Descriptions des arts et métiers
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- DARDOISE,
- DE LA FENDRE ET DE LA TAILLER.
- 1Par. M, Fov Gimou x ue B on darot.
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- AVERTISSE MENT.
- M. DE RÉAUMUR avoit lu à l’Académie en ijji > un Mémoire fur l’Exploitation des Carrières d’Ardoife, que l’on a trouvé parmi les Papiers de ce célébré Académicien. Il étoit deftiné à faire partie de la Defcription des Arts, dont l’Académie avoit conçu ie projet quelle remplit aujourd’hui. ( Voyez V Averti jjement général à la tête de l'Art du Charbonnier ).
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- Ayant été chargé de donner les détails de cet Art au Public i & defirant faire ufage du travail de feu M. de Réaumur, j’ai vu par une note écrite de fa main, qu’il avoit formé cette Defcription fur des Mémoires qui lui avoient été remis, & qu’il la regardoit feulement comme le limple canavas d’un Ouvrage auquel il efpéroit mettre la derniere main. Il avoit joint une inftruûion fur ce qui reftoit encore de recherches à faire pour le conduire plus près de fa perfection,
- Guidé par ce Mémoire, autorifé par cet habile Obfervateur à faire les changements convenables à fon travail ; je me fuis: tranfporté à Angers pour m’inftruire par moi-même des chofes que j’avois à décrire, & me mettre en état de remplir, le mieux qu’il me feroit poffible, les vues de là Compagnie.
- Outre les Ardoifieres des environs d’Angers, j’en ai encore vilîté d’autres dans l’Anjou & dans une partie de la Bretagne ,• & j’ai remarqué que les pierres différemment inclinées dans ces dernieres Carrières, exigeoient aullî des différences remarquables dans l’exploitation.
- L’examen des travaux employés dans l’exploitation des Carrières d’Ardoifes m’a procuré un grand nombre d’obfervations. La reconnoilfance m’engage à dire ici, que j’en dois une partie aux fecours qu’a bien voulu me procurer M. Sartre, Entrepreneur d’Ardoifieres à Angers ; & je me fuis vu contraint de refondre le Mémoire que m’avoit remis l’Académie.
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- îv , AVERTISSEMENT.
- Des trois Planches qu’avoit fait graver M. de Réautnur,je n’ai pu faire ufage que de deux : ce font les II & IV de celles que je donne, j’ai fuppléé à la première Planche de M. de Réaumur, qui étoit défeâueufe, par deux nouvelles que j’ai fait graver d’après des deffeins pris fur le lieu. Voici l’ordre que j’ai donné à ma Defcription.
- Je parle en premier lieu de l’exploitation des Carrières d’Ardoife, & particuliérement de celles d’Angers.
- 20, Je détaille les moyens employés pour tirer la pierre des Carrières d’Ardoife de la Champagne, d’une partie de l’Anjou & de la Bretagne, dans lefquelles les pierres affeâent, comme nous l’avons déjà dit, unepofition toute différente de celles que l’on remarque dans les Ardoifieres d’Angers.
- 3°, J’ai distingué les caraéleres les plus propres au fchifle^ ou à l’elpece de pierre dont on fait communément de l’Ardoife.
- 4°, J e fais connoître les défauts qui font les plus ordinaires à la pierre d’ardoife , & qui renaem ion travail plus difficile à exécuter & moins parfait.
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- 5°, Enfin, "je donne des inftru&ions qui peuvent fervir à' reconnoître les mauvaifes qualités des Ardoifes taillées & deüinées à être employées pour les couvertures des Bâtiments.
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- £)£ TIRER DES CARRIERES
- LA PIERRE D ARDOISE»
- DE LA FENDRE ET DE LA TAILLER.
- Par M. Fougerovx de Bondaroy.
- T/a rdoise, en latin , Lapis fijjilts > fcijjilis ou Schifli fpecies Ar défia diÜa > eft une efpece de pierre aflez connue dans ce Royaume ; & perfonne n’ignore de quelle utilité elle eft pour couvrir les maifons. Quand on compte-roit pour rien Ton poli naturel & la beauté de fa couleur, qualités qui la font rechercher pour les plus liiperbes édifices ; fa legereté feule la feroic préférer à la tuile : elle charge moins les charpentes, & par confisquent fatigue moins les murs fur lefqueis les charpentes font appuyées.
- Les Anciens n'en ont point fil faire ulage. Toutes les maifons de Rome , jufqu'au temps de la guerre de Pyrrus, ne furent couvertes que de Bardeau : Pline nous l'apprend Liv. xvi, c. io (*). Du temps de Vitruve , on les cou-* vroit de rofeaux, de feuilles, de terre & de paille, ou de paille pétrie avec de la terre : c'eft ce que remarque Philander dans fes Commenraires fur Vitruve liv. il, page 55. Il eft vrai que le même Philander prend foin d'avertir que quelques-uns des fomptueux édifices des Romains avoient des toîts mieux décorés ; il cite «Paul Diacre , qui alfure que le Panthéon étoit couvert de petites plaques d’airain, & le Jurifconfulte Jabolenus qui fait entendre qu'on faifoit des couvertures de plomb. Quoi qu'il en foit, i’arJoife, man-quoit à la fuperbe Rome , 8c fi cette pierre peut entrer dans la décoration des bâtiments, les toîts de fes plus beaux édifices le cédoient de ce côté-là à ceux des granges qu’on voit aujourd’hui aux environs d’Angers.
- Il n'eft pas aile de favoir quand on a commencé d’employer l’ardoife dans le
- (*) Scandulæ è robore aptijjimæ , mox è glandiferis aliis, fagoque ; faciliimœ ex omnibus quœ reftnam ferunt ,fed minimè durant, prxterquam è pino. Scan-
- Ardoise.
- dulâ contextam fuijfe Romam ad Pyrrki ufque bellum annis quaânngehus LXXX, Cornélius Nepos aut#$ eft.
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- a DE L’EXPLOITATION
- Royaume: quantité de fragments de cette pierre, dont fe font formés des amas prefque femblabks au Mont-Tejlacée de Rome , & que l’on voit à Angers prouvent que fufage en eft ancien ; mais on ne fait pas pofitive-ment de quel temps font ces amas.
- Suivant des remarques intéreflantes que je dois à M. Sartre, Entrepreneur d’Ardoifieres à Angers, & dont je ferai ufage en rédigeant le travail de M. de Réaumur , lorlqu’on ouvre de nouvelles carrières} on retrouve des fouilles qui paroilfent fort anciennes. Ces fouilles dont on a tiré la pierre pour en fabriquer l’ardoife , n’ont gueres qu environ vingt pieds de profondeur ; les outils que l’on y a trouvés, & que Ton confèrve à Angers où je les ai vus, font des monuments d’une ancienne Fabrique ; mais ces outils , ainfi que les travaux qui nous en relient, n’annoncent qu’une exploitation luperficielle, dont on * n’obtenoit làns doute qu’une ardoife alfez grolfiere, & conforme à la fimplicité des temps où ces premières fouilles ont été faites.
- Il paroît que l’ufage de l’ardoife en Anjou eft auflî ancien que la Ville d’Angers, dont les maifons n’ont jamais été couvertes qu’avec de l’ardoife du pays; c’eft de fufage fréquent que l’on a fait de cette pierre pour bâ- ' tir les anciens édifices, les maifons de la Ville, même les murailles & les fortifications qui l’environnent, qu’elle a été furnommée la Ville noire.
- La plus belle ardoife & celle qui palfe à Paris pour la meilleure, vient d’Angers. Outre la fupériorité , tant pour la beauté que pour la qualité qu’ont les ardoifes tirées des environs de cette Ville, fur plufieurs autres du Royaume, elles ont encore l’avantage d’être fituées près de la riviere de Mayenne Sc à portée de la Loire, qui, par fon embouchure dans la mer facilite l’exportation de l’ardoife à Paris, dans les provinces voifines & maritimes , & jufques dans nos Colonies.
- C’eft dans les Ardoifieres qui font proche la Ville d’Angers, Sc d’après une de ces carrières que fon exploitoit pendant mon féjour, qu’ont été pris les delfeins d’une Ardoifiere ouverte & en œuvre, ainfi que ceux des outils & des machines néceffaires pour tirer la pierre d’ardoife, pour la fendre & pour la tailler. Je vais rendre ici les moyens que j’y ai vu employer pour fabriquer de l’ardoife propre à couvrir les maifons.
- On trouve alfez communément de l’ardoife dans tous les environs d’Angers , & même dans divers endroits de l’Anjou ; on n’ouvre pourtant de grandes carrières , ou en termes du Pays & des Ouvriers , des Perrieres (*) > qu’aux environs de cette Ville toujours fuivant la direélion du Nord au ;>ud. Les plus proches qu’on y ait travaillées en font éloignées d’environ
- ( * ) La carrière d’ardoife fe nomme en termes du pays Perriere ou Périere ou Plerriere. Le premier eft adopté par l’Ordonnance de Louis XIV. On entend aufli par Perriers ou Perrayeurs ou Car-
- riers , les Ouvriers qui travaillent à exploiter les carrières d’ardoifes. On dit encore Arâoifieres 9 pour lignifier les carrières d’ardoifes.
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- DES CARRIERES D’A RDOISE. 3
- un quart de lieue vers le fauxbourg appelle Saint - Michel. Ce qui a engagé à préférer ce terrein à d'autres où Ton trouve aulîi la même efpèce de pierre, c'eft apparemment Ion élévation ; elle met plus long-temps à couvert des inondations les trous profonds qu'on eft obligé de creufer.1 On a cependant encore ouvert plulieurs carrières, en remontant la Loire du côté du Pont-de-Cé ; les plus éloignées d'Angers font dans la paroi/le de Trélazé, à une lieue de la Ville.
- Un /impie coup d'œil fur la pierre dont nous parlons, pouvoit indiquer tous /es avantages & fon utilité. Outre que cette pierre eft très-propre à bâtir & fii/ceptible de liai/on avec le mortier ; le premier coup de marteau a dû indiquer qu'elle a encore l'avantage de fe fendre aifément, & de pouvoir fervir de couverture aux bâtiments.
- Maniéré d'ouvrir et d'exploiter la Carrière.
- Avant de commencer l'ouverture d'une carrière, li elle eft fituée dans un terrein d'où l'on n'ait pas encore tiré de l'ardoife, non plus que de fes environs, on doit examiner les pierres du pays. Quand elles ont plufieurs des caraéleres que nous indiquerons ci-après, comme propres au fchifte ou à l'ardoife, & que l'on s'en fera bien a/Turé fur de petites roches féparées, on peut être pre/que certain que cette contrée renferme auffi cette pierre en grande ma/Te ou en carrières.
- Après ce premier examen * il convient de fonder pour s'aftixrer fi la carrière contient une pierre propre à être divifée en bonne ardoife, /ans quoi toutes les dépenfes que demande une pareille entreprife, feroient fort avanturées. Cette précaution fe réduit à faire divers trous , comme des e/pe-ces de puits, dans l'endroit où l'on a deftein de faire travailler : on creufe ces puits jufqu'à 15 ou 20 pieds de profondeur. Si la pierre qu'on en retire donne de belle ardoife, on hazarde l'entreprife; mais l'Entrepreneur commence avec beaucoup plus de confiance, quand il fait travailler proche un endroit où /e trouvent des décombres, ou en termes d'Ouvriers vuidanges, qui prouvent qu'on en a déjà tiré de l'ardoife. Nous verrons encore que les anciennes fouilles font d'un grand avantage pour mettre les vuidanges de la nouvelle carrière qu'on veut faire ouvrir.
- Il eft très-commun de rencontrer à Angers des veftiges de ces anciennes fouilles (30, PL I,) qui ont été ou épuifées ou abandonnées, & qui ne forment aujourd'hui que des fo/Tes remplies d’eau ou de vuidanges, plus ou moins profondes, fuivant le lieu & fuivant les temps où elles ont été travaillées ; car les premières fouilles, c’eft-à-dire , celles qui peuvent être regardées comme les plus anciennes , font, comme nous l'avons dit, peu profondes. Toutes ces fo/Tes font encore aifées à reconnoître par l'amas de vuidanges dont elles font fouvent environnées.
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- , Quelquefois on trouve de l’ardoife fort près de la furface de la terre ; n voit même près d’Angers quantité de roches de cette efpece de pierre, ’omme dans les autres pays on en voit de pierres communes. Ces roches pi font à la fuperficie de la terre, ne peuvent fo divifer par feuillets min-;es, & ce font principalement celles-là que l’on emploie dans le pays pour & conftruélion des murs.
- On trouve encore dans l’Anjou & dans une partie de la Bretagne, plu-ùeurs autres elpeces de pierre qui, comme l’ardoife , fe divifent par feuillets , mais qui font ordinairement trop foibles & trop tendres pour qu’on puilîe les employer à couvrir les maifons : les unes font rougeâtres ; d’autres jaunâtres, d’autres grisâtres ; toutes ces efpeces de pierres feuilletées fetrouvent dans la carrière plus ou moins inclinées à l’horizon & fur différents angles qui varient beaucoup, comme nous le dirons par la fuite.
- Il arrive fouvent qu’on ne rencontre la bonne ardoife qu’après avoir creufé jufqu’à une certaine profondeur ; quelquefois il faut enlever vingt ou vingt-cinq pieds de terre avant d’y parvenir; mais cette efpece de pierre forme prefque toujours un banc confidérable.
- Les carrières d’ardoifes fe rencontrent quelquefois dans les plaines allez; proches de la fuperficie de la terre, fouvent aufli elles fe trouvent lîtuées intérieurement dans de très-hautes montagnes fort efcarpées & couvertes de bois & de roches : telles font la plupart des carrières' au-delfous de Char-leville, au bord de la Meufe. Aux environs d’Angers , on ne s’écarte gueres d’un coteau où fe trouve un banc de roches d’ardoifo ou de fchifte ; Sc une grande partie des carrières que l’on travaille à préfont, ainfi que celles que l’on a celfé de travailler, étoient autrefois couvertes de terre qui produi-foit du bled.
- Après s’être alluré que l’endroit que Fon veut creufer contient de bonne ardoife , l’on ouvre la perriere, c’elt~à*dire, qu’on commence à faire une tranchée plus ou moins grande , félon que le comporte le terrein & la fortune de ceux qui entreprennent ce travail. On fait fon ouverture à peu près quarrée ou reélangle. Les carrières ont environ 150 ou 200 pieds de largeur; les plus grandes en longueur 120 ou iyo pieds: on en fait auffi de beaucoup plus petites.
- On choilît un terrein commode auprès de la carrière où l’on tranlporte toutes les vuidanges; on comprend fous ce nom la terre qui couvroitle delfus de la perriere; la première pierre que Fon retire qui fouvent, n’efl pas propre à faire de Fardoife ; & tous les fragments de la bonne ardoife qui fe trouvent trop petits pour être mis en œuvre. Toutes ces vuidanges ne peuvent être contenues que dans un terrein allez Ipacieux : pour leur en faire occuper le moins qu’il eft poffible, on les accumule les unes fur les autres. Les hommes qui les tranlportent dans des hottes, montent fur les premières
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- DES CARRIERES D'ARDOISE. $
- pour y jetter les dernieres. On gagne doublement en les accumulant de la forte. On emploie moins de temps que fi on les tranfportoit plus loin, & on couvre une moindre furface de terrein, ou, ce qui eft la même chofe , on perd moins de terre ; car celle où Ton met les vuidanges, relie inutile pour du temps.
- Un Entrepreneur qui eft en état d’en foutenir la dépenfe, au lieu de faire porter les vuidanges par des hommes, les fait tranfporter dans des elpeces de chariots ou de petits tombereaux à leur deftination; labefogne en va plus vite, & la première dépenfe faite, on épargne beaucoup fur, la dépenfe journalière. (
- L’amas des vuidanges forme près de chaque carrière une petite montagne qui paroît toute d’ardoife, parce qu’elle n’eft compofée que de fragments de cette pierre. C’eft un Ipeélacle a fiez fingulier pour ceux qui pa£ fent la première fois près d’Angers, de voir une chaîne de ces monticules qui a une demi-lieue ou trois quarts de lieue d'étendue ; ces montagnes faites de main d’hommes, ne laiflent pas que d’être élevées. Nous avons déjà dit qu’on leur donne le moins dè bafe qu’il eft poffible. Les trous qu’on fait pour ouvrir une carrière dont nous avons déterminé la largeur, ont quelquefois plus de 200 ou 270 pieds de profondeur; ainfi ils fournilTent une grande quantité de fragments inutiles, qui n’étant plus appliqués auffi près les uns des autres qu’ils l’étolent dans la carrière, occupent feuls à peu-près autant d’efpace qu’en occupoit toute la pierre quon a tirée.
- Lorfqu’on ouvre une nouvelle carrière très-près d’une ancienne où l’orf a ceffé de travailler, on a, comme nous l’avons dit, un endroit bien commode pour placer les vuidanges : on les jette dans la fofle abandonnée,1 8c elles n’occupent aucun nouveau terrein : les hotteurs ou les voitures qui les tranfportent, épargnent le temps qu’il faudroit employer pour monter les dernieres vuidanges fur les premières.
- Mais ce lieu propre à renfermer les vuidanges ne fe trouvant pas toujours à portée d’une carrière que l’on exploite, il faut nécefiairement alors deftiner *un terrein auprès de la perriere, pour fervir à les recevoir, & en former, comme on a dit, des amas ou des buttes les plus hautes qu’il eft poffible. Or, comme il s’élevoit fouvent des conteftations entre les Entrepreneurs des perrieres & les Propriétaires des terreins cédés, à qui par conféquent appartenoit le fond des carrières, elles ont été terminées par un Arrêt du Confeil du 29 Septembre 1747, qui rappelle l’exécution d’un autre Arrêt donné pour le même objet le 2y Oétobre 1740: voici ce qui donnoit lieu à ces conteftations.
- Un Entrepreneur faifoit l’acquifition d’un terrein; il en achetoit ou en louoît le moins d’étendue qu’il pouvoit, parce que n’étant pas sûr, & ne pouvant l’être, de la qualité de l’ardoife qu’il devoit tirer, qu en ouvrant la carrière^ Ardoise. B
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- il ne fe foucïoit pas d’avancer une grofle fomme d’argent, en acquérant ou en louant un grand terrein qu’il pourrait être obligé d’abandonner Sc de remettre au Propriétaire, s’il ne fe trouvoit pas propre au but qu’il fe pro-pofoit. Mais auffi la carrière une fois ouverte, li l’Entrepreneur, content de l’ardoife qu’il ÿ avoit trouvée, vouloit augmenter la carrière ou employer le terrein voifin à y mettre des vuidanges, le Propriétaire demandoit pour lors un nouveau marché, Sc faifoit acheter à l’Entrepreneur le moindre efpa-ce au prix qu’il lui plaifoit de le taxer. C’eft pour réformer cette efpece de vexation, ou pour faciliter le commerce de l’ardoife, qu’eft intervenu l’Arrêt du 29 Septembre 1747, dont je crois devoir donner ici le précis pour ce qui concerne l’exploitation Sc l’acquifition du terrein propre à augmenter les carrières & à loger les vuidanges.
- L’Arrêt dont il s’agit, « fans avoir égard aux aéles faits entre les Pro-» priétaires du terrein qui contient les carrières d’ardoifes ouvertes Sc à » ouvrir , aux environs de la ville d’Angers, Sc les Entrepreneurs defdites » carrières, ordonne qu’il fera payé une feule fois par lefdits Entrepreneurs *> defdites carrières ouvertes Sc à ouvrir dans la fuite, aux Propriétaires d’i-* celles une fomme de mille quarante livres par arpent pour les terres cul-
- tivées, & de cinq cens vingt livres par arpent pour celles qui ne font *> pas fufceptibles de cultures; ou un loyer par an, à raifon du denier 10 & defdites fournies principales réglées par chaque arpent, pendant le temps 1» feulement que durera l’exploitation de la carrière; le tout au choix du *> Propriétaire auquel Pemplacement de ladite carrière retournera à la cefe » fation de ladite exploitation: Permet à toutes perfonnes de faire de nou-» velles entreprifes pour tirer de l’ardoife, en convenant de gré à gré avec » les Propriétaires du terrein, de leur dédommagement, foit par le paye-» ment une fois fait des fournies ci-delfus, {oit par un loyer annuel fur le » pied du denier 10 defdites fommes..... Permet pareillement aux En-
- trepreneurs qui ont actuellement, ou auroient à l’avenir, des carrières à » ardoife, ouvertes, Sc qui n’auroient pas fuffilàmment de terrein pour les » vuidanges defdites carrières, de fe procurer de la part des Propriétaires » voifins, celui qui leur fera néceilàire, en leur payant comptant le prix » ci-devant marqué, ou même le loyer annuel, auffi au choix defdits Pro-*> priétaires. »
- Depuis cet Arrêt, les Entrepreneurs font bien moins gênés dans l’exploitation de leurs ,perrieres, & ils ne manquent point d’acquérir ou de louer un plus grand efpace de terrein, quand ils font sûrs de la qualité de l’ardoife qu’il renferme, ou lorfque l’exploitation de la carrière devenant plus confidérable, il faut auffi augmenter le lieu deftiné à y placer les vui-rianges.
- C’efl: depuis la facilité accordée aux Entrepreneurs d’acquérir du terrein
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- DES CARRIERES D'ARDOISE. 7
- quand îl leur manque,, qu’ils mettent leurs vuidanges fur un plus grand efpace, 8c qu’ils employent des chariots pour les voiturer ; au lieu qui! • leur auroit été impofllble de fe fervir de chevaux de de voitures pour ce travail , quand dans la vue de ménager le terrein, ils étoient obligés d'en former des buttes fort élevées.
- Revenons à notre objet. Le travail de creufer la carrière efl conduit avec un certain ordre ; 8c l’exploitation de ces carrières varie fuivant la pofition de la pierre qu’elles renferment; cependant le plus fouvent la méthode dont on fait ulage dans un pays , n’a d’autre fondement que l’habitude ou l’on efl: depuis longtemps de l’employer. A Angers on ouvre 8c on enleve tout le deflus de la carrière, ce que l’on appelle Travailler à ciel ouvert. Nous verrons que l’on fouille d’autres carrières dans la Champagne, en formant plufieurs puits à différents endroits de la carrière. Enfin que quelques-unes s'exploitent en pratiquant des galleries, ainfi qu’on a coutume de le faire plus ordinairement dans le travail des mines.
- Pour commencer le travail des carrières d’Angers que nous traitons particuliérement ici, la terre qui couvroit le deflus de la perriere étant enlevée, on apperçoit la furface du banc d’ardoife que les Ouvriers nomment Cojfe i on enleve d’abord dans l’étendue du trou un banc de pierre d’une certaine épaifleur ; celui-ci ôté, on en enleve un autre de même épaifleur, & ainfi de fuite ; c’efl: ce que les Ouvriers appellent faire des foncées ou fon-i . cieres.
- Les Ouvriers donnent à chaque foncée neuf pieds de profondeur : if n y a que la première à laquelle ils en donnent ordinairement douze ; peut-être, parce qu’ils comptent qu’elle contiendra environ trois pieds de terre. Si on faifoit les foncées plus profondes, on ne pourroit pas en détacher la pierre 11 commodément; & fi on les creufoit moins, le travail en feroit plus long.
- Pour mieux comprendre comment l’on commence 8c l’on continue le travail de chaque foncée , il efl: bon de connoître l’arrangement de l’ardoife* dans les entrailles de la terre.
- Pofition de l’Ardoife dans la Carrière.
- La pofition de l’ardoife dans la carrière efl: digne d’être remarquée. La carrière efl: compofée d’une mafle de pierre confidérable qui forme différents blocs par des délits qui fe rencontrent dans la mafle totale de la carrière. Ce feroit perdre de vue notre objet principal, que de nous arrêter à examiner fi ces délits ont été formés par une filtration d’eau qui s’eft établie entre les blocs, ou au contraire par un manque d’eau dans le temps de la première formation de la carrière, ou enfin s’ils ont été formés en même temps que les blocs qui n’auroient pu fe réunir, quoiqu’ap-
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- pliqués immédiatement les uns fur les autres ; c’eft ce que d’ailleurs nous n’oferions décider. Ce qui eft certain, c’eft que ces blocs fe touchent; quils ont différentes épaifleurs, & que les Ouvriers les diftinguent aifément par des filions qui font affez apparents, & quils cherchent à reconnoître avant que d’abattre les blocs.
- Chacun de ces blocs eft compofé d’une quantité de feuilles pofées parallèlement les unes à côté des autres: à Angers le bloc eft prefque perpendiculaire à l’horizon ; je dis prefque perpendiculaire, parce que la carrière eft un peu inclinée. La plupart des carrières d’Angers font orientées du Nord au Sud, & l’inclinaifon de la mafle dans la partie la plus enfoncée rentre au Nord, de façon qu’un banc, fur neuf pieds perpendiculaires, a environ 20 pouces de retraite (EF, GH, PL I); ainfi l’on peut conce-, voir la difpofition qu’ont les feuilles de chaque bloc d’ardoife, en imaginant celle des feuillets de plufieurs livres, placés à la maniéré ordinaire fur une tablette, mais en les fuppofànt tous un peu inclinés fur cette tablette. Cette pofition que la nature a donnée à l’ardoife eft très-heureufe ; car c’eft une des plus commodes pour la détacher aifément. Si l’ardoife eût été dans une pofition contraire ; je veux dire, fi ces feuilles étoient horizontales, oiï beaucoup inclinées à l’horizon, comme le font celles de quelques autres car-’ rieres de pierres communes, elles euffent donné incomparablement plus de peine à les tirer. C’eft cependant ce qui arrive dans quelques autres car* rieres d’ardoife ; car cette pofition commune à l’ardoife d’Anjou , n’efl pas générale à toutes les Ardoifieres. Prefque toutes les carrières de Rimo-gne en Champagne, dont nous donnerons une courte defcriptîon, renferment une ardoife beaucoup plus inclinée à l’horifon. Quelques - unes de la Bretagne, comme celles de Moifdon à dix lieues de Nantes que j’ai examinées , offrent une ardoife placée prefque horifontalement. Cette différence dans la pofition de cette pierre fait que le travail des dernieres carrières différé un peu du travail de celles que nous décrivons ici; & ces différences m’ont paru mériter d’être rapportées.
