai enfin par un traité complet de l’Art du Trait proprement dit.
- Dans la troifiéme Partie, je parlerai de la Menuiferie en Carroffes, de l’Ebé-nifterie, & de la Menuiferie en Meubles de toutes efpeces. Je joindrai à la fin de cette derniere Partie, un petit Diétionnaire ou Table alphabétique des termes propres à la Menuiferie, afin que l’Ouvrage foit à la portée de tout le monde.
- (*) J’ai fait moi-même l’heureufe expérience de ce que j’avance ici , ayant été fécondé Sc même prévenu par les bontés de M, Blondel, Archi-tede du Roi, Profeffeur de l’Académie d’Ar-^dfltejflure, lequel a bien voulu, pendant près
- de cinq années, me procurer toutes les lumières néceflaires ; ce qu’il a fait avec toute la géné-rofïté poiîible , ma grande jeuneffe dans ce temps, Sc mon état de Ample ouvrier, me mettant dans l’impoflibilité de payer des Maîtres.
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- MENUISIER, I. Pan. Chap.L
- CHAPITRE PREMIER.
- Abrégé des Eléments de Géométrie.
- J e diviferai ce petit Traité de Géométrie en trois Seétions. Dans la première, il s’agira de la Géométrie en général, des lignes, des angles, de la génération du cercle, du demi-cercle, & de fon ufage.
- Dans la fécondé, je traiterai des fiirfaces , comme les triangles, les figures quar-rées, les polygones; des corps folides, comme les cubes, les prifmes, les pyramides , &c.
- Dans la troifiéme, je traiterai de la mefiire des lignes, des fiirfaces, & des corps de quelque elpece qu’ils foient relativement à la Menuiferie,
- Section première.
- JD es Lignes , des Angles , des Cercles SC demi-cercles.
- La Géométrie eft une Icience qui a pour objet la mefiire de l’étendue, que l’on connoît fous trois dimenfions différentes : étendue en longueur fans largeur ni profondeur, que l’on nomme Longirnétrie , ou melure des lignes.
- Etendue en longueur & en largeur fans profondeur, nommée PLanimétrie3 ou mefiire des plans ou fiirfaces.
- Etendue en longueur, largeur & profondeur, nommée Stéréométrie, ou mefiire des folides.
- Il efl: de deux fortes de points, le point phyfique, & le mathématique. Le point mathématique n’a aucune des trois dimenfions ci-deflùs , & efl purement intelleétuel.
- Le point phyfique efl celui que l’on fait fur le papier .avec la plume ou le crayon, ou fur le terrain avec la pointe d’un jalon. ( T^oye^ la Figure / & 2. ) Ce point, ainfi que l’autre , n’a aucune dimenfion déterminée , puifqu’il n’eft lui-même que le terme de la grandeur ; cependant on efl obligé de lui donner une grandeur exiftante pour le rendre fenfible aux yeux , comme le point mathématique l’eft à notre elprit.
- La ligne confidérée comme longueur fans largeur ni épaiffeur, peut, ainfi que le point, être mathématique ou phyfique, puifqu elle n’eft qu’une continuité de points lervants à déterminer la diftance d’un lieu à un autre, ou les extrémités d’une furface. ( Voye{ les Figures 3 , ^ ,3. )
- Il efl de trois fortes de lignes, la droite, la courbe, & la mixte.
- La droite efl celle dont toutes les parties fe fiiivent exaélement les unes les autres, fans s’écarter ni à droite ni à gauche, de forte qu’on puifle les enfiler toutes d’un feul coup d’œil, ainfi que la ligne ponéhiée ( Fig. 6), ou celle
- indiquée
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- Section I. Des Lignes. 5
- indiquée par des jalons ÇFigure y.) ; en forte que cette ligne devientle plus court « " chemin pour aller d’un lieu à l’autre. Planche
- La ligne courbe eft celle qui eft formée par un trait de compas , comme la
- Fig. 8•
- La ligne mixte enfin eft celle qui eft formée par les deux premières enfem-ble, & par conféquent qui participe des deux genres. (Voy. la Figureÿ.)
- Les lignes prennent encore différents noms, félon quelles font difpofëes.
- On les nomme horizontales ou de niveau , perpendiculaires ou d!aplomb , parallèles , diagonales , tangentes & fée ante s, &c.
- La ligne horizontale eft celle qui fe préfente à notre vue, de maniéré qu’une de fes extrémités ne foit pas plus haute ni plus baffe que l’autre ; telle nous pa-roît l’extrémité d’un bafîin plein d’eau , (foppofé qu’il foit d’une forme quarrée & qu’il fe préfonte droit à nous). Voyez la Figure 10.
- La perpendiculaire eft celle qui eft repréfontée du haut en bas, de forte qu elle ne penche d’aucun côté ; on ne peut mieux la définir que par la figure d’un plomb , lequel étant fixe par fbn propre poids, ne peut aflurément s’écarter d’aucun côté. ( Voyez la Figure il). ~
- Les lignes parallèles font celles dont tous les points de l’une font également diftants de l’autre , de forte que quand on les prolongeroit à l’infini, elles ne fe rencontreroient jamais. ( Voyez la Figure iz ). Deux circonférences de cercle peuvent aufli être parallèles , pourvu toutefois qu elles ayent un même centre.
- La ligne diagonale eft celle qui traverfe une figure quarrée d’un angle à l’autre. ( Voyez Figure 13).
- La ligne tangente eft celle qui touche un cercle en un feul point, de forte qu elle eft toujours perpendiculaire avec le rayon du même cercle, qui paffe par le point de contaél. (Voyez la Figure 14).
- La ligne fécante eft celle qui, venant à rencontrer un cercle ou une autre ligne, la coupe dans fa longueur en quelque point que ce foit, ( Voyez la Fig. 14. cote A).
- §• I. Diverfes maniérés d'élever des Perpendiculaires
- Le point a étant donné for la ligne for laquelle vous voulez élever une perpendiculaire , ouvrez le compas à volonté, & faites les deux feélions b, £, défi-quels points & d’une ouverture de compas plus grande que la première, vous ferez deux autres feétions c, du milieu defquelles, & par le point a, vous ferez paffer une ligne qui fera la perpendiculaire demandée. (Voyez la Figure l$).
- Autre Maniéré.
- Lorsque le point milieu d’une ligne n’eft pas donné > mais feulement les Menuisier. B
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- 6 MENUISIER, Pan. Chap.I.
- deux points d9 e, au milieu defquels on veut faire paffer une perpendiculaire , Planche prenez une ouverture de compas quelconque, & des deux points d9 e, faites • les ferions f9 g, defliis & deflous la ligne horizontale ; puis faites paffer une ligne par les points f9g9 laquelle coupera la ligne d, e e n deux parties égales , & fera perpendiculaire à cette même ligne. ( Voye^ la Figure iff).
- §. IL Maniéré d'élever une Perpendiculaire à Vextrémité
- dune Ligne.
- Le point h étant donné à l’extrémité d’une ligne , ouvrez le compas a volonté ; des points h 8c i faites deux feétions en l ; puis du point i , 8c par le point l, vous ferez paffer la ligne i m, que vous prolongerez jufqu’à ce que la diftance l m foit égale à celle i l ; alors par les points h, m, vous ferez paf-fer une ligne , laquelle fera la perpendiculaire demandée. (Voye^la Fig. I/')*
- Autre Maniéré.
- La ligne étant bornée au point n , du point o pris à volonté au-deflus de la ligne, décrivez l’arc de cercle p n q , puis du point q , où le cercle coupe la ligne, menez une ligne par le pointe?, jufqu’à ce quelle coupe l’arc de cercle au point p ; alors vous ferez paffer une ligne par les points n p , laquelle fera la perpendiculaire, (Voyej la Fig. J8).
- §• III. Maniéré d'élever des Lignes perpendiculaires au milieu SC à l'extrémité d'une portion de Cercle.
- Le point r étant donné, prenez les deux diffances s ys , à volonté, (pourvût toutefois quelles (oient égales) ; puis des deux points s, s, faites deux feétions , par le milieu defquelles, & par le point r, paffèra la perpendiculaire. ( Voye£ la Figure ig>).
- Lorfqu’on veut élever une perpendiculaire {ùr l’extrémité d’une ligne circulaire , du point s qui eft donné, prenez à volonté la diftance s t, que vous porterez en u, par le moyen defquels points vous élèverez la perpendiculaire /a;, ce qui étant fait, vous porterez encore une pareille diftance tu de u en y, afin d’avoir une fécondé perpendiculaire, laquelle venant à rencontrer la première perpendiculaire t x9 vous donnera le centre de l’arc s ty, qu’il étoit néceflàire de trouver pour avoir la perpendiculaire que l’on demandoit, par la raifbn que toute ligne perpendiculaire à un arc de cercle pafle par (on centre.
- ([Voye£ la Figure 2 o).
- §. IV. Maniéré de tracer des Lignes parallèles.
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- La ligne a b étant donnée, à laquelle vous voulez mener une parallèle , prenez une ouverture de compas telle que vous le jugerez néceflàire, 8c faites
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- Section L Des Lignes. 7
- les deux arcs de cercle c, c9 par les extrémités defquels vous ferez paffer une ligne, laquelle fera parallèle à la ligne a b. (Voye{ la Figure 2/).
- Autre Maniéré.
- Les points d,e9 étant donnés, par lefquels on veut faire paflèr deux lignes parallèles, des deux points dye9 comme centres, faites les deux arcs de cercles ef8cdgy puis vous ferez fur ces mêmes arcs les deux feélions 9fygy de la diftance que vous voudrez mettre entre vos deux lignes, que vous ferez palier par les points d,f, 8c g, e. (Voye{ la Figure 22).
- §. V. Des Angles, de la génération du Cercle, du demi-Cercley
- SC de fes ufages.
- Un angle eft finclinaifon de deux lignes, lefquelles venant à fe rencontrer, forment un point que Ton nomme point angulaire , ou fommet de 1!angle. Les angles prennent différents noms félon leurs différentes formes & ouvertures, lefquelles fe mefùrent par le moyen d’un demi-cercle.
- Pour connoître le rapport qu’ont les angles avec le cercle, & le même cercle avec les angles, il faut fùppofer que fur la ligne h i, foit attachée une régie au point c/, de forte quelle foit mobile ; & qu’au bout de la régie on attache une pointe : il eft certain que la régie venant à fè mouvoir fur elle-même à droite & à gauche décrira une ligne courbe , dont tous les points feront également éloignés du point /. (Voye%_ la Figure 2j). Si l’on continue à faire mouvoir la réglé au-deflous de la ligne hi9 comme on a fait au-defliis , on décrira un cercle entier , de maniéré que le cercle eft une figure plane enfermée par une ligne courbe nommée circonférence , dont tous les points font à une diftance égale du point milieu que l’on nomme centre. (Voye^la Figure Zzf).
- Il y a plusieurs lignes dans un cercle : celle qui le traverfe 8c qui pafîè par le centre , comme la ligne m m (Fig. zf), fe nomme diamètre ; celles qui paf* fent au-deflus ou au-deffous du centre, comme les lignes n n 8c oo9 fe nomment cordes ; 8c celles qui font depuis le centre jufqu’à la circonférence, comme la ligne p q9 fe nomment rayons. La partie de la circonférence qui eft comprifè entre une corde comme celle 00, fe nomme arc de cercle. (Foye^ la Fig. zf).
- Pour la mefiire des angles, il faut faire attention que la régie que j’aifuppofé mobile dans la Fig. 23 , en s’éloignant de la ligne h i pour venir du point h au point i, forme des angles plus ou moins ouverts, dont le fommet eft au point l y & qui ont une ouverture plus ou moins grande en rapport avec la demi-circonférence.
- Pour avoir ce rapport jufte, on a imaginé un demi-cercle , qui eft un infiniment de Mathématique , fait de cuivre ou de corne tranfparente, fur lequel on a décrit une demi-circonférence, que l’on a divifée en 180parties égales, que l’on nomme degrés, de forte que le quart d’un cercle , qui eft la moitié de la demi-
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- 8 MENUISIER, L Pan. Chap. I.
- circonférence, en contient 90 , & par conféquent le cercle entier 360. Voye£
- Planche la Figure 2 y, ou eft defliné un demi-cercle, & ou les nombres font doubles pour la plus grande intelligence.
- On a choifi le nombre 360, parce que c eft celui qui a le plus de divifeurs, ce qui rend l’ufage de cet inftrument plus facile.
- §. VI. Maniéré de faire ufage du demi-Cercle.
- Soit donné l’angle s t r dont on veut avoir l’ouverture ; prolongez un des côtés de l’angle , comme de s en u9 fur lequel vous poferez le rapporteur, ayant foin que le centre de l’inftrument foit jufte au fommet de l’angle , dont le côté paflera fous la demi-circonférence, qui par là diyifion indiquera l’ouverture de l’angle. (Fig. 26*).
- Que les côtés d’un angle foient plus ou moins prolongés, ou que le demi-cercle foit plus ou moins grand, cela ne fait rien à l’ouverture de l’angle, ainfi quon peut le voir dans la Figure 2.8 , où l’angle xy ç a également 40 degrés d’ouverture dans deux quarts de cercle, dont un cependant a le double de la grandeur de l’aptre.
- Lorfque l’on n’a pas abfolument befoin de la valeur d’un angle, & que l’on veut feulement en tracer un femblable à un autre, on fe fervira de la maniéré foi vante.
- Du fommet de f angle donné, décrivez un arc de cercle à volonté, puis faites-en un femblable for la ligne for laquelle vous voulez élever un angle ; prenez ' avec un compas la grandeur de ce même arc que vous porterez fur le fécond,
- par lequel point & du fommet, paflera une ligne qui fera le fécond côté de l’angle demandé. (Figures 29 & 30).
- Les angles ont differents noms par rapport à leurs ouvertures & à leurs formes.
- Par rapport à leurs formes, on nomme Rectiligne celui qui eft compofé de deux lignes droites. ( Figure 31).
- Curviligne y celui qui eft compofé de deux lignes courbes. Fig, 32.
- Et Mixtilîgne, celui qui eft compofé d’une ligne droite & d’une courbe. '(Figure 33).
- Par rapport à leurs ouvertures, on nomme angle rectangle ou droit celui qui a pour mefore un quart de cercle, ou 90 degrés. Fig. 3 4,
- Angle aigu y ou acut-angley celui qui a moins de 90 degrés. Fig. 35.
- Et angle obtus, ou obtus-angle, celui qui a plus de 90 degrés. Fig. 36.
- Section
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- S e c t i o n IL Des Surfaces en général. 9
- Section Seconde.
- Des furfaces en général.
- Des Triangles > &c.
- De toutes les figures Géométriques , il n’y a que le cercle & l’ellipfe qui d’une feule ligne puiflent enfermer une forface.
- Pour tracerles autres figures, il faut trois lignes au moins, lefquelles combinées enfemble, forment ce qu’on appelle un Triangle , ou figure plane qui eft compofée de trois angles & de trois côtés.
- On diftingue les triangles de deux maniérés, par rapport à leurs angles, ou par rapport à leurs côtés.
- Par rapport à leurs côtés, on appelle Triangle équilatéral celui dont les trois côtés font égaux. ( Fig. /).
- Triangle ifofceley celui qui a deux côtés égaux. ( Figure 2 ).
- Et Triangle jcalene, celui qui a les trois côtés inégaux. (Fig, g ).
- Par rapport à leurs angles, on nomme Triangle rectangle celui quia un angle droit, ou de po degrés , ce qui eft la même chofe. ( Figure f).
- Triangle obtus - angle, celui qui a un angle obtus. ( Fig, $ ).
- Enfin Triangle acut-angle, celui qui aies trois angles aigus. ( Fig.6’).
- Il eft démontré dans les éléments de Géométrie, que les trois angles de tout triangle quelconque font égauv à deux droits, nu ont enfemble 180 degrés ; & le plus grand angle eft toujours oppofé au plus grand côté, ainfi quon peut le remarquer dans les figures ci-defîus.
- § I. Des Figures à quatre côtés.
- Après les triangles font les figures à quatre côtés : îl y en a de deux fortes , les régulières, & les irrégulières.
- Les régulières font les quadrilatères, les parallélogrammes, les rhombes ou lozanges, & les trapèzes.
- Les irrégulières font les rhomboïdes &les trapézoïdes, & généralement toutes les figures dont les angles & les côtés oppofés ne font pas lymmétriques.
- Le quadrilatère, ou quarré parfait, eft une figure compofée de quatre côtés & de quatre angles égaux ; les quatre angles valent enfemble 360 degrés, complément du cercle. ( Figure 7).
- Il y a deux fortes de parallélogrammes, l’un que l’on nomme parallélogramme rectangle , & l’autre parallélogramme oblique.
- Ces deux figures ont chacune deux côtés plus grands l’un que l’autre, & qui font difpofés de maniéré que les plus grands font toujours oppofés aux plus v grands, & les plus petits aux plus petits. (Figure 8).
- Le parallélogramme reélangle a les quatre angles égaux, ainfi que fon nom Menuisier, C
- Planché
- II,
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- P L A N C H
- II.
- io MENUISIER, LPart.Chap.il
- s l’indique ; & le parallélogramme oblique deux angles aigus, Sc deux obtus, e les angles femblables oppofés les uns aux autres.
- Je n’ai pas fait de parallélogramme oblique , parce que j’ai cru la démonftra-tion fiiffifante , & que de plus cette figure eft deflinée ci-après, Planche III. 8c d’une maniéré plus intelligible que je n aurois pu le faire ici.
- Le rhornbe ou losange eft une figure qui a les quatre côtés égaux, deux angles aigus, & deux angles obtus. ( Fig.cf),
- Le rhomboide a deux côtés & deux angles plus grands l’un que l’autre ; c eft la même chofe que le parallélogramme oblique, excepté qu’aucun de fes côtés n’eft horizontal, ni perpendiculaire. ( Fig. 10).
- Le trapeye eft une figure qui a deux côtés obliques à contre fens l’un de l’autre , & les deux autres inégaux, mais parallèles : deux des angles de cette figure font aigus, les deux autres obtus, & un angle aigu oppofé à un obtus réciproquement. ( Fig. ^^). On appelle aufïi cette figure trapeye ifofcele.
- Le trape^oïde a les quatre angles & les quatre côtés inégaux. (Fig. 12). Il eft démontré dans les éléments de Géométrie, que quelque différence qu’il y ait dans la forme des figures quadrilatérales , leurs quatre' angles combinés enfom-ble, égalent toujours 360 degrés, ou quatre angles droits.
- Comme j’ai déjà fait la defcription du cercle, je ne l’ai tracé dans la figure 13 que pour faire voir fon rapport avec les polygones, & comme étant fa place na* turelle. ,
- § II. D es Polygones réguliers.
- On nomme polygones en général toutes figures, qui ayant plus de quatre côtés, ont tous leurs côtés & tous leurs angles égaux entr’eux, &qui par conféquent peuvent s’infcrire dans un cercle.
- Les polygones prennent différents noms félon le nombre des côtés quils ont;
- On nomme Pentagones les figures à cinq côtés.
- Hexagones, celles à fix côtés*
- Heptagones, celles à fopt côtés*
- Octogones, celles à huit côtés.
- Ennéagones, celles à neuf côtés;
- Décagones, celles à dix côtés.
- Endècagones, celles à onze côtés.
- Dodécagones y celles à douze côtés. (Fig. iy iG\ iy. J8• J9. ZO. Zi).
- Si de chaque angle d’un polygone quelconque, on menoit des rayons au centre, il eft certain qu’on feroit autant de triangles qu’il auroit de côtés, & leur fommet feroit au centre du polygone. Ainfitous les angles des fommetsdes triangles circonfcripts dans un polygone, égalent quatre angles droits , ou 360 degrés.
- Tous les angles d’un polygone valent enfemble autant de fois deux angles
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- Se ctio n IL Des Surfaces en général•
- droits quils ont de côtés, en en retranchant quatre
- Ainiî les angles dun Pentagone égalent 108.
- Les angles dun Hexagone égalent 120.
- Ceux d’un Heptagone égalent 128
- Ceux d’un Oétogone, 13 5.
- Ceux d’un Ennéagone,. 140.
- Ceux d’un Décagone, 144.
- Ceux d’un Endécagone, 147.
- Ceux d’un Dodécagone, 150.
- Et ceux d’un Pentadécagone, ou figure à ï y côtés, ï $6, )
- Je donne ici feulement la valeur des angles, des figures régulières, fans en faire la démonftration, parce que je ne pourrois le faire {ans fortir des bornes que je me fuis prefcrites, & que mon principal objet n’efl pas de faire un Traité de Géométrie complet.
- § III. De VOvale, 3C de fes diverfes efpeces.
- L’Ovale , ou figure elliptique, efl une figure plane enfermée par une ligne courbe ainfi que le cercle, avec la différence que tous fes points ne font pas également éloignés du centre, ce qui lui donne nécefïàirement deux diamètres, qui font plus ou moins inégaux félon les différents befoins.
- On diftingue trois fortes d’ovales, celui qui fo trace au cordeau for une mefore donnée , qu’on appelle Ovale du Jardinier.
- Celui dont le petit diamètre efl au grand, comme deux efl à trois , c’efl-à-dire qu’il en a les deux tiers.
- Et celui dont la forme efl comme fept efl à neuf ; la maniéré de le tracer efl tirée des Mémoires de l’Académie Royale des Sciences.
- Première maniéré de tracer VOvale.
- L’ovale du Jardinier fo trace de la maniéré foivante :
- Les deux diamètres étant donnés, vous prenez la moitié du grand diamètre a b , que vous portez du point c for la ligne a b, for laquelle vous faites les deux feélions d e , auxquelles vous plantez deux piquets ; puis vous prenez une corde dont la longueur égale la diflance de, plus celle e c, & celle c d9 à l’extrémité de laquelle vous attacherez une pointe, avec laquelle vous tracerez l’ovale, en obfervant de tenir toujours la corde bien tendue autour des deux piquets. (Figure 22).
- Seconde maniéré de tracer VOvale.
- Les diamètres de l’autre ovale étant donnés, ainfi qu’il efl dit ci-defïus, comme deux efl à trois, quoiqu’on puiffe les faire plus ou moins allongés foivant la
- Planche
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- Planche
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- 12 MENUISIER, I. Part. Chap. IL
- néceflité, prenez la diftancey"g- que vous porterez de h en i : puis vous divr ferez la diftance i g en fept parties égales, dont vous en porterez deux de i en /, ce qui fera le centre du petit cercle. De la même ouverture de compas, du point h Sc du point m , vous ferez les quatre feétions oo , pp: alors vous prendrez la diftance o p, & des mêmes points vous ferez les deux feétions q qy ielquelles feront les centres des grands cercles. ( Fig. 23).
- Troijïéme manière de tracer VOvale.
- ^ Soit donné le grand diamètre ab9 Sc la hauteur d c , par où il faut faire pafler les arcs qui compofent cet ovale ,lelquels ont chacun 60 degrés ; on prendra la diftance de9 que Ton portera de b en e: on divifera l'elpace de en deux parties égales, une defquelles on portera de d en enfeite on divifera fe en deux autres parties égales au point g9 pour former le demi-cercle f h e; la ligne fh portée de f en /, marquera le point de centre du petit cercle; le xefte comme à la Fig. 13. ([Voye^ la Fig. 24).
- Avant que de pafler aux corps folides, j’ai cru devoir donner la maniéré de tracer les cintres bombés, & les cintres -ferbaiffés ou demi-ovales , fans fe fervir de compas pour déterminer leurs courbes.
- Pour* les cintres bombés, ayant la longueur p q 9 Sc la hauteur fp étant don-» née, du point 19 qui eft le milieu de la ligne p q , tirez les diagonales s t St t r 9 que vous diviferez en autant de parties que vous le jugerez à propos ; puis vous éleverez fer les diagonales autant de perpendiculaires que vous aurez de divifions : vous diviferez aufli la ligne p s 9 Sc celle q r 9 en autant de parties que vous en aurez ftir les diagonales ; de chacun de ces points vous mènerez autant de lignes au point t 9 Sc par les feétions quelles feront avec les perpendiculaires paflera le cintre demandé. (Voye^laFig. 2.5),
- Pour les demi-ovales, la largeur & la hauteur du cintre étant données , vous diviferez la hauteur en autant de parties que vous le voudrez ; vous diviferez de même la moitié de la largeur ; puis par chaque point de dlvilion, en commençant par la première, /& tendant à l'extrémité de chaque côté , vous ferez pafler des lignes, lefqu elles venant à fe couper mutuellement, forment la courbe demandée. Voye1 la Fig. 26, où les lignes fent marquées du même chiffre à leurs extrémités.
- Lorfqu'on vent que le cintre foit un peu plus renflé, on ne fait comment cer les lignes qu'au fécond point de divifion, comme on peut le voir dans la même Figure.
- § IV. Des Corps folides en général.
- .....Les Corps folides prennent différents noms félon leurs formes.
- ANCHE ^ *
- III. On nomme cube un folide dont toutes les dimenfions font égales, c’eft-à-
- dire,
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- Section IL Des Corps Solides en général. 13
- dire, qui a autant de hauteur qu’il a de largeur, ainfi qu un dez à jouer. ^ ( Fig, /).
- Parallelipipede, un folide terminé par fix parallélogrammes, lefquels font de deux en deux de dimenfion égale, ainfi qu’une poutre ou une planche dont les bouts feroient coupés bien quarrément. (Fig.34 & 3 J).
- Prijme, un folide qui a deux faces parallèles & égales , 8c dont les quatre autres font des parallélogrammes. ( Fig. 8).
- On nomme Prijme triangulaire, celui dont les faces parallèles font des triam gles ; lorfque ces faces font des polygones, les prifmes en prennent le nom : on dit alors Prijmepentagonal, hexagonal. (Fig. J).
- Globe ou Sphere, un folide qui eft rond tel qu’une boule, 8c dont toutes* les parties de la furface font également diftantes du centre. ( Fig. 2).
- Cylindre, un folide qui a un cercle pour bafe, & dont les côtés font parallèles & perpendiculaires à fà bafe. (Fig. 3).
- Lorfque l’axe de ce folide eft incliné, on le nomme Cylindre oblique ( Fi-'gure 4).
- La Fig. 5 repréfente une demi-fphère creufe, dont la forface de dedans fe nomme Concave , & celle du dehors Convexe : je l’ai mife au rang des folides plutôt que des forfaces, parce que la maniéré dont elle eft repréfentée, lui fop-pofe néceflairement une épaiffeur.
- Pyramide , eft un folide dont la bafe eft d’une forme quelconque, les faces triangulaires , c’eft-à-dire , qu’elles vont fe joindre en un foui point au fommet de la pyramide. ( Fig. 10 ).
- On la nomme triangulaire, lorfque la bafe eft un triangle. ( Fig. //).
- Les pyramides peuvent être auffi polygonales , c’eft-à-dire, qu’elles peuvent avoir un polygone pour bafo, ainfi que les prifines.
- Les pyramides font auffi fujettes à être inclinées ainfi que les cylindres 8c les prifines.
- Lorfque les pyramides ont pour bafe un cercle, elles changent de nom, & pour lors on les nomme Cônes. Les différentes coupes que l’on peut faire dans ce folide, ont donné lieu à ce qu’on appelle Sections coniques, dont je vais don* ner une légère idée.
- Lorfqu’on coupe un cône par fon axe, la coupe qui en réfulte eft un triangle qui a pour bafe le diamètre de cette derniere , 8c pour hauteur celle de la pyramide. ( Voye£ le triangle a b c } Fig. 6").
- Lorfqu’on le coupe par un plan parallèle à fà bafo, comme de, c’eftun cercle.
- La coupe parallèle à un de fos côtés, commtfghy donne une courbe nommée Parabole.
- La coupe parallèle à fon axe , comme ilmy eft une courbe nommée Hyperbole.
- Menuisier, D
- LANGUE
- III.
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- 14 MENUISIER, I. Part. Chap. I.
- , «' — Enfin lorlqu’on coupe un cône par un plan diagonal, en quelque endroit du
- Planche cône que ce foit, comme la ligne no > ( Fig. y) , la figure qui réfulte de cette III# coupe fe nomme Ellipfe, qui fera plus ou moins longue, félon que la ligne n o fera plus ou moins inclinée ; car plus elle tendrai être parallèle à la bafe du cône , & plus elle approchera de la figure du cercle. Lorfqu un cône eft coupé par un plan parallèle à fa bafe, & qu’on en fopprime la partie fupérieure , on le nomme Cône tronqué.
- Section troisième.
- De la Mefure des Lignes SC des Surfaces.
- , La longueur des lignes, ou la capacité des forfaces , quoiqu’exiftante par
- elle-même , a cependant eu befoin d’être fixée d’une maniéré relative à nos be~ foins 9 & à la sûreté de ceux qui font dans le cas de vendre ou d’acheter des cho-fes fojettes à une mefore confiante.
- Les mefiires en général font certaines longueurs dont on eft convenu, left-quelles comparées avec ce que l’on veut meforer, en déterminent l’étendue & la valeur, comparaifon faite avec celle que l’on eft convenu, de donner à chaque longueur.
- La mefore dont on fe fert ordinairement, fo nomme Toife, laquelle fe divife en fix parties égales appellées Pieds : le pied fe divifo en douze pouces, le pouce en douze lignes, & la ligne en douze points. ( Voye£ la Figure zj) , laquelle repréfente une toife, dans laquelle cependant je n’ai pas marqué de lignes à caufe de la petit elle du deftein. 1
- Ainfi le pied contient 144 lignes, & la toife 72 pouces, ou 864 lignes.
- On nomme Toife quarrée une fiirface qui a une toife ou fix pieds for deux dimenfions.
- Ce que je vais réduire par table, pour plus d’intelligence.
- Le pouce quarré contient 144 lignes quarrées.
- Le pied quarré contient 144 pouces quarrés, ou 20,736 lignes quarrées.
- Et la toife quarrée contient 36 pieds quarrés, ou 5**84 pouces quarrés 9 ou 746,496 lignes quarrées.
- La ligne cube contient 1,728 points cubes.
- Le pouce cube contient 1,728 lignes cubes, ou 2,985,984 points cubes.
- Le pied cube contient 1,728 pouces, ou 2,985,984 lignes cubes.
- Et la toife cube contient 216pieds cubes, ou 373,248 pouces cubes,ou 644,972,544 lignes cubes.
- On appelle Toife cube un folide qui a une toife for toutes fes dimenfions.
- J’ai mis les mefores cubiques à la foite des quarrées , afin de ne point me répéter , & aufli pour que l’on puiflè voir plus aifément le rapport quelles ont les unes avec les autres.
- H y a encore une autre maniéré de meforer & de réduire une chofe du petit
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- Section III. De la mefure des Lig. ôG des Surfaces. iy
- ay grand, pu du grand au petit, ce qui fe fait par le moyen des échelles. « On appelle Échelle une ligne qu’on trace fur le papier , & que Ton divife P en parties égales, en rapport cependant les unes avec les autres ; c’efl>à-dire , fi Ton veut qu’une échelle reprélente une toife , on divife la ligne en fix parties égales , & une des fix en douze autres parties, lelquelles repréfentent les pouces.
- On diftingue deux fortes d’échelles, l’une que l’on nomme Échelle de pied ou de toife , laquelle fort à diriger toutes les parties d’un deflein, qui font afîu je tries à des grandeurs données & ordinaires, ou relatives à la grandeur humaine; & l’autre, Echelle de module, laquelle n’a de rapport qu’avec la décoration & l’ordonnance d’un édifice, ainfi qu’en Architeélure le module eft en rapport avec la colonne ou l’exprefllon d’un ordre, dont il eft le foizieme , le dix-huitiéme , &c.
- Lorfque les échelles font trop petites pour que l’on puiflè y exprimer les pouces ou les lignes félon qu’il eft néceflàire, on fo fort d’une échelle de réduétion , laquelle fo fait de la maniéré fiiivante.
- Lorfqu’on veut faire une échelle de cette efpece, on borne une ligne à deux toifos de long, que l’on divife en douzeqsarties égales, & à l’extrémité de la ligne on éleve une perpendiculaire à laquelle on donne un pied de hauteur, ou un douzième de la longueur de la ligne, ce qui eft la même chofo ; puis du haut de la perpendiculaire, on tire une ligne jufqu’à l’autre extrémité de la première : alors fur chacun des douze points de divifion, vous élèverez des perpendiculaires, lefquelles ont de hauteur depuis un pouce jufqu’à douze, qui eft la hauteur de la première perpendiculaire. (Fig. if).
- C’eft la même chofo pour les échelles de modules , excepté que pour les modules qui fe divifent en dix-huit ou en trente parties, on met dix-huit ou trente modules de longueur à l’échelle.
- Lofqu’on a une échelle divifée en un certain nombre de parties, & que l’on veut en faire une autre qui ne foit que le tiers ou le quart de la première, on forme un triangle quelconque, auquel l’échelle fort de bafe, & au fommet duquel on mene autant de lignes qu’il y a de points de divifion fiir l’échelle ; puis vous mettez la ligne que vous voulez divifer au-deflous de l’échelle ; aux deux bouts de la ligne vous élevez deux perpendiculaires , que vous prolongez jufqu’à ce quelles rencontrent les deux côtés du triangle ; & par les deux points defec-tion vous tirez une ligne qui fo trouve divifée en autant de parties que la première. ( Fig- )•
- Lorfqu’une ligne eft donnée comme celle a b, ( Fig. 15 ), & qu’on veut la divifer en parties égales, fans chercher aucunement, qq fait deux angles aux extrémités de la ligne, l’un deflùs & l’autre delfous, d’une ouverture quelconque, pourvu qu’ils foient égaux entr’eux ; puis d’une ouverture de compas à volonté, vous portez fur les deux côtés a c 9bd, autant de points que vous en avez befoin pour la divifion de la ligne a b ; & de chacun de
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- 16 ME N U1SIE R, I. Pan. Chap. I.
- ces points vous menez les lignes a, i9 lefquelles en traverfant la ligne ab% anche la diyifent en parties égales fuivant le nombre dont vous avez befoin.
- § I. Evaluation des Surfaces.
- Les dimenfions des furfaces peuvent contenir différentes mefures ou termes , c eft-à-dire , des toifes feulement, ou des toifes Sc des pieds , ou enfin des toifes, des pieds Sc des pouces, &c.
- Lorfque la dimenfion ne contient que des toifes , il eft fort facile d'en avoir le produit ; car foppofé quelle foit quarrée, on n’a qu’à multiplier un de fes côtés par lui-même, par exemple, 6 par 6 , il eft aifé de voir que le nombre 3 6 eft le produit cherché. Si la longueur étoit de 9, & la largeur de 5 , le produit feroit 45.
- Mais lorfque la dimenfion contient des toifes, des pieds Sc des pouces , le calcul en devient plus compliqué, Sc demande beaucoup d'attention.
- Suppofé que le quarré de la Fig. 16, contienne trois toifes, 2 pieds , 3 pouces fur chacun de fes côtés., & qu'à l’extrémité de chaque terme ou grandeur on tire des lignes, il eft certain que ces lignes venant à fe croifer, forment des auarrés & des reélangles de différentes grandeurs.
- Ainfi une grandeur, laquelle a trois termes, élevée à fon quarré , produit premièrement le quarré du premier terme, plus deux reélangles du premier terme par le fécond, & le quarré du fécond.
- Plus, deux reélangles du premier par le troifiéme, deux autres reélangles du fécond par le troifiéme, & le quarré du troifiéme.
- Four rendre cette explication plus intelligible, on n’a qu’à fe refîouvenir que nous avons fuppofé que le quarré (Fig 16) avoit de longueur par un de fes côtés 3 toifes, 2 pieds, 3 pouces ; ainfi foquarré du premier terme n eft autre choie que 3 toifes multipliées par 3 toifes , lefquelles produifent. .
- Les deux reélangles du premier terme par le fécond, font deux fois 3 toifes de long fur 2 pieds de haut, qui ( r. produifent chacun. (I.
- Le quarré du ,même fécond terme eft 2 pieds fur 2 pieds, qui font ............... 4 .
- Les deux reélangles du premier terme par le troifiéme font 3 toifes de long for 3 pouces de haut, ce qui fait f 4. 6e0.
- pour chacun .............. 1 4* 6.
- Les deux reélangles du fécond par le troifiéme terme , font deux fois 2 pieds de long for 3 pouces de haut, f . . 6.
- ce qui fait pour chacun...................... . , (. . 6.
- Et le quarré du troifiéme terme , eft 3 pouces multipliés par 3 pouces, qui font . . . . . . . . . ; . 9.
- Total . . . nT. 14Pr. pPo.
- Ce
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- Section III. De la mefure des Lig. SC des Surfaces. 17
- Ce qui prouve que non-feulement chaque efpece de terme doit multiplier = tous les autres termes d’une grandeur, mais ,encore le multiplier lui-même , p lorfque les deux dimenfions font égales comme dans cet exemple-ci ; ou bien lorfqu’elles font inégales chaque efpéce de terme doit toujours fe multiplier l’un par l’autre.
- Je ne fais cefte explication que pour qu’on foit plus sur des véritables valeurs des différents termes d’une grandeur, multipliés les uns par les autres.
- Ce qui réfolte de ces démonftrations, eft de prouver que des toifes multipliées par des toifes, donnent des toifes^ quarrées ; que des pieds multipliés par des toifes donnent des pieds de toifes, c eft-à-dire , des reétangles qui ont un pied de large for une toife de long ; comme il y a fix pieds courants dans une toife courante, il s’enfuit qu’il y a fix pieds de toife quarrée dans une toifo quarrée.
- Les pouces multipliés par des toifes donnent des pouces de toifes quarrées, c eft-à-dire des reétangles, lefquels ont un pouce de large for une toifo de long : comme dans un pied de toife quarrée il y a douze pouces de toife quarrée, la toife quarrée contient 72 pouces de toifo quarrée.
- De même les pouces multipliés par les pieds , donnent des pouces de pieds quarrés ; donc il en faut 12 pour faire un pied quarré.
- IL Maniéré d'évaluer les différentes Surfaces*
- Les forfaces quarrées, comme les quarrés ou les parallélogrammes reétangles, s’évaluent en multipliant leurs bafes par leurs hauteurs, & le produit de cette multiplication eft celui de la ferface , ainfi que je l’ai déjà dit {Fig. iG & 17),
- On a la ferface d’un triangle quelconque en multipliant la longueur de la bafe par la moitié de là hauteur, ou là hauteur par la moitié de là bafe, ce qui eft la même chofe.
- Pour être convaincu de cette vérité , on n’a qu’à cônfidérer le triangle' a b c, {Fig. 18) comme enfermé dans un quarré , & que ce quarré foit fëparé en deux ainfi que le triangle a b c, par la ligne a d ; il eft certain que fi toutes les lignes du quarré font parallèles comme elles le doivent être, la ligne a i eft égale à celle cf, & par conféquent la ligne d c égale à celle af : fi c es lignes font égales entr’elles, il eft certain que le triangle a d c eft égal au triangle cfa. Or comme ces deux triangles égalent la ferface du reélangle a d cf> qui eft lui-même la moitié du quarré b cfe, il eft certain que le triangle a b c n’a de ferface que la moitié de ce même quarré.
- Si c’eft un triangle reétangle que l’on veut meforer,la démonftration en eft encore auffi fimple ; car fi aux deux côtés reélangles du triangle ghi, ( Fig. le). on mene deux parallèles, il eft certain que c es lignes venant à fe rencontrer au Menuisier. i E
- lanche III.
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- 18 MENUISIER, I.Part. Chap. I.
- > — point /, elles formeront un rectangle g h i l} dont le triangle ne fera que la
- Planche moitié, de la furface, puifque la diagonale i g, partage le reélangle en deux III, _ Al
- parties égalés.
- De telle forme que foient les triangles, ils ont toujours même furface > pourvu qu’ils ayent même bafe & même hauteur.
- Il en eft de même pour les parallélogrammes obliques qui font égaux en furfaces aux parallélogrammes droits , lorfqu ils ont la bafe égale & la hauteur égale.
- Car fiippofons que le parallélogramme oblique mnopy ( Fig, zo ) foit in£ cript dans le parallélogramme droit q r p m y il eft sûr que la ligne q r eft égale à celle n o y puifque ces deux parallélogrammes ont même bafe, & que les côtés oppofes font égaux ; fi les côtés obliques du parallélogramme font parallèles en-tr’eux y la diftance q n fera égale à la diftance r o y & par conféquent le triangle jri q n fera égal au triangle p r o, Si ces deux triangles font égaux , il n’y a qu’à retrancher le triangle p r o y qui eft excédent y & le faire rentrer à la place de celui m q /z, que le côté du parallélogramme oblique laifîe dans le parallélogramme droit y ce qui prouve très-certainement l’égalité des deux parallélogrammes de même bafe & de même hauteur.
- Pour avoir l’étendue d’un trapeze , ( Fig, zi, ) il faut ajouter enfemble les deux côtés parallèles , en prendre la moitié & la multiplier par fà hauteur ; le produit eft l’étendue du trapeze.
- Lorfqu’on voudra mefùrer une furface d’une forme irrégulière, comme la Fig. ZZ y on y tirera une ligne diagonale la plus longue qu’il fera poffi- . ble y fur laquelle on abaiflera des perpendiculaires de tous les angles dé la figure , & l’on aura des triangles reélangles & des trapèzes de chacun defquels on cherchera la valeur féparément , & qui ajoutés enfemble y donneront la valeur de la figure.
- - ' » . Je dis qu’il faut toujours faire des triangles rectangles pour mefiirer des fur- * faces d’une figure irrégulière, parce que ces fortes de triangles font les feuls dont on ait la hauteur jufte fans le fecours d’une Géométrie plus étendue, & par conféquent hors de la portée du plus grand nombre ; ainfi lorfqu’on aura des triangles d’une autre forme dont on voudra avoir la furface, on les convertira en des parallélogrammes obliques dont on prendra la moitié du produit. (Figures ZJ & 2.4).
- Pour avoir la furface d’un polygone régulier, multipliez la moitié de fbn contour ou périmètre, par une perpendiculaire abaiftee du centre fur un des côtés.
- Pour juftifier ce que j’avance, on n’a qu’à faire attention qu’un polygone renferme autant de triangles qu’il a de côtés, & que par conféquent le périmètre du polygone eft la bafe de tous les triangles qui y font circonfcripts , dont la hauteur eft égale à la perpendiculaire prife du centre du polygone. (Fig- 25).
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- Section 111. De la mefure des Surf. ÔC des Solides. 19
- On fe fert de la même méthode pour évaluer la lurface d’un cercle ; car en le confidérant comme un polygone d’une infinité de côtés, on peut de même le réduire en triangles ; ainfi on a la lurface d’un cercle en multipliant là circonférence par la moitié de Ion rayon, ou par le quart de Ion diamètre. Lorf-qu’on veut avoir la circonférence dun cercle dont on ne connoît que le diamètre , on fe lert de la proportion d’ Archimede, dont le rapport eft à peu-près comme 7 eft à 22; de ces deux nombres & de celui du diamètre connu, on fait une régie de trois , & l’on dit, 7 eft à 22 , comme, par exemple , 14 eft à un quatrième terme, circonférence cherchée ; ce que l’on trouve en multipliant 22 par 14, & en divifant le produit par 7, ce qui donnera 44.
- Si au contraire on ne connoît que la circonférence , & que l’on veuille connoître le diamètre , on fait l’inverle de la réglé ci-defîus indiquée , & on dit : 22 eft à 7, comme 44 eft au quatrième terme, diamètre cherché.
- On appelle Secteur de cercle, l’aire compris entre deux rayons & une portion de la circonférence ; lorlqu’on en veut avoir la lurface, on prend la longueur de l’arc, que Ton multiplie par la moitié du côté du rayon ; fi on ne peut pas melùrer l’arc, & que l’on n’ait feulement que la longueur du rayon 8c l’ouverture de l’angle , on cherche d’abord la lurface du cercle entier, ainfi que je l’ai dit ci-delîus ; puis on compare le rapport de l’ouverture de l’angle avec celui du cercle entier, duquel on retranche le cinquième, le fixiéme ou le fep-tieme , félon ce que l’angle eft à la circonférence. ( Fig, 26 & 2J ).
- On nomme Segment de cercle, l’aire compris entre un arc de cercle & la corde qui le foutient ; & l’on a la lurface de ce fegment en agiflant comme fi c’étoit un feéteur entier, du produit duquel on retranche la lurface du triangle , auquel la corde de ce fegment fert de bafe. ( Fig, 28 ).
- § III. Mefure des Solides j Evaluation de leurs Surfaces.
- Avant que de déterminer la meliire des lolides, il eft néceftàire d’en connoître les lùrfaces , lefquelles fe mefurent différemment, félon- les différentes formes des folides.
- Le cube a toutes fes dimenfions égales, ( comme je l’ai déjà dit ) ; ainfi les fix faces qu’il repréfente étant égales en lurface, il luffit d’en meliirer une dont on multipliera l’aire par fix : le produit qui viendra de cette multiplication donnera la lurface totale du cube.
- Le parallélipipede a auffi fix faces ainfi que le cube, dont celles qui font op* pofées font égales , ce' qui fait trois elpeces de lurfaces à trouver, du produit delà quelles vous ferez une feule & même fomme que vous multiplierez par 2 , & vous aurez le produit des furfaces du parallélipipede.
- Pour ce qui eft de la lurface du prilme , on comptera les côtés de Ion plan générateur , dont chacun eft comme la bafe d’autant de parallélogram-
- Planché
- ji r.
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- 20 MENUISIER. L Part. Chap. I
- mes qui entourent le prifine ; fi les côtés de la bafe font égaux entr eux J onî Planche mefiirera un de ces parallélogrammes , & on le multipliera par un nombre égal à celui des côtés du plan générateur ; mats fi les côtés font inégaux , on mefiirera chaque parallélogramme en particulier , & en réunifiant toutes les fournies à celles des deux plans, on aura la fiirface du prifine.
- Pour mefurer la fiirface d’un cylindre*, il faut, après- en avoir déterminé les fiirfaces , des plans ou bafes circulaires, comme il a été dit ci-defliis, prendre la circonférence’ de Tune de fos bafes que Ton multipliera par la hauteur du cy lindre, dont le produit donnera la fiirface convexe, lequel ajouté à celui des deux bafes circulaires, formera la mefiire de la fiirface du cylindre.
- La fiirface de la Iphere eft égale à la fiirface cônvexe d’un cylindre auquel elle eft circônfcrite, c’eft-à-dire, qui a même bafe 8c même hauteur ; ainfi pour avoir la fiirface d’une Iphere , on multipliera fcn diamètre par là circonférence, ce qui prouve que la fiirface de la Iphere efl à la fiirface totale d’un cylindre de même bafe 8c de même hauteur comme 2 eft à 3de même que la fiirface d’un cercle de même diamètre n’eft que le quart de celle de la Iphere & le fi-xieme du cylindre. Voye{ la Figure 29 , où eft repréfentée une Iphere cir-conforite à un cylindre. Nous devons cette découverte à Archimede.
- Pour avoir la fiirface totale d’une pyramide, après avoir mefiiré la fiirface de fa bafe, il faut prendre celles de tous les triangles qui la compofent ; fi le plan de fà bafe eft régulier, il en faut prendre le périmètre , & le multiplier , non par la moitié de là hauteur perpendiculaire , mais par une ligne abaifi fée de fon fommet fiir un de fes côtés. ( Voye£ la ligne a b , Figure ji).
- Pour avoir la fiirface convexe d’un cône, on multipliera la circonférence de fà bafe par la moitié du côté ifc. {Fig. 20).
- Pour avoir la fiirface convexe du cône tronqué, ih de> {Figure 30 f) on multipliera la hauteur d’un de fes côtés par une circonférence f g, moyenne pro-portionelle arithmétique entre les deux circonférences di 8c h e du cône tronqué.
- La fiirface d’un plan elliptique eft égale à celle d’un cercle dont le diamètre eft d’une grandeur moyenne proportionnelle géométrique entre fon grand 8c fon petit diamètre ; de même la furface d’un ellipfoïde eft égale à celle d’une Iphere moyenne proportionnelle géométrique, ainfi que là fiirfaee plane. {Fig. J2 ).
- §. IV. Mefure des Corpsfolides. 1
- On a le produit des folides reélangles, comme les cubes, les parallélépipèdes & les prifines , en multipliant le produit de la fiirface de leurs bafes par leur hauteur. Lorlque le côté d’un cube contient trois termes, ainfi que l’indique la Figure JJ ; le calcul en devient très-compliqué à caufe des différentes efpeces de folides que produifent les corps des trois dimenfions indiquées par les lignes ponétuées de la figure.
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- Section I II* Des Corps Solides en général* 2f
- Un cube dont le côté eft compofé de toifes , de pieds, <3t de pouces, contient premièrement le cube du premier terme, ou des toifes quarrées multipliées par des toifes courantes , ce qui donne des toifes cubes.
- Plus, trois parallélipipedes du quarré du premier terme multiplié par le fécond , c’eft-à-dire, des toifes quarrées multipliées par des pieds courants, ce que Ton nomme des pieds de toifes cubes ; il en faut fix pour faire une toile cube.
- Plus, trois prilmes du premier terme multiplié par le quarré du fécond * ou des toifés en longueur multipliées par des pieds quarrés ; il faut 36 de ces pieds quarrés de toifes cubes pour faire une toife cube.
- Plus, le cube du fécond terme, ou des pieds quarrés, multiplié par des pieds courants, ce qui donne des pieds cubes ; il en faut 216 pour une toifé cube.
- Plus, trois parallélipipedes du quarré du premier terme par le troifiéme, ou des toifés quarrées multipliées par des pouces courants , que l’on nomme pouy ces de toifes cubes : il faut 12 de ces pouces de toilés cubes pour un pied de toilé cube , & 72 pour une toife cube.
- Plus, trois ^ prilmes du premier terme par le quarré du troifiéme, ou des toilés en longueur multipliées par des pouces quarrés : il faut 144 de ces pouces pour faire un pied de toife cube , & 5,184 pour faire une toife cube.
- Plus, fix prilmes du premier terme multiplié par le produit du fécond terme par le troifiéme , ou des toilés en longueur multipliées par le produit des pouces multipliés par des pieds quarrés, ce qui donne des pouces de pieds de toifes cubes.
- Plus, trois prilmes du quarré du fécond terme multiplié par le troifiéme, ou des pieds quarrés multipliés par des pouces courants , ce qui donne des pouces de pieds cubes 1 il en faut 12 pour un pied cube , & 2,592 pour une toilé cube.
- Plus, trois prifmes du fécond terme par le quarré du troifiéme, ou des pieds de longueur multipliés, par des pouces quarrés : il faut 144 de ces pouces pour faire un pied cube.
- Plus, le cube du troifiéme terme, ou des pouces quarrés multipliés par des pouces, ce qui donne des pouces cubes : il en faut 1,728 pour un pied, & 373,248 pour une toife cube.
- Pour avoir le toifé d’un lolide qui n eft compofé que d’un terme, l’opération eft facile ; car en lùppolànt que chaque tranche de pieds ou de toifes en enferme un certain nombre , on répétera ce nombre autant de fois qu’il y aura de tranches de pieds ou de toilés. ( Voyelle parallélipipede , Figure ,
- & le prijme > Figure 25 ) > où font indiquées les tranches de pieds ou de toilés.
- En général un prilme contient toujours en folidité trois pyramides de même bafe & de même hauteur; ainfi on a la folidité d’une pyramide quelconque , Menuisier. p
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- 22, MENUISIER, I. Part. Chap. II.
- en multipliant le produit de là bafe, par là hauteur perpendiculaire , duquel produit oh prendra le tiers qui fera la folidité de la pyramide ; ou bien multipliez la bafe par le tiers de là hauteur , ce qui eft la même chofe. ( Voye[ les Fig. 36 & 37), ou font démontrées les coupes deces trois pyramides dans un priline triangulaire.
- On a la folidité d’un cylindre en multipliant la forface de fa bafe par fa hauteur.
- La folidité du cône eft égale au tiers de la folidité d’un cylindre de même bafe & de même hauteur : ainfî il faudra multiplier la forface de là bafe par le tiers de là hauteur.
- Pour avoir ïa folidité d’un cône tronqué, on lui ajoutera un autre petit cône fait par la prolongation des côtés du grand ; on évaluera enfuite la folidité du petit, que l’on retranchera de la folidité du grand, prife du fommet du petit ajouté au grand, & le reliant exprimera la folidité du cône tronqué.
- La folidité de la Iphere eft à celle d’un cylindre circonfcrit, comme 2 eft à 3 , c’eft-à-dire , les deux tiers.
- Pour l’avoir plus promptement, on multipliera là forface par le tiers d’un de fes rayons, d’où il liât que la Iphere eft égale en folidité à une pyramide ou à un cône qui aurait pour bafe la furface de la Iphere, &pour hauteur Ion rayon ou demi-diametre.
- La folidité d’un ellipfoïde eft égale à celle d’une Iphere dont le diamètre eft moyen proportionnel entre le grand & le petit diamètre d’un ellipfoïde.
- CHAPITRE SECOND.
- Des Bois propres à la Menuiferie.
- Le s bois propres à la Menuilèrie, lont le chêne tendre & dur, le châtaignier, Je noyer, l’orme, le hêtre, le làpin , le tilleul & le peuplier.
- De ces différentes fortes de bois, il n’y a que le chêne, le châtaignier , le fapin & le tilleul qui foient propres aux ouvrages de bâtiment ; l’orme fort à faire les bâtis des voitures, & le noyer à en faire les panneaux.
- Le noyer fort auffi à faire des meubles en tout ou en partie, ainfi que le hêtre.
- Pour ce qui eft des bois de marqueterie , ce font le noyer noir & blanc, & le poirier fauvageon, lefquels font moins chers que les autres bois rares & de couleurs qui nous viennent de l’Étranger, & font connus fous le nom de bois des Indes ; lavoir, les bois de Bréfil, d’acajou de toute efpece, le bois latine, le cèdre, 1 olivier, le laurier aromatique de couleur maron ou quelques-fois violet, le bois de fainte Lucie, le bois violet d’une odeur agréable, le Fer-nambouc, dont la couleur approche de celle de l’or; enfin l’ébeiie de quatre
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- Section 1. Des différentes qualités des Bois. 2 J
- différentes elpeces, lavoir, la noire , la rouge, appellée grenadillc, la verte, & Tébene de Portugal', qui eft noire parlèmée de taches blanches.
- Tous ces différents bois fè vendent à la livre à caufè de leur rareté , & ne s’emploient quen placage. Les Ébéniftes emploient auffi dans leurs ouvrages Pétain , le cuivre, la nacre de perles, l’écaille & l’ivoire , comme nous l’expliquerons en parlant de l’Ébénifterie.
- Section première.
- Des différentes qualités des Bois.
- On diftingue auffi les bois félon leurs qualités bonnes ou mauVaifes ; mais en fait de bois de Menuiferie, il n’y a prefque que le chêne qui foit affiijetti aux différentes régies dont je vais parler.
- On emploie dans la Menuiferie de deux efp eces de chêne , lavoir , le dur & lé tendre. Le dur fe nomme bois François ou de Pays , lequel vient du Bour-bonnois & delà Champagne. Le Bourbonnois eft dur , noueux, rebours, & étant flotté il eft fouvent rempli de gravier ; là couleur eft pâle & grife ; il eft très-difficile à travailler ; il fe tourmente ordinairement, & ne doit s’employer qu’aux ouvrages groffiers qui demandent de la folidité : on doit obfèr-ver fur-tout de ne jamais l’employer pour faire des panneaux, parce qu’ils fe-roient fujets à fe fendre & à fe cofiner.
- Le bois de Champagne eft moins dur & moins noueux que le précédent ; il eft d’une couleur jaune , & peut s’employér pour des panneaux lorfqu il eft bien fec, & qu après avoir été refendu en planches minces ou yoliges, on l’a laiffé quelque temps à l’air.
- Le bois tendre eft celui que l’on nomme bois de Lorraine ou de V'ofges, lequel diffère des premiers, non-feulement parce qu’il eft plus tendre, mais auffi parce qu’il eft plus droit & plus égal ( étant refendu par des moulins ), & qu’il n’eft point flotté ainfî que les autres. Ce bois eft très-propre aux ouvrages des dedans, comme les Lambris, les Alcôves, les Armoires, les Buffets, Sc tous autres ouvrages qui ne font pas fujets à l’humidité : en général il eft d’une très-belle couleur, le plus tendre étant d’un jaune clair parfemé de petites taches rouges. Le grain de ce bois eft large & poreux, & prefque toujours fans nœuds ni gale. Lorfqu’il eft d’une qualité trop tendre , on ne doit l’employer que pour les panneaux & les ouvrages de fculpture, mais jamais pour les pièces d’affemblage , parce qu’étant très-gras, fes fils trop courts l’expofent à fe caffer. La plupart des bois de Vofges étant refendus dans toute la largeur des arbres, le bois des deux rives des planches eft d’une pareille denfité & d’une même couleur, ce qui, dans certaines circonftances, eft agréable à la vue ; mais ils font toujours plus fujets à fe retirer & à fe tour-
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- 24 MENUISIER, Î.Part.Chap.II.
- menter que les bois cartelés, & qu’ on a refendus fur la maille;
- Le bois de Fontainebleau tient le milieu entre le bois François & le bois de Vofges ; il eft moins dur que le premier & moins tendre que le fécond, ce qui le rend très-propre pour l’affemblage, ainfi que pour les moulures ; il fe travaille aifément, & reçoit mieux le poli que le bois de Vofges, qui étant trop gras, a les ports très-ouverts, & eft toujours rude , quelque précaution que l’on prenne en le travaillant.
- Le défaut du bois de Fontainebleau eft d’être fujet à une efpece de ver, qui y fait des trous de la grofleur du doigt fur cinq à fix pouces de long, & même plus, lefquels ne s’apperçoivent quelquefois que quand fouvrage eft prefque fait ; il eft auffi ftijet à être fendu par le milieu, ce qui fait qu’il n’eft propre que pour les bâtis , & prefque jamais pour les panneaux. Sa couleur eft très-belle , & un peu plus foncée que celle du bois de Vofges ; fon grain plus ferré, & fos pores moins ouverts : on le rendroit propre pour les panneaux, fi on le refendoit fur la maille.
