Descriptions des arts et métiers
-
-
- &
- -*
- ~s K
- ' pi
- "4-
- *
- ! ,
- »
- >*
- 1
- I
- «3
- ' :i
- ’i
- '.H
- f.a
- *
- i
- r
- y
- ». c
- tf
- #
- .V
- Ï\Y^
- p.n.n. - vue 1/304
-
-
-
- *
- DE
- Par Mi MORAND, Médecin.
- - — ../> -—t' ; '- - ' - - - ' •' * " "f
- SECONDE PARTIE. IIP. SECTION.
- /
- EXPLOITATION, COMMERCE ET USAGE
- ;
- DU CHARBON DE TERRE
- EN FRANCE.
- M. D C Ci h X X IV,
- i
- Page de titre n.n. - vue 2/304
-
-
-
- *
- '*
- I
- r
- * • a c. —J5
- r
- »>
- f
- \,
- -U' c
- P".
- r
- \
- ""i
- .- î * ...U
- ;
- ; f
- ;'-V
- p.n.n. - vue 3/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Part. ' 46t
- TROISIEME SECTION-
- Exploitation, Commerce & Ufage du Charbon de terre
- en France.
- Dans la première Partie de' cet Ouvrage, nous avons donné l’Hiftoire NattH relie des Mines de Charbon de terre qui ont été reconnues ou qui font exploitées en France : nous allons maintenant examiner ces mêmes Mines ou Carrières j fous les trois points de vue dont nous formons la matière de cette féconde Partie ; il y aura cette feule différence, que nous renfermerons dans un feul & même article qui fera le dernier de cette Seélion, les Provinces de France d’où la ville de Paris tire fà confommation ; nous aurons foin de replacer où il convient ce qui depuis eft venu à notre connoiffànce fur la compofition du terrein qui renferme le Charbon dans chaque province.
- La folle qui fut ouverte en 1749 àFlines, dans le Tournaijis, partie Fran-? çoife, ( attenant Mortagnc, à une lieue de S. Amand ) dont nous avons fait mention première Partie, page 148,3 été abandonnée, fans qu’on en ait tiré de Charbon ; bien des perfonnes n’en croient pas moins qu’il s’y en trouve, Sc attribuent le manque de féuflîte au défaut d’intelligence ou de courage de la part de ceux qui ont fait les premières recherches. Le Leéteur ne fera point fâché de lavoir le réfultat de cette fouille, dans laquelle on elpéroit trouver du Charbon de terre. Afin de completter la connoiffànce des fubffances qui foi> ment ce territoire, nous donnerons ici féparément l’état de ces couches , avec lanalyfe de l’eau dans laquelle a féjourné la fùbftance la plus remarquable trou-* vée dans cette fouille, & que l’on a qualifiée une efpece de Charbon minéral ; cette defcription eft inférée dans un Recueil d’Obfervations fur les eaux miné-» raies de S. Amand, par M. Golfe , Médecin de l’Hôpital Militaire, ( imprimé à Douay en 1750, ) pages 20, 21,22 , &c. (1)
- métalliques Sc fermentent avec les acides.
- Quand on â percé cette couche marneufe & pyriteufe, on rencontre quelquefois une tau qui jaillit avec force d’un fable mouvant , Sc qui a une odeur de foufre Sc d’oeufs couvés , très-incommode aux Ouvriers.
- Pierre brune , friable, bitumineufe, fuîphu-reufe Sc pleine de petits brillans. elle s’enflamme Sc répand des exhalaifons conformes à fes principes.
- Par ces indices, les Travailleurs font pref-qu’affurés de rencontrer cette efpece de Charbon minéral , qui renferme dans fes interftices des efpeces de veines de foufre naturel.
- Ces veines de foufre s’étendent quelquefois jufqu’à deux ou trois pieds, Sc fe divifent en une infinité de tranches dans l’intérieur du Charbon,
- Charbon de Terre. IL Paru A 6
- (ï) ferres j a 1 exception delà tourbe, tres-refl'emblantes à celles qui environnent les fontaines minérales de S. Amand.
- Une Ocre.
- Une Marne.
- Une Terre Glaife de couleur d’ardoife, graf-fc, ondueufe ; les unes fermentent avec les acides , les autres s’écaillent Sc s’exfolient à l’air.
- Gravier, rempli de pierres brunes, foîides, Sc femé de brillants métalliques.
- Une Terre on&ueufe, pierreufe, liée avec une terre marneufe , mêlée de pyrites fulfureufes & ferrugineufes qui font en grande quantité , pelantes , de differente figure Sc grofleur.
- Les unes font tendres Sc inflammables comme la Houille.
- Les autres font folides, parfemées de brillants
- p.461 - vue 4/304
-
-
-
- DU CHARBON DE TERRE
- 4 62
- ARTICLE PREMIER.
- Provinces dont les Charbons ne peuvent être exportés dans la Capitale.
- Hainaut François.
- \
- Parmi les bandes terreufos fervant de couverture aux Mines de Charbon de ce territoire, décrit pages 146 & 147, il y en a fur-tout trois qui font remarquables en ce quelles forment enfemble une épaiffeur d’environ dix-huit toifes qui retient les eaux. ' ^
- Ces terres font la Dieve, appellée auffi Guievre5 le Bleu marie , nommé au-? trement la Bleuâtre , & la Martelle , dite plus ordinairement Marie , connue dans toutes les foflès du voifinage de Valenciennes.
- L’argille nommée Guievre, 8c celle appellée la Bleuâtre, ( pour me fer vit de ces nouvelles dénominations,) fo reilemblent beaucoup pour la couleur; mais la première eft plus grafle & plus compaéte.
- La fobftancc où viennent foper les veines , efl: un banc de pierre nommé tour-. teau9 d’un noir verdâtre ; elle fe trouve placée au-deifous d’une pierre grife tiquetée de noir ; les Ouvriers l’appellent Tabac : cette maniéré de la défigner me porteroit à penfer que c eft la même pierre nommée Roc dans les Mines de Çharleroy. Voye^ page 45a.
- Ce tourteau & ce tabac annoncent le voifinage de la veine.
- 1
- Exploitation.
- Outils & UJlenJiles employés dans lesfoffes du Hainaut François.
- Des différentes pièces qui compofent la Planche XXXVII, quelques-unes n’ont pu être deflinées que d’après une defoription ; la difficulté inattendue de prendre ces defTeins for les outils même , a obligé d’y fuppléer par beaucoup d’exactitude ; il fliffira de prévenir ici que ceux dont on donnera les différentes dimenfions , nont point été vus par la perfonne qui en a envoyé les figures, 8c qu’on les indiquera par lettres, afin de les diftinguer des autres for lefquels on peut compter , & qui feront indiqués par chiffres (1).
- On trouve auffi en perçant ce minéral, de petites cavités où l’eau efl renfermée, mais en petite quantité.
- L’eau oui a féjourné dans ce Charbon minéral , exhale , par la Voie de l’évaporation , une odeur fulphureufe.
- Elle donne à la livre vingt grains de beau fel, âcre & piquant, analogue au fel marin.
- Ce fel efl de figure plane & cubique, avec quelques aiguilles ; il verdit la teinture de violett
- tes ; il ne rétablit pas le tournefol rougi par les acides; il efl très-femblable au fel des eaux de S. Amand, dépouillé de fes parties bitumineufes 6c terreflres.
- (1) La force des outils Ôc la grandeur des uflen-' files néceffaires aux travaux, étant néceflaire-ment proportionnée pour quelques-uns, aux ouvrages auxquels ils font propres; il efl facile d’ex-! pîiquer la différence qui s’apperçoit à cet égard entre les agrêts que nous avons décrits pour les
- p.462 - vue 5/304
-
-
-
- E T D E SES MINES. II. Part.
- Les Sondes ou Tarrieres appellées verges d!A boette, fans doute à caufe des tarraux qui fervent de boîte à d’autres pièces, font compofées d’une tige à manche i, dame branche d’alfonge a, & d’une cuiller b.
- Il y en a de différentes longueurs , depuis un quart de toile, une demi-toile ; jufqu’à une toife Sc une toife & demie.
- , Pour attaquer la Guievre, la Bleuâtre & la Mar telle, on fe fort de la Haw ou Pioche flatte n° 2 ; la longueur totale de cet outil eft de huit pouces neuf lignes, fa largeur de deux pouces neuf lignes, Ion épaifîeur de fix lignes ; le collet a quatre lignes d’épaiffeur ; la hauteur du collet au talon eft de deux pou-> ces ; il eft de trois livres pefant, non-compris le manche qui a deux pieds fix pouces de long.
- On a aufli befoin quelquefois d’une hache, lettre A ,
- Lorfque l’on a de grands efforts à faire pour enlever de gros quartiers, on emploie le Pic de roc9 en donnant prife à la pointe pour s’enfervir comme de levier : nous n’avons pas repréfenté cet outil qui eft le même que celui des Houilleurs de Liege ; le fer eft du poids de trois livres ; la longueur du manche eft de deux pieds, fa grofleur d’un pouce neuf lignes. La longueur totale de l’outil eft de neuf pouces fix lignes. +
- Les marteaux dont on fait ufàge dans ces Mines font de deux efpeces ; un à pointe, n\ 3, pour couper le roc; un a tête, n°. 4, appelle auffi Majfe, pour frapper & enfoncer.
- Plufieurs aiguillons nommés auffi Queujhiers ou aiguilles ; une à pierre, n°. y une a veine, n°. 6.
- La Batteroule B, eft un outil employé à faire des trous & à y porter de la v,.v poudre à canon, afin de faire làuter la Mine ; quand on veut s’en forvir, un Ou* vrier tient la batteroule, un autre frappe deflus avec une mafîe de fer, & à chaque coup de maffe celui qui tient la batteroule la fait tourner infonfiblement j cette manoeuvre fe continue julqu’à ce que le trou foit auffi profond qu’on les veut ; alors on y met la poudre, à laquelle on met le feu.
- La longueur de l’outil eft d’un pied fept pouces , làns y comprendre fo pointe en bonnet de prêtre, qui eft d’environ un pouce ; fon volume eft de onze lignes de diamètre.
- Il y en a de différentes longueurs, mais toutes faites fur les dimenfîons don-: nées ici.
- Les plus petites fervent pour les rocs durs, les plus longues pour les rocs tendres; celle que l’on voit ici eft de la longueur moyenne ; l’œil eft figuré félon fes dimenfîons.
- Le BrondiJJoir C, a trois pouces de coupant ou de tranchant en longueur,
- Homllieres de Liege, ôc la plupart de ceux du Hainaut François , où les veines n’ont pas une épaiffeur conüdérable ; on n’y a point, à beau-
- coup près, de fi grandes mafies à ébranler, à détacher, à enlever, & il y a moins d’efforts à faire.
- p.463 - vue 6/304
-
-
-
- 4^4 DU CHARBON DE TERRE
- fur un pouce de largeur; fon manche eft de fix pouces de longueur, & de fept lignes de diamètre.
- Marteau à brondir D ; fa longueur eft de trois pouces, fa grofleur de quatre pouces quarrés ; le manche eft long de huit pouces quarrés.
- Traîneau 7, fur lequel on pofe le panier dans lequel on charge les Houilles, & qui eft tiré, au moyen des bretelles, par des enfants qui marchent en fe traînant, & quelquefois en marchant à quatre dans la longueur de la veine.
- Il y a deux efpeces de paniers, l’un Sc l’autre de bois ; le plus petit 8, de for-; me ovale & cerclé de fer, eft celui dans lequel on conduit la Houille fur le -traîneau, de la taille au puits. '
- Là on vuide ce panier dans l’autre 9, de forme ronde & garni enfer, qui s’en-leve au jour par le moulinet.
- Le crochet vu en E, eft une dépendance des cordes employées à l’enlève-? ment de la Houille hors des foffes; il eft du poids de trois livres.
- On peut y diftinguer la partie qui doit être attachée à la corde, & celle à la-* quelle les paniers doîyent être accrochés.
- Celle deftinée principalement à nouer la corde, dont l’oeillet doit être fait avec attention, eft un grand anneau rond qui joue dans un autre plus petit, ne faîlànt qu’une feule piece avec le crochet à fà tête ; l’épaiflèur de l’un & de l’autre eft de fept lignes de diamètre; l’ouverture du plus grand eft de trois pouces deux lignes, celle du plus petit eft d’un pouce.
- La longueur de ce crochet, depuis fon anneau jufqu’au milieu où il fè recourbe, eft d’environ fix pouces fept lignes, & de fèpt lignes d’épaifleur ; le refte qui forme proprement agraffe en diminuant infenfiblement de force, eft d’un pouce dix-neuf lignes ; & fa pointe fè rapproche du corps du crochet, de maniéré qu’il ne laiffe plus en tout qu’une ouverture d’un pouce cinq lignes : à peu-près vers le milieu de l’anfè, qui forme courbure, le crochet eft percé de deux trous d9 quife correfpondent.
- Ces deux trous, de neuf lignes de diamètre chacun, font faits pour recevoir une cheville de bois qu’on y palfe après qu’on a embrafle les chaînes du panier,^ afin de les contenir & d’empêcher que le panier ne s’échappe par le mouvement qu’il reçoit au moment qu’on le lâche 6c qu’on le tire au haut de la foflè.
- Le Porte-lumiere F , dont les Houilleurs fe fervent dans ces Mines, eft une verge de fer, longue de quatre pouces fept lignes, qui traverfe le chandelier,1 à peu-près vers le milieu ; cette tige de fer eft pointue par un bout pour pouvoir palfer & repaflèr dans le chapeau détrouffé, de maniéré que la lumière porte vis-à-vis le front de l’Ouvrier.
- «O»
- Dènottunatlon$
- p.464 - vue 7/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Part.
- 4
- dénominations des eaux de Mines dans le Hainaut François ; differentes
- machines employées à les enlever au jour.
- Les eaux qui fè rencontrent dans les ouvrages, font délignées par différents noms.
- On y appelle Faux du premier niveau, celles qui fe rencontrent avant d'avoir traverfé une profondeur de feize toifes.
- Les eaux du fécond niveau font celles qui fe font jour dans l'épailïeur formée par le bleu marne 8c la pierre placée au-defïbus ; on les appelle aufîî la forte toife, pour exprimer fans doute l'épailïeur de ce niveau qui eft d'une toifo, & l'abondance d'eau qu'on y rencontre quelquefois.
- Les eaux dites du troifieme niveau font celles qui fo font jour fous le fécond lit de bleu marne ; les eaux en fortent avéc force, elles ne font cependant pas les plus à craindre, ce n'eft.qu'au premier moment qu'elles prennent jour, qu'elles fe montrent avec impétuofité : lorfquon en a épuifé le premier jet, elles s’affoibliffent ordinairement.
- Les grandes ramaffes d’eau au fond de la folle , font appeliées Eaux du qua~ trieme niveau : le travail par lequel on épuife continuellement les eaux fans toucher au fond, fe défigne par l'exprefîîon battre les eaux; d'autres eaux qui ne viennent point de fource, fo répandent néanmoins en allez grand volume pour pouvoir fobmerger les ouvrages. Quoique les rocs foient plus fiijets aux eaux vives, ils donnent de temps en temps des eaux par des fentes ou coupes ; ces eaux font diftinguées par le nom de Saignées.
- Les travaux & les mains-d'œuvres relatives à ces irruptions aqueufes, ont deux objets, celui d'empêcher la communication des eaux chez fon voilin , & celui de mettre fes propres, ouvrages à l'abri de l'inondation; pour le premier il eft de réglé, lorfqu'on approche le terrein du voilin, de laiffer une digue de quarante toifes.
- Les différents moyens d’épuifer les eaux ont déjà été détaillés à l'article de Liege , page 26S & foivantes. Dans les commencements d'ouvrages qui ne demandent point de fortes puiflànces, on applique à ces ufàges des machines à pompes qui agiffent par le moyen des chevaux.
- La Figure 10,Planche XXXVII, repréfente un de ces corps de pompe qui font en fer; on doit obferver qu’ils fe pofent de front jufqu'à la fuperficie du jour.
- 11 eft le tampon for lequel fe met la piece 12, qui s'enchâlfe dans les mon-;
- tants qui fe trouvent à l'embouchure de la pompe.
- Afin de fe rendre maître d'une plus grande mer d eaux, les folles qui renferment ces corps de pompes, font toujours enfoncées au-deflbus des premières galeries , c eft-à-dire, que depuis le niveau de ces galeries, il y a unpuifard de douze ou quinze toifes perpendiculaire à la folle, dans lequel toutes les eaux Charbon de Terre, IL Partt 6
- p.465 - vue 8/304
-
-
-
- 466 DU CHARBON DE TERRE
- viennent fe rendre par différents endroits; c eft par cette raifon que parmi les machines à feu placées fur le quartier d'An^in, on voit une de ces foffes de quatre-vingt-dix toifes de profondeur, de laquelle on peut tirer dix mille tonnes d’eaux en vingt-quatre heures.
- L’utilité dont ces machines à chevaux peuvent être dans bien des occafions, & la {implicite de leur conftruéiion, nous engage à en décrire ici quelques-unes d'après M. Bélidor. Lorfque cet Académicien fit à Valenciennes plufieurs voyages pour vifiter la pompe à feu de Frefhes , il y avoit à environ fbixante toifes de cette fofle , un autre puits d’extraélion, fèrvant en même temps de puits à pompes.
- La Figure z, Planche XLV , repréfente le profil de la partie fupérieure du puits : à chaque coté de la folle s’élèvent deux pieux de bois O Sc P, qui fou* tiennent à peu-près vers le milieu une autre piece de bois Q , au milieu de laquelle eft attachée une poulie A, portant une chaîne R , à laquelle eft fufpen-due un feau dont la capacité peut être d’environ fix pieds cubes.
- Des chevaux attelés aux limons B , C, d’un arbre vertical DË9 font filer la chaîne ( à laquelle ce feau eft attaché ) fur cet arbre vertical.Ce tambour de fept pieds de diamètre moyen, a la figure d’un cône tronqué.
- Quand le Iceau eft rempli de Charbon 9 Sc qu’il eft parvenu au fommet du puits, il fait fonner un timbre qui avertit qu’il faut le vuider, Sc auffi-tôt on arrête les chevaux , pour les faire tourner d’un fens contraire.
- Il y a encore un autre puits dans le voifinage de Frefhes, fervant en même temps à l’extraélion du Charbon Sc à l’épuifèment des eaux d’une fofle féparée de la précédente. Pour cela, Hoy. Fig. 1, P/. XLVI, l’eflieu de l’arbre tournant D E, eft accompagné d’une manivelle H, qui communique fon mouvement à un varlet KIL9 par le moyen de la chaffe H /; ce varlet en s’inclinant à droite Sc à gauche, fait agir les pillons de deux équipages M, N9 de plufieurs pompes afpirantes qui élevent l’eau fans interruption en la faifànt monter de cuvette en cuvette, comme dans le puits de la machine à feu.
- Toute la différence, c’eft qu’ici le poids des attirails fe trouvant en équilibre aux extrémités du levier KL9 n’oppofe qu’une foible réfiftance à la puiflànce qui tire d’ailleurs un grand avantage de la longueur de fon bras de levier oétuple du coude de la manivelle ; mais aufli les pompes ne jouent que fort lentement, leurs piftons ne pouvant afpirer qu’une fois à chaque tour de manivelle.
- La Figure z repréfente une autre maniéré de faire agir deux équipages de pompes dans le goût des précédentes, pour épuifer les eaux d’une nouvelle Mine de Charbon auprès de Valenciennes : on voit que la chaffe AB, de la manivelle A , fait agir deux varlets B D E, C F G, par le moyen de la piece B C, dont les extrémités jouent autour de deux boulons, Sc que ces varlets élevent alternativement tous les piftons de chacun des équipages op~ pofés, ^
- p.466 - vue 9/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Part. ^
- Afin que faction de ces machines foie plus ou moins prompte félon l'exigence des cas , elles font difpofées de maniéré quon peut y atteler douze chevaux à la fois. Avant letabliflement de la machine à feu de Frefnes * il y avoit une de ces machines à chevaux qui agifloit jour & nuit fans difoontinuer, & pour laquelle il falloit entretenir vingt hommes & cinquante chevaux ; mais aujourd’hui* avec les pompes à feu , on épuifè en quarante-huit heures toute l’eau que les fources peuvent fournir dans le courant de la femaine, Sc deux hommes fuffifeni pour veiller tour à tour au gouvernement de la machine.
- Plufieurs endroits de ce quartier & voifinage , ont des ouvrages afîèz confi-dérables pour avoir befoin d’employer à l’épuifement des eaux la machine à feu. Outre celle de Bois-Boflu , proche S. Guiflain , au Hainaut Autrichien , la fofle d’Anzin, la fofle de Freines proche Condé, au Hainaut François, doivent à ces pompes une partie du fuccès de leur exploitation.
- Ce que l’on trouve dans le Diétionnaire Encyclopédique (i), for la pompe à feu établie au premier endroit, & dans l’ouvrage de Mv Bélidor fur celle de Freines (2), décrite depuis par M. le Chevalier du Buat, Ingénieur ordinaire du Roi (3), fait voir que les machines à feu établies dans ce quartier font fur le même modèle ; on y reconnoît abfolument le même méchanifme que dans la machine de GrifF en Angleterre, décrite page 408.
- Au moyen de la grande précilion qu’il a été facile de remarquer dans le Phyfi-rien Anglois, fa defcription peut tenir lieu d'une forte d’introduriion générale à la connoiflànce de la compofition de cette pompe ; c’eft un des points de vue fous lequel nous l’avons envifàgée à l’article d’Angleterre, & la raifon pour laquelle nous nous fommes renfermés dans ce qui conftitue l’eflentiel de la machine.
- Le deflein que nous avons annoncé de ménager au Lerieur, for cette matière en particulier, une elpece deprogreflîon ayantageufe pour cet examen, nous détermine à placer ici comme développement circonftancié, la defoription fde M. Bélidor; elle paroît avoir toujours été foivie, le François (fi cela peut fe dire ) femble y être uniquement habitué ; les Auteurs de l’Encyclopédie eux-mêmes l’ont adoptée en entier mot pour mot, à la machine du Bois-Boflu au Hainaut Autrichien ; il n’y a de différence que dans les proportions & dans les dimenfions de quelques pièces de la machine. L’Ingénieur François fo propofànt de décrire une pompe à feu auflî parfaite qu’il s’imaginoit qu’il étoit pofliblé de la faire, avertit, page 324, que dans fa defcription il s9efi écarté en quelques en* droits de ce que Von a fûivi a Frefnes, afin d’expofir les chofies, non pas tout-a-fait comme elles ont été exécutées, mais comme elles àuroient dû l etrey & qiiil 71 y a rien changé dl efie ntiel.
- (1 ) Au mot Feu , page 603.
- (2) Architecture Hydraulique. Tom. IL page
- (3) Publiée par M. l’Abbé Boflut, de l’Acad.* Roy. des Sciences, dans fon Traité Elémentaire d’Hydrodynamique, Tome I, page 11 <?, Chap. 2.
- 1
- p.467 - vue 10/304
-
-
-
- DU CHARBON DE TERRE
- Cette obfervation donne l’explication de la différence qui fe trouve dans les proportions & dans les dimenfions de quelques pièces de la machine.
- Mais ces circonftances que j’appelle Articles de conjlruclion9 n entrent pas encore dans mon objet, que je veux toujours éviter de furcharger ; elles feront données féparément dans la quatrième Seélion, ou je rapprocherai pour plufieurs pompes a feu ce détail particulier de pièces qui les cdmpofent.
- Description de la Pompe à feu, établie pour la Mine de Charbon de PreJhes9
- proche Condé1
- Article I. Situation, forme & explication du Balancier. Cette principale partie de la machine à feu, Fig. r, Planche XLIX, eft compofée d’une grofie poutre A B, foutenue dans le milieu par deux tourillons, c’eft-à-dire, deux gros pivots qui fervent à le faire mouvoir aifément : les paliers de ces tourillons portent fur un des pignons du bâtiment qui renferme la machine ; les extrémités de cette poutre font accompagnées de deux jantes cannelées C, D, dont la courbure a pour centre le point d’appui E, afin que les chaînes qui y font fufpen-dues fe maintiennent toujours dans la même direétion ; la première F, porte le pifton du cylindre, & la fécondé G, porte la tige qui meut les pompes afpiran-tes pour élever l’eau du puits, laquelle fe décharge dans une bâche K , ou elle eft toujours entretenue à une certaine hauteur.
- Sur une des faces de la même poutre, font attachées deux autres jantes, fem-blables aux précédentes, qui font agir le régulateur avec le robinet d’injeélion ; l’une H, fbutient une chaîne L, à laquelle aboutit une coulifle fervant à ouvrir & fermer le robinet d’injeélion , & à mouvoir le Diaphragme ou Régulateur 9 qui réglé laélion de la vapeur de l’eau chaude.
- Art. IL Pompe refoulante avec fin tire-bout. La fécondé jante1, fbutient aufli une chaîne O, qui aboutit au quadre N, du pifton d’une pompe refoulante , qui éleve à trente-fix pieds une partie de l’eau de la bâche K provenant^ du puits, montant par un tuyau, fe déchargeant dans une cuvette Mfervant à entretenir le robinet d’injeélion, Sc à plufieurs autres ufàges dont il fera parlé dans la fuite.
- Art. III. Pompes afpiràntes, qui élevent JucceJJivement Veau du puits. L’ouverture du puits, qui eft le plan du rez-de-chauffée , a fix pieds en quarré fut quarante-fix toifes de profondeur ; de vingt-quatre en vingt-quatre pieds, il y a une cuvette de plomb partagée en deux baffins, chacun de vingt-quatre pouces de profondeur, unis par une communication dont la profondeur n’eft que de dix pouces fur autant de largeur ; au fond d’un de ces baffins eft un corps de pompe afpirante, & dans l’autre trempe le tuyau d’alpiration de la pompe fupé-! rieure ; leurs tiges ( Hoye^ la Figure 6 , PL LUI, ) font fufpendues à des peu-* trelies liées les unes aux autres, & compofent un train fùfpendu à la jante du
- balancier
- p.468 - vue 11/304
-
-
-
- <
- ET DE SES MINES. IL Part.
- balancier qui eft au-deflus du puits, au fond duquel eft un puifard où viennent fe raflembler les eaux de toutes les galleries de la Mine ; ainfi il faut concevoir que dans ce puifàrd trempe le tuyau d'alpiration d'une première pompe qui afi pire l'eau à vingt-quatre pieds de hauteur, que de-là elle eft reprilè par une féconde pompe qui s'élève encore à vingt-quatre pieds plus haut, & fiicceflîve-ment par d'autres qui la font monter de cuvette en cuvette jufque dans la bâche , parce que tous les pillons jouent en même temps. Voye^ Fig. i, n, 3,4 y 5V Art. IV. Situation du Balancier lorfque la machine ne joue pas. Il eft bon d'être prévenu que la charge que foutiennent les chaînes O, G, eft beaucoup plus grande que celle que portent les chaînes F, Z , lorfque le poids de la colonne d’air n'agit pas fur le pifton ; ainfi la fituation naturelle du balancier eft de s'incliner du côté du puits, au lieu que la Fig. I, PL XLIX, le repréfènte dans un fens contraire, c'eft-à-dire, dans celui ou il fe trouve lorfque l'injeétion d'eau j froide ayant condenfe la vapeur renfermée dans le cylindre, le poids de la colonne d'air fait baiflèr le pifton; alors l'eau du puits eft afpirée, & celle de la baclie refoulée dans la cuvette M ; mais quand la vapeur vient à s'introduire dans le cylindre , fà force étant fiipérieure au poids de la colonne d'air, fouleve le pifton, laifte agir le poids des attirails que portent les chaînes de la pompe qui élevent l'eau de la bâche, & de la tige qui meut les pompes afpirantes pour élever l'eau du puits, & le balancier s'incline du côté du puits, qui eft la fituation où il refte lorfque la machine ne joue pas, parce qu'il s'introduit de l'ait dans le cylindre au-deflous du pifton, qui fe met en équilibre par fon reïTort, avec le poids de celui qui eft au-deilus*
- Art. V. Le mouvement du Balancier eft limite par des chevrons ci reftort. Bout produire cet effet & empêcher que la machine ne reçoive de trop grandes fe-couifes, on fait faillir en dehors du bâtiment les extrémités P de deux poutres , pour foutenir deux chevrons à relforts, recevant un boulon qui traverfè le foim met des grandes jantes du balancier, & l'on prend la même précaution pour le foulager dans fa chûte du côté du cylindre, comme on peut en juger en confidé-rant la figure 4, PL L, qui repréfènte le pian du 'troifieme étage du bâtiment où l'on voit la furface fupérieure du balancier avec les parties qui l'accompagnent,
- & 1 e plan de la cuvette.
- Art. VI. Be/cription du Cylindre. Les Figures ï, PL L, 8c 1, PL LU,’ repréfentent l'élévation & le profil du cylindre A B, dont nous avons parlé , accompagné des !tuyaux qui contribuent au jeu de la machine.
- A fix pouces au-deiïous de fon fommet C, ( qui eft renfermé dans le fécond étage du bâtiment ) régné tout autour un rebord D B, fur lequel eft attaché avec une bride une coupe de plomb DE , évafée par le haut ; le milieu def ce cylindre eft encore accompagné d'un fécond rebord F F, fèrvant à le foutenir fur deux poutres, entre lefquelles il eft enclavé, & fur deux barres de fer qui les traverfènt.
- Charbon de TerreML Paru Q $
- /
- p.469 - vue 12/304
-
-
-
- 470 DU CHARBON DE TERRE
- Art. VIL La fur face du cylindre efl percée de deux trous oppofés pour deux caufls ejfentielles. A trois pouces au-deflùs de la bafe, le cylindre eft percé de deux trous diamétralement oppofés, chacun accompagné d’un collet G, dont le premier fert à introduire le tuyau d’injeétion HySc le fécond aboutit à un godet de cuivre /, dans le fond duquel efl: une foupape chargée de plomb, fù£ pendue à un reffbrt de fer, pour la maintenir toujours dans la même direétion lorfqu’elle joue ; cette foupape qu’on nomme reniflante, fert à évacuer l’air que la vapeur chaffe du cylindre lorfqu’on commence à faire jouer la machine, & en-fuite l’air qui efl: amené par l’eau d’injeétion qui em une iflue.
- Art. VIII. Defcription du fond du Cylindre. Le fond A a de ce Cylindre, efl une plaque pofliche de métal, attachée avec des vis à une bride qui répond à la bafe ; le milieu eft traverfé par un tuyau K, d’un pied de hauteur , l’un & l’autre fondus enfèmble de maniéré qu’une moitié, fè trouve dans le cylindre pour empêcher que l’eau qui tombe fur le fond, n’entre dans l’alambic ; Sc l’autre dehors $ pour faciliter la jonétion du cylindre & de l’alambic.
- Art. IX. Veau provenant dé injection s évacue par le fonddu cylindre. Le même fond eft encore percé vers fà circonférence d’un trou b , avec un collet a c p dont l’objet eft de faciliter l’évacuation de l’eau d’injeétion.
- Art. X. Defcription du Pif on qui joue dans le cylindre* Le pifton L, quï joue dans le cylindre, eft un plateau de métal, plus enfoncé dans le milieu que vers la circonférence, comme on peut en juger par fes plans & profils repré-ferités en grand dans les Fig. il, 12 & 13 y PL LIIIy où on remarquera que fà circonférence termine une couronne A , formant un relief de deux pouces ; fur cette couronne eft appliquée' une ou deux bandes de cuir fort épais, fai l iante d’une ligne fur le pourtour du pifton : on maintient ce cuir inébranlable en le chargeant d’un anneau de plomb 2?, de même largeur que la couronne,divifé en trois parties égales , accompagnée chacune d’une queue C, qui s’encaftre dans une cellule D, faite de trois plaques de cuivre foudées verticalement fur le fond du pifton : le centre de ce pifton eft percé d’un trou qui reçoit le bout de la tige E F, par le moyen d’un tenon arrêté avec des clavettes, & cette tige eft fufpen-due à la chaîne du balancier.
- Art. XI. De quelle maniéré teau de la cuvette dé injection s introduit dans le cylindre. Au fond de la cuvette d’injeétion aboutit un tuyau de plomb ff9 qui s’introduit dans le cylindre, en paffant au travers du collet G; ( Art. VII) ce tuyau eft terminé par un ajutage plat , d’où il fort neuf à dix pintes d’eau froide pour chaque injeétion, ce qui fe fait par le moyen de la clef d’un robinet M,qui s’ouvre & fe ferme alternativement, comme nous l’expliquerons ailleurs.
- Art. XII. De quelle maniéré lé eau s’introduit au-deffus du pif on. Au même tuyau on en a joint un-autre horizontal N, qui a au milieu un robinet par lequel on fait couler fans cefle de l’eau au-deffus du pifton, pour en humeéter le cu*r >
- pêcheroit l’effet s’il n avoit
- p.470 - vue 13/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Part. 47I
- & empêcher l'air extérieur de s infirmer dans le cylindre ; & pour que cette eau ne déborde pas la coupe lorfque le pifton vient à remonter, on a ménagé un tuyau O P, qui en reçoit le fuperflu qui va le rendre dans un rélèrvoir placé en dehors du bâtiment.
- Art. XIII. Defcription de la Chaudière qui compofe le fond de 1*alambic. L’alambic Fig. I, P/. LII> eft compofé d’une grande chaudière Q R ST, qui s'ap-puye lùr une retraite R S 9 de trois pouces, ménagée dans la maçonnerie qui entoure cette chaudière* dont la furface extérieure eft ifojcelée par une petite gallerie R Q, S T, de neuf pouces de largeur qui régné tout autour, & dans laquelle circule la fumée du fourneau VQTX, pour entretenir la chaleur del’eau bouillante;
- Le chapiteau R Y S de l'alambic a la forme d'un dôme compofé de plufieurs plaques de cuivre, liées enlemble & revêtues de maçonnerie fur la hauteur de trente pouces, pour le fortifier contre la force de la vapeur, & le garantir des atteintes de tout ce qui pourroit l'endommager ; Ion lommet eft terminé par une piece circulaire de métal percée d’un trou accompagné d’un collet de 3 pouces de faillie, Fig. I, P/. Z, & Fig. i,P/. L//, ayant une bride pour fe raccorder avec le tuyau de communication KZ , de dix-huit pouces de hauteur qui joint l'alambic avec le cylindre ; Sc à la balë de ce collet eft un petit relief de 4 lignes de faillie, qui forme une couronne de 6 lignes de largeur, contre laquelle s'applique le Régulateur quand il interrompt le paflàge de la vapeur dans le cylindre.
- Pour faciliter l'intelligence de ce que l'on vient d'infînuer , il faut jetter les yeux fur la figure 1 y, PL LUI, dans laquelle AB repréfente la partie dont nous venons de parler, de vingt-quatre pouces de diamètre , fondue avec le collet F) CE Fj accompagné d'une moitié C GIH E de la bride lervant à le raccorder avec le tuyau de communication qui joint le cylindre.
- Art. XIV. Explication des parties qui appartiennent au Régulateur. Le Régulateur répond à quatre fupports de fer KL, qui foutiennent un anneau O S ; à cet anneau eft attaché un reflort de fer MN, de deux pouces de largeur, fervant à foutenir le Régulateur Q R, qui eft accompagné d'un manche dont l'extrémité T y eft percée quarrément pour recevoir un efîïeu vertical a b, dont le centre du mouvement eft éloigné du Régulateur de fix pouces 8 lignes : le pivot C de cet effieu joue dans un trou V3 pratiqué dans un anneau VS; la partie a d9 eft liée au manche du Régulateur, à l'aide d'une clavette ; & l'autre partie a e9 qui eft arrondie, joue exactement dans un trou percé à travers de la plaque A B, & préfente en dehors de l'alambic, un tenon efy pour s'ajufter avec une clef qui communique le mouvement au Régulateur , dont le bouton Z glifle fur un reflort très-poli M N y en defcendant de Z en N, pour ouvrir l'orifice DF,& remonte de la même façon de iVen Z pour le fermer.
- Art. XV. Au-dejfus du chapiteau de Valambic eft une ventoufe pour laiftér échapper la vapeur quand elle eft trop forte. Pour achever ce qui refte à dire lur l'alambic, il faut confidérer les figures 1 & %, PL Ll> qui repréfentent en grand
- p.471 - vue 14/304
-
-
-
- 472 DU CHARBON DETERRE la furfaee de fbn chapiteau, où Ton remarquera la pofition A, d’un bout de tuyau de quatre pouces de hauteur fur autant de diamètre , fbudé verticalement fur le chapiteau. Au fomrnet de ce tuyau eft adaptée une foupape chargéë de plomb, que nous nommerons ventouje , dont l’objet eft de donner de 1 air à 1 alambic lorf-que la vapeur devient par trop forte ; elle fe ieve affez fou vent quand le Régulateur eft fermé, & quand le pifton defcend.
- Art. XVI. Ufage de deux tuyaux pour éprouver la hauteur de Veau dans la-lambic. On remarquera aufïï que l’ellipfe B C y Fig. i Sc 2, PL L /, & i. PL LII, eft une plaque de cuivre qui fe détache quand on veut, pour entrer dans la-lambic lorlqu’il y a quelque réparation à y faire.
- A cette plaque font attachés à égaie diftancel’un de l’autre, aux endroits DyFy deux tuyaux pendants p-9 q y repréfentés dans la Fig. i, PL LlI, dont le premier p3 eft plus court de trois pouces que le fécond^, qui defcend jufquau niveau R S, du bord de la chaudière ; ces tuyaux ont chacun au fomrnet une clef de robinet fervant à éprouver à quelle hauteur eft la furfaee de l’eau dans l’alambic ; par exemple, fi en les ouvrant on s’apperçoit qu’ils donnent tous deux de la vapeur, c’eft une marque que l’eau eft trop baffe; de au contraire fi tous deux donnent de l’eau, c’eft un ligne quelle eft trop haute,; mais fi l’un donne de l’eau Sc l’autre de la vapeur, alors la furfaee-de l’eau eft à une hauteur convenable , ce qui arrive quand elle fe rencontre à un ou deux pouces au-deflus du bord R S de la chaudière.
- .Si l’eau fort par les tuyaux d’épreuve, cela vient de ce que la vapeur faifànt effort de toute part pour s’échaper, preflè la furfaee de l’eau dans laquelle trempe le tuyau, Sc l’oblige à monter comme dans les pompes afpirantes , parce que la chaleur a extrêmement dilaté l’air qui fe trouve dans ce tuyau.
- Art. XVII. De quelle maniéré on évacue la vapeur de talambic pour arrêter la machiné. Au chapiteau de l’alambic, eft encore adapté un tuyau de cuivre d e f9 qu’on nomme cheminée, dont l’extrémité y7, Fig. i, PL Ll I, qui aboutit hors du bâtiment, eft fermée d’une foupape chargée de plomb, attachée à une corde qui pafte fur deux poulies; ce tuyau fert à évacuer la vapeur en ouvrant la fou-pape quand on veut arrêter la machine ? Sc à lui donner une échapée lorfqu’elle acquiert affez de force pour élever la foupape ; autrement elle mettroit l’alambic en danger de crever.
- Art. XVIII. Ufage d'un Réfervoir provisionnel pourfournir de l'eau à Lalam* hic. En dehors du bâtiment eft une platte-forme de maçonnerie au niveau du premier étage, fur laquelle eft placé un réfervoir provifionnel, dans lequel on entretient ordinairement trente-trois ou trente-quatre muids d’eau provenant du furperflu de la cuvette d’injeétion qui defcend par le tuyau hy ( Article I. ) Fig. i.
- Ce réfèrvoir qui eft accompagné d’une décharge de fuperficie i , fert à introduire dans l’alambic, quand il eft ouvert, environ 26 muids d’eau, par le moyen
- d’un
- p.472 - vue 15/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. IL Part.
- d’un tuyau k ç, accompagné d’un robinet m , & on vuide l’alambic par un autre tuyau no 9 qui pafle fous la platte-forme.
- Comme on ne peut faire jouer la machine fans avoir de l’eau dans la cuvette d’injeéiion ,ily a au troifieme étage une pompe afpirante Q, Fig. 2, Pl. XLIX, dont le tuyau if, S9T9 aboutit vers le fond du réfèrvoir provifionnel, afin que dans le -befoin, on puifle en tirer de l’eau pour emplir cette cuvette , qui eft ordinairement vuide quand la machine ne joue pas, parce que l’eau qui part du fond pour fe rendre fur le pifton & qui fe décharge enfùite dans le ré-; fervoir (Art. XI ),eft bien-tôt épuifée quand la pompe refoulante n’agit pas, & qu’on n’a pas pris la précaution un moment auparavant d’arrêter la machine 8c de fermer le robinet d’injeéiion qui conduit l’eau dans la coupe.
- Art. XIX. De quelle maniéré Veau d'injection fort du cylindre. On a vu Art. IX, que le fond du cylindre étoit percé vers la circonférence d’un trou avec un collet, dont l’objet eft de faciliter l’évacuation de l’eau d’injeéiion qui retombe dans le cylindre.
- Pour cet effet, le collet a c 9 Fig. 1 , Pl. LU, eft raccordé avec un tuyau ayant deux rameaux inégaux, dont le plus grand r s 9 nommé Rameau d’éva-» cuation, va aboutir au fond d'une petite citerne , dans laquelle fe déchargent environ les trois quarts de l’eau d’injeéiion.
- A l’extrémité t de ce rameau, eft une foupape fufpendue à un reflort de fer : cette foupape qui eft fermée quand le pifton defeend, & qui eft toujours baignée d’eau, afin que l’air extérieur ne puifle y entrer, eft chargée de plomb de maniéré que le poids de l’eau qui remplit le rameau d’évacuation, ne puifle lever à chaque injeélion la foupape qu’il ne foit aidé par la force de la vapeur.
- La citerne dont nous parlons, n’eft autre choie qu’une cuvette de plomb,’ placée fous farcade de la plate-forme, ayant deux tuyaux, dont l’un P Q, fer-vant de décharge de fuperficie, 8c l’autre de fond ; ainfi on peut avoir en dehors du bâtiment, au pied de la plate-forme, deux baflins , dont l’un recèvroit l’eau froide venant du réfèrvoir provifionnel, & l’autre de l’eau chaude provenant de la citerne.
- Art. XX. Une partie de Veau d'injection pajje dans V alambic pour fupplêer au déchet que caufe la vapeur. Pour entendre l’objet du petit Rameau ux 9 du tuyau dont le bout eft fermé hermétiquement, il faut confidérer la Fig. 3, Pl. LI9 on y remarquera qu’à ce rameau eft adapté un autre tuyau y , qui communique à un autre tuyau vertical nommé tuyau nourricier , lequel eft de dix-huit lignes de diamètre, & dont une partie trempe dans l’eau de l’alambic jufqu’à quatre ou cinq pouces du fond, & l’autre partie faille de trois pieds en dehors ; or on faura que le quart qui refte de l’eau d’injeéiion & qui fort tiede du cylindre , vient remplacer par ce tuyau le déchet que caufe la vapeur à l’eau de l'alambic qui fe trouve par-là toujours entretenue à la même hauteur.
- Art. XXI. Defeription du tuyau nourricier. Ayant infinué Art. XVI, que la Charbon de Terre. IL Part. p 5
- p.473 - vue 16/304
-
-
-
- 474 DU CHARBON DE TERRE
- force de la vapeur faifoit monter l’eau bouillante dans les tuyaux d’épreuves lorfqu Jils y trempoient ; on voit que la même caufe doit auffi la faire monter dans le tuyau nouricier, puifquil eft ouvert par les deux bouts ; auffi s’éleve-t-elle au-deflus de la communication^, julqu’à un certain point ou la vapeur la foutient en équilibre avec le poids d.e la colonne d’air qui lui eft oppofee.
- Art. XXII. De quelle maniéré Je fait Vopération décrite dans l Article pré*-dent. L’aétion de la vapeur ne pouvant pouffer de bas en haut le pifton avec une force capable de furmonter le poids de la colonne d’air dont il eft chargé, fans preffer de haut en bas avec la même force la furface de l’eau qui eft tombée dans le fond du cylindre ; cette eau eft refoulée dans les deux rameaux, de maniéré que celui d'évacuation en reçoit les trois quarts ( Art. XIX ) , & le refte pafle dans le tuyau nouricier £, où elle contraint l’eau chaude qui s’y trouve de delcendre pour en occuper la place jufqu’à l’inftant qu’une nouvelle opération l’oblige de paffer à fon tour au fond de l’alambic.
- Art. XXIII. On peut auffi introduire dans talambic de Veau ’de la coupe. Au petit rameau u x, eft attaché un godet a, au fond duquel eft une fou-pape chargée de plomb, que l’on ouvre pour introduire de l’eau tiede dans tous les tuyaux dont nous venons de faire mention, afin de chafler l’air lorfqu’on commence à faire jouer la machine ; cette eau qui peut auffi couler dans l’alambic> eft tirée du fommet du cylindre ( Art. XI. ) par un tuyau defcendant II, au bas duquel eft un robinet, Fig. 3 , PZ. ZI, & Fig. 1 , P/. Z/Z
- Art, XXXIV. Détail des pièces qui font jouer le Régulateur. Il refte à expliquer le mouvement qui fait agir le Régulateur 8c le robinet d’injeélion ; pour cela il faut examiner la Fig. 4, P/. LI, qui eft une élévation des parties de la machine vues du côté du puits, dont plufieurs font repréfentées de côté dans la Fig. 1, PL XLIXy 8c en plan dans la Fig. 2 , PL Ll, ainfi à mefure que nous les citerons, on pourra les reconnoître en fuivant les lettres femblables qui les défignent.
- On voit d’abord deux poteaux A, foutenant un effieu B C, qui enfile les anneaux d’un étrier de fer a,byc>d> traverfé par un boulon e, autour duquel joue une fourche f g, dont la queue h aboutit à la clef i du Régulateur Art.’ XIV : au même effieu font attachés une patte DR, a deux griffes, qui font mouvoir i’étrier, deux branches de fer EF, G H, 8c la tige /, d’un poids K.
- Pour concevoir de quelle maniéré le chevron pendant fait agir le Régulateur 8c le robinet d’interjeélion , il faut fe rappeller (Art. I ) que la chaîne attachée à l’une des jantes du balancier porte une touliffe ; cette coulifle qui n’eft qu’un chevron pendant L, ayant une fente dans le milieu , joue de même fèns que le pifton & fert à communiquer le mouvement au [régulateur 8c au robinet d’in-jeélion, & enfile fur le rez-de-chauffée du premier étage , Fig. 1, PL LI, un bout de madrier M qui la maintient toujours verticale, en defcendant dans un trou N, qu’on a pratiqué au-deffous.
- p.474 - vue 17/304
-
-
-
- I
- et1 DE SES MINES. II. Part.
- ^rt. XXIV. De quelle maniéré le mouvement fe communique au Régulateur. "la fente de la côuliffe eft traverfée d’un boulon P revêtu de cuir, au-defTus duquel vient fe rendre par intervalle la branche E F ; à l’inftant que le pifton étant parvenu au bas du cylindre, le régulateur s’ouvre pour laifler paffer la vapeur; alors le balancier éleve la côulifle Z, le boulon P fait monter l’extrémité de cette branche, par confequent tourner l’eflieu qui releve le poids K 9 & pendant ce temps-là, l’étrier refte immobile ; mais aufli-tôt que le poids a pafle la verticale, il imprime en tombant du côté du cylindre une force à la griffe D, qui frappe le boulon e9Sc chafle cet étrier en arriéré, par conféquent la manivelle i, qui ferme alors le régulateur.
- Quand la couliflè monte & qu elle entraîne avec elle la branche £F, l’eflieu en tournant, & la chute du poids, font monter auflî l’autre branche GH; peu après cette couliflè venant à defcendre, une cheville Q qui eft attachée à une de fes faces ramene la branche G H, qui fait tourner l’eflieu & releve le poids qui tombant enfuite de la gauche à la droite, la griffe R pouffe en avant l’étrier *qui étoit refté immobile pendant la defcente de la couliflè ; alors la manivelle ouvre le régulateur.
- Art. XXV. Détail des pièces qui appartiennent au robinet d'injection. A la clef du robinet d’injeélion g , eft attachée une patte d’écreviflè h, dans laquelle agit une broche de.fer ab, qui la frappe par un mouvement de vibration, tantôt d’un fens & tantôt d’un autre, pour ouvrir & fermer le paflàge de l’eau. Cette broche eft attachée à l’eflieu d’un levier c d , fervant de queue à un marteau f9 échancré par le deflus pour s’accrocher par intervalle dans une coche faite à un morceau de bois e i, qui pafle au travers d’une fente pratiquée au poteau pen* dant S, qui foutient le levier c d ; cette piece qu’on nomme Dêfclit, eft mobile à fon extrémité e autour d’un boulon, & l’autre i, eft fufpendue en l’air par une ficelle attachée au plancher.
- Art. XXVI. Explication du mouvement qui fait agir le Robinet d! injection. Pour juger de la maniéré dont ces pièces agiflènt, il faut lavoir qu’à l’une des faces de la couliflè oppofée à celle dont je viens de parler, eft auflî attachée.une cheville T, qui fouleve le défclit lorfque la couliflè eft parvenue à fa plus haute élévation ; alors le marteau f ceflânt d’être-foutenu , tombe avec violence, le levier refait la bafcule,-& la broche ab agiflànt en arriéré contre la patte A, ouvre le robinet d’injeétion ; & pendant que l’eau jaillit dans le cylindre, le marteau repofè fur un bout de planche horizontal V; après cette opération, la cou-lifle L redefcend, & la cheville T qui a élevé le défclit9 rencontrant en chemin le levier cd9 l’oblige de defcendre pour relever le marteau & le remettre dans fà première fituation : comme cela ne peut fe faire fins que la broche a b ne pouffe la patte h en avant, pour la ramener d’où elle étoit partie , le robinet d’injeélion fe referme, jufqu’au moment où la couliflè L remontant de nouveau, recommence la première manœuvre.
- p.475 - vue 18/304
-
-
-
- *7* DU CHARBON DE TERRE
- Art. XXVII. Conclujîon fur le jeu du Régulateur & fur le jeu du Robinet d’injeclion. Il fuit de cette expolîtion , que lorfque la couliffe defcend , elle ferme le robinet d’injeélion, immédiatement après ouvre le régulateur dans l’inftant quelle eft parvenue au plus bas, & quau contraire lorfqu elle eft mon-tée au plus haut, le robinet d’injeélion s’ouvre, & le régulateur fe referme; ainfi ces deux effets, quoique contraires, entretiennent toujours la machine dans un mouvement régulier, lorfque la chaleur du fourneau eft uniforme, & que toutes les autres pièces agiffènt comme il faut ; on remarquera qu’on rend le jeu du régulateur & celui du robinet d’injeélion plus ou moins prompts, félon que les chevilles qui accompagnent la couliffe font percées de plufieurs trous.
- Art. XXVIII. Situation de t alambic & du fourneau dans le bâtiment qui renferme la machine. Pour juger de l’emplacement de l’alambic dans le bâtiment, on confîdérera la Figure 2, PL XLIX, qui repréfènte le plan du premier étage, élevé d’environ dix pieds au-deflus du rez-de-chauflee.
- On y voit une coupe horizontale de l’alambic, accompagné du revêtement de maçonnerie qui en foutient le chapiteau.
- De cet étage on peut defcendre par un petit efcalier A B, dans l’endroit où eft le fourneau, dont la conftruélion s’entendra aifément, en confidérant les Figures 2 & 3, PL L, qui en montrent le plan & le profil coupé liir l’alligne-ment CD, Fig. cl. FL XLIX.
- Le fond de ce fourneau eft une grille élevée de quatre pieds au-deflus du rez-de-chauflee fervant de foyer, & on introduit le bois ou le Charbon de terre par une ouverture E, vis-à-vis de laquelle eft une porte C, qui répond au rez-de-chauflee.
- O11 a pratiqué une ventoufè FG, dans l’épaiffeur du maffif de la maçonnerie Sc des terres qui fe trouvent derrière le fourneau, afin que l’air extérieur puifle aifément s’introduire dans le cendrier fous la grille, pour animer le feu dont la fumée ne peut s’échapper par la cheminée HIK 9 oppofée à l’entrée du fourneau, qu’après avoir circulé autour de la chaudière, Art. XIII.
- Les Figures 2 & 3 de la PL L, ne laiflent rien à défirer fùr ce qui peut appartenir au fourneau.
- Art. XXIX. Explication de la manœuvre quon exécute pour commencer à faire jouer la machine. Pour donner le premier mouvement à la machine, on commence par remplir d’eau la chaudière ( Art. XVIII ) , enfuite on allume le feu, on fait jouer la pompe afpirante afin de remplir la cuvette d’injeélion s’il eft néceflàire, & on laifîe couler l’eau dans la coupe ( Art. XI ) ; immédiatement après , celui qui dirige la machine, vient voir dans quelle fituation eft le régulateur, afin de l’ouvrir s’il étoit fermé, ayant la facilité, à l’aide d’une manivelle , de donner à l’eflîeu les mêmes mouvements que lui imprime la couliflè, la vapeur paffe dans le cylindre , en chafle l’air , & échauffe l’eau qui eft au-delfus du pifton qu’on fait couler dans les godets pour remplir les tuyaux par lefquels fe décharge l’eau d’injeélion (Art, XXIII), Pendant
- p.476 - vue 19/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. IL Part. 47?
- pendant cette manœuvre, la machine relie en repos jufqu’au moment qu’elle même donne le lignai pour avertir qu’il ell temps de la faire jouer ; ce qui fo manifelle lorfque la vapeur ayant acquis aflez de force pour ouvrir la foupape qui fermoit fa cheminée ( Art. XVII, ) en fort avec détonation; aulfi-tôt le Directeur qui attend ce mouvement, prend de la main droite la queue du marteau , & de la gauche la branche ( Art. XXIV, ) ferme le régulateur, & un inllant après , ouvre le robinet d’injeélion qui fait defcendre le pillon ; enfuite le régulateur s’ouvre de lui-même, &la machine continue de jouer {ans qu’on y touche, par l’effet alternatif de la vapeur & de l’eau froide, fécondé du poids de l’atmolphere.
- Exploitation des premières Fojps qui ont été ouvertes dans la banlieue
- de Valenciennes.
- De cent-cinquante Mines de Charbon (i) & plus que je compte en France * dans vingt-huit contrées différentes , les Mines du territoire de Valenciennes font les feules que Ton puiiïè citer, comme exploitées d’une façon abfolu-ment régulière; aufli ce font les fouis travaux de conféquence que nous ayons en ce genre. Pour raflembler dans un tableau raccourci , les principales manœuvres qui conftituent l’art d’exploiter ces Mines, & donner une idée des difficultés attachées à ces fortes d’entreprifos , je vais donner ici l’hiftoire de ces opérations décrites par feu M. le Vicomte Defondrouin, & exécutées par lui-même pour les exploitations de Frefoes, d’Anzin, & de S. Vafl, fur-tout pour la première foffe qui fut ouverte fous Anzin en 173 3, & la douzième que l’on creufoit depuis 1717. Nous l’avons extraite d’un petit cahier de vingt-quatre pages 272-4°. (2) imprimé à la fuite d’un Mémoire publié lorfqu’il s’éleva une compagnie pour exploiter de la Houille dans les Seigneuries de Raifmes & de S. Vafl, que les premiers Çonceffionnaires prétendoient être dans leur conceffion*
- Manœuvre pour la confiruclion & le cuvelage d!une foffe.
- Cette ouverture commencée for la foperficie de la terre, forme un puits profonde de dix toifes, & étayé dans fà circonférence par une maçonnerie de brique qui fe continue jufqu’à fix autres toifes, afin de foutenir des terres ou terres pierreufes ; pendant ce premier travail on établit la machine deftinée à épuifer les eaux, qui doivent bien-tôt fe rencontrer ; dès quelle eft en état d’agir, la fouille fe pourfoit ; deux corps de pompes foffifont dans les premières vingt-'quatre heures pour fe rendre maître des eaux ; mais à la fécondé journée, ces deux corps de pompes font infoffilànts ; il faut en ajouter un troifieme, qui em-
- (i)Je comprends fous cette exprefïion, non-ieulement tous les endroits où on connoît du Charbon de terre, foit qu’on l’exploite , foit cju on ne 1 exploite point, mais encore toutes les foffes voilines les unes des autres dans un même
- Charbon de Terre. IL Part.
- canton,
- (2) Obfervations fur le local, les travaux 6c futilité des Mines à Charbon de terre du Hainaue François , découvertes & exploitées par le Vicomte Defandrouin, 17 $6.
- ES
- p.477 - vue 20/304
-
-
-
- 478 DU CHARBON DE T ERR E
- ploie deux jours à fbn établiffement ; le nombre des chevaux doit augmenter en conféquence : les Ouvriers continuent leurs travaux en fe relayant.
- De fix toifes d’épaifteur, dont le premier niveau eft compofé, on ne peut en enlever que quatre pieds, le volume des eaux augmente au point qu il faut ajouter une quatrième pompe, dont rétablifTement emporte encore deux jours. On vient about, avec ces quatre pompes de front & allongées dans la profondeur, d’épuifer les eaux qui s’étoient amaflees dans ce délai ; elles remontent quelquefois fubitement, inondent toute la folle , & rendent inutile le jeu de la machine ; fi en changeant promptement les féaux des pompes , ou en prelîànt les chevaux, on ne furmonte point cet obftacie, en peud heures les eaux remontent à leur niveau ^ & il faut plufieurs heures pour les élever : tout ce qui gêne les Ouvriers, qui apporte le moindre retardement à leur befogne , comme quelque dérangement dans la machine, ou quelque défaut dans les féaux des pompes , un cheval qu’il faut changer, eft de conféquence, parce que les eaux haulïent promptement &*demandent un nouveau travail pour que les Ouvriers puillent reprendre leur befogne.
- Le progrès des Ouvriers dans lafolïè qu’ils ont mis à l’abri de l’inondation , exige un allongement des pompes,proportionné au terrein qu’ils ont gagné ; malgré la célérité avec laquelle fe fait cette prolongation , la fofle s’eft remplie de plufieurs pieds d’eau, qui exigent un travail de plufieurs heures pour les épuifèr*
- Les Travailleurs font parvenus au fond, la moitié des terres eft enlevée ; les Ouvriers qui remplacent les premiers, atteignent de nouvelles coupes qui font monter les eaux avec autant d’impétuoflté que d’abondance ; il faut encore deux corps de pompes avec leurs prolongements. On augmente le nombre & des pompes & des chevaux; les pompes vont jufqu’à 6, les chevaux jufqu’à 12 5 les eaux diminuent & font place aux Ouvriers ; ils femblent n’avoir plus à craindre d’être fubmergés : on n’étoit encore qu’à 22 pieds de profondeur dans le premier niveau des eaux, il reftoit encore quatorze pieds à creufer, & trois pieds dans le b le U' marie, avant de fonger à cuveler cette partie de la foife ; on fe détermine parle confeil du Vicomte Defandrouin , à battre les eaux, & au bout de quinze jours 6c quinze nuits de jeu de pompes, on parvient à les épuifer.
- Les Ouvriers parvenus aux trois pieds de bleu-marle, placés au-deffous du niveau des eaux, dont la traverfe eft' fi périlleufe, ne font pas encore à l’abri du danger de fubmerfion ; ils ne peuvent aller plus avant fans en être menacés inévitablement, à moins qu’ils ne prennent de nouvelles précautions.
- Dans les fix toifes de terrein inférieur aux feize premières toifes commençantes à la fuperficie & maçonnées en brique, les fources que l’on a ouvertes demandent un autre genre de travail qu’on appelle cuvelage.
- Communément la forme de cet ouvrage eft en rond ; mais le Vicomte Dé-fàndrouin prétendoit que le cuvelage en quarré eft plus fblide : voici comment il s’établit. Dans le fond & à chaque mahire de la fofie, on établit une piece de
- p.478 - vue 21/304
-
-
-
- ET D E SES MINES. II. Part. 4?9 bois de chêne, d’un équarrifiàge de huit à dix pouces, que Ton fait joindre le plus exactement que faire fo peut, pour intercepter le paflàge des eaux.
- Ces quatre pièces que l’on prolonge en remontant, font dilpofees à recevoir de côté & d autre de larges madriers de même bois de fix pouces d’épaifleur , toujours en quarré les uns for les autres, & que Ton fait entrer de force.
- Lorfque dans cette conftruétion on arrive au niveau des eaux, on a foin en pofant les pièces de cuvelage, de bien battre la terre derrière ces pièces jufqu’au niveau de celles que Ton a pofées précédemment ; cela fait, à mefure quon les fait entrer de force, on les garnit par derrière d’un lit de mouifo bien ferrée pour chaque piece, & on met for ce lit une couche d’environ deux lignes d’épaifleur d’un mortier fait avec de la chaux & de la cendre de Houille mêlés enfomble , on repofe une autre piece deflus, & ainfi de foite.
- Le cuvelage monté à hauteur, 8c le tout raffis de deux fois vingt-quatre heures , on en calfate les joints ; c’eft ce qu’on appelle brondir.
- Cette charpente ainfi conduite de bas en haut, va fo réunir à la maçonnerie des feize toifes qui précèdent ces fix toifes de cuvelage. Au bout de quelque temps que cet ouvrage s’eft féché & cimenté, on épuife les eaux delà fofie dont on calfate de nouveau tous les vuides intérieurs, & par ce moyen les ouvrages fe continuent en fore té.
- A ce travail en fuccede un autre moins dangereux & qui a fos difficultés : des neuf pieds de bleu-marle que l’on rencontre après le premier niveau des eaux, il en refte fix qu’il faut creufer & extraire à force de bras, les terres ne pouvant point être montées par une autre machine qui ne peut être placée for la foflfe occupée par les pompes : le banc de pierre qui couvre ce bleu-marle eft plein d’eau ; il faut le fonder à mefore que l’on avance; il forvient par la première ouverture que l’on a faite une forte toife\ ce torrent d’eau exige un percement de cent-treize toifos de longueur, depuis cette fofie conftruite for pilotis, & duquel dépend entièrement le foccès de l’épuifement pour toute la Mine, ce qui épargne plus de deux répétitions des pompes.
- Sous le terrein du fécond niveau fo trouve encore un autre lit de bleu-marle de même épaifièur que le premier, for lequel on anticipe comme ci-deflus pour afleoir la charpente du fécond cuvelage ; de cet endroit il eft conduit en remontant jufqu’au précédent.
- Cette portion de cuvelage faite & calfatée, on enleve le focond lit de bleu-marie fous lequel fo rencontre le troifieme niveau ; quand on en a puifé les premiers bouillons, & lorfqu’on a anticipé d’une demi-toifo for la troifieme cou-; che du bleu-marle qui vient après, on continue encore à cuveler jufqu’à la partie fupérieure : ce n’eft qu’alors que la machine à pompe devient inutile ; la fofie tout-à-fait fans embarras, laifle alors aux Ouvriers toute liberté de tra-; vailler aifement le banc de dieve, qui foit celui de bleu-marle.
- Ces onze toifes enlevées, découvrent la derniere couche, qui précédé une
- p.479 - vue 22/304
-
-
-
- 480 DU CHARBON DE TERRE
- terre verte, compacte, (nommée fans doute par cette raifon le rocher,) 8c impé-
- nétrable à l’eau. ) ’J
- Arrivé à ce lit , on y aflied aufîî-tôt les fondements du cuvelage que 1 on continue dans cette épaifîeur, en remontant dans les onze toiles de dieve, Sc juf ques& compris les bleu-marles du troifieme niveau^ de cette maniéré cette charpente, quoique établie à différentes reprifes, fe trouve auffi folide que fi elle eût été conftruite en même temps.
- Telles font les opérations que demande néceffairement l’établiffement de chaque foffe à Houille, jufqu à ce qu’on foit parvenu au rocher feulement ; c eft ainfi que la foffe d’Anzin, commencée le 26 Août J733> ^ continuée fans relâche, a été finie le 24 Juin 1734.
- Allures des Veines*
- Ën jettant les yeux far la Carte de la France, Fl. XIII de la première Partie, ïl eft facile de juger de la richefle du Hainaut François ; nous en avons fait con-noître les principales foffes , parmi lefquelles on peut encore comprendre far celles d’Anzin, les trois foffes de la Riyiere, la foffe du Jardin, la fofte del Croix, la foffe de la Citadelle, la foffe du Chaufour, fix foffes au vieux Condé, Sc une à Aubry.
- Le quartier du territoire de Valenciennes où fe trouve le plus grand nombre de fofles, eft celui d* An^in, près la porte de Tournay, Sc celui de Frejhes9a. une portée de moufquet du chemin couvert des fortifications de Valenciennes : entre Condé & Valenciennes on auroit de la peine à les compter. Les Houilleurs de cette Province font dans l’idée que ces veines de Frefne & des fauxbourgs de Valenciennes s’étendent jufqu’à la porte & Arras > fous le quartier de Ste, Catherine , & gagnent les bords de la mer du côté de Calais.
- M. Haye, Ingénieur des Ponts & Chauffées, les regarde comme des relèvements des orbes ou zones de Charbons de laWeftphalie, depuis la mer Baltique jufqu à l'Océan ; il eftime l’orbe des veines du Hainaut François d’environ deux lieues Sc demie de largeur, renfermant plus de deux cents corps de veines de différente qualité, toutes enveloppées de pierres de différente nature.
- En générai leur marche vient d’entre le Nord Sc l’Eft, Sc fe termine vers l'Oueft Sc le Sud-Oueft, ou far le foleil de quatre heures & demie du matin a quatre heures & demie du foir, jamais du Nord au Sud.
- C’eft l’allure ordinaire des veines de Charbon, de maniéré qu’elles préfen-tent la tête au Nord & le pied au Midi, ce qui eft appellependage droit. Mw Peronnet, Aflbcîé libre de l’Académie, m’a procuré un defîèin en couleur, re^ tarif aux Mines de Charbon de ce quartier, dont je crois devoir faire ici mention, M, Haye, Ingénieur des Ponts Sc Chauffées, qui paroît avoir fait ce deifein
- avec
- p.480 - vue 23/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. IL Part, 4gt
- avec foin, y donne aux veines de Charbon une déviation très-particuliere. Dans les entretiens différents que j’ai eus avec nombre de Houilleurs, je n’ai entendu rien dire qui m’ait donné le fbupçon de ce dévoyement de veine ; néanmoins * par le dérangement qu’il doit apporter dans les premières recherches de Mine i il e.ft de nature à ne pouvoir manquer d’être connu des uns ou des autres , ou par expérience ou par relation.
- Pour rendre aux yeux cette allure finguliere, je me feryirai de la Figure % de la Planche XLI.
- La tête E E des veines roifles, au lieu de prendre enfiiite un pendage de plat* ture pour aller de l’Eft, marqué E, à l’Oueft fuppofé en O, fe forme bien dans ce pendage, mais' en retournant de l’Oueft O, à l’Eft E , Sc continue ainfi vers l’Eft tous les autres pendages qui fe fuccedent les uns aux autres, & qui devraient reprendre leur allure à l’Oue ft.
- M. Havè auroit peut-être voulu exprimer ce qu’il aura entendu dire des vei-nés dont j’ai parlé page 6$, & 207, qui font leur retour fur elles-mêmes; mais cette façon de s’exprimer éclaircie par la Planche IV, N°. y , de la première Partie, & par la Planche V, de la féconde, ne fè rapporte point avec l’idéè que M. Havè donne de cette direction*
- Si M. Havè a décrit cette marche d’après nature, ç’eft une obfèrvation très^ importante pour la pratique de l’exploitation dans le premier début des tra*^ vaux.
- On voit que dans une fouillé où Ron dirigerait fur la première veine Renfoncement d une foffe ou puits, qui dans l’allure ordinaire ne peut manquer dé traverfer toutes les autres veines placées au-deffous ; on n’en rencontrerait ici aucune, puifque la première & les autres fucceflîvement, ont fui en arriéré de la tête de la veine pour regagner l’Eft au lieu de s’en éloigner.
- Dans le cas où l’on viendrait à reconnoître que les chofès fè trouvent de cette façon, la dépenfe de la foflè ou du puits de mine ( 1 ) feroit perdue ;, mais là conduite à tenir pour aller reprendre les veines eftbien fimple, n’étant queftion que de porter une fécondé foffe à l’Eft.
- Ouvrages de Veines*
- Dans l’exploitation d’une veine piatie , le puits creufé perpendiculairement fép are la veine en deux parties : les Ouvriers, les uns en montant, les autres en defcendant, félon le degré d’înclinaifon, travaillent à détacher le Charbon qui eft devant eux ; chacun d’eux avance & fe forme une voye dans laquelle il ne peut manoeuvrer debout : quelques-uns font occupés à fder les bois dans les proportions convenables ; d’autres les placent ; des jeunes gens trient les pierres
- ( 1 ) C’eft ainfi que j’appellerai dorénavant les puits de Mine j nommés buT&s par les Liégeois»-
- Charbon de Terre. II. Paru E £
- p.481 - vue 24/304
-
-
-
- 48* DU CHARBON DE TERRE
- d’avec le Charbon, Sc les chargent féparémentles uns des autres fur des petits traîneaux, Ftg. 3 9 Pt* XXX VJI • les Houilles {ont traînées dans toute la longueur de la veine jufqu’au puits.
- Ces petites voitures arrivées, on décharge le Charbon dans d autres paniers j Fig.iÿ 9 que Ton monte à force d’hommes, de puits en puits Sc jufque dans la grande galerie ; là d’autres Ouvriers entraînent ces matières dans toute la longueur des fouterrains jufqu’à ce quelles foient parvenues fous les bures d’extraction ; alors on les charge dans des plus grands paniers, Fig. i<5 , PL XXVI1, Sc elles font enfin enlevées au dehors par la machine à chevaux.
- L’extraélion du Charbon d’une roiffe fe fait en même temps que l’on creufe les différentes foffes. Quand on a extrait de ce puits toute la Houille Sc les pierres , dans la longueur de quatre cents toifes au moins, 011 pratique vis-à-vis la fin de la douzième toife & au Levant, une chambre que l’on recule allez loin pour y prendre les mêmes proportions & directions d’une fécondé foffe qui vient également recouper la veine ; Sc cette manœuvre fe répété tant qu’il fe trouve du Charbon ou que la trop grande profondeur ne met pas d’empêchement à l’exploitation, {oit à railon des eaux, {bit à raifon du défaut d’air : ce dernier obf tacle n’eft pas toujours le plus difficile à formonter; du feu allumé de diftance en diftance dans les travaux fouterrains, permet allez ordinairement de continuer l’ouyrage jufqu’à quatre cents foixante toifes.
- Etat des ouvrages à An^in & a Frefnes , dans tannée 175 6.
- On a vu page 147, que dans ce quartier il y a depuis la terre végétale jufqu’à la craw, cinquante-huit toifes, Sc depuis la craw jufqu’au Charbon, trente-quatre toifes, total 92.
- U fe trouve des veines au fommet des rochers, enfoite à vingt, trente, jufqu’à foixante ou même foixante-treize toifes de profondeur, enforte que ces veines qui font les plus enterrées, font à plus de fèpt cents pieds de la bouche ou de l’œil de la foile ; on en connoît jufqu’à feize les unes au-delîus des autres ; elles ont deux pieds d’épailleur ; l’exploitation eft de cent toifos environ de profondeur par répétition en ligne perpendiculaire.
- Au fond du puits d’extradion , on a pouffé vers l’Oueft une galerie de deux cents, deux cents cinquante toifes, par laquelle on exploite une veine platte courant Eft Oueft , de deux pieds d’épaiffeur.
- Cette galerie communique au pied d’une autre foffe, & vis-à-vis cette gale^ rie à l’Ëft, à dix ou douze toifes, eft un Torret de dix toifes de profondeur.1
- A l’£/? de ce Torret, fur environ vingt-toifes de diftance, eft placé un fécond Torret ; alors on avance environ deux cents toifes à l’Eft, par une galerie qui pique vers le Sud, de deux pieds par toife dans uneVeine roiffe de deux pieds d’é^ paiffeur, ayant deux cents cinquante toifes de longueur fur trente de profond deur.
- p.482 - vue 25/304
-
-
-
- s ET DE SES MINES. IL Part. 4§5
- La folle d’Anzin eft débarraiïee de fes eaux par quatre machines, & elle donne en vingt-quatre heures foixante-quatorze milliers pefant de Charbon.
- Les folles par lefquelles on tire l’eau, font maçonnées en brique, jufqu’à environ trente toifes de profondeur, le refte eft cuvelé en madriers.
- A F refies, proche Condé, où l’on travaille, depuis environ cinquante ans, il y a douze folfes toutes revêtues ou cuvelées en dedans avec de forts madriers de chêne, & que Ton épuife avec deux machines à feu.
- Leur exploitation eft de quarante -fept toifes de profondeur fur cent cinquante de longueur de galerie : le fèau d’extraélion a à peu-près fix pieds cubes de Rapacité.
- On peut defcendre dans ces folles jufqu’à trois cents pieds , par les échelles de fer placées le long des pompes qui les tiennent égouttées.
- A quarante-fept toifes de profondeur, fous les pompes, eft creufé le principal pu fart ou bougnou.
- Du principal puifart on peut aller à environ deux cents toifes vers le Nord,' pour arriver à la veine de deux pieds Sc demi d’épaiflèur, marchant en platteure & s’enfonçant un peu versle-Nord, fouvent en défaut, c’eft-à-dire, coupée par
- le roc. -
- Les galeries font par-tout où on le juge nécelïàire étayées de patins & de tra~
- verfès. '
- r
- Qualités, Prix & Ujages du Charbon de terre du Hainaut François.
- Le terrain placé entre Frefnes 8c Anzin ,& qui occupe une très-grande éten-» due, renferme les meilleures veines; on prétend néanmoins obferver une différence à cet égard entre celles qui fe préfentent au Nord, & celles qui fe pré-fentent au Midi, les fécondés font de la meilleure qualité, & les premières foat moins bonnes.
- En général, le Charbon du Hainaut François, eft, félon l’opinion commune; plus gras & de plus de durée au feu que celui d’Angleterre : quelques Corn» fommateurs lui donnent, au moins par cette raifon, la préférence fur ceCharbon étranger, & fur celui du Hainaut Impérial.
- Le Charbon de Frefnes 8c du vieux Condé, paroiflent être de même qualité; à quelques différences près, dans ce qu’on appelle 1 Q gros> & ce qu’on appelle le menu ; le premier eft beaucoup plus aélif que le fécond.
- Celui de Frefnes fe délite & fe fépare par facettes ; il eft plus compaél & plus pefant que les autres ; il pefe environ un dixième plus que celui d’Anzin, & peut être appellé Charbon de poids ; il eft très-difficile à allumer, & ne flambe prefque pas; il eft cependant très-chaud & brûle le fer; au feu il fe foutient long-temps ; il ne donne point d’odeur, & peu de fumée ; il ne forme point gâteau en brûlant; il eft excellent pour le chauffage dans les poêles.
- p.483 - vue 26/304
-
-
-
- 4S4 DU CHARBON DE TERRE‘
- On s’en fert auffi comme de celui du vieux Condé, qui n’elt point flambant, pour cuire la chaux 8c la brique.
- L’un 8c l’autre pris à la fofle, valent quatre livres le muid ; cette mefùre dans ces deux endroits pefe fix cents cinquante livres.
- Le- Charbon à’Anzin donne, comme celui du pays Montois, de la flamme en brûlant, 8c fe colle de même : quelques Confommateurs l’efliment fupérieur à celui d’Angleterre, de Liege & du Hainaut Impérial, comme étant moins bitumineux ; celui de S. Vaafl eft réputé d’une nature approchante.
- Ils fervent aux Forges, aux Braderies; on les emploie encore au chauffage dans les cheminées ; les braifbns qui en réfultent lorfqu’ils font à demi confirmés , 8c que Ton remet fur le feu, s’appellent Grouejjes; en tout ils font propres à toutes fortes d’ufàges; mais ils produifent fur-tout un feu li proportionné à la cuilïon «le la brique 8c de la chaux, qu'une très-modique quantité pénétré exactement les plus groffes pierres, ce qui dilpenfe de l’embarras de les caffèr avant de les mettre au feu. C’eft peut-être dans cette qualité de Houille qu’il faut chercher rexplication d’une remarque efîentielle faite par M. Fourcroy, fur les fours coniques du pays de Liege pour les fours à chaux; cet Auteur dit que ces fours, dont l’entonnoir a ordinairement quarante à quarante-cinq pouces de diamètre par le bas , confomment plus de Houille que ceux de la Flandre, & ne rendent par jour, réduction faite, qu’un cinquième de ce qu’ils contiennent.
- Le Charbon de Raijmes 8c du Bois de bonne efpérance, fervent, comme celui d’Anzin, aux Maréchaux , aux Brafleurs, au chauffage du Bourgeois dans les cheminées, aux Salines, aux Savonneries ; celui qui fert à ces ufàges eft de l’efpece appellée Rondelot ou gros Charbon.
- Ils valent à la fofle cinq livres le muid \ cette mefùre eft toute aufîî difficile à eftimer que les autres ; félon quelques-uns il pefe huit à neuf cents livres, félon d’autres il peut pefer fix cents livres, 8C équivaut à deux barrils.
- Il y a encore à Anzin une autre mefùre qui s’appelle rajiere, pefànt environ deux cents vingt, deux cents trente livres poids de marc ; on compte quatre rafieres pour un muid.
- Le Rondelot nommé de bonne e/pece 8c qui eft vraifemblablement en pierre, fe vend jufqu à fix livres quinze fols le muid, & douze fols fix deniers le quin* * tal ; le menu dix fols le quintal.
- Le Charbon de terre de Quievrain, fur la riviere de Hofneau, à deux lieues 8c demie de Valenciennes ÔC à deux petites lieues de Condé,eft aufli plus eftimé que celui d’Angleterre.
- Dès le temps où les ouvrages des fofles à’Ançin 8c de Frefnes, étoient parvenus au point qui a été détaillé ci-deflus, elles occupoient quinze cents Ouvriers par jour ; chaque attelier exploité nuit & jour , donnoit environ foixante-, dix milliers pefànt de Charbon.
- On eftime que deux folfespeuyent produire avec quatre atteliers, deux cents
- quatre-vingt
- p.484 - vue 27/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Parts 4g|
- quatre-vingt ou trois cents milliers de Charbon, faiiant la charge de trois ba? teaux 8c demi.
- Une extraélion auffi abondante, fruit de l'intrépidité du feu Vicomte Defini drouin, fécondée à propos par le Miniftere, n'a pas manqué d'animer dans tout le canton & dans les Provinces voifines, les fabriques qui ont befbin de ce fol? fie*
- Ces travaux (buterrains ont formé une pépinière des plus experts Ouvriers qui nous mettent à même de nous paffer de l'Etranger pour conduire des entre? prifes de ce genre dans le Royaume.
- Ces Mines ont donné l'origine aux Braderies, aux* Forges, aux Manufactures Sc aux atteliers de différente efpece, qu'il eût été impoffible d'élever ou de fou? tenir avant l'heureufe époque des recherches de M. Defàndrouin, qui a mis cette frontière du Royaume en jouiftànce d'un tréfcr qui n'y étoit pas connu*
- Les Provinces voifines, le Cambraifis, la Flandre, l'Artois 8c une partie de la Picardie, ont trouvé près d'elles une matière propre a leurs foyers 8c à d'autres ufàges qu'elles tiroient de Mons , 8c qu’elles achetoient fort cher : en 1756 il étoit entré en France pour un million de Charbon provenant de Mons 8c do Charleroy.
- De la Houille employée ail chauffage dans le territoire de Valenciennes»
- De tous les ufiiges connus auxquels on applique le Charbon de terre, aucun n*eft plus intéreflânt que celui du chauffage ; les endroits qui avoifinent les foffeS de Houille, connoiflent tout le prix de la relîource qu’elles procurent. En 1756, une famille entière, à Valenciennes &aux environs, pouyoit avec moins de trente fols de notre monnoie fè chauffer & faire là cuifine pendant les plus grands froids; à l'exemple du pays de Liege, la Houille eft apprêtée, pour cet objet, avec de la terre graffe ; on n’y eft point dans l'ulàge de la façonner en boulets, parce qu'on les trouve moins commodes pour leur arrangement dans le fer à feu, mais en forme de petites briques, d'ou ces pelottes ont pris le nom de Briquettes.
- Avant d’entrer dans aucun détail fur cet article, il convient de s’arrêter â quelques particularités fur les elpeces de Charbons : dans la ville de Valencien? nés on en diftingue pour l'ulàge, plufieurs fortes*
- i°. Le Charbon fin ou net, employé aux fourneaux des Brafleries, aux Sali* nés ; on l'appelle auffi Houille en pièce ; elle fe vend au poids.
- 2°. Houille en rondelots, ou par morceaux gros comme la tête , plus ou moins.
- 3°* Houille a dix-huit patards•
- 4°. Houille finie, deftinée à faire les briquettes pour le chauffage ; c eft cê qu on appelle à Liege menu Charbon, qui n eft autre chojfè que le pouffier OU Charbon de Terre. IL Part* G 6
- p.485 - vue 28/304
-
-
-
- 486 DU CHARBON DE TERRE
- menu Charbon provenant des quartiers de Houille attaqués dans la Mine par les Ouvriers.
- Enfin une efpece de rebut que Ton donne aiix pauvres Charbonniers;
- Pour la vente du Charbon à Valenciennes, il y a une mefure particulière nommée mande ou mefure.
- La mande de R onde lots coûte deux livres. (.
- Cha'hn & vend pins cher que celui appellé jorp gall.uufi. ( Voj. première Partie, page 147)’
- La Houille à dix-huit patards coûte une livre deux fols fix deniers la mande.
- La Houille fale coûte onze livres trois deniers la mande.
- Afin de remplir la promeffe que j’ai faite de donner connoiffance de tous les procédés ufités en différents endroits pour façonner la Houille d’une maniéré qui rende Ion ufage encore plus économique, je vais donner la méthode pratiquée dans le territoire de Valenciennes.
- L’Imprimé que j’ai cité au fujet de la cendrée de Tournay , a annoncé le procédé dont je vais faire part. L’Auteur d’un Recueil périodique, eftimé à jufte titre (1) , a depuis adopté cet écrit comme digne de croyance «St comme inté-reifant : dans la Préface d’une Brochure (2) , que des circonftances me donnèrent lieu de publier dans le même temps qu’a paru l’Ecrit de M. Carrey, je m’éi tois contenté de faire preffentir en quoi cette defcription étoit imparfaite & fautive (3) ; ce que j’ai dit en général fur cette méthode, page 355, Art. VII, de la première Seélion de cette fécondé Partie,laiffe fuffifammententrevoir que ce feroit s’abufer groffiérement de faire confifter cette préparation dans une manœuvre qui peut fie montrer en deux heures de temps au plus fimple Ouvrier, comme le dit très-bien M. Carrey : le procédé que je vais donner, tel qu’il eft fuivi réellement à Valenciennes, mettra à même de reconnoître combien cet Ecrit, compofé d’ailleurs fur une façon d’agir fuivie il y a vingt-cinq ans, eft défeélueux, & combien eft inutile l’établi embarraffant qu’on exige1 2 pour cette préparation (4), & qui n’eft plus connu aujourd’hui dans ce canton : les éclair-cilfements particuliers dont cette fabrication a befoin, & que j’ai placés à la fin de la quatrième Seétion , aideront à décider , fur-tout, fi un Ouvrier faifeur de briques, tout expert qu’il foit de pere en fils , dans cette fabrication, eft pouc l’ordinaire en état de la faire connoître dans ce qui lui eft réellement eflèntiel.
- (1) ObfervationsfurlaPhyfique, fur l’Hifîoire Naturelle & fur les Arts, Tom. VI,page 194.
- (2) Mémoire fur la nature, les effets Sc les propriétés du feu de Charbon de terre apprêté, pour être employé commodément, économiquement
- Sc fans inconvénient au chauffage, Sc à tous les ufages domeftiques. Paris, 1770, chez Lottin, au Coq, rue S. Jacques, in-12.
- (3) Voyez page ip. de cet Avant-propos.
- (4) Voy. la Planche ajoutée à cette defcription;
- p.486 - vue 29/304
-
-
-
- ET DÉ SES MINES. II. Part;
- 487.
- Procédé ujîté à Valenciennes pour faire des Briquettes propres au chauffage,
- terres qu on y emploie, 6c. '
- On commence par fe pourvoir des uflenfiles fuivants : un crible de main, en ofier, qui eft un panier rond de fix ou huit pieds de circonférence plus ou 'moins, & haut de huit pouces, ayant deux poignées en demi-cercle ; les branches d’ofier qui forment ce crible, font <Je la grofleur du doigt, & éloignées les unes des autres de fix à huit lignes.
- Une palette, n°. 11, PL LV, qui eft un battoir de bois, de forme plate > avec un manche pour frapper fur la Houille entaflee dans le moule.
- Ce moule, n°. 10, eft une forme en fer, comme la lunette dont fe fervent dans cette fabrication les Bottereiîes de Liege ; elle a cinq pouces & demi & plus de longueur, fur quatre de largeur, mefiire prife en dedans ; fa forme vife à l’ovale , plus évafée dans une de fès ouvertures que dans l’autre qui eft un peu rétrécie, pour faciliter par la première , la fbrtie de la briquette quand elle, a été battue luffilàmment.
- Une pierre de quatre pieds de circonférence , fur trois pouces d’épaiiTeur, lifte & polie fur une fùrface.
- Un feauy dans lequel il y. a de l’eau pour humeéler de temps en temps la mafle lorfque cela eft jugé néceflaire.
- Une planche deftinée à placer les briquettes à melùre que l’Ouvrier les fait lortir de la forme.*
- Tels font les uflenfiles nécelïàires à la manœuvre, au moyen de laquelle on amalgame la Houille avec une terre grafte.
- L’Auteur de la Defcription imprimée en 1770, s’en eft tenu à dire (1) que la terre employée communément pour cela, eft une bonne argille rougeâtre. De trois efpeces qui entrent dans ce mélange, félon que l’on eft à portée de fe procurer l’une ou l’autre, aucune ne vife à cette couleur que M. Carrey donne pour tout renfeignement ; je vais les indiquer d’une maniéré plus précifè, tant pour leur nature que pour les endroits d’où elles fe tirent.
- La plus commune , parce qu’elle eft plus ordinaire dans les fojfes, eft le bleu-marie, dont j’ai parlé première Partie, que l’on appelle auffi marie a boulets , parce quelle fert à réduire les Charbons en briquettes, qu’on appelloit boulets ; c eft une efpece d’argille calcaire, tenant à la langue & failànt effervefcence avec les acides.
- D’autres emploient une terre qui fe tire des bords de LE faut, où cette riviere autrement appellée Schelde la dépofe quand les eaux font hautes & fortes, & dont elle fe charge par la chute des pluyes & des ravins; c eft un limon ou alluvium, la-bleux , argiUeux, de couleur jaune obfcure, & qui fe manie comme une bonne argille.
- (O Page 17,
- p.487 - vue 30/304
-
-
-
- 48* DU CHARBON DE TERRE
- A Try, fliftant de Valenciennes dune lieue, & à Monceau qui eft à deux lieues de cette ville, on emploie au chauffage la Houille d’Anzin ; on fait entrer 'tians les briquettes , de la marie qui fe trouve dans ces deux endroits.
- Ces maries font des terres argilleufes, calcaires, blanches comme la craie; faifant effervefcence avec les acides (i) : celle de Try eft d’un blanc terne j celle de Monceau eft d’un blanc vifànt fur le jaune. Il faut obferver que le premier endroit eft fur la rive gauche de l’Efcaut f & qu’on pourroit y employer le dépôt limoneux de Try dont d’autres font ufàge ; mais les Payfans préfèrent la marie qu’ils ont chez eux; les raifons qu ils en donnent font que les briquettes formées de marie brûlent mieux, & qu’il en faut moins qu’il ne faudroit de limon de l’Efcaut : en effet, fur neuf parties de Charbon, ils ne mettent qu un dixième de marie.
- A Monceau on fuit cette même proportion de marie.
- La Houille que l’on emploie en briquettes, eft la Houille Jalel elle fe trouve beaucoup mêlée de Houille à dix-huit patards, que l’on en fepare avec le crible; les galliettes font aufli miles de côté pour entrer dans le feu lorfqu’on veut le rendre plus vif.
- Ce triage fait, l’Ouvrier délaye une meiure d’argille dans autant d’eau qu’il eft néceflaire pour en former une bouillie claire 8c coulante ; après avoir formé avec de la Houille un grand cercle, il verle fa détrempe d’argille dans c@ milieu.
- LefieurCarrey qui a voulu indiquer la maniéré de faire ces briquettes, lie parle point de la quantité qu’il faut prendre de cette eau chargée d’argille : il fait mettre de cette argille dans une demi-futaille jufquau tiers, enfuite il fait remplir Seau ce vaift'eau jufqua cinq pouces près du bord : quand le tout eft bien délayé, il en fait verfer un feau fur le tas de Charbon.
- Il omet encore ici de nous dire combien dans ce tas il y a de melures de Houille. Cet Hiftorien, fort fuperficiel, n’a pas pris garde que fi on fait entrer dans ce mélange plus d’argille qu’il n’en faut, les briquettes ne brûleront pas aufli bien, &que fi on en met moins, la Houille ne pourra faire corps avec l’argiile, & que les briquettes n’ayant point de folidité, s’écràferont aifément.
- La proportion ordinaire eft d’une partie de détrempe fur fix de Houille ; par exemple un minot d’afgille détrempée, fur fix de Houille ; cette détrempe verfée au milieu de la Houille que l’on veut préparer , on mêle le tout enfem-ble de la même façon que le fable fe mêle avec de la chaux bien éteinte pour
- (i) Marle ou moelle de terri 5 terre molle, forte, fe diffolvant en entier dans refprit-de-vitriol, dans Tefprit-de-nitre ; donnant au fy-top de violette , une couleur verte ; quand on ta goûte , elle eft feche , infipide , & tient à la iangue ; elle eft formée par un aflemblage de par; fcicules argilleufes , calcaires, qui à l’air & dans l’eau fe féparent aifément.
- La plupart deg terres figiilées a font du genre
- des marnes, ainfï que la terre à faïence, dont je décrirai une fouille à l’article du Nivernois. O» peut en général diftinguer deux fortes de marnes, la marne argilleufe& la marne ardoifiere ; toutes deux ont la propriété d’attirer ou de détruire les acides ; toutes deux fe diflblvent promptement dans l’eau 5 la marne ardoifiere moin5 promptement que la mw.e argilleufe.
- faire
- p.488 - vue 31/304
-
-
-
- E T DE SES MI N E $.11. Part. 48$
- Faire un mortier; lorlque cette malle a pris la confiftance d’un mortier un peu folide, rOuvrier place à côté de lui le carreau de pierre, & fait avec la palette la manœuvre que les Botterejfes de Liège exécutent avec les mains*
- Quand il a achevé & rangé fur une planche une douzaine de briquettes, fort aide ou lui-même, s’il eft feul, les porte dans l’endroit où on veut les garder jj & les arrange de la même façon qu’on arrange les briques pour former une muraille.
- Exportation & Commerce du Charbon de terre par charrois & par bateaux:
- Selon que les fofles font plus ou moins éloignées de l’embarquement, le prix de tranlport des Charbons eft nécefîàirement different.
- Les uns vont à fept, huit, dix, douze, feize patards; ils doublent quelque-? fois quand les voitures paffent for la chauffée de Valenciennes; il eft encore d$ feize fols Sc demi à la voiture pour le droit de charroyage.
- Le Charbon d’Anzin eft fixé par la Compagnie à foize patards ou vingt fols de France la voiture.
- Le gros Charbon ou Rondelot, eft taxé à vingt-quatre patards, revenant a trente fols.
- La riviere de Scarpe, qui prend là fource dans l’Artois & vient fo perdre dans l’Efcaut à Mortagne, procure à cette denrée un débouché confidérable.
- Les bateaux de chargement qui les portent for l’Efcaut, font communément appellés Nefs 9 8c contiennent trente muids ; en portant le muid à huit ou neuf cents livres pelant, on peut évaluer la charge d’un bateau à quatre-vingt mil* liers pefant, montant argent de France à environ neuf cents livres.
- En mefore du Pays , ils contiennent douze cents rafieres de Charbon de Freines 8c de vieux Condé, 8c mille de celui d’Anzin, parce qu’au-delfos de Çondé l’Efcaut n’eft pas aflèz fort pour porter une plus forte charge*
- Les Bateliers de Condé forment un corps nombreux, jouiflànt du privilège exclufif de ce tranlport, tant d’Anzin que de Freines, vieux Condé, 8c même de Mons.
- Ces bateaux étant trop grands, 8c contenant trop de Charbon pour pouvoir remonter la Scarpe, on eft obligé de les alléger dans de plus petits, conduits par des Bateliers de Douay & de Lille, & qui ne vont point jufqu’à Arras.
- Cependant par ordonnance de l’Intendant du Hainaut , les Bateliers de Condé ont été obligés à la requifition des Marchands d’Arras, de fournir des petits bateaux qui puiflent remonter la Scarpe julqu’à cette Ville, lelquels corn* tiennent environ huit cents rafieres ; mais avec cette charge il eft encore im-poflible qu’ils puiffent remonter la Scarpe ; pour y fuppléer lorfqu’ils font au confluent de cette riviere dans l’Efcaut, ils allègent trois cents rafieres ou environ dans un autre bateau.
- Charbon de Terre. IL Party H 6
- p.489 - vue 32/304
-
-
-
- DU CHARBON DE TERRE
- lAiiage du commerce efl de payer les Bateliers de Condé à la mefure d Arras pour prix de la voiture, Sc non à la mefure des folles, quoique de tres-peu de choie differente. On eft obligé de leur faire tenir une partie de leur voiture à Douay, pour payer leur allégeois, parce que faifant marché à forfait avec ceux de Douay pour une certaine fomme, ils ont gagné leur argent ; & de Douay a Arras, c’eft le Marchand qui paye à ceux-ci les trois patards & demi dont on a parle.
- Ce remuement change ou augmente chaque fois le prix du Charbon.
- Le prix de la voiture efttaxé par l’Intendant à fept patards &demi julqua Douay pour les Charbons d’Anzin.
- Ceux de Frefnes & de vieux Condé, à fix patards la rafîere.
- Depuis Douay jufqu’à Arras , la taxe efl: de trois patards & demi, failant treize lois neuf deniers.
- Il y a de plus à S. Amand, un droit d’un demi-patard à la rafiere, ou cin-j quanta patards du cent.
- Le prix des Charbon de Freines & de vieux Condé, efl fixé a trois florins huit patards le muïd de quatre rafieres.
- Le mefurage efl à la charge de l’Acheteur, à un patard au muid de quatre rafieres.
- Il revient aux Chargeurs de bateaux, trois doubles trois cinquièmes. A l’Etat*^ Major de Condé l fept florins quatre patards , ou neuf livres par voiture.
- A ces differents droits, il faut ajouter ceux dûs au Domaine en Hainaut, indépendamment de ceux dûs aux traites & un droit d eclufe à Condé fiir les bateaux.
- Hijloire des droits Jîir les Charbons de terre dans les Directions de Lille
- & de Valenciennes jujquau 4 Mai ijôl*
- L’entrée des Charbons de terre de l’Etranger en France, la fortie de ceux de France pour l’Etranger, forme un objet important dans la balance du commerce ; les droits établis lur ce Charbon, tant à l’entréequ’à la lortie, forment en même temps un objet de revenu confidérable pour le Roi. Le plan du Gouvernement depuis M. Colbert, a toujours été de charger de droits à l’entrée les Charbons de terre étrangers , pour donner un avantage aux Charbons de terre nationaux : des circonftances particulières, telles que les dilèttes, ont obligé quelquefois de s’écarter de ce principe ; mais on y efl toujours revenu ; le plan d’adminiftration fins doute étoit fage ; mais il n’étoit pas encore fuffifimt, & il exiftoit un autre moyen beaucoup plus efficace de favorifer les exploitai tions nationales ; il confiftoit à décharger les Charbons de terre qui en prove-! noient de tous droits, loit à la fortie du Royaume, foit a la circulation, foit enfin à l’entrée des Villes & fur-tout de celle de Paris.
- Un Miniftre que l’Académie a l’honneur de compter parmi fès Membres, en ^voit conçu le projet en 1763 ; mais il fut contrarié par des intérêts particuliers
- p.490 - vue 33/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. IL Part. 4pI
- & par des obftacles de différents genres, & les chofes font demeurées dans le même état.
- On trouvera cet objet, ainfi que celui de la traite des Charbons de terre de Tinténeur du Royaume, difcuté d'après les vrais principes dadminiftration, dans deux Mémoires dont j'ai eu communication ; je vais donner ici celui relatif aux Provinces réputées étrangères (r) : je ferai ufage du fécond en faifànt connoître ce commerce dans la ville de Paris , Sc les différents droits.
- M. Gigot de Crifenoy, Fermier général, à qui ils appartiennent, confidéré,^ confulté Sc écouté dans plufieurs parties qui tiennent à l'art d'entretenir les fournées des Finances, n'a befoin que d'être nommé; les perlonnes que ces matières întérefïent, reconnoîtront que l'éloge qu'il me feroit permis d'en faire, feroit de ma part moins un hommage perfonnel rendu à l'amitié, qu'un tribut public payé à la réputation dont jouit l'Auteur de ces Mémoires, de porter dans les opérations qui lui font confiées, les lumières de l'homme d'Etat, Sc les vues d'un bon Citoyen.
- » Par Arrêt du 3 Juillet 1692, le Charbon de terre venant des pays Etrangers, » fut impofe à trente lois le baril à toutes les entrées du Royaume , tant des cinq » groffes Fermes que des pays réputés Etrangers, Sc pays conquis, cédés ou y> réunis.
- » Cet Arrêt donna lieu à des repréfentations de la part des Magiftrats & Ha-» bitants du Hainaut Sc de la Flandre Françoifè, fur le préjudice que leur y) caufoit le droit de trente fols qu'il établiffoit ; Sc d'après les motifs qu'ils ex-» poferent, le Confeil ordonna par Arrêt du 18 Oélobre 1698, par proviflon y> Sc fans tirer à conféquence, que les Charbons de terre provenant des Mines » du Hainaut Efpagnol, paieroient feulement dix fols par baril à l'entrée du y> Hainaut Sc de la Flandre Françoifè.
- y> Sur de nouvelles repréfentations, Sc par des confidérations particulières, » les droits fur les Charbons de terre provenant du Hainaut étranger, furent y> réduits à cinq fols le baril, par Arrêt du 21 Décembre 1700, au lieu de dix » fols à quoi ils avoient été fixés par le précédent Arrêt.
- » Les Maîtres des forges de Picardie & de Champagne s’étant plaints au » Confeil du droit de trente fols établi fur les Charbons de terre étrangers par y) l'Arrêt du 3 Juillet 1692, il fut ordonné par Arrêt du 19 Juin 1703 , qu'aux » entrées defdites Provinces, les Charbons de terre venant de Ja Flandre Sc du » Hainaut, n'acquitteroient les droits qu'à raifon de dix fols par baril du poids » de trois cents livres.
- » Le Corps des Bateliers de Condé, Sc les Marchands de Charbon de Flandre
- ( 1) En Finance on défigne 8c on connoît fous ce nom , les provinces de Bretagne, la Sainton-ge , la Guyenne , la Gâfcognc, le Languedoc, ïa Provence , le Dauphiné , le Lyonnois, la Franche-Comté, la Flandre ôc le Hainaut, parce
- que ces provinces, quoique fourni fes à la France, n’ont point été affujetties, fur tous les articles, aux droits des cinq groffes Fermes, & qu’en cela ces provinces font eiFediveinent étrangères.
- p.491 - vue 34/304
-
-
-
- 4P a DU CHARBON DE TERRE
- » 8c du Halnaut François ayant obfervé que le droit de cinq fois [for le Charbon »de terre, afîbiblifloit encore le commerce de cette marchandifè dans ces » deux Provinces, & anéantifloit la navigation de Condé; il fut ordonné par s> Arrêt du 27 Mars 1714, que jufqu’au 1 Oélobre 1715'j les Charbons de » terre du Hainaut Elpagnol qui paflèroient par Condé, deftinés pour Tournay » & autres Villes étrangères, feroient & demeureroient déchargés du paiement ï> des droits d’entrée de cinq fols par baril établi par l’Arrêt du ai Décembre » 1700, en payant feulement le droit de deux fols fix deniers par waque établi » à la fortie par le tarif de 1671, le tout fans préjudice aux droits impofés fur les » Charbons deftinés pour être confommés dans la Flandre Françoife ou le Hai-: » naut François, lefquels feroient perçus à l’ordinaire, c’eft-à-dîre, à raifon de » cinq fols par baril.
- » Cet Arrêt fut rendu fur l’aflurance que donnèrent les Marchands & les Bate-£>liers, que le Roi retrouveroit dans un plus grand commerce l’équivalent de w cette réduétion.
- » Quoique la compenfàtîon que ces Marchands 8c Bateliers avoîent fait elpérer yy ne fe trouvât pas dans les produits des Bureaux, il fut cependant ordonné par » Arrêt du 9 Novembre 1715, que les Charbons de terre qui pafleroient par » Condé pour la deftination de Tournay, payeroient jufqu’au 1 Oétobre 1716, » pour tous les droits d’entrée & de fortie, par forme de tranfit cinq fols par y> baril. Ta même modération fut continuée par Arrêt du 34 Septembre 1716, » julqu’à ce qu’il en fût autrement ordonné.
- » En 1718, les Bateliers de Condé & les Marchands de Charbon de Flandre yy & du Hainaut François, firent encore des repréfentations au fojet des quatre yy fols pour livre qui venoient d’être rétablis ; & les mêmes motifs qui avoient dé-yy terminé à leur accorder la réduétion fur les droits d’entrée & de fortie des » Charbons de terre du Hainaut, engagèrent le Confeil à exempter cette marchan-» dife des quatre fols pour livre par Arrêt du 30 Avril 1718, foit qu’elle fût de£ » tinée pour la confommation du Royaume ou pour l’Etranger.
- » Enfin, par Arrêt du 8 Novembre 1723 , il fut ordonné qu’à l’avenir il ne yy feroit plus levé par forme de tranfit au Bureau des fermes à Condé, for tous les » Charbons de terre du Hainaut pafïànt de Mons à Tournay par Condé que deux yy fols fix deniers par baril du poids de marc de trois cents, au lieu de cinq yy fols établis par les précédents Arrêts, & que dans le cas où lefd. Charbons fe-yy roient enfoite voiturés par terre de Tournay à Lille & Châtellenie, foit pour yy la confommation de la Flandre Françoife, ou pour les Villes & lieux de la dé-yy pendance de l’Empereur, il feroit en outre levé aux premiers Bureaux d’entrée yy deux fols fix deniers par baril, par fopplément du droit de cinq fols établi ci-» devant, lequel droit de cinq fols continueroit au furplus d’être perçu à Condé » fur tous les Charbons qui viendroient de Mons, autres que ceux qui pafferoient yy de Çondé à Xournay.
- yy Les
- !
- p.492 - vue 35/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. IL Part, ^
- « Les difpofitions de ce dernier Arrêt ont été fui vies jüfqu’à préfent dans i> les Bureaux des Fermes de la Flandre & du Hainaut François ; cependant fuk » vant T Arrêt du y Février 1761? les droits furies Charbons de terre, font » fixés à trente fols le baril de deux cents cinquante livres poids de marc venant » d’Angleterre, d’Ecofle & Irlande, ou autres pays étrangers * & entrant par S*1 » Vallery, Dunkerque, Calais & autres entrées de la Picardie & de la Flandre ^ » les Directions des Fermes d’Amiens & de Lille, &c*
- » Cet Arrêt, en dérogeant à celui du 28 Novembre 1730, confirme ceux des » 6 Septembre 1701,6 Juin & iy Août 1741 * lefquels ne font mention que » des Charbons de terre d’Angleterre, d’Ecofle & d’Irlande, feulement qui en-» treront dans le Royaume; mais ledit Arrêt du y Février 1761 ne xappelle » point ceux rendus en particulier pour les Charbons de terre venant du Hainaut » Autrichien, qui font les feuls qui entrent dans la Flandre & dans le Hainaut » François, & dont l’introduélion y a été facilitée dans tous les temps, foit pour » favorifer la navigation de Condé, foit par d’autres confidérations relatives m » commerce du Pays conquis. Cependant comme il paroît par le difpofitif de » l’Arrêt du y Février 1761, que l’intention du Confeil eft que le droit de » trente fols foit perçu fur tous les Charbons venant indiftinéfcement de TËtran^ » ger , que cet Arrêt ne déroge pas nommément à ceux rendus pour les Char-» bons de terre du Hainaut Autrichien, & que les raifons qui ont engagé à » les traiter favorablement, peuvent encore fùbfifter , les Fermiers généraux » crurent devoir fufpendre l’exécution dudit Arrêt dans les Directions des Fer-, » mes de la Flandre & du Hainaut, & fitpplier le Confeil, en interprétant i’Ar-» rêt du y Février dernier, de vouloir bien leur faire connoître fes intentions à
- » cet égard, afin qu’ils donnaflent des ordres en conformité »,
- •
- Objervatlorié
- * » U fèmbie que par la décifiori du 9 Mai ijèî, on auroit dû y dife nofm » mément que le Confeil n’a voulu rien changer dans la perception des droits » fur les Charbons provenants des foflès du Hainaut Autrichien, entrant dans la » Flandre Françoife & le Hainaut François ; au lieu que fous le nom de Charbons » Etrangers, qui entrent par la Flandre & le Hainaut, il pourroity en venir d ail-» leurs que des fofles de la Province, & peut-être même pourroit on y faire » entrer des Charbons d’Angleterre, d’Ecofle & d’Irlande, qu’on feroit débar-: » quer à Oflende, Nieuport, ou par la Hollande, fi l’on y trouvoit un avantage* » c’eft-à-dire, que les frais fe trouvaient de moindre objet que les droits que » l’on frauderoit.
- » De façon que fi l’Arrêt du y Février iy6ï, eût fubfifté pour la perception s> des droits des Charbons venant du Hainaut Autrichien, les droits de Domaine » qui font objet, & Ceux d’éclufe, auroient abfolument été anéantis fans que ÇüArbqn de Terre. IL Fart* I $
- p.493 - vue 36/304
-
-
-
- »
- 494 DU CHARBON DE TERRE
- y> ceux portés par l'Arrêt du 5 Février 1761, eulfent eu le moindre avantage.
- » Les Charbons des foliés de cette Province, fervent journellement à l'ap* » provifionnement des Hôpitaux Militaires , tant de la Flandre & du Hainaut » que de l'Artois, 8t au chauffage des Troupes des garnifons de tous ces endroits. » Les Entrepreneurs des fournitures de ces Charbons font munis continuelle-» ment de pafle-ports pour des quantités confidérables, fur lefquelles il leur eft » accordé l'exemption des droits ; ainli c'eft le Confèil qui lui-même favorifo » l'entrée de ces Charbons au préjudice de ceux des folfes du Hainaut François* » Il paroît même étrange que pour ces fournitures au moins on n ait pas aflii->> jettiles Entrepreneurs desfoffes du Hainaut François, qui jouiflent des plus » grandes exemptions, à approvifionner les Hôpitaux & les Troupes du Royau-» me, plutôt que de faire paflér l'argent à l'Etranger, en achetant des Entrepe-» neurs du Hainaut Autrichien, en ce que d’un côté le Roi n'auroit point d'e-» xcmption de droits à accorder, ni à tenir compte aux Fermiers de ceux accor-yy dés for les Charbons venant des folfes du Hainaut Autrichien, dont il efl tenu compte aux Fermiers généraux ».
- Boulonois (i).
- Cette province dont nous avons indiqué les Mines de Charbon, en four-nilfoit autrefois à l'Artois, à la Flandre par le canal de Calais, & par la riviere d'Aa,qui fépare la Flandre d'avec la Picardie; les Corps-de-garde, lesBriquete* ries, les Fours à chaux, les Maréchaux, y trouvoient une relfource ; mais les Mines en font peu confidérables; on a obfervé auffi que le Charbon en eft très-leges & qu'il perd beaucoup de fà qualité prefqu'auffi-tôt qu'il a pris l'air.
