Descriptions des arts et métiers
-
-
- p.n.n. - vue 1/42
-
-
-
- f
- 1
- \
- ,\
- y
- *
- i .
- f.
- I* -
- r; ü'V
- %%' ff j. <v<. •. 3 # •
- ji’-M?'** o
- ;./ fv » -T- :
- - ’&'.î *
- &*" *V 4-7 ^
- ' ;w-
- fc?&
- "ftî
- A
- p.n.n. - vue 2/42
-
-
-
- / . . . ^
- „ V#/-' i
- %
- < -
- \
- N
- *
- *
- <
- •' V
- r
- ' - /
- i i
- y
- a
- ... , ; • *
- •' * .- ’ \ ^î£'-
- (. * :- -, . • •
- î.Vi -,
- J
- i
- 9
- ’t
- >
- p.n.n. - vue 3/42
-
-
-
- Page de titre n.n. - vue 4/42
-
-
-
- i
- 0
- %
- •r >,4"
- •i
- . >
- i
- j
- : ‘U
- * 0
- p.n.n. - vue 5/42
-
-
-
- descriptions
- des ARTS
- /
- FAITES OU APPROUVÉES
- PAR MESSIEURS
- DE L’ACADÉMIE ROYALE
- DES SCIENCES.
- Avec Figures en taille-douce.
- A PARIS:,
- Chez Desaint & Saillant, Libraires, rue
- Saint Jean de Beauvais.
- ^————WH—
- M. D C C. L X I.
- Avec Approbation & Privilège du Roi.
- Page de titre n.n. - vue 6/42
-
-
-
- J % ' -
- I ’ . r .
- s j
- *.• »
- _ ‘ «
- h
- V
- \.
- *T-
- ï
- r
- K,
- • \
- y
- m 9
- y
- /
- ...i
- \
- •' \ « V;
- ,* "W
- : V,.
- ' i.;
- , .•* "
- •J;
- «'
- ♦
- . IM
- :«s
- V.
- J<L.
- V
- \
- c
- •V
- t ..A . .
- V - ~F
- . -*?.• •• * #
- #
- A'.'.
- «
- «i
- '♦
- -
- .f
- t;:
- .. #*£*. 'i-*
- .A;.;
- &*.
- t
- 5 c\;
- ?
- p.n.n. - vue 7/42
-
-
-
- «
- J
- L-o u V R A g E que nous présentons au Public , eft le fruit d un travail commencé depuis long-temps par l’Académie Royale’des Sciences. Cette Compagnie étoit à peine formée qu’elle conçut , le projet d’examiner & de décrire fuccellivement toutes les opérations^ des Arts méchaniques, perfuadée que cette entreprife pouvoit également contribuer a leur progrès & a celui des Sciences» * * r
- - . .. • -3r,“ f
- ' * A -
- Si les Arts nés dans l’obfcurité, & lentement avancés- de fiecle en fiecle par les tâtonnements de l’induftrie , ont précédé de-beaucoup l’établiflement des Compagnies Pavantes ; on ne peut s’empêcher de reconnoître qu’ils ont fait des progrès rapides dans -les! temps , & dans les Etats ou les Science» ont et© cultivées -avec plus1 de fuccès. On en fera bien-tôt convaincu fl l’on .veut comparer l’état préfent de l’Horlogerie, de l’Artillerie, des Arts qui concernent la Navigation, de ceux qui fournilfent les Inftrüments de Géométrie^ d’Optique , d’Aflronomie , de Chirurgie, enfin de plu fleurs autres Arts relatifs aux travaux ordinaires des Académies, à l’état où ces mêmes Arts étoient il y a cent ans ; on y verra.des différences im-menfes qui ne font point dûes au hazard, mais'aux efforts que-l’on a faits depuis cette époque pour perfectionner .la Géométrie ; laj Méchanique, la Chymie, l’Optique, l’Anatomie, &c. f :’. r
- Ne doit -on pas attendre de nouveaux degrés de perfection dans les Arts, lorfque des Savants exercés fur lés différentes parties de la Phyfique fe donneront la peine d’étudier & de développer les opérations fouvent ingénieufes que l’Artifte* exécute dans* fon atte^. lier ; lorfqu’ils verront par eux-mêmes les befoins de l’Art, les?bor-nes où il s’arrête, les difficultés qui l’empêchent d’aller plus loin y les fecours quon peut faire paffer d’un Art dans un autre-, que 1 Ouvrier eft rarement à portée de connoître. Le Géomètre, le Méchanicien, le Chymifte, donneront des vues à l’Artifte intelligent pour furmonter les obftacles qu’il n’a point ofé franchir. Ils le mettront fur la voie pour inventer des nouveautés utiles ; en même
- a
- p.r1 - vue 8/42
-
-
-
- ij AVERTISSEMENT.
- temps ils apprendront de lui quelles font les parties de la théorié auxquelles il faudroit s’appliquer davantage pour éclairer la pratique, & pour affujettir à des réglés sûres, un nombre d’opérations délicates qui dépendent de la jufteffe du coup d’œil, ou d’un tour de main, & dont la réuflîte n’eft que trop fouvent incertaine.
- r . , v,
- G’EST, dans cette vue que’ l’Académie des Sciences dirigeant toujo.urs fes travaux vers les chofes’ utiles, avoit infpiré aux Membres qui la compofent ledefir de concourir à la defcription des Arts. Depuis.le commencement de ce fiecle, elle n’a pas celfé de ralfem-bler des matériaux pour y parvenir ; mais l’objet eft immenfe, & ne peut être rempli que par la fuite des temps. Feu M. de Réaumur avoit été chargé de recueillir un àlfez grand nombre de Mémoires déjà faits par plufieurs Académiciens; ainfique d’autres envoyés des différentes Provinces de la France, ou des Pays Etrangers. Les Mémoires fur. les Arts fe font multipliés ; un grand nombre d’atteliers, d’opérations, de macKînoo, d’inttruments & d outils, ont été deflinés & gravés fous un même format ; & l’Académie poifede à préfent plus.,de deux cens .Planches fervant à leur defcription. L’Ouvrage fproit plus avancé , fi plufieurs morceaux ne le trou voient pas égarés. '> > •
- -.Heureusement il lui relie encore alfez de matériaux pour fournir ünceflamment les defcriptions complétés d’un grand nombre d’Arts: ces matériaux ont été dillribués en 17 jp, aux Académiciens, dont les études fe font portées principalement du côté de la Mécha-nique & de laPhyfique. En fe chargeant d’achever les defcriptions déjà commencées, & d’ajouter à celles qui ont été faites au commencement de ce fiecle les nouvelles pratiques, les nouveaux procédés qui ont été inventés depuis, & qui font à préfent en ufage, ils fe feront un devoir de rendre jullice à tous ceux qui les auront précédés ou fécondés dans ce travail, en faifant honneur à chacun d’eux _ des Ouvrages qu’il aura fournis : ils profiteront avec reconnoilfance des Mémoires qui pourront être envoyés déformais à l’Académie, concernant la defcription ou la perfeétion des Arts. Elle nous auto-rife même à déclarer de fa part, que fon intention efl de publier fous les noms de leurs Auteurs, 8cd’inférer en tout ou en partie dans la Colleétion quelle prépare les Ouvrages bien faits en ce genre qui lui
- p.r2 - vue 9/42
-
-
-
- avertissement. üj
- feront prefentés } foit par d’habiles Artiftes, foit par des Savants étrangers , après qu’ils auront été examinés & approuvés dans la! forme ordinaire ; ainfi quelle a déjà publié en différents temps, des recueils de Differtations Mathématiques & Phyfiques, foumifes à fon jugement par des Savants étrangers ou régnicoles, lorfqu’elle a trouvé dans leurs Ouvrages des obfervations & des recherches capables de contribuer à l’avancement des Sciences. i - "
- . r \ ' '
- L'A cadémiè ayant excité, par cette efpece d’adoption, rému-* lation de ceux qui cultivent les Sciences , fans appartenir à aucun Corps Académique; elle a lieu d’efpérer que les Citoyens verfés dans la connoiffance des Arts, & les Artiftes du premier ordre, s’empreffe-ront de concourir à la perfedion des monuments qu elle veut ériger à l’induftrie humaine : la carrière eft trop vafte pour ne pas l’ouvrir à tous ceux qui font en état de s’y diftinguer, &l’on ne peut employer à la fois trop de mains habiles pour accélérer l’exécution d’une en-treprife qui peut être utile à notre fiecle, &plus encore à ceux qui le fuivront ; c’eft épargner à la poflérité beaucoup de temps & de peine, fi les Arts avoient encore à fubir de ces grandes révolutions qui les ont autrefois prefque anéantis.
- Il seroit à fouhaiter fans doute qu’on pût dès-à-préfent réunir, foit en un feul, foit en plufieurs volumes les Arts qui ont entr’eux des relations prochaines, par exemple, tous les Arts qui façonnent le fer , ceux qui travaillent l’or & l’argent; ceux qui trament des tilfus de toute efpece : mais comme il feroit très-difficile de faire achever en même temps les defcriptions propres à former des volumes complets & fuivis, avec les enchaînements néceffaires, l’Académie, pour ne point mettre de nouveaux obftacles à la publication d’un Ouvrage long-temps attendu, fe borne, quant à préfent, à donner les defcriptions des Arts par cahiers féparés, dont chacun contiendra le tableau complet d’un Art avec tous les détails néceffaires, repréfentés dans des planches gravées avec foin.
- En les publiant ainfi féparément, on ménage aux Artiftes la facilité de fe procurer à peu de frais les Traités des Arts qu’ils exercent, ou de ceux qu’ils voudroient connoître , fans être obligés d en acheter en même temps d’autres qui leur feroient moins nécef*
- p.r3 - vue 10/42
-
-
-
- IV
- A VE RT1SSE MENT.
- faires ; c’eft un moyen de les répandre davantage, lur-tout dans cette dalle de Citoyens utiles auxquels ils font principalement deltinés.
- Lorsque l’Ouvrage fera fuffifamment avancé, pour que l’on-puilfe penfer à en former des fuites, ceux qui fe feront procurés les cahiers précédemment diftribués , pourront, en rangeant les différents Arts félon l’enchaînement qu’ils ont entr’eux, former des Volumes , où ils feront maîtres de choilir l’ordre qui leur paroîtra le plus convenable.
- j
- r
- p.r4 - vue 11/42
-
-
-
- I
- ART
- du charbonnier;
- OU MANIERE
- DE FAIRE LE CHARBON DE BOISCX
- Par M. D tr H AM EL DÜ Mû N C ÉAlf.
- La maniéré de faire le Chairboil de bois eft âflhz fimpie pour que l’art du Charbonnier paroifle peu intércflànt. Peut-être en fera-t-il plus propre à faire voir qu’ il n y a aucune partie de la Phyfique & des Arts qui riè mérite d’être examinée, & qu’il nous manque encore bien de$ connoiffances utiles fur les chofes les plus communes (*). ~
- Ce que c’eft qùe le Charboftï
- Un morCeaü de bois embraie & aflez cônfumé ; pour que l’aétioh du fèu ait pénétré jufqu’au centre, étant éteint, oü, comme l’on dit, étouffé, parce qu’on a empêché la communication de l’air qui eft nëceflaire pour entretenir le feu ; ce morceau de bois fait une efpece de charbon, mais un charbon qui fe confume promptement, fans donner beaucoup de cha-leur, parce que la matière inflammable a été en partie diflipée. Auflî dî-ftingue-t-on cette efpece de charbon , de celui qui eft bien conditionnés celui-ci s’appelle Charbon, & l’autre delaBraifè (*).
- Quand, dans la cheminée d’un appartement, le bois eft aflez confuméï pour ne plus fumer, on couvre ce qui refte avec une cloche de fer ; la communication avec l’air étant fupprimée, le feu s’éteint, 8c ôn trouve de la braife fous la cloche. Les Boulangers font de même de la braife, en étouffant
- C1) L’ufagedu charbon eft fort ancien, puifque Théophrafte & Pline parlent de la maniéré de faire le meilleur charbon, & de l’ufage des charbons de différents bois.
- (2 ) Je n’ai trouvé dans les Porte-feuilles de M. deReaumur, que la Planche & une explication un peu ample des Figures.
- ) Le terme de braife s’employe autfi pour figni-
- Charbqnnier%
- fier cette portion embrafée qui refte dans l’atre après que le bois eft brûlé. On met de la braife dans les chaufferettes. Sur les Ports de Paris , on appelle le charbon réduit en petits morceaux > de la braife , 8c dans ce lens, l’on dit : Le charbon de ce bateau rfejl pas bon, ce n'eji prefque que de la braife ; effectivement , ce défaut peut venir de ce qu’il a été trop brûlé.
- p.1 - vue 12/42
-
-
-
- ^ ART DU CHARB ONNIER.
- une portion du bois qu’ils employent pour chauffer leur four , avant qu’elle foit réduite en cendres* La façon de faire la braife , fe réduit donc à brûler le bois, jufqu’à ce que ne répandant prefque plus de fumée, il foie en partie confumé ; alors on fiipprime fiibitement la communication de l’air qui eft néceflàire pour alimenter le feu, foit en couvrant les parties embrafées avec une cloche de métal, comme nous venons de le dire , foie en le renfermant dans des boîtes de tôle, qu’on nomme des étoujfoirs : le feu s’éteint, & il refte une fiibftance noire , légère, poreufe, très-aifée à embrafer , 8c qui fe confiime promptement , fans prefque former de flamme & fans produire une chaleur vive. Voilà qui donne une idée aflez exaéte de cette efpece de charbon quon nomme de la braife (*). On apper-* çoit que dans la façon de faire ce charbon il y a deux grands défauts : premièrement , on dépenfe beaucoup de bois pour obtenir peu de charbon : fecondement, ce charbon eft très-pauvre de parties inflammables, ce qui fait qu’il fe réduit promptement en cendre fans produire beaucoup de chaleur. Nous ferons voir dans la fuite , par quelle induftrie les Charbonniers remédient à ces inconvénients ; mais avant d’entrer dans aucun détail fur l’art du Charbonnier, il faut encore mieux établir la différence qu’il y a entre la braife & le charbon.
