Descriptions des arts et métiers
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- Par M. FO U R C R O Y DE RAMECOURT,
- Colonel d'infanterie, Ingénieur ordinaire du Roi en chef à Calais, 4/Jocié libre de l’Académie Royale des Sciences & Arts de AletZa.
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- CHAUFOURNIER
- Par M. FOUR.CROY DE RAMEQOÜRT.
- ï.Le Chaufournier, proprement dit, borne Ton Art à convertir en Chaux la pierre qui en eft le plus naturellement fufceptible. Comme il faut que cette pierre ait été tirée de la carrière , tout homme qui par fou métier de Chaufournier , ou pour l’entreprife de quelque grande conftruc-tion, a befoin de fabriquer beaucoup de Chaux, doit exploiter les carrières en même temps que les Fours à Chaux ; & même pour y trouver (on compte, il faut ordinairement qu’il fourniffe la pierre de taille & le moëllon des bâtiments en même temps que la Chaux : quiconque dirige de grands travaux doit avoir au moins des notions claires de l’un & l’autre attelier, & de plus avoir étudié la Chaux de fon canton dans fes effets, 8c fçavoir la traiter convenablement a la duree des édifices & a 1 économie de leur établiffement.
- Nulla ars non alterius artis
- Aut mater aut propinqua eft. ( Nicol. de la Grand. Ch. 6.)
- Mais cette intime liaifon de plufieurs Arts entre eux, loin de nous obliger à les décrire enfemble, exige des détails particuliers fur chacun d’eux. Tous les travaux du Carrier ne font pas - néceffaires pour la Pierre à Chaux ; ainfi j’en rapporterai feulement par occafion quelques-uns qui n’ont guere d’autre objet que les Chaufours* ‘
- 2. L’Art du Chaufournier , tel qu’il fe pratique , n’exige pas beaucoup d’induftrie. J’ai fuivi ou raffemblé les procédés que l’on y emploie fur nos frontières depuis le Rhin jufqu’à Calais, ainfi que dans d’autres Provinces du Royaume, & je les ai trouvé peu variés. Cependant je ne compte pas donner ici tout ce qui concerne cet Art. Je qai jamais vu fabriquer la Chaufournier. ^
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- a ART DU CHAUFOURNIER.
- Chaux de cailloux ( Acad. 1721. p. 269. ) ni celle de coquilles, dont on fait ufage en Hollande, en Bretagne & ailleurs. Je n’ai point vu certains Fours à Chaux que j’indiquerai ; mais M. Duhamel qui veut bien fuivre l'édition de mes Mémoires, joindra fans doute à mes recherches de Tes excellentes notes, par lefquelles il fçait compléter les écrits du genre de celui-ci, qu’il veut bien fe charger de préfenter à l’Académie: il me pa-roît auffi que M. de Reaumur a travaillé à la defcription des différentes maniérés de faire la Chaux (Acad. 1721. p. 270.).
- J’ai été fècouru pour compofer ce Mémoire par plufieurs Officiers du Corps où je fers, & autres Citoyens qui ayant à cœur comme moi de voir étendre la connoiffance de tous les Arts , pour l’économie des fonds du Roi & des particuliers, ont bien voulu m’aider d’obfervations que je n’a-vois pas été à portée de faire par moi-même» Je les citerai avec recon^ noiflànce aux Articles que chacun d’eux m’a fournis.
- Du choix de la Pierre à Chaux. *
- 3. Le Chaufournier ignore communément les diftinétions & les reftrio tions que les Phyficiens ont admifes entre les pierres calcaires.' La pierre blanche, ou prefque blanche, c’eft-à-dire, marneufe ou crétacée, qui, à proportion quelle eft plus tendre, fournit ordinairement la Chaux de moindre qualité; & la pierre dure, bleue, noire, veinée de plufieurs couleurs; ou de la nature des marbres : c’efl à peu-près tout ce qu’il connoît pour fes fours. Si nous voulions fixer plus particuliérement, & relativement à l’Ar-i chiteclure, le nom de Pierre-à-chaux fur quelque efpece , comme l’ont
- * On n’a rien trouvé dans le dépôt de l’Académie qui eût rapport à la cuiffon de la Chaux ; ainfi toutes les Planches ont été gravées fur les delfeins de M. Fourcroy, & on y reconnoîc, ainfi que dans le difcours, l’exa&itude 8c la clarté qui le trouvent dans tous les Mémoires de cet Auteur , 8c qu’on a déjà remarquées dans ceux qu’il a donnés à l’Académie fur les grands Fours à cuire la brique. Ainfi, malgré la permifiion que m’a donnée M; Fourcroy, mes Notes ne renfermeront que des chofes très-peu intérefFantes.
- On diftingue en général les pierres en deux claffes, fçavoir les pierres calcaires & les pierres vitrifiables : les premières étant expofées à une violente calcination fe réduifent en Chaux, 8c les autres fe convertirent en verre.
- Les pierres calcaires font la craie, le marbre, le fpath, la marne , les coquilles fraîches ou fofîi-les , les madrépores 8c plufieurs pierres à bâtir qui tiennent de quelques-unes de ces fubflances.
- Les pierres vitrifiables font les ûlex, les agates, les cailloux, les fables, quelques efpeces d’ardoi-fes , les granités, &c.
- Cependant il y a quelques pierres qui à l’infpec-tion iemblent des filex, 8c qui néanmoins fe con-vertiffent en Chaux.
- On peut, fans avoir recours à la calcination, diltinguer aiiément les pierres calcaires des vitrifiables * car les vitrifiables refirent à Taétion des
- acides, qui diffolvent les pierres calcaires. Cependant l’albâtre 8c le gyps qu’on peut regarder comme des pierres calcaires , ne font point attaqua-1 blés par les acides, parce que dans ces pierres la partie calcaire elt chargée d’acide virriolique.
- 11 ne faut quelquefois que de légères circonf-tances pour changer une pierre calcaire en une vitrifiable ; les fubflances vitrifiables leur donnent fouvent cette propriété : c’eft pourquoi quand il fe trouve dans un Four à Chaux une pierre vitri-fîable entre des pierres calcaires, il le forme une groffe maffe à demi-vitrifiée qui fait bien du tort au Chaufournier; bien plus, ayant mêlé enfemble de l’efpece de l’ardoile qui ne fe vitrifie pas 8c une pierre calcaire, ces deux fubflances , non vitrifiables, lorfqu’elles font calcinées féparément, fe font vitrifiées étant mêlées enfemble. Au refie quand je dis qu’il ne faut quelquefois que de lé-, gères circonflances pour changer une pierre calcaire en une vitrifiable, je dois faire obierver qu’il ne s’agit point des pierres expofées à des feux d’une violence extraordinaire, puifqu’on fçait que le grand miroir ardent de l’Académie fond des fubflances qui réfiflent conflamment aux feux de nos fourneaux.
- On peut dire en général, comme le remarque M. Fourcroy, que les pierres les plus dures font celles qui font la meilleure Chaux.
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- fait à d’autres égards pluGeurs Lithologues, il femble que ce devroit être fur une pierre propre à donner la meilleure Chaux, & qui ne fût bonne à aucun autre ufage: nous en allons voir un exemple. On pourroit cependant dire en général que plus une pierre approche d'être marbre, Sc meilleure eft la Chaux quelle produit, * Il celle dont je vais parler ne paroiffoit former une exception à ce principe.
- De la meilleure Chaux connue.
- 4. La meilleure Chaux de notre frontière au Nord, & peut-être suffi la plus parfaite qui foit connue jufqu’à préfent, eft, je crois, celle qui fe fait dans les environs de Metz, Thionville, Sc Bitfche. Elle me paroît fupérieure à la Chaux forte dePiedmont Sc d’Italie, à celle des environs d’Alais. ( Acad. 1746,1749) & à toutes les autres efpèces dont il eft parlé dans différents Auteurs. Je n ai pas demeuré long-temps à Metz , & j'y étois chargé d’unfervice qui ne m’a pas permis de faire fur cette Chaux & fur la pierre qui la fournit, autant d’épreuves que je l’aurois fouhaité. Je ne doute pas que la Société Royale des Sciences Sc Arts de Metz, ne nous faffe connoître cette partie de l’Hiftoire naturelle de la Lorraine , que les propriétés d’une telle Chaux rendent intéreflànte pour tout le monde.Mais j'y ai raffemblé différents Mémoires Sc obfervations dont je ferai ufage pour parler de fes effets & de là fabrication, làuf les erreurs que mes Confrères dans cette Société font à portée de reétifier, 1
- y. On lit dans le Livre, affez finguliérement intitulé la Science des Ingénieurs, quoiqu’il contienne de bons détails, (Liv. 3. Chap. 3.) « qu’une quantité » de cette Chaux, fufée dans des trous bien couverts de fable, s’eft trouvée » l’année fuivante auffi dure que la pierre ; qu’il a fallu la caffer avec des » coins de fer, & l’employer comme du moellon; qu’à Metz toutes les Caves en s> font faites » comme on le pratique à Rome avec la Pozzolane Sc la Chaux forte, mais « fans autre mélange que du gros gravier de riviere ; qu’il n’y » entre ni pierres ni briques ; Sc que quand ce mortier a fait corps, les pics les » mieux acérés n’y peuvent mordre ». J’ai reconnu par moi-même qu’il y a dans le pays deux façons d’employer cette Chaux.
- Première façon d'employer la chaux de Lorraine.
- La première eft de l'étouffer en monceaux de 40 à 80 pieds cubes, fous ur couche de moyen fable de riviere bien pur, de deux poucesd’épaiffeur, qi
- * J'ai fait de la Chaux avec du Marbre blanc ; elle étoit très-bonne Sc d'une blancheur à éblouir, & étant éteinte, elle fe deflecha & prit corps, fans être mêlée avec aucun Sable, au point qu’on ne pouvoic plus en faire du mortier, & le deffus étoit
- brillant comme la couverte de la Porcelaine. Cette Chaux de marbre auroit été excellente pour les peintures en impreffion. Le marbre noir fait de la Chaux très-blanche.
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- Fon arrofe légèrement d’un peu d’eau par-deffus. Au bout de 24 heures la Chaux fe trouve réduite en poufïiere, à-peu-près comme fi elle avoir été éteinte par défaillances on y ajoute alors encore du fable, en forte qu’il y en ait en total au moins le double en cube de ce que l’on a mefuré de Chaux vive, & de l’eau ce qu’il en faut pour pouvoir bien mêler Sc corroyer le tout enfemble; puis on l’emploie fur le champ. Si l’on veut la garder quelque temps éteinte, îlne faut y mêler que la première portion de fable qui a fervi à l’étouffer; parce quen y mêlant deux tiers de fable contre un tiers de Chaux, le mortier fe trouve pris au bout de ry jours, Sc ne peut plus être employé.
- Seconde façon.
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- 6. La fécondé façon d’employer cette Chaux efl: celle qui fait prînci^ paiement connoître fa force de fon âpreté. M. de Cormontaingne , mort en 17/2 Maréchal-de-Camp, Directeur des Fortifications dans les Evêchés, & l’un des plus fçavants Ingénieurs ordinaires que le Roi ait jamais eu, dit dans un Mémoire particulier fur les mines: « Il n’y a pas de pays au monde qui » ait de fi bonne Chaux que Metz, où elle a la qualité de durcir encore » plus vite dans l’eau qu’à l’air. On fçait par mille expériences qu’il fuffit » de mêler cette Chaux avec de gros gravier au lieu de fable ordinaire > » fans y jetter d’eau, mais fe contentant de retourner plufieurs fois la Chaux Sc » le gravier à fec pour les bien mêler enfemble ; ce que l’on nomme dans » le pays, de la Chaux retournée. On la jette en cet état le plus doucement » que l’on peut dans l’eau (de la riviere) derrière une haie de charpente, » pour empêcher quelle ne foit tourmentée & délavée par le flot ou le » courant. Elle y durcit en moins d’un an comme le plus fort rocher, quoiqu’on » n’y ait mêlé ni (autres) pierres ni moellons. Mais cela fait des maçon-» neries très-couteufes. Pour les rendre un peu moins cheres, on jette dans » ces coffres alternativement une brouette de Chaux retournée & une brouette » de moellons ». Sans autre précaution, ce mélange prend de même,& réufîit parfaitement à former le rocher. Cette Chaux, que j’appellerai Chaux âpre de Lorraine, mérite affurément bien d’être connue par des détails particuliers.
- Pierre qui 'produit la Chaux de Lorraine.
- 7. Elle eft faite avec une pierre prefque noire, ou d’un bleu très-foncé; plus péfante, quoique fenfiblement plus tendre au fortir de fa carrière, que toute autre efpèce de pierres à Chaux du pays, qui font de roche bleue, & ne produifent que de la Chaux fort médiocre. J’ai trouvé que nouvellement tirée elle péfe environ ipy livres le pied cube; au lieu que toutes
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- Iê$ autres pierres bleues des environs de Metz ne péfent que de 160 à 180 livres au plus. Cette pierre noire eft d'un grain très-fin, puifqu’elle prend un beau poli luifànt: on en fait des carreaux pour paver quelques Eglifes & des Salles baffes : elle diminue de poids à l'air, 3c y augmente de dureté : enforte que pour pouvoir la tailler quelque temps après l'avoir tirée delà carriers* il faut la conferver enterrée* & avec fon humidité naturelle; fans quoi elle s’éclate * & eft très-difficile à traiter : quand elle demeure plufieurs hivers à la gelée, elle s'exfolie & fe divife en beaucoup de lames toutes irrégulières dans leur épaiffeur : j'en ai vu qui en fept ou huit années avoir été réduite en pouffiere très-fine; ce qui fait qu’elle ne doit jamais être mife en œuvre dans les maçonneries à l'air, ni par conféquent dans la plupart des bâtiments civils : elle peut feulement être admife dans l’épaiffeur des gros revêtements, & dans les fouterrains. Telle eft la pierre que je nommerai par préférence la Pierre à Chaux.
- Le Boujîn ri eft pas propre à faire ïa Chaux*
- 8. On met à profit dans les carrières l'impreffion que la gelée fait fur cette pierre pour la féparer d’un Boujîn, fauffe pierre, ou fpath fufible très-dur* d'un ou deux pouces d’épaiffeur, dont elle eft ordinairement enduite fur fès deux lits. Ce Boufin, qui fe trouve aufli joint à la plûpart des lits de toute efpèce d'autres pierres, n’eft propre nulle part ni pour la Chaux ni pour le moellonnage ; il faut abfblument le rejeter. Les gelées ordinaires d'un feul hiver en dépouillent parfaitement les deux lits de la Pierre à Chaux âpre, Sc épargnent en cela de grands frais au Chaufournier quand il a de la pierre tirée d'avance.
- Carrière de la Pkrre à Chaux âpre-,
- 9, Les carrières où elle fe trouve ont auffi quelques fingularités qui ne fe rencontrent pas dans les autres. Dans les carrières ordinaires, la Pierre eft communément toute contiguë, ou fans intervalles confidérables entre les bancs ou lits, qui font auffi diverfement inclinés à l’horifon : la Pierre à Chaux âpre eft difpofée par lits prefque toujours horifontaux ou de niveau* ( Fig. 2 ) depuis moins de deux pouces jufqu’à douze ou treize pouces d’épâiff leur: mais chaque banc eft féparé du banc inférieur par d’autres couches de terre & de tuf, qui ont enfemble depuis trois pouces jufqu’à 24 ou 2y pouces d’épaiffeur ; en forte que fur un reliant de la carrière de 20 pieds de hauteur, il ne fe rencontre quelquefois pas fix pieds d’épaiffeur de cette bonne pierre : le plus fouvent on y en trouve environ 8 pieds. C’eft pour cela qu'il eft de ila prudence des Entrepreneurs de ces fortes de carrières
- Chaufournier, B
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- de ne point y entamer le travail, fans y avoir fait ouvrir des puits, dont le nombre, la profondeur, Sc la dilpofition puiflent leur avoir appris pofiti-vement s’ils y trouveront toute la pierre dont ils ont befoin ; quelle fera letendue de la carrière, Sc quels en feront les déblais. Ordinairement le premier lit de cette pierre n eft pas à plus de quatre à cinq pieds au-deffous de la fuperficie des terres; quelquefois il fe montre à découvert. La furface fupérieure de chaque banc reifemble aflez bien à un pavé de grands carreaux parallélogrammes, par bandes ou routes; chaque carreau ayant depuis fix jufqu’à dix-huit pouces de largeur, fur deux ou trois fois autant de longueur, Sc étant féparé de fes jointifs par des intervalles tantôt fort étroits , comme une fimple fêlure, tantôt d’un demi-pouce de large : en quelques endroits il femble manquer un carreau. Ces bancs font d’une grande étendue, comme de plu-^ fieurs arpents , à moins qu’ils ne fe trouvent interrompus par des cavités ou reflauts naturels dans le terrain de la" carrière.
- Foffiles qui Je rencontrent dans cette Carrière.
- iô. On rencontre entre les bancs de cette pierre beaucoup de pyrites fulfureufes , & de coquilles entre lefquelles je me rappelle avoir remarqué le Limaçon noir, le Buccin noir, le Nautile en très-grande quantité, Sc quelques autres. C’eft, je crois, de ces carrières qu’on a tiré des cornes d’Ammon de plus de 15 pouces de diamètre, fi je m’en fouviens bien, que j’ai vû confervées à Metz dans le cabinet de M. l’Abbé de Belle, Chanoine & grand-Chantre de la Cathédrale. Ces coquilles font remplies de terre ou de matière pétrifiée, fuivant le lit de la carrière dans lequel elles fe trouvent. Quand elles font dans la pierre, elles peuvent nuire à l’édifice du four à Chaux, parce que le feu les fait éclater , comme fi elles contenoient quelque portion d’air chargé de vapeurs auquel le feu donnât la force de brifer des enveloppes fort dures Sc tout ce qui fe rencontre dans la Iphère de fon explofion, fouvent avec autant de bruit qu’un coup de piftolet bien chargé. Quand ces coquilles font calcinées, elles fe trouvent réduites en une poufliere très-fine & d’une extrême blancheur : on en ramafle exprès à Metz de celles qui fe trouvent dans la terre pour en faire de la Chaux à blanchir les murs.
- 11. Cette pierre, dont je ne fçache pas que l’on ait fait l’analyfe, paroît contenir entr’autres principes une plus grande quantité de foufre, foit en fubftance, foit combiné, que toute autre pierre à Chaux ordinaire: elle en a la couleur quand elle eft calcinée ; pendant qu’elle eft au four, elle porte à plus d’une demi-lieue, fous le vent, une fumée noire Sc épaifie précifément de la même odeur que celle de la poudre à canon : fa flamme enfuite fent le foufre pur, à ne pas s’y méprendre. Quoi qu’il en foit, la nature
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- (èmble avoir réuni dans ce fofîîle dans un éminent degré, tous les caractères qui conftituent effentieiiement la Pierre à Chaux. Si Meilleurs Duhamel, Malouin, Macquer, Pott, & autres Sçavants qui ont travaillé fur la Chaux, avoientemployé de cette pierre, fi M. Geoffroy s’en étoit fervi pour fon Silex artificiel, peut-être cette Chaux dans leurs mains nous auroit-eile révélé des chofes très-utiles dans Fart de bâtir Sc dans piufieurs autres.
- Méchanique de ces Carrières.
- 12. Le plus grand travail pour tirer cette pierre de fa carrière confifle dans le déblai des terres abondantes, tant de la fùrfâce que d’entre les bancs. Il efi bien important ici d’avoir choifi un efpace füffifant pour former le dépôt de toutes ces terres ; ( Art de tirer la pierre d’ardofe, pag. 4 & y ). La pierre, dont les lits font fi minces ( N°. 9 ) ré fille peu aux efforts du Carrier. Il s’arme d’un levier à bourrelets proportionné par fa force au volume de la pierre qu’il attaque ; il engage le plus avant qu’il peut la pointe de ce levier fous la pierre ( Fig. 3 ) ,* puis à l’aide d’un bâton pour fe fou tenir, il monte fur les bourrelets du levier où il place fes talons; & faifant agir par fecouffes répétées le poids de tout fon corps vers l’extrémité fupérieure de ce levier, il a bientôt ébranlé un bloc de pierre, que d’autres hommes déplacent enfuite à la main, ou avec piufieurs pinces, pour que le premier puifle en déchattonner une autre. On brife ces pierres avec des malfes de fer quand elles font trop greffes, pour pouvoir les tranfporter aifément aux fours à Chaux fur des brouettes*
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- Prix de cette Pierre fur les lieux.
- 13. Lorsque la carrière efl: entamée, un attelier de cinq hommes en tire par jour d’été, une toife & demie cube de cette pierre, & en hiver une toife. Ellefepayoit vers 1756, 40fols la toife cube, & le déblai 20 fols : & comme il fe rencontre, réduétion faite, environ une toife Sc demie de déblai par toife cube de pierre, elle revenoit à 4 liv. 10 fols au plus la toife cube, y compris 10 fols pour les frais d’outils, & ro autres lois de loyer ou d’achat du terrain & de la découverte de la carrière.
- J’ai cru devoir entrer dans ces détails fur cette Pierre à Chaux, qui me paroît unique dans fon efpèce, Sc au moyen de laquelle il s’efl: fait des chef-» d’œuvres de bâtiffe dont le récit paroîtroit incroyable.
- DES FOURS A CHAUX.
- Deux genres de Fours à Chaux.
- 14. r ai vu pratiquer affez généralement deux méthodes également com-
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- munes pour calciner la pierre, comme pour cuire la brique; Tune au moyen d’une grande & vive flamme que Ton place fous une maffe de pierres ; ce qui comprend la plupart des fours à Chaux où l’on brûle du bois, des bourrées de bruyères, genets, ou farment, delà paille, du chaume, Stc. l’autre au moyen d’un feu beaucoup moins flambant, que l’on entremêle par couches avec les pierres, St qui fe fait foit avec du bois, foit avec la houille, ou toute autre efpèce de charbon foffile, le charbon de bois, la tourbe, &c. On croit cependant aux fours à Chaux de Metz, qu’il faut abfolument une flamme claire & fort élevée pour fabriquer la Chaux dpre. Peut-être n’efl-ce là que le préjugé d’un canton où les bois font encore allez communs, & Pufage de la houille moins connu qu’il ne l’y deviendra par la fuite.
- De remplacement des Fours.
- ïy. Pour établir les fours à Chaux, fur-tout lorfqu*il s’agit d’une grande exploitation, St d’en conftruire plulîeurs enfemble, on doit choifir, fi cela fe peut, quelque tertre ou coupe de terre fuffifamment élevé au - deffus d’une partie du terrain naturel, pour pouvoir y creufer les fours, & avoir accès , au pied & au fommet fans y dépenfer beaucoup en maçonneries & terres rapportées, (Fig. 2,4^7): û l’on peut faire en forte que le fommet de ce tertre fe trouve de niveau avec les carrières & à ïy ou 20 toiles de diftance, il y aura encore une grande épargne fur le tranfport de la pierre. On verra cependant ici differents exemples de fours à Chaux élevés en rafe campagne. ( Fig. 22, 29, &c.)
- 16. La difpofition intérieure de ces fours eft néceffairement différente fuivant que l’on veut faire ufàge d’un feu plus ou moins flambant (1Y0. 14 ) Il faut des foyers dans les fours à grande flamme , St un arrangement de la pierre, qui ne réuffiroit pas dans les fours à petit feu.
- PREMIER GENRE DES FOURS A CHAUX ;
- FOURS A GRANDE FLAMME.
- DES FOURS ELLIPSOÏDES.
- Fours peur la Chaux dpre de Lorraine.
- Tj. J’ai vu des fours à grande flamme de deux diverfes formes. Les uns font intérieurement des ellipfoïdes allongés & tronqués , ou l’équivalent ; les autres de figure cûbique ou parallelipipédale. Il s’en fait apparemment auffi de formes encore differentes, & tels que l’on en voit dans les deffeins de l’Encyclopédie, à l’article Architefture; mais je n’en ai nulle connoilfance.
- Conjlrudion
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- ART DU CHAUFOURNIER.
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- Conjlmïïion de ce Four.
- 18. Les plus grands fours que Ton conftruife pour la Chaux âpre en Lorraine , font creufés en terre d'abord cylindriquement fur environ 15 pieds de diamètre & 3 à 4 pieds de profondeur; dans ce cylindre, on creufe un encuvement ou cône tronqué de 13 pieds de diamètre par le haut, réduit à 8 par le bas, fur 6pieds & demi de hauteur, en y lailfant un pan coupé TV(Fig. 8 )* fur le côté où doit être l'entrée du fourneau. Cette partie bafte eft deftinée à recevoir le foyer A (Fig. 7), que les Chaufourniers appellent le Fourneau. On a foin que fon fond foit un peu plus élevé que le bas du terrain naturel, pour préfer ver le fourneau des eaux de pluies. Tout ceci fappofe le tertre dont j'ai parlé (N°. iy ).
- 19. Sur les bords fupérieurs de cet encuvement, on élève de 6 pieds en maçonnerie de moellons pofés 8c rejointoyés en mortier d'argüle, une couronne L (Fig. 6 ), au parement de laquelle on donne un talus renverfé, ou en fur-plomb, en forte que de 13 pieds de diamètre par le bas elle fe réduife à 12 au fommet, ayant foin de bien battre & condenfer les terres que l'on rapporte derrière cette maçonnerie. On fçait que l'argille & la terre franche font les ingrédients propres aux mortiers des maçonneries qui foufirent immédiatement l'aétion du feu.
- 20. Le fommet de cette couronne de maçonnerie avec les terres qui la rencontrent, doit former autour du four une plate-forme de 6 à 7 pieds de large, que l'on tient auflï plus élevée que le terrain du haut de la berge, afin qu'aucunes eaux de pluies ne puilfent s'écouler auprès du four. On fe fert pour cette maçonnerie de la même pierre à Chaux , choifie dans les morceaux de 6 à 8 pouces d'épailfeur 8c largeur, fur 20 à 24 pouces de queue : la brique feroit certainement beaucoup meilleure à cet ufage.
- 21. En faifant l'excavation du four, on n'a pas manqué d'en éloigner le tracé fuffifamment du bord de la berge, pour réferver fur ce côté une épaifïeur H (Fig. y) de 6 pieds de bonne terre, à travers laquelle on confinait une petite galerie ou voûte à plein ceintre C, qui eft la gueule du four. Cette galerie a 4 pieds de hauteur, un pied 8c demi de largeur par le bas, & fes pieds-droits en talus. Si le foiir fe trouve creufé dans une terre argilleufe & de bonne confiftance, on ne maçonne ni la voûte ni fes pieds-droits fur la longueur de la gallerie : on fe contente d'en maçonner l'ouverture extérieure , après que le four eft chargé, pour la partager fur fa hauteur en deux autres EF, chacune de 18 pouces en quarré. L'inférieure F fert à tirer la braife du fourneau avec un rolle ou efpèce de fourgon de fer de 16 pieds de longueur; la fupérieure E pour y jetter le bois & attifer le
- Chaufournier, C
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- IO ART DU CHAUFOURNIER.
- feu avec une fourche de même longueur. Ces deux ouvertures font réduites
- à la moindre grandeur poffible, tant afin que le fourneau tire mieux l’air
- de la galerie , que pour lui conferver fa chaleur en bouchant plus aifément fa
- gueule, au moyen de bouchons à anfes , comme ceux de nos fours de
- Boulangers,
- 22. La gueule du four doit être fous un appentis H (Fig. 4.) G (Fig. 7 J, qui, s’il eft fermé totalement de planches bien jointives, n’en vaut que mieux, parce qu’il préferve la gueule du four des coups de vent & de la pluie, qui nuifent beaucoup à la régularité du feu. Cet appentis conferve auffi féchement le bois deftiné pour le four.
- 23. Si l’on conftruit cinq ou fix femblables fours collatéraux (Fig. 4), on les efpace à 4 ou y toifes l’un de l’autre. Alors au lieu d’un fimple appentis fur le devant, on forme une galerie commune pour tous les fours ; & Ton ménage autour de chaque four les accès & rampes M(Fig.^Ç) néceiîaires à toutes leurs manœuvres.
- Charge de ce Four.
