Descriptions des arts et métiers
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- L’ART
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- TUILIER
- Par MM. Duh amel , F ourcro r & Gallon.
- INTRODUCTION
- Par M. D* v
- C>et Art eft d’autant plus intéreflant, que les Bâtiments en bois étant dange~ reux pour les incendies, de peu de durée, & maintenant d’une grande dépenfë à caufe de la rareté des bois de charpente, on eft réduit à bâtir en briques dans les cantons où la pierre manque, ou lorfqu’on eft obligé de là tirer de loin : quoique le prix de la brique foit augmenté proportionnellement à celui du bois, il y a bien des cas où il eft plus œconomique d’employer de la brique, que de la charpente, ou de la pierre de taille»
- D’ailleurs, la bâtifle en briques eft faine, sûre contre le feu , & de longue durée , quand la brique eft de bonne qualité ; nous en pouvons tirer la preuve de Bâtiments très-anciens conftruits en briques, qui fiibfiftent encore aujour-* d’hui, quoiqu’on ait négligé de les entretenir. Ces veftîges de l’antiquité la plus reculée, prouvent la bonté de cette bâtifle ; l’Hiftoire fainte & profane , attellent que l’art de faire des briques, eft prefque auflî ancien que le monde» Quand j’ai parlé de la longue durée des Bâtiments faits en briques, j’ai ajouté qu’il falloit que la brique fût de bonne qualité ; car on verra dans la fuite, que quantité d’ouvrages de fortifications conftruits avec ces matériaux, ont péri prefque aufli-tôt qu’ils ont été faits, par la mauvaife qualité des briques qu’on y avoit employées.
- La tuile eft d’un ufàge encore plus général que la brique. Il n’y a que la cou--verture en ardoife, qui foit préférable à celle en tuile ; mais comme les carrières d’ardoifes ne fe rencontrent qu’en certaines Provinces, & comme fouvent Art du Tuilier. A
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- i L'ART DU TUILIER.
- elles font de mauvaifo qualité, on peut dire que prefque toutes les couvertures font faites en tuile; celles-ci ont même cet avantage, qu'elles réfiftent mieux aux efforts du vent que les ardoifes.
- Quoique cet Art foit des plus intérelfants, nous n'avons rien trouvé for cette matière dans le dépôt de l'Académie; nuis deffeins ou Planches gravées, nul Mémoire. Deux célèbres Ingénieurs (*) frappés des réparations très-fréquentes qu’on étoit obligé de faire aux ouvrages de fortifications conftruits en briques, ont cru devoir s'appliquer à étudier, avec attention, les procédés du travail des Briquetiers , pour parvenir à rendre les ouvrages en brique aufîî folides, que ceux que les Anciens conftruifoient avec la même matière.
- D'ailleurs, l'intérêt que ces Meilleurs prennent à l'avancement du travail que l'Académie des Sciences a entrepris fur les Arts, les a engagés à communiquer à la Compagnie, les Mémoires qu'ils avoient faits fur l'Art du Tuilier & du Briquetîer.
- Mais comme ils n'ont parlé que des grands fours, qu’on conflruit aux environs des villes de Guerre , où il fe fait une prodigieufe confommation de ces matériaux, nous nous fommes vûs dans la néceffité d'ajouter à leurs Mémoires, les obfervations que nous avons été à portée de faire for les petits fours , qui font en ufage dans les environs de Paris, for les bords de la Seine & for le rein de la forêt d'Orléans : ces petits fours font d’un ufage plus commun que les grands, qui ne peuvent forvir que dans les Provinces où on fait une très-grande confommation de briques. Si nous n'avions cru ces additions néceflàires , nous nous ferions bornés à donner au Public les Mémoires de ces deux habiles Officiers.
- On fçait en général que les carreaux, les tuiles & les briques font faits, foit avec de la terre glaife , foit avec de l'argile qu'on pénétre d'eau, qu'on paitrit & qu'on corroyé avec beaucoup de foin pour en faire une pâte duélile, à laquelle on donne, dans des moules, la forme de briques, de tuiles ou de carreaux; on fait enfuite fécher cette terre moulée , foit à l'air, foit fous des angars que l'air traverfe dans tous les fens. Quand ces ouvrages font bien focs, on les fait cuire, ou avec du bois, ou avec du charbon de terre ; lorfque toutes ces opérations ont été exécutées avec foin, les tuiles & les briques doivent être dures, fonores & incapables de s'amollir dans l’eau, oudefe fouiller par la gelée.
- Ces bonnes qualités dépendent, i<>. de la nature de la terre que l'on y emploie ; 2°. du travail qu'on fait pour la corroyer parfaitement ; 30, du degré de cuiflon qu'on donne aux ouvrages moulés & delféchés.
- (*) M. Fourcroy de Ramecourt , Lieutenant Colonel dans le Génie., AfTocié libre & Correfpondant de l’Académie Royale des Sciences & Arts de Metz.
- M. Gallon , Lieutenant Colonel dans le Génie, Ingénieur en chef au Havre de Grâce, & Correfpondant de l’Académie Royale des Sciences de Paris.
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- V A RT DU TUILIER. % 3
- A l’égard de la nature de la terre, je crois pouvoir avancer d après des eiîàis que j’ai faits en petit, qu’en général l’argile pure prend au feu plus de dureté, que celle qui eft alliée avec des fiibftances hétérogènes. Mais auffi cette argile pure fe retire beaucoup au feu; elle fe tourmente & fe fend, fur-tout quand les ouvrages ont une certaine épaifleur ; c’eftpour cette raifon, qu’on emploie de la terre plus forte pour les ouvrages des poteries, que pour faire du carreau ; plus forte pour le carreau , que pour la tuile ; & plus forte pour la tuile, que pour la brique.
- Si la tèrre que l’on y deftine eft très-maigre , elle fe deiféche fans fe tourmenter ni fe gercer : mais auffi l’ouvrage en eft moins dur Sc moins fonore. Les fubftances étrangères qui diminuent la force des glaifes , font tantôt une terre limoVieufe & végétale, qui ne contribue en rien à la dureté des ouvrages ; ( car fi l’on paitrit de la terre d’un bon potager, fi on la fait cuire, elle acquerra peu de dureté ; ) tantôt un fable qui peut être avantageux, quand il fe vitrifie difficilement, & quand il n’eft pas trop abondant dans la glaife ; mais qui gâte tout, quand fe trouvant mêlé avec la glaife, il en réfulte un alliage trop fufible ou trop aifé à vitrifier. Un mélange dé parties métalliques & pyriteufes en gros grains, produit un mauvais effet, parce que certaines parties fe brûlent, pendant que d’autres fe vitrifient: & il en réfulte des vuides, qui altèrent le carreau &: la tuile.
- Ces mêmes fubftances font plus utiles que nuifibles, quand elles fe rencontrent en petites maffes & en médiocre quantité. AMontereau, on fait cas des tuiles fur iefquelles on voit des taches noires & métalliques.
- Si cet alliage eft de la nature du filex Sc par gros grains, il éclate au feu, & gâte l’ouvrage.
- S’il eft de la nature des pierres calcaires , il fe convertit en chaux lors de la cuiffon de la tuile ; & ces parties de chaux venant à fentir l’humidité, fe gonflent & font feuiller la tuile : ce qui eft un très-grand défaut. Néanmoins, une petite quantité de craie ou d’autre fubftance calcaire, réduite en parties fines, peut dans certains cas être utile ; car alors les fubftances calcaires fe vitrifient & fervent de fondant.
- A l’égard des ouvrages, dont le prix peut indemnifer l’Ouvrier des dépen-fes qu'il eft obligé de faire pour les travailler , on parvient à corriger le défaut des terres, fi elles font trop fortes, en y mêlant du fable fin & doux qu’on fçait être propre à augmenter la dureté des ouvrages, en même-tems qu’il diminue fuffifamment la trop grande force de l’argile. Si les terres font trop maigres, courtes ou alliées de fable trop gros , ou de pyrites, ou de filex, ou de pierre calcaire, on délaie ces terres défeétueufes dans de l’eau ; on les laiffe repofer queique-tems , pour que les corps plus pefants que les parties
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- ®ftes dé la glaife fe puiflènt précipiter ; après quoi , en faifànt écouler Peau qui furnâge par décantation (*) , il fe précipite au fond de Peau une glaife très-fine, pure ou alliée d'un fable très-fin ; quelquefois même on paffe Cette eau chargée dé glaife par des tamis, pour être plus certain d’en avoir retiré tous les corps étrangers,
- On fent bien qu'on ne peut prendre de fembiables précautions pour des ouvrages groffiers, tels que la tuile & la brique qui fe vendent à bas prix ; aufli les Tuiliers & les Briquetiers fe contentent-ils de remédier à la trop grande maigreur de leur terre, en y mêlant de l’argile pure ; & quand leur terre eft trop grade j ils y joignent du fable ou une terre fort maigre : quand par bonheur ces mélanges fe trouvent faits par la nature même, ils réuflîflent fouvent mieux que ceux qu'on eft obligé de faire allez grofliérement par artifice : & alors cela épargne beaucoup de peine Sc de dépenfe aux Ouvriers.
- A Montereau, où la tuile eft de fort bonne qualité, on emploie la terre telle qu’on la fouille : il eh eft prefque de même au bord de la forêt d’Orléans, quant à celle que Pon y emploie pour la tuile : mais on eft obligé de mélanger cette terre pour la brique. Aux environs d'Etampes, la plûpart des Tuiliers font obligés de mêler du fable avec leur argile, pour faire leurs tuiles qui font très-bonnes.
- Voilà des principes qui font aflez généralement vrais ; ils foufîfent néanmoins de fréquentes exceptions , que les plus expérimentés ont peine à découvrir à la fimple infpeélion des terres ; car il y a des glaifes, qui fe retirent beaucoup plus que d’autres en fe delféchant, ce qui eft un grand défaut ; d'autres fe fondent, fe vitrifient & fe déforment par-tout où le feu eft un peu vif, pendant qu'il y en a d'autres qui ne fe vitrifient pas aflez , & n'acquierent point une dureté fuffifante ; car on peut regarder la cuiflon des terres comme un commencement de vitrification qui, portée à un certain point, donne à la tuile les qualités qu’on defire. Mâispaffé ce terme, lorfque la vitrification eft complette, les ouvrages fondent, ils fe déforment, les pièces s'attachent les unes aux autres, & font ce qu'on nomme des roches. Pour ces raifons, certaines terres exigent beaucoup plus de feu que d'autres, pour être cuites à leur point : & ces terres dures à cuire, font communément des ouvrages bien plus folides que les autres. La terre qu’on emploie en Normandie pour faire ces pots de grais où l'on renferme le beurre, peut être donnée pour exemple : mais dans ce cas , la bonté des ouvrages ne s'accorde pas avec les intérêts du Tuilier.
- Je penfe donc, ainfi que MeilleursFourcroy & Gallon, que le plus sûr eft d’éprouver les terres à différents degrés de cuiflon, fur-tout lorfqu'on eft obligé
- (*} Décanter, c’eft verfef, par inclinaifon-, une liqueur qui recouvre un fediment grofiier»
- d’en
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- d’en faire des mélanges : Sc qui! feroit imprudent d’entreprendre beaucoup d’ouvrage , avec des terres qu’on ne connoîtroit pas parfaitement.
- Quelqu’attention qu’on apportât dans le choix des terres, on ne feroit que de mauvais ouvrage, fi on négligeoit de les bien corroyer. C’efldans cette opération , qui fera décrite dans la fuite, que les Tuiliers attentifs ôtent le plus exactement qu’ils peuvent les pyrites, les cailloux, les pierres calcaires , en un mot, tous les corps étrangers qui le rencontrent dans la terre qu’ils veulent employer. Plus la terre eflpaitrie& corroyée, plus les parties terreufes fe rapprochent, & plus l’ouvrage fera ferme & pefant. Il ne faut pas efpérer qu’on puiffe parvenir * par une feule opération, à bien préparer la terre : il faut y revenir à plufieurs fois, afin que l’eau puiffe s’infinuer d’elle-même dans les plus petites molécules terreufes. Pour certains ouvrages de faïance , on conferve les terres dans des fouterreins pendant plufieurs années : il faut, difent les Ouvriers, qu’elles y
- Quand on fait un mélange de différentes terres, il faut faire enforte qu’elles foient fi intimement mêlées les unes avec les autres, que la maffe faffe un tout uniforme. Enfin , pour faire de bon ouvrage, il faut i°. employer plutôt de l’argile trop forte que trop maigre, faufàla laiffer long-tems fécher fous un angar, Sc aménager beaucoup le feu au commencement de la cuiflon.
- 2°. On peut épargner l’eau, mais nullement le travail des bras, fiir-tôut pour les ouvrages d’une certaine épaiffeur. C’eft principalement par cette raifon, que les ouvrages des Potiers font plus durs que ceux des Tuiliers : car fouvenc les uns Sc les autres emploient de la même terre.
- 30. Comme les plus petites molécules de terre doivent être pénétrées par l’eau, il efl néceflàire de les corroyer à différentes reprifes, Sc de les tenir long-tems en tas.
- Je ne m’étendrai pas davantage fur ces points qui feront amplement détaillés dans la fuite, ainfi que tout ce qui regarde le moulage Sc le defféchement, tant fur la place qu’en haie, ou à l’air libre, ou fous les angars.
- Mais comme la perfection des tuiles Sc des briques dépend beaucoup de leur parfaite cuiffon, j’expliquerai en détail la conftruétion des fours de différentes grandeurs ; Sc pour éviteras répétitions, je vais donner, pour premier exemple > la grande & belle tuilerie du Havre,dont nous devons la defcription à M. Gallon. Je parlerai dans des notes particulières, des fours à cuire la tuile, que j’ai vus à Montereau > Sc fur le rein de la forêt d’Orléans ; ainfi que de ceux des environs d’Etampes , dont je dois la defcription à M.de Barville du Fresne , qui a une terre à portée de cette ville. Je pafferai légèrement fiir la defcription des outils dont on fe fert, parce qu’on la trouvera au commencement de la féconde Partie : M. Fourcroy étant entré à ce fujet dans de grands détails*
- Art du Tuilier et du Briquetier.
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- 6 L'ART DU TUILIER
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- PREMIERE PARTIE)
- .Dw Briqueteries & Tuileries, où l’on fe fert de bois pour la cuijfon.
- Descripti on de la Briqueterie & Tuilerie du Havre.
- Par M. Gallon.
- DE LA TERRE.
- T ja terre dont on fait la tuile & la brique près du Havre eft gralïe 9 forte, noirâtre ou jaune ; elle fe trouve fous un lit de galet ou de fable , d'un ou de deux pieds d'épailîèur : on tire l'argile à la laifïè de balle mer. Dans d'autres endroits , cette argile fe rencontre fous un banc de pierre tendre, qui femble être la même terre pétrifiée : car cette pierre eft ordinairement d'une couleur femblable à l'argile qu'elle recouvre.
- On tire l'argile pendant l'hiver , & on l'amoncele au bord d’une folfe maçonnée en briques avec ciment : cette folfe a douze pieds en quarré, fur cinq pieds de profondeur.
- On fait une fécondé folfe en-dedans de l'attelier, & tout près de la grande ; cette fécondé folfe a huit pieds de longueur, cinq pieds de largeur, & quatre pieds de profondeur ; elle efl, ainli que la grande, revêtue d'une bonne maçonnerie en brique & en mortier de ciment, afin que la terre y puilfe conferver fon humidité naturelle, & contenir l'eau qu'on y ajoute : cette folfe fe nomme le marcheux.
- PREPARATION DE LA TERRE.
- On remplit la grande folfe avec la terre qu'on a tranlportée auprès, & on commence à préparer celle qui eft la plus anciennement tirée ; c'eft toujours la meilleure : on en remplit la folfe, de maniéré qu'elle excede d'environ fix pouces Ion revêtement; enfuite on jette de l'eau par-delïùs, julqu'à ce que la terre foit parfaitement imbibée. Il faut pourbien pénétrer la terre de cette grande folfe, environ dix à douze tonneaux d'eau; chaque tonneau contenant trois cents vingt pots, ou fix cents quarante pintes : on lailfe l’eau pénétrer d'elle-même dans la terre pendant trois jours.
- Alors un Ouvrier qu'on nomme Marcheux, du même nom que la petite folle, piétine la terre en marchant fur toute fon étendue ; puis il la hache, Sc la retourne en la prenant avec une pelle ferrée ou une bêche , par parties fort
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- minces, & de la profondeur de neuf à dix pouces : on appelle ces tranches, une coque de terre apprêtée. La couche qu’on enleve de la grande fofie fournit ce qu’il faut de terre pour remplir le marcheux ou la petite fofle, dans laquelle TOuvrier marcheux la piétine & la paitrit une fécondé fois.
- Il la retire enfuite du marcheux ,* il la retourne, & la jette fur le plancher de l’attelier même, où il la piétine pour la troifiéme fois, & il en forme une couche de fix à fept pouces d’épaiffeur. On couvre l’argile d’une couche de fable d’une ligne d’épaiffeur ; le même Ouvrier la marche pour la quatrième fois, ne faifànt agir que le pied droit, qui enleve à chaque fois une couche mince de terre, ce qui la corroyé parfaitement bien.
- Ainlî, le Marcheux mene la terre par filions, tenant un bâton de chaque main, pour s’aider à retirer fon pied de la terre ; il répand une fécondé fois la même quantité de fable que la première fois, enfuite il la piétine à contre-fens des filions : cette terre, ainfi préparée, s’appelle voie de terre.
- L z Marcheux coupe la terre avec une faucille par grofles mottes, qu’on nomme vajons.
- Il tranfporte ces mottes à l’autre bout de l’attelier, où il les renverfe fens-defïus-defTous ; il les marche encore par filions, comme nous l’avons expliqué : c’efi: ce qu’on appelle mettre à deux voies. Un autre Ouvrier qu’on nomme Van-geur, coupe cette terre par petits vafons, & la porte fur une table fîir laquelle il a étendu deux ou trois poignées de labié avant de la pofer deffus. Il paitrit cette terre avec fes mains, comme on fait la pâte, en jettant de tems en tems un peu de fable : enfin, le Vangeur en forme de petits vafons, qu’il porte enfuite fur l’établi du maître Ouvrier. \
- REMARQUES*
- On ne jette qu’une petite quantité de fable fur la terre qu’on va piétiner, parce que l’intention n’eft pas de la maigrir, mais d’empêcher quelle ne s’attache trop aux pieds de l’Ouvrier ; c’eft auffi pour empêcher quelle ne s’attache à fes mains & à la table, qu’on en faupoudre le deffus.
- Si l’on ne trouve pas du fable fin à portée des Tuileries, on ramaffe de la pouffiere dans les chemins, ou bien on fait brûler des gazons. Pour cela on leve des gazons ; on en fait un’fourneau qu’on remplit de bois, le tout forme une efpece de dôme; on met le feu au bois, les gazons fe confirment, & quand ils font refroidis , on a une terre en poudre qui tient lieu de fable. Pour épargner cette dépenfe, on couvre le deffus des Fours à Briques avec des gazons ; ôc après qu’ils font confirmés ,
- on en ramaffe foigneufement la cendre pour rouler la glaife qu’on corroyé. Mais foit qu’on emploie de la pouffiere, ou de la cendre de gazons brûlés, ou du fable, il faut avoir foin de tenir ces différentes matières dans des endroits à couvert de la pluie.
- Nous rapporterons dans la fuite des expériences de M. Gallon, qui prouvent ; i°i qu’il eft bon de mettre quelqu’intervalle entre les différentes préparations qu’ôn donne à la terre ; i°. que la terre acquiert d’autant plus de denfité, qu’on la corroyé avec plus de foin.
- Au refte,la pratique des Briquetiers de Montereau, d’Etampes, & de la Forêt d’Orléans , eft la même que celle des Briquetiers du Havre.
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- U ART DU TUILIER.
- Difpojttion de la Table du Mouleur.
- La terre étant réduite, comme on l’a dit, en'confiftance de pâte , on tranfo porte plufieurs mottes ou vafons a a, (Flanche (*) Fig. 4») fur la table du Mouleur, qui efl établie fous la halle ou angar.
- Cette table, allez épaiffe , efl: folidement pofée fur quatre forts pieds, liés les uns avec les autres par des traverfos. A la gauche de l’Ouvrier efl une auge b , remplie de fable fin ou de pouffiere de terre morte, ramaffée le long des chemins : cette pouffiere doit être extrêmement fine ; elle fert à empêcher que la terre ne s’attache, ni à la table, ni aux moules. Vers le milieu de cette table, efl une fécondé petite augec, d’un pied quatre pouces de longueurfur quatre de largeur, 8c autant de profondeur : celle-ci efl remplie d’eau, pour mouiller le moule 8c la plane. Vis-à-vis l’Ouvrier, efl pendu un morceau de bois, que l’Ouvrier appelle cloquetier, auquel il accroche l’archet d, dont la corde efl de fil de fer, 8c qui fert à couper la terre.
- Entre la petite auge c 8c le bord de la table qui regarde l’Ouvrier, fe pofe le moule/'.* ce moule efl un chaffis qu’on voit plus en grand dans la Figure y. Il a, pour les tuiles de grand moule, onze pouces deux lignes de longueur, fix pouces neuf lignes de largeur, 8c fix lignes d’épaiffeur : une des traverfes de ce chaffis porte dans fon milieu une échancrure quarréef.
- Les dimenfions du moule varient fuivant les différentes Provinces, & aufiï fuivant la nature de la terre, parce qu’il y en a qui fe retire plus que 'd’autre. On fait des moules de différentes formes , pour les faîtieres ( Fig. 13. ) , pour les tuiles gironnées (FigK14.), pour les tuiles creufos & celles des noues (Fig, 15. ) ; enfin, des moules doubles pour les carreaux (Fig. 16.)
- La plane ( Fig. 6. ) ajdeux pouces de largeur; fa longueur excede un peu la largeur du moule ; elle efl un peu arrondie en-deffous ; elle fort à emporter la terre qui excede le moule : on peut la voir ( Flanche V.) fous différents points de vue.
- A chaque établi de Mouleur, il y a fix palettes e e ( Fig. 4. & Fig. 7. ) d’un pied de long, non compris la poignée, & de fept pouces & demi de largeur; leur épaiffeur efl de fix lignes ; ces palettes fervent à porter les tuiles(moulées for faire de la tuilerie : leur grandeur varie fuivant la grandeur des tuiles.
- Le banc (Fig. 8. ) fert à battre les tuiles , lorfqu’elles font à moitié foches, avec la batte ( Fig. 9.). Comme cette batte efl repréfontée en plan 8c de profil, on voit quelle efl p±atte en-deffous : elle a un pied de longueur, non compris le manche ; 8c fa largeur efl de deux pouces neuf lignes. La Figure 10. fait voir une efpece de rouabley qui fert à nettoyer & à égalifor le terrein, for
- (*) Les Figures de la Planche première , font prifes, pour la plûpart, fur les deffeins de M, Gallon : j’y «n ai ajouté quelques-unes qui ont rapport à mes Remarques,
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- ET DU BRIQUETTE R. 9
- lequel le porteur doit dépofer les tuiles ; il les place comme on les voit dans la Figure 11.
- Après avoir détaillé les outils du Mouleur, il faut parler de leur ufage.
- REMARQUES
- Sur les différentes formes quon donne aux Tuiles & aux Briques*
- Suivant les différentes Provinces , on fait les tuiles plates ou ereufes. Les tuiles plates ont la forme d’un quarré long ; elles font un tant foit peu courbes dans le fens de leur longueur, afin qu’étant mifes en place fur les bâtimens, le bout de chaque tuile joigne plus exactement fur la face fupérieure de celle qu’elle recouvre : elles ont au bout d’en-haut de leur furface de deffous un crochet pour les retenir à la latte. Autrefois , outre ce crochet, on faifoit deux trous aux deux côtés du crochet,pour attacher les tuiles avec des clous ; elles en étoient plus affermies contre le vent ; mais auffi dans le cas de réparations , ou de remaniement , on rom-poit beaucoup de tuiles en arrachant ces clous. Dans quelques Provinces , on ne fait point de crochet, mais des trous dans ief-quels on paffe des chevilles de bois qui tiennent lieu de crochet. Gomme ces chevilles font fujettes à pourrir , elles ne font prefque plus d’ulage. On fe fert maintenant prefque partout des crochets faits avec la terre même.
- La grandeur des tuiles varie, comme l’a dit M. G a l l o N, fuivant les différentes Provinces , ôc même fouvent fuivant les différentes Tuileries. A Paris, celles qu’on nomme de grand moule, ou grand échantillon, ont douze pouces de longueur, fur huit à neuf de largeur ; & celles de petit moule, ont dix pouces de longueur, fur fix à fept de large.
- Les tuiles ereufes ou à canal ( Fig. 17 ), ont à peu près la figure des faîtieres qui fervent à couvrir l’arrête ou le faîte des Bâtiments , excepté quelles font plus larges par le bout a que par le bout h ; ces tuiles dont on fait un grand ufage, principalement dans les Provinces Maritimes , font pofées fur des toits prefque plats, parce quelles n’y font retenues que par leur propre poids : il fuit cle-Ià que les charpentes exigent des bois moins longs ; mais auffi ils doivent être plus forts , non-feulement parce que ces tuiles font plus pefantes que les plates, mais encore parce que les bois ont d’autant plus de poids à fup-porter , qu’ils approchent plus d’une pofition horifontale. Il eft vrai que les toîts plats ayant moins de fuperficie, exigent, pour être couverts, une moindre furface de tuiles, que ceux qui font plus relevés ; Ôc ce qui augmente
- beaucoup cette œconomie; c’eft quon donne aux tuiles ereufes moins de pureau qu’aux plates : à celles-ci, il n’y a que le tiers de leur longueur qui foit apparent ; au lieu qu’aux tuiles ereufes il en paroît plus de la moitié.
- Les toîts plats préfentent moins d’oppo-fition au vent que ceux qui font relevés ; mais auffi, aux toîts plats, le vent prend les tuiles par deffous, au lieu que fur les toîts plus relevés, il appuie la tuile contre la latte ; ôc comme les tuiles ereufes ne réfiftent au vent que par leur propre poids, on a coutume de charger les rivets avec des pierres. Il s’amaffe beaucoup de neige fur les toîts plats, ôc dans les tuiles ereufes ; ôc quand cette neige fond,l’eau pénétré entre les intervalles. Enfin , ces tuiles ne font jamais une couverture auffi propre que les plates ; c’eft pourquoi on emploie celles-ci dans tous les Pays oîi les ouragants ne font point trop à craindre.
- On fait auffi des tuiles en S ( Fig. 18 ), qui fe recouvrent les unes les autres , comme on le voit à la coupe a b. Les meilleures de toutes les tuiles font celles ( Fig. 19 ) qui ont des rebords relevés ; mais comme elles ne peuvent pas fe joindre exaêlement, on recouvre les joints avec de petites tuiles ereufes a, pour empêcher que l’eau n’y paffe. Quand ces tuiles font affifes avec un bon mortier fur une charpente très-folide, ou fur une voûte en arc de cloître, on n'en voit pas la fin : nous en parlerons plus au long dans l’Art du Couvreur.
- Dans quelques Provinces on fait des tuiles recouvertes d’un vernis, comme la poterie ; ôc comme on en fait de différentes couleurs , les Couvreurs en forment des compartiments qui font affez agréables à la vûe.
- Pour couvrir les Colombiers ôc les Tours rondes, on eft obligé de faire des Tuiles g F ronnées, qui font plus étroites par un bout que par l’autre.
- Les Briques forment toutes un parallélipipe-de dont la longueur eft double de la largeur ; mais elles font de différente grandeur. Celles qu’on nomme à Paris chantignolles, & qui fervent pour les tuyaux de cheminée, ont huit pouces de longueur, quatre pouces de largeur, ôc douze, quinze ou dix-fept lignes depaiffeur ; celles qu’on emploie pour le
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- io L'ART DU
- corps des Bâtiments , ont ordinairement huit pouces de longueur, quatre pouces de largeur ^ & deux pouces d’épaifieur. On en fait d’autres pour les pleintes & les entablements qui portent des moulures. On en emploie telles que dans la Fig. 20 pour former le recouvrement d’un parapet de ter-rafle en dos de bahu ; j’en connoîs de pareilles qui fubfiftent en bon état depuis un fiécle.
- Les Anciens en faifoient quelquefois de fort grandes qui avoient depuis deux jufqu’à cinq palmes : ils en faifoient auiïi de la grandeur des nôtres; quelques-unes étoient en lozange} ôt fe pofoient comme dans la Fig.
- Travail d
- TU1L1 E R.
- 21 ; enfin, ils emplcfyoient quelquefois des briques non-cuites , qu’ils faifoient fim-plement fécher au foleil pendant plufieurs années.
