Le Devoir
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- NUMÉRO PROGRAMME
- 3 MARS 1878
- ASSOCIATION DU CAPITAL ET DU TRAVAIL
- POLITIQUE
- LÉGISLATION
- ADMINISTRATION
- RELIGION
- TRAVAIL
- INDUSTRIE
- COMMERCE
- CONSOMMATION
- (Jfratqniti
- Abonnements
- FRANCE
- Un an........10 A *
- Six mois . ... 6 »
- Trois mois. ... 8 »
- ÉTRANGER Un an. . , . . . 11 f.* Six mois .... 6 50
- Trois mois. ... 3 50
- journal hebdomadaire paraissant le dimanche
- Rédacteur en chef, M. Ed. CflAMPIRY ADRESSER LA CORRESPONDANCE AU GÉRANT A GUISE (AISNE)
- Les abonnements sont reçus en mandats de poste, ou en timbres-poste et timbres d’effets de commerce français.
- Annonces
- La ligne . . . . Ofr.50
- Les annonces sont reçues à Guise, au bureau du jmir. nal, et à Paris, riiez MM. Havas, Laffite et C*, 8, place de la Bourse.
- AVIS
- Le journal le DEVOIR paraîtra régulièrement à partir du 17 mars prochain.
- Les personnes qui désirent l’apprécier par un simple essai peuvent le faire en envoyant Un Franc en timbres-poste ou en timbres de commerce français
- au Gérant du Devoir à Guise (Aisne).
- Elles recevront en échange les quatre numéros qui suivront leur envoi.
- SOMMAIRE
- Explications préliminaires. — Notre polilique. — Noire devise. — Un danger. — Impôts. — La paix et la guerre. — Le mouvement religieux. — Les classes laborieuses. — Le travail. — Chemins de fer. — Le Familistère de Guise. — Association. — Économie domestique.
- EXPLICATIONS PRÉLIMINAIRES
- La presse est le miroir Adèle d’une époque.
- Chaque temps s’y reproduit avec les préférences qui lui sont propres, avec l'allure d’esprit qui lui appartient, avec les besoins intellectuels qui le caractérisent.
- Ces préférences, ces besoins, varient et se renouvellent sans cesse; la presse varie et se transforme avec eux.
- Le vrai, le beau, le bien rayonnent constamment dans le ciel de la pensée, mais à la manière de certaine étoile de l’espace dont 1a. cou-
- leur et l’intensité sont l’objet de changemenfs continuels : sa lumière paiait parfois s’éteindre, elle ne brille que plus vive l’instant d’après.
- Ces changements, ces intermittences, nous les retrouverons toujours dans la presse ; ils sont même un de ses éléments constitutifs.
- Voyez plutôt.
- L’esprit et la forme de la presse aux époques sérieuses sont diamétralement opposés à ce qu’ils sont aux époques légères.
- En effet,dans les temps de décadence les publications légères pullulent; elles jouissent seules de la vogue; toute l’attention du public es* pour elles, car elles lui servent une pâture à son goût, sujets à scandales, aperçus plus subtils que profonds, sophismes développés avec art et soutenus avec impudeur. Plus de vérité, plus de réflexion, plus d’aspirations élevées, parfois mémo plus de bonne foi ; l’étude ennuie, le devoir n’est qu’un préjugé, l’idéal qu'un sujet de raillerie. Seul, le culte de la forme règne en souverain ; c’est vers lui que tout tend; c’est à lui que tout est sacrifié.
- Hélas ! on oublie que la richesse et l’éciai. (.
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- costume ne dissimulent que trop souvent la laideur ou l’état maladif du corps !
- Tout autres sont les exigences des époques de crise ou de transformation.
- Elles veulent des idées plutôt que des phrases, des faits plutôt que des idées. Le rapport du fond et de la forme est interverti : c’est le fond qui prime, la forme qui se soumet. La forme n’est plus qu’un renfort accordé à l’idée, qu’une arme qu’on lui remet, qu’un maillot de fer qui doit la protéger en se moulant sur ses contours.
- C’est alors qu’on voit le public demander à la presse de devenir autre chose qu’un passe-temps.- ïl veut du substantiel et non plus du léger. Il exige la suite dans l’étude, l'exactitude dans l’examen, l’indépendance dans les aperçus, la clarté en tout et partout et, plus haut, aussi haut que les regards peuvent atteindre, la reconnaissance d’un principe supérieur dont toute pensée dérive et dont toute action doit nous rapprocher.
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- Nous ne vivons ni dans une de ces époques de décadence, ni dans une de ces crises d’enfantement ou de transformation.
- La décadence s’est arrêtée il y a quelques années au fond de l’abîme où elle avait entraîné la nation tout entière; quanta l’état de transformation, nous y entrons seulement.
- Nous sommes à l’aube d’un nouveau jour de la pensée; nous sentons que la lumière va surgir d’un instant à l’autre et nous l’attendons, comptant bien qu’elle nous réchauffera de ses rayons.
- Depuis quelquos semaines la Franco marche dans un chemin nouveau.
- Les principes tendent à passer dans, l’ordre des réalités et les désirs longtemps contenus surgissent sous forme de projets de lois.
- Peu à peu les régimes anciens s’effacent, la République se fonde, la vérité se dégage et ses premières fleurs vont éclore de toutes parts.
- L’homme, désabusé de mots, ne se paie plus de phrases creuses.
- Il veut des faits,
- Il veut des tentatives,
- Il veut des réalisations.
- La presse, comme le public, témoigne de ce besoin nouveau.
- Les journaux se transforment et si l’on compare ce qu’ils sont aujourd’hui avec ce qu’ils étaient hier on a lieu de se féliciter. Il y a progrès, progrès très-réel et tout engage à croire que le mouvement persistera dans ie même sens en s’accentuant de plus en plus.
- Le temps des phrases creuses et des mots vides de sens est passé.
- Gcs phrases, ces mots, ont été la consolation des impuissants et des bâillonnés. La compression les a fait naître, la liberté les fera-mourir.
- L’avénement de la République leur enlève, grâce au suffrage universel, leurs chances de succès et même leur raison d’être. .
- Sous les rayons de l’ordre nouveau ils disparaîtront comme ces champignons vénéneux qui se développent dans les recoins humides, mais qui périssent au grand soleil.
- La liberté est le meilleur, le seul préservatif des sociétés contre l’erreur et le préjugé ; l’avenir nous le prouvera.
- On a pu croire, on a pu dire en un temps d’opposition que l’heure de la haine était venue; on a pu applaudir à ce blasphème, à ce crimo de lèse-humanité.
- Personne ne le répéterait aujourd'hui, personne surtout n’oserait l’applaudir.
- Nonl cette heure-là n’est pas venue! Non! elle ne viendra jamais 1 Celle qui est venue, celle que l’avénement définitif de la République a fait venir, ce n’est pas l’heure de la haine , ce n’est pas môme celle de la passion, c’est l’heure sereine, c’est l’heure auguste et majestueuse du progrès continu et de l’amélioration de tous et de chacun 1
- C’est pour participer dans la mesure de nos forces à ce mouvement do progrès que nous entreprenons aujourd’hui la publication du Devoir.
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- Cetto publication n’est pas un journal dans le sens ordinaire du mot ; ce n’est pas non plus une revue.
- Le Devoir tiendra du journal par la fréquence de ses numéros et de la revue par la nature mûrie et réfléchie de ses articles.
- Il ne traitera rien à la légère; il ne jugera rien avec parti pris. Il ne défendra aucun intérêt particulier, aucune ambition personnelle. Il s’abstiendra de toute polémique stérile, de toute personnalité malveillante, de toute affirmation haineuse ou hasardée.
- Son but, c’est la recherche du vrai, du bon, du bien et il y consacrera tout son temps et toutes ses forces, quels que puissent être la nature des obstacles et le nombre des difficultés.
- Nous ne nous berçons pas d’illusions,
- Nous savons d’avance que la constance de nos efforts sera plus grande que leur résultat.
- Qu’importe 1
- S’il fallait abandonner toutes les entreprises dont la réalisation est difficile, toutes celles dont le succès est incertain, toutes celles qui n’ont d’autre récompense que le sentiment d’un devoir accompli, qui donc oserait entreprendre quelque chose de nouveau?
- Déclarons-le franchement. Notre journal n’est pas un organe de parti.
- Est-ce à dire qu’il ne suivra aucune ligne bien déterminée ? qu’il ne se ralliera à aucun principe bien défini ?
- Au contraire.
- C’est précisément parce qu’il se tiendra toujours sur le terrain des principes qu’il se détachera de tout parti.
- Les principes sont supérieurs aux querelles humaines. Ils sont semblables à ces cimes neigeuses des Alpes qui planent au-dessus des nuages parce qu’elles sont plus près du ciel. Inébranlables au sein des orages , elles ne cessent d’indiquer au voyageur la direction qu’il doit prendre et l’espace qu’il doit parcourir.
- De même dans l’ordre des faits les principes doivent tout dominer et tout juger de leur
- Mais il ne suffit pas de considérer les prim cipes en eux-mêmes. Il y a à l’heure qu’il est des tentatives d’application de ces principes et parfois ces tentatives ont réussi.
- C’est ainsi que le principe du gouvernement des peuples par eux-mêmes a passé dans l’ordre des réalisations.
- La Suisse est libre depuis près de 600 ans.
- Les États-Unis sont libres depuis plus d’un siècle.
- La France aspire à être libre d’une manière définitive.
- De même dans l’ordre social.
- Il a été fait beaucoup de choses pour améliorer le sort des déshérités de ce monde, et bien que ces efforts ne soient pas suffisamment appréciés, bien que même ils ne soient pas aussi connus qu’il le faudrait, ils existent et méritent d’être étudiés.
- * *
- Ce sont ces faits, ces tentatives et ces réalisations que nous examinerons avant tout;
- C’est d’après leur examen que nous raisonnerons;
- C’est pour avoir vu les maux que nous réclamerons les remèdes ;
- C’est pour avoir vu l’essai des remèdes que nous en demanderons l’emploi.
- Rien ne sera laissé au hasard ou aux spéculations de l’esprit. Tout viendra à sa place et en son temps. Autant qu’il nous sera possible nous développerons les faits avec méthode.
- Ces faits, ils se présentent dans les ordres les plus variés et comme tout est solidaire en ce monde, comme tout se tient, s'enchaîne et s’éclaire mutuellement, rien ne devrait nous échapper si nous voulions embrasser intégralement notre sujet.
- Pareille prétention ferait sourire. 1’*^ du travail et la multiplicité de ^ ncT^ sont telles que nous sommes '<çrflég de fajre choix.
- Nous restreint
- nous ré*5' -*uns donc notre etude et n - • lignerons à n’examiner qu’un cer
- ordre de faits.
- Nous étudierons d’une manière plus part
- lière tout ce qui tend :
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- 1° A l'amélioration de Vindividu, sous le rapport physique, sous le rapport intellectuel, sous le rapport moral,
- 2° A l'amélioration des milieux dans lesquels se développe ou agit l*individu : école, atelier, habitation.
- 3° A Vamélioration des collectivités dont fait partie l'individu : famille, association, patrie, humanité.
- Même ramené à ces trois points, le sujet que nous entendons embrasser reste fort étendu. Il comprend depuis les choses les plus simples jusqu’aux aperçus les plus élevés.
- Un pareil programme nous oblige à traiter:
- de la production, de la consommation, du commerce, de l’industrie, du travail, de l’administration, de la législation, de la politique, du mouvement religieux.
- En un mot nous aurons à parcourir toute cette chaîne de faits dont chaque anneau est distinct de son voisin, dont chacun en est solidaire et dont l’ensemble ne forme qu’un seul et même tout.
- Ces matières pourront se classer dans les divisions suivantes :
- 1° Bulletin de la politique intérieure, suivi, s’il y a lieu, de rapides commentaires sur les réformes législatives dônt les faits peuvent révéler la nécessité.
- T Bulletin de la politique extérieure, suivi, s’il y a lieu, de rapides comparaisons avec la politique intérieure.
- 3r Réformes à introduire lierai ia législation au iom de la liberté, du progrès *ocial et cLe i’amélioration du sort des classes laborieuse,
- 4° Faits relatifs à la liberté de conscience et aux mouvements des opinions religieuses.
- 5° Questions relatives aux rapports du capital et du travail, organisation des associations, etc., tant en Europe qu’aux États-Unis.
- 6® Chronique des besoins du pays, chemins de fer, routes, canaux, écoles, etc.
- 7° Découvertes scientifiques et perfectionnements industriels importants.
- 8° Économie domestique.
- 9° Variétés.
- Nous aurons pour nous guider dans cet ensemble de faits un critère inflexible et parfaitement déterminé.
- Nous croyons et nous démontrerons :
- Que la vie est la loi suprême de toute chose,
- Que le progrès continu est la condition de la vie,
- Que l'amélioration de l'individu, celle des milieux dans lesquels il vit et celle des collectivités dont il fait partie sont la condition du progrès continu.
- Partant de là nous jugerons toute chose à la lumière de ce principe, certains ainsi de ne pas faire fausse route et de n’ètre jamais en contradiction avec nous-mêmes.
- On le voit, la mission que nous nous imposons est difficile. Elle l’est d’aulant plus que nous avons à la remplir en nous guidant sur des principes nouveaux et en étudiant certaines questions non encore étudiées C’est là ce qui donne au Devoir sa raison d’èlre et ses chances d’utilité. Il ne vient prendre la place d’aucun journal, mais bien une place laissée vide aujourd’hui par la presse : celle de l’examen des faits au seul point de vue du progrès du genre humain.
- C’est parce que nous voulons, dans cette étude, faire de la science et non de la passion, C’est parce que nous voulons comparer entre
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- eux les faits qui existent et non les juger à priori,
- C’est parce que nous voulons nous occuper avant tout de ce qu’on réalise et non de ce qu’on a pu rêver,
- C’est parce que nous avons à dire des choses qui n’ont pas encore été dites et à exposer des faits qui n’ont par encore été exposés,
- C’est parce qu’un semblable travail exige la bonne foi la plus entière et la plus entière indépendance d’esprit,
- C’est pour toutes ces raisons qu’il nous a fallu un organe à nous et que le Devoir a été fondé.
- Notre journal n’a qu’une ambition ; celle d’être'utile. Elle est grande peut-être, en tout cas elle est légitime.
- Aussi osons-nous éspérer que les hommes de pensée, les hommes de cœiir, les hommes de bonne volonté sauront comprendre notre œuvre, apprécier sa valeur et lui prêter le précieux appui de leurs sympathies et de leur attention.
- Ed. Champury,
- NOTRE POLITIQUE
- Notre politique sera celle de la recherche du bien et du progrès de la vie humaine. Toute politique qui n’aura pas pour objet de travailler au bonheur de l’homme ne sera point la nôtre, quels que soient le nom et la forme sous lesquels elle se déguiserait.
- Mais il n’en est pas de même pour ce qui est de la forme du gouvernement. La seule que nous puissions admettre, c’est celle de la République, parce que la République, dans son principe moderne, est le gouvernement de la nation par la nation elle-même. C’est le seul gouvernement possible avec le suffrage universel, et c’est aujourd’hui le seul .qui puisse nous conduire aux améliorations nécessaires sans secousses et sans troubles.
- Le Devoir devant se consacrer avant tout à la recherche des choses utiles, ne pourra s’occuper des questions de personnes dont la polémique quotidienne est trop souvent remplie.
- Sa périodicité ne pourra non plus lui permettre de donner à ses abonnés les nombreuses* nouvelles que les journaux quotidiefis servent à leurs lecteurs *
- Il aura donc à faire un choix ; il s’attachera à n’enregistrer que les faits qu’il est important de connaître du dont il peut être utile de garder le souvenir.
- Le Devoir aura donc ce mérite de tenir ses lecteurs au courant de la politique journalière, tout en leur évitant la lecture de nouvelles affirmées un jour et démenties le lendemain.
- Notre prochain numéro contiendra une revue des travaux des Chambres et du gouvernement depuis le commencement de la présente législature et chaque semaine le Devoir continuera celte revue. G-
- NOTRE DEVISE
- I
- MUTUALITÉ
- Nous voulons surtout aborder les questions par leur côté utile et pratique.
- Les faits de mutualité', c’est-à-dire tous ceux qui résultent d’un concours réciproque à des œuvres de bien commun, appelleront donc tout particulièrement notre attention.
- C’est par l’expérience dans la mutualité des choses utiles que la société se perfectionne. Les institutions les plus véritablement profitables au progrès sont celles dans lesquelles chacun participe.
- Nous n’entendons pas limiter l’acception du mot Mutualité aux institutions fondées entre un certain nombre de personnes ; nous en concevons plus largement l’esprit.
- Pour nous, la mutualité doit s’étendre de9 intérêts locaux aux intérêts de la société toute entière; la société bien comprise doit être un vaste ensemble d’institutions mutuelles.
- L’esprit de mutualité peut se manifester sous les formes les plus variées ; il embrasse depuis les fondations entreprises avec le concours des intérêts privés jusqu’aux institutions qui peuvent relever du concours de l’Etat.
- Nous démontrerons que l’important, que l’essentiel, c’est que la peùsée publique s’élève à la hauteur des institutions utiles à fonder, afin que celles-ci revêtent le caractère d’un conséniercïènt 'et d’iih concours'mutuels.
- La mutualité se traduit en ce cas par l’ihten-
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- tion générale de prendre part et d’aider à l’établissement des choses d’utilité publique et d’usage commun à tout le monde.
- Jusqu’ici les institutions de prévoyance établies dans le but d’assurer les individus contre des revers ou des malheurs, n’ont été que des entreprises financières fondées par la spéculation.
- Les tontines, les assurances contre l’incendie et contre les risques de toutes sortes ont à peine revêtu l’apparence de la mutualité ; rien dans leurs formes, rien surtout dans les intentions qui ont présidé à leur création, n’était fait pour préparer l’esprit public à l’idée sociale, moralisatrice, de la réciprocité des services et de leur mutualité.
- Les institutions de prévoyance servant à établir des garanties en faveur des individus en cas de revers, de maladie, de chômage, de vieillesse, et de toutes sortes de privations et de souffrances, ne sont qu’à l’état embryonnaire et ne fonctionnent que d’une manière fort imparfaite
- Dans les grands établissements d’in^' ces fondations sont restées jusqu’* t -aüstrie, fisantes ; elles sont hors d* a.ce jour insuf-bçsoifis — -o proportion avec les
- que le dévèh
- naître; aussi, de plu'
- oppement industriel fait
- sentir dq donner
- s en plus, le besoin se fait-il
- vitalité nouve
- . à ces germes d’institutions une
- C’estàl’j moins d ' amér
- nie.
- afïuence de l’idée de mutualité plusou développée que sont dues les véritables xiorationsdontjouitlasociété contemporaine.
- Nos écoles, nos édifices publics, nos hospices, nos bureaux dé bienfaisance, voir même nos chemins, nos routes, nos canaux, nos voies ferrées, en un mot nos travaux publics, que sont-ils, sinon des fondations d’in té rôt mutuel établies par le concours de chacun et pour le service de tous ?
- Il est vrai que c’est le plus souvent sous les auspices de l’État que ces choses sont faites; mais l’É tat n’agit qu’avec la contribution de l’ensemble des citoyens, et s’il est plus capable que tout autre de réaliser les choses d’un intérêt général, c’est précisément parce qu’il agit à l’aide du concours de tout le monde.
- Cela nous semble un motif pour que l’État soit tenu de s’occuper davantage encore de créer et de protéger les institutions qui ont pour objet de répandre les bienfaits de la mutualité. Mais il n’est pas besoin pour cela de limiter ou d’entraver en aucune façon l’initiative indivi-
- duelle, elle agira parallèlement à l’action de l’État.
- C’est à ce point de vue que nous nous occuperons souvent de la mutualité, et surtout des choses à faire dans ce domaine pour l’intérêt des classes laborieuses. Nous examinerons comment le législateur pourrait intervenir pour ouvrir un libre essor aux fondations de cette nature et leur donner le caractère d’institutions sociales.
- II
- SOLIDARITÉ
- La Solidarité qui existe entre les hommes es* un fait malheureusement trop peu compris/ ne voit pas assez nettement qu’;i sécurité et de tranquiim; £
- socie es, que <*n ^ ceg kiens seront assurés à tout le m » ^onde.
- Qu’il se trouve des hommes assez peu sages pour chercher dans les événements politiques des avantages personnels au détriment de leurs concitoyens, et souvent au détriment de la société tout entière, c’est là une chose malheureusement trop commune ; mais l’expérience prouve que les revirements de la fortune sont d’autant plus fréquents aujourd’hui, que le peuple, plus éclairé sur ses droits, est moins disposé à souffrir les entreprises de la politique malhonnête et astucieuse.
- Pour ceux mêmes qui ne peuvent s’inspirer des sentiments d’équité et de justice, et qui ne voient les choses de la société que sous l’empire d’un froid égoïsme, il y a donc à compter avec les conséquences de la solidarité des hommes dans le bien comme dans le mal.
- On commence à comprendre que les excès ont entraîné fatalement des excès contraires, que les peuples et les individus se sont révoltés contre les injustices, et ont commis des injustices nouvelles en se révoltant.
- Ces révolutions étaient fatales ; elles ont pu môme être nécessaires.
- L’histoire du passé éclaire d’un jour très-vif les phases de l’avenir.
- Les sociétés qui se sont succédé jusqu’à notre époque n’ont pas compris la solidarité humaine ; elles ont voulu lutter contre elle et ont été emportées par la vague des peuples.
- Le monde antique avait l’esclavage ; l’esclavage était une violation des droits de la vie
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- 1
- el de la solidarité humaines : le monde antique a sombré sous l’esclavage.
- Le régime féodal avait le vasselage ; le vasse-lage était un profond oubli du respect dû à la vie humaine : le régime féodal a disparu sous les débris du vasselage.
- La Révolution grandiose est venue pour opérer la réforme des abus; mais la Révolution oublia dans des excès le respect dû à la vie humaine : la réforme des abus s’arrêta devant ces excès.
- Enfin les monarchies et les pouvoirs arbitraires se sont élevés au-dessus de la souverai-neté du neuP e» ne tenant aucun compte de la
- . ’^t unir les sociétés humaines : solidarité qui cm* . , .
- loo Rüt devant la souverai-
- ns monarchies s écrou*.
- neté du peuple.
- Il en a été ainsi de. tous les régirai Pa3s®> et il en sera de même de tous les gou veme-[ ments du présent ou de l’avenir, s’ils oublient que leur premier devoir est de travailler, avant tout, au bien et au progrès de la vie humaine dans la personne de tous les citoyens, et non au
- seul avantage d’une classed’individus privilégiés.
- On commence à comprendre que tous les hommes sont solidaires de la marche des événements, tant dans le bien que dans le mal, et que si, aujourd’hui, une classe de citoyens pouvait, au détriment des autres, accaparer des avantages particuliers , elle serait exposée à Perdre demain ces avantages.
- On commence à comprendre que le règne de la paix publique est au prix de l’observation du juste et du droit à l’égard de chacun.
- C’est donc en travaillant à établir l’accord des intérêts entre les différentes classes de citoyens, en développant les liens de la solidarité qui doivent unir les hommes entre eux, que la sécu-1 Hé réelle s’établira et que la confiance fera disparaître les inquiétudes ressenties par tant de personnes.
- Il appartient à la République de consacrer ces principes nouveaux de la morale politique et administrative, par la réforme sagement mesurée des abus, et par une législation protectrice de tout ce qui a pour objet de faciliter les liens de solidarité entre les individus.
- Quant à nous, tous nos efforts tendront à mettre en relief les avantages et les bienfaits que la société retirera de l’association le jour où l’association sera libre et débarrassée des entraves dont on l’entoure encore aujourd’hui.
- III
- FRATERNITÉ
- Fraternité ! Rêve d’avenir que nos pères ont inscrit au fronton de leurs espérances républicaines. Pensée large et belle, mais peu comprise et encore moins pratiquée.
- A peine sait-on au juste ce qu’est la Fraternité.
- Peut-être n’est-ii pas inutile de le préciser.
- La Fralernité, c’est l’amour social vivant et agissant dans tous les cœurs; c’est cet amour qui nous porte à aimer et à respecter la vie humaine dans nos semblables; c’est la vertu de l’humanité en action ; c’est l’amour du prochain s’étendant sur tous et sur chacun ; c’est, par conséquent, le lien social qui doit faire ‘disparaître un jour parmi les êtres humains
- 't4*s les haines, toutes les rivalités, toutes les tom.
- jalousies. ^ **nmédiat à atteindre ? Non
- Est-ce la un but i. „ ne faill9 pas
- assurément. Mais s’ensuit-i*
- lui préparer la voie? t ^ ^
- Si l'on reporte ses regards en arrière, l’on mesure la distance morale parcourue e* la barbarie des époques primitives et l’état de nos sociétés contemporaines, les progrès accomplis dans l’unité des peuples et dans l’adoucissement des mœurs sont faciles à apprécier ;pon-peut en conclure que l’égoïsme d’aujourd’hui pourra bien aller en s’amoindrissant encore ; qu’il disparaîtra progressivement pour faire place un jour, dans le cœur de l’homme, à un état moral plus parfait. La Fraternité, l’humanité, l’amour du prochain, l’amour universel du bien et du progrès de la vie humaine enfin, deviendront alors des réalités..
- En attendant que peuvent faire les personnes de bons désirs? Préparer l’esprit de leurs concitoyens à la pratique du bien, en enseignant par quelles institutions la mutualité, la solidarité, peuvent s’établir entre les individus pour avancer dans la voie de la Fraternité.
- Il ne suffit pas de recommander aux hommes de vivre unis, de leur dire de s’aimer les uns les autres ; il faut créer entre eux les causes d’union et d’accord par des institutions qui fassent disparaître l’hostilité de leurs intérêts. Les frères eux-mêmes, hélas 1 sont trop souvent ennemis pour des questions d’héritage.
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- C’est sur ce point que la loi humaine est toujours restée inférieure à sa mission ; la législation ne s’est jamais élevée au-dessus de la conception de l’intérêt individuel et, par cela même, elle s’est attachée à séparer les intérêts, au lieu de chercher à les unir.
- La longue éclipse dont la France commence à sortir avait laissé dans l’ombre les grandes questions d’association du capital et du travail.
- Elles vont être remises en lumière ; les vrais principes du devoir entre les hommes vont se luire jour, et chacun pourra comprendre que c’est dans l’union et dans l’accord des intérêts, dans l’union et dans l’accord des hommes entre eux, dans l’union et dans l’accord des classes entre elles, que se trouvent la sécurité des intérêts, la sécurité des personnes, la sécurité des différentes classes de la société, en un mot, le salut pour tous.
- C’est à cette œuvre de fraternité que notre journal lient à coopérer.
- Cette voie, peu suivie aujourd’hui par la presse, conduira-t-elle notre journal à l'isolement ?
- Nous l’ignorons, mais nous aimons à espérer cependant que nous trouverons dans la presse républicaine de réels encouragements.
- Quoi qu’il arrive, nous aurons la satisfaction intime de n’avoir voulu entreprendre qu’une œuvre utile à tout le monde.
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- UN DANGER
- Nous sommes frappés et peinés d’une chose, c'est de la suspicion qui règne entre les hommes. Du bas en haut de l’échelle sociale on vit en se défiant les uns des autres.
- Cela est triste, profondément triste; c’est malheureux aussi. La généralité de ce sentiment est une entrave à la marche du progrès; c'est un danger social.
- Que voyons-nous en effet ?
- L’ouvrier se méfie d’une proposition de son patron ; le patron se méfie des réclamations de l’ouvrier ; le libre-penseur agit de même envers l'homme religieux; celui-ci de son côté le lui rend abondamment. Les églises diverses ne vivent pas en meilleure harmonie entre elles et
- les partis politiques s’excluent mutuellement.
- Chacun est plus ou moins convaincu qu’il possède seul la vérité, qu’il a seul de bonnes intentions, parfois même qu’il est seul de bonne foi.
- Est-ce ainsi que les idées nouvelles se dégageront et que la conciliation des intérêts se fera? Est-il avantageux à chacun de vivre dans ces rapports tendus avec les autres? Croit-on que l’absence d’examen jette la lumière sur les questions? En un mot, ose-t-on dire que le progrès général bénéficie de cet ordre de choses ?
- Hélas ! il suffit de poser ces questions pour que la réponse vienne d’elle-même.
- Trop souvent, une idée excellente est rejetée sans examen parce qu’elle vient d’un adversaire ; celui à qui elle profiterait la considère comme un piège ou comme une humiliation. Trop souvent des propositions avantageuses passent inaperçues, des lois excellentes restent sans application, des efforts généreux périssent sans encouragement.
- Tout le monde perd à cet état de choses. Chaque fois que les intérêts humains entrent en compétition, en antagonisme, ils se nuisent et chacun en souffre.
- Ces intérêts sont solidaires ; il faut au développement de chacun la confiance réciproque.
- Cela est si vrai que lorsque la confiance diminue entre les classes sociales, cette diminution se traduit immédiatement dans les faits par des crises industrielles et commerciales.
- Ce qu’il faut, dans l’intérêt de tous, c’est que la confiance devienne plus générale et s’affermisse de plus en plus.
- Pour cela, il faut rompre avec la routine, il faut diminuer l’esprit de parti au profit de l’esprit de conciliation. II faut qu’il arrive aux partis ce qui arrive souvent aux personnes : se mieux connaître en vivant plus près les uns des autres. Ils verront alors qu’ils diffèrent moins dans leur but que dans leurs moyens et qu’un des partis croit l’autre plus rouge ou plus noir qu’il n’est réellement.
- La suspicion peut être utile dans les moments de collision ; elle devient funeste quand elle se perpétue.
- Il y a tout un fond de bien à faire qui est commun à tous les hommes comme à tous les partis.
- C’est sur ce fond commun qu’il faut construire.
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- Dans ce but, le plus sage, le plus moral, le plus profitable surtout, c’est de considérer les choses en elles-mêmes et de les apprécier pour ce qu’elles sont, indépendamment des questions de provenance.
- Le Devoir se conformera à cette ligne de conduite et ce sera pour lui la plus belle des récompenses s’il peut voir son exemple suivi.
- Ed. Champury.
- IMPOTS
- L’économie sociale telle que nous la comprenons ne saurait être l’objet de discussions étrangères aux faits qui intéressent directement les populations ; au contraire, ce sont précisément les questions qui se rattachent le plus directement à la liberté et au bien - être du peuple qui seront pour le Devoir l’objet de sa plus sérieuse attention.
- Sous ce rapport, les règles d’une administration paternelle et dévouée aux intérêts publics seront à mettre en parallèle avec les habitudes autoritaires des agents des pouvoirs despotiques.
- Gela nous obligera de nous occuper fréquemment du régime administratif de nos départements et de celui de nos communes.
- L’impôt et ses applications seront, pour le Devoir, l’objet d’études des plus sérieuses.
- Nous ferons ressortir comment, au lieu d’être un moyen de pressurer le travail et le travailleur, le commerce et le commerçant ; comment, au lieu d’être une entrave au bien-être et à la prospérité des classes laborieuses, l’impôt doit devenir une source de garantie et de prospérité pour tous les citoyens, une cause de développement et de progrès pour le travail et pour l’industrie.
- G est ainsi que l’économie sociale doit comprendre l’impôt; c’est ainsi que l’intérêt.de la vie humaine en réclame l’application.
- Le Devoir examinera si la plupart des impôts votés depuis la guerre, sous l’influence d’une Assemblée trop préoccupée des vieilles traditions, ne sont pas nuisibles au développement de la prospérité nationale, et si particulièrement ils ne pèsent pas d’une façon excessive sur le bien-être des classes laborieuses.
- La guerre de 1870 a renversé tous les calculs économiques et fait perdre de vue toutes les
- idées de réforme qui étaient à l’étude.
- Ainsi, par exemple, en 1868 et 1869, les économistes et les journaux s’occupaient avec raison de la réforme des octrois ; la guerre survenue, on a rendu plus lourds les octrois existants, et on en a créé dans les villes où. il n’en existait pas.
- Et l’on a agi de même dans chaque circonstance, Sous la pression des besoins du moment les améliorations que l’on avait alors en vue ont été indéfiniment remises ; il fallait de l’argent, on s’en est procuré par les anciens moyens.
- Le Devoir aura donc à reprendre ces questions et à examiner si les impôts qui pèsent sur le commerce, le travail et le bien-être des classes laborieuses ne pourraient être utilement remplacés par d’autres. V.
- LA PAIX ET LA GUERRE
- Le Devoir en toute occasion fera ressortir que la guerre est contraire à tous les principes de la morale ;
- Qu’elle a été, dans le passé, l'exaltation du meurtre, l’essor de tous les mauvais instincts, et la glorification du mal et du crime ;
- Qu’elle est aujourd’hui plus que jamais le renversement du sens commun ;
- Que rien ne peut la légitimer devant la raison, sinon la résistance contre l’agresseur ;
- Que, même en cette circonstance, les nations sont coupables de ne pas avoir su, jusqu’ici, constituer un tribunal arbitral jugeant les différents qui s’élèvent entre elles ;
- Que la raison humaine autant que l’intérêt des peuples réclame l’organisation de la paix;
- Que cela ne peut résulter que de la constitution d’un congrès permanent de toutes les nations, jugeant leurs différends et pouvant imposer ses décisions souveraines.
- Les conditions d’une paix fondée sur l’examen réfléchi des intérêts de toutes les nations seraient toujours préférables aux succès même des violences de la guerre.
- La paix entre les peuples est le premier des . gages de leur prospérité et de leur bien-être; elle est fondée sur le plus grand des principes de la morale future des sociétés : le respect pardessus toutes choses de la vie humaine 1
- G, \
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- LE MOUVEMENT RELIGIEUX
- Lê Devoir ne saurait rester indifférent au mouvement religieux.
- Notre époque, plus que ses devancières, est travaillée par ces questions d’un ordre élevé.
- Des principes différents, opposés, contradictoires, sont entrés en lutte et la partie qui se joue aujourd’hui nous paraît être d’une importance capitale.
- Les politiciens qui ne voient dans le mouvement religieux qu’un effet passager des influences ultramontaines se trompent; ce mouvement est plus profond, plus étendu; il est général, nous dirions presque universel ; il entraîne les masses religieuses vers des formes de culte moins démodées. Ici ces formes sont plus bornées, plus matérielles ; là au contraire elles tendent vers des principes mieux définis, vers des horizons plus étendus.
- Des sectes nouvelles et des schismes nouveaux germent et se développent de toutes parts.
- L’Amérique en est couverte, l’Europe en voit naître beaucoup.
- Tout n’y est pas d’une égale valeur, tout n’y mérite pas attention, mais parfois on en voit jaillir des lumières toutes nouvelles et des aperçus dont on ne se doutait pas.
- Et c’est un peu partout que cela se manifeste, dans toutes les religions, dans tous les pays.
- Peut-être ce mouvement religieux est-il un des éléments principaux de l’évolution des sociétés modernes.
- A ce titre, le Devoir devra s’en occuper. Sans entrer dans les questions de dogme, il se préoccupera de la protection due à toutes les manifestations de la pensée religieuse, il mettra en lumière les abus de l’intolérance et de l’esprit de domination; enfin il entretiendra ses lecteurs des nouvelles et des faits de cet ordre capables d’exercer une influence sur le progrès des idées.
- E. G.
- Plus l’homme met de pensées à long terme dans ses actions, et plus il entre dans le sens de l’impérissable ; plus au contraire il dissipe sa vie au hasard et plus il tombe dans l’abîme du passager.
- Eua. Pelletan,
- LES CLASSES LABORIEUSES
- Les mots sont bons princes, on leur fait dire ce que l’on veut. Il en résulte que parfois la pensée de celui qui les emploie n’est pas comprise dans son vrai sens. Est-ce sa faute ? Non, c’est celle des acceptions vicieuses que l’usage donne à certains mots.
- Voltaire lui-même; ce grand maîtrè d© langue, s’en plaignait déjà et voulait que l’on revint toujours aux définitions. Faisons comme lui, revenons-y. Quand nous parlons des classes laborieuses ou des travailleurs nous n’entendons pas seulement dire les ouvriers, mais bien tous les hommes qui participent directement au travail ; c’est dans ce sens là que doivent s’interpréter nos expressions.
- En effet beaucoup d’employés sont plus à plaindre que certains ouvriers; ils ne gagnent pas davantage et ont beaucoup plus de frais. L’industriel , le commerçant qui doit avoir recours pour son travail à l’ouverture d’un crédit en banque est le plus souvent fort à plaindre. Le bénéfice de son travail est mangé par les intérêts et les commissions à payer, et chaque lin de mois, chaque quinzaine, chaque jour de sa vie parfois est rongé par le souci.
- Il est regrettable, très-regrettable, que ces commerçants, ces industriels et ces employés d’une part et d’autre part les ouvriers, ne comprennent pas que leurs intérêts sont identiques.
- La suspicion, l’envie et trop souvent la haine les divisent alors que tout devrait les réunir.
- Dans certains pays ces diverses classes de travailleurs ont compris la solidarité do leurs intérêts; elles se sont unies, soutenues mutuellement; elles ont fait valoir leurs droits et, comme elles sont la majorité, elles ont obtenu de sensibles améliorations dans les législations qui les régissent.
- C’est qinsi que dans toute une partie de l’Europe on a considéré la saisie comme une sorte do pillage et qu’on l'a supprimée ; c’est ainsi que le prêt sur gages et le crédit sur nantissement s’y pratiquent d’une manière morale; c’est ainsi enfin que le régime hypothécaire y est beaucoup plus libéral que chez nous.
- Le Devoir s’occupera à l’occasion des différences qui existent à cet égard entre la législation françaises et celle des pays étrangers.
- Ed. Champury.
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- LE TRAVAIL
- ^La terre 'est le patrimoine de l'humanité, c’est d elle que l’homme tire tout ce qui est nécessaire à ses besoins, à son bien-être, à ses plaisirs.
- ^ ce champ fécond ne cède ses intarissables, -lésors qu’au prix d’un travail incessant.
- Tout ce qui sert à l’homme vient de la nature, mais le travail s’unit intimement à tout et sous son influence féconde, la matière, rendue en quelque sorte vivante, devient propre à entretenir et à embellir la vie.
- Les progrès de l’individu, de la société, de la vie elle-même, sont solidaires des progrès du travail, car le travail est l’exercice libre de toutes les facultés intellectuelles et physiques de l’homme, concourant, avec les forces de la nature, à produire tout ce qui est nécessaire, utile ou agréable à l’humanilé.
- Ainsi considéré, le travail n’est plus une tâche inévitable, imposée bon gré mal gré ; c’est une fonction et un devoir.
- Il est certainement chimérique d’espérer que le travail puisse prochainement être rendu attrayant par une modification dans l’organisme social ; mais le sentiment de la difficulté vaincue, du devoir accompli et du service rendu à soi-même et à ses semblables, peut faire paraître la tâche moins lourde et phis facile au travailleur.
- Le Devoircherchera à développer ces idées, il essaiera de jeter quelque lumière sur cette question vitale pour la société.
- Aux lecteurs qui voudront bien nous suivre nous ferons connaître les pensées des travailleurs de divers pays. Nous les introduirons prochainement dans la société ouvrière des États-Unis ; et l’étude de ces mœurs, si peu connues et si différentes des nôtres sous plus d’un rapport, nous promet de précieux enseignements.
- Nous donnons une grande importance à l’expérience de ce pays libre, qui, jusqu’à cesderniers temps, a pu fournir du travail, non-seulement à tous ses enfants, mais encore au flot sans cesse croissant des émigrants, alors que notre vieille Europe, malgré ses armées qui enlèvent tant de bras au travail, malgré l’émigration, ne cesse d’être dévorée par le paupérisme et la misère.-L’étude utes crises économiques dans les deux
- continentsnousfournira l’occasion de mettre en lumière ces vérités :
- Le premier devoir de l'homme est de travailler ;
- Le premier devoir de la société est de faciliter le travail à l’individu.
- Nous croyons que si chacun avait l’emploi constant de ses facultés intellectuelles et physiques, les questions sociales seraient résolues plus qu’à moitié.
- Le travail étant la source de tous les biens c’est un malheur et une honte sociale de voir le travailleur .qui s’offre si souvent repoussé. Il dépend de la société qu’il n’en soit plus ainsi; le jour où l’on abordera sérieusement et franchement l’étude de ce problème on en trouvera la solution.
- La doctrine du laissez-faire, laissez-passer, nous a conduit à l’anarchie économique dans laquelle la société se débat, à cette monstruosité de l’homme ne pouvant consommer ce qu’il produit et mourant de faim et de misère au milieu des fruits accumulés de son travail.
- Nous voulons toutes les libertés moins une : la liberté de mourir de faim.
- Au dilemme qui découle de certaines doctrines économiques : « laissez mourir les pauvres ou nourrissez-les » nous répondons ;
- Procurez du travail aux pauvres î
- Avec cela ils seront assez riches et ils enrichiront et feront progresser la société. Lorsque tous les hommes valides pourront travailler, il ne restera plus qu’à subvenir aux besoins des impuissants et des faibles ; la société pourra d’autant plus facilement y parvenir que le nom bre des travailleurs aura été plus grand et le produit de leur travail plus considérable.
- Vivre étant le droit et le devoir de l’homme, l’homme doit avoir la liberté de travailler, puis* que sans le travail il ne peut vivre.
- Toutes les tentatives de réforme sociale ont eu pour but d’assurer à l’individu le nécessaire en échange de son travail.
- Des essais ont été entrepris partout, et notamment aux États-Unis, à la faveur d’une liberté complète. Quelques-uns de ces essais ont réussi dans une certaine mesure; nous passerons en revue leur histoire, en la complétant par nos souvenirs personnels.
- Partout nous trouverons des preuves à l’appui de notre thèse, car c’est par la vie seule que l’homme est un être, c’est la vie qui l’unit à ses semblables.
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- LE DEVOTR
- La vie est la religion naturelle de l'humanité.
- Et, comme la vie ne peut se conserver que par le travail.
- Le travail est le culte de la vie.
- Dans la sociélé actuelle l’homme isolé est faible ; pour donner un libre et complet essor à ses facultés il a besoin de l’aide, du concours, de la société des autres hommes; il en a besoin pour produire, il en a besoin pour consommer et jouir. L’association, plus ou moins intime, s’impose donc à l’humanité qui a pour mission de faire progresser la vie par le travail.
- Pour tous, unis dans une entière solidarité de besoins et d’intérêts,
- Vivre est le but,
- Travailler est le moyen.
- A l’œuvre 1
- MaSSOULÀIU).
- Chemin de Fer d’intérêt général
- DE VALENCIENNES A REIMS
- 11 reste beaucoup à faire en France sous le rapport des chemins de fer. Le réseau des lignes rayonnant de Paris à la frontière est complet ou peu s’en faut ; il n’en est pas de même des lignes réunissant les réseaux et permettant aux
- {grandes villes de province ou aux bassins houillers et métal-urgiques de communiquer entre eux sans faire un détour par Paris.
- L’importance de ce réseau complémentaire a été comprise tant par M. le ministre des travaux publics que par divers conseils généraux. Plusieurs projets de loi en ce sens ont été récemment soumis à la Chambre des députés.
- Ainsi dans la séance du 11 février, M. Albert Christophle a déposé le rapport de la Commission chargée d’examiner le projet de loi portant :
- 1° Déclaration d'utilité publique,
- 2° Concession à la Compagnie du chemin de fer du Nord, des deux lignes suivantes :
- Lens à Don et Armenlières.
- Et Valenciennes au Cateau.
- Nous n’avons rien à dire relativement à la première de ces lignes, mais il n’en est pas de même pour la seconde.
- En effet la ligne de Valenciennes au Cateau n’est qu’un tronçon d’une ligne de la plus grande importance réunissant Valenciennes à Reims.
- C’est même précisément à cause de sa grande importance que cette ligne n’a pas été exécutée plus têt.
- En effet, au lendemain de nos désastres, le Conseil Général du Nord et celui de l’Aisne, chacun en ce qui concerne son département, usant du droit que reconnaît aux Conseils Généraux le paragraphe 12 de l’article 46 de la loi organique du 12 juillet 1865, confirmée par celle du 10 août 1871, décidèrent l’exécution d’une ligne d’intérêt local se détachant de la ligne du Nord à Valenciennes et se rattachant h la ligne de l’Est à Saint-Erme, passant ainsi par le Cateau, Guise et Marie.
- Les études définitives furent faites et la concession fut accordée à la Compagnie dite a Lille-Valenciennes. »
- Il ne restait plus qu'à obtenir le décret d’utilité publique. Ce décret fut demandé pour la section du Cateau à Valenciennes, il fut refusé.
- Voici l’avis émis à ce sujet par le Conseil d’État le 10 avril 1873 ;
- * Considérant que la ligne en question est le premier » tronçon,d un chemin de fer qui, partant de Valenciennes,
- » vient se souder à Saint-Erme, dans le département de » l’Aisne, h la ligne d’intérêt général de Laon à Reims ;
- » que par une délibération en date du 5 avril 1872, le » Conseil Général du Nord a concédé à la Compagnie de y> Lille à Valenciennes le deuxième tronçon de ce chemin » de 1er compris entre le Cateau et la limite du départe-» ment de l’Aisne -, qu’enfin la concession du troisième et » dernier tronçon aboutissant à Saint-Erme est l’objet d’une » instruction à titre d’intérêt local dans le département de » de l’Aisne ;
- » Considérant que la réunion de ces trois concessions est i> destinée h constituer une ligne qui, par son étendue, par » les relations internationales quelle doit créer ou déve-» lopper, et par son tracé coupant quatre lignes du réseau i> du Nord ; se présente dans des conditions manifestes » d’intérêt général,
- » Est d’avis,
- » Que la ligne de Valenciennes à Reims par le Cateau » est une ligne d’intérêt général. »
- Le décret d’utilité publique fut refusé dans le but excellent de classer cette ligne au nombre de celles d’intérêt général. Il est évident en effet qu’elle rentre dans cette catégorie ; nous le démontrerons plus loin.
- La Compagnie concessionnaire rétrocéda ses concessions à la Compagnie du Nord.
- Nul ne mettait en doute que celle-ci n’exécutât cette ligne d’intérêt général.
- Malheureusement il n’en a pas été ainsi ; l’exécution de cette ligne a été indéfiniment différée malgré les pétitions qui ne cessent de se renouveler pour demander cette exécution.
- Aujourd’hui des pétitions nouvelles ont surgi et nous avons lieu d'espérer qu’avec l’homme intelligent que le ministère des travaux publics possède à sa tête, l’intérêt général de cette ligne, constaté par le Conseil d’État, sera apprécié autant qu’il le mérite et déterminera l’exécution des travaux.
- En effet puisque le Conseil d’État, comprenant la grande importance de cette ligne, s’est opposé à ce quelle fut exécutée comme chemin de fer d’intérêt local, il est de toute évidence qu’on doit l'exécuter au plus tôt comme ligne d’intérêt général.
- L’avis du Conseil d’Etat n’a rien d’exagéré car la ligne de Valenciennes à Reims est bien du plus grand intérêt.
- Elle abrège d’un tiers, soit de 53 kilomètres, la longueur du trajet entre ces deux villes.
- Elle réunit par une ligne presque droite le bassin houiller du Nord avec te bassin métallurgique de la Haute-Marne.
- Elle coupe en diagonale un vaste parallélogramme dépourvu de chemins ae fer et à l'intérieur duquel se trouvent de nombreuses industries, particulièrement des sucreries.
- Elle constitue une ligne de décharge évitant les encombrements qui tendent â se produire sur la ligne d’Erquelines.
- Enfin, et c’est M surtout ce qui démontre son importance capitale, elle est la ligne la plus courte de Marseille à Dunkerque, c’est-à-dire de la Méditerranée à la Mer du Nord.
- Les départements du Nord et de l'Aisne ont le plus grand intérêt à voir exécuter cette ligne.
- Celui de la Marne, et particulièrement la riche ville de Reims, ainsi que le bassin métallurgique de la Haute-Marne bénéficieront aussi de cette exécution.
- Nous ne doutons pas qu’en présence d’intérêts si multiples, si légitimes et si évidents, la création de cette ligne ne revienne prochainement à l’ordre du jour.
- C’estsansdoute ainsi qu’en a jugé M. de Freycinet quand -
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- LE DEVOIR
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- il a reçu la dernière pétition relative à cette ligne. En effet i‘ a remis cette pétition à la Commission instituée par lui à l’effet d’étudier te classement des voies ferrées complétant le réseau national dans la région nord.
- Toutefois cela ne nous parait nas suffisant. Nous désirons encore que la loi portant déclaration d’utilité publique et coneesrion du tronçon Valenciennes-Cateau comprenne en même temps l’exécution de la section G teau-Saint-Erme.
- Pertinax.
- LE FAMILISTÈRE DE GUISE
- Il n’est personne dans le monde des penseurs qui n’ait entendu parler du Familistère de Guise, mais on ignore en général quelle est son importance. Encore moins peut-on se faire une idée de son organisation remarquable et de "ensemble de ses institutions.
- Ce palais fondé à Guise (Aisne), par M. Godin, pour loger les ouvriers et employés de son usine, était inachevé jusqu’ici : l’aile droite restait à construire.
- M Godin a fait l’année dernière édifier cette aile qui sera achevée cetle année-ci.
- Le Familistère logera alors 350 à 400ménages, et pourra, en conséquence, contenir plus de 1200 personnes.
- Le Devoir fera connaître cette œuvre considérable dans son ensemble ; ce sera un sujet d’études comparées avec les fondations conçues ailleurs, aux États-Unis surtout, dans le but d’améliorer la condition des classes ouvrières ou d’arriver à toute autre réforme sociale.
- Nous aurons à passer en revue toutes les ins-Glutions qui fonctionnent dans ce vaste établissement et qui nous semblent constituer dès maintenant l’idéal de la commune modèle:
- La nourricerie,
- Les salles des bambins,
- Les écoles,
- Les institutions de protection et d’assistance sociétaires pour les malades, les orphelins, les veuves, les invalides du travail et les vieillards. Etc., etc.
- L’œuvre d’association complète du travail et du capital que M. Godin organise en ce moment dans le Familistère et dans son usine, n’est pas un sujet moins digne d’attention.
- Le Devoir en fera connaître les dispositions, et en suivra les résultats. ^
- ASSOCIATION
- À côté de l’organisation de l’assurance universelle de l’industrie au profit des travailleurs que le Devoir sollicitera, d’une sage législation nous chercherons à mettre en relief ce que l’avenir peut espérer de bienfaits de l’association entre le capital et le travail.
- . Le Devoir en fera ressortir les avantages pour ceux qui possèdent, comme pour ceux qui ne possèdent pas et cherchera surtout à faire comprendre que cette voie est la seule qui permette de pratiquer cette maxime supérieure: « Faites aux autres comme vous désirez qu’il soit fait pour vous-mêmes. » En dehors de cela, il n’y a ni équité, ni justice.
- Il y a beaucoup à faire pour arriver à semblable résultat.
- Il faut éteindre l’aumône qui avilit.
- Il faut organiser la charité et la prévoyance sociales au profit de ceux que le malheur atteint : le respect de la vie humaine nous l’impose.
- Il faut que l’association et la participation aux avantages de la production assurent à chacun une part en rapport avec son concours.
- 11 faut d’autres choses encore, moins importantes mais réelles néanmoins.
- Nous aur >ns soin de nous en occuper à l’occasion. Placés dans les conditions voulues p'our pouvoir apprécier l’œuvre la plus considérable qui ait été organisée dans cette pensée, nous trouverons souvent dans le Familistère de Guise des sujets d’études et de comparaisons; nous les examinerons avec impartialité, mais sans le parti pris que peuvent apporter des adversaires ou des néophytes.
- Le Devoir ne dissimule pas ses sympathies pour cette œuvre qu’il considère comme le champ d’investigation sociale le plus complet qui peut-être ait jamais été ouvert; toutefois, en observateur impartial, il rapportera les faits avec toute l’exactitude nécessaire pour en dégager les enseignements utiles.
- Nous sommes assurés de la bienveillance du fondateur du Familistère et de celle de son administration pour tous les renseignements que nous aurons à recueillir.
- Cela nous permettra de faire connaître aux partisans de l'association beaucoup de faits qu’il est regrettable de voir encore ignorés.
- Nous ne sommes pas Tci en face d’une idée chimérique d’égalité contre nature, ni defôute autre conception qui aurait la prétention de créer un ordre social sans tenir compte des lois naturelles de la vie
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- LE DEVOIR
- humaine, de son passé, de son présent et de son avenir.
- Non, la fondation du Familistère ne comporte rien de semblable ; la liberté individuelle en est la base ; les idées ne s'y installent que si elles sont admises par les sociétaires. L'esprit de solidarité, de charité sociales s'y développe à l'aise, assurant chacun contre le malheur.
- Le talent, la capacité et le mérite y trouvent le rang qui leur est dû. Chacun est appelé à prendre sa part dans la prospérité de l’association, en proportion’du concours et des services qu'il a rendus. Les besoins et la libre expansion*de la vie humaine y trouvent donc leur naturelle satisfaction.
- A.
- ÉCONOMIE DOMESTIQUE
- Ami lecteur, voici du moins sévéro.
- Le Devoir se propose de traiter à cette place la question du pot-au-feu.
- Ne riez pas, c’est très-sérieux. Tout dans la vie tourne autour de ce pot-là ou vient dedans ; une moitié de l’espèce humaine passe son temps à fournir à l’autre de quoi le remplir et les deux moitiés ne font qu’un pour le vider.
- L’industrie, le commerce, l'agriculture n’ont pas de plus sérieux client que le pot-au-lèu, car lui, du moins , ne fait jamais grève.
- Compter ceux qui travaillent pour ce consommateur universel, serait compter l'humanité presque entière ; nos lecteurs nous sauront gré de leur en faire grâce.
- Mais ce sera notre rôle de les tenir au courant, dans cette chronique, des recettes, procédés ou découvertes qui peuvent contribuer à accroître leur bien-être, et, par un meilleur et plus rationnel usage de leurs ressources, embellir la vie et en augmenter les jouissances.
- Tout ce qui, de près ou fie loin, touche à la demeure,, le mobilier et ces mille riens qui font le charme et l’originalité du foyer domestique , les ustensiles grands et petits dont a ménagère sait si bien tirer parti pour retenir les siens et leur rendre la vie douce, tout cela entre dans le cadre de notre pot-au-feu.
- Nous irons chercher partout ce qui se fait de bon et d utile, et nous le dirons a nos lecteurs ; nous interrogerons les habiles et nous vulgariserons leurs procédés ; si nous entendons dire qu'un savant a lait une décôuverte, vite nous irons voir s’iL n’y a pas moyen d’en tirer parti pour le pot-au-feu, et personne assurément ne nous en voudra, si nous parvenons de la sorte à être utile.
- G est que, voyez-vous, l’homme est, en grande partie, ce que le fait le milieu dans lequel i! vit. Dites-moi oû vous vivez et je vous dirai qui vous ôtes. C’est pour cela que^nous
- donnons une place dans le Devoir à l’économie domestique comme à l’un des moyens les plus sûrs d’aider à la tâche que nous nous sommes imposés, le progrès de la vie.
- Nous écrivons pour le plus grand nombre, aussi ne nous attacherons-nous qu’accessoirement à Fart. Ce que nous avons surtout en vue, c’est Futile ; c’est ce qui peut servir que nous signalerons, heureux lorsqu’aux qualités solides qui recommandent l’objet d’un usage journalier, nous trouverons unis le goût et l’élégance de forme et de dessin.
- Nous n’entrerons pas aujourd’hui plus avant dans Ie sujet, ceci est un programme dans lequel nous devons donner au lecteur une idée plus ou moins complète des informations qu’il pourra trouver dans notre petite feuille ; mais nous tenons à indiquer la méthode que nous entendons suivre.
- Lorsque nous voudrons attirer l’attention sur un objet spécial, nous conduirons nos amis là où il se trouve, Là où on le fait, là où on s’en sert ; de la sorte nous espérons être mieux compris et donner à nos récits plus d’intérêt.
- Le champ de l’industrie est si vaste, ses moyens sont s* variés, ses progrès si constants, que si nous ne réussissons pas à attacher le lecteur ce sera notre faute.
- Ici par exemple à Guise, une grande manufacture emploie mille ouvriers à fabriquer les premiers éléments du mobilier, le pot à mettre au feu et le fourneau pour le faire bouillir. De ses vastes ateliers sortent chaque jour un nombre prodigieux de cuisinières de toutes sortes, des poêles, des calorifères, des cheminées à rendre le marbre jaloux.
- C’est merveille de voir comme la fonte se plie à tous les usages ; elle se transforme indifféremment en baignoire ou en éteignoir, en écritoire ou en foyer économique ; tantôt, revêtue d’un bel émail, elle se présente sous la forme d'une marmite ventrue qui fait plaisir à voir, surtout lorsqu’elle n’est pas vide ; tantôt elle se dissimule humblement sous le brillant nickel, et donne à l’œil la même satisfaction qu’un métal plus précieux, tout en ménageant la bourse.
- Il va sans dire qu’à Cuise on ne sacrifie pas tout à la forme ; le but fmal de l’objet fabriqué est toujours le point principal et dans les appareils spéciaux ou chauffage, on recueille et conserve la chaleur comme un avare son or.
- Mais nous aurons occasion de revenir sur ce sujet, nous conduirons sans doute un jour nos lecteurs dans cette usine, et, sur place, au milieu du bruit et du mouvement, nous leur expliquerons plus à loisir le but des nombreux objets utiles que l’on y prépare sans cesse.
- Ici, pour aujourd’hui, nous rentrons dans notre pot-au-feu dont le lecteur trouvera sans doute que nous aurions dù ne jamais sortir.
- A. M.
- Le Gérant : À. Màssoulard.
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- MANUFACTURE DE GUISE
- Induits munirais
- Tous les produits décrits ci-dessous sont représentés à la dernière page de ce journal. Nous attirons d’une îaçon toute spéciale l’attention du commerce sur ces produits entièrement nouveaux.
- Les consommateurs peuvent trouver ces appareils chez tous les principaux poêliers, fumistes, quincaillcrs et marchands « appareils de chauffage de la France et de l’étranger.
- L’usine Godin a créé récemment de nouvelles séries a appareils 'dans lesquels se trouvent réunis tous les perfectionnements qu une longue expérience pratique et J étude la plus attentive des besoins de la clientèle et des moyens de les satisfaire ont pu suggérer.
- cuisinières
- La série de huit cuisinières Nos 201 à 206, 238 et 239 a été construite spécialement pour l’usage du charbon de terre ; le foyer est établi de façon à assurer une combustion pârlaite et facile, et en même temps les soins les plus grands sont pris pour utiliser toute la chaleur.
- Dans la série de dix cuisinières Nos 207 à 216, le foyer est disposé pour brûler indifféremment du bois ou du charbon de terre au moyen d’une modification facile dans les dispositions des pièces qui le composent. Ces deux séries de cuisinières se recommandent par l’élégance de leurs formes et le fini de toutes leurs parties; elles possèdent de larges ionrs et des chaudières émaillées d’une grande capacité.
- Suivant le désir du consommateurellessont construites avec des portes qui s’ouvrent sur le côté ou qui, en s’abattant, forment tablettes en avant du four; ces portes s’ouvrent avec une grande facilité, ce qui évite le danger des brûlures.
- Les fours ferment hermétiquement.
- Une porte à rôtir permetde faire lerôtcomme devant le feu.
- , Enfin ces cuisinières ont reçu à chaque bout l’addition d’une_ galerie qui permet de suspendre le crochet, le tisonnier et divers autres ustensiles de cuisine ; tous ces détails réunis font de ces nouveaux appareils des meubles élégants et commodes sous tous les rapports.
- La série de dix cuisinières Nos 217 à 226, établie sur les mômes dimensions que la série 207 à 210 a, comme ces dernières, un foyer qui permet de brûler indifféremment du charbon de terre ou du bois. Les dispositions générales des portes, fours, galeries, chaudières, etc, sont aussi les mômes, mais la série 217 à 226 possède de plus une étuve de même dimension que le four, laquelle peut être utilisée pour divers usages et notamment comme chauffe-assiettes. La forme particulière de ces cuisinières leur donne un aspect très-élégant et très-meublant.
- Les trois séries précédentes ont reçu une heureuse modification qui consiste à remplacer les pieds courbés par des pieds droits; de la sorte le meuble tientmoins de place, il peut se mettre tout contre la cloison ou le mur et est véritablement plus élégant. Nul doute que le bon goût de cette lorme^nouvel.e la fasse préférer à toute autre, aussi 1 usine reçoit-elle chaque jour des commandes de plus en plus nombreuses pour ce modèle de cuisinières.
- Ces trois séries présentent donc aux consommateurs tous les perfectionnements désirables ; les modèles sont assez variés en dimensions pour donner satisfaction à tous les besoins et leur prix modéré les rend accessibles à tous. . . 011S croyons rendre un vrai service aux commerçants en
- attirant leur attention sur ces produits.
- Les cinq petites cuisinières NÛS 227 à 231 sont spéciales
- pour l’usage du charbon de terre ; sous les plus petites dimensions possibles et pour un prix très-modique, elles réunissent les avantages que l’on recherche dans les grands meubles, c’est-à-dire un four et une chaudière où l’eau bout avec facilité; aussi jouissent-elles d’une vogue populaire bien méritée.
- Cette série de petites cuisinières offre à l’usage des avantages sérieux sur les poêles à bas prix offerts à la consommation.
- POÊLES FLA.lvIA.lSmS
- L’ancienne série N0s 47, 48 et 49 des poêles flamands à chaudière a été récemment augmentée de trois numéros intermédiaires et est aujourd’hui numérotée 62, 47, 63, 48, 64, 49. Ces poêles ont reçu d’heureuses modifications dans les dispositions de leurs diverses parties, notamment dans leurs chaudières qui sont aujourd’hui arrivées à la dernière perfection. Ces poêles sont fournis sur demande, avec ou sans galerie.
- La série des poêles flamands sans chaudière a été également augmentée de trois numéros intercallairqs nouveaux; elle se compose maintenant de six numéros dans l’ordre suivant ; 65, 50, 66, 51, 67 et 52.
- FOYERS ÉCONOMIQUES
- La série N° 32 à 35 des foyers économiques est aussi une heureuse innovation de ces derniers temps. Nous croyons devoir signaler ces foyers à l’attention du commerce et de la consommation, comme étant d’excellents appareils à placer dans les cheminées pour obtenir un bon chauffage à feu ouvert.
- Les briques spéciales qui composent l’intérieur de ces foyers ont la propriété de faire rayonner la chaleur dans l’appartement comme le fait le combustible lui-même ; elles sont d’une durée presque indéfinie, et ont ainsi pour conséquence de rendre le foyer exempt de réparations.
- Pour poser ces foyers, il suffit de faire murer la cheminée dans le cadre de l’intérieur, en ne laissant que le trou nécessaire pour laisser passer la buse de l’appareil. On a ainsi une cheminée qui tire bien, qui chauffe bien et d’une très-belle apparence.
- Ces foyers à feux ouverts sont certainement les meilleurs qui aient été construits jusqu’à ce jour.
- POMPES
- La pompe composant la série N° i, 2, 3 et 4 est très-facile à approprier aux exigences de l’emplacement où on veut la mettre. Le balancier peut se tourner du côté que l’on veut, par rapport au robinet, par le simple serrage d’un écrou ; ce modèle peut se visser à l’aide de sa base sur n’importe quelle pièce de bois scellée dans un mur, ou sur une planche clouée sur deux poteaux de bois scellés en terre.
- Ce même modèle se fait avec pied en fonte de 40 ou 47 centimètres de hauteur, suivant la force de la pompe, ce qui lui donne une véritable élégance de forme. Avec ce pied, la pompe peut se visser directement sur le sol à l’aide de quatre boulons scellés soit dans la pierre, soit dans la maçonnerie.
- Ces pompes ne sont pas sujettes à se détraquer ; leur simplicité, leur bas prix et le volume d’eau qu’elles donnent les recommandent à l’attention des consommateurs, r <~4
- Les prochains numéros de ce journal contiendront d’autres dessins de pompes basées sur le même principe.
- mmmmm
- Administrative, Industrielle et Commerciale
- BARÉ
- à GUISE (Aisne)
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- Produits nouveaux de Vüsine GODIN, à Guise.
- « » »
- CUISINIÈRES r» 201 à 206, 238 et 239
- CUISINIÈRES N01 207 à 216
- CUISINIERES N0# 217 à 226.
- POÊLES FLAMANDS
- à chaudière, N0B 62, 47, 63, 48, 64, 49 sans chaudière, N08 65, 50, 66, 51, 67, 52
- POMPES N" 1 à 4
- Guise. — lmp. BARÉ. — Typographie et Lithographie
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- NUMÉRO 2
- Journal leldomadairts paraissant Ilj ^dimanche»
- 17 MARS* 1878
- POLITIQUE
- LÉGISLATION
- ADMINISTRATION
- RELIGION
- MUTUALITÉ •• SOLIDARITÉ FRATERNITÉ
- ASSOCIATION DU CAPITAL & DU TRAVAIL
- TRAVAIL
- INDUSTRIE
- COMMERCE
- CONSOMMATION
- ABONNEMENTS
- FRANCE
- Un an. . . . 10 f. »» Six mois... 6 »» Trois mois. . . 3 »» Union postale . 11
- ÉTRANGER Le port en sus.
- Rédacteur en chef : M. Ed. GHÀMPURY
- ADRESSER LA CORRESPONDANCE AU GÉRANT, A GUISE (AISNE)
- Les Abonnements sont reçus en mandats de poste ou en timbres-poste et timbres d’effets de commerce français.
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- La ligne . . 0 fr. 50 Les annonces sont reçues à Guise, au bureau du journal, et à Paris, cbe* MM. Havas, Laffite et O, 8, place de la Bourse.
- AVIS
- Les personnes qui désirent apprécier notre journal par un simple essai peuvent- le faire en envoyant Un Franc en timbres-poste ou en timbres de commerce français au Gérant du DEVOIR, à Guise (Aisne).
- Elles recevront en échange les quatre numéros qui suivront leur envoi.
- SOMMAIRE
- Notre Feuilleton. — La question sociale. —Les Travaux des Chambres. — La guerre d'Orient. — Les Écoles publiques. — La Ligue de l'Enseignement. — A propos d'un Discours. — — Le Travail des Femmes et des Enfants •' — Une Caisse générale des Mines et de VIndustrie. — Le Rétablissement des Tours. — Chemin de fer de Valenciennes à Reims. — Varié lés. — Economie domestique.
- Mme Marie Howlànd ; voici en quels termes M. John Jewett, l’éditeur de * La Case de Voncle Towitn appréciait à son apparition cette oeuvre importante :
- « Ce roman artistique et puissamment écrit est aux « questions sociales qui agitent actuellement le monde « civilisé, ce que « La Case de l’oncle Tom » fût pour « la question de l’esclavage. »
- M. àlden, du Harper's Magazine, dit de son côté :
- « Ce roman est plus grand que quoi que ce soit que » Georges Elliot ait jamais écrit ; il sera la plus grande » sensation littéraire du temps. »
- . En effet, dans cette oeuvre, le récit entraine, les épisodes se renouvellent et se précipitent avec un intérêt toujours croissant; mais au lieu de puiser cet intérêt dans les tableaux dégradants du mal, comme le font trop souvent la plupart des romans actuels. L'ouvrage de Mm* Marie Howland fait jaillir l’attrait des sources les plus pures et les plus élevées de la pensée. C’est par les plus émouvantes scènes du bien en action qu’il séduit et captive l’attention; c’est en découvrant les horizons sereins de l’avenir qu’il entraîne sans cesse le lecteur.
- NOTRE FEUILLETON
- Le Devoir commencera prochainement la publication de « La Fille de son Père, » ui. des plus remarquables romans que la littérature américaine ait produits. Cet ouvrage, qui n’avait pas encore été traduit dans notre langue, est dû à la plume de
- A. ces mérites l’œuvre de Mrae Marie Howland joint l’avantage de nous transporter au sein de la vie et des mœurs américaines, et de nous faire voir ainsi le contraste qui existe entre nos habitudes et celles d’un pays libre.
- Le Devoir aura donc l’heureuse satisfaction de faire remplir au roman-feuilleton un rôle qu’il oublie : Celui de mettre en lumière les vérités utiles.
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- LA QUESTION SOCIALE
- i.
- Il n’y a pas de question sociale, mais il y a des questions sociales, a dit une voix très-écoutée et que tout le monde connaît.
- Cette manière de voir peut être appuyée de bonnes raisons, mais c’est en se plaçant à un point de vue particulier de la politique d’où l’on n’envisage les choses que dans ce qu’elles ont d’actuel, et non d’après les principes généraux d’où dérivent les causes des événements.
- A un point de vue différent et peut-être supérieur, on peut au contraire affirmer qu’il existe une grande question sociale, et qu’il importe de l’étudier et de la connaître, parce qu’elle est le principe et la base de tous les rapports humains, et que de son interprétation vraie ou fausse dépendent les solutions bonnes ou mauvaises de la direction générale des sociétés.
- Cette question sociale est celle de l’unité et des garanties nécessaires à la vie et à l’existence humaine.
- Il s’agit donc de savoir si, au-dessus des faits politiques et sociaux qui se succèdent au jour le jour, sous forme d’accidents divers, il n'y a pas des lois supérieures d’ordre universel que les sociétés humaines doivent apprendre à connaître et à observer, avant de pouvoir réaliser Tordre véritable dans leur sein.
- Les questions sociales prises isolément n*ont pourconséquence que d’égarer Thomme politique dans un labyrinthe inexlricable, s’il ne possède pas le fil conducteur qui sans cesse montre la voie à suivre et la loi générale à observer.
- Raisonnablement, la société n’existe et ne doit exister que pour le pl us grand bien de la vie humaine, que pour servir au bonheur de tous. Prétendre que la société peut se justifier à l’égard de ceux auxquels elle refuse protection et assistance, est un sophisme contre lequel la raison humaine résistera toujours.
- C’est pourquoi les premiers sages qui sont venus enseigner les peuples ignorants et souvent barbares leur ont dit, comme principal com-
- mandement : Aimez vos proches, faites du bien « aux étrangers, soyez hospitaliers, pardonnez « les offenses, ne faites pas de mal à vos enne-« mis, ne soyez point orgueilleux, ne soyez point « envieux, ne soyez point jaloux. » Puis, entrant dans un enseignement plus positif, ils ont ajouté : « Aimez-vous les uns les autres, faites « aux autres ce que vous voudriez qu’on vous « fît, travaillez à rendre tous les hommes heu-« reux. »
- Et aujourd’hui la morale de l’avenir fait remarquer que toutes ces maximes sociales ont leur sanction dans la pratique de cet autre précepte : «Respectez et vénérez la vie humaine, « travaillez avec amour au plus grand bien et « au plus grand progrès de la vie humaine, car « chaque homme est sur la terre un agent de la « vie que nul ne peut affaiblir sans violer la, « loi. »
- Yoilà toute la question sociale ; les justes et les sages de tous les siècles l’ont inscrite dans leurs préceptes.
- Nous pouvons donc affirmer, sans craindre de contradictions sérieuses, que la vraie question sociale a pourbase les principes éternels du juste et du droit, et que c’est par la pratique du devoir qu’elle se résoudra.
- La question sociale est donc dans son principe, celledelamoralede l’humanité; envisagée ainsi, elle n’est pas nouvelle, c’est le grand problème que chaque humanité doit résoudre pour donner à tous ses membres la place au soleil à laquelle ils ont droit; aucune société sur la terre n’en a encore donné la solution.
- 11 en est ainsi parce que les sociétés humaines sont presque au début de leur carrière, parce qu’elles s’élèvent seulement a la phase de la constitution des sciences, et qu’au nombre des connaissances acquises, la scienco sociale est une des moins avancées. Serait-elle faite, qu’elle aurait devant elle les idées préconçues de chacun ; aussi où la vérité a été comprise, l’expérience se heurte-t-elle aujourd’hui contre les obstacles créés par l’ignorance et l’égoïsme des hommes.
- Mais, dira-t-on, si l’égoïsme, si l’amour du
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- commandement, si l’orgueil de la domination sont inhérents à la nature humaine, il s’en suit qu’il faut admettre l’égoïsme dans le plan social de l’humanité, ou admettre que ce plan n’existe pas-
- Ce serait une erreur de raisonner ainsi ; l’égoïsme et toutes les imperfections morales qui s’y rattachent sont inhérentes à l'homme comme l’ont été la cruauté, le désir de voir des supplices, le désir de la lutte, la violence sous tous ses aspects. Ces plaies morales se sont peu à peu effacées de nos sociétés modernes, ou se sont considérablement amoindries; l'égoïsme ou l’amour exagéré de soi-même, disparaîtra également pour faire place à l’amour du bien commun, mais cet effacement de l’égoïsme n’aura pas lieu sans une action laborieuse sur l’esprit des hommes.
- Si nous recherchons dans la nature des êtres la source et la cause de l’égoïsme, de cet amour excessif de soi-même qui, au sommet de la société comme à sa base, sème la désunion parmi les hommes, nous voyons que dans tous les êtres inférieurs l’individualisme est le sentiment dominant; l’égoïsme est la règle de leurs actions ; ils sont impuissants à s’élever à l’idée de se rendre utiles aux autres ; ils ne songent qu’à ramasser leur nourriture; ils n'aiment qu’eux-mêmes. L'amour de la progéniture est la première porte par laquelle la nature conduit 1 individu à sortir du seul amour de soi pour prêter son concours à la vie extérieure ; mais en dehors de la famille, la grande généralité des êtres n’ont n’autre but que de satisfaire leurs propres appétits, et d’autre affection sérieuse que celle de leur propre individu.
- L’individualisme est donc la conséquence première de l’infériorité de l'être; l’égoïsme, le premier état moral résultant de l’imperfection et de l’ignorance dans lesquelles il se trouve, avant d’avoir acquis l’expérience qui lui permettra de s’élever à l’idée et à l’action collectives.
- Tel est le premier héritage de l'homme; mais s’il est dans la nature des choses que la condi-
- tion morale de l'être humain soit voisine de celle de la bête dans les sociétés primitives, il est aussi conforme à la destinée de l’homme qu’il se débarrasse de l'individualisme et de l’égoïsme pour arriver à la sociabilité parfaite.
- Les préceptes ont tracé la loi du devoir, mais ils sont restés insuffisants devant l’indifférence morale dans laquelle les classes dirigeantes sont retranchées. Ces classes n’ont su ni comprendre la valeur des enseignements, ni par conséquent concevoir les moyens de les mettre en pratique.
- C’est cette indifférence qu’il faut faire disparaître ; ce sont les voies d'application des pré* ceptes qu’il faut maintenant produire et enseigner.
- (A suivre) Gf*
- LES TRAVAUX DES CHAMBRÉS
- Dans chacun de nos numéros à venir nous examinerons à cette place les travaux législatifs de la semaine, tant au Sénat qu’à la Chambre des députés.
- Avant d’entrer en matière il nous parait utile de récapituler ceux de ces travaux dont l’importance ne tient pas à des événements passagers. Le groupement de ces travaux par ordre de matières permettra de juger de l’activité déployée par la Chambre malgré les oppositions et les mauvais vouloirs dont elle a eu à triompher.
- Disons le tout de suite, nous ferons cet examen dans l’esprit le plus large et en plaçant l’intérêt de la nation au-dessus de celui des partis.
- Il est nécessaire pour ce travail de remonter un peu en arrière.
- En février 1876 la nation élisait une Chambre des députés en grande majorité républicaine. Cette Chambre, l’une des plus prudentes, des plus modérées que la France ait connues, fut, le 16 Mai 1877, dénoncée sans motif par le Président de la République, ajournée d’un fnois et dissoute enfin le22 juin suivant par le Sénat. G’était la renvoyer devant le pays, son seul juge légitime et définitif
- Il nous répugnerait de dépeindre la période d’hypocrisies et de violences qui suivit la dissolution. D’ailleurs cela serait superflu car son souvenir est encore présent dans les mémoires comme celui d’un affreux et interminable cauchemar.
- Ce cauchemar dura cinq mois. Le ministère, incertain du succès de ses manoeuvres, ajourna le plus possible les élections ; il viola même la loi pour les repousser jusqu’au 14 Octobre,
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- Précautions inutiles ! Le 14 Octobre arriva et ce jour-là, malgré la pression la plus excessive du ministère, malgré les déclarations les plus menaçantes du Président, la nation, par la voix du suffrage universel, affirma avec un éclat sans égal son profond attachement au Régime républicain en reportant k la Chambre par ' dès millions de suffrages la même majorité dissoute cinq mois auparavant.
- La leçon semblait devoir être profitable. Un rayon d'espérance avait ranimé toutes les âmes et le cauchemar semblait éloigné à jamais. Chacun croyait, chacun était ! Caûvàiücüque les hommes ainsi condamnés par la nation allaient rentrer, et pour toujours, dans le silence et dans l’obscurité.
- Illusion !
- ï>ès la première séance de la Chambre, qui eut lieu le 7 hèvembre, on put voir que le ministère ne s’en irait pas. Le ministère ne craignit pas d’accuser les républicains de n’avoir été élus que grâce à ces violences .
- Cela en était trop. La majorité delà Chambre répondit en organisant le Comité des dix-huit. C’était grouper en un seul faisceau comptacle et résistant les éléments divers et jusqu’alors un peu disparates des différentes tendances républicaines de la nation.
- 4>n Comprend qu’en présence de l’attitude d’un ministère qui prétendait s’imposer malgré le désaveu de la, nation, un seul devoir incombait à la Chambre : don-hér tout son temps à la lutte. C’est ce qu’elle fit.
- Pour cela il lui fallait affirmer nettement ses droits. Elle y procéda en Validant les députés sur l’élection des-quels auèune contestation n’était élevée. Elle fit loyalement ce travail et le fit avec assez de rapidité pour jpotivoir dès le 15 Novembre élire, par 312 voix sur 517,
- 1 Ùdë Commission de 33 membres chargée de faire une enquête sur les actes du cabinet du 16 Mai.
- 1 L’a'ttitude énergique de la Chambre rendant fort douteux le succès d’un coup d’Etat et, peut-être aussi, le président dé la République se refusant à un semblable procédé, le ministère démissionna le 21 Novembre. Le ïhêiiie jour M, Gambetta était nommé président de la Commission du budget.
- Ce né fut pas sans peine qu’on forma un cabinet ; il fallût plusieurs jours pour cet enfantement difficile. Le j23 au soir un cabinet était formé de personnes prises en dehôrs des Chambres et qui, sauf le général de Roche-' Bouët,'‘président'du conseil, n’offraient aucune notoriété.
- La Chambre comprit que sa dignité était engagée et dès le lendemain, par 322 voix, elle déclara do la maniéré la plus catégorique qu’elle ne reconnaîtrait pas un ministère formé comme celui-ci au mépris de tous les principes parlementaires.
- C’était la première fois que semblable fait se voyait en France et il est à remarquer que la presse étrangère fut unanime à louer la conduite de laGhambre.
- Cependant la fin de Tannée approchait et les quatre Contributions pour Tannée 1878 n’étaient pas votées ; la
- Chambre était maîtresse de la situation ; il lui suffisait poùr le rester d’affronter les périls d’un coup d’Etat. La Chambre affronta ces périls; uue crise ministérielle d'une intensité sans égale en résulta; personne dans la minorité ne consentit à accepter le ministère des finances. Il ne resta plus au président de la République qu’un seul devoir : rentrer dans les principes parlementaires.
- C’est ce qu’il fit. Le 31 Décembre un nouveau cabinet présidé par M. Dufaure était formé et le 14 un manifeste présidentiel conforme aux vœux delà majorité de la nation était affiché dans toute la France.
- La Chambre des députés jusqu’alors entravée dans l’exercice de son mandat par l'absence d’un ministère légitime, vota dès le lendemain les quatre contributions et deux douzièmes provisoires pour les dépenses. Le 18 les Chambres se prorogeaient jusqu’au 6 janvier 1878.
- Cette période de lutte sur le terrain parlementaire peut entrer en parallèle avec ce que l’histoire de Frantie a de plus mouvementé. Il en ressort un grand ensèignement; c’est que le droit peut triompher de la force, lorsque les représentants du droit ont confiance en lui et en eux. Un fait d’une portée considérable, un grand bien, osons nous dire, résulte de cette crise parlementaire; c’est que le parti républicain a fait ses preuves de mâturité politique ; il a prouvé qu’il sait êLre sage autant que fort, et qu’en présence cfe l’arbitraire il oublie ses désaccords intérieurs et se groupe, ferme et homogène, sûr le terrain de la légalité et de l’honneur du pays.
- On accusait le régime républicain d’être fait de métaux différents ; cette affirmation u’a plus sa raison d’être caries détracteurs du parti républicain ont, sans le vouloir, fondu les divers métaux qui le composaient en un bronze unique, durable et résistant.
- Ce que les effort des républicains ne seraient arrivés à faire péniblement, les efforts des réactionnaires l’ont réalisé. Jamais n’a été mieux prouvée celte affirmation de Herder que l'œuvre du temps ne se consolide que par des oppositions nécessaires.
- Il peut sembler qu’en présence de luttes si longues et si intenses une assemblée soit empêchée de mûrir des projets de lois importants.
- Il n’en est rien.
- L’agitation des séances n’a pas entravé le calme travail des bureaux et Ton est surpris de voir quelle quantité de projets de loi ont été sérieusement examinés.
- L’assemblée a témoigné d’une prédilection qui l’honore pour tout ce qui favorise l’instruction publique.
- Ce titre du budget a été considérablement augmenté et plusieurs lois importantes ont été rendues.
- L’une des plus importantes de cette catégorie est celle sur la construction des maisons d’école.
- Les personnes qui dans leurs voyages ont pu comparer les écoles de la province avec celles des pays voisins sont unanimes à déplorer l’infériorité évidente do nos écoles de campagne.
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- Certains départements sont tout a fait arriérés.
- Le rapport officiel constate qu’il y aurait en ce moment à construire 17,320 maisons d'école ; qu’il faudrait en acquérir 3,239 qui sont seulement louées ; que 5,458 autres maisons d’école demandent à être agrandies et 3,781 réparées. Enfin il faut acquérir 9,857 mobiliers scolaires.
- Ces charges sont considérables, d'autant plus que la plupart des communes en retard pour l’instruction sont de pauvres territoires déshérités de la nature et qui ne peuvent se procurer les ressources nécessaires pour ces constructions.
- Certaines communes en sont réduites à n’exécuter leurs chemins vicinaux que par tronçons, repartissant ainsi les dépenses sur plusieurs années ; impossible d agir ^.insi pour les constructions d’écoles ; une fois les travaux commencés, il faut les mener à bout.
- L’Etat a compris ce besoin et depuis 1877 porte à son budget annuel une somme de 5 millions à titre de subvention. aux communes pour la construction des écoles. C’était déjà un grand progrès, mais il fallait faire plus afin d’arriver plus vite au résultat désiré. Le gouvernement l’a compris et c’est pourquoi il a proposé à la Chambre, qui l’a approuvé, le projet de capitaliser dès à présent quinze de ces annuités de 5 millions, soit ensemble 75 millions. Sur ces 75 millions 60 seront donnés aux communes à titre de subvention et payables en cinq annuités de 12 millions chacune.
- Le gouvernement et la Chambre vont plus loin. Iis font profiter les communes du puissant crédit dont jouit 1 Etat en avançant aux communes à titre de prêt une deuxième somme de 60 millions à 3 0/0 d’intérêt, remboursable en 31 ans. Cet intérêt de 3 0/0les communes n auront pas à le débourser, il sera prélevé sur les 15 millions formant la différence entre les 60 millions auxquels se montent la subvention et les 75 millions auxquels se seraient monté les annuités.
- On le voit, cette loi qui fournit 120 millions aux communes pour construire leurs écoles est un véritable bien fait. Les communes l’apprécieront elles-ainsi? Il y a lieu de 1 espérer. Toutefois s'il y avait du mauvais vouloir ou des négligences regrettables dans l’application de la loi, les articles 14 et 15 sontlà pour établir une con-rainte légale. Lorsque la création d’une école.dans une commune aura été décidée par l’autorité compétente, conformément aux prescriptions des lois du 15 mars 1850 et 10 avril 1867, les frais d'installation, d’acquisition, appropriation, de construction des locaux scolaires et d’acquisition du mobilier scolaire constitueront pour la commune une dépense obligatoire. A défaut du vote du onseil municipal ou sur son refus, il sera pourvu d’office à l’exécution et au payement de cette dépense, soit par un prélèvement sur les ressources disponibles de la commune, soit par des subventions du département, soit
- par un emprunt à la caisse pour la construction des écoles.
- Pour prévenir tout abus de l’autorité administrative,
- le projet de loi a soin de ne permettre l’inscription ou l’imposition d’office que sur l’avis conforme du Conseil général,
- {A Suivre),
- LA GUERRE D’ORIENT
- Les magnifiques contrées de l’Orient, viènnent -d’être ravagées par une des guerres les plus terribbès !° dont l’histoire puisse garder le souvenir. La dévas-' tation couvre des espaces immenses et le nombre de vies sacrifiées, atteint un chiffre inouï.
- En présence d’aussi considérables événements, il; n’est pas sans utilité de résumer les causes qui les ont amenés, et les phases qu’ils ont traversées.
- Les causes remontent déjà loin :
- En 1875, la Turquie était tranquille, ou du nfdins 11 paraissait telle, car la tranquillité est souvent plui ' ' apparente que réelle dans un pays composé comme' celui-ci de populations indigènes chrétiennes soumises à la loi du vainqueur musulman. :
- Ce calme apparent fut troublé en août 1875, par 1' l’insurrection de l’Herzégovine. Les montagnards de‘ cette contrée, las d être constamment l’objet dé : ' vexations inouïes et d’un arbitraire odieux, recou-' : rurent aux armes. Le gouvernement turc, promit des , ; réformes fiscales et administratives, mais en attend' fil dant leur application, il résolut de réprimer par la , J force cette insurrection. La lutte traîna “longtemps 1 sans avantage de part ni d’autre, et finit par le âufr* -cès des turcs. Toutefois en octobre, le détresse1 du trésor ottoman s’accentua dans de telles conditions* f que l’intérêt de la dette fut diminué de moitié10/0. Vers la même époque, un événement déplorable jeta j; l’Europe dans une émotion bien facile à comprendré.1 ;; Deux des consuls étrangers résidant à Salonique,’1 • -celui de France et celui d’Allemagne, ayant voulu 1 s’opposer à l’enlèvement d’une jeune fille chrétienne, ' 1 furent assassinés par la populace ameutée. L’Aile-* -magne et la France demandèrent que justice fut faité “ des coupables. Le gouvernement turc déplaça les' ( fonctionnaires compromis dans le meurtre, et fit > exécuter à leur place quelques malheureux ('ont ! l’innocence a été établie plus tard. -L’ambassadeur russe à Constantinople, général Ignatieff, se crut ou feignit de se croire menacé. Il demanda et obtint de transformer la simple garde qu’il avait eue jusqu’alors en un véritable corps mi- û litaire. Cette garde russe à Constantinople ne con*-tribua pas peu à l’irritation des fanatiques musul-’-mans. Les choses durèrent ainsi jusqu’en juin 1870.--, A ce moment les softas, fanatiques de la pire espèce, 11 trouvant qu’Abd-ul-Azis manquait d’énergie, le fen- ! versèrent et portèrent à sa place Mourad, comme-sultan. Peu de jours après Abd-ul-Azis était trouvé mort dans un bain. jv*
- Ces agitations n’étaient pas de nature à faire rôaü ' User envers les populations les réformes promises. De nouveaux soulèvements éclatèrent en Herzégavine, ; appuyés cette fois par le petit état de Monténégro^ Le feu prit aux poudres et les insurrections s’étendirent en Bulgarie. Le Gouvernement Turc lança1 contre eux des bandes de troupes irrégulières qui-rendirent tristement célèbre le nom des Bachi*bottu 11 sou^ks. Des icentaines de villages furent incendiés ~ par bes bandes et des milliers de familles égorgées.
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- Tout ce que la sauvagerie peut imaginer de plus féroce fut employé, et en peu de temps de riches contrées ne furent plus que ruines et dévastation.
- Mais il y a une logique dans les faits et l’on ne viole pas impunément les droits de la vie humaine.
- Les Serbes indignés forcèrent leur gouvernement à déclarer la guerre et, en juillet, les troupes serbes, renforcées de volontaires russes et commandées par le général russe Tchernaieff, entrèrent en Bulgarie Les Monténégrins vaincus reprirent courage et bientôt dans tout le nord de la Turquie d’Europe la lutte s’engagea, lutte terrible qui finit par l’écrasement de la Serbie et du Monténégro.
- Pendant ce temps le sultan Mourad était déposé et remplacé par son frère Ad-ul-Hamid, homme de capacités très-réelles. La diplomatie se mit à l’œuvre ; elle obtint un long armistice, elle empêcha le démembrement de la Serbie, mais elle fut impuissante à arrêter les nouveaux massacres et les nouveaux incendies commis par les turcs irréguliers.
- Enfin au mois de décembre les représentants des puissances se réunirent à Constantinople. Midhat-Pacha, devenu grand vizir depuis peu, se joua des ambassadeurs en octroyant à l’Empire turc un fan-tome de constitution et en soutenant que les crimes commis n’étaient qu’une légitime et nécessaire répression de soulèvements continuels.
- Après deux mois de pourparlers stériles,les diplomates européens se retirèrent sans avoir pu obtenir autre chose que des promesses évasives et des engagements sans valeur . La Porte acceptait ainsi les chances de la guerre,
- La Russie essaya par sa seule diplomatie d’obtenir les garanties refusées aux ambassadeurs. Vains efforts. Ni la circulaire du prince G-ortschakoff en date du 31 janvier 1877, ni la mission de mars du général Ignatîeff, n’obtinrent de résultat. Le premier Parlement turc s’assembla le 19 mars, mais il ne sut pas sauver la situation. En conséquense, le Tzar, par son manifeste du 24 avril déclara la guerre à la Turquie.
- A quelques semaines de là le territoire de la Roumanie était violé par le passage des troupes russes auxquelles peu de temps après les troupes roumaines se joignirent.
- On sait de quelle vitalité inattendue la Turquie a fait preuve et avec quelle valeur ses soldats ont combattu.
- Les Russes avaient la conviction de vaincre promptement, les Turcs celle d'être invincibles.
- De là les alternatives curieuses du succès passant tantôt des uns aux autres pour revenir ensuite au même camp.
- Les Turcs, endormis dans la confiance de leur force, laissèrent passer le Danube et même le défilé de Chipka dans le Balkan. Les Russes, par contre, trop confiants en eux mêmes, se lancèrent en avant plus quil n’était prudent de le faire. En Bulgarie comme en Arménie cette précipitation leur coûta cher. Ils subirent des échecs très graves en Asie à Zeuvin, à Deli-Babaet ils durent lever une première fois le siège de Kars. Les Russes de Bulgarie étaient même en pleine retraite sur les ponts de Zimnitza quand la garde impériale et l’armée roumaine, accourues à marches forcés, vinrent les soutenir. La campagne qui à l’origine s’était présentée aux yeux des Russes comme une simple promenade militaire et qui s’était transformée sitôt en un désastre. Un général turc, inconnu jusque-là Osman-Pacha, par une évolution extrêmement habile se porta sur le flanc droit des
- Russes et se retrancha dans une position naturelle formidable. La petite ville de Plevna, centre de cette position, est désormais célèbre par suite de I héroïque résistance qu’Osman-Pacha y a opposée aux Russes.
- Cette défense fut inutile car les deux autres armées turques qui pouvaient venir secourir Plevna ne surent pas le faire. Sul iman-Pacha sacrifia ses meilleures troupes A vouloir reprendre les passes de Chipka où les Russes s’étalent fortifiées et Mehernet-Ali restait immobile entre Roustchouck et Warna sans que personne ait jamais pu comprendra ce qu’il faisait là.
- Pendant ce temps la guerre d’Asie marchait à sa fin. Kars et tous ses forts étaient pris à la baïonnette dans des assauts de nuit qui ont coûté aux Russes des pertes si considérables que les chiffres n’en ont pas été publiés.
- Le 11 décembre, après une défense valeureuse de 5 mois, Plevna tomba au pouvoir des Russes, Le 28 ceux-ci entraient à Sofia et peu de jours après à An-drinople. Il est même certain que les Russes seraient entrés ,1 Constanstinople et à Gallipoli si révolution de la flotte anglaise n'avait fait craindre à la Russie le prolongement de la guerre avec une tierce puissance.
- Il est impossible de prévoir quelle sera la conséquence politique de cette guerre. Quelles que puissent être ces conséquences, leur grandeur n’équilibrera jamais le coût de cette campagne.
- La perte de capitaux qu’elle entraîne est incalculable. Le nombre des vies sacrifiées est inouï. La ruine de la Turquie est définitive, la dévastation de contrées fertiles est aussi complète que possible.
- A Constantinople plus de 80,000 malheureux se sont réfugiés, dénués de tout et. meurent littéralement de misère. Malgré cela le Sultan n’a pas diminué d’un centime les dépenses du Sérail.
- En Bulgarie c’est encore pis, non-seulement les villages sont incendiés et les plantations détruites, mais les habitants ont presque tous péri Ils se sont massacrés entre eux avec une frénésie sans égale ; les Bulgare chrétiens ont égorgé les Bulgares musulmans quand les Russes se sont avancés , quand les Russes se sont repliés les Bulgares musulmans ont massacré à leur tour les Bulgares chrétiens. On n’a aucune idée du chiffre des morts indigènes.
- D’après les relevés officiels, publiés par les journaux russes,cette guerre avait coûté à la Russie, jusqu’aux premiers jours de Décembre, 80,000 hommes. Les dépenses de guerre de la Russie à la même époque s’élevaient à 700 millions de roubles, soit 2 milliards 800 millions de francs.
- Ces sacrifices n’ont fait que s’accentuer davantage depuis lors
- Quant à ceux de la Turquie ils sont incalculables.
- Un seul enseignement utile paraît ressortir de cette guerre. C’est que les dépenses faites pour la marine sont des dépenses perdues inutilement ; la flotte Turque n’a servi à rien.
- On sait que chaque navire cuirassé coûte de 11 à 21 millions de francs Peut être s’épargnera-t-on des sacrifices aussi déraisonnables à l’avenir. Les plus magnifiques monitors sont aujourd’hui impuissants vis à-vis des torpilles. Espérons qu’on renoncera à construire de nouveaux navires cuirassés et que cette guerre soi-disant humanitaire aura eu au moins cela de bon, de déterminer à l’avenir des économies.
- E. C.
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- LES ÉCOLES PUBLIQUES
- î La Société moderne tend à reconnaître et à consa*
- | creï‘ que l’Éducation et l’Instruction de l’enfance sont ; un devoir social autant qu’un devoir individuel pour ^ chacun de nous.
- i Quel est le principe de ce sentiment universelle-j raent répandu mais encore indéfini ? Où puise-t-il sa 1 cause et sa source ?
- J C’est là une question du plus haut intérêt et qui se 1 pose la toute première, si l’on veut étudier les eondi->ï tions matérielles nécessaires pour que l’instruction publique soit donnée avec le plus de fruit.
- Il est un principe de morale universelle qui s’ac-| corde avec le bien, le juste, et le vrai des lois civiles | et des croyances religieuses ; c’est que le respect et I le développement de la vie humaine sous un triple | uspect physique, intellectuel et moral, doit être le | principal objet de l’amour et des actions de tous les | hommes.
- ^ Toutes les institutions sociales doivent être inspi-| rées par le respect dçla vie humaine, par le désir de | son progrès, de sa protection et de son élévation. La fi Dtt0raiô et la loi civile ne doivent point avoir d’autres l bases.
- \ c’est> sous une formule plus large, le fondement I du principe chrétien : s’aimer les uns les autres ; î faire à autrui le bien qu’on désire pour soi-même.
- • ***
- | Quel élément de la société, plus que l’enfance, est | digne de recevoir l’application de ce principe ? j commence a reconnaître que la conservation et | l’entretien, le développement et le progrès de la vie I humaine sont des devoirs qui s’imposent à la société, I de toute la puissance de la nature, au nom du juste ! et du vrai Tout bien en dépend; c’est la condition j nécessaire du perfectionnement humain et du pro-| grès de la vie sur la terre.
- | On comprend aujourd'hui le haut intérêt qui s’atta-I che à l’amélioration des races animales, à plus forte j raison doit-on concevoir l’intérêt bien supérieur du j perfectionnement de l'homme. L’éducation et l’ins-| traction de l’enfance sont le point de départ de ce perfectionnement.
- De même que chacun de nous doit veiller à ce que personne ne soit privé de nourriture, de même, nous devons veiller à ce que l’éducation et l’instruction soient le partage de tous :
- 1 ha. France républicaine doit certainement faire de , i instruction publique l’objet d’une de ses premières
- préoccupations. Chacun sait à quelles circonstances malheureuses est imputable le temps perdu depuis 1870, à l’égard de cet important côté du progrès national ; mais sous le gouvernement républicain ayant le suffrage universel pour principe, il est dans l’ordre naturel des choses que les pouvoirs ne restent pas aux mains des ennemis de la pensée ; ils doivent, au contraire, être le partage des hommes dévoués aux véritables intérêts de la nation ; c’est pourquoi, l’instruction publique ne peut manquer de devenir dans un avenir prochain, la plus importante des préoccupations de l’opinion publique et des élus du pays.
- Mais, il nous semble nécessaire, dès maintenant, que la presse pose les problèmes et prépare les solutions ; car, il ne suffit point de reconnaître qu'un besoin existe, il faut aussi découvrir les moyens d’y donner satisfaction, et si, dès aujourd’hui, le gouvernement témoigne des meilleures intentions au sujet de l’instruction publique, il n*en est pas moins vrai qu’il faut constater avec regret, que la France est encore complètement dépourvue de plans et d’idées rationnelles sur les moyens d’application.
- Nous avons dit plus haut, quel nombre considérable de maisons d’école restent à construire, à réparer, à agrandir et à transformer pour donner en France, à l’instruction primaire, non pas des locaux splendides, mais le strict nécessaire, afin de permettre l’accès de l'école aux enfants en âge de s’y rendre. Il est triste à dire, mais c’est une vérité, si la France voulait demain que tous ces enfants allassent en classes, ils ne pourraient le faire, parce que les dispositions matérielles nécessaires pour les recevoir n’existent pas.
- La chose la plus pressante aujourd'hui, est donc de songer à l’édification de ces locaux indispensables; mais, en présence de l’urgence des besoins, n’est-il point regrettable de penser que, pour édifier des constructions aussi nombreuses, aussi importantes, dans lesquelles doit s’élaborer le progrès intellectuel des populations, les communes soient laissées à elles-mêmes, sans qu’il leur soit communiqué au moins les notions et les instructions capables de les guider dans l’accomplissement d’une pareille œuvre.
- C’est pourtant ainsi que les choses se sont passées jusqu’ici ; l’État et les départements viennent pécuniairement en aide aux communes, mais ils n’ont eu ni plan, ni système de construction à leur proposer pour modèles.
- Il est donc nécessaire aujourd’hui, de procéder à l'étude rationnelle de l’école et de dresser des plans qui puissent être proposés en modèle à toutes les
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- communes, suivant l’importance de leur popu’ation scolaire.
- Dans le désir de provoquer ce résultat, nous exposerons dans Le Devoir les principes généraux qu’il conviendrait d’observer dans l’édification et l’installation des écoles, laissant aux hommes spéciaux le soin de les mettre en pratique Néanmoins, nous ferons en sorte que nos indications soient assez précises pour que chacun puisse se faire une juste idée de ce que doit être l’école.
- (A suivre). G.
- LA LIGUE DE L’ENSEIGNEMENT
- Cette Ligue a été fondée en 1867 dans le but de propager l’instruction au sein des populations rurales. Elle n’est l’œuvre d’aucun parti ; elle ne s’occupe ni de religion, ni de politique, et consacre tous ses efforts, toutes ses préoccupations à rendre la diffusion des lumières plus étendue, et plus accessible à tous. Pour cela elle stimule l'initiative des particuliers ; elle provoque la fondation d’écoles, de cours gratuits, de conférences publiques ; elle favorise la création de bibliothèques populaires ; en un un mot elle ne recule devant aucune démarche , devant aucun sacrifice pour atteindre le noble but qu’elle se propose.
- On se souvient du pétitionnement gigantesque organisé par la Ligue au lendemain de la guerre et demandant l’instruction gratuite, laïque et obligatoire ; plus d’un million de signatures furent recueillies. La majorité de l’Assemblée n’en tînt pas compte, mais la question fut posée à tout jamais dans le pays. Les signataires étaient invités à appuyer leurs signatures par le versement d’un sou. Les sommes ainsi recueillies se sont élevées à 29,886 fr. 70 c.
- LeB souscriptions ouvertes en faveur des Bibliothèques et écoles régimentaires, celles destinées à fournir un matériel d’enseignement à des écoles rurales se sont élevées à 72.219 fr. 20 c.
- Au moyen de ces ressources, des souscriptions, des adhérents et des dons reçus en nature, la Ligue a pu voter et distribuer :
- A 246 bibliothèquos en création une somme de 11,197 fr. 76, ainsi que 12,C94 volumes et 95 séries de tableaux synoptiques illustrés ;
- A 165 Cercles de Ligue ou Bibliothèques déjà fondées, 21,641 volumes et 230 séries de tableaux;
- A 189‘écoles une somme de 14,043 fr. 65 à employer en cartes géographiques, en globes, ’ableaux de système métrique, etc.; et à 547 autres éeoles 375 séries do tableaux et 500 exemplaires du Cours de législation usuelle de M. Ch. Rameau.
- Enfin à 17 départements pour être distribués à leurs écoles, 9,385 exemplaires de géographie départementale avec carte.
- Les chiffres prouvent surabondamment quels services la Ligue a rendus aux écoles. L’enseignement des adultes n’a pas été oublié non plus.
- Une somme de 17,675 fr. et un total de 4,587 volumes et des cartes ont été donnés pour la création de 145 Bibliothèques régimentaires ou d’hôpitaux militaires, 408 Atlas géographiques ont été distribués aux corps de troupes et 5,065 fr. 05 votés pour encourager l’organisation des Ecoles régimentaires de 26 corps.
- Enfin la Ligue de l’Enseignement a créé un service d’achats de livres qui fonctionne gratuitement pour les bibliothèques civiles et militaires. Elle fait profiter les Bibliothèques des remises de faveur qu’elle a obtenues des éditeurs et paie le port jusqu’à destination.
- En présence de semblables résultats on ne peuts’em-' pêcher de remercier au nom du pays la Ligue de l’Enseignement de tous les bienfaits qu’elle a répandus jusqu’ici et que des sympathies de plus en plus nombreuses permettront de répandre encore à l’avenir.
- P. C.
- A PROPOS D’UN DISCOURS
- M, Delcurrou, procureur général, près la cour d’Appel de Pau, vient de prononcer un discours d’installation qui est en tout point remarquable.
- Après l’affligeant spectacle qu’a donné la magistrature dans le courant de l’année dernière, on est heureux de rencontrer dans la bouche d'uu magistrat des paroles comme celles-ci ;
- « Le magistrat, dit M. Delcurrou dans son remarquable discours d’installation, ne doit jamais se prêter à ces interprétations abusives, à ces subtilités équivoques qui dénaturent les textes les plus clairs, détruisent les lois les plus solides et poussent la légalité jusqu’à cette extrême limite où elle risque de se confondre avec l'illégalité et l’arbitraire. Il doit se garder encore de ces applications, injustes parce qu’elles sont inégales, de lois qui obligent tous les citoyens sans distinction. »
- « L’égalité inscrite dans nos codes n'est pas une fiction de l’esprit, mais une réalité que le ministère public est chargé de rendre vivante en poursuivant les actes qui tombent sous la loi écrite, sans exagération et sans faiblesse, sans regarder le drapeau qui les protège, libre enfin de toutes ces préférences d’opinions ou de personnages, qui sont autant de fausses lumières pour son esprit, autant de poisons pour sa conscience ; préventions désastreuses que d’Aguesseau a flétries dans ces lignes immortelles : « Aristide cesse d être juste lorsque Thémistocle se » déclare pour Injustice, si l’ami de la vérité passe » dans le parti de l’erreur, parce que le partisan or-
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- » dinaire de Terreur a passé par hasard ou par in->* térêt dans celui de la vérité. »
- Il semble que ces choses là devraient ne pas avoir besoin d’être répétées et pourtant, nous croyons au contraire, qu’on ne les répété pas assez.
- Sous prétexte d’ordre moral à rétablir, on a demandé des services aux tribunaux, et Ton a ébranlé ainsi leur considération.
- Or, rien n’est plus contraire à Tordre moral, rien n’est plus dangereux pour la sécurité publique que la déconsidération des tribunaux.
- Il faudra, dit un journal, beaucoup de jugements équitables, beaucoup de verdicts réparateurs, beaucoup d’arrêts fermes et impartiaux pour rendre à la justice cette confiance absolue, cette autorité inébranlable et incontestée, dont elle a besoin devant la nation.
- LA LOI BELGE
- SUR LE TRAVAIL DANS LES MINES.
- Une discussion du plus grand intérêt a surgi récemment au sein de ia Chambre des représentants de Belgique.
- Il s’agissait de la régiemenlation du travail des femmes et des enfants dans les mines, les minières et les charbonnages.
- Plusieurs théories ont été aux. prises et nous devons rendre cette justice aux orateurs en présence que, chacun d’eux a développé ses vues avec sincérité et réflexion. Les partis se sont même effacé à cette occasion et Ton a pu voir les adversaires les plus irréconciliables former des groupes tout différents des groupes habituels.
- La théorie de la liberté complète ou à peu près a été soutenue par M. Frère-Orban, ancien ministre, chef actuel de la gauche, et par M. Pirmez, publiciste distingué et administrateur de nombreux charbonnages.
- Le principe de l’intervention de l’Etat a été développé et soutenu pir un libéral avancé, M. Jottrand et par M. Janson dont les opinions socialistes sont bien connues. Au grand étonnement de chacun M. Kervyn, député très-catholique , est venu appuyer MM. Jottrand et Janson.
- p Cette discussion qui touche à la fois aux inté-vitaux de la Belgique et aux plus brûlantes questions de la société moderne s’est terminée par l’adoption, à une majorité considérable, d’un projet de loi présenté par le gouvernement et amendé par le ministre des travaux publics,
- fixant le minimum d’âge requis pour le travail dans les mines à treize ans, pour les jeunes filles et à douse ans, pour les jeunes garçons. Aucune exception n’est faite pour les femmes enceintes.
- Cette décision témoigne des bonnes intentions du Parlement belge, mais qu’on nous permette de le dire, elle nous paraît illogique.
- De deux choses l'une :
- Ou bien l’Etat a le droit de s’immiscer dans la question du travail, ou bien il n’a pas ce droit.
- Dans le premier cas, la mesure est suffisante ; dans le second, elle est arbitraire.
- En effet, les représentants ont été unanimes à reconnaître que le travail des femmes et des enfants dans les mines est un malheur et que s’il était possible de l’éviter, il faudrait le faire.
- Le grand argument des adversaires d’une intervention plus effective de l’Etat, c’est un argument de nécessité.
- « C'est, dit M. Frère Orban, c'est la nécessité « la plus impérieuse qui pousse les femmes et « les enfants à chercher les moyens de vivre.
- « Le gouffre béant de la fosse est là. Beaucoup « de nous n’y entreraient pas, femmes et en-« fants y descendent; pourquoi? Pour avoir du « pain, pour vivre. Eh bien! quand c’est pour <k vivre qu’on affronte ce travail pénible et « qu'une population gagne ainsi cinq millions de « francs de salaire, pouvons-nous dire : Qu’im-« porte! les pères, les frères travailleront un « peu plus et tout sera dit ? »
- Nous comprenons parfaitement que s’il y a absolue impossibilité de remplacer te travail des femmes dans les mines par un autre travail, leur interdir l’entrée des mines serait les condamner à la misère, au dénuement ou les forcer à trouver dans le déshonneur des moyens de subsistance.
- Ce serait remplacer un malheur par un autre malheur.
- Toutefois nous croyons savoir que l’honorable M. Pirmez, qui ne veut pas que l'Etat prohibe le travail des femmes, a lui-même introduit cette prohibition dans les charbonnages dont il est administrateur. Nous sommes bien convaincu qu’il n’a pas privé les femmes de cette ressource sans leur avoir garanti quelque autre travail en compensation. Peut-être ce que M. Pirmez a fait pour quelques charbonnages pourrait-il se généraliser. Si Ton ne veut pas que l’Etat garantisse du travail aux femmes, au moins pourrait-on le faire par voie d’association privée.
- Elle aurait un bien beau rôle, l'assocation
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- qui pourrait épargner aux femmes et aux enfants de s’enterrer tout "vifs, dès leur plus bas-âge, dans les gouffres noirs de la mine et d’y contracter des difformités ou des maladies.
- Quiconque l’a vu une fois dans sa vie, le spectacle attristant de la mine, ne peut plus Poublier.
- Attaché sans relâche à sa rude besogne Loin du soleil et du ciel bleu,
- Le mineur accroupi bêche, creuse, fend, cogne Le charbon, la terre ou le feu.
- Les pieds dans l’eau, debout à la lueur des lampes, Le corps serré contre le bloc,
- Essuyant sur le mur la sueur de ses tempes Il bat du pic le plein du roc Le grisou peut jaillir de la voûte enflammée Et le brûler sur son hoyau ;
- Le sol peut s’ébranler et, la fuite fermée, L’enterrer vif dans son boyau,., Qu’importe? Il reste là. Comme un marin fidèle A la mer qui l’engloutira Il demeure à sa mine, il est amoureux d’elle;
- Il y naquit, il y mourra (1)
- (1) J. Bru d’Esquille, Les Revanches.
- Amoureux du travail de la mine, dit le poète; c’est trop dire. Le mineur y gagne sa vie, voilà tout. Il a de la force et il la vend. Dans l’état actuel de la société on peut être attristé de cela ; nous n’y voyons pas de remède immédiat.
- Mais, condamné au même travail, que dis-je? au même martyr, la femme, le garçon de douze ans et la jeune fille de treize, ah I vous conviendrez que cela navre et que l’on a droit de demander mieux.
- Nous regrettons que le Parlement belge n’ait as été aussi courageux que les Conseils de la onfédération suisse.
- En Suisse, deux Conseils qui ne comptent pas un seul ouvrier au nombre de leurs membres, ont élaboré une loi réglementant le travail et protégeant d’une manière frès-efficace, le faible contre le fort.
- Nous étudierons cette loi dans un de nos prochains articles et nos lecteurs belges verront ce que l’on ose faire dans un petit pays qui est bien loin d’avoir les ressources de la Belgique.
- Pour le moment, nous nous bornerons à dire que cette loi introduit dans la législation un principe qui ne s’y trouvait pas jusqu'ici et que nous soumettons aux réflexions de nos lecteurs de Belgique,
- Ce principe nouveau pourrait se formuler ainsi :
- L'État doit protection à celui qui nesl pas assez fort pour se défendre.
- En. CHAMPUKY.
- Au dernier moment, nous recevons sur le même sujet, l’importante communication que l’on va lire,
- UNE CAISSE GÉNÉRALE
- DES MINES ET DE L’iNDUSTRIE.
- La question soulevée devant le Parlement belge est d’une telle importance qu’il nous semble nécessaire d’y insister de nouveau.
- On s’est contenté de prescrire quelques mesures bénignes, dont on ne fera que très-peu de cas dans la pratique, puis on a laissé les femmes, les filles et les enfants à leur malheureux sort.
- M. Frère-Orban a déclaré que s’opposer au travail des femmes et des enfants dans les mines, ce serait condamner les familles à mourir de faim!
- Combien de réflexions cela suggère à l’esprit. Quoi, notre société industrielle et industrieuse accumule chaque jour de nouveaux moyens de produire, la richesse générale s'accroît sans cesse, et cela pour arriver à ne plus pouvoir nourrir les femmes et les enfants, sans les obliger aux plus durs labeurs !
- Un tel état de choses révèle combien la répartition des produits du travail dans nos sociétés est en défaut, combien elle s’opère contrairement à toute équité.
- Les principes de la morale sociale ne peuvent point ainsi demeurer toujours oubliés; le moment viendra où le respect dû à la vie humaine engagera le législateur à veiller avec sollicitude sur le développement physique, intellectuel et moral de tous les enfants.
- Le moment viendra où la cataracte du « chacun pour soi » tombera des yeux, de manière à laisser voir à tous ce qui est à faire dans la voie du juste et du droit. Alors naîtra le désir général que chacun ait dans les produits du travail une part en rapport, avec le concours qu’il donne. Alors le législateur, s’inspirant du sentiment que chacun doit aux autres ce qu’il désire pour lui-même, ne restera plus indifférent aux remèdes à appliquer aux maux dont la société souffre ; il fera des lois protectrices du travail et du salaire, des lois protectrices de la femme et de l’enfant, lois qui, tout en consacrant la liberté du travail, feront que l’aiguillon de la misère ne
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- j ?
- j
- | les forcera plus à descendre dans la mine, quand
- | leur rôle naturel les appelle à tout autre chose, i Pourquoi le Parlement belge n’a-t-il point,
- | dans une occasion aussi importante, fait acte | d’innovation? C’est qu’il eût fallu briser avec les | pratiques routinières qui n’ont su rien faire jus-| qu’ici en faveur du travail.
- ; L’occasion se montrait pourtant propice, le J mal se révélait dans toute sa laideur, profond,
- £ incontesté; devant les représentants du pays, la g question se posait, nette et précise, sous deux | aspects :
- \ 1° L’insuffisance du salaire des hommes pour
- | nourrir la famille;
- | 2° La nécessité pour l’enfant de se livrer aux
- | durs travaux de la mine afin de gagner sa sub-| sistance, au lieu de fréquenter l’école, j La solution de ce double problème n’est cer-| tainement pas impossible puisque des nations | bien moins riches que celles où la grande indus-I trie est. constituée se trouvent à l’abri de ces | graves difficultés.
- j Nous n’entrerons pas aujourd’hui dans l’étude J économique de cette question, mais nous ferons | remarquer qu’il est équitable que le travail fasse j vivre le travailleur et sa famille ; c’est par con-séquent dans les ressources sortant du travail I même qu’il faut chercher les moyens d’y pour-voir quand le salaire est insuffisant.
- I La fondation d’une Caisse générale des Mines J et de l'Industrie répondrait à ce besoin, à la J condition que la taxe soit rendue obligatoire pour j chaque établissement industriel, proportionnel-, lement au nombre de ses ouvriers. Cet impôt, ainsi réparti, serait une augmentation des frais généraux de toute l’industrie et ne romprait pas J plus l’équilibre dans les affaires que ne le font | actuellement les droits de douane pour les in-{ dustries qui y sont assujetties.
- Beaucoup d’esprit, nous le pressentons, vont crier à l’impossible et croire que ce serait la ruine ; de l’industrie et des affaires.
- Ce serait là une grave erreur. Il n’y a de dif-| ficultés, pour l’industrie qu’avec les lois d’ex-j ception.
- Nous sommes convaincu que du moment que la taxe à prélever serait proportionnelle au nombre d’ouvriers occupés, l’industrie n’aurait pas à souffrir d’une semblable mesure, et qu'au contraire il en résulterait d’immenses bienfaits pour les classes ouvrières, et surtout pour l'enfance.
- Au lieu d’abandonner les enfants à un travail forcé, au vagabondage ou à la mendicité, on pourrait faire que les ressources de la Caisse générale des Mines et de l’Industrie fussent appliquées, pour une forte part, à fonder à l’école le réfectoire donnant aux enfants nécessiteux la nourriture du corps, en même temps que l’école leur servirait la nourriture de l’esprit.
- Nous examinerons plus tard comment cette caisse devrait être administrée, afin d’intéresser ouvriers et patrons, en même temps que l’État,
- à son bon fonctionnement GL
- ------------
- | LE RETABLISSEMENT DES TOURS
- i DANS LES HOSPICES,
- Le Sénat et la Chambre des députés vont avoir sous peu à s’occuper, chacun en ce qui le concerne, de propositions relatives au rétablissement des tours dans les hospices.
- Au Sénat M. Bérenger, de la Drôme, a déposé en son nom et au nom de plusieurs de ses collègues un projet de loi en ce sens; à la Chambre le projet déposé est de M. Henri de Lacretelle. En agissant ainsi cet honorable député de Saône-et-Loire reprend une généreuse proposition de Lamartine, l’ami de son père.
- Cette question est d’une importance plus grande qu’il ne semble au premier abord.
- Pour peu que l’on parcoure la Gazette des Tribunaux ou les publications traitant de la criminalité on est frappé du nombre croissant des infanticides. Chaque année le total de ce genre de crime se trouve plus élevé que l'année précédente et parfois en proportions excessives. Gomment ne pas chercher le moyen de remédier à un pareil état de choses?
- Ce moyen, il est connu. Il a déjà été mis en pratique autrefois en France et il fonctionne aujourd’hui dans plusieurs pays. L’expérience tentée chez nous comme celle qui dure encore ailleurs démontre que l’établissement des tours dans les hospices diminue de beaucoup le nombre des infanticides,
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- Mais peut-être ne se rendra-t-on pas à l’éloquence des chiffres. Peut-être la question soulevée trouvera-t-elle de violentes oppositions.
- Nous nous y attendons un peu.
- On viendra dire sans doute que le rétablissement des tours augmentera notablement le nombre des naissances illégitimes, comme si la fille qui se donne ou qui se vend agissait ainsi en songeant aux conséquences que peut avoir sa conduite.
- Et même en admettant que le rétablissement des tours ait pour conséquence d'augmenter le nombre des enfants naturels, encore a-t-il lieu de se demander si cette augmentation n’est pas un moindre mal que l’augmentation des infanticides constaté par les documents officiels.
- N’est-il pas horrible de penser que tant de petits êtres innocents des fautes des auteurs de leurs jours sont abandonnés, nus ou à peu près, par la pluie, le vent ou le gel, sans compter ceux qui sont étranglés, jetés à la rivière ou même odieusement écartelés.
- Ces petits êtres ont le droit de vivre; ils ont le droit d’êtré protégés par l’état aussi bien que les autres ; avec un peu de soins ils deviendront des êtres utiles à la société.
- Et qui peut dire que dans l’un de ces petits cervaux il n’y ait pas en germe quelque intelligence au dessus de la moyenne; plus d’un homme marquant s’est trouvé au nombre des enfants naturels et nous n’avons pas à rappeler à l’appui de cette affirmation des noms qui sont dans toutes les mémoires.Eh bien l peut-on dire que dans les milliers d’enfants sacrifiés par l'égarement ou le désespoir des mères il ne s’en trouve aucun qui aurait pu doter l’esprit humain de conquêtes nouvelles? Personne n’a le droit de dire non, car nous sommes ici sur le seuil de l’inconnu.
- Mais il y a des considérations d’un autre ordre dont il faut tenir compte.
- Tandis que la population des puissance étrangères augmenta, celle de la France diminue.
- Dans la dernière période quinquennale la population de la France a diminué de 366,003 âmes, sans compter, bien entendu, la perte de l’Alsace-Lorraiue.
- Il y a là non-seulement un fait attristant mais un danger et il est du devoir du penseur comme de celui du citoyen de tout faire pour empêcher cette dépopulation.
- Il est certain que la suppression presque totale de l’infanticide serait peu de chose en raison de la grandeur du mal. Mais quelque faiblement que cela doive le diminuer, cela le diminuera.
- L’enfant sauvé ne contribue pas immédiate-
- ment au repeuplement ; il n’est qu’une unité perdue dans la masse,et si l’on en sauve quelques milliers par an cela sera relativement peu.
- Mais que l’on ne perde pas de vue que l'enfant sauvé peut devenir un jour père oumere et contribuer ainsi d’une manière plus active au repeuplement.
- La question considérée sous cet aspect demande le rétablissement des tours.
- Ce rétablissement parait encore plus nécessaire si l’on considère la question au point de vue de la moralité publique.
- La moralité publique a-t-elle, oui ou non,, à gagner dans son ensemble à voir diminuer le norùbre des crimes?
- A-t-elle intérêt à voir emprisonner beaucoup de mères infanticides?
- A-t elle intérêt à laisser impunis beaucoup de crimes semblables dont les auteurs demeurent inconnus?
- Reste la question d’économie,
- L’Etat dans le cas de rétablissement des tours aura des dépenses à s’imposer pour chaque enfant. C’est vrai, mais croit-on que cette dépense sera plus forte ou même aussi forte que celle nécessitée par l'entretien en prison des mères qui ont tué leurs enfants.
- Les prisonniers reviennent cher; ils reviennent même très-cher, ne l’oublions pas.
- L’argument d’économie est donc ici de peu ‘ de valeur.
- Et quand bien même il faudrait dépenser un ou deux millions par an pour empêcher des crimes, la France est-elle donc si pauvre qu’elle ne puisse s’imposer de si minces sacrifices, elle qui dépense un million et demi par jour pour maintenir et faire prospérer l'art de s’entre-tuer.
- Nous lions plus loin que M. de Lacretelle.
- Nous dirons avec lui qu’il est excellent de rétablir les tours dans les hospices, mais nous dirons aussi qu’il faut ne pas en rester là.
- Toute la législation qui régit les enfants trouvés doit être revue.
- M. le docteur Brochard qui fait autorité en pareille matière dit qu’il est tel département qu’il pourrait nommer dans lequel ces enfants sont considérés, « non comme des êtres humains qu’il faut secourir, mais comme une charge budgétaire qu’il faut diminuer sinon faire disparaître complètement. »
- Dans la Loire-Inférieure il meurt, dit M. Hus-son, 90 0/0 des enfants assistés, dans la, Seine-Inférieure, 87 0/0, dans l’Eure et le Calvados, 78 d/0.