- Ces défauts, joints à ce que les chemins qui fe font dégradés, renchérilfoient fort le Charbon au-deffos de celui du Hainaut François 9 bien fopérieur en qualité, devenu en même temps plus commun &plus abondant, ont jetté le dit crédit for le Charbon du Boulonois ; celui qui y efl: fobftitué & que l'on fait venir par HefHin, eft le Charbon du Hainaut qu'on y préféré , & même celui d'Angleterre tout cher qu'il eft ; le premier eft beaucoup employé à la cuite des pierres à chaux , dont les carrières font à Landrethun près Marquifo, entre Calais & Boulogne.
- La terre à pipe de Devres, à trois lieues de la derniere ville, pourroit donnes la facilité de préparer le Charbon en briquettes pour le chauffage : le pied cube de cette terre, félon les obfervations de M. Rigaut, pefe cent quarante-quatre
- (1) Le Cambraijis, quoique limitrophe au Hai-naut François, très-riche en Charbon de terre , & à F Artois où Ton en connoît,n’a point encore de Mine de ce genre : j’avois été mal informé lorfque j’en ai indiqué une dans cette province ; jpage 148 ; les tentatives & les fouilles très-profondes faites à Prémont, près de Valincourt,
- n’ont fervi qu’à dépenfer inutilement quatre-* vingt mille livres.
- A Arleux, fur les confins de la Flandre & du Hainaut, à deux lieues & demie de Cambray, fur la petite riviere de Senfer, Si à Paine a on n'a trouvé que de la tourbe.
- p.494 - vue 37/304
-
-
-
- JET DE SES MINES. II. Part. 49f
- livres deux onces fix gros, & feize pouces cubes en poudre ont occupé quarante-un pouces cubes qui ont imbibé quinze onces d’eau (i).
- Artois.
- M. Dargenville (2) (page 122), place des Mines de Charbon dans cette province*
- A Pernes, fur la Clarence, diftant de trois lieues de Béthune, on trouve une carrière de ce foffile au-deflous de couches de pierres d’ardoifes, lefquelles font plus dures que la pierre blanche, Sc plus tendres que le caillou.
- Le heur Havè, Ingénieur des Ponts & Chauffées, en a reconnu au village de Bienvillers, entre Arras Sc Doulens ou Dourlens : dans un renfoncement de cent fèpt toiles, il a atteint de grofles veines de Charbon à cent dix-neuf toifes de profondeur.
- A Arras on brûle généralement du Charbon de terre pour fe chauffer; le peuple, le bourgeois & le gentilhomme; les riches en font même ulàge dans leur antichambre & pour leur domeftique; depuis long-temps on n'y connoît plus le Charbon du Boulonois, celui qu’on y emploie aujourd'hui fe tire auffi du Hainaut François; il fe vend trente-huit à trente-neuf fols la Rajiere (3).
- Pour ce qui eft du Charbon de Freines & de vieux Condé, le menu ne le collant pas au feu, il n’y a que 1 Qgros, appellé Goimbe ou Galliete, qui loit employé dans les poêles ; il fe vend cinquante fols la rafiere : plufieurs perfonnes l’emploient au lieu de Charbon de bois dans les fourneaux pour la cuifine ; bien du monde le préféré comme ayant peu d’odeur, & ne noirciffant pas les meubles; & la Houille de Condé eft généralement reconnue beaucoup meilleure, & de moindre conlommation pour les forges que la Houille du Boulonois.
- D’Arras à Amiens il y a une très-belle chauffée de quinze lieues , & depuis que les droits d’entrée font réduits à Arras à fix deniers la rafiere pour le Charbon François, la traite en eft cqnfidérable pour les forges, pour cuire les briques & la chaux.
- La perfection du canal qu’on creufe actuellement depuis Valenciennes, par Bouchain, Cambray, S. Quentin Sc Chaulny, fera d’une grande utilité.
- (1) M. Demachy m’a fait voir un morceau de Cannel coal, trouvé dans la partie Françoife du pays de Luxembourg. Un Maître de Forges qui eh a reconnu le banc , a dépenfé cent louis pour fonder l’endroit ; cette recherche n’a pas conduit à la découverte qu’on attendoit; il y en a cependant félon toute apparence.
- (2) Enumeratio foffîlium quæ in omnibus Galliœ jrovinciii reperiuntur , tentamina. Paris, 175*1.
- Cette Rafiere, qui doit être appellée, com-tne celle du Hainaut, Rajiere de terre, afin de la dif-tinguer de la Rafiere ou mejure de mer, pefe pour 1 ordinaire deux cents quarante livrer On a vu
- que celle d’Anzin pefe de deux cents vingt à deux cents trente livres. Celle d’Artois pefe de deux cents dix à deux cents vingt livres, poids de quatorze onces, plus ou moins, fuivant qu’elle contient du Charbon menu ou gros. n
- A S. Omer , la Rafiere fe mefure rafe Sc non à comble depuis environ vingt ans ; l’excédent a été mis dans la mefure en l’agrandiffant, à caufe des plaintes du Public fur le mefurage plus ou moins fort : elle fe mefure par quart, qui fe nomme BoiJJeau ; ce boifieau a 5? pouces âc un quart de hauteur fur iy pouces & trois quarts de diamètre en dedans.
- i
- p.495 - vue 38/304
-
-
-
- £> U. C Æ A R B O N DE TE RE £
- I
- Franchê-Cômté (i).
- 'La veine cle Champagne , voy. première Partie, page 149 , a fouvent huit ^pieds d epaifleur , & eft toujours égale en bonté ; on en ignore la largeur ; fo^ allure va du Nord au Midi , & dans Tefpace de deux toifes le pendage eft de plus de deux pieds.
- Elle paroît s'étendre dans toute la bafe du monticule qui la renferme, on fcup^ «gonne qu elle paffë enfiiite fous le vallon pour aller joindre le monticule voifîn ; Sc par la feflemblance du banc qui fèrt de plancher à la veine actuellement en travail, on juge quii y en a une autre au-deflous.
- Les autres lits te rreux ou pierreux qui lui fervent de couverture, ne fam point connus, l'exploitation de la Mine fe failànt par un percement (2).
- (x)Lafoüiîle àeMarfaux en Champagne,dont fai parlé, page 16$ , ( Note 2 ) , n’a point donné du Charbon de terre , comme on l’a cru dans le pays, par la raifon qu’un Maréchal-ferrant s’étoit fervi utilement à la Forge, de ce qui en avoir été tiré, d’où le vugaire lui a appliqué fur le champ le nom de Charbon de terre.
- Je me fuis procuré, p^tr une des perfonnes qui avoient mis des fonds pour cette entreprife , un échantillon de ce qui étoit provenu de cette fouille faite à la porte de Reims, dans un endroit appelle Muyre : c’eft une tourbe placée fous le gazon , difpofée par couches, elle régné, à ce qüe l’on dit, le long de la riviere de Vefle ; on avoit fait une excavation de 130 pieds de profondeur.
- On n’a jufpu’à préfent rencontré dans la Champagne que des tourbes, aux environs de Chalom-fur-Marne, «Sc dans les marais de S, Agon,
- Il y a environ dix-huit ans que l’on a prétendu avoir découvert au Bourg d’Avize, proche Eper-nay, une Mine de Charbon de terre, fituée à 22 pieds de profondeur ; le même banc fe trouve à une demi-lieue d’Avize, vis-à-vis la tuilerie d’O-ger, dans une pofition horizontale: je paffois pré-cifément dans ce quartier peu de temps après ( en *757 ) 3 en allant joindre l’armée : un Habitant d’Avize qui m’accompagnoit dans quelques promenades d’Hiftoire Naturelle , me fit remarquer l’endroit qui avoit été fouillé, «Sc qui avoit été abandonné à caufe de l’odeur infupportable que donnoit le prétendu Charbon de terre ; je ne m’occupois pas alors de cette partie de la Minéralogie relative à ce foflile ; j’examinai cependant curieufement les veftiges de cette fouille; tout ce que j’en ai vu ne m’a laififé aucune idée en faveur de la découverte, qui n’a point ceffé de pafter pour certaine.
- Je me fuis mis en relation avec différentes perfonnes intéreffées au fuccès de cette affaire ; j’ef-pérois qu’elles pourroient me mettre à même d’en juger par quelqu’échantillon réfuîtant de cette fouille; mais il ne m’en eft point parvenu: j’obfer-verai feulement que le deffous de la montagne d’Avize donne une tourbe dont on ignore la profondeur, Sc que l’on dit brûler très-bien, fans donner plus d’odeur que la tourbe de Flandres. Cette circonftance& la mauvaife odeur de ce qui eft provenu de la fouille dont il s’agit, font naître des doutes raifonnables fur la nature qu’on ÿfîigne à cette deraiere 5 aé^u»9ias M, Navier,
- célébré Médecin à Chalons-für-Mame, Sc Cor-refpondant de l’Académie des Sciences , m’a afturé avoir lui-même ramaffé àu-deflus d’Avize, des morceaux de Charbon de terre qui lui a paru avoir de la qualité,quoique moyenne : je crois ne devoir point paffer fous filence le témoignage de ce Phyficien, qui mérite la plus grande attention fur ce point. Cette Mine par fa pofition à une lieue de la Marne, feroit delà plus grande conféquence , & pour la province Sc pour la ville de Paris, obligée de tirer fon Charbon de terre de Provinces très-éloignées : mais il pour-roit fe faire que ces fragments appartiennent aune couche de Holt% Kohkn, que j’appelle Charbon de bois, Tourbe,
- Dans beaucoup d’endroits aux environs de Langres, ôn trouve une couche de bitume qui paroît encore entretenir l’opinion de l’exiftence du Charbon de terre dans ce quartier.
- C’eft fur-tout à Brevoine, village fîtué à un quarc de lieutf de Langres, au couchant de cette ville, que l’on a fouillé cette Couche , dans l’efpérancô d’y trouver du Charbon de terre, qui feroit fore avantageux pour cette partie delà Champagne^ obligée d’en tirer de la Mine de Lure.
- Le fleur Foucou, Maître Coutelier, avec uns autre perfonne , a dépenfé quinze cents livres dans cette recherche ; il allure, qu’outre une grande quantité de pyrites, il a rencontré dans cette fouille, qui a été principalement au Levants de la Mine , un peu de vrai Charbon de terre , épars de côté âc d’autre ; un Mineur Danois, alors dans le pays, prétendoit que fi l’on fouilloit au Levant, il fe trouveroit infailliblement de bon Charbon de terre.
- Ce que j’en ai vu eft un bitume folide, cou-’ leur de rioifette, placé horizontalement en terre,' formé' de plusieurs feuillets comme les Schiftes.
- Cette fubftance mife fur des charbons ardents, s’allume au bout de quelque temps , en donnant une flamme blanche, jêttant une graiffe & exhalant une odeur de foufre fort douce ; elle s’éteinfî en même temps que le feu du Charbon de'bois j fi on l’entretient, il fe réduit en un Charbon noirâtre contenantquelques particules pyriteufes.
- (2) J’appellerai ainfi dans cette troifieme Section , «Sc quelquefois galerie de pied, cet aqueduc,-fouterraia par les Liégeois, Xhorre «
- Areine«
- Cette
- p.496 - vue 39/304
-
-
-
- Èî DE SES ,M INES. II. Part** m
- Ce canal de cinq pieds quatre pouces de hauteur, eft pratiqué dans i© monticule , en allant du Couchant au Levant, à travers trois toifes de roche Feuih* letée comme l'ardoife, qui fert auflî de toit à la veine.
- Dans un des côtés du percement, on a ménagé une rigole pour fervir d'écoule* ment aux eaux.
- Le Charbon y paroît dépourvu de mélange étranger, fi on en excepte’ queL ques petites couches de roche feuilletées de 2, 3,4,^ à 6 pouces , qui pour la plupart donnent des efflorefcences vitroliques. On peut voir, page 22 , l'examen que j'ai fait de cette production faline pour en déterminer la nature.
- On rencontre quelquefois dans les feuillets de ces roches des portions pyirteufes, que les Ouvriers appellent Quijfes, dont j'ai parlé page 21 de la première Partie, à l'article des Pyrites , qui entrent fouvent dans la corn-pofition des Charbons de terre*
- A cinquante toiles de la gallerie , il s'eft rencontré un creih d'une dureté moyenne, d’environ huit toifes d'épaifteur, au bout duquel le Charbon reparoit de même qualité ; on fe fert des recoupes de ce crein 8c des feuillets de roches pour remplir 8c foutenir les vuides réfuitants de l'exploitation , & dans lefquels on n'a plus rien à extraire*
- On a cherché à tirer de l'huile de ce Charbon ; j'ignore les procédés qui ont été employés , & fi les tentatives fur cela ont été fiuvies.
- Dans la première Partie j'ai fait mention d'après M. de Genfianne, Correfpon^ dant de l'Académie des Sciences de Paris , d'une Mine de Charbon de terre à Mortau, for le Doux , Bailliage de Pontarlier, a peu de diftance d’un endroit ou cette riviere forme un petit lac.
- Si cePhyficien n’a point connoifïànce de cette Mine pour l'avoir vue lui-même, je doute fort quelle puiife être regardée comme exiftante ; je me fuis convaincu par des échantillons qui m'ont été envoyés depuis , que la fiibftance appeileé à Mortau Houille, eft la même chofe que ce que M. de Genfianne a obfervé dans le Bailliage de Lons-le-Saunier , au village de S. Agnès 8c qu'il a décrit ; ce n’eft que du Holt^-kohlen, que je défignerai dorénavant par le nom de Charbon de lois , Tourbe.
- Ce foflile de Mortau fe montre en abondance dans une furface de terrein de plufieurs arpents, à un ou deux pieds au plus de profondeur : la terre qui le couvre eft noirâtre ; la furperficie eft en culture ; on a fouillé à plus de trente pieds de profondeur fans trouver le fond de cette couche, 8c fans rencontrer ni roc , ni fable, mais feulement quelques veines de Marne jaune, éntremêlée de fburces qui trouvent leur écoulement dans cette couche même : au feu elle donne une odeur très-forte qui empêche les Ouvriers d'en faire ufàge. Voyez page 12, cë que j ai dit fur celle qui a été trouvée à Cui^eaux.
- On rencontre encore de ce Charbon de bois, Tourbe à fix lieues de Mortau*
- Charbon de Terre. IL Part. K 6
- p.497 - vue 40/304
-
-
-
- 498 DU CHARBON DE TERRE dans un endroit nommé Monthier, Bailliaged’Ornans : celui-ci n’a occafionnê aucun travail pour fa recherche ; il fe trouve à la forface du terrein qui eft une «fpece de verger dans une pente aflez voiiîne de la rivière de Louve, qui dès fo fource coule de l’Eft à l’Oueft.
- Le rapport qu’il y a entre ce Holtz-kohlen 8c le Charbon de terre, la facilité avec laquelle on pourroit les prendre Fun 8c l’autre ( quoique tres-differents ) pour la même fubftancem’ont engagé à une defcription circonftanciée de ces Mines , page 5. Il eft peu de Province où il n’y ait eu des fouilles commencées fur le foui renfoignement de foffiles qui ne font point du Charbon de terre j comme on fo l’étoit imaginé. Ces,entreprifos dilpendieufos deviennent néceflai-; rement ruineufes lorfqu’elles ne fe terminent point par ce que l’on cherche. Si l’on fait attention que dans ces travaux, non moins pénibles que confidérables ,* l’intérêt des particuliers eft néceflairement lié avec l’intérêt public : un ouvrage deftiné à guider l’induftrie du Citoyen qui applique fes fonds à augmenter les ri-cheflès réelles 8c relatives de l’Etat, doit, tant qu’il eft poffible , mettre ce même Citoyen en garde contre tout ce qui peut lui en impôfer 8c lui faire rifquer in-fruétueufoment fa fortune ; c’eft ce que je me propofe dans la quatrième Section , où je porterai fous un titre particulier les derniers éclairciffements for ce banc de Charbon de bois, Tourbe, 8c fur les fobftances bitumineufes , qui dans l’opinion commune font fojettes à être confondues de quelque maniéré que ce foit.
- Lyonnois.
- Les endroits de cette Province où l’on connoît de ces Carrières, font depuis la ville de S. Chamond, autrefois chef-lieu de la Principauté de Jarreft, au-deflous de ce bourg jufqu’àLyon, le long de la petite rivière de Giez, qui vient fo jetter dans le Rhône après un cours de huit lieues. On en trouve encore à S.’ Paul en Jarreft & à laVaricelle,&dansle territoire de differentes Paroiffès, comme de S. Genis-terre-noire, du grand Floin, appellé auffi les grandes F léchés, dans la Paroiffe S. Martin-la-Plaine, à S. Genis-les-Ollieres, en face de la ville de Lyom qui font prefque les foules en valeur aétuelle ; il y en a cependant à d’Argoire fur le Giez, à la Catonniere, à Ste.-Foy-FArgentiere, for la Brevenne , Paroiffe S. Laurent de Chamouflày, en face de Diximieux, à Tartaras, entre le Gier & S; Andeol où ily a eu une fouille qui a réuflî.
- Outre ces principales Mines, Modela Tourrette, Secrétaire perpétuel de FA-cadémie de Lyon, & Correlpondant de l’Académie Royale des Sciences de Paris, a remarqué dans des maflès de rochers, quelques veinules que l’on peut appeller avec ce Savant veines folles, & d’autres ramaflees en roignons ifolés for les bords d’un ruiffeau autour de la montagne de la Magdeleine (1). Ce même
- il} Voyage m MontPila, fyon 176g,
- p.498 - vue 41/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Par?. 49$
- Savant penfe aufli que la montagne de S. Juft , fai/ànt une partie de la ville de Lyon, eft de la nature des montagnes à Charbon ; il a obfervé que le côté de Pierre-en-Cize eft compofé d’un granité dont les lames paroiflent irrégulières , & que le côté de S. Juft & de les environs, {ont dilpofés par lits 8c par couches*
- Parmi les Angularités relatives à notre objet, nous placerons d’abord une mon» tagne remarquable dans la tradition du pays, & par le nom qu’on lui a donné % elle s’appelle Montagne de feu ; l’Hiftoire attribue cet embrafèment à une grille remplie de feu qu’on avoit placée dans un puits de Mine pour diffiper le mauvais air, & qu’un écroulement lubit des parois du puits a précipité dans le fond de la Mine.
- Les veftiges de cet incendie fouterrain, confident dans quelques circônf* tances particulières qui s’obfervent dans l’étendue d’un arpent. Le rocher eft dé
- V 0
- couleur briquetée & paroît calciné; la pierre qu’on en détache reflèmble à une pierre-ponce, plus pelante cependant ; enfin, on prétend qu’à la lurface de la montagne, la chaleur eft fenfible à/la main; on y apperçoit^en plufieurs endroits des fentes, au travers defquelles il s’exhale une vapeur qui eft plus marquée quand il pleut ou quand il neige ; de ces fentes il découle un pétrole épaiffi, de confiftance du cambouis. M. Gautier, Avocat au Parlement, 8c Commiffionnaire des Mines de ce terrein, ayant jetté dans une de ces ouvertures un fagot de {arment pour voir les changements qui y arriveraient, trouva le lendemain ce bois dans fa forme naturelle, mais altéré dans la couleur, 8c lorfqu’on vint à le remuer il tomba en pouffiere.
- Cette montagne de feu eft couverte de vignes qui font de très-bon rapport; le vin quelles produifent a le goût de pierre à fufil ; les cantons qui en font les plus proches font très-hâtifs ; on ne manque point d’attribuer cette circonftancs à la chaleur de la montagne.
- M. de Fougeroux a donné (i) de cette montagne une defcription curieule 8c intéreflànte, par le jour qu’elle peut répandre fiir toutes les circonftances de ce phénomène ; nous la placerons ici en entier.
- » Cette Mine où ce feu fe conferve & brûle depuis plus de cent ans, fuivant » le rapport des Habitants du pays, eft fituée dans un endroit appellé S. Genis , » la Terre noire ou la Montagne brûlée ; elle eft à trois quarts de lieue de la ville » de S. Etienne en Forez, dans un lieu peu éloigné de Chambon 8c de la même » Paroiflè, fur la route du Puy, au Sud du grand chemin qui y conduit.
- » Une légère vapeur noire qui s’élève de cette Mine, annonce les endroits en^ » flammés; elle eft plus fenfible dans certains temps que dans d’autres ; quand il » fait froid 8c après une humidité produite par unerofée ou une petite pluie, la » vapeur eft plus apparente, & pour lors on la voit monter à trois ou quatre'
- (i) Mémoire de l'Académie des Sciences, I annoncée dans le Forez par méprife. année 1762, page 389, La fîtuation du lieu y eft »
- p.499 - vue 42/304
-
-
-
- 500 DU CHARBON D E TERRE
- a> pieÜs de hauteur ; on m’a même dit qu’on appercevoit de la flamme pendant » la nuit.
- » Il s’exhâle de ces endroits, & principalement de certains ou il s eft formé
- * des crevaffes ou des ouvertures, une odeur de foufre aifée à reconnoître par s> l’effet quelle produit quand on la refpire ; cette odeur jointe à celle d’une
- * terre mouillée qui fe déffeche, forme un mélange, qui réunit ce qui peut le
- * rendre défagréable.
- » Quand on préfente la main à certaines ouvertures du terrein , ôn y relient
- * une chaleur allez vive pour obliger de la retirer, & ne pas permettre de l’y *> iaiffer plus long-temps expofée fans courir rifque de fe brûler.
- » Cette chaleur eft allez forte en quelques endroits pour donner aux Paylàns
- * la facilité d’y cuire des pommes de terre ; fans doute qu’ils font allez peu dé-» licats pour ne pas s’embarrafler du mauvais goût que la vapeur peut commu-35'niqueràce mets frugal ; peut-être aufli l’habitude le leur fait elle regarder > comme un aflàifonnement néceflaire au goût peu relevé de la pomme de s> terre.
- » Ces foupiraux n’offrent pas tous la même chaleur; on conçoit aifémenc qu’elle doit varier fuivant la force du feu qui eft dellous t le feu changeant de s> place & fe portant avec plus de vivacité dans un lieu que dans un autre, il peut » fe faire que les fourneaux qui procuroient il y a quelque temps le plus de N chaleur , n’en donnent aujourd’hui qu’une très-foible ; on voit même des an-» ciens fourneaux qui n’en communiquent aucune & qui peuvent feulement fer-» vir à tracer le chemin qu’a foivi le feu.
- » L’étendue du terrein brûlé parce feu foute rrain, eft d’environ cent toifos,1 » fur cinquante ou foixante de largeur ; les plantes n’y viennent plus, la terre » femble être delféchée ; en quelques endroits elle eft rouge , en d’autres elle a d pris une couleur noire : tout l’efpace qu’occupe cette Mine dans la portion qui » a été enflammée eft reconnoiftable ; on y voit un dérangement qui fort à Fin-diquer ; le terrein dans cette partie eft plein d’inégalités, d’éléyations ou d’ei>-» droits dont la terre maintenant affaiffée forme des cavités ; on y rencontre de » groffes pierres qui ont été ébranlées , ou qui ont changé de place ; d’au-» très qui ont été renverfées ; certaines font brûlées, fendues , & ont y> pris une couleur jaune rougeâtre, qui les fait reflèmbler beaucoup au tri-» poli ; quelques-unes ont fouffert un commencement de .vitrification. ies » parties fe font liées en differents morceaux , après avoir éprouvé une efpece de a> fufion,&fe font jointes au point d’exiger aujourd’hui de forts coups de marteau. » On imagine aifément que ces pierres vitrifiées ne font point attaquables par les acides ; elles ne fe vitrifieroient dans un laboratoire qu’à un feu violent & *> long-temps continué : celles qui ont déjà été brûlées dans la Mine, exigent un » plus grand feu pour les vitrifier que celles de même nature qui n’ont point
- encore
- p.500 - vue 43/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. IL Part.
- î) encore éprouvé de chaleur auffî confidérable ; les pierres calcaires , quand il » s’en rencontre, ce qui n’ arrive que rarement dans ce lieu , y effieuriffent ou » fe fondent après la calcination, & fe réduifent en terre par les pluies ou l’hu-yy midité de l’air.
- » Je defcendis à l'endroit de la Mine où le feu paroît aujourd’hui être le plus » violent, dans une cavité aflez confidérable formée par des terres qui s’y étoient » afiFaiflees, & j’y trouvai dans la partie la plus profonde & la plus reculée, une » ouverture de fix à fept pouces de diamètre, d’où il fortoit une chaleur très^; » confidérable ; la perfonne qui m’accompagnoit m’alïura que ce changement » étoit nouveau pour elle qui y pafloit fouvent , 8c qu’elle le yoyoit pour la » première fois; elle craignoit qu’il n’y eût du. danger à s’en approcher de trop yy près , 8c que le deflbus du terrein étant miné par la combuftion , ne vînt à » s’enfoncer fous l’Obforvateur ; je m’apperçus aifément en defoendant, que les yy terres ne formoient pas un fond folide fous mes pieds, & je crus prudent d’y yy relier en me tenant le mieux qu’il m’étoit poffible aux pierres voifines , dans yy la vue de m’en aider en cas que celles que j’avois fous moi vinflent à manquer, » J’ai tiré de cet endroit les pierres vitrifiées dont je viens de parler, 8c j’ai trouvé yy for Quelques-unes proche la cheminee de ce fourneau, des fleurs de foufre yy qui s y étoient foblimées (i),
- yy La chaleur qui fortoit, comme je l’ai dit, par cette ouverture, étoit très-vive; yy j’entendois un bourdonnement confidérable, que je foupçonnai d’abord pro-< yy duit par du vent qui auroit fait un bruit femblable en s’introduilànt dans un yy réduit tortueux ; mais j’entendis le même bruit à l’ouverture de plufieurs four-yy neaux différemment expofés au vent, 8c d’ailleurs on m’aflura que ce bruit yy étoit plus fenfible par un calme parfait, que lorfque le vent fouffioit, & il yy étoit peu violent ce jour-là; enfin, j’entendois ce bourdonnement plus diftinéle* yy ment par intervalles, ainfi que le pourroit produire un feu qui brûleroit avec yy force & fe rallumeroit excité par un nouveau courant d’air.
- » Il pafle pour confiant dans le pays, que cette Mine brûle depuis environ s) cent ans ; qu’auparavant elle fournifloit de très-bon Charbon, ainfi que celles » des environs qui en donnent fouvent de meilleur que celui d’Angleterre : on » montre encore aujourd’hui où étoit l’ouverture de la Mine. L’origine de l’in-yy flammation de cette Mine paroît moins bien décidée; on la raconte différem^ h ment : on prétend que des Soldats allant y chercher en fraude du Charbon y> y laifferent par mégarde ou par mauvaife intention des lumières qui y mirent yy le feu ; que l’incendie s’eft communiqué, & qu’il dure depuis ce temps ; mais
- quantité de faits rapportés dans les Tranlàétions Philofophiques 8t dans les yy Mémoires de l’Académie , prouvent que l’inflammation peut être produite » naturellement & par la feule fermentation ou par d’autres caufes naturelles yy encore inconnues.
- (i) Nota, que ce Charbon contient beaucoup de pyrites.
- Charbon de Terre. IL Van% L 6
- p.501 - vue 44/304
-
-
-
- 5©2 DU CHARBON DE TERRE
- » On a fenti de*quelle conféquence il étoit d’éteindre ee feu avant qu’il fûc ‘ » devenu plus confidérable, & on y a travaillé , mais fans y avoir jufqu’ici prête a grande attention ; on a fait une tranchée proche l’endroit ou le feu paroifloic » avec plus de force ; mais foit qu’on l’ait faite trop près du feu, qu elle ne fût » pas affez profonde, ou qu’on n’ait pas pris les précautions convenables pour » réuflïr, on a établi dans la Mine un courant d’air qui a plutôt excité l’inflam-» mation du minéral & accéléré que diminué le progrès du feu. Les Ouvriers » chafles par la chaleur ont cefle le travail ; & les Propriétaires abandonnant la » Mine , n’ont point cru devoir y faire de nouvelles dépenfes ; on fe propofoit » d’y conduire un courant d’eau, qui en mouillant le Charbon l’auroit empê-» ché de brûler ; mais comme plufieurs filons font aujourd’hui enflammés, on » n’auroit réuffi qu’en conduifànt cette fource dans tous les endroits où le feu » fe feroit porté.
- » Le feu fuit aujourd’hui plufieurs filons de la Mine, qui font dans ce pays » très-voifins les uns des autres, le fonds dans cet endroit n’étant prefque que du » Charbon ; cette remarque donne tout lieu d’appréhender que les progrès de » l’incendie ne deviennent plus confidérables avec le temps ; elle annonce aufïï » plus de difficultés à éprouver avant de parvenir à éteindre le feu ; mais elle ne » doit point faire regarder la réuflîte de cette entreprife comme impoflîble : fi oit » néglige d’y porter attention, ne doit-on pas craindre que le feu gagnant ton-» jours du terrein, ne confume la richefle de cette.Province ? A la vérité il na » pas envahi depuis un fiecle un grand efpace de terrein ; mais il efl; aifé d’ima-» giner les circonftances qui, réunies, pourroient occafionner la combuftion du » minéral, & concourir par conféquent plus promptement à la ruine du » pays.
- » La perte ne confifteroit pas feulement en celle du Charbon de terre, qui » auroit fervi d’aliment au feu, & celle du terrein dont la fuperfide ne fembl©
- » plus être propre à la végétation ; mais elle entraîneroit encore la chûte & le T> bouleverfèment des Edifices conftruits fur ce terrein, & qui cefleroient d’être » en fûreté fur un fond miné 8c fujet aux explofions des matières qui y brûle-» roient ».
- Un Auteur moderne , qui a publié des Mémoires pour fervir a VHijloire Naturelle des Provinces du Lyonnois, du Fore^ & Beaujolois (i) , n’a pas manqué de parler des Carrières du Lyonnois ; mais il ne s’eft attaché qu’à ce quî paroîtroit fingulier ou extraordinaire à ceux qui vifiteroient ces fouterrains par pure curiofité ^ comme il arrive à la plus grande partie des perfonnes qui vont voir quelque chofè d’extraordinaire ; c’efl: fans doute pour ces mêmes perfonnes que l’Auteur, en parlant de la Carrière de S. Chamont, affilé dans un monticule qui domine cette ville derrière le Château (2), s’eft appefanti fur le
- (1) Par M.Alleon du Lac, Avocat en Parlement j (2) Tom. II, page avec une gravure re-,
- & aux Cours de Lyon, Lyon 1765,2 yoltm-i2. j préfentant la partie de la hauteur où eftfituée la
- p.502 - vue 45/304
-
-
-
- E T D E S É S M I N E S. II. Part. So3
- tableau d’un efcalier de quatre-vingt-dix marches, toutes très-hautes > fort inéga^ les, taillées dans la maffe du Charbon , la plupart, rongées & à moitié détruites par les eaux , &c.
- Les détails minutieux de ces lieux obfcurs , font dénués de tout ce qui peut rendre vraiment intéreflante la defcription de ces Carrières : les Leéleurs qui cherchent rutile, n’y trouvent point la connoilïànce de l’organifation de ces Mines ; c’eft néanmoins ce qu’on s’attendoit à trouver dans un ouvrage d’Hiftoire Naturelle fur les provinces du Lyonnois : on y apprend uniquement de l’Auteur ( félon toute apparence d’après l’étendue du terrein occupé par ces Carrières ) , quelles font inêpuifables. Ce jugement fondé fur ce point, ne peut être con-tefté ; mais perfonne n’ignore qu’il n’y a ni tréfor , ni fortune qui puiiïènt tenir long-temps contre une mauvaife intelligence dans la maniéré de les faire valoir * contre le défaut de bonne adminiftration & d’économie.
- L’extraélion du Charbon de terre dans le Lyonnois, abandonnée à des Con-ceffionnaires preffés de jouir , fans s’embarrafler de l’état de délabrement dans le-< quel feront ces Carrières lorfque leur privilège fera expiré, donne lieu de crain-dre que ces Mines ne foient ruinées longtems avant d’avoir, à beaucoup près fourni tout ce qu’elles peuvent fournir.
- Le cri public lailfe du moins entrevoir la perte d’une refîource qui feroit en effet d une durée confidérable fi elle étoit ménagée avec art ; ce qu’en général on ne doit attendre raifonnablement, que des Propriétaires des terreins , tou-» jours plus attentifs que des Etrangers à la confervation de leurs intérêts.
- Ce que j’obferve ici en paffant & par occafion, feroit fufceptible d’un détail très-intéreflànt ; il auroit fur-tout mérité place dans l’ouvrage d’un Citoyen, homme de Loi, & à portée d’être inftruit de la déprédation condamnable qui s’exerce dans fà Patrie fur un objet important pour l’Etat & pour la Province du Lyonnois.
- Les avantages, de même que les abus & les inconvénients de ces privilèges , qui ont pour objet de favorifer la découverte des matières utiles, feront traités à la fuite de la Jurifprudence des Mines, fous le titre Concejfon, Seétion Ve. (i) J’entre en matière.
- Mine ; nous l’avons fait entrer dans la Planche XXXIX , Fig. i : la lettre A eft l’entrée de la Carrière ; B efl le puits d’extradion ; C la machine à tirer, qu’on appelle Vargue.
- ( i ) Cette Partie que j’ai travaillée fort au long, comme abfolument dépendante de mon fujet, devoit entrer dans cette fécondé Partie , j’ai penfé pouvoir l’en féparer, afin de la mettre à la fuite d’un Ouvrage dont je cherche à procurer la tradudion au Public ; il a pour objet l’exploitation des Mines métalliques , 8c les opérations quife pratiquent furie minerai au fortirde la Mine. On ne devoit pas naturellement s’attendre a voir fitot cet Art important, au nombre des Defcriptions des Arts 8c Métiers; mais l’Académie des Mines , établie en 1765* à Freiberg
- en Saxe, vient de faire imprimer un volume in-4®. fur cette matière , 8c l’a envoyé en préfènt à l’Académie des Sciences. Il efl raifonnable de préfumer favorablement de cet Ouvrage ; 8c j’efpere qu’il fe trouvera quelqu’un affez ami des Arts , pour fe charger de cette tradudion: je crois devoir avertir à cet égard , que les difficultés de l'entre-prife pour les mots techniques , feront entièrement levées au moyen du Vocabulaire que je donnerai à la fin de mon Ouvrage ; j’y ai raffem-blé l’explication de tous les termes connus en différentes langues , pour toutes les pratiques ufitéesdans l’exploitation des Mines; ce qui fera d’un grand avantage pour la Jedure 8c pour la tradudion des écrits publiés en pays étrangers,
- p.503 - vue 46/304
-
-
-
- 5*4 £>u CHARBON DE TERRÉ
- Des Charbonnières ou Carrières de Charbon du Lyonnois.
- Les Carrières de Charbon, dites Carrières de Rive de Giers, à caufo du voh* finage de cette petite ville, à cinq lieues de Lyon, dépendent principalement du Gravenand & du Mouillon, qui font deux territoires contigus fitués furie fommet d’une montagne, pouvant avoir de circonférence une lieue commune de France ; c eft , pour ainfi dire, un monceau ou une montagne de Charbon, Mons Carbonum, comme le territoire qui eft à dix lieues d’Edimbourg, appelle Arena ' Carbonum.
- Dans cette feule étendue, on comptoit en 1766, environ deux cents puits eni état d’être mis en exploitation , fans parler de ceux qui font en valeur: les En-? trepreneurs ou cçux qui ont traités avec le Propriétaire, pour l’exploitation de fà carrière, y font défignés par la qualification & Extracteurs.
- Le fol du Gravenant & du Mouillon eft d’une couleur noire, & rapporte peu dans les làifons feches ; d’ailleurs il eft aflez bien cultivé, tant en vignes, que prés & froment ; mais à peine les meilleures années peuvent-elles foffire à en nourrir les Habitants, qui font nombreux.
- Ils employent communément pour engrais les décombres qui le trouvent autout des puits d’exploitation réduits en poufliere, & qu’ils appellent Marrinages.
- Les Charbonniers de ce canton mettent au nombre des indices de la préfence du Charbon, les lignes dont il a été parlé dans le cours de notre Ouvrage.
- Us y en ajoutent d’autres qui font particuliers au fol, la forme, la couleur extérieure du rocher, fà texture feuilletée, l’inclinaifon de là maffè du Nord-Oueft au Sud-Oueft, la forface du terrein femée de marrons pierreux, d’une forme oblongue & de la groffèur d’un œuf de moineau ; ces clous, tachetés de noir , 8c qui font approchants de la nature du rocher, font défignés par les Ouvriers fous le nom d'œufs du Charbon.
- Toutes les Mines que l’on travaille dans ce quartier, paroiffent former une; clafle différente de celles qui s’exploitent au pays de Liege.
- Peut-être pouroient-elles être rangées dans la dalle de ce qu’Agricola appelle pour les Mines métalliques Vena Cumulata, c*eft-à-dire, qui occupe une grande partie d un terrein, de maniéré qu elles doivent être envilàgées comme une grande place dans laquelle eft entalfée un monceau de Charbon.
- Au dire des Extraéleurs , cette malfe eft toujours platte, peu inclinée; ellef panche infenfiblement du Nord-Oueft au Sud-Oueft : il paroît qu’on ne lui con^ noît pas de changement de cette marche dans un autre pendage, ce qui la ïap-? proche des veines en platteures s néanmoins M. de la Tourette, Correlpondanc de l’Académie des Sciences, à qui j’ai l’obligation de beaucoup de détails fur ces Charbonnières, rapporte que dans les parties de la montagne où la pente eft rapide , ces Mines fe rapprochent de la perpendiculaire.
- C«
- p.504 - vue 47/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. IL Part; j0j
- Ce Phyficien eftime l’inclinaifon de ces Mines à environ feize degrés,
- Lorfque je publiai la première Partie de mon Ouvrage, je n’avois pu avoir aucune forte d’éclairciffements fur lacompôfitiondecesMines. M.Gaultier, Avocat en Parlement, particuliérement au fait de cette matière & de toutes les Carrières de ce territiore, m’a mis à même dans un féjour de plufieurs mois à Paris en 1765?, de prendre de ces Mines une idée affez exaéte pour les décrire ; mais c’eft prin^ cipalementàM. de la Tourette, Secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de Lyon , que je fuis redevable de la defcription que je donnerai d’une de ces Carrières ; ce zélé Correfpondant de l’Académie des Sciences de Paris, a accompagné fon Mémoire d’un échantillon des différents lits qui fè rencontrent en fouillant le Charbon ; par ce moyen il m’a étépolîible de compofer la Figure 2. de la Planche XXXVIII, dans laquelle on verra au premier coup d’œil la différence de ces Mines d’avec celles que j’ai décrites à l’article du pays de Liege ; cette Planche uniquement deftinée à repréfentet l’ordre que tiennent les lits de cette carrière, ne donne point l’épaifleur des couches mefiirées fur une échelle ; la place n’a pas plus permis d’obfèrver ces diftan-i ces que pour la première & la féconde planche de la première Partie.
- Dans l’endroit connu par M. Gaultier, Sc dont il m a fourni le détail, la fuper-ficie de la Mine offre une Angularité qui ne doit point être paffée fous filence; je fai expoféaux yeux, Fig. 1, FL XXXVIII : ce qui fo rencontre d’abord de Charbon à douze, quinze ou dix-huit pieds de profondeur , eft difpofé d’une maniéré différente de celles qui fè remarque conftamment dans les Mines du Lyonnois ; au lieu d’être entaffé en majje , il eft formé en veine, coupée & mêlée de couches de Gorre ; fa direction n’eft point égale, tantôt il s’élève, tantôt il s’incline & fe précipite, en formant dans fà marche différents retours & différents re-' plis.
- Cette efpece dzMine de hasard qui paroît former une bande ou veine réglée,' facile en apparence à exploiter, ne préfente réellement aucun avantage, étant fur-tout accompagnée de la véritable Mine fituée au-defîbus, & dont nous allons parler ; l’épaifleur de cette veine eft irrégulière depuis deux à trois jufqu’à quatre à cinq pieds dans un trajet de douze ou quinze pieds en longueur.
- Ce défaut oblige l’Ouvrier de travailler à genoux fous un toît, formé par une efpece de rocher doux au toucher, vraifemblablement fchifteux , de peu de confiftance, & toujours infiltré par les eaux, facile enfin à écrouler ou à donner par fes fentes & tranchants, des torrents d’eau capables d’entraîner l’Ouvrier & de remplir le puits en un inftant*
- La vraie Mine de Charbon vient enfiiite, mais féparée de cette Mine de hzf-zard par un banc pierreux compofé de trois fortes de roc, qui forment enfèmble une profondeur de cent quarante ou cent foixante pieds; le premier eft un roc vif, compaéte, reffemblant au granité ,& femé de clous charbonneux, de la grofleur du poing; ce rocher eft coupé par intervalles par des veinules quartzeufès Charbon de Terre. IL Parti M 6
- p.505 - vue 48/304
-
-
-
- S06 DU CHARBON DE TERRE
- on fpatheufes, appeilées par les Charbonniers Léfàrdes, qui ont quelquefois trois ou quatre pouces d’épaifleur.
- Ce granité eft aflîs fur une pierre ardoifee , marquée d empreintes de plantes, St qui fe délite à l’air.
- A ce fchifte tient une fubftance très-dure, qui s éclate par portions inégalés fous l’outil de l’Ouvrier ; elle eft d’un noir mat* femee de mica jaune , & a or** dinairement deux ou trois toifes d’épaifleur ; les Charbonniers la nomment Maille-fer ou Manie fer, pour exprimer fans doute le tiflu ferré de cette pierre qui s’éclate fous l’inftrument ; malgré cet état compaéle, il eft quelquefois fèmé de Koumailles.
- La couche qui fuit celle-ci eft de deux pieds d’épaifleur ; elle eft très-dure^ ‘ très-compaéle, de couleur de verre noire , St en a la fraîcheur, le clair St le poli y c eft la vraie croûte de la Mine ; elle en fuit toujours l’inclinaifon, St on l’appelle le nerf.
- La mafle à laquelle ce flraum lert d’enveloppe, porte ordinairement de quinze à quarante-cinq pieds de hauteur, à commencer du granité, qui la fépare de la Mine de hasard* on l’appelle la bonne Mine.
- En général elle eft franche, coupée & féparée néanmoins quelquefois par’ des marches de rochers ; ces interruptions font appeilées Sauts.
- A cette defcription générale, formée fur les relations d’extraéleurs , je vais joindre celle de M. de la Tourette, qui fera connoître en entier la diftribution des lits qui compofent ces mafles de Charbons, dans toutes les Carrières du Lyonnois St du Fore£ ; elle eft, à peu de différence près, la même, au rapport de ce Savant, St il regarde comme accidentelle, l’irrégularité de düpofition qu’on remarque à ces lits, dans quelques puits ouverts à Rive de Gier, ou l’on rencontre quelquefois la vraie Mine, fans traverfèr aucune couche de fchifte, ni de rocher.
- JDefcription d'une Carrière de Charbon du Lyonnois, par M. de la Tourette, Secrétaire perpétuel de VAcadémie Roy ale des Sciences ,Arts & Belle s-Lettres de Lyon, Correfpondant de îAcadémie Royale des Sciences de Paris.
- 1. Sous la terre végétale, à trois ou quatre pieds de la fuperfîcie, fè préfente une roche épaifle depuis dix jufqu’à vingt pieds, d’un gris jaunâtre, qui eft un amas de petits grains de quartz, de fable & de mica.
- 2. Au-deflous eft une autre forte de granité, de couleur gris cendré, d’un tiflu plus compaéle que le précédent, d’un grain plus fin, mêlé de parcelles micacées , dont la plus grande partie tire fur le noirâtre ; il eft quelquefois tra-verfé par des veinules noires; fon épaiflèur varie depuis 12 jufqu’à vingt toifes; les Ouvriers l’appellent roc vif
- 3. Vient enfuite un autre roc de deux à quatre pieds d’épaifleur, d’un grain
- p.506 - vue 49/304
-
-
-
- E T DE SES MINES. II. Par^ $0f
- plus fin que le précédent, mêlé de rouge, de gris, de noir, & de parcelles micacées brillantes ; du mélange de ces couleurs il réfulte une couleur d’un gris plus terne que le n°. 2 ; il eft quelquefois femé de veinules noirâtres & interrompues , qui paroiffent fchifteufes ou bitumineufes; c’eft ce que les Ouvriers appellent Manie-fer.
- 4. Ce banc eft fuivî dun autre Granité groffier, peu compaéie, compofé de gros grains quartzeux & en cryftaux , liés enfemblé par une matière terreufe, blanche, fur laquelle les acides n’ont point d’aétion ; on y diftingue auffi des grains noirs : l’épaiffeur de cette quatrième couche , nommée comme la féconde roc vif , eft feulement de trois à quatre pieds.
- y. A. C’eft à cette couche que commence la première maflèfihifleufey appellée roche douce ou Gorre 9 compolëe de deux lits formant enlémble une épaifléuc qui varie depuis deux julqu’à huit pieds ; la bande qui lért d’affilé au roc vif, eft? ordinairement brouillée &noueufé, au lieu de le féparer par feuillets, elle fedivilé irrégulièrement & renferme des impreffions différentes, 8c entr’autres de plu^ fleurs plantes Cryptogames.
- 5. B. Ce banc fckifieux en couvre immédiatement un autre à peu-près fém-; blable au précédent, mais moins aride & orné des mêmes empreintes : la face par laquelle l’un ôc l’autre de ces lits Ichifteux lé touchent, eft dans plufieiirs endroits * très-lifîé, brillante & fpéculaire ; ils tombent ailement en efflorelcence pour peu qu’ils relient expolés au grand air.
- y. C. Le lit qui fuccede à ce gorre eft de la même nature, mais plus décidé-ment fchifteux, 8c fenfiblement bitumineux ; il n’a guere que depuis deux juf-qu’à fix pouces d’épaiftéur, 8c eft appelle nerf ; il tient immédiatement au Charbon , il en eft même compofé en partie , & eft en partie combuftible ; il contient louvent de la pyrite en grains ou en feuillets, dont il emprunte, quand il brûle, l’odeur appellée fulphureufe : là pofition lùr le premier membre de Charbon, lui a fait donner par les Ouvriers le nom de coeffe•
- D. Elle en eft cependant encore féparée par une doublure diftinéte ? 8c qui neft pas inconnue à quelques Ouvriers ; car ils l’appellent Matafala ; fon épaiff léur eft de deux à dix pouces, & d’une confiftance fi friable, qu’on ne peut en détacher un morceau làns le voir tomber en pouffiere.
- 6. Le premier membre de Charbon placé au-deflous, a dix ou dix-huit pieds d’épaiftéur; les Ouvriers l’appellent Charbon de Maréchal, parce qu’il eft plus propre à la forge, 8c plus tendre, que celui du fécond membre ; il eft quelque* fois entremêlé de pyrite en feuillets, quelquefois en partie décompole.
- 7. Ce qui porte ce membre de Charbon, eft un fchijle compaéle , noirâtre, tenant du bitume du Charbon, par lames ou couches diftinéles, mais de nature différente.
- Ce fécond nerf % épais de cinq à Cx pouces, traverlé conftamment la Mine Maréchale, à deux toifes environ de là lùrface, étroitement unie au Charbon ; i{
- p.507 - vue 50/304
-
-
-
- 5«8 DU CHARBON DÉ DÉ R RE
- tient auÏÏl du bitume ; mais à raifcn de fa dureté & de parties hétérogènes, on ne peut l’employer comme Charbon..
- 8. Deflous eft un roc, gris, brun, fin, ferré * très-compaéle, refîemblant au grès des Houillieres de Liege, contenant du mica, & feuvent des grains pyri-teux & des clous charbonneux qui le rendent pefàns ; cette pierre de fix à neuf pouces d’épaifleur, eft appellée nerf blanc , 8c vulgairement raffoiu
- 9. Le membre de Charbon couvert par le rafïbu, & appelle lui-mêmé Rafou, a dix à quinze pieds d’épais ; le Charbon en eft plus compaéte que celui delà première Mine, & eft plus fréquemment mêlé avec des feuillets pyrbl teux, qui le rendent chatoyant, & lui font exhaler une odeur plus fulphurçufe J il fe confirme auffi moins promptement dans les poêles 8c dans les grilles.
- ro. Cette fécondé Mine eft affile firr un rocy d’un gris plus foncé que le n°. 11, auffi compaéte, moins fin, d’une nature micacée 8c pyriteufe ; on y trouve auffi des clous charbonneux & des veines d’une pareille lubftance ; les Ouvriers l’appellent roc vif% 8c s’y arrêtent ordinairement comme n’y ayant plus de Charbon au-deflous.
- Il a cependant quelquefois été trouvé de petites couches, dont l’épaiflèui: était de deux à fept pieds, & qu’il a plu aux Ouvriers d’appeller Mine bâ\ tarde.
- Extraclion du Charbon , maniéré et attaquer , de fendre > la Mine ;
- par M. Gaultier.
- Il eft conftaté par les travaux de l’exploitation, dans le territoire du Grave-» nant & du Mouillon, que la mafle de Charbon eft divifée dans fon épaiflèur eri deux bancs diftinéts ou membres de Charbon, qu’on appelle Mines de Charbon i féparés l’un de l’autre par un nerf d’un pied ou d’un pied & demi d’épais.
- La maflè de Charbon (upérieure a moins d’épaiflèur; on la nomme Mine de dejfus ou Somba.
- La mafle qui eft inférieure 8c la plus profonde, fe nomme Mine de dejfous ou Raffbu,
- Les parties par lefquelles elles tiennent l’une 8c l’autre au nerf, font aflèz dures ; elles deviennent plus tendres à mefiire qu’elles s’en éloignent.
- En conféquence de l’épaiflèur remarquable que forme le maffif de chacun def ces bancs, on juge d’abord que les manœuvres de l’extraélion ne font point aflfujetties aux embarras ordinaires des Mines par veines : fi on en excepte les précautions néceflàires pour fe garantir des eaux, les fouilles fouterraines qui fe pratiquent ici, refièmblent plutôt aux chambres qui fe font dans les Carrières de pierre qu’à des boyaux de Mines, toujours plus reflèrrés dans leurs dimenfions, d’où ces Mines en maflè font aflez généralement appellée s Car rieres : les Ouvriers y font en petit nombre, ainfi que les outils 8c uftenfiles qui font à leur ufage : les Ouvriers fe réduifent à ceux qui fuiyent.
- Le
- p.508 - vue 51/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. IL Part4,.
- Le Toucheur ou Conducteur des chevaux qui font tourner ia Vargue : on nomme ainfi ia machine à mollettes , qui enleve & defcend les Charbons & les eaux ; ce Toucheur eft ordinairement un enfant qui gagnoic dix fols par jour*
- Celui qui fe tient à la bouche du puits pour marquer & compter, fo nomme 'Marqueur ; on donnoit à ce propofé vingt fols pour là journée.
- L’Ouvrier qui fend le Charbon & le détache de là place, fe nomme liqueur % toute là fcience confifte à lavoir làilîr la veine de la malle , & placer où il faut le coin y pour quen l’enfonçant à propos, il en réfolte des éclats & des pièces confidérables ; c’eft auffi le Piqueur qui donne aux routes àles chambres un ceintre liiffilant, qui dilpolè les piles , en jugeant de la force Sc de la folidité «ju’il faut leur donner : il gagnoit par jour vingt fols.
- L’Ouvrier qui ramafle le Charbon avec la pelle, qui l’entaffo dans le. panier appelle B eine, & qui conduit cette mefore à l’embouchure du puits, fo nomme Traîneur, parce qu’il tire cette beine de l’endroit où fo fait l’attaque & l’ex-* traélion du Charbon jufqu’au fond du puits ; la tâche de cet Ouvrier eft d’ex* traire par jour un certain nombre de beines : il gagnoit vingt fols*
- Cette mefore appellée Benne ou Beine (i) , ulîtée dans le Lyonnois pour le Charbon , ne paroît point du tout facile à déterminer pour la contenence ; en 1741, MM. du Confulat, fur les plaintes auxquelles elle donnoit lieu pour l’inexaélitude , en oht fait faire une pour forvir d’étalon.
- Voici la defoription de cette mefore, telle qu’on s’en fort à Rive dcGîer, & je la tiens de M. de la Tourette ; elle eft ovale àpeu-près comme celle des vendant ges, mais un peu moins large à proportion de fa longueur, bien cerclée en fer; elle a de hauteur mefurée en dedans feize pouces ou un pied quatre pouces, vingt-deux pouces de longueur, & dix-fopt de large. Voy. PL XXXIX.
- Le bois de chêne dont elle eft formée, a environ un pouce d’épaÜfour ; le fond eft plat & arrêté par un jable, mais fur la longueur du fond font attachés deux linteaux de bois de deux pouces d’épaiffour, écartés d’environ un pied l’un de l’autre : ces linteaux ne font pas feulement pour foutenir le fond, mais pour aider la lenne à glifter dans les tays de la Mine ; la beine eft doublée d’une lame de fer de deux à trois lignes d’épais attachée avec des clous aux linteaux & aux côtés de la beine, pour la rendre plus folide.
- Le Traîneur l’accroche par le côté étroit, avec une petite chaîne de fer, à un petit anneau qui y eft attaché ; & à l’aide d’un petit bâton attaché au bout de la chaîne en forme de palonnier, il amène cette beine au tinage : c’eft ainfi qu’ils appellent dans ces carrières la bufe du bure , planchéiée dans toute là longueur jufqu’au pied, afin de foutenir les terres : on lui donne le nom de tinageçour ex-*
- O) Peut-etre ainû appellée du nom ele benne, donne a iinc charette dans laquelle on voiture le Charbon de bois, ou des mots Banne, Manne, 'ManeM > grand panier d’ofier, plus long que large
- Charbon de Terre. 11, Part,
- êt peu profond j employé à emballer certaines marchandifes : on nomme encore benne dans quelques endroits une tinette ou petit vaiffeau qui fert à charger les bêtes de fQjame,
- N 6
- p.509 - vue 52/304
-
-
-
- 510 DU CHARBON DE TERRE
- primer le rapport qu’on trouve entre l’elpace formé pour ce principal chargcagç
- Sc une cuve de forme quarrée.
- Les Traîneurs tirent cette beîne les mains derrière le dos.
- Arrivée au tinage, la Vargue qui vient de defcendre une beine vuide, enleve celle-ci ; quand l’extra&ion eft abondante, on fait monter & defcendre deux beines à côté Tune de l’autre.
- Des lampes placées de diftance en diftance dans les travaux , éclairent la be^ fogne : on voit une de ces lampes dans la même Planche XXXIX.
- Les outils fe réduifent à la pelle dont il vient à'être parlé.
- Au pic pour attaquer le Charbon.
- Au coin £ acier qui s’enfonce à coups de mar telle dans le joint qu’on a fait aveC le pic.
- La maniéré de procéder, confifte à faire d’abord une fouille de forme ronde ) de fix à fept pieds de diamètre, pour percer le chapeau de la Mine, compofée du granité , du maille-fer ; enfin , le nerf qui fait la féparation du Somba ou de la Mine de deffiis, d’avec la Mine de deffous ou raffou pour entrer dans cette féconde.'
- L’endroit où vient tomber ce puits, fous le nerf, fe nomme en terme du pays Soo ; il eft important, quand on le creufe , de laifler dans fon fonds une maflè de Charbon, qui fert de bafe à ce puits, afin qu’en perçant les chemins qui doi-? vent en partir, cette maffe ne s’afFoiblifle point, & puifle foutenir le même far-^ deau : il eft aifé de fentir que faute de cette précaution, les fondements du puits fe dégraderoient & s’écrouleroient, en même temps le rocher dans lequel le puits eft creufe fe fendroit & fe détacheroit ; cela eft quelquefois arrivé au point de boucher toute la capacité du puits & le rendre impratiquable ; cet accir dent s’exprime parmi les Ouvriers en difànt que le puits s’ejl tordu.
- Travail du "Raffou ou de la Miné de deffous.
- L’Ouvrier parvenu à cette malle du Charbon, la perce jufqu’au deflous de fon lit, alors il ouvre dans fon fein une gallerie horizontale de la hauteur de cinq pieds fur 3 ou 4 de largeur qu’il pourfuit jufqu’à vingt ou vingt-cinq pieds*’
- Cette première gallerie n eft deftinée qu’à fervir de paflàge pour le tranfport du Charbon de l’intérieur des travaux au chargeage, d’où onl’enleve au dehors*1
- La maflè placée dans cet intervalle doit toujours être confèryée entière, pour fervir de foutien aux parois du puits, d’où on l’a nommée pile du puits ou la pile ronde.
- Cette opération achevée, on ouvre à l’extrémité de la gallerie de nouvelle^ routes en tout fens, qui font nommées Tays ou chambres d’exploitation.
- Leur largeur n eft point déterminée, leur étendue fè réglé furie plus ou moins de fblidité qu'on remarque dans la malfe du Charbon ; leur élévation eft de toute la hauteur de la Mine, c’efbà-dire, qu elle fe termine au nerf ou Schallet qui tion du Somba.
- p.510 - vue 53/304
-
-
-
- /
- ET DE SES At I N E S. II. Part . 5*£
- Quoique ces deux nerfs forvant à former le plancher de toutes les voûtes des chambres, foient communément aflezfblides , il eft de la prudence de ne point trop les décharner, c’eft-à-dire , de ne point trop approcher les parties du Charbon qui y tiennent, il feroit à craindre de les affoiblir par le déchargement des mafTes qu’ils fupportent; l’ufage eft de ne pas laifler ce mur à nud, & d’y laifler environ un pied d’épaifleur de Charbon*
- La même raifon pour laquelle on doit fo garder d’altérer le nerf formant le plancher des voûtes, exige qu’on laiflè aux piliers des chambres foutenant ce plancher, une folidité foffifinte.
- Afin de donner de la folidité aux Tays ou chambres d’exploitation , leurs yoûtes font cintrées exactement, en obfervant toujours la même précaution de ne point trop s’approcher du nerf.
- Il arrive fouvent que l’Ouvrier en formant ce cintrage, rencontre dans la malle des endroits où le Charbon ne peut fe foutenir en arc* Sc fe détache du faîte par blocs considérables ; ces chûtes nuifibies aux travaux 8c dangereufes pour les Travailleurs, font heureufement aflez faciles à prévoir ; quand l’Ouvrier s’en apperçoit , il dit, que le Charbon de cette majje ne tientpas, & quil dégraine.
- Le moyen de remédier à cet inconvénient, & de mettre la vie des Ouvriers; en foreté, confifte à foutenir le faîte par des piles en bois* quelquefois à y conf* truire des murailles.
- Ces travaux s’étendent dans toute la Mine ; on revient enfuite fur fes pas, ou bien on fait de nouvelles chambres qui s’embranchent dans la première , laiflànt entre chaque des maffès de Charbon alfez confîdérables pour foutenir le rocher ou la Mine de deflus ; d’où ces malles fe nomment Viles ; la Fig. i, PL XXXlXf donnera une idée complette de la pratique de l’exploitation dans le Lyonnois (i)«
- Travail du Somba ou de la Mine de dejjus.
- On fend cette autre Mine par une gallerie qui pointe infonfiblement vers le nerfàxx milieu qu’on perce pour entrer dans le Somba, & y procéder de même que dans la Mine inférieure.
- Lorlque toutes deux ont été percées par un nombre fuffifimt de tays, & qu’il ne refte plus que les malles de féparation, le Piqueur recoupe ces piles dans toute leur largeur & dans toute leur hauteur ; on les détruit focceffivement en commençant toujours par attaquer celles qui font plus éloignées du puits j autre*;
- (i) Je ne fais dans quelle vue les Extraéïeurs font dans l’ufage d’établir des Tays ou voies tof-tueufes, comme elles font repréfentées d’après M. Gaultier : des galleries conduites dans une direction régulière, font bien plus favorables pour ne pas laifler des piles trop faibles, ou pour ne
- leur donner que l’épaiflfeur & la force dont on a befoin, 8c extraire par conféquent plus de Charbon dans chaque place : en comparant cette façon avec celle des Liégeoisaon jugera de cell# qui mérite la préférence.
- p.511 - vue 54/304
-
-
-
- pa DU CHARBON DE TERRE
- ment, c’eft-à-dire, fi on détruifoit les piles des chambres du milieu de la Mine £ le rocher fupérieur ne fe trouvant plus étayé, écrouleroit fur le marche-pied des galleries ; ces éboulements quelquefois ele grand vôlume , outre qu’ils ébranle^ xoient tout, intercepteroient la communication des autres chambres,
- Des Eaux. '• y
- Cette maffe de Charbon que Ton taille, fe trouve arrofée de courants d'eaux, où femée de vuides qui font autant de réfervoirs, de baffins , dont les parois. affoibiies à mefore que les travaux s’avancent, laiffent échapper dans les galleries, avec l’impétuofité d’un torrent, les eaux qui y étoient retenues.
- Du moment qu’on en eft menacé, on donne l’allarme dans la Mine, afin que* les Ouvriers gagnent promptement l’embouchure du puits, & fe faflent enlever au jour.
- Il y a quelques années qu’une <ie ces irruptions d’eau produifit dans une de ces Carrières une efpece d’ouragan, dont les effets ont rendu depuis ce temps la Mine impraticable ; non-feulement les Ouvriers furent renverfés, mais il y eut une violente fecoufle qui fe fit fentir au dehors de la Mine ; les piles furent vh yement ébranlées, un quartier de Charbon d’un volume prodigieux, fut chaffé du fond de la Mine avec tant de violence , qu’il vint fo brifor contre les artifice$ intérieurs, après avoir fait écrouler le puits ; l’ébranlement communiqué à la fu*| perfide qui étoit à cent quatre-vingt pieds, renverfà les artifices extérieurs. De$ Ouvriers pénétrèrent une année après dans cette Mine par une gallerie de com-! munication quiexiftoit entre cette Mine & une autre voîfine; ils rapportèrent que le plus grand nombre des piles étoient renverfées, que la plupart des chambres étoient comblées de Marinages, que d’autres étoient jonchées de gros quartiers de rochers & de Charbons, & femées d’une grande quantité de fable , dépofé fans doute par un grand volume d’eau qui y avoit coulé pendant du temps.
- Ces eaux forment donc un inconvénient qu’il eft important de reconnoître .avant qu’on s’en apperçoive. M. Gaultier prétend quelorfqu’ilfe trouve de l’eau à une diftance qui ne laiffe point une grande épaifleur, la partie de la malTe du Charbon, derrière laquelle l’eau eftamaffée, rend fous le coup du pie ou du marteau, un fon plus clair, & qu’on peut y fentir plus de fraîcheur que dans la partie du Charbon qui eft contiguë au rocher.
- Lorfque l’eau fe fait jour en petite quantité, on s’en tient dans ces Mines a la contenir en pratiquant une bonne muraille conftruite à chaux vive, ce qu’ils appellent couroyer.
- Lorfque ce n’eft que par des ouvertures ou fentes que l’eau fe fait jour dans la fouille du puits, l’Ouvrier place dans ces fentes des coins de fer, enveloppés de chanvre, & les bouche de cette maniéré en grande partie.
- Touffe f
- p.512 - vue 55/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. IL Part.
- S r3
- Touffe, Force, défaut dtair.
- - La mouffette ou le mauvais air , défignée dans ces Mines par ces différents * noms, y eft quelquefois aflêz abondante pour les rendre inacceflibles aux Tra*» ^ailleurs.
- La Touffe fe préfente dans différentes parties des ouvrages ; quelquefois elle remplit toute l'étendue des galeries, des chambres, même le puits, & eft fen-fible jufqu'à Ion embouchure ; dans quelques endroits ce mauvais brouillard fe fait appercevoir feulement dans quelques galeries, fous l’apparence d’une cqu~ che placée à trois pieds de hauteur; dans d’autres il n’occupe que les voûtes, ou bien fe tient fixé dans l'étendue de quelques toifes vers le milieu du puits.
- Les Ouvriers prétendent avoir obfervé que la Force occupe plus communément les endroits où l'eau a féjourné long-temps, & les Carrières qui ne reçoivent point d’air de celles qui les avoifinent ; félon eux, elle eft plus fenfible , Sc d'une aélivité plus confidérable dans les grandes chaleurs, ainfi que dans le temps que la vigne fleurit; enfin, ils difent, d’après leur expérience, que la Forcéeon-ferve fà violence jufqu’aux premières gelées blanches, c eft-à-dire, jufqu’au mois d’Oélobre, Sc que iorfque lèvent du Nord fouffle, elle perd de fon effet, que le vent du Midi lui rend.
- M. Gaultier tombé au fond d'une Mine où il avoit voulu tâter la Touffe, échappa heureufement à ces dangers ; ayant été retiré, il en fut quitte pour touffer , cracher & jetter des eaux par les yeux l'efpace de dix minutes, & fut rétabli après avoir avalé un demi-feptier d'eau-de-vie, qui eft la dofe modefte décidée par les Ouvriers.
- On employé différents moyens dans les Mines du Gravenand , pour difîipet laTouffe, félon la maniéré dont elle fe préfente.
- Si elle occupe tous les travaux, on lui donne jour par une Mine voifine, en établilîànt une percée de communication de l'une à l'autre : toute efpece de jour pratiqué pour la circulation de l’air, fe nomme une percée.
- Lorfque la touffe ne fe trouve qu'en couche fur le fol ou fur les voûtes des galeries, on y fait couler de l’eau ; quoique ce moyen foit incommode pour les Ouvriers, l'exploitation n eft pas interrompue.
- Quand la force s'établit au milieu du puits, on defeend au-deflous de l'endroit .une grille de fer qui contient un feu de Charbon, v
- 4m
- O 6
- Charbon de Terre. II. Paru
- p.513 - vue 56/304
-
-
-
- DU CHARBON DE TERRE
- 514
- Arpentage appellé Menforation foucerraine , ou Boulage.
- Tout Propriétaire d’un quartier dans le territoire du Gravenand, fait fouiller le Charbon qui fe trouve fous la foperficie de Ion héritage ; fouvent les travaux palfent les bornes de cette propriété de furface qui réglé fa propriété fouter-raine ; dès ce moment il anticipe fur le Charbon du propriétaire limitrophe.
- Ces anticipations très-fréquentes, donnent lieu à des procès continuels, pour lefquels on eft obligé de mefurer la longueur Sc la valeur de l'anticipation; c’eft ce qu’on appelle boulage ; l’Ouvrier qui fait cette mefure, fe nomme B ou-, leur.
- Un Propriétaire de bonne foi, avertit lui-même fon voifin d’être préfont a cette opération avec un Expert, pour fixer à l’amiable une indemnité ; mais il n’eft pas impoflîble que le tout fe pafie à l’info du Propriétaire; celui de mau-vaife foi met les Ouvriers dans fes intérêts, afin de les engager au fecret, & lorfqu’il fe voit au moment d’être découvert, il fait couper les piliers des galle-ries ouvertes dans la Mine qui ne lui appartient point, fait écrouler les voûtes, & rend par-là le boulage impratiquable, fi fon voifin inftruit du vol fe difpofoit àufer de cette voye.
- Au cas de plainte, il ne refte de reflburce que dans les dépofitions & témoin gnages des Ouvriers qui s’y étoient prêtés.
- Quoique cette voye foit trèsdnfoffilànte pour guider & éclairer les Juges lue la fixation de l’indemnité , comme cependant elle eft d’ufoge dans le Lyonnois j nous en placerons ici la defoription.
- A l’orifice du puits on place une réglé de niveau ; à cette réglé ton attache deux ficelles, à chacune defquelles pendent par le bout un plomb que l’on defcend jufqu’au fond du puits.
- La réglé eft fixée de maniéré que la direétion d’un des plombs tombe exaéte* ment vers le milieu de la galerie qui fert d’entrée aux travaux intérieurs.
- Lorlque ces deux plombs font immobiles, on enfonce fur un point de leur direélion parallèle, un piquet auquel on attache une autre ficelle félon cette direétion, que l’Ouvrier chargé du boulage conduit le long des travaux.
- Quand la direétion devient tortueufe, il place dans le point de la finuofité^ une petiteT^/e de bois nommée par les Ouvriers Sautereau ; au milieu on fiche un clou ; autour de ce clou on entortille cette corde après avoir marqué ce point par un nœud que l’on fait à la ficelle.
- L’Ouvrier trace enfoite for cette table avec de la craye, l’angle que forme la portion de la ficelle; à chaque angle des travaux, la même opération fe répété; il parcourt ainfi tous les ouvrages jufqu’à leur extrémité, & en marque la longueur par un dernier nœud. Parvenu à l’extrémité des galeries, il revient for fes pas en entortillant fa ficelle autour de ces fautereaux fucceffiyement, &
- p.514 - vue 57/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Part. ^
- dans le même ordre que ces petites tables étoient difpofées ; on les porte for la foperficie de la Mine.
- Là, on place un piquet précifément fur les points de la direction de chaque corde à laquelle eft fufpendu le plomb qui répond au milieu de la galerie fouterrai-ne ; la ficelle fixée à ce piquet, on la déployé jufqu a la diftance du premier nœud, où Ton dilpofe la première table fur laquelle eft placé le clou pour marquer langle de la galerie : on fait fuivre à la ficelle la trace de la ligne qui a déjà été décrite dans l'intérieur de la Mine , de maniéré quon fait fur la furface une répétition de ce qui a été pratiqué dans l’intérieur.
- Si d’après cette opération faite au dehors, on reconnoît une anticipation de deux ou plufieurs toifes de longueur for une Mine voifine, le Bouleur prévenu de cette longueur d’anticipation, defoend dans la Mine, mefore la hauteur Sc lai largeur de l’elpace anticipé qu’il réduit en toifes cubes.
- Il eft reçu dans ce canton, que la toife cube de Charbon produit communément cent dix mefores de Charbon, dont le tiers en gros quartiers, Sc les deux: autres tiers en petits morceaux.
- C’eft lur la quantité de ce produit, regardé comme une réglé fûre, que s’arbitre l’indemnité.
- La pratique que nous venons de décrire, eft celle qui a lieu généralement dans ces Mines, tant que les machines hydrauliques ordinaires, fuffifent contre les inondations artez grandes pour s’oppofer à la continuation des ouvrages. Dans le cas où les eaux forcent d’abandonner les travaux, un puits percé ailleurs, qui coûte environ cinq mille livres, & qui ordinairement eft achevé dans l’elpace de quatre à cinq ans, procure la jouiflànce d’un nouveau Charbon, Sc dédommagé de ce qu’on a été obligé de quitter.
- On ne peut s’empêcher de faire remarquer en partant, combien ces fouilles vagues, ambulantes Sc fuperficielles, font préjudiciables aux véritables exploitations qu’on voudroit entreprendre par la fuite des temps. Le bien de chaque Province où il y a du Charbon de terre, exige certainement que les avantages attachés à l’extraélion Sc au commerce de ce foffile, foient habilement ménagés ; il feroit bien à défirer qu’on pût imaginer un expédient pour mettre les Propriétaires des terreins dans le cas de fe comporter autrement, Sc pour concilier l’intérêt infiniment refpeélable du public & du commerce avec le droit toujours inviolable des Propriétaires. La chofeparoît artez difficile en ce genre, où la conduite qu’il faudroit que rinflent ces particuliers, demanderoit des dépenfos beaucoup au-deflus de leurs forces.
- Le moyen le plus ordinairement adopté pour foppléer à ce manque de facultés des Propriétaires, en tranlportant leurs droits à des Compagnies qui s’annoncent en état d’aflurer Sc d’augmenter l’extraélion des Charbons de terre, d’en procurer l’abondance, paroît très-infoffifant, pour ne rien dire de plus ; c’eft une vérité de fait, que rarement les Concevions ont répondu aux vues d’utilité que le
- p.515 - vue 58/304
-
-
-
- fié DU CHARBON DE TERRE
- Gouvernement fe propofe lorfqu’il accorde ces fortes de grâces, & même S celles annoncées par les Demandeurs de cesconceffions. Les exemples nombreux qu’on pourrait citer de femblables privilèges révoqués en differents temps, nom feulement juftifïent honorablement l’équité 8c la bienfaifance du Miniftere mais encore font autant de garants de i’innefficacite des concevions•
- Le territoire de'Gravenand & du Mouilion, eft dans ce moment une preuve de l’infidélité de ce moyen. Ces Carrières font, en vertu d’un Arrêt du Confeil du xo Avril 17^9, exploitées par une Compagnie : le privilège porte pour principale claufe, que les Affociés établiront à leurs rifques, périls 8c fortunes, tous les canaux & toutes les tranchées néceflaires au déffechement des Mines que l’on difoit noyées. Ces Conceffionnaires devenus à cette condition poflef* feurs des Carrières quils ont offert etAJJainier> ont, à la vérité, conftruit au grand Floin un canal de décharge ; mais foit qu’ils n’ayent cherché qu’à remplir en apparence cet engagement très-difpendieux , foit manque d’intelligence de leur part, il s’en faut de beaucoup que cet ouvrage puifle avoir du fuccès : en rapprochant cette Compagnie des termes du privilège , elle devroit, en bonnes réglés, être dès-lors déchue d’un privilège qui ne lui a été accordé que pour xécompenfe 8c pour dédommagement du déffechement de quelques Mines noyées, abandonnées en conféquence, 8c les feules d’ailleurs que cette Com-* pagnie avoit demandées à exploiter. Le Leéteur le moins inftruit pourra prononcer for ce point, lorfqu ilfiura que ce conduit de décharge entamé dans la montagne , fe trouve de plus de cinquante-fept pieds au-deflùs du niveau de la mafle que ces Conceffionnaires prétendent déflecher : il eft au moins permis , après une faute auffi greffiete, de n’avoir pas grande confiance dans la maniéré dont cette Compagnie conduit les travaux de Mine qui ne font pas au grand )ouu Un procès verbal de defcente faite dans une de ces Mines (1), ne donne pas une idée plus favorable des opérations fouterraines ; ce rapport de vifite n’a pour objet que de conftater une anticipation for le fonds d’un voifin ; mais dans ce qui a été reconnu par les Experts, je crois devoir obferver que des galeries ayant pour la plupart huit pieds de largeur & vingt-neuf de hauteur, ‘dans une mafle de Charbon , qui, fi je ne me trompe, n’a point vingt-neuf pieds d’épaifi feur, ne peuvent guere avoir cette élévation qu’aux dépens du toit 8c du fol dé-j charné fans ménagement, amaigri, affoibli en conféquence, de maniéré à ne pouvoir être étayé qu’à grande peine, & à être fojet à des affaiflements, des, écroulements qui entraînent la perte de toute la Mine.
- Cet Arrêt de conceffion ayant néceffairement annullé les ufages établis pouç l’entreprife des Mines, je m’en tiendrai à rapporter ici fommairement ce qui s’obw fervoit à cet égard antérieurement à la date de la conceffion, 8c ce qui s’obforve maintenant à ce même fojet.
- (O Par un puits nommé le grand puits Michon, le 27 O&obre 1760»
- U/ages
- p.516 - vue 59/304
-
-
-
- ET D E SES M I N E S. II. Part.
- Ufages pour téntreprije de la fouille des Carrières de Charbon, avant & depuis
- la concejffion.
- Lorîque les Propriétaires du terrein jouiffoient de leur droit fur ce qui y eft renfermé, ils exploitoient eux-mêmes leurs Mines par économie, ou ils en trai-toient avec un Extracleury l'ufàge étoit que ce Tenancier du fond retirât pour l'ordinaire le quart franc de tout ce qui eft extrait de la Mine, & de plus , cinq bennes de gros Charbon par (emaine. La moindre rétribution qu'il fe réfervât en traitant de fa Mine , étoit le cinquième franc du produit,
- D3 autres, en exécution de traités volontaires, recevoient plus du iixieme ; & toujours il étoit loifible au Bailleur de placer des Marqueurs pour tenir note de la recette & de la diftribution du Charbon qui fe vendoit journellement : il y avoit de ces traités qui fubfiftoient prefque de temps immémorial, & qui fe re-? nouvelloient d'âge en âge dans les familles ; alors fept puits en exploitation * fourniftoient par jour deux mille quatre cents bennes de Charbon.
- Aujourd'hui les Concelîîonnaires ne font exploiter par eux-mêmes que trois ou quatre puits, en payant les journées des Ouvriers un prix plus bas que celui auquel elles étoient , & qui a été indiqué page jop.
- Six à fept autres puits ( ce qui eft un abus contre lequel on ne peut trop fe récrier) font affermés par les Concelîîonnaires au dernier enchérilfeur , Sc fourniffent à peine avec les précédents douze à quatorze cents bennes.
- Les conditions de ces traités, font i°, qu'on fournira aux Conceffionnaires le quart ou le cinquième de la Mine extraite, franc de toutes charges & dépenfes ; pl° , qu’on remettra également au Propriétaire le droit qui lui eft réfervé par les Lettres-Patentes, du fixieme du produit ; 30. enfin , que les Conceffionnaires ne feront tenus à aucuns frais, & à aucunes réparations.
- (
- Différences & qualités de Charbon des Carrières de Rive de Giers.
- * t
- La maniéré ordinaire de diftinguer le Charbon, voye£ première Partie, pagj l$o , eft tirée de celle dont il fe préfente quand il eft enlevé hors de la Mine, comme les Liégeois diftinguent le Charbon d'avec la Houille ; le Charbon en menu pouffier & que l'on diftingue par la dénomination particulière de Char^» bon grêle , ne forme pas dans le commerce une troifieme forte de Charbon.
- Comme le Peyrat a l’avantage de donner un feu ardent & clair , de tenir long-temps, de ne point donner de fumée incommode , & de ne pas fè réduire tout en cendres, on l'emploie au chauffage ; le grand Hôtel-Dieu de Lyon s’en fert dans les falles des Convalefcens ; l'Hôpital de la Charité de cette ;vill en efait ufage pour les poêles, pour le$ leffives, & pour les cuifines. Charbon de Terre. IL Paru P 6
- j 4 w
- p.517 - vue 60/304
-
-
-
- yi8 DU CHARBON DE TERRE
- Les parties qui relient dans la grille & qui n’ayant pas été entièrement con* fommées, ont perdu la couleur & la pefanteur, font légères & fcorifiées ; on les appelle des Recuits ou des Grejîllons, de même que dans les Verreries on nomme ainli les fragments dé verre deftinés à être remis en fufion: ces recuits fervent à rallumer le feu en les plaçant fur les couches de Charbon nouveau qui les em-brafent promptement,
- Celui qui fe fépare dans la mine en morceaux de la grofîeur du poing, fè nomme Charbon grêle ; il fert aux forges , aux fourneaux ; on remployé auffi dans les poêles en i’humeétant avec les cendres & le réduifànt en une efpece de pâte : je n’oublirai point de m’arrêter à cette maniéré économique de fe fervir du Charbon de terre.
- Le pouffier qui s’y trouve mêlé inévitablement, & qui ne fe débite guere feparé-ment dans les mêmes Mines, eft appellé menu Charbon; il eft le réfultat du Charbon Peyrat Sa du Charbon Grêle & à moins qu’il n’appartienne à la bonne Mine? ce n’eft fou vent qu’un pouffier terreux d’un gris ardoifé, fè décompofant à l’air, Sc peu inflammable ; les Marchands 3c les Forgerons qui n’achetent que du Charbon grêle, féparent de leur provifion ce menu avec un grappin , 3c s’en fervent en le mêlant avec le menu Charbon de la bonne Mine.
- Le Charbon de terre du Gravenand, examiné à l’œil nud, eft Pyriteux, il eft noir, pâle, luifant, léger au toucher & fbnne clair quand on le frappe.
- Il paroît formé de couches, compaéle, ou feuilleté ; le corps de chaque couche eft féparé par des petites veines dont la direction eft tantôt oblique, tantôt horifontale, tantôt perpendiculaire ; c’eftce qu’on appelle Gorres 9 matière étrangère au Charbon qui s’y attache intimement, & dont le feu achevé de faire voir la nature ; ce font des fubftances Schifteufes qui ont été accidentellement déplacées, & qui au fortir du feu, reflemblent à des tuileaux ou des te£ fons.
- A en juger par les différents envois qui me font parvenus de ce Charbon, tout annonce des Mines, ou qui font mal exploitées, dans iefquelles on a trop entamé des portions dutoît & du plancher, ou dont les matériaux ont éprouvé , foit par les eaux, foit par le feu, foit par quelqu’affaiflèment allez confidérable, un dérangement marqué, de maniéré que ces Mines ne font plus exactement dans le même état & dans la même dilpolition où elles avoient été d’abord, ce qui les fait encore diftinguer des Mines que j’appelle Mines par veines.
- En examinant avec foin le Charbon dans une grande quantité, j’y ai diftin-gué trois efpeces, & pour la texture 3c pour les trois différents feux qu’ils donnent.
- Le premier , quoique folide, eft affez facile à rompre , allez léger & n’eft point auffi pefant qu’il fembleroit l’annoncer au coup d’œil ; il eft compofé de lames arrangées par bandes brillantes, comme font les efpeces de bonne qualité*
- p.518 - vue 61/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. IL Part. Si9
- En brûlant il n’eft point prompt à s’allumer, donne une fumée jaune qui neft point défagréable & qui n’eft point trop épaiffe; il brûle clair en fe collant au feu & au charbon, en lançant des flammes & formant des champignons gru-meux & caverneux, & dure long-temps.
- La fécondé efpece formée de molécules écailleufes arrangées confufément, fe gerfe en brûlant, Sc devient tout fuligineux à fa furface; il eft néanmoins aSkz gras.
- La troifieme elpece enfin, qui eft de la moindre qualité, que j’appelle micacé ou granulé, eft un mélange confus de menu Charbon pyriteux, qui lui donne une couleur azurée très-variée ; ces grains ou miettes de pyrites confervent toujours leur brillant dans le feu ; celui - ci s’allume promptement en donnant une fumée noire, augmente d’abord un peu de volume, fe réduit enfeite plus également que les autres en braifes, qui après s’être gerfées tombent en pièces, & fîniflent par le confiimer infenfiblement en cendres.
- Les cendres du Charbon de terre font employées à l’engrais des terres.
- J’ai été auffi à portée d’examiner en particulier celui que donne la Mine du puits fitué à l’endroit appellé la petite Varicelle, à un demi-quart de lieue de S. Chaumont.
- Ce Charbon eft bon Sc léger, le caflant en hure de pierres : pour peu qu’il foit échauffé au feu, il s’allume promptement, donne une fumée aflez belle, Sc une odeur qu’on nomme odeur de foufre ; il laifle de temps en temps échapper de fon bitume en lè collant, & pétillé fur le feu comme de l’eau, ce qui peut provenir ou de l’air qu’il contient, ou de parties talqueufes infenfibles : ce feroit un bon Charbon pour les poêles.
- La Mine qui le fournit eft fujette à prendre feu.
- Commerce clu Charbon de terre du Lyonnoisi
- Le territoire du Gravenand & du Mouillon, eft d’un produit fi immenfe , que de deux cents puits en état d’être exploités , Sc trois cents autres commencés, fept ou huit fourniffoient aflez, non-feulement pour le chauffage journalier de toute la Province, pour le fervice de plufieurs Manufactures, Sc pour la fonderie des fers que la proximité des Mines a fixée fer le Giers, mais encore pour les Verreries, les Fours à chaux & toutes les Manufactures de la ville de Lyon, ainfi que pour le chauffage d’une grande partie de fes Habitants. Suivant les informations prifes par M. de la Michodiere lorfqu’il étoit Intendant de Lyon , la ville de Lyon confbmmoit en 166j9 fix cents mille bennes, c’eft-à-dire , au-delà de neuf cents mille quintaux ; depuis ce temps, cette confommation eft con-fidérablement augmentée ; ajoutez à cela ce qui s’en exporte dans la Provence , le Languedoc, le Dauphiné Sc la Bourgogne : elles procurent en même temps de 1 occupation à fix mille Ouvriers employés à la Clouterie & à la fabrication d’ouvrages de Quincaillerie;
- p.519 - vue 62/304
-
-
-
- DU CHARBON DE TERRE
- Tout le Charbon de Rive de Giers, fitué à trois lieues du Rhône, eft tranf-porté à dos de mulet jufqu a Givors & à Condrieux, ou bien on l'embarquç pour le conduire aux fours à chaux.
- En 1766, il a été prouvé par un procès-verbal, que depuis plus de vingt an s} il y avoit toujours dans ces deux Ports, fept à huit cents mille bennes, ce quî fuffit, & au-delà, pour la confommation dune année, non-feulement du Lyon-; nois, mais même des Provinces qui s’y fourniffent. Givors retire de grands pro-fies des emplacements & magafins qu'on y loue pour entrepofer le Charbon de Rive de Giers.
- En traitant de l'exploitation de ces Mines, j'ai fait connoître cette benne comme caifîe ou coffre d’extraélion ; on peut compter for l'exaélitude de fes dimenfions qui m'ont été données par M. de la Tourette : elles font les mêmes comme mefure de vente, & à cet égard, elles font importantes à connoître exaéte-ment, afin de juger de fa contenance ; cette mefure s’évalue au poids, de ma-; niere qu'il doit fbuvent y avoir un déchet pour l'Acheteur (1) , à plus forte rai-fon fi la benne ne fe trouve point avoir les dimenfions de celle qui fort d'étalon^ ou fi ces dimenfions fe trouvent différentes dans plufieurs de ces mefures.
- M. Aleon du Lac qui parle de cette benne , ne donne point fes dimenfions , mais feulement fon poids; elle eft, félon lui, de deux cents marcs fept onces , ç eft-à-dire, de cent livres, ( le poids de marc de Lyon étant de demi-livre ).
- Une circonftance particulière m'offroit une grande facilité d’avoir fur la benne comme mefore de contenance, des éclairciffoments précis ; ce que j'ai remarqué à ce fojet, me paroît intéreffor la bonne police & mériter d'être vérifié; tous les Auteurs & les Procureurs Généraux des Parlements de France ont unanimement établi que les mefores font de droit public, & qu'aucun particulier n'y peut déroger fans s'expofer à vendre à faulîe mefore. Plufieurs perfonnes de Lyon à portée de fontir l’importance de l’introduction du Charbon de terre préparé à la façon Liégeoife, défiroient le faire connoître dans ce canton ; elles penfoient que cette reflburce feroit avantageufe à une quantité conjidèrablc de bons Artifans, a un tiers du peuple au moins & des campagnes des environs des Mines de Charbon : ces perfonnes avoient conçu feparément le deflein d'un établifiement de magafins de ce nouveau chauffage*
- Il s’agifïoit ( & il étoit néceflaire pour que je puflè diriger leur opération for le procédé de la fabrication du Charbon du pays, ) de m'indiquer fortout la contenance de la benne; aucune de ces inftruétions ne s’accordoit for la dimenfion de cette mefure ; fon poids varioit auffi d'une maniéré trop remarquable ; enfin on me parloit du poids de la benne du temps que l'exploitation fe faifoit par les Propriétaires, & du poids de cette mefore depuis 1759, époque delà conceflion.
- M. P...,, en 1772, m’écrivoit que la benne eft de vingt-trois pouces de lon-
- ^ (1) A la fin de cette Section où referai men- I ce, je communiquerai quelques obfervations fax ûon du commerce du Charbon de terre en Fran- » cette maniéré de vendre le Charbon de terre.
- gueur,
- p.520 - vue 63/304
-
-
-
- \
- ET DE SES MINES. It PXRt jai* güeur, de dix-neuf de largeur fur quatorze de hauteur ; il avoit fait prendre cette mefurefur les lieux par fon frere : on voit quelle différé de celle dont j ai donné la dimenfion telle qu’elle a été envoyée par un Citoyen de faint Chaumont à M. de la Tourette : celle-ci ne peut davantage être d’aucune utilité pour déterminer géométriquement la capacité de cette mefure ; fes dimem fions ont été prifes for une Bene dont on fe fervoit depuis long-temps, & l’expérience fait connoître qu’elles s’altèrent promptement à l’emploi ; de plus le diamètre de fon ouverture a feui été obfervé , fans faire attention à celui du fond, confidérablement plus petit.
- Je ne puis trop avertir le Leéteur, que ce n eft pas le féul point fur lequel j’ai été fans cefle arrêté : des allégations peu fideles, ou exagérées , tant de la part des Propriétaires que des Conceflîonnaires, & qui fe contredifoient en tout les uns les autres , ont peut-être , for plufîeurs articles , donné lieu à des méprifes , même à des erreurs. Il ne m’a guere été poffible, comme ôn le voit, de m’en garantir. Fortement perfoadé néanmoins, que pour les perfonnes qui habitent les Provinces ou il y a de ces Mines , & qui ont intérêt à la chofe , il n’y a pas d’inexaétitude indifférente, ni de méprife minutieufe, je n’interromps point mes informations , & foit dans l’Errata , foit dans la Table des Matières, ou à la fin de cette troifieme Seétion , je profiterai des nouveaux renfeignements que je pourrai obtenir , & qui pour-* ront affurer à mon Ouvrage le mérite effentiel de l’exaélitude la plus fcrupu-leufe : je m’en tiens donc, quant à préfent, à indiquer les différents prix des Charbons* '
- Depuis la Conceffioïl, celui du Perat eft fixé à huit fols trois deniers ; le menu, toujours mêlé de grêle, à cinq fols, prix qui n’a point varié. En confé-^ quence, au Mouillon la Bene, ordinairement du poids d’environ deux cents livres, coûte feulement cinq ou huit fols trois deniers.
- A Lyon, la Bene en grêle ou Perat, qui eft le plus d’ufege, pelant or«* dinairement de 13y à 140 livres, poids de Lyon (1) , coûte en été ou à la fin de cette fàifcn , temps où l’on va faire là provifion, vingt-fix à vingt-fept fols. Le menu pour les Forgerons coûte quelques fols de moins , c’eft-à-dire, de vingt-deux à vingt-trois fols : en hyver, les froids rudes Sc longs, la difette de Charbon, à raifon du défaut d’extraétion ou de voitures, l’ont fait quelquefois monter à trois livres & plus la Bene ; mais ce prix exceffif, qui ne fait pas réglé , ne doit pas être matière de reproche, contre les Concef-fionnaires ; il paroît uniquement, qu ils ne font pas exempts de tout blâme for la mefure : dans tout * ce qui m’eft revenu concernant cet objet de conféquen-
- (1) Le poids en ufage à Lyon & dans la eft de 13 onces ou de 13 onces ip deniers de
- Province du Lyonnois, pour tous les objets de confommation, Foin , Paille, Charbon , &c.-eft nommé poids de Ville ou de Table, afin de le diftinguer du poids de marc pour les Bureaux du Roi, Sc du poids de Soie ; ce poids de Ville différé des autres, en ce que la livre de ce poids
- Charbon de Terre. IL Part.
- poids de marc, c’eft-à-dire, qu’elle eft de deux onces cinq deniers moindre que la livre de marc $ d’où fuit le rapport que ioo livres poids de marc, font 116 livres poids de Lyon , Rapport qui fert de réglé aux Marchands de Lyon.
- Qr*
- r
- p.521 - vue 64/304
-
-
-
- 522 DU CHARBON DE TERRE
- ce, je n’ai pû m’empêcher de m’appercevoir de différences marquées pour U quantité de Charbon évalué au poids, dans les Benes dont on fe fert , & de reconnoître que les Propriétaires & Extraéleurs ne vifent qu’à multiplier les Benes, & à faire paffer le mauvais Charbon, que le Confcmmateur efl; toujours obligé de payer, quand il en a befoin.
- Ufâges particuliers auxquels on emploie le Charbon de terre dans le Lyonnois*
- Parmi les Arts auxquels le feu de Charbon de terre efl: appliqué dans les environs de Lyon , j’ai indiqué celui de cuire la chaux : en plufîeurs endroits le long du Rhône, on rencontre de ces fours où l’on cuit à petit feu différentes fortes de pierres, félon que ces fours font à portée d’une efpece ou d’une autre. Dans le voyage au Mont-Piiat, par M. de la Tourette (i) * on trouve une très-bonne remarque for ces pierres & for celle dont on fait auflï de la chaux dans la plaine du Forez avec du Charbon de Saint-Etienne : ce qui a rapport au procédé de la calcination efl: foffifàmment éclairci dans Y Art du Chaufournier , par des notes très-intéreflantes qu’a fourni M, Seillier 9 Ingénieur des Ponts 8c Chaulïees de la Généralité de Lyon, 8c qui font accompagnées de la figure de deux de ces fours , mais fans explication : cette partie de l’Art du Chaufournier fobftituant au feu de Charbon de bois celui du Charbon de terre, peut permettre quelques détails dans un ouvrage où ce dernier combuftible efl confidéré fous les différents afpeéts capables de faire naître des idées pour en rendre l’ulàge plus commun. Toutes elpeces de pierres n’étant peut-être pas d’ailleurs également propres à être réduites en chaux par le feu de Charbon de terre , qui dans tous les fours de cette Province efl appliqué à quelque pierre que ce fcit, il convient d’indiquer celles de ce Canton que l’on fait cuire dans ces fours : je donnerai enfoite la conftruéHon détaillée d’un de ces fours , dans lelquels on faifoit il y a 50 ans la chaux avec des cailloux du Rhône à Condrieu ; & je fiinirai l’hiftoire du Charbon de terre dans cette Province par l’ufiige que l’on en fait pour les b e foins domeftiques.
- Notice des Pierres que ton réduit en chaux dans les fours établis le long du Rhône : conflruclion d’un four où Von cuit des cailloux de ce fleuve pour faire de la chaux ; maniéré de gouverner cetie calcination.
- Deux efpeces de pierres font employées for le bord du Rhône à faire de la chaux : la première efl nommée Choin (2); elle vient par ce fleuve des Carrières du Bugey, fituées le long du Rhône, qui en entraîne quelquefois avec lui des montagnes.
- (1) Voyage au Mont-Piîat dans la Province du Lyonnois, contenant des ObfervationsfurPHif-toire Naturelle de cette Montagne , & des lieux circonvoifîns; fuivies du Catalogue raifonné des Plantes qui y croifîent, 1770.
- (2) Ce mot fe trouve dans Pomet, pour lignifier une forte de pierre dure & de vive roche , qui peut être polie, comme le marbre ; & en effet, c’eft une elpece de marbre grofiier , fuf-ceptible de poli,
- p.522 - vue 65/304
-
-
-
- E T D Ë SES M ï NË S. ïl. Part, jij;.
- ta fécondé pierre n’eft qu’un caillou ou gallet du Rhône (i), qui à câufe de fà grande dureté ne pourrait le réduire en chaux avec le feu de Charbon dé bois ; c eft par néceflîté qu’on y employé le Charbon de pierre, dont le Feu eft plus vif; cette chaux eft d'un plus beau blanc que l'autre qui peut fe cuire Facilement avec du Charbon de bois, & pour laquelle il faut un quart moins de ce Char-» bon, & un tiers moins de temps.
- Le four employé à la cuiflon de ces cailloux, doit avoir fix pieds & demi dé hauteur hors œuvre, St être pavé en dedans : il faut qu’il ait douze pieds & demi de largeur au-deflus, à mefurer au milieu, compris i'épaifteur de la mu* raille ; de ces douze pieds & demi, il y a autour du four qui eft au milieu, trois pieds de bande ou de bord, qu’il faut paver à chaux.
- La gorge du four doit avoir fix pieds Sc demi d’ouverture en haut * à mefurer au milieu; elle va en diminuant jufqu’au fonds, où il ne doit avoir que trois pieds de large au milieu*
- Dans cette largeur de fix pieds St demi, le tour du Fôür eft de pierre de taille & élevé d’environ quatre pouces en montant, pour retenir les cailloux : dans le fond & au milieu du four, il faut planter Une pierre de taille de huit pouces en quarré,rqui fait un pied hors œuvre; il faut la choifir telle quelle reflfte au feu.
- En conftruilant le four, il faut y faire, à des diftances proportionnées, quatre petites voûtes quon appelle Gorges, qui fervent de foupiraux au four, Sc par lefquelles on tire la chaux à mefure quelle cuit.
- Ces quatre gorges doivent avoir près de quatre pieds de hauteur, trois pieds de largeur à l'entrée & trois pieds de largeur dans le centre* . < : •
- Le four conftruît dans ces proportions Sc dimenfions, eft dé Contenance 3 cuire trente muids de chaux, qui confomment au moins vingt bennes de Char* bon de pierre, mefure du pays. . i \ ,
- Les cailloux qui doivent fubir la calcination, doivent être d'un Certain VokH me ; quand ils font de beaucoup plus gros que le poing, on les cafte en deux ou en trois à coups de marteau , & en les plaçant comme nous allons le dire, ort entremêle les cailloux médiocres avec les plus gros $ pour qu'ils {oient bien rangés & garnis le mieux qu’il eft poflible.
- Il faut mettre autour de la pierre qui eft droite dans le fond du four, du gros bois bien fèc d’un pied de long, qui eft la même hauteur de la voûte des quatres gorges dans le fond, lé pofer tout droit autour de la pierre, Sc le prefler tanè qu on peut, de forte que ce bois rempli fie tout le fond de ce four autour de la pierre ; par-deflus ce bois on met une petite corbeille pleine de menu bois bien fec, qu on appelle Glapont ; au-deflus de ce Clapont la valeur d une benne ordi*^ naire du plus gros Charbon de pierre qu'on aura, qui fera rangé aufli ferré qu$ faire fè pourra.
- (i) Voyez les remarques de M. Seillier fur ees gallets, dans Ÿ Art du Chaufeurritefi
- p.523 - vue 66/304
-
-
-
- 534 2> v C H A RB OÏÏ DE TERRE
- -Au-defîus de ce Charbon, il faut mettre cinq pouces de hauteur de cailloux,' enfoite du Charbon de pierre de médiocre groflèur, même du menu en dedans, feulement pour couvrir les cailloux.
- On continue cet arrangement jufqu’à ce que le four foit raz, ayant attention de bien applanir les cailloux Sc de ranger les petits entre les gros , en forte que toutes les rangées de cailloux ne portent que cinq pieds de hauteur.
- Le four étant raz, on y ajoute un lit de Charbon, de maniéré que les cailloux ne paroiflent point, & on le couvrira de cailloux rangés en piramide qui aura au milieu environ fix pieds Sc demi de hauteur.
- En cet état, on met le feu au four par-deflous une des gorges, feulement & lorfqu’il eft bien allumé on laiffera cuire la chaux fans y toucher.
- ' Lorfque le feu commence à paroître au-deffùs de la piramide, c’eft une marque que la chaux qui eft au fond du four eft cuite, pn commence à la tirer par les quatre gorges avec un fer appellé Rable.
- Dès que le feu fort par les gorges Sc qu’on s’apperçoit que les cailloux font encore rouges en les tirant, il faut cefler pour quelques heures ; enfuite on continue de "tirer par intervalle la chaux, tant que le feu ne fort point par les gorges & que les cailloux ne paroiflent pas rouges.
- -Après avoir commencé de tirer de la chaux, Sc pour que la piramide du defliis puifle cuire, il faut l’applanir Sc y mettre par-deflus un lit de Charbon de pierre , ^enforte que le caillou ne paroiffè point.
- Si l’on veut faire de la chaux fans interruption, lorfqu’environ le quart du Four fera Vuide, on fuivra la même façon pour continuer de le remplir de nouveau , en obfervant d’y mettre le Charbon le premier, enfuite un lit de cailloux, & decontinuer jufqu’à la pyramide^; mais il faut toujours avoir foin de ceflfer de tirer la chaux du moment que le feu fe montrera par les gorges, Sc que les cailloux en fortiront rouges.
- _ JPoëles économiques, à Sufage des pauvres^ pourfe chauffer & pour faire* o ib une petite cuifine.
- Depuis près de vingt ans"8, Fufàge de fe chauffer à l’aide des poêles avec le Charbon de terre eft fort multiplié dans les petits ménages ; les cendres leur font encore une économie en les faifent repaffèr au feu comme on fait à Liege des cendres de théroule. * .
- * Quand il y a un brafier bien’ ardent, Sc que le poêle rougit, on mouille, ces cendres pour en faire un mortier que l’on place for le feu avecune pelle ; cela s’appelle faire un pâté au poêle ; ce mortier s’échauffe, rougit par degrés Sc retient la Chaleur. •;
- Beaucoup de pauvres familles tirent parti de ce feu de poêle pour y cuire Sc
- apprêter leurs nourritures d’une maniéré auffi commode qu’induftrieufe ; ces
- poêles
- p.524 - vue 67/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. IL Faut* $2$
- pceleS font de différentes grandeurs & de différentes formes; les quarrés font faits avec des plaques de fonte jointes enfemble fur les angles, mais toujours avec la même difpofition.M.Preflàvin,Chirurgien de Lyon,a eula complaifance de m’envoyer le deffein d’un de ces poêles : la defcription d’un de ces meubles utiles aüx indigents, paraîtra fûrement auffi intéreflànte que celle du poêle le plus fomp-tueux; il eft compofé de trois pièces principales, fans y comprendre le chapiteau ou le couvercle. (Voyez Fig. i. PL LVIII ).
- La première piece A, montée fur trois pieds, êft un cul de poêle qui ne tient lieu ici que de cendrier, dont la porte efl: en a ; la fécondé piece B , efl une eÇ pece de marmite en maniéré de chaudron, dont l’ouverture efl renverfée fur l’ouverture de la marmite A ; c’eft celle qui fèrt de foyer au moyen d’une grille placée en dedans vers l’endroit où ces deux pièces font jointes enfembe par un cercle de fer h ; on voit la porte du foyer enr, & du côté d la fumée s’échappe par le tuyau e ; la troifîeme partie C de ce poêle qui efl fiipérieure, s’appelle la cuijîne, à caufe de Ion ufàge , on en repréfente la coupe feulement pour la facilité de l’intelligence; elle efl en tôle Sc formée en efpece de chapiteau, qui couronne le foyer f9 fur lequel on pofe tout ce que l’on veut faire cuire, comme la foupiereg ; elle efl terminée par un couvercle h9 dans lequel efl pratiqué un petit trou i , pour laiffer échapper la fumée des nourritures qui cui-fent.
- Cette pratique, quelque fimple qu elle fbit, mais firivie fans interruption par le peuple de ce canton, l’ufage qu’on y connoît aufli de brûler le Charbon de terre dans des grillages à découvert, doivent être regardés comme un achemine-* ment à un emploi plus’étendu de ce foffile, ailleurs que dans le voifînage de ces Carrières. C’étoit avec raifon l’idée des perfonnes qui m’ont fait pafler des terres graffes Sc des Charbons de Rive deGiers, pour les examiner, fixer les proportions à obferver dans cet apprêt, & c. Ce foffile pouvant être utile pour le chauffage des grands Atteliers, des grandes Communautés Sc pour les cuifines, je vais rendre compte de mes expériences.
- EJfais de fabrication de Charbon de terre de Rive de Giers, avec dés terres
- des environs de Lyon.
- Ëntre les terres qui pourraient être appliquées à cet apprêt, comme différentes terres à four; on n’a pu m’envoyer que de celles que l’on trouve à Givors & à Pierre-bénite, qui font terre a Toulon Sc terre à Fayance ; elles ne font pas mau-vaifes ; la perfonne qui me les a procurées croit qu’elles ne reviendraient pas à plus de trois fols les cent livres: ces deux terres font formées par des dépôts de quelqu’efpece que ce foit; j’en juge par l’uniformité du grain & par lafineiîe de la partie fableufe qu elles contiennent*
- Charbon de Terre, IL Part* R 6
- p.525 - vue 68/304
-
-
-
- 52ff DU CHARBON DE TERRE
- L'une eft blanchâtre & happe à la langue comme une Marne; elle Fait Uriê violente effervefcence avec les acides ; au feu elle ne fe durcit prefque point ; dans Feau elle le gonfle en s’y délayant, & lorfqu’elle a été calcinée, leau fe couvre d’une pellicule, en forte que cette terre peut être regardee comme un mélange de craye & d’argille , dans lequel la fubftance argilleufe eft la moins abondante.
- L’autre terre eft de couleur grife cendrée; elle ne prend que peu à la langue, fe durcit aifément au feu en fe détruifànt ; avec les acides elle fait une très-légere effervefcence & fe délaye promptement dans l’eau comme l’argille ; elle fo laiffe paîtrir ailement, prend en peu de temps la confiftance de pâte, & conférve la forme qu’on lui donne.
- Elle tient un fable cryftallin d’une extrême finefle; elle paroît être une argilie qui pour avoir été trop lavée, a perdu de fà ténacité ; par conféquent dans le cas où on l’employeroit, il faudroit avoir une grande attention pour le degré d’humeélation qu’on lui donneroit : l’expérience feule guidée par les détails particuliers que nous ferons entrer dans la IVe. Seétion, relativement à cette fabrication, donnera for cela le véritable point.
- Aux environs de Thain, vis-à-vis de Tournon, on pourroit employer une des terres qui fo trouvent dans la fouille d’où l’on tire la terre à Pipes. N
- Pour ce qui eft du Charbon de terre, on a vu par l’examen que j’en ai fait en obfervant les phénomènes de la combuftion, qu’il y a peu à choifir : s’il étoit poflible d’avoir toujours bien fûrement du menu Charbon de la bonne Mine, il conviendroit fort, il pourroit être mis for le champ en œuvre & pourroit ne comporter qu’un fixieme de terre grafle.
- Celui dont j’ai fait une fécondé & troifleme efpece doivent abfolument être exclus, & je crois que le triage peut s’en faire à l’œil.
- Refte le Peyrat; mais il comporte de toute néceflïté une main-d’œuvre avant d’être fabriqué ; on doit fe rappeller qu’il fe trouve naturellement entrecoupé Sc femé de beaucoup de Gorres : la mauvaife exploitation qui entreprend for le toit 8c fur le plancher de la Carrière , qui par-là, produit des galeries dont l’élévation excede l’épaiflèur du banc ou du maflif du Charbon, en détachant des couches du toît 8c du plancher auxquelles tenoitle Charbon, ajoute à ce mélange défeétueux de Gorres, une quantité de portion des enveloppes de la Mine, qui font un déchet confldérable pour l’acheteur, & qu’il n’eft pas aifé de détacher du Charbon grêle, ni du Charbon peyrat : ces Nerfs ou Gorres & ces Pierres de toît ne produifent point de feu, 8c en général le Charbon qui tient à ces matières eft peu inflammable 8c de médiocre qualité.
- Il faut donc en retrancher ces deux matières de rebut, & fi cela fo peut, faire ce triage avec un grappin à la fimple vue, comme on peut trier la fécondé 8c la troifieme efpece que j’ai établies, qui pouroient bien appartenir au voifinage des enveloppes de la Mine ; en faifant ce triage à l’aide des malfes pour caffer le peyrat,
- p.526 - vue 69/304
-
-
-
- E T DE SES Mï N Ë S. IL Fart, $2? U fera bon d’ufer de ménagement,pour éviter de faire entrer beaucoup de gorres en petit morceaux ; la mafïè du Charbon toute réduite en menu, avec le moins poflible de ces matières fchifteufes, on procédera à fon mélange avec la terré grade : différents Charbons qui m’ont été envoyés de Lyon 9 & dans lefquels fa -vois fait ce choix foigneufement, m’ont fervi à faire des briquettes oupelottes de deux elpeces : deux boifleaux & un quart (i) mêlés avec prefque un demi*-boiffeau de la pâte blanche failànt le cinquième , m’ont donné des pelottes qui fefont enflammées promptement & librement, & qui ont flambé une bonne heure en fè collant un peu, & {ans donner d’odeur marquée.
- Deux boifleaux mêlés avec quatre litrons de pâte grifo, faifànt un fîxieme dé pâté, ont donné des pelottes, qui mifes fur labraife des premières^ fe font allumées promptement.
- Eeaujôlois•
- c
- Ce petit pays, au Nord du Lyonnois, & au Midi du Mâconnoîs , entre là Saône & la Loire, eft heureufement fitué pour le débouché de fès Mines ; elles ne laiflent pas d’être nombreufes pour une étendue dé terrein bornée à dix lieues de longueur fur huit de large.
- Je ne connois ces Carrières dé Charbon que par l’ouvrage de M. Àledn dix Lac ; en les citant d’après lui, j’indiquerai plus précifément les endroits qu’il nomme. Paroifle de S. Cyr-le-chateau*
- A Laye, for la rivière de ce nom, on reconnoît des veftiges de fouille;
- A S. Symphorien, dit S. Symphorien de Lay, à caufe de fa proximité dé Lay, on apperçoit des indices de Charbon de terre : cet endroit efl: fur la petite rivîere de Gan, à trois lieus de Roanne, & à neuf dé Lyon, for le grand chemin de Moulins, entre la montagne de Lay, & la montagne de Tarare qui féparé le Lyonnois du Beaujolois.
- A Reygny, for la petite rivière d’£/i, à l’endroit où cette rivieré reçoit celle de Reins.