- Un Commentateur de Vitruve voudroit qu’on donnât aux briques la forme d’un trian* gle équilatéral, dont chaque côté eût 12 pouces de long,& que leur épaifleur fût d’un pouce & demi. Il prétend que les briques de cette forme s’emploieroient plus commodément, quelles coûteroient moins, qu’elles feroient plus folides & d’une plus belle apparence, fur-tout aux angles baillants & rentrants': je n’ai point examiné la valeur de cette propofition.
- Mouleur.
- La terre étant préparée comme on I a dit ci-devant ? le Mouleur mouille le chaffis/( Planche I, Fig. 4. ) ; enfuite il le faupoudre, avec lapouffiere ou le fable fin qui eft dans l’auge b ; il répand de cette pouffiere fur la table à l’endroit où il veut pofer le moule ; enfuite avec l’archet d, il coupe de la terre d’un tas ou vafon a, qui eft à fes côtés fur la table ; il en remplit avec force, l’intérieur du moule/,- il coupe ce qui excede les bords du moule avec le même archet qui lui a fervi à couper la terre, en conduifant le fil de fer le long des bords fupérieurs du moule ; il recharge encore le moule, en entalfant la terre aux angles à force de poignet ; il recoupe une fécondé fois avec l’archet; & comme le fil d’archal déchire un peu les côtés, il remet avec les pouces de la terre aux endroits défeftueux : enfin , il palTe deffus la plane g ( Fig. 6. ) , qu’il a mouillée, afin de rendre la tuile bien lilTe. Le Porteur, qui eft un jeune homme robufte, préfente une palette (Fig. 7. ) vers une petite entaille , qui met le deflùs de la palette de niveau avec le deiïus de la table où l’on a empli le moule : le Mouleur coule le moule chargé de terre fur la palette ; & en enlevant le chalfis, la terre moulée relie fur la palette.
- Avant d’enlever les palettes, le Porteur forme le crochet, en relevant la partie de terre qui tient à la tuile, & qui a été moulée dans l’entaille/du chalfis (Fig. 50
- Le Porteur enleve toujours deux palettes à la fois ; & il arrange les tuiles fur l’aire de la Tuilerie , comme le repréfente la Figure ir , en faifant, par une petite fecoufle, couler la tuile de défias la palette.
- Toutes les tuiles moulées relient ainfi fur l’aire , jufqu’à ce qu’elles foient affez feches pour être enlevées fans fe rompre ; alors on les drefle fur le champ, & on en appuie deux l’une contre l’autre en forme de toit , ou autrement, comme il fera dit ailleurs : elles relient en cet état environ deux jours. Quand la terre dont elles font fabriquées eft forte, & que le hâle eft grand, on les arrange par tas, afin quelles puiffent fécher lentement & fans fe tendre : quand elles font fuffifamment feches, un Ouvrier fe place jambe de-çà, jambe de-la,
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- ET DU BR1QUET1E R. i*
- fur le banc (Fig, 8.), pour les comprimer en les frappant avec la batte (Fg.p.); il donne deux coups de cette batte fur chaque bout, c’eft-à-dire , fur le tranchant de la tuile; deux autres coups fur le tranchant des côtés ; deux autres fut le plat de chaque côté de la tuile ; Sc enfin, deux fous le crochet : ce qui fait en tout huit coups. A mefure que les tuiles font battues, on les met en haie fous des hangars ou halles (Fig, 12,) : les murs de ces halles font percés de quantité de trous, d’environ quatre pouces en quarré, pour que l’air les traverfe librement, fans que la pluie puifife y tomber.
- R E M A ]
- Quand il furvient une pluie un peu abondante , dans le tems que les tuiles encore molles viennent d’être mifes fur la place,tout eft perdu; il faut les mouler de nouveau : mais quand elles font defféchées,il fe fait feulement quelques trous à leur furface ; elles font alors vérolées , comme difent les Ouvriers ; ce qui en gâte le coup d’œil, mais n’en altéré point la qualité. Quand on leve les tuiles de deffus la place pour les tranf-porter fous le hangar, on arrange les poignées comme on le voit ( Fig. 2 ), afin que les crochets foient en dehors, Ôc que les faces portent l’une contre l’autre , Ôc quelles foient moins expofées à fe rompre : on les met de la même façon en tas fous le hangar pour quelles fe deffechent plus lentement ; enfuite on les bat, puis on les met en haie.
- Pour former les haies ( Fig. 22 ), on pofe les tuiles de champ par poignées de quatre ;
- ( Fig. 3. ) les crochets empêchent que les tuiles ne fe touchent ; on obferve encore d’écarter chaque moitié de poignée, en mettant en-tr’elles un petit morceau de tuile pour que l’humidité s’en diftipe plus facilement. Quand on a formé le lit a a, on pofe par-deffus deux cours de baguettes, un fur le devant Ôc l’autre furie derrière; puis on forme un fe-
- Four à cuire les Tuiles & les Briques
- du Havre. P a
- Q U E S.
- cond lit b b, puis un troifieme cc, ôte. ce qui forme des lozanges. Ën établiflant ces diffé rents lits, on ôte les petits morceaux de tuile \ il eft important que les tuiles en haie fechent lentement, fur-tout quand elles font de terre forte ; c’eft pour cela que quand il fait trop de haie , on bouche avec de la paille les petites ouvertures du hangar ôt même les portes.
- Nous ne devons pas négliger de faire ob-ferver que les tuiles ôt les briques en font meilleures, quand la terre dont on emplit les moules eft un peu ferme. Les Ouvriers font dans l’habitude de l’employer très-molle pour ménager leurs bras ; mais c’eft aux dépens de la bonté de l’ouvrage : Ôt fi les ouvrages des Portiers font plus durs que ceux des Bri-quetiers, c’eft en partie parce qu’ils emploient leur terre plus ferme. Comme la brique con-fomme beaucoup plus de terre que la tuile, on emploie des moyens plus expéditifs pour la préparer. Ces moyens feront amplement détaillés dans la fuite par MM. F o u R-croy Ôt Gallon, lorfqu’iîs expliqueront la maniéré de cuire la Brique avec le charbon de terre : je renvoie pour la préparation des terres à brique à ce qu’ils en diront : je vais maintenait décrire les fours à cuire la tuile ôt la briqire avec le charbon de bois.
- avec le bois tel quil ejl aux environs
- M. Gallon.
- Ce four confifte en un bâtiment IF, GH, IK (PL IL Fig. 1. ) ; il eft fait de deux murs parallèles LM, éloignés l’un de l’autre de quatre pieds : il faut que le mur intérieur NOPQ , foit de briques cuites. L’entre-deux de ces deux murs eft rempli de pierres ou de mauvaifes briques maçonnées avec de la terre grafle, pour que le tout ne fafte qu’un feul corps capable de réfifter à l’aélion du feu. L’intérieur du fourneau, ou l’elpace renfermé par le mur NOPQ, peut contenir cent milliers de briques. (*)
- (*) Pour les petits fours à cuire trente à quarante milliers de briques, comme font ceux du bord de la forêt d’Orléans, on ne conftruit que le mur NOPQ, & on accumule de la terre par-dehors, jufqu’aux deux tiers de fa hauteur.
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- 1* r A RT DU TUILIER.
- Cet efpace intérieur NO P Q, eft partagé dans le fond par douze files d'arca-des faites de briques, Sc folidement maçonnées avec du ciment : on ne peut appercevoir les ceintres de ces arcades dans la Figure première : on ne voit que rarrafement du-defliis RRR , Scc. au profil (Fig. 3.) qui eft la coupe de la Figure première par la ligne AB, on voit k coupe des arcades par fa clef RRR , Scc. mais on voit les arcades SSS au profil (Fig. 2.) pris fur la ligne CD du plan (Fig. r.). Entre chaque file d’arches SSS (Fig..2.) il y a des maflifs ou banquettes de maçonnerie TT (Fig. 1 & 2.), qui s’étendent depuis le devant du four jufqu’au fond : ces maflifs fe nomment des fommiers ; ainfi, pour comprendre la conftruélion de ces fours, il faut imaginer qu'on bâtit depuis le devant du four jufqu’au fond les fommiers TT (Fig. 1 & 2.) ; qu'on bande les arcades RRR (Fig. 2.), qui n’ont d’épaifleur que la largeur d’une brique ; Sc que ces arcades laiflent entr’elles des efpaces égaux de la longueur d’une brique , comme on le voit en 1 * 2 Sc 3, Scc. (Fig* 3. ) ; enfuite, en arra-fant, avec de la brique, le deflïis de ces arcades Sc des fommiers, on a les banquettes RRR (Fig. 1.), fur lefquelles on arrange la brique ou la tuile, comme nous le dirons dans la fuite. Il eft bon de remarquer, que la forme pyramidale des fommiers TT (Fig. 2.) eft avantageufe , pour que la flamme puilfe traverfer entre les cloifons des arcades P Sc que la chaleur fe répande dans toute l’étendue du four.
- Comme les files d'arcades n’ont que quatre pouces d’épaifleur, Sc comme onlaiflè fix pouces de vuide entre chaque file d’arcade, on les areboute, c’eft-à-dire, on les lie les unes aux autres, avec des traverfes ou languettes, dont quelques-unes font repréfentées 1,2 ér 3 (Fig. r.). Ces traverfes font faites avec des briques pofées de champ, comme on le voit auprès de 1,2,3 & 4. (Fig. 3. ) : on en voit la coupe 1,2 3 (Fig. 2.). Les files d'arcades SSS(Fig. 2.), répon-
- dent toutes à trois bouches voûtées, marquées SSS fur le plan (Fig. r.)
- Au profil ( Fig. 2.), on voit de face les trois files d’arcades cottées SSS, qui font précédées chacune par une bouche; &au profil (Fig. 3.), on voit la corref pondance de ces voûtes 5, avec les arcades RR.R, Scc.
- EF1K (Fig. 1.), repréfentent les fondements d’un hangar, qui renferme les trois bouches SSS, Sc où fe fait la manœuvre pour la cuiflon ; car on régie le degré de chaleur, en ouvrant ou en fermant une ou plufieurs des portes TTT ou bouches SSS (Fig. 1.).
- Les deux portes VXqai font au corps du four, fervent à le charger ; fça-voir, la porte V, qui eft du côté du midi , à enfourner les tuiles ou les briques ; Sc la porte X, qui eft au nord, à les retirer du four quand elles font cuites ; de cette façon, les briques à cuire qu’on doit enfourner font du côté de V: Sc les briques cuites qu’on a défournées, font du côté de X.
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- ET DU BR1QUËTIÈR.
- Quand l'enfournage eft achevé , 8c que le fourneau eft plein , avant dé mettre le feu, on ferme les deux portes VX, avec un mur de briqués boutijfés > gu on crépit , & qu'on recouvre d'une couche de terre grade > d’un pouce d'épaifleur;
- REMARQUES;
- A nos petits fours, il n’y a qu’une grande gueule ( Planche 111, Fig. i ) voûtée en ogive ; on la nomme la bombarde ; un forri-mier T, ôc deux rangées d’arcades ou arches S : quelques-uns ont deux fommiers, & trois rangs d’arcades ; mais en ce cas les fommiers ôc les arcades font plus étroits, ce qui n’eft pas fi bien , parce que l’on n’a pas la facilité de jetter le bois fous les arches.
- Au lieu du hangar E, F37, K, ( PI. IL Fig. i.), la bombarde eft précédée d’une grande arcade X , qu’on nomme la Chaufferie , au milieu de laquelle eft une ouverture Y par où la fumée s’échappe. Il n’y a point ail corps du four les contre-forts que l’on voit PL I. Fig. I. ôc qui font entre les bouches SSS; mais ces deux bouches font précédées parla grande arcade Z'7’, PL III. Fig. î. qui les embrafle ; ôc pendant qu’on met le feu au four, unCuifeur fe couche fous la voûte X, qu’on nomme la Chaufferie, pour être à portée de veiller pendant la nuit à la cuite des briques* Ordinairement il n’y a à ces fours qu’une ouverture G {Fig.6. SC 7.) au-defifus de Vpour enfourner ôc défourner : les uns la fertnent avec un mur de brique Ôc de terre , avant de mettre le feu, comme l’a dit M. Gallon ; d’autres établirent dans l’épaifleur du mur du four deux pârpins de brique, ôc ils rempliffent l’entre-deux avec du fable.
- Pour les petits fours à cuire 3 o à 46 milliers , partie tuiles, partie briques ou carreaux , comme font les fours du rein de la forêt d’Orléans, on n’y fait que le mur N OP Ç>> ( Fig. 1. ) qu’on fortifie quelquefois par quelques contre - forts CQP D ( Fig. 7 ) ; ôc on enfonce ces fours en terre > ou bien on y accumule de la terre par le dehors jufqu’aux deux tiers de la hauteur du four , ôc on en fortifie le haut par une ceinture de fortes moifes de bois qu’on place en EF{ Fig. (T.) : les fours enterrés font toujours humides, Ôc cela retarde la cuiflbn , furtout quand, par les tems de pluie , il entre de l’eau par les gueules*
- On m’a aftiiré qu’il y a de petits foürs qui, au lieu des arches, font voûtés par en bas fuivant leur longueur, ce qui forme deux ou trois petites allées de toute la longueur du four. Nous en donnerons la conftruêlion dans un inftant.
- Les arches de la plupart des fours que j’ai vûs à Montereau ôc aux environs d’E-
- tampes, font feulement liées les unes avec les autres, par des briques placées de distance en diftance, comme on le peut voit dans la Fig. 2 du côté B S 3 en carrelant le gril, on ménage beaucoup de lumière* Comme à la Fig. p.
- Quand on fait des fours pour quelqu’ouvragè particulier,ôc qui ne doivent pas fubfifter long-tems,au lieu d’arches maçonnées on conftruit des voûtes avec des briques féches ; ôc comme on a l’attention que les briques ne fe joignent pas exactement, la chaleur paffe par l’entre-deux de toutes les briques, ôc fe diftribue dans la totalité du Four* Mais leâ fours, ainfi dif-. pofés, font fujets à de fréquentes réparations.'
- On reproche aux arches dont M. Gal« lon donne la defcription, ôc qui font duri ufage très-ordinaire, d’être fujettes à de fréquentes réparations ; car il eft bien difficile qu’une bâtifle auffi mince réfifte à un feu qui eft néceflairement très-violent.
- Il y a , fur-tout en Provence ôc en Languedoc , des fours où l’on fait en même-tems de la chaux avec de la tuile ou de la brique. Ces fours font conftruits éomme ceux dont nous venons de parler , excepté qu’on éleve tout autour une banquette de brique de trois pieds de hauteur ; ôc les voûtes intérieures , au lieu d’être de briques, font faites avec les pierres mêmes dont on Veut faire la chaux : fur les voûtes de pierre à chaux * on arrange quelques champs de briques $ ôc fur ceux-là d’autres champs de tuilës.
- La chaleur fe diftribue bien dans ces fortes de fours ; mais comme les pierres en fe cuifanten chaux diminuent beaucoup de volume , Ôc comme les voûtes fe trouvent chargées du poids de la brique ôc de la tuile, elles s’affaiflent ; l’ôuvrage fe brife ôc fe déforme ; ce qui occafionne prefque toujours üii déchet très-confidérable.
- Dans prefque tous no§ petits fours, on lie les arcades qu’on voit au-defîous de A ( Planche II1. Fig. 2. ) par dès briques de champ qu’on apperçoit au-defifoqs de B ; en-fuite on carrele le gril du foür avec des briques pofées de plat,ou avec de forts carreaux, ayant l’attention de ménager des jours entre lesarcades:cesjours fe nomment des lumières; on les peut Voir ( Planche 111. Fig.j ) . Urt four , pour cuire 30 milliers de tuiles dii grand moule,a 18 pieds en quarré dans oeu^ vre ; il y a 70 lumières au gril.
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- i4 L' A RT DU
- On conftruit déplus petits fours qui nont • <que 13 & même 12 pieds en quarré.
- Voici quelques avis dont on pourra profiter pour rendre les fours plus folides ôc plus propres à conferver la chaleur du feu. Nous l’avons déjà dit, les fours qu’on enfonce en terre font fouvent refroidis par l’eau des pluies qui traverfe la chaufferie ôc la bombarde, ôc pénétré jufque fous les arches. Pour éviter cet inconvénient, s’il fe trouve à portée de la Tuilerie une butte de terre, on fera bien d’en profiter: en l’excavant fuffifamment pour y placer un four dont l’intérieur fera revêtu de murs en brique ôc en terre, de trois bons pieds d’épaiffeur ; le bas de ce four doit être un peu plus élevé que le terrein de la bafe de la butte, afin que l’eau des pluies s’écoulant facilement hors du four, il puifle être toujours très-fec.
- Comme le four fera établi en terre il fera folide, ôc il confervera très-bien fa chaleur : la tranchée qu’on aura faite aux terres qui font au-devant de la bouche du four, fera revêtue de maçonnerie ôc voûtée pour y faire la chaufferie X ôc la bombarde V\ de forte que le deffus de cette voûte V ( Fig. 7 ), formera un pont très-commode pour charger ôc décharger le four : on aura fous cette voûte un efpace de 10 à 12 pieds de largeur & de 8 à p de hauteur, où les Chauffeurs fe pourront placer. Il y a des fours où la chaufferie manque ; mais il eff très-incommode de n’avoir que la bombarde F.
- A la plûpart de nos fours à tuile il n’y a qu’une feule porte G ( Fig. SCj ),qui fert à enfourner ôc à défourner. Au four que M. Gallon a décrit, il y en a deux qui font bien plus commodes.
- , Quand les fours font découverts, on commence à enfourner par les ouvertures triangulaires IK ( Fig. (F ), enfuite on enfourne par la porte G; ôc quand le four eft prefque rempli, on achevé de le charger par le haut E F : mais quand le deffus des fours efl voûté ( Fl. VL Fig.%. ) on ménage tout au haut une fenêtre E, pour achever de les remplir.
- A l’égard des arches ou voûtes du fond du four, qui doivent porter l’ouvrage, on pourra les faire de 3 pieds de largeur , voûtées fur des ceintres avec d’excellentes briques de fix pouces de longueur, trois pouces de largeur ôc un pouce d’épaiffeur ; quand les contre-murs ôc les fommiers feront élevés juf-qu’à la naiffance des voûtes, on formera les Gilles avec des briques pofées de champ, Ôc éloignées de trois pouces les unes des autres ; fur ces briques on en pofera d’autres à plat, qui appuyeront par leurs bouts fur le milieu de
- TUILIER.
- celles qu’on aura pofées au premier rang ; en répétant cette conftru&ion , les voûtes fe trouveront percées d’un nombre de petites cheminées, évents ou lumières , par lef-quelies la chaleur fe répandra dans l’intérieur du four $ ôc il y aura beaucoup de liaifon dans ces voûtes, qui feront par cette raifon plus folides que les arches ifolées qu’on fait dans les fours des environs du Havre, fuivant la defcription de M, Gallon. Pour fe former une idée des fours où l’on cuit la tuile ôc le carreau aux environs d’Etampes, fur le rein de la forêt d’Orléans, Ôc fur les bords de la Seine, il faut fe repréfenter que le corps du four eft compofé de deux rangs d’arches SS, femblables à celles dont M. Gallon a parlé, ôc d’un fommier T placé au milieu : le corps de ces fours a autant de hauteur H F, depuis le gril jufqu’en haut, qu’il a de largeur dans œuvre.
- Quelques-uns de ces fours font couverts au-deffus par une voûte de brique, ( Planche VI. Fig. 4. ) , à laquelle il y a de diftance en diftance des trous ou évents, pour laiffer échapper la fumée. A un four qui a 18 pieds dans œuvre , on ménage 23 de ces ouvertures , ôc quelquefois chacune eft terminée par un tuyau qui s’élève d’un pied au-deffus de la voûte : en ouvrant quelques-uns de ces trous, & en en fermant d’autres , on peut diriger l’aêlion du feu dans les différentes parties du four : on ferme ordinairement, en premier lieu, les évents du milieu, pour déterminer la chaleur à fe porter vers les côtés. 9
- Plufieurs fours qui ne font point couverts d’une voûte , comme dans la Planche IÏI. Fig. <f SC 7- y font terminés par deux pointes de pignon qui fupportent un toit de vo-liche,qu’on laiffe fubfifter jufqu’à ce qu’on ait mis le feu au four : ce toît empêche la pluie de tomber fur l’ouvrage pendant qu’on charge le four ; Ôc quand le four a été rempli, on couvre l’ouvrage avec de mauvaifes tuiles qu’on arrange à plat, Ôc fur lefquelles on répand du ciment groffiérement pilé, ou du gravier, à l’épaiffeur d’un pied ; ou bien on y met des gazons, qui en fe eonfumant four-niffent une efpece de cendre qui fert, comme nous l’avons déjà dit, pour mouler, quand le fable fin manque. Lorfque la cuiffon eft complette, Ôc qu’on ferme les gueules du four, on ferme aufti les évents des fours voûtés ; on couvre ceux qui n’ont point de voûte avec de la terre franche qu’on bat, ôc qui en ce cas tient lieu de voûte, ôc empêche que la chaleur ne fe difïïpe.
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- ET DU BR1QUETIE R. ^
- Comment on arrange les Briques & les Tuiles dans le fourneau.
- Par M. Gallon.
- L e premier rang s’arrange comme Ton voit la brique Y ( Planche IL Figure i. ) , & au-deffous de W* ( Figure 3. ), elles croifent les banquettes formées par les arcades R ; de forte qu elles dépaffent l’épaiffeur de ces arcades ou arches d’un demi-pouce de chaque côté, parce que les briques ont huit pouces de longueur, 8c que répaifleur du plein des arches n’eft que de fept pouces.
- Le fécond rang au-defîbus de Z, ( Fig. 1. ) 8c W ( Fig. 3. ), qui répond au vuide qui eft entre les arches , eft pofé fur l’extrémité des briques dont nous venons de parler , qui forment une efpece d’encorbellement ; les briques Z ont un pouce 8c demi de portée par chaque extrémité, ce qui leur fait prendre la forme de petites voûtes, qui coupent perpendiculairement celles des arches.
- Cette pofition s’obferve dans toute l’étendue du four, de maniéré qu’il refie entre chacune de ces petites voûtes formées de trois briques, affez d’efpace pour que la chaleur puiffe pénétrer dans l’intérieur du four.
- Les briques du troifieme rang W(Fig. 1 & 3.), couvrent celles du fécond : les briques ainfi rangées dans toute l’étendue du four, fe nomment m champ de briques.Les briques du quatrième rang croifent celles du troifieme, 8c toujours de même jufqu’à ce que le four foit chargé ; excepté que quand on a difpofé dix champs de briques, on forme enfuite ce qu’on appelle un lacet,- c’eft-à*dire, qu’on arrange des briques de champ en retraite entre parallèles, de forte qu’elles laiifent entr’elles des jours d’environ trois pouces. On prendra une idée de l’arrangement de ces briques, en jettant les yeux fur les carreaux de la Planche L Fig. 23. & Planche III. Fig. 9 & 10. Dans tout le refie de la fournée, il n’y a que deux ou trois lignes de vuide entre les briques.
- Cinquante champs de briques font une fournée complette ; la mafle de briques excede les murs du four de douze champs, comme on le voit dans les profils de la Planche 11. Fig. 2 & 3. On obferve néanmoins de revêtir le pourtour de cette partie excédente, avec des briques cuitespofées en pannerejfe; ainfi, ce revêtement a quatre pouces d’épaiffeur, non compris un crépi de terre graffe dont on le recouvre.
- Le deffus du tas de briques eft couvert avec des tuiles pofées de plat, 8c qui fe recouvrent par le bout d’environ un pouce : outre cela, quand le feu fe porte trop vivement d’un côté, on a foin d’y répandre de la terre.
- Le fourneau (Fig. 1,2^3.) qu’on vient de décrire, fert à cuire la tuile ainfi que la brique : mais ordinairement ceux que l’on deftine uniquement à cuire de la tuile font plus petits, 8c n’ont que deux bouches.
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- t6 L'ART DU TUILIER
- L’enfournage pour la tuile , commence par fept lits de briques qu’on pofe de champ , précifément comme fi toute la fournée devôit être entièrement de briques : ces briques font crues & féchées au point qui leur convient pour être expofées au feu. Sur le dernier champ de briques, qui doit tenir toute l’étendue du fourneau, on pofe les tuiles de champ fur leur grand côté ; le fécond rang croife lé premier : 8c ainfi de même, jufqa’à ce que la fournée foit com-plette , excepté néanmoins que le cinquième champ ou tas eft coupé par un rang de carreaux ou de briques (Planche L Fig. 23 ). La même chofe fe répété de cinq en cinq tas : le relie s’exécute précifément comme pour la brique»
- REMARQUES.
- C’est vers le centre dufourneàu qu’on place les faïtieres ôc les tuiles creufes pour les ilouës \ le moule des faïtieres eft un chaffis, ( Planche I Fig. 13.) qui a ordinairement un pied deux pouces de largeur,un pied un pouce lix lignes de long. Quand les faïtieres moulées à plat ont été fuffifamment féchées fur faire, on les applique fur une faîtiere cuite a ( Fig. 24 ), fur laquelle on met une gouttière de bois£ faite en dos d’âne pour leur faire prendre la courbure quelles doivent avoir : la faîtiere C qu’on travaille , fe pofe fur la goutiere de bois, ôc on l’applique fur la faîtiere cuite ; on la plie Ôc on la liffe avec une palette mouillée. Quand ces faïtieres ont pris confiftance , on les place fous le hangar fur un de leurs bouts. Pour en faire la cuif* fon,onles met fur le devant du four, derrière les briques qui ferment les triangles 1K (Planche III Fig. <f) qu’on place en ces endroits pour recevoir la première adion du feu. Comme les ouvrages des Potiers de terre font communément plus folides, ôc faits avec plus de foin que ceux des Briquetiers, on donne la préférence aux faïtieres ôc aux carreaux qui ont été faits par les Potiers.
- Il y a des Briquetiers qui, en arrageant leur ouvrage, ont l’attention de laiffer un peu plus de diftance entre les pièces placées au pourtour du four qu’au milieu, afin que le feu fe porte plus vivement en ces endroits où l’ouvrage eft ordinairement moins cuit qu’au centre du fourneau.
- Les crochets des tuiles, font qu’il y a toujours fuffifamment de jour entre les tuiles, pour que la chaleur y puiffe pénétrer , comme on le voit ( Planche I. Fig. 3 SC Planche III. Fig. 8. )
- Il faut, pour les tuiles comme pour les
- briques, que les différents champs fe croï-fent ; l’ouvrage s’en arrange mieux , ôc les vuides pour le paffage de la chaleur font mieux diftribués. Comme les Ouvriers font obligés de marcher fur l’ouvrage crud pour former les champs , foit de briques , foit de tuiles, leurs pieds en emportent toujours quelques fragments qui eh fe réduifant en pouf* fiere, peuvent tomber entre les pièces de l’ouvrage, ôc fermer les paffages au feu. Pour prévenir cet inconvénient, les Tuiliers qui font attentifs à leur travail , étendent une groffe toile fur la couche qu’ils ont formée ; ôc fur cette toile , ils mettent quelques voliches , fur lefquelles ils peuvent marcher ; ils retirent peu-à-peu cette toile ôc leS planches, à mefure qu’ils forment un nouveau champ ; moyennant ce foin , ils empêchent le fable ôc les fragments de terre dé tomber entre l’ouvrage qui a été arrangé.
- On ne cuit jamais de tuiles ni de carreaux , qu’on n’ait mis fur la grille du four ôc au-devant des bouches vis-à-vis les ouvertures IK ( Planche III. Fig. 6. ), quelques rangs de briques pour recevoir la grande action du feu ; car c’eft une régie générale, que quand on cuit dans un four différentes fortes d’ouvrages, il faut toujours mettre les pièces foibles au-deffus de celles qui font plus fortes > ou qui font d’un plus gros volume.
- On voit ( Planche III. Fig. $. ) comment dans nos fours à tuile on arrange le pre* mier champ de briques fur le gril ( Fig. 3 * ) ôc la difpofition de ces briques eft reprefen-tée plus en grand (Fig. 9. ) aux autres champs de briques, elles font arrangées tout près les unes des autres : c’eft par-deffus ces champs de briques, qu’on arrange les tuiles comme on le voit ( Fig. 4 ).
- De la façon de conduire le feu• Par M. Gallon.
- On commence par mettre fous l’arcade de chaque bouche, un petit feu
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- compofé chacun de trois groffes bûches, & on y ajoute.une quatrième bûche* au bout de vingt-quatre heures. C’eft ce que les Tuiliers appellent enfumer, & les Potiers tremper; parce qu’effeélivement les tuiles qui paroifloient feches deviennent fort humides. Il eft toujours prudent de continuer long-tems le petit feu;au bout de trente-fix ou quarante heures, Sc même beaucoup plus long-tems fi les terres font fortes, pour éviter que la tuile ne fe fende & ne fo déforme, on augmente peu-à-peu le petit feu : & enfoite on met le grand feu. Pour cet effet, on range un tas de bûches tout-à-fait au fond des bouches ; on tire en avant la braife, & on met de nouveau bois par-tout, ce qui fait un grand feu qu’on continue pendant vingt-quatre heures : dans cet efpace de tems, on confomme jufqu’à dix-huit cordes de bois.