- Il y a tout lieu de croire que dans les pays de fchiftes ou d’ardoifes, comme à Angers, à Chaumont & aux environs de Mézieres, tout le fond du terrein n’eft, pour ainfi dire, qu’un feui bloc d’ardoifes que l’on trouve plus près de la fuperficie de la terre, à certains endroits qu’en d’autres. On choifit, pour en former des carrières propres à être travaillées, celles où l’ardoife fe trouve plus près du niveau du terrein; parce qu’il en coûte moins pour la tirer.
- Quelques Naturaliftes ont conjecture que le banc de fchifte qui fe trouve en Anj ou, a des branches fi étendues, qu’il va paffer fous la Manche, & qu’il fe retrouve en Angleterre dans la province de Northampton où cette efpece de pierre eft très-commune; mais on ne peut avoir fur cela que des probabilités.
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- DES CARRIERES D'ARDOISE. p
- Quoi qu’il en foit, on peut dire qu’ en Anjou une carrière èntiere qui eft
- fouvent confidérable, n’eft occupée, pour ainfi dire, que par une feule
- pierre. La même mafle remplit tout l’efpace où Ton creufe, Sc s’étend peut-
- être beaucoup au-delà; cette mafle fe divife enfuite foivantles délits (MO 3
- MO9 I, L, ) qui la féparent en blocs, de figures & de grandeurs irrégulières
- •qui fe touchoient, & ne formoient prefqu’un corps dans la carrière ; ainfi toute
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- la perriere eft remplie de feuilles de pierres qui ont leurs directions un pew inclinées à la furface de la terre, Sc qui, outre cela, font parallèles les unes aux autres.
- Pour revenir au travail de l’ardoife: la terre ayant été enlevée; aufli-tôt que Ton rencontre la pierre, on commence à ouvrir une tranchée comme une efpece de fofle (21 PL J, ) à laquelle on ne donne qu’autant de largeur quil en faut pour qu’un homme y puifle travailler commodément, Sc dont la longueur va en ligne droite, depuis le milieu d’un des bouts de la perriere jufqu’au milieu de l’autre bout. La longueur de ce fofle eft ce que nous nommerons la longueur de la perriere ; elle doit être parallèle au plan des feuilles d’ardoife.
- ' Ce premier travail eft long; il faut fe faire jour en frappant fur des feuilles de pierres qui font pofées comme la tranche d’un livre. On fe fort pour ce travail d’un ou-til T, appelle Pointe : fa tête X, reflemble à celle d’un marteau, Sc fe termine par une pointe. Sa longueur eft de 8 ou 9 pouces ; l’é-paifleur de fon gros bout en a deux. Cet outil a une ouverture telle què l’œil d’un marteau, à deux pouces de fon gros bout ; dans ce trou, entre un manche V> fait d’un morceau de bois mince, long ordinairement de trois pieds, Sc gros foulement comme le doigt. La pointe de l’outil doit faire un angle obtus avec fon manche; c’eft pour cela que l’on fait entrer un petit coin Y, dans le trou où il eft logé, Sc ce coin fe nomme à Angers VEngrois ; cette pointe eft prefque toujours acérée & formée d’acier de Piedmont; elle pefe cinq à fix livres: on ne donne à cet outil un manche aufll foible & auflî flexible que celui dont nous venons de parler, que pour ménager fa pointe. Malgré cette précaution, elle n’a pas forvi une heure fans être émouffée, de façon qu’on eft obligé de la porter à la forge pour la réparer. C’eft principalement pour acérer ces fortes d’outils qui fervent journellement, & pour la réparation des machines àépuifement, dont nous parlerons dans la fuite, qu’on confiant une ou deux forges ( 33 ) près de chaque perriere.
- Deux ou trois Forgerons font occupés à ce travail. Ils fo fervent, pour l’entretien de la forge, de charbon de terre tiré des mines de la province Sc des environs. Pour le forvice d’une carrière, il faut encore un petit réduit (34) Pour un ou deux Ouvriers deftinés à conftruire ou à réparer les féaux, bacquets, bafoicots, la charpente des Machines d épuisement ou Ardoise, C
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- ÏO DE L’EXP L0 1TAT10 N
- Engins , & généralement tous les routiis ou ullenliles en bols fervant aux Ouvriers qui exploitent la carrière', & que nous décrirons bien-tôt. L'on deftine à cet emploi les Ouvriers les plus induftrieux, & leur attelier ( 34) 9 fe nomme la Vétille,
- Il faut un grand nombre d’Ouvriers 8c un long travail, pour ouvrir avec les pointes la première tranchée; c’ell un travail ingrat qui ne produit rien direélement ; toutes les pierres qu’on en détache, n’étant que de petites parcelles, on les jette avec la main hors de la foncée, d’où on les enleve avec une pelle b : tous ces petits fragments font partie des vui-danges.
- Pour commencer une foncée, l’Ouvrier forme une rigole de la hauteur d’une foncée ordinaire; il ne lui donne d’abord qu’un pied*de large, ou feulement les dimenfions néceflaires pour qu’il puiffe s’y retourner. Cet ouvrage lui eft payé ordinairement par l’Entrepreneur à la tâche, 8c à raifon de 7 (ois 6 den. le pied quarré de fonçage.
- Pour former cette première rigole, il coupe en delïus la pierre d’ar-doife fuivant le côté de fon inclinaifon, c’elt-à-dire, fuivant celui LH, où la partie fupérieure du bloc fort intérieurement delà foncée, & la partie inférieure H, rentre en dedans; il coupe par le bas, fous le bloc, les parties de la pierre qu’il veut enlever; 8c de l’autre côté de la rigole, il jette chaque partie de la pierre qu’il détache, dans la coulilfe à laquelle on vient de le voir travailler.
- „ La foncée parvenue à fa grandeur qui réglé, comme on peut le voir dans la Planche h la largeur de la perriere, l’Ouvrier s’occupe à creufer à une de fes extrémités, le long du principal chef* de la carrière, un trou, ou une efpece de cuve quarrée ( A & 20 ), ou doivent fe rendre les eaux de toute la foncée, à laquelle il a foin de conferver une pente jufqu’à cette cuve, pour que les eaux viennent s’y dépofer.
- La première tranchée étant ouverte , le relie de l’ouvrage va beaucoup plus vite; on peut alors détacher de gros blocs de pierre. Il n’ell plus quef-tion, pour élargir la foncée, 8c exploiter les bancs, que de continuer à agrandir l’efpece de folTe qu’on a commencée , en abattant des blocs d’ardoile jufqu’à ce que le foflé devienne prefque aulÏÏ large que l’ouverture fupérieure de la carrière.
- Les pointes T font encore les premiers outils dont on fait ufage pour réparer les blocs d’ardoife du relie de la malfe; on s’en fert pour creufer de petits trous de quelques pouces de profondeur, & l’on fait tous ces petits trous à peu-près fur une même ligne parallèle au bord lupérieur de la
- * On appelle Chef d'une Carrière , les deux côtés qui en forment les murs, & qui font perpendiculaires au ièns fuivant lequel le fend l’Ar-
- doife ; par conféquent, pour tirer les blocs, on eft obligé de les couper dans cette partie, comme nous l'expliquerons par la fuite.
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- D E S C A R R 1 E R E S D’A R D O I S E. *r
- tranchée, à là diftance de 2 à 3 pieds. L’Ouvrier fe Conduit , pour>placer, ces trous, fuivant l’examen qu’il a fait des délits apparents fur' la Éirrace de'la-foncée. Ces trous doivent fervir à placer les coins dont nous allons parler ; on les éloigne l’un de l’autre d’un pied$ ou d’ùn pied & demi ; on commence par mettre dans chaque trou un coin de fer long de huit à dix poiH ces, qu’on nomme fer : on l’introduit dans le fens perpendiculaire. Cette opération eft appellée par les Ouvriers faire le chemin ou enferrer. On donne quelques coups de maillet fur les coins, & quand ils ont formé-leur ouverture, on leur fubftitue d’autres coins plus forts N, N, iJY, N, qui le nomment Quilles, & que l’on met aux mêmes endroits que les premiers. Ces quilles f ont deux pieds de demi de longueur. Lorfqu’on a planté de cette maniéré, fur une même ligne, neuf ou dix coins ou quilles, plus* ou moins, félon que l’on veut détacher une plus grande piec« d’ardoife , un nombre d’Ouvriers (14,14,14, 14, ) égal au nombre des coins, armés-de gros marteaux de fer R, & placés fùr le banc qu’ils veulent 'couper, frappent tous enfemble, chacun fur un coin. Ils agiifent comme feroient neuf ou dix Fendeurs de bois qui feroient tous occupés à fendre enfemble une même piece. Leurs coups redoublés qui tombent en même temps, obligent les coins à s’enfoncer dans l’ardoife. Quand une quille eft entrée juf* qu’à une certaine diftance , ils en mettent une autre derrière celle-ci* N, N, ôc quelquefois aînfi 4 ou c fucceffivement, jufqu’à ce que le bloc qui fè> trouve entre la foncée ou le banc que l’on veut enlever*- à l’aidé des quilles dont nous parlons, fe fépare du refte de la maffe. Ce qui n’arrive fouvent qu’après un travail aflîdu & pénible de cinq à fix heures/
- Les marteaux dont les Ouvriers fe fervent pour frapper les quilles, fe nomment Pics. La tête de ce marteau pefe environ 30 liv. un de fes côtés fe termine en pointe, & fon autre extrémité eft arrondie.
- Les Ouvriers employent différents moyens pour abattre les blocs, fuivant le côté de la carrière où ils travaillent. On fent qu’il feroit inutile de chercher des expédients pour faire tomber le bloc du côté de la carrière où fon inclinaifon LH, fait fortir la fùrface fupérieure du bloc en-dedans de la foncée , tandis que le pied du bloc rentre dans la carrière. Aufîî-tôt que les coins ou quilles dont on s’eft fervi, ont détaché le bloc, comme il n’eft pas d’à-plomb, fa pefanteur l’entraîne, & il tombe dans la foncée fouvent dans le moment qu’on s’y attend le moins. Mais de l’autre côté de la foncée IF, où la furface fupérieure du bloc ( fuivant l’inclinaifon que nous lui avons connue ) eft moins avancée dans la foncée que fa bafe, la difficulté pour détacher le bloc, ainfi que pour l’abattre, eft un peu plus grande. Les Ouvriers pour travailler plus commodément à enfoncer les quilles, forment de ce côté de petits échaffauts avec des parties d'échelles ou des madriers qu’ils arrangent, 8c qu’ils font porter le long du banc, fur lequel
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- Xft DEL9 EXPLOITATION
- Us travaillent pour pouvoir fe mettre d'un côté 8c de Tautre de la foncée,
- & avoir la liberté d’enfoncer, plus à leur leur aife, les coins ou quilles.
- ; U fe fait d’abord une fente à la fuperficie du banc, & fur toute l'étendue de la ligne tracée par les coins. Si après ce premier effort, le bloc offre trop de réfiflance, on augmente le nombre 'des quilles. Le bloc détaché, on cherche de nouveaux uflenfiles pour l'abattre ; les Ouvriers fe fervent de différents leviers de fer. Ils emploient i°, un cifeaug, applati d’un de fes côtés qui lui fert de lame: Ils prennent enfuite des barres de fer, plus ou moins longues, qu’ils nomment Verdillom ou Lèvres, La barre la plus forte 8c la plus longue A, qu’ils appellent Lèvre, ayant été introduite dans les ouvertures formées par les quilles, ils attachent à l'autre extrémité de ce levier, une corde fur laquelle tirent plufieurs hommes ; la fente s’ augmente, le rocher s’ouvre, fe fépare, 8c tombe au pied du banc divifé naturellement en bloc, ou rompu par l’effort en éclats de différentes grandeurs ; c'efl ainfl que les Ouvriers parviennent à détacher le bloc, & à le jetter dans la foncée.
- • Le bloc en tombant fe partage en plufieurs parties ; & pour les retirer les unes de deflus les autres, ils employent de longs crochets de fer /, emmanchés au bout d'un bâton ; on fe fert encore, pour le même ulàge, d'un double cro-; çhet kP auflî emmanché, qu’on nomme Tranche•
- Il ne faut pas croire que cette maffe d’ardoife qu'on détache par le moyen des coins fait régulière, ni qu’elle forme un bloc bien équarri ; nous le répétons, la pierre qui conftitue la carrière d’ardoife, ne forme qu’une maffe; elle n’efl: point par lits, comme le marbre ou les autres pierres communes le font dans leurs carrières: mais i’ardoife fe réduit en éclats, 8c les morceaux qu'on abat , ne portent prefque jamais les neuf pieds que doit avoir la foncée, à caufe des délits, 8c fouvent par l’accident de corps étrangers qui fe rencontrent dans i’ardoife.
- Le bloc n’étant pas coupé en deffous au bas de la foncée, la pierre fe rompt au hazard aux endroits, où un délit disjoint le bloc qu’on fépare ; il faut alors occuper plufieurs Ouvriers ( 16, ij ) à reprendre ces parties du banc qui font reliées, & à les détacher à peu-près de la même maniéré qu’on l’a vu pour les premiers morceaux ; on appelle cette feconde opération Ranger les écots, ù* drejjer le banc. Elle fe pratique en mettant dans les trous qu’on a faits avec les pointes, de petits coins a appellés Alignoirs, ou les Quillesy dont nous avons parlé, fur lefquelles on frappe avec les pics jR, 5, pour jetter l’éclat à bas : autant que l’on peut, on ménage ces éclats quand ils fent de grandeurs à pouvoir former de I’ardoife.
- Si la pierre d’ardoife détachée, comme nous venons de l’expliquer, eft trop pelante pour être maniée commodément , on la divife en plufieurs morceaux , en employant pour cet effet un fort cifeau de fer avec lequel on fait une entaille au bloc dans la partie qu’on juge convenable; le même
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- DES CARRIERES D'ARDO ISE. 13
- Ouvrier donne enfuite avec ce cifeau un coup fur le plat du bloc, en fui-vant la direction de l'entaille; il le rompe ainfi fuivant fa largeur > en deux parties plus commodes à manier & à tranfporter.
- Si les blocs à divifer font épais, on engage dans ces blocs des coins de fer plus ou moins forts: les coins employés à cet ufage, font les mêmes que ceux deftinés à abattre les parties de blocs qui reftent aux bancs. Ils portent differents noms, fuivant leurs forces & leurs grandeurs: les premiers z font nommés grands Fers; ceux qui font moins grands & , Fers moyens; 8c les plus petits a, Alignoirs. La figure des uns & des autres eft pourtant aflez la même : leur pointe eft fouvent échancrée, quelquefois en arc de cercle , quelquefois en angle; 8c cela fans doute afin qu’elle trouve moins de réfiftance à entrer dans l'ardoife. En pré-fentant d'abord une moindre fur face, il y a moins de frottements à vaincre. Les grands fers ont environ huit à neuf pouces de longueur; leur bafe ou leur tête a deux ou trois pouces de large : les alignoirs n’ont que quatre à cinq pouces de longueur, & leur bafe eft beaucoup plus petite que celle des fers. Les maillets ou les marteaux, avec lefqueis on frappe fur ces differents coins, font aufli de différentes grandeurs; les uns & les autres portent, parmi les Ouvriers, le nom de Fies : nous avons dit que la tête des plus grands pics R avoit environ un pied 8c demi de long. On fe fert aufli, pour dreflfer les bancs, d'un fécond marteau S appellé Fie moyeny qui reflembie à ces premiers; le fer ou la tête eft feulement moins longue 8c moins pelante que celle des grands pics. Nous obferverons en paflant que le manche des outils, ainfi que les bâtons des échelles F, font fouvent faits de bois de houx, qui eft très-commun dans le pays.
- On continue d’enlever , comme nous venons de le dire , de groffes maffes de pierres jufqu'à ce qu'on ait retiré par pièces le bloc qui occu-poît une foncée. Il faut remarquer qu'avant de tirer le bloc qui termine la foncée le long des deux cotés qui doivent former les murs, ou ce qu'on appelle les chefs de la carrière, il faut néceflairement détacher les blocs le long de ces deux chefs. Les Ouvriers, pour cet effet, font une coupe avec les pics le long des parties ( 3 y , 36 ) de la carrière, qui doivent fervir à former les murs ; & pour leur donner plus de force , ils ont l'attention de leur laifler une certaine pente, afin qu’ils puiffent fe foute ni r. Cet ouvrage eft encore long 8c tout-à fait infructueux: ce bloc féparé du chef fe détache de la foncée, comme nous l'avons dit pour tous les autres blocs du même banc. On voit que parce moyen le fond de chaque foncée n’eft pas précifément aufli large que l'ouverture fupérîeure de la carrière, puisqu'on laifle un peu de talus au mur naturel qui en forme les quatre faces , de Ardoise. D
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- i4 DE V EXPLOITATION
- crainte qu’il n’arrive quelque éboulement confidérable.
- Il y a pourtant une ou deux faces de la carrière que Ton taille plus à plomb : nous en dirons la raifon dans la fuite. On a donné particuliérement le nom de chefs à ces deux côtés de la carrière placés dans le fens x)ù. Ton efl obligé découper la pierre, 8c perpendiculaire à celui fîiivanc lequel elle fe fend. Ces deux coupes ou chefs forment les deux principaux côtés de la perriere.
- Il y a un des bouts ou un des côtés de la carrière où Ton celle de la travailler, lorfqu'il ne relie plus de largeur à la foncée jufqu'à la foncée fupérieure, qu'autânt qu'il faut pour qu'on puilfe y placer une échelle qui ferve à monter fur ce qu'on a pareillement lailfé au banc précédent; en forte que depuis le haut de la perriere jufqu'au fond, on lai lie d'un côté, pendant un certain temps, des redans qui forment une efpece d'efcalier dont les marches, à la vérité, font un peu hautes; car pour aller d'une marche à l'autre, il faut une échelle au moins de n à 12 pieds de hauteur , puifque chaque foncée a 9 pieds de profondeur. Ces efpeces de marches font voir du premier coup d'œil à combien de foncées la carrière efl poulfée. On voit, par exemple, dans la planche première dont on a ôté jufqu'au neuvième redan, que les Ouvriers travaillent actuellement à la treizième foncée. Des échelles difpofées de foncée enfoncée, donnent la facilité de monter jufqu'au haut de la perriere. A mefure qu’on avance le fond de la perriere devient plus étroit, & bientôt le deviendroit beaucoup trop ; aufïï ces redans ou ces efpeces de marches ne font pas faites à demeure; on les détruit après quelque temps de travail ; fou vent même dès que la foncée de deiîbus efl: parvenue au redan de deflus,. on ôte ce dernier. Car fl dans une carrière dont le fond auroit 100 pieds de largeur on lailîoit feulement d’un côté un banc ou un gradin de 4 pieds de fuperficie, à là dixième foncée la carrière fe trouveroit diminuée 8c rétrécie de 40 pieds, & 'à la vingtième elle n'auroit plus que 20 pieds de largeur. Pour ne point tomber dans cet inconvénient, 8c pouvoir def-cendre dans la carrière, quand on l'a creufée jufqu'à un certain point, on pratique dans un de fes angles le plus folide , des retraites ( 16, 27, 28) en forme de confolles , 8c fou vent des banquettes pour communiquer de l’une à l'autre ; on place ordinairement de 30 à 40 pieds des échelles de même dimenfion qui conduifent d'une banquette à l'autre ; elles fervent pour monter 8c defcendre les Ouvriers qui travaillent au fond de la carrière.
- H eil rare, comme on l'a dit, que la première foncée donne de bonne ardoife. On n'en retire ordinairement qu'une pierre qui , quoique
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- DES CARRIERES D'ARDOISE. i$
- feuilletée, n’eft pas propre à être divifée en feuillets minces. Ce n’eft pas que cette pierre foit d’une efpece différente de celle de l’ardoife que l’on doit trouver plus bas; mais elle ne pourroit jamais en acquérir la perfection, ni devenir d’une bonne qualité. Le défaut d’humidité qui fans doute lui a manqué, a facilité la réunion de fes parties, & elle ne forme plus qu’une mafte qui ne peut être féparée par la fucceifion du temps. Cette première pierre n’efl pourtant pas inutile; elle eft propre, comme nous l’avons dit, pour bâtir des murs; & on en a befoin pour faire ceux de divers bâtiments que l’on ne peut fe difpenfer de conftruire près de la perriere.
- Cependant on aimeroit fouvent mieux trouver feulement de la terre, que beaucoup de cette efpece de pierre qui eft plus difficile à détacher. Après cette pierre, on en trouve une autre qui n’eft pas encore de belle ardoife. On ne laifle pas néanmoins de l’employer pour les couvertures des granges, pour celles des maifons de Payfans des environs d’Angers, & pour d’autres bâtiments de peu d’importance.
- Comme elle ne peut pas fe divifer en feuillets fort minces, les ardoifes qui en font faites, font pelantes ; suffi ne les tranfporte-t-on point dans les pays éloignés. On la nomme de l’ardoife poil roux, nom qui exprime fort bien en quoi elle différé de la belle ardoife, dont la couleur eft partout d’un noir grifâtre, au lieu que celle-ci eft d’une couleur plus brune & marquée en plufieurs endroits par des taches rouffes plus ou moins grandes; la couleur delà rouille de fer reffemble afïez à celle des taches qui défigurent l’ardoife dont nous parlons.
- Pour ne point interrompre la fuite du travail des carrières d’ardoife nous réfervons, pour la fin de ce Traité, les remarques que nous avons été à portée de faire fur cette première couche d’ardoife moins parfaite que les autres, fur la reiTembîance que nous avons cm lui trouver avec la première couche qui recouvre les filons des mines de charbons de terre.
- Plus l’on creufe, Sc moins l’on trouve de ces taçhes roufles fur l’ardoife ; ce ne font gueres que les premiers pieds qui fe trouvent de cette mauvaife qualité. On parvient bientôt à une pierre qui fe laiiîe aifément divifer en feuillets minces ÔC d’une belle couleur; mais on ne peut & on ne doit pas aller chercher la belle pierre qui eft dans les foncées inférieures, que l’on nait enlevé à peu-près ce que l’on doit retirer des foncées fupérieures.
- Nous avons dit que la belle ardoife fe trouve plutôt dans certaines perrieres & plus tard dans d’autres. L’Ordonnance de la Ville de Paris fur la Motfon des ardoifes, chapitre 29, art. 4. (*) veut que l’ardoife qui
- (*) Furedere, au mot Ardoife, Ordonnance de Louis XiV. & Traité de la Police de la Marre.
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- fera, deftinée pour fervir aux bâtiments de la Ville de Paris Sc des en virons, foit faite Sc fabriquée dé pierres tirées de la troifieme foncée de chaque perriere qui le trouvera au moins à 27 pieds de profondeur, Sc que l’ardoife qui fera tirée des deux premières foncées, demeure dans la Province, pour fervir de couverture aux bâtiments de la Ville d’Angers & de fes environs.
- C'eft-là une réglé fort incertaine fur la bonne qualité de l'ardoile , puifque la fécondé foncée d’une perriere donnera quelquefois de meilleure ardoife que la quatrième ou cinquième foncée d’une autre carrière ; Sc que fouvent on en trouve de très-belle dès la fécondé foncée.
- Quelquefois les'Ouvriers en travaillant une foncée de belle ardoife, ce qu’ils appellent être en bonne chambrée, rencontrent une veine où l’ardoife eft tendre & non liée, ou marquée de raies qui la rendent défeélueufe : cette mau-vaife qualité de l'ardoife fe nomme Feuilletis. Il fe trouve aulïï des blocs qui au contraire de ceux-ci font affez durs pour ne pouvoir pas être féparés : Pardoife n’y forme qu'une malfe très-compaéle : ce défaut eft le plus fou-yent dû à un mélange étranger de la nature du Quartz qui fe trouve enclavé dans le Schifte, 8c à qui les Ouvriers ont donné le nom de Chats (G, PL HL). On voit donc que dans toutes les foncées il peut fe trouver des ardoifes qui ayent ces défauts, Sc principalement les deux derniers qui font auffi communs dans les foncées les plus profondes que dans les premières.
- U y a encore une autre efpece d’ardoîfe qui fe trouve dans toutes les foncées , & qu’il eft défendu d'employer en poil-gros-noir, comme étant moins parfaite. Nous avons dit que la carrière ne formoit qu'une malfe de pierre, mais que cette malfe étoit divifée par différents blocs qui fe féparoient avec un peu d’aide. Ces différents blocs fe disjoignent probablement , parce que quelques parties, à la vérité très-fines, fe font interpolées entre celles d'un bloc Sc celles du bloc voifin. Il paroît, comme nous le ferons voir dans la fuite, qu'à Angers Cette défunion a été produite par une eau chargée de parties ferrugineufes qui s’eft defféchée, & dont il ne relie plus aujourd'hui qu'une couche de fer qui gâte l’ardoife, & la tache; cette première couche des blocs f£, F, PL IV,) ne peut fervir qu'à former une ardoife , poil taché qui ne donner oit pas un coup d’œil fi agréable, Sc qui doit encore fe confommer dans le pays : cette efpece d’ardoifè, comme l’on voit, fe trouve dans toutes les foncées.
- Il relie outre cela entre les différentes feuilles d’ardoifes qui compofent un bloc une certaine humidité qui fert à les tenir féparées. Celle à poil roux qui 'fe trouve la première en ouvrant une carrière , manque d’une partie de cette eau qui devoit_tenir défunis tons les feuillets minces dont la bonne ardoife eft coinpofée ; c'eft pourquoi fi on Faille fécher jufqu'à un certain
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- point la meilleure efpece de pierre, celle qui doit former la bonne ardoife qui eft le poil noir, elle devient plus difficile à fendre. Cette même humidité ne contribueroit-elle point à fa couleur noire. Peut-être diiTout-elle & détache-t-elle cette matière qui fait les taches rouffes de l’ardoife à poil roux• J’ai obfervé ( ce qui paroît s'accorder avec ce que je viens de dire) que dans les anciens amas de vuidanges, on a de la peine à diftinguer les fragments de la plus belle ardoife de ceux de l’ardoife à poil roux, fur-tout à la furface des fragments qui eft la plus expofée aux impreffions de l'air; ils ont tous pris à peu près la même couleur.