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- M. de Saint-Laumer^adiniaistrateur des Enfants trouvés d’Eure-et-Loir, écrivait dernièrement à M. le docteur Bochard :
- « Depuis 1828 surtout les enfants trouvés sont devenus presque chaque année l’objet ne nou velles mesures d'économie administrative et d’expériences qui rarement ont tourné à leur avantage. En 1851 on se plaignait des nourrices: Vingt enfants au-dessus d’un an ont été choisis parmi les plus forts et envoyés par ordre supérieur à la colonie de Bonneval pour être allaités dans cet établissement ; sur ces vingt enfants, dix-huit sont morts en quelques mois. On ne voulait plus d’enfants trouvés, le but est bien près d’être atteint. Le département d'Eure-et-Loir est peut-être celui où l'organisation des Enfants trouvés avait été préparée avec le plus de soin et de générosité. »
- En ce cas, qu’est-ce que cela doit être dans d’autres départements. M. Schœlcher, sénateur, disait dernièrement dans la séance annuelle de la Société des Amis de l’Enfance, qu’on a pu calculer qu’il est mort en France, seulement depuis 1820, cinq millions de nourrissons et d’enfants trouvés.
- Le cœur se serre quand on lit les travaux spéciaux consacrés à ces questions, et l’on se de mande si on est la proie d’un cauchemar ou celle de la vérité.
- Hélas l c’est de la vérité qu’on est la proie, car lés chiffres donnés viennent de rapports officiels.
- Malheureusement, le public ne lit pas ces rapports et la presse s’en occupe à peine. Le màl se continue, se perpétue, s*aggrave, et chaque année, enlève des milliers de petits êtres sans que le public se dise qu’il serait facile de‘ les conserver* 1
- En. Champury.
- CHEMIN DE FER D’INTÉRÊT GÉNÉRAL
- DE VALENCIENNES A REIMS'
- Le Journal officiel vient de publier le rapport que M. Albert Christophle, a déposé à la tribune delà Chambre des députés, au nom de la Commission chargée d’examiner le projet de loi portant déclaration d’utilité publique et concession à la Compagnie du Nord d’une ligne allant de Valenciennes au Cateau.
- Après avoir fait l’historique des concessions antérieures et démontré la grande utilité de cette ligné de 33 kilomètres qui ne coûtera que 9,200,000 fr. et dont le rendement lucratif est assuré par la densité considérable de la population et le grand nombre des industries, le rapport ajoute :
- « Nos honorables collègues de l’Aisne ont demandé le prolongement de la ligne de Valenciennes au Cateau, jusqu’à Saint-Erme. Ce prolongement aurait 76 kilomètres 112 de longueur*
- » Nous avons, comme la commission de 1876, appelé le bienveillant intérêt du Gouvernement sur ce prolongement et nous avons demandé à M. le ministre des travaux publics de comprendre ce chemin dans la convention avec la Compagnie du Nord.
- » L’honorable M. de Freycinet, nous a répondu que tout effort en ce sens serait inutile en ce moment. La Compagnie se refuse à exécuter, sans subvention, un chemin à pentes raides et à courbes de très pétit rayon* dont l’exploitation doit être sans profit pour elle.
- » Sur la demande qui lui a été faite par MM. Fouquet et Villain, députéi dé l’Aisne, M. le ministre a répondu qu’il ne doutait pas que le prolongement de Cateau Saint-Erme put être compris dans le classement, à titre d’intérêt général, qui s’élabore en ce moment, par les commissions régionales récemment organisées. Dans cette situation, la construction et l'exploitation de ce prolongement paraîtraient assurées dans un avenir prochain.
- Cela parait d’autant plus certain queM. le Ministre a déclaré à la Commission, qui en a pris acte, que, personnellement, il était partisan de ce prolongement qu’il considère comme rentrant naturellement dans le réseau complément-lire d’intérêt général.
- » M. le Ministre des travaux publics n’a aucun moyen légal de contraindre la Compagnie du Nord à ajouter la ligne en question à la convention dont il s’agit. »
- On le voit, le rapport de M. Ghristophle est aussi favorable à la Compagnie du Nord que celle-ci peut le souhaiter. 1
- La Commission est tombée dans un piège et l’intérêt des populations a été méconnu Les grandes Compagnies en sont venues à ce point de puissance qu’elles font faire à l’Etat tout ce que bon leur semble, qu'elles que puissent être les réclamations du pays.
- Il suffît de rétablir les faits relatifs à la ligne qui nous concerne et l’on verra que nous n’exagérons pas.
- Une ligne tout entière est à construire, allant de Valenciennes à Reims ; cette ligne est concédée à une Compagnie pour être exécutée comme chemin de fer d’intérêt local ; le Conseil d’Etat est d’avis que cette ligne est d’intérêt général et doit être exécutée dans les conditions requises pour ce genre de lignes ; la Compagnie du Nord, pour s’éviter une concurrence traite alors avec la Compagnie concessionnaire qui lui rétrocède ses droits, aujourd’hui que la concurrence est supprimée, la Compagnie du Nord refuse d’exécuter la ligne et le gouvernement n’a aucun moyen légal de l’y contraindre.
- En vérité la Compagnie du Nord accepte bien d’exécuter un tronçon de cette ligne, celui qui va de Valenciennes au Cateau, mais ce n’est là qu’un moyen de plus d’ajourner indéfiniment la construction du tronçon Cateau-St-Erme.
- En effet, le tronçon Valenciennes Cateau estunetêtede ligne débouchant dans le bassin houiller. Ce tronçon est donc celui de la ligne dont le rendement sera le plus
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- lucratif. En le concédant à la Compagnie du Nord, on découragerait toute autre compagnie d’entreprendre les 76 kilomètres restant à construire. Cette dernière partie, la plus considérable, la plus instamment récla mée, se trouverait ainsi à la merci de la Compagnie du Nord.
- Voilà ce qui a échappé à la Commission.
- Il ne suffît pas de savoir que le Ministre des travaux publics est personnellement favorable à ce prolongement ; cette sympathie platonique est impuissante en face du mauvais vouloir de la Compagnie du Nord.
- Si l'on accorde à cette dernière, le premier tronçon de la ligne sans engager l’exécution du reste, les nombreuses localités et industries qui attendent anxieusement cette voie nouvelle, devront y renoncer, à moins que le département de l’Aisne ne s’impose des subventions énormes.
- Qui sait? C’est peut-être là ce que veut la Compagnie du Nord.
- L'intérêt de tout une contrée s’effacerait donc devant celui de quelques actionnaires.
- La Compagnie du Nord met en avant le prétexte que le tronçon Cateau-Saint-Erme, demande des pentes prononcées et des courbes de petit rayon.
- C’est inexact.
- A la vérité, les tout premiers plans contenaient bien quelque chose de semblable, mais il s’agissait alors d’un chemin de fer d’intérêt local. On voulait une ligne ne coûtant que 130 ou 140,000 fr. par kilomètre, tandis que le coût kilométrique des chemins d’intérêt général est de plus du double de cette somme.
- En construisant cette ligne dans les conditions habituelles des lignes d’intérêt général, on peut éviter les courbes de petit rayon et les pentes prononcées, sans rencontrer pour cela aucun obstacle nécessitant des travaux d’art de quelque importance.
- Voilà ce que M. Christophle ignore et ce qu’il aurait dû ajouter à son rapport.
- Les grandes compagnies font entrer leur intérêt particulier en compétition avec l'intérêt général. Il est possible que cela leur rapporte momentanément, il est à espérer que cela forcera le gouvernement à prendre à leur égard des mesures décisives.
- Pour nous, nous appuierons de toutes nos forces le rachat par l’État des lignes de chemins de fer, convaincus que c’est la seule manière d’avoir raison de ces compa gnies qui forment un état dans l’état.
- Pebtinàx.
- «-aaOQOOOQwrT» ——
- VARIÉTÉS
- Nouvel emploi die l’Electricité.
- L'électricité vient d’être employée aux Etats Unis pour allumer les réverbères dans les rues. Ce nouveau procédé, qui est peu coûteux, a été essayé avec
- succès à Providence (État de Rhode-Island). On allume dans cette ville 220 becs de gaz disséminés sur une étendue de 9 milles de longueur en quinze secondes. Un seul homme suffit à ce travail.
- Exploration dans l’Afrique-centrale.
- M. Stanley vient à peine de terminer son voyage i travers l’Afrique, que déjà les Anglais se mettent et devoir de faire pénétrer leur influence dans les pays sauvages qu’arrose le Livingstone (ancien fleuve Congo). La société des missions de l’Eglise baptiste vient de prendre des arrangements avec des mar\ chands du littoral pour envoyer dos missionnaires dans ces contrées. La direction de la mission est confiée aux R. P. Comber et C. Crenfell qui suivront par la voie de San Salvador (côte occidentale) la route de M. Stanley.
- Les Synthèses chimiqix.es.
- On sait que la synthèse des matières organique* est la reproduction, par procédés chimiques, de subs* tances ayant été fournies jusque-là par la nature Cette synthèse devient chaque jour plus complète par suite d’une meilleure application des nouvelle* théories chimiques.
- Les matières tinctoriales de la garance sont obte* nues aujourd’hui par des procédés chimiques, et cel* avec une telle supériorité que la culture de la g&' rance est complètement abandonnée.
- On est parvenu à reproduire artificiellement leS matières colorantes de l’orseille et de l'indigo. Ce* deux synthèses sont encore du domaine du laborâ' toire, mais sans aucun doute, dans un avenir pe" éloigné, l’industrie s’emparera de ces découverte^ pour les utiliser dans une large mesure. Enfin on e* est venu à préparer artificiellement le parfum de 1* vanille et nous savons qu’il existe une usine poflf; l’exploitation de la vanilline.
- Le.Gérant: À. Massoulard.
- ------- — - -» .... -----g*
- ÉCONOMIE DOMESTIQUE MANUFACTURE DE GUISE
- Produits nouveaux:.
- L’art du chauffage a fait de grands progrès dans 1* construction desappareils destinés à chauffer les ap' partements ; mais il faut convenir que l’on est encoi’j fort éloigné d’en faire une application générale,6 -que les moyens de se bien chauffer sont peu usités*
- Dans les neuf dixièmes des habitations, la chemin^ à large ouverture béante sert toujours à brûler d^ quantités considérables de bois sans presque chauffé la chambre, mais en y provoquant au contraire d# courants d’air qui influent d’une façon fâcheuse la santé et rendent le séjour de l’appartement dés*'-gréable.
- Qui n’a remarqué ce grave inconvénient de toutfiS! nos cheminées 1
- Qui, par exemple, n’a eu à souffrir l’hiver du dés^i grément d’arriver dans une chambre d’hôtel glaci^; et, en y faisant faire un feu considérable, de H trouver néanmoins presque plus exposé au frç1 qu’on ne l’était au dehors, par suite de la mauvai^ disposition delà cheminée dans laquelle l’air s’e^ gouffre avec d’autant plus de force que le feu est ardent ; quand il serait si facile d’obtenir dans “
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- même chambre, avec un autre système de chauffage, uni; température agréable et douce pour une dépense de combustible six fois moindre que celle à laquelle on est condamné dans ces conditions.
- Foyers économiques brevetés S. <3r. D Gr N05 38, 30, 40.
- L’usine de Guise en construisant ces foyers a fait les appareils les plus propres à porter remède aux inconvénients que nos venons de signaler ; ce but est atteint de la façon la plus complète et la plus satisfaisante.
- Le mode d’emploi des foyers économiques consiste à murer la cheminée dans son cadre intérieur, et à ne laisser libre que l’ouverture nécessaire pour introduire la base de l’appareil ; on a ainsi, en avant de la cheminée, un foyer fermé, élégant, qui, lorsqu’on y fait du feu, élève très-rapidement la température do la chambre au degré de chaleur désiré-Ce genre de foyer ne provoque aucun courant d'air dans la pièce, et il a le mérite de laisser voir le feu lorsqu’on veut tenir ouvertes les portes de l’appareil.
- L’intérieur du foyer est établi enterre réfractaire, ce qui met ces appareils à l’abri des réparations.
- Calorifères IN° 55.
- Pendant plusieurs années des calorifères dans lesquels on mettait le matin du combustible pour toute la journée, ont eu une grande vogue ; mais certains inconvénients comme l’obligation d'enlever chaque matin le foyer du poêle pour vider la cendre, charger et allumer le combustible au dehors, ont fait abandonner ce système ; d’autres inconvénients résultant de l’imperfection de la construction d'un certain nombre de ces appareils ont également contribué à cet abandon.
- Le nouveau modèle de calorifère n° 55 de l’usine de Guise conserve les avantages,autrefois recherchés dans ce mode de chauffage, et en fait disparaître les inconvénients. Il n est plus besoin d’emporter le foyer pour vider la cendre ; la grille du fond fait bas cule, quand on le veut, la cendre et les escarbilles tombent immédiatement dans le cendrier en forme de tiroir, et sont ainsi facilement emportées.
- Le combustible peut se mettre dans le calorifère et s’allumer sans rien y déranger ; on a donc, dans ces conditions, un appareil à feu continu, commode,dans lequel les inconvénients signalés ont disparu.
- ' Calorifère N° 450. -
- Le calorifère n° 56 est un autre mode de chauffage sous la même enveloppe extérieure que le n°45. Le foyer de ce ca orifère est pourvu de portes qui permettent d’introduire le combustible et de voir le feu -à volonté ; quant aux autres dispositions, elles sont les mêmes que celles du n° 55 ; la grille est aussi à bascule, et l’enlèvement des résidus de la combustion se fait avec la même facilité.
- Le charbon de terre est le combustible employé dans les divers appareils de chauffage que nous venons de signaler,
- Calorifères !N0S 58, 53, 54.
- Ces nouveaux modèles de forme carrée sont spécialement destinés A l’usage du charbon; la cloche intérieure dont ils sont pourvus leur donne une grande puissance de chauffage. Ils sont munis sur le devant de deux portes qui permettent de découvrir le feu, quand on le juge à propos. t Ces modèles sont très-gracieux de forme et constituent un excellent moyen de chauffage dans les appartements.
- CHAUDIÈRES ÉCONOMIQUES DE BUANDERIE
- Nous croyons devoir attirer l’attention sur les services que ces meubles peuvent rendre journellement dans les travaux domestiques. -
- Tous les ménages éprouvent, de temps à autre, le besoin de faire chauffer des quantités d ’eau qu’on obtient à la température voulue que lentement, avec peine et à grands frais, sur le feu de la cheminée ou sur les fournaux de la cuisine.
- Les bains, le lavage du linge, la lessive, le lavage de la vaisselle sont autant de motifs pour lesquels il est avantageux et commode de faire chauffer de l'eau promptement ; or la chaudière économique est parfaitement disposée pour cela.
- Dans Le ménage agricole les besoins sont plus mul • tiples encore, l’eau chaude est nécessaire à la propreté de tous les ustensiles servant à la manutention du laitage, à la fabrication du beurre, du fromage, etc- La cuisson des légumes pour les bestiaux donne des résultats avantageux qui méritent d'être recherchés et que les chaudières en question rendent faciles * obtenir. Ces appareils, enfin, donnent satisfaction de la façon la plus commode aux divers besoins que nous venons d’énumérer
- Les chaudières économiques peuvent se placer partout : en plein air, sous une cheminée, où l ot» veut. Il suffît d’adapter à la buse 1 mètre 50 centimètres à 2 mètres de tuyaux pour pouvoir faire du feu dans l’appareil et mettre chauffer, cuire ou bouillir ce que les besoins réclament,
- Dans les chaudières économiques fabriquées à Guise, rien n’est épargné pour donner au meuble toute la perfection, toute la durée toute la solidité nécessaires. Elles ont un foyer en terre réfractaire qui a la propriété de mieux utiliser le combustible; ce foyer empêche la déperdition de la chaleur par les parois extérieures et permet à la température de la chaudière de s élever d autant plus vite.
- Au gré de l’acheteur, les chaudières économiques se vendent soit en fonte ordinaire, soit en fonte émaillée à l’intérieur ; la forme en est agréable à voir.
- La variété des grandeurs sur lesquelles la manufacture de Guise établit ces chaudières économiques permet de trouver les proportions convenables pour répondre à tous les besoins.
- Quatre séries de formes différentes existent dans les modèles de l’usine, mais deux sont particulièrement en usage.
- Les n°* 1, 2, 3, 4 et 5 sans robinet, et les n°* 6, 7, 8, 9 et 10 avec robinet composent la première série. Ces chaudières sont à formes basses et sans enveloppe extérieure ; elles sont portatives et faciles à enlever du foyer.
- Les nos 23 à 30 et 31 à 38 composent la deuxième série ; ces modèles sont à formes hautes et engagées de toute leur hauteur dans le cylindre ou enveloppe extérieure ; ainsi enveloppés ces appareils chauffent un peu plus vite que ceux de la série précédente, mais les chaudières sont plus difficiles â mouvoir et à transporter.
- Toutes ces chaudières économiques sont établies dans de véritables conditions de bon marché, si l’on tient compte de leur solidité et de leur bonne exécution.
- Les dessins de ces deux séries de modèles sont à la dernière page de ce journal.
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- PRODUITS NOUVEAUX DE L'USINE GODIN, A GUISE
- —n-3§>~a v o- -
- CALORIFÈRES n°» 55 et 56
- CALORIFÈRES n*8 52, 53 et 54
- CHAUDIÈRES ÉCONOMIQUES POUR BUANDERIES
- SANS ENVELOPPE AVEC ENVELOPPE
- Numéros sans rohinet . . 23, 24, 25, 20, 27, 28, 29, 30
- Numéros sans robinet........... 4, 2, 3, 4, 5 Nnméros avec robinet . . 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 58
- Numéros avec robinet . ...... 6, 7, 8, 9, 10 Contenance on litres. . . 50, 75,100, 125,150,475,225,275
- CASSEROLES PRÛFÔNÛES
- NÛS 0 1 2 3 4 5
- 2 litres 2 litres 50 JFIitrcs SF'lUres 50 4 litres 5 titres 50
- im ivüiL uiiu/j lUllo nia 111
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du QUmeur
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- NUMÉRO 3
- Journal hebdomadaire paraissant le dimanche
- 24 MARS 1878
- Le Devoir
- POLITIQUE
- législation
- administration
- RELIGION
- MUTUALITÉ » SOLIDARITÉ - FRATERNITÉ
- ASSOCIATION DU CAPITAL & DU TRAVAIL
- TRAVAIL
- INDUSTRIE
- COMMERCE
- CONSOMMATION
- ABONNEMENTS FRANCE Un an. . . .
- Six mois . , ,
- Trois mois. . . Union pastale .
- ÉTRANGER Le port en sns
- 40 f. »*
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- Rédacteur en chef : M. Ed. CHAMPURY
- ADRESSEE LA CORRESPONDANCE AD GÉRANT, A GUISE (AISNE)
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- A NOS LECTEURS
- AVIS
- Les personnes qui désirent apprécier notre journal par un simple essai peuvent le faire en envoyant Un Franc en timbres-poste ou en timbres de commerce français au Gérant du DEVOIE, à Guise (Aisne).
- Biles recevront en échange les quatre numéros qui suivront leur envoi.
- Il nous est adressé de différents côtés des observations que nous recevons avec le plus grand plaisir ; nous saisirons volontiers l’occasion d’en faire usage, sans toutefois que le journal LE DEVOIR puisse s’engager à les publier.
- SOMMAIRE
- Notre Feuilleton, — La question sociale. —Les Travaux des Chambres. — Affaires d'Orient. — Les Agrandissements de V Angleterere. — Les Écoles publiques. — Variétés, — La question ouvrière à l'Exposition. — Mesures à imiter. — La misère en Silésie. — Chronique scientifique. — Bulletin Bibliographique.
- Nous avons la satisfaction d’annoncer à nos amis que les abonnements parvenus au journal le Devoir justifient nos prévisions sur l’opportunité de la fondation de cet organe. Noua sommes assurés dès aujourd’hui que cette œuvre de dévouement social présente moins de difficultés à fonder que nous l’avions pu craindre. Nous étions certains de l’existence de notre journal, mais nous constatons avec plaisir le bon accueil qui lui est fait.
- Néanmoins, les amis du progrès comprendront combien sont laborieux les débuts d’un nouvel organe qui se donne pour mission de faire la synthèse pratique des idées sociales, après la longue période de silence imposée aux travaux de la pensée. Ces difficultés seront d’autant plus vite aplanies et notre journal plus tôt en mesure de porter ses fruits, que les personnes sympathiques à notre œuvre nous viendront en aide en ouvrant, par le plus grand nombre possible d’abonnements, un plus large champ d’influence aux études sociales que nous avons à produire.
- Nous prions donc les personnes qui portent intérêt à notre journal, et qui n’ont pas encore fait l’envoi de leur abonnement, de bien vouloir nous l’adresser, afin que les numéros leur soient servis régulièrement.
- Nous prions également ceux de nos lecteurs qui ne seraient pas dans l’intention de s’abonner, de nous retourner le présent numéro du journal,
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- LE DEVOIR
- NOTRE FEUILLETON
- Le.Devoir commencera prochainement la publication de « la Fille de son Père, » un des plus remarquables romans que la littérature américaine ait produits. Cet ouvrage, qui n’avait pas encore été traduit dans notre langue, est dû à la plume de M®0 I-Iowlànd ; voici en quels termes M. John Jewett, l’éditeur de « La Case de l’oncle Tom, » appréciait à son apparition cette œuvre importante :
- « Ce roman artistique et puissamment écrit est aux « questions sociales qui agitent actuellement le monde » civilisé, ce que « La Case de l'oncle Tom » fût pour la € question de l’esclavage. »
- M. Alden, du Harper's Magazine, dit de son côté :
- € Ce roman est plus grand que quoi que ce soit que « Georges Elliot ait jamais écrit ; il sera la plus grande « sensation littéraire du temps. »
- En effet, dans cette œuvre le récit entraîne, les épisodes se renouvellent et se précipitent avec un intérêt toujours croissant; mais au lieu de puiser cet intérêt dans les tableaux dégradants du mal, comme le font trop souvent la plupart des romans actuels, l’ouvrage de Mme Marie Howland fait jaillir l’intérêt des sources les plus pures et les plus élevées de la pensée. C’est par les plus émouvantes scènes du bien en action qu’il séduit et captive l'attention ; c’est en découvrant les horizons sereins de l’avenir qu’il entraîne sans cesse le lecteur.
- A ces mérites l’œuvre de Mm* Marie Howland joint l’avantage de nous transporter au sein de la vie et des mœurs américaines, et de nous faire voir ainsi le contraste qui existe entre nos habitudes et celles d’un pays libre.
- Le Devoir aura donc l’heureuse satisfaction de faire remplir au roman-feuilleton un rôle qu’il oublie : Celui de mettre en lumière les vérités utiles.
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- LA QUESTION SOCIALE ET L’ÉGOÏSME
- {Suite.)
- II
- La question sociale, au point de vue où nous l’avons envisagée, a son principe dans la loi morale de l’humanité, et cette loi rappelle sans cesse à l’homme la pratique du juste à l’égard de chacun, afin de l’engager à vivre en union avec les autres hommes, et à constituer ainsi des sociétés parfaites.
- La loi vivante de l’humanité veut qu’il en soit ainsi parce que le rôle assigné à l’homme consiste à travailler au progrès de la vie. *
- Or l’homme ne peut devenir puissant et fort dans cette tâche qu’en formant des sociétés et en unissant ses efforts à ceux de ses semblables.
- Par la division et la lutte les hommes s’affaiblissent, se ruinent et font la stérilité sur la terre; tandis que dansPunion et la paix, ils prospèrent, progressent et concourent au développement et à la fructification de la vie.
- On conçoit donc que pour conduire les hommes à l’œuvre du progrès social, les sages leur aient dit : aidez-vous les uns les autres ; aimez-vous les uns les autres. Car la suprême loi a pour objet de faire pénétrer dans le cœur de tous les hommes le dévouement au bien universel.
- Il est donc conforme à la marche de l’esprit humain que la question sociale ait été, à toutes les époques, l’objet de la tendance des peuples, et que la préoccupation dominante à laquelle elle a donné lieu ait été celle de la recherche du juste et du bien dans leurs rapports avec la vie humaine.
- Mais plus que jamais cette préoccupation agite aujourd’hui les esprits, parce que la multiplicité des moyens de production et l’accroissement considérable de la richesse font doublement sentir le besoin de trouver les règles de justice et d’équité qui doivent présider à la répartition et à l’usage des fruits du travail humain.
- Les conquêtes faites sur le passé n’ont pas encore permis à nos sociétés de réaliser ce règne de l’équitable et du juste dans les relations sociales.
- Il est vrai que la barbarie avec ses cruautés, ses violences et ses haines, l’esclavage avec son cortège de douleurs et d’oppressions, ont disparu de nos sociétés civilisées; mais l’amour de l’humanité n’y a pas encore ses entrées libres, l’égoïsme y règne en maître souevrain, et l’amour du chacun pour soi empêche de voir ce qui serait à faire pour la solution des questions sociales.
- Disons même que cela rend difficile l’exposition des principes de ces solutions et que, par
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- LË DEVOIR
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- conséquent * l’expérience en est plus difficile encore ; car l’homme n’aime à voir et à entendre que ce qui flatte ses tendances* il n’est même apte à comprendre que ce qui est dans ses goûts.
- Le passé des sociétés humaines nous fait voir que s’il a été nécessaire, afin d’ouvrir la voie du progrès social, de recommander aux hommes de pratiquer le bien avec amour entre eux, cela est resté insuffisant pour faire disparaître le mal que le levain de notre imperfection primitive produit encore.
- Il n’a point suffi de recommander aux hommes la sagesse et l’amour pour que cela leur servit de règle ; il n’a point suffi de recommander de pratiquer la charité et la droiture, le bien et le vrai, l'amour de Dieu et du prochain, pour que ces principes reçussent leur application dans les institutions sociales. Chacun a compris ou interprété ces choses d’une façon différente et sous des points de vue souvent opposés. On peut donc reconnaître que les voies et moyens de la pratique sociale du bien restent à enseigner.
- Jusqu’ici l’amour du bonheur des hommes n’a jamais servi de principe au gouvernement des peuples; le pouvoir qui, plus que tout autre, semble avoir eu pour mission d’enseigner l'amour du prochain a été celui qui a le plus foulé aux pieds ce divin précepte; à moins qu’il ne faille admettre que les bûchers et les tortures aient été une manière spéciale de pratiquer cette loi d’amour.
- Pourtant ce sont ceux qui ont charge de gouverner, de diriger et d’administrer les nations qui, les premiers, doivent mettre en pratique les préceptes du devoir, afin d'entraîner les peuples dans la voie du progrès social.
- Mais le peu qui a été fait dans cette voie, loin d’être dû à l’initiative des gouvernements, n’a été obtenu que par la force des choses ou par la volonté des peuples soulevés contre les abus.
- Il faut donc reconnaître que la première cause des souffrances de l’homme en société vient surtout de son imperfection morale, et que c'est nn nous dégageant aujourd’hui des étreintes de
- ’ égoïsme que nous arriverons à concevoir et à réaliser les institutions sociales à l’aide desquelles la pratique delà justice et de la droiture s’établira parmi nous.
- Certains penseurs ont cru que le bien social dépendait uniquement de l’organisation des intérêts; ce n’est là, au contraire, qu’un des côtés de la question ; côté important, il est vrai, mais impuissant, à lui seul, pour diriger les hommes dans la voie du bien.
- (Juoi qu’on fasse, par exemple, on ne saurait amener tout d’un coup uno population de deux millions de Gafres, de Hottentots, d’Esquimaux ou de Samoyèdes, à la civilisation parisienne, et si on leur abandonnait Paris avec toutes ses ressources, tout périrait entre leurs mains, au milieu du plus affreux désordre.
- Ce qui est vrai pour les hommes placés en dehors de la civilisation l’est également pour les civilisés eux-mêmes ; nous ne serons capables de nous élever à une société plus parfaite qu’à la condition de nous améliorer personnellement. Les imperfections des sociétés tiennent aux imperfections des individus, et les pouvoirs à leur tour n’ont d’autre valeur que celle des sociétés elles mêmes.
- Il importe donc de bien savoir quelle est la cause dominante du mal dont souffrent les sociétés présentes, afin de le combattre et d’y mettre fin.
- Or, cette source du mal, nous l’avons déjà indiqué, c’est l’égoïsme, c’est l’amoui1 de soi-même au préjudice des autres, amour que l’homme traîne avec lui depuis ses origines premières et qu’ii continuera de traîner jusqu’au jour où son horizon moral se sera agrandi de manière à faire voir et comprendre à l’homme les conséquences fâcheuses de ses préférences actuelles.
- Le plus difficile problème qui soit à résoudre dans les sociétés modernes c’est celui de la constitution des pouvoirs à tous les degrés des fonctions do la société. Jusqu’ici ce sujet n’a pas suffisamment attiré l’attention des penseurs ; on
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- o trop cru qu’il suffisait de trouver des combinaisons propices pour que le problème soit résolu ; on n’a pas assez compris que les meilleures de ces combinaisons mêmes deviennent impuissantes, si elles ne sont appliquées que par des hommes incapables d’en faire un bon usage.
- Les moyens du bien-être ne font plus défaut aujourd’hui ; la société est on possession de toute la puissance de production nécessaire pour assurer à la vie humaine les garanties qui lui sont dues ; ce qui nous manque, ce sont les hommes d'intelligence et de cœur; ce qu’il nous faut acquérir, c’est un plus grand amour du bien ; avec cela, tout sera facile.
- La grande œuvre à accomplir c’est, dans la sphère des intérêts industriels, l’union et l’accord de la richesse et du labeur, c’est-à-dire l’association du capital et du travail, et, dans la sphère des intérêts sociaux, c'est l’union des pouvoirs faisant appel au concours des ressources de la société pour assurer à toute existence humaine les moyens de vivre, de se produire et de se rendre utile. G.
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- LES TRAVAUX DLS CHAMBRES
- (Suite)
- La Chambre des Députés a introduit au budget quelques modifications qui nous paraissent heureuses, et qui, nous l’espérons, seront confirmées par le Sénat.
- Plusieurs titres sont augmentés, d’autres sont réduits’.
- Le budget de l’instruction publique entr’aulres a été sensiblement augmenté.G’est là un progrès excellent et que personne u’ose contester.
- Si l’on compare le peu d’importance des sommes attribuées à l’instruction publique en France avec les sacrifices énormes que des pays moins favorisés s’imposent dans le même but, on constate qu’il faudrait non pas augmenter mais décupler ce titre du budget pour donner à la Franco le rang qu’elle devrait tenir.
- Les augmentations do ce titre du budget sont parfaitement légitimées. Plusieurs 11e sont pas d’une utilité pratique immédiate, mais n’oublions pas que dans les recherches de l’esprit jamais rien n’est inutile.
- 30,000 francs ont été votés pour l’envoi en Californie de deux astronomes chargés d’étudier le passage de Mer. cure sur le soleil et 40,000 pour la continuation des travaux do nivellement et de sondages dans la région des schotts tunisiens. Il s’agit de s’assurer si le sol de la
- côte de Gabès permettrait la coupure d’un canal amenant l’eau de la Méditerranée dans les immenses espaces du désert qui sont au-dessous du niveau de la mer. Si cette immersion est possible l’Algérie deviendrait uue presque île et l’on verrait des navires amener des colons et emmener dos denrées dans les espaces qui sont aujourd’hui couverts de sables brûlants.
- Le commerce européen, et tout particulièrement le commerce français,pourraient alors utiliser les richesses inouïes de ce continent africain encore si peu exploré.
- Les rapports de Stanley, de Gordon, de Camcron ne permettent aucun doute sur l’abondance des ressources de ce continent et une nouvelle expédition qui se prépare nous révélera sans doute de nouveaux trésors.
- Celle nouvelle expédition qu’organise en France un abbé, fort estimé du monde savant, M. Debaize, est encouragée par une souscription de l’Etatde 100,000 francs.
- C’est encore de l’argent excellemment employé, car M. Debaize, afin d’être complètement libre dans sa mission et de lui maintenir un caractère exclusivement scientifique, a demandé et obtenu du cardinal Préfet de la Propagande le droit de circuler, sans avoir aucun compte à rendre ni aucun ordre à recevoir des vicaires de missions ou préfets apostoliques qu’il pourrait rencontrer sur son chemin.
- Enfin dans le domaine du budget de l’instruction la Chambre a accordé quelques augmentations d’émolument reconnues nécessaires. Les crédits alloués aux musées et collections sont aussi portés à une somme plus élevée que les années précédentes. Excellente décision; l’argent mis aux collections ne profite pas seulement une année ; c’est un capital qui reste et va toujours en s'accroissant.
- Peut-être y aurait-il davantage à faire pour la' province sous ce rapport-là, afin de mettre les villes de deuxième et troisième ordre en moins grande infériorité vis-à-vis des villes do même population d’autres pays.
- En somme on peut dire en toute sincérité que jamais, en aucun temps, la France n’a été plus généreuse envers l’instruction et plus sagement inspirée dans cette générosité.
- M. le Ministre de l’Instruction publique n’est pas resté au-dessous de la Chambre dans le désir d’améliorer l’instruction. Il a pris plusieurs mesures excellentes. C’est ainsi qu’il a créé à Paris, au lieu et place du cours pratique des salles d’asile, qui se trouvo ainsi supprimé, une école pédagogique destinée à former les directrices et le personnel féminin enseignant aux écoles normales primaires d’institutrices.
- Enfin une circulaire du ministre aux recteurs d’université tend à favoriser les bourses de licence et à remédier au fait qu’il y a un trop grand nombre de maîtres pourvus seulement du diplôme de bacheliers.
- En ce qui concerne les beaux-arts M. Bardoux n*ost pas resté non plus en arrière.
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- Il a demandé aux préfels de faire une enquête sur les emplacements des édifices publics provinciaux qui pourraient être ornés de peinture. On sait que les grandes gares d’Italie sont décorées de fresques et que les grandes surfaces de plusieurs monuments de Munich sont revêtues, même à l’extérieur, de peintures d’une très grande beauté. Pourquoi la France n’a-t-elle rien de semblable ?
- Espérons que cette enquête fera naître un mouvement en faveur de la grande peinture si délaissée en ce moment .
- Une sage administration ne doit pas s’occuper seule ment des besoins matériels; elle doit aussi tenir compte et encourager dans la mesure de ses forces les aspirations vers l’idéal et les tentatives faites pour atteindre le beau.
- Il faut que le matériel et l’idéal soient constamment l’objet des préoccupations gouvernementales, sans que jamais la recherche de l’un entrave l’expansion do l’autre.
- Une loi qui mérite toutes nos félicitations et qui témoigne combien la Ghambro est soucieuse du bon emploi des deniers publics, c’est celle qui détermine la nature des crédits supplémentaires et extraordinaires et qui règle les conditions qui les permettent et l'emploi qu’on en doit faire.
- Désormais plus d’hésitations possibles, plus d’interprétations abusives; on ne pourra plus jouer sur les mots.
- Tout devient précis et clairement délimité.
- Les crédits supplémentaires sont ceux qui doivent I pourvoir à l’insuffisance, dûment justifiée, d’un service ' porté au budget, et qui ont pour objet l’exécution d’un service déjà voté, sans modification dans la nature de ce service.
- Les crédits extraordinaires sont ceux qui sont commandés par des circonstances urgentes et imprévues ot qui ont pour objet; ou la création d’un service nouveau, ou l’extension d’un service inscrit dans la loi de finances au delà des bornes déterminées par cette loi.
- Dans le cas do prorogation des Chambres des crédits supplémentaires ou extraordinaires pourront être ouverts provisoirement, par des décrets rendus eu Conseil d’Etat après avoir été délibérés et approuvés en Conseil des Ministres, mais cos décrets devront -être soumis à la Sanction des Chambres dans la première Quinzaine de leur prochaine réunion,
- Enfin les crédits extraordinaires qui ont pour objet la création d’un service nouveau ne pourront être ouverts par décret.
- Le régime de l’état de siège a scs dangers; laFrancone lesaque trop souventéprouvés II convient d’être garantis autant que possible contre leur retour et c’est ce que fait la nouvelle loi votée par la Ghambro.
- A l’avenir, en cas d’ajournement des Chambres, le Président de la République pourra déclarer l’état de siège d’accord avec le conseil des ministres. En ce cas les Chambres se réuniront de plein droit deux jours après.
- En cas de dissolution de la Chambre des députés et usqu’à l’accomplissement entier des opérations électorales, l’état de siège no pourra, même provisoirement, être déclaré par le Président de la République ; néanmoins, s’il y avait guerre étrangère, le Président, de l’avis du Conseil des ministres, pourra déclarer l’état de siège, à la condition de convoquer les collèges électo” raux et de réunir les Chambres dans le plus bref délai possible. Enfin, aussitôt les Chambres réunies, dans ce dernier cas comme dans celui qui précède, elles se saisissent, avant toute proposition, de la déclaration de l’état de siège et statuent sans délai sur son maintien ou sa levée. En cas de dissentiment entre elles, la levée de l’état de siège a lieu de plein droit.
- La loi sur la réforme télégraphique fait partie d’un ensemble de mesures destinées à développer la richesse du paj^s en facilitant partout les communications. Réduire les taxes télégraphiques, diminuer les droits postaux, exercer sur les tarifs des chemins de fer une action favorable aux besoins des affaires, établir de nouvelles voies ferrées et de nouveaux canaux, telle est, disent les grands journaux républicains, l’œuvre que la République veut accomplir et qui complétera ce qu’elle a déjà entrepris pour réparer les désastres de la guerre. Toutes les parties de ce programme se relient et tendent au même but.
- La taxe télégraphique sera désormais fixée à 5 centimes par mot, sans que la taxe d’une dépêche puisse être inférieure à 50 centimes.
- Les taxes sous-marine, sémaphorique et urbaine
- seront réglées par décret.
- Le nouveau régime, d’après la loi, entrera en vigueur quatre mois après la promulgation. Le gouvernement pense mettre le nouveau tarif en application le Ier mai, jour de l’ouverture de l’Exposition.
- En même temps que le Sénat adoptait la 'réforme télégraphique, la Chambre votait la réduction des taxes postales.
- En vertu de cette réduction, la taxe des lettres affranchies est Axée pour toute la France à 15 centimes pour 15 grammes ou fractions de 15 grammes.
- Les cartes postales paieront un droit constant de 10 centimes.
- Les journaux et écrits périodiques acquitteront 2 centimes par exemplaire jusqu’au poids de 25 grammes, et ensuite 1 centime par fraction de 25 grammes. Ces droits seront réduits de moitié pour les journaux circulant dans le département où ils sont publiés ou dans les département limitrophes.
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- Pour les imprimés expédiés sous bande autres que les journaux et ouvrages périodiques, la taxe sera de 1 centime par 5 grammes jusqu’à 20 grammes, de 5 centimes pour les poids de 20 à 50 grammes, et ensuite de 5 centimes par fraction de 50 grammes.
- Une disposition très-importante de la loi abaisse de 20 à 10 centimes par 100 fr. la taxe des valeurs déclarées et des avis de réception de ces valeurs.
- Ces changements constituent une amélioration considérable sur les tarifs actuels. Les correspondances qui s’échangent de bureau à bureau, et c’est le plus grand nombre, supportent aujourd'hui un droit de 25 centimes. Ce droit devra être diminué de deux cinquièmes ; il en résultera pour tout le monde, mais principalement pour le commerce, de très-grands avantages.
- Les nouveaux tarifs postaux seront applicables deux mois au plus tard après la promulgation de la loi. Ils le seront de même que les tarifs télégraphiques , le iw mai.
- Nous n’entendons pas parler ici de la loi sur le service d'état-major pour laquelle nous ne nous reconnaissons pas compétent. Cette loi est à l’étude depuis 7 ans et ses divers articles ont été vus et revus tant de fols qu’il devient difficile de s’y retrouver.
- Nous ne mentionnerons que pour mémoire un secours de 3,300,000 francs voté pour venir en aide aux plus nécessiteux parmi les emprunteurs qui ont déposé au Mont-de-Piété des objets de première nécessité pour une somme n’excédant pas 15 francs.
- Les chemins de fer ont sérieusement préoccupé la Chambre. Des projets de loi considérables lui ont été soumis et nous étudierons plus tard leur portée; ils le méritent.
- Une sage modification introduite par le ministre est le remplacement de l’ancienne commission des chemins de fer (qui comptait 49 fonctionnaires sur 53 membres et par conséquent manquait d’industriels et de commerçants) par un conseil supérieur des voies de communication et un comité consultatif des chemins de for, appelés ;
- Le premier à délibérer sur toutes les grandes questions relatives aux transports par mer et par eau
- Le second à examiner les questions courantes de chemins de fer et de tramways à vapeur. Dans la composition de ces deux corps, les deux Chambres, le commerce, l’industrie, l’agriculture, sont représentés, ainsi que le corps dBS ponts et chaussées.
- Plusieurs propositions d’une importance capitale sont à l’étude ou à la discussion. Le régime tout entier des chemins de fer pourra sortir transformé de ces luttes parlementaires. À l’heure qu’il ost un seul de ces vastes
- projets a été adopté par le Sénat et la Chambre des députés. .C’est celui qui autorise le ministre à créer,parmi les services spéciaux du Trésor, un compte de séquestre administratif des chemins de fer auquel seront portées les dépensos nécessitées par des travaux ou achats de chemins de fer placés sous séquestre de l’Etat. Une somme de 5,500,000 francs est dès à présent portée au crédit dudit compte pour les travaux et achats des lignes du réseau de la Vendée.
- Il s'agit de terminer des travaux assez avancés et que la compagnie concessionnaire est dans l’impossibilité de terminer.
- AFFAIRES D’ORIENT
- La grande préoccupation extérieure est toujours celle du démembrement ou de l’intégrité du territoire turc. Par elle les passions les plus diverses sont mises en. mouvement et les intérêts en apparence les plus contradictoires entrent en compétition.
- Les divers cabinets européens considèrent la question chacun à son point de vue exclusif et la presse, emboîtant le pas après la diplomatie et appropriant ses vues aux convenances locales, détaille à sa façon et sans aucune réserve le malheureux empire ottoman. Jamais partage sur le papier n’a été conçu de plus multiples façôns.
- Malheureusement dans toute cette querelle, dans toute ces combinaisons, le respect des lois morales et des véritables intérêts des peuples en jeu sont laissés à peu près dans l’ombre. Peut-être même sont-ils les choses du monde dont on s'occupe le moins.
- Cette myopie politique est attristante.
- Elle ne voit pas que les intérêts humains sont solidaires ;
- Que l’état de choses le plus profitable à chacun est toujours celui qui est le plus conforme à la morale ;
- Enfin que chacun bénéficie d'autant plus à un état de choses que la justice y est plus complète pour tous.
- Les compétitions d’intérêts sont plus superficielles que fondamentales ; l’histoire toute entière du passé et celle des événements présents sont là pour le prouver. C'est pour avoir mé-
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- connu que des principes immuables régissent le développement de l'humanité et que ces principes ne peuvent être violés impunément que la Turquie en est venue où elle en est.
- Elle n’est pas tombée par hasard; elle a succombé fatalement à deux principes morbides qu’elle portait en elle,la polygamie et la domination, l’un asservissait la personnalité humaine en tant qu'individu, l'autre asservissait les peuples conquis en tant que collectivité.
- Qu’est-il arrivé?
- Le jour est venu (et il devait fatalement venir) où les conséquences de ces deux principes ont été plus considérables que les conséquences de la partie saine des principes musulmans.
- D’une part, les femmes, accoutumées à se voir traiter comme des meubles, à être achetées et à être vendues, ont perdu de plus en plus le sentiment de leur propre valeur et la perte de ce sentiment a affaibli leur dignité réelle ; les enfants confiés à leurs soins ont été élevés en conséquence et se sont trouvés être un jour moralement et intellectuellement inférieurs à des êtres-élevés par des mères ayant mieux le sentiment de leur mission et de leur valeur.
- D’autre part, les populations asservies ne se sont pas ^résignées à leur servitude. Traitées moins arbitrairement, elles se fussent peut-être assimilées à la race des conquérants ; traitées comme elles Font été,elle ont gardé une rancune au fond du cœur et un jour elles se sont crues assez fortes ou assez appuyées par les témoins de leur malheur pour tenter de s’affranchir et elles l’ont fait.
- Cela ne pouvait pas ne pas être.
- Les siècles ont beau passer sur les conquêtes, ils ne suffisent pas à les légitimerai des races diverses s’assimilent, comme cela s’est vu en Angleterre, c’est qu’elles le veulent bien. En ce cas la conquête n’est plus une conquête, elle est une fusion.
- H n’en a jamais été ainsi en Orient. Les deux races sont antipathiques l’une à l’autre ; elles se Laissent mutuellement de toute l’énergie dont
- elles sont capables ; il n’y a pas d'accord possible entre elles ; elles ne s’assimileront jamais.
- La prolongation du même état de choses ne ferait qu’envenimer la question sans la résoudre.
- En cas semblable, il n’y a pas d’hésitation possible pour le penseur: c'est le conquérant qui doit céder la place.
- Le droit qu’ont les peuples d’être libres, est un droit incontestable. La domination par la conquête n’est pas, n’a jamais été, ne pourra jamais être un droit.
- Ed, Champury.
- AGRANDISSEMENTS DE L’ANGLETERRE
- Plusieurs journaux parlent de l'effacement de l’Angleterre. II semble à leurs yeux que l’insuccès de la politique anglaise dans la question d’Odent soit quelque chose de si considérable que le prestige et l'influence de l’Angleterre en soient sensiblement diminuées.
- Juger ainsi c’est faire preuve d’une bien grande légèreté. En effet, tandis que l'Angleterre se désintéressait en Europe du sort de l'empire ottoman elle soutenait dans l’Afrique méridionale une guerre qui lui assure de nouvelles possessions de la plus grande importance.
- A vrai dire, la guerre que les Anglais soutiennent contre les Cafres dure encore, mais elle touche à sa fin et l’on peut déjà prévoir sa conséquence probable.
- Cette conséquence sera la formation des divers territoires de l'Afrique méridionale en un vaste Dominion, semblable par son organisation fédérative au Dominion composé des deux Canadas et des possessions anglaises avoisinantes. *
- Où s’arrêtera-t-il, ce Dominion de l’Afrique méridionale ?
- C’est ce que l’on ne peut encore savoir.
- Un ancien gouverneur du Cap a parlé de Détendre au nord jusqu’au fleuve Zambèse. C’est beaucoup dire, car ces contrées sont presque inexplorées à l'heure qu’il est. La marche en avant des chercheurs d’or n’a guère dépassé jusqu’ici le cours de Limpopo, situé sensiblement plus au sud. Il y a quelque raison de croire que la limite s’arrêtera à ce dernier fleuve.
- Même réduit à ces proportions, le nouveau Dominion anglais restera considérable. La plus grande partie d’une région aurifère d’une extrême richesse s’y trouvera englobée. Tout le territoire de Transkei, toute la terre de Baserto, qui mesure
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- 200,000 milles carrés (soit la surface de l’empire d’Allemagne) toute l’ancienne République Transvaal, récemment conquise, et qui, à elle seule, est plus grande que l’Italie, se trouveront réunis aux anciennes possessions anglaises, c’est-à-dire à la colonie du Cap, peu étendue mais fort prospère, à la province de West-Grikwa-Land et à celle de Port-Natal, aussi grande à elle seule que la Belgique et la Hollande réunies, L’Etat libre du fleuve Orange, d’une superficie égale à celle de la France, se trouvera complètement enclavé dans ce Dominion, Peut-être un jour sera-t-il de son intérêt de s’allier avec lui malgré l’antipathie séculaire de sa population hollandaise pour les colons anglais.
- L’ambition de l’Angleterre n’a pas encore triomphé de tous les obstacles, car dans plusieurs de ces contrées l’élément blanc est presque étouffe par l’élément indigène. La terre des Zoulou contient à elle seule trois millions de Cafres hostiles, En outre les descendants des anciens’ colons hollandais récoltem; depuis deux ans les fruits de haine que leurs traitements barbares ont semé, depuis un siècle, dans les cœurs de tous les indigènes. L’Angleterre a donc une mission pacificatrice à remplir dans ces contrées déchirées par des guerres continuelles et déshonorées par des actes de férocité commis aussi bien par les blancs que par les noirs,
- Espqrons que l’Angleterre triomphera des derniers obstacles et que ces magnifiques contrées pourront être livrées d’une manière définitive à la colonisation, F. C,
- LES ÉCOLES PUBLIQUES
- IL
- Avant d’exposer ce que doit être l’école, peut être n’est-il pas inutile d’examiner ce qu’elle est aujourd’hui et ce qu’elle était il y a un demi-siècle.
- A cette époque, Pécole était presque complètement en dehors des préoccupations des municipalités ; le maître d’école était le savant du village, le dispensateur d'un enseignement auquel le Maire lui-même ne comprenait souvent rien. Une fois admis, l’instituteur avait charge de pourvoir à tout ce qui avait rapport à l’instruction des enfants.
- Je me souviens de l’école au village avant 1830 ; l’instituteur était un entrepreneur de l’instruction des enfants à raison de 12 sous par mois, ou de 15 sous si l’enfant n’était point en mesure d'apporter chaque jour,pendant l’hiver,un morceau de bois pour chauffer ! le poêle placé au centre de la classe,
- L’instituteur fournissait lui-même le local de l’école
- soit en le louant, soit en rachetant à ses frais. Sa pauvreté était souvent un motif pour l’empêcher de choisir remplacement le plus convenable parmi les rares locaux dans lesquels il eut été possible d’installer une école.
- Enfin quand l’instituteur s’était procuré une salle de cinq mètres de large sur huit mètres de long,dans laquelle les enfants pouvaient s’entasser jusqu’au nombre de 130, la commune était fière de son maître d’école, nom qu’il portait à juste titre puisque l’école lui appartenait.
- Les rues du village étant sales et défoncées, les enfants arrivaient chez le professeur les sabots couverts de boue, dans ces conditions, on ne pouvait trouver mauvais que la salle d’enseignement fut accolée à une étable ou à des toits à porcs dont les fumiers,placés devant la porte de la classe,avaient au moins le mérite de servir à essuyer les sabots des enfants avant leur entrée ; mais cette entrée faite deux fois par jour ne laissait pas d’amonceler, en face des bancs,jusqu’àdix centimètres d’épaisseur d’ordures que l’on enlevait à la pioche et à la pelle tous les mois environ.
- C’est dans cet état que se trouvait à peu près partout l’école publique dans les villages de France, avant 1830, au moment oà le clergé avait ses entrées dans les maisons d'enseignement et faisait de l'instituteur son chantre et son sonneur de cloche.
- Je me rappelle qu’cnfant j’étais frappé des visites à l’école du curé ou du doyen répétant chaque fois au maître qu’il fallait absolument acheter un crucifix pour le placer sur le mur du fond de la salle ; je me demandais pourquoi il ne réclamait pas aussi qu’on enlevât plus souvent la boue durcie et les ordures qui étaient sous nos pieds.
- Quant au mobilier, il se composait d’une rangée de tables disposées autour de la salle, et faites de mauvaises planches clouées sur des travsrses et placées sur des tréteaux; les bancs étaient nn assemblage de pièces de bois informes dans lesquelles on avait percé deux trous à chaque bout, afin d’y en- foncer quatre rondins servant de pieds.
- Chaque fois qu’un écolier,placé’ contre le mur,avait besoin de sortir, il devait passer pardessus ou par-dessous la table, pour ne pas obliger tous les autres élèves à sortir de leur banc.
- Que résultait-il de conditions aussi mauvaises; 1 C’est que peu d’enfants acquéraient un savoir dont ils pussent faire leur profit ; quelques-uns savaient lire et écrire, mais la plupart d’entr’eux ne savaient rien du tout.
- Ne conçoit-on pas les difficultés de l’enseignement
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- dans de sembables conditions, pour les maîtres comme pour les élèves? Assujettis à une position incommode, gênés parle trop grand contact de leurs camarades, les enfants sont distraits, inattentifs ; le maître n’obtient le silence qu’en sévissant sur les élèves; l’irritation s’établit entre ceux-ci et le professeur, et au lieu que l’enseignement soit donné et reçu par l’affection mutuelle, c’est avec rigueur et sévérité qu’il est imposé, et c’est avec la crainte du châtiment qu’on le reçoit.
- Tel était alors l’état des écoles au village ; tel était le lieu où jeunes filles et jeunes garçons venaient ap prendre ensemble à lire et à écrire, recevant les mômes leçons. Les plus avancés en instruction* parmi les élèves des deux sexes, étaient appelés chaque semaine à se réunir à une môme table pour y exécuter ensemble les mêmes devoirs.
- Que diraient aujourd’hui les puritains de l’instruction primaire d’une semblable promiscuité apparente? Assurément, ils crieraient à la perdition, et pourtant tout cela, dans sa pauvreté, était honnête, tout se passait et se maintenait dans les limites de la plus parfaite décence.Néanmoins les écoles avaient besoin d’améliorations sérieuses.
- Les choses en étaient là quand arriva la révolution de 1830. L’instituteur respira; on parlait d’améliorer l’instruction primaire, les maîtres d’école se crurent affranchis de leur vassalité à l’égard du clergé.Mais le progrès ne s’accomplit que quand l’o pinion publique s'est élevée à la hauteur de sa conception.
- Aussi telle est la force d’inertie des pouvoir que, par rapport aux dispositions matérielles, les choses restèrent à peu près dans le même état sous la monarchie de juillet; néanmoins, pendant cette période la loi de 1833 était intervenue, et l’instruction publique s'était développée à l’abri d’un régime politique plus libéral.
- Ce fut surtout après les évènements de 1848 que la législation, par la loi du 19 janvier, 26 février et 15 mars 1850, attira vivement l’attention publique sur la nécessité de fonder des écoles communales.
- Le législateur se contentait cependant de mentionner dans la loi cette obligation, sans assurer en même temps les ressources pour le faire,et sans rien spécifier pour provoquer les études d’édification des faisons d’école et de construction du mobilier le plus propre à renseignement.
- Sous ces rapports tout fut laissé à l’initiative des communes ; rien des ressources de la science ne fut mis au service de cette importante question : l’éducation do l’enfance se continua avec les errements du
- passé, les communes, à leur gré, firent on ne firent pas d’école.
- Les progrès ’de l’instruction primaire sont donc par le fait restés subordonnés au degré d’avancement dans lequel s’est trouvée 1 administration communale.
- Pourquoi en est-il ainsi dans les sociétés européennes; pourquoi les questions les plus importantes sont-elles toujours celles qu’on laisse d’abord dans le plus complet oubli,puis qu’on entoure de toutes les difficultés imaginables lorsqu’elles s’imposent au monde par la force des choses et la puissance des besoins ?
- C’est que les sociétés ont des habitudes enracinées qu'elles n’abandonnent pas en un jour, et que les mœurs créées par l'appauvrissement séculaire des peuples sous le joug du despotisme, ne se transforment que par l’œuvre du temps.
- La République de 1848 avait posé les premiers jalons de la réforme de l’instruction publique ; l’empire vint ensuite, mais ne s’occupa de la question que pour y trouver un instrument nouveau de despotisme, au lieu d’en faire un moyen de progrès général de prospérité, de richesse et de bien-être pour le peuple. Aussi la France se laissa-t-elle devancer par les nations voisines dans la marche ascendante de l'instruction publique.
- En Angleterre, en Suisse, en Danemarck, en Belgique, en Allemagne nous aurions bien des choses aujourd’hui à imiter, tant de celles qui sont dues à l’initiative privée que de celles qui appartiennent à la vigilance du législateur ou du gouvernement.
- C’est surtout dans les moyens de rendre l'école d’un accès facile aux enfants pauvres ou éloignés du village qu’il faudrait apporter des innovations. Dans divers pays, l’école communale possède aujourd’hui son réfectoire où l’écolier trouve une alimentation saine et suffisante, lorsqu’il ne peut se la procurer autrement. On commence donc par assurer le pain du corps pour que l’enfant soit plus apte à recevoir celui de l’esprit ; c’est du reste le moyen le plus sûr de généraliser les bienfaits de l’école.
- Mais U faut préalablement que l’édifice même de l’école existe et soit en état de recevoir tous les enfants de la commune ; c'est donc là le premier progrès à accomplir ; il ne faut pas seulement améliorer les maisons d’instruction existantes, il en faut créer de nouvelles ; il faut instituer la véritable école publique, celle où tout le monde puisera les notions indispensables à des citoyens appelés à participer
- aux affaires publiques.
- (à suivre) Q.
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- VARIÉTÉS
- DESSÈCHEMENT DU LAC MARÉOTIS
- Les Hollandais sont d'une hardiesse sans égale quand il s’agit de chasser l’eau de quelque part.
- Il y a quelque vingt ans ils desséchèrent à l’intérieur de leur pays la mer de Haarlem ; depuis quelques années ils s’occupent d’un dessèchement bien autrement considérable, celui de l'immense Zuyder See, leur mer intérieure.
- Ils ne se contentent plus de bannir la mer de leur pays, ils vont la combattre jusque dans les autres parties du monde.
- Des banquiers d’Amsterdam sollicitent du Khédive le droit de dessécher le lac Maréotis. L’étendue de terre qu’il s’agit de rendre à la culture dépasse 30,000 hectares.
- Ce dessèchement n’exige aux yeux de la science moderne que du temps et de l’argent. Le plus difficile et le plus coûteux dans cette transformation sera la préparation du sol pour sa mise en culture. Il est maintenant tellement imprégné de sel qu’il ne peut convenir à la plupart des plantes. Heureusement que le canal Mahmoudieh, l’une des plus grandes dérivations des eaux du Nil, est à proximité. Son volume d'eau est assez considérable pour permettre, en trois ans d’innondations successives, de laverie sol et de le débarrasser de tout e sel qu’il contient.
- La dépression du terrain n’est pas considérable et de vastes superficies du Maréotis se présentent plu-tôt comme marais que comme lac Autrefois il formait une plaine fort prospère. C’est le 13 avril 1801, pendant l'expédition française en Egypte, que les Anglais, par mesure stratégique, rompirent les digues du canal d’Alexandrie et firent pénétrer les eaux de la Méditerranée dans cette vaste pla ne de la Maréotide qui devint et resta dès lors le lac Maréotis (Birket-Mariout). Tout le pays fut ruiné ; 150 villages furent submergés et des vignes dont le vin était estimé durent être abandonnées. L’hygiène dê toute la contrée en souffrit et en souffre encore.
- Aussi la prospérité d’Alexandrie est-elle grande • ment intéressée à la réussite de ce projet Cette grande et commerçante ville est aujourd’hui un foyer de fièvres dont le nombre et l’intensité diminueraient beaucoup une fois le Maréotis desséché.
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- UN CHEMIN GAULOIS
- Autant les antiquités du Moyen-Age sont nombreuses dans le Nord de la France, autant celles de l’époque romaine sont rares. Quant à celles antérieures à la conquête leur rareté est telle qu’on les compte par unités.
- Au nombre, au tout petit nombre de celles-ci, se trouve le chemin dit du Bois^Monsienr sur le territoire de Bohain (Aisne). C est presque le seul vestige de cette époque qui reste dans la contrée et encore est-il à craindre que ce chemin respecté par les siècles ne disparaisse prochainement. Le propriétaire actuel du lot de terrain qu'il traverse menace d’y interdire la circulation et même de le supprimer.
- Ce chemin, au temps de l'ancienne Gaule, partait des bords de l’Oise à l’endroit où se trouve aujourd’hui le yillage de Catillon et allait aboutir à un op-
- pidium dont les talus gigantesques dominent encore aujourd’hui la ville du Cateau-Cambrésis, à laquelle il donna naissance.
- Après la conquête, les Romains, qui avaient occupé ces deux extrémités du chemin, le redressèrent en plusieurs endroits et l’élargirent sur d’autres. De tortueux, encaissé qu’il était, ce chemin devint une route d’autant plus intéressante qu’elle fut exécutée sans tenir compte des obstacles naturels.
- Malheureusement cette route ne fut pas entretenue et aujourd'hui.encore l’habitant chemine sur le tracé antérieur à la route romaine, tracé qui tourne les difficultés que la route bravait hardiment.
- Les personnes de la contrée qui redoutent la suppression de ce chemin ne voient en lui qu’une simple et modeste voie de communication. Ils seraient bien étonnés si on venait leur dire que ce chemin est une œuvre humaine trois fois plus ancienne que la plus ancienne cathédrale de la contrée.
- A PROPOS DE CAILLOUX
- Les salles du Louvre consacrées aux antiquités de l’Asie-Miaeure et de la Syrie ont été récemment rouvertes au public après une fermeture de six mois nécessitée par des travaux intérieurs.
- La valeur scientifique des objets de cette galerie n’est pas identique à leur attrait pour l’œil du visiteur. Au contraire, les trésors scientifiques les plus intéressants qui s’y trouvent sont des cailloux, de vulgaires et vils cailloux.
- Il est vrai que si vous demandez au Conservateur du Musée pourquoi ces cailloux sont là plutôt qu’à la rue, il vous répondra que c’est parce qu’ils viennent du Saffah.
- Vous n’en serez pas beaucoup plus avancé et vous demanderez ce que c’est que le Saffah et ce qu il a de si merveilleux que l’on exporte ainsi ses cailloux.
- Vous apprendrez alors que le Saffah est une plaine ou plutôt un désert de la Syrie ; qu’il s’étend a 1 Est des lacs de Damas, passablement dans l’intérieur des terres et qu’une partie de ce désert est couverte de cailloux de cette nature, c’est-à-dire de cailloux présentant avec ceux de nos chemins une différence essentielle. En effet, tandis que les nôtres n’ont jamais servi d’ardoise ou de calepin, ceux-ci ont pu être employés pour quelque usage semblable tant ils sont couverts d’écriture. Ce sont des caractères tantôt grêles, tantôt forts ; ici ils se succèdent en ligne directe de droite à gauche, là, au contraire, ils se permettent des méandes innombrables et serpentent en tout sens.
- Ajoutez à cela que ces caractères ne ressemblent à rien de ce que l’on connaît jusqu’ici. Nos savants les ont examinés et reexaminés sans succès. Ils y ont perdu leur latin, et non seulement leur latin, mais encore leur nabathéen, leur araméen, leur pamyrémien et autres langues en èen dont je vous épargne le catalogue.
- M. Renan, M. Ganneau, M. de Vogué, M. Wadding-ton, M. Pierret les ont retournés en tous sens. Les cailloux s’obstinent à ne pas livrer leur secret. On a cru y retrouver certaines analogies avec les caractères Phéniciens, avec ceux de l'Yemen ; plusieurs savants allemands ont même tenté d’en déterminer la valeur, mais iis n’ont pas pu s'entendre, et il y a gros à parier qu’ils ne s’entendront pas de sitôt.
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- N’est-il pas curieux de penser qu’il y a toute une plaine couverte de cailloux ainsi historiés et qui .probablement nous raconteront un jour toute l’bis-toire d’un peuplé dont nous ne connaissons ni le nom, ni la langue, ni les mœurs, ni les institutions et dont nous ne soupçonnions pas même l’existence.
- Les savants n'ont aucun doute sur l’issue de leurs recherches. Ils ont triomphé déjà plusieurs fois de difficultés semblables et ils triompheront assurément de celle-ci, car ils sont la persévérance incarnée.
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- LES GRANDSTRAVAUXDU PORT DE MARSEILLE
- Nous trouvons dans Le Siècle les renseignements suivants :
- Les étrangers qui ne visitent Marseille que superficiellement, ne peuvent pas avoir une idée bien exacte de l'importance des travaux maritimes qui se font dans notre ville, le premier port commercial de France. M. Gouin, l’honorable capitaine des ports, vient justement de publier une statistique très-complète, et vous me permettrez d'emprunter à ce consciencieux travail quelques chiffres intéressants.
- Les nouveaux bassins au Nord-Ouest de Marseille, constituent la partie la plus importante de notre port. Ils sont formés par une digue extérieure de 3,070 mètres de longueur, sensiblement parallèle à la rive et à une distance variant de 225 à 520 mètres de terre, par des quais de rives et des traverses perpendiculaires à ces quais
- Ces bassins, tous protégés contre les vents du large par la digue extérieure, sont au nombre de cinq :
- 1° Le bassin de la Joliette qui comprend avec ses dépendances le bassin de stationnement et le canal de communication entre le vieux port et les nouveaux bassins ;
- 2° Les bassins du Lazaret et d’Àrenc, desservent 1 an et l’autre la concession des docs. Ils présentent ensemble une surface d’eau de 208,212 mètres carrés et un développement de quais de 2,501 mètres. Ils peuvent contenir 130 navires de 300 tonneaux en nioyenne ;
- 3U Le bassin de la Gare maritime, qui est un rectangle de 366 mètres de longueur et de 520 mètres de largeur ; sa surface d’eau abritée.est de 201,585 mètres. Ce bassin peut contenir 120 navires.
- On construit en ce moment au milieu de ce bassin nn mole perpendiculaire au quai de rive, de 240 mètres de longueur sur 90 mètres de largeur ;
- 4°Lebassin national qui mesure 920 m.de longueur, sur 520 mètres de largeur. Ce bassin encore inachevé j10 sert jusqu’ici que comme avant-port, mais les travaux ont été repris, et ils sont activement poussés sous l’intelligente direction de MM. Dupuy et Magnac de Bordeaux.
- Au centre du quai de rive du bassin national, a été pratiqué un canal de 92 mètres de longueur sur 28, sur lequel on a établi un pont tournant en fer très-remarquable par ses dimensions et son mécanisme. Dien qu’il pèse 750,000 kilog., il est manœuvré par seul homme qui, au moyen d’une machine hydraulique lui fait accomplir son mouvement en quelques minutes ;
- 5° Le bassin des réparations sur bassin de 3 hectares de superficie.
- j^dre à ces bassins Fayant-port Sud et 1 avant-port Nord.
- En raison des travaux que l’on exécute en ce moment dans l’avant-port et les bassins Nord, les navigateurs sont obligés de redoubler d’attention car ils sont exposés à rencontrer sur ces points des chalands, soit à l’ancres soit en mouvement et qui gênent plus ou moins la circulation.
- Le développement total des quais du port est actuellement. d’après les plans de M. l’ingénieur en chef du service maritime, de 12,616 mètres ; les longueurs de quais utilisées actuellement par le service du port pour les opérations de chargement est de 7,045 mètres.
- Le Port-Vieux, qui est le plus ancien des bassins de Marseille, n’est pas compris dans cette énumération Il peut contenir, en laissant, bien entendu, les espaces nécessaires à la circulation, environ 600 navires d’une jauge moyenne de 150 tonneaux.
- 155 navires à vapeur de commerce sont attachés au port de Marseille. Sur ce nombre les messageries maritimes en ont 57 ; la compagnie Valéry, 25 ; la compagnie Fraissinet, 20 ; la société des transporta maritimes, 13, et la compagnie de navigation mixte, 13 ; ces 155 navires représentent 132 721 tonneaux de jauge et ont une force de 37.095 chevaux.
- Lâ QUESTION OUVRIÈRE 4 L’EXPOSITION
- Il est à souhaiter que l’Exposition universelle de Paris ne reste pas sans fruits pour les malheureux.
- M. de Marcère est animé d’intentions excellentes; il a fait réserver une place spéciale et considérable dans l’Exposition du ministère de l’intérieur à tout ce qui concerne l’amélioration du sort des classes laborieuses.
- Il a même été plus loin. Dans le but de rendre cette Exposition aussi complète et par conséquent aussi profitable que possible, il a fait adresser aux Préfets une circulaire les chargeant de faire une enquête sur toutes les institutions créées dans leur département, soit par les chefs d’industrie en faveur de leurs ouvriers, soit par les ouvriers eux-mêmes pour améliorer leur condition physique et morale.
- « Il m’a paru, dit le ministre, qu’il y avait grand intérêt à grouper et à mettre en relief ces œuvres , dont quelques-unes sont considérables. Il m’a semblé qu’il était bon de montrer tout ce qui a été fait pour assurer les soins et les secours nécessaires en cas de maladie aux ouvriers, pour améliorer leur logement, leur alimentation, leur vêtement, pour élever leur condition, leur moralité et remédier à leur imprévoyance. Cette Exposition rendra justice à de louables et généreuses initiatives, les signalera à la reconnaissance publique et les proposera comme d’utiles exemples dont l’imitation développerait partout la bonne harmonie entre tous ceux qui coopèrent aux mêmes travaux. *
- On comprendra qu’une semblable enquête, si elle
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- est menée sérieusement, peut donner d’excellents résultats par les comparaisons qu’elle fera naître. Rien n’est parfait sous le soleil et c’est en comparant des tentatives plus ou moins réussies, que l’on arrive à une idée plus précise de ce qu’il faut faire pour se rapprocher de la perfection
- L’idée de M. de Marcère n’est pas seulement une bonne idée; elle est aussi une bonne œuvre.
- Toutefois, pour que l’enquête prenne réellement le caractère d’une bonne œuvre, il faut que messieurs les Préfets veillent à ce qu’elle ne prenne pas l’allure d’une course aux récompenses.
- Il ne suffit pas d’enregistrer des faits, il faut encore s’assurer de leur exactitude. C’est la seule manière de rendre profitable une enquête de la nature de celle en question.
- Lors de la précédente Exposition, il fut fait une enquête semblable ; il y avait même tout un groupe de l’Exposition — le groupe 10 — composé d’objets ou de documents se rattachant à la condition des ouvriers.
- Qu’a produit cette enquête et cette Expositon ?
- Hélas ! peu, bien peu de chose.
- Pouvons-nous espérer que cette fois le résultat sera meilleur parce que les choses auront été plus sérieusement faites.
- Cela dépendra surtout de MM. les Préfets et un peu du Jury de l’Expositon,
- 11 est à craindre, en effet, que des entreprises considérables restent méconnues parcequ’elle sortent tout à fait de la routine.
- Si l’on veut rester dans la routim, il est superflu d’organiser cette Exposition. La plupart des améliorations réalisées dans cet ordre de faits sont d’une insuffisance démontrée. H est urgent d’ouvrir les yeux et de regarder ailleurs. La République a hérité d’un état de choses fort regrettable; à elle de le changer. C’est une charge aujourd’hui, et ce sera son honneur demain IL ne s’agit plus de faire de la popularité, il faut être sincèrement populaire.
- La République a le devoir de prouver aux ouvriers qu’elle s’intéresse sérieusement à l’amélioration de leur sort. Elle ne doit pas se borner à des promesses, elle doit favoriser les expériences.
- Pour y arriver, il ne s’agit pas seulement de connaître ce qui a été réalisé, il faut encore étudier les œuvres qui dans cet ordre de faits, sont projetées ou restent à créer,
- Une grande publicité donnée à toutes ces pensées, à toutes ces œuvres, sera une récompense pour ceux qui les ont créées, un stimulant pour ceux qui les
- désirent, une révélation pour ceux qui les ignorei.t.
- E. G,
- MESURES A IMITER
- Il n’est jamais superflu de comparer ce qui se fait à l'intérieur avec ce qui se passe à l'étranger.
- Depuis les choses les plus familières jusqu’aux plus élevées tout, de près ou de loin, intéresse le progrès.
- Malheureusement tous, autant les uns que les autres, nous sommes enclins à dédaigner les petits ruisseaux, sans songer que ce sont eux qui fout les grandes rivières. Nous les dédaignons bien davantage encore lorsqu’ils nous viennent de la terre du voisin.
- C’est un tort.
- Les petites choses méritent examen, et le fait qu’elles ont vu le jour derrière tel fleuve, ou derrière telle montagne, ne prouve pas qu’elles soient fausses.
- L’amour propre national, n’a pas à les combattre. Au contraire, il doit tenir à ce que le pays ne se laisse distancer par personne.
- Ceci dit, une fois pour toutes, nous entrons en matière,
- I
- Le gouvernement allemand, a chargé une commission d’élaborer un projet de loi sur la falsification des aliments et en général de tous les objets de consommation.
- Celte commission a commencé ses travaux. Elle s’est enquise de ce qui se fait à cet égard dans tous les pays et, fidèle à la coutume germanique, elle procède à son travail en comprenant sa mission dans le sens extensif, c’est-à-dire en interprétant dans leur acception la plus large, les mots falsiûcation des objets de consommation.
- Tous ceux de ces objets dont la falsification, est susceptible d’exercer une influence nuisible sur l’organisme humain sont compris dans le cercle des investigations commencées. Il ne s’agit plus seulement des aliments en eux-mêmes, pain, vin, vinaigre, liqueurs, charcuterie, confitures, etc., ni dè leurs procédés d’apprèt ou de fabrication, coloration du sucre, des petits pois, du thé vert, etc., il s’agit encore du pétrole, des papiers peints, des stores, des lapis, des couvertures, des ustensiles de ménage, et, dans un autro ordre d’objets, delà droguerie. Les couleurs employées pour les fleurs artificielles, pour les papiers d’épicerie et de confiserie, pour les j ouets d’enfants, pour les cartes à jouer, etc., seront également réglementées.
- Nous n’ignorons pas qu’il existe en France des dispositions relatives à plusieurs do ces articles, mais rion d’aussi complet que le travail do la commission allemande n’existe dans aucun pays. Pourquoi no l’adopterions nous pas ?
- Il est du devoir de l’état d’empêcher les falsifications nuisibles à la santé ; lui seul est qualifié pour le faire ; lui seul en a le droit : il en a même le devoir.
- II
- En Angleterre nous trouvons des mesures d’un genre plus sérieux sur lesquelles nous tenons à attirer l’attention de nos lecteurs.
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- Il y a 2 ans, des mesures de la plus grande sévérité furent prises par le gouvernement britannique pour empêcher les armateurs de mettre en mer des bâtiments trop vieux, trop chargés ou pouvant d’une façon quelconque compromettre la cargaison et surtout le salut de l’équipage.
- Ce n’est pas sans raison que ces mesures ont été prises. Il résulte en effet d’un rapport présenté il y a peu do jours au Parlement britannique que de nombreuses contraventions à ces dispositions ont déjà, été punies. 100 départs ont été empêchés, et 39 surcharges ont été constatées.
- L’autorité anglaise ne plaisante pas on semblable occasion ; les délinquants sont frappés de pénalités très sévères. Ajoutons que l’administration tient rigoureusement la main à rexéculion de ce réglement. On ne peut que l’en féliciter quand en songe qu'en moins de 2 années elle vient de préserver 199 équipages des chances de perte en mer
- Nous avons lu plus d’une fois dans les journaux du littoral français des plaintes qui laisseraient croire que les' mesures prises en France sont ou moins complètes ou moins sévères que celles de nos voisins d’Outre-Manche. Le récent sinistre de l’ile Ronde, à Brest, dans lequel ont péri 35 personnes, semblerait le prouver. Espérons qu’il n’en sora pas toujours ainsi.
- Pertinax.
- * '«jr*»
- LA MISÈRE JEN SÏJLluSIK
- Nous trouvons dans ,3a 6’azette de Francfort, une correspondance de Waldenburg (Silésie),en date du l,r mars, ot contenant l’aveu suivant :
- « La misère, dont les libéraux-nationaux nient l’existence avec opiniâtreté, se manifeste de plus en plus.
- * Les personnes les plus aveuglées commencent à se convaincre qu’elle existe réellement et qu’elle est effrayante dans certaines contrées. Dans les districts où se fabriquent les tissus, par exemple dans les cercles de Reichenbach, Neurode, Glatz, Habelschiwerdt et Waldenburg, la détresse est effroyable.
- » Le typhus sévit déjà très-vigoureusement dans le cercle de Waldenburg, surtout dans les classes inférieures de la population, ce qui provient probablement du manque de nourriture et de l’insalubrité des logements, » N’est-il pas triste de voir la population de toute une province tranquille et amie de la paix, souffrir aussi péniblement des charges imposées par un régime politique où le militarisme est à l’ordre du jour.
- CHRONIQUE SCIENTIFIQUE
- Les héros du moment sont toujours le téléphone et le phonographe.
- Les expériences téléphoniques se continuent de tous côtés.
- A Lille quelques amateurs qui ont fait établir un câble entre le grand théâtre et le troisième étage d’une maison éloignée de plus de cent mètres, affirment avoir entendu nettement malgré la distance un fragment entier de l’opéra les Amours du Diable donné sur la scène du théâtre.
- A Ferfay on s’est occupé delà possibilité d’utiliser le téléphone dans les charbonnages. Les interlocuteurs se sont placés à 350 mètres l’un de l’autre. L’épreuve a été satisfaisante. Toutefois on a constaté que l’on entend mieux sur le sol que le sous le sol ; cette déperdition du son est attribuée à la submersion du cable qui, dans les mines, reçoit perpétuellement l'eau des cuvelages.
- Cette déperdition de son n’est pas signalée dans le compte-rendu des expériences faites sous le Pas-de-Calais il y a quelques semaines. Nous ne nous expliquons pas pourquoi ce qui s'est produit à Ferfay ne s'est pas reproduit à Boulogne.Peut-être n’a-t-on pas expérimenté de la même façon. Il serait intéressant que la presse locale fit connaître exactement les précautions que l’on prend dans l'installation des appareils ainsi que leur provenance.
- Tant que l’on n’agira pas avec méthode, les expériences seront impuissantes à déterminer des per-fectionnôments.
- Il nous parait utile également d’étudier les plus longues distances que le son peut franchir par cette voie nouvelle. Les savants américains affirment qu’elle a servi à transporter la voix humaine avec une grande netteté de Boston à North-Conway, c’est-à-dire à 230 kilomètres de distance. L’inventeur, M. Bell, présidait à ces expériences.
- Rien de pareil n’a été essayé en Europe.
- Toutefois il ne faut pas dire trop de mal de notre vieux continent, car si nous autres Européens nous n’expérimentons pas le téléphone à grande distance, du moins nous essayons de l’employer.
- Ainsi à Wasselonne on ne s’est pas contenté d’une admiration platonique ; on a bel et bien installé un premier bureau de transmission téléphonique dont tout le monde est enchanté. Ce bureau inauguré le 1er mars met en communication Wasselonne avec Marlenheim, situé à trois kilomètre et demi de distance.
- Les résultats obtenus ont dépassé les prévisions.
- Quelque, merveilleuse que soit l’invention de M. Graham Bell, elle menace d’être détrônée parcelle de M. Edison, le phonographe.
- Avec celle-ci, il ne s’agit plus seulement, cette fois, d’entendre â distance, mais d’enmagasiner le son et de le faire à de telle sorte qu’à un moment
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- donné ce son puisse être restitué par de simples com bînaisons mécaniques. Il note les sons sous la forme de signes qui se conservent ainsi jusqu’au moment où le signe par un procédé mécanique reproduit le son.
- On sait comment est composé un phonographe.
- Un tube recourbé à Fane des extrémités duquel est l'entonnoir où l’on parle reçoit le son. A l’autre extrémité de ce tube -est une ouverture pourvue d’un disque métallique extrêmement mince qui vibre avec la plus grande facilité et au centre duquel est fixée une aiguillle d’acier qui suit tout les mouvements du disque. Cette aiguille s’appuie très légèrement dans la rainure en hélice d’un cylindre dont le diamiêtre est égal à la longueur.Les rainures hélicoïdales sont très rapprochées et couvrent toute la surface du cylindre.Un mouvement d’horlogerie imprime une rotation régulière à ce cylindre en même temps qu’un mouvement de translation horizontale proportionnel au degré d’inclinaison des rainures. Il en résulte que l’aiguille du disque vibrant reste toujours engagée dans la rainure du cylindre ; elle s’y maintient à la distance voulue pour exercer constamment une légère pression sur une mince feuille d étain fixée au fond de la rainure. Cette feuille d’étain n’étant pas mobile tandis que l’aiguille l’est, reçoit à chaque oscillation de celle-ci une légère empreinte, un petit trait creusé. Le cylindre se mouvant comme nous l’avons dit plus haut, les paroles se tracent à la suite les unes des autres au fond de la rainure ; les marques seront d’une intensité égale à l'intensité de la voix.
- Voici donc le sop enregistré, et cela au moyen de procédés qui n’ont rien de bien nouveau. Mais il faut reproduire ce son et voici l’ingénieux qui commence.
- L’appareil transmetteur est un cône de métal ouvert à l’extrémité la plus large tandis que l’autre extrémité dont le diamètre n’est que de 2 pouces est recouverte d’un diaphragme en papier, Devant ce papier est un léger ressort vertical en acier terminé par une aiguille semblable à celle du disque métallique dont nous avons déjà parlé. Le ressort est mis en rapport avec le diaphragme de papier par un fil de soie convenablement tendu.Le tout est placé devant le cylindre de telle manière que une fois celui-ci mis en mouvement l'aiguille de l'appareil transmetteur recommence exactement la même course que celle de Faiguille du diaphragme récepteur. En effet cette aiguille suit les détours imprimés par l’autre aiguille sur la mince feuille d'étain fixée au fond de la rainure du cylindre. En suivant cette ligne ondulée elle vibra
- dans le même ordre, et ces vibrations étant transmises au papier par le ressort vertical et le fil de soie, des séries d’ondes sonores se produisent et ces ondes sont tout à fait semblables à celles qui ont été reçues par l’instrument, les flexions et les nuances de la voix se trouvent reproduites dans la même intensité. Quant à la vitesse l’instrument la reproduit si Fon fait mouvoir le cylindre avec une vitesse identique à celle qu’il avait en écrivant.Malheureusement la yoîx qui s’échappe de l'instrument aune consôn-nance métallique assez prononcée.
- Sans cela on pourrait au moyen du phonographe reproduire quand on voudrait les productions les plus remarquables des artistes lyriques.
- Quoi qu’il en soit, cet instrument démontre une fois de plus quelle est la puissance de l’homme quand il recourt à la science ponr fixer les choses fugitives et multiplier les faits isolés .
- Le phonographe a rencontré beaucoup d’incrédules à son apparition. Aujourd’hui il faut se rendre à Févideoce,
- L’Académie des Sciences vient de l’expérimenter officiellement.
- Dans une récente séance, M. le comte de Moncel a présenté l’appareil inventé par M. Edison, complété par MM. Napoli et Depretz.
- Il se compose d'un cylindre de 20 centimètres environ, traversé par un axe et porté par deux supports. Au milieu de ce cylindre est adapté le cornet d’un téléphone ordinaire. L’expérimentateur a prononcé ces mots d’une voix pleine et large :
- « Le phonographe présente ses compliments à l’Académie des sciences. »
- Tout le monde prête l'oreille. Le président réclame le silence qui se fait absolu. Une minute se passe ; on tourne une manivelle fixée sur l’axe rotatoire et toute l’assemblée entend très-clairement :
- « Le phonographe présente ses compliments à l’Académie des sciences. »
- Ici, explosion de rire générai, et, nous devons le dire, sentiment d’incrédulité très-marquée de la part d’un grand nombre de membres de la docte compagnie.
- « C’est un ventriloque 1 disait-on de toutes parts ; c’est un farceur, c’est Robert Houdin, c’est Velle »
- Permettez, chers confrères, c’est la pure vérité, a dit M. Du Moncel ; et pour convaincre les incrédules, l’académicien a parlé lui-même à l’instrument pour remercier l’inventeur de son intéressante communication. Cette fois, plus de doute ; l’honorable académicien ne saurait être un compère, et Fon est demeuré convaincu de la sincérité aussi bien que de
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- l’ingéniosité de l’invention. Le cyliodre du phonographe est entouré d’une feuille d’étain, et sur cette feuille un style inscrit les vibrations qui conservent la parole écrite en même temps que la voix se reproduit claire et vibrante, de manière à pouvoir être facilement entendue de 200 personnes.
- Ce n’est pas tout.
- Des expériences du phonographe ont été faites, ces jours derniers, en Angleterre. Le Standard en rend compte en ces termes :
- On vient d’inventer, dit ce journal, un appareil qui, par un procédé peu facile à comprendre, enregistre et reproduit les sons musicaux, comme la sténographie reproduit les discours. A une réunion récente de la société des mécaniciens des télégraphes, cette merveilleuse invention, dont la nature et l’objet sont insuffisamment définis par son nom de « phonographe, * a fonctionné en présence d’une réunion nombreuse.
- Un phonographe apporté récemment des Etats-Unis a été exposé, et on lui a fait reproduire une pharse qu’il avait prise à New-York et qu’il avait déjà répétée plusieurs fois à bord du steamer, dans le cours de la traversée, au grand amusement des spectateurs.
- Il paraît qu’on s’est beaucoup diverti du God save the cuoen chanté par une des personnes de la réunion, dont la voix fit défaut sur une note haute, et qui termina l’air sur un ton plus bas. L'instrument reprodusit l’accident avec une scrupuleuse exactitude ; on lui fit répéter l’air, et le passage défectueux revint invariablement, au milieu des éclats de rire, autant de fois que le chant fut répété.
- Il ne parait pas que le phonographe puisse être appelé à un emploi pratique aussi répété que le téléphone. En outre ce dernier a sur lui l’avantage d’être beaucoup moins coûteux.
- Le phonographe exige une précision mathématique absolue, et des travaux de cette nature sont toujours longs et délicats à établir.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- U® Pacte, légende en, vers par Adolphe Carcassonne, I vol. in-16. — Genève^A, Gherbuliez et Gi0.
- Tous les poètes ne se sentent pas taillés pour la grande mêlée littéraire de Paris. Plusieurs d’entre eux, et ce ne sont pas toujours les moins distingués,
- préfèrent au luxe de la capitale les grands spectacles de la nature.
- C’est le cas pour M. Carcassonne. Né sous le grand ciel du Midi, à deux pas des flots profonds de la Mé-diterrranée, U n’a pas eu le courage de quitter sa chère Provence et c’est à Marseille surtout qu’il s’est fait connaître et apprécier comme poète et auteur dramatique.
- Aujourd'hui que des événements politiques l’ont chassé de son pays, c’est à Genève qu’il cultive son art; les éditeurs genevois recherchent ses écrits et le public du théâtre de cette ville applaudit à ses pièces en vers.
- La plus nouvelle de ces pièces, celle que nous annonçons, a obtenu à la scène un éclatant succès. Cela n’empêche pas cette idylle en un acte de montrer à la lecture la fraîcheur du coloris et la délicatesse dut sentiment.
- La nature de notre journal ne nous permet pas de donner à ce petit volume tous les compliments flatteurs qu’il mérite. Toutefois nous nous reprocherions de le laisser paraître sans le signaler à ceux de nos lecteurs qui savent goûter une œuvre d’art où l’aisance de la forme s’unit à la sensibilité. E. C,
- Trois ouvrages très-remarquables nous parviennent trop tard pour que nous puissons parler d'eux aujourd’hui.
- L’un est une étude de M. de Laveleye, l’éminent professeur de Liège, sur le Protestantisme et le Catholî* cisme dans leurs rapports avec la liberté et lapros-périté des peuples ;
- Le 2°* est une nouvelle édition augmentée d’un des meilleurs volumes de vers de notre temps, les Dogmes nouveaux. M. Eugène Nus, son auteur, jouit d’une notoriété méritée pour ses drames, ses vers pleins de pensée et son fort curieux volume de philosophie poétique, les Grands mystères.
- Enfin le 3m« volume reçu est celui de M. le Docteur Junqua, sut l'Église de la Liberté, une œuvre qui mérite examen, E. C.
- Le Gérant : A. Màsbouïard.
- r.—--- .v-.1 , \issatmasc=£
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- On trouve à la librairie du DEVOIR:
- SOLUTIONS SOCIALES, ouvrages de 655- pages, avec la vue générale du
- Familistère, les vues intérieures, plans et gravures.
- Volume in-8°. . . 10 fr. — Volume grand in-18°. . . 5 francs.
- DU MÊME AUTEUR :
- ÉDITION DE L4 BIBLIOTHÈQUE DÉMOCRATIQUE
- La Politique du travail et la Politique des privilèges, volume de 192 pages. . 0.40 c.
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- La Richesse au service du Peuple, volume de 192 pages........................0.40 c.
- Les Socialistes et les Droits du travail, volume de 192 pages................0.40 c.
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- Saint-Quentin — lmp. do lu Société uuonytuc du Glaneur
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- NUMÉRO 4
- Journal hebdomadaire.j -paraissant la ’jDimancla
- 31 MARS 1878
- Le Devoir
- POLITIQUE
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- Rédacteur en chef : M. Ed. CÏÏÀMPURY
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- SOMMAIRE
- AVIS
- Nous prions les personnes qui reçoivent LE DEVOIR, et qui ne seraient pas dans l'intention de s’y abonner, de bien vouloir nous retourner le présent numéro en l’accompagnant :
- Soit de la bande qui nous a servi à l'adresser ;
- Soit de quelque autre indication donnant la nom de la personne qui fait le renvoi.
- NOTRE FEUILLETON
- Nous avons le plaisir de signaler à nos lecteurs que nous commençons aujourd’hui, à la page 55 , la publication du feuilleton que nous avons annoncé.
- Nous attirons tout particulièrement leur attention sur cette oeuvre pleine d’originalité et qui, sous les dehors attrayants d’un roman du plus vif intérêt, soulève presque à chaque Page les questions auxquelles LE DEVOIR entend se consacrer.
- Cette œuvre nous paraît de nature à faire apprécier des vérités utiles dont l’exposition, sous la simple forme d’articles, aurait pu présenter quelque aridité.
- Le Paupérisme. — Travaux des Chambres. — Protection et libre-échange. — Écoles publiques. — Feuilleton : La Fille de son Père. — De la Poésie philosophique. — Une inconséquence. — Une opinion de M. Renouvier. — Variétés. — L'accueil de la Presse. — Les Emprunts et Vadjudication publique.
- LE PAUPÉRISME
- Tout le monde sait que dans les sociétés actuelles les plus avancées de l'ancien et du nouveau monde, raccroissement de la richesse n’empêche pas qu’un grand nombre de familles manquent du nécessaire, ou sont réduites à la stricto limite des choses indispensables à la vie. Les États-Unis qui, jusqu’à ce jour, avaient le moins souffert du paupérisme, se sentent à leur tour envahies par cette plaie sociale.
- Cet état de choses, par un phénomène fort singulier, inquiète le plus ceux qui sont opposés à toute réforme dont l’objet serait d’adoucir la rigueur de cette situation des classes laborieuses.
- Chacun conçoit vaguement qu’il y a une anomalie très-grande dans ce fait que les sociétés
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- voient chaque jour se développer leurs moyens de production, et accroître la quantité des ressources propres à augmenter la consommation de chacun, tandis que, contrairement à ce qui devrait se produire, le paupérisme tend à se développer au milieu de cet accroissement de la richesse publique.
- On sent qu’il y a en cela un devoir social oublié, et que quelque chose est à faire pour arriver à une plus équitable répartition de la richesse.
- Cette situation a fait naître des inquiétudes indéfinies pendant ces dernières années, et a donné lieu à une réaction inconsidérée contre toute concession en faveur des classes laborieuses. Une certaine fraction du monde politique s’est mise en travers du devoir social pour faire obstacle anx réformes utiles, en se qualifiant de parti conservateur.
- Conservateur de quoi ? Est-ce du bien-être du peuple ? Est-ce de la liberté des citoyens ? Est-ce du travail qui fait vivra l’ouvrier ? Est-ce de l’instruction qui élève l'esprit des masses ? Non, rien de tout cela. Ce parti a inscrit sur son drapeau : Péril social, et il a rallié à lui ceux qui font de leurs satisfactions individuelles la seule préoccupation de leur existence, sans jamais se demander si la société ne doit pas s’occuper des intérêts de tous les citoyens, et sans s'être par conséquent jamais rendu compte que, s’il pouvait y avoir éventualité de péril social, ce serait eux qui l’auraient fait naître.
- Ceux qui ne croient pas que les rapports humains doivent se régler par l’application du juste qui n’est que la pratique du devoir, considèrent la vie comme une bataille dans laquelle la place est au plus fort, le plus faible ne devant avoir que ce que le fort veut bien lui laisser.
- On conçoit que ceux qui envisagent ainsi la vie sociale et qui ont en mains tous les biens désirés, se soient intitulés conservateurs. Pour eux, les positions étant acquises, le plus sage est de las conserver.
- Mais n'est-ce pas précisément cette préoccu-
- pation trop absolue de tenir à l’écart les autres membres de la société, qui constitue le plus grand des dangers que les conservateurs redoutent ; et s’ils avaient triomphé dans leur lutte contre la République n’auraient-ils point, par les abus d'un pouvoir excessif, précipité la catastrophe qu’ils envisagent comme imminente?
- Nous n’hésitons pas à affirmer qu’il en eut été ainsi; les solutions pacifiques ne peuvent s’obtenir que par l’emploi de moyens équitables et justes. Ce n’est ni parla violence, ni par l’abus de la force qu’on parviendra à aplanir les difficultés sociales; on peut, par ces moyens,retarder les solutions et aggraver le mal on prolongeant sa durée, mais on ne le fait pas disparaître.
- Les craintes exagérées que les classes laborieuses inspirent aux conservateurs seraient sans le moindre objet si ceux qui possèdent la richesse venaient à être inspirées de l’amour du devoir, du désir d'améliorer le sort des classes ouvrières, et si, dans ce but, ils engageaient l’Etat à prendre les mesures nécessaires pour assurer les ressources dues à cette œuvre de régénération sociale. De semblables dispositions seraient infiniment plus favorables à une solution avantageuse et pacifique de la question du paupérisme que toutes les résistances imaginables.
- Il ne faut pas perdre de vue que si la morale supérieure et sociale de tous les temps nous impose comme voie de salut de faire pour les autres co que nous désirons pour nous-mêmes, la résistance aux réformes utiles au peuple est une voie de perdition. :
- L'organisation fraternelle de la société ne peut sortir ni de la résistance aux progrès nécessaires, ni de mesures imposées par la force, ni de règles prescrites par la violence, ni de rien de ce qui peut mettre les hommes en lutte les uns contre les autres ; toutes ces choses peuvent ou maintenir les abus, ou renverser des pouvoirs établis et déplacer la sphère de l’autorité en donnant place à de nouvelles ambitions, mais elles ne sont pas le principe de l’union et do l’accord entre les hommes.
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- Cette union et cet accord ne seront possibles que quand la science des destinées humaines sera établie, et que par elle on saura ce qui est véritablement à faire pour le plus grand bien des hommes et des sociétés.
- Tant qu’on ne sera pas scientifiquement d’accord sur les principes des devoirs humains, tant qu’on n’aura pas déduit de ces principes des règles sûres de direction, les hommes seront divisés sur les moyens du gouvernement de soi-même et des autres ; chacun aura sa règle morale individuelle basée sur une conception différente de son intérêt dans la société, et l’absence d’unité dans le but entretiendra les privations et ies conflits.
- Gomment concevoir, tant qu’il en sera ainsi, que la société puisse suivre la marche ascendante d’un progrès régulier et continu? Gela est impossible, il faut qu’une importante masse de volontés convergent vers le même but pour que l’unité s’établisse, et les volontés ne sont durables que si elles sont appuyées sur les convictions sorties de la science.
- Il faut donc faire la science de l’homme si l’on veut faire la science du juste ; il faut que l’homme commence par savoir ce qu’il est, d’où il vient, où il va, quel est le but et l’objet de son existence, quel est son rôle sur la terre ; il faut enfin que l’homme apprenne à se connaître lui-même, car il ne se connaît pas encore et les vérités qui se rattachent à son existence ne sont point comprises.
- Chose singulière, beaucoup de ceux qui prétendent impénétrables les secrets de la vie humaine sont les premiers qui aspirent à régler les destinées sociales ; n’est-ce pas une inconséquence ou une ambition dangereuse ?
- Comment diriger avec sagesse ce qu’on ne connaît pas? Comment organiser tout ce qui se rattache à la vio et à l’existence humaine, si l’on oe sait quel est le but de cette existence ?
- Nous insistons donc sur ce point qu’il faut otudier et connaître la vie humaine ; qu’il faut connaître Thomine, connaître l’objet de son
- rôle sur la terre, si Ton veut utilement lui permettre de tracer son sillon social ; et cette connaissance étant acquise, il faut que la Société mette ses institutions en concordance avec la science des lois de la vie humaine et en fasse . l’objet de la pratique de nos devoirs. G-.
- LES TRAVAUX DES CHAMBRE .
- {Suite.)
- Il est à, présumer que ie Sénat sora logique avec lui-même et qu’il sanctionnera une loi-plus importante que la Chambre a votée dans le même but que la précédente.
- Il s’agit :
- 1° du rachat par l’Etat de 1510 kilomètres de chemins de fer en exploitation, à raison de 189,000 francs le kilomètre.
- 2° du rachat par l’Etat de 1105 kilomètres de chemins de fer qui no sont pas encore achevés et que les Compagnies concessionnaires sont dans l’impossibilité de terminer.
- Ces lignes inachevées reviendront une fois terminées à 193,000 fr. le kilomètre.
- Gela fait en tout 2615 kilomètres de chemins do fer à racheter au prix moyen de 191,000 par kilomètre.
- Si l’Etat avait à construire ces lignes il serait dans la nécessité de s’imposer des sacrifices beaucoup plus considérables.
- Si cette loi rachetant les petites lignes dovait être le dernier mot dans la question du rachat des chemins de fer, elle n’aurait pas une importance capitale; mais, on ne saurait s’y tromper, elle est un acheminement vers un projet plus grandiose et si les partisans de loi ne l’ont pas crié par dessus les toits ses adversaires ne s’y sont pas mépris une seule minute. En effet, l’opinion publique a pu se prononcer sur cette loi et l’on peut dire maintenant que la grande majorité de la population est sympathique au rachat total.
- Cg rachat sera facilité en partie par l’application de l’article 1er du projet de résolution présenté l’année dernière par M. Allain Fargé et voté alors par la Chambre, article qui stipule l’application de la loi du 23 mars 1874 au rachat des lignes qui cessent d’être exploitées. Cette
- I loi de 1874 établit que le rachat doit être fait au prix réel de premier établissement, déduction faite des subventions primitivement allouées.
- Enfin la Chambre a voté les crédits nécessaires è l’amélioration du Rhône au dessous de Lyon et de la Seine entre Paris et Rouen.
- Ces deux mesures sont excellentes car la France était toujours critiquée à l’étranger pour le peu de services quelle savait tirer de ses grands fleuves navigables.
- Le Rhône inférieur surtout demandait à être rectifié car le volume énor me des eaux de ce beau fleuve permet
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- à peu de frais une active navigation dans des contrées d’une extrême fertilité.
- On n’a pas renoncé à faire de Paris un port de mer malgré le faible tirant d’eau du Rhône est tel qu’on peut sans trop de travaux faire do Lyon un grand centre de navigation intérieure. Go travail mérite d’autant plus l’approbation générale que le Rhône reçoit non seulement la Saône qui jouit d’une navigation très mouvementée, mais encore l’important canal de Givors-Rivc de Gier qui amène par sa batellerie des milliers de tonnes de houilles et de minerais.
- Lyon, si prospèro déjà, va entrer dans une nouvelle phase de prospérité. Ce beau travail, réclamé depuis si longtemps, n’a été si longtemps ajourné que pour ne pas déplaire à la Compagnie du Paris Lyon Méditerranée.
- C’est un exemple entre mille de ce que peuvent les grandes compagnies pour entraver la prospérité dos villes et nuire aux véritables intérêts du pays.
- PROTECTION ET LIBRE ÉCHANGE
- La Chambre des députés a nommé dans ses bureaux la commission de 33 membres chargée d’examiner le projet de tarif général des douaues déposé parM. le Ministre du Commerce,
- La majorité de cette commission est protectionniste et l’on peut prévoir dès aujourd’hui en quel sens elle fera son rapport.
- Ce n’est point sans un vif regret que nous voyons se manifester des tendance semblables.
- Les personnes qui s’occupent d’économie politique étaient convaincues que les nations européennes ne reviendraient jamais aux vieux errements protectionnistes. Les bienfaits du libre échange sont d’une telle évidence et d’une telle étendue que le progrès en cc sens paraissait définitivement assuré.
- On se trompait.
- Les vieux préjugés ont des racines profondes et parfois poussent des rejetons sur lesquels on ne comptait pas. C'est ce qui arrive aujourd’hui sur le terrain de la protection.
- La concurrence anglaise se fait sentir et au lieu de recourir aux remèdes véritables, on rêve purement et simplement de taxer les produits anglais de droit d’entrée exorbitants.
- Ce n’est pas cela qui rendra à l’industrie française son activité d’autrefois.
- Toutes les modifications imaginables que l’on pourra faire dans les douanes ne relèveront le commerce et l’industrie que pour ce qui concerne l’intérieur. Or, est-ce la consommation intérieure qui fait la prospérité et la richesse de la France ? Est-ce elle qui amène les capitaux ?
- Nullement. Elle prend dans une poche française pour mettre dans une autre poclie française, voilà tout. L’ensemble de la nation n’y gagne et n’y perd rien.
- Le contraire se produit quand il s’agit d’exportation. Les denrées naturelles ou les produits manufacturés qui sortent de France sont vendus à l’étranger pour un prix supérieur au prix de revient. La valeur qui entre en échange est plus forte que celle qui sort ; il y a donc bénéfice pour l’ensemble de la nation. Plus l’exportation sera considérable, plus les capitaux viendront de l’étranger à l’intérieur* plus par conséquent la prospérité générale sera grande.
- C’est donc l’exportation qu’il faut encourager.
- Or, en haussant les droits de douane à l’entrée en France, on détermine chez les pays étrangers des élévations de même nature. Faites payer davantage en France aux fers et aux tissus anglais et par représailles les Anglais-feront payer plus cher aux huiles, aux soies et aux vins de France.
- Il est logique et juste que l’étranger agisse envers nous comme nous agissons envers lui.
- Or, qu’arrive-t'il infailliblement ?
- C’est que l’exportation diminue, que l’or étranger entre moins dans le pays, que la fabrication intérieure se ralentit et que la pauvreté s’accentue davantage.
- Voilà les bienfaits de la protection,
- Mais, dit-on, les mesures prohibitives favorisent certaines industries locales et par conséquent assurent du travail aux ouvriers de ces industries là.
- C'est vrai.
- Donc, ajouto-t-on, le bien être général en bénéficie d’autant.
- Voilà l’erreur.
- Avec le régime protecteur la prospérité de certaines industries se produit en même temps
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- que le dépérissement de certaines autres. Le filateur de coton fait de gros bénéfices mais le producteur de vin ne place plus sa marchandise.
- Il y a plus, les bénéfices du filateur de coton sont perçus sur la bourse de ses compatriotes. Vous prohibez la marchandise étrangère parce qu’elle se vendait meilleur marché que la vôtre, soit, la vôtre pourra hausser de prix et vous gagnerez davantage.
- Mais la différence entre l’ancien prix et le nouveau, qui donc la paiera? Ce sera bel et bien le consommateur français, donc, là encore, ce que vous aurez mis de plus dans une poche vous l’aurez pris dans une autre. Le pays n’a rien à gagnera cela, et les classes laborieuses y ont tout à perdre.
- Enfin vous conviendrez que si le consommateur doit payer plus cher les choses dont il a besoin, il s’abstiendra autant que possible de cette consommation onéreuse. En tout cas la somme ^argent qu'il mettra en plus pour acheter le produit devenu plus cher, il ne l'emploiera pas à acheter autre chose.
- Celui qui devrù mettre un ou deux francs de plus à acheter un objet no pourra pas employer co même franc ou ces mêmes deux francs à faire des achats d’une autre nature.
- Celles des professions qui n'ont pas à redouter ^concurrence étrangère (et il en est plusieurs fiUl s°nt dans ce cas, la librairie, la pendulerie, k bijouterie, etc) subiront des pertes par le seul fait que des sommes qui pouvaient être employées à des achats de cette nature passent à payer les suppléments do prix exigés pour les Marchandises protégées.
- De toutes manières le régime protecteur est Visible aux intérêts généraux du pays.
- Ce n'est point là qu’on trouvera le remède au Mauvais état des affaires. Le- vrai remède c’est arriver à augmenter l’exportation par une promotion dans de bonnes conditions de qualité et
- ae bon marché.
- P
- ur permettre à la production d’être on me-SUre d’exporter davantage, il faut que les impôts P sent moins sur Findustrie et le commerce,
- il faut compléter le système des voies de communication, diminuer les frais de transport et renouveler les traités, de commerce en abaissant les droits au lieu de les élever. Plus ces droits seront abaissés, moins le consommateur paiera cher et plus le producteur vivra à bon marché, plus aussi sa production sera en mesure d’être exportée et par conséquent de faire entrer en France plus de capital qu’il n’en sort.
- En un mot nous pouvons résumer nos vues par cet À.B.G. de l’économie politique :
- La protection favorise quelques grosses bourses au dépend de toutes les petites ; le libre échange profite à chacun sans nuire à personne. Ed. Chamrury.
- LES ÉCOLES PUBLIQUES
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- Le choix de remplacement est le premier suje^. qu’il convient d’examiner dans l’édification d’une école publique, afin de réunir l’espace et les terrains nécessaires aux récréations et aux exercices physiques des élèves, en même temps que les conditions les plus convenables pour la population scolaire et les plus favorables à la santé et à l’hygiène.
- Si une certaine part de la science qui sert à l’érec-tion des quartiers modernes de nos grandes villes, se donnait pour mission, au point de vue d’un progrès général, d’étudier les améliorations nécessaires aux campagnes, on reconnaîtrait que s’il est devenu opportun de démolir les vieux quartiers des grandes villes pour les rebâtir à neuf, il ne serait pas moins utile d’introduire dans nos villages le sentiment d’une architecture nouvelle en commençant par y fonder des établissements scolaires bien étudiés etréunissant dans leur ensemble toutes les conditions propres à l’éducation et à l’instruction rationnelles et générales de l’enfance.
- Mais un premier effort, un effort sérieux serait à faire pour cela ; car, au sein de ces campagnes où la plaine offre l’espace de tous les côtés, il semblera tout d’abord qu’on ne pourra trouver place, dans le village, pour une école. On ne saura où la mettre, toutes les places sont prises, et les habitants accoutumés â ne regarder que leurs petites affaires, leurs petits jardins, leurs petits enclos, ne pourront concevoir comment il serait possible de trouver ou d’approprier un terrain de deux hectares environ, d’un
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- seul tenant, pour élever l’établissement scolaire de la commune entouré de terrains sur lesquels on puisse faire toutes les améliorations et agrandisse- ' ments jugés utiles.
- Les communes se trouvent presque toutes dans cette fâcheuse situation de ne savoir où placer l’Ecole, quand il serait si facile, en expropriant quelques vieilles maisons avec les terrains qui les avoisinent, de donner non-seulement à l'école le relief qui lui convient, mais au village même un nouvel aspect et une nouvelle vie.
- Il serait donc indispensable que les facultés d’expropriation, données par la loi, fussent étendues à tout ce qui a rapport à l’installation des établissements d’instruction publique, et que les formalités en fussent rendues les plus simples et les plus faciles possibles aux administrations municipales. Car si l’exercice du droit d’expropriation reste entouré de trop de difficultés, les inconvénients que nous venons de signaler subsisteront. Il faut que, pour édifier une école, la commune soit placée dans une situation analogue à celle dont elle jouit, lorsqu’il s’agit de l’agrandissement ou du déplacement d'un chemin. L’école deviendrait alors le quartier neuf et central de la commune.
- Une telle conception paraîtra peut-être excessive, même aux yeux de ceux qui ont pouvoir pour décider dans ces questions ; à plus forte raison peut-elle apparaître ainsi à nos populations rurales. Ce que l’on conçoit au village, c’est de bâtir les écoles sur des lambeaux perdus de terrain, dans des situations impossibles qui ne se prêtent à rien de bien, à rien de bon, et ne permettent pour l’avenir ni développement ni adjonctions propres à l’enseignement de tout ce que l’habitant des campagnes devrait apprendre, c’est-à dire des notions mêmes de la science ayant rapport aux travaux de la culture et des champs ; de sorte qne toutes les dépenses faites actuellement, dans la création des écoles de village, seront des dépenses perdues qu’il faudra recommencer, aussitôt que le problème de l’instruction publique aura été compris.
- Quoique nous veuillons n’indiquer ici que des choses très-pratiques nous ne pouvons, pour faire une description rationnelle de rétablissement scolaire communal, nous contenter de décrire les écoles telles qu’elles ont été faites jusque maintenant ; il nous faut les envisager telles qu’elles devraient être dans l’avenir.
- L’Ecole, mais ce doit être sous tous les r pports, la cause première du développement des forces et des aptitudes physiques ; la cause première de
- rectitude dos idées, du perfectionnement de l’esprit et de la formation du goût chez l’enfant ; il faut donc que l’école, par sa situation, par ses abords, par son entourage, par ses constructions et ses dispositions générales, commence par éveiller dans l’esprit de j l’élève le sentiment de choses raisonnées bien con- i çues et utiles à tous. [
- L’enfant a besoin de mouvement, il lui faut de l’espace pendant ses récréations; l’école doit donc avoir des abords largement ouverts et plantés d'arbres pour servir d’ombrage aux écoliers dans leurs jeux d’été.
- L’école a son emplacement naturel au centre des relations communales ; la mairie serait utilement située sur le même terrain, non comme faisant partie j du même local, mais comme édifice séparé se rattachant à un plan d’ensembL. Cette disposition aurait l’avantage d’attirer la sollicitude de l’administration sur la question si importante et pourtant si négligée encore aujourd’hui, de l’éducation et de l'instruction publiques.
- La proximité d’une administration prévoyante et animée de bonnes intentions exercerait la meilleure influence sur la tenue des classes et des enfants, sur l’ordre et la régularité des entrées et sorties; les maîtres auraient en outre la satisfaction d’avoir des témoins de leurs soins et de leur vigilance pour la bonne conduite des élèves.
- Les édifices des écoles, de l’habitation des instita- j teurs et institutrices et de la maison commune cons- j traits sur un plan d’ensemble pourraient plus tard, j sans que cela nuise à la symétrie, être augmentés j d’un réfectoire et d’un dortoir, dont nous aurons à j décrire plus loin les motifs, d’une salle pour la bibliothèque communale, d’une salle pour les collections les plus propres à donner aux enfants les no-1 tîons des connaissances utiles aux industries de lai localité ; cette salle pourrait contenir en outre leSj instruments de pesage et de mesurage destinés àj faire mieux comprendre aux écoliers les applications usuelles dos leçons et des études faites en classe, j
- Aux alentours de ces divers édifices pourraient s’étendre les jardins reconnus nécessaires à l’enseH gnement pratique des notions agricoles. j
- Les autres terrains suffisamment larges et planté d’ombrages serviraient aux récréations libres d^j élèves, et pourraient devenir un lieu agréable d* promenade où pères et mères viendraient parfit s’asseoir pour jouir du plaisir do voir les ébats ^ leurs enfants.
- Conçus sur un tel plan, les écoles et autres bâti' ments publics, dans chaque commune, deviendrait
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- un modèle de bon goût dans l'art debâtiret une cause de progrès dans les mœurs.
- {à suivre) G.
- LA FILLE DE MON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mmo Marie HOWLAND
- CHAPITRE PREMIER
- UNE VIEILLE LETTRE
- *** J’avais sept ans quand elles vinrent au monde, ces mystérieuses petites sœurs aux joues vermeilles, qui la veille encore n’étaient nulle part dans l’uni-vers et qui, le lendemain, parurent à nos yeux ébahis , aussi exactement semblables dans leurs longues robes blanches que les objets que je voyais double en louchant (une manie qui m’attira bien des
- réprimandes)..
- Nous habitions alors, ainsi que vous vous en souvenez sans doute, L... dans le Massachussets et l’arrivée de ces petits êtres par un beau matin de septembre me parut la plus merveilleuse des aventures ; je me souviens que ma mère, étendue, pâle et lasse sur ses coussins, contempla mon ravissement d’un air triste, puis tourna du côté du mur son visage fatigué. Ma tante Patty, la chère vieille qui dort depuis longtemps dans le cimetière, accueillit avec bienveillance mon enthousiasme enfantin; elle releva les longues robes blanches, défit le maillot de flanelle et mit au jour les petits pieds veloutés dont les orteils roses se livraient à des mouvements ^cessants, comme pour fêter l’air et la lumière ; bientôt ma joie devint si bruyante que je fus honteusement chassée de la chambre. Je me mis aussitôt à
- recherche de mon frère Dan, un beau et robuste garçon, que je trouvais dans la cuisine activement occupé à mettre en ordre son attirail de pêche ; il étendait profiter du dérangement inusité survenu ^ la maison pour se glisser jusqu’à la rivière où notre mère lui avait défendu d’aller sous peine d’être sévèrement puni.
- Je m’empressai de lui conter la nouvelle.
- C’est bon, dit-il, je sais tout ce qu’il en est,
- Cette affirmation me surprit, mais je ne doutai pas qae ce fut la vérité pure : je croyais toujours Dan Sur Parole. Il était mon aîné de quelques années, et Partout ailleurs qu’à l’école, je le considérais comme un être supérieur. Là, en effet, même l’œil partial d une sœur ne pouvait se dissimuler qu’il n’était fla un âne ; mais une bonne pâte d’âne et le favori de t°us. Hne se iassait jamais, l’hiver durant, de re-
- morquer le traîneau des fillettes et des petits garçons et, quoique bourru, son esprit leur plaisait beaucoup. Je me souviens qu’un jour au commencement du terme d’hiver, le maître d’école promit un prix à l’élève qui serait le plus souvent en tête des exercices d’orthographe. Le dernier jour arrivé, je reçus le prix en rougissant de plaisir et je me vois encore à la tête de la longue file des élèves ; Dan occupait l’extrémité opposée. Comme le professeur lui reprochait les mauvaises dictées qui témoignaient de son peu de désir d’obtenir le prix :
- Mais répliqua Dan, je l’ai presque obtenu.
- Comment presque ! dit le maître en colère.
- Chacun de nous savait bien que Dan n’avait pas pté une seule fois le premier.
- Oui monsieur, reprit mon frère, et j’aurais le prix si vous décidiez que ce bout-ci est la tête. Un éclat de rire général du professeur et des élèves accueillit la manière de compter de Dan et le rire se continua longtemps encore en sourdine, après que l’on nous eut renvoyés à nos bancs. Je regagnais le mien, serrant précieusement le prix que j’avais obtenu; c'était un exemplaire relié en maroquin rouge, du vicaire de Wakefield. Pour Dan, il glosait sur le succès de sa boutade ; d'un mot il avait consolé et vengé toutes les têtes rebelles â l'orthographe et il était heureux.
- Mais j’ai laissé ma plume courir à l’aventure ainsi que j’en ai l’habitude lorsque je réponds à vos lettres; il est temps de revenir au récit de la journée mémorable qui vit naître mes sœurs.
- Tout en suivant attentivement les préparatifs de Dan avec des bouts de liège, des plombs et des hameçons auxquels il fixait des vers frétillants, je lui demandai s’il ne trouvait pas les deux jumelles tout-à-fait charmantes.
- Certes non, dit-il avec impatience ; j’espérais avoir deux mois de bon temps avant l’ouverture de l’école et à cause d’elles il n’en sera rien, Il va falloir courir de tous les côtés pour ces vilaines jumelles ; que de biscuits je serai obligé d’écraser pour leur bouillie ! Ma mère n’avait pas moitié assez de lait pour Arthur ; pour les nourrir toutes deux, il faudra
- une vache...... Eh deux filles encore, ajouta-t-il
- avec mépris.
- C’était là en effet que le bât le blessait. Tant que vécut notre petit Arthur il l'avait beaucoup aimé à sa manière et si le nouveau venu eut été un frère il l'aurait bien ccueilli ; peut-être même aurait-il pardonné à notre mèrq de nous donner un bébé de l’un ou de l’autre sexe ; mais deux 1 et deux filles 1 C’était
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- mettre à une rude épreuve la confiance de Dan dans la direction des mamans.
- La prédiction de mon frère, en ce qui concernait la question du lait me surprit beaucoup. Mais je ne discutai pas, pensant que son âge et son expérience lui donnaient autorité. Comme il s’en allait vers la rivière, en me menaçant de tuer mon chat favori si je m'avisais de le trahir, il insinua que ces nouvelles soeurs seraient d’épouvantables trouble-fêtes,comme sont d’ailleurs toutes les filles. À la longue je me rangeai à cette opinion de Dan concernant les jumelles car elles furent bien réellement des trouble-fêtes et un enfant seul pourrait apprécier les innombrables sacrifices que je fus obligé de leur faire....
- Vous souvenez-vous du squelette du grenier ; le Memento Mari de nos dînettes .....
- C. F.
- C. F, est mon amie Clara-Forest, et je suis un des personnages du roman ; mais il n’est pas nécessaire de dire lequel. Laissez-moi vous raconter comment je fis la connaissance de Clara, après quoi j’entrerai en plein dans le récit et cesserai de parler à la première personne. Il y a longtemps que j’avais résolu de raconter la vie de mon amie ; l’autrejour je trouvai cette vieille lettre et celà me décida à mettre en ordre les matériaux que j’avais recueillis, car ce roman n’est pas un pur produit de mon imagination ; le fond du récit est une histoire vraie et la plupart des détails sont aussi des faits.
- Dans mon enfance, Clara était mon héroïne, la princesse de mes rêves.Je l’adorais en silence, car ce n'est que longtemps après notre première rencontre qu’elle me remarqua particulièrement.
- Je la vis pour la première fois un dimanche dans le cimetière du village. Les congrégations des divers cultes s’y étaient réunies pendant l’intervalle qui sépare le service du matin et celui de l’après-midi et s’y entretenaient de leurs défunts tout en mangeant des « gâteaux sucrés, » comme on disait alors dans New England (1). Ce jour-là Clara accompagnait son institutrice de l'école du Dimanche (2) qui me sembla la femme la plus refrognée et la moins engageante. Quoiqu’elle fut veuve, on l’appelait Mademoiselle Buzzell ; c’était l’usage alors parmi les fermiers de New-Engîand d’appeler les dames mariées mademoiselle ; quant aux autres on ne leur donnait aucune qualification.
- (A Suivre).
- (1) New-England désigne les premières colonies anglaises de l’Amérique du Nord,
- (2) L’Ecole du Dimanche est faite dans l’Eglise ou dans le sous-sol de l’Eglise, et sous la présidence du pasteur, par des dames formant ce qu’on appelle les Dames de l'Eglise.
- Les Ecoles publiques ne donnant aucune instruction religieuse aux enfants ; c’est seulement & l’Ecole du dimanche que les enfants des diverses sectes sont instruits dans leur religion}
- DE LA POESIE. PHILOSOPHIQUE
- A PROPOS DU VOLUME DE M. NUS ( 1 ).
- L’expression de la philosophie sous la forme des vers peut-elle produire une œuvre d’art, ou bien est-elle condamnée à l'impuissance? La langue française se prête t—elle, comme le grec ou l’allemand, à des entreprises de cette nature ? Enfin les exigences de précision de la pensée sont-elles conciliables avec les exigences de coloris de l’art des vers ?
- La question prête à controverse.
- Pour les uns, le raisonnement le plus profond, le plus abstrait, peut s’exprimer en vers. Sous les dehors étincelants de cette forme nouvelle, il reste philosophie tout en devenant œuvre d’art. Il n’a pas à descendre : il élève la poésie à sa hauteur ; tous deux gagnent à cette union : lui, en prenant une forme moins sévère ; elle, en s'appuyant sur un fond mieux affermi, Les beaux vers plaisent davantage lorsqu’ils expriment de grandes pensées ; les grandes pensées n’ont qu’à gagner lorsqu’elles animent de beaux vers.
- Pour d’autres critiques, au contraire, la poésie exige avant tout le saisissant des images, la sonorité des mots, le tintement identique des rimes, enfin le nombre, cette ampleur ou cette vivacitétTàllure qui impose à l’intelligunce du lecteur une impression qui ne s’efface plus. Ces conditions, ces nécessités de Part des vers, la pensée sera, dît-on, impuissante à les trouver, dès qu’elle devra s’astreindre à suivre pas à pas une ligne très-précise, un ordre bien nettement déterminé.
- De part et d’autre l’on a raison, mais de part et d'autre aussi l’on a tort.
- En théorie les deux thèses sont soutenables ; en pratique tout dépend de la réussite ou de l’échec du poète. Une bluette bien tournée aura toujours le pas sur un poème philosophique manqué ; par contre si le poème est réussi il laissera bien en arrière la bluette mieux tournée.
- L’essentiel pour nous, lecteurs, c’est que le mouvement d’âme du poète nous saisisse et nous pénétre.
- Eh bien ! voilà justement en quoi M. Nus a réussi.
- On pourra reprocher à son volume quelques strophes trop répétées, quelques rhythmes trop légers pour le sujex, enfin trop peu d’éclat dans les rimes et de coloris dans les mots, on ne lui contestera pas l’élévation de la pensée et la sincérité de l’émotion. Il y a je ne sais quoi de chaleureux et de communica.
- (1) Les Dogmes nouveau®, i vol. in-18. — paris, E. Dentu, éditeur,
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- tif dans les Dogmes nouveaux ; on peut ne pas être d'accord en tout avec l’auteur ; on n’en est pas moins entraîné malgré soi.
- Si c’est bien là ce qu’a voulu M, Nus, son but est atteint. L’entreprise était difficile, le succès est incontestable. En présence de la victore de l’idée on oublie les indécisions de la forme. Hé! qu’importe, quand les flèches sont en cible, que le smains de l’archer aient tremblé !
- Ce qui frappe dans ce volume, c’est l’unité de l’ensemble et la solidarité des parties. Il faut tout prendre ou tout rejeter.
- A peine a-t-on dépassé les premières pages que le plan général se dessine et que l’on sent que tout se tient.
- C’est là un avantage. Peut-être aussi est-ce un danger, car il est de mode aujourd’hui, dans les volumes de vers, de faire contraster les pièces entre elles. Il en résulte des sortes de recueil sans suite et sans pensée dominante ; la valeur de l’oeuvre y perd, mais cela plait à certains lecteurs.
- Cette unité de l’œuvre en rend l’analyse très-difficile. Les strophes perdant à être isolées, la citation que l’on voudrait en faire devient presque impossible .
- Il semble que l’on soit en leur présence comme le botaniste devant les narcisses des Alpes : les fleurs se serrent de si près que l’on n’en peut cueillir aucune sans la meurtrir à celles qui l’avoisinent.
