Conférences d'actualités économiques
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- CONFERENCES D’ACTUALITES ECONOMIQUES
- Conférences de ♦ PETSCHE
- LA REFORME DE L’ETAT
- Première Conférence
- Sous la Présidence de M. CH. SPINASSE
- Mercredi 27 Mars 1935
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- (Applaudissements)
- M. le PRESIDENT. - Jtai le grand honneur de vous pré-senter ce soir, au nom du Conseil d’Ad inistration et du corps professoral du Conservatoire, M. Maurice Petsche.
- Conseiller référendaire à la Cour des Comptes, a ncien expert financier de la France à Genève, ancien Ministre, -et je devrais dire, à la vérité, plusieurs fois inistre, ne fut~ce que pour montrer qu’en France l’instabilité n’est sou-vent qu’apparente, - et député permanent des Hautes Alpes, par la confiance maintes fois renouvelée de ses électeurs. Mais, si vous me le permettez, je voudrais aussi présenter des souhaits très affectueux de bienvenue dans cette Maison à l’ami dont j’admire assurément les qualités d'esprit, l'in-telligence et le talent, et dont je puis bien dire que douze années de vie commune, dans un Parlement sans cesse agité par les crises économiques et sociales de l'après-guerre, m'ont fait apprécier peut-être plus encore les qualités de coeur, la sensibilité et la droiture, la fidélité, le dévoue-se publique, le goût et le de
- /on y sa fonction.
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- Il va vous parler de la réforme de l'Etat. Formule
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- prestigieuses qui est née de l’inquiétude des hommes de ce temps, des hommes qui ne comprennent pas que tout au long d’un siècle les plus grands cerveaux de l'humanité aient bri-sé la lenteur nonchalante et routinière, supprimé les distan-ces, transformé les méthodes, renouvelé les procédés de travail, agité l'i dustrie de révolutions incessantes, vidé les campagnes, que les plus grands savants du monde aient pû jeter à pleines mains sur la terre féconde le grain de mois-son inconnu, et qu'aujourd'hui des millions d‘homme ou-vent sans travail et sans pain.
- Formule prestigieuse qui peut ouvrir des voies nou-velles à la seule condition que ceux qui ont la responsabilité de la cor tinuité française, et je ne parle pas seulement des hommes politiques, mais des banquiers, des commerçants, des ind striels, des intellectuels, de tous ceux qui constituent l'élite de ce pays, à condition que ceux-ci veuillent bien comprendre le réel et partir du réel pour aller à l'a-venir. Or, le réel, aujourd'hui, c'est l'association. C'est l'association non seulement dans le monde économique, mais a usai dans le monde politique. Jadis, l'ancien monde individualiste comme le monde de Leibnits était un monde plein d’Âmes, entre lesquelles l'harmonie s'établissait aisément pour les faire concourir toutes au même dessein.
- Dans le monde politique, à peine le suffrage universel étai-il entré dans nos moeurs, que de grands partis, de grands groupements d'intérêts se fondaient pour substituer leurs vo-leurs volontés à sa loi, à l'ancienne loi du monde inorgani-que. De mê. e que dans le onde inorganique les atômes se so: t rapporchés, de grandes entreprises géantes se sont cons-ti tuées, entre lesquelles les anciennes lois de l'équilil du monde atomistique ne peuvent plus jouer. Entre la démo-cratie et le pouvoir qui est sorti d'elle, des corps intermédiaires sont arrivés qui peuvent être une menace, s'ils ne trouvent pas leur for ction sociale.
- Maurice Petsche va définir devant vous la réforme de l'Etat. Et je suis sur que ses conclusions seront optimistes, fiance dans une démocratie qui, en face du pessimia e
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- effroyable d’une our qui l’homme est foncière-ment mauvais, destiné à être conduit, dirigé, marqué, conserve le respect de la personne humaine, la confiance en l’homme, . l’indépendance de l’homme, dans le droit qu’il a de fi lui-même la courbe deson destin.
- Dans la plus belle de ses pièces, je crois, dans le "Marchand de Venise", Shakespeare, quelque part, montre deux amis qui la nuit traversent la forêt. Ils parviennent bien-tôt à la lisière du bois et l’un d’eux aperçoit la lumière de la maison qu'ils cherchent. Il se tourne vers son ami et lui dit : "Rega-rde, elle brille là-bas comme une ie action dans un mauvais monde." Je suis sûr que les conférences aux-quelles vous allez assister et que j'ai la joie d'ouvrir ce soir, vous donneront la certitude que la démocratie française transformée, renouvelée, adaptée à nos besoins modernes con-tinuera de briller comme une bonne action dans un mauvais monde.
- (Applaud iss ement s )
- MM. PETSCHE. - Mesdames, Messieurs, Je dois à MM. de Monzie et Nicolle, Président et Directeur du Conservatoire, l'honneur de parler devant vous, ce soir. Je leur en garde de la reconnaissance et la leur exprime.
- Je remercie mon ami Spi : d'a voir accepté la présidence de cette conférence. Je veux y voir moins le témoi-gnage d'une sincère amitié que la manifestation du sentiment profond qui, au delà des hommes, des clans, des doctrines, a conçu, façonné, rendu forte cette amitié. Ce sentiment a pro-cédé d'un élan commun, de l'élan qui dans le vieillissement de - que nous tournait instinctivement vers les sources de rajeunissement, de l'élan qui, sous le simulacre d'un réalisme brutal, animateur apparent de nos contemporains, nous fai-sait intuitivement découvrir l'infinie détresse de ces he ement vers le beau.
- Spinasse, dont l'âme tonturée par trop de scrupuleuse intelligence et d'anxieuse bonté, donne à son magnifie le ba-
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- lent des accents parfois déchirants, vous a dévoilé au cours de son enseignement les perspectives où se dessinent les temps nouveaux. Et dans cette recherche passionnée, il ne f fait pas oeuvre d’apôtre isolé, de prophète d’une chapelle politique, il exhale le désarroi des hommes et des choses, il sent leur besoin d’un devenir meilleur, il les guide, il veut les arracher aux ruines pour qu’ils construisen fices de demain. Sans avoir le même don et la même chaleur d'expression, d'autres que lui pensent et veulent comme lui. C'est qu'au dessus de l'invraisemblable bariolage de nos étiquettes politiques, une même inquiétude, une même aspiration tendent de plus en plus à se dégager ; espoir d'un grand rassemblement pour une grande relève. Espoir seulement au-jourd'hui, réalité lorsque viendront les jours de plus grande angoisse. C'est alors seulement, je le crains, que pourra ee résoudre le problème, déjà posé, de la réforme de l'Etat.