- Il eft confiant que l’ardoife inférieure eft beaucoup plus humeétée que l'ardoife fupérieure: la raifon en eft aifée à appercevoir. Tous les feuillets d'ardoife étant parallèles les uns aux autres, & prefque perpendiculaires à l’horizon, chaque petite goutte d’eau peut agir de tout fon poids pour s’ouvrir des chemins, ou pour aggrandir ceux qui font déjà ouverts : elle peut pénétrer jufques dans des endroits où la chaleur du foleil ne peut arriver; au lieu que cette chaleur fait évaporer l’eau qui fe trouve dans l’ardoife fupérieure, Sc qui n'a pas encore eu le temps de defcendre. Au refte, l'eau ne pafle que trop facilement au travers des blocs d'ardoife ; & nous ferons yoir dans la fuite que ceux qui font travailler aux carrières, en font aflurés par des expériences qui leur coûtent cher.
- Les blocs d’ardoife ayant été détachés, font donc divifés en morceaux de grandeur convenable pour être montés au haut delà perriere. Cette première divifîon qui eft faite au fond de la carrière, s’appelle réduire les blocs en crenons . ces parties divifées fe chargent dans des hottes; des hommes ( 24, PL h y les portent près du chef de la carrière, pour être à portée des engins qui doivent les tranfporter au haut de la fouille.
- Le travail le plus ordinaire de ces hotteurs, dont il y a toujours un grand nombre occupés dans une perriere, eft de porter les vuidanges : il s'en affem-« bleroit beaucoup au fond de la foncée, & les Ouvriers en feroient embar-rafles: les petits fragments d’ardoife qui font inutiles, fe nomment, comme nous l'avons dit, vuidanges, Les grofles pierres fe jettent à la main; les petites s'enlevent du bas de la foncée avec une pelle.
- Les hottes dont on fe fert pour porter les vuidanges, font un peu différentes de celles dont on fe fert pour porter les pièces d'ardoife. Les premières e ont leur panier plus grand; & les fécondés d ont leur doffier plus haut. On nomme ces dernieres, hottes à quartier, pour les diftinguer de celles à vuidanges : aufli pofe-t-onles pièces d'ardoife fur les bords du panier, & on les couche fur le doffier de la hotte. Le doflier des unes & des autres eft rembourré de paille du côté e qui touche le dos du hotteur; c'eft une efpece de petit couffin qui empêche la hotte de faire une trop rude impre£ fon fur fon dos.
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- A Angers, les Ouvriers Hotteurs ne font que porter les blocs réduits en crenons Sc les vuidanges proche le chef de la carrière, où font établis les machines Sc engins; toutes ces pierres d’ardoife Sc les parties inutiles fe montent au haut de la carrière à l’aide des machines dont nous parlerons dans un moment. On en charge des caiffes ou BaJJicots, de la façon que nous l'expliquerons auffi, quand nous aurons décrit les machines qui fervent à i’é-puifement de Feau que fourniiTent en grande quantité les carrières d’ardoife, Sc à Félévation des blocs Sc vuidanges.
- Les Ouvriers qui travaillent au fond de la perriere à creufer la carrière, à en détacher les blocs, enfin à former les foncées, les cuves, Sc généralement toutes les coupes horizontales Sc perpendiculaires; comme aufîî à tailler la pierre en tous fens, à dreffer les bancs & à en retirer la pierre d’ardoife ; enfin à l'approcher des engins, & à en charger des bacquets & bafficots, fe nomment Ouvriers d’en-bas. On les diftribue par bandes de jo ou 12 qui ont leur tâche particulière. On employé jufqu’à ÿo Ouvriers dans une grande carrière. Ils travaillent ordinairement à i’entreprife, Sc font payés au prix courant & à la toife. Leur métier n’a rien de difficile; il eft néceffaire feulement qu'ils prennent des connoiflances juftes fiir la direétion des blocs d’ardoife qui s’acquierent promptement par l'expérience. Nous ne faurions trop répéter que pour bien conduire le travail d’une carrière, Sc avec économie, il faut diftribuer les Ouvriers de façon que tous ayent à travailler; Sc que leur ouvrage ne fouffre point d'interruption.
- Dès qu’on a ouvert une foncée, Sc que l’on s'apperçoit que l’eau feinte des parois des blocs, les Ouvriers pratiquent, ainfi qu’on l’a obfervé , un trou ou une cuve ( 20 ) à une extrémité de la foncée, dans la partie la plus baffe, afin que l’eau puiffe s’y amaffer en fuivant différentes rigoles; on forme ainfi plufieurs cuves où doit fe rendre toute l’eau d’une carrière, Sc on les conferve principalement au banc où l’on voit qu’il fourcille le plus d'eau, Sc aux endroits des foncées les plus près des chefs qui répondent aux machines d’épuifement, qu’on nomme à Angers 'Engins, Sc qu’on a établies far ces chefs.
- Quand on a formé une foncée, pour creufer la cuve Sc vuider l’eau qu’elle contient en la travaillant, la première machine qu’on met en ufage eft la Bajcule ou le Trait ( 37 )•
- Un ou deux hommes font employés à la faire agir. S’il y en a deux, l’un eft au fond de la foncée; il aide au feau à puifer l’eau qui s’amaffe dans la petite cuve pratiquée dans la partie la plus baffe de la foncée, tandis que l’autre ( 18 ) l’éleve au haut de la foncée par le moyen de la machine ou bafcule que nous allons décrire.
- \ Cette machine eft bien fimple ; fon pied ( R P, P/. III. ) eft compofe de deux pièces de bois pofées verticalement l’une fur l’autre ; elles ont
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- cinq à fix pieds de long. La piece inférieure P Q qui fert. de fupport, a un pied ferré & pointu, lequel, dans certaine carrière P, eft enfoncé dans l’ardoife, & dans d’autres porte des traverfes p. Ce pied eft retenu fur les bords de la foncée fans entrer dans la pierre : la machine pour lors eft mobile & fe place en différents endroits. Cette piece de bois efl: percée, au milieu de fon extrémité fupérieure, par un trou Q dans lequel entre un pivot ou tourillon qui eft au bout de l’autre piece P; de-là il efl clair que la piece fupérieure peut tourner fur l’inférieure. La première a une entaille dans laquelle eft placé un long levier S T plus gros à une extrémité qu’à l’autre : le même levier a un trou qui traverfe fon épaifleur ; ce trou eft beaucoup plus près du gros bout que du petit, un boulon de fer V qui traverfe l’entaille de la piece fupérieure pafle par le trou du levier , & le retient par conféquent dans l’entaille ; il feroit inutile d’ajouter que ce levier eft mobile à faide de ce boulon. A l’extrémité de la plus petite partie du levier, ou ce qui eft la même chofe, à fon extrémité la plus éloignée du point d’appui, eft attachée une corde ou Verne au bout de laquelle eft fufpendu un feau. A Angers, au lieu d’une corde , c’eft une perche I qui eft retenue par une de fes extrémités à celle du levier avec une corde ; & dont l’autre partie porte un crochet &, dans lequel on pafle l’anfe d’un feau qu’on retient avec une cheville de fer qui entre dans les deux parties du crochet par-deflùs l’anfe du feau. Comme la piece fupérieure R qui porte le levier peut tourner fur elle-même, on imagine aflez qu’il eft aifé de faire defcendre le feau précifément à l’endroit de la foncée que l’on veut; on l’y remplit d’eau, ou quelquefois de vuidanges ou de pièces d’ardoife. Le même homme qui l’a chargé, fouleve un peu le feau, pendant qu’un autre homme ( 18) tire en bas le gros bout du levier ; le feau étant parvenu au-defliis de la foncée, il ne refte qu’à faire tourner horizontalement ce levier : on le fait fans peine, en pouffant fon gros bout dans ce fens, puifque la piece qui le fondent eft mobile fur elle-même. Il ne s’agit plus que de renverfer l’eau que contient ie feau dans une rigole qui la conduit jufqu’à un puits ou cuve (32), fupérieure à celle qu’on vuide: l’eau s’y ramafle, & en eft puifée par le moyen des machines à épuifement (31^) dont nous allons parler.
- Ce qui oblige à conftruire ces machines, c’eft donc principalement la nécefîîté où l’on eft d’épuifer l’eau du fond de la carrière : fouvent on ne l’a pas pouflee à quelques foncées, que l’on voit l’eau s’échapper par différents endroits; elle fe raflemble dans le fond de la foncée, d’où elle chafleroit bientôt les travailleurs, fi l’on n’avoit foin continuellement de l’épuifer. Nous avons dit que l’on formoit à plufieurs foncées des efpeces «de cuves A ou de puits, où fe rendoit l’eau par des rigoles c} c, c} comme
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- dans des réfervoirs communs ; les deux principaux engins qui font en ufage dans les carrières d’Angers, pour puifer l’eau de ces puits, font ceux que nous avons fait graver & que nous allons décrire ici.
- Machines cTépuifement & Engins.
- Une de ces machines & celle dont on fe fert le plus ordinairement eft à découvert & compofée de diverfes pièces de charpente. Nous avons dit quil y avoit un côté de la carrière que l'on nommoit le Chef; que ce côté étoit perpendiculaire aufens dans lequel fe fend fardoife, & que c’étoitpar con-féquent le côté où il falloit couper le bloc pour le détacher, quand on étoit parvenu à l’extrémité de chaque foncée.
- C’eft fur un de ces côtés de la carrière, ou fur les deux côtés, fi la carrière exige la conftruélion d’un grand nombre de machines qu’on les établit ; mais autant qu’il eft pofllble, on n’en met à Angers que d’un feul côté de la carrière , parce que dans la plûpart de ces perrieres les blocs d’ardoife ont une pente & une direction vers le nord ; de forte que les couches qui fe trouvent du côté oppofé, rentrent dans la carrière, Sc par confisquent la pierre offriroit dans cette partie un fond moins folide & beaucoup plus incertain > pour y placer des machines dont féboulement pourroit occafionner de grands dommages & de grandes dépenfes.
- Au contraire, la pierre d’ardoife fur le côté de la carrière, que l’on regar-. de comme fonprincipal chef, fe trouve toujours appuyée fur fon lit de carrière; & comme il eft plus folide, caeft celui que l’on choifit par préférence pour y conftruire les engins dont nous parlons.
- Pour établir ces machines fur une matière folide, 8c pour empêcher Pé-boulement de ce côté de la carrière que fon nomme le Chef, far lequel on doit les appuyer ; après avoir ôté la terre, & détaché de ce côté la quantité d’ardoife que Ton a jugé néceflaire, on bâtit un mur (38, 38, 38,) auquel on ne donne qu’autant de talus qu’il faut pour le rendre folide. On le fait plus ou moins haut ; c’eft-à-dire, qu’on commence à le bâtir plus ou moins près du fond de la carrière, félon le befoin; mais il doit toujours aller jufqu’à fon bord fupérieur.
- La face de la perriere, ou le chef fur lequel on bâtit les engins, doit donc être revêtu en partie d’ardoife, & en partie d’un mur, ou plutôt d’une maffe formée le plus fouvent avec des blocs d’ardoife taillés & liés avec du mortir, comme on le voit ( PL L ). On employé des pierres de rebut, & fon donne à ce nouveau mur environ vingt pieds d’épaiffeur & quelquefois plus de 40 pieds de haut; car on comprend que fa hauteur doit varier, fuivant qu’il a été néceflaire d’enlever plus ou moins de terre & de pierre pour parvenir à un fond folide.
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- On doit élever ce mur de quelques pieds au - délias du terrein, afin de pouvoir établir les machines fur un endroit aflez élevé, & faciliter par-là l’écoulement des eaux.
- Pour retenir les pierres qui forment la maçonnerie, on emploie plufîeurs pièces de bois que Don place de diftance en diftance ; on les alfujettit par des: tirants de fer, ou clefs qui paflent dans l’épailfeur du mur, & donnent plus de liaifons aux pierres qui ont fervi à le former.
- C’eft près de l’extrémité fupérieure de ce mur, que Ton fcelle plufieur^ poutrelles ( A, A, PI. IL ) parallèles les unes aux autres, ainfi qu’à l’horizon *• Si qui ont plufieurs pieds de faillie vers le dedans de la carrière. Pour unes petite machine à.découvert, telle qu’eft celle que nous décrivons, deux pou-? trelies fuffilent; de bons arcboutans de bois J5, jB, dont une des extrémités eft fcellée dans le mur, & dont l’autre extrémité eft emmortoifée dans ces poutrelles, ne contribuent pas peu à les rendre fiables; aufll ont-elles à fou-* tenir une lourde charge. Près d’un de leurs bouts, elles portent l’une & l’autre un montant E, E, avec lequel elles font aflemblées à tenons & à mortoifes, & foutiennent chacune* immédiatement à fleur du mur, un autre montant: G, G, avec lequel elles font aflemblées de la même maniéré; ainfi les pou-* trelies horizontales font la bafe de la machine; Sc les quatre montants font les piliers qui portent tout le relie. A l’extrémité fupérieure des deux montants qui font fur la même poutrelle, eft attachée une longue piece ou chevron H L, H L. L’autre extrémité de chacun de ces chevrons eft foutenue à plufieurs pieds de-là par deux montants M L, ML, de même hauteur que les précédents £, G, mais plus forts, & par une traverfe L L, appuyée horizons talement fur ces deux montants. La diftance de l’un à l’autre doit être telle, qu’un cheval attaché à un arbre puifte tourner entre ces deux derniers montants ; car il y a un arbre O Q pofé verticalement entre l’un & l’autre, qui a un pivot àfon extrémité fupérieure Q, Sc ce pivot entre dans la traverfe qu’on vient d'indiquer. On donne ordinairement à faire que doit parcouriç le cheval, environ 24 pieds de diamètre.
- Cet arbre vertical porte un tambour R S, autour duquel font entortillés deux cables K, S dans un fens différent. Le cable fupérieur eft arrêté près de l’extrémité fupérieure du tambour, Sc le cable inférieur près de fon extrémité inférieure. De-là il eft clair que quand l’arbre tourne, un des cables fe détortille, tandis que l’autre vient s’y rouler; les deux cables ont chacun leurs poulies particulières P, P, de les poulies ont chacune leur eflieu J, J, qui font foutenus par deux traverfes K, K, affemblées dans les montants que porte Une même poutrelle : entre les deux poutrelles qui foutiennent les quatre montants, il refte un efpace vuide. Cet efpace eft immédiatement au-defliis du puits ou de la cuve creufëe au fond de la carrière; d’où il fuit que s’il y a Armoise, F
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- un feau à l'extrémité de chaque cable, lorfque ce cable eft fuffifamment développé de delîïis fon tambour, le feau qui y eft fufpendu , plonge dans le puits ; & qu’au contraire le feau fufpendu à l’autre cable, fe trouve alors pré-cifément au haut de la carrière, parce que les deux cables font égaux.
- Les féaux qu’on fufpend au bout de chaque cable font très-grands ; car on fe fert ordinairement d’une pipe d’Anjou ; iis contiennent par conféquent près de deux muids d’eau. Pour qu’ils foient plus folides, on les garnit de plufieurs fret tes de fer (44, yjj; il y a diverfes chofes dans leur conftruc-tion qui, quoique affez fimples, méritent pourtant d’être remarquées, parce quelles produifent un effet commode,qui eft que le feau fe vuide de lui-même lorfqu’il eft arrivé au haut de la carrière.
- Dans la frette (4, 4 ) > qui eft la plus proche du milieu du feau, il y a deux tourillons ( 3 ) dans deux endroits diamétralement oppofés : ces deux tourillons entrent dans deux anneaux qui font aux extrémités de l’anfe du feau (12 J, Sc cette anfe peut tourner librement autour des tourillons ; mais afin qu elle n’en puifîe point fortir, chaque tourillon eft percé par un trou près de fon extrémité, dans lequel on fait entrer un boulon de fer ( 3 ), Le bord fupérieur du feau eft encore entouré par une frotte 9 au - deflus de laquelle eft un anneau de fer (7) foutenu à quelques pouces de diftance (8) du bord du feau par quatre barres de fer (8,8, 9,9) clouées contre fes pa-* rois extérieures; & afin qu’elles fatiguent moins le feau, il y a des étriers de fer qui, après avoir paffé fur ces barres par le dedans du feau* viennent par deffus le bord : ces étriers font cloués contre la fiirface extérieure des parois ( 6 , 6, 6, 6).
- C’eft de la façon dont le feau eft fufpendu par fon anfe, & de Panneau de fer foutenu à quelques pouces de fon bord , que dépend la maniéré fimple dont il fe vuide. Les deux poutrelles qui portent la charpente de la machine, foutiennent près de leurs extrémités une auge de bois C, C. Au bord de cette auge le plus proche du mur, font attachés deux crochets de fer affez longs, (12, 13, 14) Sc aufîl éloignés l’un de l’autre qu’il eft né-ceflaire pour l’ufage de chaque feau féparément. Quand le cable a fait monter un des féaux jufqu’auprès du bord fupérieur de l’auge, un des crochets s’engage dans Panneau foutenu au-deffus du bord du feau: fi l’arbre alors continue à tourner, il tire le feau en haut ; mais Panneau fupérieur étant arrêté dans un crochet qui ne fauroit beaucoup s’élever, il eft clair que le bord fupérieur du feau ceffe de monter pendant que fon milieu s’élève encore, ou, ce qui eft la même chofe, le feaufe renverfe & jette fon eau dans l’auge.
- Auffi-tôt le Toucheur M ( c’eft ainfi qu’on nomme l’homme chargé de faire marcher le cheval qui fait mouvoir l’arbre ) le fait retourner fur fes pas
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- 8c Foblîge de marcher en un fens contraire : le même cable qui s’étoic tortillé fur l'arbre, Te développe ; le feau vuide defcend tandis que le fécond feau monte au haut de la carrière, où il fe vuide à fon tour, comme le premier; feau s'échappe de l'auge par l'ouverture (X, 17 J, fuit une goutiere formée par plufieurs rigoles de bois appellées Enchaînots, & va fe perdre dans les terres.
- U y a des chevaux G exercés à tourner autour de l'arbre, tantôt dans un fens & tantôt dans un autre, qu’il n'eft pas néceflaire que leur conducteur les avertiife quand il faut changer de route ; le bruit feul de l’eau qui tombe dans l'auge les détermine à retourner fur leurs pas.
- On fe fert communément à Angers, comme nous l’avons dit, de pipes pour en former les féaux de ces machines; ce qui fait qu'on ne peut pasr leur donner toutes les perfections qu'il feroit facile de leur accorder, iî l'on en conflruifoit exprès pour cet ufage. Nous avons cru devoir faire graver un feau ( L, AT, PL 111. ) qui nous a paru plus commode, & dont on fe fert ordinairement pour puifer l’eau dans les grands puits , dont un cheval fait tourner l'arbre: l'anneau AT, nous a paru particuliérement mieux entendu. La pente principale qu’a l'anneau AT, oblige le crochet de defcendre jufqu'à ce qu’il foit parvenu à cette partie la plus baffe, Sc le feau fe renverfe pour lors avec plus de facilité.
- On axoutume encore dans les puits dont nous parlons, où l'on occupe un cheval à tirer l'eau, de fufpendre au-deifus de la chaîne L, qui fou tient le feau, un bâti V, V, N, N, qui eft retenu en V3 V, par deux boulons attachés à deux pièces de bois, & qui lui laiffe un mouvement d’ofcillation. La chaîne de fer, dont les deux parties s'écartent l'une de l’autre, palfe entre les traverfes N, N; ce qui oblige le feau, quand il fe préfente de côté, à fe retourner pour paffer entre les deux traverfes, Sc le crochet le fàifit ; le feau fait la bafcule fur fafufpenfion, & l'eau qu'il contient fe renverfe, comme nous l'avons détaillé plus haut.
- Il y a deux fortes de machines employées au même ufage : celle dont. il s'agit à préfent, & une autre qui différé peu de la première. Cette fe-cÔhde eft à l'abri des injures de l'air ; elle eft logée quelquefois dans une efpece de grande chambre, bâtie exprès fur le chef de la perriere; elle* eft d’ailleurs affez fimple, & c'eft la principale raifon qui engage à s’en fervîr. Ce grand Engin, pour nous fervir du terme employé par les Ouvriers, eft compofé d'un gros arbre pofé verticalement au milieu de la chambre. L'arbre tourne fur deux pivots dont le fupérieur eft engagé dans une poutre foute-; nue par deux murs diamétralement oppofés : environ à 7 pieds de hauteur; le même arbre porte un Rouet, ou, en terme plus connu, une roue année $AlluchQm,c, c, cf ou de dents perpendiculaires au plan de la roue qui eft
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- horizontal; ou^ce qui revient au même, dont les aliuchons o r font parallèles à l'arbre.
- La même poutre, dans laquelle le pivot fupérieur de l'arbre vertical efl: engagé, fbutient l'un des bouts d’un arbre couché horizontalement. L'autre bout du même arbre efl: pofé fur une traverfè portée par deux montants qui font vis-à-vis du fond de la carrière ; Sc ces deux montants font aflfemblés deux de ces groflfes pièces horizontales qui ont une faillie de plufieurs pieds, vers le dedans de cette carrière.
- Ce dernier arbre horifbntal g efl: l'efiîeu d’une lanterne , entre les Fu^ féaux de laquelle entrent les Attachons de la roue ; d’où l'on voit que quand l'arbre vertical tourne, il fait tourner le rouet, & les dents de ce rouet s’engrenant dans la lanterne, elles font tourner fon Effteu ou l’arbre horizontal. Une partie de celui-ci eft vis-à-vis de la carrière, Sc «cette partie efi entourée d’un Tambour ; à l’autre bout du même tambour, efl: attaché un autre cable dans un fens oppofé. Par cette difpofition des arbres , des roues & des cables -, on voit de quelle maniéré les féaux attachés à ces cables vont puifer l’eau; les féaux arrivés au haut de la carrière fe vuident de mêmer que ceux des engins précédents. L'auge dans laquelle ils doivent verfer l’eau a de pareils crochets pour les arrêter; l’eau tombée dans l’auge trouve une' gouttière qui la conduit hors de l’endroit où efl: logée la machine, dans des petites rigoles de bois appellées Enchaînons, qui la portent loin de la Perriere.
- Ces machines ont des défauts dont il efl aifé de s’appercevoîr» i°. Les féaux s’accrochent fouvent en montant, Sc une partie de l’eau qu’ils contiennent retombe dans la carrière yz0, Le choc feul de l'eau en tombant dans, l’auge en rejette une partie qui retombe auffi dans la perriere. Le premier de ces deux défauts pourroit être corrigé en éloignant davantage les 4e>jx poulies fur lefquelles roulent les cordes : on remédieroit au fécond en iaifTant toujours une certaine quantité d’eau dans l’auge, pour amortir fon choc ; il ne faudroit pour cela que la conftruire plus profonde , & ne pas mettre la gouttière (17, PL II) au fond de la calife, comme elle efl: repréfentée ici, mais 1’élever de 4 à 5 pouces. Au lieu d’un feul levier où efl: attaché un palonier, Sc auquel on atteie un cheval pour faire mouvoir la machine, on en ajoute fouvent deux , afin d’employer deux chevaux au lieu d’un. On y gagne en ce que les chevaux qu’on deftine à cet emploi, peuvent alors être plus foibles, par conféquent de moins de valeur, Sc travailler plus long-temps fans fe fatiguer.
- Une partie de ces machines efl: deftinée à puifer l'eau qui fe trouve dans la carrière ; mais plufieurs fervent à tranfporter l'ardoife au haut de la perriere. Lorfque l’on veut conduire quelques blocs extrêmement gros
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- fur le bord de la foncée qui n’eft pas encore élargi, 8c ï aligner l on fait à ce bloc un trou ( 21 ), dans lequel on fait entrer un crampon de fer appelle Havet, qui eft attaché à un des bouts du cable, de la même maniéré que le feau. Mais jamais on ne monte ainfi en haut les grands blocs quand une fois l’ouverture eft faite, & quand le travail delà carrière eft en train: outre le danger quil y auroit que la portion du bloc où l’on a pratiqué le trou , & où le' crampon eft placé, ne vînt à fe brifer, on feroit obligé d’avoir fur les échaffauts des Ouvriers d!en-bas, pour répartir les blocs en morceaux qui puffent être chargés & tranlportés aux atteliers desFendeurs8c des Tailleurs; on'aime mieux les monter au haut de la carrière, après les avoir réduits en petites parties qui fe nomment Crenons. On les charge, ainfi que les vuidanges, dans une efpece d’Auge de bois ou de coffre appellé Baflîcot : ce coffre eft attaché à l’extrémité du cable par deux anfes de fer; 8c les machines defti-nées à cet ufage le font monter & defcendre. Ce baflîcot forme une cailfe re 61 angle (yy, uiï> PL IL ou PL III. ) peu profonde ; deux cordes attachées par les deux bouts aux planches qui ferment les côtés du baflîcot, lui fervent d’anfes; ou fouyent, comme nous venons de le dire, il a deux anfes de fer que les Ouvriers nomment Bertos : on pafle ces anfes dans le crampon appellé Havet attaché à un des bouts des cables.
- Une planche d’un des côtés du baflîcot peut s’enlever en ôtant deux clavettes qui la retiennent : ce côté zz, du baflîcot fe nomme Lucet : étant ôté, il eft plus aifé de nettoyer le baflîcot. Les planches qui forment les autres côtés du baflîcot, ne font point affemblées à tenons ni à mortaifes ; elles font jointes par de fortes équerres de fer qui les garantiffent d’être endommagées lorfqu’il vient à frapper contre le chef de la carrière.
- On attache ainfi un baflîcot ( 25, a 5, PL I.) à chaque extrémité de la corde : cinq hommes font occupés à le fervir ; deux font chargés de le conduire alternativement ; 8c les trois autres reçoivent le baflîcot chargé , lorfqu’il eft parvenu au haut de la carrière. Quand ils l’attirent à eux , le Toueheur parle à fon cheval pour le faire détourner. On affied le bafi-ficot fur un chaflîs de bois (A, B, C, D, PL III ). Le Condmfeur poulie fous la cailfe la partie B ou C qui fe nomme Décharge, & qui eft mobile au moyen d’une cheville de fer qui la retient d’un bout, 8c fur lequel elle fe meut comme for un pivot. A l’autre extrémité de la traverfe for laquelle coule la décharge, eft une cheville D placée à l’endroit où elle doit s’arrêter* Le baflîcot étant pofé for la décharge & un peu incliné, un homme ouvre le Lucet pour le vuider, tandis que deux autres Ouvriers en retirent les blocs avec un crochet, 8c l’un d’eux remet le lucet en place; le Toueheur fait élever enfoite un peu le baflîcot, tandis -que l’homme chargé de le conduire, le préfente à l’ouverture de la carrière ; après quoi le Toueheur parle Ardoise. O
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- au cheval pour le faire retourner, & le bafficot defcend tandis qu'il en monte un autre que deux hommes en bas étoient occupés pendant ce temps à charger de nouvelles pierres ou vuidanges.