- On fait encore ufàge de bois de chêne du Nord , dit de Hollande , parce que c’eft dans ce pays qu’il eft fabriqué ou débité en planches. Autrefois on appor-toit ce bois en France de toutes fortes d’épaifteurs, ainfi que les autres bois J mais préfentement il n’en vient prefque plus que de fix & de neuf lignes d’é-paiffeur, ce qui fait qu’on ne s’en fert que pour faire des panneaux, à quoi il eft très-bon , parce qu’il eft refendu fur la maille ; c’eft pour cette raifon que les planches de ce bois ont toujours une rive dure & une tendre; ces rives ne font prefque jamais droites, parce que l’on fend les arbres par quartiers avant de les refendre, ce qui fait qu’il y a beaucoup de déchet dans l’emploi de ce bois, fur-tout quand il eft néceflaire que les planches foient d’une certaine longueur ; de plus, la rive dure étant très-rude & prefque toujours prife au cœur du bois , on eft obligé d’en hacher un pouce ou deux, ce qui joint à la courbure des planches, diminue confidérablement de leur largeur. Au refte, lorfque ce bois n’eft pas trop dur , il eft très-propre à faire des panneaux ; & ce qu’il a d’avantageux fur le bois de Vofges, c’eft qu’étant prefque auffi tendre, il eft moins fujet à fe travailler , fon grain étant plus ferré & moins poreux : ce bois eft prefque toujours refendu fur la maille, ce qui le rend moins fuf-ceptible aux impreffions de l’air ; fa couleur eft d’un jaune de paille , tirant quelquefois fur le brun: il eft refendu au moulin, ainfi que le bois de Vofg es, & n’eft point flotté.
- Il y a encore une autre efpece de bois qu’on emploie pour les panneaux, on le nomme Mérin, ou Crefon ou Courfon , en terme d’ouvrier ; il n’eft pas refendu à la foie , mais au coutre , ainfi que la latte & le bois des féaux. Anciennement il étoit fort en ufage, mais depuis que l’on donne une certaine grandeur aux panneaux, on l’a totalement abandonné, les plus longues pièces de ce bois n ayant que quatre pieds à quatre pieds & demi de longueur : on
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- Section I. Des differentes qualités des Bols. 25
- ne s en fert plus que pour faire des panneaux de parquet, le relie étant employé à faire des féaux, des douves de tonneaux & des lattes, ce qui fait que le beau bois devient très-rare en France, le plus beau étant employé à ces fortes douvrages.
- Le châtaignier eft auffi. très-propre à la Menuiferie ; mais il eft très-rare à pré-lent : la couleur de ce bois eft d'un beau jaune clair ; fes fils font droits & parallèles , & on prétend que jamais la vermine ne s'y attache. Les charpentes des combles de nos anciens édifices font prefque toutes de ce bois ; mais depuis l'hiver de 1709, où prefque tous ces bois ont été gelés, on les coupe en taillis pour en faire des échalats, du bois pour les treillages, & des cerceaux.
- Les défauts qui fe rencontrent dans les bois dont je viens de parler, font l'aubier , les Haches, les nœuds, les malandres, les gélifs ou gelivures , ou enfin givdures en terme d'ouvrier , les gales., les fiftules , les roulures, les rougeurs ou échaufïures, les piquures de vers , & la pourriture.
- L'aubier eft la derniere croiilànce de l’arbre, laquelle fe trouve entre l'écorce & le bon bois d’une plus ou moins grande épaifleur, félon que le bois eft plus ou moins tendre. Il eft fort aifé à diftinguer, parce que non-feulement il eft plus tendre que le refte, mais aufîl par fà couleur, qui commence par être rougeâtre lorfque le bois eft encore vert, & qui blanchit à mefiire qu'il feche , de forte que quand il eft parfaitement fec, il eft tout blanc Sc fouvent parfemé de piquures de vers.
- Il faut avoir grand foin de retrancher totalement l’aubier des bois que l’on emploie, parce que fi on en laiiloit, il feroit bien-tôt vermoulu & tombe-roit en pouffiere.
- Les flaches font des défauts qui dépendent de l'équarriflàge , lorfqu'il n a pas été fait à vive arrête ; ils occafionnent lors du corroyage une grande perte de bois, & fi on ne le retranchoit pas , l'ouvrage feroit très-difforme.
- Les nœuds font la fortie, ou pour mieux dire , le centre d'une branche 9 lefquels venant à palier au travers du corps de l'arbre, non-feulerpent en dérangent & en féparent les fils, mais encore percent les planches lorsqu'elles font refendues, & les font fendre ; dans ce cas on les appelle nœuds vicieux , & ils ne peuvent pas être employés : le bois dur & tortueux y eft très-fujet ; le fapin quoique droit en eft rempli, fur-tout celui d'Auvergne. Ces nœuds font plus durs que ceux du chêne, & forcent d eux-mêmes lorfque le bois vient à fe fécher.
- Les malandres font des veines de bois tantôt rouges tantôt blanches , qui tendent à la pourriture, & pour cette raifon il eft nécelfaire de les retrancher.
- Les gélifs ou gelivures, font des fentes caufées par les fortes gelées. Lorf-quune planche eft ainfi fendue par un bout, il faut la refendre à la foie tout du long, & y faire un joint, fins quoi cette fente iroit toujours en augmentant.
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- al5 M E N'U I s I E R, l Part. Chap. Il
- Les gales font des défauts femblables à de petits nœuds, lefquels ne Font qu endommager la furface du bois qu’ils défigurent, fans pour cela le mettre hors de fervice.
- Les fifiules ne font autre chofe que des coups d’outils, tels que les haches, les coignées, lefquels fe trouvent fur les bois, ainfi que des balles qui s’y rencontrent quelquefois.
- Les roulures font des défauts de liaifon qui fe trouvent entre la croiflân-ce de la fève d’une année, avec celle de la précédente, de forte que le bois fe fépare de lui-même : ce défaut eft des plus confidérables , 8c doit faire rebuter les bois qui en font attaqués.
- Le bois rouge eft celui qui eft couvert en tout ou en partie de taches rouges 8c flambées ; ces taches qui font un commencement de pourriture , indiquent un arbre qui étoit en retour fur pied : ce bois s’échauffe, devient piqué de vers , & enfin fe pourrit.
- Le bois tranché eft celui dont les fils traverfent fon épaifleur, & par confé-quent ne font pas parallèles à fa forface, ce qui eft un défaut d’autant plus grand, qu’il ôce la force du bois, & le rend peu propre à faire des afTem-blages , lefquels n’ont de bonté qu autant que les bois font de droit fih
- Il y a de deux fortes de noyers, ainfi que je l’ai déjà dit, le blanc & le noir. Le blanc fe nomme 'Noyer femelle , & eft tiré d’arbres jeunes, ou qui ont crû dans des terreins humides : il eft moins eftimé que le noir, cependant il a l’avantage d’être plus de fil, & plus propre aux ouvrages d’afo femblage.
- Le noyer noir eft plus eftimé, 8c par conféquent plus cher que le blanc ; il eft ferme & plein, 8c quelquefois même très-dur : il eft peu de fil ; fa couleur eft grife, avec des taches ou veines plus foncées tirant fur le noir. En général le noyer n’a point d’aubier, & n’eft fojet qu’aux vers lorfqu’il eft vieux. Le meilleur vient d’Auvergne.
- L’orme eft un bois liant, dont le grain eft ferré 8c veiné : fà couleur eft rougeâtre, ou bien jaune tirant fur le vert ; il n’a point d’aubier , ou du moins celui qu’il a eft dur & s’emploie fans aucune difficulté : il eft aflez de fil en l’employant d’une longueur médiocre , & n’a pas beaucoup de nœuds vicieux.
- Le hêtre eft un bois plein, dont le grain eft ferré & de fil : fa plus belle couleur eft un blanc rouffeâtre ; il n’a point d’aubier, mais il eft fojet à s’échauffer & à être piqué de vers : il fe tourmente toujours fi foc qu’il foit, ce qui fait qu’on ne l’emploie pas dans les ouvrages de bâtiments, mais feulement dans le meuble.
- Le fàpin eft un bois léger, tendre 8c de fil, mais de dureté inégale : fà couleur eft blanche avec de petites raies vertes, lefquelles deviennent jaunes lorfqu’il eft fec; il fo travaille difficilement : il n’a point d’aubier, mais beaucoup de nœuds, fur-tout celui d’Auvergne, comme je l’ai dit ci-deffos : celui
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- Section IL De la façon ôC de Vempilage des Bots. 27
- de Lorraine en a moins , & eft plus uni. En général ce bois eft füjet à s’é-chauffer & à être mangé de vers ; on ne doit l’employer qu’à de légers ouvrages , comme tablettes, cloifons & petites portes ; car pour les autres ouvrages , non-feulement il dure peu, mais auffi ils ne font jamais propres, & coûtent toujours très-cher , ya leur peu de durée & leur mauvais ufage. On prolonge beaucoup là durée en le. couvrant de peinture à l’huile.
- Le tilleul eft une elpece de bois blanc, plus uni & plus plein que le lapin : il eft très-propre aux ouvrages de fculpture, parce que quand il eft bien foc , il prend aifément la colle & fo coupe bien ; mais auffi a-t-il le défaut d’être de peu de durée quant aux ouvrages de bâtiments ; fon ulàge n’eft gueres meilleur que celui du lapin.
- Le peuplier eft auffi de couleur blanche : ce bois eft mou, difficile à travailler , & ne s’emploie que rarement.
- Section Secondé.
- De la façon ÔC de l’empilage des Bois.
- P a R la façon des bois non ouvrés , on entend la maniéré de les refendre & de les équarrir, ce qui fo fait de différentes façons, félon la nature, la qualité, & la groffeur des bois ; ils fo refendent au moulin , ce qui eft la meilleure maniéré, ou bien à bras , par des ouvriers appelles Scieurs dais ou Scieurs de long, ce qui eft la même chofo. Je ne parlerai point ici de l’exploitation des bois dans les forêts ; je me contenterai de dire feulement qu’ils font fciés & débités en groffeurs & en longueurs relatives à nos différents befoins, & que le bois ainfi préparé fo nomme bois d'échantillon , lequel fo trouve abondamment de toute elpece & de toute qualité poffibles dans les chantiers des Marchands de bois , lelquels pour l’ordinaire le font débiter eux-mêmes & pour leur compte , & le font voiturer dans leurs chantiers ou ma-gafins à Paris.
- Les bois débités ou équarris prennent différents noms félon leurs groffeurs, & félon la place qu’ils occupoient dans le corps de l’arbre : on les appelle doffes, contre-doffes, battants de portes cocheres > membrures, chevrons, enfin planches Sc voliches ou voliges.
- Les doffes font les premières levées que l’on fait for le corps de l’arbré pour l’équarrir, après en avoir ôté l’écorce , comme celles cotées g g, Fig. 5 & G.
- Lorfque le diamètre de l’arbre eft trop confîdérable, & qu’on craint que les doffes ne deviennent trop épailfos, on y fait une double levée , laquelle fo nomme contre-doffe , c eft-à-dire, quelle eft entre la doffe & le vif du bois , ainfi que font celles cotées h h9 Fig. G. Lorfque le bois eft beau , les contre-doflfes font très - tendres , étant très - proches des rives de l’arbre : elles n’onc de l’aubier que for leurs extrémités, au lieu que les doftès en ont for toute leur partie bombée : l’épaiffeur des contre-doffes n’eft pas précifo ; elle varie de-
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- MENUISIERÿ LPart.Chap.il.
- ----puis deux jufqu a quatre pouces. Après qu’un arbre eft ainfi équarri, on le re-
- Planche fend en battants ou en planches , félon que fa qualité dure ou tendre fait ju-1V" ger eft propre à l’un ou à 1 autre, à moins toutefois qu’on ne refende les planches de toute la largeur de larbre, ce qui arrive quelquefois,fur-tout dans le bois tendre, ainfi que je le dirai ci-après.
- Les battants des portes-cocheres ont ordinairement douze 5 quinze, ou même dix-huit pieds de longueur, fur un pied ou quinze pouces de largeur , pour les plus grandes longueurs, & fur quatre à cinq pouces d’épaiffeur : ils font prefque toujours de bois d’une qualité dure ; il foffit qu’ils ne foient pas noueux ni fendus : il s’en trouve de bois de Vofge ; mais ils font chers & très-rares.
- Les membrures ont de longueur depuis fix jufqu à quinze pieds par différence de trois en trois pieds , c’eft-à-dire , qu’il y en a de fix , neuf, douze * & de quinze pieds ; elles portent fix pouces de largeur for trois pouces d’é-
- Les chevrons portent la même longueur que les membrures, & quelquefois plus, for trois à quatre pouces quarrés, c’eft-à-dire, qu’ils ont autant d’épaifleur que de largeur.
- Les planches ont fix, neuf, douze, quinze, & même dix-huit pieds de longueur, for un pouce, quinze lignes, un pouce & demi, un pouce neuf lignes, & deux pouces d’épaifleur.
- U y a aufli des planches de fept pieds de long ; mais elles font plus rares que les autres , & on a de la peine à en trouver de toute épaifleur.
- Pour la largeur des planches de bois François , elle varie depuis neuf pouces jufqu’à un pied ; cependant celles de pouce & demi & de deux pouces, ont ordinairement un pied de large, & celles au-deflous de cette épaifleur depuis neuf jufqu’à dix ou onze pouces tout au plus.
- U eft encore une autre efpece de bois François mince , nommé Entrevoux , lequel ne porte que neuf à dix lignes d’épaifleur , for fix, fopt, ou neuf pieds de longueur, lequel eft propre à faire des panneaux , pourvu qu’il foit beau & tendre.
- Pour ce qui eft du bois de Vofge, il y en a de toutes les longueurs & épai£ fours dont j’ai parlé ci-deflus , excepté qu’il n’y en a pas de fix & de fept pieds» ou du moins bien peu : il y en a aufli de trois pouces d’épaifleur, for douze pieds de long. Pour là largeur elle n’eft pas fixée : car dans toutes les différentes longueurs & épaifleurs de ce bois, il y en a depuis fix ou fept pouces de largeur jufquà dix-huit, vingt, & même vingt-fix à trente pouces ; c’eft pourquoi les Marchands ne vendent pas ce bois à la toifo courante comme les autres , mais par chaque rang de pile, lequel a quatre pieds de largeur.
- Pour faciliter la connoiflànce des largeurs & épaifleurs des bois de Me-nuiferie relativement à leurs différentes longueurs , j’ai joint une table ou
- tous
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- S e cri o n IL De la façon SC de Vempilage des Bois. 29
- tous les bois d’échantillon font diftingués félon leurs longueurs *, largeurs & épaifleurs.
- TABLE des Battants de Portes-cocher es.
- Longueurs. Largeurs. Epaifleurs.
- Pieds. Pouces. Pouces.
- • 18 15 S
- 1J 12 4
- 12 12 4
- TABLE des Membrures.
- Longueurs . Largeurs. Epaifleurs.
- Pieds. Pouces. Pouces
- IS 6 3
- 12 6 3
- 9 6 3
- 7 \ 6 3
- 6 6 3
- TABLE DES PLANCHES. >
- Longueurs.
- Pieds, Pouces. Lignes. Lignes Lignes. Lignes. Lignes. 1 Pieds. Pouces
- l8 2 21 I
- ïf 2 21 18 15 12 I
- 12 2 21 l8 15“ I 2 i ou 5>Po
- 9 2 21 l8 12 IO 1 ou c?po
- 1 - 18 12 IO 9 ou ioPo
- 6 2 l8 12 IO 9 ou 1 oPo
- Les bois de Hollande n entrent pas dans le nombre de ceux dont je fais ici mention* parce que ce n’eft que du bois mince, lequel le vend à la poignée ou bien au rang de la pile : fes longueurs font de fix, fept, neuf* ou douze pieds for l’épaifleur de fix ou neuf lignes.
- Le plus épais de ces bois fe nomme trois quarts * à caufe quil doit avoir neuf lignes d’épaifleur * quoique fouvent il n en ait que fept ou huit tout au plus.
- Le plus mince fe nomme feuillet * & n’a que quatre à cinq lignes d’épaifleur quoiqu’il doive en avoir fix.
- Il eft à remarquer que le bois François eft toujours plus épais que le bois de Volge à chaque échantillon* c’eft-à-dire, que le premier a toujours deux à trois lignes plus que fon épaifleur * de forte que le bois de pouce a quelquefois quatorze à quinze lignes * & qu’au contraire le dernier a prelque toujours une ligne de moins qu’il ne doit avoir * ce qui eft un défaut ; mais auffi a-t-il l’avantage d’être plus droit que l’autre , & d’avoir moins de déchet.
- Pour ce qui eft des voliges de chêne * les Marchands de bois n’en vendent que très-rarement ; les Menuifiers fe fervent de bois de Hollande pour les pan-Menuisier. H
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- 3o MENUISIER,7. Part. Chap. IL
- neaux minces , ou bien ils font refendre chez eux des planches fur le champ > HE delepaiflèur & de la qualité qu’ils jugent à propos.
- Le fapin n’eft pas jfujet aux réglés de groffeur dont je viens de parler, du moins pour celui qu’on emploie dans la Menuiferie de Bâtiments.
- Celui d’Auvergne porte ordinairement douze pieds de long fur quatorze à quinze lignes d’épailfeur; fa largeur varie depuis dix jufquà quatorze à quinze pouces.
- Celui de Lorraine ne porte que onze pieds de longueur au plus ; il y en a d’auffi épais que celui d’Auvergne : mais l’épailîeur la plus ordinaire eft de dix à douze lignes : fa largeur varie ainfi que celle de ce dernier.
- Il y a auffi du feuillet de fàpin de Lorraine, de même longueur que les planches , lequel porte depuis fix jufquà huit lignes d’épailfeur.
- Le noyer & l’orme ne fe trouvent pas débités en planches ainfi que les autres bois ; pour peu que les Menuifiers en carrolîes foient un peu opulents , ils achètent des corps d’arbres tout entiers qu’ils font débiter eux-mêmes , favoir, l’orme par tables de cinq pouces d’épailfeur, & le noyer par tables de trois pouces ; ils font encore refendre le noyer noir pour faire des panneaux par tables de quatre lignes d’épailfeur, lefquelles ont de largeur celle du corps de l’arbre, quia^ quelquefois deux à deux pieds Sc demi de largeur.
- Le hêtre fe trouve débité par planches de quinze à dix-huit lignes , & même deux pouces d’épailfeur fur fept, neuf, Sc douze pieds de longueur; on vend auffi des tables de ce bois propres à faire des établis de Menuifiers, des tables de cui-fine Sc des étaux de Bouchers, lefquelles tables portent de longueur depuis fept jufqu’à douze , Sc même quinze pieds, fur dix-huit à trente pouces de large, & cinq à fix pouces d’épailfeur.
- Quoique les bois qu’on a choifis ayent par eux-mêmes toutes les qualités re-quifes , il eft encore nécelfàire de veiller à leur confervation, Sc comme le bois de Menuiferie ne doit être employé que très-fec , il eft de la derniere confé-quence aux Menuifiers d’être toujours bien approvifionnés de bois de tout échantillon , lefquels ils confervent & font fécher dans leurs chantiers avant de les employer.
- Ils doivent auffi avoir foin que leurs chantiers ne foient pas dans un endroit trop bas , ni planté d’arbres, parce que la chûte & l’amas des feuilles empêcherait. l’écoulement des eaux, lefquelles pourriroient les couvertures & le pied des piles. ~ .
- Le ter rein occupé par les piles , doit être plus haut que le refte du chantier, afin que les eaux n’y féjournent pas; il faut qu’il foit bien drefîe Sc de niveau, après quoi on pofe deflus des pièces de bois cotées A, que l’on nomme chantiers , lefquelles ont de longueur la largeur de la pile , qui eft ordinairement de quatre pieds ( quoique quelquefois on les fafîè plus larges ) ; on leur donne le plus d’épailfeur qu’il eft poffible , afin qu’ils élevent la pile davantage.
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- Section IL De la façon 3C de V empilage des Bois. 31
- On met les chantiers diftants des uns les autres de trois en trois pieds ; leur deflus doit être bien dreffé & dégauchi, après quoi on empile le bois deflus, après avoir pris la précaution de mettre de mauvaifes planches au premier rang pour empêcher l’humidité de tranfpirer. On fait les piles de deux maniérés, félon que le bois eft encore mouillé ou quil eft fec. s
- Dans le premier cas on empile à claire-voie, ce qui fe fait des deux maniérés foivantes.
- La première efl: d’efpacer les planches les unes des autres d’une diftance à peu-près égale aux deux tiers de leur largeur , & de féparer chaque rang de planches par des lattes ff9 lefquelles en les féparant, les empêchent de fe toucher, & les entretient d’une façon folide les unes for les autres, de forte que l’on peut faire monter des piles jufqu’à vingt & vingt-cinq pieds de haut. ( Fig. /).
- La fécondé maniéré de faire des piles à claire-voie eft de les faire quarrées , c eft-à-dire , de leur donner autant de largeur que les planches font longues, ce qu’on fait en mettant d’abord un rang de planches efpacées ,à diftance égale les unes des autres. comme dans la première maniéré, de forte toutefois que la largeur des planches & l’efpace qui eft entr’elles foit égal à leur longueur ; en-fuite de quo? on remet pardeffos ces planches un autre rang dans le même ordre Sc en fens contraire , ce qui fait qu’on n’a pas befoin de lattes , & que les plan-chesont plus d’air entr’elles ; cependant on ne doit pas les laiffer long-temps empilées de cette façon , de crainte que le bois ne s’échauffe dans les endroits qui portent les uns for les autres. (Fig. 2).
- Les chevrons de fix & de neuf pieds s’empilent de cette façon, fans cependant être à claire-voie.
- La maniéré d’empiler le bois fec ne différé de la première de ces deux maniérés , qu’en ce que les planches fe touchent les unes les autres , au lieu d’être à claire-voie*. On fépare chaque rang avec des lattes que l’on met d’une diftance égale à celle des chantiers, c’eft-à-dire, de trois en trois pieds, afin que les planches foient toujours droites & ne fe gauchiffent pas, ce qui s’appelle caujjiner ou déjetter, ou enfin coffiner, en terme d’ouvrier, quoique cependant ce dernier terme lignifie plutôt une planche creufée for là largeur que gauchie. ( Fig. 3 ).
- Le deffos des piles fo couvre avec des planches pofées à recouvrement les unes for les autres, un des bouts defquelles pofe for une autre planche ( cotée a, Fig. , que l’on nomme Végout de la couverture , & qui porte à plat for la pile : on doit cependant obforver quelle excède de trois à quatre pouces le devant de la pile, & quelle penche un peu en dehors , afin de faciliter l’écoulement des eaux ; on la calle un peu for le derrière pour cet effet. L’autre bout des planches de la couverture porte for une piece de bois que Ion nomme chevet , qui fo pofe for le champ for deux morceaux de bois c, dans lefquels elle entre en entaille & y eft arrêtée avec des coins d9 afin
- Planche IV.
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- Pianche
- IV.
- 32 ME N U1 SI E R, I. Part. Chap. IL
- quelle ne tourne pas. Le chevet doit être élevé d’un pied & demi au moins, afin que l’eau féjourne moins fur les piles.
- Le milieu de la couverture doit être foutenu par une piece de bois e qui pafle pardeflous ? 8c les deux planches des rives r s , r s, doivent faillir de trois à quatre pouces des deux côtés de la pile, afin que l’eau ne retombe pas le long.
- Lorfqu’on veut donner aux piles plus de quatre pieds d’épaifleur, on doit avoir foin de mettre les lattes en liaifon 3 c’eft-à-dire, que le bout quon mettra pour completter ce que la pile aura de plus de quatre pieds, ( ce qui eft la longueur des lattes ) que ce bout, dis-je, pafte encore fur l’autre planche pour entretenir la folidité de cette même pile? qu’on aura foin d’élever bien d’à-plomb de tous fens , afin d’éviter les accidents que là chûte pourroit occafionner.
- Pour les bois minces , comme le bois de Hollande, la volige de chêne & de fapin , la coutume n eft pas de les empiler à l’air au milieu du chantier P mais de les empiler fous des hangars & au-delliis de la boutique où travaillent les ouvriers P par la railbn , dit-on, qu’ils s’y confervent mieux ; mais je crois malgré 1’ulàge, qu’ils feroient mieux dans le chantier P où ils recevaient l’air de tous côtés 3 & où ils ne feroient pas expofés aux vers.
- Quant à leur confervation, je crois qu’ils ne courent aucun danger étant à l’air. Les piles de bois de Hollande, qui font depuis très-long-temps dans les chantiers du Port de l’Hôpital & de la Râpée 5 fans être aucunement endommagés 3 font de sûrs garants de la vérité de ce que j’avance.
- Ce que je dis ici n’eft que général ; je f^ai parfaitement que tous les Menui-fiers ne peuvent pas avoir de grands chantiers ni de groftes provifions de bois ; mais encore pour peu qu’ils ayent d’économie , ils doivent toujours faire leur poffible pour en être à peu-près échantillonnés, & pour veiller à la confervation du peu qu’ils en ont 5 afin de ne pas être obligés d’en acheter chez les Marchands à mefure qu’ils en ont befoin, parce que le bois qu’ils vendent n’eft prefque jamais fec, ou bien qu’ils le leur font payer très-cher lorfqu’ils en ont.
- Plus les bois font durs, 8c plus ils font de temps à fécher ; c’eft pourquoi on ne doit pas raifonnablement employer de bois qu’il n’ait huit années de coupe au moins, afin de pouvoir faire de bons ouvrages : il ne faut cependant pas qu’il foit trop fec 3 fur-tout pour les ouvrages d’alîemblage ^ où le bois qui n’a plus de fève P 8c dont l’humidité eft totalement expulfée , ne peut être propre.
- Section troisième.
- Du débit des Bois.
- On débite le bois de deux maniérés , lavoir , fur le champ & fur le plat,1 Le bois fur le champ eft celui qu’on fait refendre fui l’épaifTeur de la planche
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- Section III. Du débit des Bois. 33
- chè pour en faire des panneaux & autres ouvrages minces* Le bois débité fur . 'j
- le plat eft celui qu'on fait refendre fur fa largeur pour la divifer en battants, a^c h e en montants, en traverfes , & autres pièces dont on a befoin dans la conftruc-tion de la Menuiferie.
- Quand on fait refendre des planches fur le champ, on doit choifir celles qui font les plus droites, fans fentes & fans nœuds ni gales ; il faut auffi avoir foin qu elles foient d'une belle couleur, ce quon connoît en les découvrant for le plat avec la demi-varlope , ce qui s’appelle fonder le bois ; dans le nombre des planches que l'on trouve propres à être refendues for le champ, il faut préférer celles qui font fur la maille du bois, c’eft-à-dire, dont la furface eft parallèle aux rayons qui s'étendent du centre à la circonférence.
- La raifon qui doit faire préférer le bois fur la maille dans ces fortes d'oc-caftons, eft quil eft moins fojet à fo tourmenter que de l'autre fens, l'air & l’humidité le pénétrant plus difficilement, & la fève qui eft contenue entre les rayons de l'arbre ne faifànt plus d'effet que fur l'épailfeur , au lieu que du dernier fens l'effet fe fait fur la largeur ; c eft pour cette raifon que tous les bois de féaux , & les douves de tonneaux font fendues for la maille.
- Le feul défaut du bois for la maille, eft qu'il fe polit difficilement , les rayons de l'arbre fe trouvant coupés for leur épaiffeur, forment for fa forface des parties dures, lefquelles ont peine à s’unir & la défàffleurent prefque toujours , ou bien elles s’enlevent & y forment des cavités.
- Lorfque le bois eft encore vert, la couleur des mailles eft d'un rouge tirant for le bleu ; mais lorfqu'il eft fec , elles deviennent blanches, & à peu-près femblables à l'intérieur d'un noyau d'abricot ; au refte quand ce bois eft bien fec , & que les panneaux auxquels on l'emploie font bien replanis , ils font un fort bel effet, for-tout dans les ouvrages qui ne font que vernis.
- En général le bois for la maille eft celui qui eft refendu parallèlement aux rayons de l'arbre, ainfi que je l'ai dit ci-deflus : ces rayons font des prolongements du tiflii vafculaire , lefquels joignent & coupent les cercles concentriques formés par les couches annulaires. Quand on refend les arbres de toute leur largeur pour en faire des planches, comme dans la Fig. 7 , toutes celles qui pafo font par le centre font fur la maille, ainfi que celles l1 ; à mefore que les planches s'éloignent du centre, elles font moins for la maille , de forte que celles qui font proches de la circonférence de l’arbre comme celles m m9 nn, font à fens contraire , c'eft-à-dire , parallèles aux couches concentriques.
- Quand on refend les arbres par quartiers, comme on fait aux bois de Hollande,’ on les débite en planches for la maille de deux maniérés ; la première eft de les refendre par des lignes parallèles à l'un des côtés du triangle q, que forme le quartier de l'arbre ; la feconde eft de les refendre par des lignes parallèles à une autre ligne qu'on mene du fommet du triangle r s t> Fig. 8, au point 0, qui eft le milieu de la bafe. Ces deux maniérés font indifférentes en elles-mêmes y Menuisier. I
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- V
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- parce que dans lune ou dans l’autre, il n’y a que les planches les plus parallèles Planche aux rayons qui foient parfaitement fur la maille.
- 1V* On doit cependant obferver de ne jamais refendre les bois de quartier d’un fens parallèle à leur circonférence, comme le quartier p (¥ig. 8), parce qu’il eft plus fojet à fe tourmenter, comme je l’ai dit plus haut.
- Je n’entrerai pas ici dans un détail plus eîrconftancié de la nature & de l’effet des bois lors de leur defféchement ; ceux qui voudront approfondir cette ma-tiere, auront recours au Traité des Forêts de M. Duhamel du Monceau, dans lequel ils trouveront tout ce qu’on peut dire à ce fojet *.
- Pour ce qui eft des bois propres à refendre fur le champ, relativement à leur épaiffeur, ce font les bois de deux pouces refendus en trois , c’eft-à-dire, dans lefquels on fait deux traits de foie, ce qui produit trois planches ou voliges d’environ fopt lignes d’épaiffeur chacune, chaque trait de foie prenant deux lignes de bois : on ne refend pas ce bois en deux, parce que le bois de pouce de Vofge , ou l’entrevoux, fait le même effet.
- Le bois de vingt-une lignes fe refend auffi en trois, ce qui donne trois feuillets d’environ fix lignes d’épaiffeur.
- Celui de pouce & demi fe refend en deux , ce qui produit deux planches de huit lignes d’épaiffeur. On ne doit pas le refendre en trois, parce que les feuillets auroient moins de cinq lignes d’épaiffeur, ce qui eft trop mince.
- Les bois de quinze lignes fe refendent en deux, & donnent deux feuillets de fix lignes & demi d’épaifleur;
- Le bois d’un pouce fe refend en deux, 8c donne deux feuillets très-minces , fur-tout celui de Vofge , lefquels ne font bons que dans les menus ouvrages ; mais en général le moins qu’on peut en employer eft le meilleur.
- Les Menuifiers doivent toujours avoir des bois refendus for le champ de toutes les épaifleurs convenables, afin denêtre pas obligés d’en faire refendre à me-fore qu’ils en ont befoin.
- De plus , le bois anciennement refendu eft toujours meilleur qrn* le nouveau , qui, quelque foc qu’il foit, fait toujours un peu d’effet après avoir été refendu.
- Le débitage des bois for le plat, mérite la plus férieufe attention ; car c’eft du foin & de l’économie avec lefquels ils font débités, que dépend en partie la bonté de l’ouvrage & le profit de l’Entrepreneur.
- ' Avant de commencer à débiter le bois, il eft d’abord néceiïàire de fe rendre compte du nombre des pièces dont on a befoin, fàvoir, fi c’eft des battants, des montants, ou des traverfes ; de leurs longueurs, largeurs & épaiifours : on doit auffi faire attention aux profils & aux moulures qui y feront pouflees ** , à leurs largeurs , s’il y a des pièces qui en ayent des deux côtés, ou bien s’il y en a d’autres qui n’en ont point du tout.
- * Le Traité complet des Bois & des Forêts , 8. vol. in-4. fe trouve chez L. F. Delatour.
- ** Poujjer les moulures, en termes d’ouvriers, c’eft les former dans le bois avec les outils deftinés à cet ufage.
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- Section IIL Du débit des Bois. 35
- Àpfès quoi, on doit prendre des planches ou autres pièces de bois d’une épaifo
- four & d une longueur convenables aux befoins qu’on en a, parmi lefquelles on Planche choifirâ celles qui font les plus droites & plus de fil pour faire des battants, qu’on * débitera en commençant par le plus large, à moins quil ne fe rencontre dans une planche des fentes ou des nœuds vicieux qui traverfent la largeur ; dans ce cas op prend dans la partie foinede la planche un battant de moyenne largeur, & le refte fe débite en traverfes ou autres petites pièces. Avant de débiter le bois, il faut d’abord le fonder ; enfoite on pofo la réglé ou le cordeau fur la plus belle rive ou arrête du bois, pour voir fi elle eft parfaitement droite : s’il arrive qu’elle foitcreüfo, ou ronde, ou bouge, (ce qui en termes d’ouvriers eft la même chofe que ronde ou bombe , ce mot fo prenant pour le champ du bois, comme pour le plat ) , on y marque une ligne qui palîè & affleure le long du creux, ou aux deux extrémités du bouge, d’après laquelle on en mene d’autres parallèles à la première, félon la largeur dont on a befoin. (Fig.g & io').
- Quand les planches font trop courbes, & que dans leur longueur elles peu^ vent contenir deux ou plufieurs longueurs de montants ou de traverfes, on marque d’abord deflus la longueur dont on a befoin, après quoi on la divife en autant de lignes qu’on le juge à propos. ( Fig. //).
- On doit obforver en débitant les bois, de n’en pas prendre de plus longs qu’il ne faut, c’eft-à-dire , de ne pas prendre des battants de huit pieds dans des planches qui en auroient douze , à moins quelles ne foient coupées par des fentes ou des nœuds vicieux ; alors il n’y a plus d’inconvénient à prendre du bois de longueur. (Fig. 12). Hors ce cas, il ne faut jamais prendre de bois plus long qu’il ne faut, c’eft-à-dire, qu’on doit prendre des planches de fix pieds pour des longueurs de cinq pieds ou cinq pieds fix pouces ; des planches de fept pieds pour celles de fix pieds fix pouces ; des planches de neuf pieds pour des longueurs de fept pieds fix pouces, huit pieds , ou huit pieds fix pouces ; ainfi du refte, afin de ménager les bois longs qui font toujours plus chers & plus rares que les autres.
- Cependant les longueurs de quatre pieds Sç demi peuvent fo prendre dans du bois de neuf pieds, parce qu’il n’y a pas de perte, & qu’il y en auroit davantage dans le bois de fix pieds, où les bouts reftans des quatre pieds & demi ne font pas toujours foins , & ne peuvent forvir qu à faire de petites traverfes.
- On ne doit pas débiter les planches qui font parfaitement faines tant for la longueur que for la largeur ; mais il faut les réforver pour faire des panneaux, ou pour être employées de toute leur largeur, & ne débiter que celles qui font fendues ou noueufos , parce que ces défauts s’échappent dans les refentes & dans les coupes des bois, ainfi qu’on peut le voir dans les figures ci-deflus.
- Il faut avoir foin de débiter les bois de trois lignes chacun plus larges qu’il ne faut, parce que le trait de la foie en emporte deux lignes au moins , & que quelque droit que les fcieurs de long refendent, ils s’écartent toujours un peu d’un côté ou d’un autre.
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- On fe fert de craie de Champagne ou de Meudon pour débiter le bois foit avec la régie ou avec le cordeau, ce qui* fe fait de cette maniéré.' On prend une ficelle nommée fouet, que Ton frotte de craie, enfoite de quoi on la fait paflèr par les deux points e m marqués aux deux extrémités de la planche, en obfervant de la faire roidir lur la longueur, puis on l’enleve par le milieu, & on la laiflè retomber lur la planche , fiir laquelle elle marque une ligne très-droite. (Fig. I & z).
- Il faut établir le bois lorfqu’on le débite , c’eft-à-dire , le marquer de certains lignes dont on eft convenu pour indiquer les battants, les traverfes, tant du haut que du milieu & du bas, les battants montants, les montants fimples, & le côté où fe font les alfemblages, & où fe pouffent les moulures.
- Les Figures A A repréfententl’établiffement d’un battant, dont le haut & le côté du dedans eft marqué a. Celle B repréfente l’établiftèment d’une traverfe d’en haut ; le côté de la moulure eft marqué b. Celles C & D repréfentent les éta-bliflèments de deux traverfes de milieu , dont celle C eft la plus haute, comme étant la plus étroite : les côtés c d qui font marqués d’un petit trait, indiquent la moulure la plus large.
- La figure E repréfente l’établiftèment d’une traverfe d’en-bas ; le côté de la moulure eft marqué e.
- Celle F repréfente l’établiftèment d’un battant montant, & celle G celui d’un montant fimple.
- Les Figures //, /, font pour marquer l’endroit où il faut couper un morceau «de bois; on ne fe fort de celle /que pour diftinguer lequel de plufieurs traits eft le meilleur.
- Il faut avoir foin, en établiflantle bois, de mettre le plus tendre du côté de la moulure, en obfervant que le bois fo trouve de fil en la pouflànt ; c’eft pourquoi s’il arrive que le bois foit un peu tranché , on l’établira de maniéré que le fil monte de droit à gauche en regardant l’établiftèment. (Fig. j).
- Le débitage du bois courbe demande aufli beaucoup d’attention, non-foule-ment par rapport à l’économie du bois & à la folidité de l’ouvrage , mais encore quant à la connoiflànce parfaite des ouvrages auxquels ils font néceflàires. Comme cette partie eft indifpenfablement liée avec l’Art du Trait, je ne la traiterai à fond qu’à la fin de la féconde Partie de cet Ouvrage, afin de ne pas m’écarter du plan que je me fois propofé. Je ne parlerai donc ici que des courbes que l’on emploie dans l’ouvrage ordinaire.
- Les courbes dont je vais parler, font de deux fortes : les unes font pour les ouvrages ceintrés for l’élévation, & les autres pour ceux qui font ceintrés for le plan.’Les premières fe prennent dans des planches de largeur convenable, que l’on chantourne félon les différents ceintres que l’on a à faire. Lorfqu’ils font ceintrés defliis Sc deftous, & que la retombée du ceintre demande trop de largeur, on commence par l’évider, puis on colle deftùs la levée qui en fort, (entermes
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- Section 1 IL Dû débit des Bois. 37
- mes d’ouvriers, cette levée fe nomme veau ), ce qui eft très-folide , & en même tems épargne beaucoup de bois. ( Fig.
- Pour’les courbes en plan, on commence d’abord, avant de débiter le bois, par faire des calibres, qui font des morceaux de bois minces, lefquels font chantournés conformément au plan , comme les Fig. 7 & 8, & qui fervent de régies pour débiter le bois. On doit avoir foin que les courbes fe prennent les unes dans les autres autant qu’il eft poflible, ou bien en fe chevauchant ; on évitera le bois tranché le plus qu’on pourra , afin que l’ouvrage en foie plus folide. Voye[ les Fig, 5 & 6*, lefquelles démontrent tout ce qu’on peut dire à ce fiijet.
- Il eft encore une maniéré de ceintrer fiir le plan, qui eft de prendre du bois droit, que l’on travaille 8c façonne prêt à l’aftembler, enftdte de quoi on le mouille du côté oppofé à celui qu’on veut faire creufèr, puis on l’expofe au-deiîus d’un feu de charbon, afin de le moins noircir , & peu à peu on le fait ployer à l’aide d’un Etréjillon ou Goberge , dont on appuyé l’un des bouts contre le plancher , 8c l’autre contre le bois que l’on veut faire courber.
- Cette maniéré de ceintrer les bois n’eft d’aucun avantage, fi ce n’eft d’en épargner la dépenfe ; car du refte elle eft pleine de défauts. Premièrement elle n eft pas propre à toute forte de bois; de plus il faut que le^bois foit un peu vert, fins quoi il cafterait ; on n’eft prefque jamais sûr de le ceintrer jufte , 8c quand même on y parviendrait, rien ne peut garantir que le bois en fe fé-chant ne fe redrefle.
- Je ne parle donc ici de cette méthode que comme d’une chofe à éviter, & pour avertir les jeunes gens de ne fe pas laifter féduire par l’intérêt & par le mauvais exemple.
- Les Menuifiers en carrofîes fui vent cette méthode pour ceintrer leurs panneaux , ainfi que je le dirai en fon lieu, 8c ils font très-bien: fi je la blâme ici, ce n’eft que dans les ouvrages de bâtiments.
- Lorfque le bois eft débité, on fait venir les feieurs de long pour le refendre , lefquels font toujours deux enfemble, & fe fourniflent de feies de toute efpece ; les Menuifiers ne leur fourniftent que deux tréteaux, & deux pièces de bois nommées Coulottes : ( je ne fçai fi ce terme eft très-propre, mais enfin c’eft l’ufàge ). ÇFig, cj).
- Les tréteaux doivent être faits de bois fort, & avoir quatre pieds de large fur cinq à cinq pieds 8c demi de haut ; leur tête n, doit avoir quatre pouces d’épais fur fix pouces de large ; les pieds o, trois pouces quarrés avec une tra-verfe p par le bas : de deiîus & au milieu de cette traverfe, on fait monter deux autres pièces de bois q q, lefquelles viennent buter contre la tête du tréteau à environ quatre pouces du milieu de chaque côté ; entre ces deux montants, & à un pied de deftous la tête du tréteau, on y aftemble une traverfe r, laquelle fert à les retenir.., •
- Menuisier, K
- Pla
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- < Z
- 38 MENUISIER, LPart.Chap.il.
- —— Deffiis & au milieu de chaque tréteau, eft une pièce de bois s, d’environ
- c h e dix-huit pouces de long fiir deux à trois pouces d’épaifléur : fiir ces deux pièces poient les bouts des coulottes r, lefquelles ont de longueur douze à quinze pieds fur trois pouces d’épaifléur , & cinq à lix de largeur.
- Sur les coulottes, & dq côté de la tête , eft un bout de planche y, de deux à trois pieds de longueur, qui eft retenu fur les coulottes par une forte corde x , laquelle le tient folidement attaché à plat fur les tréteaux ; cette corde eft bandée par le moyen d’un garrot y 9 qui s’arrête derrière le montant du tréteau. ( 9)' Cette planche fert à porter le fcieur de long lorfqu’on change la
- planche à refendre, ou bien que le trait eft au bout ; alors il fe retire deflùs. Il doit y avoir un pouce ou un pouce & demi de jour au moins entre les coulottes , afin de laiflèr du partage à la fcie.
- Les coulottes ainfi dilpofées, fervent à refendre le bois fur le plat ; mais pour le bois fur le champ, on les retourne & les met fur leurs largeurs, 8c on les efpace de maniéré que les bois que l’on a à refendre foient pris juftes entre elles : on fait porter le bout des planches fur le tréteau , & on les y attache avec la corde que l’on ferre & arrête comme j’ai dit ci-devant, de forte que les planches à refendre , les deux coulottes & le tréteau tiennent enfemble ; l’autre bout des planches eft porté par un morceau de bois , lequel eft de la hauteur des tréteaux, & qu’on change félon que la fcie avance.
- La fcie des fcieurs de long, (Fig* 10), eft compofée d’un chaflis ou monture de vingt-fix pouces de largeur entre les montants , & de quatre pieds huit pouces de haut entre les traverfés ou fommiers ; cette largeur eft la plus ordinaire ; mais lorfque les fcieurs de long ont du bois très-large à refendre , ils apportent des fcies dont la monture a jufqu’à trois pieds de largeur , & même plus s’il eft néceflàire. Ce chaflis eft ordinairement de lapin, afin d’être plus - léger, & que les montants (/z°. /) ne fe courbent pas : ils, ont ordinairement deux pouces de large fur un pouce & demi d’épaifléur, Sc font aflêmblés à goujon dans les fommiers (no. z ), à travers defquels ils partent ; les fommiers ont trois pouces à trois pouces & demi de largeur par les bouts , & quatre pouces à quatre pouces & demi dans le milieu ; de forte qu’ils font bouges en dehors pour leur donner plus de force : ils ont deux pouces d’épaifléur, & débordent les deux montants de trois pouces de chaque côté.
- Dans le fommier d’en-bas, eft aflèmblé en retour d’équerre un petit chaflis (n°.j), nommé Renard, lequel faille de quatre pouces du fommier, & a environ vingt pouces de long : ce renard fert à tenir la féie par le bas.
- Au haut de la fcie , & fur le fommier, s’aflémble un autre chaflis ( n°. 4), nommé Chevrette, lequel eft diftant du fommier de douze à treize pouces ; les deux montants de ce chaflis font inclinés en dedans, afin qu’ils ne fortent pas de dedans le fommier , & s’aflèmblent dans une petite traverfé arrondie, qui a environ quinze pouces de long, & les excede de trois ou quatre pouces,
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- Section III. Du débit des Bois. 39
- afin que le fcieur de long puiffe s'en fervir pour relever 8c baifler la fcie. —
- Le fer de la fcie (n°. $ ) , eft une lame de fer plate , d’environ une ligne 8c P l a demie d’épaifleur, for trois pouces de largeur par les bouts , 8c quatre pouces au milieu. Pour être bonne, elle doit être plus épaifle du côté de la denture que par derrière, & être exempte de pailles & d’inégalités ; fes deux bouts font arrêtés par des efpeces d’anneaux de fer (no. 6) , que l’on nomme équiers , dans lefquels paflent les fommiers , & qui faillent en dedans & en dehors du chaffis * tant pour recevoir la fcie qui y eft arrêtée par deux goupilles de fer, que pour faire place à un coin de bois ( n0, y ) , que l’on met entre le fommier & féquiers, afin de faire roidir la fcie.
- Ses dents font faites en forme de cremaillée & à angles arrondis : elles font à un pouce de diftance l’une de l’autre, & ont trois à quatre lignes de profondeur ; elles ne fe liment pas quarrément, mais de biais , chaque dent à contre-fens l’une de l’autre. Il faut obferver que ce biais ne régne que dans la partie creufe de la dent, 8c que le bas eft à angle droit ou d’équerre avec la fcie. ( Fig. 11 & 1 z.)
- Pour les ouvrages ceintrés, les fcieurs de long fe fervent de foies nommées Raquettes , lefquelles ne different des autres qu’en ce que la feuille ou lame n’a qu’un pouce ou quinze lignes de largeur au plus, afin de pouvoir tourner plus facilement.
- La lime qui fort à limer ou à affûter la fcie des fcieurs de long, eft d’une forme ovale, de la longueur d’environ neuf à dix pouces, fur la largeur de dix lignes au plus large ; cette lime a un manche de bois, à l’extrémité duquel eft placé un morceau de fer plat, d’une forme ronde d’environ un pouce ou quinze lignes de diamètre, dans lequel font trois entailles qui font de différentes gran- • deurs , & qui fervent à donner de la voie à la fcie. (Fîg. n)-
- En général, donner de la voie a une fcie, c eft en écarter les dents en dehors de leur épaifleur, les unes à droite 8c les autres à gauche , afin qu’elles paffent mieux dans le bois. On donne plus ou moins de voie aux fcies félon leurs différents ulàges, ainfi que je le dirai en fon lieu ; mais en général le moins qu’on peut en donner eft le meilleur ; il faut auffi faire attention que la voie que l’on donne à une fcie ne doit jamais égaler, ou du moins furpaffer la moitié de fon épaifleur, parce que fi cela étoit la fcie feroit deux traits, & par conféquent ne pourroit plus aller. (Fig. 12).
- Les fcieurs de long ne fe fervent pas d’entailles pour limer leurs fcies ; mais ils la liment couchée for le champ, la lame appuyée contre leurs genoux. Des deux fcieurs de long, l’un eft en bas au-deflous des coulottes, & va toujours en avançant ; & l’autre au contraire eft monté deflus le bois qu’il refend, & va toujours à reculons , de forte qu’ils font tournés vis-à-vis l’un de l’autre : lorfqu’ils refendent du bois for le champ & quand il eft commencé à refendre d’une certaine longueur, ils y mettent un coin de bois qu’ils nomment bon-dieu, lequel fort
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- 4o MENUISIER, 1. Part. Chap. III.
- à ouvrir le bois, & par conféquent à faciliter le palTage de la fcie : ils enfoncent ce coin à mefure quils avancent avec un autre morceau de bois mince. (Fig. 14 &
- CHAPITRE TROISIEME.
- Des Profils.
- A p r è s le choix des bois, rien n’eft plus recommandable en cette partie de F Architecture , que T Art des afïemblages , relativement à la foiidité, & celui des Profils pour ce qui a rapport à la décoration. Quoique dans les ouvrages de quelque importance, les profils foient donnés par les Architectes ; il efl néanmoins de la derniere nécefïité pour les Menuifiers, d’entrer dans le détail des différents profils ufités dans la décoration de la Menuiferie , afin de pouvoir parvenir à une parfaite pratique par le moyen d’une théorie sûre & confiante.
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- Section première.
- Des Moulures en général* : r
- Les moulures font partie des ornements de l’Architecture , ( & par confé-quent de la Menuiferie , laquelle fait partie de cette derniere ) , ou pour mieux dire , ce font des caractères diflinélifs, lefquels fervent à donner aux différents ouvrages un caractère de richeffe ou de fimplicité relatif aux différents fujets que l’on traite. On peut donc comparer les Moulures aux lettres dont on fe fort dans l’écriture, lefquelles par la combinaifbn des différents caraéleres, forment une infinité de mots félon la diverfité des langues *.
- Il efl de trois eïpeces de moulures, favoir, les premières, que l’on nomme droites ; les fécondes, creujes ou rondes, &les troifiemes,mixtes* Les moulures droites font les plinthes , les larmiers, les faces foit d'architraves , d’impojles ou de chambranles, les lijleaux grands & petits , 1 es grains d’orge, & les filets. Les creufes ou rondes font les tors , les quarts-de-rond, les aflragales, les baguettes , talons ou bourements, les doucines droites ou renverfées , les cavets & les gorges régulières, &c. Les mixtes font celles qui font formées par deux lignes différentes, & qui par conféquent participent des deux premiers genres de moulures, telles que font les fcoties , les congés méplats , les gorges rompues , les becs de corbin, les boudins, & généralement toutes efpeces de moulures d’une forme * irrégulière.
- On divifo encore les moulures en grandes 6c petites.
- * M. Daviler s’eft fervi de cette comparai- réflexion ne feroit pas mal placée ici, quoique fon dans fes Commentaires } <5c j’ai cru que cette prife fous un différent point de vûe.
- Les
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- Section I. Des Moulures en général. 4*
- Xes premières font les larmiers , les plinthes \ les grands quarts de ronds, les doucines droites ou renverfées , les tors, les fcoties , & les grandes gorges.
- Les fécondés font les ajlragales , les baguettes > les petits talons ou bouve~ ments, les petites gorges > les lijlets, les facettes, les filets ou quarrés , les grains d'orge ou dégagements.
- Les grandes moulures doivent' toujours foryir de couronnement & avoir la prééminence dans un profil, les petites fervant à les accompagner & à les dégager les unes des autres.
- Quoique toutes ces différentes moulures fe puiflent tracer à l’œil, il eft cependant très-nécefîaire de lavoir les tracer géométriquement, afin de s’accoutumer de bonne heure à mettre de l’ordre & de la vraifemblance dans la compofition des profils, pour ne pas s’expofer à tomber dans le défaut des Architectes Goths, lefquels en s’éloignant des formes parfaites & régulières que les Grecs & les Romains donnoient à leurs profils & à leurs moulures, en ont inventé d’autres dont le mauvais goût a régné fi long-temps en France.
- § I. Maniéré de tracer les Moulures géométriquement. x
- On peut tracer les moulures de trois maniérés différentes. > ^ =
- La première , & la plus parfaite , eft de leur donner autant de faillie que de ^ L hauteur, & de les décrire par des quarts de cercle comme le font le quart de rond ou le cavet. ( Fig. / & 2).
- La féconde, en prenant la diftance a b, & en formant une feélion en c, qui formera un triangle équilatéral, du fommet duquel on décrira l’arc de cercle > (Fig-3 & 4)-
- La troifieme enfin , en prenant le point de centre à une diftance moyenne entre les deux premières. ( Fig. y & 6).
- Les doucines & les talons fe tracent de la maniéré fiiivante.
- Du point i au point e, menez la ligne diagonale ie9 que vous partagerez en deux parties égales au point fy par lequel point vous ferez paffer la perpendiculaire g h ; puis du point g 8c du point h , comme centres, vous tracerez deux quarts de rond, l’un en deflus & l’autre en defious de la ligne diagonale ie, lefquels venant à fe rencontrer au pointjf, décriront la doucine ou talon demandés. (Fig. 7 & 10).
- Lorfqu on voudra que ces moulures foient moins reflenties, on fe fervira de la même méthode que pour les quarts de ronds, c’eft-à-dire, que l’on formera des triangles équilatéraux , dont les fommets ferviront de centres , ou bien une diftance moyenne entre le quart de cercle & un triangle équilatéral,
- ( Fig. 8 ,c) 911 & 12). Il faut prendre garde que je fuppofe à ces moulures autant de faillie que de hauteur.
- Quand les doucines font renverfées, on leur donne quelquefois plus de creux Menuisier. L
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- y 1.
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- 42 M E N U I S I E R, I.Part Chap. III.
- », —que de rond ; alors on divife la diagonale en neuf parties égales, defquelles Planche on donne cinq à la partie fiipérieure, c’eft-à-dire , cinq au creux , & les qua-tre autres au rond de la doucine. ( Fig. 13 )•
- Lorfque les moulures auront plus ou moins de faillie que de hauteur, on les diminue de la même maniéré que je l’ai dit ci-deilus, en obfervant que le point de centre n’entre point en dedans de la ligne horizontale, fi la moulure a moins de faillie que de hauteur , ou en dedans de la ligne perpendiculaire, fi elle en a plus; c’eft pourquoi on prendra toujours la diftance du point de centre du plus grand côté. ( Fig. 14 , i$9 16 & ij).
- Les fcoties ou gorges , fe tracent des deux maniérés fiiivantes.
- La première, en divifànt en trois parties égales la hauteur de la fcotie , avec deux defquelles parties vous formerez un quarré dont l’angle, pris au dehors de la moulure, vous fervira de point de centre pour décrire le grand quart de cercle m n : de la troifieme partie reftante , vous ferez la même opération pour décrire le petit quart de cercle n 0, ( Fig. /5).
- La féconde , en divifànt la hauteur de la fcotie en cinq parties égales, deux defquelles fervent pour la partie fiipérieure, & les trois autres pour la partie inférieure de la fcotie : le refte comme à la Fig. 18. ( Fig. 79 ).
- Il eft encore une autre efpece de fcotie antique , dont Vignole néùs a laiiïe le profil ; mais la cavité qui entre dans le Met n’eft pas propre aux ouvrages de pierre & même de bois expofés dans les dehors , parce que les arrêtes étant trop vives , font fujettes àfè cafler , & que cette même cavité conferve l’eau qui tombe defiîis, ce' qui par conféquent les expofe à la pourriture. Cette fcotie ne pourrait être tolérable que pour les ouvrages des dedans, fiir-tout quand ils font exécutés en bronze ou en quelque autre matière dure. (Fig. 20 ).
- Les boudins fè tracent de la maniéré fiiivante.
- Après avoir déterminé la hauteur & la largeur du boudin que vous voulez tracer, vous partagerez la ligne p q en cinq parties égales , quatre defquelles feront pour le corps du boudin , & la cinquième pour le talon, au point du centre duquel vous abaiflèrez la perpendiculaire s t ; puis du point u, & par la fécondé divifion de la ligne p q, vous mènerez la ligne u x9 & à l’endroit où elle coupera la ligne s t, ce fera le centre de l’arc s y, & le point £ fera celui de l’arc y q% Voyelles Fig. 21 & 22 , qui ne différent qu’en ce que les deux moulures ont plus ou moins de renflement, tant dans le corps de la moulure que dans le taloru
- Les tors & les baguettes fe tracent par un demi-cercle ainfi que l’indique la Fig. 23.
- Pour les aftragales, elles fè tracent ainfi que les gorges ou fcôtiës, excepté que dans celles-ci c’efi le convexe qui eft lé côté apparent de la moulure;
- ( Kg- 24)>
- Les moulures droites doivent profiler fur leur quarré , eeft-à-dire , qu’elles doivent avoir autant de faillie que de hauteur, quoique dans certains cas elles
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- Se c t ï o n /. Des Moutures en général. 43
- payent de faillie que les deux tiers, ou même la moitié ; on doit cependant excepter les larmiers , qui doivent avoir plus de faillie que de hauteur, leur P üïagé étant pour mettre à couvert les autres moulures , & pour mettre de Tordre Sc du repos dans un profil, en évitant la confufion que produiroient plu-fieürs moulures rondes ou creufes les unes fur les autres. Voye{ Les Fig. z$ , 26,28,2£) ,3°, 31 &32> lefquelles repréfentent différentes fortes de latmiers, de plinthes, de lifteaux , de filets, de grains d’orge, &c.
- §11. Des Moulures ujitées dans la Menuiferie.