- 24. L’egalite’ de la calcination dans toutes les pierres dont on charge ce four, dépend prefqu’autant de l'arrangement qu’on leur donne que de la conduite & du dégré de chaleur du feu. Le fourneau A (Fig. 7), ou le vuide qui occupe le milieu de l’encuvement ( N°. 18) , eft une voûte paraboloïde de 6 pieds & demi de diamètre à la bafe , & d’environ autant de hauteur, dont la calotte ou courbure n’eft point formée par des voufîoirs ou pendants, qui exîgeroient trop de foin. On commence par arranger autour de la bafe des éclats de pierres grands comme la main, dont on forme une bordure ou banquette de 6 pouces de haut en les maçonnant avec l’argilie: comme ils fupporteront un grand poids, il eft elfentiel qu’ils ne puilfent fe déranger, On pofe en même temps à fec le pied-droit de la voûte, aux pierres duquel on donne d’abord une faillie d’environ 3 lignes des uqes fur les autres. Toutes les pierres de cette voûte font choifies de deux à trois pouces d’épaiileur, entre celles qui n’ont point de coquilles ( N°. 1 o ). On les prend courtes pour le bas, & l’on augmente au parement leur faillie de quelques lignes d’affife en affife, jufqu’à leur en donner deux pouces & plus à la naiflance du bombage. On emploie en même temps des pierres de plus en plus longues à mefure que les pieds-droits s’élèvent, réfervant celles de 30 à 40 pouces pour former la voûte, en leur donnant jufqu’à trois & quatre pouces de faillie par affife. Enfin on ferme cette voûte par de femblables pierres les plus longues que l’on peut trouver; ce qui compofe une bâtlfïe fort fimple & allez folide. A Metz, on arrange toutes les pierres du fourneau
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- jointives les unes aux autres par ^intérieur de la voûte: ailleurs, où Ton donne à-peu-près la même forme aux fours à Chaux, on efpace toutes les pierres d’une même affife à quelques pouces les unes des autres.
- 25. A mefure que les pieds droits du fourneau s’élèvent, on en garnit le pourtour par de greffes pierres d’un demi-pied cubique, que Ton arrange fur la queue des premières Pierres plates, fur-tout à Pendroit du rein de la voûte, puis de moindres morceaux derrière ces premiers, Sc enfin de menus éclats contre les parois du four. On conduit tout ce travail par couches de niveau, Sc on l’arrafe de même lorfque la voûte eft fermée. On charge de la même façon le deffus de la voûte, ou le milieu du four fuivant fon axe fur 3 à 4 pieds de diamètre de toutes les plus groffes Pierres que Pon puiffe facilement tranfporter; enfuite on les choifit plus petites, & toujours avec dégradation de volume vers la circonférence, où Pon jette des éclats fans arrangement; manœuvre qui fe répété jufqu’à Porifice fupérieur du four, que Pon arrafe suffi de niveau.
- 26. Outre le vuide du fourneau pratiqué fur labafe du fouf( N°. 24 ) , on y forme en même temps une autre portion de voûte femblable à B (Fig, y, & 9), qui s’appelle rentrée du fourneau. Cette nouvelle portion de paraboloïde appuie fa coupe verticale contre la paroi de Pencuvement en pan coupé T Vt ( Fig. 8, JV°. 18 ), où fe trouve la gueule. Elle a huit à neuf pieds de hauteur {bus clef, environ 3 Sc demi de largeur par le bas, Sc forme une arrête paraboloïdimbre K ( Fig. 7 Sc 9 ) par fa rencontre avec Pouverture du fourneau, qui n’a qu’un pied Sc demi de large, fur environ cinq pieds de hauteur. Cette fécondé voûte s’exécute précifément comme le fourneau, Sc s’élève feulement de 2 à 3 pieds plus haut à fa clef, afin que la pouffée de fon berceau fe faffe fur le rein du fourneau, Sc ne puiffe en déranger les pieds-droits. On entend bien que j’emploie dans ce Mémoire les termes de parabo-loïde, fphéroïde, Sc autres femblables, pour aider ma defeription ; mais que tout le travail des fours à Chaux s’exécute à l’œil, par gens qui ne connoiffenc ni régies ni compas.
- 27. Lorfque le four eft rempli de Pierres jufqu’à fon orifice fupérieur; on le termine en y ajoûtant encore un demi-eilipfoïde de mêmes Pierres K1K (Fig. 6), dont le fommet s’élève de 6 pieds plus haut que l’orifice du four, en y rangeant toujours autour de Paxe fur 4 pieds de hauteur les plus groffes Pierres, mais qui ne doivent être ici que du volume des moyennes rangées au-dedans du four. Tout le relie de la folidité de ce comblement n’eft compofé que d’éclats pofés à plat, par conféquent avec un peu plus de fujétion que dans le four.
- 28. On recouvre enfuite tout le dehors de cette calotte de groffes Pierres,,
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- qu’ils appellent les TuileauxJ( Fig, 5 & 6), d’un pied de long 8c de lix pouces d’épailfeur, que l’on arrange fur leur plat, & dont on ferme les joints avec un mortier d’argiile mêlé de foin. On ne bouche cependant pas les joints inférieurs, ou du premier rang des tuileaux près Forifice du four : on cholfit même pour ce premier rang des Pierres angulaires ou pointues par un de leur bout, afin que ces joints, nommés les Créneaux du four G, refient bien ouverts, & donnent un pafTage libre à la flamme & à la fumée.
- 2<p. On y ajoute encore ce qu’ils appellent la Cheminée, en pofant fur la maçonnerie de Forifice du four, à trois pouces des créneaux, une bordure d’un pied de hauteur de Pierres K ( Fig. 5, 8c 6), qui ontfix pouces d’épaifleur, pofées debout, & que Fon rejointoie comme les tuileaux avec le_même mortier. Ces Pierres de cheminée rougiflfent de feu, mais ne fe calcinent jamais : elles font deftinées uniquement à parer les coups de vents fur les créneaux.
- 30. Toutes les Pierres qui entrent dans ce four ont été bien décrafïees &nétoyées, fur-tout de leur Boufin ( N°. 8 ), qui empêcheroit leur calcination : celles des voûtes ont été taillées & ajullées exprès par le bout qui doit fe préfenter au parement; ce qui fournit des éclats pour la bordure à la circonférence du four.
- 31. Le four ainfi totalement chargé, on entoure fon fommet d’une haie de planches F (Fig. y ér 6) de quatre pieds & demi de hauteur, polees de champ entre des piquets à 2 pieds 8c demi de la cheminée^; ce qui forme un abri-vent , au couronnement. On y laide une porte pour pouvoir approcher le fommet du four, 8c réparer le mortier des tuileaux & cheminée , quand la chaleur le fait gercer & fe fendre.Au moyen de cet abri-vent, & de l’appentis du devant du four ( N°. 22 ); il eft affez indifférent comment il eft orienté.
- Du feu de ce Four.
- 32. Le meilleur bois pour fabriquer la Chaux âpre, fuivant les Chaufourniers de Metz, eft le Tremble, comme flambant plus aifément que tout autre; enfuite diverfes efpèces de Bois blancs ; 8c enfin le Chêne : on y admet cependant de toute efpèce de bois comme il fe trouve. * L’expérience leur a appris que plus le bois fait de flamme, moins le four en confomme ; en forte que leur indullrie principale pour la conduite du feu, confifte à le faire le plus clair qu’il eft poffible. Il faudroit peut-être en conclure à Metz, comme on le fait ailleurs, que tous menus végétaux bien fecs & moins
- * Les Bois tendres qu’on nomme Bois blancs, Tremble, Peuplier, Saule , Aulne, &c. fe cenfument très-vîtej mais quand ils font bien fecs, ils
- font beaucoup de flamme 8c un feu ardent; ils ont l’avantage d’être moins chers que les Bois durs. Te Charme 8c le Hêtre font aulTt une belle flamme.
- chers
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- chers que le bois, vâudroient encore mieux à cet ufage , & en faire des' épreuves. Ici oûtre le choix du bois; on cherche, par fa difpofitiorï dans le fourneau, à lui faire jetter une grande flamme : on le fend en menus morceaux de toute la longueur du bois de corde, pour .qu’il devienne plus fec, & lui faire acquérir plus de fur face:
- 33. On place d’abord dans le fourneau quelques fagots fur des copeaux auxquels on met le feu, & l’on y ajoute un peu de Bois fendu, pour échauffer le fourneau par degrés. Si les pierres étoiènt fiirprifes d’un feiî trop vif, plufieurs fe briferoient & fe déplaceroient, la voûte pôurroit s’écrouler: au lieu qu’un feu modéré les fait fuer doucement, 3c jetter toute leur humidité fans accident: on prend la même précaution dans tous les fours à Chaux à grande flamme. Ce feu tempéré fait fuer àuffi les parois du terrain naturel de l’encuvement ( N°. 18. ) 3c les mortiers de la 'maçonnerie ( r*°. 19. ) auxquels il fait prendre corps fans gerçures. On doit de même faire fuer 8c refîuyer lentement les ' tuiles 3c briques que l’on fait cuire avec du bois ( Art du Tuilier, p. 17. ); on fait recuire les foürs à pair* neufs ou qui n’ont point travaillé depuis quelques mois, 3c généralement: tous les fours & fourneaux de maçonnerie qui doivent fouténir l’acHoîi immédiate d’un grand feu : Sc recuire en ce fens veut dire faire fuer SC dejfécher.
- 34. On a remarqué que les pierres nouvellement tirées de la carrière J êc celles du de (lus des carrières qui font les plus tendres, fe déchargent beaucoup plutôt de leur humidité & font plutôt calcinées que celles quî fe font durcies à l’air pendant quelque temps ( N°. 7.) ou quf venant dii ^ fond des carrières font naturellement plus compaétes 3c plus vives : quel tes dernieres font la Chaux la plus parfaite, 8c en produifent davantage : que les lits ou bancs de deux à trois pouces d’épaiffeur, qui fe rencontrent entre d’autres d’un pied d’épais, font d’une pierre très-dure > fort longue i exempte de Coquilles, & par conféquént la plus propre à la conftruéfiori du fourneau, comme à donner la meilleure Chaux.
- Cette opinion que la meilleure Chaux vient dé la pierre la plus vîveü & la plus difficile à calciner, m’a paru commune à tous les Chaufournier^ de bonne foi dans toutes les Provinces. Mais la conféquencè qu’ils en tirent ordinairement eft d’employer tant qu’ils peuvent dans leurs fburs des deflus de carrières, 8c de mauvaifes pierres, parce qu’il leur en coûte moins pour* les convertir en Chaux;*
- 35. Le premier feu; qui fe nomme fembrafement du four, noircit la pierre quand elle eft féchée, & l’on juge à cet indice qu’elle eft en état d’en fup» porter l’augmentation. Il eft vraifemblable que pendant l’évaporation dl
- Chaufournier: - D
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- l’humidité des pierres, la fumée du bois qui s’élève du fourneau ne peut s’attacher à leur furface parce qu’elle en eft continuellement repouffée par l’effort de leur fumée propre: au lieu que quand les pierres, devenues léchés, ne font plus environnées de cette émanation, la fumée du bois fe condenfe à leur furface & les charge de fuie: peu après, lorfqu’un feu plus violent les a pénétrées; cette fuie qui les couvroit fe confume & fe diflipe; les pierres deviennent blanches ; c’eft à quoi l’on connoît qu’il eft temps de pouffer le feu à fon plus haut degré.
- 3 6. Il faut ordinairement vingt-quatre heures pour emhrafer le four avec une corde de bois débitée, comme je l’ai dit ( N°. 32. ) ; lorfque la pierre eft fort vive Sc dure, on y met plus de temps; quelquefois deux jours entiers.
- 37. Pour faciliter & augmenter l’inflammation, on fe garde bien de jetter le bois aplat dans le fourneau; on en croife en travers plufieurs morceaux dans l’efpace' de l’entrée du fourneau ( N°. 26. ) ; on en appuie d’autres en long contre les parois de cette entrée (Fig. 9. ): en un mot le Chaufournier fait de fon mieux pour que le bois foit foute nu en l’air, & reçoive le courant de l’air par le deflbus. Il pourroit être plus fimpie qu’il y eût fur ce foyer un grillage arrangé de façon qu’on pût l’enlever aifément pour décharger le four: ou plutôt, puifqu’il n’eft ici queftion que d’obtenir une grande flamme, ce four feroit plus parfait fi le milieu de fon foyer étoic •une lunette grillée qui tirâtrâir du dçffous par une galerie, comme on en voit à d’autres fours à Chaux ( Fig. 23.).
- 38. Après l’embrafement du four, on augmente le feu jufqu’à lui faire confumer 6 cordes de bois le fécond jour ; puis en diminuant, 5 cordes le troifieme jour, 4 cordes le quatrième, enfin une corde le cinquième jour.
- 35. Chaque fois que le Chaufournier remet du bois dans le fourneau, il en referme la gueule (N°. 21. ) pour que trop d’air ne le refroidiffe pas.
- 40. C’eft en confidérant ce feu , que j’ai cherché à me rendre railon de tout l’arrangement des pierres dans le four. La flamme eft un fluide qui dans l’air libre s’élève toujours en pyramide , & mieux encore quand elle eft contenue , comme ici , par les côtés fous une forme circulaire ; mais elle luit aufli, à railbn de la grande légéreté, tous les mouvements de l’air qui la frappe. La couverture du four, recrépie d’argille, empêche l’écoulement de l’air qui le feroit fuivant l’axe du four, & l’oblige à fe partager dans les créneaux du pourtour : ainfi la flamme eft obligée de prendre cette direction, & de diverger du centre du fourneau vers les créneaux G ( Fig. 6. ) : elle doit donc prendre à peu près la forme d’un paraboloide renverle dont le fommet eft au fourneau D, & la bafe à l'orifice fupérieur du four GG. De tous les points de ce folide de flamme, il part une infinité de rayons de feu qui s’élancent vers
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- l'axe du four où ils ne trouvent aucune réfiflatice : la forme en furpîomb des parois L de la moyenne région du four (N°. ip.) doit replier la flamme 8c contribuer beaucoup à répercuter encore plus de ces rayons de feu vers le centre : c’efl donc autour de Taxe que doit fe trouver le plus violent degré de chaleur : rien n’eft plus à propos que d’y placer les plus gros maffifs de pierre, qui d’ailleurs laiffent entre eux d’affez grands intervalles, & favori-fent par ce moyen la communication du feu avec le haut du four*
- La flamme qui frappe immédiatement les pieds-droits du fourneau, en pénétré & calcine nécefîàirement toutes les pierres : mâîs comme le courant de l’air la porte rapidement du côté des créneaux G, elle ne peut frapper ni échauffer que foiblement les parties latérales inférieures à fa ligne de direction, c’elt-à-dire, qui fe trouvent derrière les pieds droits du fourneau* on ne doit donc y mettre que de menus éclats faciles à échauffer, & qui puiffent fe calciner à la feule chaleur qui leur fera communiquée par les pierres rougies des pieds-droits; de plus gros morceaux dans cet emplacement réfîfteroient trop, 8c ne feroient pas convertis en Chaux. Par la même raifon, plus les pierres du four font éloignées de fon axe, moins elles fe reffem tent du concours des rayons de feu qui s’y croifent : on doit donner moins de travail à un feu plusfoible, & lui préfenter de moindres maffifs à calciner à mefure qu’on les éloigne davantage de l’axe du four. Plus l’ellipfôïde s’élève au-deffus du four, plus il s’éloigne des points de convergence de la chaleur centrale, qui s'affoiblit à mefure que fes rayons s’étendent davantage : ainfî le fommet de cette figure ne demande non plus que des éclats ; il eft d’ailleurs plus voifin de Pair extérieur, dont l’impreffion l’empêche de s’échauffer autant que le delfous.
- Défauts des Fours plus grands»
- 41. U expérience paroît favorable à ces conjectures. Quand on a Voulu charger autrement ces fours, ou les faire plus grands, on a toujours manqué les fournées en tout ou en partie. Le même inconvénient fe rencontre lorfque les fours fe font agrandis à force de fervir : alors les pierres qui font à la circonférence ne fe calcinent plus totalement. Il faut en les chargeant y remédier, & obliger la flamme à s’y porter en plus gros volume» C’efl: ce qu’operent quelques bûches E ( Fig. 6. ) que Ton drefle debout les unes fur les autres entre les pierres à Chaux des deux côtés de l’entrée du fourneau, depuis le deflus de la voûte jufqu’aux créneaux. On n’en met pas vers le côté oppofé à la gueule, parce que le courant de l’air y porte toujours fuffifàmmenc la flamme. Lorfque ces bûches font confumées, les pierres qui les entouroient refient en place, 8c il fe trouve entre elles au lieu de
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- bûches piufieurs canaux dans lefquels la flamme Te dirige & féjoûrnè plus long-temps qu’elle n’auroit fait fur ceeoté fins la précaution de lui pratiquer ces fbupiraux. Ce méchanifme revient à celui^que nous voyons obferver dans les fourneaux à briques pour le même objet. Ç Art duTuilier, ,pp. 17. & 45..);
- Nécejjîtf de la continuité du feu.
- 42. On a remarqué dans tous les fours à Chaux où l’ori travaille par fournées, ainfi que dans les Tuileries, qu’il eft indifpenfable d’y pouffer le feu d’une fournée fans interruption: les Chaufourniers prétendent même que fi l’on avoit laifle éteindre un four à Chaux de ce premier genre au milieu de fon opération, il ne feroit plus poflible de le rallumer. Cette obfervatioa fuppofée jufte, & jointe à celle de la vivacité d’un feu qui monte dans toute fa force jufqu’au fommet d’un four à Chaux ou d’un fourneau de briques , c’eft-à-dire, à plus de 20 pieds au-defliis dès foyers où fe confume le bois> fembleroit prouver que piufieurs caufes contribuent à la nourriture Sc à l’entretien de ce feu. Il eft bien certain que la flamme trouve dans l’arrangement des pierres de ce four quantité de tuyaux & de conduits femblables à cet entonnoir qui placé fur la flamme d’une chandelle l’oblige à s’allonger & à s’étendre vers le haut. Mais ne pourroit-on pas foupçonner qu’elle fait en même temps fbrtir de ces matériaux des principes qui lui fervent d’aliment continuel, & lui entretiennent fon degré de chaleur propre à la calcination ? Si on laiffoit éteindre le four avant que le fommet fût échauffé à un point fuffifant, la flamme d’un nouveau feu pourroit bien s’étendre jufqu’au fommet y mais n’y acquerroit vraifemblablement jamais le degré d’intenfité néceffaire^ n’étànt plus alimentée de proche en proche par les matériaux d’en-bas, qui auroient été précédemment dépouillés de leur phlogiftique naturel.
- Signes .de la calcination.
- 43. Ôn reconnoît que la Chaux eft faite , lorfqu’à travers les créneaux G &les joints des tuileaux H, ( Fig. y. & 6.) on apperçoit les pierres d’un beau couleur de rofe, pénétrées de feu comme un charbon bien allumé, & que la flamme tant des créneaux que du fourneau eft devenue bien blanche. Dans tous les fours à Chaux où l’on emploie la grande flamme, elle change plufieurs fois fenfibiement de couleur. La première qui fort pendant que le four s’embrafe eft très-brune $ Sc prefque noire, parce qu’elle eft mêlée de beaucoup de fumée trop humide qui ne s’enflamme point. Elle devient fuc-ceiîivement d’un rouge foncé, violettè, bleue, jaune & blanche ; apparemment fiiivant la décompofition qui fe fait fucceflîvement entre les différents principes combuftibles de la pierre. J’ai parlé auflî ( N°. xi.) de l’odeur
- fucceflîvement
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- ftfCCeflîvëment variée de la flamme des fours à Chaux âpre.
- 44. Ces mêmes fours donnent encore un autre indice de la parfaite calcination des pierres qu’ils contiennent. L’expérience a appris aux Chaufourniers que la demi-ellipfoïde du couronnement, formé fur fix pieds de hauteur, doit fe réduire à quatre ; Sc que le fourneau conftruit de 6 f pieds fous clef, doit s’abaiffer à n’avoir plus que cinq pieds.
- Réfroidijfement du Four.
- 4 y. On retire alors la braife du fourneau; & le laiftant ouvert, le bas fe réfroidit aflez vite. Si l’on eft prefle, on peut au bout de 24 heures commencer à en tirer la Chaux par la gueule du four, en brifant la voûte qui s’écroule fort aifément. Il faut bien douze heures de plus pour réfroidir le fommet, quoique l’on ôte partie des tuileaux du comble ; après quoi on décharge le four par en haut Sc par en bas, & rien n’empêche de le recharger fur le champ s’il n’y a aucunes dégradations.
- 46. Les manœuvres qui fe font par la gueule du four, rendent cette partie plus fujette à l’entretien que toutes les autres. Il faut à chaque fournée rétablir les pieds-droits de la galerie en terre grafle, s’ils ne font maçonnés. Les pierres de l’orifice fupérieur du four fe calcinent aufli fort fouvent, Sc tombent en poufliere : on les remplace à mefiire qu’elles manquent; toutes menues réparations qui fe font par le Chaufournier Sc a fes dépens. Mais ce qui endommage le plus ces fortes de fours, c’eft la crépitation des coquilles qui entame la terre des parois de l’encuvement, agrandit confidérablement fort -diamètre, Sc met enfin le four hors de fervice. Ce font tous accidents qui n’arriveroient pas fi ces fours étoient en total revêtus intérieurement de briques; cette dépenfe fe trouveroit fans doute compenfée lors d’une longue exploitation fur des carrières abondantes.
- Grandeurs convenables à ces Fours.
- 47. Il ny a pas d’inconvénient à faire ces fours plus petits que ceux ci-devant décrits (N°. 18. ). On en conftruit de 10 pieds de diamètre au fom-met, réduits à 6 pieds par le bas ; d’autres de 9 pieds, réduits à j* - ; tous à peu-près établis du refte luivant les mêmes proportions que les grands.
- Déchet fur les fournées.
- 48. Les plus grands fours à Chaux de Metz , dont j’ai rapporté les dimen-fions (N. 18. ), contiennent fix toifes cubes, ou près de 1300 pieds cubes de pierres, qui rendent communément yoo quartes de Chaux, faifant 1250 pieds cubes, à raifon de 2 ~ pieds c,ubes par quarte, lorfqu’il n’y a d’autre
- Chaufournier. E
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- déchet fur les fournées que les tuileaux ( N°. 28, ), qui étant a Pair ne peuvent fe calciner. Mais il eft affez ordinaire quil s’y en trouve quelqu’autre, foit de la parc des mauvais temps, foit par la négligence du Chaufournier dans la conduite du feu. Lorfque les vents chaffent violemment & longtemps d’un même côté, ainfi que la pluie, les pierres du fommet qui font le plus près du vent, ne fe calcinent pas, & relient en écrevijfes, ou colorées de rouge, malgré les abri-vents. Les grandes chaleurs, le tonnerre fur-tout, ré-duifènt, à ce que l’on prétend, la Chaux en pouffiere, quoique bien faite: alors il en entre davantage dans la mefure, ce qui eft un déchet pour le Chaufournier. Il s’en perd aufii à la décharge du four & au tranfport. On compte donc ordinairement qu’un moyen four de 5 toifes cubes, ou de 1080-pieds de pierres rend, tout déchet déduit, 400 quartes ou 1000 pieds cubes de Chaux.
- 4p.On prétend encore que ce déchet fèroit plus conlîdérable s’il ne fe trouvoie en partie compenfé par le gonflement de la pierre, qui, difent les ouvriers, augmente de volume en fe calcinant. Plufieurs Chaufourniers m’ont afluré que cette pierre rend en Chaux un vingtième de plus que fon premier cube. Mais l'affaiflement de toute la fournée (No. 44. ) prouve directement que ce nelt pas par le renflement de la pierre. Il me paroît que la plupart de ces pierres fe trouvant brifées pendant leur calcination, elles occupent en total plus de place dans les voitures qui les tranfportent en fortant du four, quoique le volumeNparticulier de chaque pierre foit réellement diminué. Les Chaufourniers font beaucoup mieux fondés fans doute à croire que fix toifes cubes de pierres mefurées comme elles font rangées aux carrières, n'en font plus que cinq toifes quand elles font dans le four, ou l'intérêt de les bien arranger a pris la place de celui que les carriers avoient à les faire foifonner. Ce dernier article fe vérifie dans tous les fours à Chaux de ce genre : mais on y penfe affez généralement que ces cinq toifes cubes de pierres du four ren-; dent à la mefure lix toifes cubes de Chaux.
- Pefanteur de la Chaux.
- 50. J5 ai trouvé le pied cube de cette Chaux fans vuîdes pefèr, réduction faite, 102 livres : la pierre en fe calcinant perdroit donc un peu plus de 7 onces y gros par livre de fbn poids ( N°. 7. ) ; ce qui furpafferoit la diminution qui s'eft rencontrée fur le marbre blanc dont M. Duhamel a rapporté les Expériences ( Acad. 1747. p. 63. ). On compte en général que la Chaux pefe moitié de la pierre dont elle eft fabriquée: cependant toutes les pierres dures dont j'ai fait l'épreuve en différentes Provinces m’ont paru perdre un peu moins de moitié, mais plus que ce marbre blanc.
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- La Chaux âpre ne fi point de garde.
- y 1. On fabrique rarement de la Chaux pendant l’hiver, à caule des contradictions que cette faifon apporte à la conduite du feu. Il s’y joint encore une autre raifon pour la Chaux âpre, c’eft qu’elle ne fe garde pas étant éteinte comme d’autre Chaux ; qu’il faut l’employer fept ou huit jours au plus tard après qu’elle eft fabriquée ( N°. j\ ) ; & que les maçonneries conftruites en hiver avec cette Chaux font encore plus mauvaifes que toutes celles auxquelles on emploie d’autre Chaux. On m’a dit à Metz avoir éprouvé de faire former exprès un certain cube de maçonnerie en mortier de Chaux âpre par la gelée, 8c que les pierres au bout d’un an ne tenoient pas mieux enfemble que fi elles euffent été pofées tout au plus dans un mortier d’argille.
- Conformation du lois pour ce Four.
- 52. La confommation du bois pour ce four à Chaux varie félon que la fournée exige plus ou moins de temps pour la calcination, qui quelquefois s’acheve en quatre jours, & d’autres fois en exige fix. La proportion réduite fur un grand nombre de fournées donne 14 cordes de chêne, ou 12 cordes de bois blanc (N°. 32.^ pour cinq toifes cubes de pierres, ou 1000 pieds cubes de Chaux. Ces mefures de bois rendent après qu’il a été fendu, fçavoir, le chêne 19 i cordes; & le bois blanc, qui eft généralement plus droit que le chêne, 16 - cordes *. Les bois fe tirent des environs de Pont-à-MoulTon
- * Note de M. Fourcroy. II né fera peut-être pas hors de propos de rapporter ici quelques Obferva-tions qui ont été faites à l’occalion du cordage de ces bois ronds 8c fendus.
- Les dimenfions de la corde de Paris, de 8 pieds de long & 4 de hauteur fur 42 pouces de la longueur du bois, forment un folide de 112 pieds cubes, mais qu’il eft impolîible de remplir fans vuides avec des bois ronds, foit entiers foit fendus, tels que font tous les bois à brûler. On n’admet d’ailleurs dans une corde de bois, fuivant les Réglements des Eaux & Forêts, que des bois d’une certaine groffeur déterminée, pour les plus petits morceaux, attendu que ceux au-deffous doivent entrer dans les fagots pour en être les parements. A Paris, tous les bois ronds qui ont 17 pouces de pourtour ou davantage peuvent, fuivant l’Ordonnance de la Ville de 1672, être réfervés pour être vendus entre les bois que l’on nomme de compte ou de moule, qui font plus chers que ceux de corde. Dans les Provinces, on ne fait pas cette dernière diftinélion : mais il en réfulte qu’il n’y eft pas facile, comme à Paris, de fe procurer de gros bois à brûler tous ronds j parce que tous les Marchands de bois fçavent pratiquement que les gros bois ronds font ceux qui rempliroient le mieux la corde , ou que le bois de quartier foifonne beaucoup plus à la mefure, 8c qu’en conféquence ils n’en
- réfervent aucuns à vendre ronds. ^
- Ces divers ufages s’accordent très-bien avec l’expérience de Metz ci-deffus, dans laquelle on voit que réduction faite, 8 cordes de bois rond rendent 11 cordes de bois fendu.
- On pourroit aufti démontrer, en fe fervant du principe de M. de Mairan fur les piles de bois, ( DiJJert.fur la Glace 174p. p. 143.) qu’avec tous bois précifément cylindriques de 3 - pouces de diamètre , c’eft-à-dire , de la grofteur la plus favorable au rempliffage exaft de la corde, il ne leroit pas poftible d’y faire entrer jufqu’à £7 pieds cubes de bois. Si l’on joint à cette donnée le rélultat de l’expérience de Metz, il s’enfuit que c’eft tout au plus s’il peut entrer 70 pieds cubes effectifs de bois dans une corde, le mieux mefurée qu’il eft pof-fible en bois fendus ; & que fur les 112 pieds du cube de la corde , il fe trouve néceffairement au moins 42 pieds de vuide. On fent aûez combien la fraude ou mal-façon dans le cordage, & la forme tortueufe des bois peuvent augmenter ce vuide au grand préjudice de l’acheteur.