- C'efl de cette façon que dans les carrières bien conduites on enleve les blocs d'ardoife, les fragments, enfin tout ce qu'on doit monter du fond de la carrière; & Ton fefert le moins quon peut de hotteurs pour tranfpor-ter l'ardoife au haut de la carrière. Ainfi feize hommes font occupés à fervir un engin ; fçavoir, le toucheur, deux hommes qui chargent le bafficot au fond de la carrière, & qui employent à cet ufàge des crochets de fer emmanchés au bout d'un bâton de cinq pieds de longueur pour remuer Sc attirer la pierre Sc le bafficot, ainfi que des pelles ferrées pour charger les vuidanges; cinq autres Ouvriers placés fur les échaffauds au haut de la carrière pour décharger les bafficots, Sc qui peuvent charger huit hommes des pierres apportées par l'engin. Ces derniers appellés Hottiers, tranfportent dans des hottes, à une certaine diflance de la carrière, les uns les vuidanges, les autres la pierre ou bloc d'ardoife, fiir les hottes plates ou Hottes à quartier que nous avons décrites: ils les portent aux atteliers des Ouvriers d'en-haut, aux Fen-deurs & aux Tailleurs dont il nous relie à parler.
- Quand le terrein eft uni, au lieu des hotteurs ou hottiers , on employé des charriots ou d'autres voitures pour tranfporter les blocs aux Ouvriers d'en-haut, ou pour fe débarraffer des vuidanges.
- Les Ouvriers ne détachent les bafficot s que quand ils veulent y fubftL* tuer des féaux pour employer les machines ou engins à enlever l'eau, au lieu des blocs d'ardoife. Si la quantité d'eau que fournit la carrière, occupoit beaucoup de ces machines à épuifer, alors on en feroit conflruire io ou 12, ou plus félon le befoin, & on les établiroit fur les deux chefs de la carrière.
- Lorfque la perriere n'efl pas encore bien profonde, ces machines enlèvent une grande quantité d'eau par jour; mais malheureufement, àmefure qu'on la fouille, l'eau devenant plus abondante, le tranfport en devient plus lent. J'ai obfervé qu'une pareille machine ne faifoit monter dans un quart-d'heure, que trois féaux qui puiferoient l'eau à ioo pieds dé profondeur. Or fi la carrière étoit fouillée à 200 pieds, la même machine ne pourroit donc donner qu’un feau Sc demi, c’eft-à-dire, moins d'un muid Sc demi par par quart-d'heure, Sc la perriere fourniroit au moins une fois plus d'eau qu'elle n'en fournifîoit ; aufïï ne fe contente-t-on pas d'une feule machine; & on en établit quelquefois, comme nous venons de le dire,' 6,8 ou 12, félon que l'eau vient abondamment, & fuivant la largeur de la perriere. Mais quelques machines qu'on employé, on eft obligé d'abandonner la perriere, lorfqu'on y a fait jufqu’à 20, 2y, a8 ou 30 foncées, c'efl-
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- à*dire, lorfqu'elle a environ de 270 pieds de profondeur; & ce qu’il y a de fâcheux, c'eft le cas ouTardoife fe trouve ordinairement la plus belle. Cet inconvénient n'eft cependant pas général dans toutes les carrières; il y en a que Ton ne ceffe de creufer, que parce que les feuls frais d'élever les blocs devenant trop confidérables, on eft contraint de les abandonner, ou par quelques accidents qu'on ne peut prévoir, tels que la chute & l'éboule-ment de quelques parties de la carrière, &c.
- Il eft vrai que dans les carrières inondées par l’eau, on pourroit multiplier aflez le nombre des engins pour venir à bout de l'épuifer ; mais on augmen-teroit trop les dépenfes relativement au produit de Tardoife ; chaque engin coûte beaucoup à conftruire, 8c encore plus à entretenir. Quoiqu'il y ait au plus deux chevaux employés à en faire mouvoir un, cela engage à en nourrir plufieurs, parce que ces machines doivent toujours être en mouvement, 8c que le travail eft fi rude, que fi l'on veut conferver fes chevaux, de 24 heures du jour, on ne peut gueres faire travailler les mêmes que 2 ou 3 heures de fuite. Ceux qu'on employé doivent être forts. Comme on leur bouche les yeux dans le temps qu'ils font tourner Tarbre, on pourroit dire que leurs yeux leur font inutiles ; auffi on employé préférablement des chevaux borgnes ou aveugles : les derniers n'étant pas ordinairement d'un grand prix.
- Un particulier d'Angers avoit imaginé allez ingénieufement d'employer des moulins à vent, en place des précédentes machines. Il prétendoit en retirer deux grands avantages: i°. il eût épargné la nourriture des chevaux; 20, il pouvoit dans le même temps enlever des mafTes d'eau beaucoup plus confidérables.
- Pour remédier à l’obftacle qu'apportoit la dilpofition des carrières, qui font ordinairement entourées d’amas de Vuidanges alfez haut pour mettre le moulin à l’abri du vent, cette même perfonne avoit eu l'attention dq donner un pied élevé à fon moulin ; mais ne s’étant pas trouvé en état d’achever fon entreprife, on ignore quel en eût été le fuccès. On peut conjecturer cependant que ce moulin eût été fiijet à plufieurs inconvénients: le vent auroit pu manquer dans le temps où Ton auroit eu le plus de befoin de fon fecours pour enlever l'eau qui, pendant le calme , auroit rempli la carrière : on auroit pu à la vérité, fuppléer au vent en appliquant à ce moulin des chevaux de louage; mais la machine alors feroit devenue trop difpen-dieufe & plus fujette à réparation, étant plus compliquée que celles donc onfe fert communément, & quiparoiftent être jufques-ici les plus commodes qu'on ait trouvées.
- Dans quelques carrières, on employé, pour épuifer l'eau , les pompes ordinaires & les chapelets; mais ces dernieres machines ont auffi leurs inconvénients: les pompes coûtent beaucoup de première conftruélion, & font
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- fe jettes à un fréquent entretien; d’ailleurs, quand le nombre des foncées augmente, & quand il faut aller chercher l’eau beaucoup plus bas, l’ufage des pompes devient bien difficile ; au lieu qu’avec les engins que nous venons de décrire, il fuffit d’alonger les cordes.
- Lorfque la carrière eft creufée & que les parois commencent à avoir de l’élévation, s’il fe trouve des coupes à refaire, ou s’il faut retoucher à un travail qui auroit été négligé, on defcend & on remonte un Ouvrier dans une ëfpece de cage de bois appeilée Chaife, dans laquelle il a la liberté de travailler. On fe fert pour cela d’un cable & d’une chevre placée à côté de l’engin, & l’on defcend l’Ouvrier muni des outils néceffaires pour le travail qu’il doit faire.
- Quelquefois on eft obligé d^bandonner certaines perrieres làhs en être chafte par l’eau, & avant de l’avoir pouflee à une grande profondeur, lorft-qu après avoir creufé on rencontre une veine de terre fous la veine d’ardoife qu’on a enlevée : c’eft un malheur pour l’Entrepreneur de la perriere. Si lorf-qu’après avoir fondé cette veine de terre, il juge qu’elle a trop d’épaiifeur, il doit prudemment abandonner l’ouvrage, plutôt que défaire une grande dépenfe pour enlever cette terre inutile. Au refte,cet accident eft un de ceux qu’il n’eft pas poflible de prévoir, & il eft rare dans les carrières d’Angers. On ne fait pas encore dans celles-ci jufques où il faudroit creufer pour trouver le fond d’une carrière ; mais la qualité de l’ardoife qui quelquefois dégénéré, l’éboulement d’une partie de la perriere, l’eau qu’elle produit en trop grande abondance, & la dépenfe qui augmente à une certaine profondeur, obligent fouvent de les abandonner.
- Les Ouvriers font quelquefois en partie eau Ce de l’éboulement de quelqu’un des côtés de la perriere : ils s’y expofent lorfqu’ils ne donnent pas aflez de talus à ces flancs, ou lorfque les engins n’ont pas été conftruits fur un chef aflez folide & fur un mur bien bâti. Ils tombent alors eux-mêmes dans la perriere avec un fracas épouvantable, & leur chute entraîne des mafles de pierres confidérables. Ces accidents, qui ne font que trop fréquents, occafionnent la ruine des Entrepreneurs, & quelquefois la perte de quelques Ouvriers.
- Travail des Ouvriers d'en-haut appdlés Fendeurs.
- Nous avons vu comment on détache les blocs d’ardoife 8c comment on les tranfporte au haut de la carrière, foit par le moyen des hottes, foit avec le fecours des engins ; il nous refte à expliquer comment de ces blocs d’ardoife on tire des feuillets de pierre, propres à couvrir les toits des maifons. Ceci eft l’ouvrage des Ouvriers d'en - haut, ainfi nommés par oppofition aux Ouvriers qui travaillent dans la carrière, 8c qui font appelles Ouvriers d’en-bas.
- Auflî-tôt
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- î) E S C 2 R R 1 E R E S D9 A R D 0 1 S E. ^
- Âufli-tôt que les morceaux de pierre font parvenus au haut de la perriere^ on les porte, ainiî qu’on l’a déjà dit, à des Ouvriers placés en différents endroits autour de l’ouverture de la perriere. Ceux-ci nommés Fendeurs, fendent ou divifent, en effet, l’ardoife en lames minces.
- Le nombre de ces Ouvriers n’eft point déterminé ; Sc Ton comprend bien qu’il doit varier fuivant le plus ou le moins d’étendue de la carrière qu’on exploite, fuivant leur affiduité, Sc la promptitude avec laquelle ils travaillent, ou fuivant la nature de la pierre. Si l’ardoife eft aifée à travail-; 1er , il faut moins d’Ouvriers d’en-haut, toute proportion gardée dans la quantité de blocs à fendre ; au contraire elle en exige davantage, fi la carrière n’eft pas profonde & fi l’ardoife fe trouve dure & ingrate. Comme la difficulté de ce travail varie, les Ouvriers l’entreprennent ordinairement à leur tâche & au millier, dont le prix change fuivant les marchés qu’ils font avec l’Entrepreneur, ou avec celui qui eft à la tête du travail. Les Ouvriers d’en-haut font les feuls qui fe fourniffent d’outils.
- Une carrière en valeur Sc d’une étendue un peu confidérable, peut en-; tretenir environ ioo Ouvriers d’en-haut de tout âge; car les enfants dès 7, 8 , & 9 ans fendent l’ardoife; le pere retient dès le bas âge fes enfants autour de lui, & ils lui rendent de petits fervices ; il les employé d’abord à retirer les parties féparées du côté des Fendeurs, Sc à les donner aux Tailleurs ; il leur apprend auflî, le plutôt qu’il peut, à fendre l’ardoife, Sc à la tailler; enforte que dès l’âge de io ou ia ans, ils font allez inftruits pour pouvoir travailler pour leur compte.
- Il eft à propos de multiplier le nombre des Fendeurs & des Tailleurs ; car on fe rappellera que nous avons dit que la pierre doit conferver une certaine humidité, entre toutes les parties qui la compofent, pour permettre fa divifion en autant de feuilles qu’il eft néceffaire; & fi ces travaux étoient différés trop long-temps, il ne feroit plus pofîîble de la féparer. Les Ouvriers d’en - haut ont établi entr’eux certaines loix qui ne tendent pas toujours à la promptitude de l’ouvrage & .à l’avantage de l’Entrepreneur; on peut même les regarder comme de vrais abus qu’il feroit difficile de corriger. Chaque Ouvrier d’en - haut s’arroge un rang fuivant fon ancienneté ; & en conféquence de ce rang il commence par exiger plufieurs bottées de pierre ; il prétend enfuite qu’il lui appartient autant de hottées de pierre qu’il a d’enfants mâles, même au berceau. Cette prétention Sc cette de loi qu’il n’eft pas polfible à l’Entrepreneur d’abolir, ( autrement les Ouvriers abandonneroient l’ouvrage ), donne aux Ouvriers Fendeurs plus de travail qu’ils n’en peuvent faire. La pierre alors fe defféche, Sc ils l’abandonnent ou font de mauvais ouvrage, l’ardoife reftant plus épailfe qu’elle n’auroit dû l’être fi elle avoit été fendue dans le temps convenable.
- JL.es Fendeurs portent à leurs pieds des fabots;*ils ont leurs bas couverts Ardoise. H
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- d'une forte de guêtres faites de mauvais haillons coufus les uns fur les autres & en 11 grand nombre que ces guêtres ont deux ou trois pouces d’épaif-feur. On verra que cet ajuftement tout groffier qu’il eft, convient très-bien à leur efpece de travail.
- Pour fendre le bloc d’ardoife que fon a tiré de la carrière, voici comment s’y prend le Fendeur. Des Ouvriers (P/. IV, Fig. i. ) ou des voitures apportent les blocs de pierre à fon attelier.
- Le premier Ouvrier Fendeur ( Fig. 2. ) appuie le bloc tel quil arrive de la carrière contre fa cuifle gauche: ce bloc n’a jamais, comme nous l’avons dit, une forme régulière; le Fendeur tient de fa main gauche un cifeau, Sc frappe avec un maillet de fa main droite, pour débiter ce bloc, & le divifer en plufleurs parties plus aifées à manier.
- Un fécond Ouvrier (Fig. 3. ), ou le même, quand ils ne font pas plaideurs à travailler enfemble, partage le bloc fuivant fa longueur. Quand il porte plus de longueur que n’en doit avoir une ardoife de grand échantillon, il le partage en faifant une petite échancrure au bloc, Sc frappant avec le cifeau lixr le plat du bloc: cela s’appelle faire les repartons.
- Le même Ouvrier a encore le foin d’abattre le bifeau qui fe trouve or^ dinairement fur l’épailTeur du bloc, pour en faciliter la diviliori au Fendeur chargé de ce travail, afin qu’il puiffe aifément placer £bn cifeau ; cette opération fe nomme faire la prife.
- Il s’agit enfuite de réduire les repartons à l’épaiffeur d’une ardoife. Les Ouvriers qu’on y employé, mettent les repartons entre leurs jambes ( Fig. 4. ), Sc les retiennent fermes entre leurs guêtres Sc leurs fibots ; ils prennent un cifeau, & commencent à divifer le bloc à la moitié de fon épaiffeur.
- Ils divifent après cela chaque moitié, fe fervant d’un maillet pour faire entrer leurs cifeaux, Sc changeant de ces derniers outils à mefure qu’ils divifent des parties de pierre plus minces : mais les dernieres divifions fe font à la main fins le fecours du maillet; l’Ouvrier promene fon cifeau entre les deux feuilles qu’il veut féparer, Sc finit de les partager quand il voit fon ardoife réduite à l’épaiffeur convenable.
- La première divifion que l’on fait fur le bloc, quand il a été réduit en repartons, s’appelle Contrfendis ; la fécondé & derniere divifion fe nomme Fendis. Quand le bloc qu’il faut divifer eft épais, on tire fbuvent trois ou quatre Contrefendis Sc autant de Fendis, fuivant l’épailTeur du bloc & la facilité qu’offre la pierre à être partagée.
- ‘ Les cifeaux dont fe fervent ces Ouvriers Fendeurs, n’ont rien de bien particulier; ce font des efpeces de coins de fer CC, ccc, longs, étroits & plus ou moins minces : l’extrémité eft tranchante ; & depuis ce tranchant jufqu’à la partie qui lui fert de tête, le cifeau augmente d’épaifleur. Le
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- Fendeur a près de lui quatre ou cinq cifeaux de différente épaiffeur ; le plus gros C a un pied Sc demi de long, une ligne & demie d’épaiffeur un peu au-deflus de fon tranchant ; celui d’après C n’a qu’une ligne d’é-paiffeur dans le même endroit ; fa longueur eft de deux pieds Sc quelques pouces ; ce font les deux dont on fe fert pour faire la prife Sc les repar-; tons: le troifieme au-deffous a deux pieds, Sc demi-ligne d’épaiffeur; les autres ccc un peu moins encore dans l’endroit où nous avons marqué celle des précédents.
- Nous avons dit que chaque Fendeur n’avoit qu’un même maillet D pour frapper fur ces cifeaux plus ou moins épais, parce que la paume de fa main lui en fert pour les dernieres divifions. Le maillet a un manche qui eft feu-lement affez long pour que l’Ouvrier puifle le tenir.
- Comme le travail du Fendeur eft pénible, parce que fon attitude eft d’être debout, le corps courbé, il quitte fouvent cette occupation pour prendre celle du Tailleur qui le remplace, Sc qui fend lui-même à fon tour.
- D’ailleurs ce font fouvent de jeunes gens, même des enfans qui font les premières divifions; & comme l’adreffe que l’Ouvrier acquiert par l’habitude du travail leur manqueroit pour faire le Fendis, ils paffent la pierre à divifer à un autre plus habile, qui fe charge dé la former.
- L’ardoife fe divife de la forte en feuilles minces, parce qu’elle eft com-pofée d’une infinité de feuilles élémentaires extrêmement minces, & que c’eft de la juxtapofition ou adhéfion de ces feuilles, qu’un bloc eft formé.
- Ces feuilles longues & larges font dans Fardoife, ce que font les fibres longues dans un morceau de bois; & c’eft pour cela fans doute que l’ardoife ne fauroit être fendue que parallèlement à ces feuilles.
- Comme il fe trouve quelquefois des nœuds dans le bois, il s’en rencontre auffi, quoique moins fréquemment, dans l’ardoife; ceux-ci arrêtent le cifeaii du Fendeur, comme les autres arrêtent les coins dont on fe fert pour fendre le bois. Quelques caufes extraordinaires ont donné un différent arrangement aux parties élémentaires de l’ardoife : elles fe font trouvées gênées & plus comprimées dans ces endroits ; il s’y en eft amaffé davantage ; car ces nœuds, fi on peut les nommer de la forte, font plus durs que lerefte de l’ardoife, <& forment des raies qu’on diftingue aifément. Ce n’eft pas le feul obftacle qui fe préfente au cifeau du Fendeur; quelquefois l’Ouvrier a de la peine à le conduire, parce qu’il rencontre dans l’ardoife des veines jaunâtres qui dérangent l’efpece d’organifation de cette pierre; ces veines font formées par une matière minérale Sc pyriteufe qui fe trouve ou étendue, ou cryftallifée, fuivant la forme qu’affeéle l’elpece de pyrite qui fe rencontre dans l’ardoife dont nous parlons. Enfin il y a des veines d’ardoife ça la dilpofition des fibres qui la compofent ne fe reconnoît plus, Sc que
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- le cifeau né peut partager : on en trouve ou de petites parties dans les blocs d’ardoife, ou de grofles mafTes dans les carrières (G, PL III. ); ce font des veines de pierre fort dure aiTez femblable au marbre , ou plutôt une forte de quartz : les Ouvriers appellent ces parties étrangères, qui fe rencontrent dans l’ardoife, des Chats.
- Quoique l’ardoife fe fende aifément, les deux morceaux dans lefquels elle a été divifée, n ont que rarement la même longueur Sc la même largeur ; elle fe partage allez fouvent en deux parties fort inégales, comme il arrive à un morceau de bois qu’on fend; & quand les morceaux n’ont plus qu’une certaine grandeur, fi l’on continuoit à les fendre, un de ceux qui viendroit d’une autre divifion, feroit trop petit pour être employé en ardoife propre à couvrir les bâtiments. On laifle donc les morceaux plus épais pour en faire de l’ardoife plus épailfe; Sc les autres, on les rend les plus minces que l’on peut, comme nous l’avons expliqué plus haut.
- Des Ouvriers d'en-haut appelles Tailleurs.
- Quand le bloc eft partagé en parties aulîi épaiffes que l’ardoife qu’on en doit former, il ne relie plus qu’à les tailler, Sc c’eft la derniere façon qu’on ne tarde gueres à leur donner. Auprès d’un Fendeur il y a un Tailleur: le 'premier donne au fécond une feuille d’ardoife à mefure qu’il l’a divifée. Le Tailleur d’ardoife ( PL IV. Fig. 5. ) eft aflîs à terre, ayant fes jambes étendues. Pour fe mettre à l’abri des injures de l’air, if eft fous un petit appentis, ©u une elpece de toit qu’il nomme Tue-vent, & qu’il change de place àfon gré. Ge toit eft formé d’une claie (K, L, ) haute de 6 à 7 pieds, Sc large environ de trois, faite comme les claies ordinaires, à cela près quelle eft compofée de branches de genêt, arbrilfeau fort commun dans le pays; un des bouts de la claie eft appuyé fur la terre, de façon que la furface de cette claie forme avec elle un angle aigu {L KM); deux bâtons H, G, dont une des extrémités fe termine en pointe, Sc l’autre par une petite fourche, retiennent la claie dans une certaine inclinaifon. La pointe des bâtons eft un peu enfoncée en terre ,& les fourches de ces bâtons portent le bâton horifontal, qui termine le bout fupérieur de la claie I>I. L’Ouvrier fe place fous cette claie lorfqü’il eft incommodé du Vent; il a grand foin de la tourner de façon qu’elle l'en mette à couvert. Elle fert auffi à le défendre de la pluie & des grandes ardeurs du foleil ; c’eft même-là fon principal objet ; elle doit empêcher la pierre de fe deffécher trop promptement: c’eft ce qui engage les Fendeurs à le mettre aufli le plus qu’ils peuvent fous des abris conftruks de la même façon.
- Chaque Tailleur a entre fes jambes un billot de bois R, Q? haut d’un
- pied Sc demi ou environ, dont la bafe eft de 12 ou 13 pouces de diamètre, Sc
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- il a une pareille groffeur jufqu’à peu-près les trois quarts de fa hauteur ; le refte de ce billot n’eft qu’une portion de cylindre , ou de rouleau , dont on a coupé une partie par un plan parallèle à fon axe ; de façon qu’aux trois quarts de fa hauteur la coupe P P formeroit une furface plane ; & celle fupérieure une portion de cercle O R plus grande qu'un demi-cercle. On nomme ce billot un Chaput, Sc voici quel eft fon ufage. L'Ouvrier prend delà main gauche le morceau d’ardoife qu’il veut tailler , il le pofe horifontalement fur le chaput, de telle forte que la partie qu’il en veut retrancher déborde par de-là l’endroit de ce chaput qui eft coupé en ligne droite ; alors il abat avec un outil de fer tout ce qui déborde le bord du chaput. Ce dernier outil T, V eft nommé Doleau : c’eft un morceau de-fer Xde 15 pouces de longueur, Sc qui en a deux & demi de largeur; fon épailfeur eft d’environ trois lignes dans toute fa longueur; il eft tranchant d’un côté * Sc ce tranchant eft fait en bifeau fimple ; je veux dire qu’il n’y a qu’une des faces du doleau fur laquelle il y ait un bifeau. Sur le côté de cet outil oppofé à fon tranchant, environ au tiers de fa longueur , il y a une petite partie perpendiculaire à ce côté qui a à peu-près trois pouces de faillie ; dans cette partie il y a un trou, Sc c’eft dans ce trou qu’on fait entrer le manche de l’outil Y, d’où il eft clair que fon manche eft parallèle à fon tranchant ; il eft tourné vers le bout du doleau le plus proche de la partie T qui le foutient.
- Le Tailleur tient avec Ta main droite le manche de cet outil; il eri donne deux ou trois coups fur la partie de Fardoife qui furpalfe le bord du billot qui eft en ligne droite : chaque fois que le doleau tombe fur Fardoife, il détache net la partie zz, & & qu’il frappe; de forte qu’en deux -ou trois coups, fouvent même du premier quand l’Ouvrier eft habile , un côté de ce morceau d’ardoife eft coupé Sc taillé : c’eft ce que l’Ouvrier appelle rondin
- Comme la figure que les Tailleurs donnent à Fardoife eft circonfcrite par des lignes droites, il .n’eft queftion que de la couper ainfî fur tous fes differents côtés; & c’eft ordinairement de cinq ou de quatre côtés ( 1, 2 ) qu’ils la taillent. Toute Fardoife, excepté la Quarrêe> (que nous ferons connoître) fe coupe à cinq côtés ( 1 ); on fait deux de fes côtés égaux parallèles Sc perpendiculaires à un troifieme qui leur eft à-peu-près égal; cette partie fe nomme le pied de fardoife, Sc les Couvreurs la nomment. Pureau. Les deux autres côtés qui fe rencontrent en formant un angle aigu , font plus petits que les précédents ; ils fe nomment la tète de fardoife. Les autres efpeces d’ardoifes fe taillent quarrées ou reélangles.
- Des efpeces d’Ardoifes qui entrent dans le Commerce.
- On diftingue les ardoifes par différents noms qui marquent leur épaifTeur Ardoise. I
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- Sc leur grandeur. L& plus mince de toutes eft nommée Quarréc-fine; on n’en fait prefque point à Angers de cette première dimenfion: celle qui eft un peu plus épaiiTe que la précédente , à laquelle on donne la même figure & la même grandeur, fe nomme Qîiarrée-forte, ou feulement Quarrée; la troi-fieme efpece fe nomme Poil-gros-noir, Sc la quatrième, Poü-taché. Ce font principalement les efpeces d’ardoifes appellées Quarrée-forte, Sc Poil-gros-qu’on tranfporte d’Angers dans les pays éloignés.
- L’ardoife 'Poil-taché, dont nous avons déjà parlé en indiquant ce qui la confütue , refie pour la confbmmation des environs d’Angers; elle eft moins belle, mais quelquefois prefque auffi bonne. Nous avons dit que cette ardoife eft celle que Ton tire de la fuperficie d’un bloc, 8c qui eft formée par les délits qui les déparent dans la carrière; ainfi elle n’eft fouvent tachée que d’un côté, Sc fe trouve dans les foncées mêmes les plus profondes; ce défaut ne nuit qu’à fa beauté, non à fa qualité. On donne auffi le nom de tachée à l’ardoife fur laquelle fe trouvent des parties métalliques ou minérales : les métaux qui peuvent fe décompofer à l’air, entraînent la deftruc-tion 8c la perte de l’ardoife ; auffi cette efpece doit elle fe vendre à bien meilleur compte. On donne encore quelquefois improprement le nom de Potl-taché à l’ardoife qui, quoique de grande dimenfion, n’a pu fe réduire à l’épaiffeur qu’elle devoir avoir, c*eft-à-dire, à celle qui n eft pas affez mince pour fa grandeur.