- Quand on apperçoit que les gueules font blanches, ou, comme difent les Ouvriers , qu'elles font de la couleur de la flamme d'une chandelle, alors on rallentit le feu pour empêcher que la brique ou la tuile ne fe fonde : quelque-tems après, on ranime le feu jufqu’à ce que la couleur blanche foit rétablie.
- Si on apperçoit qu’il dégoûte de la terre fondue entre les arches , on les débouche en pouffant le bois vers le fond, Sc on ferme les portes du côté du vent qui anime le feu.
- On couvre aufli de terre le deflùs du fourneau, du côté où le feu fe montré1 trop violent : Sc l’on fait des ouvertures aux côtés où l’aétion du feu paroît trop lente.
- On finit par fermer toutes les bouches & toutes les ouvertures qui fe font faites, tant aux côtés qu’au-defliis du fourneau ; l'ouvrage continue à fe cuire, fans qu'on ajoute de nouveau bois ; on laiffe enfuite le fourneau fe refroidir, avant d’en retirer l'ouvrage.
- Etat de la paie quon donne aux Ouvriers. Par M. Gallon.
- Aux environs du Havre, le maître Briquetier fournit tous les outils ; il paie pour le tirage de la terre, la façon des briques, la mife en haie, 2 livres 10 fols du millier; une livre pour l’enfournage ; une livre pour le tranfport dans la ville ; une livre pour l’achat des terres.
- Les roches, bifouits Sc autres déchets, font fur le compte du Briquetier ; total, y livres 10 fols pour un millier, Sc yyo livres pour la fournée de cent milliers ; ajoutons dix-huit cordes de bois à 20 livres la corde ,360 livres ; ce qui donne au total 910 livres ; ce qui fait 9 livres 2 fols par millier. Le Maître Briquetier les vend à l'Entrepreneur 11 livres 10 fols, Sc l'Entrepreneur les compte au Roi 12 livres.
- A l'égard de la tuile, le Marcheüx gagne 4 livres pour remplir la fofle ; 4 livres pour apporter l'eau qui fert à détremper la terre dans la fofle : 12 fols Art du Tuilier et du Briquetier* E
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- par millier pour corroyer la terre. Le Maître Ouvrier ou Mouleur, gagne livres y fols par millier ; fur quoi, il eft tenu de payer l’Arrangeur & le petit Porteur : un bon Ouvrier moule douze à quinze cents tuiles par jour.
- REMARQUES.
- La première fois qu on met le feu fous une fournée, on a beaucoup de peine à l’allumer ; l’humidité qui tranfpire de toutes parts empêche le feu de s’animer. Il eft important de ne donner le grand feu que quand la chaleur a‘ pénétré jufqu’à l’intérieur des ouvrages. C’eft pourquoi nos Briquetiers conduifent leur feu avec encore plus de ménagement que ne le dit M. Gallon.
- D’abord, & pendant une couple de jours, ils font un petit feu de gros bois vis-à-vis les Ibmmiers T, {PlancheIII) Fig. I SC (T; en-fuite ils féparent le feu en deux, & ils mettent chaque moitié vis-à-vis les arches S, & l’entretiennent avec de gros bois.
- On y met une couple de petites bourrées avec quelques bûches bien féches. Quand la braife de ce bois eft en partie confumée, on y ajoute quelques autres bourrées ôt quelques bûches. On entretient ce feu modéré pendant trente-fîx heures, en fournif-fant toujours un peu de bois : on examine enfuite le deffus du four pour eonnoître li la fumée fort également dans toute fon étendue , ou par tous les foupiraux, fi on en a pratiqué ; le quatrième jour on augmente un peu le nombre des bourrées qu’on fait entrer fous les arches ; & on continue à en augmenter peu à peu le nombre jufqu’au feptieme ou huitième jour : alors, au lieu de ces bourrées , on emploie de bons fagots dont on augmente le nombre pendant deux jours pour établir le grand feu : fi on n apperçoit plus fortir par le haut du four une fumée très-noire & épaiffe ,,mais feulement celle du bois, on juge que l’humidité des terres s’eft difïi-pée, & que l’ouvrage eft en cuiffon ; alors on augmente le feu de fagots pendant environ deux jours.
- Il y a des Briquetiers qui mettent le petit feu au fond des arches, & qui l’attirent peu à peu vers le devant : ils font durer ce petit feu quinze à feize jours,en l’augmentant toujours peu à peu, de forte qu’ils confomment cinq a fix cordes de bois avant de mettre le grand feu. Alors ils ferment avec des briques ôc de la terre la moitié de la hauteur de la porte, qui communique de la chaufferie à la bombarde que Fon voit en Y {Planche III Fig. i). Le grand feu fe fait avec des fagots allumés dans la bombarde ou fournaife ; on les porte fous les arches avec des fourches de fer, ( Fig. i ), qui ont douze à quatorze pieds delongueur:ce grand feu dure quatre ou cinq
- jours Ôc autant de nuits, ôc confomme quatre à cinq milliers de fagots.
- Si le feu paroiffoit s’animer plus d’un côté que d’un autre, on l’augmenteroit dans les arches du côté où il eft moins vif, ôc on couvri-roit de terre au-deffus du four,les endroits par où la chaleur s’échaperoit en plus grande quantité ; car la vivacité du feu fe porte toujours vers l’endroit où lé courant de la chaleur s’eft établi.
- Quand on ne voit plus fortir par le haut du fourneau qu’une fumée claire, on augmente vivement le feu ; ôc au bout de deux ou trois jours, quand on voit le feu s’élever fort haut au - defliis du four, on maçonne entièrement la porte qui communique de la chaufferie à la bombarde : on ferme aufli les foupiraux ou lumières du defîus, fi cette partie eft voûtée ; ou bien , fille four eft découvert , on couvre l’ouvrage d’un pied d’épaif-feur de terre ôc de gazons. La chaleur étant ainfi retenue dans les fours bien bouchés, la terre continue à fe cuire. Il eft important de laiffer refroidir l’ouvrage peu à peu : un refroidiffement trop précipité feroit rompre les tuiles ; c’eft pour cela qu’il ne faut ouvrir Ôc vuider le four que quand l’ouvrage a prefque entièrement perdu fa chaleur ; ce qui n arrive dans les grands fours qu’au bout de cinq à fix femaines.
- Il eft très important que toute l’humidité de la terre foit diflipée, Ôt que la chaleur ait pénétré jufqu’au centre des briques, avant de donner le grand feu; car j’ai vu des briques qui étoient vitrifiées à la fuperficie, ôt dont J a terre n avoit pas encore perdu intérieurement fa couleur naturelle : ces fortes de briques ne valent abfolument rien.
- Pour faire une bonne cuiffon, il ne faut pas que le feu foit jamais interrompu, ôc il doit toujours agumenter d’adivité, depuis le commencement de la cuiffon jufqu’à la fin.
- Une tuile qui n eft pas affez cuite s’attendrit lorfqu’on la met tremper dans l’eau: celles qui font trop pouffées au feu fe fondent; elles fe vitrifient , elles fe déforment, ou fe collent les unes aux autres;ce qui fait ce qu’on appelle des roches : l’ouvrage alors eft perdu. Le moyen de prévenir ces inconvénients,eft de bien conduire le feu,Ôc de ne pas fe propofer de précipiter la cuiffon en faifant d’abord un feu extrêmement vif. Le point de cuiffon le plus convenable eft une demi-vitrification : la nature des terres influe beaucoup fur ce point.
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- Quelqu attention que l’on ait à bien conduire la cuiffon , il arrive fouvent que l’ouvrage eft fondu & déformé en certains endroits du fourneau^ pendant qu’il n’eft pas allez cuit en d’autres. Mais ces accidents arrivent moins fréquemment aux bons Cuifeurs qu’aux autres.
- Quand, dans une partie du fourneau les tuiles ou briques ne paroilfent pas alfez cuites , on en met tremper quelques-unes dans l’eau. Alors fi elles s’y attendriffent, on les mçt à part pour les remettre une fécondé fois
- au four : ordinairement ceis tuiles ainfi recuis tes font excellentes.
- La bonne tuile doit être dure, fonore 6c comme glacée à la fuperfïcie, point poreufe > d’une couleur uniforme ; enfin elle ne doit point s’attendrir dans l’eau.
- Les tuiles qui ont une petite courbure dans le fens de leur longueur font très-commodes pour couvrir en plein toit ; mais il eft très-difficile d’en former les égouts : les tuiles entièrement plates font préférées pour cet ufage*:
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- L' ART DU TUILIER
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- SECONDE PARTIE»
- ART DE FABRIQUER LA BRIQUE,
- & de la faire cuire au Charbon de Terre.
- Par M. Fourcroy;
- Avec des notes tire'es la plupart des Mémoires de M. Gallon.
- I'Les obfervations dont je vais rendre compte, ont eu pour objet la connoif fànce de la terre avec laquelle on fait la brique rouge en Artois 8c en Flandres , le long de la Lys, de F Efcaut & de la riviere d'Aa ; les préparations que Ton donne à cette terre ; & la façon de faire cuire la brique, avec la houille ou charbon de terre , lorfque la terre a reçu toutes les façons qui lui font néceffaires.
- 2. Les différents procédés que l'on emploie dans cette groffiere Manufacture* feroient une ample matière à faire des effais, II Ton entreprenoit de conftater leur plus ou leur moins d'utilité. On fçait combien le préjugé & l'ufa-ge dominent fur tous les Arts méchaniques : & c'eft ici comme dans tous les autres. Mais pour détruire les préventions , 8c reftreindre la pratique des Ouvriers au feul néceflàire ou au meilleur, il faudroit un travail conlidérable quil n’eft pas toujours permis d'entreprendre aux gens qui en auroient la meilleure volonté. Je ne préfenterai donc dans ce Mémoire, que peu de réflexions fur ce qui appartient à la théorie de l'Art du Briquetier, ayant été obligé de borner mon travail au tems que mes devoirs m'ont permis de donner à cette recherche.
- Du choix de la terre à Briques.
- 3. La terre à briques en général eft de l'argile. J'entends par P argile une terre vitrefcible, qui tient un milieu entre la glaife 8c le fable, c'eft-à-dire, comme je Fai reconnu, une terre compofée de l'une 8c de l'autre.
- 4. Lorfque l'argile approche plus de la qualité du fable que de celle de la glaife, elle n'eft point douce au toucher, point favoneufe, ni quand elle eft humide, ni quand elle eft feche : c'eft ce que je rends parle terme de maigre. Alors, fi on la paitrit avec de l'eau, elle a peu de duétilité, fe gerce 8c caffe aifément, fe féche en peu de tems. Dans l'état de ficcité , elle eft communément d'un jaune-clair, très-friable fous les doigts, légère & fort poreufe.
- $. Il paffe pour certain dans les Briqueteries, que cette argile pure fabriquée en briques ne réuffitpas, & que les briques qui en font formées ne prennent
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- point au feu le degré de confiftance qui en doit faire la bonne qualité. On en fait un mélange avec la terre qui fe trouve ordinairement à la furface du terrein d'où l'on tire l'argile ; cette fécondé terre reffembie à celle des jardins : ceftla terre calcinable, celle qui produit les végétaux»
- 6. Lorfque l'on a reconnu dans une veine d'argile des caractères différents rde ceux que je viens d'expofer ; lorfqu'elle fè rapproche davantage des glaifes^ qu'elle eft làvonneufe, douce & trop forte, les briques que l'on en fabriqueroit fe tourmenteroient au feu, perdraient leur forme, & ne feraient plus propres aux parements des maçonneries : le fable eft néceffaire dans cette argile pour la maigrir.
- 7. Mais les plus experts dans ŸArt de la Briqueterie ne reconnoifîent à l'œil* gueres mieux que les plus novices, la véritable argile à briques, & celle qui en approche. Leur méthode en ce point m'a paru plus courte & plus sûre que toutes les recherches d'une Phyfî que épineufe, qui, le plus fouvent, n'appren-* nent qu'à douter. Si les Entrepreneurs d'une Briqueterie n’ont point encore * effayé d'une veine d'argile, ils en font façonner foigneufement une toife cube* en font tranfporter les briques dans quelque fourneau voifin, & en obfervent le fuccès.Ils apprennent à peu de frais, par cette expérience réitérée plufieurs fois, s’il faut maigrir par le fable, ou adoucir par la terre de jardin, l'argile qu'ils éprouvent.
- 8. Il paroît que la nature nous offre affez généralement par-tout des veines d’argile très-propre à faire la brique, quoique l'œil y remarque beaucoup de variétés. En quelques endroits on emploie de purs Acoulins ou attériffements de rivières, qui fe font durcis après un nombre d'années ; en d’autres, la terre des Potiers ne différé fenfiblement en rien de celle des Briqueteries ; à Armen-tiéres, j'ai vu travailler en briques une veine de pure argile de quinze pieds d'épaiffeur fans terre noire ; enfin, dans beaucoup d'autres atteliers, j'ai vû employer en briques un terrein dont la lurface étoit une croûte de terre fort brune, de douze à quinze pouces d'épaifleur, peu fertile, & le deflous étoit un lit d'argile maigre (n°, 4.), tantôt de deux pieds, tantôt de quatre d’épaiffeur» Les Ouvriers difent que l’on ne doit pas y regarder défi près; Sc jeferois effectivement tenté de croire, par les réfultats bizarres de plufieurs expériences que j'ai faites fur ces mélanges, que par-tout, avec du foin, il eft poffîble de faire d'excellentes briques.
- 9. J’obferverai enfin, que la terre dont fe fervent par-tout les Potiers eft de l’argile, mais choifie, d’autant plus franche & plus fine de grain , qu'ils en veulent faire des ouvrages plus aigres & plus minces. Le carreau pour les chambres ne me paroît être que la pure argile des Briqueteries, fans mélange de terre noire. La tuile étant plus mince que le carreau > il faut qu’elle ait le Art du Tuilier et du Briquetier. F
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- grain plus ferre * pour ne pas laifler pénétrer l’eau des pluies dans les greniers. La poterie la plus commune n’eft quelquefois pas fi fine que la tuile, & laiffe-roit tranffuder les liqueurs, fi elle n’étoit enduite de fon vernis. Tous ces ouvrages font d'argile ou de glaife ; non-feulement, il n’y faut point de terre de jardin, mais plus on veut avoir des pièces fines & caflàntes qui approchent de la faïance, plus il faut que leur matière foit de glaife franche, & compofée de parties douces au toucher. Il me paroît donc très-vraifemblable qu’en modifiant la terre des Potiers avec du fable, onauroit une argile très-propre à faire la brique*
- REMARQUES.
- Suivant M. Gallon , la terre à briques eft communément de couleur jaune plus ou moins pâle /elle eft graffe’: pour peu quelle foit hume&ée, elle s’attacheaifément à tout ce quelle touche,elle forme avec l’eau une pâte capable de devenir lifte & polie. Lorfqu’elle eft nouvellement tirée à une certaine profondeur, elle contient allez d’humidité pour être paitriffable entre les doigts : quand elle eft defféchée au point d’être pul-yérifée & réduite en confiftance de terre légère , elle pefe 80 ou livres le pied cube; & cette même terre étant mouillée, battue, bien corroyée & réduite en état d’être moulée , pefe 133 ou 133 livres le pied cube, foit à caufe de l’eau dont elle eft pénétrée,foit à caufe du rapprochement des parties terreufes.
- Le pied cube de terre ainfi préparée, produit dix-huit briques &un quart. Chaque brique au fortir du moule a neuf pouces de longueur , quatre pouces fix lignes de largeur, & deux pouces trois lignes d’épaiffeur. s
- Il n’eft point effentiel à la terre à briques d’être jaune : on fait de très-bonnes briques avec de la terre de différente couleur : le poids & la ténacité font des conditions plus importantes.
- M. Gallon a fait mettre en dépôt pendant tout un hiver plufieurs efpéces de terres à briques tirées le même jour. Il a fait fécher & triturer au même point parties égales de chacune de ces terres : la bonne pefoit 8 3 livres & demi le pied cube , ôc la médiocre feulement 80 livres. On allure cependant que certaines terres légères donnent de meilleures briques que d’autres beaucoup plus pefantes. C’eft, dit M. Gallon ,
- ce que mes expériences ne m’ont point encore fait appercevoir. Peut - être aufli entend-on dire par terres pefantes , des terres trop grades, trop fortes, qui fe fondent & fe déforment à la cuiflon ; ou des terres trop fufibles qui, en s’attachant aux cendres & au charbon, font ce qu’on appelle des roches : M. Gallon en parlera plus amplement dans la fuite. Ces terres trop argilleufes fe corrigent , en y mêlant une terre noire qui fe trouve ordinairement dans la fouille; & il y a des terreins où ce mélange fe trouve fait tout naturellement : par exemple, près Maubeuge, à la Couture Saint Quentin proche du Bois-des-Dames ; c’eft avec cette terre qu’on a fait les briques qu’on a employées à la conftru&ion du revêtement & des fortifications de cette Place ; elle eft tombée dans un parfait oubli, fans doute parce que les Briquetiers ont trouvé plus d’œcono-mie à faire ailleurs leurs établiffements.
- Il faut fur-tout éviter d’employer des ter* res trop alliées de fable, la brique ne prenant jamais beaucoup de confiftance : certains fables très-fufibles produifent beaucoup de roches.
- M. Gallon termine fes intéreffantes Remarques par dire , comme M. Fou R-c R o Y , qu’on ne peut acquérir une parfaite connoiffance fur la qualité des terres propres à faire de bonnes briques, qu’en les foumet-tant à l’a&ion du feu par différents procédés qu’on peut varier à l’infini, ainfi que les préparations dont les terres font fufceptibles, & par lefquelles elles doivent paffer avant la cuiffon.
- Des préparations de la terre à Briques.
- ~\
- 10. On peut diftinguer en trois tems différents les préparations que reçoit la terre à briques avant fa cuiflon, i°. avant quelle entre dans le moule ; 2°. le tems de la mouler; 30. le tems de la faire fécher.
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- it. Il faut pour cela Tirer la terre, la Détremper & la Battre*
- Maniéré de tirer la terre.
- Î2.TÏRER la terre, ceft fouiller & retourner le terrein qu’on a reconnu àvoirles qualités convenables. On détache & on enleve cette terre de fa placé naturelle, & on la jette à quelques pieds de-là, en la retournant de façon que la terre de la furface fe trouve confondue avec celle du fond de la veine® ( Voyez Planche VI, ABC.)
- ,13. Il eft probable, que cette première opération fur la terre à briques, a pour objet d'établir le plus d’uniformité quil eft poftîbie dans la matière , afin que toutes les briques qui en feront formées foient de même qualité : elle eft donc indifpenfable, lorfque la matière doit être un mélange de la furface du terrein, ou terre noire avec l’argile inférieure. Pour parvenir à rendre cè mélange facile > on fait, en beaucoup d’endroits, tirer la terre à là fin de l’au-tomne ; & après en avoir déplacé un monceau fuffifant pour fabriquer la quantité de briques que l’on fe propofe de faire, on laiffe ce monceau paffer l’hyvet à fa nouvelle place. Si la matière totale deftinée pour la brique eft par elle-même homogène> & n’a pas befoin de mélange; comme il faudra au moins la bien paitrir > & en faire parvenir toute la maffe à un degré de confiftànce & d'humidité parfaitement égal, ce travail fera toujours moins long & moins coûteux en faifànt tirer la terre avant l’hiver. Il n’eft pas douteux, que les gelées & lés dégels ne fondent & ne diflblvent à un certain point les grumeaux, & les molécules de cette terre nouvellement remuée; & que les pluies, en la péné-3 trant aifément, ne la difpofent au mélange & à l’uniformité que l’on y defire* Cependant en certains cantons on eft dans l’ufàge de tirer la terre, la travailler & l'employer tout de fuite.
- 14. Lorfque différentes expériences ont indiqué (no. 7.) l’efpéce de terre dont on doit fe fervir pour une Briqueterie, il faut veiller à ce que les Ouvriers employés à la tirer, fuivent exaélement la veine * & obfervent les dofes du mélange qu’on leur aura prefcrites.
- Attelier du Mouleur,
- îj.La terre ainfî tirée (n°. 12.), ôn la livre au Chef d’un attelier cdmpofe de fix hommes, que l’on appelle fur toute notre frontière, au Nord, me Table de briques. Ce font ces fix hommes qui entreprennent de façonner toute la terre néceffaire pour un fourneau, depuis qu’elle a été tirée, jufqu’à ce qu’elle foit mife en place pour fécher* Entre ces fix hommes, le Mouleur eft le chef ; deux autres font nommés Batteurs ou Démêleurs ; un le Brouetteur ; un autre le Metteur en haie ou Enhqyeur ; & le dernier le Porteur*
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- Préparations du terrein.
- 16. Le premier travail de ces fix hommes , eft de préparer le terrein de la Briqueterie. Un établilTement pour fabriquer cinq cents milliers de briques en un feul fourneau, doit, pour être commode , occuper un efpace d'environ treize cents toifes de furface. La Planche V le repréfente par un parallélogramme reélangle de vingt-cinq toifes de large fur le double de longueur, dont le fol doit, fi cela fe peut, avoir un ou deux pieds de pente vers un defes côtés, pour que les eaux de pluie n’y féjournent pas. Dans cet efpace n’eft point compris l’emplacement d’ou la terre a été tirée. Le monceau des terres tirées AA(n°. 12.) occupe encore environ dix toifes au bout de la Briqueterie, fur toute fa largeur de vingt-cinq toifes.
- 17. Le fol de la Briqueterie doit d’abord être drefle ; on en recomble tous les filions : on en abat toutes les inégalités. On divife fa furface en plufieurs efpaces alignés au cordeau, dont ceux deftinés à recevoir les Haies de briques MMÇPl.V.) pour les fécher, peuvent avoir chacun huit pieds de large, & leurs intervalles alternatifs NN, environ vingt pieds, pour y travailler la brique ou former les rues entre les haies: les Ouvriers appellent Places ces rues.
- 18. Chaque efpace MM, defliné pour une haie de briques, eft enceint d’une rigole de huit pouces de large, dont les terres fe relevent & s’étendent en-dedans : cette rigole reçoit les eaux de pluie, 8c tient à fec le pied de la haie.
- ip. Les intervalles ou les places N N entre les haies, font exaélement pelées avec des Pelles de tôle, ( Planche IV. Fig. 1 ), ou avec des Houes à nettoyer ( Fig. 2 ) pour en ôter les herbes, bien ratifiées, & battues à la Dame ( Fig. 3 ), s’il y a des terres fraîchement remuées. Quand les places font parfaitement unies & régalées, fùivant la pente naturelle du terrein ( n°. i<5), on y feme du fable , que Ton y étend avec le Pouffoir ( Fig. 4). Ce que le Rateau ( Fig. 5 ) emporte de ces places, fe releve encore fur l’enceinte des haies, pour en établir le pied quatre à cinq pouces plus haut que le terrein des places.
- 20. On bat de même à la dame, 8c on régale l'intérieur des haies, pour quil n’y ait rien de raboteux. On y étend une couche de pailles minces & bien jointives , afin que les briques neportent point fur la terre, 8c aient un peu d’air par-deflous.
- 21. A l’une des extrémités du terrein * les Ouvriers établiflent une barra-que O ( Planche V. ) de vingt pieds de long, fur feize de largeur par le bas. L’un de fes pignons eft formé de briques & d’argile, & fùpporte une cheminée : tout le refte eft de bois & de paillajjons ( Planche IV. Fig. 11) ; c’eft- là qu’avec une table, quelques planches 8c bottes de paille pour leur ferVir de
- lits,
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- ET DU BRI QÜËflEÎi. i5
- ïits,les fix hommes de l'àttelier , Sc une de heures femmes, qui ordinairement les fuit pour faire leur ménage & les aider, paffent tout le tems du travail fans retourner à leur village.
- 22. Le Pays de Liège fournit les Ouvriers en cè gerirè à toute notre frontière ^ ainfi qu'à nos voifins : j'ai vû travailler à la brique des Liégeois > hofm* mes Sc femmes, jufqües dans le Duché de Hanovre;
- 23. A peu de diftance dé la baraque O, ( Planche F.) ils en conftruifenè une autre P , avec de menus bois & des paillajfons de douze pieds de long St huit de large, pour y conferver féchement la provifion de fable. Les voitures qui y trahifportent le fable > le déchargent en tas Q auprès de cette baraque liir un terrein pelle & régalé d'avance. Là on l'étale au fôleil avec des r-ateaux ; Sc lorfqu'ii eft bien fec , on le met à couvert fous la baraque au fable P.
- 24. Tout le fable que l'on emploie dans les Briqueteries eft du labié dé carrière très-fin , du grain de celui que l'on appelle à Paris, fablon 1
- Y, Z repréfentent le plan Sc l'élévation d'un four.
- 25. Lorfque le terrein eft ainfi préparé, il faut encore avôir de l'eau lè long du monceau des terres tirées. On ne manque pas de profiter pour celà de celles qui pourroient s'être amallées dans quelques mares ou foffés du yoifinage ; linon, on emploie les fix hommes de la table dé briques ( N°. 1 ) â creuferun puits jR, Planches F & FL, avec une rigole S, & piufieurs petits bafifins JS E fur fa longueur , où l'eau puifle s'amaffer & être puifée avec les écopes ,*( Planche IF. Fig. 7 ). L'Entrepreneur de la Briqueterie fait adapter à ce puits le treuil, les féaux Sc les planches néceflàires ; Sc lorfqu'ii fe propofe de faire fabriquer lùcceffivement au même lieu piufieurs fourneaux considérables, comme de cinq à fix cents milliers, il fait revêtir ce puits de maçonnerie pour éviter l'entretien. Si le terrein eft trop élevé pour y réunir facilement l'eau, il faut l’y tranfporter fur des voitures, Sc fubftituer des bacquets à la rigole Sc aux balfins.
- 26. Aufïi-tôt que la table commence à mouler, 1 q Routeur & le Metteur en haie font chargés du foin de tirer l'eau du puits, Sc de la fournir à la rigolé lorfque les Batteurs leur font lignai de venir à ce travail.
- Tf avait des Batteurs. Détremper la Terre*
- 27. Les Batteurs E ( Planche FI, Fig. 1.) armés d'écopes commencent pa£ arrofer le profil D des terres tirées (n°. 12.) pour le bien imbiber; puis avec des pellettes (Planche IF. Fig. 8* ) ils coupent les terres afîez minces en F ( Plan-che FL Fig* r.) vers le pied du profil D, les jettent Sc les en éloignent d'environ fix pieds. Le haut du profil des terres tombe bien-tôt, Sc ôn rejette
- Art du Tuilier et du Briquetier< G
- Le fable;
- L’eaih
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- Battre
- .Terre,
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- pareillement ces terres fur les premières, pour en faire un nouveau monceau.
- 28. Dès que Ton a formé un tas de ces terres de fîx à huit pouces d'épaiffeur, fur une bafe à peu-près circulaire de fept à huit pieds de diamètre, on Farrofe de beaucoup d'eau. On continue d'arrofer le profil des terres D, Sc d'en relever ce que Fon en fait tomber, en s'aidant quelquefois de la houe ( Planche IV. Fig. 9.), & de fon talon pour les émietter plus facilement, en arrofant tou-jours largement. Cette manœuvre fe répété jufqu'à ce que les Batteurs en aient jufqu'aux genoux vers le milieu du nouveau tas.
- 29. Pour détremper cette terre bien également, Sc faire pénétrer l'eau partout , les deux Batteurs prennent chacun une houe , avec laquelle ils la tirent à eux peu-à-peu, comme en G ( Planche VL Fig. 1. ) , faifant ainfi changer dé place à tout le monceau, qu'ils remanient de même deux fois de fuite en l'arro-, fànt fréquemment.