- Il n’en faut pas davantage pour prouver les inconvénients de cette méthode de jauger les bois à brûler, 8c qu’il n’y a peut-être aucune mefure de toutes celles qui ont cours en France qu’il fût plus convenable de réformer.
- Il eft établi dans la Maîtrife des Eaux 8c Forêts
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- ART DU CHAUFOURNIER.
- â 5 lieues de Metz, 8c coutoient en 1758, 6 liv. la corde, pris dans les forêts Sc prefque tout chêne ; 4 liv. de transport jufqu’à Metz en le faifànt flotter fur
- du Boukmnois Sc du Calaifis, Sc pratiqué fort anciennement dans ce petit canton où les bois (ont fort chers, un ufage de beaucoup préférable au cordage. Il feroit plus à defirer qu'il n'eft vrai-femblable de le voir imiter dans tout le Royaume, parce qu'il ne rend pofiible au Marchand de vendre qu'à-peu-près le cube effecftif des bois à brûler, comme on le fait partout pour ceux de charpente.
- Les bois à brûler ont en Boulonnois 54 pouces de longueur entre deux-tailles. On les diitingue en bois durs, qui font le hêtre , le charme, l'orme Sc le frêne ; 8c en bois tendres, qui font le tremble, le bouleau, l'aule , le faule , Sc toute autre ef-pece de'bois blanc : Sc comme tout chêne eft def-tiné pour la charpente Sc les conftruêtions de Navires, il ne s’en brûle que ce qui elt trop défedueux pour ces ufages : le chêne efî rangé par cette raifon dans la cîaffe des bois tendres, outre qu'il brûle auffi moins bien que ces bois novnmés.durs.
- Tous ces bois à brûler fe vendent à la marque Sc à la fomme. Une marque de bois durs eft une bûche ronde garnie cie fon écorce, de 54 pouces au moins de longueur fur 8 pouces de tour: elle contient donc au moins 275 pouces cubes de bois. Il n'eft permis de mêler dans les bois de fomme aucun morceau plus petit que celui-là. Une marque de bois tendre eft de même longueur fur 9 pouces de tour, Sc contient au moins 348 pouces cubes de bois. Une fomme eft de 61 marques : elle contient en bois durs au moins 16775* pouces cubes de bois, Sc en bois tendres au moins 21228 pouces cubes.
- Il eft défendu aux Marchands de fendre aucune bûche à moins qu'elle ne foit de plus de 20 marques, c'eft-à-dire, à moins qu'elle n'ait plus de 35 pouces 9 lignes de tour fi c’eft du bois dur, ou 40 pouces 2 lignes fi c'eft du bois tendre. Fendre , dans le pays veut dire partager feulement en Ùîeux : tout bois partagé fur £a groffeur en plus de deux s’appelle bois écartelé, Sc eft profcrit totalement d'entre les. bois à la fomme. Comme un morceau d'orme de 20 marques peut pefer de 130 à 150 livres, on a jugé que des fardeaux plus lourds feroient trop difficiles à remuer, & boferoient ai-féraentles voitures; c'eft pour cela qu'il eftpermis de les fendre.
- Tous les bois à la fomme font jaugés par le développement du pourtour de leur écorce. La jau- ; ^ge eft un ruban de fil fabriqué comme le padou, divifé par des traits d'encre fuivant les racines quar-ïées des circonférences d'une fuite de cercles qui
- font entre eux en progreftion arithmétique doubleau dont' le premier terme exprime aufii la différence ; Sc cela fur le principe que les cylindres de même longueur font entre eux comme les quarrés des circonférences de leurs bafes. La bûche ou le cylindre d'une marque ayant de pourtour 8 pouces =V6^, la bûche de 4 marques, qui doit être quadruple de celle d'une marque, doit avoir 4 fois 64— 25*6 pour quarré de ion pourtour, ôc par conféquent 16 pouces de pourtour == ^256.
- Une manque de bois tendres étant de 9 pouces de tour, on voit que la même divifion de la jauge ne convient pas aux deux qualités de bois : auftï faut-il divifer le ruban en marques pour les bois durs fur une de fes faces , ôcpourles bois tendres fur l'autre face.
- La divifion méchanique de cette jauge,, quoique très - géométrique , eft extrêmement facile pour touT le monde. On trace fur un plancher une ligne AB de 5 ou 6 pieds, à l'origine A de laquelle on éleve une perpendiculaire AC de 8 pouces de hauteur fi c'eft pour les bois durs, ou de 9 pouces fi c'eft pour les bois tendres : on porte les mêmes 8 ou 9 pouces fur la ligne de 6 pieds de A vers B, Sc l’on y trace le point -1 d'une marque de bois : puis prenant la diftance direfte entre ce point 1 Sc l'extrémité C de la perpendiculaire A C, on porte cet intervalle fur la ligne de 6 pieds* de A vers B, ce qui donne le point 2 pour un morceau de bois de deux marques. On mefure de même l'intervalle 2 C entre le point dernier trouvé Sc l'extrémité fupérieure de la perpendiculaire ,] laquelle diftance portée de A vers B donne le point 3 pour un morceau de bois de 3 marques : Sc ainfî de fuite pour autant dé marqués que l'on veuG en avoir fur le ruban ; c'eft-à-dire, jufqu'à 3 6 ou 37, marques, n'y ayant pas de bois plus gros dans le pays. On couche le long de cette ligne ainfi di-vifée le ruban de fil, fur lequel) on tranfporte Sc numérote tontes.ces marques. Pour vérifier ces di-vifions , on peut remarquer que les marques de la jauge doivent fuivre les progreflions de longueur fui vantes.
- Pour les bois durs. Pour les bois tendres.
- marque a de longueur po. marque/ & de long. po.
- r . * . . 8 I . . . . 9'
- 4 . • . . 16 ^ * • • • 18.
- ^ • • • • 2^ ^ • • 27.
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- À -* ir* ï. 7£ 4; — ... - TT IL \c. "* 2/"'"' bois durs.. 3C~
- .nuit trtiiiipniiitiM.
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- Il eft donc fort aifé de comparer en tout temps tes divifions principales foit avec un pied de Roi ou une toife bien divifée , foit avec l'étalon de la jauge qui eft de bois , Sc de voir fi le ruban ne s'eft pas alongéi ou raccourci.
- Toute bûche ronde fe mefurant par le développement du pourtour de fon écorce pris au milieu de fa longueur avec le ruban , le point du ruban où fon origine A rencontre l'une de fes traces , exprime par fon N°. la quantité dé marqués
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- ART DU CHAUFOURNIER. 2I
- la Mofelle> & 2 liv. pour le voicurer aux fours: enlbrte que la corde reve-noit à 12 liv. rendue aux Chaufours. Il en coûtoit encore 20 fols par corde pour le fendre ; & les 14 cordes, mefure de Paris, coûtoient en total 182 liv.
- Temps nêcejjaire pour une fournée, & dépenfe.
- 5*3. Pour entretenir fix de ces fours, & en avoir tous les deux jours un a vuider, il faut un Chaufournier condu&eur, huit journaliers qui chargent un four en deux jours, & quatre ou cinq manœuvres pour aller chercher la pierre à portée des fours : lorfqu’elle en eft éloignée de j'o toifes, on fournit au Chaufournier des manœuvres de plus pour le roulage. Trois des premiers journaliers gagnoient en 17 j8 chacunjo fols par jour en travaillant jour & nuit,T les cinq autres & les manœuvres 12 à 14 fols pour le jour feulement, & ceux-ci aidoient à charger les voitures pour le tranfport de la Chaux fur les ouvrages.' Le Chaufournier entreprenoit la charge & la calcination d’une fournée de J toifes cubes pour 40 liv. lors d’une exploitation fuivie. On juge bien que pour, un petit four tout feul toute cette main-d’œuvre peut coûter davantage.
- ^4. Les 1000 pieds cubes de Chaux dprc coûtoient donc au pied du four^ jfçavoir : '
- Le tirage de 6 toifes cubes de pierres ( N°. 13.). . ? 7 ; ; ,24. liv^
- Les 14 cordes de bois. ....................... 182.
- La main d’œuvre de la fournée................... 40. *
- La conftruélion du four, Sc l’indemnité du terrain des fours
- & carrières...........................................• ; ir.
- 257. liv.
- ' Total
- Elle revenoit donc à y4 liv. 18 fols la toile cube, ou à 5 fols 1 ~ den*. le
- que contient cette bûche. L'tifage du pays eft que toute fraftion de marque appartienne à l'acheteur, & ne le compte pas dans la valeur de chaque bûche. Si la bûche eft demi-ronde, elle n’eft de même jaugée que par le développement du demi-cercle de fon écorce. Mais comme le quar-ré formé fur la moitié d'une ligne n'eft que le quart du quarré formé fur toute la ligne, cette mefure prife fur le développement de l'écorce d'une bûche demi-ronde , qui n'eft qu’une demi-circonférence, ne donne non plus fur la jauge que le quart des marques que contenoit la bûche entière avant d'être fendue. Il eft donc ordonné que toute bûche fendue, ou plutôt toute moitié de bûche ronde fera comptée pour le double des marques indiquées fur la jauge par le demi-rond de fon écorce, fans que jamais le marchand puijfe en exiger davantage. Sur quoi il eft bon d'obferver que ce terme demi-rond prévient les abus fur les bûches qui feroient plus de moitié du cylindre total, comme l’exclufion des bois écartelés prévient ceux fur des bûches qui auroienc des angles dans leur fente, ou feroient moindres que des moitiés de cylindre.
- La très-grande facilité que chacun trouve à fe procurer le ruban de jauge 8c à en faire ufage foi-même , eft la raifon, pour laquelle il n'y a pas de Jurés-jaugeurs de bois dans les villes du Boulon-nois ni à Calais; ils y feroient inutiles. Le Marchand livre le bois tout marqué fur chaque piece par ceux qui le débitent dans la forêt : chaque Bourgeois a fon ruban ; il ne tient qu’à lui de vérifier toutes: les bûches, 8c de fe plaindre aux Officiers des:, Eaux 8c Forêts fi le bois fe trouve mal marqué S mais c'eft ce qu'on ne voit pas arriver. C'eft pac, ce moyen fi fimple, que j'ai pu fournir une eftima-; tion qui m’avoit été demandée du rapport de la jauge des bois à brûler de Calais à la corde de Paris. J'ai trouvé que les 7 fommes de bois durs a Calais valent environ 68 pieds cubes efïedifs de bois, à quoi j'évalue la corde ordinaire à Paris * en bois fendu.
- Ce réglement m'a paru d’autant meilleur à faire connoître, qu'il pourroitêtre utile ailleurs,& qu'on ne remarque dans le Boulonnois aucun inconvénient à fon exécution.
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- aî ART DU CHAUFOURNIER.
- pied cube j qui fe vendoit communément 6 fols 6 den. dans Metz. La Chaux
- commune coûtoit à Paris 20 fols le pied cube en 1763 ( Art du Chamoif. p. 24. ).
- Consommation de cette Chaux pour les Maçonneries.
- 5* 5*. Par le grand ufage que Ton a fait de cette Chaux aux ouvrages de la Fortification de Metz , on a reconnu qu il en falloit employer une toife cube pour 8 \ toiles cubes de maçonnerie de moellons durs, ou pour 9 toifes au plus ; au lieu que généralement de toute Chaux qui fe coule on compte qu’une toife cube , mefurée vive, fournit à 10 toifes cubes au moins de cette même maçonnerie, pour lefquelles on eftime qu’il faut 3 toifes cubes de mortier : cependant cette proportion varie de à^>fuivant la qualité de la Chaux.
- y 6. Cette première efpece de fours à grande flamme eft en ulàge fur toute notre frontière de Lorraine 8c de Champagne, en Provence, 8c en plufieurs autres Provinces, avec quelques petites différences dans leur conftruétion.
- Fours à Chaux de Provence.
- - On voit dans les deffeins de ce Mémoire ( Fig. 10, ir, 12. ) la forme des fours à Chaux de Toulon, qui m’a été envoyée parM. le Chevalier Viaiis, Ingénieur ordinaire du Roi, avec diverfes obfervations qui s’accordent abfo-lument avec les miennes. Ceux-ci fe ,chauffent avec des fagots, 8c en font à peu-près la même confommation que les fours à Chaux de Champagne dont je vais parler. On verra dans l’Explication des Figures le détail de ce qui concerne ces fours de Provence.
- Fours à Chaux de Champagne.
- 57. M. Dumoulin, l’un des Commandants à notre Ecole Royale du Génie, m’a fourni des Notes que je vais extraire fur l’exploitation des fours à Chaux de Mezieres 8c de Sedan. A ces fours le fourneau ( N°*. 18, 24 ) eft conftruit avec plus d’appareil qu’à ceux de Metz. « Sur un grillage de groflîere char-» pente M, N, O, (Fig. ry, 18, ) on forme un cintre hémifphérique de fa-» gotsP & de menus bois, fur lequel porte la voûte du fourneau, compofée de » pendants ou vouffoirs R, aflez réguliers, que l’on pofe avec fujétion pour » qu’ils puiflent fe foutenir aflez quand cette voûte eft décintrée. Le maflîf » du four eft lardé de plufieurs rondins S ( Fig. 16, 18, 19 ), ou brins de » bois d’environ 3 4 pouces de diamètre, qui le traverfent depuis le deflous » de la voûte jufqu’au fommet du fourneau, pour aider la flamme à pénétrer » dans la mafle (JV°. 41.). Le four ne fe charge qu’à peu-près jufqu’au niveau » de fon orifice (Fig. 19), que l’on recouvre de deux pouces de glaife mêlée de » paille T. Le feu fe fait avec des fagots ou bourrées : un four contenant environ
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- ART DU CHAUFOURNIER. 23
- » 300 pieds cubes de pierre exige 4 i heures pour le faire fuer, Sc enfuite » un feu violent de 14 à 30 heures pour la calcination.il rend, fuivant les » Chaufourniers, environ 40 pièces de Chaux de 7 pieds cubes chacune, y » comprise à 3 pièces de rigaux ou pierres mal calcinées; en forte que fou » peut eftimer fon produit à environ 270 pieds cubes. Il confomme en total » 4 à 500 fagots, qui valent dans le pays 10 liv. le cent lorfque la corde » de gros bois, mefure de Paris, y coûte 12 liv. 7 fols ». J’eftime par cette proportion du prix des fagots à celui du bois de corde, que les 4^0 fagots peuvent être équivalents à 36 cordes de bois ; & que dans ces fours la confom-mation du bois & le déchet fur la pierre font à peu-près les mêmes qu’aux fours à Chaux de Metz. « Cette Chaux revenoit au Chaufournier de Mezieres » en 1764 à fix fols au plus le pied cube, Sc fe vendoit communément de » fept à huit Sc demi ».
- Four à Chaux décrit dans VEncyclopédie.
- 58. Le feul four à Chaux fommairement décrit dans fËncyclopédie eft encore de la même elpece ; auffi pourroit-on croire par le difcours que c’eft un four à Chaux des Ardennes, ou du voifinage de la Champagne. Il eft fup-pofé conftruit en rafe campagne, Sc élevé tout en maçonnerie; par confé-quent c’eft un établiffement coûteux. Mais la petite galerie qui traverfe le deflous de fon foyer, la lunette qui lui fert de foufflet, & l’avantage de ne confommer pour fon feu que des bruyères, chaumes, ou autres matières de bas prix, me paroftfent ÇN°. 37. ) autant de perfections qui manquent aux fours à Chaux précédents. Je n’ai point vû de fours de cette conftruétion, ni n'ai pu découvrir où ils exiftent; cependant comme la conduite de leur feu eft néceflaire à connoître relativement aux matières que fon y brûle, je joins aux Figures de ce Mémoire le deffein extrait de fËncyclopédie, ( Fig. 20 , 21, 22, 23 y ) Sc fon explication.
- DES FOURS A CHAUX CUBIQUES.
- Fours a Chaux d’Alsace.
- Leur Conjlruâion. .
- 59. Les fours à Chaux en Alface font communément de forme cubique-Les grands ont intérieurement 12 pieds en tout fens ( Fig. 24, 2 j , 26, 27 J. Le fond ou fol du four eft maçonné d’un pied d’épaifleur fur bon terrain. Tout le vuide eft entouré d’une maçonnerie de 6 pieds d’épais, à moins qu’il ne foit adolfé contre des terres vierges, ou tout entier creufé dans la terre comme les précédents ; auquel cas il fuffit de revêtir le terrain s’il en a befoin,
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- *4 ART DU CHAmFOmRNIE R.
- Sc fur une épalffeur proportionnée à fa ténacité plus ou moins forte.
- 60. Un Four de ces dimenlions doit avoir deux gueules ou galeries d'entrée^ voûtées, de 4 pieds de hauteur & des l de large, féparéesl'une de l'autre par un maffif E, de 4 * pieds d'épaiffeur. Il efl eflentiel de donner à ces petites galeries au moins 6 pieds de longueur, pour que l'air qui doit entretenir le feu ait de la chalfe ou du courant.
- 61. Dans l'intérieur du four, on éleve fur toute l'étendue du fol, excepté fur le prolongement des deux galeries de gueules , une banquette H, d’un pied 8c demi de hauteur, parce que les pierres pofées for le fol ne fe calci-nercient pas. Toutes ces maçonneries, tant de la banquette & dufolque des parois du four font en mortier d'argille.
- 62. Sur cette banquette, on continue dans tout le travers du four les deux galeries de gueules, en arrangeant bien à plomb & jointives les pierres à Chaux qui en forment les pieds-droits : on termine le fommet de ces pieds-droits plus haut de fix pouces vers le derrière du four qu'àuprès des gueules, .afin d'avoir des voûtes un peu rampantes, & que le feu fe porte aifément vers le côté oppdféà Feutrée. Les voûtes fe travaillent & fe ferment comme aux fo urs à Chaux de Metz (N°. 24.) , en donnant de la faillie aux pierres que l’on pofe fur leur plat ; on les fait du même cintre que les galeries de gueules. On arrange avec attention tout le remplage à côté des berceaux, & jufqu'à a ou 3 pieds au-deflus des voûtes; après quoi on y jette indifféremment toutes les pierres à la brouette jufqu’au fommet du four. Toutes ces pierres arrangées doivent être au .plus d’un demi-pied cube, mais de moindre volume au-deffos; & le couronnement , for un pied & demi de hauteur, ne doit être formé que d’éclats de la groffeurdu poing.
- 63. Lorfque ce four efl rempli à 4 ou y pouces près de fon fommet, on l’arrafe avec des pierres plates bien jointives, en forte qu'il y relie le moins de jour poffible. On y étend alors légèrement un lit de paille ou de rofeaux , que l’on recouvre d'une couche de mortier d'argille d'un pouce d'épaifleur, que la paille empêche de s'infinuer entre les joints.
- Comme il n’y a point ici de-creneaux ( NJ. 28 ) ni rien qui en falfe l'office, le feu ne s'allumeroit pas dans ce four fi le fommet en demeuroit exaélement fermé; mais cette couche d'argille fe gerce en féchant, & les crevaffes qui s'y forment, de que ion ne répare pas, foffifent à l'évaporation de la fumée> de au tirage indifpenfable de l'air.
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- Du feu de ces Fours.
- 64. Pour faire fixer ce four, on allume un feu de y ou 6 bûches à chaque gjueule, de façon que le bois fous les berceaux d'entrée ne foit pas à plus de
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- ART DU CHAUFOURNIER. aJ
- ^ pieds de l’extérieur du four. Lorfqu’elles font bien enflammées , c’efl-à-dire,1 au bout d’un quart d’heure, on y jette 5 ou 6 autres bûches, 1 ou 2 pieds plus avant fous les voûtes: un autre quart d’heure après, on fait encore de même,
- Sc pour lorà le bois fe trouve fous la pierre à calciner. La même manœuvre fe
- »
- continue de forte qu’en une heure on confomme trois quarts de corde de bois pour les deux gueules. En 6 heures, le bois parvient vers le milieu des voûtes; & en 12 heures, tout au fond, avec pareille confommation de bois d’heure en heure.
- 6J. Cn foutient ce même feu pendant 42 heures en total pour la calcination fi le temps efl: calme. Lorfque le vent fouflle modérément fur les gueules du four, l’opération fe fait en 36 heures: s’il s’y porte impétueufement, le derrière du four fera bien calciné, & fur le devant il y aura du déchet, qui va quelquefois jufqu’à une demi-tofle cube Sc davantage. On doit donc cher* cher à orienter ces fours, qui n’ont pas d’abri-vents, de façon que leurs gueules fè préfentent au côté de l’horifon d’où communément il vient dans le pays le moins de vents violents.
- Confommation du bois pour ce Four.
- 66. Si le feu dure 36 heures, on y confomme 2 y à 26 cordes de bois : s’il dure 42 heures, il en faut jufqu’à 30 cordes.
- 67. Lorfqu’aux lignes indiqués ci-devant (Nos. 43,44) on juge la calci-
- nation achevée, on ferme totalement les deux gueules du four avec des bû-* ches bien arrangées. On les y laifle fe confumer pendant 4 heures, après quoi on retire avec des rolles ou râbles de fer toute la b rafle du four que l’on éteint, pour laiifer refroidir la Chaux plus vite: douze heures après, on la défourne par les gueules. ^
- y Temps nécefjaire pour une fournéê.
- 68. Pôur manœuvrer un tel four , il faut un Chaufournier aidé de 4 hommes: dans un travail conduit avec vigueur, ils chargent le four en 24 heures; & en 36 ils le déchargent. Chaque fournée peut aifément fe faire en une fe-maine de fix jours Sc deux nuits de travail: fi l’on étoitprelfé, U ne faudroic que 4 jours & 4 nuits.
- Déchet fur ces Fournées.
- 6p. Un Four cubique de 12 pieds contient 6 ^toifes cubés de pierres ou 1458 pieds cubes, Sc rend ordinairement 1400 pieds cubes de Chaux, le déchet déduit, pour lefquels il s’emploie S toifes cubes de moellons des carrières ( N°. 4p ). Il paroît donc que la pierre à Chaux d’Al/ace rend un peu plus en Chaux que celle de Lorraine : mais fa fabrication confomme beaucoup Chaufournierf G
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- ART DU CHAUFOURNI ER.
- plus de bois, puifqu’il s’en emploie au moins 4 4 cordes pour chaque toife cube de Chaux d’Alface, au lieu de trois cordes pour celle de Lorraine 5 ( No. 5*2 ). J’attribuerois cette différence à la forme plus pyrotechnique des fours delà première efpece, qui, avec une égale quantité de bois fous une même malfe de pierres, doit procurer un degré de chaleur plus violent.
- Fours à double ufage en Alface.
- 70. On fait cependant en Alface un ufage de ces derniers fours auquel ceux de la première efpece paroiffent moins propres : on y fait cuire la brique & la tuile pour les bâtiments en même temps que l’on y fait la Chaux. Voici la copie prefqu’entiere d’un Mémoire dreffé fur ces fours à double ufage, par M. Artus, Ingénieur ordinaire du Roi, & qui m’a été envoyé par M. Lambert, Maréchal de Camp, Direéleur des Fortifications en Alface *.
- 71. «Il efl eifentiel de choifir pour l’établiffement du four un endroit un » peu élevé, hors de danger des inondations ( du Rhin ), à portée de la pierre .3» qui y efl: propre, des bois néceffaires pour la calciner, & des lieux où l’on » trouve le débit de fa marchandife. Le four à Chaux feroit d’un revenu fort a> modique fi l’on fe bornoit à y faire de la Chaux : il n’en coûteroit pas moins » de bois pour une fournée, & l’on ne pourroit y faire que très-peu de » Chaux de plus à la fois, parce que la pierre du fommet du four feroit en-» core pierre lorfque celle près le fourneau feroit déjà calcinée. Il efl donc » à propos que l’établiffement fé fafle encore à portée d’une terre convena-» ble à former de la brique ou de la tuile, que l’on peut également faire cuire » à ce four.
- 72. » On diftingue au Fort-Louis du Rhin & dans les environs, de la pierre » de trois efpeces propres à faire de la Chaux. La meilleure efl: dure, pelante » & grifâtre: elle tient de la nature de la pierre-à-fufil, & produit des étin-» celles par le choc. On la tire des carrières de Marienthal ; elle revient au-» près du Fort-Louis à yo liv. la toife cube: celle des environs d’Ebers-» bourg feroit beaucoup plus chere, & celle de Pickelberg efl: fort infé-» rieure aux deux autres.
- Charge de ce Four.
- 73. » On forme dans le four avec ces pierres une maçonnerie feche^ en % obfervant que les plus gros maffifs foient d’environ iy pouces fur chaque s* face. On conftruit, en les arrangeant, trois fourneaux femblables entre eux
- * Il a été dit dans T Art du Tuilier, qu on fai-foit Couvent de la tuile 8c de la brique en même temps dans le même four où l’on cuit de la Chaux à mais que la pierre à Chaux diminuant de
- volume en fe cuifant 8c s'attendriflant, elle s'écra-foit fous le poids de la tuile qui Couvent étoit brifé© ou prenoit une forme irrégulière.
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- » qui répondent aux trois gueules A, B, C,(Fig. 28,29,) chacun de 41 pieds » de hauteur & 2 pieds de large, & l’on ne met des pierres que fur 18 pouces j> de hauteur au-deffus des fourneaux; enforte que dans ce four, il n’y en » a que 6 pieds au-deflus du fol. Le dernier lit doit être bien horifontal & » bien uni, pour recevoir les briques que l'on y pofe fur leur champ & croi-» fées les unes far les autres. On laifle entre les briques un efpace de Gx » lignes, pour donner au feu la facilité de monter jufqu’au haut du fours t> dont on remplit toute la capacité.
- Du feu de ce Four.
- 74* » La réufîlte de ce four dépend d’y donner le feu avec précaution y> ( N°. 64. ) ; il doit durer fept jours confécutifs. Le feul maître Chaufournier, » avec un Aide pour le relever, peut conduire ce feu, qui pendant les 24 » premières heures fe fait avec de vieux bois de chêne qui produit beaucoup » de fumée: enfuite on poulie doucement le feu à un degré plus vif. Onl’en* ï> tretient dans fa grande force cinq jours de fuite avec de jeune bois de chêne, » 8c on finit par un feu clair de bois rélineux pour donner à la marchandife at> fa derniere perfection.
- 75• » Lorfque le four eft refroidi, ce qui arrive après 13 ou 14 jours du mo-» ment où Ton y a mis le feu, on en retire les matières pour les «mettre en » magafin. Les galeries ou retraites D fervent à dépofer la brique ou la tuile , » ainfi que la voûte E que Ton a foin de murer exaélement fur 18 pouces » d’épaiffeur lorfque les matières font arrangées dans le four. L’efpace F com-» pris entre le four & la charpente qui foutîent le toît procure aux Ouvriers » la facilité de travailler à couvert. On conferve la Chaux dans des trous » faits exprès, ou dans d’autres magazins.
- 76. » On travaille ordinairement à ces fours depuis le commencement de » Mars jufqu’à la fin d’Oélobre : un Chaufournier entendu peut dans cet in-» tervalle faire 14 fournées. Pendant fhiver, il fe procure les matières, 8c » fait faire toute la brique & la tuile qu’il prévoit pouvoir débiter en un an : *> plus ces matériaux font fecs quand on les met au four, & mieux iis cuifent*
- Dépenfe d’une fournée.
- 77. » Un four des dimenfions de celui-ci contient 6 l toîfes cubes de pîer-
- * res à Chaux, qui à jo liv. latoife en 17(54ont coûté . .337 Üv. 10 C
- » On y fait cuire 30 milliers de briques qui avant d’être » cuites reviennent au Chaufournier à <5 liv. le millier. . . . • 180 liv.
- » Il faut pour une fournée 42 cordes de bois, qui à 10 liv.
- >5 au plus cher coûtent 420
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- 937 îo£
- 2S ART DU CHAUFOURNIER.
- De ïautre part ............................
- a> 122 journées de manœuvres pour la charge & décharge > du four, ài2 fols . ^ ^ ................. 73 liv. 4C
- L’établiflement du four, fuivant le détail quen a fait M.
- !Artus, coûte 5375 liv. & il peut durer au moins 20 ans moyennant quelques réparations annuelles. Si l’on eftime les intérêts de ce capital, avec le produit du terrain de l’attelier, St l’entretien des bâtiments à environ 748 liv. par an pour le plus cher,, c’eft pour chaque fournée une dépenfe de ... 3*3 liv. 6£
- Enforte qu’une fournée reviendroit au plus au Chaufournier à 1064 liv.