- L’ardoife poil roux ne fort pas non plus du pays : elle eft moins belle . plus pefante, & coûteroit davantage à tranfporter ; d’ailleurs elle charge-roit trop les bâtiments.
- Nous avons déjà dit que l’ardoife poil-roux étoit formée des premières foncées, qui fouvent donnoient des blocs difficiles à féparer. L’ardoife qu’elles fourniffent eft groffiere ; fon grain eft mêlé, raboteux, peu fonore, & cette ardoife le trouve tachée fur fes deux furfaces : celle-ci fe vend à vil prix aux gens de la campagne; & il arrive affez fréquemment qu’elle fe décompofe à l’air, outre quelle charge beaucoup les charpentes fur lesquelles on l’attache.
- Le Tailleur voit aifément fi une ardoife eft propre à faire une ardoife quarrée ou une ardoife poil-gros^noîr ; ou fi, comme défeélueufe, elle doit être mife au nombre du poil-tache : à mefjre qu’il en taille de l’une ou l’autre de ces efpeces, il les entaffe féparément.
- L’ardoife quarrée-forte ne différé du poil-gros-noir que par les dî-menfions qui font moindres dans l’une que dans l’autre. Le Tailleur les prend fouvent dans le même bloc ; mais lorfqj’il fe rencontre dans la pierre quelque défaut qui l’empêche de lui laifler les dimenfions de la quar-rée-forte, il la taille toujours fuivant celle de la feuille, fans s’affujettir à lui donner une forme régulière; fouvent c’eft un quarré oblong, plus ou
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- moins long> qui fè termine en pointe par le haut, & alors il le met dans le rang du gros-noir ; ainfi les dimenfions de cette ardoife varient.
- Comme ce gros-noir fait moins de toifes de couverture par millier que la quarrée-forte, il fe vend auffi moins cher.
- On fabrique encore à Angers des ardoifes qui portent d’autres noms ; mais ces dernieres font prefque toutes de moindre qualité , ou font II peu en ufage qu'à peine font-elles connues. Quelques-uns de ces noms font attribués aux dimenfions de i’ardoifè, d'autres à fa forme, d'autres indiquent plutôt là cou* leur Sc fes défauts que lès dimenfions.
- Dans ce nombre font la Quartelette, dont il eft encore quelquefois fait mention : elle a moins de dimenfions que la quarrée; elle ne couvre que deux toifes & demie par millier.
- UHéridelle qui eft allongée, Sc porte peu de largeiïr: elle pourrok fèrvk pour la couverture des clochers, des tourelles Sc des dômes : elle fe fait * comme les luivantes, du déchet des ardoifes quarrée-forte & gros-noir; elle couvre environ deux toifes par millier ; elle fort peu de la Ville d’Angers Sc des environs, où on l'employe à former les noues, les revers, Sc les autres parties des couvertures que l’on eft à Paris dans l'ufage de conftruire en plomb ; quand on les fait en ardoifes, il s’en trouve toujours alfez de brifées dans les voitures pour être deftinées à cet emploi.
- La Cojinè eft une ardoife convexe qui fert aux couvertures des dômes t il eft allez difficile de trouver dans les blocs, des formes propres à fabriquer cette efpece d’ardoife ; auffi eft-elle plus chere que la quarrée.
- Les dimenfions de deux efpeces d'ardoîfes ont été déterminées par POr^ donnance fur la Moifon des ardoifes ) & confirmées par un Arrêt du Parle-* ment du y Août 166p. Par l'article de cette Ordonnance il eft arrêté qud l’on ne fabriquera des ardoifes pour la confommation de la Ville de Paris j Sc l’entretien des Maifons du Roi, que de deux qualités ; l'une appeiléa Quarrée-forte, qui aura 10 à ir pouces de longueur fur 6 à 7 de largeur &. 2 lignes d'épailfeur; l’autre nommée Quarrée-fine, qui aura 12 à 13 pouces de longueur fur 7 à 8 pouces de largeur, & une ligne d'épaiflfeur, de quar-* tier fort, fin Sc fonnant. Ces deux fortes d’ardoifes font taxées par ce même Arrêt; la quarrée-forte à 22 livres; la quarrée-fine à 21 livres; Sc il eft on* donné quelles feront féparées dans le Bateau & dans le Magafin. Lès Em* trepreneurs des perrieres repréfenterent dans le temps que ce Règlement feroit un tort confidérable à leur commerce.
- 10, En fixant feulement à deux fortes les efpeces d’ardoifes qu'ils pôur^ roient fabriquer Sc envoyer.
- 20, Qu'outre la quarrée-forte & la quarrée-fine, on feroit obligé d'èil admettre une troifieme efpece qu'on appelleroit Quartektte; comme étant
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- plus convenable par fa forme moins régulière, à couvrir les dômes, les clochers Sc les tourelles.
- 5 o. Que l’épailfeur attribuée à la quarrée-forte convenoit plutôt à la quarrée-fine, & celle de cette derniere à la quarrée-forte; parce que plus une ardoife eft grande , plus elle demande d’épailfeur pour quelle ne fe cafle pas. Us ajoutoient que la quarrée-forte, avec les dimeniions prefcrites par l’Arrêt, n’eft, pour ainfidire, pas praticable ; qu elle feroit trop épaiffe à deux lignes, Sc qu’une ligne lui fuffifoit.
- 40, Qu’avant ce Réglement, cette ardoife avoit un pouce & demi de plus de largeur Sc de longueur; ce qui faifoit quelle couvroit une toife Sc demie déplus par milier; & que depuis l’Arrêt, il y avoit une perte évidente pour le Public, qui étoit content des premières dimeniions.
- y°, Que le prix feu! de la voiture de la quarrée-forte de deux lignes d’é-pailfeur monteroit à trente livres, tandis que l’Arrêt n’en taxoit le prix du millier qu’à 22 livres.
- 60, Enfin qu’il n’y avoit aucune proportion de n’avoir taxé la quarrée- * forte qu’à vingt fols plus cher que la fine ; puifqu’elle eft une fois plus épaifle, plus pefante, quelle coûte plus de façon, Sc beaucoup plus de voiture.
- Ces repréfentations ne firent point changer le Réglement ; au contraire il fut confirmé par une nouvelle Ordonnance rédigée en 1672, ^Depuis on n’a point changé l’Ordonnance ; mais comme on a vu l’impoflibilité de la fuivre dans tous fes points, on a été contraint de ne pas tenir la main à fon entière exécution.
- L’Ouvrier en taillant la qüarrée-forte lui donne bien les dimeniions en longueur & en largeur prefcrites par l’Ordonnance ; mais il lui efl: impoffible de la réduire à deux lignes d’épailfeur, comme il eft prefcrit: certaines pierres d’ardoifes permettroient bien de lui en donner encore une moindre ; mais le plus grand nombre, moins aifées à féparer, ne s’y prêteroient pas.
- La quarrée-forte qui porte les dimeniions fixées par l’Ordonnance, garnit 4 toifes de couverture par millier, en lui donnant trois pouces Sc demi de pureau: on l’attache à Paris avec deux clous; elle dure fort long-temps fans qu’on foit obligé de la réparer, à moins que des ouragans ou quelques autres accidents imprévus n’en précipitent la ruine. Chaque ardoife quarrée-forte, l’une dans l’autre, pefe environ une livre.
- Toutes les ardoifes qui ont été taillées par divers Ouvriers, s’arrangent en divers tas. Un Ouvrier qui a la confiance de l’Entrepreneur, eft chargé de faire des tas particuliers de chaque elpece d’ardoile appartenante à chaque Ouvrier, ou à plufieurs, quand ils travaillent par bandes; on l’appelle le Compteur : chaque tas ne contient que de l’ardoife d’une même
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- èfpece ; l’un ne fera fait que de quarrée-fine (8, 9, 10, ) l’autre de quarrée-forte ( 13, 14); dans ces tas, chaque ardoife eft placée prefque perpendiculairement à la furface de la terre, la plûpart for leur longueur ; mais de centaine en centaine, il y a une de ces ardoifes que l'on tire un peu des rangs ( 13 , 10), & fur la rangée fupérieure ou fur la derniere, ( car on en arrange ainfi plufieurs rangées les unes fur les autres ) ou on en met une debout, ou on la pofe fur un de fes petits côtés (8, 14): cette difpofition donne la facilité de compter dans un inftant ce que contient chaque tas. Le Compteur met encore for une de ces ardoifes le nom de l’Ouvrier qui les g livrées, pour qu’ils fe rendent compte entr’eux; il ne refte plus qu’à compter ces tas, & les payer à l’Ouvrier : l’Entrepreneur les fait enfuite tranfporter à leur deftination.
- A Angers, les Entrepreneurs ont la commodité des rivières de Mayenne Sc de Loire, qui leur font d’un grand fecours pour le commerce de leurs ardoifes, jufques dans les Provinces fort éloignées; ils les font conduire au port dans des voitures E ( PL III.), attelées de 4 ou 6 bœufs ; ces voitures contiennent trois milliers ou trois milliers & demi d’ardoifes : finon ils les chargent à dos de cheval; chaque cheval porte de chaque côté de fon bât une elpece de chaflls de bois H, qu’ils nomment Panier à ardotfes ou à pierre à bâtir, foivant qu’il eft deftiné au tranfport de l’une ou de l’autre de ces matières ; quand il porte des ardoifes, on met un fond à ce panier : un cheval peut porter ainfi trois à quatre cents d’ardoifes. *
- Outre les formes dont nous avons parlé, Ton en donne encore d’autres aux ardoifes: nous n’en ferons point de mention ici, parce quelles les tiennent du Couvreur. On arrondit quelquefois une des extrémités, & l’on nomme cette taille en écailles (21, 22 ), parce qu’elle reffemble aux écailles de poiflon; ces fortes d’ardoifes fervent à couvrir les dômes.
- Enfin on fait avec la pierre d’ardoife différents ouvrages, comme l’on en fait avec de plus belles pierres : elle prend un beau poli ; & alors elle eft propre à faire des tombes, des tables, des carreaux d’appartements; on ei* peut voir communément en forme de tableaux ( 23 ) dans les cabinets des Géomètres, qui s’en fervent pour tracer defliis avec de la pierre blanche des figures de Mathématiques dont on détruit facilement les traits en les efluyanc avec un linge, quand on veut y en fubftituer de nouvelles.
- Les ardoifes de Gênes font réputées les plus dures & les meilleures pour former les tables dont nous parlons. J’en ai vu travailler de fort belles à Angers : & quoiqu’il ne foit pas abfolument commun de détacher, dans certaines carrières, des blocs dont on puifle tirer des tables de 4, 6, & jufqu’à 9 & 12 pieds de dimenfion ; cependant il s’y trouve des carrières d’ou l’on en pour-roic tirer encore de plus grandes.
- J’ai promis d’ajouter ici la defcription des carrières de la Champagne ^ Ardoise♦ K
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- pour indiquer quelques différences effentielles qui fe trouvent entre le travail de celles-ci & celui des carrières d’Angers dont on vient de lire la defcription, différences dues feulement à la pofition de ces pierres dans les carrières de ces différentes Provinces»
- Defcription de quelques Carrières de la Champagne,
- &. de la Bretagne.
- Les ardoifes n’offrent pas dans toutes les carrières un arrangement qui fuive une direction confiante» -Nous avons vu que les pierres d’ardoife à Angers font prefque perpendiculaires à l’horifon; on peut revoir ce que nous en avons dit en.traitant de leur pofition: il n’en eft pas de même, comme nous en avons averti pour lors, de beaucoup d’autres carrières, dont plufieursont leurs feuillets beaucoup moins inclinés, ou même prefque horifiontaux. Celles des environs de Mezieres en Champagne font inclinées füivant un angle d’environ 30 degrés; en conféquence, pour féparer les blocs, au lieu de placer les coins perpendiculairement comme à celles d’Angers, il faut les pofer fuivant la direction de l’ardoife, & les placer de côté, fous l’angle que nous venons de citer; autrement on briferoit les blocs, & l’on ne pour-roit les enlever fuivant leurs délits, ni les conferyer d’échantillon à donner de belles ardoifes.
- Toutes les ardoifieres de Mezieres, & même les pierres communes de ce canton 3c âes environs, confervent à peu-près cette même inclinaifon: prefque toutes les carrières d’ardoife font dirigées du Nord au Sud, & la partie la plus élevée de la carrière regarde le Nord.
- Les Ouvriers, pour faire comprendre la* direction & l’inclinaifon des ardoifieres, difent que le haut eft tourné à onze heures & demie: ils entendent par4à que la carrière ne regarde pas directement le midi, mais quelle eft dirigée un peu obliquement du Midi à l’Orient.
- Les bancs d’une carrière ainfî inclinés, s’étendent jufqu’à une affez grande profondeur en terre. En 1760, dans une des carrières de Rimogne, que nous prendrons ici pour exemple, comme une des plus remarquables de cette contrée, on eft parvenu à creufer jufqu’à 80 toifes au-defïbus du niveau du terrein : les Ouvriers dû pays eftiment cette profondeur de 12 à 1500 pieds.
- On defcend dans ces carrières par des échelles de 20 à 30 pieds de hauteur chacune: à l’extrémité de chaque échelle fe trouve un repos, fou-vent même des galleries affez étendues, formées par le vuide des pierres qu’on a retirées, & par les bancs que l’on a laifîes : ces galleries communiquent encore à d’autres où l’on defcend avec des échelles; & c’eft ainfï qu’au
- moyen de 34 ou 35 échelles, l’on parvient de l’une à l’autre jufqu’au fond de la carrière que l’on fouille actuellement.
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- Nous avons dit que les carrières dont la mafle étoit confidérable, loriJ qu’elle s’étendoit fort loin en terre, & à une grande profondeur, étoienü réputées fournir l’ardoife de meilleure qualité que celle d’une carrière qui fe perdroit prefqu’aüflï-t'ot qu’elle feroit ouverte; c’eft par cette raifon, & parce qu’il en coûte beaucoup pour former la première ouverture d’une carrière, qu’on eft engagé à fuivre le plus long-temps qü’ôn peut celle qui eft déjà en travail: on prétend qu’aux environs de Charleville, on tire de l’ardoife à trois cents pieds plus bas que la Meufe qui en eft éloignée de trois ou quatre lieues.
- L’ardoife a toujours acquis de la beauté a mefiire qu’ort a creufé la carrière de Rimogne, dont nous parlons ; mais les Ouvriers croyent qu’au-deffous du banc qu’ils travaillent, il fe trouve une mauvaife couche ou une veine de terre jaune, ou grife, entre les bancs d’ardoifes; & ils conjeélurent que cette terre , qu’ils nohiment Craffe, s’y trouvera en allez grande quantité pour les contraindre d’abandonner la carrière, d’autant que les frais, outre ceux qu’il faudroit employer pour déblayer cette terre, font déjà tfès-confie)érables, feulement pour enlever l’ardoife depuis que là carrière eft devenue fi profonde. >
- Une partie du travail de cette câtrièté eft le même quë celui des car-rîeres d’Angers. On n’a point confirait à telle de çRiîtiOgttè de machines d’épuifement ; parce que, quoique celle-ci foit parvenue à cette grande profondeur où Teaü oblige prefque toujours d’abahdoriftër lés carrières, il ne s’y trouve cependant qu’un petit filet d’eau; qù’ünë fimple pompe à bras, mue par des hommes pendant quatre à cinq heures par jour, fiiffit pour fon épuifement. Cette pompe, de 20 à 25 pieds de hauteur , apporte l’eau à une fécondé; cette fécondé la conduit a une troifieme, & ainfi jufqu’à ce que l’eau foit parvenue à. la fiiperfieie du terrein, d’où elle s’écoule & va fe perdre dans les terres.
- Voici en quoi l’inclinaifon des carrières de Rimogne fait que leur travail différé de celui des carrières d’Angers.
- Dans celles de Rimogne, les Ouvriers font obligés de pratiquer toujours une nouvelle tranchée, pour tirer de nouveaux blocs dû banc d’ardoifo, & ils mettent leurs coins d’un côté du bloc, ou de la planche d’ardoife qu’ils veulent enlever, fulvant la direction de l’ardoifiere; au lieu que dans celles d’Angers, les Ouvriers placent leurs coins perpendiculairement, & réjëttent toujours les blocs, tant qu’ils travaillent unë foncée,- dans la première tranchée que l’on a faite pour retirer là première ardoife.- Dans les carrières de Rimogne les Ouvriers frappent leurs coins avec une mafle, & fe fervent d’une pioche pour pratiquer leurs tranchées.
- La carrière de Rimogne n’eft pas entièrement découverte, comme la plû-part de celles d’Angers: dam. .cette première, les Ouvriers travaillent ea
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- partie fous terre. Pour s’éclairer dans ces fouterreins, ils fe fervent d’une efpece de flambeau compofé fouvent d’écorce de bois féchée & enduite de réfine ; ils le nomment Perluau.
- Comme dans celles de Rimogne on n’a conftruît aucune machine, les blocs d’ardoife fe tranfportent fur les épaules jufqu’au haut de la carrière ; ce font les jeunes Ouvriers, que l'on emploie ace tranlport, comme plus en état de foutenir ce rude travail. Quelquefois on voit une file de douze Ouvriers portant chacun fur une épaule un ou deux blocs qu'ils aflurent d’une main, tandis que de l’autre ils fe retiennent aux bâtons de l’échelle fur laquelle ils montent; ils fe relayent de gallerie en gallerie jufqu’au haut de la carrière.
- Voici une autre maniéré de creufer les carrières de ce même pays. Les Ouvriers carriers commencent par pratiquer un puits très-profond; ils le creu--fent jufqu’à la derniere foncée de la perriere dont ils comptent pouvoir travailler lardoifè. Tout ce qu’ils retirent de ce puits, eft regardé comme inutile, &eft mis au nombre de ce qu’on appelle vuidanges; ils connoilfent par la fouille de ce puits la nature des differentes couches d’ardoifes qui compo-fent la perriere. Pour retirer les blocs de cette ardoifiere, ils commencent à travailler le fond du puits; iis font une excavation pour pénétrer dans la carrière, & la fouillent, en faifant tomber à leurs pieds les blocs qu’ils déta-i chent au-deiîus de leur tête; ces blocs font montés par une machine ou engin que l’on conftruit au-deflus du puits, & font portés aux Fendeurs Sc aux Tailleurs* On eft fouvent obligé de pratiquer plufieurs de ces ouvertures ou puits, fur-tout quand la carrière fournit allez d’eau pour exiger des épuifements.
- Cette maniéré de tirer l’ardoife procure, comme on voit, la première ardoife de meilleure qualité que la derniere , puifque l’on commence â travailler celle qui fe trouve au fond de la carrière; mais cette méthode eft fujette à bien des inconvénients.
- Les Carriers rifquent fouvent d’être écrafés par la chûte de quelques blocs qui fe détachent : cet accident arrive quand ils n’ont pas la précaution de foutenir, par des pilliers qu’ils doivent laiflèr de diftance endiftan-ce, chaque banc de la carrière. Outre cela des blocs qu’on enleve par le fecoursdes machines, peuvent s’échapper, <&, en tombant, écraferles Ou-* yriers qui font fouvent obligés de relier au fond du puits pour le fervice de la perriere. Enfin comme les frais de la fouille des puits font confidéra-bles, on fait moins dufage de cette pratique que de celles dont nous avons déjà donné les détails.
- Les ardoifieres des environs Je Mezieres fe trouvent fouvent gâtées par une efpece de pyrites qui y font allez communes; les Ouvriers les appellent
- des Dé, parce que leur forme eft cubique : elles fe trouvent le plus
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- Ibuvent près de la terre dans les premières couches d’ardoife; quand elles fe rencontrent au milieu d’un bon lit, ce qui arrive plus rarement, elles empêchent la divifion de l’ardoife. Cette pyrite eft de forme cubique affez régulière3 très-brillante & d’un beau poli ; elle eft fort dure, & donne des étincelles lorfqu’elle eft frappée avec l’acier; elle brûle, & rend fur le feu une odeur folforeufe; elle colore l’eau, contient dufoufre, de i’arfenic & quelque portion de cuivre.
- Les Fendeurs à Rimogne ne fe fervent pas, comme à Angers, du même cifeau pour divifer les blocs, & en tirer des feuilles minces, de l’épaifo four qu’ils veulent donner à leurs ardoifes. Ils employent un infiniment de fer (aa, PL IV.) emmanché par un bout, dont la lame eft mince, cou* pante d’un coté feulement, ayant un dos peu épais de l’autre, & le nomment auffi Cifeau. L’Ouvrier étant debout tient, comme à Angers, entre fes jambes le bloc qu’il veut divifer ; il place fon cifeau à l’endroit qu’il veut partager, & l’infinuant dans la pierre d’ardoife, il appuyé fur fes deux extrémités, & le conduit jufqu’au bas du bloc qu’il fépare ainfi en feuilles auffi minces qu’il le veut.
- Le Tailleur de Rimogne différé auffi un peu dans fon travail de celui d’Angers : au lieu de fe fervir , pour tailler l’ardoife, du billot de bois echancré qui s’y nomme Chapu, il fe fert d’une enclume de fer qu’il pofe devant lui, & taille à peu-près la feuille d’ardoife qu’il pofe deffus, comme les Couvreurs la taillent fur les toits, en fe fervant, comme en Anjou, du même outil à tailler appeiié Doleau.
- Le Tailleur, ici comme à Angers, juge, au fimple coup d’œil, des dimenflons qu’il doit donner à fon ardoife, & ménage , autant qu’il eft poffible, fa feuille pour en faire des ardoifes de grand échantillon. On dit qu’un bon Ouvrier taille dans fa journée depuis feize jufqu’à dix-huit £ents ardoifes.
- Nous n’avons pas pu fpécifier combien un Ouvrier pouvoit en tailler à Angers, parce que, comme nous l’avons dit, les Ouvriers y répartiffent l’ouvrage entr’eux, enforte qm’alternativement ils fendent & taillent; mais on eftime que le plus habile n’en pourroit fendre que y à 600.
- L’échantillon des ardoifes de Rimogne eft de 6 à J pouces de largeur, Sc de 10 pouces ou un pied de longueur,
- Le Propriétaire, ou l’Entrepreneur de la carrière, paye aux Ouvriers fo millier depuis 3 liv. 10 fols jufqu’à 4 liv. 10 fols, pour le tirage des blocs,’ &, les frais de les monter, de les fendre & de les tailler; il fe charge feule-* ment de l’entretien des échelles & des frais de l’épuifement. On vend for le lieu les ardoifes 8 à 10 liv. le millier; ce qui fait, comme on voit, un profit confidérable pour le Maître d’une carrière, lorfquil a du débit,
- A Angers, la dépenfe de l’exploitation eft plus confidérable, en ce que Ardoise. L
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- le Propriétaire fe charge non - feulement des frais de Pépuîfemfcnt , mais encore de la fourniture des uftenfiles, & fait monter à fes frais les déblais, les vuidanges, 8c même les blocs à former Pardoife.
- On tire auffi de Pardoife, comme nous Pavons dit, dans differents endroits de PAnjou & dans plufleurs contrées de la Bretagne ; mais les travaux de prefque toutes ces carrières font peu confidérables. Elles procureraient fans doute une ardoife de meilleure qualité, & peut-être auffi bonne que celle d’Angers, fi les Ouvriers fouilloient davantage leurs perrieres, 8c s’ils ne s’arrêtoient pas, comme ils le font maintenant, à un travail prefque luperficiel; ils imaginent cependant qu’il leur ferait impoflible, tel foin qu’ils y apportaffent, de réduire cette ardoife en feuilles afTez minces, quoique le grain en folt beau, 8c que la qualité de la pierre m’ait paru à peu-près la même. Comme ces cantons ont moins de débouché, les Ouvriers ne cherchent point à augmenter les frais de l’exploitation, dont ils ne feraient pas sûrs de retirer l’intérêt, tandis qu’ils font certains d’un gain affiné en fe défaifant de leurs ardoifes dans le pays, où ils la vendent à très-bon compte. Quoique le travail de ces carrières {bit, comme nous Pavons dit, très-peu confidérable, nous avons cru devoir en donner une idée. Je prends pour exemple une carrière de Moifdon, petit canton fitué à dix lieues de Nantes, où fai vû travailler de Pardoife, 8c où cette pierre eft tout autre-.’ ment inclinée que celle d’Angers.
- Le fchifte, ou la pierre d’ardoife, eft fort commune dans cette partië de la Bretagne, 8c l’on y voit fouvent des roches de cette pierre à la fuperficie de la terre. Dans d’autres parties de cette Province, après avoir enlevé quelques pouces de terre, cette efpece de pierre devient apparente. C’eft dans cet endroit de la Bretagne, que l’on voit quantité de fouilles peu profondes d’où l’on a tiré de la pierre d’ardoife. Un fimple coup d’œil fuffit pour faire reconnoître la direélion des différentes feuilles qui la com-pofent ; elles font placées prefque horifontalement dans les carrières, de façon que les feuilles d’ardoife font inclinées à l’horifbn, fous un angle de peu de degrés ; la partie la plus haute regarde le Nord, 8c la plus baffe eft tournée vers le Sud.
- On eft dans l’ufàge, en Bretagne, d’enclorre les héritages ; & dans la partie de cette Province où Pardoife eft commune, on y deftine de longues dalles de pierre d’ardoife, que l’on place à côté les unes des autres; on les enterre de quelques pouces, & on les y pofe fur leur champ. La pierre d’ardoife que l’on expofe ainfi en chantier, y eft vendue à très-bon compte : une pierre de 3, 4 à y pieds de longueur, s’y vend 1, 2 à 3 fols. La plus grande partie des carrières d’où l’on a tiré ces pierres, n’ont été creufées que de fix à huit pieds de profondeur.
