Conférences de guerre [1914-1918]
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- mesdames, Messieurs,
- Je vais traiter devant vous un sujet qui paraît bien tech-nique, qui ne l’est pas autant qu'il le paraît, parce que j'au-rais soin d ‘écarter tout ce qui a ce caractère trop technique ; c’est un sujet qui est d'une actualité que vous ne soupçonnez pas pour le moment et que vous allez comprendre quand je vous aurai dit comment il se rattache aux conditions de relèvement économique de la France et des Alliés après la guerre, ce qui doit nous préoccuper, c'est plutôt l’après-guerre que la guerre. La guerre nous savons ce qu’elle est; la victoire est certaine, nous l'a-AstlEyons maintenant. Pour l’après-guerre, c’est bien différent.
- Nous manquons de l’esprit d’organisation qu’ont les Alle-
- en amands, esprit d’organisation qui est un peu un esprit de servitude puisque l’individu est entièrement subordonné à une volonté sociale supérieure à la sienne, volonté sociale qui dans l’espèce est la volonté d’un empereur autoritaire et quelque peu jalew= fou. _
- Ceci dit, j’entre dans notre matière.
- En 1880, l’Angleterre était donc comptée première puissance industrielle du monde; c’était une royauté que personne ne semblait en état de lui disputer, que l’on considérait comme absolument inattaquable.
- Le Comte de Paris, en 1870, c'est-à-dire une dizaine d‘années auparavant avait fait un livre qui a été lu par tout le monde qui était un peu une manifestation politique très intéressante et qui passe pour avoir été écrit par Jules Simon, lequel s’y connais sait mieux que le Comte de Paris en questions économiques..
- Le Comte de Paris développait une idée qui était courante en angheet Angleterre où il vivait «c'est qu'il était“possible
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- de penser qu’on ne parviendrait pas à faire passer plus facilement l'Angleterre à un ouvrier qu’à une tonne de fer. " Par conséquent il serait toujours impossible à l'Amérique de lutter contre la métallurgie anglaise et voici comment les faits ont répondu à cet-te idée qui était l’idée de tout le monde et qui n’était pas celle du Comte de Paris.
- En 1880 l’Angleterre tirait de son sol 146 mille tonnes de h ouille. En 1913, c'est-à-dire la dernière année normale dont nous ayons les chiffres, elle en tirait 287 c'est-à-dire à peu près le triple, double.
- En 1880, l’Amérique, les Etats Unis, tiraient 63 mille tonnes de houille; en 1913, elle en tirait 508 mille, c’est-à-dire 9 fois plus.
- D'un coté , le double, de l’autre , nous avons 9 fois plus de tonnes. Voilà la différence.
- L’Allemagne, tirait en 1880, 59 mille tonnes de houille
- et en 1913 elle en tirait 278, moins que les Etats-Unis, unpeu plus que l’Angleterre. Pour la fonte la différence est encore plus grande, L’Angleterre en faisait 7.749 tonnes en 1880 et 10.260
- en 1913.
- Les Etats-Unis faisaient 3.855 en 1880; 30 mille en 1913; L’Allemagne en faisait 2.729 en 1880, 19 mille en 1913.
- Enfin pour l’acier toujours la même proportion.
- En confection d’acier, l’Angleterre a passé de 290 mille tonnes à 7.664.
- L’Angleterre de 661 à 18 mille
- Les Etats Unis de 247 à 31 mille tonnes.
- Donc l’Angleterre qui était au premier rang incontesté, qui semblait incontestable en 1880, était passée en 1913 au troisième rang derrière les Etats-Unis et derrière l'Allemagne,
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- Je prends ces deux industries parce que ce sont deux industries fondamentales mais on pourrait envisager n’importe quelle in-dustrie et pour ne citer qu’un chiffre, je dirai que l’Allemagne à la veille de la guerre avait un commerce extérieur de 25 mil-lards.
- Eh bien, Messieurs, voilà des chiffres qui sont faits pour provoquer des réflexions.
- Comment ces deux pays ont-ils conquis le monde et résolu le problème .?
- Je ne donne pas de chiffres de détail, je dirai seulement que c’est depuis 1900 que ceci s’est produit: ainsi pour l’acier , en Allemagne, on n’en fabriquait encore que 6.362.000 tonnes, en 1900; 18 millions en 1913. 3 fois plus 1! Comment cela s’est-il produit ? C’est bien la question actuelle puisqu’il de s'agit savoir pourquoi l’Allemagne a grandi, et par contre-coup à — comment nous, nous pourrons nous opposer un nouvel accroissement ou du moins à un relèvement de l'Allemagne après la guerre.
- Cela est dû, Messieurs, aux trustés et aux cartels.
- Je vais donc vous montrer ce que c’est qu’un trust, ce que c’est qu’un cartel, et je vous dirai tout de suite qu’ils ne sont plus populaires; d'ailleurs il faut se méfier des choses populaires , quand on a l’approbation unanime, il est cer-tain qu’on a tort et quand on a une très grande majorité , c’est qu’on a tort; quand on a seulement un petit nombre de personnes pour soi, c'est seulement après la mort qu’on obtient gain de cause et l’approbation universelle.