- De la différence qu'il y a entre le bon Charbon ôC la Braife.
- Le bon Charbon répand, en s’embrafànt, une vapeur très-pernicieufè & capable de fuffoquer les animaux qui refpirent l’air qui en eft chargé. Les lumières s’éteignent, ou du moins brûlent difficilement, quand on les tient long-temps dans un air très-chargé de ces vapeurs. Cela n’arrive pas à la braife; il s’en faut beaucoup que les vapeurs quelle répand, quand on l’allume, foient aufli pernicieufes que celles du charbon: elle a cela de commun avec les charbons qui produifent peu de chaleur ; car ils répandent moins de ces vapeurs, que ceux qui chauffent beaucoup (2).
- La reffemblance qu’il y a entre les vapeurs qui s’exhalent du charbon 8c celles du foufre brûlant, ou des liqueurs qui fermentent, prouve aflez clairement qu’il y a une plus grande abondance de phlogiftique dans le charbon que dans la braife. Car ce feroit fans aucun fondement qu’on regarderoit la chaleur de l’air où l’on allume du charbon, comme la caufe qui éteint les lumières & qui fuffoque les animaux, puifqu’on fiibfifte lorfque la chaleur de l’air fait monter le Thermomètre de M. de Reaumur à 30 degrés au-deflus de zéro; au lieu qu’on feroit fuffoqué fur le champ, dans un
- (1 ) Le prix de la braife eft ordinairement à celui du charbon, comme 3 eft à 8 : à Paris, elle ne peut être vendue qu’à la petite mefure.
- (2 ) Les propriétés mal-faifantes des vapeurs du
- charbon font connues depuis long-temps ; car il eft dit que le Proconful Julien, Gouverneur des Gaules, penfa être fuffoqué par la vapeur du charbon.
- p.2 - vue 13/42
-
-
-
- ART du CHARÈÔNNÎËR> $.
- cabinet “ ou Ie charbon qu' on y allumeroit, ne feroit monter le même ther-ometre , qu'à 12 ou 1J degrés* D'ailleurs, l'abondance du phlogiftique dans le charbon, eft prouvée par la régénération du foufre, au moyen de l’acide vitriolique, par la révivification des chaux métalliques , &c. Il faut donc conclure de ce que nous venons de dire, que le phlogiftique ou la matière inflammable exifte dans la braife, mais en beaucoup moindre quantité que dans le charbon bien fait, où il eft probablement animé par un peu d'acide vitriolique. Si l'on remarque encore que la fumée du bois il'eft pas fuffoquante comme celle du charbon, quoiqu'elle excite une cuiflbn très-douloureufe dans les yeux, on peut attribuer cette différence à ce que le phlogiftique qui s’échappe avec la fumée du bois embrafé , eft mêlé de beaucoup d'eau & d'huile groflîere qui en tempere l'aélivité, au lieu que le phlogiftique du charbon n’eft pas embarraffé d'une affez grande quantité de matière étrangère pour lui ôter fon aélivité ; & il n'eft pas douteux que la fumée du bois étoufferoit à la longue, fi elle avoit acquis une certaine denfité*
- Idée générale des changements qui arrivent au bois, quand on
- le cuit en Charbon.
- Si l'on remplit une cornue de morceaux de bois , & qu'on con~ duife le feu par degrés pour l'entretenir long-temps très^violent , il pafle d'abord dans le récipient une liqueur phlegmatique : cette liqueur jaunit peu-à-peu, parce quelle devient d'autant plus chargée d'huile empyreuma-tique, quon avance plus dans la diftillation ; il s'élève quelques portions de fel ; une huile fétide & épaifle pafle enfuite dans le récipient ; & enfin le bois étant privé de tout ce qu'il peut fournir, il ne fort prefque plus rien de la cornue#
- Si r on rompt la cornue pendant quelle eft encore toute rouge, on trouve au dedans une braife ardente qui le confiime à l'inftant; mais fi on laifle refroidir la cornue fans la rompre, on trouve, au lieu du bois qu'on y avoit mis, des charbons qu'on peut allumer pour en faire du feu, ainfi qu'avec les charbons ordinaires. Que s'eft-il pafle dans cette opération ? D'abord prefque toute l'humidité du bois s'eft diflipée. Il s’eft aufli élevé, à l'aide d'un feu plus violent & avec un r elle d'humidité, une portion de l'huile contenue dans le bois. Je dis que cette portion d’huile a pafle à l'aide de l'humidité & de 1 aélion du feu, parce que quand l'humidité eft entièrement diflipée, le feu le plus violent ne peut détacher le phlogiftique ou la matière inflammable du charbon , puifqu il en refte dans le charbon , quelque violent qu'ait été le eu, pourvu que les vaifleaux fbient bien clos. Cela eft fi vrai, que fi l'on et dans une cornue du charbon bien cuit, le feu le plus violent ne pourra en enlever qu une petite quantité de phlegme légèrement chargée d'huile
- p.3 - vue 14/42
-
-
-
- 4 ART DU CHARBONNIER;
- empyreumatique : peut-être même n obtiendroit-on rien du tout , fi le charbon étoit bien fec & nouvellement tiré du fourneau.
- Pour que ces expériences réuflîlfent, il eft important de les faire dans des vailfeaux bien fermés ; car le contaél de Fair feroit diflîper le phlogiftique , & le charbon confumé ne lailferoit que de la cendre. La même chofe arrive dans les métaux imparfaits, qui ne peuvent fe réduire par eux-mêmes en chaux dans les vaiflèaux clos, mais qui s’y réduifent lorfiju on les calcine dans des vailfeaux ouverts.
- - L'huile qui a palfé par la diftillation avec le phlegme, contient certainement beaucoup de matière inflammable, & le charbon en feroit plus ardent, s’il avoit été poflîble de la lui conferver* On prouve que l'huile empyreu* matique contient de la matière inflammable, non-feulement, parce que cette huile deiféchée brûle, mais encore, parce qu'avec elle on peut produire une matière charbonneufe qui fait détonner le nitre ; & enfin, parce qu’avec cette matière deiféchée, on peut régénérer les chaux métalliques. Joignons à cela, que la fuie de bois, qui contient certainement beaucoup de cette huile, s’enflamme & brûle alfez long-temps.
- Je foupçonne, que dans les vailfeaux clos , -ùù il ne peut pas y avoir un renouvellement d’air, les fuliginofités chargées de matière inflammable, étant réverbérées fur le bois que le feu décompofe, elles le pénétrent intimement , & elles en changent la nature comme nous allons le prouver.
- On ne peut pas douter que, dans la diftillation du bois dans une cornue, il ne s’élève un peu de fel : il en fort aufli des grands fourneaux à charbon dont nous parlerons dans la fuite ; car on apperçoit aux ifïues, par lefquelles la fumée s’échappe, une matière jaunâtre, qui a une forme vermiculaire ; elle ne s’enflamme point, mais mife for la langue on y trouve un goût piquant ; c eft donc une matière faline.
- De la différence qu’il y à entre le Bois ôC le Charbon.
- Les bois, de quelque èfpece qu’ils foient, perdent leur Couleur lorfi qu’ils font convertis en charbon ; tous tirent plus ou moins fur le noir, ce qui peut venir en partie de leur grande porôfité , qui fait qu’ils réfléchit fent peu de lumière. Mais ce noir eft quelquefois terne & obfcur ; c’eft la couleur de la braife & des charbons trop confirmés. D’autres charbons font d’un noir violet & comme cuivré : ces elpeces de charbons font produits par les bois durs bien cuits. Les bois blancs & les bois réfineux donnent du charbon d’un noir pâle, tirant quelquefois fur le jaune, & d’autres paroifi fent verdâtres. Comme ces couleurs font plus fenfibles à la furface que dans l’intérieur des charbons, on pourroit en quelque maniéré les comparer à un vernis huileux, qui fe ferqit delféché à la fiiperficie du charbon ; mais je laifle
- aux
- p.4 - vue 15/42
-
-
-
- art du charbonnier. jr
- aux Phyfiüens à rechercher plus particuliérement la caufe de ces différentes
- couleurs. ^
- Le bois fe fendfuivant la direction de fes fibres, parce qu’elles éprouvent moins de difficulté à fe féparer les unes des autres qu’à fe rompre : le charbon fe rompt à peu-près, avec autant de facilité de travers, que fuivant la direction des fibres ligneufes, parce que dans fa cuiffon, il eft devenu en quelque forte un corps homogène. On parviendra à donner aux fibres ligneufes une décompofition à peu-près pareille, en faifant bouillir un morceau de bois dans de l’huile ; ce fluide gras diffout la matière graffe du bois ; la chaleur de l’huile bouillante fait évaporer toute l’humidité , & après cette exficcatioft le morceau de bois n’éprouvera gueres plus de difficulté à fe rompre qu’à le fendre ; ainfi il aura, à cet égard, acquis quelque chofe de la nature du charbon;’
- Le bon charbon eft plus lonore que le bois , parce qu’il eft beaucoup plus defféché ; car on remarque que les bois deviennent d’autant plus fonores qu’ils font plus fecs ; & fi l’on met tremper dans l’eau un morceau de charbon,' il n’eft plus fonore : les fumerons, qui ne font pas affez cuits pour faire de bon charbon, ne rendent prelque pas de fon. Laraifon de cette, différence eft facile à appercevoir ; car dans le bois les fibres ligneufes font feparées par des parties d’eau, au lieu que dans le charbon , l^ç parties folides n’ont entr’elles que de l’air. L’air tranfmet le Ion, Sc l’eau l’abforbe. Quelle différence , par exemple, ne remarque-t-on pas entre le fon d’un inftrument qui refte dans l’air libre, ou de celui qu’on plongeroit dans l’eau ? Mais de plus j' la fubftance du bois a éprouvé dans la cuiffon un changement confidérable , Sc elle a acquis une dureté qu’elle n’avoit point auparavant, puifque le charbon mord fiir les métaux : elle le préfonte dans le charbon fous l’appa^ rence d’un vernis très-deffeché ; Sc fes parties rigides font propres à produire le fon.
- Le bois, en brûlant, répand beaucoup de fumée, ïuf-tout quand il eft hu* mide; Sc quand il eft bien foc, il produit une grande flamme. Le charbon bien cuit Sc bien foc ne fume prefque pas ; il s’en échappe feulement cette vapeur pernicieufo dont nous avons parlé plus haut. Au lieu des grandes flammes blanches qui s’élèvent du bois, on n’apperçoit far un brafier de charbon qu une petite flamme bleue ou violette qui même earaélérifo le charbon bien fait ; ce qui vient de ce qu’il a perdu non-feulement la plus grande partie de 1 humidité que contenoit le bois, mais aufli fon huile la plus groflîere. Le Charbon jette donc peu de flamme ; mais il peut être pénétré plus vite par le feu qui s y eft ouvert des paffàges de toutes parts en en chaflant l’humidité qui> comme 1 on fait, fait un obftacle à la propagation du feu ; Sc delà vient que le feu de bois eft, a quelques égards , moins ardent que celui de charbon *
- parce que 1 aélion des parties ignées eft tempérée par les vapeurs humides qui s’en échappent*
- Charbonnier; g
- p.5 - vue 16/42
-
-
-
- 6 ART DU CHARB O N NIER.
- v Le bois fe pourrit en terre & fe réduit en terreau : mais le charbon eft une matière incorruptible qui relie en terre des fiecles entiers làns fe décom* polèr. Beaucoup d'Infeétes fe nourriffent du bois ; je ri en connois aucun qui attaque le charbon (*).
- En réfléchiflànt fur ce parallèle, il femble que dans la cuiifon du bois pour le convertir en charbon, il le diffipe beaucoup d'humidité Sc une portion huileulè très-inflammable , mais intimement mêlée avec du phlegme ; Sc peut-être que ce phlegme qui fe réduit en vapeurs, augmente l'aélivité du feu , & contribue à divifer les parties les plus intimes du bois. D’un autre côté, il paroît que, quand on forme un obftacle à la diflipation de la matière inflammable, elle le réverbere fur la partie terreufè du bois ; elle met en fufion une huile plus fixe, Sc elle en fait comme une elpece de bitume qui produit les différences effentielles qu'on remarque entre le charbon & le bois.