- 30. La terre a pris à peu-près la confiflance d'un mortier un peu ferme, lorC
- qu'ils commencent à la battre. On Farrofe Sc on la retourne avec des pellettes y la faifant encore changer de place, comme en H (Planche VL Fig. 1.). Enfin, on prend une houe avec laquelle on la remue de nouveau la tirant à foi ; & chaque fois que le Batteur Fa élevée devant lui d'environ dix-huit pouces, ilia bat en I, à grands coups du talon de la houe y pendant que l'autre continue en H à en retourner une autre portion avec la pellette. Ils manient ainfî tout le monceau, auquel ils donnent la derniere façon, qui confifte à le relever en K, fur quatre à cinq pieds d'épaiffeur avec des pelles de bois ( Planche IV. Fig. 10.), attendu que ce mortier devient un peu coulant. Ils uniffent la furface du nouveau tas L (Planche VL)y Sc le couvrent de paillajfonsy pour empêcher l'ardeur du foleil de le deffécher. Cette façon de rendre égale Sc luifante la furface de cette terre molle, contribue à y entretenir la fraîcheur, & empêche que les brins de paille qui tombent des paillaffons ne fe mêlent avec la matière , enforte qu'on les en retire plus facilement, lorfqu'on enleve les paillaflons pour mouler la terre. >
- 31. Chaque fois que cette terre change déplacé, on en releve les bords tout autour avec des pelles y pour ne point perdre les bavures que les pieds entraînent à chaque mouvement. Les Batteurs ne doivent pas manquer non plus d'en rejetter toutes les pierres & graviers qu'ils y rencontrent: ce feroit autant de corps hétérogènes nuifibles dans la maffe.
- 32. Les Batteurs font continuellement dans la terre molle jufqu'aux genoux : aufïïne font-ils vêtus que d'une chemife, d'un caleçon fort court, Sc d’un bonnet. Comme la terre s'attache à tous leurs outils, Sc les rend pefants à manier, ils ont chacun une petite ratijfette de bois, avec laquelle ils les nettoient de tems-en-tems : Sc quandils changent d'outils, ils ont foin de les laver.
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- Et DU BRI QÜ È T ! E R. ' 2J
- 33. Dans les environs de Saint-Quentin & ailleurs, on démêle 8c on paitrit la terre en la piétinant : & on la corroie avec des rabots ou bouloirs.
- 34. On conçoit aifément que toutes ces préparations de la terre avant de la mouler, ont pour but, comme je l’ai dit ( n°. 13. ), d'en aifouplir également & d'en atténuer toutes les parties , tant pour la rendre propre, par la duéïilité qu'elle acquiert, à la forme que l’on veut lui faire prendre , que pour donner à toute la malfe le plus d'homogénéité qu'il eft poflîble. Les mortiers* les plâtres , les ciments doivent être paitris, pouf infinuer l'eau dans toute leur malfe > pour bien amalgamer les différents ingrédients qui les compofent, & pour les rendre propres à devenir un tout, d'autant plus folide 8c plus dur, que leur matière aura été réduite en parties plus déliées.
- 3 Il eft généralement Vrai 8c reconnu en Flandres, que les briques of dînais res des Marchands, font d'une qualité fort inférieure à celles que l'on emploie dans les travaux du Roi. L'une des raifons auxquelles il me femble que l'on puiffe attribuer cette différence, c'eft la petite œconomie que font les Mar* chands, de ne compofer la table de briques (rf. 1 j1.) que de cinq hommes, au lieu de fix. Un feul homme alors doit préparer toute la terre : elle ne reçoit en conféquence que la moitié des façons qui lui font vraifemblablement indifo penfables.
- 3 6. Mais il faudroit avoir fuivi beaucoup d'épreuves, pour déterminer précî-fément à quel point il faut avoir corroyé telle ou telle elpece de terre pour la perfeélion, 8c en quelle proportion l'eau doit y être adminiftrée. On a prefo crit, avec raifon, des réglés certaines pour abreuver les mortiers, quoiqu'elles ne foient gueres fuivies : ici il faudra que prefque toute l'eau foit évaporée de la brique avant la cuiffon ; il doit donc être inutile, s'il n'eft pas nuifibie, d'y en faire entrer trop. M. Gleize,de l'Académie de Touloufe (Merc. deFr. Décemb. 1749. )> dit avoir reconnu qu'il faut un demi-pied cube d'eau , pour chaque pied cube de terre ; que cette quantité d’eau, loin d'en augmenter le volume , le diminue d'environ E > & 9.ue denfité de la terre paitrie 8c préparée fe trouve augmentée d'environ j. Je n’ai point lu le détail de fes expériences ; ces objets pourroient mériter nos recherches : mais je n'ai pu y donner affez de tems. Il paffe pour certain entre les gens qui font fabriquer la brique avec quelqu attention, que l'on doit furveiller de près les Batteurs ; que quand la terre eft difficile à corroyer, ils font fujets à la détremper beaucoup plus qu’il ne faut pour épargner leurs bras & leur tems : 8c qu'il en arrive fouvent un déchet confi-dérable fur les fourneaux*
- 37. La préparation d'un monceau de terre L (Planche VL Fig. î. ) d'environ cinquante pieds cubes, telle que je viens de la décrire, eft l'affaire d'une heure 8c demie de travail#
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- REMARQUES.
- Suivant M. Gallon , la terre dont on fe propofe défaire ufagé, étant > après plufieurs fondes, reconnue bonne, on la fouille ,&on ta tire depuis le premier Novembre jufqu’à la fin de Décembre» Pour cela, on fait une excavation par échelons ou banquettes, d’environ t $ pouces en tout fens : ce déblai eft amonCe-lé, comme on le voit en A, ( Vlanches F" SC Vï), où il refte tout l’hiver : on ne commence a le travailler qu’au mois de Mai fuivant.
- Quand la terre du delfus & du fond fe-roit de même nature, elle auroit plus ou moins de confiftance, fuivant la profondeur où on la prendroit. Comme il faut quelle falfe un corps homogène , il eft bon, dans cette première opération , que ce qui a été peu expofé aux imprefllons de la gelée, le foit par préférence ; êt la difpofition des banquettes procure cet avantage, puifque les terres qu’on tire du fond de la tranchée, fe trouvent au-delfus du tas, & que le mélange des terres noires avec les argilleufes eft commencé : les excavations font ordinairement de 4, 5 ou 6 pieds de profondeur»
- Les terres qui féjournent en tas pendant plufieurs hivers, n’en font que meilleures , pourvû fur-tout qu’on les remue une fois chaque année. Quant à la quantité des ter-
- res quon tire, elle fe proportionne au nombre de tables, dont le Briquetierfe propofe de compofer fon attelier.
- Les tables étant difpofées à portée de chaque dépôt de terre, les Ouvriers affectés à chaque table, en font des couches d’environ fept à huit pieds de diamètre , & d’un pied d’épaiffeur ; ils mouillent cette terre ; ils la laiffent prendre fon eau ; en-fuite ils la paitriflent avec les pieds ; ils la battent au hoyau, la retournent, la poliL fent avec la pelle, ôc la corroyent avec plus ou moins de précaution , fuivant que le maître Briqueteur prête plus ou moins d’attention à fon ouvrage. Mais ces Ouvriers fontfouvent plutôt conduits par l’appât du gain , que par le defir de perfectionner leur travail. Au refte , ce point eft important ; car les terres mal corroyées font des briques remplies de nœuds & très-defeêlueufes. La méthode de corroyer la terre avec les pieds, comme M* Fourcroy dit qu’on le pratique à Saint-Quentin , me paroît meilleure que celle des endroits où l’on fe contente de la retourner avec la pelle & la houe. M. Gallon a fait à ce fu-jet des expériences très - curieufes dont on trouvera le détail à la fin de ces Mémoires.
- Travail du Mouleur, ou moulage de la Brique.
- 3 8. Lorsque la terre eft préparée, le Broueiteur la tranfporte àu Mouleur. Il en charge chaque fois en V (Planche VL Fig. i.) fur fa brouette, de quoi former quatre-vingts à cent briques.il a eu foin de fe préparer un chemin de planches Z, depuis le monceau L des terres préparées , jufqu’à la table à mouler d, tant pour avoir un roulage plus commode, que pour empêcher la roue de fillonner la.place N (Planches V & VL) qui a été régalée & Tablée (n°. En arrivant
- à la table à mouler, il renverfe fa charge auprès du Mouleur. Il prend encore foin de couvrir de paillajfons cet approvifîonnement a, 8c ramaffe le long de fon chemin ce qui peut être tombé de fa brouette en voiturant.
- 39-H a eu foin précédemment de ratifier, avec 1 ePouJfoir, tout le terrein où Ton va travailler ; d’y apporter du fable, tant pour l’étendre par-tout où Ton mettra des briques, que pour en fournir la Minette b : il a eu foin aufll de faire remplir d’eau le b acquêt c.
- 40. Le Porteur V* eft ordinairement le plus jeune de tous ces Ouvriers : c’eft entr’eux le moindre grade & l’apprentiffage. C’eft cet enfant, âgé quelquefois de douze à quatorze ans, qui a pofé la table à mouler d, au lieu où l’on va
- travailler
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- travailler ; il à nettoyé 8c lavé tous les outils du Mouleur dans ün feau d'eàu i que le Brouetteur lui a fourni fur le lieu même ; il en a empli le bacquet c : 8c il a tendu un cordeau à l’extrémité de la place, pour guider 8c aligner droit la pre*< miere rangée de briques qu'il y doit pofer*.
- 41. C’eft enfuite de tous ces préparatifs, que lé Mouleur commënce fes fonélions. Le coin de la table à mouler a été faupoudré d'un peu de fable, ainiî que l’un des deux moules e, qui efl: pofé fur ce coin. Le Mouleur t plonge fes bras dans le tas de terre a ; il en coupe un morceau de quatorze à quinze livres pelant ; le jette d’abord entier fur la cale du moule la plus près de lui ; rafe eri même-tems cette café à la main, en y entaffant la matière ; jette ce qu'il y’a de trop fur la fécondé cale, qui n'à pas été remplie du premier coup comme là première ; il rafe aulïî cette café à la main en entalfant , 8c remplit les vuides qui s’y trouvent ; failîlfant en même-tems de la main droite là plane f qüi fè préfente pat fon manche au bord du bacquet où elle trempe dans l’eau * il la pafîè fortement fur le moule, pour enlever tout ce qui déborde les vingt-huit à vingt-neuf lignes d’épailfeur que doivent avoir les deux briques, & donne un petit coup du plat de la plane, comme d’une truelle, furie milieu du moule, pour féparer les deux briques l’une de l'autre : il dépofe le relie de la terre à côté de lui fur la table.
- 42. Dans l'inftant, le Porteur V* tire à lui le moule par les oreilles, & le faifant glifler au bord de la table, il l’enleve à deux mains en le renverfant 8c le dreifant adroitement fur fon champ , de façon que les deux briques , encore toutes molles, ne puilfent ni tomber, ni fe déformer. Il va porter ces deux briques le long de fon cordeau ( n°. 40. ) ; là, il préfente le moule près de terre , Comme s’il vouloit le pofer flir fon champ ; puis le renverfant fubitement à plat, il applique jufte le moule 8c les deux briques à plat fur terre, & retire fon moule en enhaut, prenant bien garde d’obferver l’à-plomb dans ce dernier mouvement, qui défigureroit immanquablement les deux briques , pour peu qu'il eût d’obliquité.
- 43. Auffi-tôt le Porteur revient à la minette b avec fon moule ; il le jette dans cette minette remplie de fable, l’en faupoudré légèrement, 8c l’en frotte tout autour avec la main*
- 44. Pendant fon voyage 8c fes mouvements, qui n’ont pas duré plus de huk à dix fécondés de tems, le Mouleur a déjà formé deux autres briques , que le Porteur enleve comme les premières. Ainfi, le Mouleur reprend fur le champ dans la minette le fécond moule d’une main, & un peu de fable de l’autre pour frotter fa table 9 8c tous deux recommencent les mêmes manœuvres que l’on vient de décrire ( nos. 4 r, 42 (jr 43. )
- 4j.-Ces manœuvres font amufantes à obferver, parce qu’elles fe font avec Art du Tuilier et du Briquetier. H
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- Force des Ouvriers de cet atte-lier.
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- une grande promptitude, & une diligence que Ton ne rencontre pas à beau-coup près dans la plupart des autres atteliers. C’eft particuliérement à la vûe de ce vif exercice, que naît la curiofité de fçavoir combien ce Mouleur peut former de briques dans fa journée. On apprend qu’un bon Mouleur ordinaire en fait neuf à dix milliers , pourvu quil puifle travailler douze à treize heures, comme il le fait fi le tems le permet.
- 46. On peut juger par-là du travail de tous les autres Ouvriers de la table ; neuf à dix milliers de briques exigent entre quatre cents & quatre cents quarante pieds cubes de matière préparée , c’eft-à-dire, près de deux toifes cubes. Il faut que les deux Batteurs (n°. 27. &fuiv.) fournirent dans leur journée à cette confommation, en la remplaçant au magazin L, pour que rien ne languide ; il faut que le Rouleur ( n°. 38.) la tranfporte, & que la même quantité de neuf à dix milliers de briques palïè fucceffivement dans la même journée par les mains du Porteur (nos. 42 & 44.) , & du Metteur en haie dont nous parlerons plus bas.
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- 47. Ce travail, de près de deux toifes cubes de terre maniées en détail par un feul homme, en douze ou treize heures de tems, m’avoit d’abord paru prodigieux. Mais il n’en eft pa£ moins confiant, & je me fuis affuré depuis, qu’à Armentieres, il fe trouvoit un Mouleur d’une force'extraordinaire, qui fabri-quoit, quand il vouloit, entre deux foleils, plus de trois toifes & demie cubes de matière, c’eft-à-dire, quinze à dix-huit milliers de briques, dans un moule qui n’en recevoit qu’une à la fois , & d’un échantillon un peu plus petit que celui de notre exemple. Cet Ouvrier fournifloit à deux Porteurs, & char-geoit fà table de toute la terre qu’elle pouvoit porter : s’il avoit fallu qu’il fe baifïat pour chaque brique (n°. 41.), il n’en auroit pas fait la moitié. Un bon Mouleur ordinaire, qui ne moule qu’une feule brique à la fois, ne forme pas plus de fept à huit milliers de briques dans fa journée.
- 48. On a remarqué dans les remuements de terres, qu’un homme vigoureux fouille & charge fur une brouette en douze heures de travail, jufqu’à deux toifes cubes d’une terre douce qui fe coupe facilement au louchet; & qu’un autre également fort, peut en rouler jufqu’à quatre toifes cubes, à quinze toifes de diftanc'e. Dans notre Briqueterie, les deux Batteurs ne préparent pas tout-à-fait jufqu’à deux toifes cubes ; mais on a vu (nG. 27 & fuiv. ) qu’ils la manient au moins cinq fois, & qu’ils l’arrofent trois ou quatre ; le Brouetteur, qui les voiture à vingt toifes réduites de diftance, eft encore chargé de beaucoup d’autres foins (nos. 26, 38 & 39), ainfi que le Metteur en haie : enforte qu’il eft vrai de dire, qu’un pareil attelier exige des gens qui foient tous capables de réfifter à une grande fatigue.
- 49. Il eft effentiel que le Mouleur ait la main formée à fon exercice, afin que
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- la matière foit d'une égale denfité dans toutes les briques, & qu'il rie s'y rencontre pas des vuides ou des inégalités de comprefllon* qui fe feroierit remarquer au fourneau. Les briques moins comprimées que d'autres dans le moule, fe déforment en féchant & en cuifant ; elles ne confervent pas leur échantillon, Sc peuvent aufli déranger les progrès du feu dans le fourneau. On doit prendre garde que le Mouleur ne fe néglige pour fabriquer quelques cents de plus dans fa journée.
- y o. Il faut encore que le Mouleur ait l'attention de réparer fouverit fa plane £ le frottement fréquent qu'elle éprouve fur les bords ferrés du moule, approfondit les entailles de cette plane.ÇVoyez f Explication des Figures) : par conféquent elle entre plus avant dans le moule, Sc en enleve plus de terre qu'auparavanti Pour que fon effet foit tèujours le même , le Mouleur doit recouper le bord inférieur de cet outil, dès qu'il fent qu'il accroche les traverfes du moule.
- y r. Dans toutes les manoeuvres précédentes, on emploie beaucoup de fableà Quantité j*ai vû des cantons où il en faut deux cents tombereaux, faifànt trois mille deux Qu a 64 cents pieds cubes, pour la fabrication de cinq cents milliers de briques, c'efl> à-dire, environ trente-un pieds cubes de fable par toife cube de matière : mais il y a des terres qui ne font fujettes, ni à fe gercer, ni à s'attacher. Il rie faut à Armentieres qu'une brouettée de fable par millier de briques : ce qui fait cinq pieds cubes de fable par toife cube de terre. Il s'y rencontre par-là une efpéce de compenfation de la rareté du fable, que l’on efl: obligé de tirer de Gand par l'Efcaut Sc la Lys. La Briqueterie d'Armentieres fournit à Gand un bateau des meilleures briques pour deux bateaux de fable, tous trois égaux en dimen* fions Sc chargés au même point, c'eft-à-dire* tirant même hauteur d'eau.
- y 2. L'attelier du Mouleur ou la table de briques, auroit fini fa tâche de cinq cents milliers en deux mois, s'il ne lurvenoit pas des chommages forcés par les pluies. Mais comme elles font affez fréquentes en Mai Sc en Juin, fàifon de fabriquer la brique, ce travail dure ordinairement trois mois.
- y3. Lorfque le Mouleur a travaillé tout le long de l'une des places N N (Flanche V.), le Porteur tranfporte fa table dans la place fui vante : Sc il les parcourt toutes ainfi fuccefïivement*
- Travail du Metteur en haie, ou façon de fécher la Brique*
- yq.. Si le tems efl: beau Sc qu'il fafle du foieil, il ne faut pas plus de dix ôu douze heures à ces briques rangées à plat fur le fable ( n°. 42. ), pour fe refluyer Sc prendre confiftance au point de pouvoir être maniées fans fe déformer.
- y y. Si le tems eft couvert & qu'il fur vienne des coups de foieil vifs, ils peu** vent précipiter trop la defficcation des briques à leur furface fupérieure, les faire gercer & calfer» Alors le Metteur en haie doit les faupoudrer de fable, pour
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- Parer les briques.
- Relever les briques.
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- ralentir l'évaporation de leur humidité : il doit même quelquefois les couvrir
- de paillaflons, fur-tout s'il furvient une groflè pluie.
- y 6. Lorfque les doigts ne s'impriment plus dans la brique, & quelle a déjà acquis de la folidité, le Metteur en haie qui attend ce moment pour commencer fon travail, va d'abord forer les briques : de-là il les tranlporte & lés arrange fur les haies. -. >
- 57. On conçoit qu'en retirant le moule chargé de deffiis la table à mouler (no. 42.) j la lurface inférieure des briques peut recevoir quelques égratignures quiamaflent un peu de matière aux bords de cette lurface, & qu'en appliquant contre terre cette pâte molle qui fort du moule , il peut s'amalfer encore quelques ordures autour, 8c s'y faire quelques foufflures aux flancs ou côtés de la brique dont les angles, touchent la terre, ce qui altéré un peu la figure parallélipipédale que la brique doit conferver. Pour leur rendre exaélement leur forme , ce qui s'appelle les parer, le Metteur en haies le préfente en X (Planche VIL Fig. 1 & 2. ), fur le flanc des rangées, tenant à fa main un couteau ordinaire. Il pafle ce couteau le long du bout des briques qui font le plus près de lui, 8c coupe par ce mouvement les bavures de l'un des bouts ; puis il met de l'autre main chaque brique fur fon champ, fans lui faire perdre terre ;“en même-tems, il pallè légèrement le couteau lur le bout le plus éloigné, 8c lùr le flanc qui fe préfente en enhaut: ainfi les quatre côtés fe trouvent parés. On voit que par le mouvement du moule, lorfqu’il abandonne la brique lur terre ("no. 42.) les bords du plan fupérieur de la brique fe trouvent parfaitement parés & arrangés ; enlorte que les quatre angles de ce plan lupérieur n'ont pas befoin d'être rognés par le couteau, non plus que l'angle du plan inférieur qui fert de centre au mouvement de la brique, lorfque le Metteur en haié la releve fur Ion champ : les bavures de celui-ci qui fontféches 8c fort minces, lè caflent 8c s'abattent d'elles-mêmes contre terre.
- 58. On ne prend pas la peine de parer les briques dans toutes les Briqueteries. On fe contente pour l'ordinaire chez les Marchands, de les relever fur leur champ. Mais j'ai drelfé ce Mémoire lur le travail d'un attelier, où l'on lè donnoit des foins pour fabriquer des briques les plus belles 8c les meilleures qu'il étoit poflîble, quoiqu'avec œconomie.
- yp. Le premier mouvement du couteau le long des briques (n°. yy. ), a rafé & paré autant de briques du premier rang par un bout, que le bras de l'homme en peut rencontrer dans l'attitude où il fe met j c'eft-à-dire, douze ou quinze d'un feul coup. Alors, en relevant ce premier rang fur fon champ, il en dérange deux qu'il reflerre un peu contre les autres, pour pouvoir placer fon pied dans leur intervalle, 8c pafler au fécond rang : lucceflivement il met ainfi tous les rangs fur leur champ.
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- 80. Si le tems eft beau 8c ne menace pas de pluie, le Metteur en haie continue ce travail, tant qu'il a des briques à relever. Mais fi le tems eft douteux } il va les arranger fur les haies à mefiare qu'il y en a quelques cents de parées,
- 6i. Cette attention eft fondée fur ce que la brique crue qui reçoit la pluie fur fon champ * fe déforme très-facilement 8c fe réduit en morceaux ; au lieu que mouillée par fes grandes furfaces, elle renfle davantage & n'eft pas fî-tôt hors de fervice.
- REMARQUE Si
- Les Ouvriers employés au fervice de chaque table, font, dit M. Gallon , i°. le Mouleur , qui" eft payé à raifon de i o f. le millier : il peut mouler 5 joo à 4000 briques par jour : 20. les Batteurs de terre, à qui on donne 8 f. p deniers du millier: 30. le Rou-leur, qui aidoit autrefois au Batteur ; & comme leur travail étoit en fociété , ils avoient enfemble 12 L 6 deniers du millier : 40. le Releveur ou Remetteur en haie , j f. 6 deniers du millier : 50. le petit Porteur, qui gagne 4 f. du millier. Voilà quel devroit être le nombre d’Ouvriers par table : mais il n’y en a plus maintenant que quatre ; on a fup-primé le Rouleur, aux dépens de la bonne façon qu’on donnoit autrefois aux terres.
- Chaque table eft fournie de deux moules , d’une plane que le Mouleur doit rétablir de tems en tems à mefure quelle s’ufe fur le fer qui revêt le bord du moule ; un bacquet rempli d’eau & dans laquelle trempe continuellement la plane ; un grand baquet qui contient le fable.
- MM. Gall on & Fourcroy admirent la vivacité qui régne dans une Briqueterie bien montée, & fadrelfe avec laquelle toutes les opérations s’exécutent. Il feroit inutile de les rapporter en détail ; elles ont été très-exaêlement décrites par M. Four-croy. Mais, pour accélérer l’ouvrage, & dans la vue de gagner davantage, il arrive fou-vent qu’on mouille trop la terre : les briques en feroient certainement meilleures, fi la pâte étoit plus ferme & mieux corroyée.
- Quand les briques ont pris aflez de con-fiftance pour être maniées fans quelles rompent , ce qui eft ordinairement au bout de 12 ou ij heures, on les redrefte & on les met en haie. Comme dans les grands atteliers, on n’a point de hangar, la pluie eft fort à craindre ; c’eft pourquoi, lorfque le tems paroît menacer de pluie ou de quelque orage , tous les Ouvriers quittent leurs travaux pour former les haies qu’on couvre avec des paiF laffons»
- 62. Le Metteur en haie, lorfqu'il a paré les briques, les tranfporte avec là brouette {Planche VIL Fig, 1, ) au pied des haies MM, Là, il les arrange toutes fur leur champ en 8c les pofe l'une fur l'autre, de façon qu'elles occupent le moins d'efpace qu'il eft poflîble. Il faut auffi que l’air les frappe de tous côtés, & que les briques aient entr'ellesde moins de contaél que leur forme puiffe le permettre. La Figure première de la Planche VII, fera mieux entendre en e 8c f, que ne feroient de longues defcriptions, comment toutes ces condii tions fe rencontrent dans l'arrangement des haies.
- 63. Les haies font des efpeces de murailles, auxquelles ôn ne donne que quatre briques d'épaiffeur, lorfque l'on a tout l'efpace néceflaire pour travailler* Pour qu'elles puiffent fe foutenir fans accident fur la hauteur de cinq pieds, on obferve d’en conftruire les extrémités un peu plus folidement que le refte* & de maintenir la haie bien à-plomb fur toute fa longueur.
- 64. On peut remarquer par le plan en e, & le profil en/, que la haie fe trouve divifée en autant de feuilles qu'elle a de briques d'épaiffeur. Lorfque
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- l’efpace de F attelier n eft pas auflî vafte que le repréfente la figure r , ôîi augmente les mêmes haies jufqu’à huit & neuf feuilles d’épaiffeur ; mais il faut avoir Fattention de laiiïer fécher les premières feuilles, avant d’y en ajouter de nouvelles. J’ai vu l’exemple d’une Briqueterie, dans laquelle travailloient deux tables à la fois ; les deux Metteurs en haie placèrent en 'même-tems jufqu’à neuf feuilles fur un même pied. Au bout de quatre mois ces briques n’étoient pas à moitié féches, & par conféquent hors d’état d’être enfournées. L’aélion du foleil ne peut pénétrer une fi grande épaiffeur, 8c l’air qui circule entre les joints ne fait que renvoyer l’humidité d’une brique à l’autre. C’eft pour éviter cet inconvénient, que le Mouleur doit changer fa table de place fuccefli-vement (n°. 53. ), pour que le Metteur en haie ne forme jamais fa haie de plus de quatre feuilles en la commençant quand celui-ci eft obligé de fépaiffir, il ne doit y ajouter qu’une feuille à la fois, en changeant alternativement de
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- cote.
- 6y. Il faut avoir fuffilamment de paillaffons, pour couvrir totalement les haies pendant la nuit, & chaque fois que l’on prévoit la pluie, qui feroit un grand défordre dans les briques ( n°. 61.). On eft donc obligé d’y entretenir un Gardien lorfque le moulage eft achevé : cet homme y veille ordinairement pendant fix femaines.
- 66. Tout l’attelier dont je viens de décrire le travail, ou autrement une table de briques, fe paie au millier de briques mifes en haie ; ainfi les gens, qui le com-pofent font intérelfés à finir leur tâche le plutôt qu’ils peuvent. Cet intérêt peut les engager à des mal-façons, dont on doit d’autant plus fe méfier, qu’elles ne deviennent évidentes qu’au fourneau, c’eft-à*dire, lorfque la table de briques a été payée 8c congédiée.
- REMARQUES.
- Suivant M. Gallon , les haies de briques font communément conflruites de 20 briques d’épaiffeur, fur 20 de champ pour la hauteur : quant à la longueur , elle eft proportionnée au nombre de briques qu’on a en provifion. La figure 2 {Flanche VL ) n’en contient que ce qu’il en faut pour en faire concevoir l’arrangement. Pour former une haie par la tête qui eft compofée de lits alternatifs de briques en pannereffe & en boutiffe, on donne à cette tête une bri-que ôc demie d’épaiffeur ; elle eft liée avec le corps de la haie par les briques de derrière CD : elles font toutes pofées de biais ; c’eft-à-dire, que le premier rang de briques EF9 ( Planche VL Fig. J ) , qui font fur leur champ,porte le fécond,de façon que la brique IN tranfverfalement placée, porte d’un côté fur un bout de la brique G, & de l’autre fur l'extrémité de la brique P qui lui eft parallèle.
- Le troifieme rang R S, au-deffus du fécond , fe place en recroifant dans le même fens que le premier; le quatrième dans la pofition du fécond ; & ainfi de fuite dans toute l’étendue de la haie. Celui qui dirige Ce travail,doit faire enforte qu’il y ait du jour entre toutes les briques. Elles relient en cet état jufqu’à ce quelles foient affez féches pour être enfournées ; dans des tems de pluie on les couvre avec des paillaffons.
- Plus les briques font féches avant de former le four, mieux elles réufliffent ; ainfi quand il fait beau tems , on les laiffe en haie 30 ou 40 jours avant de les expofer au feu.
- Cette dilpofition des briques en haie eft un peu différente de celle que M. Fourcroy a donnée ; mais dans ces petites opérations les pratiques des Ouvriers varient dans prefi que tous les atteliers.
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- De la façon de faire cuire la brique au charbon de terre.
- 6j. Les Ouvriers qui enfournent & font cuire la brique, font ceux que l'oii appelle proprement les Briqueteurs ; apparemment parce que tout le foccès de Fentreprife dépend d’eux. Quand on parle d'un bon Briqueteur dans toutes les Provinces du Nord de la France où Fon fabrique une grande quantité de briques, on entend un bon Conducteur de fourneaux.