- Les trusts et les cartels sont la réaction contre l'or-ganisation industrielle nouvelle qui est sortie des idées de la Révolution française et même je puis dire des idées de Jean Jacques dans
- Rousseau; ce l’Ancien Régime , il y avait une corporation de
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- métiers, et on ne pouvait pas exercer un métier sans faire partie de la corporation et pour faire partie de la corporation, il fallait, bien entendu payer de petits droits. Il fallait acheter sa charge, comme on achète une charge de notaire, une charge d’a-voué, et c’était ainsi de tout temps. Cela vous paraît bizarre qu’il faille acheter le moyen de travailler; mais c'est ainsi qu'on avait conçu les choses au commencement du Moyen Age. mes Les sed-gneurs ga accordaient le droit de travailler, et les petites républiques urbaines avaient suivi au fond le même système; elles avaient organisé, elles aussi une vente du droit de travail et ces républiques urbaines étaient avant tout un syndicat de corporations ouvrières ou un patronage. Vous savez d’ailleurs que le
- Maire de Paris du Moyen Age, à la Anieyen===== fin du Moyen-Age s’appelait le Prévôt des Marchands, c’est-à-dire le préposé des Syndicats.
- La Révolution bouscula tout cela. La Révolution supprime tout; Elle applique le principe de Rousseau, La nation est souveraine, vous êtes souverain comme membre de la nation , mais personne ne peut s’interposer entre la nation souveraine et les individus; personne ne peut le faire; en conséquence celui qui essaye de le faire est un rebelle et la Révolution défend dans un article de loi toute espèce de réunion de gens qui prétendraient s’associer en vue d’un intérêt commun; elle n’admet pas cela. I1 n’y a pas un intérêt commun en dehors de l’intérêt que vous avez comme membre de la Nation.
- Plus tard ce principe a été sanctionné par l’article 719 d’un code spécial qui menace d’emprisonnement jusqu'à un an les industriels ou commerçants qui se seraient concertés entre eux pour maintenir leurs prix c’est-à-dire en somme pour former un trust.
- Cette idée a été populaire; en effet cela semblait fort
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- naturel; cela paraissait conforme à la liberté. Laisser faire chacun comme il veut; mais il faut qu’il n'y ait pas de pouvoir qui domine le marché et alors nous pouvons nous imaginer la libre concurrence s’exercer entre une centaine de petits cor-donniers, de petits graveurs, de petits patissiers, quelque chose comme les petites cités du Moyen-Age qu’on reconstitue dans les Expositions ou dans les petites villes comme Carcassonne en France ou comme en Autriche,
- A cela 11 y eut d'abord un petit peu de résistance de la part des ouvriers; on leur avait défendu de s'associer, mais ils sont en train de conquérir le droit de grève sous l'Empire. Cela a été la réforme introduite par Emile Olivier. Sous la République, ils ont demandé le droit de s’associer, on leur avait donné en effet le droit de faire grève mais pas le droit de s’entendre pour faire grève. Celaparaissait une contradiction; cela nous mène vers 1875.
- Mais de l’autre coté de l’Atlantique, on avait examiné les conditions générales qui règlent l’industrie et on avait trouvé que ce système était le plus onéreux pour le public puisqu’il était le plus onéreux pour les industriels.
- En effet si vous avez un grand nombre de petites industries, elles sont surchargées de frais généraux très élevés; elles ont un prix de revient très élevé et se concurrencent entre elles; elles ont besoin de beaucoup de voyageurs; il faut beaucoup de publicité, et pour elles les dépenses sont considérables.
- Il faut , il est nécessaire, ‘organiser la production dans des conditions économiques meilleures pour qu'elles coûte le moins cher possible. C’est de cette idée qu’est né le trust.
- Il n’a, Messieurs, pas commencé le trust en Amérique absolument comme un trust. Il a commencé par un trust analogue
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- au cartel : une entente entre es producteurs pour ne pas laisser monter les prix. Il s’agit là d’une association permanente pendant quelques années, d’un pull c’est le nom, parce que quand il y a une association de défendeurs de marchandises, c'est-à-dire de commerçants qui veulent faire monter les prix de cette marchandise en l’accaparant, il ne s’agit plus d ‘un pull mais il s’agit d’un corner. Nous avons des exemples de corners très connus, En 1889, il y eut un financier français assez maladroit quoiqu’il fut membre du Conseil d’Administration d ‘une grande société française qui avait imaginé de faire l'accaparement du cuivre ; ce résultat c’est qu’au bout de 6 mois il a fait monter le prix du cuivre; mais il se trouva beaucoup de nouvelles mines dont il ne put acheter le produit pour les vendre avanta-geusement. Le corner echoua; le financier se brula cervelle.
- A la meme époque un financier américain imagina un corner sur le olé qui roulait avec des sommes plus considérables. Il échoua, parce que la récolte qui vint bientôt était plus abondante qu’on ne l’avait espéré et on ne put acheter la récolte. Le financier ne fut pas complètement ruiné;en Amérique , on ne se mariant se ruine pas ainsi et en-meurant , quelques années après, il apportait en dot Laissait encorerà sa femme trois cents ou quatre cents millions de francs.