- Je vous dois de ne pas m'engager dans un a ride débat de droit constitutionnel. D'ailleurs, vous l'avez bien com-pris, il ne peut s'agir de comprimer, d'étouffer dans les cloisons resserrées de textes juridiques, le mouvement débor-dant, l'explosion de notre époque. Il faut le vivre à sa cadence, en saisir le sens, en dégager la ligne, pour y adap-ter nos institutions, notre organisation,même. Ce sera le but de mon exposé.
- Dans une première partie, j'essayerai de vous placer devant le drame de la collectivité française, désaxée dans ses éléments constitutifs, dans son orientation mondiale ; individus ayant perdu le sens collectif, Etat dépassé par les forces qu'il devrait contenir, Nation ne s’insérant plus dans le système international. Je vous indiquerai ensuite l'organisation collective qui serait susceptible d'articuler à nouveau le mécanisme. J'aborderai enfin le problème de l’Etat moderne s de sa conception, de ses institutions, de sa réforme organique.
- Drame de la collec . içaise, même
- g CNAM) celui du monde entier, mais freiné, déformé par 1 scina-RESERVE
- tion qu'exerce sur notre race le passé révolu.
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- Sur l’horizon général s’appesantit l’ombre du libé-ralisme en déclin. Au cours du dernier siècle l'implacable concurrence a provoqué des réactions de défense s protection ouvriere, barrières douanières, étatisme, concentration capi-taliste, coalition des masses. Universellement compensé, le système garde encore son équilibre. Mais vient la guerre, ses besoins qui ne correspondent à aucune réalité économique, ses inflations. La production perd son volant. Le capital gonflé démesurément par ses valeurs papiers, cesses d'être un moyen, en vue de satisfaire aux besoins de la consommation, pour devenir un but en soi, sans raison d'être. Le sens de la mesure, de la responsabilité directe échappent à l'individu. Le système s'enraye ; la production capitaliste, irraisona-ble ent accrue tourne inutilement à vide, avilissant tous les prix et réduisant les hommes au chômage. ‘ C'est à l'Etat qu'on demande le salut : il intervient, réglemente, contingente tout. Son intervetion, le plus souvent malafroite, chaotique devient envahissante, tentaculaire.
- La structure économique, type XIXe siècle se disloque partout et se remanie dans le sens collectif. A l'idée de rentes, de profits se substitue l'idée de service social. Dans l'ordre politique, les réalisations déjà faites, quoi-qu'encore inachevées sont marquées du même caractère. Aussi bien en Italie, qu'en Russie, qu'aux Etats-Unis, le mythe qui anime les foules est celui de 1’individu au service du collectif, etde la nation/confondant, avec sa toute puissance, avec ces nouvelles hiérarchies, ces nouveaux agencements de l’activité humaine.
- Et c'est là ou le drame français dénonce ses parti-cularités: dans le bouillonnement des forces, aujourd'hui déchaînées sur le monde, la France marque un temps d'arrêt. Les esprits s’accrochent obstinément au passé. Tout est dé-molition et on veut réparer, alors qu'il s'agit de rebâtir, de construire neuf. L'avant-guerre, le libéralisme restent un mirage. C'est l'idée qui hante les hommes politiques, les économistes, les chefs d'entreprise : revenir à 1914, revenir à une jeunesse heureuse, ne pas accepter un quart de siècle d'histoire, écoulé au rythme infernal de la guerre, du ma-chinisme envahissant, des révolutions mondiales.
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- Comment expliquer ce refus ? D’où vient cette stéri-lité, cette paralysie, qui opprime le pays, crée du méconten-tement, de la désespérance ? Discourdance de la France dans ses éléments constitutifs. Là est le mal, la cause particu-lière de notre crise de croissance dans le progrès général des civilisations. Par une contradiction qui pourrait devenir fatale, au moment où le plan social collectif, partout ail-leurs, se superpose au plan social, le Français semble manquer de sens collectif. Impossible de contester qu’il y ait dans ce pays une baisse des valeurs morales et des sentiments désintéressés.
- !.e recul des religions a supprimé pour une proportion importante de la population, le renoncement personnel qui faisait la puissance des Etats. Le patriotisme, autre forme de l'abnégation, a subi la réaction violente des souffrances de la guerre : le réflexe de défense subsiste, mais l'exal-tation du sentiment national , tel qu'un Déroulède pouvait le chanter, ne résonne plus au fond de l'âme française. ême relâchement des disciplines familiales et individuelles. Le principe égalitaire qui dans les âmes simples tourne si fa- -cilement à l'envie, a donné à l'individu l'habitude de se pencher sur la vie d'autrui pour y puiser le sentiment exas-péré desa conscience personnelle.
- Egoïsme accru, mais égoïsme ne connaissant plus le régulateur des responsabilités directes. L'inflation, les conversions, l'instabilité des instruments monétaires ou de crédit ont ruiné la mystique de l'épargne. On vit devant l‘incertitude, avec imprévoyance, mais sans danger. Le risque est couvert. Risques sociaux, assistance, assurances publiques. Risques économiq ies, pr nière, contingentement, primes, subventions, prix garantis, interventions plus directes pour éviter la faillite. Que dire des clientèles de l'Etat ...
- Absence de sens collectif chez l'individu, mais absence également de sens collectif dans ces forces collectifes consti tuées anarchique ient par la concentration capitaliste et la
- coalition des masses : sociétés anonymes, trusts cartels,
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- syndicats ouvriers ou patronaux. Toutes sont dominées par un
- isme outrancier, par un esprit de ( Lle. Nul e ne tente d’élever son plan tu plan de l'intérêt général. Quelle sanction, d'ailleurs, puisque la collectivité nation subit la rançon de leurs propres défaillances ?