- Mais la tentation est là; le botaniste cueille quand même. Nous, et dans notre champ, nous ferons comme lui.
- Le poète comprend la foi nouvelle dans l’harmonie des éléments contradictoires du passé :
- Etourdiment poussé de chimère en chimère Le sentiment suivait sa ligne imaginaire Datis les champs inconnus de l’avenir humain.
- La raison décrétait les bornes du possible Et, limitant la vie, à la chose visible,
- S’arrêtait en chemin ;
- »
- Mais aujourd’hui tout se modifie :
- Ce que le sentiment révèle Est expliqué par la raison.
- Salut à l’aurore nouvelle
- Que Pon voit poindre à l’horizon !
- • • • «La foi ne veut plus de mystères.
- Elle allume enfin son flambeau,
- Et quitte les vieux sanctuaires
- Où régnait la nuit du tombeau....
- ... .La nature, voüà'le Verbe 1 Ses enseignements sont pareils Qu’on interroge le brin d’herbe Ou qu’on mesure les soleils.
- Et plus nous irons en avant, plus ces vérités seront évidentes.
- Les deux puissants fléaux : Ignorance et Misère Ne feront plus douter les cœurs religieux,
- Ce monde accomplira son progrès volontaire ;
- Et les efforts humains gagneront, pour la terre, Le bonheur qu’on ne croit qu’aux deux.
- Certes, nous n'y sommes pas encore, mais ne perdons pas l’espérance :
- Nous sommes les pionniers de la terre nouvelle ; Nous défrichons le sol où d’autres sèmeront ; Nous traçons des sentiers pour ceux qui nous suivront..........
- .... Et notre cœur palpite, et notre regard s’ouvre ;
- Et l’opprimé, pour qui l’avenir se découvre,
- Suit, d’un œil attendri, les pas que nous faisons.
- Il nous faudrait citer une foule de passages et la place nous manque pour cela. C’est ainsi qu’une des plus belles poésies du volume, la plus profonde à notre avis, devrait être citée en entier, car il n’est pas possible d’y butiner une strophe isolée. C’est la pièce Solidarité. Nos lecteurs n’ont qu'à recourir au volume pour se convaincre que nous n’exagérons pas.
- Et quelle poésie consolante que celle qui vient nous dire :
- L’homme est un degré pour monter à l’ange Mais on n’est reçu qu’en arrivant tous.
- Ainsi, pour le poète, nous ne pourrons arriver à ce degré supérieur que lorsque tous l’auront mérité. Tant qu’il y aura sur la terre un homme souffrant, un homme pervers, le genre humain n’aura pas encore mérité sa promotion dans l’échelle des êtres, car l’humanité toute entière est solidaire de la souffrance ou de la perversité de l’un quelconque de ses membres.
- Voici de la poésie qui, tout en restant de l’art, devient bel et bien de la morale, et même de la meilleure.
- Et quelles perspectives sociales que celles dévoilées à nos yeux 1
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- L’homme un jour sera vainqueur de la nature.
- .....L’eau, la flamme, le fer à nos désirs pliés,
- Pour conduire nos pas vers la terre promise, Tous nos vieux ennemis se sont associés.
- Laboureurs, ouvriers, voici la récompense Des peines d'autrefois et des efforts nouveaux, Si vos reins ont sué pour le cerveau qui pense, La pensée, à son tour, soulage vos travaux .
- La richesse s’étend et va s’étendre encore,
- L’art démocratisé jusqu’à vous descendra.
- Le jour approche enfin où chacun pensera.
- La pensée de M. Nus est hardie, mais elle ne l’est pas seulement dans l’abstraction, elle l’est aussi dans les faits réels. Quel courage II lui faut pour oser dire aujourd’hui à la France au sujet de la dernière guerre cette vérité que l’on n’osait dire mais qui est au cœur de tout républicain :
- Ne dis pas que tu fus trompée;
- Que cette lugubre équipée,
- France, s’est faite malgré toi ;
- N’accuse ni lâche, ni traître !
- Quand un peuple se donne un maître Il ne peut accuser que soi !
- Enfin îaissez-moi vous dire de quelle manière grandiose et humanitaire le poète conçoit la revanche que la France doit prendre de ses malheurs.
- Ecoutez.
- Ou plutôt non, prenez lo livre et lisez-la.
- À elle seule elle vaut la peine d’acquérir le volume et c’est assurément ce que vous ferez, cher lecteur.
- En. Champury.
- UNE INCONSÉQUENCE
- En Angleterre les conditions hygiéniques des prisons sont si bonnes que la mortalité est moins grando parmi losdétenus que dans le reste do la population. Tandis qu’il ne meurt que trois prisonniers sur mille, il meurt environ neuf habitants.
- La prison centrale de Pertli est pout être la résidence la plus hygiénique du monde. En tout cas cette prison est de toutes les agglomérations humaines observées par la statistique celle où la mortalité est le plus faible.
- N’y a-t-il pas là une inconséquence? Est il juste que les criminels forment une caste privilégiée?
- Certes il est excellent que los prisonniers soient tenus dans un milieu hygiénique et tout ce qui so fora dans ce but mérite dos louanges ; les détenus sont des hommes et ont les mômes droits que d’autres à l’existence. Mais
- n’est-il pas navrant de penser que notre société est assez inconséquente pour ne pas faire à l’égard d’honnêtes gens nécessiteux ce qu’elle fait à l’égard des voleurs, des incendiaires et des assassins.
- UNE OPINION DE M. RENOUVIER
- Un philosophe distingué qui est en môme temps un républicain sincère, M. Ch. Renouvier, directeur de la Critique Philosophique a prononcé récemment à Avignon un très-remarquable discours dont nous extrayons ce qui suit :
- « Est-il possible à un homme éclairé que no domine pas trop l’esprit de système, de. no pas voir que la Société européenne est en gestation d’un ordre de choses nouveau, plus conforme à la dignité humaine et moins fécond en toutes sortes de misères?
- » Les vices du commerce et ceux de la profession commerciale ont tout particulièrement donné sujet aux critiques de beaucoup de socialistes, quoique les analyses de Charles Fourier soient les plus complètes à cet égard, et à la fois les plus fines et le3 plus approfondies. Or, un moraliste, en prenant môme le plus porté à l’indulgence, peut il dire que le mensonge n’est pas aujourd’hui et de plus en plus, le fond du régime commercial ? Un tel état de choses sera-t-il toujours tolérable? Peut-on nier qu’un vaste système parasite pèse sur la production et la consommation, que le service de l’échange soit payé plus cher qu’il pourrait l’être et accompli sans loyauté? Qu’enfln la fonction de l’intermédiaire soit pleine d’insécurité et de dangers pour celui qui l’exerce! Est-ce là un idéal des relations humaines dans cet ordre d’intérêt? »
- VARIÉTÉS
- ÉTENDUE DES CHEMINS DE FER
- D’après les Mittheilungen il existait au 31 décembre dernier 148,2119 kilomètres do chemins de fer exploités en Europe.
- La môme estimation est difficile à établir pour les autres parties du monde, mais l’on sait que l’Amérique du Nord a elle soûle a des chemins de fer plus développés que ceux de l’Europo toute ontiôro. En effet, rien qu’aux Etats-Unis, les lignes en exploitation atteignent une longueur de 124,049 kilomètres.
- L'ŒUVRE DE M. CHÀDWICH
- Le Temps signale un récent rapport de M. Edwin Chadwich, l’ardent promoteur de l’appropriation hygiénique des terrains avoisinant les grandes villes.
- Il résulte de ce rapport que la mortalité a été réduite d'un tiers dans la plupart des villes ;
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- Qu’elle a été diminuée de moitié dans les quartiers neufs éloignés des quartiers anciens et jouissant d’un système complet de distribution d’eau et de nettoyage de surface ;
- Que dans les institutions enfantines les enfants ont été assurés contre les épidémies ordinaires à leur âge et que la mortalité s’est réduite au tiers de ce qu’elle était ;
- Que dans les prisons la mortalité a été réduite au tiers de ce qu’elle est pour l’ensemble de la population et que les détenus ont été préservés des épidémies ordinaires de typhus, maladies éruptives, diarrhée, dyssenterie, etc, ;
- Que dans la population générale on peut diminuer de moitié les maladies des organes respiratoires par des procédés sanitaires ;
- Que la propreté du corps, à elle seule et à part tous autres changements d’habitudes, constitue un facteur qui a la valeur d’un tiers du pouvoir total de la salubrité.
- On voit par la puissance de ces résultats combien est éminemment utile l’œuvre que poursuit depuis trente ans M, Edwin Chadwlch et pour laquelle il a dû lutter constamment contre les préjugés et la routine des administrations locales,
- Il serait temps que dans d’autres pays on prit les mêmes mesures et qu’on ne laissât plus de terrains vagues avoisiner les grandes villes comme cela se voit un peu partout aujourd’hui,
- LA CONCURRENCE AMÉRICAINE
- La concurrence américaine devient dé plus en plus redoutable pour les industries européennes. Non-seulement les Etats-Unis en sont venus à se suffire à eux-mêmes pour beaucoup de choses, mais ils exportent en Europe des machines de diverses natures.
- Jusqu’à présent c’étaient surtout les machines à coudre qui étaient de provenance américaine ; aujourd’hui ce sont aussi les locomotives.
- Les usines de Baldwin, à Philadelphie, sont désormais les plus considérables du monde ; on y construit plusieurs locomotives par jour et à des prix si minimes que les compagnies européennes ont intérêt à les acheter lâ. Un envol de 30 locomotives doit partir l’un de ces jours à destination de la Russie. Ni la France ni l’Angleterre n’ont pu fournir à d’égales conditions.
- PROGRÈS DE L’ALIMENTATION
- En 1842, la consommation moyenne de viande était en France de 19 kilogs et 700 grammes par tête et par an.
- Elle s’est élevée en 1877 à 23 kilogs et 252 grammes, ce qui dénote une amélioration générale dans l'alimentation.
- La consommation moyenne du blé (froment) était de 208 litres par tête en 1842 ; elle a été de près de 300 litres en 1877.
- En 1700, cette môme consommation n’était que de 150 litres par tète et en 1788 de 107 litres.
- On voit, remarque M Mangon, professenr au Conservatoire des Arts-et-Métiers, on voit par l'examen des chiffres de la consommation des aliments, que cette consommation s’est élevée en raison directe de la répartition de la propriété du sol.
- LA CRIMINALITÉ EN PRUSSE
- La guerre est toujours suivie d’une augmentation du nombre des crimes et plus particulièrement des homicides ou tentatives d’homicides. L’idée de tuer que la présence de la guerre rend constante à l’esprit se traduit dans les faits par un nombre plus grand d’assassinats.
- Ceci est un fait irréfutable ; la statistique est là pour rétablir.
- En France, après la guerre, la criminalité augmenta considérablement et devint même épouvantable dans le département du Rhône. Heureusement cette progression ne persista pas dans les mêmes proportions.
- En Allemagne l’augmentation de la criminalité a été plus sensible encore et n’a pas cessé de s’accentuer.
- D’après les Fliegende BlaUer ans dem rauhen Hanse de Hambourg, l’augmentation des crimes depuis 1872 a été de 2b.2o 0/0, tandis que la population n’a augmenté depuis 1871 que d’environ 4,3 0/0, soit une moyenne d’environ 1,7 0/0 par an. Le nombre des accusés no s’est pas accru dans la même proportion que celui des crimes ; en 1873 il y a eu 20C accusés de moins qu’en 1874 quoiqu’il y ait eu 800 crimes de plus.
- 11 est tristedo constater que l’augmentation est plus particulièrement forte sur les crimes qui dénotent un abaissement générai de la moralité publique. La plus forte augmentation proportionnelle porte sur les banqueroutes frauduleuses, puis l’escroquerie, l’homicide et les attentats aux mœurs. Les infanticides ont beaucoup moins augmenté.
- Une remarque encore : 7,10/0 des accusés appartiennent à la classe commerçante.
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- UNE TROUVAILLE
- On vient de faire aux environs de Naples, une trouvaille intéressante au point de vue archéologique.
- Des travaux de terrassements qui s’excéutent sur la propriété de M. Spinelli à Cancello, ont mis au jour une nécropole antique dont l’étendue semble ne pas être inférieure à un demi kilomètre.
- On n’a découvert jusqu’ici qu’une faible partie de cos terrains et cinq tombeaux seulement ont été ouverts. Malgré cela on a déjà récolté beaucoup d’objets intéressants, des vases, des tasses, des monnaies d’or et d’argent, des colliers de verroterie, en somme environ deux cents objets de l’époque grecque archaïque. On a trouvé aussi quelques monuments étrusques couverts d’inscriptions.
- Il s’agit évidemment de la nécropole de l’ancienne cité de Suessula.
- Lss fouilles so pQursuivent et promettent d'enrichir de nouveaux trésors le remarquable musée de Naples qui est déjà le plus riche du monde en fait d’antiquités.
- UNE EXÉCUTION
- L’assassin Louchard a été exécuté le lundi 18 Mars à Evreux. Une fois le couteau tombé et la tête séparée le corps se releva à demi, retomba sur le côté gauche, puis, par une série de convulsions, se releva une fois encore aux trois quarts pour retomber de nouveau.
- Les quelques personnes qui regardent encore la peine de mort comme un supplice légitime ou comme un mal nécessaire disent et répètent que la mort par la guillotino est instantanée.
- C’est une erreur.
- Le contraire est parfaitement acquis. Il n’est plus permis de soutenir aujourd’hui que le cerveau soit le seul centre nerveux de l’organisme ; peut être un jour dans notre chronique scientifique examinerons-nous cette importante découverte do la physiologie contemporaine.
- L’ENTOMOLOGIE EN ANGLETERRE
- L’étude de l’entomologie s’est très-répandue en Angleterre depuis quelques années. Très-peu do personnes savent, dit le Times, jusqu’à quel point cette science est cultivée à Londres par de simples artisans. Sans parler des différentes sociétés d’histoire naturelle, quatre clubs s’y sont organisés spécialement pour l’étude de l’entomologie.
- Le plus ancien est lo club de Haggerstone qui existe depuis 19 ans. Il compte aujourd’hui 100 membres, tous artisans, qui se réunissent régulièrement chaque jeudi soir. La souscription n’est que d’un penny (10 1/2 centimes) par semaine, et le secret de leur succès n’est autre que l’exiguité de leurs dépenses. Au moyen de cette modique souscription ils ont pu s’acheter une pe-
- tite bibliothèque et des vitrines pour une collection d’insectes provenant des dons des différents membres. A chaque réunion il est donné lecture de mémoires où il est rendu compte des nouvelles découvertes et des moyens de préparation des insectes.
- Les trois autres clubs ont été formés sur le modèle du précédent; cependant leur organisation financière n’est pas tout à fait la même. Le West London-Club so réunit chaque vendredi et compte 97 membres ; le South-London-GInb n’en a encore que 40.
- Les travaux des membres de ces clubs ne so réduisent pas à collectionner; beaucoup d’entre eux s’occupent à élever des insectes, à étudier leur développement et à constater les variations que produisent on eux les différences de la nourriture et des conditions dans lesquelles ils sont placés. On voit par là jusqu’où Darwin a des disciples.
- Dans plus d’une occasion ces clubs ont donné des résultats utiles et pratiques ; ainsi tous les fusains do Victoria Park mouraient successivement sans qu’on en sut la cause : ce sont des membres du Haggerstono-Club qui constatèrent que ces ravages venaient d’un insecte et montrèrent le moyen d’y remédier.
- LE PR0T0XIDE D’AZOTE
- On no saurait trop recommander aux dentistes d’agir avec prudence quand ils emploient le protoxyde d’azote pour anesthésier les patients. L’année dernière, le jour même du Vendredi-Saint, à ce que raconte le Brüish med. Journ., un M. II. de Manchester succomba entre les mains du dentiste pendant l’anesthésie protoazotique. Georges Johnson attribue cette mort à une contraction du réseau artériel pulmonaire qui eut pour conséquence la réplétion du cœur et la paralysie de l’organe.
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- LES FEMMES DOCTEURS
- 21 jeunes femmes suivent actuellement les cours de la Faculté de Médecine do Paris. Cinq seulement do ces dames sont Françaises, cinq sont Anglaises ot les onzo autres sont Russes.
- A Nantes la Faculté prépare aussi un docteur féminin, déjà titulaire do deux baccalauréats.
- D’après laEnglühwooman's Review de Londres, Mll0Reagh, reçue docteur en médecine à Paris, est entrée comme interne à l’bôpilal des femmes à Dublin. Une autre femme, M110 Mac Donagh, reçue docteur à Zurich, vient d’être nommée médecin du grand hôpital des femmes de Ma-ryleborno.
- Enfin on a créé à Berlin un hôpital de femmes qui sora servi par des médecins féminins.
- On le voit, l’idée marche. On peut mémo considérer son triomphe comme assuré.
- Et pourquoi, dit M. Ernest Legouvô, n’y aurait-il pas des femmes médecins puisqu’il y a des femmes malados?
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- LES PUBLICATIONS EN ITALIE
- En Italie il a paru en 1877, 8,000 publications nouvelles. Dans ce nombre, les livres figurent pour 5,743 ; les imprimés d’une importance moindre pour 1,800; les journaux nouveaux pour 194.
- La production littéraire est plus forte de 1,714 articles en 1877 qu’en 1876.
- Le nombre des compositions musicales imprimées a été do 1,333 contre 1,010 en 1876.
- ------——«o». «
- LA FAMINE EN CHINE
- Le North China Herald nous apporte sur la famine en Chine des détails navrants datés du 11 janvier.
- La famine sévit surtout dans les districts de Cliansi, du Houan septentrional et du Chihli méridional.
- On calcule que ce fléau se fait sentir sur cinq ou six millions de personnes, c’est-à-dire les sept dixièmes de la population entière du Chansi. On estinie le nombre des personnes qui, dans les quatre provinces, souffrent de la famine, àneuf ou dix millions. Six millions dept-couls de riz ont été commandés dans le Sud pour être distribués aux populations affamées du Nord. L’argent afflue. M. Richard de Chefon a déjà dépensé 2,000 taèïs, reste des fonds de la famine de Chantoung. Le comité de secours de Changhï a donné 500 ta'èls.
- UNE ERREUR JUDICIAIRE
- On lit dans le Journal d'Exeter :
- « Il y a quarante et un ans, un fermier nommé May, ft*t assassiné et volé dans le sud du Devon.
- » Les nommés Oliver Alias et Galley furent arrêtés et jugés. Le premier fut pendu. Quant à Galley, il protesta de son innocence, et, comme son entière participation au crime laissait quoique doute, des pétitions furent signées en sa faveur et il ne fut condamné qu’à la déportation à vie.
- » Le malheureux Galley est encore vivant. Dernièrement, il adressa au ministre de la justice une lettre dans laquelle il l’informait qu’il avait trouvé dans le New-South-Wales le véritable complice d’Olivier. La lettre fut sans doute mise au panier, car Galley ne reçut aucune réponse.
- * Le pauvre diable ne s’en est pas tenu là : il vien d’écrire à M . Latimer, lé magistrat d’Exeter, qui fut le reporter de ce procès dans le Western Times, et qui, avec d’autres magistrats, crut toujours à l’innocence de Galley.
- » Il y a quarante et un ans, ce procès fit beaucoup de bruit en Angleterre. Galley eut pour lui l’opinion publique ; Olivier lui-même déclara qu’il n’était pas son eomplice et le soutint jusqu’au moment de son exécution. Galley fut seulement condamné sur la déposition
- d’une femme qui assura l’avoir vu avec Olivier le jour même du crime, et encore cette femme n’osa-t-elle le jurer.
- ') On comprend aisément l’intérêt qu’inspire aujourd'hui le malheureux Galley, victime, depuis quarante et un ans, d’une erreur de la justice. Aussi quelques personnes influentes de la contrée se sont-elles empressées de venir en aide à Galley et de lui fournir les fonds nécessaires pour obtenir sa réhabilitation.
- » On se demande ce que va faire cet homme, rentrant dans la vie avec des cheveux blancs et ses quarante et un ans de souffrances ? Va-t-on lui donner une indemnité qu’on lui doit bien et qui le mettra à môme de finir ses jours tranquillement, ou va-t-il être obligé de s’installer au coin d’une rue avec cetle inscription pendue au cou : w Je suis Galley, victime, pendant quarante et un ans, d’une erreur de la justice? »
- En Franco, avec le code actuel, ce malheureux ne pourrait pas être réhabilité. Il faut, pour qu’il y ait réhabilitation d’un innocent, qu’il y ait condamnation d’un coupable ; or une fois le crime vieux de dix ans il y a prescription et la condamnation du coupable n’est plus possible.
- On sait que la famille Lezurques n’a jamais pu faire réhabiliter celui de ses membres exécuté par erreur lors de l’affaire du Courrier de Lyon. Ce que l’on sait moins c’est qu’un cas presque identique s’est produit plus récemment.
- En 1870 un assassin confia en mourant à son confesseur qu’il était l’auteur d’un crime pour lequel un M. Dussud, complètement innocent, avait été condamné par la cour de Montbrison aux travaux forcés à perpétuité. La coïncidence des circonstances avait été telle que malgré les antécédents honorables de M. Dussud, la culpabilité de celui-ci avait paru évidente. Dussud passa quarante ans à Toulon et fut enfin grâcié en raison de sa bonne conduite. Lorsque le vrai coupable se fut dénoncé, l’honorable M. Dussud, qui était alors un vieillard, demanda sa réhabilitation. Elle lui fut refusée, la loi ne permettant pas de l’accorder.
- Gela donne matière à réflexion, car il peut arriver à chacun do se trouver dans le cas de M. Galley ou de M. Dussud.
- Remarquons aussi que la peine do mort aurait pu être appliquée à ces deux innocents.
- Gela seul suffit à démontrer la monstruosité de cette peino.
- ---—ooog§o>oo ------
- LE DUEL
- La coutume du duel parait reprendre en France une faveur nouvelle. Depuis quelque temps les rencontres de cette nature se renouvellent à des époques de plus en plus rapprochées. Il semble que l’on en revienne sous ce rapport aux plus funestes jours de l’Empire.
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- Chose curieuse. Tandis qu'il en est ainsi en France, il se produit en Italie un mouvement en sens inverse assez prononcé. La presse italienne — celle du moins qui s’occupe de principes — se demande si la Chambre française ne devrait pas décider la répression légale du duel. Plusieurs journaux attaquent le principe même du duel. Il fallait s’y attendre, car l’inviolabilité delà vie humaine' a été éloquemment établie par la presse italienne lors de la loi récente qui supprime la peine de mort dans le royaume.
- Aujourd’hui encore la revue Lega Cosmica, organe d’une association florentine, publie une série d’articles sur le duel dûs à la plume du professeur Gaspar Ainico de Trapani.
- Dans notre langue tout a été dit sur le duel : Rousseau a traité ce sujet à deux reprises, et il l’a fait avec une telle justesse de pensée, un tel .bonheur d’expression, une telle chaleur d’éloquence, que tout ce que l’on a pu écrire depuis sur le même sujet a paru forcément pâle.
- Nos lecteurs nous saurons gré sans doute de détacher quelques fragments de ce double réquisitoire et de les reproduire ici .
- .... Me direz-vous, «’écrle-t—il, me direz-vous qu’un duel témoigne qu’on a du cœur, et que cela suffît pour effacer la honte ou le reproche de tous les autres vices ? Je yous demanderai quel honneur peut dicter une pareille décision, et quelle raison peut la justifier. A ce compte un fripon n’a qu’à se battre pour cesser d’être un fripon ; les discours d’un menteur deviennent des vérités sitôt qu’ils sont soutenus à lu pointe de l’épée ; et si l’on yous accusait d’avoir tué un homme, vous en iriez tuer un second pour prouver que cela n’est pas vrai. Ainsi vertu, vice, honneur, infamie, vérité, mensonge, tout peut tirer son être de l’évènement d’un combat; une salle d’armes est le siège de toute Justice ; il n’y a d autre droit que la force, d’autre raison que le meurtre ; toute la réparation due à ceux qu’on outrage est de les tuer, et toute offense est également bien lavée dans le sang de l’offenseur ou de l'offensé. Dites, si les loups savaient raisonner auraient-ils d’autres maximes ?
- .... Gardez-vous bien de confondre le nom sacré de l’honneur avec ce préjugé féroce qui met toutes les vertus à la pointe d’une épée.
- .... En quoi consiste ce préjugé (le point d’honneur)?. Dans l’opinion la plus extravagante et la plus barbare qui jamais entra dans l’esprit humain : savoir, que tous les besoins do la société sont suppléés par la bravoure ; qu’un homme n’est plus fourbe, fripon, calomniateur ; qu’il est civil, humain,
- poli quand il sait se battre ; que le mensonge se change en vérité, que le vol devient légitime, la perfidie honnête, l'infidélité louable, sitôt qu’on soutient tout cela le fer à la main ; qu’un affront est toujours bien réparé par un coup d’épée, et qu'on n’a jamais tort avec un homme pourvu qu’on le tue.
- LE PLUS GRAND PONT DU MONDE
- Jusqu’ici le Canada pouvait se glorifier de posséder à Montréal le pont le plus colossal quo lo génre humain ait exécuté !
- L’Europe n’avait rien à comparor à ce magnifique travail. Les deux ponts les plus grandioses qu’elle pouvait citer étaient celui de Menai et celui de Brittania, qui tous deux franchissent à une très-grande hauteur le détroit qui sépare File d’Anglesea do la presqu’île de Gurnavon, dans le paya do Galles.
- Ensuite venaient les viaducs de Chaumont et de Morlaix, puis le maguifique pont qui rolic Venise à la terre ferme et sur lequel cheminent côte à, côte la route ctle chemin de fer.
- Aujourd’hui tout cela est laissé bien en arrière et c’est l’Ecosse qui l’emporte.
- A l’endroit où le fleuve Fay se jette dans la mer, séparant ainsi le Comté de Forfar do celui de Fife, un pont colossal vient d'être jeté, sur lequel passe le Northern Railvvay.
- Ce pont, dit Brougliton Ferry Bridge,est tout on fer, il a 85 arches et ne mesure pas moins de 3 kilomètres et 2 hectomètres, c’est-à-dire qu’il dépasse en longueur la Rue Lafayette. la plus longue de Paris, et même lo Boulevard Voltaire. Si on transportait ce pont à Paris il toucherait d’un bout à l’Arc do Triomphe de l'Etoile et de l’autre au Palais Royal. Sa hauteur est eu proportion do sa longueur,car l’Archo Centrale élève sou cintre immense à 3G mètres au-dessus de l’éliage, soit 7 mètres plus haut quo la clef de voûte de l’Arc de Triomphe ; cette hauteur considérable permet aux plus gros navires do passer sous ce pont toutes voiles déployées.
- C’est prodigieux. Le colosse de Rhodes n’ost plus qu’un travail de Lilliputien auprès de cela.
- — * *«
- TOUCHANTE COUTUME
- En Dauemarck, dit M. Oscar Commettant, on ne tue pas les petits oiseaux comme ailleurs pour lo plaisir do les tuer. Au contraire les paysans poussont ia compassion jusqu’à leur épargner, pondant l’hiver, alors que touto la terre est couverto do neige, les horreurs de la faim. De temps à autre ils attachent aux branches dénudées des arbres des bouquets de millet pour ces pauvres po-tits êtres ailés qu’ils ne sauraient voir souffrir ;sans souffrir eux-mêmes. Excellentes gens !
- De pareils traits peuvent paraître puérils à certaines personnes; aux yeux du philosophe, du moraliste, ils sont une révélationotl’iudice d’une civilisation avancéo.
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- LE DEVOIR
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- L*ACCUEIL DE LA PRESSE
- Plusieurs journaux, tant en France qu’en Suisse et en Belgique, ont bien voulu faire au Devoir le plus affable de leurs accueils.
- Nous les remercions vivement de ce témoignage sympathie qui nous encourage à persévérer dans la voie que-nous nous sommes tracée.
- D’autres journaux nous présentent quelques ob* jections et nous font même quelques critiques, le tout en terme courtois. Nous tiendrons compte de ces critiques dans ce qu’elles peuvent avoir de fondé; quant à celles qui reposent sur des divergeances de vue difficiles à concilier, nous y répondrons au fur et à mesure que la place dont nous disposons nous la permettra
- Enfin plusieurs feuilles bonapartistes et cléricales ont aboyé sur nos talons ; nous ne nous retournerons pas pour leur répondre. Elles peuvent aboyer tout à leur aise et nous comptons qu’elles ne s’en feront pas faute, car il en est des petits journaux comme des petits chiens : ils aboient avec d'autant plus de rage que l’on accorde moins d’attention à leurs aboiements. En. Champury.
- , — «. ""
- LES EMPRUNTS ET L’ADJUDICATION PUBLIQUE,
- Nous trouvons dans la Finance nouvelle de Bruxelles, l’excellente observation que voici ;
- Le gouvernement va émettre prochainement pour &00 millions d’obligations 3 “/#» remboursables à 500 francs en 75 ans. Comment se fera cette émission ? Suivra-t-on les anciens errements? Fixera-t-on, Par exemple, à 375 fr. le prix de l’obligation, et recevra-t-on toutes demandes, sauf à répartir aux demandeurs, proportionnellement à l’importance de leurs souscriptions, les titres disponibles?
- Ce mode de procéder présente de nombreux inconvénients. La petite épargne est évincée de nos emprunts publics, accessibles à la haute-banque seule. Bile ne reçoit les titres que de seconde main et après Wls sont fortement majorés. Le banquier encaisse to<it le bénéfice, et le véritable prêteur n’entre en Possession du titre qui lui appartient que le jour où los risques de baisse apparaissent.
- L’adjudication publique est ce qu’il y a de plus logique,
- Ou a un million d’obligations à placer : on fait sa-v°ir publiquement que ce lot, fractionnable, sera
- adjugé aux plus offrants et Ton fixe un taux minimum aux soumissionnaires.
- Aujourd’hui on ne semble plus se préoccuper que d’une seule chose : l’éclat. Il faut à tout prix que l’on arrive à faire souscrire sept, huit, dix fois ses emprunts. L’habileté d’un ministre ne se mesure plus qu’au chiffre de la réduction qu’il parvient à faire subir aux souscripteurs de ses emprunts.
- « L’emprunt X a été souscrit 5 fois, l’emprunt Y 10 fois, l’emprunt Z 15 fols; il faut que le mien soit souscrit 40 fois, ou la galerie fera des rapprochements en ma défaveur. » Voilà le langage de ceux qui, aujourd’hui ont charge d’émission.
- Pour les hommes qui redoutent les nouveautés, le procédé indiqué plus haut a le grand mérite de ne rien modifier d’essentiel à ce qui s’est fait jusqu’ici, puisque l’État pout, uommo par le passé, fixer son prix minimum d’émission et accepter, pour la partie de l’emprunt qui n’aurait pas été souscrite au-dessus de ce minimum, la garantie des grands établissements financiers.
- Quant à nous, qui considérons que le futur emprunt présente en lui-même toutes les garanties susceptibles d’affriander l’épargne, nous ne voyons pas quel supplément de garantie ces financiers viendraient donner à l’État, qui représente une surface financière bien supérieure à celle que pourraient offrir ces spéculateurs.
- En adoptant le mode de l’adjudication, l’État donnerait satisfaction à cette partie du public qui constitue sa clientèle. Le classement de ses obligations se ferait tout naturellement, son crédit ne pourrait qu’y gagner et tous les souscripteurs sérieux lui sauraient gré d’avoir entravé l’action malfaisante de gros spéculateurs dont l’intervention n’a d’autre effet que de faire payer 10, 15 et 18 francs plus cher des titres que, par le nouveau procédé, le public se procurerait à leur prix véritable.
- Nous qui croyons qu'en finances, comme dans l’industrie, comme dans le commerce, il faut écarter ou supprimer les intermédiaires onéreux et inutiles, nous approuvons de toutes nos forces le principe de l’adjudication.
- Nos voisins les Anglais s’en inspirent, au grand avantage du Trésor et dès capitalistes, chaque fois qu’ils ont recours à une grosse opération financière. Pourquoi ne ferions nous pas comme eux ?
- Le Gérant : A. Massoulàrd.
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- NUMÉRO 5
- Journal hebdomadaire* -paraissant le ^dimanche
- DIMANCHE 7 AVRIL 187 8
- Le Devoir
- POLITIQUE
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- Rédacteur en chef : M. Ed. CHAMPURY
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- AVIS
- LA MORALE ET LES INSTITUTIONS SOCIALES
- Nous prions les personnes qui reçoivent LE DEVOIR, et qui ne seraient pas dans 1 intention de s’y abonner, de bien vouloir nous retourner le présent numéro en raccompagnant :
- Soit de la bande qui nous a servi à l’adresser ;
- Soit de quelque autre indication donnant Ie nom de la personne qui fait le renvoi.
- SOMMAIRE
- La Morale et les Institutions sociales. — Le Justi-cialisme. — Un PréjugéLes Écoles publiques. — Feuilleton : La Fille de mon Père. — Réformes et Progrès. — Le Centenaire de Voltaire et de Rousseau. — De la Recherche en Paternité. — Bulletin politique. —Les Travaux des Chambres. — Variétés : Les Bibliothèques des Hôpitaux. — Deux Pensées.
- Si l’on considère que les préceptes de la morale supérieure enseignés par les sages chez tous les peuples ont eu pour principal objet de rendre les hommes sociables, on est presque surpris de voir que tant d’efforts et de dévouement aient fait avancer aussi lentement les sociétés dans la voie du progrès social.
- C’est qu’il ne suffit pas que le bien soit enseigné aux hommespour que ceux-ci le mettent en pratique ; chaque individu doit opérer sur lui-même un travail de dégrossissement que seul il peut accomplir; l’amour du bien n’entre en lui qu'à mesure que ce dégrossissement se produit, et ce n’est qu’à travers les existences multiples que l’homme parvient à s’assimiler la véritable lumière.
- Les préceptes de la sagesse dont la morale de l’humanité s’enrichit peu à peu servent de fanal aux hommes ; ce sGnt des points lumineux qui demeurent pour rappeler, même aux plus éloignés dans les profondeurs des ténèbres morales, quels sont les rivages bénis qui les attendent.
- Mais chacun doit contribuer à son propre sauvetage, et le nombre de ceux qui arrivent sur la terre de lumière a encore été jusqu’ici trop petit
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- LE DEVOIR
- pour y construire la société suivant les préceptes des sages.
- C’est qu'en effet il ne suffit pas que le fanal vous indique où est la terre promise, il faut que le navigateur sache y parvenir .
- C’est ce qui existe à l’égard de la société nouvelle ; la lumière qui l’éclaire est apparue dès les premiers âges, mais les hommes n’ont pas encore su trouver les moyens d’entrer dans la voie de ses institutions ; ils se laissent aller au flot des sociétés imparfaites dans lesquelles ils agissent sans avoir le sentiment vrai des directions à suivre.
- Les intérêts et les relations entre les hommes ont toujours présenté au sein des sociétés, dans le passé aussi bien que dans le présent, une contradiction évidente avec les prescriptions de la morale supérieure dont les principes devraient servir de base à l’organisation sociale, si l’on veut que ces principes deviennent, en toute chose, la règle de conduite des individus.
- En effet, pour que les hommes puissent s’aimer et s’entr’aider mutuellement.
- Agir avec droiture les uns à l’égard des autres,
- Travailler à leur bonheur commun,
- Protéger dans chacun le progrès de la vie humaine,
- Il ne faut pas que leurs intérêts soient contraires ; il ne faut pas que l’amélioration de la fortune on du bien-être des uns puisse s’obtenir par l’amoindrissement de ta fortune- ou du bien-être des autres.
- Les principes de la moralité supérieure indiquant ce qui est à faire, le premier devoir des hommes consiste à chercher les moyens de traduire en acte ces principes :
- Ce problème de morale sociale n’a pas été suffisamment étudié jusqu’ici.
- Pourquoi?
- C’est que s’il a toujours été possible de dire aux hommes : faites le bien, pratiquez vos devoirs ; il faut, pour amener les sociétés à l’organisation d’institutions traduisant ces préceptes en actes, que la conscience humaine se soit
- épurée, et que les hommes soient devenus capables de concevoir et de vouloir ces moyens pratiques du bien social.
- Cette évolution, les hommes du passé n’ont pas été en état de raccomplir ; voilà pourquoi les préceptes de morale supérieure qu'ils avaient pour guide n’ont eu sur eux qu’une influence latente. Le moment approche, pensons-nous, où il ne doit plus en être ainsi ; l’humanité s’élève à la vraie lumière, et tend visiblement à ne plus laisser la morale dans les régions des abstractions, mais à la faire descendre dans la sphère naturelle de l’activité humaine, celle du travail et de l’industrie.
- L’œuvre sociale nécessaire consiste donc aujourd’hui à formuler les institutions en accord avec la véritable morale de l’humanité, c’est-à-dire avec la loi du progrès universel de la vie humaine dans l’individu et dans les sociétés.
- L’action isolée et individuelle de chacun ayant toujours été cause de l’antagonisme des intérêts et de la division parmi les hommes, l'individualisme étant le propre des êtres inférieurs et la source de l’égoïsme, il faut rechercher silTiomme ne doit pas trouver, dans l’union et l’association des forces individuelles et sociales, l’ordre nouveau qui aurait pour résultat de mettre les intérêts, et par conséquent la conduite de chacun, en accord avec la loi morale des -devoirs entre les hommes.
- L’association de la richesse au labeur consacrant les droits de toute créature humaine aux biens de la vie et assurant ensuite à chacun une part proportionnelle à son concours dans la production de la richesse, tel est le moyen pratique qui se prête à l’accord de la conduite humaine avec les préceptes de la morale sociale.
- G.
- LE JUSTICIALISME
- 1 Monsieur le Directeur du Devoir,
- Vous avez l'obligeance de bien vouloir m’ouvrir les colonnes de votre journal pour y exposer les doctrines que j’ai professées dans une cinquantaine de volumes. Je vous remercie, j'userai sobrement de
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- LE DEVOIR
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- l’autorisation qui m’est accordée et j’ose espérer que vos lecteurs ne s’en repentiront pas.
- Je me bornerai, dans cette première lettre, à une exposition de principes. Et d’abord, je dirai franchement que je ne suis ni socialiste, ni communiste, ni mutuelliste, ni libéral doctrinaire ou progressiste.
- Me plaçant d’emblée au-dessus de toutes les écoles, dans les sciences, je suis pour la vérité quelle qu’elle soit ; dans la société, je me range du côté de la Justice,
- La langue latine avait établi une correspondance heureuse entre le droit, jus et Injustice, jusiicia. Le français manque malheureusement de vocable qui mette en relief cette précieuse corrélation,
- Nous devons donc constater que la justice n'est autre chose que l’application du droit,
- Mais qu’est-ce que le droit ?
- C'est la garantie du respect dû aux facultés de chacun dans leur développement complet et leurs manifestation variées, ainsi gu à la valeur intégrale du produit de ces facultés.
- Qui dit droit dit donc devov", il ne peut exister de droit sans devoir, ni de devoir sans droit. C’est pour cela que les penseurs regretteront peut-être de ne Pas voir au titre de votre journal ces deux mots corrélatifs l’un de l’autre : droit et devoir.
- La liberté elle-même, que l’on a de nos jours, prétendu ériger en principe social, n’est pas un principe, mais une conséquence. Là où le droit est respecté la liberté règne nécessairement et aussi complète que possible.
- Si tu veux que je te respecte, respecte-moi de ton côté dans toutee que tu exiges de moi. La liberté n’est Pas autre chose.
- Il résulte de ceci que tout individu n’a droit qu’au droit,
- La société n’étant composée que d’individus, l'individualisme ne saurait jamais disparaître d’une société, qui n’est qu’un être fictif, sans faire disparaître cette société elle même.
- Le devoir social suprême consiste donc pour les gouvernants à faire respecter le droit de chacun, puisqu’ainsi le droit de tous sera respecté.
- Là, où le droit individuel est méconnu, le droit social a cessé d’être. La société n’est pas faite pour D’Etat, comme le voulaient les anciens ; l’Etat est fait .pour l’individu. L'individualisme contre lequel s’élèvent de nombreuses écoles socialistes doit donc Nécessairement, et sous peine de mort sociale, faire Partie intégrante de toute organisation communautaire. Celle dans laquelle le droit individuel serait méconnu devrait nécessairement périr, car touto société n’est qu’un composé d’individus et l’ensemble
- ne saurait être sain, si les membres sont malades.
- Le jusiicialisme domine donc toutes les écoles, toutes les sectes, tous les partis,toutes les doctrines.
- Aussi vieux que le monde qui n’a cessé, à travers toutes les transformations sociales, de poursuivre un idéal de justice, il ne commence cependant à se dégager de toutes les théories religieuses, politiques, économiques dont on emmaillota son enfance, que depuis un demi siècle.
- Les nombreuses théories sociales émises depuis 1830 ont puissamment contribué à faire prédominer sur toutes les autres spéculations humanitaires rêvées par des hommes dont on méconnaît encore le talent et le cœur, l’idée de la iustice comme principe souverain de toute organisation sociale, de toute direction individuelle.
- Désormais l’humanité souffrante commence à entrevoir un avenir basé sur la justice pour tous. Les sociétés modernes parviendront à le réaliser ou marcheront de décadence en décadence.
- Maïs si toute organisation sociale doit à chacun le droit pour la réalisation duquel elle est uniquement créée, elle ne doit à personne le bim-être ni même le travail.
- Tout bien-être doit être le fruit de l'association des individus pour se le procurer sous la protection de la justice sociale, égale et complète pour tous.
- Alors même que chacun verrait son droit absolument respecté, il n’en résulterait nullement, en effet, qu’il parviendrait seulement à se procurer par son travail de quoi ne pas mourir de faim.
- Je vais plus loin et je le prouverai plus tard, lors même que l’on distribuerait aux individus tout ce qui constitue la dépense somptuaire de la richesse, on n’arriverait pas à sauver les masses du paupérisme.
- Or, la science moderne constate ceci : Il est impossible d’arriver à une égale répartition de la richesse entre tous les hommes. Le pùt*on, on ne devrait pas le faire, parce que cette répartition serait injuste.
- Mais cela n’çst nullement nécessaire au bonheur du genre humain. Ce qu’il, faut pour le réaliser dans la mesure des besoins physiques, — les autres relevant de causes différentes, — c'est de donner à chacun, comme le dit admirablement M. Godin dans ses Solutions sociales :
- NON LA RICHESSE, MAIS TOUS LES AVANTAGES DE LA RICHESSE.
- Comment arriver à la réalisation de cet idéal ?
- Par l'association dont le Devoir fera voir les incalculables conséquences.
- Le monde social s’appuie donc sur deux hases distinctes qui, jusqu’à cette heure, n’ont pas été suffisamment séparées,
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- LE DEVOIR
- L’une est celle du droit qui garantit l’intégrité de l’individu dans son être et dans la possession des objets de son travail.
- L’autre est Y association qui doit finir par lui procurer tous les avantages de la richesse au défaut de la richesse elle-même.
- Désormais cette double base de toute organisation sociale ne saurait plus être méconnue par la société sans que cette société roule soit dans l’abîme du despotisme, soit dans l’abîme du paupérisme. Des deux côtés, on arrive également à la ruine et à la mort.
- Thil-Lorrain .
- UN PRÉJUGÉ
- Il 7 a certains mots dont la fausse interprétation est un malheur. L’idée, mal comprise une première fois, se transmet du père à l’enfant ; elle s’incruste dans les mémoires ; une génération la passe à l’autre et sous sa forme nouvelle, fausse parfois, dangereuse toujours, elle perpétue des erreurs que plus tard on a le plus grand mal à déraciner.
- Ceci est particulièrement vrai de la gloire. Chacun la désire pour son pays, mais chacun l’entend à sa façon.
- L’un la voit dans la force, l’autre dans la justice ; l’un dans la guerre, l’autre dans la paix.
- Quel contraste entre les deux données !
- Pour le premier rien ne vaut l'appareil militaire, les étendards au vent, les trompettes qui sonnent, les cuirasses reluisant au soleil. Il mesure la gloire de sa patrie au nombre de régiments qu’elle peut mettre en ligne ou à la quantité d'hommes qu’elle pourra tuer au voisin.
- Il oublie, le malheureux, que cet appareil militaire qui éblouit ses regards c’est lui-même qui le paie ; que ce capital englouti sans utilité c’est le fruit de ses sueurs ; que ces hommes empanachés qui ne font rien manquent à l’agriculture où à l’industrie ; enfin que la guerre ne se borne pas à tuer des hommes mais qu’elle détruit aussi le capital accumulé des siècles, les ponts que l’on fait sauter, les maisons que l’on incendie, les contrées fertiles que l’on transforme en champ de dévastation, en un mot que ce fléau ne favorise rien, qu’il anéantit tout, qu’il est impuissant à rien produire, rien, sinon des rancunes, des haines, des résolutions de représailles.
- Voilà ce que cet homme oublie 1
- Mais ce n’est pas tout; il y a plus encore.
- Personnellement il n’a rien à craindre ; il est loin de la guerre; il en suit les opérations dans un livre ou dans un journal qui la lui dépeignent sous de faus-
- ses couleurs et lui en donnent une fausse idée. Et le voilà qui, sans savoir au juste ce qui se passe, s’exalte et s’enthousiasme pour la prise d'assaut de quelques buttes de terre ou la conquête de quelque lambeau de terrain.
- Il ne songe pas, l’insensé, à ce que cela coûte en membres rompus, en vies tranchées à la fleur de l’âge, en infirmités contractées pour toujours, en familles jetées dans la désolation.
- Ah S combien plus raisonnable, plus sensé est l’homme qui voit la guerre sous d’autres aspects .
- Pour celui-ci la vraie gloire est dans la possession et la jouissance des bienfaits de la paix. Il met, dans son clair bon sens, la sécurité de chacun, le bien être des familles et la prospérité générale au-dessus des parades militaires. Il voit dans la grandeur des travaux publics, dans la richesse des collections et des bibliothèques, dans la quantité des intelligences d'élite fournies par son pays, de légitimes objets de fierté. C’est son orgueil, c’est son bonheur, d’aimer dans son pays cette gloire qui ne coûte rien à personne et qui profite à chacun.
- Eh bien 1 je vous le demande, lequel de ces deux hommes à raison, de celui qui appelle gloire le meurtre et la dévastation, ou de celui qui décerne cette récompense auguste aux progrès et aux conquêtes de l’esprit humain ?
- Cette préférence, cette prédilection de certains peuples pour tout ce qui touche au militaire, sur quoi repose-t-elle ? sur quel principe ? sur quelle vérité reconnue ?
- Sur aucune. Elle repose sur un préjugé, sur une confusion, voilà tout. On confond la force avec la gloire et Ton accorde à la première, (ce qui n’appartient qu’à la seconde. C est l’opinion dominante, c’est même l’opinion générale.
- Or, est-il rien de plus faux ? La force a-t-elle jamais prouvé quelque chose? l’écrasement peut-il être une raison ?
- La réponse s’impose d’elle-même. La force ne prouve rien ; elle est impuissante à rien prouver ; elle peut appartenir à la sottise et à l’infamie; souvent même elle est leur apanage ; la gloire, elle, ne leur appartiendra jamais. La force n'est qu’une chose brutale ; elle n’est pas la gloire, elle n’a même rien de glorieux.
- Ce n’est pas dans la force qu’est la gloire, elle est souvent aux antipodes de là force.
- Le lutteur de la foire est bien autrement fort que le savant de cabinet. Lequel cependant, du savant ou du lutteur, jette le plus de gloire sur sa patrie ? Laquelle, entre deux nations, est la plus méritante, la
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- plus enviable, la plus glorieuse, de celle qui compte beaucoup de lutteurs ou de celle qui possède beaucoup de savants ? Laquelle a le plus profité à l’humanité, de Sparte ou d’Athènes ?
- Qu’avons-nous reçu de la première ? Rien : à peine savons-nous au juste ce qu’elle fut.
- Combien le sort est différent pour la seconde 1 Les années ont passé par milliers, les siècles se sont accumulés sur les siècles, la gloire d’Athènes n’a pas cessé de rayonner. Les sculptures de Phidias, cent fois plus précieuses que l’or, sont l'orgueil et la gloire de nos plus belles collections et les vers d'Eschyle, les pensées de Platon, les accents profonds de Dé-mosthènes font encore et feront toujours l’objet de l’enseignement des lycées, de l’étude des universités et des méditations des penseurs.
- Voilà où est la vraie gloire ! Elle est dans ce qui dure et non dans ce qui passe ; dans ce qui est profitable, non dans ce qui est nuisible ; dans les conquêtes de l’esprit, non dans le triomphe des armes.
- C’est pour avoir trop méconnu cette vérité que certains peuples n’ont pu conquérir le rang auquel ils étaient appelés ; c’est pour l'avoir trop longtemps méprisée que le progrès moderne a été si long à se dégager et qu’aujourd’hui encore il marche si lentement.
- Combien l’opinion publique est encore loin de comprendre la vérité 1 Le préjugé qui assimile la force à la gloire, nous le rencontrons partout, il s’est glissé dans toutes les intelligences ; on dirait même qu’il a passé dans le sang.
- 11 est de mode de l’encenser ; Quiconque s’élève contre lui passe pour mauvais patriote ; les poètes l’exaltent dans leurs odes au lieu de le flageller dans leurs satires, et les acteurs qui le portent au théâtre sont certains d’être applaudis.
- Eu haut au bas de l’échelle, partout nous le trouvons.
- On le préconise aux enfants dans les classes et aux hommes faits dans les discours ; on lui prête une valeur, un prestige qu'il n’a pas ; on l’élève au rôle de finalité, de vertu, de devoir ; en un mot on le porte missi haut qu’on devrait le tenir bas.
- Qu’en résulte-t-ü ?
- Que petit à petit, à la faveur de ces préférences,cet ennemi de la liberté fait son chemin dans le monde, semblable à ces virus qui s’innoculent avec lenteur, Poursuivent en silence leur œuvre, corrompent peu à peu l’organisme et ne se manifestent à l’extérieur fine lorsqu’il est trop tard pour les combattre.
- poison. Quelle utilité a-t-il dans la société? Quel rôle remplit-il ?
- Aucun rôle enviable. Il vicie ce qu’il y a de sensible, de tendre, de délicat dans l’âme humaine et substitue à ces vertus, à ces qualités, des sentiments coupables ou fâcheux, la vanité ou la suffisance envers soi même, l’arrogance ou la suspicion envers autrui ; il a tout ce qu’il faut pour fausser la raison et pour étouffer le sentiment ; en un mot il est le plus démoralisateur des préjugés en même temps qu’il est le plus répandu.
- Il est si répandu que rien ne lui résiste et qu’il s’empare de tout. Il dresse des statues aux capitaines qui ont mitraillé les peuples, il baptise les ponts, les rues, les jardins, les boulevards des noms de villes bombardées ou- de territoires ravagés ; il fait plus encore : il change la valeur des mots ; il s’impose à ce qui lui est le plus étranger ; il se fait obéir par ceux-là même qui devraient le combattre. Le champ de massacre est qualifié champ d’honneur, des peintres distingués consacrent leur talent à représenter des massacres, les villes pavoisent et illuminent pour fêter le sang répandu, les ministres du Dieu de bonté élèvent au ciel des Te Deum, et un jour enfin la foule enthousiaste pousse au pouvoir quelque soldat de fortune qui devient le joug de son pays quand il n’en est pas la honte ou le fléau.
- C’est ce préjugé de la gloire militaire qui a fait les dictatures et les tyrannies du passé ; c’est lui qui fera celles de l’avenir. Plus il est vif, plus elles sont nombreuses et excessives.
- Regardez l’Espagne, le Mexique, le Pérou. Est-il au monde d autres pays où le tambour, le clairon et les épaulettes jouissent d’un prestige aussi général? Assurément non. Eh bien ! ces mêmes pays quels spectacles nous offrent-ils au point de vue politique ? Des pronunciamentos continuels !
- Le nom de républiques peut être donné au Pérou et au Mexique en raison de l’absence de souverains ; au fond ce ne sont pas des républiques. Nulle part la liberté n'est moins comprise, nulle part la dictature ne s’étale au grand jour avec plus de sans façon.
- La vraie république et le chauvinisme sont des ennemis irréconciliables. L’un doit supprimer l’autre et si la république ne se détâche pas du chauvinisme, c’est lui qui se chargera de letoufler. C’est pour la République question de vie ou de mort. Aussi l’un des plus impérieux devoirs des républicains est-il de n’épargner ni le temps ni les efforts pour combattre le chauvinisme et pour extirper jusqu’à ses dernières racines ce déplorable préjugé.
- Cô n'est point exagérer que le comparer à un
- Ed. Champury.
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- LES ÉCOLES PUBLIQUES
- IV
- Un premier point nécessaire à établir pour apprécier de prime-abord si remplacement d’une salle de classe est convenablement choi-i, c’est que cette salle puisse être bien éclairée, et éclairée également pour tous les élèves.
- Sous ce rapport, un certain nombre de préjugés ont encore cours et sont d’autant plus dangereux qu’ils ont été de nouveau édités dans ces derniers temps.
- C’est ainsi qu’on, répète que la lumière doit venir de gauche à droite pour l’élève, et que, sur cette simple idée, des plans d’Ecole, n’ayant jour que sur l’un des côtés de la salle, à la gauche des écoliers, sont donnés comme modèles, sans qu’on se soit rendu compte comment une telle règle a pu être conçue et posée.
- C’est à l’imperfection des premières classes d’école qu’il faut attribuer la cause de cette pensée à son origine ; souvent, les locaux appropriés comme salles d’enseignement n’étant que de vieux édifices construits pour un tout autre usage, n’effraient que des jours insuffisants et sur un seul des côtés des salles. On constatait alors que, pour éviter que l’ombre de la main et de la plume ne portent sur le cahier, il fallait que le jour vint de gauche à droite ; autrement, l’élève ne voit plus les déliés de son écriture et la vue se fatigue sous les effets d’une lumière insuffisante, tandis que si la lumière vient en avant de la main posée sur le papier, l’élève peut travailler plus facilement quoique placé dans un jour insuffisant.
- Telles sont les causes c e la remarque faite au sujet de la direction de la lumière, quand celle-ci est insuffisante ; c’est donc à tort que des architectes out érigé en règle une précaution qui n’était qu’un expédient pour tirer le parti le moins mauvais possible des salles ayant l’inconvénient de n’ôtre éclairées que d’un seul côté, inconvénient qu’on doit éviter lorsqu’il s’agit de la construction d’écoles nouvelles.
- 11 est facile de comprendre qu’avec une salle de 6 à 7 mètres de largeur, n’ayant de jour que sur un côté, les élèves près des croisées ont un avantage très-marqué pour la lumière sur ceux qui sont au fond de la salle, et que ces derniers se trouvent dans un demi jour véritablement inacceptable pour un travail permanent.
- On comprend donc difficilement comment dans des traités récents sur la construction des écoles publiques, on a pu donner comme modèle des plans d’école ayant de semblables défauts ; U faut réagir contre de telles erreurs, et faire que les générations qui vont
- nous suivre,n’aient point à souffrir dans leur développement physique des conséquences de fausses conceptions architecturales fondant, pour la construction de nos écoles, des règles à observer en cas d’insuffisance de la lumière.
- La véritable règle dans l'établissement des salles d'école doit être, au contraire, de faire pénétrer la lumière le plus largement possible ; cela n’est pas seulement nécessaire au bon travail des élèves, mais aussi à leur santé et à une hygiène convenable.
- Les salles d’école doivent être éclairées à droite et à gauche des élèves ; elles peuvent même l’être derrière, c’est-à-dire sur trois côtés, à la condition de prendre pour les croisées du fond la précaution d’y placer des stores qu’on puisse baisser lorsque le professeur pose des problèmes au tableau, qui est en face de toute la classe.
- Car, dans ce cas, les rayons incidents de la lumière provenant des fenêtres du fond portent leurs rayons réfléchis directement vers les yeux des élèves,et empêchent ces derniers de distinguer et de pouvoir lire de leur place les problèmes posés à la craie par le maître sur le tableau noir.
- Des faits semblables peuvent paraître de peu d’importance,et pourtant il n’est point sans exemple que renseignement d’une classe ait été paralysé pendant plusieurs années pour une cause semblable, sans que le maître ait jamais eu la pensée de trouver un remède à cet embarras. Ce n’est que du moment où des stores ont été placés aux croisées existantes, en face du tableau, qu’on s’est aperçu que l’inconvénient était dû. à la manière dont la salle était éclairée.
- Les considérations qui précèdent sur la manière dont les salles doivent être éclairées autorisent donc à conclure : *
- 1° Que les salles de classe et les salles d’étude doivent être également bien éclairées à droite comme â gauche des élèves, que le même nombre de croisées doit exister de chaque côté de la classe ;
- 2° Qu’elles peuvent sans inconvénient être éclairées aussi derrière les élèves, à la condition qu’on puisse baisser les stores devant les croisées du fond, quand les écoliers ont à lire des problèmes posés à la craie sur le tableau noir.
- 3° Que par conséquent, le seul mur d une salle d’école dans lequel on doit éviter d’ouvrir les fenêtres est celui faisant face aux élèves; parce que ce mur sert à placer le bureau du maître et le grand tableau servant aux problèmes et aux leçons d’enseignement simultané faites par les professeurs, et que la lumière de face serait fatigante pour les élèves.
- En l’état actuel de nos habitudes pour la construction des salles d’école, les considérations, qui précè-
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- dent sont de nature â déterminer comment les salles doivent être éclairées et quel doit être remplacement des fenêtres
- Peut-être le meilleur éclairage des salles de classe serait-il celui qui viendrait de jours pratiqués dans les plafonds à la partie supérieure des salles, sauf à ménager dans les côtés latéraux des ouvertures suffisantes pour l’aération des classes.
- Ce système aurait pour avantage de laisser les murs des salles presque tout entiers disponibles pour l’exposition de tableaux et de cartes murales ; ce qui serait d’un grand secours pour le développement du mobilier scolaire, pour le progrès des méthodes et des moyens d’enseignement, G,
- (A suivre).
- LA FILLE DE MOU PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mme Marie HQWLAND
- CHAPITRE PREMIER
- UNE VIEILLE LETTRE (Suite.)
- Clara portait un chapeau de paille blanche à larges bords, orné de rubans roses, une robe blanche avec une tunique brodée de même couleur et des bottines bronzées. C’était une robuste petite fille dont la physionomie vous saisissait dès l’abord. Sous un front large et élevé brillaient de beaux yeux d’un bleu cendré, ombragés de longs cils ; un joli nez un peu retroussé surmontait des lèvres roses et charnues, mais le trait la plus saillant de cette figure ronde et enjouée c’était les rousseurs qui la couvraient. .
- Je n’oublierai jamais la première impression que je ressentis en la voyant ; tout d’abord je regrettai de n’avoir pas de rousseurs, pareeque j’aurais désiré de tout mon cœur être en tout semblable à Clara . Mille fois je me la suis rappelée telle que je la vis en ce moment, et maintenant encore, contrairement au Préjugé commun, je crois que ces rousseurs gjou~ talent beaucoup d'attrait à sa physionomie. Lorsqu’elle fut plus grande, peu de gens l'auraient trouvée jolie, excepté ceux qui avaient pu se trouver sous le charme émanant de son être, et particulièrement de ses yeux. Lorsque Clara se trouvait sous Tinfiuence d’unB émotion' soudaine, ses yeux s’animaient et le jeu des paupières leur com-huiniquait une expression étrange, nuance fugitive et indescriptible qui ajoutait un attrait extraordinaire à sa noble beauté. Il y avait autour d’elle
- une saine atmosphère qui vous charmait, comme les parfums des brises printanières. Les rousseurs que j’avais tant enviées lorsque j’étais enfant disparurent lorsque mon amie atteignit l’àge nubile. Ce dimanche-là je suivis partout Clara dans le cimetière, car sa fraîcheur et son charmant costume me fascinaient. Mais quoique à plusieurs reprises je fusse parvenue à m'approcher assez d’elle pour sentir les rubans de son chapeau effeurer ma joue, l’air sévére de sa compagne m’empêcha de lui adresser la parole.
- Un instant la glace parut devoir se rompre. Dans mon ignorance des convenances à observer dans un cimetière , et voyant Clara s’éloigner, j’enjambai deux ou trois tombes pour me rapprocher d’elle. Miss Buzzeli tournant alors sur moi ses yeux irrités me dit d’un ton sévère :
- « Enfant, ne passez jamais sur les tombes. *>
- Cette apostrophe me causa la même impression que le froid contact d’une sangsue, et je baissai humblement la tête; cela ne m’empêcha pas de remarquer les rides qui se formaient aux coins de la bouche de Miss Buzzeli et la forte odeur d’ail qui assaisonnait ses paroles,
- Clara, cependant, voyant mon trouble et désirant me venir en aide, profita d’un accident survenu dans ma toilette et me dit d’un ton plein de sympathie : «Votre pantalette va tomber, » C’était le temps où les fillettes portaient cet indescriptible accessoire , assujetti par la jarretière et retombant sur le pied en dépassant la robe de trois pouces environ. La pantalette se terminait généralement par un pli et un large ourlet; mais quelques-unes de nous poussaient le raffinement jusqu’à y ajouter des bordures en coton tricoté.
- Je saisis donc le prétexte que me fournissait Clara et je me baissai avec empressement pour cacher ma confusion, tout en arrangeant la pantalette rebelle ; mais lorsque je levai les yeux Clara était déjà loin de moi et les cloches des églises commençaient à sonner pour rassembler les fidèles dispersés dans le cimetière; je dus donc remettre notre connaissance à une autre fois.
- CHAPITRE II
- LE SQUELETTE DU GRENIER
- Un beau matin do mai, peu après ma première rencontre avec Clara, ma mère m’envoya porter un panier d’œufs chez le docteur Forest. En entrant dans le sentier qui conduit à la porte principale, à travers le bosquet et la pelouse, j’aperçus Clara debout sur la dernière marche du portique et arro-
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- sant les fleurs placées dans les grands vases qui ornent la véranda. Elle m’accueillit par quelques mots gracieux et m’introduisit dans la cuisine où Dinah, une opulente négresse, débarrassa mon panier de son contenu,
- Madame Forest, douce et pâle, ornée d’un large tablier blanc, était occupée à faire une grande quantité de petits gâteaux que Clara me dit être des macarons pour la partie qu’elle offrait à ses amies et qui devait avoir lieu dans l’après-midi. Je n'avais pas entendu parler de cette fête à laquelle je ne pouvais pas espérer d’être invitée, vu que j’habitais hors du village et que d’ailleurs je connaissais à peine les Forest; mais en voyant tous ces délicieux apprêts, et tout en me réjouissant du bonheur de Clara, je transgressai en mon cœur le dixième commandement et je m’attardai dans la cuisine aussi longtemps que les convenances pouvaient le permettre.
- Les sœurs jumelles, dont il a été parlé plus haut, étaient alors le plus remarquable objet de la maison du docteur sinon du village tout entier. Pendant ma visite Dinah était occupé à éplucher des raisins secs et les deux fillettes la serraient de près, dévorant tout ce qu’elle voulait bien leur donner; lorsque leurs importunités ne pouvaient rien obtenir, elles guettaient une distraction, et de temps à autre réussissaient à dérober une poignée de raisins. Quelquefois la négresse était assez alerte pour saisir au passage la menotte friponne et lui ravir son butin, mais le plus souvent elle n’y pouvait parvenir et en était réduite à « prendre Dieu à témoin » qu’il ne resterait pas un raisin pour les gâteaux de Mademoiselle Clara.
- La famille du docteur était originaire des États du Sud et Dinah avait été esclave autrefois ; mais en vérité, depuis la naissance des jumelles, son sort était peu supérieur â l’esclavage. La bonne vieille aimait tendrement les autres enfants et avait fait son possible pour loger aussi les jumelles dans son vaste cœur, sans pouvoir jamais y parvenir entièrement. La persistance des fillettes à la tourmenter avait créé entre elles et Dinah une inimitié latente. « Quand elles sont éveillées,disait la négresse, elles *» ne pensent qu’à faire du mal ; » les mauvais tours qu’elles lui jouaient étaient racontés à toutes les servantes des environs et devenaient ainsi la fable du village.
- Après avoir joué un instant avec les jumelles, je me levai pour prendre congé. En sortant de la salle à manger, Clara me montra dans le vestibule une table couverte de services de porcelaine en miniature destinés à amuser les «« petites filles. » me dit-elle, et plus loin, des cartes et d autres jeux pour les
- * grandes. » A l’aspect de tant de choses charmantes je ne pus m’empêcher d’exprimer mon admiration ; mais, en disant à Clara que je n’avais jamais assisté à une « partie, » je n’avais pas le moins du monde l’intention de « pêcher » une invitation. Oh non !..........
- « Vous n’avez jamais été à aucune partie, » dit Clara en me regardant de la tête aux pieds d’un air à la fois étonné et sympathique qui montrait combien elle comprenait la privation que j’avais dù ressentir. A ce moment, Madame Forest traversa la salle à manger et Clara lui dit : « Maman, j’inviterais cette jeune fil'e â ma partie, si vous vouliez bien le permettre. ** « Volontiers » si tel est votre désir, fut-il répondu : et moi, remerciant Clara de mon mieux, je partis plus heureuse que je ne l’avais encore été.
- J'obtins facilement de ma mère la permission de me rendre â l’invitation de Clara, quoique la question de la toilette fut très-grave, car je savais que ses amies seraient richement vêtues. Cependant, je fis de mon mieux, et à trois heures de l’après-midi, je sonnai à la porte du docteur Forest. Plusieurs autres fillettes arrivèrent pendant que Clara me débarrassait de mon chapeau et de mon manteau. Nous fûmes introduites dans le salon où. Madame Forest travaillait à l’aiguille ; elle ne se leva pas pour nous recevoir, mais adressa en souriant quelques mots aimables à chacune de nous.
- Bientôt nous nous lassâmes de rester au salon, immobiles et sur l’étiquette, et nous allâmes au jardin jouer et courr parmi les lilas et les seringas. Puis nous passâmes à des jeux de cartes et Clara, qui me semblait plus jolie que jamais, expliqua d’une manière charmante les règles du jeu.
- J’étais la seule à les ignorer et cela, joint à ma mise très-simple, fut cause qu’une des invitées, me toisant d’une façon très-impertinente, demanda si je vivais dans les bois ? Cette sotte question lui attira de la part de Clara une réponse si vive qu’elle alla bouder dans les massifs de lilas.
- Je me souviens de cet incident parce qu’il révèle la nature vraiment supérieure de l'esprit de mon amie.
- Les enfants peuvent apprendre les formes extérieures de la politesse, mais toujours la vraie bonté est absente si elle n’est pas inspirée par le développement naturel des facultés. L’homme est d’abord une brute sauvage, puis il devient un être civilisé et enfin un philosophe, un sage ; l’enfant dans son développement passe par ces phases successives et il en est de même de la société toute entière.
- Dès le commencement de notre intimité j’avais reconnu en Clara une nature exceptionnelle, mais ce
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- n’est que bien longtemps après que j’ai pu comprendre les causes de cet épanouissement des facultés de mon amie.
- Notre jeu de cartes fut grandement dérangé par l’incessante intervention des deux jumelles, Leila et Linnie, qui déployaient pour nous taquiner les mille ressources de leur imagination malfaisante. Pour leur échapper, Clara nous conduisit dans la chambre à coucher de son père, et en ferma la porte à clef. L’objet le plus saillant de cette petite chambre très-simple était une étagère chargée de livres, placée à la tète du lit et au-dessous de la sonnette du docteur. Clara nous défendit de toucher à rien sous peine de quitter aussitôt cet asile.Tout en continuant le jeu de cartes interrompu, Abbie Kendrick demanda pourquoi on nommait cette chambre la chambre du docteur.
- « Mais parce qu’il y couche » répondit Clara avec un peu de hauteur, comme si elle ne désirait pas discuter avec ses hôtes ces questions de famille. C’est que mon idole était une enfant si digne et si réservée, que ses compagnes confondant ces qualités batives avec l’orgueil, disaient qu’elle était fière
- Mais est-ce que votre mère n’y couche pas aussi ? répartit Abbie, assez osée pour continuer sur un pareil sujet.
- « Non certes , papa et maman ne trouvent pas convenable de partager la même chambre. »
- Cette affirmation nous surprit beaucoup, mais nous l’acceptâmes comme une preuve de l'incomparable supériorité aristocratique de M. et Mme Forest sur tous les gens mariés de notre connaissance. Toutes, bous approuvâmes ce système et convînmes que les Jeunes filles pouvaient bien dormir à deux, mais que ce privilège ne s’étendait pas à d’autres. Comme bous étions sages alors 1 Quelques-unes d’entre nous °bttchangé d’avis depuis la partie de cartes dans la chambre du docteur ; mais toutes, excepté cependant Clara, qui écoutait en silence, toutes nous avions é ce moment des vues très-arrêtées sur ce sujet. Nous décidâmes que si par impossible nous venions à bous marier, ce à quoi, naturellement, aucune de bous n’était disposée à consentir, nous aurions deux chambres à coucher et que nous ne permettrions Jamais à notre mari de franchir le seuil de la nôtre, ^ moins qu’il ne fût médecin et que nous ne fussions bialades !.....
- Lorsque nous eûmes assez joué aux cartes Clara Produisit sa pièce de résistance; c’était la partie du Renier spécialement réservée pour ses jouets, le seul endroit dans lequel les jumelles sacrilèges n’eus-Sebt pas encore pénétré. Dans ce sanctuaire, un peu bégligé alors, car Clara commençait à n’être plus ube fillette, elle se réfugiait lorsque ces tyrans sans
- merci la pressaient trop durement. Elle y avait transporté les poupées sans nez, les livres maculés ou déchirés et tous les jouets, plus ou moins détruits, qu'elle avait pu arracher aux mains des vandales dont elle était la patiente gardienne et la victime, cai* sa mère était d’une faible santé et Dinah était absorbée par les soins du ménage.
- Nous atteignîmes ce vieux grenier dans les combles par un escalbr assez raide ; arrivée en haut, un hideux spectacle glaça mon sang, et, malgré mon épouvante, je n’en pus détacher mes yeux. Suspendu au faîte par une corde passée dans un anneau fixé au haut du crâne, un affreux squelette me tendait les bras. Les autres enfants, habitués à ce spectacle, se mirent à rire de mes terreurs, et une fillette de dix ans, Louise Kendrick, l’amie intime de Clara, s’approcha de l’objet de mon effroi, lui fit la grimace et se mit à le faire tourner. Je n’oublierai jamais la sensation que produisit sur mon pauvre cœur l’aspect effrayant des orbites vides et des dents blanches de cette horrible face qui, dans la demi obscurité du grenier, semblait me fixer à chaque révolution. Clara qui vit combien j’étais effrayée, passa son bras autour de ma taille et m’entraîna avec douceur en me disant ; Ce sont seulement les os, voyez-vous, et nous sommes tous pareils sous la chair. • Consolante pensée I.....
- Il me fallut un certain temps pour prendre le dessus et me mettre avec entrain à la toilette de la poupée ; de temps en temps, tout en discutant, coupant et cousant, je tournais timidement la tête pour m’assurer que la « chose » ne s’avançait pas vers moi à grand pas ; cette frayeur augmenta quand vint le crépuscule, aussifut-ce avec joie que j’entendis la voix de Dinah nous appeler pour le thé et les gâteaux. J’oubliai cette vision pour un temps, mais la nuit suivante le squelette hanta mes rêves, et dans mes vains efforts pour soustraire ma chevelure à ses doigts osseux, je me réveillai souvent en poussant des cris d’angoisse.
- Et tout cela parce que mon imagination avait été empoisonnée par des histoires de fantômes et qu’un fantôme est toujours représenté par un squelette plus ou moins couvert d'un drap blanc. Aujourd’hui j’acquiescerais volontiers à l’établissement d’une « inquisition scientifique » dont la fonction serait de saisir et de punir toute personne reconnue coupable de tourmenter l’intelligence naissante des enfanta par des histoires épouvantables de mort, de tombe et d’enfer, et toutes les autres hypothèses invérifiables de la théologie ou de la superstition, compagnes inséparables de l’enfance ignorante de l’humanité. {A Suivre)♦
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- RÉFORMES ET PROGRÈS
- La fin du xyiii® siècle fut témoin d’un grand acte ! Le vieux monde édifié sur les préjugés religieux et sur les vieilles coutumes du droit primant la force s'effondra, couvrant de sang humain ceux qui luttaient encore pour des idées surannées, Le xviii® siècle apparut sur les ruines fumantes du passé et bientôt il put surprendre l’Europe entière par des fondations multiples dans le but de venir en aide à toutes les misères humaines,
- Il est juste de rendre un public hommage à tous les philantrophes modernes dont l’amour de l’humanité s’est traduit en œuvres si belles et si moralisatrices.
- Cependant, tout en constatant que l’idée progressive marche sans cesse, nous sommes obligés de reconnaître que nous avons encore beaucoup à faire. L'esprit de routine survit toujours parmi nous, et à tel point que les questions sociales les plus importantes trouvent des adversaires chez ceux-là même que nous voulons défendre. Cet état de choses tient principalement à l’ignorance où sont plongées encore de nombreuses classes d’individus.
- Des problèmes si complexes doivent être abordés l’un après l’autre.
- Pour cette fois notre intention est avant tout de nous occuper de la femme, de cet être si essentiellement faible et si souvent traité avec injustice dans la famille et dans la société.
- Lorsque nous remontons jusqu’à l’antiquité nous assistons à un triste spectacle ; la femme est généralement esclave. La Christ vint ; il avait pour mission de faire marcher à pas de géant l’humanité, aussi eût-il un mot d’amour pour les faibles. Dix-huit siècles ont passé. Sommes-nous à la perfection?
- < Non ! Car des hommes insuffisants continuèrent l’œuvre du maître. Aujourd'hui, l’heure des réformes a sonné et il faut que nous chassions loin de nous toutes les mesquineries qui font des femmes une caste déshéritée, La femme ne doit plus être ravaléo au rôle de courtisane ou de despote secret usant de ses attraits pour conduire l’homme à sa perte.
- Quelle que soit la position sociale de la femme nous la trouvons sous une domination, soit sous celle de sa famille, soit sous celle de' son mari.
- Bi, libre, elle est obligée de gagner son pain, trop souvent son sort dépend encore d’un patron qui oublieux de ses devoirs envers ceux qu’il occupe, contribue à la pousser vers l’abîme de la honte,
- Eh bien ! notre but est de défendre les malheureuses qui se débattent en vain dans le déshonneur
- et la misère et nous ne craindrons pas de donner notre pitié et notre dévouement aux plus déchues et aux plus malheureuses. Il faut toujours se souvenir que sous l’enveloppe charnelle des êtres tombés vif une âme qui, relevée par le pardon, peut encore se régénérer.
- Le poète l’a dit :
- Toute fange d'ailleurs contient l'eau pure encor.
- Pour que la goutte d’eau sorte de la poussière,
- Et redevienne perle en sa splendeur première.
- Il suffit — c’est ainsi que tout remonte au jour. —
- D’un rayon de soleil ou d’un rayon d’amour !
- Ce rayon d’amour, il appartient aux femmes de le faire tomber sur leurs sœurs déchues.
- L’an dernier une vaillante étrangère n’a pas craint de venir en France indiquer ce nouveau devoir. Elle a supplié les femmes de se grouper contre les iniquités légales qui les assiègent jusque dans leur foyer.” Cette voix resterà-t-eîle sans écho ? Non 1 Mille fois non !!! Il faut que chaque femme de notre beau pays sache où git le mal afin qu’elle sache aussi où l’attaquer et le détruire ; il faut que sans répugnance, nous sachions toutes consoler et aimer nos sœurs tombées. Pour cela imitons le bel exemple de Mm* Joséphine Buttler qui, malade et faible, consacre pourtant sa vie aux infortunées que chacun repousse avec dégoût ; elle est l’âme d’une fédération créée dans ce but, dite Fédération britannique et continentale .
- Dans un prochain article nous parlerons de cette fédéraxion.
- Louise de Lasserre.
- LE CENTENAIRE DE VOLTAIRE & DE ROUSSEAU
- Deux hommes dominent le xvnie siècle de toute la hauteur de leur génie; ils ont frayé la route du progrès contemporain, l’un en démasquant l'hypocrisie et en réclamant la liberté de conscience, l’autre en niant les droits traditionnels et en revendiquant les droits du citoyen ; ils ont lutté côte à côte, sans s’aimer, en se haïssant presque, mais pour une seule et même cause qu’ils ont gagnée et dont nous profitons.
- Aussi ces deux hommes ont-ils été et sont-ils encore confondus dans une commune haine par tous les ennemis des libertés modernes. C'est contre eux que l’on déclame encore dans les.petits pamphlets et que Ion pérore toujours dans les chaires. Leurs tombes ont été profanées le même jour, leurs restes mortels ont été confondus dans un môme sac ignominieux et la même main a fait disparaître ces restes.
- Il semblait à. chacun que ces deux noms entre unis
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- jusqu'ici ne cesseraient jamais de l’être à l’avenir.
- On se trompait. Le jugement de la postérité est ainsi fait qu'il a ses heures d’ingratitude, qu’il brûle ce qu’il a adoré et qu’il adore ce qu’il a brûlé !
- Nous sommes témoins aujourd’hui de l’un de ces retours. Un siècle a passé sur la tombe des deux grands hommes et il est question de répudier l’un d’eux, Et lequel choisit-on pour cette répudiation ? Celui-là môme auquel chacun doit le titre de citoyen. La France fera le centenaire de Voltaire; elle ne fera pas le centenaire de Rousseau.
- Vraiment c’est à se demander si l’on rêve ou si Don est éveillé.
- Quoi! étant donné à un public républicain deux hommes, dont l’un a été républicain toute sa vie et l’autre toute sa vie courtisan, c’est la mémoire du courtisan que Ton célébrera et non celle du républicain !
- Quoi ! l’un de ces hommes a sacrifié une belle position pour se dévouer à une cause; il a été poursuivi, traqué, condamné pour elle ; il a vu ses livres brûlés par la main du bourreau et c’est lui, qu’un siècle après sa mort, on renie en faveur d’un millionnaire qui vit dans un château, qui a cent convives à sa table et qui se vante à une duchesse de construire des villes et des églises !
- Et, chose étrange ! les ennemis de l’aristocratie prônent l’écrivain aristocratique ; ceux-là même qui s’intitulent citoyens combattent le premier homme qui ait eu le courage de revendiquer ce titre ; enfin les socialistes en veulent au fondateur du socialisme et les athées portent aux nues le déiste que Diderot accusait de dévotion.
- . En vérité en présence d’un aveuglement aussi inouï on se demande si les partisans de Voltaire n’attri-huent pas à celui-ci les œuvres de Rousseau et à Rousseau celles de Voltaire.
- C est la seule manière d’expliquer un pareil non sons. A coup sûr on parle d’écrits que l’on n'a pas las et de principes que l’on n’a point étudiés.
- Loin de nous l’idée de refuser à Voltaire l’admiration et la reconnaissance à laquelle il a droit. Nous »ous étonnons même qu’on ose les contester. Nous aimons le sauveur des Calas, le bienfaiteur de Mlle Corneille, le chaleureux défenseur des opprimés, le hardi démolisseur des superstitions, oui nous l’aidons et c’est précisément parceque nous l’aimons qn’il nous est pénible de voir donner à-son centenaire une couleur que lui-même aurait combattue.
- On va faire du centenaire de Voltaire la fête de l’athéisme,'comme si Voltaire avait été un athée. Nous savons bien qu'aux yeux du plus grand nom-
- bre Voltaire fut tel et qu’il est convenu de proclamer l’irréligion de ses œuvres.
- C’est là un préjugé tellement répandu que nous perdons notre temps à essayer de le combattre. Et cependant rien n’est plus faux que cette accusation d’athéisme. Pour quiconque a.lu Voltaire, la confusion n'est pas possible. Voltaire est fermement convaincu de l’existence de Dieu. S’il est l’adversaire déterminé du fanatisme il n’est pas moins l’ennemi impitoyable de l’athéisme. Eu maint endroit il embrasse ces deux excès dans une même condamnation. « L’athéisme et le fanatisme, dit-il, sont deux monstres qui peuvent déchirer et dévorer la société ; l’athéisme est le vice de quelques gens d'esprit ; la superstition est le vice des sots. »
- Et ailleurs : « Notre terre est un temple de la Divinité. J’estime fort tous ceux qui veulent nettoyer ce temple de toutes les abominables ordures dont il est infecté, mais je n’aime pas qu’on veuille renverser le temple de fond en comble.
- Si Dieu n’existait pas il faudrait l’inventer.
- Etc., etc. »
- Et mille autres passages. SI nous voulions citer tout ce que Voltaire a dit dans ce sens, nous n’en finirions pas.
- Il nous suffit de rappeler pour cette fois que les personnes qui maudissent Voltaire comme étant un athée ainsi que celles qui se servent de son nom pour couvrir leur matérialisme, sont, les unes autant que les autres, dans la plus profonde erreur en agissant ainsi.
- Il n'y a aucun doute pour nous que si Voltaire revenait aujourdhui et qu’il vît quelles doctrines lui prêtent ses adversaires et ceux qui se disent ses partisans U protesterait contre de semblables imputations .
- Et maintenant que nous avons rappelé ce que fut réellement Voltaire rappelions nous ce que fut réellement Rousseau ?
- Les uns accusent ce dernier d’avoir sapé dans leur base tous tes anciens préjugés qui servaient à gouverner les peuples et d’avoir, le premier dans les temps modernes,nié le droit de propriété ; les autres au contraire lui reprochent d’avoir réveillé le sentiment dans l’àme humaine et développé l’imagination. Il est coupable à leurs yeux du crime de poésie ; or la poésie porte à des aspirations religieuses et pour beaucoup de libres penseurs ces aspirations sont le pire des maux.
- Assurément Rousseau est le père du socialisme et du romantisme. On peut jusqu’à un certain point le rendre responsable des excès de ces deux doctrines, mais est-il un seul homme de réflexion qui puisse
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- dire que ce double mouvement n’ait pas» l’un dans les arts et l’autre dans les sciences sociales, produit des fruits profitables et qu’on n’aurait pas connus sans cela.
- En tout cas Rousseau fût l’âme de la Révolution française et tous les grands hommes de cette grande époque, depuis Vergniaud et Barbaroux j usqu’à Robespierre et Saint-Just, se sont insp' rés de ses Idées. (1) Il est donc étrange de voir aujourd’hui les hommes qui approuvent la Révolution maudire et conspuer celui qui en fut l'àme.
- Mais Rousseau n’a pas’ que ces seuls titres à un centenaire. Comme Voltaire il est un grand écrivain ; il l’est même beaucoup plus que Voltaire, car les œuvres de ce dernier ont beaucoup plus vieilli que les siennes.
- Rousseau est le plus grand des prosateurs, et non-seulement des prosateurs français mais de ceux de toutes les langues, Ni Platon, ni Tacite, ni Fenelon
- (1) Il suffît pour s’eu convaincre de se rappeler les témoignages officiels qui en ont été donnés parrAssemblée nationale et la convention:
- « Le 30 décembre 1790, l’Assemblée nationale décrète ce qui suit:# Il sera élevé à l’auteur d'Emile et du contrat social une statue portant cette inscription : la nation
- FRANÇAISE LIBRE A JEAN-JACQUES ROUSSEAU. »
- « Le 27 août 1791, l’Assemblée nationale décide que « Jean-Jacques Rousseau est digne de recevoir les honneurs décernés aux grands hommes, et qu’en conséquence ses cendres seront transférées au Panthéon. »
- Le 7 octobre 1191, il est décidé que le buste de Jean Jacques Rousseau sera placé dans la salle des séances du Corps législatif.
- « Le 17 septembre 1793, sur la proposition de Chau-mette, le conseil général de la Commune refuse le certificat de civisme à Palissot, pour avoir injurié Jean-Jacques dans sa comédie des Philosophes.
- «Le 15 brumaire an II, la Convention décrète que la statue de Jean-Jacques Rousseau sera élevée sur une de nos places publiques.
- « Le 25 germinal an II, la Convention décrète : « Les cendres de Jean-Jacques Rousseau seront transférées au Panlhéon français. Le Comité d’instruction publique présentera, sous trois jours, la déclaration énonciative des considérations d’intérêt public et de reconnaissance nationale qui ont déterminé la Convention à décerner les honneurs du Panthéon à Jean-Jacques Rousseau.»
- « Le 25 fructidor, rapport de Lakanal sur un projet de fête nationale. On y lit : La voix de toute une génération nourrie des principes de Jean-Jacques Rousseau, et, pour ainsi dire, élevée par lui, la voix de la République tout entière l’appelle au Panthéon ; et ce temple élevé par la patrie reconnaissante aux grands hommes qui l’ont servie, attend celui qui, depuis si longtemps, est placé en quelque sorte dans le Panlhéon de l’opinion publique.
- « La mention, rien que la mention, de tous les hommages rendus à Jean-Jacqqes Rousseau pendant la Révolution française, par ceux qui la représentaient, nous entraînerait trop loin: qu’il nous suffise de rappeler la fête célébrée en l’honneur de Jean Jacques Rousseau, le 20 vendémiaire an III, et de citer les paroles suivantes du président de la Convention : « Ces honneurs, cette » apothéose, ce concours de tout un peuple, celte pompe » triomphale, tout annonce que la Convention nationale » veut acqlitter à la fois envers le philosophe de la na-» turc et la dette des Français êt celle de l'humanité, »
- ne peuvent soutenir le parallèle; encore moins Goethe ou Cervantès. Rousseau est unique dans son art. Fraîcheur, coloris, harmonie, {précision, il réunit toutes les qualités pour former cet amirable langage dont l’éloquence n’a d’égal que la perfection. Son œuvre n’est pas seulement d’un philosophe, elle est aussi d’un artiste ; elle ne se borne pas à frapper, elle enchante, Elle fait penser à ces épées italiennes du xvi* siècle dont la lame du plus dur acier se cache dans un fourreau d’or ciselé avec l’art le plus parfait.
- La seule valeur littéraire de l’œuvre de Rousseau lui mériterait un centenaire.
- Malheureusement la France dédaigne trop ses grands écrivains, son plus beau titre de gloire. Tandis que l’Allemagne célèbre chaque année la mémoire de ses deux grands poètes, Schiller et Goethe, la France ne célèbre que. tous les cent ans celle de ses plus grands écrivains et encore ne le fait-elle pas d’une manière complète.
- Espérons que cette fois la nation sera assez intelligente pour oublier certains dissentiments de détail et fêter le même jour, avec un éclat sans égal, la mémoire des deux puissants génies qui ont rempli le siècle passé et dont l’influence plane sur le nôtre.
- Ed. Champury.
- DE LA RECHERCHE EN PATERNITÉ
- À l’occasion du dépôt fait à la tribune du Sénat par M. Béranger d’un projet de loi sur la recherche en paternité, nous croyons utile de reproduire les lignes suivantes que nous trouvons dans le Parnasse. Elles sont dues à l’une des plus habiles per-sonalités, à la plus délicate peut-être, dont puisse s’honorer au jourd’hui l’Académie française.
- Si l’on nous disait qu’il existe un pays où la chasteté est mise à si haut prix pour les femmes qu’on l’appelle leur honneur ; si l’on nous disait que la perte de cette vertu flétrit non seulement la coupable, mais sa famille, et qu’on a vu des filles tuées par leurs pères rien que pour cette faute ; si l’on nous disait de plus que, dans cette contrée, les femmes sont jugées si légères d’esprit et si faibles de caractère, qu’elles restent mineures pendant tout le temps de leur mariage ; si l’on nous apprenait que, chez ce peuple, la jeunesse des hommes n’a presque qu’un but : ravir cetie vertu aux femmes ; que tous, pauvres et riches, beaux et laids, nobles et roturiers, poussés ceux-ci par la passion, ceux-là par l’ennui, d’autres par la vanité, se précipitent à#la poursuite de cette vertu, comme des limiers sur une bête de
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- chasse ; qu’enfin par un contraste bizarre, le même inonde qui accable d’anathèmes les femmes, lorsqu’elles succombent, élève sur une sorte de pavois ceux qui les font succomber, et honore les succès des hommes du nom réservé aux actions les plus glorieuses, du nom de conquête ; — certes si un tel tableau nous était offert et qu’on nous demandât de préjuger le caractère de la loi dans ce pays, nous dirions : le législateur n’aura qu’une pensée, défendre la femme contre l’homme et contre elle-même ; voyant d’un côté tant de périls, tant de faiblesses et tant de souffrances expiatrices, de l’autre tant de Puissance, il se jettera entre le corrupteur et la victime ; armé pour ceux qui sont désarmés, il rétablira énergiquement les droits de la justice et de la pudeur; tout séducteur sera puni deux fois, car il fait le mal et le fait faire.
- Voilà le langage que tout honnête homme prêterait nu législateur : voici ce que décide notre Gode ;
- La fille, dès l’âge de quinze ans, répond seule de son honneur, c’est-à-dire que la séduction masculine est impunie. Quinze ans 1.... mais c’est l’âge qui a le plus besoia de défense ! l’âge où l’innocence même est une cause de chute 1 n’importe, la femme de quinze ans est toujours censée séduire ; son rôle d’Ève a commencé. La loi, cependant, ne reconnaît â la jeune fille le droit de disposer de son bien qu’à l’âge de vingt et un an. Mais il y a deux majorités, la majorité du cœur et la majorité de la bourse. La femme, selon le Code, peut défendre son cœur six ans plus tôt que son argent.
- Ce n'est pas tout. Un des plus habituels et des plus sûrs moyens de séduction est la promesse de mariage!
- Combien de jeunes filles n’ont cédé qu’à cet espoir! Combien d’hommes n’ont triomphé qu’avec cette arme ! eh bien, que dit la loi ? toute promesse de mariage est nulle non-seulement comme promesse de mariage, mais comme base d’une action j udiciaire. d’homme a le droit de venir dire à la justice : voici ma signature, cela est vrai ! mais qu’importe ? une dette de cœur est nulle comme une dette de jeu !
- Ce n’est pas tout, la séduction a peut-être eu des conséquences plus graves encore que la faute cachée de la jeune fille ; son déshonneur est peut-être publie, et même 1 hélas 1 prouvé ! n’importe I quelque évidente, quelque irréfutable que soit la désignation du père, quelles que soient les circonstances qui di-Sent à tous et tout haut : le voilà ! « l’homme est toujours irresponsable. Dans tous les cas, à tous les degrés, la démonstration et même la recherche de ^ Paternité est interdite. »
- Ce n'est pas tout encore : à côté des séducteurs, il y a les corrupteurs ou les corruptrices, c’est-à-dire
- la race infâme qui séduit, au profit d’autrui et pour de l’argent. La statistique nous apprend qu’on trouve des bandes de viles intermédiaires, qui postées à rentrée des manufactures, guettent le temps du chômage et de la faim, les jours de désespoir, les jours de maladie, pour faire pacte avec la misère des jeunes filles. Dans l’intérieur des usines, même dépravation : d’infâmes vieilles femmes, assises auprès de plus jeunes, s’étudient, tout en travaillant avec elles, à les éclairer sur le prix de leur beauté, et leur en apprennent, leur en facilitent l’exploitation. Enfin, dans les hôpitaux mêmes, au chevet des jeunes ouvrières pauvres, se glissent de hideuses habituées des prisons et des hospices, qui escomptent à la convalescente sa santé qui revient, sa beauté qui renaît, et l’achètent d’avance pour un prix modique, afin de la revendre ensuite à prix d’or.
- Certes, s’il y a une hideuse plaie sociale, c’est cette infâme trafic, car non-seulement il déprave les individus, mais il énerve la race ! l’ordre public n’en est pas moins blessé que le morale !...
- Eh bien I de quelle peine la loi punit-elle ce commerce ! de la même peine qu’un vol ordinaire ; d’un emprisonnement de six mois à deux ans, et d’une amende de 50 à 100 fr. ! Et encore faut-il qu’il s’agisse d’un commerce habituel I le texte est précis : tous ceux qui corrompront habituellement.... il faut qu’il y ait métier... En vérité, c’est à peine un droit de patente.
- Mais sur quoi donc, grand Dieu ! s’est donc fondé tant d’indulgence pour tant de vices ? sur quoi ? sur deux préceptes de morale :
- « Tout contrat qui a pour objet une chose honteuse est nul de droit.
- # Accorder à une fille coupable une action judiciaire contre son séducteur, c’est une prime d’encouragement à la débauche. »
- Une prime à la débauche ! mais quelle prime plus honteuse, plus énorme, pouvez-vous lui accorder que cette impunité même laissée à l’homme ? Quoi ! vous ne voyez pas qu’en désarmant la jeune fille, vous armez le séducteur 1 Vous ne voyez pas qu’en ajoutant à toutes ses ressources de richesse, d’adresse, d’expérience, d’ardeur sensuelle, d’ardeur vaniteuse, la sanction de votre acquittement, vous vous faites vous-même son intermédiaire ou son complice? qu’on châtie la jeune fille coupable, soit ; mais châtiez, aussi l’homme. Elle est déjà punie, elle, punie par l'abandon, punie par le déshonneur, punie par les remords, punie par neuf mois de souffrances, punie par la charge d'un enfant à élever ; qu’il soit donc frappé à son tour, sinon ce n’est pas la pudeur publique que vous défendez, ainsi que vous le dites,
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- c’est la suzeraineté masculine dans ce qu’elle a de plus vil, le droit du Seigneur.
- On nous oppose toujours les fâcheuses conséquences de la loi anglaise qui permet la poursuite du séducteur. Eh ! si la loi anglaise est mal faite, refaites-là I refaites-là jusqu’à ce quelle soit bonne, et quand elle ne devrait jamais l’être complètement, établissez-là, car, au-dessus des inconvénients de telle ou telle disposition, au-dessus des obstacles qui surviennent dans la pratique, au-dessus des sociétés mômes, s’élèvent des principes qui veulent être respectés à tout prix, et le plus sacré de ces principes, c’est la pureté de l’âme humaine !
- E. Legouvé. de l’Académie française.
- BULLETIN POLITIQUE
- (EXTÉRIEUR)
- Il est difficile, il est impossible de prévoir ce que nous réserve la polilique extérieure. La situation est fort tendue entre la Russie et l’Angleterre. La démission de Lord Derby et son remplacement par Lord Salisbury n’est pas de nature à nous rassurer.
- En tout cas il est bien certain que la Russie a une possibilité d’éviter la guerre, c’est de modifier le traité de San S te fan o.
- L’Angleterre ne peut voir que d’un mil inquiet cette nouvelle province bulgareformée par los Russes et placée par eux sous leur protectorat, ce qui équivaut à une annexion déguisée.
- Go qui est surtout de nature à inquiéter l’Angleterre c’est que le nouvel Etat possède Gtî lieues de côte sur la mer de l’Archipel et que plusieurs des misérables localités qui se trouvent sur cotte côte pourraient ôtro transformées en ports militaires.
- Do là un danger,car la mer de l'Archipel est la route du canal de Suez.
- Eu outre Andrinople, Constantinople et Gallipoli ne sont protégées par rien du côté do la nouvelle frontière, ce qui permot do redouter une marche des Russes vers les Dardanelles et le Bosphore.
- En présence de semblables éventualités l’Angleterre prend des mesures militaires redoutables.
- Une guerre entre ces deux pays l’un tout continental, l’autre tout maritime, serait une des guerres les plus désastreuses qui se puisse voir.
- Nous nous plaisons à espérer que l’on n’en viendra pas là et que l’Angleterre recourra cette fois, comme elle le fit pour la question de l’Àlabama, à la décision d’un tribunal arbitral.
- LES TRAVAUX DES CHAMBRES
- {Suite)
- La nécessité où nous étions de récapituler les travaux des Chambres et le peu de place dont nous pouvions disposer pour cette récapitulation ne nous ont pas permis de suivre les travaux du moment avant d’avoir liquidé l’arriéré.
- Aujourd’hui que la Chambre s’est ajournée jusqu’au 29 avril en raison de la session des conseils généraux, nous pouvons nous mettre à jour. A l’avenir nous suivrons au fur et à mesure les travaux des deux Chambres et nous en rendrons compte à nos lecteurs semaine par semaine.
- Une forte partie des dernières séances de la Chambre a été prise par l’cxamcn d’élections entachées d’illégalités. Le public aurait été enchanté de-voir finir ces interminables discussions qui détournent de travaux plus utiles. Toutefois il est nécessaire de remarquer que cette lenteur désespérante vient surtout, vient uniquement de ce que MM. les invalidés ou MM. leurs amis défendent à la tribune dans de longs et interminables discours les actes d’arbitraire commis à la veille ou pendant leur élection.
- Un journal comme le nôtre ne peut rendre compte de ces discussions presque toujours personnelles.
- Ceci dit une fois pour toutes reprenons l’examen des travaux législatifs en commençant par le Sénat.
- Dans le vote du budget des dépenses la Chambre avait fait quelques économies qui ont soulevé au Sénat de vives discussions lorsque le budget lui a été soumis.
- C’est d’abord le changement do destination d’une somme de 140,000 firmes retirée aux bourses des séminaires dépendant de congrégations non reconnues par l’Etat et répartie entre les autres séminaires. C’est ensuite des refus de crédits pour les haras, pour la remonte et autres questions que notre journal n’a pas à traiter. C’est enfin la suppression des 330,000 francs alloués à l’aumônier en chef de la flotte et le refus d’un autre crédit de 33,000 francs demandé par le ministre de la guerre pour ITlôtel des Invalides, crédit refusé par la Chambre comme ne profitant nullement aux Invalides eux-mômes mais à un état-major et à dos parasites inutiles.
- Le Sénat s’est vivement ému de ces diverses questions. Il a demandé à la Chambre le rétablissement des crédits pour les Invalides, pour les haras, pour la remonte et pour l’aumônier, de la flotte. Quant à la question des bourses des sémmaircs, le Sénat a longuement discuté puis a fini jpar accepter la modification proposée, non toutefois sans’ en avoir considérablement amoindri la portée. C’est jusqu’ici le seul vote qu’ait émis le Sénat indiquant de sa part quelque résistance aux volontés et aux empiètements de la curie romaine. Encore y a-l-11 eu 130 abstentions.
- Le Sénat a discuté ensuite la loi sur l’amnistie pour les délits de presse commis sous le ministère Broglic-Four-*tou. Les orateurs de la droite ont demandé fa suppression des dates du 16 mai et du H décembre, dont la eeulo mention est un blâme implicilo envers le précédent cabinet. Celte suppression de dates a été votée après deux jours de discussion. En faisant traîner ainsi lo débat, la UauLo-Chambro a vu se produire on son sein un tournoi parlementaire durant lequel ont ôté discutés et condamnés les actes du ministère du 16 mal. M. Du* faure et M. Labouiaye so sont tout particulièrement distingués dans deux genres d’éloquence bien différents, mais bien incisifs tous doux.
- A la teneur de la Constitution, ces changements introduits dans le budget et dans la loi d’amnistie sont tenus de faire retour à la Chambre des députés qui doit les reprendre à nouveau.
- . G’cst ce qui a eu lieu en effet.
- La Chambre, dans un louable esprit dé conciliation, a adhéré au rétablissement du crédit pour les Invalides ; par contre, cjlc a maintenu la suppression de tous les
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- autres crédits, notamment de celui pour l'aUmOnier en chef de la flotte. Elle a repoussé également la modification introduite par le Sénat dans la rédaction de 1 article concernant les bourses des séminaires.
- En présence de l’opposition de la Chambre de rétablir les suppressions faites par elle au budget, le Sénat a du revenir de nouveau à celui-ci. Il a compris qu il était patriotique de ne pas prolonger davantage le conflit et il a accepté les suppressions maintenues par la Chambre.
- Le budget des dépenses n’est donc modifié en tout que de 33,000 fr. sur 3 millards. '
- La Chambre a répondu dans le même esprit do conciliation en adoptant la loi sur l’amnistie des délits de presse et celle sur Pétai de siège, tous deux avec les modifications introduites par le Sénat.
- Ainsi s’est terminé la compétition qui s’ôtait élevée entré les deux Chambres.
- Les députés ont voté ensuite des crédits considérables pour indemnités aux fonctionnaires et pour les frais de représentation du président et des ministres pendant l’exposition, ainsi qu’un créditée 1100,000 fr. pour l’envoi
- de délégations d’ouvriers à l’Exposition.
- Une loi sans portée politique mais d’une réelle utilité a été votée. C’est celle ayant pour objet l’amélioration du canal de Bourgogne, do l’Yonne entre Auxerre et Monte-reau et de la Haute-Seine entre Montereau et Paris. Ce projet complète l’ensemble de travaux relatifs à la navigation intérieure dont la Gbambre a décidé l’exécution par des lois précédentes.
- Nos lecteurs n’ont sans doute pas oublié que 1 amélioration du Rhône et cello de la Basse-Seiuo a été votée et que par le canal de Bourgogne amélioré la navigation intérieure pourra être continuée de la Méditerranée à la Manche.
- Nous n’avons pas les mêmes félicitations à faire a la Chambre pour ce qui concerne les 2 lignes de chemin de fer concédées par elle à la Compagnie du Nord.
- , Ces lignes allant: l’une de Lens à Don et à Armen-tières, l’autre de Valencicnues au Cateau, auraient pu être construites par l’Etat comme le demandait un amendement déposé au cours de la discussion Au lieu de cela on a concédé ces lignes à la Compagnie du Nord sans songer qu’il faudra les lui racheter un jour ou l’autre et sans tenir compte du fait que la concession & cette compagnie du tronçon de Valenciennes au Cateau entraîne l'ajournement indéfini du prolongement de cette ligne jusqu’à Saint-Erme. Les populations de l’Aisne sont ainsi lésée3 dans leurs plus légitimes ospérauces. La Chambre, à une très-faible majorité il est vrai, a sacrifié l'intérêt des populations intéressées à celui de la Compagnie du Nord. Le fait est profondément regrettable.
- La Chambre a été mieux inspirée en modifiant la loi régissant les débits de boissons. La loi de 1832 permettait des actes arbitraires dont le ministère Broglie-Eourtou a largement usé. U était nécessaire de prévenir le retuuF do semblables abus et c’est ce que la nouvelle loi fait parfaitement. Il faut à. un pays républicain le respect scrupuleux do la loi ; il est donc nécessaire que la loi ne prête à aucune fausse interprétation. Ce but est
- atteint.
- C’est par respect de la loi que la Chambre a rejeté la Proposition faite par plusieurs de ses membres de siéger iacultativement à Paris à partir de l’ouverture de 1 Exposition univcrsolle. Le retour du pouvoir législatif a Paris où siège déjà le pouvoir exécutif est assurément désirable ; toutefois à l’heure qu’il est ce retour serait hne violation de la consiitution ou tout au moins une manière do la tourner ", or, quelque imparfaite que soit celle ci il convient aux républicains de l’observer scrupuleusement en attendant celle plus libérale qui la ïempiacora.
- VARIÉTÉS
- LES BIBLIOTHÈQUES DES HOPITAUX
- M. le docteur Godard, mort en 1862, disposa par son testament d’une somme assez ronde en faveur de trois hôpitaux du sud de Paris pour la création dans ces hôpitaux de bibliothèques à l’usage des malades.
- M. le docteur Passant, ancien ami de M, Godard, a créé depuis lors plusieurs bibliothèques semblables dans d’autres hôpitaux.
- C’est là une œuvre éminemment utile et que nous voudrions voir généraliser non-seulement dans les hôpitaux de Paris, mais aussi dans ceux de la province et de l’étranger.
- DEUX PENSÉES
- Un écrivain de talent qui nous a témoigné en des termes très-flatteurs sa vive sympathie pour notre œuvre, M. Eugène Noël, publie en feuilleton dans la Vie littéraire et sous le titre de Mémoires d'un Philosophe inconnu une série d observations et de pensées, pleines de bon sens et toujours exprimées dans une forme simple et presque familière.
- Il nous arrivera do temps à autre de relever à l'usage de nos lecteurs quelques-unes de ces observations. Lie plus souvent dans leur forme oonci»e elles sont de nature à donner à réfléchir.
- Que l’on enjuge pour aujourd’hui par ces deux seules citations :
- X,.., pour un article assez sot et de son Bon Démocrate, vient d’être condamné à mille francs d’amende et six mois de prison. Ceci sera cause qu’aux prochaines élections il sera député, n’ayant mérité ni l’une ni l’autre aventure. Mais voilà comment, autour dü cliar de l’Etat, les mauvais charretiers de hue préparent la yoio aux mauvais charretiers de Ma, Et le char de l’Etat s’en tire comme il peut.
- Quand donc l’Etat pourra-t-il se passer do char et quand pourrons-nous tous, selon nos nécessités, courir à pied ou prendre l’omnibus ?
- Il n’est besoin ni de pape, ni de déclaration d’infaillibilité, ni d'inquisition, ni d’alguazils, ni de pouvoir séculier pour défendre la chimie, et la chimie se maintient.
- Le Gérant : À. Massoulard.
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- LA PHILOSOPHIE POSITIVE, Revue politique, littéraire et scientifique, dirigée par MM. É, Littré et Wyrouboff, vient de publier le cinquième numéro (Mars-Avril 1878) de sa dixième année.
- Ce numéro contient :
- De l'Espèce humaine, par É. Littré. — l’Homme et la Science, par John Tyndall et Raoul Jeudy. — La Philosophie positive au Mexique, par Georges Hammeken.
- — Un Critique d’art du XIX0 Siècle (suite), par P. Pétroz.
- — Notes sociologiques (suite), par de Roberty. — Les Libertés locales en Europe, par Ad. de Fontpertuis.
- — Pangermanisme et Panslavisme, par É. Littré.
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- Toutes les communications doivent être adressées à M. Canbet, 16, rue de Seine, à Paris.
- Nous recommandons particulièrement à MM. les professeurs, ingénieurs, et en général à toutes les personnes qui s'occupent de sciences le journal la Revue scientifique suisse.
- Cette publication, qui commence sa seconde année, a surtout pour but la vulgarisation de la science. A part quelques communications géographiques ou industrielles, ses atticles sont originaux et le plus souvent accompagnés de gravures explicatives.
- REVUE SCIENTIFIQUE SUISSE
- PARAISSANT LE 16 DI CHAQUE MOIS PAR LIVRAISONS DE 24 PAGES JÉSUS IN-8°.
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- Union postale : 10 fr.
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- La Feuille d’Olivier, fondée à Berlin par M. E. Potonié, est forcée de disparaître après avoir publié 12 numéros. M, E, Potonié remercie les amis qui l’ont généreusement aidé et les prie de reporter leurs sympathies sur les Etats-Unis d'Europe qui veulent bien se charger do servir les abonnés de la Feuille d’Olivier — S’adresser à Genève, 80, rue de Coutance à Paris* chez Fischbacher et C°, 33 rue de Seine. ’
- Saint-Quentin — lmp. do la Société anonyme du üluueur
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- NUMÉRO 6
- journal heldomadaird paraissant lu %)imamhu DIMANCHE 14 AVRIL
- POLITIQUE
- législation
- administration
- religion
- MUTUALITÉ - SOLIDARITÉ FRATERNITÉ
- ASSOCIATION DU CAPITAL & DU TRAVAIL
- TRAVAIL
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- Nous prions les personnes qui reçoivent LE DEVOIR, et qui ne seraient pas dans l’intention de s’y abonner, de bien vouloir nous retourner le présent numéro.
- Il suffit de mettre au dos refusé et de remette le journal au facteur (jamais à la boîte), U n’est pas alors nécessaire d’affranchir.
- Nous considérerons comme abonnées les Personnes qui ne nous retourneront pas le Présent numéro ou celui du 21 avril.
- SOMMAIRE
- Obstacles au Progrès. — Le Terrain gagné, — Bulletin politique de la semaine. — Les Ecoles publiques.—A propos de l'épargne. — Une bonne mesure. —- Ce que coûte une grève. — La Fille de mon père, — Association pour Vins-iruction, — la Crémation. — Chronique scientifique. — Bulletin Bibliographique. — Les Bibliothèques des Hôpitaux.
- LES OBSTACLES AU PROGRÈS
- S’il y a, comme nous Lavons remarqué, une contradiction incessante entre les institutions humaines et les grands principes moraux qui ont été enseignés, si les préceptes de la vérité morale entrevue par les plus grands esprits de l'humanité, sont restés inappliqués et inapplicables dans la conduite des hommes et dans le gouvernement des sociétés, cela tient à des causes particulières et qu’il faut étudier .
- Il en est une première et de toute évidence, c’est l’état d’imperfection dans lequel le cœur humain est jusqu’ici resté ; l’insuffisance du désir de pratiquer les préceptes du bien en a retardé l’usage.
- Mais une double cause, tenant à la première, rend d’un autre côté l’usage [des vérités morales presque inaccessible aux âmes généreuses qui aspirent à les traduire en pratique : c’est d’abord l’oubli que la- loi fait de ces préceptes, c’est ensuite, comme conséquence de cet oubli, l'absence d’institutions sociales correspondant aux enseignements de la sagesse humaine.
- Toutes les institutions sociales sont basées sur le principe de l’individualisme, du chacun pour soi} du chacun chez soi. Rien de ce qui peut conduire les hommes vers la mutualité, la soli-
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- darité ou l’association de leurs forces et de leurs ressources, n’existe dans les lois, ni dans les institutions, et par suite nos mœurs y font obstacle.
- Pourtant, si la vérité morale prescrit aux hommes de s’aimer, de s’entr’aider, de se secourir, de se protéger; si c’est à cette condition que l'harmonie sociale peut s’établir, il ne faut pas que les lois se mettent en opposition avec la vérité morale, et qu’elles empêchent les citoyens de fonder les institutions, pouvant avoir pour objet de traduire dans la pratique les enseignements de la sagesse.
- C’est cependant ce quia lieu dansle3 sociétés de notre vieille Europe. Sous ce rapport, la liberté fait défaut; sous le vain prétexte d’empêcher les abus, l’expérience du bien rencontre des obstacles de tous côtés. L’association des individus est considérée comme dangereuse et la loi et les pouvoirs s’entendent pour parquer les hommes dans l’individualisme. Forte de cet appui, la malignité du chacun pour soi s’attache à créer des embarras à tout ce qui tend à unir les hommes dan3 une pensée commune. Il ne suffit pas qu’une personne, une réunion, une associa-ciation soit inoffensive pour avoir la faculté d’agir, il faut qu’elle ait la permission du pouvoir, il faut qu’elle satisfasse aux nombreuses prescriptions de la loi.
- Le premier charlatan venu est admis à s’installer sur la place publique, pour y débiter son boniment et ses drogues, souvent plus préjudiciables qu’utiles à la santé, mais un savant, un homme d’étude, ne peuvent obtenir d’enseigner librement ce qu'ils croient utile au progrès de l’esprit. S’ils s’autorisaient à s’adresser au public sans la permission qu’on leur refuse, les gendarmes, le commissaire de police ou lo procureur leur feraient immédiatement comprendre qu’il ne suffit point d’avoir de bonnes intentions, ni de se dévouer à l’enseignement de ce qu’on croit le vrai pour être protégé, et que la police correctionnelle est là pour ceux qui n’ont point rempli toutes les formalités préalables et obtenu l’approbation de l’autorité.
- Tant qu’il en sera ainsi, le progrès des idées
- sera lent, les erreurs de la routine continueront leur chemin sous l’action et l'influence de ceux qui en profitent.
- C’est cette absence de liberté qui rend si laborieux et si difficile, le progrès des idées et des réformes utiles, c’est cette absence de liberté, qui empêche le goût public de se développer dans le sens des belles et larges conceptions de l'esprit ; c’est cette absence de liberté qui attarde les populations dans des idées que la raison répudie.
- La France républ icaine doit, la première entre les nations d’Europe, procéder à la réforme des abus de compression autoritaire, auxquels l’empire a su donner un vernis nouveau. La France a vu d’assez près ses libertés compromises, par l’usage libertîcido des lois de l'empire pour qu’elle procède promptement à l’abrogation de toutes ces lois.
- Députés, Sénateurs, donnez à la France la liberté; ne laissez plus sur le chemin du despotisme, toutes ces lois maudites, que l'esprit de violence et d’usurpation n’a qu’à ramasser pour s’en servir contro la nation et le peuple ; l’expérience du passé nous prouve, qu’il ne suffit point de laisser tomber de semblables lois dans ce qu’on appelle l’oubli, il y a toujours assez d’agents du despotisme pour les faire revivre ; il faut nominativement les récapituler, les abroger, les anéantir.
- II faut rendre à notre pays la véritable liberté, celle qui consiste à laisser à chaque citoyen et aux citoyens réunis, la faculté de toute action et de toute initiative qui ne violentent personne, et ne portent atteinte à la liberté de qui que ce soit; il faut enfin nous laisser jusqu’à la liberté de l’erreur, pour que nous ayons la liberté de la vérité.
- Il faut à la Fiance la liberté de conscience, la liberté de croyance, la liberté de religion, la liberté de la parole, la liberté de l’enseignement, la liberté de réunion, la liberté d’association, la ; liberté des conventions, la liberté d’écrire, la liberté de publier sa pensée ; il ne faut enfin danner à la liberté, d’autre limite, que celle du
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- respect dû à la vie et à la personne humaine, à ses biens et à son honneur,
- Cette évolution dans le régime de nos sociétés européennes est nécessaire peur rendre possible les réformes capables de faire disparaître les motifs d’inquiétude qui assiègent aujourd’hui tant d’esprits.
- Sans une restauration nouvelle de nos libertés publiques, tout est difficile dans la voie du bien, tout reste au contraire facile dans la voie du mal. Ce n’est qu’eh laissant aux hommes la faculté de s’éclairer librement les uns les autres, que la lumière se fera sur la vérité, autrement ils trébucheront et s’entrechoqueront au sein des ténèbres.
- Quand la France sera en possession de ses libertés réelles, elle renaîtra d’une nouvelle vie; le cauchemar du despotisme qui pèse encore sur elle, sans que nos gouvernants semblent s’en douter, disparaîtra. Alors commencera l’heure du progrès pacifique, car l’amour du bien, revêtant une force nouvelle, prendra la place des convoitises individuelles ; les esprits deviendront plus aptes à comprendre les droits et les devoirs sociaux ; la notion du juste s’élèvera au premier fang dans les idées de direction, d’administration et de gouvernement et, faisant son entrée jusque dans l’atelier, elle opérera la conciliation de la richesse et du, labeur, en appelant les travailleurs à participer aux avantages de la production dans la proportion de leur concours, tout en assurant aux capitaux et aux industriels, la légitime part due à leur intervention et à leur influence dans la production.
- G.
- LE TERRAIN GAGNÉ
- ^appelez-vous ce que disaient il y a six mois les hom-^es, qui, violentant l’opinion publique, voulaient forcer la France à retourner en arrière.
- A les entendre, l'élection d’une chambre républicaine devait fatalement devenir le signal de tous les malheurs. Le maréchal de Mac-Mahon renversé, la religion persé-Cutée, la propriétée menacée, l’anarchie déchainée au sem du gouvernement, et bientôt, dans la nation clle-hiôme, les finances bouleversées et gaspillées, la ruine
- politique et privée inévitable, enfin, pour dernier résultat, la France à la merci de ses ennemis du dehors ; voilà de quel avenir ou vous menaçait, si vous voüez*pour les candidats républicains.
- Eh bien, regardez et jugez .
- Malgré tous les moyens employés, et dont la Chambre a fait justice, le scrutin du 14 octobre a donné la majorité aux républicains. Désabusé de la politique d’intrigue, d’arbitraire et de coup d’Etat vers laquelle le poussaient les prétendus conservateurs, le maréchal a fini par voir où étaient ses ennemis et a remis loyalement la direction des affaires aux mains de ministres pris parmi cette majorité. Il y a quatre mois de cela. Que voyons-nous ?
- Jamais l'autorité du président de la République n’a été entourée d’un respect plus incontesté. La coalision réactionnaire, qui essayait de maintenir le Sénat en hostilité permanente contre la Chambre est dissoute. Les pouvoirs publics marchent à un acc-ord complet. Les débats parlementaires sorteut peu à peu du tumulte des luttes stériles, pour entrer dans la phase des discussions utiles. Au lieu des perturbations dont on lui annonçait le déchaînement, la France voit son atmosphère politique reprendre une sérénité dont elle avait perdu l’habitude et presque l’espoir. Les préparatifs de l'Exposition universelle s’achèvent sous les meilleures auspices, et, comme signe frappant des temps nouveaux, l’Allemagne qui. jusqu'ici, avait refusé d’y figurer, vient y demander une place pour ses artistes.
- La réduction du port des lettres qui va prendre cours dans un mois ; rabaissement du tarif des dépêches télégraphiques ; la mise à l’ordre du jour de toutes les questions relatives au développement de l'instruction primaire, à l’achèvement de notre réseau de chemins de fer et à l’amélioration de nos voies de navigation intérieure ; la préparation d’un grand emprunt de la paix dont le produit sera exclusivement consacré aux travaux publics; l’acheminement à la diminution des charges publiques par l’allégement de certains impôts inscrits au budget de cette année et à celui de 1879, tel est le bilan de la session depuis qu’un ministère républicain gouverne la France appuyé sur une majorité républicaine.
- Ramenez maintenant les yeux plus près de vous.
- Quand avez vous joui d’une sécurité et en même temps d’une liberté aussi complètes ? Quand avez-vous eu aussi pleinement l’exercice de tous vos droits de citoyens et la contrôle de vos affaires communales ? Quand avez-vous mieux vendu vos récoltes et vos bestiaux ? Quand avez vous possédé une prospérité aussi entière, aussi tranquille et moins troublée par l'inquiétude du lendemain ?
- Et pour cc qui est de la religion, où sont les persécutions qui devaient fondre sur elle? Le budget des cultes est voté comme à l’ordinaire, et pas une des immunités, pas un des privilèges du clergé n’est touché. La République ne lui demande qu’une chose : c'est de se renfermer dans son rôle, de faire de la religion et non
- e la politique. .
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- Quelques semaines d’application sincère ont ainsi suffi au régime républicain pour démentir les sinistres prophéties de ses ennemis et pour justifier ceux qui assuraient que la France avait tout à en espérer rien à en craindre.
- Il n’y a plus auj or d’hui pour tous les bons citoyens qu’un devoir: affermir définitivement le gouvernement existant, achever d’en faire un gouvernement de progrès pacifique, et le défendre contre les dernières conspirations monarchistes qui pourraient encore le menacer.
- Jenty,
- Député de la Vendée.
- BULLETIN POLITIQUE
- Le fait saillant de la semaine est le triomphe définitif du parti républicain dans les élections de Dimanche.
- Il n'est plus permis de se faire illusion, le pays veut la République ; il manifeste sa volonté avec calme, réflexion et patience, mais il veut être obéi, et il le sera,, car le peuple est le seul souverain dont la puissance irrésistible puisse venir à bout de tous les obstacles.
- Certes, la France est encore bien loin d’être la terre où fleurissent toutes les libertés ; nous sommes en retard d’un siècle sur bien des peuples. Nous n’avons pas tous ces libertés, carie parti clérical en a toujours joui, et nous ne demandons pas autre chose, que de pouvoir faire ce qu’il fait. Cependant, aujourd’hui que nous sommes assurés de conserver la République, nous saurons attendre, parce que nous avons la certitude que ce gouvernement, qui est l’expression la plus élevée de la liberté politique d’une nation, doit, nécessairement et inévitablement, mettre en pratique toutes les libertés.
- Et il ne peut en être autrement, l’arbre est planté, il faut qu’il pousse et qu’il porte des fruits selon son espèce. Jamais un pommier n’a produit de navets.
- Ils avaient cependant la partie belle, les autres partis ; CommeàFontenoy, onleur avait dit : Tirez les premiers. — Ils ont tiré sept ans et n’ont plus rien dans leur sac.
- Ils vont négocier avec l’ennemi, bien sûr, on parlait pourtant hier de la mort de Bazaine !.., Mais si Bazaine est mort, Jérôme vit, ne s’ost-il pas avisé de révéler l’autre jour comment l’Empire avait sacrifié en 1870, l’alliance Italienne à la mule du Pape. Encore un point de perdu pour le bonapartisme, et autant de gagné pour la République.
- Vous aurez une image M. Jérôme, et sur cette image, on vous peindra relevant un coin du manteau impérial, pour montrer la lèpre qu’il recouvrait .
- Lorsqu’on voit la France affîmerde plus en plus l’idée républicaine ; lorsque l'on suit le grand mouvement d’initiative qui commence dans la classe des travailleurs; lorsque malgré l’étroitesse et la rigueur de nos lois, on voit s’organiser un peu partout les chambres syndicales ouvrières ; lorsqu’on entend les femmes de Paris réclamer le droit de vivre de leur travail, et dénoncer la cencur-rence homicide,que leur font les couvents el les ouvriers, qui ne luttent pas avec elles à armes égales, parce que ces institutions, soi-disant de bienfaisance et de moralisation, ne demandent au travail de leurs pensionnaires qu’un supplément de ressources ; lorque, disons-nous, on contemple ce mouvement lent mais continu, qui indique que le souverain légitime de notre pays,le peuple, comprend sa force, et commence à. savoir l’employer, on se prend à espérer pour la France, un grand avenir. Les électeurs des sept circonscriptions qui doivent élire des députés le 5 mai prochain,penseront certainement comme nous et enverront à la Chambre de bons républicains, avec ce mandat : laissez-nous libres.
- Y aura-t-il encore guerre en Orient? Hypocrateditoul, et Gallien dit non.
- Nous espérons que de nouveaux carnages et de nouvelles ruines seront épargnées à l’humanité.
- Que pourrait d’ailleurs faire l’Angleterre? bloquer le commerce Russe dans la mer Noire, et dans la Baltique, bombarder quelques ports, et massacrer des habitants inoflensifs ? et puis après? cela rendra-t-il aux Turcs, des finances, une armée, un gouvernement ?
- Cela empéchera-t-il les Bulgares d’occuper Constantinople au lendemain de la déclaration de guerre ? et les Anglais sont-ils assurés de le reprendre, car ils seront seuls à en faire le siège sans alliés ; sont-ils prêts à recommencer une campagne de Crimée ?