- On fait une elpece de charbon avec le Charbon foflile en enflammant cette liibfiance dans des fourneaux, & en l'éteignant dans de l'eau : par l'in* flammation on diflîpe une matière lulphureulè qui rend une mauvaile odeur> c'eft pourquoi on l'appelle du charbon défulphuré, Sc on cuit le bitume qui abonde dans ce foffiie. Quoique ce charbon diffère beaucoup de celui du bois, il s'en rapproche à quelques égards, puifqu'il devient plus aifé à allumer, Sc qu'il répand beaucoup moins de fumée ; de plus il devient un peu fonore, Sc fes parties prennent un œil brillant différent de ce qu'elles étoient lorfque le charbon de terre étoit crud, ce qui fait appercevoir que le bitume s’efl fondu, comme nous foupçonnons que cela arrive au charbon de bois. •
- On voit par ce qui vient d'être dit, que le charbon de bois peut mériter l'attention des Phyficiens ; mais de plus cette fubflance efl intéreflante pour la fociété : car le charbon fourniflant l'aliment du feu, on le brûle dans les cuifines ; Sc dans quantité d'Arts on ne peut s'en paffer * puifque indépendamment des ufàges qu'ôn en fait dans les maifons, il eft d'une abfolue néceflité pour l'exploitation des Mines. Il efl bon d'être prévenu à cet égard
- ( 1 ) Il n’eft point ici queftion de la décompofition qu’on peut faire du charbon par les opérations de Chymie; néanmoins ce que je viens de dire fur l’iu-corruptibilité du charbon a engagé M. le Comte de Lauraguais à me fournir la note fuivante ; c’efl: lui qui parle :
- Tout charbon de bois mis en poudre & projette n fur un fel alkali fixe, très-pur & fondu dans un s? creufet embrafé, s’y diflbut avec une effervefcence 3> aflfez vive. La malfe refroidie & calfée efl: parfemée » d’une infinité de points rougeâtres; elle a une forte » odeur de foye de foufre ; & fi l’on en fait la leflive, » qu’on la précipite avec un acide & qu’on la filtre, »» on a une poudre grife, laquelle mife fur les charbons »3 embrafés brûle, donne une flamme bleue,& répand * une forte odeur d’acide fulphureux volatil ; en un
- 33 mot c’efl: du vrai foufre. Cette expérience m’a 3> réufli avec toute forte de charbons , avec cette 33 différence qu’il y a des bois qui en donnent plus les 33 uns que les autres, & ce font ceux qui contiennent 33 plus d’acide vitriolique, comme celui de Chêne.
- 33 Lorfque j’ai fait cette expérience, je croyois 33 être le premier ; mais Stahl l’avoit faite avant moi, 33 &c.
- Quoi qu’il en foit de cette note de M. le Comte de Lauraguais, l’incorruptibilité du charbon étoit connue du temps de Vitruve qui en parle : il dit qu’on mettoit alors du charbon fous les pierres qu’on plaçoit juridiquement pour borner les héritages. Car s’il arri-voit quelque conteflation, on levoit la pierre, & l’e-xiftence du charbon marquoit qu’elle avoit été placée pour fervir de borne ? & non pas par hazard.
- p.6 - vue 17/42
-
-
-
- art du charbonnier.
- non-fèulement le charbon éft néceffaire pour fondre la Mine de fer, mais lÜêrne que les différentes éfpeces de charbon influent beaucoup fur la qualité du fer * car on prétend que certains charbons de bois rendent le fer doux , pendant que d'autres l'aigriffent. Mais d'où peut venir cette différence? Quels font les charbons les plus propres à faire du fer doux ? N'y a-t-il point de choix à faire dans l'efpece de bois dont on fait le charbon, dans le temps où on coupe les arbres, dans l'âge des arbres ? Toutes ces queftions font intéreffantes; On fait, à n’en pouvoir douter*, que le charbon de bois eft très-propre à fon-
- dre les Mines, & qu'on ne peut pas ufer du charbon de terre pour cet ufage * à moins qu'on ne fâche empêcher le foufre du charbon foflile d'attaquer le métal, au lieu que le phlogiftique du charbon de bois fert à l'adoucir, & à revivifier celui qui feroit réduit en chaux ï au contraire, quand il s'agit de forger de groffes maffes de fer, par exemple des ancres, il faut avoir recours au charbon de terre, qui produit plus de chaleur. Toutes ces obfervations nous préfentent autant de queftions de Phyfique qui ne font pas aifées à éclaircir»1 Lorfque l'occafion s'en préfontera, nous jetterons fur ces difficultés le plus de lumière qu'il nous fera poflible ; nous hazarderons même quelques conjeélures, bien perluadés que nos efforts engageront les Phyficiens à porter leur attention liir des objets qui en font bien dignes Pour le prouver nous allons donner une idée générale de la confommation énorme qui fe fait du charbon de bois*
- La quantité de bateaux remplis de charbon qui arrivent journellement à Paris (1 ) eft une preuve fuffifimte qu'il fe fait dans les villes confidérables une grande confommation de cette matière ; mais qu'eft-ce que cette confommation en comparaifon de celle qui fo fait dans les fourneaux des forges ? Il n'y a perfonne qui ne foit étonné des grands approvifionnements qu'on en fait fous de vaftes hangards où on lé tient à l'abri des injures de l'air : mais ce premier coup d'œil ne fuffit pas pour faire appêrcevoir jufqu'où va cette confommation ; il eft bon cependant qu'elle foit connue au moins de ceux qui après avoir fait la découverte d'une Mine, feroient tentés de l'exploiter , afin qu’ils puiffent calculer fi les bois de leur voifinage fuffiroient pour, leur entreprifo.
- Un fourneau confiime chaque jour environ huit mefures de charbon appellees Bannes : il faut quatre cordes de bois pour faire une banne de charbon ; ainfi un feul fourneau brûle chaque jour la valeur de trente-deux cordes de bois ; & fur ce pied un fourneau confume par an 11680 cordes de bois. Or un arpent de taillis en coupe de vingt ans ne donne à chaque
- C ) P arrive à Paris du charbon par chan boqueteaux voifins de Crecy-en-Brie , des l lournon, de laFeriere, de Montfort-Lamaur 11 en vient par eau du Morvant, du Nivern* la Bourgogne, qu’on charge à Auxerre, à Joj
- Sens , à Villeneuve-le-Roi. On en fait paflfer par les Canaux de Briare & d’Orléans. Il en arrive par la Marne, de Chauny , de Compiegne , de Sainte-Honorine. Enfin il en vient par l’Oile, qui entre dans la Seine à Conflans.
- p.7 - vue 18/42
-
-
-
- g ART' DU CHARBONNIER.
- coupe qifenviroii trente-fix cordes de bois (*).
- Quoique cet expofé de la dépenfe qu’occafïonne un fourneau de forge ne foit que le réfiiltat dé calculs qui ne peuvent fournir que des à-peu-près ; je les regarde néanmoins Comme fuffifànts pour guider dans la plupart des entrepriles, Sc pour faire appercevoir bien fenfiblement l’importance des recherches qu’on peut faire fur cette matière»
- Des différentes efpeces de Bois qu on employé pour faire le Charbon»
- O n peut faire du charbon avec toutes fortes de bois; mais une des premières conditions eft de n’employer que du bois dont l’efpece foit très-commune : car, comme on vient de le voir 5 la confbmmation en étant très-confidérable, le prix doit en être modique, puifque le bois diminue prefque des trois quarts de fon volume en fe convertiiîànt en charbon*
- La qualité du charbon varie fuivant l’efpece de bois qu on brûle. On -fait avec les bois durs/du charbon qui donne beaucoup de chaleur (*). C’eft 'Ce qui fait que dans certaines occafions on donne la préférence au charbon d'Epine Sc à celui de Chêne : le charbon de Hêtre & Celui de Charme viennent enfuite ; mais les charbons de bois durs font fiijets à beaucoup pétiller, ce qui, dnnc c&rtùus cas, peut produire des inconvénients.
- Les charbons de bois tendre , Comme le Bouleau , le Tremble , le Peu* plier , le Tilleul , le Pin, n’ont pas ce défaut ; & s’ils ne font pas autant de chaleur que les autres , on prétend qu’ils procurent ( & particuliérement celui de Pin) plus de douceur aux métaux, peut-être parce qu’ils Contiens ment moins d’acide vitriolique (3 ). On veut aufîi que le charbon de bois blanc foit préférable aux autres pour faire de la poudre à canon : ce fentb ment eft généralement adopté dans l’Artillerie , Sc l’Ordonnance veut qu’on n’employe, pour la poudre à canon, que du charbon de Bourdaine (4). On m’a alluré que les Anglois employant, pour la poudre à canon, du charbon fait avec les jeunes branches de Saule. Le charbon de bois blanc eft fort doux Sc d’une dureté uniforme, ce qui fait qu’on l’emploie à polir les métaux; Sc à faire des crayons pour les DeftinateurS ; mais pour ce petit ufage le charbon de Fufàin mérite la préférence. La poudre de ces charbons tendres fert aux Brodeurs Sc aux Tapiffiers, à tranfporter leurs defleins fur les étoffes, au moyen d’un papier piqué fuivant les contours du delfein P ce qu’on appelle poncer.
- (1 ) M. Robert, Maître de Forge en Angoumois, n’héüte pas de dire qu’une Forge confume plus de bois qu’il n’en faut pour chauffer deux petites Villes.
- (z ) Théophrafte donne la préférence aux bois durs Sc compares, indiquant entr’autres le Chêne & l’Arboufier ; il veut qu’ils loient jeunes, droits 3 unis ; & il dit que les bois qui ont crû en terrein fec &
- expofés au foleil, font meilleurs que les autres;
- (3 ) Théophrafle dit que les charbons de différents bois ont des avantages particuliers ; que celui qui efl fait avec le bois de Noyer, rend le fer doux; que celui des bois réfineux convient aux Orfèvres, &c.
- ( 4 ) M. le Chevalier d’Arcy penfe que le Charbon de bois dur, même de Gayac, efl aufli bon que celui de bois blanc.
- p.8 - vue 19/42
-
-
-
- 9
- ART DU CH A RB O N NIE R.
- X)c tâge que doivent avoir les Arbres quon abat pour
- en faire dît Charbon,
- Comme il faut qué l’àétion du feu pénétré jufqu’au centre deê morceaux de bois qu’on cuit en charbon , il y auroit de l’inconvénient à employer pour cet ufage de trop gros bois ; la fuperficie en ferôit Confu-mée avant que le centre des bûches fût réduit en charbon. Quand il arrive donc que les bûches font trop grolfes, on les fend, & on les réduit en • cotrets; mais outre qu’on eftime mieux le charbon de jeune bois & de rondin , ce travail ne laiife pas d’être pénible , & d’occaiionner une dépenfe qu’il faut éviter, pour une marchandé d’une auflî grande confommatiort que le charbon, & dont on ne peut porter le prix fort haut ; d’ailleurs le gros bois à brûler étant plus cher que le menu, on trouve plus de profit à n’employer que ce dernier pour faire du charbon. Enfin le bois trop vieux* & qui tomberoit en pourriture, ne feroit que de mauvais charbon, danger reux pour le feu > comme nous le dirons dans la fuite : voilà bien des raifons pouf deftiner à faire du ehafbôn, les taillis de 18 à 20 ans, qui fôurniflent des rondins de 6 à 12 pouces de circonférence, plutôt que des branchages*’ qui ayant prefque toujours le défaut d’être tortus , occafionnent des vuides dans l’intérieur du fourneau qui empêchent les Charbonniers de bien eon«^ duire leur feu. Au relie, dans les pays de forge, on convertit eh charbon prefque tous les taillis ; mais dans les forêts qu’on exploite en bois de charpente & en bois à brûler, on defline à faire le charbon tous les bois de branchage, & les mauvais taillis qui ne font point propres à fournir du bois de corde ; ou bien dans les bons taillis on fait, aux dépens des fagots, de la corde menue pour convertir en charbon ; ce qui fait que, dans une forêt où la bonne corde coûte 12 iiv. la corde pour le charbon ne fe vend que 7 à 8 livres.
- De V Exploitation des Bois pour faire du Charbom
- On abat le bois deftiné à faire du charbon > dans là même fàifon que tous les autres bois , c’eft-à-dire, depuis celle où les feuilles tombent , jufqu au mois d’Avril où la feve s’élève dans les arbres. Il y a quelques per-* lonnes qui penfent que le bois abattu l’hyver , étant moins chargé de feve, fe defleche plus promptement : mais c’eft une erreur ; car les pores du bois étant tres-ouverts l’été, & la feve en mouvement, la diflîpation de l’humidité fe fait tres-promptement ; c’eft un fait dont je me luis alluré par nombre d expériences. Cependant l’Ordonnance a agi très-fàgement en preferivant qu on abattroit les bois l’hyvèr, parce que la fôuche en foufïre moins, Sc qu en abattant un bois lorfqu’il poulfe , on perd immanquablement un Charbonnier. c
- p.9 - vue 20/42
-
-
-
- ro
- ART DU CHARBONNIER.
- bourgeon. Au refte, je n ai point fait d’expériences qui me mettent en état de décider fl la circonftance d’abattre les bois en différente fàifon influe fur la qualité du charbon.
- Le bois n’eft pas propre à faire du charbon quand il eft trop humide , Sc quand il contient toute là feve ; parce qu’il jette alors une fumée humide qui dérange les terres dont on couvre le fourneau ; comme ce bois brûle difficilement , on a peine à communiquer également le feu dans toutes les parties du fourneau , & les meilleurs Charbonniers ne peuvent empêcher qu’il ne refte beaucoup de fumerons. Quand on cuit le bois trop verd , on perd un quart de fon charbon (*). D’un autre côté, le bois tropfèc feroit fiijet à d’autres inconvénients : comme le feu fe porter oit rapidement dans les différentes parties du fourneau ^ il y auroit beaucoup de déchet, & le charbon approcheroit de l’état de la braife : l’ufàge le plus ordinaire eft donc de laiffer le bois un an dans la Vente ou dans Y Ourdou (l) avant de le brûler. La plus grande partie du charbon deftiné pour les fourneaux, fe fait dans les mois de Septembre Sc Octobre ; mais pour les particuliers on commence dès le mois de Juillet. Néanmoins quatre mois d’été fiiffifent pour deffécher aflez le menu bois ; il en faut au moins cinq pour deffécher les bûches refendues : fl ce font des mois d’hiver , il faut fix femaines ou deux mois de plus.