- Quelques autres carrières dont on veut tirer de la pierte propre à former de
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- l’ardoîfe, ïont cependant plus profondes : voici comment on s’y prend pour les travailler, On fait une ouverture quarrée ( 1 ), & large feulement de 18 à 20 pieds; après avoir enlevé la terre qui recouvre le banc d’ardoife, on ôte quelques couches de pierre dont les feuilles font dirigées prefque hori-fontalement; comme les premières foncées ne font pas propres à fournir de bonnes ardoifes, on entame peu dans la carrière. Les Ouvriers, pour rez tirer chaque bloc le long des parois ou murs de la perriere, font obligés de couper le bloc le long de la carrière, en formant leurs tranchées : ils rentrent peu dans la carrière pour tirer les premières pierres > parce que comme elles ne font pas propres à fournir de bonnes feuilles d’ardoifes, ils préfèrent de les abandonner dans la carrière; mais à mefure qu’ils avancent l’ouvrage, ils coupent le bloc de façon que leurs tranchées rentrent dans la carrière. Ils la taillent en voûte, de maniéré qu elle devient plus large, quand les Ouvriers parviennent à tirer une pierre de meilleure qualité, & qui peut être partagée en feuilles minces, propres à couvrir les maifons. Dans ces carrières, les Ouvriers font obligés de confulter l’incli-naifon du bloc : comme la pierre eft prefque horifontale, ils font des trous (6) furie côté de cette pierre dans la partie la plus élevée, Sc c eft ordinairement fur celle qui regarde le Nord, '
- ' Ils placent à différentes diftances leurs coins dans les trous, où ils y in-troduifent de grands leviers de fer ( j*, j ) for lefquels plufieurs hommes appuient en même temps : c’efl; ainfi qu’ils parviennent à détacher les blocs fuivant les délits que les Ouvriers ont cherché à reconnoitre avant d’y,placer leurs leviers.
- Les carrières n’ont fbuvent pas été creufées de 30 à 40 pieds, que leau fourcille des parois des blocs en affez grande quantité ; alors les Ouvriers ont foin de creufer un puits ( 7 ) dans la partie la plus baffe de la carrière où l’eau va fe rendre. Comme ils ne fe propofent point de conduire les carrières jufquà une profondeur confidérable, ils ny eonftruifent pas de machines d’épuifement ; ils ne fe fervent , pour élever l’eau, que de plufieurs bafcules ou traits ( 14) dont ils entourent rouverture de la carrière : ces bafcules ne different de celles d’Angers, dont mous avons donné la defcrip-tion, qu’en ce que leur levier efl: beaucoup plus long : il y en a qui ont jufqu’à 30 pieds.
- Les Ouvriers creufent ces carrières fans y mettre beaucoup d’ordre : leurs ouvertures faites, ils ne s’occupent qu’à tirer la pierre d’une partie de la perriere ; celle-là une fois tirée, ils la remplirent avec des vuidanges ou fragments inutiles ( 10 ) ; ils travaillent enfuite un autre côté de la perriere, jufqu à ce qu’ils foient parvenus à la même profondeur.
- Les outils & le refte du travail de la carrière font à peu-près les mêmes qu’à Angers ; les Ouvriers enlevent fur leurs épaules les blocs ( 11, 11 ) *
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- qu’ils nomment Planches, 8c ils montent chargés ainfi par des échelles ; fou* vent de 30 pieds de longueur, avec une adreffe extraordinaire ; cette pierre eft portée, de même qu’à Angers,, aux Fendeurs & aux Tailleurs qui font au haut de la carrière, 8c le plus près de fon ouverture quil leur eft poflible.
- Il ferolt trop long de citer ici tous les pays ou l’on trouve Telpece de fchifte avec lequel on peut faire de I’ardoife. Si l’on veut connoître les endroits d’une partie de l’Europe, où l’on rencontre cette efpece de pierre, on peut confulter la carte qu’en a donnée M. Guettard ( Mémoires de l’Acad. année 1746).
- Les environs d’Angers, tout le pays d’Anjou, 8c une grande partie delà Bretagne, en procurent beaucoup.
- On en voit du côté de Rédon 8c de Breft, dans une partie de la Bretagne; dans l’éleétion de Château-Gontier, à Çharleville, à Murat , à Prunet en Auvergne, Scc.
- Celles d’Angers 8c des environs paflent à Paris pour être de meilleure qualité: Ge font les feules qu’on y apporte, fans doute, parce que les autres endroits qui pourroient en fournir,, manquent des mêmes débouchés. Celles de Mezieres ont à Paris la réputation de-fe cafter 8c de s’éclater facilement.
- Les ardoifes à Angers fe vendent au cent ou au millier, pour la quarrée line & la quarrée forte ; toutes les autres qualités d’ardoifes inférieures à celles-ci fe vendent à la fourniture qui eft de 21 milliers. On ajoute pouç la quarrée fine 8c la quarrée forte, les quatre au cent pour les calfées : outre cela, pour celles qui lont inférieures en qualité, on donne ordinairement fur vingt milliers un mille en fus; mais ce dernier millier eft de convention avec le vendeur.
- Il y a ordinairement à Angers fept ou huit carrières ouvertes; mais rarement font-elles toutes en exploitation; car il faut bien du travail 8c de la dépenfe avant d’en tirer du profit. Une carrière en valeur peut fournir par femaine environ cent milliers d’ardoifes d’elpeces différentes; 8c fi elles étoient toutes à la fois en valeur, on pourroit y fabriquer par an environ vingt-cinq à trente millions d’ardoifes de différente qualité 8c de differents .échantillons.
- Remarques particulières fur la Pierre d*Ardoife> & les caraBeres
- qui lui font propres.
- Nous avons promis de donner en particulier les caraéleres propres à i’ardoife, & fi nous n’en avons rien dit en traitant des moyens employés à la tirer, à la fendre & à la tailler, c’eft que nous ne voulions pas interrompre la defcription que nous donnions de ces procédés.
- Les fentiments des Naturaliftes font très-partagés fur la nature, la compo-fition 8c les propriétés de I’ardoife. La claife dans laquelle elle doit être
- rangée,
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- rangée, & le gefire qui convient le mieux à cette pierre, laiiTent fiir-toutë beaucoup d’inceftitude, due probablement aux changements que l’ardoife éprouve quand elle fe trouve jointe avec plus ou moins de différentes fub-fiances qui la dénaturent.
- Doit-on * comme le fait Vallerius, mettre l’efpece defchifte qu’on nomme Ardoïfe dans la claffe des pierres vitrifiables ? Il eft vrai que prefque tou* tes éclatent 8c pétillent au feu; qu’elles fe caflent, fc bourfoufflent 8c fe fondent expofées âù fourneau de fufion, fans l’addition d’aucuns fondants; mais il s’en trouve qui expofées au feu le plus violent, y fouffrent û peu de changement, quelles femblent plutôt exiger d’être rangées parmi les pierres qu’on a Coutume d’appeller Réfraftaires ou de difficile fufion. On fe fert meme de quelques-unes de cette derniere efpece pour en conftruke des fourneaux deftinés à réfifter au plus grand feu.
- S’arrêteroit-on, pour lui fixer un genre, au caraélere de ne point ferment ter avec les acides \ Il eft allez général aux ardoifes; cependant depuis celle qui ne fait aucun mouvement avec eux, il s’en trouve que les acides atta* quent vivement.
- Les ardoifes fe divifent ordinairement par feuilles, 8c les meilleures font celles qui fe partagent le plus aifément : mais ce n’eft pas un caraélere qui fbit propre aux ardoifes feules ; les taks, les micas, &c. ont la même propriété, qui fe rencontré auffi dans d’autres pierres calcaires.
- La dureté de l’ardoife n’eft pas non plus une marque certaine pour la re^ eonnoître : elle varie fuivant les e/peces* Ordinairement l’ardoife eft caffànte* elle reçoit rempreïnte du trait qu’une pointe de fer lui imprime ; elle ne fait point feu avec l’acier; 8c qùokjü’ôrdïnairement aflez tendre, elle eft fonore : mais quelquefois elle fe réduit en poudre fous les doigts ; & alors cette efpece eft la moins propre à fervir de couverture aux bâtiments*
- La couleur des ardoifes change aufll füivant les lieux qui la produifent £ celles qui font d’un gris tirant fur le bleu, font réputées ordinairement être de meilleure qualité; nous nous fervons de la dénomination de cette couleur pour faire eonnoître celle de plufieurs autres corps : on fait cependant ufage d’autres ardoifes qui s’éloignent beaucoup de cette couleur, qui peut être re* gardée comme la plus générale pouf cette efpece de pierre* L’ardoife tirée d’un lieu profond eft toujours la plus noire : expofée à l’air, elle change un peu de couleur ; celle qu’elle avoit au fortir de la carrière, s’éclaircit & de** vient moins foncée.
- L’ardoife renferme fôuvent des fubftances très-différentes ; & celles dans lefquelles il s’en trouve le plus font les moins bonnes & les plus difficiles à travailler.
- On y trouve fouvent des pyrites qui varient beaucoup dans leur cryfhl^ Ardoise, M
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- lifation. Les ardoifes d’Angers en contiennent de fort irrégulières. Il s’y rencontre âüffi des figures qui ont la forme de poifïons, mais pas affez caraéléri-fées pour aflïirer qu’elles doivent leur origine à quelques-uns de ces animaux* On y voit encore des herborifations dues à une eau ferrugineufe qui s’eft dépofée entre les feuilles de l’ardoife & s’y eft défTechée ; enfin, on y trouve une félénite formée en rayons, & difperfée fur l’ardoife en forme d’étoiles : mais on y ôbferve rarement des impreffions de plantes.
- Quelques autres ardoifes contiennent des métaux; de for, de l’argent. Lehmann rapporte qu’il fe trouve quelquefois dans l’ardoife de l'argent en petites feuilles , ou en filets auffi fins que des cheveux; que l'on trouve auffi, fous cette forme du cuivre natif dans les carrières de Bottendorffi Le cuivre, \y rencontre fouvent fi divifé que l'œil ne peut le diftinguer.
- On retire beaucoup d'alun d'une ardoife bleuâtre fort commune en An-* gleterrë. L’ardoife renferme quelquefois une elpece de terre qui contient beaucoup de celle qui eft analogue à la bafe de l’alun. En ajoutant à ces efpeces d’ardoiles de l’acide vitriolique, je me fiiis procuré de l’alun dont la quantité varioit fuivant que la bafe de ce fel neutre s’y trouvoit en plus ou en moinT dre quantité : cette efpece faifoit une très-légere effervefcence avec les acides, 3c étoit de difficile fufion. >
- Généralement Jes ardoifes qui contiennent le plus de ces fubftances étrangères , font les moins propres pour l'ufage auquel on les deftine : ordinairement celles qui contiennent du vitriol 3c du foufre fleurififent à l’air, s’y décompofent: celles-ci font de la plus mauvaife qualité.
- On trouve encore des ardoifes qui contiennent des parties grades 8c hui-leufes, fouvent même affez de pétrole & de bitume pour s’enflammer fur les charbons. Quand ces fubftances s’y trouvent en affez grande quantité, on les emploie poùr le chauffage (*); mais celles-là tiennent plus des propriétés du charbon de terre que de celles dufchifte.
- La première foncée d’ardoife n'eft, comme nous l’avons dit, jamais d’auffi bonne qualité que l’ardoife que l’on trouve au-deflous de celle-là; le grain en eft plus gros : cette première couche eft chargée ordinairement de petites paillettes de micas, de parties fulfureufes, Sc eft affez fem-biable pour l’ordinaire à une efpece de fchifte dont on ne fait aucun ufage, qui recouvre & entoure les filons de mines de charbon de terre. Ç’eft dans cette efpece de fchifte que l’on rencontre plus fréquemment des impreffions de fougères, de capillaires, de fcolopendre, &c, femblables à ces mêmes efpeces de plantes obfèrvées dans les Ifles chaudes d’Amérique; des Rubiacêes, des feuilles, des fruits 3c des graines d’autres plantes du meme
- . ( * ) Le mot Ardoife ne devroit-il pas fon nom à la propriété que quelques efpeces de ces pierres
- ont de brûler aifément, ab ardendo ? >
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- DES CARRIERES D’ARDO 1SE. 47
- 'climat* que différents Auteurs ont fait connoître* 8c dont ils ont donné la figure dans leurs Ouvrages. Voyez THerbarium diluvianum; les Tranff Phil. les Mém, de l’Académie* années 1718* 1747, 8cc.
- L’ardoife qui fe trouve à l'ouverture de la carrière* de même que celle qui recouvre les mines de charbon de.terre * eft prefque toujours trè-s-tendre* peu fonore, point caflànte* moins- liée ; elle contient une partie inflammable en plus ou moins d'abondance ;, elle devient blanche fur les charbons quand on la calcine à un feu nud * & elle conferve fa couleur noire quand on Pexpofe au feu dans des vaifleaux fermés ; elle ne fe vitrifie qu'à un feu violent.
- Quelques Auteurs prétendent avoir vu des arbres changés en ardoifes » fcn dit qu'il eft très-commun de trouver des lits de charbon de terre fous le carrières d’ardoife d'Allemagne. Quelquefois dans les perrieres d'Anjou* on trouve des veines ou des filons qui tiennent le milieu entre l'ardoife 8c le charbon de terre.
- Par la diftillation on retire des ardoifes * de meme que du fuçcin 8c du charbon de terre, un fel acide volatil 8c huileux,
- Ces obfervations ne donner oient-elles pas quelques idées fur la formation des Ardoifieres 8c des mines de charbon de terre* puifque nous voyons que certaines ardoifes approchent beaucoup de ce minéral * quelles donnent par l'examen chymique les mêmes produits* 8c que les mines de charbon de terre font recouvertes d'une couche d’une efpece defchifte? J’avoue qu'il faudroit plus d’obfervations encore que je n'en ai faites pour oferformerun fyftême fuivi fur la formation de l'ardoife; ainfi je me bornerai à expofer les fentiments de quelques Naturaliftes fur l’origine de ce minéral *& je m'abftiendrai d'ex-pofer mon fentiment particulier far ce fujet.
- D’après les faits que nous venons de citer * Boot a cru que l’ardoife pourvoit avoir été formée par des étangs 8c marais poiflbnnèux comblés par une vafe durcie* dans laquelle on retrouve les plantes & les poiffons qui y ont péri; fentiment qui fouffriroit des difficultés dans fon explication par l'arrangement des différentes fubftances qui forment les Ardoifieres* lequel ne fe trouve pas conforme à leur nature & à leur pefanteur; à moins que pour rendre ce fentiment probable* l'on n'y fupplée* en ayant égard aux changements qu’a dû éprouver ce dépôt par le mouvement des eaux qui l'ont amené.
- Langius regarde auffi les carrières d’ardoife * comme formées par un dépôt de terre ou de pierre détruite.
- Neumann croît que l'ardoife eft un compofé de terre végétale 8c cfargilie durcie; Bromel & Linnæus la rangent dans la çlaffe des pierres calcaires; Cramer 8c Vallerius la croient vitrifiable; enfin M. Pott n adhéré à aucun
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- de ces feritiments, parce que, dans les expériences qu’il a faites fur ies pierres , il a vu des ardoifes qui tenoient plus ou moins des propriétés reconnues pour appartenir à l’une ou à l’autre de ces deux claffes»
- Ne devroit-on pas cependant s’attacher aux caraéleres les plus communs, pour fixer un genre aux ardoifes, Sc féparer de celles-là celles qui s’en éloigneroient, en leur alîignant un autre nom!
- Les caraéleres les plus communs du fchifte ou de Pardoife, dont on fait ufage, étant, comme nous le difons, de fe féparer en feuilles minces de peu ou point fermenter avec les acides, de pétiller fur le feu & de s’y vitrifier ; le fchifte reflemble affez, par quelques-unes des propriétés que nous venons de citer , à l’argille, qui fe vitrifie ordinairement au feu, quoiqu’il s’en trouve de réfraélaire. L’argille pétille le plus communément, Sc fe fend avant d’entrer en fufion; elle ne fait que peu ou point d’eflfervefcence avec les acides. L’ardoife feroit-elle une argille durcie ? De nouvelles expériences pour-roient fans doute jetter plus de lumières fur cette partie de la Minéralogie.
- Je fèrois entré dans un plus grand détail fur la nature Sc les propriétés de la pierre d’ardoife, examinée avec le fecours de la Chymie, fi cela étok néceffaire pour completter l’Art que nous donnons aujourd’hui; mais j’ai cru que ce que j’en difois fuffifoit pour faire connoître les caractères propres à l’e fpece de fchifte dont il eft ici queftiom
- Remarques fur l'Ârdoife9 & fur quelques défauts qui lui font ajfez»
- communs.
- Nous avons parlé de plufieufs défauts communs à Pardoife, Sc qui lui ont fait donner différents noms, Poïl-rouiï, Poil-taché, &c. En voici encore d’autres , dont peu d’Auteurs me paroiffent avoir fait mention, quoiqu’ils foient affez communs à quelques efpeces d’ardoifes.
- Certaines ardoifes fe chargent beaucoup plus promptement que d’autres d’une efpece de lichen ou de moufle. C’eft un fait que le temps vérifie tous les jours, & qui dépend probablement d’un fécond défaut propre à Pardoife fur laquelle on• rencontre le plus fouvent cette moufle; nous en parlerons dans un moment, La moufle ou le lichen, conferve une humidité fur Pardoife; elle y amafle une pouffiere Sc une terre qui contribuent à précipiter fa pourriture ; ce qui doit être confidéré comme une perte pour le Propriétaire, outre le défagrément du coup d’œil qu’offre Pardoife ainfi chargée de lichen.
- Quelques ardoifes imbibent Peau y 8c l’humidité qu elles reçoivent par les pluies Sc les neiges, les pénètrent affez pour fe communiquer à la latte & à la voliche fur lefquelles elles font attachées ; ces ardoifes pourriffent & entraînent par-là la ruine de là charpente qu’elles auroient dû-conferver.
- Cette
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- DES CARRIERES p'ARDOISE. 49
- Cette mauvaife qualité dans l’ardoife , Sc celle qui produit la moufle , dépendent , je crois, d’une même caufe; Sc les pierres qui auront ce défaut, feront probablement celles qui entretiendront plus d’humidité , & qui par-là donneront à la moufle l’aliment qui lui convient le mieux : ainfi les moyens de reconnoître l’un de ces défauts , ferviront pour fe précautionner contre l’autre.
- Peu d’Auteurs ont indiqué les moyens de reconnoître ces défauts propres à l’ardoife : voici en abrégé ceux que propofe Samuel CollepreflT, & qui fe trouvent dans le quatrième volume des Tranfaélions Philofophiques, année 1669, publiées par M» Oldenburg, n°. yo, art. 3 ; Sc dans la Colieéï. Acad. T. V. pag. 10.
- Les ardoifes reçoivent & gardent d’autant plus d’humidité, qu’elles font plus poreufes; ainfi celles qui feront les moins dures , les moins pefantes, feront plus fujettes à ce défaut que les autres : auffi M. Samuel CollepreflT confeille-t-il de foumettre les ardoifes à cette première épreuve * avant d’en faire lacquifition.
- Il veut que l’on frappe fur fardoifo pour juger de fa dureté, par le fon qu’elle rend : celle qui étant frappée donne un fon clair Sc fonore, dénotera plus de folidité, Sc doit par conféquent être préférée.
- Le fon moins net dans l’ardoife , indique quelques parties étrangères qui arrêtent le mouvement d’ondulation propre à celles de cette pierre ; auflî l’ardoife à poil-roux n’éft-elie prefque point fonore»
- Celle qui fe cafiera, dit M. Coilepreff, qui fe coupera net Sc facilement, fera encore la meilleure» Le toucher pourra même en partie faire connoître la qualité de l’ardoife: fi on la trouve douce, grade Sc comme onélueufe, elle doit être d’un tiflti plus lâche que celle qui fera rude fous les doigts; Sc cette derniere mérite par conféquent la préférence. Mais voici encore d’autres épreuves auxquelles M. CollepreflT invite de foumettre l’ardoife avant de l’acheter.
- Il veut que l’on pefe exaélement une certaine quantité d’ardoifes feches • qu’on les mette tremper dans l’eau pendant quelque temps, & qu’après les avoir retirées Sc laide égoutter, on les pefe de nouveau. Si le poids de ces ardoifes efl: beaucoup augmenté, c’eft une preuve qu’elles ne font pas bonnes, & quelles ne dureront pas long-temps fans faire pourrir les lattes. & la voiiche for lelquelles elles feront attachées. Cette épreuve que l’Auteur croit être décifive, me paroît trop forte pour les ardoifes qui fervent communément de couverture. Car ici un feul côté de la pierre eft expofé à la pluie ; au lieu que dans l’épreuve, on la met tremper totalement dans l’eau : je fuis perfoadé que la meilleure ardoife, for - tout celle nouvellement tirée, recouverte ainfi d’eau pendant quelque temps, Ardoise. N
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- JO de V EXPLOITATION
- s’en chargerolc alfez confidérablement; ainfi je crois qu on pourroit faire cet
- elfid, autrement* mais d’une façon aufli fimple.
- Il n’y auroit qu’à creufer une feuille d’ardoife * jufqu’à ce que la partie de la pierre* qui feroit le fond de la cavité* reliât de l’épaiffeur d’une ardoife ordinaire: on remplirait d’eau cette cavité qu’on auroit formée; Sc fi l’eau traverfoit i’Àrdoife ce feroit une preuve de fa porofité.
- On pourroit encore * fi l’on n’ell pas dans un lieu où l’on puilïe avoir une pierre d’ardoife plus épailfe qu’une ardoife ordinaire * pour faire la précédente épreuve, garnir une feuille d’ardoife d’un rebord de cire, de glaife, ou de toute autre matière que l’eau ne dilfoud pas aifément ; & après avoir rnis cette feuille dans une fituation horizontale* couvrir d’eau fà furface fupé-rieure;fi àu bout de quelques heures, ou d’une journée, l’eau n’avoit pas traverfé la feuille, ce feroit la preuve d’une denfké qui fuffiroit, je crois, pour garantir la latte fur laquelle on la poferoit.
- M. Collepreflf enfeigne d’autres moyens de s’alfurer de la porofité de l’ar-doife: il confèille de la plonger perpendiculairement dans un vafe rempli d’eau, de façon qu’une partie de l’ardoife déborde* 8c qu’il n’y ait pas alfez d’eau pour recouvrir entièrement cette ardoife : fi au bout de quelque temps l’on examine cette ardoife * & qu’on ne la trouve pas beaucoup mouillée au-d elfes de la furface de l’eau, la pierre fera jugée de bonne qualité; au lieu qu’elle fera d’autant moins à préférer* que la furface au-delfes de l’eau fe trour vera plus imbibée* parce qu’alors elle fera d’un tilfu plus lâche Sc plus fpon-gieux.
- M« Coliepreflf ajoute encore des preuves de la qualité de l’ardoife* tirées de fa couleur Sc de fon poli. Il veut que les ardoifes d’un bleu-clair foient moins fùjettes à s’imbiber d’eau, que celles qui font d’un bieu-obfcur ou foncé, Sc que ces dernieres foient toujours moins folides & de moindre durée.
- Le poli provenant de fa dureté* peut fervir de caraétere alfez jufle pour juger de fa qualité : la couleur bleu~obfcure ou mêlée* eft aufli une marque alfez confiante d’une mauvaife ardoife. Le bleu-clair * dont parle M. Colle-prelf, peut être allez général aux bonnes ardoifes d’Angleterre ; mais la couleur des nôtres varie beaucoup, quoiqu’elles foient également bonnes : les plus noires font cependant alfez généralement les meilleures.
- Entre les chofes qui relient encore à fouhaiter à ceux qui entreprennent le travail & le commerce de l’ardoife * il leur manque * à ce qu’il nous a paru, des indicés certains pour connoître le terrein qu’ils doivent fouiller, Sc qui contient de bonne ardoife : il leur faudroit des moyens plus commodes pour l’exploitation ; ceux qu’ils employent pour puifer l’eau* peuvent acquérir quelques perfeétions. Ne pourroit-on pas encore trouver des moyens plus expéditifs pour fendre & pour tailler la pierre, Sc fe fervir de machines*
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- DES CARRIERES D’ARDOISE. jr
- qui épargneroient des fortunes confidérables en main-d’œuvre ? Ne devroit-on pas lailTer tremper dans des réfervoirs d’eau les blocs d’ardoife pour avoir autant & plus de facilité à les fendre, lorfqu’il y a long-temps qu ils ont été tirés delà carrière? Enfin les Entrepreneurs defireroient qu’on tînt la main à l’exécution des Réglements donnés pour contenir les Ouvriers d’en-haut, qui leur font fans ceffe la loi. Ils ont en leur faveur un Arrêt du 2 Janvier 1749, regiftré au. Parlement, qui n’eft pas fuivi. Ce font*là à peu-près les parties qui nous ont paru plus fufceptibles de perfeétion dans l’art de tirer, de fendre Sc de tailler l’ardoife, & les moyens qui peuvent, ce femble, contribuer à favorifer cette efpece de commerce utile à la fociété.
- MÊËmÊÊÈmilÊai*SBiàlk**&WmUimÆaÊÈUWBmmÊMÊaBKqmÊHÊmÊÊÊKÊÊUmamimHm
- EXPLICATION DES FIGURES.
- PLANCHE I.
- T j a Vignette de la Planche I repréfente une carrière d’ardoife ouverte & en œuvre; on la fuppofe coupée pour que l’on puiffe voir les Ouvriers dans l’aélion de leur travail.
- 38, 38, 38, eft un des côtés de la carrière ouperriere. Le haut du defTein repréfente le niveau du terrein; 26, 27 Sc 28, forment le fécond côté de la carrière ; r, 9,12, le troifieme côté ; le quatrième n’a pas été repréfenté fur le deffein, pour qu’on pût voir la carrière ouverte.
- 35,36, 37, marquent le fond de la carrière où l’on travaille à retirer des blocs d’ardoife.
- x , 2, 3,4,5, &c, jufqu’à 13 , repréfentent une quantité de blocs pofés les uns fiir les autres, Sc que l’on a déjà tirés de la carrière, ou, en termes de l’Art, les foncées.
- On laiffe ainfi pendant un temps des gradins à chaque foncée pour qu’en appuyant une échelle de l’un fur l’autre, les Ouvriers, par le moyen de plufieurs échelles ainfi difpofées, puiffent monter & defcendre facilement; mais comme les gradins, quand on a enlevé plufieurs foncées, diminueroient beaucoup le fond de la perriere, fouvent on les ôte. Quand la foncée inférieure eft parvenue au gradin fùpérieur, on enieve ce dernier. Dans le deflein, on a repréfenté les gradins ôtés depuis la première jufqu’à la neuvième foncée, <& on les a laiffe fubfifter depuis le dixième jufqu’au treizième.