- 68. Un attelier de ces Ouvriers ou une main de Briqueteurs , comme ils parlent entr’eux, confifte en une troupe de treize hommes , qui conftruifent en quinze à feize jours , fi le tems eft favorable, un fourneau de cinq cents milliers de briques. Leurs rangs entr’eux font le Cuifeur ou Chauffeur , qui commande les autres & conduit le feu ; deux Enfourneurs qui arrangent les briques for le fourneau ; trois Entre-deux qui fervent les premiers dans leurs opérations for le fourneau, 8c font paffer les briques & le charbon de main en main : enfin, fept Rechercheurs ou Brouetteurs > qui voiturent au fourneau tout ce qui entre dans fa conftru&ion. L'Entrepreneur leur fournit un ou deux Journaliersfurnuméraires $ pour écrafer le charbon s'il en éft befoim
- 6p. Les différentes manœuvres de tous ces Ouvriers font continuellement entremêlées, parce que tous contribuent également à la conftruétion du fourneau. Cependant, comme le travail des Enfourneurs & celui du Cuifeur demandent des attentions particulières , je confidérerai féparément leurs fonétions $ en indiquant la liaifon qui fe trouve entre celles du Cuifeur & des Enfourneurs.
- jo. Les Briqueteurs ayant reconnu que les briques font féches & prêtes à être cuites, ce qu'ils apperçoivent en en caffant quelques-unes, & en jugeant à la couleur qu'il n'y a plus d’humidité > ils établirent le pied de leur fourneau. Dans les grandes Manufactures , telles que celles d'Armentieres, d’où il fort neuf à dix millions de briques par an deftinées pour Lille, Douay, Tournay, Gand * & toutes les villes qui font for la Lys & i’Efcaut, les pieds des fours font faits d'une maçonnerie très-folide de briques & d’argile,qui fert à toutes les fournées. La carrière d'argile y eft très-abondante à pied-d'œuvre, où s’embarquent auffi toutes les briqués dont le débit eft afforé. Pour les Particuliers qui ne travaillent point tant en grand, on conftfuit, fans argile, un pied de four exprès pour chaque fournée , qui s’établit tantôt dans un canton, tantôt dans un autre, félon que l’on peut rencontrer les veines d’argile.
- ji. On choifit, pour affeoir le fourneau, un terrein uni près des haies de briques, avec la feule attention que les eaux ne puiffent y féjourner , ni y former de courant quand il pleut. Sans peller ce terrein, & fans aucune autre préparation, ôn y décrit au cordeau un quarré de trente-fix à trente-huit pieds de côtés, dans notre exemple* pour la bafe du fourneau»
- Attelier du Cuiteur»
- Le pied de fours
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- L' A RT D U T U 1 L 1 E R
- £*fr
- 72. Les Briqueteurs précautionnés font aux quatre angles du fourneau , faillir de neuf à dix pouces les côtés du corps quarré , fur environ cinq pieds de longueur , en y formant à chaque angle une efpece de contre^fort pour le rendre plus folide, comme on le voit en AJ ( Flanche VIL Fig. 3 ). Ils élevent ces contre-forts en talut, enforte qu’ils fe perdent & finiffent dans le corps quarré du fourneau, à cinq ou fix pieds au-deffus de la bafe.
- 73. Sur ce tracé, on décrit encore au cordeau l’emplacement des foyers G deftinés à recevoir le bois qui doit allumer le fourneau ; ce font de petites voûtes G de quatorze pouces de large, & environ dix-huit de hauteur, efpacées à trois pieds de milieu en milieu , dont la cavité régné d’un côté du fourneau jufqu’à l’autre, & dont les figures font allez connoître la conftruétion.
- 74. Aulfi-tôt que les cordeaux font placés, les Enfourneurs commencent leur Travail travaÜ ; on leur fournit pour le pied de four, des briques cuites & des meib.
- neui^nf°Ur" ^eures 5 Æ Ton y en employoit de médiocrement cuites, le feu pourroit les faire éclater, ou la charge pourroit les écrafèr : le pied de four ne feroit point folide. Ils bordent les cordeaux en arrangeant les premières briques avec foin, de façon qu elles foient jointives & bien affifesfur leur plat le long des foyers : enfuite ils rempliffent les intervalles, mais avec un peu moins de précaution.
- 7j\ Toutes les briques du fourneau, depuis la première affife de ces briques cuites jufqu’au fommet, font placées fur leur champ , excepté celles que l’on voit dans la figure autrement pofées aux parements des foyers, aux angles des contre-forts, & quelquefois aux parements du corps quarré. Toutes celles de l’intérieur n’ont d’autre ordre entr’eiles, que d’être toujours alternativement croifées à angles droits d’un lit à l’autre. La Figure 3. A B CD E , de la Flanche VIL qui efl: exaéle, fait fuffifàmment entendre le détail de cet arrangement.
- 76. On place ainfi les briques fur leur champ, afin que le feu puifîe embrafîer plus aifément chacune d’elles. Si elles étoient pofées à plat fur leur lit, il y auroit moitié moins de joints dans le fens vertical, fuivant lequel fe dirige principalement l’aélion du feu : & la cuiifon des briques en feroit d’autant plus difficile.
- 77. Lorfque les foyers font élevés de douze à treize pouces , c’eft-à-dire ; lorfque toute la bafe du fourneau a déjà acquis la hauteur de trois briques de champ pofées l’une fur l’autre, le Cuifeur charge les foyers dans toute leur longueur des matières néceffaires pour allumer le fourneau. Il ne doit pas attendre plus tard ; car le nouveau tas que Œnfourneur doit pofer fera la retombée de la petite voûte des foyers, qui fera totalement fermée par le cinquième.,
- 78. Lorfque ÏEnfourneur a recouvert le fourneau du fixiéme tas, le Cuijeur y répand le premier lit de charbon dont je parlerai plus bas , fur lequel
- ÏEnfourneur
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- ET DU BRÏQU ET 1ER.
- ÎEnfourneur pofe encore une feptieme & dérniere alîife de briques cuites > qui couronne & termine le pied du fourneau*
- 79. Pendant Fenfournage , le Cuifeur, dont la préfenee n y eft pas néceffaire j te pk-va dans la carrière à argile en démêler quelques brouettées, & en forme un mor- fourneau, tier affez liquide. Chaque journée desEnfourneurs fe termine par crépir tout lè parement du fourneau , en appliquant ce mortier contre les tas de la bordure
- qui ont été pofés depuis le matin. Le Cuifeur a foin de choifir pour ce mortier Fargile la plus maigre * ou d'y mêler fuffifamment de fable (n°. 6.). L'argile forte fe gerce auffi-tôt qu'elle fent le feu ; elle fe détache, & laiffe les briques à découvert : j'aurai occafion de parler encore de ce placage*
- 80. L'établiflement du pied de four eft ordinairement fini le lendemain de l'arrivée des Briqueteurs. Comme les briques cuites deftinées à former le pied du four ont été mifes fort à portée des Ouvriers, il fuffit de deux ou de trois-Entre-deux pour les fèrvir de main-en-main aux Enfournéurs. Les Rechercheurs s’occupent fous la conduite du Cuifeur à planter les fapins K des gardes-vents, dont Fon voit la forme & la conftruétion dans la Planche VIILFigures 1 & 2. Ils ont foin auffi de former le petit établiffement de la baraque, pour mettre toute la troupe à Fabri.
- 81. Le même foir on met le feu dans les foyers ; & à l'exception de cette feule nuit, que quatre hommes veillent pour l'attifer & l'entretenir, perfonne ne travaille depuis fept heures du foir, jufqu'au lendemain une heure avant le jour.
- 82. Le Cuifeur vient reconnaître, avant le jour, l'état de fon fourneau ; il y répand une fuffifante quantité de nouveau charbon : & tout le monde fe remet à Fenfournage. L'un des deux Enfournéurs commence alors à former le premier
- tas des briques que Fon veut faire cuire* Il place d'abord celles de la bordure Le§ bor, fur une certaine étendue, forme encore ordinairement la bordure du tas fui- dures ou
- parements
- vant, puis remplit le derrière de la bordure du premier tas, jufqu'à ce qu’il ait du couvert de briques pofées de champ, la moitié de la furface du fourneau.
- 83. Une partie du talent de /'Enfourneur, eft de conftruire cette bordure avec foin* Un parement confirait à-plomb fans aucune matière qui en lie les briques entr’elles, & feulement enduit d'un léger placage, qui, comme je le dirai plus bas, ne les affermit prefque point, doit cependant contenir un édifice de vingt à vingt-deux pieds de hauteur , & fbuffrir quelques efforts, finon par là pouffée de la charge * au moins par celle du feu. Il eft donc important, que ÎEnfourneur y apporte plus d'attention qu'au telle de fon travail. Cette attention confifte principalement à faire la bordure bien ferrée, le parement bietî à-plomb , & à en bien affeoir toutes les briques. Leur arrangement alternatif eft exactement repréfenté dans la Planche VIL Figure 3* où les différentes
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- Affairement du fourneau#
- Les faux tas à la bordure.
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- àffifes CDE appliquées Tune fur l’autre, font voir comment les tas doivent ( n°. 75*.) fe croifer dans le corps quarré du fourneau, & comment les bordures font alternativement compofées.
- 84. On peut y remarquer que fur le tas cotte C, la bordure eft formée de briques qui préfentent en-dehors un de leurs bouts au parement du fourneau, ce que Pon appelle briques boutijfes ; au lieu que fur les tas cottés DE, ainfî que dans tous les angles du fourneau * les briques préfentent lau parement un de leurs longs panneaux, foit leur lit, foit un de leurs longs côtés, ce que Ton appelle briques pannerejfes.
- 85. Comme la brique pannerejfe du parement enD ne peut avoir beaucoup d’aflîette ou de folidité, ne portant que de deux pouces de large fur le fourneau , & qu’elle feroit facilement renverfée par les briques boutijfes qui doivent la rencontrer, ÏEnfourneur place d’abord les briques boutijfes de derrière , à deux pouces de diftance du parement, & dépofe fur leur champ la pannerejfe, avec laquelle il vient former le parement lorfquil a fini le relie de là tâche : il en ufe de même pour la bordure du tas cotté E , laiflânt quatre pouces de retraite au parement pour y afleoir deux pannerejfes.
- 86. Sans examiner encore ici les effets du feu fur ce fourneau , il eft nécef-faire d’obferver, en paflànt, que les bordures ou parements ne cuifent pas au même point que le relie. Les briques de l’intérieur diminuent plus de volume par la cuilfon, & perdent davantage fur les dimenfions du moule que celles de la bordure. D’ailleurs le charbon fe réduit totalement en cendres dans l’intérieur du fourneau : au lieu que près des bords, il n’ell pas toujours parfaitement confumé. Il arrive de-là que le fourneau reçoit un affailfement plus confidé-rable dansTon corps qu’aux parements, & qu’il prendroit à fa lurface fupé-rieure la forme d^un balîîn quarré à bords en talut, fi ÏEnfourneur n’avoit foin d’y pourvoir : il en réfulteroit un grand inconvénient. Les briques de bordure ne confervant plus leur parallélilme ni leur affiete horilontale, puilqu’elles feroient forcées & inclinées par celles de derrière, bien-tôt les parements fe détacheroient du corps quarré : l’édifice s’écrouleroit.
- 87. Pour prévenir cet accident, dès que l’affaiflèment commence à paroître, ÏEnfourneur forme un des tas de la bordure un peu moins élevé qu’à l’ordinaire, ce qu’il appelle faire un faux tas, c’eft-à-dire, qu’au lieu d’y placer la brique boutijfe verticale fur fon champ, comme au tas cotté C, il l’incline plus ou moins fur lune des arrêtes, comme en F ; enforte qu’il âbaiffe cette bordure de fix, douze, ou dix-huit lignes, fuivant que l’exige raffaiffement du fourneau. Si l’affaifTe-ment alloit à deux pouces, ce qui arrive rarement, ÏEnfourneur formeroit le tas de la bordure dune brique mife à plat au lieu d’une de champ. Toutes les fois qu’il abaiffe ainfi la bordure , il eft obligé d’incliner à proportion les premières
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- rangées de briques qui la rencontrent fur le même tas. C*eft par ce moyen que fe rétablit & s’entretient le niveau de la forface fopérieure du fourneau.
- 88. Les briques du corps quarré , au-delà des dix-huit à vingt pouces de la ‘ Briques bordure, n’exigent pas tant de foin. Il fuffit de remarquer, que comme de trois rieur du en trois tas on répand un lit général de charbon fur le fourneau, les briques du fouineaUi tas qui doit recevoir cette charbonnêe doivent être a peu-près jointives, & beaucoup plus ferrées les unes près des autres que celles des deux autres tas, afîii que leurs joints ne lailfent pas tomber le charbon for les tas inférieurs : les briques de ceux-ci peuvent être efpacées d’un pouce entr’elles fans inconvénient»
- 8p. G’eft une manœuvre très-animée que celle de îenfournage. Les Figures r* Force des
- Ouvriers
- Sc 2. de la Planche VIII, repréfentent ce qu’y fait chaque Ouvrier. LÎEnfourneur de cet att#~ A ( Fig. r.) , eft celui dont le travail eft le plus fatiguant. J’ai dit (n°. 82.), 1 k qu’il ne charge que la moitié de la forface du fourneau» Il entre ordinairement près de dix milliers de briques à chaque tas complet ; & les cinq milliers de la tâche d’un des Enfourneurs > lui font fournis deux à deux par les Entre-deux B> en cinq quarts-d’heure de tems ; il les met en place, tantôt quatre $ tantôt moins à la fois, félon que l’elpace le lui permet ; il fe baiffe donc & fe releve treize à quatorze cents fois en cinq quarts-d’heure, & cela fur un attelier où il fait chaud.
- Les Entre-deux B (n°. <58. ) ont bien moins de peine : ils tiennent à leurs fonctions tout le long du jour.
- 90. Au commencement de la conftruétion du fourneau, les Rechercheurs C font occupés tous fept (n°. 68.) à aller chercher les briques : & ils commencent par tranlporter les plus éloignées, La longueur du roulage diminuant donc à mefure que le fourneau s’élève, & qu’il y faut élever des échafauds E (Planche VIII. Fig. 1 & 2.) pour le tranfport de main eh main ; ce que le roulage exige de moins des Rechercheurs fe place en relais for les échafauds , Sc ils gardent entr’eux tous un ordre proportionné à la fatigue des différents polies
- qu’ils occupent.
- Le feu qui monte continuellement dans le fourneau, s’éteint en même-* tems vers le bas ; enforte que celui des Rechercheurs, qui eft placé au relais le plus élevé, en reffent toute l’incommodité. Il ne peut relier qu’environ une demi-heure à cette place ; & quand il a fervi fes deux milliers de briques faifànt quarante brouettées qu’il compte exactement, il retourne à la brouette»
- Le foivant le releve ; Sc s’il y a plufieurs relais d’échafauds, chacun d’eux remonte d’un étage : au moyen de quoi toute la fatigue eft également partagée,
- 91. Le fourneau a deux femblables accès de rampes D Sc d’échafauds E fof lès côtés oppofés. Si-tôt que le demi-tas de ÏEnfourneur eft achevé, tout le monde fe préfente à l’autre bord, & la même manœuvre fo répété,
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- 4°
- L'ART DU TUILIER
- Travail <î-u Cuifeur.
- Manœuvre des charbon-nées.
- g2. Le premier travail du Cuifeur, eft de charger les foyers G GG ( Planches Vil & VllL ) du pied de four ( n°. 77. ) Il y couche obliquement quelques gros parements de fagots , puis des fagots entiers d’environ trente^fix pouces de tour : Sc il charge chaque fagot de trois ou quatre bûches de quartier , Sc y ajoute quelques morceaux de charbon.
- 93. Tout le relie du charbon qui entre dans le fourneau a été réduit en fouJJier> à peu-près comme celui des forges. On le pafle à la claie, Sc Ton écrafe tous les morceaux avec une batte ( Planche IV, Fig. 23. ) garnie de fer^ comme on le voit en F. On en fait un amas au pied du fourneau, d’où les Rechercheurs C ( Planche VllL ) le j ettent dans des manelettes ( Planche IV, Fig, 2 y ) % aux Entre-deux B ( Planche VllL ), qui vont le porter au Cuifeur L Celui-ci ( Planche VllL Fig, 2.) Tétend fur le lit de briques en fecouant fa manelette fans fe baifler, afin que le choc du charbon tombant de haut fur le fourneau * l’émiette. Sc le répande également par-tout. Telle efl: la manœuvre pour toutes les char-bonnées qui fe font fur le fourneau , depuis celles fur le fixiéme tas (n°. 78.) du pied de four, & fur le feptiéme (n°. 82.), jufqu’à Ion entier achèvement :
- par où Ton voit que le travail du Cuifeur efl des plus Amples : mais fon Art n’en efl pas plus facile.
- 94. Il efl très-e(Tentiel, que le Cuifeur ait une grande expérience de la conduite du feu ; quil foit un excellent Chauffeur ; les moindres inattentions ou défauts de jugement de la part, peuvent faire manquer l'opération Sc l’entreprife de la Briqueterie en tout ou en grande partie. Ce Chauffeur, en plein air , a bien d’autres obftacles à furmonter , que ceux d'un laboratoire commodément monté.
- 95. Il faut huit à dix heures d’un tems favorable, pour que le feu des foyers (n°. 81.) puiflè fe communiquer à la charbonnée du fixiéme tas (n°. 78.) Cet elpace de tems néceflaire, efl ce qui détermine le plus fouvent les Briqueteurs à mettre le feu dans les foyers vers le foir. D’ailleurs, l’air efl ordinairement plus calme pendant la nuit que de jour : la tranquillité de l’air favorife l’égalité de l’inflammation dans tous les foyers. Il n’y a donc que le mauvais tems qui les oblige quelquefois à différer au lendemain.
- p<5. Les quatre hommes qui veillent cette première nuit (n°. 81.), fourniflfent du bois de corde aux foyers, en y enfonçant de groffes bûches avec de longues perches, aufli long-tems qu’il efl néceflaire pour enflammer la charbonnée du fixiéme tas. C’eft ce qu’ils appellent affurer le feu , c’eft-à-dire > lui donner partout une force égale, & capable de réfifter au mauvais tems qui pourroit arriver, Sc déranger beaucoup le pied de four (n°. 77.)
- 97. S’il fiirvient dans les commencements de l’édifice du fourneau une groflè pluie, qui paroiflfe pouvoir être d’une durée un peu longue, en quoi l’on fçait
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- ET DU BR1QUETIER. 41
- que les gens de la campagne fe trompent plus rarement que les habitans des villes, le Cuifeur ne manque pas de faire croifer auflî-tôt , fur fon fourneau , plu-lîeurs longs fapins en forme de chevrons, & de les faire couvrir de paillaflons pour le garantir une heure ou deux de la pluie, qui, d’ordinaire ne dure pas fort long-tems quand elle eft forte : mais ce font de grandes peines, & qui ne réuftiflent pas toujours. C’eft pour cela que les mois de Juillet, Août ? Septembre & Octobre, font les plus favorables à la cuiflon des briques.
- 98. On juge bien que quand le feu des foyers s’eft communiqué à la char-bornée du fixiéme tas (n°. 78.), & qu’il y a fubfîfté pendant plufieurs heures, le feptiéme tas (n°. 82.) qui recouvre cette charbonnéefe trouve fort échauffé le matin, ainfi que tous les matins, celui de la fiirface fupérieure du fourneau, lorfque l’attelier reprend fon travail. Auffi le Cuifeur forme-t-il légèrement, & le plus vite qu’il peut, la première charbonnée de chaque matinée. Quant à rEnfourneur qui lui fuccede, comme il ne peut pas courir en pofant fes briques, il ne tient gueres qu’un quart-d’heure à cet exercice fans être relevé par fon camarade, malgré la chauiïùre de mauvais fouliers, & l’habitude qui rend ces gens durs à cette chaleur : quelquefois même après cinq ou fix minutes, il eft obligé de fe retirer. Comme les Entre-deux font toujours placés fur les briques qui viennent d’être nouvellement pofées, ils ne font pas dans le même cas.
- 59. Les charbonnées générales fe font régulièrement de trois en trois tas fut toute la hauteur du fourneau, & d’environ un demi-pouce d’épaiffeur for toute fa forface, plus ou moins foivant la qualité du charbon.il s’en fait d’autres petites à chaque tas, qui ne fe conduifent pas de même. La fumée qui fort par tous les joints du lit fopérieur, indique par fon plus ou moins de denfité, les endroits du fourneau où le feu a fait le plus de progrès : comme il faut une continuelle attention à l’entretenir par-tout ifochrone, les petites charbonnées doivent être réglées for ces indices.
- 100. On feroit peut-être tenté de croire que les points où le feu va plus vite, font ceux auxquels il faudroit fournir le moins de matières combuftibles à confomer : c’eft précifémentle contraire. Le Cuifeur fe promene for le fourneau la manelette dans les mains, & ne la vuide qu’aux endroits où il voit le feu plus près de gagner la forface. S’il apperçoit des briques qui commencent à blanchir ou à jaunir par l’exaltation des foufres ou bitumes du charbon inférieur, c’eft-là où il répand le plus de nouveau charbon ; il en jette moins for les joints qui rendent une fomée moins épaifle : & point du tout aux endroits qui ne donnent encore aucun ligne d’inflammation.
- 101. Pour procurer au fourneau une chaleur égale dans toutes les parties de la forface, une chaleur qui puiffe opérer la cuiflon de toutes les briques le plus uniformément poflibie, il eft indifpenfable de retarder l’aélion du feu dans les
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- Conduit® du feu.
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- Placage des foyers.
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- parties de cette furface, où il dénote une extenfion trop précipitée. Le charbon qu’on y ajoute de nouveau opéré cet effet, en bouchant une partie des joints entre les briques qui ne font pas fort ferrées (n°. 88.)
- 102. Je conçois l'opération du feu de ce fourneau, comme l'effet d'un corps élaftique en tout fens* tendant toujours à fe développer & à s'échapper, principalement par la verticale ; & je penfe que le talent duCuijeur, eft de ne laifîer débander ce reffort vers la furface fopérieure, qu'après avoir fait féjourner foffi-famment cette mafTe de feu dans le fourneau* fous une forme peut-être continuellement parallélipipédale, c'eft-à-dire, femblable au corps quarré du fourneau fur une certaine épaiffeur. Nous verrons plus bas comment le Cuijeur parvient à contenir le feu fur les quatre parois ou parements du fourneau.
- 103. Ce qui m'a fait prendre cette idée, c'eft la remarque que j'ai toujours faite lorfque le tems étoit calme, que je pouvois tenir la main contre les parements tout autour du fommet du fourneau, fur environ quatre pieds de hauteur; plus bas, fur environ quatre autres pieds, la main ne pouvoit y relier : la chaleur étoit tempérée , 8c décroiffoit toujours jufqu'au pied du fourneau. En tout, la chaleur n'étoit gueres fenfible aux parements que for environ fept pieds de hauteur totale. C'elt donc cette zone de chaleur qui doit petit-à-petit parcourir en s'élevant toute la hauteur du corps quarré, pour en pouffer focceflï-vement toutes les briques au point de cuilfon qui leur convient,
- 104. Cette maffe de feu monteroit beaucoup trop vite, fi on laiffoit à l'air la liberté de circuler par les foyers du pied de four. Dès que le Cuifeur y a pofé quelques tas de briques crues * il maçonne les embouchures des foyers avec des briques cuites & de l'argile; & s'il a befoin, pendant la conftruétion du fourneau, de pouffer un peu le feu vers quelque partie où il ne fe porte pas affez, il r'ouvre plus ou moins l'une ou plufieurs de ces embouchures.
- ’ R E M A R
- Quoique M. Fourcroy ait expliqué fort en détail la conftruélion du fourneau à briques ; comme la pratique des Briquetiers eft aftfez différente , fur-tout fuivant la gran-> deur des fourneaux, il eft bon de rapporter ce que M. Gallon dit d’un fourneau pour cuire 100 ou 200 milliers de briques : en détaillant ainfi la pratique des différents Ouvriers , le fond de l’art en fera mieux connu.
- Suivant M. Gallon , la bafe d’un petit fourneau deftiné à cuire 200 milliers de briques doit être de 43 briques de longueur, de 41 de largeur, & fon épaiffeur de 32 champs de briques ; ce qui fait dix à onze pieds d’élévation : on fçait qu’un champ de briques eft un lit de briques pofées de champ fur un de leurs longs côtés.
- Q U E S. .
- Pour un fourneau plus petit, qui ne de-vroit contenir que 100 milliers de briques , on met 22 briques en quarré ; & on le monte à 22 ou 23 champs de hauteur.
- On fait à ces fours-ci quatre gueules ou bouches à la face du fourneau ; & pour les fourneaux qui contiennent 200 milliers de briques , on fait fix gueules CD E FG H, comme dans la ( Flanche IX. Fig. <T). Il eft bon de remarquer qu’on choifit pour faire le pied des fourneaux , les briques les plus anciennement moulées, ou les plus féches, ou même qu’on y emploie, comme l’a dit M. Fourcroy, des briques cuites.
- Les trois premières couches font difpo-fées parallèlement les unes aux autres , mais tant plein que vuide : c’eft ce que les Ouvriers nomment clair-champ.
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- ET DU BRIQUET 1ER.
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- L’emplacement du fourneau étant égalifé En même tems qu’on diftribue ce char-ôc applani, la divifion des bouches ou gueu- bon dans l’étendue de chaque maffif, on Charles fe trouve ; favoir , le premier mailif E ge les galeries F Y, &c. ( Fig. J ), d’une cer-( Flanche IX. Fig. 7),na que deux briques taine quantité de bois FX, dans toute leur
- de largeur : on laide enfuite un intervalle F d’une brique ou une brique ôc demie ; le fécond intervalle F, ôc les autres G RL M, font de fix briques, excepté le dernier JV qui eft, comme le premier E, de deux briques : c’eft ce qu’on appelle la face du four,
- longueur Y F ; ôc par-deflùs ce bois, on met du petit charbon Z Y qu’on appelle gayette. On conçoit que tout étant a jour au pied du fourneau , le feu doit fe communiquer par tout.
- On répand du charbon pilé , ou gayette,
- qui eft en total de 42 briques , en fuppofant fur le quatrième tas qui eft repréfenté en N que les fix bouches ont une brique ôc demie ( îig.j) , ou en D E ( Fig. I ) : la quantité largeur. té de ce charbon eft eftimée, fuivant fa bonne
- Ces briques , comme on l’a déjà dit, font qualité: fi c’eft pour la première fois qu’on en toutes pofées de champ. Les trois premiers fait ufage , fon épaiffeur doit être d’un pouce maffifs EFG ( Fig. 7 ) , repréfentent au neuvième ôc dixième tas ; ôc comme on comment les briques font placées à la pre- met le feu lorfqu’on a établi le feptieme tas, miere couche : les deux maffifs H L, font le Briquetier eft à portée de connoître au voir la difpofition des briques à la fécondé neuvième, quelle eft la qualité du charbon couche qui eft pofée fur la première : le maf- qu’il emploie. Lorfque le charbon eft de la fif M eft la troifieme couche qui fe pofe fur meilleure efpece, on peut épargner trois tas la fécondé : enfin, le maffif N eft la quatrie- fur vingt-huit; mais on met toujours des bor-me couche où les briques font jointives ; on dures d’un pouce d’épaifleur 6c de la largeur en met enfuite trois autres qui font pofées de deux briques : ces bordures paroiflfent à M. dans le même fens , ainfi qu’il eft repréfenté Gallon bien imaginées ; i°. pour augmenter par le profil I K ( Fig. 7 ) qui eft pris fur la la chaleur au pourtour du four où l’ouvrage ligne CD de la Figure 7. On voit encore n’eft pas ordinairement allez cuit; 20. parce l’augmentation fucceffive des premières cou- que l’afiFailfement étant plus grand où il y a ches pofées les unes fur les autres , par le plus de charbon, la furface du champ fe conA profil ST (Fig. (f ) pris fur la ligne AB du îerve plus régulière.
- plan, 6c qui séleve jufqu’au feptieme tas ; Il y a des Briquetiers qui épargnent juf-chaque partie eft ponduée relativement à qu’à feize 6c dix-fept tas, en mettant alterna-
- celle du plan auquel elle correfpond.
- Mais pour faire comprendre, d’une maniéré plus fenfible, l’arrangement des trois premières couches qu’on nomme clair-champ, M. Gallon les a repréfentées dans la première Figure fur une plus grande échelle ; enforte que la partie A B fait voir com-
- tivement des couches en plein Ôc Amplement des bordures ; mais par cette œconomie mai entendue, leur fournée eft fouvent manquée* Voici comme ils diftribuent ces lits ôc ces bordures.