- A Montagny, de l’autre côté de Roanne, dans une efpecé de petité prêt qu’ifle formée par deux ruifleaux qui vont former une feule branche pour fe jet» ter dans la Loire à Villeneuve.
- Dans la ParoiflTe des Sauvages*
- Haut Dauphiné^
- Outre les Mines qui font connues depuis long-temps dans cette Province, & que j’ai indiquées dans la première Partie de mon Ouvrage, la Gazette d Agriculture & du Commerce (2), a annoncé il y a près de deux ans, la découverte de plusieurs nouvelles Carrières dans des cantons où on n’en connoifloit point.
- (1) Mefure de Paris. I (2) N° 91^^721* 12 Oâobre 1771;
- p.527 - vue 70/304
-
-
-
- DU CHARBON DE TERRE
- J’ai fencontré, pour avoir des échantillons Sc des éclairciffements fut ceâ Mines, les mêmes difficultés que j’ai eues dans nombre d’endroits.
- Je ne donnerai donc ici que ce qui efl rapporté dans la Gazette du Commerce touchant ces nouvelles Mines qui font bien importantes pour une Province ou fe fabriquent quantité d’ouvrages en fer, en acier, Sc particulièrement des ca* nons Sc des ancres.
- Graijîvaudan*
- » TaroiJJè de Laval9 au-deflus du village de là Boutiere , à quatre lieues à FO-* rient de Grenoble (i). M. Gérard, Bourgeois d’Allevard, a découvert en » I7^,plufîeurs veines dont une a huit ou neuf pieds de large (2) ; le Charbon » en a été éprouvé par les Serruriers, & ils l’ont trouvé d’une bonne qualité.
- » Paroijje de la Ferriere, dijlriold’Allevard (3), au lieu de Vaujalas , a huit » lieues à l’Orient de Grenoble, veine ayant à la furface deux pieds de large, Sc « dont le Charbon efl: de bbnne efpece, découverte auflï parM. Gérard en 1767*
- » Dans la Montagne des Soyer es, Communauté de S. B arthelemy, à troîà » lieues au Sud de Grenoble Sc à une lieue au Sud de Vizilles (4), Mine dont le » Charbon efl employé par les Serruriers Sc par les Maréchaux. Le fieur Micoiîd,1 2 3 4 « Négociant à Grenoble, qui l’a découverte en 1770 au mois de Juillet, a ob-» tenu gratuitement un Arrêt du Confeil, en date du 17 Mars 1771, qui lui » en adjuge l’exploitation pendant trente années, ainfi qu’à fbn Aflbcié ; on l’a » exempté même du marc d!ot & des frais du fceau.
- » Ce trait efl une preuve que le Gouvernement fait des efforts pour rétablir les « vrais principes du droit public, en favorifànt ainfi la libre exploitation des Mines.; '
- « Au village de la Motte (j), ce Charbon s’eft introduit depuis cinq à fix ans; « à Grenoble, pour les poêles * il coûtoit au commencement douze fols le quin-» tal, il en vaut aétuellement vingt-quatre : on prétend que cette Mine fournit » depuis plus d’un fiecle.
- « Montagne au'dejjus de Voreppe, Val des Charbonniers, difiant d’un quart « de lieue de S. Laurent-du-Pont, à trois lieues Sc demie au Nord de Grenoble / » veine découverte en 1770 par M. Lambert, qui en a pris poffeifion & en a fait « faire la fouille.
- « Ce Charbon efl flambant, & reflèmble à de la poix ; mais au rapport du » fieur Micoud, il a le même défagrément que le fuivant.
- (1) Entre l’Ifere 8c la petite riviere de Bord, du côté de la Savoye.
- (2) J’ignore fi par ce mot qui fe trouvera répété , on a entendu Pépaiiïeur.
- (3) Dans la montagne d’Allevard efl: la principale Mine de fer de Dauphiné, doux, fans paille, d’une excellente qualité, facile à limer 8c à forger, d’où on l’appelle Fer à forge.
- (4) Ancienne réfidence du Connétable de Lef-diguieres, fur la petite riviere de Romanche, jqui va fe jeuer dans la Lgire au-deffous dq Gre*
- noble : c’efl à Vizilles que fe fabriquent les fauïjf 8c les faucilles.
- (y ) Même territoire que la précédente, fur le Drac, qui va fe rendre dans la Romanche, à trois lieues au Sud de Grenoble, un peu au-deflous de Vizilles. Ce village de la Motte efl encore remarquable par la fontaine minérale qui efl tout près. Dans la quatrième Seftion je donnerai la façon d’imiter parfaitement ces eaux médicinales qui font grades 8c bitumineufes, recommandées pour les maladies de la matrice,
- A
- p.528 - vue 71/304
-
-
-
- ET DE SES MINES% R P a ht; ^
- yy A Pommiers, au-deiïous de Voreppe, à deux heures de chemin, au-deflous » de la Mine précédente, M. Beylié a découvert, il y a environ douze ans, une » veine; le Charbon quelle donne paroît être un amas de bitume; il a une » odeur extrêmement délàgréable & puante (i}*
- Gapençois»
- » Paroilïè de Moïitmaurp à trois lieues à TOrient de Gap, une veine de trois » pieds de largeur dans là furface près la terre , découverte en 1771, par M.
- » Gérard; ce Charbon a donné une flamme de deux pieds de haut (2), blanche yy & fans odeur fènfible.
- y> Paroilïè de t Epine, dans un ravin à deux lieues au Nord de la Paroilïè de » Serres, & à fept lieues au Nord de la ville de Sifteron, veine d'environ un » pied à la furface de la terre, découverte par le même en 1771 ; le Charbon % » en paroît de bonne qualité*
- 'i-jï P r o v fi N c e;
- Le Charbon de la Mine de Pépin, près d’Aubaigne fur la Veaune, dont j’aî parlé page If2, eft très-beau à l’œil ; mais au feu il donne une odeur & une fumée déplaçante, qui m’a fembié toutes les fois que j’ai voulu l’examiner, approchante de l’odeur que donne le couroy ou Ipalme encore fraîchement fait : cette propriété que je n ai encore reconnue dans aucune elpece de Charbon, eft une jexclufion décidée pour l’employer ailleurs que'hors de l’enceinte des villes.
- 1
- A une petite lieue d’Orinle* près du Château de Peynier , on a trouvé à dix pieds de profondeur un banc de Charbon de trois pans & demi. L’eau a empêché de reconnoître le refte de fon épailfeur.
- Il y a eu auffi un puits ouvert à la maifon de campagne de M. Vélin;
- On doit ajouter à cette lifte les endroits qui n’ont pu être indiqués que dans la Table de la première Partie , comme dans la Principauté d’Orange à Piolene, Piolens ou Pioulenes, entre Orange & Mormas : le Charbon s’y exploite fort aifément; il ne coûte pas cinq fols le quintal; on l’emploie dans k Manufacture d’Orange à chauffer les fourneaux,
- f — Comtat VenaiJJmi
- Aux confins du Dauphiné, à Venafque, autrefois Capitale de ce Comté, dif £ant de Carpentras de deux lieues*
- (1) Je foupçonne que ce n’eft point un véritable Charbon de terre.
- (2) Ceci auroit befoin d’être éclairci.
- Charbon de Terre. IL Pan, S 6
- r
- p.529 - vue 72/304
-
-
-
- S3o DU CHARBON ÛE TERRE
- A S* Didier, petit village à portée de Venalque ; on ne fait point ufage du Charbon de cet endroit.
- Au Château de Lajfcour, près de Bagnols, fur la petite rivîere de Ce[e ou Sci[c> à deux lieues du Pont-S.-Efprit, on ayoit commencé l’exploitation dune Mine de.Charbon.
- Languedoc;
- On connoît des Mines de Charbon de terre dans la Baronie de Boujjage, entre S. Gervais & Lodeyes, à peu de diftance de la riyiere d’Orb,
- M. l’Abbé de Sauvages, de qui j’ai emprunté dans la première Partie quelques détails fur celles d’Alais (i), me fournit ici ce quia rapport à l’objet que je traite dans cette fécondé.
- » Les galeries des Mines du Languedoc n’ont pour l’ordinaire que deux ou yy trois pieds de largeur fur cinq de hauteur; elles ne font étançonnées que vers » l’ouverture qui eft en terre ; mais elles ne le font point dans la mafle du Char-; yy bon : on fe contente de creufor la galerie en arc, de il s’en trouve qui, depuis » cent ans , fe font foutenues inébranlables, {ans que les eaux ayent pénétré les » premières couches de Charbon.
- » Dans les Mines d’Alais on ne fait de diftinétion du Charbon de terre , que » par l’ufage auquel on l’emploie ; favoir, de celui qui fert aux Forges, qui efl » le plus enfoncé , & celui qui fert à la cuiiTon de la chaux, qui fe tire au-defc, » Fous d’une toifo de profondeur ; il efl; auffi d’un prix inférieur : à la vue ils ne » paroiffent point différents l’un de l’autre*
- ï> Celui pour les Forges fe convertit au feu en mafles dures, qui fe mêlant » avec les fcories du fer, forment au-deflfus du feu des croûtes fermes , {pon* » gieufes, connues fous le nom de mâchefer*
- » Le Charbon pour les fours à chaux, fe réduit au feu en terre rougeâtre, » très-friable.
- » Il contient un foufre plus développé, moins fixé par l’acide vitriolique * fe c’eft pour cela que les Forgerons n’ont garde de l’employer ; il fond fouvent fe leur fer dans la forge,ou bien il le brûle.
- Le favant Hiftorien penfe que les Mines de Fer & de Charbon de terre du Forez y pourroient être une continuation de la veine de terre d’auprès à* A lais f qu’il a décrite dans le volume des Mémoires de l’Académie, année 1743, & qui s’étend du Midi au Nord.
- Dans le fond de quelques ravines, près de Servas, au-deflus d’un rocher d’Afphalte , M. de Sauvages (2) a obfervé entre des couches de fable, des lies d’une matière qu’il nomme une efpece de Charbon fojfle ou de bitume, dont la furface efl: couverte d’une légère couche de débris de limaçons ordinaires^
- (1) Mémoires de l’Académie des Sciences, an. 174770U
- (2) Volume des Mémoires, pour l’année 17^6,page 720»
- p.530 - vue 73/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Part.
- qui ont confervé le luilànt de leur vernis. Quoique les Chauffourniers fe fer* vent de cette matière pour cuire la chaux, le lavant Naturalifte avertit expref-fément de ne point la confondre avec le Charbon de terre ; fa delcription renferme même un des caraéteres que j’établis pour différence entre ce qu’on doit &ce qu’on ne doit pas appeller de ce nom. Lorfque j’en ferai à examiner les différentes fubüances qui préfentent une relfemblance avec le Charbon de terre, je ferai ulàge de l’obfervation importante de ce Phyfîcien, pour ranger dans fa vraie claffe ce Charbon foffile imprégné d un bitume grojfler & fétide # qui me paroît être du Charbon de bois Tourbe*
- Haute Guienne.
- Rouergue*
- Les Mines que j’ai indiquées pour cette Province dans la première Partie de mon Ouvrage, d’après feu M. Hellot, font dans un petit territoire diftingué par le nom de Segala, où on ne feme que du feigle, borné d’une part par un canton appellé Cauffe^ & d’une autre par un quartier appelle Vallon ; le diftriél de ces Mines eft du Mandement £ Albin C 1 ) » encre une petite riviere qui prend la lource à Glafiac Sc le Raot, venant de Scandolieres , lefquelles yont toutes deux fo jetter en une branche dans le Lot, en face de Bouillac.
- Depuis la rive du Lot qui eft en face de Levignac, jufqu’à Firmi (2), on no trouve que des Charbonnières ; attenant ce dernier endroit fur-tout, on ne peut faire un pas làns appercevoir de ce fofîiie ; dans beaucoup d’endroits on n’a pas befoin de creufor pour le reconnoître ; les extradions les plus confidérables datent de trente f quarante ou cinquante ans ; on pourroit y compter une cinquantaine de fouilles.
- Une maffe très-étendue de Charbon de ce quartier 9 eft minée par un etnbra^ fement fouterrain ; la première époque de cet incendie n’eft point connue ; mais il paroît qu elle remonte fort haut ; la montagne dans laquelle eft fituée cette Mine , entre Aubin & Cranjac 9 appellée tantôt montagne du Montet, nom du village attenant, tantôt Scedalie, eft citée dans les anciens A&es, fous la dénomination del puech Ardent (3) ; c’eft à quelques toifes de cette Mine, qui avoir été ouverte & travaillée par des conceffionnaires , que l’on voit forcir de cre-Vafîes confidérables ,une fumée fort épaiffe.M. l’Abbé Marie (4), appellé par des
- (1) Dans les Chartulaires & dans les A&es du moyen âge, qui regardent le Dauphiné , la Provence , la Breffe, le Lyonnois & autres cantons, te terme rendu en latin par celui de Madamtntum, lignifie diftriét, territoire , Jurifdiétion j c’eft ce Cju’onnommeroit ailleurs Bailliage.
- (2) Mal écrit Feumi dans la première Partie.
- (3) Signifiant la même chofe que celle dePuig, Puck, qui veut dire en langue Aqukanique, montagne', différemment prononcé dans la plupart des Provinces, tantôt Buy, Pech, Puech, en Berry Pic, çn Poitou Peu, en Dauphiné Poet a en d’autres
- Poeh, Peu, Puis, Pi ou Pic, qui veulent dire tous la même chofe ; ils datent du moyen âge , dans lequel on les a adaptés à des endroits fitués fur lè haut d’une montagne, particuliérement lorfque cette montagne eft tellement d’un des côtés voi-fins du lieu en queftion, que l’on n’y puiffe:point monter, à peu près comme ce que l’on appelle fur le bord de la mer Falaifi.PluCieurs lieux de Provinces où la langue latine a fubfifté plus long* temps,en ont emprunté le nom. Dï5t, Encyclop.
- (4) Profcffeur de Mathématiques au College Mazarim
- p.531 - vue 74/304
-
-
-
- 53* DU CHARBON DE TERRE
- affaires de famille dans cette contrée, qui peut fe faire honneur d’être fa patrie * a écrit la relation de fbn voyage; os Mémoire parvenu à l’Académie, qui la agréé pour être imprimé dans un des volumes des Savants étrangers, renferme en particulier fur ces Mines de Charbon & fur cette montagne de feu, des remarques curieufes. Ces phénomènes extérieurs obfervés en différents endroits par différentes perfonnes, demandent à être recueillis & rapprochés : les Natu-raliftes &les Phyficiens faurontgré à M, l’Abbé Marie d’ayoir employé fes loiilrs 2 la defcription fuiyante.
- Objervatlons faites fur la Montagne de feu, par M. t Abbé Marie•
- Le fol de la montagne eft rougeâtre ; les pierres y font principalement de deux elpeces; les unes, qui font très-communes fur toutes les autres montagnes des environs, reflemblent pour la couleur & pour la dureté aux briques ordinaires ; les autres font blanchâtres , poreufes & revêtues d’une efpece de fàl-pêtre*
- Il y a environ dix-fept ans, qu il fe fît auprès de rancienne Mine une grande explofion, dont les traces fubfiftent ; une partie du fommet de la montagne af faiffée tout à coup, a produit une fondrière qui a trois toifes de profondeur, & fept ou huit de largeur ; quant à là longueur, l’Obfervateur l’efiime de plus de trente toifes.
- La terre en eft brûlante ; les pierres en font calcinées ; la fumée fè fait jour par plus de dix ouvertures, & il en fort de la flamme lorfqu’il pleut : pendant les deux premiers jours que M. l’Abbé Marie y fut par un très-beau temps, il ne vit point la flamme ; mais ayant jette une poignée de bois de fagot dans la pria-; cipale crevaffe qui eft large d’un demi-pied, il s’enflamma furie champ; d’ailleurs, en avançant fur les bords de cette fente , on voit l’intérieur tout en feu : à l’ouverture de quelques fentes, M, Marie a ramaffé des fleurs de fbufre de belle couleur*
- Sur les montagnes voifînes, il a remarqué le même fcï, les mêmes phénomènes , du Charbon de terre, fouvent du feu, & prefque toujours des veftiges d'incendie ; on prétend que de fois à autres , on voit ce feu ceflèr 'pendant plu-fieurs années dans quelques endroits reparoitre enfuite avec plus,d’aétiyité j cette variation a été obfervée dans la chaleur des étuves*
- Malgré toutes ces exhalaifons brûlantes, & le feu même qui eft dans plufieurs de ces montagnes, non-feulement la vigne y réuffit, mais les châtaigniers y croiflènt mieux qu ailleurs ; ceux de ces arbres qui avoifinent davantage les ter-reins incendiés, deviennent plus gros Sc plus grands ; il s’en trouve même au pied defquels on voit fortir la fumée par de petites crevaffes : les gens du pays nont point la peine de retourner chez eux exprès pour faire cuire leurs châtaignes; ces petites fournaifes toujours échauffées, leur fervent à cet ufage.
- La
- c
- p.532 - vue 75/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. Iî. Par?.
- ta chaleur fuperfïcielle du fol eft quelquefois fi fênfible à la main , qu ôn ne conçoit pas comment les racines n’en font pas deflechées ; cependant les meilleures châtaignes du Rouergue font celles des environs d’Aubin, Sc elles y font très-abondantes (i).
- La montagne de Sanguleret, entre Aubin, Cranfàc & Firmi, autre montagne de Charbon, préfentè aufïï des indices de feu fouterrain : on venoit, lorfque M. l’Abbé Marie étoit dans ce pays, d’y conftruire une étuve de vapeurs, où en moins d’un quart-d’heure fon thermomètre monta à trente-un degrés*
- Extraction & ufages du Charbon de terre.
- D’après le Mémoire de M. l’Abbé Marie, la maniéré dont on extrait le Char* bon de terre dans ce quartier, eft bien différente de toutes celles que nous avons décrites jufques ici ; ce foflile fe dérobe à peine aux yeux ; on a befoin de Charbon ; un coup de bêche met en pofîèflîon : de-là -, nul embarras pour i’ufàge journalier, l’extraélion la plus compliquée fo borne à faire for le penchant ou au bas de quelque colline, Un percement horizontal : ce conduit fouterrain , ni les branches qu’on y pratique, ne le prolongent pas au-delà de quelques toifes ; on recommence de même dans le voifinageun autre percement, par lequel on fe fraye quelques routes , fans s’occuper beaucoup de chôifir le meilleur Charbon. Le principal puits d’extraélion connu dans ce pays, eft celui dont fai parlé, qui avoit été creüfé en 1763 par les Conceflïonnaires, & qui a été comblé en partie.-Un panier formé en maniéré de hotte * à peu-près d’une grandeur double de celles que nous connoiflons, eft employé au premier tranfport ; cette quantité qu’on emporté chaque fois, eft appellée comporte, mot qui revient peut-être à celui de charge, comme on diroit une charge de bléi, une charge de fagot ; le panier eft garni dans deux de fes côtés oppofés l’un à l’autre d’une anfe ou poignée, difpofée for la hauteur de maniéré à recevoir chacune un bâton , de la même façon qu’on le voit aux litières & chaifes-à-porteur ; il n’y à point de différence dans celle de porter cette charge^
- Le travail ne fe fait que lorfque les ouvrages dé la campagne n’appellent plus aux champs : l’abondance des productions n’y retient pas fouvent & longtemps ; toute la récolte fe borne à celle des châtaignes » de quelques légumes d’une affez grande quantité de vin, d’un peu de fourage à peine fufSfant pour les Anes employés à l’exportation du Charbon dans les Marchés voifins* Cette petite contrée compofée de onze Paroifîès, de vingt - cinq Seigneuries , dont quelques - unes font qualifiées * & d’un corps d Habitants d’environ vingt mille âmes , ne recueille point de bled pour ce qu elle en confomme en trois mois de l’année, de maniéré qu’elle feroit comme dans une
- (1) On croit communément que les longues fecherefles & les grandes chaleurs font contraires fWX forêts de Châtaigniers, Ôc que l’humidité eft
- Charbon de Terre. IL fartk
- favorable à leur réuflite & à leur progrès ; cette obfervation détruit abfolument l’opinion reçue g & mérite l’attention des Agriculteurs,
- X 6
- p.533 - vue 76/304
-
-
-
- 534 DU CHARBON DE TERRE
- difette perpétuelle, fi la nature ne l’eut dédommagée par une autre matière qui devient fon principaLproduit.
- Ce n’eft qu’à l’aide du Charbon de terre que les Habitants de ce quartier fe foutiennent, s’acquittent des charges de l’Etat & de leurs Seigneurs , ou qu ils peuvent fe procurer du bled & autres denrées.
- Depuis plus de huit cents ans, ces Habitants font en pofleflion d’extraire le Charbon à,leur profit à titre de bail à cens de leurs Seigneurs.
- Ce droit n’a fouffert aucune interruption, ni fous les Comtes de Rouergue , ni depuis que le Roi Henri IV, dernier poflefïeur de ce Comté, l’a réuni à la Couronne.
- * La Duchefle d’Uzès eflàya inutilement de troubler cette polTeffion, en vertu du renouvellement qu’elle obtint en 1692, du privilège qui ayoit été accordé en 1689, pour quarante ans au Duc de Montaufier fon pere#
- Par une fuite de la confufion introduite peu-à-peu entre les droits du Roi, celui du Public 6c celui des Propriétaires, il a été accordé le IJ Février If 63 , .pourTefpace de trente années, une conceffion exclufive for la partie de Mines de Charbon fituées dans les environs d’Aubin.
- Les réclamations foutenues des Habitants, qui n avoient plus même la liberté de prendre pour le chauffage ce que leur terrain leur préfente, fe font heu-reufement terminées par l’extinélion de ce privilège qui n’auroit pu être que l’époque de l’établilfement de la fortune de quelques particuliers for la ruine d’une Province , & par conféquent une fource d’abus & de troubles entièrement oppofés à l’augmentation du commerce particulier, qui, dans ces fortes de dons, eft toujours l’unique but du Gouvernement. Si l’on vient enfuite à porter un coup d’œil fur la nature du fol de ce canton, dont la foperficie ne donne pas même le nécefïàire, l’inconvénient réfoltant de ce privilège ne fera plus équivoque ; il fera facile de reconnoître combien il étoit onéreux, non-feulement à ce diftriéi:, mais encore à l’Etat, par l’impoffibilité où fe trouvent fes Habitants de fopporter leurs charges. Dans un Ouvrage qui eft entre les mains de toutes les perfonnes en place, & dont la publication eft antérieure aux maux occafionnés par ce privilège, il eft fait mention exprefle de la pauvreté & de la mifere du haut pays de Guienne (1). L’Auteur de cet article a cru, pour le bien de l’Etat, devoir en tirer une conféquence qui fe rapporte finguliérement à la circonftance que je traite icifommairement. Cejl, dit-il, en parlant des Habitants de ce quartier , une nécejjité de les faire jouir de la liberté de leur commerce, & de leur accorder un droit naturel, dont la propriété ne peut preferire, & dont Vexercice ne peut être interrompu fans JïippoJer que la religion du Souverain a étéfurprife. Le détail particulier dans lequel j’entrerai bientôt, fur l’exportation du Charbon de ces Mines jufqu’à Bordeaux par la Garonne, viendra naturellement à l’appui de la réflexion judicieufe de l’Auteur.
- (1) Diâionnaire Encyclopédique, Tora. VII, 17/7, au mot Guknne.
- p.534 - vue 77/304
-
-
-
- ET DË SËS MINES. ïï. Pa*¥.
- Je naî par moi-même aucuneconnoiflànce de ce Charbon, dont on diftingue feulement dans le pays deux fortes, Tune appelléepremière qualité> l’autre fe* con.de qualité. Un Chimifte de l’Académie des Sciences qui a fait des expériences fur celui de Cranfàc, le regarde comme contenant très-peu de foufre.
- Indépendamment de cet avantage qui annonce ce Charbon très-propre aux ouvrages en fer , la refïource dont cette production eft au quartier d’où il fè tire, n’eft pas d’une moindre conféquence : les Mines du canton d’Aubin fup-pléent au bois à brûler, non-fèulement pour la cuilïon de la brique & de la chaux, mais encore pour le chauffage & tous les befbins domeftiques, pour la ' cuiffon du pain & pour fécher les châtaignes.
- Cette façon de confèrver des années entières un fruit dont les pauvres du Périgord, du Limoufin & d’autres endroits vivent tout l’hyver , forme à elle feule un article précieux. Les Provinces Méridionales n’emploient pas fèule^ ment leurs châtaignes feches, nommées alors Châtaignes blanches * Caflagnouxi à engraifter les volailles , les mulets, les chevaux ; cet aliment tient aux Habitants mêmes lieu de pain, & ces châtaignes bien préparées font fort recherchées.
- Par-tout où l’on récolte ce fruit, ce ne peut être que le même procédé ; il eft connu aufîi dans la partie du Ségala qui tient au Cauffe ; mais dans le diftriél d’Aubin & le long de la riviere du Lot, où les Cafiagnoux font appellés Auruols, Aurioles, on emploie à leur defïîccation le feu de Charbon de terre : cette différence qui tient à très-peu de chofé, n’efl: peut-être fondée que fur une pure économie, ou fur le mouvement affez naturel de fe fervir de tout ce qu’on a fous la main ; mais cette préférence raifonnée ou non, n’en eft pas moins décidément avantageufe à plufieurs égards : dans les Cévennes où les Caftagnoux fe féchent au feu de châtaignier, l’opération dure trente, quarante, foixante jours; il n’y a rien d’étonnant, le feu de bois de châtaignier rend peu de chaleur, &fon Charbon s’éteint promptement.Dans la première opération qu’efluyentles Caftagnoux, ces fruits ne font réellement expofes pendant plufieurs jours qu’à la fumée du feu ; la véritable chaleur qu’ils reçoivent immédiatement après, y retient cette fumée ; auffi les Cafiagnoux des Cévennes en ont-elles l’odeur,à laquelle fe joint une faveur empyreumatique, que les Auruols fechés au feu de Charbon de terre ne doivent pas contracter à beaucoup près au même degré.
- Le fort des Habitants de la campagne eft également intéreflfant dans toutes les parties du Royaume. Quelque fimple que puifle être un procède qui afliire aux gens robuftes, adonnés à des travaux durs & pénibles, des approvifionnements de vivres qui ne peuvent fè gâter, ce procède ne fera point regarde comme minutieux par un vrai Citoyen. M. Montet, de la Société Royale de Montpellier, a décrit (i) la maniéré obfcrvée dans les Cévennes pour ce defféchement des
- (i) Second Mémoire fur plufieurs fujetsd’Hif- i moires de l’Académie des Sciences de Paris * foire Naturelle & de Chimie $ volume des Mé- | année 1768,
- p.535 - vue 78/304
-
-
-
- 536 DU CHÂRBOU DM TERRE
- châtaignes avec le feu du bois. Je vais décrire celle qui le pratique dans le ter-ricoire D’Aubin»
- Maniéré déficher au feu de Charbon te terre, de grandes & de petites provisions
- de Châtaignes.
- Le temps de Cette opération eft celui de la chute des châtaignes au mois d’Oélobre (i) : fi l’opération fe fait en grand, on a bcfbin d’un bâtiment nommé Séchoir y en patois Secodou, qui fe prononce Secâdou : c eft quelquefois une fimple cabane conftruite en bois dans la Châtaigneraie ; d’autres fois c eft une chambre de la maifon que l’on emploie à cet ufàge, & qui dans d autres temps fert de fruitier ; il y en a dont le plancher eft formé en arcade , ce qui eft favo** Table à l’opération : tout cela ne varie qu en raifon du plus ou moins d’aifànce du
- particulier qui veut faire fécher fes châtaignes.
- Le Séchoir a en tout neuf à dix pieds de haut environ, & n’a que deux ou-, vertures, une qui eft la porte du féchoir, & une placée dans le haut, par hi quelle on jette les châtaignes.
- L’intérieur du Secadou eft partagé dans toute fon étendue, par une réparation’ qui y forme un plancher ou premier étage ; c’eft une claie proportionnée à la grandeur du féchoir & à la quantité de châtaignes que l’on récolte ; les gaules de cette claie font auffi fortes qu’il le faut pour porter les châtaignes , & écartées les unes des autres autant qu’il eft nécelïàire pour que les petites châtaignes ne puiflent paffèr au travers*
- Par l’ouverture du haut on jette les châtaignes telles qu on les ramaffè avec leur écorce; on les étend également fiir la claie, de maniéré qu elles forment un lit de dix-huit pouces ou deux pieds d’épaîfleur ; alors on place au milieu Sc aux quatre coins du féchoir, un grand chaudron rempli de Charbon de terra allumé, avec une bonne louche de châtaignier, ou de chêne, ou de charme; cette fbuche eft recouverte de Charbon, de maniéré qu’elle ne flambe point.
- Ce Charbon n eft point brut tel qu’il lort de la Mine; l’opération réuflîroit mal *, les châtaignes contraéleroient ce goût fumé qui eft inféparable de la méthode dans laquelle on emploie du feu de bois ; on choifit celui qui a déjà lèrvî à chauffer les domeftiques, & qui en s’éteignant s’eft réduit en brailès ; on ferme la porte du féchoir, & on confie à un domeftique le loin d’entretenir le feu, de veiller à ce qu’il ne flambe point , de changer le chaudron de place, afin de porter la chaleur dans toutes les parties du féchoir, & remuer les châtaignes le plus fouvent qu’il peut avec une pelle de bois.
- (i)fl y a encore dans cet ufage quelque chofe à j il faut les abattre de»l’arbre avant qu’elles ton** examiner; l’idée reçue allez généralement,eft que | bent d’elles-mêmes, pour que les Châtaignes fe confervent long-temps «
- Dans
- p.536 - vue 79/304
-
-
-
- ET D E SES M I NE S. IL Part. S3?
- Dans l'efpace de trois fèmaines, l'opération eft achevée ; cela dépend de l’é-paiffeur de la couche de châtaignes étendue fur la claie.
- Quand on voit que Fécorce fe ride, fe détache, & que la châtaigne fonne , on retire la fournée & on en recommence une autre fi Fon veut : pour féparer Fécorce des châtaignes féchées, on met ces Auruols dans un grand lac de toile forte, que deux hommes faififlent chacun par un bout & remuent fortement , en fe renvoyant le fac de l’un à Fautre fans l'abandonner.
- Les Auruols fe vendent à la mefure du froment & au même prix, avec la feule différence que la mefure eft comble.
- Les particuliers qui n'ont pas une grande récolte de châtaignes, ont un moyen très-bien imaginé pour fe palier d'un féchoir qui leur eft inutile ; ils n'ont pour cela befoin que d'avoir une grande cheminée à l'antique, dont le manteau eft très-élevé ; elle eft traverfée dans toute fon étendue d'une claie fituée à une hauteur telle que la chaleur du feu puifïe agir fiir ce qu elle doit porter ; on place fur cette claie autant de châtaignes qu’il en faut pour que ieut déification puiflè fe faire également & par degrés ; & lorfqu'elles font féchées, on les retire pour en mettre d'autres.
- Commerce du Charbon de terre des Mines de Rouergue.
- O
- r Nous envifàgerons l’article du commerce fous deux points de vue, dans fon effet de procurer fiir le lieu même à ceux qui s'occupent de FextraéUon du Charbon de terre le moyen de fàtisfaire à leurs befoins, Sc dans la circulation intérieure de cette denrée.
- Les Mines d'Aubin réunifient dans leur fituation un avantage peu ordinaire ; la feule rivière, pour ainfi dire, navigable qu'il y ait dans la province, le Lot ou tOlt , baigne la fouille d'une Charbonnière confidérable, & de la Mine même, on jette à la pelle le Charbon dans les bateaux, qui le tranfpor-tent jufqu'à Bordeaux ; on eft, à la vérité, obligé d'attendre les crues d'eau pour defcendre une partie de la rivière ; mais cet inconvénient ferait facile à réparer , en chargeant dans la belle fàifon beaucoup de bateaux qui fe trouveraient tout prêts à partir enfemble à la fonte des neiges ou dans la faifon des pluies.
- Les différentes Mines exploitées dans le Rouergue, fourniraient fans peine , en trois cents jours de travail, plus de cinquante mille voies , chacune du poids de trois mille deux cents livres, ce qui forme un produit confidérable.
- Deux hommes, l'un pour extraire, Fautre pour fortir le Charbon, a vingt fols par jour chacun, mettent aifément à pied de Mine chaque jour une voie de Charbon de vingt comportes, du poids au total de trois mille deux cents livres; d’où il fuit que le fervice de deux hommes, dans quarante Mines, fournira quarante voyespar jour, &que ce fervice répété pendant trois cent jours Charbon de Terre. IL Paru V 6
- p.537 - vue 80/304
-
-
-
- 53 DU CHARBON DE TERRE
- de travail, fournira’ 12600 voies de Charbon ; ainfi en augmentant ce fer-vice comme on le fait dans le temps de cargcùfon des bateaux, on augmenteroit beaucoup l'exploitation, & on mettroit en vigueur un négoce très-avantageux, non-feulement pour le Canton , mais pour toute la Province.
- Les Mines qui font au Nord & au Couchant de la contrée , dans les Parolfles de Levinhac, de Vialaret, Sc dans les extrémités de celles de Firmi & d Aubin, chargent, années communes, de trois cents trente à trois cents quarante bateaux, qui tiennent depuis cent cinquante jufqu'à trois cents cinquante comportes, du poids de cent foixante-deux livres pour la première qualité, Sc de cent quatre-vingt pour la qualité inférieure.
- Les Marchands de Rouergue viennent des Vallées Sc Bourgs qui font fur les bords du Lot Sc de la Garonne, depuis la petite ville d’Entraigues, au confluent du Lot Sc de la Trueyré, pour charger le Charbon & le tranfporter dans les differentes Provinces que ces rivières parcourent jufqu'à Bordeaux.
- Le prix du tonneau mis à pied du bateau, eft de quarante-cinq livres pour la première qualité, Sc de quarante livres lorfqu'il eft delà fécondé.
- Le tonneau de cent comportes, pefe feize mille livres dans la première qualité & dix-huit mille livres dans la féconde.
- Indépendamment de la charge de ces bateaux, il part tous les jours, foit de ces mêmes Mines , foit de celles qui font au Levant Sc au Midi de la contrée, ( au nombre de dix-fept ) dans les Paroilfes de Cran lac Sc de Firmi , plus de cinq cents charges de Charbon, qui fe difperfent par bêtes de fomme dans le Rouergue, dans la haute Auvergne & dans le haut Quercy , dont les Habitans ne peuvent fe difpenfer de fe fournir à ces Mines.
- Les Mines de la Paroiffe d'Aubin, au centre delà contrée, fourniifent à la confommation de cette Ville, & aux Habitants du territoire,, qui manque de forêts & de taillis.
- A Aubin, la comporte de Charbon, prife à pied des Mines, vaut deux fols ; la voie de Charbon, du poids de trois mille deux cents livres, coûte de 30 à 40 fols; rendue au Port de la riyiere du Lot, elle revient à neuf livres ; tranf portée à Bordeaux , elle revient à fbixante-dîx , quatre-vingt livres.
- Les Mines dont on vient de faire l'hiftoire , ne fournifîent pas foules Bordeaux Sc la Guienne : à portée de la mer, le RourcLelois (1) reçoit du Charbon de terre d’Ecofle Sc d'Irlande ; il s'y vend à une mefure appellée Douillardy dont neuf font le tonneau (2).
- Cette confidération & la richefle des Mines de Rouergue, doivent être pour le Miniftere de nouvelles raifons pour pefcr férieufement le choix des moyens qui peuvent favorifer l'abondance Sc le bon marché de leur Charbon de terre ,
- (1) Autrement nommé la Guienne propre.
- (2) Le tonneau compofé de trente-fix banques qui revient à foixante-douze barils de la même meiure que ceux qui font portés par les tarifs de
- 1664 5c it6j. A l’article de Rouen , qui reçoit aulîi du Charbon de l’Etranger, je m’étendrai fur la mefure du tonneau.
- p.538 - vue 81/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Part. ^
- afin d'exclure celui de l'Etranger, nuifible à la confommation du Charbon national. Perfonne ne difconviendra que tous les expédients qui peuvent concourir à ce but, doivent uniquement regarder, non des étrangers, mais ceux auxquels l'extraélion appartient de droit ; & il paraît qu ici tous les motifs de con-cefïïon Ion nuis 8c iliufoires.
- Les Habitants font en état de fournir chaque année , pour la confom-mation de Bordeaux, mille tonneaux de cent comportes, chacune de cent foixan-te-deux livres dans la première qualité, 8c de cent quatre-vingt dans la fécondé, à raifon de huit & neuf fols la comporte, mife à pied du bateau ; à condition, toutefois, que leur commerce demeurera libre, comme il l'a été de tout temps.
- Dès-lors, la préférence leur eft due, à tous égards, fur des Conceflîonnaires ; qui, en portant le découragement dans une contrée, la réduifent toujours dans l'indigence, & affoiblifïènt ainfl les refïburces que l'Etat eft en droit d'attendre de l'aifance des fujets.
- Périgord.
- a ' s.-
- M. le Marquis de Raftignac m'apporta en 1770 deux caillés d’un Charbon de terre trouvé dans une de lès terres, à trois pieds de profondeur, fous une argille rougeâtre fàblonneufe. Cette couche, dont l’épaiflèur eft de dix-huit pieds, a été reconnue dans la Paroiffe de S. Lazare, dans la partie appellée bas-Périgord ou Périgord noir, parce qu’il eft plus couvert de bois, au bas d’une montagne , près le moulin de la Salle, fur la riyiere de Ventre , un peu au-de£ fous de Terrajjon où elle commence à être navigable.
- C’eft un véritable Charbon de terre, qui pourrait, dans une plus grande profondeur , fe trouver d'une bonne qualité : cette première épaiflèur a été altérée fenfiblement par cette argille ; les parties les plus fermes de cette couverture 1 délavées par les eaux pluviales, fe font infinuées dans la malle de Charbon pla-* cée au-deiîbus, & en s'infînuant dans les interfaces de chaque molécule, y forment des écailles fpathiques, qui renferment comme dans autant de loges dif-tinèles les parties de Charbon ; en fùivant par degré fà combuftion , ( feule maniéré de connoître la ftruélure des différents Charbons de terre ) on apperçoit que chaque petite bande charbonneufe eft féparée l’une de l’autre en longueur par une lame fpatheufè, divifee à diftance égale par une petite cloifon de même nature, de maniéré que la bande charbonneufe eft compofee de molécules pa^ rallélogrammes, allèmblées régulièrement les unes auprès des autres, comme on le voit fouvent dans les parties du toît avoifinant le Charbon , à la grandeur près de ces molécules, qui eft abfblumenjt la même que celle dont il a été parlé page a , & qui eft repréfentée Fig. 2 9 PL F, de la première Partie.
- Il ferait a fouhaiter pour cette province riche en Mmes ^ excellent fer,que ce
- p.539 - vue 82/304
-
-
-
- j4o DU CHARBON DE TERRE
- Charbon fût d’une qualité convenable à ces ouvrages ; mais il ne leur eft nullement propre ; l’ayant eflayé à la forge, il chauffe & rougit promptement le fer ; il le brûleroit & le rongeroit immanquablement ; il faudroit donc chercher à le marier avec quelqu’autre Charbon, peut-être pourroit-il alors être employé : le peu de profondeur à laquelle il eft placé ne pouvant que le rendre d’un prix 'très-médiocre , les Habitants pourroient l’employer à fécher leurs châtaignes, •comme on le pratique dans le Rouergue.
- Enfin la rivière de Vezere qui parcourt un allez grand trajet avant d’aller fe jetter dans la Dordogne à Limeil, faciliteroit Ion débit pour quelques menues fabrications particulières de chaux, de briques ou autres femblables*
- Bas-Limousin;
- s
- Des Mines dont j’ai fait mention dans cette Province, celle de May ma c eft la feule dont on fait une extraélîon abondante, quoiqu’elle foit très-peu à portée des débouchés ; aufli le peu de débit du Charbon rallentit ce travail, d’ailleurs la veine fe précipite trop rapidement pour qu’elle puiffe être fiivie par les particuliers qui fouillent dans leurs fonds; ils en fourniffent à Tulle, & en débitent aux Maréchaux des principaux endroits circonvoifins.
- Les portions de veines qu’on voit à découvert fur des côtes efearpées au Midi de Bourganeufy fe luivent du côté de l’Abbaye du Palais, d’où on en a tiré dans un fond: elles traverfènt la route de Bourganeuf à Gueret; mais on ne con-noît que l’épaiflèur de toute la maflê des fubftances qui l’accompagnent, Sc point du' tout celle du Charbon.
- Celle des environs de la petite ville d’Argentai fur la Dordogne, près le confluent de Leftareau, n’eft point exploitée ; on la croit cependant affez riche.
- On remarque encore des veinules de Charbon attenant la Paroiffe de Varès & de S. Vantalèony furies confins du Périgord, au-deflîis de Terrafîon fur la Vezere; mais ce fofîile y eft épars de maniéré qu’il ne forme point de couche , ce ne font que des petites bandes qui ont l’air d’être les creins de quelque maffe voifine plus confidérable ; un torrent appelle Chambon ou le grand Rieu9 qui eft fort rapide dans les temps de grandes pluyes, entraîne alors avec lui des parties de ce Charbon: le premier qui s’eft apperçu de cette Angularité, en tiroit profit comme le font ceux qui font à portée des rivières Aurifères ; c’étoit un Maréchal, que fà découverte exemptoit d’acheter le Charbon dont il avoit befoin; après les grands orages il alloit faire là provifion dans le lit du ruiflèau refté I fec, & en ramafîbit des paniers.
- M. Turgot, Intendant de Limoges, a bien voulu me faire recueillir des échantillons des lits terreux & pierreux qui appartiennent à une coupure faite par ce torrent dans le coteau du village de Gumondy dont la bafè eft à peu-près au niveau du fond de ce torrent; je vais les faire connoître dans l'ordre des numéros qu’ils m’ont été envoyés.
- p.540 - vue 83/304
-
-
-
- E T D E SES M I NE S. IL Part. Ht
- 1. Couche de quatre pieds d'épaiflèur, & de couleur de fuie de cheminée ; à l'air 8c à la gelée, elle fe gerce & fe fépare en morceaux ou en poufliere ; après avoir rougi au feu,elle devient de la couleur des pierres de la huitième couche, ordinaires dans ces Mines, de ces grès gris ; ce mauvais tuf eft un dépôt glaifeux: ou pierreux ; on l'appelle brafier rouge, pour le diftinguer de la couche qui lui fiiccede appellée Brafier*
- 2. Cette fécondé couche a fept, huit ou neuf pieds d'épaiflèur; il eft plus fèc & moins foncé ; on en bâtit les maifons dans le pays.
- 3. Tuf bleu, de trois pieds d'épaiflèur, mêlé de rocaille dure ; c'eft une glaîfb très-feuilletée, voifine de l'état ardoifé.
- 4. Glaijede couleur verdâtre, de fix pouces d'épaiflèur, 8c très-dure; elle doit cette confiftance à la préfènce d'une grande quantité de mica & de fable.
- y. Glaije bleue, molle dans la femelle, & plus dure dans le haut ; elle a trois pieds & demi d'épaiflèur.
- 6. Glaife grifè pure, délavée \ cette couche au-deflus du Charbon, eft de deux pouces d'épaiflèur, fouvent d'un pouce feulement.
- 7. Roc très-dur, dont on ne connoît pas l'épaiflèur ; on y rencontre quel* ques veinules perpendiculaires, noirâtres; c eft un grès délavé un peu argilleux* femé de mica blanc.
- 8. Couche grifè, très-dure & pierreulè, entremêlée de bandes charbonneulès,1 régulièrement dilpofées, mais n'ayant que quelques lignes d'épaiflèur ; jufqu’à préfent on n'en a point trouvé au-deflus de fix pouces.
- C'effi une vraie bouxture qui repréfente dans là configuration un véritable morceau de bois ; cette vraie pierre, après avoir rougi au feu, acquiert une cou* leur rouge mêlée, approchante de la lie de vin ou du brafier qui forme la première couche.
- Bretagne.
- Comté Nantols.
- Les Mines de Charbon de cette partie deviennent intéreflantes par la cherté du bois qui commence à y être fenfible ; la corde compofée de Hanoche de trente-quatre pouces de longueur, & de huit pieds de large, fur quatre pieds & demie de haut, vaut dix-lèpt à dix-neuf livres.
- La principale Mine eft celle de Chapelle Montrelais, appellée auffi Mine d Ingrande, parce que cet endroit eft tout voifin de cette petite Ville fur la Loire : elle eft exploitée par une Compagnie.
- M. le Chevalier de Borda m'a procuré le deflèin des outils qu'on emploie aux travaux; je les ai repréfentés P/. XL.
- X<5
- Charbon^ de Terre. II. Part.
- p.541 - vue 84/304
-
-
-
- DU CtiARBON DE TERRE
- Outils employés aux travaux delà Mine de Chapelle-Montrelaisi
- *
- La Sonde, qui,|pour peu quon veuille fonder un peu profondément, doit porter toutes les verges affomblées, comme on le voit, n°% I, 2,3*
- Quelquefois on fe fert auffi de fondes à charnières & à mailles.
- 4. Grand Fleuret de fonde ; fi groffèur & là longueur font réglées fur la p£03 fondeur des trous de fonde, & for la nature du terrein.
- 5. Fleur et ordinaire de Mines, de douze ou quinze lignes de diamètre; fi longueur eft depuis un pied jufqu à trois ; on en a toujours une provifion de trois ou quatre cents qui fe renouvelle tous les ans*
- 6. Fleuret quarrè comme le n°. 4; on emploie encore des fleurets dont 1$ tranchant eft croifé.
- 7. Fleuret en langue de ferpent, formé en vrille, fervant à fonder la terre;
- 8. Tire-bout, pour retirer les fleurets cafïes dans les trous de fonde ; leujj figure eft différente félon les cas.
- 9. Curette pour nétoyer lé trou de Mine à mefore qu'il fe fait.
- 10. Efpinglette, pour former le trou de la lumière, afin de faire feu;
- 11. Bouroir à poudre, pour bourer la poudre dans les Mines.
- 12. Pointerolle, fert quelquefois à amorcer les trous de Mine, quelque* fois à applanir la pierre.
- 13. Bouroir a terre, pour boucher les fourees d'eau avec de la terre graiîe;
- 14. Pince, Levier ou Barre : quand la Mine a attaqué le caillou, on fo fort de la barre ou pince.
- 15. Pic ou Bêche à Pierre.
- 16. Pioche du pays, fort rarement dans les fonds.
- 17. Pajfe-par-tout, appellé Bêche: un paffe-par-tout eft de même d’un ufigé peu fréquent dans les fonds.
- 18. Bêche Parifenne, & Pioche Parifienne, forvant au jour.
- 19. Efcoupe, bêche de fer de fonte , fomblable à la Trivelle des Liégeois pour le Charbon & pour les pierres; on en confomme par an une cinquantaine;
- 20. Marteau à pointe, ou Marteau dEplucheur : les Eplucheurs de Charbon s’en fervent à plat pour féparer le Charbon des caillettes.
- 21. Des Majfes pour abattre les Mines ; leur poids différé félon la force des Ouvriers; mais leur forme eft la même : on n’a ici repréfonté que la petite Mafe.
- 22.Marteau à caillou,pour abattre le caillou éventé ; il eft auffi utile que le pic;
- 23. Marteau a veine, efpece de Pic droit, à deux pointes très-affilées ; iln’eft qu'un 'diminutif du marteau à caillou ; on s’en fort pour le Charbon Sc pour lai
- terre.
- 24. Havret comme celui de Valenciennes, fervant de même pour entailler
- p.542 - vue 85/304
-
-
-
- ET DE SES Mï N Ë S. IL Part* ^ la veine d'environ un pied & demi, fur-tout quand elle a des couches tendres } félon la réfiftance, on lui donne la forme de Pic ou Bêche à pierre.
- 2 y. Coin, Aiguille a caillou, pour forcer lé rocher entamé par le marteau 2o j
- 26. Aiguille a Charbon, dont deux pans font pliis plats que les autres.
- 2J. Hache : chaque Boifeur Sc Mineur a fà hache.
- 28. Rateau, outil pour trier les gros Charbons; on s’en fert auffi quelquefois pour attirer ou repoulfer des floux, &cà
- Idée générale des travaux de Mine, & du commerce du Charbon de Montrelaisi
- Un Académicien infiniment eftimable à tous égards, St à qui on doit le plus pour le foin Patriotique avec lequel il s’occupe de ramafïer lés matériaux néceA (aires à la Defcription des Arts Sc Métiers, M.Duhamel m’a rémis un defTèin qui repréfente la coupe des travaux de cette Mine; ce deflein fait en 17^7 par M*f de Voglie, Ingénieur des Ponts Sc Chauffées, forme la Planche XLI, au moyen de laquelle on jugera de l’ordre dans lequel les travaux dé cette Mine font conduits , de la réunion des eaux dans le réfervoir principal placé au centre des ouvrages , de la maniéré dont le courant d’air efl ménagé, &c.
- Le principal puits d’extraéHon , accompagné d’une machine [à feu, efl uxi quarré long qui a dix pieds de longueur fur fept de largeur.
- Depuis lafuperficie jufqu’en Af il avoit vingt pieds ; jufqu’en B, deux cents quarante-fix pieds, jufqu en Cy trois cents douze, Sc quatre cents vingt-fix juA qu’en Dé
- Le projet étoit d’enfoncer ce bure jufqu à quatre cents quâtrè-vingt pieds, Sc alors de former un puifard dans lequel aboutiroient les eaux de toutes les galeries Sc rampes inférieures au réfervoir de la machiné à feu , que l’on voit éta^ blie dans un puits parallèle au grand bure, à trois cents quarante pieds de profondeur, lequel reçoit toutes les eaux des travaux fupérieurs, dont l’extraction fe fait deux fois par fémaine.
- A l’endroit marqué *, fur le bord de la Planche , il y a comme dans la partie oppofée, un troifieme puits d’extraélion Sc une machine à Moulette, que la place n’a point permis de faire voir ici ; les parties en blanc figurent les galeries exiftantes alors, Sc les parties pointées marquent les galeries projétées.
- La mefure de vente aux Mines de Montrelais, fe nomme Portoir : il y en a #u de rondes, d’ovales, de quarrées; elle forme dans fes dimenfions un vaiffeau plus grand qu’un boilfeau.
- Cënt foixante Sc onze Sc demi de ces portoirs, doivent revenir à vingt-une' bariques Nantoifes, qui font la fourniture avec un comble de dix-neuf pouces^1 ou yingt-deux bariques ; ces bariques font appellés Pipes ; en Bretagne on donne ce nom à une mefure des chofes feches, particuliérement pour les grains^ les légumes Sc autres denrées ; entendue de cette forte , la pipe contient idix charges, chaque charge compofée de quatre boiffèaux, ce qui fait quarante
- p.543 - vue 86/304
-
-
-
- 544 DU CHARBON DE TERRE
- boilfoaux par pipe (i) ; lorfqu’elie eft pleine de bled , elle doit pefer fix cents livres.
- Dans les magafins d’ingrande, cette fourniture fe vendoit en 1757 ? 280 liv•
- c’eft-à-dire, environ 11 £ 1 d. le boifleau de Nantes ; & en 1764,270 livres.-A Nantes, la barique s’y vendoit en détail quinze livres dix fols, ce qui fait trois cents vingt-cinq livres dix fols la fourniture.
- Mine de Charbon de Nort ; qualité & commerce de ce Charbon.
- Je n’ai pu avoir que les renfèignements fuivants for la Mine de Charbon du village de Languin, Paroiffe de Nort9 qui fournit aulîî à Nantes au moyen de la petite riviere d’Erdre ; cette Mine eft travaillée en vertu d’une conceffion qui s’étend à trois lieues à la ronde, où eft compris Moddeilles, ou plutôt Mon-foil (2).
- On y diftingue deux qualités de Charbon, celui en morceaux, qui eft propre pour les Verreries & pour tous les Ouvriers en fer; il eft luifànt, chauffe bien ÿ Sc répand une odeur qualifiée fulphureufe : on le juge d’une qualité fort approchante de celle du Charbon d’Angleterre.
- te Charbon menu n’eft abfolument qu’un pouffier qui répand une fumée noire & exhale une odeur bitumineufe ; on n’en tire que pour le fourneau de la machine à feu, pour les Cloutiers qui le préfèrent à l’autre Charbon, & pour les Ouvriers ; ces derniers l’emploient à leur chauffage, mais d’une façon affez bizarre, dont l’idée eftprifo de ce qui fo pratique en Poitou : les habitants des villages de cette Province Sc de quelques autres fe chauffent dans l’hiver avec les excréments des animaux, dont iis ont fait leur provifion en été, Sc qu’ils ont féchés ; le Direéteur de la machine, Liégeois de Nation, a imaginé de préférer ce fumier à la terre graffe ; il fabrique fon menu Charbon en briquettes ou pelottes avec de la bouze de bête à cornes; les Ouvriers, à fon exemple, em-‘ ploient ce mélange pour leur chauffage.
- Trois charges de chaque cheval ou fix focs, font à Nort la pipe ; chaqud charge eft compofée de quatre boiffeaux, ce qui fait quatre boifïèaux par pipe j pefant à Nort de mille à onze cents livres ; la fourniture de ce Charbon d’un prix beaucoup plus haut que la fourniture des autres Charbons du Comté Nan-s tois, donneroit à croire qu’il eft d’une nature excellente; elle fe vendoit autre-5 fois cent cinquante livres, Sc les autres cent-dix livres ; aujourd’hui il fo vend a
- (1) Par une Ordonnance de Police de la ville de Nantes, du 1 Mars 175*9, homologuée au Parlement de Bretagne , il paroît que cette , mefure particulière, pour la vente des Charbons de terre de France & d’Angleterre, a exifté de tout temps à Nantes. La maniéré d’étalonner les bariques donnant lieu à des abus, les Magiftrats de Police ont cherché à y remédier, en éta-bliffant une règle certaine dans la mefure des
- Charbons ; ils ont preferit les dîmenfions dé la barique ( mefure matrice pour la vente des Charbons ), Sc qui ne différé prefqu’en rien de l’ancienne barique étalonnée fur le Boifeau ma-i triez.
- (2) Eloigné de Nort d’une lieue vers l’Ouefî» Sc d’environ autant du Village de Bout-de-Bois, vers l’Eft,
- Nantes’
- p.544 - vue 87/304
-
-
-
- E T DE SES MINES. II. Part. 545
- Nantes cinquante-deux livres dix fols la pipe, outre les droits des Fermes pour le Charbon.
- Il y a encore un Bureau où Ton fait payer le droit de la Traite foraine (1) , à l'embouchure de la Sarte dans la Loire ou dans la Mayenne, où elle perd fon nom, un peu au-deflùs d’Angers. Ce droit, en terme de finance, fe nomme le trépas de Loire, dérivé par corruption du mot outrepaffer, parce que ce droit fe paye fur les marchandifes qui paffent outre la Loire, qui étoit autrefois Province étrangère (2).
- Il y a encore celui de Boete, qui eft un droit local, fur lequel il ne m’a pas été poffible d’avoir de connoilîànce.
- Haut et Bas-Anjou.
- Saumurois.
- Concourfon , S. Georges de Chatelaifon, Doué, 8c Montreuil-Bellay , où fe trouvent des Mines de Charbon de terre, font dans le Bas Anjou ; mais comme elles font peu avantageufement fituées, en comparaifbn de celles qui fe trouvent directement fur les bords de la Loire à l'endroit où la petite rivière de Layon, venant des Mines du Saumurois, va précifément fe jetter ; j’en ferai ici une petite clafîe à part, & je parlerai enfuite des autres qui avoifînent davantage la Loire, voy. Pl. XIII, de la premier© Partie , n°. IV.
- Les fouilles dans ces Mines n’étant pas fort profondes, on fè garantit & on fe débarraffe du mauvais air par des moyens affez Amples ; voici du moins ceux qui étoient ufités il y a une trentaine d’années.
- Les Ouvriers pour ne pas être furpris par la mouffette, fe fervent de deux ou trois groiTes chandelles ; ils en portent une en avant à mefure qu’ils avancent en travaillant ; & lorfqu ils voient que la lumière s’éteint, ils fe retirent dans la galerie pour refpirer.
- Leurs méthodes pour l’airage des galeries confiftok à pofer à l’une des ouvertures une efpece de claie garnie de natte, contre laquelle le vent frappe • cette
- (1) On appelle droits deTraite-foraine ceux qui fe lèvent fur les marchandifes fortant du Royaume , pour être portées à l’étranger ; ils font néanmoins levés fur ce qui va de certaines provinces du Royaume dans d’autres.
- ( 2 ) « Ce droit, dont on trouve l’Hiftoire » curieufe dans le Dictionnaire Encyclopédique, a* remonte à l’année 1639, & devoit être éteint » après le rembourfement d’une fomme de feize 33 mille francs d’or , dont le Connétable du » Guefclin fit une obligation au Capitaine An-« glois Chriftomonc, pour la rançon de l’Ab-^ baye de S. Maur-fur-Loire, où cet étranger 33 s’étoit fortifié : mais en 165*4, ce péage douze deniers par livre de la valeur de toutes M les marchandifes montant, defeendant & tra-verfant la Loire depuis Candé, appelle Candé « en Lamie, dans le Craonois, Province d’Anjou,
- Charbon de Terre. IL Part.
- » àlafource de la petite riviere d’Erdre ; juf-« qu’à Chantoceaux, fur une montagne proche 33 de la Loire, à 4 lieues au-deffus de Nantes* 33 fut uniquement réduit à deux deniers obole: 33 en 166y il fut continué par un Arrêt du 33 Confeil , avec une nouvelle impofition fur 33 l’Anjou ; le tout fut unis aux Fermes géné-33 raies , & depuis aliéné comme il l’eft encore 33 aujourd’hui : l’extenfion arbitraire que les a» Engagiftés ont donné à ce droit, les procès St 33 les formalités qui en réfultent, ont prodigieu-o» fement afFoibli le commerce de ces Cantons. 33 Les Receveurs du Trépas de Loire , par exem-33 pie, fe font avancés jufque dans la Bretagne, 33 où le droit n’efl point dû ; enfin leurs tarifs 33 font falfifîés contraires aux premiers prin-! » cipes du commerce ( D. j. 33,
- Y 6
- p.545 - vue 88/304
-
-
-
- 546 DU CHARBON DE TERRE
- claie chaffe le mauvais air du bas & le faic fortirpar l’autre ouverture ; félon que le vent changeoit, ils changeoient la claie.
- On diftingue dans ces Mines deux qualités de Charbon , celui qui eft tiré plus fuperficiellement, & celui qui eft tiré d’une plus grande profondeur ; ce dernier dont la veine a ordinairement iîx à fept pieds de haut, fur quatre pieds de large, eft comparé pour la bonté, à celui d’Auvergne & d’Angleterre.
- Dans le cours des deux veines, il fe rencontre des clous pierreux que l’on en fépare aifément : il y a une quarantaine d’années que l’on droit de ces Mines foixante boifleaux de Charbon par jour du prix de fix, fept, huit fols fur la Mi- \ ne, pelant trente-deux livres fortant de la Mine, & vingt-fept lorfqu’il étoit fec.
- Toute perfonne peut commencer une nouvelle fouille ou entreprendre de fouiller ou de continuer les Mines abandonnées ; autrefois cette entreprifè fe faifoit ordinairement par cinq perfonnes ; le propriétaire du terrain qui pour fon fonda un cinquième, un autre pour les avances ayant aulïlun cinquième, un autre ou plufieurs qui font travailler ont un cinquième ; ces derniers prennent des Ouvriers auxquels ils donnent huit fols par jour, & du vin l’hiver comme
- IJ /. r
- ete.
- Il n’y a aucun droit fur ces Charbons perçu au profit des Particuliers, Seigneurs & Propriétaires ; tout eft compris dans le cinquième du Propriétaire , qui le retire net fans contribuer à aucuns frais.
- En connoilîant la pofition défavorable des Mines de Charbon du Saumurois, on jugeroit qu’étant peu dignes de l’attention de fpéculateurs étrangers, les Propriétaires peuvent encore plus que ceux d’autres endroits , compter fur la jouiftance paifible d’un bénéfice légitime, qui ne préfente pour "aucun temps l’efpoir d’accroiffement ; d’ailleurs, la décifion fàge, claire & pofitive de 169y , par laquelle les propriétaires des Charbonnières d’Anjou avoient été maintenus dans leurs droits contre les prétentions injuftes d’un repréfentant de la Ducheile d’Uzès, ( confirmée dans le don qui avoit été fait au Duc de Montaufier fon pere, des Mines de Charbon quil découvrirait dans le Royaume ) en avoit fi bien impofé à tous les demandeurs de conceflîon, que depuis cette époque, aucun n’ayoit ofé porter fes vues fur ces Mines ; les Propriétaires de celles du Saumurois fe reflentoient de la tranquillité donnée par cet Arrêt aux Propriétaires des Mines de la Province d’Anjou ; elle fembloit en effet leur être également aflurée aux uns & aux autres : toutes ces Mines étoient folemnellement à l’abri d’une ufbrpation; elles ont cependant été il y a trente-deux ans, en butte à des entreprifes que le Miniftere n’eft nullement dans l’intention de légitimer par les conceflions. La maniéré dont cette invafion fut tentée eft très-remarquable, & elle mérite d’être rapportée' ici ; elle fera voir la façon bizarre dont quelques per-fonnes fàvent faire tourner à leur profit laconnoiflànce dans l’hiftoire des chofès.
- Au mois de Mars 1740, M. de Lelfeville, alors Intendant de Tours, reçut des plaintes des Habitants des environs de Doué & de 5*. Georges-Chatelaifoni
- p.546 - vue 89/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Paaï; h7
- qu’un particulier, fe difantporteur d’un ordre de M. le Duc de Bourbon & revêtu du pouvoir à lui donné, faifoit fouiller des Mines de Charbon de terre , & s’emparait de leurs terrains ; cet Intendant donna fur le champ ordre à fon Subdélégué de Saumur, de défendre de là part à ce particulier de continuer fon en-treprife; cette défenfe fit paroître une Compagnie qui produifit une conceffion de M. le Duc de Bourbon , Grand-Maître, Sur-Intendant des Mines & Minières de France, en date du 7 Novembre 1737, par laquelle le fieur Bacot de la Bretonniere, un des Aflociés, pouvoir faire exploiter, tant les Mines de Charbon de S. Georges à fix lieues à la ronde, que toutes celles d’or, d’argent, métaux & autres fubftances terreftres.
- Dans l’hiftoire de l’adminiftration des Mines en France, qui forme la cinquième Seétion renvoyée à la fuite de la traduélion de l’Ouvrage Allemand dont j’ai parlé , on verra en quoi confiftoit l’attribution de cette charge fupprimée en 1740, & dont rien ne feroit plus utile que le rétabliffement avec toutes fes dépendances.
- Ces lettres de conceffion du Grand-Maître, n étoientpas, félon toute apparent ce, bien en réglé ; (ce qui étoit déjà un vice puniflàble;) car ce ne fut que le 28 Juin 1740, que leConfeil, après bien des informations,rendit un Arrêt par lequel les fieurs Bacot Sc Affiociés furent régulièrement, quant à la forme, autorifés à faire exploiter les Mines de Charbon dans l’étendue des Paroifles de S. Georges-Chatelaifon & Concourfbn, près la ville de Doué, à la charge par eux d’indem-nifer de gré à gré les Proprietaires des terres où font fituées lefdites Mines, du dommage qu’ils pourraient fouffrir, ou en cas de conteftation, par jugement du Commiflaire départi.
- Cette Compagnie efl: la plus anciennement établie en Anjou ; M. de Voglîe, qui en parle dans un Mémoire dont je ferai mention tout à l’heure, & que m’a remis M. Duhamel, nous mettra à même de faire connoître où en étoient fes travaux en 1757*
- Précis fur les Mines d'Anjou , fur la maniéré dont elles fi travaillaient J & fur les ufages qui sobferv oient pour leurs entreprifis.
- Depuis un temps immémorial, on n’a encore rencontré dans cette Province que des veines éparfes à la fuperficie, fous des rocs placés à dix-huit pieds de profondeur, auxquels fuccede une terre qu’on y appelle//^//*? , elpece de mauvais Charbon avant-coureur du véritable, annoncé quelquefois à la fuperficie du terrain par fa couleur noire.
- Les veines y font très-fujettes aux Creins, & elles font par conféquent irrégulières; il y en a cinq de reconnues, courant trois ou quatre cents pieds en pen-; dage oblique, à peu-près parallèlement, & le plus communément dans une in-clinaifon de vingt a vingt-cinq degrés ; leur épaiifeur eft depuis un pied jufqu’à
- p.547 - vue 90/304
-
-
-
- 548 DU CHARBON DE TERRE
- quatre ; M, de Voglie leur donne depuis un jufqu’à dix ou douze pieds ; elles paroiiïènt être une dépendance de celles du Saumurois , avec iefquelles elles fe rapportent en tout, voy. pag. 162., & félon toute apparence, de celles de Mon-trelais : leur direétion générale eft du Levant au Couchant,
- D’après les obfèrvations de cet Ingénieur 9 1 enveloppe fùperieure ou le toit fe trouve du côté du Nord, l’enveloppe inférieure qu’ils appellent mur 9 fol du côté du Nord; l’une Sc l’autre enveloppe nommée dans ces quartiers chemifey a depuis trois jufqu’à quatre & douze pieds d’épaifièur, vraifemblablement en proportion de celle de la veine, ( voy. première Partie , page 53 ) ; l’inférieure eft toujours la plus épaiflè.
- Les gens du pays s’imaginant, à caufe de l’irrégularité des veines de ces cantons, qu’il n’y avoit point de profit à aller chercher le Charbon au-defîous de quatre-vingt ou cent pieds de profondeur ; leur maniéré de travailler étoit bien fimple; après avoir enfoncé un puits rond de douze ou quinze brajjes , ils com-mençoient à former une galerie ; lorfqu’elle étoit avancée à quinze pas de longueur, ils faifoient un autre puits fervant en même temps à l’extraélion du Charbon & à l’airage: afin d’empêcher que le vent ne fît obftacle à la fortie de l’air de la Mine, on fe contentoit de mettre fur le bord du puits une efpece de haie du côté du vent. •
- En pouflànt cette galerie on s’ouvroit en face, ou à droite , ou à gauche, quelques routes, dont la largeur n’alloit gueres à plus de trois pieds, & la hauteur à cinq : on les pourfiiivoit tant que les eaux ne s’y oppofoient pas, (1) ayant foin d’étayer le toît de la veine qui n’eft pas folide , & les parois latéraux , de trois pieds en trois pieds, avec des perches & des poteaux garnis de chaume.
- Communément on avançoit depuis quinze jufqu’à quarante braffes en profondeur.
- Des ouvrages auffi abrégés & auffi peu compofés, n employoient ordinaire* ment dans chaque folle que fept Ouvriers , trois au dehors pour tirer en haut le bourlquet, qui eft à peu-près de l’efpece employée aux Carrières de pierres , mais moins grand , un en bas du puits qui charge le panier, un autre dans l’intérieur de la Mine qui pique le Charbon, c eft-à-diré, qui le détache avec le pic, deux qui le portent au bas du puits.
- Ces fept Ouvriers pouvoient tirer foixante boilfeaux (2) de Charbon.
- Il y a environ une cinquantaine d’années que l’ufàge pour l’entreprifè de ces fouilles étoit que le Propriétaire qui permettoit à un Ouvrier d’ouvrir & de fouiller dans fon terrain, jouiflbit du cinquième du prix de la vente du Charbon qui fe tiroit.
- ( 1 ) M. de Voglie, obferve que lorfqu’on approfondit à trois cents pieds, les eaux incommodent beaucoup moins : c’eft l’effet des brouillages de pierres, ils empêchent toujours les eaux d aller au fond des ouvrages : dans les rochers qui font réglés, les coupes font vives, & l’eau fuit : ainïï plus ©n enfonce dans ces rochers ,
- plus on y trouve d’eau.
- (2) Le boiffeau de Saumur pefe trente livres, celui de S. Georges trente-cinq , celui de S. Aubin , mefure d’Angers, pefe quarante livres. M. de Voglie a obfervé que le Charbon d’Anjou pefe depuis foixante jufqu’à foixante-cinq livres le pied cube,félon qu’il eflplus ou moins mouillé.
- Depuis
- p.548 - vue 91/304
-
-
-
- ÊT DÉ SES MINÉS. H. êar*
- Depuis 1751, les Charbonniers qui font le travail fe chargent de tous les frais, 8c à mefure que les Charbons deviennent meilleurs ou plus abondants , ils donnent aux Propriétaires, tantôt le quart, tantôt le tiers franc ou même la moitié du profit, fuivant la qualité des Mines qu’on leur fait exploiter : les Maîtres n’ont d’autre foin que d’en faire la vente, & de veiller à ce que leurs Mines foient bien travaillées.
- Cette maniéré facilite tant aux pauvres qu’aux riches le moyen de tirer de leurs Mines tout l’avantage poffible, fans qu’ils ayent aucune avance à faire.
- En jettant les yeux fur la Planche XIV de la première Partie, on fentira tous les avantages de ces Mines fituées fur les deux rives de la Loire, dans le haut & bas Anjou.
- La facilité que donne cette rivière d’exporter le Charbon provenant de ces Mines, dans un long trajet jufqu’à Nantes, où cette produétion affinée d’un grand débit, peut encore être vendue à l’Etranger qui y en apporte, préfente feule un encouragement certain à cette concurrence fi défirable des Propriétaires ven-dant une même denrée , s’efforçant chacun de la donner meilleure & à plus bas prix.
- Il ne manqueroit à tout cela qu’une méthode différente de conduire les ou-* vrages, reftrainte en Anjou comme dans les autres cantons dont nous avons parlé, à une extraélion qui élude autant qu’il eft poffible les fouilles profondes & difpendieufes.
- Les Auteurs de l’Encyclopédie, à l’occafion des Mines de cette Province, (1) ont donné une idée fommaire de ces travaux, ils fe font arrêtés fort à propos fur le vice de ces exploitations manquées : nous ferons ailleurs mention (2) des moyens qu’ils propofent pour remédier à cet inconvénient dont ils recon-noiffentla difficulté ; quant à préfent nous nousbornerons à donner l’hiftoire des différentes conceffions qui ont eu lieu for les Mines d’Anjou ; ces privilèges, qui foppofent le manque d’émulation des Propriétaires pour les travaux, ou le défaut d’abondance d’extraélion, font aufîi demandés & accordés fous la promefle 8c l’obligation d’une exploitation mieux conduite ; c’efl à ce titre que les Mines d’Anjou font entre les mains d’étrangers, au préjudice des Propriétaires 5 on Verra par la relation foivante, fi cet expédient ( j’appelle ainfi les conceffions ) * areinpii avec plus d e foccès que dans les autres Provinces, ce qu’on en atten-doit : j’emprunte ce récit du Mémoire de M. de Voglie, chargé de la vifite de ces Mines, à l’effet de fournir les inftruétions néceflâires au jugement des constellations entre les Conceffionnaires & les Propriétaires des Mines ; je me permettrai feulement de ^réfenter les faits d’une maniéré differente de M. de Voglie, qui paroît pencher décidément en faveur des conceffions : les réflexions
- ? (1) A la fuite d'un Mémoire fur les Carrières d’ardoife de cette Province. Tome VI des Planches Hiftoîre Naturelle.
- (2) Dans la cinquième Seftion qui fera placée à
- Charbon de Terre. II. Parc.
- la fuite de l’exploitation des Mines métalliques, traduite de l’Allemand, & qui traitera de l’ad-minidration civile, politique & économique des Mines & Minières*
- Z 6
- p.549 - vue 92/304
-
-
-
- 5jo DU CHARBON DE TÊRRË
- *que je placerai de temps en temps, laifleront appercevoir les points fur lefqueîs je ne fuis pas du même avis : pour le refte de fbn Mémoire qui a décidément pour objet de comparer l'avantage de Texploitation des Proprietaires avec celui ’ de rexploitation de Concefllonnaire, je le difcuterai a part en examinant les avantages & les défavantages de ces privilèges.
- Mémoire hijlorique touchant les concevions obtenues fur les Mines de Charbon
- de la province d'Anjou.
- La première atteinte qui ait été portée au droit des Propriétaires d’Anjou fm la fouille de leurs Mines, a cela de particulier, que dans la maniéré dont elle fut terminée, on trouve une déciflon direéte pour tous les cas de femblables privilèges donnés fur des terrains à Mines.
- Ce fut à l’occafion du privilège du Duc de Montaufier, pafte avec les mêmes, claufes & réferves à Madame la Duchefle d’Uzès fa fille ; elle céda fbn droit fur la province d'Anjou à un nommé François Goupil, qui voulut s’emparer des Mines ouvertes.
- Les Propriétaires réunis pour la défenfe de leurs droits, obtinrent le 4 Janvier 36515 , un Arrêt rapporté par Pocquet de la Livoniere, dans fbn Recueil des Arrêts notables fur la Coutume d’Anjou ; il fut fait défenfe à la Dame d’Uzès & fes Commis, de troubler les Propriétaires dans les fouilles & dans la fuite d’icelles; la reftitution des Charbonsfaifis fut ordonnée; M. de Voglie qualifie cet Arrêt de confirmatif à celui de 1692, en faveur de Madame d’Uzès ; il ne fait point remarquer la claufe expreffe de cet Arrêt dans ce qui concerne ladite Dame , qui ne tombe que fur les Mines à découvrir, & non fur celles qui font ouvertes ; effeélivement il eft dit que la Dame d’Uzès pourrait faire ouvrir & fouiller toutes les Mines & Minières de Charbon de terre quelle découvrir oit, du confentement néanmoins des Propriétaires &1 en les dédommageant préalable-ment de gré h gré : la Dame d’Uzès ou fes Cefîionnaires, font purement 8c Amplement autorifés par-là, à faire, par-tout où bon leur fèmblera, la recherche des Mines, 8c celles qu’ils découvriront leur font adjugées : voilà le privilège qui fût confirmé ; 8c ce qui renverfe toute efpece d’interprétation fur cela, c’eft que Goupil fut puni pour avoir abufé du privilège qui ne lui donnoit aucun droit furies Mines en travail; il fut condamné en mille livres de dépens, dommages 8c intérêts envers les Propriétaires.
- Il eft facile de juger du bon effet que produifit cet exemple ; pendant près d’un fiecle la poffeflion de droit & de fait des Propriétaires des terrains de Mine fut fans difeontinuité refpeélée dans cette Province fur-tout : il n’en a pas été de même depuis environ vingt-trois ans ; un réglement émané du Confeil le 14 Janvier 1744, a , malgré les vues d’utilité 8c de fageffè qui l’ont di&é, fervi de prétexte pour priver prefque par-tout les Propriétaires de Mines, d’un
- p.550 - vue 93/304
-
-
-
- ET DE SËS MINES. IL Par?. ^r,
- droit dans lequel ils font folenneilement maintenus par ce même réglement (r)*1 Ceux d’Anjou, attendu la riçhelTe de leur canton, ont été les plus expofés à la cupidité des Conceffionnaires ou des fous-Conceffionnaires.
- M. de Voglie, en fuivant l’hiftoire des privilèges accordés ffir les Mmes d’Anjou, paroît chercher à faire valoir ce prétexte par les exprelîîons mêmes de cet Arrêt j cet Ingénieur obferve quz, foit défaut de capacité, foit défaut de facultés , le mal que Ion avoit efpéré de détruire, par cet Arrêt, continuait, & que Von ne sdppereut dé aucune amélioration dans ïexploitation des Mines d'Anjou jufquen 1751, qu’une Compagnie formée Ibus le nom de Thomas Bault9 ex* pofà au Confeil la mauvaife exploitation des Propriétaires des Paroilîes de S. Aubin de Luigné, de Chalonnes, & de Chaudefonds , & le dommage que fouffroit la Province Sc l’Etat de la liberté quav oient les Propriétaires d'au tarifer qui bon leur fembloit à fouiller dans leur terrain ; fur une femblable repréfenta* tion, on imaginera fans doute que ce Thomas Bault & fa Compagnie, en'réglé pour les fonds à employer dans ces travaux,étoient de plus tous gens capables & intelligents dans le travail des Mines ; car ce ne feroit qu’à ce titre qu’il leur* feroit pardonnable de demander la préférence furJ.es Propriétaires manquant de facultés convenables pour des extradions difpendieufes. M. de Voglie n’en dit rien pour le moment ; on verra par la fuite ce qu’il faut en penfer : tout ce que l’on en fait, c’eft que ceThomas Bault avoit été Frippier à Angers, & qu’il folli-cita avec lùccès la permiffion d’exploiter exclusivement à touts autres les Mines de Charbon de terre dans l’étendue des trois Pareilles : à la vérité, M. de Ma*' chault, alors Garde des Sceaux & Contrôleur Général, n’accorda au demandeur qu’une fimple permiffion d’exploiter : M. de Voglie n’exprime pas ce que c’eft que cette permiffion fimple, fi elle portoit fiir les Mines ouvertes ou fur celles à ouvrir.
- «
- M. de Lucé rendit le ir Mai 1753 > fbn Ordonnance d’exécution des ordres de M. de Machault, & défendit à tout Propriétaire, faute de s’être conformé au réglement de 1744 5 de continuer les folles ouvertes, d’en ouvrir de nouvelles & de troubler la Compagnie de Bault dans fon exploitation.
- Les Propriétaires interjetterent appel decette Ordonnance, qui par uneautre de M. de Magnanville du 26 Juin fuivant, fut convertie en oppofition fur la Requête qu’ils lui préfenterent ; Bault fe rejetta de nouveau fur la mauvaife exploitation des Propriétaires, & demanda à être admis à la preuve de fon allégation , par une vifite & examen des Mines qu’ils avoient en exploitation.
- Le Confeil fit droit fur la demande de cette Compagnie, M. de Machault ordonna le 3 Septembre 1753 à M. l’Intendant de Tours de faire drelfer Procès-verbal de la fituation des travaux des Propriétaires, & de ceux de la Compagnie de Bault.
- (1) Ce Réglement fera rapporté dans fon en- i pagné d’obfervations, tant fur le préambule qu® fier à la fin de cette troifieme Sedion, & accom- | fur les articles dont eft compofé cet Arrêt.
- ;
- p.551 - vue 94/304
-
-
-
- Ija DU CHARBON DE TERRE
- Le fleur deVoglie fut commis à cet effet par Ordonnance de M. de Magnàm ville du 10 Septembre 1753. Le 4 Oélobre fiiivant, cet Ingénieur fe tranfporta fur les lieux ; les Propriétaires duement avertis déclarèrent s oppofer a cette vlfîte, & protefter de nullité de tout ce qui feroit fait au préjudice de leur op-pofition ; l'Ingénieur pritaéle de leur refus, Sc fur la requifition de Bault, fe contenta de vifiter juridiquement les travaux de fà Compagnie, \ Sc fuccefïive-ment ceux des différents Propriétaires de la Paroiffe de Montjan non oppofànts ; mais il ne laifïà pas de rendre compte au Confeil par un Mémoire, féparé de fon Procès-verbal, de la façon de travailler des Propriétaires de S. Aubin de Luigné : (i^le procès-verbal de l'Ingénieur fut adreffé à M. de Machault, par M. l’Intendant le 28 Novembre 175 3,avec fon avis, qui fut de laiffer jouir Bault Sc Compagnie de leurs exploitations,en fe conformant au Réglement du 14 Janvier 1744; defurfeoir à faire droit fur leur demande à fin de privilège exclufif,de laiffer jouir les Propriétaires des puits ouverts, & de leur défendre d'en ouvrir de nouveaux fans une permiffion expreffe , conformément aux articles 1 & 10 de l’Arrêt de 3:744.
- Le Confeil, malgré les repréfentations des Propriétaires Sc celles que fît la Compagnie de S. Georges-Chatelaifbn, par inquiétude pour fes intérêts, rendit le 8 Janvier 1754 un Arrêt en faveur de Bault Sc Compagnie, par lequel il lui permit d'exploiter exclufivement à tous autres les Mines de Charbon ouvertes & non ouvertes, fituées dans les Paroifles de S. Aubin de Luigné, Cha-lonnes Sc Chaudefonds, en fe conformant à l'Arrêt de 1744, avec défenfe de troubler ladite Compagnie ; fans néanmoins qu'en vertu de ladite conceffion , Bault Sc Compagnie puffent troubler ni empêcher de travailler ceux des Propriétaires qui avant ledit Arrêt de 1744, étoient en poffeffion d'exploiter de pareilles Mines, ni faire fouiller dans les trous qu'ils auroient ouverts & à cinquante toifes de diflance, fi ce n'eft qu'ils prétendirent que lefdits Propriétaires exploi-taffent mal Sc en contravention aux Réglements, en n'approfondifîànt pas fùffi-famment leurs fouilles ; ce qu'ils feroient tenus de vérifier par des fondes qui fe-roient faites pour prouver qu'il y auroit des Charbons plus avant en terre, autres que ceux qu'ils tireroient de la fiiperficie.
- Par la même raifbn que le jugement de Goupil, en 1, avoir écarté pour long-temps des Mines d'Anjou quiconque auroit fongé à dépouiller les Propriétaires de leur droit, l’Arrêt en faveur de Bault Sc Compagnie, a ouvert la porte - à une foule de prétendants au talent d'exploiter fupérieurement les Mines de Charbon ; & ce qu'il y a de fingulier, c'eft que le même jour 8 Janvier 17^4, eft la date de deux concevions fur les Mines de ce canton. La Compagnie qui depuis quelques années s'étoit établie avec fimple permiffion à Montrelais en Bretagne, limitrophe d'Anjou, obtint le 8 Janvier même année , fur ce terrain, un Arrêt femblable à celui de la Compagnie de S. Aubin.
- (1) Ce Mémoire particulier fur les Mines de S. Aubin de Luigné, fera donné à la fuite de cett^ relation.
- Le
- p.552 - vue 95/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Part.
- Le même jour, fur un expofé taxé par les Propriétaires d’être contre la vérité, le Seigneur de Montjan ou Montejan, prétendant en fa qualité de Seigneur foncier avoir un droit de propriété fur les Mines de les jufticiables, ce qui eft diamétralement oppofé au Droit commun Sc aux Loix du Royaume, obtint la conceflion exclufive des Mines qui pourroient le trouver dans toute rétendue de fa Baronie ; Sc fans s’être afiujetti à aucune autre formalité de Lettres-Patentes & d’enregiftrement, dont il fentoit l’inconvénient pour fes intérêts, il s’eft cru fuffilàmment autorifé à des procédures rigoureulès, des failles contre les Propriétaires , pour leur faire ceifer le travail de leurs Mines.
- Les fieurs de la Guimoniere Sc Petit de la Pichonniere, compris dans l’étendue du privilège de la Compagnie de S. Aubin, eurent le même avantage fur l’avis de M. l’Intendant, Sc leur foumiffion de le conformer à l’Arrêt de 1744 : l’Arrêt du premier eft du 21 Mai 17J4; le fécond n’en eut point en là faveur ; mais comme mieux exploitant, il fut autorifé par M. de Magnanville, à faire valoir fes propres Mines du contentement de Bault Sc Compagnie.
- L’exploitation de ces Mines faifoit naître chaque jour de nouvelles difficultés; M.de Vogüe auroit pu ajouter, Sc donnoit lieu à des défordresqui portoient l’allarme de tout côté. Le Confèii rendit le 2 Avril 1754, un Arrêt qui attribue pour fix années au fleur Intendant Sc Commifîàire départi en la Généralité de Tours, la connoifîànce de toutes les conteftations concernant les Mines de Charbon de ladite Généralité. Cet Arrêt, continue M. de Voglie , étoit d’autant plus néceflàire, qu’il n’eft pas douteux que les Compagnies de Doué Sc de S. Aubin ont éprouvé depuis leur établiffement une infinité de contradictions qui ont dû nuire aux progrès de leurs travaux, & qu’elles en éprouvent encore beaucoup.
- Les Propriétaires ne travaillant pas conformément à l’Arrêt de 1744, n’ont pu continuer leurs exploitations ; ils reclament cependant làns celle les droits qu’ils prétendent avoir ; & les demandes réitérées qu’ils font au Confeil depuis le commencement de la prélente année 1757, pour obtenir d’exploiter eux-mêmes leurs Mines, en offrant de fe foumettre au Réglement de 1744 , femblent renouveller une queftion qui paroiffoit décidée.
- Etat des travaux fuivis dans, les Mines de S* Georges de Chatelaijm , drejfé
- par M. de Voglie, Ingénieur du Roi en chef pour les Ponts & Chauffées ,
- à Tours.
- Les Concefîionnaires jouiflânt de leur privilège depuis. 1740, ont d abord fait leur principal établiflement dans la Paroifîe de S. Georges de Chatelailon.
- Le principal puits, dit le grand puifart^ eft fitué à moitié d’une côte allez xoide, qui régné le long de la petite rivière du Layon, dont cette Compagnie fe flattoic de tirer avantage en la rendant navigable fur environ quatre lieues Charbon de Terre. IL Part. A 7 .
- p.553 - vue 96/304
-
-
-
- 5H DU CHARBON DE TERRE
- de longueur, jufqu’à l’endroit oà elle fe jette dans la Loire ; ce projet dont la Compagnie a fait conftater la poffibiiité, n a point eu fon exécution.
- Le grand puifàrd dont on vient de parler, eft à peu de diftance du batiment de la Mine ; il eft fitué dans le Clos Hardouin ; il eft perpendiculaire , a douze pieds de diamètre, Sc eft revêtu en maçonnerie jufqu à environ foixante~cinq pieds de profondeur où Ton rencontre un roc très-dur , qu’on a percé for environ trente pieds de profondeur , à l’extrémité defquels on a formé un réfèr-yoîr pour les eaux 9 & une galerie de quinze pieds de long, dirigée du Nord au Midi, jufqu’à la rencontre d’une veine qui n’eft diftante que d’environ dix toifes de la petite rivière du Layon: dans cet endroit la veine a cinq pieds d’épaifleur entre toit Sç mur , & une inclinaifon d’environ un pied pour trois.
- Cette veine ayant fa direction du Levant au Couchant comme toutes fes fomblables, on a pouffé une galerie dans l’épaiffeur de fa chemife du côté du Levant, fur dix-neuf toifes de longueur , à l'extrémité defquelles on a formé un puits qui a deux cents pieds de profondeur, & fe trouve plus profond que le grand puifard.
- Ces deux premiers puits font actuellement pleins d’eau , <3t il faudroit les deffécher fi l’on jugeoit à propos de reprendre la veine du côté du Couchant ; il y a fur le grand puifard une machine à moulette dont on ne fait aucun ufàge.
- Depuis le puits Hardouin jufqu’à trois cents toifes plus loin du côté du Levant, on a repris l’exploitation de la veine, Sc fur cette feule longueur on a formé à des diftances à peu-près égales dans l’épaiffeur même de la chemife, quatre différents puits ayant tous environ deux cents pieds de profondeur fur cinq & fix pieds de largeur, revêtus en bois de chêne en plus grande partie; le premier fe nomme de la BuJJ'e, les autres de la Bretonniere, du Ponnir ÔC Bigot: ces quatre puits font comblés à l’exception du dernier , & le Charbon a été extrait de haut en bas fins beaucoup d'intelligence & de précaution fur toute la Ion* gueur des trois cents toifes. Tous les travaux, puits & galeries dont on vient de parler, font abandonnés par la Compagnie.
- • En foivant toujours la même veine Sc lans en avoir Fait l’extraélion à environ cinq cents toifes de diftance, on a repris un nouveau travail en formant un puits dit Y Hirondelle, fur deux cents vingt pieds de profondeur , avec réforvoir dans le fond qui fert à tirer les eaux d’un autre puits dit Gourion, percé du côté du Levant à environ deux cents toifes de diftance, lequel communique à celui de f Hirondelle par une galerie dans la veine : c’eft par ce dernier puits qu’on fait aujourd’hui l’extraélion du Charbon ; il a cent foixante pieds de profondeur.
- On n’a point pouffé cette veine plus loin du côté du Levant, à caufe dun crein ;mais on a ouvert une galerie du côté du Nord, pour tomber fiir une nouvelle veine parallèle à la première, ayant'même épaiffeur de quatre àcinq pieds,
- p.554 - vue 97/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. IL Part. yyj
- 3c disante d’environ douze toifes ; on a enfuite remonté ie travail du côté du Couchant, par rapport à un crein femblable à celui de la première veine, près le puits Gourion ; la galerie du côté du Couchant a aéluellement trois cents pieds de longueur, & fè continue journellement.
- A environ vingt toiles de diftance de cette fécondé veine, en remontant vis-à-vis le Nord , eft une troifieme veine fous laquelle la Compagnie a fait percer un puits dit la Bigo telle > ayant deux cents cinquante pieds de profondeur : le travail ne va pas loin du côté du Couchant & fe continue du côté du Levant où la galerie a environ foixante toifes de longueur pour le préfent : la veine a eu conftamment fept Sc huit pieds d’épailfeur, làuf la rencontre d’un crein qu’on a palfé, autour duquel la veine avoit jufqu’à trente-quatre pieds d’épaifteur ; on extrait journellement fur cette troifieme veine.
- Il y a fur les trois puits de THirondelle, de Gourion & de la Bigotelle, des machines qui fervent à l’extraéiion des eaux & des matières.
- Ce font tous les travaux ouverts par la Compagnie de S. Georges ; & par le détail qu’on vient de faire , on s’apperçoit aifément que la Compagnie rebutée du peu de fùccès de les premières entreprifes , a borné fès vues & ralenti depuis près de dix ans fes travaux, de maniéré à faire fufüre l’extraélion à la dé-penfe journalière, fans être obligée de former de nouveaux fonds; on fait même qu’elle a été plufieurs fois far le point de renoncer à fbn entreprifè , & notamment lors de l’obtention du privilège exclufif fùr $. Aubin de Luigné, par Bault & Compagnie ; il eft cependant vrai que les travaux qu’elle a faits, font préférables à ceux des Propriétaires, & que fi elle eût eu l’avantage de les faire diriger par des gens plus entendus, les dépenfes qu’elle a faites, lui procureroient aujourd’hui beaucoup plus d’honneur & de profit.
- Etat des travaux de la Mine de Charbon de S. Aubin de Luigné ,
- par de Voglie«
- Les travaux de la Compagnie de Bault, confiftent dans quatre différents puits fitués fur les Paroiflfes de S. Aubin de Luigné, Chalonnes & Chaude-fond.
- Le puits, dit de Bon fecours, dans la Pareille de S* Aubin de Luigné, a actuellement foixante-dix pieds de profondeur, & la veine porte depuis deux pieds & demi jufqu’à cinq d’épaifleur ; l’ouverture du puits eft de cinq pieds fur quatre ; on y travaille habituellement (i). '
- Le puits dit du Layon , fur la même ParoiiTe, eft à environ cinquante toifes de la petite riviere qui porte ce nom; il a cent-dix pieds de profondeur; la veine eft fort bouillardêe (2) ; on efpere cependant qu’elle fe réglera.
- (p II y a eu fur ce territoire une foiïe dite du (2) On nomme ainfi dans les Mines d’Anjou le PadJ> c!ui a été abandonnée à caufe du feu brifou; renflement qui fe remarque dans le corps d’une 1; en la feule en Anjou qui ait été dans ce cas. veine après un crein*
- p.555 - vue 98/304
-
-
-
- /
- $$$ DU C HA R B O N DE TERRE
- Le puits du Roc, Paroiflè de Chalonnes, au lieu dit le Roc, a cent trente pieds de profondeur, à laquelle on trouve une galerie de pied qui perce la montagne fur trois cents quatre-vingt-dix pieds de longueur, & rend fur le bord de la riviere (i). A l’endroit où commence la galerie dans la montagne, eft un fécond défoncement d’environ cinquante pieds, que la Compagnie a deffein de fuivre.
- Dans fendroit dit le RuectArdenay , Paroilfe de Chaudtfond, eft une galerie prife au pied d’une montagne, laquelle entre dans cette montagne d’environ cent cinquante pieds, au bout defquels eft un puits commencé fur environ fix pieds de profondeur ; la galerie a traverfé une veine entre toit & muràe neuf à dix pieds d’épailîeur (2). : , . . \
- A environ trois cents toifes de l’entrée de la galerie, eft ouvert un autre puits dit le Voufjeau, fur lequel eft établie la feule machine à moulûtes qu’ayent les Entrepreneurs, qui fert à l’enlèvement des eaux & des Charbons : il a cent pieds de profondeur, 8c a traverfé deux veines obliques (3) ; la première fe trouve à environ foixante-dix pieds de profondeur, & a un piedd’épaiftèùr; la féconde eft à huit pieds au-deftbus de la première & eft de deux à trois pieds d'é-paifîèur ; ce puits qui fe trouve au milieu des anciens ouvrages des Propriétaires , eft fort abondant en eaux : la Compagnie fe propofè en défonçant ce puits , de le communiquer avec la galerie de pied du Rue.
- Les conclufions du Commiflalre font d’un homme exaéï & intégré; en rendant juftice aux Ouvrages des Concelïionnaires, il les déclare expreffément inférieurs à ce que l’on doit attendre d’une Compagnie à qui les facultés ne manquent point : voici fes propres termes qu’il eft bon d’apprécier.
- » Tous ces différents travaux font en ajje£ bon état ; ils font fufceptibles d’être » continués avec fùccès, & préférables à ceux qu exécutoient les Propriétaires ; » mais on ne peut fè diffimuler qu’il s’en faut beaucoup qu’ils foient dans la fi-» tuation où ils devroient être par l’entreprifè d’une Compagnie ; il paroît même » qu’elle s’eft jufqu’à ce jour occupée de l’extraélion pour fùffire en partie aux y> frais qu’elle a été obligée de faire, & que par cette raifon elle n a point rempli » les vues du Confiai dans la concefjion du privilège exclujif dont elle jouit.
- A la vérité, immédiatement après cette déclaration, dont les Conceffionnai-res ont peu fujet de fè prévaloir, M. de Voglie préfente un motif d’excufè en leur faveur, comme il l’a fait pour la Compagnie de S. Georges : « Celle-ci, ajou-a» te-t-il,avoue quelleauroit travaillé avec plus de fuccès & de promptitude, >1 fi elle n’eût eu des inquiétudes très-vives fur la validité de fon privilège , par
- (1) Cet ouvrage eft très-avantageux, tirant îes eaux vingt-une toife quatre pieds à plomb hors de la montagne.
- (2) La pierre de cette chemife, au rapport de M. de Voglie, eft blanche , d’un grain très-fin , Sc fujet à être traverfée par des fils; elle pefe cent quatre-vingt Ôc cent quatre-vingt-dix le
- pied cube.
- (3) Ce pendage eft celui qui fe rencontre Te plus communément en Anjou, & on n’y en con-noît prefque pas d’autre ; on n’y a pas encore re* connu fa platteure ; le pendage en roifîe eft rare en Anjou*
- les
- /
- p.556 - vue 99/304
-
-
-
- ET D E' S ES M I NE S. Il pARf* ^
- » les contradictions continuelles quelle a éprouvées delà part des Propriétaires* » Sc l’accès favorable quils ont eu auprès du Conleil , où ils ont été reçus op-polànts à fon exécution; elle eft même encore aujourd’hui dans la crainte d’en » être évincée. » M. de Voglie croit les Conceffionnaires luffilàmment juftifiés par-là; car il finit en ajoutant: « Il paraît allez naturel quen pareille circonftance » Ion zele le ralentifle , Sc que la Compagnie fafle plus de cas d’un avantage » moindre & préfent , que d’un bénéfice confidérable éloigné & incertain, qui » ne peut même avoir lieu que parla perte d’un bien aétuel, Sc par de nouvelles d dépenfes de plus en plus onéreulès »,
- M. de Voglie, partifàn déclaré des conceiîions, Scmêmedés côncejjiôns multipliées , n’a pas mûrement pefé fes conclufions Sc fes réflexions : celles-ci ne font de la part des Conceffionnaires, qu’un'échappatoire miférable, Sc en même temps un aveu forcé de leur mauvaifè caufe. En effet, par une fuite du Droit naturel Sc des Loix qui permettent la défenfe de fon corps & de fes biens, les Conceffionnaires doivent inévitablement s’attendre aux attaques perpétuelles des Propriétaires ; les premiers dans le cas d’efluyer des reproches de leur parefle % ou de n’avoir pas fait des entreprifes auffi confidérables que celles qu’ils auraient pu faire, fe trouveront donc dès-lors, d’après M. de Voglie , toujours receva-* blés à s’exculèr : ce ferait encore bien davantage fi on comptoit pour une bonne railbn cette incertitude très-fondée, & fur laquelle les Conceffionnaires ne peu-* yent fe taire , d’être maintenus dans une poffeffion abufive*
- Il n’y a point de doute que les plaintes des Propriétaires parvenues au pied du trône, ne finiffent par être écoutées; mais il eft fingulier qu’on cherche à trouver la juftifîcation des Conceffionnaires, dans une défiance qui au fond n’eft qu’un hommage rendu à l’équité du Confeil.
- Je regarde comme tellement impoffible de revêtir d’aucune couleur fpé-cieufe, la détention de ce qui appartient à autrui, que pour la partie hiftorique du commerce d’Anjou, je ne craindrai point de faire ulàge de ce que M. de Vch giie a conftaté par fes recherches relativement à cet objet, dont l’importance lui a fait par-tout illufion en faveur des Conceffionnaires. Cet Ingénieur chargé de fournir les inftruétions Sc les connoiflànces néceflaires au jugement d’une con-teftation qui tient à l’ordre public, a été féduit par une apparence d’accroiffe-ment dans cette branche de commerce ; il s’eft répandu dans Ion Mémoire en principes vagues , en conféquences vicieufes, qui n’ont pu être relevées par les parties intéreffées, cet écrit n’ayant point été public : cette circonftance Sc principalement la deftination de ce Mémoire , qui étoit de fervir de guide au Con-lèil Sc au Bureau du commerce, m’ont déterminé à l’efpece d analyle que j en ferai en paflant lorfque les choies l’exigeront.
- Je viens à la méthode fùivie en Anjou pour exploiter ces Mines. Le peu de profondeur à laquelle fe trouve le Charbon, le local, plus favorable à l’extraction que dans les Mines du pays de Liege & dans celles du Hainauc François , Charbon de Terre, U. Pan. B 7
- p.557 - vue 100/304
-
-
-
- 5ï§ DU CHARBON DÉ TERRE
- entraînent néceflàirement plus de fimplicité dans ces travaux ; nous les ferons connoître ici pour futilité dont cela peut être dans la plupart de nos Mines de France, dont on aura par ce moyen une hiftoire aufîl complette qu’il eft poflible* M. de Voglie en a donné une defcription fommaire dans la troifieme partie de ion Mémoire (i) ; mais elle m’a paru mieux développée , for-tout pour ce qui concerne l’architeélure fouterraine ôc l’épaulement de la Mine (2), dans le Mémoire de M. de Tilly, imprimé en 1758 (3) ; j’ai cru par cette raifon devoir lui donner ici la préférence. Les principaux outils employés dans ces Mines, font les mêmes que dans celles de Montrelais en Bretagne , PL XL, Sc que j’ai indiqués par leurs noms ; ceux entr’autres deftinés à faire jouer la Mine avec la poudre à canon, font dans ces Mines d’un ufàge fréquent, à caufe des creiris qui .•s’y rencontrent fou vent : nous rappellerons ici en peu de mots, d’après M. de Tilly, la manœuvre de cette opération. '
- Pour faire jouer la poudre à canon dans le rocher, on fait avec le fleuret un trou de douze à quinze pouces de profondeur ; on y introduit une cartouche que Ton pique avec /’efpinglette, ainfi nommée à caufo de fà pointe extrêmement aiguë, & on met defliis une platte-forme de terre grafle ; on achevé enfoite de •charger la Mine avec de la pierre que l’on bat avec le Bouroir.. cet inftrument avec lequel on bourre la Mine, eft de la grofleur & de la longueur du fleuret; il a for une face une crénelure qui s’étend jufqu’à la moitié de fa longueur, de maniéré que t efpinglette qui eft reftée dans la cartouche, ménage la lumière au travers de la charge de la Mine.
- On tire l'efpinglette Sc on fait couler à fà place un chalumeau plein de poudre , for lequel on met une meche foufrée, aflez longue pour que l’Ouvrier ait le temps de fe retirer, avant que la poudre faflefon effet.
- Lorfque le trou de la Mine eft porté à fà profondeur avec le fleuret, il peut arriver que la pierre donne de l’eau par fes coupes ; il n’en faudrait pas beaucoup pour empêcher l’effet de la poudre.
- Afin de prévenir cet inconvénient, on fe fort du Bouroir cl terre\ cet inftrument eft plein & rond; ilfe termine quarrément par le haut,& eft traverfé d’une clavette que l’Ouvrier tient dans fa main lorfqu’ilfrappe le bouroir avec la petite maffe : on met de la terre grafle dans le trou de Mine ; on la bat avec le bouroir a terre, & pour qu elle puifle s introduire plus aifement dans les coupes de la pierre, on entoure le bouroir de foin ; cette précaution empêche la terre grafle -délayée par l’eau de fortir trop promptement par les fecoufles quelle reçoit de finftrument.
- On retire cette terre delayée, avec la curette ; on en met de nouvelle que
- (1) Sous le titre : Maniéré dont on doit exploiter les Mines de Charbon de terre.
- (2) Toute la partie des Manoeuvres qui tiennent à l'Art d’étrefillonner, de fafciner, de cuve-lec le bure, eft comprife fous l’exprelfton géné-
- rale habiller le puits.
- (3) Mémoire fur Vutilité , la nature & Vexploit tation du Charbon minéral. Broch. in-12 f féconde Partie, Chap. i, 2.
- (
- p.558 - vue 101/304
-
-
-
- ET DE SES MïttES. lî. Part*
- l’on bat avec la même attention, que Ton retire auffi; & cette manœuvre le continue jufqu’à ce que le trou de la Mine foit féché*
- Dans les cas où l’eau feroit trop forte, il faudroit fe fèrvîr de Cartouches de cuir, coufues fi exaélement que l’eau ne puifle les pénétrer.
- Auffi-tôt que la Mine a joué, que la fumée eft diffipée, ce qui n a pas été attaqué par la poudre s’acheve avec une grojje Majje & les aiguilles à caillou.
- Ces aiguilles, dont on fe fert auffi pour forcer le rocher entamé par le marteau à pointe , différent en tout des aiguilles à veines ; celles-ci font de dix-huit à vingt pouces de long, celles-là ne font que de fix à huit pouces; leurs quatre pans égaux, font terminés en pointe très-aiguë, comme laiguille à veine*
- Exploitation des Mines d’Anjou, par M. de Tillyi
- '.SU'
- 'ifi
- r.
- £
- * f
- Les bois d’étai doivent avoir fix à fept pouces d’équàrrifîàge ; on dilpofe les étrefillons dans une diftance convenable à la nature du terrain que l’on traverfe i on met ces Etrefillons ou croijures (i) à deux pieds & demi, ou même plus près fi le terrain n’a pas de confiftance, & de trois pieds au plus fi le terrain eft fer-* me & folide: on obfervera que ces croifiires foient exaélement à-plomb, afin d’avoir plus de force ; on fafcine ces croifures par derrière, de ramures ou bran* ches d’arbres appuyées de lattes, de làule ou de chêne ; on ferre ces lattes avec des coins de bois, & on garnit les potelles qui reçoivent les bois > avec des pierres, enforte que la croifiire foit affiijettie fûrement; & pour prévenir les efforts que les terres pourroient faire dans le cours de ^exploitation , on place fur les billes, entre chaque eroifure, des morceaux de bois qu’on appelle porteurs ; on appuyé ces porteurs avec de bons clous ; en approfondifiant la foffe, il faut pour la facilité de l’extraélion, la latter ou coulanter de planches de chêne d’environ un pouce d’épaifleur. (2).
- Telle eft la maniéré d’étrefillonner le puits jufqu’au rocher* qui s’attaque aved la poudre à canon, pour aller jufqu’à cinquante , foixante ou quatre-vingt toi-fes de profondeur, fi l’on a deffein d’y établir une machine à feu, Sc jufqu’à cinquante toifes feulement fi la folle n’eft que pour tirer les eaux ordinaires avec une machine à moulettes. Les puits fervant à l’extraélion du Charbon, le terminent à la veine que l’on defcend alors pour fuivre fon pendage ; comme alors ces nouvelles fouilles font inclinées de même que la veine, toute la force des étais doit porter fur le toit, & on doit obferver une moindre diftance entre les croijures. Ces galeries ne font coulantées que fur le mur, parce que c’eft où fo pâlie tout le frottement : lorlqu’elles ont acquis une certaine longueur, le cable
- f1) O*1 nomme Croifure, tin chafîisquarrélong , qui a fes côtés oppofés égaux entr’eux : les côtés qui étayent fur la longueur , s’appellent bois, & ceux qui étayept fur la longueur, s’appellent
- (2) Ces planches dont on fe fert pour latter les puits, fe nomment Coulantes, à caufe de ieujÉ principal ufage qui eft d’aider les féaux & les paniers d’extradion à glilfer, fans s’engager fous les çroifures qui étreûUonnent les puits*
- p.559 - vue 102/304
-
-
-
- 5«o DU CHARBON DE TERRE
- d’extraélionen montant & en defeendant, frotte le toit à l’endroit ou la perpendiculaire eft coupée, ce qui ufe le bois Sc le cable : pour obvier a ces inconvénients, on adapte en Cet endroit un petit touret qui roule fous le cable (i).
- Lorfqu’une folle eft approfondie au point de pouvoir 1 exploiter , on ouvre en galerie à dix ou douze pieds du fond de la folle ; cette referve forme le put-fard où les eaux des làignées s’égouttent ; à cette diftance on fait un pont avec des petits madriers de deux à trois pouces d’épaifteur, & on ouvre coilatérale-mentfur la-veine. En entrant engalerie , l’Ouvrier étançonne près le bois de la folfe, afin de prévenir l’écroulement : ces premiers étançons doivent être plus forts que ceux que Ton met après; par deflus la Bille de lafofie on pâlie des lattes qui vont fe rendre fur le chapeau des étançons ; on en palfe également fur les côtés 9 Sc on garnit l’elpace qui fe trouve entre les lattes & la pierre qui fert de toit Sc de muraille à la veine avec de la ramure, ainfi qu’on le pratique en étréfillonnant les folles; on appelle cette première galerie la voie ou galerie de voie, parce qu’elle fert au déblay Sc au tranlport du Charbon. On place les étançons ou poteaux de deux pieds Sc demi à trois pieds de diftance, fuivant la con-fiftance du toît ou de la muraille de la veine; ils doivent avoir quatre, cinq ou lix pieds de hauteur. Lorfque le toît & la muraille font d une folidité connue , on fait une potelle ou trou dans la muraille, Sc on met un faux bois (f) qui répond à une billette qui fe trouve ferrée (3) fur le toît par ce moyen; on place ces petits poteaux & billettes à la diftance de quatre pieds les uns des autres. Quand la veine fe trouve extrêmement inclinée & la muraille folide, on y fait une potelle, Sc on place dans cette potelle un bois qui va rendre à l’étançon qui fe trouve incliné fer le toît; cet étançon a une entaille par le haut, fous laquelle le bois fe trouve arrêté : on garnit la partie du toît avec de la ramure Sc des lattes: ceci fe pratique lorlque la veine a une certaine largeur; mais fi elle n étoit que d’un pied Sc demi d’épaifteur, il faudroit abattre un pied de muraille (4) , pour faciliter le paflage des traîneaux dans la voye.
- On ouvre les galeries autant qu’il eft poffibie, depuis trente jufqu’à cinquante pieds de diftance les unes des autres, plus ou moins, félon la force de la chemife^ il en réfolte une épaiffeur de pareille dimenfion, appellée Efioc (5) ou Eflau (6), il fer ta foutenir la folle. Quand la galerie eft ouverte, on donne dix pieds d’épaif* feur à cet Eflau , & on monte dans la veine une taille de vingt à vingt-cinq
- Pour monter une taille, il faut mettre un Ouvrier à la diftance de dix pieds ou environ, de l’ouverture de la galerie; cet Ouvrier ouvre en montant entre deux étançons; à mefore qu’il monte, il potelle du toît au mur ; il place fes bois
- (1) Voyez pour l’exploitation du pays de Liege, Planches XXI, XXXVI, fécondé Partie.
- (2) On appelle ainfi le bois qui potelle dans le mur, eft l’areboutant de la billette.