- Ap'R è$ avoir donné la connoiflànce des différentes moulures dont nous venons de parler, lefquelles font relatives à l’Architecture en général, il eft né-celîàire d’entrer dans le détail de celles qui font en ufàge dans la Menuiferie ; car, quoiqu’elles foient les mêmes par leur nature , elles ne laifïent pas d’être très-différentes dans l’exécution , la faillie des moulures ne pouvant pas être la même qu’à celles dont je viens de parler, les moulures de la Menuiferie proprement dite , n’ayant de faillie que le tiers , ou tout au plus la moitié de leur largeur , l’épaiffeur des bois ne permettant pas d’en donner davantage ; de plus, la trop grande faillie des moulures ne fervant qu’à rendre la Menuiferie d’une décoration lourde & pelante, ne pouvant être tolérée que dans les corniches & les plafonds, à moins que la Menuiferie que l’on fait ne foit imprimée en couleur de pierre ou de marbre ; pour lors il efl: nécefîàire de rendre les moulurés fomblables à celles des matières que l’on veut imiter, afin qu’il n’y ait point de contradiction entre la chofe 8c ce qu’elle repréfente.
- De plus , le bois étant une matière plus aifée à travailler que la pierre ou le tnarbre , on doit par conféquent faire les moulures delà Menuiferie plus tendres & pl us refîènties que celles que l’on emploie dans la décoration extérieure des bâtiments.
- On doiÜ auflî avoir égard au rang que la pièce que l’on veut décorer, tient dans un bâtiment, les différents degrés de richeffes devant fo faire connoître jufques dans la plus petite partie de la décoration d’un Appartement ; il faut d’abord fe rendre compte fi la pièce que l’on décore fera imprimée en huile ou en détrempe , fi les moulures feront dorées ou feulement rechampies ; car chacune de tes différentes façons d’imprimer, demande une différente maniéré de profiler. Si la Menuiferie n’eff que vernie, on ne rifque rien de faire les moulurées telles qu’on veut qu elles paroiflent ; fi au contraire elle efl imprimée en dé-rempe , ou même dorée , les moulures doivent changer de forme, c efl-à-dire , que dans ée cas on doit faire les baguettes plus petites, & les dégagements plus forts , parce que fi on n’avoit pas cette précaution, les moulures n’auroient plus aucune forme lorfqu elles foroient peintes, les couches de peinture réitérées les unes fur les autres rempliflànt tous les dégagements, & grofliflànt les petites parties quelles environnent de moitié plus qu’elles ne doivent être.
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- Planche
- VI.
- 44 MENUISIER, 1. Part. Chap. II /.
- On doit aufli prendre garde ii les moulures font taillées d’ornement, parce qu alors il efl néceffaire d’en renforcer toutes les parties , afin que la fculpture paroilfe comme appliquée deffus , & non comprife dans la mafiTe & aux dépens des moulures.
- Les moulures les plus ufitées dans la Menuiferie, font : Les boudins à baguettes. (Fig.33). Les bouvements à baguettes, ou doucines à baguettes, ce qui efl la même chofo. (Fig. 3^}. Les talons renverfés à baguettes. (Figm 35). Les bouvements fimples& à quarrés. (Fig. 36*). Les becs de corbin. (Fig. 37 ). Les talons renverfés à quarrés. ( Fig. 3 #). Les ronds entre deux quarrés. (Fig. 39). Les gorges. (Fig. j^o). Les gorgets. (Fig. 4/). Les congés ou cavets avec quarrés ou fms quarrés. (Fig. 42). Les Mets. (Fig. 43). Les gorges fouillées. (Fig. 44). Les olives. (Fig4$).Les baguettes. (Fig. 46). Les dégagements ou grains d’orge, ou tabijcots. (Fig. 47). Et les quarrés ou filets. {Fig. 48).
- Section Seconde.
- Des Profils de la Menuiferie, SC leurs différentes efpeces.
- t :
- Planche
- VII.
- Ce font les différentes efpeces de profils qui donnent le nom aux ouvrages de Menuiferie auxquels on les emploie.
- Il efl de trois fortes de profils : les premiers font ceux que l’on appelle Jim pie s, c’eft-à-dire , qui n’ont qu’une efpece de moulure , & dont la faillie n excède pas le nud des champs , telles que font les Fig. 1,2,3,4,5, G, 7,8,9,10 , Il & 12.
- Les féconds font appelles à petits cadres, qui font compofés de plufieurs moulures, & toujours pris dans l’épaiffeur du bois ainfi que les premiers ( Fig.
- 13 >14 >*5 & I(T)-
- Les troifiemes , font ceux qu’on nomme à grands cadres ravalés ou embreuvés , Sc dont la faillie excede le nud des champs.
- Les cadres ravalés, font ceux dont la faillie efl prife dans l’épaifleur des bois,, comme font les Fig. 17 & 18. •
- Les cadres embreuvés, font ceux qui font joints aux champs par le moyen des rainures & languettes, nommées embreuvemens , telles que les Fig. 19,
- 20, 2/ & 22.
- On nomme cadres à plates-bandes, ceux dont le derrière entre à vif dans un bâti dont l’arrête efl ornée d’une moulure. ( Fig. 23 & 24)*
- Ainfi on appelle la Menuiferie Jîmple , à petits ou à grands cadres ravalés ou embreuvés, félon que Ton emploie les differents profils dont je viens de parler.
- La diverfité des ouvrages & la plus ou* moins grande richeffè que l’on efl obligé de donner aux profils par rapport aux différents fojets que l’on traite , fait qu’il efl prefque impoflible de déterminer abfolument quelle doit être la
- forme
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- Section I. De V Art des Affemblages• 4y
- forme & l’ordonnance de ces mêmes profils ; mais en général on aura foin quils foient toujours d’accord avec la décoration totale de l’ouvrage auquel on les emploie , de même que cette décoration doit être en rapport avec l’or-, donnance totale du bâtiment. Tels riches que foient les profils, on y affectera toujours le plus de fimplicité qu’il fera poffible, en y évitant la trop grande quantité de membres & les trop petites parties, lefquelles ne fervent qu’à y mettre du défordre & de la confufion.
- Déplus, on ne doit jamais employer dans la décoration de là Menuiferie que, des profils reconnus & ufités par les Maîtres de l’Art, ( c’eft-à-dire les Ar-chiteéles*), afin de ne point donner lieu à des nouveautés prefque toujours yicieufes, & qui ne fervent qu’à corrompre le goût du plus grand nombre.
- Il feroit même fort à fouhaiter que tous les ouvrages du même genre fe ref fèmblaflent, du moins pour la forme générale, Sc qu’ils ne difïéraffent entre eux que par le choix des ornements , ( quoique cependant toujours relatifs au fiijet), Sc par le plus ou moins d’élégance avec lefquels les profils feroient traités.
- CHAPITRE QUATRIEME.
- De l'Art des Affemblages , de leurs ufages ôG proportions.
- L’a r t des Aftemblages eft la partie la plus intéreftànte de la Menuiferie ( eu égard à la folidité ) , & celle qui demande le plus d’attention , fur-tout de la part des Praticiens. La folidité Sc la propreté dans la conftruélion de la Menuiferie , a donné lieu à nombre de différents affemblages, lefquels je vais détailler le plus exactement qu’il me fera poffible.
- Les affemblages en général fe font à tenons Sc mortaifes, qui font des cavités faites dans l’épaifîèur du bois , lefquelles reçoivent les tenons, & par leur union raffemblent toutes les différentes pièces néceflàires à la conftruc-tion de toutes fortes d’ouvrages , Sc leur donnent en même temps toute la folidité poffible. Voyez dans la PL VJ IL la Fig. /, laquelle repréfente une mortaife ; celle 3 repréfente un enfourchement, Sc celles 2 & 4 un tenon vû de plat & de champ ou de face & de côté, ce qui eft la même chofe.
- On nomme différemment les affemblages , fuivant la diverfité de leur coupe , de la décoration des moulures de la Menuiferie , ou de la privation de ces parties : ainfi on dit affembler la Menuiferie à tenons Sc mortaifes, ou enfourchement, quarrément, d'onglet, à bois de fil, en faujje coupe, avec tenons Sc mortaifes Sc enfourchementfiouble ou fimple , &c.
- * Quand je dis qu’il faut fuivre les profils donnés par les Architedes, ce n’eft qu’autant que ces derniers feront remplis de toutes les connoillances néceffaires à leur état, ce qui eft quelquefois très-rare à trouver a l’expérience fai-
- Menuisier.
- fant voir tous les jours que bien des gens fe difant Architedes , n’en ont que le nom qu’ils deshonorent; & que ces mêmes gens, pour fe diflinguer , inventent des profils tout-à-fait contraires au bon fens 8c à l’ufage.
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- , Les aflemblages quarrés , font ceux dont les deux arrazements du tenon font
- Planche égaux, ( Fig! 3). On nomme arrazements les deux extrémités de la pièce qui porte le tenon, lequel vient joindre à la pièce dans laquelle eft faite la mortaifè.
- Les alfemblages en enfourchements, font ceux dont la mortâife & le tenon occupent toute la longueur de la pièce , & qui n ont point d’épaulement, (Fig. &)• On appelle épaulement un petit efpace de bois plein que Ton réferve entre deux mortaifes , ou entre une mortaifè & l’extrémité de la piece , d’où il s’enfuit qu’il n’y a pas de mortaifes fans épaulement, ou bien , fi elle n’en a pas , elle perd fon nom, & fe nomme enfourchement.
- Quand de deux pièces de bois l’une eft plus épaifle que l’autre , & que l’on veut en conferver toute l’épaifteur, on y fait alors un aflemblage à tenon & mor-* taife , plus un enfourchement avec le refte de l’épaifteur de la piece. (Fig. y').
- On nomme les aflèmblages (Tonglet, lorfque la Menuiferie eft décorée de moulures ; alors on prolonge l’arrazement du tenon du côté de la moulure , de la largeur de cette même moulure , ce que les Menuifiers appellent ralonger une barbe ; & la diftance qu’il y a depuis l’arrazement jufqu’à l’extrémité de la barbe ralongée , fe coupe d’onglet, c’eft-à-dire , par un angle de 45 degrés, ( Fig. 8 )•
- Lorfque l’ouvrage eft d’une certaine confidération, & que par confisquent on veut aftembler avec plus de propreté, on coupe non-feulement la moulure d’onglet , mais auffi le champ, afin que le bois de bout ne paroiflè d’aucun côté, c’eft ce qu’on appelle ajfembler a bois de fil. Cet aflemblage fe fait à mortaifè ou en enfourchement, félon qu’il eft néceftàire. (Fig. g & 10).
- Lorfqu’on veut donner plus de force à çes aflèmblages , & que l’épaifteur du P l anche bois le permet, dans la partie reliante après la faillie de la moulure, on l’aftem-ble quarrément à l’ordinaire , & on fait paffer en enfourchement la faillie de la moulure, que l’on coupe d’onglet,, (Fig. /).
- Lorfque l’onglet devient trop long après le premier enfourchement, on en fait un fécond pour donner plus de folidité à l’ouvrage. ( Fig. z ).
- Quand une coupe à. bois de fil eft grande, comme dans le cas d’un chambranle , ou même d’un cadre, après l’épaulement de la mortaifè , on fait un petit enfourchement pour empêcher que le joint ne varie dans fon extrémité.
- (Fië-3)-
- Lorfque des champs font inégaux en largeur, & qu’on veut les aftembler à bois de fil, on le fait de la maniéré fuivante : après avoir coupé d’onglet la largeur de la moulure, on mene une ligne depuis l’onglet jufqu’à la rencontre des deux lignes qui forment l’extrémité des champs, ce qui fait la coupe demandée: on appelle cet aflemblagefauffe coupe. (Fig. 4).
- Comme il arrivé quelquefois que l’on aflemble des pièces de différentes largeurs dans une même piece, & que l’épaifteur des deux premières jointes en-femble , égale celle dans laquelle on les aflemble, alors on fait une mortaifè d’une largeur capable de contenir les tenons des deux pièces jointes en-
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- Section /. Différentes maniérés d'alonger les Bois. 47
- /ëmble : cçt aflemblage fe nomme à tenon flotté. ( Figure 5).
- Quand on veut que l’ouvrage fbit très-folide & que le bois a aflTez d’épaiflfeur, P on y fait deux tenons lun fur l’autre en y obfervant une joue entre-deux , fins que pour cela la traverfe fbit de deux pièces, ainfi que dans la Figure ci-deflùs.
- Lorfqu’on veut joindre des planches les unes avec les autres , & qu’elles ont aflez d’épaifleur, on fait dans chacune de ces planches des mortaifes dans lesquelles on rapporte un tenon commun aux deux planches que Ton nomme clefl lequel étant chevillé, retient le joint & l’empêche de fe décoller. On fait encore dans le milieu de l’épaifleur de ces planches une rainure très-mince, parce que fà trop grande épaifleur ôte la Solidité du joint, & que la languette que Ton rapporte , n’eft deftinée qu’à empêcher l’air de pénétrer au travers du joint.
- ( Fig- 6)•
- La Fig. y repréfente un aflemblage qui fe nomme à queue d'aronde : ce font des entailles d’une forme évafée , lefquelles étant faites avec précifion , retiennent deux pièces de bois enfemble d’une maniéré très-folide. Voye£ les Fig. 8 & ÿ , ou font repréfentées une queue de fou entaille Séparées l’une de l’autre.
- Les queues recouvertes, ou queues perdues, fe font pour plus de propreté ; on donne de grandeur à ces fortes de queues, les deux tiers ou les trois quarts de l’épaifleur du bois , & le reliant eft coupé d’onglet. ( Voye^ les Fig. 10,
- Il & 12 ), lefquelles représentent des queues recouvertes aflemblées , & les mêmes queues déparées pour en faire voir les dedans.
- Section Première.
- Différentes maniérés d'alonger les Bois.
- L e ralongement des bois doit aufli être mis au nombre des aflemblages , l’u-fàge en étant très-ulité, vu l’impofîibilité d’avoir des bois d’une longueur né-ceflaire, qu fuppofé qu’ils le fbient, le défaut qu’ils ont quelquefois de ne pas être d’une qualité parfaite , dans toute leur longueur, fe trouve corrigé par
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- ce moyen.
- Il y 3 deux maniérés de ralonger le bois ; la première , en entaille à moitié bois de. chaque pièce avec des rainures & des languettes à l’extrémité des entailles, & que l’on retient aifemblées par le moyen de la colle & des chevilles. (Fig.iê 4).
- Le fécondé maniéré eft de ralonger le bois à traits de Jupiter, ( apparemment nommée ainfi, parce que la forme de fés entailles eft à peu-près fém-blable à celle que l’on donne à la foudre lorfqu’on veut la repréfénter).
- Il eft de deux fortes de traits de Jupiter, l’une que l’on fait en entaille à moitié bois dans chaque piece , & en y formant une fécondé entaille pour recevoir la clef : il faut obfervex de faire cette fécondé entaille plus
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- .étroite du côté de fextrémité de la pièce, afin que la clef forçant contre, ne
- Planche trouve point de réfiftance dans le côté oppofé de fautre entaille, & que par conféquent elle fafle mieux approcher les joints. ( Fig. 2 & 5).
- La fécondé maniéré eft de tracer au milieu de la piece deux lignes parallèles ai y c'dy lefquelles donneront l’épaifleur de l’entaille ; puis après avoir déterminé la longueur de l’entaille, & avoir tracé la place de la clef au milieu , on jette tout le bois qui le trouve depuis le devant du bois ( fiippofë que l’on regarde le devant de l’entaille ) , jufqu’à la première ligne parallèle ; enfuite depuis la place de la clef jufqu’à la diftance e, on fait la fécondé entaille a e , de forte que dans chaque piece, ce qu’il y a de plus remplace ce qu’il y a de moins dans la profondeur des entailles, & fait une place à la clef. Pour les extrémités de ces entailles, elles fe font à rainures Sc languettes, ou feulement en pentes; mais les languettes font meilleures. ( Fig. 3> 6& 7).
- Cette fécondé maniéré eft très-folide, & vaut beaucoup mieux que la première , parce que la clef porte de toute fon épaiffeur, au lieu que dans l’autre il n’y en a que la moitié ; de plus , la clef ne portant que de moitié eft fu-jette à tourner , & par conféquent à faire ouvrir le joint, & en fiippofimt même que le joint n’ouvre pas, la clef peut fe manger, & étant forcée, porter fur le côté de l’entaille oppofée, ce qui lui ôte fon effet. ( Voye{ les Fig. ci-deffùs').
- Cet affemblage eft très-utile & très-folide, & eft en ufàge non-feulement pour la Menuiferie, mais aufll pour la Charpenterie tant des bâtiments que des navires.
- Lorfque toute la largeur du bois que l’on veut ralonger eft occupée par des moulures , & qu’on ne peut ou ne veut pas faire des traits de Jupiter, de crainte que la clef & les rainures ne fe rencontrent dans les moulures , on fe fort d’un affemblage nommé flûte ou Jifflet, qui fe fait de cette maniéré.
- Après avoir divifé la largeur de votre piece en deux parties égales , comme l’indique la lîgneffg, vous formez la longueur que vous voulez donner à vos entailles par celle h ilm ; puis de cette ligne à l’extrémité de votre piece, vous menez les diagonales ropi Stfq m ny les unes d’un côté de la ligne & les autres de l’autre, de forte que ces entailles étant faites dans les deux pièces avec beaucoup de précifion, font tout à la fois un aflemblage folide & très-propre : il faut avoir foin que ces entailles foient faites en montant de droite' à gauche, afin que quand on vient à pouffer les moulures, elles ne foient pas fiijettes à s’éclatter. (Fig. 8).
- Quoique j’aie dit qu’il falloit féparer la piece en deux pour faire ces fortes d’entailles, cette régie n’eft cependant pas générale*; car lorfqu’on a plu-fieurs membres de moulures dans la piece, on met le joint dans le dégagement d’une dentr’elles, s’il s’en trouve un à peu-près au milieu, ou au milieu d’une gorge , ainfi qu’on peut le voir dans la Fig.g.
- Quand
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- Section I. Différentes maniérés d’alonger les Bois. 49
- Quand on ralongera des pièces ornées de moulures à traits de Jupiter, on aura foin de faire l'entaille après la rainure ou la profondeur de la moulure, s’il n’y a pas de rainure, afin que la clef ne fe découvre point. ( Fig. 10).
- On peut auffi ralonger les parties cintrées , tant fur le plan que fur l'éléva-vation, à traits de Jupiter, ainfi que l'indiquent les Fig. il & 12. Pour ce qui eft des pièces cintrées fur le plan, pour peu qu'elles ayent de cintre, on ne doit jamais y prendre de tenons, parce qu’ils deviennent trop tranches, & par conféquent peu folides ; mais on doit les rapporter en faifànt dans le bout de la piece un enfourchement peu profond, & de l'épaiiTeur du tenon ; dans cet enfourchement on fait trois ou quatre trous pour y placer les chevilles ou goujons du tenon que l'on rapporte : ces efpeces de tenons fe nomment tenons à peignes. (Fig. 12).
- Voilà tous les différents afîemblages dont on fe fert pour la conftruétion de la Menuiferie : je les ai détaillés le mieux qu'il m'a été poffible, cette matière, froide par elle-même, ne pouvant le rendre avec autant de clarté que je l'au-rois fouhaité : on aura recours aux planches où j'ai defîiné tous lés différents affemblages tant joints que feparés, afin qu’on en voye mieux l'effet ; j'ai auffi indiqué tous ceux qui font cachés, par des lignes ponctuées ; & j’efpere que pour peu qu’on veuille faire d’attention, la démonftration que j’en ai faite fiippléera à ce que l’on pourroit trouver d’obfcur dans le difcours.
- Ce que j’ai dit touchant les affemblages, n’eft qu’en général, & j’aurai loin, à chaque efpece d’ouvrage que je détaillerai, d’indiquer ceux qui y font propres, leurs proportions, & ce qu’on doit y ajouter ou retrancher.
- J’ai mis dans la planche XXIII, toutes les échelles fur lefquelles cet ouvrage eft fait, afin d’éviter la multiplicité des répétitions, y ayant quelquefois jufqu'à trois différentes échelles dans une même planche ; je me fuis donc contenté de les indiquer , leur ufàge n'étant pas même fort néceflàire , vu que toutes les proportions font expliquées dans le difcours*
- CHAPITRE CINQUIEME.
- Des Outils prôpres aux Menuijîers, de leurs différentes efpeces,
- formes SC ufages»
- Db tous les Arts méchaniques, la Menuiferie eft celui où les outils font en plus grand nombre, & dont la parfaite connoifïànce eft d’une néceffité indi£ penfable, tant pour la maniéré de les faire , que pour celle d’en faire ufàge ; mais avant d’entrer dans ce détail, je crois qu'il eft néceflàire de parler de la boutique, ou attelier où travaillent les Menuifiers. Ce n’eft pas que tous doivent avoir des logements d’une forme régulière, mais c’eft feulement pour
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- 50 MENUISIER, I. Part. Chap. V.
- indiquer les grandeurs Sc les commodités qui font néceflàires à ce talent.
- Il eft de deux efpeces de boutiques de Menuifiers , favoir, les boutiques qu’ils occupent dans les maifons à loyer, & celles quils font conftruire à leurs frais , lefquelles fe font en charpente en forme de hangards.
- Les premières font propres aux Ébéniftes, aux Menuifiers en meubles de toute elpece, & aux Menuifiers en carroffes ; ce n eft pas que quelquefois ceux dont je viens de parler n ayent de très-grands atteliers, mais ce que je dis n’eft que pour le général. Pour les Menuifiers de bâtiments, les boutiques ordinaires ne leur font gueres propres, vu le grand efpace qu il leur faut ; c eft ce qui fait que la plupart ( du moins les plus opulents ) , Sc ceux qui font de grofles entreprifes , ont une boutique dans le lieu de leurs demeures, où ils font faire leurs menus ouvrages , & un chantier en ville , où ils mettent leur provifion de bois, Sc dans lequel ils font conftruire un hangard capable de contenir un plus ou moins grand nombre d’établis, folon qu’ils en ont be-fcin. Il y en a d’autres qui n’ont pas de boutiques, mais qui choififlènt des demeures allez fpacieufes pour les loger commodément, Sc pouvoir contenir leur provifion de bois Sc un attelier d’une grandeur raifonnable : cette derniere maniéré eft la meilleure, parce qu’elle les met à portée d’avoir l’œil à ce qui fe pâlie chez eux, ce qui ne pourrait être s’ils logeoient ailleurs.
- Quand le terrein eft borné, Sc qu’on a befoin d’un grand nombre d’ouvriers , on lait le hangard double, c’eft-à-dire, que l’on place des établis au rez-de-chauflee & au premier étage. La boutique de M. Menageot, porte Saint Martin, eft conftruite de cette façon, Sc c’eft peut-être la mieux conftruite de Paris, tant pour la folidité que pour toutes les commodités que les ouvriers y trouvent.
- La boutique d’un Menuifier de bâtiments doit avoir douze pieds Sc demi de haut au moins, parce que douze pieds font la hauteur ordinaire des bois, Sc qu’il faut qu’on puifle les drefler Sc les retourner fans être gêné.
- Sa profondeur doit être de quinze à dix-huit pieds, afin qu’il y ait trois pieds de diftance entre le devant de l’établi Sc l’appui de la boutique, neuf pieds de longueur d’établi, Sc environ fix pieds au bout, pour que chaque ou^ yrier puifle placer fon bois Sc fon ouvrage.
- Pour la largeur, elle doit être bornée par le terrein que l’on veut occuper 8c par le nombre d’établis qu’on veut y mettre, lefquels ont de largeur pour l’ordinaire dix-huit à vingt pouces, & autant de diftance entre chaque établi, ce qui fait pour chaque ouvrier aux environs de trois pieds quatre pouces de place, laquelle largeur déterminera celle de la boutique, comparaifon faite avec le nombre d’ouvriers qu’on veut y mettre.
- L’appui de la boutique doit être d’une hauteur égale à celle des établis, afin que dans le cas d’ouvrages d’une longueur extraordinaire, on puifle faire palier les bois par-deflus en les travaillant, & les y appuyer.
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- Des Outils propres aux Menuijiers. yr
- Il doit y avoir plufieurs entrées félon là largeur, lefquelles feront fermées de portes qui doivent ouvrir de toute la hauteur pour faciliter l’entrée des bois , P L £ 8c feront garnies de toile claire, afin qu’étant fermées , on puiflfe jouir du jour dans l'intérieur de la boutique.
- Le deflus des appuis doit aulïl être fermé par des chafîis garnis de toile, lesquels fe relevent pendant le jour, & font retenus au plancher par des manto-nets qui les y arrêtent.
- Au haut du devant de la boutique , doit être placé un auvent d’environ dix-huit pouces ou deux pieds de faillie, lequel fert à empêcher les eaux d’y entrer & de gâter l’ouvrage & les outils.
- Il doit y avoir proche de la boutique un endroit fermé de douze à quinze pieds quarrés, dans lequel on pratique une cheminée dont le manteau doit être élevé de fix à fept pieds de haut, & avoir de largeur le plus qu’il fera poflible , c’eft-à-dire, toute la largeur fi on en a la commodité ; & vis-à-vis du foyer de cette cheminée on forme un petit mur ou banquette de maçonnerie de quinze à feize pouces de hauteur, fur fept à huit d’épaifleur, & diftant de quatre à cinq pieds du nud du mur, ou contre-cœur de la cheminée; le deflus de cette banquette doit être revêtu d’une pièce de bois de trois à quatre pouces d’épaifleur, laquelle fera comprife dans la hauteur de la banquette.
- Ce lieu fe nomme étuve ou forbonne , en termes d’ouvriers, & fert à faire fondre & chauffer la colle > à chauffer & à coller les bois, & à mettre fécher les collages dans l’hiver & dans les temps humides. Il eft très-utile qu’il y ait aufli un établi dans la forbonne pour pouvoir y frapper & coller les joints ; au défaut d’établi ? on fe fert du deflus de banquette , lequel efl: deftiné à cet ufage, ainfi qu’à retenir le devant du feu, & l’empêcher de fe communiquer au dehors. La forbonne doit être bien clofe, 8c cependant claire, afin de pouvoir y travailler , ainfi que je l’ai dit ci-deflus : elle fert aufli aux ouvriers pour prendre leurs repas ; c’eft pourquoi on doit apporter tous les foins pofli-bles pour qu’ils y foient commodément, fur-tout pendant la mauvaife fàifon. Elle doit être conftruite très-proche de la boutique, & même y être contiguë s’il efl poflible, afin que les bois que l’on y porte pour être chauffés & collés, ne foient pas fujets à être mouillés, ce qui arriveroit fi elle étoit placée autrement.
- Voye^ la vignette de la Planche XI : elle repréfente l’intérieur d’une boutique de Menuiferie, & plufieurs ouvriers occupés à différentes fortes d’ouvrages.
- On doit aufli avoir foin de pratiquer proche de la boutique, un hangard ou appentis d’une grandeur aflèz confidérable , pour pouvoir placer les fcieurs de long , ainfi que les bois refendus, & ceux qui font à refendre, 8c on doit mettre fous ce hangard un établi fur lequel on puifle débiter & couper les bois.
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- MENUISIER, 1. Part. Ckap. V.
- Section Première,
- Des Outils de la Boutique.
- f Par outils de boutiques, on entend tous ceux que les Maîtres Menuifiers font obligés de fournir à leurs ouvriers, tant ceux qui leur fervent en commun, que ceux qu'ils leurs fournirent à chacun en particulier.
- Anciennement ils fournifloient toutes fortes d outils de quelque elpece quils puflent être ; mais depuis que la coutume s'efl: introduite que les ouvriers font les ouvrages à leur tâche, ils fe fourniffent eux-mêmes de tous les outils né-cefîàires, excepté les gros outils nommés d’affûtage, comme les établis, varlopes, demi-varlopes, &c. qu ils ne fçauroient avoir fans s'expofer à la confifcation , non-feulement des outils d'affûtage ;, mais encore de tous les autres que Ton trouveroit chez eux *.
- Les outils de boutique font de deux fortes, ainfi que je fai dit plus haut, favoir ceux qui font communs à tous les ouvriers , & ceux qui font propres à chacun d'eux.
- Les premiers font les foies à refendre & à débiter de toute elpece , les foies à main , les triangles de toutes grandeurs, les grands trufquins ou compas à verge , les grands compas , les fergents de toutes grandeurs , un ou plufîeurs niveaux, les étraignoirs , les réglets, les entailles de toute elpece, les valets de pied , les pieds de biche ,' le grais pour affûter les outils , de la colle 8c un pot de cuivre pour la faire chauffer.
- Les outils propres à chaque ouvrier-, & que l'on nomme d9affûtage, font, premièrement un établi & un valet, une varlope & une demi-varlope, deux guillaumes , un feuilleret d'établi, une varlope à onglet, un rabot, un marteau , un fermoir 8c un cifeau.
- Section Seconde.
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- Des Outils appartenants aux Ouvriers.
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- Planche
- XI*
- Les outils appartenants aux ouvriers font de deux efpeces, favoir, ceux qui font compofés de fer 8c de bois, que l'on nomme outils à fût, 8c les autres qui font tout de fer, ou-avec un fimple manche.
- * La Loi qui défend aux ouvriers d’avoir chez eux des outils d’affûtage eft très-bonne s parce qu’elle empêche ceux qui n’ont point de qualité de travailler à leur compte; mais en même temps il eft très-fâcheux que cette Loi, bonne par elle-même , ferve de prétexte à l’injuftice & à la violence de quelques particuliers, qui, parce qu’un ouvrier a chez lui un établi qui lui fert, & même ne peut lui fervirpar fa petiteffe, qu’à faire
- les outils qui lui font néceffaïres pour fes ouvrages , ce qu’il ne peut même faire que les Fêtes 8c Dimanches , & aux dépens de ton repos ; que ces mêmes hommes, dis-je , ne tou-giffént pas de fe fervir de cette Loi pour enlever à un ouvrier foible & fans défenfe, le feul moyen qu’il a de gagner fa vie , puifqu’ils refuferoient de lui donner de l’ouvrage s’il n’avoit point d’outils.
- Les
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- Section IL Des Outils appartenants aux Ouvriers. 55
- Les outils à fût font les fcies de toute efpece, comme fcie à débiter, fcie à —----
- tenon , à enrazement, à tourner, à refîbrt, à arrazer & à chevilles ; (ces der- Planche nieres devroient être au rang des outils à manche , je ne les place ici que pour ^ ** ne pas me répéter ) ; les équerres, les triangles droits & à onglets , les fauffes équerres ou fauterelles, les trufquins à pointes & d’affemblages, & les boëtes à recaller les onglets, les maillets 8c Fentaille aux affiloires ; les rabots de bout, les rabots cintrés tant fur le plan que fur l’élévation, les feuillerets tant droits que cintrés de toute efpece , les guillaumes de bout, de côté , & adoucis, à plattes bandes, cintrés & à navettes ; les guillaumes étroits & les guillaumes courts , les bouvets de tout pas, depuis ceux qui font propres à joindre les bois de trois lignes d’épaiffeur, jufqu’à celui d’un pouce & demi ; les bouvets de deux pièces à languettes de bois & de fer de toutes formes & groffeurs , les bouvets de deux pièces cintrés fur le plan & fur l’élévation, 8c ceux à vis , lefquelles reçoivent différentes joues ; les bouvets à coulilfes 8c à embreuver , les rabots ronds & les mouchettes de toutes groffeurs, depuis une ou deux lignes jufqu’à un pouce 8c demi ou deux pouces ; les mouchettes à joues, & les congés de toutes fortes de pas , les bouvets ou feuillerets à ravaller, les gorgets }
- 8c les gorges de toutes formes 8c groffeurs avec des joues, ou bien propres à être montés fur les bouvets à vis 8c les gorges fouillées ; les grains d’orge de toutes groffeurs, & les becs de cannes ; les bouvements fimples 8c les ronds entre deux quarrés de tous pas, depuis trois à quatre lignes jufqu’à un pouce & demi, & même plus.
- Les boudins à baguettes, les bouvements ou doucines à baguettes, ce qui efl la même chofe, & les talons renverfés de toutes groffeurs depuis fept ou huit lignes jufqu’à deux pouces & au-defîus ; les vilbrequins avec leurs boëtes garnies de mèches depuis deux jufqu’à fix ou huit lignes de diamètre, & les racloirs.
- Les outils de fer & à manches , font, les compas de différentes grandeurs les pointes à tracer, les cifeaux & les fermoirs, depuis trois lignes de largeur jufqu’à un pouce & demi ; les becs-d’ânes de tous pas , depuis une ligne jufqu’à neuf & même un pouce ; & les becs-d ânes crochus, propres à vuider les mortaifes.
- Les gouges droites & coudées de toutes formes 8c groffeurs, les fermoirs à nez rond , les quarlets ou burins , les râpes en bois, douces & rudes , droites & coudées, les limes en tiers-point, propres à limer les fcies ; le plomb garni de fon chas & d’un fouet ; enfin des tire-fonds, des vrilles de différentes groffeurs, & des tenailles ou triquoifes.
- Le détail de tous ces différents outils efl très-compliqué & d’une grande étendue , vu leur application à la pratique ; c’eft pourquoi, afin d’éviter les répétitions , je les diviferai en trois feélions : dans la première , qui efl la troifiéme du préfent Chapitre, je traiterai des outils propres au débit & au corroyage des bois ; dans la fécondé, de ceux propres aux joints, ravalements & affemblages5 Menuisier. O
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- XI.
- 54 MENUISIER, I. Part Ckap. V.
- dans la troifieme, de ceux propres à pouffer les moulures, tant droites que CÎn-» trées , & qui fervent à cheviller , à finir & à pofer l'ouvrage.
- Section Troisième.
- Des Outils propres au débit ôC au corroyage des Bois.
- L'établi eft le premier & le plus néceflaire des outils de Menuiferie : il eft corn-pofé d'un defius, de quatre pieds , de quatre traverfes & d'un fond; ledeflùs eft fait d’une forte planche ou table de cinq à fix pouces d'épaiffeur fur vingt à vingt-deux pouces de largeur ; pour fe longueur, elle varie depuis fix jufqu’à douze pieds ; mais la longueur la plus ordinaire eft de neuf pieds : cette table eft de bois d'orme ou de hêtre , mais plus communément de ce dernier , qui eft très-plein & d'un grain plus ferré que l'autre. Elle doit être percée de plufieurs trous, dans lefquels entre le valet ; ces trous doivent avoir quatorze à feize lignes de diamètre, & être percés bien perpendiculairement : leur nombre n'eft pas abfolument borné , mais en général on doit éviter de les trop multiplier fans nécefîité , huit ou neuf étant à peu-près le nombre convenable ; favoir 9 quatre placés à huit à dix pouces du bord de l'établi, un defquels fera éloigné de quatorze à feize pouces du crochet, & les autres à égale diftance depuis le pied de l’établi jufqu’à celui dont nous venons de parler , ainfi que font ceux a , a 9 a, a, (Fig. J ). Les autres b 9b 9b 9 font percés fur l’autre côté de l’établi , & difpofés de maniéré qu'ils fe trouvent placés au milieu de l’efi* pace des premiers, à environ un pied de diftance du bout de l’établi ; à trois pouces du devant, on perce au travers de la table une mortaife c, de trois pouces en quarré, laquelle doit être bien perpendiculaire & bien dreffee intérieurement, afin que la boëte d, qu'on y fait entrer à force, & que l'on fait hauffer & baiffer à coups de maillet, ne fa fie point éclater les bords, ce qui arriveroit fi elle étoit creufe. La boëte doit avoir un pied de long'au moins, & être de bois de chêne très-ferme & fec, afin qu’elle puiffe réfifter aux coups de maillet qu'on eft obligé de frapper defius pour la faire mouvoir : à l'extrémité fiipérieure de cette boëte eft placé un crochet de fer, qui eft garni de dents femblables à celles d'une feie, lequel fert à retenir le bois que l'on travaille. On doit obferver qu'il affleure le defius de la boëte , & que le côté des dents releye un peu , afin que dans le cas d'ouvrages très-minces , on ne fbit pas expofé à le rencontrer avec le fer des outils, ce qui arriveroit fi le derrière du crochet étoit plus haut que le devant. La tige du crochet qui entre dans la boëte, doit être d'une forme quarrée & pointue par le bout ; pour qu'ils foient bons, il faut que la tige & le defius ne foient point foudés , mais d’une feule piece que l’on fait couder au feu : les dents du crochet doivent excéder le devant de la boëte de fix à huit lignes ; une plus grande
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- Section III. Des Outils propres au débit SC au corroyage.
- (àillie deviendroit inutile, & même préjudiciable, parce qu elle l’expoferoit à ...s.',.,» fe cafler. Voy. les Fig. 5 & 6*, lefquelles repréfentent une boëte avec fon ^L A^c h e crochet, & un crochet tout foui.
- Les pieds de l’établi fe font de bois de chêne dur, très-ferme, de Cx pouces de largeur, for trois ou quatre d’épaifleur ; ils font aflèmblés dans le deflus à tenon & enfourchement à queue : la coutume eft de faire affleurer le derrière du tenon e >.fig* 2 y avec le derrière du pied ; mais je crois qu’il feroit meilleur de laifler un arrazement au derrière de ce même pied, afin que la table porte également for le derrière du pied , comme for le devant , & que quand les établis deviennent vieux, ils ne foient pas fojets à s’enfoncer comme il arrive quelquefois : les aflemblages de ces pieds doivent être extrêmement juftes , for-tout for leur largeur, St pour les rendre encore plus folides, on élargit les mor-taifes par deflus pour faire place à des coins de bois que l’on fait entrer à force dans les tenons, ce qui les fait écarter, de forte qu’ils font à queues dans les mortaifos, & par conféquent ne peuvent pas reflortir.
- Les pieds de devant de l’établi doivent être percés de trois trous chacun , dans lefquels entrent des valets de pied : au pourtour de l’établi, St à quatre ou cinq pouces du bas des pieds, font aflemblées quatre traverfos de quatre pouces de large au moins, for deux pouces d’épaifleur : le fond de l’établi eft rempli par des planches qui portent for des tafleauxy", Fig. 4, qui font attachés for les traverfos ; on doit obforver de mettre la longueur de ces planches for la largeur de l’établi, afin de leur donner plus de force, ainfi qu’on peut le voir dans la Fig. I.
- On doit aufli placer un tiroir au bout de l’établi, afin que les ouvriers puiflent y ferrer leurs menus outils , comme gouges, compas, &c ; il eft même des boutiques où les établis font fermés de planches au pourtour , ce qui eft très-commode , parce que cela empêche les copeaux St lapouflîere d’y entrer, & que les outils que l’on met dedans, font moins fojets à fe perdre.
- La hauteur de l’établi eft ordinairement de deux pieds & demi ; mais comme tous les ouvriers ne font pas de même hauteur , il foffit de dire qu’il ne faut pas que l’établi ait plus de hauteur que le haut des cuifles de celui qui y travaille, parce que s’il étoit plus haut, cela lui ôteroit de fa force , & l’expoferoit à devenir voûté en peu de temps. On obfervera auflî de mettre le côté du cœur du bois de la table de l’établi en deflus, parce qu’il eft plus dur que l’autre, St que s’il fe travaille, il ne fait que fe bougir de ce côté , au lieu qu’il fe creufe de l’autre.
- Les valets font des outils de fer dont l’ulàge eft de fixer l’ouvrage for l'établi d’une maniéré ferme & ftable : ils ont ordinairement dix-huit à vingt pouces ,
- & même deux pieds de longueur de tige ; leur groflèur doit être de douze à quinze lignes, & la courbure de leurs pattes , de neuf à dix pouces de faillie for aux environs de fix pouces de haut : il faut qu’ils foient de fer très-doux,
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- yS ME N U1SIE R, /. Part. Chap. V.
- "..—• forgés d’une feule piece, afin d’être moins fujets à fe caflèr ; toute leur force
- Planche doit être dans leur tête ; c eft pourquoi on obfervera que depuis la tête g juf* qu’à la patte h9 ils s’amincifîènt infenfiblement , de forte que leur extrémité n’ait que deux lignes d’épaiffeur au plus, ce qui les rendra plus élaftiques , & en facilitera la preflion : il faut auffi avoir foin de les courber , de maniéré que quand ils fout ferrés , ils ne pincent que du bout de la patte, parce que s’ils portoient par le milieu, ils ferreroient moins, & gâteroient l’ouvrage. (Fig. 4.)
- De plus, il eft fort aifé de voir que par le long ulàge & par la force de la ^ preflion, la tige du valet élargit les trous de l’établi, Sc que s’il ne pinçoit
- pas bien du bout, avant qu’il fût peu de temps, il porteroit tout-à-fait for le derrière de la patte , d’ou il s’enfoivroit les inconvéniens dont j’ai parlé ci-def* fos. On ferre Sc arrête le valet for l’établi en frappant for la tête g avec le maillet, Sc on le defîèrre en frappant la tête en fens contraire, c eft-à-dire du côté i9 en relevant, ou bien for là tige du côté /. Les valets ne doivent pas être polis , parce qu ils ne tiendroient pas dans l’établi, mais feulement réparés avec le carreau : il n’y a que la patte qui doit être propre , afin quelle ne gâte pas l’ouvrage.
- Les valets de pied ne différent des autres qu’en ce qu’ils font petits ; leur ulàge eft de retenir le bois for le champ le long de l’établi, où il demeure d’une maniéré ftable à l’aide du crochet de bois m, Fig, 1 ; ce crochet eft attaché avec des vis ou de forts clous for le champ du deflus de l’établi, & eft quelquefois garni de pointes de fer ; mais comme elles gâtent l’ouvrage , il vaut mieux les fopprimer, Sc les faire en pente comme dans la Figure ci-deflus. (Fig. 5.)
- Les Ébéniftes ont au pied de devant de leurs établis une preflè, laquelle eft compofée d’une piece de bois n n, Fig. J <& 4, qui a quatre à cinq pouces de largeur, for deux pouces d’épaiffeur au moins : cette piece eft percée au milieu de là largeur d’un trou rond , par où paflè la vis o p , auquel le pied de l’établi q, fert d’écrou. Cette vis eft ordinairement de bois, au travers de la tête de laquelle paffe un boulon de fer r, avec quoi on la ferre & la defîèrre folon qu’on en abelbin, Sc on garnit l’extrémité de la tête de la vis d’un cercle de fer de peur quelle ne fe fende. L’ulàge de ces preflès eft très-commode, parce que non-feulement elles tiennent l’ouvrage d’une maniéré très-folide , mais encore parce quelles ne le gâtent en aucune maniéré, & que quelque délicats que foient les morceaux , on ne craint pas de les gâter ; ce que l’on ne peut pas faire avec le valet de pied, lequel ne tient l’ouvrage qu’en un feul endroit, Sc quelquefois le fait caflèr lorlqu’il eft délicat.
- Je ne fçai pour quelle raifon les Menuifiers de bâtiments n’ont pas adopté cette méthode, qui, non-feulement eft très-commode, & en même temps n’eft aucunement embarraffante, puifqu’on peut ôter la preflè de l’établi lorfi* qu’on n’en a plus befoin. Quand on en fait ufage , il faut avoir foin de mettre par le bas une calie d’une épaiffeur égale à celle de l’ouvrage , afin que la tête
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- de la vis porte également par tout; on fera auffi la piece de la prefle n, un - -----:
- peu creufe fur là longueur , afin que venant à être ferrée , elle puiilè tou- PL H E jours pincer du bout. Sur le côté de l’établi s s , qui eft oppofé au crochet, on pofe une planche d’environ dix-huit pouces de long , laquelle eft attachée fur des tafleaux qui la féparent de l’établi de fix à huit lignes : cette planche fè nomme râtelier, & fert à placer les outils à manches , comme fermoirs , ci-< féaux, &c ; c’eft pourquoi on la tiendra la plus large polfible , afin que les outils étant cachés derrière, ne foient pas dans le cas de blefler perfonne.
- A côté de ce râtelier, 8c le long de l’établi, on attache un tafleau qui eft plus bas d’environ deux pouces que le deflus de l’établi , & eft percé par le bout d’une mortaife de trois pouces de longueur, dans laquelle paffe la lamé d’un triangle t, que l’on pofe ftir le tafleau dans le temps qu’on n’en a point befoin.
- Deflous la table de l’établi, on attache avec une vis un morceau de bois creux en forme de boëte , dans laquelle on met de la graiffe fervant à frotter les outils pour les rendre plus doux. ( Fig. 7).
- Le maillet du Menuifier eft un morceau de bois qui eft ordinairement de charme ou de frêne, lequel a fept pouces de longueur, fur quatre à cinq de hauteur , & trois pouces d’épaifleur ; il doit être arrondi fur fes extrémités tant de plan que de face , afin de ne point meurtrir l’ouvrage en frappant deflus : il faut que ïà longueur & fon épaifleur diminuent par le bas pour lui donner plus de coup , & qu’il frappe toujours à plat ; Ion manche doit être d’un bois liant, 8c avoir environ huit pouces de longueur pris du delîous du maillet. ( Fig. 8 ).
- Le marteau eft de fer, d’environ quatre à cinq pouces de longueur ; le v
- bout qui eft quarré le nomme la panne , 8c doit être d’acier , afin de mieux ré-fifter à la violence du coup ; l’autre bout eft, mince , & n’eft gueres d’aucun ufage : le manche du marteau doit avoir neuf à dix pouces de longuèur . (Fig. p).
- Quoique les Menuifiers faftènt refendre leurs bois par les Scieurs de long, il eft quelquefois des occafions où ils font obligés de le refendre eux-mêmes , P l a n c h comme dans le cas où le peu de bois qu’ils auroient à refendre ne vaudroit pas la peine de les faire venir; ce cas eft prelque le feul où l’on doive faire refendre le bois par les Menuifiers, parce que l’ufage fait voir que les Scieurs de long refendent trois fois autant de bois que ces derniers dans un même elpace de temps, 8c que par conféquent il y aurôit de l’abus à fe fervir de ceux-ci.
- La fcie à refendre des Menuifiers, Fig. r, eft à peu-près difpofee comme celle des Scieurs de long, c’eft-à-dire, quelle eft comme elle compofée d’un chaflis de bois, & d’un fer de fcie placé au milieu de ce chaflîs ; mais elle différé de la première en ce qu’elle eft plus petite , n’ayant que trois pieds ou trois pieds & denfi de hauteur , fur deux pieds de largeur ; le fer de la fcie à refendre eft arrêté par le bas dans une équerre de fer plus petite que celle Menuisier. P
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- $8 MENUISIER, I. Part. Chap. K
- 1 -1*"1” de la fcie des Scieurs de long, & par le haut dans un morceau de bois qui elî
- Pl an cue perc£ dune mortaife, dans laquelle entre le fommier de la fcie : au deffus de cette mortaife, Sc en fens contraire, en elt percee une autre de trois pouces de largeur , fur fept à huit lignes d epaiffeur, dans laquelle paife une clef en forme de coin , qui fert à roidir la fcie , en obfervant que la mortaife de la clef foit plus étroite d’un côté que de l’autre, Sc que l’autre mortaife par ou paife le fommier, foit auffi plus large que le fommier de neuf lignes au moins , afin qu’en ferrant la clef, elle ne trouve d’autre réfiftance que celle de la feuille de la fcie. Au-deflùs de la mortaife de la clef, & du même fens que celle du fommier, eft percé un trou de huit à neuf lignes de diamètre , dans lequel paffc un bâton ou cheville , lequel fert à tenir la fcie en refendant. La lame ou fer de la fcie à refendre , a de largeur trois pouces à trois pouces Sc demi, fur une ligne Sc demie d’épaifleur tout au plus du côté de la denture , Sc une ligne de l’autre côté : les dents ont aux environs de quatre lignes de large, Sc doivent avoir pour ouverture un angle de foixante degrés , parce que toutes les fcies étant limées avec une lime nommée tiers-point, Fig. 17 , dont le plan forme un triangle équilatéral, il eft donc exaétement vrai que les dents des fcies forment des angles de foixante degrés : en générai elles ne doivent pas être droites, ceft-à-dire, qu’il faut quelles penchent plus d’un côté que d’un autre , fans pour cela rien changer à leur ouverture ; celles des fcies à refendre Sc à débiter doivent être plus inclinées que les autres, ce qui, en termes d’ouvriers , s’appelle donner du croc ; cependant il ne faut pas les incliner plus que le tiers de leur largeur, ce qui fe fait en divifànt la largeur des dents en trois parties égales, d’une defquelles on abaifle une perpendiculaire par laquelle on fera paffer le fommet de l’angle de la dent, ainfi que le repréfentent les Fig. 6, 7,8, Sc p , où les côtés a, b9 c , repréfentent les différentes pentes des dents des fcies.
- On donne de la voie aux fcies avec un infiniment nommé tourne-à-gauche 9 lequel eft un morceau de fer plat d’environ une ligne ou une ligne & demie d’épaifleur , dans lequel font faites plufieurs entailles de trois à quatre lignes de profondeur fur différentes épaifleurs, avec quoi on prend les dents des fcies pour les écarter à droite & à gauche alternativement, afin que la fcie paflfe plus aifément dans le bois. ( Fig. i<5). Bien fouvent on fait des tourne-à-gauche avec des fers de rabots que l’on entaille en frappant deux l’un fut l’autre avec un marteau, de forte que le plus dur entre dans le plus tendre & y fait une entaille, quelquefois même il s’en fait à tous les deux.
- On donne aufîi de la voie aux fcies avec un fermoir, en le pofànt debout dans l’angle des dents, Sc en le faifant tourner de forte qu’il écarte deux dents à la fois ; cette méthode eft moins bonne que la première, parce qu’on n eft pas sûr de donner la voie également. Lorfque les fcies ne coupent plus, on les affûte avec des limes nommées tiers-point, dont les côtés ont
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- Section II J, Des Outils propres au débit ôC au corroyage. 59
- trois à quatre lignes de large, & même plus, ce qui eft indifférent, pu if- = que les angles font toujours les mêmes : on doit aufli avoir une lime plate pour p dreller les dents , afin quelles ne foient pas plus longues les unes que les autres, ce qui feroit un très-grand défaut.
- En général, lorlqu’on veut limer ou affûter les fcies, ce qui eft la même chofe, on met leurs fers dans une entaille a limer les fcies , qui eft un morceau de bois de cinq à fix pouces de large , fiir trois ou quatre d’épaifleur,
- & environ un pied de longueur, à un des bouts duquel on fait une entaille de deux pouces de profondeur & d’une largeur à peu-près égale, en obfervant cependant de la faire plus large d’un bout que de l’autre d’environ fix lignes. On met, dis-je , le fer de la fcie qu’on veut limer dans l’entaille , qu’on y arrête avec un coin ; cette entaille eft elle-même fixée fur l’établi par le moyen d’un valet, après quoi on lime la fcie félon fcn ufage , c’eft-à-dire, qu’on leur donne de la voie, ce que l’on doit toujours faire avant de les limer, & que l’on incline plus ou moins les dents , félon que les fcies font deftinées à faire de gros ou de moyens ouvrages. ( Figures 18 & 19).
- Les dents des groffes fcies, comme celles à refendre & à débiter, fe liment quelquefois obliquement, à peu-près comme celles des Scieurs de long, afin de les faire mordre davantage ; mais cette méthode n’eft pas également à foi-vre : il faut aufli faire attention que l’inclinaifon des dents de la fcie doit être du haut en bas, fens quoi on ne pourroit s’en fervir.
- Les fers de fcies que les Menuifiers emploient, viennent d’Allemagne pour la plupart, & ne font pas trempés ; il y en a cependant qui lefcnt, mais on en fait peu d’ufage à caufe de la difficulté d’en trouver de parfaitement bonnes, & de pouvoir leur donner de la voie fins cafler quelques dents , ce qui arrive très-fouvent.
- On ne fe fcrt communément que »de celles qui ne font pas trempées ; & en leschoififlant, on doit préférer celles qui font d’une couleur brillante fans pailles ni inégalités ; pour être parfaitement bonnes, il faut quelles foient plus épaifles par le milieu que par les bouts , & que le côté de la denture foit d’un tiers plus épais que le derrière, ce qui exempte de donner beaucoup de voie & fait un grand avantage.
- Quand les Menuifiers veulent refendre du bois, ils commencent par l’arrêter for l’établi par le moyen d’un valet, enfoite de quoi un ouvrier monte defliis , & prend la fcie par le bâton qui paflê au travers de la tête, & un autre refte en bas qui la prend par les deux montants à environ le tiers de fà hauteur. Cet ouvrage eft un des plus rudes que les Menuifiers ayent à faire, vu la contrainte de leur pofition, celui qui eft en bas étant obligé d’écarter les jambes pour faire pafler la fcie, fe trouve par conféquent hors de force pour la relever, ce qui fatigue beaucoup celui qui eft en haut Voye£ la Fig. 1 Quelquefois un ouvrier feul mene la fcie à refendre , mais ce ne peut être que dans du bois
- L A N c HE
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- Pi ANCHE
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- 60 M E N UI S I E R, I. Part. Chap. V.
- tendre & mince. Les Menuifiers en chaifes refendent feuls, mais ils ont de plus petites fcies que les autres, ainfi que je le dirai en fon lieu.
- La fcie à débiter eft compofée, ainfi que toutes les autres , de deux bras, d’un fommier, ou montant, d’un fer de fcie , d’une corde & d’un garrot. (Fig.
- 3 & 4)*
- La hauteur eft d’environ deux pieds & demi ; fon fer doit être un peu épais, les dents larges de trois lignes ,1e plus inclinées poffible, avec beaucoup de voie, afin quelle pafle aifement dans toutes fortes de bois. En général les montures de toutes les fcies doivent être très-légeres, afin de les rendre plus commodes ; les fommiers fe font de fàpin, parce que ce bois eft léger, plus roide, Sc moins fiijet à fe courber que tout autre : les bras fe font ordinairement de bois de frêne très-fec , afin qu’ils ne fe courbent pas facilement : ils doivent être pref ,que droits par deflus, à l’exception de l’entaille que l’on fait à leurs extrémités pour arrêter la corde ; on doit les faire peu épais, mais larges , parce que tout l’effort fe fait fur ce fens. La lame ou fer de la fcie , y eft placée ordinairemënt dans une entaille faite au milieu de leur épaifleur , laquelle a de profondeur la largeur de la lame, moins cinq à fix lignes qu’il faut qu’elle les défafffeure , & on l’arrête avec un clou rivé qui pafle au travers du bras Sc de la lame : ce clou doit être placé dans le tiers de fà largeur, afin qu’elle roidifle mieux, & le plus haut poffible, c’eft-à-dire,, vers fon extrémité, pour que le bras ait plus de force , Sc qu’il foit moins expofé à fe fendre (Fig. io).
- Il eft encore une autre maniéré de placer la lame de fcie , qui eft d’y mettre des étriers, qui font des morceaux de tôle ou de fer plat que l’on reploye en double, en forme de 19 Sc que l’on attache à ces deux extrémités avec un feul clou de la même maniéré que, ci-devant ; enfùite de quoi on les fait entrer dans l’entaille des bras, que l’on a' foin de tenir aftez épaille pour les contenir: cette derniere maniéré eft très-bonne, parce que les étriers prenant par deflus les bras, font jouir de toute leur force fans qu’ils foient expofés à fe fendre, & on ne met qu’un clou pour arrêter la lame à chaque bout, parce que s’il y en avoit deux, ils l’empêcheroient de fe tendre également. ( Fig. il & 12 )•
- Les fommiers s’aflemblent dans les bras en enfourchement de deux maniérés. La première , & la plus ordinaire, eft d’y ralonger une barbe en pente d’environ quatre à cinq lignes d’après fon arrazement, lequel doit être égal à la diftance qu’il y a entre les deux bras, lorfqu’ils font aflemblés avec la lame, dans laquelle on fait un enfourchement d’environ le tiers de fon épaiffeur , en obfervant que le côté le plus long regarde toujours la lame. (Fig. 4).
- L’autre maniéré eft de ralonger une barbe au fommier dont la longueur égalera la moitié de fa largeur, & qu’on arrondit en forme de demi-cercle, & où l’on fait un enfourchement : ces deux maniérés font également bonnes, mais la première eft la plus facile & la plus ufitée. ( Fig. f).
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- Pour ce qui eft de la largeur des bras , dans les grandes fcies comme celles —1 «
- à débiter, elle doit être de quinze pouces au moins ; & dans les autres , comme Planche celles à tenons & arrazement de onze à treize pouces. XII.
- Quant à la place du fommier , elle a toujous varié ; il y a des fcies où il eft placé au milieu des bras, d'autres aux deux tiers pris depuis la lame , d'autres enfin aux deux cinquièmes de leur longueur ; ce quil y a de plus certain , c eft que plus ils font proches de la lame, & plus la tenfïon fe fait avec force & facilité ; mais comme fouvent on a des pièces de bois à couper qui font extrêmement larges, on eft obligé de reculer le montant jufqu’aux deux tiers de la longueur des bras, ce quon obfervera aux fcies à débiter. Quant à celles à tenons & autres, le plus qu'on pourra les approcher du milieu ne fera que le mieux. La corde qui fert à tendre la fcie, doit être d’une groffeur proportionnée à fa grandeur , & faire au moins trois à quatre fois le tour de la fcie fur laquelle on la tend & l’arrête le plus ferme qu'il eft poflîble : enfiiite on la fait tourner fur elle-même avec un morceau de bois que l'on nomme garrot, jufqu'â ce que la fcie foit aflez tendue , puis on arrête le bout de ce garrot dans une mortaife qui eft pratiquée dans le derrière du fommier. ( Fig. 3 & 4).
- La fcie à débiter ne fert qu'à couper les bois après qu'ils ont été refendus , te qui fe fait fur l'établi, où on les arrête avec un valet ; mais quand l'ouvrage eft fufceptible de contours dans lefquels la fcie à tourner des Scieurs de long ne fauroit paffer, les Menuifiers font obligés de les refendre eux-mêmes avec des fcies à tourner, lefquelles font de deux efpeces : la première eft faite comme une fcie à refendre ordinaire, excepté qu'elle eft plus petite & plus étroite de lame, & qu'un feul ouvrier fiiffit pour la conduire. ( Fig. 2 ).