- Les Bûcherons coupent de deux ou deux pieds Sc demi de longueur le bois deftiné à faire le charbon pour les forges , & de deux pieds Sc demi ou trois pieds pour l’ufàge ordinaire ( Fig. iy ), entre les deux coupes, c’eft-à-dire, que la partie cylindrique de chaque morceau de bois a 2 pieds ou 2, pieds & demi, Sc fiiivant la grofleur du morceau de bois, les bouts forment un onglet B , ou une entaille (en terme d’Ouvriers, une gueule A ) : il feroit mieux que les deux bouts fe terminaffent par des onglets. Chaque coupe a environ 3 pouces de longueur; ainfi chaque morceau de bois de deux pieds peut être regardé comme ayant 27 pouces de longueur cylindrique , & ceux de trois pieds à proportion.
- A mefure que le Bûcheron coupe le bois avec la coignée s’il eft gros, ou avec le volin s’il eft menu, toujours fuivant les longueurs ci-deflus marquées, il le jette à fes côtés , & il en forme un tas difpofé en dos d’âne {Fig. 10 ). Quand le bois eft aflez gros pour qu’on le coupe avec la coignée , le manche de cet outil fert de mefure ; mais quand on coupe le bois menu avec la ferpe ou le volin, les Bûcherons n’employent aucune mefure ; & néanmoins quand ils veulent ne pas faire de fraude, ils le coupent fort jufte à la longueur qu’on leur prefcrit. Il faut leur recommander de couper les branches bien près du
- (1 ) Néanmoins Pline veut que le bois, qu’on veut convertir en charbon, foit jeune & verd.
- (2 ) Depuis qu’on a commencé à travailler dans un taillis, l'oit à le couper, foit à convertir le bois en charbon, il eft nommé un Ourdon. Les Abatteurs
- & les Charbonniers fe fervent également de ce terme : les uns & les autres difent qu’ils vont travailler à leur Ourdon, que leur Ourdon eft en tel état. Dans d’autres Provinces on fe fert du terme de Vente, & l’on ditr Tells vente n’efl propre qu’à faire du charbon, &c.
- p.10 - vue 21/42
-
-
-
- IX
- art du charbonnier.
- bois de corde, pour qu'il ne relie point d'ergots qui empêcher oient de bien
- arranger le bois en formant le fourneau.
- On fait qu après que le bois a été ainli débité, on le dilpofe en cordes, ou ce qui eft la même chofe, on en forme des tas ou de petites piles aulfi larges par en haut que par en bas ; en un mot, des piles de figure parallélipipédiques, en couchant les bâtons les uns fur les autres. La longueur de chaque corde doit être de 8 pieds, fa hauteur de 4 pieds, & fa largeur eft fixée par la longueur des morceaux de bois qui eft de 2 ou 3 pieds non compris la coupe ; ainfi une corde de bois forme un parallélipipede qui contient 64 ou 96 pieds cubes, & la coupe, en onglet ou en gueule , peut faire 8 pieds cubes.
- Avant de former la corde, on enfonce perpendiculairement, dans la terre 9 deux pieux y y ( Fig. 11 ) éloignés l'un de l'autre de 8 pieds, leur diftance marque la longueur de la corde, ils doivent avoir plus de 4 pieds au-defliis de la furface du terrein. On remplit de morceaux de bois, couchés les uns fur les autres, l'elpace qui eft entre les deux pieux qui forment les deux bouts de la corde. Dans quelques forêts on aftiijettit les pieux perpendiculaires avec des morceaux de bois fourchus qui forment des arcs-boutants , ( Fig. n);& dans d’autres on aftiijettit ces pieux avec une ou deux rames, c’eft-à-dire, avec des branches garnies de rameaux déliés qu'on entortille autour de ces pieux9 & dont on engage les bouts entre les morceaux de bois qui forment la corde;
- Quand on a arrangé fuffilàmment de bois entre les deux pieux extrêmes pour qu'il y en ait 4 pieds d’épaifteur, on dit que cette corde eft levée, & que dans un tel Ourdon ou une telle Vente, il y a, par exemple, ïoo ou 200 cordes levées.
- Comme les Marchands de bois en payent la façon à la corde, ils ont intérêt d’examiner fi toutes les cordes ont leurs dimenfions ; ils les mefurent donc les unes après les autres, ayant attention que les cordes qui ont été faites avec du bois verd , & qu'on ne mefure que long-temps après, diminuent néceflairement d’épaifteur, parce que le bois fe reflerre , fur-tout dans le fens de là grofleur ; & pour ne pas melurer la même corde deux fois, ils font couper un des pieux qui termine la longueur delà corde: le bois qui s'écroule de ce côté-là marque que la corde a été meiurée. Aflez fouvent ils fe contentent de faire coucher fur le deftus de la corde quelques bâtons qui croifent les autres £ 1 ( Fig. 11 ) ; ils examinent encore fi la corde a été établie fur un terrein uni, & où il n'y ait pas de fouches ; enfin fi le bois eft bien arrangé.
- Choix de la place pour faire les Fourneaux à Charbon.
- Les Charbonniers appellent place a charbon ,foJfe à charbon oufaulde 9
- e lieu ou ils afleyent leurs fourneaux ; ils nomment fourneau la pile de bois arrangée comme elle le doit être pour en faire du charbon. Quand la pile
- p.11 - vue 22/42
-
-
-
- 12
- ART DÜ CttARÊONNÏÈR..
- iveft que commencée , ce n’eft pas un fourneau , c’eft une alumelle : Cuïrè le charbon, c’eft brûler le bois au point où il doit T être pour en faire du charbon : il eft bon d’être inftrùit de l’a lignification de ces différents termes.
- Comme les Ouvriers cherchent à s’épargner du travail, ils eflaÿent de placer leur faulde à portée des cordes pour faciliter le tranfport du bois ; ils choifilfent auflî un endroit un peu élevé, afin que s’il venoit à pleuvoir, l’eau ne fe rendît pas fous le fourneau. Ils diminuent encore leur travail , quand ils peuvent trouver des places unies , ou bien des endroits où l’on ait déjà cuit du charbon. Enfin pour que la place foit propre à faire ( comme ils difont j un bon cuifage, il faut que le terrein ne foit ni pierreux, ni fableux. On verra , dans la foite , que ces circonftances font importantes pour bien former la couverture du fourneau : toutes ces attentions regardent les Char* bonniers. Mais comme ces travaux ont fouvent occafîonné des incendies , Sc que d’ailleurs il faut ménager les taillis ^ 1 Ordonnance veut que les places où l’on doit cuire le charbon , foient marquées parles Officiers des Eaux & Forêts qui doivent choifir un lieu ou il y ait peu de fouches , Sc allez éloigné des endroits garnis de bruyères ou d’autres herbes combuftibles , pour n’avoir rien à craindre du feu,
- On commence par bien unir le terrein , ce qui fe fait avec des pics G (Fig. 18 ), des pioches & des pelles : l’Ouvrier, qui fait ce travail, fe nomme le dre£eur ( Fig. i ) a. Cet Ouvrier trace la circonférence de la faulde, à laquelle il donne, pour les grands fourneaux, huit enjambées de diamètre a by Sc moins pour les petits. Cette mefure eft foffifàmment exaéte pour conduire leur travail.
- Le terrein étant ainfî difpofe Sc net de brouflàilles, le Charbonnier plante au milieu Sc dans l’axe du fourneau une perche e de douze à quinze pieds de hauteur, grolfe comme la jambe au bout d’en bas (I). Il met au pied de cette efpece de mât un petit tas de bois fec & facile à allumer. Quelques-uns étendent for le terrein une couche de feuilles, Sc for ces feuilles un lit de frafil (*) ; mais ordinairement on néglige ces attentions.
- Quand il y a eu des fourneaux dans un ourdon à portée des cordes, les Charbonniers en profitent pour en faire d’autres aux mêmes endroits : ils s’épargnent ainfî la peine de dreffer une nouvelle faulde, Sc ils ménagent le taillis ; car les fouches ne pouffent plus ou n'e pouffent de long-temps aux
- ( * ) Il y a des Charbonniers qui, au lieu de la perche dont nous venons de parler, mettent au milieu de leur fourneau plufieurs grandes perches qui y entretiennent un vuide qu’ils remplirent avec du menu bois, à mefure qu’ils lèvent leur fourneau ( Fig. 22).
- Dans d’autres Forêts, on arrange autour du mât des rondins de bois fec couchés les uns fur les autres, & qui forment une chambre triangulaire qu’on remplit de menu bois fec ( Fig. 23 ).
- (2 ) Il y a des Forêts ou les Charbonniers prennent des précautions qui nous-parodient inutiles ou
- même nuilibles ; ils font un plancher avec des bûches de bois blanc qui forment des rayons autour du mât qu’on place au centre du fourneau; ils remplirent les vuides qui fe trouvent entre ces bûches avec du menu bois. Quelques-uns mettent encore pardefius un lit de feuilles & un autre de frafil ; ils arrêtent les bûches du plancher avec des piquets qu’ils enfoncent en terre, & ils forment un pareil plancher à chaque étage. Cette derniere opération me paroît plus nuifible qu’utile.
- endroits
- p.12 - vue 23/42
-
-
-
- ART du CHARBONNIER. 13
- endroits on on a fait les fourneaux : l’Ordonnance veut que les Charbonniers replantent la place des fourneaux ; cependant cela ne s’exécute point. Les premières années, après que ces places à charbon ont été nettoyées, elles fe trouvent couvertes de Fraifiers, & enfuite il y paroît fouvent beaucoup de Tremble. Nous allons maintenant expliquer la façon de charger les four-
- neaux*
- Manière de voiturer le Bois SC> de charger le Foumeau.
- Les Charbonniers voiturent le bois, deTendroit ou il a été corde auprès du fourneau, avec des brouettes un peu différentes de celles qui fervent au tranfport des terres ; elles font plus commodes pour tranfporter le bois. Pour faire ufage de ces brouettes (Fig. 12 & 13 ), on arrange le bois fur des bras II ( Fig. 13), de maniéré qu’ il forme une petite pile ( Fig. 12 ), qui eft foutenue par les montants K K, MM, qui s’élèvent alfez au-delfus des bras //pour que le bois ne touche point à la roue : ces montants font tous quatre inclinés à l’horizon, mais ceux de devant le font plus que ceux de derrière». Les montants de devant fe prolongent au-delfous de la brouette pour former deux pieds L L ; ceux de derrière fe prolongent auffi au-delfous de la brouette où ils s’alfemblent avec ceux de devant. La figure 13 achèvera de donner une idée de cet inftrument qui eft fort fîmple, & dont nous parlerons encore en expliquant les figures.
- Pendant que plufieurs Ouvriers approchent le bois, le Maître Charbonnier commence à charger Ion fourneau ; les premiers morceaux de bois donc on environne le pied du mât, doivent être fecs, 8c ils s’y appuyent par leur bout fixpérieur ; leur bout inférieur porte à terre, & ils font un peu inclinés dde ( Fig. 1 ). Autour de cette première enceinte de morceaux de bois fec, s’il eft permis de parler de la forte, on en forme une fécondé avec la corde à charbon, en appuyant les bâtons qui forment cette enceinte for ceux qu’on a placés en premier lieu ; cette fécondé enceinte étant formée, on en fait une troifieme, puis une quatrième, une cinquième, &c, jufqu’à ce que tout l’aire applani & marqué foit couvert de morceaux de bois placés prefi» que debout. A chaque enceinte du premier lit, on lailfe un petit elpace large de y a 6 pouces K ( Fig. 2"), qui n’eft point rempli par les bâtons verticaux ; & le vuide d une enceinte étant toujours vis-à-vis le vuide d’une autre, depuis la circonférence de la derniere jufqu’au centre du fourneau, il refte un canal qui doit s etendre jufqu’au bois fec qu’on a mis au pied de la perche ; ce canal peut être regardé comme un foyer qu’on remplit de branchages fecs qui doivent porter le feu au centre du fourneau ; & l’on
- JL ).?line ^ en gros qu,°n arrange les bûche pyramide, qu on couvre le bûcher avec de l’an & qu après y avoir mis le feü, on perce le haut
- Charbonnier.
- donner ifliie à la fumée. Cette defeription fommaire des fourneaux à charbon indique qu’ils différoient peu de ceux d’aujourd’hui.
- D
- p.13 - vue 24/42
-
-
-
- i4 ART DU CHARBONNIER.
- verra dans la fuite que c’eft à cet endroit feul qu'on met le feu (V).
- Quand ces différentes enceintes rempliffent un efpace de cinq à lîx pieds de diamètre, on éleve fui* le premier lit Fig. 2 ) formé par l'aflemblage de toutes les enceintes que nous avons vu pofer ; on éleve , dis-je, fur ce premier lit un fécond lit ou étage g, qu'on nomme YÉdijfe. On le forme par enceintes tout comme le premier lit, 8c le Charbonnier peut encore en arranger le bois étant à terre : c'eft pour cette raifon qu il le commence avant d'avoir achevé le premier. Nous ferons feulement obferver, qu'autant qu'il eft poffible, on met les morceaux de bois les plus menus dans les lits inférieurs y 8c les plus gros font réfervés pour les lits plus élevés. On a encore foin de choifir, dans le bois deftiné pour chaque lit, les plus gros brins quon met entre le centre 8c la circonférence. Lorfque le fécond lit eft devenu prefque aufli grand que le premier y on augmente celui-ci, puis le fécond, juf qu'à ce que le premier lit couvre tout le terrein a b ( Fig. i ) que doit occuper le fourneau. Les Charbonniers forment ainfi fuccefïïvement les deux premiers lits pour avoir la facilité d'arranger le bois à la main y fans monter fur le fourneau.
