Descriptions des arts et métiers
-
-
- p.n.n. - vue 1/14
-
-
-
- A R
- DE FABRIQUER
- LA BRIQUE ET LA TUILE
- EN HOLLANDE.
- ET DE LES FAIRE CUIRE AVEC LA TOURBE,
- Pour fervir de fuite à f Art du Tuilier et du Briquetier.
- Par M. Jars, Correfpondant de VAcadémie.
- .»...."1! ..JLLl!gL l.'-l..,'..,.lJL.1. . ............ ... , •-•—
- *M* s Duhamel, Foürcroy & Gallon ont donné l’Art du Tuilier & du Briquetier avec des détails 8c des deffeins fi clairs 8c fi exaéh , que nous n aurons befoin que de les citer, pour faire entendre la plus grande partie de ce qui fe pratique en Hollande , & l’application que l’on a faite de la tourbe pour cuire la brique & la tuile,
- La Hollande fait une très-grande confommation dé tuiles, puifque toutes les maifons en font couvertes ; cette confommation n’eft pourtant pas à comparer à celle des briques : car non-feulement les briques fervent à bâtir les maifons ; mais encore plufieurs routes en font pavées, ainfi que tous les trottoirs des*rues & des canaux des Villes , Bourgs & Villages.
- La confommation des briques s’étend encore plus loin ; car il s en exporte une grande quantité : nous avons vu, étant à Amfterdam , plufieurs VaifTeaux deftinés pour Surinam , qu’on leftoit avec des briques a bâtir.
- Les briques qui fervent à paver font beaucoup plus dures & pins compactes que celles avec lefquelles on éleve des édifices, bâtit des maifons, murs, 8cc. elles fervent aufli quelquefois à conftruire certains murs dans le Pays où elles font fabriquées. Nous parlerons d’abord de celles-ci. s
- * Tous les Académiciens qui ont travaillé à PHif-toire des Arts que publie l’Académie Royale des Sciences , ont averti qu’ils auroient une grande obligation aux perfonnes inftruites qui voudroient bien leur faire part de ce qu’ils trouveroient d’omis dans les Arts qu’ils auroient publiés; & à la fin de l’Art du
- Brio. Holl.
- Briquetier , fai dit que nous avions lieu d’ef-pérer qu’on nous donneroit quelques Mémoires fur la maniéré de fabriquer les Briques en Hollande: c’eft M. Jars, Correfpondant del’A-cadémie qui nous met à portée de fatisfaire à cet engagement.
- A
- p.1 - vue 2/14
-
-
-
- % Art de fabriquer la Brique & la Tuile en Hollande.
- Briques à paver: avec quelle Terre ellesfe font.
- Joignant le Village de Moor finie à une demi-lieue de la Ville de Gouda autrement dite Tergow fur la route de Rotterdam , on fabrique la plus grande partie de cette efpece de briques ; les Briqueteries font au bord de la riviere de lIjjel qui fournit la terre propre à les fabriquer ; cette terre n’eft autre chofe qu’un limon que cette riviere dépofe fur fes bords & dans fon fond ; ptufîeurs hommes font occupés à aller chercher ce limon, ce quife pratique de la maniéré fuivante.
- Chacun d’eux prend un bateau, avec lequel il côtoyé cette riviere. L’inf. trament dont il fe fert eft une longue perche de bois, au bout de laquelle il y a un cercle de fer tranchant, 8c formé un. peu en pointe du côté oppofé à celui oà l’on a fixé la perche ; au-deflous du cercle pend un filet en forme de poche ; c’eft avec ce filet, à l’aide du cercle , qu’il ramalfe au fonc de la riviere & le long de fes bords le limon qui s’y eft dépofé , 8c le met à me-fure dans fbn bateau. Lorfqu’il en eft fuffilamment chargé, il l’amene & le décharge fur le rivage où on le laifle jufqu’à ce qu’il ait pris aiïez de con-fiftance pour pouvoir être paîtri : d’autres Ouvriers font employés à aller également avec de grands bateaux le long des bords de la Meuje y ramaffer un fable fin & gris.