- L'autre eft faite comme la fcie à débiter, & d'une grandeur à peu-près égale, excepté que la lame n'a que huit ou neuf lignes de largeur , & qu'elle eft arrêtée dans deux tourillons de fer , lefquels paftent à travers des bras de la fcie , & ont chacun une ouverture pratiquée à leurs têtes pour pouvoir les tourner à droite ou à gauche, félon qu'on en a befoin.
- Il eft encore d'autres fcies à tourner qui ne different de celle-ci que parce quelles font plus petites , & que leur lame n'a quelquefois que quatre àfix lignes de largeur , afin de pouvoir palier dans toutes fortes de contours,
- (%. 5,r3&ï4).
- Quand le bois eft ainfi débité en longueur & largeur convenables à l'ouvrage — que l'on veut faire , on commence par le corroyer , c'eft-à-dire, le dreller & Pla nche le dégauchir, le mettre à l'équerre ou angle droit, ce qui eft la même chofè, XIII.
- & enfuite le mettre de largeur & d'épailleur ; mais avant de parler de la maniéré de le faire , il eft nécefïàire d'entrer dans un détail exaél des outils fervants à cet ufage, parce qu'il eft très-naturel de les connoître avant de s'en fervir.
- Les outils propres au corroyage du bois, font les varlopes & les demi-varlopes,
- Menuisier. o
- *
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- tfa MENUISIER, I. Pan. Chap. F.
- ^—... les feuillerets, les réglets, l’équerre, les trufquins, le fermoir & le cifeau > les
- ^ *X J / jH E k°ts tant droits que cintrés de tous fens , & le rabot de bout.
- La varlope Fig- i9 eft compofée dun fût, qui eft ordinairement de bois de cormier, dun fer & d’un coin ; le fût doit avoir vingt-fept pouces de longueur fur deux pouces neuf lignes d’épaiffeur, & quatre pouces moins un quart ou quatre pouces au plus haut : cette hauteur ne doit pas être égale, mais elle di-î minue d’environ neuf lignes fur les extrémités. Au milieu de l’épaiffeur de ce fût, & à feize ou dix-fept pouces de fon extrémité, eft percé un trou que l’on nomme lumière, dans laquelle fe place un fer d’environ deux pouces de large, 8c qui y eft arrêté par un coin de bois. Uoje^ les Fig. 1,2,3 & 4 > lefquelles repréfentent une varlope vue en coupe & de tous les fens poflibles. C’eft de la maniéré dont eft percée la lumière de la varlope, & de la pente ou inclinaifon qu’on lui donne, que dépend là bonté ; c’eft pourquoi on ne iàuroit prendre trop de précautions en la faifant, ce que je vais expliquer.
- La pente ou inclinaifon de la lumière n’eft pas arbitraire , ainfi que beaucoup de gens fe le perftiadent ; car c’eft la plus ou moins grande inclinaifon qui rend tous les outils en général doux ou rudes à conduire. Lorfqu’elle eft beaucoup inclinée vers la baie de l’outil, les copeaux qu’il fait fortent ai-fément, mais auffi pour peu que le bois foit un peu vert ou de rebours, il eft fort fujet à faire des éclats , & devient rude à poufler * ; au contraire fî la pente eft trop élevée, on ne fait pas d’éclats , mais auffi les copeaux deviennent rudes à enlever, & fe reployant fur eux-mêmes, fortent difficilement ' de la lumière, & fouvent même s’y engorgent.
- Il faut donc éviter ces deux extrémités, & prendre une pente qui mette hors de ces deux inconvéniens, ce qui fe fait de différentes maniérés. La méthode la plus ordinaire dont fe fervent les Menuifiers pour déterminer la pente de leurs outils, c’eft de lever une perpendiculaire ou trait quarré fur le morceau dans lequel ils veulent percer une lumière , fur laquelle ils marquent les quatre points a, £, c ,d, à diftances égales les uns des autres; puis avec un compas ils prennent la diftance a b ou b c, ou enfin c d, ce qui eft la même choie , & font les deux feélions ef, l’une en dedans & l’autre en dehors ; puis par les points e 8c f, ils font palier une ligne qui eft la pente de la lumière, laquelle fait avec la bafe de l’outil un angle d’environ cinquante degrés.
- (*%• 5 )•
- Cette pente eft aflez bonne, mais ne peut convenir à toutes fortes d’outils ; c’eft pourquoi on donnera aux lumières* des varlopes, des guillaumes & des rabots, quarante-huit ou même cinquante dégrés de pente, quarante-cinq à celle des demi-varlopes & des feuillerets, & cinquante au moins aux varlopes à onglets, & aux outils de moulures. Lorfque le bois eft un peu rude, on ne
- *Le terme de poujfer eft propre aux Menui- I Urety ainfi des autres outils à fût: on dit aufli fiers •: on dit pouffer la varlope, le rabot, lefeuil- | poufler des moulures tant droites que cintrées.
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- Sectio n III. Des Outils propres au débit SC au corroyage. 63 rifque rien d’en donner cinquante-deux, & même cinquante-cinq à ces der- = niers : pour ce qui eft des rabots & des guillaumes de bout, il faut leur donner p foixantè dégrés de pente, parce que ces outils font faits pour finir & polir l’ouvrage, (ce qui, en termes d’ouvriers, s’appelle replanir ) , & que leurs fers ne mordant que foiblement, ils font des copeaux très-fins ; c’eft pourquoi il n’eft pas à craindre qu’ils engorgent. Voye£ la Fig. 6 , où font marquées toutes les différentes pentes.
- L ANCHÊ
- XII F*
- Le deflous de la lumière d’une varlope doit être le plus mince qu’il eft polfible, c eft-à-dire, qu’après avoir pris l’épaiffeur du fer qui eft d’environ deux lignes à deux lignes & demie, on ne laiffe qu’une bonne demi-ligne pour le paflàge du copeau. Le derrière de la lumière doit être bien dégauchi & un peu creux fiir fa longueur, afin que le fer porte bien deflùs ; le devant doit être moins en pente que le derrière , pour que le coin puiffe y tenir & y arrêter le fer, il faut qu’il foit bien uni & évafé environ aux deux cinquièmes de fa hauteur en forme d’entonnoir, afin que le copeau en fortant avec rapidité , ne s’y arrête pas.
- Les deux côtés de la lumière doivent être très-unis & le plus parallèles qu’il eft polfible , ainfi que le coin qui fait partie de ces mêmes côtés dans lefquels il entre en entaille. Ce coin eft évidé par le milieu', & terminé par le haut en forme d’un arc évafé pour lui donner plus de force, & pour faciliter le pafîage du copeau : on doit avoir foin qu’il joigne bien des deux côtés de la lumière , & lur-tout par le bas, où il eft bç>n qu’il ferre un peu plus que du haut, afin que le fer coupe plus vif & ne tremble pas. Voye^ les Fig. 2 & 7. Au-deflîis & à trois ou quatre pouces du bout de la varlope, eft une poignée de trois pouces de haut, fur cinq à fix pouces de longueur , laquelle eft évidée par le milieu d’une maniéré «affez commode pour qu’on puiffe tenir la varlope fins être gêné. ( Voye£ les Fig. 1,2 & 3 ). A l’autre extrémité , 8c à environ cinq pouces du bout, eft une autre poignée en forme de volute , laquelle, ainfi que la première , fert à conduire la varlope. ( Voye^ les memes Figures).
- Le fer de la varlope eft un morceau de fer plat de fept à huit pouces de longueur , fur environ deux pouces de largeur, & une ligne ou une ligne & demie d’épaiffeur , d’un côté & fur le plat duquel eft adaptée une tranche d’acier que l’on trempe après qu’elle a été loudée avec le fer qui eft abattu en champ-frain du côté oppofé à l’acier, ce qui s’appelle le lifeau du fer. Voye{ les Fig. 8,9 & 10 , lefquelles le repréfentent vu de tous fens.
- En général, prefque tous les fers d’outils à fût nous viennent d’Allemagne, du moins les meilleurs : ils s’aiguifent ou s*affûtent ( en terme d’ouvriers ) fiir un grais avec de l’eau ; il faut avoir foin que ce grais ne loit ni trop dur ni trop tendre , parce que quand il eft trop tendre , il rend le taillant des outils gros & rude, ce qui les empêche de couper vif & long-temps : quand au contraire il eft trop dur, il affûte bien les outils , à la vérité, mais auflï don-
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- nent-ils beaucoup de peine , Sc Ton y palTe beaucoup plus de temps. C’eft pourquoi il eft bon d’avoir deux grais , l’un tendre fur lequel on commence à affûter les outils , Sc à atteindre leurs breches s ils en ont ; Sc un dur fur lequel on finit de les affûter, & de leur ôter le morfil : il faut avoir foin en affûtant, que les bifeaux des outils ne foient pas trop courts, parce que s'ils l’étoient, ils ne pourroient plus couper , la pente de la lumière leur en ôtànt une partie, ainfî qu’on peut le voir dans la Fig. %•
- Le fer de la varlope doit être affûté très-quarré, excepté quon l’arrondit infenfiblement fur les coins, afin d’éviter l’engorgement des copeaux, ce que l’on doit obferver fur-tout lorfqu on emploie du bois qui n’eft pas parfaitement fec, ou bien du fàpin.
- On ferre Sc enfonce le coin avec un marteau, Sc on le deflerre en frappant fur l’extrémité de la varlope, afin que le contre-coup le faffe revenir ; c’efl: pourquoi il faut faire attention de ne le pas trop ferrer, parce que les coups redoublés qu’on feroit obligé de frapper pour le faire fortir, font quelquefois fauter les poignées & fendre la varlope.
- La demi-varlope ne différé de la grande, qu’en ce qu’elle eft plus petite d’environ fix pouces ; fà lumière doit être un peu plus en pente, Sc fon fer affûté rond pour éviter les éclats.
- Le feuilleret eft un outil dont le fût a environ quinze pouces de longueur fur trois pouces Sc demi de largeur, Sc un pouce d’épaifleur : fa lumière eft à entaille, Sc de la profondeur du fer, qui eft ordinairement de fix à fept lignes ; on y fait une feuillure ou conduite par deflous , de trois à quatre lignes de faillie , fur une largeur égale à celle du fer, que l’on enfonce d’une bonne ligne de plus que le conduit, afin que faifànt ufàge du feuilleret, il ne paflè pas de copeaux entre le fer Sc le fût. Cette obfervation eft très-effentielle, & doit s’appliquer à tous les outils à conduits : le fer doit un peu faillir en dehors Sc être affûté fur l’arrête , afin qu’il ne foit pas fiijet à fuir ; la lumière doit auffi être un peu déverfée en dehors fur fon épaifleur, afin de faciliter la fortie du copeau.
- Toutes les arrêtes extérieures du feuilleret font arrondies, Sc on y fait une encoche fur fon extrémité pour retenir la main. Eoye^ les Figures n, 12, 13, 14, 1 y, 16 Sc 17, lefquefles repréfentent le fût, le coin, Sc le fer d’un feuilleret.
- Les réglets font deux tringles d’environ dix-huit pouces de long, fur un pouce Sc demi ou deux pouces de largeur , & trois à quatre lignes d’épaifleur; chacune defquelles pafle dans deux autres morceaux de bois percés d’une mortaife, de forte qu’ils puiflent y couler à l’aife : ces morceaux de bois ont environ un pouce Sc demi de plus long que leurs mortaifes, Sc font creufés en deflous ; il faut faire attention qu’ils foient bien parallèles entr’eux, 8c égaux en hauteur; car c’eft dans leur juftefîe que confifte leur bonté, Aux deux bouts des réglets,
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- Section III. Des Outils propres au débit ôC au corroyage. 6f
- on met de petites chevilles pour empêcher ces morceaux de fortir. ( Fig. i :
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- L'équerre eft compofée de deux morceaux de bois que l'on alfomble à angle
- droit très-jufte, & le plus folidement pofïîble. On doit avoir foin que les morceaux de bois qui la compofent foient eux-mêmes bien quarrés, fans quoi elle déverferoit & ne foroit pas jufte : fa longueur n eft pas bornée, pourvu qu'elle ait cinq à fix pouces de branche for un pouce d'épailîeur, cela foffit. ( Fig. 3).
- Il eft encore une autre efpece d'équerre qui n’eft pas d'affemblage , mais qui eft prifo dans un même morceau de bois, lequel eft ordinairement de noyer.
- Ces équerres fervent auffi de triangles quarrés d'un bout, & de triangle à onglet de l’autre par le moyen de deux conduits qu'on y ravale , ce qui eft très-commode pour tracer les petits ouvrages ; mais en même temps ce ravalement l’amincifïànt ne la rend guere propre à mettre d'équerre que de très-petits morceaux de bois, pour les raifons que j’ai dites ci-deftîis. (Fig. 4).
- Les trufquins font compofés d’une tige de bois de dix à onze lignes en quarré, for neuf pouces 8c même un pied de long, d'une tête & d'une clef.
- La tête eft longue de fix pouces au moins, for trois pouces de large & un pouce d'épailîeur : elle eft percée au milieu de fa largeur d'un trou quarré de la grolfour de la tige, laquelle palîè au travers, 8c eft placée à deux bons pouces du haut. Au-delfos de la tige, 8c for l'épailfour de la tête, eft percée une mortaife de fix lignes de largeur d*un bout, & huit à neuf de l'autre, laquelle doit defcendre d'une ligne au moins en contre-bas de la tige, afin que la clef qu'on y fait palier puiifo l'arrêter dans la tête du trufquin d'une maniéré ferme & fiable. Tout le bois d'un trufquin doit être très-foc, d'une qualité dure , for-tout la clef 8c la tige , que l'on garnit d'une pointe très-aiguë d’environ deux lignes de long tout au plus, laquelle eft pofée du côté qui regarde le bas de la tête. (Fig. j).
- Il y a aulîi des trufquins dont la tête eft cintrée for le plan, 8c d’autres qui ont de longues pointes pour atteindre dans le fond des gorges 8c des ravalements. (Fig. 6).
- Il eft encore une autre efpece de trufquin que l’on nomme etajjemblage, dont la tête eft d'une figure oétogone, for à peu-près la même largeur & épaifi-four que le précédent : ce qu'il y a de différence, c'eft que la clef palfo au milieu de la tige , laquelle eft évidée dans fon m. ieu en forme de coulifie ; cette tige n’a guere que cinq à fix pouces de long, 8c eft garnie for chacune des fa :es d e fos deux bouts de deux pointes de fer, lefquelles font diftantes l'une de l'autre de la grolfour des aftemblages, lefquels varient depuis deux lignes jufqu'à huit & même plus. (Fig. 7). Chaque Compagnon doit avoir trois trufquins de la première efpece, 8c un de chaque autre.
- Le fermoir & le cifoau font des outils de fer de huit à neuf pouces de long for deux de large, depuis leurs bafos ( ou embafes , en terme d'ouvriers) jufqu'à
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- leur extrémité, laquelle eft amincie en venant à rien. Le cifeau a un bifeau , 8c Planche na de l'acier que dun côté, au lieu que le fermoir a deux bifeaux, ou pou£ X1mieux dire n en a point, puifqu'on l'affûte le plus long qu il eft poffible, Sc que lacier eft placé au milieu de fon épaifleur. Ces outils, ainfi que tous les autres, ne font pas de pur acier, parce quils feroient trop fojets à cafter, vû les grands efforts quils ont à foutenir ; c'eft pourquoi ils font tout de fer \ le cifeau n'ayant de l'acier que du côté du taillant, & le fermoir au milieu de fon épaifleur, ainfi que je viens de le dire plus haut.
- Le fermoir Sc le cifoau font garnis chacun d'un manche de bois qui eft pour l’ordinaire de frêne ou de charme, long de cinq pouces au moins, & d'une groflèur convenable ; on aura foin qu'ils foient emmanchés bien droit, & qu'ils portent également for la bafe de l'outil, de crainte qu'ils ne le faflènt cafter en frappant deflits, ce que l'on doit obferver à tous les outils à manches , & for-tout aux bec-d’ânes : le manche du fermoir doit être arrondi par le bout, & celui du cifeau arrondi Sc abattu en champ-frain du côté du bifeau, afin que l'on ne fo bleflè point en le frappant avec la main. Voje£ les Fig. 8,<?,io&ii, qui repréfontent ces outils de face avec leurs manches Sc de profil fans leurs manches.
- Les rabots ont ordinairement fept à neuf pouces de longueur, for trois pouces de hauteur & deux pouces d'épaiffeur ; leur lumière eft percée par-deflous à quatre pouces & demi ou ‘ cinq pôuces de leur extrémité ; au refte elle eft faite comme celle de la varlope , tant pour la pente que pour la forme : leurs fers font aufiî faits comme ceux des varlopes , à l'exception qu’ils font plus petits , & on les retire en frappant le bout du rabot du côté oppofé au derrière de la lumière : il en eft aufll de cintrés tant for la longueur que for la largeur ; les meilleurs font de bois de cormier. (Fig, 12,14 & 1 j). ,
- Le rabot de bout ne différé des autres quen ce qu'il eft plus petit, & que la pente de fà lumière eft plus droite , ainfi que je l'ai dit ci-deflus en parlant de la pente des lumières. ( Fig. 13).
- Quand on veut corroyer le bois, on commence d'abord par prendre garde de quel côté il eft plus de fil, s'il eft bouge ou creux, ou s’il eft gauche. Ces précautions prifos, on commence par le corroyer for le plat à la demi-varlope à grand fer, jufqu'à ce qu'il foit droit, & qu’on en ait atteint toutes les fautes ; enfoite de quoi on finit de le drefler Sc de le dégauchir avec la varlope : pour voir fi le bois eft bien dégauchi, on le met for le champ du côté du jour, Sc on le tient un peu incliné vers foi, enfoite de quoi on le bornoye. Si une des deux rives ne leve ou ne baiflè pas plus d'un bout que de l'autre, & qu'elles fè cachent également, c'eft une marque que le bois eft bien dégauchi : pour peu qu'il foit un peu large , il faut prendre une régie que l’on préfente deflus de diftance en diftance, pour voir s'il n eft pas creux ou bouge fur la largeur.
- Après que le bois eft ainfi corroyé for le plat, on le retourne for le champ
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- Section I1L Des Outils propres au débit SC au corroyage. 6y pour le mettre à l’équerre, ce qui fe fait en le dreflànt de bout avec la demi-varlope; puis avant de paflèr la varlope, on préfènte l’équerre deflus de diftance endif* tance , afin de ne pas ôter plus de bois qu’il ne faut, enfuite de quoi on le finit à la grande varlope.
- Quand le bois eft bien droit & à l’équerre , on le met de largeur en pa£-fànt un trufquin, que l’on ajufte à la largeur convenable , le long de la rive droite , de forte que là pointe trace fur l’autre rive du bois une ligne parallèle à la première. On doit tenir le trufquin de la main droite, & le pouflèr devant foi en remontant du côté de la tête de l’établi, enfuite de quoi on retourne le bois, Sc s’il eft trop large , on le hache avec le fermoir Sc le maillet, après avoir arrêté le bois fur l’établi avec le valet ; puis on y paffe le feuille-ret pour atteindre le trait du trufquin, & on finit par le mettre d’équerre avec la demi-varlope & la varlope ; quand le bois eft un peu épais on pafle le truf quin des deux côtés pour qu’il foit plus jufte de largeur.
- Le bois étant de largeur, on le met d’épaiflèur , ce qui fè fait de la même maniéré que pour le mettre de largeur, à l’exception qu’il faut toujours paflèr le trufquin des deux côtés.
- Quand le bois que l’on veut corroyer eft d’une certaine largeur, comme dans la Figure a , on commence par le drefler lur le plat avec le feuilleret que l’on y pafle des deux côtés, après avoir remarqué de quel côté il eft gauche ; enfuite de quoi on pofe les réglets fur les coups de feuilleret aux deux extrémités de la planche , Sc on lesbornoye pour voir fi elle eft bien dégauchie : fi elle eft encore un peu gauche, on en ôte avec le feuilleret, ce qui eft néceflàire pour la dégauchir ; puis on la corroyé à la demi-varlope , enfuite à la varlope , comme je l’ai dit ci-deflus. Quand le bois eft dur Sc de rebours, après avoir pafle le feuilleret, on le corroyé à bois de travers avec la demi-varlope , en-fuite avec la varlope toujours à bois de travers , en inclinant cependant un peu du côté du fil du bois. Pour drefler les planches fur le champ, on les arrête le long de l’établi avec les valets de pied, ou bien quand elles font trop courtes, on les arrête d’un bout avec un valet de pied, Sc de l’autre avec un pied de biche , qui eft arrêté lui-même fur l’établi avec le valet, & que l’on ferre contre le bout de la planche à coups de maillet. Le pied de biche eft un morceau de bois dur, au bout duquel eft faite une entaille triangulaire, dans laquelle entre le bout des planches (Fig. 19 ).
- Quant aux bois cintrés en plan, on les corroyé de deux maniérés différentes.
- La première eft de les drefler fur le champ Sc de les mettre de largeur, en-fuite de quoi on les met d’équerre par les deux bouts ; puis on trace le cintre des deux côtés avec le calibre , & on les corroyé enfiiite avec le rabot cintré. (Fig, 18).
- La fécondé maniéré eft que quand les courbes font trop larges, & qu’on
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- 68 ME N U 1 S 1 E RJ. Pan. Chap. V.
- ===== craint de les gauchir en les mettant d'équerre , comme je l'ai dit ci-deflus, on ^ *x IV H E t^re P^at cour^e ^ a ^es ^eux extrémités , deux traits quarrés , d’après lefquels on donne deux coups de guillaume en forme de feuillures ; puis on pofo dans ces deux feuillures deux morceaux de bois d’égale largeur, lefquels font'la même chofo que les réglets. Quand les deux extrémités de la ' courbe {ont bien dégauchis, on y marque un trait des deux côtés , & on la corroyé ainfi que je viens de le dire en parlant de la première maniéré. (Fig, 20).
- Celui qui corroyé le bois, doit fe tenir droit Sc ferme le long de l’établi 9 la jambe gauche tendue en avant, & le pied parallèle à l’établi, la droite en arriéré , un peu plus écartée de l’établi que la gauche, & la pointe du pied en dehors.
- On tient la poignée de derrière de la varlope de la main droite, & celle du devant de la gauche : il faut avoir foin de la pouffer bien droite, Sc plutôt en dedans de l’établi qu’en dehors. On ne doit jamais quitter la main droite de dellus la demi-varlope, Sc au contraire ne la mettre for la varlope que pour la conduire & la lâcher à chaque coup , afin qu’on puifle la pouffer de toute l’étendue du bras droit* Voye£ la Fig. 21, laquelle repréfente un homme qui corroyé du bois.
- Quand on hache le bois, il faut fo tenir droit Sc tourné vis-à-vis de fon otL vrage, le corps un peu écarté de l’établi, la jambe gauche tendue en avant, Sc la droite en arriéré : le feuilleret fe poulie à peu-près comme la varlope , excepté qu’on le tient de la main droite par un bout, Sc que la gauche embrafîe l’autre bout du feuilleret dans toute là largeur, le pouce étant arrêté dans l’entaille qui eft faite au-delfos.
- Le rabot fo tient de la main droite, laquelle l’embraifo Sc appuyé defius ; la gauche l’embrafîe tout-à-fait par devant & en doit defoendre à environ un pouce du bas : il faut obferver d’appuyer for la main droite en commençant à raboter un morceau de bois , & au contraire la lever & appuyer for la gauche à l’autre bout. Cette obforvation eft effentielle, for-tout quand on replanit des panneaux ou autres ouvrages dont il faut que les extrémités foient vives Sc égales.
- Section Quatrième.
- Des Outils propres aux Ravalements , aux Joints ' SC aux AJjemblages.
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- Lorlque les bois font corroyés, on commence par les établir, ainfi qu’on ^ L Xv"H E a ^ en ^es débitant, à l’exception qu’on fo fort de pierre noire ou rouge, parce que la craie s’efface trop facilement ; enfoite de quoi on les trace , c’eft-à-dire , que Ton détermine la largeur de chaque morceau, relativement à la place qu’il occupe, les coupes , & le lieu des aflemblages.
- Les outils propres à tracer, font un ou plufieurs compas, le grand truf
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- Section IV. Des Outils propres aux Ravalements, ôGc. 69 quin ou compas à verge, la pointe à tracer , les triangles tant à angle droit que d’onglet, la faufle équerre ou fauterelle, & le trufquin tant à pointe que d’aflemblage.
- Le compas eft un infiniment trop connu pour que j’entreprenne d’en faire ladefoription ; tout ce que j’en dirai, c’eftque ceux dont fe fervent ordinairement les Menuifiers, font de fer, d’une forme ronde lorfqu’ils font fermés , d’environ fept à huit pouces de long : il en efl: de la même forme , qui ont quinze à vingt pouces , lelquels fervent à faire des compartiments , auxquels il efl très-bon (ainfi qu’aux autres) de faire rapporter des pointes d’acier que l’on fait tremper, parce qu’en général toutes ces fortes de compas font d’un fer très-mou, lequel s’émoufle aifément, 8c par conféquent empêche de faire les compartiments juftes. ( Fig. 2).
- On fait encore ufàge d’un autre compas de fer plat, lequel efl beaucoup plus folide que les autres , à caufo que la largeur de fes branches empêche quelles ne ployent, & par conféquent qu’il ne s’écarte. Ce compas a ordinairement deux à deux pieds 8c demi de longueur, 8c fe nomme fiuffe équerre de fer , en termes d’ouvriers. (Fig. 3).
- Le compas à verge efl une tringle de bois qui porte ordinairement un pouce en quarré (quoiqu’il feroit meilleur quelle fût plus large qu’épaifle, afin quelle ployât moins) , & de fix ou huit, ou même de douze pieds de long, à l’un des bouts de laquelle efl aflèmblé un morceau de bois qui l’excede en deflous d’environ deux pouces : ce morceau de bois efl arrondi par le v bout, 8c efl garni d’une pointe de fer; l’autre bout de la tringle entre dans un autre morceau qui efl d’un bon pouce plus épais, 8c qui à cet effet efl percé d’un trou quarré au milieu de fa largeur, au-deflus duquel 8c en fens contraire efl per* cée une mortaife , laquelle fort à placer une clef ainfi qu’aux trufquins ordinaires ; le deflous de ce morceau efl garni d’une pointe de fer, 8c efl d’une longueur 8c d’une forme égale au premier. On fe fort de cet outil pour tracer les grands cintres, ce que l’on peut faire à toutes les diftances poflibles , puifque le fécond morceau de bois efl mobile for la tringle, 8c s’y arrête par le moyen de la clef. (Fig. 1).
- La pointe à tracer n’eft autre chofe qu’un morceau d’acier terminé en pointe , & qui efl garni d’un manche , afin de pouvoir le tenir, ou pour mieux dire , pour empêcher quelle ne fe perde. Les Menuifiers fe fervent ordinairement de leurs vieux tiers-points, qu’ils font arrondir & retremper pour cet ufage. (Fig. 4).
- Le triangle efl compofé d’une tige 8c d’une lame ; la tige a ordinairement neuf à dix pouces de long, for un pouce 8c demi de large, 8c environ dix lignes d’épaifleur : la lame doit avoir un pied à quinze pouces de long, for trois à quatre lignes d’épais , & deux à deux pouces 8c demi de largeur : elle doit s’aflembler bien quarrément dans le milieu de l’épaifleur de la tige Menuisier. §
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- —. —— à tenon & enfourchement for fa largeur , & la déborder d'un demi pouee pair
- Plxvche le hoVLt* *)•
- Les grands triangles ne different de ceux-ci quen ce qu’ils font plus grands, ayant deux à trois pieds de lame & même plus , & en ce que la lame eft foute-nue par une écharpe , laquelle lui eft égale d’épaiffeür, & qui eft affemblée à tenon & mortaife , tant dans la tige ou fommier, que dans la lame du triangle* (Fig . y ). En général l’ulàge des triangles dont je viens de parler, eft d’appuyer ou de conduire la pointe pour tracer des angles droits fur le bois.
- Le triangle à onglet eft compofé d’une lame de bois mince, d’environ un pied de long, for quatre à cinq pouces de large, à l’un des bouts de laquelle eft affemblé à angle de quarante-cinq degrés , un autre morceau de bois , lequel la déborde de trois à quatre lignes de chaque côté for fon épaifleur, afin de l’appuyer contre le bois & lui fervir de conduite. Cet outil fert à tracer la coupe des moulures quand l’ouvrage eft afïèmblé à angle droit. ( Fig. 7). Il eft encore un autre petit triangle à onglet, dont j’ai fait la defcription en parlant des outils propres au corroyage des bois. ( T^oye^ la page dy ).
- La faufïe équerre ou fàuterelle, eft compofée, comme le triangle, d’une tige & d’une lame, à l’exception que la tige eft ouverte dans le milieu de ion épaif feur par une efpece d’enfourchement qui a d’épaiffeür celle de la lame , qui doit être environ le tiers de la tige, & de longueur celle de la lame , en ob* fervant de couper en pente le bout de cette derniere, ainfi que le fond de l’enfourchement, afin quelle ne puifîe pas entrer plus avant, & quelle affleure la tige lorlqu’elle eft fermée. La tige & la lame font arrêtées en-femble par le moyen d’une vis ou d’un clou rivé, de maniéré cependant que cette derniere eft mobile & peut s’ouvrir ou fe fermer félon qu’il eft néceflàire. Cet outil fert à tracer toutes les coupes irrégulières , c’eft-a-dire , qui ne font ni à angles droits, ni de quarante-cinq degrés ou d’onglet, ce qui eft la même choie. ( Fig. 8).
- En général, le bois des triangles, du moins les lames doivent être de bois de cormier ou de noyer dur & de fil, afin qu’ils s’ufont moins, & que par conféquent ces outils foient toujours juftes.
- J’ai parlé ailleurs des trulquins tant à pointes que d’afîemblage. Voye^ ce que j’ai dit page dy. En général, on doit lavoir, avant de tracer l’ouvrage, que les mortaifes & les enfourchements fe placent , du moins pour l’ordinaire , dans les battants , & les tenons dans les traverfes; que les battants font toujours placés verticalement ou d’à-plomb, & que les traverfes au contraire fo placent horizontalement ou de niveau ( ce qui eft la même choie ) ; & qu’il n y a que les montants qui, quoique d’à-plomb , font dans le cas d’avoir des tenons par les bouts. Quant à la maniéré de tracer, voye{ les Fig. 9 , 10,11 & 12, lur lefquelles font repréfentées toutes fortes d’affemblages & de coupes. 1
- Après avoir tracé les bois , & avant de faire les aflèmblages, on commence
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- Section IV. Des Outils propres aux Ravalements, ôCc. 71
- par y pouffer les gorges où les tarabifcots, ou dégagements, quand l’ouvrage 1 —
- eft fufceptible de l’un ou de l’autre, & par y faire les ravalements néceffaires * Planche Les outils propres à cet ufage font les gorges, les gorgets & les tarabifcots XVI* de toutes formes & grofleurs, les bouvets de deux pièces 8c à ravaler , les guillaumes, & les rabots tant ordinaires que de bout.
- En général, les gorges & les gorgets, ainfi que tous les autres outils propres à pouffer les moulures, font compofés d’un fer & d’un fut de neuf pouces1 de longueur, fur deux pouces & demi à trois pouces de largeur, non compris la faillie de la moulure , 8c d’une épaifleur relative à cette derniere, c’eft-à-dire, qu’il faut qu’il refte huit à neuf lignes d’épaifleur au fût d’après le fond de f entaille ou lumière, afin qu’il ne fe tourmente pas , 8c qu’il puilfe réfifter à lapreffion du coin. Pour la pente de la lumière,on lui donnera cinquante degrés d’inclinaifon au moins, ainfi qu’à celles des varlopes, & on obfèrvera de la faire toujours déverfer en dehors, afin de faciliter la fortie des copeaux, ce qui eft une régie générale pour tous les outils de moulures & à fût, ainfi que je l’ai dit plus haut en parlant de la lumière du feuilleret.
- Quant aux gorges & aux gorgets, aux tarabifcots 8c aux bouvets à ravaler , il faut avoir foin d’y faire une conduite au point d’appui fur le devant, afin qu’ils portent également des deux côtés, ce qui les rend plus doux à pouffer, 8c en même temps ce qui empêche les gorges d’être d’une profondeur inégale, fiir-tout fur le derrière : pour l’ordinaire on applique fur le côté de la gorge oppofé à la lumière, un morceau de bois que l’on nomme une joue, pour lui fervir de conduit, ou quelquefois même on le ravale dans le même morceau. ( Fig.
- Mais comme les largeurs des moulures ne font pas toujours les mêmes, on eft alors obligé de changer ces joues , ce qui eft très-incommode ; c’eft pour > quoi on a imaginé de n’en point faire du tout, mais de les monter fur des bouvets de deux pièces à vis, ce qui eft très-commode , vû que l’on peut les ouvrir ou les fermer, félon qu’on en a befoin.
- Quant aux fûts de gorges , on-n’en trouve pas de tout faits chez les Marchands ; c’eft pourquoi les Menuifiers font obligés de les faire eux-mêmes, c eft-à-dire , qu’ils achètent des fers de feuilleret qu’ils détrempent, 8c auxquels ils donnent la forme convenable, enfuite de quoi ils les retrempent. Il y én a qui ont pour ufàge de mettre plufieurs fers à une gorge, c eft-à-dire , un qui forme le quarré & l’autre le creux , ce qui eft fujet à de grands in-convéniens , ces fers fe retirant quelquefois, ce qui rend le profil d’une forme inégale, tant fur la largeur que fur la profondeur; c’eft pourquoi il vaut mieux n y mettre qu’un feul fer dans lequel on forme les quarrés que 1 on' affûte avec une lime. Pour ce qui eft du fût, il fe fait avec du chêne bien fec
- * Par ravaler le bois, on entend la maniéré de l’amincir ou d’en diminuer répaifleur en certains endroits , afin de donner du relief aux moulures.
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- afin qu’il ne fe tourmente pas, Sc qu’il foit plus léger, fur lequel on applique une femelle de cormier ou d’autre bois dur pour faire la moulure & le conduit, à moins toutefois que l’on ne veuille le faire tout entier de ce dernier bois, ce qui cependant n’ell pas fort néceflàire. Cette obferyation eft générale pour tous les outils de moulures. Voye{ les Fig. 6, 7,8,9, 10, il, 12, 13, 14, 15» 17, 18, 19,20,21,22, 23,24,25 <£ 26,
- OU font rcpréfentées toutes les elpeces de gorges & de gorgets avec leurs fers vus des deux faces. Pour ce qui eft des tarabifcots , comme ils font très-foibles il efl: bon d’y rapporter des languettes à bois de bout, lefquelles forment le dégagement ; il feroit encore meilleur d'y rapporter une femelle de fer , laquelle s’attache avec des vis , ce qui foutiendroit mieux le fer que ne fèroit un fût tout de bois , fur-tout dans d'aufîi petites parties. (Voy, les Fig. 27,28 & 29). Les Fig. 30, 31 (§32, repréfentent un bouvet à ravaler; celles 33, 34 & 3J , un bouvet à embreuver, dont la diftance qu'il y a entre le conduit & le fer efl: égale à la largeur de ce dernier, afin que deux morceaux de bois rainés avec ce bouvet, puiflent aifément entrer l’un dans l'autre ; ce bouvet fe nomme encore bouvet à coulifje ; dans ce cas on fait enforte que le fer fbit un peu plus large que la joue, afin que les bois que l'on raine avec, coulent facilement l'un dans l’autre, en quoi il diffère du bouvet à embreuver qui doit être jufte fans avoir de jeu.
- Le bouvet de deux pièces efl: un des outils^le plus néceflàire aux Menui-fiers, vu fon application à toutes fortes d'ouvrages : il efl: compofé d'une principale piece ou conduit ; d'une autre pièce que l'on change quand il eft néceflaî-re, de deux tiges & de deux clefs.
- La principale piece, Fig. 36 9 37 & 38, doit avoir neuf pouces & demi de longueur, for trois pouces & demi de largeur , fefee lignes d'épaifleur à l'endroit du conduit, & dix lignes au plus mince : ce conduit doit avoir, neuf lignes de large au moins , & être fouillé par deflous pour pouvoir placer l'extrémité des doigts de celui qui le tient. Au milieu de la largeur, & à vingt-trois lignes des bouts, font percés deux trous ou mortaifes de dix lignes quatre es , dans lefquelles paffent les tiges : au-deflus de ces trous & en fens contraire, c'eft-à-dire, for la largeur de la piece font percées deux mortaifes qui font difpofées pour recevoir des clefs, lefquelles ferrent & arrêtent les tiges ainfi qu'aux trufquins. Il faut obferver que celle de derrière Fig. 38 efl: en dedans de la tige , & l'autre en dehors, afin quelles ne nuifent point à l'ouvrier pour tenir le bouvet, ce qui arriyeroit fi elles étoient difpofées autrement. Les tiges doivent avoir fept à huit pouces de longueur , fur onze lignes en quarré : une de leurs arrêtes doit, être abattue en champfrain , l'une en deflus & l'autre en deflous , afin quelles ne bleflent point la main ; on doit avoir foin quelles entrent jufte dans leurs mortaifes, auxquelles on obfervera de laifler plein l'angle qui fera abattu aux tiges, & quelles foient percées bien perpendiculairement,
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- Section IV. Des Outils propres aux Ravalements, SCc. 73 afin que les tiges foient bien parallèles entr elles & à angles droits avec les pièces : le bout des tiges eft aflemblé à tenon double dans la pièce du devant. Flanc 8c on aura foin d’y faire un arrazement de chaque côté , afin quelle porte éga- ^ ^ ** lement des deux côtés. Voye^la Fig. 37, laquelle repréfente la coupe dun bouvet de deux pièces.
- La pièce du devant doit avoir neuf pouces de longueur, afin que l’autre la 'déborde de trois lignes par chaque bout, ce qui eft nécefîaire afin de pouvoir la frapper avec le marteau pour l’ouvrir : là largeur doit être de deux pouces huit lignes moins la faillie de la languette , de forte que le deftus des deux pièces affleure , & qu’il y ait environ une ligne de jeu entre le deftbus de la fécondé & le deftus du conduit de la première piece : pour i’épaifleur de la féconde piece, elle doit être déterminée par celle de la languette, plus par celle de la joue , qui doit être de fept à huit lignes, ainfi que je l’ai déjà dit.
- Pour ce qui eft des languettes, elles font de deux fortes, les unes de bois,
- 8c les autres de fer.
- Les premières ont depuis trois jufqu’à fix ou huit lignes d’épaifleur, 8c font prifes dans le même morceau que la fécondé piece, laquelle doit être d’un bois liant & dur , afin qu’il puiffe réfifter à la preffion du fer ( Voyc[ les Fig. ci-deflus). ,
- Les fécondés font faites de lames de fer, lefqueUes font attachées for la piece ou joue, ce qui eft la même chofe , avec des vis ou des clous rivés ; ces languettes font ordinairement de deux pièces, mais qui font féparées par la lumière ; il feroit beaucoup meilleur de les faire d’un feul morceau, dans lequel on feroit une entaille à l’endroit de la lumière , & qui s’atta-cheroit par deftbus la piece avec des vis dont les têtes feroient arrafées. ( Fig.
- 40 & 41).
- On fait aufîi des languettes avec du cuivre ; mais celles de fer leur font préférables , parce qu elles s’échauffent moins, & par conféquent tiennent moins dans le bois. En général les languettes de fer ou de cuivre faillent le deftbus de la piece de fix à fept lignes ; pour leur épaiffeur , elle varie depuis trois quarts de ligne jufqu’à deux lignes : la pente de la lumière des bouvets doit être de quarante-cinq à quarante-huit degrés. On la place à cinq pouces du derrière de la languette en deftbus , ce qui eft la même chofe pour tous les outils de moulures, & l’on doit avoir foin qu elle déverfe un peu en dehors.
- Le fer des bouvets de deux pièces , ainfi que des autres ( Fig. 42 <5 43 ) doit être le plus mince poftible, for-tout ceux qui font au-deffos de trois lignes de largeur : on doit avoir foin qu’ils foient affûtés à vif des deux côtés, & qu’ils débordent un peu l’outil , lequel doit être lui-même bien parallèle avec la principale piece ou conduite ; il eft cependant bon qu’il ouvre un peu plus du derrière que du devant, afin qu’il foit plus doux à conduire. La\largeur du fer doit diminuer un peu par le haut, afin qu’il ne tienne pas dans le bois ; Menuisier. T
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- êc Ton doit avoir foin qu’il foit bien placé dans fbn fût, afin quil ne foit pas fujet à fuir*. On doit avoir foin de bien arrondir toutes les arrêtes des bouvets ? ainfi que de tous les autres outils, afin de les rendre plus aifés a manier. Pour ce qui eft du bois propre à faire les bouvets de deux pièces , il doit être ferme & fec ; c eft pourquoi le cormier eft préférable à tout autre.
- Les bouvets de deux pièces à vis, ne different de ceux dont je viens de parler , qu en ce que leurs tiges ne font pas arrêtées à demeure dans la piece de devant, mais feulement avec des vis, lefquelles les ferrent Sc arrêtent par le moyen d’un écrou qui eft placé dans le milieu de fépaiflèur de la tige. Le haut de ces vis eft garni d’un collet d’environ neuf lignes de diamètre , lequel porte fur une plaque ou rondelle de fer, qui empêche qu’en ferrant la vis, ce collet n’entre dans le bois : leur tête eft percée à jour en forme de piton, afin de pouvoir les ferrer plus commodément ; il faut que les tiges entrent de deux à trois lignes dans la piece de devant, en obfervant de faire un arrazement au pourtour, afin quelles portent bien quarrément.
- (Fig-39>
- Ces fortes de bouvets font très-utiles, parce que non-feulement on peut y placer des joues de differentes groffeurs de languettes, mais encore des gorges de toute efpece , Sc autres outils propres à fouiller & ravaler le bois ; de plus ils épargnent de faire un grand nombre d’outils, lefquels font fouvent par la grofleur de leurs fûts , rudes & difficiles à mener ; c’eft pourquoi toutes les coupes d’outils à joue qui font fur cette planche, font diipofées de cette maniéré*
- Il eft des bouvets de deux pièces auxquels on ne met point de clefs, mais feulement deux vis , lefquelles font arrêtées par des écrous dans le deflus du bouvet, & en les ferrant font preffion fur les tiges , en obfervant de mettre entr elles & ces dernieres, un périt morceau de fer mince , lequel eft arrêté dans la mortaife , & empêche le bout de la vis d’entrer dans le bois. (Fig. 39)*
- Il eft encore une autre maniéré de ferrer les tiges des bouvets , qui eft de faire la principale piece de deux morceaux joints enfemble à rainures & languettes , & de placer les tiges diagonalement au milieu de ce joint, que l’on a foin de faire un peu creux fur fa longueur, & de le faire porter également des deux côtés ; enfuite de quoi on le ferre avec une forte vis qui eft placée au milieu de fa longueur, & laquelle pafte au milieu de fon épaifleur , & eft arrêtée dans la partie du bas avec un écrou. (Fig. 47 & 48).
- On fait aufli des bouvets de deux pièces, cintrés tant fur le plan que fur l’élévation, qui ne different en rien des premiers qu’en ce que le conduit ou bien le deflbus de la joue de devant eft cintré. Il eft encore une autre efpece de bouvet que l’on nomme bouvet a noix , lequel ne diffère des autres dont j’ai parlé ci-deffus , que parce que la languette de la piece du devant eft arrpn* die v.Ce bouvet fert à faire des noix ou rainures creufes pour les croifées & au-
- * En terme d’ouvriers, on dit qu’un outil a fui lorfqu’il fe dérange de fa place , & qu’il ne fe pouffe pas bien parallèlement, \
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- très parties ouvrantes : il a de largeur depuis quatre jufqu à huit lignes, & une ligne de plus de profondeur quil n’a de largeur : fon fer doit être affûté des deux côtés , pour l’empêcher de fuir. ( Fig. 44,45* & 46).
- Les bouvets de deux pièces le pouffent à un homme feul ; mais lorfque les fers des bouvets ou des gorges font trop gros, on fe met deux à les pouffer , l’un derrière, lequel le tient & le conduit, & l’autre devant, qui le tire de la main gauche par la tige , & de la main droite par le bout de la vis, ou par une cheville que l’on place dans la joue de devant.
- Le guillaume eft compofé d’un fût, d’un fer, & d’un coin': le fût a ordinairement quinze à feize pouces de longueur, for trois pouces & demi de largeur , & un pouce ou quinze lignes d’épaiffour, par deflous lequel & à environ neuf pouces de fon extrémité, eft percée une lumière , laquelle occupe toute fa largeur jufqu’à environ quinze lignes de hauteur , d’après quoi elle fe termine par une mortaife en forme de coin de quatre à cinq lignes d’épaifo feur : cette lumière doit être d’une pente égale à celle des varlopes , excepté celle du guillaume de bout, qui doit avoir foixante degrés ; elle doit être le plus étroite-poffible par le bas , c’eft-à-dire , quelle n’ait que fépaiffeur du fer & le paflàge du copeau ; enfeite de quoi elle fe termine en rond vers le commencement de la mortaife en forme d’entonnoir , afin que les copeaux fortent plus aifément. Voye^ les Fig. 1,2,3,4 lefquelles repréfen-
- tent un guillaume vu tant de face, que de plan & en coupe. On doit faire cette lumière un peu creufe for là largeur , afin que le fer porte bien for fon extrémité ; cependant il faut éviter de la faire trop creufe , parce qu’alors le fer releve du bout , au lieu de porter comme il paroît naturel qu’il fafîè, & que pour peu que l’on ferre le coin , on fait fendre le guillaume. Pour ce qui eft du coin, il n’a d’épaifteur que quatre à cinq lignes, qui eft la largeur de la lumière ; il faille le deffos du guillaume d’environ deux pouces , & on y fait une encoche par le haut pour le retirer, ce qui eft mieux que de frapper for le champ du guillaume , & le bas vient fe terminer en pointe le plus bas poffible, afin que le fer tienne mieux. (V’oye^ les Fig. 6 & 7).
- Le fer d’un guillaume eft fait en forme de pèle à four ; il doit être bien quarré , un peu affûté for les rives , & défaffleurer un tant foit peu le fût de chaque côté. ( Fig 8 & 9').
- Le guillaume cintré tant for le plan que for l’élévation, ne différé de ceux dont je viens de parler, qu’en ce qu’ils font plus courts, & que celui en plan eft d’une forme femblable à celle d’une navette ; c’eft pourquoi on l’appelle guillaume a navette. Voyez les Fig. 2,10,11 $ 12, o ù font repréfentées toutes les efpeces de.guillaumes, tant debout que cintrés.
- Les bois ainfi préparés, on y fait les affemblages, c’eft-à-dire, les tenons & les mortaifes, les rainures & les joints*
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- æzr-—-= Avant de faire les tenons , on fcie les arrazements ; pour cet effet on prend
- E/un morceaH bois de trois à quatre pouces d’épai-ffeur, fur lequel eft attaché un taffeau contre lequel s’appuye le bois que Ton veut fcier : ce morceau fe .nomme entaille a fcier les arrazements.^ lequel s’arrête fur 1 établi avec le valet; enfuite de quoi on enfonce dans le bout de cette entaille un fermoir ou cifeau,1 lequel fert à retenir le bout de la traverfe , & à fbulager l’ouvrier, lequel la -tient appuyée contre ïentaille de la main gauche, & fcie l’arrazement de la droite , ce qu’il doit faire le plus d’àplomb qu’il fera poffible , afin que le joint porte également par-tout. La fcie à fcier les arrazements na de longueur que vingt-deux pouces ou deux pieds, il y en a même de plus petites pour les petits bois & autres menus ouvrages, lefquelles fe font avec des reflbrts. En général la denture des fcies à arrazements doit être peu inclinée 9 afin quelle foit moins rude, & on doit lui donner peu de voie. ( Fig. 13).
- Les arrazements fe fcient en travers de l’établi, cependant un peu incliné en remontant du côté du crochet, afin de ne pas nuire à Ion camarade : il efl encore une fcie à fcier des arrazements , que l’on nomme fcie à arra^er, laquelle eft compofée d’un fût d’environ neuf à dix pouces de longueur, fur lequel eft attachée une lame de fcie de même longueur : cet outil fert à fcier les arrazements des portes emboîtées & autres tenons d’une grande largeur , en l’appuyant contre une tringle de bois que l’on attache le long du trait.; ( Fig. 14). Mais en général une fcie ordinaire fait la même chofe iorfqu’elle 1 .eft bien dreffée.
- Les tenons & les enfourchements le font à la fcie ; autrefois on les failoît au cifeau , & on réparoit enfuite au guillaume & au rabot, ainfi que les enfourchements que l’on faifoit au bec-d’âne, & que l’on réparoit au cifeau.
- La méthode de faire les tenons à la fcie eft préférable , non - feulement parce quelle eft plus prompte , mais encore parce que le fciage rend le tenon rude & cotonneux , ce qui fait qu’il tient mieux dans la mortaife : il n’y a donc que les tenons d’une très-grande largeur qu’on doive faire au cifeau. Pour ce qui eft des enfourchements , après avoir donné deux coups de fcie des deux côtés à la profondeur néceflâire, on vuide le bois qui refte entre deux avec un bec-d’âne , & on le recalle * avec un cifeau.
- La fcie à tenons doit avoir vingt-fix à vingt-huit pouces de longueur ; l’in« clinaifon de fes dents doit être entre celle de la fcie à débiter, & celle à fcier les arrazements : on doit y donner une voie raifonnable, & avoir foin que fà denture foit très-droite.
- Quand on veut faire des tenons 5 on commence par arrêter les traverfes ou les montants fur l’établi avec le valet, de maniéré que le tenon forte dehors tout-à-fait, & qu’il regarde le crochet le plus qu’il eft poffible, enfuite on prend le bras de la fcie de la main droite par le côté du fer que l’on pofè fur le
- . * En terme d’ouvriers, on entend par recaller, unir & dreflfer un tenon ou une mortaife avec le cifeau : on dit aufû recaller les coupes & les onglets,
- bois
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- bois vers les deux tiers de fa hauteur , & que Ton appuie contre le pouce de la : main gauche, pour commencer le trait ; après quoi on joint la main gauche au j bras de la foie du côté de la corde , & Ton fcie les deux côtés du tenon diago-nalement, c’eft-à-dire, depuis le bas jufqu à l’arrazement, en obfervant de ne pas prendre le trait, mais de paffer à côté. Quand le tenon eft ainfi fcié d’un côté, on le retourne de l’autre, & on fait la même opération jufqu’à ce que les deux côtés tombent d’eux-mêmes.
- Lorfqu’on fcie les tenons, on ne doit pas relier à terre, c eft-à-dire , au niveau du bas de l’établi, mais au contraire s’élever de cinq à fix pouces , parce qu’étant ainfi élevé on fe fatigue moins, & on a plus de force. Les outils propres à faire les mortaifes, font les bec-d’ânes de toutes groffours, le maillet Sc le cifeau.
- Le bec - d’âne eft un outil de fer., qui a de longueur depuis fix jufipfà neuf ou dix pouces, & de largeur depuis cinq lignes jufqu’à neuf ou dix , félon les différentes épaiffeurs, lefquelles font depuis une ligne jufqu’à neuf ou dix, comme je l’ai dit plus haut. Le bec-d’âne eft emmanché d’un manche de bois de frêne ou de charme , de cinq à fix pouces de longueur, Sc d’une grofi feur relative à celle de l’outil : on doit avoir foin qu’il porte bien également for la bafe, afin que les coups redoublés que l’on frappe defîus ne le falfont point ployer. Pour qu’un bec-d’âne foit bien fait, il faut qu’il ne foit pas trop large , & qu’il diminue un peu for fon épaiffeur , fans cependant être trop dé-^ gagé, ce qui eft un défaut* ( Voye[ les Fig. 16 & 17). Quant au choix de ces outils, il eft très-difficile à faire , parce qu’on ne peut les connoître parfaitement que par l’ufage.
- Cependant on doit rebuter ceux qui font fofoeptibles de pailles Sc d’inégalités le long de leurs tiges , for-tout à l’endroit ou l’acier eft joint au fer ; on doit auffi prendre bien garde fi l’acier Sc le fer font bien joints enfom-ble, parce que quand une fois il commence à fe lever, il n’y a aucun moyen de le fixer , Sc qu’il fe leve tout le long. On doit auffi prendre garde que la tige ou pointe qui entre dans le manche, foit bien faite & d’à-plomb du refte de l’outil ; les bec-d’ânes ont encore le défaut d’être trop focs ou trop mous ; il vaut cependant mieux qu’ils foient focs, parce que ce défaut fo corrige par l’ufage , au lieu que l’autre ne fait que s’augmenter.
- Quand on veut faire des mortaifes, on commence par afforer le battant for l’établi avec le valet, & le plus proche des pieds qu’il eft poffible, afin que les coups que l’on frappe aient plus de force ; enfoite on prend le maillet de la main droite & lé bec-d’âne de la gauche, le bifoau tourné vers le bout de l’établi, Sc l’on commence la mortaifo en frappant d’abord d’à-plomb, puis en pente en revenant à foi pour approfondir la mortaifo Sc enlever le copeau : quand elle eft allez profonde , on le retourne en fons contraire , c’eft-à-dire , le bifoau devers foi, puis on l’enfonce d’à-plomb en commençant le bas de Menuisier. V
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- *-— ' la mortaife , & en reculant jufqu’à ce que l’on foit au bout. U faut obferver Planche de ne pas prendre trop de bois, de mouvoir le bec-d’âne dans la mortaife
- Y \T TT fl f
- # à chaque coup que Ion frappe , & d’en tirer le copeau en même temps: il faut aufti de temps en temps avoir foin de tremper le bec-d’âne dans une boëte à la graille que l’on a à côté de foi fur l’établi, afin qu’il tienne moins dans la ntortaifè. ( Fig. r j1).
- Quand la mortaife eil ainfi fouillée , on la vuide avec un bec-d’âne plus mince, ou bien lorfqu’elie eft étroite, avec un bec-d’âne crochu, (Fig* 18 & i p), ce qui fo fait aux mortaifes de petits bois : quand les mortaifes paflent au travers des bois, on les fonce d’abord jufqu’à la moitié, & on les retourne enfuite afin de les percer plus jufte : il faut auffi avoir loin en faifant les mortaifes , de mettre le parement de l’ouvrage devers foi, & la plus grande longueur du battant par derrière , ftr-tout aux mortaifes des bouts, afin de chaf-fer le bec-d’âne fur l’épaulement& non fiir l’arrazement : cette obfervation eft eftèntielle , fur-tout pour les mortaifes des croifées. Celui qui fait les mortaifes , doit fe tenir droit devant fon établi, la jambe gauche un peu en avant, & le corps éloigné du bec-d’âne le plus qu’il fera poflîble ; quand les profils font d’une certaine longueur , on coupe la moulure d’onglet, & on fait à l’endroit de la mortaife une entaille de la profondeur de la barbe , & de la largeur de la traverfè , laquelle diminue la profondeur de la mortaife, & rend l’af-femblage plus jufte. Koye{les Fig. 20 & 1 r , lefquelles repréfentent deux ouvriers qui font, l’un des tenons , & l’autre des mortaifes.
- Quand les aifemblages font faits, on commence par épauler les tenons tant Flanche du côté de là rainure que de l’autre côté ; enfuite on raine l’ouvrage , ou l’on y fait des feuillures félon qu’il eft nécefîàire , ce qui fe fait avec le bouvet ou le feuilleret, ainfi que je l’ai déjà dit ; après quoi on joint les panneaux , ce qui fe fait avec des outils nommés bouvets, lefquels font de deux efpeces, lavoir, ceux qui font deux pièces d’outils féparés, & qui font propres à joindre du bois depuis un pouce d’épaiffeur jufqu’à quinze ou dix-huit lignes , & les autres dont les deux pièces n’en font qu’une feule, & dont les languettes font de fer ; ces derniers font propres à joindre du bois depuis trois jufqu’à neuf lignes d’épailfeur.
- Les fûts de la première efpece de bouvets, ainfi que ceux de la féconde, doivent avoir neuf pouces de longueur au moins, ( leur en donnant quelquefois jufqu’à dix ou onze félon qu’ils font deftinés à joindre du bois de forte épaifleur ), fiir trois pouces & demi de large : leurs lumières font difpofées ainfi que celles dès autres outils à fûts dont j’ai déjà parlé , tels que font les feuillerets, les gorges , Sec ; quant à leur pente, elle doit être de cinquante degrés : on doit avoir grand foin que les joues des deux bouvets foient bien égales, c’eft-à-dire , que la diftance qui eft entre le fer & la joue du bouvet qui fait la rainure, foit égale à la largeur du devant du fer du bouvet qui
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- Section IV. Des Outils propres aux Ravalements, SCc. 79 fait la languette , non compris ce qui entre de ce fer dans le fût de l’outil. On doit aufli avoir grand foin que les languettes foient bien jufles, parce que quand elles font trop fortes, elles font éclatter les joues des rainures : on doit aufli faire attention que les languettes portent bien au fond des rainures, afin que quand elles font découvertes , comme dans le cas des plates-bandes ou d’autre élégiffement, on ne voie pas le jour au travers; il ne faut pas non plus trop abattre l’arrête des rainures pour y donner de l’entrée, for-tout dans les bois minces, parce que cela ôte la folidité du joint, en l’empêchant de porter également , & que les cavités que forment les champfrains font fojettes à fo découvrir en replanifiant l’ouvrage. ([Fig. 1,2,3 & 4). Pour ce qui eft de ceux dont les deux pièces ne font qu’une, c’eft la même chofe que ceux-ci, ainfî qu’on peut le voir dans les Fig. 5,6 & 7. Quant aux fers des bouvets, il faut avoir foin qu’ils foient bien jufles, c’eft-à-dire, que celui qui fait la languette entre jufle dans l’autre , & même qu’il y foit un peu fort , for-tout à ceux d’une forte épaiffeur, où il eft bon que les joints ne foient pas trop jufles , ou trop forts , ce qui eft la même chofe. ( Fig. 8,9; 10 6 11).