- Le troifieme lit hy qu’on nomme le grand haut y fe forme par un aflemblage d'enceintes comme les deux premiers ; mais il faut monter fur le fécond lit pour arranger le bois: ainfi le fécond étage fert de foutien au troifieme, comme le premier en fert au fécond. Sur le troifieme étage h y on en éleve ordinairement un quatrième i, qu’on nomme le petit haut y 8c quelquefois un cinquième. On continue à ajouter du bois à la circonférence des lits , commençant toujours par les inférieurs, jufqu'à ce que tout le terrein deftiné au , fourneau foit garni y 8c que le tout repréfente un cône tronqué terminé par une calotte ( Fig. 25 ).
- - Les fourneaux prennent cette figure conique & arrondie par deflus y à l'égard du premier lit, parce que les bâtons les plus proches du mât étant moins inclinés que ceux de la circonférence , le plan fupérieur de ce lit fe trouve bombé vers le milieu. Le fécond lit l'eft encore davantage, parce qu'outre la raifon que nous venons de rapporter & qui fubfifte, les bâtons du premier lit portent fur une bafe plane, au lieu que ceux du fécond lit portent fur une bafe convexe. Les bâtons du centre des lits les plus hauts doivent s'élever encore dans une plus grande proportion par rapport à ceux de la circonférence des mêmes lits, ce qui arrondit le haut du fourneau à la partie tronquée du cône y comme on le voit ( Fig. 2 J ) , où les bâtons du petit haut i i font prefque horizontaux.
- Quoique jufqu'ici nous ayons toujours employé le mot de fourneau y il eft bon de fe rappeller que les Ouvriers ne s'en fervent que quand les étages
- (1 ) Les Charbonniers qui ne ménagent point la gallerie K, mettent le feu par le haut du fourneau. Je ne puis approuver leur méthode.
- p.14 - vue 25/42
-
-
-
- ART DU CHARBONNIER. ly
- font finis- Nous avons déjà dit qu’un fourneau commencé & qui n’a que deux ou trois étages, s’appelle, en terme de Charbonnier , une Alumelle.
- La longueur des morceaux de bois & le nombre des étages indiquent quelle doit être à peu-près la hauteur du fourneau : il a plus ou moins de circonférence par en-bas , fuivant qu’on veut cuire une plus ou moins grande quantité de bois ; car on fait pour les Particuliers de petits fourneaux, pour convertir en charbon feulement cinq, fix ou huit cordes de bois; & pour le fervice des Forges on en cuit quelquefois, dans un feul fourneau , cinquante cordes. Dans la Forêt d’Orléans, où il n’y a point de Forges, les plus petits fourneaux font de cinq cordes, Sc les fourneaux ordinaires de dix.
- Il y a un avantage confidérable à faire de grands fourneaux ; car le bois qui fe confume pour former le foyer central dont nous parlerons, êft à peu près le même pour les petits fourneaux que pour les grands, ainfi la perte du bois eft proportionnellement plus grande pour les petits ; comme d’ailleurs il convient de faire les fourneaux d’autant plus grands que le bois eft plus gros, je voudrois que les fourneaux faits avec du bois de jeunes taillis fuffent de 30 à 40 cordes, & ceux de bois plus gros ou de fente, fuflent de yo à 60 cordes. La confommation du bois pour le foyer central & pour ce qui fe perd dans le bougeage, peut être eftimé un cinquième, à l’égard des petits fourneaux de dix cordes ; mais elle eft beaucoup moindre lorfque les fourneaux font de yo cordes.
- Maniéré de bouger le Fourneau*
- Le fourneau étant ainfî drefle, il 'refte , pour l’achever, une autre
- opération, mais qui exige moins d’adrelfe que les précédentes : il s’agit de
- le bouger, ou de le couvrir de terre & de cendre : ôn employé à cet ufage la
- terre qui fe trouve aux environs du fourneau ; ceft pour cela qu’on évite
- d établir le fourneau for un terrein lablonneux, <§c ou il y ait beaucoup de
- pierres, fur-tout quand le charbon eft deftiné à l’ulàge des Forges ; car s’il fo
- mêle des pierres avec le charbon, certaines elpeces dérangeroient tellement
- la fonte, quily a des Maîtres de Forges (*) qui mettent leur charbon dans
- l’eau afin que les pierres fe précipitant au fond, Ils foient fûrs qu’il n’en refle pas dans le charbon.
- Deux Charbonniers piochent la terre qui environne le fourneau, & un autre prend cette terre avec une pelle, & l’applique ( Fig. 3 ) fur tout l’exteneur u cône formé par les morceaux de bois arrangés comme nous dit. on eflàye de la faire tenir en la battant avec le plat de la pelle ;
- mais comme on auroit peine à l’empêcher de couler fi elle étoit bien feche ( ' ) M. Robert.
- p.15 - vue 26/42
-
-
-
- itf ART DU CHARBONNIER.
- on a foin de la prendre un peu humide. Il faut que l’extérieur du fourneau foit entièrement couvert d’une couche de terre de trois ou quatre pouces d’é-paifleur , excepté un efpace d’un demi-pied de diamètre à fon fommet près l’extrémité fupérieure du mât, ou on ne met point de terre pour laifïer une ifliie aux premières fumées, & afin de déterminer le feu à fe porter dans l’axe du fourneau. Dans quelques Forêts on ne ménage point cette ouverture, & l’on a grand tort , comme nous le ferons remarquer dans la fuite. Les Charbonniers qui ne forment point non plus de gallerie pour conduire le feu au centre du fourneau , & qui l’allument par en haut , ont l’attention en bougeant leur fourneau, de laiffer le bois découvert tout autour & vers le bas à la hauteur d’un demi-pied, pour que l’air puiffe entrer par cet endroit ; & quand le fourneau efl bien allumé , ils bougent cette partie.
- Si le Maître Charbonnier, qu’on nomme le Drejjeur > s’apperçoit que la couche de terre n’efl pas bien jointe en quelques endroits, il y met quelques pellèes de terre, & il monte fur le fourneau fans échelle pour la battre & l’unir. Comme on ne manque pas de cendre dans les endroits où on cuit le charbon, on a coutume d’en jetter une couche mêlée avec du frafil ou pouf* fier de charbon fur la couche de terre qui en prend plus de confiftance, & le fourneau en efl mieux bougé. Quelques Charbonniers ne mettent cette couche de frafil , que quand le fourneau efl allumé. Un terrein trop pierreux , ou d’un fable trop coulant, ou d’une glaife trop compaéte, ne feroit pas propre à faire une bonne couverture ; ainfi la nature du terrein où l’on afîîed les fourneaux , intéreffe beaucoup les Charbonniers. On conçoit encore qu’il ne feroit pas poflîble dé bouger le fourneau, fi la terre étoit gelée ; c’efl pourquoi ceux qui ont befoin de grands approvifionnements de charbon, feront très-bien de faire bouger leurs fourneaux avant le mois de Novembre. Les pluies ni la neige n’empêchent point de cuire, pourvu que le fourneau foit établi en terre faine & un peu légère qu’on puiffe manier pour recouvrir le fourneau quand il s’y forme des fentes.
- Quand on établit des fourneaux dans des terreins où il y a beaucoup de pierres, on habille les fourneaux avec une couche épaiffe de feuilles, & par defliis du frafil mêlé avec un peu de terre. L’ufàge d’employer des feuilles fait que les Charbonniers de ces Forêts ne difent point qu’ils bougent leurs fourneaux, mais qu’ils les fouillent.
- Comment on doit cuire ou réduire en charbon le bois contenu
- dans le Fourneau.
- Quand le fourneau efl entièrement bougé, on y peut mettre le feu ; & pour cela, fi on ne l’a pas fait d’avance , on fourre dans la gallerie que nous avons nommé le foyer, des branchages & des feuilles d’arbres bien
- feches,
- p.16 - vue 27/42
-
-
-
- ART du CHARBONNIER. j7
- feches en un mot des matières qui s'enflamment aifément. On introduit ces matières par l'ouverture K ( Fig. 2 ) qu’on a ménagée à la couche inférieure du fourneau, & quon a évité de fermer avec la terre qui a fervi à le bouger. Si-tôt qu’on a allumé le feu, il s’établit un Courant d’air qui entre par cette ouverture K , 8c qui fort par l’ouverture d’en-haut p , {Fig. 4). Si on fe rappelle qu’on a mis au pied du mât du bois fec ; que la première couche eft faite avec le bois le plus menu ; & qu’entre ce bois menu on a mis celui qui a moins de grofleur vers l’axe du fourneau, on concevra que le feu doit fe communiquer promptement à cêt endroit, & agir d’abord fur la première couche : car comme le feu mis à l’ouverture K ( Fig. 2 ) ne rencontre en fon chemin que des matières qui s'enflamment aifément ; & comme il eft pouffe vers le centre du fourneau par la circulation de l’air, parce que le faîte du fourneau p ( Fig. 4 ) n’eft point couvert de terre, l’air que la chaleur raréfie, prend fa route le long du mât qui eft dans l’axe, & il s’échappe avec cet air, une fumée épaifle, blanche & aqueulè par l’ouverture fiipérieure p 9 qu’on peut regarder comme la cheminée du fourneau. L’air extérieur qui n’a d’autre ouverture que celle K ( Fig. 2), où on a mis le feu, par laquelle il puiffe s’introduire, fouffle continuellement la flamme, & porte le feu vers le centre de la couche inférieure ; mais ce feu, pour ainfi dire, central , occafîonne une chaleur qui fe répand dans toutes les parties du fourneau ; car il n’y a point de morceau de bois qui ne fume, & qui ne le defle-che plus ou moins. Sans doute qu’une partie, de cette humidité s’échappe par la cheminée du haut du fourneau, & qu’une partie s’imbibe dans la terre qui le recouvre, puifque cette terre devient un peu humide. Quoi qu’il en foit, pendant que cette circulation d’air continue, le feu qui agit principalement vers l’axe de tout lé fourneau, fe porte d’abord au centre de la première couche, enfuite au centre de la fécondé, & ainfi de fuite d’étage en étage, tant qu’il refte une ouverture au haut du fourneau, de forte que fi l’on n’avoit pas l’attention de la fermer au bout d’un certain temps, tout le bois le confumeroiti
- Le Charbonnier reconnoît que le milieu du fourneau eft bien èmbrafé, & que la perche que nous avons nommée le mât, eft confumée, à la fumée qui diminue, ou qui perd de fon intenfité, à mefure qu’elle prend de l’âcreté, qu on fent quand on eft forcé de la relpirer , ou qu’on en reçoit dans les yeux ; & cela arrive ordinairement dans les grands fourneaux au bout de 10, 12 ou iy heures; alors le Charbonnier fonge à fermer l’ouverture qu il avoit ménagée au haut du fourneau, en obfervant certaines précautions dont nous allons parler. La raréfaélion des vapeurs humides qui lortent bois, fait quelquefois un bruit lourd dans l’intérieur du fourneau , qui erminc par une explofion qui rompt la couverture de terre. On doit y remedier fur le champ ; car il faut être continuellement attentif à mettre de la
- Charbonnier. P
- p.17 - vue 28/42
-
-
-
- i8 ART DU CHARBONNIER.
- terre & de la cendre à tous les endroits où il fe montre de la fumée ; comme elle indique la route que prend le courant d’air, & celle que doit liiivre le feu j, il eft important qu’elle ne paroifle que vers les parties où le Charbonnier veut porter le feu.
- Quand le Charbonnier juge aux marques que nous avons rapportées, & à - un petit affairement qui fe fait au haut du fourneau, qu’il eft temps de fermer l'ouverture de cet endroitp p ( Fig. 4 ) ; il y monte avec une échelle placée comme dans la Figure 3 : il ne court aucun rifque d’être incommodé de la chaleur ; car la liirface extérieure eft encore prefque froide , liir-tout au bas du fourneau : il jette quelques rafées ou paniers de charbon dans le fourneau pour entretenir le brafier qui doit être au centre , remplir le vuide qui s’eft fait dans l’axe , prévenir que le fourneau ne s’affaiffe trop tôt , & donner un appui à la terre & à la cendre qui doivent fermer cette ouverture. Si-tôt qu’il a mis affez de terre & de cendre pour qu’il ne forte plus de fumée par l’ouverture p p ( Fig. 4), il ne perd point de temps pour fermer l’ouverture K(Fig.3) par laquelle on a mis le feu ; car fi l’air continuoit à entrer dans le fourneau, il pourroit exciter le feu au point de faire crever la couverture ou le bougeage du fourneau, ce qui feroit fujet à inconvénient fi on n’y re-médioit pas fur le champ : en un mot il eft néceflàire que le Charbonnier foit toujours maître de diriger l’aélion du feu vers les parties qu’il juge n’en avoir pas été affez pénétrées.