- (3) Petit bois qu’on place le long du toît de la • veine,
- (4) Il faut fe rappeller dans ces Mines mur ; muraille, eft ce qui fe nomme ailleurs le fit.
- (5) Signifiant originairement un tronc d’arbre, «Sc dérivé, félon Ménage, de l’Allemand Stock, qui fîgnifieun tronc, unefouche, un bâton.
- (fi) Parce qu’il fert d’étay aux ouvrages.
- i
- p.560 - vue 103/304
-
-
-
- E T D Ë S Ë $ M ï NE S. IL PÀîtfi f6t
- pour étréfillonnet cette montée, & fo fert des étréfillons pour s’appuyer èn mon* tant. Lorfque la taille eft à une hauteur convenable , on ouvre dans cette taille % fur la même direction de la voie, 8c on place trois ou quatre Ouvriers les uns furies autres , qui abattent le Charbon fur la voie ; on laiflè au-de(Tus de cette voie un petit ejlau d’un pied ou deux d’épaiflèur, fuivant laconfiftancede la veine; le Charbon que les Ouvriers de la taille abattent, paffè dans la voie par des trous
- f
- ménagés d’elpace en efpace ; on étaye ces tailles du toît au mur avec des billettek Sc des faux bois.
- A mefure que l’on moiffonne la taille, on pratique fur la voie un boyau qüê l’on appelle Cafjî, dans lequel l’air fè conduit fur l’Ouvrier de la galerie 3c dans la taille, & on la remplit de toutes les décombres qui réfultent du toît ou de la muraille ou même des mauvais Charbons, dans les endroits où on ne peut les employer à la fabrication de la chaux 8c des briques ; cette précaution s’appelle rejlaper dans la taille, & elle fert à empêcher fardeau, c’éft-à-dire y le mou* vement que la terre fait pour s’ébouler.
- Si l’on n’obfervoit pas de garder foigneufèment la diftance preferité d-deflus entre les galeries que l’exploitation exige, on ruineroit une folle dont les dé- , penfes font confidérables, 3c on feroit ce qu’on appelle une exploitation déréglée ; la folle dans la fuite cambreroit au moindre fardeau, 3c on perdrait le fruit de fon travail par trop d’avidité*
- Les efiaux que forme la diftance à obferver entre les galeries, fè repren* tient lorfque les fonds fè trouvent épuifés,. & qu’il eft queftion d’abandonnet la folfe.
- Pour travailler fes fonds de la veine avec plus de facilité 3c d’avantage, orï fait une chambre dans l’endroit le plus avantageux de la galerie, lorfqu’eile à acquis une certaine profondeur. On étaye cette chambre avec des poteaux de huit à dix pouces d equarriflàge ; on garnit ces poteaux de ramures 3c de lattes*
- Dans le lieu où on veut ouvrir le bure ou puits fouterrain, on a foin de met* tre des Seuils ; ce font des pièces de bois de l’épaiflèur des poteaux, dont les extrémités font potelées dans le toît & dans la muraille : fur ces Seuils on place les quatre étançons qui doivent étayer le ciel du puits fouterrain ; on met d’un’ feuilà l’autre deux traverfes entretaillées, l’une exactement le long du toît, 8c l’autre le long de la muraille ; fi la veine n’excede pas quatre pieds, on prend fur la muraille l’efpace .néceffàire pour placer le traîneau for lequel le Manœuvre qui travaille for le bouriquet rafeoud (i) le panier; 3c on obferve alors de ne pas donner à cette chambre quinze ou vingt pieds en quarré 9 ce qui ne fè pratique que lorfque la veine a une épaiftèur extraordinaire , & que le£ bancs qui la couvrent font traitables. C’eft entre ces traverfes que l’on ouvre! le bure ou défoncement ; on le porte à dix ou douze toifes, foivant que l’exploi*
- i
- (i) Rafcoudre eft l’aftion de l’Ouvrier qui travaille fur le bouriquet lorfqu’il place fur le traîneau lé panier monté au haut de la folle.
- Charbon de Terre. II, Paru C 7
- p.561 - vue 104/304
-
-
-
- tfx DU CHARBON DE TERRE ,
- tation l’exige. On pratique ce bure de la même maniéré que les folles fè manœuvrent; on i’étrefillonne avec des bois de quatre à cinq pouces, fi le bure n’a que quatre pieds fur cinq. Il arrive quelquefois qu’on le fait plus large : il s’en trouve de huit fur neuf pieds ; mais il faut toujours'prendre garde de ne donner cette étendue à un bure que dans le cas ou on eft certain de la folidite des bancs : alors on proportionne la force des croifures à l’étendue du bure.
- On laide au fond de ce bure un puifard comme celui que l’on a laiflfé dans la folle ; on fait un pont> & on ouvre une galerie ; on donne à l’ejlau qu'on laiffe à l’entrée,la même épailîeur que celle indiquée ci-delîus.
- On prend une taille, & on la manœuvre ainfi que la fupérieure ; lorfque cette taille eft moiflonnée dans une étendue poffible, on fait dans la galerie du bure une nouvelle chambre & un nouveau puits fouterrain ; & de bure en bure ou défoncement, on va julqu’à la plateure de la veine.
- La plateure de la veine eft le terme des défirs du Mineur; toutes les manœuvres du travail de la veine s’y font avec plus de facilité. On exploite la plateure en galeries de front; Sc malgré les étais de ces galeries, on laiflè de diftan-ce en diftance des poteaux de Charbon d’une toile d’épaifieur au moins pour prévenir tout inconvénient; on fafcine ces galeries de ramures appuyées de lattes,
- La conduite du minéral des galeries aux bures & à la folle première , le fait par des Quercheux, appellés auffi Vuidangeurs des fonds ; on emploie à cette manœuvre des enfants de quatorze à quinze ans : le traîneau fur lequel on charge le panier dans les galeries, s’appelle Efclipe ; ce panier eft une caillé ovale & de bois de chêne; il eft cerclé de fer & armé de quatre petites chaînes, au bout defquelles il y a un anneau ; les enfants qui le tirent, ont fur les épaules une bretelle de cuir , munie d’une chaîne & d’un crochet qu’ils attachent à L’Ef clipe ; lorfque ces Guercheux font arrivés à la fofle ou au bure, ils accrochent ce panier au cable qui file fur le bouriquet, & le font monter, en avertiflânt les hommes qui manœuvrent fur le bure ; fi la galerie eft longue , on difpofe ces Guercheux par Kerme, ce mot dérive de terme, c’eft un efpace de foixante pieds, & l’endroit où ils s’arrêtent s’appelle changeage.
- Il paroît que le mauvais air ou le défaut d’air ne font pas bien fréquents ni bien incommodes dans les Mines d’Anjou.
- Pour obvier au défaut d’air, on defcend de la communication de deux folles Un trou de deux à trois pieds entre les bois ; fi c’eft dans le Charbon ou dans une matière peufolide, on mene ce trou fur le boyau qui régné le long de la voie ; à mefure que cette galerie eft pouflee en avant, on a foin de mener auffi le cajf, & on ferme exaélement l’ouverture laifîee derrière l’Ouvrier, (i) parce que les trous qui fe multiplieroient en avançant, interromproient l’air, & ne le mé-. neroient pas jufqu’au bout de la voie.
- (i) Cette ouverture faite fur l’Ouvrier de la J néceflaire,en obfervant de boucher toujours le voie, & que Ton répété autant de fois qu’il eft j precedent, s’appelle iLvantoir.
- p.562 - vue 105/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. H. Part. ^
- Dans la communication des deux fofles, il faut qu’un des côtés qui perçent dans les foiTes, foie fermé exactement; pour lors l’airfuitle boyau, Sc l'Ouvrier peut refpirer : d’exploitation exige qu’on ouvre une galerie vis-à-vis de celle que l’on exploite de l’autre côté de la foflfe, il faut faire paffer le boyau d'air par-defîùs le toît ou deflous la muraille, félon que la pierre le permet, Sc ^ on conduit ce boyau de la même maniéré qui a été indiquée ci-devant ; en forte qu’on peut miner une galerie de cent toifès & plus , fans faire des puits d’airage.
- Si on fait un défoncement dans une des galeries exploitées, on interrompt le boyau d’air un peu au-delà du défoncement ; on comble toute la galerie quï eft par-delà cette interruption, de façon que l’air fè trouve dirigé fur un trou à côté du défoncement, Sc qu’on defeend à mefùre qu’on avance le puits.
- Lorfqu’il eft à la profondeur défirée, après qu’on a ouvert une galerie Sc monté une taille, on conduit un boyau fur la galerie , femblable à celui qui eft fupérieur , en obfervant les mêmes régies, & on manœuvre également toutes les fois qu’on ouvre un défoncement.
- S’il arrivoit que malgré toutes ces précautions l’air fût trop condenfé, il faudroic pour le dilater, avoir recours au feu Sc defeendre dans le puits une grille chargée de Charbon allumé, comme on l’a décrit page 26 p
- Si en approfondiflant une fofte , l’air venoit à manquer avant d’avoir pu pratiquer une fojfe d'airage, on feroit un trou de la profondeur de fept ou huit pieds, Sc une petite communication à la foffe que l’on approfondit ; on feroit déboucher cette communication dans un canal formé de planches, Sc adapté le long de la fofîè où l’on travaille; on auroitfoin d’allonger ce canal à mefùre qu’on avanceroit l’approfondiffement, en forte que l’air fût toujours porté fur l’Ouvrier.
- Si on ne pouvoit trouver fur le champ des planches, on pourroit fè fèrvir avec fùccès, de facs de toile coufùs enfemble, ouverts par les deux bouts, Sc que l’on placeroit à l’ouverture des galeries de communication.
- Les eaux de la Mine viennent fè réunir des différentes galeries par des rem-pes (1) ou des puits , dans un réfervoir pratiqué pour l’ordinaire à environ trois cents cinquante pieds de profondeur : on les épuifè très-facilement avec des ma-* chines à moulettes, qui travaillent communément deux jours par femaine, Sc peuvent élever cent cinquante muids d’eau par heure.
- Ces machines ( dont nous avons parlé page 543 ), peuvent être regardées comme des petits hernaz à chevaux, de l’efpece repréfentée PI. XV, Fig. r ^ mais plus légers, plus Amples Sc moins difpendieux : elles confiftent en deux montants de dix-huit à vinot pieds de hauteur, traverfés par une piece de bois^ au milieu de laquelle on alfujettit une fufée ou cylindre perpendiculaire : au bas de l’arbre de la fufée, il y a deux traverfes pour atteler deux chevaux ; le cable
- (0 Signifie vraisemblablement rigoles, tranchées qui vont en ferpentantj
- p.563 - vue 106/304
-
-
-
- 564 £>V CHARBON DE TERRE
- qui fè dévidé fur ce cylindre, répond à deux moulettes ou poulies ajuflées fur un chaffis placé fur l’ouverture de la fofïe ; au haut du challis il y a deux pièces de bois attachées avec des boulons & clavettes qui fè rendent fur la traverfè fur laquelle joue le cylindre.
- Qualité du Charbon de terre d! Anjou. '
- Noyant pu me procurer du Charbon des Mines d’Anjou, je fuis obligé de chercher dans les Mémoires de M. de Voglie, ce qu il a obfervé fur cet article , qu’il a traité en particulier (i) : » Suivant les épreuves, le déchet n’en eft pas 5) confidérable ; expofé à l’air, fouvent il fè confume entièrement & laifïe des » cendres blanches peu chargées de craflè ». Cela ne s’accorde pas trop avec ce qu’il dit dans ce même Mémoire , » que ce Charbon en brûlant fait croûte ; que » G on le brife dans cet état, il fe remet toujours en gâteaux jufqu’à ce qu’il foit » entièrement confumé ; qualité qui le rend très-propre à la forge , Sc même aux » opérations où il faut du Charbon flambant, telle que celle des Rafineries ou des » Verreries , ou il s’emploie avec fiiccès (2).
- Les Verreries établies à Ingrande de à S. Florent, près Saumur, en font un ufàge avantageux. Un Procès-verbal dreffé par le Subdélégué de Saumur , le 17 Avril 1757 3 à la Verrerie de S. Florent, fait foi que le Charbon de S. George , trié & choifi, s’eft parfaitement foutenu fur la grille, que la fonte a duré dix-huit heures ; que celle du Charbon de Montrelais, non-trié , n’a duré que quinze heures, & celle du Charbon du Forez & du Bourbonnois a duré douze heures : d’où l’on conclut que le Charbon de S. George eft d’une qualité inférieure à celui du Forez de plus d’un cinquième.
- M. de Voglie répand du doute fur la vérité, & fur la précifion de ces expériences ; malgré les différences fènfibles reconnues entre les Charbons d’Anjou & ceux de Montrelais, fùivant divers Procès-verbaux faits en différents temps il n’héfite pas à croire que ces Charbons ne feront point inférieurs en qualité à ceux du Forez, du Bourbonnois, même ceux de Montrelais, lorfqiiils proviens dront dune exploitation bien réglée, & d'une profondeur raifonnable.
- Si cette infériorité doit être attribuée, comme le prétend M. de Voglie, aux défauts de l’exploitation, où fera donc le motif de préférence à donner aux Compagnies dont il dit ailleurs , que la plupart n ont jufqtià ce jour, conduit leurs travaux , ni avec art, ni avec intelligence , ù* encore moins avecJitccès.
- Mais en accordant à M. de Voglie ce point fur lequel feulement il eft toujours d’accord avec lui-même, dans tout le cours de fon Mémoire, n’y auroit-il pas une autre caufè de cette qualité inférieure ? Ne pourroit-on pas ajouter à
- ( 1) Seconde Partie intitulée : Nature £r qualité du Charbon de terre des Mines d'Anjou £r Paroijfes limitrophes dépendantes de la Bretagne.
- (2) A Chenu, où il y a une Manufa&ure de la première efpece ; Sc à Angers Sc à Saumur, où il y, a une Manufacture de la ieconde efpece.
- celle
- /
- p.564 - vue 107/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Paut. ^
- celle M. de Voglie attribue à la mauvaifo exploitation, la nature des veines d’Anjou fojettes aux creins, la nature des brouillards, où le Charbon n’eftpas toujours pur & homogène , ainfi quil eft très-bien obfervé dans le Mémoire l Les connoiflances de M. de Voglie fur la qualité du Charbon, jugée par les circonftances extérieures, ne font point du tout conformes à ce que l'expérience a établi : il nefî point vrai que «plus le Charbon eft léger, meilleur il eft ; & quil y> eft réputé bon, lorfqu’il eft friable & qu’il fait du bruit en l’écrafànt ». Au fur-* plus, félon M. de Voglie, le Charbon d’Anjou eft de cette qualité : il eft tendre , il & réduit aifément en poudre ; néanmoins il fo foutient très-bien for la grille lorfqu’il eft mouillé foîvant l’ufàge de tous ceux qui s’en fervent.
- Ilobferye que lorfqu’il eft un peu humide, il ne fo colle pas en poudre, qu il eft moins aélif & plus lent à chauffer que le Charbon d’Angleterre ; qu’il ne corrode point le fer, & qu’il n’eft pas trop fulphureux. J’ignore fi cette dernière induélion ne foroit point tirée uniquement de ce que les Mines d’Anjou font peu fojettes au feu.
- Si l’on ne veut point s’embarraffor de la comparaifcn que M. de Voglie veut faire de ce Charbon avec d’autres, & fur-tout avec celui de Montrelais, que j’eftime lui être de beaucoup fopérieur, d’après ce que M. de Voglie a dit de celui d’Anjou : ilfoffit d’obforver avec cet Ingénieur, que feu M. Hellot, qui a examiné ce dernier, l’a jugé de bonne qualité ; il fora feulement à propos de fo rappeller ce que j’ai remarqué page 16$ , au fojet du Charbon de hittry dans le Beilin en Rafle-Normandie.
- ï 'Commerce du Charbon de terre et Anjou.
- Cet article eft traité fort en détail dans la cinquième Partie (i) du Mémoire de M. de Voglie, qui paroît y avoir apporté toute l’attention néceflàire :c’é-toit l’unique moyen de fo mettre en état de juger de combien f extraélion dû Charbon , & par conféquent de combien ce commerce étoit augmenté depuis que les Conceffionnaires en avoient dépouillé les Propriétaires. Après avok confiât!, foit-difant, cette augmentation, & en avoir évalué le bénéfice, M. de Voglie préfente des réflexions générales for l’avantage qu’on pourroit retirer dé ces Mines pour fo pafler abfolument de l’étranger.
- Les Auteurs de l’Encyclopédie ont fait fentir en peu de mots, l’importance de rompre la branche de commerce de .Charbon de tetre Anglois, & je m’en tiendrai ici à ce qif ils rapportent. » Il réfolte de Mémoires tres-exaéls , qu un » chauther de Charbon de Newcaftle , mefore de Londres, pefant deux mille » trois cents livres, revient au Proprietaire d’une Mine à Londres, tout frais
- 0) Intitule.’Comparaifon de Vavantage que tir oient VAnjou & le commerce général du Royaume, de l'exploitation des Propriétaires avant les privilèges exclu-
- Charbon de Terre. IL Part.
- jifs des Compagnies, avec celui que produit av:~ d'hui (17$ 7) Vétablijfement defdites Compagnie? ,
- JD7
- p.565 - vue 108/304
-
-
-
- ]66 DU CHARBON DE TERRE
- » faits, à treize chelins, monnoie d'Angleterre, ce qui fait vingt-fix deniers & î)demi argent de France, pour un boiffeau mefure d'Angers, qui le vend néan-» moins à Londres fept fols argent de France , & à Nantes au moins douze fols ; ï> d'où il eft évident que, déduétion faite de la différence du prix de Londres à » celui de Nantes, eftimée pour les frais du tranfport Sc droits d'entrée, le béné-’ r> fïce du Propriétaire Anglois eft à Nantes de fept fols pour chaque boifîeau » d’Angers » (i).
- Je vais donner, d’après les Mémoires de M. de Voglie, les différents prix du Charbon , Sc l’extraélion annuelle des Mines d'Anjou, aux deux différentes époques qui ont forvi de bafe à toute la fpéculation de cet Ingénieur; Sc fans le contredire en rien de ce qu'il avance, je n aurai point de peine à faire voir à quel point il s'eft égaré dans les conféquences qu'il en tire pour les Conceffion-naires.
- En 1740, lorfque la Compagnie de S. Georges forma fon établifïèment, le Charbon valoir fur la Mine fix fols le boiffeau deSaumur; foivant la mefure de
- S. Georges, il eût valu fept fols en 1740, Sc dix fols deux deniers à celle de Nantes.
- En 1757, il valoit fopt Sc huit fols en détail, Sc beaucoup moins lorfqu’on en achetoit une certaine quantité ; for le pied de huit fols le boifîeau, celui de Nantes reviendroit à onze fols fept deniers for la Mine*
- Dans le canton de S. Aubin, le boiffeau, mefure d'Angers, coûtoit en 1747 de fopt à huit fols ; en 1757, il fe vendoit le même prix : à huit fols le boiffeau d'Angers, c’eft dix fols deux deniers pour le boiffeau de Nantes.
- Il y a une trentaine d'années qu'on vendoit aufïi à Angers du Charbon de terre de Forez & d'Auvergne ; il coûtoit neuf fols mefore du lieu , ou onze fols cinq deniers le boiffeau de Nantes.
- En 1757 il fe vendoit dix fols mefore d’Angers, ou douze fols neuf deniers I celle de Nantes.
- D'où il réfolte que le boiffeau de Nantes valoit alors, c’eft-à-dire, en 1740 , dix fols deux deniers à S, Georges, & qu'il en vaut aujourd'hui onze fols fopt deniers, ce qui fait une augmentation réelle d'un fol cinq deniers par boifo feau*
- Avant les privilèges, les Propriétaires de Doué, S. George de Chatelaifon & de Concourfon, extrayoient, année commune, trente-cinq fournitures de Charbon, mefure de Saumur, qui font à celle de Nantes (à laquelle M. de Voglie a réduit toutes celles dont il fera parlé ), vingt-un mille huit cents quarante boiffeaux.
- Les Propriétaires qui travailloient dans les Paroiffes de S. Aubin de Luigné, Chalonnes & Chaudefonds, tiroient, année commune , quatre-vingt-quatre fournitures mefore d'Angers, faifànt à celle de Nantes foixante-feize mille deu2Ç cents-quatre boiffeaux. ' 7
- ( 1 ) Sixième volume desPlanches, Defcription des Ardoifîercs & des Mines de Charbon d’Anjoüj
- p.566 - vue 109/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Part; ^
- ' Ceux de Montjan & de Montrelais, cinquante fournitures , produifànt vingt-cinq mille deux cents boifleaux ;& en 1754, 1755, 1756, 1757, foi-yant les détails & calculs faits fur la Mine de Montrelais , on tiroit, année commune , cent cinquante mille boifleaux ; ayant le privilège, il coûtoit dix fols le boiflèau de Nantes ; la Compagnie le vend aujourd’hui fur la Mine à Montrelais deux cents cinquante-deux livres la fourniture de Nantes, ce qui fait dix fols le boiflèau; pris au magafin d’ingrande, elle coûtoit, en 1757, deux cents quatre-vingt livres, c’eft-à-dire, environ onze fols un denier le boiflèau , à raifon du îranfport.
- Suivant les livres des Conceflionnaires, ils vendoient année commune , pour •quatorze mille livres de Charbon , à raifon de huit fols, prix réduit pour une mefore pefent trente-cinq livres, qui fe livre raze, ce qui fait à la mefure de Nantes, vingt-quatre mille boifleaux.
- Depuis le 8 Janvier 1754, jufquau 1 Mai 175*7, la Compagnie a vendu deux cents trente-trois fournitures de Charbon, mefore d’Angers , 8c en a employé à fon fourneau à chaux d’Angers cent quatre-vingt fournitures, ce qui fait avec environ dix fournitures exiftantes fur les Mines, une extraélion totale de quatre cents treize fournitures, ou trois cents foixante-fopt mille trois cents vingt-fept boifleaux de Nantes, & année commune, cent quatre mille neuf cents cinquante boifleaux.
- Résultat de comparaison.
- . r
- Extraction des Propriétaires* Extraction des Compagnies.
- S. George Chatelaifon.. 2i84oBoiflI S. Georges Chatelaîfon. 24000 BoiC S. Aubin de Luigné.. •. 76204 S. Aubin de Luigné. • 1049^0 ingrande , Montjan, Montrelais......... îyoooo
- Montrelais lyioo
- • 1 " "" - C . r— I > “ '1 »' '->
- Total 123244 BoiC , Total 2789 jo BoiC
- De cette augmentation eftimée à plus du double, il réfolte d’abord en faveur des Conceflionnaires, un argument que M. de Voglie a fàifl dans toutes fes faces , & auquel il a donné une extenfîon arbitraire & peu raifonnée.
- Je commencerai d’abord par faire remarquer que M. de Voglie ne s eft point rap* pellé que félon lui, b cette extraélion abondante eft mauvaife, qu il eft obligé d’ob-*> ferver que les Compagnies ne font point attentives for le choix & le triage de » leursCharbons dans l’exploitation de leurs Mines,que des vues d’intérêt mal en-» tendu leur ont fait jufqu’à ce jour débiter bien du Charbon, dont on a eu lieu de fe plaindre, que la bonne-foi eft Famé & la fûreté du commerce, &c. » La droiture & la probité deM. de Voglie, ne lui ont point permis de caeheç
- p.567 - vue 110/304
-
-
-
- 568 DU CHARBON DE TERRE
- ces vérités fâcheufes pour les Conceffionnaires : où peut-il donc trouver la preuve de ce qu’il répété fans celle, » que les Compagnies ont travaillé avec » plus d’intelligence & de fuccès que les Propriétaires ? » Ane point parler férieu-fement, cette aflertion pourroit être vraie dans un autre fons que ne l’a entendu M. de Voglie : il eft inconteftable qu’ils ont travaillé avec plus d’intelligence & de fuccès pour leurs interets c’eft ordinairement où les Privilégiés mefurent l’extraétion des Charbons, & ce n’eft point ce que M. de Voglie a voulu dire des Conceffionnaires d’Anjou ; cependant , en quoi confifte cette extraélion abondante ? en une marchandée qui n’eft point loyale : il y en a eu beaucoup de débité, il le déclare lui-même ; les Propriétaires n’auroient pas befoin de beaucoup d’intelligence & de talent pour doubler par cette voie leur extraélion ; s’il étoit poffible de fupputer celle des Conceffionnaires en y faifant.la fouftraélion du mauvais Charbon, feroit-il bien fur que leur extraélion fût réellement aug-, mentée X
- C’eft néanmoins fur toutes ces inadvertances, fur toutes ces Contradiélions , que M, de Voglie a éntaffé des conduirons, des idées qu’on a peine à concevoir : il regarde comme prouvé ( feptieme Partie de fon Mémoire ) par ce qui s’eft paffé jufqu’à ce jour en Anjou, & ce qu’il a avancé concernant ces Mines , « qu’il eft plus avantageux pour la Province en particulier 8c à l’Etat en général , » que les Mines foient exploitées par des Compagnies que par les Propriétaires; y> cette vérité eft, félon lui, fuffifàmment démontrée par le fait, 8c fofceptible » d’une infinité de preuves » ; il fe perfuade » que quelque chofe que faflent ces derniers, ils ne peuvent fe flatter d’égaler les Compagnies dans leurs travaux;» il opine « qu’on ne peut p arvenir à mettre l’exploitation des Mines d’Anjou dans » l’état de perfeéli on dont elles font fofoeptibles qu’en donnant f exclufîon aux x Propriétaires » ; il porte les chofesbien plus loin encore , en favorifant l’éta-j bliflement de toutes les Compagnies qui pourront fo préfonter pour en former l’entreprife : il conclut, en un-mot , « que c’eft entre les Compagnies foules que » la concurrence doit avoir lieu ». Des citations desXoix qui condamnent ces fpoliations, ou même, des faits que l’on oppofo aux Conceffionnaires f font, à fon avis , des autorités faciles à réfuter (i).
- J’abandonne toutes les induélions qu il en tire ; je ne reviendrai plus à toutes ces prétentions des Conceffionnaires telles feront difoutées à fond dans l’expofé que je donnerai de 1 adminiftration civile, politique & économique des Mines 8c Minières, tant en France qu ailleurs, à l’article Concevions ; & M. de Voglie, qui, dans fon prononcé fur les travaux des Conceffionnaires , s’eft montré exempt de partialité, qui dans un endroit de fon Mémoire (2), n’a pu s’empê- , cher de convenir que cette exclufîon des Propriétaires dans le travail de leurs
- {1) Septième Partie de fon Mémoire, quia fufceptibles. pour titre : Moyens jugés les plus propres pour donner I (2) IdtTtu aux Mines d'Anjou t toute la valeur dont elles font *
- 'Mines
- p.568 - vue 111/304
-
-
-
- E T DE SES MINES. IL Parî*
- Mines laijfe entrevoir quelquinjujlice dans fin principe (2) , reconnoîtrà fans peine que cette injuftice réelle dans le fait, ne doit ni ne peut trouver d’approbateur ; & qu'en matière de politique, c’eft errer grolfiérement que d’alléguer des raifcns d'Etat pour autorifer la violation des droits légitimes.
- B a sse-Norm andîe.
- &
- Bocage ou pays Befjin ; commerce du Charbon de terre étranger dans là haute-Normandie > au Havre-de-Grace, & à Rouen.
- Je n'ai eu aucun renfoignement de détail fur l'exploitation de la Mine de Lit-» try , feule connue dans cette Province , près le bois du Tronquay. Selon M. de .Tilly, (page 18 de fon Mémoire ) ce font des veines roifies , qui à quatre cents pieds de profondeur, fe forment en platteures , 8c font enfuite leur relevage.
- La pofition de ces veines affez près du jour, donnoit encore, comme par-tout où elles fippent à la ftiperficie, la facilité d'enlever une grande quantité de. Charbon à l’aide de fouilles 8c d'excavations faites de place en place. Les Propriétaires traitoient avec des Payfàns, moyennant la rétribution du quart franc; les têtes des veines étoient enlevées de droite & de gauche à dix ou douze toifes de profondeur, 8c abandonnées enfuite pour peu qu’il fe rencon* trât la moindre difficulté.
- Ces fouilles irrégulières ont donné lieu le iy Avril 1744, à un privilège en faveur du Marquis de Balleroy, qui les faifoit exploiter en grand. L'air eft re-nouvellé dans la Mine par un fourneau qui eft une application du ventilateur de M. Sutton. Cette machine eft très-fimple & fort peu coûteufo ; elle a de plus cet avantage, que fon effet eft toujours égal, quelque temps qu’il faffe : je rem» voie à la quatrième Seélion les détails qui en dépendent ; il fuffit pour le pré* fent d'en prendre une idée parla Fig. 1, PL XLIV, inférée dans le volume des Planches de l’Encyclopédie : on y voit la coupe d'une Mine par un des puits & une des galeries qui y aboutit : le fourneau A9 8c en B CD un tuyau pour tirer l'air du fond de la Mine ; le tuyau vient fe rendre au cendrier du fourneau 9 au-delîous de la grille : en fermant toutes les portes du fourneau, fur-tout celle du cendrier, qu’on lutte avec de l'argille, il s’établit un courant rapide, l'air & les vapeurs paflant par le tuyau traverfent le fourneau & fe diffipent : de nouvel air qui defcend par le puits d’extraélion ou par un autre , remplace le premier*
- L'épuifement des eaux de la Mine de Littry, s'exécute par une machine à feux ces eaux font extrêmement vitrioliques ; il ne faut que les goûter pour en être fur : M. de Tilly prétend qu'elles font fi corrofives, que 1 entretien de la machine eft très-confidérable : je ne fai s'il a voulu uniquement parier de la chau* diere, autrement nommée /’alambic ; il pourroit fe faire que le Charbon avec
- (1) Puifque, dit-il » elle les prive d’un bien dont ils ont joui} & qu'ils ont meme toujours regardé Comme une partie de leur patrimoine. Idem.
- Charbon de Terre. IL Part. E 7
- p.569 - vue 112/304
-
-
-
- 570 DU CHARBON DE TERRE
- lequel on réchauffe, 8c l’eau qu’elle contient, attaquent enfemble ce vaifleau;
- Ce Charbon eft réputé à peu-près égal à celui qu’on appelle au Havre; Charbon de féconde qualité (i)5 venant de Sunderland (2) , <3c en effet, il eft mêlé de beaucoup de pyrites ; il s’emmagafine à Ifigny, petit Port de mer à 1 embouchure de l’Aure, où l’on embarque quantité de falaifons pour Rouen.
- La Mine de Littry auroit aifément, par cette même voie (3) , un débouché digne d’attention, puifquelon Charbon pourroit remplacer le Charbon étranger (de fécondé qualité) en ufage à Rouen pour les Teinturiers &ies Ouvriers à fourneaux , dont la confommation eft affez confici érable.
- Le baril de Charbon de Newcaftle, pefant deux cents quarante à deux cents cinquante, contient quinze à feize pots (4), Les cent cinq barils coûtent* pour cent, quatre cents cinquante , cinq cents livres, pris de bord en bord, c’eft-à-dire, à bord du Navire Anglois, 8c chargé dans l’allège qui apporte ces Charbons à Rouen : pour le fret des cent cinq barils, cent francs : du Havre à Rouen , on prend quarante ou cinquante livres, fuivant lafiifon.
- Moyennant l’état ci-deflus, les Charbons font vendus exempts de droits aux Maréchaux François.
- Outre l’exclufion afïuréê du Charbon étranger que produiroit le Charbon de Littry, les fouilles de terre à pipe qui fe font dans les villages de S. Aubin & de Bulbœuffur la Seine, à deux lieues au-deflous de Rouen, pourroient donner lieu à un autre ulàge du Charbon de terre.Ces fouilles font compofées de chambres de douze à vingt pieds de diamètre, qui; vont jufqu’à quatorze ou quinze braffes de profondeur , où l’eau arrive ordinairement ; elles donnent trois couches, dont la première employée par les Potiers, on s’en ferviroit pour les pe-lottes ; la fécondé feroit pour les Fayenciers ; la troifieme, qui eft la plus fine , pour les pipes : la première ferviroit utilement à apprêter le Charbon de Littry en pelottes, pour le chauffage des Paroiffes fituées fur les bords de la Seine" entre le Havre-de-grace 8c Rouen.
- C1 ) Les Charbons d’Angleterre venant au Havre de-Grâce, font diftingués en deux ef-peces : Tune dont nous parlons, qui pafle debout pour aller à Rouen ; l’autre venant de Newcaftle , dite de première qualité , employée par les Serruriers, Maréchaux, Cîoutiers, &c. Quoiqu’il coûte un quart plus que l’autre, ces Ouvriers lui donnent la préférence, parce qu’il a plus de propriété pour fouder le fer, & qua l’ouvrage , il ne donne que peu ou point d’indice de matière fulphureufe.
- ( 2 ) Voyez la nature de ce Charbon, fécondé Se&ion de cette fécondé Partie, page 71.
- ( 3) Le Charbon de terre venant du dedans du Royaume, paye fix deniers par baril de 300 livres ; fon origine doit être juftifiée par des Certificats.
- (4) Suivant l’article 407 du bail de Pierre î^omergue, il a été ordonné de faire des barils étalonnés fur la matrice dépofée en lTIôtel-de Ville de Rouen , pour être envoyés dans tous les bureaux pour le mefurage du Charbon de
- terre ; en conféquence il fut rendu le 30 Novembre 17CO, un Arrêt pour contraindre les Négociants de Dunkerque, Calais & S Vallery, de s’y conformer ; ils avoienc refufé d’abord de s’y foumettre.
- Le Tonneau de mer efl efiimé pefer 2000 II'* vres ou 20 quintaux de 100 livres chacun : le prix du fret ou voiture des marchandifes qui fe chargent dans un vaifjeau , fe réglé fur le pied du quintal ou fur le pied du tonneau de mer ; ainfi on dit, Charger au quintal ou Charger au tonneau : on donne ordi~ nairement dans le fond de cale 42 pieds cubes pour; chaque tonneau.
- Quoique le tonneau de mer fait efiimé pefer 2020 livres , cependant l’évaluation ne laijfe pus de s’en faire pour le prix du fret en deux maniérés, ou par rap-port au poids des marchandifes ou par rapport à la place qu elles peuvent occuper par leur volume , £r V embarras qu’elles peuvent caufer dans levaijfeau , ce quon exprime à Bordeaux par le mot encombrement ou encombrance, ainfi on évalue ces marchandées fur un certain pied.
- p.570 - vue 113/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Part.
- Provinces dont les Charbons peuvent venir a Paris. Bourgogne.
- \
- Charolots.
- 57*
- Lorfque j’ai pyj?iié la première Partie de mon Ouvrage, j’avois manqué de Mémoires fur la Bourgogne, ce qui fait que je n’avois indiqué que Montbar en AuJJois ou Auxois, fur la petite riviere de Brenne, qui va fe jetter dans l’Ar-mançon , au-deffous de Buffons ; la Mine d'Epinac y près d’Autun 8c celle de Gueurfe, Seigneurie fi tuée dans la Paroiffe de Blanzy. M. de Meflé, ancien Capitaine aux Gardes, m’a afliiré avoir auffi du Charbon de terre dans fa Seigneurie de Chorey , Bailliage de Beaune.
- M. Villedieu de Torcy, Confoiller au Parlement de Dijon, s’eft porté de lui-même à féconder les vues d’utilité publique qui m’ont fait entreprendre mon Ouvrage, 8c m’a fourni la matière du Supplément que je placerai ici, après avoir fait connoître une fubftance minérale, qui peut intérelfer la curiofité des Naturalilles , obfervée dans une de ces Carrières par M. de Morveau, Correfpondant de l'Académie des Sciences t lorfque ce Phyficien remarqua cette fubftance dans les galeries ( i ) , » elle reflembloit exactement » à un enduit de plâtre blanc, dont on auroit rempli la petite cavité qui « formoit la jointure de deux couches ou lits de Charbon dans quel-» ques endroits des galeries, non qu’il y eût aucun intervalle entre ces lits , » mais parce que le Charbon s’étoit égrifé plus facilement dans cette jointure » fous l’outil du Mineur; il n’étoit pas poffible en cet état de la méconnoître pour » un véritable guhr ; elle avoit à peine la confiftance du plâtre à l’inftant qu’il » vient d’être pofé ; auffi n’héfitaiqe pas à le nommer lait de lune, farine fof » file, agaric minéral ou craie coulante, perfuadé que c’étoit un des minéraux » connus 8c décrits fous ces dénominations ; il me parut feulement remarquable » par une rayure noire qui régnoit dans toute la longueur horizontale, d’une ï) maniéré uniforme & nuancée comme un ruban, rayure dont les morceaux que » j’ai apportés confervent bien la trace , quoiqu’ils ayent d’ailleurs confidérable-» ment changé ; je m’aflurai que cette rayure étoit dans toute la profondeur, & » je conjeélurai qu’elle avoit pu fe former des parties les plus fines du Charbon » qui s’étoient feulement interpofées dans la matière calcaire à mefure qu’elle » fe dépofoit ; mais le changement Ipontané que cette fobftance a éprouvé peu » de jours après que jel’eus détachée de la Mine,me fit reconnoître qu’elle n’étoit » pas de la nature des guhrs ordinaires ; en effet, elle devint pour la plus grande «partie comme une réfine brûlée; elle en avoit la tranfparence 8c la couleur; elle «s’étoit gerfée & diyifée en très-petits morceaux , 8c quoique dure, elle fe
- (i) C’ctoit dans la Carrière delà montagne du Creufot, attenant le mont S, Yincent,
- p.571 - vue 114/304
-
-
-
- 57* DU CHARBON DE TERRE
- » féparoit aifement dans les endroits qui étoient entamés par les gerçures; ce* » pendant quelques morceaux ont confervé leur blancheur, feulement un peu » ternie à la furface ». ^
- Les expériences que M. de Morveau a faites fur cette fubftance , & que Ton peut voir dans fon Ouvrage fi), déterminent ce Savant à rapporter cette matière au genre des Guhrs, & à la regarder comme un guhr argilleux, bitumineux.
- Le Bailliage de Montcenis & la partie du Charolois quï l’avoifine , font les cantons de la Bourgogne les plus abondants en Charbon de terre ; la Paroilîè de Montcenis en polfede une grande quantité ; prefque par-tout ce foffile s’annonce : la montagne appellée la Châtelaine, qui n’eft qu’une continuité de celle de Montcenis, renferme fur-tout une Carrière qui paroît im-menfe.
- La nature du terrain de Montcenis & de la paroilîè du Breuil fous Montcenis, eft la même ; la difpofition des montagnes eft à peu-près femblable ; le pays eft fàblonneux, 8c tout indique que la qualité du Charbon doit être égale. Les Carrières du Breuil font très-riches; la découverte en eft très-ancienne, & il eft im-poffible d’en affigner l’époque : le canton eft rempli de puits qui ont été fouili lés en différents temps ; les plus anciens titres font mention de ces Charbonnières ; plufieurs Seigneurs y ont un droit de traite, qui eft communément réglé parleurs titres au tiers franc du Charbon extrait, & dont la qualité eft réputée excellente.
- Le Seigneur de Montcenis a par fes terriers ce droit dans la partie des carrières fituées fur fa juftice.
- Le Seigneur de Torcy, comme Seigneur de Champleau & Montyaltin, a le même droit fur les héritages qui font dans fà mouvance.
- La Paroilîè de Blanyy (2) n’a pas moins été favorifée de la nature a cet égard que les précédentes ; plufieurs Carrières y font ouvertes de temps immémorial.
- Non-feulement le Seigneur de Gueurje , Paroilîè de Blanzy a du Charbon dans l’étendue de fbn fief, mais encore les Seigneurs de Savigny, du PleJJîs 8c plufieurs autres particuliers qui ont des poffeffions dans cette contrée, ont une grande abondance de ce foffile.
- Le Seigneur du Magny, Paroifle de Sauvigne, voifïne de Blanqy9 remet en valeur des carrières ouvertes dans les temps les plus reculés & négligées depuis plufieurs années : il trouve à onze pieds de profondeur un lit de Charbon de la meilleure qualité.
- Les Bourgs de Toulon-Jur-VArroux, qui fépare en cet endroit le Charolois de l’Autunois , ceux de Martenet, de S, Berain, 5. Eugene> en ont une grande
- (i) DigreJJîom Académiques 9 ou EJfais fur quel ques fujets de Phyjique, de Chymie d’Hifioire Na furelle, 1772in-12.
- ( 2 ) Mal écrit Bancï dans la premiete Partie * page lyo.
- qua
- ntité
- p.572 - vue 115/304
-
-
-
- ET DÉ SES MINES, IL Part. 573
- quantité, Sc les Paroiflès de Charmoy , de S. Ni[ier-fous-Charmoy, fituées entre les précédentes, en donnent des indices.
- Dans celle deMorey, on enyoic des Carrières Sc des veftiges d'anciens travaux.
- Quelques-unes de ces Carrières ont fôrement été exploitées dans tous les temps ; mais des chemins prefque impraticables qui rendoient les tranfports difficiles , ont fans doute été caulè que ces Mines ont été peu connues, le débit du Charbon n'ayant jamais pu s’y faire que de proche en proche ; mais des routes ouvertes aujourd'hui dans le Charolois Sc dans le Bailliage de Montcenis, pour-roient en peu d'années faire de ces mines un objet efîèntiel de commerce, étant à portée, comme celles du Forez, de l'Auvergne Sc du Bourbonnois, d'entrer dans la confbmmation des Provinces que parcourt la Loire, & fiir-tout de la ville de Paris par le canal de Briare, au moyen de la petite riviere de la Bour-bine, groflie par IOurache, & de la riviere d’Arroux , qui vient fe jetter dans la Loire, entre Digoin & la Motte S. Jean.
- Cette circonftance, de pouvoir fuppléer pour la Capitale aux Mines de Charbon de trois autres Provinces plus éloignées, n'a pas manqué de faire impref-' fion, & de donner lieu à des fpéculations de propriété exclufive.
- M. de la Chailè, Propriétaire d’une partie des Carrières de la Paroiflerde Breuil, Sc qui par conféquent pouvoit s’en tenir à lès poflèflions, a obtenu le 37 Mars 1770, un Arrêt du Confeil, qui lui donne le droit d'extraire du Charbon dans une étendue de pays qui a plus de vingt-quatre lieues de circonférence , Sc qui comprend toutes les Paroiflès indiquées ci-deiliis.
- Ce privilège a excité en Bourgogne la fenfation la plus vive, & ne paroît pas plus que les autres dont nous avons cité des exemples, capable d'opérer les avantages publics attachés à ces donations.
- Un particulier qui n'eft peut-être pas en état de faire valoir fes propres Mines, ne doit pas naturellement être fuppofé dans le defTein d'exploiter celles de fes yoifins : s’arrogera-t-il la liberté de fous-traiter de là conceflion l ce n'eft qu'une collufion au préjudice des Propriétaires légitimes. S'il n'a d'autre objet que d'empêcher lès voifins de tirer de leur Charbon, afin d’avoir un plus grand débit du lien, c’eft une injuftice faite à ceux qui ne pourront tirer parti du leur ; c eft mettre le Conceflïonnaire dans le cas, déjà trop fréquent, de faire la loi au Public , privé de s'adreflèr à d'autres avec lelquels il trouveroit Ion avantage, & pour le bon marché, & pour la qualité, s’il y avoit concurrence de Vendeurs.
- Des différents Charbons provenant de ces Mines, j'en connois quelques-uns lur le rapport de M. de Villedieu de Torcy. » Le Charbon de lamontagfte, » appellée la Châtelaine, chauffe plus promptement que les auttes , & eft plus » favorable aux différents ouvrages ; il coûte à la Mine quatre livres dix fols la » voie (1) : celui de Blan^y eft plus folide que celui de Montcenis & du Breuil >
- (1) Compofée d’environ fept tonneaux de Bourgogne, du prix de (Jeux ÜYrcs le tonneau.
- Charbon de Terre. II. Part, F 7
- 1
- p.573 - vue 116/304
-
-
-
- 174 DU CHARBON DE TERRE
- i> il eft plus propre à être emmagafiné qu’un autre ».
- Il a déjà été amené du Charbon de Montcenis au Port de Paris ; mais n’ayant pu être informé du temps où je pourrois m’en procurer pour en faire l’examen, M. de la Chaife a eu la complaifimce de m’en fournir, & voici ce que j’ai reconnu.
- Ce Charbon eft une Houille de l’efpece appellée par les Liégeois Toirchée\ elle eft noire, luifante & argentine, femée d'yeux de crapaud, feche, légère, friable, & fè brifant en pouflier:il s’allume aflez facilement & fe réduit en hurre de pierres (i) ; fa flamme eft claire & belle; il dure longtemps au feu, fà fumée n’eft pas confidérable : fon odeur n’eft point hitumineufe ; elle eft plutôt de celle qu’on appelle communément foufreuje.
- Le fleur Jullien, co-Fropriétaire & Entrepreneur de ces Mines, a fait la re-^ marque, qu’en brûlant il augmente d’un tiers en volume , Sc diminue de moitié pour le poids.
- Le Charbon tendre donne une petite flamme bleue, violette, quoiqu’il s’en trouve qui fe colle, & d’autre qui fe fëpare au feu ; cette fécondé qualité peut être regardée comme une elpece de clutte ou de petite terroule : je penfè que le menu pouflier feroit propre à être employé en boulets pour les chaufirettes; Voye^ page 3 6 de cette fécondé Partie.
- Il fe vend à la Mine de quatre livres à quatre livres dix fols la voie ; mais éloigné de quatre ou cinq lieues de l’embarquement, il augmente confidérable-ment de prix. En calculant les frais de la Mine à la rivière, qui montent à vingt-une livres, ceux de tranlport de la rivière à Paris, y comprenant les droits du canal de Briare & les droits d’entrée, il coûte à Paris de foixante-douze à foixante-treize livres; en 1770 il s’y eft vendu foixante-douze livres.
- Nivernois*
- L’extraétion du Charbon des environs de Décidé ou Def^e en deux endroits différents, par un puits nommé croc, conftitue ce que j’ai appellé les deux Mines de cette Province (a).
- La première qui étoit celle de M. Mauduy, appartenant à M. le Duc de Nevers, eft dans la Paroiflè de Champvert, à deux lieues de la Paroiffe avoifi-nante à Druy : aujourd’hui c’eft M. Saurin de Bonne qui la fait travailler.
- Ce n’eft qu’une ancienne fouille faite en 168p par un nommé Nicolas Martin, en exécution d’un Arrêt du Confeil. On m’a dit à Decize qu’elle vifoit à fa fin ; alors ( c’étoit en 1770 ) on tiroit les piliers par le puits ou Croc JBelard, à Engermignony qui eft un bois de M. le Duc de Nevers.
- (1) Dans la quatrième Se&ion, où il fera traité de la maniéré de reconnoître les differentes qua iités de Charbon, on trouvera Implication de
- ces termes Liégeois.
- (2) Voyez la note première, page 377.
- p.574 - vue 117/304
-
-
-
- ET D E SES MINES. II. Part. J7j
- A l’œil ce Charbon paroît fec & brillant ; j’en ai trouvé qui relTèmbloit allez à de beaux morceaux choifis de la Mine de Novan, près Finis en Bourbonnois.
- Il eft allez inflammable, & là qualité n’en eft pas mauvaife; il n'eft cepen-danc point propre aux ouvrages en fer.
- La fécondé Carrière eft fur le terrein des Minimes, qui eft le même que le précédent; les travaux commencent à venir joindre ceux de l’autre Mine ; elle eft exploitée par le repréfèntant de M. Dreche, qui a tiré pendant trente ans*
- Le Croc de cette Mine eft très-profond, & exige que Ton emploie des che-* vaux à l’enlèvement des Charbons ; quinze hommes, en y comprenant le Maître Ouvrier & ceux occupés à épuifer les eaux , donnent par jour douze voies.
- Lesuftenfiles ou vaiffeaux pour enlever le Charbon & les eaux , ne font point différents ; c’eft un coffre ou bacquet, auquel on donne dans ces quartiers le nom de Bafchole , & qui devient enfuke une mefure appellée Bajcho-lée> dont deux font le poinçon.
- Dans ces derniers temps les travaux de cette Mine ont été repris fur un plan nouveau ; pour rendre l’exploitation plus confidérable, les Intéreftes ont établi deux puits à une diftance de cinquante toifes l’un de l’autre ; quoique l’un paroi ffe fur le terrein plus élevé que l’autre, tous deux ont la même profondeur de cinquante-trois toiles, & ont fourni du Charbon.
- Depuis cinq mois environ, la pourfuite des ouvrages eft "contrariée par la mouffette, qui depuis plus de quatre-vingts ans que ces Carrières font ouvertes n’y étoit point connue, & on n’eft pas encore parvenu à y remédier efficacement; en attendant que cet embarras loit levé, je vais placer ici le Journal de l’opération à laquelle on a eu recours, il ne peut être que très-utile pour les cir-conftances de ce genre ; j’en donnerai la faite, & je l’accompagnerai de réflexions , lorfque j’en ferai à la quatrième Seélion, dans laquelle l’airage des Mines fera traité par principes.
- » Depuis cinq mois environ, l’air s’eft épaifll dans ces deux puits ; dans le » fupérieur, il eft refté conftamment mauvais jufqu’à vingt toiles; dans l’inférieur, » comme les eaux s’y font accumulées pendant i’hyver, l’air s’y eft raréfié & les » Ouvriers defcendent jufqu’à quarante-huit toifes, c’eft-à-dire, jufqu’au niveau » de l’eau: on travaille à épuifer ces eaux, & lorfqu’elles le feront, on craint » que l’air ne s’y épailîîffe comme il s’eft épaiffi précédemment.
- ‘ » Lés Intéreftes, d’après les Mémoires de l’Académie des Sciences (rj, ont » fait faire un fourneau qui a été commencé le Mercredi 3 Mars 17735 & fini le » Vendredi j ; ce fourneau a quatre pieds de dedans en dedans, eft conftruit lo-» lidement de brique, & a cinq pieds fous voûte ; la cheminée a dix pieds de » hauteur.
- (1) Pour l’année 1763, Mémoire fur les vapeurs inflammables qui fe trouvent dans les Mines de Charbon de terre de Briançon.
- p.575 - vue 118/304
-
-
-
- 576 DU CHARBON DE TERRE
- » Ge Fourneau a été placé fur le puits fupérieur, à quatre pieds environ de « fbn embouchure (i).
- » Il eft à obferver qu a côté de ce puits on avoit établi un ReuiLlàn ; ce re-î) villon eft un petit puits moins large que le premier, qu'on defcend perpen-» diculairement jufqu’à dix toifes à côté du grand puits ; quand il eft à cette » profondeur de dix toiles, on le perce horifbntalement, Sc pour lors on établit » des cornets qui partent de cette perçure Sc qui vont jufqu’au fond du grand « puits.
- » Les cornets font faits avec quatre planches jointes enfomble à languettes, Sc » le plus exactement que faire fe peut, Sc ils le font bien; cette opération a » fùffi jufqu’à préfent pour entretenir l’air pur.
- » Quand ce fourneau fut fait, on fit boucher le Reuillon , & on fit continuer d les cornets jufqu’à l’orifice du trou; dès que le revillon fut bouché, les exha-» laifons montèrent en forte que l’air devint mauvais jufqu’à cinq toifes de Tou-» verture du trou.
- » Le Vendredi 5, le fourneau fini, on y adapta un tuyau de poêle qui entroic « d’un demi-pied dans le fourneau, Sc qui par un coude entroit dans le premier » cornet, & on alluma le feu à cinq heures du foir; le Samedi à huit heures du «matin, l’air s’étoit raréfié de cinq toifos à dix-huit, Sc à midi étoit raréfié à » trente-une toifes ; à trois heures après midi on ne trouva point de bénéfice, » on foupçonna qu’il pouvoit y avoir quelques vices dans les cornets ; un Ouvrier » defcendit Sc trouva effectivement un trou dans un des cornets de deux pouces » de rotondité, à la diftance de trente-une toifos ; ce trou fut bouché.
- « A cinq heures on defcendit la lumière , ( c eft la maniéré de s’affurer de la » qualité de l’air ; elle s’éteint dès quelle arrive dans un air trop épais ; ) elle defo » cendit jufqu’à trente-une toifos; mais dès qu elle fut parvenue à vingt-toifos, » elle entra dans des nuages très-épais, la lumière en fut troublée, & à peine la » voyoit-on; elle s’éteignit à trente-une toifos.
- » Le Dimanche matin 7 Mars, elle n’alla qu’à vingt-deux toifos, neuf toifos » de perte; le Dimanche au foir à vingt-fix toifos, quatre toifos de bénéfice.
- » Le Lundi 8 matin, à dix-neuf toifos ; le Lundi foir à vingt-deux toifes, le » Mardi même niveau le matin, Sc même niveau le foir.
- »Le Mercredi dix le matin à vingt-deux toifos Sc demie, le foir à vingt-fix toifes » cinq pieds ; le Jeudi onze, à vingt-quatre toifes Sc un pied, le matin.
- «On voit, d’après ces obfervations, qu’il y a des variations dans l’air, mais » elles ne font pas auffi fubites que le Mémoire de l’Académie le faifoit efp& » rer ; il étoit dit, Aye{ du jeu & des tuyaux, & vous aure^ [air au bout du » tuyau : les cornets font l’effet des tuyaux ; ils vont au fond d’un puits; on de*, » voit donc avoir de T air au fond du puits.
- « On a dit plus haut qu’on a tiré des Charbons dans le puits en queftion ;
- (1) C’eft çelui décrit fommairement à l’article de la Mine de Littry, page
- «pour
- p.576 - vue 119/304
-
-
-
- ET DE SËS MINÉS. ïi Par#, yyf
- "pour tirer ces Charbons, ôn a pratiqué fous terre des galeries ou chambres ; il y y> en a quatre qui répondent au fond du puits , Tune de cinquante toifes j l’autre » de trente, la troifieme de douze, & la quatrième de neuf toifes ; ces chambres 5> font pleines de mauvais air.
- Je reprends l’hiftoire de cetté Mine poür ce qui concerne la qualité du Charbon qu’elle donne, & le commerce qui fe fait des Mines de Décize.
- Les magafins de ce Charbon font Paroiiîe S. Léger des Vignes 9 fur lè bord dô la riviere ? au Port nommé la Charbonnière, où il y enavoit lorfque j’y ai pafle t pour cinq à fïx ans de débit, eftimé à douze cènt fournitures pour le prix total de cent mille écus.
- M. Belard, Subdélégué de l’Intendance, m’en a fait apporter qui étoit tiré dé la Mine depuis plus de foixante ans; il étoit léger, & fe cafloit aifément en filets ; en s’allumant, il a donné une affez belle flamme, accompagnée d’une fumée noire ; l’odeur qu’il a exhalée, n’eft point mauvaife; il a duré long-temps au feu* & y donne des marques de la préfence d’une quantité raifonnable de bitume : il eft employé utilement pour les Raffineries; mais il gâte le fer, ce que les Marchands expriment en difant qu’il manie beaucoup le fer, entendant fens douté qu’il le ronge 8c le mange.
- La Bafcholée fait la fixieme partie d’un tonneau ; il faut deux bafeholées pour faire un poinçon ; cent trente-deux bafeholées, en y en comprenant douze, qui fe donnent par defîus le marché, forment ce qu’on appelle dans ce quartier une fourniture, compofée de vingt-deux tonneaux , ou huit voies.
- La voie eft formée de quinze bafeholes, revenant à un demi-poinçon la bafe choie.
- Au pied du Croc la fourniture criblée fe vend dix écus ; mais il faut y ajouter enfuite les frais de tranfport par des chemins très-mauvais : la même fourniture prife aumagafin, fevend quatre-vingt livres : il eft à propos d’obferyer que le Charbon des Mines de Décize, fur trente-deux livres, en perd cinq quand il eft pefé frais.
- Ce font des Voituriers d’Orléans ou de Châteauneuf qui fe chargent de l’exportation par eau ; lorfqu’ils remontent, ils achètent en attendant une crue d’eau, vins , charbons & autres marchandifes.
- De Décize à Orléans pour la Raffinerie, ils prennent de quatre-vingt-cinq à quatre-vingt-dix livres; fur quoi ils payent jufqu’à la deftination les Porteurs au bateau & les droits.
- La bafchole paye quatre livres dix fols de droit doélroî & de quît-*. tance.
- L’ufàge auquel on vient de voir que le Charbon de Décize eft reftraintpar fe qualité, pourroit s’étendre au chauffage , en le fabriquant en pelottes ou briquettes , ce qui feroit de reffource pour les Ouvriers & les Manufaélures de Nevers. Les foffes fituées à un quart de lieue de cette Ville, 8c d'ou l’on tire la
- Charbon de Terre. 11. Part. G 7
- p.577 - vue 120/304
-
-
-
- J78 du charbon de terre
- marne ou la terre à fayence,fourniroient vraifemblablement une pâte convenable à cet apprêt dans celle qui eft moins pure & plus mêlée de fable , qui n eft pas employée à faire de la fayence fine,
- ARTICLE SECOND.
- Provinces qui fournirent Paris. Bourbonnois.
- Les Mines qui s’exploitent dans cette Province, font limées for la route de Moulins à Limoges, dans une montagne formée d’un roc noir, qui eft un granité pareil à celui des Ifles Chauzey, for la côte de Baflè-Normandie, en face dé Granville, dont la plupart des maifons & des cafernes font bâties (i).
- Tous les environs laiflent appercevoir des veftiges d’anciennes fouilles ; les premiers travaux dont on eft redevable à des Liégeois, ont été faits auprès du village de la Chaifèy autrement nommé Lachy.
- Lorfque Piganiol de la Force a publié làDefoription de la France, ces Mines étoient peu confidérables, & ne fer voient que pour la Province.
- Il n’y a plus aujourd'hui dans cette partie que deux endroits ou l’on tire du Charbon de terre, lavoir dans la Terre de Fims , ParoilTe de Châtillon, au-defliis de la petite ville de Souvigny, anciennement Capitale du Bourbonnois , & à Noyau for le même chemin de Moulins à Fims.
- La Mine de Fims qui s’exploite depuis plus d’un fiecle & qui donne un Charbon d’une qualité fopérieure à tout ce que j’en ai vu en France, eft diftante de quatre lieues de la ville de Moulins , & par conféquent de l’embarquement ; mais ce tranfport eft facilité en toute faifon par un chemin conftruic aux frais des Entrepreneurs de la Mine avec les pierres de cette montagne, & qui a coûté près de cinquante mille livres.
- La maflè qui compofo le chapeau de cette Mine eft formée par les couches foiyantes , placées fous la terre franche dans l’ordre que je vais indiquer : une terre glaifh , une fobftance noire caillouteulè, appellée petite taye , une argilli tapée, dite baumegrije, un roc, un grès ou roc machuré% & encore un autre roc (a).
- La couverture de la veine eft formée de deux couches ; la première eft une e£ pece de Baume qui n’eft défignée par aucun nom particulier; elle eft très-dure & très-compaéte ; le fond de là couleur eft mêlé de teinte grifâtre 8c de nuances
- (1) C’efi: vraifemblablement celui dont parle M. de Tournefort, fous le nom de granit des environs de Granville, & qu’il nomme aufïi Carreau de S.Severe, dont on faifoit alors des chambranles de portes & de cheminées.
- (2) Les différents échantillons de ces fubftan-;
- ces que j’avois ramaiïes dans cette Mine, ne me font point revenus, ce qui m’oblige de m’ea tenir à ces dénominations fans écîairciffement, comme je l’ai fait toures les fois que j^n ai eu l’occafion.
- p.578 - vue 121/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. IL pARf»* ff9
- dérouillé ferrugineufe, vifàntau lilac clair : la maffe eft femée abondamment d'un précipité d'ochre martial fàfranné ; la fécondé couche eft une efpece dé grès pourri de couleur pâle, comme il fe trouve dans tous les terrains à Ghar* bons; les Ouvriers l'appellent S outre.
- Le fol eft une glaife de couleur bleuâtre claire, & qui par la comprefîîon à acquis la dureté de pierre.
- Les premières couches terreufes s'attaquent avec de gros pics à une pointe » de cinq à fix livres de poids; & les rochers avec des coins de fer* de quatre à cinq livres, aidés par des majfes pelant depuis quinze jufqu'à dix-huit livres.
- Dans la Mine de Fims, on connoît deux veines, ayant leur marche du Levant au Couchant ; la première de trois pieds & demi à quatre pieds d'épaüfeur , eft nommée petite Veine ; elle a depuis trois jufqu'à cinq toifes de large.
- La fécondé eft nommée grande Veine ou grande Mine ; elle a ordinairement depuis fept jufqu'à huit pieds d'épailfèur.
- La tête de la veine eft nommée Enlevure, Sc le pied eft appellé Enfon* cure.
- La veine eft auflî quelquefois étranglée par des bancs de matière noire, qu'on nomme Serries, qui s'étendent quelquefois à fept ou huit toiles, après lefquel-les la veine fe retrouve.
- Ces efpeces de creins, félon qu'ils lont placés dans le Baume ou dans le Sou-tre, relevent ou abaiflent la veine, qui eft aufli coupée elle-même horizontalement par des nerfs d'une épailîeur inégale, & que les Ouvriers appellent Couil* Ions.
- Les puits forment un quatre long, de dix à onze pieds de long, fer quatre oui fix pieds de large; dans ceux où l'on tire à bras, cette dimenfion eft réduite à fix pieds de longueur fer quatre de largeur : ils font cintrés en bois, d'une grof* four proportionnée à la largeur.
- Comme la Mine a en général une pente de quatre pieds & demi far fix, ces folles font d'autant plus profondes, qu'on s'éloigne de l'enlevure de la veine ; la moindre profondeur eft de dix toifes; la plus grande jufqu'à préfont eft de trente-neuf toifes fix pouces ; fa largeur eft de huit pieds.
- Arrivé par cette ouverture perpendiculaire à la veine de Charbon, on le détache avec des pic$y d'un tiers plus légers que ceux employés à l'enfoncement, avec des aiguilles ou des coins de fer plats, de quinze à feize pouces de longueur , que l'on fait entrer dans la veine à coups de majje.
- Le prolongement de la folle d'extraélion, au-delïous de la veine, deftiné a fervir de réfervoir aux eaux qui y arriveront de droite & de gauche par les galeries , fo recouvre de madriers, & donne à ce puifard jufqu'à douze pieds de profondeur, & il s'appelle Fontaine.
- Dans la direction de la veine, & au-delfous de fa première épailîeur , on a continué en face une galerie de cinq toifes de longueur, & coupé le puits obli-
- p.579 - vue 122/304
-
-
-
- y-8à DU CHARBON DE TERRE
- quement du côté de la pente de la veine, environ depuis huit jufqu’à douze pieds, afin de trouver à dix, douze pieds d’éloignement la veine en plein Charbon, félon l’exprellion des Ouvriers, & on fe propofe de pourfuivre jufqu’à vingt-cinq ou trente toifes de longueur.
- Cet ouvrage achevé, produit une chambre de dix à douze pieds de longueur, fur autant de largeur ; c’eft-là où tout le Charbon qu’on détache de la Mine efl: amené au dépôt, d’où on appelle cette place Chargeage.
- Sur toute l’épaiffeur de la veine on forme de droite êc de gauche des routes que l’on élargit peu-à-peu jufqu’à huit pieds, & lorfqu’on eft à dix toifes de diftance du puits, on dilate de nouveau ces galeries jufqu’à former un vuide de vingt-quatre & trente pieds, qu’on appelle chambre.
- Les deux galeries de droite & de gauche étant exploitées, on fuit la veine dans Ion épaifleur & dans là pente de quatre pieds fur fix, jufqu’à la profondeur de vingt à vingt-cinq toifes ; cette defcente en plan incliné, étayé de toute part, & plancheyé uniment en deflous, efl: nommée suffi Enfonçure.
- ' Lorfqu’elle a été pouffée à vingt ou vingt-cinq toifes,onformeà fon extrémité de droite & de gauche des galeries : on laiffie des piliers de Charbon qui ont depuis dix pieds jufqu’à environ deux toifes & demie d’épaiiTeur, & l’on recommence de nouvelles galeries en remontant jufqu’à la perpendiculaire, jufqu’au
- Du fond des galeries le Charbon efl: voituré au chargeage dans des brouettes tirées par de jeunes enfans de douze à quinze ans, traîné enfuite dans des caif fons de la même forme que le vay des Liégeois. Voye£ PL VIII & XXI de cette fécondé Partie, lettre B.
- Dans d’autres parties de la Mine, cette opération s’exécute par le moyen de coffres appellés Tonneaux quarrés, à caufe de leur forme, & qui fervent auflî de caille d’enlèvement : à raifon de ce double ufàge , le fond qui porte fur le fol des galeries efl: difpofé en traîneau, afin de gliffer aifément ; & ils font, dans un des côtés, fournis d’une groffe boucle qui s’accroche à la chaîne.
- Arrivé au dépôt du Charbon des galeries, on décroche la chaîne de l’anneau qui efl: au côté, on la replace dans les boucles qui font dans le haut du tonneau, & on l’enleve.
- Les tonneaux pour tirer l’eau font ronds, ainfi que ceux pour les trous où on ne pratique point d’enfonçure ; il fe trouve de ces tonneaux qui ont à leur partie de derrière une ouverture qui s’ouvre & fe ferme par une foupape ; quand le puits regorge, on l’épuifè par des tours à bras ou à force de chevaux.
- Ces eaux fe reflentent de la nature de la Mine qu’elles baignent. L’eau d’une ancienne fouille qui fe fait jour dans une prairie par un refte d’aqueduc, charie une quantité confidérable d’ochre martiale, qui lui donne un goût & une qualité ferrugineufe.
- La machine d’extraélion du puits neft compofée que d’un arbre tournant
- auquel
- p.580 - vue 123/304
-
-
-
- ET DE SES MINES, il Par** $8i
- La machine d'extraélion du puits n’eft compofée que d'un arbre tournant , au-' quel eft appliqué un tour fur lequel fe dévidé une chaîne de fer qui répond à deux mollettes perpendiculaires à l’ouverture.
- Quatre chevaux attachés à des balanciers, font tourner l’arbre, & on les change toutes les fix heures* • '
- Le Charbon de Yenfonçure eft extrait par un moulinet \ cette machine placée furie puits 3 eft compofée d’un fort boulon arrondi, portant huit à neuf pouces de diamètre & fept à huit pieds de longueur, appuyé- fur deux pieds droits, & roulant fur deux tourillons de fer vis-à-vis le chargeage de l’enfonçuré fous lequel roule la chaîne, qui peut bien pefèr trois milliers & demi, ayant aéluelle-* ment quatre-vingt-dix toifes de longueur.
- Le Charbon de la Mine de Fims eft aflez folide pour fe détacher en quartiers d’un volume confidérable.
- Celui qui s'extrait à la profondeur de dix toifes, eft d’une bonne qualité, inférieur néanmoins à celui qu’on extrait à dix-huit ou vingt toifes ; il eft tendre, ne chauffe pas fi bien, ne chauffe point fort, convient peu pour les grofles forges^
- Le menu qui fe fépare de ces groflès mafTes fe nomme Gayettes ; en général fà grande vivacité le rend propre aux ouvrages des Forgerons , & particu** liérement aux Verreries.
- Refté expofé à la pluie, il gagne de la qualité : du Charbon de cette Mine que j’ai fait venir en droiture, a préfenté les remarques fuivantes. '
- Il a donné une grande flamme, a continué fon feu en fe grumelant, en formant des bouillons, & fe collant même au Charbon de bois.
- En tout il reflemble fort au bon Charbon de Liege, & donne une fumée très-^ femblable à celle des bons Charbons de ce pays.
- Le Charbon de Fims, connu à Paris fous le nom de Charbon pur de Mou-* lins, eft réputé d'une bonne qualité; ilpafle pour donner plus de chaleur que
- les autres qui s’exportent dans cette Capitale.
- ^ La voie fe vend à la Mine. ................ . ; é : n livres y fols
- La conduite du puits au Port de la rivière d'Allier, eft de 8 iy
- Prife au Port, la voie de Moulins d’un dixième plus forte que celle de Paris, fe vend............................20
- L’importation de Moulins, qui fait vivre cent familles de Bateliers , va à en-' viron cinq mille voies par an ; la vente annuelle, telle quelle eft aujourd'hui, en l’évaluant fur un plan réel, fe monte à trois mille voies, dont un millier fevend fur la Loire ; on eftime qu’il s’en confume pour Paris deux mille voies année commune.
- Les bateaux partent de Moulins chargés de quinze à feize voies , & vont avec cette charge jufqu’au canal de Briare.
- Là, de trois bateaux on en compofe deux pour Paris , contenant chacun Charbon de Terre. IL Faru H 7
- p.581 - vue 124/304
-
-
-
- $82 DU CHARBON DE T E RR E
- vingt-cînq voies, qui rendent, au Port S. Paul,de 28 à 25? voies.
- Il ne faut plus alors juger de ce Charbon : il èft des Marchands qui le mêlent avec la Chaujjine, ou d’autre Charbon léger d’Auvergne. Quelques Serruriers, à la vérité, font ce mélange, & prétendent s’en bien trouver ; mais fi à cet égard les proportions de cet alliage font dirigées par l’expérience de ces Ouvriers , celles qui font foivies dans cet alliage fait par les Marchands, ne font réglées que fur l’idée du gain.
- Les bateaux qui relient vuides à Briare, fe vendent depuis 60, 80 , juf-qu’à cent francs. Cette différence de prix dépend de la quantité de bateaux qui fe trouvent & qui fervent à l’exportation des bleds, vins, pu autres mar-chandifes des bords de la Loire, defcendantes à Orléans & à Nantes.
- Noyan.
- \
- La mine de Noyan, éloignée d’environ une lieue de Fims, & une demi-lieue plus près de Moulins, ne donne , jufqu’à préfent, qu’un Charbon dont la qualité eft beaucoup au-deflbus de celui de Fims : il eft léger, brûle trop aifement,' & eft uniquement propre à cuire la chaux. J’en ai trouvé qui, au feu, s’annon-çoit a(fez avantageufement ; mais il ne colle pas bien. Les Forgerons qui ont voulu l’éprouver, n’en font point non plus le même cas que de l’autre; cependant à mefure qu’on le tire en approchant de Moulins, on obferve une différence marquée.
- Forez.
- L e bas Forez, connu fous le nom de Rouane£, Roannois, n’eft pas entièrement dépourvu de ce fofîîle. On en apperçoit des indices dans la Paroiffe de Vil-le montais. A Saint Maurice fur la Loire, à deux lieues au-deffus de Roanne, entre la Loire & la montagne de Cremeaux, citée dans la première Partie, on a auflî trouvé du Charbon de terre. M. Âlleon du Lac avance que c’eft en petite quantité, & que fe mauvaife qualité a fait abandonner ces Mines.
- Nous ne parlerons ici que de celles du haut Fore£, qui concourent à l’appro-vifionnement de Paris. Elles avoient été dans ces derniers temps, affervies aux droits d’une Conceffion que le Baron de Vaux avoit obtenue, fous prétexte d’aflurer l’approvifionnement de la Manufacture Royale d’armes ; mais fur les repréfentations des Propriétaires de ces Mines, & des Marchands de Charbon de Paris, cette Conceffion a été révoquée au mois de Novembre 1763 ; & chacun traite avec les Charbonniers, félon la facilité du débouché, à tant par jour, par femaine ou par mois, pour chaque Piqueur employé dans la Carrière.
- J’aurois fort defiré placer ici une defcription de ces Mines, annoncée dans le volume des Mémoires de l’Académie , pour Tannée 17^2 ( 1 ) , 8c celle d’une
- (O Mémoire fur quelques montagnes de la France, qui ont été des volcans, par M, Guettard. Voyez page 29 de ce Mémoire.
- p.582 - vue 125/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. H. Pau* j83
- montagne qui brûle, vificée par le même Savant ( i ). En attendant que ces defcriptions {oient publiées, j'emprunterai celle que M. Alleondu Lac a donnée de ces Mines.
- » Cette mafïe de Charbon commence du côté du Levant, aux extrémités de » la Paroifle de Saint-Jean de Bonnefont, & aux pieds des montagnes de Pila , » & toujours inclinée au Levant : elle ferpente au Nord jufques dans les Paroifles » de Sorbieres & de la Fouillouje ; de-là tirant au Couchant, elle fournit des » quantités prodigieufes de Charbon, qu'on tire des ouvertures faites dans les » Paroifles de Villars, de S. Genejl-Lerpt, & principalement de Roche ; cette » mafle va de-là en diminuant jufqu’à Firmini, où elle fe perd & laifle fans » Charbon tout le côté du Midi.
- » La ville de S. Etienne, fituée au centre, fournit l'abrégé de ce plan. La rue » de Lyon, le grand Moulin, la F lace, tout le quartier de Polignais, font bâtis » fur du Charbon; un des angles de la Place, & fes environs du côté du Midi* » jufqu’à la rue froide inclufivement, font fur du Charbon ; la rue Neuve, & » tout ce qui eft au delà , n’en fournit plus.
- » Sa marche efl de l’Eft à l'Oueft ; là direétion la plus générale eft, félon » la maniéré de s’exprimer des Ouvriers du pays , du coté des onye heures, c'eft-» à-dire, prefqu'au Midi. Les Charbons dont la marche efl: du Midi au Nord, fe *> démentent en s'enfonçant: ils font tantôt obliques , tantôt perpendiculaires , » tantôt en planure, & quelquefois remontants ».
- M. de Fougeroux rapporte que ces Mines ont peu d'inclinaifon , & qu'elles fe trouvent fouvent entrecoupées par d'autres veines. Leurs enveloppes, dont on m'a procuré des échantillons , font des pierres argilleufes très-compactes , qui, fous l'inftrument, fe caflent irrégulièrement : on y trouve fouvent, dans les facettes laiflees alors à découvert, fur-tout lorfque ces fragments ont refté quelque temps à l'air libre , une efpece de chanciflure que je ne crois pas devoir négliger de faire remarquer : c’eft une poufliere très - fine & très - déliée qui s'attache aux doigts, & qui eft d'un beau jaune cîtrin, comme la fleur de foufre. Cette couleur pourroit ne préfenter aux ignorants * que l'idée du foufre ; & je ne doute point que ceux qui font dépourvus de connoiflânces, ne prennent pour tel cette èfflorefcence.
- Dans les parties où ces pierres d'enveloppe ont confervé leur tiflu feuilleté , les interftices fe trouvent encore fouvent remplies d'une matière qui paroît être de la même nature, mais qui y forme de petites couches difeontinuées fous une
- (i) Idem page 5*4. La pofition près de S. Etien-ne , aiïignée par M. de Fougeroux , à la montagne qui brûle, & que j’ai rectifiée dans l’errata , parce qu effectivement S. Genis terre noire qu’il nomme expreffément, étant du Lyonnois, laifle quelque doute fi ce Phyficien n’a pas réellement décrit une des montagnes de feu dont j’ai parlé page 159, première Partie, à l’article duFor^.
- M. de la Tourette, qui a examiné celle-ci, à 5 quarts de lieue de S. Etienne, en a donné à l’Académie des Sciences de Lyon , une defeription, dans laquelle les mêmes phénomènes font rapportés ; j’y ai remarqué cette différence importante , que quelques-unes des cavités intérieures font formées en véritable entonnoir. Voyei le Mémoire de M. Guettard. Année 17 p.
- p.583 - vue 126/304
-
-
-
- 584 DU CHARBON DE TERRE
- forme ochreufè, qui pourroit être le même vitriol en deliquium qui a fufê dans ices vuides. ,
- La defcription queM. Alleon du Lac a donnée delà maniéré de travailler ces Carrières dans le Forez, eft extrêmement fuccinéte ; mais elle a 1 avantage d en relever les défauts. On ne fàuroit trop les faire remarquer aux Proprietaires, ou qui les ignorent , ou qui ne réfléchirent point aflez fur leurs véritables intérêts. Peut-être qu’à force de les leur remettre fous les yeux , il s’en trouvera qui profiteront des avis renfermés dans la defoription de l’Auteur. Voici la maniéré dont il s’exprime en parlant de ces Mines, Tome 2 , page 55*
- » Comme la direétion des Carrières de S. Etienne, eft prefque toujours incli-» née à l’horizon, & que les fiions forpentent à travers les rochers, ces mêmes » rochers fervent à foutenir le terrain ; & lorfque la veine ou la mafle de Charbon » eft aflez confidérable pour pratiquer plufieurs galeries dans la même Car-» riere ( i ) , on laifle entre , deux des maflifs que les gens du métier appellent » piles : elles foutiennent parfaitement le terrain lorfqu’on les fait avec précau-y> tion , & qu’elles font foigneufoment confervées. Il n arriveroit prefque jamais » d’accidents , ou du moins iis feroient fort rares, fi l’on avoit l’attention de ne » s’écarter jamais de ces deux points ; mais l’avidité & la mauvaife foi des Char-» bonniers, les engagent fouvent, au péril même de leur vie, à fàpper ces piles.
- » Il y a quelques Carrières, mais en petit nombre, où Ton étaye avec des » fortes poutres de chêne, pour empêcher les terres de s’ébouler ; tout au moins » a-t-on l’attention d’étayer l’entrée de toutes les Carrières , pour s’en affurer » la fortie : il faut qu’elles foient bien abondantes pour qu’on pouffe la précau-» tion plus loin ; autrement la dépqnfe abforberoit le produit ».
- Les êboulements, très-communs dans ces Mines, font donc ; ainfi que l’obfèrve M. Alleon du Lac, faciles à empêcher ; les avals d’eau réfultantes d’anciennes excavations qui fe font remplies d’eau, & qu’on appelle, en langage du pays » Tonnes, ne font pas plus embarraffàntes, avec les précautions ordinaires.
- Indications des principales Charbonnières du Foreç 9 accompagnées de Remarques fur la qualité du Charbon quelles fournijjenu
- A Saint Victor, une fouille.
- A Villars, deux fouilles. Je n ai pu m’affurer de l’efpece de Charbon qui vient de ces deux endroits.
- A Monthieu : il fe cafTe très-aifément, donne une fumée épaifle, brune , un feu de belle couleur; en brûlant il fe colle tout en maffe avec le Charbon de bois : ce Charbon eft extrêmement pyriteux, & n’eft point propre à être emma-gafiné ; il tombe en grande partie en efflorefoence vitriolique.
- ( i ) On eftime que les veines ou majjès ( car on donne à la Mine ees deux noms fuivant répaifleut J ont ordinairement de 8 à pieds d’épaiffeur.
- A' •
- p.584 - vue 127/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Par*: 585
- A Sorbieres, à FouillouJey à FojJe\ les deux premiers endroits font peu riches en Charbon : celui de Fofle , félon M. Alleon du Lac, eft payable.
- Rica- Marie ; le Charbon de la montagne ainfi appellée , eft de même qualité que celui de la Beraudiere ; il n’eft pas fi luilànt que les autres : il eft très-com-pacft , Sc paroît plus fec ; là fumée eft jaunâtre : il donne cependant une bonne flamme , grande, belle & brillante, Sc un très-beau feu.
- C’eft une excellente Houille , peut-être préférable â toutes les autres ; elle fe colle en brûlant, dure long-temps, & eft de bon ufage pour les grilles.
- Selon M. Alleon du Lac 9 cette Carrière brûle depuis plus de trois cents ans f il en trouve la preuve dans d’anciens terriers, qui affignent cette Carrière pour confins , Sc qui s’expriment en ces termes : juxta Calceriam inflammatam.
- Firmini, du côté du Velay : Charbon excellent.
- Clapier,au centre du Forez, Mine de M. de Vaux : Charbon très-joli, de l’ef pece à écailles, ou facettes Ipéculaires, nommées par les Houilleurs Liégeois yeux de crapaud.
- Près du Bourg d’Argentai 9 à S. Julien , où il y a auflï une Mine de Plombé,
- La Beraudiere ; Charbon queue de paon, très - compaét , mais allié avec beaucoup de terre qui retarde fon inflammabilité, Sc lui fait donner un feu de moyenne aéfivité : il dure long-temps 5 comme il fe confomme moins promptement , il eft préféré dans les ménages : le menu neft pas bien bon pour les petites forges.
- Au Treuil, près S. Etienne. Cette Mine a été long-temps la feule dont l’ex-traélion fe failbit par puits, ou, comme ils difent, a ciel ouvert. La mafle de Charbon eft fous une Carrière de pierre. C’eft un Charbon à œil de crapaud : il eft tendre, donne une fumée jaune, épaifle, Sc un bon feu de durée : en tout il eft d’une aflez bonne qualité.
- Montfalfin, très-près de S. Etienne : la mafle de cette Mine appartient à Brunand : elle occupe toute la montagne, qui eft percée de part en part dans une longueur d’envirbn 300 toifès.
- C’eft celle qui donne le Charbon le plus léger de tous , qui fè confomme le plus parfaitement, & laiflè moins de cendres ; mais il eft de moindre durée s le feu qu’il donne eft plus net.
- Le feu y avoit pris en 1763 , fans qu’on ait fu comment, & y a duré jufqu’à ce qu’on eût bouché la communication qui perçoit la montagne du Nord - oueft au Sud-oueft, par laquelle l’air pénétroit avec violence, Sc y faifoit le foufflet.
- Le Clufel9 fitué Paroifle S. Geneft-Lerpt, à une demi-lieue de S. Etienne, Sc peu éloigné de Montlàlfon. C’eft un Charbon queue de paoUf tres-abondant, & eftimé pour le chauffage. M. Alleon du Lac dit que c’eft un Charbon paflàble.
- , Roche-la-MollUre, ou la Moulliere ; c’eft le nom d’une Terre que M. le Duc de Charoft a eu par droit de retrait. Comme elle eft contiguë avec celle de jMontfalfon, le Charbon qui y abonde, diffère en général, très-peu de celui de Charbon de Terre. IL Pan* I 7
- /
- p.585 - vue 128/304
-
-
-
- DU C HA RB ON DE TERRE
- •cet autre endroit» Ses qualités ne font variées que félon les puits d’où on le tiré* M. Alleon du Lac avance que l’exploitation en eft mal conduite ; il obferve que le Charbon en eft paflable, Sc eft eftimé propre à l’ufage des grilles. La veine ne s’étend pas en profondeur: on y trouve de l’efpece nommée Queue de
- paon»
- C’eft un Charbon moyen, qui foroit allez bon mêlé avec celui de Fims : il fait un feu papillotant, tombe en parcelles , qui fo réduifont en cendres.
- On tranfporte de ce Charbon à S. Rambert, où il eft embarqué fur la Loiret Depuis quelques années, il en vient à Paris, où il eft annoncé fous le nom de Mine Royale. "*
- A Roche-la-Molliere, Carrière dite Mine Sainte-Erançoife ; le Charbon s’en cafte aifément, en s’éfeuillant de la même maniéré que lorfqu’il eft dans le feu : il a peu de force , & fe foutient aftez long-temps.
- Le Charbon de S. Etienne eft, en général, ün Charbon léger : expofé au feu il donne beaucoup de fumée, & une odeur grafle : il fe renfle confidérablement, continue long-temps fà fuméke, à caufe de là graifle , Sc fo colle bien. Nombre d’Ouvriers de Paris ne l’emploient à la forge que mêlé avec le Charbon de Moulins.
- Aux environs de S. Etienne, on ne fe chauffe guere qu’avec du Charbon de terre de l’efpece de celui qui eft beaucoup moins fumeux que celle qu’on c mploie dans les forges.
- J’en ai trouvé qui fe convertit au feu en une vraie ponce, dont les porofités font extrêmement fines Sc déliées.
- Les gores du mauvais Charbon , lorfqu’elies ont pafle au feu , deviennent une efpece de tripoli pierreux, remarquable par fes belles couleurs.
- La voie de Charbon du Forez , coûte environ 7 liv. à la Mine.
- Il fe tranfporte jufqu’à la Loire, où il eft embarqué à S. Rambert, pour les Villes qui font fur le rivage, Sc pour Paris. Ce premier tranfport coûte dix livres. Par un arrangement fait avec les Propriétaires de la navigation , chaque bateau ne peut en charger que 16 voies.
- Arrivés à S. Rambert, dont le port a très-peu d’étendue, les bateaux qui étoient bloqués de ié voies, n’en chargent que 8, & attendent la fonte des neiges pour partir.
- A Roanne , qui eft éloigné de 12 lieues , on fait deux bateaux de trois ; plus bas on n’en fait qu’un de deux.
- Ces differents changements, qui font inévitables, ont un inconvénient très-fâcheux pour le Marchand qui acheté en gros ce Charbon ; c’eft le mélange dé ceux dont la qualité pyriteufo éc vitriolique, eft un empêchement abfolu à ce qu’on puifte le conferver long-temps en magafin, for^out en plein air. Comme les Marchands-bourgeois de Paris font obligés de les tenir dans des cours, il feroit jx fouhaiter que les Charbons reconnus de cette efpece , fuftfent déclarés
- p.586 - vue 129/304
-
-
-
- Ë T D Ë SES M î N Ë S. U. Part, j8?
- n'être de bonne vente que dans le pays, & fujets à confifcation lorfqu’iis feroienf envoyés a Paris»
- On fait monter le nombre de bateaux qui partent de S. Rambert, à 60 année commune.
- Auvergne.
- On ne connoît point de Charbon de terre dans la haute Auvergne. Un Paf^ ticulier a cru en avoir découvert en 1771, près de S. Flour ; mais les échantillons des couches, qu’il m’a envoyés pour en juger, m’ont fait voir que ce n’eft qu’un banc de Charbon de bois fojjile , ou Charbon de bois tourbe. Le quartier qu’elle occupe eft à mi-côte, for une colline aflez élevée, inculte ; la couverture fiiperficielle eft une pierre que l’on croit être de grès , fous laquelle font des» terres bolaires blanches & jaunes.
- La première fubftance qui vient enfoite, eft une terre de couleur brune $ claire comme le cachou, femée de quelques molécules blanches ; mife dans le feu , elle répand une odeur bitumineufe fans s’enflammer.
- La fécondé eft évidemment compofée de bois dont les couches fe féparent les unes des autres, en préfentant les mêmes circonftances que nous avons détaillées en décrivant une femblable Mine dans le Comté de Naflau, ëc à Cuizeaux , dans la Brefte Chalonnoifo, & en Franche-Comté. Cette matière brûle par confé-quent au feu en exhalant l’odeur de bitume de Tourbe. Le Particulier qui a fait cette découverte , s’eft fervi de cette matière à la forge ; il a rougi Sc ramolli le fer auffi aélivement qu’avec le Charbon de pierre»
- La troifieme eft une mafle formée de lames plus minces, & comme brouillée , reflemblante à une écorce noueufe & groffiere ; elle eft extrêmement chargée de parties argilleufos & limoneufes ; s’enleve en gros quartiers, dans lelquels font renfermés des fragments de bois qui, en féchant, prennent de la confiF tance. Elle brûle en donnant moins de flamme, refte long-temps en braifo * répand une odeur fulphureufè, & fe réduit en cendres blanches.
- La quatrième paroît être une continuation de la précédente , plus mêlée fou* lement de matière blanchâtre qui appartient à la couche qui vient enfuite.
- La cinquième eft une efpece de Tripoli pourri hapant à la langue ; en l’exami* nant avec attention, je crois y reconnaître une deftruétion de bois converti en tripoli. Voyez page 457. Note r.
- La fixieme eft une Argille pure & fimple, approchante de ce que l’on appelle Terre pourrie : elle ne fait point effervefoence avec les acides.
- Les Mines de Charbon de cette Province, ne fo trouvent qu’au voifinage de la rivière de l’Ailier , depuis Brioude jufqu’à IJfoire , dans la partie de l’Auvergne appellee Limagne 5 forvant de bafo aux véritables montagnes de la haute Auvergne , dont la baffe Auvergne eft proprement la plaine,
- p.587 - vue 130/304
-
-
-
- /
- DU CHARBON DE TERRE
- Des Mines de Charbon de la Limagne.
- L A plus grande partie des fouilles fe rencontre au-deflbus de Brioude, dans un quartier enfermé par la rivière d’Allagnon, & par l’Ailier , dans 1 endroit où ces deux rivières viennent fe réunir. Ce quartier, qui forme rétendue d environ une grande lieue de longueur, fur demi-lieue de large , comprend trois territoires ; favoir , celui des Dames Bénédiétines de Sainte-Florine, où étoit, il y a quarante ans, une Compagnie Royale qui ne fubfifte plus; celui de Frugeres ? & celui de Braffac.
- Les Charbons de ces trois quartiers font indiftinétement délignés fous le nom de BraJJac ou Brajjager, parce qu’ils fe tranfportent en facs, à dos d’âne, au port de Brallager, qui eft annexe de Bralîàc à environ deux cents toifès de diftance, & à l’Eft de Bralîàc , fur la rive gauche de l’Ailier ; les chemins en font très-mauvais dans l’hiver.
- La partie de Mine la plus abondante, eft dans le territoire àe Sainte-FlorineJ entre Brajffac>di{ïant àe Sainte-Florine d’environ j'oo toifes à l’Oueft, ScFmgeres;
- Le Charbon n*y eft pas enfoui profondément ; de tous côtés la fuperficie ou les rochers qui y pointent , avertirent de la préfence de ce folfile. Ces rochers jaunâtres, feuilletés, de entremêlés de petites couches charbonneufes, font nommés Taupines.
- Ce terrain contient, entr’autres, les Mines de la Moulliere , à cent toifes de diftance de Bralîàc , les Mines des Lacs> à environ 1200 toifès , & les Chambe-laives ( 1 ) ; le centre de ces Mines eft le champ appellé la Fojje, dont on a, autrefois, tiré du Charbon réputé le meilleur de tout ce quartier. Les autres qui font ou qui ont été en nombre confidérable , ne font que des rameaux qui partent de ce champ ou qui viennent s’y rendre, mais féparés par des Rocs. Les Charbons provenants de ces branches, font d’une qualité différente, & tous d’une qualité bien inférieure à celle de la maîtrelle Mine ; la plupart même pourroient n’être comptées pour rien ; & s’il ne fe fait point de nouvelles fouilles ou de nouveaux travaux qui conduifent à du Charbon de bonne qualité, l’approvilionnement de Paris ne pourra plus compter for cette Province ; on en jugera par l’état que j’en donnerai, après avoir fait connoître la compolition de ce terrain à Charbon, & quelques particularités qui ont rapport à ces Mines.
- La malle qui précédé le Charbon, paroît être compofée des couches fùivantes :
- Immédiatement fous la terre labourable , une couche jaunâtre.
- Couche terreufe , noirâtre, légère, bitumineufè.
- Roc grisâtre , très-dur, de 7 ou 8 toifes d’épaillèur : il eft fujet à former un
- ( 1 ) Toutes les Fofles font diftinguées les unes des autres, ou par le nom de l’Ouvrier qui a çreufé le puits, ou par le nom du champ où cil htuée la Foffe,
- repli £
- p.588 - vue 131/304
-
-
-
- ET DE SÊS MÏNËS, Il PAïf* ^89
- ÿepli, dans lequel le Charbon fe trouve quelquefois ramaffé* Pour exprimer cet accident pierreux , les Ouvriers difent que le rocher fait carpe.
- J'erre noirâtre femblable à la fécondé , mais plus fenfiblement biturhirteufe*'
- Couche fehifieufe, fous laquelle vient le Charbon , dans lequel on diftingue trois membres.
- Le premier Charbon approchant du jour , fè nomme Mine de la découverte t elle peut avoir depuis 15 jufqu'à 25 pieds d'épaiftèur, & eft féparée du membre qui vient enfuite, par un autre Roc argilleux, imprégné de bitume charbonneux * & en conféquence d’une couleur entièrement noire ; fes lurfaces font enduites de vrai Charbon : l'intérieur de cette pierre eft femé de mica, couleur de pyrite * & d'infiltrations Quartqeujes. Ce roc rougit au feu, & y perd entièrement là couleur qu'il avoit d'abord*
- • Le fécond membre de Charbon eft appellé la Mine du milieu: il a à peu-près la même épaifleur que le précédent, eft de même affis fiir un Roc qui tie.it lieu de toit au troifieme membre.
- Ce troifieme membre eft appellé Mine de la Sole, comme les Angloîs appellent Slipper Coal, femelle du Charbon ou Charbon de femelle , la partie la plus inférieure ou la bafe d'une mafle de Charbon. C'eft dans cette Mine de la Sole , que fe trouve le meilleur Charbon appellé Puceau ( 1), qui eft encore fiir un lit de roc.
- La marche de ces membres de Charbon, en longueur continue, eft nommée, par les Ouvriers, la profondeur. Celle que l'on connoît la plus confidérable dans ce canton , eft de 80 bralfes, ou 460 pieds ( 2 ). Pour le préfent, il n'y en a point en exploitation.
- La mafle renfermée entre toit & plancher, eft appellée épaijfeur ; la pour-chafle des routes s'y fait en laiflant toujours 9 pieds du toît, & 6 pieds de travail»
- La mafle confidérée dans fon étendue en largeur, eft appellée longueur.
- Des Mines de Sainte-Florine, il y en a qui font des Roifles, qu'on y appelle droites.
- Il y en a d'autres qui font plateures.
- Quelquefois le Charbon fe préfente en Bouilla£, ce que les Ouvriers nom-* ment Mine en Tay, Mine en tas.
- Le Charbon entrelacé de rochers, eft appellé Charbon F erru, Med jeux*
- Lorfqu'il fe préfente dans la Mine en gros volume fans rocher , on l'appelle Carpe de Charbon.
- On eft dans l'ufàge à Braflac, de n'ouvrir les Mines que dans la fai fon de 1 année où les chaleurs ne font pas fortes.
- Les Charbonniers d’Auvergne font dans l'idée que le temps auquel ils don--nent la préférence pour ce premier enfoncement, eft plus favorable pour les
- ( 1 ) Voyez première Partie , page 74,.
- ( 2 ) La brade eft de y pieds.
- Charbon de Terre. II. Part. K 7
- p.589 - vue 132/304
-
-
-
- 590 DU CHARBON DE TERRE
- mettre à l'abri du mauvais air, quils nomment, en terme patois, Touffe. Cet Article fera difcuté à fa place, lorfque je reprendrai toutes les differentes pratiques de l'exploitation. Je reviens à ce qui concerne les vapeurs des Mines, coiv fidérées dans les Charbonnières d’Auvergne.
- On obferve que plus les Mines ont de puits, plus les galeries font larges & entretenues proprement, moins la Touffe eft dangereufe, & plus elle fe diflîpe aifément ; c’eft pour cette raifon que les Particuliers font obligés de fermer leurs Mines pendant l'été , à caufe du petit nombre de puits dont elles font percées , & de la malpropreté de leurs galeries.
- On a vu dans la première Partie de cet Ouvrage, page 157, les recherches que M. le Monnier , le Médecin, a faites for ces vapeurs dans les Mines de la Compagnie Royale. Voici les expériences que ce Phyficien a tentées pour en reconnoître les* effets.
- » Je hafàrdai d’entrer dans un cul-de-fàc rempli de pouffe ; j’y reliai près d’une » demi-minute, 6c voici ce que j’éprouvai. Je fentis tout aufli-tôt une difficulté ï> de refpirer, comme fi on m’eût ferré fortement la poitrine : le vifàge 6c la » gorge fe gonflèrent confidérablement ; les yeux devinrent cuifimts, & je verfàî » quelques larmes : j’eus des tintements dans les oreilles ; enfin je fortis quand je » m’apperçus de quelques étourdiflements. Quand j’eus refpiré à mon aifo au bas » d’un puits, je commençai à réfléchir fur chacun de ces accidents ; ils me parurent » être les mêmes que ceux qui furviennent quand on s’abftient exprès de refpirer t> en fe bouchant la bouche &le nez. En effet, je me fuis mis auflî-tôt dans cette 5> fituation, & je trouvai une entière conformité dans les effets, à cela près que » les yeux ne me cuifoient pas tant. J’allai porter par hafàrd la lampe dans la » pouffe dont je fortois ; 6c par la lenteur avec laquelle je la vis s’éteindre, je la y> jugeai beaucoup diminuée : les Charbonniers dirent que je l’avois bue ; & j’ap-» pris d’eux qu’en s’obffinant à travailler dans des endroits où il n’v en avoit »qu' une petite quantité, ils venoient fouvent à bout de la boire toute ; mais ils » ne fe hafàrdent jamais à faire cette dangereufo expérience, qu’ils n’ayent aupa-» ravant bien éprouvé avec la lampe fi elle n’efi point trop forte. Etonné de » cette nouvelle expérience, je me fis conduire aufll-tôt à un autre endroit où il » y avoit peu de pouffe : elle n’étoit élevée qu’à deux pieds de terre : mais elle étoit » très-vive ; car la lampe s’y éteignoit comme fi on l’eût foufSée. Comme je ne » courois aucun rifque à caufe de fon peu d'élévation, j’y entrai avec plufieurs » Charbonniers, 8c j’y reftai un bon quart-d’heure à leur faire différentes quef-» tions. Nous avions les jambes & le bas de nos habits dans la pouffe, mais non » pas le refte du corps ; en forte que nous ne pouvions pas abforber la vapeur par » la refpiration. Au bout de ce temps je pofài la lampe dans la pouffe ; elle s’é-» teignit, mais très-lentement. Je la fis rallumer , & je reftai dans la pouffe » encore un quart-d'heure ; après quoi y ayant mis la lampe, elle s’y conferva • fans s éteindre, ni même s’affoiblir. Je me mis enfoite vis-à-vis d'un petit cul-
- p.590 - vue 133/304
-
-
-
- /
- Ef.DË SES M ï N È S, II. Part*
- \ » Je-fac tout rempli de pouffe, 8c qui éteignoit la lampe fort vivement : je yy m’arrêtai direélement vis-à-vis forifice de ce cul-de-fac, en forte que je n’é-*
- » tois pas dans la pouffe , mais je n’en étois éloigné que de deux ou trois pieds ;
- » j’y reliai quelque temps, & la lampe que je tenois dans mes mains s’affoibliA yy foit & alloit s’éteindre, fi je n’eufïè reculé quelques pas. Je rapportai la même » lampe dans le cul-de-fàc, & la poulie me parut confidérablemént diflipée : il » fembloit que nos habits l’euflent attirée. Les Charbonniers m’apprirent à cette *> occafion, que lorfqu ils vôuloient épuifer la poufîe qui les empêchoit de tra-y> vailler en quelqu’endroit , ils mettoient vis-à-vis un grand réchaud de feu qui » la détournoit en l’attirant ».
- L’extraélion fe fait dans toutes ces Mines par puits ou fofes ; le Charbon s’en* leve par fâchées. La machine pour cette manœuvre, confîfle dans une efpece de finge appellé moulinet, compofé d’une manivelle ou treuil, foutenue, à chaque extrémité, par deux perches de 4 pouces de diamètre, & de J pieds de long * pofées en X ; ces deux chevalets foutiennent un axe de bois de 8 pouces de diamettre, 8c de fept pieds de long. Cette piece déborde à chaque bout d’un pied environ ; chacun de ces bouts efl traverfe pat un bâton qui fert de mani-* velle. On attache à l’axe un cable de 4 pouces de diamètre ; à l’autre exrré-mité de la corde, on attache un crochet de fer figuré comme une S, fermé par fa partie fupérieure , 8c ouvert dans l’autre extrémité : la partie qui efl ouverte efl deflinée a embraffer le cable, 8c à former un nœud coulant, dans lequel on met les maffes d’argille que l’on tire de la carrière ; ce crochet fert encore de la même maniéré à former Un étrier , à l’aide duquel on defcend dans la Carrière. Comme la hauteur de l’axe n’efl que d’environ 3 pieds 8c demi, 8c que l’on met l’étrier de niveau à la terre, il faut avoir loin de paffer d’abord la main fous l’axe, 8c former un demi-cercle avec le bras en tenant le cable. Si on tenoit la main par-deffus, on rifqueroit d’être rejetté fur le bord par le mouvement qu’on a donné à l’axe en lui faifant devider un tour de cable. Lorfqu’on a quitté l’axe, on embrafîè le cable avec le bras ; le pied que l’on conferve libre fert, en defcendant, à s’éloigner des parois du puits, contre lefquels on a affez de peine à éviter de fe heurter. *
- Dans le Commerce, on ne diflingue que deux fortes de Charbons, relativement à là qualité.
- La première qualité comprend le Charbon propre aux ouvrages de forges. Sous le nom de fécondé qualité, efl; défîgné celui qui convient feulement aux fours à chaux, & qu’on nomme Chauffine. Le prix efl de cinq, fix, fept ou huit livres la voie. En général, la voie de Charbon d’Auvergne, de bonne qualité, prife au pied de la Mine, du poids de 300 livres , coûte dix à douze livres.
- p.591 - vue 134/304
-
-
-
- DU CHAR BON DE TERRE
- $9*
- \
- FoJJes de Sainte-Florine, de Frugeres Ô* de Brajjac ; prix & qualité
- des Charbons qui en proviennent.
- D e toutes ces différentes fouilles que je vais palier en revue , j ai examine tous les Charbons qui m’ont paru mériter attention, foit par ce que j’en jugeois à l’extérieur, loir par ce qui m’en étoit rapporté d’avantageux. Je rendrai compte, pour quelques-uns , des phénomènes qu’ils m’ont préfentés , pendant leur combuftion.
- J’ai été à même de fuivre agréablement & à mon aife, mes obfervations, mes recherches & mes expériences. M. le Marquis de Braflàc, & M. le Marquis de Pont, Seigneur de Frugeres, que j’ai trouvés alors à leurs terres, m’ont procuré toutes les facilités que l’on rifque toujours de ne trouver qu’avec peine dans des endroits écartés.
- Les folles qui ont été en extraction , Sc qui ne le font plus , foront marquées entre deux crochets.
- Les principales Folfes dépendantes du village de Sainte-Florine, comme la Molliere, les Lacs & Chambelaives, font lîtuées près les unes des autres, au-deflous d’une petite montagne du côté du Nord, à environ une demi-lieue de l’embarquement.
- La Molliere ; la Mine de ce champ eft droite : l’extraétion s’en eft faite pat deux puits ; le premier en retenoit le nom.
- Puits de Vélo, a la Molliere. Le Charbon en eft allez pelant, fe calfo en morceaux allez gros, donne en brûlant peu de fumée jaunâtre, qui exhale une odeur gralTe, fe gonfle & fe colle au feu, fe pourfend, fe réduit en cendres : îl eft propre pour les forges ; mais cette Mine eft prête de finir : il n’en relie plus environ que cent voies en magalin. Le prix de la voie en Fouaye for le port, eft de 12 à r 3 livres.
- Les groflès mottes choilîes au port, dix écus la voie, foivant les làifons, 3 caufe du chemin.
- \_Les Lacs~]. Il y a dans ce canton trois Puits diftingués par leur fituation, en Puits haut, en Puits bas, en Puits du milieu, qui font encore délignés par des noms particuliers , fans compter celui qui fort à tirer l’eau.
- \_Puits haut ou Puits delà tête, nommé Puits Polignac ]. Ce Puits a 2f brafles de profondeur.
- [ Puits bas ou Puits du pied9 nommé la Machine baj]e~\* Il appartient à MJ le Marquis de Pont, & a 200 pieds de profondeur : il eft en extraélion depuis 8 à 9 ans làns interruption. Son Charbon , quoique léger? & ne fe tirant qu’en pouJier, eft bon.
- Il y a une provilion de quatre ans pour le Port. Il fo vend â la Mine 18 livres | fur le port 24 livres, quelquefois moins, quelquefois davantage , félon les làifons. ’ Rendu
- l
- p.592 - vue 135/304
-
-
-
- ^ et DE SES MINES. II. Part. ^3
- Rendu à Paris fans mélange, ( autant quil eft poiïible d'y compter) il ne fo donne guere au-deflous de 44 livres la voie, mefore de Paris.
- £ Puits du milieu , ou Puits de Brajat~\. Il a 180 pieds de profondeur.
- Ces trois puits de la Mine des Lacs, ne font plus exploités : ils donnoient for un même membre de Charbon, & par conféqucnt une qualité à peu-près la même.
- Mes épreuves pyriques, faites au Château de Braflàc, me font fait reconnoître pour un bon Charbon, ainfi que celui du Puits haut.
- Le Charbon des Lacs fe caflè en aflez grofles pièces’: il eft remarquable à (a fimple infpeclion, par la grande quantité d’ochre dont il eft chargé , 8c qui, au coup d’œil, le diftingue de tous les autres. Cette ochre jaune foncée, différé de celle du Charbon du Forez, en ce quelle vife prefqi/à la couleur briquetée.
- Malgré Fabondance de cette terre ochreufe, qui y eft mélangée au point d’entrer pour beaucoup dans fa maffe, il prend flamme affez promptement, en donnant une fumée 8c une odeur graffe : il fo bourfouffle aufli de maniéré à annoncer une bonne quantité de bitume , & pourroit être rangé dans la claffe des Cluttes. A mefore qu’il eft attaqué par le feu, Fécume bitumineufo dont il fe couvre à fa forface, fe charge de cette terre ochreufe, qui alors devient d’un beau rouge de cinabre, entièrement femblable à la poufliere que donne le fol de quelques Mines de Charbon de terre, comme celle de Wintercaftie , près de Caffel.
- En tout, lorfque ce Charbon a paffé au feu, & qu’il eft réduit en braife éteinte, nommée dans le pays Efcarbille, il laifle appercevoir beaucoup de cette terre qu’on n’y découvrait pas avant ( r ).
- Chambelaives, font celles qu’on a travaillées à une plus grande profondeur.
- Haut-Chambelaive, ou Mine droite. Le puits a 200 pieds de profondeur; la veine 600 braffes : en tout 300 pieds, compris le puits.
- Le Charbon en eft bon pour les forges, & même d’une qualité fopérieure à celui du puits Pelo, à la Molliere : ces deux font réputés de la même nature ; ils fe vendent le même prix, & pareillement pour la conduite à Paris.
- [_ Chambelaive du milieu J. On n’a pas été jufqu’au puceau , & il ne s’en tire plus.
- [ Chambelaive le bas~\ ; 70 braffes, 350 pieds ; fojette au feu, actuellement remplie d’eau, & abandonnée.
- La Fojje, centre de toutes les Mines. On a travaillé dans cet endroit il y a environ douze ans, jufqu’à la profondeur de 58 braffes ( 250 pieds) : on y a reconnu une grande abondance de matière & d’eau.
- 1 .[Puits de la Cloche]. Quelques-uns prétendent que fon Charbon approchent beaucoup en qualité de celui d’Angleterre.
- [ Puits du Tambour
- ) Vojer première Partie , page 7$ , l’explication de cette couleur, EARBON DE TERRE. il. Part.
- 1*7
- p.593 - vue 136/304
-
-
-
- 594 DU CHARBON DE TERRE
- 3. [ Puits de la Farge [J, nommé de la Forge, par M. le Monnier le Mede-cin , dans fes Obfervations fur la pouffe ( I ).
- 4. [ Puits du Chenal ].
- 5. [ Puits de la Planche ]|, en patois de la Poix.
- 6. Puits de la Machine bajje , remife en exploitation;
- Les Gourds ou Gorres. Cette Mine appartient aux Dames Bénédictines de Sainte-Florine : elle eft fituée au pied d’une petite montagne , fur la rive gauche de l’Ailier, à un quart de lieue de rembarquement. L'extraCtion en eft pénible, à caufe des eaux, du feu & des rochers. On y extrait le Charbon par deux puits ; le dernier , en extra&ion, eft profond de 45 braffes ( 225 pieds ). Il ne donne que de la chaujjinei
- Sur le Port vaut 8 livres, quelquefois davantage , félon les faifons ; va juf-qu’à 10 & à 11 francs.
- [ La Neuvialle ]. U y a eu en cet endroit deux puits ; l’un qui n eft plus en extraction , 6c que l’on appelloit Mine du pré de Neuvialle , l’autre qui, aujourd’hui , eft auffi abandonné à caufe des eaux, & qui fe nommoit la Neuvialle : il étoit fitué attenant la Molliere, On a été jufqu a 68 brafles ( 340 pieds ) de profondeur.
- Les épreuves pyriques que j’en ai faites au Château de Braflac , m’ont fait juger qu’il étoit de la première qualité : il exhale l’odeur graffe ordinaire au bon Charbon , ne donne pas trop de fumée , & flambe joliment.
- Le prix de ce Charbon , fur le port de Braflàger, eft de 12 livres la voie , comme celui de la Molliere ; rendu & conduit à Paris, aux garres de Paris, il fe donne pour 42 livres la voie , mefure de Paris.