- » La fournée produit qoy mefures de Chaux, faifant 1398 pieds cubes, à *> raifon de 60 mefures par toile cube. La mefure fe vend 22 fols au fortir » du four, ce qui fait 6 f. 1 d. le pied cube. Les 40j mefures produifent donc » au Chaufournier . . . .............. ....... 445 liv. lof.
- » Le millier de briques le vend 30 liv. & les 30 milliers 900 liv.
- » Total du produit d’une fournée 1343 liv. 10 £
- Dépenfe . . ................... 1064 liv.
- Profit du Chaufournier par fournée . 281 liv. 10 f.
- Et pour les 14 fournées par an.... l . . ; ; 3941
- Difcujfîon des avantages de ce Four.
- 78. Pour examiner les avantages de ce four à double ufage, fi l’on confi-dere que les 100 milliers de briques du Havre ( Art du Tuilier ) font un cube de mat-iere à peu-près égal à 21 toifes cubes de pierres à Chaux, & fe cui-fent avec 18 cordes de bois, tandis que 21 toiles cubes de pierres ne peuvent fe calciner ( ZV°. 69 ) avec moins de 63 cordes ; il eft aifé de juger en général que la converfion de la pierre en Chaux confomme beaucoup plus de bois que la fabrication de la brique, relativement à la maffe de ces diverfes matières. Nous voyons auflî d’une part que dans le four à briques du Havre, dont f intérieur eft un cube de 5415 pieds, il fe conlumepeut-être jufqu’à 12 cordes de bois & plus en 24 heures, tandis que l’intérieur de celui du Fort-Louis pareillement cubique St de 5508 pieds ne conlomme que 8 cordes de bois tout au plus en 24 heures lorfque le feu y eft dans toute fa vivacité. Delà il eft fort vraifemblable que le feu des fours à briques du Havre eft plus violent pendant fa courte durée en une maffe un peu moindre, au lieu que le feu des fours à Chaux du Fort-Louis dure plus long-temps. Nous avons en-, core d’autre part le cube des premiers fours à Chaux d’Alface, contenant
- feulement
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- ART DU CHAUFOURNIER. , %9
- feulement 1728 pieds cubes cubes, chauffé par 18 cordes de bois en 24 heures £ Nos* 64, 6ÿ ) Tout cela nous prouve fuffifamment que pour la calcination de la pierre il faut un feu de bois ou plus ardent ou plus long-temps entretenu que pour opérer la cuiffon de la brique. Il ne feroit donc pas étonnant que, par quelque méchanifme bien entendu, une partie de la chaleur d'un four à Chaux à grande flamme infufiîfante à la calcination, fût mife à profit pour faire cuire des briques, comme M. Artus Ta penfé. Mais fi ce fécond effet du même feu n’étoit dû qu’à une augmentation de bois qui lui fût proportionné, le profit s’évanouiroit.
- 75, La brique d’Alface dont il s’agit ici, a pour dimenfions 12 pouces de longueur, 6 de largeur, Sc 2 -i d’épaiffeur. Si nous la comparons avec celle enufage dans l’intérieur du Royaume de 8, 4, & 2 pouces de dimenfions, nous trouvons que leurs maffes font entre elles : : 180 : 64 : : 2, 812$ : 1; enforte que, relativement à leur volume, lorfque la brique du Havre revient à 3 liv. 10 fols le mille avant d’être cuite, celle d’Alface pourroit coûter jufqu’à 9 liv. 17 fols, au lieu que le millier ne revient au Chaufournier du Port-Louis qu’à 6 liv. parce que les prix de toute main-d’œuvre font beaucoup moindres en Alface, où les hommes ne font pas fi rares que fur nos Côtes.
- Pour la cuiflon de 30 milliers de briques dans les fours du Havre, il ne faut, comme nous l’apprend M. Gallon, que y, 4 cordes de bois. Si des 42 cordes qui s’en brûlent ( N6. 77 ) en une fournée du Fort-Louis on retranche les 28 cordes fuppofées néceflàires ( N°. dp) à la calcination de 6 4 toifes cubes de pierres dans un four de cette forme, il refie encore 14 cordes de bois employées à la cuiffon de la brique; Sc cette quantité de 14 cordes fe trouve à peu-près celle que Ton emploie au Havre pour une maffe égale de briques, puifque 1:5, 4 :: 2,8125 : xy, 1875*.
- 80. Je ne croirois donc pas qu’il y eût aucune œconomie à employer le four à double ufàge du Fort-Louis. Mais il parolt que relativement aux prix des bois, des journées d’ouvriers & du tranfport, le mille de briques d’Alface pris au pied des fours du Fort-Louis ne pourroit être vendu moins de 23 liv. lorfque le mille de celles de Normandie ne coûte rendu au Havre que 1 r liv. 10 fols. J’en dis autant de Huningue Sc de Landau, où je fçais qu’en 1747 on payoit 27 & 30 liv. le millier de briques à peu-près de même échantillon que celles du Fort-Louis du Rhin.
- Chaufournier:
- H
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- 3°
- ART DU CHAUFOURNIER.
- SECOND GENRE DES FOURS A CHAUX*
- FOURS A PETIT FEU.
- 81. La calcination de la pierre s’opère également au moyen d’un petit feu par couches répétées, & alternativement entremêlées avec les pierres ; ce qui pourroit ne pas exiger l’appareil delà conftruélion d’un four, puifque nous voyons cuire des briques à petit feu ( Art du Tuilier ) en les arrangeant en plein air: auffi verrons-nous ailleurs que Ton peut en ufer de même pour faire la Chaux. Mais par quelques-uns des fours ufités pour cette fécondé méthode, on efl: parvenu à une économie confidérable fur la dépenfe du feu dans les Provinces ou le bois efl: cher, fur la pierre à calciner, Sc même fur le temps néceffaire à fà calcination.
- 82. Le fyftême le plus commun de l’intérieur de ces fours du fécond genre efl: une pyramide renverfée, ou l’équivalent: la plupart de ceux dans lefquels on ne brûle que de la houille, font circulaires, foit en cône tronqué, foiü en demi-ellipfoïde alongée : on en fait auffi de pyramidaux quarrés, où le feu fe fait avec du bois ou des tourbes, & de cylindriques où l’on emploie le charbon de bois ou la houille.
- 83. La Chaux du Boulonnois, quife fait principalement à Landrethun près Marquife & Guines entre Calais & Boulogne; & la Chaux de Tournay, qui fe fabrique au bord de l’Efcaut près Antoing à la droite de notre champ de bataille de Fontenoy, font les meilleures efpeces de notre frontière au Nord après la Chaux âpre de Lorraine. On les fabrique l’une & l’autre au feu de bouille, les mines.de houille ne fe trouvant pas éloignées des carrières d’Antoing & de Landrethun, où les bois font rares & de haut prix.
- FOURS EN CÔNE RENVERSÉ.
- Fours a Chaux de Flandre.
- 84. Tous les fours à Chaux font femblables fur la baffe Meufe, l’Efcaut, la Scarpe, la Lys, dans la Flandre Maritime & le Boulonnois: ils ne different que par leur grandeur & quelques acceffoires, à l’exception de ceux de Tournay , dont je parlerai en particulier. On fait aux mêmes fours dans toute cette étendue de pays de la Chaux de pierres dures, emmarbrées quand on peut fe les procurer, Sc de la Chaux de pierres blanches & tendres qui s’y trouvent prefque par-tout. Ce font encore les mêmes fours qui font en ufage à Vichi, à Lyoq ( Acad. Ij6i,p. x85. ) en Dauphiné, & en plufieurs autres Provinces de France.
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- ART DU CHAUFOURNIER. 31
- Dimenjîons & conflruïïion de ces Fours.
- 8y. Le vuide ou intérieur de ces fours eft un entonnoir : en Flandre on lui donne 20 à 28 pouces de diamètre par le bas (Fig. 31, 34, 39*): diamètre augmente de 4 à p pouces par pied de hauteur du four , jufqu’à ce que Taxe ait acquis une hauteur proportionnée à l'exploitation qu'on fe propofe : un petit four s'élève jufqu’à 7 ou 8 pieds de hauteur, & peut avoir au fommet cinq à fix pieds de diamètre; au lieu qu'un grand s’élève jufqu'à iy Sc 16 pieds, Sc aura au fommet de 8 à ï 2 pieds de largeur d’orifice. Ailleurs on leur donne par le bas jufqu’à près de 50 pouces de diamètre. On fait donc de ces fours à Chaux qui ne contiennent qu’environ 7j pieds cubes de matière à la fois pour des particuliers qui veulent bâtir, Sc d’autres qui en contiennent jufqu’à 600 pieds. On joint auftl plufieurs de ces derniers enfemble pour les entreprifes de grande confommation. |
- 86. Les proportions de tous ces grands & petits fours ne paroiffent déterminées que parle caprice & les idées particulières à chaque Chaufourniera ou même au maçon qui les confirait. Le plus ou le moins de talus à donner au pourtour de l’entonnoir depuis 2 jufqu’à 4 i pouces par pied de hauteur, dépend uniquement, dit le maçon, de la folidité plus ou moins grande du terrain fur lequel on établit le four. Il faut plus de talus fi le fond n’eft pas ferme; fi les côtés étoient moins inclinés que d’un fixieme de leur hauteur, la ma fie de pierre dont le four fera rempli tomberait trop promptement au fond, & y formerait un poids capable d’ébranler l'édifice. Si le four, félon les Chaufourniers, eft trop évafé, le feu ne peut en atteindre les bords. Il y a lieu de croire que ces diverfes prétentions ne font pas fans fondement, & qüe l’opération du feu de ce four n’exigeant pas une grande précifion dans fon dégré de chaleur, on peut effectivement admettre une certaine latitude dans le meilleur module de fes proportions, comme nous le verrons par les détails. Mais par-tout l’Art du Chaufournier m’a paru n’avoir été éclairé jufqu'à préfent d’autres lumières que de la tradition locale des gens groffiers qui le pratiquent.
- 87. Le cône renverfé du four BC, ( Fig. 34-) eft porté fur un foyer cylindrique G du même diamètre de 20 à 28 pouces, Sc de 18 de hau-* teur, qui fert tout à la fois de cendrier, de décharge Sc de foufflet pour le four. On pratique à ce foyer 1,2, 3 , ou 4 gueules F, (Fig. 33 34, 3y.) félon la grandeur du four, chacune de 1 y à 16 pouces de hauteur, & de 12 ou 13 de large, pour pouvoir y faire paffer aifément une pelle de fer de l’efpece de celles que l’on appelle efcoupes : chaque gueule eft cintrée par fon fommet de deux pouces ( Fig. 37. ) fur une barre de fer i de 25 lignes de largeur Sc 4 à y lignes d’épaiffeur qui en fupporte les claveaux, & chacune eft encore
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- 3* ART DU CHAUFOURNIER.
- traverfee à la naifîance de fon cintre par une fécondé barre e femblable & droite, le tout bien fcéllé dans la maçonnerie. On fcelle aufïî une autre barre plus forte E à l'orifice inférieur de l'entonnoir ( Fig. 3 5*. ) , & à peu-près fui-vaut fon diamètre, fur laquelle, comme fiir les barres horifontales des gueules, le Chaufournier fait porter les extrémités d'autres barreaux volants fpour y former un grillage quand il en efl: befbin.
- 88. La manœuvre très-fréquente de charger ce four exige à fon fommet une plate-forme P ( Fig. 3 3. J tout autour de l'entonnoir, & plus grande à proportion que le four efl: plus élevé. Il ne la faut pas moindre que de largeur égale au diamètre fupérieur du four ; fi le four efl d'environ 12 pieds de large, l'édifice total fe trouvera de 35* pieds de diamètre fur ij* à 16 pieds d’élévation, ce qui demande de la folidité dans la bâtiffe. Il y faut donc ou de bons revêtements R ( Fig. 34.) tout autour pour foutenir la pouffé e des terres de
- ,1a plate-forme & de toute la pierre à Chaux que l'on y amaffe , ou conflruire le tout en maçonnerie pleine, ou choifir, quand on le peut, fon emplacement contre un tertre., ou enfin enfoncer le four entier dans les terres, comme nous l'avons vu aux fours du premier genre. Dans tous ces cas, il faut pratiquer au bas des grands fours quelques galeries fuffifamment éclairées, tant pour arriver aux gueules du four, que pour y déppfer la Chaux bien à couvert à me-fure qu'on la défourne. Pour monter fur la plate-forme, il faut y former une rampe douce A ( Fig. 33 ) par laquelle les Journaliers puiffent continuellement rouler les matières à la brouette.
- 89. Si le cône efl: confirait avec des briques, qui font certainement fefpèce de matériaux qui y convient le mieux, fa maçonnerie efl fuffifante avec 8 pouces d’épaiifeur. Il y faut cependant plufieurs contre-forts pour qu'il ne fiéchilfe pas en cas que les terres rapportées faffent quelque mouvement. Du refie, ces fortes d'édifices n'ont rien de particulier, dont les deffeins ne puiffent faire entendre les détails.
- 90. Un petit four de cette efpèce creufé dans la terre & revêtu de briques ne peut nulle part être cher à conflruire : mais un grand, élevé en rafe campagne* peut coûter dans la Flandre Maritime jufqu'à 1 y & 16 cents livres : deux ou trois grands accolés iraient à 1000 ou 1200 liv. chacun, le tout a proportion du prix des journées d'ouvriers & de la brique qui s'y vend ju£ qu'à douze livres le mille.
- Charge de ce Four en pierres dures•
- 91. Pour charger ce four, le Chaufournier, après avoir formé à l'orifice inférieur de l'entonnoir le grillage de barreaux volants, ( N°. 87 J, y defcend
- & y
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- ART DU CHAUFOURNIER. n
- 8c y arrange trois ou quatre bralfées de bois bien fec, qu’il recouvre d’un lie de 3 ou 4 Pouces de bouille en morceaux gros comme le poing.
- 92. Si la houille deftinée pour ce four efl: en poulfiere, & que la pierre à calciner foit dure, toute la pierre doit avoir été réduite en morceaux de la groffeur du poing tout au plus. On en a tranfporté fur la plate-forme un amas fuffifant pour la charge complété du four, ainfi qu’une quantité proportionnée de houille. Alors le Chaufournier reçoit un panier rempli de ces pierres que deux fervants lui defeendent, au moyen d’une corde , 8c jette les pierres fur le lit de houille, puis un autre femblable panier : il range groffiérement ces pierres , le plus fouvent avec Ion pied fans fe bailfer, en-forte qu’elles recouvrent toute la houille. Sur ce lit de pierres , qui s’appelle une charge, Sc qui peut avoir 3 à 4 pouces au plus d’épaiifeur, il étend un lit de houille, ou me charbonnée , en vuidant un panier qu’on lui defcend, comme ceux de pierres. Le Poulfier par fon choc en tombant s’infinue dans les joints des pierres, Sc les recouvre entièrement. Le Chaufournier répété la même manœuvre des charges Sc charbonnées alternatives, julqu’à ce que le four foit totalement rempli. U obferve feulement de faire les charges un peu plus é p ai (Tes , à mefure qu’elles s’élèvent, Sc fur-tout vers l’axe du four où le feu eft fouvent le plus aélif. Ces charges forment donc ordinairement une efpece de calotte, Sc peuvent avoir vers le fommet du four 7 à 8 pouces d’épaiifeur autour de l’axe , au lieu de y à 6 pouces près les bords de l’entonnoir. Pour le fervir diligemment, il y a 8 pu 10 manœuvres munis de deux douzaines de mannes ou paniers qu’ils remplilfent de pierres fur la plate-forme, & qu’ils vuident fucceifivement dans celui que l’on defcend au fond du four ; ainfi que la houille quand le Chaufournier le demande. Il faut une heure pour arranger dans le four environ 72 pieds cubes de cette menue pierre.
- 53.Les mêmes Journaliers font occupés à brifer le moellon avec des marteaux, lorfqu’iis ne fervent pas à la charge du four ou-des voitures qui viennent chercher la chaux. Ce n’efl: pas que de plus grolfes pierres ne fe calcinent également bien au feu de houille ? comme on le pratique quelquefois à portée des carrières Sc des mines ; mais l’éloignement de l’une Sc de l’autre apporte néceifairement des changements dans la manipulation de cet attelier ( c’efl: ce que j’ai remarqué I à 10 lieues de Landrethun, d’où l’on tire la pierre Sc la houille à grands frais pour les Fours à chaux de MM. Thiéry, Entrepreneurs des ouvrages du Roi, Sc Négociants à Dunkerque , qui m’ont fourni plusieurs bonnes remarques a durées fur leur longue Sc intelligente pratique , Sc m’ont procuré toutes fortes de facilités à leurs Fours pour mes épreuves. ) La houille doit être diftribuée dans le Four par couche, d’une Chaufournier. I
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- cpaiffeur proportionnée à Ton degré de bonté & à la maffe des morceaux de pierre.'Si les pierres ne font pour la plupart à peu-près égales, les plus greffes ne feront pas encore pénétrées de feu, lorfque les moindres feront déjà calcinées : il faudroic donc obferver dans les charbonnées de donner plus de houille à celles-là qu’à celles-ci; ce qui, outre la grande fujétion, produiroit fouvent de l’inégalité dans la calcination, beaucoup de Noyaux, que les Chaufourniers appellent aufîi Rigaus & Marrons dans les grofles pierres, & confommeroit beaucoup de houille inutile autour des petites. Or quand la pierre eft chère, on ne laiffe perdre ni les éclats des moellons ni les recoupes de la taille, 8c il fe rencontre néceffairement beaucoup de menus morceaux dans la pierre à calciner. Pour qu’il y ait plus d’uniformité dans le total, il convient donc de brifer les moëllons, & de n’admettre dans le Four que des morceaux de pierres au-deffous de 20 pouces cubes.
- 94. D’ailleurs la houille que l’on tire de loin , n’eft pas toujours de la meilleure, fur-tout fi elle vient de houilliéres, qui n’aient pas un grand débit. Comme alors il s’y en trouve fouvent d’anciennement tirée delà mine, & par conféquent éventée ou fort affoiblie , les Débitants ne manquent guère à la mêler avec la nouvelle, 8c l’envoient ainfi détériorée à ceux qui ne font pas à portée d’y veiller. Il faut en employant cette houille , faire les charges de pierres plus minces; la menue pierraille y convient mieux. Quand on a la houille dans toute fa force, 8c mélée de morceaux avec le pouflîer, comme à Tournay, Valenciennes, &c. on peut épargner une partie des frais de la débiter li menu: la groffe houille donne un feu plus vif, parce qu’elle s’évente moins à l’air, & eft plus chère à poids égal. Mais on a remarqué partout que les moëllons angulaires 8c minces,au moins par un côté, fous la forme irrégulière d’un coin , en un mot, ce que l’on appelle dès éclats, le calcinent mieux que ceux de forme cubique ou arrondis qui ne réuffîffent pas dans les Fours.
- v 95. On fait auffi plus minces les charges du fond du Four, parce qu’il faut au commencement de l’opération plus de feu pour faire fuer & recuire le Four, fur-tout s’il eft récemment conftruit; & malgré cette augmentation de feu, le pied du Four fournit ordinairement quelques mannes de pierres mal calcinées.
- Du feu de ce Four, & de fa conduite.
- 96. Il n’eft pas indifférent de mettre le feu au four lorfqu’il n’eft chargé qu’en partie, ou d’attendre qu’il le foit totalement. Si dans ce dernier cas le feu par quelqu’accident ne prenoit pas bien & s’éteignoit, il faudroit décharger tout le four, & perdre un temps confidérable de tous les journaliers :
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- ainfi la prudence exige de l'allumer iorfque le bois (No. pi ) eft recouvert feulement de deux à trois pieds de hauteur par les charges. Pour l'allumer , on jette dans le cendrier une botte de paille que l'on y charge de quelques morceaux de bois fec : on obferve de choifir celle des gueules fur laquelle le vent foufle le plus directement. Si le vent étoit trop violent on bouche-roit celles des autres gueules par lefquelles la flamme fortiroit du cendrier. En quelques minutes, le bois qui efl: fur le grillage fe trouve enflammé.' Lorfqu’il l'eft fuffifamment, 8c que la fumée commence à fortir par le fom, met du four, on bouche toutes les gueules avec des pierres 8c de la terre ou dès gazons, afin que le feu ne s'élève pas trop vite , 8c c'eft alors que l'on continue les charges jufqu’au forum et du four.
- pj. Il feroit fans comparaifon plus commode au Chaufournier, que ces gueules fuffent garnies chacune d'une porte de tôle. Il efl fouvent nécet faire de les ouvrir ou fermer pour bien conduire le feu, 8c rendre la calcination égale dans toutes les parties du four : mais comme il faut du temps, & quelques peines pour arranger 8c déplacer cet amas de pierres 8c de gazons , dont on fe fert ordinairement, les Ouvriers conviennent qu'ils fe les épargnent quelquefois mal à propos ; àu lieu que des portes de fer avec regiftres, comme à nos poêles d'appartements, leur donneroient le moyen de gouverner le feu avec la plus grande facilité. J'en ai fait faire de telles en faveur d'un vieux Chaufournier Praticien de 40 ans, qui m'en a remercié pendant plufieurs mois , comme d'un grand préfent.
- p8. Les gueules par lefquelles on tire toute la chaux du four, à mefure qu elle efl faite , font fiijettes à de fréquentes dégradations. Leur cintre qui n'eft porté que fur une feule barre , fe brife à force d’être heurté par le manche d'une pelle que l'on enfonce dans la chaux * comme un levier pour la faire tomber dans le cendrier : leurs pieds-droits s'écornent 8c fe détruifenc par les coups fréquents de la même pelle qui ramalfe la chaux. Il faudroit dans le cas d'une exploitation fuivie plufieurs années, que les gueules fuifent garnies d'un chaflis de fer, qui en les défendant ferviroit de battée à la porte de tôle.
- pp. Il ne fuffit pas toujours pour opérer l'égalité du feu dans tout le cercle du four, de bien ménager le courant de l'air ou tirage par le cendrier. Il fe rencontre dans le mafîif des pierres, fur-tout auprès des parois du four, des endroits où le feu ne pénétre pas comme ailleurs ; ce qui vient en partie de ce que la pierre, en tombant des mannes, fe trouve plus entaffée dans quelques points que dans d’autres, & moins garnie de houille dans fes joints. Ces endroits font remarquables à la furface du four par la couleur des pierres , qui ne font pas imprégnées de fuie, comme celles fous lefquelles le feu a
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- 36 A RT D U C H AU F O U RNIE R.
- fait plus de progrès. Il faut y donner un peu de jour, pour que le feu say porte davantage ( No. 41. ) C’eft à quoi fert la Lance ( Fig. 3 6. ) Le Chaufournier drefle la lance fur fa pointe , & en l’agitant la fait entrer Sc péné- . trer à travers les pierres de toute fa longueur : il la retire 8c la replonge plufieurs fois de fuite dans le même trou, pour y former un petit canal, Sc en pratique plufieurs femblables dans le voifinage, s’il le juge nécelfaire. Il n’en faut pas davantage pour déterminer le feu vers ces parties, & rétablir Légalité. ( N°. 41 ) Ces coups de lances font fort rarement néceffaires ailleurs qu’auprès des parois de l’entonnoir, 3c m’ont fait juger que les fours moins évafés font plus favorables , que ceux qui le font davantage , ( N°. 86 ) dans ces premiers le feu devant atteindre plus aifément toute la circonférence,
- 100. Lorfque le feu approche du haut du four , il faut en garantir l’orifice par des abri-vents de planches de 4 à 5 pieds de hauteur pour les petits fours, 3c un peu plus élevés pour les grands. On les dreffe entre quelques piquets ; on les change de place, félon que le vent tourne, 3c on les abat chaque fois qu’il faut recharger le four. Il n’y a pas d’autre opération à faire à ce four, jufqu’à ce que le feu foit parvenu à l’orifice fupérieur ; Sc ait enflammé le dernier lit de houille fous la derniere charge de pierres, en forte que l’on en voie la flamme, ce qui arrive le troifième ou quatrième jour , fuivant la grandeur du four, Sc que le venta été plus ou moins favorable par fa médiocrité.
- s
- De îextraction de la Chaux, & des recharges du Four.
- 101. Le feu, à mefure qu’il s’élève, abandonne le bas du four, dont il a confumé toute la houille, Sc qui fe refroidit totalement. Alors le Chaufournier jette une bonne charbonnée fur la furface de fon four, Sc commence enfuite à tirer par le cendrier la chaux qui eft faite.
- 102. Il y auroit de l’inconvénient à déranger le pied du four avant que le feu fût arrivé jufqu’au fommet, la chûte ou l’affaiffement des pierres feroit pénétrer 3c tomber entre leurs joints les charbonnées du fommet, qui ne foroient pas encore enflammées : il fe trouveroit par-là des efpaces de pierres dépourvus de houille , & d’autres qui en feroient furchargés. C’eft par cette raifon qu’il faut jetter une charbonnée avant de tirer la chaux faite : le feu , quoiqu’il fe montre autour de l’axe à la furface fupérieure du four , n’eft ordinairement pas encore fi élevé près la circonférence ( N°. 99 ) ; il faut y fournir de la houille pour remplacer celle qui tombera plus bas , pendant le mouvement que vont faire toutes les pierres dont le four eft chargé.
- 103. Pour tirer la chaux , le Chaufournier arrache les barreaux volants du
- grillage :
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- grillage ; ( No. pi ) la chaux tombe aufli-tôt dans le.cendrier; où fi elle relie fulpendue dans le four , il l’aide à tomber avec le manche de là pelle : (N°. <?8 ) il l’enlève à la pelle par toutes les gueules l’une après l’autre. Ces Ouvriers prétendent que s’ils tiroient la chaux par une feule gueule, il n’jr auroit qu’un côté du four qui fe vuideroit de la chaux faite, & que les pierres du four ne s’affailferoient pas également, au lieu qu’en tirant par toutes les gueules , la mafle entière defcend uniformément fans fe déranger. Ceci me paroît vrai dans les fours de Tournai qui font beaucoup plus grands qu’ail-leurs, & dont le pied eft autrement difpofé : mais j’ai fouvent obfervé comment fe fait cet affaiffement dans les fours coniques de la Flandre, pendant l’extraélion de la chaux : comme l’entonnoir n’a qu’en viron 24 pouces d’orifice par le bas , ce font toujours les pierres les plus voifines de fon axe qui tombent le plus vite, & fur un diamètre à peu-près égal à cet orifice inférieur, par quelque gueule que l’on décharge le four ; en forte qu’il fe forme toujours à la furface fupérieure un encuvement de 8 à 10 pouces plus profond auprès de f axe, que vers les bords , fur un affaiflèment total de 18 pouces réduits : en même-temps toutes les autres pierres de la furface voifine des bords fe retournent, & font un mouvement comme pour rouler vers l’axe. Cela eft arrivé de même & devoit être, lorfque j’ai fait tirer la chaux par une feule gueule. Leur multiplicité eft donc utile par la facilité qu’elle donne pour gouverner le feu félon les vents, & fur-tout pour dépofer la chaux à couvert, tout autour d’un grand four; mais une feule gueule fuffiroit pour tirer la chaux.
- I04. Le Chaufournier continue à tirer la chaux, jufqu’à ce qu’il la voie tomber mêlée de feu: c’eft à cet indice qu’il reconnoît ordinairement la quantité de chaux faite, qu’il peut enlever de fon four : le feu ne pourroit par, aucun moyen rétrograder vers le bas, ( N°. 42 ) dont toute la houille eft confumée & le phiogiftique diffipé: la pierre d’en-bas eft donc ou totalement calcinée, ou hors d’état de l’être mieux à cette place, lorfque le feu l’a abandonnée ; on peut la retirer. Cependant quand il a fait un grand vent & dâ durée, le feu peut être monté trop rapidement & avoir abandonné le pied du four fur une fi grande hauteur, qu’il y auroit de l’inconvénient à en retirer toute la chaux qui fe trouve refroidie. Alors la pierre qui eft encore enflammée, s’approchant fort près de l’orifice inférieur où le tirage de l’air froid fait fon impulfion la plus violente , feroit aufli trop-tôt abandonnée par le feu ; la houille qui l’accompagne feroit confumée trop vite : le feu continuant à monter rapidement, une grande partie de la pierre ne feroit pas bien calcinée, comme il arrive aux premières que l’on tire de ce four. (N°. 95.} Le Chaufournier , qui connoît le produit ordinaire de fon four & les accidents de l’air, Chaufournier, K
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- n’en retire donc alors que ce qui leur efi proportionné, & a foin de mouiller fa houille fi le feu va trop vite,
- ioj. Le vuide que lailfe aufbm-met du four la chaux tirée par les gueules, fe remplit auffi-tôt par de nouvelles charges & charbonnées ; mais il faut en réparer auparavant la furface inégale. Il y jette d’abord une charbonnée ; puis il enfonce fa lance de quelques pieds le long des parois du four, & en la faififiànt par fon œil, il s’en fert comme d’un levier avec lequel il fait effort contre le bord du four pour foulever & retourner les pierres, qui par ce moyen fe rapprochent de l’axe & recomblent Tencuvement qui s’y étoit formé. Ces efforts de la lance exigent un point d’appui folide aux bords de l’entonnoir, qui doit avoir été par cette raifon , couronné de bonnes Sc fortes pierres, pour n’être pas détruit en peu de jours. Il fait la même ma-nœuvre tout autour, & rejette même vers l’axe avec une pelle les pierres de la bordure, pour reformer le bombage au lieu d’encuvement ; après quoi il répété la charbonnée & les charges de pierres alternatives jufqu’au foin-met du four, comme le premier jour.