- Les quatrième,cinquième ôc fixieme lits ( dit M. Gallon ) font couverts chacun d’une cou-
- inent font difpofées les briques aux trois cou- che dç, gayette d’un pouce d’épaifleur ; au fep-ches EFG de la Figure 7 ; B C les deux tieme lit, on en met moins d’un pouce, ôc on fuivantes , HL ( Fig. 7) : CD eft la couche diminue toujours l’épaifleur de la couche de M ( Fig. 7 ) ; ôc DE la couche N (Fig. J), gayette jufqu’au quinzième lit,où la couche de On voit par cette figure première , que les charbon fe trouve réduite à un demi-pouce d’é-intervalles qu’on laiffe entre les briques font paiflfeur : au feizieme lit,on ne met qu’une fim-égaux aux épaifleurs des briques. La pre- pie bordure ; le dix-huitieme eft couvert en miere étant pofée comme AB, on place la plein : il n’y a qu’une bordure au dix-neuvie-
- feconde obliquement ; de forte que les deux extrémités de la brique F portent furies bouts oppofés des briques G1, 6c de même de toutes les autres. Au troifieme tas , C D ,
- me ; la couche eft en plein au vingtième ; on met feulement une bordure au vingt-unie-me; ôc ainfi alternativement jufqu’au haut du fourneau , pour lequel on emploie cin~
- les briques çroifant en équerre les briques du qualité muids de charbon , Ôc deux cordes dt premier tas, elles coupent perpendiculaire- bois : ceux qui n’emploient que quarante ment celles du premier tas A B c oblique- muids de charbon font de mauvais ouvrage, ment celles du fécond B C. Enfin , au qua- Pour lier ôc contenir dune maniéré folide trieme tas DE, les briques qui font join- tout le maffif du fourneau, on fait des bor-tives forment l’aflemblage des trois premiers dures en briques : ces bordures commencent tas. par deux briques de largeur : au feptieme tas
- Avant d’établir ces quatre tas, on remplit ( Fig. 2 ), les rangs E F G qui répondent aux les vuides des clairs-champs , avec de gros bouches des fourneaux font du même fens ; morceaux de charbon de terre, d’un volu- ôc le refte de la couche eft d’un fens oppofé me cependant à pouvoir entrer dans les jours H, en retranchant aux bords IK ( Fig. 3. ) une K L, ôc defcendre, jufqu’au fond du four, demi-brique fur laquelle on forme,par d’autres
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- TU 1 L1ER
- c d font de deux briques ôc demie de hau-teur, ce qui forme trois tas ; les briques du quatrième e f font en faillie de deux à trois pouces , ôc les briques du cinquième g h ferment tout à fait la voûte du fourneau, qui j comme on voit, eft par encorbellement: cette difpofition régné dans toute l’étendue de la galerie.
- Le fourneau étant à toute fa hauteur, on le couvre dans toute fon étendue avec une couche de vieilles briques pofés à plat, qu’on arrange tout près les unes des autres , ôc fur lefquelles on jette une certaine épaiffeur de terre.
- A mefure que le fourneau s’élève , on le crépit avec de la terre graffe : quelques Bri-quetiers, non contents de cet enduit, ôc pour être plus maîtres de conduire leur feu, ôc pour empêcher que l’air extérieur n’y pénétré , accumulent de la terre en talut tout autour du fourneau, de maniéré qu’elle s’élève quelquefois jufqu’au tiers de fa hauteur.
- 105. U activité5 du feu de ce fourneau dépend en grande partie des qualités de la terre & du charbon qui le compofent. Il n’eft pas poffïble d'éclaircir dans un Mémoire ce point important. Les meilleurs Ouvriers ne s’y connoif* fent, que par quelques expériences ordinairement couteufes pour les Entrepreneurs. On peut elfayer la terre à briques, comme je l’ai dit ( n°. 7.) ; au lieu que fi le Marchand de charbon en fournit qui foit d5une autre veine que celui dont on s’efl: fervi précédemment, il peut arriver que fa qualité foit très-différente. On fçait qu5il y a du charbon de terre qui ne convient, ni pour les forges , ni pour les cuves des Brafleurs, parce qu5il brûle fubitement tous les métaux ; il y en a de même qui vitrifie toutes les briques : il eft prefqu’inévita-ble d5y être trompé quelquefois.
- 44 U A RT DU
- triques inclinées, une bordure que les Ouvriers nomment éperon, qui fert à foutenir le huitième tas ( Fig. 2 ) , qui doit couvrir cet éperon ôc arrêter le côté du four : cette huitième côuche prend alors un arrangement tel que la Figure 2 le repréfente ; c’eft-à-dire, que la bordure fe fait de quatre briques, ôc elle ne changera plus dans toutes les autres. On voit par cette Figure,que l’éperon fe tranf-porte alternativement ôc en fens contraire, tantôt fur une face ôc tantôt fur l’autre ; de manière que le refte de la couche eft toujours placé comme les briques des éperons.
- Il faut aulfi remarquer que chaque tas de briques fe croife toujours dans le milieu, avec celui fur lequel il eft établi; mais non pas la bordure, qui cependant eft liée avec le malfifparla demi-brique que recouvrent les éperons.
- Il refte encore à expliquer comment on arrange les briques pour former les fourneaux g h ( Fig. 8 ) : les pieds droits a b ,
- REMARQUES.
- MM. Gallon Ôc Fourcroy difent qu’on ne peut conftater avec préciiîon la quantité de charbon néceffaire pour la cuiffon des briques ; qu’il faut pour cela l’avoir éprouvé ; que cependant on préféré celui qui eft net, brillant ôc argenté ; que fes effets font proportionnels à la quantité de phlogiftique qu’il contient. C’eft à caufe de cette incertitude , que les Briquetiers ont coutume de mettre
- le feu à leur fourneau dès la feptiéme couche de brique, pour ménager la diftribu-tion de leur charbon , fuivant les connoif-fances qu’ils acquièrent : quand leur charbon leur paroît d’une aftfez bonne qualité, ils achèvent leur fournée avant d’y mettre le feu ; mais il eft fort rare de voir des Ouvriers qui prennent ce parti.
- Quantité du charbon.
- 106. Quant à la quantité du charbon qui eff propre aux Briqueteries, j5ai fiiivi la conftruélion de plufieurs fourneaux de cinq cents milliers chacun, dans lefquels j5ai vu qu’il étoit entré environ fix à fept pieds cubes de charbon par millier de briques à cuire : ce charbon pefoit foixante-fix livres le pied cube. Dans d’autres, il en entre jufqu’à huit ôc neuf pieds cubes par millier ; Ôc
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- Raientirle
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- dans d’autres peut-être moins de quatre pieds : tout ce charbon mefuré comme il vient des mines, plus en poujjïer qu’en morceaux.
- 107. Lorfque la qualité de la terre ou celle du charbon , a été reconnue telle que le feu doive y faire rapidement Ion effet, on efl obligé d’en charger les fourneaux à deux mains, c’eft-à-dire, ( n°. 68.) que deux troupes de douze Ouvriers chacune élevent en même-tems un fourneau fous un même Conducteur ou Cuifeur. Le fourneau s’élève en ce cas de dix & onze tas par jour, ce qui même quelquefois ne fuffit pas : le feu y gagne encore fi violemment la furface, que le Cuifeur efl; obligé de le ralentir à chaque tas.
- 108. Ce n’efl; plus alors avec du charbon, que l’aétion du feu doit être com* feu aveC primée (n0. 10 r J. La trop grande quantité de matière combuflible poufferoit
- la cuiflon des briques jufqu’à la fufion, comme je le dirai plus bas. Le procédé pour ralentir le feu, quand il efl: uniformément trop rapide, efl: d’y répandre du fable : & c’efl; l’ufage qui apprend au Cuifeur la quantité qu’il y en doit mettre.
- 109. Cet effet du fable fur le feu du charbon, fe remarque fiir tous les fourneaux. Il efl: tel, que le fable qui tombe des briques fur le fourneau auprès de l’échafaud par où elles arrivent, efl: capable d’empêcher cette partie de cuire à fon vrai point. On a foin d’étendre fous les pieds du premier Entre-deux B ( Blanche VIII. Figure r. ), un morceau de grolfe toile H pour recevoir ce fable , que l’on rejette au pied du fourneau, lorfque le demi-tas efl pofé (n°. 91 ).
- 110. Si le Cuifeur s’apperçoit que malgré le morceau de toile les briques de ce bord ne cuifènt pas bien, il fait efpacer un peu plus entr’elles celles des tas fupérieurs ; quelquefois il en enleve une ou deux des tas inférieurs, pour donner au feu la facilité de s’étendre fiir ce côté ; enfin, il y fait mettre quelques affifes de briques cuites, pour éviter le déchet qu’il y auroit certainement dans cette partie, & rétablir l’égalité de chaleur dans toute la maffe.
- in.Les vents retardent toujours la marche du feu, ou la rendent inégale dans l’étendue du fourneau. Le courant de l’air arrêté parles abri-vents (n°. g0.), neaux du
- A ' vent.
- ne peut frapper contre les parements ; mais fes remous plongent néceffairement fur la furface fupérieure, & principalement contre la partie la plus éloignée des paillaflons. Alors le feu repouffé fur lui-même par le vent, fe concentre plus bas, y acquiert plus de reffort, & fait des efforts confidérables pour s’échapper par quelque endroit des parements. C’efl: à cette caufe que j’attribue les foufflu-res que l’on remarque fou vent autour du corps quarré des fourneaux, où l’on voit des briques dérangées, comme en S ( PlancheVllI. Figure 2. )
- 112. Lorfque le Cuifeur s’apperçoit qu’un parement foufRe des efforts du feu, il ne manque pas d’en faire tomber le placage (n°. 79 ). Sans cette précaution , il fe feroit bien-tôt une brèche qui ruineroit tout l’édifice. Les joints du Art du Tuilier et du Briquetier. M
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- Lézardes aux fourneaux»
- Progrès des fourneaux-,
- 4* L'ART DU TUILIER
- parement, ainfi que lés embouchures dés foyers, font autant de regiftres qu’il ouvrir promptement pour donner une iftùe a la matière du feu, dont
- l’aélion totale s’affoiblira fur le champ*
- 113. Les foins d’un bon Cuifeur, ne peuvent Cependant pas toujours empêcher qu’il ne fe faffe quelques lézardes au fdurneàu : c’eft fûr-tout aux angles qu’il doit veiller le plus. Si l’on continuoit à fürcharget un angle dont les briques font déplacées, fans y apporter quelque remedé, il en arrivéroit infailliblement de grands accidents.
- 114. Lors donc que quelque partie menacé ruine, Sc que le feu s’y eft ralenti, c’eft-à-dire, lorfqüe l’exhauiTement dü fourneau a fait élever la zone du feu ( n°. 103.) au-deifus de la partie défeétueufe du parement, le Cuifeur y remet promptement un nouveau placage, dans lequel il a mele de la paille.
- 115. Nous avons vu que le placage ordinaire (n°. 79.) s’applique à 1 afin de chaque journée contre les nouveaux tas. Comme ce placage eft'un mortier liquide dont la terre eft fort divifée, & qu’il fe trouve peu de tems après expofé à un feu très-vif, il fe gerce beaucoup en féchant trop promptement, il fe cuit même & s’attache peu aux briques du parement : ce placage ne Contribue donc pas à la folidité du fourneau ( n°. 83 ). Il n’a d’autre ufage que de fermer les joints, Sc de s’oppofer, tant à la difîipation du feu par les parements (n°. 112.) j qu’à la trop grande viteife qu’il acquerrait dans fa marche, fi les
- regiftres inférieurs demeutoient ouverts.
- 116. Le même effet n’a plus lieu, lorfque ce placage eft appliqué pendant le déclin de la chaleur des parements (n°. 103). Il feche toujours de plus en plus lentement, & forme un enduit affez ferme pour les préfervèr de s’écrouler, fur-tout lorfqu’ort y a mêlé de la paille, qui fait ici l’office des bourres Sc
- laines dans tous les luts, Sc autres enduits.
- j 17. Une muiu de Briqueteurs emploie ordinairement deux heures Sc demie à placer une âlflfe de briques fur le fourneau de notre exemple (n°. 89.), ou trois heures, y compris la charbonnee. L expérience fait voir, que le feu ne monte pas fi vite dans le commencement de fa conftrudtion : pendant les neuf Sc dix premiers jours, je n’ai vu elever les fourneaux que de trois tas en vingt-quatre heures. Mais comme le féu augmente d’aélivité par fon féjour dans ce maffif, il faut lui fournir à proportion fa nourriture Sc fa tâche : on forme donc quatre & cinq tas par jour quand cela devient nécelfaire. Si cependant on char-geoit les nouvelles affifes à contre-tems, c’eft-à-dire, avant que le feu fe fît fentir (n°. 99.) à la furface fupérieure, la quantité de matière, fbit de charbon, foit de briques, ralentirait trop la marche du feu, l’empêcheroit de monter : les nouveaux tas ne cuiroient point. J’ai fouvent vû des fourneaux où ce défaut de conduite Sc ces accidents étoient remarquables ; le feu trop long-tems
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- retenu dans une couche de quelques pieds d’épailfeur, après en avoir vitrifié les briques, & s’étant ouvert des iflues par les endroits foibles de la couche fiipé-* rieure, avoit traverfé toute celle-ci trop promptement , & les briques en étoient prefque crues.
- 118. Lorfque toutes les briques font enfournées > on couvre entièrement le fourneau du même placage que Ton applique aux parements à la fin de chaque journée (n°. 79). Mais les briques des tas près la furface fupérieure ne font jamais cuites à leur vrai point , non plus que celles des parements, en forte qu’elles tombent en déchet fur la fournée: elles ne compofent que de mauvais fes conftruétions fi on les emploie dans les maçonneries. Le feu ne peut jamais acquérir, près les furfaces du fourneau, le même degré d’intenfité que dans le corps quarré, parce qu’il s’échappe dé tous côtés, & que ces fiirfaces font continuellement expofées aux accidents de l’air extérieur (n°» 111. )
- 119. J’ai fouvent remarqué quatre & cinq tas de briques très-mal cuites, & quelquefois beaucoup plus, qui couronnoient les fourneaux : ce qui donne communément plus de quarante milliers de briques défectueufes au fommet d’un fourneau de cinq cents milliers. J’évalue encore à trente milliers au moins les briques mal cuites des parements (n°. 87.): j’eftime donc qu’il fe trouve environ un fixiéme de briques mal fabriquées dans les fourneaux qui réufîïlîent le mieux.
- 120. Je luis perfiiadé que l’on éviteroit un déchet aulîî confidérable, fi l’on n’employoit que des briques cuites aux parements & au couronnement des fourneaux. Il eft vrai qu’il en faüdroit payer la manutention aux Briqueteurs, comme on le fait pour les briques du pied de four : mais, calcul fait, il y auroit encore beaucoup à gagner.
- 121. J’ai dit que la trop grande quantité de charbon perdroit le fourneau» C’eftune expérience conftatée journellement dans les Briqueteries où on l’emploie , que le feu, lorfqu’il eft pouffé à certains degrés de force, fait entrer la matière des briques en fufion , la bourlouffle d’abord, la fait champignoner, réunit & foude plufieurs briques enfemble, change totalement leur forme, au point de n’y plus reconnoître traces du moule ; enfin, la fait couler quelquefois par les foyers comme des ruilfeaux, que l’on m’a dit avoir vu s’étendre julqu’à plufieurs toifes dediftance des fourneaux, dont toute la malle fe trouve enfuite prefque d’un feul morceau fans aucuns intervalles : j’en ai vu qu’il falloit brifer à force de coins & de maffes par morceaux, de trois & quatre pieds cubes»
- 122» Je penfe que la converfion de la brique en verre, eft le maximum des accidents de cette Manufacture ; car il eft évident que toute brique qui a bouilli dans le fourneau, a acquis plus ou moins de vitrification. J’ai fouvent trouvé dans les fourneaux des tubercules de verre tranfparent, fort reffemblant à celui du fond des pots de nos Verreries*
- Coütmv
- nement dû fourneau*
- ûtâûci de*' chet ordinaire fur îei fourneaux*
- k Yitrfc lion des
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- 4§
- U A RT DU TUILIER
- Différents i a 3. L’idée générale que l’on le forme ordinairement des caraétères de la
- *30 s ores de
- cufiTon des meilleure brique, c’efl: d’être très-dure & fonore fans être brûlée. On appelle brique brûlée, celle qui relTemble plus ou moins à du mache-fer, ou aux fcories des métaux ; celle où la couleur noire & l’abondance des cavités fphériques indiquent qu’elles ont fouffert l’ébullition : les briques de cette efpece font toujours déformées ; fouvent jointes inféparablement avec d’autres : elles font luifàntes dans toutes leurs caflures, & donnent du feu fous les coups de bri-1
- i
- quet. Je ne prétends pas dire ici qu’elles {oient moins bonnes dans les conf. truélions, que celles qui font moins cuites : mais elles ne font pas propres à être placées aux parements des édifices ; & fi l’on vouloit pouffer la pluralité des briques d’un fourneau julqu’à ce degré de cuiflon, on tomberoit fouvent dans un excès ruineux pour les Entrepreneurs.
- 124. On juge trop peu cuite au contraire , la brique dont la matière ne s*eft point affez durcie dans le feu, en forte quelle s’écrafe facilement fous le marteau, qu elle rend un bruit fourd quand on la frappe, Sc paroît avoir encore retenu partie des caractères de l’argile crue.
- 125. Je n’ai pû raflembler aflez d’obfervations fur les anciens édifices, pour être parvenu à fçavoir à quel degré de cuiflon avoient été portées les briques qui fe font le mieux liées avec les mortiers ; pour reconnoître fi, comme je le fbupçonne, des briques peu cuites ne s’y font pas durcies avec le tems : s’il n’y a pas quelque action réciproque entre la concrétion des mortiers bien conditionnés ^ & les matières plus ou moins folides dont ils fe faifilfent. Au défaut de ces lumières, qu’il pourroit être important d’acquérir, le jufte milieu ou le degré de cuiflon, que l’on juge communément (n°. 123.) convenir le mieux à ces matériaux factices , c’efl: celui que je crois réfulter de la plus grande chaleur que leur matière puifle foutenir {ans ébullition ; puifque les briques bien formées, très-dures, & fort fonores, ne manquent jamais de fe rencontrer dans les fourneaux, auprès de celles qui font empreintes de quelques marques d’ébullition*
- 126. Mais quel que doive être le point de chaleur le plus propre à nous fournir les meilleures briques , il efl; vraifemblable que l’on peut avec juftice attribuer à la négligence ou à l’impéritie àuCuifeur, la plupart des défauts que Ton remarque dans les fourneaux lorfque l’on en enleve les briques.
- 127. Si, par exemple , le Cuifeur s’abfente pendant l’enfournage, & que le vent s’élève ou change de direction ; comme on n’aura pas alfez tôt ajufté les pàillajfons de l’abri-vent fur cette variation de l’air, le feu fe portera totalement fur l’un des flancs du fourneau : la brique s’y brûlera 9 & celle du flanc oppofé ne cuira point.
- 128. En un mot, la fabrication de ces matériaux en plein air efl: foumife à
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- ET DU BR1QUET1E R. ^
- un grand nombre d’accidents, qui dépendent prefque tous de là rtiaüvaifè volonté des Ouvriers, & du peu de vigilance des gens prépofés à les fùrveiller. Je crois qu'avec plus d'attention, il eft poffible de furmonter les obftacles qui peuvent venir de l’intempérie de l’air, & des différentes qualités du charbon ou même de la matière des briques.
- Observations de M. Fourcroï.
- En recueillant les détails que Ton vient de voir, j’ai fait différentes ’expé* riences dont les réfultats pourront avoir leur utilité : ce qui m'engage à les rapporter ici fommairement.
- 129. En Flandres, les briques font ordinairement moulées pour être de huit pouces de longueur fur quatre de largeur, & deux depaiffeur, après qu’elles font cuites ; & comme il y a des terres qui perdent plus que d'autres fur leurs dimenfions en féchant & en cuifant, on donne au moule depuis deux jufqu'à fx lignes de plus de longueur & de largeur > & deux ou trois d’épaiifeur, fuivant ce que les expériences (no. 7. ) ont indiqué;
- 130. J'ai pefé foigneufement grande quantité de briques fortant d’un moulé de huit pouces trois lignes, fiir quatre pouces trois lignes, & deux pouces deux lignes de dimenfions. Leur poids réduit étoit de "y livres 14 onces. Toutes les briques du même moule bien féchées & prêtes à être enfournées pefôient^ réduction faite , 4 livres 8 onces : elles avoient perdu 22 onces de leur poids par l’évaporation. Toutes celles qui étoient bien cuites pefoient, fortant du four, 4 livres 4 onces poids moyen i ce qui fait 26 onces d’évaporation totale pour chaque brique. J’avois lu ces mots dans l'Hiftoire de l’Académie (Tom. K pag. 22.) : Tout le monde J} ait que la brique eft plus pefaute après avoir été cuite. Ce n'eft point-là la conféquence qui réfulte de mon obfervation, mais plutôt celle que j’ai trouvée depuis dans un ouvrage intitulé : Nouvelle Théorie du mouvement, 1749. pag. 75. où on lit que i argile devient plus dure & plus légère quand on la durcit au feu.
- 131. Suivant les dimenfions de ce moule, il ne faut pas plus de 22 ? briques à 22 7fortant du moule, pour employer un pied cube de matière : enforte qub pour fabriquer 500 milliers de briques, il faut environ 103 toifes cubes dé terres tirées. Ôr, fi les 22 f briques perdent chacune 26 onces de leur poids primitif par l’évaporation totale, le pied cube dé la matière employée pour lés former, aura perdu à peu-près 36 livres ou un demi pied cube d'humidité : c’eft peut-être par cette voie, que M. Gleize (n°. 36. ) a connu ce qu’il faüt employer d'eau pour chaque pied cube de matière;
- 132. J’ai encore obfervé, que fur les 22 onces d'évaporation d’une brique depuis quelle fort du moule jufqu’à ce qu’elle entre au fourneau, une gràndb
- Art du Tuilier et du Briquetier. N
- Dimenfions du moule*,
- Roiâs dès briques crues, 8c leur defie=> chementi»
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- n A RT DU TUILIER
- "Poids des briques cuites»
- Quantité de briques à la toife cube»
- Poids des ciments.
- îmbibi-ïion des briques»
- partie fe fait en un tems fort court. Les briques moulées le matin , font dès le foir* du même jour (n°. $4.) en état d’être relevées, parées 8c mifes en haie. J’ai trouvé par plufieurs expériences, que chaque brique avoir déjà perdu dans ce moment environ 9 onces de fon poids : il lui faut enfuite cinq ou fix femai-nés pour en perdre 13 autres.
- 133. Il y a très-peu de différence de poids, entre les briques bien ou mal cuites du même échantillon. Entre celles dont je parle ici (n°. 129.J, on peut évaluer celles qui font trop cuites (n°. 123. à45 quintaux le millier : les bien cuites à 46 quintaux , 8c les mal cuites (n°. 124.^) à 47 quintaux. Le pied cube de ces briques, fuppofe plein, peferoit environ iij livres : mais ce pied cube eft imaginaire, puifqu’il n’eft pas fans intervalles. Ayant donc arrangé grand nombre de briques des dimenfions 8 , 4 &*. 2 pouces, le plus ferrées qu’il m’a été poffible, j’ai trouvé que l’on doit évaluer le poids de leur pied cube à 104 livres au plus, 8c quil faut 22 f ou 22 f briques au plus pour un pied cube.
- 134. Ce calcul donneroit environ quatre mille huit cents quarante briques à la toife cube. Cependant, une toife cube de maçonnerie de ces briques n’en confomme que quatre mille trois à quatre cents apportées des fourneaux, à caufe des joints. Le compte ordinaire eft d’une bafe de 17 & 87 briques fur trente tas de hauteur, ce qui fait quatre mille trois cents trentq7cinq briques à lâ toife cube, ou vingt briques par pied cube. Mais quand on conftruit les fourneaux, on compte fur cinq milliers par toife cube de maçonnerie, attendu le grand déchet dont j’ai parlé ( n°. 119. )
- 13 )*. On eftime qu’un Maçon habile doit conftruire dans Ùl journée de douze heures de travail, un quart de toife cube de maçonnerie de briques, c’eft-à-dire, employer mille à onze cents briques, & un Ouvrier médiocre huit à neuf cents ; de-là vient, qu’en faifant travailler à la maçonnerie quarrée d’une brique bmtijfe d’épaiffeur, on eftime à deux toifes quarrées la journée d’un bon Maçon, 6c à une toife & demie la journée d’un médiocre : la toife quarrée de cette maçonnerie contient environ cinq cents dix briques.
- 136. J’ai eu occafion de faire piler 8c tamifer des briques de différents degrés de cuiflon, du carreau de chambre, & du tuileau, cherchant s’il y auroit quelque différence à reconnoître entre les poudres de matières fi différentes entr’elles, dans l’ufàge que l’on en fait pour les mortiers. La poudre de toutes ces matières, entaffée 8c preffée avec foin, pefe environ quatre-vingt-huit livres le pied cube : mais je n’ai rien trouvé qui put donner moyen de diftin-guer, fi elle provient de tuiles , de briques ou de carreaux.
- 137. Tous ceux qui ont vu bâtir en briques, peuvent avoir remarqué combien le mortier le plus liquide le deiféche promptement lorfqu’il eft applique fur les briques. L’une des caufes de ce defféchement fubit, eft la qualité que
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- ET DU BR1QUET1ER. $1
- l'on reconnoît aifément à la brique, de s’imbiber de beaucoup d’eau, j’ai*fait quantité d’expériences, qui m’ont appris qu’une brique neuve bien cuite, boit communément au moins neuf onces d’eau, c’eft-à-dire, un huitième de' fon poids, Sc rarement au-delà d’un feptiéme ; que plongée dans i’eau, elle continue pendant vingt-quatre heures au moins à donner des indices d’imbibition, par les bulles d’air qui s’en échappent ; qu’elle s’imbibe également vite, Sc qu’elle acquiert le même poids > foit quelle trempe entièrement dans l’eau> foit qu’elle n’y touche que par un de fes bouts, que l’eau foit chaude ou froide; enfin, qu emdreflant deux briques bout-à-bout l’une fur l’autre avec du fable dans le joint, l’eau dans laquelle on fait tremper le bout delà brique inférieure monte ordinairement, réduction faite, jufqu’à cinq Sc fix pouces de hauteur dans les pores de la brique fupérieure. Y auroit-il quelque liaifon entre cette imbibition de neuf onces d’eau, Sc la première ou prompte évaporation d’environ neuf onces qui fort (n°. 132.) d’une brique récemment moulée ?
- 138. On remarque au bout de quelques années dans les parements dé briques Briques à des ouvrages de fortifications, des dégradations confidérables, occafionnées ïalut* en partie par la naiflànce d’une grande quantité d’herbes, d’arbrifleaux & de plantes qui prennent racines entre les joints des briques. Tous ces parements font conftruits entalut, communément d’un fixiéme de leur hauteur. Il eft évident que pour former ce talut avec des briques de forme parallélipipédale, il faut ou incliner les briques fur leur âfliette d’un fixiéme de leur longueur où largeur, ce qui eft regardé comme de mauvaife conftruélion; ou les affeoir de niveau les unes fur les autres, chacune en retraite d’un fixiéme de fon épaifleur > c’eft-à-dire, de quatre à cinq lignes fur celle qui la fupporte. On recouvre ordinairement cette petite retraite de mortier bien reciré 8c réparé à la truelle*
- Mais en peu de tems les pluies l’enlevent : les terres, la poulîîere , & les graines que le vent tranfporte, en prennent la place, Sc les plantes y germent bien-tôt avec abondance. Pour prévenir cet inconvénient deftrucfteur, les Anciens avoient fabriqué des briques dont un des flancs ou l’un des bouts, étoit moulé au talut d’un fixiéme de leur épaifleur. Nombre d’anciens ouvrages , aux Places de l’Artois, ont leurs parements formés de pareilles briques en talut, & ne font communément point tant dégradés par les plantes que les autres. J’ai vu imiter cette bonne pratique dans quelques Briqueteries des Entrepreneurs du Roi : Sc il feroit à fouhaiter quelle fut générale. On comprend aifément que ces briques uniquement deftinées aux parements > doivent être façonnées dans des moules faits exprès, foigneufement parées, & placées dans le centre des fourneaux : Sc cela n’a befoin d’aucune explication.
- REMARQUES*
- O N fait de tout temps que les maçonne- principalement celles dés murailles en talut, ries en briques font fujettes à fe dégrader, telles que les revêtements des corps de place*
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- C’eft cet objet, intéreffant à l’Etat, qui a engagé MM. Fourcroy Ôc Gallon à étudier h. fabrication des briques , ôc à chercher les moyens de les faire meilleures que par le paffé. On vient de voir quel eft fur ce point le fentiment de M. FoüRCROY. M. Gallon penfe que plufieurs caufes concourent au dépériüement dont on fe plaint : i®. Le défaut de qüalité dans les briques ôc les mortiers qui les unilfent : 2°. La difpofition des taluts : 30. L’expofition de ces taluts.