- Sur un des côtés de cette perriere, on a ôté tous les gradins, & on a laiffe des confolles & des banquettes 26, 27, 28, pour parvenir avec de grandes échelles au haut de la carrière.
- 20, 21, tranchée que les Ouvriers forment pour commencer une foncée, Sc en détacher les blocs d’ardoife; c’eft en continuant ainfi le même
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- fi B E U EXPLOITATION
- travail; que les Ouvriers parviennent à vuider la carrière, en enlevant de nouveaux blocs qui ont différentes hauteurs, mais qui ne peuvent pas avoir plus que les neuf pieds que Ton donne à la tranchée: les Ouvriers formeront dans cette carrière que l’on a deffinée ,1a quatorzième foncée.
- 15, 15, Ouvriers qui enfoncent des coins ou quittes, & qui les mettent dans les disjoints ou délits qui féparent les blocs. Pour travailler à les abattre, les Ouvriers cherchent à reconnoître ces disjoints. On nomme cette opération, faire le chemin ou enferrer.
- Les coins ou quilles étant ainfi enfoncés, les Ouvriers 14, 14, 14, 14, frappent delfus pour les faire entrer, & détacher les blocs d’ardoife. Quand le bloc, par fon disjoint, a de grandes dimenGons, & qu’on veut l’abattre tout entier, on emploie un plus grand nombre de coins, & aufîi un plus grand nombre d’Ouvriers pour les enfoncer. Chaque Ouvrier a fbn coin, & ils s'entendent pour frapper tous en même temps : leurs mouvements doivent s'accorder pour que tous ne fafîent qu’un même coup.
- 16, 17, Quand les blocs font abattus, rarement tous ont-iis la hauteur de la foncée; il s’en trouve dont les disjoints ont produit leur réparation de la maffe, vers le milieu ou les trois quarts de la foncée. On diftribue pour lors des Ouvriers qui vont, avec les pics 8c les pointes, abattre les blocs qui font reliés, ce qu’on appelle ranger les écots. Quand les blocs portent d’af-fez grandes dimenGons pour en former de l’ardoife, on les abat avec des coins qu’on nomme AUgnoirs, ou avec les quilles ; Gnpn on les rompt en pe-tites parcelles avec les pointes, 8c ces fragments font partie des vuidanges.
- 20 y 21, Dès qu’une foncée eft établie, & qu’on a formé la tranchée qui doit la commencer, on pratique aux extrémités de cette tranchée, une cuve ou un réfervoir* où l’eau de toute la tranchée doit le rendre.
- * Pour former cette cuve, & puifer l’eau qui s’y ramaffe dans le temps qu’on la creufe, on fe fert d’une bafcule 18, qui tranfporte beau dans le puits 32, d’où elle eft élevée par le moyen des machines 31, 31, 3 r.
- 38, 38 3 383 Maçonnerie qui commence au niveau du terrein, & même un peu plus haut, & fe termine à la carrière d’ardoife: ces murs fervent à foutenir les machines dont on le fert pour élever l’eau 8c pour enlever les blocs d’ardoife 8c les vuidanges au haut de la perriere. Nous verrons dans îa Planche IL les détails de ces machines ou engins, ainft que de la bafcule.
- On voit, à differentes diffances de ce mur, des pièces de bois 38, 38, retenues par des tirants ou clefs de fer qui entrent dans le mur, & lui donnent de la folidité.
- 3 2, Puits où fe raffemble l’eau d’une partie de la carrière. On augmente le nombre de ces puits, 8c on emploie plus ou moins de machines d’épuife-ment, fuivant que la carrière fournit plus ou moins d’eau.
- 2 j, Quand les machines 31 ne fervent pas à l’épuifement, on les
- emploie
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- D ES CARRIERES D'ARDOISE.
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- A
- emploie à tirer les blocs d’ardoife & les vuidanges ou parties inutiles, & à les élever au haut de la carrière.
- L'Ouvrier 25, attire, à l'aide d'un crochet, la caifle ou bafficotle long du tas de pierres 23 , d'où l'Ouvrier les prend pour en emplir ce bafficot.
- 24, Ouvrier-hottier qui porte les blocs ou les vuidanges à l'Ouvrier 23* qui doit en charger le bafficot. ’
- 25), Caiffe ou coffre aux outils,-fermant à clef: & les Ouvriers y renferment tous les foirs leurs oùtils, pour qu'ils ne rifquent pas d'être dérobés.
- 22, Ouvriers qui forment des tas des fragments ou vuidanges, pour en charger d'autres Ouvriers qui doivent les approcher du chef de la carrière où font placés les engins, & où defcendra le bafficot.
- 30, Ancienne fouille que l'on trouve fouvent dans certains terreins des environs d'Angers : on peut regarder ces carrières comme les premières d'où l'on a tiré de l'ardoife ; elles font peu profondes , & n'annoncent qu’un travail prefque fuperficiel & fort imparfait.
- 33, Forge néceffaire pour réparer les outils; 34, retraite pour les Ouvriers : l'on fe fert auffi de ce réduit pour y réparer les machines, bafficots, féaux, &c; & l'on nomme cet endroit la Vetilïe.
- Le bas delà Planche rend quelques parties de la vignette plus en grand & plus détaillées.
- OJi, MO, repréfente une foncée plus en grand : MO, fait voiries délits d es blocs où l’Ouvrier place les coins ou quilles JY, N, JY, JY.
- A$ Cuve pratiquée aux extrémités de la foncée.
- C, C, C, C, différentes rigolles par lefquelles l’eau vient fè rendre à la cuve A.
- ÎELH, Partie d'une foncée repréfentée en hauteur & de profil pour faire ap-percevoir la pente de la carrière d'ardoife, & la direétion des blocs, ainfi que des feuillets d'ardoife qui les compofent, Ces feuillets font prefque perpendiculaires à l'horifon ; leur inclinaifon n'eft que de 20 pouces fur 9 pieds; ainfî fur chaque foncée de G en H, il y a 20 pouces, comme de F en E. On voit par cette figure, que d'un côté de la foncée LH, le bloc qu'on abattra, doit tendre à tomber dans la foncée ; au lieu que de l'autre côté de la foncée IE, la bafe du bloc eft dans la foncée, & la tête I s'éloigne de la perpendiculaire. Tous ces blocs font formés de plufieurs feuillets parallèles les uns aux autres, & par conféquent prefque perpendiculaires à l'horifon.
- F, Echelle qui fert pour monter d'une foncée à une autre, ou d'une con* folle à l'autre banquette : elles font faites de pièces de bois équarries qui ont depuis 12 pieds jufqu'à 30 : à Angers, les échelons font faits de bois de houx, qui eft très-commun dans le pays.
- Ardoise. O
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- DE L'EXPLOITATION T-, Outil deftiné à former la tranchée qui commence une foncée : on le nomme pointe ; V, fon manche qui eft très-foible, gros fimplement comme le doigt. La tête du marteau Xfait, par fa partie la plus pointue, un angle obtus avec fon manche, à Laide du coin Y qu’on nomme à Angers Langrais.
- . iL, Pic ou fécond marteau dont on fe fert pour frapper les coins de fer appeliés Alignons, ou fur ceux qui étant plus grands font appellés Quilles : ces marteaux: ne different du premier T que par leur longueur Sc leur pefonteur.
- S, Marteau tout-à-fait femblable à celui que nous venons de décrire, excepté qu’il eft un peu moins pelant : on le nomme Pic moyen.
- f3 Coin ou quille de fer qui fert à abattre les blocs : on en place ainfï plu-Leurs fui van t la ligne tracée & indiquée par les disjoints ; quand une quille eft entrée fuffifamment, on en met une fécondé,, Sc enfuite une troilxeme derrière, pour faire'partir le bloc.
- g y Quand* lefoloc eft du côté de la carrière où fon inclinaifon ne le porte pas à tomber dans la foncée, on fe fert, pour L'abattre, d’un cifeau de fer grand de lame & de manche g.
- h y On emploie encore une pince ou barre de fer qu’on nomme Levre, dont on fait un levier, auquel on attache une corde que plulieurs hommes tirent.
- iy Crochet dont on fe fert pour tirer les blocs les uns de defîîis les autres. ky On emploie encore au même ufage un double crochet de fer qu’on nomme à Angers Tranche.
- h} Pelle dont on fe fert pour mettre en tas les vuidanges, Sc les tirer de la foncée : on la garnit vers les bords d’une plaque de tôle, ou d’un fer plat j cette ferrure eft retenue fur la pelle par plufieurs clous rivés.
- a y & y z y Coins de fer dont on fe fort pour abattre les parties des blocs qui reftent à la foncée ; on fe fort de coins plus ou moins grands, foivant les parties des blocs Sc la grandeur de ceux qu’il faut abattre : les plus grands 2 fe nomment Fers ; les féconds Fers moyens ; les derniers æ, Alignons. ^
- e, Grande hotte deftinée à porter les vuidanges.
- dy Petite hotte, dont le doffier eft plus grand que celui de la première : celle-ci fort à porter les blocs, Sc à les approcher des engins. Le dolïier eft plus grand pour faciliter l’arrangement des blocs, Sc divifer la pelànteur.
- c y Cette derniere hotte eft renverfée pour faire voir les attaches dans fofo quelles l’Ouvrier palTe les bras ou les bretelles.
- PLANCHE IL
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- La première Vignette repréfente une des machines deftinées à élever l’eau, les blocs Sc les vuidanges, du fond des ardoifieres.
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- DES CARRIERES D’ARDOISE.
- Toute la machine efl: foutenue par deux poutres qui font arretées par une de leurs extrémités dans le mur, ou un des chefs de la carrière; l’autre extrémité faille fur la carrière. D ans le deflein, on ne peut voir qu'une de ces poutres A X , où elle efl: repréfentée dans toute fa longueur : ces poutres font retenues par des areboutants B.
- Sur ces poudres s'élèvent quatre montants E, E, G, G, affemblés avec les chevrons HL, HL, qui répondent fur la traverfe LL; cette traverfe efl: foiitenue par deux potences L L M, bien areboutées par en bas.
- O Q, Arbre vertical & tournant, dont l'extrémité lupérieure entre dans la traverfe LL, & l'autre porte fur une crapaudine O.
- R* 5, Tambour fur lequel fe roulent les cordes PS, P R, dont l'une s’enveloppe fur le tambour , tandis que l’autre fe déroule.
- P, P, Poulies fur iefquelles palfent les cordes.
- T, Bafficot ou caiffe que Ton remplit de blocs d'ardoife, ou de vui-* danges. L'une des cordes P R, qui efl: roulée fur le tambour, a élevé le bafficot dans lequel l'Ouvrier z prend les blocs d'ardoife, & en charge un autre Ouvrier, qui va les porter à l'endroit defliné à les fendre & à les tailler.
- L’Ouvrier qui doit décharger le bafficot, ne fait que l’attirer à lui, fans le décrocher; il le fait pafferfur un chaffis de bois qui ferme la lumière oul’ou-yerture du puits : on le nomme Décharge ; il efl: repréfenté ( PL III.) en A B, CD. Le bafficot étant monté, l’Ouvrier pouffe au-deffous une de ces traverfes. Il ôte un des côtés du bafficot, le nettoye, & ne le détache de la corde, que lorfqu'il veut lui fubftituer un feau propre à monter de l’eau, au lieu de l^ocs ou de fragments d’ardoife.
- Quand en place d’un bafficot, comme on l’a ici repréfenté, la machine doit élever de l’eau, on fubftitue un feau, comme nous venons de le dire ; ce feau plein d’eau monte jufqu’aux crochets i, 2, où il s’arrête ; le crochet le retient par un rebord de fer circulaire qui lurmonte fon ouverture. Le cheval marchant toujours, le (eau eft obligé, après avoir fait la bafcule, de fe vuider & de fe renverfer dans l’auge CC; & delà l’eau s'écoule par la conduite X pour s’aller perdre dans les terres.
- La fécondé Vignette repréfente une fécondé machine deftinée aux mêmes ufàges que celle que nous venons d’expliquer; elle n’en différé que par la pofition du tambour, & parce que celle-ci efl: renfermée fous un toit. On le fert beaucoup à Angers de cette efpece de machine; mais on ne la met que rarement à couvert: on a donné particuliérement à celle-ci le nom à3 Engin.
- On a fuppofé cet engin coupé, afin qu'on pût voir 1 intérieur de la chambre.
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- 55 DE U EXPLOI TATION
- a-, a, a, font les trois poutres qui portent fur la mâçonnerie établie fur le principal chef de la carrière. On a parlé de cette maçonnerie (Planche I.), où elle eft repréfentëe.
- Les poutres a> a? a, font foutenues par les arcboutans b> b, b. '
- Dans cet engin, l’arbre tournant eft perpendiculaire; & il porte un rouet ou rouage ccc, qui engraine dans une lanterne/’, & fait tourner une tra^. verfe/7/, qui porte le tambour g h, qui eft horifontal.
- tty Traverfe qui foutient d’un côté taxe du tambour; fc, fécondé traverfe qui foutient fon autre extrémité.
- Des deux cordes, dont l’une monte tandis que l’autre defcend.
- Cet engin eftrepréfenté faifant monter deux féaux alternativement; l’un m p , eft repréfenté arrêté par le crochet p, Sc fe vuidant dans l’auge nu L’eau fuit la gouttière n, q> r, Sc va fe perdre dans les terres.
- ' Le bas de la Planche repréfente certaines parties plus détaillées : y y,6 6\ le feau qui fert à élever l’eau, defliné plus en grand; 44, y $ j ferrure qui fet à retenir les differentes pièces qui le compofent , & à empêcher qu elles ne fe brifent en touchant les parois de la perriere*
- 20, Anfe qui fufpend le feau aux trois quarts de fa hauteur, Sc qui tient à deux tourillons retenus chacun par une clavette de fer, comme on le voit en 3. I L’anfe eft attachée Sc retenue à la corde par le moyen d’un crochet appelle lïavet, & d’une cheville de fer 20, qui traverfe ce crochet par delîùs l’anfe.
- bbb> Cercle de fer qui entoure & fùrmonte l’ouverture du feau; c’eft par ce cercle que le feau eft accroché & retenu par le crochet attaché à l’auge du puits, Sc qui doit lui faire faire labafcule.
- 7, efl le même cercle de fer qui fùrmonte le feau, que l’on voit ici
- 8 9,8 9, Le même, garni des parties qui fervent à le fixer au feau: 10 & r 1, font ces parties encore plus détaillées.
- 12, L’anfe du feau. A Angers, l’on fë fert d’un vaiffeau nommé Pipe9 qu’on garnit de frettes de fer. Nous avons cru devoir faire graver une autre forme de feau, comme plus convenable pour cet ufage. (Voyez ïexplication des fis tires âe la Planche III. ).
- iy, 16 y 15, 16 y L’auge dans laquelle fe vuident les féaux; on y voit les crochets 13, 14, & la façon dont on les retient plus haut ou plus bas, par le moyen des cordes iy, 16, iy, 16, deftinées à relever le crochet ou à l’abàifler, & l’empêcher d’aller à droite ou à gauche.
- 17, Ouverture par où s’écoule l’eau. Il faudroit qu’elle fut plus élevée de quatre à cinq pouces, pour diminuer le choc de l’eau quand le feau s’y renverfe.
- 18,
- U
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- DES CARRIERES D’A R D 0 I S E.
- 18, 19, Le crochet entier & vu féparément.
- 19, Attache du crochet au fond de l’auge.
- 18, Corde qui le retient, foit plus hautfoit plus bas, Suivant que le cas
- l’exige.
- • 21, Gros bloc d’ardoife dans lequel on a pratiqué une ouverture pour y pafler un crochet de fer attaché à la corde, pour Félever au haut de la carrière: ce crochet fe nomme Havet. On ne fe fert de ce moyen, que quand on commence l’ouverture d’une carrière.
- yy, u Uy zz> Caille ou baflïcot de Aine à porter au haut de la carrière les blocs d’ardoife. Les planches en font aflemblées & retenues par des bandes de fer: un des côtés du baflïcot peut s’enlever, en ôtant les deux clavettes qui le retiennent; ce qui donne la liberté de le nettoyer. Les Ouvriers appellent ce côté, Lucet.
- yy> & > L’anfe du baflïcot formée de deux cordes dans lefquelles pafle le crochet, ou de de^x tringles de fer courbes, comme on peut le voir
- PL II J.
- PLANCHE 111.
- La Vignette repréfente une carrière de Bretagne en oeuvre. On creufe peu ces carrières.
- x, Ouverture de la carrière, qu’on augmente en la fouillant, à mefure qu’on parvient à une pierre de meilleure qualité.
- 2, 3,4, Différentes foncées; 6, Ouvrier qui enleve les blocs: on y met les coins fliivant la direction de l’ardoife, qui eA prefque horifontale.
- y, y; y, Ouvriers qui fe fervent de pinces, ou de longues barres de fer, pour enlever les blocs.
- il, 12, Ouvriers qui enlevent les blocs ou les planches d’ardoifes fur leurs épaules.
- y, Ouvrier qui puife l’eau avec un feau; il le porte à un autre Ouvrier 8, qui l’accroche, & l’arrête à une extrémité de la bafcule, ou du trait 14, qu’un autre homme ou deux 13, placés à l’ouverture de la carrière, enlevent à l’aide de cette machine.
- 10, Partie d’une carrière que Ton remplit de vuidanges ou de fragments inutiles: 9, Ouvrier qui porte ces vuidanges.
- Le bas de la planche fait voir un baflïcot dont les anfes y font de fer : on y voit le côté zz, qu’on nomme Lucet, & qui s’enleye en-ôtant les deux cia-' vettes qui le retiennent.
- G, Nœuds qui fe rencontrent dans les mafles de la pierre d’ardoife, Sc que l’on nomme Chats.
- A, B, C,D, Décharge du baflïcot que l’on établit au haut de l’engin à l’ouverture des machines qui fervent à l’épuifement.
- Ardoise. ?
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- 5s DE L3 E XP LO 1 T AT 10 N
- B,C, Traverfes qui portent un bâti B & Cfait de planches affemblées. Ce bâti a un mouvement fur une cheville. On appuie le bafficot fur l’un ou l’autre de ces bâtis, fuivant que l’Ouvrier qui le doit décharger , eft de l’un ou de l'autre côté de l’ouverture du puits, que l’on nomme Lumière.
- F, Brouette dont fe fert l’Ouvrier-compteur pour porter les ardoifes au tas y 8c les y arranger.
- E9 Petit tombereau dont les roues font fortes 8c baffes: on s’en fert pour porteries blocs d’ardoife aux atteliers des Fendeurs 8c des Tailleurs , 8c les vuidanges, au tas où elles doivent être dépofées.
- H, Panier oudhaffis à pierres ou à ardoifes. ,
- Au lieu d’un affemblage de menuiferie, tel que le Graveur l’a repréfenté ici, le panier n’eft formé que par quatre montants, dans lefquels on a pratiqué des ouvertures ; des bâtons qui entrent dans ces ouvertures, joignent ces montants, & forment ce panier groffier, mais léger, 8c qui fuffitpour l’ufage qu’on en fait.
- R S T, Bafcule ou trait repréfenté avec tous les détails. Souvent la machine
- t
- a un pied PP, pour pouvoir aifément lui faire changer déplacé. Le montant vertical PP eft compofé de deux parties R,QP; la partie R porte un boulon qui entre dans l’ouverture Q, faite à la partie Q P, afin de donner à la bafcule un mouvement circulaire.
- Le mouvement de toute la bafcule dépend du levier S T, dont le point d’appui eft en R, où il eft retenu dans l’entaille pajr une cheville de fer V.
- A l’extrémité de ce levier, on attache une corde, ou l’on y fùlpend une perche, qui porte à fon autre extrémité le crochet deffiné ici plus en grand.
- A l’extrémité S du levier ST, oppofée à celle où eft attachée la corde on fufpend un poids, pour élever ainfi plus aifément le feau à l’aide de ce contrepoids.
- LM, Seau propofé en place de celui que l’on emploie communément à Angers, & qui eft repréfenté dans la Planche II.
- O, Anneau de fer qui furmonte le feau: celui-ci ne forme pas, comme celui du feau d’Angers, un cercle régulier: il eft élevé vers les côtés ou font placés les deux tourillons qui le fufpendent.
- M, Partie la plus baffe de l’anneau : ce feau ne fait la bafcule que lorfque le crochet parvient à cet endroit.
- VV, N N, Brinqueballe, nommée Conducteur des féaux : les chaînes de ces féaux ont une direétion convenable pour être faifis par les crochets. Ce conducteur eft mobile fur les points VV, qui permettent au feau de fortir delà perpendiculaire, quand cela eft néceffaire. Ce conducteur fert auffi à empêcher que les féaux ne remontent trop haut, fi par quelque accident ils n e-toient pas faifis à propos par les crochets.
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- DES CARRIERES D'ARDOISÉ. PLANCHE IV.
- La Vignette repréfente un attelier d'Ouvriers qui fendent & taillent l'ar-doife; ces Ouvriers s'établiffent le plus près quilspeuvent de l'ouverture de la ^carrière.
- Bâtiments tiëceflàîres pour le fervice de la carrière; favoir, la forge, 8c un autre petit bâtiment qu'on nomme la Vétille, pour la réparation des machines; ce dernier fërt de retraite aux Ouvriers.
- p h Conduite de l'eau qu’élevent les machines d'épuifement.
- b, k, b, c, Amas de vuidanges qui forment des efpeces de montagnes autour de la carrière. 1 "
- ï, Ho trier* Ouvrier chargé dNinfe hotte, qui apporte les blocs aux Ou-vriers-Fendeurs.
- g >g. Blocs qu’on approche des Ouvriers-Fendeurs.
- 2 y Premier Ouvrier-Fendeur qui pofe le bloc le long de fa cuiffe gauche, & qui tient de la main gauche fon cifeaü, & frappe deffus avec le maillet qu'il a à fa main droite.
- 3, Le bloc ainfî fendu palTé à ün Ouvrier 3 , qui le divife pour lui donner les dimenfions d’une ardoife de grand échantillon : on appelle cette opération faire les, repartons.
- 4, Ouvrier qui tient lès blocs ou les répartons entre les jambes, & le$ divife en feuilles minces propres à former de i'ardoife. Il en fait du contre-fendis & du fendis.
- R y S y Différents cifeaux dont fe fervent les Fendeurs.
- y, Les feuilles font données aux Tailleurs; 5,5, le Tailleur afîîs, tient le chapu entre fes jambes étendues.
- My Tailleurs qui font à l'abri du vent & du foleil par la claie n n qu'ils ont derrière eux.
- 4iy Ardoife fortant des mainsdé l'Ôuvrier-Fendeur.
- 6y Ouvrier-Compteur occupé à prendre I'ardoife des mains des Tailleurs, & à les arranger en tas.
- 8,8, Ouvriers-Hottiers qui portent les vuidanges, & en font des amas qui entourent fouvent la carrière. 1
- Le bas de la .Planche offre les mêmes parties rendues plus en détail.
- A,Ày ByByBy Cuirs ou chiffons dont les Fendeurs, enveloppent leur $ jambes pour retenir ferme les blocs d’ardoife qu'ils doivent féparer.
- ByByBy Cordons qui fervent à attacher ces efpeces de guêtres,
- C, C, Cifeaux pour faire les repartons & la prife.
- ccc, Cifeaux propres à fendre i'ardoife: le plus mince de ces cifeaux fert à former le fendis.
- D, Maillet dont fe fervent les Fendeurs,
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- N
- 6o DE L'EXPLOIT JTION
- E Ff \ Bloc que l’on doit partager : l'Ouvrier le divife toujours fuîvant la moitié de fon épaiffeur.
- La croûte ouïes deux fuperficies des blocs E F, font ordinairement tachées , & ne peuvent fournir que de l'ardcife poil-tach
- JV, Bloc qui fe trouve partagé dans la carrière par une veine ou par quel-1 ques corps,étrangers qui interrompent fa divifion, Sc empêchent qu'on ne, puiffe former un feuillet de toute la hauteur du bloc,
- XX, LL9 MMj Une claie foutenue de deux bâtons peur mettre à l’abri les Tailleurs Sc les Fendeurs.
- Ilj Claie; H G, H G , Perches qui la foutiennent: un des bouts de cette claie eft pointu ; l’autre eft fourchu & formé en crochet.
- ROPPQ, Billot fur lequel on taillel'ardoife: on l'appelle à Angersle Chapu.
- P P, Entaille faite au billot fur lequel l’Ouvrier place fon ardoife , pour la tailler, • . -
- TV3 Outil appellé Doleau, avec lequel l’Ouvrier-TaUleur coupe fon
- ardoife.
- X Y, Le même outil féparé de fon manche Y.
- Z Z, Feuillets d'ardoifes non taillés,
- & &, Feuilles d’ardoifes taillées d’un côté.
- i,2, Différentes formes que l'on donne à l'ardoife en la taillant;
- - 22, Ardoife gros-noir', ardoife quarrée.
- 18, Ardoifes arrondies par un de leurs côtés, Sc que l’on nomme Ar-* doifes en écailles.
- 213 21,22, 22, Les mêmes ardoifes clouées. jp, Enclume dont le Couvreur fe fert lorfqu'il travaille fur les toits.
- 20, Marteau du Couvreur dont la tête eft arrondie pour frapper les clous J Sc l'autre extrémité eft pointue pour percer l'ardoife. Le Couvreur fe fert auffi du tranchant de ce marteau pour tailler l’ardoife fur fon enclume fuivant que le cas l'exige.
- 23,23 , Ardoifes encadrées Sc polies dont on fe fert pour tracer deffus avec de la craie, telle figure que l'on veut.
- 8,9, 10, 10, Ardoifes du no. 1, taillées Sc arrangées par tas, pour être; comptées par l’Ouvrier-compteur.
- 13,14, ij, 16, Ardoifes du n°. 2, arrangées par tas, & où le même Ou-; vrier - compteur a foin de marquer le nom des Ouvriers qui les ont tra-i vaiilées.
- aa9 Cifeau dont les Fendeurs de Rimogne en Champagne, fe fervent pour divifer les blocs Sc les réduire à l'épaiffeur d'une ardoifo.