- Si le fourneau reftoit ainfi fermé de toutes parts, le bois cefferoit bien-tôt de brûler ; car le feu ne s’entretient que par le renouvellement de l’air : mais pour cette même raifon le Charbonnier eft le maître de porter le feu qui eft au centre, à la partie du fourneau où il juge qu’il eft néceflàire pour cuire le bois : il n’a qu’à faire des ouvertures à ces endroits, la fumée en fortira, & le feu prendra la route vers ces elpeces de cheminées. Quoique le feu foit amorti quand on ferme les ouvertures dont on vient de parler, il ne s’éteint pas fubitement ; il s’excite même une violente chaleur dans tout le fourneau ; & c’eft alors que le bougeage paroît humide.
- Le Charbonnier examine les endroits où le fourneau eft le moins échauffé, 8c c’eft ordinairement vers le bas ; il perce, avec le manche de là pelle, le bouge du fourneau de dix à douze trous différents, éloignés lés uns des autres d’un demi-pied : ce font autant de petites cheminées par lefquelles on voit s’échapper beaucoup de fumée; & ce côté du fourneau s’échauffe, de façon qu’on ne làuroit le toucher, pendant que les autres parties relient presque froides.
- On juge que le feu fe diftribue bien, quand l’affaiflement du fourneau fo fait également ; s’il s’affaifloit trop dans quelques endroits , on y mettroit de la terre, & il faudroit faire des ouvertures aux endroits où il ne fe feroit point fait d’affaiflement.
- p.18 - vue 29/42
-
-
-
- ART DU CHARBONNIER. ip
- Les raifons des pratiques que fuivent les Charbonniers dans la conftruétion de leur fourneau & dans leur maniéré de conduire le feu, fe préfenteront cfelles-mêmes à ceux qui voudront confidérer , que pour convertir le bois en charbon , il faut diflîper l'humidité du bois, & mettre en fufion la partie grade & inflammable qui ne s’échappe pas en fumée avec l’humidité : il ne s’agit donc que de faire brûler le bois en partie. Or pour brûler le bois jufqu’au point convenable , il faut commencer par établir au centre du fourneau un brafier confidérable, & être enfuite maître de porter fucceflive-ment l’aétion du feu aux différentes parties du fourneau, de façon qu’il n’a-gifle lur le bois qu’autant qu’on le juge à propos. On n’eft pas maître d arrêter ni de graduer l’aétion du feu quand elle s’exerce fiir un monceau de bois qui brûle en plein air ; mais la terre qui couvre le fourneau, fait que l’Ouvrier conduit le feu comme il lui plaît, & qu’il l’arrête quand il le veut : nous avons vu qu’il l’a attiré d’un côté du fourneau ( Fig. y ) ; veut-il rallentir fon aéîion de ce côté, & l’exciter du côté oppofé \ il n’a qu’à boucher les trous ouverts , Sc en ouvrir de nouveaux de l’autre côté ; c’efl ce que nous lui verrons faire tout à l’heure. Mais pour porter ainfi l’aétion du feu dans les différentes parties , il étôit néceffaire, comme nous l’avons déjà remarqué, d’avoir un grand brafier au centre du fourneau ; c’eft ce qu’on s’eft procuré en laiffant d’abord l’ouverture pp ( Fig, 4 ) libre un affez long efpace de temps. On apperçoit préfentement ce qui nous a fait blâmer la pratique de ceux qui, au lieu de' cette grande ouverture, en font d’abord un nombre de petites tout autour du fourneau.
- Peut-être demandera-t-on pourquoi on a préféré de mettre, en élevant le fourneau, les morceaux de bois dans une pofition verticale, plutôt que dans une horizontale ? pourquoi on les a mis debout, au lieu de les coucher par terre, ou les uns fur les autres (Fig, 20.) ? Sans doute qu’on a tenté l’une & l’autre maniéré, & qu’on a choifl celle que les expériences ont montré être la meilleure : indépendamment de ces expériences qui probablement ont été fouventrépétées, il faut convenir que la figure qu’on donne auxfourneaux efl une des meilleures pour les rendre fiables : fi on leur donnoit la même figure en couchant-les bâtons ( Fig. 20 ) , les enceintes de chaque couche fe~ roient plus garnies, & auroient moins de vuide du côté du mât ou delà perche qui occupe le centre, que vers la circonférence, puifque les bâtons feroient des rayons divergents ; au lieu que par l’arrangement qu’on fuit, on ménage un vuide a peu-pres égal par-tout : d’où il réfulte que le feu ne trouve patf plus de difficulté à avancer dans un fens que dans un autre. La fumée & l’air chaud ont par-tout un cours à peu-près également libre, puifque par la dif* pofition des bâtons, ils trouvent autour de chacun d’eux une efpece de petite c eminee, par le moyen de laquelle la chaleur agit fur toute la longueur de c aque bâton. Si dans une cheminée d’appartement on veut former beaucoup
- p.19 - vue 30/42
-
-
-
- 20 ART DU CHARS O NN 1ER.
- debraife, rien n’eft mieux que de mettre le bois debout. D’ailleurs fi les Charbonniers dilpofoieiit le bais comme dans la figure 20, il fe feroit au cen^ tre du fourneau, lorfqu’on ferme l'ouverture p {Fig. 4) , un grand vuide qu’on ne peurroit remplir ; au lieu qu’en mettant les bâtons luivant l’ulage ordinaire, ils s’écroulent, & ils rempMent d’eux-mêmes le vuide qui s’y forme, à mefure que le bois fe confirme-.
- Quoi qu’il en foie des raifons qui ont déterminé lés Charbonniers à placer le bois debout ; quand ils jugent que le bois eft réduit en charbon du côté où ils ont attiré le feu, ils bouchent les trous qui laiffoient échapper la fumée, Sc ils en ouvrent de nouveaux d’un autre côté où ils défirent que le feu fe porte: le côté oppofé fe refroidit peu à peu , pendant que celui-ci s’échauffe ; Sc par cette induftrie le Charbonnier fait parcourir tour à tour au feu toutes les parties du fourneau : mais quand faut-il boucher les anciens trous, Sc en ouvrir de nouveaux ? c’eft là la Icience du Charbonnier, dont le jugement eft principalement guidé par la quantité & la denfité de la fumée*
- La fumée eft formée par l’humidité qui fort du bois , Sc par une portion de l’huile du bois qui s’échappe avec cette humidité , ou par cette fiibftance volatile qui forme la fuie. Or le bois eft plus chargé que le charbon de matières propres à former la fumée ; & moins le bois eft brûlé , moins il approche de l’état de charbon, plus il donne de fumée. Ainfi quand la fumée ne fort plus fi épailfe par les trous, quand elle èft devenue rare à un certain point, quand elle n’eft plus qu’une vapeur piquante, le Charbonnier lait qu’il eft temps d’y arrêter le feu , l’ulàge lui ayant appris à diftinguer la fumée du bois de celle du charbon. S’il laiffoit trop long-temps le feu dans un même endroit, le charbon s*y conlùmeroit trop , Sc s’y réduiroit en brailè ; & fi on ôtoit le feu avant que le bois fût alfez brûlé , on auroit quantité de fumerons , & le charbon ne vaudroit rien. L’habileté du Charbonnier con-fifte donc à faire bien brûler le bois fans le trop confiimer, & à le faire brûler à ce même point dans toutes les parties du fourneau.
- Si l’on fe rappelle que nous avons dit plus haut qu’on peut faire très-aifé-ment du charbon dans des vaiifeaux clos ; que c’eft dans ces fortes de vaifi-feaux qu’on fait le charbon dèFufain pour lesDeflînateurs; qu’on fe contente en ce cas de remplir de bâtons de Fufiun un tuyau de fer ou un creufet exactement couvert ; Sc qu’après avoir tenu un temps ûiffifant ce tuyau ou ce creufet dans un grand feu, on en retire du charbon très-bien cuit : fi l’on joint à cela que quand on fait diftiller du bois dans une cornue, il s’y convertit en charbon, on concevra que, pour faire de bon charbon, il faut beaucoup de chaleur, mais peu ou point de flamme ; & c’eft ce qui arrive aux fourneaux des Charbonniers lorfqu’ils font bien conduits. Le grand bra-fier qui eft au centre produit beaucoup de chaleur ; on entretient le feu ; on empêche qu’il ne s’éteigne entièrement, en faifantles petites ouvertures dont
- nous
- p.20 - vue 31/42
-
-
-
- art du charbonnier.
- nous avons parlé ; mais on les tient affez petites, pour qu’il n'y ait point de flamme. Ces ouvertures.fuffifent pour lailfer échapper ce qui, dans la di-ftillation à la cornue, paffe dans le récipient ; & aufll-tôt que cette fumée inutile eft difïïpée, on ferme les ouvertures qu on peut regarder comme les regiftres des fourneaux de Chymie.
- Les Artiftes font fouvent fort incommodés dans leurs opérations par le vent qui frappe dans leurs fourneaux, St excite le feu plus qu’ils ne vou-droient ; alors ils ferment les fenêtres ou les portes qui donnent immédiatement fur leur ouvrage* Il y a aufli des temps où les grands vents incommodent fort les Charbonniers en excitant trop l’ardeur du feu ; alors ils entourent leur fourneau d’une efpece de paravent qu’ils font avec des claies de 7 à 8 pieds de hauteur St de 6 à 7 de largeur : elles font ordinairement faites avec des genêts Ou des rofeaux qu’on retient entre des perches.
- Un grand fourneau de charbon eft ordinairement en feu fix à fept jours ; St un petit, trois ou quatre, auparavant que tout le bois foit fuffifamment cuit : alors, quand on s’apperçoit que le feu s’eft répandu par-tout, que la terre fort échauffée paroît rouge dans l’oblcurité, on bouche tous les trous, St on charge de nouveau la chemife de nouvelle terre ou de frafîl, afin que le feu s’éteigne par-tout.
- Le volume du bois diminue à mèfiire qu'il fe change en charbon (*) ; St par la même raifon le volume du fourneau diminue : les fourneaux où l’on vient d’éteindre lé feu, n’ont pas la moitié de la hauteur qu’ils avoient après avoir été bougés. On ne conclura pas pour cela que le volume du bois ait diminué de moitié en le convertiflànt en charbon : car la bafe du fourneau ne diminue pas en même proportion que là hauteur ; la diminution n’y eft prefque pas fenfible. La terre qui couvre le fourneau , le fuit à mefiire qu’il s’affaiffe ; St cet affaiffement occafionne fréquemment des crevalfes qui don-* neroient des ifliies à la fumée, aux endroits où le Charbonnier n’a pas deffein de les placer; mais il a toujours attention de les fermer, ainfi que les trous qu’il a fait à deffein, avec de la terre qu’il bat du plat de fa pelle.
- Du refroidijfement du Fourneau. /
- Quand toutes les ouvertures du fourneau font fermées > l’aétivité du feu y eft confidérablement diminuée ; mais dans l’intérieur il fubfifte une grande chaleur qui pendant un temps contribue encore à cuire le charbon : néanmoins le feu s’éteint peu-à-peu ; St quand les Charbonniers jugent qu’il l’eft entièrement, pour précipiter le réfroidiffement du charbon, ils le découvrent de la maniéré fiiivante : Un Ouvrier ( Fig. 6 ) emporte avec un rateau
- . ( morceau de bois qui auroit 12 pouces de converti en charbon; & il perd 2 ou 3 pouces fur fa
- circonrerence , eft réduit à 8 pouces lorfqu’il eft longueur, qui eft de 2 ou 3 pieds.
- Charbonnier. p
- p.21 - vue 32/42
-
-
-
- 22
- ART DU CHARBONNIER.
- qui a de longues dents de fer D C {Fig. 16), qu'ils nomment arc, la plus grande partie de la terre qui recouvre le fourneau. Un fécond Ouvrier ( Fig» 7 ) SF* luit-, °te> avec un rable de bois H ( Fig. 17), la terre feche , & pour ainfi dire, pulvérifée, jufqu'à ce que la forme du charbon paroiffe , fans pourtant le mettre entièrement à découvert. Comme, pour peu qu'il reftât de feu dans le fourneau, l'embrafoment fe rétabliroit, un troifieme Ouvrier ( Fig. 8 ) vient après celui qui manie le rable ; & avec une pelle F ( Fig. 19 ), il reprend la terre qui vient d'être ôtée , Sc il la rejette for le fourneau. Par cette opération ils précipitent le refroidiflement du charbon , & ils ne courent point le rifque de le voir le rallumer. Enfin le fourneau étant entièrement refroidi, on ôte toute la terre, & on en tire le charbon pour le tranfporter, comme nous allons l'expliquer.
- Mais il eft prudent, quand on ouvre le fourneau, de ne tirer le charbon que d’un côté, afin que fi l'on appercevoit encore du feu, on pût interrompre le travail, & remettre de la terre pour prévenir un embrafement général ; ce qui eft quelquefois arrivé.
- Maniéré de tranfporter le Charbon aux Forges ou dans les Villes.
- Q u and le charbon eft bien refroidi, & qu'on eft certain qu'il ne contient plus de feu, on le tranfporte à fournie, ou par charroi aux endroits ou on le doit confommer, ou au bord de quelque riviere, où on le charge fur des bateaux. Quand on veut le tranfporter à fournie, on le met quelquefois dans de grands facs qu'on charge fur les bêtes de femme , comme on le pratique pour le tranfport des grains & de la farine. Dans d'autres Forêts, on met le charbon dans de petits facs qu'on arrange en pyramide parallèlement à la longueur du Cheval : l'une & l’autre façon de faire ces femmes eft repré-fentée dans les figures 21 & 21 *; mais quand les chemins font praticables, on préféré le tranfport par charrois ; & il fe fait ou dans des fourgons ou dans des bannes.