- Plus y aura de taluts , plus les eaux pluviales féjourneront fur ces furfaces inclinées, fur-tout fi elles font oppofées à un vent violent , ôc qui ait une direction confiante. L’eau retenue fur un pareil plan incliné s’infmue dans lés pores de la brique ôc dans les joints des mortiers ; s’il furvient enfuite des gelées, elles font fauter par éclats tout ce qui a été pénétré d’humidité.
- On remarque que les anciennes briques étoient moins fujettes à cet inconvénient que celles qu’on fabrique aujourd’hui. C’eft la comparaifon que M. Gallon a faite des unes avec les autres , qui a excité fa curio-fité fur un fait qui eft très-intéreffant pour le fervice du Roi. En 1759 , on fut obligé de tétablir à Maubeuge, le demi-front de la porte de Mons ; c’efl-à-dire, une face de baf-tion, le flanc ôc la moitié de la Courtine. Les briques s’empîoyoient à fur Ôc à mefure que les Briquetiers les fourniffoient. On foup-çonnoit bien dès-lors ces briques de n’être pas aufîi folides quelles le dévoient être; mais on étoit prévenu que les terres des environs n’en pourroient pas fournir de meilleures : outre cela, il falloit exécuter l’ouvrage , ôc on n’en avoitx pas d’autres. A un automne pluvieux, fuccéderent des gelées , ôc l’hyver fut long ; toutes les briques de parement de l’ouvrage neuf, éclatèrent; ôc l’été fuivant, l’Entrepreneur fut obligé de rétablir l’ouvrage à fes frais.
- Si les parties des anciens ouvrages avoient fouffert des dégradations, ce n’étoit pas par la mauvaife qualité des briques, qui étoient pleines , dures Ôc fonores , mais par les mortiers qui avoient manqué les premiers. La différence confidérable que M. Gallon re-inarquoit entre les anciennes briques ôc les nouvelles, le détermina à étudier les Briqueteries , pour parvenir à connoître la véritable caüfe de cette différence.
- Perfonne n’ignore que les maçonneries, fur-tout dans les ouvrages qui font à l’abri des injures de l’air, acquièrent beaucoup de dureté par le tems. On étoit difpofé a conclure de-là que la dureté des anciennes briques dépendoit en partie de ce que leurs pores étoient remplis des vieux mortiers dont elles avoient été abreuvées. M. Gallon peu fatisfait de cette idée, a penfé qu’on pouvoir faire maintenant d’auffl bonnes briques que
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- les anciennes , ôc il ne s’efl pas trompé;
- Il avoit à combattre un préjugé établi depuis long-tems , fur la mauvaife qualité des terres dont on difoit être forcé de faire ufa-ge. M. Gallon en garde contre ce préjugé, fe propofa d’examiner fl la mauvaife qualité des briques ne dépendoit pas plutôt de ce que la terre étoit mal préparée, ôc pas affez cuite. Il eut donc recours aux expériences fuivantes , qui font de nature à ne laiffer aucun doute, même à l’égard des Briquetiers qu’il falloit convaincre par des faits.
- M. Gallon pofe comme un principe généralement reçu, que la bonne brique doit être dure ôc fonante ; que le fon vient du reffort des parties , ôc qu’il eft une preuve de l’union intime ôc du refferrement des molécules terreufes. Les pierres dont la contexture eft la plus ferrée , font les plus dures ôc les plus élàftiques : il faut, dit M. Gallon , que l’art cherche à imiter la nature, ôc tende à rapprocher les unes des autres les parties qui eonftituent la maffe totale; ôc cela en employant les deux agents dont on fait ufa-ge, l’eau Ôc le feu : après cette théorie Ample, il entre ainfi en matière*
- La terre à briques, que l’on tire vers le commencement de Novembre, reliant ex-pofée à l’air pendant l’hiver , s’humeâe ôc s’imbibe par les pluies ; les gelées qui fuc-cedent, la divifent en petites molécules , Ôc l'argile en eft plus difpofée à être corroyée* On a vû que quand on veut former des briques avec de l’argile , on la mouille de nou-* veau , on lailfe le tems à l’eau de pénétrer dans la terre , ôc enfuite on la paitrit à plu-fieurs reprifes : c’eft par cette opération, ajoute M. Gallon ,. qu’on peut augmenter la denflté des briques. Voici comme il le prouve : Perfonne n’ignore que de deux morceaux de matière homogène, de figure femblable, de volume égal, celui qui pefe le plus , contient plus de matière.
- C’eft en partant de ces principes Amples, queM. Gallon fit l’expérience fuivante dans la Briqueterie d’un nommé Matthieu Ju-inan , fituée tout près de Maubeuge , fur le chemin de Bitche. Il fit mettre en dépôt, fous un hangar, une certaine quantité de la même terre qu’on employoit ; Ôc il prit cette terre dans l’état où elle eft quand on en fait des briques : il convient que cette terre n’eft pas des meilleures qu’on puiffe employer. Sept heures après , il la fit mouiller Ôc battre pendant l’efpâce de trente minutes : le lendemain on répéta la même manœuvre ; ôc ori battit encore la terre pendant trente minutes : l’après midi, on battit encore cette terre pendant quinze minutes ; après quoi on en fit des briques. Cette terre n’a été travaillée que pendant une heure de plus que fuivant l’ufage ordinaire ; mais elle l’a été en. trois tems différents.
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- La terre ainfi préparée, pefoit 133 livres le pied cube ; & cette quantité a produit 18 briques de l’échantillon ordinaire, & de plus un reliant dont on en forma une dix-neu-vieme de la même longueur & largeur que les autres, mais qui n’avoit qu’un pouce lix lignes d’épaiffeur. Ces briques ont été ram gées par couches, ôc féchées à l’air l’efpace de treize jours ; chaque brique pefoit dans cet état 3 livres 11 onces, au lieu que la brique ordinaire qui avoit été faite en même tems , dans le même moule, & par le même Ouvrier, ne pefoit que 3 livres 7 onces : ainli les briques faites avec de la terre mieux corroyée pefoient quatre onces de plus que les autres. Les moules ont p pouces de longueur , 4 pouces 6 lignes de largeur , ôc 2 pouces 3 lignes d’épaiffeur.
- Les briques de l’expérience ont été enfournées le 1 ÿ Juillet , cuites & défournées le 31 du même mois. On les avoit placées fur la même couche que les briques ordinaires qui leur dévoient être comparées , ôt cuites au même feu ; car à cet égard M. Gallon n avoit affujetti l’Ouvrier à aucune attention particulière. Les briques étant cuites , on n’a point remarqué de différence dans la diminution de leur volume ; mais celles dont la terre avoit été bien corroyée pefoient 3 livres 6 onces ; ôt les briques ordinaires 3 livres 2 onces : il y a donc eu de part ôt d’autre $ onces d’humidité qui fe font diflipées ; mais les briques bien corroyées ont confervé le même avantage de poids après la cuiffon, quelles avoientau for-tir du moule.
- M. Gallon ne prétend pas que cette com-paraifon fe pût trouver la même dans toutes les épreuves qu’on pourroit faire ; mais l’avantage efl toujours refié aux briques bien corroyées. Pour s’affurer de la rélîflance de ces briques d’épreuve avec les briques ordinaires , il tenta de foumettre les unes ôt les autres à des charges refpeêtives.
- Pour cela, il fît faire trois étriers de fer, tels que A ( Ÿlanche IX. lig. J) ) ; les deux étriers B C appuyoient fur les extrémités de la brique pofée de plat ; le troifiéme D, fer* voit à la fufpendre : la brique portant par fa face de deffous fur le couteau E, on la pofoit en équilibre fur ce tranchant qui n’étoit pas affez aigu pour l’entamer ; enfuite on char-geoitpeu à peu de poids égaux les étriers B C9 jufqu’à ce que la brique cédât à l’effort des poids.
- Les briques d’épreuve rompirent après avoir été chargées à chaque bout de 6$ livres , ce qui faifoit en tout 130 livres: les briques ordinaires, cuites à la même couche 9 ne purent fiipporter que 5 £ livres à chaque bout ; en tout 70 livres. Ces expériences répétées toutes fur un nombre de briques de Pune ôt de l’autre efpece, prouvent très-bien
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- que mieux la terre efl corroyée 9 plus il y a d’adhérence entre les parties qui les forment.
- M. G a l l o N ne s’en tint pas là ; il mit tremper dans l’eau une brique d’épreuve, ôt une de celles qu’on avoit faites à l’ordinaire 9 pour leur fervir de comparaifon. La brique d’épreuve pefoit 7 livres quatre onces ; la brique ordinaire 5* livres une once ; toutes deux reflerent tremper dans l’eau pendant vingt-quatre heures : celle d’épreuve a pefé 6 livres 3 onces ; ôt la brique ordinaire y livres 1 j onces : la brique d’épreuve s’efl donc chargée d’une once d’eau de plus que la brique commune. Il efl bien fingulier qu’une brique qui contient dans un même efpace trois onces de plus de matière 9 ôt qui par conféquent efl plus denfe 9 admette néanmoins plus d’eau» M. Gallon en attribue la caufe aux nœuds auxquels les briques ordinaires font très-fu-jettes : ces nœuds 9 comme on fçait 9 font de petites mottes de terre , qui n’ayant point été corroyées 9 fe durciffent beaucoup à la cuif-fon 9 ôt font dans les briques des corps étrangers qui font impénétrables à l’eau ; au lieu que les briques d’épreuve font des corps homo* gènes que M. Gallon croit plus propres à réfifler 9 que ne peuvent être les briques qui font de denfité aufli inégale. Cela peut être j mais il efl probable qu’en répétant cette même épreuve fur un nombre un peu confi-dérable de briques , on trouveroit que celles dont la térre a été bien corroyée n’imbibe pas plus d’eau que les autres 9 fur-tout fi on laiffoit les unes ôt les autres tremper douze ou quinze jours dans l’eau.
- M. Gallon ajoute, qu’en rompant ces deux briques d’efpece différente, on apperce-voit que les briques communes étoient pleines d’afpérités ôt de parties d’inégale denfi-té, au lieu que celles de fon épreuve préfen-toient une texture uniforme.
- S’il efl très-important de bien corroyer la terre dont on veut faire la brique, il n’efl pas moins effentiel que cette brique foi-t bien cuite : le feu, dit M. Gallon , efl l’agent principal qui produit l’union des parties ; mais il faut en même-tems pouvoir en régler l’action , en l’augmentant ou en le diminuant fuivant le befoin^ ôt c’efl ce qui n’efl point pratiquable dans la conflruclion des fours ordinaires.
- Il faut confidérer le mafîif dont nous avons parlé plus haut, comme une fphere de laquelle partent quantité de rayons de feu ou de chaleur , qui tendent à s’étendre au-dehors ; mais l’enduit d’argile qui recouvre l’extérieur des briques, joint à la bordure de terre qu’on accumule au pied du four, tous ces obfla-cles retiennent beaucoup de ces rayons ignés qui font répercutés vers le centre : la chaleur trop vive en cet endroit, met des briques en fuflon ; elles s’attachent les unes aux
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- 54 L'ART DÜ
- mitres, & forrrient ce qu’on appelle des roches , du bifcuit ou des vafes crues.
- Ce qui prouve encore le grand effet du feu nu centre de la fournée, c’eft, ajoute M. Gallon , l’affaiffement dans cette partie * qui, pour l’ordinaire, eft de fept à huit pouces & quelquefois davantage : c’eft même de ce point que partent les Briquetiers pour juger du fuccès de leur fournée. Il y a cependant un déchet qu’on regarde comme inévitable , & qu’on eftime communément d’un Vingtième, c’eft-à-dire, de dix milliers fur deux cens milliers. Pour diminuer confidérable-ment cette perte, M. Gallon penfe qu’il ne s’agiroit que de modérer la chaleur, fur * tout lorfque la fournée eft entièrement achevée : c’eft alors, dit-il* que contenant plus de charbon , l’aêtivité du feu eft la plus grande. Voici un moyen qu’il defireroit qu’on éprouvât fur une petite fournée de i o à 12 milliers ; car, ajoute-t-il, on fçait que ce qui paroît, par le raifonnement, porter un caraêtere d’évidence , ne réufîit pas toujours dans l’exécution : voici l’idée de M. Gallon.
- Il faudroit conftruire avec les briques mêmes , au centre du fourneau une cheminée d’un pied & demi ou de deux pieds en quarté , qui régneroit dans toute la hauteur de la pile, & pratiquer de même, au rez de chauffée , ou plutôt au-deffus du fixieme tas une communication ; en obfervant d’y faire un enduit d’argile, ainfi qu’au-dedans du tuyau de la cheminée. On rempliroit de bois la galle-rie *& la cheminée , on allumeroit ce bois avant de mettre le grand feu dans la totalité de la pile : la partie fupérieure de la cheminée pourroit fe fermer à volonté au moyen d’une plaque à laquelle on ménageroit plu-fieurs regiftres.
- En ménageant cette cheminée ôt la galerie de communication, il en réfulteroit deux avantages : le premier, feroit d’échauffer par degrés toute la pile, par le moyen du feu mis au bois quelle contient, avant d’allumer les fix fourneaux ; le fécond avantage feroit de pouvoir conduire convenablement le feu, l'oit en ouvrant, foit en fermant l’évent ou quelques-uns de fes regiftres : mais , dit M. Gallon , je ne propofe ceci que comme une idée à laquelle il ne faut avoir une pleine confiance qu’après qu’on en aura fait l’expérience.
- Indépendamment de tout ce qui vient d’être dit fur la préparation de la terre & fa cuift fon , M. Gallon penfe que le choix de la terre eft une partie bien effentielle pour faire de bonnes briques ; & à cette occafion il parle d’une efpece de terre qu’on droit autrefois de la Couture Saint Quentin près Maubeuge , •d’un terrein qui appartient aux pauvres 6c dont l’adminiftration eft confiée aux Magif-trats de la Ville : voici des expériences qui prouvent que cette terre eft d’une qualité fu-
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- périeure à celle qu’on a coutume d^employen
- M. Gallon a fait prendre une certaine quantité de cette terre : après une préparation très-commune, on en a moulé des briques qui ont été placées dans un fourneau ordinaire , & cuites avec le charbon de terre. Ces briques façonnées dans le même moule où on avoit façonné les autres, après avoir été bien féchées, pefoient chacune 5 livres 12 ou 13 onCes : après leur cuiffon , elles fe font trouvées réduites à j livres 6 onces : appliquées à la balance d’épreuve , elles ont porté 440 livres, c’eft-à-dire, 220 livres.fur chacune de leurs extrémités. En fe rappellant pareille expérience rapportée plus haut, on trouvera cette force confidérable , en comparaifon de celles de terre corroyée avec foin , qui ont rompu à la charge totale de 130 livres , ou Ù5* livres fur chaque extrémité. Ces briques-ci font dures , fonantes , & d’un rouge-brun. Une brique bien faite, fabriquée à ufte nouvelle Briqueterie établie à la porte de France, fur les terres de M. le Vicomte de Rouvroy , n’ayant pû rompre, quoique chargée fur chaque bout de 241 livres, M. Gallon n’a pû connoître exaêlement quelle pouvoit être fa force. Cette expérience fait appercevoir combien la nature des terres influe fur la qualité des briques , & combien il eft important d’éprouver les terres qu’on def-tine à faire des briques. Mais plufieurs raifons d’œconomie empêchent les Ouvriers d’apporter à leurs ouvrages toutes les attentions néceffaires ; c’eft néanmoins ce qui fait que les anciens ouvrages en briques étoient bons & folides , pendant que ceux qu’on fait aujourd’hui périffent très-promptement.
- Il eft bien prouvé que le choix d’une bonne terre, fa préparation & fa cuiffon parfaite, font des articles effentiels pour faire de bonnes briques ; mais comme toutes les denrées ont augmenté de prix , il eft jufte de préfen-ter à l’Ouvrier un bénéfice proportionné, fans quoi il emploiera toute Ion induftrie à faire de mauvais ouvrages , afin de pouvoir vivre de fon travail : ôc il arrive de-là, que le peu de durée des ouvrages ruine celui qui veut réduire à trop bas prix le travail des Ouvriers. Pour mettre un prix équitable à une marchandife, il faut connoître les be-foins de l’Ouvrier , s’inftruire du prix des vivres, afin que fçachant d’un autre côté la quantité d’ouvrage qu’il peut faire, le Maître qui l’emploie puiffe le mettre en état de fub-venir à fes dépenfes journalières ; ôc ces détails doivent s’étendre depuis les principaux Ouvriers, jufqu’aux Manœuvres : il n’y a point d’Ouvrier raifonnable, qui ne fe fou-mette aux régies qu’on lui prefcrit, lorfqu’on lui fait appercevoir un profit raifonnable. Voici quelles font ces régies :
- Lorfque par des expériences, on fe ferâ affuré que la terre eft de bonne qualité, il
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- faut i°. tirer la terre avant l’hiver , ôt l’étendre à une médiocre épaifîeur, pour quelle puiffe recevoir les influences de la gelée*
- 2°. Dans la faifon de mouler , après avoir étendu le volume de terre qu’on veut préparer, on l’imbibera d’une fuffifante quantité d’eau pour que cette terre puifle en être pénétrée par-tout. On iaiiïera le tas en cet état pendant une demi-heure ; on la mettra en'' tas fuppofés de neuf pieds en quarré , fur un pied d’épaiflfeur, ce qui fait quatre-vingt-un pieds cubes, qui, à raifon de dix-huit briques par pied cube, produira mille quatre, cénts cinquante-huit briques : il faut trois tas par table pour la journée d’un bon Mouleur* f 3°. La demi-heure étant écoulée , le Batteur de terre ôt le Mouleur paîtriront avec les pieds , ôt pendant une heure chacun de ces tas ; ils finiront par les retourner ôt les polir avec la pelle mouillée , ôt les laifferont couverts de paillaflons jufqu a l’après-midi du même jour.
- 4°. Au bout de fept à huit heures, ils remêleront chacun de ces tas fans y mettre d’eau, à moins qu’un grand4hâle n’eût trop durci la fuperficie ; en ce cas, on en pour-roit jetter un peu fur le defliis ; on emploiera encore une heure à paîtrir chaque tas, feulement avec le hoyau ôt la pelle, en obfer-vant de changer les tas de place, lorfqu’on en retournera la terre : Ôt à cette fois on donnera aux tas la forme d’un cône.
- 5"0. Le lendemain, de grand matin, oii remuera encore cette terre pendant un quart -d’heure : après quoi, elle fera en état d’être employée par le Mouleur.
- On fent bien que pendant qu’on emploie la terre de ces trois premiers tas, on en prépare trois autres pour le lendemain ; il doit donc toujours y avoir fix tas de terre en train pour charger la table : mais cela ne fe peut faire qu’en employant un Batteur ôt un Routeur à la préparation de la terre, comme cela fe fai-foit autrefois. Le retranchement qu’on a fait d’un Ouvrier, ne fait qu’une épargne de 3 fols 3 deniers par millier, ôt ce retranchement influe beaucoup fur la qualité de la brique.
- Quand il fait beaucoup de haie, les briques moulées peuvent être enfournées au bout de quinze jours.
- M. Gallon aiïiire qu’avec les précautions que nous venons de rapporter d’après lui, on fera d’aufli bonnes briques que celles des Anciens.
- J’ajouterai, qu’il eft eflfentiel que la brique foit mouillée après être fortie du fourneau j
- d. 2 ))
- quand elle ne l’a pas été, elle afpire l’humidité du mortier , qui alors ne prend point corps, ôt tombe en poufliere : c’eft une obfer-vation que nous avons eu occafion de faire plufieurs fois ; ôt c’eft par cette raifon, que quand nous faifons employer de la brique ôt du carreau récemment fortis du four, nous les faifons tremper dans de l’eau, à moins que des pluies abondantes ne les- aient fuffi-famment humeclés.
- M. Durand a écrit de Douay à M; Perron N et , i°. qu’il y a des Briquetiers qui font une galerie, qui coupe à angle droit toutes les galeries ou fourneaux ; cette galerie s’étend d’une face du four, où.il n’y a point de gueule,jufqu a la face oppofée : en mettant le feu à cette galerie, il fe communique à toutes les autres.
- 20. Il dit encore qu’il faut à peu-près fept coupes de charbon de terre ou de houille $ par millier de briques : la coupe pefe cinquante livres poids de marc.
- 30.. Que le charbon deMons, eft réputé le meilleur pour cuire la brique.
- 4°. Qu’il faut à peu-près vingt à vingt-cinq jours, pour cuire un four de quatre cents milliers de briques.
- 50. On penfe que la tourbe ne feroit paà un feu affe& vif pour cuire la brique, fuivant la méthode ulitée dans le Haynaut.
- 6°. Je fçais qu’on fait en Hollande d’excellentes briques avec la tourbe ; ôt que les fours fort grands font à peu-près femblables à ceux qui font au bord de la Seine , les arches font feulement plus grandes,& les mottes de tourbe qu’on y brûle font fort grofîes. On m’a promis des détails fur ces Briqueteries : s’ils me parviennent, je les donnerai par addition ; mais en attendant, je puis affûter que M. de Corbeil qui a fa terre auprès de Mon-targis, y a cuit afîez confidérablement de briques avec de la tourbe,dans des fours femblables à ceux de Montereau ; ôt ces briques qui font depuis plus de douze ans en œuvre fe foutiennent très-bien. M. de Gorbeil a feulement éprouvé l’inconvénient des roches ; ce qu’il attribue à ce que fa terre étoit trop fufible ; peut-être ce défaut dépendoit-il de ce que le feu n’étoit pas conduit avec aflez d’art. Mais il réfulte des opérations de M. de Corbeil, que la tourbe donne plus de chaleur qu’il n’en faut pour cuire de la brique : c’eft une remarque qui pourra être fort utile à ceux qui feroient dans des Provinces où l’on trouve beaucoup de tourbe, ôt dans lefquelles le bois ôt le charbon de terre foni rares.
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- RESE^
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- r A RT DU TUILIER
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- EXPLICATION DES FIGURES-
- PLANCHE I.
- 3La plupart des Figures de ces Planches, font prifes fur les defleins de M. Gallon. J’y en ai ajouté plufieurs
- pour l’intelligence de ce qui fait la matière des Notes.
- Fig. 2 . Une poignée de tuiles, dans Tordre où on les arrange pour les mettre en tas : les crochets font en dehors, & le plat des tuiles fe touche.
- Fig. 3. Une poignée de tuiles , comme on les arrange pour les mettre en haie, foit fous le hangar, foit dans le four: les crochets empêchent que les % tuiles ne fe touchent par leur plat.
- Fig. 4. Table du Mouleur; aa , terre préparée à être mife dans le moule; b, caiffe où Ton met le fable fec, pour empêcher que la terre ne s’attache à la table ou au moule ; c, vafe rempli d’eau , pour mouiller le moule & la plane ; d, archet pour couper la terre ; ee, palettes pour porter les tuiles; f> le moule : g, la plane.
- Fig. y. Moule pour les tuiles plattes repréfenté en grand ; au-delfous de^, efl: l’entaille où fe forme le crochet.
- Fig. 6. La plane vûe en différentes fituations : elle fera encore repréfentée fur la Planche V.
- Fig. 7. Palette ou planche pour porter les tuiles fur la place.
- Fig. 8. Selle pour battre les tuiles, quand elles font à moitié feches.
- Fig. 9. La batte pour battre les tuiles fur la felle de la Fig. 8, & en comprimer la terre : fi Ton battoit ainfi les briques , elles en feroient meilleures.
- Fig. 10. Efpece de rateau fans dents, ou râble pour drefler & égaler le terrein. Fig. i i. Tuiles dans la pofition où on les met fur la place au fortir du moule.
- Fig. 12. Halle pour mettre les tuiles en haie, & où elles fechent avant de les mettre au four.
- Fig. 13. Grand moule pour les fêtieres.
- ‘ Fig. 14. Moule pour les tuiles creufes : celui pour les tuiles gironnées efl: à peu-près femblable.
- Fig. 1 y. Fêtiere moulée.
- Fig. 16. Moule pour les briques ; ce moule efl: ordinairement double : il y en a néanmoins qui ne font deftinés qu’à mouler une feule brique à la fois.
- Fig. 17. Tuile creufe, moulée & cuite ; au-deffous on en voit deux autres >
- 1 pofées dans l’état où on les met en place fur les bâtiments.
- Fig. 18. Tuile en5y on voit au-deflbus de quelle maniéré on les pofe fur les bâtiments.
- Fig. lÿ•
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- ET DU B R IQ U ET 1 E R.
- Fig. lç. Tuile bordée ; on voit au-deffous la maniéré dont elles font pofées fur les bâtiments.
- Fig. 20. Grandes briques pour couvrir un parapet eh dos-d’âne.
- La Fig. 21. repréfente quelques conftruélions particulières de briques en lofànge : on en trouve de pareilles dans des édifices anciens.
- La Fig. 22. fait voir comment on met les tuiles en haie fous la halle : a a, premier lit ; b b, fécond lit; ce, troifieme lit.
- Fig. 23. Carreau ; au-defious on voit comme on les arrange fous la halle : fouvent on les met de champ.
- La Fig. 24. repréfente comment on moule les fédérés; <2, fédéré cuite qui fert à courber les autres ; bb, piece de bois arrondie qu’on pofe fur la fêtiere cuite, pour courber celle qui a été moulée & féchée; cc, tuile que fon courbe; b b, poignées par le moyen defquelles on enleve la fêtiere courbée, & on la metfécher fur un de fes bouts: abcp la même tuile courbée vûe par un des bouts.
- PLANCHE IL
- jGette Planche a été gtavée d’après les deflfeins de M. Gallon ; elle repréfente le grand four confinait près le Havre de Grâce, & où l’on fait cuire la brique & la tuile avec du bois.
- Fig. 1. Plan du four. ABCD, lignes ponétuées fuivant lefquelles ont été faites les Figures 2 & 3. NQPO, mur de briques qui forme le corps du four. FGHJ, contre-mur bâti plus à la légère, & fortifié par des contre-forts. L’efi-pace/]fqui eft entre le mur NQPO & le contre-mur F G HI, efl: rempli par une maçonnerie en terre. 555, gueules du four par lefquelles on met le feu fous les arches. EFIK , appenti qui embrafle les trois gueules 555. Les Chauffeurs couchent fous cet appenti, & on ouvre ou Ton ferme les portes t TXT, fuivant qu’on veut exciter ou ralentir le feu. FX, portes pour charger & vuider le four : on les maçonne pendant la cuiffon. XX, de l’intérieur du four marquent les fommiers vûs par-deflus. RR R, le defîiis des arches qui forment des banquettes ; 1,2 & 3, briques pofées en travers pour donner de la folidité aux arches. WZ, champs de briques pofées dans le four.
- Fig. 2. Profil du même four, pris fur la ligne DC du plan. PQ, murs du four. VX, portes pour charger & décharger le four. 555, arches fous lefquelles on met le feu. XX, fommiers. RR , arrafement du defîiis des arches qui forme le gril ; 1 , 2 & 3, briques de champ qui lient les arches les unes avec les autres.
- Fig. 3. Profil du même four, pris fur la ligne AB du plan. OP, murs qui forment le corps du four. H5, contre-murs. RR RR, coupe d’une file d’arches par leur clef. 5, une des bouches qui répondent à la file d’arches R R R R. 1,2 & 3 , briques de champ , qui areboutent les arches les unes contre les autres. Art du Tuilier et du Briquetier. P
- V
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- s8 L'ART DU TUILIER
- M , brigues qui forment le gril ; IL K , l’appenti qui renferme les trois
- bouches.
- PLANCHE 111.
- Cette Planche eft entièrement faite fur les defFeins de M* D.
- Fig. ï. Pian des fours de Montereau, des environs d'Etampes 8c du rein de la forêt d'Orléans. NOPQ eft le cotps du four; on y voit le deffiis des arches. SS, entrée des arches* T, le fommier. V, la bombarde où Ton établit le grand feu. Cette partie eft difpofée de façon , que la voûte s'élève plus du côté de S, que du côté de la porte Y. X, chaufferie fous laquelle relient les Chauffeurs * pendant tout le teins que le feu eft au fourneau. Au-deffous de Y, projection du trou par lequel s'échappe la fumée qui pourroit incommoder les Chauffeurs ; & au-deflus de Y, eft la porte qui communique de la chaufferie dans la bombarde ; c'eft cette porte qu'on maçonne jufqu'à moitié de fa hau* téur avant de mettre le grand feu : on la ferme entièrement quand l'ouvrage eft cuit.
- La Fig. 2. repréfente le corps du four coupé au-deffus de l'arrafement des arches. NOPQ, corps du four. SS, l'entrée des arches. T, le fommier. AS, l'arrafement du deflùs des arches. BS, pareil arrafement fait avec les briques qu'on met de champ pour lier les arches les unes aux autres, & leur donner de la folidité.