- Le pullé, ce n’est pas celà. C’est une entente permanente entre les différents producteurs d’une même marchandise. Il y en avait en Amérique vers 1870, même un peu avant. Ces pulls se formèrent un peu grâce à laprotection douanière qui rendait ces coalitions plus faciles, en empêchant la concurrence de l’étranger; mais ces pulls ne donnaient pas une garantie complète parce que les différents membres d’un pull s’engageaient à ne pas vendre au dessous du prix; mais il y a toujours des gens qui man-
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- quent de parole et cela alors a raté au bout de quelque temps. De plus on avait menacé de poursuites judiciaires les membres d’un de ces pulls qui prirent peur et aujourd’hui il n’y a pres-sauf
- que plus de pulls aux Etats Unis , susf un qui est considérable ; il ne s’est pas transformé en trust comme les autres: c'est le pull de la viande qui est formé par l’entente de 4 d'abord puis de 6 compagnies qui produisent la viande de conserve. La plus connue est la Compagnie A...... Elles se sont
- constituées en pulls et ont continué à fonctionner en puls , même après que l'ère des trusts était arrivée; cette ère de trusts, elle n’existe en réalité qu’en 1890 et c’est en 1897-1898 qu’il y a l’explosion et cor que tout se transforme en trust en Amérique, car en Amérique parce que toute l’industrie est trustée. Vous connaissez le fameux trust, le trust du pétrole;
- vous avez entendu parler de celui de l’acier qui a un capital de 7 millions 1/2. Il y en a une quantité d’autre, ainsi vous achetez un petit appareil photographique le Kodak, c’est le produit d’un trust américain;en= une machine, c’est un trust américain, et ainsi de suite.
- Il y a des trusts partout; c’est d’ailleurs la mode. Une industrie qui ne serait pas trustée n'insnirerait pas confiance et ne trouverait pas facilement d’argent.
- Pourquoi l'appelle-t'on trust? C’est urnom qui ne paraît pas s’appliquer à la chose; c’est un mot qui signifie: confiance;
- Ce mot qui signifie confiance passe au-dessus des adversaires pour être l'insigne d’une chose qui ne le mérite pas.
- Mais celui qui truste c’est celui qui confie, disait-on au Moyen Age. Il y avait des hommes de loi qui recevaient la mission de conserver des bois, des propriétés, des meubles, des immeubles pour le compte d’un tiers quelquefois, des personnes du monde ordinaire, quelquefois des personnes riches, quelquefois même des personnes du droit public. Celles qui avaient regu /Bib.
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- un mandat de confiance s’appelaient des trustings.
- Le premier trust se fit d'unefagon analogue.
- Voici comment on procéda : il s’agissait de réunir les différents industriels travaillant la même matière, produisant les mêmes produits. Ils se réunissaient non pas pour se confondre, Non, il y avait un inconvénient à se confondre. Tous les in -dustriels avaient leur contrat avec leurs clients. Mais il ne fallait que ces contrats viennent a tomber. Alors on faisait ceci: on disait aux actionnaires de chacune de ces sociétés: vous allez me donner votre action et en échange de cette action, dont je pourrai me servir pour siéger à l'Assemblée Générale je vais vous donner un autre titre , un titre de confiance qui vous donnera tous les droits pécuniaires attachés à l’action, mais ne vous donnera pas le droit de voter à l'Assemblée Générale où je suis votre mandataire.
- Voilà les premières conditions du trust. Nécessairement les jalousies se sont développées; on a dit , celane doit pas être régulier, on a menacé: le trust du sucre par exemple a été imaginé annulé. Et alors on a=amoné=une autre forme de trust .
- On a dit: on va voir les divers industriels assemblés. Voià fus ionner ces 20 sociétés; elles ont le droit de voter( chez nous elles le peuvent, dans certains cas, cependant, elles ne lepourraient pas par exemple, pour les chemins de fer, pour les charbonnages.
- On fusionna donc et on donna à chacun un nombre d ‘actions proportionnées ; cela avait encore des inconvénients et on arrive à une troisième forme du trust qui est laplus courante aujourd’hui c'est ce qu’on appelle le holding trust.
- Dans ce genre de trust, les sociétés ont l’air d’exister; c’est comme des fantômes; ellesexistent et puis derrière ces fantômes il y a l’esprit qui les anime; c’est le trust. Mais la
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- majorité des actions appartiennent à la Compagnie du trust , à la corporation. La corporation nomme le Directeur de chaque Compagnie qui ne peut refuser d ‘obéir. C’est donc une absorption complète.
- Voilà la forme du trust combiné, Pour échapper aux difficultés législatives qui se sont accumulées autour du trust. On a en effet voté des quantités de lois, mais l’Amérique est un pays où les lois sont plus inefficaces qu’en France. Elles ne s’appliquent pas et c’est tellement vrai que par exemple une Compagnie est condamnée à une amende de 150 millions: Le Président de la Compagnie est en train de jouer au crocket; il continue sa partie si on vient lui annoncercela. Cela n’a pas d’importance; il sait comment il faut faire pour s'arranger. Deux ans après , l’amende a été supprimée.