- Devons nous à la suite des libéraux, en conclure que la perte du sens collectif provient du développement de l'éta-tisme ? Ne devons nous pas, au contraire, considérer que l'hypertrophie de l'Etat résulte de la carence des individus incapables de s'organiser collectivement pour la stisfaction des besoins communs. Toute la législation le prouve : pro-tection industrielle ou agricole provoénée par l‘absence d'initiative, d'organisation et de discipline. C'est donc parce que le sens collectif n'a pas élevé les individus sur i le plan collectif où les appellent les nécessités du monde moderne que les institutions du plan individuel s'effondrent. C'est parce que ces institutions menacent ruine, n'inspirent plus confiance, que la volonté de les servir ne peut plus s'éveiller dans l'esprit des individus. De là cette déchéance du sens collectif. Ainsi s'ec ée la croyance en an capitalisme qui dissocié de la proeuction, du travail, s'est fourvoyé. Ainsi se dégrade le devoir à l'égard d'un sans efficacité, sans autorité.
- « Atteinte au prestige de l'Etat, autre forme particu-lière du trouble qui nous affecte. D'où vient-elle ? De l'inada otation , de nos institutions aux temps nouveaux. Au lieu de susciter, de vivifier, de discipliner les énergies, l'Etat est partout résistance, obstacle, poids mort, otage. Toute sa structure administrative est débordée car le flux des forces qui viennent renouveler notre société. Territoire et individu sont les assises de notre organisation. L'Itat a eté constitué à une époque où la seule réalité économique était la terre avec les biens et les populations qui s’y trouvaient attachés. Gouverner un Etat c'était assurer la sécurité et la productivité des fonds immobiliers au Davs. Organiser un Etat, c'était diviser le territoire en parcelles, départements, arrondissements, communes - et dans chacune créer une image de l'autorité centrale. Administration, agrégation et hiérarchie des cellules spatiales telle est la
- base de notre Etat.
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- Sur le territoire le législateur, pendant longtemps i songé qu’à l’individu. Il n’a reconnu que des droits de l’homme et encore d’un homme amoindri, isolé de ses emblables et de - otivité professionnelle, d’un homme s ité
- no i social .. et : ch du reste le :
- maison ou sur son champ. Le principe de tous nos codes est
- la défense de l’individu contre l’individu, conception de la Révolution sur ] ‘homme raisonnable dépanillé deses attaches sociales et dépendant étroitement des biens dont il est pro-priétaire «
- Les divers instruments Je co
- et professionnels qui ont pris 1 1s: cours du XIXe siècle se sont frayés passage dans notre légi s-lation. Ces forces collectives mobilières, sans attache lo-sont acquise droit à l’existence, sans qu’il soit
- : conséquence de leur antinomie avec le triple fondement de notre organisation d’Etat : territoire, individu, foncia-lité. Comment l’Etat avec son appareil administratif d’un autre âge, auzait-il pu avoir prise sur ces créations de l’économie industrielle ?
- Ainsi a grandi en marge de la Puissance Publique, la ance des intérêts. Aujourd’hui assailli pas le, 1′1 est incapable de lui résister. Au lieu d’être un arbitre, il est devenu l’enjeu. N’ayant droit ni à une représentation, ni même à une audience légale, cette force le toute la pression de ses masses d’hommes ou de capitaux pour conquérir dans le pays des positions politiques ou des complicité qui lui permettront de faire aboutir ses revendic ations ou sis-faire ses appétits. Ces interventions menacent 1 ‘ indépendance t, du , des Administrations.
- Cessons uninstant de philosopher et regardons ce qui en pratique : plus encore que le raisonnement, les faits dénoncent le mal. Lorsque che discute du fonctionnement des institutions, on n’évite pas le couplet sur les mares stagnantes, sur le réseau rural qui ruine les finances de l’Etat, ou encore sur .... le parapluie de la femme du principal électeur. Le mandat se remplira avec simplicité et sans charges excessives pour la coll ectivi-
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- té s’il se résumait à cela. En fait, sous couvert d’un parti, le parlementaire a cessé d'assurer la représentation politique territoriale de la nation pour devenir le délégué d'un ag-glomérat anarchique d'intérêts qui s'impose à la masse du corps électoral. Dès qu'un citoyen déclare sa candidature il est soumis à la pression de toutes les revend ications des catégorie morales ou professionnelles : commerçants, retraités, assocta-tiens sportives, ligues de familles nombreuses etc ... Des circulaires comminatoires lui sont adressées. Elles le pour-suivent dans 1 ‘accomplissement de son mandat, pour chacun de ses votes. Certaines de ces injonctions prennent le caractère plaisant :: c'est ainsi que récemment nous avons reçu l'ordre d'un inconnu de : arseille de nous opposer au vote d'un projet en
- sur les conserves d'ananas. Il/est, vous n'en doutez DaS, d'autres quisont plus suspectes.
- Qu'elles somént de droite ou qu'elles soient de gauche, les mêmes servitudes abaissent le Parlementaire au mandat im-pératif. Impossible majorité à dégager contre cette démagogie qui ne se classifie pas politiquement, qui n'est même pas électorale, mais essentiellement alimentaire. Et c'est epan-dant quatre ans le duel en champs clos entre cette occulte re présentation d'intérêts et le gouvernement, champion investi d'une notion temporaire et révisable de l'intérêt général. Notion toute relative d'ailleurs, puisqu'aux pressions qui agissent sur les parlementaires, s'ajoute pour le gouvernement l'influence dominante d'une Administration qui souvent, par tendance politique ousociale, par intérêts corporatifs égale-ment, se dissocie de l'Etatnqu'elle est censée servir.
- Ajoutons que si par une conception tout personnelle du bien public, l'élu aegire à lé réélection, le gouvernement ne répugne pas non plus à l'idée de sa propre survie. il en résulte des accommodements dont la Nation fait les frias. êmes accommodements et mêmes périls dans l'organisation du travail parle entaire et du pouvoir gouvernemental. Textes escamotés sans débats ou votés à coups de discours êt d'amen-dements. La loi est mal préparée. Les Commissions parlemen-taires d'effectifs trop importants et d'assiduité insuffisante ne disposent ni de la documentation, ni du personnel technique
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- nécessaires. Leur travail est livré généralement à la cons-cience du rapporteur ou aux bureaux du inistères. Le contrô-le n’est pas eux exercé : le budgetadiscuté en hâte et sous la menace des douzièmes et du déficit ne permet plus de sui-vre la marche des services publics. Inefficacité plus grande encore dans l’examen des comptes présentés avec dix ans de retard. Les interpellations, dénoncées à tort comme cause de l’instabilité ministérielle ne sont plus en fait débattues : par la procédure du renvoi à la suite ou de la discussion im-sur la date, elles demeurent généralement privées de sanction.