- Pour ce qui eft de la maniéré de joindre les panneaux, après qu’ils ont été blanchis ou corroyés, félon qu’ils font plus ou moins épais, on commence par les dreffer & les mettre de largeurs égales, en obfervant d’expulfer toute eft-pece d’aubier , de fentes & de nœuds , enfoite de quoi on les établit félon les différentes largeurs qu’ils doivent avoir, & on doit prendre la précaution de mettre les planches d’une même couleur enfemble, les plus étroites (que l’on nomme alaifes ) au milieu, & les rives les plus tendres dans les joints ; après qu’ils font ainfi établis , on fait les joints en commençant par faire les rainures, puis on fait les languettes après avoir pris la précaution de préfen-ter la planche où on a fait la rainure fur celle où l’on veut faire la languette, pour voir fi elles font bien droites toutes les deux , puis on fait la languette ; & quand le bois eft épais , on abat le derrière de la languette en champfrain avec la demi-varlope , afin que le bouvet foit moins rude à pouffer : quand le bois eft rude & très-épais , on fe met deux pour le pouffer , ainfi que je l’ai dit en parlant des bouvets de deux pièces , mais tant que l’on peut être foui, l’ouvrage n’en eft que mieux.
- Il faut auflî avoir foin que les joints foient bien droits for la largeur des planches , & qu’ils portent bien des deux côtés, quand même l’ouvrage ne foroit qu’à un parement, parce que les joints ainfi bien approchés, empêchent l’air d y pénétrer , & par cônféquent de faire tourmenter les panneaux.
- Après avoir fait les joints avec toutes les précautions dont j’ai parlé ci-deflùs y on les colle, & pour cet effet on défaffomble les planches les unes d’avec les autres , après les avoir numérotées , afin de ne pas confondre les planches d’un panneau avec celles d’un autre ; puis on chauffe les joints afin que la chaleur xaifànt ouvrir les pores du bois , le difpofe mieux à prendre la colle, laquelle
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- les trouvant ouverts s'y agraffe 8c retient les joints ; il faut cependant faire attention que les bois ne foient pas trop chauds, parce qu alors ils font fécher la colle trop promptement, 8c 1'empêchent de prendre : quant à la colle, elle ne fauroit être trop chaude, parce que la chaleur en rend toutes les parties plus fines & plus fubtiles, 8c par conféquent plus propres à pénétrer dans les pores du bois.
- La colle dont fe fervent les Menuifiers, fe nomme colle forte, laquelle eft de deux fortes, lavoir celle d'Angleterre & celle de Paris ; ces deux elpe-ces de colles font faites avec des nerfs & des pieds de bœufs que l'on fait bouillir 8c réfoudre en gelée, enfoite de quoi on la moule par tables de huit à neuf pouces de longueur , for cinq à fix de largeur, & deux à trois lignes d'épaifleur; 8c lorfqu'elle eft bien féche 8c qu'elle eft d'une bonne qualité, elle eft auffi dure & auffi fragile que le- verre. Celle d'Angleterre eft la meilleure , non-feulement parce qu’elle fait moitié plus de profit, mais encore parce qu'elle tient mieux, & que fa couleur étant d’un jaune clair, fait qu'elle ne paroît pas dans les joints , lorfqu'ils font bien faits, au lieu que celle de Paris n'eft pas fi forte, qu'elle eft d'une couleur noire 8c boueufe, & qu'elle paroît toujours dans les joints quelque bien faits qu'ils puiftent être.
- Quand on veut faire fondre la colle, on commence par la cafter par petits morceaux, 8c on la met tremper dans de l'eau pendant cinq à fix heures, en-foite de quoi on la fait fondre for le feu dans une marmite ou chaudron de cuivre ; il faut obferver de n'y point mettre trop d'eau d’abord , parce qu'elle lui ôteroit là qualité : il faut auffi avoir foin de la remuer avec un bâton à mefore qu'elle fe fond , 8c lorfqu’elle eft tout-à-fait fondue, on la fait bouillir à petit feu afin de la faire recuire: il ne faut jamais quitter la colle lorfqu'elle commence à bouillir , parce que dans ce temps la force de la chaleur la fait mouflêr & la poufie hors du chaudron, ce qu'on empêche en y verfant un peu d’eau fraîche lorfquelle eft prête à fuir. La colle eft facile à fe tourner & à fe corrompre lorfqu'on la fait fondre ; c'eft pourquoi les hommes feuls font propres à cet ouvrage.
- La colle fe vend à la livre, & les Menuifiers qui ont beaucoup d'ouvrage ont foin d'en faire provifion, afin qu'elle foit toujours bien feche ; lorfqu'on veut la faire fondre , on doit avoir foin de n'en pas trop faire fondre à la fois, c'eft-à-dire, qu'il ne faut pas en avoir de fondue de plus de huit jours, for-tout en Été , parce quelle fe moifit & perd de fa qualité. On la fait chauffer dans un pot de cuivre, lequel a trois pieds & un manche de fer : les pieds doivent être évafés pour lui donner de l'affiette, mais non pas crochus & relevés par les bouts, parce qu'étant ainfi difpofés ils font fojets/à emporter du feu avec eux , 8c à le faire tomber dans les copeaux , ce qui eft fort à craindre. Les Ébéniftes fe fervent d'un pot à colle à double fond, dans le premier delquels ils mettent de l'eau, 8c de la colle dans l'autre ; cette maniéré
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- Section IV. Des Outils propres aux Ravalements, SCe. 8t
- Je chauffer la colle fe nomme au bain-Marie, & eft très-commode, parce - , —'
- que l'eau étant bien chaude , entretient plus long-temps la chaleur de la colle, yNj jjH E & l'empêche de fe brûler au pourtour du pot. ( Fig. 12 & 13 ).
- Quand la colle eft chaude, on l'étend for les joints avec un pinceau ou brofïè faite de poils de lànglier, lequel doit être plus ou moins gros félon les différents ouvrages. Voye[ les Fig. 14 & 15. Enluite on approche les joints, & on les frappe avec le maillet ; quand il y a plufieurs joints, & qu'on craint de les gâter avec le maillet, on les retourne & on les frappe fur l'établi, ce qui fe fait en levant d'abord un bout de panneau & le faifant tomber d'à-plomb & avec violence for l'établi ; enluite on en fait autant à l'autre bout, ce que Ton continue de faire jufqu'à ce que les joints Ibient parfaitement en place : enfoite on les met à plat far l'établi où on les arrête avec des valets & des barres qui les prennent dans çoutes leurs longueurs, & on les ferre avec des fergents.
- Les fergents font des outils de fer , lelquels font compofés d’une barre ou verge^ de fer, dont le bout eft recourbé & en forme de crochet ou de mantonnet, lequel pafïe dans un autre morceau de fer que l’on nomme la patte du fergent, laquelle glifïè le long de la tige , félon qu'on le juge à 1 propos : le bout de cette patte eft recourbé en forme de mantonnet, ainfi que l'autre bout de la tige, & eft rayé parle bout à peu-près comme une lime , afin quelle ne glifïe pas lorfqu'on la ferre , mais qu'au contraire elle s'arrête fur le bois.
- La mortaife ou œil de la tige, doit être le plus jufte poffible, for-tout for la largeur, & être faite un peu en pente en dedans de la patte du côté du mantonnet, afin que quand le fergent eft ferré, il foit toujours à angle >
- droit avec là tige , du moins le plus qu'il eft poffible : le bout eft refoulé , afin que la patte ne forte pas. ( Fig. 16 ).
- Cet outil fert à faire joindre & approcher les joints, tant des panneaux que des affemblages : on le ferre en frappant for fa patte avec le maillet en deffous de la tige, & on le defferre en frappant cette derniere en deffos avec le marteau, c eft-à-dire en fens contraire. 1
- La longueur des fergents varie depuis dix-huit pouces julqu’à fix & même huit pieds de longueur ; pour leur largeur de tige , elle doit être depuis neuf lignes jufqu'à un pouce & demi félon les différentes longueurs, & leur épaif-feur doit être les deux tiers de leur largeur : la patte doit excéder le defîbus du fergent de trois à quatre pouces aux plus petits, & de fix pouces aux plus grands : le fer des fergents doit être doux, làns aucune elpece de foudure, for-tout la patte , laquelle doit être forgée avec tout le foin poffible.
- Il eft bon que les Menuifiers foieût bien fournis de fergents, for-tout ceux qui ont beaucoup d’ouvriers , ce qui eft très-commode pour accélérer l’ouvrage : il y a des boutiques où il y en a jufqu'à vingt de toutes fortes de longueurs. Menuisier. X
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- 82 ME NU 1 S IE R, I. Part. Chap. V.
- - .— Quand louvrage eft d une fi grande largeur qu on ne peut le ferrer avec des fer-
- *X VII I E gents y on & ^ert d’une tringle de bois, que Ton appelle entaille a ralonger les Jergents, laquelle a trois à quatre pouces de largeur, fur huit à neuf pieds de longueur, & un pouce Sc demi d’épaiffeur au moins, & à l’un des bouts de laquelle eft fait un mantonnet pris dans la largeur du bois, laquelle fert à ferrer l’ouvrage : de l’autre côté de fà largeur, Sc en fens contraire, font plu-fleurs entailles à douze ou quinze pouces les unes des autres, dans lefquelles on place le bout du fergent, lequel fe ferre fur l’autre rive de louvrage. Il faut faire attention que les entailles doivent être faites à angles aigus , afin que le fergent s’y arrête & ne fe retire pas. (Fig. 17).
- Il eft encore une autre maniéré de forrer les panneaux , ce qui fe fait avec des outils de bois nommés étreignoirs ( du verbe étreindre ou ferrer de près ) , lefquels font compofés de deux fortes pièces de bois nommées jumelles, de quatre à cinq pieds de long, fur quatre à cinq pouces de large, & deux pouces d’épaiifeur , à fix ou huit pouces des bouts defquelles eft percée une mortaife quarrée d’environ un pouce & demi, laquelle eft au milieu de leur largeur, & dans lefquelles on fait palier une tige de huit à neuf pouces de long.
- Dans la partie fupérieure des étreignoirs , font encore percées deux ou trois autres mortaife s femblables aux premières, dans lefquelles on palfe une autre tige de même forme & longueur que la première. ( Fig. 18 ).
- Quand on veut faire ufàge des étreignoirs pour ferrer un panneau, on commence par le palier entre les deux jumelles , & on l’appuye fur la tige du bas*; enfuite de quoi on approche les jumelles l’une de l’autre , fur lefquelles le panneau tient très-droit, puis on pâlie la tige de deilus dans la mortaife la plus proche du panneau, entre laquelle & ce dernier, on fait palfer un coin de bois que l’on enfonce à force avec le maillet.
- U faut toujours deux étreignoirs au moins pour ferrer un panneau, & même quand il eft d’une certaine longueur, on fait fort bien d’en mettre trois ; au refte l’ufage de ces outils eft très-bon, parce qu’ils ferrent les panneaux fans les meurtrir & fans y faire d’éclats , ce qui arrive quelquefois avec les fergents ; mais encore parce qu’ils les tiennent très-droits, & qu’ils lai/ïent la liberté de les voir des deux côtés, ce que l’on ne peut pas faire lorfqu’ils font couchés à plat fur l’établi. ( Fig. 19).
- Section Cinquième.
- Des Outils propres aux Chantournements ; de ceux qui fervent à pouffer les Moulures tant droites que cintrées, ÔC de ceux qui font propres à finir SC à pofer V Ouvrage.
- Pl anche XIX.
- Lorsque la Menuiferie eft fufceptible de contours dans fos traverfos, on ne les chantourne ordinairement que quand les aftfemblages font faits, fur-tout
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- Section V. Des Outils propres aux Chantournements , SCc. 83
- quand les cintres ont beaucoup de retombée, afin d éviter qu’ils ne le caflent 1 ...—
- en fai fiant les affemblages. On chantourne les traverfes avec la fcie à tourner , Planche ainfi que je fiai dit plus haut ; enfuite de quoi on atteint le trait, & on le ^ met d'équerre avec le rabot cintré, du moins autant qu'il eft poflîble : les endroits des cintres où le rabot ne peut pas aller, fie font avec le cifieau & avec la râpe à bois , & fo terminent avec le racloir.
- La râpe à bois eft une elpece de lime, dont les dents font piquées en forme d'un demi-cercle , & beaucoup plus faillantes que celles des limes propres à limer les métaux : il en eft de différentes elpeces , favoir , les rudes , lesquelles font propres aux gros ouvrages ou à ébaucher les autres ; les douces qui font propres à finir ; celles qui font plates d'un côté & rondes de l'autre, & celles qui font plates des deux côtés , lefquelles font propres à vuider des angles : il en eft encore de coudées qui forvent à finir le fond des gorges & autres endroits difficiles. ( Fig. 1,2,3 <£4).
- Les racloirs font des morceaux de fer plats , ou pour mieux dire d’acier , de deux à trois pouces de long , for environ un pouce de large , lefquels entrent en entaille dans un morceau de bois qui fort à les tenir : on affûte le fer de ce$ outils à l'ordinaire, puis avec la panne d'un marteau ou un autre morceau d’acier , on reploie le fil en dedans à contre-fons du bifeau , de forte qu'en le paftànt for le bois, il enleve des copeaux très-minces , ce qui fait le même effet que le rabot de bout, à l'exception que le racloir polit davantage le bois que ne fait ce dernier. ( Fig. J )
- Quelquefois on fo fort de fers de varlopes au lieu de racloirs, en les affûtant comme je viens de dire, ce qui eft la même chofe.
- Après que les traverfes font chantournées , on les raine avec les bouvets cintrés, ou bien lorfque ces derniers ne peuvent pas aller, on fo fort d’un bec-d’âne de la groffieur de la rainure.
- Avant de pouffer les moulures, on fait les ravalements s’il y en a à faire, en-fuite de quoi on coupe ou recalle les onglets tant des battants que des traver-fies ; puis on ajufte une tringle dans la rainure, laquelle excede en dehors, & fort à porter le bas de l’outil.
- En général, quoique les outils des moulures foient en fort grand nombre , la maniéré de les faire & de s’en fervir eft toujours la même : il me foffira donc de dire que les outils des moulures doivent avoir neuf pouces de longueur, for trois pouces à trois pouces & demi au plus large, & une épaifleur relative à leurs formes ; que les lumières doivent avoir cinquante dégrés de pente au moins, & être déverfées en dehors pour faire fortir le copeau, & que leurs fers ainfi que leurs coins, doivent entrer derrière le conduit d'environ une ligne, ce qui eft une réglé pour toutes ces fortes d'outils , ainfi qu'on peut le voir dans la Fig. 48 , où la ligne ponétuée indique le fond de la lumière , ce qui eft la même chofo pour tous les autres outils. On doit auffi avoir
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- 84 MENUISIER, l Part. Chap. V.
- .. —-> attention que les outils des moulures portent non-feulement for la tringle que
- P l a n c h e Ton met dans la rainure, mais encore fur le nud du champ, afin qu'ils ne pren-X1X* nent pas plus de bois dans un lieu que dans l'autre , & que louvrage profile bien.
- Pour les outils qui ont deux fers, tels que les doucines à baguettes , & les talons renverfés, on ne les fera diftants fun de l’autre, que de l'épaifleur de celui de delfos, & on aura foin que l’autre entre un peu derrière, afin que le copeau fe coupe net, & qu’il ne pafle pas entre deux.
- Pour les outils à dégagement, tels que les boudins, les doucines à baguettes , & les talons renverfés , comme fouvent le dégagement de la baguette eft très-mince , & par conféquent fùjet à fe cafter , on en rapporte un à bois de bout, lequel eft de cormier ou de buis , ou bien on les fait d'os ou d'yvoire , ou enfin de cuivre, ce qui eft meilleur : ces fortes de dégagements foutiennent mieux le fer, & l'empêchent de fe cafter. (Fig. 48 ). Pour ce qui eft de la forme des fers Sc des fûts des outils de moulures, voye£ les Fig. 6,7 & 8 , qui repréfentent un bouvement fimple; & celles 9 , 10 & 11 9 un bouve-ment tarabifcoté ; celles 12, 13 & 14, un rond entre deux carrés ; celles 1 j, 16 & ij , un congé; celles 18,19 <& 20 , un boudin à baguette ; celles 21,22 & 23 , un bouvement avec quarré ; celles 24, 25 & 26 , un bouvement ou doucine à baguette , ce qui eft la même choie ; celles 27, 28 & 29, un talon renverfé avec quarré ; celles 30, 31 & 32, un talon renverfé à baguette ; & celles 33 , 34 35 > une mouchette à joue; enfin celles 36,37, 38, 39,
- 40,41,42,43,44,45,46 & 47, des rabots ronds, & des mouchettes de^ différentes grofleurs.
- Les fers des outils de moulures dont je parle, fe trouvent tout faits chezr les Marchands , c eft-à-dire, qu’il n'y a plus qu'à les affûter, ce qui fe fait * d’abord fur le grais ( du moins pour les plus gros ) , & enluite lur une efpece de pierre que l’on nomme afjîloire ou pierre à affiler : ces pierres viennent d’Anjou, du moins pour les meilleures ; on choifit celles qui font grifes, dont le grain eft entre-mêlé de petites paillettes brillantes femblabies à de l’argent : les meilleures" de ces pierres fe fendent aifément lur leur épaifleur, de forte que l’on en voit qui n’ont que deux lignes d’épais. Quand ces pierres font ainfi fendues, on les place for le champ dans un morceau de bois ou il y a plufieurs entailles, dans lefquelles elles font arrêtées avec des coins : ce mor-, ceau de bois fe nomme entaille a affiloire, & s'arrête for l'établi avec le valet ; on doit auflî avoir foin de creufer dans le milieu de fà longueur un petit e£-’ pace de deux à trois pouces quarrés, & le plus profond poflible pour y mettre de l'eau lorfqu'on s'en fort for l’établi. ( Fig. 49 ).
- Quand on affûte les fers des outils de moulures, on doit avoir grand foin de bien ménager les dégagements, afin qu'ils tombent bien à plomb ; que les côtés de ces mêmes dégagements coupent bien for-tout ; qu'ils regardent le
- dehors
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- Section V\ Des Outils propres aux Chantoumements, âCe. 8y dehors de l’outil, afin quils ne foient pont fujets à fuir. Quant à leurs différentes formes Scà la grâce qu il faut leur donner, voyez ce que fai dit en parlant des profils. ( pag. 34 & fuivantes ).
- A l’égard de la maniéré de les pouffer , c’eft à peu-près la même chofe que pour le feuilleret ; il faut cependant avoir foin d’abattre le devant du bois avec la demi-varlope , afin que l’outil n’ait pas plus de bois à prendre qu’il ne faut, ce qui eft une diligence, & en même temps ce qui ménage beaucoup les outils. Lorfqu’on pouffe les moulures , on arrête le bois contre le crochet avec le valet , il n’y a que les petits bois de croifées , qui fe mettent dans une entaille pour avoir la commodité de les arrondir par-deflus, ce qu’on ne pour-roit faire fi on fe fervoit du valet pour les arrêter : quant à la forme de cette entaille , voye[ la Fig. 50. ^
- Quand les moulures font pouffées, on les finit, c’eft-à-dire , qu’011 les dégage , & que l’on arrondit les talons & les baguettes ( ce qui en termes d’ouvriers s’appelle relever les moulures ) : les outils propres à cet ufage font les mouchettes à joues , les grains d’orges , les mouchettes de toutes groffeurs , les bec-de-canes & les gorges fouillées.
- Les mouchettes à joues ne different des autres mouchettes, que parce qu’elles ont une joue ainfi que les autres outils de moulures dont j’ai déjà parlé ; au lieu que les autres mouchettes , ainfi que les rabots ronds, n’en ont point : quant à la forme des outils dont je viens de parler, voyez ce que j’ai dit pag. 84.
- Les bec-de-canes font des outils qui fervent à dégager le deflbus des talons ou des baguettes lorfque les mouchettes à joues n’y peuvent pas aller, comme dans le cas d’un ravalement ou d’une gorge : ils different des autres outils de moulures , en ce qu’ils coupent horizontalement, au lieu que les autres coupent d’à-plomb , & que leur fer eft placé droit dans fon fût, ou du moins très-peu incliné ( il y en a beaucoup même qui ne le font point du tout ) , toute l’inclinaifon de ce fer, n’eft que fur fa largeur , c’eft-à-dire, ftir l’épaif-feur de l’outil, par derrière lequel il fe vuide ; c’eft pourquoi cette pente le fait en dedans , non feulement pour faire vuider le copeau , mais encore pour donner de la prife au fer.
- Comme la pointe des bec-de-canes eft très-mince, le bois de leurs fûts ne peut gueres liibfifter long-temps ; c’eft pourquoi on fait fort bien d’y mettre des femelles de cuivre ou de fer , ce qui eft encore mieux , ainfi que je l’ai dit ailleurs. Voye£ les Fig. 1, 2 , 3,4 , J , 6 & 7 , lefquelles repréfentent un bec-de-cane vû de tous fens , ainfi que fon fer & fon coin.
- Les gorges fouillées font des elpeces de bec-de-canes, qui ne different des premiers qu’en ce que leur extrémité eft arrondie en forme de gorge, & qu elle porte un quarré. Le fer de ces outils ne fe trouve point tout fait chez Menuisier. Y
- Planche
- XIX.
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- 86 MENUISIER, 1. Paru Chap. V.
- i :=== les Marchands ,'du moins pour lordinaire; ceft pourquoi les Menuifiers les
- Planche font eux-mêmes.
- X X
- Leur ufage eft de fouiller le deflous des talons, pour élargir & terminer le fond des gorges (Voyelles Fig. 8,9, io & il ) ; mais quand ce font des cadres à plates-bandes, qui ont de ces gorges fouillées , on fe fert d’une gorge ordinaire que l’on poulie for le champ du cadre, en obfervant feulement de le faire vuider en dedans. ( Voy. les Fig. il , 22 & 23. PL 16 ^ page 72. )
- Il eft encore un outil dont le fer eft placé d’à-plomb, & qui coupe horizontalement , lequel fe nomme guillaume de côté : fon ulàge eft d’élargir . les rainures, & de redreflèr celles qui font mal faites. (Eig* 12,13 , 14,
- & 1$ ).
- Quand les panneaux font bien fecs, c eft-à-dire , que la colle eft bien prife , on les met à la largeur & à la longueur qui leùr eft convenable, ce qui, ën termes d’ouvriers , fe nommé équarrir les panneaux ; enfoite de quoi on y poulfe les plates-bandes, ce qui fe fait avec un outil nommé guillaume a plates-bandes, lequel eft femblable aux autres guillaumes , à 1 exception qu il a un conduit, que la pente de la lumière eft inclinée en dedans for la largeur du fer pour le rendre plus doux & plus propre a couper le bois de bout & de rebours. Il y a deux fers à cet outil, l’un qui forme ce qu’on appelle la plate-bande , & l’autre le quatré ; lefquels font, les deux enfem-bk, environ quatorze à feize lignes de largeur: au-deffus du guillaume, & vers le bout, eft une encoche femblable a celle du feuilleret d établi, laquelle fert à appuyer la main de celui qui le poulie. ( Voye£ la Figure 16 ).
- il eft auffi des guillaumes a plates-bandes cintrées tant for le plan que for félévation, lefquels ne different de celui-ci que parce qu’ils font plus courts & cintrés. (VoyellesFig. 16,19,20,21,22,23,24, 25 & 26 9 lefquelies
- repréfentent cet outil vu de tous fens avec fes fers.
- Quand on pouffe les plates-bandes , on doit avoir foin d’abattre l’arrête du bois de la largeur de la plate-bande, ainfi qu’on le fait aux autres outils de
- moulures.
- Après avoir poufle le guillaume à plate-bande à la profondeur nécelîâire, on répare le quarré avec un guillaume ordinaire , que l’on affûte le plus quarrément quil eft poffible, afin qu’il morde également des deux côtés & que le côté du fer ne gâte point le quarré. On borne enfiiite la hauteur de ce quarré avec un petit feuilleret, dont le conduit n’a de hauteur que celle
- du quarré. ( Fig. 17 ).
- Quand le bois des plate-bandes eft trop de rebours , on le reprend à fens contraire avec un guillaume à adoucir, lequel n’a que huit à neuf pouces de long, & ne différé des autres qu’en ce que fes arrêtes font arrondies, & que la pente de fa lumière eft d’environ foixante degrés. ( Fig. 18 ).
- Il faut avoir foin en pouffant les plates-bandes, qu elles penchent un peu
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- Section V. Des Outils propres aux Chamournernents, SCc. 8j en dehors, afin quelles profilent mieux ; il faut cependant éviter d’y donner = trop de pente , ce qui eft un défaut confidérable. P
- Quand l’ouvrage eft a double parement, on pouffe les plates-bandes dès deux côtés, en commençant d’abord par le parement, & le mettant enfiiite au molet par derrière * : on fe fort pour cet effet d’un morceau de bois de trois à quatre pouces de long au plus, où l’on fait une rainure , dans laquelle on fait entrer la languette en 1’amincillànt avec le guillaume à plate-bande quand l’ouvrage eft à double parement, ou bien avec le feuilleret à mettre au molet, quand elle n’en a qu’un. U faut avoir foin de changer fou vent de molet quand on a un grand nombre de panneaux à faire, parce qu’ils s’ufent par le frottement, & que fi on n’en changeoit pas, les languettes devien-droient trop fortes. Le feuilleret à mettre au molet n’a que neuf à dix pouces de long ; Ion fer eft en pente en dedans , ainfi que celui du guillaume à plate-bande , & a fept lignes de largeur depuis le nud du conduit. ( Figures 27 & 28 ).
- Après avoir poulie les plate-bandes autour des panneaux, on les replanit, c eft-à-dire, que l’on ôte toutes les inégalités y. ce qui fe fait d’abord avec un rabot à grand fer, enlùite avec un autre rabot dont le fer prend moins ; puis on le finit avec le rabot de bout. Après que les panneaux ont été replanis avec les rabots, ainfi que je viens de le dire , on les termine avec le racloir, lequel fert à les polir ; mais on ne doit faire ùfage de cet outil qu’aux bois d’un grain ferme & ferré , & qui font extrêmement fecs ; car pour eè qui eft des bois gras, & qui font un peu verts , au lieu de les polir, il ne fait que les rendre rudes & cotonneux.
- Quand on a fini les panneaux, on affemble l’ouvrage, c’eft-à-dire, que l’on s préfente & ajufte chaque piece à la place qui lui eft deftinée& on a foin PL de préfenter la piece quarrée à chaque affemblage pour voir s’ils font bien quarrément, (cette piece quarrée nejl autre chofe quart morceau de bois d! environ un pied de long, qui ejl coupé bien à angle droit : ( Fig. 1 ) , ce qui fo fait après qu’on en a recallé les onglets avec le cizeau ou le guillaume, comme je l’ai dit ci - devant. Les cadres & les autres pièces qui font tout d’onglet, fe recalient avec la varlope à onglet, laquelle ne différé du ra-bot, qu’en ce quelle eft plus longue , ayant douze à quatorze pouces de longueur, & que la pente de la lumière eft plus droite, ainfi que je l’ai dit plus haut* page 61 ; quant à là forme voye[ la Fig. 3 , & pour cet effet on fe fert d’un outil de bois, que l’on nomme bdète a recaller, laquelle eft compofée de quatre morceaux de bois joints enfomble à angles droits ou d’équerre, ce qui eft la même chofe : un des bouts de cette boëte eft coupé d’onglet, de forte que quand on veut en faire ulàge , on paffe dedans le cadre que l’on
- * Par mettre un panneau au molet, on entend mettre Tes languettes d’une épaifleur égale à celle de la rainure, de forte qu’elle entre jufïe dans cette derniere.
- L AN C H E
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- anche
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- 8S ^ MENUISIER, /. Part. Chap. V.
- veut recaller, & on l'arrête avec un valet, de maniéré que le trait de Tar-razement affleure le dehors de la boëte ; après quoi on recalle le bout du cadre qui excede'cette derniere avec la varlope à angle , jufquà ce quelle ne trouve plus de bois à prendre. ( Fig. 2).
- Quand l'ouvrage eft ainfi affemblé, on met les panneaux dedans afin de le cheviller & de le fixer ; mais quand il y a des traverfes cintrées, on les al-femble avant de les pouffer , puis on les profile par les bouts avec une pointe à tracer, après quoi on les délaffemble , & on les pouffe enfuite, c'eft ce qu'on appelle pouffer a là main. Les outils propres à pouflèr à la main , lont les cizeaux & les fermoirs de toutes grandeurs, les fermoirs à nez^rond, les gouges de toute elpece , les carrelets ou burins , les petites râpes , les fcies à dégager , tant droites que coudées, celles à découper, & la peau de chien de mer. Les cizeaux & les fermoirs dont il eft ici queftion, ne different en rien des autres , qu’en ce qu'ils font plus petits, n*ayant quelquefois que deux lignes de large, (Fig. 4 & 5). Le fermoir à nez rond eft fait d’une forme biaife par fbn extrémité , ce qui le rend très-commode pour ragréer les moulures , & fouiller & vuider les angles; (Fig. 6).
- Les gouges font des efpèces de fermoirs Créux, lefquels fervent à creufer & arrondir les moulures ; je dis que ce font des efpeces de fermoirs , parce qu'ils* ont deux bifeaux , & qu'ils s'affûtent tant en dedans qu'en dehors , leur acier étant au milieu dehleur épaiffeur. Il y a des gouges de toutes groffeurs , depuis une ligne jufqu'à deux pouces de large-: il y en a de coudées en dedans , & d'autres en dehors; il y en a enfin de creufes 8c de plates, félon les différents befoins : elles s'affûtent fur les affiloires ainfi que les fers des outils des moulures. ( Fig. 7,8 & $)• Les carrelets ou burins, font de petits fermoirs qui font reployés à angle droit & évidés dans le milieu : ils font très-propres à couper & évider les filets. (Fig. 10). Pour les râpes , j'en ai fait la defcription ailleurs. Uoye^ ce que j'en ai dit, page 83. Les fcies à dégager font de petits outils de fer garnis d’un manche dont l’extrémité eft reployée à angle droit, & garnie de dents ? comme une foie ; il y en a de différentes épaifteurs pour faire les dégagements plus ou moins forts ; celles qui font coudées font l'office du bec-de-cane dans les cintres. (Fig. 11 & 12 ). Les fcies à découper font des petits morceaux de fer minces, qui font dentés par un bout, & qui s'affem-blent dans la tige d’un trufquin ordinaire où elles font arrêtées avec un coin , ou bien elles s’affemblent dans une efpece de trufquin à verge, dont la tête eft percée d’une mortaife deftinée à les recevoir. (Fig. 13 , 14 , ry & 17), Cet outil fert à découper les parties circulaires, à lever le devant des filets & <les baguettes, en y ajuftant un fer de mouchette comme dans la Figl 14. La ;peau de chien de mer, fert à polir les moulures tant droites que cintrées ; il y en a de douces & de rudes dont on fe fert foivant les différentes occa-fions.
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- Section V. Des Outils propres aux Chântournfnents> SCc. Sp
- On fe fert aulîi pour pouflèr les moulures cintrées, de petits outils nommés fabots, lefquels ne different des autres outils de moulures que parce qu’ils P font cintrés 8c beaucoup plus courts, n ayant quelquefois qu’un pouce de long de chaque côté du fer. L’ufage de ces outils eft très-commode, parce que non-feulement l’ouvrage eft de moitié plutôt fait, mais encore parce qu’il eft beaucoup mieux, les moulures pouffées à la gouge, quelque bien faites quelles puiffent être , n’étant jamais aufll parfaites que celles pouflees au fàbot.
- En général on fait des fabots de tous les outils poffibles , de forte qu’il ne refte à pouffer à la gouge que les angles & les contours qui font abfolument trop petits. (Fig. 16).
- Lorlque l’ouvrage eft prêt à cheviller, on le ferre avec les fergents, afin d’en faire approcher les joints ; enfiiite de quoi on perce avec un vfibrequin P deux trous à chaque tenon, lelquels doivent être le plus près de l’arrazement qu’il eft poffible aux traverfes du milieu : pour les traverfes des bouts, le premier trou du côté de la moulure fe perce proche de l’arrazement, & l’autre au milieu du champ, afin que les deux trous ne rencontrent pas le fil du bois , ne le faffent pas fendre ; quelquefois on colle les aflemblages, mais ce n’eft que dans de petits ouvrages, ce qui n’arrive que très-rarement.
- Les chevilles doivent être de bois bien de fil & très-lec , pour qu’il ne {bit point fujet à fe retirer. On les fait rondes ou quarrées, ce qui eft arbitraire : on doit avoir foin quelles ne diminuent pas trop par le petit bout, afin quelles ferrent également dans toute la profondeur du trou : il ne faut pas non plus les trop enfoncer, parce que cela eft inutile, & ne fert qu’à faire fendre le bois : les chevilles ne fe rompent pas, mais on les coupe avec une Icie à chevilles , après quoi on les replanit avec les rabots & le racloir, ainfî que je l’ai déjà dit en parlant des panneaux.
- Le vilbrequin, Fig. x, eft un outil de bois évidé à peu-près comme un de^ mi-ovale, à l’un des bouts duquel eft placée une poignée, laquelle a un tourillon qui pafle au travers de la tête du vilbrequin : ce tourillon a à fon extrémité un* bouton qui l’empêche de fortir de cette tête , fon autre bout étant collé dans la poignée ; à l’autre bout du vilbrequin eft percé un trou quarre dans lequel entre un morceau de bois que l’on appelle la boëte : c’eft dans cette boëte que doit s’afïembler ou emmancher, en termes d’ouvriers, les mèches de fer qui fervent à percer le bois, lefquelles prennent différents noms félon leurs différentes largeurs & grofleurs : on les appelle mèches à chevilles groffeS ou petites, c’eft-à-dire, qui ont depuis deux julqu’à quatre lignes de large, lur trois pouces de long : mèches à lumières , celles qui ont la même grolleur que les précédentes, mais qui ont cinq pouces de longueur : mèches a goujons , celles qui ont cinq à fix lignes de diamètre, ftir cinq à fix pouces de longueur ; enfin mèches a vis , lefquelles ont depuis fix jufqu’à neuf lignes de lar-* geur, fur dix pouces & même un pied de longueur.
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- 90 MENUISIER, J. Part. Chap. F.
- Chacune de ces mèches eft garnie dune boëte que Ton change & arrête Jans le vilbrequin par le moyen dune cheville ou dune vis ( ce qui eft la même chofe ) chaque fois quon en a befoin. ( Fig. 29 3,4 & 5 ).
- La fcie à cheville eft un morceau de fer plat, & recourbé, dont les deux cô^ tés font garnis de dents comme une fcie, à l’exception qu elles n ont point d’inclinaifcn , & que la voie eft toute en defliis pour ne point gâter l'ouvrage ; cette foie eft emmanchée pour pouvoir la tenir. ( Fig. 6 ).
- Les outils propres au polàge de l’ouvrage font les niveaux, le plomb , les tire-fonds 9 les vrilles 9 la fcie à main, & les tenailles ou triquoifes ; mais comme la pofe des ouvrages appartient à la defcription de la Menuiferie mobile 9 je me réfcrve d’en parler dans ce temps, afin de le faire d’une maniéré plus in-Voy. elligible. Fig. 7, 8,9, 10,11 & 12 9 où font defîinés ces différents outils.
- CHAPITRE SIXIEME.
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- De la Menuiferie Mobile9 de fes Formes, Profils 3C Affemblages.
- Des Croifées en général.
- O n nomme Croifées des ouvertures pratiquées dans les murs d’un bâtiment Planche pour procurer du jour & de l’air à l’intérieur des appartements.
- XXIII. Dans ces mêmes ouvertures font placés des chaffis ou venteaux de Menuî-fcrie, lefquels fervent à les fermer & à recevoir des carreaux ou tables de verre dans des feuillures qui y font pratiquées à cet effet : on nomme auffi ces chaffis Croifées, ce nom leur étant commun avec leurs bayes.
- Les croifées prennent différents noms félon leurs différentes formes & ufàges.
- Par rapport à leurs formes , on les- nomme Croifées événtails ou plein cintre 9 Croifées bombées ou furbaijfées , à impofies ou fans impofies , Croifées entrefols , a la Manfarde 9 a coulijfes double ou fimple 9 à VAngloije 9 à* la Françoife; Croifées pleines 9 celles qui portent des volets; Se Croifées cintrées en plan 9 celles qui font creufes ou rondes for le plan.
- Par rapport à leurs ouvertures, on les nomme Croifées a côtes doubles ou jimples 9 à gueule de loup 9 a doucine 9 à champfrain double ou fimple 9 à noix & a feuillure.
- Par rapport à leurs profils, on les nomme Croifées a pointes de diamants 9 a grandes ou à petites plinthes 9 à rond entre deux carrés ( ce qui eft le profil le plus ufité ) , à tréfilés 9 à cœurs 9 à petit cadre : on appelle Croifées à glaces celles dont on a fopprimé les montants dans les chaflîs , & qui n’ont que deux ou trois traverfcs de petits bois for la hauteur du chaflîs.
- Enfin on nomme Croifées à doubles parements, celles qui font ornées de moulures après les feuillures , ou qui ont des moulures par derriexe de la largeur du petit bois, lefquelles font rapportées avec des vis.
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- I
- Section L Des grandes Croifées* 91
- Comme toutes ces différentes efpeces de croifées demandent d’être traitées ========
- à part, je les diviferai en deux parties. Dans la première, je traiterai de celles Vttt E
- ^ 111/» A A1 1 !•
- qu’on appelle grandes, & qui portent des volets ; & dans la féconde, de celles qu’on nomme Manfardes , a l'Angloife, a la Françoife, &c.
- Avant d’entrer dans le détail des croifées, il eft néceflàire de connoître les pièces dont elles font compofées, qui font pour le dormant, les deux battants , la piece d’appui, la traverfe d’en haut, l’impofte s’il y en a une , & le montant.
- Pour le chaflîs à verre, ce font les deux battants-, dont l’un eft nommé battant de noix, & l’autre battant de côte ou meneau , fi c’eft le chaflîs à droite, ou bien d’un battant de noix & d’un petit battant nommé communément de gueule de loup ; d’une traverfe d’en haut, d’un jet d’eau , de plu-fleurs traverfès de petits bois, de petits montants, fl les petits bois font aflem-Sblés à pointes de diamants ; ou d’un grand montant, s’ils foné" aflemblés à plinthes. Voye{ la PL XXIII, Fig. 1,2,3 & 4 9 °ù j^i deflfiné une croifée avec impofte & fans impofte , & dont le nom de chaque piece eft coté Sc écrit à la marge.
- Section Première.
- Des grandes Croifées.
- O n doit mettre au rang des grandes croifées toutes celles qui ont depuis dix pieds jufqu’à douze ou quinze pieds de hauteur, auxquelles pour l’ordinaire on met des impoftes, afin de donner moins de hauteur, & par conféquent moins de lourdeur au chaflîs ; ces croifées ont toujours des volets, ou du moins fi l’on n’y en met pas, on doit toujours les difpofer pour y en avoir.
- Les battants de dormants de ces croifées doivent avoir deux pouces neuf lignes d’épaifleur , ou deux pouces fix lignes , ou deux pouces au moins , fur quatre pouces ou quatre pouces fix lignes s’il y a des embrafements, & trois pouces s’il n’y en a pas : on doit avoir foin qu’ils défàffleurent la baye d’un quart de pouce au moins ; quelquefois même lorfque la baye a beaucoup de largeur, on orne le pourtour du dormant en dehors d’une moulure, laquelle régné 8c vient s’aflembler avec le montant de deflus l’impofte.
- Ce qui détermine la largeur des battants de dormants, font les deux épaif-feurs des volets , plus celle du paneton, lequel fert à porter l’efpagnolette, lequel panneton fe trouvant entre les deux feuilles de volets, les empêche de fe joindre l’un fur l’autre.
- On doit faire à ces battants une feuillure deflus l’arrête de devant de cinq à fix lignes de profondeur, fur fix à fept de largeur , laquelle feuillure fert à porter le volet, & on y poufle un congé, ainfi que fur l’arrête du chaflîs , afin que les deux enfemble forment un demi-cercle dans lequel entre lamoitié de la fiche.
- On doit auflî y creufer une noix on rainure d’une forme circulaire pour re~
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- 92 ME N U IS 1 E KJ. Pan. Chap. VI.
- — ce voir le chaflis, laquelle aura de largeur les deux cinquièmes de fépaifleur de ce
- Planche même chalîîs : on ravalera aufli le champ du battant d’environ une ligne depuis
- X. X. IV , 1
- la noix jufqu’au congé, afin de faciliter l’ouverture de la croifée.
- Pour ce qui efl de leurs aflemblages, ainfi que de ceux des pièces d’appui & des traverfes d’en haut, ils fe font à tenons & enfourchement ; à moins que par un cas extraordinaire, les traverfes d’en haut ne foient très-larges , alors on y fait des mortaifes. L’épaifTeur de ces aflemblages doit avoir les deux fep-* tiemes de celle du battant, ou le tiers au plus. ( Fig. i & 2).
- Les pièces d’appui doivent avoir depuis trois jufqu’à quatre pouces d’épaifleur, félon les différentes maniérés dont font faites les feuillures de la baye : ces feuillures fo font de trois maniérés.
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- La première & la plus parfaite, efl: de laifler faillir la pierre de l’épaifleur de huit à n^f lignes dans la largeur de la feuillure de la baye, & de faire une feuillure for la piece d’appui de la même largeur & hauteur de ce que la pierre excede. (Fig. 3).
- La fécondé maniéré efl; de faire une feuillure à l’ap pui de pierre qui régne pour la largeur avec celle de la baye for un pouce ou environ de profondeur , for l’arrête de laquelle on réferve un liftet ou reverdeau, lequel entre dans la piece d’appui ; cette fécondé maniéré , quoique plus compliquée que la pre-miere , n’eft pas meilleure ; au contraire elle ne fort qu’à affoiblir la piece d’appui, 8c par conféquent l’expofe à fo pourrir plutôt. (Fig. 4).
- La troifieme enfin, efl de faire à l’appui de pierre une feuillure comme à la précédente, mais à laquelle on fopprimele reverdeau : cette derniere maniéré efl la plus vicieufo ; car non-feulement elle affoiblit la piece d’appui, mais aufli elle favorifo l’écoulement des eaux dans l’intérieur des appartements. (Fig j).
- Les pièces d’appui doivent affleurer le dormant en parement, & les défaf-fleurer par derrière d’un pouce au moins, laquelle faillie paffo en enfourchement par deflus le battant, & efl arrondie : le liftet qui efl entre la feuillure de deflus & l’arrondiflement, doit être abattu en pente en dehors, afin de faciliter l’écoulement des eaux; ce liftet doit aufli faillir d’environ trois lignes d’après le battant.
- La feuillure du deflus doit être peu profonde pour plus de folidité , & n’a-yoir de largeur que depuis le devant du dormant jufqu’au devant de joue de l’enfourchement du jet-d’eau : cela donne plus de largeur au liftet , & empêche que la .partie reliante de l’enfourchement du jet-d’eau, ne vienne à s’éclatter, ce quelle ne peut faire, puifqu’on la fopprime tout-àfait.
- Pour l’affemblage des pièces d’appui, voyez ce que j’ai dit en parlant des battants de dormants, en obforvant, que quand le tenon n’ira pas jufqu’au derrière de la noix, de réferver dans l’enfourchement une barbe * pour remplir le vuide
- * On nomme barbe une petite partie Taillante que font les rainures dans les aflemblages des qu’on laiiïe au fond de l’arrazement d’un tenon battants , fur-tout quand elles défaffleurent de ou d’un enfourchement, laquelle remplit le vuide beaucoup ces derniers.
- qu’il
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- Section I. Des grandes C roi fées. p 3
- qu’il pourroit y avoir , ce qu’on obfervera à tous les aflemblages des dormants
- en général. • Planche
- 0 , XXIV.
- Les impolies font des traverfes, lefquelles, ainlî que je Fai déjà dit, fervent
- a diminuer la trop grande hauteur du chaflis : elles doivent avoir trois à quatre pouces de hauteur , & défàffleurer en parement les battants de dormant de l’épaiiTeur de la côte réfervée à porter les volets, ( à moins que , comme dans le cas d’une croifée plein-cintre, les volets ne montent que jufqu’à la nailïance du cintre ; alors elles doivent affleurer les dormants , ) & les excéder en dehors de la faillie de Ion profil, lequel eft plus ou moins riche , félon que le cas l’exige.
- La feuillure de defîous doit avoir fix à fept lignes de hauteur fur l’épaifleur du chaffis pour profondeur, afin que le devant du chaflis & l’importe affleurent enfemble : celle de deflus doit être moins haute, & on obfervera pour fà profondeur la même chofe qu’aux pièces d’appui. Les importes s’aflemblent à tenon & enfourchement dans les battants de dormants , & on obfervera une joue au-devant du tenon ; l’épaifleur de la côte n’étant pas fuffifànte , on fait au milieu de l’importe une mortaifè pour recevoir le montant de la largeur de la côte, laquelle ne percera pas au travers , mais viendra à un demi-pouce de la feuillure. On fera par le devant de l’importe une entaille de l’épaifleur de deux à trois lignes fur la largeur de la mortaifè, dans laquelle entrera la côte du montant. Koye^ les Fig 6 , 7 & 8 , où les profils , les aflemblages , & les feuillures font marquées féparément.
- Lorfque les croifées font plein-cintre ou fiirbaiflees, on place les importes au niveau du point de centre , ou bien on fait régner le deflus avec le def-fus des importes de la baye , ce qui eft la même chofe ; mais quand les croifées font quarrées, après avoir fait le compartiment total des carreaux de la croifée , en y obfervant la largeur des importes , des jets-d’eau Sc des traver-fes, on mettra deux carreaux de hauteur au chaflis d’en haut, fi le compartiment eft à petits carreaux ; & s’il eft à grands carreaux on n’en mettra qu’un, ce qui déterminera la hauteur de l’importe.
- Lorfqu’il y aura des importes aux bayes de croifées, on fera régner celles de‘ bois avec celles de pierre, quand elle ne feront pas d’une largeur trop-confidéra-ble,foit en continuant les mêmes moulures, ou en les profilant en plinthe (Fig.pf
- Les traverfes d’en haut doivent avoir la même épaifleur que les battants de dormant, fur deux pouces & demi à trois pouces de largeur , & un pouce de plus aux croifees qui font difjpofees à recevoir des embrafements.
- La largeur de ces traverfes eft déterminée , premièrement par celle de la feuillure, puis celle de la gâche de l’efpagnolette, ou par le recouvrement des volets , plus, environ un pouce de jeu pour pouvoir les dégonder. Pour leurs aflemblages , c’eft la même chofe que pour les battants de dormant (Fig.
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- On fait des montants de dormant aux croilées à impolie pour plus de foli-PXAXVHE dite, & pour donner plus de légéreté aux chaffis d’en haut; ces montants font de l’épaifteur des battants de côte, c’eft-à~dire, qu’ils ont lepaiffeur des chaffis, plus celle de la côte de devant, qui eft de cinq à fix lignes , & celle de la côte de derrière, qui eft de fix à fept lignes, lefquelles prifes enfemble font aux environs de deux pouces ou deux pouces & demi d’épaifleur fur la largeur de la côte du battant, lur lequel il vient tomber en pafîànt en en-fourchement par deflus l’impofte.
- On fait ces montants de trois façons différentes.
- La première en y pratiquant des feuillures pour recevoir les chaffis qui entrent dedans tout en vie, c’eft-à-dire, de toute leur épaifleur. Cette maniéré eft la plus fimple & la plus commode , fur-tout lorfqu on veut ouvrir le chaffis ; mais auffi elle a cette difficulté que l’on eft obligé de tenir le montant plus large par derrière que le côté du battant de la largeur de deux feuillures , qui eft de huit lignes pour les deux. Ce défaut eft à la vérité couvert par l’impofte ; mais on s’en apperçoit toujours par la différence qu’il y a entre la largeur des champs des chaffis du haut & de ceux du bas. ( Fig. i ).
- La fécondé maniéré eft de faire dans le montant deux rainures de l’épaifteur du chaffis , & profondes de quatre à cinq lignes, plus la longueur de la noix, ce qui fait en tout huit à neuf lignes , afin que le chaffis étant entré premièrement dans le montant, ait de la refuite pour entrer dans la rainure du battant de dormant. (Fig* 3).
- La troifiéme enfin , eft de refendre le montant fiir Ion épaiffeur en deux parties , dont celle de derrière , qui par conféquent refte en place , aura d’épaifleur les deux tiers de celle du montant : elle aura auffi deux feuillures * de fix lignes de largeur pour recevoir les chaffis ; & dans la partie de deflus du montant, que l’on nomme pièce à queue, on fera deux autres feuillures de la même largeur que les premières, lefquelles viendront jufqu’à l’épaifteur de la côte. (Fig. 4).
- Ou bien lorfqu on veut donner plus de fblidité à la piece à queue , on fait des feuillures dans le devant des chaffis d’environ fix lignes de profondeur, pour diminuer celles qu’on fait à la piece à queue : ces feuillures doivent être très-juftes pour la largeur , afin que le joint du chaffis & de la piece à queue paroiffe le moins qu’il fera poffible. ( Fig. $ ).
- Lorfqu’on fera des pièces à queues aux montants, on pourra fe diipenfèr de faire des feuillures au devant de l’impofte ; mais on les fera par derrière, ce qui facilitera l’écoulement des eaux , & qui en même temps dilpenlera de mettre les impolies & les jets - d’eau de la largeur ordinaire, cette maniéré donnant près d’un pouce de moins à leur largeur : on aura foin de faire les feuillures de la partie dormante du montant, de huit à neuf lignes de profondeur , afin d’avoir de la refuite pour les noix. (Fig. 7 & 9).
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- Section 1. Des grandes Croifées. 9S
- Lorfque les montants font dune feule piece, ils s’affemblent à tenon & en- «-fourchement dans i'impofte , & à tenon dans les traverfes d'en haut. Lorfqu'il P y a des moulures autour du dormant , on pouffe ces mêmes moulures fur la côte de derrière du montant, laquelle s'aflemble d'onglet avec la traverfe.
- Lorfqu ils ont des pièces à queue , la partie reliante du montant s'affemble ainli que je viens de le dire ; pour la piece à queue, elle, s’affemble à tenon dans la traverfe d'en haut, entre en entaille dans l'impolie , & s'attache for le montant avec une vis.
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- Quand les croifées font cintrées plein-cintre , on eft obligé de faire régner la même largeur des battants de dormant au pourtour de la croifée , & on fait la traverfe cintrée de trois à quatre morceaux que l'on joint enfemble en en-fourchement, ou pour plus de folidité à traits de Jupiter : les deux bouts de la traverfe viennent s'alfembler à tenon dans l'impolie, ainli quon peut le voir dans la Fig. i cotée a c.
- Quelquefois on fait defcendre les deux bouts de la traverfe d'un pied ou environ en contre-bas de l'impolie , qui pour lors ell affemblée dedans à l'ordinaire ; & on alïemble les deux battants avec les deux retombées de la traverfe à traits de Jupiter. (Fig. r. cote bd).
- Comme il ell nécelîàire que le champ qui relie au battant après le tableau , régne autour de la baye, on fera la feuillure de la traverfe cintrée, pour recevoir le chaffis du nud du ravalement de la côte du battant, & on feindra pourplus de fymmétrie le congé double au pourtour du chaffis.
- Quand les croifées plein-cintre ouvriront de toute leur hauteur, on fera une feuillure & un congé aux battants de dormant ainli qu'à la traverfe (Fig.
- 6. cote e g ) ; ou bien on fera des noix aux battants , dont on ravalera le devant de deux à trois lignes, afin de donner naifiance à .la feuillure de la traverfe, que l'on fera haute de fept à huit lignes dans le milieu, en forbailïànt le point de centre ( V^oye^ la même Fig. cotée jf A). N
- Lorfque les tableaux des croifées feront cintrés, & que les bayes en feront quarrées , on fera le delfos de la traverfo droit, & on la ravalera de l’épaiflèur de la côte , en paflànt droit au nud du cintre pris du fond de la feuillure. ( Voye{ la Fig. 8).
- Les battants de chaffis different de largeur félon leurs hauteurs & les diffé- « rents profils que l'on employé à la décoration des croifées ; cependant dans cel- P les d'une largeur ordinaire , c eft-à-dire , qui ont depuis quatre jufqu'à cinq pieds de tableau, on donnera deux pouces de champ aux battants de noix, plus la largeur de la noix, & celle de la moulure , ce qui fait aux environs de trois pouces à trois pouces & demi en tout.
- ~ La noix doit être peu faillante, & plus arrondie for le derrière que par devant, afin d'éviter le frottement, 8c de rendre l'ouverture du chaffis plus aifée.
- ' Pour ce qui eft des croifées dont la grandeur eft extraordinaire, comme celles
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- 96 MENUISIER, I. Part. Chap. VI.
- des appartements d’un Palais, des Orangeries, &c; non-feulement elles diffèrent des premières en longueur des bois , mais auffi en épaifTeur , les bois des chaf-fis de ces croifées ayant quelquefois deux ou trois pouces d’épailfeur, fur quatre à cinq pouces de largeur.
- L’affemblage des battants à noix doit être placé au milieu de leur épaifteur,' Sc en avoir tout au plus le tiers, afin que la joue du derrière, divifée en deux parties égales , Toit aflez épaifle pour faire un enfourchement folide à Tendroit
- des jets-d’eau.
- Lorfque les bois n’ont pas beaucoup d’épailfeur, & que Ton craint que la faillie du profil n’excede T épaifteur de la joue , on fait un épaulement au-devant de Taftemblage du bout des battants, d’environ trois à quatre lignes, ce qui fauve la difficulté. ( Fig. 1,2,3 <§* 4).
- Les battants de côte ou meneaux, doivent avoir de largeur, premièrement, celle de la côte , qui eft de deux pouces & demi au moins , plus celle du champ , qui doit être depuis fix lignes jufqu’à un pouce ( félon la plus ou moins grande largeur des croifées) ; & celle de la moulure fur l’épaiffeur des dormants , qui, comme je l’ai déjà dit, doit être de deux pouces & demi ou deux pouces un quart au moins. Pour ce qui eft des petits battants, ils auront de largeur celle du champ & de la moulure du battant meneau , plus, la moitié de leur épaifteur.
- Quant à Tépailîeur des bois des chaftîs, en général elle doit être depuis quinze jufqu’à vingt lignes , félon que l’exige la grandeur des croifées, ou félon ce dont on eft convenu par le devis ou marché que Ton a fait.
- L’affémblage des petits bois dans les battants de chaffis , fe fait à tenons & mortaifes, lefquels fé placent au nud de la feuillure , afin de ne fe point rencontrer dans les moulures. (Fig. 7, 8 &9).
- /. Pour les croifées qui ouvrent à doucines ou à champfrains, les deux battants
- de côtes doivent être de même largeur, & avoir d’épaiffeur celle des chaffis, plus, celle de la côte de deffus, ou de delîous félon qu’ils font placés à droite ou à gauche. ( Fig. 8 <$9).
- Les battants de côte doivent toujours être aux chaffis à droite, comme les Fig„ 7 & 8 , excepté que par un cas extraordinaire on foit obligé de les mettre à gauche, ce qui n’arrive que dans le cas des portes à croifées ou de perons , dont on doit toujours poufler devant foi le chaffis à droite en entrant. (Fig. 9).
- Les ouvertures des croifées à gueule de loup , font préférables à toutes , tant en ce quelles font plus folides, qu’en ce quelles tiennent les croifées plus clofes, & on ne doit employer les ouvertures à doucines ou à champfrains , qu’aux portes croifées , aux croifées qui donnent fur les balcons & fur les ter-ralTes, & dans le cas d’une croifée cintrée en plan, dont le creux eft en parement , & dont l’ouverture ne peut pas être à gueule de loup, parce quelle ne pourroit pas ouvrir. Quant aux portes croifées , cette ouverture fer oit trop
- incommode,
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- SectionI. Des grandes Croifées. 97
- incommode , en ce qu’elle obligeroit d’ouvrir les deux venteaux à la fois pour entrer ou forcir fur les terraffes , & que quand on feroic dehors, on ne pour-roit plus les ouvrir.
- Les traverfes du haut des chafïis ont ordinairement trois pouces ou trois pouces & demi, & même quatre pouces de largeur fur l’épailfeur du battant ; & on doit leur donner ces différentes largeurs à raifon de la hauteur & de la largeur du chaffis, lur-tout lorfque les petits bois font affemblés à pointes de diamants, parce que le roide que l’on eft néceflairement obligé de leur donner , feroit bomber les traverfes fi elles n’avoient pas affez de largeur. ( Fig. $ & 6 ).
- Pour ce qui eft de leurs affemblages , voyez ce que j’ai dit en parlant des battants.
- Les jets-d’eau doivent avoir depuis trois jufqu’à quatre pouces de hauteur , & avoir un pouce & même un pouce & demi de plus épais que le chaffis, afin que cette faillie étant creufée en doucine, facilite l’écoulement des eaux; on doit éviter de les faire trop creux, parce que cette maniéré eft vicieufe en ce qu’elle oblige les eaux à y féjoumer plus long-temps, ce qui les fait pourrir plus vite : on doit aulîi fouiller le deffous du jet-d’eau en forme de larmier, & on obfervera que ce canal excede le quarré de la piece d’appui de trois lignes au moins.