- £ Gromenily en patois Groumeni ]. Cette Mine, appartenante à M. le Marquis de Pons, avoit jf8 braffes ( 290 pieds) de profondeur: elle formoit une carpe de Charbon fans rocher ; la qualité en étoit bonne : mais la Mine eft fùjette au feu : elle va cependant être remifè en exploitation.
- La Poiriere, joignante le Groumeni : profondeur, 30 braffes ( iyo pieds ) ; fur le Port, 8 livres la voie.
- [Commune de Sainte-Florine^9 adjacente au Groumeni: profondeur, 30 braffes (150 pieds ) ; Charbon de la première clafle , exploitée, en différents temps, par les habitants de Sainte-Florine.
- Fondary, auffi de la Commune de Sainte-Florine : profondeur, 30 braffes ( iyo pieds ) ; Charbon médiocre.
- [ La Vitriole ], a commencé à être exploitée en 1769 ; mais elle a G mal donné, qu’on l’a abandonnée.
- Champelat, deux puits en extraction , près Jumeau, fur la rive droite de l’Ailier, à ij cents toifes environ de Braflac, entre deux petites montagnes, à
- ( 1 ) Voy^ première Partie, page 158.
- p.594 - vue 137/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. .IL Part. $95
- environ un quart de lieue de rembarquement, comme la Vitriole,
- £ Les Barrivaux ], à M. de Braflac.
- Grille, au bois de Bergoade , ne donne que de la chauffine.
- Colline de Langeat.
- £ La Baratte ] , profondeur ,58 brafles (290 pieds). Deux membres connus 9 donnant du Charbon de la première qualité : gagnée par les eaux.
- £Les Haires], dans le bois de Bouzole. Elle n’a pas été exploitée depuis 40 ans ; fi profondeur étoit de 30 brafles ( 150 pieds ) : remplie d’eau. Son Charbon étoit de bonne qualité.
- \_Mine rouge ] , dans le même bois de Bouzole: profondeur, 3 6 braffes (180 pieds) ; Charbon de qualité médiocre. Cette Minen exifte plus.
- Il y avoit encore celle de Vergonhon , éloignée d’environ mille toiles de Braflac.
- [ Megecote, Mine qui brûle'].
- Cette Mine, peu éloignée d’un petit chemin , eft une Mine plate, renfermée dans une monticule : elle étoit compofée de trois membres de Charbon de la première qualité.
- Sa profondeur, jufqu’au puceau, eft de 32 brafles, ou 160 pieds: gagnée par les eaux, & même par le feu. On reconnoît fenfiblement des indices de ce dernier météore dans une partie de la côte, ou il y a for-tout deux endroits allez près l’un de l’autre , par lefquels le feu prend jour.
- Ce font deux ouvertures appellées Taupinières ; & quoique médiocres, elles font aifées à reconnoître for le monticule : la chaleur qui s’y porte, occafionne, for toute la terre environnante, une couleur diftinéle du refte ; on diroit que cet endroit vient d’être fouillé & retourné nouvellement : il n’y croît ni plante ni la moindre verdure. Mon thermomètre s’étant trouvé cafle lorlque j’arrivai à Braflac, il ne m’a pas été poflible de reconnoître le degré de chaleur qui s’y fait fontir.
- Mais outre la fumée, très-fonfible à l’œil, qui s’échappe par ces ouvertures de forme irrégulière, la chaleur y eft aflez forte pour qu’on ne puifle pofer la main à l’entrée fins fo brûler : l’odeur de la fumée eft défigréable, & a un goût de moifï.
- Dans les endroits qui avoifînent ces deux foupiraux, les pierrailles & cailloutages étant déplacés, la forface qu’ils couvroient, fo trouve être plus chaude que dans les autres parties expofées à l’air, & 011 il n’y a que du gazon.
- £ Mine de l Orme ] , adjacente à la Mégecote ; trois membres abondants en
- Charbon de la première qualité : profondeur, 22 brafles ( 110 pieds) : remplie d’eau.
- [ Seconde Mine de tOrme ] ; même Charbon : profondeur ,32 bralTes ( 16b pieds ) : noyée.
- p.595 - vue 138/304
-
-
-
- $96 DU CHARBON DE TERRE
- [ Charbonnier ]. La Houille de cette Mine, fituée fer la rivière d’AlIagnon; à environ iyoo toi fes de Braffàc, n’étoit bonne que pour cuire la chaux, & pour le chauffage des Payfims. On n’en tire plus.
- Champ ou Vigne de Madame, Charbonnière prefque neuve, appartenante a M. de Brâffac : on riy a tiré qu’à bras. Il en a été envoyé à Paris, où il a été trouvé bon.
- r [ Mines d’Auçat. ]
- A trois lieues de Braflac, en defcendant l’Ailier, fur la rive droite, au-deffous d’Iffoire , fe trouve un autre quartier de mines à Charbon , qui eft une dépendance de la montagne , fer laquelle eft fitué'le Bourg d’UJJon ; Sauxillariges ^ dont il a été fait mention dans la première Partie, & les Mines Clivantes, font de ce territoire, & défignées fous le nom de Mines d’Auçat.
- L’organifetion des Mines de ce dernier canton , eft très-differente de celles de Braffàc.
- Sous la terre franche, fe rencontre un granité blanc, de 24 braffes d’épaifleur, qu’ils appellent rocher gris. Deflous vient un Roc noir ardoifé, brouillé, de 3 pieds 4 pouces d’épaiffeur. Ce roc fort de couverture à la première Mine, qu’ils nomment petite mine.
- Cette petite Mine eft affile fur un Roc cendré, ondé 8c compaéte, quoique feuilleté , qu’ils nomment Roc de quartier, & qui fert de toît à grande Mine,
- [.La Roche ]. Cette principale Mine eft fituée près d’Auzat, du côté du village de la Roche, à une demi-lieue de l’embarquement ; elle tiroit à un puits : elle a été abandonnée depuis 1768, parce quelle eft embrafée.
- Le Charbon de cette Mine a quelque reffemblance avec celui des Lacs : il le caffe plus menu, & paroît plus fec. En brûlant, il donne à peu-près la même odeur & la même fumée : il dure un peu davantage, fe foutient mieux, & annonce plus de gras : il s’eft recollé, ce que celui des Lacs ne faifeit pas. Il fe vendoit dix livres la voie.
- r Grande Combelle. Son Charbon eft réputé de la première qualité. Pour arriver au puceau de la Mine de la Sole, on a 66 braffes de profondeur (330 pieds );
- [ La Barre ] , avoifîne la précédente ; Ion Charbon eft de même qualité ; mais {àprofondeur de 58 braffes ( 250 pieds) , & l’abondance des eaux, l’ont fait abandonner.
- [ Mine de Vignal] , limitrophe à la Barre : de bonne qualité ; mais elle s’eft perdue dans le fond.
- [ Mine du Rodel ] , attenante à celle ci-deffus : on n a point pu parvenir à une bonne qualité de Charbon, cette Mine s’étant perdue à 50 braffes ( 2yo pieds )#
- Mine de la Font. Cette Mine, appartenante à plufieurs perfonnes , eft de 30 braffes ( iyo pieds ).
- La GourLiere , autrement la Cote de Tanfai : profondeur 3 6 braffes (180
- pieds) •
- p.596 - vue 139/304
-
-
-
- E T DE SES MINES: II. Part. m
- pieds ) : elle ^toit ouverte depuis peu. Charbon de qualité médiocre ; efpece de
- chauflîne.'
- Tel étoit au mois de Mai 1770, l’état des Folles ou Mines à Charbon de la balle-Auvergne, lorfque je les yilitai. Il relie à traiter la partie de Commerce qui y eft relatif, fur le même plan que j’ai tenu autant quil m’a été poflible pour les autres Mines. En conlidérant l’exportation du Charbon provenant des Mines d’Auvergne, je fuivrai ce Commerce en tant qu’il tient à la fourniture de Paris. ,
- Cette exportation, dans un trajet allez long, forme deux efpeces de navigations différentes, dont l’hifloire fera donnée féparément. Je vais faire connoî-tre la première , depuis l’endroit de l’embarquement, julqu’à la jonétion de VAllier à la Loire, Sc enluite jufqu’à Briare. La foconde , fous laquelle je comprends la traverfée du canal, commençant à cette ville, pour faire communiquer la Loire à la Seine par la riviere de Loin, fera partie du Commerce de la Ville de Paris, auquel cette navigation fo rapporte direélement.
- Commerce du Charbon de terre d* Auvergne fur les rivières d9 Allier & de Loire.
- S u 1 v a N t les ordres de Sa Majelté, & par les foins de M. de Fortia, alors Commiflàire départi dans la Province d’Auvergne, l’Ailier a été rendu navigable depuis Brioude, julqu’à Pont-du-Château ou du Châtel, cela en partie des deniers provenants des droits de boite ( 1 ), Sc en partie par les travaux des Marchands , qui ont foin de faire le balichagt Sc nétoyement de cette riviere , ainlî qu’il paroît par un Arrêt du Confeil du 28 Février 1669*
- Mais au premier embarquement à BralTager, cette riviere n’eft point encore aflez forte pour pouvoir être, dans tout le courant de l’année, utile à ce Commerce. Pendant 7 à 8 mois, elle porte feulement des petits radeaux: c’eft à Pont* du-Châtel, proche Clermont, Sc particuliérement à 4 lieues au-dellous de Pont-dü-Châtel, à Marringues, ou eft le port de Vial, que ïAllier commence à être navigable , encore n’ell-ce que dans quelques làifons de l’année, ou plutôt dans les temps de fontes de neiges Sc de crues d’eau ; cette riviere alors fo groffit tellement, qu’elle fo déborde, pour l’ordinaire, vers le mois de Mai fui-vant, & caufe beaucoup de défordres le long de fon rivage.
- Dans fon trajet depuis Brallàger jufqu’à Marringues, il y a beaucoup de paf fages fort dangereux ; toutes les roches que l’on rencontre depuis Pertu julqu’au port de Martre de verre, le Pertuis ( 2 ) du Pont-du-Château, le Rio ou ruif
- ( 1 ) Droit dont il a été parlé fnr la Loire à l’Article du Commerce des filin» de Charbon de Montrelay, page;#, & que les Marchands payent de leur marchandife.
- (2 ) Pertuis,appelle quelquefois Trépas, eft un
- Charbon de Terre. 11. Pan.
- paffage pour les bateaux fur les rivières, ^ où l'ont ferre Sc rétrécit l’eau par une efpcce d’écîufe. Il fe fait en laiffant entre deux batardeaux une ouverture qui fc ferme de différentes maniérés.
- m?
- p.597 - vue 140/304
-
-
-
- 1
- s98 du charbon de terre
- feau de Marioles, font fia jets à occafionner des naufrages , qui renchérirent le Charbon à proportion des pertes.
- Les bateaux pour l’importation du Charbon d’Auvergne fiar l’Ailier, fe confi truifent à Braflàc. Ils ne font que de fapin, arrêté feulement avec des chevilles de bois, & ne fervent que pour un voyage ; jamais ils ne remontent : ils palfent aux Déchireurs, qui les achètent 60 à 70 liv. piece.
- Leur longueur efl: de 7 toifos , c eft-à-dire, de 56 pieds de long ; leur largeur efi de 11 pieds. ^
- Leur premier prix de conftruétion peut être de 160, 170 ou 180 livres; mais cela n’eft point fixe : on les a vus, en 1765, coûter 220 livres ; cela varie en proportion du travail, & félon le plus ou moins de marchandifes, particuliérement en vins qui'defoendent d’Auvergne, & qui, en occafionnant un plus grand emploi de bois, rendent la fabrication plus ou moins chere.
- Chaque bateau, en partant de Braflàger lorfque l’eau efl: médiocre, porte depuis 6 jufqu’à 8 voies ( 1 ) ; fi Feau efl belle, ceft-à-dire, s’il y a une bonne crûe d’eau , on peut bloquer 12 voies : en forte que la charge de trois bateaux ou au moins de deux, chargés à lamefure ordinaire du port de Braflàc, n’en fait qu’un pour Paris , à l’arrivée de Briare; ce qui fait communément 24011 2 J voies, lefquelles 24 voies, mefure d’Auvergne , rendent de 28 à 30 voies, mefure de Paris, fins comprendre dans ce produit celui de lafapiniere : c’eft ainfi que fur la rivière de Loire, on appelle le bateau conftruit en lapin.
- Cent voies du pays donnent à Paris cent-vingt voies.
- On eftime qu’il fort de ces Mines pour cinquante mille écus de Charbon tous
- les ans.
- L’ufage des chargemens pour Paris, efl: de payer au Voiturier la moitié de la voiture avant le départ, & le furplus quand les bateaux font rendus aux garres de Paris. Il en efl de même pour le Charbon du Bourbonnois, qui fuit la même route, de l’Ailier au Canal de Briare*
- Il n’y a pas de Voiturier qui fe charge de conduire la marchandife à forfait.
- Il efl: des temps où ils gagnent cinquante livres pour le voyage de Paris : il en efl: d’autres où ils en gagnent jufqu’à cent : il n’y a rien de fixe fur cela.
- Ce voyage efl plus ou moins long, fiiivant que le temps efl bon , que l’eau efl belle , & que les crues d’eau ne fe font point interrompues. %
- Le Bureau des droits d’entrée & de fortie, efl à Vichy, à 10 lieues au-delîous de Moulins. Le Charbon provenant des Mines de Sainte-Florine, efl exempt des droits d’entrée qui fe lèvent à ce Bureau, Sc de tous autres droits des cinq grofles Fermes à fon entrée dans le Royaume ( 2 ).
- Au-deflous de Nevers, ces bateaux, comme ceux du Forez, du Bourbonnois , & autres, deftinés pour Paris, entrent en Loire à un endroit appelié, à
- (1) La voie ou mefure de Braffac, forme (2 ) Suivant les Arrêts du 29 Juillet 16/9 >27 trois mille cin<i cents pefant. Juin 1672, & 13 Septembre 1690.
- p.598 - vue 141/304
-
-
-
- E T DE SES M I N E S. IL Part. caufe de la jonélion de l'Ailier avec cette riviere, Bec d3Allier, qui fe prononce Bè d9 Altier.
- Cette rivière , la plus grande des rivières de France, a, comme l'Ailier, fes défàvantages ; c'eft une elpece de torrent qui fè déborde fouvent, & qui, dans Tété, n’eft point navigable à caufe des fables.
- Ce ne font point les feules difficultés que le Commerce éprouve fur la Loire ; il s'y exerce un nombre excefîif de droits, fous prétexte de maintenir fà navigation, mais en réalité pour ruiner le Commerce : indépendamment des deux droits dont nous avons parlé , page 545 , on compte au moins une trentaine de péages qui s'y font introduits, ainfi que les droits de Ample, double , triple cloi-fbn , établis anciennement pour l'entretien des fortifications de la Ville d'Angers. Le Rédacteur de cet Article, que nous empruntons de l'Encyclopédie ( 1 ), ajoute qu'on n’en peut guere voir de plus cheres ni de plus mauvaifès , fuivant ce qu’aflure un homme éclairé.
- La Loire cependant ne laifïe pas que d’être très-favorable pour exporter les Charbons & autres marchandifes, dans un trajet de plus de 1^0 lieues, depuis le Bec d'Allier, pour en procurer, comme on l'a vu, en Anjou , &c. après avoir traverfé la Charité dans le Nivernois , Coîhe dans l'Orléanois , Celle 8c Neuvy dans le Gâtinois , 8cc. Je ne parlerai que de la navigation des bateaux Charbonniers par le Canal de Briare, en faifant connoître ce commerce pour Paris. Je vais, pour le préfent, terminer ce qui a rapport aux Mines de Charbon en France, par quelques éclairciflements dont j'ai eu occafion de m'af-furer touchant celles que l'on croyoit fe trouver dans rifle de France, 8c par le Réglement qui concerne ces Mines.
- Isle de France.
- Recherches faites en 1771, dans les endroits qui ont été fouillés près de Noyon , pour trouver du Charbon de terre.
- I l a été parlé, dans la première Partie de cet Ouvrage, d’une Mine de Charbon découverte aux environs de Noyon : voyez page 16$ ; j'ai donné auffi la note des couches qui fe font rencontrées dans la Seigneurie de Fretoy, 8c fous lefquelles on avoit prétendu trouver un vrai Charbon de terre; l'échantillon qui m'en a été remis efl: de très-bonne qualité. Avant d'entrer en matière fur ce qui
- ( 1 ) Je trouve dans le même Ouvrage, Sc d e rnêrne, au mot Loire , Tome IX , page 67 1 eclairciffement que je n’avois pu avoir fui droit de Boéce. Il y eftobfervé que ce Droit « Marchands fréquentant la riviere, a été éta iolemnellement à Orléans, pour le balavagt curage de la riviere, dont on ne prend aucun fc malgt© les éloges de ce curage, faits par le
- Piganiol de la Force; mais qu’en revanche (au dire plus véritable de l’Auteureftimable des Recherches fur les Finances), une petite Compagnie de Fermiers y fait une fortune honnête,. ce qui mérite l’attention du Confcil, foit à raifon du produit, foit à raifon des vexations qu’elle exerce fur le Commerce.
- p.599 - vue 142/304
-
-
-
- I
- 1
- yewtæj
- tfoo DU CHARBON DE TERRE
- regarde cette prétendue Mine de Charbon, il eft à propos de donner ici l’hif. toire de la façon dont ces échantillons étoient parvenus à M. Sage, aujourd’hui de l’Académie des Sciences, & de qui je les tenois.
- Ce Chimifte étoit en correlpondance avec M. Caillet, Notaire à Noyon, qui le plaifoit à rafiembler les curiofités naturelles des environs de cette Ville ; les échantillons que j’ai décrits, comme provenants tous, {ans exception, de Fretoy, avoient été donnés pour tels à ce dernier , par une perlonne qui avoit été chargée de faire des remuements de terre dans le potager de Fretoy.
- Lorfque cette fuite me fut remife par M. Sage, il y avoit déjà plufieurs années quelle étoit paffée en différentes mains. J’avois fait demander en conféquence par M. Caillet ( vivant alors ), des détails circonflanciés fur cette fouille. Le même Particulier, habitant de Noyon, & qui favoit conduite, les avoit fournis fans varier fur aucune circonftance ; le Charbon joint aux échantillons étoit toujours cenfé avoir été rencontré fous une couche de l’eljpece commune en Picardie , Sc que j’ai décrite , par cette raifon, page 16j. Un nommé Danois, Maréchal au Fretoy , avoit fait ufage de ce Charbon à la forge.
- La fouille faite dans un autre temps ( dont je parle à ce même Article ) , Sc dont on afluroit que le Charbon avoit été reconnu de bonne qualité, en écartant tout foupçon d’infidélité & de déguifement dans cette relation , achevoit naturellement de faire regarder plus que poffible la réalité de cette rencontre de
- \
- Charbon dans un autre quartier voifin du premier.
- Il eft fort inutile de s’étendre beaucoup fur les avantages immenfès qui réfulteroient de l’ouverture d’une Mine de Charbon de terre à la proximité de Paris. Cette Capitale, pour toute la confommation de ce genre , eft, jufqu’à préfènt, obligée, comme on l’a vu , de tirer le Charbon de terre de trois Provinces fort éloignées, dont l’une ne pourra peut-être plus fournir dans quelques années , dont une des deux autres n’a qu’une bonne carrière ; la communication de ces trois Provinces avec la Seine, eft très-peu libre ; la navigation de la rivière d’Allier n’a pas lieu dans toutes les fàilons, & eft fujette à beaucoup de dangers ; les crues d’eau nécefîairés viennent irrégulièrement , & ceffent quelquefois tout-à-coup ; les bateaux font alors des mois entiers à attendre le moment favorable pour partir.
- La navigation du canal de Briare a aufîi des temps bornés ; les frais d’exportation font confidérables : de-là le prix du Charbon de terre foflîle, indifpenfible-nient néceffaire pour les ouvrages en fer, dont il fe fait une prodigieufè quantité dans une ville telle que Paris, eft, depuis une vingtaine d’années, devenu prefqu’exorbitant.
- On juge d’abord de l’importance du deflèin que je méditois , de m’aflurer de la vérité du fait : une Mine à la portée de la rivière d’Oife, préfèntoit d’abord une modicité remarquable dans les frais de tranfport, fource du bon marché dont, en conféquence , eut été la denrée elle-même*
- La
- /
- p.600 - vue 143/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. il. Part; 6ot
- La qualité du Charbon qui accompagnoit les échantillons dü Fretoy , promettoit un avantage plus précieux encore, relatif à une circonftance particulière ; les Entrepreneurs du nouveau chauffage économique , avec le Charbon de terre apprêté à la façon Liégeoifè , ne s’étoient point apperçus de l’obftacle infùrmontable que la cherté du Charbon de terre, au port de Paris , mettoit au foutien de leur nouvel établifîèment.
- Cette difficulté fe trouvoit comme nulle, moyennant cette nouvelle four-5 ce ; 8c à juger du débit qu'a eu Cette préparation pendant trois ans, quoiqu’an-noncée uniquement le jour de l'ouverture de la vente , il y a toute apparence que cet ufàge fè feroit maintenu dans la Capitale, où il n’auroit pu que s’accréditer d’année en année, s’introduire dans les Manufaélures, dans les Hôpitaux , & être préféré au feu de bois par les Etrangers accoutumés à ce chauffage, & on lait que ces derniers font toujours en grand nombre dans une ville telle que Paris.
- Cette confidération étoit remarquable en un point 9 qui n’étoit pas le moins important ; le Charbon donné pour être fuite des échantillons, ne fè trouvoit qu’à 20 pieds environ de profondeur : il ne s’agifloit donc plus après être tombé fur cette partie, que de s’aflùrer de fbn allure & de fbn pendage pou* l’attaquer favorablement*
- De cette certitude de rencontrer fans peine le Charbon, il en réfidtoit qu’il n’y avoit pas à craindre de fouille coûteufe , ruineufe & infruétueufe ; ces rifques que l’on fait être ordinaires dans toutes les entreprifes naifïantes f difparoifloient dans le moment même du travail, pour ne faire voir du premier coup d’œil que la prompte rentrée des dépenfes premières; elles fe trou voient en peu de temps remplacées par des bénéfices confidérables , 8c d’autant plus affurés que la moitié au moins du commerce de Charbon de terre pour Paris fe feroit tourné vers cette Mine, plus heureufement fituée pour cette Capitale , que celles du Forez, de l’Auvergne & du Bourbonnois.
- Ainfi la certitude de la préfence du Charbon , fa qualité décidée par l'échantillon , la facilité de fe procurer les bois , les briques 8c autres matériaux né-ceffàires, donnoient les plus belles efpérances fur un travail à entreprendre au Fretoy ; je m’étois propofé de conftater par moi-même ce qui étoit capable d’en aiïùrer la réufîite. Autant j’étois jaloux de fàtisfaire ma curiofité , autant je trouvai M. le Comte d’Eftourmel, emprefle à faire le bien de fa Province,, à laquelle cette recherche définitive ne pouvoit manquer d’être du plus grand avantage , dans le cas, où elle fe termineroit par rencontrer du Charbon de terre : il voulut bien fe prêter à tout ce que je crus néceflaire. Muni des fubftances qui avoient palfé entre mes mains , & des lettres de M. Caillet, écrites fous la diétée du particulier qui les lui avoit remifes, je me tranfportai au Fretoy ; j’y ai fait fouiller précifément à l’endroit indiqué pour être celui d ou provenoient les couches de terre & le Charbon* M* le Comte d Eftourmel, Charbon de Terre. II. Paru N 7
- p.601 - vue 144/304
-
-
-
- tfoâ DU CHARBON DE TERRE
- & plufieurs Ouvriers qui avoient été employés à cette fouille , reconnurent Tendroit pour être le même ; l’eau me gagna d'abord, comme je m’y étoîs attendu, par ce qui étoit porté dans la relation ; cet embarras fut d autant plus confidérable , que ma fouille donna dans une fource perdue par les anciens travaux fur lefquels je me guidois ; malgré la force de l’eau , qui regagnoit îe niveau du terrein, & combloit ma fofîe , je parvins à un épuifoment qui me permit d’y defcendre, tout fe trouva conforme à ce qu’annonçoient les détails des lettres , excepté l’eflentiel, fàvoir, le Charbon de terre , qui ne s’eft jamais trouvé dans cette fouille : je puis aflurer que ce feroit en pure perte que Ion voudroit s’obftiner à en chercher au Fretoy » Sc dans les cantons voifins.
- En allant à la recherche de ce qui avoit pu engager à ajouter à ces échantillons , appartenants véritablement à cette fouille , du Charbon de terre qui n’a jamais été trouvé avec eux , l’hiftoire fe réduifoit à une affaire d’entêtement de la part du Particulier chargé de travaux dans le potager du Fretoy ; il avoit trouvé en fouillant, une terre turfacée inflammable, de la même nature que celles qui font connues dans le même canton , à Beauvais, à Ogno-les, à Suzy, le long des bois des Avouris, à Itancourt, à Jufly , à Lambais, près l’Abbaye de Homblieres, & autres dont j’ai parlé, page i6j , de la première Partie.
- Faute de connoifîance fiir cet objet , ce Particulier s’étoit perfuadé quil devoit fe trouver aufîi du Charbon de terre ; il avoit fait, fans la participation & même contre le gré de M. d’Eftourmel , des fouilles multipliées de côté & d’autre , efpérant toujours parvenir à ce qu’il cherchoit mal-à-propos : pour rendre fà conduite excufable, Sc amener M. d’Eftourmel à lui permettre la continuation de fos fauffes perquifitions , ou fe juftifier de fon opiniâtreté , il avoit fans doute imaginé le moyen très-facile de prendre du Charbon de .terre chez le premier Maréchal, Sc de le préfenter devant une compagnie nombreufe , comme venant des différents remuements de terre , qui lui avoient mérité des reproches. Ce menfonge de fait Sc de parole , dont le Particulier n’avoit pas fans doute prévu les conféquences, pour d’autres qui auroient ajouté foi à fà découverte , devenoit le fondement d’une tradition relfem-blante à la vérité ; par les circonftances que j’ai obfervées, elle étoit capable d’induire en erreur, & de donner un jour lieu à des recherches ou à des tentatives qui n'occafionneroient, à ceux qui auroient l’imprudence de s’y abandonner , que des dépenfes au moins inutiles. J’ai cru dans le temps devoir publier le réfultat de mon opération : j’ai envoyé à la Gazette d’Agriculture Sc du Commerce , & à divers Papiers publics , un avis fur cela.
- Je n’ai pas manqué de profiter de l’occafion de ce voyage , pour aller aufli vîfiter l’endroit où l’on a fouillé en 1740 , pour trouver du Charbon de terre; c’eftau village de PaJJel) ayant d’arriver àNoyon, en venant de Paris , p^s
- p.602 - vue 145/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Part. 605 de Chirly : fendroit eft un chemin enfoncé , appelle par cette raifon , la Renardière : j’ai bien apperçules marques,les vertigesd’un bouleverfoment confi-dérable de terre ; mais dans tous ces débris, je n’ai reconnu aucune fubftance approchante de celles qui ont coutume de le trouver avec le Charbon de terre ; & je doute très-fort que ce qui en a été tiré , en {bit véritablement ; je foup-çonne plutôt que ce pourroit bien n’être que de ces mêmes fubftances inflammables , connues dans ces quartiers , & qui n’ont avec le Charbon de terre rien de commun que la propriété un peu combuftible, & le nom de terre Houille, terre de Houille, parte en ufàge dans quelques endroits où on les tire : ces termes néceflàirement adoptés dans un Ouvrage de conféquence (1) font cependant capables d’induire en erreur fur les Tourbes, les Houilles, & fur ce que l’on doit appeller Terroules, qui ne fe reflemblent nullement.
- En effet, la mafle de ces Tourbières , dont la fouille eft aflùjettie à l’Article I du Réglement de 1744 , ne tient rien de métallique ; là difpofition par lits étendus ne préfènte aucun caraélere qui puifle les faire ranger dans la clafle des Mines : leur utilité fe réduit à être fubftitué pour l'engrais des terres aux cendres de Charbon de terre qui fe tiroient de Mons, à celles des Tourbes de Hollande , connues fous le nom de Cendres de Mer , 8c à celle des Tourbes de Rumigny, près Amiens.
- Ce font aufli de véritables Tourbes, qui, parce qu’elles font enterrées à une plus grande profondeur que celles connues généralement, ont acquis une qualité particulière , mais qui différent en tout de la Houille , autrement dite Charbon de terre ; elles ne méritent pas davantage le nom de terre Houille , donné à une efpece de Houille foible , ou au foppement des veines de Charbon , puîfque jufo qu’à préfont il ne paroît pas qu’elles indiquent le voifinage de la vraie Houille % 8c c’eft mal-à-propos qu’on les nomme Cendres de Houille.
- L’ignorance en fait de plufîeurs chofos eft aflez indifférente, tant qu’elle n eft le principe d’aucune aétion ; il n eft point du tout néceflaire au général des hommes de fe connoître dans ces différences ; il n’eft cependant que trop d’exemples de mauvaifes fuites de l’ignorance ftir ces objets.
- Le dol d’efpece finguliere, tel que celui de l’habitant de Noyon pour la fouille du Fretoy , qui n’avoit pris fà fource que dans l’entêtement 8c l’ignorance , fans aucune mauvaifo intention, n’en eft pas moins dangereux pour les fuites ; ce n’auroit pas été pour la première fois qu’on auroit vendu ou acheté chofe qui n’exifte point : on a vu, il n’y a pas long-temps, former une Compagnie pour une Mine (qu’on annonçoit produire or & argent), qui produi-foit à peine , à grands frais , du cuivre.
- Le Marcafïite examiné par feu M. Hellot, donnoit de l’or en aflez grande quantité; on le difoit venir d’une Mine de France; rien ne paroifloit moins équivoque; on montroit en même-temps des boutons d’or extrait, foi-difantj,
- (1) Dictionnaire Encyclopédique „ Tom,8,page 323 % au mot Houille,
- p.603 - vue 146/304
-
-
-
- go4 DU CHARBON DE TERRE
- de cette Mine de France. En conséquence d’une conceffion obtenue , tous les aétes de Société annonçoient pofitivement une Mine dont on deyoit tirer huit cents onces d’or par mois, au titre de dix-huit karats : on portoit même la dé-dararion à deux cents quintaux au moins de minéral d’or, chaque mois : à peine en avoit-on tiré quelque cuivre qui ne valoit pas la façon.
- Toute la fafcination venoit d’une matière jugée effeélivement par le lavant Académicien : Ses rélultats étoient juftes ; mais il eût fallu, avant de s’intéref-ler dans l’affaire , confiâter que ce qui avoit été trouvé tel par les recherches Chimiques, venoit réellement de l’endroit défigné, & c’eft ce qui n’avoit pas été fait. On croit ordinairement procéder avec Sûreté , en allant Soi-même fur les lieux ; cela n’inftruit de rien de ce qu’il conviendroit lavoir , fur-tout lorsqu’on n’a que de l’argent & point de lumières à mettre dans une affociation de ce genre.
- J’infifte fur ce fait très-extraordinaire , pour montrer que , lorlqu 'il s’agîc de s’aflocier dans des entreprifès de Mines , il y a plus de précautions à prendre qu’on ne Se l’imagine, Sc qu’on ne doit pas négliger d’acquérir par foi-même des connoifïànces qui peuvent mettre à l’abri de méprilès défagréables. Dans cette vue , je vais Satisfaire à la promeflè que j’ai faite page 498 , au Sujet de la Houille prétendue de Morteau, en Franche-Comté.
- Remarque fur les fubflances FoJJïles , appellées Charbon minéral , Charbon foffile , Terroule , Tourbe, & autresJujetes à être prifes pour du Charbon de terre.
- I l eft deux maniérés de le méprendre fur cet objet : l’une très-ordinaire aux perfonnes qui n’ont jamais eu occafion d’examiner attentivement ou de voir de ces matières, de les difcerner, de les comparer , prend là fourcô dans l’idée qu’on s’eft formée , que ces différentes fubflances lont les mêmes £ de maniéré qu’on attache à ces dénominations la même lignification.
- L’autre confifte à juger Charbon de terre, une matière qui en approche j mais qui réellement n’en eft point : quant à la première façon de Se tromper , il Suffit d’en être prévenu ; & en voyant du Charbon de terre auprès des autres matières , lur lefquelles on le feroit laifte impolèr par les noms, on re-viendroit promptement de l’erreur.
- On eft obligé de convenir que quelques-unes des dénominations Françoilès, telles que Charbon fojjîle , Charbon minéral, données indiftinélement au Charbon de terre & à des fubflances qui n en lont pas 9 ne lont propres qu’à produire cette erreur.
- S’il n’y avoit en foflile que le Charbon de terre dans lequel on reconnût la couleur extérieure & les propriétés des bois à demi-brûlés , ces expreilions Charbon jojfïle , Charbon minéral, & Charbon de terre, pouroient être adoptées,1 fans jetter aucune confufion dans les idées ; mais on voit, que par la premiers
- 7 dénomination *
- \
- p.604 - vue 147/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Part. 6o$
- dénomination , la Houille ou Charbon de terre fera confondu avec de vrais Charbons fofliles, qui ne font que du bois pourri, & qu’on prendroit pour Charbon de terre : il s’en eft rencontré de cette efpece , en fouillant le puits de l’Ecole Royale Militaire , dans plufieurs couches de glaife ardoifée, au-def* fous de 24 pieds de profondeur. (1)
- On lait que les Charbons de bois font incorruptibles : par cette raifon, ils fervoient autrefois de bornes pour les jurifdiétions & héritages, & on les met-toit bien avant dans la terre (2) ; des tas de Charbon véritable , qui le trouveraient ainfi enfouis dans des époques plus reculées que de mémoire d’hom-mes , ne pouvoient-ils pas être défignés mal-à-propos par l’expreffion , Char-* bon fojjile , qui, alors , donnerait faulfement l’idée de Charbon de terre?
- En le rappellant quelques Mines combuftibles dont il a été fait mention , page 446, de quelques Charbons de terre, appellés Lithanthrax metalhfamm , Lithanthrax larvatum, Lithanthrax ligneum , pag. 44^-449 , le nom de Char** bon minéral, ne paraît pas plus propre à défigner le Charbon de terre; puif qu’alors ces efpeces feraient confondues mai-à-propos avec le Charbon de terre , qui ne doit préfenter à l’idée qu’un foffile, dont la bafe minérale eft uniquement bitumineufe & faline.
- L’autre maniéré de fe tromper fur le point dont il s’agit, eft plus grave Sc plus férieufè , parce que la fauflè opinion que l’on prend, eft fondée fur des apparences extérieures, qui, par une forte de relfemblance , autorifent une illufion dont il n’eft pas fi facile de fe déiàbufer.
- Parmi les différents foffiles , qui, par leur état diverfement bituminifé, ont effectivement une forte d’analogie avec le Charbon de terre , il y en a un entre autres qui paraît très-fujet à entraîner cette méprife , lorfqu’on vient à en découvrir ; c’eft le Holt^-kohlen, ou Charbon de boisfojjile. Dans la première Partie de mon Ouvrage, je fuis entré dans un grand détail fur cette fubftan-ce , afin de mettre les Naturaliftes à portée de la ranger dans la claffe qui lui appartient. Le point de vue différent fous lequel j’envifage le Charbon de terre dans cette fécondé Partie, doit renfermer toutes les précautions & les attentions qui peuvent arrêter des entreprifes difpendieufes & infruétueufes ; & comme ce Holt^kohlen fe découvre de temps en temps dans plufieurs Provinces, on jugera à quoi s’en tenir fur cela, en fe rappellant que dans les defcriptions que j’ai données de ces Mines , j’ai fait remarquer deux couches , une que l’on nomme communément Charbon de bois , cette partie dure, végétale , n’étant point altérée ; & une autre qui eft purement terreufe. La première eft fouvent mêlée de portions confidérables , que l’on pouroit appeller Charbon de bois jayeté, & qui eft dans le cas d’être aifément regardé comme Charbon de terre , mais qui ne peut abfolument être rangé dans cette clafle.
- CD Voytx les Mémoires de l’Académie des Sciences, pour 1 année 175*3 » page 70.
- (p.) Us fe confervent en effet fi long-temps ,
- Charbon de Terre. II. Pan.
- qu’on en trouve de tout entiers dans les anciens tombeaux des peuples du Septentrion*
- o 7
- 1
- p.605 - vue 148/304
-
-
-
- 6oS DU CHARBON DE TERRE Je ne doute point que dans plus d'un endroit où l’on prétend avoir trouvé du Charbon de terre , la découverte ne fe réduife à un banc de cette natu-’ re. (r)
- La fubftance terreufe eft la plus remarquable de cette bande ; elle donne, à mon avis, le caraétere de ce banc végétal enfoui fous terre, Sc qu aucun de ceux qui ont écrit for la Minéralogie n a défini exactement : c eft une tourbe [oophy-teufe , ( voye£ page 8, ) alliée au bitume limoneux appellé Maltha , & que les Allemands , à caufe de fon odeur puante , nomment Tcuffels-Dreck , Stercus diaboli minérale, voyez pag. 2 y de la première Partie.
- M. l'Abbé de Sauvages,dans une Deforiptionfommaire qu'il a donnée d'un banc de cette elpece, dont j'ai parlé à l'article du Languedoc , pag. J30 , (2) eft l'Auteur qui a le plus approché des points caraétériftiques for lefquels doit être fondée la diftinélion dont je parle : il remarque, entre autres choies, que cette elpece de Charbon luifont eft d’un tiffu continu, ce qui fait la différence principale de ce qu’on appelle proprement Charbon de terre : il eft ainfi plus lui-font & plus pefont ; mais en obfervant que ce Charbon fojjlle, qu'il a d'abord appellé Charbon de pierre, ne doit pas être confondu avec le Charbon de terre , il jette dans l’idée de ceux qui n'auroient pas fur cet objet des connoiffances précifes, toute robfcurité dépendante de l’équivoque de ces expreffions. Depuis la publication de la première Partie de mon Ouvrage, il m'a été envoyé de quantité d'endroits de ce Holtz-kohlen : ces échantillons m'ont donné oc-cafion d’examiner avec foin ce foffîle , Sc m'ont confirmé dans l’idée que j’ai avancée page 6 fur ce bitume groffier , en le regardant comme un genre décidé de tourbe , qui eft le paflage de tourbe au Charbon de terre, & que j’ai appellé Charbon de bon tourbe, pour le diftinguer Sc de la tourbe proprement; dite , Sc des autres bois foffiles, diverfement altérés ou bituminifés. (3)
- Les terres tourbes, dont il y a beaucoup d'elpece , font encore fojettes à tromper. Il eft très-commun de rencontrer des perfonnes qui n'ont jamais exa** miné aucune de ces fobftances, Sc qui prennent cette Terroule improprement dite, des environs de Laon Sc de Noyon, & même de la Tourbe, pour un faux Charbon de terre ou pour - de la Houille j qui alors eft jugée être une fubftance différente du Charbon de terre , comme je le ferai voir dans les Mé-^ moires for la nature, les effets , propriétés Sc avantages du feu de Charbon de terre.
- L'application afifez générale de la Tourbe à plufîeurs ufoges auxquels on emploie le Charbon de terre , a fuffi dans l'idée de beaucoup de perfonnes, pour confondre ces combuftibles bitumineux ou folphureux, qui font fort différents : la chofe eft d’autant plus aifée , qu’il fe trouve des Tourbes lourdes,;
- (1) /bbôresfubterraneæcarbonariœ. Waller. ( 3 ) On pourroit le définir enlatin 9 Arbores
- (2) Mémoires de P Académie des Sciences , fubterraneœ carbonariæ , igné fretentes, année 17^6, pag. 720,
- /
- 1
- p.606 - vue 149/304
-
-
-
- ET D Ë SES MINESII. Part, goj
- noires , donnant un feu vif, long, Sc en brûlant un mâche-fer très-femblable à celui des forges des Ouvriers en fer. (r)
- Au reftc, futilité de la Tourbe dans les Pays qui manquent de bois & de Charbon de terre, fexemple des Hollandois, qui fo fervent du feu de leur Turf pour leurs cheminées , pour faire le pain Sc la bierre ; Celui des Suédois qui emploient une Tourbe pour chauffer lacier ; les fours à chaux des environs de Montreuil en Picardie , la montre qui en fut faite avec foccès à Paris , en r66$ ; les épreuves de feu M. Hellot, en 1749, (2) fur les tourbes d’Efcar-chou près Villeroy ; les expériences de M. Fabio d’Afquino, (3) faites dans le Frioul en Italie, fous les yeux des Grands & du peuple , qui fe font convaincus unanimement des avantages de f emploi de cette production dans les foyers domeftiques Sc dans les fourneaux des Arts, paroiffent devoir encourager à rechercher davantage dans les Provinces, & des Tourbières Sc les préparations qu’on pouroit faire de la Tourbe, pour rendre ce combuftible d’un ufàge plus général, plus commode Sc plus diverflfié ; foit pour le chauffage , en la foulant , la paîtriffant à la maniéré des Hollandois Sc des Flamands ; en la mettant en hochets, comme à Liege, au Hainaut François , on prépare le Charbon de terre ; foit pour le traitement des Mines de fer, en dégageant la Tourbe de fon acide. Ces eiïàis Sc d’autres ont déjà été propofés Sc tentés ; on peut le voir dans les Effâis d’Edimbourg , Sc page 115 , de Swedemborg. (4)
- La différence du bois à la tourbe, pour faire un feu égal, n’eft pas bien confidérable. Suivant les expériences de M. d’Afquino , elle n’eft que de neuf à onze , c’eft-à-dire, que onze pas cubiques de tourbe, ont donné le même feu que neuf pas cubiques du meilleur bois.
- Le moment du befoin arrivé, ces tentatives pourront être perfectionnées ; mais avant tout, il ne faut point regarder indiffinétement les différentes Tourbes comme les mêmes, ni croire qu elles réuflïroient fans choix à cuire les pierres à chaux quelconques, ou au traitement des Mines de fer auxquelles on les croiroit favorables ; il riy a qu’une étude comparée de ces différentes efpeces qui puiflè conduire à ces découvertes intéreflantes. Pour aider à fixer les vues fur ce point économique , voici les variétés de Tourbe, connues par les Naturatifies.
- La Tourbe peut être divifée fuivant qu elle eft plus ou moins bitumineu-fe, ou plus ou moins mêlée avec d’autres fubftances des trois régnés, ou qu’elle eft plus ou moins fuperficielie.
- ( 1 ) Celle de Brunneval, ParoifTe de Marieront & de Becquet, près de Beauvais, font de ce genre. Voyez pag. 392 du Mémoire de M. Guettard , fur les Tourbières de Villeroi, dans lequel on fait voir qu’il feroit très-utile à la BeauiTe qu’on en ouvrît dans les environs d’E-tampes. Mémoires de i’Acad. des Sciences , année 1761.
- (2) Traité des Tourbes combuftibles. Paris,
- «663. in-%°,
- (3) Pifcours Italien ayant pour titre : Difcours fur la découverte & VuJ'age de la Tourbe au défaut du bois , prononcé le 3 Janvier 1770 , dans la Société d’Agriculture pratique d’Udine , par M. le Comte Fabio d’Afquino, Secrétaire de ladite Société. A Udine , chez les Frere$ Gallici, 1770 , grand in-folio.
- (4) Tome II , faifant fuite de l’Art des Forges & Fourneaux à Fer. Seiïion pag, 1 iy.
- /
- p.607 - vue 150/304
-
-
-
- 6oS DU CHARBON DE TERRÉ
- M. d’Afquino, en diftingue trois efpeces, fous lefquelles il comprend des fous-divifions.
- La première eft appellée Humus poreux , limon , terre fangeufe , terre vé-gêtale aquatique , terre des marais £i) ; & en effet, la plupart des terreins marécageux, font des Cefpes bituminofus , propres à faire de la Tourbe.
- Telle efl: la Tourbe limoneufo du Brabant, qu on brûle auffi en Hollande;
- elle fe trouve en général à i$ ou 18 pieds de la furface de la terre , mais
- %
- toujours placée horizontalement & par couches, comme toutes les fubftances inflammables du régné minéral.
- Cette première Tourbe fo divifo, en Tourbe limoneufe, (a) légère 9 po-reufè, & facile à s'allumer; c’eft la plus commune en Hollande; en Tourbe: limoneufe fœtide, compaéle, qui s’embrafe difficilement, & pétille en brûlant (3) : c’eft la Tourbe de Zélande , appellée Darris par les Hollandois : comme elle fe trouve au voifinage de la mer, ilpourroit fe faire que le mélange de fel marin 8c de fubflances animales putréfiées , fût caufe de fos mau-vaifes qualités : c’eft cette efpece dont j’ai parié page 2j de la première Partie , 8c que j’avois pris, d’après Libavius , pour du Charbon de terre.
- Enfin la troifieme fous-divifion , efl la Tourbe pefante & Jablonneufe , difficile à s'allumer, mais fou tenant long-temps le feu, comme le Charbon foflile ; (4) les Suédois l’emploient pour travailler l’acier; elle comprend fous elle une autre terre bitumineufe en pouffer e , de Suede & de Ruflie (j).
- La féconde efpece de Tourbe qui mérite proprement ce nom, & la meilleure de toutes , efl: celle qui eft tellement entrelacée & chargée de racines de plantes non décompofées, quelle femblen’être formée que de ces végétaux qui ont retenu du limon : Tourbe proprement dite, ou Terre végétale des vallées <*) ; elle couvre la forface du terrain ; fà couleur eft entre le noir & le brun j elle fe réduit en cendres fans donner de Charbon : comme terre, c'eft la feule qui ne fe gonfle pas dans l’eau ; comme Tourbe, c’eft la feule qui fe reproduifo dans les endroits d’ou elle a été tirée.
- Suivant les calculs les plus exaéts, un champ de n^o perches quarrées, peut donner environ mille pas cubiques de bonne Tourbe ; 8c après une certaine révolution d’années le champ fe rétablit dans fon premier état. Quelquefois elle porte une dofo fonfible de bitume, & elle forme une variété (7)-
- ( I ) Terra Carbonaria quibufdam^ Humus limofa; Humus vegetabilis aquatica ; Linn. Humus vegeta-bilis lutofa, Waller. Humus uliginofa ; Humus paluf tris ; Cefpes infammabilis ; Torvœna , Libavii. Lu-tum; Turfa Au&orum. Turf a lutofa; LimofaTerra; Gltba pinguis £r fulphurea,Ch2emaLTraël. de infirm. Janit. tuendâ ; Angl. Dorfæna ; Turf ; Dry-Turf ; Lancashire MoJJè ; Batav. Torf-Vœna, du nom des endroits d’où elle fe tire, appellés Venen.
- ( 2) Humus palujlris igné nonfœtens. Waller. (3) Humus palujlris ignéfætens. Waller,
- ( iO Turfa limoja atra j Humus palujlris nigrat
- Waller. Humus atra palujlris , feu paludofa, Woîfîerd. Humus limofa aquatica ; Cartheuf.
- ( 5 ) Terra bituminofa humacea, Waller.
- (6) Turfa vegetabilis ; Humus paludofa, radicibus intertextis , Linn. Humus vegetabilis , turfaceo-ji-brofa, Waller. Humus denfa radicibus vix mutatis intertexta ; Cartheuf, Cefpes ; Turfa ericea ; Cefpes bituminofus ; Carbonaria terra è cefpitibus , Kent-' mann. Mottenœ , Libavii.
- (7) Appellée par Wolfterd , Bitumen rude terreum, cefpitibus intertextis.
- 1*
- p.608 - vue 151/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Part; 6o$
- La troifleme efpece eft de Tourbe ^oophyteufè, c'eft-à-dire, compofée de parties végétales , comme racines de plantes, & de parties animales , eommë coquillages plus ou moins altérés* Elle eft nommée Tourbe coquilleuje , ejcar-< goteufe (i) ; c'eft une Tourbe limoneufe , de couleur cendrée , compaéle * pelante, mais friable , peu combuftible, & répandant une odeur animale fétide. Elle compofe ordinairement le premier lit des Tourbières de Bourneuville * près laFerté-Milon, & de toute la Picardie. On trouve dans le Mémoire de M* Guettard, une defcription très-étendue de cette efpece de Tourbe la plus commune : c'eft celle qui entre dans la compofition du Charbon de bois Tour-be : voyez page 7. M. d'Afquino en fait une différence de la Tourbe cch quilliere dtHelfingland , qui ne brûle point , qui n'eft propre qu'à être convertie en chaux, & qui félon toute apparence eft de l’efpece des Tourbes bonnes à engraiflèr les terres.
- La quatrième efpece eft une terre tourbe , bituriiineuft , noirâtre , qui brûler aifément au fortir de la Tourbière, 6c donne au feu une odeur forte (2).
- La cinquième eft la terre tourbe bitumineufè de Grenoble 9 & de Zurich, dont on fe fert pour cuire les viandes à Grenoble (3), quil ne faut pas confondre avec la Tourbe pefante 6c fablonneuje. La fixieme enfin eft la terre bitumineufe y feuilletée , femblable au crayon noir (4).
- Légifation Françoije, relative aux Minés ou Carrières de Charbom
- De tout temps le Charbon de terre a été compris dans les Ordonnances de nos Rois, fur le fait des Mines & Minières ; nous n'avons ici qu'à faire connoî-: tre les circonftances préalables dans lefquelles cette fübftance tefreftre ou fes Carrières font affujetties à ces Ordonnances ou Déclarations, (f)
- Pour cela, il fuffit d'obferver que la plus ancienne légifîatîon en France , dès l’an 1413 , établit le droit du dixième pour le Roi, 8c la poffidffion oà étoientles Propriétaires des Mines, ou des fubftances terreftres, de les exploiter entièrement à leur profit, en demandant la permiffion, ce qui emporte deux objets, un droit de Souveraineté, marqué par une impofition , & le droit de fouille 9 reconnu aux Propriétaires, afïujettis feulement pour la confier yation & le recouvrement du dixième Royal, à demander la permiffion.
- Soit qu'on ait voulu encourager les travaux de Mine, foie qu'on eût réellement reconnu quelqu'inconyénient dans l'aflujettiflement fiiiyi 6c rigoureux au
- ( ï ) Humus Conchacea ? Turf a animalis cintrea} Lutum vegetabile teftaceum.
- (2) Bitumen terrâ mineralifatum f Waller. Ei-tumenfolidum rude terreum , friabile , Wolfterd. Bitumen folidum terrejire , friabile , Cartheufer. Terra bituminofa, Turfa montana. Ampelitis. Fkarma-tins nonnullorum. Voyez pag, 16 & lço de la première Partie.
- (3) Terra bituminofa turf acta„ Waller* Gleba GrAtianopolitana,.
- Charbon ue Terre. IL Fart.
- (4) Terra bituminofa fifilis , Waller. Terra Am* pelitis , Agricole, Terra Pharmacids. Voyez; page 142 y de la première Partie.
- (y) On trouvera à la fuite de la tradudion donc fai parlé page 5*03 , tout ce qui a été fait erï France fur cet objet : pour jetter du jour fur cette matière, je Fai rédigé dans le même ordre que j’ai donné aux fémblables Réglements fuivis à Licge & en Angleterre,
- *7
- p.609 - vue 152/304
-
-
-
- 6io DU CHARBON DE TÊRRE
- droit du dixième, & à la néceflité de demander la permiffion de fouille , ta {wiflânce légiflative a varié de temps en temps fur ces objets.
- En effet, ces deux fujettions ayant paru un obftacle au progrès des décou* Vertes, Henri IV, ce Prince fi attentif au vrai bien de fès Etats , affranchit {i) de ce dixième Royal les Mines de fer , & ce qu’on pourroit appeller JiibJlances terreflres & minérales, que ces Ordonnances d’exemption défignent toutes nommément, & parmi lefquelles eft rangé le Charbon de terré 9pour , dit l’Ordonnance , gratifier les Propriétaires.
- L’Edit de 1604, en confirmant celui de Henri II, du mois d’Oéiobre Iyys * qui efl: le fèul attribuant aucun droit aux Seigneurs Ha uts-JuJli ciers & F on* tiers , des lieux où les Mines feroient ouvertes , leur attribue aux mêmes charges & conditions , déclarées dans l’Edit de 15 J 2, par forme de dédom-f magement, un droit de quarante deniers pour tout droit foncier & de Seigneur* lequel leur fera payé après le droit du dixième du Roi ; de maniéré qu’ils ne lèveraient pas même ce droit qui leur efl concédé, fur les Mines exemptes du dixième Royal ; & attendu que différentes de ces productions font de différents rapports , que les unes coûtent plus que les autres à mettre en œuvre, -à entretenir , ou à continuer, les Propriétaires des terrains où il fe trouvoit des Mines de Charbon de terre, ouvertes ou non ouvertes en quelque lieu du Royaume qu’elles fuflent fituées , furent autorifés par l’Arrêt du 13 Mai 1698, à les ouvrir & à les exploiter à leur profit, fans être tenus de demander la permiffion, fous quelque prétexte que ce pût être , pas même fous prétexte de Privilèges, qui pourraient avoir été accordés pour l’exploitation des Mines ; pourquoi il fut dérogé à tous Arrêts, Lettres-Patentes, Concefllons & Privilé* ges à ce contraires.
- Cet Arrêt (2) , puifé dans les plus anciennes & dans les dernieres loht que nous ayons eues fur le fait des Mines, n’a point reçu fà derniere force , étant non revêtu de Lettres-Patentes, & non enregiftré dans les Cours.
- Mais en même-temps que le droit du dixième, & l’obligation de demander la permiffion d’ouvrir une Mine , ont été affranchis ou modifiés félon différentes drconftances, le droit de fouille appartenant au Propriétaire a toujours été intaél.
- La forme de la Police des Mines , fous la jurifdiélion d’un Grand-Maître * Surintendant & Réformateur général, inftituée dès l’an 1471, par Louis XI, ayant été changée en 1740 (3}, par le rembourfement accordé au Prince de Condé , par Sa Majefté, du prix de cet Office , dont avoît été pourvu le Prince de Bourbon fon pere, le Confeil fongea à donner à cette partie
- (1) Edit du mois de Juin 1601 f Article XI.
- (2) Traité de la Souveraineté du Roi, 8c des 'droits en dépendants, par F. D. F. L, in-±\ Paris,
- (f) Cétoit à Pépoque des plaintes portées par les Propriétaires des Mines de Doué en Anjou * au fujet d’une conceffion de la Compagnie Ba-GOt; voyez page 5^7 de cette fécondé Farde*
- p.610 - vue 153/304
-
-
-
- et de ses mines, n. pARf. ên
- dadminiftration une vigueur quelle ne pouvait avoir que très-difficilement * fous la conduite & direction d’une perfonne à qui l’objet de cette furintèni dance étoit trop étranger.
- Il falloit au préalable connaître Tétât où fe trouVoient les travaux alors exiftants, les différents endroits où ils fe faifoient , la nature des matières extraites , les titres en vertu desquels fe faifeient ces extradions recherches Sc ex* ploitations; connoître en un mot, les défordres qui pourroient s’être introduits dans chacune de ces circonftances, afin d’apporter aux uns ou aux autres les remedes convenables ; de juger ce qui étoit à faire ou à éviter#
- En conféquence, peu de temps après le rembourfement de l’Office de Grand-Maître, intervint le 15 Janvier 1741, un Arrêt du Confeil, ordonnant (r) ï> que tous ceux qui exploitent aduellement, ou prétendent avoir droit » d’exploiter des Mines & Minières, remettront inceffamment & au plus tard dans fix mois, ès mains des fieurs Intendants de la Province ou Généralité y> dans l’étendue de laquelle lefdites Mines & Minières fe trouveroient fituées, » copie duement Collationnée des Lettres-Patentes , Arrêts , Conceflions * ï> Privilèges Sc autres titres qui leur ont été accordés ; enfemble un Mémoire „ dans lequel les Conceffionnaires ou Entrepreneurs defdites Mines Sc Mh » nieres expoferont fommairement l’état préfent de leurs entreprifes , la quan-» tité, efpece & qualité de métaux qui ont été tirés dans le cours de l’année i> derrïiere des Mines qu’ils exploitent, & le nombre des divers Ouvriers qui » y font actuellement employés, fauf à ajouter auxdits Mémoires tels autres » éclairciffements particuliers qui pourront leur être demandés par lefdits » fieurs Intendants : veut Sa Majefté, que les copies des titres & lefdits Me-* » moires, qui feront certifiés véritables tant par les Prépofés à la direction » defdits travaux, que par les principaux Intéreffés dans les Concelfions, Do-d nations ou Privilèges, foient envoyées au Confeil par lefdits fieurs Intendants, j) avec leurs avis fur l’état aétuel, l’importance & l’utilité defdites entreprifes ; » pour le tout vù Sc examiné, être par Sa Majefté ordonné ce qu’il appartien-» dra en connoiflànce de caufe , fur le rapport du fieur Contrôleur Général » des Finances, ès mains duquel les Parties intéreffées pourront remettre leurs » Requêtes, Mémoires & autres pièces concernant le fait defdites Mines & » Minières , pour leur être pourvu ainfi qu’il appartiendra ; enjoignant Sa j> Majefté aux fieurs Intendants Sc Commiffaires départis dans les Provinces & Généralités, de tenir, chacun en droit foi, la main à 1 exécution du pré-fent Arrêt, qui fera lu , publié Sc affiché par-tout où befoin fera.
- Cet Arrêt fut fuivi d’un ordre de M. le Controleur General aux Intendants de Province , pour défendre à tout Particulier d’ouvrir dorénavant aucune
- droit de dixième dû au Roi, fur P0r & Varient-ôcc. & toutes autres fubfanees terreftres Pari*' 176% 3 in-12 fpagç 277. ' *
- (1) Voy£%le Recueil des Edits, Ordonnances, Arrêts & Réglements fur le fait des Mines Sc Minières de France, avec les Déclarations du
- p.611 - vue 154/304
-
-
-
- 6ï2 du charbon de terre
- Mine, ïàns en avoir obtenu la permiffion du Miniftre des Finances. Les Intendants rendirent leurs Ordonnances en conféquence , à mefure que cet Arrêt leur fut parvenu.
- Ces mefures font on ne peut pas plus fàges & mieux réfléchies 5 elles ne peuvent le terminer que par un Réglement d adminiftration egalement avan-geux au Royaume Sc aux Propriétaires defüites Mines.,
- Les Charbonnières (1) , étant plus communes que les Mines métalliques 9 l’ouverture Sc les fouilles* de ces Carrières , devenues par conféquent plus fréquentes que celles des Mines métalliques, & une matière perpétuelle à Procès, dont l’inftruétion & le jugement entraînent des difficultés fans nombre; le Confeil, a jugé avec raifon qu elles dévoient d’abord être les premières fu^ lefquelles il étoit néceffiure de tourner les vues.
- C’eft dans cet efprit qu’à l’Arrêt du 13 Mai 1698, qui faifoit loi univer-felle en France fur les travaux de Mines, on a fubftitué celui que nous allons rapporter ici en entier.
- *
- (3) Nom donné aux Carrières de Charbon dans les anciennes Ordonnances.
- ARRÊT DU CONSEIL D’ETAT DU ROI,
- -'N
- Portant réglement pour V exploitation des Mines de Houille ou Charbon de têrrc9
- Du 14 Janvier 1744*
- . /
- EXTRAIT DES REGISTRES DU CONSEIL D'ETAT.
- Xj e Roi s’étant fait repréfenter en fon Confeil , les différents Edits , Lettres-Patentes 6c Réglements , faits - ôt donnés par les Rois fes prédéceffeurs, ôc notamment les Lettres* Patentes de Henri II, des 50 Septembre 1748 , ôc 10 O&obre 1552 ; de François II, du 27 Juillet 1360, ôc de Charles IX, du 2$ Juillet 1 y6" 1 ; enfemble l’Edit de Henri IV ; du mois de Juin iéo i , ôc l’Arrêt du Confeil du 13 Mai iép8 : Sa Majefté auroit reconnu qu’avant l’Edit de itfoi, les Mines de Charbon de terre, qui par l’Article II de cet Edit ont été affranchies du droit Royal du dixième, étoient, comme les mines de Métaux Ôc Minéraux, fujettes au même droit dépendant du Domaine de fa Couronne ôc Sauve-* raineté. Que l’exception portée par cet Edit, ôc faite par grâce fpéciale en faveur des Propriétaires des lieux où fe trouveroient les Mines de Charbon de terre , a eu pour objet d’ert faciliter l’extra&ion, ôc d’encourager lefdits Propriétaires à l’entreprendre , à l’effet de procurer dans le Royaume l’abondance des Charbons de terre , qui étant propres à différents ufages auxquels le bois s’emploie, en dïminueroïent d’autant la confommation : que c’eft dans la même vue, Ôc par les mêmes motifs, que le feu Roi, par ledit Arrêt de fort Confeil d’Etat du 13 Mai iép8, auroit permis à tous Propriétaires de terrains où il fe trouveroit des Mines de Charbon de terre, ouvertes Ôc non ouvertes, en quelques endroits ôc lieux du Royaume qu’elles fulfent fituées, de les ouvrir ôc exploiter à leur profit, fans qu’ils fuffent obligés d’en demander la permiffion , fous quelque prétexte que ce pût être^ pas même fous prétexte des Privilèges qui pouvoient avoir été accordés pour l’exploitation defdites Mines ; pourquoi il auroit été dérogé à tous Arrêts , Lettres-Patentes, Dons % Cédions ôc Privilèges à ce contraires. Et Sa Majefté étant informée que ces difpofîtions font prefque demeurées fans effet, foit par la négligence des Propriétaires à faire la recher-che ér exploitation defdites Mines, foit par le peu de facultés & de connoijfances de la part de .êeux qui ont tenté de faire fur cela quelque entreprife ; que d’ailleurs la. liberté indéfinie, laijjée* aux Propriétaires par ledit Arrêt du 13 Mai i6p8 , a fait naître en plujieurs occajîons une
- concurrence
- p.612 - vue 155/304
-
-
-
- et DE SES MINES, il Part. 6i$
- concurrence entreux, également nuïftble à leurs entreprifes refpeftives ; êc Voulant faire connoî-ire fur cela fes intentions , Ôc prefcrire en même-temps les réglés qui devront être fui vies par ceux qui, après en avoir obtenu la permiflion , entreprendront à l’avenir l’exploitation des Mines de Charbon de terre. Vu les Mémoires adreffés fur ce fujet par les fleurs Intendants ôc Gommiffaires départis dans les Provinces & Généralités du Royaume : Oui le Rapport du fieur Orry, Confeiller d’Etat ordinaire, Ôc au Confeil Royal, Contrôleur Général des Finances. Le Roi étant en son Conseil , a ordonné Ôc ordonne ce qui fuit.
- Article Premier.
- A l’avenir, Ôc à commencer du jour de la publication du préfent Arrêt, perfoune ne pourra ouvrir Ôc mettre en exploitation des Mines de Houille ou Charbon de terre , fans en avoir préalablement obtenu une permiflion du fleur Contrôleur Général des Finances , foit que ceux qui voudroient faire ouvrir ou exploiter lefdites Mines , foient Seigneurs Hauts-Jufticiers, ou qu’ils ayent la propriété des terrains où elles fe trouveront. Dérogeant Sa Majeflé, pour cet effet, à l’Arrêt du Confeil du i ? Mai 1, êc à tous autres Réglements à ce contraires ; êc confirmant néanmoins, en tant que befoin, l’exemption du droit Pvoyal du dixième portée par l’Article II, dè l’Edit du mois de Juin iéoi , à l’égard defdites Mines de Houille ou Charbon de terre.
- Article II.
- V eut Sa Majeflé , que ceux qui exploitent ôc font valoir aêluellement des Mines de Houille ou Charbon de terre, foient tenus de remettre au plus tard dans fix mois du jour de la publication du préfent Arrêt, aux fieurs Intendants ôc Gommiffaires départis dans les Provinces ôc Généralités du Royaume, chacun dans fon département, leurs Déclarations contenant les lieux où font fituées les Mines qu’ils font exploiter , le nombre des foffes qu’ils ont en extraêlion, le nombre d’Ouvriers qu’ils occupent à leur exploitation ; les quantités de Charbon de terre qu’ils auront d’extraites ôc qu’ils en font tirer par mois 5 enfemble les lieux où s’en fait la principale confommation , ôc les prix defdits Charbons , pour, fur lefdites Déclarations envoyées audit fieur Contrôleur Général des Finances par lefdits fieurs Intendants , avec leur avis , être ordonné ce qu’il appartiendra ; à peine contre ceux qui n’auront pas fatisfait auxdites Déclarations dans le délai prefcrit, de confifcation , tant des matières extraites, que des machines Ôc des uftenfiles fervant à l’extraôlion, même de révocation des Privilèges ôc Concefîions à l’égard de ceux qui peuvent en avoir obtenus, ôc en vertu defquels ils font exploiter lefdites Mines,
- Article III.
- Les puits des Mines que l’on exploitera, s’ils font de figure ronde, pourront être de tel diamètre qud les Entrepreneurs trouveront à propos. S’ils font quarrés ou quarrés-longs, ils ne pourront avoir plus de fix pieds de dedans en dedans ; ôc s’ils font quarrés-longs , ils feront étrefillonnés quarrément de dedans en dedans.
- ArticleIV.
- Les puits quarrés Ôc quarrés-longs, feront de bols contretenus ôc étrefillonnés de bons poteaux de bois de brin, ôc cuvelés de forts madriers, de façon que l’exploitation puiffefe faire fans aucun danger pour les Ouvriers qui feront obligés de les fréquenter ; , tous les poteaux êc étrefillons ne pourront être que de bois de chêne. Permet Sa Majeflé , d’employer pour les madriers ou planches fervant à doubler ou cuveler lefdits puits , d’autres bois que de chêne , fous la condition néanmoins que lefdits madriers ou planches auront au moins deux pouces d’épaiffeur.
- Article V.
- Lors qu e les Mines pourront être exploitées par des galeries de plein-pied en entrant dans les montagnes où elles fe trouveront fituées, les ouvertures defdites galeries fi elles ne peuvent être taillées dans le roc de bonne confiflance , feront ou revêtues de maçonnerie , ou étayées fi folidement, qu’elles puiffent être fréquentées avec toute fureté.
- Charbon de Terre. IL Part.
- Qz
- p.613 - vue 156/304
-
-
-
- DU CHARBON DE TERRE
- Article y I.
- Soit que les Mines foîent exploitées par des puits ou par des entrées de plein-pied ^ il ne fera pas permis d’y former des galeries pour en extraire la Houille ou Charbon de terre , qu’après que la veine , foit qu’elle foit droite , plate ou oblique , aura été percée ou fuivie jufqu’aùfond du fol, ôc qu’il aura été creufé au-deffous un puifard de vingt-quatre pieds de profondeur, pour rechercher s’il n’y auroit. point d’autre veine au-deffous ; laquelle, en ce cas, fera encore percée ou fuivie comme la fupérieure ; & ne pourra être mife en extraêlion que la derniere veine, au-deffous de. laquelle le puifard de vingt-quatre pieds ayant été fait, il n’en fera pas trouvé d’autre.
- Article VII,
- Les galeries qu’on formera dans les Mines qu’on extraira , ne pourront être plus lar-* ges que de huit pieds, quelque bonne que foit la confiftance du Charbon ôc celle du ciel ou fol de ladite Mine ; feront lefdites galeries d’autant plus étroites, que le Charbon, le ciel ôc le fol de la Mine auront une confiftance moins folide j ôc fera faite l’extra&ion en découvrant toujours le fol de la Mine,
- Article VIII.
- Les galeries formées dans les veines de Houille ou de Charbon de terre , feront efpacées de façon, qu’il y ait d’une galerie à l’autre ùn malïif de Charbon, au moins de même épaif-feur que la largeur de la galerie , même plus fort, fi le peu de folidité de la Houille ou Charbon le demande.
- Article IX,
- Les galeries feront folidement étayées ôc pontelées, pour la fureté des Ouvriers Ôc autres qui les fréquenteront ; à l’effet de quoi les poteaux fervant d’étayement feront de bois de brin, ôc mis entre deux fols ou couches, lefquelles feront équarries fur deux faces, ôc ne pourront être d’autre bois que de chêne, ôc auront la même largeur Ôcépaifc, feur des poteaux.
- Article X.
- Tout Entrepreneur qui fe trouvera dans le cas de faire ceffer l’extra&ion du Charbon de terre dans une Mine actuellement en exploitation, foit par l’éloignement où fe trouveroit la Mine de Charbon, des puits ou foffes qu’il aura fait percer pour ladite ex-tra&ion, foit par le défaut d’air , ou par quelqu’autre caufe, ne pourra ceffer d’y travailler qu’après en avoir fait fa déclaration au Subdélégué du Heur Intendant de la Province le plus à portée du lieu de l’exploitation ; Ôc fera tenu avant d’abandonner les foffes ou puits ^ ôc les galeries a&uellement ouvertes, de faire percer un touret ou puits de dix toifes de profondeur, le plus près du pied de la Mine que faire fe pourra , pour connoître s’il n’y au* roit point quelqu’autre filon au-deffous de celui dont l’exploitation auroit été faite jufqu’alors,'
- Article XI.
- Ceux qui entreprendront l’exploitation des Mines de Charbon de terre, en vertu des permiflions qu’ils en auront obtenues, feront tenus d’indemnifer les Propriétaires des terrains qu’ils feront ouvrir, de gré à gré, ou à dire d’Experts qui feront convenus entre les Parties, finon nommés d’office par les fleurs Intendants Ôc Commiffaires départis dans les Provinces Ôc Généralités. Veut au furplus,Sa Majefté, que pendant le temps Ôc efpace de cinq années , les conteftations qui pourront naître entre les Propriétaires des terrains 8c les Entrepreneurs, leurs Commis, Employés & Ouvriers, tant pour raifon de leurs exploitations , que pour l’exécution du préfent Arrêt, foient portées devant lefdits fleurs Intendants , pour y être par eux ftatué, fauf l’appel au Confeil : faifant défenfes aux Parties de fe pourvoir ailleurs, & à tous Juges d’en connoître , à peine de nullité , Ôc de caffation de procédures. Enjoint Sa Majefté, auxdits fleurs Intendants, de tenir, chacun en droit foi, la main à l’exécution dudit préfent Arrêt, qui fera lu, publié ôc affiché par-tout où befoin fera , ôc fur lequel toutes Lettres néceffaires feront expédiées.
- F ait au Confeil d’Etat du Roi, Sa Majefté y étant, tenu à Verfailles le quatorzième )Our de Janvier mil fept cent quarante-quatre.
- Signé9 Phelypeaux,
- p.614 - vue 157/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. Il Part.
- Examen de ce Réglementa
- 61$
- %•
- Les objets auxquels on a pourvu dans cet Arrêt, fe réduifent à deux, tendant à un but très-raifonnable , qui a toujours été celui que fe font propo-fé les plus anciennes Ordonnances, & que Ton ne peut que fouhaiter de voir rempli ; celui de faire participer l’Etat, autant que faire fe peut, à l’a-vantage que les Propriétaires de Mines retirent de leur fond ; dans cette vue , la loi ordonne au Particulier qui veut ouvrir de nouvelles Mines, de demander la permiffion d’y procéder ; enfîiite elle i’aflreint à conduire fes opérations de la maniéré qui lui efl: prefcrke.
- Quels ont été les motifs de ces reftriélions , & de cette dérogation à l’Ar-; rêtde 1698\ Ils font défignés nommément dans le préambule du Réglement.1 i°. La négligence des Propriétaires a faire les recherches & exploitation de leurs Mines ; 20. le peu de facultés & de connoijfiances de la plupart de ceux qui ont tenté de faire fur cela quelques entreprifes ; 30. la concurrence que la liberté indéfinie lai fiée aux Proprietaires par L Arrêt de 1698 , pouvolt faire naître entr eux , & qui fer oit nuifible à leurs entreprifes , fi elle ri était réglée & réduite a de / u/le s bornes.
- En effet, c’eft à ces trois chefs que le rapportent généralement les abus qui fè commettent touchant le fait des Mines , 8c les défauts qui s’oppofent ou à leurs entreprifes , ou à leur exploitation régulière : toutes chofes, qui, fi l’on confidere indiftinélement les minéraux quelconques comme richelîes appartenant en commun à l’Etat & au Particulier fi) , méritent les regards attentifs du Souverain, pour corriger les négligences, écarter ou prévenir les abus, & conferver le bien public ; le Roi 8c fbn Confeil fe font propofé bien certainement de remplir ces vues , 8c de pourvoir aux trois circonftances énoncées dans le préambule ; il n eft pas poffible de répandre fur cela aucun doute , ? aucune équivoque.
- La difficulté infurmontable de remédier d’une maniéré folide au plus petit inconvénient fans en faire naître de nouveaux, efl: connue & avouée de tout homme de bon fens ; l’incomparable Auteur de l’Elprit dés Loix, a rendu en peu de mots , cet embarras (2) , qui fans ceffe met la puiflànce légiflative en butte à la critique des efprits inconfidérés ; les Citoyens vertueux 8c honnêtes n’apperçoivent dans ces jugements précipités, louvent inlpirés parla licence, ou par des intérêts cachés, qu’une raifon de s affermir dans le refpeét pour la loi, dans la reconnoiflànce due à celui de qui elle efl: emanee : fes vues, lès intentions , font toujours loin du reproche ; mais femblable à un riche
- (1) Comme ouvrages concernant grandement le bien de nous , le profit 6* utilité de la chofe publique de notre Royaume ; eft-il ait dans l’Ordonnance du i Juillet 1^37, & du 30 Sep-
- tembre 1 ^48.
- ( 2 ) On fent les abus anciens, on en voit la correction , on voit encore les abus de la correction.
- p.615 - vue 158/304
-
-
-
- €i6 DU CHARBON DE TERRE
- ^pofleiîeur d’un grand Domaine , qui, dans la geftion de fes propres affaires, ne léuffit pas , quoiqu’il faffe pour le mieux , le Légiflateur néceflairement porte à chercher le bien n’efl pas toujours favorifé par le fucces ; en commandant à tous, Il eft expofé à des obftacles beaucoup plus nombreux, 8c plus diffi-cultueux ; il n’efl: pas de réglement, fi fage, fi bien compofe, qu on ne trouve moyen d’éluder , dont on ne parvienne à détourner le fens 8c a faire abus.
- Le Réglement de 1744 en particulier, en eft un exemple: rien de plus clair, de plus prudent, de plus précis que cet Arrêt ; il fo lie exactement avec la chaîne d’Edits, d’Ordonnances, de Déclarations 8c Arrêts, émanés de nos Rois, qui forment dans cette matière un corps de loix , de principes 8c de maximes , où font décidées toutes les queftions que l’on peut élever fur les droits du Roi, fur ceux des Propriétaires , des Hauts-Juftiders. Cette légiflation a en même-temps l’avantage de fixer la véritable idée d’une Concejfion utile à l’Etat, 8c qui ne peut jamais éprouver de contradiction de la part ni des Seigneurs , ni des Maîtres des terrains.
- Les fages dilpofitions du nouveau Réglement n’empêchent pas que les loi-' liciteurs de Conceffions (x) n’ayent l’adrefTe de fe le rendre propice, pour fe rendre maîtres des Mines fur lefquelles il leur plaît de jetter les yeux ; j’ai eu foin de le f aire obferver à différentes reprifes ; on a vu comme fous de faufiès allégations, fous des promefles trompeufes, ils ont donné atteinte au droit de propriété, dans les Mines du Lyonnois & ailleurs ; comme en un inftant celles de la Province d’Anjou ont été livrées en partage à des Conceffions, qui par-tout , dit fort bien M. Varlet (2) , font revivre de nos jours les déjordres des anciens Privilégiés qui excitereht Vindignation de Louis XIV, & dont les Concevions furent fi figement fiipprimées par le fameux Arrêt que ce Prince rendit le 13 Mai 169S, rapporté dans le nouveau Réglement, 8c auquel ce dernier ne déroge que fur l’article de la permiffion à demander.
- Les Mémoires 8c Faétums multipliés à l’infini, auxquels ces fréquentes invafions ont donné lieu de la part des Propriétaires de Mines , prouvent tous conftamment le droit des Propriétaires , les manques de fidélité dans la demande expofitive des Conceffionnaires , le mépris des formalités à obferver pour la vérification ou renregiftrement de leurs Lettres-Patentes, des contraventions formelles aux claufès 8c conditions de leurs Privilèges , les dommages
- ( 1 ) Il eft aifé de juger d’avance que nous li’entendons nullement parler ici des Concef-lions odroyées par Lettres-Patentes, ou Arrêts du Confeil, légitimement obtenues & duement vérifiées, qui alors , font 8c doivent être de Droit public, fous la prptedion du Roi , des JVliniftres & des Magiftrats, On verra dans ce que j’ai annoncé à la fuite de la tradudion de l’exploitation des Mines métalliques , que les Conceffions de Pefpece de celles du fieur Robert’ du Duc de Montaufier , de feu M. le Vicomte Defandrouin , fur un terrain neuf, où le Privilégié s’engage à faire des recherches,
- c’eft-à-dire , fur les Mines a découvrir , ne doivent pas être confondues avec les entreprifes téméraires des Goupil, des Bacot, des Baut, & autres dont nous avons parlé.
- ( 2 ) Mémoire fignifié pour les Propriétaires des Mines de Charbon de terre , dans Vétendue de la' Paroijfe de Montjan , Province d'Anjou , contre le fieur Henry-François Mailly > Seigneur de Montjan. Bureau du Commerce, M. Vincent de Gournay , Intendant du Commerce , Rapporteur ; M. Varlet, Avocat. Paris de l’Imprimerie de Pierre Prault, quai de Gêvres, 2S
- pages.
- p.616 - vue 159/304
-
-
-
- E T DE SES M I N E S. II. Part. 61?
- que les Conceffionnaires font fouffrir aux Propriétaires , les affaires injuftes , qu'ils fufcltent à leurs adverfoires, les procédures frayeufes & fatiguantes qu’ils leur font efluyer, les mauvais ufàges qu’ils font en tout de leur Privilège , Sec. Sec,
- Tels font les abus contre lelquels la plupart de ceux qui ont été chargés de plaider la caufo de Citoyens injuftement dépoffédés, ont élevé leurs voix: dans tous les Mémoires contre les Conceffionnaires , on trouve les mêmes plaintes , les mêmes réclamations, les mêmes arguments , les mêmes principes rebattus ; la chofe efl: au point que lorfqu’on a eu communication d’un de ces ïaélums, on peut le dilpenfer de prendre leéture des autres; les Jurifeonfultes en raffiemblant à leur maniéré les autorités les plus décifives en faveur des Propriétaires , fe font comme donné le mot , pour efïàyer d’accabler les ufor-pateurs fous le poids d’un nombre impofànt de citations de Loix.
- Mais les Conceffionnaires font parvenus fi finguliérement à faire prendre le change fur l’elprit & fur la lettre du Réglement , à y lubftituer un lyftême étranger & abfolument oppofé , que ces citations ne font nulle impreffion, Se qu’elles font même regardées hautement par les partiiàns ou fauteurs de Conceffions, comme inutiles (i). Us n'ont pas tout-à-fait tort à cet égard, le droit des Propriétaires , que les Juriftes établiffent par une lèche & en-nuyeufe compilation de Loix, n’eft contefté par perfonne , pas même par les Conceffionnaires, qui donnent à ce droit la plus forte atteinte.
- Pour ce qui efl: des autres torts & griefs dont ces Compagnies font fouvent accufées, & fur lefquels on s’appelàntit ordinairement dans ces écrits , ils s’é-clipfent bientôt dans une procédure que fon lait éternifer par des incidents ; quiconque peut parvenir à affoiblir la Loi en l’éludant, ne manque jamais d’artifices, de faux-fuyants, pour écarter où pour infirmer toute efpece de reproches, pour obfcurcir la vérité des imputations.
- Parmi tous ceux qui ont été chargés de tirer les Propriétaires de l’oppref-fion de ces Compagnies privilégiées, un foui, à mon avis, a tenu une marche qui touche au vrai but ; c'efl: le Défenfeur des Propriétaires des Mines de Montjan ; cet Avocat, avec bien plus de raifon , tourne contre le Seigneur: de Montjan les armes dont les Conceffionnaires fe fervent pour violer la propriété ; il invoque en faveur des Propriétaires la Loi même , à laquelle on donne une extenfion forcée ; il démontre que cette Loi, dont les Conceffionnaires font un abus fi révoltant, efl: entièrement oppofée aces Privilèges , puifo quelle conforveexprefiement aux Propriétaires tous leurs droits. Je vais dans un inftant faire ufôge de cette partie intéreflànte de fon Mémoire , relative a l’Article I &II du Réglement ; mais je m'arrêterai d’abord à un point qui à échappé à ce judicieux Défenfeur : au plan qu’il a fuivi, & qu’il a rempli, il manque, félon moi, une chofe elfontielle, c'efl; de n'avoir pas prévenu le moyen
- (i) Voye%page , de cette fécondé Partie.
- Charbon de Terre. IL Part. R 7 " :
- p.617 - vue 160/304
-
-
-
- 6iZ DU CHAR BON DE TERRE
- de défenfe des Conceffionnaires, quelque mauvais qu’il puiffe être; de n avoir pas
- développé le fyftême fur lequel ils fe fondent. Je ne crois pas que perfonne regarde comme néceflaire à l’examen de cette matière- la qualité d homme de Loi, de Propriétaire , ou de Concefïionnaire 9 ni qu’aucun autre titre foit un motif d’exclufion, à difcuter le pour ou le contre ; cela n eft pas plus etranger à l’Académicien, que les coutumes, les loix Sc lesufages de toute elpece dont j’ai donné la connoiflance ; comme Citoyen , je ne dois pas négliger de venger l’outrage que les Conceffionnaires font à un Gouvernement doux Sc modéré , en lui attribuant une intention injufte. On ne pourra voir qu’avec étonnement que les motifs qui ont diété la néceffité d’une réforme dans les travaux de Mines, foient devenus le plus ferme appui des Conceffions ; il fera encore plus furprenant de voir les éloges prodigués à la fupériorité de talents Sc de facultés * que ces Compagnies ont fur les Propriétaires ; j’apperçois entre autres , avec regret , un Citoyen eftimable par les connoiflances far l’exploitation (i) , mettre les ConceJJîons accordées dans prefque toutes les Provinces qui contiennent du Charbon de terre , au nombre des moyens fûrs S folides embrajjés parle Minifcere , pour parvenir à en exploiter utilement les Mines.
- Si les aétions où il entre le plus d’injuftice font celles qui en troublant l’ordre public nuifent à un plus grand nombre de perfonnes , toutes les prétentions les plus fpécieufes en faveur des Conceffions , ne peuvent fe foutenir, puifque la fortune de nombre de familles attachées à l’exercice de ce droit fur leurs propres Mines, eft renverfée par ces Privilèges. Sans entrer ici dans le détail, qui aura lieu au fujet des Conceffions en particulier, je vais m’arrêter fommairement fur les trois différents motifs expofés dans le préambule de l’Arrêt, où les Conceffionnaires prennent les matériaux qui leur fervent à édifier leur fyftême ; je donnerai enfuite des réflexions que M. de Voglie a inférées à la fin de fon Mémoire , fur quelques articles du Réglement concernant les réglés preferites pour l’exploitation.
- i
- Le préambule de VArrêt nautorije en aucune maniéré les ConceJJîons.
- E n lifànt fans prévention l’Arrêt dont il s’agit, on remarque i°, le mal apperçu par le Gouvernement ; c’eft ce qui compofe le préambule : 20 9 le remede qu’on y apporte ; c’eft ce qui forme les articles du Réglement.
- Quant au premier , il ne porte que l’annonce des inconvénients réfultantsdu manque de faculté ou de capacité dans les particuliers, dont le terrain renferme du Charbon : le Légiflateur en déclarant qu’il veut y parer 9 n’entend point, & ne prononce point contre les Poffeffeurs de ces terrains, la privation , l’interdiélion de leurs droits , comme le donnent à entendre les ConceP fionnaires.
- ( 1 ) M. de Tilly : Introduction} page 22.
- p.618 - vue 161/304
-
-
-
- et DE SES MI N E S. IL Part. 61$
- Si le défaut de faculté ou de capacité, tranfinettoit aucun droit poflefloire à d'autres quà ces Maîtres du fond, ce feroit aflurer prefque toujours à des étrangers la jouiflànce de ce qui ne leur appartient pas ; ce feroit leur donner » un privilège odieux , qui fait violence au droit privé , aux loix publiques ,
- » & au droit des gens » ; c'eft ainfi que s'exprime M. Ponchel, Avocat du Parlement de Flandres, dans un Mémoire pour le Marquis de Cernay, fur une Conceffion d'une efpece bien différente, celle du feu Vicomte Defàn-dronin (i).
- On conçoit qu'en adoptant le fyftême malbeureufement déjà introduit par les Concefîionnaires , il eft peu de Mines qui ne doivent pafler entre les mains d'étrangers ; foit que privé de faculté, le Maître du fond ne puifle tirer parti de fbn propre bien ; foit que manquant de capacité, il ne puifle ufer de fbn droit naturel, on aura peine à trouver des Propriétaires qui ne foient en défaut.
- La Loi préfume, il eft vrai, que celui qui pendant une longue fuite d'années néglige d'exercer fes droits, les abandonne , & elle veut qu'il n’y rentre plus ; mais cette fin de non-recevoir, fàgement établie pour aflurer la propriété des lieux , après la pojfejjion <Tun certain temps, en faveur des Poflèfleurs de bonne foi qui feroient perpétuellement inquiétés , n'eft point appliquable ici, comme on le voit : encore les Poffefleurs qui n'ont d'autre titre que la pref-cription , ne font-ils toujours que d’honnêtes ufiirpateurs, & la Loi qui ne fait qu'interpréter le fîlence & la volonté des Propriétaires, n'entend point punir leur indolence.
- La préfomption de la Loi eft d'ailleurs ici d’un autre genre ; le Propriétaire oifif d'une Mine , ne peut pas être précifément convaincu de négligence ; il fe trouve uniquement privé de deux conditions, dont le défaut occafionne des inconvénients, puifque l’une s’oppofe à l'entreprife , l'autre à la bonne exploitation.
- La Loi ne prétend point exiger fous peine infliétive deux qualités, qui rarement font réunies dans une même perfonne ; tantôt le Propriétaire avantagé des facultés pour l'entreprife fera doué de la capacité, & tantôt il aura la capacité fans les facultés ; ni l'un ni l'autre ne font plus coupables, plus punifla-bles , que celui qui, par ces raifons forcées, laifle en friche fbn terrain , dont le produit feroit eflentiellement utile ou néçeflàire à lui-même , ou à fbn canton. il n'eft perfonne qui ne fente l’abus qu'il y auroit à dépouiller ainfi de leur territoire tout Propriétaire hors d'état de les mettre en valeur, a déclarer leur Domaine impétrable en faveur de celui qui feroit riche, ou qui préten-droit en tirer parti avec plus d'intelligence : avancer une pareille abfur-dité, ceft vouloir arracher du cœur François ce qui fait toute fà félicité,
- (1 ) Pour tirer le Charbon de terre des Mines | ordinaires, d’indemnifer les Seigneurs & Pro-qu il pourroit découvrir , aux charges & conditions I priétaires, &c.
- p.619 - vue 162/304
-
-
-
- 6ao DU CHARBO'N DE ’TERRE
- la jufte opinion dont il efl: pénétré de l’équité & de la douceur du Couver-* nement.
- Que Ton vienne au furplus àenvifàgerde la même façon que les Concellion-naires, les trois énoncés du préambule ,c’efl>à-dire , à regarder la négligence ou l’incapacité comme motifs d’exclufion à faire valoir ou Ion propre bien ou les Mines :on peut avancer que les Conceffionnaires font prefque toujours, plus que perjfonne , dans le cas de fubir la peine qu’ils font porter aux Propriétaires y en s’emparant des pofleffions d’autrui, fous des prétextes que la Loi ne porte nullement ; & au contraire les Propriétaires font bien plus à l’abri du reproche prétendu de négligence , que les Conceffionnaires. Ces derniers entrés en poffeffion fouvent fur de faux expofés, s’en tiennent, la plupart du temps , à continuer de mettre en valeur les Mines qui étoient exploitées en grand ; ils bénéficient des autres en les affermant, ce que les Propriétaires faifoient ou peuvent faire tout auffi bien que les Conceffionnaires.
- On a toujours vu que les Conceffionnaires n’ont point porté leur deman* de de Conceffion, leur dévolu, fur des endroits où il y ait eu contre les Prc*-priétaires preuve pleine & entière de cette négligence à laquelle le Gouvernement veut obvier, par les feuls moyens exprimés articles par articles à la fuite du préambule de l’Arrêt : excepté le feu VicomteDefàndronins, qui, à fes périls 8c fortune, a exercé dans le Hainaut François un Privilège concédé régulièrement, à l’effet de s’appliquer à la recherche , & de parvenir à la" découverte du Charbon de terre dans un endroit où d’autres que lui n’en foupçonnoient pas, je ne fâche point qu’on puifle citer beaucoup de Compagnies qui , ayent porté fur un terrain neuf ces talents fùpérieurs dont ils s’efforcent de fe prévaloir , ou qui ayent eu l’idée d’y expofer courageufement des fonds que l’on ne trouve guere. moyen de raffembler , lorfqu’il s’agit d’affaires douteufes & incertaines.
- Pour ce qui efl: du troifieme inconvénient remarqué dans les entreprifès de Mines, 8c que Sa Majefté a bien voulu rapporter dans le préambule du Réglement , il efl: de fait, ( 8c nous l’avons obfervé ) que par tout Pays, les ouvrages , les travaux des Charbonnières qui s’établiffent fouvent très-près les uns des autres, font par cette circonftance une matière perpétuelle de di-. vifions , de procès, de conteftations ; c’efl: vraifemblablement ce que veut dire la lettre de cette partie du préambule , que la liberté indéfinie laijfée aux Tropriétaires par tArrêt du 13 Mai 1698 , a fait naître en plufieurs occafions une concurrence entr eux également nuifible a leurs entreprifes refpeclives.
- L’attention du Miniftere à cet égard efl: digne d’un Gouvernement éclairé ; mais on ne voit dans cet énoncé , comme dans les précédents, qu’un apperçu9 fans que pour cela on ait voulu rien retrancher aux Maîtres des fonds ; les Conceffionnaires par une conféquence prifè dans leur fyftême ,
- veulent
- p.620 - vue 163/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Part. <faX
- veulent encore fe fubftituer aux Propriétaires ; mais où eft la preuve que ces Privilèges ont apporté remede à ce mal qui tient à la nature de la chofe ? N'eft-ii pas plus vraifemblable qu'ils étouffent eux-mêmes dans le principe, & d'une maniéré bien plus fâcheufe cette émulation , que l'Arrêt cherche à faire tourner au profit des entreprifes refpeétives des Propriétaires ? Cette concurrence en effet des Propriétaires peut être défeéhieufè dans plufieurs occafions, fi elle n eft £oint dirigée convenablement , comme le defire faire le Confeil, par les articles de fon Réglement : n'eft-il donc pas de moyens de rendre utile à la Province, à l'Etat, aux Propriétaires mêmes, cette concurrence ?
- Ce mot Concurrence a cependant embarraffé M. de Voglie ; c’eft du moins ce que l'on entrevoit dans fes Réflexions (i). Il a fenti toute l’importance des vues du Confeil fur cet objet ; les propofitions de cet Ingénieur font tout-à-fait neuves & fingulieres ; on a dû y prendre garde , page y68 : je ne m'arrêterai point à les combattre ; il me fiiffit de les avoir fait connoître. M.de Voglie ne diffimule pas ,à la vérité , combien il eft à délirer que ces Compagnies, fur lé zélé & fur l'intelligence defquelles on voudra bien fe repofer , pour exerce rexclufive ment à tous autres cette concurrence , n’abufènt pas de leur Privilèges ; fes craintes portent précifément fur tous les écarts que l'on reproche uni-' formément aux Conceflionnaires ; c'eft en faire un demi aveu : pour éviter ces défordres, il indique quelques inefures à prendre. Les ufàges , les coutumes des Pays étrangers, ceux fur-tout du Pays de Liege relativement à ce point, ainfi que l'état floriffant de ces travaux de Mines, font une preuve que la bonne Police offre des moyens fûrs & folides, de tirer des Mines tout l'avantage poffi-ble fans porter atteinte au droit de propriété. M. de Voglie auroit de la peine à perfuader qu'il fût bien facile de tenir en devoir des Compagnies qui n'ont en leur faveur d'autre titre que les facultés ou le talent prétendu de faire mieux valoir le bien d'autrui, que le Maître légitime, & dont la pofleflîon elle-même fe trouve une contravention formelle à la loi, fur laquelle ils fe fondent.
- C'eft fous ce fécond point de vue que M. Varlet a envifàgé la queftion à examiner entre les Conceflionnaires & les Propriétaires ; elle fè trouve réfolue dans l'Article I & II du Réglement, quoique M. de Voglie prétende qu'ils ne font fufceptibles d'aucune obfèrvation : il eft étonnant que dans toutes les vifites faites par cet Ingénieur pour les Mines d'Anjou > le Mémoire pour les Habitants de Montjan ne foie pas parvenu à fà connoiflànce ; il y auroit reconnu que c'eft précifément dans ces premier & fécond Articles, que cet habile Avocat trouve que l'Arrêt paroit refpecler pleinement la propriété.
- (^Partie feptieme , intitulée: Moyens jugés les plus propres, pour donner aux Mines de l’Anjou tçute la valeur dont elles font fufceptibles9
- Charbon de Terre, IL Paru
- p.621 - vue 164/304
-
-
-
- DU CHARBON DE TERRE
- 622
- Le Réglement maintient les Propriétaires de Mines dans tous leurs droits (1),
- » O n eft forcé de convenir que, {bit par l’Edit de Henry IV , du mois » de Juin 1601, Colt par l’Arrêt du 13 Mai 1698 , cités lun & 1 autre dans le » préambule de celui du 14 Janvier 1744, les Propriétaires font expreflements y> autorifés & maintenus dans la poflfeffion d’ouvrir les Mines de Charbons fur » leurs terres , nonobftant tout Privilège à ce contraire. Ces Arrêts ont eu » force de loi dans tout le Royaume, & ont fervi de réglé jufqu’à celui du » 14 Janvier 1744, qui n y a dérogé que quant à la nécefïité pour les Proprié-» taires, foit de demander la permiffion d’ouvrir de nouvelles Mines, & de décla-» rer celles qu’ils auroient ouvertes , {bit de ne les exploiter qu’avec les pré-» cautions prefcrites par les Articles III & fuivants de cet Arrêt. Il eft donc » confiant par ces anciens Arrêts antérieurs à celui de 1744* que les Propriété taires ou leurs auteurs , étoient dans la pofleffion reconnue d’exploiter de » pareilles Mines, antérieurement à l’Edit de 1744 , & qu’aucun d’eux par » conféquent ne peut être troublé ni empêché de travailler de pareilles Mines.
- » Le premier Article du Réglement ne prive point les Polfeiïeurs des ter-» rains ou font fituées les Mines de Charbon de la propriété qui leur en ap« » partient ; en les maintenant dans leur ancienne liberté, il les oblige feule-» ment à n'exercer leur droit qu’après une fimple formalité ; c’eft-à-dire , quand » ils voudront exploiter de nouvelles Mines, à en obtenir préalablement une » permiffion du Miniftre.
- » C’eft uniquement quant à la néceffité de cette permiffion, que ce Régie-» ment a dérogé à l’Arrêt du Confcil du 13 Mai 1698, qui autorifoit tous les » Propriétaires des fonds à ouvrir leurs Mines fans aucune permiffion, ainfi que » le rapporte le préambule du Réglement : on peut donc ajouter que cette yy nouvelle obligation & les fuivantes contenues dans les Articles de cet Edit, » n’ont eu pour objet que d’exciter les Propriétaires à ne pas négliger la décou-» verte des meilleurs Charbons dans leurs terrains, & de leur faire éviter en «même-temps des recherches trop avides, Sc trop téméraires aux dépens de « la vie de leurs Ouvriers.
- «Une remarque très-importante à faire, c’eft que l’obligation d’obtenir une « permiffion du Miniftre, pour l’ouverture d’une Mine, eft impofée indiftinc-y> tement tant aux Propriétaires, qu’aux Seigneurs Hauts-Jufticiers ; la Loi leur » eft égale dans l’Article II ; on menace les uns & les autres de confifcation » de leurs marchandifes, s’ils nont fait leur déclaration ; & on y ajoute la pei-« ne de révocation des Privilèges , contre ceux qui en ayant un, feroient en » défaut à ces égards.
- » La Loi eft donc égale , & aux Seigneurs Hauts-Jufticiers, & aux Pro-
- (1) Fragment du Mermoire de M. Varlet, contre le fleur de Montjan, pages 6 3 8 , p, if 3*9'
- p.622 - vue 165/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. U Part. 6%3
- „ priétaires ; le Roi par là reconnoît dans les uns & dans les autres le même » droit fur leur Domaine , pourvu qu'ils obtiennent cette permiffion portée » par l’Ordonnance : la qualité de Seigneur, n’y trouve aucun prétexte pour » s'arroger de droit fur les Mines de fes jufticiables* comme le Seigneur de » Montjan le prétendoit, malgré la claufe formelle de fon Privilège qui le lui ï> défendoit.
- y> Sur quoi il faut obferver de nouveau que cet Article ne fait aucune mem* » tion des Mines qu'on avoit déjà ouvertes avant le jour de la publication 9 » mais feulement de celles qu'on voudroit ouvrir ou faire mettre en exploita-» tion. Or la défenfe de faire ouvrir fans permiffion , ne devant avoir lieu qu'à » compter du jour de la publication, il en réfulte que les Mines qui étoient » ouvertes avant cette publication ( dans les Provinces où elle n'a été faite » que long-temps après ) , font, à l'égard de leurs Propriétaires, comme fi » elles avoient été ouvertes avant 1744 » & que ceux-ci ont pu continuer » de les exploiter fans permiffion, en s'abftenant feulement d'en ouvrir, de » nouvelles depuis la publication, & failànt leurs déclarations.
- yy L'analyfe qu'on vient de faire du premier Article de ce Réglement, prouve » démonftrativement, que bien loin que l'intention du Roi ait été de dépouiller » les Poffieffieurs des Mines , Sa Majefté a eu principalement en vue de les en-» cou rager à les faire valoir , de les obliger, en maintenant leur pofleffion f à » ne l'exercer qu’en fuivant les réglés qu'Elle a jugé à propos de leur prefcrire ; y> mais en leur impofànt ces conditions, le Roi n'a fait que les confirmer dans y> leurs anciens droits de propriété fur les Mines 9 puifqu'elles ne regardent » que la maniéré dont il veut qu’on les exploite.
- » Il efl: également certain que le fécond Article fortifie de plus en plus y) le droit des Propriétaires. Il exige Amplement d'eux leurs déclarations des » Mines qu'ils font exploiter, & il ne leur en interdit pas l'exploitation , il y) n'en réglé que la méthode. Il les laifle donc à cet égard dans l'ancienne poffefi » fion où les avoient remis les Arrêts de 1601 & de 1698 , ce qui naturelle-» ment équivaut à une maintenue pure & fimple.
- » D'ailleurs cet Article s'adreffie indiftinélement à tous ceux qui font valoir » des Mines ; à peine contre les refufànts de confifcation des matières extrai-» tes & leurs uftenfiles, ou même de révocation des Privilèges à l’égard de y> ceux qui en auroient obtenus : il efl: donc confiant que le Roi reconnoît ici » de nouveau qu’indépendamment des Privilégiés , il y en a d’autres qui font » en pofleffion d’exploiter des Mines de Charbons.
- Les Articles IV & fuivants de l’Arrêt concernent uniquement la forme de l’exploitation , c eft-à-dire , quelques réglés générales impofées aux Propriétaires fur la conduite de leurs fouilles , afin de rendre ces travaux plus avantageux , & de diminuer les défauts qui s’oppofent à leur vrai fuccès.
- M. deVoglie, dans fon Mémoire du n Juin 17J7 > a examiné cette partie
- p.623 - vue 166/304
-
-
-
- tfa4 DU CHARBON DE TERRE
- du Réglement (i) ; par le détail dans lequel il entre, il démontre l’impofli-bilitê de s’y conformer ; ce font fes expreflions. Il commence par obferver, » que le Confèil, en rendant cet Arrêt, a eu pour objet de remédier a tous les » défauts qui fè trouvoient dans ïexploitation des Mines de Charbon, » Il ajoute, y> que ces vues exigeoient une connoiflànce parfaite de ce genre de travail 3 » 8c ne dévoient rien prefcrire qui ne fût exactement bon & néceflaire ; que yy néanmoins ce Réglement eft fùfceptible, dans les points relatifs à l’Art d’ex-» ploiter, des correétions 8c des changements que lui ont diélés, les réflexions » qu’il établit.
- Réflexions de M, de Voglie fur le Réglement de 1744*
- » A R t i c l e s III & IV; ( Voy, pag, 613. ) Il eft bon de laifler au Mineur la » liberté d’ouvrir les puits quarrés-longs , de la grandeur qu’il juge convenable , » pourvu qu’ils foient folidement étréfillonnés ; il ne fera jamais de fon intérêt de » former de trop grandes ouvertures ; la dépenfe augmente à proportion ; » mais les reftraindre à fix pieds, c’eft gêner la manœuvre & l’extraélion 5 yy puifque deux grands féaux de vingt pieds cubes chacun, tels que ceux dont yy on fe fert, defcendant 8c montant alternativement, ne pourroient manœuvrer y> dans cet efpace.
- » Ce détail de conftruétion n’eft point clairement expliqué , ni dans les ter, » mes de l’Art ; d’ailleurs le cuvelage de madriers ne fe pratique que dans le y> cas ou les eaux nuifent par une chute trop vive; pour lors on fait un cuve-» lage ferré pour les empêcher de pénétrer , finon on fe fert de bois ronds 8c » jointifs placés contre les terres derrière les poteaux; d’ailleurs les poteaux, 3> étréfillons 8c montants entre chaque chaflis > fuffifènt pour retenir les terres » 8c occafionnent bien moins de dépenfes.
- Art. V. (pag, 613.) On n’y trouve aucun inconvénient.
- y> Art. VI, (pag, 614. ) U eft de l’avantage du Mineur de chercher la plateure; y> mais il faudroit renoncer à l’exploitation de toutes Mines de Charbon, s’il falloit » fuivre un puits de toutes les veines ou même jufqu’à la plateure, fans pratiquer » des galeries d''extraction ; l’enlèvement des eaux ne pourrait fe faire ; l’air yy n’auroit aucune circulation ; cette opération eft de toute impoflîbilité.
- « Art, VIL II eft bon de laifler aux Entrepreneurs la liberté fur la largeur des yy galeries, vu d’ailleurs qu’elles font communément déterminées par celles de yy la chemifo de la veine , qui, lorfqu’elle eft réglée , fè porte très-rarement à yy huit pieds d’épaiflèur, fi ce n’eft dans les brouillards, qui n’ont jamais de yy fuite, & annoncent même une mauvaife veine quand ils font trop fréquents : yy cet Article ne paraît d’aucune utilité , ou n’eft pas fuffifàmment expliqué,
- (0 Sixième Partie, mtitule'e : Réflexions far le Règlement dit i^Janyier 174^3 concernant Vexploi*» tation des Mines de Charbon de terre»
- » Art^
- p.624 - vue 167/304
-
-
-
- ËT D Ë SES MINES. ïl Par*. gtj
- V) Art. VIII. Cet article foppofo & indique au Mineur une façon de b travailler, ruineufe par la multiplicité de* galeries ; les EJlocs font, à peu » de frais par leur exploitation au moyen des galeries de Voies, le plus grand » avantage des Mines. ' ' '
- Art. IX. Cet article eft bon à exécuter à la rigueur ; il fait la folidité de W l’ouvrage : il eft cependant des cas , où les couches deviennent inutiles , fur-* » tout lorfque les traverfes du haut font entaillées dans le toit & le mur, & » que la matière eft bonne*
- s> Art.vX. LeToureta percer, de dix toifes de profondeur* n’eft pas unès a* chofe exigible d’un Mineur ; outre quil feroit difpendieux & difficile , on y v> peut fuppléer à bien moins de frais par des fondes. Il n’eft point d’Entre-y> preneur, pour peu quil ait d’intelligence, qui nufe de ce dernier moyen » avant d’abandonner un Filon ; d’ailleurs on ne quitte une fofle , for une » veine réglée , que parce que les eaux font inépuifàbles, ou parce que ces ou-» vrages ne font point affez folides & menaçent ruine ; dans l’un & l’autre cas* le tout, tel que l’exige le préfent Article, eft ou dangereux ou impratl-d cable.
- » Art. XI & dernier. Il forôit préférable de fixer, ainfi qu’on l’a fait pour les » Carrières d’Ardoifes , le dédommagement dû aux Propriétaires des terrains » for lefquels foroient établies les fofïes ; ce dédommagement devroit toujours » être à l’avantage des Propriétaires, & n’être fondé que for deux prix, l’un pour » les terrains cultivés , & l’autre pour les terrains incultes, afin d’éyiter coûté » conteftation. «
- hfervations Jîir les Remârqües dè M. de Vogliéi
- M. de Voglie termine fes Réflexions, en difànt quon peut juger parce quil vient de dire , de CimpoJJibilitê de fi conformer au Réglement. Je ne fois point du tout de l’avis de M. de Voglie ; je crois qu’on ne doit point regarder cet Arrêt du même œil qu’il l’a fait, ni le juger auffi févérement* Cet Ingénieur s’eft attaché à la lettre du Réglement ; dans le genre dont il s’agit, ce n’eft point l’eflentiel : s’il eût voulu fàifir l’efprit de la Loi, entrer dans toutes les vues qui paroiflent avoir conduit ici le Légiflateur * il fe fût dilpenfé de fes réflexions , fi ce n’eft lorfqu il avance qu il nejl pas moins intéreffant de ne pas en exiger à la rigueur Vexécution, foit qu’il ait voulu parler des réglés de l’exploî*-tation, foit qu il ait voulu parler de l’interprétation tacite & forcée que les Conceffionnaires donnent aux trois claufos du préambule.
- Le Gouvernement perfoadé de la difficulté de réuffir efficacement dans îa plan qui! s’eft tracé, a fend qu’il falloit ufer de prudence s pour réformer ce qui ne peut être corrigé qu’avec lenteur, il s’eft contenté habilement de fixer les réglés de l’exploitation à un point fuffifant, pour amener, avec le temps, les Charbon de Terrek ILPart^ / *7
- p.625 - vue 168/304
-
-
-
- 1
- fiS DU CffARBON DE TERRE j
- proprietaires à une exploitation d’un plus grand produit, pour les convaincre de l’avantage à retirer des fouilles plus profondes que celles auxquelles ils (e bornoient. C’eft ainfi qu’il faut fayoir vaincre avec ménagement l’opiniâtreté de l’ignorance & des préjugés.
- Ces confidérations ont fait , avec raifbn , juger inutile £ Art. V. ) de corns mencer par aftreindre d’abord les Propriétaires à aller chercher la planeure , ce qui efl; dans les bons principes.
- Les remarques de M. de Voglie fur les Articles III & XV, ou il efl fait mention des dimenfionsdu puits, du reyêdflement, auxquels M. de Voglie trouve de manque les termes de l’Art 8c la clarté * font encore fuperflues. L’intention n'a point été de fixer au Charpentier des réglés de conftruélion ; elles doivent varier fui van t les places ou s’aflbyent les bois ; elles doiyent être foumifes à l’infpeélion d’un bon Direéleur de Mines. Les termes de l’Art n’étoient pas plus nécefîaires dans cette Ordonnance , que tout ce que M. de Voglie veut y corriger. Si l’Arrêt n’eut été que pour les Mines d’une feule Province, c’eft tout ce que M. de Voglie auroit pu exiger ; mais dans un Réglement général,-qui doit faire Loi dans les différentes Provinces d’un Royaume , la chofe n’efl ni propofable ni faifable: on a déjà vu, combien le langage du métier varie dans des cantons & dans des pays qui fe touchent*
- COMMERCE DU CHARBON DE TERRE
- en Fr a n c e.