- Voilà la forme, je dirai juridique, du trust.
- Maintenant comment s’y prend-on pour faire cela. Il y a d'abord , au point de départ, ce qu’on appelle le promoteur du trust. Ce promoteur du trust, cet organisateur de trust c’est un homme qui doitavoir un talent particulier et c’est souvent un homme considérable. Le fameur banquier Pierpont Morgan est u n promoteur de trust; c’est lui qui a organisé le trust de l’acier dont le capital est de 7 millions 1/2. Un autre promoteur de trusts très connu en Amérique est un juge nommé M....... Il v en a un autre assez connu B....................................qui a organisé 55 trusts pour sa part. C’est une profession non pas qu’on puisse organiser cela facilement ; cela demande du temps.
- Le promoteur s’en va trouver les différents industriels de sa partie; naturellement il est d’accord avec quelques uns des principaux. Il va trouver les autres, chacun Isolement et il leur dit: Nous allons former un trust; ce trust va doubler, tri-peer vos bénéfices et votre capital si vous y entrez; voyons, comprenez que c’est votre intérêt. On fait miroiter tout cela ($)
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- à ses yeux. Il comprend généralement; s‘11 ne comprendpason lui dira: prenez garde, ou avec nous ou contre nous; Si vous ne vou-lez pas entrer dans notre trust, la guerre sera déclarée, on vous ruinera , car on va aller trouver chacun de vos clients et chaque produit que vous vendez 5 dollars, par exemple, nous lui offri-rons à 2 dollars, au-dessous même de votre prix de revient et vousne pourrez continuer à faire le sacrifice de lui vendre à ce prix, quelques une résistent , on leur montre alors l’exemple de quelques uns qui ont gagné leur fortune dans ce trust et ils acceptent. Quand ils ont accepté , ils deviennent des auxiliaires du promoteur et vont à leur tour engager quelques copains à entrer dans leur trust. Cela même a amené des incidents amusants, Dans les décisions de jugements, on raconte à ce sujet quelques anecdotes. On entend des juges dire: Messieurs, qui avez résisté , qui n'avez subi cela que parce que vous ne pouviez
- pas faire autrement. Pourquoi vouliez-vous y entraîner les autres, parce que vous y êtes vous-mêmes maintenant. Ce n’est pas un bon sentiment, etc......
- Voilà donc un promoteur qui groupe tout le monde. Comment se fait-il qu’il puisse promettre ainsi d'aussi gros bénéfices ?. Prenez un petit trust modèle , comme celui du fer blanc, par exemple, ou celui despoutrelles, bien qu’il soit déjà plus important ; mettons celui du fer blanc d’une importance moyenne. On réunit 20 personnes, je suppose, 20 usines et on apprécie la valeur de ces usines, mais on ne publie pas cette appréciation; admettons que ces usines soient évaluées à 50 millions, alors on dit; cela va très bien, vous apportez dans la société 50 millions: mais comment va t ‘on représenter ces 50 millions ?
- On émet deux espèces d ‘actions et une espèce d'obligat ion ; et alors on donne à l’individu qui entre dans le trust d’abord la valeur de son apport; on la lui donne en argent,
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- Qu’est ce qui va lui donner cela, c’est le banquier qui s est associé au promoteur pour organiser le trust et lui donner cet argent
- que deviendra le bénéfice ? Il v a ce que les Américains appellent le mouillage, ce que nous appelons la surcapitalisation; On dit , ess=50 millions , c’est bien; mais nous allons représenter la société nouvelle par 300 millions et nous allons émettre 300 millions d’actions; il y en a une partie qui sera accordée par les syndicats financiers qui vont paver en ar-gent , en bonne monnaie, les 50 millions apportés par les sociétés, Puis il y aura des actions ordinaires, puis des actions privilégiées qui sont des actions qui doivent rapporter 7 %, avant toute espèce de distribution de dividende aux autres actionnaires. Mais c’est limité à cela; vous voyez que cela ressemble aux obli-gations; puis il y aura des actions ordinaires, lesquelles actions ordinaires n’ont de dividendes que s’il reste des bénéfices après les 7 % distribués aux premières actions , mais qui peuvent recevoir un dividendeillimité ; il y en a qui ont regu 40 ou 15 % L’individu qui entre dans la société a donc d ‘abord la valeur de son apport en argent; puis il a ensuite unevaleur double, moitié en actions ppivilégiées, et moitié en actions ordinaires, c’est-à-dire Q'il gagne 200 % de son capital.Il faut encore ajoute à cela la part du syndicat financier et la part du promoteur très sérieuse. Bien traité, le promoteur aura 10, 12, 15 millions. Pier-pont Morgan a du avoir 30 millions pour le trust de l'acier..