- C’eft avec un mélange de cette vafe ou limon, 8c de ce fable , que fib font les briques. ( On n’a pas fçu nous dire la proportion que l’on mettoit de l’un 8c de l’autre. ) On les paîtrit bien enfemble avec les pieds jufqu’à ce que le mélange foit exaét ; on fait enfuite différents tas de cette terre ainfi préparée dans les endroits où l’on moule les briques.
- On trouvera à la page 28 & fuivantes de l’Art du Tuilier 8c du Briquetier de l’Académie Royale des Sciences, le travail du Mouleur ou moulage de la brique , & la façon de la faire fécher, décrits d’une maniéré qui ne laiffe rien à defirer, & tel qu’il eft pratiqué en Hollande,
- Quant aux tuiles dont les maifons font couvertes, 8c aux briques dont elles font bâties, la plus grande quantité qui s’en confomme , fe fabrique dans les maifons de la Ville d’Utrecht ; on y emploie de la terre ordinaire à briques que l’on tire dans le voifinage ; ces Briqueteries font fituées le long des canaux pour la facilité du tranfport.
- Maniéré de faire cuire la Brique.
- Les Fourneaux dont on fait ufàge pour cuire les briques font de différen-1 tes grandeurs, mais à peu-près tous femblables; il en eft qui contiennent depuis trois cents jufqu’à onze 8c douze cents milliers.
- Dimeniïonscîes Les dimetifions des briques qui fervent à paver font communément , étant
- ünques a paver. 1 1 L
- cuites, d’environ cinq pouces ~ de long, trois pouces I de large, 8c un pou-
- p.2 - vue 3/14
-
-
-
- Art de fabriquer la Brique ô la Tuile en Hollande« 3
- ce | d’epaiffeur ; quanta celles qui font deftinées pour la conftruélion des maifons , elles ont huit pouces 4 de longueur, quatre pouces une ou deux lignes de largeur, 8c un pouce j- d’épaiffeur.
- Nous joignons au préfent Mémoire le delfein d’un Fourneau de cette ef* pece, où Ton en fait cuire 35*0 à 400 milliers à la fois.
- Ce Fourneau eft un quarré de 31 à 3 2 pieds de long fur 26 à 27 pieds de large , renfermé par quatre murs de briques qui ont au moins fix pieds d’é-paiffeur dans le bas, 8c vont un peu en talus extérieurement jufqu’à leur hauteur qui eft environ de dix-huit pieds ; il en eft auxquels on a ménagé aufîi un talus intérieurement, mais dans le fens contraire > nous avons exprimé dans la coupe AB, celui des murs de la largeur ; quant aux autres, le talus paroît n’y prendre naiflance qu’à la moitié ou aux deux tiers de leur hauteur ; d’ailleurs cela varie dans prefque tous les Fourneaux ; il eft évident qu’on a eu pour but de concentrer davantage la chaleur dans l’intérieur.
- Les murs fur la longueur de ces Fourneaux font percés au niveau du fol; d’une quantité de trous proportionnés à leur grandeur : nous en avons vu qui en avoient jufqu’à dix & douze ; celui dont nous avons fait le delfein n’eft percé que de fix, quoiqu’aufïi grand que d’autres qui le font de huit ; nous imaginons que cette différence vient des dimenfions des briques & de la grandeur des canaux ou foyers , qu’il eft plus aifé de pratiquer plus larges & plus hauts avec des grandes qu’avec des petites , comme on peut le voir dans la coupe A B ; ces trous font placés de façon qu’ils fe correlpondent ainfi qu’on l’a exprimé dans le plan*
- On a ménagé à un des murs fur la largeur du Fourneau, une ouverture ou porte cintrée marquée dans le plan par la lettre E , 8c dans le profil ou coupe par C ; cette porte nous a paru avoir fix pieds de largeur & douze pieds de hauteur ; ellefert à introduire 8c à retirer les briques du Fourneau ; il en eft qui ont des portes beaucoup moins hautes 8c bien moins larges, mais alors le mur oppofé eft de cinq à fix pieds moins élevé que les autres ; dans ce cas , on accumule de la terre par derrière jufqu’à la hauteur de la recoupe , ce qui donne une grande aifimce pour achever de charger le Fourneau , 8c pour en retirer les briques lorfqu’elles font cuites.