- Les véritables intérêts anglais sont chez eux. N’y a-t-il aucune réforme à accomplir ? ne vaut-il pas 'mieux rechercher les moyens d’éviter les grèves, et de donner du travail à ceux qui en manquent, que d’aller cultiver en Orient les lauriers de la victoire? Hélas l ces palmes soi-disant glorieuses, et que l’on n’est pas certain de cueillir, ne coûteront qu’en les arrosant, du sang le plus pur des fils d’Albion !
- .. .Avant de commencer une guerre, on devrait consulter les mères. Nous nous soumettons d’avance à leur verdict. ^
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- LES ÉCOLES PUBLIQUES
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- La salle d'école doit, nous l’avons vu, réunir l’air, la lumière et l’espace autour de son périmètre ; quant à ses dimensions intérieures, elles varient suivant le nombre des écoliers ; ce nombre une fois déterminé, l’étendue de la salle en est une conséquence nécessaire ; elle n’a pas à varier pour un même nombre d’élèves.
- La première chose à faire pour déterminer les dimensions d’une bonne salle d’école est donc de rechercher quel emplacement doit être réservé pour chaque écolier. Cet emplacement doit naturellement correspondre à un bon aménagement du mobilier propre à l’élève, en même temps qu'aux exigences de l’enseignement.
- Mais le mobilier de nos écoles est encore très-primitif et très-défectueux, même dans les établissements les mieux montés ; les tables et les bancs, les bureaux des élèves enfin attendent la théorie rationnelle d’après laquelle ils devraient être établis. Il est donc utile, comme élément principal de la détermination des mesures des salles d’écoles, de fixer dès maintenant les proportions d’après lesquel es doivent être établis les bureaux des élèves.
- On est étonné quand on y réfléchit, de voir dans Quel état primitif sont restés jusqu’ici dans nos écoles publiques, les bancs et les tables dont les élèves doivent se servir depuis leur jeune âge jusqu’à leur entrée dans la vie active.
- Le temps passé à l’école est surtout celui du développement physique. Eh bien ! de 4 à 15 ans et au-^elà, les élèves, pendant la plus forte partie de leurs Journées, demeurent assis sur des bancs incommodes, sans dossiers, et travaillent à des tables le plus souvent hors de proportion avec leur taille.
- E’enfant ne peut, dans ces conditions, varier les Positions du corps ; si la fatigue le prend, il se tient lu poitrine repliée sur elle-même ou s’appuie en uvant sur la table.
- On ne s’est peut-être pas assez demandé, ce que cela devait avoir de fâcheux pour le développement l’enfance ; la fatigue qui en résulte a l'infaillible Inconvénient de lui rendre le travail et l’étude pénibles et beaucoup moins profitables que si l’écolier uvait à son usage un banc commode, un bureau bien construit et bien raisonné.
- Quelques progrès se sont néanmoins accomplis Repais peu,.mais ils sont encore insignifiants. Combien de personnes parmi nous se souviennent,
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- d'avoir fait leurs études dans des institutions d’un ordre mêm déjà élevé et, de n’avoir eu d’autre moyen pour écrire, que de poser leurs cahiers surleurs genoux, en mettant le pied sur un banc placé devant eux, lequel leur servait en outre à poser leurs papiers et leurs livres.
- Généralement aujourd’hui, la parcimonie est moins grande ; mais on est encore bien loin d’avoir fait le nécessaire ; les bureaux des élèves se composent d’un banc et d’une table à surface inclinée ; un nombre d’élèves variant de 4 à 7 sont placés à ces tables, sans qu’il soit tenu compte de la taille de chacun d’eux : grands ou petits, les élèves du même degré d'instruction sont assis sur des bancs et travaillent à des tables de même hauteur pour tous.
- Pour prendre ou quitter leurs places, les élèves qui se trouvent au milieu de la table doivent enjamber le banc ; il faut par conséquent, entre chaque table, un intervalle qui permette d y circuler ; cette répartition de 4 à 7 élèves par table s'oppose à ce que le banc soit pourvu d’un dossier puisqu’alors on ne pourrait plus l’enjamber ; aussi, comme nous l’avons dit plus haut, l’élève est-il condamné quand la fatigue le gagne, soit à rester penché en avant appuyé sur la table soit à se tenir affaissé sur lui-même. Jamais il ne peut prendre, pendant les heures de classe et d’étude, l’attitude si nécessaire au repos du corps que permet un dossier convenable.
- Certain auteur écrivant sur la matière qui nous occupe, a dit : « Qu’il faut éviter de rendre trop » commode le mobilier scolaire dans la crainte d’en-» gager l’élève à la paresse. »
- Cette pensée est trop contraire aux sentiments de ceux qui s’occupent sincèrement et véritablement de l’éducation et de l’instruction de l’enfance, pour mériter les honneurs de la discussion ; l’amour et le respect que nous devons au progrès de la Vie humaine nous font regretter que de semblables opinions puissent être conçues un seul instant.
- La fatigue et la souffrance qu’elle qu’en soit la cause, distraient invinciblement l’attention et paralysent, les fonctions du cerveau ; par contre, il est incontestable que l’élève est d’autant plus attentif aux leçons et plus occupé de ses exercices et de ses devoirs, qu’il n’éprouve aucune cause de préoccupations étrangères à leur objet.
- On comprend aujourd’hui combien il est important que l’écolier soit à son aise étant en classe. Le banc et la table sur lesquels, pendant 10 à 16 ans de sa jeunesse, l’homme est appelé à faire ses débuts dans le travail, exercent incontestablement une influence réelle sur le calme physique de l’individu et par conséquent sur ses aptitudes à l’étude.
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- Si les imperfections du mobilier scolaire en usage jusqu’ici sont évidentes, il est indispensable d’y remédier et de créer des bureaux d’écoliers commodes, bien compris, ne pouvant nuire ni à la santé ni à la constitution de l’élève; cela n’est possible qu’en établissant le bureau particulier pour chaque individu ou le bureau pour deux élèves seulement.
- L’un et l’autre se prêtent aux dispositions les plus convenables dans l’aménagement de la classe ; les couloirs perpendiculaires aux bureaux sont du plus heureux effet.
- La porte d’entrée de chaque classe trouve naturellement sa place au centre du fond de la salle, dans la direction de ces couloirs et en face de l’estrade du maître.
- Les entrées en classe se font ainsi avec le plus grand ordre ; chaque élève arrive à son banc et n’a qu’un mouvement simple et facile à faire pour s’asseoir à sa place ; la discipline y gagne sans effort. L'entrée en classe doit se faire avec le respect du lieu, si l’on veut que l’attention aux leçons soit recueillie, que le calme et la réflexion existent dans les études.
- Les dimensions des bureaux des élèves devant servir à déterminer celles des salles d’écoles, il convient d’exposer brièvement la théorie rationnelle d’après laquelle ces bureaux doivent être construits»
- La table et le banc ne sont pas seulement pour l’écolier un instrument de travail utile, ils intéressent encore sa santé et deviennent une question d’hygiène.
- Afin d’atteindre convenablement ce double but, il faut que la table et le siège aient des proportions en rapport avec la taille et les diverses parties du corps de l’élève,de manière à ce que tous ses organes soient placés dans des conditions qui n’en puissent oblitérer les fonctions et fausser le développement ; il faut encore que les bureaux se prêtent le plus possible aux changements de position du corps,afin que l’élève puisse se reposer d’une position par une autre.
- Lorsqu’on s’occupe de la recherche des proportions les plus convenables à donner au mobilier servant aux élèves, il est un point important dont il faut tenir compte, c’est que pendant les différentes phases du développement de l’écolier, il existe dans les proportions des membres et du corps des différences notables qu’il faut observer pour établir la théorie rationnelle des bureaux d’école.
- Ainsi chez les adultes dans les tailes régulières et conformées la hauteur du buste est à peu près égale à celle des cuisses et des jambes ; chez les enfants, au contraire, le buste est généralement dans une assez forte mesure plus, grand que le reste du
- corps. On trouve sur des enfants n'ayant que 1 m. 10 centimètres de taille, jusqu’à 0 m, 20 centimètres de différence.
- Pour déterminer les dimensions du mobilier convenable à chaque âge des élèves, depuis ceux des asiles et des écoles priïnaires jusqu’à ceux des écoles supérieures, il faut donc se bien rendre compte des proportions que le corps acquiert en grandissant.
- Ce résultat a été obtenu en divisant 400 personnes environ, comprises entre l’âge de deux à vingt ans, par séries d’âges de deux en deux ans et surtout par séries de tailles composées de :
- 0m95 centimètres à Im05 centimètres
- 1 05 — à 1 15 —
- l 15 à 1 25 —
- 1 25 — à 1 35 —
- I 35 — à 1 45 —
- 1 45 — à 1 55 —
- 1 55 — à 1 65 —
- 1 05 — à 1 75 —
- et au-dessus.
- Cette division s’établit facilement dans les écoles en réunissant toutes les classes,et en écheloinant les élèves sur un même rang depuis le plus petit jusqu’au plus grand. Un instrument bien simple qu’il serait nécessaire d’avoir dans toutes les écoles, du moment où l’on voudra que les élèves soient convenablement placés, sert à mesurer la taille de chacun d’eux. Cet instrument consiste en une règle de bois longue de lm8Q environ, possédant de chaque côté les divisions du mètre ; un coulisseau emmanché sur cette règle peut monter ou descendre au-dessus de la tête de l’écolier, le bas du mètre étant placé à ses pieds. On a ainsi toujours le moyen de connaître facilement la taile et les dimensions du corps de l’élève.
- {à suivre) O.
- A PROPOS DE L'ÉPARGNE
- Une observation qui se dégage bien clairement des faits économiques actuels, mais que l’on méconnaît trop souvent est celle-ci :
- LES CAPITAUX SONT D’AUTANT MOINS PRODUCTIFS QU’iLS SONT PLUS FAIBLES.
- L’expérience est là pour le démontrer. Si vous n’avez que vingt francs à placer, il vous est impossible de le faire à aussi bon compte que si vous aviez 20,000 francs, et si vous disposez de ce dernier capital il ne vous sera pas possible d’en tirer un intérêt proportionnellement aussi élevé que si vous disposez d un capital décuple. Il en résulte que 19 petit négociant, le petit industriel, l’ouvrier, l’employé, en un mot
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- toutes les personnes qui ne disposent que de capitaux très-restreints, se trouvent en infériorité vis-à-vis des personnes qui disposent de capitaux plus étendus. A travail égal le pauvre gagne moins que le riche.
- Là où le commerçant, l’industriel ou l’oisif capitalisent selon une puissance de 7, 8, 9 ou même plus, le pauvre ne peut capitaliser que selon une puissance de 3 ou de 4. Le petit nombre est donc avantagé au détriment du grand nombre.
- En effet ce que le gros capitaliste tire de trop de son capital ne peut être fourni que par l’insuffisance de ce que le petit capitaliste tire du sien. Le montant de cette rente ne tombe pas du ciel ; il faut bien qu’il se trouve ici-bas. Ce que le riche touche ainsi, le pauvre ne peut le toucher de son côté, et c’est précisément parce que le riche le touche que le pauvre ne peut le toucher.
- En fait, le rendement trop élevé n'est possible aux grands capitaux que par le seul fait que les petits capitaux ne peuvent obtenir le rendement auquel ils auraient droit. Si le gros capitaliste gagne pluv qu'il n'est équitable, c*cst uniquement parce que le petit ne gagne pas ce qu'en bonne justice il devrait gagner.
- Encore une fois, à travail égal, le rendement n’est pas égal. Il en résulte
- que l’économie devient surtout profitable a CELUI QUI EN a LE MOINS BESOIN.
- Est^ce moral ? Est-ce juste ?
- Au contraire. Cet état de choses décourage l’économie au lieu de la stimuler. Celui qui aurait le plus besoin d'épargner, n'épargne pas, par le fait que le rapport de son épargne n’est pas d’une importance suffisante pour l’engager à sacrifier en vue de l'avenir quelque peu de son bien-être du moment.
- Le devoir de l'État est de rechercher et de favoriser tout ce qui tendra à diminuer l’écart existant entre l’intérêt payé aux petites économies et celui servi aux gros capitaux.
- En agissant ainsi l’Etat stimulera l’épargne, il favorisera les habitudes d’ordre et de travail, donnera moins de prétexte au désœuvrement et engagera celui qui gagne peu à réfréner ses dépences irréflé chies.
- Ces raisons sont suffisantes pour que l’État fasse des améliorations en ce sens. Il est seul à pouvoir les faire. Il a les Caisses d’Épargne dans sa main et U pourra quand 11 le voudra servir aux dépositaires des Caisses un intérêt égal à celui qu’il sert aux rentiers du Grand Livre.
- Il est évident qu’une semblable mesure entraînera nm sensible augmentation des dépôts et que les frais nécessités par les caisses augmenteront à proportion. C’est vrai ; mais l’État trouvera des compensa-
- tions dans les économies qu'entraînera en d’autres domaines une semblable amélioration.
- N’est-il pas présumable eneffet que lorsqu’il y aura moins de désœuvrés le nombre des détenus diminuera et que lorsque l’épargne sera plus répandue il y aura moins de malades à entretenir et moins de pauvres à assister?
- Ed. Champury.
- UNE BONNE MESURE
- . M. Paul Leroy-Beaulieu est un économiste distingué dont nous nous plaisons à reconnaître le grand savoir bien qu’il ne nous soit pas possible de partager ses idées. Il appartient à cette vieille école qui ne permet pas à la morale de répandre ses lumières sur les questions economiques et qui s’occupe des faits sans se demander s'ils sont ce qu’ils devraient être.
- Ces réserves faites empressons nous de constater que pour une fois nous sommes d’accord avec M. Leroy Beaulieu.
- C'est au sujet des crédits alloués pour frais de représentations supplémentaires au Président de la République et aux ministres et de l’augmentation momentanée de 10 0/0 à tous les fonctionnaires et employés de l’Etat dont les appointements sont inférieurs à 2,400 fr. Ces sacrifices expliquent par la nécessité où se trouveront les habitants de Paris de dépenser davantage pendant toute la durée de l’Exposition.
- D'après l Economiste français, journal de M. Leroy Beaulieu, les ouvriers, les ménages modestes ont les mêmes droits à l’intérêt de l’Etat que les employés et petits fonctionnaires, L’Etat en ce cas a le devoir et la possibilité d’y donner satisfaction, non par une distribution d’indemnités, mais par un degrèvement provisoire de certains impôts de consommation.
- Le renchérissement de la vie à Paris pendant la période de l’Exposition étant occasionné par l’Etat, il est équitable que l’Etat se préoccupe de ceux des habitants de Paris à qui l'Exposition coûtera sans profit.
- Espérons qu’à la rentrée de la Chambre il se trouvera quelques députés pour porter à la tribune une proposition en ce sehs.
- CE QUE COUTE UEE GRÈVE
- La grève des maçons de Londres vient enfin de se terminer. Elle durait depuis le mois d’Àoût de l’année dernière. Le nombre des ouvriers grévistes a va-
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- rié entre 700 et 1,500, celui des patrons coalisés a été dès l’origine de 33 et s’est maintenu à ce chiffre.
- Ouvriers et patrons viennent de transiger. Les ouvriers ont dû. céder devant la concurrence que leur faisaient des ouvriers étrangers amenés par les patrons de l’Allemagne, de la Belgique, de la Hollande et même du Canada. Les patrons ont cédé de leur côté en raison des frais énormes que leur coûtait cette immigration d’ouvriers étrangers. II fut question un moment d’introduire en Angleterre des coolies chinois. On a heureusement renoncé à cette mesure qui ressemblerait à un rétablissement de l’esclavage déguisé.
- Cette mesure eut rendu impossible la transaction qui a eu lieu, transaction par laquelle les ouvriers ont obtenu la réduction du nombre d’heures de la journée et les patrons gain de cause au sujet du taux du salaire.
- A cette occasion les journaux anglais font le calcul approximatif de ce qu’ont dû coûter de part et d’autre ces neufs mois de grève.
- Voici un aperçu des chiffres auxquels ils arrivent. Les souscriptions que les ouvriers ont reçues de l’extérieur pour l'entretien de la grève ont atteint 5b,500 francs ; les cotisations de Londres 164,250 francs ; enfin la caisse centrale des maçons anglais à Caerdiff a fourni 394,275 francs. Ce sont les chiffres certains des sacrifices pécuniaires. Ils doivent être augmentés des sacrifices de temps. Les journées susceptibles de travail consacrées à la grève sont des journées de salaire perdues. Il y a donc lieu de considérer comme perte ce qui n’a pas été gagné pendant ce temps-là. L’estimation est difficile, le nombre des grévistes ayant varié chaque jour. Toutefois en supposant que le chiffre minimum de 700 grévistes n’ait jamais été dépassé (et il y a eu des mois où il était doublé) la valeur des journées, calculée aux prix du tarif, donnerait à elle seule 1,126,125 francs. Il est probable qu’en réalité cette somme a dû être de plus d’un million et demi de francs, auxquels il faut ajouter les 615,025 fr. de dépenses certaines détaillées plus haut, soit en tout plus de 2 millions. Avec ce même capital les ouvriers auraient pu s’établir.
- Les sacrifices qu’ont dû s’imposer les patrons sont encore plus considérables.
- Pour importer en Angleterre 47rmaçons étrangers, dont 166 sont venus d’Amérique, les patrons ont dépensé 142,750 francs et 45,000 pour amener à Londres 600 ouvriers anglais ou écossais. On estime à environ 62,000 francs les frais de voyage, de police, les commissions aux recruteurs etc. Quant au montant des Intérêts des sommes engagées et des matériaux ac«
- quis, aux dégâts produits par la suspension de travaux de bâtiments commencés, etc , etc., il est impossible d’en avoir une estimation précise. A coup sûr l’ensemble des divers sacrifices des patrons doit s’élever à plus de 2 millions de francs.
- Voici donc une grève qui aura coûté plus de 3 millions et demi. Et pour aboutir & quoi ? A faire une transaction qui était possible neuf mois plus tôt et qui aurait épargné ces sacrifices inutiles, ces dépenses improductives.
- Combien faudra-t-il de temps pour les regagner ?
- Hélas, si Ton réfléchit à la petitesse du résultat obtenu par les ouvriers et au peu d’importance du sacrifice que se sont imposés les patrons, on voit qu’il faut plus de trois ans aux uns comme aux autres pour que la somme des modifications résultant de la grève atteigne le même total que la somme des dépenses faites pour elle.
- Quel aveuglement de part et d’autre dans cette obstination ! Et comme cela démontre les progrès que patrons et ouvriers ont encore à faire avant de comprendre que leur intérêt véritable des uns comme des autres ne se trouve que dans l’harmonie de leurs intérêts solidaires.
- Mais une autre chose nous attriste. C’est que des grèves semblables invétèrent dans les âmes un sentiment de haine de classe à classe Or la haine n’a jamais porté que de mauvais fruits ; ce n’est pas elle qui résoudra la question sociale. Ces haines sans cesse renouvelées, sans cesse avivées, peuvent amener —« et qui sait ? amèneront peut être — la guerre entre les classes, guerre qui pourrait détruire beaucoup de choses mais qui serait impuissante à rien fonder.
- Ed. Ciiampury.
- LA FILLE DE MON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mme Marie HOWLAND
- CHAPITRE III
- LE DOCTEUR FOREST CHEZ LUI
- Le docteur n’était âgé que de 40 ans environ, cependant ses cheveux commençaient à grisonner, et tout en haut, son crâne était légèrement dégarni. C’était un homme de moyenne taille, bien pris et large d’épaules, avec un commencement d’embonpoint. Il portait des lunettes d'acier qui semblaient faire corps avec sa personne, et sous lesquelles brillaient de beaux yeux gris qu’il avait l’habitude de fermer â demi, lorsqu’il était sous l’influence d’une préoccupation quelconque. Au repos sa bouche était
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- sévère ; lorsqu’il étudiait ou réfléchissait, sa lèvre inférieure se mettait en saillie d’une façon singulière, mais, à peine parlait-il, que sa bouche devenait d’une beauté indéfinissable, en exprimant la bonté, l’animation et l’esprit vif qui le caractérisait et le rendait sympathique à tous. En somme sa physionomie expressive et bienveillante inspirait à première vue confiance et affection.
- L’intérieur de la vieille maison du docteur, remplie de livres et de gravures, pour la plupart fort vieilles, et meublée des reliques d'une génération passée, avait un air sinon de richesse, au moins de confortable et de respectabilité. Personne n’aurait soupçonné, en considérant les apparences, que cet intérieur souffrait d’une gêne chronique et que la douce Madame Forest éprouvait la plus grande difficulté à joindre les deuxbouts. Surtout si l’on réfléchissait que ie docteur était le meilleur médecin de l’endroit et fine, de tous les côtés, on lui devait des sommes considérables.
- La vérité est qu’il ne pouvait prendre sur lui de se faire payer ; à moins d’y être absolument contraint Par la nécessité, il ne demandait jamais d’argent à Ses clients, et lorsque ceux-ci, pour reconnaître ses services, lui apportaient du grain, des fruits ou des Pommes de terre, il les laissait faire jusqu’au moment °ù son cellier était si plein que Dinah se révoltait, •^•assi, au printemps, lorsque les pommes de terre Manquaient pour la plantation, chaque fermier du v°isinage savait où en trouver, mais ne pensait Jamais à les payer au docteur. On se contentait de lui M'omettre de les rendre à la récolte, sans avoir
- l’a’ *
- air de se douter qu’un boisseau au printemps vaut
- autant que dix à l’automne. Cependant le bon doc-^eur ne se plaignait jamais, car il était aussi accommodant que possible, bien qu’il inscrivit avec grand S0ln chacune de ses transactions.
- Relativement à ses enfants, il professait ouvertement qu’il ne savait pas au juste comment s’y pren-e Pour les élever convenablement, et lorsque dans cas difficile il était embarrassé sur la conduite à hlr, il ies laissait agir à leur guise. Un exemple Montrera sa manière de faire à ce sujet : La grande ^ aMbre dans laquelle couchaient madame Forest et Jumelles était tout contre celle du docteur et fu^Me elles n’aimaient pas l’obscurité, une lampe y été a^0u^e «oit. Un soir, le docteur qui avait on course la nuit précédente, s’était couché de
- bonnû K k
- neure et Leila l’empechait de dormir en souf-ant ^ans un sifflet de fer blanc.
- R® docteur qui avait grand besoin de repos lui an<U de ie taire ; alors Leila changea son siffle-
- ment en un petit touit touit étouffé, et comme Linnie, essayait de lui imposer silence en lui rappelant ce qui lui avait ôté dit de la chambre voisine : « Oh, c’est bon, ce n’est que papa ! » répliqua Leila, Le docteur entendit cette réplique et se mit à rechercher les causes de la remarque de son enfant. Tout en philosophant sur ce sujet, il s’endormit au bruit du touit, touit, touit de Leila qui cessa seulement lorsque la fillette se fut lassée..
- Madame Buzzell, le professeur de Clara à l’école du Dimanche, nourrissait dans un coin de son cœur un tendre attachement pour le docteur qu’elle considérait à juste titre, comme un des meilleurs médecins du monde. Personne, suivant elle, ne pouvait comprendre comme lui toutes ses souffrances, et elle avalait ses prescriptions avec une foi d’autant plus méritoire, que, bien qu’elle suivit son traitement depuis plus de douze ans, elle avait de plus en plus besoin de ses soins. Cette foi sublime était sans doute basée sur la certitude que des choses épouvantables n'auraient pas manqué d’arriver sans les remèdes du docteur.
- Madame Buzzell vivant solitaire et retirée aimait beaucoup à passer une après-midi chez le docteur, à causer de mille riens avec madame Forest. Ses visites étaient quelquefois une véritable affliction pour cette dernière, qui faisait consister son orgueil de maîtresse de maison à offrir des lunchs respectables. Certes, il y avait toujours à la cuisine abondance de lard et un tonneau de belle farine de maïs ; les goûts méridionaux de Dinah s’en accommodaient, et la famille pouvait toujours se rabattre là-dessus faute de mieux, mais ces mets ne pouvaient suffire à la table du thé où, suivant les meilleures autorités, des gâteaux et des biscuits chauds à la crème sont absolument de rigueur.
- Certain jour, juste avant déjeuner, madame Buzzell envoya un billet à son amie pour l’informer qu elle passerait l'après-midi avec elle « si elle l’avait pour agréable » Or, à ce moment précis, la chose n’était rien moins qu’agréable, car les provisions étaient rares, plus rares en vérité que jamais; cependant madame Forest répondit qu’elle était ravie de recevoir la visite annoncée, sans se douter, probablement, du mensonge de convention que contenait sa réponse.
- Pendant que sa maîtresse écrivait ce billet, Dinah était dans la cuisine aux prises avec les jumelles ; leur espièglerie était allée juqu’à jeter le chat dans la bouillie de maïs de « tante Dinah »; celle-ci qui, malgré ses plaintes bruyantes, endurait cependant beaucoup de choses de la part des enfants perdit
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- cette fois patience; elle s'arma d’ane de ses énormes pantoufles de lisière; et en fouetta l’enfant terrible; Madame Forest entendit le vacarme et envoya Dan chercher ses sœurs; toutes deux pleuraient et criaient à qui mieux mieux, car en principe l’une ne pouvait jamais pleurer sans que l’autre l’imitât aussitôt, La mère descendit alors à la cuisine, et tança Dinah pour avoir pris lâ liberté de corriger les enfants; mais la vieille servante était trop excitée pour en * tendre raison :
- « Je supporte tout, madame » dit-elle, « mais je prends Dieu à témoin que je ne veux pas avoir de chats dans le pot de bouillie ! »
- Aux yeux du monde; la famille Forest passait pour un modèle de félicité conjugale, et l’on avait raison de penser ainsi, étant donné ce que l’on nomme aujourd’hui famille ; cependant madame Forest était loin d’être une femme heureuse. Cela tenait en partie à sa santé délicate, qui l'entretenait dans cette situation d’esprit que l’on nomme « broyer du noir », et lui faisait chercher dans des rêves, et outre tombe, le bonheur qu’une plus forte et plus raisonnable nature aurait trouvé dans les réels agréments de son entourage.
- Bien qu’il y eut plus de huit ans qu’elle avait perdu son fils Arthur, elle s’abandonnait encore quelquefois à ce sujet à des regrets trop vifs, Et comme elle voyait ie docteur, toujours calme et soumis à ce qui est inévitable, accepter les leçons du malheur, tâcher de les appliquer dans la vie journalière, éviter de réveiller les souvenirs douloureux et ne s’expliquer que par un état maladif de sa femme cette disposition qu’il appelait « un luxe de chagrin », Celle-ci l’accusait de manquer de cœur et de sympathie pour elle.
- Dan, de son côté, donnait à madame Forest des peines de toutes sortes. Elle avait toujours fait de lui son idole et il était bien dur â la mère de voir que tant d’atnour n’était parvehü à guérir son fils d’aucune de ses mâtivaisés habitudes.
- Dés allnëes d^flbction h’âvaiertt pü apprendre à Dan à ôter sdn ehâpeâü ën entrant dans la maison ; chaqtle jour dë lâ Vie il parcourait les appartenants âvéc sës s'oülierS crottés, ët, quoiqu il eut presque quatorze ans, il avait conservé l’habitude de descendre l’escalier â Califourchon sur la rampe. 11 tourmentait sans cesse les jumelles, vexait Clara par tous les moyens possibles, sortait et rentrait sans permisSidh et quand bon lüï semblait et se montrait à table dune gaucherie Sâns pareille.
- Le matin ihêthe delà visite du madame Buzzel, pendant lë déjeuner, le docteur lui dit ën servant la bouillie de niâïs :
- Dany mon garçon, le tintamare de la maison m’a empêché de dormir ce matin et mes nerfs sont un peu surexcités; aussi, je te prie, ménage-les et fais moi le plaisir de m’avertir lorsque tu voudras renverser ton verre ou jeter bas ton couteau en nettoyant la table avec tes manches-«. Dan, qui avait plus d’affection pour son père que pour aucun être au monde, baissa la tête et répondit gentiment :
- Je ne ferai ni l’un ni l’autre ce matin, pajpa-Tout en parlant, il fait de vigoureux efforts pour mélanger un morceau de beurre très-dur à la bouillie que son père venait de lui servir,et Tassiette, quittant tout d’un coup la table, alla s’étaler sens dessus-dessous sur le plancher. Madame Forest poussa un cri de désespoir, pendant que Clara se levant tranquillement enleva les débris et donna une autre assiette à Dan dont la confusion augmenta en voyant rire son père.
- N’y prends pas garde, mon enfant, dit le docteur, mettant doucement sa main sur l’épaule de Dan ; cette fois-ci c’est plus ma faute que la tienne ; je t’avais rendu nerveux par ma critique.
- L’idée de rendre Dan nerveux était, à cause de sa nouveauté, un compliment exquis, et le docteur voyant que cette fois l’enfant était réellement honteux, s’empressa de changer la conversation. « C'est donc toi mademoiselle Malice, » dit-il â Leila assise dans sa grande chaise à la droite de Dan, « c4est donc toi qui avais résolu de cuire le chat dans la bouillie ce matin ? je suis content que tu n’aies pas réussi et t’engage à ne pas recommencer. »
- « Ze Luirai le iat demain, ze le tuirai bien sûr. » « Vrai, » dit lë docteur en s’efforçant de réprimer une envie de rire, « Eh bien Leila si tu recommences encore, j’espère que tu recevras une double correction avec la pantouffle de Dinah; de plus papa ne t’embrassera pas.et 11e te laissera pas mettre à table hveC lui de toute la semaine. »
- « Pauvre Kitty.il a bien mal aux pattes, * dit Linnie qui parlait bien mieux que sa sœur, et dont le cœdr était aussi plus tendre.
- Le docteur complimenta Linnie de ses bons Senti-4 monts et fit un petit sermon à Leila sur la cruauté, puis, quelqu’un ayant sonné, il fut obligé de sortie pour voir un malade.
- Dans la matinée, madame Forest consulta Clard au sujet du lunch de l’après-midi qui ne laissait pus de l'inquiéter, car, disait-elle, il n’y avait rien â 1* maison. ’
- h Pourquoi vous tourmenter ainsi, maman, répon*4 dit Clara, h’aveié vous pas de beau pain bis frais, du délicieux fromage* des fruits en quantité et Dînai*
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- ne peut-elle pas faire de la bouillie de maïs ? Jamais madame BùzZéll hé mange dé bouillie èt je sais qu’elle sera ravie d’en aVbir. Papa trouverait ce lunch excellent, et je suis sûre que ce qui satisfait mon père doit contenter tout le monde, *
- * Oui, mon enfant, cela suffit âàns doute, mais c’est un, affreux vieux brouet. Jamais on h’a servi un lUnvh pareil. Tu le sais, le goût de madame fihzzell est difficile, èt j’àimê à lui offrir quelque clioSe de saj voureux. Certainement ton père â üh bon crédit Chez l’épicier, et quoique je n’en aie jamais usé jusqu’à présent, je serai obligée de faire exception aujourd’hui, car il nous faut absolument du beurre et du sucre. »
- « Mais, maman* vous le savez, madame Buzzell se plaint toujours de l’estomac* vous ne devriez jamais lui donner que des mets légers, comme le lunch que je vous ai proposé \ je voudrais même exclure le fromage* il pëùt détruire l’effet des drogdéS de mon Père, # dit Clara en riant.
- A ce propos, madame Ëorest fit une dissertation sur ià négligence qu’apportait le docteur daiis le recouvrement de ses honoraires, « enfin, mon enfant, » dit-elle, « je m’en remets à la providence. » C’était toujours ainsi qu’elie terminait ses homélies, sur la façon déplorable dont son mari gouvernait ses affaires et* évidemment, semblable abandon était à ses yeux une preuve de grande vertu, comme si la providence avait dû vivement ressentir la confiance dentelle l’houorait. Cette conversation, qUi àvhife lieu dans l’office et allait peut-être se continuer Sur Ce SUjèt transcendant, fut interrompue par l’arrivée de DillUli venant du premier avec Un seau d’eau salé.
- Au même moment la providence faisait son entrée dans la cour, sous la forme d’un char-à-bancs qui Ÿint s’arrêterdevant la porte de la cuisine.
- (il suivre).
- ASSOCIATION PRIVÉE POUR L’INSTRUCTION
- E. Astier de Nydüs (Drôme) se propose de fbhder ^ue association pour répandre l'instruction au moyen de cercles, de réunions, de lecture et do bibliothèques Populaires.
- É existe des associations semblables dans beaucoup de pays et quelques unes sont devenues très-puissatiteS. ^ous ne voyons pas de raison pour que dès œuvres de nature ne So créent pas en France.
- La Ligue de Vetiseignèment dont nous avons déjà ontretenu nos lecteurs ne poursuit pas üü autre but nous avons montré quels importants résultats elle a déjà obtenus. Nous attendons davantage encore dans i avenir. Nous encouragerons toujours les efforts que era l’initiative individuelle dans la poursuite de Ce but Scellant,
- Yoici à quels point do vue se place M» Âstier dans les diverses brochures qu’il'a publiées*
- « Il faut nécessairement, et avant tout, que tous ceux qui veulent Conserver et fonder définitivement la République en France, et .y implanter avec elle, la paix et la liberté, il fâut, disons-nous, qu’au préalable, ils y transplantent profondément la science et l’instruction qui sont* les racineB, le cœur, l’âme de la République. Il faut qu’fis en arrachent, qu’ils en extirpent l’igiiorance, l’erreur, ces mauvaises plantes, le poison mortel, la ciguë, l’aspic ou le basilic de la République et de la société.
- Il faut que le monde se pénètre bien de ce fait, de cette vérité incontestable, que là République ne prend raciné, qiié dads le terrain cultivé par là science $ qu’elle ne pousse que dans les climats échauffés et éclairés par l’instrüction ; qu’elle végète et qu’elle meurt dans tous les pays arides et stériles où domine l’ignOfance* où prospère l’erreur, où fleurit l’illusion, où triomphe l’orgueil, l’envie, l’ambition, la jalousie et l’hypocrisie.
- Loin de notts là pèüsée que le gouvernement de la République ne fàssé pâS tout Ce qü’il peut et tout ce qu’il doit pour la science, pour l’instruction, au contraire, nous àifiidns à reconnaître et à constater que le gouvernement de la République fait bien tout ce qu’il peut et tout ce qu’il doit pour la science et pour l’instruction -, Il faut lui rendre cette justice et cet hommage. froüs le lui rendons.
- Bien encore plus loin de nous là pensée de former, comme on dit, un Etat dans l’Etat, ni celle d’élever un ëhëèighëiüent adversaire, dn cbhéüfrent contre celui de l’fîtat. C’est tout lé contraire qüi est vrai î Nous voulons, au contraire, fournir un aide, un ahxiliaire à l’enseignement de l’Etat, hoirs Voulotis fourbir uh Collaborateur, un coassocié au gouvernement dans cette tâche immense. Gèlà ëst si vrai, que nous ne séparons pas, nous ne distinguons pas le gôüverhémént dé notre association, ni son enseigement du notre* ainsi que l’indi-qttèrâ notre projet de statuts.
- La science, l’instruction est un champ si vaste, un terrain si profond que le gouvenement seul üe saürait suffire à le cultiver. — Ce h’est pas trop du Concours de tous les bons et honnêtes citoyens qui veulent consacrer leurs fbrCéS, leur bonne volonté, leur intelligence à la culture de ce trésor immense, de cette source inépuisable. i»
- M. Astiet Considère que pOut atteindre eë but la fondation d'un journal est nécesssaire.
- « En outre, dit-il, il faut qu’un comité spécial soit institué potir rechercher ét recueillir tout cë qu’ii y a d’important pbür l’ihslructioü populaire, potir composer àtec Ces matériaux uh grand nombre d’ouVfages instructifs, scientifiques, d'tine moralité, d’üüë véracité ët d'une authenticité incontestables, ét à l’abri de tout reproché fondé et dé bonne fdi.
- Pour que ces ouvrages répondent exactement à leür but et à leur destination, ils devront être Variés sous toutes les formes èt à tous lëS prix, pour correspondre à
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- toutes les bourses, à toutes les positions, à tous lçs états, et pour que tous les goûts, toutes les intelligences y trouvent leur nourriture intellectuelle.
- Le comité devra donc éditer de petites brochures depuis Ofr. 25 jusqu’à 1 fr. au plus, pour les petites bourses pour l’ouvrier, pour le travailleur, pour l'artisan, pour toute la masse des citoyens qui n’ont ni beaucoup d’argent, ni beaucoup de temps à consacrer à leur instruction nationale ou sociale.
- Puis le comité éditeur ou rédacteur réunira plusieurs de ces petites brochures en un seul volume cartonné ; il variera ces volumes, comme il a varié les petites brochu res, et il formera ainsi des ouvrages solides qui pourront varier entre un et trois ou cinq francs, pour ceux qui ont un peu plus d'argent et un peu plus de loisirs à consacrer à la lecture. »
- Espérons que cette œuvre sera sérieusement étudiée et qu’on l’encouragera.
- QUELQUES MOTS SUR LA CRÉMATION
- Réponse à M. Fauvetï.
- L'Anglo-Américain, Times du 8 mars contient les lignes qui suivent:
- On revient à la crémation aux É tats-Unis. La femme d’un photographe de Cincinnati vient d’être incinérée en présence de son mari, M. Ben Pitmaun et du docteur Le Moyne. En 18 minutes, le corps a été complètement détruit: il a fallu 1 h. 3/4 pour l’amener à l’état de poussière. Le refroidissement s’est fait en 30 heures.
- C’est pour la 2e fois que l’appareil Le Moyne fonctionnait. Il est enfermé dans une maçonnerie de briques couverte en fer.
- Julius Kircher, fabricant de papiers peints, a incinéré son fils, Agé de 8 jours, dans le foyer de son établissement. En 15 minutes, le corps de l’enfant, qui pesait 7 livres, a été réduit en une cendre blanche pesant 2 onces 1/3, qui a été placée dans un papier blanc enfermé dans une urne en argent,
- A Utah, le docteur C.- F. Winslow, fit construire pour lui un foyer qui coûta 1500 dollars. Son corps fut au bout de 2 h. 1/2 réduit en une cendre blanche pesant 3 1/2 livres. Cette cendre, sans odeur, a été déposée dans l’ancienne habitation du défunt, dans le Massachussetts.
- Le Ier cas de crémation se produisit, il y a vingt ans environ (juillet 1856), dans la Caroline du Sud. M. Henri Berry avait exprimé la volonté d’être brûlé après sa mort. Pendant l’opération, un ministre Baptiste récitait des prières.
- En Angleterre, l’idée de la crémation n’est pas abandonnée et nous avons vu à Londres, à Langham-Hall, où un ministre dissident officie tous les dimanches, un livre religieux de M. Ch. Voysey, où se trouve une prière à réciter pendant la crémation.
- Voilà la citation dans toute sa sécheresse anglo-saxonne. Il est facile de comprendre que le fait présenté brutalement de la sorte puisse répugner à des personnes qui laissent dominer la ’ raison par le premier mouvement. Mais ce qui nous étonne c’est que la même répugance puisse se produire chez des penseurs habitués à la réflexion.
- Cette répugnance, nous la trouvons sous la plume d’un écrivain fort estimé dans le monde de la pensée et que
- personnellement nous affectionnons beaucoup. M. Ch. Fauvety consacre dans la revue qu’il dirige, la Religion laïque, un article relatif à la crémation des cadavres.
- M. Fauvety estime :
- Que c’est troubler l’ordre de la nature que de priver le sol des éléments qu’il nous a fournis pour construire notre corps terrestre ;
- Que nous devons ne pas interrompre le circulas vital qui existe à la surface du globo et qui fait que ce qui vient de la terre retourne à la terre ;
- Enfin, que les cimetières au lieu de rester dans des enceintes étroites doivent être élargis et transformés en sorte de bois sacrés ayant autant d'arbres que de tombes.
- On le voit, les arguments de M. Fauvety ne reposent sur aucune prévention superstitieuse de résurrection de la chair ou autre, ce qui permet de discuter avec lui.
- Malheureusement, la valeur scientifique rte ses arguments est nulle. M. Fauvety était distrait, car il sait cela aussi bien que nous.
- Le fait que l’on incinère un cadavre au lieu de le lais-r ser pourrir, ne prive pas la nature d’un seul molécule de matière. La quantité de corps simples renfermés dans le cadavre se trouvera identique après la combustion. Rien ne se crée, rien ne se détruit, et la crémation, pas plus qu’autre chose, ne détruira un seul molécule. Le sol ne sera pas privé des éléments qu’il nous a fournis pour construire notre corps terrestre, car ces élémenLs se retrouveront en entier dans les cendres et dans les gaz produits. Ces gaz peuvent échapper à l’œil, ils n’en existent pas moins et la nature sait bien où les reprendre quand elle en a besoin pour des combinaisons nouvelles.
- Cela n’entravera pas davantage le circulas vital. Est-ce que j'entrave ce même circulus en brûlant de la houille ou du bois ou même en laissant volatiliser de l’ammoniaque? Pourquoi l’incinération des cadavres l’eutravérait-elle?
- Reste la question de l’amélioration des cimetières. Les cimetières actuels sont le fléau des villes et M. Fauvety n’essaie pas de les défendre. Au contraire, il voudrait les voir dans de grands espaces ; au-dessus de chaque corps mis en terre un arbre serait planté de façon à former comme un bois sacré autour de chaque ville ou de chaque village; le pauvre n’aurait plus l’amertume de voir enfouir ceux qui lui sont chers, pêle-mêle avec des inconnus, dans une fosse commune sans décoration ni verdure et à deux pas des mausolées de marbre des heureux de ce monde.
- Ce serait déjà un progrès et nous connaissons plus d’une personne qui en voudra à M. Fauvety s’il arrive à faire triompher cette égalité de la sépulture.
- Mais est-ce assez ?
- Cette amélioration empêcherait-elle les dangers actuels des cimetières, l’empoisonnement des eaux de source qui passent à certaines' profondeurs et vont sourdre à quelques lieues de là, l’émanation de gaz pernicieux qdo la végétation la plus riche est impuissante à absorber ?
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- Ces inconvénients seraient réduits, ils ne seraient pas supprimés.
- En outre, M. Fauvety songe-t-il bien à l’immensité des superficies qu’un semblable système nécessiterait ? Londres est peuplée de trois millions six cent mille mortels. Songez aux dimensions qu’aurait le bois sacré de la seule ville de Londres, à raison de un arbre par mortel (1). Si encore ces bois sacrés pouvaient avoir les avantages d’un parc. Mais non. Ils seraient toujours malsains et les joyeux ébats des enfants courraient la chance d’être interrompus par la rencontre fortuite, au détour d’une allée, d’un sombre corbillard accompagné de fossoyeurs.
- Avec la coutume de l’inhumation on est pris dans un cercle vicieux.
- Ou bien il faut respecter les sépultures et déclarer les tombes inviolables.
- Ou bien il faut établir la réouverture périodique des tombes.
- Dans le premier cas, il est indispensable de retirer aux vivants de vastes espaces de terrain que l ’on donne aux morts : fait regrettable.
- Dans le second, les familles sont exposées à voir profaner les restes de ceux qui leur sont chers : fait douloureux.
- Elle a même aux yeux de l’ami du progrès une très-grande valeur et c’est là surtout ce que nous voudrions signaler à l’attention de M. Fauvety.
- L’inhumation entretient le préjugé de la résurrection de la chair et la croyance aux revenants. Établissez la crémation et ces préjugés tombent d'eux-mêmes.
- On a beau dire ; l’idée de la crémation fait son chemin et dans plusieurs contrées elle est sur le point de passer dans le domaine des faits.
- Gela est surtout vrai pour les pays protestants., car, dans les pays catholiques l’Église fait une forte opposition. Elle ne nous parait pas logique avec elle-même, car sur quoi peut-elle se baser pour interdire la crémation des morts, elle qui a pratiqué sur un pied si large et pendant tant d’années la crémation des vivants.
- Ed. Champ ury.
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- Chronique scientifique.
- NOUVEAUX OBSERVATOIRES
- Dans l'un des cas comme dans l’autre, il y a des intérêts lésés ou des affections froissées.
- Rien de semblable avec la1 crémation. Le cadavre une fois en cendres n’a plus qu’un très-petit volume ; une urne suffit à le contenir, et cette urne peut rester dans les familles si celles-ci le désirent.
- Pour beaucoup de personnes il est douloureux de Çnitter un pays où se trouvent les tombes d’êtres aimés. Rn grand poète exilé a retracé ce sentiment dans des Vers tout baignés de larmes (*). Du jour où l’on renferme les cendres dans des urnes, ces séparations seront épargnées. Souvenez-vous d’Agrippine revenant de Syrie à Rome avec les cendres de Germanicus.
- Ah î là encore l’antiquité était plus poétique que nous, tandis qu’elle livrait aux flammes les restes mortels de ses défunts, nous préférons enfouir sous terre ceux des nôtres, et les livrer en proie aux vers et aux plus pestilentielles putréfactions.
- R suffit de réfléchir un instant à ce que devient sous terre le cadavre humain pour que le cœur se soulève de dégoût. Ah 1 si vous respectez les morts, brûlez-les, ne 1®S laissez pas pourrir.
- L’est là sans doute ce que Byron voulut épargner à son aini, le grand poète socialiste Shelley, lorsque trouvant SUr la plage le corps de cet infortuné jeune homme roulé Tar les flots de la tempête, il n’hésita pas à le livrer aux
- flammes.
- Ÿous voyez que la crémation n’est pas, lorsqu’on y ^fléchit, une chose aussi répugnante que l’inhumation.
- (1) A Paris, il est mort 53,363 personnes durant l’année 1877.
- R*re la pièce de vers A celle qui est restée en France, dans * L°Memplati0ns>
- Le mois de Mars 1878 laissera d’heureux souvenirs aux personnes qui s’intéressent à l’astronomie et à la météorologie. Il semble que jamais ces deux sciences n’aient été pareillement à l’ordre du jour.
- Le ministre a demandé et obtenu l’affectation à un observatoire d’astronomie physique de l’ancien parc réservé de Meudon, des raines du château, de ses terrasses et de ses dépendances. Le choix est des mieux justifiés. Dans plusieurs capitales on a déjà reconnu l’utilité d’établir les observatoires hors ville, sur des terrains exempts de vibrations du sol et dans une atmosphère sans fumée ni rayonnement du gaz. Or à Meudon l’étendue de l’horizon et la pureté de l’air ne laissent rien à désirer.
- 170,000 francs suffiront pour adapter le château incendié à sa nouvelle destination.
- Cet observatoire sera doté d’nne lunette équatoriale pouvant lutter avec celles de Greenwich et de Vienne. Ce magnifique instrument qui figurera à l’Exposition universelle possède un objectif de 67 1/2 centimètres. Il est construit par M. Eichens et coulera à lui seul 250,000 francs.
- La dépense totale que nécessite le nouvel observatoire s’élèye à 690,000 francs.
- Les grands travaux de photographie céleste nécessitent un personnel spécial qui coûtera 158,000 francs.
- La création de cet observatoire fait le plus grand honneur à M. Bardoux. L’Académie des sciences la réclamait depuis 1869,
- Paris s’était laissé devancer sur le terrain de l’astronomie physique par deux capitales européennes et par un observatoire privé américain, Enfin c’est à Marseille et à
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- Toulouse que sont dues les principales découvertes as -tronomiques faites ces derniers temps en France. Il devenait urgent pour Paris de ne pas se laisser distancer.
- N'oublions pas non plus la part qui revient à M. Jans-sen dans cette décision. Depuis trois ans l’illustre astronome a établi ses appareils sur la grande terrasse de Meudon entre autres l’équatorial de 8 pouces qui lui a servi au Japon pour l’observation du passage do Vénus sur le soleil,
- Cette mesuré administrative n’est pas restée isolée.
- Dans la seule journée, le 16 mars,, le Journal officiel a publié trois décrets instituant des observatoires. Deux seront consacrés à l'astronomie et à la météorologie et seront construits, l’un à. Bordeaux, l’autre à Lyon,
- Un troisième observatoire, plus complet celui là, sera construit à Besançon. Il comprendra, en plus des deux autres, une section chronométrique, chargée, comme cela a lieu dans quelques observatoires suisses et anglais, de comparer la marche des montres à la marche des astres. On sait que l’industrie horlogère a pris une importance assez considérable à Besançon, mais que les fabricants de cette ville ne pouvaient lutter de précision avec leurs voisins de la Suisse, faute d’avoir comme ceux-ci un observatoire astronomique pour vérifier les réglages. A l’avenir ils auront les mêmes facilités que leurs concurrents.
- L’importance de l’astronomie pour la mesure du temps est chaque jour mieux établie et chaque jour aussi la précision dans la mesure du temps devient de plus en plus nécessaire pour la détermination des points géographiques et des points maritimes.
- L’initiative privée à compris cette utilité et ne reste pas en retard des efforts de l’Etat.
- Il y a peu de jours, le général deNansouty, l’héroïque fondateur de l’observatoire du pic du Midi, qui rend de si grands services à la science et à l’agriculture de cette région, demandait à la munificence publique une somme de 20,000 francs pour terminer les travaux de construction et d’aménagement de son établissement.
- Le lendemain, M. Baggio, de Carvin (Pas-de-Calais), envoyait, une somme de 6,000 francs et peu de jours après la Souscription publique était couverte par uu versement de 18,000 francs de M. Bischoffshcim, le même généreux donateur qui a déjà çonsacré 30,000 francs aux frais d’études du passage de Mercure.
- En ce moment cet observatoiro est plus particulièrement consacré à la météorologie, mais on affirme que M. de Nansouty est dans l’intention d’y donner peu à peu plus d’extension à l’astronomie.
- Dans un ordre de faits plus modeste mais non moins satisfaisant nous pouvons signaler la fondation à Agen d’un petit observatoire populaire. Un amateur a fait don do l’emplacement et la Société d’astronomie, qui compte de nombreux adhérents dans le Lot-et-Garonne, met au service des personnes qui voudront étudier, une lunette de 107 millimètres de diamètre à l’objectif, de 1 mètre 30
- de longueur fermée et jouissant de 6 oculaires grossissant 60, 76, 90, 120 et 225 fois.
- Ce mouvement en faveur de l’astronomie est du meilleur augure.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- L’Église démocratique et sociale de la Liberté, par le Dr Junqua,l vol, iu-18. —Paris, Sandoz et Ficsch-bacher.
- M. Junquaestun des rares prêtres qui aient refusé de souscrire au Syliabus. En 1872 il fit au cardinal-archevêque do Bordeaux une déclaration très-hardie dont toute la presse s’occupa et qui valut à son auteur deux années de prison. A peine avait-il recouvré la liberté qu’une nouvelle condamnation à 6 mois le frappait.
- Ces actes de rigueur ont été impuissantes à lui faire abdiquer ses convictions. Il est plus indépendant que jamais et pour mieux affirmer celte indépendance il s’est marié civilement. A l’heure qu’il est il appartient de fait au parti républicain et dans ses publications il commente avec chaleur la Déclaration des Droits de l’Homme taudis que ses anciens collègues se délectent à paraphraser le Syliabus.
- M. Junqua est même très hardi dans ses commentaires politiques ; malheureusement il l’est beaucoup moins dans tout ce qui touche à la religion. On sent encore en lui le Docteur de la Sapience. C'est ainsi qu’il ne tient aucun compte des travaux de la science moderne. Il veut fonder une église qui reposerait sur la Bible et qui laisserait à chacun la liberté de prendre ce que bon lui semble des mystères évangéliques, quelque chose comme la secte de l’abbé Châlel en 1830 ou l'église de Ronge en 1845. C’est un peu du protestantisme libéral, avec cette différence toutefois que les libéraux protestants tiennent compte de la science et font joner à celle-ci le rôle que les Conciles remplissent dans l’Eglise catholique. Ils en sont venus à trouver à la Bible une valeur nouvelle et dépassant de beaucoup celle qu’on lui attribuait auparavant, la saveur religieuse des livres qui la composent est plus que doublée ; la raison trouve son compte à cette lecture; les espérances qui en résultent sont plus larges et les enseignements mieux définis.
- M . Junqua, de même que les personnes de tous cultes ou celles qui n’en ont aucun, pourront se convaincc de la vérité de nos affirmations en consultant la Bible des Familles, explication historique des Ecritures, entreprise pard'ém5nentsprofesseurghollandals,MM.Oort,HooykaaS et Iluenen, ouvrage qui vient d’être traduit par MM* Ghavannes et Van Hamel,
- En tous cas les efforts de M. Junqua, bien qu’insufïl-
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- sauts à nos yeux, méritent la sympathie de toutes les j personnes qui revendiquent pour chacun le droit de dire I ce qu’il pense.
- On trouve dans le volume VÉglise démocratique et sociale de la Liberté des chapitres que nous signerions des deux mains le commentaire de l’aaticle 4 de la Déclaration des DroiLs de l’Homme est parfaitement juste. C’est à tort que cet article 4 autorise la loi à ordonner ce qui est utile. La loi ne doit ordonner que ce qui est juste et l’histoire est là pour montrer que ce qui est utile n’est pas toujours juste. Nombreux sont les crimes que l’on peut jus-tifier par la morale utilitaire ; la mise à mort des lépreux n’était pas autre chose que l’application de cette prétendue morale.
- Nous recommandons aussi à nos lecteurs le commentaire des articles 16,17,18.
- Si l’ouvrage que M, Junqua prépare et que nous sommes heureux d’auuoncer est entièrement dans le môme osprit nous n’aurons que du bien à en dire.
- Cet ouvrage comprendra 2 volumes et aura pour titre : De la justice dans l'usage de la propriété. Daus notre prochain numéro nous en publierons quelques fragments qui nous sont communiqués sur les épreuves.
- E. G.
- Antiques et Modernes, poésies par Germain Picard,
- 1 vol. in-18. —Paris, librairie des Bibliophiles.
- Antiques et modernes, ces poésies ?
- Oui, Monsieur, mais modernes surtout, modernes par *e pensée comme par la forme.
- M. Germain Picard, leur auteur, n’est pas un nouveau Vehu dans le monde des lettres ; il a fondé le journal le Parnasse, qu’il dirige encoro et publié plusieurs vulu-^es de boutades et do satires en vers ainsi qu’un volume prose, Artistes et Bourgeois, (Paris, A. Dercnne, ) dans lequel il a réuni deux fantaisies fort originales et assez Pilleuses, écrites dans un style sobre, ferme et précis. ** clarté et la simplicité c’est là surtout ce qu’affectionne n°lrepoète. G’est aussi dans les sujets qui exigent ces qualités que son talent doDno bien sa mesure. Prenez Par exemple dans Antiques et Modernes la jolie chanson ^'Aiguille ou le fragment Autrefois dans la Qriselte ; cela est ü’une vérité parfaite que la netteté et la simplicité de la forme font ressortir avantageusement. Peut-ôtrey a-t-il ^ans cet ordre de sujets tout un filon inexploité que M. Ricard pourrait faire sien.
- n’est pas à dire que M Picard doive préférer ces inspirations à d’autres plus élevées. Loin do nous cette Pensée car nous avons lu dans Y Union littéraire de Toulouse du 20 mars une poéste de lui sur le Génie qui est Contestablement très-belle et très-élevée.
- d’autres publications nous sont parvenues dont nous rehdrons compte dans notre prochain numéro.
- LES BIBLIOTHÈQUES DES HOPITAUX
- Nous avons parlé dans notre dernier numéro de cette œuvre intéressante.
- M. Bourneville, membre du Conseil municipal de la Ville de Paris, veut bien nous adresser à ce sujet quelques observations qui complètent et modifient légèrement ce que nous avons dit.
- Le legs de 7,000 francs du docteur Godard a bien eu pour but de doter 3 hôpitaux de Paris do bibliothèques à l’usage des malades, mais au moment de ce legs plusieurs établissements hospitaliers possédaient déjà des embryons de bibliothèques.
- Voici en quels termes M. Bourneville recommandait cette œuvre au Conseil municipal de Paris dans la séance du 14 juillet 1877.
- Composées avec goût, sans parti prix, avec l’idée qu’on s’adresse non à des enfants, mais à des femmes et à des hommes ayant l’âge de raison ; composées dans la pensée do concourir tout à la fois au délassement et à l’instruction des malades, ces bibliothèques contribueraient à abréger les longues et tristes heures de l’hôpital et de l’hospice. Signalées par la presse à tout le monde, on verrait bientôt, les dons affluer de tous côtés, et nous avons la conviction que, quand elles seraient installées, la générosité publique nous laisserait peu de chose à faire pour assurer leur fonctionnement régulier, leur agrandissement progressif.
- Dans la même séance le Conseil municipal a émis le vœu « que l’administration de l’assistance publique soit invitée à étudier l’organisation de bibliothèques pour les malades. »'
- Nous recommandons particulièrement à MM. les professeurs, ingénieurs, et en général à toutes les personnes qui s'occupent de sciences le journal la Revue scientifique suisse.
- Cette publication, qui commence sa seconde année, a surtout pour but la vulgarisation de la science. A part quelques communications géographiques ou industrielles, ses articles sont originaux et le plus souvent accompagnés de gravures explicatives.
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- — Pangermanisme et Panslavisme, par E, Littré. — Variétés. — Bibliographie.
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- NUMÉRO 7
- 3mtmal hMomadairo paraissant Icj ïDimancho DIMANCHE 21 AVRIL
- Devoir
- POLITIQUE
- législation
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- religion
- MUTUALITÉ SOLIDARITÉ - FRATERNITÉ
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- TRAVAIL
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- Rédacteur en chef : B. Ed. CHAMPURY
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- SOMMAIRE
- ^°cictUsme pratique. — Progrès du sens politique. Les Ecoles publiques. — Bulletin politique de semaine. — Variétés.—Le Justîcialisme. — Protection et libre-échange, — La Fille de mon Père. —. Fédération britannique. — Bulletin Bibliographique. — Chronique scientifique.
- Nous avons promis dans le premier numéro de ce journal d’entretenir quelquefois nos lecteurs du Familistère de Guise, de manière à leur faire connaître cette fondation.
- Quelques-uns de nos abonnés nous rappellent cette promesse, et témoignent de leur impatience que nous ne l’ayons pas encore réalisée.
- En promettant d’aborder dans Le Devoir l’examen des expériences pratiques d’institutions sociales, nous ne croyons pas qu’il soit inutile d'exposer les principes qui en justifient la conception et l’application. C'est‘ce que nous avons fait en cherchant à démontrer, dans plusieurs articles précédents, que la morale dans l’humanité a pour premier objet d’améliorer la condition sociale de l’homme, et de lui indiquer les voies du progrès de la vie.
- Il faut bien que nous mettions sous la protection de certains principes les opinions que nous aurons à émettre, afin que nos lecteurs puissent en apprécier la valeur. C’est pourquoi nous avons cru d’abord devoir démontrer qu’il n’y a de morale vraie dans l’humanité, de religion réelle parmi les hommes, que celles qui leur enseignent h pratiquer le bien les uns à l’égard des autres.
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- Nous avions besoin do poser ces premiers principes, afin d’indiquer le véritable caractère des institutions et des réformes que l’on peut ainsi appeler à bon droit des améliorations et des réformes sociales, puisqu’elles ont pour conséquence de concourir au bien social dans l’humanité.
- Ce que le Devoir fait dans le but que nous venons d’indiquer^ il doit le poursuivre sans arrêt dans l’intérêt de la vérité et de la science ; il faut, au milieu des incertitudes encore si générales sur les droits et les devoirs de l’homme en société, que les vrais principes soient mis en évidence, afin que la pensée humaine s'en imprègne et en fasse son profit,
- Nous devons faire remarquer à nGS amis que tout ne peut se faire en un jour ; il faut fonderie journal, organiser sa rédaction, lui trouver les concours nécessaires, assurer ses services, et surtout lui procurer des lecteurs pour en faire un organe utile, car le meilleur journal du monde serait sans résultat s’il n’était que peu lu.
- Le journal le Devoir est et sera un organe d’étude et d’enseignement ; Ü s'adresse aux penseurs, aux hommes d’intelligence, à tous ceux surtout qui ont le désir de voir étudier les questions sociales, lesquelles intéressent l'avenir, la paix et lo bonheur du monde.
- Nous avons besoin de tous ces hommes pour lecteurs ; mais nous avons aussi besoin de leur appui pour nous aider à provoquer les abonnements. Nous avons d’abord cherché des lecteurs épris des idées saines et utiles, des abonnés désireux de voir réussir notre entreprise, en vue même d’agrandir le cercle de leur influence dans la propagation des idées de justice et de progrès social, mais, il nous faut maintenant rallier a nous tous ceux qui partagent ces mêmes idées.
- L’existence de notre journal est certaine, ce n'est donc pas à le maintenir en place que nous visons ; notre désir est autre : nous voulons en faire un organe de puissante propagande dans la sphère de toutes les idées progressives ; nous désirons sérieusement travailler à relever l'opinion de son état d’affaissement moral.
- Les tendances corruptrices d'un passé encore trop près de nous puisqu’il a su continuera se poser en obstacle au développement des institutions-républicaines, ont besoin d’être contrebalancées par des doctrines morales, sociales et , religieuses, appuyées sur les vérités acquises à la science et acceptées par la raison. C’est là l’œuvre que veut accomplir le Devoir.
- Un journal conçu dans un tel esprit ne peut espérer trouver ses lecteurs ni ses abonnés dans la foule indifférente ; il doit les chercher gur tous les points du pays et de l’étranger. La première chose qu’il est appelé à faire c’est d’assurer ses moyens d’action.
- Nos abonnés peuvent être certains que nous ne faillirons pas à notre programme ; qu’ils nous accordent donc leur bienveillant concours dans l’œuvre de propagande des vérités utiles que nous vouions mettre en lumière; qu’ils mous aident à multiplier le nombre de nos lecteurs, afin que nous abordions avec d’autant plus d’utilité les vérités d’ordre social au triomphe des-quelles nous nous consacrons.
- Nous ne nous contenterons pas, qu’on en soit assuré, de rester dans la sphère des prescriptions :,i morales; nous examinerons par quels moyens * pratiques ces prescriptions peuvent se traduire j en actes dans la société. A.
- • |
- PROGRÈS DU SENS POLITIQUE EN FRANCE ]
- On ne saurait le contester, il y a progrès du sens A politique en France.
- En aucun autre temps la période qui sépare le IG .j mai du 14 décembre ne se serait écoulé dans un calme | aussi parfait, ^
- La Chambre des députés dans les séances qui pré- ! cédèrent la dissolution du 22 juin et dans celles qui | suivirent la rentrée du 7 {novembre sut garder une J dignité parfaite malgré les plaisanteries de mauvais I goCtt de M. Brunet, les subtilités de M, de Broglie et | les fanfaronnades de M. de Four tou, -j
- La nation fut aussi calme que la Chambre et l’on | put voir des funérailles sans égales dans l’histoire se | passer dans le calme le plus parfait, -À
- Un grand orateur anglais, jadis fort peu sympathi- À que à la France, M. Glasdstone, signalait il y a quel- j
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- qucs mois ce progrès dans l'éducation politique de la France, il applaudissait à ce calme, à cette modéra-F°n, à cette fermeté dans les desseins, à cette confiance dans le triomphe de la loi sur les entreprises la ruse ou de la force, à ce profond attachement à k forme républicaine témoigné avec tant d’éclat et au milieu d’obstacles si nombreux, à toutes ces qualités enfin qui se sont implantées tranquillement, Niais d’une manière indélébile, dans le cœur de la nation.
- Fa France n’a pas démenti ce jugement. La nation asu rester maîtresse d’elle même, les Chambres ont Sa ne pas être inférieures à la nation. II y a bien eu au Sénat des résistances, des rancunes, des tontati-Yes de conflits partant de quelques vieillards habits aux anciens agissements de la politique : ces déments de discorde sont restés impuissants et ce
- fini était d'abord un confit s’est terminé par un unisson.
- Fa conduite envers l’étranger a été meilleure encore.
- La complète réserve gardée par l’opinion publique, Par la presse, et par la Chambre des Députés à l'égard la politique extérieure mérite d’être appréciée.
- Fn aucun temps la France ne s’est conduite avec Pins de sagesse et de modération et n’a tenu davan-^aSo à se faire aimer au dehors.
- Aux yeux de l’étranger, les Chambres d’un pays s°nt toujours l’incarnation vivante, la manifestation °fflcielle des vœux de ce pays. Si elles ont tort c’est 6 Pays que l’on accuse, c'est toujours lui qui en Pâtit. Un des grands avantages du régime républicain c Gst fiue les Chambres dans ce régime sont le porte-V°U de l’opinion publique, tandis que dans les Anarchies, elles sont le compère du souverain.
- F fut un temps oh les Chambres monarchistes Paient des allures toutes diüérentes de celle que IMrde aujourd’hui laChambre républicaine; elles internaient le ministre des affaires étrangères au sujet u moindre incident de la vie extérieure. Cela n'était fas toujours bien sérieux et l'on se rappelle de lors 116 sais plus quel conflit asiatique M. Dupin aîné JPnonça gravement à la tribune la prise d’IIérat par k$hah.
- Sérieuse ou non, cette continuelle immixtion du voir législatif dans les affaires diplomatiques ne Fdbua pas peu à isoler la France dans le cercle
- UéS fin
- puissances européennes.
- surtout sous Louis-Philippe que la politique prieure vint passionner à chaque instant l'esprit s Chambres et; soulever dans leurs seins des dis-«on. mouvementées. Les deux corps législatifs Mêlèrent tour à tour des questions de l’Italie et do
- l’Orient, de la Belgique et de la Pologne, sans compter l’affaire Pritchard, le Sonderbund, etc. On eut même l’imprudence de parler à la tribune des frontières du Rhin comme si la France avait plus de droit de posséder les frontières rhénanes que l’Allemagne à envier l’Alsace et la Lorraine. C’est de ce moment-là que la Prusse se croyant menacée, organisa ces armées dont le ministère Bismarck devait un jour tirer le parti que l’on sait.
- La république de 48 persista dans les mêmes errements, bien que d’une manière moins continue ; la circulaire de Lamartine est là pour le prouver. Toutefois l’Assemblée ne se mêla pas directement de la politique extérieure à l’heure où l’Europe en entier fut en révolution. Malheureusement quand vint la présidence les anciens errements furent repris et la campagne de Rome fut organisée.
- Après le coup d’Etat,après les mitraillades du boulevard, après les proscriptions à l’étranger et les déportations à Cayenne et à Lambessa, il fallut distraire les populations et la guerre de Crimée fut entreprise. On sait ce qui suivit. Cédant à des influences religieuses bien affirmées, ladiplomatiedudernier empire voulut se mêler à tout et à chaque instant on vit le Corps législatif, qui n'avait plus la liberté de traiter les questions intérieures, mettre en feu tout le monde politique européen et aggraver par cela même, dans tous les pays étrangers, cet état de méfiance cachée qui devait un jour coûter si cher au pays. C’est le Corps législatif qui lança l’affaire du Mexique, c’est lui qui interpella M. de Grammont et plus tard encouragea M. Olivier à faire la guerre.
- Oui, le Corps législatif de l’empire est solidaire de cette guerre illégitime, de cette guerre criminelle qui devait réduire tant de maisons en cendres, jeter tant de familles dans la désolation, ruiner le prestige de la France, la saigner de cinq milliards et lui faire livrer deux de ses plus chères provinces au despotisme des Prussiens.
- 1 Voilà où devait conduire l'immixtion du pouvoir législatif français dans les affaires de l’étranger.
- Combien nous sommes loin aujourd’hui de ces pratiques malsaines ï
- Les Députés librement élus parla nation sont tous favorables à la paix. C’est même à cause de ce sentiment qu’ils ont été élus.
- L’opinion publique s’est prononcée bien catégoriquement au mois d’Octobre dernier pour préférer les candidats amis de la paix à ces candidats d’aventure qui rêvaient de sauver Rome dans une guerre avec l’Italie.
- Le vote du 14 Octobre n’est pas seulement une
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- LE DEVOIR
- manifestation en faveur de la République, c’est encore un plébiscite loyal en faveur (le la paix.
- Il n’y a aucun doute pour nous que si la France n’aujourd huiaulieu d etre républicaine,avait un souverain à sa tète, il se trouverait un pouvoir législatif assez imprudent, assez insensé, assezcoupablepour se mêler des événements dont l'Orient est le théâtre et envoyer une fois encore les enfants de la nation faire cause commune avec les Bachi-Bousoucks et engraisser de leurs cadavres le sol ingrat de la Crimée.
- Au lieu de cela, la Chambre actuelle comprend, et la nation tout entière comprend aussi que ce qui fera aimer la France à l’étranger c’est une attitude opposée à celle gardée sous les autres régimes. La France maîtresse de ses destinées veut la paix au dehors et la prospérité au dedans ; elle veut donner son argeut aux écoles et aux chemins de fer plutôt qu’aux équipées du Mexique et aux occupations de Rome ; elle veut enfin le retour de l’ordre dans les finances, l’aug mentation de la prospérité générale, l’oubli du passé et la marche vers l’avenir.
- La nation a prouvé qu’elle est majeure et qu’elle se conduit mieux, une fois libre, que sous la tutelle des princes. L’Europe saura bien reporter sur le peuple français, ami de la paix par sa nature, des sympathies qu’elles refusaient aux monarchies françaises toutes imbues de préjugés monarchiques et de desseins belliqueux. Les peuples étrangers ne s’y tromperont pas; le peuple français ne voit en eux que des frères, les souverains seuls y ont vu des ennemis.
- En, Ciiampuiiy.
- LES ÉCOLES PUBLIQUES
- VI
- Pour arriver à fixer les dimensions des bancs et bureaux nécessaires à la série des âges scolaires précédemment indiqués, U faut procéder d’après les moyennes de taille d’élèves bien constitués offrant les mesures suivantes : 0™80 ; 0m90 ; l,n ; ln,10 ; ln*20; lm30 ; 11,140 ; 111150 ; lm60 ; D“7{).
- Avec les mesures do détail fournies par ces dix moyennes de taille des divers âges, on peut construire le mobilier utile pour toutes les classes scolaires, depuis celles convenant â l’éducation de la première enfance jusqu’à celles en rapport avec les études les plus avancées.
- Les mesures à prendre sur chacune de ces moyennes de taille, l’élève étant assis sur un banc contre un plan droit, sont :
- J.0.La hauteur de la jambe de dessous la cuissii touchant le jarret, jusqu’au sol;
- 2" La hauteur du torse de dessus le banc jusqu'au dessus do l’épaule ; les bras étant tendus horzonU' leinent en croix';
- 3° L’épaisseur maximum du corps, le dos étant contre un mur ;
- 4" La distance d’un coude à l'autre,'le* deux avant' bras étant tenus horizontalement, les mains croisé^ l’une sur l’autre entre les pouces et appliquées conU'6 la poitrine ;
- 5" La mesure comprise, entre Je milieu de la püi* trine et le bout des doigts, les bras étant tendus <Ul avant du corps.
- Avec ces .mesures on peut construire des bancs et bureaux propres pour chaque élève, sans tombe! dans les inconvénients dos dimensions arbritair®8’ C’est de c.ette façon- qu’on été déterminées les d1' mensions suivantes des bureaux d’écoliers :
- lij Hauteur du siège ;
- 2° Largeur du siège ;
- 3° Hauteur du dossier ;
- 4° Inclinaison du dossier;
- 5° Distance du banc à la verticale du bord du bm reau ;
- 0° Hauteur du bord.du bureau au-dessus du baik<
- 7<) Inclinaison du pupitre ;
- 8" Largeur du pupitre et du bureau ; ü° Profondeur de l’ouvrant du pupitre;
- 10,J Largeur du bandeau pour les encriers ;
- 11° Profondeur du bureau et de son banc.
- La hauteur de la jambe, en y ajoutant deux centi' mètres pour la chaussure des enfants jusqu’à l’âgP de huit ans, et trois centimètres pour celle des ék' vés au-dessus de cet, âge, donne la hauteur que d°^ avoir lo banc.
- La largeur de ce banc doit être un peu plus grïtn^ que l'épaisseur du corps ; dans ces conditions, l’él^ ct bien assis.
- Le dossierdu banc se dédut de la hauteur du toP01 il doit avoir les deux tiers de cette hauteur ; il e111' brasse ainsi les omoplates, de manière à donner $ dos un point d'appui solide et à permettre a l’él^ de passer, étant assis, le bras au-dessus du dossi^’ Un dossier plus bas sur lequel les omoplates ^ s’appuient pas, fatigue la colonne vertébrale etn*(iit pas propre au repos de l’élève.
- Le dossier doit être renversé en arrière du qu^ de la largeur du banc,.c’est-à-dire que lo banc d’?11 élève devant avoir pour largeurd’épaisseur de son corps, le dossier du banc, à Ja hauteur ^ vient d’ètre indiquée, doit être incliné de unqhai’t^ cette épaisseur.
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- LE DR VOIR
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- Etabli d'après ces mesures, Je banc réunit, en fa-
- veur de l'écolier, les commodités des sièges à l’usage des adultes dans nos habitations : les jambes se meuvent l’aise ; les cuisses sont placées dans la position la plus convenable pour éviter la fatigue causée par un banc trop haut ou trop bas ; sans se déplacer, l'élève peut’ en se renversant contre le dossier de sou banc, prendre une attitude de repos C[uj porte lo.centre de gravité du corps en sens .inverse de la position de travail qui a produit la fatigue ; iabsencs de toute gêne et l’état d'aisance dans lequel se trouvent les élèves favorisent leur recueillement et leur attention pendant, les leçons dumaître, et leur assiduité pendant le travail.
- La hauteur du bureau doit se déduire aussi do la dimension du torse ; on comprend en effet de -quelle importance doit être la relation de la table à écrire avec io degré d’élévation de la poitrine et des bras. Cette relation résulte évidemment de la proportion du torse de l’élève : une table à écrire trop haute comprime les cotes et fatigue la poitrine ; trou bas?;', elle comprime les viscères et en gène les fonctions.
- Le bord du bureau doit être élevé au-dessus du banc de la moitié de la hauteur du torse; à cette hauteur, il correspond au bas du sternum et se trouve placé en face du cartilage xiphoïde ; il se prête aux mouvements de lu poitrine sur l’abdomen, de manière à ne pas gêner l’élève et il so trouve à la hauteur de la saignée du bras, ce qui est une bonne position pour écrire.
- La distance à observer entre le bord du banc et la verticale qui passe par le bord du devant du bureau a aussi une grande importance. On voit des bancs d'école construits avec le plus grand luxe et qui n’en sont pas moips des plus incommodes parce que cette distance est trop grande.
- Il faut au contraire qu'elle suit la plus petite < os-sibie, juste le nécessaire pour que l’élève puisse se tenir debout, le jarret touchant au banc avec un peu d’inflexion et le corps étant appuyé contre le bord de U table.
- Une distance représentant lo 1/7 de la hauteur de la jambe de l’élève est suffisante; coite distance doit donc varier avec l'àge et la taille de l’élève comme toutes les autres mesures du bureau.
- La largeur du bureau pour un élève doit être celle de la mesure des avant-bras réunis, prise comme cela est indiqué plus haut ; lorsque ie bureau est fait, pour deux élèves cette largeur doit naturellement être doublée.
- La profondeur du bureau doit èlre celle de la longueur du bras en avant de la poitrine jusqu’au bout des doigts ; dans cette dimension doit être comprise l'épaisseur d’un.rebord de deux à trois centimètres de hauteur formant la partie extrême du bureau. En avant de ce rebord se trouve un bandeau plat de 0m07 centimètres de large dans lequel sont encastrés les encriers et qui sert aussi à recevoir les plumes, règles et crayons, lesquels sont contenus entre ie bord postérieur dont il vient d’être parlé et un bord antérieur qui doit être formé par rouvrant du pupitre.
- L’inclinaison du pupitre a été l’objet de bien des décisions arbitraires ; comme en torde chose il ne faut rechercher ici que la commodité de l’élève. Un | pupitre avec une pente trop forte oblige à garnir d’un rebord l’extrémité du bas de ia table, afin d’empêcher les livres et les papiers de glisser et de tomber. Mais en écrivant, l’écolier a constamment le bras posé sur ce rebord dont le contact incommode l’endolbrit ; cette disposition doit donc être supprimée. D’un autre crité, une pente exagérée du pupitre maintient la plume de l’écolier dans une position sensiblement horizontale, et empêche l’encre de descendre sur le papier d’oii résulte une certaine difficulté à écrire. La pente raisonnée à adopter, pour écarter ces inconvénients, est celle à laquelle des corps glissants comme un livre ou un cahier cessent de descendre d eux mêmes sur îe plan incliné ; ce qui a lieu lorsque nnclinaison se réduit à deux centimètres par décimètre 1/adoption do cette pente permet de supprimer le rebord inférieur de ia table et Von a ainsi un pupitre sans saillie, commode et sur lequel le-, criture se fait bien.
- La profondeur de ia table ou de l’ouvrant du bureau, se trouve déterminée par toute la surface du pupitre restée en dehors de la partie comprenant le bandeau réservé aux encriers : sa largeur occupe toute celle du bureau même.
- Lorsque le bureau est fait pour deux élèves, les ouvrants sont l'un contre 1 autre ; un simple refend en dessous sépare les caisses des pupitres do chaque élève.
- Les ouvrants ainsi disposés offrent l’avantage de ’ pouvoir se transformer en tables horizontales sur lesquelles chaque élève peut dessiner ; on place eu dessous > cet effet un livre ou un support qui les .maintient dans cette position.
- (à suivre) G.
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- LE DEVOIR
- BULLETIN POLITIQUE
- (INTÉRIEUR)
- L’apaisement se fait de plus en plus dans les esprits, La semaine qui se termine est là pour le prouver : pou ou point de mouvement politique et cependant elle a vu Olorc la session d’Àvril des Conseils généraux.
- Ce calme est de bon augure ; il démontre mieux que toutes les affirmations la confiance des républicains dans leur force et le découragement des partis hostiles. Les Conseils généraux trop souvent troublés jusqu’ici par les adversaires de la République, sont restés calmes cette fois; les discussions d’affaires y ont pris la place des débats irritants. Ce n’est pas le pays qui s’en plaindra.
- Il y a bien eu par ci par la quelques incidents, mais partout ils sont restés dans des termes courtois. Les vœux politiques émis sont sages et reposent sur un sentiment très éclairé de la situation.
- Dans les Bouches-du-Rhône le Conseil général a émis un vœu tendant à détacher la gendarmerie des attributions du ministre de la guerre pour la placer entre les mains du ministre de l’intérieur. Cela nous semble assez juste, la fonction de la gendarmerie étant une fonction de police et non de garnison.
- Dans la môme séance, ce Conseil a exprimé le vœu que le gouvernement provoque la révision de la loi sur les coalitions, afin de la mettre mieux on harmonie avec les droits des travailleurs.
- Dans l’Aisne, le Conseil général a renouvelé un vœu précédemment émis de voir les instituteurs exemptés des obligations de sacristie, obligations qui sont poussées dans certaines communes jusqu’à des fonctions assez humiliantes. Le môme Conseil a voté la construction d’une école normale sur des plans dressés d’après les principes ad hoc exposés dans nos colonnes.
- Seul, le Conseil Général de la Gironde, dans le sein duquel l’élément bonapartiste est fortement représenté, a donné lieu à dos discussions trôs-mouvemen téos. Los bonapartistes ont voulu s’y donner la facile satisfaction de jouer aux libéraux. MM. Robert-Mitchell, Dréolle Hubert-Delisle et Pascal ont proposé nn vœu politique portant qu’à l’avenir les maires seraient élus par les communes. M. Decrals. préfel, demanda que le vœu ne fut pas pris on considération. La gauche du Conseil, afin de démasquer la manœuvro bonapartiste, émit alors un vœu plus large qui demandait l'élection par les Conseils municipaux, des maires de toutes les communes do France. Ce vœu très-important fut adopté par une majorité de 32 voix.
- Dans plusieurs départements, notamment dans l’Aisne et la Gironde, les Gonseils Généraux ont résisté dans la mesure légale aux empiètements trop hardis de MM. les Préfets. C’est de bon augure pour l’avenir. Les départements commencent à comprendre qu’ils ont une certaine personnalité; Ils désirent jouir d’une plus grande autono-
- mie co qui est fort juste. Il est incontestable, en effet, que les Conseillers Généraux sont mieux au fait des besoins de leurs départements que des préfets qui viennent do contrées tout autres et sont l’objet de mutations continuelles.
- Il est permis d'espérer que ce besoin d’une plus grande autonomie départementale est un acheminement vers la décentralisation, vers cette réforme qui seule achèvera la complet relèvement du pays et affermira à jamais en France le régime républicain.
- En dehors de la session des Conseils Généraux, la semaine offre peu de faits digues d’ètre relevés.
- M. de Gramont, sous le pseudonyme de Mémor, essaie de f contredire dans la Hernie de Ffaii‘'6 les révélations faites pal* M. Jérôme Bonaparte dans la Revue des Deux-Mondes. Pi*^ tre contradiction. Si l’on compare les deux documente o11 voit que le second ne détruit pas l’affirmation du premier-; la France a été sacrifiée aux intérêts cléricaux. Ce n’était pas la peine do contredire. Quel besoin cet ex-ministre de funeste mémoire a-t-il de sortir de l’ombre, quand il serait si prudent pour lui d’y toujours rester ?
- Le Conseil Municipal de Paris a voté l’érection d’une statuo do la République- L'exécution de ce monument), qui aura 8 mètres de haut, est confiée à l’éminent sculp' teur Clésingcr. La République sera coiffée du bonne1 phrygien,ce qui soulève beaucoup d’accusations que c^, accessoire ne mérite nullement. Le bonnet phrygic® symbolise l’affranchissement et rien autre.Il n’y a pas dc quoi crier.
- La place nous manque pour apprécier ici comme ilIe| mérite un important discours prononcé par M. Louis Blanc au banquet des Associations ouvrières. Nous J reviendrons dans notre prochain numéro.
- (EXTÉRIEUR)
- On est toujours dans l’expectative à l’égard de la tique extérieure.La situation ne se dessine toujourspa^ Nous n’en savons pas plus qu’il y a 8 jours. Jusques quand cela durera-t-il? Il semble que le noeud de la tuation soit aujourd’hui entre les mains de l‘Allemagfle et que celle-ci puisse iseule le dénouer et le trancher-est probable que cette position est loin de déplaire de Bismarck et peut-être a-t-il fait quoique chose pf>ü l’amener. L’avenir montrera quel emploi il on sait L’Allemagne dopuis qu’elle est puissante n’a pas encotf prêté une seule fois l’appui de sa diplomatie à la caU3i de la paix et cependant M. de Bismarck avait sollenü^ lement déclaré dans plus d’une circonstance que l’All^ magne emploierait au profit de cette cause l’influen^ qu’elle venait de s’acquérir en Europe.Il voulaiL, dissé1' il, donner à l’Europe, une ère do tranquillité qui la re$0'. serait do cette ère belliqueuse dont le dernier des Nap1 léons fut l’agitateur.
- Hélas! ces promesses sont restées jusqu’ici des pr£r messes; l'occasion se présente de les faire passer l’ordre des faits ; l’occasion sera-t-elle saisie ?
- Les peuples l’espèrent,car tous les peuples Sans
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- LE DEVOIR
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- tion souhaitent la paix. Malheureusement les peuples he sont pas maîtres de leurs destinées et il est à craindre que ceux qui sont les maîtres no pensent pas de la môme façon.
- La Russie so prépare toujours à la guerre. Elle assure Ibs communications de son armée et se montre à l'égard des Roumains,ses ci-devant alliés,d’une rigueur et d’une injustice qui n’ont pas de nom, Ella n’agit pas mieux ônvers ces malheureux Bulgares Elle a introduit scs procédés do gouvernement dans la principauté nouvelle 6t, s’il faut en croire ce qu’écrit M, Outine qui est cependant sujet russe, le Knoui fonctionne pour les Bulgares avec toute l’atrocité accoutumée. C’est ainsi que les monarques comprennent l’affranchissement des peuples.
- A l’intérieur de l’empire ottoman les insurrections continuent toujours malgré la barbarie des répressions. L’Europe a le devoir de s’intéresser à ces malheureuses populations de race grecque dont le traité de San Stefano ne dit pas un mot.
- En Angleterre la Chambre des Lords s’est ajournée jusqu’au 13 mai sans avoir rien fait dans le sens de la Paix ni dans celui do la guerre. Quant à la Chambre des Communes elle poursuit scs séances sans éclairer davantage la situation.
- En conséquence il est aussi permis de croire à la paix ffne do redouter la guerre. Toutefois il semble que les lenteurs de l’Angleterre soient plutôt de bon augure.
- Quant à l’Autriche, partagée comme elle l’est en partis et en peuples divers dont les affinités et les sympathies s°nt contradictoires, il n’y a pas lieu de croire qu’elie se dispose à la guerre.
- Il serait si Simple d’éviter cette guerre, si MM. les Potentats le voulaient. Nous ne voyons rien qui s’oppose ^ la convocation d’un Tribunal Arbitral dont le verdict Retirait fin à la crise.
- Pourquoi ce qui a réussi lors de l’affaire de l’Alabama hc réussirait-il pas dans la question d’Qricnt ?
- E. C,
- — ..
- VARIÉTÉS
- LES FINANCES ALLEMANDES
- ki quelqu’un était venu dire en 1871 que moins de 7 ans plug tard la situation financière de la France serait ^devenue préférable à celle de l’Allemagne on aurait haussé les épaules.
- Il semblait à chacun quele déplacement d’une somme anssi énorme que B milliards passant d’un pays dans oh autre et produisant ainsi une différence de rapports 10 milliards de francs, il semblait à chacun, dis-je, que ce déplacement devait assurer pour de longues an-ooes 1’omnipotence financière du vainqueur et condamner le vaincu à se traîner longtemps et avec peine avant de recouvrer sa situation primitive.
- , se trompait. Les faits se sont chargé de démentir «h Prisions. La réalité dépasse aujourd’hui toutes les j^péranceg ; les vues les plus optimistes des financiers v8 Plus confiants do 1871 restont encore au-dessous, de Ce qui est.
- En effet que voyons nous.
- La République diminue ses impôts. La Chambre des députés en volant le budget des recettes a supprimé l’impôt sur la petite vitesse, celui sur les huiles, celui sur le savon. Elle va diminuer le timbre des effets de commerce. Elle a réduit les tarifs télégraphiques et postaux.
- L’Empire d’Allemagne au contraire est dans la nécessité de se créer de nouvelles et fortes ressources.
- Autant la situation financière de la France s’est améliorée et s’améliore constamment, autant celle de l’Allemagne s’est aggravée et s’aggrave encore de jour en jour.
- Depuis la fondation de l’Empire les dépenses de l’Allemagne n’ont cessé de suivre une marche ascendante plus forte que celle des recettes.
- Les chiffres officiels sont là pour le prouver.
- En Allemagne chacun des Etats composant l’Empire a son budget particulier. La Prusse a le sien, la Saxe le sien., de même que la Bavière, le Wurtemberg, Bade, etc.
- Chacun de ces budgets a ses propres déficits que nous n’envisageons pas en ce moment. Seul le Wurtemberg est dans uno position financière florissante.
- En outre de ces budgets spéciaux so trouve le budget impérial, commun à toute l’étendue de l’empire et n’ayant à sa charge qu’une faible partie des dépenses qui dans.d’autres pays incombent au budgot général.
- Or, ce budget do l’empire est tout particulièrement malade et sa maladie, loin de diminuer, s’accentue chaque année daventage.
- En 1872 le budget impérial des dépenses se montait à 304 millions de marcs (374 millions de francs). Il s’est élevé au bout des 4 années qui ont suivi à 406 millions de marcs (onviron un demi-millard de francs). Cela, bien entendu, indépendemment des budgets particuliers de chaque Etat, Or. au bout de la môme période les recettes qui dépassaient à i’origine 260 millions de marcs n’ont atteints qu’à grand peine 279 millions.
- Ainsi tandis que l’augmentation du budget des dépenses était de 102 millions, soit un tiers de l’importance de ce budget, l'augmentation de celui des recettes n’était que de 29 millions soit seulement un neuvième de son importance. Les dépenses ont donc cru 3 frois plus vite que les recettes.
- Naturellement los déficits se sont accrus en consé.r quence. En 1872 il se sont montaient déjà à 34 millions de mars ; ils s’élevèrent progressivement au point d’atteindre en 1876 1a jolie somme de^27 millions de marcs (plus de 156 millions de francs).
- Pour un état fédératif, ou chacun des états réunis a ses déficits particuliers, c’est une position financière déplorable. ’
- Elle l’est d’autant plus que tout engage à considère^ celte inégalité de rapports entre l’augmentation des dépenses et celle des recettes comme devant s'accentuer de plus en plus.
- Gela n’a pas échappé aux hommes d’Etats d’Qutre-Rhin. Ils en sont sérieusement inquiets et cherchent de tous côtés un remède à co mal.
- Un seul est possible : créer de nouveaux impôts.
- Nous verrons dans un prochain article quel impôt est proposé et quelles seront les conséquences économiques de cet impôt s’il est voté.
- En attendant bornons nous à constater un fait.
- C’est que si l’on comparelasitualionfmancièreactuolle de la France et celle dorAUimagno, la comparaison fait éclater avec, une évidence sans égale co qu’un peuple gagne à fonder une République et ce que coûte à un autre le lune d’un Empire.
- Il ne s’agit pas ici d’hypothèses, d’appréciations ou de réclames de parti, il s’agit de science. Nous ne développons pas des arguments, nous constatons dos faits.
- Que les adversaires de la République essaient de répondre par les mômes armes si cela leur est possible. Nous les al tondons eu lo'uto confiance.
- Edmond Ciiampury.
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- LE DEVOIR
- le sou des Ecoles laioles
- Nous sommes heureux do pouvoir annoncer que l’œuvre « du sou des écoles laïques » prend chaque jour une plus grande extension.
- Les collectes, dues à l’initiative privée, sont faites au moyen de listes, de troncs à demeure ou portatifs, sur lesquels figure le titre : « Sou des écoles laïques. »
- On reçoit depuis cinq centimes.
- Le montant de ces collectes, destinées, soit à la fondation d'écoles laïques, soit aux subventions à accorder à ces écoles, est versé à la caisse centrale de la « Ligue de l'enseignement », 175, rue Saint-IIonoré.
- ' LA DATE DE PAQUES
- La fête de Pâquès, qui tombait l’année dernière le 1er avril, est reculée cette année jusqu’au 21 de ce mois. C’est un retard de treize jours sur la date moyenne ordinaire ; jamais, depuis l’gdpption du calendrier grégorien, cette fête n’aura été célébrée à uneechéance aussi éloignée, En voici l’explication : Les conciles ont décidé que la Pâques des chrétiens aurait lieu, chaque année, le premier dimanche suivant la pleine lune qui arrive après l’équinoxe du printemps. Cette année l’équinoxe arrive deux jours après la pleine lune de mars, ce qui fait, suivant la règle canonique, que c’est celle d’avril qui détermine la date de la fête de Pâques. L'année dernière, le soleil passait à l’équinoxe du printemps deux jours avant le plein de la lune de mars.il en résulte que, par suite d’une différence de quatre jours, la durée de la pleine lune de mars en produit une de près de vingt dans l’échéance de la Pâques.
- En 1886, cette fête tombera plus tard encore, toujours d’après le calendrier grégorien ; elle aura lieu le 2o avril. Cette limite extrême ne reparaîtra plus avant l’année 1943.
- --.AA/W " -
- LE JUSTICIALISME
- JUSTICE ET LIBERTÉ DANS INORGANISATION DU TRAVAIL
- Dans une première lettre, (1) nous avons montré que la société future reposerait nécessairement sur deux bases distintes : le droit et l'association. Dans une première série d’articles, nous examinerons les grandes questions économiques qui ont le droit pour base; dans un seconde, nous étudierons les formes de l'association.
- Le droit étant une science, cette science, comme toutes les autres, se fait chaque jour, se perfectionne sans cesse, résulte de la discussion basée sur des faits d'expériences. La science, en effet, n’est jamais complètement faite ; elle est toujours à faire, et son devenir, constitue le progrès lui-même. •
- Rejetant au dernier plan les conceptions religieuses et politiques, qui ne peuvent que peu de chose pour la prospérité des nations quand elles ne lui sont pas fatales, le justicialisme met au premier rang les idées de droit et de solidarité humaine,c’est-à-dire l’équité et toutes les améliorations pratiques que 1 on peut introduire au sein de la société,dans l’intérêt de tous et au profit de tous, et non en faveur d’une classe, quelle qu’elle soit au détriment des autres classes.
- La grande question qui domine actuellement le monde n’est donc ni la question politique, ni la question cléricale qui souvent ne sont l’une et l'autre
- (1) Voir page 67.
- qu’une entrave au progrès.Ce sont les questions d’un passé qui doit disparaitre ; non celles de l’avenir, qui doit naître.Politiques et cléricaux jouent actuellement leur dernière carte ; ils en ont la£ parfaite conscience ; de là, cette rage de désespérés qui se noient, ces fureurs de polémiques qui n’ont rien de l'inaltérable sérénité de la science. En dépit d’une, phrase trop fameuse : « La question sociale n'existe pas î » on peut dire que, pour l’avenir, « la question sociale seule existe. »
- Dans le passé, elle a causé la prospérité ou la ruine dés nations.Les satrapies ont désorganisé l'empire des Perses ; la spoliation royale des propriétés privées, a perdu l’Egypte ; l’esclavage et la guerre du Péioponèse ont ruiné la Grèce ; l’esclavage et les latifundia ont tué l’empire romain, bien plus sûrement que les barbares. Et toute l’histoire de France est-elle donc, au fond, autre chose qu’une question sociale ? Qu'est-ce que le servage, la féodalité, la corporation basée sur l’injustice,sinon une question sociale.La Turquie et l’Espagne se débattent dans les convulsions de l’agonie, non pour une question politique ou religieuse, mais pour une question sociale qui a amené la ruine de ces peuples.jadis les plus florissants de l’Europe. Et qu’elle est donc la terrible question que l’empire a voulu éviter en se ruant, en aveugle, sur l'Allemagne,sinon une question sociale ! Veut-on s’y soustraire par la dictature,royale, impériale ou républicaine ? la dictature n’amène que des ruines. Voyez les républiques latines de l’Amérique 1
- La question sociale existe, à l’heure présente, plus inéluctable que jamais de la solution pratique que lui donneront les divers peuples dépendront les destinées futures de l’Europe. Nulle illusion n’est possible. La question sociale se résume en un mot : la lutte pour la yie ! Malheur aux peuples assez aveugles pour ne pas le comprendre et pour ne pas saisir qu’avec 89, rhumanité est entrée dans une ère nouvelle, ère d’apaisement ou de luttes effroyables,selon la solution que l’on donnera au redoutable problème qui se dresse comme un sphynx en face des générations présentes. Le canon etlejnassacre ne peuvent rien contre cela. Abattez une tête de l’hydre, elle renaît aussitôt. Mais c’est assez insister sur un fait qui ne cesse d’être tel que pour les aveugles.
- La révolution française s’est surtout préoccupée de l’émancipation personnelle de chaque hommedans sou être et dans son travail. Dans son être, par la proclamation de Légalité des droits ; dans son travail, par la suppression des corporations ouvrières. Mais dans son ignorance des voies et moyens de justice sociale, la société ainsi émancipée des entraves et des privilèges du passé, après avoir sapé une aristocratie fondée sur le cumul du travail servit, s’est acheminée vers la reconstruction d'une aristocratie capitaliste fondée sur le cumul du travail salarié.
- « L’industrie, dit un penseur éminent, n’a pu continuer à marcher qu’avec les éléments pratiques d’un passé d’asservissement dont les débris se renouvelaient d’office, pour reconstituer, au profit du capitaliste, des privilèges analogues à ceux du seigneur sur ses vasseaux. C’était l’herbe mauvaise des vieux âges repoussant plus vigoureusement sur le terrain labouré par la Révolution. C’etaient les habitudes féodales conservant leur empire dans les faits et heurtant toutes les conceptions de ceux-là mêmes qui ava ent le plus intérêt à une transformation basée sur des principes d’équité et de stabilité sociale. C’était le fait de l’ignorance d’une société qui, après avoir brisé les liens de la servitude, n’en continuait
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- pas moins à placer le travail dans des conditions d arbitraire et de despotismequi ne pouvaiontqu enfanter des tempêtes, et de continuels bouleversements sociaux- Ces maux provenaient de ce que l’esprit public n’était pas encore parvenu h s'élever à la science du droit véritable et encore moins à 3a conception dos formes propres à consacrer ce droit » (1).
- Il en résulte que l’organisation du travail en est encore à son enfance. Jusqu'à l’heure présente, les études ont bien plus consisté en aspirations ardentes vers un soulagement universel de la misère,que dans la solution scientifique et pratique que le développement social impose au monde présent Oui, l'heure est venue où tous les amis de l'humanité doivent s'enquérir des mesures et des règles propres à délivrer le travailleur de la nouvelle servitude où il est retombé et des douleurs dont le travail le torture dans son corps et dans son âme, dans son salaire et dans sa dignité. C’est là femme surtout qui a le plus souffert de ce nouvel état de chose, c’est l'enfant qui a été le plus martyrisé ; c’est la femme et l’enfant qui doivent être l’objet de toute la sollicitude des générations nouvelles. À la servitude, il faut trouver le moyen de substituer la liberté ; à 1 iniquité, la juste rétribution des services rendus ; à l’immoralité de la fabrique, le respect de celles dont dépendent, en réalité, les destinées des nations. Le travail lui-même doit être entouré de tous les prestiges qui peuvent honorer la plus importante de toutes les fonctions sociales, en raison des connaissances et de la haute capacité mises dans l’exéuUon des produits.Et pour y parvenir, il serait heureux que le cercle dans lequel l’expérience peut à peine se mouvoir, fût agrandi et débarrassé des obstacles que la routine, les préjugés et les lois elles-mêmeslui créent à chaque pas.
- Hélas I nous ne le savons que trop, les égoïstes au cœur étroit et sec, qui n’ont jamais voulu croire aux misères sociales,pareequ’ils nagent dans le bien-être, auront horreur de ees' idées. Pareequ’ils sont dans l’abondance, ils nient qu’il y ait des hommes manquant du nécessaire. Pareequ’ils vivent dans l'oisiveté,ils proclament que le travail n’a rien de pénible. Pareequ’ils n’ont jamais rien fait pour le bien d’autrui, ils ne peuvent comprendre que d’autres hommes puissent, sans folie, s’occuper de l’amélioration du sort de leurs semblables.Et ce sont ces mêmes hommes qui, aux jours néfastes, organisent la délation et les massacres en masse. Mais, après ces hécatombes humaines, les idées restent et le martyre de ceux qui les ont mis en évidence leur donne un prestige inoui aux yeux des masses . On se demande ce que contiennent les mots avec lesquel* on prétend flétrir les penseurs. Les idées utiles finissent par triompher quand même, en dépit des préjugés et des adversaires .
- (A Suivre.) Thil-Lorràin.
- (1) Godin : Solutions sociales.
- —t<SKHOJ-------
- PROTECTION & LIBRE ÉCHANGE
- Notre article en faveur du libre échange nous a valu de nombreux envois de lettres, brochures, journaux, etc,, favorables aux idées protectionnistes. Cette avalanche de communications prouve deux
- chos es ;
- la première, c’est que l’opinion publique se préoccupe vivement de ces questions, la seconde, c’est que la 'lumière est loin d’être faite à ce sujet dans l’esprit du public, double raison pour nous de nous occuper à nouveau de ces problèmes d’une importance capitale. Nous les aborderons sous leurs différents aspects et l’on verra dans quel camp se trouve la vérité.
- Ce qui nous frappe surtout chez nos honorables contradicteurs, c’est l'absence de documents sérieux à l’appui de leurs affirmations. Iis parlent de concurrence anglaise, de chômage à l’intérieur, etc., mais sans établir par aucuns chiffres le degré dlintensité de ce chômage et de cette concurrence. Nous cràignons bien que nos contradicteurs se fassent simplement l’écho d’affirmations jetées dans l’opinion publique par quelques personnes intéressées et reproduites sans contrôle par la presse.
- Or, a dit Lamartine, rien n’est plus dangereux que discuter avec les échos : ils sont irresponsables de ce qu’ils disent.
- Il nous serait en effet bien difficile de discuter sur de simples affirmations qui ne s’appuient sur aucun document positif. Il nous paraît préférable, pour cette fois du moins, de recourir à l’éloquence des chiffres. On verra par leur simple examen que lès-affirmations de MM. les protectionnistes sont dénuées de fondement
- Nous empruntons ces chiffres aux relevés officiels des douanes, en ayant soin de choisir celles des brandies de commerce qui passent pour être le plus menacées.
- On verra après cela si l’application de droits do 24 0/0 et-en certains cas de 50 0/0 demandée par le gouvernement dans le projet de tarif général est fondée ou si elle est, comme nous Kaffirmons, une colossale erreur, presque une iniquité.
- Yoici ces chiffres.
- COTONS
- Importation de coton en Saine, en 1859,
- valeur 153,000,000
- Importation en 1877, exportation déduite 122,000,000
- Différence en moins 31,000.000
- Mais il y a lieu de tenir compte de la perte de l’Alsace, qui a enlevé à la France le quart de sa force productive en coton, soit 1,700,000 broches. Déduction faite de ce quart, il reste une augmentation de 10 millions. Il faut faire également la part de la crise que l’Europe traverse. En 1875, au lieu d’être de 10 millions, cette augmentation avait été de 58
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- millions, et en 1872 de 87 millions ; c'est alors qu’on a tant gagné d’argent à Rouen/ Les dividendes étaient de 50 0/0.
- FILS ET TISSUS DE COTON.
- En 1877, l’importation s’est élevée à 74 millions, et celle des fils à 46 millions. Mais il faut retrancher de ces chiffres les importations provenant de l'Alsace, montant à 50 millions pour les flls et les tissus. C’est donc une importation nette de 70 millions.
- Quant à l’exportation, elle a été en 1877, fils et tissus, de 69 millions, contre 68 millions en 1859, mais dans les exportations de 1859 était comprise la part de production de l’Alsace ; elle ne l’est plus en 1877. Far suite, il y a eu un accroissement sensible dans les exportations, puisque leur chiffre est resté le même, malgré la perte de l’Alsace.
- LAINES
- Si l’Industrie du coton a maintenu son terrain et même l’a agrandi, celle de la laine a pris un très-grand développement.
- 1859, — Importation : laines en masse, valeur 125 millions ; fils et tissus valeur 3 millions.
- Exportation : flls et tissus, 184 millions.
- 1877. — Importation : laines en masse 309 millions ; fils et tissus, valeur 94 millions.
- Exportation : fils et tissus 354,00,000.
- Ces chiffres n’ont besoin d’aucun commentaire.
- LIN ET CHANVRE
- 1859. — Importation : brut 28 millions ; fils et tissus, 15,700,000 fr.
- Exportation : fils et tissus, 16,200,000.
- 1877. — Importation ; brut 109 millions ; fils et tissus, 25 millions.
- Exportation : fils et tissus, 38 millions.
- PEAUX
- 1859 : Importations brutes — Exportations 1877 : Importations brutes — — préparées
- — Exportations Voilà une industrie
- 75,000,000 120,000,000 173.000,000 30,000,000 241,000,000 a doublé sa production de-
- qui
- puis 1859. Aussi le gouvernement propose-t-il de lui allouer 24 0/0 de prime, môme 50 0/0 au besoin.
- COUTELLERIE
- 1859 : Importation Néant
- — Exportation 2,000,000
- 1877 : Importation 500,000
- — Exportation 2,600,000
- La coutellerie a maintenu son terrain
- PORCELAINES ET CRISTAUX
- 1859 : Importations Prohibées
- — Exportations 31,000,000
- 1877 : Importations 11,000,000
- — Exportations 41,000,000
- Il est entré, il est vrai, 11 millions de porcelaines et cristaux, mais il en est sorti 10 millions de plus.
- TABLETTERIE, BIMBELOTERIE, MERCERIE, ETC.
- 1859
- 1877
- Importations
- Exportations
- Importations
- Exportations
- 1,400,000
- 103,000,000
- 10,000,000
- 172,000,000
- L’importation a augmenté de 8 millions et l’exportation de 69 millions. On accordera donc une prime de 24 0/0 et même de 50 0/0, à une industrie qui s’est développée de 70 0/0.
- Cet article, très-important, peut-être pris comme type des primes proposées par le gouvernement.
- « Ainsi, chiffres officiels en mains, dit le Moniteur commercial, aucune des industries qui réclament protection n’y a droit. Toutes ont conservé leur terrain ; plusieurs ont pris, comme les laines, les peaux, la tabletterie, un développement extraordinaire. « Partout la liberté des échanges a tenu sa promesse ; partout elle a fécondé, vivifié le travail ; partout elle a excité les forces productives du pays.
- Nous voulons bien que l’on nous contredise, mais nous demandons — et nous croyons être en droit de le faire — que l’on nous présente des arguments sérieux et non plus les affirmations de personnes qui se trompent ou qui feignent de se tromper,
- Ed. Ciiàmpury.
- LA FILLE DE MON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mmo Marie IIOWLAND
- CHAPITRE IV (1)
- UN DES MALADES DU DOCTEUR FOREST
- Le docteur avait coutume de dire que * s’en remettre à la Providence et tenir sa poudre au sec » était un sage précepte qui serait meilleur encore si on intervertissait l’ordre de la phrase. Clara croyait toujours ce que disait son père ; aussi accuoillit-elle avec un petit mouvement d’impatience l’assurance que sa mère s’en remettait à la Providence.
- (1) Reproduction réservée.
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- Quelques instants après Dinali vint au salon et ces dames la suivirent à la cuisine. Le char-à-bancs qui s’éloignait appartenait à un client reconnaissant du docteur, qui avait remis à Dinah une demi douzaine de poulets de printemps en bon état, quelques pains d un beurre parfumé, et deux boîtes de rayons de miel frais.
- Madame Forest regarda sa fille d’un air qui disait clairement : « tu vois, je m’en suis remise à la Providence. » Clara se mit à rire et, réprimant l’envie de rappeler à sa mère que le char-à-bancs était en route longtemps avant que l’idée lui fut venue de s’en remettre à la Providence ; elle se contenta de dire : « Maintenant, vous pouvez donner à madame Buzzell une belle indigestion ; Oh maman, votre désir de lui servir quelque chose de savoureux cache un calcul profond pour augmenter la clientèle de papa. Je comprends pourquoi, du reste, madame Buzzell est un des rares clients qui paient vite. »
- « Quelle folle idée ! » s’écria madame Forest qui, rassurée sur le lunch qu’elle se proposait d’offrir, était en paix avec le monde et pouvait supporter une plaisanterie.
- Madame Buzzell vint à l’heure convenue. C'était une précieuse de soixante ans au moins, vêtue d’une robe de grenadine noire ouverte en pointe sur la poitrine pour laisser voir une chemisette ‘ de dentelle retenue par une petite broche de jais ; ses cheveux blancs étaient soigneusement peignés et formaient ' trois belles papillottes de chaque côté, le tout surmonté d’un bonnet blanc à bords tuyautés, orné de brides couleur lavande. C’était une femme très active et très industrieuse, malgré ses souffrances physiques, Durant sa visite, elle se plaignit souvent de ses maux d'estomac et, à chaque fois, Clara faisait à sa mère un signe d’intelligence que celle-ci feignait de ne pas comprendre.
- Le couvert du lunch avait été dressé par Clara qui avait artistement arrangé les plus belles porcelaines de sa mère sur une nappe d’une blancheur de neige. En somme, après toutes les angoisses dont madame Forest avait été tourmentée, le lunch était aussi distingué qu’elle aurait pu le désirer.
- Cependant, les jumelles, qui avaient pour spécialité d’être particulièrement désagréables lorsqu'il y avait quelqu'un, troublèrent la fête par leurs malices, et plus d’une fois la bordure tuyautée du bonnet de madame Buzzell se dressa d’horreur. Si, en effet on n’avait pas soin de renouveler à chaque instant le miel de leurs assiettes, ou si leur mère voulait leur faire la moindre observation sur la quantité fabuleuse de gâteaux qu’elles ingurgitaient, aussitôt leurs petits pieds, battant le rappel sous la table,
- faisaient exécuter aux tasses une danse effrenée dans leurs soucoupes. Lorsque leur conduite devenait par trop insupportable, un cri à demi étouffé de Dan attirait, pour un instant, leur attention dans une autre direction, ce qui permettait à ces dames de continuer leur intéressante conversation sur les maladies de l’enfance et le goût exquis des bonnets et des chapeaux de la nouvelle modiste.
- Clara surveillait ses sœurs en silence et d’un air de profonde lassitude, et elle tâchait de prévenir leurs besoins ; les mille soins qu’elle s’imposait à leur égard chargeaient ses épaules du poids d’unè responsabilité aussi écrasante pour elles que celui du monde pour Atlas. Depuis le temps où les jumelles étaient des bébés rampant partout, fourrant dans leur bouche tout ce qu’elles pouvaient atteindre, et appelant papa tout homme qui venait à s’approcher d’elles, Clara, plus forte au moral et au physique que sa mère, avait pris leur direction. Le procédé qu’elle employait pour venir à bout de ces petits tyrans que l’on ne pouvait conduire par aucun moyen raisonnable, n'était pas à l’abri de tout reproche, mais elle avait dû l'adopter par nécessité. Elle profitait de la tendance irrésistible qui les poussait à faire tout ce qu’on leur défendait, même lorsque cela leur était souverainement désagréable.
- Par exemple, après le thé, chacun désirait voir les fillettes aller au lit, car il n’était guère possible d’avoir une conversation suivie en leur présence ; ce soir là donc, pendant que le docteur, qui venait de rentrer, savourait son thé et grignotait les restes du lunch, tout en écoutant le récit des mauxd’estomac de madame Buzzell, Clara dit : « Tu vas rester là, n’est ce pas, Linnie ; pendant que je monte à ma chambre. »
- Il n’était pas nécessaire de s’adresser à chacune des deux jumelles, car ce que l’une faisait était aussitôt imité par l’autre.
- À peine Clara fut-elle au haut de l'escalier que Linnie abandonna ses jouets et partit pour la suivre, accompagnée de Léila, toutes deux bien décidées à périr plutôt que de rester au salon ainsi qu’on l’avait dit. Des manœuvres semblables les déterminèrent à se mettre au lit, et lorsqu’enfîn elles furent endormies. Clara descendit au salon. Le docteur remarqua sa mine fatiguée et lui dit : « Tu as trop de responsabilité ici, mon enfant, il faut que je t'envoie à l’école. J'ai souvent pensé à ta manière de gouverner les petites, crois-tu qu’il soit bien de les conduire par des procédés pareils ? »
- « Je ne le pense pas », répondit Clara en s’asseyant sur un tabouret aux pieds de son père pour qu’il la délassât (c’était son expression) en caressant ses che-
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- veux bruns; je ne îe pense pas, mais c'est plutôtfait.
- « Ah ! ma fille que de choses on excuse sous ce prétexte ; vois quels en sont les résultats ; non-seulement tu développes l'entêtement chez tes sœurs, ce qui est déjà assez malheureux, mais encore tu émousses la délicatesse de ta conscience, en fa’sant ce que ta raison condamne, j’en suis sûr. »
- « Il ne faut pas trop la blâmer » dit madame Forest,
- « c’est un des procédés de Dan, elle l’a appris de lui »
- « Que pense a a fille de cette excuse » demanda le docteur, étudiant en môme temps l'intelligente physionomie de Clara.
- « Je sais que cela ne m’excuse en rien, papa. «
- t Et tu as raison; en matière de conscience tu n’as rien à apprendre do Dan. Je serais heureux qu'il eût ta délicatesse do sentiment et ton amour pour les livres. Je ne l’ai jamais vu lire. Mais où donc a-t-il passé ce soir? »
- Clara savait bien où était Dan, mais elle garda le silence. Craignant de ne pas l’aimer autant qu’une sœur doit aimer un frère, elle cherchait toujours à cacher ses escapades.
- Il aurait été dificile de trouver deux enfants plus dissemblables.
- Perpétuellement Dan rudoyait sa soeur sans merci, ] mais par contre il n’aurait pas permis à un autre de j Limiter, et son petit poing était toujours prêt à boxer I le premier gamin qui, soit dans la rue,- soit à l’école, se serait permis de tounœmtfer Clara. C’est un monopole qu’il s’était réservé et il l’exerçait avec une cruauté extrême. Pendant leurs premières années, Clara se mettait facilement en colère lorsqu’il la taquinait, il lui saisissait alors les poignets et les tenait comme dans un étau, en se moquant des vains efforts dosa sœur pour sedébarrasser de son étreinte. Dans ces occasions, la rage de Clara ne connaissait I plus de bornes, ces persécutions journalières avaient I presque détruit son affection pour Dan, et elle cherchait.en traitant son.frère avec la plus grande bonté à expier ce sentiment involontaire que la pauvre enfant se reprochait.
- Ilélas! que do fois la famille est une pépinière de sentiments anormaux et corrompus ! que de tortures sont infligées à des enfants impressionnables, à l’insu de leurs parents qui ne comprennent pas les lois du développement moral et intellectuel de ces jeunes êtres 1
- Plus d’une fois, lorsque les persécutions de Dan avaient été insupportables, Clara s’était plainte à sa mère
- Un jour elle lui dit « J? voudrai s pouvoir lé tuer. » Madame Forest fut saisie d'horreur, mais, hélas 1
- elle ne vit que les mots, sans découvrir la cause qui avait fait naître une semblable pensée dans le cœur de Clara. Elle la réprimanda-pour ces paroles épouvantables, fit venir Dan et lui demanda pourquoi il tourmentait ainsi sa sœur ? * Cela est très mal » dit elle « et si tu es méchant tu n’iras jamais en paradis. »
- En vérité, madame Forest ne comprenait rien aux sentiments de ses enfants, et comme Dan se comportait toujours.bien en présence de son père, et qu’il émit tacitement convenu dans la famille qu’on n’importunerait jamais le docteur do ces petites misères, afin de le laisser jouir en repos des courts instants de répit que lui laissait sa clientèle, celui-ci n’apprit cette épreuve de Clara que bien longtemps après.
- Lorsque madame Forest. entretenait Dan du danger .où il était de perdre le ciel, elle pensait naturellement que cela devait faire une profonde impression sur lui. Si cependant elle avait pu lire dans les pensées de son fils, elle aurait promptement vu quelle était son erreur. Pour Dan en effet, le paradis était :
- « Un pays où jamais l’on ne sort des offices.
- «Où les dimanches sont sans fin.
- Et quoique il comprit qu’un lieu semblable pût ré-
- I pondre aux aspirations des jeunes filles ou de madame veuve Buzzcll, H savait fort bien qu’un endroit où l’on ne va jamais à la pêche et où l’on no tend pas de pièges dans les bois, n’est pas la place d’un garçon remuant qui préfère ces ph'isirs à toutes les con-' grégations du monde.
- (A suivre).
- LA FÉDÉRATION BRITANNIQUE ET CONTINENTALE
- Nous savons parfaitement oo ibien est ingrate
- I l’oeuvre que. nous entreprenons. F ..myer de détruire une çoultime arbitraire soulève toujours les dédains des partisans de la routine; t ais nous sommes bien décidés à ne nous arrêter à ncune des difficultés qui pourraient nous assaillir
- Paul-Louis Courier a dit ces mé râbles paroles qui nous serviront toujours de guide:
- « Laissez dire, laissez-vous blâme . condamner, emprisonner, laissez-vous pendre, ' lau publiez vet o p nsée. »
- Ceci dit, attaquons Sans crainte le fi que nous voulons détruire.
- Les f mimes de France ne veulent p.: voirqu’au-tour d’elles, à leur côtés, fi y a des m .'heureuses, des milliers do malheureuses plongé;. v dans le déshonneur et qui se débattent en v.,:n pour y échapper.
- Qui de nous n’a pas vu de ces femmes brisé s Se cramponner longtemps de leurs mains é isées, Comme au bout d’une branche on voit ôlin : cl Une goutte de pluie, où le ciel vient briller,
- Qu’on secoue avec l’arbre, et qui tremble, et ni lutte, Perle avant de tomber et fange après sa chût .
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- Le sort de ces malheureuses ne mérite- t-il pas j notre attention?.... s
- Que voit-on dans d’autres pays ? j
- En 1869, la Chambre des Communes anglaise se laissa surprendre: un bill lui fut présenté établis- ï 'sant la police des mœurs sur le modèle de lu règle- J montât!on française. Ce bill ne devait pas s’étendre j| à toute F Angleterre; certaines stations militaires et j natales seules devaient être soumises à la sur' veillance. Dans cet acte les Anglais virent un attentat à leur liberté.
- C est alors que Mme Butler, vivement émue de ce nouvel emploi de la force contre la faiblesse, résolut de combattre cette règlementation.
- Elle fit un appel aux femmes anglaises qui par centaines lui répondirent, et bientôt une nombreuse société se fonda pour combattre la prostitution.
- Des hommes appartenant à toutes les classes de la société se joignirent aux dames fondatrices. Une campagne générale commença, non-seulement dans les Iles-Britanniques, mais aussi dans le continent.
- A l’heure où nous écrivons, cette ligue qui s’intitule : Fédération britannique et continentale, se ramifie en France, en Belgique, en Suisse, eu Italie, en Allemagne, et jusqu’en Amérique .
- Des comités mixtes se sont organisés dans divers pays..Us fonctionnent, correspondent entre eux, et travaillent chaque jour à l’œuvre de progrès, en répandant les idées nouvelles .
- Mmo Butler vint à Paris il y a 14 mois; elle parla dans plusieurs réunions, et partout elle fut- écoutée avec sympathie.
- Elle convia toutes les personnes partageant ses idées à un congrès général qui eut lieu à Genève en septembre 1877.
- Un grand nombre d’hommes et de femmes, appartenant à diverses conditions sociales et à quinze nationalités différentes, se rendirent à Genève.
- Les résolutions les meilleures, les projets les plus libéraux furent le sujet de discussions sérieuses et nous espérons que tant d’efforts généreux ne resteront |ias‘sans porter des fruits pour l’avenir
- Mais des paroles, des projets ne sont rien vis-à-vis de la plaie sociale qui nous préoccupe.
- Nous sommes obligés d’admettre que beaucoup de femmes ignorent toute l’horreur de la situation des pauvres déchues.
- Si la mère de famille est persuadée que l’immoralité est dangereuse il faut qu’elle ait lé courage d’étudier le mal afin de pouvoir le combattre autour d’elle.
- Il faut qu’elle ne craigne pas d’étudier toutes les questions sociales qui s'y rattachent.
- Si au contraire, insouciantes ou coquettes, les •femmes continuent à s’enfermer dans leur intérieur, du à briller dans les salons, le lléau deviendra si redoutable, qu’elles se verront attaquées jusque dans leur foyer.
- Qu'on y songe bien, en combattant la dépravation, nous n’obéissons pas seulement à un sentiment de y pitié pour les femmes déclassées, nous voulons aussi et c’est noire vœu fe plus cher, préserver nos fils du contact impur du vice, et assurer par cela même le bonheur futur de nos filles.
- Hélas 1 que de fois n’a-t-on pas vu la santé et la joie de toute une famille compromise ou jmrdue à jamais par le fait de l’existence de ces vices quo l’on ignore ou que I on feint d'ignorer.
- Il y a tout à gagner et rien à perdre à chercher le remède à ces maux.
- Nos filles seront-elles moins pures lorsqu’elles sauront qu’à quelques pas d’elles, des infortunées vivent dans des maisons maudites sans espoir de pouvoir briser la lourde chaîne qui les rive à la In;nte ?
- Quoi! en un jour d entraînement ou de misère, oîlec ont été sacrifiées à la passion brutale des hommes, et nous regarderions comme une nécessité, ce qui n’est qu’un abus de la force, qu’une dégradation de !eqr intelligence ou qu’une préparation à la plus profonde des chûtes morales 1
- Non, non cela ne serait, pas juste et la société qui aspire ,à prévenir ces torts, accomplit une œuvre respectable.
- Constatons-le avec joie, la Fédération Britannique compte déjà un grand nombre d’adhérents parmi les amis du progrès, et elle publie un journal destiné à propager ses idées.
- Notre désir est de' voir ce mouvement prendre assez dhmportance pour voir tonies les femmes se réunir en masse et protester contre les coutumes arbitraires qui atteignent une partie d’entre-elles.
- Que la France démocratique ne reste pas en
- arrière! L'heure de toutes les réformes a sonné....
- que chacun se mette s l’œuvre : travailler pour l'humanité, c est contribuer au propre bien-être s de chacun et-au progrès intellectuel de la patrie et de l’humanité.
- Louise de Lasserre.
- BI13iC-,IOGî-ELAÏJ,ï-ÏIE
- DE LA JUSTICE DANS L’USAGE DE LA PROPRIETE
- OU LE
- Contrat économique des Républicains de l'avenir
- (FRAGMENTS D’UN OUVRAGE QUI VA PARAITRE)
- Il est apparu, durant le cours des Ages, un homme plus grand que' les plus grands par le cœur, et aussi par rinlelligcnce, un homme, prodige unique, auquel les générations du monde grocc-romaiii ont rendu hommage en faisant de lui leur dieu. Cet esprit sans égal entreprit de fonder une Eglise républicaine de laquelle la postérité piTt dire ce qu’il disait à scs disciples : « Les rois des nations les dominent... Il n’en sera pas ainsi entre vous. » Jésus n’a pas encore réussi, puisque cette Eglise est devenue la société papale que l’on connaît, dans laquelle les dignités d.e toute sorte rivalisent d’orgueil et d’opulence avec les. principautés dos nations, et à la tète de laquelle ime papauté, qui se dit infaillible et souveraine, se pose en type des monarchies césariennes et royales.