- On a dit alors: ce procédé de mouillage et de surcapitalisation, c’est une escroquerie. Vous faites connaitre au public qu’il y a 300 millions; il n’y en a que 50. Les trusts font une réponse que je crois juste. Ils disent: c’est vrai, les usines qu’on met dans le trust ne valaient que 50 millions parce qu’elles -avaient toutes sortes de frais généraux qu’on fait disparaître. Le mouillage pour certains a été trop élevé, mais les trusts per-
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- mettent une grande diminution de frais généraux par la centralisation des usines; ils peuvent donner de gros bénéfices et ile permettent de porter ainsi la valeur des usines à un chiffre assezélevé.
- Certains ont eu, jele disais tout à l’heure,un mouillage un peu trop élevé; ils ont échoué; pour l’un d'eux entre autres le capital a été seulement de 1 million, et le mouillage de 20 millions. Mais cela n’atteint pas le principe des trusts, même si l’on envisage cet échec de trusts un peu imprudents.
- Voilà donc le trust organisé comme cela; mais le reproche qu'on leur adresse à cet égard au sujet de la surcapitalisation n’est pas fondé. Il n’est mas illégitime d’apprécier quand vous fondez une affaire la valeur future de cette affaire et non pas sa valeur actuelle. Toutes les affaires de commerce sont dans ce cas. Le commerce n’est-il pas organisé dans le but de réaliser des bénéfices. Il y a une question de mesure évidemment, mais cela existe dans toute espèce d’affaires. Voilà donc le trust sont-ils fondé; ma intenant ces trusts organisés ainsi est-il une bonne ou une mauvaise chose. On a beaucoup bataillé aux Etats Unis; mais en général, il est certain qu’ils n'avaient pas une bonne presse comme on dit; l’expression n’est pas toujours bonne; quelquefois on a l’opinion contre soi, mais pas la presse; la presse reçoit de l’argent pour les réclames et même pour les opinions.
- On a dit d'abord, vous jetez plein d’hommes sur le pavé: Cela c’est vrai; vous ne pouvez pas diminuer les frais .généraux d’une affaire sans diminuer le nomer e des auxiliaires de cette affaire. Toutes les dépenses dans le prix de revient sont au fond des auxiliaires; il y a un prix qu’on proclame salaire, une autre qu’on appelle, matière première, mais cette matière première elle-même représente des salaires qui ont servi à la fabrication.
- Ainsi forcément, toute diminution du prix de revient entraîne suppression d’un certain nombre d’auxiliaires. Mais tout
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- propres se fait comme cela et an bout d’un certain temps tous les inconvénients de ce progrès disparaissent •
- vers 1840 le machinisme s’est développé; on a vu partout des plaintes, des gens dépouillés de leur gagne-pain; mais tous ont retrouvé des occupations. Parlons des diligences, par exemple sur lesquelles on a versé des pleurs; les employés sont devenus des employés de chemins de fer et ils ont gagné beaucoup plus; le progrès n'est possible que comme cela.
- Citerai-je un autreexemple ? A Bakou, près la Mer Caspienne le pétrole était transporté autrefois dans des voitures traînées par un petit cheval poussif, cela n'allait pas bien vite;
- cela n’avait pas une grande force de transport; quand on a fait eske des tuyaux amenant au loin , à la raffinerie, le pétrole de la mine, les ouvriers se sont révoltés comme des syndicalistes parisiens. Ont-ils raison de faire cela ? Non, d’ailleurs il n’est pas contesté que les ouvriers conservés sont payés plus cher ;
- Mais les trusts suppriment, a t ‘on dit encore, les usines mal placées, qui ont un prix de revient trop élevé, soit par leurs mauvais moyens d'alimentation ou d’arrivée des matières premières. Ou bien encore , on les spécialise, on mettra 4 ou 5 spécialités dans une usine.
- On supprime donc des usines; il y a de quoi. Par exemple, pour le trust du sucre, on a supprimé les 2/3 des usines qui-quand il a été constitué des trusts. Donc il y a des pertes:
- Tout cela est vrai, mais est-ce qu’il n'en est pas de même quand il n‘y a pas de trusts; ainsi dans l’industrie du fer: Vers la fin de l’Empire quand on a commencé à faire du fer à la houille pour remplacer le fer au bois, ce furent des lamentations universelles sur les malheureuses conditions des pro-
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- ducteurs qu’il fallait sauver; il y en avait beaucoup dans l'Est de la France. Quand en a agi ainsi, on a dit: il faut donner des pensions de retraite à tous ceux qui sont attelés à une mauvaise besogne; cela coûtera moins cher au pays de produire à bien meilleur marchédes produits qui nous coûtent cher.
- Voilà laréponse à cette objection qui d’ailleurs n'est pas la seule, ils vont
- On a dit encore: oui, 42-faut augmenter les prix énormé-ment et le public seravictime, c’est encore lui qui paiera.
- En France, on voit beaucoup d’accaparement; on dit tout de suite quand un prix monte, c’est l’agiotage; c’est encore quelque chose de très contestable ou plutôt quelque chose que je crois injuste. Ils ont nommé en Amérique une commission pour étudier la question. En France quand on a une idée nouvelle, on nomme une commission pour l’étudier qui très souvent la résout négativement. Pour mon compte, j’en ai souffert. On a nommé 4 commissions pour étudier le monopole du pétrole.....