- La machine tourne encore mais à vide. Affaissement identique de l’appariel gouvernemental. Son affaiblissement résulte de sa précarité. Ephémère il ne peut concevoir, en-tre prendre, réaliser, il ne peut surtout asseoir son autorité. L’organisation du po woir se prête au demeurant, mal à son exercice. Le Président du Conseil absorbé par les servitudes spectaculaires de sa charge, ne remplit pas sa fonction dominante. Il ne dispose d’ailleurs, d’aucun moyen matériel pour contrôler, coordonner l’action de ses collaborateurs. Dans la direction de leurs départements respectifs, et pour des raisons analogues, les Ministres sont génês pour user de leurs pouvoirs propres : ils sont enserrés de toute part par la réglementation, entravés par la division factice de leurs attributions, dirigés occultement par les services.
- Déviation du régime parlementaire sous la pression des intérêts, dégradation de son prestige par une décomposition interne, ce sont des constatations qui s’imposent 2 l’esprit et se traduisent dans les faits. Les abus deviennent tels, es facilités, qu’aucun frein ne les peut plus blo-quer. La crise se déclenche, amorçant le cycle destructeur. C’est 1924, 1919, 1934. Mais alors le système apparaît à ce point faussé, qu’en face de la guerre, de la faillite, de la révolte de la conscience populaire, son fonctionnement doit être suspendu et remplacé par une dictature inavouée et larvée et c’est 1917, 1926, 1934.
- Ce qui caractérise ces deux dernières crises c’est l’intervention brutale dans le jeu des institutions de l’opi-nion publique. Et c’est là sans doute un des signes les plus
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- graves de la décadence du gouvernement de type représentatif. En des élections régulières le peuple avait délégué son pou-voir à des Assemblées, des Ministres avaient été légalement choisis et investis au sein de leurs majorités. Deux ans après parce qu’une politique provoquait son inquiétude, le peuple révoquait le mandat qu’il avait confié : une pression morale et physique de la masse s'exerçait sur le Parlement pour lui imposer le double renversement de majorité et de gouvernement.
- Le plus souvent on a considéré les événements de 1926 et surtout ceux de 1934 comme des émeutes. Mais comment l'ad-mett • isque le i b légal, étant demeuré maitre de
- la situation ne s'est pas moins soumis aux injonctions de la foule ? En 1929 et en novembre 1934 lorsque les cabinets Poin-caré et Doumergue démissionnèrent à la suite du congrès d’un parti, pas de troubles révolutionnaires, mais exercice sur le gouvernement et le parlement de forces extérieures, non reconnues par la constitution. Ce fut encore un ultimatum irrésistible 4e la rue en Janvier 1934 et Octobre 1934 qui détermina le départ du Ministrèe Chautemps et la démission de M* Chéron.
- Pour me part, j'interprète ces faits comme une forme nouvelle très frustre, très arbitraire de plébiscite. Comment expliquer son apparition en marge de la loi ? Par des consi-â rations d'ordre psychologique et par les formes nouvelles d'expression de la pensée humaine. Psychologiquement, cette pensée populaire trouve sa raison dans une défiance accrue à l'égard de ses gouverne o : comment en serait-il autrement es faits paradoxaux, que ne comprend pas le simple eu le et qu'il explique par des défaillances ou des compromissions devant surtout l'im mis de 1' ténuer sa isère devant 1'3 ossibilité pour lui, dans le jeu normal des institutions, d'imposer sa volonté.
- Quels sont les paradoxes qui l'émeuvent à ce point ? Simple énumération : prix de détail en désaccord avec les prix à la production, l'abondance voisinant avec la misère, le chomage et l'emploi abusif de la main d'oeuvre étrangère,l‘iné-gale application de la justice. Tous ces faits et d’autres
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- encore font naitre et développent dans l’Âme collective des fantômes : puissances occultes, accapareurs, spéculateurs, privilèges honteux. On doute de l’Etat, de sa probité, de sa vérécité. A force d’avoir voulu, par d’habiles formules voi-ler la vérité trop sévère, les gouvernements ont perdu la vertu d’être crus. Dans 1 ‘esprit des masses reste gravée en rancune, l’anthologie des "bobards officiels" "la mobilisation n’est pas la guerre". - "De la Somme aux Vosges". - "Le boche paiera". - "Ta dernière des dernières". - "L’épi sau-vers le franc". - "Le plafond crevé". - "On prendra l’argent là où 11 se trouves.
- 3 la perte de C be, la perte de foi : impais sance contre le chômage, impuissance contre la vie chère, im-puissance contre les abus du capital isme, c’est beaucoup, c’est trop pour un Etat~Providence. Bien plus, l’Etat se révèle sans force pour faire respecter les lois qu’il promul-gue. Si la justice l’oublie, le peuple se souvient de l’af-fai anque de Bâle, révélant avecla plus éhontée des fraudes fiscales, la plus étrange impunité. La loi de Juillet 1933 réglementant le prix du blé est demeurée lettre morte, combien d’autres lois sont restées sans application. Et la rumeur monte d’un Etat incapable. Faiblesse ? Complicité ? Brusquement elle s’accrédite e la poussée d’un scandale, un scandale et tous les autres qu’on pressent et qui, plus que des défaillances individuelles, dénonceinle déclin des institutions.
- Comment enfin, le peuple n’aursit-il pas été conduit outer de la valeur des pouvoirs légaux dont il ; se, en particulier de son propre bulletin de vote, à la suite des véritables abus de confiance politiques dont il a été victime au cours des vingt dernières années. En vingt ans, chaque fois qu’il a déplacé l’axe de la politique nationale, par une
- lité étrange mais constante, la législature a évolué dans la direction diamétralement opposée à sa volonté :
- 1914 : Elections contre le service de trois ans. Chambre introuvable de gauche et c’est l'union sacrée devant la guerre.
- 1919 : Elections du bloc national, bleu horizon,
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- conservatrices, et c’est la victoire qui s’effrite devant les constantes concessions faites, sur la pression des alliés, à l'A . i l'imprudente gestion financière qui conduit à l'inflation.
- 1924 : Chambre de cartel. Débâcle du franc et c'est l'Union Nationale avec Poincaré pour sauver la monnaie.
- 1928 : Elections sous le signe du redressement finan-ex. Rupture de l'Union et la Législature se poursuit dans la surenchère démagogique.
- 1932 : Chambre de cartel, en 1934 la majorité de gauche s'efface devant les gouv re nex ts de trêve nationale.
