Journal des expériences et des recherches sur les horloges et les montres
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Note de présentation
du Journal des expériences et des recherches sur les horloges et les montres de Ferdinand Berthoud (1727-1807), horloger du Roi et de la Marine
Ferdinand Berthoud (1727-1807) est incontestablement la figure majeure de la chronométrie française de la seconde moitié du 18e siècle. Originaire de la Principauté de Neuchâtel, située dans le nord-ouest de la Suisse, il s’installe à Paris à l’adolescence pour poursuivre sa formation en horlogerie après un apprentissage accompli au sein de la famille. Dans la capitale française, il mène une brillante et longue carrière. Elle est couronnée d’abord par l’obtention du titre d’horloger et de mécanicien du Roi et de la Marine en 1770, jamais attribué sous cette double forme auparavant. En 1795, il est nommé membre de l’Institut national dans la classe des arts mécaniques.
Dès les années 1750, Berthoud participe à l’effervescence technique et scientifique suscitée par la « quête des longitudes » lancée par le concours du Board of Longitude anglais en 1714. Il réfléchit donc à des moyens mécaniques pour optimiser le calcul de la longitude en mer et pour rendre la navigation plus sûre. Le prix britannique est finalement remporté par l’horloger John Harrison (1693-1776) grâce à sa montre H4, terminée en 1759 ; avec elle, l’artisan livre le premier chronomètre de l’histoire.
En raison de ses recherches et des publications, l’horloger neuchâtelois fait partie des experts français que le royaume envoie entre 1763 et 1766 outre-Manche – sans succès – pour saisir les secrets de la H4. Malgré l’échec, Ferdinand Berthoud obtient les faveurs de la Marine française. Dès 1767, elle lui confie la réalisation d’horloges marines et d’instruments pour la navigation. C’est lui désormais qui défendra l’honneur de la chronométrie à la française. Cet accord prestigieux ne va pas sans générer de fortes tensions avec d’autres horlogers de la place parisienne, dont les travaux sur la longitude avaient donné des résultats tout aussi intéressants que ceux de Berthoud.
La collection des 23 « Journaux d’expériences » de Ferdinand Berthoud, conservés au CNAM depuis 1863, constitue un témoignage dont la rareté mérite d’être relevée. Aucun horloger de l’âge des Lumières ne nous a légué de manuscrits techniques d’une telle ampleur. Sur une période de plus de trente ans, Berthoud a pris le soin de consigner sur le papier le déploiement de ses observations et le déroulement de ses expérimentations dans le domaine de la chronométrie et de ses activités annexes. Ce contenu, à la fois technologique, scientifique et artisanal, s’accompagne d’un talent singulier pour l’écriture et la vulgarisation, comme le prouve le succès des traités horlogers illustrés de Berthoud, ainsi que sa contribution à l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Ces journaux se signalent alors par la clarté explicative de leur propos, qui renforce leur caractère exceptionnel.
Malheureusement, la série n’est pas complète. Il manque quatre volumes, dont les deux premiers datant des années 1750. Le journal n° 2 est aujourd’hui dans une collection privée helvétique ; les traces des autres sont perdues.
Les documents, dotés parfois de tables et d’un système interne de renvois, n’ont pas été composés de manière chronologique et sont à lire en parallèle. Dès lors, leur style et leur structure les distinguent des simples recueils de notes. Il n’est pas improbable que l’horloger les destinât à une circulation large et non pas à un usage exclusivement personnel.
Ces cahiers nous introduisent véritablement dans l’atelier de « recherche et développement » de Ferdinand Berthoud, dont ils nous offrent la chronique, parfois au quotidien. Ils décrivent les idées, mais aussi les procédés, les gestes, les pièces, leurs composants, les réussites et les échecs. Ce faisant, c’est la chronique d’un champ du savoir en pleine émergence et cherchant à se définir qu’ils nous donnent à lire, racontée dans la perspective d’un ses principaux acteurs.
Rossella Baldi
Université de Neuchâtel