- Parmi les Réglements qui ont été donnés, relativement aux droits fur les Charbons de terre, les uns ont augmenté , les autres ont enfuite diminué * les autres ont remis ces droits à leur première fixation : les motifs qui ont oc-cafionné ces changements font exprimés dans les différents Arrêts : on juge bien que c’eft par ce moyen que le Gouvernement efi parvenu habilement à accroître cette branche du Commerce dans le Royaume, èn gênant l’entrée, du Charbon de terre étranger, à rnefbre que le Commerce intérieur a pu balancer l'extérieur. On prendra aifément l’idée de cette progrefîîon , dans le Mémoire de M. Gigault de Crifenoy , que j’ai annoncé à l’article du Hainaut François : je le ferai fuivre de quelques remarques fur la maniéré dont fe vend le Charbon de terre, & fur les mefures qui s’emploient pour cette vente en détail. Je terminerai cette troifieme Seélion par examiner en particulier l’exportation de ce foffile, depuis la rivière de Loire jufqu’à la Seine, pour la Capitale t la police relative à cet approvifionnement & à ce trafic, &c*
- i
- p.626 - vue 169/304
-
-
-
- r
- JE T DE SES MINES.
- IL PAR*.
- Mijïoire raifonnée des differents Droits d'entrée irrtpofés en France fur k Charbon de terre étrariger, faivie de Réflexions far Vaugmentation de ces Droits à ! entrée, & far lé exemption totale à là circulation (i).
- » Le Charbon de terre efl: une Marchandife non-feulement d'utilité > mais même de néceffité pour toutes les efpeces d'Ouvriers qui font obligés de y> chauffer le Fer pour le battre fur l'enclume.
- » Il y a des Mines de Charbon de terre dans plufieurs Provinces du Royaux & me ; néanmoins l'Angleterre nous en fournit beaucoup.,
- » Le Tarif de 166% a diflïngué le Charbon de terre étranger , davec celuî » des Provinces réputées étrangères, apporté dans les cinq grolïes Fermes. Il les a impofés à deux droits d'entrée différents, favoir celui étranger à huit fols par barril9 & celui des Provinces du Royaume à fix deniers feulement » le même barriî.
- » Ce droit de huit fols par batrii à l'entrée des cinq groflês Fermes, 8c les » droits locaux des différents Tarifs à l'entrée des Provinces réputées étran-î> gérés , ont fubfifté jufquen i66j 9que parle Tarif du 18 Avril de ladite année, ils furent changés & fixés à un droit uniforme à toutes les entrées du » Royaume de vingt-quatre fols par barri! de Charbon étranger.
- » La charge de ce droit avoit pour objet la faveur due à l'exploitation des 3) Mines du Royaume que l'on vouloir encourager par une préférence. Ce fut dans ce même point de vue que par Arrêts des 29 Juillet 166$ , 27 Juin n 16fa 12 Septembre 16 $a $ les Charbons des Mines de Sainte-Florine en
- Auvergne , & de celles du Nivernois, furent déchargés du droit de flx deniers y> par barri! à l’entrée des cinq grolîes Fermes.
- » Cependant ces Mines de l'Auvergne & du Nivernois ne pouvant fournir s* à la confommation de différentes Provinces du Royaume * foie parce que lef? n dites Mines nétoient point allez abondantes , foie à caufè de l'éloignement y> qui auroit rendu trop difpendieux les frais de tranfport, fur les repréfenta-tions qui furent faites au Confeil à cet égard par rapport à la Champagne & yy autres Provinces adjacentes > il fut ordonné par Arrêt du jr Oéîobre 1672 * » que les Charbons de terre & de pierre venant de Liege , tant par la riviere » de Meufe que par charroi, ne payeroient que le droit de huit fols première-» ment fixé par le Tarif de 166% , au lieu de celui de vingt-quatre fols.
- » Cette modération à huit fols pour le Pays de Liege, dura jufqu'en x6881 w temps auquel elle fé trouva fupprimée par Arrêt du 16 Novembre, qui or* ** donna que le droit de vingt-quatre fols feroit perçu fur tout Charbon de y> terre entrant dans le Royaume , & qui y feroit apporté par mer de quelque » Pays que ce fût.
- £1) Ge Mémoire de M. de Crifenoy eft du mois de Janvier ifai*
- p.627 - vue 170/304
-
-
-
- DU CHARBON DE TERRE
- » Ce droit de vingt-quatre fols fut encore augmenté & porté a trente fols* •*> par Arrêt du 3 Juillet i6ÿz , pour avoir lieu à toutes les entrées du Roy&u-
- y> Le droit étoit impofé au Barril ; mais aucun Réglement n avoit encore ^ déterminé la mefîire du Barril. Il fut ordonné par Arrêt du 30 Novembre
- 1700, que les demi-Barrils étalonnés for la Matrice de 1 Hôtel-de-Ville de » Rouen ferviroient de réglé dans les Ports de Dunkerque , Calais , & Saint-^ ï> Vailery, pour le meforage dédits Charbons étrangers. Il ne fut rien ftatué *> pour les autres Bureaux & Ports. Voye[ page 70.
- » Les Magiftrats & Habitants du Hainaut & de la Flandre Françoifo , ayant V) fait des repréfèntations for les droits de trente fols 9 il fut ordonné provifoL i) rement, jufqu à plus ample examen, que les Charbons de terre venant de la
- partie du Hainault rendue au Roi d’Efpagne par le Traité de paix , ne paye-» roient à l’entrée de la partie du Hainaut reftée à la France, & de la Flandre
- Françoifo , que dix fols par barril : cette modération à dix fols, qui fut confèn-n tie par un Arrêt du 18 Oélobre 16$8 * fut encore réduite à cinq fols par *> autre du ai Décembre 1700* Voye^page 451.
- » En 1703 les Maîtres des Forges des Provinces de Picardie & Champagne *> fe réunirent pour repréfonter que le droit de trente fols fixé pat T Arrêt du » 3 Juillet 169%, augmentoit confidérablement le prix de leurs ouvrages* *> fins qu il en réfultât aucun avantage pour les Mines du Nivernois & des au-» très Provinces des cinq groflès Fermes ; qu’ils en avoient tiré des Charbons * » mais que leur revenant par les frais de tranlport & les routes prefqu’impra-» ticables, encore à plus haut prix que ceux du Hainaut & de la Flandre, ils » étoient obligés de donner la préférence à ces derniers , même en fupportant » la charge du droit de trente fols. Sur ces repréfèntations , après avoir pris l’a-» vis de M M. les Intendants de Picardie & Champagne, il fut ordonné par » Arrêt du 19 Juin 1703 , une réduétion aux entrées de ces deux Provinces » for les Charbons de terre venant de la Flandre & du Hainaut, à dix fols pat » barril du poids de 300 livres*
- » Le droit de trente fols qui avoit été fixé en général par l’Arrêt du 3 Juillet » 1692 for tous les Charbons de terre étrangers , fut pareillement adopté pat » l’Arrêt du 6 Septembre 1701 pour celui d’Angleterre, Ecoflè, & Irlande; » mais foit qu’on regardât les Mines du Royaume comme épuifées, ou pas » alfez abondantes, étant furvenu en 1714 une difette , & tant le Charbon » de terre que le bois , ayant confidérablement augmenté de prix , on p Cf ut devoir pour un moment ouvrir la porte au Charbon de terre d’Angle-s> terre, Ecoflè & Irlande : le droit de trente fols en fut modéré par Arrêt » du 4 Septembre de ladite année 1714 9 jufqu au dernier Septembre 1715, à »> huit fols par barril.
- » Jufqu alors il avoit bien été parlé de la mefore du barril; eetoit foivant
- l’Arrêç
- p.628 - vue 171/304
-
-
-
- et de SES MINES. Il Part. 629
- » l'Arrêt du 30 Novembre 1700 , le demi-barril étalonné fur la matrice de » rHôtel-de-Ville de Rouen qui devoit forvir de réglé ; mais il n’avoit encore » été rien dit du poids que devoit avoir ce barril, à l'exception de celui des » Charbons de Flandre & du Hainaut, dont le poids avoit été réglé à 300 » livres ; mais pour ceux d'Angleterre , l'Arrêt du 28 Septembre 171J , eft y> le premier qui en parle. On voit par cet Arrêt, que le poids du barril doit » être compté fur syo livres. Ce même Arrêt, prorogea encore pour un an la » modération à huit fois prononcée par celui de 17x4.
- y> Les raifcns de difotte qui avoient déterminé ladite modération, & qu'on » n'avoit regardées que comme momentanées, fubfiftoient toujours. Aufli la-yy dite modération à huit fols fut-elle continuée d'année en année par différents » Arrêts jufqu'au mois de Janvier 1730.
- » Alors cette difette n'étant point encore cefiee, mais ayant un peu diminué ± y> le droit de huit fols fut porté, par Arrêt du 31 Janvier de ladite année 1730,* » à douze fols, pour un an feulement. Enfin par autre Arrêt du 28 Novembre y> de la même année , le droit d'entrée for lefdits Charbons de terre d'Angle-» terre, Ecoffe & Irlande, fut fixé à douze fols, jufqu'à ce qu’il en fût autrement » ordonné.
- y> Pendant que les Charbons de terre Etrangers payoient ce droit de douze » fols par barril du poids de 2ÿo livres à toutes les entrées du Royaume, ceux v> venant du Hainaut Etranger dans le Hainaut François & dans la Flandre Fran-y) çoifecontinuoientànepayerqueledroit de cinq folspar barril du poids de 300 y> liv. foivant la modération portée par Arrêt du 21 Décembre 1700. Ilfut-enfoite » accordé par autres Arrêts des 9 Novembre 1715 & 24 Septembre 1716 , que » les Charbons de terre du Hainaut Autrichien, paffant en tranfit de Mons à » Tournay par Condé ne payeroient que le même droit de cinq fols. Dans la vue » de favorifer de plus en plus ce tranfit par Condé , & la navigation fur les rivie-» res de l'Efcaut & de Haifne , ce droit de cinq fols fut réduit à deux fols fix » deniers par barril du poids de 300 livres pour lefdits Charbons pafîànt en » tranfit de Mons à Tournay par Condé. Cette réduction fut faite par Arrêt du Y> 8 Novembre 1723 , qui ordonna-que dans le cas où lefdits Charbons , ainfi » paffés en tranfit à Tournay, feroient enfoite voiturés par terre à Lille & Chatel-» lenie , foit pour la confommation de la Flandre Françoife ou pour les Villes » & lieux de la dépendance de l'Empereur, payeroient deux fols fix deniers *> par barril , paf forme de fupplément du droit de cinq fols.
- y> Cette exception pour les Charbons du Hainaut étranger entrant par la » Flandre & le Hainaut François, ou paflant en tranfit par Condé à Tournay, » étoit la feule qui fût faite à la loi générale & uniforme des Charbons étrangers* » Les Charbons de terre de l'Ifle Royale, qui vient de pafler fous la do-» mination étrangère, ne dévoient pas, lorfque cette Ifle appartenoit à la France, j> etre traites auffi défavorablement que ceux de l'Etranger. Aufïï l'Arrêt du Charbon de Terre. IL Fan. V 7
- p.629 - vue 172/304
-
-
-
- tfjo du charbon de terre
- » rq Juin 1729 , eri régla t-il les droits à fix livres par tonneau de 525*0 livres, yy faifant vingt-un barrils du poids de 250 livres, ce qui revient à cinq fols neuf y> deniers par barril.
- » Les choies fubfifterent en cet état jufqu’en I741* Alors on trouva que les y> raifons qui avoient déterminé la modération à douze fols for les Charbons » d’Angleterre, Ecoffe 8c Irlande , ne fubfiftoient plus pour ceux entrant dans » le Royaume par Saint-Vallery , Dunkerque , Boulogne, Calais , & autres y* entrées de la Picardie 8c delà Flandre. L’Arrêt du 6 Juin 1741, abrogea cette » modération , 8c rétablit à ces entrées feulement ledit droit de trente fols* yy Ce même droit de trente fols fut pareillement recréé dans tous les Ports yy de la Normandie, par autre Arrêt du 15 Août foivant.
- y) En iy6î , on penlà que la quantité de Mines qui étoient ouvertes en d France,<&particuliérement en Bretagne, pouvoit fournir la confommation » de la plus grande partie des Provinces du Royaume. Pour favorifer 8c encou-» rager encore davantage l’exploitation defdites Mines , le droit de trente fols » par barril fut rétabli par Arrêt du 5 Février 1761, à l’entrée des Ports 7) de Bretagne y comme il avoit été en 1741 dans les rPorts de Flandre y> Picardie 8c Normandie. A l’égard des entrées par les autres Provinces dix » Royaume’, il fut ordonné qu’au lieu du droit de douze fols, il en feroit perçu un de dix-huit fols ^ par barril du poids de 250 livres fur les Char*-» bons venant de l’Etranger. / '
- » De là façon dont étoit libellé cet Arrêt, on pouvoit croire qu’il étoit 5) dérogatif aux Réglements particuliers rendus pour les Charbons du Hainaut y> Autrichien, qui venoient par terre en Flandre 8c Hainaut François, ou qui yy venoient en tranfit de Mons par Condé à Tournay ; mais for les repréfenta-yy tions qui furent faites au Confeil à ce fujet, toute incertitude fut levée par y> là décifion du 9 Mai foivant, par laquelle il déclara n’avoir rien voulu yy changer aux Réglements rendus pour la Flandre & le Hainaut, qui dévoient » continuer à avoir leur exécution.
- » Tel a été jufqu’en 1763 , l’état des chofes. Les Charbons de terre venant yy de l’Etranger dans les Provinces autres que la Flandre , la Picardie , la Nor-» mandie 8c la Bretagne , doivent dix-huit fols par barril du poids de 250 livres,
- » ceux qui viennent dans les Provinces de Flandre , Picardie ^--Normandie 8c » Bretagne, doivent trente fols du même barril. Ceux du Hainaut Etranger yy feulement, entrant par la Flandre & le Hainaut François font exceptés , 8c » ne doivent que cinq fols par barril du poids de 300 liv. ceux dudit Hainaut » Etranger, paflànt en tranfit de Mons à Tournay par Condé, ne font fujets qu’à yy un droit de tranfit de deux fols fix deniers par même barril de 3 00 livres;
- yy Pour donner la préférence aux Mines du Royaume , 8c exciter encore leur ' y> exploitation, le Confeil a eu en vue deux moyens.
- » Le premier eft d’établir le même droit de trente fols dans les Provinces
- p.630 - vue 173/304
-
-
-
- K
- et DE SES MINES, il Part. 6$t
- «qui ne font fujettes qu’à celui de dix-huit fols , Sc de prendre toutes les » précautions qui pourront affurer la perception réelle de ce droit & éviter la » fraude qui peut fe faire d’une partie dudit droit.
- jj Le fécond eft d’exempter de tous droits généralement quelconques les » Charbons de terre à la circulation dans toutes les différentes Provinces du » Royaume, Sc de rendre cette circulation abfolument libre dans tour Tinté-. » rieur.
- Réflexions fur le premier moyen.
- » L e moyen en général le plus efficace pour donner faveur aux Marchant y> difes de culture , fabrique ou exploitation du Royaume , eft Tétabliflement » d’un droit allez fort pour écarter la concurrence étrangère ,*& afïurer une » préférence décidée à la Marchandife nationale. C’efl l’expédient dont on » s’eft fervi pour les Charbons de terre. On a vu que par le tarif de 1664 , » ceux étrangers n’avoient d’abord été impofés qu’à huit fols du barril ; qu’en » 1667, ce droit fut porté à vingt-quatre fols , Sc enfuite à trente fols en 16.92; » qu’en 1714 > il fut réduit à huit fols , réduétion qui dura jufqu’en 1730 , s> qu’il fut fixé indéfiniment à douze fols ; que la perception de ce droit à douze » fols a continué jufqu’en 1761 , à l’exception des! Provinces de Flandre 9 i> Picardie Sc Normandie, pour lefquelles le droit avoit été rétabli à trente » fols. C’efl en 1761, que la Bretagne a été ajoutée à ces trois Provinces pour » la même impofition du droit de trente fols. A l’égard de toutes les autres y> Provinces, on fe contenta de porter à dix-huit fols le droit de douze, fols. » Ces différentes variations feroient croire que jufqu’à préfent on n’a point dé-y) couvert dans le Royaume des Mines affez abondantes ou en qualité fuffifànte » pour fournir à fà confommation , ou bien encore que ces Mines font fi éloi-» gnées de certaines Provinces, que ces Provinces ne peuvent s’y approvifion-« ner de ces Charbons fans en doubler la valeur par les frais de tranfport.
- » S’il étoit certain que nous puffions nous fuffire à nous-mêmes, il n’y auroit pas » à héfiter fur l’établiffement par-tout du droit de trente fols.
- » Mais il y a apparence que pour cette matière nous ne pouvons nous paf*
- » fer de l’Etranger, foit par nécefîité , foit par la qualité fupérieure de fes » Charbons fur les nôtres. En effet on trouve, dans la balance du Commerce ,> yy que depuis 1748 , jufques & compris 1760 , il en eft venu de l’Etranger pour « la valeur de 7304998 livres, ce qui fait année commune y61923 livres:
- » c’efl une efpece de preuve , que nous avons befbinde l’Etranger ; nous n’irions y> pas chercher chez lui ce que nous pourrions trouver facilement chez nous,
- » On objeélera fans doute que nous n’avons recours a 1 Etranger qu a caufe » du meilleur marché ; mais qu’un droit plus fort fur le Charbon Etranger ,
- » feroit pencher la balance de notre côté.
- » A cette objeétion ne peut-on pas répondre que k droit de dix-huit fols
- p.631 - vue 174/304
-
-
-
- 6}* DU CHARBON DE TERRE
- eft déjà très-fort par lui-même ; le prix du Charbon de terre eft à Rouen en » temps de paix de 450 à 500 livres, les 104 barrils du poids de 2 jo livres ; ce
- qui fait prix commun 47^ livres, & par barril quatre livres onze fols quatre » deniers ; encore eft-il incertain fi c eft droit payé ou non payé. En fuppo-» font cette valeur droit non payé, le droit de dix-huit fols avec les cinq fols » pour livre revient à vingt-cinq pour cent : avec un tel avantage nos Mines ne i> devroient-elles pas avoir la préférence , fi elles étoient aflez abondantes , ou » fi les Charbons quelles produifent avoient la même qualité , ou fi ellespou-ï) voient en envoyer par-tout? Enfin dans les Provinces même où le droit de trente » fols eft établi, il en vient des quantités de l'Etranger. Rouen en tire beaucoup; d & quoique ce Charbon étranger y foit même en temps de paix plus cher que v celui qui y vient des différentes Mines du Royaume, cependant les Ouvriers » donnent la préférence audit Charbon étranger. Cependant ce droit de trente » fols revient à plus de quarante pour cent fur la valeur de quatre livres onze » fols quatre deniers par barril. Ne foroit-ce pas une raifon pour conclure que d nous manquons ou en quantité ou en qualité , ou que nos Mines ne font pas ï) à portée de fournir toutes les Provinces, Mais ces droits deviennent encore » bien plus forts fi cette valeur de quatre livres onze fols quatre deniers par » barril eft droit payé. Il faut en déduire pour le droit qui eft à Rouen de tren-» te fols , trente-fopt fols fix deniers , à caufo des cinq fols pour livre ; reftera » de valeur deux livres treize fols dix deniers par barril. Alors le droit de » trente fols revient à cinquante-fix pour cent , & avec les cinq fols pour livre , » à foixante-dix pour cent , & le droit de dix-huit fols monte à trente-trois i ï) pour cent, & avec les cinq fols pour livre , après de quarante-deux pour cent.
- » Lorfqu’il fut queftion de rendre l’Arrêt du 15 Février 1761, on ne crut r> pas avoir aflez de certitude fur la multiplicité 8c l’abondance des Mines du » Royaume, pour rendre uniforme dans toutes les Provinces le droit de trente » fols fur les Charbons Etrangers. On envifàgea que c’étoit une matière nécei-» faire à la fabrication de tous les ouvrages de peu de valeur ; les uns eflen-y) tiels à l’agriculture, les autres utiles à la confcmmation & au commerce ; & y> qu’il étoit intéreflànt de ne les pas renchérir : on fe réduifit par ces raifons à v augmenter le droit en Bretagne , parce que cette Province exploite des Mi-» nés plus que fiifiîfàntes pour fon ufàge. Mais par rapport aux autres Provin-y> ces, on balança quelque temps fi on les laifleroit fujettes au même droit de y> douze fols, ou fi on feroit quelque augmentation fur ce droit.
- » La raifon qui parut déterminer principalement l'augmentation de douze à ï> dix-huit fols, fut la perfuafion dans laquelle on étoit de la fraude qui fe pra-» tiquoit fur le droit des Charbons, dans le mefurage defquels on fuppofoit de « l’inexaélitude de la part des Commis, 8c beaucoup d’infidélité dans les dé-» clamions des Marchands & des Capitaines de Navires.
- » En effet il peut fe pratiquer bien des abus à cet égard. Le droit eft dû au
- barril
- p.632 - vue 175/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Part. 6s3
- y> barril de 250 livres. Il arrive fouvent que le Capitaine du Navire qui apporte » des Charbons, ignore la quantité de barrils de 250 livres qu'il peut contenir*’ De même les Négociants de France à qui il eft envoyé. Les raifons qu’en y> donnent les uns, c eft qu'en Angleterre où cette Marchandé eft à bas prix, » elle fe charge fans mefurage ; les autres qui conviennent d’un mefurage , » allèguent que les mefures dont on fe fert en certains endroits où fe chargent yy lefdits Charbons varient fi fort entr’elles , & font fi différentes de notre bar-» rii, qu’il ne leur eft pas poflible de faire la réduction au barril, & de don-» ner une déclaration jufte ; ils demandent à en être dilpenfés ; on ne les en y> difpenfè cependant point. Mais quand après le mefurage il fe trouve un excé-» dent, la bonne-foi qu’ils ont montrée empêche de tenir rigueur fur la lai fie y) de l’excédent. Le droit , par ce défaut de déclaration exaéte , fe trouve à la » merci de Gardes-côtes à bord des Navires qui procèdent au mefurage, & fii£ » la fidélité ou i’exaélitude defquels il ne faut pas toujours compter. Par cette y> infidélité , ou par cette inexaélitude , on parvient à atténuer le droit en le » payant fur une moindre quantité de barrils qu’il n’y en a réellement.
- » Pour obvier à cette fraude , le parti que l’on propofe de prendre feroit » de fixer le droit par tonneau de mer, pour les Charbons qui viennent » par mer ; 8c ce droit fèroit perceptible relativement au nombre de ton-y> neaux dont feroit le port du Navire à morte charge. Les Navires qui » apportent des Charbons ont pour l’ordinaire leur charge complette. Mais » qu’elle le fût ou quelle ne le fût pas , le droit fèroit toujours dû ffir le nom™ » bre de tonneaux de la capacité du Navire ; ce feroit l’affaire des Négociants » & Capitaines d’avoir toujours charge entière. Il en feroit pour ce droit corn-» me pour celui de fret. Ce moyen fèroit fûr pour parer à la fraude , ou s’il » s’en pratiquoit encore , elle feroit moindre que celle qui peut fè faire aujour-» d’hui. Celle qui pourroit fè faire, fèroit de déclarer un moindre nombre de » tonneaux que n’en porteroit le Navire. Mais il y auroit à courir les rifques yy de la fauflè déclaration ; c eft fur les Certificats du Jaugeur de VAmirauté y> que fè fait l’acquittement du droit de fret. Les mêmes Certificats fèrviroient » de réglé pour le payement du droit fur les Charbons; & fi par la jauge que » feroit l’Amirauté, il fe trouvoit un plus grand nombre de tonneaux que celui «déclaré, on pourroit dans ce cas ordonner la confifcation de la Marchanda « excédante à raifon de 2000 livres par tonneau , avec amende ordinaire de « 300 livres pour la totalité de l’excédent fàifi ; ou encore , au lieu defdites » confifeation & amende, fixer une peine par tonneau qui auroit été déclaré » de moins ; c eft ainfi qu’il en a été ordonné pour le droit de fret par l’Arrêt v du 19 Avril 1701 ; Cet Arrêt accorde un jeu du dixième ( 1 )f pour mettre les yy Capitaines à couvert des erreurs qu’ils auraient pu commettre dans la jauge yy de leurs Navires. Si apres la jauge faite , la continence du Navire ne fètrou™
- ( 1 ) C eft à-dire , que d’un a 10, de poids ou de nombre, Ü dy à pas heu à faifie.
- Charbon de Terre. //. Part. X 7
- p.633 - vue 176/304
-
-
-
- DU CHAR BON DE TERRE
- v> ve excéder celle portée par la déclaration que d’un dixième & au^deflous, il » n’y a lieu qu’au payement du droit à raifon de la quantité de tonneaux effec-» tifs & aux frais de la jauge.
- y> Si au contraire la continence du Navire excede la déclaration de plus du » dixième , l’Arrêt de 1701 , indépendamment des droits de l’excédent, des » frais Sc dépens, ledic Arrêt de 1701 , prononce une peine de cinquante livres » .d’amende par chaque tonneau omis.
- » Il eft à obferver que lorfque cette peine de cinquante livres par tonneau a » été prononcée, le droit de fret (1) n étoit que de cinquante, fols par tonneau.
- » Si on ne trouvoît pas cette peine de cinquante livres par tonneau non dé-» claré affez forte pour le droit des Charbons , qui doit être beaucoup plus » fort que celui de fret, on pourroit doubler cette peine.
- » A l’égard dé la qualité du droit , elle dépend du parti que prendra le » Confeil. S’il fe décide à établir le droit de trente fols uniformément dans » toutes les Provinces, le droit reviendra à douze livres , non compris les cinq » fols pour livre par tonneau de mer, parce que le tonneau étant de 2000 j> livres, il reprélente huit barrils du poids de 2^0 livres, qui, à raifon de treuil» te fols du barrit, font douze livres pour 2000 livres pefant.
- » Si le Confeil prend le parti de biffer le droit fur le pied qu’il fubfifte » aujourd’hui, à ràifon de dix-huit fols dans les Provinces autres que la Flandre, » Picardie , Normandie & Bretagne , le droit ne fera de douze livres par ton-» neau que dans les Ports de ces quatre Provinces, & dans tous les autres de » fept livres quatre fols. S’il juge à propos de le remettre à douze fols , il ne » reviendra qu’à quatre livres feize fols par tonneau, & ces droits feroient per-» ceptibles de quelques Pays étrangers, & par quelques Navires que lefüits » Charbons foient apportés.
- n Pour ce qui eft des Charbons qui viendroient par terre , ils continue-» roient à aquitter au barril du poids de 250 livres.
- » Il ne feroit fait non plus aucuns changements, ni pour le poids des barrils » ni pour le droit par rapport aux Charbons qui viennent du Hainaut Etranger » par terre dans la Flandre & le Hainaut François , non plus que ceux qui » paflènt en tranfit de Mons à Tournay par Condé.
- Réflexions far le fécond Moyen.
- y> A p R È S avoir écarté la concurrence du Charbon de terre étranger par ï> l’impofition d’un droit fort, le moyen le plus efficace pour donner faveur au » Charbon national, eft de le libérer de tous droits à la circulation dans les dif* » férentes Provinces. Ces droits gênent le traniporc de cette matière", ajoutent
- O) Qui fe paye à morte charge aux Bureaux des Fermes , Jçj Négociants ou Maîtres
- de Navires étrangers , à l’entrée ou à la fortie des Ports & Havres du Boyaume.
- p.634 - vue 177/304
-
-
-
- et DE SES MINES. IL Part. 63f 3) à fon prix, Sc détruifent ou diminuent l'avantage que devroit leur procu-» rcr dans les lieux de la deftination,, l’impofition établie, fur les Charbons » étrangers. Mais dans ce droit de circulation , indépendamment de ceux des » Traites, il y en a qui peuvent être dus à la partie des Domaines, & à celle » des Aydes , d’autres à des Villes & Communautés , d’autres à des Engagiftes * î> d’autres' enfin à des Seigneurs particuliers. Le Roi peut bien exempter des » droits qui lui appartiennent, en paffànt au Fermier indémnité du vuide qu » pere l’exemption accordée : Sa Majefté peut encore compofojr vis-à-vis des En-» gagiftes à qui elle a fait des aliénations ; mais peut-elle dilpofer des droits ». que par des circonftances onéreufos, elle a attribué à des Villes , Corps & «-Communautés? peut-elle priver les Seigneurs particuliers de ceux dont la » propriété leur appartientfans donner matière à des plaintes &à des repréfen-» tâtions fondées?
- y> En admettant que le Miniftere trouvât des moyens pour formonter ces » obftacles & affranchir la circulation deldits Charbons de tous droits gêné-» râlement quelconques , cette exemption porteroit-elle fur les droits dûs aux n entrées de Paris?
- » Ces droits forment un gros objet : il en eft dû, i° , aux Officiers Mefureurs* » Sc Porteurs des Charbons de terre ; 2°, aux Officiers des Charbons de Bois ; » 30, aux Gardes-Batteaux & Planchéeurs, ce font des attributs de leurs char-» ges; 40, à l’Hôpital ; j°, à la Ferme Générale. Tous ces droits réunis ont » formé pour la troifieme année du Bail courant commencé le i Oétobre » 1758 ,& fini le dernier Septembre 1759 (1), un total de 82908 livres 5 fols » 7^deniers, compris les quatre fols pour livre, & non compris le nouveau » fol pour livre.
- » Si on entendoit comprendre ces droits dans la fuppreffion générale , on » ne pourroit fe dilpenfer de rembourfer aux différents Officiers le prix de leurs » Offices, & de donner à l’Hôpital un équivalent par forme de dédommage-» ment. Les droits defdits Officiers entrent dans ladite fomme de 82908 li-» vres 5 fols , pour 63396 livres 1 fol 3 deniers ; l'Hôpital pour 3290 » livres 2 deniers ; enforte qu’il relie pour la Ferme 16222 livres 3 fols 7 de-» niers.
- » Ces droits dûs aux entrées de Paris, quoique multipliés & forts ne paroif* » fent pas pouvoir préjudicier au commerce des Charbons, & nuire à lexploi-» tation des Mines. Les Charbons qui palïènt debout dans Paris , ne font fii-M jets à aucuns droits. Ceux qui y relient font donc pour la confommation de » la Ville.Tous les ouvrages pour lefquels on emploie cette matière, fontpa-3> reillement deftinés à la confommation de ladite Ville. Ce n’eft qu accidentelle-» ment qu il peut fortir de ces ouvrages pour les environs ; mais on peut avan-r> cer quilne fe fait aucun commerce defdits ouvrages au dehors, parce que
- (1) Ce Bail fera annexe à T Article des Droits de Charbons de terre pour Paris,
- t
- p.635 - vue 178/304
-
-
-
- I
- V3€ du charbon de terre
- j> la main-d'œuvre de Paris eft trop chere. Puilque les droits aux entrées de » Paris n’intéreflènt que la confommation de cette Ville , que les ouvrages » auxquels ils font employés font pareillement deftinés à là confommation , » ces droits entrant dans la valeur defdits ouvrages, font infenfiblement fop-» portés par le Confommateur. Ces raifons conduifont à penfor que fi le Confoil » fe portoit à accorder une exemption générale à la circulation des Charbons » de terre, la Ville de Paris pourroit être exceptée de cette réglé générale.
- » Avant de travailler au projet d’Arrêt demandé , on a cru devoir remettre » fous les yeux du Confeil les différents droits qui ont été impofés fur les » Charbons de terre venant de l'Etranger, & propofer quelques réflexions fur » l’augmentation de ces droits à l’entrée , & fur l’exemption totale à la circula-; » tion. Sa décifion déterminera l’elprit dans lequel doit être dreffé cet Arrêt.
- Objervations fur les différentes Mejiires ctufage dans le Commerce
- du Charbon de terre.
- O N a vu qu’il y a pour la vente du Charbon de terre deux fortes de me-fores ; les unes, d’ulàge for-tout pour cette marchandifo emportée au loin , s’évaluent au poids.
- De ce nombre font la Mande & la Rajiere du Hainaut & de l’Artois, le Muid d’Anzin, la Comporte ou Baille de Rouergue, la Pipe Nantoifo , le Fer-rat de Gaillac, le Douillari de Nantes, la Benne du Lyonnois, la Bajcholée du Nivemois.
- Les mefores les plus connues dans le commerce en grand , par mer, font celles dénommées dans les Arrêts & Tarifs pour le Charbon ; lavoir, le Barrit du poids de 300 livres , fuivant l’Arrêt du 19 Juin 1703 , évalué à 350 livres poids de marc, par d’autres Arrêts poftérieurs du 16 Juin & du iy Août 1741 ; le tonneau de mer, du poids de y 200 livres.
- La qualité compaéle dje quelques Charbons, qui femble devoir les rendre lourds, n’ajoute pas autant qu’on l’imagineroit à la pelànteur du Charbon vendu à inclure eftimée par poids ; au contraire foit que le gros Charbon, ou le Charbon en pierre, laiflê dans une mefore de ce genre beaucoup d’intervalle entre chaque morceau, foit que ce Charbon contienne en général moins d’air « on obferve qu'une même mefore de gros Charbon s’y trouve toujours pelant quelques livres moins que celui qui eft en poufliere, & que la même mefore dont on fe fera fervi pour le gros Charbon également remplie comble de Charbon menu, quifoifonne réellement davantage, pefe quelques livres déplus.
- Il y auroit à examiner fi cette différence fe rencontreroit en meforant le même Charbon d’abord en grofles pierres , & enfoite réduit en menu. Ce dernier d’ailleurs , fortant de la Mine dans i’état de pouflîer , doit préfenter des
- différences
- p.636 - vue 179/304
-
-
-
- w
- Ë T DE SES M I N Ë S. îï. ÎArt> é3f
- différences de poids , relatives à fon état de fécherefFe , d'humidité àu fbrtir de la Mine , ou refté à l'air.
- 3VI. de Voglie , dans fon Mémoire (i) , prétend , que tout Charbon dé terre fec & prelqu'en poudre, étant fuffifàmment mouillé , foilonne plus ^ & pefe moins, que lorfqu'il eft bien fec ; il ajoute que les Marchands entendue ne manquent point de le mouiller , pour le vendre , de maniéré qu'ils font un bénéfice fenfible fur la feule mefure : le Charbon de terre d'Anjou , par exemple , au rapport de M. de Voglie, pefe depuis 60 jufqu'à 6$ livres le pied cube , félon qu'il eft plus ou moins mouillé.
- Les autres mefures d'ufàge , pour le Charbon de terre ont lieu, dans la vente en détail ; ce font uniquement des mefures de continence , de i'efpece qu'on appelle mefures fiches , dont ordinairement la forme eft ronde , ou à-peu-près ; quelques-unes de ces mefures cependant ne font pas des mefures effectives , comme pourroient être le Boîjjeau ou le Minot de Paris , mais des mefures idéales, & pour ainfi dire des mefures de compte , ou un compofé de plufieurs autres certaines mefures.
- Il a dû en conféquence s'introduire néceflairement dans ce mefiirage quelques termes particuliers , comme le tajfage, ( voye^page 521 ) mefurer à main
- tierce , c'eft-à-dire ras ; mefurer comble.
- ^ y \
- Navigation du Charbon du Foréjf , de ïAuvergne , du Bourbonnois & autres *
- par le Canal de Briare jufquà Nemours.
- Arrivés entre Châtillon & Gien, ces bateaux , au lieu de fuivre la rivière de Loire, font route par le Canal de Briare ; ce Canal prend fon nom de la Ville de Briare, où eft la porte de Tête ; il remonte vers le Nord par Ouzouer, côtoyé le ruiffeau de Trezée , continue par Rogny, Châtillon-fur-Loire, & finit dans cette rivière à Montargis , où eft la porte de Mouillé du Canal, après un trajet de douze lieues.
- A Montargis, il fe continue jufqu'à Moret, mais fous un autre nom; nouû en parlerons à part.
- Celui de Briare, outre divers Ponts qui le traverfent pour la communication des Villages où il paflè , eft coupé par quarante-une éclufes , qui font de groffes conftruétions de pierres ou murailles parallèles, diftantes de vingt, à vingt-quatre pieds , fermées de portes par les deux extrémités, au milieu defo quelles fe forme un baflin nommé Sas , plus long que large.
- L'eau eft toujours dormante dans le Canal, & ne paffe d'un fus dans un autre , qu’au moyen des éclufes, qui produifent l'effet d'une pompe en aélionÿ -& la forcent ainfi de monter ou defcendre fuivant le befoin ; cette eau tenue d abord en réfervoir dans divers étangs creufés aux environs du Canal, y coule
- (O Seconde Partie.
- Charbon de Terre. //. Fart. Y y
- /
- p.637 - vue 180/304
-
-
-
- 63S du charbon de terre
- lorlqu’il eft néceflàire , par des canaux pratiqués exprès, 8c qui font fermés par des empêlements qu’on leve ou qu’on baifle félon les cas.
- Quand un bateau eft enfermé dans le Sa s, on lâche l’eau qui l’éleve de deux ou trois toifes , le fait pafîer d’un Sas ou d’un baflîn plus bas dans un autre d’un fond plus élevé, & réciproquement de la première a la derniers chambre par le jeu alternatif des éclufes : c’eft ainfi qu’un bateau palïe de la Loire dans le Loing, quoique le terrein d’entre-deux foit élevé de plus de cinquante toifes au-deflus de ces deiix rivières , & de la rivière de Loing dans la Seine à Moret. D’ordinaire , un bateau fur le Canal fait environ trois lieues par jour. Lorfque le Canal eft bien plein , la tenue eft de trente-deux 8c trente-quatre pouces d’eau ; mais lorfqu’il eft bas , elle n’eft que de vingt-fix à vingt-huit pouces.
- Il faut pour cela attendre les crues de l’Ailier, & ce n’eft que dans certains temps de l’année ; ordinairement il s’ouvre vers la Touflàints, & quelquefois plus tard , & fe ferme à la fin de Juillet : quand les chaleurs font grandes le Canal eft fermé , & la navigation interrompue ; cela comprend trois mois par année, favoir Août, Septembre & Oétobre.
- La traverfée par le Canal de détour , eft aflùjettie à deux Jurifdiétions différentes, celle des Seigneurs du Canal, comme Adminiftrateurs , & celle que le Bureau de i’Hôtel-de-Ville de Paris exerce fur toutes les.rivières , ruifîeaux 8c cours d’eau, fervant à la provifion de Paris.
- L’hiftoire du commerce de Charbon , que nous faifons toujours marcher avec l’art de l’exploitation, eft naturellement liée avec celle de ces deux attributions : nous allons joindre ici à l’hiftoire fommaire de l’établiffement du Canal, une connoiflànce abrégée de l’exercice de ces deux Jurifdiétions, d’après des Mémoires, imprimés en 1770 , pour les Prévôt des Marchands & Echevins de la Ville de Paris, dans une conteftation élevée entr’eux & les Seigneurs du Canal de Briare , fur l’étendue du pouvoir accordé à leur Juge.
- Le premier inventeur du projet de cette communication de la Loire avec la Seine, commencé aux dépens de l’Etat fous le régné de Henry le Grand , n’eut point la fàtisfaélion de l’exécuter: Guillaume Boutron, & Jacques Guyon, s’engagèrent à reprendre l’entreprife de ce Canal en 1638 ; c’eft à eux, qu’on eft redevable du double fervice d’avoir établi une circulation de commerce dans des Provinces où il languiffoit, & d’avoir coopéré à procurer l’abondance dans la Capitale du Royaume.
- Un motif d’intérêt perfonnel a dû. certainement, comme dans toutes les occafions de cette nature, être inféparable des vues d’utilité publique ; mais ces Entrepreneurs, n’en méritent pas moins une place honorable dans la lifte des Citoyens eftimables, dont le nom doit paftfer avec éloge à la poftérité.
- Pour les récompenler, Sa Majefté , par Lettres-Patentes du mois de Septembre 1638, données à Saint-Germain-en-Laye, vérifiées au Parlement le
- p.638 - vue 181/304
-
-
-
- ET DE SES MlËÎËS. II. Part*
- Avril de fannée fuivante, leur cédai les fonds & tréfonds du Canal, leur fie don de tous les matériaux qu’ils trouveroient, & des ouvrages commencés , leur céda les droits qu’ils pouroient lever fur les Marchandées qui y feroient
- embarquées.
- Une navigation de l’efpece décrite ci-deflus , qui fè fait par artifice par des retenues d’eau de diftance en diftance, qui demande des Prépofés pour ouvrir Sc fermer les éclufès , des Ouvriers perpétuellement occupés à réparer les dé-» gradations , &c, emporte la néceflité d’une fubordination des Mariniers envers ces Prépofés, d’une autorité en état de pourvoir aux incidents qui pourroient troubler l’harmonie Sc les opérations d’une navigation dont l’utilité feroit bientôt anéantie , fi elle étoit abandonnée comme lur une rivière à la feule induf trie des Mariniers.
- Il étoit naturel que les Propriétaires repréfentants les Entrepreneurs enflent la premiers efpece de jurifdiétion, relative à la navigation particulière aux opérations & à la confervation du Canal devenu leur patrimoine*
- Mais d’une autre part l’objet de cette communication importante de la Loire avec la Seine, étant l’àpprovifionnement de la Capitale , & les Adminiftrateurs ou Juges confervateurs du Canal, ne pouvant être cenfés au fait de cette partie , il reftoit à établir une police différente de la première , celle fur la navigation générale Sc relative à la provifion de Paris, fur les Marchands Sc fur les Marchandifes, conféquemment aux réglés preferites pour cet objet ; en cela le Canal fe trouve naturellement fujet à la Jurifdiétion des Juges ordinaires des Marchandifes venant par eau pour la provifion de Paris : c’eft suffi fur ce plan que font établies fur le Canal les deux Jurifcfiétions , dont je vais donner une connoiflânce abrégée , & qui paroiflent clairement expliquées par un Arrêt du Confeil du 15 Juillet 1768, en interprétation des Lettres-Patentes*
- A
- Adminijlration économique ou Police de navigation fur le Canal.
- Les Lettres-Patentes de 1638 & de 1642 , portant établiflement du Canal , portent conceffion de Juftice haute , moyenne & baflè fur toute l’étendue du Canal, Sc attribuent au Juge qui y fera établi par les Seigneurs Propriétaires, la connoiflânce de tout ce qui intérefle la navigation par le Canal, des dégradations aux ouvrages, & du payement des droits. En vertu de ces Lettres-Patentes de 1638 , les Seigneurs du Canal, » ont pouvoir d’établir dans la Ville de » Briare,un Juge, un Lieutenant ,un Procureur de Seigneurie Sc autres Offi-» ciers , pour connoître & juger en première inftance de tous différends qui » pourront naître, tant en matière civile, criminelle, que mixte , [oit pour les » dégradations Sc délits qui pourroient être commis en tous lefdits ouvrages , » que de tous différends à raifon de la navigation Sc perception des droits ; lef yy quels Juge Sc Lieutenant peuvent juger par provifion , & à la charge de
- p.639 - vue 182/304
-
-
-
- 64o du charbon de terre
- \
- » Tappel jufqu’àla fomme de vingt livres, Sc les appellations de ladite Juftice , y> feront relevées directement en notre Hôtel-de-Ville de Paris, Sc non ailleurs,
- ï> Par ces Lettres-Patentes, la Compagnie eft autorifée à établir douze Gardes » pour furveiller à la confervation du Canal ; il leur efl: attribué le droit » d’exploiter Sc mettre à exécution tous Mandements, Sentences & Arrêts » concernants la navigation , Sc confervation des ouvrages , circonflances Sc » dépendances.
- Cette Juftice du Canal, qui a le titre de Bailliage, a deux Sieges qui n’appellent point de fun à l’autre , mais qui vont tous deux également à Paris ; le premier & le principal efl à Briare ; le Juge par lequel il efl rempli, efl titré de Bailly. Il a fous lui un Procureur Fifcal, & un Greffier.
- Le fécond Siégé efl à Montargis, & efl tenu par un Lieutenant qui tient la place de Bailly , un fécond Procureur Fifcal, & un autre Greffier. Le Bailly exerce feul, fur le Canal, le droit de jurifdiéUon , qui confifte à veiller , de la part des Seigneurs , à tout ce qui concerne la navigation , relativement aux opérations du Canal, qui prévient les détériorations , qui contraint à réparation , &c. Il efl qualifié Juge conjervateur.
- Ces droits, variés félon la nature des marchandifes , font auffi différents fur les bateaux de Charbon de terre, félon qu’ils viennent du Forez , du Bour-bonnois ou de l’Auvergne , ou comme pour toutes les marchandifes , félon que les bateaux font vuides , ou non ; en général le bateau efl évalué à trois mille livres pour le poids.
- Les bateaux Charbonniers, venant de Saint-Rambert, payent au Canal de Briare à la tenue de vingt-deux pouces , non compris deux autres pouces d’en-couturement, faifànt en tout vingt-quatre pouces, trente-trois livres fix fols huit deniers , Sc quatre livres par pouce excédant les vingt-quatre pouces, lorfqu’il tient plus d’eau ; c’eft-à-dire , que s’il plonge dans l’eau de vingt-cinq pouces , il paye trente-fept livres fix fols huit deniers ; s’il plonge de vingt-fix pouces, il paye quarante une livre fix fols huit deniers ; Sc toujours en augmentant de quatre francs par pouces que le batteau plongera de plus.
- Le bateau de Charbon de Moulins , paye tantôt comme le Saint-Rambert , tantôt comme celui d’Auvergne, à caufe des bateaux que l’on conflruit à Dion, au-defîus de Digoin, vis-à-vis Gilly.
- Le bateau de Charbon venant d’Auvergne, paye vingt fois par pouces de tenue d’eau jufqu’à vingt-cinq; c’eft-à-dire, vingt-cinq livres à la même tenue que celle ci-defîus, Sc trois livres par pouces d’excédent.
- Les bateaux vuides , n’ayant point de marchandifes fur lefquelles on puifle Ce fixer, payent par éclufe dix fols.
- Ces droits fe payent à deux Receveurs réfidents l’un à Briare, pour les marchandifes qui entrent dans le Canal à fon embouchure, Sc l’autre à Montargis pour tout ce qui y entre dans la route aux différents Ports : ces deux
- Receveurs
- p.640 - vue 183/304
-
-
-
- È T DE SES MINES. IL Part.
- Receveurs particuliers font chargés de donner des paflàvants (i) aux Commerçants Sc Voituriers fur le Canal : ces billets font vifés le long de la route à differentes diftançes par quelques Contrôleurs ; ceux - ci font en même-temps Eclujiers, c’eft-à-dire , chargés de manœuvrer quand il paffe des bateaux qui montent ou qui defoendent le Canal ; l’ufàge Sc l'expérience leur apprend à ménager habilement l'eau de maniéré que l'Eclufier en dépenfe le moins qu'il peut à chaque éclujée (2), afin d'en avoir fofKfàmment pour fournir les bâtiments qui fe préfentent dans le courant du jour.
- La politique de la Compagnie, eft de n'avoir pour Eclufîers , que des 'Contrôleurs, Receveurs, Maçons , Charpentiers > Tailleurs de pierre , Sc c; tous gens lans celle néceflaires aux Seigneurs du Canal, Sc qui en même-temps ont un double intérêt de s'attacher à la Compagnie , foit par le fixe de l'éclufe , fo montant le plus communément de cinquante , cent à deux cents francs, payés tous les ans aux dépens des Propriétaires, foit par l'affiirance 'd’un travail qui leur eft payé au prix ordinaire , & qui eft continuel : quoique les éclufes foient toutes en Maçonnerie , Sc fermées de forts bois de charpente , leur conftruétion , le poids de l'eau quelles portent, l'exercice non interrompu où les tient le pafîage très-fréquent des bateaux , entraînent une répétition continuelle de réparations ; le temps qu'on y emploie eft celui de la fermeture du Canal.
- Ces ouvrages font dirigés par un Ingénieur en chef, ayant fous lui les 'Contrôleurs, Eçlufiers , comme ceux prépofés aux droits : l'emploi de ces derniers eft de meftrer & de tirer les plans des parties à réparer, pour les remettre à l'Ingénieur, de lui rendre compte du travail , de conduire, fuivre Sc payer les Ouvriers.
- . Les deux Receveurs particuliers ; rendent compte à un Receveur général, demeurant à Paris , Sc qui tient la caillé des Seigneurs, jufqu'au temps des répartitions, qui fe font en portions égales, foiyant le nombre des inté-reffés.
- Le produit général réfultant de ces différents droits, eft un myftere dont le Receveur général & les co-Seigneurs ont feuls le fecret ; outre cette raifon de politique de la Compagnie, ceux qui n’y font qu'aétionnaires, en ont une autre qui leur eft particulière ; c eft que la plupart n’étant pas nobles, font tous les 20
- ( 1 ) En terme de finance , fignifie un Billet que donnent les Commis aux recettes des bureaux d’entrée, pour donner permiffion ou liberté aux Marchands 5c Voituriers de mener leurs marchandées plus loin, foit après avoir paye les droits , ou pour marquer qu’il faut les payera un autre bureau , ou qu’elles ne doivent nen, quand il n’y a quun fimple paifage fans commerce. r ®
- ( 2 ) Ce mot fignifie deux chofes , tantôt, icru cjui cil contenue Sc c^ui coule dans un
- Charbon de Terre. IL Fart, Z y
- éclufe depuis qu'on rouvre juiqu'à ce qu7on la referme ; d’où l’on dit , ce ruijfeau peut four- \ nir tant d'éclufées par jour : on entend encore par éclufée , le temps que l’on emploie à remplir d’eau le fas de l’éclufe , pour faire pafier les bateaux : on dit de cette ma-* niere, qu'on a fait tant d’éclufées dam Vejpactt d'un jour, que la manœuvre qui fe fait dam une éclufe eji fi facile 3 qu on peut y faire tants d’éclufées par jour,
- p.641 - vue 184/304
-
-
-
- <?4* DU CHARBON DE TERRE
- ans afîîijettis à des francs-Fiefs qui pouroient devenir plus confidérables , fi on îàvoit bien au jufte le produit de leurs aétions.
- Avant que Ton eût creufé le Canal d’Orléans qui vient fe déboucher de cette Ville à Cepoy, ce produit fe mon toit à de très-grofles femmes; mais il doit avoir confidérablement diminué depuis : cependant M. Piganiolde la Force (i)^ le faifoit encore monter à cent mille livres.
- Police de Commerce fur le Canal de Briare, ou Jurifliclion du Bureau de la Ville fur la navigation du CanaL
- Les Prévôt des Marchands & Echevins de Paris, chargés par état de pro* Curer l’abondance aux Bourgeois de cette Capitale , portent leur droit de police & d'infpeélion fur toutes les Marchandifes deflinées à l’approvifionnement de Paris ; à l’exception des trois cas, dont le Juge du Canal doit foui connoî* jtre au terme des Lettres-Patentes.
- Le Bureau de l’Hôtel-de-Ville a été maintenu dans l’exercice de la plénitude de fa jurifdiélion fur le Canal, comme fur la Loire, fur la rivière de Seine & autres y affluentes, relativement aux Marchandifes qui y paffent. Les Prévôt des Marchands & Echevins de la Ville de Paris , font comme les Juges confer* valeurs de la provifion de la Capitale for le CanaL
- Afin de pourvoir à tout ce qui tient à cette elpece d’intendance & direction de l’approvifionnement de la Capitale, il a fallu leur donner une attribution de police for les bateaux , les marchandifes, & les Marchands, relativement à l’exportation direéte des marchandifes du lieu de chargement à la Capitale , fans pouvoir en difpofer ailleurs ; la connoilfance des conventions d’entre les Marchands & les Voituriers, des obftacles qui pouroient fe rencontrer à l’arrivée des marchandifes , foit par failles, ou autres caufes , de la fidélité que (doit le Voiturier au Marchand fur la confervation des marchandifes , de la (garantie des naufrages félon les cas dans lelquels elle eft déterminée par l’Ordonnance de 1672 , de la préférence du paflàge de certaines marchandifes foc d’autres, félon le plus ou le moins de befoin que l’on peut en avoir dans Paris, En un mot, tous les cas de difficulté qui fe rencontrent, foit pour les opérations du commerce ou pour l’indemnité , foit à forfait ou par rétribution for les marchandifes , &c. font de la compétence du Bureau de l’Hôtel-de-Ville de Paris, & deviennent l’objet d une fécondé attribution.
- La jouilïànce de cette Jurifdiélion , dont nous donnerons à part 1 origine , remonte aux temps les plus reculés, & eft bien antérieure à l’établiffement de la Jurifdiélion des Eaux Sc Forêts ; on font combien il eft néceftaire d’empêcher qu’il ne foit rien diftrait des marchandifes qui y font deftinées , foit de droit, comme lorfque ce font des Marchands établis dans cette Ville, qualifié
- £1) Dans foa Ouvrage intitulé : Etat de la France,
- p.642 - vue 185/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. IL Part.
- Marchands pour la provifion de Paris, qui ne peuvent mener ailleurs que dans cette Ville aucunes marchandées, qu’ils n’y foient autorifés par une permifîïon exprefle des Officiers municipaux, foit lorfque les Forains ont fait leur achat en déclarant que ceft pour la provifion de Paris, ou que lors de rembarquement la deftination n’a point été faîte exprelTément pour autre lieu que Paris.
- La Jurifdiétion du Bureau de la Ville, faifie dès le principe des connoifîàn-ces de vente, achats, tranfports pour les fùivre jufqu’au moment du dernier dépôt qui s’en fait à Paris, a dans les Provinces des Subdélégués de Ville , pour éviter dans les cas urgents d’avoir recours au Bureau , pour y faire rendre une Ordonnance : ces Subdélégués y pourvoient fur le champ.
- Canal de Loin.
- A Montargis, le Canal de Briare change de nom & de Propriétaire ; il prend celui de riviere, ou Canal de Loin , qui entre à plu fieu rs reprifes dans le Canal de Briare, & le fournit prefque toujours d’eau : quoique ce Canal de Loing ait à-peu-près la même longueur que celui de Briare, depuis Mon-targis jufqu’à Saint-Mammet (i) au-deffus de Cepoy, où il donne dans la Seine, après avoir reçu le Canal d’Orléans , il n’a que dix-neuf éclufes.
- Sur ce Canal, les droits font près de moitié plus forts ; il s’y perçoit le même droit , & un quinzième en fus ; ce tarif , & la forme de leur perception , efi: à-peu-près la même que fur le Canal de Briare.
- Enfin à Nemours, les bateaux Charbonniers payent encore un droit.
- DU COMMERCE DU CHARBON DE TERRE DANS LA FILLE
- DE PARIS.
- . .
- Ta nt que les marchandées font fur le Port, & ne font point transférées dans les maifons des Particuliers, les Statuts des Communautés de commerce, des Arts & des Métiers, font partie des Réglements de Police , dont l’exécution efl: confiée au Bureau de l’Hôtel-de-Ville , fuivant l’Edit de 1710 Article II.
- Cette Jurifdiétion qui commence, comme nous l’avons dit, fur les cours d’eau naturels ou artificiels par où fe fait la provifion de Paris, s’étend même fur les chemins par où les marchandées fe charroyent aux Ports ; l’efprit des Ordonnances & Arrêts relatifs à la provifion de Paris a toujours été que cette Jurif-diftion (ur le commerce de cet approvîfionnement , fut au Bureau de Ville en première inftance, & au Parlement de Paris en cas d appel.
- La connoiflance détaillée de cette manutention dans une Capitale telle que Celle de la France, & de la jurifdiétion qui s’exerce fur cet objet, ne paroîtra
- (1) Village du Gatînois, qui eft un Hameau | y a un Bureau pour la perception des droits des jconûdérable de la Baxoifle de Motet ? & où il I Marchandées qui fe voiturenc par eau^
- p.643 - vue 186/304
-
-
-
- «44 DU CHARBON DE TERRE
- pas aux habitants de Paris & aux Etrangers, moins intéreiîànte qu© celle que nous avons donnée de l’hiftoire du commerce de ce même foflile au pays de Liege & en Angleterre; il y a d'ailleurs ceci de particulier , que le Corps •relpeélable chargé aujourd’hui de cette police , efl: originairement celui qui a jetté les premiers fondements de tout le commerce de rivière pour Paris.
- On trouve fur cela une notice très-fommaire dans l’Ouvrage agréable de M. de Saint-Foix (i) ; les Auteurs de l’Encyclopédie (2) en ont donné une ex-pofition beaucoup plus circonftanciée ; l’Intendance particulière , toujours restée en partage à l’élite des Bourgeois , fur l’approvifionnement d’une Ville devenue auffi confidérable , a dû donner fucceffivement plus de relief à cette geftion; mais l’intelligence & la vigilance avec lesquelles cette portion impor-* tante d’autorité publique efl: exercée depuis long-temps par le Bureau de Ville * lui ont de tout temps acquis des droits légitimes fur les éloges & fur la ïeconnoiiïànce des Citoyens : nous avons cru à ce titre, pouvoir faire précéder la connoiflance de cette Jurifdidtion de l’hiftoire du Corps à qui elle eft confiée , qui dans l’immenfité des matières de tout genre dont efl: compofée l’Encyclopédie, Semble être moins frappante quelle ne le mérite.
- De t'Hôtel-de-Ville de Paris ; origine de fin infpeciionfiir le Commerce
- de Rivière. ,
- Presque tout le Commerce de la Ville de Paris Se faifoit autrefois! par la rivière : le Navire qui de temps immémorial a été le fymbole du Commerce des Parifiens, & qui efl: l’attribut caraétériftique du Commerce riverain , puifqu’il en efl: le principal inftrument , paroît être le monument authentique de cette ancienne maniéré de commercer , qui devoit même être unique pour Paris, puifqu’on ne pou voit y aborder que par eau.
- Dans ces temps reculés, les Marchands de Paris; qui fréquentoient la rivière, Formoient entre eux une Communauté fous le titre de Nautce Parijîaci : un monument trouvé en 1710, en fouillant fous le chœur de l’Eglife de Notre-Dame, prouve l’ancienneté de l’inftitution de cette Compagnie des Nautes i que quelques Ecrivains font remonter au temps des Romains fous le régné de [Tibere. U efl: aflez naturel de préfumer que ces Nautes avoient un Chef tenant la place qu’occupe aujourd’hui le Prévôt des Marchands : c efl: encore chofe yraifemblable qu’à ces anciens Commerçants, avoient fuccédé , fous un autre nom, les Mercatores aquæParijîaci, dont il efl: parlé fous les régnés de Louis lé Gros, de Louis le Jeune ; & on efl: fondé à ne pas chercher ailleurs, ainfiqué le remarque l’Auteur des Eflais fur Paris, l’origine du Corps municipal connu depuis fous le nom & Hôtel-de-Ville de Paris, & chargé de la Police générale -de la navigation , & des marchandifes qui viennent par eau.
- {0 Effais Hiftoriques fur Paris, quatrième édition* Tomç XI, page 36’.' . , ^ N
- k2l Aux mots PreWféj Prévk des Marçhands ? Eçfovim% ' :: .
- V Cétok
- p.644 - vue 187/304
-
-
-
- et de SES MINES. II. part.
- C etoit une Compagnie des plus riches Bourgeois de Paris , qui établit dans cette Ville une Confrairie de Marchands , fréquentant la rivière de Seine Sc autres rivières affluentes, d’où on les appelloit Marchands de Peau : elle fuc fondée dans l’Eglife du Monaftere des Religieufes de Haute-Bruyere , dont ils achetèrent hors de la Ville une place, qui avoit été à Jean Popin, Bourgeois de Paris (i), lequel Ta voit donnée à ces Religieufes : ils en formèrent un Port qui le nommoit le Tort lopin , devenu aujourd’hui un abreuvoir.
- Louis le Jeune confirma cette acquifition & cet établiflement par des Lettres-Patentes en 1170 ; Philippe Augufte donna auffi quelque temps après des Lettres de confirmation de cet établiflement, dans lefquellos il régla la Police de cette Compagnie. Il paroît que dès les commencements, ceux de la Confrairie des Marchands qui furent choifis pour Officiers , étoient tous nommés Prévôts des Marchands ; c eft-à-dire prépofés , Pmpojiti Mercatorum aquce ; c eft ainfi qu’ils font nommés dans un Arrêt de la Chandeleur en 12.68 , rapporté aux Regiftres Olim (2) ; dans un autre Arrêt du Parlement de la Pentecôte en 1273, ils font nommés Scabini y &leur Chef, Magijler Scabinorum (3).
- Il y en avoit donc dès-lors un, qui étoit diftingué par un titre particulier & qui eft aujourd’hui repréfonté par le Prévôt des Marchands : en effet, dans l’ancien recueil manufcrit des Ordonnances de Police de Paris , qui fut fait du temps de Saint Louis, les Echevins & leur Chef font défignés fous ces différents titres ; li Prévôt de la Confrairie des Marchands , & li Echevins (4). Li Prévôt, & li Jurés de la Marchandife. Li Prévôt & Jurés de la Confrairie
- (1) Entre l’année 1289 Sc l’an 1296, il fe trouve dans la Lifte des Prévôts des Marchands un Jean Popin, qui vraifemblablement étoit un defcendant de celui-ci.
- (2 ) On appelle les Olim , félon M. Ménage , les plus anciens regiftres du Parlement, parce que le plus ancien regiftre commence par un Arrêt dont le premier mot eft Olim. Le Com-miflaire Lamare eft d’une autre opinion dans fon Traité de la Police, Tome J, pag. 261; il y comprend les regiftres du Châtelet, Sc il penfe qu’on les nomma Olim , pour faire entendre que c’écoient des recueils de ce qui s’étoit paffé autrefois. Ce volume in-folio , divifé en trois parties , du à Etienne Boileau, pourvu de l’Office de Prévôt de Paris, par S. Louis, qui le premier fit écrire en cahiers les A êtes de fa Jurifdiftion , a depuis été porté à la Chambre des Comptes , où il eft encore confervé : on le nommoit originairement le Livre blanc ; Sc comme les Statuts des Métiers en occupent la plus grande partie, on l’a depuis nommé le Volume des Métiers. DiSl. de Trèv.
- ( 3 ) Le terme de Scabini, d’où on a fait en Eshevin , vient de l’Allemand Schabin, c e^en > fignifie Juge ou homme favant :
- quelques-uns néanmoins ont prétendu que ce mot tiroit fon étymologie d'Efchever , qui en vieux langage veut dire Cavere, & que l’on a donne ce nom aux Echevins, à caufe du foin qu ils prennent de la police de la Ville. Comme le mot Latin eft plus ancien que le Fran-
- Charbon de Terre. IL Part*
- çois , il eft probable qu’il dérive de l’Allemand , Sc que de ces mêmes termes Allemand ou Latin , on a fait Echevin, qui ne différé guere que par l’afpiration de la lectre S , Sc par la converfion du B en V. DiSl. Encyclop.
- ( 4 ) Le titre Sc les fondions des Echevins de ville ont été apportés d’Allemagne par les Francs , lorfqu’ils firent la conquête des Gaules. Ils ne changèrent point la forme de police Sc d’adminiftration qu’ils trouvèrent établie dans les villes ; chacune avoit fes Officiers : on les appelloit Curatores urbis. Ils étoient chargés de maintenir les privilèges Sc le commerce des habitants; d’ordonner & régler les dépenfes qu’il falloit faire dans certaines occafions. Dans les temps des premières races de nos Rois, ces Echevins de Ville étoient appellés Scabini ,Sca~ binii , Scabinei, quelquefois Scavini, Scabiniones, Scaviones , Scapiones ; on les appelloit auffi indifféremment Racin-burgi, Rachin-burgi ; ce dernier nom fut ufité pendant toute la première race, Sc dans quelques endroits jufques fur la fin de la fécondé : on leur donnoit auffi quelquefois les noms de Sagi, Barones , ou Viri fagi Sc de Senatores. Les Capitulaires de Charlemagne , des années 788, 803 , 8oy Sc 809; de Louis le Débonnaire, en 819,829; Sc de Charles le Chauve, des années 863., 867, Sc plufieurs autres, font auffi mention des Eche^ vins en général fous le nom de Scabini, Id.
- A 8.
- p.645 - vue 188/304
-
-
-
- 6^6 DU CH A R B O N DE TERRE
- des Marchands ; ailleurs il efi nommé le Prévôt de la Marchandife de Veau, parce qu’en effet la Jurifdiétion à la tête de laquelle il eft placé, n a principalement pour objet que le Commerce qui fe fait par eau : il devoit être préfent à l’éleélion qui fe faifcit par le Prévôt de Paris , ou par les Auditeurs du Châtelet , de quatre Prud’hommes pour faire la police fer le pain , & il partageoit avec ces derniers la moitié des amendes : c’étoit lui & les Echevins qui éli-feient les Vendeurs de vins de Paris; ils avoient le droit du cri de vin, & le-voient une impofition fer les Cabaretiers de cette Ville ; la moitié des amendes auxquelles ces Cabaretiers étoient condamnés, lui appartenoit ; c étoit lui qui recevoit la caution des Courtiers de vin ; il avoit conjointement avec le Prévôt de Paris inlpeélion fer le fel ; onl’appelloit auffi à l’éleélion des Jurés de la Marée & du poiiïon deau-douce ; il étoit pareillement appellé comme le Prévôt de Paris pour connoître avec les Maîtres des Métiers de la bonté des marchandifes amenées à Paris , par les Marchands Forains. Il recevoit avec plu-fieurs autres Officiers le ferment des Jurés du métier des Bouchers & des Chandeliers.
- L’adminiftration des Prévôt de Paris , Fermiers (i), ayant pris fin fous Saint Louis, ce Prince nomma en 123 y, Etienne Boileau, Prévôt de Paris : les Echevins de Paris qui repréfentoient le Magiftrat en cas d’empêchement, & fervoient de confeil aux Comtes des Provinces & des Villes, ou à leurs Prévôts (2), ayant alors ceffé de faire les fonélions de Juges ordinaires, ils mirent à leur tête , le Prévôt des Marchands , ou de la Confrairie des Marchands , & s’incorporèrent ainfi félon toute apparence avec les Jurés de la marchandife d’eau , dont les attributions, comme on l’a vu, fe rapprochoientbeaucoup, & étoient même des démembrements de fonélions d’Officiers municipaux ; c’eft-à-dire, d’Admi-niftrateurs de Ville ou Communauté , auxquelles ces Echevins étoient réduics au commencement de la troilieme race.
- En 1274 fous le régné de Philippe le Hardy, ces Officiers furent qualifiés Prévôt & Echevins des Marchands de la Ville de Paris , & par Lettres du même Roi, au mois de Mars, ils furent maintenus dans le droit de percevoir fer les Cabaretiers de Paris, le droit du cri de vin , un autre droit appellé Emadones Celariorum, & en outre un droit de quatre deniers pro diœtâ fuâ.
- On voit par un regiftre de l’an i2<jr , qu’ils avoient dès lors la police de la
- (1) Ces Prévôts, fous la troifîeme race, n’é-toient que Fermiers de la Prévôté.
- (2) Ces Echevins de ville Scabini, différents de ceux d’aujourd’hui par les fondions , & dont il a été parlé dans une note précédente , étoient élus par le Magiftrat même avec les principaux Citoyens. On devoit toujours choi-ftr ceux qui avoient le plus de probité & de réputation ; & comme ils étoient choifis dans la ville même pour juger leurs Concitoyens , on les appel!,oit Judices proprii3 c’eft-à- dire > Juges
- municipaux ; c’étoit une forte de privilège que chacun avoit de n’être jugé que par fes Pairs, fuivant un ancien ufage de la nation ; ainfi les Bourgeois de Paris ne pouvoient être jugés que par d’autres Bourgeois de Paris, qui étoient les Echevins , & la même chofe avoit lieu dans toutes les villes. Ces Echevins faifoient ferment à leur réception entre les mains du Magiftrat, de ne jamais faire fciemment aucune injuftice.
- p.646 - vue 189/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Part. <j47
- navigation fur la riviere de Seine pour l’approvifionnement de Paris , & la connoilTance des conteftations qui furyenoient entre les Marchands fréquentant la même riviere poyr raifon de leur commerce.
- En 1315 , les lettres de Philippe le Hardy, du mois de Mars 1274 , furent confirmées par Louis Hutin , en 1345 par Philippe de Valois, & en 1351, par le Roi Jean.
- On voit auffi que dès le temps du Roi Jean, le Prévôt des Marchands & les Echevins avoient infpeétion fur le bois ; qu’ils dévoient fournir fargent nécefîàire pour les dépenfès qu’il convenoit de faire à Paris en cas de pelle ; qu’ils prenoient connoilîànce des conteftations qui s’élevoient entre lesBourgeois de Paris Sc les Colleéleurs d’une impofition que les Parifîens avoient accordée au Roi pendant une année ; que quand ils ne pouvoienc les concilier , la connoilîànce en étoit dévolue aux gens des Comptes.
- On ne doit pas être étonné que dans certaines occurrences , ces efpeces d’E-
- 1
- diles fuflent requis pour donner leur avis ; on trouve que dans plufieurs occa-fions le Corps-de-Ville fut appellé à des affemblées confidérables.
- En 1350 , il fut appellé au Parlement pour faire une Ordonnance de Police , concernant la pefte. En T370, à une affemblée pour faire un Réglement furie pain. En 1379 , à une autre où il s’agifïoit de mettre un impôt fur la marée. En 1375* , le 21 Mai , il aflîfta à l’enregiftrement de la majorité du Roi.
- On ignore où ce premier Corps-de-Ville s’aflèmbloit fous la première Sc fous la fécondé race : on le voit au commencement de la troifieme dans une maifon de la Vallée de Mifere , appellée la Maifoti de la Marchandée ; de là au Parloir aux Bourgeois près le grand Châtelet, & enfuite dans un autre Parloir aux Bourgeois , qui fe tenoit dans une Tour de l’enceinte des murailles, près des Jacobins de la rue fàint Jacques.
- En 13 J7, ils achetèrent deux mille huit cents quatre-vingt livres la Maifon de Grève , autrement la Maifin aux Piliers, parce qu’elle étoit foutenue par-devant fur une fuite de piliers, dont on voit encore aujourd’hui quelques-uns 5 de droit & de gauche de l’Hôtel-dë-Ville.
- Dans un grand Etat il eft peu de Compagnie qui ait été exempte de difgraces j le Corps-de-Ville a eu, comme les autres, fes temps de calamité.
- Le 27 Janvier 1382 ,à l’occafion d’une fédition arrivée &ans Paris, Charles VI fupprima le Prévôt des Marchands , l’Echevinage de la Ville de Paris , Sc le Greffe de cette Ville , & réunit le tout à la Prévôté de la même Ville dont elle avoit déjà été anciennement démembrée, enforte qu’il n’y eut plus alors de Prévôt des Marchands ni d'Echevins à Paris : cette Jurifdiétion étoit exer. cee par le Prévôt de Paris, auquel, par ces Lettres-Patentes , la Maifon de Ville fituée dans la place de Grève fut donnée, afin que le Prévôt de Paris eût une maifon où il pût fe retirer lui & fes biens , & dans laquelle ceux qui
- p.647 - vue 190/304
-
-
-
- r
- 548 DU CHARBON DE TERRE
- féroient dans le cas d’avoir recours à lui comme à leur Juge , pufïent le trouver , & il fut ordonné que cette maifon feroit nommée dans la fuite Maifon de la Prévôté de Paris.
- Les chofés demeurèrent dans cet état jufqu’au premier Mars 1388, que la Prévôté des Marchands fut délunie de la Prévôté de Paris; Sc depuis ce temps, il y a toujours eu dans cette Ville un Prévôt des Marchands & des Echevins ; mais il paroît que la Jurifüiétion ne leur fut rendue que par une Ordonnance de Charles VI, du 20 Janvier 1411*
- Bureau de £ Hôtel-de-Ville*
- À Paris , on diftingue deux fortes d’Officiers de Ville, les premiers compo-fànt le Bureau , & nommés grands Officiers municipaux , font le Prévôt des Marchands , fés Conféiliers ordinaires : lavoir , quatre Echevins , un Procureur du Roi , un Subftitut , un Greffier en chef.
- Les petits Officiers de Ville ne font, à proprement parler , que des Prépofés exerçant des Offices fiir les Ports.
- Il y a de plus d’autres Officiers, diftinéts de ceux qui compofént le Bureau, & qui forment ce quon appelle le Corps de laMaifon de Ville ; ceux-là n’ont aucune relation avec la Jurifdiélion dont nous allons nous occuper ; nous ne parlerons ici, que des grands Officiers, auxquels eft confiée l’exercice de la Jurifdiétion municipale : en entrant dans le détail du Commerce fur les Ports, nous ferons connoître les Prépofés nommés petits Officiers.
- Grands Officiers de Ville ; leurs Privilèges.
- L e Prévôt des Marchands, nommé ailleurs Maire, eft le Magiftrat qui préfide au Bureau de la Ville : il eft nommé par le Roi, & fa commiflîon eft pour deux ans ; mais il eft continué trois fois de plus, ce qui fait en tout huit années de Prévôté; il a le titre de Chevalier, & porte dans les cérémonies la robe de latin cramoifi: cette place eft ordinairement remplie par un Magiftrat du premier ordre.
- Les Echevins font élus par ferutin en l’aflemblée du Corps de Ville, Sc des notables Boui^eois qui font convoqués à cet effet en l’Hôtel-de-Ville le 16 Août jour defàint Roch: on élit d’abord quatre Scrutateurs (1) > un qu’on appelle Scrutateur Royal, qui eft ordinairement un Magiftrat ; le fécond eft choifi entre les Conféiliers de Ville, le troifieme entre les Quartiniers, & le quatrième entre les notables Bourgeois.
- Par une Déclaration du 20 Avril 1617, il doit toujours y avoir deux
- /
- (1) Rogator fmtmtiarum ; Scrutateur 9 qui tient le fac dans lequel fe jettent les billets de Suffrage.
- Echevins
- p.648 - vue 191/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. IL Part- g4p
- ehoifis entre les notables Bourgeois exerçants le fait de Marchandée; les deux autres font ehoifis entre les Gradués Sc autres notables Bourgeois. Chaque Eche-vin n’eft remplacé que tous les deux ans; on en élit deux chaque année, en-forte qu’il y en a toujours deux anciens & deux nouveaux ; l’un des deux qu’on élit chaque année eft ordinairement pris à fon rang entre les Confeillers de Ville & Quartiniers alternativement ; l’autre eft choifi entre les notables,
- Quelques jours après l’éleétion , le Scrutateur Royal accompagné des trois autres Scrutateurs & de tout le Corps de Ville, va préfonter les nouveaux Echevins au Roi, lequel confirme l’éleétion, & les Echevins prêtent ferment entre fes mains, à genoux.
- La Déclaration du iy Mars 1707, permet aux Echevins de porter la robe noire à grandes manches, & le bonnet, encore qu’ils ne foient pas gradués; leur robe de cérémonie eft moitié rouge & moitié noire ; le rouge ou pourpre , eft la couleur du Magiftrat, l’autre couleur eft la livrée de la Ville ; il en eft de même dans la plupart des autres Villes,
- Ils fiégent entr’eux fuivant leur rang d’éleétion, & ont voix délibérative au Bureau, tant à l’Audience qu’au Confeil, & en toutes affemblées pour les afl&ires de la Ville ; dans l’abfonce du Prévôt des Marchands , c’eft le plus ancien Echevin qui préfide.
- Ce font eux qui paflent conjointement avec le Prévôt des Marchands, tous les Contrats au nom du Roi, pour emprunts à conftitution de rente.
- Pendant le temps de leur Echevinage, ces Officiers jouiflent de plufieurs droits, privilèges & immunités ; autrefois ils avoient leurs caufes commifes au Parlement; un Edit de 1543 , les leur donne aux Requêtes du Palais , ou devant le Prévôt de Paris ; par l’Ordonnance de 166p, ils font confirmés dans le droit de Committimus au petit Sceau.
- La principale prérogative dont jouilfent les Echevins de Paris, & ceux de quelques Capitales de Provinces , eft celle de la Noblefîe tranfmiffible à leurs enfants au premier degré ; ils en jouifloient déjà, ainfi que du droit d’avoir des armoiries timbrées comme tous les autres Bourgeois de Paris , foi-vant la conceffion qui leur en avoit été faite par Charles V, le 9 Août 1371, & confirmée par fes Succefleurs jufqu’à Henri III, lequel par fes Lettres du premier Janvier 1577 , réduifît ce Privilège de Nobleflè aux Prévôts des Marchands & Echevins qui avoient été en charge depuis 20 ans, 8c à ceux qui y feroient dans la fuite ; deux Edits de Louis XIV , du mois de Juillet 1696, & de Novembre 1706, les ont confirmés dans ce droit : foivant un Edit du mois d’Août 1715 , publié deux jours après la mort de Louis XIV , ils fe trouvèrent compris dans la révocation générale des Privilèges de Noblefle accordés pendant la vie de ce Prince ; mais la Noblefle leur fut rendue par une autre Déclaration du mois de Juin 1716 , avec effet rétroaélif en faveur des famil-
- Charbon de Terre. II. Pan. B 8
- p.649 - vue 192/304
-
-
-
- I
- 6$o DU CHARBON DE TERRE
- les de ceux qui auraient pafle à l’Echevinage pendant la fuppreffion &
- folpenfion de ce Privilège.
- L’occupation de ces Officiers , étant de pourvoir a tout ce qui concerne la provifion de Paris, non-feulement la police du Commerce fer les Ports, mais le Commerce même , toutes les aétions & conteftations qui peuvent en réfelter , fent dans le partage du Bureau de Ville qui connoît auffi de la police, relativement à la qualité & aux échantillons des Marchandées, de toutes les conventions à raifon de ces Marchandées , du falaire des Ouvriers, des voitures tant par terre que par eau, à raifon de tous les Réglements qui doivent etre exécutés fer les Ports.
- Chaque objet de Commerce relatif à la provifion de Paris, a fes Réglements particuliers qui rentrent dans la police générale : ayant à faire connoître ici celle qui a rapport au Charbon de terre, il eft indifjpenfàble de donner un précis de ces divers Réglements ; ils faciliteront l'intelligence de tout ce que nous avons à dire fer le Commerce de ce combuftible dans Paris : l’Ordonnance de Louis XIV, du mois de Décembre 1672, concernant la Jurifdiétion des Prévôts des Marchands, renferme les principaux ; j’emprunte toute cette partie, du Diétionnaire du Commerce , & du Diélionnaire Encyclopédique.
- Idée générale des Loix du Commerce des Marchandifes voiturées par eau, pour la provifion de Paris, & qui arrivent & font déchargées dans les Ports de cette Capitale, d'après l'Ordonnance de Louis XIV, du mois de Décembre i6j2, pour la Ville de Paris.
- \
- Par l’Article X de cette Ordonnance, Chapitre fécond , les Marchandifes deftinées pour la provifion de Paris, ne pourront être arrêtées fer les lieux de leur chargement, ni en chemin, feus quelque prétexte que ce foit, même de faille, foit pour créance particulière, foit pour fàlaires , & prix des voitures ; mais nonobftant lefdites faifies, doivent être amenées à Paris, à la garde néanmoins des Gardiens > pour y être vendues & débitées fer les Ports, & les deniers en provenants retenus en Juftice , pour être confervés à ceux à qui ils peuvent appartenir.
- L Article II, du Chapitre troifieme, défend à tous Marchands d’aller au-devant des Marchandifes deftinées pour la provifion de Paris, & de les acheter en chemin , à peine contre le Vendeur , de confifcation & de la perte du prix contre l’Acheteur.
- Par I’Article III du même Chapitre , lefdites Marchandifes doivent être amenées aux Ports deftinés pour en faire la vente, & en cas que lefHits Ports fe trouvent remplis, les Voituriers font obligés de garrer leurs bateaux aux lieux deftinés par le Prévôt des Marchands & Echevins.
- p.650 - vue 193/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Part. 6Si
- Les VII, VIII, IX & X', règlent la décharge des Marchandifes qui ne peuvent être mifes à terre par les Officiers, Forts & Compagnons de rivière, fans l’aveu des Propriétaires, ou du moins qu’après une Ibmmation préalable de la part des Voituriers, ni être tranlportées par Chartiers ou autres dans les mai-fons defdits Propriétaires ou Commiffionnaires, que de leur confentement.
- Le onzième Article , définit le temps que certaines Marchandifes doivent tenir pont.
- Les autres jufqu’au XXIe, contiennent divers Réglements fur le compte des Pdarchandifes , le bon de mefure, la faille des bateaux & Marchandifes arrivés fur les Ports , leur expolîtion Sc vente, leur mélange & triage.
- Enfin le XXIe veut, que le prix d’une vente commencée ne puifle être augmenté.
- Le XXIIe, que les Marchandifes ne foient pas tranlportées d’un Port à l’au-tre.
- LeXXIIIe, quil ny ait aucun regrat fur les Ports & Places de Paris, que ceux permis par divers Articles de ladite Ordonnance.
- Le XXIVe, que les Marchands Forains ne puiflent mettre leurs Marchandifes en magafins, à l’exception des bois flottés à brûler, linon en cas de nécef-fité, & après en avoir reçu la permiflion des Prévôt des Marchands Sc Eche-vins.
- L’Ordonnance du mois de Décembre 16j2, contient auflîdes Articles pour le débac lage (i) des bateaux lorfqu’ils ont été vuidés & déchargés: d’autres pour l’eniévement, marque & vente de leurs débris.
- Quelques Articles de cette Ordonnance règlent le rang des bateaux en pleine riviere, foit en avalant, foit en montant ; quelques autres, ce qui doit fe pratiquer aux palîàges des Ponts & Pertuis ( 2 ) , & quels font ceux qui font obligés de fe garrer.
- Il y en a pour le temps de l’entrée des bateaux dans les Ports ; pour la déclaration de leur arrivage , de la décharge des Marchandifes qui y font contenues ; Sc des hypotheques ou recours, que les Marchands peuvent avoir fur les bateaux, pour mécompte, perte, ou autres accidents arrivés auxdites Marchandifes par la faute des Conduéleurs, Voituriers & Maîtres des bateaux; & l’on y voit en quel cas les bateaux n en font point relponlàbles, ou quand le Maître en peut faire ceflion.
- (1) L’arrangement fur les Ports de Paris, des bateaux, qui y arrivent les uns après les autres, pour y faire la vente des Marchandifes dont ils font chargés, s’appelle baclage : débarraffer le Port, retirer les bateaux vuides qui y font, pour faire approcher des quais ou du rivage les autres qui en font plus éloignés, & qui font chargés, s’appelle débâcle ,débaclage, faire la débâcle; il y a un jour précis & ordonné pour cette opération: à l’Article des droits, nous ferons connoî-
- tre les Officiers qui en font chargés. , - ^ (2) On appelle Pertuis, tout paffage étroit pratiqué dans une riviere aux endroits où elle eft baffe , afin d’en augmenter l’eau de quelques pieds, Ôc de faciliter ainfi la navigation des bateaux qui montent & qui defcendent. Ils fe font en laiffant, entre deux batardeaux, une ouverture qu’on ferme fur la riviere, ou avec des planches en travers, comme fur la riviere de Loire.
- p.651 - vue 194/304
-
-
-
- *5a DU CHARBON DE TERRE
- Enfin il y a des Articles qui marquent le temps que les bateaux doivent tenir Port, fuivant la qualité des Marchandées qui font deffus.
- La même Ordonnance renferme des Articles concernant les Garres : on appelle ainfi des lieux marqués for les rivières , foit au-deffus, foit au-deffous des Ports , Permis , & autres paflàges difficiles dans lefquels les bateaux chargés de Marchandas, doivent s’arrêter & fe retirer pour lailTer le paffage libre aux premiers venus.
- Ces endroits où les voitures d’eau s’arrêtent jufqu’à ce qu’il y ait place dans les Ports, font défîgnés aux Voituriers par les Prévôt des Marchands & Eche-vins : l’ordre de cette arrivée & de cet arrangement aux Garres pour la fûreté eft làgement fixé par cette Ordonnance.
- Il y a à Paris, des Maîtres des Ponts en titre d’office, qui font obligés de fournir des hommes ou compagnons de rivière pour paffer les bateaux fans danger.
- Il eft défendu aux Maîtres des Ponts 8c Pertuis de donner aucune préférence aux Voituriers ; mais ils font obligés de les pafler fuivant le rang de leur arrivée aux Garres : ces Officiers font pareillement tenus d'afficher à un poteau au lieu le plus éminent des Garres le tarif des droits qui leur font dûs pour le paflàge des bateaux. * *
- Ils répondent du dommage , 8c reçoivent pour cela un certain droit.
- On confond allez fouvent ces Maîtres des Ponts, leurs Aides & les Maîtres des Pertuis, avec d’autres Officiers, dont les fondions font un peu différentes, comme font les Officiers Chableurs ; ils ne font cependant pas les mêmes.
- Les Chableurs & Maîtres des Ponts, font des Officiers commis fur la riviere pour faire paffer les bateaux, coches , chalands, foncets & autres voitures par eau, fous les ponts & autres paflàges difficiles des rivières ; le travail du Cha-bleur s’appelle Chablage (i).
- Les fondions des Chableurs , ont quelque rapport avec celles des Maîtres des Ponts ,de leurs Aides & des Maîtres des Pertuis. Les uns & les autres ont été établis en divers endroits for la Seine & autres rivières affiuentes, pour en faciliter la navigation, & entretenir l’abondance dans Paris, au moyen de la fûreté des paflàges.
- Anciennement ils étoient choifis par les Prévôt des Marchands & Echevins : l’Ordonnance de Charles VI, du mois de Février 1415, concernant la Jurif* didion de la Prévôté des Marchands 8c Echevinage de Paris, contient plufieurs difpofitions for les offices & fondions des Maîtres des Ponts 8c Pertuis, & fur celles des Chableurs. Le Chapitre trente~quairiemey ordonne qu’il y aura à Paris, deux Maîtres des Ponts & des Aides; il n’y eft point parlé de Chableurs pour cette Ville , non plus que pour divers autres endroits, où il y avoit des Maîtres des Ponts & Pertuis. Les Chapitres cinquante-troijîeme 8c foivants jufques & compris
- C 1 ) Du mot ChabUau , efpece de petit cable qui s’écrivoit autrefois CkabU 5 on l’appelle au-demoyenne groflfeur, fervant à tirer & à remon- trement CinçzndU. ter les bateaux fur une riviere j ou du mot Cable,
- le
- p.652 - vue 195/304
-
-
-
- /
- ET DE SES MINES. H Part» £$$
- le trente-cinquicme , traitent de l’office de Chableur des Ponts, de Corbeil , Melun , Montereau-faut-Yonne , Sens & Villeneuve-le-Roi : il eft dit que les Chableurs feront pour monter Sc avaler les bateaux par-defîous les Ponts fans 0u5aucun autre fe puiflè entremettre de leur office , à peine d’amende arbitraire $ que quand l’office fera vacant , les Prévôt des Marchands & Echevins le donneront après information à un homme idoine , élu par les bons Marchands * Voituriers & Mariniers du Pays d’avaU’eau.
- La forme de leur ferment Sc inftallation y eft réglée ; il leur eft enjoint de réfider dans le lieu de leur office ; la maniéré dont ils doivent faire le chablaj ge y eft expliquée, Sc leur fàlaire pour chaque bateau qu’ils remontent ou def-cendent y eft réglé pour certains endroits à huit deniers , Sc pour d’autres à trois.
- Les fix premiers Articles du quatrième Chapitre de ŸOrdonnance de Louis XIV , règlent les fondions de tous ces Officiers, Sc la police qui doit s’ob-ferver entr’eux.
- Chapitre quatrième , 1’Article I, enjoint aux Maîtres des Ponts & Permis $ Sc aux Chableurs de réfider fur les lieux , de travailler en perfonne, d’avoir à cet effet flottes, cordes , & autres équipages néceflàires pour paflèr les bateaux fous les Ponts Sc Permis avec la diligence requife ; qu’en cas de retard ils feront tenus des dommages & intérêts des Marchands Sc Voituriers, même refponfà-bies de la perte des bateaux Sc Marchandifes, en cas de naufrage faute de bon travail.
- L’Article îî, ordonne aux Marchands Sc Voituriers de fe fervir des Maîtres des Ponts Sc Permis , où il y en a d’établis, ( il n eft pas parlé en cet endroit des Chableurs ) Sc aux Officiers de palier les bateaux fans préférence, fui van t l’ordre de leur arrivée.
- L’Article III, défend aux Maîtres des Ponts & Pertuis ou Chableurs , de faire commerce fur la riviere , d’entreprendre voiture , tenir taverne , cabaret ou hôtellerie fur les lieux, à peine d’amende, même d’interdiéiion en cas de réel-; dive.
- L’Article IV, porté que les droits de tous ces Officiers , feront înferits fur une plaque de fer-blanc, qui fera pofée au lieu le plus éminent des Ports Sc Garres ordinaires.
- L’Article V, leur enjoint de dénoncer aux Prévôt des Marchands Sc Echevins, les entreprifes qui ferolent faites fur les rivières par des conftruc-; tions de Moulins, Pertuis, Gors Sc autres ouvrages qui pouroient empêcher la navigation.
- Le fixieme , enjoint pareillement la réfîdence aux Aides de ces Officiers , leur commande i’obéiflànce aux ordres de leurs Maîtres , fous peine d’être re£ ponlables des pertes arrivées faute de les avoir exécutés*
- Charbon de Terre. //. Paru C 8
- \
- p.653 - vue 196/304
-
-
-
- «54 DV CHARBON DE TERRÉ
- Par Edit du mois d’Avril 1704 , il fut créé des Maîtres Chableurs des Ponts & Permis des rivières affluentes à la Seine : ils furent confirmés en la propriété de leurs Offices par Edit du mois de Mars 1711 ; au mois dAoût 1716 , les Offices créés par Edit de 1704 furent fupprimés, & la moitié de leurs droits éteints , à commencer du premier Janvier 1717 • Arrêt du Confeil d’Etat du 19 Décembre 1719 fiipprima ces droits réfervés ; on ne comprit pas dans cette fuppreffion les Offices établis avant l’Edit de 1704 , ni ceux de Paris , fille-Adam , Beaumont-fur-Oife , Creil 3c Compiegne , rétablis par la Déclaration du 24 Juillet 1717. Dans le détail particulier où nous allons entrer fur tout ce commerce , depuis le moment que le Charbon s’en-trepole pour fapprovifionnement de la Capitale , jufqu’à l’inftant qu’il fe débite , il fera fouvent queftion des Marchands de Charbon de terre , & de différents Officiers qui concourent , fous l’autorité du Bureau de Ville , à la manutention de la police : il eft à propos pour cette raifon de commencer par faire connoître les uns 3c les autres.
- Des Marchands de Charbon de terre.
- •*
- Les Marchands de Charbon de terre fe diftinguent en deux clafles, les Forains & les Bourgeois : dans ces derniers on comprend tous particuliers faifànt dans Paris le négoce de ce folïïle , & d’autres tenant à deux des fix anciennes Communautés des Marchands de Paris, appellés lesfix Corps ; c’eft à fa voir, les Marchands Merciers-Féronniers , appellés ordinairement Marchands de Fer, qui vendent les gros Ouvrages de fer & de cuivre , enfin les Marchands Epiciers , autorifés par un Arrêt du Parlement, du 8 Août 1620, à faire concurremment avec les Merciers Féronniers, le commerce du Charbon de terre.
- Comme avant qu’une Marchandé puifle être expofée en vente, il efl: au préalable indifpenfàblement néceflaire qu’elle foit apportée, les Marchands exerçant cette partie la plus eflentielie , doivent être regardés comme les principaux de ceux qui exercent le commerce ; il femble en conféquence railbnnable de parler d’abord des Marchands Forains , & enfuite des Marchands Bourgeois, aflujettis d’ailleurs les uns 3c les autres pour cette vente à un Réglement du 18 Avril 1682.
- Dans le détail qui va fiiivre, on reconnoîtra aifément que j’ai tiré tout le parti poffible de l’excellent Traité de la Police, du Commiflàire de la Mare ; il ne nous eût cependant pas fuffi, pour remplir fur notre objet le plan d’une hiftoire auffi complette qu’il nous feroit poffible de la procurer ; il étoit encore néceflaire d’y faire entrer les Réglements furvenus depuis l’Ouvrage de M. de la Mare ; il fera aile de s’appercevoir que nous avons eu encore fur cela des facilités particulières. Nous en lommes redevables, à M. Jollivet de Vannes ,
- p.654 - vue 197/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. IL Pau*,
- f i) & à M. Taitbout (2) ; fous leur bon plaifir, leurs Bureaux, le Greffe de l’Hô-îel-de-Ville , nous ont été ouverts ; M. Davault, Secrétaire de M, de Vannes Sc M. Boudreau , Commis au Greffe de la Ville, fe font fait un plaifir de nous aider dans nos recherches.
- Marchands Forains.
- i >> *
- Ji
- C e font des Marchands du dehors qui viennent apporter leurs Charbons pour les vendre aux Marchands Bourgeois ou aux Particules , & qui auflî-tôt leur Marchandée vendue, s'en retournent chez eux eh^ préparer de nouvelles équipes.
- Les Forains ne font membres d’aucune Communauté, ni Citoyens d'aucun ne des Villes où ils apportent leurs Marchandifes; ils font étrangers ou du Royaume , ou du lieu d'où ils les apportent ; d'où vient le nom par lequel on les diftingue ; ainfi ils ne participent ni activement ni paflïvement aux difpo-fitions des différents Statuts de Communautés, fi ce n eft que leurs Marchandifes font fujettes à être vifitées , pour conftater fi elles font bonnes 9 loyales Sc marchandes, parce quils font fujets aux Loix p^ptives du Commerce, qui excluent tout ce qui bleflé la bonne-foi & l’ordre public de chaque lieu , comme , par exemple , de ne pouvoir prendre port que dans les lieux qui lent font prefcrits , de ne vendre ni débiter qu'aux heures non exclufes par la Police du lieu, &c.
- On n'entend ici parler que des Forains par eau, qui feuls font jufticiables du Bureau de Ville.
- Ils font tenus auflî-tôt après leur arrivée au Port Saint-Paul ou de l'Ecole , de mettre leur Charbon en vente inceflàmment, fans pouvoir le mettre à terre, ni en faire des entrepôts: auflî ont-ils fur les Marchands Bourgeois cette préférence pour la vente fùr les Ports, que lorfqu'ils s’y trouvent avec leurs bateaux & marchandifes en nombre fuffifant pour les provifions de ceux qu| en auroient befoin , il efl: défendu aux Marchands de Paris , ou Marchands Bourgeois, d'y entamer leurs bateaux , & d'y expofer leurs marchandifes en Vente, jufqu'à ce que celles des Forains ayent été vendues.
- Marchands Bourgeois.
- Les Marchands Bourgeois font ceux qui réfidant à la Ville , y font le détail du Charbon de terre, dont ils font charger dans les Provinces des bateaux par leurs Commifllonnaires qui les leur envoyent a Paris.
- L’avantage qu’ont ces Marchands d'être toujours fur les lieux où fe fait la
- (O Avocat & Procureur du Roi de la I (2) Chevalier de Perdre du Roi, Greffier Ville, cn chef.
- 1
- p.655 - vue 198/304
-
-
-
- €$6 DU CHJRÈOtt DÉ TERRE
- vente efl: compenfé ; les Réglements qui ont pourvu aux plaintes des Forains de ne pouvoir débiter leurs Marchandées , attendu que dans le meme Port lès Marchands de Paris ont plufieurs bateaux chargés , 8c que ceux qui les connoifTent leur donnent la préférence , il leur efl: défendu d en faire arriver -que trois jours après les Forains.
- Il ne leur efl: pas permis d’entamer leur bateau, & d’y expofer leur Charbon en vente, avant que celui des Marchands Forains ait été vendu ; ce qui néanmoins ne s’entend que lorfqu’il y a affez de Marchandée foraine pour la provifion de la Ville.
- Les Bourgeois de Paris jouiéent, entre autres privilèges, de pouvoir acheter des Forains toutes les Marchandifes qui s’y vendent pendant trois jours , à compter de l’ouverture des bateaux , exclufivement à tous Marchands, 8c en* fuite concurremment avec les autres.
- Les droits , ufàges , privilèges 8c poéeflîon refpeélive de ces deux efpeces de Marchands feront détaillés , lorlque nous traiterons de la police de vent© dans Paris.
- Petits Officiers de Ville.
- \
- On comprend fous cette dénomination,les perlonnes établies fur les Ports pour la Police 8c le fervice du Public ; nous ne parlerons ici, que de ceux d’entre ces Officiers ? qui ont rapport au Commerce du Charbon.
- Gardes-Bateaux, Equipeurs, Boutes-à-Port, Metteurs-a-Bort, Débacleurs ,
- Planchéïeurs.
- Officiers fur le Port, dont la fonélion efl: de mettre ou de faire mettre à port les bateaux qui y arrivent. Le Boute-à-port efl: Contrôleur à l’infpeétion pour les rangements des bateaux. Ils font aulii chargés du remontage de la Garde , 8c du renvoi des rivières , à la charge & garantie des bateaux 8c des marchandifes.
- Par Sentence du Bureau de l’Hôtel-de-Ville, du 20 Août 175* r , & Arrêt confirmatif du Parlement du 17 Août 17^2 , les Metteurs-à-port font tenus à l’arrivée des bateaux de les prendre , les mettre à port, arranger & fermer * foit par eux , foit par leurs Compagnons , enfemble de les déquiper 8c en garder les équipages.
- Un homme de Lettres qui réuniéoit dans fes qualités , dans les connoiflân-ces , l’utile 8c l’agréable (1), a inféré dans un de fes Ouvrages , qui avoit
- (t) Feu M. Petfelier , Auteur de plufieurs produdions intéreflantes, dans lefquelles refpi-
- re fon cara&ere de probité Sc de patriotisme.
- p.656 - vue 199/304
-
-
-
- ET D E SES MINES. II. Part. 6S7
- pour objet Futilité de chaque particulier, (T) l'extrait de cet Arrêt, qui n'a pas été rendu public ; il a jugé intéreflàntque tous les Voituriers ayent connoif fànce de ce Jugement, pour exiger des Metteurs-à-port quils s'y conforment Sc fe renferment auflî dans l'obligation où ils font de mettre à port fans délai les bateaux chargés, ce qu’ils refufent fouvent fous différents prétextes , tels que leurs Compagnons font tous employés ailleurs , que les bateaux ne font point à leur portée , c’eft-à-dire près le Port, &c. On conçoit aifément les différents abus qui peuvent avoir lieu fur ce point ; mais l'Ordonnance de 1672 paroît y avoir obvié autant qu’il eft poffible dans les fîx Articles du Chapitre quatrième, à commencer au dixième inclufivement , ou les fonctions de ces Officiers fur les Ports font fixées ( 2 ).
- Par cet Arrêt que nous avons cité précédemment, & auquel a donné lieu une conteftation entre les fleurs Dufour, Guillot, Salmon , Beaucreux, Parties intervenantes , joints aux Marchands de grains , les Metteurs-à-port font condamnés à rendre Sc remettre en bon état un bateau qu'ils n'ont pas ' eu foin de déba-cler, Sc en dix livres de dédommagement, par chaque femaine jufqu’à la livrai-fon , &c. Enfin par la même Sentence , ces Officiers font tenus de recevoir des Marchands chacun des bateaux auffi-tôt & à fur & à mefure qu’ils feront vuides, Sc d’infcrire fur leurs Regiftres les noms defdits Marchands , le jour & l’heure de ladite remife , fans qu’il foit befoin de remifes judiciaires defdits bateaux, & d’entretenir lefdits bateaux continuellement à flot, bien fermés Sc en bon état, dès l’inftant de ladite remife , fous peine d’en répondre aux Voituriers ou Propriétaires d’iceux, Sc les Metteurs-à-port, font condamnés aux dépens. Leur rétribution eft fixée par le Tarif de 1730.
- Les Metteurs-à-ports étant tenus auflî à, leurs rifques, de débacler Sc remonter les bateaux , inceffamment après qu’ils auront été vuidés , pour les remettre aux Voituriers, dans les endroits deftinés à former les traits , on a réuni à l’Office de Boute-à-port, celui de Débacleur, : on donne ce nom à l’Officier de Ville prépofé fur les Ports à ces fondions différentes. Ces Débacleurs furent fupprimés en 1710 ; des Commis furent fubftitués en leur place , avec le même Office , mais avec attribution de moindres droits pour leurs falaires
- (3)-
- Aujourd’hui les Metteurs à port, Débacleurs > Gardes bateaux, Planchéïeurs , Déquipeurs, Boueurs Sc autres que nous avons compris fous le même titre , ne forment qu’une même Communauté.
- (1) Journal du Citoyen, 175*4, Article des 1 Finances de Paris , page 2y 8.
- (2) Pour tout ce qui y a rapport, &* pour toutes les autres parties de police de navigation ou de commerce que nous ne donnons qu’en extrait, ou de celles que nous ne faifons qu'indiquer , il fera facile de recourir à VOrdonnance meme imprimée à part , chez Trault pere , quai de Gêvres, 1768.
- (3) Le détail s’en trouve dans l’Edit du Roi,
- Charbon de Terre. 11. Pan.
- portant rétabïiftement des Charges 8c Offices fur les Quais, Ponts, Chantiers, Halles , Foires, Places & Marchés de la Ville de Paris; avec le Tarif des droits y attribués ; donné à Verfailîes au mois de Juin 1730 , regiftré en Parlement le 3 î Août de la même année , page 20, édition de 1765^Il eft auiïi renfermé dans le Journal du Citoyen , à T Article des Débacleurs, page 237.
- DS
- p.657 - vue 200/304
-
-
-
- 6f8 DU CHARBON DE TE RR E
- Dêchireurs & Infpecteurs au dêchirage des Bateaux.
- Pour cet objet, il y a deux fortes de personnes ; les unes font des Officiers de Port , établis pour empêcher qu’on ne déchire aucun bateau propre à la navigation ; les autres ne font que des Ouvriers qui achètent des bateaux hors d’état de forvir, qui les déchirent, & en vendent les planches & débris.
- Le Port de l’Hôpital, Tille des Cignes, le Port ou Terraffe de l’Arfenal, font les feuls endroits où il foit permis de faire ce dêchirage dans Paris.
- Dans la Banlieue, les places font de même défignées pour cette opération ; • différents Particuliers s’ingérant de déchirer les bateaux , fans avoir été vus & vifités par les Inlpeéïeurs à ce prépofés, & fans en avoir obtenu la permit lion du Bureau de Ville , d’en dépofer les débris fur des Ports & for des Places plus propres à la décharge des marchandifos , l’Ordonnance de Police du Bureau , en date du 14 Novembre 1761 , fait défenfos à tous Marchands, Voituriers par eau , & autres de faire remonter des Ports dans les Gar-res & au port des Carrières de Charenton, aucuns bateaux pour y être déchirés , & d’y en déchirer làns permiffion , fans que préalablement ils ayent été vus & vifités 8c qu’il ait été décidé s’ils font hors d’état de fervir à la navigation : dans ce cas y permis de n’en déchirer for ledit port des Carrières de Charenton , que dans les endroits de la berge , qui feront indiqués par l’Infpeéteur commis audit lieu, le tout à peine de cent livres d’amende , & de confifoation defdits bateaux ou débris qui en feront provenus.
- Chaque bateau vendu pour être déchiré, dans tous les Ports d’amont 8c d’aval, paye 11 livres , en outre le fol pour livre du prix de la vente de chacun defdits bateaux (1).
- Charges & Offices établis fur les Ports pour la vente du Charbon de terre ; Droits y F onctions y Emoluments , Profits , Privilèges , Exemptions , Franchises & Gages attachés à ces Offices. Des Anciens Officiers Mejiireurs de Charbon de terre de la Ville, fauxbourgs & banlieue de Paris (2).
- Tout le fcrvice nécelïàire au Public pour le débit de la Marchandée de Charbon , confifte dans la fidélité de la mefore , la qualité & la bonté du Charbon, 8c le tranfport du bateau & de la place dans les maifons des Particuliers.
- Les Mefureurs qui font auffi Infpeéleurs, Vifiteurs & Contrôleurs, ainfi que les Porteurs, doivent remplir ces devoirs ; ils forment deux Communautés féparées, qui ont leur difeipline, leur fervice & leurs fàlaires.
- C ï) Page 25 de l’Edit de rétabliflement ,
- Juin 1730.
- 1
- (2) Traité de la Police , Livre V, titre 49 » Chapitre troifieme , page $4i'
- p.658 - vue 201/304
-
-
-
- ET de SES MINES. II. Part. 6$9
- Leur établifïement eft fort ancien : autrefois les Officiers établis pour le Commerce du bois, étoient auffi établis pour le Charbon de bois; les Mouleurs de bois étoient Mefureurs de Charbon. Voye£ au Traité de la Police , page 888 , le grand Réglement de Police du Roi Jean, de fan j jyo : il y eft fait mention de ces Officiers, comme nétant pas différents des Mouleurs de bois : on ne trouve point d'autre titre des établiflements des Mefureurs & des Porteurs, que l'Ordonnance de 1415 , fous Charles VI (r) : avant leur création, c'étoit les Officiers fur le Charbon de bois qui faifoient la police, le mefurage & portage de toute efpece de Charbon.
- Il s'éleva plufîeurs conteftations entre les Mefureurs & les Porteurs.
- Dix Mefureurs renoncèrent au portage ; trois autres qui étoient reftés, le difputerent à fix Particuliers qui l'avoient entrepris , & le Public fouffroit de ces diffentions.
- Pour le bien du fervice , il fut décidé par l'Ordonnance de 141J , que le nombre des Mefureurs , & celui des Porteurs feroit égal. Cette Ordonnance porte, que les trois Mefureurs conteftants refteront Mefureurs & Porteurs , mais que leurs charges venant à yacquer elles ne feront point impétrables ; qu'après ces vacances , les Mefureurs feront réduits à neuf, qu'au lieu de ces trois Mefureurs Porteurs fiipprimés, on recevroit trois Porteurs pour faire paireil nombre de neuf. <
- Cette fiipprefïïon de trois n'eut pas lieu, & leurs places vacantes furent remplies, il n'y eut qu'un treizième Office qui étoit furnuméraire qui fut fup-primé. . K
- En Février 1633 , création par Louis XIII de quatre charges de Mefureurs de Charbon. Voye^ un Réglement général pour différents Officiers, Tome II, du Traité de la Police, page j6%.
- En Mars 1644 (1 2 3)> Edit portant création de dix Jurés Mefureurs de Charbon (3) , pour avec les feize anciens , faire le nombre de vingt-fix, aux droits de dix-huit deniers d'augmentation , tant pour chacun minot defdits Charbons de bois & de terre , qui leur eft attribué par cet Edit, que pour le droit de Regiftre & Controlle , pour avec les douze deniers anciens faire en tout deux fols fix deniers par minot : lefquels dix-huit deniers attribués aux nouveaux Officiers feront levés fur tous les Charbons de bois Sc de terre arrivés en la ville Sc fauxbourgs de Paris, tant par eau que par terre , charettes , chevaux ou autrement, foit qu'ils fbient vendus en gros, ou mefiirés ès ports Sc places en la maniéré accoutumée , ainfi que fe lèvent les douze deniers anciens attribués auxdits anciens Mefureurs , par la Déclaration du mois dAoôt
- (1) Elle fera inférée en entier à la fuite de Fhiftoire de ces Officiers,
- (2) Page 947, du même troificme Volume,
- (3) Kegiftré en la Cour des Aydes,le 1 Septembre 1644.
- p.659 - vue 202/304
-
-
-
- 66o DU CHARBON DE TERRE
- 1637 , & fuivant l’Arrêt du Confeîl du 1$ Mars 1642.
- Par ce même Edit font auflî créés en titre d’Office, neuf Officiers de Jurés Porteurs defdits Charbons de bois Sc de terre , pour faire avec les vingt-trois anciens le nombre de trente-deux, aux droits par augmentation d’un fol pour minot defdits Charbons de bois & de terre , payable par l’acheteur , pour avec les trois fols anciens faire quatre fols en tout par minot.
- Attribution par ces préfentes , ( auxdits Officiers Mefureurs & Porteurs, ) & lorfque lefdits Charbons feront vendus en gros, d’être payés de leurs droits tant anciens que nouveaux, par les Marchands , &c.