- Les fourgons font de grandes charrettes ( Fig. 22 ) dont les ridelles font garnies de claies : il n'y a point d'enfonçure à ces charrettes, ou plutôt l'en-fonçure eft formée par des claies retenues avec des cordes qui forment un dos de bahu renverfé. Comme le charbon n'eft pas une matière fort pefànte, on augmente la capacité de la voiture par cette enfonçure concave, & on emplit la voiture comble, auflî en d’os d'âne ; puis, pour empêcher que le charbon ne tombe, on le couvre avec des claies qui font affujetties par des harts : la concavité de l’enfonçure rend les voitures moins fiijettes à verfer ; mais on ne la peut pratiquer que dans des chemins où il n'y a pas d'or-nieres profondes.
- Dans les pays de forges, on tranfporte communément le charbon dans des
- p.22 - vue 33/42
-
-
-
- ART DU CHARBONNIER. 23
- bannes jaugées ( Fig. 14) : ce font des efpeces de charrettes, ou plutôt des tombereaux; elles font de même revêtues tout autour de planches légères ; on ne les vuide point par derrière en les renverfant, comme les tombereaux ; mais le fond eft formé par quatre trapes RS TV( Fig. 14 *) , qui s’ouvrent quand on veut vuider la banne.
- J’ai dit qu’il failoit être bien certain que le charbon étoit entièrement éteint avant de le tranlporter du fourneau : cela eft de la plus grande importance ; car le feu couve quelquefois long-temps dans les gros charbons, & on a vu le feu prendre comme de lui-même à des charrettes qui étoient remplies de charbon, & même aux bâtiments où on l’avoit mis en magafin. C’eft principalement pour cette raifon que les Charbonniers n’aiment pas à cuire en charbon du bois de branchage, parce que le feu fe conferve fans qu’on s’en apperçoive, dans les morceaux de bois creux , les nœuds pourris,
- Sec.
- Quatre cordes de bois produifent communément une banne de charbon* La banne contient 14 , ij ou 16 poinçons , jauge d’Orléans * de 240 pintes meftire de Paris. Le grand fac de charbon pefe environ 125 liv. La verfe de charbon en contient environ 35 liv. & la banne 2J00 liv. Quand le bois eft verd & menu, il en faut quelquefois y à 6 cordes pour faire une banne de charbon; mais un habile Charbonnier qui cuit de bon bois, n’employé que quatre cordes pour faire une banne de charbon. Un arpent de bois taillis bien garni rend environ 36 cordes de bois, & par conféquent neuf bannes de charbon*
- Ces mefures ont été fournies à l’Académie par M. Tresaguet , un de fos Correfpondants, & elles ne s’éloignent pas beaucoup de nos propres obfer-vations ; car on remarque en gros qu’un petit fourneau compofé de quatre cordes mefure de la Forêt d’Orléans, ce qui fait à peu près 12 milliers pelant lorfque le bois eft encore verd, & qu’on voiture en quatre charrettes attelées chacune de quatre chevaux , fournit une charretée de charbon qui pefe deux mille quatre à cinq cens livres ; de forte qu’une corde de bois verd produit 4 poinçons de charbon qui pefent chacun iyo liv. Mais le bois fec rend plus de charbon ; & dans ce cas on eftime que la diminution du bois qu’on convertit en charbon eft des trois quarts. Suivant M. Trefaguet, la banne de charbon pour les forges de Nivernois , coûtoit, prife dans le bois, 4liv. 3 fols 2 den. Mais ce prix a beaucoup augmenté : maintenant la corde, pour faire du charbon, coûte, dans la forêt d’Orléans, depuis 6 jufqu’à 7 & 8 liv. il en coûte 1 liv. y fols par corde pour les cuire ; ainfi une charretée de charbon qui eft le produit de 4 cordes de bois, coûte au moins 29 liv. dans la forêt d’Orléans.
- Deux livres ou 32 onces de bois de Chêne nouvellement abattu dans le mois d Oélobre, étant mis en diftillation dans une cornue, m’ont rendu 6
- p.23 - vue 34/42
-
-
-
- 24 ART DU CHARBONNIER.
- onces 2 gros de charbon ; ainfi 256 gros de bois verd ont rendu fù gros de charbon : ce déchet efl de 206 gros, & l'on n’a ps en charbon un cinquième de ce qu'on a employé de bois.
- Dans le même temps 3 2 onces de bois de Chêne très-fec , mais fàin, ont rendu 9 onces 4 gros de charbon ; ainfi 256 gros de bois fec ont rendu j6 gros de charbon, c efl: 180 gros de déchet, & on a en charbon entre le tiers & le quart du bois qu'on a employé.
- Le charbon du bois verd étoit plus dur que celui qui étoit fait avec le bois fec.
- jDu choix du Charbon , SC de fes différents ufages.
- Le bon charbon doit être léger, fondre, en gros morceaux brillants qui fe rompent aifément. On eflime celui qui efl en rondins , & qui ne relie pas chargé d'une grofle écorce. Le charbon réduit en petites parcelles ne laiflant pas afTez d'air entre les morceaux, s'allume difficilement, produit de la fumée, & répand une mauvaifè odeur : celui qui étant trop cuit , efl: réduit comme en braife , donne peu de chaleur. Le charbon qui a été mouillé efl lourd , a le défaut de s'allumer avec peine, & de ne jamais brûler avec vivacité , & il fe confume fans produire la chaleur vive qu'ôn defire , à moins que le feu ne foit animé par de forts foufflets. Je ne crois pas que les parties du charbon foient pénétrables à l'eau ; car il fe conferve très-bien dans les caves , & même mieux que dans les lieux fecs où il fe brife en petits mor-
- t
- ceaux ; l'eau cependant s'infinue entre fes pores, puifqifil devient pelant.
- La plupart des Forgerons, & JoufTe dans fon Traité de Serrurerie , prétendent que le charbon gardé en Beu fec, efl d'autant meilleur qu'il efl plus vieux. Pour les forges il ne faut point employer le charbon , qu'il ne foit refroidi au moins pendant trois Termines: le charbon trop nouveau fe confume très-vîte : fa chaleur très-brufque altéré le fer. Le charbon qui n'efl pas afTez cuit, a une couleur grife ; il fe rompt difficilement, & en brûlant il fait une flamme blanche , & répand beaucoup de fumée ; il brûle à la maniéré du bois , ce qui fait appeller ces morceaux de charbon des fumerons.
- Les qualités que nous venons d'indiquer, conviennent au charbon à quelque ufàge qu'on le defline ; & fes avantages fur le bois font de faire un feu afTez vif & réglé , fans répandre de fumée, ce qui le rend nécefîàire dans les Cuifines pour allumer les fourneaux fur lefquels on fait les ragoûts, qui étant chauffés avec du bois, contraéleroient fouvent une odeur de fumée très-dé-fagréable, & feroient fouvent brûlés, parce que la flamme du bois produit une chaleur très-vive, mais paflàgere.
- Ces mêmes raifons font que les Ouvriers qui foudent en foudure forte, ne peuvent fe paffer de charbon, & même de charbon qui ne foit point fujet à
- trop
- p.24 - vue 35/42
-
-
-
- ART DU CHARBONNIER. ^
- trop pétiller. U en eft de même des Fondeurs, qui fouvent couvrent leur métal avec le charbon pour empêcher qu' il ne fe réduife en chaux : en cela le charbon de bois différé beaucoup du charbon foffile ; car celui-ci contient des parties fulfureufes qui détruifent le métal, au lieu que le charbon de bois reftitue au métal le phlogiftique que l'aétion du feu auroit pû lui faire perdre. C'eft cette même raifon qui rend le charbon de bois fi utile pour l'exploitation des mines. On conçoit bien fans doute que quand nous avons parlé des Fondeurs , nous n'avons point eu en vue ceux qui mettent le métal en fonte par la réverbération de la flamme du bois, comme ceux qui fondent les cloches, les canons de bronze, &c.
- Quoique le charbon de terre foit préférable au charbon de .bois pour les forges, parce qu'il produit une chaleur plus vive, on ne laiffe pas, dans les endroits où le charbon de terre manque > de réuflir à forger de groffes pièces de fer avec le charbon de bois : il y a dans les Provinces des Ouvriers qui lavent augmenter l'aélivité du charbon de bois par la flamme du bois même. Et quoique le charbon de bois ne donne pas une chaleur auflî vive que le charbon foflîle, ce qui fait que celui-ci eft meilleur^pour fonder, la chaleur du charbon de bois pénétré mieux le fer, fans en brûler la fuper-ficie , ce qui fait que certains Forgerons le préfèrent pour le gros-fer. Mais , comme nous l'avons déjà dit, il n'y a aucune occafion où on confume autant de charbon que pour l'exploitation des mines ; c'eft ce qui nous engage à infifter un peu plus fur ce point que fur les autres.
- On ne confume gueres que de gros charbons dans les grands fourneaux, comme font ceux où on fond la mine de fer. Il y auroit même de l'inconvénient à y employer des charbons trop menus ; auflî ne met-on dans les lacs & dans les bannes dont on fe fert pour tranlporter le charbon aux fourneaux,f que les gros charbons qu'on a féparés des petits. Cette féparation fe fait d'une façon très-expéditive ; car, comme on remplit les verfes avec l'arc ou lé grand rateau ( Fig. 16), dont nous avons parlé plus haut, les longues dents de ce rateau font affez écartées les unes des autres pour qu'on puiffe né tirer à foi que les gros charbons, tandis que les petits paffant entre les dents relient fur le tas. Ce triage eft liiffifamment exaél ; car , quand il pafferoit quelques menus charbons en même temps que les gros, ce feroit en trop petite quantité pour produire aucun inconvénient.
- Les deux meilleures qualités du charbon deftiné aux forgés & aux fourneaux, font de chauffer beaucoup & d’être doux. Quand je me fers du terme de charbon doux, qui eft impropre, c'eft pour m’exprimer comme les Ouvriers qui appellent charbon doux , celui qui fait le fer le plus doux, Sc charbon aigre, celui qui rend le fer aigre : car il paffe pour certain que la qualité du charbon influe fur celle du métal. Malheureufement les deux qualités de chauffer beaucoup & d'être doux , vont rarement enfemble* Charbonnier. ri
- p.25 - vue 36/42
-
-
-
- 26 ART DU CHARBONNIER.
- )
- Tous ceux qui exploitent des mines penfent que le charbon de bois blanc eft aflez doux, mais qu'il chauffe peu : le charbon de bois dur, tel que le Chêne, donne beaucoup de chaleur ; mais on penfe qu il eft aigre. Les perfonnes les plus expérimentées en ce genre ( car je ne parle point d'après mes propres obfervations ) difent quil y a un milieu à choifir entre les charbons aigres qui chauffent beaucoup, Sc les charbons doux qui chauffent peu ; Sc qu'entre les charbons de Chêne il y en a qui font plus aigres les uns que les autres. Le charbon de Chêne aigre eft, félon eux, celui qui eft fait de branchages, Sc de vieux Chênes refendus. Le charbon de taillis de Chêne a de l’ardeur, Sc eft affez doux, ce qui lui fait donner la préférence. Comme la douceur du fer peut dépendre de beaucoup d'autres circonftances que de la qualité du charbon, il n'eft pas certain que le charbon influe, autant que quelques Maîtres de forge le penfent, fur la qualité du fer ; néanmoins, fi en admettant le fait comme bien prouvé, on demandoit pourquoi le charbon fait de vieux Chênes eft aigre, Sc que celui qui eft fait de Chêneaux eft doux, je ferois d'abord remarquer que les jeunes Chênes étant prefque tout aubier, ils ne peuvent pas être regardés comme du bois dur en comparaifon du cœur des vieux Chênes ; mais c'eft éluder la queftion, & non pas la réfoudre : car il s'agit de {avoir pourquoi le charbon de bois blanc & tendre rend le fer doux, pendant que ceux de vieux Chêne, d'Epine, Scc, le rendent aigre.
- On fait qu'il y a des charbons qui font plus vitrioliques que d'autres. On fait encore que le foufre Sc toutes les matières qui en font imprégnées donnent de l'aigre au fer : ceux qui ont travaillé à la converfion du fer en acier lavent que le fer peut fe furcharger de phlogiftique ; & que toutes les matières en qui le phlogiftique Sc le fel volatil abondent, rendent le fer acérein: J'en donne pour preuve la trempe en paquet. Un fer acérein eft un fer aigre : or les charbons très-ardents contiennent beaucoup de phlogiftique probablement mêlé de fel volatil Sc de l'acide vitriolique, puilqu'il s'en échappe des vapeurs prefque aufli fuffoquantes que du foufre brûlant. Je crois donc qu'on peut foupçonner que l'abondance ou la qualité de ce phlogiftique eft la caufe de l'aigreur que certains charbons communiquent au fer ; quelques Phyficiens même ont déjà penfé que les charbons aigres contenoient plus de fels que d'huile, Sc les charbons doux plus d'huile que de fels ; mais ce ne font là que des conjectures auxquelles il ne faut pas s’arrêter plus long-temps.
- Les Deifinateurs qui employent des crayons de charbon, &les Orfèvres, ainfi que divers autres Ouvriers qui fe fervent du charbon pour polir les métaux , employent le terme de charbon doux dans une fignification plus exacte que les Forgerons, puifqu'ils veulent exprimer un charbon tendre qui a le grain fin, comme font les charbons de bois blanc.
- On broie le charbon pour en faire une poudre noire qu on employé dans la Peinture,
- p.26 - vue 37/42
-
-
-
- ART DU CHARBONNIER. 2?