- Jésus voulait faire une Eglise socialiste, lorsqu’il jetait à tous les pauvres, à tous les esclaves, à tous les prolétaires, à tous les travailleurs du corps, du cœur et de l'intelligence, àtous les ouvriers de la science, de l’art, de la religion et de l’industrie, cette profonde parole : Prêtez-vous entre vous sans rien attendre de vos prêts,.» et qu’il ajoutait ; « Vous tous qui travaillez et qui êtes chargés, venez à moi, je vous relèverai : » 11 cil
- I a été jusqu’à présent de ces paroles, qui impliquent eu elles tout le socialisme raisonnable, comme des précé-1 ’dentes, qui impliquent l’égalité des droits ; elles ne sont
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- pas encore accomplies, puisque aujourd’hui, les mômes travailleurs et producteurs de tous les ordres sont encore, à très-peu d’exceptions près, spvs nos yeux, les prolétaires, les chargés, les misérables, les souffrants, les pauvres ; cependant ne désespérons pas : les paroles de Jésus commencent à être comprises dans leur profondeur inexplorée, et moi, son disciple, je les répète à tous mes frères de l’Eglise de la liberté ; oui, je leur dis, à ce titre môme : Venez à moi vous tous qui travaillez et qui êtes chargés, je vous relèverai.
- Oh ! nos pauvres ouvriers des mains, en particulier, ne sont pas gourmands I ils ne demandent pas à piétiner nonchalamment, dans les palais qu’ils bâtissent et dans les salons qu’ils décorent, les beaux tapis qu’ils ont tissés; ils ne demandent pas à boire les meilleurs vins qu’ils ont pressurés dans les granges, à se nourrir des produits les plus délicats desterrains qu'ils ont fertilisés, des prairies qu’ils ont arrosées, à se vêtir des plus beaux linges et des plus beaux draps qui sortent de leurs fabriques. Ils laissent assez volontiers les opulences et les friandises à ceux qui ne font rien ou qui ne font pas grand’chose, et ils les laisseraient, avec bonheur et sans jalousie, à leurs frères travailleurs comme eux, mais travailleurs de l’esprit qui les aident à pousser le char du progrès, en produisant dans les sciences, dans les lettres,"dans les arts, dans la morale, ce qui signifie, en instruisant, en émotionnant, en récréant, on améliorant moralement la société tout entière. Pour eux-mêmes, qui produisent toutes les choses utiles à la vie matérielle et au bien être des sens f ils ne demandent, en retour des sueurs qu’ils répandent sans cesse, pour le plus grand bonheur de tous, qu’une honnête aisance.
- Ils ne sont pas gourmands nos ouvriers des champs et des villes : ils voudraient seulement pouvoir élever sans trop de peine leur jeune famille, pouvoir lui donner l’éducation et l’instruction les plus indispensables, n’être pas obligés de faire travailler leurs enfants avant l’âgede la force suffisante, ne pas être réduits à s’épuiser eux-mêmes durant de trop longues heures, mais pouvoir réserver, sur leur journée ouvrière, les instants nécessaires au repos de leurs membres fatigués, et quelques autres, en sus, pour vaquer un peu à la nourriture de leur âme. Ils voudraient, enfin, en échange de leurs services, le travail raisonnable et raisonnablement rémunérateur, au lieu du martyre incessant d'une éternelle misère.
- Oui I que ceux qui fabriquent tous les tissus, aient au moins, pour se couvrir l’hiver, eux et leurs enfants! Que ceux qui rendent les terres fertiles aient, au moins, le pain et le vin nécessaires à une honnête existence ! Que ceux qui construisent et conduisent les machines en partagent, au moins, les produits avec ceux qui les in-venlentet avec ceux qui s’amusenLàlesvoir fonctionner!
- Je ne parlerai point, aux malheureux travailleurs do nos cités et de nos campagnes, d’Eglisc de Dieu, d'âme, de morale supérieure, de beauté suprême, d'amour pur de la vérité et do la vertu. Pourraient-ils entendre et comprendre ces sublimités platoniques du monde invisible des esprits ? Ventre affamé n'a pas d’oreilles, dit le peuple dans son pittoresque langage. Non, point d’oreilles pour ces choses quand on souffre du froid et de la faim pondant qu’on file et tisse les cotons et les laines, pendant qu’on sème et qu’on moissonne! Commençons par leur présenter les moyens d'une participation raisonnable à la distribution des biens qui sont leurs œuvres; donnons-leur l’aisance sans l’ôter, pour cela, à tous les autres, à moins pourtant, que ceux-ci ne refusent absolument de travailler, le pouvant, soit par l'intelligence, soit par le coeur, soit par le corps, afin de produire ou dans la science, ou dans l’art, ou dans la morale, ou dans l’industrie. Oui, donnons à nos travail leurs une part, exacte selon la justice, des biens dont ils sont les producteurs principaux. Meltons-lcs à leur aise par une nouvelle organisation do la société sous le rapport économique, et après, nous aurons le droit de leur parler des beautés du monde invisible. Ils pourront, alors, les méditer,les sentir, les comprendrc.Une échelle ne se monte qu’en commençant par les échelons qui tour?
- chentla terre, et ce n'est que peu à peu qu’on s’approche des cieux.Donnons d’abord au peuple le pain du .corps; et viendra ensuite pour lui l’heure du repas des esprits. Vivons d’abord, puis nous philosopherons, prms est vwere quam philosophari,
- DT Jünqua.
- CHRONIQUE SCIENTIFIQUE
- XAUsetg^e do» bolssonis alcoolisée»
- On ne saurait attirer trop fortement l’atLonlion publique sur les conséquences des excès de boisson ou de l’habitude do consommer des liqueurs fortes.
- M. le DT Barella, membre de l’Académie de médecine de Belgique, vient de publier à ce sujet un travail dans lequel il traite cotte question.
- Il établit entre autres choses que l’alcool n’est pas comme certains médecins l’ont affirmé, un aliment respiratoire, ni un aliment d’épargne,ni même un aliment. Par contro i’alcool favo risc les dégénérescences graisseuses du cœur, du foie et d’autro3 organes et peut même amener l’état graisseux du sang. « L’alcool, a dit Liebig, esl une lettre de change tirée sur la santé do l’ouvrier et qu’il faut renouveler,faute de pouvoir l’acquitter. Il consomme ainsi le capital et l’intérêt, et la conséquence inévitable est la banqueroute de son corps. »
- Ce langage étrange dans la forme est précieux dans le fond, aussi ne voyons nous pas sans tristesse la consommation toujours croissante des boissons alcoolisées.
- En Belgique, dit l’Indépendance, pour une population de cinq millions d’habitants, on compte plus de 101,000 débits de boissons, soit on moyenne un cabaret par 49 habitants de tout âge et de loutsexo.il y a un cabaret par 12 habitants mâles âgés de plus de 21 ans. Dans quelques localités industrielles on trouve un débit de boissons pour G ou 7 individus.
- En Franco la proportion n’est pas lout-à-fait aussi forte. Il ne faudrait pas en conclure que les habitudes do boisson soient moins répandues. Elles tendent même à s’aggraver. En effet, il résulte, dit la Reme médicale, d’un travail de statistique fait par M. le Dr Lunier, inspecteur général du service des aliénés et du service sanitaire des prisons do Franco, que la consommation de l’alcool qui, pour l’ensemble de la France, était, en 1831, de 1 litre 09 par tête, se trouvait être, eu 1873, de 2 litres 84, plus du double.
- La consommation générale de i’alcool avait sensiblement diminuée pendant quelques années, mais elle a repris depuis 18713 une marche ascendante.
- En 1869 elle avait été dans toute la France de 1,008,750 hectolitres, en 1872 seulement de 758,403 hectolitres. En 1876 elle était remontée à 1.004,300 hectolitres. Encore ccs chiffres ne comprcnnent-ils que les quantités soumises au droit général de consommation.
- Les ças de folie de cause alcoolique, ajoute M. Lunier, ont suivi la môme progression ; sur 100 admissions dans
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- LE DEVOIE
- III
- les asiles d’aliénés, ils étaient, en 1838, de 7,067 et en 1874-76 ils se trouvent être de 13.94.
- En 1870, sur 1,460 aliénés entrés dans les asiles des départements de la Seine, il y avait 377 alcooliques dont 28 parmi eux avaient fait des tentatives de suicide et 9 des tentatives d’homicide. Il est entré également dans les asiles pour femmes sur 1,059 aliénées, 64 alcooliques; 8 parmi elles avaient fait des tentatives de suicide.
- En 1849, la proportion des suicides attribués à des excès d’ivresse ou à l’ivrognerie habituelle était 6.69 0/0; elle s’est élevée à 13.41 0/0 en 1876.
- C’est dans le Calvados que l’on observe le plus grand nombre de cas de folie de cause alcoolique, 29,37 0/0.. Au dire de Casper, le quart des suicidés de Berlin pendant une période de neuf ans, d’après les données officielles, comprenait des gens adonnés à la boisson. M. Briorre de Boismonl dans son ouvrage sur le suicide et la folie, constate 530 cas de suicide par ivresse sur un total de 4,59o, c’est-à-dire près d’un neuvième.
- Dans les pays où l’on consomme sans mesure le vin blanc sec, les cas. de delirium Iremens abondent dans les hôpitaux. C’est surtout sensible dans la Suisse romande où par contre les accidents alcooliques sont peu fréquents. Dans la Suisse allemande où l’on consomme peu de vin l’usage du schnaps (eau de vie de pomme de terre) est au contraire très-répandu et les accidents qui en résultent sont fort nombreux.
- Le pays où l’on consomme le moins d'alcool est l'Autriche (1 litre 40 par tête.)
- En général Tusage de l’alcool est plus répandu dans les pays privés de vignes que dans les contrées vinico-les. En France la même remarque peut se faire ; les départements du Midi sont ceux qui consomment le ^oins d’alcool, ; l’Hérault, le Gard, l’Aude sont dans Ce cas. Par contre, ceux où l’usage de l’alcool est le plus répandu sont ceux qui consomment le moins de vin, ^ Seine-Inférieure, la Somme et l’Aisne. La consommation d’alcool pur dans ces départements répartie par tête d’habitants, donne de 6 litres 80 à 10 litres, ce qui ^présente de 16 à 23 litres d’eaù de vie à 42 degrés.
- C’est effrayant, et notez que les chiffres officiels de la c°nsommation doivent être inférieurs à la réalité, vu fih’il so fait en semblable matière une contrebande que t ou estime être de uu cinquième.
- Ces chiffres, une fois surélevés de ce cinquième, de-v*ennent si considérables qu’ils font pour,
- Ea loi tendant à réprimer les abus de l’alcoolisme n’a ^OQc servi à rien. Les taxes qui pèsent sur le vin ont rejeté les consommateurs sur l’alcool.
- voisins d’Outre-Manche ne sont pas mieux parla-
- Sês j1qUS>
- h fut un temps en Angleterre où, grâce aux boissons ^cooliquea, les débitants do vin annonçaient sur leur ehseigIlc qu’on pouvait s’enivrer chez eux pour un penny, ^ B n’en coûtait que deux pences pour devenir ivre-avoir, en outre, une botto de paille pour dormir ^ùsqu’à, ce que l’ivresse fut passée.
- Aujourd’hui on n'oserait plus aller aussi loin, mais l’usage de l’alcool ne reste pas moins très-répandu.
- On a caculé, dit M. Hyppolyte Passy, qu’en Angleterre l'abus des boissons absorbe par an, 1,500 millions de francs et cela directement, sans compter les pertes indirectes dues aux chômages,aux maladies,aux crimes et délits qu’entraîne Pivrognerie. Si. l’on tient compte aussi de ces pertes, laissant même de côté les grands centres de population, où l’alcoolisme fait tant de ravage, on arriverait, pour chaque village, à une perte annuelle de 200 à 800 fr.
- Û’est un capital énorme qui est ainsi gaspillé et détruit, tandis que, bien employé, il pourrait servir puissamment à l’amélioration du sort des classes pauvres.
- Il ne faut pas oublier, en outre, que l’alcoolisme est une cause certaine de dégénérescence de la population, les enfants d’alcoolisés étant d’ordinaire malingres,souffreteux, souvent atteints de maladies organiques.
- M. Passy n’hésite pas d’ajouter que, d’après le témoignage des hommes les plus compétents, l’alcool est un poison pire que l’opium. Dans l’Inde, par exemple, on a observé que l’eau-de-vie de riz fait plus de mal que l’opium. Quant aux remèdes qu’on a proposés ou essayés pour combattre l’alcoolisme, ils ont été généralement inefficaces. L’élévation des droits sur les alcools n’a pas sensiblement modifié les habitudes une fois prises et que la production abondante et à bon marché des alcols a primitivement engendrées ou favorisées. L’ivrognerie est un des principaux obstacles au progrès moral et matériel des peuples modernes.Cependant un homme d’Etat anglais, trouvait que ce vice a du bon, parce qu’il rapporte beaucoup au fisc. « Ce sont les ivrognes, aurait-il dit, qui ont payé la guerre de Crimée. »
- C’est ainsi que les hommes dont le devoir serait de protéger les ouvriers contre les sollicitations de cette déplorable habitude, profitent au contraire de celle-ci pour réaliser des entreprises qui ne bénéficient en aucune manière aux travailleurs.
- Espérons que lo jour viendra où l’ouvrier comprendra son intérêt.
- Un poète de talent le lui a signalé (1).
- .... Malheureux, mais le sou de tes veilles,
- Ramassé morceau par morceau,
- Que tu vas le lundi boire à l’ombre des treilles,
- Et digérer dans le ruisseau,
- Le sou du cabaret qui te remplit la gorge,
- Et fait le creux dans ton cerveau,
- Sais-tu bien, ouvrier, qu’il est l’immense forge,
- D’où naîtra le progrès nouveau ?
- C’est le sou de l’école et c’est le sou du livre,
- Par lui, demain, tu peux avoir,
- La force et l’union : la force qui délivre,
- L’union qui fait le pouvoir,
- E. C.
- (1) J. Bru d’Esquille, les Apostrophes.
- Le Gérant : A. Massoulaud.
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- Revue fédéraliste des peuples latins Directeur: Louis-Xavier de Ri-card. — Secrétaire de la Rédac- 2 tion et administrateur : Auguste ; Fourés.
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- Sommaire du troisième numéro du Journal des Conseillers municipaux, recueil pratique d’administration et de jurisprudence, è l’usage des membres des assemblées municipales, paraissant tous les mois, sous la direction de M. Souviron, chef du Secrétariat du Conseil municipal de Paris, auteur du Manuel des Conseillers municipaux, des Tableaux des attributions des Maires et des Conseils municipaux, etc.
- — I. Consultations et réponses aux questions posées par les abonnés. — IL Les Caisses d’épargne scolaires et les Conseils municipaux. -iri. De la tenue du registre des délibérations. IV. Devoirs des maires (suite et fin) — V. De la gratuité dos fonctions municipales dans les grandes villes.
- — VI. Le développement du réseau vicinal; projets du gouvernement.
- — VII. Revue de lajurisprudence.
- — VIII. Informations municipales et administratives.
- Prix de l’abonnement pour une armée, formant un fort volume in-8° jésus, 8 francs. Adresser les demandes à M. Souviron, rédacteur-gérant du Journal des Con-
- Isei lers municipaux, 85, rue des Martyrs, à Paris. 19
- Saint-Quenlin — lin;), do lu Société anonyme du Glaneur
- LA PHILOSOPHIE POSITIVE, Revue politique, littéraire et scientifique, dirigée par MM, É. Littré et Wyroubotr, vient de publier le cinquième numéro (Mars-Avril 1878) de sa dixième année.
- Ce numéro contient:
- De l'Espèce humaine, par É. Littré.1 - L'Homme et la Science, par John Tyndall et Raoul Jeudy. — La Philosophie positive au Mexique, par Georges llammekcn. — Un Critique d'art du XIX0 Siècle (suite), par P. Pétroz. — Notes sociologiques (suite), par de Roberty. — Les Libertés locales en Europe, par Ad. de Foutpcrtuis.
- • Pangermanisme et Panslavisme, par É. Littré. — Variétés. — Bibliographie.
- PRIX D’ABONNEMENT :
- Paris. Départ. Étranger.
- Un an.. 20 fr. 23 fr. 25 fr.
- X*a Philo soplii© positive
- vient de rnetLre en vente doux importants ^ouvrages do M. ÜL JUIT-TRÉ. — L’un, ayant pour titre:
- FragmentsdePhilosophio positive? et do Sociologie contemporaine. Un fort volume grand in-8”. Prix: © francs,
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- L’hygiène contemporaine
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- NUMÉRO 8
- dournal lébdomadairu paraissant lu ^Dimanchu DIMANCHE 28 AVRIL
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- Rédacteur en chef : M. Ed. CHÂMPURY
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- SOMMAIRE
- 'Travail et Répartition. — La semaine politique. — Les Écoles publiques. — Discours de M. Louis Blanc. — Variétés. — Le Justicialisme. — Le mouvement religieux. — La Fille de mon père. — Le Devoir et la Presse. — Bulletin Bibliographique. — Chronique scientifique.
- TRAVAIL ET REPARTITION
- Nous avons déjà présenté l’association du capital et du travail comme étant le moyen pratique de la morale véritablement sociale ; nous voulons aujourd’hui indiquer au nom de quels principes l’association peut servir à introduire la justice et l'équité dans la répartition des fruits du travail entre les individus et à organiser la production dans la société.
- Envisagé avec la connaissance des lois de la vie, le travail est, aux yeux du sage, une faculté donnée du ciel à Phomme pour servir au progrès du monde.
- C’est par le travail que l’homme multiplie, à la «surface de la terre, tout ce qui sert au développement de la vie intelligente ;
- C’est par le travail que Phomme améliore les espèces végétales et animales, et qu’il s’améliore surtout lui-même ;
- C’est par le travail que s’accomplit enfin le progrès de l’humanité.
- Or, le progrès des Sociétés humaines est le but suprême de la vie terrestre ; c’est le grand œuvre auquel tout homme est appelé à prendre part en recevant l'existence.
- Le travail et ses résultats doivent donc assurer à tout être humain la complète expansion de
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- LE DEVOIR
- son activité, afin que chacun puisse faire profiter la vie générale de son action productive.
- Mais pour qu’il en soit ainsi, pour que l’activité intelligente se mulfiplie, il faut d’abord que le travail profite à celui qui le fait. Il faut que les ressources de chacun soient suffisantes pour que la santé et le bien être existent dans toutes les familles.
- C’est seulement lorsqu’il en sera ainsi que les activités humaines se manifesteront dans la plénitude de leurs facultés.
- Puuj, «u ri ver à mi ici résultat, il no suffit pas
- d’en exprimer l’idée, il ne suffit pas de déclamer sur les misères du monde, il faut remédier au mal dont souffrent les sociétés, en établissant l’ordre dans la production et la répartition des richesses.
- Chacun sait que la répartition des richesses est laissée aux hasards de l’arbitraire, qu’elle est entièrement abandonnée aux chances de la lutte du chacun pour soi, et qu’il ne suffit pas de travailler puissamment â créer les choses nécessaires à la vie pour avoir une large part au bien-être créé par le travail. L’ordre de choses établi livre la richesse produite au cumul du capital, sans que le travail ait rien à y voir.
- Lorsqu’on se place au-dessus des considérations consacrées par l'usage et que l’on envisage les choses au point de vue de la stricte justice, on se demande pourquoi ceux qui sont à la peine et créent la richesse ne sont pas admis à en partager les avantages avec ceux qui possèdent les éléments servant à la production. Car il est visible pour tout le monde que le capital sans le travail serait stérile.
- Ces réflexions peuvent se présenter à l’esprit de tout homme intelligent ayant l’amour du juste, mais on conçoit qu’elles se présentent bien plus naturellement à la pensée de ceux qui sont exclus du partage de la richesse sortie de leurs mains ; cette question d’équité, faute de recevoir les solutions qu’elle réclame, constitue le plus réel des dangers de la société présente. *
- On objecte bien, il est vrai, que le travail, à son tour, serait livré à l’impuissance s’il ne pou-
- vait disposer des ressources précédemment créées, c’est-à-dire des économies faites sur la .. richesse produite et capitalisée de manière à servir à l’exercice de l’activité humaine ; mais cette objection ne justifie pas la situation faite au travail ;* elle tend seulement à établir la nécessité de la commune action du capital et du travail dans l’œuvre de la production, et par conséquent le droit des deux parties aux avantages qui en résultent.
- Comparant l’industrie et le travail dans leur état actuol à cg qu’ils étaient dans le passé, bien des gens se font les admirateurs du présent et pensent que tout est pour le mieux ; on ne voit pas que l’anarchie règne au sein de la production et que, si l’on veut trouver plus de sécurité pour tous les intérêts, l’organisation du tra- : vail dans la Société doit reposer sur des bases nouvelles.
- Cette anarchie industrielle est en grande partie cause des crises périodiques du travail et des affaires ; ainsi, l’absence de prévoyance et d’organisation dans la production crée les encombrements ;
- Les encombrements font, naître la dépréciation des produits ;
- La dépréciation des produits donne lieu à l'insuffisance des salaires ;
- L’insuffisance des salaires est cause du ralentissement de la consommation ;
- Le ralentissement de la consommation produit le chômage, et le chômage amène la misère, la faim, la maladie. i
- Tels sont- les inconvénients qui résultent du . j défaut de prévoyance et d’organisation dans la | création de la richesse; l’absence d’unité morale ; et de but commun fait surgir la lutte jusque dans le camp de l’industrie’. De même que dans les aberrations de la guerre, vainqueurs et vaincus ne reviennent au calme de la paix qu’après qu’ils se sont épuisés et ruinés, de même aussi dans l’industrie co n’est qu’après les douleurs du chômage et les pertes suscitées par la concur- ; rence que le cours normal du travail se rétablit. |
- L’expérience de ces épreuves douloureuses §
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- LE DEVOIR
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- sollicite les sociétés à la recherche de l’organisation du travail et de la paix, double but qu’elles atteindront le jour où la direction des peuples se sera élevée à l’intelligence et à l’amour du bonheur social.
- En attendant, nous avons à rechercher quelle est la série des réformes les plus utiles à entreprendre pour entrer dans la voie pratique de la fraternité sociale, dans la voie où chacun placera son devoir à vouloir pour autrui la justice le bien qu'on désire pour soi-même. L’Association est le principe d'organisation Rui dans la société correspondra à l’application 3e ce précepte de la morale supérieure des peuples, comme il correspondra à celui-ci : Aimez-vous les uns les autres.
- Car si l'on suppose pour un instant l’Association établie entre le capital et le travail, dans ^ne branche quelconque,de l’industrie, le premier devoir des associés sera d’assurer à la vie humaine les garanties qui lui sont nécessaires, c est-à-dire de veiller, avant tout partage de bénéfices, à faire disparaître les misères, à s°nlager les souffrants et les malades, à pourrir à l’éducation et a l’instruction de l’en-fance, et à doter l’Association des moyens f^opres à aider au développement intellectuel et moral des sociétaires.
- Ee n’est qu’après avoir accompli ces devoirs satisfait à ces principes de morale sociale, P°ur lesquelsl’Etat doit accorder son patronage, ^Ue l’Association portera les bénéfices restants au compte des sociétaires et des actionnaires, concours que chacun aura en capital.
- Association satisfait donc ainsi au précepte *Pti nous enseigne de nous aider les uns les &utres, et d’agir envers les autres comme nous dirons qu’on agisse envers nous-mêmes, ce ^Ue ne fait en aucun cas le régime du chacun V°ur soi. G.
- proportion du 3oimé en travail o
- LA SEMAINE POLITIQUE
- Heureux, dit-on, les peuples qui n’ont point d’histoire ; ce bonheur est le nôtre en ce moment.
- Jamais,en effet,calme plus absolu ne régna en France. Tous les esprits, toutes les activités se portent vers un seul objet : La grande fête internationale qui sera pour nous la plus sûre et la meilleure des revanches,et montrera au monde comment la France républicaine a su se relever par le travail.
- Tout en constatant cette heureuse situation, ce serait .cependant faire preuve d’un optimisme exagéré que de ne point apercevoir les nuages qui, loin de nous il est vrai, obscurcissent quelque peu la sérénité de l’horizon. De ce que M. de Bismarck a accepté d’ètrel’arbitre entre les intérêts inconciliables de l’Angleterre et de la Russie en Orient, il serait au moins téméraire de conclure que la crise est entrée dans une période sérieuse d’apaisement. Celui qu’on a appelé riiomme de 1er et Ûe sang n’a jamais, que nous sachions, professé un assez ardent amour de la paix pour que la seule intervention de l’Allemagne, au nom de laquelle il parle et agit, soit une garantie suffisante d’un dénoûment pacifique.
- Beaucoup d’excellents exprits estiment, chez nous, que nous no devrions pas, en somme, regretter de voir l’ADgleterre arrêter les envahissements progressifs de la Russie et empêcher que la France affaiblie voie se dresser devant elle un trop puissant empire dont les complaisances intéressées à l’égard de la Prusse ont été pour beaucoup dans nos derniers désastres. G’est, hélas, la vieille politique de l’équilibre européen, équilibre toujours instable,car il repose sur la violenee qui ne fonde rien, au lieu d’avoir pour base la justice qui est, en réalité, la plus haute expression du respect des droits de tous,chez les peuples comme chez les individus.
- Pour nous, spectateurs sinon indifférents du moins impuissants d’une lutte qu’il ne dépend point de nous d’arrêter, cherchons dans le recueillement et dans le travail les véritables éléments de la prospérité de notre pays.
- 'C’est du reste la voie dans laquelle les républicains se sont résolument engagés au grand désespoir des factions monarchiques coalisées, que ni les leçous du passé, ni les échecs multipliés, ni les impérieuses exigences du patriotisme n’out pu décider à s’incliner devant la volonté nationale si clairement, si hautement manifestée en dépit de mille obstacles.
- I G’est pitié de voir à quels arguments en sont réduits les organes les plus accrédités de ce qui fut «c l'ordre moral ». Ils en sont venus à démontrer par des calculs de la plus haute fantaisie que les bons provinciaux commettraient une insigne jolie, si cédant à l’attrait de l’Exposition et des fêtes dont elle sera l’occasion, ils avaient l’impudence de se livrer au minotaure parisien prêt à les dévorer. Ces mêmes journaux, en 1867, frappaient à tour de bras sur la grosse caisse de la réclame pour convier le monde entier à venir admirer les merveilles que Paris avait accumulées dans ses murs. Mais une fête du travail organisée par la France redevenue libre et maîtresse d’elle même: fi donc ! Et pour en paralyser le succès ils ne reculeront ni devantle mensonge, ni devant l’injure, ni devant la calomnie.
- Faut-il nous en plaindre? Non, non, car tous ceux que n’aveuglent point d’ineptes préjugés ou d’inavouables convoitises se détachent peu à peu de partis qui ont assez perdu le sens moral pour no pas même respecter leur pays. Ils se disent qu’en fin de compte, République veut dire «. chose de tous » et ils entrent dans nos rangs où il y a place pour tous les hommes de paix et de bonne volonté.
- A. Ballue,
- Les petits événements n’offrent guère plus d’intérêt que la politique générale.
- Le fait le plus saillant est l’émotion produite à Saint-Pétersbourg par l’acquittement de Vera Sassoulitch, auteur d’un attentat à la vie du général Trépoff, préfet de
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- police et aide -de-camp du Czar. Il est hors de doute maintenant que cette jeune femme a agi sans aucun mobile intéressé. C’est de son propre mouvement qu’elle s’est rendue de sa province à Saint Pétersbourg et, si elle a fait feu sur le général Trépoff, c’est uniquement pour le châtier des traitements sauvages dont il frappait les condamnés politiques. Vera Sassoulitch est donc une seconde Charlotte Gorday. Comme celle-ci, elle s’est constituée de son chef justicière de faits criminels impunis. Détail à noter : le public qui a suivi les débats était composé des plus hautes sommités de l’administration, de l’aristocratie et du corps enseignant et c’est ce public qui par ses acclamations a entraîné le jury. On prétend aujourd’hui que le procureur en appellera du jugement et que c’est pour cela que la police recherche activement Vera Sassoulitch qui lui a échappé et qui ne sera peut être pas retrouvée. Nous nous élèverons toujours contre les attentats à la vie humaine mais nous devons constater ici que Vera Sassoulitch n’a rien de commun avec les assassins. Elle a cru remplir une mis-
- cion.
- Quant au général Trépoff, c’est le digne émule do ce Mouravieff qui fit « régner l’ordre à Varsovie. *
- On le savait justement liai de nihilistes fort nombreux et fort puissants, mais nul n’aurait jamais cru qu’un jury russe put lui être hostile au point de déclarer non coupable une tentative d’assassinat sur sa personne.
- Cette décision rappelle un cas en quelque sorte analogue qui vient de se passer outre Manche. Un des plus grands propriétaires fonciers de l’Irlande, lord Eeitrim, a été assassiné avec deux de ses domestiques, en plein jour, à quelques lieues de Dublin, et dans des circonstances qui ne laissent aucun doute sur le mobile du crime. On n’a pu découvrir les coupables, quoique la famille ait promis 2LO,OOÜ fr. de récompense a qui les découvrirait. Ce qui est plus grave encore, c’est que la police a eu beaucoup de peine à pro téger le cadavre de lord Lei-trim contre les outrages de la populace de Dublin, qui a fait de ses obsèques une véritable bataille. Ainsi, le meurtre est couvert par la complicité tacite de la population rurale, approuvé par les manifestations bruyantes d’une partie de la population d’une grande ville. Ce crime rentre évidemment dans un genre de vengeance populaire qui, paraît-il, n’est pas nouveau dans ce pays. 11 y existe depuis des siècles.
- Il n’y faut pas chercher des causes politiques, comme dans la plupart de nos révolutions. Le mal à. une autre origine c’est la guerre agraire, comme on l’appelle dans la langue du pays, c’est-à dire la conspiration permanente du cultivateur contre le propriétaire.
- En Irlande, il y a peu d’industrie; c’est la terre qui est la matière première du travail, et c’est la passion de Ja terre qui est la plus vivo de toutes. Le paysan se regarde comme copropriétaire du sol, et quand le titulaire de la propriété veut l’expulser, il se venge par des coups de fusil. Il tombe rarement sous la main de la justice parce qu’il est protégé par runiverselle complicité populaire.
- Il y a eu, à ceite occasion, des discussions dans la Chambre des Lords et dans la Chambre des Communes, et celle de la seconde Chambre a été tellement violente qu’il a fallu faire évacuer la salle et ordonner le huis-clos.
- Des députés irlandais ont attaqué et outragé la mémoire de l’homme assassiné, se faisant ainsi les avocats du crime. Ils ont provoqué mi tumulte indescriptible.
- Nous sommes bien loin de ces choscs-là en Franco, grâce à Dieu ou plutôt grâce à la Révolution. Les haines sociales sont éteintes et si à l’intérieur il y a encore des adversaires, il n’y a heureusement plus d’ennemis.
- Les divergaences les plus vives s'effacent peu à peu et d’une année à l’antre ce progrès est plus marqué. On examine tout d’un œil plus calme et l’on accorde une attention k des'choses qu’au trofois on auraitlaissé passer.-
- C’est le cas du testament do Raspail.
- Ce testament vient d'être publié. Il est touchant. On ne peut lire sans attendrissement les lignes où ce vétéran des républicains persécutés charge sa fille du soin de ses manuscrits. Hélas l l’enfant dont il parle .avec tant d’affection est morte avant lui, on 1876, d’une
- maladie de cœur contractée dans la prison. On se souvient que cette fille dévouée avait obtenu de partager D cellule de son père, alors âgé de 81 ans et emprisonné pour avoir demandé l’amnistie En présence de faits semblables les commentaires sont de trop. E. C.
- LES ÉCOLES PUBLIQUES !1)
- VII
- Les règles que nous avons posées pour la construc" tion des bureaux d’élèves, étant toutes* déduites des proportions du corps en rapport avec chacune des parties du bureau, donnent lieu à une série de tables de dimensions appropriées aux divers âge3 des élèves» depuis ceux des enfants fréquentant les écoles gaf" diennes et les asiles jusqu'à ceux des adultes de nos institutions supérieures.
- Nous croyons bon de reproduire ci-dessous, en articles détachés , les propositions précédemment exposées sur ce sujet, et de les faire suivre de deux tableaux :
- L’un résumant les mesures fournies par chaqo0 taille moyenne d’élève ;
- L’autre, les dimensions à donner aux bureaux d'écoliers pour les mettre en rapport avec les besoins des différentes tailles.
- Dimensions des bureaux pour tous les âges-
- I: — Les tables ou bureaux doivent être établi® sur deux traverses en bois dur de 12 à 15 centimètre® de hauteur, recouvertes d'un plancher servant d0 marche-pied à l’élève, et isolant les pieds du sol.
- 2. - La hauteur du banc de l’élève doit être cell0 de la jambe, du sol jusqu’au jarret, l’élève étant a®-sis ; en ajoutant à cette mesure, pour la semelle d0 la chaussure:
- Deux centimètres lorsqu’il s'agit d’enfants an* dessus de lra 25 e ;
- Trois eenlim. pour ceux au-dessus de cette taill0,
- 3. - Lq largeur ou profondeur du banc doit êtm» pour chaque taille, le maximum de l’épaisseur ^ torse, le dos étant appuyé contre un mur.
- 4. — La hauteur du dossier doit-être des denX tiers de la hauteur du torse, l’écolier étant assis.
- 5. - L’inclinaison du dossier doit être, à sa parti0 supérieure en arrière du banc même, d’un tiers de ^ hauteur du dossier.
- 6 — La distance du bord du banc à la vertical du bord du bureau doit être d’un septième de la ha11' teur du banc. Cette mesure est juste nécessaire po1^
- (1) Voir nos Numéros % 3, 4, 5, 0, 7.
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- que l’élève paisse se tenir debout à son bureau, la jambe restant un peu infléchie.
- 1 — La hauteur du dessus du bord du bureau au dessus du banc de l’élève doit être celle de la Moitié du torse, prise de dessus le banc au-dessus de l’épaule, l'élève ayant les bras tendus en croix.
- 8. — La profondeur de la caisse du pupitre ne doit Pas gêner les jambes de l’écolier ; elle peut avoir le Quart de la hauteur du torse.
- 9* — La largeur du bureau, c’est-à-dire de la place nécessaire à l’élève pour travailler aisément, est c®Ue occupée par la longueur des deux avant-bras reunis, placés horizontalement en avant de la poi-frine, les maîhs croisées entre les pouces. Pour les élèves au-dessous de la taille de !ra 35, on doit pren-dre la dimension maximum dans chaque série, afin de faire sur le bureau la place nécessaire aux cahiers ; niais pour les élèves au dessus de cette taille, la
- dimension moyenne de chaque série de tailles suffit.
- 10. — La profondeur du bureau est limitée par la longueur du bras de l'élève tendu en avant de la poitrine, de manière à pouvoir atteindre facilement l’encrier qui est placé sur le bandeau à l’extrémité du bureau.
- 11. — L’ouvrant du bureau comprend toute la table du pupitre; sa largeur est celle du bureau ; sa profondeur, celle du pupitre, moins la place des encriers.
- 12. — L’inclinaison de cet ouvrant du pupitre est d’un cinquième de la profondeur du pupitre même. A. ce degré d’inclinaison, les papiers et livres ne glissent plus d’eux-mêmes sur le bureau.
- 13. — Le bandeau qui forme la partie postérieure du bureau doit avoir juste la largeur nécessaire pour contenir l’encrier, ainsi que les plumes, règles et crayons de l’élève.
- Tableau des mesures nécessaires pour déterminer les proportions des bancs et bureaux d’écoles
- en rapport avec chaque taille.
- (Ces mesures ont été prises sur 400 personnes environ de tous âges, de deux.à vingt ans).
- 1RIES DES TAILLES (chaussure non comprise). < de 0">75 à 0m85 de 0n>85 à 0m[)5 de 0mt>5 à lm05 de lm05 à Irais de lml5 à lm25 de dm25 à lm35 de lm35 à lm45 de lm45 à lm55 de lm55 à lm65 de ImOS à lm75
- Taille moyenne, chaussure non comprise 0m80 Ûm90 lm00 1™10 lm2Ü im30 1 m40 lm50 lm60 lm70
- ACES DES ASILES ET JAIIDINS D’ENFANTS AGES DES ÉCOLES
- Hauteur delà jambe, du sol sous le jarret, chaussure non comprise l’élève étant assis 0.190 0.210 0.230 0.260 0.300 0.330 0.370 0^00 0.420 0.440
- Epaisseur du torse, prise sur les personnes les plus fortes de chaque série, le dos étant appuyé contre un mur 0.190 0.200 0.210 0.220 0 230 0.240 0.250 0.260 0.270 0.290
- Hauteur du torse, de dessus le banc où l’élève est assis jusqu’au-dessus de l’épaule, l’élève ayant les bras tendus en croix 0.300 0.339 0.377 0.413 0.446 0.487 0.524 0.565 0,600 0.627
- Longueur des deux avant-bras réunis, les mains jointes entre les pouces et appliquées contre la poitrine. Dimension maximum dans chaque série jusqu’à la taille de 1m35; dimension moyenne au-dessus de cette taille 0,380 0.410 0.440 0.470 0.500 0.530 0.565 0.607 0.650 0.703
- Longueur totale du bras en avant de la poitrine ? dimension maximum dans chaque série jusqu’à la taille de lm15; dimension moyenne au-dessus de cette taille . . . 0.320 0.330 €.350 0.400 0,430 0.470 0.510 0.550 0.620 0.650
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- Tableau des dimensions des bancs et bureaux basés sur les proportions du corps pour chaque âge des asiles et des écoles, ccst-à-dirc de 2 à 20 ans.
- a m o S -£S •ai i SERIES DES TAILLES, de Omis i Um88 de 5m83 à Ûm95 de 0m95 à lm05 de lm05 & tmi5 do tmlS à tmâô de 4m85 à lm85 de ImâS & tm45 de trniS Il )m5o de 4m55 h lhrôfj de tmBS à tm7B
- "Sj Moyennes de taille ........ 0m80 0";90 lm00 lm 10 1m20 111130 1 m40 1 ™50 lm60 lm70
- ^ s 'O AGES DES ASILES ET JARDINS D’ENFANTS ÂGES DES ÉCOLES
- A Hauteur des traverses du plancher servant de marche-pied. . 0.180 0.180 0.180 0.1 BG 0.150 0.160 0.180 0.180 0*150 0.150
- B Hauteur du banc : La hauteur do la jambe du sol au jarret augmentée de 0m02c pour la chaussure jusqu’à la taille de lm25 et de 0m03 ensuite . . . 0.210 0.230 0.250 0.280 0.320 0.300 0.400 Ô 430 0 450 0.470
- G Largeur du banc : La plus forte épaisseur du torse dans chaque série » 0.100 0.200 0.210 0.220 0.230 0.240 0,250 0.260 0.270 0,290
- D Hauteur du dossier : Les deux tiers de celle du torse 0.200 0.226 0.250 0.274 0.296 0.324 0.348 0.376 0.400 0.418
- E Inclinaison du dossier en arrière du banc : Un tiers de la hauteur du dossier 1.066 0.078 0.083 0.09 J 0.098 0.108 0,116 0,128 0.133 0.139
- F Distance du banc à la verticale du bord du bureau : Un septième de la hauteur du banc 1.030 0.032 0.035 0.040 0,045 0.081 0.057 0.061 0.064 0.067
- G Hauteur du dessus du bord du bureau au-dessus du banc : La moitié du torse 0.180 0.169 0.188 0.206 0.223 0.243 0.262 0.282 0.300 0.313
- H •Epaisseur de la caisse du bureau par-devant : Le quart de la hauteur du torse .......... 0.078 0,084 0.094 0,103 0.111 0.121 0.131 0.141 0.150 0.156
- I Profondeur du bureau : La longueur des bras en avant de la poilrine . . . 0.320 0,330 0.350 0.400 0.430 0.470 0.610 0.880 0.620 0.650
- J Profondeur de la table ou ouvrant : Qln09 de moins que la profondeur totale Bureaux pour asiles ou jardins d'enfants, pas de réserve pour l’encrier 0.310 0.340 0.380 0.420 0.460 0.530 0.560
- K Inclinaison de la table du bureau : Un cinquième de la profondeur de la table Dessus horizontal s'inclinant à volonté. . . . 0.062 0.068 0,076 0.084 0.002 0.106 0.112
- L Largeur du bandeau pour les encriers : 0m07 plus ûm03 pour le bord extérieur. » » » 0.090 0.090 0.090 0.090 0.090 0.090 0.090
- M Largeur du bureau : Pour un élève, la largeur des avant-bras, les mains croisées entre les pouces et appliquées contre la poitrine 0.380 0.410 0.440 0.470 0.800 0.530 0.565 0.607 0.650 0.703
- N Largeur du bureau : Pour deux élèves, le double . 0.760 0.820 0.880 0.940 t .000 1.060 1.130 1.214 1.300 1.406
- 0 Dimension totale en travers du bureau avec son banc et son dossier de 0raG3 d’épaisseur 0.636 0.667 0’708 0,781 0.833 0.899 0.963 l.p26 1.117 1.176
- FIN DE LÀ PREMIÈRE PARTIE.
- (A suivre,) G,
- UN DISCOURS DE M, LOUIS BLANC
- Le 15 Avril M. Louis Blanc a prononcé à St-Mandé, au banquet des associations ouvrières, un discours de la plus grande importance et que nous regrettons de ne pouvoir reproduire in extenso.
- En voici en quelques mots la substance.
- Le régime au milieu duquel nous vivons est incontestablement un progrès sur celui que la Révolution détruisit. Le travail est émancipé; la concurrence a donné des ailes à l’activité humaine ; l’ouvrier est devenu son maître. Tout serait pour le mieux si, dans le jeu de la vie, les chances étaient égales pour tous. Malheureusement il est loin d’en être ainsi.
- L’inégalité des ressources met l’homme déshérité à la merci du puissant. Il se produit sous le rappel financier ce qui se présente sous le rapport physiqo0 dans l’état de barbarie ; c’est le plus fort qui co&' mande ; l’inégalité des moyens de développementa pris la place de l’inégalité des forces musculaires* La liberté existe, oui, mais sur le papier plus, quô dans les faits. Elle existe, et même avec la facifi^ de l’abus, mais seulement pour celui qui jouit d« ressources matérielles considérables ; la culture à* -l’intelligence même ne suffit plus. Pour l’être dénu® de ressources matérielles ou intellectuelles, la IR berté n’existe pas. Le prolétaire dans l’isolem^ n’a qu’une liberté, celle de mourir de faim. Il préfèr0 vivre et renoncer à la liberté. Le remède à cet ét®*
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- de choses ? Il est dans l’association sur le pied de l’égalité. En ce cas seulement il est permis de dire avec Jean Jacques : « Chacun se donnant à tous ne se donne à personne, et comme il n’y a pas un associé sur lequel on n'acquière le même droit qu’on cède sur soi, on gagne l’équivalent de tout ce qu’on perd, et plus de force pour conserver ce qu’on a. »
- Les accusations portées contre le principe d'association sont dénuées de fondement. Loin de paralyser l’initiative individuelle, l’union des forces l’excite et la féconde. L’intérêt personnel ne perd rien de son stimulant dans l’association ; il persiste, c’est l’égoïsme seul qui est détruit. Enfin l’autonomie individuelle n’est point sacrifiée à la collectivité, car l’association emploie la puissance collective à développer la puissance individuelle en mettant la force de fous au service de chacun. En somme dans l’association il n’y a pas seulement combinaison d’efforts, il y a parfaite communauté d’intérêts.
- Reste à savoir ce qu’il faut faire pour assurer dans la classe ouvrière le triomple du principe d’association.
- Il faut établir entre les associations diverses des liens de solidarité ; c’est l’union des efforts, c’est la fraternité humaine sur une large échelle qui deviendra l’instrument pacifique de délivrance.
- « Gardez vous, dit en terminant M. Louis Blanc, gardez vous de tout ce qui risquerait de diviser par l’appât d’avantages personnels et momentanés la famille des travailleurs. Vous arriverez de la sorte, sans qu’aucun intérêt respectable ait à se plaindre, sans que la tranquillité publique soit troublée, sans que l’ordre soit mis en péril, à vous faire de plus hautes destinées. Ainsi les sacrifices faits à la cause commune ne seront pas perdus même pour ceux qui les auront faits, et cette gloire leur restera d’avoir, en créant une force sous la forme d’un devoir, compris et prouvé qu’il est des situations où il faut compter au nombre des vertus pratiques le dévouement, »
- Nous n’ajouterons pour aujourd’hui aucun commentaire à ce remarquable disfours. Le Devoir aura à s’occuper prochainement de l’association et nos lecteurs pourront voir quelles sont nos vues à ce sujet. Toutefois nous ne devions pas laisser passer un discours aussi important sans le signaler et sans constater avec plaisir que nous sommes parfaitement fi accord avec son auteur.
- VARIÉTÉS
- UNE VILLE DÉCHUE
- Si jamais vous allez à Arles, lecteur, faites vous conduire à Saint-Gabriel, sur la route qui conduit à Saint-Remy, Une fois à Saint-Gabriel faites vous indiquer le chemin qui conduit au petit village nommé Les Baux, et suivez ce chemin. Il est étroit et serpente au bord des ravins ; 11 monte, il descend,il est resserré parfois entre des rochers affectant les formes les plus bizarres. Enfin après 12 kilomètres de marche vous atteignez un vallon au milieu duquel s’élève un rocher couronné dé tours antiques. Au-dessous .quelques maisons à demi-ruinées.
- Cette localité, qui n’a plus aujourd’hui que 112 habitants, fut autrefois une ville florissante; plus de 6000 personnes y vivaient et une cour d’amour y avait son siège. « Beaucoup de maisoiis, dit Mérimée,ont des façades élégantes dans le style de la Renaissance ou du XVe siècle ; mais les fenêtres sont brisées,les toits à moitié détruits, les portes sans ferrures,... Les bohémiens,qui poussent quelquefois leurs excursions jusque là, enfoncent d’un coup de pied une porte vermoulue et s’établissent pour quelques jours dans un de ces manoirs antiques, qu’ils quittent bientôt pour reprendre leur course vagabonde..-Le spectacle d’une ville romaine, dont il ne reste plus que des substructions, parle bien moins à l’imagination que celui de cette ville habitable et qui n’est point habitée. »
- Au moyen âge les princes des Baux tinrent un rang distingué parmi les nobles de la Provence. Poètes et chevaliers étaient fêtés à la-cour. Ils portèrent successivement les titres de princes d’Orange, de comtes de Provence, de rois d’Arles et de Vienne et même d’empereurs de Constantinople. Celte maison fut déshonorée par Barrai des Baux qui, au XIII0 siècle élu podestat de la République d’Arles, vendit lâchement cette République à son gendre, Charles d’Anjou. C’était signer sa propre déchéance. Depuis ce jour regrettable la maison des Baux déclina et les habitants quittèrent peu à peu la ville. Le château fut rasé par Louis XIII et aujourd’hui il ne reste plus aucun vestige de cette redoutable seigneurie.
- CAISSES D’ÉPÂRGNE SCOLAIRES
- Au 15 janvier 1878, le nombre des écoles dotées de caisses d’épargne scolaires s’élevait, dans le département de l’Aisne, à 508, le nombre des élèves payants à 7,186, et celui des éléves ayant atteint le livret de la grande caisse d’épargne, à 6,436.
- La somme totale des épargnes versées par les élèves était de ^17,691 fr. SI c. L’arrondissement de Vervins occupe le premier rang avec 85,226 fr. 65 c.; puis viennent Laon. 35,109 fr. 27 c, pour la première circonscription et 22,684 fr. 75 c. pour la deuxième; Saint-Quentin, 41,799 fr. 15 c., et Soissons, 9,801 fr. 04 c.
- PRODUCTION DUVIN EN FRANCE .
- L’administration des contributions indirectes évalue ainsi qu’il suit la récolte des vignes :
- Les vignes ont rapporté 56,405,363 hectolitres de vin. Les étendues, qui étaient de 2,346,497 hectares en 1876, ont diminué de 20,000 hectares par suite du phylloxéra. Ce sont le Midi et les Charentes qui ont subi cette perte!
- La récolte des vins de 1877 a donc été moyenne comme quantité; celle de 1876, on le sait, n’avait donné que 41 millions d’hectolitres, et celle de 1875 s'était élevée au chiffre exceptionnel de 83 millions d’hectolitres ; mais les trois années sont médiocres pour la qualité. .
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- L’USÏNE_ KRUPP
- La Gazette d'Essen fournit les intéressants détails qui suivent sur la situation de la fameuse usine Krupp :
- « Le nombre d’ouvriers de l’usine s’élève en ce moment à 8,500. L’usine possède 4 charbonnages et 562 usines de fer en Allemagne. Le nombre d’ouvriers occupé dans les mines est de 5,330.
- » Les mines de fer, dans le Nord de l’Espagne, peuvent produire annuellement 200,000 tonnes de minerai, pour le transport desquelles Krupp possède quatre grands navires à vapeur.
- » Les usines (hauts-fourneaux) appartenant à Krupp, au nombre de 5, avec 14 hauts-fourneaux, occupent 700 ouvriers. Dans les 3,277 logements d’ouvriers, situés près d’Essen et appartenant h Krupp, 16,200 personnes sont logées, 22 magasins vendent les épiceries, les nouveautés, la mercerie, la chaussure et les meubles, la viande, etc., aux ouvriers, au prix du gros. La boulan-
- ferie produit mensuellement 195,000-kilog. de pain. Les coles industrielles pour les jeunes filles et les écoles de travail féminin ont été visitées en 1877 par 2,000 enfants et 258 adultes,
- » L’usine peut livrer journellement 2,700 rails (19,125 mètres), 350 bandages, 150 essieux de locomotives et de wagons, 180 roues diverses pour wagons, 1,500 obus, etc. En un mois on y fabrique plus de 500 canons de divers calibres, soit ; 250 pièces de campagne, 30 canons de 15 centimètres, 15 de 25, 8 de 28 etc. Depuis 1847, on y a fabriqué 15,000 canons.
- » On consomme journellement 1,800 tonnes de charbon et de coke dans l’usine. Celle-ci est éclairée par 21,215 becs de gaz. Le mouvement des matériaux y est opéré sur 39 kilomètres de chemins de fer grande section, au moyen de 14 locomotives et de 537 wagons, et sur 18 kilomètres de chemins de fer à voie étroite, au moyen de 40 locomotives et 210 wagonnets. L’usine est desservie par 44 stations télégraphiques. Il y est organisé un corps de pompiers de 63 hommes, avec 8 pompes à incendie.
- CHARITÉ BIEN ORDONNÉE
- La question des écoles, dit le rapport de la Société de Saint-Vincent de Paul, de Gand, est devenue dans nos conférences une question d’un intérêt majeur. A chaque réception de famille, on s’enquiert avec soin de l’éducation que reçoivent les enfants. Vont-ils à ces écoles que notre foi nous fait un devoir de combattre, le visiteur du pauvre s’efforce de convaincre les parents que les âmes de leurs enfants y sont en péril et qu’il faut à tout prix les soustraire à ces influences pernicieuses: Parfois même, devant une résistance opiniâtre, se voit-il dans la iriste nécessité de mesurer le pain de la charité à la bonne volonté que met la famille à suivre l'enseignement catholique.
- »i. i ooopSoo*
- LE JUSTICIALISME
- JUSTICE ET LIBERTÉ DANS L’ORGANISATION DU TRAVAIL
- [Suite.)
- Jamais, l'idée justiciaire ne pourra disparaître, et rien n’aura jamais la puissance de l’étouffer. En effet, parcequ’elle émane du profond sentiment que l’homme a de ses droits.C’est parcequ’elle existe dans l’âme, en raison de l'intelligence de chacun,que les classes instruites, frappées par l’aspect des abus, ont marché les premières à la conquête de la liberté et de l’égalité des droits politiques,qui sont d’ailleurs
- la première base de toute réforme. Car, que peut l’homme asservi à la tyrannie? Quelle pensée peut-il émettre ? Quelle institution peut-il fonder ? Quel progrès accomplir? En vue d’adoucir sa situation, le chien lèche la main qui le frappe ; à moins qu’exaspéré sous les coups, il ne saute à la gorge de son bourreau et ne l’étrangle.
- Mais il n’y a pas seulement le despotisme d’en haut ; il y a aussi celui d’en bas. Les sociétés où la grande industrie s’est constituée, enserrent le travailleur dans de redoutables entraves. De là, le péril social.
- La seule digue possible au débordement général est désormais celle de la justice.Si la justice et la liberté, ne doivent pas toujours être un mirage n’est-ce pas au milieu* du travail qui absorbe les masses qu’il est nécessaire de les voir descendre, si on ne veut voir tôt ou tard la société tout entière faire explosion? Ce qu’exige aujourd’hui le bon sens, c’est que la direction de la société travailleuse soit dévolue non à l’hérédité, mais aux capacités, car la nature distribue les aptitudes sans se préoccuper de la position sociale des individus. Il faut donc que, sans toucher à la richesse acquise, on en arrive à faire diriger le travail par la capacité librement élue et reconnue par le travailleur.
- En d’autres mots, la possession du capital et l’administration du travail doivent devenir choses distinctes en principe en pratique.il faut que le travailleur puisse arriver à organiser lui-même le travail de manière à demeurer libre dans cette organisation, sans nuire à la possession légitimement acquise.
- Tel est le premier problème à résoudre que nous a légué la Révolution.
- Thil-Lorrain.
- ., ---1 # i---—
- LE MOUVEMENT RELIGIEUX
- Nous abordons aujourd’hui un sujet sur lequel les opinions sont très partagées mais qui préoccupe et passionne tous les esprits : la question religieuse.
- Depuis quelque vingt ans cette question a pris une importance inaccoutumée et chaque jour cette importance paraît grandir. Des intérêts sociaux considérables sont enjeu et d’importants principes sont mis en question. Où cela s’arrêtera, nul ne le sait. Ce qu’il y a de certain, c’est que tous les mouvements religieux du passé ont eu une grande portée sociale. Pourquoi celui auquel nous assistons n’en aurait-il aucune dans l’avenir ?
- Un journal comme le nôtre manquerait à sa mission
- s’il restait muet spectateur de ce mouvement rell-
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- gieux. Fidèle à notre programme nous l’examinerons avec toute l’attention qu’il mérite mais sans quitter la terrain neutre des principes. Nous nous interdirons dans cet examen tout parti pris à l’avance et tout esprit de dénigrement.
- Nous respectons toutes les opinions sincères et jusqu’à preuve du contraire nous croyons toujours à la sincérité des opinions. Toutefois notre respect Pour les opinions sincères ne peut en aucun cas nous ompêcher d’apprécier les faits et même le mobile des faits.
- Le sentiment religieux est très-diversement apprécié. 11 a inspiré dans le passé de grands actes et *108 dévouements sublimes, mais il a fait aussi commettre bien des massacres et allumé bien des bù-ohers. Il est donc évident qu’il en est de ce sentiment là comme de beaucoup d’autres : le but est bon, mais les hommes qui le poursuivent ne le sont pas toujours. Ce sentiment peut se tromper et faire fausse route, 11 peut même se méprendre sur sa mis-sion et devenir étranger à son but primitif au point lui être diamétralement opposé.
- Plus d’une fois on a vu le sentiment religieux céder ^ l’influence de passions contraires ou d'influences malfaisantes, et dégénérer soit en routines sans va-leur soit en fanatisme dangereux. Dans ces derniers câs il s’écarte de son but qui est de relier les hommes outre eux et d’entretenir dans l’humanité toute entière des aspirations vers le bien, vers la perfection, Vers l’absolu. D'autrefois, pa'r contre, le sentiment religieux se réveille avec une vigueur nouvelle ; il seut le besoin de dépouiller des formes trop usagées d’en revêtir d’autres, mieux à sa taille et mieux en Apport avec les besoins du moment.
- 11 se peut même qu’à certaines époques il se pré-Seàte à la fois sous le double aspect d’une décadence sous forme de routine et de fanatisme et d’une re-c°nnaissance sous forme de schisme ou d’épuration.
- C’est peut-être à une transformation de cette na-tih*® que nous assistons aujourd’hui.
- L église romaine longtemps immobile est entrée dans une vie militante fort étrangère à la mission incombe à une église. Il en résulté que beaucoup personnes sincèrement attachées jusqu’ici à ®Ur religion n’ont pu suivre le clergé où celui-ci v°Ulait les conduire.
- tin schisme considérable s’est produit. Plusieurs Millions de catholiques allemands et suisses ont r°mpu ouvertement avec l'église romaine et se sont 80ïlstitués en une église à part, qui n'est peut-être ^as l’Idéal des églises mais qui n'en témoigne pas son courage et ses convictions. Elle est restée JUsWciet restera peut-être toujours un peu vague
- et nuageuse : caractère inhérent à la race germanique et à la langue allemande.
- En France où la langue est d’une grande netteté et où l’on aime les choses claires, le schisme dit des vieux-catholiques n’a pas trouvé d’imitateurs.
- C’est un mouvement d’une autre nature qui se produit. Il devait avoir, et il a en effet, une intensité plus grande, les torts de l’église ayant été plus grands. Le clergé s’est aventuré plus loin en France qu’en Allemagne, et l’opinion publique s’est détachée davantage de lui ; le mal étant plus vif on a recouru à des remèdes plus énergiques.. Peut-être même le sont ils trop.
- Le clergé français accentue chaque jour davantage sa tendance à prendre les symbôles pour des faits matériels. Ce rapetissement de la religion, cette matérialisation des choses célestes devait infailliblement discréditer l’église.
- Plus la crédulité exige la soumission de la pensée, plus il y a d’incrédules. Plus le catholicisme a voulu s’imposer à la raison, plus la raison s’est rébellée contre lui. En un mot plus il a voulu gagner de terrain, plus il en a perdu. Il fallait s’y attendre. Cela ne pouvait pas ne pas être.
- Cette modification du catholicisme ne dure que depuis vingt ans et ses conséquences sont déjà énormes. C’est par la proclamation du dogme de l’immaculée Conception que la marche a commencé ; puis est venue l’apparition de Mlle de la Merlière au berger de la Salette, puis rEneyclique, puis le Concile œcuménique proclamant l’infailliblté du pape, puis le Syllabus jetant l’anathème à toutes les libertés modernes et enfin les pèlerinages, en train de plaisir, les miracles ébahissants de Lourdes et de Paray-le-Monial et le culte du viscère saignant de Jésus-Christ. De Dieu, on s’en accupe peu, nous allions dire qu’on ne s’en occupe plus ; l’adoration de la Vierge a supplanté celle de Dieu ; la madone a pris la place du crucifix ; en un mot la religion romaine, toute empreinte de paganisme antique, a pris la place de la religion catholique.
- Moins de vingt ans ont suffi pour un tel changement ; où irons nous si cela dure vingt ans encore ? On frémit d’y penser I
- Que l'on songe d’une part aux prétentions croissantes de la curie romaine à s’immiscer dans la politique temporelle et d’autre part aux violences, aux haines inqualifiables des orateurs et des écrivains qui prétendent défendre une église de charité ? Où cela peut-il mener ? A l'union des hommes entre eux? Au sentiment de la fraternité ? A l'amour mutuel ?
- Qu’en pensez vous?
- De semblables excès devaient entraîner Infailli-
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- blement à des excès contraires. Le discrédit que méritait seule l’église est retombé sur la religion elle même. L’écume de la coupe a fait rejeter la liqueur. On n’a pas su ou pas voulu faire la distinction et l’on atoutrepoussé! Àla crédulité par routine on a opposé le doute de parti pris, à la foi dégénérée le positivisme glacial, à l'affirmation aveugle la négation absolue.
- L’esprit français pousse les clioses à outrance. Il a une prédilection pour les conséquences ultimes. Cela est dans sa nature. C’est là ce qui fait sa puissance à certains moments donnés, c’est là aussi ce qui l'empêche de suivre une évolution tranquille et exempte de soubresauts. Il en résulte qu'il dépasse parfois le but et revient ensuite en arrière. On l’a vu après la Réforme, on l’a vu après la Révolution. Deux fois l’opinion publique s'est prononcée contre le catholicisme, deux fois elle y est revenue. Peut être verrions nous un troisième retour si l'ère de positivisme à laquelle nous assistons devait se prolonger longtemps encore. Le positivisme, qui a vendu et vend encore à la science des services inappréciables, n’a pas la même valeur à l’égard des aspirations de l’àrne. Il en tient trop peu de compte et par cela même, un jour ou l’autre, 11 aboutira à un athéisme, à un mépris de l’idéal, â un terre-à-terre si désolant, que beaucoup de personnes s’effraieront et se rejetteront dans les bras de l'église,
- Port heureusement, il y a aujourd’hui tout un groupe depenseurs qui voient le danger et qui s’efforcent de le conjurer.
- Les penseurs, plus logiques que les vîeux-catholi-ques avec leur schisme indécis, plus logiques aussi que ces positivistes dont les femmes vont à- confesse et les enfants au cathéchisme, ces penseurs, disons nous, demandent une solution plus satisfaisante. Ils veulent aller plus loin que les uns et moins loin que les autres Ils veulent surtout que leurs enfants soient affranchis, des Influences romaines et que cependant on parle à ceux-ci de Dieu. Ils ont consulté l’histoire, cette expérience des peuples, pour lui demander une solution et l’histoire leur en a conseillé une. Ils en ont reconnu la vérité; ils ont fait plus : ils ont conformé leurs actes à leurs idées.
- IL ne s’agit point d’un essai de quelques personnes isolées ruais d’un groupe assez nombreux, composé d’éminenf.s penseurs français et des hommes qui font le plus d'honneur à la Belgique.
- Nous verrons dans un prochain article quelle est cette solution, sur quelles remarques elle est fondée, quelles traditions historiques elle peut revendiquer
- pour elle, de quelle opportunité elle se trouve en ce moment et quelles espérances elle donne pour l’avenir.
- Ed. Champury.
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- LA FILLE DE MON PÈRE 1
- Traduit de l’Anglais, de Mmo Marie HOWLAND .
- CHAPITRE iv (1)
- UN DES MALADES DU DOCTEUR FOREST
- Mais revenons à la famille du docteur. Lorsque celui-ci demanda où était Dan, Clara garda le silence. Madame Budzeli insinua qu’il était peut-être sorti avec ces misérales Dykes — les Dykes étaient une famille que personne ne visitait et qui ; passaient pour des pas grand-chose. — ;
- C était en effet là que Dan était allé, attiré peut-être à son insu par Susie Dykes, quoique l’objet de ; ses visites, à cette époque, fût réellement Jim, son \ frère, qui avait trouvé une paire de vieux fleurets | tordus, avec lesquels il donnait à Dan émerveillé de | superbes leçons d’escrime. Jim, était un grand fan-faron un p'eu plus agié que Dan, se passait à ses yeux pour un personnage, surtout lorsque, la bouche plein® de tabac, le chapeau relavé sur l’oreille gauche et les jambes écartées, il criait : « En garde » * parez quarte »... « parez tierce »...
- « Je ne comprends pas, disait Madame Forest, ce j qui peut attirer Dan dans cette famille; madame \ Dykes est une souillon et ses enfants sont mal éle- ] vés, dit-on; je ne pourrais pas rester une heure chez .] eux. » J
- « Mais » dit le docteur, « Susie est une gentille 1 fillette, elle se conduit très bien en vérité, et ne res' J semble en rien à son rustaud de frère, j’aime beau- | coup sa façon soignée d’arranger ses cheveux. » |
- « Pour moi », dit Madame Buzzell, « je n’aime pas 1 les filles ou les femmes 'qui plaisent exclusivement | à Messieurs les hommes, et j’ai déjà entendu plu- j sieurs d’entre vous vanter les charmes de Susie. " 1 « Je pense que l’attrait de Susie vient surtout de | son caractère ; » lie sourit toujours comme si elle était j heureuse, et la vue du bonheur vous repose tantl * j reprit le docteur en soupirant. I
- « Les hommes » fit Madame Forest qui cepen" j dant généralisait rarement, « 11e sont satisfaits qu0 lorsqu’ils voient les femmes gaies et souriantesî 1
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- mais comment pourrions-nous être toujours ainsi ? Ses soucis du ménage, et les soins des enfants, surtout lorsque d'on en a deux à la fois, sont un fardeau bien lourd pour chacune de nous.
- « Et cependant on considère les enfants comme une bénédiction » fit remarquer le docteur avec gaité, « mais je comprends maintenant qu'une femme puisse être une pauvre victime par suite d’un trop grand nombre de ces bénédictions, surtout si elle répétait trop souvent la double extravagance que commet quelquefois votre sexe. »
- Madame Forest était toujours fort ennuyée par cette suggestion du docteur qui, pour contempler l’expression de crédulité impatiente de sa physionomie, renouvellait souvent la plaisanterie. Cette fois-ci elle fit semblant de ne pas entendre, mais elle reprit un peu vivement : « Certes les enfants sont une bénédiction, mais ils peuvent être l’occasion de beaucoup d'épreuves. J’en ai ma part avec Dan; il a presque seize ans, et pourtant il aime mieux aller en haillons et être sale que d’ètre mis comme le fils d’un gentleman. C’est un supplice pour moi de penser que je suis en cela sans influence sur lui. »
- « Je pense, maman,» dit Clara, relevant sa tête qui était appuyée sur les genoux de son père, que Susie Dykes^.ura plus d'influence que vous en pareille matière , Dan a fait une fameuse toüetteice soir avant de sortir; si vous agitez sa chambre, elle ressemble à la cage d’un perroquet qui vient de prendre un bain, avec cette différence pourtant, que les perroquets ne laissent pas leurs serviettes et leurs bas épairs sur le plancher, t
- « A-t-il réellement changé de bas » s’écria Madame Forest, au comble de' la surprise; « il y a là quelque chose d’extraordinaire, car c'est certainement la première fois de sa vie qu’il les change de lui-même, »
- Lorsque Madame Buzzell se leva pour sortir, le docteur se mit en devoir de l'îieeompagner ainsi qu'il le faisait toujours. Pendant le irajet, la conversation était bien un peu ennuyeuse pour lui, mais, il avait trop de bonté pour le montrer, sachant en quelle estime il était tenu par sa cliente dont il prenait en compassion la vie retirée et solitaire. Comme elle se plaignait de l’état délabré de son estomac ; « Et vous avez mangé ce soir du miel et du pain chaud, » dit-il, « tandis que vous n’auriez dû prendre qu’une croûte de pain dur et la mâcher bien comme il faut, »
- Oh non ! cher docteur, je digère toujours très-bien ce que je mange chez vous, c’est seulement lorsque je suis à la maison que mes digestions sont difficiles, je vous Fai déjà dit souvent » ajouta-t-elle comme
- si elle était peinée de voir qu'il ne s’en souvenait pas. « Pardonnez-moi, je ne l’ai pas oublié, mais je ne le prenais pas à la lettre, en vérité je suis obligé d'en agir ainsi avec tout ce que les femmes me dissent; avec vous cependant je ferai une exception, car sans cela mon traitement ne peut vous faire aucun bien.
- Ce dont vous avez besoin, c’est d’un peu de surexcitation, d’une vie mieux remplie ; aussi longtemps que vous continuerez à vivre dans l’isolement les médicaments seront sans action sur vous. Le médecin, voyez-vous, chère Madame, ne peut être qu’un zéro tant qu’il ne pourra par ses ordonnances apporter dans l’état social de ses malades, des changements analogues à ceux qu’il prescrit dans leur régime.
- Considérez la chose de sang-froid, et vous ne tarderez pas à reconnaître que distribuer des drogues est plutôt l’affaire d’un charlatan que d’un vrai savant. Plus j’avance dans la vie et mieux je comprends quelle folie c’est de médicamenter l’estomac ou le foie, lorsque le siège du mal est dans l’âme. »
- « L’âme l Mais, docteur, je pensais que vous ne Croyiez pas à l’âme. »
- » Si, j’y crois ; seulementvous autres qui vous dites chrétiens ou spiritualistes, vous avez imaginé une âme si matérielle et si bestiale que vous ne pouvez pas comprendre la foi de la science. Certainement je crois à l’immortalité de l'âme, mais, pour moi, la première loi de la nature est que l’organisme est toujours approprié à la fonction qu’il doit remplir, et ce que vous nommez l’âme n’est pas à mon sens un être de raison ; c’est une organisation d’an certain ordre, un esprit, en un mot, ayant des fonctions spéciales, mais le diable lui-même perdrait son latin à vouloir définir sa structure.
- « "Vous savez, docteur, que je ne suis pas une savante et que je ne vise pas à une grande érudition ; je crois savoir cependant que le meilleur moyen d’être heureux, c’est de suivre autant que possible les préceptes du Christ. »
- Après un assez long silence, pendant lequel le duc* leur et la malade atteignirent la véranda du Cottage de madame Buzzell, celle-ci ajouta : « dois-je continuer à prendre la potion cardiaque, ou m’ordonne-rez-vous autre chose ? »
- « Non ». dit M. Forest en lui prenant la main, * nulle autre chose qu’un baiser d’adieu de votre docteur. » En disant ces mots il pressa sa moustache grise sur les deux joues de la vieille dame. C’était un traitement tout-à-fait nouveau, quoique le docteur l’eut souvent baisée au front en la quittant après avoir
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- causé avec elle la main dans la main lorsqu’elle était alitée.
- « Est-ce un traitement appliqué à toutes vos clientes », répondit gaiement madame Buzzell, « ou suis-je encore une exception ? »
- « C’est un traitement spécial parce qu’il répond à un dyagnostic particulier ; vous êtes d'une nature essentiellement féminine et vous avez besoin surtout du magnétisme de l'affection ; c’est ce qui fait que vous souffrez davantage de l’isolement dans lequel vous vivez que le feraient bien d’autres à votre place. Bonne nuit, je reviendrai vous voir bientôt. » Et, sur4 ces mots le docteur la quitta.
- Pour le vulgaire, madame Buzzell était une prude froide et sans attrait, mais elle cachait en réalité, sous les apparences, une sensibilité vive et raffinée. Tout autre que le docteur n’aurait pas été bien venu à l’embrasser comme il l'avait fait, mais elle savait qu’il n'y avait chez lui que des pensées honnêtes, et sa sympathie et son affection étaient pour elle d’un prix inestimable.
- Les’gens grossiers raillent souvent l’attrait que les femmes en général, et surtout celles qui sont malheureuses, éprouvent pour les médecins et les ecclésiastiques ; mais l’explication de ce penchant est bien simple, la cause en est que les médecins, du moins, connaissent bien mieux la nature humaine que les autres hommes. Nous ne voulons parler, bien entendu que des médecins d’un caractère moral noble et élevé ; les autres, quelque aveuglés qu’ils puissent être par leur vanité, n’obtiendront jamais la confiance d’une femme vraiment distinguée ; car, si par la nature même de leur ministère, le médecin ou le prêtre reçoivent toujours de certaines confidences, il y a cependant une grande différence entre une confidence plus ou moins banale et une confiance entière.
- Un médecin de la valeur du docteur Forest sait au juste quel degré de sympathie existe entre ses clientes et leurs maris, môme, ainsi que cela arrive le plus souvent, lorsqu’on ne lui fait aucune confidence, ou que l’on cherche â lui cacher les peines qui peuvent exister dans le ménage.
- Un médecin qui a du cœur ët un esprit élevé, surtout s’il est un homme du monde comme le sont tous les grands médecins, est le vrai confesseur des protestants, et il ne songe pas plus à trahir la confiance de ses clients que le prêtre catholique celle de ses ouailles. Ce n'est pas le sentiment du devoir et de l’honneur qui l’empêche de divulguer ces secrets, il n’a jamais la plus petite tentation de les violer. Comnpe il reçoit des confidences de cette nature par milliers, elles ne produisent aucun éton-
- nement dans son esprit ; et qui pourrait les comprendre mieux que lui ? C’est à un tout autre point de vue qu’il les envisage, et il les écoute sérieusement, car, quelle que soit la cause de la souffrance, elle existe et, par instinct, le médecin lui accorde sa sympathie. Pour le vulgaire, la cause de certaines douleurs fait sourire, mais pour le médecin, celui qui meurt d’une peine morale est tout aussi mort que s’il eut été tué par un boulet de canon.
- Lorsque deux individus se promènent dans la rue, et qu’un passant venant à faire un faux pas tombe devant eux sur le pavé, observez ces deux hommes ; si l’un d’eux se pâme de rire pendant que l’autre court vers la victime de l’accident et l’aide gravement à se relever en le récomfortant par dés paroles affectueuses, vous pouvez être sùr que le premier est un ignorant et très-probablement un Américain, et que l’autre est un médecin ou un Français, car en général les Français sont incapables de rien voir de drôle dans un accident qui peut mettre en danger leur semblable ; nous ne voulons pas dire cependant que les Américains soient moins généreux et aient moins bon cœur que les autres hommes, mais ils craignent de passer pour efféminés et s’éfforcent de cacher les signes d’une sensibilité trop délicate.
- Madame Buzzell n’aurait probablement pas pü expliquer ce qui, dans le caractère du docteur Forest, le rendait à ses yeux si différent des autres hommes; peut-être aurait-elle appelé cela « religion» si le docteur n’avait pas compris d’une façon diamétralement opposée ce que tous les dévots de sa connaissance appelaient convenances sociales et grâce divine.
- . Certes elle se croyait parfaitement orthodoxer mais au fond du cœur elle aurait refusé d’entre, dans un « chemin du ciel » qui n’aurait pas été assez large pour admettre aussi le docteur. Peut-être ne savait-elle pas clairement pourquoi, mais elle priait constamment pour lui et croyait que Dieu ne permettrait pas qu’un cœur aussi pur et un dévouement aussi absolu à tout ce qui est bon, juste et bien, pût rester sans récompense ; une semblable pensée lui semblait déraisonnable. Elle comprenait bien que des actes peuvent ne pas avoir en eux-mêmes une grande valeur, mais elle n’admettait pas que l’intention pût être comptée pour rien ; or les intentions du docteur étaient si pures et si noblement supérieures qu’elles devaient trouver grâce devant Dieu.
- Et sur ces fondements, madame Buzell bâtissait dans son âme, le salut du docteur Forest.
- (A suivre).
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- « LE DEVOIR » ET LA PRESSE
- Nous ne saurions attendre plus longtemps sans remercier les nombreux journaux et revues qui ont bien voulu nous souhaiter la bienvenue ou rendre compte de nos travaux.
- L’accueil fait au « Devoir r> dépasse en bienveillance tout ce que nous osions espérer. Ce n’est pas seulement de la France que les encouragements de la presse nous sont venus, c’est encore de la Belgique, de la Suisse, de l’Italie, de l’Angleterre et des Etats-Unis.
- Nous ne parlerons pas de quelques feuilles cléricales ou bonapartistes qui, sous le voile de l’anonyme, ont jugé bon de nous insulter. Des injures semblables nous honorent et nous encouragent à persévérer dans une voie qui doit être la bonne puisqu’elle irrite à ce point les plus implacables ennemis du progrès et de la liberté ! Une chose demeure bien prouvée pour nous : c’est que les pauvres feuilles en question recourent à l’injure dans l’impuissance oh elles se trouvent de nous opposer de sérieuses raisons.
- Plusieurs journaux qui ne sont pas d’accord avec nous sur tous les points nous ont présenté des objections que nous n’avons pas perdues de vue et auxquelles nous répondrons aussitôt que l’espace dont nous disposons nous le permettra. Plusieurs de ces objections demandent une réponse un peu étendue ; c’est notamment le cas pour celles que nous présentent le Socialisme progressif de Lugano, la Finance Nouvelle de Bruxelles, le Bulletin du mouvement social de Paris et la revue anglaise qui parait sous ce titre original The Shield (le bouclier) et qui ne nous consacre pas moins de six colonnes entières.
- La nécessité où nous sommes de varier la matière de nos numéros ne nous a pas encore permis de publier nos réponses, mais nous ne tarderons pas à réparer ce retard.
- Nous prions de même les nombreux correspondants qui nous ont présenté des objections ou des demandes d’éclaircissement de ne pas croire que nous les oublions. Le plus souvent ils trouveront nos réponses dans des articles que nous préparons. Jamais nous ne laisserons sans réponse une objection sérieuse, qu’elle vienne de la presse ou de nos abonnés.
- Il peut cependant se présenter qu’une observation soit formulée de telle manière qu’il devienne superflu d’y répondre. C’est le cas, par exemple pour le long article que nous a consacré une revue en général fort bien écrite, la Philosophie de T Avenir. Cette revue critique nos vues sur la fraternité. Pour elle l’homme appartient à la même espèce que lo singe ; elle cite
- à l’appui de son dire une foule de passages de Haec-kel, dont nous n’avions pas besoin car il y a longtemps que nous connaissons les hypothèses du fameux professeur d’Iéna. Il résulte de cet amalgame de citations et de critiques que certains sauvages étant plus près du singe que de l’homme développé la fraternité est chose indéiimiiable.
- La Revue ne voit pas que son sophisme la pousse au dylemne suivant :
- Ou bien la fraternité ne doit pas exister entre les hommes et alors la civilisation doit faire place à la sauvagerie, ou bien la fraternité doit s'étendre aux autres animaux puisque l’homme est un animal et en ce cas il faut prêcher la fraternité à l’égard des punaises, des cloportes et des escargots.
- On comprend que de semblables objections ne peuvent nous retenir longtemps. Nous nous bornerons à les signaler afin d’égayer nos lecteurs.
- Ed. Champury.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- L’art d’élever les enfants, 1 petit volume in-18 et La jeune Mère, journal mensuel illustré ; tous deux par le Docteur Brochard. — Paris, chez l’auteur, 47, Rue Bonaparte.
- Les nouveau-nés qui, chaque année, succombent par milliers, ne meurent pas de maladies. Tous meurent de fautes commises contre l'hygiène.
- Enseigner aux femmes l’hygiène du premier âge, est le moyen de diminuer cette mortalité sans nom qui est un outrage à la morale et à la religion, et qui met la France, sous le rapport de l’accroissement de la population, au dernier rang des nations européennes.
- La véritable cause d’une telle mortalité est l’inexpérience des mères, l'ignorance dans laquelle elles sont toutes, des soins à donner à leurs nouveau-nés. Combien de maladies, chez les nourrissons, sont dues à des imprudences ! Combien de maladies de la peau sont dues à la saleté ! Combien de maladies sont dues à ia crasse, aux croûtes de lait, que partout l’on respecte. Combien de ces maladies sont dues à l’abus que l’on fait des petites voitures, dans lesquelles le cerveau presque fluide des nouveau-nés reçoit, à chaque instant, de funestes et dangereux ébranlements !
- Les jeunes mères, hélas! ne sont pas responsables de cette inexpérience,puisque nulle part,dans notre système d’éducation, on n’enseigne à la femme, encore moins à la jeune fille, l’hygiène du premier âge, qui est cependant la véritable science maternelle que toutes les femmes devraient connaître etqui, partout, devrait être leur plus bel apanage.
- Combien de jeunes femmes en France, en Algérie, habitent des localités dans lesquelles il n’y a pas de médecins ? Combien de jeunes femmes à la campagne et même à la ville, ne peuvent avoir, à chaque instant, les conseils dont elles ont besoins et qu’elles désirent quelquefois ardemment, car les indispositions des nouveau-nés comme leurs maladies, marchent avec rapidité et doivent toujours être traitées avec promptitude. Que de fois, un simple précepte d’hygiène bien appliqué suffît pour calmer les cris d’un nourrisson ! Que de fois même il suffit pour arrêter une maladie imminente ! ’
- Sur un million de nouveau-nés 300,000 meurent dans la première année et les médecins les plus autorisés affirment que presque tous ces enfants vivraient si leurs mères savaient les élever.
- Il appartenait à M. le Dr Brochard, qui a tant écrit sur
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- LE DEVOIR
- l’enfance et dont renseignement est si suivi, d’entreprendre une propagande en faveur de l’hygiène de la première enfance. On se souvient que M, Brochard perdit d’importantes fonctions officielles pour avoir osé dire toute la vérité sur la conduite de l’Etat à l’égard des enfants trouvés.
- Il a depuis lors créé le journal la Jeune Mère et rédigé l'art d'élever les enfants, deux publications plusieurs fois couronnées et que toutes les mères devraient avoir enLre les mains.
- Nous avons soumis ces publications à l’examen d’une personne compétente qui ne trouve rien à y relever .Toutefois il serait à désirer que M. Brochard précisât davantage le moment où le nouveau-né doit être vacciné. Il est bon que la fièvre vaccinale ait disparu avant que le travail de la dentition commence, mais si la dentition est très précoce à quel signe peut on reconnaître d’une manière certaine que l’enfant a assez de force pour supporter la vaccination. Les mères hésitent et auraient besoin d’être renseignées.
- M. Brochard rendrait service aux mères en précisant les conditions qu’il faut observer en semblable circonstance* Il complétera ainsi les excellents travaux qu’il a eu la bonne idée de mettre à la portée de toutes les intelligences et de toutes les bourses. (La Jeune Mère ne coûte que 6 fr. par an et l'art d'élever les enfants quo 2o centimes).
- Manuel des conseillers municipaux, par A, Sou-viron, 1 vol. in-18 jésus de 330 p. — Paris, André Sa-gnier, éditeur, 31, Bue Bonaparte. Prix : 3 fr. 50,
- Il a été publie beaucoup d’ouvrages pour guider le Maire et le Secrétaire de mairie dans l’accomplissement de leurs fonctions. Mais jusqu’à présent, ii n’existait aucun traité complet d’administration communale écrit expressément, et spécialement, en vue du Conseil municipal. L’auteur du Monnet des conseillers municipaux a voulu remplir cette lacune, M. Souvirou est des mieux qualifiés pour cela car il est chef de bureau à la préfecture de la Seine.
- Cet ouvrage a pour objet exclusif de faire connaître aux Membres des Conseils Municipaux, les règles à suivre et les conditions à remplir pour que leur participation à la gestion des affaires de leur commune soit aussi complète, aussi éclairée, aussi utile que possible.
- La première section, divisée en quatre chapitres, traite des Âsssemblées des Conseils municipaux et de la procédure relative à leurs délibérations.
- La seconde section concerne les matières que les Conseils municipaux peuvent régler,c’est-à-dire sur lesquelles ils statuent définitivement, en dehors de toute tutelle administrative ; elle est divisée en seize chapitres.
- Les onze chapitres de la troisième section, subdivisés eux-mômes en plusieurs paragraphes, sont consacrés aux objets sur lesquels les conseils municipaux ne font que délibérer* leurs délibérations étant subordonnées à l’approbation de l’autorité supérieure.
- Dans la quatrième section sont examinés en détail tous les cas où les Conseils municipaux peuvent être appelés à donner leur avis.
- Enfin, la cinquième section traite notamment dos attributions électorales du Conseil municipal et des fonctions spéciales qui peuvent être déléguées dans certaines circonstances aux Conseillers municipaux ,
- A mesure qu’il passe en revuo, dans l’ordre qui vient d’ôtre indiqué, les affairesde toute sorte que fout l’objet des délibérations du Conseil, l’auteur du Manuel des Con-seillers muncipiux reproduit les textes do lois, les avis ou arrêts du Conseil d’Etat, les instructions ministérielles, tous les documents officiels' enfin, qui ont déterminé, étendu on restreint la compétence du Conseil municipal à l’égard de ces diverses affaires, il expose les conditions administratives, l’état d’instruction, les délais, etc.,dans lesquels chacune d'elles doit être présentée au Consoil par le maire ; ü précise, en un mot, les droits et les devoirs des Conseillers municipaux dans toutes les circonstances où leur intervention a été prescrite par la loi.
- Le Manuel dés Conseillers mnniepaux fournit ainsi au Conseiller soucieux d’exercer son mandat avec cons-
- cience, les moyens de contrôle les plus sûrs et les plus efficaces.
- La Science politique, revue mensuelle dirigée par MM. Emile Acolias et J. L. Martins. — Paris,. 25, rue Monsieur le Prince. '
- La première livraison do cette revue a paru. Elle est intéressante et fort bien écrite.
- Son directeur, M. Acolias, est connu ; il s’efforce de quitter les vieilles ornières et d’ouvrir une vole nouvelle aux questions de droit et de politique Durant l’empire. qui l’avait exilé, il a professé le droit civil à l’Université de Berne et il a gardé de ce milieu républicain une ardeur de convie Lion et une hardiesse de vues qui tranchent grandement avec les idées que vingt ans de décadence avaient propagée.Personnellement M. A collas n’appartient pas à l’école positiviste bien qu’il se proclame indépendant de toute influence théologique et métaphysique. Il rejette le non possumus dogmatique des disciples d’Auguste Comte.11 y a donc lieu "d’espérer que les travaux de M. Acolias contribueront à rajeunir bien des choses qui paraissent vieillottes.
- Malheureusement nous ne pouvons approuver la méthode que la revue en question se propose de suivre, Voici en quels termes cette méthode est formulée :
- « La politique n’est qu’un chapitre de l’Histoire Naturelle ; notre méthode sera celle des sciences naturelles, c’est-à-dire que sans exclure l’hypothèse scientifique, c’est à l’induction appuyée sur la stricte observation des
- faits que nous demanderons ses enseignements.......Je
- ne crois pas qu’aucun historien se soit jamais placé,pour juger les évènements du passé et prévoir ceux de l'avenir, dans la situation d'un naturaliste qui se propose d’étudier révolution et les mœurs d’un animal vivant en société. »
- Et c’est bien heureux ! Quelle histoire pourrait faire celui qu’observerait les hommes de la même manière qu’on observe les abeilles et les fourmis ! Buckle même n’aurait pas osé se servir de cette méthode dans son Histoire de la Civilisation en Angleterre.
- « Après avoir, reprend la Revue, après avoir rappelé les traits principaux de l’organisation del’homme,indiqué ses rapports avec les autres animaux, et établi sa place dans la nature, nous aborderons successivement l'étude de chacune des questions qui se rattachent à son existence politique et sociale, en employant les procédés ordinaires de la biologie et en ne perdant pas de vue ce fait : l’homme animal. »
- Voilà de l’Helvétius tout pur! Et cela n’a pas lieu d’étonner car nous retrouvons dans cette revue les mêmes philosophes matérialistes qui rédigent de 1807 à 1869 La Libre Pensée et La Pensée Nouvelle. Ils se séparent des positivistes qui ont une méthode et non pas un système ; eux, ils ont un système et non une méthode et ce système, c’est lo matérialisme, (en termes de philosophie : ils ont l’animal comme catégorie de l’homme.)
- Quoi qu’il en soit, des éludes entreprises avec une semblable méthode ne sauraient manquer d’une originalité très-prononcée, E. G,
- CHRONIQUE SCIENTIFIQUE
- Passage de Mercure «levant le Soleil.
- Le lundi 6 mai prochain aura lieu un phénomène astronomique de la plus haute importance. La petite planète Mercure se présentera devant le disque brillant du soleil et le traversera en allant de l’Orient à l’Occident du disque. Elle passera à peu de distance au nord du centre, à moins du tiers du rayon.
- Mercure mettra 7 heures 39 minutes pour traverser le disque, et dans beaucoup de points de la Terre on pourra voir une partie du phénomène. Les bons yeux, protégés par un verre noirci ou de couleur très-foncée, pourront saisir un petit point noir parfaitement rond sur le disque
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- LE DEVOIR
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- éclatant de l’astre du jour, et avec la moindre lunette, même une jumelle de théâtre, toujours en protégeant les yeux delà même manière, tous les yeux pourront la voir.
- A des intervalles assez éloignés, d’autres planètes encore inconnues, que l’on nomme les Vulcains, passent de la même façon devant le Soleil : les personnes qui, en observant le' phénomène, auront bien suivi la manière dont la petiLe planète va traverser le disque solaire, pourraien t donc rendre de grands services à la Science, en observant le Soleil de temps en temps ; le 2mo phénomène pourrait se passer sous leurs yeux sans avoir été annoncé, comme cela est arrivé à M. le docteur Lescarbault en 1852,
- . Pour la France, les heures des principales particularités du passage différeront à peine d’une minute de celles de Paris, que nous allons donner.
- A 3 heures 20 minutes après midi, la petite planète se présentera sur le bord du Soleil, à la gauche de l’observateur, dans la partie supérieure du disque. Elle sera entrée complètement 7 minutes après. Elle arrivera à sa Pins petite distance du centre du Soleil à 7 heures 8 minutes, commencera à sortir, par le bord opposé à l’entrée, * 10 heures 52 minutes et 7 minutes après tout sera terminé.
- Le Soleil se couchera à Paris à 7 heures 20 minutes, en sorte qu'on ne verra en France qu’une partie du phénomène, et que, pour le voir tout entier, il faudra se transporter dans les pays dont l’heure est en retard d’environ 4 heures sur celle de Paris. L’Amérique du nord tout entière est dans ce cas; le Mexique et la Californie surtout sont exceptionnellement bien situés.
- C’est à Ogden, dans le territoire d’Utah que le phéno nomène sera observé par les deux savants français délégués à cet effet, MM. Augot et André; ce sont eux qui ûnt déjà observé en Nouvelle-Calédonie le passage de Vénus,
- On comprendra l’immense valeur d’une bonne observation du passage de Mercure quand on saura que seule cette observation peut résoudre les diverses questions relatives à la constitution physique de cette planète.
- En outre si la durée du phénomène se trouvait être de 1 ou 2 secondes de plus qu’il n’est annoncé sur le calcul, gela indiquerait que notre Terre est plus rapprochée du Soleil qu’on ne Fa cru jusqu’à présent. Cela donnerait jms éléments pour calculer plus exactement cette distance, et si, dans la suite des temps, cette distance de la ferre au Soleil devait changer, les conditions actuelles m* l’observation du phénomène, conservées par l’imprimerie aux astronomes des temps à venir, leur seraient d un précieux secours.
- i Les projections de Mercure sur le soleil sont assez rares : à peine un astronome peut-il en observer cinq ou s*x dans sa carrière. Jusqu’à la fin du xix° siècle, et aPrès celui du 6 mai, les futurs passages de la planète de se produiront qu’aux dates suivantes :
- 1881, 7 novembre; 1891, 9 mai;
- 1894, 10 novembre; 1901, 4 novembre.
- Mercure est une petite planète, la plus rapprochée du soleil qui l’inonde d’un tel éclat de lumière que les an -mens la désignaient sous le nom d’astre scintillant.
- Mercure accomplit sa révolution autour du soleil en yj jours 23 heures et 15 minutes. Il semble donc que la Pmnète doive fréquemment passer entre nous et le soleil. Mjtts l’orbite do Mercure est inclinée de 7 degrés sur l’é-miPtique ; il faut alors que l’astre se trouve on conjonc-Jori avec le soleil aux environs de son nœud, ce qui accomplit seulement à certaines époques éloignées. Mercure est difficilement visible à l’œil nu. On peut "^Pendant l’apercevoir lorsqu’il se tient dans le voisinage ses plus grandes digressions, le soir, avant le coucher ^oleii, ou le matin, avant son lever.
- Mercure a des phases parfaitement nettes au télescope. a chaiefiy-quffi reçoit du soleil est considérable et lui tarn16 une température supérieure à celle de l’eau bouil-4dte. Q’est pour cela que Fon a pu dire, en plaisantant,
- que les habitants de Mercure font du feu pour se rafraîchir, La vie est impossible à la surface de Mercure, à moins de lui attribuer, avec Sehrœter,une atmosphère de densité considérable.
- Mercure a des jours presque égaux aux nôtres, car la durée de sa rotation est de 25 heures et 5 minutes. La distance moyenne de cette planète au soleil s’évalue à quatorze millions de lieues, son volume au seizième de celui de la terre. L’aplatissement qui a été constaté aux pôles de Mercure est faible, résultat qu’explique la lenteur de sa révolution diurne.
- La planète qui nous occupe posséderait des montagnes incomparablement plus élevées que les nôtres, et des volcans en activité. Trois astronomes allemands virent sur le disque noir de Mercure, pendant son passage devant le soleil (1799), un petit point brillant qui, selon eux, décelait la présence d’un cratère enflammé.
- Le premier passage de Mercure, dit M. Ghapdelaine, a été observé-par Gassendi (1631 ; : Kepler l’avait annoncé deux ans auparavant. L’illustre savant français ne : e servit pas de lunettes, mais reçut l’image du soleil sur une feuille de papier blanc placée à l’intérieur d’une chambre obscure. Ravi de sa découverte, il s’écria, faisant allusion aux travaux des alchimistes qui appelaient Soleil le roi des métaux : « J’ai vu ce que tant d’autres ont inutilement cherché ; j’ai vu Mercure dans le soleil ! »
- En-1651, Skakerlœus, afin de mieux étudier l'intéressant phénomène, entreprit exprès le voyage de Surate (Hindoustanl : l’état nébuleux du ciel rendit son observation incomplète.
- Le troisième passage de Mercure futsuivi par Helvétius (1661), qui se contenta d’employer le procédé de Gassendi.
- Halley ayant obtenu de Charles II, roi d’Angleterre, une mission pour dresser un catalogue des étoiles australes, s’établit à llle Sainte-Hélène (1676), L’année suivante, il y observa une projection de la planète sur le disque solaire, et fut témoin de son entrée et de sa sortie.
- Depuis, l’éclipse partielle a été constatée dix-neuf fois par les astronomes des divers pays.
- Les tables de Mercure qu’a construites M. Leverrier permettent de prédire tous les passages de la planète, pendant une longue période, à quelques secondes près.’ Le 12 novembre 1861, le P. Secchi, à Rome, n’a constaté qu’une différence de deux secondes entre l'observation et la théorie : étonnant triomphe du calcul et de la pensée !
- Il est à présumer que les observations qui se feront le 6 mai rendront de nouveau service à la science.
- MM. Angot et André sont des savants très-distingués.
- M. André a mérité l’année dernière le prix Frémont pour sa reproduction artificielle du passage de Vénus. Au moyen d'une plaque de laiton simulant le fond du ciel, d’un disque de même métal figurant la planète Vénus et d’un so-eil artificiel d’un éclat prodigieux obtenu par les rayons de la lumière électrique et de la lumière Drummond, M. André a figuré aux yeux de l’Académie des Sciences un passage artificiel de Vénus offrant une similitude frappante avec le passage réel, notamment en ce qui concerne le phénomène, expliqué par lui, de la formation du ligament noir ou pont. E. G.
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- J. DE BONNE. De la confession dans l’Eglise romaine.
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- NUMÉRO 9
- Journal faliomaiairej paraissant fej fDbnancbtj
- DIMANCHE 5 MAI
- Le Devoir
- POLITIQUE
- législation
- administration
- RELIGION
- MUTUALITÉ SOLIDARITÉ - FRATERNITÉ
- ASSOCIATION DU CAPITAL & DU TRAVAIL
- TRAVAIL
- INDUSTRIE
- COMMERCE
- CONSOMMATION
- ABONNEMENTS
- FRANCK
- Un an, . . . 10 f. »» Six mois ... 6 »»
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- ÉTRANGER Le port en sus.
- Rédacteur en chef : M. Ed. CHAMPURY
- ADRESSER LA CORRESPONDANCE AU GÉRANT, A GÜISE (AISNE)
- Les Ahonnements sont reçus en mandats de poste ou en timbres-poste et timbres d’effets de commerce français.
- ANNONCES
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- Rajeunissement en toutes Choses. — Les Musées en Campagne. — La Librairie des Campagnes. — La semaine politique. — Variétés. — Protection et Libre échange. — Le Mouvement religieux.— La Fdle de mon père. — Congrès d'hygiène. — Bulletin Bibliographique. — Chronique scientifique.
- RAJEUNISSEMENT DE TOUTES CHOSES
- L’idée de cet article m’est venue l’autre matin en me promenant dans les bois. Mes pieds remuaient les feuilles sèches de Tannée dernière et le bois mort eraquait sous mes pas. A droite et à gauche du petit sentier, et toutes baignées de fraîcheur matinale, les pervenches s’ouvraient à côté des anémones sylvies ; de petits bouquets de feuilles vertes s’épanouissaient au bout des branches et les noisetiers laissaient bercer par le vent leurs chatons en forme de chenilles. Plus haut, au-dessus de moi, à la cime des arbres, les oiseaux se répondaient de l’un à l'autre ; partout le réveil de la sève et l'éclat des fleurs nouvelles, partout la vie triomphant des débris de Tan passé et semblant sourire aux beaux jours revenus.
- Ce spectacle était si beau, si délicieux, que malgré moi je me mis à penser à ce thème éternel du printemps sur lequel poètes et penseurs ont déjà brodé tant de variations et sur lequel ils en broderont tant encore. Pourquoi, me dis-je, ne mélerais-je pas ma note à leur concert ?
- La tentation était bien naturelle. Les choses vieilles comme le monde sont les seules à rester éternellement jeunes ; sans cela, depuis combien de temps ne seraient elles pas oubliées ?
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- LE DEVOIR
- Comme je pensais ainsi, chaque pas de ma promenade m’offrait de nouvelles comparaisons, de nouvelleé analogies.
- Ici les feuilles sèches et le bois mort de Tan dernier étouffaient les fleurs nouvelles ou les empêchaient de se développer ; la, au contraire, plus vigoureuses, plus rapprochées les unes des autres, elles triomphaient de robstacle et recouvraient entièrement les débris d’une autre, saison.
- Voici bien le mouvement social) me disais-je; L’ancien ordre de choses entrave en maint endroit l’essor d’un ordre nouveau, mais, par places, le nouvel ordre est assez riche de sève pour triompher deâ vestiges du passé et s’épanouir à son tour en pleine lumière. Le monde de la pensée comme celui des faits présente une succession de phases analogues aux saisons de la nature. Il y a une période où les idées germent, une autre où elles s’épanouissent, une où elles portent leurs fruits, et une où elle disparaissent pour faire place à d’autres. Le changement, le renouvellement continuel qui est la loi de la nature, nous le retrouvons dans les faits de l'intelligence. C’est la même constance, la même régularité. Il y a une différence toutefois, et cette . différence est notable. Tandis que la nature reproduit chaque année le même feuillage, les mêmes fleurs, les mêmes fruits et ne modifie sa flore qu’à la suite de périodes géologiques dont l’étendue nous échappe, les idées humaines sont sans cesse en travail et ne se représentent j amais deux fois sans un aspect identique. Nos idées d’aujourd’hui ne sont plus celles de nos devanciers; elles en sont le développement naturel ou l’épuration.
- C’est là ce que chacun devrait comprendre et malheureusement ce que l’on ne comprend pas j assez. Une classe toute entière de la population reste sympathique aux idées d’une autre époque. Elle ne tient pas compte que ces idées ont eu leur temps mais que le temps a changé et que les idées auraient dù se modifier avec lui. Telle conception qui a pu être précieuse au moyen âge peut-être dangereuse aujourd’hui.
- du culte doivent être en rapports avec le milieu dtths lequel elle existent sous peine d’être un anachronisme et de manquer par cela même leur but. Les sympathies tardives sont des sympathies perdues, les arguments d’un autre temps sont des arguments sans valeur.
- Que penserait on d’un homme qui, voulant se construire un château solide et commode, n’emploierait pour cela que du bois vermoulu ou des matériaux de démolition ?
- On se rirait de lui et l’on n’aurait pas tort de rire.
- Eh bien ! ce que quelques personnes rêvent d’édifier en politique, ce n’est pas autre chose qu’un château de cette nature, construit avec des débris.
- Ils y perdront leur temps, leur peine et leur argent. Ils y perdent déjà leur patience.
- Us feraient mieux de ne pas s’obstiner et de prendre philosophiquement leur parti d’un état de choses qui peut ne pas leur plaire mais qu’ils seront impuissants à déraciner.
- Il faut vraiment qu'ils soient sujets à d'étranges illusions pour pouvoir se méprendre siloog-temps. Qu’ils considèrent uù instant et d'un œil tranquille le chemin parcouru par la civilisation et ils verront que ce chemin tout entier est jonché d’idées mortes, de soi-disant vérités reconnues fausses, de droits prétendus supplantés par les droits réels.
- Vouloir ressusciter ces idées mortes, c’est appliquer à son esprit le supplice inventé par Mé~ zen ce : lier un vivant à un cadavre,
- Ed. Cuampury.
- LES MUSÉES EN CAMPAGNE
- I
- Les œuvres les plus utiles ne sont pas toujours celles qui font le plus de bruit. Il y a parfois, loin des grands centres, des entreprises d’utilité publique dont l’importance, quoique très réelle, ne se révèle qu'après un certain temps.
- Certaines améliorations dans l’instruction pubii-
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- Les lois, les formes du gouvernement et celles
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- LE DEVOIE
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- M.
- que sont dans ce cas. Elles font penser à ces amen-tféîhenis agricoles qui paraissent ne rien être par eux-mêmes .parce que leurs résultats ne sont pas HttKiédîats et qui cependant enrichissent le sol et lui •font produire de plus abondantes récoltes.
- Au nombre de ces entreprises utiles sont la création le développement de nausées en campagne.
- Des musées de campagne, voilà qui étonné ; il semble que ces deux mots soient faits pour -s’exclure unatueUement. Erreur; Ils peuvent se concilier ; ils 'S'e concilient même à merveille comme on va le voir.
- A vrai dire„ l’idée est neuve. Il y a deux ans à peine que personne — en France du moins — n’y songeait; D’est à M Etienne Groult, Docteur en droit à Lisieux, que revient l'honneur d’avoir eu la première idée de 'ee* Musées. Il a fait plus que d’en avoir l’idée : il en * 0î’g anisé quelques-uns.
- Aujourd’hui ridée marche et indépendamment des Musées organisés par M. Groult dans quelques chefs-^eux de canton de la Normandie, il s’en est fait ailleurs. M. Trepagne, maire de Forges-les-Bains en a lnstitue un à Limours (Seîne-et Oise) et à l’heure où tt0®s écrivons il s’e-n organise un à Gerardiner ^°sges.) M. Ménier de son côté a commencé des élections dans Ibb bâtiments de son usine de Noisiel ^irie-et-Marne). M. Godin a doté le Familistère de ^u-ise de casiers minéralogiques qui sont l’embryon ^ un musée futur.
- D autre part un jeune instituteur de la ïïaute-D^enne., M. Julien Gazais., s’occupe très activement k créatio-a de musées dans les écoles primaires
- d’idée des musées scolaires fait son chemin ^D$ig.}qfte e£ nems yoyous dans un rapport de la ^Ue belge de Venseignement, présidée par M. Jot-que « l’utilité'de la fondation de musées sCo-ifes reconnue partout ; ce ne sont plus que des ^ Quittés matérielles qui en retardent l'ouverture » Van Damme, gouverneur du Luxembourg, a, dans discours d’ouverture de la session du conseil 'laciai, signalé Futilité des musées scolaires et ^ ynoéfque bientôt les 525 écoles de sa province ^enten possession d’un petit musée approprié .5 besoins de chacune d’elles.
- 11 Suisse nous pouvons signaler aussi quelques de campagne. Le bourg d’Avanches possède -remarquable où se trouvent des anti-^ es romaines de la,plus grande valeur. Aux Ponts-^1 1 ^ans ^GS mon^a^nes neuehâteloises, il y a be etîrient un musée, plus spécialement destiné aux Us de cette contrée industrielle.
- fSnfiv,
- m en Allemagne nous voyons se répandre l’idée
- des musées populaires, mise une première fois en avant par la Société pour la propagation dis con-naiisanses utiles de Prague.
- On le voit, nous ne parlons pas d’une chose projetée, nous parlons d’une chose réalisée. Il ne s’agit pas de rêves, mais de faits, et même de laits nombreux.
- L’avantage de ces musées a été compris et apprécié comme il méritait de l’être et ce n’est que justice car cet avantage est considérable.
- Aucun enseignement ne vaut l’enseignement de visu ; ce que l'on voit se retient mieux que ce que l’on entend et l’enseignement^par les yeux est plus profitable que celui par les oreilles. Prenons un exemple. On parle d’une locomotive. Pense-t-on que la description la plus claire, la plus nette, la plus détaillée puisse donner de cette machine^une idée aussi exacte que celle que donnera le simple examen d’un modèle ? Il s’en faudra toujours de beaucoup.
- En outre le modèle pique la curiosité et stimule l’examen tandis que la description court le risque d’être fastidieuse.
- C’est pour cela que les musées sont les plus puissants de tous les moyens d’instruction. Ils font comprendre et apprécier les choses ; ils invitent à les étudier de plus près; ils en gravent l'image dans le souvenir.
- Rien ne peut rivaliser avec les musées pour offrir de pareils avantages. Aussi plus les collections se multiplient dans un pays, plus l’instruction des habitants de ce pays-là devient étendue, saine et profitable.
- Mais, dira-t-on, est-il possible de généraliser les musées de campagne ? Leur formation, leur installation, leur entretien, ne sont-ils pas des charges trop lourdes pour de petites localités dont les ressources sont limitées 9
- Evidemment s’il s’agissait de créer dans les chefs-lieux de canton des musées ayant le même but et les mêmes prétentions que ceux des préfectures, on échouerait. Mais il ne s’agit nullement de quelque chose de semblable. Toute la question est d’organiser ces musées en vue des besoins auxquels ils doivent répondre.
- Il est impossible pour cela de fixer une règle générale. Les conditions varieront de localité à localité.
- Si le canton que l’on a en vue est au bord de la mer, le musée devra contenir entre autres choses ce
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- qu’il peut être utile de connaître en fait de pêche, de cabotage ou de navigation.
- Si au contraire c’est dans un district minier que l’on se trouve, les besoins étant tout autres le musée devra aussi différer. ïi réunira des échantillons de minerai, dos modèles d’appareils d’exploitation, des outils d’extraction, des coupes du sol, etc., etc.
- Vous voyez que cela varie à l’infini. Les industries sont très diverses, le commerce a des branches très-multiples et ragricultur.6 elle-même est très-variée.
- Ici l’on cultive le lin, là bas l’olivier ; l’un élève des betteraves pour en extraire du sucré, un autre des mûriers pour nourrir des vers à soie, etc., etc.
- On n’en finirait pas si l'on voulait tout détailler.
- Il est évident qu'en présence d’une variété pareille, il faut des musées spèciaux. Le montagnard n’a pas besoin d’être très-savant sur la navigation, ni le pêcheur des côtes d’en savoir très-long sur le reboisement des montagnes; mais il est bon que chacun connaisse le mieux possible les choses qui l’avoisinent.
- En outre il y a des choses que tout homme doit savoir. C’est le cas pour les notions de Zoologie, de Botanique, de Géologie, de Chimie agricole, de Génie rural, etc.
- Ces choses-là il faudra qu’on les trouve partout. Elles sont le complément forcé de l’instruction la plus élémentaire.
- Nous allons,ÿoir de quelle manière M. Groult par ses Musées cantonaux et M. Cazals par ses Musées scolaires trouvent moyen de répondre à ces besoins.
- Ce sera l’objet do prochains articles.
- En, Champury.
- LES LIBRAIRIES DES CAMPAGNES
- Nous attirons tout particulièrement l’attention de nos lecteurs sur La propositiou suivante de M. Jean Maeé le charmant conteur de Vllùtoire d'une bouchée de pain et l’infatigable président do la Ligue de l'Enseignement.
- Un mot seulement pour aujourd'hui sur une œuvre qui commence, et dont il est difficile de calculer dès à présent la portée.
- Les bibliothèques populaires se multiplient chaque jour dans nos campagnes.
- Tout progrès en appelle un autre. A côté de la bibliothèque publique du village, il faudrait avoir maintenant la bibliothèque personnelle du cultivateur; à côté du livre prêté qu’on rend sitôt lu, il faudrait qu’il y eût le livre acheté qu’on relit, — la vraie manière de bien savoir ce qu’il y a dedans.
- C’est une remarque fai Le depuis longtemps que les publications à très-bas prix, destinées spécialement aux campagnes, n’y pénètrent presque jamais qu’à l’état de cadeaux, lors des distributions gratuites, je devrais dire:
- des inondations de papier imprimé, pendant les périodes électorale?. Trop tard et trop à la fois !
- Les publications faites en vue de l’éducation politique des campagnes n’arriveront utilement à leur adresse qu’à la condition d’être mises en vente dans les villages mêmes, et de solliciter d’une façon permanente l’alteii' tion des lecteurs auxquels elles sont destinées. C’est donc un commerce nouveau, le commerce do librairie, qn’f s’agit d’introduire dans nos campagnes. L’entreprise 3 tout ce qu’il faut pour tenter les esprits résolus que les difficultés séduisent, bien loin de les faire reculer, de sera difficile ; ce n’est pas impossible.
- Il est bien entendu qu’il ne peut pas être question d’ouvrir des magasins de librairie dans les villages de 200 et de 100 âmes, comme nous en avons. La législation actuelle, qui assimile le commerce du livre à celui de® autres denrées, permet de îe joindre à une industrie dér existante. Il suint d’une déclaration sur papier timbré dont l’autorité administrative est tenue d’accuser réception, et l’on n’a de permission à demander à pe0' sonne.
- C’est ainsi que dans les luttes, à jamais mémorable®1 de la campagne du 16 Mai, ont été improvisées, au vf et à la barbe des préfets à poigue, ces fameuses librairif fictives contre lesquelles ils n’ont rien pu. Rendre effccb ce qui était fictif, faire uu outil de progrès d’une arb10 de guerre, un établissement durable de ce qui n’étal qu’un expédient de circonstance, ce sera la chose la p^s simple du monde avec une administration républicain0. Là n’est pas la difficulté.
- C’est dans la question d’argent qu’elle gît tout Ob' tière.
- Il sera malaisé de décider un homme de la campai^ à mettre de l’argent dans une affaire absolument voile pour lui, où les chances de gain seront nécessai^ ment trop minimes au début pour compenser, à yeux, les chances de pertes. La perspective du bouü^ à boire, comme on dit à Paris, ne sera jamais accep^ par le paysan. On ne pourra donc guère procéder (r( par dépôts, payables après la vente. Mais corn*0 , pourra-t-on, d’autre part, décider les éditeurs à se d°0 ner l’ennui, à courir les risques d’expéditions à l’av0, glette, dont le détail se compliquerait rapidement ob mesure, dont les rentrées, par sommes minimes', nonceraient comme devant être aussi onéreuses qul certaines. ,,
- C’est à nos Sociétés d’intruction, si nombreuses et dont le nombre va toujours croissant, qu’il apparb0!, do rendre praticable l’institution des librairies de ca | pagne. Par leurs relations dans les localités qui
- de leur ressort, elles sont en mesure de s’assurer di00^ tement de l’honorabilité et do la solvabilité des dép?^ taircs, parlant de les garantir vis-à-vis des libra’r. expéditeurs. Elles peuvent centraliser les commab0^ sc faire adresser les ballots, faire parvenir dans cha^ village la part qui lui revient par les mille moye^j, transport dont les gens du pays sont seuls à disp0^, se charger enfin des recouvrements à effectuer pa0 mômes voies. ^
- Une Société s’organise en ce marnent à Paris, se donner pour but unique rentroprise du service d® ^ librairies do campagne, si faciles à créer en dehor® l’action des Sociétés d’instruction, partout où il contrera un homme d’initiative, les prenant, pour c°.p inenccr à son compte, et se portant garant, au b10 moral, du dépositaire. J
- Comme il n’est rien de tel que de battre le ferpeb0
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- qu’il est chaud, si la lecture de ces lignes pouvait inspirer à quelque citoyen de bonne volonté une envie sérieuse de mettre à exécution, séance tenante, l’idée qui s'y trouve développée, je me tiens de ma personne, à sa disposition, en attendant que la Société qui s’organise 86 trouve en état de fonctionner.
- Mon adresse est à Manthiers (Aisne).
- Jean M acé.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- disposant de la majorité dans les deux Chambres, alors la commission d’enquête ayant terminé ses travaux, il sera possible de donner satisfaction à la morale publique en faisant retomber sur les hommes du 16 Mai, les justes responsabilités qu’ils ont encourues, et le moment sera venu d’aborder les grandes réformes que la démocratie
- réclame depuis si longtemps.
- Jusque-là, le plus urgent nous parait être de débarrasser l’administration de ta guerre d’un ministre par trop insuffisant, et d’un chef d’état-major par trop suffisant.
- À, Ballue.
- Bien qu’il soit généralement recommandé d’éviter le fouit dans la chambre des malades, l’Angleterre se gêne peu pour mener grand tapage des chantiers de la Mersey aux rives du Bosphore, en passant par Malte. Tandis que les deux chanceliers d’Allemagne et de Russie étaient, chacun de son côté, condamnés à garder le lit, le Cabinet ûe St-James poussait ses armements avec la plus fiévreuse activité. Il est donc permis de supposer que si les négociations ne sont point encore rompues, c’est qu’il convient à la diplomatie anglaise de temporiser Jusqu’au jour où elle pourra passer la parole au canon,
- Eu un mot comme en cent, l’Angleterre n’est point eucore absolument prête à commencer la lutte, mais dès Qu’elle le sera, la question d’Orient entrera certainement dans une phase, définitive.
- Tandis que ces souffles belliqueux nous arrivent du Nord et de l’Est, le Midi, au contraire, nous envoie ses Plus lièdes effluves. L'Encyclique de Léon XIII tranche . singulièrement en cfîet, par scs allures modérées et ses formes onctueuses, avec le langage hautain, impérieux provocateur auquel nous avait habitué la Cour de home. Sans doute le nouveau Pape renouvelle les déclarions et protestations de Pic IX. soit quant aux lois et actes contraires aux enseignements ou aux intérêts de l’Eglise, soit quant à la revendication du pouvoir tem P°rel, mais, combien le ton est différent.
- De bonnes âmes s’empressent d’en conclure que l’Église va faire la paix avec la société moderne. C’est une étrange hnion et il importe de la dissiper, Du jour où le dogme de l’infaillibilité a été promulgué, et où Pie IX a lancé cathedra son orgueilleux défi, son implacable anathème à toutes les libertés qui sont la force et l’honneur des peuples modernes, la guerre, et une guerre sans trêve ni merci, a été déclarée entre l’Église et le monde foique. Il peut paraître habile, prudent et opportun à Eéou XIII de se montrer aussi insinuant, aussi conci liant, qu’il avait convenu à son prédécesseur d’être intolérant et agressif, mais il ne dépend pas de lui d’aborder c° que Pie IX infaillible a condamné. La forme peut changer, le fond reste totalement le même.
- Ne nous y trompons pas, celte lutte sera la caractéris tique du XIXe siècle et la plus impérieuse des nécessités Pour noire génération.
- Les Chambres ont repris leurs séances. Mais Paris, grâce à l’Exposition, fera du tort à Versailles, et la session ne promet guère d’être intéressante. Au Sénat, fos droites boudeuses déverseront leur mauvaise humeur Sllr la tête du ministre des travaux publics. Au Corps législatif, les députés bonapartistes ont déjà recommencé four « boucan, » comme ils disent en leur aimable langage,
- Chacun est d’accord sur ce point qu’il faut prendre Patience et qu’il n’y a pas grand chose à faire jusqu’au ^nouvellement partiel du Sénat. Alors, la République
- VARIÉTÉS
- UNE RÉVÉLATION DE LORD DERBY
- Je ne crois pas qu’il y ait un seul homme politique dans aucun parti eu France qui soit prêt à approuver une nouvelle guerre de Crimée. Nous savons tous que cette guerre, si heureuse ou si utile qu’elle ait été dans ses résultats, n’a été entreprise par l’empereur des Français que dans des vues personnelles et dynastiques. Il était alors dans une situation particulière. Il exerçait le pouvoir suprême, mais il avait la plus grande difficulté à rapprocher de lui des hommes honorables. Dans cette position, étant souverain absolu, il put trouver d’une bonne politique de sacrifier la vie de 100,000 Français -pour le prestige et le respect que pourrait lui attirer une alliance avec l’Angleterre. Mais ce régime s’est effondré comme tout le monde pressentait qu’il le ferait têt ou Lard, et, dans les circonstances actuelles, il y a bien peu d>apparence que les Français nous suivent dans une
- g uerre.
- (Discours au Parlement anglais, 8 avril 1878.)
- LA SOCIÉTÉ LATINE L’ALOUETTE
- La tendance manifeste du siècle est de rejoindre les peuples de chaque race. Hier le pangermanisme s’unifiait à nos dépens; aujourd’hui le panslavisme sert de prétexte à la Russie pour établir en Orient l’autocratie militaire des Gzars. L’Occident et le Midi resteront-ils oisifs devant l’agglomération de ces deux races ? — Qu’on y fasse attention ! Soyons optimistes; mettons les choses au mieux; écartons toute appréhension de guerre et d’invasion ; il reste au moins une formidable rivalité, constituée contre nous, dans toutes les choses de la paix, dans les sciences, dans les lettres, dans les arts, dans l’industrie, dans ce qui regarde la prospérité matérielle, comme en ce qui regarde la culture morale.
- Contre l'hégémonie des deux empires du Nord, contre l’asservissement intellectuel dont ils nous menacent, contre la décadence dont ils nous accusent, contre notre disparition prochaine qu’ils prophétisent à leur bénéfice; — en un mot, pour soutenir honorablement la concurrence ; pour ne point leur céder « dans celle lutte suprême pour l’existence », nous n’avons, Peuples Latins, nous aussi, qu’un moyen : l’union.
- Peuples de Races Latines, il faut nous unir : nous serrer étroitement les uns aux autres. Si nous ne sommes pas une race homogène, primitive, sans mélange, nous sommes tous la résultante des mêmes races appariées par l’action souveraine de l’éducation Latine. Nos alliances mutuelles ; notre longue vie sous les mêmes lois ont fait de nous une même famille; et nos idiomes, qui ne sont que les dialectes de la même langue ; la communauté de civilisation attestent notre incontestable et indestructible parenté.
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- Oui, tous, Espagnols et Portugais du Nouveau monde comme de l’Ancien, Italiens, Français du Nord et du Midi, Suisses Romands, Belges et Roumains, nous sommes dos peuples différents, sans doule, mais nous ne sommes qu’une môme nation ; nous sommes Jes variétés d’une môme espèce ; les provinces libres d’une même République Fédérale. Notre généalogie, établie depuis des siècles, affirme notre consanguinité; affir-mons-la encore par notre concorde.
- Tandis que les autres races s’unifient par la violence et par la guerre, au profit du despotisme militaire, nous, Peuples juridiques, nous nous unironB par la Liberté, c’est-à-dire par la Fédération. Nul ne cherchant à empiéter sur autrui, nous nous garantirons mutuellement nos autonomies par l’inviolable équité d’un contrat.
- C’est pour exposer, pour propager, par la littérature, la philosophie, les arts, l’histoire, — cette grande idée « La Fédération Latine » que s’est constituée la Société ; VAlouette. Elle n’est point une société politique ; elle n’appartient à aucun parti, à aucune école exclusivement ; mais elle se place, pour le bon combat, sur le terrain des idées modernes. La hase de cette société est le respect de l’individu, l’absolue autonomie du groupe. Les groupes se fédèrent entre eux pour des fêtes littéraires communesot des publications périodiques et autres — Les moyens d’acLion de L'Alouette Latine ? Nous venons de les indiquer : des recueils, des livres, des revues, des séancos ou réunions littéraires données à tour de rôle dans une ville d’un des groupes confédérés.
- L. Xavier de Ricard.
- Nota. — Uu banquet de VAlouette Latine se tiendra à Montpellier, le dimanche 26 mai, pendant les Fêtes Latines qui so donneront en cotte ville : pourront y assister les membres actifs et honoraires qui auront adhéré, avant le 10 mai, ot auront prévenu le Directeur de l’Alliance Latine, à Montpellier. Dans les premiers jours de mai une circulaire leur sera envoyée contenant la liste dos souscripteurs inscrits à cotte époque et fixant les détails de cette réunion, dont Victor Hugo a bien voulu accepter la présidence honoraire.
- L’Alliance latine est représentée à, Paris par notre ami M. Edmond Thiaudière,directeur de la Revue des Idées Nouvelles, 32 rue Serpente.
- La création de la Revue Y Alliance Latine qui paraîtra à Montpellier à partir du l*r mai nous donnera l’occasion de revenir sur cette association de l’Alouette et de remonter à ses sources. Il est curieux de voir le mouvement littéraire produit par les Fètibres aboutir à un mouvement politique qui peut devenir important et sur lequel nous donnerons des détails intéressants.
- E. C.
- PROTECTION ET LIBRE ÉCHANGE
- Nous avons reçu de l’honorablo M. Granday uno lettre qui nous présente au sujet du libre échange les mêmes observations qu’il a publiées dans des journaux d’agriculture. Il nous parait utile d’insérer cette lettre et d’y répondre car les idées qu’elle exprime pourraient naître dans l’esprit de quelques-uns do nos lecteurs.
- La voici ••
- Monsieur le Rédacteur,
- Le libre échange, comme principe, est certainement incontestable, il ne peut donc y avoir lieu à controverse que sur l’application, et c’est précisément ce qui arrive aujourd’hui.
- Dans la circonstance, il est remarquable que, de part et d’autre, libre-éehangistes et protectionnistes, chacun n'envisage guère la question qu’au point de vue de son intérêt personnel, ce qui démontre que l’égoïsme domine les actions des hommes et dévore notre société. En
- effet, dans le camp des libre-échangistes on ne rencontre pour ainsi dire, que des négociants, armateurs ou producteurs de vins, qui n’ont rien à craindre de la concurrence étrangère; tandis quo dans l’autre camp, cd sont des producteurs industriels et des agriculteurs qui ont intérêt à la protection; c’ost évident comme la lumière du soleil ; l’intérêt général n’est nullement le mobile de la plupart des uns et des autres.
- Que l’on change pour un instant la position des champions ;' qu’on intervertisse les rôles : que d’un agriculteur et d’un industriel on fasse un commerçant et un viticulteur, ot réciproquement, et l’on verra bien vite qu’en changeant de position eL do rôle chacun change aussi de croyance, d’opinion, de conviction, de manière de voir. Ce qui prouve qu’en toute chose il y a deux manières d’interpréter selon le point de vue où ou se place et que généralement on est mauvais juge dqns sa propre cause.