- Ordonné encore , que lefdits anciens Jurés Mefureurs & Porteurs de Charbon de bois & de terre, foient confervés & maintenus dans la jouifïànce, les Mefureurs de huit livres pour chaque bateau à la vuidange d’iceux, pour droit de Compagnie , & de vingt fols pour droit de foirée (1) , outre le gros attribué aux anciens par la fufdite Déclaration ; lefdits Porteurs, de quatre livres pour chaque bateau à la vuidange, auffi pour droit de Compagnie. Attribution à la charge de payer par chacun des anciens une nouvelle taxe arrêtée par le Confeil, pour fubvenir aux dépehfes de la guerre. Deux defquels Mefureurs & Porteurs , font tenus de fe tranfporter dans chaque bateau , favoir un Mefu* reur & un Porteur , à l’effet par ledit Mefureur , de mefurer ou faire mefurer les Charbons par les garçons de la pelle.
- En 1646, création de deux Charges de Jurés Mefureurs de Charbon^ qui ne furent point levées.
- En Février 1674 , huit Charges de Mefureurs de Charbon fupprimêes & rétablies en Mars de la même année moyennant finance.
- En 1690, au mois de Février, confirmation des droits & réglements des fonctions des Jurés Mefureurs & Porteurs de Charbon ; regiftrée au Parlement le 2 Mars, à la Cour des Aydes le 13 du même mois de la même année.
- En Juillet 1702 , ces Charges qui étoient au nombre de vingt-fix , furent augmentées de quatorze , avec faculté d’en pofféder plufieurs à la fois , de les exercer ou faire exercer par telles perfonnes que bon fembleroit, à la charge d’en demeurer civilement refponfàbles.
- L’Edit de cette création contient l’établiffement de plufieurs autres Offi** ces , & fe trouve Titre 21, Ch. 6, Tome 2 , page 1343.
- De ces quatorze Charges, les Jurés Mefureurs en vendirent trois * qui furent incorporées aux vingt-fix autres , ce qui compofà vingt-neuf Charges: S Septembre 1702 , page 950, troifieme Volume.
- 13 Mai 1704, union aux Communautés des Officiers fur le Charbon des Offices de Contrôleurs créés par Edit d’Avril 1704, regiftrée au Parlement le .13 Juin fuivant. Idem ,page pjr.
- ix Août 1705', union à la Communauté des Mefureurs de Charbon des (1) Ancien droit qui ne fubüfte plus.
- Offices
- p.660 - vue 203/304
-
-
-
- ï
- et de SES• Mï N È & ÎL Part. 66x
- Offices de leurs Syndics, avec augmentation de droits ; regiftrée au Parlement le 22. du même mois* Idem, page 953*
- En Mai 1706 , union à la Communauté des Jurés Mefureurs de Charbon de fept Charges de nouvelle création.; regiftrée au Parlement le y Août 1706.
- Par Déclaration du 13 Juillet 1705 , Louis XIV, moyennant finance , unit à la Communauté des Mefureurs , les qualités & fonctions d'I nfpecleurs & Contrôleurs Généraux de la Police, créés fur tous les Officiers des Ports par Edit de Juillet 1704.
- Cette union faite pour ceux-ci, en ce qui les concernoit feulement.
- Août 1708 , union à la Communauté des Officiers Mefureurs, &c. de Charbons de bois & de terre de ladite Ville, d’un dixième en fus par augmentation des droits dont ils jouiffent ; regiftrée au Parlement le 7 Septembre fui-Vpnt. Ployez a fendroit cité, page 959*
- 7 Mars 1713, union à la Communauté des Mefureurs de Charbon , &c*
- t
- regiftrée au Parlement, le 7 Avril fuivant. Koyez l’endroit cité.
- M. de la Marre à la fin de ce qui concerne les Mefureurs de Charbon , renvoie à différentes autorités répandues dans fon Ouvrage qu’on trouve aux citations, page 960 de ce troifieme Volume.
- Dans l’année 1719 , ces vingt-neuf Mefureurs furent flipprimés , & remplacés par des Commis, au nombre de vingt, à la nomination du Prévôt des Marchands.
- Par Edit du mois de Septembre de la même année, les droits attribués aux Offices fur les Ports & Quais de Paris furent fupprimés, 8c réfervés en partie pour en difpofer par Sa Majefté.
- Le 22 Mars 1722,1! fut ordonné, par Arrêt du Confeil, que les droits réfervés feroient levés 8c perçus au profit du Roi, & les fonds portés à la Caille générale des rembourfements des dettes de l’Etat.
- Par Edit du mois de Janvier 1727 , les anciens Mefureurs 8c Porteurs de Charbon de bois 8c de terre fupprimés en 1719, ont été rétablis & confère yés pour la fonéïion du mefurage & portage du Charbon de terre.
- Nouveaux Officiers Jurés Mefureurs & Porteurs.
- Par Edit du mois de Juin 1730 , les Charges & Offices fur les Ports, Quais * Chantiers , Halles , Foires, Places & Marchés de la Ville 8c Fauxbourgs de Paris , avec attribution de quatorze fols fix deniers par minot de Charbon de terre ; ainfi que vingt-fix Jurés Mefureurs de Charbon de terre , & de trente-deux Jurés Porteurs, furent rétablis en payement de la finance quils avoienc fournie , 8c qui leur étoit dûe par des Ordonnances fur le Garde du Tréfor Royal, laquelle fuivant le rôle arrêté au Confeil, fe trouvoit monter à la fom-me de 1843000 livres. Il n’y a pas de gages attachés à leurs Offices ; le produit des droits ne leur rapporte pas le denier foixante de leur finance* Charbon de Terre. IL Paru E 8
- p.661 - vue 204/304
-
-
-
- DU CHARBON DE TERRE
- En exécution d’un Edit du mois de Février 1771 , Sa Majefté efl rentrée dans la nomination des Officiers Mefureurs , Porteurs de Charbon de terre, Metteurs à ports, Equipeurs , Débacleurs , Planchéïeurs , Infpeéleurs, Controleurs au déchirage de bateaux , laquelle dépendoit auparavant de l’Hôtel-de-Ville ; ainfi les Officiers Mefureurs font des Officiers établis en titre , & formant Communauté ; on leur donne à tous le nom de Jurés Mefureurs , parce qu’ils font obligés lors de leur réception de jurer , ou faire ferment devant les Prévôt des Marchands Echevins , de bien & fidèlement s’acquitter du devoir de leur charge : elle confifte à mefurer tous les Charbons de bois & de terre, qui fe vendent fur les Places & dans les Ports ; avec attribution de les contrôler , d’en faire leur rapport au Bureau de la Ville, recevoir les Déclarations des Marchands Forains, tenir e#n tout la main à la police de vente, veiller aux contraventions, qu’ils font obligés de dénoncer au Procureur du Roi, fans pouvoirtranfiger fur ces contraventions ; ces différentes fonctions font énoncées dans le Réglement de 1415 , qui va fuivre,
- •
- Ordonnance de Charles VI, du mois de Février 14,1$, concernant la JurifdiBion de tHotel-dè-Ville de Paris (1) : des Mefureurs de Charbon..
- » Art, I. Le nombre des Mefureurs, réduit à neuf, celui des Porteurs » qui étoient fix , augmenté de trois*
- » Art. IL L’Office de mefurage venant à vaquer , devoit être donné par » les Prévôt des Marchands & Echevins à perfonne idoine & capable.
- » Art. III. L’Officier Mefureur doit prêter ferment de bien & loyalement
- exercer, garder le droit du vendeur & de l’acheteur, doit donner avis fuc-» cinélement aux Prévôt des Marchands & Echevins, ou au Procureur de la mar-» chandifo , de ce qui feroit fait au préjudice des privilèges Sc franchifes , &
- » contre les ordres, & obéir à leur commandement (2).
- • » Art. IV. Doit être mis, après le ferment, en poffefîion de fon Office, par » un des Sergents de la Prévôté & Echevinage a ce commis, qui doit avoir deux » fols pour ce faire, doit un fac de Charbon au Clerc de la Ville pour » fes Lettres, & doit donner caution Bourgeoifo de dix livres parifis avant d’e-» xercer l’Office.
- y> Art. V. Les Mefureurs doivent exercer en perfonne , & doivent faire y> réfidence continuelle ès lieux où fe vend & où defcend le Charbon.
- » Art. VI. Doivent avoir un minot, un demi-minot, & deux pelles , foit
- » fur bateau , foit en place à ce limitée, à peine de foixante fols parifis da-*> mende.
- » Art. VIL Façon de mefurer le Charbon.
- (1) Chapitre XV, page ^45% _ vendons, moyennant 300 line*, 8c ne les avoir
- (2) 15 Avril, Sentence contre les Officiers pas dénoncées.
- Mefureurs, pour avoir tranfigé fur des contra-
- p.662 - vue 205/304
-
-
-
- s
- s
- E T D E SES MINES. II. Part, 66$ » Art. VIII. Ne doivent mefurer Charbon, s’il n’eft loyal 8c marchand » & doivent dénoncer le Charbon défectueux à la Ville.
- » Art. IX. Cet article concerne le raport que les Mefureurs doivent faire à » la Ville, & y faire le rabais , en tenant Regijlre du prix auquel la vente du » Charbon a été commencée, ér du rabais quelle a ejfuyé, afin dy avoir recours » au befoin.
- » Art. X. Ne doivent faire porter le Charbon , finon par les Porteurs yy Jurés.
- yy Art. XI. Ne doivent pas s’entremettre de la marchandife de Charbon, » ni la marchander par eux ni par autres , fous peine de perte de la marchan-» dife , Sc d’amende arbitraire.
- » Art. XII. Doivent n’avoir qu’une befogne à la fois , & exercer par Run y) ( c’eft-à-dire rang ou tour) à peine de cinq fols parifîs d’amende chaque fois » qu’ils rompront le Run.
- » Art. XIII. Doivent clore & defolore les bateaux & nefs dont ils auront la » charge ; c eft-à-dire , ôter les pieux & les cloifons étant dedans & environ » iceux bateaux.
- » Art. XIV. Le fidaire de chaque Mefureur pour chaque batel , eft de y> douze gros , c eft-à-dire , feize fols parifîs , à prendre fur le Marchand ven-
- y) deur. *
- y> Art. XV. Le falaire du Mefureur de Charbon vendu par minot ou mi-
- ^ ne, & par menues parties, eft d’un tournois par minot, & deux de la mine, » à prendre fur les acheteurs. *
- yy Suivant le tarif du 20 Juin 1724 , les Jurés Mefureurs ont pour chaque » minot neuf fols fix deniers pour chaque voie ou tombereau, à proportion du y> nombre des minots que contiendra h tombereau.
- yy Art. XVI. Le falaire du Mefureur par chacun Jac meforé en batel, le-* quel contient fix minots au prix d’un gros le muid , qui fait pour fac deux » deniers parifis à prendre fur les acheteurs , & un denier du vendeur.
- » Art. XVII. Les Mefureurs doivent dénoncer les fautes & fraudes aux yy Prévôt des Marchands & Echevins, ou au Procureur de la marchandife , fous S» les peines ci-deflus & autres arbitraires.
- /
- p.663 - vue 206/304
-
-
-
- ;
- 664 DU CHARBON DE TERRE
- Ordonnance de l6jz (i) , concernant la Jurifdittion de la Ville de Paris ,
- & les fonctions des Jurés Mefureurs.
- » Art. I. Les Jurés Mefureurs de Charbon font tenus d’exercer en per-* » fonne aux jours Sc heures de vente fur les Ports & Places où ils auront été y> départis par les Procureurs Syndics de leur Communauté , fans fouffrir quil » foit fait aucune mefure par les Garçons de la pelle (a) , qu'en leur préfen-y> ce' à peine d’interdiélion contre l’Officier , & de perdre fes droits.
- » Art, IL Les Mefureurs doivent faire regiftre des Charbons qui feront ar-rivés.
- y> Art. III. Le Mefureur prépofé à la vente d'un Bateau de Charbon ne peut » le quitter qu’il n’ait été vuidé.
- » Art. IV. Dans le cours de la vente d’un bateau de Charbon, fi le » Mefureur reconnoît que le Charbon n’eft pas de même qualité que fur le deflus, il doit le dénoncer au Procureur du Roi , pour y être pourvu par les » Prévôt des Marchands & Echevins, & ce à peine d’interdiélion contre l’Of-y) ficier.
- Les Officiers Mefureurs, font obligés de ne point donner mefure Continue, fi les Charbons ne font pas provifions particulières aux Marchands de Paris 9Sc cela juftifié par lettres de voitures ôc certificats.
- On trouve au Greffe de l’Hôtel-de-Ville nombre de Sentences d’Audiences, portant Règlement a ce sujet ; entre autres le ‘14 Septembre 1686 , 4 Août 168p, 30 Décembre 1692 3 Mai 165)4, 19 Décembre iôpj*.
- Sentence du IX Juin 1708 (3) , concernant le Charbon de terre ; entre les Syndics & Communauté des Officiers Mefureurs , Contrôleurs & Vifiteurs de Charbon de la Ville, Fauxhourgs & Banlieue de la Ville de Paris, Demandeurs & Défendeurs. '
- r
- Et Jean Foyneau, Marchand de Charbon de terre forain , Propriétaire de la Charbonnerie de la Roche en Fore£ , Défendeur & Demandeur.
- Ce Jugement ordonne l’exécution des Edits , Arrêts & Réglements , faute par ledit Foyneau d’avoir fait là déclaration au Bureau des Officiers Mefureurs, & d’avoir exhibé fà lettre de voiture de huit bateaux chargés de Charbon de terre, étant dans les Garres de Choify , réputé pour la provision de Paris ; ordonne qu’il fera tenu à fbn rang de faire defeendre
- (1) Page 949 , dutroifîeme Volume, Chapitre vingt-deux.
- (2) Journaliers deftinés aux menus fervices des
- Jurés Mefureurs, pour mettre le Charbon dans les mefures.
- (3) Page 957, du troiheme Volume.
- ledits
- p.664 - vue 207/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Part. 66;
- lefdits bateaux ès ports de vente de cette Ville, pour y être vendus en la maniéré accoutumée, & d’en payer les droits aux Officiers, fuivant leur attribution au fur & à mefure de la vente ; par grâce , & fans tirer à conféquence , le décharge de lamende par lui encourue ; lui enjoint, & à tous autres Marchands, dans les trois jours de l'arrivée de leurs marchandâtes en cette Ville & dans les Garres au-defliis, de rapporter & exhiber au Bureau defdits Officiers des lettres de voiture en bonne forme, contenant les quantités & qualités defdites marchandifès , les lieux & les noms des Marchands pour lefquels elles font deftinées ; leur fait défenfes de faire pajfer debout celles non deftinées pour la provifion de Paris qu’ils n'en ayent au préalable fait la déclaration au Bureau defdits Officiers, à peine de 200 livres d’amende ; & condamne ledit Foyneau aux dépens.
- Anciens Jurés Porteurs de Charbon.
- I l refte peu de choie à dire (1), des Porteurs de Charbon, après ce qui a été obfervé ci-devant : le feul titre de leur charge, en expliqué allez les fonctions.
- Les Mefureurs exerçoient originairement l’un & l’autre Office : on a vu ci-devant que la plupart des Mefureurs négligèrent le portage, & que fîx Particuliers l'entreprirent ; on ne trouve point de titre de cet établifîèment, & il y a lieu de croire que le fimple ulàge le forma, pour remplacer les Mefiireurs qui avoient abandonné le portage.
- Trois Mefureurs, apparemment plus laborieux que les autres, le plaignirent de la diminution de leur travail occafionnée par ces fix Particuliers.
- L'Ordonnance ci-devant rapportée de 1415, confirma les Porteurs, Sc les augmenta jufqu'à neuf.
- Ils furent encore augmentés de neuf par commiffion des Prévôt des Marchands & Echevins qui avoient alors cette nomination. Le Roi les ayant depuis créés en titre d'Office, ils furent en même-temps augmentés de cinq, par l’Edit de 1644,ci-devant mentionné, puis fixés au nombre de trente-deux qu'ils font encore aujourd’hui.
- Par Déclaration de 1705, (13 Juillet) ? ci-devant rapportée, les Porteurs avoient obtenu, comme les Mefureurs, les qualités & fonctions dTnfpecleurs & Contrôleurs Généraux de la Police, en ce qui les concerne ; c’eft-à-dire lîir les Gagnes-deniers. Ces Officiers ne tenant au fujet que nous traitons que par les droits qui leur font attribués ainfi qu'aux Officiers Mefureurs, ce qui les concerne ne doit pas nous occuper ; il luffit de renvoyer à l'Ordonnance de Charles VI, du mois de Février 1415 > (2) & à celle du mois de Décembre 1D7*>(3)-
- ia.^arfe » qui s’exprime ainfi, page q6q dutroifîeme Volume, Chapitre quatrième.
- (2) Chapitre feizieme.
- (3) Chapitre vingt-troifieme.
- Charbon de Terre. II. Part. F 8
- p.665 - vue 208/304
-
-
-
- teê DU CHARBON DE T E RR E
- Droits attribués aux Offices de Jurés Mefureurs & Porteurs
- de Charbon de Terre.
- E N1708 , au mois cPAoût, il fut attribué aux Meforeuîs une augmenta-^ tion du dixième en fus des droits dont ils jouifloient.
- Par le Tarif du 20 Juin 1724, les Jurés-Porteurs ont cinq fols de droit pour chaque minot & pour chaque voie ou tombereau, dans la même proportion du minot dont elle eft compofée.
- Par un Edit du mois de Juin 1730, attribution aux Propriétaires de ces offices d’un droit de 14 fols 6 deniers par minot,
- L’Edit du mois de Janvier 1757 , dont nous avons parlé , accorde aux Meforeurs Sc Porteurs de Charbon de terre établis par cet Arrêt, 1 liv. y fols par voie de Charbon , la voiture y comprifo, & cela tant pour eux que pour leurs Garçons Plumets ( 1 ).
- A fégard des anciens droits de 14 fols 5 deniers par minot for les Charbons de terre , ils ont été réfervés & perçus au profit du Roi.
- La perception des huit fols pour livre établis ou prorogés par un Edit du mois de Novembre 1771, en fos des droits attribués aux Officiers for les Ports, ayant éprouvé des difficultés de leur part, Sc de celle des redevables defdits droits, comme les Marchands de Charbon de terre, qui prétendoient ne devoir aucuns fous pour livre fur les droits de Garres , &c, Sc occafionnant des embarras confîdérables aux Prépofés de l’Adjudicataire des Fermes Générales, chargé par Sa Majefté de faire le recouvrement defdits fous pour livre , il a été ordonné le 23 Mai 1773 > Par un Arrêt du Confeil, »que l’Edit du mois de No->y vembre , Sc les Arrêts du Confeil des iy & 22 Décembre 1771 , feront » exécutés fuivant leur forme Sc teneur ; & en conféquence que tous les Offi-» ciers for les Ports, Quais, Halles , Chantiers, Foires Sc Marchés de la Ville, » fauxbourgs Sc banlieue de Paris, leurs Commis ou Prépofés, feront tenus de » lever en même-temps que les droits principaux qui leur font attribués , les » huit fous pour livre en fos d’iceux, de remettre le produit defdits huit fous pour y> livre aux Prépofés de l’Adjudicataire des Fermes Générales unies , chargé par y> Sa Majefté, d’en faire le recouvrement ; & de leur communiquer, ou faire par » leurs Commis Sc Employés, communiquer leurs Regiftres de recette; à peine / » dans le premier cas d’être lefdits Officiers refponfables en leur propre Sc prive » nom du montant des fous pour livres qu’ils auroient négligé de percevoir, Sc y> dans les autres d’être pourfoivis comme pour deniers royaux, & condamnés » pour chaque contravention à l’amende de cinq cents livres, conformément a » l’Article III de l’Arrêt du Confeil du 22 Décembre 1771.
- CO On appelle ainfi des Gagne-deniers qui travaillent fur les Ports , Places & Halles de la Ville, à porter fur la tête le Charbon de bois,
- les grains & la farine ; ce font proprement > ainfi que les Garçons de la pelle, les aides des
- Jurés-Porteurs.
- p.666 - vue 209/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. Il Par* 667
- » Ordonné pareillement, à tous Marchands de Charbon de terre, Marchands «de Grains, Entrepreneurs de Coches d’eau, par terre , & autres Particuliers «généralement quelconques, redevables d’aucuns droits , de quelqu’efpece & « nature qu’ils puiflent être, attribués aux Communautés d’Offices établis ,{oit « dans les Halles & Marchés,{bit fur les Ports,Quais & Chantiers de ladite Ville, « fauxbourgs & banlieue de Paris , de payer en même-temps que le principal « defdits droits, les fous pour livre auxquels ils ont été aflujettis par ledit Edit du » mois de Novembre 1771, & autres Réglements poflérieurs, {ans pouvoir « exiger des quittances particulières defdits fous pour livre, dont mention toute-« fois fera faite dans celles qui feront délivrées pour les droits principaux ; le » tout à peine de confifoation , &c.
- La régie, la confervation & perception des droits de quatorze fous par minot, eft fixée par une Sentence du Bureau de la Ville du 27 Janvier 173 y , compofée de cinq Articles.
- Ce Jugement qui confirme les Officiers Mejureurs & Porteurs dans la perception des droits attribués à leur Office , leur donne en conféquence , « i°, la permiffion d’établir des Bureaux & Commis dans les lieux nécefïàires « au long des rivières de Seine & de Marne , dans l’étendue de la banlieue de « Paris ; lavoir for la rivière de Seine , à Choify, au Port-à-l’Anglois , Bofîe-« de-Marne, aux Ports de Saint-Denys, la Briche, Maifon de Seine, Boulogne » Sevre , & autres lieux au-deffos & au-deflous de Paris, & for la riviere de » Marne , à Charenton , & au-deflùs du Pont , jufqu’à Nogent inclufive-« ment. /
- >> 20. Ordonne que tous Voituriers & Marchands de Charbon de terre , » Forains ou de Paris, leurs Commiffionnaires & tous autres, conduilànt des « bateaux chargés en tout ou partie de Charbon de terre, foront tenus de faire « leurs Déclarations aux premiers Bureaux & Commis qui feront établis fur Sc ï> au long des rivières dans la banlieue de Paris, de tout le Charbon de terre « qui fera dans leur bateau , & d’en repréfonter les Lettres de Voitures qu’ils « feront tenus de prendre avant leur départ du lieu de leur chargement, en » bonne forme & fidele , conformément à l’Article IX, du Chapitre fécond » de l’Ordonnance de 1672, lefquelles Lettres de Voitures contiendrout les » quantités de Charbon chargés fur leurs bateaux (1), le nom & la demeure » des Voituriers ; ceux des Propriétaires du Charbon, foit Marchands Forains, » foit Marchands ou autres Particuliers de Paris ou d’autres lieux , & leurs de-» meures ; elles contiendront auffi la deftination où ledit Charbon devra être » conduit, déchargé ou vendu ; qu’ils feront aufli tenus de faire leurs fournit » fions de payer lefdits droits de quatorze fous fix deniers par minot du Char-» bon qui fera deftiné pour Paris , & pour autres Villes & lieux de la banlieue
- (1) Appelles dans quelques Sentences, Thoues,
- p.667 - vue 210/304
-
-
-
- 66B DU CHARBON DE TERRE
- » de Paris ; & feront lefdits droits payés aux Commis Receveurs des Bureau^ yy dans lelquels les Déclarations feront faites (i).
- » 30. Fait défenfès à tous Voituriers, Marchands & autres Propriétaires de » Charbon de terre, leurs Commiffionnaîres, 8c tous autres conduifant ledit yy Charbon , de faire aborder, féjourner 8c décharger les Charbons^de terre qui » feront deftinés pour Paris , ou autres Villes 8c lieux de l’étendue de la ban-yy lieue , au-delà de ladite banlieue, ni les y vendre, verfèr , débiter ni tranf-» porter dans aucune Mailbn Royale, Hôpitaux , Communautés ou Maifons » particulières, 8c autres lieux prétendus privilégiés ou exempts de droits , yy fitués dans l’étendue de ladite banlieue, {ans en avoir obtenu per million du » Bureau de la Ville, en avoir fait Déclaration & payé lefdits droits de qua-» torze fous fix deniers aux Commiffionnaires d’iceux , à peine de confilca-» tion du Charbon , des Bateaux , Charois 8c Equipages tranlportant ledit Char* » bon , de cinq cents livres d’amende payable folidairement par les Voituriers » 8c Propriétaires dudit Charbon 8c leurs Commiffionnaires , {ans répétition » les uns contre les autres ; au payement defquels droits de quatorze fous fix » deniers par minot de Charbon de terre, les Voituriers , Marchands 8c autres » Propriétaires dudit Charbon & leurs ^Commiffionnaires , feront contraints yy comme pour les deniers & affaires de Sa Majefté, fiir les* contraintes qui fe~ » ront décernées par les Commis-Receveurs deffiits droits.
- » 4°. Permet en outre aux Suppliants de faire faire par leurs Commis reçus au ï> Bureau de la Ville, Huiffiers dudit Bureau, autres Officiers ou Commis des » Fermes du Roi fiir ce requis , toutes recherches 8c perquifitions des entre-» pots 8c magafins dudit Charbon de terre à Choify-fiir-Seine , Nogent-lùr-» Marne , Ville & Porte de Saint-Denys , la Briche , Mailbn de Seine , Bou-» logne , Sevre & autres lieux fitués au long defdites rivières dans l’étendue yy de la banlieue de Paris, à l’effet de faire par leurs Commis des dénoncia-» tions au Procureur du Roi & de la Ville , & par lefdits Huiffiers 8c autres » des Procès-verbaux des Charbons de terre qu’ils trouveront entrepofés 8c nemmagafinés, fans avoir obtenu notre permiffion, ni fait déclaration d’i-yy ceux, & payé lefdits droits de quatorze {ous fix deniers par minot de Charbon » de terre.
- * » Ordonne que tous Marchands & autres Particuliers propriétaires du-» dit Charbon, les Dépofitaires & Gardiens d’iceux, feront tenus de faire yy ouverture defdits entrepôts 8c magafins, 8c de payer lefdits droits pour le
- ( i ) Par l’article VIII, défenfe aux Voituriers de partir des Ports de charge fans avoir Lettres de voiture , à peine d’être déchus du prix d’icelles ; & fi le Voiturier allégué que le Marchand a fait refus, en ce cas jufti-fiant par ledit Voiturier de fommation en bonne forme par lui faite au Marchand ou Commif-fionnaire, de lui fournir Lettres avant fon départ,fera ledit Voiturier cru, tant fur la quantité
- des marchandées , que du prix de la Voiture d’icelle. Chap. II.
- L’Article fuivant porte que ces Lettres contiendront la quantité & qualité des marchandées , le prix fixé de la Voiture , & feront mention tant du lieu où les marchandées auront été chargées, que des lieux de la defti-nation, & du temps du départ.
- Charbon
- p.668 - vue 211/304
-
-
-
- ËT de SES MiiïËS, IL PaÎ^ 669
- pour le Charbon qui fera trouvé dans lefdits entrepôts; & eri cas de refus * « permis aux Officiers , & à leurs Commis de faire l’ouverture defdites portes » des magafins Sc autres lieux dans lefquels il ÿ aura dudit Charbon de terre ^ » par le premier Serrurier ou Maréchal fur ce requis , en préfence d’un des » Huifîîers-Commiflàires du Bureau, ou du Juge Royal des lieux ; & en cas » d’abfence du Procureur du Roi, Notaire ou Syndic du lieu , ou témoins » fur ce requis , dont il fera dreffé Procès-verbal par lefdits Huiffiers-Com-» miliaires , Juges Royaux des lieux ; Sc en cas d’abfence, du Procureur dü » Roi defdits lieux , qui contiendra les quantités du Charbon qu’ils auront y> trouvé ; & feront tous lefdits Procès-verbaux remis auffi-tôt au Procureur » du Roi Sc de la Ville : <3e de faire affigner par devant Nous les Contre ve-» nants Sc Refufànts, pour voir ordonner la confifcation defdits Charbons , Sc » être condamnés au payement defdits droits, avec dommages , intérêts , dépens,
- » Et fera le préfent Jugement lu, publié Sc affiché par-tout où befoin fera , *> Sc exécuté nonobftant oppofitions ou appellations quelconques , & fans pré-» judice d’icelles. Ce fut fait Sc ordonné au Bureau de la Ville de Paris, le » 2j Janvier 1735. Scellé à Paris le 16 Février (1). a Au mois de Novembre 1771 , Edit du Roi, Sc Arrêt du Confeil du 15 & du 22 Décembre, de la même année , ordonnant l’exécution de divers Réglements qu’ils rappellent, concernant la perception Sc le recouvrement des huit fois pour livre, en fus de tous les droits énoncés ou fpécifîés dans ces Réglements.
- Garres , Entrepôts , Magasins de décharge de Charbon de terre
- dans la Banlieue de Paris.
- s
- L e premier Entrepôt général de cette marchandife , efl: à Villeneuve-Saint-' Georges fur la Seine, & fur la petite rivière d’Hieres , où les bateaux s’arrêtent dans les ifles de Charenton Sc de Bercy. Là un bateau bloqué de trente voies eft du prix de 1350 livres , n’étant point fujet à tous les droits; le Charbon en détail s’y vend de trente à trente-trois livres la voie.
- Par un Réglement du 18 Avril 1768, défenfes font faites à tous Marchands de Charbon de terre Forains, de faire aucun entrepôt ni magafin de ladite marchandife dans la banlieue, à peine de confifcation , Sc de cent livres d’amende, conformément à l’Ordonnance de 16j2 , Chapitre XXI, Article troifieme.
- La permiffion d’entrepofer bateau , foit dans la banlieue , foit à ces endroits de décharge, doit être demandée au Bureau de la Ville, qui juge des motifs d’accorder cette permiffion faute de vente, ou attendu l’arrivée d’autres bateaux, &c, qui ordonne le lâchage des bateaux à leur rang d’arrivage, &c*
- (1) Les principaux objets faifant la matière de 1 magafins dans la banlieue , vont être reprisa ce Réglement, comme bateaux en paffe-debout, I part, pour un plus grand éclaircifiement.
- Charbon de Terre. IL Fart. G 8
- p.669 - vue 212/304
-
-
-
- tf7ot DU CHARBON DE TERRE
- Sentences d’Audience contre particuliers qui ont emmagafiné dans la Banlieue fans per-million du Bureau; 17 Février 1740,4 Août 1741, 7 Février 1749, 24 Avril 17^0. La Sentence du 24 Avril 17^0 a été confirmée par Arrêt du Parlement du 4 Septembre 1761. <——29 Juillet 175?, permiflion.
- ------20 Avril 175J, idem.
- 2.5 Mai i588, Réglement qui fait défenfe à tous Marchands de faire féjourner, c’eft-à-dire , de laiffer en dépôt les bateaux de Charbon de terte à Charenton , à peine de cinquante livres d’amende ôc de punition.
- 13 Mai 1 £>89, autre Réglement portant défenfe aux Marchands de Charbon de terre de vendre leurs bateaux chargés, en dépôt à la bolfe de Marne , enjoint à eux de les faire venir à leur port de deftination , à peine de cent livres d’amende.
- 23 Septembre 1677, Jugement qui permet à Edme Pellé Bourgeois de Paris, de faire recharger ôc mettre en chantier ôc entrepôt les Charbons de terre contenus dans les bateaux hors d’état de porter leurs charges , en indiquant le lieu dudit entrepôt, en en faifant ôc faifant faire par fes Cautions & Affociés leurs foumilfions au Greffe de la Ville, de faire rapporter lefdites marchandifes fur les Ports pour y être vendues , à peine de confiscation defdites marchandifes. ^
- 20 dud. Requête dudit Pellé tendante aux fins ci-deflus, Procès-verbal du fieur de Vinx, Echevin> de la vifite faite en fa préfence par Pierre Petit, Débacleur des Ports , ôcc, des bateaux dudit Pellé.
- 7 Octobre 1677, Soumiflions faites en conféquence.
- 4 Mai 1740 , Avis du Bureau de la Ville donné en conféquence d’une Lettre adreffée par M. le Contrôleur Général, à M. le Prévôt des Marchands , fur la demande du fieur Ja ôc autres Intéreffés dans l’exploitation des Mines du Charbon de terre de la Province d’Auvergne, à ce qu’il leur foit permis de continuer leur magafin & entrepôt de cette marchandife > foit à Villeneuve-Saint-Georges ou environs> avec défenfes à toutes perfonnes de les y troubler , Ôc fur un projet d’Arrêt préfenté au Confeil au même fujet par îefdits Intéreffés.
- Le Bureau' eftime qu’il peut être permis au fieur Ja ôc Conforts d’établir un magafin ôc entrepôt de Charbon de terre fur la riviere d’Hieres feulement, ce qui femble devoir être auffi accordé aux Intéreffés en l’exploitation des Mines de Bourbonnois ôc à tous autres Marchands , tant de cette Ville que Forains, aux conditions que ladite marchandife de Charbon refiera dans les bateaux fans pouvoir être mife dans aucune maifon , jardin, même fur le bord de la riviere, à peine d’amende Ôc de confifcation ; fauf à leur permettre d’en difpofer fur l’ifle des Cignes , pour prévenir la caducité des bateaux qui auroient féjourné trop long-temps en hiver, Ôc que les Lettres de Voi-! tures feront faites au lieu de chargement pardevant Notaires, vifées aux Bureaux, fur la route ôc autres lieux , ôc contiendront la deflination pour la riviere d’Hieres ôc autres formalités requifes pour leur validité ; que Iefdits Entrepreneurs tiendront toujours ladite riviere fufEfamment garnie de bateaux de Charbon de terre , en forte que nonobflant l’événement des faifons, la provifion pour Paris feroit abondante en tout temps ; qu’avant de defliner des Charbons de terre pour paffer debout, ils fe pourvoiront au Bureau pour en avoir la permiflion, en rendant compte des Charbons reliant en Hieres; ôc que le prix defdits Charbons de terre fera taxé par le Bureau, ainfi que les bois ôc autres objets fervant à la provifion de Paris.
- 1 Décembre 1732 , Jugement fur Requête qui permet à des Marchands de Charbon de terre de faire décharger aux Carrières de Charenton , les Charbons de terre par eux fauvés du naufrage de huit bateaux chargés de ladite marchandife ; à la charge de
- p.670 - vue 213/304
-
-
-
- r
- ET DE SES MINES. II. Part. 6?ï
- Jùftifier de la quantité qui y fera dépofée , Ôc de l’arrivée ôc vente du furplus au Port Saint-Paul.
- Le Charbon de terre ne devant pas être diftrait de fà deftînation , les Réglements de l'Hotel de Ville pourvoient à cet objet; on trouve le 28 Juillet 1769, une Ordonnance pour faire fàifir aux Carrières de Charenton, des bateaux chargés de Charbon de terre , pour en empêcher l'enlèvement.
- 12 Juin 1750 , Défenfes aux Mefureurs Porteurs de Charbon de terre de percevoir aucun droit à Sevre, fur les Charbons de terre qui s’y vendent, non plus que fur ceux paffant par Paris, ou deftinés en paffe-debout: mais venant de Paris à Sevre, les droits font dûs.
- 2 Mars 1678 , Jugement portant qu’André le Herque , foi-difant Fermier des droits de mefure à Saint-Cloud , fera affigné à la Requête du Procureur du Roi ôc de la Ville, pour repréfenter les titres en vertu defquels il prétend percevoir des droits de mefurage audit lieu de Saint-Cloud,fur les marchandifes en Charbon de terre, & défenfes à lui de les percevoir, à peine de concuffion, Ôc d’empêcher Robert Lay, Marchand de Charbon de cette Ville , d’enlever fa marchandife , à peine de y00 livres d’amende.
- 21 Juin 1678, Ordonnance femblable au jugement ci-deffus contre ledit le Herque.
- Arrêt de la Gour des Aydes du 18 Janvier 1770, confirmatif d’une Sentence du Bureau de la Ville du 17 Juillet 1767, rendu en faveur de la Communauté des Officiers Mefureurs ôc Porteurs de Charbon de terre de la Ville , Fauxbourgs ôc Banlieue de Paris ; contre François de la Barre , Maréchal-ferrant à Charenton ; les Syndics , Habitants ôc Communauté du Bourg de Charenton ; ôc M. Ballon de Bercy, Seigneur dudit lieu, qui reçoit les Habitants de Charenton, ôc M, Ballon de Bercy, Parties intervenantes ; déclare la faille faite fur ledit de la Barre, de trois voies de Charbon de terre bonne ôc valable ; Ôc cependant, par grâce ôc fans tirer à conféquence, le décharge de la confifcatron dlcelles ; le condamne à payer auxdits Officiers les droits à eux attribués fur lefdites trois voies de Charbon de terre ; leur fait défenfes ôc à tous autres Habitants de la Banlieue de cette Ville, de faire entrer dans ladite Banlieue , ôc y emmaga-finer aucune marchandife de Charbon de terre, fans faire au préalable leur déclaration, ôc payer les droits ; ôc pour cette contravention commife par ledit de la Barre, le condamne en dix livres d’amende envers lefdits Officiers.
- Police qui s3obferve dans les Garres 6 Ports au~dejfus ô au-de[fous de Paris,
- tant pour le Lâchage & Garrage des bateaux aux Ports de deflinadon , j que pour le placement & la décharge des Marchandifes , &c.
- V inexécution de la plupart des différentes Sentences & Réglements fur le lâchage & le garrage des bateaux , dans les endroits où ils attendent leur tour pour defcendre , a donné lieu à l'Ordonnance de Police dont nous avons déjà extrait ce qui a rapport au déchirage des bateaux.
- Par cette Ordonnance, » il eft fait très-expreffes inhibitions & défenfes à » tous Marchands, Voituriers par eau Sc autres, de faire décharger aucunes mar-» chandifes dans les Ports & endroits au-deflous de Paris, qu'ils n'ayent re-» préfenté aux Officiers Metteurs à Port, Planchéieurs, & autres Officiers j) ou Commis à ce prépofés , des Lettres de voiture en bonne forme , paffées
- 1
- p.671 - vue 214/304
-
-
-
- 672 DU CHARBON DE TERRE
- » ès lieux du chargement, par lelquelles la deftination aura été précîfément » 8c valablement faite pour lefdits Ports , fous les peines portées par les Or* ». donnances Sc Réglements.
- » Pareillement il eft défendu aux Officiers, Metteurs à Port& Planchéieurs, » Sc autres Officiers ou Commis prépofés, de foufïrir qu il foit déchargé dans » ces Ports aucunes marchandifes, qu’il ne leur foit apparu des Lettres de » voiture & deftination en bonne forme.
- » L'arrangement des bateaux dans ces Ports, eft auffi prefcrit par cette Or-» donnance ; il y eft expreflement défendu à tous Marchands de Charbon, Voi-» turiers par eau , Fadeurs , Commiffionnaires , Gardes-bateaux & autres » de placer aucun bateau chargé de marchandife de Charbon, plus près que » de vingt-cinq toiles au-deflus du bac des Carrières de Charenton ; l’Ordon-» nance porte, qu’en plaçant les bateaux le long du Port des Carrières de » Charenton, il foit laiffé un efpace fuffiftmt pour que le cours de la naviga-» don foit libre du côté delabolfe de Marne , Sc que les bateaux foient rangés » de maniéré que ceux qui viennent , foit par la Marne, foit par la Seine, » en deftination pour être déchargés audit Port , puiffent aifément & fins » obftacle aborder & être mis à Port, Sc lefdites marchandifes être déchargées , » tranlportées dans les différentes parties dudit Port qui font les plus commo-» des au-deflùs Sc au-deflous du bac, Sc où ordinairement fe font lefdites ma-» nœuvres : le tout à peine de trois cents livres d’amende pour chaque contra-ï) vention, & de demeurer garants Sc refponlàbles de tous les naufrages & » dommages qu’ils pouroient occafionner.
- »Les Propriétaires, Commiffionnaires Sc Voituriers des marchandifes quiar-» rivent par eau, & doivent être déchargées audit Port des Carrières de Cha-» renton , font au. furplus, en tant que de befoin, par provifion , Sc fans pre-y> judice des droits appartenants à la Ville, maintenus dans la liberté de faire » ou de faire faire par qui ils voudront toutes ces manœuvres ; avec défenfe » à qui que ce foit de s’y immifcer, s’ils n’y font requis par lefdits Propriétaî-» res, Commiffionnaires & Voituriers ; ainfi que de les inquiéter par aucune » menace^ ou voie de fait, fous peine de punition corporelle, même pour la » première fois «.
- 30 Décembre 1692 : Sentence de Réglement portant que les Marchands traficants de Charbon de terre feront tenus, lorfqu’ils feront venir defdits Charbons de terre pour la provifion de cette Ville, de les faire arriver aux Ports de leur deftination ; & qui > en cas d’embarras efdits Ports, leur permet de les garrer aux Garres ordinaires limitées jufqu’au Port-à-FAnglois ; & à l’égard des bateaux chargés defdits Charbons de terre deftinés pour d autres lieux que pour Paris , ordonne que lefdits Marchands les feront garrer dans les Garres étant au-deffus dudit Port-à-l’Anglois.
- 1699 9 Procès-verbal de tranfport du Heur Sautreau, premier Echevin furie Port de
- Villeneuve-Saint-Georges , au fujet de plufieurs bateaux ou thoues chargés de Charbon
- de terre appartenant au fleur de Lify > 6c étant à f embouchure de la riyiere d’Hieres i
- qui gâtent ladite riviere. ,T
- 6 Mars
- p.672 - vue 215/304
-
-
-
- et DE SES MINES, il Part. ^
- $ Mars 1719 y Ordonnance portant que tous les Marchands de Charbons de terre , tant de Paris que Forains, qui feront arriver des thoues & batteaux chargés de ladite mar-chandife pour la provifion de Paris , feront tenus de les faire arrêter ôc garrer au-deffus du bac de la Rappée ôc le long des ifies de Bercy, jufqii’à ce qu’ils foient lâchés dans les Ports de leur deftination fuivant l’ordre de leur arrivage.
- Sentences d’Audiences contre Marchands qui ont fait lâcher bateaux avant leur rang d’arrivage ôc fans permiflïon. 1.9 Août 1721 9 29 Juillet 1727, 18 Juin ôc 22 Juillet 1729 , àc 23 Mai 1732.
- Sentence d’Audience contre Marchands qui ont fait lâcher bateaux à autre Port qu’à celui de deftination. 2 Mars 1728.
- 11 Septembre 1717, Défenfes aux Maîtres des Ponts de Charenton de lâcher au-deftfous des Ponts de Paris , ôc de remonter dans la Marne aucuns bateaux de Charbon , fans qu’il leur foit apparu un Certificat que ladite marchandife a une férieufe deftina^ tion.
- Police relative aux Charbons de terre amenés par eauN pour la confommation de Paris, au-deffus de la Ville , & autres defcendants la riviere de Seine
- en pajje-debout.
- D u premier entrepôt fur la Seine au-defîus de Paris, les bateaux chargés de Charbon defcendent la riviere, ou pour palier plus loin au-delîous de la Ville, ou pour fe rendre aux Ports deftinés à la vente de cette Marchandife dans Paris : ces bateaux s'appellent en terme de Marine d’eau douce Bateaux en pajje-debout.
- La néceflité de faciliter le palïàge de ces êquippes par Paris , dans les endroits fîmes au-defîous de la Capitale, de balancer ^n même-temps les frais de tranfport qui, ajoutés aux droits des Officiers Mefureurs. & Porteurs , ne pouroient permettre de vendre lé Charbon de terre dans les endroits au-defîbus de Paris à aulîlbon marché que celui d’Angleterre , qui viendroit par le Havre-de-Grace > a fait fentir qu’il falloit exempter les pajffe-debout des droits attribués aux Officiers Mefureurs & Porteurs.
- Dans cette vue ils ont été expreffément déchargés de Ces droits par un Edit de 1706, & par un autre du mois d’Août 1708 , cité page 666 à l’Article des droits attribués aux Offices des Mefüreurs & Porteurs (1). *
- L’Edit du mois de Juin 1730, cité précédemment, & dans lequel les Charbons de terre ne font point fpécifiés être fujets à ce droit, ayant oe-cafionné des conteftations fur ce payement, que les Officiers prétendoient
- (i) 7 Février 1741 , Arrêt du Confeil interlocutoire , fur la queftion de favoir fi les Charbons de terre de Bourbonnoîs , ne peuvent partir fans Lettre de voiture du chargement ; fi ceux qui paiïeront debout avec Lettre de voiture faite à Villeneuve-Saint-George, jouiront de l’exemption des droits accordés par les Arrêts des 9 Avril & 3 Mai 1740.
- Charbon de Terre. II. Part.
- Ledit Arrêt interlocutoire ordonnant que là Requête fera communiquée aux Officiers Mefureurs & Porteurs de Charbon de terre , & faifanc défenfes auxdits Officiers de faire aucune pour-fuite pour l’exécution des deux Sentences ci-deflus , & de Pautre part des 13 & 14 Janvier
- ï74i.
- H 8
- p.673 - vue 216/304
-
-
-
- £74 VU CHARBON DE TERRE
- exiger des bateaux en pafle-debout, ils en furent déclarés exempts par un Arrêt du Confeii du 9 Avril 1737 (1).
- Mais en même-temps il a été de la prudence de prendre des précautions pour empêcher les Marchands Forains & les Voituriers d’abufèr de leurs déclarations, pour fruftrer les Propriétaires de ces Offices , de leurs droits fur les Charbons de terre deftinés réellement pour la confommation de Paris.
- Le même Arrêt qui déboute les Propriétaires, de leurs prétentions , im~ pofè aux Marchands , Voituriers , Conduéteurs de bateaux 8c autres qui amèneront des Charbons de terre deftinés à pafler debout, les conditions » de re~ yy préfenter dans les trois jours de leur arrivée aux Garres ordinaires , leurs » Lettres de Voiture en bonne forme auxdits Officiers Mefureurs 8c Porteurs y> de Charbon de terre , ou leurs Commis & Prépofés , & de les faire par » eux vifer, pour reconnaître fi la deftination defdits Charbons de terre eft » véritable, & fi lefdites Lettres de Voitures font conformes aux Réglements y) de l’Hôtel-de-Ville (2) , le tout à peine , en cas de faufTe deftination, ou y) de faufle déclaration , ou de verfement defdits Charbons de terre dans ladite y) Ville , fauxbourgs & banlieue de Paris , en fraude des droits attribués aux-» dits Propriétaires des Offices de Mefureurs & Porteurs, de confifcation def-» dits Charbons, & de deux cents livres d’amende contre lefdits- Marchands, » Voituriers, Conduéteurs de bateaux 8c autres.
- 9 Mai 1740^ Lettre de M. Orry, Contrôleur Général, qui adreflfe ledit Arrêt du
- Confeii à M. le Prévôt des Marehands.
- *
- Charbon non deftiné en paflfe-debout, & cependant pafîant, doit droits.
- 13 Janvier 1741* Audience, Jugement qui condamne le nommé Bouton, Marchand de Fer à Saint-Denys, & les intéreffés de Mines de Charbons de terre de Fims en Bourbon-nois, folidairement à payer aux Officiers Mefureurs Porteurs de Charbon de terre, les droits à eux attribués fur vingt-cinq voies de Charbon de terre qu’ils ont fait pafler debout à Paris, & conduire de Villeneuve-Saint-George au Port de la Briche; par grâce, les décharge de la confifcation defdits Charbons, & les condamne en cent livres d’amende , pour avoir fait faire une Lettre de Voiture à Villeneuve-Saint-George , au lieu de l’avoir fait faire au premier Port de chargement , avec deftination en paffe-de-bout.
- 14 Janvier 1741, Autre Jugement contre lefdits Bouton & autres pour le même objet qui les décharge, par grâce , de la confifcation & amende.
- Les formalités à remplir pour les bateaux deftinés à pafler debout, confiP tent à fe pourvoir au Bureau de Ville , afin d’en avoir la permiffion , en
- (1) Par une Déclaration du 17 Décembre 1692 , ils font également exempts des droits de Domaine & Barrage , dûs aux entrées de Paris, 3c dont nous parlerons à leur place.
- (2) Sentence du 4 Novembre 1767 ? qui condamne en cent livres d’amende un Voiturier par eau, pour avoir fait faire une Lettre de
- Voiture de deux Sapines chargées de Charbon de terre, dans laquelle le nom du Marchand auquel la marchandife étoit adrefiee étoit laifle en blanc ; & un Marchand Forain ,'à cent livres d’amende, pour avoir adopté cette Lettre de Voiture ; lefdits bateaux confifqués au profit de l’Hôpital Général,
- p.674 - vue 217/304
-
-
-
- E T DE SES MI N E S. II. Part. 67f rendant compte des Charbons refiant dans Fille d’Hieres ; & félon les differents cas, les pafie-debout font tolérés ou refufés (i).
- En conféquence il eft défendu aux Maîtres des Ponts , de laifler pafler 8c aller aval fous iceux aucun bateau chargé de Charbon de terre , s’il neft exhibé de permifïion du Bureau,
- Les Marchands qui lâchent une thoue de Charbon fins être en réglé à cet égard, ou avant leur tour, encourent une amende de cent livres, & fom condamnés à faire remonter aux Carres ordinaires le bateau aux frais de la marchandife : ce font les Commis Planéiéieurs & Metteurs à Port qui donnent le laiflez-pafler.
- Du 6 Juin 167S, Pefmiffion à un Marchand Bourgeois de Paris de faire lâcher par-deflbus les Ponts de cette Ville , jufqu’au lieu Ôc port du Pecq, un bateau chargé de quatorze à quinze voies.
- Du 28 Juillet 1679 , Ordonnance contre le fleur le Lay , Marchandée Fer, lequel pour augmenter le prix du Charbon de terre, en avoit fait defcendre plufleurs bateaux fous les Ponts , fous lé prétexte , qu’ils étoient deftinés pour Verfailles.
- Du 25 Mai 1734, Arrêt contradictoire du Confeil qui déboute Louis Nouvel Ôc fes Cautions, intéreflês à la Manufacture de la Verrerie de Seve, de leur demande en exemption des droits attribués aux Offices des Mefureurs Ôc Porteurs de Charbon de terre , créés par Edit du mois de Juin 1730, deftinés pour ladite Verrerie, pafîant de-' bout dans la Ville, fauxbourg ôc banlieue de Paris.
- Du 4 Septembre 1751, Arrêt de la Cour de Parlement, confirmatif d’une Sentence du Bureau de Ville , du 24 Avril 17J0, rendue en faveur de la Communauté des Officiers Mefureurs Ôc Porteurs de Charbon de terre, de la Ville, fauxbourgs Ôc banlieue de Paris ; qui déclare la faifiè faite fur les fleurs Baron de Vaux , (2) ôc Grandery , de quatre-vingt-feize voies de Charbon de terre trouvées à Seve , bonne ôc valable , y ayant été emmagafinées fans déclaration au Bureau, ôc fans paiement des droits ; les condamne à payer auxdits Officiers leurs droits ; leur fait défenfes de récidiver fous plus grandes peines, ôc les condamne aux dépens.
- 10 Juillet 1734, Jugement qui ordonne l’enregiftrement au Bureau Dien : Arrêt du Confeîl du 27 Mai précédent, qui déboute les Entrepreneurs de la Manufa&ure de la Verrerie de Seve de l’exemption par eux prétendue des droits fur le Charbon de terre paffant debout par Paris, pour Pufage de ladite Manufa&ure , ôc notamment des droits rétablis, attendu que par les Lettres-Patentes d’établiflfement de cette Verrerie l’Adjudicataire n’étoit exempt que des droits d’entrée du Royaume Ôc de péage, ôc non de ceux dûs à Paris ôc dans la banlieue, enforte que Seve étant.compris dans la banlieue , les Charbons, qui y font deftinés, ne peuvent être cenfés y pafler debout.
- 26 Octobre 1754, Permiffion au fleur Lottin , intérelfé dans la Verrerie Royale de Seve, de faire conduire une barquette de Charbon de terre pour l’ufage de ladite Verrerie , à la charge d’en faire faire le mefurage audit lieu de Seve, en ptéfence de Maupoint, Mefureur de Charbon.
- Saint-Etienne , & qui, par Arrêts du Confeil du 10 Juin ôc 21 Oftobre 173S 9 avoit obtenu un Privilège de faire tranfporter jufqu’à Paris les Charbons qui en proviendroient. Voyez page 582.
- (1) Septembre 1735-, Mémoire préfenté à M. le Prévôt des Marchands , par les Marchands de Charbon de terre pour la provifion de Paris, pour la prorogation de la permifïion de faire pafler debout des bateaux.
- (2) Propriétaire de Mines aux environs de
- p.675 - vue 218/304
-
-
-
- _ U CHARBON DE TERRE
- Au fiirplus les Charbons vendus ainfi à quelques lieues de Paris, après avoiç paffé en pafle-debout, quoiquexempts, comme on la vu, de la plûpart des droits, n en font pas pour cela à meilleur marché ; les frais à payer aux Chableurs , Sc aux Maîtres des différents Ponts , les frais de navigation continués, deviennent au point qu’à peu de diftance de cette Ville , comme par exemple, à Saint-Germain , à Poiffy, les Charbons fe trouvent aufîî chers que s’ils euffent payé les droits à Paris.
- Les Maréchaux & Serruriers de Poiffy fe fervent du Charbon de Saint-Etienne, qu’ils prennent, après l’avoir eflàié (i), au Pont de Seve,au Port de Marly , au Pont du Pecq.
- La voie, au Port, coûte à ces Ouvriers, de yo, y2 à y4 livres la voie; de la rivière à Poiffy, la voiture leur coûte, 6,7, 8 livres; à l’entrée de cette Ville , elle paye une livre 2 fols 6 deniers : total environ 6t livres & quelques fols ; de maniéré qu’il eft plus avantageux pour les Ouvriers de Rouen, ayant befbin de ce combuflibie , d’en tirer de l’Etranger par le Havre, comme on peut en juger par ce que nous avons dit à l’article de Baffe-Normandie, page y70.
- A Seve, le Charbon du Forez coûte de 3y,qy à yo liv. la voie, félon les temps.
- Entrepôt de commerce du Charbon de terre dans la Ville de Paris.
- L’entrepôt pour la confommation de Paris, en bois neuf à brûler, en charbon de bois, en marchandifes de tuiles, ardoifes & Charbon de terre, étoit autrefois au Port Saint-Paul, comme encore aujourd’hui, & à la Greve.
- Depuis le 20 Décembre 173 y , en conféquence d’une Déclaration du Roi , (2) les bateaux de Charbon de terre, ainfi que les marchandifes de tuiles & ardoifes , ne fe placent plus qu’au deffous du Pont de Grammont, ou au-def* fous’ de l’ifle Louviers, pour y être débités.
- Différentes Ordonnances & Réglements ont fixé le nombre de bateaux qui doivent y avoir place ; on voit que dès l’année 1673 ? ( 27 Mars ) ^ ne devoit pas y en avoir plus de dix : ce placement, & tout ce qui y a rapport, fut^fucceffivement réglé.
- En 16741e 20 Novembre, à l’Audience, Réglement qui enjoint à tous Marchands de Charbon de terre, d’obferver les Réglements, & les leur interprétant , déclare que-dans les dix places deftinées au Port Saint-Paul pour lefdites marchandifes, il y en a trois particuliérement pour les Marchands de
- ( 1 ) Ce qui donne lieu de croire qu’il eft très-fujet à être mélangé dans ces Magafîns , mal-‘gré toutes les Ordonnances.
- {2) Sur les repréfentations faites par les Prévôt des Marchands & Echevins, touchant Tin-
- commodité que les Habitants des maifons adjacentes , les paflants , &THôtel-de-VilIe ,rece-voient de la vapeur extrêmement fubtilc qui s’exhale du charbon de bois.
- Parïs ,
- p.676 - vue 219/304
-
-
-
- ET DE SES MI N E S. IL Part. 677 Paris, lefquels ne pourront y faire descendre leurs bateaux , que lorfque Tune defdites trois places fera vuide , 8c ne pourront les y faire defcendre que fui-vant Tordre de leur arrivée , qui fera juftifiée par les Regiftres des Fermiers du Roi, ou des Officiers Jurés Mefureurs 8c Contrôleurs de Charbon (1).
- 14 Mars 1698 , Sentence de Réglement qui ordonne l’exécution des Réglements des 27 Mars 1693,6 Novembre 1694 , & des autres ; portant dêfenfes à tous Marchands de Charbon de terre de faire mettre à Port leurs bateaux , qui arriveront au Port Saint-Paul , ailleurs que depuis & deflous le Pont de bois de l’ifle Louviers , en fuite l’un de l’autre jufqu’au nombre de dix ; & aux Officiers , Gardes-bateaux (2) , de les mettre à Port ailleurs , 8c en plus grand nombre.
- Le commerce de ce foffile ayant fans doute pris de l’accroifTement , on augmenta le nombre de ces places, qui furent portées jufqu’à treize.
- Le 30 Mai 1724 , le 19 Décembre de la même année, Ordonnance portant que des treize places deftinées pour la vente 8c diftributîon des Charbons de terre au Port Saint-Paul, pour la provifion de Paris , les cinq premières qui fe fuivent Tune l’autre, feront occupées par les Marchands de Paris , 8c les huit autres par les Marchands Forains. Défenfès aux Marchands d’occuper les places les uns des autres , ni de faire defcendre leurs bateaux dans lefdites places, autrement que félon leur rang d’arrivage, 8c d’en occuper plus d’une chacun à la fois , à peine de cent livres d’amende par chaque contravention ; ordonne de plus qu’aucun Marchand de Paris ne pourra ven-
- dre aucunes defdites marchandifes fous le nom d’un Marchand Forain (3), à peine de confifcation d’icelle, 8c d’amende auffi par chaque contravention.
- Ces différents Réglements préfentent la plupart des articles de Police relatifs au départ de la marchandifè , de ce que j’ai nommé Y entrepôt général.
- D’après les Ordonnances & Réglements, les bateaux de Charbons demandés, foit pour les befoins de ville , foit pour ceux des endroits au-deffus , ne peuvent partir fans une permifïion du Bureau (4) , 8c avant leur rang d’arrivage : dans certains cas , on pourvoit auffi à l’accélération de leur arrivée (5).
- Les bateaux doivent être placés , aux endroits marqués 8c non en nuifàn-
- ce (6) (7)-
- (1) Ordonnances des 23 Décembre 1737, 17 Avril 1703.
- (2) Ces Officiers ont quatre fols par jour.
- (3) 1 Juin 172 J , Sentence d’Audience contre Marchands de Paris, pour avoir pris laplace d’un Marchand Forain.
- (4) 18 Juin 1729, Sentence du Bureau qui condamne le nommé Hugault le jeune , Marchand de Fer & de Charbon de terre , en vingt-cinq livres d’amende , pour avoir fait defcendre au Porc S. Paul, dans le bras du Mail, un bateau Thoue, chargé de ladite marchandifè de Charbon de terre , hors fon rang d’arrivage.
- Charbon de Terre. IL Part.
- (5* ) 2 Mars 1712 , injon&ion aux Commif-faires à l’arrangement des bateaux dans les Ports, de faire defcendre les bateaux chargés de Charbon de terre étant dans le Port de Villeneuve-Saint-George. ^
- ( 6) 2j Mai 1719 , Audience, Sentence contre Marchand contrevenant.
- (7) 29 Juillet 1738 , Sentence qui condamne le nommé Didier, Marchand de Charbon de terre, en cinquante livres d’amende, pour n’avoir ôté le bateau dudit Charbon qu’il a à la 13e place du Port S. Paul, & qui ordonne qu’il fera defcendu à fes dépens à l’ifle aux Cignes.
- 18
- p.677 - vue 220/304
-
-
-
- /
- h
- 67z DU CHARBON DE T E RR E
- Le Bureau de Ville accorde gratis des places dans plusieurs endroits pour le dépôt de bois & de charbon; on s’adrefle à l’Infpeéleur du Port Saint-Paul, commis par la Ville pour le débarquement des marchandifes, arrangement des bateaux, &c. Cet Officier en fait fon rapport au Bureau de 1 Hôtel de Ville (i).
- Police de vente dans la Ville & les Fauxbourgs de Paris»
- Cette partie intéreflànte du. commerce de Charbon de terre efl: réglée par quelques Articles du Chapitre XXI, de l’Ordonnance (2).
- Art. I. » Seront les marchandifes de Charbon de bois 9Scde terre , conduites » ès Ports & Places à ce deftinés (3) ; les Marchands tant Forains que Bour-» geois, tenus d’exhiber aux Jurés Mefureurs & Contrôleurs , leurs Lettres de » Voiture, dont doit être fait regiftre par ces Officiers (4).
- Art. IL » Les Mefureurs tenus à l’inftant de l’arrivée, de les aller vifi-» ter aux bateaux, Ports & Places , d’aller déclarer au Bureau de la Ville , le » nom du Marchand, la quantité & qualité de la marchandife , pour être le » prix mis au Charbon (j) de bois, &c.
- Le Charbon de terre n’eft taxé qu’àraifon de défeéluofîté ; ce qui concerne fà qualité, ne tient qu’au mélange d’une efpece avêc une autre ; infidélité à laquelle on ne peut guere oppofer que des prohibitions, mais à laquelle il efl très-facile aux Marchands de fe livrer , comme nous l’avons annoncé, pages 582,585, 6 6j6 , note 1.
- Art. VIII. » Le Charbon de terre amené tant d’amont que d’aval l’eau , » à Paris , doit demeurer au Port où il aura été conduit, celui appartenant aux » Marchands Forains, jufqu’à la vente entière. Les Artifans Forgerons préférés, en l’achat, à ceux qui en font trafic. Le Charbon appartenant aux Mar-» chands de Paris doit tenir Port pendant trois jours, pour être vendu aux Arti-» fans & Forgerons, fans que les autres Marchands de Paris en puiffent » acheter ; après les trois jours, permis aux Marchands de Paris de le faire \ » tranfporter chez eux, {ans pouvoir le vendre à plus haut prix que celui de la » vente faite fur le Portt
- (1) 16 Novembre 1735, Requête préfentée par les intéreffés dans les Mines de Charbon de terre près Moulins, pour obtenir une place à décharger leur Charbon de terre au Port S. Nicolas.
- (2) Fol. 74, de M. de la Marre.
- ( 3 ) 17 Septembre 1717 , défenfe à tous Marchands , conformément à l’Art. 2 du Chapitre 3 , d’aller au devant des Marchandifes deftinées pour la provifion de Paris, & de les acheter en chemin, aux peines y portées ; injonction aux Marchands de faire leur déclaration dans les trois jours de l’arrivée de leurs bateaux, au bureau des Officiers.
- (4)2$ Mars 1736,10 Mai 1737,13 Décembre 17^8 , y Février, 27 Mai, 28 Juin 1740 , &c.Sentences d’Audience contre particuliersqui n’ont pas fait à la chambre des Officiers leurs
- déclarations de l’arrivée de leurs bateaux aux garres, & n’y ont pas repréfenté leurs Lettres de voiture pour être enregiftrées.
- {$) Un Jugement du 8 Mai 1690 , défend à tous Marchands de faire aucun mélange 3 ordonne d'amener les Charbons purs ainfi qu'ils fortent de la Mine , à peine de confifeadon &• de trente livres d'amende ; enjoint aux Officiers, fur ladite Marchandife , d’avertir le Bureau de ces contraventions, à peine d'en répondre en leur propre nom.
- L'avis du Bureau de la Ville du 20 Juillet 1740 , dont il fera parlé page 680, renferme une Ordonnance d'une amende contre les Marchands 6* Voituriers qui mêleront une qualité de Charbon avec une autre , tant en route quà Paris, & veut qu'à cet effet, il foit fixé de porter pour chaque qualité de Charbon.
- p.678 - vue 221/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. IL Part, 679
- Art. K. » Le prix une fois mis au Charbon de terre ne peut être augmenté, » fous quelque prétexte que ce foit ; fi dans le cours de la vente le Marchand » fait rabais ( du prix ) , tenu de continuer la vente fur le même prix du rabais, » à peine de confifcation & d’amende arbitraire.
- yy Les Mefureurs, tenus de faire regiftre du premier prix , & du ..-rabais » pour y avoir recours dans le befbin, & tenir la main à l’exécution de cet v Article (1).
- L’Article III, du Chapitre XXIII, exige la préfence d’un Officier (2) , à chaque bateau de Charbon de terre & de bois , dont la vente fera ouverte , fans qu’il puîfie entreprendre de nouvelle befogne.
- Ces Officiers , ainfi que les Porteurs de Charbon de terre, ne fournifient, en quelque temps que ce foit, que deux Mefures , & quatre plumets , dans les treize bateaux de Charbon de terre garniflànt le Port Saint-Paul, quoique la vente foit ouverte de tous ; & fi on demande des mefures au-delà des deux qu’ils appellent ordinaires , ( ce font deux demi-minots ) on ne les obtient qu’en payant aux Plumets par le Marchand ou l’Ouvrier , & les droits des Officiers , toujours payables à mefure de la vente, font néanmoins exigés à l’ordinaire.
- L’Auteur du Journal du Citoyen (3) , de qui nous empruntons cette Note page 254 , ajoute que » ces Officiers ne fe foumettent point à cet égard à » l’Ordonnance , Edits, Déclarations & Arrêts ; qu’ils occafionnent des contefta-» tions entre l’Ouvrier qui n’a pas le moyen de faire fà fourniture , & ceux » qui la font ordinairement en Mai, Juin, Juillet, Août Sc même une partie » de Septembre , Sc encore entre ces derniers : outre que le petit Ouvrier perd » fon temps, il arrive très-fouvent que les uns Sc les autres font privés de » Charbon, Sc relient par conféquent fins travail ; il feroit très-néceflàire « , ainfi que l’obferve ce Citoyen eftimable, » d’en inftruire M. le Procureur du » Roi & de la Ville, qui ne manquerait pas de remédier à cet abus , qu’on » a tenté infruélueufement d’introduire fur le Charbon de bois.
- L’Arrêt d’enregiftrement de l’Edit du mois de Janvier 1727, fait encore défenfe aux Porteurs, » de demander augmentation de droits pour le portage » ou autrement, ni pour eux, ni pour leurs Plumets, ni en exiger autres &
- V plus grands que ceux portés par l’Edit, & qu’ils feront tenus d’avoir nom-» bre fuffifint de plumets pour le fervice du Public.
- Dans le Traité de la Police , on trouve une Sentence du Buteau de la Ville , portant Réglement entre les Marchands de Paris & les Forains pour la
- (1)31 Janvier 1747, Jugement qui condamne Gilles Poullet , Marchand de Charbon de terre , en cinq cents livres d’amende , pour avoir vendu un demi-minot de Charbon quarante-cinq livres au lieu de quarante-deux livres, prix auquel le bateau avoit été ouvert ; & fur ce que Guillaume Maupoint , Officier Mefu-reur, qui avoit fait rendre l’excédent a avoit
- été injurié & menacé, ordonne de plus que, faute par ledit Poullet de faire vente au Public , elle fera faite à la requête du Procureur du Roi, à la diligence des Officiers Mefureurs.
- ( 2 ) Il n’y a jamais qu’un Officier fur le Port.
- (3) Nous nous fommes trompés, page 6$6 , lorfque nous avons attribué cet Ouvrage à feu M.PeiTellier.
- p.679 - vue 222/304
-
-
-
- 68o DU CHARBON DE TERRE
- vente du Charbon de terre fi) , les plaidoyers, & moyens de ces deux fortes de Marchands ( 2 ) , après lefquels le Bureau de la Ville oblige les Marchands de Paris de faire enlever dans trois jours les Charbons de terre donc ils faifoient la vente au Port Saint-Paul , & de les faire conduire en leurs maifons ; défenfes à eux d’en expofer fur les Ports quand ils fe trouveront garnis de Charbons appartenants aux Forains pour la provifion de ceux qui en auront befoin, ni d’en vendre fous le nom d’aucuns Marchands Forains, à peine, pour la première fois , de 300 livres d’amende , Sc pour la fécondé de confifcation : dans le cas où il n’y auroit pas aux Ports de Charbon de terre aux Forains , les Marchands de Paris tenus d’y faire tenir Port pendant trois jours aux bateaux qui leur arriveront, après lefquels pâlies pourront les faire enlever en leurs maifons : défenfes aux Marchands Forains de faire entrepôt, ni magafin defdits Charbons, à peine de 100 livres d’amende & de confifcation.
- Plufieurs Sentences du Bureau de Ville , du 18 Avril 1681,27 Septembre 1696) 26 Juillet 16pj, font confirmatives de cette première.
- La vente du Charbon ne doit être indiquée par aucunes affiches : on trouve un Avis du Bureau , en date du 20 Juillet 1740, au fujet d’une Lettre de M. le Contrôleur Général à M. le Prévôt des Marchands, du 4 Avril 1740: contre la demande du fieur Baron de Vaux , à ce qu’il lui foit permis d’afficher des avertiflements qui indiquent aux Marchands & Ouvriers le nom de celui qu’il a chargé de la vente du Charbon de terre qu’il a tiré de les Mines , près Saint-Etienne en Forez.
- Mejurage , Mefure.
- L a mefure la plus ordinaire eft le Minot, qui fe divife en demi-Minot, divifé en trois boifleaux ; le boiffeau fe partageant en quatre quarts ; mais en fait de Charbon de terre , on ne parle que par minot, & le plus fouvent par demi-minot, quelquefois par voie, autrement appellée muid, qui fait la charge d’un v tombereau (3), contenant trente demi-minots , c’eft-à-dire, ij1 2 3 minots , & feize minots pour bonne mefure , ou droit de Maréchal.
- Le demi-minot, ainfi que le minot, eft de forme ronde ; les étalonnages ^ efpalement (4) de ce minot, &de ceux dont on fe fert dans le commerce
- (1) Du 18 Avril 1641.
- (2) Page 941 , Tome III.
- (3) Nous avons eftimé la voie d’après l’opinion reçue, du poids de 3000 livres ; cette évaluation n’eft pas exaéte. De trois expériences différentes, faites par M. Peronnet au Port S. Paul, & de quelques-unes que M. Lavoifier y a faites en 1770, il réfulte que le demi-minot de Charbon de terre du Bourbonnois , pefe 91 livres, poids de marc , & celui d’Auvergne, 93 livres & demie; fi on les eftime, en prenant un milieu , à 92 livres, la voie dé Charbon de
- terre étant de 30 demi-minots, il s’enfuit que fa pefanteur totale eft de 2760 livres.
- (4) Signifiant la même chofe que jaugeage, ou comparaifon d’une mefure neuve avec la mefure originale ou matrice, pour enfuite l’étalonner 8c la marquer de la lettre courante de l’année , fi elle lui eft trouvée égale & conforme. Ce terme, en ce fens, n’eft en ufage que pour la vérification des mefures rondes qui fervent à mefurer les grains , fruits 8c légumes fecs.
- p.680 - vue 223/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. IL Part. 6S1
- pour mefurer les chofes feches, fb fait en l'Hotel-de-Ville de Paris, par les Jurés Mefureurs de Sel, commis par l'Ordonnance pour marquer & étalonner les poids & mefures, d'où ils font nommés Etalonneurs des Mefures de bols.
- Lorfqu'on établit en titre à Paris les Jurés Mefureurs de Sel, qui alors faifoit l'objet le plus important du commerce par eau dans cette Ville, on donna à ces Officiers, la garde des étalons de toutes les mefures des chofès lèches ; c'eft pour la garde de ce dépôt qu'ils ont une chambre dans iHôcel-de-Ville , où font gardés les étalons de cuivre , ou mefures matrices & originales qui doivent fervir à étalonner toutes les autres (i).
- Le demi-Minot, mefiiré fur cet étalon original, doit avoir, mefuré en-dedans, onze pouces neuf lignes de profondeur , fur un pied deux pouces fept lignes de diamètre ou de large entre les deux fûts, ce qui donne quarante*deux pouces de tour.
- C'eft l'Officier Mefureur, qui diftribue la mefure dans chaque bateau.
- Les Commifïïonnaires ou autres convaincus d'avoir furpris un Officier Mefureur , & d’avoir reçu de lui une mefure fur le faux expofé qu'ils ont obtenu une permiffion du Bureau de Ville pour l'enlèvement de leur bateau , encourent une amende ; l'Officier pour avoir livré la mefure fans s'être fait repréfenter la permiffion, & n'avoir pas dénoncé la contravention, eft interdit de fes fondrions (2).
- Par Arrêt du Parlement du mois de Juillet 1761, le Charbon de terre fe mefure au demi-Minot comble (3). Au lieu de cette mefure, on fe fert quelquefois de panniers ; cela n'eft point permis: c'eft une^contravention répré--henfible, de même que la vente à fauffe mefure, & hors de la préfence des Officiers (4).
- Droits qui fe perçoivent fur les Charbons de terre entrant dam Paris.
- Un bateau de Charbon d'Auvergne, du prix de 900 à 960 livres, lorjfi qu'il eft à Villeneuve-Saint-Georges ; celui du Forés, de 1170 à 1200 livres ;
- (1) Du 4 Février 1678, Réglement qui fait défenfe à tous Marchands de vendre aucuns Charbons de terre , qu’ils n’ayent été mefures dans les mefures ordinaires étalonnées par les Jurés Mefureurs de Sel, fuivant les Ordonnances.
- (2) 29 Août 1736, Sentence qui prive un Officier dans ce cas, de fes émoluments, au profit des pauvres de la Paroifle Saint-Jean.
- (0 La mefure comble, eft quand on donne à l’acheteur ce qui refte au-deftus des bords, avec la mefure même, à la différence de la mefure rafe, qui avant d’être délivrée eft raclée par le vendeur , félon l’efpece de marchandife , ou avec la main , ou avec un morceau de bois
- Charbon de Terre. II. Part.
- qu’on appelle Raàoir 9 §c ailleurs , Rouleau » afin d’en faire tomber ce qui eft au-deffus des bords.
- (4) l3 Jmn 1739* Jugement qui décharge » par grâce, le nommé Bouton , de l’amende par lui encourue, pour avoir fait mefurer au Port Saint Paul 28 demi-Minots de Charbon de terre au lieu de 30 dont la voie eft compofée ; n’avoir point requis les Officiers Mefureurs d’en faire la mefure, & les Officiers Porteurs d’en faire le partage ; avoir fuppofé un parti- » culier pour fouftraire & avoir fouftrait ladite marchandife au Sergent de la garde du Porc Saint-Paul, à qui lefdits Officiers l’avoient con-fignée.
- K 8
- p.681 - vue 224/304
-
-
-
- «82 DU CHARBON DE TERRE '
- Celui de Moulins, de 1290 à 1320 (1) ; le Charbon du premier endroit f vaut dans ce premier entrepôt de 28 à 30 livres la voie ,t le Charbon du fécond de 39 à 40 livres , le Charbon du troifieme de 43 à 44 livres.
- Arrivés au Port Saint-Paul, la voie du Charbon de Bourbonnois eft du prix de 7 y livres , celle de l’Auvergne de 72 livres , & celle du Forés de 60 à
- 72 livres.
- Cette augmentation prodigieulè tient à une foule de droits d’entrée auxquels le Charbon de terre eft affujetti.
- Ces différents droits font en partie les mêmes , que ceux qui fe perçoivent ftir les denrées Sc marchandifes, qui entrent dans la Capitale , en confé-quence des Déclarations du Roi des 17 Septembre 165)2 , 3 Mars 165)3 > 7 Juillet 1705, des Arrêts du Confeil des 1 Février 1640 , 16 Juin Sc 13 Novembre 1693 , & Edits de Janvier 1727, Juin 1730.
- Les droits pour le Charbon de terre peuvent être partagés en plufieurs claftes ; une portion donnée à ferme , une autre qui eft aliénée Sc affeéiée au payement des différents Offices, & une qui appartient à la Ville.
- Nous allons donner de chacun de ces droits une connoiffimce fommaire.
- i
- Domaine & Barrage.
- L e Domaine fe dit d’une efpece d’impôt, qui fe leve fur toutes les denrées & marchandifes qui entrent dans Paris, tant par terre que par eau.
- Le Barrage fe dit d’un droit de péage qui fe lève tant par terre que par eau fur les marchandifes qui paffent par le détroit où ce droit eft dû (2) ; ce Barrage Sc entre autres celui de Paris , appartenoit au Roi, il formoit autrefois une Ferme particulière, qui eft maintenant réunie au bail général des Fermes , fous le titre de Domaine Sc Barrage ; ces deux droits, fixés par les Déclarations du 17 Sept. 1692 & 3 Mars 165)3 > ^onc très-modiques, & fe perçoivent aux entrées de Paris, fous une même forme, làns diftinétion.
- Vingtièmes de F Hôpital.
- Le vingtième de FHôpital, s’entend d’un droit qui s’évalue parle vingtième des droits ci-deffous, & fe perçoit au profit des Hôpitaux ; il s’en perçoit deux.
- Sols pour Livre. ,
- Le premier de ces droits eft du mois de Septembre 1747 ; il eft de quatre fols pour livre, & s’eftime par les quatre fols pour livre de tous les droits
- (1) Le bateau toujours fuppofé bloqué de tion des ponts & paffages,& particuliérement
- 28 à 30 voies. du pavé.
- (2) Vtâigal gro tranjîtu, établi pour la réfec-
- 1
- p.682 - vue 225/304
-
-
-
- I
- ET DE SES MINES. IL Part. 68 3
- ti-delfus ; il fe paye au profit du Roi. En 1760 il y fut ajouté un fol, en 1763 un autre ; Sc au moyen de deux nouveaux fols pour livre, impofés en jyyx, ce droit de fols pour livre fe monte aujourd'hui à 8 fols.
- Droit de Halle & Garre, ou droit de Ville*
- • *
- Ce droit eft attribué au Domaine de la Ville , par Lettres-Patentes du 2 y Novembre 1762, en forme de Déclaration (r) , pour le temps de 20 années, à commencer du premier Janvier 1763 , jufqu’au premier Janvier 1783. La perception s'en fait par les Receveurs Sc Commis aux Aydes Sc entrées de Paris, Sc par les Officiers, Syndics , Caifîiers & Receveurs des Communautés fur les Ports , Quais , Halles Sc Marchés, lefquels font tenus d’en remettre le produit au Receveur prépofé par iefdits Prévôt des Marchands & Echevins de la Ville de Paris ; d’ou on l’appelle auffi Droit de Ville : il eft d’un fol par Minot, par conféquent de iy fols par voie ou muid.
- Droit de Riviere , Droit de Contribution.
- Il a été attribué fur les Marchands Voituriers par eau en vertu d’un Arrêt du Parlement du 23 Oélobre I j6t, par forme de contribution, pour le payement d’ouvrage à faire , relativement à la fureté Sc commodité de la navigation de la riviere de Seine, en remontant de Paris à Montereau ; .d’où on l’appelle Droit de Contribution , ou Droit de Riviere ; il eft de 10 fols pour une voie ou muid.
- Droit d* Arrivage*
- I l fe paye à raifon de y livres 8 fols par bateau abordant au port, ce qui fait dix fols par voie.
- Droit "Principal, ou Droits des Officiers de Charbon de terre & de bois ;
- & des petits Officiers fur Us Pons*
- Outre les droits de 2 y fols par voie (2), dûs aux Mefureurs & Porteurs , dont nous avons donné l’hiftoîre en particulier , il y a encore celui qui fe paye aux Débacleurs, d’où on le nomme Baclage 5 celui des Planchéieurs,
- (1) Portant établiffement dans la Ville de Paris d’une nouvelle Halle au bled, Sc d’une Garre pour les bateaux.
- (2) Par Arrêt du Confeil d’Etat du premier Novembre 174^ , jugeant une conteftation entre les Marchands de Charbon de terre, Sc les Officiers Mefureurs Sc Porteurs, fur une percep-
- tion de falaire au-deffus de celle de 27 fols par voie, il elt défendu à ces Officiers de percevoir fur le Charbon de terre, fous quelque prétexte que ce foit, autres Sc plus grande droits que les fols par voie, à peine de relîitution , dommages Sc intérêts, Sc de plus grande peine s’il y échoir.
- p.683 - vue 226/304
-
-
-
- .1*
- <J«4 DU CHARBON DE TERRE'
- qui eft de 8 livres y fols 9 par bateau de trente voies ; celui des Metteurs à Port, nommé Droit par eau : ce droit eft félon la grandeur du bateau (i) ; mais il eft toujours le même , foit que le bateau foit plus chargé , foit qu’il le foit moins : il eft de | fols 6 deniers par voie , ce qui fait quatre deniers, par Minot. A tous ces Droits, il faut ajouter les fraits de décharge de bateau , 8c des Gardes de nuit, &c.
- ( i ) D’après ce qui a été dit, page 68o du poids du Minot, âc de la voie ; le bateau de JQ voies eft chargé de 82800 livres pelant.
- 3e. Année d’HENRiET 1758 à 1755.
- CHARBON DE TERRE,
- ETAT du Produit des Droits fur les Charbons de terre entrés à Paris pendant la 3 e. année du Bail dé Henri et , commencée le premier Qüobre 1758 , & finie au dernier Septembre 1759* ~
- Îgî,
- PROPRIETAIRES des Droits.
- £7
- Gardes^Bateaux & Planchéieurs.
- Officiers (Mefureurs,
- des <
- .Charbons de terre (porteMS
- Officiers
- des
- Charbons de bois
- HOPITAL,
- ferme générale
- Nota. Les Paiïe-debouts ne font pas compris , n’étant fujets à aucuns droits ; mais) au-deiïous du Pont-Royal ils ont à payer, pour les paiïages des ponts » 15 livres.
- Il eft dû actuellement, fuivant la Déclaration du 3 Février 1760, un fol pour livre, tant des droits principaux que du vingtième, qui font le quart du produit des 4 f. pour livre. '
- NOMBRES DE BATEAUX,
- & quantités des Muîds de Charbon de terre.
- 182 Bateaux de 7 toifes, à
- f Muidsde Charbon de terre, compofés 5*168 -i ^ chacun de 15* minots ^ qui à raifon I de p f. 6 d. font par muid , ci......
- Ci<58 1 fMuids idem, qui à 5* f. par minot font * \ par muid , ci......................
- 5* 168 ~ Muids idem, à.................
- 5* 168 7 Muids idem, à,
- QüOTII'É
- DES
- Droits.
- 4* f 4
- 72 6
- 3
- 10
- Total des droits des Officiers,
- Rapport des Droits fujets au vingtième.
- Total des Droits des Officiers... 633^ if 3d"j Total des principaux de la Ferme f
- générale..................... 2404 2 p ^65*800 A
- Total fujet au vingtième... 65*800 4
- Vingtième defdits Droits.........................
- 182 Bateaux pour Droits d’arrivages, à 5** 8f
- ci.................................. 5)82 16
- 5* 1687 Muids de Charbon de terre 3 5*f 6d.ci.. 1404 6 $
- 1421 6 $
- ^ 4 f. pour livre,........... 480 16 7
- Rapport des Droits fujets aux 4/pour liv. de 1747.
- [Total des Droits d’Officiers. ..6335)6* if 3*
- 'Vingtième de l’Hôpital.
- DROITS.
- 728*
- £ i
- 36825* II 3
- 151381 17 6 3876 7 6
- 2784 s
- 633ÿO 1 3
- 3290
- 2
- .16222 3 7
- ... 325)0 2.
- Total.............. 66686 1 5*
- 4 f. pour liv. defdits Droits.........
- x3337 A-3
- Total général..,............825)08* $!
- Par
- p.684 - vue 227/304
-
-
-
- ET DE SES MINÉS. ÏI. Par*, SS;
- par le prix courant du Charbon de terre dans cette année 1773 , on voit que depuis cette époque de 1759 > la niaflè des droits impofés fur les Charbons de terre s’eft accrue infenfiblement à un point furprenant vis-à-vis du primage* CO Cet accroiflement en augmentant confidérablement le prix des ouvrages pour lefquels elle eft indifpenfable, ne peut à la fin, fans qu’il en réfulte aucun avantage pour l’encouragement dçs Mines , que produire la rareté de ceux dé ces ouvrages qui ne font pas abfokiment néceflàires ; delà moins d’Ouvriers dans les Atteliers ; delà moins de confommation de Charbon; delà un déchet très-confidérable dans la plupart de ceux qui fe détériorent en magafin , & en confié-quence une perte pour les Propriétaires des Mines*
- Le tableau exaét Sc complet de ces droits feroit très-ihtéreflant , pour mettre les perfonnes en place à portée de juger, fi cette marcharidife eft encore fufceptible d’une augmentation de droits, ou fi au contraire line feroit pas à propos d’y apporter une modération.
- Toute la perception des Fermes, 8c des Officiers fur le Charbon , Forme à cet égard un article clair & confiant : il n’en eft pas tout à fait de même de l’autre partie à ajouter à cette premierè fomme, lorfqu’on veut retrouver le prix total ou du bateau, ou de la voie, ou du minot. Compofée de petits droits particuliers qui fo partagent entre plufieurs perfonnes , pour la quantité de Charbon contenue dans une Thoue, & de frais qui n’entrent point en taxe, cette fomme additionnelle , fupportée cependant par l’Acheteur, ne paroît pas pouvoir être connue exactement, ni pouvoir être reportée dans le Tableau de la vente au moindre détail (2), comme il feroit utile de l’avoir i ce feroit la feule maniéré de . comparer exactement enfemble le gain de l’Etat, celui du Vendeur, & celui de l’Acheteur : j’ai cherché à donner cette facilité ; & dans cette vue , je préfente le Tableau de tout cet objet, tel qu’il m’a été poffible de le drelfer , foit en raifemblant à l’Hôtel des Fermes & au Bureau des Officiers, les droits qui s’y perçoivent, foit en prenant pour les autres Articles toutes les informations qui y font relatives.
- (1) C’eft-à-dire, du premier achat de la matière, foit* fur le lieu de chargement , foit à Villeneuve-Saint-Georges , après avoir payé les droits des cinq groffes Fermes , lors de , l’enlèvement , ceux du Canal de Briare 8c celui de Nemours ; jufqu’en iyqi , on ne payoit pour tout droit que celui nommé Principal, 8c
- un vingtième de l’Hôpital.
- ( 2 ) C’eft ce qui fait que celui qui va füivre eft en quelque maniéré incomplet, 8c ne s’ac-* corde pas entièrement, dans quelques points, avec l’énoncé générai des droits particuliers * porté à la page 684 ; mais ces différences ne s’en éloignent pas confidérablement*
- Charbon de Terre. II. Pan.
- L 8
- p.685 - vue 228/304
-
-
-
- DU CHARBON
- DE TERRE
- ÉTAT des différents Droits qui Je perçoivent fur les Charbons de terre arrivants par eau à Paris pour y être vendus, ôC d autres frais.
- proprietaires des droits. Par Mznot. Par Voie DE IJ MlNOTS. Par Bat æa y DE 30 Voi£S.
- OfficIE ES | du Charbon de terre en charge, J OU J Droit principal. ( "Mehueurs . „ » r T. -.. . .7* . . 2f .. 6d «
- rnrtpnrç ... 3 . .If
- Mf*fnr<Bnrs ..K .
- (
- Officiers j du Charbon de bois. i . .. 10
- Octroi, j ou ^ Droit de Ville. j L. . o„, Tf ..15 />
- L
- à la Ferme Générale : 1 r Dr»matn<* Rr Ttarraorf». ...5 ...6
- Jç ptfcya cti&jfJZ yùi l dA* ^ 1 déclaration. i A
- Hôpital Général. J Deux Vingtièmes.-.. • • • • • * • • < • « « ., .1 ... (S . « .3
- 4 fols pour livre " anciens. j if pour livre, 1760* A • • * ,'.'<5 . .14 . T
- i€ pour livre, 17^3/ 2f pour livre, 17711 1 __
- ! nap '«MP
- Plan chéieurs. i Déchargeurs. ' K 8 Pal JUUi. & nuit.
- Metteurs a Ports. \ Débacleurs. i Droit par eau \ou Droit de Riviere. , Baclagc.
- « / Bureau du Domaine. 8 .. .7 .7r. 7*
- Droit d’Arrîvage.... _ . r
- Aux Plumets.......^ - • • • j
- Pour la Voiture
- Par ceux qui font décharger par terre, pour mettre le Charbon en magajîn au Port .* ce droite qui tombe fur le bateau, chargé, eji de peu de conféquence , fr/è re~ porte dans les frais. 1
- Officiers de Police, pour la Ville. "Droit de Police, 8 f, pour livre.
- 22* 18e iod, 7J0 livres environ*
- j '
- t '
- T O T A L
- p.686 - vue 229/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. IL Part* 68j
- Depuis quelques années , le Livre du Receveur au Bureau des Officiers eft aflujetti au timbre , de même que la Quittance d’après laquelle on prendra une idée de cette partie de droits.
- Quittance du Receveur des Droits.
- T>écla ré le Et fini le
- N0.* Regifire Déclaré pour 30 Voies. C H A R B ON DE TERRE. Excédent. ......... 6 PORT
- Total des Voies. . . 36
- Droits des Officiers.. . . 3991’ i6c$d-Deux Vingtièmes. .... ip 8
- 4 f, pour liv. .87 ip 3 \
- 4 C» pour liv.. 87 ip 3 J 8 H p. 1. 17S
- Domainei 0
- 8 f. p. 1. du 20* .•../**•** Quittance. • .... ....
- 16 y 18 6
- 18 9
- 1 3
- 618L i^f- nd-
- J e fouffigné, Syndic êt Receveur des Droits du Charbon de Terre, reconnois avoir reçu de. ... . la fomme de 618 livres 14 fols 11 deniers pour les Droits de Quatorze Sols Six Deniers par Minot , attribués par les Edits de Juin 1730 , Mars 1760 , ôc la Déclaration du j Décembre 1768 , aux Officiers Mefureurs ôc Porteurs dudit Charbon ; enfemble les deux Vingtièmes en fus pour l’Hôpital ; les Quatre Sols pour livre établis par l’Edit de Septembre 1747, prorogés par la fufdite Déclaration , ôt Deux Sols pour livre , pour être perçus pour le compte delà Régie , ordonnés par la Déclaration du 3 Février 1760, ôcl’Edit d’Avril 1763.Plus, les Droits du Domaine , pour excédent à la Déclaration , ôc les Six Sols pour livre du Vingtième de cette partie ^ fuivant la note ci-contre , dont Quittance. Fait» Paris, au Bureau de la Communauté, ce mil fept cent foixante-
- II faut obferver, quant au droit total de 17 livres y fols 7 deniers, fê
- *
- payant aux Metteurs à Port , & au Bureau du Domaine, que ce droit eft toujours le même pour tout bateau , bloqué de plus ou moins de voies ; attendu que chaque bateau chargé de marchandifes quelconques , doit , outre les droits dont les marchandifes ou denrées y contenues font fufceptibles , celui nommé droit et arrivage ; ainfi l’excédent fe paye au Domaine comme aux au* très droits, c’eft-à-dire, 17 livres 17 fols 6 deniers de principal, le dixième pour l’Hôpital , les dix fols pour livre des deux parties, & 8 fols 8 deniers pour le Domaine.
- Le Marchand fans parler aux Acheteurs de la fomme de 17 livres y fols 7 deniers, les leur fait payer , en augmentant le prix du Charbon , c eft-à-dire, que fi fon bateau n’eft bloqué que de 28 voies à la mefure du lieu de chargement , le Marchand hauffe de dix fols le prix de chaque voie : fi la Sapine eft bloquée de 30, l’augmentation fera en proportion : pour bien apprécier ce droit de 17 livres 5 fols 7 deniers, il ne s’agit que d’être exactement afluré du nombre de voies dont le bateau eft bloqué réellement.
- p.687 - vue 230/304
-
-
-
- 622
- DU CHARBON DE TERRE
- Recherches ô Remarques Jur la charge des Bateaux de Charbon de terre , qui viennent dans les Ports de Taris ; fur la confommation de ce Fojjile dans cette Capitale , & fur fon évaluation en argent.
- *
- La voiture la plus ordinaire pour cette marchandile , eft celle appellée Thoue , dont on fe fert principalement fur la Loire ; Sapine ou Sapinière , qui fe déclare ordinairement pour 2 5 voies , rarement pour davantage ; néanmoins , depuis quelques années ces voitures {ont d’une contenance plus grande quelles nétoient, & elles fe déclarent quelquefois de 30 à 35 voies ; les Sapines du Forez, qui apportent du Charbon de terre à Seve pour la Verrerie y contiennent chacune, au rapport de M. Belot, Directeur de cette Manufacture, de 30 à 40 voies mefure de Paris (1).
- Outre ces voitures , on a vu quelquefois le fèrvir de Chaland (2), qui font des bateaux plats d’une conftruétion peu folide, parce qu’ils ne remontent jamais ; étroits , médiocrement longs, & peu élevés à caufè du Canal & des Eclufes, par lefquels il faut qu’ils paflent pour arriver à Paris : il y a de ces bateaux de douze toifes de long & de dix pieds de large , fur quatre pieds de hauteur de bord, & qui contiennent jufqu’à cinquante voies ; mais il eft rare qu’on exporte le Charbon jufqu’à Paris fur ces bateaux.
- Quand il y en vient d’Angleterre, & il en vient actuellement très-peu , ceft parles bateaux de Rouen de l’efpece appellée F omets (3), & il arrive au Port Saint-Nicolas. Il paroît par un Arrêt du Confeil du 11 Septembre 1714 (4), que le prix de ce Charbon étranger rendu par Rouen au Port de Paris , étoit réglé par le Prévôt des Marchands, fans qu’il pût être vendu à plus haut prix. On peut voir dans l’Arrêt du Confeil du 6 Septembre ijox 0). les formalités Jt remplir de la part des Négociants ou Maîtres de Navires
- (1) Cette maniéré de fpécifier précifément la charge de ces bateaux, eft effentielle à obferver pour ce que nous dirons bien-tôt.
- (2) Autrement appelles Marnois, parce qu’il s’en conftruit vers la fource de la Marne, d’une grandeur à-peu-près la même ; mais Chaland fe dit plus particuliérement des bateaux delà Loire, qui font très-légers, 3c vont à la voile ; ce font des bateaux plats ; ils ne font bâtis que de planches encouturées l’une fur l’autre , jointes à des pièces de Heures qui n’ont ni plat-bords, ni matières pour les tenir ferme ; cette expreflion encouturée, explique le mot encouturement, dont nous nous fommes fer vis page 64 o , à l’Article des Droits perçus pour le paffage des bateaux , au Canal de Briare : en Marine d’eau douce, on entend par le terme encouturement, la jonction du premier bord ou fous-bord d’un bateau , avec la première planche du fond , qu’on appelle Semelle, & ces deux pièces font trin-glées en-dedans avec une tringle en bois d’environ un pouce ou deux pouces de large , prolongée d’un bout à l’autre du bateau , fous la-
- quelle on met de la moufle glaifée pour étancher cette partie ; l’entre-bord 3c le fu-bord , ou troifteme bord, forment avec le fous-bord un des côtés du bateau; voye^ Couture, à la Table des Matières.
- (3) Sorte de bateau qui eft des plus grands, dont on fe fert fur les rivières ; on appelle ainfi les grands bateaux de Rouen qui remontent la Seine ; il y en a auflifurla rivière d’Oife. Les Foncets de Seine font les plus confidérables ; il y en a qui ont jufqu’à vingt-fept toifes entre chef 3c quille , c’eft-à-dire, quatre ou cinq toi- , fes de plus en longueur , que n’ont les plus grands vaiflfeaux qui navigent fur l’Océan, 3c qu’on nomme VaiJJeaux du premier rang.
- (4) Qui décharge des droits d’entrée des cinq greffes Fermes, & de ceux du doublement de péage , le Charbon de terre flambant que le fleur Galabin 3c Compagnie feront venir d E-coffe au Havre-de-Grace Sc à Rouen.
- (5) Portant réglement fur l’entrée des Mar-chandifes du crû 3c fabrique d’Angleterre, Ecof-fe, Irlande & Pays, en dépendants.
- étrangers i
- p.688 - vue 231/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Paiu 68?
- étrangers , Ànglois ou autres, qui arrivent & déchargent leurs marchandées ' dans les Ports du Royaume ; l’Arrêt du Confeil du p Août 1723, fixe la forme Sc la maniéré dans laquelle doivent être faites dans les Bureaux des ' Fermes, les Déclarations des Marchands Négociants , pour les marchandifes qu’ils font entrer.
- Enfin un Arrêt du Confeil, du y Février i7<Sr, qui fixe ies droits qui doivent être perçus fur les Charbons de cerre d’Angleterre , d’Ecolfe & d’Irlande , Sc autres Pays etrangers, entrant dans les differents Ports de France * permet aux Commiffionnaires & Entrepreneurs des Mines du Royaume , d’établir , à leurs frais, dans lefdits Ports & lieux par lefquels ledic Charbon de terre étranger peut entrer, des Commis & Prépofés , à l’effet de veiller à l’exaéte perception defdits droits.
- A la fuite du Mémoire de M. deCrifenoy, & des réflexions dont il l’a accompagné , touchant ies droits d’entrée des Charbons de terre étrangers dans le Royaume, on a oublié de placer l’Arrêt du Confeil rendu en conféquence de ces obfervations (1) : nous le donnons en entier à la fin de cette Seéfion, Sc nous allons maintenant envifager le commerce du Charbon de terre fous le point de vue particulier que nous venons d’annoncer, c’eft-à-dire , relativement à la quantité qui en vient annuellement à Paris, pour l’ufage des Ouvriers en fer : quoique cette confommation n’emporte qu’une partie de la totalité provenante du Bourbonnois , du Forez & de l’Auvergne , la Capitale que ces Mines approvifionnent peut néanmoins être regardée comme le centre du commerce de Charbon pour ces trois Provinces ; l’avantage quelles ont à cet égard , fur quelques autres, à portée cependant comme elles d’envoyer cette marchandife dans la Capitale, n’eft fûrement pas un objet de peu de conféquence dans leur exportation ; du côté deDecize, par exemple, ce négoce qui ne s’étend pas jufqu’à Paris, étoit lors de la publication du Di&ionnaire du Commerce par M. Savari, effimé à cent vingt mille livres par an ; la plus forte partie de ce commerce de la Mine de Fims regarde la ville de Paris ; il eft à préfumer qu’il en eft de même de la Province d’Auvergne Sc du Forez : ces confidérations générales , fur lefquelles nous allons nous arrêter en finiflânt pourront être agréables à ceux de nos Leéleurs qui aiment à porter leurs vues fur les richefles de l’Etat.
- Pendant l’année du bail de Henriet , l’approvifionnement de Paris , s’eft trouvé monter à 182 bateaux donnant y 168 voies Sc demie, lefquelles au prix de quarante livres chacune à cette époque auroient monté à la fomrne de
- (1) Lequel règle ces droits d’entrée du Charbon étranger , & exempte cette marchandife de tous droits de traite à fa circulation dans les différentes Provinces du Royaume : c’-eft-à-dire, que par cet Arrêt, ces Charbons étrangers reften| fujets aux droits qui peuvent être dûs à des En-
- Charbon de Terre. II. Pan.
- gagiftes ou Seigneurs; Sc à l’égard des Charbons dejîinés pour Paris, le Confeil a adopté le fentiment de M. de Crifenoy, en ne les affran-chiflantpas des droits dûs à leur entrée dans cette Ville.
- M 8
- p.689 - vue 232/304
-
-
-
- 69o DU CHARBON DE TERRE
- 209404 livres, fans y comprendre celle produite par d’autres droits & frais reyerfés fur T Acheteur*
- M. Dayault, Secrétaire de M. le Procureur du Roi de la Ville, ayant voulu en 176^9 reconnoître au jufte cet approvifionnement , a trouvé pendant quatre ans fix cents bateaux, d’où, à compter cent cinquante équipes pour chacune de ces quatre années, on auroit quatre mille trois cents cinquante voies feulement par année, le bateau fuppofé bloqué de 29 voies ; ou cinq mille quatre cents foixante voies, en fùppofant le bateau bloqué de 30 voies.
- M. Davault, qui connoît les difficultés fans nombre auxquelles cette vérification eft fujette, ne regarde pas comme certain le réfiiltat de là recherche ; il foupçonne cet approvifionnement de Paris beaucoup plus confidérable ; en . effet dans le bail de Henriet, il y a 22 ans, il eft porté à y 168 voies.
- jML.Bocquet , Syndic de la Communauté des Mefiireurs & Porteurs de Charbon de terre, qui depuis 2.$ ans exerce cette charge, déclare que cet approvifionnement va annuellement à environ deux cents bateaux, qui, en les évaluant aujourd’hui à 30 voies chacun, font fix mille voies.
- Tous ceux qui ont eu occafion de parler de cette confommation, ont pré-cîfément porté à ce taux lapprovifionnement total de* Paris.
- Etre afluré que cet approvifionnement n eft jamais moindre que fix mille voies, c eft avoir exactement ce que l’on veut fa voir : en procédant d’une maniéré très-fîmple à cette recherche , j’ai trouvé fans avoir d’abord été guidé par le bail de Henriet, & par le dire de M. Bocquet, une grande vraifemblance dans cette eftimation , ceft-à-dire , qu’il ne fe débite effectivement pas moins de fix mille voies de Charbon tous les ans dans la Capitale.
- La Mine du Bourbonnois, eft la feule dont j’aye fu la quantité qui s’exporte à Paris : il eft à propos d’obfèrver , que des trois Mines qui y fourniflènt, c’eft précifement celle dont le Charbon eft le moins confommé dans la Capitale (x).
- Cette quantité de l’une des trois Mines , dont celle de deux eft inconnue , une fois donnée, ou regardée comme certaine, peut fervir de bafe à une fup-putation très-raifonnable, en faifant entrer dans la confommation totale que l’on cherche une même quantité de chacune des deux autres Mines, lavoir de celle du Forez, & de celle de l’Auvergne. Or il eft d’opinion que la Mine de Fims fournit à elle feule pour lapprovifionnement de Paris, fbixante-fix bateaux, Sc 20 voies ( le bateau bloqué de 30) , ou deux mille voies, en comptant de cette maniéré, ce qui fait les deux tiers de fon extraélion. De fix cents bateaux partant du Forez tous les ans , fi l’on en fùppofe de même pour Paris foixante-fix bateaux & vingt voies, faifant deux mille voies ; fi on y en ajoute autant de l’Auvergne ,on aura les fix mille voies, qui paroif*
- (1) A raifonde fon prix, qui eft toujours le plus haut ; & dont les Ouvriers ont cherché pat cette raifon à fe paffer , en mêlant dans
- différentes proportions, celui du Forez ou de l’Auvergne , avec celui de Moulins,
- p.690 - vue 233/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. IL Part. 69i fent donner la quantité confommée dans la Capitale.
- La différence dont nous avons fait mention du produit des mefures des jy/jines du Bourbonnois & de l’Auvergne avec celle de Paris , pourroit n être pas inutile à rapprocher de cette quantité de fix mille voies , donnée pour être celle qui fe confotnme dans Paris : on doit fe rappeller que la voie de Moulins , prife au Port de cette Ville , eft d’un fixieme plus forte que celle de Paris , c’eft-à-dire , qu'au lieu de contenir quinze minots, elle en contient VJ f 9 Sc que cent voies d’Auvergne , en donnent 120 à Paris ; qu’enfin 9 voies de Saînt-Rambert , ( nous avions oublié d’en avertir à l’Article du Forez ), en rendent dou;ze au Port de Paris ; ainfi un hateau de Charbon du Forez arrivant à Paris, bloqué de trente voies , en contient réellement quarante mefure de Taris , comme l’annonce M. Belot dans {à Lettre à M. de Lavoifier* J’ignore fi ce furcroît eft compris dans la Déclaration qui n’eft que pure Sc fimple, Sc qui félon toute apparence n’eft Ipécifiée que d’après la mefure des lieux de chargement (r) ; on prétend qu’il eft indifférent que la thoue , déclarée communément pour 2 y voies , le foit pour davantage , parce que l’excédent fe paye aux Domaines, comme il a été dit plus haut. Dans le cas où cet excédent relatif à la différence des mefures du lieu de chargement, n’eft point porté à la Déclaration ; il donne trois différences , l’une pour le bénéfice du Vendeur, l’autre pour la confommation xéelle de Paris, l’autre pour le produit réel des droits. ^
- Quant au premier, 900 voies, non déclarées à la mefure de Paris, dans les cent cinquante bateaux reconnus par M. Davault, produifent au Vendeur de 25200 livres, pour le Charbon du plus bas prix , acheté 28 livres, à 39600 livres, pour la même marchandée au plus haut prix 44 livres , fans y comprendre la vente des bateaux au Déchireur. Le Charbon de Moulins à 4y livres la voie , donne 225 Üv. 10 f. de bénéfice par chaque bateau.
- Quant au fécond article relatif à la confommation de Paris, les 182 bateaux de Henriet, vraifemblablement bloqués de 28 à 29 voies , mefure du lieu de chargement, auroient donné 6030 voies , au lieu de y 168 Sc demie , en y ajoutant, par chaque bateau', 6 voies, non déclarées , qui alors feroient en tout 1092 voies , ou 36 bateaux Sc 12 voies de plus.
- Les iyo bateaux trouvés par M. Davault, auroient donné yayo voies, au lieu de quatre mille trois cents cinquante. Les '200 bateaux déclarés par M. Bocquet, au lieu de fix mille voies , donneroient 7200 voies.
- Enfin pour le produit réel des droits, en prenant ceux portés au bail de Henriet, fe montant à un total de 82908 livres y fols , pour 182 bateaux ,
- (1) Dans un Jugement du p Décembre 1745* 3 qui fur l’intervention & les conclurions du Procureur du Roi , ordonne que les Officiers de Charbon de terre continueront de percevoir leur droit au fur & à mefure delà vente qui fe fera dans
- les Ports, je trouve un Marchand de Charbon de terre condamné en 100 livres d’amende, pour s’être trouvé dansfon bateau plus demarchaadife qu’il n’ea avoir déclaré*
- p.691 - vue 234/304
-
-
-
- 69a DU CHARBON DE TERRE
- ceft-à-dire, 4yy livres 10 fols 8 deniers par chaque bateau bloqué de 30 voies; ilyauroit alors 16398 livres 1 fol environ de droits, qui feroient relies au .Vendeur en bénéfice.
- Ainfi dans le cas de 1200 voies non déclarées, à ajouter aux 6©oo déclarées, la confommation le monteroit à 7200 voies, qui leroient converties dans la fomme de y04000 livres (pour le Charbon à 28 livres ) , au lieu de 420000 livres, différence 84000 ; c’eft-à-dire que tous les ans , il y auroit dans Paris au moins pour y 04000 livres en argent, de Charbon de vendu.
- CONCLUSION
- DECES TRO i S P RE M IE RE S SECTIONS.
- Jusqu’à prélent nous nous lommes occupés dans cette féconde Partie de l’expofition détaillée des différentes Mines de Charbon exploitées , des lieux où fe confommoit le produit de cette exploitation, 8c de la maniéré dont cette exploitation étoit entendue dans les différents endroits relativement au Commerce. Ces différents Tableaux ilblés, n’ont plus befoin que d’être comparés enlèmble pour mettre l’Entrepreneur & l’Ouvrier dans le cas de choifir avec connoiflànce de caufe , celle des méthodes qui fe trouvera la plus conforme à fes vues économiques , & à la nature du fol qu’il doit exploiter.
- Cet objet fera principalement traité dans la quatrième Seélion : mais comme dans une entreprife auffi vafte que l’eft celle dont je me fuis chargé, les obflacles naiffent à proportion de l’étendue des connoiflances que l’on veut acquérir ; comme d’ailleurs il ne m’a pas été poffible de me tranfporter dans tous les lieux , étrangers fur-tout, où s’exploite le Charbon de terre ; comme en un mot la confiance que l’on doit avoir pour les rapports ou deferiptions faites par des gens fouvent plus zélés qu’éclairés , ne peut manquer tôt ou tard d’être fujette à des réformations effentielles (1), j’ai cru devoir profiter de l’occafion de cette quatrième & derniere Seétion que j’annonce , pour joindre au Tableau dont je viens de parler une autre partie des réformes & additions dont cet Ouvrage peut être fufceptible. En effet, fi l’on fè rappelle que c efl: en 1761, que j’avois déjà acquis allez de matériaux pour me hazarder à annonces mon Ouvrage ; fi l’on veut bien croire que pendant tout ce temps, je n’ai laiffé échapper aucune efpece d’inftruétion qui y fbît relative ; fi on confidere
- (1) Pour ce qui concerne entre autres la Province du Lyonnois 5 j’ai eu befoin de ne pas me îaffer d’aller aux informations ; parmi celles que j’ai cru pouvoir adopter, il s’en eft trouvé beaucoup de fautives, elles fubfifteroient dans mon Ouvrage fans une circonftance heureufe dont j’ai été favorifé aflez à temps : les feuilles imprimées fur le Lyonnois, que j’avois envoyées dans la Province, font parvenues à un Citoyen recommandable par une probité égale à fon intelligence * & qui tient un rang parmi les Sa-
- vants dont la Province du Lyonnois fe fait honneur. Cette perfonne zélée , dont la mo-deftie m’a impofé la loi de ne pas le faire connoître,a pris à cœur cette matière que j’avois traitée : je lui dois des éclairciifements inté-relfants, dont je vais à l’inftant communiquer la partie effentielle , en attendant que le Ledeur puiffe jouir des corredions inféparables d’un Ouvrage fort étendu , ôc que l’Errata & la Table des Matières peuvent comporter.