- 106. Lorfque le temps efl calme & par-là très-favorable à l’égalité de la calcination dans toutes les parties du four, le feu s’évafe davantage, & fe déclare encore plutôt aux bords que vers l’axe du four : alors au lieu de bombage , on charge les bords de quelques pouces plus haut que le milieu.
- 107. Depuis le moment où l’on tire la première chaux, ce font toujours les mêmes mouvements à recommencer, tant que le four relie allumé ; c’efl-à-dire, tant que dure la confommation de la chaux, que fon fous-tire jour-( neliement, àmefùre qu’elle fe fabrique, comme on le pratique aux fourneaux où l’on fépare les métaux de leur minéral : aufîi les Chaufourniers appellent-ils ces fours à chaux, Fours coulants. On voit que l’opération a pour but ici, comme dans les fourneaux à briques que j’ai décrits ailleurs, de faire féjour-ner un certain degré de chaleur dans chaque partie du four pendant un temps fuffifant ; & qu’il faut que le feu par fon intenfité , ou par fa durée , foit proportionné à la réfiftance de la pierre , qui fe calcine plus ou moins facilement, félon fon volume & fa dureté : que le Chaufournier a fouvent à vaincre les obftacles des vents, de la pluie Sc même de la houille , qui tendent tous à déranger l’équilibre néceffaire dans fon four. C’ell à quoi font relatifs tous ces procédés , qui font les mêmes, ou à peu-près, pour tous les fours que j’ai vûs de ce genre, & dont je ne détaillerai pas les petites différences.
- ' Du chommage de ces Fours allumés.
- 108. Dans le cas d'une exploitation ordinaire, on ne travaille à ces fours
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- à chaux j ni la nuit, ni les Dimanches & Fêtes. On en tire tous les jours la chaux le matin & le loir , Sc quand le four eft rechargé, il n’y a plus rien à y faire. Mais lorfque Ton doit paffer un jour entier fans en tirer, il faut dif-pofer le four de façon à empêcher le feu de monter aufli-vîte quà l'ordinaire, Cette précaution confifte à jetter au centre de fa furface une charbon-née de 2 ou 3 pouces d’épaifleur Sc de deux pieds de diamètre, que le Chaufournier entaffe en la piétinant, quelquefois en la mouillant, Sc quil recouvre d'un lit de même épaiffeur, formé des plus menus éclats de pierres : en-fuite il ferme toutes les gueules du Four. L'ancien Chaufournier, dont j'ai parlé, m'a dit à cette occafion, qu'ayant été obligé quelquefois de iufpen-dre Ion travail, {oit pour attendre de la pierre à chaux ou de la houille, dont il manquoit, foit par quelqu'autre raifon, il avoit ralenti fonfeu au point d'être 12 jours entiers fans toucher au four, Sc {ans autre accident que d’avoir tout au plus quelques pieds cubes de pierres mal calcinées. Il faut alors fermer de même les gueules du four Sc faire fur le total de fa furface ce que l'on fait feulement autour de l'axe pour le chommage d'un feul jour ; c'eft-à-dire, ne laiifer fubfifter pour le feu, que le moins d'évaporation poffible fans l'éteindre.
- 109, Lorfque les barreaux volants du grillage au pied du four ont été une fois enlevés ( N°. 103. ) pour i'extraélion de la chaux, il n'eft plus néceftaire de reformer ce grillage, que tous les 8 ou 15 jours pour nettoyer le cendrier : hors ce cas, la chaux porte fur le fond du cendrier {ans aucun inconvénient^ Quand il faut remettre ces barreaux en place, le Chaufournier les chafle à coups de malle à travers la chaux par une des gueules , jufqu'à ce qu’il les ait alfez enfoncés, pour être sûr qu'ils porteront fur la traverfe E de l'orifice du four , ( JV°. 87. ) ou jufqu'à ce qu'ils fortent parla gueule oppofée; (Fig. 35.) & dès qu’il a nettoyé le cendrrêr, il arrache de nouveau ces barreaux. Cet ulàge eft meilleur que celui de conftruire, comme à Valenciennes & ailleurs, un grillage dormant, qui gêne fouvent la chûte de la chaux, plie fous le fardeau des pierres, Sc occafionne des dégradations au four.
- De la Cendrée.
- 110. Le cendrier s’engorge de temps-en-temps par les cendres de la houille qui s'y amaiTent, fur-tout dans les intervalles entre les gueules, & empêchent la chûte de la chaux. Le Chaufournier met foigneufement ces cendres à part: elles font mêlées de beaucoup de menus morceaux de chaux, qui avec les fels fixes de la houille les rendent propres à faire un excellent mortier fuffifamment connu fous le nom de Cendrée. Comme on ne veut point en perdre, on fe fert aux grands fours d’une pelle percée de trous à paifer le
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- bout du doigt pour tirer la chaux du four, Sc on en fait tomber toute la cen-dre fur un tas particulier avant de mettre la chaux dans les mannes pour la tranf-porter. Cette cendrée eft eftimée pour enduire les citernes, les caves, &c. même quoiqu’elle provienne de fours ou la chaux faite de pierres blanches eft de peu de qualité; au lieu que les cendres des fours à Chaux où l’on brûle du bois ont été reconnues ne rien valoir dans la bâciUe. Il fort des fours à la houille à peu-près une mefure de cendrée contre deux mefures de chaux; Sc elle fe vend en plulieurs Provinces au moins moitié du prix de la chaux.
- Des déchets far la Chaux de ces Fours.
- ni. Les Chaufourniers domeiliques, qui ne travaillent pas pour vendre la chaux, ont encore foin de trier au fortir du four tous les morceaux "qui contiennent de la pierre non calcinée; l’habitude la leur fait connoître à l’œil, & jamais ils ne s’y méprennent au poids. Ils les amaftent auprès du four, les ar-rofent d’un peu d’eau, & en retirent tous les noyaux pour les remettre au four. La plupart d’entre-eux rejettent aulfi comme déchet les roches du four, qu'ils appellent la Chaux brûlée : je dirai ailleurs ce que c’eft. Dans la Chaux qui fe vend, onlaifle toutes ces non-valeurs, ainfique celles dont le Fabriquant même auroit peine à fe garantir, qui font les veines de boulin, ou autres matières non-calcinables qui font fouvent mêlées avec la pierre, Sc qu’il feroit quelquefois trop coûteux d’en vouloir féparer. *
- 112. Par ce moyen, il n’y a pas de déchet pour les Chaufourniers Marchands fur la pierre dure qu’ils convertilfent en chaux : la toife de cette pierre leur rend au moins une toife de chaux en menus morceaux. Le déchet tombe en entier fur les gens qui l’achetent, & eft proportionné à la bonne foi du Chaufournier qui peut y avoir épargné plus ou moins la houille & fes foins. Quand on la fait faire fous fes yeux fur les carrières en choiMant toutes pierres vives &bien nettes, & avec une économie bien entendue, il n*y a non plus aucun déchet: par-tout ailleurs, Sc en paiïànt par les mains de Commis, on doit compter fur une diminution de la pierre que j’eftlme d’un vingtième à un quinzième fur toutes les efpeces de pierres dures que j’ai vu calciner.
- Du rendage ou produit de ces Fours en Chaux.
- 113. Lorsqu’un tel four eft bien allumé, que la houille eft égale ou homogène Sc de bonne qualité, il peut par un temps favorable produire chaque jour en chaux de pierre dure jufqu’à la moitié de la pierre dont il eft chargé: quelquefoisfon produit ne va qu’au tiers; & il la houille eft de peu de force, il rend encore moins. Un four de 600 pieds cubes peut donc fournir communément 1620 pieds cubes de chaux par femaine de lix jours de travail,
- * Dans quelques provinces ceux qui éteignent la chaux mettent à part les marrons, qu’on déduit au Chaufournier.
- Sc expédie
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- 8c expédie beaucoup plus qu’aucun de ceux à grande flamme ( Nos. 48, 69 ).
- 114. J’ai remarqué que les fours coniques du pays de Liege dont l'entonnoir a ordinairement 40 à 4 J pouces de diamètre parle bas, confomment plus de houille que ceux de la Flandre, & ne rendent par jour, réduction faite , qu’un cinquième de ce quils contiennent. Cette obfervation jointe à la né-ceflité fréquente de gouverner le tirage ou courant d’air du four ( N°. 97. ) me fait croire quils font mieux conftruits lorfque cet orifice inférieur n’a qu’environ 24 pouces de diatnétrê.
- Des Hommes nécejfaires à ces Fours.
- 11 J. Un feul Chaufournier avec 12 ou 1 y hommes peut conduire à la fois trois de ces plus grands fours, dont il ne fait que les charbonnées, & commande toutes les autres manœuvres: mais il faut que la pierre ait été toute brilee, ou qu’il y occupe encore 12 ou 1J enfans; & il lui faut fur chaque four au moins ioo mannes toujours pleines de pierres, pour que rien ne languifle. Trois hommes fufüfent en tout pour un petit four Bourgeois.
- Consommation de la houille pour ces Fours.
- 116, La proportion réduite entre la pierre dure 8c la houille néceflàire. pour la convertir en Chaux me paroît être de 60 à pieds cubes de houille par toile cube de pierres du toifé des carrières ( No. 49 ). Malgré i’obfcurit© que tous les Chaufourniers tâchent de répandre fur cette confommation, j’aï reconnu que certaines pierres exigeoient jufqu’au tiers de leur cube d’une même houille, dont d’autres pierres ne demandoient qu’un fixieme, quoique ces deux extrêmes m’aient paru rares. Dans les houilliéres du pays de Liege Sc du Hainault, on diftingue deux qualités de houille, dont la moindre le nomme Houille à Chaux 8c à briques: mais différentes épreuves me font penfer que la houille la plus aétive n’eft pas dangereufe au fuccès de la Chaux, comme elle l’eft dans les fourneaux à briques. Les eflais de fa qualité peuvent le faire d’autant plus sûrement dans chaque province par les Chaufourniers, qu’il me paroît n’y avoir rien à craindre dans ce four de la part d’un excès de feu, comme on le verra plus bas.
- De la dépenfe pour fabriquer la Chaux dans ces Fours.
- X17. Les prix courants en 1765 aux fours à Chaux du Boulonnois font. Pour une toife cube de pierre tirée de la carrière. ... 4 liv. 10 f.
- Pour la brifer en éclats......................... 6 liv.
- Pour la brouetter au four....................... 1 liv.
- Chaufournier* L
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- , ART DU CHAUFOURNIER.
- De l’autre part. ...........
- Pour 66 pieds cubes au plus de houille à 7 fois.
- Pour la main-d'œuvre de la calcination. ......
- iiliv. 10 £ 23 liv. 2 £ x 9 liv.
- Total pour une toife cube de pierres calcinées. ; Z • 43 liv. 12 £
- En fuppofànt qu’elle ne produisît que 200 pieds cubes de bonne chaux triée, elle reviendroit à 4 fols le pied cube.
- Cette, chaux fabriquée à Gravelines, Dunkerque Sc Bergues avec les mêmes matières y coûte environ 10 fols le pied cube, fans y comprendre la conftruéfion ou le loyer des fours ; & comme les bois n’y font pas au-deiîous de 3y liv. la corde, mais fouvent plus chers, elle y reviendroit au moins à 20 fols le pied II on la fabriquoit à la grande flamme.
- Charge & conduite de ces Fours en pierres tendres.
- 118. Si c’eft en pierres tendres que Ton charge ces fours, on peut en géné«» ral les calciner en plus gros morceaux que la pierre dure, & faire les charges plus épaifles. Il fe rencontre des carrières dont la pierre, quoique tendre, réfifte beaucoup à la calcination lorfqu'elle eftreftée long-temps à l’air, & for-tout au foleil (N°. 34^). Les Chaufourniers, bien moins curieux de fçavoir fi la chaux n’en feroitpas meilleure que d'y depenfer moins de houille, ont foin de la mettre au four tout le plutôt qu'ils peuvent après fon extraction de la carrière ; ou bien ils l’arrofent, ainfi que le charbon, s’ils ont été obligés de la laifler fécher. Ces fours chargés en pierres tendres débitent davantage, cori-fomment moins de houille par rapport au volume de la pierre, & exigent moins de monde pour leur fervice.
- Leur rendage.
- 119. Le moins que l’on en tire en 24 heures, va àla moitié de leur charge. J’en ai foivi quelques-uns qui contenoient chacun yqo pieds cubes, & qui rendoient régulièrement 320 pieds cubes de chaux vive par jour de 12 à 13 heures de travail. On les poufloit quand on le vouloit à en rendre 400 pieds . par jour. Il fuffit pour cela, fi le temps eft favorable , d’en tirer un peu plus par le pied du four à chaque fois qu’on le décharge; ( N°. 104. ) ou de proion-! ger le travail à environ 1 y heures, afin de décharger le four trois fois par jour j ' au lieu de deux, & il n'en coûte pas plus de houille : file temps eft pluvieux, ou qu’il fafle beaucoup de vent, il foffic de faire les charbonnées un peu plus fort es ; car il fe confomme plus de houille à tous les fours à chaux par le vent & quand il pleut, que par un temps ferein & calme. On peut poufler de même le rendage de ces fours en chaux de pierres dures quand on eft prefle.
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- Leur consommation en houille•
- 120. La pierre tendre de la Flandre maritime me paroît exiger 40 à 45^ pieds cubes de la houille du Boulonnois, par toife cube pour fa calcination.; Les différents rapports que j’ai eus du Hainault, font monter cette proportion entre 50 Sc 52 pieds cubes de houille des foffes de Condé * quoique celle-ci foit généralement reconnue beaucoup meilleure & de moindre corn fommation pour les forges que celle du Boulonnois. Mais il eft bon de remarquer que la pierre tendre diminue dans le four beaucoup plus que la pierre dure : il s’en rencontre que l’on eftime perdre jufqu’à un cinquième de fon volume, enforte qu’il ne faut pas beaucoup moins de houille pour fabriquer une toife cube de chaux de pierres tendres, que pour une toife cube de chaux de pierres dures. On eftime même en quelques endroits qu’il faut pour l’une Sc pour l’autre également un quart de houille , ou 54 pieds par toife de chaux.
- Leur nombre d’Ouvriers.
- "121. L’un des fours de 540 pieds cubes que j’ai fuivis, étoit exploité chaque année, pendant 8 mois par 3 hommes , y compris le Chaufournier * & ils coupoient toute la pierre avec des marteaux à tranche, en éclats de la largeur des deux mains au plus, tout le plus minces qu’ils pouvoient. La carrière fur laquelle étoit le four, étoit exploitée par 4 autres Ouvriers, qui en tiroient au bourriquet, de plus de 30 pieds de profondeur, toute la pierre néceflaire pour le four : ces mêmes quatre Carriers aidoient encore à charger toutes les voitures qui venoient enlever la chaux.
- 122. On fait quelquefois à ces fours de la chaux de pierres dures & tendres mêlées enfemble, & on les fépare au fortir du four ; les Chaufourniers difent que cela ne réuffit pas toujours: il eft aifé de juger qu’il en eft de ces différentes qualités de pierres, comme je l’ai remarqué de celles d’une même efpèce & de differents volumes, (N°. 93.)
- FOURS A CHAUX EN DEMI-ELLIPSOIDE RENVERSE’.
- Fours à Chaux de Tournai.
- X23. M. Durand, Entrepreneur des ouvrages du Roi à Douay , déjà cité dans l’Art du Briquetier, m’a fait faire à Tournai les obfervations Sc deffeins, dont j’avois befoin pour bien connoître les fours à chaux de ce canton. J’en fupprime les détails, dont j’ai déjà parlé.
- On voit par les deffeins (Fig. 40 ér 43 ) que ces fours ont précifément par-dedans la forme d’un gobelet à pied, Sc moins de talus que les précédents à
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- leurs parois intérieures. Ce défaut de talus, joint à la grande capacité des fours de cet exemple, rend raifon & du maffif de maçonnerie L qui occupe le milieu du cendrier, & des huit gueules N que l'on pratique autour du cendrier : le poids de toute la maffe contenue dans la chaudière du four écraferoit une grande partie de la chaux, & rendroit fon extraélion fort difficile , s’il n’étoit foutenu par ce dé 'de maçonnerie, « qui d’ailleurs renvoie la chaux » vers les gueules , à mefiire qu’elle tombe» : un four de 22 f pieds de diamètre par fon fommet & de plus de 9 l pieds par le bas fe vuideroit inégalement ( No. 103 ) fi l’on ne droit la chaux de tous les côtés de fon cendrier : fon grand produit exige beaucoup de gueules Sc d’elpace au pied pour toutes les manœuvres.
- 124. « La coupe verticale de ce four, ( Fig. 43 & 4$ ) fait voir que Ton y » , place le b ois qui fiert à l’allumer à 9 t pieds au-deilùs du feuil des gueules : » tout le deffous eft rempli de pierres, fans mélange de matières combuftibles, » & les huit gueules font alors mafquées par de groflès pierres. Ce bois * qui » avec la paille & la houille en morceaux que l’on y ajoûte, forme un foyer » de 5 à 6 pieds d’épaiflèur, eft recouvert de trois charges de pierres Sc char-* » bonnées , qui s’élèvent de 3 pieds au-deflus du foyer Sc à travers lefquelles » on ménage deux communications^ AC>B C, ( Fig. 45) garnies de paille Sc de » menus bois pour porter le premier feu dans le foyer. Lorfque le foyer eft en-» flammé , on recomble le vuide des communications avec des pierres Sc de la » houille ; mais il faut que le Chaufournier veille à ce que le feu ne fe perde » pas par le haut ; il faut qu’il le force à s’étendre également par-tout. Alors , à » mefure & à proportion que le feu s’élève, on continue la charge de la chau-* » diere, jufqu’au fommet, par lits de pierres d’environ un pied d’épaiflèur, Sc » charbonnées mouillées, d’environ un demi-pouce,Il faut ordinairement 48 » heures de feu, avant que l’on puifle démafquer les gueules. On en retire peu » de pierres le premier jour ; le lendemain davantage, Sc lucceffivement de » plus en plus, jufqu’à ce que l’on ait tiré toute la pierre qui n’eft pas calci-» née, que l’on rejette fur le four.
- 125. Le plus grand de ces fours de Tournai, qui contient environ 7450 pieds cubes de matière, « fournit ordinairement par jour 400 mannes de » chaux vive, & 200 de cendrée, de deux pieds cubes chaque manne. Il » confomme, fuivant le rapport des Chaufourniers, environ 260 pieds cubes » de houille par jour : mais comme ces Ouvriers ont intérêt à faire croire leurs » frais plus confidérables qu’ils ne le font réellement, il pourroit y avoir » quelque chofe à rabattre fur cette confommation de houille, que l’on tire »des folfes de Condé en Hainault Sc de Valenciennes. Cette chaux fe ven-
- » doit
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- » doit aux fours en 1764, 7 fols le pied cube ; la cendrée s’y vend y fols, 8c » à proportion quand ces matières font mêlées enfemble.
- 126. Comme je n'ai point fuivi le travail de ces fours, je nefçais quelles bonnes raifons on peut avoir d'y élever fi fort le foyer au-delfus des gueules, & d’y porter le feu par des communications plongeantes du haut vers le bas. On remarque qu'il faut de l'adreffe & des foins de la part du Chaufournier pour ne pas fe brûler les bras en allumant le feu , pour le faire defcendre 8c l'empêcher de s'échapper : auffi la nature confeille-t-elle de s'y prendre tout autrement.Toute la main d’œuvre pour l'arrangement des pierres inférieures au foyer fe trouve perdue, puilqu'eiles ne peuvent jamais parvenir à calcination. Le produit de ce four par 24 heures, ne va pas à un neuvième de ce qu'il contient, enforte que « tout ce que l'on,peut en tirer quand 011 eft prelie , c'eft: » de le renouveller en huit jours. » Comme la chaux de Tournai eft fort bonne, M. Durand ne fçait, « fi le long féjour de la pierre dans le feu, ne pour-» roit pas contribuer à fournir à cette chaux une partie de fes bonnes qualités.»:
- ' Mais ce qui peut jetter des foupçons fur la néceffité de toutes ces pratiques, c'eft quen 1758 & 1759 , on fabriqua à Dunkerque, pour la reconftrucKon des grandes Eclufes, beaucoup de cette même chaux avec la pierre de Tournai dans des fours coniques, qui font bien d'un autre rendage , précifément de la façon que j'ai décrite pour la chaux du Boulonnois, & qu'elle fut jugée toute aulîl bonne que la chaux faite à Tournai. J’en ai fait faire auffi des eflàis mêlés avec la pierre de Landrethun : j'ai trouvé la pierre de Tournai, parfaitement calcinée en deux jours qu'elle avoir pafles dans le four. Ces exemples me porteroient fort à penfer que la forme des fours à chaux de Tournai eft moins parfaite & moins commode, quoique plus compofée, & qu'on ne la conferve que par l'invincible préjugé de l'habitude, pernicieux à tous les Arts.
- 127. Les morceaux de la chaux vive de Tournai, forçants du four, font exactement de la couleur du foufre par leur fixperficie , ainfi que ceux de la chaux apte ; au lieu que ceux de la chaux de Landrethun, font d'un gris-cendré. Celle-ci m'a paru donner auffi beaucoup moins de chaleur en l'éteignant, & moins foifonner, ou fe renfler, que la chaux de Tournai ; mais je n'ai pû faire ces épreuves allez en grand , pour en rendre compte. « La meil-» leurepierre à chaux de Tournai, eft de couleur d’ardoife; celle qui eft fort » noire, fe calcine difficilement.
- Chaufournier.
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- FOURS A CHAUX EN PYRAMIDE QUARRE’E RENVERSÉE.
- Fours à Chaux a la Tourbe.
- 128. Dans les environs de Montreüil-fur-Mer en Picardie, les Particuliers qui veulent faire bâtir, font faire leur chaux de pierres tendres, dans de petits fours en pyramide quarrée renverfée, d’environ y pieds de largeur au fommet, & 6 pieds de hauteur verticale au-deflus du cendrier, dans lefquels on brûle indifféremment des tourbes ou du bois. Ces fours font ordinairement creufés en terre, revêtus de briques, & n’ont qu’une feule gueule. Il faut que la pierre foit brifée en menus éclats de 5 à 6 pouces cubes : les charges s’en font par lits alternatifs, comme avec la houille : II c’eft avec des tourbes, chaque lit de pierres & de tourbes eft de 4 à y pouces d’épaifleur ; fi c’eft avec du bois , la pierre s’arrange en lits & morceaux plus épais* &les lits de pierres font féparés par deux couches de bûches ou branchages, croifées l’une fur l’autre.
- 129. Ce feu de tourbes ou de bois va fort vite, 8c oblige le Chaufournier à faire de nouvelles charges toutes les deux heures & quelquefois d’heure en heure, jour 8c nuit, tant que le four eft allumé. Ces petits fours fo renouvellent de matières par ce moyen au moins toutes les 24 heures, & rendent 40 à 50 pieds cubes de chaux par jour. Il ne feroit pas poffible de marcher fur leur furface, comme on le fait aux fours à la houille & fur les fourneaux à briques : a in fi il eft néceffaire de leur donner peu de largeur au fommet, afin de pouvoir atteindre des bords jufqu’au centre, pour y arranger les matières. On fait ces fours quarrés, pour pouvoir en couvrir toute la farface avec du bois qui ne s’arrangeroit pas de même dans un four circulaire; mais les tourbes, qui font de la figure de nos briques, n’exiger oient pas que le four fût quarré.
- 130. Il feroit bien à fouhaiter pour quelques Provinces qui manquent 8c de houille 8c de bois, que cet ufage des tourbes fût plus connu : peut-être les mêmes fours qui fervent à convertir les tourbes en un charbon propre à l’ufage des cuifines & fourneaux ( Acad. 1761,/?. 385, ), pourroient-ils fèr-vir aufti à fabriquer de la chaux de pierres dures avec ce même charbon, & procurer aux Particuliers une double économie fur le bois ; fauf à examiner la qualité qu’auroit cette chaux, comme on le verra plus bas ( Nos. 141,145.)
- FOURS A CHAUX CYLINDRIQUES.
- Fours à Chaux au charbon de bois.
- 131. On fabrique auffi la chaux de pierres dures avec du charbon de bois ?
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- Sc l’on pourroit certainement employer le charbon de bois comme les tourbes dans tous les fours coniques de pyramidaux. Cependant i’ufôge de quelques cantons, où Ton confomme de ce charbon pour faire la chaux, eft de la fabriquer par fournées féparées dans des fours cylindriques , conflruits exprès. On trouve une defeription affez paffable de cette méthode dans la 7e. édition de la Maifon Ruflique (Paris, .t. i.);mais M. Dumoulin (N°. 57.)
- me Fa envoyé mieux détaillée, telle quelle fo pratique dans les environs de Mézières & Sedan.
- 132. « Un four cylindrique de 18 pieds de hauteur & 4 - de diamètre inté-» rieur ( Fig. 47, 48.) contient environ 280 pieds cubes de vuide, quife rem-» plit par 189 pieds cubes de pierres dures & 120 pieds cubes de charbon de » bois. Ce charbon total, par la charge des pierres qu’il fupporte , s’entaffe » Sc diminue d'environ 24 pieds de fon volume, ou 17 pouces de la hauteur » qu’il occupoit en le plaçant dans le four.
- » Pour charger ce four on arrange d’abord fur fon fond & à fa gueule un lit » d’environ 7 pouces de hauteur de pierres plattes E, nommées par les Chau-» fourniers des goukttes, entre lefquelles on laiffe une communication quar-» rée A ( Fig. 48. ) de 7 à 8 pouces, recouverte de femblables pierres le long » de la gueule Sc garnie en dedans du four de longs charbons croifés F, pour » que le pouflîer ne puiffe y tomber & l’engorger. Sur les goulettes, on fait la » première charbonnée D de9 pouces de hauteur, qui confomme 12 pieds » cubes de charbon.
- » Les pierres du premier lit P1, ne doivent pas être plus groffes que de » médiocres pommes de Reinette fur un peu moins de 10 pouces de hauteur. » On le recouvre immédiatement d’un fécond lit de pierres q de 8 à 10 pou-» ces cubes chacune, ou à peu-près doubles des premières , & on arrange » leur furface le plus également que Fon peut pour recevoir une nouvelle » charbonnée. Cette charge totale de deux lits de pierres P1 q, eft d’environ » un pied d’épaifîeur.
- » Toutes les autres charbonnées le font chacune de 18 pieds cubes de char-» bon : mais les charges de pierres fe font de plus en plus épaiffes à mefùre » qu’elles font plus élevées, excepté la dernière : la 2e. r, P% s, eft d’environ » 16 pouces ; les foivantes de 20 , 24, 26, 27, oc la 7e. feulement de 1 y » pouces.
- » On obferve à ces charges de pierres , de les arranger chacune en trois » couches de deux groffeufs différentes; fçavoir , une coucheP% de menues » pierres, comme celles qui joignent la première charbonnée, entre deux » autres couches de pierres plus fortes r Sc s. On nomme ces plus fortes, les » drejfées, tant par ce qu’on les dreffe avec fujétion fur leur champ , Sc le plus
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- » grand flanc vers le charbon, que parce qu’on leur donne du côté du char-» bon la furface la mieux drelfée que Ton peut : on a foin auffi qu'elles ne » foient pas trop ferrées, afin que le feu fe communique aifément d'une char-» bonnée à l’autre. Toutes ces drelïees n’ont guere qu’un pouce d'épailîeur, *> trois à quatre pouces de longueur & de hauteur, pour les charges infé-» rieures, & 6 à 7 pouces de long 8c de large vers le haut du four. On re-» couvre la dernière charge P7, par un peu de menues pierrailles, rangées en » calotte , qui ne fervent qu’à retenir la chaleur.