- On a donc nommé des commissaires spéciaux , des experts ils étaient qui ont étudié à fond la question. Naturellement, ellerétait nommée dans l’intention de découvrir des fautes; elle=en ils en ont trouvé: ils ont dit: oui, oui, ils augmentent leurs prix: Prenons des exemples: un trust sur lesquels ils ont beaucoup insisté: C’est un nommé M................ Economiste fort distingué
- qui a fait un grand et énorme rapport dont il affa.it un premier abrégé, puis un deuxième, puis un Zème qui est encore très gros Il a dit, c’est peut-être vrai que les prix n’ont pas augmenté, mais ils auraient dû diminuer. Le premier exemple qu’il cite c’est le sucre, et vous allez voir si cela est le moins du monde probant.
- Voilà le sucre brut et le sucre raffiné:
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- De 1880 à 1899, le prix du sucre baisse de 15 centimes la livre à 22 centimes; il n’a donc pas augmenté. Il dit alors, mais c'est parce que le prix du sucre a baissé aussi: le sucre valait 50 centimes il arrive à moitié moins.
- Alors on ne voit pas comment il se fait que le trust ait augmenté arbitrairement ses prix; Ah, mais il faut garder la différence du prix entre le sucre raffiné et le prix du sucre brut "la marge" . qu’est ce que c'est en somme ? le bénéfice que fait le trust et ensuite la valeur de son travail.
- En 1880, cette marge dépasse sensiblement 5 centimes et en 1899 elle est tombée à 2 centimes; donc la marge a diminué.
- On trouve toujours quelque chose:
- On a dit: mais les procédés matériels de l'affinage se sont tes améliorés: peut-être , mais c’est justement grâce aux trusts; ce sont eux qui peuvent faire cela; une petite cuisine isolée ne peut pas arriver à faire quelque chose sans grands frais.
- Voilà une réponse aux principales objections contre les trusts; mais je ne vous ai pas montré le grand avantage des trusts qui va faire naître une nouvelle objection. Le trust a permis 1’ exportation.
- Je vous ai montré l'énorme production américaine; mais je pourrai faire la même chose pour l’exportation. Ces industries, qui auparavant étaient considérées comme ne pouvant dans aucun cas lutter contre l’industrie anglaise , voilà qu’elles exportent et jusqu’en Angleterre. Je me rappelle quand j’étais jeune, vers 1887, je vois dans les journaux que les Américains avaient sevmitenné=seumitienné= soumissionné la fourniture de je ne sais plus quelle chose en fer, un pont, j e crois, pour le Japon, à un prix plus avantageux que l’Angleterre . Je dis, ce n’est pas possible, ils ont des ouvriers qu’ils payent 25 francs par jour , ils ont des charges des transport plus grandes, et le charbon
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- au loin. Je fus voir un de mes amis qui était M. Hirsch, je cause de cela et il me dit: si étonnant qu e ce soit, ce n’est pas impossible, ni invraisemblable. Ce n’est peut-être qu'une réclame qu'ils veulent se donner, peut-être, mais dans tous les cas quelques années après tout avait changé. Aujourd ‘hui l’Amérique exporte deux fois plus qu ‘autrefois . Aujourd'hui, l'Amérique exporte des produits fabriqués, non seulement des scies, des cotonnades, jusqu’en Angleterre, alors que l’Angleterre avait le privilège de fournir des cotons et des cotonnades à tout le monde entier, depuis le Japonais le plus pauvre jusqu’au plus riche Yankee.
- On a eu encore une petite objection que nous allons retrouver tcut à l’heure. : "C'est vrai, mais ces brigands de trusts ne vendent pasà l’étranger au même prix qu’ils vendent dans le pays."
- C'est vrai, on a même cité des machines à coudre, des machines à écrire, qu’on vend en Europe, 25, 30 % moins emères= che r qu’en Amérique. C’est grâce à cela qu’ils les vendent; on dit alors : c’est frelaté, mais non, voici comment cela s’explique très bien: le trust calcule qu’il peut vendre , je suppose 1000 machines en Amérique; alors il calcule son prix pour que la vente de ces 1000 machines lui donne la valeur des matières employée/s, la valeur du salaire, un petit bénéfice normal et ses frais généraux, et alors elle vend ce prix; sipefabrique 100 machines pour l’exportation en Europe, ces machines ne lui coûtent plus que la matière première et le salaire, en les vendant moins cher ils a encore du bénéfice.
- Il n’y a pas que dans le trust que cette chose se passe, dans le commerce de la librairie ‘c’est la même chose. L’éditeur de Paris fait des prix différents au libraire détaillant suivant don éloignement; il fait 25 % de remise à un libraire parisien et 50 % à un libraire de Pétersbourg, toujours en se plaçant au même point de vue, sous l’influence des mêmes raisons.
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- il n’y a rien à dire à cela.
