Dernières créations des ateliers 1932-1936
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- J.-L. FAURE
- L.-A. Collin
- ( 1831 - igz3)
- Extrait de La Presse Médicale (N° 100, du 15 Décembre 1923).
- MASSON ET CIB, EDITEURS
- LIBRAIRES DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 120, BOULEVARD SAINT - GERMAIN, 120, PARIS (VIe)
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- COLLIN
- (1831-1923)
- Depuis soixante années, il était là, toujours, mince, fluet, actif, silencieux, et depuis quarante ans, quand je passais devant cette maison célèbre où sont venus comme en un lieu de pèlerinage sacré tous les chirurgiens de la terre, en m’arrêtant pour contempler ces instruments qui jettent des feux éclatants comme les pierres merveilleuses aux vitrines des joailliers, j’apercevais sa tête blanche et fine, avec son large front, avec son doux sourire et ses beaux yeux remplis d’une bienveillante clarté !
- Les années, dans leur course rapide, succédaient aux années. Nos cheveux blanchissaient et les rides de l’âge s’imprimaient sur nos fronts — et de temps en temps l’un de nous cessait pour toujours de passer dans la vieille rue familière. Mais Collin était toujours là, penché sur son travail, immuable, toujours identique à lui-même, toujours mince, toujours actif et toujours
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- souriant, conservant jusqu’au bout la jeunesse éternelle !
- Et voilà qu’il s’en est allé, doucement, simplement et que nous apprenons sa mort, avant même d’avoir connu que, depuis quelques jours à peine, il avait cessé son travail.
- Bien souvent je poussais sa porte, et j’allais parler avec lui, avec cet homme que j’aimais, que je respectais, qui restait seul comme le témoin vénérable d’une époque abolie, et que j’interrogeais sur tous les hommes qu’il avait connus autrefois et qui ont été la gloire de la chirurgie française depuis plus de quatre-vingts ans !
- Car il vient de s’éteindre à 92 ans, sans avoir connu les misères de la vieillesse, les déchéances de la maladie, ayant conservé le souvenir fidèle de tout ce qu’il avait vu — et il avait tout vu.
- Il était entré comme apprenti dans la maison Charnière, au temps de Louis-Philippe, et peu à peu, par la seule vertu de son intelligence et la seule puissance de son travail, il s’était élevé assez haut pour succéder à cet homme qui tenait auprès des chirurgiens de son temps la place insigne que lui-même occupait au milieu de nous.
- Toujours affable, toujours modeste et prêt à s’effacer, il a été pendant près de trois quarts de siècle le collaborateur précieux des chirurgiens qui venaient lui confier leurs idées et lui demander ses conseils. C’est lui qui construisit de ses mains le premier urétrotome de Maisonneuve ; c’est lui qui, en y ajoutant l’aspirateur et en le perfectionnant dans tous ses détails, a fait du lithotriteur l’instrument merveilleux auquel Guyon dut ses
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- ses plus beaux triomphes. C’est lui qui avait secondé Tarnier dans la conception et la mise au point de ses forceps et de ses appareils obstétricaux, et Farabeuf, et Doyen dans la réalisation de ses instruments dont quelques-uns sont en même temps si simples et si beaux. Et quand tous les constructeurs s’ingéniaient à chercher une articulation nouvelle, destinée à remplacer celle qu’on devait à Charrière, c’est encore lui qui trouva la solution définitive, avec cette articulation d’une simplicité qui porte la marque du génie, et qui est adoptée maintenant par tous les constructeurs du monde.
- Il a été, pendant sa longue vie, le conseiller délicat, le collaborateur toujours patient et dévoué de tous ceux d’entre nous qui voulaient mettre au jour quelque conception instrumentale qui leur paraissait bonne. Il dessinait, il mesurait, il corrigeait, il surveillait l’exécution et s’effaçait ensuite lorsqu’il s’agissait de donner un nom à l’instrument nouveau.
- Il a été l’artisan parfait, le maître de ses ouvriers, celui qui dirige, celui qui enseigne, celui qui perpétue les traditions qui donnent aux instruments qu’il a construits quelque chose de délicat, de personnel, et comme un cachet d’élégance et de perfection qui fait que les instruments de Collin sont connus sur toute la terre !
- C’est un des hommes qui ont le mieux travaillé pour la gloire de la chirurgie française, et la chirurgie française porte aujourd’hui le deuil de cet ouvrier sans pareil, de cet artisan de génie qui vient de s’endormir au soir paisible d’une vie magnifique, et qui, malgré l’humilité de sa nais-
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- sance et sa persévérante modestie, a dû sans doute ressentir quelque lois cette fierté intérieure que peut donner la conscience d’avoir été le premier dans son art et d’avoir rempli le monde de son exemple et de sa renommée.
- Paris.
- L. Maretheux., imprimeur, 1, r ae-, Cassette. — -13746.
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