- L’intérieur de ces Fourneaux eft entièrement pavé de briques arrangées de champ , de forte que le fol en eft fort uni ; les murs en font aufli bâtis, mais liftes avec un mortier de la même terre dont elles font faites, 8c avec lequel on a foin de les recrépir intérieurement, lorfqu’ils font dégradés par le feu ; malgré la force qu’ils ont, le grand effort de la chaleur leur occafionne fou-vent des lézardes.
- Tous les Fourneaux en général dont on fe fert pour cuire les briques da toutes efpeces , n’ont point de couvertures. Il en eft cependant plufieurs de ceux à cuire celles à bâtir, qui ont des toits faits en planches 8c Cm s tuiles pour
- De celles à bâ-tir.
- Celle du Fourneau, & fa conf-trudion.
- p.3 - vue 4/14
-
-
-
- ^ Art de fabriquer la Brique & la Tuile en Hollande.
- les garantir du vent & de la pluie; on pourvoit aux autres contre le vent avec des nattes de jonc que Ton change fuivant le côté d’où il vient, lefquelles font foutenues par une elpece de baluftrade de bois fort légère qui régné tout autour dans la partie fupérieure du Fourneau; ces nattes fervent auffi à mettre les briques féches à l’abri de la pluie pendant le temps qu’il faut pour charger le four ; alors elles font fupportées par des piecesde bois creufées qui en reçoivent les eaux pour les conduire hors du Fourneau,
- On a appuyé une efpece de hangar de chaque côté du four contre les murs fur là longueur, à l’effet d’y renfermer les tourbes, mettre à couvert le Chauffeur ou Cuifeur , & garantir les foyers du grand vent.
- Comment on Lorfqu’on veut mettre cuire des briques dans un pareil Fourneau , ( nous quesdans le Four- prenons pour exemple celui dont le delfein eft joint au préfent Mémoire ; ) on fait fur le fol un rang de briques déjà cuites ; ( quelques Briquetiers en mettent deux ; ) on les pofe de champ fur leur longueur à trois quarts de pouce de diftance les unes des autres , 8c de façon qu’elles déclinent un peu de la parallèle des murs, afin qu’elles puiffent fupporter plus folidement les rangs fupérieurs qui fe placent toujours parallèlement aux murs ; ce rang eft recouvert de vieilles nattes de jonc,fur lefquelles on arrange les briques feches qu’on pofe auffi de champ, mais fans laiffer aucun intervalle entre elles ; on nous a dit que ces nattes fervoient à empêcher l’humidité du terrein , de pénétrer aux briques pendant que l’on remplit le Fourneau , ce qui dure trois fem aines 8c jufqu’à deux mois fuivant fa grandeur.
- Ce rang de briques cuites efl: placé de façon qu’on laiffe un canal de communication entre les ouvertures correfpondantes des murs oppofés : voyez les lignes ponctuées du plan ; on continue enfuite de la même maniéré fîx rangs de briques, ce qui fait fept en tout depuis le fol ; alors pour le huitième , on fait déborder les briques de deux pouces dans les canaux , on en fait autant pour le neuvième ; & par le moyen du dixième rang dont elles débordent de chaque côté de deux pouces ^ on parvient à fermer totalement les canaux: on en peut voir la figure dans la coupe marquée par la lettre E.