- Mais si ou se place sur.le siège de la justice; si an se met sur le terrain de l'égalité, bien certainement on verra les choses sous leur vrai jour et l’appréciation que l’on fera ou plutôt le jugement que l'on portera sur ia question commerciale eu litige aura le cachet et le caractère de la vérité.
- La liberté est un droit, cela ne fait l’ombre d’un doute pour personne; mais à côté de co droit il y a un devoir et ce devoir consiste à ne pas user de ce droit au détriment d’un autre droit qui est Végalité; cela résulte du principe juridique qu'il n'y a pas de droit contre le droit.
- Daus la polémique engagée entre les libres échangistes et les protectionnistes, ce sont précisément ces deux droits, liberté et égalité, qui sont on opposition.
- Par les traités de commerce et par des décrets, lo gouvernement a admis la libre entrée en France de certains produits étrangers, notamment le blé, la laine ot la viande ; en agissant ainsi, le gouvernement ne s’est préoccupé en aucune façon de l’intérêt des cultivateurs français, c’est-à-dire des producteurs des objets similaires ; il n’a pensé qu’à favoriser le commorco et le sim*
- le consommateur ; il no s’ost nullement demandé si lo
- lé, les laines et lps bestiaux qui entreraient en France seraient produits dans les mêmes conditions économiques que ceux de notre pays; il ne s’est rendu ou n’a tenu aucun compte des charges énormes que supportent chez nous, les productions agricoles ; en un mot, il n’a pas eu l’idée, pourtant si naturelle, de mettre le produo teur étranger dans la même position, dans la môme balance économique que le producteur français. Aussi, et par conséquent, dé cet oubli, de cette imprévoyance, résulte nécessairement l'inégalité de position do ces deux producteurs; par conséquent aussi, injustice et fausse application du principe de la liberté.
- Il on est de la faveur du privilège que cette fausse application du principe libéral accorde au producteur étranger où plutôt au commerce, qui n’est qu’un intermédiaire parasite entre le producteur et le consommateur, comme il en serait si certains départements étaient affranchis des impôts de toutes sortes qui pèsent sur le sol ot sur le travailleur rural et venaient faire eéheur-reneo avec leurs produits sur les marchés des autres départements non dégrévés de çqs mômes impôts : ou bien que la portion de la France située à droiLe du méridien de Paris, put entrer ses produits dans celle ville sans être assujetlieà l’octroi ; tandis que la portion située à gauche de ce même méridien serait soumise à cet octroi.
- Pour mon compte, je ne vois aucune différence entre ces deux exemples et le libre échange tel qu’il a lieu.
- Pour que le libre échange fut rationnel, il faudrait que tous les pays qui commercent entr’eux fussent soumis aux mômes lois fiscales, c’est-à-dire aux mômes impôts; mais comme cet état de choses n’existe pas et n’aura pas lieu do longtemps peut être, ce beau principe, comme application actuelle, est un sophisme économique, il ne peut être qu’un privilège pour les uns et un injustice pour les autres.
- Agréez, etc.
- Gbandav.
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- LE PfîYQIft
- Analysons cette lettre.
- Et d’abord il nous est impossible de partager les vues de TVI. Qrandpy. Nous nous refusons à, croire que la discussion élevée entre les deux principes contraires soit upe affaire d’intérêt personnel, une simple question de ^.optique pt que les personnes qui opt opté pour l.apro-: tsction ou pour le libre échange opteraient en sens inverse si leurs intérêts respectifs étaient intervertis.
- Que penserait M. Granday si nous le soupçonnions capable dyne semblable palinodie?
- Nous ue youlous pas dire que les personnes intéressées à une solution plutôt qu'à une autre ne soient entrai- I bées 4 avoir de,s préférences, niais nous prétendons que j personne n?a le droit d’aeciiser les économistes de pré;- J férences intéressées. I
- Aux yeux des économistes il ne peut s'agir ici que de | la lutte de deux principes, celui du passé hérissant les j ^arrières et entravant lps rapports, celui de l’avenir fa- j vorisant les rapports et foulant aux pieds les barrières. J
- Nous connaissons 4es libre-échangistes qui gagneraient au rétablissement dos droits protecteurs et qui Malgré cela sont et resteront libre-éch.angistes,
- M. Granday a parfaitement raison de dire que l’pn est mauvais j uge dans sa propre cause. C’est même précisément pour cela que nous donnons plus de créance au* raisonnements et aux démonstrations d’économistes dè-sinférmtls dqfts la question qu’aux réclamations de quelques filateurs intéressés Qr, ne l’oublions pas, les économistes sont en grande majorité ]ibre-éehangistes et si jamais ils reniaient le libre-échange ils renieraient du même coup l’économie politique moderne.
- Nous regrettons qne les arguments par lesquels M. Granday termine sa lettre soient semblables au sabre de •M* Joseph Prudhommp, et qu’ils puissent comme lui servir à défendre les institutions ou au besoin à les combattre.
- Nous avons établi par des chiffres officiels irréfutables que les prétendues plaintes dos producteurs, sont dénuées de fondement et qu’elles sont ou de colossales er-reurs ou des mensonges calculés. Toutefois nous voulons kien sup poser par impossible que nous n’ayons pas con* eaissanco de la prospérité que pes effiffrps constatent. Ms traités de .commerce u’en resteront pas moins une excellente chose. Il sp pput qu’à rprigjne le gouverneront. np se sqit pas beaucoup préoccupé de l’intérêt de Quelques producteurs, c’est-à dire de certains intérêts par-ticuliers: qu’importe, puisqu’il s’est préoccupé — et c’est ^l’essentiel do l’intérêt des consommateurs, c’est-à-ûire de l'intérêt de tous, de celui de M. Granday comme ^u vôtre, cher lecteur, et comme du mien.
- Ges traités profitables au plus grand nombre, dussent-l^s même nuire à quelques-uns, seraient déjà d’exoollents traités, A plus forte raison quand il est prouvé par des Rbiffres que ces traités n’ont nui à personne et que ceux a’pu plaignent rVofft pas ip droit de s’en plaindre.
- Aussi nous voulons bien qu’on révise ces traités, suri;
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- non pas pour élever les. droits, au contraire, pour les
- ABAISSER, ENCORE.
- Il est faux de dire que le producteur étranger soit favorisé aux dépens du producteur national, Il n’est pas favo-. risé dn tout; il paie des droits d’entrée; U a des frais de transport et la plupart du temps sa marchandise est renebérie par le bénéfice d’un intermédiaire. Si malgré ce]a il arrive à vendre à meilleur marché, cela prouve simplement une chose c’est qu’il comprend mieux la production. On se plaint -des machines dû l’Angleterre. Eh ! quoi de plus simple que d’avoir des machines semblables en France 1 Ce sont là des raisons qui font pitié.
- Ce n’est pas là qu’est lé mal, Le mal vient de ce qu'en Angleterre on fait tout pour fayoriser la production et qu’en France on fait tout pour l’entrayer, Différence évidente ! En Angleterre les impôts portent en très-grande partie sur les rentiers et non sur les industriels ou commerçants. En France c’est le contraire, Et, c’est là ce qu’çn ne veut pas avouer.
- Depuis dix ans les impôts qui écrasent le commerce français ont été majorés de sommes énormes. L’augmen? talion annuelle de ces charges se chiffre par centaines et centaines de millions, tandis qne les impôts déjà trèsr modestes que supportait le commerce anglais ont été diminués dans le mémo espace de temps d’une somme aunuelle de 123 millions de francs.
- De là une différence de rapports énorme et qui se renouvelle chaque année.
- Assurément cela permet à l’Angleterre do fabriquer à meilleur compte que la France et d’envoyer dans certaines contrées des articles que nous ne pouvons plus livrer au même prix.
- Qnq l’on y prenne bien garde. Les droits protecteurs ne rétabliront pas l’équilibre. La différence est si énorme que les droits lc§ plus excessifs seront impuissants à la contrebalancer, Supposons que l’on arrive à percevoir en plus à la frontière 3QQ millions de francs par an. C’est beaucoup et cependant cela ne suffira pas à rattrapper le terrain perdu, Mais, dira-t-on, c’est toujours 300 millions de gagnés, Pas du tout, Ce- n’est pas l'étranger qui les paierait; ce serait bol et bien les Français qui, en leur qualité de consommateurs, sortiraient de leur poche 300 millions par année, soit^to de 8 fraucs par tête. Merci bien !
- Mais le mal ne s’arrêterait pas là. Les gouvernements des pays étrangers ne sont pas naïfs au point de ne pas user de représailles. Ils auraient bien soin de frapper dans une même proportion les produits français entrant chez eux, vin, huile d’olive, cognac, artiolos Paris, etc., etc.
- Il en résul terait que le producteur français qui paierait déjà davantage comme consommateur, paierait encore
- I comme producteur, à moins toutefois qu'il ne renonce à 1’pxpovtaUou.
- Or, renoncer à l’exportation, c’est décréter la ruine de la France.
- Voilà où nous conduirait le retour à ce régime protec-
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- LE DEVOIR
- teur dont la durée a produit tant do maux, et dont la suppression a amené tant de prospérité.
- Ce qu’il faut, ce n’est pas frapper de charges nouvelles les produits venant de l’étranger, c’est au contraire diminuer les charges des producteurs à l’intérieur. Cela est moins difficile qu’il ne semble au premier abord et en agissant ainsi on rétablira l’équilibre.
- Rendre possible en France la production an même prise qu'à Vctranger, tout le problème est là.
- Pour cela il faut :
- Encourager les perfectionnements mécaniques afin de faire produire davantage avec la môme mise de capitaux ;
- Multiplier les moyens de communication et diminuer les frais de transport, dût-on, pour y arriver, racheter canaux et chemins do fer ;
- Exonérer les matières premières de toute espèce d’impôt;
- Ouvrir toutes grandes les portes de la frontière à la concurrence étrangère dans le double but :
- De voir les portes de l’étranger s’ouvrir toutes grandes au commerce français,
- Et d’arrêter à l’intérieur la constante élévation de prix qui rend la production plus coûteuse et l’exportation moins facile ;
- Enfin répartir l’impôt de manière qu’il frappe l’oisif au profit du travailleur et non plus le travailleur au profit de l’oisif.
- Nous touchons ici à la plaie. Nous disons tout haut ce que plus d’un économiste pense tout bas, sans oser le dire. Nous irons môme un jour beaucoup plus loin qu’ils n’osent aller dans leur for intérieur et nous démontrerons que le marasme des affaires tient à une mauvaise répartition de la richesse et que plus cette répartition sera équitable, plus la consommation sera régulière et plus, par conséquent, la production suivra une voie normale» exempte de perturbations et de chômages.
- Mais ceci sortirait du sujet qui nous occupe aujourd’hui et à chaque jour suffit sa peine.
- C’est pourquoi nous n’irons pas plus loin cette fois. Nous prions, pour finir, M. Granday et les personnes qui peuvent penser comme lui de réfléchir aux remèdes que nous proposons et do comparer les conséquences qu'ils auraient à celles qu’auraient des droits de protection qui en réalité seraient une charge de plus pour le peuple français déjà si chargé.
- En. Ciiampury.
- Il peut no pas être sans utilité d’appuyer nos vues en citant les quelques lignes suivantes du très remarquable discours que M. Léon Say, ministre dos Finances, a prononcé le 23 avril à Mugron à l’occasion de l’inauguration d’un monument à Frédéric Bas Liât, père du libre-échange en France.
- La politique commerciale inaugurée en 1860, dit M. Say, politique qui a été si féconde en résultats heureux, a fait le bien dont nous jouissons comme on jouit de la santé, pour ainsi dire sans s’en apercevoir C’est cette jouissance paisible qui explique comment
- les amis de la liberté commerciale se sont les uns après les autres successivement endormis.
- Les pohibitions disparues, la douane laissantcntrerdes produits jusqu’alors inconnus, les échanges internationaux s’accroissant d’année on année en nous procurant des débouchés nouveaux, la richesse publique augmentant dans des proportions inespérées, sans discontinuité, nous permettant de nous relever avec éclat de nos désastres, tout a crée peu à peu autour de nous comme une atmosphère naturelle qui semble toujours avoir existé.
- Il a fallu qu’on craignît le retour aux idées du passé pour ramener soudainement les esprits, d’abord à des souvenirs, ensuite à des réllexions dont on avait perdu l’habitude. Aussi ne s’est-on pas remis promptement sur la vraie voie ; on n’a pas songé aux principes, qui paraissaient être des armes rouilîées dans nos discussions actuelles ; je regrette de le dire, la doctrine est absente : on parle autour le jour sur les détails, on redit les choses d’il y a trente ans. on se perd dans des enquêtes cent fois faites.
- Le grand point de vue d’économie politique, celui que Bastiat a si éloquemment mis en lumière, le point de vue du consommateur, parait oublié.
- Le consommateur, c’est pourtant tout le monde ; c’est, en réalité, le pays lui-même qui demande à s’approvisionner librement au plus bas prix possible sur tous les marchés du globe Mais le consommateur ne parle plus ; Bastiat était sa voix; Bastiat n’est plus, il n’a plus de voix.
- On fie raisonne plus aujourd’hui, quand on ne raisonne qu’au point de vue des producteurs; c’est à eux qu’on demande si la législation les gène. On oublie de faire la la môme question aux consommateurs. On trouvq cet oubli bien naturel, .puisqu’il n’y a personne pour répon-
- Idre en leur nom. Est-ce à dire que les producteurs doivent être tenus à l’écart et qu’on ne doive pas écouter leurs plaintes ? Loin de là, car c’est en étudiant leurs besoins qu’on apprendra qu’elles transitions il faut ménager, les droits acquis qu’il faut respecter, la juste mesure, enfin, qu’il faut toujours garder.
- Seulement, ces tempéraments sont du ressort de l’administration ; ils constituent l’art du gouvernement, ce n’est pas là une doctrine.
- Je regrette de ne plus voir llotter dans les airs, avec la môme fierté qu’autrefois, ce grand drapeau du libre-échange sur lequel Bastiat écrivait naguère : « On ne doit payer d’impôts qu’à l’Etat. »
- LE MOUVEMENT RELIGIEUX
- Qui trop embrasse mal étreint, dit le proverbe. Le proverbe a été justifié une fois de plus par la conduite de l’Église romaine.
- Depuis une vingtaine d’années l’Église a voulu s’emparer de tout, au temporel comme au spirituel. Ces prétentions ne lui ont pas été profitables et n’ont abouti qu’à détacher d’elle bon nombre de personnes qui lui étaient restées fidèles jusqu’ici. Un groupe tout entier de penseurs belges et français a meme pris une décision bien nettement caractérisée. Ils se sont ralliés à un mouvement que l’on peut nommer — dans le sens élevé du mot — de l’opportunisme religieux.
- Le premier jalon de la route fut planté il y a 30 ans déjà par une lettre d’Edgard Quinet à Eugène Sue mais la marche n’a été ouverte en réalité que tout
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- récemment, par-M. Bouchard, conseiller général de la Côte-d’Or et par M. Renouvier, l'éminent direc leur de la Critique philosophique. Tous deux ont rompu résolument avec l’Église romaine et, faute d’une religion philosophique établie, ont embrassé la Réforme. Leur exemple n’est pas resté sans imitateur et nous pourrions citer de nombreuses personnes — entre autres 7 députés — qui, sans être sortis officiellement de l’Église, ont retiré leurs enfants de son giron et les font instruire dans l’église réformée. On sait que dans la plupart des pays mixtes, notamment en Suisse et en Allemagne, les familles catholiques font très souvent élever leurs enfants dans l’église réformée. C’est donc un exemple pratiqué en grand dans certains pays que l’on imite aujourd’hui ea France sur un pied plus modeste.
- Enfin, tout récemment, un des plus remarquables penseurs de notre époque, M. Emile de Laveleye, professeur à Liège, a été l’initiateur en Belgique d’un mouvement dans le même sens dont la portée ne peut encore être appréciée à toute sa valeur. Il a été secondé dans ses efforts par M.Goblet d’Alviella, dont la haute position en Belgique est connue,et par M- Frère-Orhan, le grand orateur belge, ancien président du ministère de son pays.
- Enfin, voici M. l’avocat Eug. Réveillaud, rédacteur on chef de Y Avenir républicain de Trayes qui se prononce aujourd’hui dans le même sens.
- Cela prouve qu’il ne s’agit plus de conceptions isolées mais bel et bien d’un mouvement fort étendu.
- Ponr cette fois nous n’examinerons que les écrits ûe MM. de Laveleye et Réveillaud. Ces écrits donnent nne idée très-juste et fort complète du mouvement, c&r les deux auteurs, quoique partis de points de vue | differents et suivant des routes distinctes, arrivent nu même résultat. Les volumes de M.de Lavelye sont dans cette forme sérieuse et colorée qu’affectionne professeur, le volume de M. Réveillaud est tout euipreint de la décision et de l’allure militante du Journaliste convaincu.
- M. de Laveleye a particulièrement développé ses Idées dans des articles à la Revue de Belgique. Nous "Voudrions les voir réunis et coordonnés en un volume dont ils composeraient les divers chapitres, deux de Ces articles réédités à part, ont obtenu un grand suc-ce sont les 2 petits volumes De l'avenir des peu-&tes catholiques et Le Protestantisme et le Catholi-dans leurs rapports avec la liberté et la prospérité des peuples.
- Ce dernier travail surtout est très remarquable, nussi ne doit-on pas s’étonner que le tirage en francs de 30,000 exemplaires ait été épuisé et que les
- traductions en Anglais, en Allemand, en Hollandais, en Italien, en Portugais, en Espagnol, en Tchèque et en Suédois se soient rapidement succédées. Il en a même été fait une traduction au Chili et une édition populaire aux Etats-Unis.
- En vérité les deux travaux de M. de Laveleye ont déjà quelques mois de date et nous serions en retard pour en parler s’il pouvait jamais être trop tard pour s’occuper d’écrits d’une pareille valeur.
- Dans Y Avenir des peuples catholiques, M. de Laveleye établit d’une manière irréfutable que les libertés modernes sont issues de la Réforme et que dans toute l’histoire il y a une connexité étroite entre la Réforme et la Liberté. Les Huguenots voulaient l'autonomie locale, la décentralisation et un régime fédéral consacrant les libertés communales et provinciales. L’uniformité, si chère encore à l’esprit français, est une passion de provenance catholique qui a fait échouer la Révolution et qui ramènera toujours le despotisme. Si la France n’avait pas persécuté, exilé ou égorgé ceux de ses enfants qui | s’étaient convertis au protestantisme elle aurait vu se développer sous leur influence les germes de liberté et de self govcrnment qui étaient en elle au XVI6 siècle. C’est la Réforme qui a amené la Révolution anglaise et par suite cette belle charte de la monarchie constitutionnelle; c’est elle aussi qui créa les Républiques unies des Pays-Bas, Le mouvement des idées modernes est plus l’œuvre de la Réforme que celui de la Révolution. La Suisse et les Etats-Unis ont réalisé d’une manière définitive la République parce que la majorité de leurs habitants est protestante. L’avenir des peuples catholiques est inquiétant au contraire. M. de Laveleye est très-pessimiste à ce sujet. Il voit en noir l’avenir des peuples catholiques et nous pensons qu’il dépasse en cela la réalité des choses.
- Nous sommes mieux d’accord avec lui dans son étude sur le protestantisme et le catholicisme dans leurs rapports avec la liberté et la prospérité.
- Frappé de voir les peuples catholiques se laisser devancer dans la voie du progrès par les nations protestantes, M. de Laveleye s’est demandé quelle est la cause de cette différence si nettement établie par l'histoire du temps passé et la géographie du temps présent.
- La race n’est pour rien dans cette différence. Les Ecossais et les Irlandais sont d’une même race et cependant on ne saurait voir deux peuples voisins différer davantage dans leur moralité et dans leur degré de bien être.
- Il y a plus. Les cantons suisses de race latine
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- mais protestants dépassent, et de beaucoup les cantons catholiques dont la population est do race germanique. Ainsi la théorie allemande du fatalisme des races, n’explique pas les différences signalées; c’est donc ailleurs que dans les causes ethnographiques qu'il faut en chercher la raison.
- Cette différence vient en partie de l'instruction. Il est incontestable que la diffusion des lumières est la première condition du progrès. Le commerce et l’industrie sont aujourd’hui de telle nature que L’intelligence et l’activité ne suffisent plus p,our y parvenir; il faut des capitaux intellectuels et chaque jour cette nécessité s'accentue davantage. Dans la lutte que les peuples se livrent sur le terrain de la concurrence, c’est le mieux armé iatellectuellement qui triomphe.
- Eh bienl cette diffusion des lumières, élément du progrès social, est beaucoup plus générale dans les pays protestants que dans les autres.
- Cette différence est attribuée par M. de Laveleye aux nécessités des deux religions en présence. Le culte protestant, dit-il, repose sur la lecture de la Bible, le culte romain sur des pratiques qui n’exigent pas la lecture ou sur des actes de foi qui prohibent tout examen. De là, pour chacun des cultes, un point de vue opposé. Autant le premier aime le livre comme un auxiliaire, autant le second le redoute comme un ennemi.
- Cette explication est ingénieuse; elle ne saurait nous suffire. Une différence t ien plus considérable sépare les deux cuites et creuse tout un abîme entre eux.
- Tandis que l’église romaine ne dissimule pas ses visées théocratiques et fait bon marché du patriotisme quand ce patriotisme est contraire à ses intérêts, le protestantisme revêt un caractère civil et national très-marqué. Les consistoires laïques qui le régissent, ne sont pas intéressés à l’immobilité du dogme ; les membres de ce consistoire se renouvellent do temps à autre ce qui permet l’accès d’idées nouvelles; enfin comme ces pieipbres des consistoires sont de simples citoyens, mêlés à la vie de tpus les jours, ils sont mieux à même d'apprécier futilité et les bienfaits de l'instruction qu’une caste sacerdotale qui a longtemps joui de l'instruction comme d’un monopole.
- Mais ce n’est pas seulement par le niveau intellectuel que les peuples protestants l’emportent sur les peuples catholiques; c’est aussi par le niyeau moral. Comparez les littératures et vous vous en convaincrez. Voyez par exemple de quelle manière différente op attaque les préjugés selon que le pays
- professe l’une ou l'autre des religions. Che# les protestants on combat le passé en prêchant upe morale plus sévère, tandis que chez les catholiques on se sert de l’insurrection des sens pour battre en brèche les préjugés. Trop souvent dans les pays catholiques les écrits coopérant à l'émancipation des esprits ont une note immorale et ne sauraient être mis sans danger entre les ipains d’uqe jeune fille. Il en résulte que dans leur éducation celles-ci lisent surtout les œuvres d’écrivains absolutistes et que c’est dans ce sens là quelles élèveront leqrs enfants.
- Les formes du culte influent aussi sur la politique; c’est sous cette influencer que les peuples ont été amenés à donner à l’organisation de l’état dP$ formes empruntées à l’organisation religieuse. Et comment pourrait-il ne pas en être ainsi a]ors que le moindre prêtre romain est soumis à la hiérarchie et qu’au plus haut de cette hiérarchie se tyouye U1! pontife réputé infaillible qui a formulé dans un langage aussi clair qu’énergique spn anathème à toutes les libertés.
- La Réforme n’a pas été seulement up mouvement religieux elle a été aussi un mouvement politique. On oublie trop, lorsque l’on parle des principes dP 89, comme d'une nouveauté à cptte époque que les Pays-Bas étaient libres depuis Iqngterpps et quO l,es Etats-Unis comme les Pays-Bas, n'étaient républicains que parce qu'ils ptaient réfqrmps.
- On le voit, M. de Lavpleye revient qux mêmes conclusions que dans son preipier tr.ayaff: ï! que la France abandonne lp cuihqlipigmp si q}lp veut rester républicaine.
- Dans un autre article de la même Revue, article ayant pour titre; D,e la, diffiçaUç effilai)lir la li^cr^ en France, M. de Lavelaye précise davantage ses conclusions. Le sentiment religieux, dît R, pst inné chez l’être humain. l\ faut le satisfaire d’une maniéré rationnelle si l'on ne veut pas qu’H acpeqte tputPS les nourritures qu’on lui offrira. Qp, dif aRleurs In
- même auteur » 1® protestantisme mpdepnp, non n#s celui qui sp qualiRp d’ortbo.doxe mais celui qui revendique le tjfrq de libéral, ce prptpstuntmffm libéra} offre à Ja conscience du libre pen$pgr }p p}u§ radical un vaste cliamp ppur se mquvpjr. Dp plqs R présente tpqs Ips caractères d’upp rpljgjon : R e$t déjà ancien* il a gop histoire qt lp npfnbrp dp sp$ martyr^ est supérieur ê celuj dps maytyfS catholiques. Il a, par suite, sa poésie; il a jjpn pu}te; R a
- sa njaRé an »n|®i!-
- Cette conclusion est la même qm celle fia M- Reqouvier et celle de M. Bouchard.
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- Voilà où les esprits devaient être poussés par les invectives et les grossièretés de M. Veuillot et de ses compères. L’église romaine ne s’est point attiré de sympathie en faisant défendre sa cause par les écriyains, que l’on,sait. Il ne suffît pas d’épuiser le vocabulaire des injures pour convaincre quelqu’un. Fénélori s’y serait pris autrement. Il est vrai que le catholicisme contemporain de Fénélon et celui contemporain de M. Veuillot sont deux catholicismes bien distincts. Aussi ne s’étonne-t-on pas que le dernier ait jeté dans les bras des protestants des hommes de la valeur de M, Rtnouvier, de M. Bouchard ou de M. Eéveillaud.
- Il est indispensable à la réussite de la République et au progrès de toutes les idées modernes que ce mouvement persiste et s’accentue.
- M. Réveillaud va nous dire de quelle manière les hommes qui se retirent de l’église romaine peuvent prendre pied contre elle.
- (A suivre.) Ed. Champury.
- LA FILLE DE MON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de M™ Marie HOWLAND
- CHAPITRE V (1)
- LE TATOUAGE
- Leux années se sont écoulées sans amener dans
- famille du docteur aucun événement digne de remarque. Les jumelles vont à l’école, querellent comme le font généralement deux sœurs, mais ne tourmentent plus autant tante Dinah. Elles sont bien trop raisonnables maintenant pour vouloir parfumer sa bouillie en y cuisant un jeune chat , aventure que la négresse craignit pendant longtemps de voir renouveler. Pour ceux qui jugent sur les apparences les jurpelles se ressemblent comme deux pois, mais eh réalité elles n’ont de pareils que la taille et le costume. Leila est d’une nature égoïste et fait à-peu-Près tout à sa guise ; elle n’a aucun respect pour les ^roits de sa sœurLinnie. Celle-ci, beaucoup plus généreuse et aimante, proteste hautement contre la tyrannie de Leila, geint, (c’est ainsi que cette der-n*ère a poétiquement baptisé pleurer), mais finit toujours par céder.
- Lan a presque dix-sept ans; il fréquente avec Clara 1 ccole supérieure du village. Ses progrès en ipstruc-G°n se bornent à le maintenir au rang qu’il occupait
- U) Reproduction réservée,
- dans la division d’ortographa à l’école primaire, lorsqu’il se serait trouvé en tète de la classe, si la tête eût été à l’autre extrémité, llcontinue àêtre.lacroix de l’aimante madame Forest, quoiqu’il soit moins gauche à table, qu'il ait appris à ôter son chapeau et, depuis peu, à se comporter, suivant l’expression de sa mère, comme le fils d’un gentleman. Cependant son estime pour Jim Dykes n’a pas baissé., leur amitié a été au contraire cimentée par une o..u deux rencontres désespérées dans lesquelles, grâce, aux leçons de son professeur, Lan a pu se montrer maître à son tour , succès, dont il était plus fier que de. tous les honneurs de l’école. Depuis ce moment le grand matamore, Jim Py-kes> le ^traite av.ee un respect tout particulier.
- Un soir Dan rentra fort tard, et madame Forest qui veillait en l’attendant, saisit cette occasion pour le blâmer de passer son temps en si mauvaise compagnie ; Dan prit audacieusement le parti de la famille Dykes, ce qu’il n’avait jamais osé faire, encore, et lorsque sa mère commença à parler de Susie, il lui fit une réponse insolente puis courut tout furieux s’enfermer dans sa chambre.
- Un peu plus tard, le docteur rentra et sa femme le pria de la suivre dans la chambre de leur fils.
- Pensant que Dan dormait, elle y était entrée pour prier en silence à son chevet. Après que tous les moyens humains avaient échoué, c’était sa suprême ressource pour détourner de lui les tentations de la jeunesse. Il dormait en effet, mais un spectacle inattendu avait changé en indignation la tendre sollicitude de sa mère et lui avait fait oublier son pieux dessein.
- Le docteur suivit donc sa femme et comme il faisait chaud et que, dans son sommeil le jeune homme s’était à demi découvert, il ne tarda pas à apercevoir la cause du trouble de Madame Forest.
- C’était un tout récent tatouage bleu et rouge, couvrant presque tout le bras gauche de Dan du coude au poignet ; quoique ce fut abominablement fait, on y reconnaissait parfaitement deux cœurs percés d’un même trait et autour étaient gravés les noms de Dan Forest et Susie Dykes.
- « Lejeune singe » 4tt le docteur en riant ; et en descendant l’escalier il ajouta : « Cette jeune Amérique est trop forte pour vous, n’est ce pas, Fannie ?
- « En vérité vous en parlez à votre aise docteur ; vit-on jamais une pareille abomination I C’est qf-flreux de penser qu’il s’est ainsi défiguré pour ]a vie » Et madame Forest parut au désespoir.
- « Mais, ma chère, on n’y peut rien, et vous devez
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- souffrir ce que tous ne pouvez éviter. Ce qui me surprend, c’est la précocité du maraud... Rien encore n’avait pu provoquer chez cet enfant un enthousiasme quelconque. À l’école, il est un âne parfait ; à seize ans passés il n’est pas encore capable d’écrire une lettre présentable ; il a gaspillé son temps sans s’intéresser à rien ; puis tout d’un coup il naît à une vie nouvelle qui a pour lui tant de charme, qu’ainsi que vous le dites, il se défigure pour la vie alla d’immortaliser son sentiment, ne doutant pas un seul instant que Susie Dykes sera toujours à ses yeux la divinité qui le charme aujourd’hui. Si nous savions seulement utiliser ces forces lorsqu’elles se manifestent 1 Mais avec notre système social à contre-sens, elles sont aussi ingouvernables que les licornes échappées des Mille et une nuits. »
- Madame Forest semblait effarée, mais le docteur continua :
- « Supposez maintenant que cette fille soit à l’école dans la même classe que Dan, qu’elle lui soit supérieure intellectuellement (comme elle l’est en effet) et qu’il ait à réciter ses leçons sous ses yeux; ne voyez-vous pas combien il serait excité à apprendre? Son ambition serait de se distinguer pour conquérir l’admiration de Susie. Dan est votre idole, Fannie, mais, j’avoue que je ne comprends pas son caractère et que je ne sais comment aider au développement de ce garçon. Quant à Clara, mon parti est pris ; c’est une enfant selon mon cœur et, pardieu ! je veux la mettre à même de réussir, elle ne manquera de rien qu’il soit en mon pouvoir de lui procurer. Il faut qu’elle aille en pension. Dans un mois le terme d’Au-tomne commence au collège de Stonybrook, et quoique nous n’ayons pas à présent de pensions vraiment convenables pour les jeunes filles, celle-ci est cependant la meilleure à ma connaissance. Pensez-vous que vous pourrez avoir préparé d’ici là ce qui sera nécessaire ?
- Madame Forest, fut au comble de la surprise en apprenant cette soudaine décision ; elle répondit d’un air désespéré: « Que voulez-vous que je devienne sans Clara, elle m’est indispensable. *
- m Je le sais, mais nous ne devons pas compromettre l’avenir de cette enfant. Nous sommes dans le siècle des femmes fortes et Clara est naturellement studieuse. En outre elle a une intelligence remarquablement développée dans toutes les directions. Il fut un temps ou pianoter, barbouiller plus ou moins mal une aquarelle et apprendre par cœur un peu d’histoire dans les livres, suffisaient à une jeune fille, mais ce temps est passé. Je désire que Clara développe ses facultés autant que le milieu social peut le lui per-
- mettre, afin qu’elle soit forte et paisse se suffire à elle-même. «
- « Quoi, comptez-vous qu’elle ne se mariera pas ? »
- « Non ; c’est-ù-dire, il m’importe peu ; cependant je préférerais qu'elb n’en fît rien, A l’heure actuelle, il vaut mieux qu’une femme sensée, instruite et dont l’esprit est bien équilibré reste fille, même quand elle pourrait épouser un des hommes les meilleurs. Presque chaque mari a conscience qu’il est un tyran, mais ce sont les esclaves qui engendrent les tyrans ; s’il n’y avait plus d’esclaves le monde serait une grande république d’égaux. «
- « Oh docteur ! s’écria madame Forest, n’ai-je pas toujours été pour vous une épouse affectueuse ? »
- Et les pleurs lui vinrent aux yeux.
- Cette conclusion était si inattendue que le docteiir faillit partir d’un éclat de rire; il avait parlé d’abondance sans penser que ses paroles pouvaient en rien être susceptibles d’applications personnelles. Pour un instant il avait oublié que Madame Forest était semblable à beaucoup d’autres femmes qui nje manquent jamais de voir une attaque directe dans une réflexion sur l’éducation de la femme en général, ou sur un incident quelconque dans le train ordinaire du ménage.
- 11 arrivait quelquefois, par exemple, que le pain acheté chez le boulanger manquait de qualité; le docteur ne pouvait faire une remarque à ce sujet sans blesser les sentiments intimes de sa femme, absolument comme si elle avait fait elle même ce pain et si sa réputation en dépendait. Le docteur qui connaissait ce faible l’avait pourtant oublié l’instant d’auparavant ; s’il eût regardé sa femme pendant qu’il parlait, il eût certainemènt donné une autre forme à sa pensée.
- « Naturellement, » reprit-il, vous avez été une bonne femme,quoique je ne vous aie pas encore tout-à-fait pardonné d’avoir doublé ma responsabilité.»
- G était une des agaceries maritales du docteur, et son effet était si curieux qu’il ne pouvait s'empêcher de la renouveler de temps en temps, afin de voir sa femme se défendre ingénuement, comme quelqu’un à demi-convaincu qu'il a eu tort sans cependant savoir au juste en quoi.
- Lorsque ce sujet inépuisable fut réglé pour un temps et que le chagrin passager de Madame Forest fut apaisé, on revint au projet d’envoyer Clara au Collège et sa mère demanda comment cela pourrait bien s’exécuter.
- « Cela coûtera si cher » dit-elle.
- » Bail, Fannie, je suis aussi riche qu’un juif, » répondit le docteur. « Le vieux Hendrick m’a payé au-
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- ourd’hui sa note qui remonte à si longtemps.Vous savez que je l’ai soigné récemment pour une péritonite dangereuse, » ajouta t il, sachant que certaines gens sont toujours avides de connaître le nom d’une maladie, ce qui satisfait d’autant plus leur curiosité que l’expression est plus incompréhensible pour eux. « Je l’ai donc guéri d'une péritonite, et comme aujourd’hui il se sentait très à l’aise, mais comprenait cependant que sa vie est encore entre mes mains, il a été pris d’un grand accès de reconnaissance et a promis de me payer tout ce qu'il me devait aussitôt qu’il quittera la chambre. J’ai répondu en plaisantant que la seule manière pour moi d’être payé de mes honoraires était de l’envoyer ad patres, et qu’après réflexion je me déciderais probablement à le faire, parce que c'était le moyen le plus sùr de régler son compte définitivement . »
- « La plaisanterie termina l'affaire, car il me pria de sonner, se fit apporter de quoi écrire et me signa un chèque pour tout ce qu’il me devait. »
- « Mais, mon ami, vous devez d’abord vous faire faire un beau costume neuf > dit madame Forest.
- « Oh non, des habits neufs me feraient trop ressembler à un faquin, j’irai bien sans cela. »
- En vérité, depuis des années le bon docteur ne s'était pas procuré le luxe d’un nouveau costume et son extérieur était un tant soit peu râpé. G-râce aux soins affectueux de Madame Buzzell, il avait toujours une abondance de beau linge et, été comme hiver, de longs bas tricotés à la main, montant au-dessus des genoux. Sa dépense en gants, par exemple, était un tant soit peu extravagante, les mains d’un médecin, disait-il, doivent être toujours sensibles et délicates, surtout lorsqu’il remplit les fonctions de chirurgien, ainsi que le font en général la plupart des médecins de campagne.
- Les remèdes ordinaires du Docteur Forest étaient des plus simples, et ses confrères, le docteur Delano et même le vieux docteur Gallup, jouissaient chez le pharmacien d’une meilleure réputation que lui. Son cœur était toujours pour les pauvres, et à ceux-là il fournissait lui-même la plupart des médicaments dont ils pouvaient avoir besoin. Cependant le bon docteur comprenait bien la faiblesse commune aux ignorants et aux faibles d’esprit qui ont une foi entière dans la vertu des drogues mystérieuses; aussi lorsqu'il demandait « deux verres aux deux tiers remplis d'eau fraîche », il parlait d’un air imposant qui inspirait au malade l’idée que la vie ou la mort pouvait fort bien dépendre de ces mots : « deux tiers; *> puis il prenait des poses si graves, en versant dans l’un une poudre inoffensive, de la magnésie ou du bi-
- carbonate de soude peut-être, qu’i agitait soigneusement, et en mélangeant dans l’autre quelque drogue aussi innocente; il agissait en tout cela si sérieusement que tout son être semblait dire : prenez bien garde à la façon dont vous avalerez ces choses et surtout à les prendre au moment précis, car cela ne plaisante pas !
- Quoiqu’il ne soit pas positivement prouvé que le populaire et presque adoré docteur Forest donnait des pillules de mie de pain et autres drogues aussi inertes, il est cependant probable qu'il en usait ainsi, et ses grands succès en sont la preuve éclatante. Il avait, toujours l’air de savoir au juste ce qu’il devait faire dans tous les cas. Il recommandait surtout l’usage externe de l’eau et ses malades avaient contracté l’habitude de prendre un bain chaud en attendant sa visite.
- Lorsqu’un client plus instruit le pressait de questions, il disait : Que Dieu vous bénisse; comment puis-je savoir ? Croyez-vous que la médecine soit une science qui se traduise en formules comme les problèmes de l’algèbre ou de la géométrie? Si on n’admet que ce qui est incontestable et si l’on rejette le reste, nous savons bien peu de chose sur la valeur réelle des médicaments. Un fait cependant est certain, c’est qu’il n’y a nulle part aujourd’hui sur cette planète de deux sous, un endroit où soient réunies les conditions d’un bonheur parfait.
- Loué soit Dieu ! au lieu d'être décrépits et usés à soixante-dix ou quatre-vingts ans, nous devrions montrer aux jeunes gens à faire la cabriole et rimer des sonnets pour de fraîches grand-mères. La vie telle que nous la connaissons n’est qu’une misérable contrefaçon de la destinée de lq race humaine lorsque celle-ci sera intégralement développée et aura conquis définitivement sa planète.
- Un médecin honnête homme et un peu au courant de la science de son temps ne peut véritablement dire que ceci : Tenez vos poumons, votre peau, votre foie et vos reins en bon état, menez une vie active, soyez sobre, laissez votre âme en repos et envoyez chercher le docteur seulement ,lorsqu’ayant outrepassé un ou plusieurs de ces préceptes vous avez besoin de décharger votre responsabilité sur lui.
- Il était sévère pour beaucoup de ses malades, mais cependant si populaire qu'il dût manœuvrer très-habilement pour permettre au jeune docteur DelanO de se faire une clientèle,; Les pauvres, les vieillards, et spécialement les délaissés comme madame Buzzell, avaient ses plus longues visites, et lorsqu’il voyait que l’affection et la sympathie étaient indiquées, il les offrait à profusion.
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- Nousavons vu comment il traitait cette vieille dame. Souvent il s’attardait auprès d’elle dans ses visites et lui caressait doucement la main en racontant quelque joyeux -épisode de sa vie. Il ne partait que lorsqu’il l’avait fait rire, ce qui, selon lui, devait remettre en 'ordre quelque fonction paresseuse. [à suivre).
- CONGRÈS INTERNATIONAL D’HYGIÈNE
- Le premier congrès do cette nature s’est tenu à Bruxelles au mois d’octobre 1870, à l’occasion de la présence dans cette capitale d’une exposition internationale d’appareils de sauvetage.
- Le mérite des promoteurs, le nombre considérable des adhérents, l'importance des questions soulevées et mises à l’étude attirèrent sur le Congrès de Bruxelles, l’intérêt de l'opinion publique et l'attention sympathique des gouvernements.
- On peut dire sans exagération que cette réunion d’hommes de science obtint un légitime succès. Bans sa séance de clôture M. Liouville démontra l’utilité de Semblables assises; elles forment, dit-il, comme un cen tre d'in formations et de renseignements mutuels pour une des branches de la seience qui louche le plus aux intérêts particuliers et généraux.
- En juin 1-877 M. Liouvilie soumit à la société de médecine publique et d’hygiène de Paris la. .propostion de provoquer la réunion à Paris, pendant l’Exposition universelle, d’un Congés international d’hygiène semblable à celui tenu à Bruxelles.L’idée fut acceptée avec empressement mais la présence au conseil des ministres d’alors des personnalités que l’on sait ne permit pas de tenter l’exécution de ce projet.
- Depuis la constitution du ministère parlementaire les promoteurs de l’idée se sont reprisa espérer et la Secrété de Médecine a nommé une Commission qui a étudié la question.
- Le Ministre de l'Agriculture et du Commerce, qui est aussi Ministre de la Santé publique a promis à cette Commission ‘le concours officiel de son Ministère. En conséquence -la Commission a fixé la réunion du Congrès de Paris à la l10 quinzaine d’Aoùt et a réparti comme suit les matières a traiter :
- 1° Hygiène des mweau-nés. — De la mortalité des enfants nouveau-üés dans les différents pays.Des mesures à 'employer pour la faire diminuer. Secours de l'administration, servioos spéciaux pour les femmes en couches, fermes, nourrices, tours, etc.
- 2° l)e ValtèraUon des cours H'ràu. — De leur corruption : J° Par les .produits industriels ; moyens à employer pour prévenir et combattre les conséquences de cette altération ; 2° Par -les eaux dégoût ; utilisation des eaux dégoût par le procédé agricole.
- 3° Hygiène alimentaire. — Des produits alimentaires avariés ou falsifiés : 1° Dos moyens pratiques qui peuvent permettre de constater le bon état des viandes de boucherie servant à l’alimentation des villes cl des campagnes ; 2° De l’emploi de certaines substances pour la coloration des produits alimentaires et des dangers qui peuvent en résulter pour la santé publique,
- 4® Dis logements des classes nécessiteuses. — Maisons et cités ouvrières ; .garnis et logements d’ouvriers dans les grandes villes.
- fi® Hygiène /professionnelle. — Des moyens de diminuer les dangers qui résultent pour les travailleurs des différentes industries de l’emploi des substances minérales toxiques: mercure, plomb, arseuic, etc. Essais tentés pour les remplacer définitivement par des substances inoffensives.
- 0° Prophylaxie des maladies infectieuses et contagmtses. -— Quelles sont les maladies transmissibles qui nécessitent l'isolement des malades dans les hôpitaux généraux et spéciaux, et comment concilier cet isolement avoc les régences pratiques du service.
- 7° Est laissé à l'initiative individuelle, le soin de présenter d’autres questions intéressant l’Iïygiène, telles que les suivantes ; Prophylaxie de la rage ; — Maisons mortuaires, cimetières, crémation; — Ventilation.des écoles ; — Hygiène des casernes et dés prisons, — Hygiène de la vue.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- OhiôiXE nns Idées rohiTiQUES de Roussemt par Jules Vuy, vice-président de l’Institut Genevois et ancien Président de la Cour de cassation de Genève. — Genève, Ziegler et€i0.
- En majeure partie, a dit Auguste Cochin, les hommes ne savent ni remonter, ni redescendre le cours des idées; ils se 'contentent do les voir passet 'Comme l’eau 'ci; se moquent volontiers de ceux qui leurdiseut qu’en naissant cette eau fut une goutte et qu’à son terme elle sera nu torrent.
- •Rien n’est plus vrai .Tan dis que notre siècle n’a'épargné aucun effort, aucun sacrifice pour connaître les sources d’un grand fleuve et s'expliquer ses fécondantes inma-dations, il a peu fait pour remonter aux sources de ce fleuve d’un autre genre qui emporte 'la société moderne vers des horizons nouveaux. Quand on a tnoimné Montesquieu, Voltaire, Rousseau,il semble que tout soit dit. On ne s’enquiert pas d’où, leur sont venues leurs idées et l’on s’accoutume à considérer ces puissati'ts'génies nomme des météores apparaissant soudain dans le ciol 'de la pensée, sans que rien ait annoncé leur venue et sans que rien puisse jamais l’expliquer.
- Gvest un tort. L’homme dont la pensée -est le plus indépendante doit toujours quelque chose de cette pensée à ses prédécesseurs. Il est aussi intéressant que juste de rechercher quelle part revient à chacun.
- C’est un travail de cette nature que vient dé faire M. Vuy à l’égard de Rousseau.
- M. Vuy était des mieux qualifiés pour cette entreprise car il est poète, jurisconsulte et historien. En outre il est Genevois ce qui n’est pas sans utilité pour qui s’occupe de Rousseau.
- Il résulte de cette 'étude que plusiours'dcs principes -si chaudement défendus par Rousseau dans le Contrat botial, entr’autres î’inaliénabilité de la souveraineté populaire, ont été puisés par lui dans une vieille charte genevoise de 138-7, charte par laquelle l’évôque de Genève d’alors, Àdhémar Fabri, conlirmait Les libertés des bourgeois de Genève en 'étendant ces libertés.
- Les documents font défaut pour savoir si le principe en question fut concédé ou seulement confirmé par cette charte. Les historiens genevois no sont pas d’accord là dessus mais cette discussion est sans importance lorsqu’on veut savoir d’où Jean-Jacques pouvait 'tenir ses idées.
- Or les citations de M. Vuy ne laissent aucun doute sur la présence dans la charte de 1387 du principe de I’inaliénabilité de la souveraineté populaire. Ainsi donc môme en admettant, ce qui est pou probable, que ce principe ait été concédé et non confirmé à cette époque, il n’aurait pas été âgé de moins de 4 siècles lors de la parution du Contrat Social. D’autre part il est évidont que Rousseau a eu connaissance delà éhai'te de 1387, car il en cite lui-môme divers paragraphes dans plusieurs de ses Lettres écrites de ta Montagne. C’est encore <là un point parfaitement établi par M. Vuy.
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- LE DEVOIR
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- II est assez piquant de songer qu’en 1?>87 il y avait quelque part sous le soleil uu évêque assez libéral pour confirmer ou concéder par acte solennel des libertés que les évêques d’aujourd’hui combattent par tous les moyens en leur pouvoir, et que le Pape anathématise avec la Plus grande vigueur. Cela ne prouve pas que l'Eglise romaine soit dans la voie du progrès.
- En somme le travail de M. Vuy est des plus intéressants et des plus neufs.Espérons que le même auteur vou* dra bien poursuivre ses recherches et remonter aux origines d’autres idées de Rousseau.
- Quelques unes nous paraissent venir on ligne droite de Fénelon et d’autres du régime ihéocratique protestant que Calvin établit de son vivant à Genève.Il serait curieux devoir où sont'les rapprochements et où les différences.
- ----AA/V------
- Puisque nous parlons de Rousseau et des recherches qui se fout dans sa patrie à l’occasion de son centenaire, nous devons une mention toute particulière aux travaux do M. Ritter. Ce jeune professeur, qui est un linguiste distingué et l’un des collaborateurs du Dictionnaire Littré* a fait récemment à l’Institut Genevois des communications d’une haute importance relativement à Rousseau. Il résulte de ces études que les Üonifessions sont hn livre plus fantaisiste encore qu’on n’osait le supposer. Les récits relatifs à l’enfance et à la première jeuuesse du Philosophe sont en contradiction de la réalité, enfin Rousseau a de beaucoup flatté sa famille. Le pauvre enfant se trouvait dans un milieu grossier et très peu moral, ce qui est une circonstance atténuante pour les fautes de son Age mûr.
- CHRONIQUE SCIENTIFIQUE
- LE CAS DE LOUISE LATEAU
- Le nom de Louise Lateau est à l’ordre du jour. Le tribunal d’Anvers a rendu, il y a peu de j ours, un jugement qui autorise un journal en langue flamande le îlandelsblad reinser l'insertion d’une lettre de M* le Docteur Hubert J-’Oêus de Cliarleroy, lettre constatant la réalité des faits apparence miraculeuse que l’on affirme pouvoir cons-Mer sur la personne de Louise Lateau, la stigmatisée d Bois d’Haine.
- R fcst bon de savoir au juste si Von se trouve èh préface d’une imposture, d’un miracle ou d’uu cas patho-°|fque exceptionnel.
- M. ie Docteur Bourneville, si honorablement connu Pour ses travaux scientifiques, a tenu à éclaircir ce doute. . 01 étudié le cas de Louis Lateau sans parti-pris et eu haut compte des dépositions les plus orthodoxes. f B résulte de cette étude que « la malheureuse jeune .®mme est atteinte d’une maladie gràve que l’ignorance g fanatisme ont empêché de combattre et ont laissé eluer en toute li]3G,rl.é( » peut-être même, ajouterons-e b,s> certaines personnes intéressées à la chose ont été gantées de celte maladie et ont fait plus que de lu laisser A bon entendeur..............
- Cependant cette maladie est affreuse, attaques dé-ct )];Uaqnei3( hémorrhagies à chaque main, à chaque pied ^ Mi côté, extases, contractures sous forme de crueifie-1q bf, abstinence, absence de selles, isehurie et insomnie, utos ces aberrations de l’organisme se trouvent, au
- dire des docteurs orthodoxes, réunies chez la patiente La phase dite du crucifiement inspire vraiment de lacem-compassion; la malade « fait un mouvement brusque, convulsif, les bras se mettent en croix et sont rigides ; les membres inférieurs toujours allongés sont également rigides; les pieds se croisent, le dos du pied droit s’applique sur la plante du pied gauche. Ces mouvements se font avec la rapidité de l’éclair. Ce crucifiement cesse au bout d’une heure et demie. » Puis vient la phase dite de résurrection où l’extase domine et où le visage se transfigure, puis celle de l'agonie. « L’extase se termine par une scène effrayante. Le visage est subitement défiguré, les mains sè disjoignent, les bras tombent le long du corps; la tète s’incline sur la poitrine, les yeux se ferment, le nez s'effile; la face, d’une pâleur extrême, se couvre d’une sueur froide, les mains sont glacées, le pouls est imperceptible; Louise râle. »
- Les biographes mystiques ne mettent pas une seconde en doute qu’il y ait un Dieu assez cruel, assez féroce pour imposer à une pauvre fille un martyre de cette nature dans le seul but d'ëpaler les populations.
- La science qui, elle, ne rabaisse pas Dieu à un rôle aussi déshonorant, a vu là tout autre chose qu’un miracle. Nous ne saurions trop recommander à ce sujet la lecture du travail de M. Bourneville (1).
- On verra que les dépositions orthodoxes sont grandement en contradiction entre elles, mais que même en les prenant au pied de la lettre elles n’offrent rien qui n’ait été déjà constaté chez d’autres malades hystériques,
- La méthode scientifique employée à -l’étude de ce cas par AI. Bourneville est celle employée précédemment pour d’autres cas par MM. CsJmeil, Charcot et Valentiner. Ou sait que ces trois savants, après avoir étudié avec le plus grand soin les maladies que la pratiquede chaque jour leur apporte dans les établissements consacrés aux maladies du système nerveux, en Sont venus à établir un parallèle entre ces faits et les récits plus ou moins légendaires d’autrefois et en ont conclu que l’on retrouverait aujourd’hui, à l’état isolé, des cas tout à fait analogues à ceux qui ont fait naître la croyance aux miracles.
- M. Bourneville avec le eoncours de M. Voulet avait déjà donné l’appréciation scientifique des Miracles de Saint-Louis et de Saint-Médard en les comparant à des cas de contracture hystérique permanente.
- Voici en quels termes il conclut relativement au cas de Louise Lateau ;
- « Si, plus tard, ayant fini, en dépit de tous les avertissements, par conduire Louise Lateau au tombeau,les thaumaturges belges l’inscrivent sur la liste de leurs Saints, ils devront la placer dans la catégorie des Martyrs. Ce ne sera pas, il est vrai, les payens qui auront à se reprocher la mort de la malheureuse histériqüe de Bois d’iiaiue, mais ceux qui ne voulant pas laisser interrompre la chaîne, jus qu’ci continue, des stigmatisés, depuis François d’Assises jusqu’à nos jours, ont choisi Louise Lateau pour victime de leur fanatisme et cherchent à exploiter ses souffrances comme s’il s’agissait là d’une manifestation delà ‘Puissance divine. »
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- — I. Consultations et réponses aux questions posées par les abonnés. — II. Les Caisses d'épargne scolaires et les Conseils municipaux. — III. De la tenue du registre des délibérations. — IV. Devoirs des maires (suite et fin) — V. De la gratuité des fonctions municipales dans les grandes villes.
- — VL Le développement du réseau vicinal; projets du gouvernement.
- — VII. Revue de la jurisprudence.
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- NUMÉRO 10
- Journal hebdomadaire* paraissant lu %)imanchu
- DIMANCHE 12 MAI
- Le Devoir
- POLITIQUE
- LÉGISLATION
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- SOMMAIRE
- Eoctension du Domaine public. — Les Musées en Campagne. — Le Justicialisme. — Le Banquet ouvrier. — La semaine politique. — Vainétés. — A propos de VÉpargne. — Moralité publique. La Fille de mon père. — Correspondance. — Bulletin Bibliographique. — Chronique scientifique.
- Il s’est glissé dans notre dernier numéro, à l’articie Chronique scientifique, une erreur typographique qui dénature le sens de la phrase. La leltre de M. Boëns ne constate pas les faits relatifs à Louise Lateau, au contraire elle les conteste.
- EXTENSION DU DOMAINE PUBLIC
- 11 y a un fait, un fait capital que personne ne saurait nier et sur lequel nous n’insisterons jamais trop; ce fait capital, c’est l’augmentation constante du domaine public.
- On a beau le nier ou feindre de ne pas s’en apercevoir, il est là, frappant, saisissant, évident. Le domaine public s’enricliit chaque jour, 11 est plus grand aujourd'hui qu’il n’était hier, il sera plus grand demain qu’il n’est aujourd’hui.
- Notre siècle, et plus particulièrement les dernières années de notre siècle, ont rendu évidente cette augmentation. Tout, dans les villes comme dans les campagnes , se modilie, s’agrandit, se transfigure et il n’est pas de localité si reculée que cette impulsion ne s'y soit fait sentir. v
- En campagne les maisons, mieux construites et plus vastes, renferment plusieurs ménages au
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- Ileu d’un seul; les étroits sentiers d’autrefois s'élargissent et s’alignent; les chemins privés deviennent des routes ; les passerelles sur les cours d’eau font place à des ponts et les ponts a péage sont affranchis; chaque village se paie le luxe d’une place publique, d’une école, d’une mairie En un mot, dans un coin de la campagne comme dans l’autre, partout on tend à rapprocher, à réunir ce qui était isolé, à faciliter les rapports, à supprimer les entraves, a faire primer l’utilité publique sur l’égoïsme personnel, le domaine de la commune sur le domaine du particulier, l’intérêt de l’ensemble sur les mesquineries de l’individu.
- Dans les villes, la transformation est plus sensible encore. Au lieu de ces affreux boyeaux d’autrefois cheminant en zig zag- entre des maisons hautes et noires, sans air, sans lumière, sacs salubrité, on a des rues droites, larges, claires, aérées, bordées de solides maisons où l'air circule, où la lumière pénètre, où l’on peut vivre en bonne santé. Le soir, les flammes du gaz ou de l’électricité remplacent les tristes lumignons du bon vieux temps. Les voies sont pavées; les égouts emportent au loin tout ce qui serait de nature à salir et l’eau pure abonde pour tous les soins de propreté. Les remparts, ces témoins d’un autre âge, tombent sous la pioche des démolisseurs et dans le plus grand nombre des villes leur ceinture sombre et malsaine a fait place à de larges boulevards, à de vastes places neuves ou à des promenades publiques ayant des ombrages, des fleurs et des fontaines jaillissantes. Des monuments publics ont surgi de toutes parts; des musées abritent les collections de la commune ou de l’État, de brillants hôtels de ville reçoivent les administrations, de vastes écoles offrent des salles plus saines à des élèves plus nombreux et des hôpitaux bien tenus essaient de ravir à la mort les malades qu’autrafois on lui disputait fort peu.
- Ainsi, dans les villes, comme tout à l’heure dans les campagnes, et plus encore que dans celles-ci, l’utilité publique a été comprise et pratiquée. On n’a pas craint d’exproprier en sa
- faveur et de sacrifier l’étroitesse des vues à la largeur des horizons.
- Et tout le monde, dans la ville comme dans la campagne, se félicite de ces changements, bénéi ficie de ces améliorations et souhaite de tout son cœur de les voir se continuer dans le même sens et sur un pied plus large encore.
- Cette unanimité prouve bien quelque chose.
- Élle prouve que chacun a un sentiment plus . net des avantages de la mutualité ; elle prouve .r aussi que chacun a trouvé son intérêt personnel dans un plus libre essor de l’intérêt collectif. >
- Nous l’avons déjà dit, mais nous ne saurions ! trop le répéter, les intérêts sont solidaires. Le progrès dont nous venons de signaler quelques ", aspects en est l’évidente démonstration. La so-ciété est emportée dans un mouvement qui fait if prédominer l'individuel par le collectif, parce j que c’est dans le collectif que l’individuel trouve ‘ ;| le mieux son compte.
- D’une part, l’isolement diminue ; général au- ,d trefois, il est devenu fort rare aujourd’ui ; il sera impossible demain : la race des anachorètes est | perdue. D’autre part, les associations sî rares,. si timides, si misérables, dans le bon vieux temps, * se multiplient, s’enhardissent et prospèrent." j Quelque temps encore comme cela et elles de- ( viendront une puissance. Le règne de l'indivi-dualité est à son couchant, celui de la collecti-vité à son aurore. Aveugle qui ne le verrait pas, i téméraire qui voudrait s’y opposer. *
- Ed, Champury.
- LES MUSÉES EN CAMPAGNE
- II
- LES MUSÉES CANTONAUX
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- Nous avons dit que l’idée d’organiser un musée ^ par chef-lieu de canton revenait à M. Oroult, docteur ^ en droit à Lisieux, et que plusieurs créations de cette nature, dues à son initiative personnelle fonction- , naient déjà.
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- M. Groult a jugé que les chefs-lieux de canton sont des localités assez centrales et assez importantes pour qu’il soit possible d y installer des musées cantonaux; Il se trouve en effet dans chacune d’elles de personnes Instruites pour former uii groupe Sympathique â l'oeuvre. Le succès de l'expérience tentée en vingt endroits a prouvé qu’il en était bien ainsi,
- M. Groult y voit uii autre avantage.
- Les chefs-lieux de canton ne sont jamais très-éloi-imês des autres localités dépendant du même canton. ^ ôtt résulte que les instituteurs des petites conimù-1108 pourraient organiser, pour se rendre au musée Atonal - des promenades scolaires dans le genre de c«lles qui se font en Belgique depuis 1872. Ces excur-0i°as à la fois instructives et hygiéniques permettent enfants de prendre un salutaire exercice gym-^stlque et de recevoir de l’instituteur le long du chemin quelques leçons pratiques d’histoire natu-rfeHe ou de météorologie. Cet enseignement venant en hjüs des démonstrations faites au musée rendraient importants services, à la condition toutefois que les JPhséeg soient bien organisés comme ils doivent
- rette.
- ^°ici de quelle manière sont distribués goux que ^ Groult a institués personnellement*
- Les Musées cantonaux, dit-il, comprennent généraient quatre sections : une section artistique, îifi se°tion agricole et industrielle, une section scien-su eh une section historique, que nous allons CC0ssivement passer en revue.
- coria^ECTION autiStiquæ est la moins importante : on qu’avant de songer aux nobles jouissances de ijjit et de l’imagination, il convient de s’occuper Wi*msoins journaliers de la vie. Cette section reçoit (IgJ^hleaux, statues ou objets d’art anciens ou rno-&<ïe ’ ^ranÇais ou étrangers à l’exécution desquels Uïm pensée impure n’a présidé.
- t(wa Section agricole et industrielle comprend j °hjet se rattachant à l’agriculture et à l'industrie ou ,? iocaLté. On y trouve des gravures-programmes, Vs ? m?dèles réduits de toutes les machines et de Caîitn *nstruments pouvant être utilisés dans le i W* On y voit figurer des spécimens de graines, Ou de racines, de produits manufacturés. — *roave les objets les plus simples, depuis les OUGg servant à l’entretien de nos routes, les bri-Qqjg employées â la Construction de nos maisons, le îorJ"* ho» forêts, jusqu'à des échantillons du pain notre nourriture de chaque jour. Tous les y s&fTi;s et toutes les professions manuelles du canton niïreprésentés.
- ^ Motion scientifique intéresse surtout les ama-
- fO^vures-programmes et ces modèles réduits sont générale-ïlï°Q5iern 6s f*8f hM. h» inventeurs etmatchattdi de machines qui 1 une excellente réclame.
- teurs de physique, de chimie, de mécanique, de géologie, d’histoire naturelle. On y remarque quelques-uns des instruments de plus en plus en usage dans les laboratoires de physique et de chimie; des gravures ou tableaux représentant les grands aspects de la nature (aurores boréales, volcans, etc.) avec des notices explicatives, des spécimens géologiques des principaux terrains du canton avec l'Indication exacte de la localité dans laquelle ils se trouvent, de leur composition physique et chimique, du mode de culture qui leur convient selon l’altitude et l’orientation du lieu, enfin les fossiles qui les caractérisent. On y voit des cartes géographiques, géologiques, agricoles, industrielles, etc.; — des insectes utiles et nuisibles, de petits quadrupèdes empaillés, des reptiles, des poissons, des mollusques, des oiseaux propres â la localité avec une notice indiquant leurs mœurs, les avantages ou les dangers de chacun d’eux : — enfin quelques collections botaniques où les propriétés médicales des plantes sont indiquées avec les moyens de les propager ou de les détruire.
- La Section historique contient des gravures, des photographies représentant les principaux monuments du canton. Une notice sur chacun d’eux indique l’époque approximative de sa fondation, de sa destruction, le style dans lequel il a été construit, son usage et les principaux événements dont il a été le théâtre. On y trouve aussi des notices biographiques sur les hommes marquants, dont il est bon de rappeler les nobles exemples, enfin la liste des cultivateurs et négociants récompensés dans les concours. — Chaque musée contient ainsi son livre d’or et son tableau d’honneur.
- On comprendra aisément que de semblables institutions aient pour résultat :
- De développer l’esprit d’observation chez les enfants par les habitudes d’examen appliqués à tous les objets usuels;
- De favoriser leurs vocations pour telle où telle profession, que la vue seule d'un objet suffira quelquefois à faire naître ;
- D’augmenter les richesses scientifiques dans notre pays par le nombre, de plus en plus considérable, des personnes qui s’intéressent aux choses do l’esprit;
- D’accroître enfin les richesses matérielles de chaque région par la Vulgarisation des meilleures machines agricoles et industrielles, par l’indication des meilleures procédés de culture et des meilleures races d’animaux à propager dans le canton, enfin par le développement d’une légitime émulation entre les cultivateurs et les industriels qui seront fiers de voir leurs produits représentés au musée cantonal et leurs noms inscrits sur le tableau d’honneur.
- Les musées cantonaux ont en outre l’avantage, par leur côté historique, de nous rappeler le souvenir de nos ancêtres ; de nous rendre moins prompts à nous laisser entraîner dans les funestes erreurs où quelques-uns d’entre eux ont sombré; de nous remplir enfin les uns et les autres de ces doux sentiments de fraternelle concorde, plus indispensables que jamais au relèvement du pays.
- Ces avantgcs sont surtout sensibles dans les campagnes, où le goût de la lecture est malheureusement si peu répandu que dans nombre de cantons de généreux citoyens ont créé des bibliothèques populaires dans lesquelles, malgré leurs efforts et le choix
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- excellent des volumes, il leur a été impossible d’attirer des lecteurs.
- Mais si beaucoup de villageois reculent devant la lecture d’un volume si mince qu’il soit, ils n’en éprouvent pas moins ce besoin de savoir, que l’on peut considérer comme un des traits caractéristiques de notre époque. Ce besoin les conduit au musée, dont MM. les Directeurs se font un plaisir de leur expliquer tous les détails,
- Les Musées Cantonaux contiennent le germe d’autres progrès. Iis auront pour complément des bibliothèques, des laboratoires de physique et de chimie et des stations météorologiques, déjà créés ou en voie de formation dans un grand nombre de localités.
- La constitution de ces musées rencontre moins de difficultés que l’on ne pense. Il se trouve un peu partout des hommes de bonne volonté qui prêtent soit le concours de leur bourse, soit celui de leurs lumières.
- Petit à petit ces collections augmentent d’importance et les services qu’elles rendent deviennent plus sensibles.
- Le grand avantage des collections c'est que ce sont des dépenses qui peuvent se faire à petites doses et qui s’appliquent à des objets qui restent.
- Il est assez de mode dans les petites villes de faire des frais pour des fêtes ou de subventionner des sociétés chorales ou instrumentales pour leur permettre de se rendre à des concours.
- Ce sont là des dépenses qui peuvent être utiles mais qui n’en constituent pas moins des pertes sèches.
- Il n’en est pas ainsi des dépenses faites pour les musées. Ces dépenses ont leur équivalent dans les objets des collections.
- Supposons par exemple qu’un musée cantonal ne reçoive par an que 300 francs de subvention des communes. C’est peu et cependant au bout de 10 ans il a déjà des collections valant 3,000 francs , au bout de 50 ans ses richesses s’élèvent déjà à 150,000 fr.
- En outre l’expérience prouve qu’une fois des collections lancées il ne manque jamais de personnes pour leur faire des dons ou des legs.
- Il s’est trouvé en plusieurs endroits des personnes assez généreuses et assez éclairées pour fonder à elles seules desmusées semblables, il est donc certain que les mêmes personnes porteraient un intérêt très vif à la fondation par efforts collectifs de musées cantonaux.
- Nous avons parlé du musée que M. Trépagne, maire de Forges-les-Bains, a institué personnellement à Limours (Seine-et-Oise). L’organisation de ce musée mérite d’être rapprochée de celle des musées cantonaux de M. Groult, car elle en diffère passablement tant comme but que comme classification.
- Voici, d’après la Revue des Idées nouvelles quels objets le musée de Limours comprend :
- 1® Une collection de livres et de journaux traitant des matières agricoles et horticoles.
- 2° Des gravures ou modèles réduits, représentai les intrument utilisés dans la contrée, des collection8 de plantes, graines, minéraux, des types de eonstm0' tion rurale.
- 3° Des cartes géographiques intéressant la Franc0 agricole, le département, 1 arrondissement, le canton (celle-ci en relief), les diverses communes du cantof avec indication des principales cultures, des priai' pales exploitations du pays, etc., etc. ,
- 4® Des documents relatifs à l’histoire du canton i à celle de chaque localité avec statistique, et biographies des grands hommes qui se sont consa' crés aux progrès de l’agriculture, ou des boni®08 simplement utiles qui ont rendu des services au ca® ton, etc., etc.
- 5° Des spécimens des divers sols du canton et àf sous-sols, avec l'indication de leur composition cb1'1 mique. Des collections d’oiseaux et d'insectes utd08 ou nuisibles, avec les indications voulues, et d08 herbiers contenant les plantes à propager ou à d0' truire dans la contrée, etc.
- 0° Des échantillons des médicaments, végétaux011 minéraux, propres à soigner les hommes et les tiaux, et des instruments de chirurgie et de inaf0' chalerie vétérinaire, etc., etc.
- L’idée de pareils musées dit M. de la Clouère, df être tellement bien accueillie de tous les gens sens®?' que nous nous demandons comment il se fait qu’ap1^ être venue à quelques personnes sur divers poi^1 de la France, elle ne soit point déjà partout en de réalisation. Il ne faudrait, dans chaque cantj^ qu’un homme de bonne volonté, pour entreprend8 la fondation d’un de ces musées et y réussir,
- (A suivre). Eu, ChampurY-
- +-*-+
- LE JUSTICIALISME
- APPARITION DE l/lDÉE JUSTICIÈRE DANS LES FAITSSO®A
- II*
- 0
- i
- Avant l’époque de la Renaissance, on peut étudier chez les peuples du moyen-âge des faits $ nomiques, mais, nulle part on ne voit surgir, ce long temps, un seul ouvrage s’occupant de sociale. Celle-ci ne commence à faire son appaU*'10 qu’à la suite de la découverte du nouveau-mond0. Le premier résultat de l’invasion des chrétien® Amérique fut le rétablissement de Vesclavad6 ^ avait causé la ruine des sociétés antiques. Il exploiter les mines des contrées nouvellement0, couvertes. On y employa les indigènes qui traités avec une férocité dont les payens ne ào^ rent jamais d’exemple. Ces malheureux ayant combé à la tâche, on y employa les nègres -, trafic honteux fut autorisé par les papes. Ni CbaI^., Quint, ni Philippe II, ne comprirent ce que cett#e
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- Ploitatîon exclusive des mines, au détriment de Ta-Snculture et de l’industrie, pourrait avoir de désas-treux pour leur empire, que ce manque absolu de c°nceptions économiques devait bientôt faire crouler. k01, affluant partout diminua de valeur pendant que k Pï’ix des propriétés et des vivres devenait exorbi-^nt- L'industrie fut en grande partie ruinée. Les terres religieuses et le dévergondage des moeurs âes rois et des grands, dont les excès surpassèrent Ceux des plus vils empereurs romains et de leurs Artisans, portèrent les désordres à leur comble, d’tout la dette publique s’accrut dans des propor-*ions effrayantes.
- misères provoquèrent de nombreux écrits que Plièrent des hommes d’intelligence et de cœur. Les Italiens^ dont ces fléaux détruisèrent les florissantes ^Publiques, entrèrent les premiers dans l’arène. Ils Sl8nalèrent les troubles causés dans les relations c°mmerciales par la dépréciation monétaire, la fabrication de la fausse monnaie et lés iniquités des 8°uverains et des peuples. La question de la juste ^Partition des impôts fut nettement posée pour * Première fois. Larruffl conçut le premier l’idée Utl système monétaire ,unique pour toute l’Eu~ -^Pé, idée qui est encore loin d’être réalisée aujour-kui.tant il faut de temps pour fonder les meilleures Cll°ses 1 An'onioserra signala la puissance produc-Ve de l’industrie qui devait encore être ^combattue deux siècles plus tard.
- ru. ,
- ^ est en ce moment, que la Hollande, victorieuse de dlippe II, héritière de la prodigieuse industrie ' maîtresse des colonies, pratiquant le système u Übre-échange universel avant que le mot ne fût ^énté, inonda l’Europe de ses produits et se plaça Uti Seal bond à la tête de l'occident industriel et jeûner ci al, recueillant tout le commerce des villes ^séatiques, ruinées par les misérables guerres de ^igion.
- ^ux peuples seuls luttaient encore contre cette %°ïqUe petite nation dont le tonnage s’élevait à 4 ter^ bormeaux Par année : la France et l’Angle-rô- Us crurent garantir leurs relations en créant tre la Hollande le système protectionniste, qui de-j,. 1 favoriser l’industrie nationale au détriment de lridustrie étrangère, en prohibant, à la sortie, les j, ^res premières nécessaires à ces dernières ; à jf^trée, ies produits manufacturés à l’étranger, la do ce système devait ^consister en ce que
- c i^0tn,ne des produits vendus au dehors surpassât ^ e des achats. Mais, dès que les autres peuples v^t 1Ssale°t le même système chez eux, U ne pou-Suère en résulter qu’une ruine générale. C'est
- <lui arriva.
- En moins d’un demi-siècle, l’Angleterre fut totalement dévorée parla lèpre du paupérisme. La création d’une industrie nationale unie à l’instruction, eût seule pu apporter un remède à cette plaie. On préféra recourir à l'émasculation, aux emprisonne-ments, et aux fameux acte de navigation qui n’était que l’établissement du système protectionniste. Ce système eut pour résultat une immense diminution du commerce de l'Angleterre avec toutes les autres nations européennes et, sans les débouchés qu’elle trouvait dans ses colonies, ce pays eût fatalement abouti à la banqueroute générale,
- En France, les pauvres ne pullulèrent pas moins et la dette publique devint énorme. Colbert crut pouvoir y remédier parla charité, le système protectionniste et l’établissement de colonies. La guerre acharnée, implacable, que ces mesures firent éclater entre la France et la Hollande s'étendit à toute l’Europe. Partout la dette publique devint effroyable. Pour la France seule, elle s’éleva àtrois millardsce qui représente quinze de nos millards actuels. Le pays parut devoir en périr. La théorie des lois protectionnistes avait mis partout l'industrie aux prises avec la force, opprimant la première, corrompant la seconde, dégradant la morale politique, avilissant la morale sociale, dévorant l’espèce humaine. Un système colo-. niai ruineux, un esclavage criminel, des guerres internationales horribles, une opulence excessive chez les uns, une misère hideuse, effroyable, chez les autres, la haine des classes s’exécrant les unes les autres ; la multiplication du vice et des crimes dans des proportions effrayantes, tels furent les résultats de ces iniquités sociales.
- Alors apparurent Voltaire, Rousseau, Diderot qui firent retentir ce cri : justice! comme celui du clairon du dernier jour du monde :
- Et l’ancien monde s’effondra dans la révolution.
- Thil-Lorrain.
- LE BANQUET OUVRIER
- M. E, About demande, dans le J/Z® Siècle y si la magnifique fête à laquelle nous venons d’assister ne devrait pas être couronnée par un banquet auquel viendraient s’asseoir tous les ouvriers qui ont fait surgir du Champ de Mars et du Trocadéro les merveilles que nous admirons. Ne serez-vous pas heureux, dit-il aux bourgeois français, de trinquer avec ces braves gens dont les rudes mains ont élevé ces monuments, que nous serons fiers de montrer au monde entier? N’estimez-vous pas que nous devrons encore quelque chose à tous ces travailleurs français, quand nous leur aurons payé leur salaire? Ce quelque chose, qui a plus de prix qu’une pièce d’or, on le leur offrirait dans un fraternel banquet, qui serait
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- comme une fédération nouvelle. On célébrerait celle fête soit dans un vaste édifice comme le palais de l’Industrie, soit en x>lcin air, au Lois de Boulogne, eu sur la place de la Concorde et l’avenue dos Champs-Elysées, ou encore dans le bois de Vincenues. Le XIXe Siècle invite ses confrères de la presse à dire ce qu’ils pensent cle son projet.
- Ce'projet, dit le Siècle, ne peut soulever d’objections qu'au point de vue de l’exécution. L’idée en elle-même est grande et généreuse ; elle s’inspiro aux plus pures sources du patriotisme. On aime la France quand on cherche à rapprocher tous ses enfants et à ellacer dans ce contact fraternel les haines et les préjugés soigneusement entretenus par les gouvernements monarchiques. Le moment est admirablement choisi pour exécuter cette grande pensée. La République sort triomphante d’une lutte marquée par de tragiques vicissitudes ; la France n’a joui sous aucun régime d’un calme plus complet. Si l’exposition nous a conduit à une fédération, cette année sera bien véritablement le point de départ d’une ère nouvelle.
- Nous irons plus loin que ces deux journaux.
- Nous demanderons que non-seulement un banquet les réunisse, mais qu’ils jouissent durant toute la durée de l’Exposition d’une entrée gratuite.
- Personne autant que les constructeurs des bâtiments n’a droit à connaître les objets préservés par le travail de leurs mains. Que serait l’Exposition sans les maçons, les vitriers, les couvreurs, etc. Les architectes et entrepreneurs des travaux ont une entrée libre, il est juste que leurs ouvriers en aient une aussi.
- Si même l’Exposition devait solder comme celle do Londres par un bénéfice, il serait juste d’utiliser ce bénéfice à l’amélioration du sort do ces mêmes ouvriers.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- I
- INTÉRIEUR
- Ce n'est guère dans un recueil hebdomadaire qu’il peut convonir do s’étendre longuement sur un évène--ment vieux déjà de plus do huit jours, alors surtout que la presse quotidienne on a minutieusement rapporté les détails les plus circonstanciés.
- Pourtant, l’inauguration officielle de l’Exposition uni vcrsolle, et plus encore peut-être la fête toute spontanée organisée par la population parisienne dans la soirée du l^'Mai, cl dont ceux là seuls peuvent comprendre l’incomparable éclat et l’imposante signification, qui en ont été spectateurs, marque d’un trait trop caractéristique une des phases nouvelles de notre hisLoire contemporaine, pour qu’il n’en soit pas dit un mot dans cette revue.
- Et commo on est souvent mauvais juge dans sa propre cause, ce sont principalement les commentaires des journaux étrangers que nous tenons à résumer ici.
- Sur le succès môme de l’Exposition, sur l’admirable organisation qui en fait l’œuvre la plus grandiose, la plus complète, la plus réussie, la plus attrayante parmi celles de même nature qui ont été entreprises jusqu’à ce jour dans l’ancien comme dans le nouveau monde, il n’y a qu’une voix. Mais cette simple constatation d’un fait matériel dont l’évidence saute à tous Jes yeux nous toucherait peu, si nous ne retrouvions la même unanimité quand îl s’agit d’en apprécier les conséquences et
- d’en mesurer la portée. Or, c’est sept ans seulement après avoir été amoindrie, déchirée par la plus désastreuse des guerres étrangères et la plus épouvantable des guerres civiles, que la France donne au monde le merveilleux spectable de son inépuisable fécond!^-Est-ce un empereur disposant en maître absolu do nos fortunes et de nos volontés, est-ce uno monarchie empruntant à l’antiquité de ses traditions, Ia force indomptable propre à surmonter tous les obstacles qui a accompli ces prodiges| Non, c’est la France travailleuse qui a demandé à son génie seul le secret de ce prompt relèvement, c’est la démocratie républicaine qui, après avoir triomphé de ses adversaires sans socousses, sans violence, gàcc à sa persévérante énergie, a affiné ce que peut un peuple qui sait et veut devenir le de ses destinées. C’est en un mot le drapeau de la , publique qui seul a protégé ce prestigieux enfantement \ et qui seul flotte fièrement au-dessus des édifices su‘ perbes où les princes de toutes les nations se à la fois heureuxet touchésdel’hospitalité que la Fraace leur donne.
- Ainsi donc, régénération de la Franco par olle-mônM démonstration pratique de l’inutilité dos monarchie6, témoignage irrécusable des ressources et de la vital^ delà démocratie républicaine, protestation pacifique^ milieu des bruits de guerre qui troublent l’Europe : tell® a bien été la signification de la fête du lor Mai.
- Tous les peuples, tous los gouvernements se sont a®' cordés à lui donner ce sens, et nous ont loyalement, nç; blement prodigué les marques do leur sympathie etd® leur admiration. Nous avons le droit d’en être fiers 01 pour notre pays et pour la République.
- C’est dans la même ordre d’idées que nous devons 011 registrer avec plaisir l’étude d’une organisation propr® à faciliter le développement de nos chemins vicinaux0 la prochaine ouverture d’un congrès postal qui aboU^*\ nécessairement à uno nouvelle réduction des auc*0,\ tarifs. Facilité des moyens d’échange et de commun^ tion, libre circulation de tout ce qui est le produit
- l’activité humaine soit dans le domaine purent
- commercial, soit dans le champ de la pensée
- intelU'
- est le but que doit poursuivre upe démocratie gentc et laborieuse, car ses bienfaits se résument cl ’ | deux mots : Paix et Liberté.
- Los voilà revenus les 363! grâce aux élections c<]1 j pléinenlaires du 6 Mai, le chiffre fatidique est atteint-démontre suffisamment à ceux qui avaient besoin cette cxpérieuco nouvelle combien le pays rendu âl11 mémo reste fidèle à scs choix réfléchis, et demeure ^ g branlable dans ses couvictiems. Et connue QU peuts^. . témérité prédire que d’autres élections républicaines^ cessitées parles invalidations qui restent encore à Pr^; noncer viendront renforcer les rangs de la gauche, R0 hors do doute aujourd’hui que devant l’irrésistible PüIj,g sauce du courant d’opiuion qui emporte la France V0 j des destinées meilleures il n’est ni préjugés, ni rance® ni convoitises qui ne doivent s’incliner sous peine d’^ impitoyablement brisés. A. üàllue.
- II
- Travaux lia» Chambres
- La rentrée des Chambres a passé à peu près inape1’!^ J on raison même de sa date. Elle tombait eu effet j jours avant l’ouverture do l’Exposition.
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- Les travaux législatifs so sont un pou ressentis do ce voisinage et plusieurs fois les Chambres, l’une aussi bien que l’autre, ont dû ajourner des votes, faute de se trouver eu nombre voulu.
- Le Sénat a voté une série de crédits additionnels supplémentaires et extraordinaires demandés par plusieurs ministères. Il a adopté ensuite on première délibération le projet de loi sur l’Etat-Major dont M. le général républicain Billot est aujourd’hui le rapporteur. Cette adoption a eu lieu sans trop de difficultés; ajoutons toutefois que des réserves ont été faites sur des points 'spéciaux par plusieurs sénateurs et parle ministre de la guerre, qui se proposent de mettre au jour leurs observations quand le projet viendra en second débat. Nous n’en avons donc pas encore fini avec ce projet qui traîne depuis 7 ans.
- La Chambre des députés a consacré presque tout son temps à l'examen des élections vicieuses. Il nous semble que le Président de la Chambre agirait sagement en empêchant les députés mis en cause de sortir de la question comme ils le fout surabondamment. Cela aurait empêché les bonapartistes de s’abaisser une fois de plus à des scènes aussi grotesques que déplacées.
- Le projet do loi relatif aux pensions de retraite des officiers a été adopté à FunanimiLé.
- Mentionnons encore le dépôt par M. Laroche-Joubert d’un projet de loi exonérant les chefs de famille du service militaire en raison du nombre de leurs enfants. 2 enfants dispenseraient le père du servico actif, 3 dispenseraient de la réserve de l’armée active et 4 du service de l’armée territoriale. M. Laroche-Joubert pense favoriser ainsi le mariage ot le repeuplement. Le but est bon, mais le remède serait-il efficace. Il faut plus que cela pour repeupler la France.
- III
- Extérieur
- Que dirons-nous do l’extérieur ? Peu de chose car ce que nous pourrions en dire aujourd’hui court le danger d’être démenti domain.
- Par une coïncidence qui peut sembler étrange, mais qui n’est pas nouvelle dans le monde diplomatique, la faculté do Saint-Pétersbourg ot la faculté de Berlin ont, chacune de leur côté, condamné au repos les doux chanceliers. L’un souffre de la goutte et l’autre do Vher-Pès-zona. Pendant ce temps l’Europe, qui est un malade ffigne de quelques égards, souffre d’un mal d’une autre uature : l’appréhension. C’est une sorte do paralysie Morale qui mérite autant d’intérêt que riierpès-zona ou que la goutte.
- L’Angleterre ne se laisse pas endormir par ces mala-uies opportunes et continue ses préparatifs avec un redoublement d’activité,
- Toutefois il est encore permis d’espérer que grâce à la goutte et grâce à Therpês-zona la diplomatie aura le fompa de s’entendre et d’éviter les irrémédiables malheurs d’une guerre entre l’Angleterre et la Russie.
- Los populations do l’Oriont attendent toujours une solution car si l’insurrection des Albanais a été étouffée dans le sang par los Turcs, l’insurrection des Turcs de ^oumélie contre les Russes de l’occtlpation paraît devoir Prendre une certaine importance. E. C.
- VARIÉTÉS
- La Guerre
- La population entière du globe est de 1,200 millions d’habitants. Il naît un enfant par seconde ; sur 43 garçons, la mère Humanité choisit le plus fort qui ne mourra pas en bas âge et parviendra vigoureux jusqu’à la plénitude de sa vie. Elle en marque de la sorte 400 000 par an, lesquels, lorsqu’ils sont arrivés vers la trentaine, se trouvent armés en guerre et se massacrent les uns les autres jusqu’au dernier, et cela perpétuellement, depuis qu’il y a des êtres raisonnables sur ce globe tournant, aussi bien qu’aux temps antédiluviens du rude ‘rhinocéros tychorrhinus et du ptérodactyle cassirostris...
- .. .J’ai fait le calcul de toutes les guerres,'peuple par peuple et siècle par siècle, eh consultant les documents statistiques officiels, pour notre époque et pour les temps modernes, et les histoires les plus accréditées, pour les temps anciens. Le premier résultat de cet examen est que, depuis les origines de l’histoire (guerre de Troie) jusqu’à ce moment il n'y a pas encore eu une seule année sans guerre à la surface de la torre. Le second résultat de ce calcul a été que les nations de notre histoire asiatico-européenne s’entretuent régulièrement dix-huit millions d’hommes par siècle, tantôt un peu plus, tantôt un peu moins ; mais cela revient toujours à peu près au même chiffre...
- .. .Les nations de l’extrême Orient (empire chinois et voisins) versent en même temps à peu près la même quantité de sang. Dans le reste du globe, il n’y a guère que quatre ou cinq millions d’hommes assommés dans le môme espace de temps. Au total, c’est un mininum de quarante millions d’hommes, âgés de trente ans en moyenne,que l’humanité détruit par siècle dans ses incessantes guerres politiques, religieuses et internationales.
- .. .Si ces ûO millions d’hommes que l’on tue par siècle étaient ensevelis dans des cercueils, (ils n’ont pas eu cet avantage), ces cercueils, placés l’un à côté de l’autre, à un pied seulement de distance, et sur la ligne de l’Est à l’Ouest, feraient juste le tour du globe. L’équateur serait ainsi marqué par un cercle de cercueils ceignant la sphère terrestre du bandeau qui lui convient. La terre continuerait de courir, comme elle le fait dans l’espace, faisant ses 680,000 lieues par jour, et montrant aux autres mondes le trophée bien aligné de ses prouesses belliqueuses. __________ (Magasin pittoresque).
- Nègres et Blancs
- On ne récolte que ce que l’on a semé, dit le proverbe :
- Yoici des faits qui lui donnent raison.
- Le Comité belge de V Association internationale africaine, a entendu il y a"pou de jours un discours excellent de M. Houzeau « sur la manière de traiter avec la race nègre »
- M. Houzeau, directeur de l’observatoire de Bruxelles qui, pendant treize aimées, a été en Amérique en rapport avec les populations noires, a démontré que les nègres ont conscience dos lois humaines, de l’égaillé et de l’é -quité. Il a rappelé leur patience, leur douceur pendant la guerre de sécession dont dépendait leur liberté future. Le nègre, a dit M. Houzeau, veut être traité en homme. Quaud on agit ainsi avec lui, il montre un dévouement absolu. L’orateur n’a jamais eu qu’à se louer des nègres dont il a utilisé les services.
- M. Houzeau, en quittant les Antilles, y a laissé une plantation à l’exploitation de laquelle 11 avait associé ses nègres. Cette plantation est aujourd’hui gérée par ces mêmes « sauvages », qui, chaque année, rendent à M. Houzeau un compte exact ot fidèle do leur gestion !
- Détail à noter : avant M. Houzeau, cette plantation était exploitée par un colon anglais dont les nègres — les mômes nègres — avaiont à diverses reprises ravagé les récoltes ci empoisonné les enfants ! Ces faits étaient connus do M. Houzeau; mais il ne craignit pas cependant de succéder au planteur anglais, — parce que — comme I il Ta dit avec une pointe d’humeur •— il connaissait la I façon dont « cet Anglais » traitait les nègres.
- I “ (Chronique}
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- LE DEVOIR
- Les Japonais inventeurs
- Deux Japonais, résidant à Berlin, viennent de se distinguer par des inventions importantes. M. Mazoumitzou, qui a le grade de premier lieulenant dans l’armée prussienne, a trouvé une simplification remarquable du mécanisme du fusil Mauser. L’autre japonais, M. Diro Kitao, qui vient de subir ses examens pour l’obtention du diplôme de docteur, a inventé et construit, sous le nom de « leucoscope, » un appareil optique qui enregistre, d’après les lois rigoureuses de mathématiques, les variations de la perception de la lumière et des couleurs par l’œil humain.
- Une Lnlolue bombardée
- Le New-York-Heraîd raconte qu’une énorme baleine a été bombarbée le mois dernier au large des côtes de la Garolone du Nord, Un premier obus lancé d’un vaisseau de guerre des États-Unis atteignit le cétacé au flanc et et le rendit furieux. On le vit plonger, reparaître à la surface de l’eau et frapper de sa queue l’avant du navire. Le capitaine donna l’ordre de lui envoyer un deuxième obus, puis un troisième qui traversa le cœur. Le sang jaillit à plus de dix pieds de hauteur. Cette baleine, qui a été dépecée ensuite par ^'équipage, mesurait 42 pieds de long.
- A PROPOS DE L’ÉPARGNE
- L’article que nous avons publié récemment sous ce titre (1) nous a valu plusieurs lettres qui nous présentent une même observation. Voici celle de ces lettres qui résument le plus clairement la pensée de nos honorables contradicteurs.
- Bruxelles, le 24 Avril 1878.
- Monsieur,
- Je lis dans le numéro du 14 avril et dans l’article « a. propos dr D’Epargne, » que « le devoir de VEtat est de rechercher et de favoriser tout ce qui tendra à diminuer l'écart entre l'intérêt payé aux petites économies et celui servi aux gros capitaux »
- Cette idée tourne dans un cercle vicieux, comme vous le verrez ci dessous.
- Je ferai cette question :
- < D’où l’Etat tire-t-il l’intérêt accordé aux déposants à la Caisse d’Epargne ? »
- Je dirai que le montant de cette rente ne tombe pas plus du ciel que l’intérêt exigé par les gros capitalistes dont vous parlez. Et puisque cette rente ne tombe pas du ciel, je ne vois pas que l’état ait d’autre moyen de se la procurer qu’en la prenant au public par l’impôt.
- Mais qui paie l’impôt ? En regardant attentivement on voit qu’il n’y a qu’une classe de la société qui paie véritablement l’impôt : Elle est composée de tous ceux qui ne possèdent pas assez pour vivre uniquement du revenu de leur capital, c’est-à-dire qu’elle est composée de ces mêmes travailleurs à à qui l’on prêche le placement à la Caisse d’Epargne.
- D’ou il suit qu’en définitive, ce sont ces mêmes travailleurs qui se paient les intérêts de l’argent qu’ils déposent.
- Quel avantage ont-ils donc en plaçant leur argent? Aucun ce n est pas que je les plaigne ; bien loin de là (étant opposé à l’intérêt des capitaux), mais il serait avantageux, pour eux, de savoir qu’ils sont la dupe des apparences, et que le 3 0/0 de la Caisse
- (1) Voir notre n« 6, page» 86 et 87,
- d Epargne n’est pas autre chose que leur argent qui serait resté dans leur poche s’ils n’avaient pas mis à la Caisse d’Epargne, car ils ont obligé l’Etat à leur prendre ce 3 0/0 par l impôt, pour le leur distribuer ensuite.
- Quel que soit l’intérêt attribué à leurs dépôts, il n’en seront jamais plus avancés; puisque toujours ce sont eux qui alimentent, par l'impôt, le revenu public, et c’est les bercer d'une espérance irréalisable que de leur laisser croire que leur condition puisse s’améliorer par cette voie-là.
- Voilà le point que je me proposais de redresser.
- Agréez, Monsieur mes sincères salutations.
- Claudel, Professeur,
- 5, rue Traversière.
- Au premier abord on peut croire que M. Claudel a raison; en logique U a tort, et voici pourquoi.
- L’Etat sert à ses prêteurs deux sortes d’intérêts différents :
- L’un qui n’a jamais varié que de 3 à 3 1/2 0/0 ; c’est celui des Caisses d’Epargne,
- L’autre qui est du 6 0/0; c’est celui des Rentes sur l’Etat et des Bons du Trésor. (Le 3 0/0, le 4 1/2 0/0 et le 5 0/0 sont en réalités du 6 0/0 puisqu’ils sont émis au-dessous du pair, au taux voulu pour que le coupon rapporte le 6 0/0 du prix d’émission).
- II est donc bien évident que l’Etat sert aux uns le double ou à peu près de ce qu’il sert aux autres. Or, s’il trouve son compte à servir aux uns du 6 0/0, il trouverait encore son compte à servir aux autres le même taux.
- Mais, dit-on, cette somme que l’État doit servir en intérêt à ses prêteurs, l’Etat doit la trouver quelque part; elle ne peut lui tomber du ciel ; elle est tout simplement fournie par l’impôt. Or, l’impôt qui le paie ? Tout le monde. Donc pour payer 6 0/0 au lieu de 3 0/0 aux dépositaires de la Caisse d’Epargne, il faut demander comme impôt à ces mêmes dépositaires la somme nécessaire pour leur payer 3 0/0 de plus.
- Voilà où est l’erreur.
- Et d’abord il n’est pas juste de dire que tout le monde paie l’impôt. M. Claudel l’avoue lui-même. L'impôt est payé avant tout par l’industriel et par le commerçant; le capitaliste sans profession qui sait un peu s’arranger ne paie rien ou presque rien.
- Mais admettant, co qui est loin d'être vrai, que tout le monde paie l’impôt dans la juste proportion de ses ressources ; Il est encore faux de dire que les dépositaires auront à sortir de leur poche comme imposition la somme nécessaire à augmenter de 3 0/0 le taux de l’intérêt de leur dépôt.
- Oui, si tout le monde avait des dépôts à la Caisse d’Epargne, cette sômme d’intérêts servie en plus aux déposants sortirait forcément de leur poche. Mais tous les contribuables ne sont pas des dépo-
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- LE DEVOIR
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- sants; il s’en faut de beaucoup. C’est la masse qui est contribuable, c’est le petit nombre qui est déposant.
- Le cercle vicieux signalé par M. Claudel n’existe donc pas.
- Le reste de l’argumentation de notre contradicteur tombe d’elle même.
- Il devient évident, en effet, que si la somme à répartir sur le petit nombre des déposants est fournie par la totalité des contribuables, il y a avantage à placer son argent. Le déposant n’est Point « la dupe des apparences. *> Il bénéficie au contraire d’un état de choses qui améliore sa condition et ce n’est point « le bercer d’une espérance irréalisable » que de le lui indiquer.
- Mais, pourra-t-on observer, faire payer au grand Nombre des contribuables des impôts servant à payer des intérêts au petit nombre des déposants, c’est créer un privilège au profit de ces derniers.
- Ceci est une autre question.
- La théorie de la légitimité ou de la non légitimité de la rente, n’a pas à être examinée ici ; elle reste réservée.
- Nous ne prétendons pas exposer la perfection du régime, mais signaler les améliorations immédiatement réalisables, et pour cela nous devons prendre le régime tel qu’il se présente et tendre à rapprocher ce qui est de ce qui devrait être
- C’est en restant fidèle autant que possible à cette ^gne de conduite que Le Devoir pourra rendre des services.
- II peut être très-bon de signaler les maladies et de préconiser la santé, il sera encore meilleur de signaler au malade les remèdes qui peuvent le rétablir ou même le soulager.
- Ali! s’il s’agissait dorganiêer aussi des Caisses d’Epargne dans un pays assez heureux pour que l’état n’y eût pas besoin de prêteur, évidemment l’organisation des Caisses d'Epargne créerait un Privilège. Il conviendrait alors d’examiner si les avantages de ces caisses seraient assez importants Pour légitimer le privilège.
- Malheureusement nous n’en sommes pas là. Nos chers aïeux nous ont laissé une c arte à payer qui se Porte bien et que nous ne manquerons pas d alourdir à notre tour avant de la transmettre à nos chers enfants. L'état a eu besoin d’emprunter et il a eu recours pour cela à deux modes d’emprunts bien distincts :
- Les Caisses d’Epargne,
- Les émissions de titres.
- - Or, voici où le privilège existe. L’argent provenant de l’un ou de Vautre de ces deux modes d’emprunt rapporte autant à l’Etat et cependant l’Etat paie deux fois plus d’intérêt dans un cas que dans l’autre.
- L’injustice est criante.
- Nous comprenons très-bien que dans l’état actuel des choses, l’état pour se procurer de l’argent, soit dans la nécessité d’émettre ses emprunts à des taux assez lucratifs; il ne trouvera de prêteurs qu’à ces conditions là et si cela est fâcheux en ce sens que c’est le contribuable qui paie 1 intérêt, il ne faut pas perdre de vue non plus que, sauf dans le cas de guerre, le contribuable profite des améliorations que les emprunts de l’état permettent de réaliser.
- Mais ce que nous ne comprenons plus, c’est que l’état s’arroge le monopole des Caisses d’Epargne et paie aux déposants de ces caissîs moins d’intérêt qu’aux souscripteurs d’emprunt.
- C’est à cette injustice qu’il faut remédier en égalisant les taux.
- Comment y arriver ?
- C’est bien simple, par l’un ou par l’autre des deux moyens suivants :
- Ou bien en convertissant aussitôt que les circonstances le permettent les titres dont le taux est trop élevé,
- Ou bien en élevant au niveau du taux des titres le taux trop bas de l’intérêt des dépôts aux caisses.
- Les deux moyens sont possibles et tous deux ont des avantages. Le plus logique serait d’élever immédiatement le taux des caisses au niveau de celui de la rente, puis de réaliser des conversions le plus rapidement possible et de faire suivre au taux des caisses les mêmes transformations qu’au taux des emprunts.
- L’essentiel c'est que l’état donne l’exemple de la justice et qu’il mette gros ou petits prêteurs sur le pied de l’égalité.
- Ed. Champury.
- MORALITÉ PUBLIQUE
- Dans un précédent article, nous avons dit, que la Fédération Britannique et Continentale avait pour but de détruire, ou du moins de combattre la dépravation légale et patentée.
- Qu'est-ce que la dépravation légale et patentée?
- Quel est son but?
- Sur quelle loi se base-t on pour la soumettre à une surveillance active ?
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- LE DEVOIR
- C’est à ces trois questions que nous allons répondre.
- I
- Il existe en France, et dans presque toute l’Europe, un service spécial, que l’on nomme : Police des moeurs et dont les agents sont chargés de faire appliquer les règlements ad hoc qui prescrivent à certaines femmes les lieux et les heures où la circulation leur est permise.
- Si les malheureuses essaient de s’échapper des lieux infectés où se passent leurs jours de honte, et qu’elles soient reconnues, elles sont arrêtées et punies sans pouvoir se défendre. Le voleur et l’assassin ont droit à un avocat, la prostituée n’a qu’à courber la tête en silence, sous la lourde main de l’inspecteur de police qui juge en toute liberté et sans contrôle.
- Quand on envisage froidement la vie de ces infortunées on se sent envahir par une profonde tristesse.
- Est-il en effet rien de plus affreux, que d’être obligé, pour vivre, de faire chaque soir le métier que l’on sait, et de subir chaque semaine, au nom de la salubrité publique, le plus pénible des outrages. Si, froissées et conservant encore quelque reste de pudeur, elles voulaient résister, les portes de Saint-Lazare se refermeraient sur elles.
- Les agents ont encore pour autre mission d’arrêter et de faire inscrire d’office les femmes suspectées de débauche clandestine.
- On remplirait un volume en racontant les méprises de MM. les agents ou de personnes se donnant comme tels : M1,e Rousseil, les demoiselles Parent et taut d’autres, furent indignement traitées, par des agents faux ou vrais, qui se trompèrent ou voulurent faire acte d’autorité. Les femmes insultées de la sorte demandèrent en vain réparation.
- Ces erreurs n’appartiennent pas seulement à Paris; en province, par vengeance, ou pour tout autre motif, on a vu les femmes les plus honorables ou les jeunes filles les plus pures arrêtées, mises en prison, outra-gées, sans qu’aucun tribunal voulût écouter la plainte de ces victimes et leur rendre justice.
- Voici où conduit le régime actuel.
- II
- Le but d’une telle institution doit être bien important pour que, malgré tant d’inconvénients, on continue de s’en servir, et cela au mépris du droit commun, qui veut que les êtres de l’un et de l’autre sexe soient égaux devant la loi.
- Lorsque nous remontons dans le passé, nous re-rouvons souvent, des ordonnances à ce sujet; tou-
- jours elles semblent vouloir diminuer le mal en le comprimant. Ce ne fut en réalité qu’au commencement du XIX0 siècle que des magistrats, convaincus qu’ils mettaient une digue réelle au débordement des passions, inaugurèrent le système qui règne aujourd’hui. Ils furent de bonne foi, nous voulons le croire; il est même facile d’admettre, que la liberté étant à son aurore, le progrès à son enfance, ils durent être enchantés de leur nouvelle organisation, bien persuadés qu’ils avaient fait en faveur de leurs concitoyens, une œuvre vraiment humanitaire.
- ’ Mais aujourd'hui, que l'heure de toutes les réformes sociales a sonné, est-il juste, est-il équitable, de laisser subsister un système qui est une excitation continuelle à la débauche ? Le but proposé est complètement manqué : les femmes perdues s'ont tous les jours plus nombreuses. C’est que pour détruire le mal, il ne suflt pas de l’emprisonner ou de le surveiller, il faut remonter à sa source et faire disparaître ses causes qui sont le salaire insuffisant, l’atelier avec ses promiscuités et la séduction sans droit à la recherche de la paternité.
- La santé publique est peut-être ce qui éveilla la sollicitude des magistrats.
- Là encore, le but n’est pas atteint 1 II y a 100,0U0 femmes à Paris, qui vivent de la débauche, 4,500, seulement, sont inscrites sur les registres dé la police. Les autres sont libres quel que soit l’état de leur santé.
- Pourquoi cette différence ?
- III
- La réglementation n’a été établie par aucune loi, mais simplement par des règlements qui autorisent d’arrêter sans mandat et de séquestrer sans preuve.
- Cela est en contradiction avec l’esprit de nos lois.
- De plus, la police des mœurs viole le code pénal, qui interdit formellement toute excitation à la débauche. En effet une femme munie d’une carte est autorisée à ne pas tenir compte de ces articles du code. On lui fixe même les heures où elle peut les violer impunément.
- Le code dit aussi que les mineurs doivent être respectés et que quiconque souille leur âme doit être puni. Comment se fait-il que des femmes mineures, presque des enfants soient déjà inscrites à la police? (1)
- (I) Dans rèftle l’inscription ne pnut nvor lieu avant l’flgB de seize ans révolus et comme la jeune tille eu oncoro mineure à cet Age il faut que le père ou la mère vienne au bureau dos mœurs donner son consentement.
- Il est aiïreux de penser qu’il y a des pères et des mères qui 10 donnent.
- Cela seul subirait à légitimer les réformes demandées par la Fédération Britannique et Continentale. E. G.
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- LE DEVOIR
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- Puisque la loi ne permet jamais la débauche, il faut que l’état condamne les règlements qui l’autorisent et n’agisse à l’avenir que selon le droit commun. Pactiser avec le mal c’est 'devenir son complice.
- (À suivre.) Louise de Lasserre,
- LA FILLE DE MON PÈRE
- Traduit de l’Anglais; de Mme Marie lïOWLANB
- CHAPITRE VI (1)
- CLARA AU COLLÈGE DE STONYBROOK
- (Suite.)
- (Voir N<* 4 à 9)
- Au moment où Clara entra à Stonybrook, cet établissement aurait pu recevoir, avec beaucoup plus de vérité, le titre modeste d’école, que celui plus prétentieux de collège, car ce n’était rien de plus qu’une école supérieure de filles. Cependant, à cette époque où presque tout le monde considérait comme une utopie l’idée de donner une égale instruction aux deux sexes. Cet établissement tenait un rang élevé dans l’enseignement, et il l’a conservé de nos jours. Les écoles préparatoires fournissant des sujets de plus en plus instruits, le niveau des études s’est progressivement élevé et Stonybrook mérite réellement aujourd’hui le titre de collège.
- L’établissement occupe le sommet d’une colline qui domine une grande vi la do province ; les jardins de l’école sont couverts de beaux arbres et agréablement distribués en pelouses et bosquets que parcourent des allées tortueuses. Son jardin botanique est magnifique ce qui permet de donner à l’enseignement de l’histoire naturelle des soins tout particuliers. Clara, dès l’abord, se distingua dans cette science, ainsi que dans la plupart de ses études.
- Stonybrook» malgré ses avantages, était peu en vogue parmi les gens superficiels qui désirent, surtout, que leurs filles reçoivent les honneurs du diplôme de sortie, sans s’inquiéter autrement du degré réel de culture intellectuelle qu’elles possèdent et que sup-
- pose la possession d’un semblable titre (1). Un grand nombre des élèves de Stonybrook se voyait refuser cet honneur, et pendant longtemps il y eût lutte entre le président de l’école et certains membres du conseil de direction, au sujet du programme des connaissances requises pour les examens de sortie. Ceux-ci, prétendant que le point essentiel était d’assurer le succès do l’entreprise en y attirant des élèves, voulaient abaisser le niveau des études. Celui-là, un érudit et un libéral, soutenait que faire réussir le collège par nn semblable moyen, reviendrait à le transformer en une simple école primaire, quel que fut le titre plus ou moins sonore qu’on lui donnerait, que tel n’était point le projet du fondateur, (2) et que c’était le sùr moyen de faire perdre à l’établissement la seule popularité désirable, celle de donner une instruction vraiment supérieure ; que c’était là le but à atteindre. L’opinion du président finit par remporter, et c’est la connaissance de ce fait qui avait déterminé le docteur à placer Clara à Stonybrook.
- Il y a maintenant deux ans que mademoiselle Fo-rest est une pensionnaire du collège de Stonybrook ; nous sommes en juin et c’est jour de congé. Les jeunes filles, par groupes de deux ou trois, se promènent sous les ombrages du parc, et causent entre elles avec cette vivacité et cet enthousiasme qui sont le propre des grandes demoiselles. Lorsqu’elles se croient assez avant dans le fourré pour être à l’abri de l’œil vigilant des surveillantes, elles enlacent gracieusement leurs bras autour de la taille de leurs compagnes favorites, et vont ainsi, parlant et riant, dégroupé en groupe. La conversation roule généralement sur ces sujets élevés et savants qui, dans les pensions de jeunes filles, occupent les demoiselles de douze à dix-sept ans. Un court exemple en donnera une idée.
- Nettie, « Encore deux mois avant les vacances ; je ne vivrai pas pour voir ce jour là, bien sûr. »
- ffattie « Je ne trouve pas le temps si long, après tout. Je regrette pour vous, Nettie, que vous n’ayez pas pris des leçons de géométrie cette année, vous n’avez pas idée combien cela est intéressant. »
- Nettie « Je vous remercie, l’algèbre suffit pour m’ahurir ; vous êtes une des fortes têtes, vous savez, mais si vous empiliez dans ma mémoire un certain
- (1) hes Refiles gpnt entièrement! lires aux Etats-Unis, et prenne d’elles délivre ries certificats d’instruction et des diplômes à ses propres élèves. be programme des éludes étant complètement laissé an i hoix des institutions, il est évident que la valeur d'un semblable diplôme est tout à lait relative t lp publie nn s’y trompe pas cependant et sait distinguer les charlatans des vraia savants: chaque diplômé est d’ailleurs obligé par l’usage, sinon par la loi, d’ind quer quel est l’origine de son titre.
- (2) Toutes les écoles supérieures et spéciales soqt, aqx Etpt-Unis, des entreprises privées et la plupart doivent leur Origine À la généreuse initiative de particuliers qui, par un leg on un don, fournissent les premiers éléments de l’institution, administrée ensuite par un conseil
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- LE DEVOTE
- nombre de sinus et de cosinus sur les quantités irrationnelles et réciproques qui l’encombrent déjà, vous auriez bientôt fait de moi une parfaite idgiote comme vous avez coutume de dire. »
- Hattie. « Je n’ai jamais prononcé ce mot ainsi, ne prêtez pas aux autres votre mauvaise prononciation et vos erreurs, car vous venez de parler de sinus et cosinus à propos de géométrie. C’est à la trigonométrie que ces termes appartiennent, ne le savez-vous pas ? »
- Nettie. « Non ; et peu m’importe ; s’il m’était permis d’agir en liberté, je brûlerais tous les traités d'algèbre du collège. »
- Carrie. « Je suis heureuse, alors, que vous ne soyez pas libre, car j’aime beaucoup l’algèbre. »
- Hatlie. « J’aime aussi l’algèbre, mais, je trouve la géométrie beaucoup plus intéressante et j’en raffole. **
- Nettie. « Eh bien, je ne crois ni l’une ni l’autre de vous ; la mathématique est une horrible chose sous toutes les formes. »
- Hattie. <• La mathématique 1 O ombre de Goold Brown!(l)ne tressailles-tu pas en entendant ce jargon?
- Nettie. * Eh bien, après, si ce n’est pas correct, cela devrait l’être, il n’y a pas plus de raisons pour mettre mathématiques au pluriel qu’il n’y en aurait pour mettre ciseaux au singulier, le feriez-vous, ma grande grammairienne ? »
- Hatlie. « Je le ferais si cela était la règle, Carissima mia. »
- Carrie. « O Hattie, vous ne m’appelez jamais Carissima, moi. »
- Hattie. « Mais, vous savez, vous êtes Carrie au positif et non Cara, de sorte que vous ne pouvez en aucun cas être Carissima au superlatif. Eh bien, mes demoiselles, vous ne riez pas de mon calembour, fl I les vilaines ! »
- Nettie. « Ehl donnez nous le temps; j’étais occupée à placer votre calembour au foyer de mon puissant esprit afin de le comprendre au moyen d’un fort grossissement. »
- Carrie. « Pour moi, je pensais à ce cher vieux signore Pozzese, cet excellent homme. *
- Hattie. * Par grâce, trêve d’adjectifs, je ne savais pas que vous fussiez à ce point amoureuse de notre précieux professeur d’Italien ; mais vous perdrez vos peines, il n’a d’yeux que pour la signorina Clara, chacun peut voir qu’elle a ravi son cœur. »
- Carrie. « Je ne peux pas souffrir cette Clara Forest ; elle se donne des airs de dignité et de supériorité.....mais la voici jus'ement, j’espère qu'elle
- ne m’aura pas entendue. »
- (IJ Grammairien anglais.
- Clara approchait en effet, lisant à demi voix dans un petit livre, et elle n’apperçut le trio d’amies que lorsqu’elle fut tout près d’elles. On lui fit un charmant accueil et Carrie, qui un instant auparavant ne pouvait la souffrir, fut tout-à-fait aimable. Mais nous devons être indulgents pour cette hypocrisie, car qui de nous, d’une façon ou d’une autre, ne s’est rendu coupable de ce défaut.
- Ces jeunes filles étaient fort gentilles, et même des natures d’élite, en dépit de leurs opinions sur l’algèbre et la géométrie; et quand on réfléchit à la difficulté qu’éprouvent les fpmmes à s’instruire, on doit s’étonner, non pas qu’elles soient si frivoles. mais qu’elles réussissent si souvent à s’élever au-dessus des mesquines ambitions de la vie mondaine.
- Clara, après avoir échangé quelques phrases aimables avec scs compagnes, reprit sa promenade et alla s’asseoir dans un coin écarté pour continuer sa lecture. C’était Jacques, de Georges Sand ; et la façon vraiement saisissante dont y est dépeinte la passion sans espoir du héros et la grandeur avec laquelle il se sacrifie pour sa femme, émouvait et absorbait si profondément Clara qu’elle n’entendit pas miss Marston sa maîtresse préférée, s’approcher doucement et s’asseoir près d’elle.
- « Que lisiez-vous donc, ma chère, demanda miss Marston? » Clara lui tendit son livre, sachant cependant que son choix ne serait pas approuvé, car Georges Sand était un des auteurs mis à l’index à Stonybrook.
- « Je suis peinée de vous voir lire de pareils ouvrages » dit la maîtresse en regardant Clara d’un air triste. — Miss Marston était or ginaire d’une ville voisine d’Oakdale et connaissant les goûts omnivores du docteur en fait de lecture, se demandait si Clara n’en aurait pas hérité,- par hasard.
- Clara regarda miss Marston bien en face et lui répondit : « Je suis fâchée, très-fâchée de vous avoir fait de la peine, mais je ne puis voir pourquoi un livre comme celui-ci serait classé parmi ceux que l’on ne peut lire sans danger, » et ce disant Clara rougit fortement sans savoir pourquoi, ainsi que cela arrive souvent aux jeunes filles.
- t Voyez comme vous rougissez, » reprit miss Marston d’un ton tout à fait sévère.
- « Je rougis à propos de tout, mais pour rien au monde je ne voudrais dire ce que je ne pense pas, surtout à vous. #
- « Comment vous êtes-vous procuré ce livre ? »
- * Une des élèves me l’a prêté. »
- « Laquelle ? »
- a Je ne puis le dire parcequ’elle m'a prié de ne pas
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- LE DEVOIR
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- la nommer et je m’y suis engagée. Je voudrais ne pas avoir fait cette promesse, car il m’en coûte de vous l’avouer. » Clara était tout à fait troublée en ce moment; elle se savait aimée de miss Marston, comme elle l’était du reste de tous ses professeurs, grâce à ses manières franches et ouvertes et à cause de son ardeur à l’étude qui faisait d’elle la vie de tous les exercices auxquels elle prenait part; elle questionnait souvent et demandait des explications sans nombre, n’abandonnant jamais un point difficile sans l’avoir entièrement compris. De tels élèves sont toujours la joie et la consolation des maîtres zélés ; et, qu’ils soient ou non personnellement sympathiques ou aimables, ils sont sûrs d’être traités avec égards et considération par tout professeur digne de ce nom. Il n’y a pas de signe plus certain de l’incapacité d’un chef d’études, que de lui voir adopter pour favorites les câlines et jolies paresseuses de sa classe.
- Miss Marston resti un instant silencieuse après que Clara eût exprimé ses regrets, puis elle reprit affectueusement : « Cela est bien dit, Clara, et vous devez tenir votre promesse, mais ne reconnaissez-vous pas que vous avez eu tort d’emprunter un livre dont votre amie avait honte d’avouer la possession? » * Je n'ai pas dit qu’elle avait honte d'avoir ce livre, et je suis sûre que si elle l’avait lu avec autant d’attention que je viens de le faire, elle ne m’aurait pas demandé le secret, car pour moi je ne rougirais jamais de posséder un livre comme celui-ci. »
- <* Ceci n’est pas une réponse. Vous êtes trop jeune et trop inexpérimentée pour juger la valeur réelle d’une œuvre de ce genre, et lorsque vos maîtresses vous en défendent la lecture, c’est qu’elles savent que son influence est funeste. Souvenez-vous du proverbe : Qui touche à la boue a les mains sales ! » « Mais je suis sûre que ceci n’est pas de la boue, et je ne pense pas qu’il y ait tant de sagesse dans ce viel adage que la plupart du temps on applique à tort. Ma mère faisait tous ses efforts pour nous empêcher de jouer avec certains enfants, mon père au contraire, nous recommandait toujours de fréquenter les pauvres et les abandonnés, parce que, disait-il, nos manières étant plus affables que les leurs, il résultait pour eux, de ce contact, une culture intellectuelle que nous n’avions pas le droit de leur refuser ; aussi lorsque ma mère citait le proverbe dont vous venez de parler, il lui répondait : La boue ne s’attache pas à la glace. Ce qui signifiait que si nous aimions le juste, le bon et le beau, ainsi qu’il nous l’enseignait, les défauts de ces enfants ne pourraient avoir prise sur nous. »
- « Ceci revient à dire, je suppose, que vous opposez
- votre jugement au mien et que vous avez l’intention de lire de mauvais livres si cela vous plaît ? *
- Clara fut choquée par ces paroles, et sa confiance en Miss Marston, en reçut un échec. Pourquoi cette sage et bonne maîtresse ne voulait-elle pas comprendre à demi mot ? En cédant de bonne grâce, Clara était sûre de ramener aussitôt la conversation sur le ton habituel de confiance et d’affabilité ; elle fut tentée de le faire, parce que le désir d’être approuvée par ceux qu’el e aimait était chez elle une véritable passion. Pendant qu’elle hésitait ainsi, sa dernière causerie avec son père lui revint en mémoire. C’était la veille de son départ, elle était assise sur les genoux du docteur qui lui disait bien des choses dont il ne lui avait jamais parlé auparavant; entre-autres ceci : « Sois toujours généreuse et sincère avec ceux qui se trompent. »
- Aussi, lorsqu’elle reprit après un silence, était elle résolue à n’exprimer que les sentiments les plus vrais et à parler avec une entière franchise quel que pût en être le résultat. Elle voulait conquérir définitivement l’estime de sa maîtresse, au risque même de la perdre.
- « Vous avez toujours été bien bonne pour moi, Miss Marston, » dit-elle, les mots ne sortaient de sa bouche qu’avec difficulté tant elle était émue, « et vous savez combien je tiens à votre estime; cependant je dois rester fidèle à mes principes. Je ne puis penser ni dire que ce livre n’est pas moral et bon ; sa lecture a éveillé en moi les meilleurs sentiments. »
- « L’intrigue roule sur ce fait que Fernande, la femme de Jacques, a cessé d’aimer son mari et en aime un autre. Le lecteur ne peut s’empêcher de ressentir la plus profonde sympathie pour ce pauvre Jacques qui meurt pour ne pas faire obstacle au bonheur de sa femme. Pour moi, en lisant cette histoire, je sentais que si j’eusse été à la place de Fernande, je me serais mise à la torture plutôt que de laisser développer en moi de l’indifférence pour un caractère grand et noble comme celui de son mari, et je suis sûre que si jamais je me trouvais dans une situation analogue, l’impression produite sur mon esprit par la lecture de ce livre de Mm* Sand, m’aiderait à choisir la conduite la plus sage. **
- « Vous êtes tout-à-fait différente des autres filles, Clara, et cela ne vous rendra pas vaine de vous dire que vous êtes supérieure à la plupart d’entre elles ; mais vous n’avez pas assez de condescendance pour vos aînées; vous êtes volontaire. Cependant je sais que vous désirez agir pour le mieux, — Si vous voulez nous ne parlerons plus de cela. »
- Ce disant, Miss Marston prit la main de la jeune
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- LE devoir
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- fille dans les siennes et la carressa doucement.
- L’affection avait toujours raison de Clara qui sentait très-vivement, aussi lorsqu’elle vit que Miss Marston cédait, elle en fut profondément touchée et repartit promptement, les yeux pleins de larmes : « Dans cette circonstance, je devais parler suivant l’impulsion de ma conscience ou j’aurais été horriblement malheureuse. Vous connaissez mon père, il parle de vous dans les termes d’une haute estime, mais je vous ai trouvée meilleure et plus réellement noble qu’il ne pouvait le dire. Vous savez qu'il est libéral, « libre penseur, » comme on dit; il est si juste et si bon dans toutes ses paroles et dans tous ses actes, que je crois que ses principes sont vrais, quoique maman ne pense pas de même. Je sais que vous ôtes aussi un libéral, »
- Miss Marston tressaillit.
- « Ohl je le sais; souvent je vous ai entendu causer avec les autres professeurs, et vous soutenez précisément les mêmes opinions que mon père sur beaucoup de points. Aussi, laissez-moi vous dire ce que je veux faire. Pouvez-vous me promettre quelque chose avant de me demander quoi ? »
- « Ce serait plutôt à moi de vous faire une pareille proposition. »
- « Oh! mais il est indispensable que vous me fassiez cette promesse pour que je puisse exécuter mon projet. »
- « Je ne fais jamais cela Clara. — Cependant oui, je vous le promets, à la condition pourtant que cela ne sera pas absolument absurde. Que désirez-vous de moi ? »
- « Vous aviez dit que vous ne connaissiez pas Jacques; je demande que vous lisiez ce livre avec soin, comme je viens de le faire, ensuite, si votre opinion est que c’est mal à moi d’en avoir pris connaissance je promets que tant que je resterai ici, je ne lirai rien sans votre permission. »
- Miss Marston mit la brochure dans sa poche en disant ; « J’aime votre confiance en moi, Clara, mais vous serez désappointée, car il me faudra, je le sais, condamner votre lecture. Néanmoins je serai impartiale. Maintenant, je vous prie, prenez garde de m’appeler un libéral, c'est un compliment tout-à-f’ait équivoque lorsqu’il s’adresse à une dame. »
- « Est-ce que les anges ne sont pas des libéraux? * demanda Clara en souriant.
- « Je n’ai pas de relations intimes avec cette fraternité, *» dit Miss Marston, au comble de l’étonnement et se demandant ce qui allait suivre.
- « C’est dommage, si vous en aviez je vous aurais toujours appelé un libéral. » Miss Marston embrassa Clara et partit. C’était une bonne petite femme qui
- hui avait bu à la coupe amère de la vie. Elle était parvenue à un. port de refuge maintenant et maîtresse consciencieuse et studieuse, elle accomplissait noblement sa tâche.
- (A suivre).
- CORRESPONDANCE
- Nous recevons de l’honorable M. Granday la lettre suivante que nous nous empresseons d'insérer,
- Monsieur le Rédacteur, -
- Je vous remercie d’avoir bien voulu publier dans Votre journal la communication que je tous ai faite au sujet do la question du libre échange que vous y traitez ; seulement, je regrette qu’en faisant cette insertion vous ayez cru devoir donner, par la forme, à cette communication, une actualité qu'elle n'avait pas réellement, ear cela a occasionné une erreur do fait dont je no suis pas responsable ; celle erreur consiste dans l’accusation que vous me faites, par votre réponse, porter contre les économistes proprement dits, lesquels dans ma pensée n’étaient nullement en cause personnellement on cette circonstance.
- Mes réflexions sur l'opportunité de l'application du libre échange ont été suggérées à l'époque où cette question était très agitée, par les manifestations dtt Intéressés ; Eh bien! ce que je disais alors, je pourrais probablement le dire encore aujourd’hui, c’est-â-dire que si l’on consultait ces intéressés on obtiendrait les mêmes résultats qu’autrefols. et cela par les raisons que j’ai déduites.