- Aux croifées à gueule de loup, on tiendra le jet-d’eau plus long de fix lignes au moins, qui excédera le battant de côte, & on abattra cette faillie en pente, en venant à rien fur la côte, afin que la croifée puifle ouvrir aifément, & que les deux bouts des jets-d’eau fe joignent étant fermés , ce qui ne pourroit être s’ils étoient coupés quarrément & à fleur de chaflîs. Les jets-d’eau s’affemblent à tenon & enfourchement dans les battants ; & on aura foin du côté du battant de côte 9 de faire un double enfourchement à la côte du nud du ravalement du battant, fous laquelle paffe le jet-d’eau , & fur lequel la côte vient mourir : ces affemblages doivent être faits très-juftes, afin de donner plus de folidité aux chaffis, & en même temps pour empêcher l’eau d’y féjoumer. s
- Les feuillures de deflous des jets-d’eau, doivent avoir de largeur la faillie du jet-d’eau, plus l’épailfeur de la joue de 1*enfourchement ( ainfi que je l’ai dit en parlant des pièces d’appui ) fur fept lignes de hauteur, afin qu’il y ait toujours du jeu entre le delfus des pièces d’appui & le deffous des jets-d’eau. (Fig. 10 (S’il). ,
- Ce fera la même chofe pour les jets-d’eau & les traverfes des petits chaflîs, à l’exception qu’ils feront moins larges que les premiers, pour donner plus de jour & faire moins de largeur de bois dans la partie dé l’impofte.
- Les croifillons ou rempliflages de chaffis, fe font de deux maniérés.
- La première en divifant la largeur du chaffis par un ou pluiîeurs rangs de Menuisier« B b
- L ANCHE
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- F L A N C H ]
- XXVI.
- 98 MENUISIER, L Part. Chap. VI.
- montants, 8c la hauteur par un nombre de traverfes proportionné à la hau teur & à la largeur du chaflis.
- La fécondé maniéré eft de les faire à glaces , c’eft-à-dïre, de ne donner qu'un carreau à la largeur du chaflis , 8c de le diyifet fur la hauteur par deux ou trois traverfes félon qu'il eft néceflaire. •
- Les petits bois de la première efpece fe font de deux manières : la première à pointe de diamant , c'efl-à-dire , que les montants n’ont de longueur que la hauteur de chaque carreau, plus les deux barbes des extrémités : iis s’aflèmblent dans les traverfes des petits bois en enfourchement & en onglet ( Voye[ la Fig. 12 ) , ainfi que dans celles des chaflis, & dans les jets-d’eau, à moins qu'il n'y ait point de moulures au pourtour du chaflis, alors on les aflembie à tenon dans les traverfes & dans les jets-d’eau feulement.
- La fécondé maniéré efl: de les faire à grands montants , c’efl-à-dire, ceux qui vont de toute la hauteur du chaflis, lefquels s’aflemblent en entaille à moitié bois dans les traverfes de petits bois , & à tenon dans la traverfe des chaflis, & dans les jets-d’eau, à la rencontre des montants 8c des tra* verfes ; la moulure de ces montants efl terminée par une plinthe , laquelle porté (en quarré) toute la largeur du petit bois , ce qui s’appelle à grande plinthe $ ou bien on ne donne à la plinthe que la largeur du rond ou du boudin, 8c on coupe d'onglet les baguettes ou les quarrés. ( Fig. 13 <S’ 14).
- Les petits montants font plus en ufage, & même plus propres que les au* très ; mais ils ont le défaut de ne pas être fi fol ides que les grands, parce que comme ils ne s’aflemblent dans les traverfes que par des enfourchements , qui, lorfque les petits bois font étroits , deviennent très-foibles, & par con-fequent très-aifés à fe pourrir, fur-tout quand les croîfées font expofées au grand air ou à la campagne , ou que la trop grande largeur des chaflis obligera de mettre deux rangs dé montants : on évitera de les faire à pointes de dia* mant, parce qu’ils n'auroient pas aflez de folidité.
- La largeur des petits bois, dont nous venons de parler, doit être déterminée par celle de la moulure qui régne intérieurement autour du chaflis, dont on prendra deux fois la largeur moins une ligne aux plus petits profils , 8c moins deux aux plus grands, ce qui fera la largeur du petit bois.
- On fait, dis-je, les petits bois plus étroits que deux fois la largeur dû profil, afin que quand l'onglet efl: coupé , il relie encore du bois entre lé fond de l'onglet & le quarré de la moulure. (Fig. 15 & 16).
- On n'employe à ces fortes de croifées que des profils fimplès, comme les ronds entre deux quarrés, les treffles , les cœurs, 8cC, ainfi qu’ils font marqués aux figures ci-deffus, & jamais les profils à petits cadres, à moins que la gorge ne tourne feulement autour du chaflis , & que le petit bois profile feulement avec la moulure de devant, comme dans la Fig. 17 ;
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- Section L Des grandes Croifées. " 59
- ou bien fî Ton employé les profils à petits cadres aux petits bois , ce ne doit ========2
- être que dans les croifées d’une grandeur extraordinaire , 8c auxquelles on Planche né veut pas mettte deux rangs de montants. *
- L’épaiffeur des petits bois eft égale à celle des chaflîs à verre , moins le quarré de la moulure, fi cette moulure eft un rond entre deux quarrés ou un boudin ; car fi c eft une autre moulure , ils doivent leur être égaux âinfi qu’aux grands montants , dont la faillie de la plinthe doit égaler le quarré de de la moulure.
- L’aflemblage des petits bois doit, ainfi que je l’ai dit, être placé au fond de la feuillure, que l’on fera la plus profonde poflîble , for trois à quatre lignes de largeur au plus, & par conféquent donner plus de force au derrière des petits bois.
- Pour ce qui eft des croifées à glaces, elles font fofceptibles de toute la ri-chefte poflîble, tant dans leurs profils , que dans les formes chantournées que l’on donne à leurs traverfes, 8c dans les ornements de fculpture que l’on y introduit.
- Ces croifees donnent plus de jour 8c de magnificence aux appartements ; aufli ne doit-on les employer qu’aux bâtiments d’une certaine importance , & non pas indifféremment à tous.
- On doit aufli éviter de les employer à la campagne 8c aux endroits ex-pofés aux grands vents , à moins qu’on ne pofe à l’extérieur des tableaux de, ces croifées, des doubles croifées, ou bien des croifées jaloufîes, lefquelies puiifent garantir des injures de l’air. . . ...
- Quant aux contours de ces croifées , on doit les faire le plus doux qu’il fera poflîble , y évitant les petites parties , les reliants ou reflàuts , & généralement toute forme vicieufe 8c tourmentée, dont on ne trouve que trop d’exemples.
- Lorfqu’on met des oreilles aux angles des carreaux de ces croifées, il eft plus expédient de les faire creufes que rondes, parce que cette forme eft moins lourde, & qu’en général les oreilles rondes ne font prelque jamais bien.
- L’ufage fait affez connoître que les oreilles creufes font moins fujettes à le tourmenter que les rondes, & plus faciles à réparer, foppofé qu’elles faflent quelque effet. Voye^lesFig. 17,18,19,20 & 21, où font marqués les affemblages des traverfes des croifées à glaces ; & celles 22,23,24,2y , 26 & 27 , où font marqués les affemblages des trois efpeces de montants dans leurs traverfes.
- Pour ce qui eft de la forme qu’on doit donner aux carreaux de toutes les efpeces de croifées , ce doit être une forme oblongue, c’eft-à-dire, qu’il faut qu’ils ayent un quart de leur largeur .de plus haut que large, ou un tiers au plus.
- En général, toute la folîdité des croifées confifte dans leurs aflemblages, — lefquels doivent être extrêmement juftes, 8c avoir toute la précifion poflîble ; p L anche il ne faut cependant pas croire qu’il faille que ces affemblages foient forts , ce XXVII. qui expoferoit les bouts des battants à fe fendre : pourvu que l’aflemblage foit
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- P L AN C H XXVII.
- I
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- j ufte fiir fon épaiffeur, cela faffit, tout le roide ne devant être que fur les épau-lements , ou fur la largeur des tenons, ce qui eft la même chofe. Pour ce qui eft de leurs différents profils , voye£ les Fig. 1*2,3,4,y,6,7^ 8, lef-quelles repréfentent ceux qui font les plus en ufàge.
- Quand on fera des croifées éventails , ou plein-cintres, on les difpofera de façon que le point de centre fe trouve au-defïus du champ du chaffis éventail, & on terminera le haut des battants meneaux en forme de demi-cercle, dans lequel vient s affembler le montant qui reçoit les deux traverfes cintrées , lef quelles tombent à plomb du montant des chaffis d’en-bas. ( Fig. io ).
- Ce que je viens de dire ne fouffre aucune difficulté , lorfque les bayes des croifées ne font point décorées d’impoftes; mais lorfqu’elles le font, on eft obligé de placer le point de centre au-defïus de f impofte, & par conféquent au-defîous du champ de la traverfe du chaffis, ce qui oblige alors à ffir-haufler le point de centre de la traverfe de petit bois de la moitié de la largeur du champ, afin de rendre les carreaux égaux. ( Fig. 12).
- Lorfque ces croifées font à glaces, il n’y a aucune difficulté ; mais de quelque maniéré que ce foit, on ne peut fe difpenfer de faire régner le deffus de l’im-pofte d’une croifée avec celle de fà baye.
- Que les croifées éventails ayent un ou plufieurs montants ou des traverfes cintrées, on doit toujours faire tendre au centre les montants de divifion, & ©n fera tout fon poffible pour que la divifion des carreaux fur la traverfe du chaffis éventail, foit égale à celle des battants de chaflis du bas.
- Section Seconde,
- Des Portes Croifées.
- Les portes croifées ne different des croifées dont nous venons de parler, qu’en ce qu’elles ouvrent toujours à doucines ou à champfrains , pour les rai-ions que j’ai dites ci-devant en parlant des ouvertures des croifées , & qu’en ce qu’elles ont des panneaux p,ar le bas , autour defquels régne en parement la même moulure qu’au defïus , à moins que l’on ne veuille les décorer d’une moulure plus riche, ce qui arrive quelquefois.
- Ces panneaux font arrazés par dehors, ou bien font corps fur le bâti, ce qu’on appelle panneaux recouverts. ( Voyez ceux cotés a b, Fig. 9).
- On détermine la hauteur des appuis des portes croifées de deux maniérés,' la première eft de faire régner le defïus de la traverfe d’appui avec le defïus des jets-d’eau des croifées , avec lefquels elles fe trouvent d’enfilade , ce qui donne quinze ou dix-huit pouces de hauteur au panneau pris du defïus de la tra-verfe, les banquettes ou appuis des croifées, ayant pour l’ordinaire aux environs d’un pied. ( Fig. ïl ).
- La fécondé maniéré eft de les faire à hauteur d’appui, c eft-à-dire, de leur
- donner
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- Section III. Des Croifées Entrefols; xoz
- donner deux pieds & demi ou trois pieds du defîus de la traverfe , ou de faire —
- régner le defîus de Tappui avec le defîus des focles ou retraits du bâtiment, Planche ce qui fait un fort bon effet, à condition toutefois que ces focles n auront ^ ^ ^1 ** pas une trop grande hauteur.
- On doit auffi obfêrver de rapporter ou de ravaler fur les traverfès d’appuis, des portes croifées, des fimaifes méplattes d’un ou deux pouces de largeur, félon la grandeur des portes, lefquelles auront d’épaiffeur celle de la côte pour fervir à porter les volets. ( Fig. f).
- Section Troisième.
- Des Croifées Entrefols.
- Les croifées entrefols doivent auffi être mifes au nombre des grandes croi- —======2
- fées, puifquelles en ont l’apparence en dehors. ^XXVIII^
- On les appelle de ce nom, parce que dans leur hauteur elles fervent à éclairer deux pièces, dont celle de deffis eft appellée foupente ou entrefol.
- On fait ces croifées de deux maniérés : la première, eft de faire à l'endroit du plancher qui fépare l’appartement, une frife, laquelle defcend en contrebas du plancher de deux pouces au moins , ce qui eft néceffitire pour l’échappée de l’efpagnolette, & d’un ‘pouce de plus s’il y a un plafond qui régné avec les embrafements ; ces frifes ont quinze à dix-huit pouces de hauteur, y compris les champs, & on les décore quelquefois d’un rond ou d’un ovale au milieu : les profils de ces frifes doivent être Amples, 8c avoir depuis un jufqu’à deux pouces de large.
- On les affemble dans le dormant avec des clefs ; ou bien on fait paffer les tenons des traverfes, lefquelles viennent s’affembler dans le dormant. '
- Ils doivent être arrazés en dedans 8c affleurer le dormant, afin que ce qui excede le chaffis ferve de côte pour porter les volets. Les chaffis ouvrent dans ces frifes à moitié champ, ou bien lorfque les champs deviennent trop v étroits, ils ouvrent dans le dégagement de la moulure , & emportent le champ avec eux ; dans ce cas on ne doit pas faire les frifes d’affemblage, mais les ravaler pour plus de folidité. ( Fig. 1,2,3 & 4).
- Quelquefois, & fur-tout dans des croifées d’une largeur confîdérable, ces 1 frifes affleurent le dormant par dehors, & par conféquent font corps fur le chaffis ; dans ce cas on met des jets-d’eau au chaffis d’en haut. ( Fig. J & 6 ).
- Lorfque les frifes affleureront les chaffis, on n’y mettra pas de rond comme dans la Fig. 11, mais on y feindra au milieu une côte femblable à celle des chaffis à verre. ( Fig. 10 ).
- La fécondé maniéré de faire des croifées entrefols , eft de pratiquer à l’en-* droit des planchers un panneau ou table arrazée, lequel étant affemblé dans les dormants, affleure en dehors les chaffis à verre, moins l’épaiffeur de la Menuisier• C c
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- PL AN CH
- XXVIII.
- 102 ME N U1S 1E R J. Part. Chap. VI.
- ’st feuillure des petits bois, dont on feint le compartiment en appliquant fur ces £ tables de faux battants & des tringles , lefquelles repréfentent les côtes des petits bois en dehors.
- Pour plus de vraifêmblance , on fait aux faux battants 3c aux tringles des feuillures pour recevoir des verres , ce qui fait mieux que la peinture que Ton met ordinairement fur ces tables. Voye^ les Fig. 7,8 & 9, où ces différentes maniérés font deffinées, ainfi que la maniéré d’attacher les faux battants & les tringles fur ces tables.
- De ces deux maniérés de faire des croifées entrelols, la première eft la plus folide ; mais elle ne doit être employée que dans un étage en foûbafîement, dont toutes les croifées pourroient être de même, ainfi qu’on l’a pratiqué à la place de Vendôme & ailleurs, ou bien dans d’autres étages, lorfqu’il n’y au-roit pas de grandes croifées ouvrantes fur la même ligne, ou qu’elles ne fe-roient pas fur la principale face d’un bâtiment ; car autrement on eft obligé de fe fèrvir de la fécondé maniéré, qui eft d’autant moins folide que l’on eft obligé de faire ouvrir les chafïîs dans la largeur d’une traverfe de petit bois, quoique quelquefois on les ravale en dehors, ce qui donne plus de largeur à la traverfe > mais en même temps ce qui rend le carreau du haut du chafîis plus court que les autres de la hauteur du ravalement , ainfi qu’on peut le voir dans la
- Flg-9- ~..........-
- Quant à l’ouverture de ces croifées, on les fait à gueule de loup, à doucine % ou à champfrain, & quelquefois même à coulifte , félon les différentes pièces qu’elles éclairent, à condition toutesfois qu elles foient fymmétriques par dehors , quoiqu’elles ouvrent de deux ou trois maniérés différentes fur la hauteur* ~ Il faut auffi éviter de faire les croifillons des chaflis de ces croifées, de différentes façons, comme on peut le remarquer à plufieurs endroits , où les uns font à montants , & les autres à glaces, ce qui eft une faute grofîiere.
- Section Quatrième.
- Des doubles Croifées.
- Les doubles croifées font faites pour fermer, tenir plus clos les appartements , 3c les rendre moins froids en hyver. On les pofe dans la partie extérieure des tableaux des croifées de trois maniérés différentes : la première eft de les faire entrer à vif dans les tableaux des croifées, & de les arrêter avec des crochets : la fécondé eft de les pofer dans des feuillures pratiquées pour Oet effet au pourtour du tableau : la troifieme eft de faire des feuillures au dor-»:nant, dont l’arrête extérieure eft ornée d’une moulure. ( Fig. 14, 15 &
- De ces trois maniérés, la première eft la plus propre, fur-tout lorfqu’un bâtiment eft fufceptible de quelque forte de décoration, & que les croifées font
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- Section IV’. Des doublés Croifées. *P$
- ôînées de chambranles* ce qui empêche d y faire des feuillures: elle efl: auffi préférable à la troifieme ; parce que la faillie du dormant de cette derniere, fait Un mauvais effet, & qu’il altéré les proportions des chambranles.
- ' Quant à leurs ouvertures, eÛes ouvrent de trois maniérés : la première à noix 8c en dedans, à l'exception quil ne faut point de côte aux dormants , 8c qu il faut tenir les chaffis des doubles croiféeS plus courts qué ceux du dedans de quinze lignes, afin qu’ils puilfent paffer entre la piece d’appui & la tra-verfè d’en haut du dormant, ou l’impofte de ces derniers. ( Fig. 12 & 13).
- L’ouverture du milieu fe fait à doucine , à champfrain ou à feuillure, & non pas à gueule de loup ; on aura foin auffi de tenir le bois de ces croifées le plus étroit poffible, fur-tout ceux des dormants, lefquels étant à vif dans Je tableau ne bouchent que trop de jour. Il fuffit qu’ils aient de largeur ce que les jets-d’eau du chaffis du dedans excédent, afin que les chaffis du dehors puiffent ouvrir quarrément. (Fig. 14).
- Quand les dormants de ces croifées font à recouvrement for le tableau ou dans des feuillures, 8c qu’on craint que les chaffis ne puifîent pas ouvrir quarrément, on les fera avec des fiches coudées ou bien avec des fiches à longues ailes, lefquelles en ouvrant les rejettent de ce qui eft nécefîàire. (Fig 1 j)é La fécondé maniéré de faire l’ouverture de ces croifées, efl: de les faire ouvrir en dehors : cette maniéré efl: préférable à la première , en ce qu’elle ôte moins de jour aux appartements, n’étant pas obligé d’y mettre des impolies, & par conféquent pouvant faire les chaffis de toute la hauteur, du moins dû deflus de l’appui du balcon , la partie du bas refiant dormante.
- Cette maniéré efl bonne lorfqüé les croifées font d’urié moyenne grandeur ; mais lorfqu’elles font trop grandes, il ne faut pas l’employer, la trop grande portée des chaffis étant fort à craindre par rapport aux accidénts qui pour-roient arriver s’ils venoient à tomber.
- De plus, les chaffis ouvrants ainfi font plus expofés aux injures de l’air, & par conféquent plus fujets à fe pourrir.
- Les chaffis des doubles croifées ouvrantes en dehors, entrent à feuillures dans leurs dormants, & font ferrés de fiches à vafos, ou de pommelles, 8c ouvrent à feuillure dans le milieu. (Fig. 16).
- , La troifieme maniéré efl de faire ouvrir ces croifées à coulifles : alors orî o!> vie aux inconvéniens des deux premières maniérés ; mais on ne peut s’en fer-vir que dans les grandes croifées ; de plus, les chaffis de ces croifées étant moins hauts que les' autres, ôtent plus de jour & d’air aux appartements.
- On peut faire les dormants de ces croifées des trois maniérés que j’ai dites ci-deflus ; on peut auffi y mettre des impofles, lefquelles répondent à celles dés croifées en dedans, & donner au montant du milieu la même forme & largeur que fi elle ouvroit à côte. Dans le cas où il y auroit des impofles , le chaf-fis de deffos de l’impofte, doit être dormant à l’ordinaire , & celui du bas coupé
- Planche
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- ro4 MENUISIER, I. Part. Chap. VI.
- -s en deux à l’endroit d’un petit bois, la partie du haut reliant dormante, 8c celle
- XXV II/ du bas fe mouvant a codifie. ( Fig. 17 & i 8).
- Lorfque ces croifoes n ont point d’impoftes , on les partage en deux par le milieu, afin de les rendre plus légères, & on recouvre le joint du montant par une côte que Ton rapporte en dehors , & que Ton ravale dans le bois pour plus de folidité. (Fig. 19).
- Les profils des doubles croifées doivent être très-fimples, & on ne doit y employer que de grands montans , parce qu’ils font plus folides que les petits»
- Section Cinquième.
- Des Croifées Jaloufies d’ajfemblage.
- — Il efl encore une autre efpece de doubles croifées , que Ton nomme jaloufies ;
- F X E e^CS c^®rent ^es Premleres en ce qu’elles ne reçoivent point de verres , & qu’en leur place on met dans les chaffis de ces croifées des tringles de bois de l’épaiiTeur de quatre à cinq lignes, lefquelles font affemblées obliquement dans les battants du chafiîs, afin d’empêcher les rayons du foleil de pénétrer dans l’intérieur des appartements, & de les rendre plus frais pendant l’été.
- Ces croifées ouvrent prefque toujours en dehors, <& on peut en faire les dormants des trois façons que j’ai dites en parlant des doubles croifées: elles ouvrent à feuillures ou noix dans les dormants, & toujours à feuillures dans le milieu.
- Les bois des chaffis ont depuis trois jufqu’à quatre pouces de large, for quinze 8c même vingt lignes d’épaifleur , félon que l’exige la hauteur des croifées. Les tringles ou lattes, font aflemblées dans les bâtis de trois maniérés différentes ; la première efl: de les faire entrer en entaille dans les battants, en obfervant de faire les entailles plus profondes par le haut, afin que les lattes fe ferrent en entrant, & on les arrête par le bas avec une pointe de chaque côté. ( Fig. r & 10 ).
- La fécondé maniéré efl de les faire entrer,en entaille comme les premières, & de faire un goujon, lequel entre dans un trou que l’on fait au milieu de l’entaille. ( Fig. 2 & 9 ).
- La troifieme enfin, efl de ne point faire d’entaille ni de goujon , mais de faire à chaque latte un tenon de cinq à fix lignes de largeur. Cette derniere maniéré efl la plus folide & la plus propre; elle efl d’autant plus commode, que l’on n efl pas obligé de mettre de traverfe large dans la hauteur du chaffis comme dans la Fig. 4 ; mais on laifle for la hauteur du chaffis les tenons de deux ou trois lattes d’une longueur foffifànte pour être chevillées. ( Figures 3,6,7 <& 8 ).
- Quelquefois les lattes font mouvantes en tout ou en partie for la hauteur du
- chaffis :
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- Section VL Des Jaloufies connues fous le nom de Perjiennes. 10$ chaflis ; mais cela n arrive que rarement, par rapport à la trop grande dépenfe de la ferrure , 8c par le défaut quelles ont de ne pas fe recouvrir les unes les autres horizontalement, ainfi qu'on peut le voir dans la Fig, y.
- Quant à la pente des lattes, ce doit être la diagonale d'un quarré, ou du moins on ne doit gueres s'en écarter : on doit avoir foin qu’elles fe recouvrent d'une ligne au moins, comme la cote a, Fig, 3 , ou du moins qu'il n'y ait point de jour entr'elles. ( Voye[ la cote b b ).
- Les lattes {aillent quelquefois le bâti de trois à quatre lignes, & {ont arrondies fur leurs faces & for leurs extrémités, comme dans la Fig. 4 ; mais la meilleure maniéré eft de les affleurer au bâti, comme celle cotée c d,
- Lorfque les lattes feront mouvantes , on les pofera de façon que quand elles feront fermées , elles fe rejoignent les unes aux autres ; quelquefois on y pouffe fur l'arrête des doucines, comme celle cotée ef9 ou des feuillures à moitié de leur épaiffeur, comme celle cotée g h, Fig, y, ce qui eft plus folide que le relie des champfrains.
- U faut auffi mettre les traverfes du haut & du bas, félon la pente des lattes ainfi que celles du milieu, que l'on met, comme je l'ai déjà dit, au nombre de deux ou trois, felon la hauteur de la croifée. Voye£ les Fig, ci-deflus, où les pentes & les affemblages de ces traverles font marquées , ainfi que celles du milieu, lorfque ces croifées font coupées à la hauteur du balcon.
- Section Sixième.
- Des Jaloujîes connues fous le nom de Perfiennes.
- Ces elpeces de jaloufies ne fe font point d'affemblages, mais feulement avec des lattes de chêne , de quatre pouces de large , for environ deux lignes d'épaifleur, lefquelles font retenues enfemble par trois rangs de rubans de fil dilpofés à cet effet.
- Ces jaloufies ne ferment pas fi bien le dehors des appartements , & ne font pas fi folides que celles d'affemblage ; mais auffi elles ont l'avantage de procurer plus de fraîcheur aux appartements, de ne pas nuire dans les tableaux de croifée, de pouvoir fe mouvoir de toutes les maniérés poflîbles, & d'être moins coûteufes que les autres, ce qui eft un très-grand avantage.
- Quant a leur conftruétion, elle fe fait de cette maniéré : après avoir corroyé les lattes & les avoir coupées à la longueur néceftaire, en obfervant quelles foient d'environ deux à trois pouces moins longues que le tableau de la croifée n a de largeur, on perce à quatre pouces de leur extrémité , 8c au milieu de leur longueur, des trous ou mortaifes de cinq à fix lignes de large , for environ un pouce de longueur, laquelle eft prife for la largeur des lattes ; en-foite on prend du ruban de fil que l'on choifit le meilleur poffible, auquel on Menuisier• D d
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- i p6 MENUISIERPan. Chap. VI.
- .. i donne de longueur deux fois la hauteur de la croifée ; enfuite de quoi on y
- Planche rapporte d’autres rubans , qui ont de longueur la largeur de la latte, plus ce
- • <\7' VT T \r Xi
- AAU' qUi eft nécelfèire pour les attacher aux premiers , ce qui fait environ fix pouces de longueur en tout : ces rubans font attachés fur les premiers à quatre pouces les uns des autres , afin que quand on renyerfe la jaloufie, toutes les lattes viennent fe joindre les unes aux autres ; il faut obferyer en attachant ces rubans , que la partie que Ton coud, foit en contre-haut de la latte, & non en contre-bas , ainfi que plufieurs font fait.
- Les rubans ainfi difpofés, on les arrête par les deux extrémités for des lattes d une largeur <3c d'une longueur égale aux autres, mais qui ont un pouce d’épaiffeur, ce qui eft néçeffaire à celle du haut pour placer | fes deux extrémités deux tourillons de fer i i, qui entrent dans deux autres morceaux de N fer évidés qui tiennent au fommier p , Fig. 11, lefquels portent toute la
- jaloufie.
- Celle du bas doit auflï être épaifîe, afin de lui donner plus de poids & de mieux retenir les lattes lorfque la jaloufie eft levée.
- Après avoir arrêté les rubans for les lattes du haut & du bas , on place toutes les autres for les rubans, auxquels on perce des trous qui correlpondent à ceux des lattes, par lefquels on fait paffer les cordes l, m , n, Fig, 11 , qui font arrêtées à la derniere latte o9 Fig. 12, qui neft percée que par des trous ronds de la grofleur des cordes > lefquelles vont pafïer par des poulies qui font placées dans le fommier de la jaloufie : on appelle fommier une planche de fix pouces de largeur, fur quinze lignes d’épaiffeur, & d’une largeur égale à la largeur du tableau de la croifée, au haut duquel elle eft arrêtée ; quelquefois on la fait plus longue de deux à trois pouces afin qu’on puiffe la fcel-ler, ce qui la rend plus folide : cette planche ou fommier eft percé au milieu de fà largeur par des trous qui correlpondent à ceux des lattes & au-devant defquels font placées des poulies en entaille dans l’épaiffeur du fommier , lefquelles fervent à porter les cordes.
- Vers l’extrémité & for le devant du fommier , font placées trois autres poulies fur lefquelles les cordes paffent pour redefcendre en bas ; il faut obfor-ver que toutes ces poulies ne font pas parallèles avec le devant du fommier, mais au contraire qu’diles font biaifes , s’alignant chacune avec celles qui leur font correfpondantes, ainfi que font celles qq9 rr, s s, Fig. 11 ; on doit auffi / avoir foin que les poulies foient afîèz creufes pour pouvoir contenir les cordes , & que ces dernieres tombent bien perpendiculairement, afin d’éviter le frottement, & de rendre le mouvement de la jaloufie plus facile. Lorfque la jaloufie eft montée, on tend toutes les cordes , & on les attache enfomble
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- afin que quand on la haufie ou qu’on la baifîe , elle foit toujours de niveau.
- Au bas & à la droite du tableau de la croifée , on place un crochet de fer auquel on arrête les cordes de la jaloufie, de forte qu’on la tient ouverte à la
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- Chapitre VIL Des Volets ou Guichets. 107
- hautes qu on le juge à propos. Lorfque la jaloufie eft tout-à-fait baiflee, on doit avoir foin de toujours attacher les cordes , & faire enforte quelles foient toujours tendues , pour éviter qu elles ne fortent de leurs poulies.
- Quant au mouvement des lattes, il fe fait par le moyen d’une corde t t9 Fig. h, qui pafle for une poulie qui efl: placée à l’extrémité du fommier St en travers de là largeur , laquelle corde eft attachée à la latte du haut fur l’arrête u y Fig. 11 , de forte qu’en la tirant en dedans ou en dehors , on fait haufler ou bailler les lattes ainli qu’on le juge à propos : il y a auffi un crochet de fer fcellé dans le bas du tableau de la croifée, lequel fert à attacher cette corde, & par conféquent conferve aux lattes l’inclinailon que l’on a jugé à propos de leur donner.
- En dehors St au haut du tableau de la çroifée, on pôle une planche, laquelle efl: quelquefois chantournée & efl: d’une largeur allez conlidérable pour cacher toutes les lattes de la jaloufie lorfqu’elles font remontées en haut : cette planche fert à les mettre à couvert des injures de l’air, & à empêcher les rubans de le pourrir.
- Il efl: aufli des occafions où l’on fait au pourtour des jaloufies un bâti qui affleure le devant du tableau, St qui cache le jeu qu’il y a entre la jaloufie St ce dernier ; ce bâti empêche auffi la jaloufie de fortir en dehors de la croifée , & par conféquent de fe mouvoir au gré du vent.
- CHAPITRE SEPTIEME.
- Des Volets ou Guichets.
- A VA N t de palfer à la féconde efpece de croifees, il eft néceflaire d’entrer dans le détail des volets ou guichets qui couvrent celles de la première efpece ; ce n’eft pas que celles de la fécondé ne foient auffi fujettes à en recevoir, mais c eft que les volets font comme une fuite néceiîàire des premières, & que 1 on fait rarement de ces croifees fans volets , à moins quelles ne foient pofées fur un efcalier, ou que par un cas extraordinaire on ne veuille ou ne puilîè pas y en mettre ; quoi qu’il en foit, on doit toujours les difpofer pour en recevoir. Les volets font des venteaux de menuiferie , deftinés à fermer les croifees plus fùrement, & à empêcher le jour de pénétrer dans l’intérieur des appartements, félon la volonté de ceux qui les occupent : ils font cortipofes de battants, de traverfes , de panneaux St de frifos difpofes par compartiments , St font fufceptibles de toute la richeiîe poffible , félon le rang de la piece où ils font pofés.
- Ces volets font prefque toujours brifés en deux, ou même trois parties, félon la largeur du chalfis qu’ils couvrent, St félon la profondeur des embra-
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- P ! ANCHE XXX.
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- ioS ME'N UI S I E R, I. Pan. Chap. VIL
- "T-- —zemems. Pour qu’ils foient d’une feule piece, c’eft-à-dire, fans brifure lut f* l anche leür largeur , il faut que les embrazements foient d’une largeur affez confî-X’ dérable pour pouvoir les contenir, ce qui n arrive que dans un étage en fou-baffement, & dans le bel étage d’un Palais, où la décoration extérieure eft fofoeptible d’avant & d’arriere-corps, ce qui donne quelquefois de différentes épaifleurs de murs dans une même piece , & par conféquent des embrazements d’une largeur allez confidérables pour pouvoir contenir des volets fans brifure. Lorfque les embrazements font ainfi difpofés, on peut faire les volets d’une fou-le piece ; ils font beaucoup mieux , & font plus faciles à décorer d’une maniéré relative à la piece dans laquelle ils font, & peuvent fervir de revêtiffement aux embrazements ; ce n’eft pas qu’on doive fe difpenfer d’en mettre, mais c’eft que quand ils font ouverts, ils doivent former une décoration qui réponde aux plafonds ou aux vouffures qui les couvrent, auxquels ils femblent plutôt appartenir qu’à la croifée. Lorfque les volets font ainfi difpofés, on n’y fait point de feuillures au pourtour, 8c on les ferme avec»des fiches à nœuds for l’arrête , ou , pour plus de propreté , avec des pivots. ( Fig. i ).
- 'Lorfque les embrazements ne font pas d’une largeur alTez confidérable pour contenir les volets de toute leur largeur, on eft obligé de les brifer, ce qui fe fait de trois maniérés différentes. La première , & la glus ordinaire, fe fait à rainure & languette , comme les Fig. 2 & 4.
- La fécondé à feuillure , comme la Fig. 3 & ÿ , & la troifieme à feuillure , dont le joint fe trouve dans le dégagement de la moulure du côté de la petite feuille. ( Fig. 6 ).
- Les parties ou feuilles de volets brifés, doivent être inégales de quinze lignes au moins, afin que la faillie de la boucle de l’efpagnolette ne nuifo point en les brifànt, & qüe l’on ne foit point obligé de faire des entailles dans le' dormant pour( faire entrer ces ferrures. Je dis qu’il faut que la feuille de volet du côté de l’efpagnolette, foit plus étroite que l’autre de quinze li-! gnes au moins, parce que l’efpagnolette étant pofée au milieu de la côte du
- battant meneau , occupe d’abord un pouce au moins , depuis le recouvrement du volet jufqu’à fon milieu , plus la moitié de fon épaiffeur & celle de la boucle , ce qui fait aux environs de dix-huit à vingt lignes , largeur qui, eft égale à celle de quinze lignes que la grande feuille a de plus que l’autre, plus la faillie de la fiche & le jeu néceflàire, lequel fe réduit à très-peu de chofo, pour le peu que l’embrazement aie de pente ou de déverfement, ce qui eft la même chofe. (Fig. 7). .
- De la néceffité où l’on eft de faire les feuilles des volets inégales, il foit que l’on eft obligé de faire les panneaux des deux feuilles plus larges l’un que l’autre de neuf lignes au moins, ne pouvant pas faire le battant qui porte la ferrure , que de fix lignes plus large que l’autre , défaut qui eft tolérable iorfqu il n’y a que des panneaux & des frifes dans le compartiment des volets ; mais
- lorfqu’il
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- Des Volets ou Guichets. top
- lorfquil y a des ronds ou des lozanges, il n'eft prefque pas fupportable, fur* tout lorfque les deux feuilles font ouvertes.
- Pour remédier à cet inconvénient, on a fait dans la feuille large un rond & dans fautre un ovale , dont le grand diamètre eft égal à celui du rond, ce qui rend la différence moins fenfible, mais qui en même temps ne fait que rendre l'ouvrage plus fujet, fans pour cela en ôter toute la difformité. (Fig. 2).
- Mais on peut chaffer cette difficulté en faifànt les deux panneaux égaux , ce qui en même temps oblige de rendre les deux battants de milieu inégaux, toute la différence ne pouvant pas être lur les battants de derrière. Voye£ la Fig. 3. Cette maniéré eft la plus commode & la moins lu jette ; mais elle entraîne encore cette difficulté, que la briftire ne peut pas venir au milieu du montant des chafîïs , ainfî quà la première.
- Lorfqu'on fait les panneaux des volets égaux, il faut toujours faire les bri-liires à rainures & languettes , parce que quand les brifiires font à feuillures , la petite feuille doit être de huit lignes plus étroite que quand ils font à rainure & languette, à caufo que les feuillures rejettent les petites feuilles de deux fois leur largeur , ainfî quon peut le voir dans la Fig. 8.
- En ne failànt qu'un champ aux deux feuilles de volets , on remédie à tous les inconvénients des deux premières maniérés, pouvant faire les deux panneaux égaux & la briftire à feuillure ; de plus le champ qui refte à la feuille de volet eft d'une largeur fuffifante pour répondre à ceux des plafonds ; au lieu que les champs de volets de la première efpece , deviennent trop étroits lorfqu ils font brifés, Sc trop larges lorfqu'ils font enfemble.
- Pour donner plus de folidité à la feuille de volet qui ouvre dans la moulure, on tient le battant de briftire de cette feuille d’une largeur égale à celui de l'autre feuille prife du milieu du point, & on la ravale en parement jufo qu'à la largeur de la moulure , plus celle de la feuillure. Voye^ La Fig. 6 , où le ravalement & les aflemblages de ces battants font deflînés.
- Les volets fe rangent dans leurs embrazements félon que la profondeur de ces derniers le permet ; & en général ils doivent toujours être rangés derrière les chambranles, afin qu'ils ne foient pas apparents fur leur épaiffeur.
- Il arrive cependant quelquefois, & même très-fouvent, que les chambranles des croifées ne défaffleurent les embrazements que de quatre à cinq lignes , & que par conféquent les volets font apparents fur leur épaiffeur, ce qui fait un affez mauvais effet, défaut que l'on évitera le plus qu'il fera pofllble, parce qu iln eft tolérable que dans les appartements de peu d'importance. Quand les embrazements font affez larges pour contenir les volets de toute leur largeur, il ny a aucune difficulté, ainfi que je l'ai déjà dit, & qu'on peut le voir dans la Fig. 9.
- Mais lorfqu'ils font moins profonds que la largeur totale du volet non brifé , & en même temps trop larges pour ne contenir que la grande feuille Menuisier* E e
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- ilo MENUISIER, I. Part. Chap. VIE
- ======== de volet, & que cependant on veut que les volets forment embrazement 9 on
- ^ X^XX**E a^°rS ^a ^eu^e t^ent au dormant de toute la largeur de l’embrazement J & de ce qui relie pour faire la largeur du chalfis, on fait une petite feuille, que Ion ravale li elle eft trop étroite pour la faire d’alfemblage. Voye[ la Fig. 10. Cette maniéré n eft bonne quaux croifées des appartements qui ne font pas liijets à une grande décoration, à caufe du mauvais effet que font les volets lorfqu ils font fermés. U feroit beaucoup mieux, dans le cas où les embraze-ments feroient trop larges pour faire les volets à l’ordinaire, de pratiquer derrière le chambranle un pilaftre , lequel regagneroit la trop grande largeur & recevroit le volet, dont le champ feroit commun avec le pilaftre. Voye£ la Fig. 13 ; ou bien fi l’on craignoit que ce pilaftre ne devînt trop large , on lui feroit faire avant-corps fur le volet. ( Fig. 14 ).
- Lorlque les volets fervent d’embrazements, comme dans les Figures ci-def fus , on doit toujours les brifer à feuillure , parce que quand ils font à rainures & languettes , la faillie de cette même languette , & le jeu qu’on eft obligé de donner entre les volets & le chambranle , fait un mauvais effet ; de plus , les feuillures font plus commodes , en ce quelles portent contre une faillie qu’on laifle derrière le chambranle , laquelle les empêche d’entrer plus avant qu’il ne faut. (Fig. il & 12 ).
- Quant à la hauteur des volets, elle eft déterminée par celle des challîs des croifées, plus leur recouvrement fur le dormant. Au-deflous des volets & à leur à-plomb , on remplit le vuide de l’embrazement par un petit panneau nommé banquette, & dont les champs doivent, ainfi que les moulures, répondre à ceux des volets : le deffos de ces banquettes eft couronné d’une fi-maifo d’un pouce ou d’un pouce & demi de hauteur , laquelle a de largeur toute l’épaifteur des volets, plus un pouce pour recevoir l’embrazement ainfi qu’on peut le voir aux Fig. iÿ ,16 & 17.
- Lorfque les volets font for des croifées éventails, auxquelles il y a des impolies , & que le haut des embrazements eft terminé par une archivolte, ils ne montent alors que jufqu’à la hauteur de l’impofte , laquelle eft aufïï épaifle que le dormant , & la retombe de l’archivolte entre dans une elpece de plinthe , laquelle a de hauteur la largeur de l’impofte, moins le recouvrement des volets. ( Fig. 16 ).
- Ou bien fi on ne veut pas mettre de plinthe entre les volets Sc l’archivolte,1 on fait monter les volets jufqu’au nud du point de centre, en obfervant de faire l’impofte des croifées plus mince que le dormant à l’ordinaire, & le champ du volet fert à l’archivolte. (Fig. 17 ).
- Les battants de volets doivent avoir des largeurs & des épaiffeurs proportionnées ; mais en général ils ont depuis 2 pouces jufqu’à 2 pouces 9 lignes de champ pour ceux qui portent les fiches , plus les feuillures & la moulure : ceux des rives doivent avoir trois ou même fix lignes de moins ; ceux de brifore doivent
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- avoir trois à quatre pouces de champ les deux enfemble : ces deux battants doivent être égaux, non compris la languette, excepté que quand on fait les panneaux d’égale largeur, on fait le champ du battant de brifure qui tient à la grande feuille, plus large de fix lignes que l’autre, fans cependant fortir de la largeur que doivent avoir les deux enfemble.
- Pour leur épaifïèur, elle doit être de quatorze à feize lignes pour ceux d’un profil Jfimple , & de dix-huit à vingt lignes pour ceux qui font à cadre ravalé.
- Les traverfès des volets doivent avoir de largeur, tant celles du haut & du bas que celle du milieu, deux pouces & demi ou trois pouces de champ , plus la largeur des moulures & des feuillures; pour leurs aflèmblages ils doivent être toujours placés , du moins autant qu’il eft pofîible, au derrière de la rainure , & avoir d’épaifïeur les deux feptiemès de celle des volets : on fera paffer ces affemblages au travers des battants de brifure pour plus de folidité..( Voye% la Fig. 4 ).
- Le compartiment des volets doit être déterminé par leur hauteur; lorfqu’ils auront depuis neuf jufqu’à douze pieds de hauteur, on y mettra deux panneaux & trois frifes ; à ceux qui auront moins de neuf pieds de hauteur, on y mettra deux panneaux & une frife , ainfi des autres, félon qu’ils auront plus ou moins de hauteur.
- Les frifes feront quarrées, ceft-à-dire , quelles auront de hauteur leur largeur à la plus grande feuille , celle de la petite feuille étant par confé-quent plus haute que large, v
- Quelquefois pour plus de richefïe, on met des ronds ou des lozanges au milieu des volets au lieu de frifes : ces ronds doivent être affemblés dans les
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- battants à bois de fil, c’eft-à-dire , du même fens que les battants , & non à bois de bout, parce qu’ils font moins d’effet étant moins larges ; au contraire lorfqu’ils font couchés, ils font fujets à fe fendre , & par conféquent à fe déjoindre. On affemble les ronds à bois de fil dans les battants avec des clefs que l’on colle dans ces mêmes ronds, & qu’on place dans leurs extrémités, afin quelles ne fe découvrent point lorfquon vient à alléger les frifes du milieu, ( Fig. i & 2 ).
- Quand les volets ne font qu’à un parement, on ravalera le rond par derrière de la largeur de la moulure: cela eft plus folide & moins fujet, à caufe des coupes que l’on évite,
- Les lozanges font des efpeces de frifes quarrées, dont la diagonale eft perpendiculaire & parallèle avec les battants : les moulures du dedans de ces frifes touchent dans leurs extrémités au nud du champ des battants , ainfi que celles des ronds.
- Lorfque les feuilles des volets feront inégales, & qu’il y aura des lozanges , on en fera une quarrée, & l’autre plus alongée, afin que leurs deux
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- pointes foient égales ; c eft la même chofe pour les ronds, dont on fait lun plein-cintre & l’autre ovale. Voye[ les Fig. i & 2, où les frifes, les ronds 6c les lozanges font deffinés des différentes maniérés que j’ai dites ci-deflus.
- Les volets font, ainfi que je fai déjà dit, fofceptibles de toute la richeflè polfible, for-tout lorfqu ils font {ans brifore ; on peut chantourner leurs traver-fes & leurs panneaux taillés d’ornement, comme trophées, guirlandes, &c*
- 4).
- Pour leurs profils , on les fait fimples, à double parement, à petit cadre , à cadre ravalé, parce que les moulures embreuvées ne font pas afîez folides : on peut enfin tailler leurs moulures d’ornement, félon que le cas l’exigera. (Fig. *>2,3,4,5,6&7).
- Lorfque les croifées font d’une forme quarrée par le haut, comme dans la Fig. I, ou lorfqu’elles font plein-cintre, qu’il y a des impolies , & que les volets ne montent pas plus haut, il n’y a aucune difficulté ; mais lorfque dans les croifées cintrées , on veut que les volets ouvrent de toute la hauteur , on eft obligé de faire au-deffos des croifées, des arrieres-voulîures de Marfeille , & pour lors les volets fervent d’embrazement, à condition toutefois que les embrazements foient allez profonds pour contenir les volets de toute la largeur ainfi qu’on peut le voir dans la Fig. i , ou dans la Fig. 2,3 & 4, où d’un côté le volet eft fermé, & de l’autre ouvert en forme d’embrazement.
- Lorfque les embrazements ne feront pas affez profonds pour contenir les volets de toute leur largeur, & que par conféquent on fera obligé de les brifer, on fera alors aux croifées cintrées une baye quarrée, afin que les volets puîffent fe loger facilement. Lorfque les volets monteront de toute la hauteur des croifées cintrées, on ne mettra point d’impofte à ces croifées ; mais on fera monter les chaffis de fond, parce que lorfqu’il y a des importes, il refte un jour entre les deux volets à l’endroit du chaffis éventail. ( Fig. 3 ).
- Lorfque les croifées font cintrées , forbaifîees, ou en anfos de paniers, Sc que les chambranles font plein-cintres , on y fait des arrieres-vouflures, nommées contre-parties de Marfeille ; & pour que les volets montent jufqu au haut du cintre, & qu’ils puiftent ouvrir dans l’embrazement, on cintre la retombe de la vouflure par le côté , ainfi que par la face. ( Fig. 5 & 6 ).
- Toutes ces différentes elpeces d’ouvertures de croifées, demandent une attention infinie, & il eft de la fogeffe de ceux qui préfident à la diftribution des plans & des façades d’un bâtiment, de prévoir toutes les difficultés qui peuvent fo rencontrer lors du revêtiffement des appartements, & avoir auffi égard à la diftinétion de la piece , afin de pouvoir préférer des plafonds quar-rés aux archivoltes & aux arrieres-vouflures, lefquelles, non-feulement coûtent très-cher , mais encore n’ont d’autre mérite que la difficulté de leur exécution. C’eft pourquoi j’ai mis des coupes de chaque efpece de baye dont je
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- Chapitre VIII. Des petites Croifées. 113
- viens de parler, afin d’être plus clair, & de faire connoître la difficulté de ces fortes d’ouvertures. (Fig. 2 ,4 ,6 <& 7 ).
- Pour la divifion des carreaux des croifées bombées, ou en cintres forbaiffés on la fera du milieu de la traverfe à l’endroit du petit bois : que les croifées foient à glaces ou à montants, c’eft la même chofe. ( Figures 1 & $ ).
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- PtA NC H E
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- CHAPITRE HUITIEME.
- Des petites Croifées en général.
- Q uoiqui j’aie mis les croifées ouvrantes au-defïbus de neuf pieds au rang = des petites croifées , ce n’eft que dans le cas qu elles ne porteroient pas de P Volets ; car lorfqu’elles en portent, n’euffent-elles que quatre pieds de hauteur , elles doivent être mifes au rang des grandes , ne différant en rien de ces dernières que par la largeur dés bois, que l’on peut diminuer à proportion de leur grandeur ; car pour l’épaiffeur, ce doit être toujours la même.
- Les petites croifées different des autres, en ce quelles n’ont point de côtes au dormant ni au-devant des battants meneaux, quoique quelquefois on puiflè, pour plus de folidité, en mettre aux meneaux, & non aux dormants; pour lors les ouvertures de ces croifées font femblables à celles des grandes ; mais lorfqu’elles n’ont point de côtes, on fait leurs ouvertures des trois maniérés fui vantes.
- La première à noix , & ou quelquefois on arrondit l’arrête du battant meneau , & on fait for ce même battant une rainure dont on arrondit auflî une arrête pour répéter le même jour que celui que produit le jeu que l’on eft obligé de donner à l’ouverture. ( Fig. I ). . •
- La fécondé maniéré eft de les faire ouvrir à feuillures dans le milieu , & à chamfrains fimples, comme la Fig. 2, ou bien à doucine , comme la Fig. 3 : lorfque ces croifées ouvrent dans le milieu , comme dans les deux Figures ci-deflus, on-y fait une baguette méplatte, de fix à huit lignes , laquelle fert à corrompre le joint ; ainfi on fait l’ouverture plus loin que le milieu de la moitié de la largeur de la baguette.
- La troifiéme maniéré eft de faire les deux battants du milieu d’une largeur égale , & de faire des feuillures à moitié bois avec des baguettes. Foye^ la Fig. 4. Cette derniere maniéré eft la moins folide, & on ne doit s*en fervir que le moins qu’il fera poffible.
- n*!t
- LANCHE
- XXXIV.
- Menuisieri
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- ME NU IS 1E R, I. Part. Chap. VIII.
- Section Premier!,
- Des Croifées Manfardes ôC à Coulijfes.
- Ces croifées prennent le nom des étages où on les employé ordinairement je dis ordinairement, parce que dans les maifons à loyer & de peu d’importance on les employé indifféremment à tous les étages , les étages en manfardes rétrécifîànt trop les chambres pour que les croifées puiffont être ouvrantes* de plus, ces croifées ne nuifànt en aucune maniéré, 8c n étant fojettes à aucune efpece de dépenfé par rapport à la ferrure , puifqu’il n’y en a aucune. On met ordinairement des impoftes aux croifées manfardes pour plus de folidité, & elles font quelquefois difpofées pour recevoir des volets.
- En général elles font compofées d’un dormant, avec montant 8c impofle de quatre chaffis, dont deux font immobiles , c’eft-à-dire , arrêtés dans le dormant 8c les deux autres à coulifîes.
- Lorfque ces croifées n ont point de volets, les dormants doivent avoir d’é-paifféur, premièrement celle du chaffis dormant, plus deux lignes de jeu * 8c celle des deux languettes , ce qui fait en tout deux pouces d’épaiffeur, for deux pouces à deux pouces & demi de large. ( Fig* 5 ).
- Quand ces croifées font difpofées pour recevoir des volets , il faut que les dormants ayent trois pouces d’épaiffeur , afin qu’après l’épaifleur des deux: chaffis, 8c celle du jeu qu’il faut entre deux, ils défaffleurent le chaffis de quatre à cinq lignes , ce qui forme une côte pour porter les volets ; ces battants doivent avoir trois pouces à trois pouces & demi de large, afin que les volets puilfent fe brifér facilement. ( Fig. 7,
- Lorfque les croifées manfardes ne portent pas de volets 9 on fait des rainures for le derrière des battants de dormant, pour recevoir les chaffis dor~ mants : cette rainure doit tomber fur l’impofte s’il y en a , & s’il n’y en a pas, elle doit être bornée à la hauteur du chaffis dormant ; on la difpofera de façon qu’il refte entr’elle & celle de la couMe, une joue de quatre à cinq lignes au moins.
- La rainure de ces battants doit être pouffée du haut en bas ; il faut que la languette ou joue reliante, foit d’une épaiffeur égale à celle de la rainure, moins le peu qu’il faut pour que le chaffis coule facilement : on arrondit les arrêtes de ces languettes, ainfi que celles des chaffis , afin d’éviter le frottement que ces arrêtes pourraient produire. ( Fig. ^ ).
- Lorfque ces croifées portent des volets, on raine le derrière des battants de dormant comme aux autres : pour ce qui eft des coulifîes du devant, elles fé font de trois maniérés différentes.
- La première efl de faire une rainure d’après la côte difpofée pour porter le volet. ( Fig. 7).
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- S k c T i o N I. Des Croifées Manfardes SC à Couliffes. rry
- ta fécondé eft de les rainer du derrière du chaffis àcouliffe comme la Fig. 8.
- La troifiéme eft de faire deux rainures, Tune devant , & l'autre derrière le chaffis. (Fig* 9 )•
- La première de ces trois maniérés eft la plus {impie , ou du moins la plus commode ; mais elle a le défaut de ne pas tenir affez clofes les Croifées, à caufe du jour qui fe trouve néceffairement à l'endroit où la feuillure que l’on fait â la traverfe d'en bas du chaffis , coupe la languette.
- La fécondé maniéré remédie à cet inconvénient ; mais le jeu que l’on eft obligé de donner fur la largeur du chaffis, fait un mauvais effet.
- La troifiéme eft la plus fujette ; mais auffi elle a l'avantage de remédier aux défauts des deux autres. ( Fig. 7, 8 & 9 ).
- Les montants des dormants des croifées manlàrdes, ont ordinairement deux pouces ou deux pouces & demi de largeur fur l’épaiffeur des dormants, plus une côte que l'on réferve par derrière d’après l’épaiffeur du chaffis, laquelle pafïe en enfourchement par-deffiis la traverfe d’en haut, à moins que par un Cas extraordinaire, les dormants foient de même épaiffeur que lé montant, Sc que la moulure, qui eft fur l'arrête de ce dernier, ne régne aiiffi au pourtour de la croifée. ( Fig. 6 ).
- Lorfqu'il n'y a point d'impofte aux croiféeS, on fait les montants de toute la hauteur ; mais lorfqu'il y en a, ils font coupés à la hauteur de cette même impofte, dans laquelle ils s'affemblent à tenon flotté. ( Fig. 12 ).
- On poufle for l'arrête extérieure de c es montants une moulure, qui eft ordinairement un bouvement de fix à fept lignes de largeur, ou un rond, lequel vient s'affembler d'onglet avec le deflous de l'impofte, comme dans la Fig. 12 , ou bien avec le deflus & le deffous de cette même impofte, lorsqu'elle eft profilée en plinthe comme dans la Fig. 10.
- La partie fopérieure des montants eft refendue en deux parties , dont une eft dormante, 6c dans laquelle on fait deux feuillures pour recevoir les chaffis, lef quels y entrent tout en vie: cette partie du montant doit être moins épaifle de trois lignes que le chaffis en parement, afin qu'avec le jeu qui eft entre les deux chaffis, cela faffe une joue foffilànte à la piece à queue.
- Cette épaiiîeur que l'on donne de plus à la barre à queue , oblige de faire une feuillure à chacun des deux chaffis d'en haut, lefquels doivent être le plus juftes poffible , afin ijue le joint paroifle moins. ( Fig. 6 ).
- Quant aux rainures du devant des montants, elles fe font des quatre maniérés que j’ai dites ci-devant en parlant des battants de dormant.
- Les montants de ces croifées s'aflemblent à tenon dans la piecé d’appui, & on aura foin de tenir l'arrazement de derrière aflez' long pour le faire foivré le contour de la piece d'appui. L'autre bout s'aflemble à tenon & enfourche-ment dans l'impofte, d'après & de deflus laquelle on référve dans le bout dit montant une queue ou tenon pour affembler la piece à queue.
- Planché
- XXXIV.
- I
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- tri MENUISIER, /. Part Chap. VIIL
- ri On fait auffi dans le devant de l’impofte une entaille de la largeur dü
- PXXXIVH E montant 9 ^acll;,eUe a de profondeur ce qui relie du devant de l’impofte , & le devant de la partie dormante du montant d’en haut : comme on affemble les deux montants à tenon flotté, il faut avoir foin que le tenon du montant d’en bas foit du côté du parement pour retenir l’enfourchement, &' le rendre plus folide. ( Fig. 12 & 15 ).
- Les impolies doivent affleurer le chaffis dormant en parement, 8c le délàf-fleurer par derrière de lix à fept lignes , laquelle épailfeur paffe en enfourche-ment par deflus le dormant ; quelquefois on les fait délaffleurer le chaffis en parement dans la moitié de leur largeur, de deux lignes au plus ( qui eft le jeu qu’on laifle entre les deux chaffis ) , laquelle faillie , jointe à une pareille que l’on obferve au chaffis , empêche le trop grand air d’entrer , & s’appelle attrappe-mouches. Quant à leurs profils & affemblages , voye% les Fig. 10, 11 & 12.
- Pour les pièces d’appui, elles font femblables à celles des autres croifées pour ce qui efl: des feuillures du deflous ; mais pour celles du deflùs, elles font différentes: lorfque les croifées portent des volets, elles affleurent le dormant à l’ordinaire, 8c font ravalées par deflus de quatre à cinq lignes de profondeur : ce ravalement fe fait par derrière & à-plomb du tiers de l’épaif-feur du chaffis à couliffe, pris du devant de ce même chaffis, afin que les deux tiers reliants donnent plus d’épaiffeur à la joue de la traverfe.
- Le ravalement du deflus de ces pièces d’appui, fe fait en adouciflèment & un peu en pente pour faciliter l’écoulement des eaux ; & à deux ou trois lignes d’après l’épaiffeur du dormant, on y forme un filet, & on arrondit le relie. ( Fig. 13 ).
- Lorfque ces croifées n’ont point de volets , on fait les pièces d’appui des deux maniérés fùivantes : la première efl: de les faire affleurer au dormant , & d’y former une languette , laquelle régne avec celle des battants , & entre dans le deflous du chaffis , lequel efl: rainé ainfi que les côtés; (Fig. 15).
- La fécondé efl: de faire excéder la piece d’appui de trois à quatre lignes en parement, en la faifànt paffer en enfourchement par-defliis les battants de dormant, & d’y faire un ravalement femblable à celles qui portent des volets. Voye^ia Fig. 14. Lorfqu’on fera les pièces d’appui de cette façon, on aura foin quelles n’excedent pas le dormant plus que ne fait le quarré de la moulure qui régne autour du chaffis : cette derniere maniéré efl: la meilleure & la plus folide , tant pour la piece d’appui que pour le chaffis , la languette des premiers étant toujours très-mince, & par conféquent fujette à s’éclatter, & les joues des traverfes trop fujettes à fe pourrir. Toute la difficulté de faire les pièces d’appui de la fécondé maniéré, efl: que quand on ne met point d’impofle aux croifées, l’entaille que l’on efl: obligé de faire à la languette
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- Section 1. Des Croifées Manfardes 8G à Coüllffes. xîy
- des chaffis pour les faire entrer dans les rainures du montant, fe trouve dé- ;
- couverte à l’endroit de la traverfe où l’on fait une feuillure au lieu d’une rai- Planche nure, ce qui donne beaucoup d’air aux appartements, pour peu qu’il y ait de jeu aux chalfis.