- d’ailleurs 9
- p.692 - vue 235/304
-
-
-
- ET DE SES M I N E S. II. Part. g9i d'ailleurs, combien, malgré'la routine, les opérations des Charbonniers font fufceptibles de changements en douze ans de temps ; on conviendra que ce qui étoit vrai à h'époque du commencement de mon Ouvrage, peut & doit n être plus qu’une vieille routine, qui ferait oubliée fi je n’en avois fait mention. Ajoutez à cela la longueur des correfpondances, les différences ou la lenteur neceffitee des correlpondants, l’incertitude des moyens fou vent détournés qu’il leur a fallu prendre , & l’on fentira que le long-temps , loin de nuire à la perfection de mon Ouvrage, a dû y contribuer. Dès xj6i , par exemple, j avois demandé, & l’on m’avoit promis de différents endroits de 1 Angleterre des defîeins touchant les Mines de New caille : je les ai attendus en vain jufqu à la préfente année ; & après douze ans d’attente, à l’in fiant où toutes les autres Planches de 1 Ouvrage font finies, ces détails que je n’attendois plus, me font arrivés. Dois-je en priver le Public 1 ne doit-il pas au contraire me favoirgré, qu’il relie une quatrième Sedion , dans laquelle je puiffe lui communiquer cet Article de l’exploitation étrangère ? Indépendamment de ces différentes confidérations, je ne rougis point de déclarer que malgré mes foins, les compulfations que j’ai faites, les conférences que j’ai prifes avec différents Savants dans cette partie , les confeils de tout genre que j’ai pu demander ; malgré tout cela, dis-je, j’aurai pour mon Ouvrage le même fore dont fe plaignoient les Savants Editeurs de l’Encyclopédie (a) ; ce fort, je l’ai déjà éprouvé , des obfervations fages & honnêtes fur ce qui paraît de mon Ouvrage, m’ont averti du gain que j’avois fait à mettre un fi long-temps à fa compofition ; faire ufage de ces obfervations, c’ell le devoir de tout Ecrivain honnête, qui, dans fes travaux , confidere autant l’honneur de la Compagnie au nom duquel il travaille , que fa propre réputation.
- Tels font les objets qui, à l’occafion du Tableau que j’ai annoncé, entreront dans la quatrième Seélion. Loin de me hâter de la publier, je mets entr’elle & les précédentes, une diftance fuffifammentlongue , pour être à-peu-pres fur que lors de là publication , j aurai encore recueilli tout ce qui peut affiner à mon Ouvrage le degré de perfeétion, qu’ont droit d’en attendre ceux qui me l’ont confié, & ceux pour lefquels il eft fait.
- (a) Tome Vf au mot Encyclopédie, page 636, 6jgj, **
- N 8
- Charbon de Terre, II. Paru
- p.693 - vue 236/304
-
-
-
- DU CHARBON DE TERRE
- =!., 1 »," ,.....— .............................
- Additions ôC Corrections principales Jurvcnues
- durant VimpreJJion.
- Première Section y page 3 56. Dans cet Article concernant la méthode Liégeoife , relative au mélange de la Houille avec des terres graffes, à lem-ploi de ce combuftible pour différents chauffages , & à la quantité qui peut s’en confommer , félon la force des ménages, il y a plufieurs chofes à reétifier.'
- Au lieu de la proportion de Dielle, ou d’ Arqe'e , énoncée pour devoir entrer dans la confeétion des Hochets, c’eft tout au plus un huitième ou un dixième, qu’il faut de ces terres, fur une charrée de Houille , la charréé du poids d’environ quatre mille livres.
- En partageant les ménages ou maifons en trois claflès, fla confommation des plus fortes maifons (pag. 362 & 363 , ) ayant cinq feux , peut s’évaluer à vingt ou vingt-cinq charrées par an, & non de douze à quinze.
- Celle des maifons bourgeoifes , à cinq ou fix pour deux cheminées ; ou de fept à neuf, s’il y a feu de cuifine à part.
- J’ai cru pouvoir établir deux efpeces différentes de Teroulle combuftible ^ pages 8r & 82 delà première Partie , en comparant la Houille la plus fcible du pays de Liege, à la Teroulle du Duché deLimbourg; cette diftinétion m’eft particulière ; le Leéteur n’eft pas tenu d’y avoir égard, ni d’y porter une certaine attention ; mais fi on n’y avoit pas égard, elle pourroit jetter quelque confufion dans tout l’Article où je traite de la pratique du chauffage , tant à Liege que dans le Limbourg, & dans le Marquifat de Franchimont.
- Le Leéteur y fuppléera facilement, en obfervant que dans la ville , faux-» bourg & banlieue de Liege, on ne connoît abfolument pour l’ufàge, foit dans les chemine es, foit dans les fourneaux, poêles, &c. que la Houille grafle Sc la Houille maigre*
- Pour chauffer les poêles, on fe fert toujours de bois, & rarement de Houille, le petit nombre des perfonnes qui ufènt de ce fofiile, pour CO chauffage, n’emploient que la Houille maigre de Herftal.
- La Teroulle proprement dite, ou vraie Teroulle , n’eft abfolument employée que dans les chauffrettes.
- Quant à ce qui regarde la conftruélion du Murray , page 363 & 364, la diftance à laiffer de la grille au murray, pour les moindres feux, doit être de fix a fept pouces pour le moins, d’où l’on doit juger, que pour les cuifi-nes , cet intervalle doit être de huit, neuf à dix pouces.
- Lépaifîeur & la hauteur du murray font proportionnées à celle de h niche & du foyer que l’on veut avoir.
- p.694 - vue 237/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Part, 69$
- ta maniéré de le terminer, dans le haut à plat, ou en pente, Comme on le voit PL XXXV , varie à la volonté de chacun.
- ta première façon a l’avantage de former un rebord plat, fiir lequel on peut pofer les Krahais au befbin, ou quelques uftenfiles 9 comme poêlon , &c.
- Ce qui eïl décrit fur les feux de poêles, page 3 62, eft d’ufage aü pays de timbourg, qui a de la Teroulle dont la plus grande confommation fe fait dans le Marquifat de Franchimont, où jufqu’àpréfent, on na encore décou^ vert ni Houille ni Teroulle. Je crois cependant avoir apperçu aux environs du Sar près de Spa , des indices fiiffifants pour croire qu'on pourroit y trouver de l’ardoife ; il n'y aurait rien d’extraordinaire , que cette carrière fût ac^ compagnée de Charbon de terre ; l’un ou l’autre feroit d’un avantage infini * au Bourg de Spa, auquel il ne manquerait plus rien.
- Seconde Section. A la figure du Canal de Bridg^ater, que j’a-Vois annoncée pour la Planche XXXV, page 428, j’ai fùbftitué des fujets plus eftèntiels , concernant les Mines de la province de Newcaftle , en Angleterre.
- Section Seconde, page 404. La conftruétion des Machines établies à la fuperficie d’une Mine, pour en extraire les Charbons que l’on charge au pied d’un Bure, rapprochée d’une profondeur de 50 toifes & plus, que peut avoir un puits de Miné, annonce d’abord un intervalle de temps alfez confia dérable employé, à l’opération de cet enlèvement. v
- Un fimple coup d’œil fur les trois Planches XXXIV, fous les N0s. r , 2 & 3 $ fait reconnoître que les Anglois ont particuliérement tourné leurs vues fur cet inconvénient, & qu’ils fe font occupés de corriger la lenteur de cette manœuvre : les Machines deftinées à enlever le Charbon dans les Mines de Newcaftle font en conféquence plus compofées que celles du pays de Liege ; c eft une affaire de calcul très-facile, pour comparer les frais de con-ftruéïion & d’entretien de cet appareil, avec le plus grand nombre de charges ou panniers de Charbon que les Charbonniers de Newcaftle parviennent, en un temps donné , à enlever hors de la Mine : quantité qui, à Newcaftle , eft évaluée en douze heures de temps à 89604 livres pelant, revenant à trente-trois voies deux minots & vingt livres de Paris, & qui dans les trois Mines de Wittehaven va à 1 y 68000 pefant, en un jour.
- Pour juger des avantages des Machines à Charbon de Newcaftle , il lùffîra de faire précéder de quelques Obfervations générales , l’explication des Planches.
- Dans aucun pays, on ne néglige l’attention d’arranger toujours les cordes
- p.695 - vue 238/304
-
-
-
- 696 DU CHARBON DE TERRE
- de manière que tandis qu’un pannier monte , un autre defcend / comme on le voit ici ; mais voici les différences à remarquer.
- Il eft clair, que dans la grande Machine , PL XXXIV , N°. r, les chofes font difpofées de maniéré à donner aux panniers qui enlevant le Charbon une viteflè fuffifànte , 8c avoir cependant en même-temps beaucoup de force au moyen de la quantité de chevaux atelés fur les leviers du rouet pour le faire tourner.
- On voit encore que dans cette Machine, ainfi que dans celle N°. 2, on s’eft attaché à éviter , autant qu’il fe peut, que les cordes ne faflent trop de tours & de retours , 8c à faire que les frottements foient les moindres qu’il eft poffible ; c’eft pour cela que l’on fait mouvoir les cordes horizontalement 5 qu’on les fait foutenir fur des rouleaux , & qu’on les fait paflèr fur de gran«* des poulies.
- PLANCHE XXXIV. N°. 1.
- F I O U R E X.
- Grande Machine à enlever le Charbon dans les Mines de Newcajlle« *
- A, h grande Roue.
- B 9 B, B 9 B, les quatre Leviers fixés dans l’arbre du Rouet, à chacun defquels deux chevaux font attachés par les Palonniers,
- C, la Lanterne mue par la roue.
- D 9 le Tambour fixé fur l’arbre de la lanterne , & fur lequel s’enveloppent les cordes , E9 E9 qui paffent au travers des Montants , F9 F, qui contiennent des Rouleaux : ces mêmes cordes paflent en G G, fur de grandes poulies, & defcendent en H, où eft la bafè du puits.
- / / , bâtis deftiné à porter les grandes Poulies G, G.
- KK9 autre bâtis deftiné à foutenir la Lanterne & le Tambour.
- M M, grande poutre qui maintient le grand Rouet, avec les pièces de bois qui lui fervent d’appui.
- Figure 2.
- Vannier, Corf, fur un traîneau Sledge : cet agrêt appartient vrai-i femblablement à des Mines peu confîdérables, & pouroit en conféquence être rapporté à la Planche fiiivante.
- PLANCHE XXXIV. N°. 2;
- F I G U R E I.
- Petite Machine à monter le Charbon, appellèe communément The lWhim Gin*
- A, Tambour fixé fur l’arbre B.
- C9
- p.696 - vue 239/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Part, 69j
- C, la poulie fupérieure dans laquelle roule le pivot de l'arbre.
- e, e j e, marqués mal-à-propos dans la Figure par de grands C, les différents appuis ou étays de la poulie fupérieure.
- D 9 la poutre tranfverfale.
- d9 d9d , fes traverfes ou Entraits.
- E9 E9 les trayerfes qui maintiennent.le bâtis qui porte les poulies du puits.
- E 9 F 9 les Rouleaux fur lefquels paflènt les cordes du tambour.
- G 9 G 9 les grandes poulies fur lefquelles paffent les mêmes cordes en def-cendant dans le puits H.
- / 9 / 9 /, bâtis qui loutîennent les poulies.
- K 9 le Palonnier auquel on atelle jufqu'à 8 chevaux.
- L 9 piece qui porte la Crapaudine dans laquelle tourne ou roule le bout du pivot de l'arbre ; cette crapaudine eft doublée intérieurement d'un morceau de métal de timbre (i), afin que le pivot de l'arbre tourne avec plus de liberté.
- M, Tuyau d! airage, de 38 pieds de haut, bâti en brique, & communiquant avec le puits par la galerie couverte N9 afin d'en extraire le mauvais air:
- O 9 Corbeille ou Réchaud fùfpendu à une corde , par le moyen de laquelle on defcend ou on remonte ce réchaud dans l'occafion pour y remettre du charbon.
- P 9 Gueule de loup, avec une girouette , pour empêcher le vent de fouffler dans le tuyau d'airage,
- F 1 g u R e 2.
- Eft une piece de la Tarriere dont M. Franklin m'a procuré aufîi le âef-fin complet fait à Newcaftle.
- A en juger par les autres pièces que je fupprime ici, par la raifon que l'on va voir, la defcription que feu M. Jars a donnée de ce principal outil de Mine , le plus ordinairement employé , eft entière ; voye% page 388 : la Tar-riere plus compofée de M. Triewald, eft vraisemblablement pour des occafions particulières. N
- A l'exception de cette piece, Fig. 2 , la Sonde Angloifè ne différé en rien du Tarré des Houilleurs Liégeois ; Planche VII de cette fécondé Partie.
- Il eft compofé du Erpet ou Cifeau N°. 3 , appellé de même Chissel , par les Ouvriers de Newcaftle, fervant à forer un diamètre de deux pouces & un quart, & que Y on allonge à volonté en adaptant à là partie fupérieure de longues ou courtes verges, N°. 2, nommées à Newcaftle , Borings Rods, ou Verges à forer.
- De VÀmorceux, N°. x, qui eft la tête de la Tarriere , appeliée par les
- ( 1 ) Compofé de cuivre de rofecte , d’étain de Cornouaille t & d’un pçu d’arfenic.
- Charbon de Terre. IL Part. O 8
- p.697 - vue 240/304
-
-
-
- %8 DU CHARBON DE TERRE
- Charbonniers Anglois Womble , fervant de poignée, & dont la verge eft ter-* minée par un écrou, afin de s’adapter ou au Boring Rod, ou au Chissel , ou a la jpiece que nous repréfentons ici, PL XXXIV, figure 2 , que 1 on voit etre une Cuillier dont l’ufage eft de nétoyer le paflage fait avec le Chissel ou Cifeau.
- PLANCHE XXIV. 3*
- Chariot a Charbon ( Coal Waggon ) pour tranfporter en magajîn , près de la rivière , du Charbon qui fi tire d’une Mine Jituée fur• une hauteur.
- L e Doéteur Defàguliers, dans fori Cours de Phyfique Expérimentale, a inféré la defcription avec figures (1) > d’une voiture imaginée fur le même principe, pour obvier à la difficulté de la pente du chemin, depuis l’endroit de chargement à celui de déchargement (a)*
- Le but qu’on fè propofè dans la conftruéiion de ce chariot fe réduit, i°. à rendre, pour ainfi dire, nulle la defcente précipitée, qui feroit un obffacle confi-dérable à cette exportation, lorfque la voiture part chargée de la Mine pour arriver au magafin ; 20. à éviter d’avoir befoin de retourner la charrette , à chaque voyage qu’elle fait de la Mine au magafin * & du magafin à la Mine.
- La feule infpeétion de la Planche fait Voir comment ces deux objets font remplis.
- A 9 eft le chariot venant de la Mine, & defcendant la montagne par un chemin en pente pour aller au magafin.
- B, Roue qui, ainfi que fà pareille , a une rainure de fer ( Caft) du diame-* tre de 30 pouces.
- C, une Roue femblable , en bois.
- D, longue piece de bois, ou bâton y qui devient le gouvernail de la voiture , au moyen que le Charretier fè tient afïîs delfus lorfque la voiture defcend.
- E, chemin tracé fur lequel la charrette pafle depuis le fommet de la
- fcolline, jufqu’à la rivière ; cette route eft couverte de fortes pièces de bois * afin qu'elle foie toujours bien unie , Sc que la pefànteur de la charge ne 1 ’enr fonce point. *
- F y dépôt ou magafin vu à une certaine diftance , avec la maniéré de trant porter les charbons de la charrette dans le bateau, de la maniéré que voici*
- Lorfque la voiture eft arrivée au haut de la colline pour être chargée, on dételle les chevaux qui l’ont amenée à vuide , & • qui ne feront nécelïaires que pour la remonter.
- ( 1 ) Tome X, page 2p2, & Planche XXÏ, Figure ï > & fr’g. 24.
- (2) Dont fe fert M. Ralph. Allen, pour tranf-porter la pierre de fes Carrières, m haut d’une
- colline, au quai de la riviere Aron -, auprès de Bath ; décrite par Charles de Labelye. La conf-truftion de cette voiture revient à 30 i*v*es fterling.s
- p.698 - vue 241/304
-
-
-
- ET DE SÈÊ MINES, iî. PAr±. g99
- té Timonnier, tenant fimplement fon cheval par la bride , s’aflîed fur le bâton D , qui alors fait bafcule ; l’extrémité oppofée au Voiturier, à celle fur laquelle il appuyé , preffe fur la roue de derrière , arrête ou empêche cette roue de tourner ; réglé, retarde ainfi fon mouvement, de maniéré que malgré la pente, cette voiture en defcendant fe meut auffi doucement que fi lé terrein étoit horizontal.
- La voiture arrivée au bord de la riviere eft déchargée ; les chevaux fe changent , la partie de la voiture qui étoit en devant quand elle défcendoit , fe trouve' derrière en montant la colline.
- A ces figures étoit jointe celle du Rouet à fujîl des Mineurs , repréfenté Fig. 4 , Pi. XXXV, Sç. décrit page 402.
- Il n’y a rien à changer dans la conftruétion de cette machine, que le cadre ou chaflis dans lequel jouent les deux roues ; il eft formé par deux jumelles, dont la force eft proportionnée aux deux roues: chaque jumelle eft portée à fon extrémité fur un pied , de maniéré que toute la machiné eft pofée fixe fur le fol de la galerie , à la hauteur de la poitrine de l’Ou-yrier.
- Au moyen de ce nouvel éclaircifïèment, il fera facile de fuppléer à la maniéré dont l’Ouvrier eft repréfenté en failànt ufàge, au lieu de la tenir à la main, il na qu’à faire agir la manivelle ; on préfiime atiffi que chaque jumelle, dans la partie traverfée par la tige de fer qui retient les deux roues, eft plus renforcée que dans le refte de fa longueur.
- Ayant préfenté à l’idée du Leéteur dans cette fécondé Seétion, page 414 , des objets importans, la liquation des Mines par le feu de Charbon de terre & le grillage de ce foffile pour le rendre propre à quelques opérations métallurgiques , nous avons penfé que ces objets méritoient d’autant plus , d’entrer pour quelque chofe dans nos Planches , que nous avons donné uniquement fur ces articles i’hiftoire de premières tentatives auffi imparfaites qu’in-fruftueufes, perfeélionnées aujourd’hui, & pratiquées avec fuccès tant en Angleterre que dans quelques endroits de l’Allemagne, comme je le ferai remarquer dans la quatrième Séélion.
- Relativement à la première opération, les Fig. 1,2,3, dé la PL XXXV font empruntées d’un Traité publié en 1770 (i) ; cet Ouvrage renfermant les plus grands détails fur les fourneaux que l’Auteur propofe de fubftituer , pour exécuter avec le Charbon de terre le rôtiflàge, la calcination, la fufion ^ l’affinage des métaux & demi-métaux, il ne peut qu’être digne de l’attentiorÉ des perfonnes qui s’occupent de ces travaux ; intéreffées particuliérement, à conftater par l’expérience, les différents moyens qui y font décrits, elles doivent fe le procurer.
- (1) Traité de la fonte des Mines par le feu de Charbon de terre, &c. par M. ds Gehflfaneg Tome I, avec Fig. Paris, in-q?.
- p.699 - vue 242/304
-
-
-
- 7oo DU CHARBON DE TERRE
- La conftruétion de ce fourneau, à laquelle nous nous fommes bornés, fa figure extérieure ne different .prefque pas de celles des fourneaux de coupelle à T Allemande quon appelle auffi fourneaux a chapeau, ainfi que lobferve l’Auteur.
- j> Ses proportions font fixées à celles que doit avoir un fourneau capable y> de liquéfier 20 à 2J quintaux de cuivre à la fois «.
- » Ce qu’on appelle le Chapeau, eft une piece mobile fèrvant de voûte ou » de couvercle au fourneau , & qu’on ôte, toutes les fois qu’il eft queftion de » faire quelque réparation dans l’intérieur , ou de charger le cuivre «.
- y> Pour conftruire le chapeau , il faut d’abord être prévenu qu’il doit por-« ter de trois pouces, tout à l’entour , fur le couronnement du fourneau ; & » comme ce couronnement a quinze pouces d’épaiffeur, & que le fourneau a » neuf pieds & demi de diamètre, il s’enfuit que le diamètre du chapeau doit , yy être de fept pieds demi de dehors en dedans , & en outre il doit former » une calotte ou bombage de quinze pouces au plus «.
- PLANCHE XXXV.
- Figure i,
- Repr if entant le plan de îintérieur d’un Fourneau de liquation par le feu
- de Charbon de terre.
- R, grille de la chauffe , fur laquelle fe met le Charbon de terre.
- K K , porte de la chauffe.
- L M, retraite de la porte de la chauffe.
- S, petites cheminées dans le mur*
- V, porte du fourneau.
- Q , h , canal par où coule le plomb , pour fe rendre dans le CaJJin,
- T, porte de la coulée.
- N P, embrafïire de la porte de la coulée.
- Y, caffin où fe rend le plomb à mefure qu’il fe fond.
- d, d, largeur du plan incliné fur lequel on met les gâteaux de liquations
- Figurer,
- Repréfentant le fourneau de liquation, ifolé de deux petites grues ou angins, dont l’une fert à élever le chapeau, quand on en a befoin, l’autre fèrt à porter les pains de liquation dans le fourneau, êç à les arranger commodément.
- a 9 b, c 9d 9 E, Z, bandes de fer , qui forment la cage du chapeau.
- F, crochet qui prend en m les chaînes G , G, pour foulever le chapeau
- hyhy crochets du chapeau , auxquels font attachées les chaînes G, G*
- Ok
- p.700 - vue 243/304
-
-
-
- ET DE SES MïtîÈ S 11. Part; 701
- O, teftailles attachées à la corde de la grue pour lever les pains de cui-* yre P>
- SS, petites cheminées,
- TT, porte de la coulée*
- Y, le cajjîn.
- V, porte du fourneau.
- Z Z , troüs au travers defquels paffent les crochets D, F*
- Figure 3.
- Repréfente la maniéré dont les pains de cuivre doivent être arrangés dans le fourneau.
- a b, chevilles de fer enduites de terre grafle, pour contretenir les pains de cuivre*
- Pour donner une notion de la maniéré de procéder à la torréfaétion du Charbon de terre , afin de le priver plus ou moins de les parties grades ou autres, nous nous fommes contentés de repréfenter au-deflous de la Fig* 4 , une Àlu-melle ou Charbonnière ^ c'eft-à-dire* une mafîe de Charbon arrangée en pyramide , 8c autour de laquelle des Ouvriers font occupés à conduire le feu , en couvrant ce tas avec de la terre 8c du gâzonnage , pour étouffer ou griller ce folfile en meule , de la même maniéré qui fe pratique pour faire le Charbon de bois,‘
- , * » i
- Hainaut François , page 494;
- Tout nouvellement, il y a eu quelques changements dans l'Article des Droits fur le Charbon de terre du Hainaut François , ce qui influe fur le prix aéluel de cette marchandife, dans cette province. L'Arrêt qui efl du mois de Novembre 1773 , porte que » l'exemption accordée aux Charbons du Hainaut » François, n'étant relative qu'aux droits qui fe percevoient lors de la concefo » lion du Privilège, ou tout au plus à ceux exiftants à l'êpoquè de fa derniere » confirmation qui eft de 1759, & non aux droits additionnels poftérieure-y> ment établis en 1760 , 1763 8c 1771: ; & d'ailleurs l'afFranchilFemént, tant » des droits originaires de deux patards par rriuid que des quatre anciens fols » pour livre d'icelui, devant fuffire pouf confervér au Charbon national la » préférence fur le Charbon étranger , les Entrepreneurs des fofles du Vieux y> Condé, de Frêne & d'Anzin, font dénués de tout fondement «. Sa Majcflé veut,' en conféquence, ri que les Charbons de terre du Hainaut Françoisfoient » affujettis aux quatre nouveaux fols pour livre du droit de deux patards par r> muid, impofés par les Déclarations des 3 Février 1760 , & 21 Novembre » 1763 ; & enfin par U Edit du mois de Novembre ijji ; & que les Entre-» preneurs des JoJfesdu Vieux Condé, de Frêne & d'Anzin, foient tenus d'ae~
- Charbon de Terre. II. Pan: p 8
- p.701 - vue 244/304
-
-
-
- 701 DU CHARBON DE TERRE
- » quitter tes quatre fols pour livre , à compter du jour de la Jignificatiort qui » leur a été faite de la décifon du Confeil du iq Mars 1773. 1 -
- Charbonnières du ^Lyonnois. Exploitation, page 49B.
- Pour fe former une idée exaéle de toutes les Mines de ce Canton , que iious n’avons pas défignées dans Tordre naturel, il luffit de favoirque ces en-* droits font principalement le long de la riviere de Gier, qui fe jette dans le Rhône à Givors, après un cours de huit lieues depuis la lource au Mont Pila* Le commencement de cecte malle eft à demi-quart de lieue au-delà de Saint Chaumont, frontière du Forez; Ton fait qu’il y a de ces Mines dont celles-ci font vraifemblablement la continuation.
- Cet endroit où fe trouve la première Mine du Lyonnois, eft à la Varicelle, appellee la petite Varicelle, afin de la diftinguer de la Varicelle , lîtuée à une lieue & un quart de Rive de Gier, en allant de Lyon fur la grande route, & dont les puits font abandonnés à caufe du feu Irifou (1). Au-deflous de Rive de Gier, outre les carrier es de Tartara 3c de Saint-Andeol, il y en a encore à Darguoire, & à deux lieues au-delà , au Nord, dans les bois de Montrond vis-à-vis de Chaffigny.
- On en a autrefois commencé une fouille dans la montagne de Tarare, fur la route de Moulins, mais fins liiccès ; une autre qui fut entreprife aux environs de Chanel, au territoire de Verizel, na pas été heureufè : les tentatives faites à Courlieux, ont abouti à du Charbon de médiocre qualité ; les Ouvrages faits en 1772, à un quart de lieue de ÏArbrefe, au Domaine Grol-lier fur les bords de la Turdine, promettoient de bons Charbons, lorfque les eaux ont fait abandonner les ouvrages ; on en a auffi cherché fur les bords d’un ruiffeau qui pafle à côté de Sainte Colombe.
- Des deux principaux territoires dont j’ai fait mention, il n’y a plus que le Mouillon, qui foit exploité ; on a cefte depuis quelques années Textraélïon dans le Gravenand*
- (1) La defcription communiquée en 17 6y , à l’Académie des Sciences par M. de Fouge-xoux, d’une montagne brûlée, & que j’ai inférée à l’Article du Lyonnois , page 499 , appartient .véritablement à cette Province ; mais la pofi-tion détaillée du lieu, telle qu’elle efl indiquée , à trois quarts de lieue de Saint-Etienne, Sc à Saint-Genis-terre noire, renferme uneconfufion de local, que des recherches ultérieures m’ont mis à même de rectifier ici.
- La carrière embrafée de Saint-Etienne, qu’il ne faut fpas prendre pour l’autre , eft à un quart <3e lieue du Chambon, 6c à trois quarts de lieue de Saint-Etienne près de la route du Puy ; elle s’appelle la Mine, ôc eft fituée dans une efpece de Vallon peu enfoncé. V. Part. 1, p. jyp.
- Celle qui brûle depuis 29 ans, à un quart de
- lieue de Saint-Genis-terre-noîre, nommément dé-lignée dans l’indication de l’Auteur, Sc qui eft celle qu'il a décrit, eft en effet dans une montagne, appellée par cette raifon montagne de feu, ou montagne brûlée, diftante d’une demi-lieue au plus de Rive de Gier, à une lieue Sc demie de Saint-Chaumont, & à quatre ou cinq lieues de Saint-Etienne.
- Du refte , il paroît par une defcription de la Mine de Chambon, donnée par M. delà Tourette à l’Académie de Lyon, qu’il y a beaucoup de rapport, entre les phénomènes qui fe paftent dans ces deux Mines embrafées ; ce qui achevé de faire regarder la maffe de Charbon qui tra-verfe le Forez, & celle qui traverfe le Lyonnois * comme la même, diverfement inclinée, Ôc enterrée félon les cireonftances locales.
- p.702 - vue 245/304
-
-
-
- Èf DE SES MINES. II. Par*. p0j
- Les anciens Extracteurs aflurent que la malTe de Charbon qui occupe ces deux terreins eft féparée par un banc de rocher , qui la coupe en deux parties pre/que égales.
- Cette Faille de huit à neuf toifes d’épaifleur , félon eux, tient dans foii cours une marche irrégulière, qui fe dirige à-peu-près du Nord-Eft, au Sud-Oueftt
- Excepté dans le cas particulier rapporté page J04, par M. de la Tourette, qui m’a beaucoup aidé dans la partie relative à l’Hiftoire Naturelle , on recon-noît en ouvrant tous les puits, que la Mine eft plus ou moins inclinée, & qu’en général elle s’éloigne beaucoup de la perpendiculaire ; alors , la direction tortueufe que l’on eft dans l’ufage de donner aux galeries , & que je n’en" tendois pas , page j>il , note 1, s’explique tout naturellement ; ces détours pratiqués à l’inftar de ceux que l’on pratique dans les chemins montueux 9 rendent la pente plus douce , & facilitent la befogne des Traîneurs (1),
- Pour ce qui eft de la couronne de chargeage, l’ufage n’eft point, comme il a été dit, page |XO , de laifler au fond du puits , cette maife confidérable dé Charbon fur laquelle je me propofois de faire quelques obfer varions dans la quatrième Seélion : au contraire , on prolonge en cet endroit la bufe du puits, à la maniéré obfervée généralement.
- Aux deux côtés oppofés, où l’on fbupçonne que la Mine s’étend , on pratique enfuite pour l’ordinaire deux galeries , qui fe poulîent jufqu’aux endroits les plus éloignés ; ces galeries larges de huit pieds, pour le paflàgc de deux benes à la fois, & communément hautes de lix pieds, ne nuifent pas à la folidité du fondement du puits : dans le même-temps, on entame au-defîus deux galeries correfpondantes, qui portent fur le membre de Charbon appelle Mine du Maréchal.
- A l’extrémité de cés galeries, on ouvre des chambres qui correfpondent à celles du Rajffon (2) , autrement dit Mine inférieure , fous laquelle fe trouvé quelquefois la Mine bâtarde ; ces deux membres ne font féparés que par un nerf de l’efpece de ceux qui ont été décrits.
- Il eft affez ordinaire de rencontrer cette Mine bâtarde , qui a de deux à fept pieds d’épaiffeur, & dont le Charbon eft de même qualité, que le Raffon; dans un puits exploité actuellement par lé Maître de la Verrerie de Givors, la Mine bâtarde, fe trouve conftamment ; au Gravenand , lorfqu’on exploitait ^ on ne l’y avoit pas encore rencontrée, quoique ce territoire, Sc le Mouillon foient contigus (3).
- Dans toute cette opération , il eft fur-tout important, que tous les ouvrages,
- (1) Il cil facile en conféquence de fuppléer en idée , au pendage de platture, donné à la maffe de Charbon , dans la Planche XXXVIIL
- (2) Mai écrit Raffou. , dans la Defcription générale.
- (5} M, de la Tourette penfe que ces Mines
- bâtardes fe trouveroient toujours , âinfi que d’autres membres de Charbon , fi l’embarras des eaux, qui arrêtent ordinairement l’exploitation dans cette Province, n’empêchoit pas de pour-fuivre les fouilles à une plus grande profondeur.
- p.703 - vue 246/304
-
-
-
- t7ô4 BV CHARBON £> Ë TERRE
- galeries, chambres & piliers for-tout, fe correfpondent exaéleînent, commè Aon a foin de l’obferver pour les murs Sc pour les colonnes dans un édifice ordinaire ; fans cette précaution, on voit que tout Tétage fopérieur s écroule* Toit*
- Pour fo ménager une retraite aflurée , lbrs de la recoupe qui doit avoir lieu en abandonnant la carrière, Sc afin de donner plus de folidité aux parties les plus voifines auxquelles on doit revenir à mefore que Ton avancera l’extraélion^ on commence cette recoupe par les endroits les plus éloignés du puits*
- S’il y a une Miné bâtarde , & elle n’efi: jamais bien confidérable, on la découvre , & on l’extrait en même temps que le Raffon.
- Ce court réfomé fait fentir comment le même puits fournit toujours les deux efpeces principales de Charbon , & comment dans le même temps on exploite les deux grandes Mines 9 ainfî que la Mine bâtarde , lorfque cette troifieme fe rencontre*
- Contenance des Benes.
- U n article important de l’Hiftoiré du Négoce du Charbon de terre dans le Lyonnois, efl: celui qui regarde la Bene, pag. 520. M. de la Tourette * uniquement occupé de la partie des Mmes, comme Naturalifte & Phyficien $ n’ayant pas été à même de me donner aucune forte de renfeignement fur la partie du Commerce s il refte à expliquer ici, comme je l’ai promis 9 les di-menfions & la capacité de la Bene, afin d’en avoir par là bien au jufte la conte* nance en pieds & pouces cubes.
- La chofo eft d’autant plus importante , quelle éclaircit plufieurs difficul* tés, fur lelquelles il n’étoit pas poffible de rien fiatuer*
- La Bene for laquelle elles ont été prifes avec la derniere exactitude, par le Savant dont j’ai parlé page 6^2 5 note 1, eft la Bene neuve dépofée aü greffe de Rive de Gier.
- Il efl; indiipenfàble de reprendre Un peu haut l’hiftoire de cette mefore $ pour la vente du Charbon de terre, attendu que ce qui a contribué à rendre cette mefore douteufo & incertaine 9 ce font précifoment les précautions prifes pour fixer invariablement fa contenance.
- A l’époque de l’établiffement de la Compagnie des Concéffionnaires, M. Pupil de Myons, Lieutenant Général de la Sénéchauffée, nommé par le Roi Commiflàire en cette partie , fixa la dimenfion de la Bene qui ferviroit de mefore aux Coneeffionnaires, & il fit dépofer au Greffe de la Sénéchauflee de Lyon, une Bene pour être la matrice originale fur laquelle on pût échan- tiller ( 1} les autres*
- ^ ûfw#tTerme ^ ^ans Lyonnois feulement, & qui lignifie la même chofe qu?étalonner''}
- Meilleurs
- r
- p.704 - vue 247/304
-
-
-
- £ T DE SES M I N E S. IL Part.
- 7°i
- Meffieurs les Comtes de Lyon , Seigneurs du Mouillon & du Gravenand , prétendant avoir le droit de fixer les mefùres dans l’étendue de leur Seigneur rie , firent conftruire une Bene , ( fur les dimenfions des anciennes rapprochées les unes des autres), (i) pour fervîr aux Concelïionnaires ; il en Fut dépofé une au Greffe du Comté à Lyon , & une fécondé au Greffe de Rive de Gier, pour fervir de matrice : fes dimenfions font comme il fuit.
- Hauteur ou profondeur ,..................18 pouces*
- Grand Axe , ou diamètre à l’embouchure, 23 pouces 3 lignes*
- Petit Axe ,................................18... .6"
- Grand Axe du fond, . ......................ip . . . 11
- Petit Axe du fond,.........................16 . • * • 6
- d’où l’on peut conclure fa capacité à très-peu près de ÿp8o pouces cubes*
- Les Conceffionnaires inftallés, mis en poffeffion & foutenus dans un corrn mencement orageux , par l’autorité , qui ne peut tout prévoir , s’en tinrent à la Bene fixée par le Commiiîaire du Roi , d’autant plus que la capacité de celle-ci étoit moindre d’un huitième ; car les dimenfions de cette fécondé Bene, font à-peu-près les mêmes que celles de la première , à l’exception de la hauteur, qui paroît conftamment dans celle-ci de 16 pouces au lieu de 18 qu’a la Bene des Comtes : il faut donc retrancher de la capacité ci-deffus une tranche de deux pouces d’épaifleur , prife à l’orifice de la Bene. Cette tranche eft à-peu-près de y63 pouces cubiques , qui retranchés de 5980 , donnent 5217 pouces cubes pour la capacité totale de la Bene aélueilement en ufage au Mouillon.
- Les Officiers des Comtes , pour foutenir leurs droits, verbaliferent, cafierent quelques Benes , menacèrent ; mais les Conceffionnaires ont continué l’u-lage de la Bene qui leur étoit plus avantagent , c’eft-à-dire, de celle qui étoit moindre ; les Comtes ont fulpendu leurs pourfuites, & il en eft réftilté que les Conceffionnaires n’en ont été que plus abfolus pour le fait des me-fures : on ne voit pas en effet à préfent qu’ils foient aflujettis à aucun échantil ou étalon *, comme le Commiffaire du Roi 8c MM. les Comtes de Lyon l’avoient réglé ; ce défaut de police ou plutôt de manutention pour la police des mefiires, laiffe toujours foupçonner ce que j’ai avancé, page 521, (2).
- Quoi qu’il en foit, on peut conclure des dimenfions de plufieurs Benés aéluellement en fervice , que leur capacité eft, comme nous l’avons établi plus haut, de 5217 pouces cubiques \ celle de Lyon, fixée par le Confiilat, eft de
- (1) Dans le temps des informations prifes en I757 (& non en 1762 ) de l’ordre du Confeil, par M. de la Michaudiere ,*alors Intendant de Lyon, pour eftimer le produit du Canal de Givors , par la quantité de Charbon qui s’y tranfporteroit, la Bene de Charbon menu pe-foit ij9 livres poids de marc, celle de Pérat, 161 livres , de forte qu’en prenant les deux qualités, mêlées enfemble dans une Bene, cette
- Charbon de Terre. IL Part.
- mefure commune pouvoit être évaluée 160 livres; elle fut cependant évaluée à ^o livres. Voyelle Projet imprimé duCanal de Givors, page 6< ,
- (2) 11 ne paroît pas bien certain, comme je l'ai avancé d’après l’Auteur des Mémoires d Hif-toire Naturelle du Lyonnoist Fore% G* Beaujolois , que le Confulat de Lyon ait fait à ce fujee aucun aéle de jurifdidion.
- Q8
- p.705 - vue 248/304
-
-
-
- 7o6 DU CHARBON DE TERRE
- 3644, ce qui donne à-peu-près le rapport de -~r , c’eft-à-dire, que 7 Benes du Mouillon, en font 10 à Lyon , ce qui s’accorde , ainfi quon va le voir,' avec le rapport du poids.
- Cette mefure ne s’évalue pas au poids , du moins dans 1 achat ordinaire * la réglé quoique plus embarraflànte feroit bien plus fure , le poids étant fixe, & le mefurage étant très-varié. Mais comme à Lyon , 8c dans la Province toutes les denrées s’achètent & fe vendent au poids appellé de Lyon , nous nous en fervirons dans la détermination du poids de la Bene de Charbon.
- On fait que differentes circonftances communes à toutes les mefures de Charbon au poids apportent à cet égard des variations, pages 656 >
- L’efpece de Charbon plus ou moins compaéte, l’humidité plus ou moins grande, la nature du Charbon en malle ou en pouffier, moins pelante dans ce dernier état que dans le premier, qui laiffe néceffàirement plus de vuide ; enfin la maniéré de le tafîèr plus ou moins , doivent néceffàirement influer fur la différence du poids de la marchandife ; les variations qui fe remarquent dans le poids des Benes font trop confidérables pour dépendre uniquement des caufes que nous rappelions ici , & pour ne pas les examiner férieufement : les obfèrva-tions & les réflexions fuivantes diflîperont toute l’obfcurité qui étoit reliée fur ce point, lorfque nous l’avons traité.
- Le baquet appellé Bene f fait à-peu-près comme une Bene de vendange, & fer van t dans l’intérieur de la Mine à l’exportation du Charbon , Planche XXXIX, eft le même vaiffeau, qui au Mouillon & à Saint-Chaumont, fert de meliire au jour ; c’eft-à-dire , que la quantité de Charbon dont elle arrive chargée à la bouche du puits , eft celle que l’Acheteur eft obligé par l’ulàge de prendre pour argent comptant : dans ce mefurage , fur le pied aéluel, à peine la Bene va-t-elle ordinairement a deux cents livres.
- A Saint-Chaumont, la Bene fe mefure au jour, & quoiqu’elle ne loit pas d’une capacité auffi grande que celle de Mouillon , elle donne au moins autant de Charbons ; cela a été vérifié par plufieurs expériences.
- En rapprochant ces deux faits l’un de l’autre , l’Acheteur eft donc certainement léfé dans la première maniéré; l’évidence fur ce point, eft telle, que la faute eft rejettée fur les Toucheurs.
- Les Traîneurs qui chargent la Bene dans la Mine, prétendent qu’ils l’ont remplie à jufte mefure ; mais que dans le trajet du puits, les Benes fe dégarnif-fent en heurtant contre les parois du puits (1).
- L’infidélité dans la mefure eft donc reconnue & avouée par ceux même à qui elle peut être reprochée au moins comme négligence ; de l’aveu s’enfuit néceffàirement l’obligation d’une réforme, diétée d’ailleurs par la bonne-foi.
- ( 1 ) Le paiement des Ouvriers a quelquefois varié; aftuellement les Piqueurs & les Traîneurs font payés à proportion du nombre de Benes
- extraites, & non par journées ; ce ne font plus les Conceilionnaires mais leurs Fermiers, qui règlent les falaires des employés.
- p.706 - vue 249/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Par** ^of
- l\ien ne feroit fi fimple ; la manœuvre des Conducteurs des chevaux eft-elle incorrigible ? Deux moyens d'y fuppléer , celui ou de remettre du Charbon dans la Bene au moment de la livraifon , ou celui de faire la mefure hors du puits, comme cela fo pratique à Saint Chaumont ; par là on remédierait bien facilement à un abus auffi fingulier que celui de livrer une mefure faite hors des yeux de ïAcheteur.
- On ne peut encore le refufer , fur cela , à une derniere réflexion qui aidera le Leéteur à apprécier la raifon donnée par des Ouvriers aux gages des Conceflionnaires & des Extraéleurs.
- En même-temps que voilà des Benes pour le Public , qui n’arrivent jamais bien garnies , on en voit d'autres qui paflent de beaucoup le poids de deux cents livres ; ce font celles qui font données aux Ouvriers en payement ou en gratification : les Traîneurs 8c Toucheurs , plus entendus pour leur propre inté-» rêt, apportent tant de foin à remplir eux-mêmes leur Bene ; les 'Toucheurs au Bure , plus attentifs & plus adroits , pour enlever cette Bene , fécondent fi heureufement les Traîneurs , que ces Benes fortent du puits bien conditionnées , on en voit fouvent en Ferai qui dégorgent, c'efl: l’expreffion du Pays , 8c qui vont au-delà de deux cents cinquante livres pelant.
- A la bonne heure que ces Benes nommées Benes de faveur ne forvent pas de réglé pour la vente ; mais aflurément elles peuvent en forvir pour eftimer la quantité que peut contenir la Bene ; & le Public efl: en droit de juger , que la Bene remplie convenablement à jufte mefure , devroit communément pefer deux cents dix livres au moins ; l'Acheteur déjà maltraité par une livraifon arbitraire, ou très-inférieure à ce qu'elle devroit être , ne feroit-il pas* autant que l'Ouvrier, en droit de prétendre par gratification à un excédent auffi modique de poids ou de mefure, ainfi qu'il fe pratique a fiez généralement dans le Commerce , fous le nom bien connu de hbn jpoids t II réfulte de tout cela, que tandis qu'il n'y a pas de contravention dans le prix fixé de la Bene , ce prix fe trouve réellement augmenté , au moyen des défauts dans le rnefin rage ; ils ne peuvent être plus multipliés qu'ils ne le font , puifque ces Benes fe font fans être échandllées , qu'elles n'ont pas la contenance déterminée, 8c que par un abus allez extraordinaire , elles fe remplirent dans la Mine*
- Confommation de Charbon dans le Lyonnois.
- L a contenance & le poids de la Bene n'ayant pu être déterminé par les premiers renfeignements que j'ai eus, l'article relatif à la confommation de Charbon de terre dans le Lyonnois , n'a pu en conféquence être déterminé que très-incomplettement ; ces informations , ( page y 19, ) ne m'ayant été fournies que par des Propriétaires ou par des Conceflionnaires , les uns & les autres ayant des intérêts particuliers pour cacher, déguifer, ou exagérer des
- p.707 - vue 250/304
-
-
-
- 7o8 vu charbon de terre
- faits , (i) on a été fuffilàmment prévenu que ce que j’ai cru pouvoir adopter fur ce point, méritoit de la part d’un Leéleur judicieux la même défiance dont je n’ai pu me défendre même en en faifant ufàge.
- Les Conceflionnaires affûtent que l’exploitation aéluelle monte a treize mille Benes par femaine, SC que de ce nombre , douze mille vont a Givors 8c à Condrieux.
- La perfonne à laquelle je fuis redevable de ces nouveaux détails, a exa* miné cet article avec une attention & une impartialité qui méritent toute confiance.
- De tout le Charbon du Mouillon, qui fe tranfporte à dos de mulet à Condrieux, & principalement à Givors, fur le Rhône , qui en eft éloigné de trois lieues , ce port de Givors reçoit actuellement à-peu-près <?ooo Benes, par femaine. Condrieux en tire à-peu-près 1000 par femaine; ainfi ces deux endroits en tirent à eux deux roooo Benes par femaine , ce qui dans un an , feroit à-peu-près y30 mille Benes,
- Cette quantité eft bien inférieure à celle de 7 à 800 mille, portée par le Procès-verbal mentionné page y 20. Ajoutez à cela , que la conlbmmadon de Charbon eft confidérablement augmentée à Lyon, Sc dans les Provinces des environs ; en accordant au furplus aux Conceflionnaires, la quantité qu’ils allèguent, il faut retrancher de la fupputation par femaines 8c par années , les temps de moiflon , de vendange & de grofles eaux , où l’exportation eft beaucoup moindre, de maniéré qu’on ne peut porter l’extraélion actuelle , réduite à un feul quartier , à plus de 600 mille Benes par an.
- La confommation de Charbon en gros dans le voifinage des Mines , porte non-feulemént fur les ouvrages en fer, mais encore fur differentes applications qu’on fait de ce foflile aux Mines de cuivre de Saint-Bel, & fur les Verreries établies auprès de Lyon.
- On peut évaluer à deux cents Benes environ , ce qui fe confomme en Charbon de Rive de Gier, propre à la forge , dans les atteliers des Maréchaux, foie à Saint-Bel, foit à Chejfy , pour les outils , fers de machines, &c.
- Quoique les deux carrières ouvertes à Sainte-Foi , foient travaillées allez irrégulièrement , elles fourniflent à plufieurs endroits de la Province, aux fours à chaux , pour les Maréchaux de YArbreJle , de Bullis.
- Pour differents ufages relatifs aux travaux de la Mine de Saint-Bel, on en emploie environ 1000 charges (2), de ces deux carrières ; on s’en fert auffi
- (1) Ce que j’ai rapporté d’après les Propriétaires ,page 504, furja qualité ingrate du fol du Mouillon & du Gravenand, n’eft point du tout conforme à la vérité ; il n’eft pas de meilleur terrein dans tous ces environs: & d’ailleurs , il n’auroit pas befoin pour nourrir fes habitants , d’être d'un grand produit ; il n’y a pas en tout fix maifons ou quarante habitans dans tout le
- Mouillon Sc le Gravenand , dont les fonds appartiennent à des particuliers de Rive de Gier, Saint-Genis Sc autres.
- Il en eft de même de la dépenfe de la fouille d’un puits ordinaire ; elle ne coûte pas y 000 livres.
- (2) La charge portée à dos de mulet, eft de 300 livres environ.
- dans
- p.708 - vue 251/304
-
-
-
- ET D E SES MINES. II. PaïÆ Fop
- dans les différents atteliers, pour le chauffage des Ouvriers, & à la Montagne de Pilon, lieu delà Mine , au grillage des Pyrites dont on fait la cou* per o/e , Sec»
- Depuis quelques années , la conlommation annuelle des Charbons y torréfiés ou réduits en Coaks , a été portée dans les Fonderies de Saint-Bel y à envi* ron 4000 BeneSy pelant, au dire de M. Jars, entre deux cents 8c deux cents ^ingt livres (1).
- Il le fait encore une grande conlbmmation de Charbon dans les deux Ver-» reries établies au-deflous de Lyon , fur la rive droite du Rhône, l’une à Pier* re-bénite, l’autre à Givors, à l’embouchure du Gler dans ce fleuve*
- Sept Fenderies établies entre Saint-Chaumont 8c Rive de Gier , conlom-ment 900 Benes de menu Charbon (2) ; mais trois de ces atteliers le pourvoient aux carrières exploitées à Saint-Chaumont, à côté du Château. Il efl à remarquer qu’ils lont bien plus à portée du Mouillon. Sans doute la mefure fidele ou plus avantageufe de Saint-Chaumont, eft un appât pour ces Confom-mateurs ; il n’en faut pas davantage . pour écarter ici le foupçon de caprice de leur part ou de prévention contre le Charbon quils n’emploient pas ; mais il paroît que le bénéfice de la mefure qui fe fait au jour , article effentiel à fe rappeller, n’eft pas encore la feule railon de cette préférence donnée aux Mines de Saint-Chaumont; les Entrepreneurs de cet endroit, ont, comme à la Vaviy^elle 8c à Saint-Etienne, la réputation d’être honnêtes, empreffés de fetisfaire les Acheteurs & le Public* Au Mouillon y on le plaint généralement de la peine que l’on a à obtenir du Charbon ; l’extraétion n’y étant pas affez abondante , au moyen que les Conceffionnaires ou ieursFermiers s’en tiennent à l’exploitation des carrières qu’ils ont trouvées ouvertes , les Maréchaux , les Forgerons 8c Cloutiers , n’en ont que très-difficilement ; ils perdent des jours entiers à la carrière en y attendant leur Charbon ; les particuliers même de Rive de Gier, qui ne tiennent pas à la conceffion , ne peuvent fou-vent en avoir pour leur chauffage ; ils font réduits à payer, chez le particulier qui l’emmagafine à Rive de Gier , vingt fols la Bene du même Charbon qu’ils auroient acheté cinq ou huit fols trois deniers à la carrière , c’eft-à-dire, à deux portées de fufil ; les Muletiers de Rive de Gier, Saint-Genis & des environs , contribuent beaucoup au défordre ; dans tous les temps, il y en a un grand nombre aux carrières ; iis veulent avoir leurs chargements les premiers ; ils fatiguent 8c rebutent les perfonnes du pays qui viennent demander leur pro* vifion, & qui fou vent s’en retournent a vuide ; dans les temps ou les eaux s la force , ou d’autres caufes diminuent encore l’extraélion déjà infuffifimte , ces Muletiers occafionnent des querelles fans nombre, des tumultes, qui vont
- (1) Il y a ici quelque obfervation à faire fur ce poids ; il paroît d’autant plus fort, que ces Charbons torréfiés font moins lourds , que le Charbon à pareil volume.
- Charbon de Terre. IL Part.
- (2) Le menu Charbon eft feu! employé dans les Forges; le Charbon grêle fe brûle tout uni-, ment dans les poêles & dans les grilles.
- RS
- p.709 - vue 252/304
-
-
-
- yio DU CHARBON DE TERRE
- fouvent jufqu’à des fcenes fànglantes. L’autorité publique a bien cherché â prévenir une fource d’abus : le prix du Charbon a été fixé ; la contenance de la Bene l’a été de même par un étalon dépofé au Greffe de la Sénéchauflee. Qui pourroit douter que ces fages précautions naffurentfblidement& invariablement, d’une part, le bon ordre, la tranquillité; de l’autre, la jouillànce facile Sc commune d’une production fur laquelle les vœux de l’Etat & des Provinces fe réunifient pour en délirer l’abondance ? Ce négoce néanmoins n’eft pas, fur aucun de ces points , plus avancé à Rive de Gier , que dans la plupart des endroits où l’extraétion & le commerce font exclufivement aliénés en faveur de quelques particuliers fous la condition expreffe de faire mieux que les Propriétaires.
- Ce canton éprouve, que la prudence du Gouvernement n’a encore oppofé que de foibles barrières à des poffeffeurs qui par-tout où ils font inftallés , fe montrent extrêmement difficiles à contenir dans les limites qui leur font fixés par leurs privilèges.
- Sans vouloir en aucune maniéré approuver ni juftifier ce qui peut être coupable dans la conduite de Propriétaires mécontents contre des étrangers, que des vues fupérieures portent le Miniftere à favorifer , il eft démontré par une expérience répétée en plus d’un endroit, que ces Compagnies, non contentes de n’avoir plus de concurrents à appréhender, ont encore , foit par le ton & la conduite abfolue avec lefquelles elles exercent leur privilège, foit par la licence qu’elles s’arrogent d’interpréter leur titre de concefïïon, ont encore, dis-je, l’adrefle de fe rendre formidables dans tout leur voifinage, pour franchir les bornes dans lefquelles elles font reftraintes ; ce qui étouffe dans des cantons où le droit ne s’étend pas jufqu’à l’envie de faire des recherches , l’idée de mettre en valeur ce que la nature y a placé. Il efl: facile, d’après ce tableau en raccourci des effets que produifent le plus ordinairement les conceflions, de juger fi ce font là les intentions du Miniftere ; c’eft ainfi que dans différents territoires de la Paroifle de Saint-Martin, à la Caton-niere, au grand F loin, dans la Paroifle de S aint-Genh-terre-noire, dans celle de Saint-P aul-en-jarret, on connoît des Mines de Charbon de terre ; mais aucun des Maîtres des terreins n’ofe fè hazarder d’ouvrir des puits , même à trois quarts de lieue du Mouillon ; ils craindroient de fe voir enlever le fruit de leurs travaux , fans aucune elpece de dédommagement de leurs frais.
- On avouera que ces inquiétudes ne font pas deftituées de fondement, puif que nonobftant l’Arrêt qui ne comprend dans le Privilège que les Mines avoi finies par la galerie d’écoulement propofée, les Conceflionnaires ont envahi les carrières à demi-lieue, qui ne tirent & ne peuvent tirer aucun avantage de ce Canal ; puifque d’ailleurs l’étendue de cette demi-lieue eft très-incertaine , & prete matière à difpute , félon qu’on voudra l’eftimer , ou
- p.710 - vue 253/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. 11. Part. . nt par le point d’où on la fait partir, ou par le nombre plus ou moins grand de toifes qui compofent les trois efpeces de lieues en ufage en France , ou par la maniéré de les mefurer ou fur le terrein, ou en ligne droite, & comme l’on dit, à vol d’oijeau.
- Beaujollois, page 527.
- \
- Les indications des Mines de cette Province, puifees dans l’Ouvrageque j*aî cité, manquant par l’exaélitude , on ne peut foupçonner de Charbon qu’à Lay, Sc \ Saint-Symphoriefi ; feu M. Jars , de l’Académie des Sciences, fut vifiter , quelques années avant là mort, le terrem auprès de la Ville de Lay , Sc encouragea à des travaux , que les eaux forcèrent d’abandonner. On a ouvert des puits lùr les bords d’un ruifïèau en le rapprochant de Saint-Symphorien ; mais le peu de Charbon qui en eft provenu , étoit imparfait , brûloit à peine, Sc ne pouvoir fervir à la forge : les mêmes obftacles ont fait interrompre cette entreprit.
- De quelques droits particuliers qui fe perçoivent fur la rivière
- de Loirey page 545.
- Nous avons , tant qu’il nous a été poffible , fait entrer dans l’hiftoire du Commerce de chaque Province une mention précife des droits qui font levés fur le Charbon de terre ; nous aurions déliré être allez inllruits pour in-» cliquer fur chacun de ceux que nous avons cités, les titres qui en autorifent la perception ; lorfque nous publierons la Jurifprudence des Mines, nous ef* pérons y joindre un répertoire des Edits , Arrêts Sc Déclarations, concernant tous les droits domaniaux y octrois (r), droits d'èclufes, digue y pontenage (2), Sc autres établis dans les différentes parties de la France , où s’exporte cette marchandée ; cette efpece de Code doit être regardé comme une dépendance d’un Ouvrage dans lequel on s’eft attaché à faire marcher enfem-ble la defeription hiftorique Sc la delcription politique de la choie.
- Comme la plupart de ces impolitions ont été , ou font, depuis leur premier établilfement, fujettes à des alternatives de fufpenlîon, de modération , de fuppreflion ou de renouvellement, qui tiennent aux circonftances, il eft indilpenfable de comprendre dans ce Code , celles de ces impolitions qui n’ont été que pafïàgeres, celles mêmes qui fe trouveront abrogées depuis peu , Sc qui peuvent être renouvellées ; un femblable mémorial uniquement relatif tant à cette produétion nationale , qu’à celle qui vient de l’étranger dans nos Ports, mettra à la portée des yeux du Miniftere , les reffources particulières
- (1) Dits concédés par le Prince à des Corps de | fur les rivières, fur les ponts , &c. & qu’on ap-Ville, pour fournir à leurs nécefîités particulières. pelle en baffe latinité , Pontaticum, Pontagium ,
- (2) Pontenage, Pontonage, droit quele Seigneur Pontonagium ; il eff dû par le bateau, 8c non pat féodal prend fur les marchandées qui paffent I la marchandée.
- p.711 - vue 254/304
-
-
-
- 7ii DU CHARBON DE TERRE
- que l’adminiftration a tirées du Charbon de terre en différents temps , & celles qu’elle peut encore en tirer quelquefois , félon l’exigence des beloins de l’Etat.
- Le particulier qui veut trafiquer ou faire exporter du Charbon de terre5 n’a pas un intérêt moindre à connoître exactement les droits & oétrois momentanés ou perpétuels auxquels cette marchandife eft fujette dans les parties où il veut l’exporter ; les profits que doit lui procurer fon Commerce font plus ou moins divifés par ces droits & oétrois ; le Marchand inftruit du bénéfice qu’il fera , tous frais faits > tous droits acquittés , fupporte ces charges avec plaifir.
- Dans le nombre de ces différentes impositions, il s'en trouve dont l’origine eft fi ancienne, quelle les rend fufceptibles de difcuffion & d’abus ; le droit, pour ainfi dire , uniquement perçu d’après un ufàge immémorial, eft ' devenu Amplement une poffeffion confiante : dans ce cas, ce font fouvent les feuls 8c véritables interprètes des droits du Souverain ( i ) : mais cette maxime eft défavorable & onéreufe au Citoyen, par la facilité quelle peut donner à des interprétations arbitraires, à des perceptions qui ne peuvent être que vicieufes du moment qu’elles ne font point uniformes.
- Parmi les droits nombreux quife perçoivent fur la Loire , nous en choi-iîrons deux, dont nous allons donner l’hiftoire ; l’un, fur lequel il ne nous avoit pas été poffible d’avoir d’éclairciflement lorfqu’il en a été fait mention à fà place , eft fupprimé nouvellement. L’autre, par fon ancienneté , eft dans le cas dont il a été parlé tout à l’heure , de prêter origine à des inconvénients oppofés aux intentions du Miniftere.
- Le premier par lequel nous commencerons, eft celui qui eft appellé droit de Boîte, nommé page yqj & 597 , Note r , en traitant de la navigation des bateaux Charbonniers fur la rivière d’Allier, où il fe percevoit auflï.
- L’Auteur du Dictionnaire du Commerce (2) , nous a fourni une partie du détail que nous allons donner ici, quoique ce droit ne fubfifte plus pour le moment.
- Droit de Boîte, Fait des Marchands. Compagnie des Marchands fréquentants
- la riviere de Loire,
- O N appelloit droit de Boîte , fait des Marchands , un droit qui fe levoit fur les bateaux naviguants fur la Loire, non-feulement pour la fureté de la navigation fur cette riviere, mais encore pour l’entretien des chemins Sc des chauffées ; il étoic en conféquence naturel, ou du moins, il ne doit pas paroître étonnant, que ce droit ait été fuggéré par' les Marchands fréquentants la riviere de Loire ; on juge qu’il eft important pour eux que cette
- (1) In omnibus veftigalibus ferè confuetudo fpec-îatuu
- (2) A h lettre C , à l’article Compagnie des Marchands fréquentant la riviere de Loire.
- ^ riviere
- p.712 - vue 255/304
-
-
-
- ET Î)E SES MINES. II. Part. 713
- rivîeté Toit en tout temps tenu en état de navigation dans toute l’étendue de fon cours.
- Un nombre de Marchands, choifis par ceux qui font le Commercé par la jrîviere de Loire, & autres y affluentes, forme une Compagnie nommée Gom~ pagnie des Marchands fréquentants la rivière de Loire.
- » C’eft cette Compagnie qui veille à ce que le lit de la riviere foit toujours » d une largeur & profondeur fuffilàntes pour le paflâge des bateaux montants » & avalants, qui la fait curer & nétoyer quand il en eft befoin , qui fait y> exécuter les Arrêts & Réglements rendus pour le placage des Moulins * f> Bateaux, Nazieres & Pêcheries i St tout ce qui a rapport aux chemins éta->» blis fur les bords de la riviere pour le tirage 8c halage. Enfin c’eft à la vigi-* » lance de cette Compagnie , qu’eft confié le foin d’augmenter le commerce » & la navigation de la riviere de Loire, d’en procurer par tous les moyens » convenables, & les moins à charge au Public , la liberté 8c fûreté , auffi 4 » bien que des autres rivières qui viennent s’y décharger*
- » Charles VI femble avoir été le premier qui aitpenfé à établir & àafîu-» rer la navigation & le commerce de la riviere de Loire : ayant lupprimé » par fes Lettres-PatentesJii mois de Décembre 1380 , dans la première an-» née de fon régné tous les péages établis fur cette riviere, depuis Philippe^ r> Augufte.
- » Charles VII ordonna en 1448 * que toüt cê qui pou voit nuire à la i> navigation de la Loire, feroit démoli aux dépens des Propriétaires ; & » Louis XI ajouta à ces Réglements une Ordonnance fin la largeur que les j) chemins de tirage doivent avoir.
- Le premier établiftement du droit de Boîte remontôit au 28 Décembre iy?7 ; il fut impofé par Lettres-Patentes auxquelles eft annexé le Tarif du Droit ; ce droit fe percevoir au profit de la Communauté des Marchands fréquentants la riviere de Loire ; il lui étoit concédé dans la vue de mettre ces Marchands en état de fubvenir aux frais de leur Commerce, mais à la charge du Balichage de la riviere, ceft-à-dire, d’entretenir 8c de nétoyer le Canal de la Loire, de maniéré que la navigation y fût toujours libre (1). Par 1@ Tarif annexé à ces Lettres-Patentes, le Charbon de terre étoit impofé à cinq fols la fourniture (2): ce droit a depuis été augmenté d’un afle2 grand nombre de fols pour livre.
- D’après ces Lettres-Patentes de 1377, un Arrêt du Parlement de Paris du 23 Mai 1602 , Arrêts du Confeil du dernier Août 1602, 5 Septembre 1617, dernier Février 1631, & Arrêt du Parlement du 14 Février 1632, ce droit de boîte fe percevoit fur la Loire , dans les Villes de la Charité, Nevers , Moulins, Saumur & Nantes ; il eft enjoint aux Maire & Echevins de ces
- 0) Il n’efl: pas indifférent de rapprocher de 1 (2) Chaque fourniture compofée de 21 tonnes conditions la note inférée page 6. j neaux*
- Charbon de Terre. IL Part.
- S 8
- p.713 - vue 256/304
-
-
-
- (
- 7ï4 du CHARBON DE TERRE
- Villes d’établir un Bureau dans chacune d’elles, fur le bord de la rivière , en un endroit commode pour les bateaux.
- Ce droit ne fe payoit qu’une feule fois, c’eft-à-diré , que s il avoit été |>erçu en paflant par Tune des Villes qui y font fujetes , il netoit plus payé dans l’autre, au moyen que le payement en étoit juftifié \ il n etoit pas du non plus par les Habitants de ces Villes pour les vins, bleds & denrées de leur crû , qu’ils faifbient venir pour leur confommation, pourvu en conféquence qu’ils ne les revendiflènt plus enfuite pour être exportés de nouveau, dans lequel cas "ils devroient le droit.
- » Ces Privilèges accordés aux Marchands de la Loire, ayant en différents s> temps reçu diverfes atteintes, qui diminuoient confidérablement le corn-y> merce & la navigation de la Loire , les Marchands qui formoient cette » Compagnie , au commencement du dix-huitieme fiecle , demandèrent au y> Roi, non-feulement la confirmation de leurs anciens Privilèges, mais en-» core qu’il leur fût permis d’impofer fiir les marchandifes des droits modi* » ques fous le nom de Boire ou Fait des Marchands , comme il s’en levoit r> même alors en quelques endroits de la Loire, afin de mettre leur Corn->> pagnie en état de faire les dépenfes nécefïàires pour l’exécution des ancien-y> nés Ordonnances , 8c particuliérement de faire curer & nétoyer le cours de » la Loire, & en retirer les eaux dans le lit qui leur a été fait d’ancienneté ; » fuppliant en outre Sa Majefté, que fon Ordonnance de 1674, contenant » plufieurs Réglements concernant le commerce & la navigation de la riyiere » de Seine, fût déclarée commune pour la rivière de Loire.
- » Le Roi ayant écouté favorablement les repréfèntations de cette Corn-y> pagnie , lui accorda une nouvelle Déclaration donnée à Marly, le 24 Ayril » 1703-, pour le rétabliilement & l’augmentation du commerce & de la na-y> vigation de la riyiere de Loire & autres fleuves y affluents, aflez femblable » du moins,pour les principaux Articles, à celle donnée en 1674 pour la » riyiere de Seine «.
- Ce Réglement contient 27 Articles, dont le XIX fait défenfe aux VoL turiers de partir des Ports de chargement Jans être pourvus de Lettres de Voiture.
- Par le XXVI, toutes les procédures relatives fe font à la requête du Pro-careur Général du Roi , & de la Compagnie des Marchands fréquentants la riviere de Loire ; & les Procès où cette Compagnie fera originairement partie ou partie intervenante ,feront jugés en première & derniere inflance a la grand’-Chambre du Parlement de Paris\ & ce , nonobfiant tous Privilèges contraires,
- 6 même ceux accordés aux Fermiers des péages de Sa Majeflé.
- En 1758, le 28 Septembre, un Arrêt du Confeil , revêtu de Lettres-Patentes du 28 Oétobre fuivant, enregiftrées en Parlement le 4 Juillet 9 prorogea en faveur des Marchands fréquentants la Loire & autres rivières y
- p.714 - vue 257/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. II. Part. ?ï$ âffiuentes les droits de Boîte , encore pour fix années feulement, â commencer du 13 Oétobre 175*8 , jufqu’au 13 Oétobre 1764, jour que la perception en de voit cefler : comme en effet le droit eft demeuré fupprimé, du moins n’eft-fl plus exercé dans l’Anjou »
- Au mois de Juin 1773 * émané du Confeil , un Arrêt qui attribue atfxlntendants8cCommiflaires départis, privativement à tous autres, la connoif-fànce de tout ce qui peut intéreffer le nétoyement du lit des rivières de Loire, Allier & autres qui s’y déchargent, ainfi que des difcuffions qui pou-roient naître entre les Seigneurs , Propriétaires 8c Riverains , tant pour ce qui concerne le chemin de hallage , que les péages, fàuf l’appel au Confeil.
- Cloifon , Clouaifon ; Droit de Cloifon.
- >> Sous ce nom, eft défigné un droit qui fe paye en Anjou par les Mar-» chands fréquentants la rivière de Loire , & qui fut impofé par le Duc d’An-» jou , fous prétexte qu’il avoit befoin de faire la Cloifon des villes d'Angers » 8c de Saumur, c’eft-à-dire , de les enfermer de murs, & de les fortifier.
- » Les Ducs d’Anjou avoient oétroyé cette impofition aux Maire 8c Echevins » y> d’Angers, pour l’entretien des fortifications de leur Ville & du Château , » d’où il fut appelié Cloifon , Clouaifon, parce qu’il étoit deftiné à la cloifon » ou clôture de cette Ville.
- Dans cette courte notice que nous avons empruntée de l’Encyclopédie , on ne trouve ni la fixation du droit, ni les lieux, ni les objets qui y font fujets, ni les circonftances particulières qui forment exception, Scc.
- N’ayant pu avoir communication du Tarif qui a dû fervir de bafe à tous les Réglements qui y ont rapport, je ne fai pas bien précifément fi le droit de Cloifon eft dû nommément pour le Charbon de terre ; mais ayant toujours été perçu fur toutes fortes de denrées , marchandifes & effets quelconques deftinés pour le Commerce, ou pour la provifion, confommation & ufàge des gens non Fabriquants Si Commerçants , de quelque qualité & condition qu’ils foient, il eft à préfumer que le Charbon de terre eft fiijet à cet octroi; Aujourd’hui fon produit total n’appartient pas à la Ville d’Angers : à l’ancien oétroi il en a été ajouté un en fupplément au profit du Roi, fous le nom de double 8c triple Cloifon , comme on va le voir par le détail fuivant, dreffé par M. Quinquet, Direéleur des Aydes d’Angers.
- Louis XI, par fes Lettres du mois de Février 1474, en créant la Mairie d’Angers , donna aux Maire & Echevins faculté & puiflànce de lever ou faire lever la Cloifon accoutumée être levée, foit par leurs mains , ou bailles à Ferme, pour le produit être employé à la réparation , fortification, empare-ment & autres néceflîtés 8c affaires commun^ de la Ville.
- Les termes de Cloifon accoutumée être levée , font voir clairement que ce
- p.715 - vue 258/304
-
-
-
- DU CHARBON DE TERRÉ
- droit fubfiftoit avant les Lettres de 1474 î ma*s ^ ne re^e aucunes traces écrites de fà création , fi ce n’eft que dans le préambule de 1 Arrêt du Confeii du 14 Juillet 1663 9 ^ e^* raPPort® que ce droit de Clotjon etoit 1 ancien Domaine Sc Patrimoine de la Ville , établi de tout temps par les anciens Ducs d’Anjou , & par la Coutume écrite de la Province , pour 1 entretien & réparations des clôtures Sc fortifications de la Ville, qui étoit alors une frontière de la Bretagne.
- Le premier Tarif de ce droit que Ton connoifïe, eft celui fait par les Maire & Echevins d’Angers, en leur Confeii ou Affemblée générale, convoquée à cet effet le 5 Décembre 1500, & qui fe trouve , ainfi que le Réglement, enfuite du texte de la Coutume d’Anjou, que l’on appelle ancienne ; parce que celle qui eft regardée comme nouvelle, & où ce Tarif ne fe trouve plus, a été réformée en 1508.
- Il ne s’agiffoit encore alors que de la Jîmple Cloifon , fur le produit de laquelle il avoit été réfervé à René Duc d’Anjou, Roi de Sicile , une fbmme de 150 livres par an, pour fes menus plaifirs, de laquelle les Maire & Echevins obtinrent de Charles VIII, en 1484 , un don , que Louis XII confirma par fes Lettres-Patentes du y Avril 1713.
- Les Charges & dépenfès néceflâires de la Ville devenant plus fortes , & le Jîmple dnoit de Cloifon n’y pouvant plus fiifEre, les Maire & Echevins demandèrent à Henri IV, le doublement de ce droit, qui avoit déjà été fait précédemment , mais dont ils n’avoient point encore joui ; ce Roi le leur accorda par Arrêt de fon Confeii du 13 Avril 1 $96, pour être perçu conjointement avec l’ancien droit, pendant l’efpace de fept années. Ce doublement leur fut continué de temps en temps félon le befoin, en conféquence de la Déclaration de Louis XIII, du 24 Juillet 1638 : les Maire & Echevins ayant payé es mains du Tréforier de l’épargne 4000 livres en 1640, & idooo livres en 1645 , pour être maintenus dans leurs droits , & être difpenfés de prendre des Lettres de confirmation pendant 12 années, il leur fut permis par Arrêt du 3 Mai 164J , de lever non-feulement le double , mais même le tierce-ment du. droit de Cloifon ; & cet Arrêt eft le premier titre connu de ce triplement, qui n’étoit encore qu’accidentel.
- Mais les befoins allant toujours en augmentant, & la Ville fe trouvant endettée de plus de 300000 livres, tant par fes dépenfes ordinaires, qu’àraifon des taxes quelle avoit payées au Roi en divers temps , Louis XIV, par lès Lettres-Patentes du 21 Juin 1651, permit & oélroya la levée du droit de doublement de Cloifon & tiercemem d’icelui, fur les denrées & marchandifes paflànt par la Ville , les Ponts-de-Cé & Ingrande pendant 9 années, à commencer du jour de l’expiration des 12 années portées par la Déclaration du 24 Juillet 1638.
- Les Maire & Echevins , ainfi en pofleffion des double & triple droits de
- Cloifon ,
- p.716 - vue 259/304
-
-
-
- E T DE SES MINES\ IL PaAt. ÿrf
- Cloifons > les comprirent dans les Baux à fermes qu'ils donnoient , de la Ample Cloifon Sc dès autres droits dont ils jouiflent y Sc entr'autres Baux, dans un fait à Guillaume Mariet, le 14 Juillet 16p6.
- C'efl: dans ces circonftances que dans une aifomblée de tous les ordres de la Ville, & en préfonee, tant de M. le Marquis de Fourille, Gouverneur de la Ville & Château d'Angers, que deM. Hotman, Intendant de Tours U fut procédé le 2 Janvier 1657 à une nouvelle Pancarte des droits de Cloifons, beaucoup plus détaillée Sc mieux développée que celle du y Décembre iyoo, quiétoit tombée en défuétudeô
- Cette Pancarte de 1657 , efl: encore en vigueur aujourd'hui, Sc il n'en a été fait ni reformé aucune autre depuis (1). Il fut feulement le 8 Février 1681 dilpofé un Tarif ou Pancarte dans la forme qui avoit été ordonnée par une Sentence de l'Eleétion d'Angers du 12 Septembre 166$ 9 portant que fur la Pancarte du 2 Janvier 1 6pj, contenant le Jimple, double Sc triple de la Cloifon, il feroit fait deux Extraits, dont l'un ne potteroit que le Jimple de la Cloifon, pour fervir au Fermier de la Ville, Sc l’autre le double & triple pour l'ufage de Rouvelin, Fermier Général du Roi ; ce font ceux dont on fe fort actuellement , l'exécution parôHlant en avoir été encore ordonnée par une Sentence de l’Eleétion du 30 Mars 170y, à l'occâfion de la Déclaration du 3 du même mois qui établiflbit deux fols pour livre fur tous les droits dépendants des Fermes du Roi.
- Cependant les Marchands fréquentants la rivieie de Loire , s'étant dans le temps oppofés à l'enregiftrement des Lettres-Patentes du 21 Juin xôÿi , la perception du double & du triple de la Cloifon, fut fufpendue par deux Arrêts du Parlement des 8 Août 1657, Sc Septembre , pendant les années 16^7 y 58, 59, 60, 61 Sc 62, nonobftant un Arrêt du Confoil du 10 Juillet 165'9 , qui avoit voulu rétablir cette perception»
- Mais le Roi par une Déclaration du 21 Décembre 1647 * ^ont l’exécution fut différée par la guerre de Paris, enfuite par plufieurs autres Réglements confo-lidés par l’Edit de Décembre 1S63 , avoit ordonné à fon profit la jouiffance de la première moitié de tous les oélrois & deniers communs des Villes du Royaume.
- Cette difpofition donna lieu à différentes conteftâtions , entre les Maire Sc Echevins d’Angers, & les Fermiers de Sa Majeflé, elles furent enfin invaria^ blement terminées par un Arrêt contradictoire du Confoil du 14 Juillet 1663 ^ qui lailîànt à la Ville la propriété perpétuelle de fon ancien droit de Jimple Cloifon , réunit pour toujours à la Ferme des Aydes plufieurs octrois j & en-H
- (i) Les Tarifs de 15*00 Sc de 165*7, après avoir déterminé la quotité du droit fur] une infinité de marchandifes, fpécifiées Sc détaillées, finiffent par dire, que pour toutes autres denrées & marchandifes dont n’y efl fait mention, même
- Charbon de Terre• IL Part.
- celles voiturées par les MefTagérs, il fera pris Sc reçu 6 d. oboles pouf livfe^ en exceptant quelques menues deprées qui n^ont pas de rapport à notre objet*
- T 8
- r
- p.717 - vue 260/304
-
-
-
- 7iS DU CHAR B 0 H DE TERRE
- tr’autres, le double Sc le triple de celui de Cloifon, pour en jouir comme en avoient joui ou dû jouir les Maire Sc Echevins , Sc conformement au bail ' de Mariet du 14 Juillet 1656. La double Sc la triple Cloifon reunies, for-, ment le double de la fimple, c’eft-à-dire , que telle marchandifo qui fe trouve tarifée pour la fimple par cent pelant à 3 lois 4 deniers , doit pour la double Sc triple 6 fols 8 deniers.
- La Pancarte du y Décembre 1:500 , porte que ce droit » eft dû fur toutes «fortes de marchandées généralement quelconques, entrant, paflànt , &c. « par la Ville , Fauxbourgs Sc Quintes d’Angers, ou par les Fins ou Metes (i), « d’entre les ponts d’ingrande , les Ponts-de-Cé, le port de Ville-l’Evêque, » par eau ou par terre , en ce compris les ponts Sc palfages montant, baiflànt » ou traverlànt par les rivières de Loire , de Mayenne Sc du Loir, ou par au-« cunes d’icelles.
- 1
- Ce que nous avons oblèrvé en annonçant Phiftoire du droit de Boîte , Sc de celui-ci, touchant les difcuffions & les abus qui peuvent naître à l’occa* fion des impofitîons dont l’origine remonte à des temps fort reculés, eft arrivé pour le droit de Cloifon : fur des énoncés louches & obfcurs portés dans le bail de Mariet en 1656, & dans quelques réglements poftérieurs au Tarif de iyoo , les Maire Sc Echevins d’Angers prétendirent, en 1740 , que les droits de ' Cloifon n’avoient pas lieu fur les marchandifès dans les Fauxbourgs de la Ville , au-delà des barrières : la conteftation fut d’abord jugée en leur faveur , par une Sentence de l’Eleétion du 4 Mars 1741 ; mais le Fermier qui en interjetta appel à la Cour des Aydes, ayant invoqué la teneur du Tarif du y Décembre 1500, & ayant prouvé que les Maire & Echevins avoient eux-mêmès perçu au-delà des barrières, le droit de fimple Cloifon, qui étoit refté à la Ville, la Cour des Aydes par un Arrêt contradiéloire du 21 Mai 1745, infirma la Sentence de l’Eleélion, & confirma la Pancarte de iyoo, Sc le Tarif de 1657 ; enforte que depuis ce temps la perception n’a plus fbulfert de difficulté à cet égard. v
- L’alïujettilfement de toutes les marchandifès non-dénommées dans les Pancartes, aux droits, à raifbn de 6 deniers pour livre de leur valeur , pour la double Sc triple Cloifon, & de 3 deniers pour la fimple Cloifon, a aulîi donné lieu depuis 1657* Sc par fucceffion de temps à l’arbitraire, & à des diftinéfions fur les mar-chandifes non-dénommées ; car dans une infinité de cas, on a cru devoir fe rapprocher du Tarif & du Traité du mois de Septembre 1684, Sc le prendre pour guide, de maniéré que fur les unes le droit ne s’eft perçu qu’au cent pelant, Sc fur les autres qui ont reçu des mains-d’œuvre, il s’eft levé à l’eftimation.
- Les exemptions de ces droits s’étendent fort loin, fur* tous les Habitants
- . (i)On entend par Quinte, les différents territoires 8c arrondiffements qui compofent l’étendue de la jurifdiétion de la Prévôté d’Angers,
- fuivant l’Article XXXV de la Coutume d’Anjou; & les fins 8c metes , lignifient termes ou bornes,
- p.718 - vue 261/304
-
-
-
- ET DË SES
- MINES. IL Part,
- 9
- de la Ville Se des Fauxbourgs d’Angers, aux charges & claufès preferites fur quelques menues denrées , &c. comme nous l’avons annoncé précédemment.
- /
- ApPïtion à la page 636, à placer avant les Obfervarions flir les différentes mefures d’ufàge dans le Commerce du Charbon de terre.
- ARRET DU CONSEIL D’ETAT DU ROIf
- Qui règle les Droits a percevoir fur les Charbons de terre etrangers qül
- viennent dans le Royaume par mer, âcm
- Du 18 Septembre 1763*
- Extrait des Regifires du Confeil d’Etat.
- L E R°i s’étant fait repréfenter ; eii fon Confeil, l’Arrêt rendu en icelui îe f Avril 1761, par lequel Sa Majefté auroit ordonné quà l’entrée de la Province de Bretagne § il feroit perçu fur le barril de Charbon de terre étranger, du poids de deux cents cinquante livres , le même droit de. trente fous, qui étoit établi à l’entrée des Ports de Picardie, Flandre & Normandie , par Arrêts des 6 Juin ôc 17 Août 1741 ; & qu’à l’égard des autres entrées du Royaume, il feroit payé dix-huit fous par même barril, au lieu du droit de douze fols, qui avoit été ordonné par Arrêt du 28 Novembre 1730 ; & Sa Majefté étant informée que cette perception au barril eft fufceptible de difeuffions Ôc d’abus dans les différents Ports, en ce qu’il arrive fouvent que les Capitaines des Navires qui apportent des Charbons, êc les Négociants à qui ils font adreffés, deman* dent à être difpenfés d’en faire déclaration, fous prétexte qu’ils ignorent la quantité de barrils de deux cents cinquante livres que peuvent contenir lefdits Navires ; que les raifons données par les uns, font, qu’en Angleterre où cette marchandife eft à bas prix, elle fe charge fans mefurage ; que les autres , qui conviennent d’un mefurage , allèguent que les mefures dont on fe fert en certains endroits où fe chargent lefdits Charbons, varient fi fort entr’elles, ôt font fi différentes du barril de deux cents cinquante livres, qu’il ne leur eft pas poffible d’en faire la réduction audit barril, & de donner une déclaration jufte ; qu’au moyen de l’inexaCtitude dans les déclarations qui font remifes, & des difficultés , longueurs & embarras qu’entraîne néceflairement le mefurage defdits Charbons, qui , d’ailleurs eft confié aux foins de fimples Gardes-côtes à bord des Navires , on parvient à éviter lé payement de partie defdits droits d’entrée; que ces droits fe trouvant atténués, l’objet dans lequel ils ont été impofés n’eft pas rempli: à quoi étant néceffaire de pourvoir; Ôt Sa Majefté voulant pour cet effet établir une perception plus certaine & uniforme dans tous les Ports du Royaume ; défirant encore donner des preuves plus particulières de fa protection à l’exploitation des Mines du Royaume, en facilitant la circulation des Charbons de terre dans les différentes Provinces : Oui le rapport du fieur Bertin, Confeiller ordinaire au Confeil Royal, Contrôleur des Finances ; Le Roi étant en fon Confeil, a ordonné & ordonne, qu’à l’avenir & à compter du jour delà publication du préfent Arrêt, il fera perçu dans tous les Ports du Royaume, fur les Charbons de terre qui y viendront par tuer de l’étranger > douze livres par tonneau de mer, fuivant la continence à morte*charge (0> des Navires par iefquels ils feront apportés. Veut néanmoins Sa Majefté que ledit
- (1) Dans le Commerce de mer, on appelle Vaijfcau à morts-charge, un vailfeau qui n’a pas fa charge entière.
- p.719 - vue 262/304
-
-
-
- 7ïo . DV CHARBON Dé TERRÉ
- 'droit ïîe foit levé que fur la continence de la cale entière , s’il n’y a aucuns Charbons chargés fur fentre-pont : enjoint à cet effet à tous Capitaines de Navires de faire dans les vingt-quatre heures de leur arrivée, déclaration exaête du nombre de tonneaux que jaugeront leurs Navires , en obfervant de diftinguer, dans le cas feulement où il n’y auroit aucun chargement de Charbons fur fentre-pont 9 la jauge (i) de la cale daVec celle dudit entrepont! veut Sa Majeffé que fi après la jauge faite , la continence du Navire ne fe trouve excéder celle portée par la déclaration que d’un dixième ôt au-deffous , il ne foit payé que les frais de la jauge & Te droit de douze livres par tonneau 9 à raifon de la quantité de tonneaux vérifiés : que fi la continence du Navire excede la déclaration de plus du dixième, lefdits Capitaines foient condamnés à une amende de cent livres (2), par chaque tonneau non déclaré, indépendamment des droits , frais & dépens ; laquelle amende ne pourra être, fous quelque raifon & prétexte que ce puiffe être, remife ni modérée. A l’éa gard des Charbons de terre qui viendront de l’étranger parterre , les droits d’entrée continueront à en être payés cbmme par le palfé : ordonne Sa Majefté que les Charbons de terre qui feront tranfportés dans les différentes Provinces du Royaume, tant des cinq groffes Fermes , que réputées étrangères 9 jouiront à leur circulation dans ces différentes Provinces , de l’exemption de tous droits de Traites. Et fera le préfent Arrêt lu 9 publié & affiché par-tout où befoin fera. Fait au Confeil d’Etat du Roi, Sa Majefté y étant , tenu à Verfailles le dix-huit Septembre mil fept cent foixante-trois, Signé, Phelypeaux.
- Du Jaugeage des Bâtiments de mer, page 634*
- On appelle Jaugeage, Fart dé rnëfoifer la capacité ou le contenu de toutes fortes de vaifleaux.
- L’ancienne maniéré ufitée à Bordeaux pour rapporter à une mefure connue la capacité d’un vaifleau , 8c réduire les marchandées au tonneau de mer, étoit fort fimple ; en voici la méthode , telle quelle eft rapportée dans le Diélion-, naire du Commerce de Savary (3).
- » Les Vijiteurs dtifjiie prennent les dîmenfïons des Vaifleaux, avec leur cordeau y> ou chaînette , lavoir de la longueur, de la largeur, de la profondeur, ou Calai* » fon, pour en lavoir le port, & combien ils peuvent contenir de tonneaux.
- » Quand le vaifTeau eft jaugé, les Vifiteurs dreflent un état de fa Car gai» r> fin, c’eft-à-dire , de toutes les marchandées qui ont été déclarées devoir en » faire la charge. Cet état s’inforit for une feuille volante , qu on nomme un » Portatif.
- y> Cela fait, ils réduifent les marchandifes au tonneau de mer, & compa-» rent enfoite le premier produit de tonneaux qu’a donné l’opération de la » jauge, avec le nombre de tonneaux , foivant la cargaifon des marchandées.
- (1) Cet Article des mefures comparées enfem-ble, & le jaugeage des Navires, étant fujet à des difficultés, nous rerminerons ces additions par des éclairciffements relatifs à cette matière.
- (2) jo livres de plus que celle portée par
- l’Article VII dé l’Arrêt du Confeil du ip Avril 1701, portant Réglement pour le payement du droit de fret.
- (3) Etat général du Commerce de l’Europe. Art. des Vifiteurs d'ijjite. Tom. 1, pag. f j.
- » La
- p.720 - vue 263/304
-
-
-
- *
- ET DE SES MINES. IL Par*
- » La comparaifon des deux produits étant faite , ils prennent une mefiire î) proportionnelle fur laquelle ils jugent de la véritable capacité, & du port t> réel du Vaiflèau.
- » Il faut remarquer qu'avant de comparer enfemble les deux prodùits , les » Vifîteurs ajoutent toujours dix pour cent de tonneaux, au produit de la car-»gaifon , enforte qu'un Vaiflèau chargé de cent tonneaux de marchandifes, » ils le tirent pour cent dix tonneaux.
- Le Jaugeage des Bâtiments de mer eft le plus difficile ; la difficulté confifte, (i) « en ce que chacune des deux coupes horizontales du Vaiflèau a » une circonférence ou un contour très-bilàrre, formé de différentes portions » de courbes différentes, &de plus, en ce que les deux coupes ont des contours » très'différents ; ainfi la Géométrie doit défefpérer d'en avoir les aires: quant » à la diftànce des deux plans, qui eft la hauteur du folide qu'ils comprennent , » il eft très-aifé de la prendre immédiatement.
- » La lumière de la Géométrie manquant, les hommes ont, pour ainfi dire , » été abandonnés chacun à Ion fens particulier ; en différentes Nations, en » différents Ports d'une même Nation, & en différents temps, on a pris diffé-» rentes maniérés de jauger.
- » Comme ce jaugeage a pour objet de lavoir ce que les Vaiflèaux de mer « peuvent contenir de marchandâtes, outre toutes les * choies néceflàires pour » faire voyage , parce qu'il fe leve des droits fur ces marchandifes, on appelle « proprement jaugeage des Vaiffeaux, non de la capacité entière de leur creux » ou vuide , mais feulement de la partie de cette capacité que les marchandifes » peuvent remplir ; ainfi le Vaiflèau étant conftruit, Sr pourvu feulement de « tout ce qui lui eft néceflàire pour le voyage, il enfonce dans l’eau, d’une » certaine quantité, & jufqu'à une ligne qu'on appelle Ugûe de teau ; fi de »plus on le charge de toutes les marchandifes qu’il peut porter commodé-» ment ou fens péril, il enfonce beaucoup davantage, & jufquà une autre » ligne qu’on appelle ligne du fort, parce que la diftànce de cette ligne, jufe » qu’à celle où le vaiflèau feroit près de fubmerger, fe prend par rapport au » milieu du vaiflèau qui en eft la partie la plus baflè , Sc en même-temps la plus » large, qu'on appelle le fort, la ligne du fort.
- » La ligne du fort, dans un vaiflèau auffi chargé qu'il peut l'être, eft ordi* » nairement un pied au-deflous du fort ; la ligne de l’eau & celle du fort, font «toutes deux horizontales, & par conféquent parallèles ; & il faut concevoir » que par elles paflènt deux feélions ou coupes du vaiflèau, qui font auffi » deux plans horizontaux. Il eft vifible que c eft entre ces deux plans qu eft « comprife toute la capacité du vaiflèau que les marchandifes occupent ou peu-» vent occuper : c’eft elle qui doit les droits, & qu'il faut jauger. Le volume
- ( i ) Extrait de l’Encyclopédie , Tome VIII, au mot Jaugeage,
- Charbon de Terre. IL. Part, VS
- p.721 - vue 264/304
-
-
-
- 7âi DU CHARBON DE TERRE
- » d’eau qui la rempliroit, eft d’un poids égal à celui des marchandées ; 5c fi » on fait quel eft ce volume, & par conféquent fon poids , ( car un pied cube » d’eau pefe^2 livres, ) on lait le poids des marchandifès du vaifleau.
- Obfervadons particulières fur les poids & mefures comparés.
- La plupart des Nations,chez qui le Commerce fleurit, ont leurs poids particuliers défignés par différents noms, comme on a eu occafion de le voir dans le courant de cet Ouvrage ; chacun de ces poids , fes diyifions & pefan-teurs, différent fuivant les denrées, fuivant les Provinces , &C.
- Cette diverfité de poids, fimpoflibilit.é de la réduction exaéte des diffé* rents poids établis “même dans une feule Nation, font un des articles les plus embarraflants du Commerce.
- La livre de Londres, eft de quatorze onces, cinq huitièmes.
- Par toute la France la livre n eft pas la même ; à Paris , elle eft de fèize onces ; à Touloufe, & dans tout le haut Languedoc, la livre quon appelle poids de table , n’eft que de treize onces & demie du poids de Paris ; à Lyon , la livre poids de Ville, n’eft que de quatorze onces, enforte que too livres de Lyon, ne valent que 88 livres de Paris.
- A Marfeilley Sc dans toute la Provence, la livre eft de treize onces du poids de Paris.
- A Rouen, outre la livre commune de Paris, ils ont le poids de Vicomté (i), dont la livre eft de feize onces, cinq gros, huit grains Sc deux troifiemes.
- Quoique les mefurec de Charbon au poids varient néceflairement par les raifons que l’on a préfentées à leur place, les obferyations de MM. Peronnet Sc Layoifier, fur'le poids du demi-minot, d’où s’enfuit celui du minot 9 ont l’avantage de donner la facilité d’eftimer au poids différentes mefures inconnues , par approximation avec notre minot ou notre demi-minot de Paris.
- Le poids moyen d’un pied cube de Charbon de terre, ou pour parler plus exaélement, d’une mefure de Charbon de terre d’un pied cube de capacité, eft, comme on l’a vu d’après M. de Voglie, page 6yj , depuis 60 jufqu’à 6$ livres, Sc d’après les expériences de MM. Peronnet Sc Lavoifier 9 de 6% livres. D’après cela, il feroit peut-être poflible d’eftimer les différentes mefures au poids, par approximation avec notre minot, qui en conféquence , pefè pour un Charbon 18z , Sc pour un autre 186 ; ceft-à-dire de i8o à 186 livres.
- Le Galon d’ufage en Angleterre, fe trouve précifément pefèr depuis $6 jufqu’à 6z livres ( 2 ). 63 Galons font le muid ou la banque , page $43*
- (1) Jurifdiâion qui connoîtla Police des rivières, & tout ce qui regarde les poid? Sc mefures,& droits de Vicomté.
- (2) II différé peu du Galon connu à Caen, en Ba.fferNonnandie.
- p.722 - vue 265/304
-
-
-
- ET DE SES MINES. ît Part. ?n
- Galons font la pipe> Sc 25*2 Galons font le tonneau*
- Dix de ces Galons reviennent à une autre mefure ufîtée pour les grains dans quelques endroits d’Angleterre, particuliérement à Newcaftle, & qu’on nomme Quartiere• A Morlaix , en Bretagne , il y a aulïi une mefure de grains qui s’appelle du même nom quartiere ; les 18 quartieres dans cet endroit font le tonneau de Morlaix, qui eft de dix pour cent plus fort que le tonneau de Nantes.
- Un Arrêt du Confeil du 31 Oélobre I74r > àu Charbons de terré §
- portés en grenier à Caen & au Havre , làns déclaration de quantité, donne à penfèr qu’il venoit des Charbons d’Angleterre dans des quartieres , ou me-forés à cette mefure , dont les Marchands prétendoient ne favoir faire l’évaluation avec les mefores de France ; on eftime qu’il faut cinquante Quartieres pour faire le Lafl (1) ; nommé ailleurs par corruption Leth, Lecht, Lefi, Laflret Il ne nous refte rien à dire for les mefores d’Angleterre, dont nous avons fait connoître les contenances , pour le chalder à Newcaftle, page 413 , à Londres , page 41<5, pour le fie , page 437, pour la mefore de bon compte * qui eft ordinairement un excédent d’une vingtaine par cent, exprimé par le mot; Score. Voyez page 432, pour la mefore dont on fe fert pour les denrées fe* ches qui viennent par eau, comme Huîtres & Charbon, & appellée Water meafire , mefore d’eau , mefore de quai, page 437.
- Nous allons maintenant nous occuper des différentes charges & mefores ufitées en France , de leurs prix en différents temps & de leurs poids ; il fem-ble allez naturel de commencer par les plus fortes charges qui, fans contredit,; font celles de mer connues fous les noms de Tonnenu, Bdrril ou Barrique, Pipe, &c. appellées encore autrement dans différentes Provinces.
- Port d’un Vaiffeau, Portée ; ce mot fo prend pour exprimer la capacité des Vaiflèaux, ce que l’on fpécifie par le nombre de Tonneaux que le Vaiflèau peut contenir. Ainfi on dit qu’un Vaiffeau eft du Port de deux cents tonneaux, pour dire que fà capacité eft telle qu’il pourroit porter une charge de quatre cents mille livres, parce que chaque tonneau eft pris pour un poids de deux mille livres. On compte qu’un tel Vaiffeau chargé de deux cents tonneaux, occupe, en enfonçant, un efpace qui contiendroit deux cents tonneaux de mer ; foivant l’Ordonnance, il n’eft réputé y avoir erreur en la déclaration de la portée du Vaiffeau, fi dans cette déclaration on ne fe trompe que d’un dixième.
- Tonneau fe prend fou vent pour unBoucaut, ou quelque grande Futaille; c eft un cube dont la longueur, la largeur & la hauteur ont chacune 4 pieds 8 pouces, 9 lignes deux tiers, pied-de-Roi ; mais le principal ufage
- (1) Ce mot Anglois qui a paffé chez plufieurs Nations commerçantes, défigne une quantité convenue Sc différente félon Tes marchandifes î ainfi on dit un lafl de harengs, un lafl de bled ; c® qui revient au mot charge, ufité en plufieur_s
- pays, Sc qui exprime un poids différent félon les pays ; d’où, fans doute, lafl, en plufieurs endroits, veut dire en terme de navigation charge, Sc d’où eft encore peut-être venu l’ex^s prefion lefter,
- p.723 - vue 266/304
-
-
-
- 7î4) DU CHARBON DE TERRE
- de ce mot dans le Commerce, efl de fignifier quatre barriques, ou la Cotttéftaftce en particulier de quatre barriques. Le même mot défigne encore la pefànteur de deux mille livres poids de marc (i) , & le port ou la capacité des Navires.
- Les Belandes (a), dont on fe fert principalement dans la baffe Flandre pour tranlporter fur les canaux & fur les rivières le Charbon de terre, & pour le déchargement des grands batiments arrivants dans le Port de Dunkerque , ont une capacité qui va jufqu’à 80 tonneaux.
- Le Tonneau d'arrimage (3) , eft de quarante-deux pieds cubes. Voye1 Tonneau de mer, page 570, compofé de 36 Barriques, pages 636,538.
- Le Barril, dont l’étalon eft fixé à deux cents cinquante livres poids de marc ; voye{ page 570, eft encore évalué différemment dans quelques provinces maritimes de France ; voye^pages ^43 & £44.
- Un Privilège de la Sénéchauffée de Bordeaux ; eft d’avoir de grandes Barriques exclufivement à tout autre pays 5 celles de la haute Guyenne doivent être plus petites au moins dun cinquième : cela a été réglé par plufieurs Arrêts.
- La barrique Bordeloifè doit avoir 2 pieds ro pouces de long; elle doit avoir de groffeur, au milieu 011 eft la bonde 6 pieds 8 pouces, & aux deux côtés vis-à-vis les jables , y pieds 1 r pouces.
- Muid, avant que le Charbon de terre payât les droits par barril, le Charbon d’Angleterre & d’Ecofle payoit au Bureau général dè la Rochelle, par muid, compofé de 80 Bailles (4) ou Panniers.
- A Rouen & en baffe-Normandie , le Charbon de terre de Litry fe vend au cent (5) , qui eft compofé de cent cinq Barrils (6), & qui paye deux livres de droit, au profit de la Chambre de Commerce , en conféquence d’un Arrêt du Confeil du 19 Juin 1703 (7).
- . Comporte, Baille, Albigeois, mefure pefànt environ 280 liv. net à Bordeaux.
- Ferrât, mefure avec laquelle on mefure le Charbon à Gaillac ( fur le Tarne ) qui eft l’entrepôt du Charbon de Carmeau (8) ; il faut environ
- (1) Poids de 8 onces: c’eft par cette raîfbn qu’à Paris ,8c dans toutes les Villes de l’Europe , quand on parle d’une livre poids de marc, on l’entend toujours d’une livre pelant feize onces ou deux marcs.
- (2) Ou Belandres ; en terme de Marine, c’eft un petit bâtiment de mer, qui eft fort plat de varangues , qui a fon appareil de mâts 8c de voiles femblable à celui d’un Heu, 8c dont la couverte, ou le tillac ou pont, s’élèvent de proue à pouppe d’un demi-pied plus bas que le plat-bord j outre qu’entre le plat-bord & le tillac, il y a un efpace d’environ un pied 8c demi qui régné en bas, tant à ftribord qu’à bas-bord, tes plus grandes Belandres peuvent fe conduire par trois ou quatre perfonnes : elles vont à la bouline comme le Heu, 8c ont pour cela des femelles
- (3) On appelle Arrimage, la dépoli tion, l’ordre & l’arrangement de la cargaifon du Vaif-feau, de même que l’adion de ranger la marchandée dans le fond de cale : cette fonction
- \
- eft attachée dans quelques Ports de nier, &fîn« guliérement dans ceux de la Guyenne 8c dans le pays d’Aunis, à de bas Officiers de Port, nommés par cette raifon Arrumeurs : ceux à qui appartiennent les marchandées payent à cet effet un droit.
- (4) Baille lignifiant un vaiffeau en forme de barrique ou de bacquet, en ufage fur quelques bâtiments de mer, deftiné à différentes chofes.
- (5) Terme dont on fe fert fouvent dans le Commerce , pour exprimer une certaine quan? tité des chofes dont on trafique.
- (6) Ce barril eft de la contenance de quatre boiffeaux combles.
- (7) Portant réglement pour l’établiffenient de
- cette Chambre dans la Ville de Rouen , avec le Tarif des droits que le Roi veut 8c ordonne être levés fur les marchandifes qui entreront dans ladite Ville de Rouen. r ,
- (8) Il paroît, que le Douillard dont il a ete parlé page $3 8 , eft aujourd’hui de peu d’ufage.
- JIOO
- p.724 - vue 267/304
-
-
-
- Éf DÈ SES MINES. IL Fart.
- ïiôo ferrats pour un tonneau , & plutôt plus que moins : il en côûte de voi-^ ture de Gaillac à Bordeaux, deux fois fix deniers , ou deux fols neuf deniers, 8c quelquefois trois fols par ferrât, ce qui revient à 170 ou 180 livres pat tonneau, compofé de cent Comportes. Voycépage 538*
- Le Charbon de terre de Carmeau, à deux lieues d’Albÿ , connu à Bordeaux pour Charbon dé Gaillac , fè vend à Bordeaux 400 livres le tonneau.
- Dans ce Port , le tonneau de Charbon de Newcaftle compofé de cent comportes , & de 80 bailles, pefe environ de 230 à 240 livres : il fo ven-doit en 1764, 4J0 à 480 livres.
- Le Charbon d’Irlande y a valu pendant un temps de 120 à 130° livres dë moins par tonneau.
- Charge eft encore différentë, félon qu elle efi portée par des animaux ou autrement.
- La Charge Nantoife efl: de 306 livres Nantoifés ; celle des Mines dé Lÿonnois efl aulli du même poids.
- La Charge des Bateaux efl quelquefois appelléé Nave’é.
- 'Mefure : aux fofles du Hainaut François , la mefure pefe 230 livres , & s’efl vendue 22 fols 6 deniers : avant la découverte de ces Mines, la même mefuré de Charbon Autrichien ( 1 ) fe vendoit 37 fols 6 deniers à Valenciennes.
- Les deux demi-barrils font, pour la quantité & pour le poids, la même mefure que la demie-RaJîere de Dunkerque.
- La Rajîere de terre ne pefe que 245 livres ; celle de Flandres, nommée ! Dunkerque Audi, pefe (mefure de mer) 280 livres.
- (1) La Wague ou Vague de Charbon, d’ufage au Pays Môntois, efl évaluée dans les Ordonnance^ de France ,à 1^ livres. ,
- Fin de la troijieme Section*
- gÎBCNAivJ
- * RESERVA
- Charbon de Terre. IL Partie.
- X 8
- p.725 - vue 268/304
-
-
-
- -> <
- y;-'
- \ - r t 4 rt-i
- \ .
- 'HPWÏWK
- ( N1 •. ^ • _ '.•
- p.n.n. - vue 269/304
-
-
-
- pl.1 - vue 270/304
-
-
-
- p.n.n. - vue 271/304
-
-
-
- w
- .MINES DE CSABBONDE TERRE DU I-YORROIS 7W, Tl. YXXVTTT.
- pl.2 - vue 272/304
-
-
-
- p.n.n. - vue 273/304
-
-
-
- pl.3 - vue 274/304
-
-
-
- p.n.n. - vue 275/304
-
-
-
- pl.4 - vue 276/304
-
-
-
- p.n.n. - vue 277/304
-
-
-
- COUTE UES OUVJRAGES X>E CHA_RBOJNT UE JVtOJSTTlŒUAIS, EH ME'JA&KE
- Des/2 me en xySy pat' xVf De Voûlie Jita erueuv deie J’ojitx? et Chatt/iceir
- pl.5 - vue 278/304
-
-
-
- p.n.n. - vue 279/304
-
-
-
- pl.6 - vue 280/304
-
-
-
- r\ <
- 'V
- - .y i ^
- • --
- » *• •
- V.
- " •*; •
- .•' *;
- < } . ;
- \
- riv.
- J -s;. ' •* A M.
- S
- f-...
- ; Ày-
- p.n.n. - vue 281/304
-
-
-
- ZDXE'FBBEîïS PEKDAGBS X>E VEHsIES jde ckarbon
- ë^art.M.JCLJl
- pl.7 - vue 282/304
-
-
-
- à
- i
- ;
- r
- ï
- !
- . : .
- V-> ; V . ' > *
- • 1. ’ ". ' ' 1
- '• C
- -v.
- * ‘ {
- , v.
- J
- i
- \
- p.n.n. - vue 283/304
-
-
-
- pl.8 - vue 284/304
-
-
-
- p.n.n. - vue 285/304
-
-
-
- AXRAGE des mines de charbons
- ^ ? -Part. -PI - XL IV.
- J?e*Pirard tfcu/f
- pl.9 - vue 286/304
-
-
-
- 1
- . : .. $ ....... . .! - ..... *
- f
- H
- J
- i
- *1 .
- i
- '1
- 9
- a
- , i
- 1
- *1
- (
- i
- «rAtt-v
- J
- >
- p.n.n. - vue 287/304
-
-
-
- pl.10 - vue 288/304
-
-
-
- p.n.n. - vue 289/304
-
-
-
- pl.11 - vue 290/304
-
-
-
- 1
- l
- r-
- 1
- t
- - A
- t ''.t:'.;.'
- > ; ; rc,
- /
- '.i.
- X-
- v'
- t
- \
- i
- *-
- -4
- il
- *
- p.n.n. - vue 291/304
-
-
-
- T^ACTLIKB A TT^U DE liA- MIN B X>B GUTEF, COMTE PB WARWICK XûJart.FlXLTl[,
- JFeô'j'ard Jcidjp,
- /
- pl.12 - vue 292/304
-
-
-
- V-.-
- ' yi ; . *.. . 'V \ *. »
- '•• •. •<*•• . -y y, <yj*e'v’
- > • tri”- t - . •
- -VÎT;
- •*
- “1
- ' i-
- •• S
- V:«
- 4
- ; '-\f
- t
- i
- p.n.n. - vue 293/304
-
-
-
- V
- MACîCnSTE A IEB TTX>B IA JVŒSTË IDE (TRIEF, COMTB DE mBWICK iFarfrFlJOEVIIT.
- fcïTntimn——nw^MMi—ntr—i '
- \
- pl.13 - vue 294/304
-
-
-
- A * » :.i) *
- i
- ?
- V
- /
- /
- 1
- \
- r
- r„
- i
- i
- ;
- «
- \
- i
- y;--- (.
- I .
- i-î
- /
- \
- p.n.n. - vue 295/304
-
-
-
- pl.14 - vue 296/304
-
-
-
- p.n.n. - vue 297/304
-
-
-
- pl.15 - vue 298/304
-
-
-
- p.n.n. - vue 299/304
-
-
-
- 6 T^iACHIKF/A FEUJXBLA JMXtJE DE IKJîSJ^E/HAXSAUT PBANÇOIS XeFart. JPL. IjI.
- Jf'CiSU'arJ Scalp,
- pl.16 - vue 300/304
-
-
-
- : i :
- v:-
- •*
- ' f'î .*î
- ÿjj; ' •
- ..iv"'-, V
- ‘VJSie
- . •• *v.
- M'?-. >
- p.n.n. - vue 301/304
-
-
-
- jvïACBÏNB A PB TJ PB XtA -MXNB PP PBES^Ey3iAXNAPT PRAJSTÇOIS ^ flarù.TL LU .
- J?w. J. -p
- pl.17 - vue 302/304
-
-
-
- 1
- %
- .3'
- *
- r;-&
- s
- . a
- *
- V
- 3
- /
- p.n.n. - vue 303/304
-
-
-
- pl.18 - vue 304/304
-
-