- En calcinant des morceaux d’os & d’ivoire dans des vaifleaux clos , ils deviennent d’un très-beau noir par la réverbération des fuliginofités fur la partie terreufe des os ; & quand ils font broyés 9 les Peintres en font auftfi un très-bon ufàge*
- Tous les charbons font détonner le nitre ; & c’eft pour cette raifon qu’ils entrent dans la compofition de la poudre à canon*
- EXPLICATION DES FIGURES.
- Cet^e Planche repréfente une Vente, un Ourdon ou un Taillis qu’on abat pour en faire du charbon.
- Figure i. Drefleur qui, avec un pic a, applanit l’endroit ôù on veut con-ftruire un fourneau : a b, diamètre du terrein que doit occuper le fourneau t e, perche plantée au milieu de ce terrein ; nous l’avons nommée le mât : dd9 les premiers bâtons qu’on a dreffés contre la perche. Ils doivent être de bois fec.
- Figure 2, Un homme monté fur un fourneau, ou plus exaélement, fur une alumelle, y arrange le bois de la quatrième couche. Cette alumelle a déjà trois couches finies 9f g h ; l’Ouvrier travaille à la quatrième L On ap-perçoit au centre l’extrémité fupérieure du mât : K eft l’endroit où il a laiffé un vuide qui s’étend jufqu’au mât , pour mettre le feu au fourneau. On y voit un bâton qu on retire pour fourrer, dans cette efpece de foyer, des branchages fecs, des brouflàilles , des feuillages. On apperçoit encore fur la troifieme couche h un tas de bâtons , ainfi que fous le bras de l’Ouvrier : c’eft le bois qu’il doit arranger.
- Figure 3 eft un fourneau qu’un Ouvrier eft occupé à bouger ou à habiller. La partie Im eft bougée, la partie no ne, l’eft pas encore : l eft la pelle avec laquelle il place la terre : m eft une échelle pour monter fur le fourneau quand il eft néceftàire. On ne s’en fert ordinairement que quand le fourneau eft allume : avant ce temps on peut marcher fur la terre. En o tout autour de la perche, on laiffe un petit efpace qu’on ne couvre point de terre, Sç par lequel s’échappe la fumée.
- Figure 4 eft un fourneau entièrement bougé, & ou on a mis le feu depuis peu : la fumée n’a d’iffue qu’en pp , autour de la perche : quand elle eft chargée d humidité, elle eft fort épaifle, comme on le voit en q q.
- Figure y repréfente un fourneau ouïe feu eft déjà depuis du temps, & qui s eft affàiffe : rr9 trous qu on a faits avec le manche de la pelle pour déterminer le feu a fe porter de ce côté-là : la fumée fort de ces trous. On les a aits dans la figure plus grands qu’ils ne devroient être, par rapport à la grandeur du fourneau ; mais cela a paru néceftàire pour les rendre plus fenfibles. L ouverture du haut du fourneau eft fermée.
- p.27 - vue 38/42
-
-
-
- 28 ART DU CHARBONNIER.
- Figures 6. j: 8. On voit trois Ouvriers occupés à refroidir un fouriieau cuit. L'Ouvrier 6 tire , avec un arc s , une partie de la terre de deffus le fourneau. L'Ouvrier 7 fuit le précédent, & découvre davantage le fourneau àyèc un rable u. Enfin l'Ouvrier 8 qui fuit, rejette , avec une pelle x , fur le fourneau la terre que les autres en. ont ôtée*
- Figure 9. Abatteur de bois. Cette opération fe fait avec une coignée. Le Bûcheron coupe les bâtons ou bûches de longueur avec une coignée, fi le bois eft gros ; & avec une ferpe ou un volin, s'il eft menu.
- Figure 10. On voit comme les Bûcherons arrangent le bois en dos-d’âne,, à mefure qu'ils l’ont coupé de longueur.
- Figure 11. y y, corde dé bois dreffée : £ £ , autre corde de bois qui a été melurée , ce qu'on reconnoît aux morceaux de bois qui font couchés defius : & , pieu vertical & un arc-boutant pour foutenir le bois de la corde.
- Figure 12. Brouette chargée de bois.
- La Planche au-delfous de la Vignette représente les outils dont fe fervent les Charbonniers.
- Figure 13. La brouette en grand. II, les deux bras ; K L, K L, les deux grands montants qui forment lès pieds au-defious de la brouette ; MM, les petits montants qui s’affemblent au-deffous de la brouette avec les grands.
- Figure 14. La banne jaugée N O P Q qui fert à voiturer le charbon. On voit auprès de Q les deux volets du devant qui forment l'enfonçure de la banne. Ces deux volets font repréfentés ouverts : auffi voit-on le charbon qui tombe en Q. Les volets de derrière font fermés.
- Figure 14 *. RS TF marquent le plan de l’enfonçure de la banne jaugée,
- 6 les quatre volets; XX Y Y eft une des deux pièces égales & pareilles, qui ferme un des bouts de la banne, & X Y fait voir la profondeur de la banne. Y Y étant plus grand que XX, fait voir aulfi que la banne eft plus large par en haut que par en bas.
- Figure IJ. Deux morceaux de bois coupés de longueur pour en faire du charbon. A B eft coupé en gueule du côté de A, & en onglet du côté de B. abék coupé en onglet aux deux bouts. Quand ils font ainfi coupés, le bois s'arrange mieux.
- Figure 16. Arc D C: c'eft un grand rateau dont les dents de fer ont
- 7 à 8 pouces de longueur.
- Figure ij. Rable H, femblable à celui que les Jardiniers employent pour unir les allées.
- Figure 18. Pic G dont le fer fe termine en pointe. Les Charbonniers fe fervent auffi de pioche dont le fer eft large & coupant.
- Figure 19. Pelle F. Les Charbonniers le fervent de celles qui font en ufage dans le pays où ils travaillent.
- Figure 20. Cette figure fert à expliquer comment feroient conftruits les
- fourneaux ,
- p.28 - vue 39/42
-
-
-
- ART DU CHARBONNIER. 29
- fourneaux , fl on mettoit les morceaux de bois horizontalement, & à faire appercevoir les défauts de cette méthode.
- Figures 21 $ 21 * repréfente des Mulets différemment chargés de lacs
- remplis de charbon.
- Figure 22. Un fourgon pour le tranfport du charbon.
- Figure 23 indique comment, dans certaines Forêts, on raflemble plufleurs perches au centre du fourneau au lieu du mât efig. 1. Le vuide qui eft entre ces perches, efl: rempli de menu bois fee, pour que le feu fe porte promptement dans Taxe du fourneau : il y a des Charbonniers qui appellent affez exaélement cet efpace vuide, la cheminée du fourneau.
- Figure 24. Dans d’autres Forêts on forme la cheminée de Taxe avec des bûches qu’on pofe horizontalement, ce qui fait une cheminée triangulaire qui s’élève jufqu’au haut du mât, & on remplit cette cheminée triangulaire avec du menu bois fec.
- Figure 25 efl la coupe perpendiculaire d’un fourneau, tel que celui dé la fig. 3 ; ce qui forme un plan à peu près triangulaire, qui paffe par l’axe du fourneau & par les lettres nop des figures 2 & 3.
- EXPLICATION
- De quelques Termes qui ont rapport à VArt du Charhùnnieu
- A
- A lüméllë. C’efl ainfi que les Charbonniers nomment leur fourneau quand il n’eft que commencé; il ne prend le nom de fourneau que quand il efl bougé. Les Alu-melles font ordinairement formées de quatre étages de bûches poféês les unes fur les autres : fur le premier étage, qui fait la bafe, s’en éleve un fécond qu’on nomme êclïffe ; le troifieme efl le grand haut ,* le quatrième efl le petit haut. Il paroît que le mot Alu-melle vient de ce que ce tas de bois efl defliné à être allumé.
- Arc. C’efl un rateau à grandes dents de fer dont les Charbonniers fe fervent pour oter la terre de delfus leur fourneau quand le charbon efl cuit. il fert encore à charger le charbon dans les rafées ou paniers»
- B
- Banne. Voiture roulante qui efl figurée comme un coffre, jaugé pour favoir ce qu’il tient de charbon. Le fond des Bannes s’ouvre comme des trappes qui tombent en bas lorfqu on veut décharger le charbon.
- A Paris on appelle du charbon de Banne
- Charbonnier.
- tout celui qui arrive par charrois , pour le difliriguer de celui qu’on apporte en facs à dos de mulet, ou en bateau par la riviere.
- Bouger ou Habiller ou Feüiller un fourneau, efl couvrir le bois qui efl arrangé en alumelle avec de la terre ôc du frajtl9 Ôc quelquefois des feuilles.
- Braise. Bois à demi brûlé, ou char-bon trop confumé. C’efl dans ce fens qu’on dit, de la Braife de boulanger , de la Braife de foyer.
- On appelle aufli de la Braife les charbons qui brûlent dans l’atre après que le bois efl confumé ; c’efl dans ce fens qu’on dit: Chaud comme Braife.
- A Paris, fur les ports, on appelle auffl de la Braife les charbons brifés & réduits en petits morceaux, qui font néanmoins trop gros pour faire du poufîier.
- Charbon. Bois à demi confumé qui ne répand point de fumée, mais une vapeur déliée, ôc qui ne produit qu’une flamme ténue , ôc ordinairement de couleur bleue.
- Le Charbon fofîile , qu’on appelle communément charbon de pierre ou de terre , efl une terre chargée d’une fubfiance bitumi-neufe ôc inflammable.
- Charger un fourneau , eft ar-
- H
- p.29 - vue 40/42
-
-
-
- ART DU CHARBONNIER.
- ranger le bois pour former une alumelle. Voyez Alumelle.
- Cheminée du fourneau, eft l’ef-pace vuide qu'on conferve dans Taxe du fourneau pour laiffer échapper les premières fumées.
- Corde. C’eft une certaine mefure de bols deffiné a être brûlé. On arrange les ^morceaux de bois parallèlement les uns aux autres entre deux piquets pour en faire un parallélipipede. La Corde deftinée pour 4’approvifionnement de Paris doit avoir quatre pieds de hauteur, huit pieds de longueur, Ôc les morceaux de bois doivent avoir trois pieds & demi de longueur, ce qui fait un folide de cent quarante pieds cubes.
- On dit : Ce bois fera de bonnes Cordes y quand il eft d’une groffeur convenable pour brûler y ôc. qu’il eft bien droit. La Corde à charbon eft faite avec du menu bois qui n’a ordinairement que deux pieds ôc demi ou trois pieds de longueur, ôc communément la Corde a huit pieds de couche fur quatre pieds de hauteur, ce qui fait y quand le bois a trois pieds de longueur y quatre-vingt -feize pieds cubes. Le bois tortu ne fe corde pas bien.
- Cuire le Charbon: c’eft mettre le feu au fourneau ôc le conduire de façon que le bois fe convertiffe en bon charbon. Quand cette opération a bien réuffi y les Charbonniers difent qu’ils ont fait un bon cuifage.
- D
- D resse*ur. Les Charbonniers appellent ainfi celui qui trace ôc unit le terrein fur lequel on doit élever un fourneau. Comme c’eft un des plus habiles Ouvriers , c’eft lui aufli qui drefîe ôc arrange le bois pour former l’alumelle,
- E
- Eclisse. Le fécond étage de bûches. Voyez Alumelle.
- F
- F a u l d E. On nomme ainfi les places à charbon ou les endroits où l’on affeoit les fourneaux ôc folfes charbonnières.
- Fosses charbonnières. La même chofe que faulde. On fe fert encore de ce terme quoiqu’on ne cuife point le charbon dans des folfes.
- Fourneau. On appelle ainfi la pyra* mide de bois y quand elle eft bougée y habillée ou couverte de terre. On dit : Mettre le feu au fourneau, rafraîchir le fourneau y vuii der le fourneau.
- Foyer du fourneau , eft l’endroit par où on met le feu.
- Frasin ou F'rasil ou , fuivant Furetiere, FraisiL j en Angoumois Foisil. C’eft du charbon menu y ou de la braife ou du pouf» fier mêlé £&ec de la cendre ôc de la terre qui a fervi à couvrir le bois. Il y a des Charbonniers qui habillent ou bougent pref-que entièrement leur fourneau avec du Fra-fil.
- F u M E R o n : c’eft un charbon qui n’étant pas allez cuit tient de là nature du bois , répand de la fumée y Ôc produit de la flamme*
- G
- Grand haulT. Troifieme lit des bûches qui forment une alumelle. Voyez Alumelle,
- H
- Habiller un fourneau. Voyez Bouger».
- O
- O u R d o N. Vente qu’on exploite. Ce terme n’eft pas ufité dans toutes les forêts. Voyez Vente.
- P
- Petit hault. Quatrième lit ou étage de bûches qu’on éleve pour former un fourneau. Voyez Alumelle.
- Place a charbon. Voyez Faulde.
- Poussier. On appelle ainfi dans les endroits où l’on vend ôc débite le charbon celui qui eft réduit en poufliere ou en fort petits morceaux.
- V
- V ente. Etendue de terrein qu’on détermine dans une forêt y ou dont on adjuge la coupe. Les Officiers des Eaux ôc Forêts vont affeoir les Ventes. On divife une forêt en ventes ôc coupes réglées. Les Adjudicataires font obligés de vuider les Ventes dans un temps fixé. Il y a tous les ans tant d’arpents en vente y ôcc.
- Fin de l’Art du Charbonnier.
- De l’Imprimerie de H. L. Guérin & L. F. Delatour. ij6o.
- p.30 - vue 41/42
-
-
-
- pl.1 - vue 42/42
-
-