- Mais comme par l’arrangement des briques qui ferment par gradation les arches, il fe forme néceffairement des vuides, & qu’il ne feroit plus poffi-ble , en fuivant l’ordre des premiers rangs qui doivent être perpendiculaires les uns aux autres , de les faire rencontrer ; on y remédie en plaçant, foit en angle droit, foit diagonalement 8c toujours de champ, fur chacune de celles qui débordent, tout autant de briques qu’il en faut pour les égalifer, ce qui eft pratiqué également toutes les fois qu’il eft néceffaire de les redreffer pour les maintenir parallèles aux foyers , 8c perpendiculaires au fol du fourneau ; on les redreffe auffi avec des pailles de jonc pour conferver chaque rang de niveau. Quant aux briques qui joignent les murs, on les y arrange
- de
- p.4 - vue 5/14
-
-
-
- Art defabriquer la Brique & la Tuile en Hollande.' J
- de façon qu’elles fe croifent alternativement en angle droit. Nous obferve-rons que lorfqu’on met les briques dans le Fourneau , on étend une longue toile fur celles qui font déjà rangées, c’eft-à-dire, fous les pieds des Ouvriers qui les placent : c’eft afin de retenir le fable qui fe détache des briques à mefure qu’ils les reçoivent, & l’empêcher de tomber entre les rangs inférieurs ; il en réfiilteroit un grand inconvénient, celui de boucher l’intervalle qui naturellement refte entre chaque brique ; d’interrompre par-là le paf-fage de la flamme , 8c par conféquent donner une chaleur très-inégale dans les différentes parties du Fourneau.
- ' On achevé de le remplir de la même maniéré jufqu’à la ligne ponéluée F G de la coupe ( Flanche X) ; il y en a alors quarante-cinq rangs* en y comprenant deuxde celles qui font déjà cuites que l’on met par-deffus, dont un de champ comme les autres,' & le fupérieur à plat fur leur lit : nous avons vu de ces Fourneaux où l’on en mettoit trois 8c quatre rangs.
- On obferve aufli de ranger tout autour des briques cuites , dans la partie qui excède les murs que l’on crépit avec de la terre à briques , 8c contre laquelle on met du fable ; on bouche enfuite la porte du Fourneau avec un ou même deux rangs de ces briques pofées aufli de champ fur toute la hauteur ; entre cette efpece de mur & les briques intérieures, on laiffe un intervalle de huit à dix pouces que l’on remplit de fable ; il fert ici à concentrer la chaleur de façon qu’elle ne puiffe pas s’échapper par leurs jointures j lorfqu’ii eft achevé jufqu’au cintre de la porte, on met des plateaux droits contre fa fur-face extérieure, & une piece de bois en arcboutant pour fervir d’étais. ,
- Le Fourneau étant rempli, comme il vient d’être dit, on introduit dans les foyers une quantité fuffifimte de tourbes, que l’on allume par les fix trous d’un des côtés du four , après avoir auparavant bouché les fix autres qui leur font oppofés avec des portes maçonnées en briques & jointes enfemble fur
- leur champ. .
- On continue à chauffer par ces fix premiers trous pendant vingt-quatre heures, en obfervant dans les commencements de ménager la chaleur comme cela fe fait par-tout ; environ toutes les deux heures , on remet de nouvelles tourbes dans les foyers ; l’habitude fait que le Cuifeur les jette très-adroitement par ces petites embouchures, & aufli avant qu’il le juge nécef-faire ; lorfqu’ii a chauffe d’un côté , il en bouche exaélement les ouvertures* 8c ouvre celles qui leur font oppofées pour en faire de même pendant vingt-quatre heures , ce qu’il répété alternativement trois à quatre fe main es de fuite , temps néceffaire pour cuire les grandes briques ; il y a pourtant de ces Fourneaux où le feu { à ce que l’on affure ) doit être entretenu pendant cinq ou fix femaines, ce qui dépend de leur grandeur 8c du temps qu’il fait ; on nous a dit près de Moor que quinze ou vingt jours fuffifoient pour les petites briques.
- Briq* Hqll* B
- Mariierede former 4e Fourneau.
- Gemment on te chauffe.
- Conduite da feu.
- p.5 - vue 6/14
-
-
-
- m 'Art de fabriquer la Brique & la Tuile en Hollande. ,
- Après qu’on a cefle de chauffer , il faut encore trois femaines pour les •laiffer refroidir, avant que de les retirer du Fourneau ; il arrive ordinairement que la maffe de briques s’affaiffe dans différents endroits, ce qui provient fans-doute de la diminution de volume qu elles éprouvent en cuifànt, & de ce que quelques-unes ont fondu enfemble pour avoir fouffert trop
- de chaleur.