- Du reste, monsieur, vous reconnaissez comme moi, que les intéressés ne peuvent qu’être mauvais juges dans celte question ; comme moi aussi, vous trouvez que le nœud du problème se trouve dans l'allégement des charges qui pèsent sur les producteurs à l’intériour; par conséquent, vous le voyez, votre désaccord en tout cela n’était qu’apparent.
- Je vous prie d’agréer, monsieur, l’expressiou demes bons sentiments.
- Granday.
- Nous sommes heureux de constater que M* Granday est au fond d]accord avec nous. Ce n’est pas tout à fait ce que laissait croire la fin de sa première lettre.
- Quant à la question d’actualité nous devons cette justice à M. Granday que sa première lettre datait de plusieurs semaines et que c’est à notre grand re * gret que nous avions dû ajourner son insertion et notre réponse. Au moment où sa lettre fat écrite la question de protection ou de libre échange était surtout débattue par des intéressés, ce qui n’est plus le cas, ^
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- Jésus et les Évangiles, par Jules Soury, 1 vol. iu-12 Charpentier.
- M. Jules Soury est un chef de tribu. Tout un clan de journalistes jure aujourd’hui par son nom comme jadis on jura par celui d’Helvétius ou d’îlolbach. Il y a cependant cette différence entre lui et ces deux derniers que ses œuvres sont ennuyeuses tandis que les leurs ne
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- LE DEVOIR
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- l’étaient pas. M. Soury est nn savant dont personne ne conteste les connaissances. Il est même, sauf erreur, attaché à la Bibliothèque nationale, plusieurs de ses récits antérieurs sont estimés. Malheureusement il expose ses vues scientifiques sur un ton d’une pédanterie insupportable. Il suffît de parcourir son volume sur Jésus pour s’en convaincre. Sur vingt personnes qui commenceront à le lira, dix-neuf n’auront pas le courage d’aller jusqu’à la fin. Elles ne perdront pas grand chose. Yoici à quelle conclusion arrive à l’égard de Jésus la méthode terre à terre de M, Soury. « L'affection nerveuse, de nature d’ahord congestive, puis inflammatoire dont ce Juif fut atteint, était des plus graves ; elle est encore incurable, Tous les jours elle fait des millionnaires, des empereurs, des papes, des prophètes et des dieux même, de pauvres diables au cerveau blessé : elle a produit plus
- d’un messie....L’affaissement progressif du malade, la
- débilité intellectuelle et musculaire, l’état de cachexie dans lequel il tombe, les lésions du foie, des reins et des autres organes essentiels, enfin les eschares profondes et étendues qui apparaissent bientôt, terminent, souvent aang agonie, une existence devenue purement végétative, Voilà comment aurait fini Jésus t si, mal inspirés, Les Juifs avaient préféré voir Barnabas en croix, » Remarquez l’expression de ce dernier sentiment. Regrettez avec nous qu’il n’y ait pas chez M. Soury quelque grain de cette folie qui fit dire à Jésus, sollicité par des disciples de faire tomber le feu du ciel sur une ville lios. Üle : « Vous ne savez de quel esprit vous êtes animés, »
- CHRONIQUE SCIENTIFIQUE
- EXPLORATION EN AFRIQUE
- La géographie a ses apôtres et ses martyrs, et le Martyr des uns ne décourage pas les autres de leur aPostolat.
- C’est en Afrique surtout que la mission des explora-Jeurs est le plus dangereuse, Deux grands voyageurs y mrent assassinés il y a quelques années, Tun était FAl-bhfiand Vogel, l’autre le Suisse Munzinger. Plus récem-^entun jeune officier français au service du Khédive, ^L Linant de Bellefonds, fut massacré par les Bari peu aPrès sa rencontre imprévue de Stanley à la cour du r°i de Mtéza, non loin du lac Victoria Nyanza. Enfin il ^ a quelques mois, non loin du même lac, deux voyageurs ^glais ont été assassinés. Ges voyageurs sont le lieute-üaüt do marine Shergood Smith et M. O’Neil.
- Rue lettre datée de Zanzibar le 6 mars, donne quelques détails sur ce massacre.
- L’expédition de MM. Smith et O’Neil avait débarqué dans une Ile de ce grand lac Victoria Nyanza, dont s’échappe une des branches quilforment le Nil, La popula-*°n de cette île passait pour être animée de disposions amicales. Aussitôt que la nouvelle de l’arrivée des °mmes blancs se fut répandue dans File, une grande Jhile d’indigènes se réunit et les attaqua. L’expédition P^ait n’avoir opposé aucune défense, et l’on sait qu’elle VaR bien peu de munitions ; tous ceux qui en faisaient P^tie ont élé tués sur place, à l’exception de doux ou l0is indigènes qui s’échappèrent et racontèrent Févè-
- nement
- lieutenant Smith était un officier de marine qui
- s’était distingué dans des campagnes précédentes. Il avait été rejoint à Zanzibar par M. O’Neil, ingénieur et architecte, et trois ou quatre autres Européens. Ayant engagé à leur service une escorte d’indigènes, ils étaient partis pour se rendre au lac Victoria-Nyanza dans le mois d’août 1876.
- Après leur arrivée, M. Wilson s’était joint à eux, avec un chirurgien, M. J. Smith, et quatre autres Européens débarqués à Aden au mois de juin 1876, Cette mission avait été organisée par un anonyme, qui avait donné 5000 livres sterling pour fonder un établissement permanent sur le Nyanza. M. Wilson est le seul survivant de cette expédition, qui se termina si malheureusement; deux hommes étaient mort de la fièvre peu de jours après leur départ de Zanzibar.
- On pouvait prévoir, dit le Times of India, ce résultat déplorable. Cette expédition était composée d’hommes pleins d’espérance et d’enthousiasme, mais qui n’avaient guère que cela pour cette périlleuse entreprise ; c’étaient des jeunes gens sans expérience, sans aucune des connaissances qui leur eussent été nécessaires, et qui n’avaient même pas la force physique exigée pour remplir la tâche qu’ils s’étaient imposée.
- Plus récemment encore deux des membres de l’expédition envoyée par le Comité international pour l’exploration de l’Afrique, MM. Grespel et Maes, ont succombé durant l’accomplissement de leur mission.
- Ce martyrologe ne décourage pas les amis de la science.
- M. Wautier a quitté il y a peu de temps Bruxelles, pour aller rejoindre, à Zanzibar. M. Cambier, chef actuel de l’expédition pour l’exploration de l’Afrique. M. le docteur Dutrieux, médecin belge établi au Caire, partira très-prochainement d’Egypte dans le même but.
- M. Cambier a fait avec M. Marno, voyageur autrichien, un voyage préparatoire jusqu’à Kiva-Kivra, où il a rencontré M. Broyon, ce négociant suisse, originaire d’Aigle, dans le canton de Vaud, et qui est héritier présomptif d’un des souverains de l’Unyamesi, dont il a épousé la fille unique.
- Le Comité belge n’a pas encore reçu le récit détaillé de cette excursion, mais il a appris que les explorateurs sont revenus à Zanzibar en parfaite santé, malgré un très mauvais temps et une marche très rapide.
- De son côté M. Fabbé Dcbaize, dont nous avons déjà entretenu nos lecteurs, est arrivé à Aden. De là il gagnera Zanzibar, à bord d’un des navires de la Compagnie Brisish India.
- Nous tiendrons nos lecteurs au courant de ces diverses explorations à fur et à mesure que leurs résultats seront connus. B. C.
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- NUMÉRO 11
- Journal heMomadairo paraissant Îcj ^Dimanchu
- DIMANCHE 19 MAI
- Le Devoir
- POLITIQUE
- LEGISLATION
- ADMINISTRATION
- RELIGION
- MUTUALITÉ SOLIDARITÉ FRATERNITÉ
- ASSOCIATION DU CAPITAL & DU TRAVAIL
- TRAVAIL
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- Rédacteur en chef : M. Ed. GHAMPURY
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- LÀ FÊTE DU TRAVAIL
- A.u Familistère de Guise
- Nous offrons les conditions suivantes aux Personnes’ qui voudront bien s’intéresser à notre œuvre et se charger de recueillir des abonnements :
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- Nous servirons onze abonnements d’un an.
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- Cinq abonnements d’un an et un abonnement de six mois.
- Nous autorisons ceux de nos lecteurs qui feront ainsi de la propagande pour nous à Prélever, sur la somme qu’ils nous enverront, fes frais de mandats et de poste; à la condition bien entendu que l’envoi aura lieu en une seule fois.
- SOMMAIRE
- ba Fête du Travail au Familistère de Guise. — Les Musées en campagne. — Protestantisme et catholicisme. — La Semaine politique. — Protection et libre-échange. — La Fille de mon père. — Lettre d'Allemagne. — Variétés. — bulletin Bibliographique.
- C’est le premier dimanche de mai. Il est deux heures de l’après-midi. Un soleil vif et clair rayonne dans l’espace et un vent tiède et doux balance les lilas en fleurs. Pas un nuage au ciel, pas un grain de poussière sur les chemins. La pluie des jours précédents n’a laissé d’autre trace qu’une plus grande fraîcheur des prairies, qu’une plus riche floraison des vergers. En un mot, c’est une de ces journées exceptionnelles où la nature se prodigue, et dont on garde longtemps le souvenir.
- Tout invite à la promenade et l’on s’attend à trouver déserte la petite ville de Guise, si tranquille de coutume.
- Pas du tout. Elle est fort loin d’être déserte ; une activité inaccoutumée y règne ; il y a même foule, chose rare, et cette foule,, dans ses plus beaux habits, s’achemine d’un air réjoui vers un but commun.
- Où va-t-elle ?
- Vous allez le savoir. Venez avec moi, cher lecteur, et suivons le flot.
- Nous voici dans une vaste place carrée ; c’est la place du Familistère. Un champ de foire s’y
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- LE DEVOIR
- est installé et plusieurs milliers de personnes y circulent. Mais ce n’est point là ce qui vous occupe, Yotre attention est attirée par les bâtiments qui entourent cette place et qui diffèrent totalement de ceux qu’on trouve en général dans les petites villes.
- Le charmant édifice que vous avez de ce côté, au midi, c’est le théâtre ; nous y entrerons tout à rheure. Les deux bâtiments symétriques qui le flanquent à droite et à gauche, sont les écoles. Le tout dépendant du Familistère et non point de la ville. Enfin, ce bâtiment peu élevé que vous voyez s’allonger jusqu'à la rivière, est une dépendance renfermant divers services domestiques, entre autres la boucherie.
- Mais ces bâtiments, quelque grands qu’ils soient, sont bien peu de chose auprès du vaste ensemble d’édifices qui forment trois autres côtés de la place et renferment les logements du Familistère. Ces logements présentent, de ce seul côté, 266 fenêtres, et notez que cette façade ne donne qu'une faible idée des dimensions totales du Familistère, attendu que nous ne voyons que d’un seul côté les trois vastes parallélogrammes qui le composent.
- Approchons.
- On a pavoisé la tour qui couronne le milieu du bâtiment central ; du belvédère où flottent les drapeaux et l’oriflamme tricolores, la vue s’étend au loin sur la vallée de l'Oise, sur les méandres innombrables de la rivière et sur les coteaux verdoyants qui l’entourent. Au pied, l'œil se délasse à regarder les pelouses et le parterre qui environnent de trois côtés ce véritable palais social.
- Mais, ce belvédère est trop haut pour que nous y montions aujourd’hui. Pénétrons dans la grande entrée qui est au bas de la tour et qui est pavoisée, elle aussi. Une inscription en fleurs sur un fond de verdure tient le centre de la décoration. Fête du Travail, dit cette inscription; romarquez-lo, je vous prie. Ce n’est pas un saint que l’on fête, c’est mieux, c’est le travail.
- Cela vous étonne peut-être ? Il y a bien d’au-
- tres choses qui vous étonneront, et puisque vous ne connaissez pas encore le Familistère, l’occa- j sion est bonne pour le connaître. ]
- Entrons. J
- ________ |
- Nous voici dans la cour du bâtiment central, 1 toute décorée aujourd’hui de trophées et d’em- - j blêmes personnifiant le Travail. Tout le tour de | ce vaste parallélogramme de 45 mètres sur 20, j régnent des guirlandes aux couleurs nationales, I des bouquets de sapins et de noisetiers, et des | écussons portant en devise des maximes appro- j priées à la circonstance. 3
- ïl faut dire que ce système de cours se prête \l admirablement aux fêtes. Pas de poussière, car ? le sol est recouvert d’un lit de ciment dur, ^ aplani comme l’asphalte ; pas de crainte des j intempéries, car un immense vitrage recouvre --j toute la cour à la hauteur de la toiture. j
- Trois rangs de galeries superposées entourent la cour de tous côtés. C’est sur ces galeries que ; s’ouvrent les logements ; il n’y a pas de corri- ? dors; cela est plus sain, c’est plus gai aussi. Ces j galeries sont aujourd’hui très-animées ; elles le ‘ sont toujours passablement. On va, on vient, on ; se rencontre, on cause, ou bien on se délasse en )
- i
- s’appuyant à la barrière et en regardant le mon- :
- $
- vement intérieur. |
- C’est un avantage mais il n’y a pas que celui- ;
- là, .-j
- Vous voyez qu’au rez-de-chaussée des maga- j sins s’ouvrant sur la cour. Vêtement, mercerie, j épicerie, tout se trouve là et la ménagère peut, à toute heure et quelque temps qu’il fasse, faire . ses emplettes sans avoir besoin de mettre les j pieds à la rue et sans craindre de recevoir une | seule goutte de pluie. |
- Remarquez que malgré la magnificence de la. j journée et la foule qui circule dans cette cour, | la température reste agréable. C’est que les pré', ! cautions ont été prises pour qu’il en soit toujours ainsi. Le couvert vitré a de larges dégagements ^ pour l’air chaux et de l’air frais arrive du dehors : par des conduits souterrains qui ouvrent dans la j cour leurs soupiraux rectangulaires recouverts m
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- dé grilles â fleur de sol. Ï1 résulte de ce système j qu’entoure l’aile orientale du Familistère. Cette
- cour est édifiée-dans les memes principes que la
- de ventilation que l’air ne se concentre jamais j dans la cour. L’aération est tout aussi bonne I dans les logements, car ils sont combinés de ma-1 nière à former un double rang de chambres : les ânes ayant vue sur la cour intérieure, les autres sur les façades extérieures.
- Deux heures et demie. Le cortège des élèves j du Familistère débouche dans la cour. Il s’est formé dans un bâtiment spécial destiné à l’en-fsfnce et dans lequel nous vous introduirons un autre jotrr. Voici les petits garçons et les fillettes qui s’avancent en deux files, les uns dans leurs plus beaftx habits du dimanche, tés autres dans leurs plus fraîches toilettes printanières ; le plaisir rayonne sur tous ces frais visages et pétille dans tous ces regards éveillés. Quelques élèves portent des bannières de couleurs vives sur lesquelles sont inscrites en lettres d’or les spécialités où ils se sont le plus distingués. D'autres enfants portent d’autres récompenses sous fôrme de décorations où de rubans de couleur.
- Remarquez, je vous prie, la propreté, la bonne té&ue et la discipline parfaite de ces enfants, ^ous trouveriez difficilement dans toute la con-hée quelque école qui put rivaliser avec celle-ci, ùiême en cherchant dans la classe bourgeoise; ici nous- n’avons que des enfants d’ouvriers. Les enfants ne sont pas seuls à être propres, fout le monde tient à l'être au Familistère les facilités sont données pour cela. Voyez, ^oici une fanfare, dans un coquet uniforme, qui vient prendre la tête du cortège, fous douterez vous à voir ces musiciens d’uqe propreté parfaite que la plupart d’entr’eux ont ün métier fort salissant et que plusieurs sont occupés toute la semaine à manœuvrer de la ^ouille ou de la mine de plomb ?
- Ce sont des ouvriers fondeurs, ces musiciens, ^ ils sont aussi bons exécutants que beaucoup d autres. Chaque soir ils se reposent de leur tra-vaii en s’occupant un peu do musique.
- T rois heures. Le cortège se met en marche. ^ùivons-le. Nous voici dans une autre eour, celle
- précédente, bien que dans d’autres proportions. L’aile occidentale entoure une autre cour tout à fait identique à celle-ci.
- Le cortège sort, et traverse la place en se dirigeant vers le bâtiment du théâtre. H y entre. Entrons y avec lui et prenons une loge.
- Il est très gentil ce théâtre avec ses trois rangs de galeries et sa toiture vitrée qui permet de l’utiliser pendant le jour pour des fêtes ou des conférences. La lumière tombe abondamment dans ce vaste espace plein d’une rumeur de fête et de rires d’enfants. Le public jonche les galeries Les chœurs d’enfants, l’orchestre et la fanfare occupent le parterre. Des massifs de géraniums écarlates forment des degrés de fleurs entre le parterre et la scène où est assis M. Godin, fondateur du Familistère, entouré des chefs élus des différents conseils de l’association et de dix de ses ouvriers choisis, parmi les plus anciens.
- Après des morceaux d’orchestre et de fanfare et de délicieux chœurs d’enfants d’une justesse parfaite et d’une fraîcheur exquise, M. Godin prend la parole. Il développe dans une chaleureuse improvisation ce qu’il a fait jusqu’ici pour l’amélioration du sort de ses ouvriers et de quelle manière il vient de compléter son œuvre en les associant aux bénéfices de son entreprise (1).
- Cela est dit simplement et les chiffres sont donnés à l’appui.
- Remarquez que l’auditoire un peu bruyant au commencement de la cérémonie écoute ces chiffres dans un recueillement parfait. Ce n’est que justice, car un fait de la plus grande importance se proclame de cette tribune. Ces chiffres que M. Godin, énonce ce sont les résultats de la mise en pratique d'un principe nouveau.
- Ce dont il s’agit, ce n'est pas seulement d’une coopération, ce n’est pas non plus d’une simple participation des ouvriers aux bénéfices de l’industrie, c’est de mieux, c’est de plus que cela. Il s’agit de l'association réelle et réalisée du
- CAPITAL, DU TRAVAIL ET DU TALENT.
- (i) Nous donnerons dans notre prochain numéro le texte dé ce discours. '
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- De telle sorte que les ouvriers et employés participent cette année à cette répartition pour une somme de 104,110 francs.
- Vous le voyez, il ne s’agit pas de rêveries, il s’agit de faits et de faits réalisés.
- La cérémonie se termine au milieu des applaudissements et le public s’écoule pour aller prendre part dans les jardins du Familistère aux jeux nombreux et aux divers concours qui l’attendent.
- Suivez la foule dans les jardins. L’espace consacré aux plantations d’agrément est vaste, comme vous voyez. 11 occupe tout le terrain compris entre les bâtiments d’habitation et le cours de FOise qui trace autour d’eux un demi-cercle complet. Il y a même quelques plantations de l’autre côté, entr’autres vers l’emplacement où les ouvriers joyeux tirent à l’arc dans un berceau de verdure. Une belle avenue de marronniers, impénétrable aux rayons du soleil, suit le bord de la rivière et, à deux pas, de là les enfants rieurs jouent et se roulent dans l’herbe épaisse des boulaingrains.
- Tandis que les ouvriers et leurs enfants s’adonnent aux jeux multiples organisés pour la circonstance ou se préparent pour le bal qui aura lieu le soir dans la grande cour, réfléchissez, je vous prie aux avantages que présente pour la santé et pour l’agrément, ce vaste ensemble d’institutions, de bâtiments et de jardins qui s’appelle le Familistère.
- Vous n’avez vu que l’extérieur de cette création et encore ne l’avez vous vu que d’une ma • nière bien incomplète. Nous n’avons parlé ni de l’éclairage, ni de la distribution de l’eau, ni du service de propreté. Nous y reviendrons une autre fois, mais pour aujourd’hui il est bon que je vous donne une idée de quelques-unes des institutions qui fonctionnent au Familistère.
- Voici les principales :
- Une caisse de retraite pour les invalides du travail et de secours pour les veufs, veuves, orphelins et nécessiteux.
- Une caisse de prévoyance pour les malades. ! Une caisse de pharmacie.
- Unenourricerie pour les poupons. j
- Une crèche pour la basse enfance. j
- Des écoles enfantines. :|
- Des écoles primaires. :dj
- Une bibliothèque riche et variée. è
- Un casino pourvu de jeux divers et de norü- j breux journaux.
- Un établissement de bains et de buanderie fa-,,3 cilitant les soins de propreté. ,
- Trois médecins sont attachés au Familistère-1 et chaque malade peut choisir son médecin. ' Enfin des caisses d’épargne sont organisées de; manière à présenter les plus grandes facilités.
- Vous voyez que rien n’a été épargné pour ga-rantir aux ouvriers le minimum indispensable, aux besoins de ceux qui momentanément ou d’une manière définitive ne peuvent vivre der leur travail.
- Et maintenant, que penserez-vous de cette' œuvre quand vous saurez qu’elle est due à un| homme isolé et non point à une association, et* que cet homme a eu à lutter contre l’hostilité^ des gens de l’empire, et contre celle plus grande encore de ces gens qui s’intitulent, par ironie/1 gouvernement de l’ordre moral.
- Trouvez-moi une œuvre, tendant au même but, comparable à celle-ci, aussi considérable*, aussi complète, aussi pratiquement ordonnée.? Il en existe peut-être sur les papiers ou dans les’ cervaux de quelques personnes; il n’y a rien* dans les choses réalisées qui puissent entrer en comparaison.
- Or, notez bien ceci, c’est que M. Godin ne se , tient pas pour satisfait de cet immense résultats Il tient à compléter son œuvre, à la parfaire, à j la parachever. Elle est déjà supérieure aujour- > d'hui à ce qu’elle était précédemment; M. Godin n’épargne rien pour qu’elle soit à l’avenir supé" rieure à ce qu’elle est aujourd’hui.
- (A suivre). Ed. Champ ury.
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- LES MUSÉES EN CAMPAGNE
- III
- LES MUSÉES SCOLAIRES
- Nous nous sommes bornés jusqu’ici à mentionner ks musées scolaires et à nommer la personne qui la Première en a eu une idée nette, M, Lucien Cazals, instituteurs à Montesquieu-sur-le-Canal (Haute-Garonne).
- U reste à voir ce que sont les Musées scolaires dans l'idée de M. Cazals, de quelle manière ils peu-Vent se combiner avec les musées cantonaux précisés par M. Edmond Groult, et quelles améliorations nous proposons d’introduire à ces deux genres d’utiles institutions.
- Pour aujourd’hui nous nous bornerons à l’examen de l’idée des musées scolaires.
- Et d'abord établissons un fait. Les musées scolaires tels que les entend M. Cazals doivent être organisés dans un but d’enseignement. Ils doivent comprendre ce qui est utile à l’instituteur rural pour déve-i°Pper chez les enfants l’esprit d’observation et leur Culquer des idées nettes et exactes des choses qu’il lftur sera.utile de connaître plus tard. On sait que Quelque chose de semblable existe en Allemagne où i on a érigé en principe pédagogique l’enseignement l'aspect. La statistique des écoles, dit M. Victor Tissot, prouve que les élèves soumis à cette méthode Naturelle ont montré plus d’aptitudes que les autres et ont trouvé plus de facilité à l’étude des règles, aPrès l’étude raisonnée des choses.
- C’est ainsi, ajoute M. Iiippeau, que l’on peut don-ner aux enfants, sans fatigue et sans ennui, une instruction réelle, et, ce qui vaux mieux, les accoutu-Qlei’ à observer, à juger, à raisonner, non pas sur les mots ou sur les idées, mais sur tout ce qui les endure. .. « je considère les leçons de choses, comme le ^oyen le plus sùr de donner l’animation et la vie aux ^oles primaires. Cet enseignement existe auxEtats-depuis plusieurs années et il y rend des services ^ela.»
- t La chose étant pratiquée à l’étranger, et l’étranger s’ên trouvant bien, M. Cazals a résolu d’employerses forces à la faire adopter en France. On lui a donné raison en principe, ce qui est déjà quelque chose. ^ y a même eu déjà quelques réalisations, ce qui Va,iX encore mieux. Les journaux de la ville de Pau °nt à plusieurs reprises entretenu leurs lecteurs de fondations de musées scolaires dus à l’activité de Cazals.
- Voici de quelle manière cet honorable instituteur a compris leur fonctionnement.
- Le musée doit contenir :
- 1° LfjDEssiN au moins, ou le squelette ou l’empaillé de tous les animaux qui font partie de la faune de la commune.
- Il sera facile de se procurer toutes ces choses. Pour les grands animaux, on devra se contenter de leur représentation sur le papier ; pour les animaux d’un ordre plus inférieur, tels que les poissons, les insectes, les céphalopodes, les spongiaires, il n’y aura aucune difficulté pour en réunir ou le squelette ou le cadavre. Les enfants sont dinfatigables chercheurs, et il se feront un plaisir et un bonheur d’aider leur maître dans son travail, qui dès lors se trouvera pour ainsi dire réduit à la seule classification.
- Cette première collection animale permettra à l’instituteur d’apprendre à ses élèves à faire la distinction des animaux nuisibles et des animaux utiles;
- Les avantages qu’il y a d’élever tel animal plutôt que tel autre ;
- Le profit (1) qu’il y a de bien traiter les animaux ; Les ressources que l’on peut retirer de leurs dépouilles, etc., etc.;
- Autant de questions qui pourront servir de thèmes aux leçons de choses et qui seront dans les campagnes d’une utilité directe : les enfants utiliseront plus tard les connaissances qu’ils acquerront à ce sujet ; les parents utiliseront immédiatement ces notions que leurs enfants, avec leur besoins naturel de parler, ne manqueront point de leur transmettre.
- 2° La collection de toutes les plantes qui composent la flore de la commune.
- Cette collection sera aisée à recueillir. Chaque élève apportera telle ou telle plante qui lui aura été demandée par le maître. Quant aux plantes dont les élèves ne connaîtront point les noms, l’instituteur devra les recueillir lui-même. Ces plantes devront être classées par familles naturelles, et il sera bon de suivre pour cette classification la méthode la plus simple, par exemple celle de L. de Jussieu.
- Toutes les plantes herbacées pourront être réunies en un herbier et classées en même temps par familles ;
- Les plantes ligneuses, arbres et arbrisseaux, ne pouvant faire partie de l’herbier, on se contentera d’en prendre une branche spécimen et de la classer à sa place ; il sera bon de prendre des branches d’une grosseur suffisante pour pouvoir faire i’étude des bois au moyen de coupes : la coupe transversale oblique servira à l’étude des divers tissus cellulaire, ligneux ou vasculaire, en même temps que des diverses enveloppes concentriques dont se compose l’écorce; la section transversale droite servira à étudier les pores, les lacunes, les rayons médullaires, lebois, l’aubier, etc.; la section longitudinale facilitera l’étude de la moelle, des fibres ligneuses, etc.
- A cette étude des plantes on ajoute quelques détails touchant leur culture, leur inflorescence, leur fructification et leurs emplois divers dans l’agriculture, l’industrie et le commerce.
- 3° La collection de toutes les roches et terrains qui se rencontrent dans la commune
- Les terrains argileux, calcaires, siliceux, etc.,
- (t) L’espoir du profit contribuera puissamment au développement du sentiment.
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- Le devoir
- ainsi que, roches seront distingués et classifiés.
- On pourra même les analyser d’une manière pratique et approximative, et calculer la nature et la proportion de leurs divers éléments.
- Cela fait, le champ d’études s'élargit, et l’on peut enseigner quelles plantes conviennent le mieux à chacune des terres;
- La manière d’amender les terrains selon que l’on veut les disposer à recevoir telle ou telle culture ;
- La manière de les drainer selon leur composition, eto.
- A cette étude se joindra naturellement celle «les engrais animaux, végétaux, minéraux ou mixtes, de leur usage, et de leur appropriation aux diverses terres,
- 4° Les fossilés d’animaux ou de plantes qui ont antérieurement existe dans la commune
- Bans certaines communes ces fossiles ne sont pas nombreux, mais dans d’autres ils abondent ; il serait honteux que dans celles-ci les élèves ignorassent tout-àfait et leur origine et la manière dont iis ont été formés Quelques explications sommaire là-dessus suffiront.
- A cette collection on pourrait joindre les antiquités que l’on trouve dans la commune : silex polis de Vâge de la pierre, débris de l’époque gauloise, de l’époque Gaîlo romaine, médailles ou monnaies pouvant servir à caractériser une des époques de notre histoire nationale, etc. Les enfants seraient très* attentifs à ces leçons de choses
- 5° Autant qu’il sb pourra le dessin ou la collection
- DES ANIMAUX VÉGÉTAUX OU MINÉRAUX QUC 1&S élêVGS
- sont appelés à voir dans le courant de leur vie. cl
- qui sont hors de la commune.
- Cette collection ne sera pas la moins attrayante. Il est en outre convenable que les élèves dépassent un peu les limites de ce que renferme leur commune afin que plus tard, pour un mince déplacement, ils ne se croient point dans un monde nouveau.
- 611 tin spécimen des principales matières premières qui font l’objet du commerce.
- Les enfants doivent être habitués de bonne heure à distinguer et apprécier les divers produits que l’industrie approprie à nos besoins et à connaître l’origine de ces objets, leur composition élémentaire et leur utilité. De même pour les diverses graines des céréales, et en générale pour toutes les graminées ; pour les diverses autres produits dont on se sert dans une communes rurale, tels que soufre, poivre, café sel gemme ou sel marin, etc., etc.
- Les enfants, qui aiment beaucoup à voir les choses dont on leur parle, seront beaucoup plus attentifs <i une leçon où l’on fera passer entre leurs mains les choses dont il sera question.
- On profitera de la possession de ces diverses matière pour exposer la manière dont les hommes se les communiquent.
- 7° Un spécimen des principaux tissus fabriqués par l'industrie.
- Il sera peu cohteux de se procurer un échantillon de presque tous les tissus en usage dans la commune ou dans les environs, rouenneries, draps, indiennes, etc. Sur chacun de cos tissus l’on pourra donner avec fruits des explications détaillées, A propos d’indiennes, par exemple, on pourra expliquer les divers modes d’impression des étoffes, la formation des diverses couleurs, etc.
- 8° Un desdn ou modèle très-réduit de divers petits instruments ou petites machines journellement en usage dans les campagnes, ou servant à expliquer diverses classes de phénomènes.
- Cette dernière partie sera la plus attrayante pour les enfants. L'instituteur pourra fabriquer plusieurs petits appareils qu’il fera ensuite fonctionner pendant le temps consacré aux leçons dû choses. Le siphon, le jet d’eau, la balance avec ses. modifications diverses, les trois sortes de levier avec les forces diverses d’un bras de levier selon sa longueur, la boussole, la pendule, etc., trouveront place dans, cette collection et fourniront non-seulement la facilité M varier les leçons, mais encore les moyens d’en graver le souvenir dans l'esprit.
- Ici se présentera naturellement l’occasion de parler des machines et de feur influence sqf le développement de l’humanité.
- Les surfaces et les formes géométriques pourront aussi être représentées : les premières par de petites figures en tôle, en fer blanc ou en carton sur lesquelles on aura indiqué les mesures a prendre pour la détermination des surfaces ; les secondes par des solides en bois, ou mieux encore en carton, afin d’en pouvoir étudier le développement.
- Tel est le plan proposé par M. Gazais, et ce plan mérite l’examen car il est l’œuvre d’un praticien que nous ne saurions qu’encourager de toutes nos forces dans l’œuvre qu’il a entreprise.
- Nous pensons cependant qu’il y aurait avantage à ce que cette idée de M. Gazais puisse être fondue avec celle de M. Groult, en leur donnant à chacune plus d’étendue. Ce que nous voudrions voir, ce sont des musées communaux.
- Nos idées à cet égard feront l’objet de notre prochain article. B. C.
- PROTESTANTISME. ET CATHOLICISME
- Monsieur le Directeur du Devoir,
- Bans le dernier numéro de votre excellent joupnab vous parlez des efforts tentés par quelques pèf^ sonnes, en Belgique, pour pousser ce pays dans lf< giron du protestantisme* Permettez à up Belge ^ vous répondre quelques mots à ce sujet.
- Ce mouvement, qui dure depuis pjus de cinq n’a pas encore abouti à une, centaine de conversion^’ Dans up pays de cinq millions d’âmes, c’psj; à J0 près l'équivalent d’une goutté d’eau dans rimmehSi-de l’Océan. Quelles sont les causes d’un tel avort6" ment ?
- Nous pourrions nous borner à répqndfa gpe Ie n'en est plus aux conversions, qu’il n’a nu|lp. pflY# de rétrograder vers un passé à jamais détesté) pêf son idéal n’est plus derrière lui, majs en avant.
- L'entreprisede§ libéraux conservateurs, c^ppchafil1 de nouveau une issue aux ^olujûpm qui s’ifpposfiîlt k la conscience publique dans une croisade fayéSl
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- du protestantisme, n’a séduit personne. La Belgique intelligente résiste à des vues qui diviseraient misérablement ses forces, alors qu’elle a besoin de tous les hommes de cœur pour triompher. Elle veut aller droit à l’avenir. Ce qu’elle demande c’est que partout l'école laïque s’élève en face de Y église épiscopale, c’est que partout la science morale s’affirme en face du sentimentalisme ultramoraU La science veut la vie de l'intelligence, du cœur, du corps dans leur complet épanouissement sous le radieux soleil de la justice sociale. Vultramorale demande à l’homme le détachement de son intelligence, de son cœur et de sa volonté de toutes les choses de ce monde,au profit du clergé qui se garde bien de mettre en pratique ce qu’il enseigne. Entre ces deux voies, le monde moderne ne saurait hésiter .
- La France, elle aussi, toute brillante qu’elle se rencontre au soleil, a cependant des parasites qui lui dévorent le flanc. Comme la Belgique, mais à un degré moindre, l’ultramontanisme l’enserre. Mais est-on bien sûr qu’une conversion au protestantisme la sauverait ?
- En Belgique, nous ne le croyons pas. Ce que nous voulons, nous, ce n’est pas de retourner à ce passé qui pèse encore sur la multitude. Ce que nous voulons ce sont des écoles 1 Là, là seulement, est le salut.
- Nous demandons qu'un budget de la guerre ne puisse nous coûter annuellement 50 millions qu’à la condition de pouvoir en consacrer 100 à l’instruction. Nous demandons que l’instituteur de nos enfants Puisse être assez indépendant pour pouvoir enseigner la science réelle et non la science falsifiée des Lori-quet de toutes robes. Nous désirons que cet instituteur soit au moins l’égal du prêtre ou du bourgmestre de son village. Nous demandons que le prêtre n’ait Plus accès à l’école émancipée . Nous désirons enfin que l’on s’occupe sérieusement du sort des classes nécessiteuses qui supportent le fardeau du labeur social.
- Là est le suprême idéal des hommes de cœur et de conscience en Belgique. Ces semences jetées en terre, le soleil de la justice leur fera porter tous leurs fruits. Là, doit so trouver le vrai mouvement national et non dans une factice agitation protestante qui, divisant et paralysant nos forces, ne ferait qu’égarer l’opinion et nous préparer de la part de l’ultramontanisme une défaite qui lui permettrait de river à notre cheville des fers indestructibles.
- Thil-Lorrain.
- A propos de la lettre qui précède, nous devons dire ,que si « le Devoir » croit utile de signaler le mouvement des idées religieuses, c’est parce qu’à ses yeux
- ces Idées couvent pour l’avenir de grosses questions sur lesquelles il y aurait danger de rester indifférent et de ne pas chercher à faire la lumière.
- Avant toute chose, nous sommes des amis de la tolérance et de la liberté de conscience; nous respectons toutes les opinions sincères ; nous ne voulons jeter la pierre à personne, pas même à nos adversaires. •
- Le Devoir "ne veut pas se faire le champion des formes religieuses vieillies, mais cela n’empêche pas de voir et d’analyser les vues des penseurs intelligents qui s’occupent des idées religieuses : de la libre discussion jaillira la lumière. Le sentiment public saura tirer les conclusions.
- Quant à nous, nous professons que la religion de l’avenir doit être plus large que tous les cultes qui se partagent aujourd’hui le monde. La véritable religion doit unir dans un même faisceau les intérêts vivants de l’humanité, avoir pour base la science et la vérité et non des opinions contradictoires.
- Il faut que l’homme pénètre d’une façon définitive les secrets de ses destinées futures. Il faut par l’étude et l’observation des phénomènes psychologiques arriver à la constitution de la science de la vie; .c’est à cette condition que les croyances générales seront assises sur une base définitive.
- Jusqu’à ce qu’ü en soit ainsi, il n’y aura de religion que le nom. Les opinions religieuses et les formes actuelles des cultes seront impuissantes pour amener la société moderne à des vues et à des idées véritablement religieuses. L’homme restera incertain sur son présent et sur son avenir ainsi que sur les devoirs sociaux qu’il doit pratiquer . A.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- Du voyage du comte Schouvaloff, des espérances pacifiques que ce voyage a fait naître, est-il vraiment bien nécessaire de parler encore? N’est-ce pas perdre son temps que de chercher à tirer les plus grosses conséquences des faits les plus insignifiants*? Nous voulons la paix, nous devons travailler dans la mesure de nos forces à prévenir ce choc dont le contre-coup pourrait se faire sentir fort loin du théâtre même de la guerre, mais il ne dépend pas de nous de faire que l’Angleterre et la Russie û’aient en Orient des intérêts diamétralement opposés, et ce ne sont point les pérégrinations d’un diplomate, si autorisé, si conciliant qu’on le suppose, qui auront raison de cet antagonisme.
- Nous avons encore grand besoin de nous habituer en France à aller au fond des choses, à juger une situation, non d’après les incidents sans portée, mais par l’étude approfondie des éléments essentiels qui en constituent le caractère. Si nous voulions appliquer ce critérium à la Question d'Orient, nous nous éviterions les énervantes alternatives de crainte et d’espoir par lesquelles nous passons depuis tantôt trois mois.
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- A l’étranger, le gros événement de la semaine est la tentative d’assassinat dirigée centre l’empereur d’Allemagne. Toutes les informations s’accordent jusqu’ici à considérer cette tentative comme la conception purement individuelle d’un pauvre homme dont la misère et les privations avaient à la fois surexcité l’imagination, et affaibli l’esprit. Il appartenait, dit-on, à une secte socialiste assez obscure. Certains journaux partent de là pour insinuer que l’assassinat politique est inscrit dans tous les programmes socialistes.
- Nos très-chrétiens adversaires n’oublient qu’une chose, c’est que, hostile par principe à la peine de mort alors même qu'elle est prononcée par un tribunal enveloppant son arrêt de toutes les formes légales, nous ne saurions l’admettre davantage lorsqu’elle émane du cerveau malade d’un fanatique. L’histoire, d’ailleurs, nous a suffisamment appris qu’un crime ne profite jamais ni à un parti ni à une cause. Cette raison, à défaut.d’autres, nous autoriserait à repousser les sottes calomnies dont le drame de Berlin vient d’être le prétexte.
- La Commission du budget s’est constituée. Elle s’est rajeunie par l’élection de onze députés nouveaux, mais elle a nettement affirmé l’esprit qui devait inspirer ses résolutions en réélisant à l’unanimité pour président M. Gambetta. A celte occasion, la presse dite conservatrice a très-vivement reproché à la gauche d’avoir systématiquement exclu de cette commission les membres de la minorité. Ce reproche n’est point fait pour nous toucher. L’examen du budget, l’étude des questions économiques qui s’y rattachent si intimement, le contrôle sévère les dépenses projetées, c’est là une oeuvre sérieuse exigeant de ceux-là qui s’y doivent consacrer le calme, la réflexion, la discussion sans passion, sans parti-pris de tous les problèmes soulevés, et ne comportéet nullement les interruptions tapageuses qui troublent trop souvent les séances publiques de la Chambre. S’il plaît aux légitimistes, aux bonapartistes et aux quelques orléanistes honteux qui composent la minorité de se poser en adversaires irréconciliables de la République, libre à eux; mais on nous accordera que les républicains seraient au moins naïfs s’ils fournissent eux-mêmes les verges pour les fouetter. Avec une opposition purement gouvernementale, soucieuse de la dignité du Parlement, on est tenu à des égards; avec une opposition conslitution-jielle, rêvant seulement le renversement de Tordre de choses établi, ne reculant devant aucun moyen pour rendre stériles les travaux ;de la majorité, il est légitime il est nécessaire de frapper la minorité d’impuissance.
- Du reste, il semble que les Droites elles-mêmes aient tenu à justifier l'ostracisme dont elles se plaignent. Quand le président de la Chambre, annonçant la douloureuse nouvelle de la mort du colonel Donfert Rochereau, crut devoir rendre un éclatant hommage à l’héroïque défenseur de Belfort, les Gauches furent unanimes à applaudir; — les députés de l’opposition gardèrent un silence glacial. Ainsi, ils ne désarment même pas devant la mort; ils ne veulent point oublier un instant l’adversaire politique — qui n’est plus, cependant — pour se souvenir du vaillant Soldat grâce auquel, au milieu de tant d’humiliations, nous avons pu inscrire une page glorieuse dans notre histoire 1 A.- Ballue.
- TRAVAUX DES CHAMBRES
- Les travaux de la Chambre des Députés ne présentent toujours pas un bien vif intérêt. Les invalidations se
- continuent et amènent toujours les plus tristes révélations. Il est évident que les hommes du 16 mai n’ont reculé devant rien pour arriver à leurs fins et que certains des procédés employés par eux dépassent tout ce qu’il était permis d’imaginer. Un interpellation diplomatique présentée par un député de l’opposition a permis à M. Waddington de faire une déclaration patriotique qui a réuni toutes les sympathies. Un incident a été soulevé comme toujours à la confusion des bonapartistes. Pour-’ quoi ces Messieurs tiennent-ils tant à rappeler cette anjiée 1870 devant laquelle ils se sont si honteusement conduits. M. Louis Blanc a déposé mardi un projet de loi portant abolition de la peine de mort. Nous reviendrons sur ce projet.
- Au Sénat, le projet de loi de M. de Freycinet a été voté tel quel, malgré un vrai déluge d’amendements, de mo-: tions et d’articles additionnels proposés, 71 sénateurs seulement ont voté contre. Ainsi, même au Sénat, l’opposition à la République se reconnaît vaincue. E. C.
- PROTECTION ET LIBRE ÉCHANGE
- Le journal l'Industrie, organe français des protectionnistes, prend à partie un de nos confrères, le Progrès de VEsty&n lui prêtant des opinions qui sont non pas les siennes mais les nôtres. Il est donc de notre devoir de reproduire l’article de XIndustrie et d’y répondre comme il le mérite.
- Voici l’article en question :
- Le Progrès de VEst, qui se publie à Nancy, invite les chambres de commerce et les chambres consultatives de sa région à se prononcer en faveur des traités de commerce et à réclamer l’abaissement de nos tarifs douaniers. Ce journal nous permettra de lui dire qu’il est fort mal inspiré et que, si ses conseils étaient suivis, les chambres de commerce et les chambres consultatives auxquelles il s’adresse serviraient bien mal les intérêts des producteurs de la région.
- Que deviendraient les métallurgistes de Longwy, par exemple, s’ils étaient mis en concurrence avec les produits similaires de l’Allemagne et du Luxembourg sans aucune compensation ? Seraient-ils en mesure de lutter et toute la métallurgie de Meurthe-et-Moselle ne serait-elle pas promptement ruinée ? Elle est djà dans une situation fort délicate, désire-t-on augmenter ses embarras ?
- Il y a aussi des manufactures de coton dans Meurthe-et-Moselle. Elle sont littéralement écrasées par - la concurrence étrangère. Leur détresse n’a d’égale que celle des filatures d’Alsace qui sont aux abois et que l’Empire d’Allemagne se propose de protéger plus efficacement eu élevant le tarif de 15 centimes qui est dérisoire.
- En Allemagne, en Suisse, en Autriche-Hongrie, les fameux principes de la libre concurrence ne sont plus en honneur. Partout on élève ou on se propose d’élever les tarifs douaniers.
- Très préoccupé des intérêts du consommateur, notre confrère oublie que toutes les réductions de taxes douanières opérées en 1860 ne nous ont pas donné la vie à bon marché, bien loin de là. Ces réductions ne profitent qu’à l’intermédiaire et elles ruinent le producteur et l’ouvrier. La concurrence à
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- outrance, la concurrence à tout prix, finit toujours par retomber sur l’ouvrier dont on réduit les salaires.
- Mais, dit-on, Tarare, Saint-Pi erre-les-Calais, Saint-Etienne veulent avoir des filés à bon marché ; ces filés sont leur matière première. 11 n’y a pas de produit qui ne soit la matière première de quelqu’un.
- Si le fil est la matière première du fabricant de tulle, le tulle est la matière première des couturières, modistes et autres qui s’en servent ; si on ne protège Pas le fil,pourquoi protégerait-on le tulle ; pourquoi des droits sur les confections, qui sont la matière Première du détaillant ? Pourquoi des commis-voyageurs anglais ne se substitueraient-ils pas à nos commis-voyageurs français — et cela a déjà lieu — et be viendraient-ils pas offrir directement aux consommateurs des pantalons, des robes,des chemises qu’on expédierait de Londres, comme les grands magasins du Louvre expédient à domicile ? Il n’y a même pas déraison pour que les magasins parisiens, qui écrasent déjà la province, ne soient remplacés pajp des bazars anglais, — Old England opère ainsi — bazars fiui supprimeraient non-seulement nos usines, mais hos tailleurs, nos cordonniers, nos modistes, nos petits commerçants de toutes sortes,nos boutiquiers et bos négociants.
- Alors en France il n’y aurait plus que des consommateurs.
- Reste à savoir s’il est possible de consommer sans Produire et si tous les Français peuvent devenir des rentiers oisifs, uniquement préoccupés de donner des commandes aux fournisseurs anglais.
- Si c’est là un état de choses qui puisse sourire à botre confrère s’il pense que les ouvriers qui travaillent dix ou douze heures par jour pour gagner de quoi faire face à leurs bssoins n’ont qu’à abandonner leur salaire aux ouvriers anglais ; s’il croit fiuele commerce, grand et petit doit disparaître de-|ant le commerce étranger, qu’il continue à réclamer le libre échange absolu. Les anglais lui en sauront gré.
- ^.Mais surtout qu’il commence par obtenir de Saint-^erre-les-Calais, de Tarare et de Saint-Etienne, fib’on dégrève de tous droits l’entrée des rideaux étrangers des mouchoirs et rubans.
- En réalité tout cela n’est pas sérieux. Les viticul-“®iirs libre échangistes pour les cotons sont protec-honnistes pour eux, et aussi les fabricants de mou-buoirs. On ne demande le libre échange que pour son y°isin, et si les grands pouvoirs publics imposaient le libre échange à tout le monde, la France serait ruinée.
- Suivons donc l’exemple de l’Italie, l’exemple de la bisse, l’exemple de l’Autriene-Hongrie, l’exemple bbe nous donnera demain l’Allemagne et celui que :?0bs ont donné les États -Unis. Renonçons à nos chi-®eres de 1860, aux utopies de l'Empire. Les Vosges ^ Meurthe-et-Moselle s'en trouveront bien,
- Ee Progrès de VEst n’a pu répondre complètement il est partisan non pas, comme le dit Y Industrie^ e ^abaissement des tarifs douaniers, mais seule-
- ment du, statu quo. Pour nous, qui ne considérons 1ms le statu quo comme suffisant, nous tenons à ré-l^hdre à Y Industrie.
- Et d’abord nous avons publié dans notre N° 7 des Offres officiels que l’on n’a pas réfuté parce qu’ils s°bt irréfutables et qui prouvent que les affirmations
- de MM les Protectionnistes au sujet de la concurrence étrangère sont de simples efforts d'imagination.
- Quand aux exemples tirés des tendances actuelles de l’Allemagne, de la Suisse et de l’Autriche-Hongrie elles prouvent seulement que Y Industrie n’est pas bien au fait de ce qui se passe dans ces pays. Aucune décision protectionniste n’a été prise jusqu’ici par l’un ou par l’autre de ces trois États ; nous n’ignorons pas que les commissions chargées d’examiner ces questions ont des tendances protectionnistes, mais VIndustrie ne doit pas ignorer que la majorité de la presse suisse et autrichienne s’élève contre ces tendances; en Allemagne la presse est divisée et personne ne saurait dire quel parti l'emportera. Le principal argument des protectionnistes d e chacun de ces 3 pays est précisément l’exemple de la France, Dans chacun d’eux il est question de hausser pareeque la France haussera.
- Les protectionnistes de ces pays ont grandement l’air de s’ètre entendus et nous pourrions dire avec La Fontaine:
- Je soupçonne dessous encore quelque machine.
- Admettons même qu’il n’y ait pas de compères.
- En résulterait-il que la chose fut bonne parce que d’autres pays font ai nsi.Encore faut-il se demander s’ils ont raison de le faire. Nous sommes seuls ou à peu près à vivre en République; le fait que nos voisins savourent les bienfaits de la monarchie comme nous les avons savourés nous-mêmes, est-il suffisant pour nous engager à renier la République? — Mais passons. Les réductions douanières opérées en 1860 ne nous ont pas donné la vie à bon marché, dit Y Industrie.
- Mauvaise appréciation, cher confrère. Il est élémentaire que l’on ne peut juger sainement une modification économique qu’en tenant compte des conditions dans lesquelles elle se présente et des modifications qui peuvent se produiront dans ces conditions. C’est là ce que Y Industrie a soin de ne pas faire dans la question en litige .
- Evidemment la vie est plus chère en 1878 qu’en 1859. Mais la valeur de l’argent est-elle la même ? Ce renchérissement est-il un fait local ? Demandez à l’étranger si le prix de toutes choses n’a pas augmenté chez lui durant ces 19 ans. Or, une élévation de prix lorsqu’elle est générale et non pas localisée ne peut venir que d’un abaissement de la valeur relative du numuraire.
- C’est 1 abôcé de l'économie politique.
- Autre observation.
- La vie est plus chère en 1878 qu’en 1859, mais les salaires sont plus élevées, 11 faudrait que notre con-
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- frère prouvât que l’augmentation du prix de la vie a été plus importante que celle des gains.
- Enfin il y a une troisième condition de modifiée entre la position de 1859 et celle de 1878. h'Industrie a peut être oublié à tel point que nous soyons forcé de lui en rafraîchir la mémoire, elle a peut être oublié, disons-nous, que l’empire a été d’une probité financière induscutable, d’une économie que personne n’oserait mettre en doute, et qu’il a couronné l'édifice, — c’est le terme consacré par une charmante petite guerre qui n’a changé absolument en rien la position économiquede la France. Puis est venue la Commune qui afa.itréaliser,elle aussi,defort notables économies. Enfin les deux régimes dits de l'ordre moral ont donné aux affaires une activité sans égale. Il est évident que de si futiles bagatelles n’ont pu changer le prix des choses et que si la vie est plus chère en 1878 qu’en 70, c’est la faute des traités de 1860.
- Nous pourrions même ajouter que le nouveau régime militaire qui enlève pour 5 années consécutives les meilleurs bras de l’industrie et de l’agriculture n’est pas fait non plus pour faciliter la production.
- Enfin l’opposition mise en maintes circonstances par les grandes compagnies à l’exécution de lignes de chemins de fer indispensables à la prospérité des industries françaises, (opposition qui s’est produite à l’époque même où les autres pays multipliaient le plus possible leurs voies de communication) n’a pas été non plus sans influence dans l’économie généra’e du pays.
- Rappelons encore l’Assemblée nationale sous l’influence de M. Thiers nous a dotés de lois économiques absurdes dont les conséquences commencent à se faire sentir.
- Ce premier pas de retour aux errements protectionnistes a paralysé net la prospérité croissante de la France. En présence d’un si beau résultat dans le présent on peut prévoir quelles ineffables jouissances la protection nous réserve pour l’avenir. Le travail ne nous embrassera plus. Nous pourrons nous croiser les bras et ronfler comme des chanoines. Par malheur, nous pourrions bien avoir peu de chose â nous mettre sous la dent.
- Mais objecte Y-Industrie, la concurrence finit toujours par retomber sur l’ouvrier dont on réduit les salaires. D’abord, le jour où les ouvriers s’entendront pour qu'on ne réduise pas le salaire, on ne pourra pas le réduire. Ensuite nous ne voyons pas que des réductions de cette nature se soient fréquemment produites depuis 1800. C’est au contraire plgs ançienneinqnt qq’plles avaient lieu à de courts intpryallqs; dqpaut le règne de Lotns-Philippe on
- réduisait à chaque instant ; les ouvriers de Lyon en savent quelque chose.
- Terminons l’examen de l’article de 1 Industrie en la prenant en flagrant délit de contradiction.
- Après nous avoir affirmé que les traités de 1860 n’ont servi qu'aux intermédiaires, notre .cher confrère se plaint des grande magasins du Louvre qui expédient à domicile. Il faudrait cependant s’entendra. Condamnez l’intermédiaire au profit des grands établissements ou bien condamnez les grands établissements au profit de l’intermédiaire mais au nom. du ciel et de la logique ne les confondez pas dans yos anathèmes.
- Ed. Ciiampury,
- .c M-rjÿÿoç»*,
- LA FILLE DE MON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mmo Marie IIOWLAND
- --—OMMO—
- (Suite.)
- ( Voir iV0B 4 à 40)
- Chapitre VII
- Les entreprises commerciales de DaU‘
- Oakdale était, il y a quelques années un village,de lancien système bâti autour de la traditionnelle maison commune i laquelle faisaient face deux tavernes; plusieurs magasins, une imprimerie, queh-ques habitations plus ou moins élégantes, et l’église | Congréganiste, formaient les autres côtés du quadrilatère. Les méthodistes avaient leur temple dans une rue de moindre importance; les universalistes, qui pendant un temps tenaient leurs assemblées dans la maison commune, avaient porté ailleurs leurs jjénates pour complaire aux goûts, peut-être même aux préjugés, des citoyens, car l’église Universaliste n'était pas populaire à Oakdale, ses prédicateurs n'avaient de succès, comme disait le docteur, quo parmi la population flottante et ceux qui refusaient obstinément de s'affilier à une secte quelconque.
- M. Forest allait quelquefois dans cette église l'mpo-pulaire, mais sa femme était un des plus fermes piliers de l’église Congréganiste, la seule à ses yeux qui peut prétendre à une véritable respectabilité.
- Avec le temps, Oakdale éprouya des changements merveilleux, et environ deux ans après l'entrée de Clara à Stonybrook le petit village, éveillé à une vie nouvelle par le passage d’un chemin de fer, était de-yenu pn centre manufacturier très-important, et s’était transformé eji une véritable ville avec deu*
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- journaux, trpis grandes rues pavées et plusieurs trot tojrs dallés e» briques.
- Les affaires du docteur ont participé à l'améliora-tion générale et l’âme de madame Forest se délecte dans les mide soucis que lui inflige la satisfaction, maintenant possible, de son ambition sociale. Les jumelles sont deux grandes filles, elles vont à l’école commune. Leila prenant pour prétexte son droit d’aînesse, (elle est née une heure peut-être avant sa sœur), mène Lipnie par le bout du nez ; elle est jolie et égoïste, et par conséquent un tyran.
- Ces peux sœurs n’ont cessé de quereller depuis leur berceau, cependant le lien qui les uqit,quoique moins palpable que celui des frères siamois,n’est pas moips très réel et très-fprfc, et si elles se trouvent séparées un jour seulement, elles languissent d’ennui, ce qui pe lps empêche pas de disputer qussitôt réunies et ipême quelquefois de se prendre aux cheveux. Oh ces jumelles I Bien souvent Dinah avait pris Dieu à témoin que la nature s’était épuisée â produire leurs corps et qu’il n’était rien resté pour leurs âmes. Cela n’est pourtant pas la vérité, du moins quant à Linnie qui, dans ses bons moments, montre'un caractère cjpqx, affectueux et obligeant.
- ha fqmijle Dijtes s’est évanouie, nul ne sait où elle p passé et pn pe s’ep squcie guère. La papvre Susie, abapdonnép pay ses parents dpn§ la vieille maison où elle est née, n’a plus à compter que sur elle-même. Un jour lq doptppr la trouva pleurant sur spn vaurien de fyèrq qui ayait, disait-on, de bonnes raisons pour ne pas reparaître 4 O.akdale.
- D.’apprd M- Forest lui enjQigpit de sécher ses lar-Ùlps et dq se confier 4 lui comme à un arni. Cette bonté affectueuse toucha le cœur dp Susie et elle avoua au cfoptppr qpe piadapieDykes était seulement sa belle-ipère et qpp Jipi n’était en rien son parent. P,P,ppis jopgteipps Susie avait perdu qon père, victime déplorable del’ivrognerie, et le sortdelapauvrejeune dlle.abandonnée était misérable â l’c^trprpe. Malgré Cela pllq éprppvajt une réppgnapcp (lont elle ne révéla pqs lps pauses, 4 quitter la vieille majsoii pour suivre le qpcteup chez lui. — À la fin pe|uj-ci la décida.
- pp prijnq-abord Madapie Fpyest ne put prends epq parti <}e la faqoq d’agio du dppteur. « || n’y avait que Juj ”» d^alt-pljq « Ppuy avqir dqs Idées apssi extravagantes », cependant elle pp tardq pas 4 apprécier les services que Ipi rendait Susie, et l’asile teipporalre qpe je docteur ayqjt Pbtepp de sa femme POpr |a jeune fjlle çtevipt peu à peu upe (jeineare permanente. Pour celle-ci |a piaison Forest était up U}ppç!e pouyepp et meilleur, et cojnrqp eijç ajmait |)an Pyep tqpte |a foype de son cœur, et qpq que tout pp gui
- touchait à son idole était sacré 4 ses yeux, elle servait la famille du docteur pvec une entière dévotion.
- Cependant Dan ayait quitté pour plusieurs semaines la maison de son père; mais bien qu’il .en eut prévenu sa mère quelques jours auparavant, elle avait-refusé jusqu’au moment du départ de le erpire capable d’une semblable chose et cet abandon lui causait une peine extrême-
- Depuis longtemps madame Forest avait été forcée de renoncer aux rêves quelle avait conçus pour son fils. Il ne s’appliqua jamais à l’école mais ne manquait pas d’attribuer son mauvais rang soit 4 Impartialité des professeurs, soit â de circonstances indépendantes de sa volonté. Dès son jeune âge Dan avait toujours été passé maître dans l’art de trouver des faux-fuyant et des excuses et il les débitait d’un ton insinuant et vif, et avec un regard si franc qu’il ne manquait jamais de tromper les étrangers.
- Ses prqjets d’avpnir étaient aussi nombreux que les jours de l’année ; à une époque il voulut être bijoutier; son père lui prqcura une position avantageuse dans laquelle il avait toutes facilités pour apprendre cette profession ; mais au bout de huit jpurs il abandonna la partie. Il en fut de ipême avec quantité d’autres plans. A la fin M. Forest fut .complètement découragé par l’inconstance d,e soq fils; mais if ne sq plaignit pas, sahant bien qu’il était aussi Impossible à f)an de changer son caractère, qu’ag léopard de changer ses mouchetures.
- Lors du départ de son fils, le dqcteur cherchait à relever l’esprit de madame Forest et 4 lui persuader qu’il était bon que pan essayât de se tirer seul d’affaire, que du reste i| reviendrait à coup sûr le jour où on l’attendrait le paoins.
- Cette prédiction ne manqua pas de se réaliser ; un beau matin, — “ abomination de la désolation, *» — Dan arriva avec une voiture de colporteur et, entrant dans la maison avec son sans gêne habituel, il vint réclamer la clientèle de sa mère pour son magasiq ambulant et varié. A ce spectacle, madunie Forest faillit s’évanouir, et Dap se divertit beapcqup de sop effroi ; |1 goûta mpins la façpn dont soit père l’accueillit. « Mo» garçop, » dit lp dpeteur, * je serais plus heureux dp te voir un colporteur hopnête, qg’u» malhonnête homme d’état. »
- pes piots sohnafept ipûl aqx qyeijles de Dan qpi ne pouvait se persuader que toqte rqfptjitipq dp spn père pour lui se borqdt 4 juj voir pourjr la cqjppagpe en colportanj; dqs mqrmjtes de fpr bjqPP éf <|p 1$ cerie |... Jtieq eqpore pavait si yivemeqt piqué Spn amour-proprq, que jes paroles jlp SQJ> pèyp, ajisgq, pour toute réponse, senpt-i| 4 Hfllpr eqfrq sps fjents-
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- LE DEVOIR
- Le groupe rassemblé alors dans le grand salon de madame Forest, formait un tableau pittoresque : Le docteur, assis au coin du feu, fumant sa pipe de terre, Dan brillant de force et de santé, bruni par ses longues courses au grand air, debout, la cravache à la main, les pantalons dans les bottes ; madame Forest, suspendue au bras de son fils, exprimant à la fois dans son attitude, le ravissement de le retrouver si beau, et la peine de le voir si insensible à sa tendresse, — tendresse si grande, qu’elle n’avait pas remarqué la choquante façon dont les bottes de son fils étaient arrangées ; cet ensemble aurait tenté un peintre.
- Cependant Dan se déroba le plus tôt qu’il pût aux caresses de sa mère, car, ayant entretenu avec Susie une correspondance aussi assidue que son existence errante le lui avait permis, il savait qu’il y avait quelque part dans la maison « un objet plus attrayant. » Madame Forest voulut lui faire apporter quelque chose pour se restaurer, mais il déclara qu'il préférait aller à la cuisine où Dinah lui donnerait tout ce dont il avait besoin, et sa mère, à qui la pensée de Susie ne vint pas à l’esprit, sans quoi elle aurait probablement suivi son fils, le laissa aller.
- Madame Forest aurait bien mieux encore suivi Dan si elle avait su que Dinah était dans la grange, ardemment occupée à chercher des œufs.
- Susie était donc seule, et la rencontre,de la part de Dan au moins, fut très-démonstrative, il saisit la jeune fille dans ses bras, et son étreinte passionnée la rendit à la fois heureuse et malheureuse; heureuse, parce que de cette façon, quoique un peu rude, Dan prouvait son affection pour elle ; malheureuse, parce qu’elle craignait que son amour pour lui ne vint à être découvert, si quelqu’un apercevait ces tendres démonstrations.
- Un bruit de pas fit lâcher prise à Dan et Susie, qui dans son ravissement d ’être avec le seul être au monde qui l’aimât, était trop émue pour savoir ce qu’elle faisait, apporta au jeune garçon une assiettée de biscuits de mer et se mit à le contempler avec admiration pendant qu’il les faisait craquer sous ses dents blanches, opération qu’il entrecoupait de nombreux baisers. Puis, apercevant Dinah qui arrivait, Susie se sauva dans l’offee pour cacher la rougeur indiscrète de ses joues.
- « Dieu vous bénisse» s’écria Dinah.* Je savais bien que vous reviendriez ».
- « Vous pensiez que je ne pouvais pas plus me perdre qu’un mauvais sou, n’est-ilpas vrai, Dinah?....
- Susie,» cria-t-il, « si vous voulez que je mange encore de ces biscuits, apportez moi du café ou une baguette à fusil pour les faire descendre ».
- « Pour l’amour de Dieu, Monsieur Dan, » reprit Dinah « qui vous a servi une pareille drogue? » et la vieille négresse le fit asseoir et plaça devant lui toutes les friandises qu’elle pût trouver. Un instant après Susie rentra et reprit son travail sans avoir l’air de se douter de la présence du jeune homme, mais Madame Forest qui ne tarda pas à descendre remarqua l’animation de son teint et pensa que Dan y était bien pour quelque chose, aussi lorsque celui-ci refusa de mettre son char-à-bancs de colporteur dans la remise et manifesta son intention de partir sans délai, sa mère n’insista pas pour le retenir; évidemment, depuis que Susie faisait partie de la maison, Dan était mieux dehors.
- Madame Forest obtint seulement de son fils une audience privée après le départ du docteur, et là elle lui parla deses devoirs religieux et sociaux, le supplia d’abandonner le colportage qui était un métier bien au-dessous de ses talents, et par dessus tout lui recommanda d’éviter les liaisons avec les gens du commun. Quoique sa mère n’aborda pas directement le sujet qu'elle avait sur le cœur, cependant Dan comprit bien ce qu’elle voulait dire par « gens du commun. » Aussi t tout en recevant son *> sermon » avec une attitude passivement résignée, l’avait-il trouvé grandement ennuyeux, et ce fut avec un vif plaisir qu’il monta sur son char-à-bancs et partit en envoyant à la dérobée un baiser à Susie qui le guettait par la fente d’un rideau.
- Jamais Dan n’avait mené une vie aussi libre,et ses aventures réjouissaient fort Susie à qui il écrivait sous un nom supposé Peu de temps après il abandonna le colportage et devint serre-frein sur un chemin de fer. Cette position combla ses vœux pour un temps, mais il ne tarda pas à trouver qu’elle était de peu de rapport et qu’il n’arriverait jamais ainsi à mettre assez d’argent de côté pour épouser Susie et « se sauver avec elle; » projet qu’il caressait depuis longtemps.
- Décidément, pensait-il, New England est une triste contrée pour gagner de l’argent, surtout lorsqu’on n’a pas de commencement. Si seulement il avait cette première mise indispensable il serait certain de réussir dans tout commerce qu’il voudrait entreprendre. Il se sentait les plus grandes dispositions, pour les affaires et il l’avait bien prouvé, dès l'âge de dix ans, en achetant de jeunes canards, avec un peu d’argent que lui avait donné son père; il avait nourri ces palmipèdes avec du maïs qui ne lui coûtait rien, puis les avait vendus à sa mère pour un prix très-élevé et enfin en avait mangé sa part!
- Le docteur faisait souvent allusion à cette entreprise pour refroidir l’ardeur commerciale de Dan
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- lorsque celui ci demandait des fonds pour une opération nouvelle, car M. Forest connaissait le caractère versatile de son fils et savait bien qu’il ne pouvait réussir dans aucune entreprise dont les conditions ne seraient pas aussi avantageuses que celles de l’affaire des canards. Nonobstant, le bon père avait beaucoup sacrifiépour Dandans lebut de lui procurer .les moyens d’acquérir de rexpérience, il regrettait d’avoir si peu réussi et de ne pouvoir faire davantage. Il devait penser à ses filles, disait-il à Dan, les garçons peuvent toujours se tirer d’embarras.
- Le sujet revint sur l’eau à l’une des visites de Dan à sa famille. Il s'était mis en tète de devenir loueur de voitures et de monter une « grosse affaire » avec des chevaux de course. Cette dernière partie de son projet restant sous entendue pour l’instant, cela va sans dire. Cette fois, le docteur, qui avait réussi à économiser quelque peu d’argent pour ses filles, fut presque tenté de céder et de seconder Dan dans ses Projets de fortune. Il en fut empêché par les prières et les larmes de sa femme, non que celle-ci craignit de voir échouer son fils, mais louer des chevaux était à ses yeux un métier peu relevé qui conduisait inévitablement à l'ivrognerie et à la compagnie des jeunes écervelés, — deux défauts pour lesquels Madame Forests’était déjà aperçue, à son grand effroi, fine Dan avait un penchant secret et irrésistible.
- Lorsque le docteur notifia son refus à Dan, celui-ci était dans une disposition d’esprit qui lui dicta des réponses tout-à-fait impertinentes. Il dit à son père que personne ne pouvait faire son chemin dans le monde sans un peu d’aide au début, et que certainement si Clara avait eu besoin du secours qu’il réclamait, ce secours ne se serait pas fait attendre.
- * Ma foi, Dan, ** répartit le docteur qui dans ce moment se tenait debout le dos au feu dans son cabinet, « je crois que tu as raison, et si, en sortant de Stonybrook avec le certificat d’études, Clara voulait entreprendre l'élevage des chevaux , bien sûr je hel’en empêcherais pas et, de plus, je crois qu’elle réussirait. »
- « Clara réussir l » fit Dan avec un ton de mépris qui irrita un peu son père.
- « Oui, monsieur, réussir » reprit ce dernier, « elle a dix fois plus d’intelligence que certain j eune homme do ma connaissance. Bien des femmes maintenant se lancent dans les affaires et, eu égard à leur manque d’expérience commerciale, leur succès est mer-Veilieux. Certes, je ne choisirais pas pour Clara une eutreprise de chevaux de louage, mais j’espère Qu’elle ne bornera pas son ambition à attraper un ^ari. Les jeunes filles ont aujourd’hui peu d’oppor-
- tunités pour mettre en lumière leurs mérites, c’est le devoir d’un père de songer à elles d’abord, »*
- « Je ne suis pas de cet avis, » répondit Dan d’un ton peu respectueux ; « je pense que les filles ont bien plus de chance que nous » ce disant, il se mit à califourchon sur une chaise et continua ; « Pour moi, je ne vois rien au monde de plus facile que de pavaner ses grâces au salon, et marteler un piano jusqu’à ce que l’on ait attiré quelque riche individu, pour le happer dans les filets du mariage. »
- « Bon Dieu, » s’écria le docteur, « tu leur envies ce' sort, n’est-ce pas ? tu serais ravi, sans doute, si quelque riche dame t’offrait sa main, te donnait son nom et voulait t'entretenir aussi longtemps que tu aurais pour elle affection, fidélité et le reste ? Que penserais-tu d’une offre semblable ?
- Dan se mit à rire bruyamment, puis il dit ; « Si vous voulez que je vous parle franchement, je ne voudrais pas jurer que je serais capable de résister à l’épreuve. »
- Cette réponse trouva le docteur désarmé et il perdit sur le champ son air solennel. Comme il croyait à l égalité absolue de droits de tous les êtres humains, la supposition qu’il venait de faire ne lui avait pas semblé moitié aussi extravagante qu’il aurait voulu le persuader à Dan ; sa conscience l’accusait donc de duplicité et il dit à son fils en souriant :
- « J’aime ta franchise, mon garçon. Un jour j’entendis dire à une femme d'esprit que si tous les hommes étaient subitement changés en femmes, au bout d'une semaine ils seraient tous à la charge de la ville. La vérité est que les sexes ne devraient pas vivre aux dépens l’un de l'autre ; les femmes aussi bien que les hommes devraient trouver dans une industrie honorable et productive, la satisfaction de leurs besoins et l’indépendance. **
- M. Forest se retourna alors pour vider sa pipe dans le foyer, et demanda à Dan combien d’argent il lui fallait pour s’établir loueur de chevaux.
- Celui-ci expliqua la situation avec force détails, fit valoir l’heureuse occasion qui s’offrait, le peu d’importance du capital nécessaire et la certitude du succès, Son père promit les fonds, déclarant en même temps, qu’il avait peu de foi dans la réussite, mais ne voulait pas que son fiis pût le croire indifférent et peu disposé â venir à son aide. « Je préfère, dit-il, » que tu me prennes pour un fou, que de penser que je suis un froid calculateur dans mes relations avec qui que se soit. »
- Lorsque la chose fut ainsi convenue, le docteur eut à compter avec sa femme et il essaya de lui persuader, ce qu’il ne croyait pas lui-même, qu’il avait
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- LE DEVOIR
- agi avec sagesse ; — IÏ échoua misérablement ; sa digne moitié prit pour longtemps des airs de martyre et son afliction ne pouvait être consolée par le vieux proverbe que le docteur citait comme son excuse :
- « L’expérience est une chère école, mais c’est la seule à laquelle les fous puissent s’instruire, » Aucune raisonne pùtdécider Dan à renoncer à son projet et à entreprendre quelque autre affaire ; il parlait sans cesse de chevaux et était ennuyeux au point que sa mère, pour se débarrasser de lui, fut heureuse de donner enfin son consentement. En trois mois, il eut dévoré tout son capital. Le docteur paya sans mot dire les dettes de son fils, et celui-ci retourna au chemin de fer, convaincu que s'il avait euplus d’argent à perdre,il aurait réussi à en gagner.
- (A suivre).
- i >r — -
- LETTRES D’ALLEMAGNE
- Quelques mots sur la coopération
- Berlin, 8 mai 1878.
- Vous allez chez votre tailleur ; l’habillement complet qu’il vous fait vous va comme un gant; vous voilà OenUemanlike ; — C'est décidément un artiste ! — C’est parfait n’est-ce pas, il est trop juste que vous payiez plus cher l’habit fait par un homme de talent, que vous ne l'auriez fait en achetant au magasin qui * n’est pas au coin du quai. »
- Mais ce qui n’est pas juste, c’est que vous qui payez tout au comptant, qui ne faites sagement que des dépenses proportionnées à vos revenus, vous soyez obligé de dédommager le tailleur des chances de perte qu’il court avec ses autr-es clients moins prudents que vous, — Dame, comme tous ses confrères, votre tailleur est obligé de faire crédit. Hélas ! c’est en ouvrant la porte à un impôt mercantile exagéré, corrupteur des consciences, que se font actuellement les affaires, dans un complet état d’anarchie.
- Comme preuve de ce que j’avance, voyez, ami lecteur, le total exorbitant de la facture que vous avez payée à votre tailleur pour cet habillement complet bien fait.
- Et notez que dans l’état actuel des choses il est difficile au tailleur de faire autrement. Accusez le crédit, non le tailleur.
- Le crédit est un auxiliaire nécessaire, indispensable du travail, il est bien innocent de l’abus que je déplore ; le vice signalé vient de sa mauvaise distribution.
- Quand il arrive à son adresse, c’est le bâton de soutien du travailleur, il augmente sa puissance productive, il est la récompense de son ordre, de son activité, de sa bonne conduite ; c’est une avancé qüi lui est faite sur son travail futur ; une hypothèque prise sur son honorabilité.
- Eh bien, comment laisser au crédit sa féconde puissance tout en lui retirant son influence pernicieuse; comment le moraliser en réglant sa conduite?
- — en l’isolant, croyons-nous, en en faisant l’objet d’une opération spéciale, en ne le laissant plus barboter dans les transactions journalières.
- Vous croyez peut-être que je vais vous proposer des projets de lois restrictives ;... non, je fie' suis pas ï’fiomme qui répète sans cesse : « Prenez mon oUrs » et qui, si l'on n’en véutpas, demande une loi qui oblige à le prendre ; — je ne suis pas cet homme à système et je pense qu’un progrès rend d’autant plus de Services que par sa valeur même il s’impose aux hommes.
- Or, le crédit fonctionne, il existe même dans les hautes régions commerciales dans d’excellentes conditions, à un taux qui devient moins onéreux au fur et à mesure que les garanties augmentent.
- Tout le monde sait que les véhicules du crédit sont les banques.
- — Comment mettre ces établissements à la portée du grand nombre ?
- — Comment établir la circulation de ce moteur nécessaire au faible surtout, dans le petit commerce et dans les transactions des travailleurs ?
- Telles sont les questions que se posa Sehulze-De-litzsch déjà dans sa jeunesse,- et auxquelles, grâce à son infatigable ardeur, il a fait faire un pas d0 géant.
- On connaît vaguement en France les banques po- . pulaires allemandes, notre ami B. Rampai a puissamment contribué a en vulgariser le principe par ses excellents ouvrages (1) ; est-ce à dire qu'il' n’y ait plus rien à faire sous ce rapport et qu’ainsi que I0 tenta le Crédit au travail pendant les dernières années de l’empire, il n’y ait plus, sans plus' ample- hr-formé, que de nouvelles tentatives à faire? Nous croyons que l’on ne saurait trop étudier et approfondir cette question et regarder en tout sens cetfl0 pierre fondamentale- de la coopération. Noue rendant au désir de notre cher rédacteur en chef qui nous demande des faits et encor® des faits (ce en quoi nous j l’approuvons entièrement)- nous essaierons, ami Moteur, de vous tenir au courant- de ce qui se passe 011
- 1. Librairie Guillaumin, 14, rua Richelieu, Paris.
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- LE DEVOIR
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- Allemagne an point de vue de la coopération de crédit.
- Avant, comme prémisses' de notre opinion personnelle, qu’il nous soit permis de répéter ce que nous avons dit dans le premier numéro du journal. l’is-sociation en novembre 1864 ;
- Un ouvrier isolé et pauvre n’a aucun crédit. Beaucoup d’ouvriers pauvres, liés solidairement, ont un crédit plus étendu qu’un millionnaire isolé,
- Pourquoi ?
- D’abord, qu’on nous permette d’appuyer de faits ce que nous avançons. — Eû 1857, durant la grande crise qui fit crouler tant de fortes et riches maisons de Hambourg, la Société de crédit hambourgeoise, Pauvre, mais nombreuse, était obligée de refuser l’argent qu’on lui offrait, faute de savoir où le placer sûrement, tandis qu’au même moment les personnes les plus riches, mais isolées, ne trouvaient pas à emprunter pour sortir d’embarras,
- les associations de crédit allemandes n’acceptent que des associés qui se portent garants, par engagement signé, pour la Société. Un pour tous et tous Vour un ; là est le secret. — 500 ou 1,000 travailleurs s’engagent pour la société qu’ils forment ; on j he prêterait pas à un seul qui peut mourir, disparaître ; 1,000 ou 3,000 (dès cette époque, la société de Dresde montait à ce chiffre) ne tomberont pas Malades, ne mourront pas, ne finiront pas tous à la fois.
- Nous reviendrons sur cette grande vérité, car nous avons à examiner les cas où le principe de la commandite est excellent et ceux où il n’est pas suffisant ; qu’il nous suffise, en attendant, de redresser 1® proverbe : on ne prête qu'au riche. On prête là °ù ü j a le moins de chance de perdre. La solidarité offre la plus sûre des garanties. N’est-ce pas là une utile vérité que viennent enfin de reconnaître les basses laborieuses en Allemagne ?
- Edmond Potonié.
- variétés
- 3L.es Postes Busses
- Les dernières données de la statisque postale en Russie v°nt très-curieuses, comparées à celles des autres pays.
- n’y encore en Russie, par exemple, que 6181 boites ^Ux lettres, un peu plus que ce qu’en possède la ville ^New-Kork à elle seule. Le nombre des stations de Poste est de 4410, mais 1206 seulement ont dos bureaux qui reçoivent et expédient la correspondance, sur lesquels 662 une seule fois par semaine, Gomme chiffre de mttres expédiées, la Russie le cède à l’Italie et l’Espagne ne l’emporte que sur des Etats secondaires tels que
- la Suisse, la Belgique et la Hollande Chaque habitant en moyenne n’écrit pas même une lettre par année.
- Le statisticien qui a relevé ces données remarque en plaisantant à çe propos que si ce n’était pas à coups de boulets, mais de timbres-poste que la Russie dût actuellement faire la guerre à l'Angleterre et à l'Autriche, elle s’en tirerait difficilement. La faute n’en, est pas à l’administration postale, mais au degré peu élevé de l’instruction populaire, puisqu’on 1873, 500 écoles primaires manquaient de maîtres d’école et que dans 3,000 autres, les maîtres qui. y fonctionnaient n’étalent pas pourvus de l'instruction nécessaire.
- 3ha Bessarabie Roumaine
- D’après YOestreichische Monatsckrift fur den Orient la Bessarabie Roumaine est d’une superficie de 045,999 hectares. Sa population était en 1859,date du dernier recensement de 136,632 âmes dont une moitié est composée de Roumains et l’autre de Bulgares1, déduction faite de 6000 Russes de 600 Israélites sans patrie (heimathlos) et de 300 Allemands ou Hongrois.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- Le Biographe, publication mensuelle ornée de photo graphies, 1 an 12 francs. Bordeaux, rue Malbec, 91.
- Ce sont de vaillantes plumes que celles de MM. J. Gha-pelot et P. Aucour. Ils dirigent une Revue biographique et photographique appelée le Biographe et dans laquelle ils sont parvenus à réaliser une heureuse innovation, celle de donner les photographies des personnages dont ils publient la biographie A la fin de l’année cela fait nn album charmant.
- En France, où les partis sont profondément divisés et où l’on s’aime comme chiens et loups, le Biographe a trouvé le moyen de plaire à tout le monde,, en faisant la biographie de chaque personnage sous sa conteur politique bien accentuée ; le légitimiste avec ses convictions de monarchiste, le républicain avec ses idées démocratiques, le bonapartiste avec la théorie de l’appel au peuple.— M. Dupanloup et M. Littré, etc; — nous pourrions citer d’autres hommes, — sont là bien gracieusement juxtaposés pour se dire du mal, exactement comme de bons petits saints dans leurs niches. Il n’y a pas seulement que des hommes politiques dans cette merveilleuse galerie, la Science, les Lettres, les Arts y ont aussi leurs représentants sans aucune distinction de nuance, ni d’origine. C’est une fraternité complète.
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- DIMANCHE 26 MAI
- NUMÉRO 12
- POLITIQUE
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- Rédacteur en chef : M. Ed. CHAMPURY
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- SOMMAIRE
- Fête du Travail au Familistère de Guise. — Les Musées en campagne. — Abolition de la Peine de mort. — La Semaine politique. — Correspondance et discussion contradictoire. ~~ Lettre d'Allemagne. — La Fille de mon père. Variété. — Bulletin Bibliographique.
- LA FÊTE DU TRAVAIL
- Familistère <3.© Griiise (1)
- DISCOURS DE M. GODIN A s'" Employés et Ouvriers
- Mes amis,
- La célébration delà fête du travail se présente dans les meilleures circonstances.
- La nature entière, avec le retour du printemps, reprend son activité infatigable ; la verdure couvre les arbres ; les prairies s’émaillent de fleurs ; les moissons grandissent ; les oiseaux font leurs nids ; tout s’agite pour la vie, et nous donne l’exemple du travail.
- Il semble que ce soit une invitation universelle faite à l’homme de se livrer à un redoublement d’activité pour aider au développement de l'œuvre de la création.
- Le premier dimanche de Mai est donc bien choisi pour célébrer la fêle du travail. Non-seulement nous pouvons avec raison nous réjouir des travaux que nous avons accomplis et de ceux que nous voulons accomplir encore, mais nous pouvons aussi rendre hommage aux œuvres de la nature en face du nouvel épanouissement de la vie générale.
- (1) Voir notre numéro du 19 mai.
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- LE DEVOIR
- Quelle a été, mes amis, la pensée qui m'a.fait instituer cette, fête ? Ce n’a pas été seulement celle de vous donner des moyens de vous distraire, mais surtout celle de rendre au travail son véritable caractère, de le relever de son injuste abaissement et de chercher à faire comprendre qu’il est le moyen du progrès, la mission qui, sur la terre, élève l’homme au-dessus de tous les autres êtres de la création.
- L’activité des créatures inférieures à l’homme ne sert qu’à entretenir 1a, vie en elles-mêmes ; l’activité de l’être humain, c’est-à-dire le tra-
- Vdlîj OUit ù ryiï.iLullil: la IT. lA, "t VT ï? O ^ *ï niuplonppr
- la vie générale et à faire fructifier la pensée et l’intelligence à la surface de la terre.
- C’est donc la plus belle prérogative de la vie que nous fêtons en fêtant le travail.
- J’ai la satisfaction de vous dire à ce propos que ce sentiment commence à se faire jour. Déjà plusieurs villes en France ont été séduites par l’idée de notre fête du travail, en ont entrevu les conséquences moralisantes et ont cherché à instituer chez elles de semblables fêtes.
- Des informations à ce sujet ont été demandées au Familistère ; nous avons répondu en envoyant nos programmes ordinaires, et des fêtes célébrant le travail et les travailleurs ont été inaugurées ainsi :
- Or, quel que soit le peu d’importance relative de ces débuts, ils sont un des signes de la pensée qui pénètre dans les esprits. Le travail cesse d’être considéré comme une punition ; il s’élève au rang glorieux qu’il mérite comme voie d’épuration et de progrès, comme créateur du bien-être pour l’espèce toute entière; chacun commence à comprendre que le travail seul fera à tous en ce monde la place à laquelle l’être hu main a droit. Tout ce qui constitue les ressources de F existence lui est dû, c’est lui qui a créé les cités* qui a fondé les civilisations, qui nous donne chaque jour les moyens de nous instruire, de nous améliorer, de nous venir en aide les uns aux autres, d’assurer le bonheur de nos familles. Ce n’est donc point trop de consacrer un jour par an, à fêter le travail pour l’élever dans la
- considération publique au poste glorieux qui lui appartient.
- Le travail est la loi de tout ce qui existe; il est en particulier la loi de l’homme parce que l’homme, plus que les autres êtres, a des facultés à mettre en action ; c’est du travail que Fliomme peut tirer les joies les plus durables.
- Jusqu’à ce jour l’humanité n’avait point compris le rôle sacré du travail, elle avait porté ses hommages et ses glorifications sur les côtés de son existence qui n’en étaient pas dignes. L’oisiveté, la guerre, la destruction même des richesses enfantées par le travail ont été l’objet de son admiration. Il y avait dans ce fait la méconnaissance complète de la destinée de l'homme. Les actes de la vie ne sont réellement dignes d’hommages que suivant leur valeur pour le bien de l’espèce.
- Le travail est nécessaire à tous, il s’exerce au profit de la société entière, aussi le travailleur accomplit-il la mission glorieuse dévolue à lliomme.
- Remarquez, mes amis, comme je vous le faisais entrevoir tout à l’heure, que l'activité utile n’est pas seulement le lot de l’être humain, elle est propre à tout ce qui a vie ; la nature entière travaille avec nous pour la régénération et le progrès de tonies choses ; la végétation se développe, l'animalité s’exerce, et de ces efforts il résulte que la matière s’élève à la vie, et se met au service de l'homme qui, à son tour, lui imprime un élan nouveau, lui ouvre les champ3 de l’intelligence et de la pensée.
- Notre siècle entrevoit ce rôle immense du travail dans la vie, aussi lui appartient-il de relever en dignité les efforts de l’activité humaine et de faire du travail le premier titre de gloire pour le citoyen. Ce sera l’œuvre de notre époque.
- Que faut-il pour que cette œuvre s'accom' plisse, pour que le travail prenne son véritable rang dans le respect des sociétés ?
- Il faut que les hommes s’élevant au sentiment vrai de leurs intérêts les plus chers, cessent de30 diviser et s’unissent pour leur bien commun.
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- LE DEVOIR
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- C’est dans ce but qu'ont été fondées toutes les institutions du Familistère et le Familistère foi-même. Tout ici, en effet, est l'œuvre du travail; c’est le travail qui a fourni toutes les ressources dont nous disposons. L’auteur de ces choses, vous le savez, a commencé les mains vides, il a dû faire sortir du travail seul ce dont vous disposez aujourd’hui. Une pensée profonde Ta donc guidé des le début de ses efforts Pour ménager d’avance les produits du travail les réserver au rôle dont vous êtes'témoins. Aussi, est-il bien difficile de concevoir que ceux Tu m'ont vu à l’œnvre depuis des ann^oe n©
- êtes témoin ! Dès que la fortune me l’a permis je vous ai fait participer à mes ressources par les institutions fondées ici ; aujourd’hui je veux élargir encore ce champ d’union par l’Association intégralement appliquée à l’habitation, aux approvisionnements et àv l'industrie.
- Tout ce que j’ai fait depuis mon installation à Guise, c’est-à-dire depuis les débuts de ma carrière de. chef d’industrie, a tendu à ce but unique : réaliser les moyens du bien-être et du progrès en faveur des classes laborieuses.
- Je ne prétends pas néanmoins trouver demain doc imitateurs, ni vuii Qu» Familistères s'élever
- ^mprennent point qu’une pensée invariable a toujours guidé mes actes, et que même après que je leur ai expliqué cette pensée, ils cherchent encore ce que je puis bien vouloir fofoe, et quel est mon but en cherchant à réaliser ^ Association ?
- En face des ressources accumulées ici à votre
- Profit^ devant ces capitaux gagnés par le travail et consacrés à vous élever , un palais où vous ; Motivez des logements commodes et salubres, ^es salles de réunions et de fêtes, des instituas de secours, de prévoyance, de mutualité 9y&nt toutes pour but d’assurer votre bien-être et votre progrès, comment ne pas voir avec evidence que toutes ces choses relèvent d’une
- i iJGUsée fixe autre que celle d’un intérêt per-l SOîînel, d’une pensée entièrement consacrée à ï- ^ ^cherche du bien de la collectivité, d’une Pensée enfin se rattachant à une doctrine spé-Clafo supérieure.
- le
- do
- té
- ^hl qu’ils sont aveugles et connaissent peu CGeûr humain, ceux-là qui ne pouvant coor-nner les faits dont le Familistère les rend
- fe-
- ^oins se retranchent sceptiquement dans la P^sée que la mission de l’homme n’est autre de songer à soi, et ne peuvent ni ne veulent Tûettre qu’il est plus vrai et plus noble d’em- .y^r la vie à songer surtout aux autres.
- Çfoux-là ne comprennent rien à mes actes , les opinions qui les guident sont opposées v principes. Et pourtant, quoi de plus ^foent et de plus simple que les faits dont vous
- immédiatement partout pour les ouvriers. Je sais bien qu’il faudra du temps pour que mon œuvre soit imitée en Europe, mais l’exemple servira comme champ d’études en attendant les imitateurs; s’il y a eu des erreurs commises, ou les reconnaîtra et les évitera, tandis que les institutions bonnes en elles - mêmes seront reproduites quand le moment sera venu.
- Un palais comme le Familistère mis au service des ouvriers est un fait trop considérable pour échapper à l’attention publique. Les penseurs s'en sont préoccupés déjà et s'en préoccupent davantage chaque jour. Les nécessités sociales les obligeront de plus en plus à celte étude, afin de rechercher quelles furent les causes de cette fondation et si réellement elle répond à la mise en pratique de la morale et de la justice dans l’humanité.
- La fortune ne pouvant être le lot de chacun de nous, il faut donner à chacun les équivalents de la richesse ; or, c’est ce que vous avez ici par les nombreux services et les nombreuses res* sources de votre Palais social, embrassant tous les besoins domestiques, depuis les services d’eau et de propreté générale, jusqu’aux institutions supérieures pour l'éducation des enfants et le soutien des malades, des orphelins et des vieillards.
- Ces institutions, alimentées par le rendement de ^industrie, ont coûté à elles seules, durant l’année qui vient de s’écouler, les sommes suivantes :
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- LE DEVOTR
- Versements à la Caisse de retraites pour les invalides du travail et de secours pour les veufs, veuves, orphelins et né-
- cessiteux Fr.
- Versements à la Caisse de prévoyance pour les malades, Versem. à la Caisse de pharmacie, Frais d’éducation et d’instruction, nourricerie , salle gardienne, asile, écoles,
- Service de propreté générale, Service d'eau à tous les étages,
- Buanderie,
- Eclairage public,
- Soit ensemble : Fr.
- 2-2856 16
- 4464 »» 3038 »»
- 22154 95 2685 »»
- 4839 »»
- 1916 »» 1000 »»
- 62953 1l
- En outre, l’association offre à vos enfants, l’apprentissage gratuit et même rémunérateur, et le Familistère vous donne des salles de réu-
- nion, un casino pourvu de jeux et de journaux, un théâtre pour les représentations et les conférences, une bibliothèque publique riche et variée, en un mot, mille choses dont la plupart dos communes de France sont privées.
- Que ceux qui cherchent partout des causes de profit pour le fondateur du Familistère, considèrent un peu ces choses. Je sais bien que les ressources matérielles, quelles qu’elles soient, ne semblent jamais excessives à l’homme ; notre nature est ainsi faite, nos désirs sont insatiables, et il est bon pour le progrès même qu’il en soit ainsi, mais il est aussi nécessaire de savoir comprendre la vérité.
- Vous vivez dans ce milieu et trouvez tout cela si commode et si naturel, que vous ne faites point sur vous-mêmes le retour nécessaire pour juger ce que seraient vos conditions devie, si vous en étiez privés. Combien vous le sentiriez, sî les circonstances vous mettaient pour un temps hors du Familistère !
- Eh bien I tous ces avantages, il s’agit aujourd’hui, entre vous et moi, non de les diminuer, mais de les rendre durables. Si rien n’est éternel dans les faits en ce monde, la pensée du bien et de l'amour d’autrui peut échapper, elle, à Fat-teinte du temps, et produire, en se généralisant
- dans les cœurs, les moyens du bonheur pour tous.
- Tout a été fait au Familistère, pour vous amener à cette pensée, qu'améliorer la vie générale est le plus grand des devoirs de l’homme-
- Il reslait à compléter l’œuvre du Familistère par l’association des employés et ouvriers aux entreprises et bénéfices de l’industrie. C’est là ce qui a été fait pour la première fois durant l’année écoulée.
- En voici les résultats :
- Après les prélèvements dont je viens de vous donner les chiffres, les bénéfices à partager s’élèvent à la somme de 191,362 fr. 71.
- A distribuer comme suit :
- 15 0/0 au fond de réserve, Fr. 28,704 40
- 20 0/0 à la direction et à la capacité 38,272 54
- 65 0/0 aux dividendes 124,385 T7
- Fr. 191,362 ’7l
- La somme de 124,385 fr. 77 est à répartir au prorata des concours du capital et du travail? représentés par :
- Le montant des intérêts pavés au capital,
- Et le montant des appointements et salaire3 payés au travail.
- Or, la somme de ces concours réunis, s’étanf élevée à 1,554,822 fr. 12, c’est un dividende de 8 0/0 qui doit vous être réparti.
- Chacun de vous, mes amis, peut ainsi évaluer dès aujourd’hui le chiffre de son dividende, à raison de 8 centimes par franc du montant de ses appointements ou de ses salaires de Tannée-
- Sous peu vous seront remis les titres de red0 qui vous confèrent le droit de participer au* intérêts, dividendes, revenus et produits du Familistère et de Fusine. Un échange d’efl' gagements déterminera la forme de vos dro$ ainsi que les garanties nécessaires entre Fass°' dation et les sociétaires participants.
- De cette façon, le fonctionnement de Fass°' ciation ne s’appliquera plus seulement à faits de prévoyance et de solidarité générales? ^ s’étendra à la participation aux bénéfices indu3'
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- triels de l’usine, et aux bénéfices commerciaux du Familistère.
- L’association sera ainsi généralisée de fait entre nous depuis le premier janvier 1877.
- Si vous voulez avancer dans l’œuvre que je vous mets en mains, il faut que chacun se préoccupe avant toute chose de réaliser le bien d'autrui pour y trouver son bien propre. L’esprit de scepticisme et d’égoïsme n’a rien à faire parmi nous. Ce n’est qu’en vous inspirant de l'amour de vos semblables que vous vous mettrez dans tes conditions voulues pour que l’association fonctionne convenablement et se soutienne entre nous.
- Autant elle sera heureuse et prospère si l’esprit de fraternité domine entre nous et sait vous inspirer l’amour du bien commun, autant Je vous prédis que l’association ne sera que déception et ruine, si l’orgueil domine parmi ^ous et que chacun de son côté soit animé du seul désir de ses avantages personnels.
- Pénétrez-vous bien de ces choses d’un intérêt
- pressant et si direct pour vous, et que ceux rçui ne sont point mus par l’amour du bien de leurs semblables, se rallient à servir l’intérêt de f°us, ne fut-ce que pour mieux assurer leur propre intérêt.
- Je sais bien que la loi naturelle pour l’individu eHt d’assurer d’abord son existence ; mais le rôle de l'être humain ne peut se borner à ces limites: fo force, la santé et l’intelligence, doivent lui foire embrasser une sphère d’actions plus large, e* lui servir à travailler au bien des autres. Or, vous n’arriverez à rendre l’association entre v°us bonne et viable, qu’à la condition de vous Aspirer de sentiments d’amour les uns pour les Autres, de vous débarrasser des vues personnes et égoïstes, de pratiquer dans tous vos a°tes l’amour et le respect d'autrui, et d’agir Saus cesse envers les autres comme vous désirez ^u’ilg agissent envers vous-mêmes.
- L’est là le principe fondamental de l’associa-tlon, je vous en ai ouvert la voie par tout ce qui 51 dté réalisé ici.
- Si vous savez persévérer dans cette direction,
- vous réaliserez des merveilles qui frapperont d’admiration, et le monde entier prépareront la régénération de toutes les classes ouvrières.
- Mais combien vous serez coupables si, avec tant de facilités et de motifs pour agir, vous ne le faites pas !
- Ne perdez jamais de vue que la voie que je vous indique est celle du devoir dévolu à l’homme en ce monde. En faisant ce que je fais, j’accomplis simplement la loi d’amour de la vie, tant recommandée aux hommes sur cette terre.
- Si vous ne comprenez point que cette loi s'impose à tout homme,si vous cherchez d’autres principes de direction pour voire conduite, l’association périclitera et sombrera entre vos mains. Elle ne peut vivre que par l’amour entre tous ; l’esprit d’orgueil et de cupidité ne rapporterait que luttes intestines, déceptions et misères.
- Il faut donc avant tout, aimer le bien par amour du bien lui-même, pour conduire à bonne fin l’œuvre à laquelle je vous convie. Tâchez dorife de le reconnaître et de vous donner de toutes vos forces à cette œuvre de salut, pour votre bien et celui de l’humanité.
- meoeooctecw-.' —
- LES MUSÉES EN CAMPAGNE
- IV
- LES MUSÉES COMMUNAUX
- Nous avons vu quelles sont les idées et les tentatives de M. Groult pour créer des musées cantonaux et celle M. Gazais pour créer des musées scolaires.
- Ces idées sont bonnes et méritent d’être encouragées. C’est pour cela que nous leur avons prêté l’appui de notre publicité. Mais, disons-le tout de suite, nous rêvons pour l’instruction des enfants et celle des adultes quelque chose de plus complet encore. Nous voudrions voir les deux idées se fondre en une seule et la pensée de musées spéciaux soit aux can -tons, soit aux écoles, s’élargir au point de réaliser le mmée communal.
- Nous savons bien que l’on va nous dire que l’œuvre de MM. Groult et Gazais est un acheminement à ce résultat. Nous le croyons aussi et nous en sommes heureux. Mais — et c’est en cela que nous nous séparons de ces deux Messieurs nous croyons que leurs
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- idées, bonnes en elles-mêmes, perdent à être isolées l’une de l’autre. Le point de vue de chacun d’eux est juste, mais ce point de vue pris isolément est insuffisant. Nous désirons quelque chose de plus large et voici pourquoi.
- D’une part, le musée cantonal, compris comme nous avons vu qu’il l’est, s’adresse plus particulièrement aux adultes. H peut être utile à l’enseignement, mais il l’est moins que le musée scolaire. D’autre part le musée scolaire si utile à l’enseignement n’est pas accessible aux adultes et ne peut, sous ce rapport, rivaliser avec le musée cantonal. IL nous parait donc qu’il serait utile des maintenant de lancer l’idée du musée communal afin que les localités qui peuvent avoir l’intention de créer un musée soient appelées â examiner clés le début l’organisation à suivre. Pour faire réussir une chose il n’y a rien de tel que d’y préparer longtemps d’avance l’opinion publique, C’est ce que nos articles pourront contribuer à faire si, comme nous l’espérons, nos confrères et amis de la presse veulent bien les reproduire.
- Les musées en campagne sont d’une utilité incontestable et vraiment on s’étonne que l’idée ait mis si longtemps à germer et mette si longtemps à se répandre.
- L’expérience a prouvé que dans les campagnes les bibliothèques ne rendent pas tous les services que l’on était en droit d'en attendre. On lit peu et on lit mal. Dans beaucoup de départements l’instruction est si arriérée que le goût de la lecture fait défaut et que les rares personnes qui lisent quelque chose ont des préférences très marquées pour les livres d’aventures, romans, et autres productions inutiles. Et cela se comprend. Il faut aux personnes peu lettrées des lectures qui piquent la curiosité. Or les livres instructifs sont rarement dans ce cas là. La météorologie, l’hygiène, la chimie agricole, le génie rural, l'art vétérinaire, et autres branches d’études si utiles dans nos campagnes, se prêtent difficilement à une exposition sous forme légère. Cela est forcément froid et cette froideur est précisément ce qui rebute l’homme peu instruit.
- Au contraire une collection d’objets relatifs à ces diverses branches piquera la curiosité de ce même individu, et si l’on a soin, comme nous le demandons, de mettre à côté de chaque objet une explication très-détaillée et très-claire avec l’indication de la provenance,de l’emploi,du procédé de fabrication etc , on est presque sûr que cette explication sera lue et que renseignement qu’elle donne sera retonn.
- Vous voyez par là la supériorité du musée ainsi
- organisé sur la bibliothèque. Le musée a encore cet autre avantage qu'il donne une idée plus nette et plus durable des choses : ce qui est vu se comprend et sè retient mieux que ce qui est seulement lu.
- Mais il ne suffit pas que les collections soient intéressantes pour qu’elles soient fréquentées. Il faut encore qu’elles soient facilement accessibles. Dans beaucoup de départements, dans tous peut être, l’habitant ne prendra pas la peine de faire deux ou trois kilomètres pour se rendre à un musée ; par conséquent, s’y rendra-t-il moins encore si le musée est éloigné. Aussi, sans proscrire l’idée fort bonne d’un musée par chef-lieu de canton, pensons nous qu’il serait bon d’en établir un dans chaque commune.
- C’est beaucoup demander, bous en convenons ; ce n’est pas demander trop1. Il y a des départements plus instruits que d’autres. Nous pouvons en nommer (l'Ain, le Jura, le Doubs, les Vosges) où l’instruction est assez développée pour que l’on puisse y trouver dans de simples communes au moins autant d’instruction que dans bien des chefs-lieux de canton d’autres départements. Ce n'est donc pas l’impossible que nous demandons. Les départements les pins avancés pourront ouvrir la marche, les autres peu à peu emboîteront le pas.
- Ces musées communaux ne demanderont pas pins de difficulté à créer que les musées scolaires. Là où se trouveront des instituteurs ayant les connaissances et les goûts que M. Gazais leur prête, ces instituteurs organiseront aussi bien un musée communal qu’uji musée scolaire. L’un pourra rendre à l’ensei' gnement les mêmes services que l’autre à la condition que le local du. musée soit rapproché le pins possible du local de l’école. Il pourrait se trouver dans le même bâtiment mais il y aurait, croyons' nous, un inconvénient à l’installer dans les classe5 mêmes de l’école.
- L’adulte, dans beaucoup do contrée, répugnerait ** l’idée de se rendre dans une classe pour s’y instruire de visu. Ce scrupule est puéril, mais il existe et, s1 l’on veut être pratique, il faut en tenir compte.
- Cette répugnance n’aura plus lieu d’être si le sée s’intitule communal et s’ii se trouve dans uù local qui lui soit spécial. On peut encore utilisé0 local des bibliothèques communales. C’est en ce c**5 une simple affaire d’arrangement de vitrines.
- Le musée communal doit avoir en plus que le mus00 scolaire, tout ce qui est indispensable à l‘instructif11 de l’adulte. Un gran 1 nombre de ces objets pourri être donnés, et le seront assurément, par des P01’*’ sonnes s'occupant des professions mises en cause.
- Les donataires auront leurs noms inscrits sur 1 ^
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- tiquette de l’objet donné ; on sait par expérience que cette petite satisfaction d’amour propre stimule les donataires. En outre quand les objets exposés sont des produits manufacturés le fabricant trouve à cette citation une réclame qui compense bien vite le petit sacrifice qu’il s’impose en faisant un don.
- Il est indispensable que les étiquettes explicatives soient toujours rédigées dans une langue claire, exempte autant que possible de termes techniques et c’est là un point sur lequel nous ne saurions attirer trop vivement l’attention.
- Les termes techniques sont le fléau des musées, Vous en rencontrez partout, même là où ils n’ont rien à faire. Le latin de cuisine des naturalistes vient afficher ses termes absurdes sur tous les empaillés d’une vitrine ou sur toutes les fleurs d’un herbier.
- Voici, par exemple, une simple fleur des champs que le commun des mortels de langue française appelle la coquelourde. Ne cherchez pas ce non là dans un herbier, car en botanique la coquelourde ne s’appelle plus coquelourde, elle s’appelle agrostemna Qithago- Un joli nom, comme vous voyez, et bien fait pour inspirer le goût d’en savoir davantage !
- Il faudra donc, sous peine de rebuter le visiteur et de manquer le but, supprimer autant que possible les termes techniques.
- Il y a cependant des cas où ils sont indispensables. C’est ce qui arrive dans les classifications. En ce cas, ils doivent être accompagnés de notices explicatives.
- Les classifications doivent être faites dans un but pratique et non par pure pédanterie comme c’est trop souvent le cas. Dans les villes vous trouvez par exemple une grenouille sur le rayon des batraciens dans la vitrine des reptiles, sans que rien dise à celui qui l'ignore ce que sont les reptiles parmi le règne animal et ce que sont les batraciens parmi la classe des reptiles (1).
- Le plus souvent les musées des villes manquent leur but. Ils ne présentent pas aux visiteurs les explications dont ceux ci pourraient avoir besoin.
- A quoi sert par exemple au Louvre le Musée Assyrien qui n’a ni catalogue ni notices explicatives ? A rien, si ce n’est à ébahir les militaires. Et cependant ce musée a coûté plusieurs millions, et les trésors qu’il renferme sont de nature à intéresser de la manière la plus vive.
- (1) Noua pourrions amuser nos lecteurs si nous voulions citer quelques exemples. Un seul peut suffire à en donner une idée. Voici le singe qu’on nomme l’entelle. 11 porte l’étiquette semno-pilhecus entellus, et les divers ecriteaux disent, (quand ils le disent) que c’est un semnopithèque, de la famille des pitheciens, genre simien. Mais sur 20 personnes qui le verront, 19 en sauront moins après avoir lu cela qu’avant ! Il aurait été facile de rappeler sur quoi est basée la division et de donner des mots frMi:ais aux familles,genres etc,créés par la division.
- Tout cela ce n’est pas de la science, c’est de la routine, c’est «0 la pédanterie.
- Les Anglais, plus pratiques que nous, ont à certaines heures dans certains musées (entre autres à Londres au South Kensington M.) des demonstrators dont la fonction offîcicielle est de fournir gratuitement au public tous les renseignements désirables sur la valeur, la provenance et les applications des objets exposés.
- Nous ne demandons pas des démonstrateurs dans les musées, mais nous demandons • que les notices les plus détaillées se trouvent constamment à côté des objets.
- Dans lé cas où il s’agit d’objets manufacturés, les notes y relatives gagneront toujours en exactitude à être fournies par le donataire. Il est mieux au fait que d’autres de sa propre spécialité.
- Nous pensons avoir donné dans le peu de place dont nous disposons, une idée générale de ce que devraient être les musées communaux.
- Nous livrons cette idée aux personnes qui voudront bien la développer car elle donne matière à des développements Nous tenions à répandre dans la mesure de nos forces une idée qui nous paraît utile au premier chef. L’opinion publique s’intéresse vivement aujourd’hui à toutes les améliorations proposées dans le domaine de l’instruction,
- Espérons que l’idée des musées communaux attirera sur elle une l’attention que nous -croyons méritée. Ed. Champury.
- DE L’ABOLITION DE LA PEINE DE MORT
- Dans la séance du 13 mai de la Chambre des Députés, M. Louis Blanc, usant de son initiative parlementaire, a déposé une proposition de loi dont voici le texte ainsi que l’exposé des motifs :
- Messieurs,
- Considérant que le droit d’infliger une peine irréparable suppose un juge infaillible ;
- Que donner la mort est, de la part de la société, un mauvais moyen d’enseigner le respect de la vie, et, par conséquent, d’arrêter le bras de l’assassin ;
- Que le spectacle du sang versé par le bourreau endurcit les cœurs pervers et met obstacle à cet adoucissement des mœurs, qui doit être le résultat d’une civilisation supérieure et qui en est le signe ;
- Que la peine de mort a ôté condamnée par les plus' grands philosophes et par les plus grands criminalistes;
- Que les pays où elle a été abolie n’ont eu qu’à se féliciter de son abolition ;
- Que la peine de mort, en un mot, produit des effets contraires, de tous points, à ceux que ses partisans en attendaient;
- Nous avons l’honneur de vous soumettre, messieurs, la proposition de loi suivante :
- PROPOSITION DE LOI
- Article unique. — La peine de mort est abolie.
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- Nous étions certains d'avance qu’une semblable proposition ne manquerait pas de soulever un toile général dans la presse réactionnaire. C’est en effet ce qui arrive et les journaux dont nous parlons ne dissimulent pas le dépit que leur cause la tactique habile de M. Louis Blanc. Quoi s ecrient-ils, l’affaire Danval en attirant l’attention sur la possibilté des erreurs judiciaires a vivement ému l’opinion et c’est précisément cette période d’émotion que M. Louis Blanc a choisie pour déposer sa proposition de loi!
- Eh oui, messieurs, c’est ainsi.
- De là, fureur générale dans la presse réactionnaire.
- Et cependant en présence de l’affaire Danval cette même presse est forcée de faire bien des aveux.
- Voici par exemple ce que dit un journal réactionnaire tort répandu dans le Nord de la France et qui se pose en défenseur décidé du bourreau et de sa machine :
- La vie d’un homme, l’honneur de tous les siens ne doivent pas être à la merci d’erreurs commises par des savants.
- Certes, nous ne méconnaissons en rien la gravité des fonctions des docteurs-légistes. Mais enfin, l’affaire Danval — pour ne parler que de celle-ci — a établi que des médecins et des chimistes, tous plus de bonne foi, tous plus impartiaux, tous plus éminents et tous plus diplômés les uns que les autres, pouvaienterrer.il n’est pas discutable que les uns ayant dit blanc et les autres noir, les uns et les autres se sont trompés. Leurs expériences, leurs analyses, leurs dépositions et leurs mémoires n’ont guère prouvé que cela,mais ils l’ont prouvé victorieusement, par exemple !
- Et disons-le en passant :
- Combien cette impossibilité pour des médecins, de décider si un être humain, dont le cadavre, dont tous les organes sont à la disposition de leur scalpel, a été empoisonné ou non ; combien cette impuissance,chez des savants, à s’accorder sur le point de savoir si l'arsenic employé dans la teinture d’étoffes, peut se réduire en poussière et être absorbé par le fonctionnement de l’appareil respiratoire ; combien ces tâtonnements, ces hésitations, ces divergences, en face de faits matériels, immédiatement tangibles doivent inspirer peu de confiance en faveur de faits bien autrement difficiles à établir que ceux dont nous parlons l Qu’on vienne donc nous dire, maintenant, que l’homme descend du singe, que le monde s’est fait de telle ou telle sorte et non de telle ou telle autre ! Docteurs, savants, mettez-vous d’accord sur la cause de la mort de Mm*Danval ! Dites-nous si l’arsenic reste fixé aux étoffes dans lesquelles on l’a introduit ou s’il s’en échappe pour venir s’emmagasiner dans le foie des personnes présentes, puis nous verrons 1 En attendant permettez que nous doutions de vos théories sur ce qui s’est passé il y a quatre mille ans I
- Mais de cet état, évidemment imparfait de la science, il résulte que la justice doit faire ce qu’elle n’a pas fait jusqu’ici : ne pas trop s’en rapporter aux savants.
- Mat raisonné, cher confrère. La justice ne peut pas se passer de la médecine légale à moins de re-
- renoncer à poursuivre les crimes d’avortement et d’empoisonnement.
- Ce qu’il faut,c’est de n’inscrire dans le code que des peines qui puissent toujours être suspendues si au cours de la durée de la peine l’innocence du condamné vient à être constatée. Il se peut que des preuves à décharge surviennent après coup — hélas ! cela ne s’est vu que trop souvent ! — et il faut que lorsque ces preuves surviennentlemalfait à l’inculpé soit réparable. Si vous l’avez brutalement tué que ferez vous ?
- Mais, objectez-vous, on peut prendre des précautions.
- Puisque, lorsque 12 jurés ne peuvent se mettre d’accord, de leur partage résulte l’acquittement de l’accusé ; puisque la loi pénale militaire va plus loin encore, en faisant profiter l’accusé de ce qu’on appelle la minorité de faveur, pourquoi le désaccord des savants, des experts, de ceux qui sont chargés, en somme, de fixer les jurés sur 1 existence du crime lui-même, pourquoi leur désaccord ne produirait-il pas de droit le même résultat ?
- Bien I mais si les jurés, trompés comme cela s’est vu par d’étranges coïncidences, se trouvent d’accord pour condamner 1 individu, fut-il complètement innocent, serait guillotiné quand même.
- Mais réfléchissez donc qu’il peut arriver à chacun de se trouver en semblable circonstance, que cela pourrait vous arriver à vous-même aussi bien qu’à qui que se soit d’autre !
- Est-ce que cela seul, à défaut d’autres arguments, ne vous fait pas sentir l'iniquité de cette loi.?
- , Vous proposez, je le sais, d’y faire quelques réformes, et voici les termes mêmes dont vous vous servez :
- Une dernière observation, celle là absolument topique à notre sens.
- Si vous êtes condamné à huit jours de prison pour un délit, vous avez le droit de vous pourvoir devant la Cour d’appel, dans le cas où vous vous trouveriez mal jugé.
- Mais si, d’aventure» c’est d’un crime capital que vous êtes accusé ; si vous êtes condamné à mort.... oh 1 alors, c’est bien différent : vous êtes bien et définitivement jugé. Hormis le cas, relativement rare, où des vices de forme très-graves se seraient introduits dans la procédure, c’est fini! Il faut que vous en preniez votre parti, alors même que vous auriez été victime de la plus effroyable erreur judiciaire.
- Eh bien, la Cour de cassatien, toutes chambres réunies, viendrait nous dire que cela est fort raisonnable, nous n’en croirions absolument rien! Votre tète vaut bien huit jours de votre liberté, et si l’appel a jamais eu une raison d’être, avouons-le : c’est bien dans le cas où vous êtes menacé de la guillotine,
- En un mot, vous voulez un appel au criminel.
- Nous le demandons aussi, mais la création de cette Cour suprême qui fonctionne dans certains pays, ne supprimera pas le danger d’être guillotiné par erreur,
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- Vous convenez que la Cour d assises est susceptible de se tromper. Mais une Cour d’appel aussi. Et si le jury des assises se prononce contre vous, il y a grande chance que le jury d’appel agisse de même. Vous serez condamné à mort par deux corps au lieu d’un. On vous tuera de la même façon, quitte à vous déclarer innocent une heure après.
- Voilà donc à quels arguments en sont réduits les Partisans du bourreau et de la machine rouge 1 Ils b’osent plus même soutenir le principe, tant le principe leur semble insoutenable 1 Que de terrain ils ont Perdu 1 Que leur position s’est vite changée 1 Eux, si forts, si nombreux, si arrogants autrefois, ils se font Petits, il se font humbles, ils se sentent condamnés d’avarice par un juge implacable, le plus grand de fous : 1@ bon sens.
- Où donc est ce ton doctrinaire d’autrefois qui en hnposait aux masses peu éclairées ?
- Où donc sont ces tirades redondantes, ces périodes interminables qui démontraient jusqu’à l’évidence Excellence sans égale de la peine de mort ?
- Où donc sont ces écrivains qui appelèrent le bour-Feau le plus haut fonctionnaire de l’Etat et qui met-foient ce coupeur de têtes au sommet de la pyramide 8(>ciale, entre le Saint-Père et le Roy?
- Le bourreau 1 Mais il n’y a pas un seul de ses partisans qui lui toucherait la main, tant ils ont le sentiment instinctif que cet homme est l’instrument u UI*e iniquité. Et cependant, Messieurs, si la peine d® mort est légitime, le bourreau est plus que le Premier président. L’un décrète la mort, l'autre la donne, Celui qui la donne est plus puissant que celui la décrété. Estimez donc le bourreau, recherchez * fo* invitez-le à votre table et tenez pour un honneur d être son ami personnnel.
- Eu Champury.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- Lu Angleterre, la grève de Brackbum dure encore et, alheureusement, de regrettables violences en ont si-
- ^ le cours.
- Le fait en lui-même provoque des réflexions qui doi-ut trouver leur place ici.
- La grève, on ne le sait que trop, c’est la guerre déclarée le capital et le travail. Or, chose triste à rappeler, <4*13 ^ a pas encore bien longtemps qu’on a reconnu j®2 nous le droit de belligérant au travailleur. Et, il fout pas l’oublier, cette loi sur les coalitions, due au ^^do-libéralisme de M. Emile Ollivier, n’était qu’une Pa&rïïle bâtarde par cela seul qu’elle n’était point accom-jv «bée de la liberté de réunion et du droit d’association,
- 0 ÏUOi sert» en offet, la faculté reconnue à l’ouvrier de j
- refuser son travail à l’industriel qui l’emploie, s’il n’est préalablement autorisé à se concerter librement avec ceux qui sont dans les mêmes conditions que lui, afin de formuler l’ensemble étudié, réfléchi, raisonné des motifs qui légitiment l’augmentation de son salaire ou la diminution du nombre d’heures qu’il doit consacrer au travail ?
- Le droit de coalition, et nous insistons sur ce point, est inséparable de la liberté de réunion et d’association; il marque en réalité une première étape dans la voie du progrès, puisqu'il reconnaît, au moins en apparence, un égal pouvoir aux deux grands facteurs de la richesse publique, et que, grâce à lui, le travailleur cesse d’être une sorte de paria condamné à sacrifier au premier venu ses forces et son temps.
- Mais, d’autre part, la grève, comme toutes les gu-rres, n’en est pas moins un fléau destiné à trahir son passage par des ruines. Tant que l'usine, tant que l’atelier sont fermés, le capital demeure improductif (perte irréparable); l’ouvrier mange ses économies (quand il en a) ou se trouve livré aux souffrances et aux fatales suggestions de la faim.
- En tout état de cause, la grève trahit donc un vice profond du régime économique, et indique au législateur que son œuvre est loin d’ètre accomplie.
- Je n’en dirai pas plus long sur ce point, le Devoir s’étant précisément imposé la tâche généreuse d’élucider ce problème et d’en hâter la solution.
- Le Devoir établira que la reconnaissance du droit de coalition, même dans toute son étendue, ne suffira pas à résoudre le problème.
- Il faut plus que cela.
- La seconde considération, d’ordre purement matériel, à laquelle je veux en venir est celle-ci :
- Il s’est produit en Angleterre, pays profondément nonarchique, des trouhles et des violences que nous n’avons point eu à déplorer quand, dernièrement, ou faisait un crime à notre jeune République de l’abandon du travail dans quelques-uns de nos bassins houilliers.
- 11 est bon d’enregistrer ce fait qui vient une fois de plus donner un démenti significatif aux défenseurs patentés des régimes déchus.
- *
- * +
- La Chambre a ajourné la validation de l’élection de M. le comte de Mun, ex-capitaine de cuirassiers, exofficier d’ordonnance du gouverneur de Paris, et grand fondateur des cercles catholiques d’ouvriers.
- Nous ne mettrions point ainsi en cause la personne de M. de Mun, s’il n’était la vivante incarnation de l’esprit, des tendances et des passions de l’église moderne. Élevé par les jésuites, préparé à Saint-Cyr par la célèbre école de la rue des Postes, nourri des plus pures doctrines de TultramonLanisme, doué de qualités brillantes, il ne pouvait manquer de quitter l’armée où. l’ardeur de son prosélytisme devenait un objet de scandale tout en n’y rencontrant point un champ d’action assez vaste. Les bons pères du reste ne sont point habitués à former des élèves qui leur fassent autant d’honneur, et comme le temps des croisades est passé, ils ont estimé, non sans raison, que M. de Mun leur rendrait plus de services comme député que comme capitaine. C’est donc en qualité d’avocat de la célèbre compagnie que M. de Mua a pu déclarer à la Chambre qu’il s’était formé « Une ligue catholique » contre la République. Nous nous en doutions bien un peu, mais l’avou n’en est pas moins précieux à retenir*
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- Et afin que nulle équivoque ne subsiste dans les esprits, Mgr Dupanloup, de son côté, part en guerre au Bénat contre le centenaire de Voltaire G’est la faute à Voltaire, c’est la faute à Rousseau, nous paraissait une rengaine un peu usée, mais quand on veut interpeller quand même, il faut bien se rabattre sur ce qu’on a sous la main.
- Voilà pourtant les gens qui invoquent à chaque ins tant le grand mot de liberté, et qui, fêtant à leur guise tous les saints de leur calendrier, n’admettent point que l’on puisse rendre hommage à la mémoire d’un homme qui fut le grand apôtre de la tolérance. Si, cependant, le gouvernement s’est désintéressé lui-même de la question, s'il s'est opposé à ce que la municipalité do Paris, en tant que corps constitué, prît une initiative que n’autorise point l’étroite législation qui nous régit, que peut-on lui demander de plus? Que veüt-on?On veut du bruit, on veut irriter les esprits, retarder l’apai-setnent, et peut-être faire gravement condamner Voltaire pat des droites sénatoriales.
- Nous nous imaginons que Voltaire lui-même rirait bien s’il pouvait assister à cette sotte campagne, et nous n’avons qu’à l’imiter.
- Le brave curé de Montardit viont fort à propos nous détourner du triste spectacle do ces rages impuissantes qui donnent l’assaut chez nous à tout ce qui est bon sens et esprit d’indépendance. Il crie bravement : «Vive la République! » et relève vertement les impertinences delà petite feuille bonapartiste qui s’est mise à ses trousses. Nous croyons fort que s’il est le seul jusqu’à présent à émettre aussi franchement son opinion, nombre de ses collègues pensent tout bas ce qu’il ose dire tout haut.
- Noire clergé inférieur supporte impatiemment la lourde main des évêques, qui, selon le mot de M. de Lonnechose, entendent lo faire marcher comme un régiment, 6t plus d’un brave curé n’obéii qu’en rechignant aux ordres venus de Rome.
- Là encore nous avons de grosses réformes à opérer, tant dans l’intérêt do ces individualités sacrifiées au plus écrasant des despotismes, que dans l’intérêt de la paix publique, dont on les fait souvent malgré eux les adversaires systématiques.
- A. Bàlt.ue.
- ----ix. o£ O-'. .
- ooj rn ESPOINDANCE
- ET DISCUSSION CONTRADICTOIRE
- Nous donnerons à l’avenir sous ce titre et Chaque semaine le texte in eûctcns) ou le résumé exact çles Objections qui nous sont présentées ou des questions qui nous sont faites, chaque fois que nos réponses ne devront pas faire l’objet d’un article développé.