- Mais il y a de grands avantages parce qu’on affait des pays exportateurs. Aujourd'hui, nous sentons tout l’avantage qu' il y a à être un pays exportateur parce qu’on peut se procurer du change très facilement,
- Je vous ai parlé du trust un peu longuement, trop vive-ment parce que la matière est vaste, il me reste tien peu de temps pour vous parler de l’Allemagne.
- En Allemagne, il n'y a pas de trusts à proprement parler ; 11 y a des pulls ou à peu près, qu’on appelle des cartels.
- Alors tout est sous le régime des cartels en ce moment. Il n’y en avait pas beaucoup en 1870 , au moment de la guerre il y avait + petits cartels insignifiants.
- Il faut que je vous définisse le cartel. Je vous ai dit que c’était à peu près un pull. La définition est donnée par un grand économiste distingué:"c’est une coalition de producteurs pour limiter la concurrence et empêcher la baisse des prix, imposer un minimum de prix. Je l’ai dit: il y en avait + petits insignifiants en 1870. Jusqu’en 77-78, il s’en est formé trois, mais un des quatre premiers s’était dissous.
- En 1880, 11 s’est formé plusieurs de ces cartels assez importants, notamment dans l’industrie du f er et du charbon. En 1890, il y en avait environ 160 à 180; aujourd’hui, il y en a au moins 700.
- Tout est sous le régime du cartel dans l’industrie allemande, comme aux Etats Unis tout est sous le régime du trust. Comment cela sa fait-il ?
- Prenons comme exemple les cartel du charbon et du f er en Bestphalie.
- Cescartels s’était formés vers 1897 sous la forme actuelle
- et bien entendu tous les deux avaient une très grande importance. Ce sont des ententes entre producteurs qui lèguent leurs
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- droits de vente à une société centrale qui les représente.
- Ou bien elle prend toute la production de chacun des membres du syndicat, du cartel à son compte et alors elle revend COM me elle peut. Bien entendu cette société n’a pas d’autres actionnaires que les membres du cartel, c’est donc tout bénéfice pour eux , mais souvent aussi, la société des cartels n’est qu’un intermédiaire obligatoire; c’est comme nous dirions, un comptoir de vente entre les usines productrices et le public.
- Nous avons en France une organisation analogue, ce qu’on appelait le Comptoir de ?
- Dans ces conditions là voici ce qui arrive?
- Il faut nécessairement limiter la production, c’est in-dispensableparce que si la production pouvait être illimitée, le Comptoir de la Société Centrale ne pourrait pas tout vendre. On limite donc toute la production ou plutôt en limite la production que le Comptoir se charge de vendre; au-dessus chacun peut produire mais à condition d'exporter.
- Maintenant quelle garantie y aura-t'il : Comment chacun respectera-t ‘il ses engagements?
- Il y a le contrôle, contrôle très sérieux; la société du cartel a le droit d’envoyer à tout moment, les inspecteurs regarder non seulement la fabrication, mais les registres et s’il y a eu une faute commise, il y a une amende, quelquefois très grosse, quelquefois 500 marks pour une tonne de charbon vendue à tort; ce système là, ce-n±est=ezest= ce n’est pas l’absorption comme le trust; il y a des différences profondes; dans le trust toutes les usines sont entre les mains des directeurs qui ne sont plus que des employés de la société centrale et alors la société peut faire profiter chacun de ses membres de c e qu’elle a; elle peut acheter un brevet d’invention , par exemple et le faire exploiter par chacun de ses membres.
- Dans le cartel chaque usine conserve son autonomie com-
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- * complète, ce n’est que la vente qui est soumise au contrôle.
- Chaque pat ron peut prendre les auxiliaires qu’il veut; il peut prendre des brevets tout seul et n’en faire profiter que lui seul et pas sescopains.
- Celaproduit de très grands résultats en ce qui con-cerne la vente. J'ai oublié de vous dire qu’il y a des cartels en sens inverse. Ils peuvent former un cartel pour l'achat. Il y en a eu chez nous pour lesmachines agricoles. Ces deux cartels réunis forment évidemment une très grande économie de production, . et puis surtout cela permet la fixation des prix dans des condi-
- • tiens différentes. C’est dans l’état normal.
- Suivant les circonstances et suivant les besoins de cha-cun , par exemple, le cartel imposera à ses clients de ne pas acheter aucune tonne de charbon ou aucune tonne de fer à d’autres qu'à lui à aucun prix; on lui dit, si vous achetez une seuleftom= tonne de charbon, une seule tonne d ‘acier à un autre , toutes les tonnes de charbon que vous achèterez pendant toute la durée de votre contrat seront augmentées. C'est un moyen de pression qu’une société particulière ne pourrait employer.
- • On lui dit: vous pouvez bien emp payer un peu plus à d’autres,
- vous paierez un peu moins à nous, et cela forcément facilite 1′exportation.
- Et puisque je parle du charbon, voici ce qui se passe pour les syndicats westphaliens relativement à la France. Les syndicats vendent en France du charbon à bien meilleur marché qu’ils le vendent en Allemagne.
- Pourquoi ? En vertu du raisonnement que je faisais tout à l’heure. Si en Allemagne la vente couvre toutes les dépenses et donne un bénéfice, ce qu’on dépense en plus n’a qu’à payer le salaire.