- On retire aiffé- La qualité des briques que l’on retire de ces Fourneaux, différé en raifon Bripdfuié! du degré de cuifTon qu elles ont acquis : par exemple, celles qui occupent me cuite. tiers £ju mqieu de leur hauteur, font les plus eftimées, elles font noires ,
- très-fonores, -compaétes 8c point déformées ; elles prefontent dans leur çaffure le -coup-d’œil d’une matière vitrifiée ; les briques de cette efpece & des dimenfions citées ci-deffus font employées communément à conftruire les citernes & les caves ; elles fe vendent vingt-deux à vingt-quatre florins le millier, ce qui fait environ 47 liv. 10 f. à52 liv. de France, tandis qu’il y en a d’autres provenantes de la même cuite qui ont des valeurs bien inférieures ; car île prix en diminue jufqu a trois florins le millier. Quant au prix de celles qui fo fabriquent près de Moor, le plus haut eft de fopt, & le plus bas de deux florins le millier.
- Tous les Ouvriers en général font à forfait fuivant le genre de leur travail , de façon qu’ils peuvent gagner chacun vingt deux fols de Hollande par jour, plus ou moins, faifant, argent de France, 47 à 48 fols ; à l’égard des en-fans qui y font employés, ils gagnent moins en proportion de leur âge.
- Tourbes. Leur Les tourbes dont on fait ufage pour cette opération, fe tirent de la Pro-quali‘é- vince de Frîfe ; elles font plus grandes & plus légères que celles de Hollan-
- de , moins compaétes Sc paroiffent etre moins terreufos ; elles font compo-fées de plantes & de racine s plus groffesque les autres ; par cette raifon elles brûlent plus promptement & donnent de la flamme, au lieu que celles de Hollande n’en donnent prefque pas, fur-tout lorfqu’elles font agitées par l’air extérieur qui entre par les embouchures des foyers ; ces tourbes biffent très-peu de cendres après elles, de forte que quoiqu’il n’y ait point de cen-driers, elles ne gênent aucunement.
- Fabrique de Tuiles ôC Carreaux.
- Dans une des Tuileries près la Ville d’Utrecht, on fabrique trois efpeces de tuiles ; des plattes, des creufes, mais en plus grande quantité de celles formées en S , comme on peut le voir par la Figure 18 de la Planche I de PArt du Tuilier & du Briquetier ; on en fait auffi de ces dernieres a dans le milieu defquelles on laide une ouverture quarrée & cintrée dans le haut pour pouvoir y fixer un verre de vitre ; celles-ci fervent a eclairer des batiments qui ne prennent du jour que par le toît.
- p.6 - vue 7/14
-
-
-
- Art de fabriquer la Brique & la Tuile en Hollande. 7
- On en fabrique de rouges, de grifes, & d’autres verniffées feulement d’un
- AA
- cote*
- Quant aux carreaux dont les dimenfions font de huit pouces en quatre fur un pouce d’épaiffeur, & qui fervent à paver les citernes & les fours de Boulanger, on en fait également des rouges 8c des gris ; nous expliquerons d’où vient cette différence, ou plutôt comment on leur donne la couleur.
- La terre deftinée à fabriquer les tuiles &les carreaux,fe prépare avec beau- Comment *>it
- x 1 A prépare la terre.
- coup plus de précautions que celle que l’on emploie à former les briques.