- On ne peut remédier à cet inconvénient quen failànt la piece à queue du montant plus longue qu’à l’ordinaire, de la largeur^ de la traverfe du chaffis à coulifle, ce qui ôte la néceffité de faire des entailles aux languettes des chaffis, mais auffi ce qui oblige de faire entrer la piece à queue en contre-bàs dans le montant, quand les chaffis du bas font en place, & à la faire entrer à queue dans la traverfo de dormant, & on l’arrête avec une vis , laquelle pour lors fe pofe en haut de la piece à queue.
- Les traverfos du haut des dormants de ces croifées, portent de deux pouces à deux pouces & demi de largeur, for fépailfour des battants de dormant , dans lelquels elles s’affomblent à tenon ou enfourchement : elles reçoivent les montants qui s’y affiemblent de même, & d’après l’élégilfoment de ce même montant, on y fait une mortâifo pour recevoir la piece à queue , ou bien lorlqu’elle fe met par en bas , on y fait une entaille à queue. La feuillure de ces traverfos doit régner avec le derrière de la rainure des battants de dormant, & avoir fix lignes de hauteur.
- Lorfque les croifées manfardes ont des impolies, on met des jets-d’eau aux chaffis d’en haut pour faciliter l’écoulement des eaux, en les empêchant de tomber dans la feuillure de l’impolie 5 on pourroit cependant s’en palfor en faifant les feuillures de l’impolie par derrière à rainure : je l’ai déjà dit en parlant des grandes croifées.
- Les chaffis s’alfomblent à pointes de diamants ou d’onglet, ce qui elt la même chofe , à moins que pour plus de Simplicité on ne les fafle quarrés dans les bâtis : on y met des petits montants lorfque les croifées ne palfont pas fix à fopt pieds de hauteur ; car quand elles font plus hautes , ce qui arrive aux doubles croifées que l’on fait à coulilfos, on y fait de grands montants , parce que le roide qu’on elt obligé de donner aux petits montants , poulforoit trop au yuide, les traverfos de ces chaffis n’ayant pas alfoz de force pour retenir l’effort d’une travée de cinq ou fix montants.
- On doit auffi mettre de grands montants aux chaffis de ces croifées, quand même elles feraient balfes, lorfque pour donner plus de jour aux appartements , non-feulement on fopprime l’impolie, mais auffi lorfqufon réduit les deux traverfos du chaffis à la largeur d’un petit bois, ou bien quand on elt obligé de mettre plufieurs rangs de montants for la largeur du chaffis, ce qui arrive toujours aux demi-manfardes, ainfi que je le dirai en fon lieu.
- Les battants de ces chaffis, ainfi que les traverfos, doivent avoir deux pouces a deux pouces & demi de largeur, lorfqu’il n’y aura point de moulure for les bâtis, & un demi pouce de plus lorfqu’il y en aura, for l’épaiffeur de Menuisier. G g
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- PL A N CH
- XXXIV.
- 118 MENUISIER, I. Part. Chap. VIII.
- quatorze à feize lignes : on arrondit l’arrête des chalîis à couliffes, 8c quelqué fois pour plus de richelTe on y poulie un rond entre deux quarrés.
- Les demi-manlàrdes n ont, comme je l’ai déjà dit , quun chaffis fur leur largeur , qui eft ordinairement depuis deux jufqu’à trois pieds & même trois pieds & demi : elles ont quelquefois des impolies. Pour ce qui eft de leurs formes 8c façons, ceft la même chofe que pour les autres, excepté que la piece à queue le place dans un des battants de dormant, & que l’on eft obligé d’affembler en chapeau la traverfe du haut du dormant, du côté de la piece à' queue : lorlque ces croifées n’auront pas d’impoftes, on obfervera de faire defcendre la piece à queue julqu’au delïous du chaffis d’en haut, ainfi que je l’ai déjà dit en parlant des croifées manfardes fans impolies. Voye£ la Kg-S , où eft marquée la forme & la groffeur de cette piece à queue, laquelle le place dans le battant à droite, à moins qu’on ne foit obligé de faire autrement, comme dans le cas où il y auroit des volets qu’on feroit obligé de ferrer lur ce battant.
- Les croifées à coulifles different de celles à manfardes, en ce que le chat-lis d’en haut de ces premières tient avec les dormants qui leur fervent de battants , dans lefquels les traverfes font affemblées : elles n’ont point d’impoftes ni de piece à queue : les chaffis à couliffes fe gliüànt par en haut, elles ont un montant au milieu , lequel le brife quelquefois en deux. ( Voye[ Fig. lô').
- Quant au compartiment de largeur de ces croifées, comme les carreaux du • * haut deviennent plus larges que ceux du bas, on prend la différence entre l’ar-razement du haut & du bas, que l’on partage en deux, 8c d’après cette largeur on fait le compartiment à l’ordinaire.
- Les croifées à l’Angloife, font des elpeces de demi-manfàrdes , aux deux côtés defquelies on pratique des couliffes dans lefquelles tombent des contre-poids qui fervent à enlever le chaffis par le moyen de deux cordes auxquels ils font attachés, lefquelles tiennent aux deux extrémités lùpérieures du chaffis 8c font ordinairement de corde de boyau, 8c qui paffent fur des poulies qui lont placées au haut du dormant. Ces croifées font peu en ulàge , & ne peuvent être tolérées que dans le cas où on ne pourroit pas approcher d’une croifée pour l’ouvrir: au refte elles font mal dans leur décoration, & font fhjettes à blefler ceux qui en font ulàge, dans le cas où la corde viendroit à fe caffer. (.Fig. 17 & 18.)
- Je ne parlerai point des croifées à la Françoife, parce quelles ne font plus en ufage à -préfent, vu leurs défauts ; on n’en voit plus que dans quelques ’mai-Ions à loyer, ©u dans les Communautés , encore font-elles toutes vieilles , leurs ouvertures devenant trop gênantes dans un appartement d’une moyenne grandeur , & ne les fermant prefque jamais bien ; de plus les panneaux de vitrerie en plomb, ainfi que la grande largeur des bois ôtant trop de jour, ce qui leur a fait préférer les croifées ouvrantes pour les grands appartements,’
- & celles à manfardes pour les petits. (Fig. zp)%
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- Chapitre. IX. Des Portes. trg
- Il eft encore beaucoup d’autres efpeces de croifées dont je ne parle point == ici, parce que ce détail deviendrait inutile, vu que ce ne ferait quune répé- ^xxXiyE tition de ce que j ai déjà dit.
- 9
- CHAPITRE NEUVIEME.
- Des Portes en général.
- O n appelle Portes proprement dites, les ouvertures pratiquées dans les murs de face 8c de refend d’un bâtiment ; quant à celles des murs de face, leurs formes & leurs décorations dépendent de l’ordonnance totale de l’édifice, & du goût de l’Architeéle : je ne parlerai donc ici que des portes mobiles ou vantaux de menuiferie qui ferment 8c remplirent les bayes de ces portes. .
- Il y a de trois fortes de portes, les grandes , les moyennes 8c les petites.
- Les grandes font celles qui ont depuis huit pieds jufqu’à douze 8c même ïeize pieds de largeur les deux vantaux enfemble, lefquelles font nommées Portes de villes , comme celles de la porte Saint-Martin , Saint-Antoine,
- & généralement toutes celles qui fervent à fermer l’entrée des villes, les portes-cocheres ou d’Hôtel, les portes charretières & de bafle-cour, 8c généralement toutes les portes fervant à palier des voitures 8c charrois.
- On doit auffi mettre au rang des grandes portes, celles des Temples 8c des Palais, quoique d’une décoration toute différente des premières.
- Les moyennes portes font celles qui ont depuis quatre jufqu’à fix pieds de largeur ; telles font les portes appellées bâtardes, qui fervent d’entrées aux maifons bourgeoifes , les portes de. veflibules , 8ç toutes les portes d’appartements qui ont deux vantaux , 8c qui ont au-defîus de quatre pieds de largeur. ' •
- Les petites portes font celles qui n’ont quun vantail ou vanteau, 8c qui ont depuis deux jufqu’à trois pieds de largeur , comme les portes des petits appartements 8c des cabinets de dégagement.
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- Section première.
- Des Portes-Cocheres.
- Les portes-cocheres ou d’Hôtels, font pour l’ordinaire compofées de deux .-»
- vantaux, lefquels montent de fond 8c ouvrent de toute la hauteur de la Planche baye ; mais s’il arrivoit quelles fulîent circulaires , on y mettrait des impof- XXXV. tes, au-deflùs defquelles on pratique des entrefbls.
- * Pour l’intelligence de ce que je dis ici, on doit voir la Planche XXXV , où eft dellinée une porte-cochere, avec le nom de toutes les parties qui la compofent.
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- Planche
- XXXVI,
- Planche
- XXXVII.
- 120 ME N UI S I E R , I. Part. Chap. IX.
- ' Lorfqu’il y a des impoftes à la baye , on eft obligé d'y faire régner celle de la porte, du moins pour le deflus , alors on ftpprime l’entrefol qui devient trop bas, à moins que la baye de la porte ne foit dune largeur confîdérable, &à la place de l’entrefol, on remplit le cintre par un panneau de menuiferie, dont les champs & les moulures font en rapport avec celles de la porte, dans le milieu defquelles on peut placer des armes, un bas-relief, ou quelqu autre ornement analogue au refte de l'ouvrage.
- On doit éviter de feindre les battants montants de fond, ainfi que l'ouverture du milieu , lorfqu’il y aura une impolie : cette ouverture feinte ne doit fo tolérer que quand il riy a pas d’impofte, ou bien quand le deflbus d e la porte eft voûté en berceau ; ou que pour éviter la trop grande lourdeur des vantaux, on les coupe à la retombée du cintre , ce qui fait cju ils ne peuvent ouvrir de toute leur hauteur ; dans ces deux cas, on doit feindre l'ouverture de toute la hauteur, mais en même temps ne point mettre d'im-pofte, pour éviter la contrariété qu'il y auroit entre l'ouverture feinte du def* fus de la porte, & l'impoflibilité de la faire ouvrir.
- Lorfque ces deflus de portes auront une moyenne grandeur, c’eft-à-dire , quatre pieds à quatre pieds & demi de haut, & que le plafond du deflbus de la porte defoendra jufqu'au deflbus de l'impofte, on pratiquera dans le milieu du deflus de porte une petite croifée ronde ou ovale, laquelle éclairera l'appartement qui fe trouvera au-deflus de la porte. Eoye^ les Fig. i, 2 $3, où font deffinées ces différentes efpeces de deflus de portes.
- Quand le plafond de la porte ira jufqu'au haut du cintre , & que par> conféquent on n’aura pas befoin de jour dans fon deflus , on pourra toujours y mettre un rond ou un ovale dont les moulures & les champs régneront avec ceux de la porte, ce qui donnera moins de grandeur au pan-y neau, & en même temps plus de flmplicité que ne font les bas-reliefs & autres ornements qui deviennent inutiles & défeéhieux lorfque la décoration d'un bâtiment eft fimple 8c peu ornée.
- Lorfque les deflus de portes auront au-deflus de quatre pieds & demi de hauteur , on pourra y faire une croifée dont le haut foivra le cintre de l'arcade , & au-deflus de laquelle on laiflera le moins de champ que l'on pourra , afin de lui donner plus de hauteur.
- Lorfqu'il n'y aura point d’impoftes aux arcades , comme dans le cas d’un étage en foûbaflement, on pourra faire defcendre l'impofte de menuiferie de fix à huit pouces en contre-bas du cintre de l'arcade, afin de donner plus de hauteur à l’entrefol ; mais c eft une licence quon ne doit fo permettre que dans des bâtiments de peu d'importance, comme les maifons à loyer, les Manufactures, &c. *
- * On obfervera que j’ai confervé dans la dé- d’elles , 8c relative à Pexpreffion des Ordres qui coration des Figures des Planches 36 & 37, une les décorent ; ceux qui connoiffent l’Architec-gradation de richeffe convenable à chacune ture » comprendront aifément que la première Fi-
- Les
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- Section I. Des Portes-Cocheres. 121
- Les elpaces qui reftent entre la croifée & les deux cotés de l'arcade , doivent toujours être revêtus en bois, & non en plâtre comme il s’en voit à beaucoup d’endroits, dont la décoration devient pelante & peu en rapport avec les portes de menuiferie, auxquelles ils fervent de couronnement.
- La décoration de ces côtés doit être conforme à celle de la porte ; on peut n y faire qu’un feul panneau , & quelquefois même une table lâillante, félon que la porte eft plus ou moins ornée. Lorfqu’elle eft d’une certaine ri-cherté, on orne ces panneaux de deux confoles , lefquelles viennent buter contre le chambranle ou le bandeau de la croifée, & femblent les foûtenir.'
- L’ornement de ces confoles doit être grave , & on doit y éviter les petites parties & celles qui deviendraient trop fàillantes, afin quelles loient moins fujettes à s’éclatter : toute leur beauté doit confifter dans la forme de leur contour & dans leur fimplicité.
- Le pourtour des croifées doit être orné d’un chambranle qui doit faire avant-corps fur les deux côtés ; à la place d’un chambranle, on pourra , pour plus de fimplicité, n’y mettre qu’un bandeau, dont l’arrête intérieure fera ornée d’une moulure : lorfqu’on fera borné par la hauteur, on ne mettra pas de traverfes, du moins en apparence, à ces bandeaux, afin de donner plus de hauteur à la croifée , faifant affleurer la traverfe de dormant au nud du cintre de l’arcade.
- Le bas de la croifée ne doit jamais tomber fur l’impofte ; mais on doit faire une plinthe qui régne de toute la longueur de l’impofte ; laquelle recevra les chambranles, & fervira de piece d’appui à la croifée. ( Fig. i & 3
- Le deflus de l’impofte doit, ainfi que je l’ai dit, être de niveau avec le defïiis de celles de la baye, avec lefquelles on fera régner la moulure de deflous , le refte étant profilé en plinthe , afin de leur donner moins de faillie, & par conféquent diminuer moins de la hauteur du deftùsde porte ( au moins en apparence ).
- Ces importes doivent être d’une richeffe relative à celle de la porte, & félon, l’Ordre ou l’expenfion de l’Ordre qui la décore ; car quoiqu’il n’y ait point de colonnes ou pilaftres à la décoration d’une façade, cela n’empêche point que toutes les parties qui comportent cette décoration ne loient relatives à un Ordre.
- Ainfi on ornera les importes profilés en plinthes , de tables fai H antes, de tables renfoncées, avec moulures & fans moulures : elles pourront être décorées de guillochis ou bâtons rompus de porte , d’entrelas & d’autres ornements convenables. ( V^oye^ les Figures ci-deflus ).
- On aura foin de donner un peu de talus au-deftus des importes , afin de faciliter l’écoulement des eaux, & on fera entrer les defliis de portes dans
- gure appartient à l’Ordre Tofcan , la fécondé gure 1, de la Planche 37 , au Corinthien, corn au Dorique ,1a troifieme à l’ionique ; & la Fi^ me celles 2.3c 3 , à un étage en foûbaflement.'
- Menuisier. Hh
- - i
- 1 L ANCHE
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- rzz MENUISIER, I. Paru Chap.IX.
- - 1 les impolies à recouvrement, & non à vif, parce que s'ils entroient de cette
- Planche maniéré, l'eau y féjourneroit, ce qui les expoferoit à fe pourrir. ( Fig. 4 & ÿ )é
- On fera dans le deffous des impolies, une feuillure de trois pouces de haut, à laquelle on affleurera celles de la baye , & on laiffera fur le devant une joue fuffifante pour foûtenir 4e coup des vantaux.
- Lorlque la hauteur des impolies ne fera pas déterminée, on leur donnera de hauteur le feptieme ou tout au plus le fixieme de la largeur de l'ouverture J pour leur profil, ce fera celui de l'Ordre qui fera employé à la décoration du bâtiment.
- Les vantaux des portes-cocheres font pour l'ordinaire compoles chacun XXXVIjj* ^un gros bâtis, au haut duquel elt ordinairement un panneau faillant que l’on appelle table d'attente , & de deux guichets, dont l'un eft dormant, & l'autre mobile.
- Il efl prelque impoffible de donner des régies certaines for la décoration Sc la compofition de ces portes , tant les différents befoins Sc les goûts font variés for cette matière. Je ne vais donc que donner des régies générales for la grolfour des bois que l'on employé à cet effet, les afîemblages & leurs profils ; la pratique Sc l’examen des ouvrages faits, étant le plus sûr moyen pour parvenir à traiter ces fortes d'ouvrages avec quelque foccès.
- L'épailfour des gros bâtis des portes-cocheres doit être proportionnée à leur hauteur ; celles de douze pieds de haut auront quatre pouces d'épaiiîeur ; celles de quinze pieds auront cinq pouces, & celles de dix-huit pieds auront fix pouces. Les battants de rives doivent avoir de largeur leur épailleur pour le recouvrement de la feuillure, plus le champ qui fera de cinq, fix ou fept pouces , félon les différentes hauteurs ; & la moulure de l'angle , qui aura de largeur un pouce quinze lignes^ ou un pouce & demi.
- Les battants de milieu auront la même largeur de champ & de moulure que les 'précédents , plus la moitié de leur épaiffeur à celles qui ouvrent à feuillure , & le tiers à celles qui ouvrent à noix. T^oye^ les Fig. 1, 2 , y & 6 , & celles 7 , 8 , 9 , 10 , 11, 12 , 13 & 14, où font deffinées les différents profils que l’on pouffe for l'arrête de ces battants.
- Les traverfes, tant du haut que du milieu, doivent avoir la même épaif feur Sc la même largeur de champ que les battants, plus deux pouces à deux pouces & demi de portée pour celles du haut, & les embreuvements, les recouvrements , & les moulures nécelïàires tant pour celles-ci que pour celles du milieu. ( Fig. 3 ê 4).
- Les traverfes du bas doivent avoir cinq pouces de largeur au moins, Sc fix pouces au plus, afin de ne pas gêner lorlqu’on pâlie dellùs ; leur épaiffeur doit être égale à celle des battants, à moins qu’on ne la falîe faillir par-delfos en forme de plinthe. ( Fig. 15 & 16),
- Les battants qui portent le guichet dormant, doivent être rainés for leur
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- Section L Des Portes-Cocher es. 123
- champ, & on doit laifler quinze lignes de joue en parement à ceux qui ont quatre pouces d'épaiffeur, dix-huit lignes à ceux de cinq pouces , & vingt-ufie à ceux de fix pouces ; pour la largeur des rainures, ce doit être le tiers de ce qui relie d'après la joue, ou le tiers de l'épaiffeur du guichet, ce qui eli la même choie.
- La traverfe au-deflus du guichet, doit être rainée de même : pour celle du bas, on n'y en fera point, parce qu elle ne feroit que conferver l'eau , ce qui pourriroit la traverfo.
- On doit mettre dans les guichets & les battants de bâtis, une clef fur la hauteur aux plus petites portes, & deux aux grandes d'une largeur & épaif-feur convenables , lefquelles fervent à retenir l'écart des battants, & empêchent la porte de fléchir. Quant au guichet ouvrant, c eft la même chofe que l'autre, excepté qu'à la place des rainures on y fait des feuillures , lefquelles ainli que les rainures , ont un pouce de profondeur. ( Voye^ les Fig. ci-deflus).
- On remplit l'elpace qui relie entre le deflus du guichet & le haut de la porte de différentes maniérés.
- Lorfque les portes font circulaires , 8c quelles ouvrent de toute la hauteur d'après la naiffance du cintre, on y fait un panneau embreuvé dans le gros bâtis, dont les champs & les moulures répondent à ceux des guichets ; lorlque les portes ont au-deflbus de douze pieds de hauteur , on fait ces panneaux en tables làillantes, dont le dehors des champs tombe au dehors des moulures des bâtis ; dans les grandes portes, en contre-bas du point du centre , on y fait des tables làillantes qui font arrazées dans les portes d’une décoration fimple, ou bien ornées de moulures : quelquefois on les couronne de corniches, ou Amplement d'un bandeau lui van t l'exigence des cas. On peut auflî orner les deux côtés de ces tables de conloles méplattes ou chantournées , lefquelles fervent à loutenir la faillie de la corniche : ces tables peuvent être ornées de chiffres & de guirlandes de feuilles ou de fleurs , folon qu'il fera convenable.
- A la place de ces tables làillantes , on peut faire des cadres renforcés, dans lefquels on peut placer des bas-reliefs & des trophées, & autres ornements relatifs à l'ulàge du bâtiment dans lequel, la porte eft placée. Voye^ les Fig. 17,18 , 19 , 20,21 <§* 22 , où font deflinées ces différentes elpe-ces de tables faillantes avec les ornements qui leur font propres.
- Il eft alfez ordinaire de faire des crofettes au bas des tables làillantes, au-deflbus defquelles on met des gouttes ou des fleurons, lelon la richefle de la porte : ces crofettes doivent avoir de longueur le quart de la largeur de la table aux portes d’une expreflïon ruftique, & le cinquième & même le fixieme à celles qui font plus délicates. La làillie des tables làillantes doit être le quart du champ du bâti, excepté que quand elles font fort élevées on peut leur donner un peu plus de faillie, & la retombée des crofettes doit être égale à la faillie de la table.
- Planche
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- 7*4 MENUISIER, 1. Part. Chap. IX.
- > 11 Ces tables font pour fordinaire attachées fur les bâtis avec des vis , dont
- P l anche les têtes font enfoncées dans l’épaiffeur du bois à recouvrement ; mais il fe-
- vyYjY
- * roit beaucoup mieux de les embreuver dans les bâtis, ce qui à la vérité obligeroit à mettre des bois plus épais, mais en même temps donneroit plus de folidité, 8c mérite toute la confédération , fur-tout dans ces fortes d’ouvrages. Koye^ les Fig. 3 & 4, où ces deux maniérés d’attacher les tables {aillantes font deflinées. Les Figures 1 & 2 de la même Planche, repréfentent les embreuvements des frifes renfoncées; 8c celles y , 6,7, 8,9 , & 10, les différents «profils qu’on y employé.
- Ce que je dis touchant les embreuvements des tables {aillantes, devroit être la même chofe à l’égard des corniches, des bandeaux , & généralement de toutes les parties excédentes.
- On obfervera auffi de ne jamais rapporter les ornements de foulpture ; mais on doit les prendre dans la maffe, parce que, quelque foin que l’on prenne , il efl prefque impoffible que les ornements de rapport ne s’enlevent 8c ne fe décollent étant expofés aux injures de l’air.
- Les panneaux embreuvés doivent être arrazés par derrière , 8c affleurés avec les gros bâtis ; & lorfque les portes font à doubles parements , on les orne de moulures. ( Fig. 1 & 2 ).
- Le derrière des tables {aillantes efl: rempli pat un panneau arrazé, ou par une frife ( feppofé que la porte foit à double parement ) dont les champs tombant à-plomb de ceux du guichet, font affleurés avec les bâtis. ( %' 3 (5 4).
- Il efl à propos de mettre entre les tables {aillantes & les panneaux de derrière une ou plusieurs barres de l’épaiffeur du vuide qui efl: entre deux, afin de les foutenir & de les empêcher de le creufer.
- Lôrlque les portes ne font pas à double parement, 8c que par confé* quent on remplit le derrière des gros bâtis avec des panneaux arrazés, on arrondit quelquefois l’arrête de ' ces panneaux, afin que s'il arrive qu’ils fe retirent, le joint foit moins fenfible.
- Les affemblages des gros bâtis doivent avoir d’épaiffeur les deux feptiemes ou le tiers au plus de celle des bâtis ; ils doivent être extrêmement juftes : on doit éviter de les faire trop forts fur leur épaiffeur, toute leur force devant être fer leur largeur. Si les affemblages ne rempliffent pas exactement les rainures ou les feuillures des bâtis, on aura foin de les remplir par le moyen des barbes que l’on réfervera. Cette obfervation efl: d’une très-grande conféquence, parce que quand il refte du vuide entre les affemblages s cela donne lieu à la joue de s’enfoncer : les arrêtes des battants de rives doivent être arrondies, afin qu’elles ne nuifent pas à l’ouverture de la porte; on forme ordinairement une baguette méplatte fer le battant du milieu de la largeur de la feuillure ou de la noix ; elle fe pouffe des deux côtés , afin
- de
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- SectionII. Des Ouvertures des Portes-Cocher es. 121
- de rendre les champs égaux : on doit faire le dégagement de cette baguette js
- d'un quart de pouce de largeur au moins, afin quil foit à peu-près égal au ^xxjx E jeu qui doit être entre les deux vantaux. ( Figures i, 2,, y & 6 de la PL
- XXXVIII).
- w Section Seconde.
- Des différentes Ouvertures des Portes-Cocheres , ôC la maniéré
- de les déterminer.
- P o u r ce qui eft de l’ouverture des deux vantaux des portes-cocheres, on a jufqu à préfent fort varié fur la maniéré de la faire, & on feroit fort en peine de décider d’après l'examen de celles qui font faites, fi l'on doit faire la feuillure en parement au vantau dormant, ou bien à celui qui porte le guichet , le nombre des portes qui font faites des deux maniérés étant prefque égal ; cependant je crois que fi l’on fo rendoit compte de la maniéré dont elles doivent être ferrées, on pourroit décider sûrement de quel côté devroit être l'ouverture félon les différentes ferrures qu'on y mettrait.
- Ce qui a donné lieu à faire indifféremment les ouvertures des portes-cô-cheres, eft qu'anciennement on y mettoit des Æuils à toutes ; alors il n'y avoit plus de difficulté , parce que les deux vantaux portoient également du bas comme du haut ; mais à préfont qu'on n'y en met *plus , il n'en eft pas de même , parce que quand la feuillure eft faite en parement au vantau dormant, celui qui porte le guichet étant plus ^foible que l'autre, eft foi-jet à revenir en devant, & par conféquent à gauchir, le haut n'étant retenu pour l'ordinaire que par un fléau, & le bas par un vérouil.
- Quoique cette ouverture paroifle la plus naturelle, je crois cependant qu'il feroit meilleur de les faire de ^l'autre façon, c'eft-à-dire , de faire la feuillure en parement au vantau qui porte le guichet, parce qu'alors le vantau dormant retiendrait l'autre, l'empêcherait dévoiler, & le rendrait plus ferme pour foutenir le coup du guichet.
- Lorfque les portes font ferrées d’efpagnolettes, on eft obligé de faire la feuillure en parement au guichet dormant, parce quelle fo pofo prefque toujours for celui-ci, étant très-rare qu'on la pofo for le vantau qui porte le guichet , le battant n’eft pas affez large pour la contenir fans quelle nuifo à la gâche de la ferrure du guichet, ce qui n'eft cependant pas fans exemples; car il y a des portes à Paris, où non-feulement les efpagnolettes font pofés for le vanteau ouvrant, mais il y en a d’autres qui en ont deux, c'eft-à-dire, une à chaque vantau.
- Le meilleur moyen pour obvier à ces difficultés, eft de faire l'ouverture du milieu des portes-cocheres à noix ; alors quelque ferrure que l’on y mette, Menuisier. I i
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- PlANGHE
- XXXIX.
- I2% ME N U 1S I E R ,1. Part.Chap IX.
- il n’y a plus de difficulté ÿ les deux vantaux tiennent mieux enfèmble , Sc font beaucoup mieux clos. ( Fig• 6* PL XXXVIII').
- Cette forte d’ouverture eft d’un très-grand avantage ,& n’eft pas nouvelle J car celle de la principale porte du Palais du Luxembourg eft de çette façon*
- ^Section Troisième.
- De la Cônftruclion ôC Décoration des Guichets.
- Les guichets font compofés d’un bâti, d’un parquet par le bas , & de cadres Sc de panneaux par le haut ; leur épaifleur doit être égale à celle qui refte d’après la feuillure ou les rainures des gros bâtis, comme je l’ai dit plus haut: on doit donner de largeur aux battants , premièrement , un pouce de languette ou. de battement, plus un champ’qui doit être des deux tiers de la largeur du champ du gros bâti, 3c la largeur du profil, laquelle varie félon la plus ou moins grande richeffe de la porte ; quelquefois on prend toute la largeur du profil dans le battant, ou bien lorfqu il eft trop large , on y ajoute un cadre qui eft toujours à platte-bande ; car pour les profils qui font à gorges & à lif-têts, on doit les prendre en plein bois , les moulures embreuvées n’étant pas affez folides pour ces fortes d’ouvrages. Lorfqu’on prendra les moulures dans le même bois (ce qui ne fera qu’aux plus petites portes, Sc d’une décoration fimple ), on donnera à ce profil une largeur égale à celle du champ, ou les trois quarts au moins ; & à celles qui feront plus grandes ou plus riches ( & par conféquent à cadre ) , on donnera de largeur au profil un quart, ou tout au plus un tiers de plus que la largeur du champ.
- Lorfque les cadres feront à plattes-bandes , on ornera la rive du battant d’une moulure qui fera partie du profil , lequel aura de largeur le cinquième ou tout au plus le quart de ce même.profil. Les cadres s’aflèmblent à languette fimple ou double , félon l’épaifleur du bois : ces languettes doivent avoir huit à neuf lignes de largeur , Sc d’épaifleur le tiers de l’épaifleur de ce qui refte d’après la faillie du cadre ; lorfque les languettes font doubles, on partage cette épaifleur en quatre parties égales , dont deux font pour les languettes du-cadre , & les deux autres pourJ.es joues du bâti. Cette maniéré eft très-folide , for-tout aux portes à double parement.
- Ces cadres s’aflemblent à tenons Sc mortaifes , que l’on fait doubles à ceux d’une épaifleur confidérable , Sc pour plus de folidité on peut y mettre des clefs for leur hauteur pour les tenir avec les bâtis. '
- On fait les portes à double parement de deux maniérés.
- La première eft de les faire aufll riches par derrière , ou du moins à peu de chofe près que par devant.
- La fécondé eft de faire affleurer enfemble par derrière toutes les parties qui
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- Section III. De la Conjlruc. ôC Décoration des Guichets. 123
- les compofent ; & de pouffer fur l’arrête de chacune d’elles , des moulures qui
- corrompent les joints , en obfervant toutefois de les faire entrer à plattes- Flanche . 11 s n- r \ XXXIX.
- bandes les unes dans les autres, (rig. 11, 12, 13 6* 14;.
- Les panneaux doivent avoir deux pouces d’épaiffeur pour le moins, quand les portes font unies par derrière , ou autrement dit arrazées ; ils doivent affleurer les bâtis ; quand elles font à double parement , on y fait des plates-bandes par derrière , & alors on n’eft plus gêne pour l’épailfeur , laquelle néanmoins ne doit jamais être moindre que de deux pouces : ils entrent dans les cadres à languettes doubles ou fimples, lefquelles doivent avoir huit lignes de longueur au moins, for une épaiffeur relative à celle des bâtis , ainfi qu’on peut le voir aux Fig. ci-deffos.
- Ces panneaux fe joignent à plat-joint avec des clefs que l’on met au nombre de deux ou trois for la hauteur , & entre lefquelles on met des languettes rapportées qui doivent être très-minces, ainfi que je l’ai dit en parlant des aflemblages.
- Le pourtour eft orné de plates-bandes que l’on fera plus ou moins larges à proportion de la largeur du cadre, c’eft-à-dire , depuis un pouce jufqu’à un pouce & demi, & d’une faillie proportionnée à la largeur.
- Lorfque ces panneaux feront taillés d’ornement, on mettra des bois épais afin que ces ornements foient pris dans la mafle, évitant le plus qu’il fera poffible de les rapporter, à moins qu’ils ne foient d’une épaiffeur confidérable, ,
- alors on les colle & les arrête avec des vis.
- On obfervera de mettre les planches qui compofent ces panneaux, les plus étroites qu’il fora poffible, afin qu’ils foient moins fojets à fo tourmenter & à fe fendre , étant, comme ils font, expofés au grand air.
- Le bas des guichets eft ordinairement revêtu d’une table fàillante nommée parquet ; ces parquets fe font de deux maniérés.
- La première eft de les faire de planches unies jointes enfomble à rainures & languettes, lefquelles font enfermées dans un bâti de trois à quatre pouces de largeur, lequel efl: affemblé à bois de fil pour plus de propreté.
- La fécondé maniéré efl: de les faire d’affemblages, à panneaux arrazés ainfi que’ les parquets des appartements.
- Cette derniere maniéré efl: la plus folide & la plus en ufàge, étant moins fojette à faire de l’effet.
- Les parquets d’affemblage fe font de deux maniérés.
- La première arrazée , & l’autre à panneaux fàillants ou recouverts, ce qui eft la même chofe : cette derniere efl très-folide , mais n’eft bonne qu’aux portes d’une expreffion ferme & ruftique. On arrondit les arrêtes de ces panneaux , & quelquefois on y poufle un rond entre deux quarrés.
- Lorfque les portes font d’une expreffion extrêmement ruftique, on peut faire faillir ces panneaux en pointes de diamants. ( Fig. 1,2,3 £4).
- Planche
- XL.
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- F L A N c H
- XL.
- ra4 MENUISIER, I. Pan. Chap. /X.
- = Les parquets arrazés d’affemblages, fe font de différents compartiments;
- E mais en général on doit plutôt avoir égard à la folidité qu’à la décoration dans le choix de ces compartiments, les formes quarrées étant les meilleures ainfi que les petits panneaux , lefquels font moins fùjets à fe travailler que les grands ; ces différentes fortes de compartiments étant peu nécefîàires , ne faifant ces parquets d’aflemblages que pour les rendre plus folides , & de plus leurs compartiments étant en partie cachés par les bandes de fer que Ton y met pour les préferver du frottement des voitures , 8c par les couches de couleur dont les portes font imprimées. Si donc j’ai, mis dans cette Planche quinze efpeces de compartiments de parquets , ce n’eft que pour faire connoxtre l’inutilité de leur richelfe, 8c pour ne les propofor que comme un exemple à éviter , de ces quinze efpeces n’y ayant que ceux marqués 5,7,12 & 13 , que l’on puifle raifonnablement employer.
- La raifon quia fait préférer les parquets aux cadres 8c aux panneaux dans le bas des guichets, caeft que premièrement ils annoncent plus de folidité , Sc qu’étant lifles ils font moins fùjets à recevoir 8c à conferver l’eau , 8c par conféquent à fe pourrir ; de plus, la plus grande partie des portes n’ayant que neuf à dix pieds de largeur , elles font fùjettes à être endommagées par les voitures , ce que l’on peut remarquer à la plupart des portes qui ont des panneaux par le bas, auxquels on a été obligé de rapporter des planches contre-profilées dans les moulures, 8c que l’on a garnies de plaques de fer.
- Les parquets doivent être d’égale épaiffeur au corps que fait le gros bâti fur le guichet ; pour leur largeur, ils doivent être égaux à celle du dehors des moulures du guichet , plus les deux faillies de la bafe que l’on met deliùs.
- Pour ce qui eft de leur hauteur, on ne peut pas leur donner moins de trois pieds aux plus petites portes, & quatre pieds aux plus grandes : en général la hauteur la plus commune eft de trois pieds 8c demi-prife du nud du fol jufqu’au-deffùs de la bafe ; cependant on doit faire régner ( du moins le plus qu’il fera poffible ) le deiïùs du parquet avec le deflùs de retraite ou focle de la baye , ce qui feroit fort facile, fi ceux qui en ordonnent la décoration avoient égard à celle de la porte.
- Les moulures qui font fur l’arrête des gros bâtis doivent aufli être terminées à cette hauteur, le bas du battant étant liffe ; lorfque ces moulures feront faillantes, elles fe termineront de même , 8c ce liftet joint à la largeur de la moulure, formera un avant-corps lifte, auquel affleurera la traverfe d’en-bas.
- On obfervéra de laiffer la même diftance entre le parquet 8c la traverfo du bas du bâti, que celle qui eft par les côtés, laquelle doit-être aux environs d’un pouce.
- Les
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- Section III. De la Conftruc. SC Décoration des Guichets. nf Les parquets s’attachent ordinairement fur les guichets avec des vis , mais il fèroit beaucoup mieux de les faire entrer en embreuvement dans les battants Sc les traverfes des guichets , ainfi que je l’ai dit en parlant des tables
- Planche
- XL.
- {aillantes.
- On doit auffi avoir foin quils {oient d’une épaifleur égale , Sc que les panneaux affleurent les bâtis , afin qu’ils foient moins {iijets à être enfoncés , Sc qu’ils portent également for les morceaux de bois que l’on met entr’eux Sc les panneaux de derrière.
- La coutume eft d’orner le deflus des parquets d’une bafe dont le profil eft ordinairement celui de la bafe attique ; mais je crois que dans cette oc-cafion la coutume a prévalu, parce qu’il n’eft pas raifonnable de mettre indifféremment des bafes du même profil à des portes d’une décoration ruftique , folides ou délicates ; il vaudroit beaucoup mieux mettre à chaque efjaece de porte des bafes d’un profil relatif à chacune d’elles, Sc n’employer la bafe attique qu’aux portes d’une décoration riche Sc fofoeptible de tous les ornements qui conviennent aces fortes d’ouvrages. ( Voye£ les Fig. 20 , 21 , 22 , 23 & 24).
- La hauteur des bafes doit être le dixième de celle du deflus du parquet au bas de la porte ; quant à leur faillie, comme l’épaiflèur du parquet for lequel elles portent n’eft pas foffifante, on les fera d’un profil méplat for la face, ne leur donnant leur véritable faillie que fur leurs côtés, ainfi qu’il eft indiqué dans les iFigures ci-deflus.
- Il ne faut cependant pas abufer de la permifîion de faire les bafes plus fail-lantes for les côtés que for la face, comme on le voit en beaucoup d’endroits ou cette faillie eft outrée, d’où il s’eft enfoivi que l’on a cru ( du moins pour le plus grand nombre ) que c’étoit pour plus de beauté que l’on faifoit les faillies des bafes inégales, ce que pour lors on a fait à tout autre ouvrage , fans confidérer ce qui étoit la vraie caufe de cette inégalité. Voilà tout ce qu’il eft poffible de dire touchant la conftruétion de ces fortes d’ouvrages.
- Quant à leur décoration , elle doit toujours être grave , & on doit y éviter les petites parties tant dans les profils que dans les cintres, dont on ne doit faire ufàge que le moins qu’il fera poffible : il n’y faut point non plus mettre d oreilles ni autres petits cintres ; fi on met des cintres dans les portes , ce ne doit être qu’à leur baye , ou tout au plus dans la partie fopérieure du guichet, encore ne doivent-ils être que plein-cintres, bombes , ou en anfo de pannier, Sc non avec des oreilles , Sc comme on en voit quantité dont le mauvais goût n’a régné que trop long-temps ; il ne faut pas non plus mettre des cintres aux traverfes d’appui des guichets, qui dans tous les cas doivent être droites. Quant aux ornements.de fculpture, ils doivent être en rapport avec l’ordonnance totale de la porte, Sc ne confifter Menuisier. K h;
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- Planche
- XL.
- Planche
- XL I.
- ji6 MENUISIER, 1. Part.Chap.IX.
- qu’en* guirlandes de feuilles ou de fleurs, en des trophées & des bas-reliefs > ou en ornements courants tant fur les moulures que dans les frifes & les impolies.
- Ces ornements doivent être fermes & graves ; on doit y éviter les formes tourmentées & trop recherchées, ainfl que les trop petites parties , & les prendre toujours dans la malfe du bois, ainli que je l’ai dit ci-deiïus.
- Section Quatrième.
- Des Portes Charretières ôC de Baffe-Cours*
- Les portes dont nous allons parler , ne font pour l’ordinaire fofceptibles d’aucune décoration ; & s’il y en a quelques-unes , ce ne doit être que pour annoncer la fblidité de leur conftruélion, laquelle fe fait de trois maniérés.
- La première & la plus folide, eft de les aflembler à panneaux recouverts en forme de compartiments de parquet.
- Cette maniéré de faire les portes eft très-lolide, & étoit fort en ulàge dans le dernier fiécle, & je ne {çai pour quelle raifon on les a ablolument abandonnées , la bonté de leur conftruétion devant les faire préférer à toutes autres.
- Elles font compofées comme les autres portes, de gros bâtis & de guichets , auxquels on met quelquefois des parquets faillarits ; lorfqu’il n’y a point de parquets ( ce qui eft moins bien ) , on fait defcendre le compartiment des panneaux {aillants jufqu’en bas : on fait ces compartiments de panneaux de differentes formes ; il en eft de quarrés, d’oblongs, de chantournés pour les bouts, & en lczanges. (Fig. i, si & 3 ).
- Celle Fig. 2 , eft la meilleure, parce que toutes les traverfes étant dilpo-fées diagonalement, tendent à foutenir la retombée du bâti, & le rendent plus folide en l’empêchant de baifler : les panneaux de ces portes font em-breuvés dans les bâtis , {aillent de huit à neuf lignes , & font arrondis far l’arrête, ou {ont ornés d’un quart de rond: leurs derrières portent des croi-filions qui font aflemblés dans les bâtis, & for lelquels croifillons ils font attachés avec des clous dont la tête eft arrondie, & quelquefois même enrichie de quelque ornement, Sc eft {aillante en parement, & dont la pointe qui eft fendue en deux fe reploye par derrière. ( Fig. 6,7&9).
- La lèconde maniéré de faire ces portes, eft de les faire comme les autres compofées de gros bâtis & de guichets, lefquels font remplis par des montants de trois à quatre pouces de large , & par des planches de flx à huit pouces aufli de largeur , lefquels font à joints recouverts for ces montants : ces planches montent de toute la hauteur, ou bien font {eparées par une tra-verfe, ce qui eft meilleur.
- La troiiieme & derniere maniéré , eft de les faire de planches arrazées
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- Section V’. Des Portes d Eglifes ÔC de Palais• 127
- Sans les bâtis , fur l’arrête defquelleson pouffe une petite moulure pour cor-...
- rompre le joint ( foppofé qu’il vienne à s’ouvrir ). V7ye[ les Fig. 4, 5 & 8. Planche Comme dan£ les deux dernieres- elpeces de portes dont je viens de parler, les planches n’affleurent pas les bâtis par derrière , on y affemble des traver-fes ou barres difpofées diagonalement, lefquelles retiennent la retombée de ces portes, ( Voye{ les Fig. ci-delfos
- Section Cinquième.
- ^ 1
- Des Portes (TEglifes * ÔC de Palais.
- Ces fortes de portes ne font différentes des autres que par leurs décorations ; car pour leur conftruétion c’eft la même choie. Les Anciens les fai-foient toutes de bronze, dans lefquelles ils imitoient les compartiments de menuiferie (ainli que celles du Panthéon & de Saint Jean de Latran, à Rome) ; mais leur trop grande dépenfe jointe à leur extrême pelànteur, a fait qu’on ne les fait plus que de bois , for lequel on applique quelquefois des ornements de bronze, ainli qu’on l’a fait à la porte de l’Églife du Val-de-Grace, à celle du Luxembourg, & ailleurs.
- Ces elpeces de portes font fofceptibles de toute la décoration & la richefle poffibles ( fur-tout celles des Églifes) j il faut cependant prendre garde de donner dans l’excès ; car ce que j’entends par toute la richelîe poffible, n’eft qu’une richeffe relative au monument où elles font, & à l’Ordre dont ce même monument efl: décoré, & non pas de cette richeffe confufe que l’on peut remarquer à la porte de l’Églife de Saint Louis, rue Saint-Antoine. Toute cette richeffe ne doit donc confifter que dans l’ordre & la belle proportion des parties qui compofent ces portes, & dans la beauté & le choix de leurs profils & de leurs ornements.
- On ne doit jamais mettre de parquet à ces portes, ce qui foroit contre la vraifemblance, n’étant pas naturel qu’on en mette à des portes par lef* quelles il ne pafie pas de voitures, les parquets n’étant faits que pour con-ferver le bas des portes, & non pour leur fervir d’ornement, ainli que fe le font perfoadés ceux qui en ont mis à ces portes, comme on peut le voir à Saint Roch de Paris, & ailleurs.
- Ce que je dis par rapport aux portes des Églifes, par lefquelles il ne paffe pas de voitures, doit s’entendre aufli pour celles des Palais ; car, quoiqu’il en paffe par ces dernieres , elles font toujours , ou du moins doivent être d’une largeur allez confidérable pour n’en point craindre le frottement.
- On fera ouvrir ces portes de toute leur hauteur le plus qu’il fera poffî-1}le , ou du moins on doit le feindre : on tâchera aufli de n’y point mettre d’impoftes, foit que la baye foit quarrée ou circulaire, cela leur donne plus
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- 128 ME N UI S I E R, 1 Pan. Chap. X.
- ** de majefté : on n’y mettra pas non plus de tables {aillantes, & on fera les Ca-Planche <jr£S ju j,aut femblables à ceux du bas, tant pour la forme que pour les pro-fils, lefquels ainfi que les champs , peuvent être taillés d'ornements courants , tels que les poftes, les guillochis, &c, ainfi qu’on peut le remarquer au Val-de-Grace à Paris, & ailleurs ; je crois néanmoins malgré cette autorité , que les champs Mes font toujours mieux.
- Leurs panneaux doivent' aufïT être remplis d’ornements convenables au lùjet, comme les trophées, les bas-reliefs & autres ornements relatifs à chacune des différentes efpeces de portes que l’on a à faire.
- Lorfque le fbcle de l’Ordre qui renferme ces portes fera bas , c eft-à-dire, qu’il n aura pas plus de deux pieds de hauteur ( ce qui arrive fouvent, fur-tout aux portes des Églifes ), on fait alors régner avec ce même fbcle un panneau d’appui ou table Taillante, qui fert de focle à la porte, & qui la garantit de tous les inconvénients qu’emmene après foi le paflàge & la foule de ceux qui entrent & fortent par ces portes.
- On n y fera jamais de guichet, ou du moins fi on y en fait, ce doit être fans qu’il ait aucune forme apparente, ni qu’il foit compté pour rien dans la décoration totale de la porte ; mais on le fera ouvrir dans le compartiment des cadres 9 comme font ceux de la porte du Val-de-Grace de Paris.
- Ces portes doivent toujours être à double parement, for-tout celles des Églifes, lefquelles doivent être prefque aufli riches en dedans qu’en dehors 9 puifqu elles font partie de la décoration intérieure de ces dernieres.
- CHAPITRE DIXIEME.
- D ES MOYENNES PORTES EN GENERAL.
- Des Portes Bourgeoifes ou Bâtardes.
- n
- ' O n nomme Vortes-bourgeoifes, celles qui n’ont qu’un vantail, & qui n’ont Planche de largeur que depuis quatre pieds jufqu à fix au plus : elles font femblables ^ aux guichets des portes-cocheres, tant pour la groffeur des bois que pour leurs
- formes & dimenfîons.
- Lorfqu elles ont au-deffos de cinq pieds de largeur, on y fait un bâti, lequel faille d’environ deux pouces au pourtour de la baye, plus une moulure qui eft for l’arrête, laquelle doit être la même qu’aux portes-cocheres , à l’exception qu’il n’y a point de traverfès au bas de ce bâti.
- Pour avoir la grofîeur des bois de ces portes, on fe fervira de la mé-w thode que j’ai donnée pour les portes-cocheres : ainfi aux portes de quatre pieds de large, on lui donnera la même groffeur qu’à celles de douze pieds
- de
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- S e c t i o n I. Des Portes en Placard. 129
- de hauteur, à celles de cinq pieds comme à celles de quinze, Sc à celles de fix pieds de large comme à celles de dix-huit ticle des portes-cocheres ).
- Quand ces portes n’auront pas de bâtis , on tiendra leurs battants de deux à trois pouces au moins plus larges d’après le champ , afin que cette largeur ferve de battement.
- Comme quelquefois les allées que ces portes ferment, ne font pas fort éclairées , on efl obligé de tirer du jour par le haut de la porte, ce qui fe fait de deux maniérés.
- La première efl: de pratiquer dans le haut du panneau une ouverture d’une forme ronde ou ovale, que l’on orne d’une moulure ou d’ornements au pourtour , Sc dont on remplit le milieu par un panneau de ferrurerie.
- La fécondé maniéré efl: de mettre des impoftes à ces portes aux trois quarts de la hauteur de la baye, au-deflùs de laquelle on fait un panneau percé à jour, comme je viens de le dire ci-delîus, dont les champs & les moulures tombent à-plomb de celles de la porte.
- Cette fécondé maniéré efl: la meilleure ; mais on ne doit l’employer que quand les bayes feront d’une forme élégante ; car fi elles étoient baffes com-paraifon faite avec leur largeur, elle rendroit la porte écrafée & d’une mau-vaife forme.
- Quoiqu’il ne pafle pas de voitures par ces fortes de portes, on ne doit pas cependant fe difpenfer d’y mettre des parquets , parce qu’ils annoncent plus de folidité, & qu’ils régnent mieux avec les retraites des façades dans lefquelles ils font. ( Fig. 1,2,3,4 , f & 6).
- pieds de hauteur. ( Voye[ fai* Planche
- X L11,
- Section Première.
- Des Portes en Placard.
- f
- Suite des Moyennes Portes.
- 16;
- O N nomme Portes en placard, celles qui fervent d’entrée aux apparte- ========»
- ments, Sc dont les bayes font revêtues de menuiferie , telles que font les ^XJLIIJ*E chambranles, les attiques ou defliis de portes, Sc les embrafements , ainfîqu’on peut le voir dans la Planche XLI1I, où efl: deflinée une porte à placard avec fon plan & là coupe , fur laquelle planche font écrits les noms des parties qui compofent un placard.
- Les chambranles de ces portes ont différentes formes & profils, félon les diverfes ouvertures des portes ; & comme dans l’enfilade d’un appartement, où il y a quelquefois cinq à fix pièces de plein-pied, il efl: nécefîàire que toutes leurs ouvertures s’alignent du milieu de chaque ouverture * , Sc foient
- * On doit obferver qu’il n’eft pas poflible que qui ne peut être que d’un côté , tous les cham-tous les chambranles s’alignent enfemble , ce branles d’une enfilade ne pouvant pas être tous
- Menuisier.
- Ll
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- Planche XL I IL
- Planche X LIV*
- *30 MENUISIER, L Part. Chap. X.
- égales en largeur & en hauteur, du moins dans l'intérieur de chaque piece, afin que les pilaftres qui revêtent les doflerets des portes, foient égaux en largeur, & les deflùs de portes égaux en hauteur & en largeur.
- U eft donc néceflàire de fe rendre compte ( lors même de la diftribution d'un bâtiment ) de toutes les différentes ouvertures des portes, afin de prévenir toutes les difficultés qui pourroient fe rencontrer quand on vient à fà décoration intérieure *.
- Pour parvenir à la parfaite intelligence de ce que je vais dire touchant les ouvertures des portes, j'ai fiippofé un plan, lequel contient cinq pièces d'enfilade, ce qui donne à peu-près toutes les différentes ouvertures poffi-bies. Voye£ la Planche XLIV, dans laquelle eft ce plan, & le détail des ouvertures dont je vais donner l'explication, en fiippofant toujours l'alignement du milieu des portes, comme je l'ai dit ci-defliis, ainfi que font ceux
- 11, LL.
- La piece cotée A eft une anti-chambre, dont la porte eft ferrée fur le chambranle intérieur , ri°. I, les embrazements devant être apparents du côté de l'efcalier, à moins que ce ne fbit dans le cas d'une maifon bourgeoife, où la première piece d'un appartement n eft que d'une grandeur médiocre ; alors on ferre la porte fur le derrière dû chambranle extérieur n°. i, ék elle ouvre dans les embrazements comme dans la piece B, Fig. 2.
- Dans le premier cas dont je viens de parler , elles doivent toujours ouvrir en dedans : la maniéré la plus ordinaire, de faire ces ouvertures, eft de faire une feuillure à la porte aînfi qu'au chambranle, de quatre à cinq lignes de profondeur, fur cinq à fix lignes de largeur, lelquelles font enlèmble neuf à onze lignes de recouvrement fur le chambranle. ( Fig. 1
- La porte vis-à-vis de celle dont je viens de parler n°. 2 , eft ferrée fttr le derrière du chambranle, ainfi que la Fig. 2, & ouvre dans les embrazements afin d'être égale à la première en grandeur , de paraître en même temps en dedans de l'anti-chambre A , à l'exception du corps que fait le chambranle lùr celle-ci, ce qui n eft pas de même à la première, où la porte fait corps fur le chambranle. Pour remédier à cet inconvénient, on pourroit faire ouvrir la première porte comme la Fig. 3 ou 4, & la fécondé comme la Fig. ÿ j Sc alors les deux corps de chambranles deviendraient égaux.
- égaux de largeur de baye ; de plus cette maniéré d’aligner les chambranles d’un feul côté , quoique fuivie en plufîeurs endroits, entraîne après elle des difficultés qui doivent la faire re-jetter abfoîument.
- * Je ne fçaurois trop infifter ici fur la néceffité de faire marcher enfemble la décoration Sc la diftribution intérieure Sc extérieure d’un bâtimen, afin de donner à l’un & à l’autre cet.efprit de convenance & de proportion qui leur eft fi néceflàire à tous les deux, l’expérience ne faifant que trop connoître , que dans les bâtiments où PArchi-
- ç
- te&e (ou l’Ordonnateur) a négligé de prendre ce foin , il fe fait une multitude de fautes pref-que irréparables, ou qui fuppofé qu’elles puifient fe réparer, coûtent toujours beaucoup , Sc fouvent altèrent la folidité de la conftru&ion ; c’eft pourquoi j’efpere que l’on me pardonnera fi je me répété quelquefois à ce fujet, parce que ces ob-fervations font fi etTentielles, que je crains de ne le jamais dire aflez, pour que mes Lecteurs foient auffi convaincus de cette^ vérité comme je le fuis moi-même. v
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- Section 1. Des Portes en Placard. 13 r
- La largeur du chambranle de la féconde porte étant bornée par celle de la première , on fait le double chambranle du côté de la piece B, n°. 6, de deux pouces plus large de chaque côté , pour que les portes ouvrent quar-rément * & d’un pouce plus haut pour quelles puiiTent fe dégonder, & cela dans le cas quelles ouvrent à recouvrement comme la Fig. 2 ; mais lôrf-qu’elles ouvrent à noix ou à feuillure à vif, comme les Fig. 3 & j , un demi pouce de rentrée au double chambranle eft fuffifànt, ainfi que pour la hauteur , à laquelle un quart de pouce de jeu fùffit pris d’après la hauteur de la feuillure, ce qui fait neuf lignes que le double chambranle doit avoir de plus haut que l’autre , attendu que lés portes qui ouvrent de cette façon font ferrées avec des fiches à nœuds.
- La piece cottée B, eft une fécondé anti-chambre ou fàlle à manger, au dedans de laquelle les embrazements des portes font apparents , afin de lui donner plus de grandeur, du moins en apparence, & que les portes ne nuit fènt point au dedans de la piece.
- La piece fuivante cottée C H, eft un grand cabinet , ou bien une fàlle d’aflemblée : dans le premier cas, on fait rentrer le chambranle qui porte la porte n°. 4 C, de deux pouces de chaque côté, afin de ne pas aggrandir trop les ouvertures, & de les rendre à peu-près égales en-tr elles; mais dans le fécond cas, on tient le chambranle n°. 4 H fur lequel la porte eft ferrée , d’une ouverture égale à celui qui eft dans la piece 5,ce qui fait que l’ouverture du côté H devient plus large que du* côté C, afin qu elle réponde à la grandeur de la piece , fans pour cela rien changer à l’ouverture qui eft la même du côté C comme du côté H.
- La piece cottée D, eft une chambre à coucher, dans laquelle les embrazements font apparents , & dont les chambranles intérieurs n°. 6, font plus larges que ceux de la piece C, afin que leur largeur réponde à celle d une chambre à coucher , qui doit naturellement être plus grande qu’un cabinet de quelque efpece qu’il foit.
- Du côté G les chambranles font plus larges d’ouverture ( quoique difpo-fés de la mê ne maniéré que les autres ) , parce que j’ai fuppofé que cette piece au lieu d’être une chambre à coucher, pourroit être un fàllon , comme dans le cas d’un grand appartement ; c’eft par cette raifon que j’ai aggrandi l’ouverture du chambranle qui porte la porte dans la piece cottée C du côté H n0.^, afin que les ouvertures des portes puiiTent être en rapport avec les différentes grandeurs des pièces qui compofent un appartement.
- D’après l’augmentation que j’ai faite à la largeur du chambranle dans la piece C du côté H n°. 4 , il fe trouve que celui qui lui eft oppofé n°. f > étant difpofé à porter la porte, laquelle ouvre dans les embrazements, donne à fon double chambranle qui eft du côté du fàlon G n°. 6 , huit pouces de plus large quà celui de l’anti-chambre A 9 n°. 1.
- L AN CH E
- XLIV.
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- *3* ME NUI S IE R, L Part. Chap. X.
- Pour ce qui eft des pièces fuivantes cotées E F , on pourra aggrandir ou refermer l ouverture de leurs chambranles félon que le cas 1 exigera , en fifivant la même méthode que pour les autres*
- Quant aux ouvertures des portes fur les chambranles , on les fera à recouvrement/à noix ou à feuillure à vif, félon que le cas l'exigera, ainfi qu’on peut le voir dans cette Planche, ou ces différentes ouvertures font marquées à part & cotées des mêmes chiffres que fur le plan des ouvertures d’enfilade , qui' eft fur la même planche, afin que l’on voye d’un coup d’œil ou Ton doit employer ces différentes ouvertures, foit que les portes ouvrent en dedans ou en dehors des appartements, bu dans leurs embrazements.