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- Mais ils ne font pas cela d’une façon dure régulière et quand il y a une période de dépression industrielle, ils envoient du charbon en Lorraine; ils ne gagnent pas beaucoup avec ce
- charbon; peut-être ne font-ils que boucler les deux bouts.
- Mais le jour où laprospérité industrielle reprend et où le char
- bon manque, ils changent tout à fait leurs prix; ils ne vendent
- plus parce qu’ils ont plus d’avantage à vendre dans leur pays Leur intérêt suffit à dicter leur conduite.
- Les industriels s'en plaignent et cependant ils sont les premiers à en profiter. Ce qui est le plus à craindre , c’est la famine. Cela est pis que les soubresauts: la famine char-bonnière est , hélas, une vérité. Il y a eu des moments où elle fut très grande . On paye alors n'importe quel prix, on préfère l’avoir. Le chemin de fer de Lyon a été un jour à se demander s ‘1 pourrait continuer ses services en 1873.
- Voici comment cela s’est produit. A ce moment, il n’avait pas son usine de Givors et la Compagnie de-lEst attendait an-xieusement du charbon; elle télégraphie; elle écrit: enfin, je n’en ai plus. Envoyez le tout de suite. On lui répond: Comment voulez-vous que je l’envoie. Votre charbon , nous l’avons brûlé pour faire marcher nos locomotives, et si nous ne l’avions pas brûlé, @ charbon, c’aurait été la même chose, nous n’aurions pas pu vous l’envoyer, faute de charbon pour nos locomotives.
- Le cartel donne une garantie à peu près complète contre la famine charbonnière; celaressemble un peu aux réserves des munitions de guerre.
- Voilà le grand avantage de ce système.
- Je regrette bien, Messieurs, d’être arrivé au bout du temps que je dois vous consacrer, vous imposer. Je ne voudrais pas vous fatiguer en prolongeant d’un quart d’heure. J’aurais bien des choses à vous dire parce que cette question est fondamentale. Ceux qui la traitent , la traitent souvent avec
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- des arrière-pensées. On s’est plaint beaucoup des trusts: on a dit qu‘ils -avaient corrompu les pouvoirs publics;I1 y a peut-être d’autres pays où les gouvernements ont regu de l’argent pour faire ce qu'ils ne devaient pas faire!
- On a même fait des lois pour étouffer les trusts; Roose-velt a déclaré lui-même qu'il fallait étouffer les trusts. Or, 11 était du parti républicain, le parti démocratique lui était Naturellement hostile par principe par @ qu'il est hostile à l’action du gouvernement central; les Républicains sont moins hostiles à cela ,; Roosevelt a foncé avec la vigueur que vous lui connaissez, la meme vigueur quil a montré contre les tigres en auj ourd' hu i Afrique et contre W..... ) il a foncé, dis-je, sur les trusts qu’il accuse de veulerie et que voulez-vous ? On lui a répondu: c’est peut-être vrai, mais les trusts que vous accusez ont payé votre élection; c’étaient les trusts d’assurances qui sont des mutuelles et n’ont pas d’actionnaires à payer; mais il y a des dépenses administratives qui sont considérables. Puis, il y a l'hypocrisie protestante étrangère qui se produit: on dit que B qui est le vrai chef du parti démocratique en
- Amérique, bien que ce soit Wilson qui ait été nommé par les Républicains a déclaré : c’est possible qu’on gagne de l’argent, c’est possible que cela ne diminue pas le prix des choses; c’est possible que cela donne au pays une grande puissance d’exportation, s’il y a l’honneur, il y a aussi le dollar. L’argent a été créé par l’homme, tandis que l’homme alété créé par Dieu et c’est de cela qu’il ous/faut préoccuper. Ce sont des arguments qui nont pas grande valeur.
- Ya t’il quelque chose au-dessus de l’argent? Oui, i^y a quelque chose au-dessus del ‘argent mal gagné; c’est une question /
- de morale. L’économiste n’est pas là pour le dire. ce ne sont pas les Américains qui ont qualité de regretter qu’on se préoc-
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- cupe de l’argent; l’argent qu'on gagne sans manquer à l'honneur, c’est une force en même temps qu’un plaisir et c’est surtout une force pour une nation.
- Aujourd'hui, il faut renoncer à ces concurrences de petits groupes; il n’y a plus que les nations qui luttent entre elles.
- Il faut considérer ce qui rend la nation plus forte. L’économie politique n’a pas dit quel est son objet; elle a oublié de la définir. Elle dit que c’est de calculer la richesse par la valeur, mais elle ne sait pas ce que c’est que la valeur.
- C’est comme la morale qui dit qu’il y a de bonnes choses et de mauvaises choses, sans définir ce qu’est la bonne chose et la mauvaise chose.
- Messieurs, j’ai dit que le bien de la nation est dans le groupement. Les individus qui veulent combattre individuellement
- sont battus d‘avance.
- Il nous faut absolument triompher et c’est pour cela que
- c’est dans la voie des groupements que nous devons chercher les
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