- On la broyé dans un moulin qui confifte en une efpece de tonneau immobile , dont le diamètre nous a paru de deux pieds f , & fa hauteur ou profondeur de quatre pieds ; il y a un axe de fer placé verticalement dans fbn milieu, duquel il part à différentes hauteurs des branches de bois , formant des rayons qui vont répondre tous à des points différents de la circonférence du tonneau ; ces branches font armées chacune de fix couteaux, dont trois fixés de haut en bas & trois de bas en haut : ainfi ils font dans une pofition parallèle à l’axe ; ceux qui font à l’extrémité des rayons ne laiffent pas plus d’une ligne d’intervalle entre le couteau 8c les parois intérieures du tonneau ; cet axe eft tourné par un bras de levier d’environ douze pieds de longueur à l’extrémité duquel eft attelle un cheval qui en marchant dans le manège % fait agir tous les couteaux dont il eft armé, 8c coupe ainfi , en différents fens, la terre que l’on a mile dans le moulin , déjà imbibée d’eau , & telle qu’on l’apporte à la Tuilerie ; de cette façon tous les filaments, herbes 8c racines qui fe trouvent dans la terre s’attachent aux couteaux, que l’on a foin de nettoyer de temps en temps ; au bas du tonneau, on a laiifé une ouverture par où la terre tombe par fon propre poids ; fi on ne la juge pas affez broyée, on lui fait fubir de nouveau la même opération.
- Cette terre, au fortir du moulin, eft mife à côté fous le même hangar ;
- elle eft alors d’une confiftance pareille à celle de la terre dont on fait la poterie.
- Lorfqu’on veut fabriquer des tuiles, une femme prend un paquet de cette Comment «n
- 1 r iir* _ ia forme les Toiles*
- terre, le met fur une table faupoudree de fable, 8c le pétrit en roulant comme ficetoit de la pâte; elle étend enfuite cette terre fans chercher à la rendre unie , mais feulement à lui donner à peu près l’épaiffeur que doit avoir chaque tuile ; elle jette un peu de fable par deffus, & la divife en quatre à fix pièces deftinées chacune à donner une tuile ; elle entaffe toutes cés.pièces à côté d’elle , aulïhtôt un Ouvrier en charge fà brouecte 8c les porte aux Mouleurs ; deux fufïifent pour cette manœuvre , & font placés avec leur table entre deux étageres ; l’un d’eux a un chaffis de bois dans lequel il met chacune des pièces ci-deffus, la preffe dedans, pour qu’elle en rempliffe tout le vuide , en couple l’excédent, & avec de l’eau & la plane il la rend fort unie ; il la tranfporte enfuite fur un moule de bois qu’a le fécond Ouvrier y
- >
- p.7 - vue 8/14
-
-
-
- !§ Art de fabriquer la Brique & la Tuile en Hollande.
- dont la forme eft en S , telle que celle que doit prendre la tuile , & dans le haut duquel on acreufé une entaille pour former le crochet 5 l’Ouvrier avec fonpoucey fait entrer laterre& remplace ,aufli-tôt avec .un morceau de la nouvelle , le vuide qu’il y a fait ; il prend alors un morceau de bois arrondi, qu’il place dans la concavité de la tuile, tourne fon moule par-deffus, &la porte ainfx de la main droite fur une planche de letagere qui eft à côté de lui ; en même temps avec la gauche, il prend une petite palette de bois qu il appuyé deffus , afin quelle puiffe mieux feféparer & conferver û forme lorf-qu’il retire le morceau de bois 5 ils continuent lun &-1 autre-de la meme maniéré, & vont tort vite ; c’eft fur ces étageres que l’on fait fécher les tuiles à l’ombre, jufqu’à ce quelles aient pris une confiftance ferme & folide ; on achevé de les faire fécher au loleil.
- Les carreaux font faits avec la même terre lorfqu’elle a-.été paffée au mou-lin! des Ouvriers la mettent dans uti chalhs au moins - d un pouce plus grand que ne doivent l’être les carreaux & un peu plus épais ; ils les moulent de la même maniéré que les briques, & les rangent de champ fous un hangar, pour commencer à-les faire fécher ; dès qu’ils le font au point que le doigt
- peut à peine y faire impreffion, on les. porte à un Ouvrier qui eft occupé à les perfe&ionner : cela fe pratique comme il fuit. Il prend un de ces carreaux, & le met fur une table fort unie, & fur laquelle il a auparavant répandu un.peu de fable ; & avec une maffe de bois platte & plus large que n’eft le carreau, il frappe deffus afin de le comprimer & d’en rendre les grandes furfaces égales ; deux ou trois coups fuffifent pour cela ; il applique -enfuite par-deftus un morceau de planche quarrée, revêtu-de fer autour-de • fon épaiffeur , & dont ‘les dimenfions font les mêmes que celles que doivent avoir les carreaux ; on y a auffi fixé à diftances égales quatre petites pointes faii-lantes qui fervent à le tenir folidemenc, de façon qu’il ne puilfe pas varier ni d’un côté ni de l’autre ; cet Ouvrier auflî-tôt, avec un tranchoir femblable à celui d’un Cordonnier, coupe tout autour la terre qui excede ; il a foin de .tremper à chaque.fois dans l’eau le morceau de planche que Ion peut ici nommer Forme, pour qu’elle ne s attache pas au carreau, & qu elle en rende " la furface plus unie.