- Ce tableau dressé objectivement, correspond à la vision simple des choses, telle que la peut conserver l'homme de la rue. Et com 6 pour sanc tionner les mécomptes qu’il éprouve, le Pays, pour chaque nouvelle législature, vote en sens inver-se de la réc édente, il a l'impression que son impulsion n'est pas suivie et que les mêmeshommes, les mêmes idées tournent en rond devant lui, comme un manège de chevaux de bois .... Il a de plus en plus le sentiement que la politique malgré ses apparentes divergences, c onstitue une grande confrérie ou l'on se loque de lui. De alà cette désaffection lente 2 l'égard
- es partis, de tous les chefs, peut-être même du régime et ces explosions qui lui font brusquement, par un coup brutal d'arrêt, imposer ses volontés.
- Ces tentatives le pouvoir direct auraient sans doute conservé un c arsotère spasmodique, si Les moyens modernes d‘ex encée n'avaient pas placé le corps électoral en état de réferendum permanent : la radio qui fait entendre toutes le. Le ci
- blitiq es à l'appréciation des foules, la presse enfin dont l'action s'est profondément mo
- difiée. Par suite du caractère publicitaire qui désormais.
- l’affecte et conditionne son existence même, elle a journal d'opinion, aujourd’hui presque disparu, aux . n. Tar leur diffusion, par
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- lité de principe de leurs rédactions, ils exercent sur l'opi-
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- nion, le gouvernement et le parlement, une pression souvent décisive. La presse est devenue à côté, au-dessus d'eux, un
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- nant les grands courants, de véritables mystiques auxquelles ajorités parlementaires ne peuvent résister.
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- Ainsi donc le Parlement qui devait, dans l’esprit de la Constitution, représenter souverainement la volonté popu-Lire, est enfait soumis à un plébiscite permanent, arbitrai-re, incontrôlé, sanctionné par la violence morale ou physi-ses. Et déjà ces masses s’organisent en ligues qui s’investissent du droit de faire régner l’ordre de leur choix. Ces constatations permettent ; témérité d’affirme r le vieillissement de l’Etat français, son débordement par les forces neuves et l’impossibilité pour lui de les contenir et de les diriger. A différentes reprises on a vu ainsi, dans e, les Svéne ente dépasser les institutions.
- 1‘ tat.e Elle atteint la
- Nation dans son ut dans sa sol rité avec les autr les, é ? Est-il besoin d’insister, aprè avoir si fortement marqué déjà la dissociation qui s’est opé-rée entre la Nation et les éléments constitutifs ? Les indi-v dualités, hommes ou grouper t privés du sons collectif, se présentent en face de la Puissance publique, non plus en dé-Censeurs, mais en demandeurs, isolés dans le particularisme de leurs intérêts. Pas une flamme commune, une coalition. Et ces forces montent, comme la marée, à l'assaut d'un Etat qui n'ayant su les discipliner, ce trouve débordé par elles. Désagrégation et cotte désagrégation peut, si l'on n'y veille, menacer le cadre national lui-même : j'ai dit, et vous vous en souvenez, que ces forces collectives sont mobilières et sar attaches locales : leurs ir térêts, souvent les appellent hors
- • ontières pot • : ? des ? .2 ls trusts, ces cartels intc ' onaux pour sceller encore ces ententes occultes qui, par d’étranges rami fications parfois, dominent la politique des Etats et disposent des masse
- En faisant la synthèse de nos impressions, n’évoquons nons pas, instinctivement, une autre période dombre de l’his-toire, si pleine cependant d’un prodigieux devenir : le Moyen Age. Alors comme aujourd’hui, se dressaient des cités li-bres, des chateaux forts, d’arrogantes féodalités en face d’un
- 1 r faible et d’une humanité souffrante. Mais il y avait une Toi, la foi qui construisait. Cette foi ne fait pas dé-
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- faut à notre époque. ais elle manque à la France. Bolcho-tlérisme : autant de religions, Nationalis-
- mes Fystiques. Discordance de la France dans l’harmonie
- e. AT ( rtout avec sion, la ferveur des hommes monte vers leur Nation ; alors que partout avec une égale sollicitude, la puissance des Nations, s’exerce envers tous, la Fr ne demeure seule, les Français rester 1s.
- Impossible isolement. Il serait fou de ( rance pudemeurer en arrière, résister dans son individu-alisme anarchique à la poussée des dorces collectives qui exaltent les peuplen. Vouloir se raidir contre elles, c’est ouloir tro éorar Déjà les autarchies étrangères exercent sur notre propre économie unepréssion telle qu’on ne peut plus s’en dégager sans me organisation nationale de la proeuction et untion multilatérales. Plus encore le divorce des monnaies, supprimant la commune mesure des pro-ductions et le: écl cond Lt è. l’asphyxie. Faut-il se li iter aux transformations matérielles du monde, ne ux ysiques qui affectent le type nê 1E des hommes ? Le pensée peut-elle ne pas pressentir de nouveaux horizons lorsqu’on voit le moukick prendre les al-e: I rien r in et tous la jeunesse it Leno, rofole si débile et et nonchalante, défiler comme les légions romaines ?
- Nous venons d’évoquer le dremae français au mileur du drame du monde. Le problème est posé. Une première conlusion s’i ose : la vanité de ces réformes ti des et fragmentaires, as le mal dans ses causes, le corrigent seulement, la nécomsité de faire disparaître l‘ordre périmé, risation, selon un plan, respectant les transitions et les traditions. ais il faut vouloir, il idées, institutions, habitudes, hommes, : qui ( , tout ce qui freine. En libérant ce
- e tournant vers l’avenir, c’est lui donner le oyen de forger lui-mê e son destin. Se placer devant l’avee nir, regarder devant soi, c’est s’adapter à la cadence du mon-de moderne, c’est pour la France et son empire colonial ce dégager de l’anarchie individualiste, se trouver en équilibre
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- - 16 -avec les autres peuples de plus en plus nombreux qui se sont organisés collectivement.