- » A mefiire que l’on charge le bas du four , on en maçonne la gueule C, » fur deux pieds d'épaiffeur, en forte qu'il n’y relie que la communication A, » qui donne du tirage au feu.
- 1-3.3. * Ü -arrive alfez ordinairement à-Sédan & Mézières, que les Chau-» fournierS trouvent mieux leur compte à fabriquer la chaux avec du char-» bon de bois, qu’avec un feu de fagots ; mais par les prix aéluels ( N°. y6. y » du bois & du charbon , qui coûte 32 fols le poinçon de 6 pieds cubes, la » chaux de cette dernière fournée leur coûteroit environ 3 liv. 10 fols plus » cher, qu’en la fabriquant à la grande flamme. Ils difent en ce cas que le » charbon rend la chaux plus aigre ; ce qui veut dire quelle ne foifonne pas » tant en l’éteignant, qu’elle n’ell pas fi grafie dans les mortiers 8c ne fe mêle » pas fi bien avec le fable : ils ajoutent encore que le grand feu de bois dé-» cralfe la pierre» ( des parties de fon boufin qui peuvent y être reliées) » » & que le feu de charbon n'a pas cette vertu. » Mais dans ce canton où la houille n’ell pas rare, il mefemble qu’il y auroit de très-bons motifs, pour n’employer aux fours à chaux ni bois ni charbon de bois.
- Four à Chaux du Hainault Autrichien.
- 134. On fe fert encore de ces fours cylindriques dans le Hainault Autrichien* aux Carrières de Soignies, Felly & Arquenne > entre Mons & Bruxelles , où l’on calcine de tres-bonnes pierres à chaux par fournées féparées au feu de houille. On y fait les charbonnées d’environ 8 pouces d’épaiJTeur 8c les charges de pierres du double , en les jettant tout Amplement par paniers à la fois fur chaque charbonnée. Cette méthode n’ell pas économe , puif-qu’elle confomme en houille à peu-près la moitié du cube de la pierre ; mais on la fuit dans un canton où l’une & l’autre matière coûtent fore peu de chofe.
- De la fabrication de la Chaux en plein air.
- 135*. Enfin j’avois oui dire que fans confondre de four, on fe contentoit en quelques endroits du Hainault, de creufer un peu la terre, 8c qu’y ayant
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- arrangé la pierre, à peu-près, comme les bois à convertir en charbon , elle s’y calcinoic très-bien. On lit suffi quelque chofe de femblable dans les observations de TEncyclopédie fur cette matière.
- Fours à Chaux vers la S ambre.
- M. Daumont , Directeur des fortifications des Places , vers la Sambre, a bien voulu me procurer de Maubeuge un Mémoire détaillé de M. de Juzan-courc le Cadet, Ingénieur ordinaire du Roi, fur cette méthode, qui par là /Implicite peut être bonne à connoître pour un Particulier qui n’a befoin que d’une feule fournée de Chaux. J’ai tiré de ce Mémoire l’extrait fuivant.
- 136. «Après avoir tracé fur la furface de la terre un cercle d’environ 9 » pièds de rayon, on creufc au milieu de cet eipace, fur 36 à 40 pouces de » profondeur un trou cylindrique de 2 pieds de diamètre. Du fond de cette » efpèce de puits, on enlève les terres, jufqu’à la circonférence du grand cer-» cle, en laîlîant un peu de convexité au fond du terrain a b c( Fig. 50, 51.) » » qui repréiente alors , comme un cône tronqué renverfé , fort évafé par là » bafe, & dont les côtés font courbes. Du bord a de l’orifice inférieur du cône » on creufe auffi une rigole ad (Fig. ÿQ. ) aboutiilànt à la circonférence du »> grand cercle : on la conduit à peu-près de niveau avec le fond de la pre-miere excavation : on la fait affez large pour y pratiquer avec des pierres » plates, un porte-feu d’un pied en quarré vers le centre du four a , & d’en-» viron 18 pouces à l’autre extrémité à ; en avant de laquelle rigole on creufe » encore un efipace en quarré e ( Fig. 49 & Jo. ) de 2 à 3 pieds de côté % » pour avoir accès à cette rigole qui fert de gueule à ce four ; & quand le » feu eft bien allumé , on recomble l’orifice d, du porte-feu.
- «Après avoir recouvert le porte-feu de pierres, on commence la charge » du four en faifant liir toute fon étendue un lit de pierres de moyenne gro£ » feur, que l’on arrange leur pointe en en-bas, afin de laiiTer entr’elles de petits » intervalles , qui puiiTent faciliter la circulation de l’air & l’embrafement » de la houille. On y jette enfuite quelques paniers de menues pierres, pour » mafquer les joints des premières, & empêcher la houille en pouffier d’y » tomber. Le milieu de ce lit de pierres fe couvre de houille en petits mor-» ceaux, puis de houille en pouffier, le tout lur environ 3 pouces d’épaif-» feur 3c 6 pieds de diamètre. On forme un autre lit du même diamètre de y> petites pierres jointives & bien ferrées, poléesfur leur champ , mais un peu » inclinées & rangées comme par rayons du centre du four vers fa circon-» férence : on charge celui-ci de houille arrangée comme à la première cou-» che , dont celle-ci rejoint les bords, & on l’étend de trois pieds de plus » tout autour. Après un nouveau lit de petites pierres placées de même avec Chaufournier. N
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- » fiijetion, on étend une trorfième couche de houille de 15 à 18 lignes d’é-» paifleur, qui couvre toute la furface du four, & qui communique comme on » le voit en 0* u, i, (Fig. jo * 51.) avec la première & la fécondé couche : en-» fin on recouvre la houille d’un autre lit de pierres femblablement rangées, » qui s’étend aufïî jufqu’à la circonférence du four. On fait en forte que le to-» tal de ces premières charges, foit un peu moins élevé vers le centre qu’au-» près des bords du four , afin de lui conferver un peu d’encuvement, & de » donner,par-là un peu plus d’afliette au relie de l’édifice* que l’on compofe » de même_par couches de houille alternatives avec des lits de pierres ; mais » comme l’aélion Sc la vivacité du feu font beaucoup plus grandes, lorfque » toute cette houille d’en bas ell enflammée, on ne fait les 6 ou 7-premiers » lits de pierres que d’environ 4 pouces d’épaifleur chacun; on augmente fuc-» ceflivement les autres* à mefure que le four s’élève, jufqu’à leur donner » 10 à 12 pouces, fans augmenter l’épaifleur des couches de houille* & fi » les pierres ne fe trouvent pas affez grofles pour former les derniers lits, on » y en ajoute de plates qui en achèvent répaifleur. On a foin auflî de donner » aux pierres de chaque lit une petite inclinaifon fur leur champ, en fens oppo-» fé à celles des pierres du lit inférieur * pour empêcher que rien ne fe dé-» range dans le four pendant la calcination.
- » Ce four* en s’élevant de ip à 20 lits de pierres en total, Sc jufqu’à 14 pieds » au moins au-deflus de terre, diminue infenfiblement de contour Sc fe ter-» mine en calotte ; en forte que, quand il ell fini, la partie qui excède le terrain » naturel fe trouve avoir acquis aflez exactement la forme d’un folide, réful-» tant de la révolution d’une demi-parabole du premier genre fur fon axe.
- » Lorfque le four ell chargé, on l’enduit extérieurement d’une couche de » 2 pouces d’argille en pâte, » ( comme je l’ai dit des premiers fours à chaux de ce Mémoire, Iv0s. 28, 57,62.) « on en contre-butte enfuite tout le contour » avec les plus grofles pierres* que l’on peut raffembler, fur 4 à j* pieds de » hauteur * pour empêcher les éboulements que le feu pourroit y occafionnen
- » On a grand foin d’enceindre le tout d’une rigole r avec pente* pour en » éloigner les eaux * Sc d’oppofer les paillaflbns au côté d’où vient le vent, » pendant que le four eft allumé. On l’allume en introduifant quelques me-» nus bois 8c fagots dans fon porte-feu a d.
- 137. M. de Juzancourt, a remarqué qu’au bout de 48 heures d’inflanima-, tîon le feu d’un de ces fours étoit parvenu à environ 4^ pieds au-deflus du fond du foyer; qu’il faut à peu-près encore un jour , pour que le feu arrive au fommet, Sc que du moment où l’on y met le feu, il faut 5 à 6 jours pour que Ton puifle en tirer la chaux.
- Que 8 hommes en 4 jours ont conftruit ce four, dont toutes les*pierres avoient étéamaffées Sc préparées tout autour.
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- Que fon affaiflement fur les 17 pieds de hauteur totale, étoit après la calcination d’environ 3 pieds.
- Que l’édifice total formant avant d’y mettre le feu un folide de 173 J i pieds cubes, on en avoit retiré à la mefure 1163 -J pieds cubes de chaux, & 66 f pieds cubes de cendrée.
- Qu’on avoit employé pour cette fournée de chaux 316 pieds cubes de houille en pouffier.
- 138. On voie par ces détails, que fi cette efpèce de four, procure quelqu’é-conomie fur fa conftruction en le comparant aux fours en cônes renverfés (JV°. 8j , 90. )> cet avantage fe trouve détruit par un déchet confidérable fur la pierre dont ceux en cônes font exempts. (N°. 113.) Le four à Chaux que M. de Juzancourta fiiivi, étoit à Ferriere-le-grand, Village à une demi-lieue de Maubeuge, fur le chemin de Philippevilie. La pierre que l’on y calcine, efl; des plus dures & aiTez fembiable à celles de Tournai & de Landrethun. *
- * J’ai vu dans le lit même du Rhône de petits fours à chaux lemblables à ceux qui font repré-fentés dans les Figures qp, yo, 51. Mais je me fuis rappeilé que j avois encore vu le long de ce Fleuve des fours à chaux plus grands ; Sc comme il mereffoit plufteurs incertitude:* fur la difpofition de ces fours, je me luis adreffé , par le moyen de M. Perronnet de l'Académie des Sciences Sc premier Ingénieur des Ponts Sc Chauffées du Royaume, à M. Seillier, Ingénieur des Ponts & Chauffées de ta Généralité de Lyon, qui a bien voulu éclaircir tous mes doutes, <k me fournir les notes dont j'avois befoin.
- Les fours dont nous allons parler font établis au bord du Rhône & dans quelques-unes de fes Ifies. Comme iis reiremblent beaucoup à ceux que M. Fourcroy a représentés dans les Figures 31 , 32, &c. j'ai cru qu’il fuffiroit de donner la figure de ces fours dans la PlancheXV, Fig. $2, y3 , yq, y y, Sc qu'on pouvoir fe difpenfer d'y joindre une grande explication, d'autant que ces différents fours ne font point confirmes exactement fur les mêmes dimenfions.
- IliUifit de dire que ces fours font confiruits en fimple maçonnerie Je moëllon Sc de mortier; on choifit Amplement les pierres les moins fufeepti-bles d'être calcinées par le feu, tels font des roches qui ont un grain de grès. Quand ces pierres font rares, on fe contente d'en revêtir l'intérieur du fourneau, ou la partie la plus immédiatement expofée à la violence du feu. Pour charger le four, on commence par boucher les trois ouvertures inférieures avec trois gros morceaux de bois à la hauteur du noyau avec un peu de fagot pour former une elpèce de plancher qu'on recouvre d'une couche de charbon de terre d'environ trois pouces d’épaiffeur;on place fur ce charbon un lit de pierres de cinq pouces de hauteur, & on forme fuccefii veulent des lits alternatifs de charbon Sc de pierres jusqu’au haut du four, obfervant de faire les lits de pierre un peu plus épais en haut qu'en bas. Quand le four eft ainfi chargé on met le feu au bois qui eff en bas, & il ne fe manifefie en haut que q8 ou
- 60 heures après.Quand le feu paroît en haut, on remue la pierre ôc le charbon avec une broche de ier pour engager la pierre à deicendre ; on en retire par le bas du four celle qui eft cuite, Sc on recharge le haut avec des pierres Sc du charbon.
- Les Chaufourniers des bords du Rhône cuifent donc à petit feu Sc avec de la houille ou charbon ( de pierre, dont on tire une partie de Riveâegier qui eft (itué fur la route de Lyon à S. Etienne. Ce charbon eft tranfporté à dos de mulet de cette carrière jufqu'à Givors, où on l'embarque fur le Rhône pour le conduire le plus près qu’il eft poffible des différents fours à chaux.
- Chaque Chaufournier lait la chaux avec les pier-' res qui fe trouvent plus à portée de fon four, quoiqu'elles ne foient pas également propres à faire de bonne chaux ; mais les frais du tranfport empêchent de choifir les pierres qui font les" plus propres à cet afage : par exemple,on donne unanimement à Lyon la préférence à la chaux faite avec une pierre remplie de fofiiles qu’on tire de <S‘« Germain au Mont For, fur la rive droite de la Saône à deux ou trois lieues au-deffus de Lyon, 5c qu’on cuit au fauxbourg de Vaife. Ce four établi au bord de la Saône n'emploie que de la pierre de S. Germain dont le tranfport eft facile fur la Saône. Cette chaux durcit promptement; Sc étant mêlée avec le gravier du Rhône, elle forme une malle très-dure , qu'on nomme le Béton.
- Quoique ces avantages ioient reconnus vrais,' les Chaufourniers établis fur le Rhône emploient . d'autres pierres. Dans le four de la Guillotiere, on ne cuit que de la pierre du Bugey, à caufe de la facilité qu’on a à la recevoir par le Rhône.
- Quelques Chaufourniers font leur chaux avec des cailloux ou galets qu’on amaffe dans le lit du Rhône Sc dans celui de la riviere d’Ain. Il ne faut pas prendre indifféremment tous les cailloux qui ie trouvent dans le lit de ces rivières ; car il y en a qui font vitrinables,& d'autres qui font calcaires : ceux-ci font même beaucoup plus rares que les autres, Sc les Chauxfourniers diient qu'entre ces cailloux il s'en trouve qui ne peuvent pas cuire juG
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- Sur les consommations du feu pour les fours à Chaux & à Briques.
- 139. J’ ai voulu comparer la confommation de la houille, tirée d'une même mine & employée en Flandre à faire de la Chaux & des Briques, avec la confommation des bois employés dans d’autres Provinces aux mêmes ufages : je n’y ai pas trouvé l’analogie que j’y cherchons. J’eftime qu’un cube de 475° Briques de Flandre équivaut par fa ma (Te , à une toile cube de pierres dures, rangées dans un four à Chaux à grande flamme ; & que ce cube de briques confomme, réduction faite, pour là cuiflon 32 \ pieds cubes de houille ( An du Tuil. p. 43,44, yo, y y. ). En confidérant que cette toife cube de Briques fe cuit dans un four du Havre-de-graçe au moyen defr d’une corde de bois, tandis que la toile cube de pierre en exige au moins 3 f cordes ( N°. 78. ), j’avois été tenté de croire que la toife cube de pierre, dans la même proportion de 18 à 77, devoit exiger pour fa calcination beaucoup au-delà de 60 à 6% pieds cubes de houille ( N°. 116.). Mais Pexpérience fernble ici décider très-clairement que ces deux différentes opérations du feu, qui dépendent en par*-; tie de fon intenfité & de fa durée ( N°. 78. ) , s’exécutent encore plus ou moins facilement félon la nature inconnue des éléments qui le compofent
- qu’au cœur. Il feroït aîfé de diftinguer les cailloux: vitrihables d’avec les calcaires,avec l’acide nitreux qui n’attaque que les calcaires ; mais ce moyen n’eft pas pratiquable en grand. Quoique les bons & les mauvais cailloux foient fouvent d’une même couleur, d’un même poids, & qu’ils aient une forme femblabie, les Chaufourniers favent cependant les connoître à la vue ; une longue habitude les met en état de diftinguer promptement ceux qui font propres à faire de la chaux, entre un grand nombre d’autres qu’on ne peut employer a cet ufage. La chaux qui provient de ces cailloux, n’eft pas auffi eftimée que celle des autres pierres, au moins pour la bâtiiTe ; mais on la préféré pour les enduits & pour blanchir les murailles, parce qu’elle eft d’une blancheur à éblouir.
- Une mefure d’un pied cube remplie de ces cailloux, qui font communément de la groffeur d’un ou deux œufs, pefe 127 livres avant d’être mife au four, la même mefure après la cuiüon ne pefe que délivres , quoique les pierres qui fe font bridées remplirent mieux la mefure que celles qui étoient entières. La même quantité de pierres du Bugey ou de S. Germain caffée & réduite à peu-près à la même grolTeur pefe 103 livres avant la cuiffon, Sc au fortir du four 64 livres. Ces expériences ont été faites par M. Seillier.
- La chaux qui provient de ces différentes pierres, foifonne à peu-près également.
- On débite ces différentes Chaux à la mefure qu’on nomme benne : elle contient comble un pied cube qui fe vend à Lyon 12 ou 14 fols ; à Pierre-
- Ëenifè ïo fols, & à Givors 8 fols ; îa différences de ces prix dépend principalement du tranfporC du charbon. La chaux de galets ou cailloux du Rhône efl toujours à un peu meilleur marché que celle de pierre , quoiqu’elle foit plus difficile à cuire ; mais outre qu’elle paffe pour être d’une qualité inférieure, les Chaufourniers peuvent la tenir à plus bas prix, parce qu’ils font difpenfés de la tirer des carrières & de la brifer ; ils n’ont qu’à la ramaffer 8c en remplir leurs fourneaux.
- Ces fours font prefque toujours en feu ; car, comme il a été dit, à mefure qu’on tire la Chaux par le bas > on remplit le haut par des lits de pierre 8c de charbon. C’eff: ce que M. Fourcroy a très-exactement expliqué plus haut.
- Dans un four de huit pieds de diamètre par le haut , & y pieds de hauteur perpendiculaire, on cuit ordinairement ÿo pieds cubes de chaux par jour ; dans un de p pieds de diamètre fur 6 de hauteur, on en cuit jufqu’àys pieds cubes ; enfin dans un de 10 pieds de diamètre fur 7 à 8 de hauteur,' on en cuit communément 100 ou 110 pieds cubes quand c’eft de la pierre ; car on eflime qu’il faut un tiers ou un quart plus de temps pour cuire les galets : de forte que le four de moyenne grandeur qui fournit 72 pieds cubes quand on cuit de la pierre, ne donne que 48 à 50 pieds cubes quand on le charge avec au caillou.
- O11 ne met point les cendres à part, elles font confondues avec la chaux, 3c tout fe vend peler mêle.
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- Toit qu’il les exhale & introduifo dans les matières que Ton y plonge, foie qu’au contraire il les en fafle fortir en les décompofont, comme je l’ai fop-pofé plus haut ( N°. 42. ) : que la houille fait un feu beaucoup plus favorable à la calcination de la pierre, ainfi quà celle des métaux quelle brûle presque tous, plutôt que de les fondre , & le bois un autre feu plus favorable à la cuiflon & l’en dur cillement de la Brique, comme on fçait que le charbon de bois vaut mieux pour la fonte des métaux. \
- Cette différence dans la qualité du feu, que les Phyficiens 8c Chimiftes regardent comme digne de remarque ( An du Charbonnier , p. 6. 7. ) fe trouve telle en nos fours à chaux, qu’elle peut en plufieurs Provinces, faire un objet d’économie. Si l’on foppofoit qu’à Metz la corde de bois valût 14 liv. & le pied cube de houille 7 fols 6 den. la dépenfe du feu pour fabriquer une toifo cube de Briques monteroit, en bois comme en houille, à environ 12 livres ; au lieu que pour une toifo cube de pierres à calciner il en couteroit 50 liv. en bois, ou feulement 24 livres en feu de houille ; le tout en fuppofant aufïï les qualités de ces matières telles qu’on les trouve ailleurs.
- 140. Il pourroit donc y avoir une grande méprifo à confommer pour fabriquer la chaux des bois & charbon de bois, toujours précieux 8c indifpenfables à d’autres ufages, dans toutes les Provinces où l’on peut fo procurer la houille à bon compte. Il y a grande apparence que la Chaux dpre de Lorraine, & la chaux de Mézieres & Sedan, ne foroient pas moins bonnes , étant fabriquées au feu de houille, comme on le pratique à Givet & dans le pays de Liège ; 8c cet article me paroît important fur-tout auprès des Villes, comme le pen-foit M. de Reaumur, pour les environs de Paris ( Acad. 1721 ,p. 269).
- 141. M. Macquer, dans un excellent Mémoire for la chaux ( Acad. 174jl p. 683^, nous apprend que la meilleure chaux cémentée dans la cendre de bois, perd tous les caractères qui la conftituent principalement, 8c que l’addition de matières folines efl capable d’empêcher la chaux de fe former ; ce fait rend raifon de la mauvaife qualité pour la bâtiffe des cendres d’un four à chaux où l’on brûle du bois (N°. no. ), Perfonne ne peut douter non plus que la fumée du bois ne porte for les pierres d’un four à chaux, des matières falines, qui ne fe trouvent vraifemblablement pas les mêmes dans la fumée de la houille : ainfi je regarderois les vapeurs falines des végétaux comme la véritable caufe de la réfiftance à calcination, que la pierre nous fait voir dans les fours à grande flamme. Mais fi nous fçavons par les travaux de ce grand Chimifte, que différents acides & alkalis fixes, ne font pas propres à perfectionner la chaux, le feu de houille ne paroît pas nous défendre de croire > que certains efprits fulphureux, puiffent faciliter fa. fabrication. Lorfque d’habiles Naturalifles, voudront encore s’occuper de cet objet; peut-être apprend
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- cirons-nous que toute pierre calcinable peut fe convertir en chaux , ou plus facilement ou meilleure, par l'addition de quelqu’intermede liilfureux, vil 8c commun. ; .
- Sur la Chaux brûlée au feu de houille.
- 142. J’ai dit que les Chaufourniers comptent les roches du four, qu'ils appellent mffiChaux brûlée, entre les déchets de leurs fours ( N0. m. ). J'ai vu de ces Ouvriers qui la féparoient pour la laifler perdre : ils m’avoient dit qu’elle né s’éteignoit point à l'eau , quelle y furnageoit en morceaux, &c. tous préjugés fort communs aux fours à chaux de Flandre, mais bien oppofés à mes idées, 8c qui m'éloignoient de pouvoir deviner ce qu’ils vouloient me dire par leur Chaux brûlée. J’ordonnai donc que l'on m’en brûlât une manne à tout excès. Cela fe fit en accompagnant dans le four cette mefure de pierres du double & plus de ce qu'on y met ordinairement de houille pour la bien calciner. Le furlendemain, je choifis au fortir du four, & j’examinai tout ce qui fut jugé le plus brûlé dans cette chaux. Je reconnus au premier coup d'œil que ces morceaux, dont le dehors étoit en partie fort noir, & l'intérieur brun ou jaune, fe trouvoient imprégnés de la vapeur liirabondante de la houille, que le feu n’avoit pas eu le temps de confumer. Ces morceaux étoient pour la plûpart glacés à leur furface d'un vernis, reffemblant en quelques endroits à de la Colophone, & que l’on auroit pu prendre pour un commencement de vitrification. En brifant ce maftic, je vis que c'étoit une portion d'huile de houille, que fon refroidiffement avoit coagulé fur la chaux, de façon à en tenir plufieurs morceaux fortement unis enfemble, comme les roches des Briqueteries. Une partie de cette huile avoit pénétré l'intérieur de tous ces morceaux affez avant, & la totalité des plus petits : quelques-uns étoient fendus 8c gercés, quoique tous bien fonnants, légers, très-durs & fort aigres, comme le verre fous le marteau. M. Bexon , Ingénieur ordinaire du Roi, qui fe trou voit préfènt à mes épreuves, me dit à cette occafion que chez le Prince de NaiTaw, à Sarbruck , on droit de la houille une huile , dont les Payfans du canton fe fervent pour s'éclairer & grailfer leurs voitures. Ce fait m'a été confirmé depuis par M. le Comte de Pelliffari, Gentilhomme attaché au Prince de Naflàw. Cet Officier revenant d'Angleterre, m'a dit que l'on fépare cette huile de la houille à Sarbruck , pour rendre la houille propre à* fufage des forges ; 8c que c’efi: vraifemblablement par ce procédé, dont il ignoroit le détail, que les Anglois font venus à bout de fubftituer la houille aux bois pour l’exploitation de leurs Verreries.
- 143. Je plongeai plufieurs morceaux de ces roches dans de l'eau à grand volume ; aucun ne furnagea, quoique la bourfouflure du maftic eût pû facile-
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- ment opérer cet effet ; ris en burent beaucoup , avidement, avec fifflement, Sc émanation de quantité de bulles d'air : ils y refterent tous quelque temps fans s’échauffer, parce que leur mallie les défendoit ; mais au bout d'une heure la plûpart étoient gonflés, & tombèrent en chaux éteinte. Je changeai d’eau fraîche les plus réfraétaires à la fufion ; aucun ne réfifta à deux ou trois heures au plus d'immerfîon ; par ces faits, je fus alluré que cette Chaux n'étoit pas plus brûlée que toute autre : je vis qu'il ne reftoit d'entier dans mes vafes, que les plus épaifîes portions de maflic ou d’huile de houille , que j'avois iaif-fées fur la furface de ces roches; les plus menues ne fe retrouvèrent plus , & me parurent s'être fondues avec la chaux. J'avois remarqué dans d'autres expériences que les huiles végétales communes, détruifent les caraélères delà chaux vive, fans en faire de la chaux éteinte ; mais ici tous les morceaux le mieux pénétrés de cette huile minérale furent parfaitement divifés, comme les autres, avec grande effervefcence.
- ' 144* Pour éprouver auffi l'extinélion de cette chaux prétendue brûlée,
- tant avec peu d'eau qu'à l'humidité de l'air, j'arrofai légèrement nombre de ces morceaux bien enduits de leur vernis, Sc les laiffai au foleil : tous s'échauffèrent violement Sc tombèrent en poufîîère en moins d'une demi-heure : on fçait que de même toute chaux bien vive eft plutôt éteinte en y mettant l'eau peu à peu, qu'en lui en donnant à la fois plus qu'il ne lui en faut pour la diffoudre. J'en mis d'autres femblabies morceaux!l'ombre, fans eau, par un temps affez fec ; en cinq jours leur deliquium fut complet.
- Sur la Chaux brûlée au feu de bois.
- iqf. Je fuis refié perfuadé par ces expériences que la chaux ne court aucun rifque à être pouffée d'un feu de houille, beaucoup au-delà du néceflaire ( N°, 116 ). Je n'ai point entendu parler de Chaux brûlée aux fours à grande fiamme que j’ai fui vis * ; & je n'avois pas alors l'idée d’examiner ce fait. Il faudroit entendre par ce terme des morceaux de pierres, qui ayant reçu trop ou trop long-temps le feu, auroient perdu les qualités calcaires , comme de s'éteindre à l'eau & à l'humidité de'l'air, d'opérer la concrétion des mortiers , &c. Il faudroit pour cela que la pierre fût devenue chaux à un certain degré de ce feu à grande flamme, puis eût changé de nature à un degré plus violent de ce feu, ou foutenu plus long-temps; de même que les métaux fe fondent d'abord & bouillent, puis fe calcinent, fe vitrifient, ou s’évaporent. Cette transformation de la pierre calcaire ne me paroît pas impofîible : on
- * J’ai vu retirer des fours à chaux à grande flamme des maffes demi-vitrifiées qui ne fufoient point dans l'eau j cet accident ne venoit point de ce que
- le feu avoit été pouffé trop vivement, mais de ce qu'il s'étoit trouvé des pierres vitrifiables mêlées avec les calcaires.
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- voit dans les Mémoires de l’Académie ( ann. 1749. p. 476. ) que la chaux forte d’Italie peut fe détériorer en pouffant fa calcination : on trouve auflï quelque chofe de fémblable dans une Obfervation de l’Encyclopédie que je rapporterai à la fuite de ce Mémoire : enfin fi l’émanation de quelques vapeurs falines des végétaux mis en feu rend le point de calcination plus difficile à atteindre, une plus grande quantité de ces mêmes vapeurs pourroit opérer l’effet que l’on obtient par les mélanges de M. Pott, ( Lithôgeog. Tab. des Mé^ langes, Chap. premier ). Si l’on remarque donc des exemples de Chaux brûlée dans les fours où l’on brûle des végétaux, ils me paroiffent propres à confirmer les conféquences que je tire des expériences de M. Macquer ( N°. 141. ), & nous indiquer encore que l’ufage de la houille eft plus analogue à cette fabrication,
- Sur la meilleure méthode connue de fabriquer la Chaux.