- La maniéré de faire fécher les carreaux eft la meme que celle dont on le fértpour les tuiles ; on obferve de biffer un intervalle entre eux, en les plaçant diagonalement de-champ., & un peu inclinés.
- De la façon de faire cuire les Tuiles ôQ les Carreaux avec la Tourbe.
- Le Fourneairdefti né à faire tuire les tuiles & les carreaux eft renfermé Fourneau. U dans un bâtiment ; -il peut avoir intérieurement feize pieds de long, fur dix
- pieds de large & autant de hauteur ce font quatre murs de quatre pieds a à
- cinq
- p.8 - vue 9/14
-
-
-
- Art defabriquer la Brique & la Tuile en Hollande. p
- cinq pieds d’épaiffeur liés tout autour avec de groffes pièces de bois affern-blées pour en former un quadre ; ceux qui ont les plus grandes faces font percés chacun de quatre trous qui fe correlpondent entre eux comme dans les fours à briques : mais ils different beaucoup quant à l'intérieur, puifqu'on y a conftruit des arcades maçonnées en briques, lefquelles forment les canaux de communication qui fervent de foyers ; ces arcades nous ont paru avoir deux pieds de largeur dans le bas fur quinze pouces dre hauteur , lefquelles dimenfions diminuent infenfiblement dans l’épaiffeur des murs , & ne laiffent d'ouverture extérieure aux foyers que dix pouces far huit à neuf de haut jufqu'au fommet de l'arc.
- A l’égard du refte de l'intérieur du four, on le concevra aifément en confultant la Figure II, Planche troifieme de l'Art du Tuilier de du Brique-tier ; mais le gril ne doit point être carrelé, on le laiffe tel qu'il eft reprefenté au-deiïbus de B même Figure; ce four eft couvert au-deffus par une voûte de brique percée de trous de différentes grandeurs : cette partie fupérieure ref» fembie beaucoup à celle des fours de la Manufacture de Terre d’Angleterre du Pont-au-Choux à Paris. (
- Il réfulte de ce que nous venons de dire que les fours de la Hollande ne different effentiellement de ceux de France, que par les foyers ; on en fendra de refte la conféquence, fi l'on fait attention aux matières combufti-bles dont on fait ufàge dans l’un & l'autre Pays ; la tourbe donne beaucoup moins de fumée 8c de flamme que le bois, par conféquent il vaut mieux multiplier les foyers 8c les faire moins élevés, la chaleur que donne la tourbe , n'ayant de vivacité qu'au tant qu'elle eft bien concentrée.
- Au milieu d'un des murs de largeur du Fourneau , on a pratiqué une porte du haut en bas, qui fert à y introduire & à en retirer les tuiles & les carreaux.
- , Dans le temps que nous avons vifité cette fabrique, le Four étoit rempli de l'un 8c l'autre ; les tuiles étoient placées verticalement dans le four , ne laifi-fant entre elles d'autre intervalle que celui que forme le crochet, & les carreaux rangés par-deffus, diagonalement 8c de champ les uns fur les autres. Pour fermer le four, on bouche exactement la porte avec plufieurs rangs de briques que l'on crépit en dehors. On fait un grand feu de tourbes dans les quatre foyers ; 8c on l'entretient, à ce que l'on nous a dit, fans difi-continuation pendant quarante heures, temps qu'il faut pour les cuire ; on le laiffe enfuite refroidir , 8c on en retire les tuiles 8c carreaux trois jours après ; fa contenue eft de quinze à feize milliers : elles fortent alors du Fourneau comme les tuiles ordinaires ; mais lorfqu'on veut leur donner une couleur d’un gris de fer , cela fe fait par la fumigation de la maniéré fiiivante.