- Bolchevisme, Facisme, Rooseveltisme. Epouvantails ocratee et des conservateurs sociaux. Il ne s’agit pas de transplanter sur notre sol des phénomènes aussi cifiquement russes, italiens et américains. Chacun cor-ent, aux traditions, aux aspirations de cha-ce. : russe n’est-il pas de la lipnée de tte forme primitive de collectivi sme rurale slave, le Mr ? Lé Li vo Lan socialiser la vie ence les races russes rappellent celles de Pierre le Grand, voulant deux siècles plus tôt “occiden taliser" de force ses sujets ? cis e ne rap elle-t-il pas dans la conquête et dans l’ex-cice tout personnel du pouvoir, l’aobi on des podestats du XVe siècle % Aux Stats-Unis, dans cette discipline encore librement consentie ir solidarisme économique et social, on reconnaît l’esprit puritain des premiers pionniers anglais oui débarquèrent sur les côtes du Ifassachusset : espri t cal-viniste de soumission de lvida au groupe, idée du devoir, aujourd ‘ hui du service social a
- lais, derrière ces différenciations nationales, 11 faut saisir 1 ’ urt té profonde d - : id e dont ell es ne sont que d expressions concrètes. Cette unité, c'est la ruine de l'ordre moral, politique, économique, créée pour l'individu isolé. Partout révolution à base de collectivisme. Comme au dernier tiers du XVIIIe siècle, en ce prei ier tiers du XX siècle, le principe du changement est à bas universelle, si les modal i tés d'application apparaissent très diverses. La Prance s'adapte-
- : te 8 nouveaux. Lie ce trouvera en elle-même et pat son génie propre, ses sources de rajeunisse-mênt, qui seront d'ordre français.
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- en &
- Voici à notre avis les éléments de cet ordre nouveau : restituer à l’individu libre dans son intistive, une conscience collective ranimant sa propre responsabilité par l'acceptation n /coulent. Créer l'unité anique de 1 ation ex faisant converger vers des fins d'intérêt général élevé ex jusqu'au sens national, les activi-
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- tés individuelles et notamment, les forces coordonnées et de la production, de la distribution, et de la consommation. Restaurer l’Etat dans son autorité et son indépendance, en faire un animateur, un régulateur, un arbitre d’intérêt gé-néral .
- Le but est en l’organisant, de reconstituer la Nation, qui, sous la poussée d’éléments dont les assises ne sont pas spécifique ent territorrales, te a gréger en
- une TSodalité chaotique d'intérêts privés. Et cette reconsti-tution ne vise pas, au termes de son évolution, à isoler les Nations entre elles. Dans Le recueillement où les peuples se ro tranchent, il faut dégager la mesure commune, le rythme uni-forme qui les associent dans le même devenir. Les syndicats les corporations, les groupements de tous ordres, cellules n ne elles de même nature et de mêmes tendances peuvent mieux former alliage que les com 08éE hétéroclites que représentent les Nations du E leur anarchie actuelle. Elles tendront à se rapprocher, se compléter, s'harmoniser sans dissociation dos nationalités, dans une communauté d'action. Rêve manifi-que d'Aristide Briand que déçoit la réalité immédiate, éphé-mère, mais qui sera peut-être, la vérité dans cinquante ans. Le moyen est, n'en doutons pas, l'organisation collective qui constituera l'infrastructure de la société, de l'Etat de demain.
- Dès qu'on parle d’organisation collective, une inquié-tude se manifeste : que deviennent les droits de l'individu la liberté % On pourrait se demander d'abord, si l'individu libre dans l'état d'anarchie et si le désordre et 1 ‘ inorganisation ne créent pas plus de servitudes et de dépendances que certaines réglementations économiques et so-ciales. Peut-on sincèrement prétendre que c'est être libre que de se trouver à la merci du chômage, des variations arbi-traires des prix, de la formeture des débouchés, de l'oppres-sion fiscale, des restrictions subites de crédit, etc ? Mais, il faudrait alors s'entendre sur le mot "liberté". En fait, il n'y a de "société" que par abandon réciproque de certains éléments de cette Liberté arbitraire que les doctrinaires du XVIII® siècle ont construite dans leur théorie de "l'homme en soit.
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- Au fond, entre les deux pôles abstraits du libéralis-nie et du socialisme, entre ces deux conceptions philosophi-ques dénuées de toutes attaches avec les réalités de la vie courante, il y a la sone des vérri bés pratiques où l’on voit la liberté constamment 1imi tée par le social, l’individu li-mité par le collectif. L’essentiel est de définir ces limites pour renforcer à la dois la liberté de l’individu et l’utili-té des obligations sociales.
- Nous dirons donc : oui l’individu libre comme il l’est aujourd’hui, libre d’agir à sa guise, de se diriger com e il l’entend, libre de ses initiatives, mais à condition le ne pas nuire à autrui, de se soumettre à l’intérêt général, en un mot à condition qu’il 8 it rende responsable de la répercussion de son activité sur la collectivité nationale. £1 ne s'agit lono pas de trans ormer chaque français en un fonctionnaire irresponsable, mais, au contraire, d'accroitre sa responsabilité en lui donnant conscience et charge de la portée de ses actes non seulement du point de vue de son intérêt strictement personnel, mais encore du point de vue de 1‘ intérê t oumtun national. L'organisation collective aura pour but, en réincorporant les individus dans un milieu, fa-mille ou profession, à la baille de leur compréhension person-nelle, de leur révéler leur responsabilité et de la rendre effective*
- .a fation, n'y a pas une échel-Comment, par exemple, faire comprendre
- i cet indu tri L qui, pour n'avoir pas perfectionné sa pro-tio ; quête d'une protection douanière, qu'il rançonne indument la collectivité nationale ? Il n'en perçoit pas les conséquences, il ne les supporte pas, au contraire, son inertie reçoit sa récompense. En seralt-il de même si, faisant corps avec une organisation professionnelle, il de-vait subir soit par pénalités soit par contraintes, les effets le ses propres négli gences ou de belles de ses partenaires ? Soyons convaincus du contraire : sa responsabilité lui appa-raitrait plus clairem ont, celle de 808 associés davantage encore, elle serait rendue plus effective sous le contrôle d'une mutualité d‘ intérêts.
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- Ce qui est vrai pour l’indu striel ne l’est pas oins , le quémandeur de prébendes, pour tous les citoyens. Les profiteurs ne son i
- Une toute autre discipline ne s’imposerait-elle pas à eux si leurs défaillances devaient réagir sur le milieu dans lequel ils vivent et si leur milieu pouvait réagir sur eux ?