- EXPLICATION
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- DES CARRIERES D’ARDOISES.
- 6t
- EXPLICATION
- Des Termes propres à l’Art de travailler VArdoise.
- I
- A:
- Ligner une carrière; c’eft la dreffer. Quand on fait l'ouverture d'une ardoifiere pour former fes murs Ôc commencer les foncées, on enleve des blocs fuivant le fens ôc la direôtion des feuilles d’ardoife qui les compofent. Cette manœuvre fe nomme aligner la carrière , ou la dreffer.
- Alignoirs , efpece de coins de fer : ce font les plus petits dont on fe fert pour ranger les écots, c’eft-à-dire, abattre les fragments , ou parties de blocs qui font reliés le long de la foncée quon travaille. Voyez texplication desfigures,ôcles mots FertEcots Alluchons. Dents ou pointes attachées à une roue ou rouet, dont l’ufàge eft d’engrener entre les fufeaux d’une lanterne.
- Alun. Sel neutre, formé par la com-binaifon de l’acide vitriolique, Ôc d’une terre qui eft propre à l’aiun , ôc qui lui fert de bafë. Cette terre fe rencontre dans certaines ar -doifes ; & en y ajoutant l’acide vitriolique, on fe procure de l’alun.
- Ardoise. Pierre qui fe Ieve par feuilles ou par lames minces, Ôc qui fert à couvrir les toits : c’ell une efpece de fchilte. Voyez les différentes fortes d’ardoifes, fous les mots Poil-noir, Poil-taché} Poil-roux , Ecailles, &c. félon l’ordre alphabétique.
- B
- Bancs de pierre. Là pierre commune, dans les carrières , eft ordinairement par lits ou par étages.
- Baquet; c’ell une caiffe qui fert à enlever les blocs ou lesvuidanges: on le nomme ordinairement Bajfcot. Voyez ce mot.
- Bascule. Efpece de levier dont on fe fert pour puifer l’eau d’une foncée, quand on creufe une cuve , ou pour tirer l’eau de certaines carrières de la Bretagne , qui ne font jamais profondes : on l’appelle aulfi Trait. Voyez /’explication des Figures.
- Bassicot. Efpece de caille deflinée à enlever les blocs du fond de la carrière , ôc les monter à la fuperficie du terrein , par le moyen des machines à épuifement. Voyez l’explication des Figures.
- Bertos,, ailles du balïicot, faites de corde ou de fer , dans lefquelies palfe le crochet appellé Havet, qui alfujettit cette calife à une des extrémités de la corde que conduit la machine à épuifement.
- Billot, piece de bois cylindrique , dont les Tailleurs d’ardoife à Angers fe fer-
- Ardoise.
- vent pour couper leurs ardoifes, ôc les rondin Voyez l’explication des Figures. À Angers il fe nomme Chapu.
- Bloc. Ici bloc s'entend d’une pierre d’ardoife, telle qu’on la tire de la carrière, ôc qui n’a pas encore été divifée ni réduite en feuilles minces.
- C
- Carriers. Ouvriers qui travaillent à une carrière d’ardoife. On ne donne ce nom qu’à ceux que l’Entrepreneur , emploie pour retirer les vuidanges d’une carrière d’ardoife , y faire les tranchées , ôc c. On les nomme aulli Journaliers, parce qu’ils font fouvent payés à la journée. Les autres font appellés , Ouvriers F en-haut ou Ouvriers d’en-has, fuivant le polie où on les occupe.
- Chaise. Cage ou chaffis de bois dans lequel on defcend un Ouvrier parle moyen d’une chevre, quand on a négligé quelque partie du fond de la carrière , ôc qu’on veut la reprendre ; mais l’on n’emploie ce moyen que lorfqu’il ne s’en préfente point d’autres pour y parvenir commodément.
- Chambrée. Les Ouvriers difent qu’ils font en bonne chambrée, quand ils travaillent une bonne veine de pierre d’ardoife.
- Chapu, Billot de bois entaillé fur fa furface fupérieure , fur laquelle les Tailleurs pofent leur ardoife , ôc î’équarrilfent , ou en terme d’Ouvriers , la rondijfenu Voyez l’explication des Figures.
- Chats. Matières étrangères, fouvent de la nature du quartz, qui fe rencontrent dans l’ardoife , & la rendent défeôlueufe, parce quelles s’oppofent à la divifion des feuillets.
- Chef. Côté de la carrière que l’on coupe prefque à pic, ôc fur lequel on éleve une maçonnerie , depuis la pierre folide de la carrière jufqu’un peu au-deffus du niveau du terrein : c’eft fur ce mur, qu’on conftruit les machines d’épuifement & les engins. Voyez PL 1, & PL IL
- Chemin. Faire le chemin , c’ell exami* ner les disjoints des blocs pour y placer les coins ou quilles : pn nomme auffi cette opération , enferrer.
- Chevre. Machine en ufage pour élever de gros fardeaux.
- Ciel ouvert. On dit que l’on travaille les carrières d’ardoife à Ciel ouvert , quand l’ouverture fupérieure eft auffi large que le fond de la carrière.
- Ciseau. Outil dont fe fervent les Ouvriers pour féparer Ôc divifer les blocs.
- O
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- 6i DE L’EXPLOITATION
- Les cifeaux que Ton emploie pour travailler l’ardoife, ont différents noms , tels que Cifeau à crêner, Cifeau à repartons, & Cifeau à fendre. .Voyez F explication des Figures.
- Cofine. L’ardoife cofine eft celle qui eft convexe : cette forme la rend propre à couvrir les dômes, les tourelles , Ôcc.
- Coin. Piece de bois ou de fer, aiguë par une de fes extrémités, qui fert à fendre, pref-fer, ou élever d’autres corps. Les coins fervent ici à différents ufages qui leur ont fait donner divers noms ; les plus grands fe nomment Quilles ; les moyens, Fers ; d’autres moindres Fers moyens ; ôc enfin les plus petits Alignons. Voyez l’explication des Figures.
- Compteur. L'Ouvrier compteur eft celui qui a la confiance de l’Entrepreneur, ôc qui eft chargé de recevoir les ardoifes taillées des mains de l’Ouvrier , de les ranger, de les compter , ôc de les mettre en état d’être vendues.
- Conduiseur; c’eft: celui qui fe tient toujours au haut de la carrière , près la machine d’épuifement, à l’endroit qu’on nomme la Lumière. Quand cette machine eft en mouvement, il conduit le bafficot pour empêcher qu’il ne fe heurte ; ou fi c’eft un feau , pour le diriger de façon qu’il fe préfente au crochet qui doit lui faire faire la bafcule.
- Consolle s : parties d’un rocher d’ar-doife qu’on laiffe en faillie dans un des angles de la carrière , pour fervir à y établir des échelles. ’
- Contrefendis. C’eft une des divifions des blocs d’ardoife : ces blocs partagés d’abord dans le fond de la carrière en crénons, font portés au haut de la carrière , où l’on en fait des repartons : on divife ces repartons fuivant leur épaiffeur, ôc l’on en forme des contrefendis ; ceux-ci font enfin partagés encore, Ôc ce font des fendis.
- Cosse. On nomme ainfi la fuperficie du rocher de fchifte ou d’ardoife dépouillée de la terre qui le recouvroit.
- Coupes : parties du rocher abbattues : on refait fouvent une coupe fur une partie de la carrière qu’on avoit négligée.
- C R A F F e. A Rimogne, les Ouvriers nomment ainfi un banc de terre ou de mauvaife pierre interpofée entre celle d’ardoife, qui nuit à l’exploitation de la carrière, ôc qui oblige fouvent de l’abandonner.
- C R A pau dîne, piece de fer ou de cuivre dans laquelle tourne un pivot : on la nomme encore Couette ou Grenouille.
- C R E n o n s. Nom que l’on donne à la première divifton des blocs d’ardoifes , qui fe fait dans le fond de la carrière, ôc qui les rend plus ailes à tranfporter hors de la car- j riei'e. Voyez Contrefendis.
- Cuve. On nomme ainfi un trou ou toute | autre ouverture quarrée ou reêlangle, pratiquée dans le fond de chaque foncée, le
- long du principal chef de la carrière, fur celui qui porte les machines ou engins : c’eft là que l’eau fe raffemble pour être vuidée par des bafcules ou des engins. Voyez F explication des Figures.
- D
- D É ch a RG E. Bâti en bois que pouffe le conduêleur fous le bafficot, quand la machine l’a élevé au haut de la carrière : ce bâti fupporte alors le bafficot, ôc donne la facilité aux Ouvriers de détacher le lucet pour vui-der le bafficot ôc le nettoyer.
- Décombres; c’eft principalement ce qu’on enleve du deffus de la carrière avant de parvenir à la bonne pierre : on donne aufîi ce nom aux fragments de pierres inutiles. A Angers, on les appelle Fuidanges.
- Délits. Joints qui fe trouvent dans la maife des pierres d’une carrière. On voit ces délits à la furface des foncées , ôc c’eft dans ces joints, que l’on place les coins ou quilles : on nomme cette opération faire le chemin ou enferrer.
- D E z ; efpece de pyrite, commune dans les ardoifes de Mezieres : elle affeêle dans fa cryf* tailifation une forme cubique qui reffemble aux dez à jouer. Voyez Pyrite.
- D o l e a u. Outil dont fe fervent les Tailleurs d’ardoife pour tailler ôc couper l’ardoife Ôc lui donner une forme convenable. Voyez F explication des Figures. A Rimogne, le même outil fe nomme fe nomme Rehattoir.
- Dresser les bancs; c’eft la même chofe que ranger les écots. Voyez Ecots.
- E
- Ecaille. L’ardoife en écaille eft celle qu’un Couvreur arrondit par une de fes extrémités , Ôc à laquelle il donne une figure approchante de celle de l’écaille d’un poiflbn.
- E c o t s. Ce font de petits blocs qui relient adhérents aux foncées. Comme il eft rare qu’en abattant les blocs , ils fe rompent à la bafe de la foncée , ôc qu’ils portent les neuf pieds qu’elle doit avoir , il faut détacher les pierres qui relient encore adhérentes ; ôc l’on nomme cette opération ranger les écots ou drejfer les bancs.
- Enchenots. Rigoles de bois établies pour conduire l’eau du fond de la carrière, jufqu’à un puifart d’où elle fe perd dans les terres.
- Enferrer, ou faire le chemin. Voyez, Chemin Ôc Délit.
- Engin. C’eft une machine d’épuifement : on l’emploie auffi à enlever des blocs. A Angers , on donne particuliérement ce nom a celle dont le tambour eft pofé horizontalement ; l’autre s’appelle proprement Machine. Voyez l’explication des ligures.
- E N G R o i s. Petit coin que l’on place entre le manche ôc la tête des pointes ôc des pics , pour leur donner une inclinaifon telle que
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- DES CARRIERES D’ARDO 1SES. 63
- le fer du marteau faffe un angle obtus avec j évalue la profondeur d’une carrière par le fon manche. Voyez /’explication des Figures. nombre des foncées. On dit, de l’ardoife de
- Faire le chemin ou enferrer , c’eft chercher les délits des blocs pour y placer les quilles. Voyez Chemin ôc Enferrer.
- Fendeürs. Ouvriers qui divifent les blocs apportés au haut de la carrière, ôc qui les réduifent en feuilles minces , deftinées à être enfuite taillées en ardoifes. Voyez F explication des Figures.
- Fendis. Derniere divifion d’un bloc fuivant fon épaiffeur. Voyez au mot Contre-fendis.
- Fers. Les Ouvriers appellent de ce nom certains coins qui fervent à détacher les blocs du rocher ; mais ceux qui portent j particuliérement ce nom, font ceux qu’on emploie pour abattre les êcots , ôc ranger les bancs ; comme ces écots font plus ou moins grands, on fe fert de coins plus ou moins forts pour les abattre. Les premiers font nommés grands bers ; les autres Fers moyens ; les plus petits , Alignoirs. Voyez Alignoirs.
- Feuilletée. On dit qu’une pierre eft feuilletée , quand on peut la lever par feuillets minces ; c’eft le caractère propre du fchif-te, ôc particuliérement de l’efpece qu’on nomme Ardoife.
- Feuilletis. Défaut qui fe rencontre par veines dans les foncées , quelquefois les plus profondes , des carrières d’ardoife. La
- la 6e, de la 7e, de la 8e foncée, Ôcc.
- F on c 1E r e. C’eft la même chofe qu’une foncée. On dit : Travailler à la dixième, à la douzième foncière ou foncée : de l’ardoife de la cinquième foncière , ôte.
- Fouilles. Premières ouvertures que l’on a faites pour tirer de la pierre , de quelque nature quelle foit.
- Fret tes. Bandes de fer ou cercles de tôle qui afïiirentTaffemblage des pièces d’un fe au : elles le garantirent auiTi des chocs qu’il pourroit effuyer le long des parois ou du chef de la carrière : on les nomme plus fouvent Bandes.
- Fuseaux. On appelle ainfi des bâtons arrondis qui font partie des lanternes qui forment avec le rouet , ce qu’on appelle V Engrenage.
- G
- Grand Engin. Voyez Engin.
- Grands fjers. Voyez Fers ou Coins.
- Gros-n o 1 r. On appelle ainfi l’ardoife de bonne qualité , qui eft moins grande que la quarrée ,'ôc qui a été réduite à cette dimen-fion y parce qu’il s’eft trouvé, dans le bloc quelques défauts qui ont empêché le Tailleur d’en faire de l’ardoife quarrée,
- H
- H a v E t. Crochet de fer attaché à l’ex-trémité des cordes des machines ou engins,
- pierre feuilletts eft tendre , parfemée de vei-1 pour recevoir le feau ou le baflicot que l’on nés ; elle fe réduit en petites feuilles entre les y affure avec une cheville de fer.
- Héridelle. Efpece d’ardoife beaucoup plus longue que large, félon que le bloc permet de les tailler, ôc dont les di-menfions ne font point déterminées.
- Hottes à quartiers , Hottes à vaidanges. Hottes qui fervent à enlever les blocs d’ar-doifes, ou les terres Ôc les fragments de pierre de la carrière. Voyez dans F explication des Figures , en quoi elles different.
- Hotteurs ou Honiers. Ouvriers employés à tranfporter les blocs ou les vuidan-ges du principal chef de la carrière jufqu’aux machines qui doivent les enlever.
- doigts , Ôc n’a aucune confiftance ; il eft im poflible d’en faire de l’ardoife.
- Feuilles de pierre. Ce font des di-vifions de la pierre d’ardoife, quand il eft poffible de la partager en lames minces.
- Feuillets d’a r d o i s e s. Divifion de blocs en lames minces propres à couvrir les maifons.
- Filon déminés. On entend par Filon, le chemin qui fuit fous terre le métal d’une mine qui s’y partage en différentes branches, qu’on a foin de fuivre quand on exploite une mine, ôc que l’on fait enforte de retrouver quand on l’a perdu.
- Flamme. C’eft une efpece de cifeau dont on fe fert dans quelques carrières , pour di-vifer les blocs d’ardoifes , ôc les réduire en feuilles minces.
- Foncée. On appelle ainfi un nombre de blocs d’ardoifes qu’on a détachés de la carrière. Pour les détacher, on fait une tranchée de p pieds : ces blocs devroient avoir cette même hauteur; mais comme il eft prefque impoffible de les détacher fans qu’il ! nage. Elle eft ordinairement compofée de deux en refte une partie attachée au roc, ce qui ! rondelles de bois, qui portent plus ou moins en refte eft repris enfuite : ce banc de p pieds j de fufeaux de fer ou de bois : les alluchons du de haut enlevé fur toute la furface de la car- ! rouet entrent entre ces fufeaux , Ôc forment riere > forme ce qu’on appelle une Foncée. On j l’engrenage.
- Jou R N al 1 ers. Voyez Carriers. Juxta position, fignifie l’acroif fement ou l’affemblage de pitifteurs parties pofées les unes à côté des autres.
- Lanterne. La lanterne fait partie de ce qu’on appelle, dans les machines, Y Engre-
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- DE VEXP L01TAT10N
- Levre, Barre de fer longue de $ ou 6 pieds , ou efpece de levier qui fert à abattre les blocs : un de fes bouts eft formé en bifeau ou pince» Voyez l’explic, des Figures, Lichen. Efpece de champignon qui croît fur certaines ardoifes : on le prend fouvent pour de la moufle.
- Luc et. Planche qui forme un des côtés du bafficot, & qui eft retenue par deux clavettes que l’on détache lorfque l’on veut nettoyer le bafticot. Voyez l’explic, des Figures, Lumière. On nomme ainfi l’ouverture 'd’un ^niits, ou celle des machines depuife-ment,
- M
- Marcassite. Voyez Pyrite, Machine ou Engin, Ces machines qui font à peu-près femblables pour la conftru-£lion, fervent aux épuifements, ou à enlever les pierres & vuidanges des carrières. Voyez l'explication des Figures,
- . Mica. Efpece de talc , ordinairement coloré & par petites paillettes ou feuillets très-minces. On trouve des pierres uniquement formées de feuilles de mica : quelquefois le mica fe rencontre mêlé & répandu dans d’autres pierres : il fe mêle encore quelquefois avec le fchifte.
- M o i s O N. Terme d’Ordonnance , qui fpécifie les dimenfions de tout objet qui entre dans le commerce, pour qu’il foit réputé vendable : la moifon des ardoifes, celle des draps, des échalats, &c. On entend donc par ce mot, les dimenflons de ces différents objets de commerce, déterminées par l’Ordonnance. Voyez /’Ordonnance de Louis Xiy, & le Traité de la Police de de Lamare.
- Ouvriers d’en-bas, On appelle ainfi ceux qui travaillent dans la carrière.
- Ouvriers d’en-haut. Ce font ceux qui travaillent hors de la carrière.
- Panier. On donne ce nom à certains bâtis d’affemblage qui s’attachent des deux côtés du bât du cheval, & qui fervent à tranf-porter les ardoifes ou les groflfes pierres. Voyez l’explic, des Figures,
- Péri ERE. ou Pierriere, Voyez Perriere, Perluaux, Ecorces feches de bois enduites de réline , & dont on fe fert pour éclairer les Ouvriers dans les carrières que l’on fouille fous terre & non à ciel-ouvert, Perriere. Carrière d’où l’on peut tirer de l’ardoife. Quand on a enlevé la terre qui recouvroit une carrière, on dit en terme d’ouvriers : On ouvre la Perriere,
- Perreieurs ou Perriers, On appelle en général de ce nom tous les Ouvriers employés à exploiter une carrière d’ardoife.
- Pl a N c H e-d’a rdois e. On appelle ainfi | quarrée-jïne,
- un bloc d’ardoife avant qu*il foit fendu.
- Pierriere. Voyez Perriere,
- Pics. Marteaux qui fervent à abattre les blocs. Il y en a de plufteurs grandeurs : les grands fe nomment Amplement Pics ; les autres , Pics moyens , &c. Voy. l’explic. des Fig,
- Pierre a bâtir. Ce font les pierres de la première foncée des carrières d’ardoife , qui ne pouvant fe réduire en feuilles, font employées pour les bâtimens.
- Pirite. Voyez Pyrite,
- Poil-noir. Nom que l’on donne à une bonne efpece d’ardoife oblongue, & dont la tête fe termine en pointe : elle n’eft pas aufïi grande que l’ardoife quarïée ; mais elle eft aufll mince, aufli légère & aulA eftimée.
- Poil-roux. Ardoife de mauvaife qualité, tirée des premières foncées, & tachée de points roux ; die ne peut fe di-vifer en feuillets auiïi minces que les autres.
- Poil-taché. Ardoife qui a des taches qui la défigurent , ou des pyrites qui la gâtent. On met dans la même claflfe les ardoifes qui ont de grandes dimenfions , mais qui n’ont pû être réduites à 1 epaifleur prefcrite.
- Pointe: efpece de marteau , dont la tête eft moins pefante que celle des pics , & dont on fe fert pour abattre ou ranger les écots.
- Prise. On dit que l’Ouvrier fait la prife quand, après que le bloc, ou ce qu’on appelle un crénon, a été réduit en repartons , il abat le bifeau qui fe rencontre fouvent fur l’épaiffeur de chaque reparton : cette opération facilite au Fendeur la divifion qu’il en doit faire ; parce que le Fendeur pourra plus facilement placer fon cifeau pour faire du contrefendis & du fendis.
- Pureau : c’eft la partie de l’ardoife qui n’eft pas recouverte par une fupérieure, & que le Couvreur laiflfe apparente.
- Pyrite ou Pirite ou ALarcaffite, Matière minérale qui contient fouvent beaucoup de foufre , d’arfenic , de vitriol : elle a pour bafe une petite portion de fer ou de cuivre. La pyrite qui fe trouve dans les ardoifes eft prefque toujours cuivreufe. Cette matière minérale fe cryftallife autrement dans certaines carrières que dans d’autres. Voy. Dez,
- Quarrée-fine. Ardoife peu connue , qui a moins de dimenfions que la quarrée-forte qui eft admife dans le commerce.
- Quarrée-forte , ou Amplement quarrée : c’eft l’ardoife de meilleure qualité , qui porte les plus grandes dimenfions : elle eft ordinairement prefque quarrée, & conforme à l’Ordonnance.
- Quartelettf. : bonne ardoife , quoique plus petite que la quarrée-forte, & que la
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- DES CARRIERES D’ARDO 1SE.
- Quartiers-de-pierre. Blocs tels qu’on les enleve de la carrière.
- Quartz. Efpece de pierre qui fait feu frappée avec l’acier, ôc qui ne donne point de prife aux acides : lorsqu’elle fe rencontre dans le milieu d’un bloc d’ardoife, elle en empêche la divifion.
- Quilles. Grands coins dont on fe fert pour abattre les blocs dans les foncées ; on en met quelquefois trois à quatre.
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- Ranger les Ecots. Voyez Ecots,
- Rebattoir. Outil de fer coupant, qui porte un manche. A Rimogne, les Ouvriers tailleurs s’en fervent pour équarrir ou rondir leurs ardoifes. C’eft le même outil que l’on nomme Doleau à Angers. Voyez /’explication des Figures,
- Redans. Crans ou bancs de pierre pofés les uns fur les autres, qui forment une efpece d’efcalier.
- Réfractaire. On appelle Réfra flaire, une efpece de pierre ou de terre, qui étant expofée au fourneau de fufion, s’y vitrifie très-difficilement fans addition de fondant.
- Repartons. Blocs ou crenons de pierre d’ardoife divifés fuivant leur épaiffeur Ôc leur largeur, & réduits enfuite à la hauteur que doit avoir l’ardoife.
- Rondir l’a r d o i s e. On nomme ainfi le travail du Tailleur qui l’équarrit, la drefle, ôc lui donne la forme convenable aux dimenfions quelle doit avoir.
- Rouet. Roue qui porte des alluchons ou dents , qui engrenent dans les fufeaux de la lanterne d’une machine.
- Rubiacées. On nomme ainfi les plantes oii fe rencontrent quelques-uns des caractères du Rubïa ou de la Garence.
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- Schiste. Genre de pierre compacte ôc qui fe leve ordinairement par feuillets : l’ardoife eft une efpece de ce genre, parce que l’on peut la féparer en feuillets, ôc la tailler très-facilement.
- Sonder une carrière ; c’eft faire plu-fieurs trous ou puits de 15 ou 20 pieds de profondeur, pour pouvoir connoître par la pierre qu’on en retire, quelle eft la qualité Ôc la nature de l’ardoife que renferme la carrière avant de fe déterminer à l’exploiter.
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- Taillette. Efpece d’ardoife connue feulement dans certains pays, fes dimenfions ne font déterminées que par le volume des débris des blocs d’ardoife, qui fervent à la former.
- Tailleur. Ouvrier qui donne la dernière façon à l’ardoife après que d’autres
- l’ont réduite à l’épailfeur convenable.
- Talc. Pierre tranfparente qui fe divife 3ar feuilles minces, qui n’eft point attaquable Dar les acides minéraux, Ôc qui fouffre un feu violent fans éprouver aucun changement.
- Tambour. Cylindre de bois que l’on emploie dans les machines, pour enlever des fardeaux, ôc fur lequel s’enveloppent les cordes.
- Teste de l’ardoife : c’eft la partie de la : Veuille d’ardoife, où le Couvreur fait des trous avec la pointe de fon marteau, pour placer les clous qui doivent la fixer fur la atte; la tête de l’ardoife gros-noir eft faite en angle.
- Tourillon. Pivot arrondi qui tourne foit fur une autre piece, foit dans le creux d’une autre piece deftinée à le recevoir.
- Toucheur. Ouvrier chargé de con-duire le cheval que l’on emploie pour faire mouvoir les machines ou engins.
- Trait ou Bascule. Voyez Bafcule,
- Tranche. Double crochet emmanché d’un bâton de 3 ~ ou 4 pieds, dont on fe fert dans le fond d’une carrière pour retirer les blocs les uns de deifus les autres.
- Tranchée. Efpece de folié qu’on forme avec les marteaux appellés Pointes, Voyez /’explication des Figures.,
- Tue-vent. Les Ouvriers appellent ainlî une claie dreffiée fur deux perches, ôc qui les garantit du vent ôc du foleil.
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- Verdillons. Barres de fer dont les Ouvriers fe fervent comme de leviers pour détacher les blocs d’ardoife, après que les quilles ont commencé à les féparer de la carrière, ôc pour les renverfer dans la foncée.
- Verne. Partie de la bafcule, à laquelle eft attachée le feau qui fert à vuider l’eau des cuves des foncées, ôc la jetter dans les puits, d’où elle eft enfuite puifée par les féaux des machines à épuifement.
- Vetille. Petit bâtiment ou appentis, où les Ouvriers fe tiennent à couvert, pour réparer les uftenfiles qui fervent À l’exploitation d’une carrière d’ardoife.
- Vitriol. Sel neutre formé par la com-binaifon de l’acide vitriolique ôc d’une bafe ou terre minérale, ferrugineufe, ou cui-vreufe, ôcc.
- V o l 1 c h e s. Planches minces de fapin , qu’on employé au lieu de lattes, pour attacher les ardoifes fur le toit.
- Vuidanges. On comprend fous ce nom, toutes les pierres qui ne peuvent être féparées en feuilles d’ardoife, ainfi que la terre qui recouvre une carrière d’ardoife.
- Fin de l}Exploitation des Carrières d'Ardoise:
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