- 146. PEUT-être exifte-t-ü d’autres procédés de fours à chaux effentielle-ment différents de ceux décrits dans ce Mémoire, & il faudroit fans doute les connoître pour décider convenablement quelle efi: la meilleure méthode de fabriquer la chaux. Mais entre les defcriptions, & par les remarques précédentes , il me paroit certain que la méthode ufitée en Flandre ( N°. 84. ) efi préférable de beaucoup à toutes les autres ici détaillées.
- Sur une autre efpèce de Chaux brûlée.
- 147. On appelle encore Chaux brûlée , dans l’art de bâtir, la chaux qui a été éteinte avec moins d’eau qu’il ne lui en falloit pour la bien difloudre. A parler exactement, ce procédé ne produit rien autre chofe que de faire fufer précipitamment une partie de la chaux, de laquelle il fait toujours évaporer la vertu: au lieu que cette précieufe vapeur, quelle qu elle puiffe être, fem-ble retenue & comme inféparablement amalgamée dans une pâte de chaux éteinte avec l’eau fuffifante. Je ne connois que la gelée qui puiffe altérer celle-ci.
- 148. C’eft donc un abus entre les Chaufourniers domeftiques d’éteindre avec un peu d’eau les morceaux de chaux qui contiennent encore de la pierre ( N°. 111 ) : toute la chaux en poudre provenant de cette manœuvre, non-feulement efi fans qualité pour les maçonneries, mais elle détériore une grande quantité d’autre chaux avec laquelle on la mêle en attendant qu’on l’éteigne. C’eft pour cette raifon que toute chaux tranfportée loin des fours arrive ordinairement aux bâtiments n’étant plus bonne à rien, & que tant d’édifices périflent en peu d’années. Je n’ai point vu de chaux fabriquée depuis trois jours qui ne fût en partie pulvérifée;& les Chaufourniers, qui en conviennent
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- nent tous, prétendent que cet accident arrive encore plutôt quand l’air eft chaud que quand il eft tempéré, & fur-tout en temps d’orage * ( N°. 48 ). Il fembleroit qu’alors la matière éleétrique abondamment répandue dans Pair attire fortement le feu fubtil qui conftitue toute la bonté de la chaux, & la lui fait abandonner. Il feroit donc très-néceflàire àlafolidité des maçonneries Sc à l’économie publique que toute la chaux qui s’y emploie, eût été éteinte au pied des fours, & que cette fécondé préparation fît partie de la fabrication de la chaux , comme on le pratique en Provence. ( Voyez ÏExplic. des Fig. N°. 159*) U y a long-temps que l’on a fait & imprimé cette réflexion, dont peu de gens ont profité ( Anciens Mêm. de ïAcad. T. J. p. 47. Hifl. Latine de îAcad, p. 29. Belidor, & quantité dt Ouvrages fur f Arc hit eéï. & les Bâtiments) : mais j’efpere que l’on m’en pardonnera la répétition dans ce Mémoire, fi elle peut engager au moins ceux qui dirigent les édifices Royaux Sc publics à prendre cette eflentielle précaution. On fçait que les Anciens gardoient la chaux éteinte deux ou trois ans avant de l’employer. Je trouvai en 1763 à Dunkerque les reftes d’un baffin de chaux de Landrethun coulée depuis près de neuf ans, dans laquelle j’enfonçai aifément une canne à y ou 6 pouces de profondeur; elle pouvoir encore fervir à des mortiers fans y remettre d’eau.
- Sur la terraffe de Hollande*
- 149. Dans les différentes expériences que les fours à chaux m’ont donné Foccafion de faire, je me fuis apperçu que je m’étois trompé en penfant que la terraffe de Hollande étoit une chaux forte & des meilleures qui foient connues, parce que je la confondais avec une matière dont il eft parlé dans la Lithogéognofie ( Comin.p. 232.) M. Pott y fait mention d’une pierre à ciment qu’il range entre les tufs calcaires, Sc donne le nom de Chaux à la préparation qu elle reçoit en Hollande pour être employée aux ouvrages baignés par les eaux : j’avois cru que ce paflage caraétérifoit ce que nous connoiffons fous le nom de terraffe de Hollande, que nous employons aux mêmes ufages. Par l’examen que j’en ai fait en Flandre, je ne lui ai trouvé aucun des caraéières de la chaux. Cette matière non-feulement ne s’éteint ni à l’air ni dans l’eau, mais même ne fait aucune efïbrvefcence avec les acides. Je la foupçonne un vrai ciment de terre ou pierre argilleufo cuite.
- Sur la consommation de la Chaux pour les Maçonneries, lÿo. On trouve dans tous les Livres , Mémoires, St Devis anciens &
- chargé de beaucoup d'humidité $ ce qu'on recon-noît par les hygromètres.
- * Si la Chaux vive fufe promptement dans les temps d'orage , ce phénomène pourroit dépendre ece que, dans ces circonftances, l'air eft (ouvent
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- modernes concernant les maçonneries, différentes dofes , tant de la même que de diverfes efpeces de chaux, prefcrites pour différentes circonftances de la bâtiffe : je n’ai trouvé nulle part les motifs de ces ufages, que beaucoup de démolitions m’ont cependant indiqué comme bons à fuivre. Toutes mes épreuves & remarques m’ont appris que la feule réglé générale fur les dofes de la chaux doit être la confiftance néceffaire aux mortiers pour faire* au moment où on les emploie* le meilleur effet poffible dans la place qu’ils doivent occuper. •
- 15 ï. Que toute portion de chaux vive quelconque fe trouve proportionnée par la nature à une certaine quantité d’eau néceftaire pour fà parfaite folution, & fi précife que cette chaux rejette d’elle-même, ou laide furnager tout ce qu’011 lui en a mal-à-propos donné de trop.
- Qu’elle fe divife dans fa dofe propre d’eau en parties allez fines pour n’augmenter en aucune façon fenfible ce volume de l’eau qui lui convient, après qu’elle y a été fondue. Ce fait qui m’a furpris * m’a paru très-conftant. Six pouces cubes de chaux de Landrethun, bien calcinée, exigent 18 pouces cubes d’eau, pour être bien éteints : & après la parfaite fufion de cette chaux? le total de la pâte qui en réfulte, eft un cube de 18 pouces.
- 153. Que dans cet état de pâte, & du plus grand volume qu’elle puifte occuper, elle peut recevoir, pour compofer un mortier traitable, plus ou moins de fable , de ciment, de Pozzolane & autres fuhfhmces qu’on veut y mêler, fuivant la nature de ces ingrédients : la chaux reçoit moins des matières qui font plusporeufes 8c capables d’abforber plus d’humidité, comme ciments,1 terraffe, briques pilées, &c. & elle reçoit plus de celles qui, comme les fables, les laitiers, le verre pilé, &c. ont leurs pores imperméables à l’eau.
- 154. Qu’il faut abfolument à tous ces différents mélanges une confiftance fort fouple, 8c par conféquent plus de chaux, lorfqu’il eft effentiel qu’il ne fie rencontre aucuns vuides dans les joints des maçonneries, comme aux ouvrages de briques deftinés à réfifter aux efforts de l’eau : mais que quand les matériaux font plus compactés, comme la pierre dure ou le marbre, & ne s’imbibent pas autant que la brique ; quand les maçonneries doivent refter à fec, ou forment le derrière de revêtements fort épais ; on doit dans tous ces cas ménager la chaux, c’eft-à-dire, en mettre moins dans les mortiers, qui peuvent alors fans inconvénient être employés moins liquides.
- 15 J. Enfin, que comme les qualités 8c le foifonnement de la chaux varient fuivant les pierres qui la fourniffent, & fuivant quelle a été bien ou mal éteinte, coulée, étouffée, gardée, &c. les véritables dofes de chaque efpèce de chaux pour tous les cas ne peuvent être connues nulle part que par des expériences locales, 8c relatives à la deftination de chaque efpece de mortier.
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- Ces dernîeres obfervations font étrangères à l’Art du Chaufournier: mais j'ai cru qu’elles pouvoient conduire à quelques donnéess propre à bien régler
- la confommation de la chaux dans 1 peut être regardé comme un élément, prendrai pas de décrire. *
- * M. Fourcroy s'eft peu étendu fur ce qui concerne la bonté des mortiers, parce que, comme il le dit lui-même, ii a regardé cet objet comme affez étranger à l'Art du Chaufournier ; cependant j'ai cru qu'on ne me défapprouveroit pas d'ajouter quelque chofe aux excellentes réflexions de M. Fourcroy.
- i°. La bonté des mortiers dépend de h bonne qualité de la Chaux 8c des fubltances graveleufes qu'on y mêle.
- 2°. On a vu, 8c l'on peut dire,généralement parlant, que les pierres les plus dures font la meilleure Chaux.
- 3°. A l'égard des fables , les Entrepreneurs aiment ceux qui font gras 8c un peu terreux, parce qu'ils exigent moins de Chaux ; mais les fables les plus nets font des mortiers infiniment fupérieurs,
- 4°. Les ciments qu'on fait avec de la brique ou de la tuile mal cuite font très-mauvais, fur-tout quand on les a confervés à l'air & à la pluie ; au contraire les ciments faits avec de la tuile bien cuite 8c qu'on a confervés à couvert,font d’excellents mortiers. J'en ai fait de très-dur avec les pots à beurre pilés,& encore mieux avec le caput mortuum de la diftillation de l'eau-forte ; & je crois que cette fubftance différé peu de la terraffe de Hollande. On fait que la Pozzolane qui a été calcinée par les volcans fait d'excellents mortiers.
- Arc de la Maçonnerie, dont celui-ci & que vraifemblablement je n’entre-!
- Pour bien faire les mortiers, il faut bien battre le fable avec la Chaux : fi la Chaux étoit trop feche, on pourroit l'attendrir en la boulant avec un peu d'eau ; mais il ne faut point âjouter d'eau en mettant le fable avec la Chaux, ou quand on fait le mortier ; à force de le bouler, on lui fait prendre une molleffe convenable.
- 6Quelque bons que foient les mortiers , ils ne prennent aucune liaifon fi on les emploie avec des matériaux qui afpirent leur humidité.Si on emploie un excellent mortier avec des briques qui fortent du four, au bout de deux ans ces mortiers n'ont aucun corps; le même mortier ayant été employé pour joindre des briques qu'on avoit fait tremper plufieur* jours dans de l'eau, s'eft trouvé très-bon 8c fort dur quelques années après, C'eft pourquoi on remarque que dans une bâtiffe faite pendant les chaleurs de l’été 3c continuée l'automne , les mortiers fe font trouvés beaucoup plus durs dans cette partie que dans celle qui avoit été faite plutôt.
- 70. Toutes ces réflexions font néceffaires pouc qu'on n'attribue pas trop légèrement à la mauvaife qualité de la Chaux le peu de dureté des mortiers.
- On pourroit dire encore beaucoup de chofes fur les mortiers ; mais elles feroient étrangères à l'Art du Chaufournier que M. Fourcroy a traité avec toute la méthode, la clarté 8c i’exa&itude poflible.
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- EXPLICATION DES FIGURES.
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- FIGURES DES FOURS A CHAUX A GRANDE FLAMME.
- Les Figures 1,2,3, ^anc^e J; 4> Fl H; $, 6', y, P/. III; 8 &p, P/. 1^ font relatives à la fabrication de la ‘Chaux âpre de Lorraine.
- 156. Fig. 1. PL L Outils propres aux fours à Chaux âpre, aux carrières d’où Ton tire la pierre propre à donner cette chaux.
- Outre la malle de fer B pourbrifer les pierres trop grofïès, le pioà-roc C pour les dégager du tuf, & la pelle à terres ordinaire ou efcoupe D ; l’outil particulier de ces carrières efl un levier à bourrelets A, de diverfes longueurs & forces. On voit i'ufage des bourrelets 0 de ce levier à la Fig. 3.
- Il ne faut au Chaufournier que des marteaux à tranches E, pour tailler & préparer les pierres du fourneau & de fon entrée (Nos. 24,2y, 26, ) : une longue fourche de fer emmanchée de bois G, pour attifer le feu : un rolle de fer H, emmanché de même, pour tirer la braife quand la chaux efl: faite; Sc quelques mannes ou paniers F, qui fervent à mefurer la chaux.
- Fig. 2. Coupe verticale d’une des carrières d’où fè tire la pierre noire; propre à faire la Chaux âpre de Lorraine ( N°. 9.
- On voit en A les lits ou bancs de bonne pierre, féparés les uns des autres par des lits B de terre ou de tuf. On a figuré dans la partie C en perfpeétive le deffus d'une portion de banc mis à découvert, pour faire entendre comment toutes les pierres par leur lit forment une efpèce de pavé de grands carreaux.
- Fig. 3. Travail principal dû carrier, pour ébranler & détacher les pierres de leur lit dans la carrière, fuffifamment expliqué au N°. 12.
- Fig. 4. PL IL Flan à vue d’oifeau de la difpofîtion de fix fours à Chaux âpre, pour une grande exploitation. AB, CD, font les lignes fur lefquelies font coupés les profils repréfentés par les figures fuivantes. E\, E*, &c. font les fours efpacés convenablement entre eux, fur un tertre ( N°. 15 ) que Ton a ifolé tout autour, pour en détourner les eaux de pluie, en y laiffant deux rampes M, pour que les voitures puiffent y monter. Le four G efl totalement chargé, & entouré de fes abri-vents F (N°. 31 ). Le four El, n’eft quen partie chargé. On voit en I la pofition de trois bûches dreflees de chaque côté dans l'intérieur du four (N°. 41), pour obliger le feu à fe porter vers les flancs. H, hangars, ou appentis dont la toiture efl portée d’une part fur les poteaux O, & de l’autre fur le fommet P du talus de la berge. Sous ces han-
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- gars font les gueules Q des fours ( N°. 22 ). N auge de maçonnerie dans laquelle on détrempe l'argille, & on conferve Peau nécefîaire aux ouvriers,
- Fig. 5- PL III. Plan à vue d’oifeau, & plus en grand, de l’un des mêmes fours totalement chargé. F, les abri-vents. G, les joints du pied de la calotte du four, nommés les créneaux ( N°. 28.). H, les joints de la fùrface de cette calotte, qui doivent être formés d'argilie. I, les tuileaux. K, pofition des pierres nommées la cheminée ( N°. 29. ).
- Fig. 6. Coupe verticale fuivant la ligne A B des Figures 4 & 5. Quoique cette coupe paiïe par le centre du four, & par confëquent fort en arriéré de la gueule Q, on y a cependant repréfenté cette gueule en A avec fes deux ouvertures; celle JB, par laquelle on jette le bois dans le four, & celle C, par laquelle on en retire la braife ( N°. 21 ). D, l'intérieur du fourneau, dont on voit le parement, ainfi que l'arrangement de fes pierres fur leur lit ( N°. 24 ). E, bûches dreiïees fur les flancs du four, & diftribuées comme en I de la Figure 4. L, maçonnerie qui revêtit la partie lupérieure de l'encuvement du four ( N°. 19 ). Les autres lettres de cette Figure F, G, 1, K, expriment les objets indiqués par les mêmes lettres dans la Figure 5.
- Fig. 7. Coupe verticale fuivant la ligne C D des Figures 4j y. A le fourneau. B, 1’entrée du fourneau. C, la galerie de la gueule du four. D, la gueule du four, divifée en fes deux ouvertures E & F. G, l'appentis ou hangard. H, i'é-paifleur des terres fur le devant du four. I, maçonnerie en furplomb du haut de l'encuvement. L, longues pierres plates qui forment les voûtes du fourneau 8c de fon entrée. K, arrête qui fe forme à la rencontre des voûtes du' fourneau & de fon entrée. M, emplacement des menus éclats. N, emplacement des plus grofles pierres. G, les créneaux. P, la cheminée. Q, les tuileaux. P, les abri-vents. 5, la largeur de la plate-forme au fommet du four, avec la petite pente qu elle doit avoir pour l'écoulement des eaux de pluie.
- Fig. 8,9, PI. IV. Plan particulier, & coupe verticale du bas d'un four à peu-près femblable aux précédents, pour faire voir l'arrangement que l'on donne au bois ( N°. 37) en croifant plufieurs longs morceaux fur d'autres plus courts, & inclinant ceux-ci de façon qu'ils ne foient pas abfolument couchés dans le fourneau. T, F, pan coupé dans les terres du côté de la gueule du four, fur lequel s'appuie la voûte de l'entrée du fourneau ( N°. 18 ). Les autres lettres de ces deux Figures font relatives à l’explication de la Figure 7.
- Les Figures 10, 11, 12 , PL IV. font relatives à la fabrication de la Chaux de Toulon : elles font tirées, ainfi que leur explication, des lettres & croquis de M. le Chevalier de Vtalis ( N°. $6 ).
- Chaufournier*
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- Four à Chaux de Provence.
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- ic7. Fig. 10. Plan du four coupé au niveau de fa gueule. A.B, ScE F, font les lignes de la coupe verticale & de l’élévation du four, exprimées par les Figures fuivantes.
- Fig. 11. Coupe verticale du four, paflànt par là gueule, fuîvant la ligne A B du plan.
- Fig. 12. Elévation du four du côté de fa gueule, fuivantla ligne E Fdu plan.1
- Conflruïïion de ce Four.
- On voit par ces Figures que ce four a fbn pied enfoncé d’environ 8 \ pieds dans le terrain naturel, & qu’il s’élève d’environ 7 | pieds au-deflus du terrain quand il eft achevé, for un diamètre total de 18 à ip pieds.
- En applanifiant le fol ou âtre du four hi> on y pratique un renfoncement h, c d, d’un pied plus bas en c d, qu’en c h} pour y retirer les cendres avec un rable de fer, à mefure que le bois fe conftime.
- Tout le devant, & le pourtour extérieur du four g au-deflus du terrain naturel , font maçonnés en pierres & argille fur environ un pied d’épaifleur. Lorfque la charge du four eft arrivée au niveau du terrain, on laifle entre cette maçonnerie & la pierre à calciner un intervalle de 18 pouces f, que l’on remplit d’argiile bien battue lit par lit. Sur le devant du four on prend quelquefois la précaution de placer deux étages de traverfes de bois k, portées chacune fur deux crochets aufll de bois, qui font engagés & retenus dans la maçonnerie; de peur que cette partie du four, qui préfente beaucoup plus de hauteur extérieure que tout le refte, ne foit foufflée ou dérangée par l’action du feu. On ne donne à fa gueule a, que 18 pouces de hauteur & de largeur.
- Produit & dépenfe de ce Four.
- 158. Un tel four contient 8 toifes cubes de pierres à chaux, qui exigent pour leur calcination 2500 fagots du poids de 70 à 80 livres chacun, poids de marc. Il rend ordinairement 80 muids de chaux vive, pelant 1600 livres le muid ; ou 80 muids de chaux éteinte, de 36 pieds cubes le muid. Le muid de chaux éteinte qui pefe de 40 à 42 quintaux, fe vend à Toulon, 7 liv. depuis long-temps ; Sc fuivant les détails qu'en a fait M. le Chevalier de Vialis, peut revenir aux Chaufourniers à 6 liv. éteinte au pied du four. On peut conclure de ces données que le muid de chaux vive contient environ ij1 pieds cubes de chaux fans vuides, en la fiippofant de 106 à 107 livres le pied: que cette chaux rend en cube quand elle eft éteinte environ 2 ± pour un ; qui! y a près d’un quart de déchet fur la pierre qui entre dans l'intérieur de
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- ce four: & que le pied cube de chaux vive melùrée en menus morceaux, ne revient à Toulon quà environ 4 fols. J’ai fouvent éprouvé ailleurs quun panier de deux pieds cubes de vuide ne contient qu’environ un pied cube de chaux vive fans vuides.
- La Chaux Je vend éteinte en Provence.
- 1 ÿç. « Les Chaufourniers de Provence ne font aucun établiffement per-« » manent: ils tranfportent leur attelier çà & là, à portée des bois dont ils » peuvent faire ufage, attendu la rareté des bois dans cette Province. On a y remarqué autrefois que cette tranfplantation des Chaufourniers les rendoit » fujets à charger leurs fours de pierres qu’ils ramalfoient autour d’eux fur la » fuperficie de la terre, pour s’épargner les frais d’ouvrir & de fouiller des » carrières ; ( abus qui n’ell que trop commun par-tout ailleurs ) , & que ces » pierres qui font reliées long temps à Pair ou au foleil, donnent une chaux » qui foifonne beaucoup moins que celles extraites d’une profonde carrière » (N°. 34 ) : on a fait des eiTàis de celle-ci. Après avoir conftaté la quantité » de chaux bien éteinte que rend une quantité donnée de ces bonnes pierres *> bien calcinées, on a réglé que la chaux fe vendroit éteinte à raifon de 36 » pieds cubes pour un muid. Les Chaufourniers la confervent dans des folfes, » dont il eli facile & d’ufage de toifer le vuide, après que l’on en a tiré la chaux » éteinte *.
- Ce fage réglement de la Provence peut fournir réponfes à toutes les objections que Ton pourroit faire contre mes réflexions ( N°. 14S ) fur la néceifité d’introduire le même ufage par-tout.
- Les Figures 13, 14, 15, 16, 17, Pl. V ; 18,19, Pl. VI > font relatives aux
- fours à chaux dans le fuels on brûle du bois à Mézieres, à Sedan > Ù* fur la frontière
- de Champagne. Ces Figures font des Dejfeins de M. Dumoulin (N°. 57 J,
- Four à Chaux de Champagne•
- 160. Fig. 13. Plan à vue d’oifeau de la dilpolition totale d’un four à chaux placé dans un tertre naturel ou faélice.
- Ftg. 14. Coupe verticale de ce four pallant fur fa gueule, fuivant la ligné A B du pl an.
- Fig. 15. Plan détaillé du pied du four, pour faire voir la difpoGtion des montants de charpente qui fervent à porter le cintre fur lequel on voûte le four en le chargeant.
- Fig. 16. Plan du deflus du four coupé au-deflous de fon couronnement,
- * On fait à Toulon de la chaux d'une efpece de marbre qu'on nomme pierre froide. Elle eft excefe lente-, fur-tout dans l'eau.
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- pour faire voir le nombre & la dilpofition des bûches qui pénètrent la mafTe des pierres à calciner,
- ' Fig- 17. Elévation de la gueule du four, pour faire voir fon berceau.
- Fig. 18. Fl. VL Coupe verticale & détaillée du four, fuivant la ligne A B des plans (Fig. 13, 15*, 16), par laquelle on voit la difpofition du cintre de charpente chargée de fagots, fur lequel on conftruit la voûte, & la pofition .verticale des bûches qui lardent le maffifde la pierre.
- Fig. 19. Autre coupe fuivant la même ligne qui fait voir l’intérieur du four entièrement chargé, recouvert d’argiile, & garni des fagots par le feu de£ quels on fait fuer le four.
- Les mêmes lettres de renvoi font communes à plufieurs de^ces figures. C, tertre de terre dans lequel eft creufé remplacement du four. On monte à fon fommet par la rampe L. D, autre rampe fervant d’accès à la gueule du four. E, Fig. 14, gueule du four, ou petite gallerie, dont on voit l’élévation à la Figure 17. F, appentis au-delîus de l’entrée du four. Ce n’efl qu’un plancher portant par fes extrémités fur les revêtements de la rampe D, <$t recouvert de terres battues en talus, pour rejetter les eaux de pluies loin de la gueule du four. G, maçonnerie de moëllons, dont eft conftruite toute la partie du four qui ne reçoit pas immédiatement l’aétion du feu. H, maçonnerie d'une demi-brique d’épaiffeur, qui forme le parement intérieur du four. « La » maçonnerie des anciens fours étoit entièrement de moellons : mais la pierre » ordinaire du pays étant de la nature de l’ardoile, on a remarqué qu’elle s’é-» chauffe difficilement, eft fujette à de fréquentes dégradations, & qu’il fal-» loit lui préférer la brique ». 1, pavé de pierres dures, qui forme Pâtre du four. K y banquette qui régné autour du pied du four, excepté fur la largeur de la gueule. G’eft fur cette banquette que l’on pofe les premiers voufioirs de la voûte du four. M, Fig. 15, quinconce de pièces de bois ou bûches drelfées pour former un grillage au moyen des pièces croifées N, Sc O, Fig. 18 qui couronnent les montants M:fur ce grillage, on arrange des fagots croiiés par lits alternatifs P, & avec quelques menus bois dont on garnit la furface fupérieure de ce tas de fagots, on achevé de lui donner une forme hé-mifpbérique la plus régulière que l’on peut, pour fupporter les pendants R, ou voulfoirs de la voûte du four. S, bûches drelfées entre les pendants de la voûte, Sc qui montent jufqu’au fommet du four, à travers toute la malle des pierres dont il eft chargé ( N°. 41 ). Ces bûches doivent être failles par les voulfoirs, de façon que, quand elles feront confumées, la voûte ne puilfe être dérangée parle vuide qu'elles y lailferont. T, Fig. 19, enduit d’argille mêlée de paille dont on recouvre la calotte du four. K, le feu de ce four. Lorlque le leu arrive au fommet de ce four, on le garantit du vent par des paiilalions. Les Figures
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- ART DU CHAUFOURNIER. 6y
- Les Figures 20,2 r , Pl. VI ; 22, 23 , Pl. VII y font relatives au four à chaux décrit dans ïEncyclopédie 3 dans lequel on ne brûle que des bruyères ( N°. y 8 ). Ces Figures font tirées de ce Diélionaire, PL d3Agriculture & Economie rujlique ; ainfi que leur explication, au mot Chaux,
- Four à Chaux de VEncyclopédie.
- . 161. Fig. 20, PL VL Deux coupes horifontales du four; Tune A prilè à
- hauteur de i’âtre, où Ton voit fa galierie de gueule C; l’autre B, à T orifice, lupérieur ou débouchement du four, v ^
- Fig. 21, Elévation du four , ou vue de ce four du côté de fa gueule C.
- Fig. 22, PL VU9 Vue du four par un de fes angles, dans laquelle on dé-i couvre l’entrée D de la galierie D E qui traverfè le deffous de Fâtre.
- Fig. 23 , Coupe verticale du four par le milieu de fa gueule. On y voit la forme intérieure du four, la difpofirion des pierres à chaux, & un Ouvrier qui entretient le feu. >
- ConjlruBion de ce Four.
- %
- Sur des fondements folides, qui contiennent un efpace quarré de 12 pieds en tout fens, on éleve la partie de l’édifice nommée proprement le four, ou la tourelle F G, ( PL VU. Fig. 22 ), à l’extérieur la tourelle eft quarrée: fes-murs doivent avoir une épaiileur capable de réfifter à l’aélion du feu; à l’intérieur, la tourelle a la figure d’un fphéroïde alongé HIK L, Fig. 23, tronqué par fes deux extrémités, de 12 pieds de hauteur ; 4 ± de diamètre au lom-met; 9 au milieu de fa hauteur; & 6 au fond, ou fur i’âtre KL. On unit la maçonnerie intérieure de la tourelle avec celle des quatre pieds-droits extérieurs, en y faifant le rempliifage convenable. Au centre de I’âtre, on pratique un trou My d’un pied de diamètre qui répond au milieu d’une petite voûte N y d’environ 4 pieds de hauteur fur 2 de largeur, ouverte par fes deux bouts Nord & Sud D E, Fig. 20, traverfant toute la maffe du bâtiment, & defcendant au-de flous du niveau du terrain de 6 à 7 pieds. On appelle cette voûte Yébraifoir. Pour avoir accès dans l’ébraifoir , on déblaie des deux côtés à fon entrée fur une pente douce & de largeur convenable, toute la terre qui mafqueroit cette entrée, & on i’éieve en un glacis O, Fig. 22 , qui fert à monter au fommet delà tourelle, c’efl> à-dire, fur la plate-forme G. A l’Efl on pratique à la tourelle une petite porte, ou galierie cintrée C, de y pieds’ de hauteur 8c 2 pieds de large.
- Charge de ce Four.
- 162. Sur latre circulaire A de la tourelle, on forme une
- eipece ce voue
- Ch A U FO U RN 1ER.