- Et cependant depuis la Révolution française, les ins-tituton s ont été organisées pour l’homme considéré abstraite-ment comme un être isolé. Elles ont, au fond, mise en oeuvre les conceptions de J. 1. Rousseau sur l’individu. La société a été conçue comme une simple agglomération, une pure juxta-position d’éléments distincts. A la base et à l’origine de tout, il y avait les droits naturels de l'hom o. Il s'agis-sait ensuite de savoir ce que l'homme pouvait abandonner de ces droits pour l'utilité commune, c'est à dire en réalité, rofit personnel qu'il pouvait avoir à vivre en . société. "Do ut des" s j'accepte certaines restrictions de mes droits à condition de recevoir en échange certains avan-tages que je ne peux obtenir seul. Ainsi s'établissait par une multiplicité de soi-disant contrats sociaux, sans lien entre eux, tout l'équilibre de la société.
- Cette conception était purement abstraite. Vraie en ce qui Le ) entre les personnes et les biens, elle était insuffisante pour les relations entre les person-nes. L'homme ne peut pas être isolé du milieu dans lequel il vit, de la masse dont il fait partie. Ce milieu, cette masse ont des droits sur lui. On réagit plus tard contre cet indi-vidualisme anarchique, notam ent par les théories du solida-risme que l'on a parfois tournées, à tort, en dérision. Mais ces théories mêmes tendaient toujours à met1 relations sociales en insistant sur ce que « ' it" aux autres hommes en échange de ce qu’il "a".
- Il faut partir de considération moins juridiques, s’en tenir à des faits plus simples. Les données immédiates du collectif, ce sont des faits collectifs. L’école sociolo-gique de Durckheim l’a démontré très lon uement. On sait que 818/CNA, poussant même à l‘ ; sa démonstration, elle a pré RESERVE tout dans l’homme était social, que ses sentiments, sa façon
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- de penser, ses comportements n’étaient que reflet du milieu et de l’héritage social.
- Une organisation réaliste de 1’ tat doit donc tenir t tout de ce milieu, de cet l'homme ne serait pas l'homme. Le prer ier milieu, c'est la famille. Nos codes ne la connaissent qu'au travers de ses éléments constitutifs pour établir entre eux, considérés iso-lément, des liens de droit. Nos lois sociales, en une certai-ne mesure, mais trè s faiblement, encouragent sa formation ou son développement. Seule, la loi Ribot, sur la création et la protection du lier familial, la dégage des individus qui la compsent, po ir en £ lire une réali té sociale. Pre Lère cellule de vie collective, elle doit devenir une institution de notre droit. Les sentiments affectifs qui unissent les membres d'une ême fa illeg sont la condition et la meilleure garantie de ce esponsabili é net -lement contrôlée qui doit rehausser le sens collectif de l'in-dividu.
- Territoriale dans son assise, sociale plus qu'écono-mique ~ en dehors des cas d'exploitation familiale fréquents dans l'agriculture, le petit commerce et l'artisanat, - cette institution doit participer à la vie publique et élever les individus à la vie collective. Doubles indications à retenir: droit de vote à la fe me, associé au vote familial, encoura-gements part i culiers , sous fo rme d * avantages fi se at Ix j urid i que s et financiers à la constitution d'une épargne créée et cons vée dans le cadre de la famille.
- Après la famille, le milieu social, auquel tout indi-vidu se trouve n cessairement lié, c'est la profession. Pres-que toute la journée humaine, depuis la maturité jusqu'à vieillesse, est consacrée au travail social professionnel. C'est l'axe de la vie de toute existence. Comment l'
- n de cette activité essentielle ne serait-elle pas au pre-mierplan de toutes les préoccupations sociales, économiques ou politiques ? Les vues individualistes apparaissent ici singulièrement courtes. Comment, de nos jours, isoler le travailleur quel qu'il soit, ouvrier, technicien ou patron, dans
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- l’ensemble des rouages primaires de la profession et comment ntre rise de la spécialité économique dont elle fait partie ? C’est pourtant parce que le sentiment de cette té a fait défaut que l’on a vu le désordre il (lutte des classes) et économijue (concurrence) se développer ' tes 6 / es 15 tisse co te nt, aux faillites et à l’intervention incompétente et abusive de l’Etat.
- L’organisation que nous souhaitons doit précisément porter remèdesà ces désordres par l’affirmation et le dévelop pement du sens collectif dans le cadre de la profession. Dans ce cadre, les activités doivent être aménagées pour permettre l’unité sociale et l’unité économique. Notre conception de l’organisation doit tendre :
- 19 à substituer à la lutte des classes la conscience col
- lective des producteurs, exaltée par le sentiment de l’unité de but, de la communauté de l’effort dans le respect de la dignité humaine. Elle établira à cette fin des hiérarchies dans l’oeuvre de la production, hiérarchies équitablement ordonn . du travail en commun et comportant de justes
- participations aux profits et responsabilités.
- 20) à substituer la concurrence désastreuse.
- 1 * anarc hie
- des initiatives, au gaspillage des investissements et des frais généraux, la rationalisation, la répartition des tâches, la discipline des condi tions de vente, la recherche en commun des débouchés, la défense collective du marché national.
- 3°) à substituer aux interventions arbitraires et à la
- n incapable de l’Etat la self a-dministration de chaque branche de l’activité économique. Elle met fin ainsi à l’extension pléthorique des services publics.
- Cette organisation collective se fera par l’adhésion obligatoire de chacun à son groupe professionnel, par la coor dimation entre e ce es, par leur fédération
- ux différents étages locaux et régionaux de la vie économi-n in par leur intégration dans un organisme central constituera, pour chaque branche d’acti-vité agricole, commerciale, industrielle, bancaire, le corps tel animé de la volonté commune de défendre la pro
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- fession, de la rendre saine et forte.
- A la base, chacun, par le fait même qu’il exerce une fonction dans une activité économique quelconque, fera néces-sairement partie d’un groupement. Cette cellule initiale, comme au dessus d'elle les fédérations, les confédérations, le corps professionnel lui m-ême, recevra deux lignes d'acti-vité, la ligne sociale et la ligne économique. Au point de vue social, elle représentera ce qu'est le syndicat actuel, mais un syndicalisme élargi par l'adhésion de tous et par conséquent habilité à parler au nom de chaque catégorie pro-fessionnelle toute entière. Il y aura donc, comme de nos jours, des groupements d'ouvriers, de techniciens, de patrons, mais entre ces groupements, un contact sera obli atoireme établi, légalement or anisé, po ir qu'au dessus des oppositions d'intérêt du capital et de la maind'oeuvre, les règles de la profession puissent être édictées.