- Fig. 3. NOPQ, le corps du four coupé au-deffùs du gril ou guilk (les Briquetiers difentfun & l'autre). SS, l'entrée des arches. T, le fommier. On Voit ici comment eft carrelé le bas de quelques fours, pour former les lumières par lefquelles la chaleur fe communique du deflous des arches dans le corps du four.
- Fig. 4. NOPQ, le corps du four chargé de tuiles : il faut qu’à tous les champs les tuiles fe croifent ; mais les uns mettent les tuiles d'un même fens à chaque champ dans toute l'étendue du four, & d'autres les arrangent par bandes, comme on le voit repréfenté dans cette Figure.
- La Fig. 5. fait voir comment on arrange les premiers lits de briques fîir le gril, ou lorfqu'on veut faire des lacets, foit avec des briques, foit avec des carreaux.
- Fig. 6. Elévation du four vû de face. HNQ, le bas du four jufqu'au-deflus du gril. On voit au travers de la coupe de la bombarde les arches SS, le fommier T, 8c deux ouvertures triangulaires 1K , par lefquelles la chaleur fe communique dans le four. On met devant ces ouvertures plufieurs rangs de brique, pour recevoir la grande impreffion du feu. EF GH, le corps du four dans lequel on arrange l’ouvrage. On voit ça 8c là des elpeces de boffàges ; ce font des grais qu'on y met, quand on en a, pour lier plus exactement le corps
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- ET DÜ B R I QU ET 1 E R. i9
- du four, parce qu’ils font parpin : au-delfus de V > eft la porte par laquelle ori charge le four.
- Fig. 7. Le même four vû en perfpeétive. X, chaufferie. V, bombarde. G, porte par laquelle on enfourne, PDQC, arrachement : ils défignent où Tort place quelquefois des contre-forts.
- Les fours , dont il efl: ici queftion, ne font point couverts ; il y en a d’autres qui font voûtés par-delfus.
- Ces fours voûtés font repréfentés dans la Planche VL Figure 4. & Ton y conftruit de petites cheminées A , qui furmontent la voûte ; elles font au nombre de vingt ou vingt-cinq, fuivant la grandeur du four ; on les nomme évents ou lumières, BCy ceinture de fortes moifes de bois, qu’on met quelquefois pour fortifier le four & empêcher qu’il ne s’ouvre. D , porte pour charger le four par en bas. E, fenêtre pour charger le haut du four. Le bas de ces fours voûtés efl: le même que celui repréfenté par les Figures 6 & 7. de la Planche III.
- La Fig, 8. repréfente comment on dilpofo les tuiles dans le fourneau ; elles font trop écartées les unes des autres dans cette Figure : elles devroient fe toucher, faufl’épaififeur du crochet.
- La Fig. 9.fait voir en grand, comment on arrange les briques ou les carreaux pour former des lacets.
- On voit dans la Fig. 10. ces mêmes lacets difpofés dans un autre fens.
- Fig. ii. Fourches de différente grandeur * fervant à introduire les fagots fous les arches ; ces fourches font de fer jufqu’au tiers de leur longueur, & le refte de leur manche efl de bois > & entre dans une douille* '}
- PLANCHE 1K
- Les Figures de cette Planche font entièrement prifes fur les defleins de ÎVL Fourcroy*
- Fig. 1. Pelle de tôle ; elle fort à nettoyer les places lorfque la forface dû terrein n’eft ni trop dure , ni trop inégale ; on l’emploie auffi à charger le char^ bon dans les mannelettes pour le répandre fur le fourneau.
- Fig. 2. Houe de fer recourbée , qui fort à nettoyer les places dont il faut abattre les filions, & remplir les creux.
- Fig. 5. Dame de bois, pour affermir le terrein nouvellement remué,
- Fig. 4. Pouflfoir de bois, pour égaler & étendre le fable fur les places*
- Fig. J. Rateau de bois ordinaire, fervant au même ufoge,
- Fig. 6. Louchet ou Bêche pour tirer la terre.
- Fig. 7. Écope ordinaire, ou Pelle creufo pour jetter l’eau, ^
- Fig. 8. Pellette de fer, ou Bêche étroite pour remuer les terres.
- Fig. 9. Houe à démêler : elle fort à battre la terre que l’on prépare*
- Fig. 10, Pelle de bois fervant à démêler.
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- r ART DU TUILIER
- Fïg. il. Paillalfons ordinaires.
- Fig. 12. Pelle de bois ferrée, qui fert à remuer le fable.
- Fig. 13.Pelle du Brouetteur, fervant à charger la terre.
- Fig. 14. Brouette coffrée pour tranfporter les terres , le fable & le charbon,
- Fig. ij. Minette ou coffre, dans lequel on met le fable pour faupoudrer le moule Sc la table. c
- Fig. 16. Seau de bois, pour tranfporter Peau fur là brouette jufqu’à là table du Mouleur.
- Fig. 17. Bacquet qu’on emplit d’eau, pour être mis fur la table du Mouleur.
- Fig. 18. Plane fervant à emporter la terre qui excede le moule.
- ' Fig. 19. Moule pour deux briques, vu dans différentes pofkions; fes bords font garnis de fer blanc, pour qu’il ne s’ufe point.
- Fig. 20. Table à mouler ; a, place du bacquet ; bc, endroit où eft le moule.
- Fig. 21. Brouette du metteur en haie ; elle peut contenir Jo briques.
- Fig. 22. Brouette du Rechercheur, fervant à tranfporter les briques au fourneau.
- Fig. 23. Batte garnie de fer, pour écrafer le charbon.
- Fig. 24. Batte qui n’eft point garnie de fer, Sc qui fert au même ufage.
- Fig. 2J. Mannelette d’ofier , avec laquelle on tranfporte le charbon fur lé fourneau.
- PLANCHE V.
- Çëtte Planche rëprêfentè la difpolîtion d’un terrem, pour établir un fourneau à cuire foo milliers dè
- briques : elle a été gravée fur les defleins de M. Fourcroy.
- Le parallélogramme de ce fourneau, eft de 2J toifes de largeur fiir jo de longueur.
- A A, eft une partie du tas de terre qui a été fouillée pendant l’hiver, Sc qu’il s’agit de préparer pour en faire la brique.
- M M, efpeces de plattes-bandes, deftinées pour mettre les briques en haie pour les faire fécher ; ces plattes-bandes ont environ huit pieds de largeur ; Sc elles font bordées d’un petit fillotr, pour faire égouter l’eau quand il fiirvient des pluies : on les couvre d’un lit de paille avant d’y mettre les briques.
- NN, font des efpeces de rues ménagées entre les haies : les Ouvriers les appellent les places. On leur donne environ vingt pieds de largeur, pour y pouvoir placer les tables à mouler. L’emplacement M M des haies, eft de quatre à cinq pouces plus élevé que les places N N. 1
- O, repréfente une baraque de vingt pieds de long fur feize de large ; elle fert à loger tous les Ouvriers ; elle a un pignon conftruit de briques pour foute-nir une cheminée : le refte eft formé par des paillaflbns.
- P j autre baraque de douze pieds de long fur huit de large, fervant à tenir à
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- ET DU B R 1QU ET IE R. $t
- couvert le fable qui doit toujours être fort fec. Q, eft le fable qui a été déchargé vis-à-vis la baraque ; on l’y étend, & on ne le met fous la baraque que quand il eft fort lèc.
- Y, eft l’endroit où l’on doit établir le Fourneau.
- La Fig. Z, peut donner une légère idée de l’élévation du Fourneau^
- R, eft le lieu où l’on établit le puits * qui doit Fournir l’eau néceflàire pôuî détremper les terres.
- 5, rigole par laquelle l’eau qui a été tirée du puits fe rend dans les baffiftS E E , d’où on la puife pour mouiller les terres.
- L} tas de terre qui ont reçus plus ou moins de préparations*
- PLANCHE VI.
- Les Figures de cette Planche qui représentent le travail des Batteurs & des Mouleurs , font gravées fur les defteins de M. Fourcroy , excepté les Figures 2,3 & 4, qui ont été copiées fur ceux de M. Gallon i la Figure y eft gravée fur un delîein de M. D.
- Fig. A y monceau de terre Fouillée d’avance ; B, Ouvriers qui Fouillent là terre ; C y mauvâifes terres qu’on ne met point fur le monceau A, mais qu’oit rejette du côté oppofé ; D y portion de terre qui a été tirée du mônceau A y St que les Ouvriers E arrofent avec des écopes , pendant que d’autres F la remuent ;GH, autres Ouvriers y qui, après avoir fait un nouveau tas de terré pris du tas D , la corroient avec leurs pieds & leurs Outils. Après avoir formé fiicceffivement quatre tas avec la même terre , & que le quatrième tais a été bien corroyé, on forme le tas I ; l’Ouvrier L le bat , l’unit avec le dos de là pelle, & il le couvre avec des paillaffons K.
- R, eft le puits & lesTireurs d’eau ; SS y rigole par laquelle f eau fe rend daM de petits baflîns où les Ouvriers E la puifent. L, au-deffous, eft le même tas de terre préparée, cotté de la même lettre , & dont nous venons de parler ; un Ouvrier V en charge une brouette > pour voiturer la terre à portée du Mouleur ; Z y planches mifes le long du chemin pour faciliter le roulage ; u 9 eft la terre voiturée & couverte de paillalTons ; t, Mouleur qui ramafle une partie de cette terre pour en charger là table d y fut laquelle eft le moule e y le bacquet plein d’eau c y & là plane f. A portée de la table, eft la minette b * remplie de fable fin : tout cela eft repréfènté dans la Figure 4, & indiqué par les mêmes lettres. Dans cette Figure, le Mouleur remplit fon moulé ; V*y eft le Porteur qui arrange les tuiles moulées fur la place ; N, rangées de briques J u y eft un endroit du terrein difpofé pour mettre les briques en haie * & couvert d’une couche de paille*
- Fig. 2. Quoique la Planche VII foit particuliérement deftinée à explique!? comme on forme les haies de briques, nous avons cependant placé ici les Figures qui ont rapport à ce que M. Gallon dit fur ce travail*
- Art du Tuilier et du Briquetier.
- Q
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- tfa L'ART DU TUILIER
- AB, êlUatète d'une haie, compofée délits alternatifs de briques boutijfes 8c de briques pannerejfes ; CD, le premier rang de briques EF (Fig. 3.) qui font pofées de champ , & qui portent le fécond rang de façon que la brique J N obliquement placée, porte d'un bout fur la brique G, & de l'autre fur l'extrémité de la brique P : le troifieme rang RS, fe place en croilànt de la même façon les briques du fécond.
- La Figure 4*. efl: relative à la Planche III : aînli voyez F explication de cette Flanche.
- PLANCHE VIL
- Les Figurés de eette Flanche qui repréfentent le travail du Metteur en haie , avec le plan & profil du fourneau, font gravées d’après les delfeins de M. Fourgroy.
- Fig. 2. Fait voir la place où le Porteur a placé les briques aufortir dumoule, 8c quand elles font liiffifamment feches pour pouvoir être maniées {ans fe rompre : l’Enhayeur X les pare & les drelfe fur leur champ : O, efl: la cabane où logent les Ouvriers.
- Fig. 1. M, les haies; N, place vuide entre chaque haie ; O, brouette avec laquelle l'Enhayeur approche les briques des haies ; X, Ouvrier qui met les briques en haie ; F, Ouvrier qui couvre les haies avec des paillalfons ; ef, la tête d'une haie.
- Fig. 3. Plan & élévation du quart d'un fourneau de cinq cents milliers de briques. On y voit l'arrangement, foit des briques cuites qui forment le pied du fourneau jufqu'au-deffus du foyer, foit de toutes les autres briques que l'on veut cuire. A, contre-forts conftruits aux quatre angles du fourneau ; B, mafïif ou corps quarré du fourneau. CDE, marque différents champs de briques, & leur polition à chaque champ, qui fe répété alternativement à mefure que le fourneau s'élève ; caria totalité du fourneau fe conftruit delà même façon, en faifant fuccéder ces trois affifes de briques l'une à l'autre dans l'ordre CDE, depuis le cinquième tas jufqu'au fommet du four. F, bordure en faux tas. G, foyers.
- Il faut cinquante-huit milliers de bonnes briques cuites pour conftruire le pied du fourneau, & trois autres milliers pour le pignon & la cheminée de la baraque ; plus, deux cents bottes de paille, chacune d'environ douze livres pelant, pour l'étendre fous le pied des haies ; & en outre cinquante bottes pour coucher les Ouvriers, fans compter celles qu'il faut pour les paillalfons, où il entre 3 f bottes dans chacun.
- Il faut encore que le Cuifeur foit approvillonné de trois cordes de gros bois fec , & de cent cinquante gros fagots; plus, trois perches pour attifer le feu : on parlera ailleurs des mâts.
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- ET DH BRIQUETIER* $3
- PLANCHE V 111.
- Cette Planche repréfente le travail de l’enfournage, & de la diftribution du charbon. Elle a été entièrement
- gravée fur les delfeins de M. Fourcroy.
- Fig. i. Travail de l'enfournage où eft reprëfentée la moitié d’un fourneau de cinq cents milliers de briques, que l’on charge avec une partie de foü entourage d’abri-vents, & l’un de fes accès d'échafauds.
- A, Enfourneur arrangeant les briques fur le fourneau. B B, Entre-deux qui font paffer fur le fourneau les briques qu'ils fe jettent deux à deux, de main en main. C, Rechercheur tranfportant la brique au fourneau : un ou plufleurs de ces Ouvriers fe placent en relais fur l’un des échafauds E. D, rampe pour monter au-delfus du pied du fourneau. E, échafaud où fe placent en relais les Rechercheurs pour le fervice des briques de main en main. K, fapins qui foutiem-nent les gardes-vents & les échafauds. G, les foyers dont quelques-uns ont été fermés de maçonnerie. O, Fig. i. cabane des Ouvriers* H, morceau de toile pofé fous les pieds du premier Entre-deux, pour recevoir le fable qui tombe des briques quand il les reçoit dans fes mains des autres Ouvriers. I, le Cuifeur appliquant le placage contre le parement des alîîfes des briques qui ont été pofé es dans la journée. L, grande échelle plantée debout le long dun des fapins des échafauds , pour pouvoir monter fur le fourneau, & en defcendre fans endommagea le parement.
- Les échafauds font établis fur deux fapins plantés de deux ou trois pieds en terre, à trois ou quatre pieds du parement du fourneau ; ils font entretenus par des barres de fer qui pénétrent dans le corps quarré du fourneau , auxquelles font liés les fapins avec des cordes : c'efl fur ces barres de fer que font cou-8 chées les planches des échafauds*
- Les abri-vents ou garde-vents qui entourent les quatre côtés du fourneau j font conftruits de fapins plantés en terre, maintenus par d'autres pofés en liens buttants > & alfujétis par deux rangs de traverfes auxquelles on attache les paillaffons.
- Il faut pour établir les abri-vents & les échafauds, environ foixante-dix fapins de trente à trente-cinq pieds de longueur pour les échafauds, garder yents, liens & traverfes ; il en faut encore une vingtaine pour fervir de che^ yrons à couvrir la baraque des Ouvriers ; douze gîtes ou petites pièces de bois pour les montants de cette baraque ; huit barres de fer, d'environ vingt-cinq livres pefant chacun pour deux échafauds fur chaque accès du fourneau ; dix pièces de cordes grolfes & menues, pour attacher aux fapins leurs traverfes & liens buttants, & pour attacher les paillaffons.
- Fig. 2.Travail du Cuifeur. B, Entre-deux portant des mannelettes à charbon au Cuifeur J, qui le répand où il convient. C> le Rechercheur. Quand le charbon
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- <f4 HART DU TUILIER
- a été conduit à la brouette au pied du four, un Rechercheur en emplit les man-nelettes, que d'autres fe jettent de main en main , pour les faire parvenir aux £ntre-deüxB. F, de la Figuré première, indique un Journalier qui écrafe le charbon avec une batte, & l'on voit auprès de lui un Rechercheur qui conduit Ce charbon au pied du four.
- On voit en i ( Fig. 2. ), un Cuijeur qui ramaffe dans une mannelette les morceaux de charbon qui ne font pas écrafés. S, parement où il s'eft fait une foufflure qui en a dérangé les briques, Sc dont le Cuiféur a fait tomber le placage. On voit en K la conftruélion du garde-vent, Sc celle des échafauds.
- PLANCHE IX.
- Cette Planche a été gtavée fur lés deffeiris de M. GàIlûn ; elle repréfentè lê détail dun fourneau poüx
- cuire deux cents milliers de briques.
- La Fig. i. repréfente en grand > de quelle façon certains Briquetiers arrangent les briques pouf former le pied d'un fourneau à jour ou à clair-champ, les quatre premiers tas étant projettés les uns fur les autres. •
- AB, fait voir comment les briques font arrangées aux trois premières couches EFG ( de la Fig: y.). BC , les deux rangées fuivantes, cottées HL (Fig. 7.). CD, e£t la couche repréfentée en M (Fig. y.), Sc DE la couche N de la Figure7. KL > font les jours ou claires - voies , qu'on remplit enfiiite de gros charbon.
- On voit dans la Fig. 2. l'arrangement des briques du huitième tas, Clivant la ligne u x du plan de la Figure 7.
- La Fig. 3. repréfente la difpofîtion des briques dù feptiéme tas* Clivant là ligne st du plan de la Figure 7.
- La Fig. 4. repréfente en élévation les fèpt premiers tas, vûs du côté de la face CD du plan de la Figure 7, ou du côté où ne font point les bouches du fourneau.
- JK de la Fig. 5. fait voir les fept tas de briques placés au-deflùs des précédents.
- La Fig. 6. fait voir en élévation les fept premiers tas du côté des bouches du fourneau, Sc encore du côté de la face AC du plan de la Figure 7. CD EFG H* indiquent les fix bouches du fourneau.
- Dans la Fig. 8. on voit en grand, comment les briques font arrangées pour former les bouches & les galleries du fourneau : bc, ouverture de la bouche. Les deux premiers rangs de briques font en parement ; le rang ad efl: pofé en houtijfe ; ef, briques placées en parement, Sc qui forment un encorbellement* ainfi que celles g h qui forment Tarcade.
- La Fig. 7. repréfente le plan du fourneau. PY, les galleries. La gallerie Y T9 efl garnie de bois depuis V jufqu'en X s depuis X jufqu'en Z, on voit le gros
- charbon
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- ET DU B R I QU ET 1 E R. 6 s
- charbon qui couvre le bois ; & depuis Z jufqu en Y, le gros charbon eft couvert de charbon fin. On voit aux trois maflîfs EFG, comment font arrangées les briques au premier champ ; en HL, ce premier champ eft recouvert par le fécond ; en M, le fécond eft recouvert par le troifiéme, & l’on voit ces trois premiers champs en N; le quatrième champ recouvre le troifiéme, & Ton apperçoit les quatre premiers champs.
- La Fig. p. fait voirladilpofition de la machine que M. Gallon a fait exécuter pour éprouver la force des briques.
- EXPLICATION
- De quelques Termes qui ont rapport à l'Art du Tuilier & du Brique tier.
- A
- «A. b ri-ven T 3 c’eft une efpece de cloifon qu’on fait avec des paillaffons , foutenus par des mâts.
- Archet, fil-d’archal tendu par un arc de -bois ; fon ufage eft de couper la terre pour former les vafons, ou pour enlever la terre qui excede le moule : on ne s’en fert pas dans toutes les Tuileries, page 8.
- Arches , files d’arcades qui font la bafe des fours ôc fourneaux, Ôc fous lefquelles on met le feu, page 12.
- Argile, roj/ez Glaise.
- Assurer le feu , c’eft le veiller pour prendre garde qu’il ne s’éteigne, page 40.
- Auge , vafe dans lequel on met de l’eau, pour mouiller le moule ôc la plane, page 8.
- B
- Banc , celui des Tuileries eft folide, & il fert à battre les tuiles pour comprimer la terre quand elle eft en partie feche. On ne bat point les briques ; elles en feroient meilleures , fi on leur donnoit cette façon, pages % SC i\.
- Batte , c’eft une efpece de palette avec laquelle on bat les tuiles. Voyez Banc , SC pages 8 SC 11.
- Batteurs, on appelleainfi dans les grands atteliers, les Ouvriers qui corroyent la terre, page 2 S.
- Bombarde , c’eft un endroit voûté qui précédé les arches , Ôc dans lequel on met le feu , page 13.
- Boutisse, on appelle briques boutijfes, celles quipréfentent leurs bouts au parement.
- Brique, parallélipipede de terre cuite, qui fert à bâtir au lieu de pierre ; on diftingue la brique pour les cheminées, celle pour les murs, la chantignolle, ôte*page 9.
- Art du Tuilier et du Briq
- Briquetier ou Briqueteur , on emploie ces deux termes dans différentes Provinces ; ce font les Ouvriers qui font la brique.
- C
- Caÿëtte ; on nomme ainfi le charbon brifé , qu’on répand entre les champs de brique.
- Champ de brique, de tuile ou de carreau f eft un lit arrangé dans le four, page 1 f.
- Charbon de terre, charbon de pierre , houille ou charbon fojjile, font la même cho-fe ; c’eft une fubftance bitumlneufe qu’on retire de l’intérieur de la terre ; quelques-uns l’appellent charbon de pierre quand il eft en gros morceaux, Ôc charbon de terre quand il fe tire en petits fragments comme le tuf.
- Charbgnnée, on appelle ainfi une couche de charbon ou de cayette, qu’on répand entre les champs de brique.
- Chaufferie , c’eft un endroit voûté qui précédé la bombarde, Ôc fous lequel couchent les Ouvriers pendant que le feu eft au four, page 13.
- Chauffeurs ou Cûiseurs , ce font les Ouvriers qui conduifent le feu,page 14.
- Clair-champ, on nomme ainfi les premiers champs de brique qui font à clair-voifè, page 43.
- Cloqüetier, morceau de bois qui tombe du plancher, ôc qui fert à accrocher l’archet, page 8.
- Coque de terre apprêtée, eft une portion de terre, qu’on a commencé à paitrir, page 7.
- Corps du four , eft la partie quarrée dans laquelle on met l’ouvrage, page 12.
- Cuiseurs , voyez Chauffeurs.
- Cuisson , on dit faire une bonne cuif fon ou une mauvaifè cuijfon, fuivant que
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- l’ouvrage fort du four bien ou mal cuit.
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- Démesleur, Ouvrier qui corroyé la terre,
- Enfournage, eft arrangerl* ouvrage dans le four,page 13.
- Enfourneur, vqye%_ Mains, SC page 33.
- Enhayeurs , Ouvriers qui mettent en haies.
- Entre-deux, voye^Mains.
- Events , voye^ Lumières , SC page 14*
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- Faitieres ou Enfaîteaux, grandes tuiles creufes ou en goutieres , quon met au haut de la couverture pour couvrir le faîte, page 16.
- Faux tas , page 38.
- Feu ; on appelle petit feu un feu doux qu’on fait d’abord pour deflécher l’ouvrage , ôc Le grand feu celui qui eft alfez violent pour le cuire,page 16 SC 18.
- Fosse des Tuileries ôc Briqueteries , eft une efpece de badin quarré ôc bien maçonné, dans lequel on met la terre pour la pénétrer d’eau.
- Four ou Fourneau , endroit où Ton cuit les tuiles, les briques , Ôcc. Ordinairement, on dit un four quand il eft bâti, ôc un fourneau quand on fait le four avec la brique crue, page 11 •
- Fournée , eft l’ouvrage quun four peut contenir.
- Fumer , c’eft faire un feu doux pour defié-cher l’ouvrage ,page 17.
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- Glaise, c’eft une terre grafîe, du&ile, ïndiftoluble dans les acides , douce ôc comme favoneufe au toucher, foit quelle foit feche ou humide : on la nomme aufti argile,.
- Gril ou Grille , les Ouvriers difent l’un ôc l’autre ; c’eft le plancher du four qui eft établi fur les arches, ôc percé de trous pour que la chaleur fe communique dans l’ouvra^ page 13. ’
- Gueules ou Bouches des fours , font les endroits où l’on met d’abord le feu, ôc qui communiquent aux arches,page 12.
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- Haie , mettre en haies, c’eft arranger l’ouvrage de façon, que toutes les pièces reçoivent un peu d’air pour qu’elles fe defféchent lentement*
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- On met en haie fous la halle ou à l’air ; ft c’eft à l’air on les couvre de paillaflons.
- Houe , inftrument de Vigneron qui fert à remuer la terre , page 26.
- Houille, voyez Charbon*
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- Lumières , on appelle ainfi les ouvertures qui font au gril, pour que la chaleur pénétre des arches dans le four ; ôc aufti aux fourneaux voûtés, celles par où s’échappe la fumée, page 14.
- M
- Main , une main de Briqueteurs ou des Ouvriers qui font cuire la brique, eft com-pofée de treize hommes , le Cuifeur ou Chauffeur, deux Enfourneurs , trois Entredeux qui fervent les premiers, fept Rechercheurs ou Brouetteurs qui approchent les briques,page 35.
- Mannelette , petite manne ou panier qui fert à porter le charbon fur le fourneau, page 41.
- Marcheüx, ce mot lignifie une petite foffe, dans laquelle on corroyé la tçrre, Ôc aufti l’Ouvrier qui la marche Ôc la éorroye , page 6.
- Minette , caifle ou bacquet rempli du fable, qu’on répand fur tous les outils qui touchent la terre, pour empêcher quelle ne s’y attache, page 8 SC 29.
- Moule , chaflis de bois qu’on emplit de terre, pour former la tuile, la brique ôc le carreau, page 8.
- Mouleur , c’eft le premier Ouvrier qui moule la tuile , la brique ôc le carreau , page 10.
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- Nœuds, les nœuds font des pelottes de terre qui n’ont point été corroyées, ôc qui font des défauts dans l’intérieur des briques, page 28.
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- Palettes , petites planches minces, qui fervent à porter les tuiles moulées fur l’aire ou la place, page 8.
- Panneresse , on appelle briques panne-rejfes celles qui préfentent leur longueur au parement.
- Parer les briques , c’eft enlever avec un couteau les bavures de terre, avant de les faire cuire,page 32.
- Pied de four , on nomme ainfi le bas du fourneau.
- Plane , inftrument qui fert à emporter ce qu’il y a trop de terre dans le moule, page 8. ^
- Porteur, c’eft un jeune Garçon qui prend
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- Toüvrage des mains du Mouleur, pour le porter fur la place ou fur Faire, page io.
- Poussoir, voyez Rouable, SCpage 24»
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- Rechercheur , voyez Main, SC page 23,
- Releveur , eft la même chofe que Metteur en haies, voyez Enhayeur, SC page 3 3.
- Roches , tuiles ou briques qui fe font fou-dées les unes aux autres, quand la force du feu les a fait fondre.
- Rouable , efpece de rateau fans dents qui fert à égalifer le terrein, page 8.
- RouLEUR,on appelle ainfi celui qui rapproche les matériaux avec la brouette, page 2y
- 30.
- quelles fe defféchent lentement, pàgè iy.
- Terre gralfe ou forte, voye^ Glaise.
- Terre maigre ou courte, eft celle qui eft alliée de beaucoup de fable.
- Tremper , voye£ Fumer, SC page 17.
- Tuile , morceau de terre cuite aflez min* ce, qui fert à couvrir les Maifons ; il y en à de plates, qui portent un crochet qui les re^* tient à la latte ; il y a le grand Ôc le petit moule, ôc d’autres qu’on nomme creufes font en goutiere ; il y en a en J’,* d’autres ont des bords ; d’autres font gironnées en forme de trapèze pour couvrir les tours rondes , page <?»
- Tuilerie , lieu où Fon fabrique les tuiles»
- Tuilier, Ouvrier qui fait de la tuile»
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- Sommier, eft un mafïïf de maçonnerie, fur lequel portent les retombées des arches,
- Table du Mouleur , eft une forte table fur laquelle on moule la tuile ôc la brique, page 8.
- Table , ce qu*on nomme une table de brique, eft formé par lîx Ouvriers, un Mouleur , deux Batteurs ou Démêleurs, un En-hayeur ôc un Porteur, page 2 3.
- Tas , on met la brique ou les tuiles en tas, ou rangées tout près les unes des autres, pour
- Vases crues, c’eft ainfi quon déflgne les briques qui ne font point cuites intérieure^ ment»
- Vazon , eft une motte de terre corroyée y ôc prête à être employée, page 7.
- Vaugeur, eft un Ouvrier qui corroyé en détail, avec les mains, la terre qui a reçu une première préparation par le Marcheux , page
- Vérolées , on dit que les tuiles font véro-lées, quand il a plu delfus lorfqu’elles étolent fur Faire, page 11.
- Voie de terre, eft celle qui a commencé à être paîtrie avec les pieds ,page 7*
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