- R
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- fphérique P, Fig. 23 , de 6 pieds de hauteur, laiffant entre chaque pierre un intervalle de deux à trois pouces; en forte que l’intérieur de cette voûte reprélènte groffiérement les boulins ou pots d’un colombier. Autour de cet édifice on place d’autres pierres ; obfèrvant de mettre toujours les plus groffes & les plus dures le plus près du centre; les plus petites 8c les plus tendres fur d’autres circonférences plus éloignées, 8c ainfi de fuite; en forte que les pierres de moindre volume touchent la furface concave R de la tourelle. On achevé le comblement au haut de la tourelle avec des pierres de lagrof feur du poing ou environ. On maçonne enfuite en dehors groffiérement la porte de tourelle jufqu’à hauteur d’appui, en forte qu’il n’y refte plus que le paffage C d’une botte de bruyères, qui a ordinairement 18 pouces en tout fens. On finit ce travail par élever autour d’une partie du débouchement, fur la platte-forme du Ibmmet de la tourelle, une efpece de mur en pierres feches du côté d’où vient le vent, pour en préferver l’orifice fupérieur du four.
- Du feu de ce Four.
- 163. Les chofes ainfi difpofées, on brûle un quarteron ou deux de bottes de bruyères pour reffiiyer la pierre : cinq ou fix heures après ^ on chauffe en réglé. Pour cet effet, le Chaufournier difpofe avec fa fourche Q, fur Pâtre de la tourelle K L, une douzaine de bottes de bruyères ; il y met le feu, 8c lorff qu’elles font bien enflammées, il en prend une treiziéme qu’il place à la gueule du four, 8c qui la remplit exactement. Le feu, pouffé par l’aétion de l’air extérieur qui entre par les portes D de l’ébraifoir N, & qui fe porte dans la tourelle par la lunette M pratiquée au centre de Pâtre, faifit la bornée C placée fur la gueule du four, coupe fon lien, & l’enflamme. Alors le Chaufournier la poulie dans Pâtre avec fa fourche, l’éparpille, & en met une autre* fans interruption de mouvement, à l’embouchure du four qu’elle ferme comme la précédente. Le feu l’atteint bientôt; & la même manœuvre fe répété & continue fans ceffe de la part du Chauffeur & /le fon camarade qui le relaie, pendant douze heures ou environ, jufqu’à ce qu’ilsayent confommé 12 à 1500 bottes de bruyères.
- Signes de la calcination, ( N°. 43 ).
- 1Ô4, On connoît que la chaux eft faite , quand il s’élève au-deffus du débouchement de la plate-forme Hl, un cône de feu de 10 à 12 pieds de haut, vif, & fans prefqu’aucun mélange de fumée; & qu’en examinant les pierres, on leur remarque une blancheur éclatante.
- Alors on laiffe refroidir le four. Pour cet effet, on monte fur la plate-forme, on étend des gaules fur le débouchement, 8ç on répand fur ces gaules quel-
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- ques bourées. Lorfque le four eft froid, on en tire la chaux, &c. ( Ce paffàge me paroît obfcur, faute d’expliquer en quoi ces gaules 8c bourées fur l'orifice fupérieur d’un four li chaud, contribuent à le laijfer refroidir ).
- Obfervations 9 tirées du même article Chaux.
- 165. i°. Quand il fait un peu de vent, que l'air eft un peu humide \ la chaux fe fait mieux que par de grands vents & des pluies. Apparemment la chaleur fe conferve mieux alors, la flamme fe répand par-tout plus uniformément, ne s’élève point au débouchement avec tant de violence; ou peut-être même par quelqu'autre caufe plus fecrete.
- 20. Les bourées trop vertes nuifent à la cuiffon & à la qualité de la chaux.
- 30. Le Chauffeur doit avoir la plus grande attention à élancer de la bouche du four fa bourée enflammée au milieu de fâtre, & à l’éparpiller avec une fourche de 10 pieds de tige de fer portant un manche de bois de 18 pouces. Si plufieurs bourées s’arrêtoient d'un même côté, il pourroit arriver que toute une partie de la fournée fe brûleroit ( N°. 14^ ) ; qu’une autre partie ne feroit qu’à moitié cuite, & qu’il en réfulteroit un grand dommage pour le Maître.
- 43. Le feu que l’on entretient dans ce four eft très-violent. Le foin qu'on ta de boucher la gueule du four avec une bourée, le concentre 8c le porte en haut : il blanchit le fer du fourgon en quatre à cinq fécondés. Il écarteroit avec fracas les murs du fourneau, s’ils étoient trop légers.
- 5°. Il faut que le feu foit pouffé fans intermiffion ( N°. 42), fans quoi la fournée feroit perdue, du moins au témoignage de PaliiTy. Cet Auteur raconte que, paffant par les Ardennes, il trouva fur fbn chemin un four à chaux dont l’ouvrier s’étoit endormi au milieu de la calcination; & comme il travaillât àfon réveil à le rallumer, Paliffy lui dit qu’il brûleroit toute la forêt a'Ardenne avant de remettre en chaux la pierre à demi-calcinée. ( Je crois qu’il faut fous-entendre ici la fuppofition de conferver à cette pierre fon me-
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- me arrangement dans le four : je ne connois aucune expérience qui prouve qu'une pierre calcaire puiffe ceffer de l'être par une demi-calcination)*
- 60. La chaux fera bien cuite fi la pierre eft devenue d’un tiers plus légère après la calcination qu'auparavant ( N\ jo); fi elle eft fonore quand on la frappe, fi elle bouillonne immédiatement après avoir été arrofée.
- 70. Cette maniéré de faire la chaux n’eft pas la feule en ufage.....
- 8°. Il faut creufer un puits aux environs du four pour lebefoin des Ouvriers, pour*la maçonnerie de la tourelle, en cas d'incendie: un grand vent peut rabattre le cône de feu ( ZV°. 164. ) fur les bourées S, 8c les enflammer.
- 90. Les Chaufourniers allument du feu avec la chaux aiTez commodément ;
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- ils en trempent dans l’eau une pierre grofle comme le poing : quand elle com mence à fumer, ils la couvrent légèrement de pouflier de bruyères., & fouffient fur la fumée jufqu’à ce. que le feu paroifle.
- ( On trouve encore dans l’Encyclopédie, entre les deffeins relatifs ài’Ar-chiteélure (P/. 7 8 de la maçonnerie*), trois Figures d’un autre four à chaux
- que je ne connois point du tout, & dont T explication fe trouvera apparemment au mot Maçonnerie).
- , r Les Figures 24, 25, El. VII; 26, 27, Pl. Vlll,fbnt relatives aux fours à _ chaux ordinaires en Alface, qui font intérieurement de forme cubique (No. 59.).
- Fours à Chaux d*Alface. - 1
- 166. Fig, 24. Pian du bas d’un four établi entre plufieurs autres, pour une grande exploitation.
- Fig, 2j. Coupe verticale du four après qu’il eft chargé, pallant fur la longueur d’un de les foyers & de fà gueule.
- ' Fig, 26, Coupe verticale du four chargé, paffant en travers de fes deux foyers.
- Fig, 27. Elévation du four vu par le côté de fes gueules.
- A, Gueules ou entrées du four. P, Pierres à chaux dont il efl: chargé. C, Foyer§ & voûtes, plus élevées de fix pouces en d, Fig, 2 y, vers le derrière du four > qu’en c du côté des gueules ( N°. 62, ), & fous lefquelles fe fait le feu. D, der-riere du four adoffé contre les terres. JE, le devant du four du côté des gueules. F, féparations entre les fours accolés les uns près les autres. G, Banquettes fur lefquelles s’arrangent les premières pierres à chaux- de la charge du four. I , couche d’argille qui recouvre la charge.
- Les Figures 28, 29, Pl. VIII530, Pl. IX, font relatives aux fours à chaux des environs du Fort-Louis du Rhin, & font des deffeins de M. Anus ( N°. 70 ).
- Fours à Chaux du Fort-Louis du Rhin, à double ufage+
- 167. Fig. 28. Plan du bas de ce four.
- Fig. 29. Coupe verticale du four traverfant les foyers, par laquelle on voit l’arrangement des pierres & briques dont il efl: chargé, & le détail de la charpente du hangar qui le couvre.
- Fig, 30. Elévation du four du côté des gueules.
- A, B, C, Gueules, &/ foyers ou fourneaux qui leur répondent. D, Fig. 29 Ù* 30, Retraites ou banquettes au fommet extérieur de la maçonnerie tout autour du four, fur lefquelles on dépofe la brique ou la tuile quand elle efl: cuite. E, Porte voûtée, fervant à communiquer dans le four plus commodément
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- ment que par les gueules, pour fa charge & décharge. Cette porte demeure fermée de maçonnerie pendant que le feu fubfifte. F, elpace qui régné autour du four, entre fa maçonnerie & les poteaux extérieurs de fon hangar.
- FIGURES DES FOURS A CHAUX A PETIT FEU.
- Les Figures $1, 32,3$ & 36, Pl.IX; 33, 34, 37, Pl. X. font relatives
- aux fours à Chaux nommés Fours coulants, ufités en plufieurs Provinces (NJ. 8 y).
- Fours à Chaux de la Flandre Maritime.
- 168. Fig. 3 T. Plan à vue d’oifeau d’un moyen four de cette efpece, élevé en raie campagne. On a ftipprimé dans cette Figure une partie de la rampe A.
- Fig. 32. Plan du four coupé au niveau du cendrier, pour faire voir le tracé de fes maçonneries.
- Fig. 33. PL X. Elévation de ce four prife en face de Tune de fes gueules.’
- Fig. 34. PI. X. Profil ou coupe verticale de ce four paflant par une de fes gueules avec fa galerie d’entrée, fuivant la ligne TV des Figures 3 r , 32.
- Fig. 35. PL IX. Plan détaillé du pied de ce four coupé au niveau des cintres de fes trois gueules, pour faire voir la conftrudion de fon grillage.
- Fig. 3 6. PL IX. Lance du Chaufournier, avec laquelle il plonge entre les pierres dont le four eft chargé ( N°. 99. ). C’eft une barre de fer de 7 à 8 pieds de long, pointue par un bout, & tournée en anneau par l’autre bouc qu’ils appellent ïœil de lalance.il convient que le Chaufournier en ait une autre de 4 à y pieds feulement de longueur pour s’en fervir lorfqu’il ne s’agic que de retourner les pierres de la furface du four ( JV°. ioy ).
- A y Rampe pour monter fur la plate-forme P, autour de l’orifice fiipérieur du four. By Bords fupérieurs du cône renverfé du four. C, Bords inférieurs de cet entonnoir. D, Galeries voûtées pour arriver aux gueules. F, Barre de fer qui traverfe l’orifice inférieur, de l’entonnoir, ou le deffus du cendrier. F, Gueules du four. G, Le cendrier. R y Revêtements du four.
- A la Figure 34, on a repréfenté un petit fapin, ou perche S, que le maçon drefle en terre au centre du four, pour y attacher une réglé tournante, qui lui fert à régler le talus intérieur de l’entonnoir. Cette réglé a eft fixée par deux doux fur les deux autres b y qui portent chacune un collet de fer mince c pafte dans le fapin, 8c s’y foutiennent à hauteur convenable au moyen de deux anneaux en confoles d.
- A la Figure 35, outre la barre de ferE,fcellée dans la maçonnerie, & les autres barres e pareillement fcellées qui traverfent chacune des gueules; on a aufli repréfenté les barreaux volants fy avec lefquels le Chaufournier forme à Volonté le grillage (Nos. 87, 103, iop,),
- Chaufournier. S
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- Fig. 37. Elévation de la gueule du four F, pour faire voir les deux barres ç dont la première traverfe la gueule, & la fécondé i porte le cintre de cette gueule. On y voit auffi les gonds h de la porte de tôle dont j'ai fait fermer les gueules d’un pareil four. ( N°. 97. ).
- Les Figures 38, 35, PL "K. font celles d'un four à chaux de la même efpece des environs de Valenciennes, creufé dans un tertre. Le pied de ce four ejl entouré d'une galerie fout err aine avec magafm (N°. 88. ). Ces Figures & leur explication m'ont été envoyées par M. de Ramfault de Raulcourt, Ingénieur ordinaire du Roi, Dire Fleur des Fortifications de Champagne > Commandant à Mézieres & Charleville, & en chef aux Ecoles Royales de Génie, ci-devant Ingénieur en chef à Valenciennes.
- Fours à Chaux de Ualenciennes..
- 169. Fig. 38. Plan du four à chaux pris au niveau du grillage,
- Fig. 39. Coupe verticale du four, prife fuivant la ligne a b du plan. Galerie circulaire autour du pied du four. jB,Galerie rampante,par laquelle on defcend au pied du four, c d, Galerie rampante plus étroite que celle B. Cette fécondé galerie ne fert que pour la circulation de l’air dans le fouter-rain : on l’ouvre ou on la ferme plus ou moins, félon que l’on veut donner plus ou moins de tirage au feu du four. D, Magafin où l’on dépofe la chaux fabriquée. Z, Le cendrier. On voit ici un grillage formé de trois barres fixes f9 qui gênent fouvent le tirage de la chaux. ( N°. 109. ).
- Les Figures 40, 41, Pl. XI ; 42,43,44, PL XII ; 4^ , 46, PL XIII, font relatives aux fours à chaux de Tournai ; ellesfont des DeJJeins de M.» Durand ( N°. 123}. Leur explication ejl auffi tirée en grande partie de fs Lettres.
- Fours à Chaux de Tournai, r
- 170. Fig. 40. Pian à vue d’oifeau de la difpofition de deux grands fours accollés, pour une exploitation annuelle & marchande.
- A, Le defiiis ou terre-plein d’un tertre élevé d'environ 30 pieds au-deflus du terrain B, qui eft un grand chemin. Tout le devant de ce tertre eft fou-tenu par un bon revêtement G, 8c parplufieurs contreforts H: I,l’orificefù-périeur du plus grand des deux fours, repréfenté plein de pierres à chaux. K, L’orifice fupérieur du moindre des deux fours repréfenté vuide ; enforte que l’on y voit le plan L du maffif qui eft au centre de fon orifice inférieur. M, Petits bouts de murs contre lefquels on fait des amas de houille pour la confommation journalière des fours.
- Fig. 41. Plan des deux fours, coupé au niveau de leurs gueules, pour faire voir toute la difpofition des fouterrains & magafins qui y font pratiqués.
- Chacun de ces fours a huit gueules N, vers lefquelles la chaux en tombant du four eft renvoyée par le petit mafîîf L, qui occupe le milieu du cendrier
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- £ N°. 123 O, Magafins. P, Galeries. £), Barraque pour un Commis.
- Fig. 42. PL Xll. Elévation du devant du tertre, ou de rentrée des fouter-rains des deux fours.
- Fig. 43. Coupe verticale des deux fours paffant par la ligne ponétuée C D de la Figure 41.
- R, Contre-forts qui foutiennent la maçonnerie de la chaudière du four.
- Fig. 44. Autre coupe verticale paffant par la ligne ponétuée E F de la Figure 41.
- Cette coupe ne traverfe pas le four K, mais fait voir fa maçonnerie par l'extérieur & en élévation, avec trois des contre-forts R qui le foutiennent. C’eft de cette forme extérieure de l'entonnoir du four, que les Ouvriers ont tiré le nom de chaudière qu’ils donnent à toute la partie du four au-deflus du cendrier.
- Fig. 4ÿ. PL XllI. Coupe verticale 8c particulière du plus grand des deux fours en partie chargé, relative au détail de fou foyer, & à la maniéré d’y mettre le feu. I
- Lorfque les gueules du four H ont été fermées de groffes pierres, & tout le bas du four rempli de pierres E fans houilles, on y forme un encuvement DG de 30 pouces de profondeur, dans lequel on couche un lit de paille G d’un pied, 8c un lit de fagots D. Sur les fagots, on pofe des morceaux de gros bois bien fec F, efpacés entre-eux tant plein que vuide : on charge ceux-ci d’une bonne voiture de bois fendu très-fec mêlé de 30 fagots déliés: puis on place un nouveau lit de paille C d’environ dix-huit pouces, recouvert de houille. C’eft à cette derniere paille qu’aboutilfent les deux communications A 8c B par lefquelles on allume le feu, & qui traverfent trois charges de pierres I, 8c deux charbonnées L,K, dont le foyer eft recouvert. Ces communications A 8c B font formées de bûches de quartier, ou gros bois fendu, dont la rencontre parleur plat fait un auget de 8 à 5 pouces en quarré. Les Ouvriers rempliffent cet auget de paille entallée pendant l'arrangement des charges & charbonnées, afin que les bûches ne puiiTent fe déplacer jufqu'à ce qu'elles foient bien affermies par la rencontre 8c l'appui des pierres : alors iis retirent cette paille, & avec des torches allumées ils portent direéiement le feu au lit de paille C, manœuvre qui demande de l'habitude pour ne pas fe brûler les bras ( N°. 126 ). Dès que la paille C, eft enflammée, on jette une bûche dans chaque communication A 8c B, & on la recomble jufqu'au fommet avec des pierres & de la houille. Après que le feu s’eft bien diftribué dans tout le foyer C FDG, 8c a enflammé les charbonnées fupérieures L, K, il eft temps de continuer la charge du four,
- Fig. 46. Outils dont on fe fert aux fours à chaux de Flandre.
- A} Manne, ou panier à tranfporter la chaux, 8c qui fert ordinairement à
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- la meforer pour le débit* jB, Pelle de fer emmanchée de bois. C, Marteau à cafier la pierre dure: il a un côté en tranchant arrondi fort moufle, & de l’autre une tête plate. D, tifonniers des fours à chaux de Tournai. On voit par la forme de cet outil, dont le fer n’a pas plus de 24 à 30 pouces de long, que les Chaufourniers de Tournai ne s’en fervent qu’à retourner les pierres. Iis ne font pas dans l'ufoge d’y plonger, comme on le fait ailleurs avec la lance ( N°. 99 ) : le gros maflïf des pierres de ce four ne permettroit pas cette manœuvre ; & d'ailleurs les pierres étant plus groffes dans les fours à chaux de Tournai que dans les autres de Flandre, le feu trouve apparemment toujours affez d’iflue entre-elles.
- Les Figures 47, Pl. XIII ; 48, Pl. XIV, font relatives aux fours à chaux cylindriques> ou ton brûle du charbon de bois, dans les environs de Mézieres & Sedan ( N°. 132 ). Elles font des Dejfeins de M. Dumoulin.
- Fours à Chaux cylindriques.
- 171. Fig. 47. Plan de ce four au niveau de fa gueule. C’eft un malîîf de maçonnerie quarré de 10 pieds en toutfens, au milieu duquel on Faille un cylindre vuide de 4 \ pieds de diamètre.
- Fig. 48. PL XIV. Coupe verticale de ce four pallant fur fa gueule, fuivant la ligne BR de la Figure 47.
- Les lettres de cette Figure font foffifamment expliquées au N°. 132.
- ' Les Figures 49, yo, y 1, Pl. XIV, font relatives à la fabrication de la chaux en plein air, ou fans tappareil de la conJlruBion d'un four, comme on le pratique aux environs de Maubeuge (No. 13 y )• Elles font dejjinées fur les croquis de M. de Juzancourt.
- Fours à Chaux de Maubeuge.
- 172. Fig. 49. Plan du terrain préparé pour y arranger la pierre à chaux. Fig. yo. Coupe verticale des pierres arrangées, paflânr par la ligne AB
- de la Figure 49, & faifant voir le profil du porte-feu a d.
- Fig. y 1. Coupe verticale palïànt for la ligne C D de la Figure 49.
- Les renvois de ces Figures font fuffifamment expliqués au N°. 13 6.
- Fig y 2. Pl. XV, un four à chaux du bord du Rhône repréfenté à vue d’oifoau. C, intérieur du four. D, élévation au milieu du four. E, plate-forme du haut du four. F, rampe pour monter fur la plate-forme. G, magafin où on dépofe la chaux au fortir du four.
- Fig. y 3 . Coupe du même four par la ligne A B. Les mêmes objets font indiqués par les mêmes lettres. H, la gueule du four.
- Fig. y 4. Plan d’un autre four du bord du Rhône où les mêmes objets font re-préfentés par les mêmes lettres, ainfi qu’à la Figure y y qui repréfente la coupe de ce même four. EXPLICATION
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- 7Î
- EXPLICATION
- De quelques Dermes employés dans ce Mémoire*
- B
- B o u Z i N. Eft une incruftation qui fe rencontre quelquefois fur les pierres , Ôt principalement fur leurs lits. On l’appelle auffi faujje pierre , parce qu ordinairement cette matière paroît être ou d’une pierre qui n’a pas pris autant de confiftance & de maturité que celle à laquelle elle fe trouve attachée, ou d'une pierre d’une autre nature.
- Cendrée. On nomme ainfi la cendre des fours à Chaux qui s’exploitent au feu de houille (jV°, iio).
- Charbonnée. Terme propre aux fours à Chaux ôc à Briques, où le feu fe fait avec du charbon foit foflile foit fa&ice : c’eft le lit de charbon renfermé entre deux lits de pierres à Chaux ou de briques.
- . Charge. Une Charge fe dit proprement d’un lit de pierres entre deux charbonnées.
- Chaudière. Terme particulier aux fours à Chaux de Tournai : c’eft la partie du four au-deffus du cendrier ( jV°. 170, Fig. 44 ).
- Chaux aigre. C’eft celle qui ne foifonne pas , ( voyez Foifonnement ), ôc qui n’eft pas grajfe. Voyez Chaux grajfe.
- Chaux âpre. C’eft la Chaux faite avec la pierre noire ôc coquillere des environs de Metz, Thionville ôc Bitfche en Lorraine : c’eft la Chaux qui fe durcit le plus vite ôc le plus fort de toutes les efpeces que je con-noiffe.
- Chaux brûlée. Lorfqu’il s’agit de Chaux vive, voyez N°. 14J. Lorfqu’il s’agit de Chaux éteinte, voyez au N°. 147.
- Chaux coulée: Chaux que l’on a éteinte dans un badin de bois, ôc fait couler en lait dans une foffe, pour en féparer les parties non-calcinées. Cette préparation de la Chaux eft eftimée des Archite&es : mais je ne fçais fi l’abondance d’eau néceffaire pour faire couler la Chaux en lait, ôc qui excede de beaucoup la portion que la Nature lui a proportionnée ( N°. 151 ), ne pourroit pas dif-foudre une partie de fa vertu, qui enfuite s’imbiberoit dans les terres de la foffe avec cette eau furabondante, ôc feroit autant d’enlevé à la foliditédes mortiers. Cette quef tion mériteroit des expériences. Voyez ce quen penfe M. de la Lande dans ï Art de faire te Parchemin, N°. 20.
- Chaufournier.
- Chaux éteinte : C’eft celle qui a été ôu fofl3 due avec de l’eau, ou réduite en pouffera par l'humidité de l’air ; dans ce dernier cas } on dit qu’elle a été éteinte par défaillance , ou qu’elle afufé. Voyez Fufer.
- Chaux étouffée: Chaux que l’on a éteinte avec de l’eau, après l’avoir couverte d’une couche de fable qui, en îaiffant arriver l’eau fur la Chaux , empêche la fumée de la Chaux de s’évaporer pendant fon extintHon. Les Àrchite&es font grand cas de cette façon? d’éteindre la Chaux.
- Chaux gardée. La Chaux ne fe garde point vive, parce qu’elle tombe toujours en pouf-fiere en peu de temps à l'humidité de l’air ( JV°. 148 ), Ôc qu’alors elle eft éteinte. Ainll Chaux gardée eft de la Chaux que l’on a éteinte avec de l’eau, Ôc que Ton a confervée err pâte dans des foffes bien recouvertes contre les gelées.
- Chaux grajfe. On appelle ainfi la Chaux en pâte qui ne laiffe appercevoir aucuns grains ou grumeaux, ôc qui reffemble à du beurre par fa fineffe. La Chaux aigre eft celle qui contient dans fa pâte foit des graviers non-calcinables, foit des grains de pierres qui n’ont pas été affez pouffés de feu, ou qui n’ont pas eu le temps de fufer en pâte. C’eft pour cela que la Chaux coulée, de toutes les efpeces qui fe coulent, eft plus grajfe que celle de même efpece qui ne Ta pas été.
- Chaux retournée: c’eft une préparation particulière à la Chaux âpre de Lorraine pour l’employer ( N°, 6 ).
- Chaux vive : c’eft celle qui peut s’échauffer en lui donnant de l’eau, ou tomber en pouffiere en la Iaiffant à l’air.
- Cheminées. Créneaux. Termes propres aux fours à Chaux âpre de Lorraine. Voyez K, G, Fig. £.
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- Défaillance. Deliquium. Voyez Chaux éteinte.
- Dressées. Terme propre aux fours à Chaux cylindriques, où Ton brûle du charbon de bois (N°. 152 ).
- Ecrevisses. Pierres calcinables qui ont pris au feu une couleur rouge quelles con-fervent j mais qui, faute d’affez de feu, ne fe font pas calcinées.
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- Embrasement du four. On nomme ainfi à Metz le premier feu qui fait fuer le four a Chaux, 6c toute fa charge.
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- Fausse pierre. Voyez Bouztn.
- Foïer. Partie du four à Chaux où s’allume le premier feu*
- Foisonnement : c’eft le renflement du volume de la Chaux lorfqu elle paiTe de l’état de Chaux vive à celui de Chaux réduite en pâte. La Chaux de Landrethun {N°. 15:2) rend par ce changement 3 pour 1 ; celle de Toulon ( N°. 158) ne rend que 2 f pour 1, 6t foifonne par conféquent moins que celle de Landrethun : elle eft donc moins économe , parce qu’il en faut plus de celle qui foifonne moins ( N°. 1 j 3 ), pour faire un mortier d’égale confiftance. On croit donc la meilleure celle qui foifonne le plus : mais cette qualité de la Chaux n eft relative qu’à l'économie de la bâtiffe: quant à celle de la foliditë des édifices , on doit remarquer que la Chaux âpre ( iV°. 5" 5“ ) foifonne moins que beaucoup d’autres inférieures en qualité.
- Fours coulants. On nomme ainfi en Flandre tous les fours à Chaux dont le feu ne s’éteint point tant que dure la fabrication de la Chaux; mais defquels on la tire par le pied du four à mefure quellefe fabrique, en rechargeant d’autant le four par fon fommet.
- Fourneau. Voyez Foyer.
- Fuser. On le dit de quelques fubftances qui tombent en poufliere; le feî alcali du tartre fe fond par la feule humidité de l’air ; il devient en liqueur : c’eft ce qu’on appelle tomber en deliquium. Au contraire le fel alcali de la foude tombe en poufliere quand on le tient dans un air fec; c’eft ce qu’on appelle fufer.La chaux calcinée fe réduit d’elle-même en poufliere ; ainri clÏQ fufe : mais c’eft par une autre raifon ; car c’eft l’humidité de l’air qui l’éteint en partie ; car une pierre de Chaux qui a fufé eft plus pefante quelle n’étôit au fortir du four, au lieu que le fel de foude eft plus leger quand il a fufé que iorfqu’il étoit en cryftaux. Quoiqu’on dife que ces fubftances ont fufé, on ne peut pas dire qu’elles ont entré en fufton. Ce ternie appartient aux métaux qui fe liquéfient par le feu.
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- Goulettes. Terme propre aux fours à Chaux où l’on brûle du charbon de bois ( N°. 132 )•. .
- Gueule: c eft, l’ouverture d’un four à Chaux par laquelle on peut communiquer à fon pied.
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- Lance. Outil des Chaufourniers de Flandre. Voyez F explication de la Figure 36".
- M
- Manne. On appelle ainfi les paniers dont fe fervent les Chaufourniers pour mefurer la Chaux, & tranfporter leurs matériaux.
- Marons , ou Noyaux \ on appelle ainfi le centre ou cœur d’une pierre fortant du four à Chaux fans avoir été calciné , quoique le pourtour de la pierre fait été.
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- Porte-feu. Canal par lequel on enflamme le pied de quelques fours à Chaux.
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- Rable. Outil de la forme d’un rateau de fer fans dents , fervant à retirer la braife ou la cendre de quelques fours à Chaux.
- Rend âge. C’eft le produit quotidien d’un four coulant.
- R 1G A u x. Voyez Marons.
- Roche. Maflif plus ou moins gros de plu-fieurs pierres qui dans le feu fe font unies les unes avec les autres ( N°. 142 ).
- Roue. Efpece de fourgon, au même ufage que le rable. ( Voyez Hy Fig. 1 ).
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- Tirage. On fe fert de ce terme pour exprimer l’opération de retirer d’un four coulant la Chaux qui eft faite. On s’en fert auffi pour exprimer le courant d’air qui entretient un feu ; en forte que d’un four ou fourneau dans lequel le feu eft toujours bien animé, on dit que ce four eft d’un bon tirage.
- Tisonnier. Outil des fours à Chaux de Tournai. ( Voyez D} Fig. 46 ).
- Tuileaux. Voyez L Fig. 5, PL IIL
- FIN BE FART DU CHAUFOURNIER;
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