- Ainsi, à l'intérieur de chaque profession et par les intéressés eux- êmes, sera déterminé le st itut du travail : contrat collectif, échelle des salaires, apprentissage, allocations familiales, etc... Les règles ainsi établies participeront du caractère de la loi et seront pour tous obligatoires. En cas de conflit : arbitrage, porté, s'il y a désaccord per-sistant, devant un tribunal fonctionnant sous le contrôle de l'Etat.
- Les divergences de classes et les oppositions internes dans le processus de la production devront ainsi s'effacer pour créer l'unité de vues, la communion des intérêts. Le travail prendra alors un caractère nouveau % celui de fonction sociale comportant à la fois des droits et des devoirs. Il devra se plier aux disciplines d'intérêt collectif. En échange, des institutions de solidarité devront soutenir le devoir de travail, solidarité d'un ordre nouveau qui ne sera ni l'assistance, - inefficace et humiliante, - ni l'assurance, - trop lointaine et souvent génératrice de fraudes. Ces ins-titutions tendront à constituer une épargne obligatoire, nais-sant de la rémunération professionnelle et s'investissant dans le cycle même du crédit qui animera l'entreprise. Par elle il sera ainsi créé une cohésion plus intime entre les divers éléments de la production.
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- MS Cvs)
- riété du travailleur, sera tenue en serve et lui viendra en aide dans les circonstances importan-: , achat du logement familial, naissance ,
- maladies etc .... Pour la constitution de ce patrimoine pro-fessionnel et pour toutes autres ch arges c llec tive s - 1 es ofessionnels recevront, par délégation de la Puissance publique, le droit d lever certaines taxes, non seulement sur leurs adhérents mais sur l’er le de • o-fession. Au point de vue économique, les organisations pro-fessionnelles, ouvrières et patronales, se rouperont sur le plan vertical, dans le cadre de la profession ou du produit. Elles s’articulreront avec les organismes de la distribution et même dans certains cas de la consommation. Elles auront le droit de discipliner par réglementation, l’activi té des entreprises en vue de leurs intérêts communs et de l’intérêt supérieur du pays.
- Ce plan d’organisation demeurerait une construction géométrique, lourde du péril qui pèse sur ces ma l’ici
- inorganiques, désormaict agglomérées et mises en mouvement si cet essai ne tendait pas à éveiller une âme collective.
- "La véritédaujourd’hui c’est que le développement de la civili-sation matérielle doit entrainer l'amélioration du sort du
- L'é e suffit pas. Est-ce
- n la misère qui crée les haines sociales ? "Maîtr - es-claves" disait Nietzsche et non "pauvres et riches", l'est-ce pas plutôt l'infériorité morale dans laquelle se trouve une partie des hommes ? Autrefois dans l'atelier familial, l'ou-ier par ait la fortune ou la malchance de la maison qui
- l'e ployait. En contact avec le patron, il était associé à son oeuvre, non seulement par ses muscles mais par son cerveau et son coeur, il recevait de lui, conseils, assistance, souvent e, il parti Lt 7 la vie de far ille. Dans le: pa nes
- où petite propriétaires, fermiers et salariés travaillent côte à. côte, il y a moins de jalousie, d'envie que dans les usines.
- atte collaboration dans l’action créatrice nous en fai sons un princi pe de nos proposi tions. Par el le, les tra-vailleurs arriveront à se sentireeux-mêmes responsables de la che des affaires, de leur succès ou de leur échec au ême titre que le capital et la . ans ce sentiment, ils
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- sauront trouver une dignité nouvelle, fondement de cette mora-le des producteurs qu’après Georges Sorel, les syndicalistes t qui€ le probit le travail et de liberté aussi puisque chacun comprend et accepte sa tâche." Pour animer cette solidarité, la rendre concrète et féconde, nous avons prévu la for nation de l’épargne du travailleur, son investissement dans le cycle de crédit qui si, par sifs le travailleur du salariat, à la participation et à la propriété de l’entreprise.
- Il ne suffit pas de favoriser l’interpénétration des classes, il faut abolir ce qui les heurte et les sépare. Fac-teurs moraux, là également. L’argent instrument de caste fermée, en est, n’en doutons pas, la cause la plus certaine. Nous ne sommes pas de ceux qui puissions loyalement recon-naître co me possible, actuellement la disparition du profit, en: . que propriété au même titre que . r constitue une fonction sociale. ’ otre plan lui impose des disciplines d’intérêt gér fral et ces disciplines doivent éli-miner les abus les plus démoralisants du capitalisme : la jouissance de la richesse sans travail et sans utilité sociale, l’exploitation spéculative de l'argent sans corrélation avec les besoins de la production. Le capital, idole cruelle, dispensant les plaisirs immérités et les inustes souffrances, se pliera aux règles de l'intérêt
- Donc, unité sociale par le syndicat et unité économi-que par l'organisation professionnelle. Mais il reste à harmoniser entre elles toutes ces unités fragmentaires éparses et à les concilier avec les besoins de la masse qui vit sur le territoire national et qui constitue en fait globalement "la consommation", en un mot à les fondre dans cette unité supérieure : la Nation. C'est à l'Etat, a rbitre suprème de l'intérêt général qu'il a ppartient de faire converger vers elle, pour les confondre en elle, les activités individuelles et notamment les forces coordonnées de la production, de la distribution et de la consommation.
- Nous terminons l'étape ; nous avons £rxp évoqué les
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- forces neuves qui font bouillonner le monde et le vieil es-prit qui stabilise notre pays et l’isole. Nous avons cons-taté l’anarchie des revendications égoïstes, les coalitions qu'elles provoquent et combien elles dégradent l'autorité d'un Etat affaibli, inadapté. Nous avons souligné l'affais-sement du sens national par la perte de toute conscience collective. Et c'est par la résurrection de l'âme collective par les disciplines qu'elle doit imposer, l'organisation qu'el-le doit assumer que nous avons projeté les plans de dette infrastructure de vie collective sur Laquelle l'Etat nouveau dressera ses a-ssises. A notre prochaine conférence, nous le verrons animateur et régulateur d'activité nationale, nous déterminerons les institutions qui lui donneront autorité et, ce qui n'est pas le plus négligeable, les moyens à envisager pour rendre possible ce que nous souhaitons.
- (Vifs applaudissements)
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