- On doit auffi obferver que l’on. doit toujours pouffer devant foi le vantail à droite d’une porte, lorfque l’on entre dans un appartement, foit que l’on entre dans ce même appartement à droite ou à gauche, ce qui arrive quelquefois félon que fefcalier eft difpofé. ^
- Lorfque des pièces d’une grandeur extraordinaire, comme des fàllons à l’Italienne 8c autres, fe trouvent dans l’enfilade d’un appartement, & que par conféquent ces pièces exigent de plus grandes ouvertures, on peut alors, fans faire les portes plus grandes dans les autres pièces ( ce qui feroit ridicule & même impoffible, vu le trop de différence de hauteur des planchers ) ; on peut, dis-je, faire du côté des grands appartements, des arcades ou autres ouvertures de quelque forme que ce foit , lefquelles font en rapport avec la grandeur de la piece , dans lefquelles arcades on enfermera des chambranles d’une ouverture relative à toutes celles de l’enfilade. F'oye^ les Fig. 1,2, 3,4,5, ri,7, 8,9, 10 <& 11, où cette maniéré d’aggrandir les ouvertures des portes, du moins en apparence, eft traitée de différentes maniérés, avec les plans & coupes de chacune d’elles.
- Ldrfque l’on fera de ces arcades, on aura foin qu elles foient fymmétriqués avec celles des croifées, & on fera leurs embrazements femblables à ceux de ces dernieres, du moins le plus qu il fera poffible ; c’eft pourquoi les embrazements d’une forme quarrée par leur plan font préférables à ceux en tour creufo, que l’on ne doit employer que quand les embrazements n’auront pas affez de largeur ni de profondeur pour faire deux pilaftres en retour.
- Lorfque les portes d’un appartement font égales en largeur à toutes celles de l’enfilade, & que l’on veut feulement quelles foient d’une forme plus élégante, on les fait alors ouvrir quarrément au nud du cintre des chambranles, & pour plus de fymmétrie, on feint quelles ouvrent de toute la hauteur ; quant à leur ouverture, elle fe fait fous le liftet ou dans le derrière de la moulure. ( Fig. 12, 13 & 14).
- U eft encore une maniéré de donner plus d’élégance aux portes , du moins en apparence , qui eft de faire monter de fond le dernier membre du chambranle , lequel enferme le deflus de porte , & de ne faire régner
- autour
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- Section L Des Portes en Placard. 13 3
- autour de la porte que le membre du dedans , ou bien de faire monter le = chambranle de toute la hauteur, lequel renfermera le deflhs de porte, qui ^ fera féparé de la porte par une importe méplatte, laquelle lui fervira de battement. Voye[ les Fig. 15*, 16 & 17.
- Ces deux dernieres maniérés ne font bonnes que dans des appartements d’une moyenne grandeur ; mais dans les grands appartements, on ne doit pas s’en fèrvir , celles dont j’ai parlé ci-devant étant meilleures.
- Comme il arrive que dans l’enfilade d’un appartement ( du moins à ton extrémité ) il fe trouve de petits appartements , lefquels ne peuvent pas contenir des portes d’une grandeur égale à celle des autres pièces , on eft obligé de faire la porte qui donne dans ces petits appartements , d’une grandeur qui leur foit relative , quoiqu’en apparence elles loient toujours du côté des grands appartements d’une grandeur égale aux autres.
- On peut remédier à l’inconvénient que caufent les différentes grandeurs des pièces, & par conféquent des portes des petits & des grands appartements , en ne faifimt ouvrir qu’un vantail du placard de toute fa hauteur , lorfqu’il n’y aura pas plus de huit pieds de haut, & on laifîera l’autre dormant ; toute la difficulté qu’il pourroit y avoir, c’eft qu’en laiflànt l’ouverture de la largeur d’un vantail, elle pourroit devenir trop élégante. Pour empêcher*ce défaut, on fait le double chambranle du côté du petit appartement, d’une largeur proportionnée à fa hauteur , & on rachette ce que ce chambranle a de plus de largeur que le vantail de la porte, par des pilaftres quarrés ou creux, félon qu’il eft néceflàire. ( Fig. 18, cotée a b).*
- Lorfque les vantails des grandes portes deviennent trop hauts , on les coupe à la hauteur de la baye des petites pièces, & on rapporte une faufle tra-yerfe par derrière : cette maniéré eft vicieule , tant en ce quelle eft peu folide , qu’en ce que le jour étant apparent, fait un mauvais effet, à moins qu’il ne fe trouve au derrière d’une moulure, comme les Fig. 12 & 13.
- Quand on ne veut 'pas couper le vantail, on le fait ouvrir de toute la hauteur , & on y rapporte par derrière une traverfe flottée , laquelle , lorfque la porte eft fermée , forme un petit placard du côté de la petite piece.
- Cette derniere maniéré eft la moins heureulè, tant à caufe de la difformité de la hauteur du vantail ( comparaifon faite avec la petitefle de la baye ) , qu’ en ce que l’on eft obligé de tirer la porte à foi pour l’ouvrir, au lieu de la poufler , ce qui eft la meilleure maniéré.
- C’eft la difficulté de ces différentes ouvertures, qui doit engager ceux qui préfident à la diftribution d’un bâtiment, à ne jamais placer ( du moins
- * J'ai fait toutes îes ouvertures de ces portes en dedans, parce que comme les petites pièces fe trouvent toujours au bout d’un appartement, il
- Menuisier.
- eft naturel de les pouffer devant foi, quoique quelquefois on foit obligé de les faire autrement.
- M m
- lanche XL V.
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- i34 ME NUIS 1ER,I. Part. Chap. X.
- , .... autant qu’il fe pourra ) des petites pièces dans l’enfilade d’un appartement,
- Planche & en même temps les engager à entrer dans des détails auxquels on ne X L V# penfe prefque jamais que lors de l’exécution , temps auquel il eft prêt que impoflîble de réparer les fautes que l’on a faites , fans qu’il en coûte beaucoup au propriétaire, & fins pour cela rendre l’ouvrage plus parfait.
- C’eft d’après la connoiflànce de toutes ces différentes ouvertures, ainfî que du rang que tient la piece dans un appartement, que l’on doit déterminer la forme Sc la largeur des chambranles, ainfî que celles des porres , tant pour ce qui eft des profils que pour leurs compartiments & leurs différents contours , ( comparaifon faite avec la largeur de la baye).
- Section Seconde.
- Des différentes maniérés de déterminer la forme SC la longueur
- des Chambranles.
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- I l eft plufieurs maniérés de déterminer la forme & la largeur des cham-*V"ctHh branles; premièrement lorlque l’on décore des veftibules ou des premières anti-chambres, qui pour 1 ordinaire , quoique revêtues de bois , font imprimées en couleur de pierre ou de marbre, on donnera de largeur aux chambranles le feptieme de leurs ouvertures. Si ces veftibules {oht décorés d’Or-dres d’Architeélure, ou feulement de quelques membres relatifs à un Ordre , le profil des chambranles fera le même que celui de l’Architecture de l’Ordre : ce fera la même chofe pour leur hauteur, qui fera plus ou moins élégante , félon que l’Ordre fera folide , moyen , ou délicat.
- Si les profils de ces chambranles font des profils ufîtés dans la menuifè-rie , comme les boudins, les gorges, &c , on aura foin qu’ils foient fimples & peu reflentis, afin qu’ils imitent mieux la pierre ou le marbre.
- Lorfque l’on décorera les autres pièces des appartements , comme les falles à manger, falles de compagnie , chambres à coucher, &c, on donnera de largeur aux chambranles le huitième de leurs ouvertures , ou le dixième au moins, & on y employera des profils qui feront d’une richefle proportionnée à celle de la piece.
- Quand les {allons feront décorés d’Ordres , on donnera aux chambranles de leurs portes, la même proportion & les mêmes profils qu’à ceux des veftibules , c’eft-à-dire, l’architrave de l’Ordre , à l’exception que ceux des {allons doivent être faits d’une maniéré plus délicate, & que l’on peut tailler leurs principales moulures d’ornements.
- Quand ces pièces ne feront pas décorées d’Ordres, on pourra donner aux chambranles des profils d’une forme moins grave , & par conféquent moins de largeur. Voye£ la Flanche XLVf ou font deffinées dix efpeces de pro-
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- Section IL De la forme SC largeur des Chambranles. 13 y fils de chambranles, depuis la forme la plus fimple jufqu à la plus riche. On obfervera que la principale moulure de la Figure dixième, eft une olive, laquelle eft deftinée à être laiflee d'ornement ; car hors ce cas, il ne faut jamais employer ce profil. Comme il eft prefque impoflible de déterminer dune maniéré jufte & précife la forme des profils des chambranles, relativement aux différentes occafions , il ftiffit de lavoir qu'il eft néceflaire qu'il y ait une progrelîion de richefle depuis le veftibule ou l'anti-chambre, jufqu’à la derniere piece d'un appartement ; que cette différence ou gradation de richefle doit être peu fenfible , c'eft-à-dire, qu’il ne faut pas paflèr tout de fuite du fimple au riche , ce qui feroit un défaut encore plus à craindre que la monotonie qui le rencontre dans la plupart de nos bâtiments, ou tous les placards font d'une même forme , & fomblent, pour ainfi dire, avoir été faits dans un moule. ( Voy. les Fig. 1,2,3, 4,5*, 6, 7,8,9 <§> 10.)
- Il eft donc de la fàgeffe de ceux qui préfident à la décoration d'un bâtiment , de faire un choix de profils, tant pour les portes que pour les chambranles, qui foient analogues à la décoration de la piece dans laquelle ils font, & que le plus ou le moins de richefle qu'on leur donnera, foit par* faitement en rapport avec ceux qui les précédent & ceux qui les luivent^ Quant au relief des chambranles , ce fora le fixieme de leur largeur, ou le cinquième tout au plus , ce qui fora foffifànt, la trop grande faillie devenant trop lourde, 8c faifànt mal dans les décorations.
- Cette faillie fo prend du nud des lambris , for lefquels les chambranles font avant-corps, & on fera enforte que le devant du profil ne foit pas plus bas que le même nud, du moins le plus qu'il fora poflible, for-tout dans le cas où ce profil eft celui d'un Ordre d'Architecture.
- Quand les chambranles font quarrés ou d’une forme bombée par le haut, ils s'affemblent d’onglet à tenons 8c mortaifos, lefquels fo font dans les tra-verfes ou emboîtures , afin que le bout des tenons ne paroifle pas par le côté : on y fait ordinairement un enfourchement ou tenon double , afin de les rendre plus folides.
- Pour leurs épaifleurs, on leur donnera premièrement, la faillie ou le relief néceflaire, plus quinze à dix-huit lignes pour recevoir les lambris, lefquels entrent dans les chambranles à rainures & languettes ; le bas des chambranles eft terminé par une plinthe ou focle , qui faille de quatre à cinq lignes for la face & par le côté du battant , & qui doit avoir de hauteur la largeur du champ de la porte *.
- * La coutume eft de terminer la hauteur des | puis lever ici : je traiterai de cela à fond en plinthes des chambranles de cette maniéré ; | parlant des lambris d’appuis, dans la fécondé* mais elle fouffre quelque difficulté que je ne [ Partie de cet Ouvrage.
- Planche XL VI.
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- ï36 MENUISIER, J. Part. Chap. X.
- Planche
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- Les bayes des placards font revêtues tant par les côtés que par le haut, de menuiferie que Ton nomme embrafements, lefquels font d'affemblage à grands ou à petits cadres , ou enfin Amples, félon la richeffo des portes, ou bien lorfquils ne font pas affez larges pour être d'affemblage, on les fait d'une feule piece for la largeur, laquelle eft ravalée ou lifte : ces embrafements entrent des deux côtés à rainures & languettes dans les chambranles.
- La maniéré la plus ufitée eft de leur faire des arrieres-corps de trois ou quatre lignes , d'après les chambranles , & de laiffer l'arrête intérieure du chambranle à vif.
- Quelquefois on orne cette arrête d'une moulure , telle qu'un bouve-ment ou une baguette ; mais cette derniere maniéré eft moins bonne que la première, & ne peut bien faire que dans le cas des embrafements unis, ou cette moulure femble fervir de cadre.
- Lorfque les embrafements font d’une moyenne largeur , on les fait affleurer aux chambranles , afin que l'épaiffour de ces derniers faffo partie du champ. CFig. il ,12, 13 , 14 <5 IJ ).
- Pour la décoration des embrafements, elle doit être en rapport avec celle des portes, avec lefquelles on aura foin que leurs champs régnent ; excepté que quand les portes ouvrent dans les embrafements, les champs du haut ne régnent pas, parce qu'ils deviendraient trop larges.
- Pour le bas on n'y met pas de plinthes , à moins que le champ de la porte ne foit extrêmement large, c'eft-à-dire , qu’il ait cinq à fix pouces ; alors il n'y a point de difficulté d'y mettre une plinthe de trois pouces de haut.
- Quant aux plafonds , les champs doivent tomber à-plomb de ceux des côtés, & par les bouts être égaux à ceux du haut ; pour plus de folidité, on met au milieu des plafonds un montant , lequel repréfonte les deux battants des portes , fans pour cela avoir la même largeur. Lorfque les embrafements font étroits , ce montant fait aflez bien ; mais lorfo qu'ils font larges , ils rendent les deux panneaux trop courts ; alors on fait bien de les fopprimer, du moins en apparence, en ne faifànt qu'un foui panneau , & rapportant par derrière un faux montant qui retient l'écart des deux battants.
- Pour l'ordinaire, les plafonds portent à nud for les côtés des embrafo-ments ; mais je crois que malgré l’ufage, on feroit mieux de les faire entrer
- Section Troisième.
- 1Maniéré de revêtir les embrafements des Portes.
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- Se ct i o n IV. Des Placards à petits Cadres. 137
- trer à rainures Sc languettes , ce qui, ferait plus folide, & on feroit la rainure dans le plafond, afin quil eût toujours là portée ordinaire , ce qui ne pourrait pas être fi |es rainures étoient dans les côtés, ce qui cependant rendrait le joint moins vifible. ( Fig• 16, ij> & 10 ).
- La largeur des champs des embrafements, doit être de deux à trois pouces félon la largeur des portes ; pour leurs profils Sc ornements, on fera la même chofe qu’aux volets , à l’exception que l’on n’y employé pas de cintres, du moins pour l’ordinaire.
- La proportion de l’ouverture des portes doit être de deux fois leur largeur entre les deux chambranles , & de deux fois Sc demie au plus; encore ne leur donne-t-on cette proportion que quand elles font cintrées, parce que fi elles étoient quarrées , les vantaux deviendraient trop élégants , ce qui ne pourrait être tolérable qu’aux portes des Temples & des Palais, lefquelles étant plus larges, quoiqu’en même proportion, peuvent fouffrir différents compartiments for leur hauteur, qui. ne conviendraient pas aux portes d'appartements.
- Les vantaux des portes font compofés chacun de deux battants Sc de tra-verfes droites ou chantournées, de cadres fi elles en ont, de frifes Sc de panneaux.
- Il efl: de différentes efpeces de portes en placard, tant pour la forme que pour la décoration, que je réduirai à trois principales, lavoir :
- Premièrement, celles qui font à petits cadres.
- Secondement , celles qui font à grands cadres embreuvés ou ravalés.
- Troifiémement, enfin celles qui font fofceptibles de contours Sc de formes variées, & dont une face efl: différente de l’autre.
- Section Quatrième.
- Des Placards à petits Cadres.
- Ces différentes efpeces de portes demandent un détail particulier, tant pour leurs formes & profils, que pour leurs différents affemblages Sc leurs différentes largeurs Sc épaiffeurs de bois, comparaifon faite avec leurs grandeurs , & je commencerai par celles à petits cadres comme les plus fimples.
- Pour ce qui efl: de la largeur des champs, ce fera la même chofe pour les trois efpeces de portes tant quelles feront de même hauteur : on donnera deux pouces trois lignes de champ à celles qui auront depuis fept pieds jufqu’à neuf pieds de haut, deux pouces & demi à celles de neuf pieds -jufqu’à douze , Sc deux pouces neuf lignes & même trois pouces à celles qui auront depuis douze jufqu’à quinze pieds de hauteur.
- Les battants du milieu auront de largeur de plus que le cljamp Ssc la moulure ou l’embreuvement ( fi elles font à petits ou à grands cadres ), Menuisier. N n
- L A N C H Ê
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- Planch X L V I.
- 138 MENUISIER , 1. Pan. Chap. X.
- plus la moitié de leur épaifTeur pour y faire d’un côté une feuillure, & de l’autre côté une baguette.
- Les battants de rives doivent avoir de largeur , premièrement, celle du champ & de l’embreuvement ou de la moulure , plus celle des deux feuillures ou du rond entre deux quarrés, que l’on poufle fur larrête des portes , lefquelles feuillures auront les deux enfemble, depuis fix lignes juf-qu’à neuf lignes , félon la grandeur des portes ; à celles qui ouvriront à noix ou à feuillures ; les battants de rives .n’auront que cinq à lix lignes de plus large que les champs, ce qui eft néceifaire pour la longueur de la noix, ou la portée de la feuillure.
- L’épaiflèur des bois doit aufli être en rapport avec leur hauteur ; c’eft pourquoi aux portes de fept à neuf pieds, ils auront feize lignes d’épaiilèur ; à celles de neuf à douze pieds , ils auront dix-huit lignes ; & à celles de douze à quinze pieds, ils en auront vingt.
- Les traverfes du haut des portes doivent être d’une largeur égale à celle des battants de rives ; quelquefois pour plus de propreté on les aflemble d’onglet dans les battants ; mais cela efl: moins folide que les affemblages quarrés. Celles du milieu doivent avoir depuis deux pouces neuf lignes juf-qu’à trois pouces & demi de champ, afin de pouvoir placer la ferrure fans qu’elle anticipe fur les moulures.
- Les traverfes du bas doivent avoir de largeur dé champ, la hauteur du plinthe des chambranles, plus la largeur de la moulure ou des embreuvements, comme à celles ci-deflüs.
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- Quant aux compartiments des panneaux & des frifos des portes , la meilleure maniéré & la plus ufitée , efl de placer le milieu du champ de la traverfe de deflus la frife au milieu de la porte, & par conféquent la frife en contre-bas.
- Il efl encore une autre maniéré, qui efl de faire régner le deflous de la moulure de la frife avec le deflous de celle du lambris ; quand les appartements font d’une moyenne hauteur, Sc lorlqu’ils font grands, on fait régner le panneau d’appui des portes avec ceux des lambris d’appui ; mais quelque chofe qu’il arrive, on ne doit guere s’écarter de la proportion que j’ai donnée ci-deflus. Voy. les Fig. 17 & 18 , où les parties cottées a , c, repréfentent les lambris, & celles b , d, les portes. Les frifes auront de largeur d’arrafement, c’eft-à-dire, entre les deux moulures, fept pouces aux portes de la première elpece de grandeur ; huit pouces aux fécondés, & neuf ou même dix pouces à la troifieme elpece. Lorfque l’appui des portes efl borné, & que l’on craint que les panneaux ne deviennent trop élégants, on y met une frife par 1® haut d’une largeur égale à celle du milieu ; mais quand il n’y aura qu’une frife for la hauteur d’une porte , on la mettra toujours au-defliis de l’appuis & non en haut, malgré les exemples que l’on en a. La largeur des pro-
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- Section IV. D es Placards à petits Cadres. 139
- fils des frifes, doit être les deux tiers de ceux des panneaux, auxquels pour —- — -
- lordinaire on affeéle de les faire difïèmblables , c'eft-à-dire, d'un profil différent. Planche Les profils à petits cadres font, comme je l'ai déjà dit, ceux qui font ^ V11. pris dans le même bois que le champ , auquel ils affleurent : ils ont pour l'ordinaire depuis quinze jufqu'à vingt lignes , & même deux pouces de largeur , & font compofés d'une gorge, à un ou deux quarrés & d’un boudin, ou dune doucine à baguette, toute autre efpece de profil né-tant pas ufitée dans ces fortes de portes. ( Fig. 1 & 2). ^
- U eft encore une autre efpece de portes à petits cadres, dont les profils font plus riches que les précédents, fans l'être autant que ceux à grands cadres : ces profils ne peuvent pas avoir moins que vingt lignes de largeur,
- & demandent des bois un peu plus épais que les autres. ( Fig. 3 &4).
- Ces portes s'afïemblent à tenons & à mortaifes , dont f épaifïeur doit être le tiers de celle du battant, à condition toutefois quil refie entre le fond de la gorge & l'affemblage , une joue d'environ deux lignes.
- On doit faire paffer l'aflemblage au travers des battants , afin de les rendre plus folides ( du moins aux traverfes du haut Sc du bas ) , & on doit avoir foin de n'épauler les tenons du côté de la moulure que de la moitié de la profondeur de la rainure, afin que fi les traverfes & les panneaux venoient à fe retirer , ce qui relie de bois d'après la rainure cache le joint. Voye£ les Figures précédentes , où font marqués les afîèmblages & les rainures ; & la Figure 9, laquelle repréfente le bout d'une traverfe, dont le tenon n'eft épaulé que jufqu'à la moitié de la profondeur de la rainure.
- Les panneaux de ces portes doivent avoir depuis neuf lignes jufqu'à un pouce d'épaifleur, à raifon de celle des bâtis, & être compofés de planches les plus étroites poffibles , pour qu'ils foient moins fùjets à fe tourmenter.
- On obfervera auffi que ces planches foient d'une largeur égale chacune à elle-même, c'eft-à-dire, d'un bout à l'autre : on les joint à rainures & languettes , iefquelles feront placées au milieu de leurs épaiffeurs : on aura foin que les languettes portent bien au fond des rainures , afin que quand les plattes-bandes font faites , on ne voye pas le jour au travers des joints.
- Les rainures des bâtis dans lefquels entrent les panneaux , doivent avoir fix lignes de profondeur au moins, fur trois ou quatre lignes d'épaiffeur,
- & les plattes-bandes des panneaux doivent avoir au moins huit lignes de largeur d'après les languettes , & il feroit à fouhaiter quelles fuflent plus ou moins larges à proportion de la largeur de la moulure ; mais la largeur que j'ai donnée ci-defîùs eft celle qui eft la plus généralement foivie, & il n'y a que quand les profils deviennent d'une4largeur extraordinaire, comme dans le cas d'une porte-cochere, que l'on fait les plattes-bandes plus larges ; cependant dans des ouvrages de conféquence il eft bon quelles foient en rapport avec la largeur des profils , malgré l'autoricé de l'ufâge.
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- MENUISIER, I. Part. Chap. X.
- Section Cinquième.
- Des Placards à grands Cadres.
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- Les portes à grands cadres ne different de celles dont nous venons de parler, que par la richefïe & la forme de leurs profils; car pour leur épaif* feur & la largeur des champs , c eft la même chofe qu’aux autres, eu egard à leurs différentes hauteurs»
- Les grands cadres font ceux qui font ravalés dans l’épaifïèur des bâtis, ou embreuvés dans ces mêmes bâtis.
- Les cadres embreuvés s’afîèmblent de deux maniérés ; la première eft de les couper d onglet tout Amplement, & de retenir le joint par une efpece de petite clef nommée pigeon, ( Fig. io & il).
- La fécondé & la meilleure , eft de les faire d’aflemblages, qui fe font à tenons & mortaifes, ou en enfourchement de toute la largeur du cadre, lefquels font préférables aux tenons épaulés , parce qu ils maintiennent le cadre dans toute fà largeur.
- On n épaule point les devants des tenons des cadres ; mais on remplit la rainure avant de faire le tenon à la diftance de fix lignes de farrazement, afin de le conferver de toute fa largeur. (Fig. 12).
- Pour les profils de ces portes, les plus ufîtés font les boudins & les dou-cines à baguettes , les gorges droites ou fouillées, les talons, les liftets Sc les congés. Voyelles Fig. j* , 6,7 & 8, iefquelles repréfentent quatre et peces de profils à grands cadres avec leurs frifos, deux defquels profils font à recouvrements des deux côtés , un à recouvrement d’un côté & ^lattes-bandes de l’autre, & le quatrième à plattes-bandes des deux côtés, ce qui renferme toutes les efpeces de profils à grands cadres poffibles, du moins pour la jforme générale ; car pour laflèmblage des moulures, ils peuvent être variés à l’infini.
- Les profils à plattes-bandes s’employent dans les portes, non-feulement pour leur richeffe , mais auffi pour répondre à l’épaiffeur des bois ; car dans le cas où les bois des bâtis foroient d’une forte épaifîeur , on ne pour-roit pas y employer des profils à recouvrements ; parce qu’ils auroient trop de relief, comparaifon faite avec leur largeur ; c’eft pourquoi on eft obligé de fe fervir des profils à platte-bandes d’un feul côté, ou même des deux côtés , ainfi qu’on peut le voir dans les Fig. ci-deilus.
- La largeur de ces profils doit être depuis deux pouces jufqu à trois, & même quatre pouces , félon les différentes grandeurs des portes; quant à celle des frifes, ce doit être, comme aux portes à petitscadres, les deux tiers de la largeur des cadres tout au plus.
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- Section VL Des Cadres à contours SC ornements. 141
- Les embreuvements ou rainures qui reçoivent les cadres , doivent être peu profonds , afin de moins affoiblirles joues de ces derniers; c’eft pourquoi on ne leur donnera que trois à quatre lignes de profondeur , Sc d’épaif* feur les deux feptiemes de celle du bâti. Pour les cadres qui font à plattes-bandes , comme il peut arriver que la moulure du derrière ait plus de largeur que la profondeur de fembreuvement, on ravale alors le battant du côté de fembreuvement de ce que la moulure a de plus large , afin que les champs loient égaux des deux côtés , Sc que la languette ne foit pas trop longue. ( Fig. 7J).
- On aura cependant foin que quand les cadres ne feront à plattes-bandes que d’un côté, ou bien quand les' portes changeront de profils ou de com* tours & d’ornements, quelles foient toujours femblables dans l’intérieur de chaque piece.
- Toutes les différentes elpeces de profils dont je viens de parler , bien que différents les uns des autres pour la compofition Sc i’afîemblage des moulures font les mêmes dans le fond, puifqu’on n’y peut employer d’autres moulures ( du moins pour les principales ) que les doucines Sc les bom dins , fans s’expofer à tomber dans le goût gothique : il n’y a donc que dans I’afîemblage Sc la variété de ces mêmes moulures , aufïï bien que le plus ou moins d’élégance avec laquelle elles font traitées, qui peut donner à la décoration tant des portes que de tous autres ouvrages, cet efprit de gradation Sc de convenance, qui eft le caraétere de la bonne Architecture.
- Section Sixième,
- Des Placards dont les traverfes font fufceptibles de Contours
- SC d9Ornements.
- A p‘R È s les deux elpeces de portes dont nous venons de parler , il en eft encore une troifiéme, ainfi que je l’ai dit, qui eft lulceptible de contours tant dans les traverfes que dans les panneaux : la néceffité où l’on eft de donner une gradation de richefîe aux appartements, a donné lieu à cette troifieme elpece de portes dont je parle prélentement, la refîource des changements des profils n’étant pas afîez féconde pour répondre aux différents besoins que l’on a, fiir-tout dans un appartement compofé d’un grand nombre de pièces ; on a donc recours aux contours & aux ornements de fcul-pture, lefquels donnent aux portes autant de richefîe que l’on peut lou-haiter.
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- M E NU 1 S IE R, 1 Part. Chap. X.
- Section Septième.
- Différentes maniérés de chantourner les1 traverfes.
- Il eft de trois maniérés de chantourner les traverfes; la première eft de chantourner le dedans de la traverfe feulement, autour duquel contour régne la principale moulure du profil , Sc d’en faire monter quarrément le dernier membre. ( Fig. 1 ).
- La fécondé eft de faire fuivre le contour de la traverfe à tout le profil, & de regagner le quarrément des champs par un petit panneau entouré de moulures , lefquelles viennent mourir derrière le grand profil Fig. 2 ; ou bien ( quand on a allez de place ) , on fait régner un champ entre ce petit panneau & le profil chantourné. (Fig. 3 ).
- On ne doit pas employer indifféremment ces trois maniérés de chantour*-ner les traverfes, mais feulement 011 chacune d’elles eft convenable. La pre*~ miere eft préférable aux deux autres ; mais il eft à craindre que dans les ouvrages d’une certaine grandeur , elle ne produife de trop petites parties; dans ce cas , on fe fèrviroit de la troifiéme : & on ne fe fervira de la fécondé que quand il y aura de l’ornement derrière le profil des traverses 5 lequel aide à cacher la difformité que produit la différence qu’il y a entre la faillie du derrière de la moulure fur le nud des champs, & celle que cette même moulure a fur le panneau, laquelle différence eft de cinq à fix lignes, ce qui eft le moins de profondeur que l’on puiffe donner au ravalement du petit panneau.
- Pour ce qui eft de l’affemblage de ces traverfes, on y fait un ou plu-fieurs tenons, félon leurs différentes largeurs, & on obferve une languette entre les deux tenons , afin de les rendre plus folides & d’en cacher le joint.
- Quant à leurs coupes, quand les cintres feront comme dans les Fig. 1 fi 4, ceft-à-dire, que le derrière du profil monte quarrément, & que le devant eft coupé d’onglet ou en fauffè coupe, on les fait de deux maniérés: la première eft de faire venir l’arrazement ou joint de la traverfe, jufqu’au derrière de la principale moulure, lequel arrazement, on continue jufqu’à ce qu’il rencontre l’onglet du derrière du profil. ( Fig. 1 ).
- La féconde eft de faire defcendre l’arrazement de la traverfe jufqu’au milieu de la gorge, ce qui fait que toute la plattebande du panneau fe trouve à bois de bout. ( Fig. 4 ).
- La première maniéré eft préférable à toute autre , tant parce que le joint; fe trouve de maniéré que toute la gorge eft à bois de fil ( excepté à la rencontre de la gorge de- la grande moulure, où il fe trouve du bois de tra-
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- Section VIII. Des differentes maniérés de faire les coupes. 143 vers , ce que Ton pourroit empêcher en y faifant une coupe en pointe de diamant, comme dans la Fig. I , ce qui devient aflfez inutile dans les ouvrages qui font pour être peints ) que parce quelle devient plus folide , lur-tout dans les moulures embreuvées , où elle laifle plus de largeur au-derriere de la moulure.
- Pour les autres efpeces de cintrés , où le profil tourne tout entier autour du cintre, ou quand le profil eft à-platte-bande, dont le dernier membre monte quarrément , on fait venir Farrazement des traverfes au nud des champs ; ou bien ( pour plus de propreté ) on les coupe d’onglet, les languettes entrent fous les moulures du derrière, lefquelles cachent les joints. Voye{ les Fig. 3 , 5 & 6, où les lignes ponétuées indiquent les tenons Sc les languettes.
- Quand les coupas des traverfes font quarrées , comme dans les Figures 2 Sc ÿ , on fait dans le bout des battants, une languette de la même épaif-four que les tenons, laquelle fort à retenir la traverfe, & l’empêche de fe
- déranger.
- Lorfque les retombées de ces traverfes deviennent trop grandes, & qu’il fe trouve trop de bois tranché ou de.travers (ce qui eft la même chofe), on rapporte alors la retombée du cintre à tenon & mortaifo & à bois de bout dans la travefer , lequelle retombée s’aJfomble dans le battant par le moyen d’une clef que l’on y rapporte. {Voyelles fi g. j* (J 6 ), où ces différentes coupes font marquées avec leurs aflemblages.
- Quoique ces demie res efpeces de coupes ne fe faflent guere aux portes , à caufe que leurs traverfes n’ont pas pour l’ordinaire une retombée foffi-fante, j’ai cru devoir en parler tout de fuite afin d’éviter les répétitions ; ces efpeces de coupes étant de plus néceflaires aux chambranles qui font d'une forme quarrée par dehors, & cintrés par dedans.
- Section Huitième.
- D ifférentes maniérés de faire les coupes des traverfes cintrées.
- Quant aux coupes des profils ?des traverfes cintrées, comme elles ne viennent jamais quarrément, .pn les fait des deux maniérés fuivantes. La première eft de tracer toutes les lignes des membres de votre profil, tant for la ligne droite que fur la courbe ; & à la rencontre de ces mêmes lignes ; vous en tirerez une autre , laquelle fera la coupe demandée. ( Fig. 7).
- La fécondé maniéré fe fait en divifànt la largeur de votre profil en deux parties égales , tant for la face droite que for la courbe , ainfi que -.1 indique la ligne ponétuée de la Figure 8 ; puis d’une ouverture de compas quelconque, vous ferez des points a, b, c, lm quatre feéHons g g, e e,
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- i44 MENUISIER, L Part. Chap. X.
- par lefquelles vous ferez paffer deux lignes, à la rencontre defquelles , au P — E point f comme centre , vous décrirez Tare de cercle abc 9 lequel fera la coupe demandée. Dans le cas où les membres des moulures deviendroient inégaux., on fe ferviroit de la première maniéré. ( Fig. 9 ).
- Lorfqu on employera des oreilles, on aura foin que leurs centres foient toujours à-plomb de l’arrazement ( du moins le plus qu’il fera poflible) , afin que le derrière - de la moulure ne rentre pas en dedans de lui-même , ce qui fait un mauvais effet, & n’eft tolérable que quand le derrière des oreilles efl rempli d’ornements, lefquels pour lors cachent la difformité des oreilles, (Fig. IO, 11 & 12 ).
- -..... Pour ce qui eft de la forme des cintres, il efl: prefqu’impoffible de la
- P l a n c h e déterminer au jufte ; les différents befoins de plus ou moins de richeffe que l’on veut donner à l’ouvrage, étant la feule raifbn qui puiflè faire adopter une forme plutôt qu’une autre. Je me contenterai donc de dire que l’on ne doit employer aux portes que des cintres doux & coulants, que l’on doit y éviter le trop grand nombre de reflauts & les petites parties, ce qui doit s’ob-ferver non-feulement aux cintres des portes , mais auffi à ceux de tous autres ouvrages, Sc qu’en général on n’en doit employer que le moins qu’il fera poflible, & avec beaucoup de fageife & de retenue ; & que fi dans les Figures ci-après j’en ai beaucoup employé , ce n’eft que pour faire voir toute la difficulté qui fe rencontre dans la pratique de ces fortes d’ouvrages , fans pour cela les propofer comme des exemples à imiter.
- Section Neuvième.
- Des Portes dont les cintres ou la décoration changent
- des deux côtés.
- Les portes peuvent, aînfi que je l’ai déjà dit , changer de décoration," leurs traverfes étant quelquefois d’une forme quarrée d’un côté & cintrée de l’autre, ce qui demande une très-grande attention, tant par rapport aux aifemblages qu’aux ralongements des panneaux.
- Lors, dis-je, que les portes font quarrées d’un côté & cintrées de l’autre, on ravale la traverfe de la moitié de fon épaiifeur, plus celle de la rainure de ce que le cintre a de retombée, d’après lequel ravalement on fait une rainure à l’ordinaire, dans laquelle le panneau entre quarrément & dont la platte-bande fuit le contour de la traverfe d’un côté feulement.
- Quand les traverfes changent de cintre des deux côtés, c eft la même chofe, à l’exception qu’il faut prendre garde à faire monter le panneau julr qu’à la plus grande profondeur des deux cintres, laquelle on peut aifément
- connoître
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- Section IX. Des Portes où la décor, change des deux côtés. 145*
- connoître en marquant les deux cintres l’un for l’autre comme dans la Figure 8. '
- Tant que ce n’eft que les traverfes d’en haut qui font dans le cas dont je viens de parler, il n’y a prelque pas de difficulté, parce qu’il leur refte toujours afTez de largeur pour faire un affemblage raifonnable ; mais lorsqu’elles fe trouvent au milieu d’une porte, où il n’y a quelquefois qu’une traverfe cintrée d’un côté , & que de l’autre elle en a deux, lefqueiles forment une frife , ou bien quand les cintres fe coupent les uns les autres, comme dans les Fig. 2 & 3 ; dans l’un de ces cas, on fait les traverles de deux pièces fur leurs épaiffeurs , ce qui s’appelle traverfes flottées , pour pouvoir loger le panneau, & pour y faire des affemblages folides.
- Ces -fortes de traverfes fo coupent en deux fur leur épaiffeur, ou (pour mieux dire ) ce «font deux ou trois, ou même quatre traverfes, dont l’une porte d’épaiffeur la joue du cadre , & l’autre cette même épaiffeur , plus celle de la rainure , laquelle fort d’arrafoment intérieur à* cette traverfe, & de joue au battant.
- La traverfe la plus épaiffe doit être celle qui eft la plus étroite , afin que le ravalement que l’on y fait forve à retenir le panneau : de plus , pour peu que l’on veuille y faire attention, il eft aifé de voir qu’il eft im~ poffible de faire autrement.
- Tant que les cintre^ ne fe coupent pas comme dans les Fig. 10 & 11, on peut faire les frifes à l’ordinaire, c’eft-à-dire , d’une feule piece, & à rainures & languettes dans les traverfes, quand même les cintres de ces dernieres feroient différents ; mais lorfqu’ils fe coupent comme dans la Fig.
- 2, ou que les frifes forment ovale d’un côté comme dans la Fig. 3 , on eft alors obligé de ravaler les frifes dans les traverfes, que l’on fait d’une feule piece, ou du moins de plufieurs pièces jointes enfemble , & on donne le moins de relief qu’il eft poffible au profil de ces frifes , afin qu’il refte une épaiffeur raifonnable entre le fond de la platte-bande ravalée & le derrière de la traverfe. (Fig. 6 fl
- Lorfque les traverfes font chantournées, comme dans la Fig. ir, c’eft-à dire, qu’il n’y a pas grande différence entre les cintres d’un côté & ceux de l’autre ; on peut alors faire les affemblages à l’ordinaire , ou bien lorf-qu’il y aura beaucoup de différence , & que par conféquent le. ravalement fera d’une largeur confidérable, on fera à l’endroit de la traverfe qui reliera plein , un tenon à l’ordinaire , & d’après le ravalement une languette ou un tenon mince , comme à celles qui font de deux pièces for leur épaiffeur ,y& dont les affemblages font marqués dans les Fig. 14 & 69 ainfi que dans celle ij.
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- 146 MENUISIER, I. Part. Chap. X
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- Section Dixième.
- Différentes maniérés de couper les Portes dans les Lambris.
- I l eft encore une autre efpece de portes, par rapport au changement de décoration, qui font celles qui font porte d’un côté & lambris ou croi«* fée , ou enfin glace de l’autre.
- Celles qui Font porte d’un côté 8c lambris de l’autre, fe font de deux maniérés : la première eft de faire ces portes arrazées d’un côté, & d’attacher le lambris deffiis avec des vis, & de couper ce même lambris à l’endroit de l’ouverture de la porte ( laquelle l’emporte avec elle en dehors ou en dedans de l’appartement ) , & d’en faire le joint en pente, afin qu’il foit moins apparent, en obfervant de remplir les inégalités qui fe rencontrent entre la porte & le lambris à l’endroit *des panneaux par des tringles, lelquelies doivent être afïemblées dans les battants ou les traverfes du lambris quelconque , ce que l’on doit faire non-feulement au lambris mouvant , mais auffi à celui qui refte en place ; de plus, ces tringles doivent être attachées derrière le lambris avant qu’on le coupe , afin que les battants ou les traverfes coupées ne puiflent pas s’écarter les unes des autres;
- La fécondé maniéré de faire ces fortes de portes , eft de les faire dans les mêmes bois que les lambris , en leur donnant toutefois une épaifîeur convenable. Cette maniéré eft préférable à la première , tant en ce que les portes font moins lourdes , qu’en ce quelles .font plus folides ; mais en même temps elle devient beaucoup plus difficile, par rapport aux aflembla-ges & aux différents compartiments tant de largeur que de hauteur. ( Voy. les Fig, 5 $ 13 , lefquelles renferment tout ce que l’on peut dire a ce fojet.
- * La Fig. 5 repréfente une porte dont le lambris ouvre d’un côté du derrière de la moulure, 8c de l’autre dans le panneau ; les traverfes s’aflèmblent dans les battants à tenon 8c enfourchement, à l’exception que du côté du battant épais, il y a un double affemblage, 8c que du coté de l’autre battant mince il n’y en a qu’un fimple, & que l’enfourchement de la traverfe paftè à nud fur le battant, lequel arraze le panneau, ainfi qu’on peut le voir dans, les Figure 9, 12 & 14, où les traverfes font ravalées pour conferver la régularité des champs, & les panneaux font à plattes - bandes ravalées d’un côté , & à plattes-bandes & arrazées du côté de l’autre battant , lequel forme un panneau. .
- Pour la frife, comme on la met toujours couchée, on eft obligé de la faire pafler à recouvrement par-deflus le battant mince, ce qui l’affoiblit à la vérité, mais on ne peut pas faire autrement, ainfi qu’aux traverfes du haut, que
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- SectÎo n IX. Des Placards pleins 3C ravalés147
- Ton eft obligé de tenir plus minces que les battants de fix lignes au moins, -...—
- afin que le panneau pafle par-deflûs. Planche
- Les bâtis de ces portes doivent avoir au moins dix-huit à vingt lignes XL IX. d’épaiffeur d’après le ravalement des moulures , pour pouvoir donner allez de force aux affemblages. Fojyeç les Fig. 9, 12 , 14 & iy, où font marquées les différentes épaiffours des bois avec les alfemblages, 8c les ravalements néceflàires,
- La Fig. 13 repréfonte une porte dont le lambris eft coupé dans le panneau des deux côtés : elle ne différé en rien de l’autre pour la conftruétion, fi ce n’èft que les affomblages fo font des deux côtés, comme dans la Fig. 14.
- Lôrfqu’il y a des frifos aux portes, 8c qu’il n y en a pas aux lambris ( ou bien quand il y en a à tous les deux, & quelles ne fo rencontrent pas, on ravale le panneau à l’endroit de la traverfo, laquelle s’affemble dans les battants, à tenon 8c mortaifo j & fo nomme traverfeflottée , à caufo quelle n a d’épaiffour que le relief du profil.
- Quand les portes font dans le cas dont je parle, on rapporte la frife dans la moitié de l’épaiffour du «panneau, que l’on ravale à, cet effet, afin quelle foirtoujours couchée ; de plus , il foroit impofîible de faire autrement, les panneaux étant plus étroits que les frifos ne font longues , à caufo de la différente largeur des profils. ( Fig. iy ).
- Pour les portes qui font croifées ou parquets de glace d’un côté 8c placard de l’autre, on les fait arrazées d’un côté, à la réforve des champs & des moulures, lefquelles font en faillie d’après le nud des panneaux & des îraverfos arrazées : les traverfos & montants des petits bois , ainfi que les montants des glaces, fe rapportent avec des vis, afin de pouvoir en ôter les glaces lôrfqu’il eft néceflàire. ( Fig. 16).
- SectionOnzieme.
- Des Placards pleins ôC ravalés dans Vépcâjfeur du bois.
- Il eft encore une autre maniéré de faire les portes à placard, laquelle — eft plus folide que celle dont nous avons parlé, & qui font faites pour Planche être employées dans les lieux humides & de sûreté. k'
- Les vantaux de ces placards fe font pleins, c’eft-à-dire, de planches jointes enfomble à rainures & languettes affemblées avec des clefs, 8c emboîtées par le bout, for lefquels vantaux on rapporte des moulures, qui y forment des cadres & des frifos.
- Il eft de deux maniérés de faire ces portes ; la première 8c la plus ordinaire eft d’appliquer des moulures deflîis , ainfi que je l’ai déjà dit ; la féconde eft de ravaler dans l’épailfour du bois une platte-bande en faillie,
- & d’y rapporter les emboîtures à bois de fil pour plus de propreté. Si la
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- 148 ME N U 1 S 1E R, I. Part. Chap. XI.
- première de ces deux maniérés eft la plus ufitée, la fécondé eft au moins c h e la plus vraifomblable, & fi on remployé moins fouvent, ce n eft qu'à caufo de la difficulté de fa. façon. Quant à la maniéré de faire le ravalement de ces portes , voye[ les Fig. I & 2.
- CHAPITRE ONZIEME.
- Des petites Portes.
- T j e s petites portes ou placards à un vantail ( ou vantau , ce qui efl la même chofe ), font celles qui ne font compofées que d'un vantail, & qui ont de largeur depuis deux jufqu'à trois pieds, for fîx à fept pieds de hauteur du dedans des chambranles.
- Elles fervent ordinairement d'entrée aux petits appartements, comme les cabinets de toilette , les garde-robes, &c. Ces portes ne different en rien de celles à deux vantaux , tant pour ce qui eft des profils , que pour la largeur & l'épaiiîèur des bois : toute la différence qu'il y a entre celles-ci & les premières , c'eft qu'on peut les faire d'une forme plus élégante, leur donnant quelquefois de hauteur jufqu'à trois fois leur largeur.
- Pour leurs chambranles, ce fera la même chofe qu'aux autres , tant pour les profils que pour les proportions ; cependant on peut quelquefois leur donner le fixieme de la largeur de leurs bayes, au lieu du leptieme ou d u huitième que l'on donne à ceux des grands placards.
- Le haut de ces portes doit être cintré, bombé, ou en anfe de pannier, mais jamais en S, ce qui fait un mauvais effet; on doit auffi faire les cintres du deffos de ces portes réguliers , c'eft-à-dire, qu'ils ayent autant de retombée d'un côté que de l’autre: quand^même deux portes feroient fur une même façade, comme dans une alcôve, lefquelles lorfqu’elles font d’un cintre irrégulier, femblent être les deux vantaux d'un feul & même placard que l'on a féparé.
- Lorfque les dégagements Sc les garde-robes ne font pas affez éclairés, on y fait des portes vitrées ; c'eft-à-dire , que l’on fupprime le panneau du haut pour y Jubftituer des carreaux de verre ou de glace. Ces portes font fùfceptibles de décoration & de richefle, tant dans les profils que dans les ornements, relativement au lieu où on les employé: elles ont des chambranles ainfi que les autres placards, prefque toujours à double parement. Pour ce qui eft de leur conftruéÜon, voyez ce que j'ai dit en parlant des portes croifées.
- On fait auffi de petits placards, lefquels n'ont point de chambranles y mais qui entrent tout à vif dans des huifleries de charpente. Ces portes ont quelquefois des frifes, Sc font toujours à petits cadres : on ne les employé
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- C H a pitre XI. Des petites Portes. 149
- ployé que dans des maifons de peu d’importance, ou dans les étages en ga- — letas des Hôtels. (Fig. 3 ). Pia
- U eft encore une autre efpece de petites portes que Ton nomme pleines ou unies : elles font à Tufege des maifons à loyer, & d'autres endroits où la folidité eft plus recommandable que la décoration. Les planches font jointes à rainures & languettes, & pour plus de folidité, on y met une ou plusieurs clefs fur la hauteur , pour retenir les joints : les bouts de ces portes font aftemblés dans une traverfe ou emboîture à tenon & mortaife avec des languettes entre ces dernieres. (Fig. 4).
- Lorfquelles ont plus de quinze lignes d'épaifleur, on les joint à plat, Sc on y rapporte des languettes que Ton fait les plus minces poflible , afin de donner plus de folidité aux joints. t
- On doit auflî donner de la refuite aux tenons qui entrent dans les em-boîtures , c eft-à-dire, élargir les trous des chevilles darts les tenons, & agrandir les mortaifes en fens contraire , afin que quand les planches viennent à fe retirer chacune fur elle-même , les chevilles ni les épaulements ne les arrêtent pas , & ne faftent pas fendre les joints : cette refuite doit donc être également des deux côtés. Voye^ la F/ig. 4. ou eft deflîné un bout de porte avec fon emboîture , & dont les lignes ponétuées marquent la véritable place des chevilles , & les trous qui font marqués à droite & à gauche, indiquent la refuite. * Lorfque ces portes font trop expofées à l'humidité , on n'y met qu'une emboîture par le haut , & une barre par le bas , parce que fi l'on y mettoit une emboîture les tenons fe pourriroient bien-tôt ; ce que l'on doit aufli obferver aux contrevents & à tous autres ouvrages expofés au grand air & à l'humidité. **
- * Il eft très-effentiel de donner de la refuite à toute efpece d’ouvrage , fur-tout quand les parties qui font alfemblées Sc chevillées font d’une certaine largeur, parce que tels fecs que foyent les bois ils fe retirent toujours un peu, Sc cet effet devient confidérable quand il y a plu-fieurs planches jointes enfembles, Sc que le bois n’eft pas parfaitement fec ; c’eft pourquoi l'on fait toujours très-bien de donner de la refuite aux affemblages > en obfervant toutefois de faire
- roidir les épaulements par dehors, afin qu’ils forcent les planches à fe retirer fur elles-mêmes Sc en retiennent les joints.
- ** Pavois promis de traiter de la maniéré de pofer l’ouvrage, à la fin delà Menuiferie mobile; mais la pofe de l’ouvrage appartient plutôt à la Menuiferie dormante , ainfi que je le dirai en fon lieu , dans la fceonde Partie de cet Ouvrage.
- Fin de la première Partie,
- Q <3
- Menuisier.
- Z ^
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- T A B L E
- DÈS CHAPITRES ET TITRES
- DE L’ART DU MENUISIER.
- PREMIERE P A RT I E.
- Avant-propos & divijîon de cet Ouvrage. Page j
- CHAPITRE PREMIER. Abrégé des Eléments de Géométrie. 4
- Section Première. Des Lignes, des Angles , des Cercles & demi-Cercles. ibid.
- §. I. Diverfes maniérés d’élever des Perpendiculaires. 7
- $. II. Maniéré d’élever une Perpendiculaire à l’extrémité d’une ligne. 6
- §. III. Maniéré d’élever des Lignes perpendiculaires au milieu & à l’extrémité d’une portion de cercle. ibid.
- §. IV. Maniéré de tracer des Lignes parallèles.
- §. V. Des Angles, de la génération du Cercle , du demi-Cercle & de fes ufages. ibid. §. VI. Maniéré de faire ufage du demi-Cercle.
- ‘8
- Section II. Des Surfaces en général , des Trian-
- gles , ërc. • 9
- §. I. Des Figures à quatre côtés. ibid.
- §. II. Des Polygones réguliers. 10
- §. III. De l’Ovale, & de fes diverfes efpeces.
- 11
- §. IV. Des Corps Solides, en général. 12 Section III. De la Mefure des Lignes des Surfaces. 14
- §. I. Evaluation des Surfaces. 16
- §. II. Maniéré d’évaluer les différentes Surfaces. 17
- §. III. Mefure des Solides ; Evaluation de leurs
- furfaces. 19
- §. IV. Mefure des Corps Solides. 20
- CHAPITRE II. Des Bois propres à la
- Menuifèrie. 22
- Section I. Des différentes qualités des Bois. 23
- Section IL De la Façon & de l'Empilage des Bois.
- 27
- Section III. Du débit des Bois. 32
- CHAPITRE III. Des Profils. 40
- Section I. Des Moulures en général. ibid.
- §. I. Maniéré de tracer les Moulures géométriquement. 41
- §. II. Moulures ufitées dans la Menuiferie. 43 Section II. Des Profils de là Menuiferie, ïsr de leurs différentes efpeces. 44
- CHAPITRE IV. De VArt des ajfemblages, de leurs ufages SC proportions. 4 y
- Section I. Différente maniéré d’alonger les Bois. 47 CHAPITRE V. Des Outils propres aux jMenuiJîers, de leurs différentes efpeces , formes SC ufages. 49
- Section I. Des Outils de la Boutique. $2.
- Section II. Des Outils appartenant aux Ouvriers.
- 12.
- Section III. Des Outils propres au débit & au corroyage des Bois. 74
- Section IV. Des Outils propres aux Ravalements, aux Joints & aux AJJemblages. 68
- Section V. Des Outils propres aux chantournements ; de ceux qui fervent à poufier les Moulures tant droites que cintrées, ër de ceux qui font propres à finir & àpoferV Ouvrage. 82
- CHAPITRE VI. De la Menuiferie mobile y de fes Formes } Profis y SC AJfemblages.
- Des Croifées en général. ibid.
- Section I. Des grandes Croifées. 91
- Section II. Des Portes croifées. 100
- Section III. Des Croifées entrefols. 101
- Section IV. Des doubles Croifées. 102
- Section V. Des Croifées , Jaloufes d’affemblages.
- 104
- Section VI. Des Jaloufies connues fous le nom de Perfennes. 107
- CHAPITRE VII. Des Volets ou Guichets. 107
- CHAPITRE VIII. Des petites Croifées en général. 113
- Section I. Des Croifées, Manfardes ër à Couliffes.
- CHAPITRE IX. Des Portes en général.
- 119
- Section I. Des Portes-cochères. ibid.
- Section II. Des Différentes ouvertures des Portes-cochères , ër la maniéré de les déterminer. 121* Section III. De la conftruftion ër décoration des des Guichets. 122*
- Section IV. Des Portes chartieres & de baffe-cours.
- 126
- Section V. Des Portes PEglifes ër des Palais. 127 CHAPITRE X. Des moyennes Portes en général. 128
- Des Portes bourgeoifes ou bâtardes. ibid.
- Section I. Des Portes en placard ; fuite des moyennes Portes. 129
- Section II. Des différentes maniérés de déterminer la forme ër la largeur des Chambranles. 134
- Section III. Maniéré de revêtir les embrafements des Portes. 136
- Section IV. Des Placards à petits Cadres. 1^7
- Section V. Des Placards à grands Cadres. 140
- Section VI. Des Placards dont les traverfes font fufceptibles de contours ër d’ornements. 141
- Section VII. Différentes maniérés de chantourner les Traverfes. 1 142
- Section VIII. Différentes maniérés de faire les Coupes des Traverfes cintrées. 143
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- TABLE
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- Section IX. Des Portes dont Us cintres où la décoration change des deux côtés. 144
- Section X. Différentes manières de couper les Portes dans le lambris. 146
- Section XI. Des Placards pleins & ravallés dans Vépaiffeur du bois. 14.7
- CHAPITRE XI. des petites Portes. 148
- Fin de la Table.
- FAUTES A CORRIGER.
- PAg* M %• S , ports , lifez , pores.
- 6z z , les bots , lifez, les rabots.
- 68 *7 , fur la main droite, lifez, fur la gauche.
- Ibid. 28 , fur la gauche , lifez , fur la droite.
- 82 J , laquelle, lifez, lequel.
- 88 3 , à angles , lifez , à onglet.
- 52 3 3 , de joue, lifez, de la joue,
- ïoo 36 , Figu^p 11, lifez, Figure 11 coté c d•
- 107 12 , une planche , lifez, une planche x.
- m .31 , alléger, lifez, clégir.
- 123 » 7 , on n’y en fera point, lifez , l’on n’y fera
- point de rainure.
- Pages 134 au titre de la Sedion féconde, & la longueur, lifez 1 & la largeur.
- 13 6 lig. 8 , faire des arriérés- corps, lifez , faire faire arriere-corps.
- 143 6 , de cintrés , lifez , de cintres.
- 144 9 y cachent la difformité des oreilles, lifez y est
- cachent la difformité.
- Von obfervera qu après la page 124, celles 121 , 122, 123, 124, font répétées à la feuille I i, & que quand l’on renverra a ces dernier es, Ton joindra une étoile au chiffre de la page.
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- E.Itaverse du haut-,
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- II - Dets d'Eau y -mm. Draoerses de pe tits Dois .
- nn. Deùts 7/lontants de petits Bois . o. Brands montants de 'petits Bois ,
- E. Montant de Uomna/it,
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- pour les Erofils assembles et pour tes Outils
- ponces _1_. .J. 7L', .a.d—.
- JE et e77e et'un demi P leI
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- pour les parties de Décoration de ta dues 3 pair
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- DEVELOPPEMENT LES
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- PI. 56
- Des Portes Cocheres en general . Noms des Pièces <jm les composent,
- Fiç. x ,
- Nams des Pièces yui camposenù zme Parie CocAereP .
- AA Battants de bâties ,
- B B Traverses du /tout > ~
- CC Traverses die milzeie ,
- DD Traverses du bas ,
- EE Tables d'atente ,
- FF Paneauic enafrises du /mut—y,
- GO ûuichets ,
- Noms da Cédés zjut camjoasetiC N tüzucAet
- aa Battants de CuicAets b b Par ers es dit Avait , ce Bâte et Traverses du milieux dd Parquets
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- DIFFERENTES MANIERES RE TERMINER TE H AU T RES PORTES Cü CREEES.
- M.7>6.
- AJ X^rubo Mu, et Del,
- E>erlit nuit Jcalp
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- MANIERE DE PE ACER. EES ItiEPOSTES DES ÜNTRESOES
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- JJEVEL OPTMENT VET BATIS; DES FORTES (Jo CHE TŒ*E T EIFFEBJLNjÊsPE CE SJ DE TABLESSajLLAN
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- DIFFERENTES ESPECES DE P.TRqUETS, ET DE BASSES, PONR TES PoRTES CbcilERES
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-
- Construction des Portes cutretieres et des Bosses Cours . F1'^1
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-
- Décoration et Construction des Portes Retardes.
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-
- Des Placards en général. Noms a« Pièces cjni les compolent . ^
- Noms des Pièces pu t composent un Placcurl
- AA Battants tic chambranle .
- B Traverse de Cbarnbranle au Pmboiture ,
- CC Double Chambranle 3 ,
- I DP Portes au Nznteaux du Placard , i EIï Cotes ou reoetissements des Embrasements .
- F Plafemd des Phnbrasements \
- Noms de Codes pu ’ composent les Portes ,
- au Battants de Portes . b b Traverses du faut ce Traverses du milieu • dd Traverses du bas . ce Paneaux du Tiaut . ff Pan eaux de / appui , gp Paneaux de^Jrases ,
- U lurenPscTïp,
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- Differentes Maniérés fb Grandir ees Ouvertures des Fortes , M'45‘ S
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