- Quand on juge que les unes ou les autres font affez cuites, 8c qu'elles font encore toutes rouges , on introduit dans chaque foyer une quantité de petits Briq. Holl. C
- Comment on arrange les Tuiles & les Carreaux dansie Fourneau.
- Comment on leur donne une couleur grife.
- p.9 - vue 10/14
-
-
-
- /
- ïo Art de fabriquer la Brique & la Tuile en Hollande.
- * Ou ne-i vergcpe fagots de bois de Verne * verd, & avec fes feuilles , & Ton en bouche très-comm^menf118 exactement les huit ouvertures avec des briques , de la terre & des planches pour les foutenir * quant à la partie fupérieure, c’eft-à-dire , la voûte du fourneau , on met un carreau fur chacun de fes trous, & Ton en couvre toute la furface avec quatre à cinq pouces de fable , fur lequel on jette beaucoup d’eau , afin que la fumée renfermée dans le four ne puilfe s’échapper par aucun endroit ; c’eft à cette fumée qu’eft due la couleur grife que prennent les tuiles & les carreaux, non-feulement à leur furface, mais encore dans leur intérieur.
- On laiffe ainfi le fourneau fermé pendant huit jours : après ce temps on ôte tout le fable qui eft par-deffus, & l’on ouvre les foupiraux & la porte ; on débouche auffi toutes les ouvertures des foyers , & l’on retire de deifous le bois des fagots que Ton y avoit introduit, qui eft pour lors converti en très-bon charbon ; ce n’eft encore qu’au bout de quarante-huit heures après , que le four eft aflez froid pour pouvoir en fortir les tuiles & les carreaux qu’il renfermoit, & le charger de nouveau.
- A l’égard des tuiles verniifées, cela fe pratique comme par-tout ailleurs.
- Fait à Utrecht le x Août ij66.
- t EXPLICATION
- x
- Du Dejfein cTun Fourneau à cuire les Briques par le moyen
- de la Tourbe.
- , PLAN.
- A> B, C, D , Plan du fourneau un peu au-deflus du fol, lequel eft pavé de briques placées de champ.
- E , Porte du four par où l’on introduit les briques, & par où on les en retire lorfqu’elles font cuites.
- F y douze Ouvertures ménagées dans l’épailfeur des murs pour fermer les ftx canaux H, qui fervent de foyers.
- Coupe fur la Ligne A , B.
- AyB, Sol du fourneau pavé de briques placées de champ.
- C, Porte du four.
- D y Les ftx ouvertures faites dans l’épailfeur des murs qui fervent de por* tes aux foyers.
- Ey Façon dont on range les briques fur les canaux H du plan, pour y fcrmer les foyers.
- p.10 - vue 11/14
-
-
-
- II
- (
- Art de fabriquer ta Brique & la Tuile en Hollande.
- F, G y Ligne ponétuée pour défigner que Ton remplie le fourneau ju£ Su’à cette hauteur , & même quelquefois au-deflus.
- H9 Recoupe faite dans l’intérieur des murs.
- Iy Trois marches d’efcalier pour monter fur le fourneau* lorlqu’on eft parvenu en K. y à l’aide d’une échelle. ^
- Fin de ï Art de fabriquer la Brique & la Tuile en Hollande«
- S
- I*
- Y. •'
- t /
- i .
- (
- Si'-', '
- n ' . . ' - t
- V
- De l’Imprimerie de L. F. DelatqüR. 1767.
- p.11 - vue 12/14
-
-
-
- p.n.n. - vue 13/14
-
-
-
- Pl.X.
- Ih'ique/Cerie.
- Coupe sur la/Ciçne AP>
- pl.1 - vue 14/14
-
-