- Notts Veillerons à ne faire figurer dans cette Correspondance que les questions susceptibles d’intéresser nos lecteurs.
- Ce géra uiic tribune pour le débat des points se-Cühdàires.
- tout le bien possible. Une privation, une égratignure, une larme évitée à un malheureux, c’est une bonne œuvre à ne pas ajourner ; mais en s’occupant dû présent il ne faut pas perdre de vue l’avenir et que toutes ces améliorations de détail, indispensables pour remédier aux maux du moment, seront jugées demain insuffisantes si elles ne sont pas coordonnées conformément aux indications de la science sociale-C’est donc la science sociale qu’il faut constituer, exposer, vulgariser ; tout en y travaillant il faut faire entrer dans les esprits, plus que vous ne faites, l’idée de sa nécessité et de sa réalité, »
- — Très-bien. Mais nous ne tendons pas à faire autre chose. Chaque numéro du Devoir contient au moins un article destiné à rattacher les améliorations de détail proposées à l’ensemble de nos doctrines. Nous savons très-exactement ce que nous voulons et, pet t à petit, nos lecteurs doivent s’en apercevoir. Patience. L’idée génératrice se dégagera de plus en plus Quant à l’exposer tout d’un coup, ce serait l’œuvre d’un volume et non celle d’un journal-Or un volume sérieux ne se lit presque pas et ne peut porter que peu de fruits, tandis que le Devoir se lit et jette un peu partout sa semence. Nos articles sont reproduits et traduits ; en serait-il de même de® chapitres d’un volume? Le Devoir servirait mal sa cause en consacrant une large place à l’exposition et à la discussion de la science sociale, Il n’a de raison d’être qu’à la condition de s’occuper surtout do choses immédiatement réalisables, tout en les rattachant à une vue d’ensemble.
- m. f. b., à Paris. — « Il y a beaucoup à dire au sujet de votre article sur le mouvement religieux* ne suis pas d’accord avec vous. L’Allemagne protes-tante est plus instruite que la France catholique c’est vrai, mais en revanche nous sommes plus libre3 qu’elle. Ce seul fait détruit toute votre argumentation, »
- D’abord l’argumentation incriminée appartient à M. de Laveleye. Ensuite, votre objection ne la dé* truit pas, elle la confirme. La France n’est pas exclusivement catholique. Elle compte des million3 de libre-penseurs, de protestants et d’israélites, à c’est précisément parce qu’elle compte des millions de non-catholiques qu’elle est libre Supposez qu0 tous ceux-ci viennent à mourir le même jour et juge2 de ce qui restera. Les pays tout à fait catholiques, tels que les républiques de l’Amérique du sud et,|0 l’Amérique centrale sont à la queue de la civilisation. C’est bel et bien la religion qui en est cause-
- Or, ce que le parti c’érical rêve (l'établir en France» c’est quoique chose dans le même goût, et il y anri-* vera sûrement, si les non-catholiques continuent faire baptiser leurs enfants dans l’église romaine.
- ii. b. c., à Cliauvigny. — « Vous avez grandement râifetirt lorsque vous parlez de faire immédiatement
- Dr Mi m, à Paris, — * Le» raison» que vous invn* quez en faveur de la crémation ne paraissent
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- contestables et je crois qu’elles sont peu contestées. La grande objection qu’on oppose à la crémation s'appuie sur des considérations de criminalité. En faisant disparaître les cadavres on fait disparaître en même temps toutes traces des crimes tardivement découverts. Elle assure à peu près l’impunité aux empoisonneurs .. Il faudrait donc que tout corps, avant-d’être brûlé, fut soumis à l’examen d une commission de médecins légistes; que, non-seulement 1 autopsie fut faite, mais que les viscères et les liquides fussent analysés et analysés avec le plus grand soin. C’est une grosse besogne, qui exigerait unma-tériel énorme et un personnel considérable Quelles récriminations, quelles résistances ne soulèverait pas une telle obligation imposée aux familles, une si pitoyable iiquisition? »
- — Nous savions cela. Nous avons assisté, il y a deux ans, à Genève, à de fort intéressantes discussions scientifiques à ce sujet. Une des illustrations les- plus marquantes de la science, M. Cari Vogt, y démontra : 1° Que l’on peut empoisonner quelqu’un sans que le poison laisse de traces dans le cadavre; 2° Qu’une longue inhumation peut faire disparaître les traces de certains poisons ; 3° Enfin que certains poisons peuvent se retrouver dans le résidu de la crémation. Cela diminue de beaucoup la portée de l’objection. Au cours des mêmes conférences, un docteur fit remarquer que l’embaumement fait aussi disparaître toute trace de poison et que cependant jusqu’ici l’embaumement n’a été nulle part défendu.
- Enfin, nous ferons remarquer que l’affaire Moreau et plus récemment l'affaire Danvaî, ont amplement renseigné le public sur le degré de confiance que méritent les expertises de la médecine légale.,
- M. le Dr Robinet. Paris. — « En parcourant votre numéro du 28 Avril je-Ils dans un article intitulé Mouvement religieux : « Le Positivisme, qui a rendu et rend encore à la science des services inappréciables, n’a pas la même valeur à 1 égard des aspirations de Pâme. Il en tient trop peu de compte, et par cela même, etc (suite de la citation de Part, p 122)». Sans doute fauteur de cette critique ignore le côté religieux du positivisme, saconstatation des sentiments bienveillants dans la nature humaine, le développement cultuel donné par Auguste Comte i la Religion de 1 humanité, pour satisf lire ses besoins affectifs et assurer l’exercice de nos instincts sympathiques; le noble idéal offert à la vie humaine en posant comme but de toute existence la subordination de la personnalité à la sociabilité, d’après la formule viv?e pour autrui. »
- — Non, nous n'ignorons pas ce côté des écrits d'Auguste Comte, non plus que le soin avec lequel on groupe de positivistes pratique la Religion de l’Humanité, mais M. Robinet n’ignore pas, non plus Que lés disciples fidèles aux derniers écrits du maître sont le très petit nombre et sont écrasés par le grand nombre des positivistes qui acceptent sa philosophie ®t rejettent son catéchisme. Aussi croyons-nous être compris du public et même nous servir du langage usuel en appelant positivistes les hommes se ralliant
- aux idées de MM. Littré et Wyroubofl ou de MM. Herbert Spencer et Stuart Mill. C’est de ces penseurs là que nous avons voulu parler et nous sommes bien convaincus que la majorité de nos lecteurs nous a compris.
- Que ces penseurs soient des disciples incomplets d’Auguste Comte, cela est incontestable. Eux mêmes ne le contestent pas ; ils ont même bien soin de le déclarer afin que l’on ne s’y trompe pas, car ils ont, croyons nous, beaucoup moins de sympathie que nous, pour la Religion de l’Humanité. (Voir sur cette église le Bulletin bibliographique.)
- E. G.
- LETTRES D’ALLEMAGNE
- il
- Quelques mots s?tir la coopération
- Berlin, 18 mai 1878.
- «t Les membres soussignés veulent, au moyen de l’association, se procurer par leur crédit collectif les capitaux dont ils auraient besoin dans des buts industriels et autres. »
- Tel est le premier article des statuts de la Société d’avances de Delitzsch (fondée en 1869), le but des banques populaires allemandes.
- G’est en comprenant la solidarité dans sa plus vaste acception que les sociétés de crédit arrivent aux résultats incroyables que nous avons signalés dans notre dernière lettre, Si 1 Association exige d’un seul de ses membres de se porter garant pour la société en lui disant : un pour tous (I), il semble au premier abord que ce membre isolé prend là un engagement bien périlleux ! et c'est ce qu’on a cherché à éviter par la commandite; mais par contre, si un répond pour tous, tous répondent pour un, et là est la garantie de ce membre isolé, comme la raison qui procure aux associations un aussi vaste crédit prouvé par une expérience de 20 années en Allemagne. — La commandite est excellente, là où prêtant des fonds à un ou quelques associés, le commanditaire est simple prêteur-intéressé, ne faisant pas ses propres affaires comme dans les associations, ma. s s’intéressant aux affaires d’un individu ou d’une société. — (Il en est même de l'action.)
- Nous croyons que les membres des associations qui se forment dans d autres pays ne sauraient trop étu-
- (l) On nous dira que la loi en Fiance est plus rëslriciive qu'en Aliéna'^no : p’est vrai ! — Mais est-ce à dire, que ce qqi est impossible aujourd’hui le sera encore demain, quand nos députés él sénateurs auront compris qu’il faut donner; en réformait! les lois; uhe libei té plus grande au principe d’association.
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- dier à fond les statuts et le mécanisme des associations allemandes, (ce qui a lieu du reste, car on peut maintenant citer aussi les associations italiennes etc.), qui ont pour elles la réussite et quelle belle réussite. (Qu’on en juge par les chiffres que nous allons donner); et de s'imprégner de l’esprit de Sehulze-Delitzsch, dont beaucoup de penseurs profonds, du reste, n’ont peut-être pas assez étudié les larges vues.
- Qu’en France on se méfie de la disposition des esprits qui est trop portée à la centralisation et à la réglementation.
- (.4 suivre.) Edmond Potonié.
- LA FILLE DE MON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mme Marie HOWLAND {Voir Ar°® 4 à U)
- Chapitre VIII
- La l?liilo«opïiie impuissante.
- Un soir, quelques mois avant l’époque fixée pour le retour définitif de Clara, le docteur rentra chez lui chagrin et fatigué.
- Cette disposition d’esprit de leur père était autrefois pour les jumelles, le signe qu’elles pourraient se dispenser de lui grimper aux jambes et, maintenant qu’elles étaient plus grandes, elle signifiait que le docteur serait heureux de leur voir interrompre, pendant le reste de la soirée, leurs exercices de piano, exercices sans fin ni trêve, véritable supplice que l’excellent docteur endurait chaque joûr, avec toute l’indulgence d’un bon père, avec tout le stoïcisme d'un homme supérieur.
- Et que le lecteur ne nous taxe pas d’exagération, si nous appelons M. Forest un homme supérieur. Il ne suffit pas, en effet, pour mériter ce titre, d’être un habile général, un éminent politique, un illustre savant ; il faut aussi être juste et bon avec ses semblables, indulgent envers les faibles. Aussi, lorsque les femmes se feront à leur tour les biographes de leurs seigneurs et maîtres, combien d’hommes, qui sous la plume d écrivains de leur sexe, eussent été dépeints comme autant de colosses, seront réduits aux proportions des pygmées.
- Ce soir là donc, pendant que la famille du docteur prenait le thé, Madame Forest s’informa de l’état de santé de Madame Buzzell à qui son mari avait fait
- plusieurs visites dans les derniers jours. Le docteur répondit qu’elle allait mieux.
- * Je crois que sa maladie durerait moins longtemps si elle était soignée par le docteur Delano » fit observer Madame Forest.
- « Oh! Oh ! Voilà une attaque à mon mérite professionnel *, dit le docteur en essuyant sa moustache grise, puis il ajouta en souriant : « La seule chose qui puisse rendre Madame Buzzell vraiment heureuse est une bonne maladie bien longue et bien sérieuse. »
- — « Evidemment, et tout cela parceque vous la gâtez, cette vieille folie 1 »
- — « Oh Fannie, cela n’est pas bien, comment pouvez-vous parler ainsi d’une bonne et respectable amie; vous ne devriez pas oublier qu’elle est affaiblie par l’àge et qu'elle n’a personne pour prendre soin d’elle. »
- « Mais je ne vois en cela rien qui vous oblige à vous mettre au martyre à son sujet. »
- — « Bien loin de là,répondit le docteur,ilm’esttrès agréable de voir ses yeux éteints s’animer lorsque j’entre dans sa chambre, je sais que ma présence est une grande consolation pour elle, et donner du bonheur devrait toujours nous rendre heureux. »
- — « En vérité 1 vous êtes tout-à-fait tendre pour cette intéressante malade. »
- — * Fannie vous me faites de la peine, » dit le docteur. Si ce monde infernal se plait à être cruel et lâche et à railler ceux qui manifestent par des actes leur sympathie et leur affection pour les autres, vous, du moins, devriez être capable de sentiments plus élevés. »
- — « Voilà papa qui va devenir tout-à-fait grognon.» s’écria Leila en lançant un regard moqueur à son père dont la « grognerie » ne l’épouvantait guère ; puis,prenant dans ses bras sa complaisante sœur,elle sortit de la chamlre en valsant; « Amusez-vous bien, boito à Malice * lui cria le docteur pendant que Madame Forest poursuivait les valseuses d’un regard sévère.
- Quand ses enfants furent sorties, Madame Forest revint sur son grief.
- Le docteur répondit : « Je sais que je vous désoblige lorsque je rappelle votre manque de sympathie pour ceux qui ne vous tiennent pas de très-près. Nos enfants, ma chère Fannie, ne composent pas à eux seuls le monde, et les aimer exclusivement est égoïste et étroit. La souffrance, partout où elle se montre, a droit à nos consolations.
- « Charité bien entendue commence par soi même, » dit sententieusement Madame Forest. • c Oui, commence mais ne finit pas » reprit le doc-
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- teur. « Depuis longtemps je m’étonne que connaissant l’isolement de Madame Buzzell qui n’a d’autre compagnie que celle do sa vieille servante, vous n’alliez pas la visiter. »
- Madame Forest avait justement pensé dans la-journée à aller voir sa vieille amie et à lui porter quelques friandises, mais elle était en ce moment dans une disposition d’esprit trop fâcheuse pour avouer cette intention.
- — * Elle a trop souvent votre société pour éprouver le besoin de la mienne, » répartit-elle avec un peu d’aigreur.
- Cette réponse exaspéra le docteur ; il se leva pendant que sa femme appelait Susie :
- , — « Vous rapetissez tout à votre mesure, dit-il, et vous êtes comme votre fille Leila. — De telles toilettes, un peu de musique, de la,flagornerie, de la piété sentimentale contraire aux véritables enseignements du Christ, cela vous suffit amplement. Mais, jamais, vous ne pourrez ni voir les grands côtés de la vie, ni ressentir les émotions que donne aux femmes supérieures une idée plus haute de l’existence humaine. — Votre esprit étroit se saurait comprendre rien au-delà de ce que votre coterie appelle « convenable *
- — « Je voudrais bien connaître ces femmes qui voient les choses par leurs grands côtés.
- — « Bon, lit le docteur il est inutile de citer des exemples, car la plupart d’entre elles ont plus ou moins fait des accrocs aux convenances socia es, et vous n’admettriez pas leur conduite. »
- « C’est bien cela; de sorte que pour « voir les choses par leurs grands côtés, » ajouta madame Forest en prononçant ces mots avec un profond mépris, « on doit perdre sa réputation. »
- « Pardieu, » s’écria le docteur avec feu, je pense que la première condition pour que les femmes puissent développer en elles l’amour de l’humanité, est de commencer par perdre la soi-disant respectabilité des hypocrites et des prudes. *
- Madame Forest était scandalisée, mais l’entrée de Susie l’empêcha de répliquer. Pendant que celle-ci enlevait sans bruit les tasses, le docteur continua :
- « Nous devrions cultiver soigneusement en nous le sentiment d’unité avec la nature entière dont nous sommes partie intégrante. Cela nous habituerait à élargir notre existence et à placer notre bonheur dans le bonheur de toutes qui nous .entoure.Grande est l’importance de ce sentiment d’unité ; nous ne Pouvons l'estimer trop haut car c’est de lui que sortiront les plans grandioses d’association qui doivent régénérer l’humanité. Il y a aujourd’hui â Oak-dale des gens qui travaillent d’un bout à l’autre de
- l’année sans pouvoir s’assurer par là des moyens convenables d’existence ; il y a des enfants qui n’ont jamais vu un beau tableau, qui n’ont jamais porté un vêtement qui leur plût ! »
- — « Je sais que cela est profondément triste, reprit madame Forest, mais que font les libres-penseurs pour y remédier ? Les dames de nos congrégations, au contraire, apportent des vêtements et du pain aux enfants du pauvre. » Et comme elle remarquait un sourire sur les lèvres de son mari, elle s’empressa d’ajouter : * Vous savez, mon ami, que je vous mets toujours à part. »
- « C’est bon 1 « continua le docteur Mais il y a pourtant les Unitairiens qui sont tous des libres-penseurs selon vous, vous ne pouvez nier qu’ils fassent plus à eux seuls pour les pauvres que tout le reste du pays. Voyez la maison Ely et Glierrish, l’un des associés estünitairien, l’autre Déiste, comme on dit ; n’ont-ils pas construit pour leurs travailleurs des maisons où sont réunis la plupart des conforts que procure la richesse et dans lesquelles on se loge presque au même prix qu’ailleurs ? Combien il est plus noble d’aider les gens à cultiver leur esprit et à se rendre indépendants, que de développer en eux l’habitude de la mendicité par vos petites aumônes ! »
- — « Nous ne pouvons tous construire des cités ouvrières comme Ely et Cherrish, mais cela ne doit pas nous empêcher de faire le bien dans la mesure de nos moyens. »
- — « J’admets la pureté de vos intentions, et je reconnais même que vous réalisez un bien momentané, mais il n’en est pas moins vrai que votre charité dégrade celui qui 1» reçoit- Comme système social, l’aumône manque le but. Or pour celui qui examine la question sociale à la lumière de la science, du moment où un système manque le but, il est mauvais, et le premier devoir du penseur est de rechercher la cause du mal et de découvrir un remède. » .
- — « Tout cela est fort beau — en paroles, » dit madame Forest.
- — « En paroles ! » répéta le docteur, « mais chaque jour de la vie, nous mettons ces principes en action! Prenez, par exemple, la locomotive et le télégraphe, — Lorsque l’humanité a éprouvé le besoin de communications rapides, on a cherché d’abord à propager les meilleures races de chevaux, puis ona amélioré les routes et perfectionné les voitures, mais tout cela ne remplissait pas le but, et l’on a cherché jusqu’au moment où furent découverts les chemins de fer. Il en a été de même avec la presse, le système postal et le télégraphe. »
- Madame Forest trouva que le terrain sur lequel se plaçait le docteur ne lui permettait pas de coati-
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- nuer la lutte; aussi se mit-elle à donner à Susie des instructions détaillées pour le lendemain et finit dans son impatience, par la congédier un peu brusquement.
- Quand celle-ci fut sortie, le docteur dit à sa femme : « Pensez-vous que vous êtes aussi bonne que vous le devriez avec cette pauvre enfant ? »
- — « Bon Dieu, en voilà biend’une autre! » soupira madame Forest. «Oui je pense que je suis avec elle comme je dois être. N’a-t-elle pas une vie agréable ici ? je lui laisse tout le temps nécessaire pour travailler pour elle. D’ailleurs je reconnais volontiers qu’eu égard à la déplorable éducation qu’elle a reçue, sa conduite est irréprochable. **
- — « Elle m’intéresse vivement, » remarqua le docteur, « et je voudrais que Clara fût ici, c’est une femme suivant mon cœur. Vous savez, son esprit est vraiment démocratique, humain, veux-je dire, elle aiderait Susie à se donner un but dans la vie. »
- — tün but dans la vie ! Mais quel autre but voulez-vous donc qu’elle ait, sinon de se bien conduire et d’être heureuse en faisant son devoir ? »
- Grâce à son petit arsenal de maximes, madame Forest avait arme pour tout et il était aussi épineux de lutter avec elle qu'avec un porc-épic. Sa manière de voir était si différente de celle du docteur qu’il aurait été bien difficile d’apprécier impartialementses mobiles. Les idées radicales de son mari faisaient son supplice, et sa déception était extrême en voyant Clara partager les principes qu’elle avait en horreur. D’autre part, les lettres que celle-ci écrivait à sa mère étaient courtes, respectueuses, parfaites de convenance, mais il était aisé de voir que Clara accomplissait un devoir en les écrivant. A çon père, au contraire, elle envoyait de longs griffonnages pleins d’originalité et de franchise qu’elle terminait en signant: La vraie fille de mon père. Madame Forest ne laissait pas d’en être un peu jalouse.
- Après que Madame Forest eut ainsi émis son opinion sur le but de la vie, le docteur resta un moment silencieux, et se mit, tout distrait, à bourrer sa pipe.
- « Faire son devoir, » reprit-il ensuite « n’est pas tout dans la vie Dans sa solitude,Susie doit éprouver le besoin d’unè voix amie. Je voudrais vous voir prendre intérêt à elle, Fannie, lui parler et gagner sa sympathie. »
- « Je ne me soucie pas beaucoup de causer avec elle et elle ne paraît pas éprouver davantage le besoin de m’entendre, »
- « Parce que vous lui parlez toujours do sauver son âme, celà doit l'ennuyer à l’excès, car elle en sait juste autant que vous là-dessus ; parlez-lui d’elle,
- proposez-lui des lectures, obtenez quelle s’intéresse à quelque chose. »
- — «Elle n’est pas très-intelligente, » répondit Madame Forest.
- —* « Allons donc ! fit le docteur, « elle a une tète magnifique. »
- w C’est possible, mais je ne crois pas aux têtes, la plupart des gens les plus stupides que je connaisse ont des têtes énormes. »
- « Oui, mais on doit tenir compte de la qualité aussi bien que de la quantité et, dans le cas présent, la qualité est excellente. »
- « Je n’ai pas très-bonne idée sur son compte ; elle va à l’église-, c’est vrai, mais je crois que c’est sur tout dans la crainte de me déplaire en restant à la maison. »
- — « S’il en est ainsi je suis fâché qu’elle y aille, » dit le docteur.
- — « Lorsque Dan est ici, continua Madame Forest, elle reste avec nous, mais les autres jours elle passe la plupart de ses soirées dehors et je ne sais où elle va. u
- — « Allons, Fannie, ne soyez pas ainsi bassement soupçonneuse. Je sais que le cœur de cette jeune fille est bon, mais que pouvez-vous en attendre? vous la traitez comme une servante et elle le comprend. Elle exécute vos ordres, parce que c’est son gagne-pain, et aussi parce quelle aime Dan éperduement. Pauvre enfant 1 Cela est le plus triste de tout pour elle. Son seul bonheur est de le contempler, et comme en dehors de cela elle ne trouve ici ni sympathie, ni amitié, est-il étonnant qu’elle cultive les. quelques relations qu'elle a conservées au dehors ? Ceci répond à un besoin aussi naturel et impérieux que le besoin d’air et de nourriture. Un jour vous vous apercevrez que c’est un grand malheur que vous ne puissiez lui ouvrir votre cœur et lui venir en aide. Si elle en arrive à penser que Dan est le seul être qui prenne souci d'elle, elle fera trop grand cas de son affection qui, je le crains, est déjà en train de diminuer. »
- « Oui, et je crois qu’il ne serait pas fâché de pouvoir effacer cet abominable tatouage. Etait-il assez niais à cette époque ! »
- — « Je ne sais, » dit M. Forest, « mais je ne suis pas éloigné de croire qu’il avait cédé cejour là à la meilleure impression qu’il eût jamais ressentie. » '
- — a De grâce 1 docteur, comment pouvez-vous parler ainsi ? Peut-être désireriez-vous voir votre fils épouser cette péronnelle ? »
- — « Mais, il pourrait plus mal faire » répondit grar veraent le docteur.
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- C’en était trop pour Madame Forest, trop pour sa patience, trop pour qu’elle pût trouver des termes exprimant assez son indignation ; elle plia son ouvrage et sortit abandonnant le docteur à sa pipe et à ses réflexions..
- {A suivre).
- VARIÉTÉ
- Société française cThygfîène
- La Société française d’hygiène, voulant propager dans lès classes laborieuses les notions les meilleures d’hygiène et d’éducation de la première enfance, met au concours la question suivante :
- » Paire connaître d’une manière succincte, et dans les utnites d’un brochure in-1‘2 de 32 pages, les meilleures conditions de l’éducation de la première enfance :
- -1° Au point de vue de la nourriture, depuis le jour de sa naissance, jusqu’au moment où l’enfant peut faire usage d’aliments usuels ;
- Insister particulièrement sur l’allaitement maternel ; démontrer que l'allaitement artificiel ne peut suppléer le Premier que dans les cas de nécessité absolue.
- 2° Au point de vue du vêtement (signaler les pratiques utauvaises, et celles qui réalisent les meilleures conditions : indiquer tous les soins corporels que nécessite le premier âge) ;
- 3° Au point de vue de l’habitation (faire connaître les avantages de l’exposition, de l’aération et de la pro Prêté). »
- Dans le développement des différents points du programme, on tiendra compte des conditions actuelles des personnes auxquelles on s’adresse, et l’ou évitera surtout les théories purement idéales applicables aux classes privilégiées.
- Les récompenses consisteront en une médaille d’or et en deux médailles d’argent.
- V. B. Les Mémoires, écrits en français,_ devront être Parvenus au Secrétariat de la Société française d’hygiène, ?1, rue des Saints-Pères, le lâr juin 1878.
- Les Mémoires couronnés appartiendront à la Société, flui pourra les imprimer, à son gré, on totalité ou en Partie.
- Elle s’engage à inscrire les noms des lauréats en tète de l’opuscule, qu’elle se propose de répandre à profusion et de faire distribuer dans les mairies, à chaque personne •lui viendra faire une déclaration de naissance.
- entièrement soustraite à l’influence des générations précédentes : ce serait une horde de grossiers sauvages, tremblant à chaque phénomène nouveau de la nature,et poussant la férocité jusqu’à mangerdela chair humaine ; en un mot, cette génération reproduirait l’état primitif d’où est partie l’Humanité pour accomplir sa glorieuse évolution. Ainsi c’est à ce grand Être (l’Humanité) que nous sommes redevables de tout ce qui adoucit, élève, ennoblit et charme notre vie ; le connaître, c’est donc l’aimer. »
- On comprend à quelles conclusions conduit cette pensée visiblement empreinte des idées de Pierre Leroux. Du moment que le grand Être Humanité, auquel nous devons tout, inspire et guide les vivants c’est en ceux-ci que nous devons l’aimer.
- Une morale très-sérieuse pourrait être fondée sur cette base toute terrestre, mais n’y a-t-il que notre terre dans l’espace ? E G.
- COQUELET LE MOUCHARD
- Par Alexis BOUVIER
- Un fort volume in*18, orné d’une eau-forte de Masson d’après Amand Gautier, 3 fr. 50,
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- Lorsque vous passez, à Paris, au coin du boulevard Poissonnière, près la rue Montmartre, vos regards sont involontairement attirés par une gigantesque aquarelle qui orne la vitrine du Nouveau Journal.
- Entre cette aquarelle signée Monréaï et l’eau-forte du nouveau livre d’Alexis Bouvier, l’un de nos romanciers républicains les plus sympathiques, il y a une grande parenté, comme entre le nouveau roman et le feuille ton du nouveau journal.
- Le Mouchard, tel est le titre du feuilleton, de l’aquarelle et de l’eau-forte d’après un tableau d’Amand Gautier, trôs-remarqué au dernier Salon. Le Mouchard mis au jour de la sorte n’est autre que le trop célèbre M. Coquelet, le policier lyonnais, acteur principal du nouveau roman d’Alexis Bouvier.
- Ce sera un nouveau succès à ajouter à l’œuvre du romancier républicain, qui en compte déjà à son actif un si grand nombre, et l’éditeur André Sagnier. en homme pratique qui n’aborde le genre littéraire dans ses publications que lorsqu’il y a gain et profil à recueillir, nous paraît avoir eu la main heureuse en publiant aujourd’hui Monsieur Coquelet le Mouchard.
- Les journaux bonapartistes tombent à bras raccourcis sur Alexis Bouvier. Gela seul suffirait à assurer le succès de son volume.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- Essai sur la prière, par Joseph Lonchampt. Paris,
- Rut.
- Cet opuscule donne une idée succindeduCwW# systè^ Viatique de VHumanité dont Aug. Comte fut, dans ces dernières années l'ardent Initiateur. Voici un passage flui donne une idée assez nette du culte dont il s’agit et fini mérite réflexion :
- « L’Humanité n’est point l’espèce humaine et ne comprend pas l’universalité des hommes : l’Humanité, c’est **mémoire des morts inspirant et guidant les vivants; c’est l’ensemble de toutes les hautes pensées, de tous les nobles sentiments, de, tous les grands efforts, rapporté à un seul et môme Être, dont cet ensemble forme ; V^fhe,et dont les vivants constituent le vaste corps.Celte ùùhience incessante du passé est aussi salutaire que nécessaire, Supposons, en effet, une génération humaine
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- Sommaire du numéro du 18 Mai 1878
- TEXTE : Le Trocadéro avant 1878. . . . Un vieux Parisien.
- Le grand Orgue du Trocadéro. . Alfred de Vaulabcllc.
- Frans Hais................De Torcy.
- Un Drame.......Legouve, de l'Académie franç.
- Les Expositions à Paris.... Surmay.
- Musée de Cluny...............R.
- Le Philosophe de Passy . . . A. Genevay.
- Amusettes................M, Seurot.
- Petite Gazette, ..............Robert.
- Ephémérides...................X.
- GRAVURES : Michial de Vaal, capitaine, Sint-Joris Doelen (1633), dessin de Laluze, gravure de Medderigh, d’après une figure du tableau de Frans Hais, n° 57 du musée de Harlem. — Johan Claasz Loo, colonel, Cluviniers Doelen (1627), dessin de Camille de Roddaz, gravure de Smeeton et Tilly, d’après une figure du tableau de Frans Hais, n° 56 du musée de Harlem. — Johan Damins, Fiscaal (1627); dessin de Camille de Roddaz, gravure de Puyplat, d’après une figure de Frans Hais, archers de Saint-Adrien, n° 55 du musée de Harlem. — Exposition universelle de 1878. Façade du pavillon des sections étrangères, fac- simile d’un dessin de M. H, Toussaint. — L’Innocence préfère l’Amour à la Richesse, fac-similé d’une eau-forte de A. Lalauze, d’après le tableau de Prud’hon, collection de C. Marcille. — Le Pont de Suresnes. fac-similé d’une eau-forte de J. Haro, d’après Alfred de Knifï. — Cul-de-Lampe deEisen.
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- Journal hebiomadairu -paraissant Itj ^Dimanche»
- DIMANCHE 2 JUIN
- NUMÉRO 13 ,
- Le Devoir
- POLITIQUE
- LEGISLATION
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- ASSOCIATION DU CAPITAL & DU TRAVAIL
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- Rédacteur en chef : i. Ed. CHAMPIIRY
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- SOMMAIRE
- Les Grèves et l'organisation du travail. — VEcole normale de jeunes filles de New-York, — Le Centenaire de Voltaire. — Semaine politique. — Variétés. — Proctection et libre échange. — Homan : La Fille de son père.
- La grève formidable dont l'Angleterre nous offre maintenant le triste spectacle est bien propre à faire renaître dans l’opinion publique, et surtout dans l’esprit des hommes qui s’occupent d’économie sociale, l’étude de la grande question de l’organisation du travail dans les nations civilisées.
- Ce n'est pas un fait qui puisse passer inaperçu que celui de soixante quinze mille ouvriers se liguant spontanément pour résister à trne diminution de salaires. C’est là, au contraire, un événement gros de conséquences sociales, et qui doit donner à réfléchir à tous ceux qui sont chargés du gouvernement des nations.
- L’idée de l’organisation du travail a naguère beaucoup préoccupé la presse. Ce problème offert à l’étude des économistes a pu rester en suspens sous l’obscurantisme de l’empire, mais la grande question du travail ne s’est pas amoindrie pour cela, bien au contraire. Elle s’est réconfortée chaque jour dans l’esprit des masses travailleuses, par le désir d’une meilleure répartition des charges sociales et des avantages résultant de la production.
- L’organisation du travail, quoique peu discu-
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- tée aujourd'hui, n’a pas cessé d’être un des grands problèmes de notre époque. Si cette idée économique et sociale est restée vierge de solutions pratiques, les faits ont continué leur marche ascendante : les revendications du travail circonscrites, il y a 40 ans, aux principales industries de l’Europe, s’étendent aujourd’hui, dans la pensée des classes ouvrières, non-seulement à toutes les branches du travail européen, mais à toutes les industries du nouveau monde. Les Etats-Unis seront même très-probablement le théâtre des premières tentatives do réforme.
- Quoique la grève, se régularise et no se présente plus sous la forme confuse d’autrefois, êlle n’en a pas moins d’importance. Les grèves des mines et des fabriques, en Angleterre, les grèves des chemins de fer aux Etats-Unis sont aussi digues d’attention que celles dont la France a eu à se préoccuper.
- Faut-il attendre pour étudier les griefs du travail que les grèves nous enserrent de leurs difficultés ? Ne convient-il pas, au contraire, de devancer les revendications et de les prévenir?
- Le mal que nous voyons chez les nations voisines nous reviendra bientôt, si nous ne savons rîbn faire pour en empêcher l’invasion.
- Des conflits semblables à ceux que nous révélent les grèves actuelles du Lancashire ne naissent pas sans des causes profondes qu’il serait inprudent de méconnaître plus longtemps. Ils puisent leurs principales raisons d’êtro dans un vice d’organisation de l’industrie et dans l’insuffisance des garanties à l’égard du travailleur.
- Tout le monde commence à comprendre que les grèves sont un véritable malheur public. Les ouvriers eux-mêmes n’ont recours à ce grave expédient que faute d’une autre voie pour défendre leurs moyens d'existence. U serait sage de ne pas attendre que le temps et les circonstances aient modifié cette situation.
- Le législateur pourrait dès maintenant, par voie législative, prendre des mesures pacifiques et progressives, en instituant les garanties que le travail se sent fondé à réclamer. Qu’on avise au plus tôt, si l’on veut éviter les longs tiraille-
- ments dont la France et les autres nations auront à souffrir, si elles ne savent rien faite pour concilier les intérêts de la richesse et ceux du labeur.
- Ce qui est à faire s’indique de soi-même. Les classes ouvrières protestent d’abord contre l’abaissement ou Pinsuffisancë des salaires; elles réclament en outre des garanties contre la mi- . sère, le chômage et le malheur.
- Ce sont ces questions qu’il faut résoudre, auxquelles il faut donner satisfaction, par des me- ' sures en accord avec le progrès industriel de la société moderne.
- Si l’indifférence trouve commode de s’aban* ; donner-à la maxime; « laissez faire, laisse^ passer, » il faut néanmoins reconnaître que c’est un procédé dangereux. En fait de progrès social : comme en toute chose, il est indispensable que l’intelligence veille, et qu’elle cherche les solu- , lions.
- Par une erreur regrettable, des personnes bien intentionnées pensent, au contraire, que ces ; solutions ne peuvent être dues qu’aux seuls efforts des classes ouvrières.
- Les sociétés coopératives et les associations . i tentées jusqu’à ce jour sont des entreprises | louables et à encourager, mais elles sont impuis- i santés à remédier, à elles seules, à la plaie du ' paupérisme que développent la grande industrie ' j et la grande culture. J
- Pour remédier à un mal semblable, il faut tous les efforts intelligents des nations. Il faut J que le législateur se préoccupe do la question, qu’il pose les bases d’une étroite solidarité entre -v? le travail et la production ; il faut qu’il érige en principe que la production nationale doit servir à nourrir et à entretenir la vie des citoyens. J
- Aujourd’hui, c’est en Angleterre que la grève \4 sème ses misères, ses souffrances et ses dou- . | leurs; demain ce sera dans un autre pays; le J mal ira grandissant avec ses dangers, jusqu’à ce ^ que l'organisation du travail soit devenue un j fait accompli. :û
- Que faut-il entendre par une organisation du
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- travail ayant pour résultat de mettre fin aux grèves et aux conflits sociaux dont celles-ci peuvent être le motif?
- Reconnaissons d’abord que si le capital est un des facteurs de la richesse sociale, le travail en est un autre, et que ce dernier n’a pas moins que le précédent droit à des garanties sous la protection des lois.
- Lorsque la richesse sert à assurer les moyens d’existence de ses possesseurs, il faut que le travail serve à assurer l’existence des travailleurs.
- Étant donné que le salaire ne sert qu’à faire vivre l’ouvrier, ü faut fonder l’épargne qui viendra en aide au travailleur dans le besoin et durera tous les citoyens contre la misère.
- L’expérience établit que 4 0/0 du montant des Maires et émoluments divers suffiraient à l’organisation de ces garanties. Ces 4 0/0 seraient à Prélever sur la production pour constituer, dans ^ établissement industriel, dans la commune et dans l’État, cette épargne ou assurance générale des besoins de la vie.
- Vivre est la première loi que le créateur ait lQlposée à l’homme. Travailler pour vivre est la Audition nécessaire de cette première loi. Le Savait est, par conséquent, un devoir pour cha-cun de nous. Il est donc dans la nature des choses que les ouvriers demandent que le travail . dorme satisfaction aux besoins de la vie, puis-agissant ainsi ils ne font qu’obéir au vœu* ^ la nature.
- A-U lieu de s’inspirer du sentiment de la jus-^c6 et du droit naturel, au lieu de prendre con-Seil du devoir qui impose à tous les hommes de Percher à faire le bien des uns et des autres, 011 discute sur le dioit de coalition, sur le droit de réunion, sur le droit d’association; on cher-f16 à établir si les patrons ont ou n’ont pas le r°it de se concerter pour régler les salaires ; ^ ouvriers ont ou n’ont pas le droit de s’en-ei%e, de se réunir pour régler entre eux les ^ditions de leur travail, pour demander que ce avail leur assure les moyens d’existence, î testions oiseuses qui n’avancent à rien, qui ^ règlent rien, qui n’empêchent ni les grèves ni
- lÿ
- .es conflits, qui laissent l'irritation germer et grandir dans les esprits au lieu d’y maintenir la oaix et la concorde par des mesures efficaces, conformes aux besoins actuels du travail et de l’industrie !
- La plupart des hommes qui influent sur les questions du travail ne voient dans la société que l’équilibre de la production et de la consommation, au lieu de l’équilibre delà vie humaine. Ne consultant que des chiffres, ne supputant que balance de bénéfices au lieu de se préoccuper du bien-êf.rp. des hommes, ils n’imagiriQnt, comme remède h l’encombrement des produits, que l’abaissement des salaires; moyen aussi injuste qu’il est insensé, car il va directement contre son but.
- L’abaissement des salaires en face de l’encombrement des produits a pour conséquence d’augmenter un stock déjà trop considérable , de déprécier le prix des produits existants par la fabrication des mêmes produits à prix réduits. Ces marchandises jetées sur le marché obligent à réduire, sur d’autres points, le prix des produits similaires, le travail et le salaire des ouvriers.
- La baisse du travail et des salaires se généra-i sant, la masse du peuple cesse d’acheter n’ayant plus de ressources suffisantes : la consommation se ralentit et le mal s’aggrave.
- On ne sait pas assez que c’est folie pour des nations industrielles de ne rêver que moyens d’exportation, et de croire qu’il est indispensable, pour que l’industrie soit prospère, d’aller trouver des débouchés chez des sauvages. L’exportation est certainement une chose utile, mais elle ne constitue qu’un service d’échanges qui atteint son but dès qu’il procure au pays les matières étrangères dont la nation a besoin.
- Le plus pressant n’est pas d’aller chercher des consommateurs au-dehors, il est plus important de les trouver au-dedans; or, ce n’est pas par l’abaissement des salaires qu’on les trouve, puisque cet abaissement a pour conséquence de mettre les classes ouvrières dans l’impossibilité d’acheter autre chose que ce qui
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- LE DEVOIR
- est strictement indispensable pour ne pas mourir de faim. D’où il résulte que l’abaissement des salaires a pour conséquence de condamner les travailleurs aux plus dures privations, à côté des produits sans emploi que le travail a créés.
- Certainement, la loi reconnaîtra, dans un avenir prochain, que l’abaissement des salaires, opéré sans le consentement des ouvriers, est un acte illégitime, et elle consacrera le droit d’intervention du travailleur dans les choses qui touchent à ses intérêts.
- En attendant, il est nécessaire, les faits le prouvent, que le salaire soit protégé et la production régularisée. On n’arrivera pas à ce résultat sans l'intervention du législateur.
- Il faut des institutions nouvelles en faveur de l’industrie et du travail. Il faut des syndicats du travail, de la fabrique et de l’industrie ; il faut des statistiques de la production et de la consommation; il faut remédier à la concurrence dépréciative et malhonnête ; il faut donner plus de garanties à l’intervention et réprimer les excès des maraudeurs de l’industrie.
- Toutes ces questions ne peuvent trouver de solution que dans l’amélioration de nos lois, donnant essor à des institutions en rapport avec les besoins.
- Que nos sénateurs et nos députés y pensent : la tranquillité et la paix sociales sont à ce prix !
- Godin.
- L’ÉCOLE NORMALE DE JEUNES FILLES
- ANEW-YORK (1)
- On se fait en France une idée très incomplète, lorsqu’elle n’est pas très-fausse, du degré d’élévation auquel arrivent dans certains pay3 l’instruction et l’éducation des jeunes gens et des jeunes filles.
- C’est surtout sensible en ce qui concerne ces dernières.
- Aussi nous a-t-il paru utile autant qu’intéressant d’en donner une idée à ceux de nos lecteurs qui n’ont pas étudié de près ces questions.
- Nous croyons ne pouvoir mieux y parvenir qu’en
- (I) Traduit du Harper's new monlhhj magazine du New-Ycrk, IT33B. Avril 1878 .
- cueillant à leur usage, dans le Harper's Magazine (1) de New-Kork, la description d’une visite à l’école normale des jeunes files de cette ville.
- Ce simple récit suffira, nous l’espérons, à faire apprécier quelle distance aurait à parcourir l’éducation si coûteuse des jeunes filles dans les pays catholiques pour s’élever à la hauteur de léducation gratuite qui se donne dans un pays de liberté et de libre examen.
- L’ÉCOLE NORMALE DE JEUNES FILLES A NEW-YORK
- I
- A neuf heures moins dix minutes, un matin de novembre dernier, je prenais place sur l’estrade de la chapelle de l’école normale de filles de New-Kork» en compagnie du présidentde cetétablissement.Le ciel nuageux envoyait à travers les longues fenêtres gothiques de l’immense salle un jour grisâtre qui, se reflétant sur les tuyaux dorés d’un grand orgue,donnait à l’intérieur un air religieux et solennel.
- Les maîtres et maîtresses de l’école étaient rangés autour de nous sur l’estrade.
- Le parvis entier et la galerie de chaque côté de l'orgue étaient couverts de sièges vides encore.
- A neuf heures moins cinq minutes, une dame ouvrit le piano placé en avant de l’estrade et commença à jouer une marche vivement rhythmée ; au mêm0 instant s’ouvrirent les portes d’un large vestibul0 bordé de chaque côté parles salles de classe, et l’in" terminable cortège des jeunes filles commença son entrée dans la chapelle ; les pas légers et cadencés comme le murmure d’une source s’harmonisaient agréablement avec la musique du piano.
- Toutes ces élèves do 14 à 22 ans, les unes presqu0 enfant les autres presque femme, défilèrent une A une, leur maintien exprimant la réserve et la séré" nité.
- On s’émerveillait de l’uniformité parfaite de ces mouvements exécutés par des individualités chez qu* se révélaient à première vue des caractères si di$' rents et des tendances si contraires.
- Les places se garnirent sans bruit, ni confusion, I0 piano jouait toujours la marche alerte, et le gra»d vestibule, semblait encore rempli de longues fll®* d’étudiantes. A 9 heures le parvis était garni et I0$ files se dirigèrent vers la galerie. A 9 heures 4 mi" nutes, la dernière jeune fille parut enfin, les port00 se fermèrent et le piano se tut. Quel triomphe é0 méthode !
- Trois choses nous frappèrent d’admiration ' i0
- (1) Le n° d'Ayril 1878 de celle revue illustrée, contient le pi»11 et plusieurs vues de celle intéressante institution,
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- nombre des élèves d’abord : 1542 étudiants étaient sous nos yeux; puis la précision des mouvements, enfin Je sentiment du travail commun accompli par toutes ces élèves pour leur éducation propre comme but immédiat, mais aussi pour l’éducation de milliers d’autres comme but final.
- Cette dernière pensée nous fascina et nous nous prîmes à rêver de l’avenir ; nous apercevions tous les maux mis en fuite par le développement des intelligences, et le bonheur provoqué et soutenu par l’élévation des cœurs.
- Mais la chapelle, malgré les effluves de son atmosphère et de son architecture religieuses, n’était pas un lieu où l’on pût s’abandonner â la méditation. La scène qui s’y déroulait sous nos yeux sollicitait sans cesse l’attention et ne permettait pas à la pensée de s’égarer dans le pays des rêves. Aussi, à peine les Portes du grand corridor se furent-elles fermées, à peine le bruit du dernier pas se fut-il éteint, que la pianiste frappa un accord et que les jeunes filles droites et silencieuses devant leurs sièges, le visage tourné vers nous, firent demi-tour ; à un second signal les sièges furent développés d’un seul mouvement et au troisième accord toutes les élèves étaient assises.
- L’unanimité n’eut point été plus parfaite si, au lieu d’être de libres et indépendantes filles de l’Amérique, les hôtes de la chapelle eussent été des automates mues par un courant électrique.
- Le Président du collège lut alors un chapitre de la bible ; un hymne ne faisant partie d’aucune liturgie, fut chanté avec accompagnement de l’orgue, puis le silence se fit. Il était facile de s’apercevoir qu'un sentiment d’attente et d’hésitation se produisait Parmi les élèves. C’était le moment des Citations, Pour exercer la mémoire des étudiantes et leur inspirer confiance en elles-mêmes ; elles étaient invites à choisir dans les ouvrages de n’importe quel auteur des citations à leur convenance qu’elles ré citaient à haute voix à la réunion dans J a chapelle. Tous les filons de la littérature étaient exploités Peur fournir aphorismes,épigrammes, odes, élégies, etc.
- En général, les choix où dominait peut-être trop le genre fleuri en rhétorique, indiquaient des lectures extrêmement variées.
- Il était évident que nombre de jaunes filles avaient leurs citations au bout de la langue; mais au moment de se lever, seules, au milieu de l’attente silencieuse, devant le Président du collège, les profes-s®urs et les visiteurs rangés sur l’estrade, l'effroi les envahissait; la crainte d’entendre résonner dans l’enceinte leur voix isolée, et de sentir deux mille regards fixés sur elles, les rendait nerveuses et était
- plus que suffi santé pour les faire hésiter, aussi le silence se prolong ea-t-il pendant près d’une minute,
- ; usqu’à cequ’enfin une élève aux nerfs plus robustes que ceux de ses compagnes s’aventura à se lever et d’une voix vibrante d’émotion répéta ces quelques vers de Thomson :
- « Être ici-bas un Dieu tutélaire au service de l’hu-« manité ou tourner l’ardeur de l’esprit vers un but « grandiose qui nous élève au-dessus du vil troupeau « et fasse briller notre nom à jamais, cela, c’est « vivre! »
- Le choix d’un pareil morceau dénotait un esprit sérieux et enthousiaste. La partie une fois engagée se poursuit avec animation. La jeune fille qui se leva ensuite paraissait posséder tout son sang-froid ; ses cheveux étaient artistement arrangés et sa toilette coquettement parsemée d’innombrables nœuds de rflbans. Elle débita d’un ton un peu emphatique peut-être, un passage piquant de Rosalinde dans • comme il vous plaira, »
- Puis une troisième risqua de compromettre sa réputation de meilleure élève de la classe française, en citant courageusement une des maximes de La Rochefoucauld.
- Chacune de ces individualités si soumises tout à l’heure aux ordres transmis par le piano se révélait en ce moment, soit par la diversité des costumes et des manières, la beauté des traits, le timbre harmonieux de la voix, soit, car il faut bien tout dire, par des visages sans beauté, ou des voix sans harmonie.
- Une étudiante à mine pensive en toilette collante et noire, dont le pâle visage était éclairé par des yeux larges limpides et brillants cita ce passage plein de finesse de Hualey :
- « Dire qu’un peu de science est un danger, est un »» adage bien dangereux. Si le savoir d’un homme est » réel et véritable, si petite que soit sa science, je - crois qu’elle ne peut être pour lui qu’une heureuse » acquisition, en quelque quantité infinitésimale » qu’elle se trouve. En vérité, si un peu de savoir est » un péril, quel est l’homme qui en possède assez » pour être à l’abri du danger ? #
- Une autre avait lu Shaskspeare et donna l’extrait suivant de Henri VIII :
- » Que ta main droite nous apporte la paix bienfai-» santé. Fais taire les langues envieuses. Sois juste » et sans crainte. Que toutes tes voies aient pour but » ta patrie, ton Dieu, et la vérité. »
- Une autre puisa dans les profondeurs de Bacon, ce fragment caractéristique :
- » Les plaisirs et les délices de l’étude surpassent » tous les autres, car dans tous les autres on ren-» contre la satiété ; leur saveur disparait à mesure
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- qu’on en fait usage. Le goût de l’étude au contraire » est insatiable,la satisfaction n’est jamais complète, ** l’appêtit jamais assouvi. C’est que le savoir a une
- * valeur intrinsèque qui le met à l’abri des accidents
- fortuits ou des désillusions. **
- Quelques jeunes filles ne purent achever leurs citations ; de là, des pleurs et de pauvres petits cœurs troublés par ces échecs ; mais la plupart se distinguèrent par l’intonation claire et la diction bien sentie de leurs extraits.
- Cet exercice terminé, le président Hunter dans une courte allocution exhorta les élèves à ne point perdre une seule des leçons.
- Une des divisions resta dans la chapelle pour le cours de musique, taudis que les autres dociles aux accords du piano qui avait repris sa marche, se retiraient avec cette précision extraordinaire dans les mouvements qui nous avait frappés à leur entrée.
- Mais nous avons oublié de dire ce qui précède les exercices de la chapelle. Si la journée est pluvieuse, les élèves en arrivant au collège quittent leurs pardessus au vestiaire, vaste salle pourvue de râteliers pour les souliers en caoutchouc et de porte-manteaux pour les vêtements. A 9 heures moins un quart au son du gong, les étudiantes gagnent les classes et toute conversation est prohibée. Cinq minutes plus tard, le gong se fait entendre de nouveau ; on fait l’appel et des points sont marqués pour l’exactitude, puis à un dernier signal les étudiantes passent à la chapelle, comme nous l’avons raconté en premier.
- La journée de travail est alors commencée et le’ visiteur peut dire avec la princesse de Tennyson :
- « Nous passâmes la moitié du jour à errer à tra-» vers des amphithéâtres magnifiques. Dans chacun n d’eux nous nous assîmes pour entendre les graves » professeurs. Ici des mains féminimes traçaient le « cercle sur le tableau noir et la démonstration n géométrique suivait rigoureuse et {claire ; ailleurs » on écoutait une lecture classique pleine de senti-» ment ou de foudroyants extraits des poèmes » épiques débités par des docteurs féminins en cape » violette, ou des odes, ou des brillants joyaux » poétiques qui commandent à jamais l’admiration ** des siècles.
- » Nous nous plongions avec délices dans toutes » les branches du savoir humain : l'histoire, lés a chroniques de l’humanité, l’esprit, la morale, les » organismes, les rochers, les étoiles, l’oiseau le » poisson, le coquillage et la fleur, l’électricité, la
- * chimie et le reste, en un mot, tout ce qui peut être » connu et enseigné se déroulait à nos yeux ravis.»
- (à suivre)*
- LE CENTENAIRE DE VOLTAIRE
- Il n’y a pas à se payer de mots, il n’y a pas d’illusions à conserver : la célébration du centenaire de Voltaire n’a pas eu le retentissement qu’elle méritait.
- Il nous est pénible d’en convenir, mais cela est et toutes les dénégations possibles n’y changeront rien-On s’y est pris si mal pour manifester contre le cléricalisme que les manifestants ont préparé un petit succès aux cléricaux. Il ne pouvait en être autrement, vu que la tendance agressive donnée à cette manifestation. Dès que nous avons vu cette tendance montrer le bout de 1 oreille, nous l’avons signalée comme un danger, mais nous sommes restés seuls de cet avis dans la presse.avancée; aucune voix ne nous a répoudu.
- Le peu de retentissement du Centenaire ne nous a pas étonné ; c’est au contraire son succès qui nous aurait été pour nous un sujet d’étonnement.
- Il n y avait qu’une manière de donner à cette manifestation l’importance, le caractère solennel et éclatant auquel elle avait droit ; c’était, comme la justice, comme la reconnaissance l’exigent, c’était de joindre au nom si méritoire de Voltaire, celui non moins méritoire de Rousseau. Le Centenaire serait alors devenu, non pas une simple manifestation anti* cléricale, mais un imposant jubilé de reconnaissance
- envers les deux plus grands esprits des temps modernes. Le rapprochement des noms de Voltaire et de Rousseau aurait bien indiqué qu’il ne s’agissait pas de leurs personnalités, mais de leurs génies et du mouvement d’idées qu’ils ont résumé ou provoqué-Montesquieu, Mably, Diderot d’Àlembert, Condorcet? Beaumarchais, tous ces penseurs, tous ces lutteur8 du dernier siècle auraient été compris dans la célébration du Centenaire. En un mot on aurait vu la République acclamer la Philosophie et le xix® siède rendre justice à son courageux et généreux prédéceS' seur.
- Elargi de la sorte le Centenaire serait devenu ^ grande fête du progrès ; rétréci comme il l’a été, ^ ne pouvait être autre chose que la manifestation de quelques personnes en faveur d’un indivi lu.
- Les hommes de progrès reçoivent dans cet échec le juste châtiment de leur ingratitude envers le SO" litaire attristé qui éorivit le Contrat aooial, qui ^
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- LE DEVOTE
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- l'initiateur des droits du peuple et qui plus tard devait être l’âme des travaux de la Révolution. (1)
- Ed. Champury.
- Il nous paraît utile en présence du bruit qui Be fait autour du nom de Voltaire et surtout en présence de la qualification d’athée que libres penseurs et cléricaux appliquent à l’envi au philosophe de Perney de rétablir, par quelques citations empruntées à ses œuvres, la vérité sur ses convictions. (2).
- PRÉSENCE DE DIEU
- # Je ue suis pas du tout de Lavis de Saunderson, qui nie un Dieu parce qu’il est aveugle. Je me trompe peut-être, mais j'aurais à sa place reconnu un être très-intelligent qui m’aurait donné tant de suppléments fie la vue ; qu’en apercevant par la pensée des rapports infinis dans toutes les choses, j'aurai soupçonné un ouvrier infiniment habile. IL est fort impertinent de prétendre deviner ce qu’il est, et pourquoi il a fait oe qui existe, mais il me parait bien hardi de nier qu’il est.
- Lettre à Diderot. — J'uin 1749.
- unité et éternité de dieu, éternité
- DE L’UNIVERS
- Tout est action, la mort même est agissante... Il faut que le principe de cette action soit unique. Une uniformité constante dans les lois qui dirigent la marche des corps célestes, dans les mouvements de notre globe, dans chaque espèce d’animal, de végétal, de minéral indique un seul moteur. S’il y en avait deux, ils seraient ou divers, ou contraires, ou semblables ; si divers, rien ne correspondrait ; si contraires, tout se détruirait ; si semblables, c’est nomme s’il n’y en ava t qu’un, c’est un double emploi.
- Oe principe d’action est très puissant, puisqu’il dirige une machine si vaste et si compliquée, Il est très-intelligent, puisque le moindre des ressorts de cette machine ne peut être égalé par nous qui sommes intelligents,
- II est éternel î car il ne peut être produit du néant, qui n'étant rien ne peut rien produire ; et dès qu’il existe quelque chose il est démontré que quelque chose est de toute éternité. Cette vérité est devenue triviale.
- (1) Espérons que cette ingratitude sera réparée par un nombreux concours rie penseurs français au Centenaire solennel que 150 sociétés de diviers pays célébreront à Ooqèvo eil phpupeur de Rousseau le 30 Juin et le et ^ Juillet.
- t*
- Nom olioisissoris jnlônüürtpellèmpn! de? citation* prises s diverses Ou verra par là «<jo Voltaire dévouait de plu? en plus religieux
- ut« qu'il imm w &g«‘
- Il est un être nécessaire ; puisque sans lui la machine n’existerait pas.
- Jl y a une contradiction absurde à dire : l’Etre agissant a passé une éternité sans agir, l'Etre for-mateura été éternel sans rien former, VEtre nécessaire a été pendant une éternité l Etre inutilé •
- (Du principe d'action ou de l’éternité des choses 1772).
- PUISSANCE DE DIEU, IMPUISSANCE DE L’HOMME
- On ne peut que se sentir de l'indignation contre ceux qui osent nier les véritables causes finales et qui ont assez de mauvaise foi ou de fureur pour dire que la bouche n’est pas faite pour parler et pour manger, que ni les yeux ne sont si merveilleusement disposés pour voir, ni les oreilles pour entendre, ni les parties de la génération pour engendrer : cette audace est si folle que j’ai peine à la comprendre.
- Avouons que chaque animal rend témoignage au suprême fabricateur.
- La plus petite herbe suffit pour confondre l’intelligence humaine ; et cela est si vrai, qu’il est Impossible aux efforts de tous les hommes réunis de produire un brin de paille si le germe n’est pas dans la terre.
- Non, mes amis, nous ne faisons rien ; nous ne pouvons rien faire ; il nous est donné d’arranger, d’unir, de désunir, de nombrer, de mesurer; mais faire 1 quel motl II n’y a que l’Etre nécessaire, l'Etre existant éternellement par lui même, qui fasse.
- Avouons donc, mes amis, qu’il est un Etre suprême, nécessaire, incompréhensible, qui nous a fait
- (Histoire de Jenni ou l’athée et le sage. 1773).
- LA SEMAINE POLITIQUE
- EXTÉRIEUR.
- Le journal des Débats, journal des plus sérieux et qui passe pour généralement bien informé, a publié la dépêche suivante :
- « Le voyage du comte Schouwalofï a abouti à un ré-» sultat des plus satisfaisants.La Russie consent à mettre » le traité de San Stefano sur la table du congrès. Toutes » les puissances ont adhéré, et la première réunion aura » lieu à Berlin le U juin ».
- La nouvelle était si inattendue, si inespérée, qu’elle n'a d’abord été acceptée qu’avec une extrême réserve. Mais le lendemain l'officieuse Agence Havas, puis les journaux anglais et allemands confirmaient en la développant et la commentant, la note laconique des Débats.
- Le doute n’est donc plus permis. Le congrès se réunira
- lit plusieurs puissances ont répondu déjà par Une aooep-
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- LE DEVOIR
- tation en bonne et due forme à l’invitation qui leur a été adressée par la Chancellerie Allemande. Est-ce la paix assurée? Il serait certainement téméraire de l’affirmer, mais il est non moins certain que la crise a perdu le caractère aigu, alarmant qu'elle avait pris en ces derniers temps. L’exemple de la France, son influence en partie reconquise grâce à la netteté de sa politique et au merveilleux spectacle de ses richesses, permettent d’espérer que les solutions pacifiques prévaudront.
- Le Reichstag a repoussé le projet de loi contre « la propagande et les excès de la démocratie socialiste » présenté par le gouvernement allemand, à la suite de la tentative d’assassinat dirigé par Hœdel contre l'empereur Guillaume. Ce projet, assure-t-on, avait été rédigé par le prince de Bismarck lui-même, et le maréchal de Moltke est intervenu dans le débat, s’efforçant d’entraîner l’adhésion de la haute assemblée par une peinture aussi effrayante que fantaisiste des dangers du socialisme.
- Sur 308 votants, 57 seulement ont été convaincus par l’éloquence de l’illustre soldat. C’est une grosse victoire pour le parti des hommes de bon sens, et, à ce titre,nous devons nous en réjouir.
- Quoi! chez une grande nation on irait substituer au droit commun, au règne de la loi le régime du bon plai. sir, de l’arbitraire administratif, parce qu’il a plu à un fou — que tous les partis ont désavoué — de tirer un coup de pistolet sur l’empereur ! Est-ce sérieux? Non, et la preuve c’est que le nom de Hœdel n’a même pas été prononcé et qu’il n’a été fait aucune allusion au crime qui servait de prétexte à cette entrée en campagne contre le socialisme.
- Le socialisme ! Âh ! voilà le grand mot qui a le don de faire perdre leur sang-froid à nombre de gens s’effrayant d’autant plus aisément qu’ils comprennent moins ce dont Ü s’agit C’est ainsi que l’on a vuM. de Moltke ressasser ces lieux communs sur ce pré tendu « partage des biens » dont rirait aujourd’hui le plus ignorant de nos paysans. N’est ce pas pitié qu’un homme de cette valeur — valeur que nous avons pu apprécier à nos dépens — s’en aille ainsi, nouveau don Quichotte, en guerre contre les moulins à vent, et pourfendre à grands coups de sabre un ennemi qui n’existe pas ?
- Quand donc les gouvernements voudront-ils se placer froidement, sérieusement en face de ce dilemne :
- Ou le socialisme n’est qu’un rêve insensé, une utopie sans valeur, et alors ils ont intérêt à voir ses théories affronter le grand jour de la discussion, car le bon sens public, car les intérêts menacés en feront promptement justice ;
- Ou le socialisme se propose pour but le triomphe de la justice dans les rapports sociaux, la substitution de l’harmonie à l’antagonisme des intérêts, et alors il est pour premier devoir de favoriser l’élude de ces graves problèmes.
- Dans le premier cas les lois d’exception sont une niaiserie, dans le second elles sont une lourde faute.
- INTÉRIEUR
- La Chambre poursuit la longue et fastidieuse besogne de la vérification des pouvoirs. Il ne lui reste plus que douze élections à examiner. Si ingrat que soit ce travail, le pays devra être reconnaissant à ses mandataires de l’avoir mené à bonne fin. Il était indispensable, en effet, que chacun fut édifié sur la façon dont certains hommes revendiquant pour eux seuls le titre « d’honnêtes gens »
- comprenaient et pratiquaient le respect de la liberté, de la sincérité du suffrage universel. D’une part il est juste d’établir le dossier complet des ministres du 16 Mai, de l’autre il est bon d’achever l’éducation du corps électoral, en lui montrant l’odieux des manœuvres dont il aurait pu être la victime. L’élection de la circonscription d’Ûzès, dans le Gard, nous offre un des plus curieux échantillons de ce que peut tenter un gouvernement sans scrupule. La petite ville d’Uzès désirait vivement une garnison. On la lui octroie sur la demande du candidat officiel. Sitôt l’élection faite, on retire les troupes, surquoide préfet télégraphie qu’il faut attendre les élections départementales.
- Le même préfet voudrait inonder son département de numéros du Figaro — qui, outre sa spécialité des correspondances galantes, s’est posé en défenseur convaincu de l’ordre moral. Mais l’envoi de ces numéros par la poste coûterait fort cher. Grand embarras. Nouvelle dépêche au micistre qui répond : « Faites faire des paquets fermés, con tresignez-les et vous aurez la franchise ».
- Ainsi on berne les électeurs en feignant de leur accorder une faveur dont la durée sera calculée sur le temps même pendant lequel on aura besoin de leurs services ; on promène, non sans d’assez grands frais, nos braves soldats transformés en figurants électoraux d’une garnison à l’autre, pour la plus grande gloire de la candidature officielle, et, toujours aux mêmes fins, on fraude cyniquement le trésor. En somme, ce sont toujours les électeurs qui paient.
- Puis, aux timides qu’effraient d’aussi scandaleux abus, on répond, — le mot a été dit — : «c Qu’importe 1 si nous avons la majorité, elle passera l’éponge sur tout cela ».
- Le 14 octobre, heureusement, la France a prouvé que ni l’intimidation ni la fraude ne pourraient avoir raison d’elle.
- Mais souvenons-nous, ne perdons pas le fruit de cette rude leçon car il est encore des gens assez impudents et des journaux assez insensés pour nous menacer d’un nouveau 16 Mai. un prétend même que l’occasion impatiemment attendue par le Sénat de repartir en guerre se présenterait à propos de l'interprétation, donnée par le gouvernement au texte constitutionnel qui fixe à trois ans le premier renouvellement partiel.
- Nos pouvoirs datent du 30 janvier 1876, disent certains droitiers craignant fort pour leur réélection ; donc le 30 janvier 1879 seulement notre place sera vacante.
- Par trois années, réplique t-on, au nom de tous les précédents et du plus vulgaire bon sens, il faut entendre trois sessions. Or, aux termes même de la constitution, les Chambres se réunissent de plein droit chaque année, le second mardi de janvier, (le 14 janvier 1879) pour le cas qui nous occupe), il est évident qu'à ce jour, le premier tiers renouvelable ayant siégé pendant trois sessions, ayant voté trois budgets, sera arrivé au terme de son mandat. Donc encore, pour que le Sénat soit au complet à cette date du 14 janvier 1879, il est indispensable que les élections soient faites à une époque antérieure.
- On prête, en effet, au gouvernement l’intention de faire faire ces élections le 5 janvier 1879, ce qui le met dans l’obligation de convoquer au plus tard les électeurs sénatoriaux le 24 novembre 1878.
- Dans ces conditions, le Sénat se trouverait au complet à l’ouverture de la session parlementaire ordinaire, et, d’autre part, tous les sénateurs auraient eu le temps de voter le budget — ce vote devant être émis avant le
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- Décembre 1878— avant de quitter leur siège. Nous nous imaginons difficilement quelles objections pourraient être opposées à une procédure aussi sage et aussi régulière.
- Ce n’est donc point de cela que nous devons nous inquiéter, mais bien de cette date même du 24 Novembre qui va de nouveau livrer aux luttes électorales un tiers de nos départements
- C’est à cette lutte qu’il faut nous préparer en nous gardant bien d’attendre à la dernière heure. Entre la Chambre des députés dont la majorité est républicaine et le Sénat dont la majorité est royaliste, le conflit est permanent. Nous ne connaissons que trop les conséquences de ce déplorable état de choses dont le moindre inconvénient est de paralyser l’initiative de nos députés et d’entraîner l’ajournement de toutes les réformes utiles. Que chacun donc, pour qu’il soit soucieux de la tranquillité, de la prospérité du pays, travaille dès aujourd’hui dans la mesure de ses forces à éclairer l’opinion et â faire pénétrer parmi les électeurs du second degré ce grand courant démocratique qui a entraîné le suffrage universel vers la République.
- Le Cercle national, dont plusieurs membres sont sénateurs et députés, a offert un banquet aux délégués des sections étrangères à l’Exposition universelle. Cela a été l’occasion pour le ministre du commerce, pour l’un des vice-présidents du Sénat, et pour M. Gambetta, c’est-à-dire pour le gouvernement et pour les hommes autorisés à parler au nom de la majorité républicaine, d’affirmer la communauté de leurs sentiments et de préciser une fois de plus le but, la portée et les conséquences de l’Exposition. Et ainsi, devant des représentants de toutes les puissances étrangères, il a été bien établi que la France remise en possession d’elle-mème, que la France républicaine ne veut qu’une chose : reprendre « sa place, toute sa place » au milieu des autres nations. » Et quand M. Gambetta a résumé en ces deux mots : Paix et travail le caractère de la fête à laquelle nous avons convié le monde entier, chacun sentait que ce n’étaient pas là de vaines paroles.
- Le même jour, à la même heure, le célèbre philosophe anglais Herbert Spencer, dans un autre banquet, portait un toast « A la Fraternité ! v Ce sont là d’heureux symptômes. Nous devons les enregistrer avec la joie la plus vive, mais en nous pénétrant bien de cette idée qu’il nous reste encore beaucoup à faire avant d’avoir transformé en réalité vivante les généreuses aspirations de la démocratie républicaine.
- A. Ballue.
- Serions-nous arrivés à ces temps prophétisés par Job, où. le serviteur sera l’égal de son maître ? La récente manifestation féminine en l'honneur de Jeanne Darc le laisserait croire. Spectacle inattendu ! De « grandes et bonnestes dames » de la plus féodale noblesse ont mêlé leurs grands noms et leurs beaux tilres aux croix apposées en guise de signature par quelques unes des mari-tornes de la halle. Jamais rien de semblable ne s’était vu ot peut-être que sans Voltaire.... Bref, la Fraternité est une vertu si belle que nous aurions mauvaise grâce d'en sourire. Mais que dirait La Rochefoucauld en présence de cet « hommage que l’on rend à la vertu ? »
- Nous voyons avec beaucoup de sympathie la faveur dont jouit de nouveau le nom de Jeanne Darc.
- Nous conseillons aux cléricaux qui parlent d’elle au-
- jourd’hui, de lui consacrer l'inscription suivante, seule conforme à la vérité historique :
- A JEANNE DARC
- BRULEE PAR MS1’ CAUCHON, ÉVÊQUE DE BEAUVAIS ASSISTÉ DE 9 ARCHIDIACRES DE 8 CHANOINES,
- DE 22 PRÊTRES,
- ET DE 23 DOCTEURS EN THÉOLOGIE DONT S ANCIENS RECTEURS DS L’UNIVERSITÉ DE PARIS, SUIVANT LA PROCÉDURE DE LA TRÈS-SAINTE INQUISITION ET A L’INSTIGATION DE SA GRANDEUR L’ARCHEVÊQUE DE-REIMS,
- LA FRANCE RECONNAISSANTE.
- Que l’on ouvre une souscription pour élever un monument semblable et nous nous inscrirons des premiers.
- E. G.
- Quatre résidences de Voltaire
- Nous avons visité quatre des résidences de Voltaire et nous pensons que le souvenir que nous en avons gardé est de nature à intéresser nos lecteurs. La plus célèbre de ces résidences est
- Ferney,
- Ferney est une petite ville, la première que l’on rencontre sur la route nationale de Genève à Paris. La localité est propre, bien bâtie et en grande majorité composée de maisons que Voltaire fit construire.
- Le château du philosophe est à une très faible distance à l’ouest de la route. H n’a rien de bien remarquable comme architecture et mérite à peine aujourd’hui le nom de château, malgré les embellissements dont l’a doté son possesseur actuel, M, David.
- Deux salles au rez de chaussée contiennent des meubles, tableaux, etc., ayant appartenu à Voltaire, le tout de fort mauvais goût et en fort mauvais état. Les rideaux ne sont plus que des guenilles car en plus d’une circonstance des visiteurs ont été assez indélicats pour en arracher des lambeaux en guise de souvenirs. Une sorte de mausolée prétentieux supporte un buste de Voltaire. On y lit cette inscription prétentieuse elle aussi :
- Son esprit est partout mais son cœur est ici.
- Le cmur de Voltaire n’est plus dans ce mausolée il se trouve aujourd’hui à la Bibliothèque nationale.
- Chaque été ce château de Ferney voit de nombreux pèlerins lui rendre visite. On sort un peu déçu. Le mauvais goût rococo de tous les objets conservés s’accorde mal avec l’idée que donne de Voltaire le style acéré et incisif de ses écrits. Heureusement que si le château ne répond pas à l’attente, le parc qui eu dépend et qui s’étend à l’ouest mérite à lui seul une visite. Une terrasse ombragée de gros arbres jouit d’une vue fort étendue sur les coteaux du canton de Genève et sur le grandiose cortège de montagnes qui domine ces coteaux.
- Voltaire dut jouir d’uue vue plus belle dans son domaine de
- Les Délices.
- Le regard pouvait embrasser à son époque Genève et les coteaux avoisinants, dominés par les deux Saleve à
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- droite,-les Voirons à gauche et le Môle droit en face. Dans les gigantesques embrasures qui séparent ces montagnes les neiges éblouissantes des Alpes élèvent leurs blancs massifs.
- C’est d'ici, de ce domaine élevé, que Voltailo écrivait en parlant de Génève « Quand je secoue ma perruque, je poudre toute la République. » Aujourd’hui la République s’est emparée du domaine du philosophe et sa propre habitation est enclavée dans la ville do Genève. Des maisons construites de toutes parts ont rétréci la vue dont jouissait cette propriété. Aucun souvenir de Voltaire n’y est conservé et le public n'est que difficilement admis à visiter ce qui reste du parc.
- Nous préférons de beaucoup à ces deux résidences, celle plus simple mais plus agreste de Tournât.
- C’est une vielle maison entourée de vergers et de ver doyantes prairies, construite sur le penchant d’un coteau assez élevé. Au Nort-Est, entre deux collines, le lac de Genève se laisse voir sur plusieurs lieues d’étendue. Un cap étroit et ombragé, le cap de Genthod, s’avance fièrement dans les flots bleus du lac et contribue pour sa bonne part à la beauté du paysage. A deux pas de là, au hameau do Chambésy la vue s’étend sur un espace immense et présente à l’œil un des plus grandioses panoramas qui se puissent voir.
- Mais ce n’est pas encore là le plus beau des séjours de Volaire.
- La plus belle des situations qu’il ait choisie est assurément celle de
- PRANGINS.
- Prangins est un château isolé qui s’élève à quelques minutes de Nyon. Des ombrages séculaires l’entourent de deux côtés et la façade qui domine une terrasse et un coteau couvert de viguoblpsjouilde la vue la plus complète sur le lac de Genève qui se déroule à ses pieds comme un immense croissant de saphyr long de vingt lieues et large de quatre et tout entouré de coteaux que recouvrent de nombreux villages et que dominent les escarpements des Alpes.
- Cette résidence esL assurément une des plus admirablement située qui se puissent rêver. Elle compte au nombre des plus belles de la Suisse.
- C’est ici et non aux Délices, comme disent à tort les biographes, que Voltaire a dû écrire son ode au Lac de Genève.
- Que tout plait en ces lieux à mes sens étonnés î Dhin tranquille océan l’eau pure et transparente Baigne les bords fleuris de ces champs fortuné» ; D’innombrables coteaux ces champs sont couronnés ; Bacchus les embellit: leur insensible pente Voue conduit par degrés à ces monts sourcilleux Qui pressent les enfers et qui fendent les cieux.
- E. G.
- PROTECTION ET LIBRE ÉCHANGE
- Je ne sais rien au monde de plus ennuyeux que d’avoir à enseigner l'alphabet et cependant il est telles circonstances données où se trouvant en face de quelqu’un qui l’a su aussi bien que vous mais qui l’oublie ou feint do ne pas le savoir-, on se voit fofcé de le lui enseigner
- C’est ce qui nous arrive au sujet du libre échange. L’âBbnomie politique élément al bè' est quelque bhose de tellement méconnu qu'il nous faut répondre & de»
- affirmations qui la plupart du temps n’ont aucune base sérieuse et qui toujours sont en contradiction flagrante avec les vérités économiques.
- La réaction que les protectionnistes tendent contre le libre échange est un danger si intense que nous ne saurions consacrer trop de temps et trop de place à la combattre. Cette réaction est la pire des réacr tions, car si par malheur elle venait à triompher cela en serait fait de la richesse et de la prospérité de la France.
- Nous ne sommes donc pas étonnés que les roya-Lstes de diverses nuances contribuent de toutes leurs forces à une réaction en faveur des errements protectionniste^. Ils savent bien que la ruine générale qui suivrait un pareil retour tuerait infailliblement la République et comme ils sacrifieront s’il le faut le bonheur de la France au renversement de la République, ils n’épargneront rien pour y parvenir.
- Cela ne nous étonne nullement et nous avions lieu de nous y attendre. Mais ce qui nous étonne c’est que des journaux sincèrement républicains se laissent prendre à ce piège.
- Nous avons trouvé avec regrets dans le National et dans plusieurs journaux de province qui l’ont reproduit, l’article suivant qui prouve quels progrès les journalistes républicains ont encore à faire pour sayoir éviter les pièges des ennemis du progrès et de la liberté.
- L’argument, dit le National, l’argument capital employé par l’école libre échangiste absolue, c’est l’intérêt du consommateur. C’est lui, lui seul, qu'il faut considérer, et il est inique, absolument, de le forcer à payer un peu plus cher un produit français qu’il ne payerait le même produit venant de l’étranger.
- Et, à ce propos, on répète sur tous les tons, en parlant de l’enquête à laquelle se livre la commission de la Chambre des députés : Elle entendra, cette commission, certains intéressés, quelques intéressés, de grands industriels qui ont châteaux, villas; mais l’intéressé véritable, le seul le grand intéressé, le consommateur, est-ce qu’elle l’entendra... ?
- Nous voudrions, certes, qu’on trouvât un moyen pratique d’interroger la masse des consommateurs. La réponse ne serait pas telle, sans doute, que paraissent s en flatter les disciples français de Cobden.
- La première question à leur poser serait «elle-ci ;
- Voulez-vous qu’on abaisse les barrières de douanes pour que vous puissiez avoir et obtenir de l’étranger les produits de consommation à meilleur marché?
- Nous entendons d’ici un oui formidable répondre instantanément.
- Voilà qui va bien.
- Mais cette question n’est pas la seule qui se pose et s’impose II en vient quelques autres auxquelles la répouse n’est plus aussi satisfaisante.
- — Êtes-vous satisfaits, consommateurs, de l’essai de liberté commerciale qui a été tenté depuis dix-huit ans, et avez-vous constaté que cela vous ait donné à meilleur marché les objets nécessaires à la vie?
- Il nous semble qu’uu long murmure répondrait à cette question. Il est incontestable, en effet, que loin d'amener le bon marché, la politique économique suivie depuis 1860 a eu pour résultat de tout surenchérir. Il n’est pas un Français, qu’il habite la ville ou la campagne, qui ne s’en plaigne, et nous défions qu’on trouve un homme sensé et véridique qui ose soutenir que léA Objets; tous les Objets — à peu d’ex* peption pré» néoamtral & l'existence; n nient vu
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- leur prix s’accroître dans la proportion de la moitié ou tout au moins d’un tiers.
- Mais alors, si cette concurrence n’a pas amené le bon marché, à quoi a-t-elle servi ? Si elle a surélevé le prix de la vie, où. est son bienfait?
- A-t-elle du moins, et parallèlement, augmenté le prix de la main d’œuvre ? En un mot, le consommateur, qui est obligé, contrairement aux promesses faites, de payer plus cher les objets de consommation, trouve-t-il une compensation dans la rémunération de. son travail, de la main d’œuvre?
- Tout le monde — à l’exception des enfants, est producteur, avant d être consommateur ; et même, il faut commencer par être producteur avant d’être consommateur, à peine de n’avoir pas l’objet d’échange nécessaire pour obtenir l’objet de consommation. C’est ce que les économistes — qui nous parlent sans cesse du consommateur et jamais du producteur — oublient trop. Les mauvais ou médiocres producteurs sont de médiocres consommateurs, et le prix de l’objet consommé n’est pas le point principal, en économie politique, c’est Le gain du producteur. Il importe peu au producteur de payer son objet de consommation plus cher, s’il gagne davantage avec son travail ; ce qui importe, c’est, non le prix absolu, mais l'écart existant entre les deux objets.
- Or, qui niera que le prix de la main d’œuvre productrice est bien loin d avoir suivi la progression, en hausse, dss objets en consommation ? Qui osera nier que les salaires sont bien moins en rapport avec le prix des choses, aujourd’hui, qu’ils ne l’étaient il y a vingt ans, et que l’écart au préjudice du producteur ne soit bien plus considérable ? Nous le disons du producteur agricole, tout aussi bien que du producteur industriel.
- Et cela se conçoit bien, puisque la concurrence étrangère vient d’une part, pour les ouvriers industriels, en réduisant les bénéfices des patrons, et souvent en empêchant tout bénéfice, contraindre ceux-ci à ne point augmenter les salaires, si elle ne les force pas, dans un temps prochain, à les réduire de 10 pour cent, comme cela se produit en Angleterre.
- Ainsi, voici l’alternative : augmentation du prix matériel de la vie pour le consommateur; état stationnaire et probabilité prochaine de décroissance des prix de main d’œuvre pour le producteur ; c’est-à-dire rupture du juste équilibre qui doit régner entre la production et la consommation, qui sont une saule et même opération que tous les sophismes du monde ne sauraient scinder, à moins qu’on ne veuille que notre travail intérieur et national ne subisse des perturbations cruelles.
- Le plus puissant consommateur, c’est à coup sûr la masse du peuple qui travaille de ses mains. C’est à lui que nous voudrions qu’on s’adressât pour lui demander s’il est satisfait delà proportion qui existe aujourd’hui entre le salaire et la consommation, comparés à ce qu’ils étaient en 1860.
- Voilà l’enquête que nous voudrions qu’on fît; ello détruirait bien des illusions et des sophismes. La première condition d’une bonne et saine économie politique, ce n’est pas de parler des intérêts des consommateurs, c’est de sauvegarder ceux du producteur, du travailleur, qui est consommateur aussi, parce que c’est, du même coup, assurer, dans de bonnes conditions, la-consommation générale. Il faut bien qu’on se rende compte de cela dans le monde du travail, b! on l’ignore dans le monde des dissertations théoriques.
- Le lecteur sérieux remarquera d'abord qu’il y a beaucoup de mots mais très peu de choses dans l’article du National. Il remarquera ensuite que les affirmations sont plus que hasardées, il y en a même qui font sourire. Commeut prendre au sérieux cette affirmation qu’il faut être producteur avant d’être consommateur. C’est le contraire qui est vrai. Il y a des peuples tout entiers qui laissent produire le sol sans le concours de leurs mains et qui n’en sont pas moins consommateurs de ses produits.
- L’enfant consomme avant de produire et c’est la loi de la nature qu’il en soit ainsi, car la consommation est la cause de la force tandis que la production est son résultat. Le résultat peut il venir avant la cause ? Assurément non. Les économistes ont dont raison en s’occupant davantage de la consommation que de la production.
- Les autres arguments du National sont de même force. Nous avons déjà réfuté en répondant à YIndustrie l’argument tiré de la différence du prix de la vie entre 1878 et 1859. Nous avons démontré que la différence venait :
- P De la dépréciation du prix de l'argent, dépréciation démontrée par le fait que le prix de la vie .n’a pas augmenté dans notre pays seulement, mais dans tous.
- 2° Des impôts que la France est obligée de payer par suite des gaspillages de l’empire, des frais et indemnité de la guerre étrangère et des dépenses nécessitées par la guerre civile .
- 3° Enfin et surtout du premier pas fait dans la voie de la réaction protectionniste par les lois financières absurdes dues à M. Thiers (lois sur les matières premières, etc.)
- Il est si vrai que le libre-échange n’est pour rien dans cette augmentation du prix de la vie, que dans les pays protectionnistes, la Russie et les États Unis, par exemple, elle est encore plus prononcée que chez nous.
- Où en serions-nous, mon Dieu l si à toutes les charges d’impôts que nous avons à payer à 1 Etat nous avions encore, comme avant 1860, la charge d’impôts à payer à des particuliers ! On se plaint du prix de la vie, mais il serait bien plus élevés encore sans les traités de commerce. Que les réactionnaires triomphent, qu’ils fassent majorer les tarifs et l’on verra si le prix de la vie baissera î
- Comment deâ journalistes républicains peuvent-ils ne pas voir cela ?
- La deuxième affirmation du National est aussi légère que la première.
- Le salaire, dit-il, est loin d’avoir suivi la progression en hausse des objets de consommation tant pour le producteur agricole que pour le producteur industriel.
- Erreur, grande erreur. Le salaire a suivi la même augmentation. Les tarifs d’aujourd’hui sont beaucoup plus élevés que ceux d’il y a vingt ans; c’est surtout sensible pour le producteur agricole qui trouve dans ses propres produits une forte partie de sa consommation. Les ouvriers de campagne n ont jamais été aussi heureux qu’aujourd’hui sauf peut-être dans les quelques contrées ruinées par le phyloxerra. Entendrait-on mettre les ravages du phyloxerra au compte du libre échange ? Cela ne nous étonnerait qu’à demi puisque on a osé, sans rire, mettre les fruits de la guerre sur le dos des traités de commerce.
- Enfin le National annonce que les patrons se verront forcés de réduire de 10 0/0 les salaires de leurs ouvriers si les droits protecteurs ne sont pas rétablis,' Nous n’hésitons pas à croire que quelques patrons
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- puissent caresser de semblables projets. Mais les ouvriers ne sont pas aussi sots que i’on se figure Ils sauront ne pas consentir à cette mesure qui est injustifiable et les patrons devront en prendre leur parti. 11 n’est pas vrai de dire, que les patrons soient ruinés. Les maisons consciencieuses réalisent encore des bénéfices. Si ces bénéfices ne sont pas aussi forts qu’ils devraient l’être, ce n’est pas la faute des ouvriers et ce n’est pas eux qui doivent en pâtir. C’est ailleurs qu’il faut chercher le remède.
- Etn’est-ilpasévidentqu’unediminution des salaires a pour corrélatif inévitable une dimition authentique de la consommation. Si l’on retranche 10 francs du salaire de l’ouvrier, l'ouvrier sera forcé de retrancher dix francs de sa dépense, par conséquent en réduisant son salaire, on réduira d’autant les affaires du marchand; par conséquent la production sera paralysée dans la mesure même de l’entrave mise au débouché. Il n’y a donc aucune avantage pour les patrons à réduire le salaire des ouvriers. Au contraire ce serait le plus sûr moyen de ruiner leur propre commerce.
- C’est ailleurs qu’il faut chercher le remède.
- Nous l’avons déjà dit et nous le répétons — et nous le répéterons encore, car ce sont II de ces choses que l’on ne saurait trop répéter — on pourra améliorer la situation quand on le voudra ; on pourra même donner à la France une prospérité nouvelle et définitive, sans égale dans le passé.
- Mais ce qu’il faut pour cela, ce n’est pas une réac tion protectionniste qui isolera la France du reste de l’Europe, ce n’est pas un retour aux vieilles lois qui faisaient prélever sur tous les consommateurs un impôt indirect au profit de quelques producteurs, c’est plus, c’est mieux que cela, ce qu’il faut c’est
- RENDRE POSSIBLE EN FRANCE LA PRODUCTION AU MÊME
- prix qu a l’étranger.
- Et comment y arriver ?
- En encourageant les procédés mécaniques,
- En multipliant les moyens de communication,
- En diminuant les frais de transport, dût-on pour cela racheter canaux et chemins de fer,
- En exonérant les matières premières de toute espèce d’impôt,
- En faisant porter l’impôt sur l’oisif et non sur le travailleur,
- Enfin en établissant de nouveaux traités de commerce plus libéraux encore que les anciens et qui auraient pour doubles résultats :
- De voir diminuer le prix de la vie à l’intérieur et d’ouvrir toutes grandes à notre exportation les portes des pays étrangers.
- Là, et non pas ailleurs est la modification à faire dans nos institutions. Ed. Champurt.
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mme Marie IIOWLAND
- (Voir Nm 4 à 12) Chapitre IX
- Dans l’autre du Lion.
- Susie était de petite taille mais faite à ravir; ses yeux étaient pleins de douceur; elle savait disposer ' son opulente chevelure blond cendré avec ce goût Reproduction réservée.
- exquis dont le docteur était frappé. Quoique d’humble extraction, elle possédait une merveilleuse dignité de manières que madame Forest ne pouvait comprendre et trouvait plus commode de nier.
- Les façons hautaines de madame Forest envers Susie et les railleries incessantes des jumelles empê" chaient le docteur d’exprimer avec une entière liberté les sentiments de bienveillance que lui inspirait la jeune fille; il craignait qu’un contraste trop marqué lui fit prendre en aversion sa femme et ses filles; mais il lui témoignait une familiarité aussi affectueuse que le permettait sa prudence.
- Depuis son'retour â la santé, Madame Buzzell manifestait aussi quelque intérêt à Susie; elle lui prêtait assistance dans les soins de sa mince garde-robe, si pauvre malgré des efforts auxquels madame Forest elle-même se plaisait à rendre justice.
- La misère avait attristé l’enfance de Susie, aussi se trouvait-elle, dans la famille du docteur, plus heureuse qu’elle ne l’avait jamais été.Malgré la froideur que lui témoignait madame Forest, elle aurait voulu l’aimer comme une mère, car tout ce qui touchait à Dan lui était sacré. Naturellement intelligente, elle avait profité de son mieux des quelques années passées à l’école du district voisin, où les enfants plus favorisés qu’elle s’étaient souvent fait un jeu cruel de sa pauvreté.
- C’est évidemment une folie d’habiller les enfants comme des pantins; on veut qu’ils éclipsent leurs petits camarades, ce travers ne réussit qu’à développer en eux la vanité au détriment des qualités de l’esprit et du cœur. Mais il est bien triste aussi d'envoyer un pauvre petit être en haillons au milieu des enfants de son âge. La philosophie ne lui a point encore donné la force de braver le ridicule; l'enfant se croit humilié, et ce sentiment l’abaisse à ses propres yeux; des pensées de haine et de revanche germent dans son cœur et, longtemps contenues, elles étoufïent l’éclosion de sentiments plus délicats; il souffre et son développement moral est entravé.
- Les persécutions et le ridicule endurés par Susie avaient produit sur elle leur effet ordinaire. Faible, elle s’était senti humiliée; elle avait pleuré. Jamais il ne lui était venu à l’idée que sa figure ou son esprit offrissent rien qui ressemblât à de la gentillesse; aussi, lorsque Dan commença à la remarquer, lui un beau garçon appartenant à la meilleure société d’Oakdale, fût-elle transportée de reconnaissance et prête à lui sacrifier sa vie.
- Après son échec dans le louage des voitures, Dan, rentré au chemin de fer, ne tarda pas à devenir conducteur de train, position qui semblait tout à fait appropriée à son caractère.Il aimait son emploi, s’en
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- acquittait à la satisfaction de ses chefs et recevait an bon salaire.
- Susie l’aimait de plus en plus et, tout en les craignant, soupirait après ses rudes caresses. Rarement ils se trouvaient seuls, car Dan n’était libre que le dimanche, et ce jour là Susie allait à l'église avec madame Fores't. Mille obstacles empêchaient leurs tête-à-tête, parmi lesquels l’ubiquité des jumelles n’était pas un des moindres. Au commencement Dan les chassait du jardin ou du verger lorsqu’il les y trouvait avec Susie,mais craignant les propos malins de ses sœurs il avait dû, chercher des moyens de persuasion. Un jour qu'il s’était évertué à démontrer à Leila qu’elle devait aller un peu à son piano,U s’attira cette malicieuse réponse : « Merci, je ne fais pas de musique profane le dimanche » et Dan fut obligé de reconnaître L’inutilité de ses finesses,
- Quelques fois un heureux hasard lui ménageait de courts instants d’entretien avec la dame de ses pensées, Un jour, par exemple, Dinah pria Susie d’aller cueillir des poires au verger, Peut-être la vielle servante avait-elle quelque arrière pensée ; Dan s’était depuis quelques jours, montré pour elle tout particulièrement aimable, Toujours est-il que sans avoir l’air d’y prendre garde et sous prétexte de fumer un cigare, il ne tarda pas à suivre Susie,
- Avec sa haute taille, son torse finement modelé, ses larges épaules et sa tête bien plantée, Dan avait tout-à-fait bonne mine ; il avait les cheveux bruns et bouclés et les yeux noirs; sa barbe fine entourait une jolie bouche un peu sensuelle qui possédait un grand charme.
- Lorsque ce beau garçon entra dans le verger, il s’adossa nonchalamment à un arbre et appela Susie à
- lui.
- — «Je ne peux pas rester longtemps, dit-elle, en le caressant du regard, Dinah attend ces poires # puis elle baissa les yeux en rougissant bien fort.
- « Qu’elle attende, » dit-il, « vous ne paraissez pas vous soucier dame faire attendre,moi,me semble-t il» et jetant son cigare il l’attira à lui et se mit à l'embrasser et & l’embrasser encore. Susie aurait voulu rester là pour toujours, quoique pour se soustraire à ses baisers, elle cherchât à cacher sa tête contre la poitrine du jeune homme et, tout à la fois elle éprouvait un impatient désir de s’arracher à son étreinte et de s’enfuir, mais elle n’osait y céder de peur de lui déplaire ; aussi lorsqu’elle vit approcher Leila descendant le sentier à la course, tête nue et cheveux au veut, éprouva-t-elle un sentiment de délivrance qui contrastait avec l’irritation de son amoureux.
- Le temps passait ainsi et Susie qui ne le comptait que par le retour, trop lent à son gré, des Dimanches*
- commença à éprouver certains doutes sur les sentiments de Dan à son égard. Certes il lui faisait toujours des protestations d’amour et lui disait qu'elle était « plus belle que la rose » mais il semblait se préoccuper moins de leur avenir et le frottement avec le monde avait changé ses manières qui n'étaient plus, avec elle, aussi respectueuses qu’autrefois. Oh ! comme Susie se reportait avec bonheur au temps où Dan était apparu dans son grossier entourage, et avait embelli sa vie comme le brillant rayon de soleil qui fait éclore la fleurette au bord du chemin 1
- Jamais elle n’avait alors éprouvé le moindre trouble ; elle se souvenait avec bonheur du temps où le timide amoureux osait à peine lui serrer la main. Un souvenir surtout, était resté gravé dans sa mémoire : celui de leur premier tête-à-tête, l’unique qui eut duré toute une soirée, C’est alors qu’il lui donna le premier baiser, baiser ému et rapide qui avait timidement effeuré sa joue, bien différent des étreintes brûlantes que Dan se permettait depuis.
- Où avait-il donc appris si vite la science de l’amour ? il en était bien ignorant, ce jour où rougissant presque autant qu’elle, il avait promis de lui consacrer sa vie entière et scellé leurs fiançailles par une marque indélébile tracée sur son bras.
- Il était évident, même aux yeux prévenus de Susie, que Dan avait changé, mais elle se refusait à croire qu’il voulût la tromper.
- Hélas l c’était la vielle histoire sans cesse répétée depuis le commencement du monde. La femme est confinée à la maison, affairée par la routine de ses petits devoirs. L’homme court le monde, cède aux tentations, prend ou donne en toute occasion l’amour ou la parodie de l’amour, et devient de jour en jour moins capable de remplir la mission domestique que la femme lui réserve.
- Susie attendait ; elle avait confiance, mais pendant la semaine la vie lui semblait bien triste. Ses anciennes connaissances l’attiraient de moins en moins; elle cessa complètement de les visiter.
- A cette époque, un souffle religieux agitait la contrée etOakdale reçut une large dispensation de l’Esprit du Seigneur. A la grande joie de madame Forest et, il faut l’avouer, à la grande contrariété du docteur qui avait des idées de phrénologué au sujet des changements subits de caractère, les deux jumelles devinrent sérieuses. Dans cet état d’esprit, Leila fut prise tout à coup d'une bouffée d’affection pour Susie et se mit en tête qu’elle devait la sauver aussi. A tout propos et hors de propos pour les amoureux, car il y avait toujours sermon le dimanche soir, elle entraînait la jeune fille aux prières et aux sermons.
- Dan avait peine à se persuader que rien au monde
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- pût retenir Susie loin de lui, ne fût-ce qu’une heure. Cette contrariété ranima un peu l’ardeur de son amour. Susie put croire que les beaux jours de leur passion étaient revenus, quoique Dan ne cessât de critiquer les sentiments de piété qui éveillaient en elle des scrupules sur la parfaite convenance des baisers brûlants de son amoureux.
- Au bout de quelques mois, la ferveur des jumelles commença à se ralentir, mais Susie tint bon, apportant là comme en toute chose, la sincérité de coeur et la persévérance qui caractérisaient tous ses actes. Elle avait gagné la sympathie de plusieurs des membres de la secte et trouvé beaucoup de consolation dans la lecture des ouvrages de piété. Non qu’elle pût comprendre ou discuter la plupart d'entre eux, mais chaque fois qu’elle tombait sur un passage où respirait l’espriirdu Christ, un rayon d’amour pénétrait dans son âme et lui apportait la paix.
- IJn an s’écoula. Quelques mois avant l’époque Axée pour le retour de Clara, Susie revenait un soir d’une assemblée pieuse qui s’était prolongée assez tard. Il faisait un clair de lune magnifique ; elle marchait rêveuse, lorsqu’à l’improviste elle rencontra Dan. Il revint sur ses pas pour la reconduire et lui dit en lui offrant son bras : « Susie ne pense donc plus à moi maintenant. »
- « — Oh, Dan I » s’écria-t-elle, d’un ton suppliant, car son pauvre cœur débordait d’émotion et elle était peinée de voir qu’il n’avait pas foi en son amour.
- « —- C’est un fait, » reprit-il, Susie est devenue une sainte et ne se soucie plus de mes baisers. »
- « — Vous ne me rendez pas justice Dan, je vous aime tendrement. »
- « — Oui, je sais, vous priez pour moi, mais je ne crois pas à l'efficacité des prières et, commedisentles médecins,les baisers sont prescrits dans ma position. »
- « — C’est mal de parler ainsi, Dan, la prière fait certainementdu bien lorsqu’on est dans l’isolement ou la tristesse. Je m’efforce d’être bonne, mais la voie est étroite et je crains de ne jamais aller au ciel. » Pour toute réponse, Dan se mit à siffler, puis tout à coup il s’arrêtaet la regardant bien en face; «Quelle idée, dit-il, pour une enfant telle que vous, de se troubler la tête au sujet du ciel. L’économie domestique de cette institution doit être bipn pitoyablement dirigée s’il n’y a pas place pour des êtres tels que vous, n
- — « Oh ! ne parlez pas ainsi, Dan, je voudrais que vous pussiez voir la religion sous son véritable jour. «
- — « Sac à papier, « s’écria Dan, » si je dois être un élu, que je sois celui d’une femme de chair et d’os, car
- je rie me sens aucun penchant pour pincer une harpe d’or. »
- — « Votre père ne parle pas ainsi, » répliqua Susie qui, timide d’habitude en face des accès d’humeur de Dan, se sentait forte par la certitude d’être dans la vérité ; « je sais qu’il ne va jamais à l’église, mais U est si bon 1 d’ailleurs il ne se permet jamais une parole contre ceux qui suivent les sermons et trouvent dans ce qu’il appelle des chardons desséchés une nourriture pour leur cœur. »
- — « Papa est sans contredit un vieux et rusé compère qui a plus de savoir à perdre dans une journée que d’autres n’en ont acquis dans toute leur vie,mais il a aussi ses côtés faibles et, si je l’avais connu dans sa jeunesse, je l'aurais aidé à s’en corriger. »
- — « Ah ! dit Susie, ce que vous appelez ses côtés faibles sont précisément ses meilleures qualités. Quoi de plus touchant, par exemple, que sa conduite envers la vieille madame Buzzell ?
- « Est-ce une épîgrainme? » demanda Dan avec son esprit au gros sel.
- — * Il est si bon! continua Susie sans s’arrêter à cette remarque inconvenante, « j’ai souvent pensé que s’il pouvait se convertir, vous seriez gagné par son exemple. •*
- — « Non, » répliqua-t-il «vous seule pouvez avoir de l’influence sur moi, je ferais tout pour vous plaire, si seulement vous vouliez m’aimer comme autrefois. *
- Tout en causant ils étaient arrivés dans le jardin du docteur. Ils s’arrêtèrent un moment sous les lilas. Susie émue et tremblante dit au jeune homme en le regardant d’un air craintif :
- — « C’est cruel à vous de douter ainsi, je n’ai pas changé, si ce n’est b ..., L’émotion l’empêcha d'ajouter : « pour vous aimer davantage. »
- — « Yous ne le montrez guère, alors. »
- — • Je prie constamment pour vous, Dan; je pense à vous à chaque instant; quelle autre preuve voulez-vous? t» demanda-b-elle avec tendresse.
- — « Vous pouvez me le prouver bien mieux, Susie. <* Et là, au milieu des lilas embaumées, sous le ciel brillant d’étoiles, une pensée plus noire que l’enfer entra dans le cœur du jeune homme « Vous dites que vous priez sans cesse pour moi, » continua-t-il»
- « qu’en sais-je? venez prier pour mol dans ma chambre et je serai convaincu. »
- — « Désirez-vous réellement que je fasse cela ? » demanda-t-elle d’un ton qui aurait radouci tout autre cœur que celui de ce jeune tigre dont les dents blanches brillaient aux clairs rayons de la lune.
- « J'irai donc, » ajouta-t-elle après un silence et en
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- se reprochant le soupçon qui l’avait arrêtée un instant.
- A peine Susie fut-elle entrée dans la chambre de Dan pour accomplir son pieux dessein, que celui-ci ferma la porte et en ôta la clef , malgré les protestations de la pauvre enfant, auxquelles il répondit par un rire étouffé ; puis il se mit à se balancer sur sa chaise et comme introduction demanda un baiser.
- « Non,non! s’écrie Susie, Dan,ouvrez cette porte ! laissez-moi sortir! je vois bien maintenant que vous ne parliez pas sérieusement, que je voudrais n’avoir pas ajouté foi à vos paroles ! s»
- fit la pauvre fille, cachant sa tête dans ses mains, se mit à sangloter.
- — « Je vous jure, Susie, que jamais en mà vie, je ne fus si sérieux; mais, à quoi bon prier, si mon cœur n’est pas dans les dispositions nécessaires ; un seul baiser peut l’y mettre, mais cent produiraient un eflet plus certain encore. Oh I comme Susie m’aime ! Je ne lui en demande qu’un, et elle pleure ! »
- Susie ne pria pas pour Dan ce soir-là, toutes ses prières furent pour elle-même. Hélas 1 elles furent vaines !...
- (A suivre).
- SOUSCRIPTION PUBLIQUE
- & 5,000 Action» de 500 francs.
- de la compagnie générale dos
- PÊCHERIES FRANCHISES
- Société anonyme au Capital de 3,500,0000 francs
- Constituée conformément à la loi du 24 juillet. 1807 Siège social: à ParD, 13, rue Tailboi.t CONSEIL D’ADMINISTRATION
- MM. le baron de Saint-Paul, G. 0. # Président ;
- Lenglô, ancien Membre du Conseil d’Etat, député delà Haute-Garonne ;
- Baïhaut, ancien élève de l'Ecole polytechnique, Ingénieur de Constructions navales, Conseiller général, député de la Haute-Saône ;
- Dubreull îft Négociant- armateur, ancien Président du Tribunal et de la Chambre de Commerce, admlnistrs-teurde la Banque de France, à Brest ;
- Léquyer Commissaire de la Marine, en retraite.
- COMMISSAIRE DE SURVEILLANCE *
- ^ Padien, admlnr de la Société Française Financière.
- CONSEIL JUDICIAIRE
- M. Turquet tfe, avocat à la Cour d’appel de Paris, député de f'Aisue.
- Chaque Action donne <1 ro it:
- 1° A une part proportionnelle dans l’actif social ;
- 2° A un Intérêt do 5 0/0 sur lea sommes versées, payables les 1er juin et lor décem bre ;
- 3° A 85 o/O dans les bénéfices ;
- 4* Au remboursement à 500 l'r. et au remplacement du titre amorti par une action de jouissance participant aux bénéfices restants.
- CONDITIONS DE LA SOUSCRIPTION
- Versement en souscrivant...... .. 50 fV*
- A la répartition (du 15 au 20juiû)......._ IISO »
- Du 1er au 5 août,......................... 160 »
- Du 1er au 5 octobre,...................... 1 £50 »
- £500 fr.
- Une bonification de einçi francs par action eut accordée aux souscripteurs gui libéreront leurs titres par anticipation à la répartition.
- BÉNÉFICES DE L’ENTREPRISE
- La Société a pour objet la pèche du poisson au large de nos côtes, au moyen de 50 navires munis de cabestans à vapeur ; le transport jouroalier de poisson, des fonds de pêche au port, par 4 banaux à vapeur, de 160 chevaux chacun ; et son envol dans des caisses réfrigérantes spéciales, par cherainsde fer à Parts et en province.
- Ce matériel est organisé pour une pêche minimum de six millions dô kilogr. de poisson par an.
- La prix moyen de vente à Paris étant de I fr. le kl1.
- soit.................................... . 6 000.000
- Les frais généraux de toute nature y compris la moitié du produit do la pêche, qui revient à l’équipage à titre de solde, étant de....... 4.513 000
- Le bénéfice pourrait donc s’élever L,... 1.487.000
- Soit : 42 0/0 du capital.
- LA SOUSCRIPTION SERA OUVERTE
- les Mercredis 5 et Jeudi 6 Juin 1878
- A LA
- Société Française Financière 18, rue de la Cbmissêv-d’Ant-u, à ParL,
- Les coupons à échéance de juilLt et les titres facilement négociables le jour de leur réception seront acceptés en payement sans commission ni courtage.
- Les formalités seront remplies pour l'admission des titres à la cote officielle.
- Les souscriptions peuvent être adressées dès maintenant à la Société Française Financière.
- Les actions ainsi demandées avant le 6 juin seront irréductibles. Les actions provenant de ta souscription publique seront soumises à une réduction proportionnelle. 1 ü l 3
- Des Statuts et une Notice détaillée de l’entreprise sont envoyés franco à toute per saune qui en fait la demande.
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- » La maison A.. Oï3L‘Jb3M!IJSUISC fllgj » Tailleur, 97, rue Richelieu, au coin d-a passage » des Princes. »
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- Les Socialistes et les Droits du Travail, volume de 192 pages . 0.40 Ces ouvrages seront envoyés franco contre mandats ou timbres-poste adressés au gérant du Devoir, à Guise (Aisne). 1
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- Sommaire du numéro du 25 Mai 1878
- BORNES à dater à sec
- TEXTE : Exposition universelle . . .
- LTconographie de Diderot. . Une errante Princesse . . .
- Le Philosophe de Passy. . .
- Le Point de Venise à l’Exposition Les Expositions (sonnet) . .
- Amusetles................. .
- Petite Gazette...............
- Ephémérides..................
- Un vieux Parisien.
- Surmay.
- Galerie de l'ancienne Cour, À, Genevay.
- Lear.
- Trimomllat.
- MM. Fuentès et Seurot. Robert.
- X.
- GRAVURES : Statuette de Diderot, dessin de C. Vallon, d’après son plâtre.
- — Portrait de Diderot, gravure de Smeeton et Tilly, d’après le tableau attribué à J.-H. Drouais. — Buste de Diderot, d’après le marbre de M1Ie Collot. (Musée impérial de Saint-Pétersbourg). — Le Génie des Arts, haut-relief d’Aotonin Mercié. — Censia Scar-pariola, directrice de l’école de dentelles de Burano. — Point de Venise, ancien modèle. — Exposition universelle de Paris. — Cul-de-lampe, fac-similé d’une gravure de G. Àudran, composition de G, Grassus.
- Abonnements, 1 an, Paris, 12 fr.* départements, 14 fr. — Editeur À. Ballue, 3, Ghaussée-d'Antin.
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- L’ALLIANCE LIBÉRALE
- Organe du Christianisme libéral
- 9° ANNÉE D’EXISTENCE 1 an. & fr.
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- LA SOLIDARITÉ
- Association pour la défense des droits de la femme
- • BULLETIN TRIMESTRIEL
- Rédaction ; Madame Marie G ŒGG 30, rua de Coutance, Genève
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- IL POPOLO
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- lre ANNÉE — N° 14
- üoumal beldomadaîru paraissant lu ^Hmanchu DIMANCHE 9 JUIN 1878
- POLITIQUE
- LEGISLATION
- ADMINISTRATION
- RELIGION
- MUTUALITE SOLIDARITÉ •• FRATERNITÉ
- ASSOCIATION DU CAPITAL & DU TRAVAIL
- TRAVAIL
- INDUSTRIE
- COMMERCE
- CONSOMMATION
- ABONNEMENTS
- FRANCE
- Un an. . . . 10 f. »> Six mois... 6 »»
- Trois mois. . . 3 »»
- Union postale . 11 »»
- ÉTRANGER Lp port en sus.
- Rédacteur en chef : M. Ed. CHAMPURY
- ADRESSER LA CORRESPONDANCE AU GÉRANT, A GUISE (AISNE)
- Les Abonnements sont reçus en mandats de poste ou en timbres-poste et timbres d’effets de commerce français.
- ANNONCES
- La ligne. . . O Ir. 50
- Les annonces sont reçues à Guise, au bureau du journal, et à Paris, chez MM. Havas, Lafjiteet C®, 8, place de la Bourse.
- -... :-------------- ......... * » *
- SOMMAIRE
- L'exposition universelle et le travail. — L’École normale de jeunes Filles à New-York. — Le Discours de Victor Hugo. — La semaine politique.— Grève du Lancashire. — Roman : La fille de son père. — Moralité publique. — Bulletin bibliographique.
- L’EXPOSITION UNIVERSELLE ET LE TRAVAIL
- L’exposition universelle est un témoignage grandiose des tendances de la société moderne. Rien n’est mieux fait pour affermir le sentiment que l’homme acquiert du rôle supérieur du travail dans le monde.
- Ce concert de tous les peuples au sujet de l’industrie, ces produits du travail envoyés spontanément de tous les points du globe, la grandeur et l’éclat de leur exhibition, cette foule innombrable de visiteurs venant de toutes les nations ouvrent certainement des horizons nouveaux à l’idée de la réhabilitation du travail.
- Au spectacle de tous ces instruments du progrès et du bien-être, on est émerveillé de ce dont l’homme est capable lorsque l’amour
- des choses utiles et le sentiment de l’accord président à ses actions. On sent que le travail a déjà modifié la face du monde, mais qu’il est appelé à en opérer la transformation.
- Qui ne reconnaît, en présence de ces prodiges de l’industrie, l’importance actuelle du travail dans la création de la richesse? La pensée et l'activité utiles gagnent chaque jour du terrain sur les idées arriérées de la force et de la violence; un monde nouveau se dévoile dans les perspectives d’un avenir prochain ; encore un pas, et la société s’illumine et s’éclaire au contact de ses propres œuvres : elle reconnaît qu’il y place au soleil pour tout le monde, en établissant le règne de la justice au milieu des œuvres humaines ; l’esprit de despotisme et de aomi- * nation s’affaiblit de plus en plus dans le cœur des hommes ; l’orgueil et la convoitise du chacun pour soi s’éteignent peu à peu pour faire place au sentiment de l’amour mutuel du bien commun ; le travail s’organise, se règle, se pondère au sein de la liberté ; l’esprit d’orgueil, de convoitise et de domination s'effaçant du monde, les ruines de la guerre ne viennent plus détruire l’équilibre de la prospérité des peuples et le travail devient rémunérateur pour tous, car chacun jouit du fruit de son labeur.
- Mais, pour le moment, nous sommes obligés
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- LE DEVOIR
- de nous tenir aux réalités présentes et de voir se poser devant nous la grave question de la répartition des richesses,
- La grève du Lancashire appelle sur ce point l’attention de tous les hommes politiques.
- Soixante-quinze mille travailleurs réclament contre la diminution des salaires, et c’est au milieu delà puissance de création et de production de nos sociétés modernes que l’homme manque du nécessaire; c’est dans les pays memes où l’industrie fait preuve d’une puissance considérable que semblable grève a lieu,
- Le progrès industriel a donc marché plus vite que le progrès moral, puisque le travail qui erîfante les produits ne trouve pas ses satisfactions et que l’accroissement de la richesse n’a pu empêcher les classes laborieuses de manquer des choses nécessaires à la vie.à
- Ces faits démontrent qu’a côté du progrès matériel, il reste à accomplir un progrès moral considérable dans nos coutumes et nos mœurs industrielles ainsi que dans la manière dont se pratique la répartition des fruits du travail.
- Malgré les progrès réalisés dans l’industrie, on est loin encore de comprendre les égards dus au travail, et l’on ne comprend pas plus les ressources et les avantages que la société trouverait à organiser la justice dans la répartition dns profits auxquels le travail donne lieu.
- Mais pour donner au travail l’essor bienfaisant dont il est susceptible, il faudrait que les classes dirigeantes conçussent de la fonction du travail une idée plus large que celle qu’elles en ont eue jusqu'ici; il faudrait que le travail eût à leurs yeux, et surtout aux yeux de ceux qui gouvernent, le caractère symbolique qui lui est propre, celui du progrès de la vie dans la société et dans l’humanité.
- Quand les sociétés seront dirigées sous l’empire de l’idée que le travail est la loi du progrès de la vie sociale et de la vie universelle, le législateur voudra donner aux travailleurs les garanties dont la vie humaine a besoin sur la terre.
- Quelles sont ces garanties ?
- Celles correspondantes aux besoins que l'individu éprouve pour développer ses facultés et les rendre utiles h lui-même et à la société.
- Or, pour que l’homme puisse accomplir utilement sa tâche dans la vie sociale, il faut que ses moyens d’existence soient assurés.
- Les moyens d’existence de l'homme ne pouvant s’obtenir que par le travail, il faut que le travail procure à tous le nécessaire à l’existence.
- Les garanties de la vie sont les premières qu’il faut donner aux citoyens ; le devoir nous impose de ne laisser personne mourir de faim ni de misère. Une société qui s’élève au sentiment du devoir social ne doit plus laisser subir à personne l’humiliation de l’assistance privée ; elle doit organiser et constituer, sous les auspices delà loi, l’épargne sociale dans la ferme, dans 1*usine, dans la fabrique, dans la commune et dans l’Etat.
- Nous avons constaté que le travail a pour objet d’entretenir la vie, qu’il est le mode d’activité par lequel l'homme doit assurer sa carrière. C’est du travail humain, aidé de l’action de la nature, que provient tout ce dont l'homme peut jouir.
- Le travail est la source permanente et perpétuelle de la richesse ; il est le générateur de tout ce qui est nécessaire aux besoins de la société; il crée pour demain ce qui n'existe pas aujourd’hui; il fera pour l’avenir ce que le présent ne contient pas ; c’est donc des produits du travail qu’il faut tirer l’épargne ou la réserve, sociales qui doit faire que personne ne soit plus privé du nécessaire à la vie.
- Etant entendu que la production doit suffire à tout, que c’est du travail que l’on peut et doit obtenir les moyens d’assurer l’existence des travailleurs et de leurs familles, il convient de généraliser et d’étendre les mesures dont l’efficacité est consacrée par l’expérience.
- Les caisses mutuelles de prévoyance sont jusqu’ici ce qui a paru Je plus propre à atteindre ce résultat. La puissance avec laquelle elles servent en ce moment pour soutenir la grève du Lancashire et les familles dans le besoin, prouve ce que l’on en pourrait tirer, si elles avaient
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- LE DEVOIE
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- pourpoint d’appui non seulement le salaire, mais aussi les bénéfices à prélever sur la production.
- Ol*, dans l'état actuel de l’industrie, les établissements qui ont des caisses mutuelles fondées sur la base de 2 0/0 de retenue sur les salaires, fonctionnent déjà de façon à donner d’heureux résultats, lorsque ces caisses sont administrées par les ouvriers eux-mêmes.
- N'est il pas bien naturel d’admettre que ces caisses mutuelles puissent être généralisées et que, en présence des sacrifices du travail, il poisse être demandé à l’usine, à la fabrique, à l’atelier, à la ferme, au magasin de commerce, à tout ce qui occupe des salariés, de verser aux caisses mutuelles une somme égale à celle versée par le travail.
- Dès que la mesure serait générale, les mêmes Marges pèseraient sur les produits semblables, l’équilibre serait maintenu sur la production, et la réserve sociale capable de faire face à tous les besoins, serait constituée.
- Il faudrait ensuite organiser la solidarité géné-rçlçde ces réserves, par un prélèvement effectué %8 le contrôle d’une administration spéciale, cltargée de venir en aide aux groupes malheureux.
- Qu’on fasse ensuite que les travailleurs eux-^émes se constituent librement en comités pour l’administration de leurs ressources, 'Pie {Jes règlements paternels servent de base à k répartition des secours, et que l’état n’inter-Vlenno que pour aider au fonctionnement et à installation des rouages administratifs néces-Saires à ces institutions.
- Que tous ne.ux qui vivent au sein de l’abon-^nce se demandent ce qu’ils penseraient, s’ils Paient à la place de ceux auxquels un travail assidu ne procure qu’un salaire juste suffisant, et l^lquofois insuffisant, pour nourrir leur fa-salaire certain pour aujourd’hui, incertain demain ? Ne désireraienit-ils pas que le Induit du travail soit tenu de nourrir l’homme,
- diurne et l’enfant, même quand le travail fait défaut?
- Sachons que la vie humaine doit être l’objet de notre dévouement et de notre respect, parce qu’elle est l’organe de la vie supérieure ; procédons avec sagesse et prudence, mais n’oublions pas que nous devons aux autres ce que no,us désireriops pour nous-mêmes, si nous étions à leur place.
- Députés et Sénateurs, donnez satisfaction à ces principes, et vous aurez ouvert la voie de la conciliation, de la paix et de la sécurité sociales.
- Godin.
- ERRATUM
- Dans notre dernier numéro, page 196, colonne lre, lignes 21 et 22, lisez : « Il faut donner plus de garanti,e à V Invention » et non à Y Intervention.
- ------------------
- L'ÉCOLE NORMALE RE JEUNES FILLES
- ANEW YORH (1)
- II
- La première école normale fat fondée en 1681 par l'abbé De la Salle, chanoine de la cathédrale de Reims ; 16 ans plus tard, une classe de professeurs fut ouverte concurremment avec une école d’orphéons à Halle (Allemagne) ; les élèves-maitres y passaient deux ans sous la direction du chef, Auguste Hermann Francke, qui développa le système d’une façon remarquable et reçut bientôt le concours précieux de Frédéric le-G-rand.
- D’autres écoles normales furent ouvertes dans le Hanovre, l’Autriche, la Suisse, la France, la Hollande, la Belgique, et depuis environ 40 ans en Angleterre, d’où elles se sont répandues dans presque toutes les contrées civilisées.
- Le but de ces écoles est parfaitement exprimé dans l’extrait suivant de la loi prussienne. « Les direc-« teurs des jÉcoles normales chercheront à conduire « leurs élèves vers des principes simples et clairs, « plutôt, en les mettant en mesure d’expérimenter « par eux mêmes, qu’en leur donnant des théories « pour guide ; dans ce but, des écoles primaires seront « adjointes aux écoles normales, afin que les étu-« diants acquièrent par la pratique l’art de l’ensei-« gnement. »
- Il y a maintenant environ 850 écoles normales en
- (Voir notre numéro 13).
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- LE DEVOIR
- Europe et dans les colonies britanniques, l’Inde Anglaise y comprise; cette dernière en comptant 104 à elle seule.
- Le Massachusetts fut le premier État de l’Union américaine qui établit des écoles normales. Il y en a actuellement aux États-Unis 137 comprenant au moins 29,000 élèves et plus de 1,000 professeurs. L’Ohio et la Pennsylvanie en ont chacun 12. L’État de New-York en compte 9. L'Illinois et le Missouri chacun 8; et le Massachusetts 7.
- Le plus grand nombre d’élèves-maîtres se trouve dans l’État de New-York où l’on en compte 4,158. L’utilité de ces sortes d’écoles ressort suffisamment par le peu de statistique qui suit concernant l'éducation aux États-Unis :
- Près de 9 millions d’écoliers sont inscrits dans les écoles putliques. 5 millions environ suivent journellement les classes; 231,000 professeurs dont 133,000 femmes sont attachés à ces écoles.
- La somme dépensée annuellement pour cet important objet s’élève au chiffre presque fabuleux de 82 millions de dollars ; (plus de 410 millions de francs).
- Avant l'établissement du collège actuel de New-York, l’instruction normale était pauvrement assurée dans la cité.
- Une école de professeurs avait été ouverte en 1856, mais elle fut fermée au bout de trois an&; heureusement l’institution actuelle assure d’amples compensations pour les fautes passées, et le citoyen, écœuré par les pratiques de la politique, peut avec un légitime orgueil attirer l'attention du visiteur sur le collège normal, comme étant le plus complet de cette nature qui existe au monde.
- Le bâtiment est un des plus beaux de la ville ; il embrasse, avec les terrains qui l’environnent, tout l’espace limité par Lexington et la 4e avenue, et par les 68® et 69® rues. L’édifice mesure 300 pieds de long ; 125 pieds de large en façade, 78 pieds en arrière ; il est construit principalement en briques rouges ce qui lui donne un aspect de fraîcheur et d’élégance.
- Il a vue sur le parc central et est à quelques pas de la bibliothèque Lenox, du Muséum d’histoire naturelle et de la ménagerie des fauves.
- Une école de grammaire (école secondaire,)'pour jeunes filles pouvant recevoir 300 élèves, et une école primaire, en pouvant contenir 500, sont annexées au collège.
- La première pierre de l’édifice fut posée le 19 Mars 1872, par un temps épouvantable, ce qui n’empêcha pas que 18 mois plus tard l’énorme construction élevée comme par magie, était prête à recevoir ses hôtes. Elle avait coûté 350,000 dollars. Au début,
- plus de 1,000 jeunes filles suivirent les cours, etlJ célébrité du collège a toujours été en augmentant L’édifice a quatre étages au-dessus du rez-de-chaussée ; il contient 30 salles de classe, deux salles de conférences, une salle d’études artistiques, une chapelle avec sièges pour 2,000 personnes, une bibliothèque, une salle de gymnastique, deux vestiaires, six salles particulières pour les professeurs, et les appartements du Président. Il est séparé dans toute sa longueur à chaque étage par un grand vestibule de quinze pieds de large.
- Le meilleur critère de l’utilité de l’institution est ce fait que des 2,300 professeurs de l’État de Nevr-York dont 2,100 femmes, huit à neuf pour cent abandonnent chaque année l’enseignement et laissent vides des rangs que le collège remplit avec ses diplômées.
- Le conseil d’école est compos'1 comme suit :
- Thomas Hunter, président et professeur de métaphysique ;
- Arthur H. Dundon, professeur de latin et d’An-; glais ;
- Joseph A. Gillet, professeur de physique et chimie; |
- Charles À. Schlegel, professeur d’Allemand ; !
- Edward H. Day, professeur de science naturelle; |
- Et Eugène Aubert, professeur de langue française ; et de littérature.
- Outre ces membres de la faculté, il y a 30 autres j professeurs, y compris un maître de pédagogie et | cinq de mathématiques. De ces 30 professeurs, $ j sont des femmes.
- Un délicat petit manuel imprimé en lettres dorées et sous couverture couleur chocolat, contient le règlement du collège; mais ces dehors pleins de charme cachent un formulaire d’une discipline martiale-Les pages, d’un beau papier de la teinte appelée crème, ne donnent aucune idée de la sévérité du texte à ta fois bref et impératif.
- Les étudiantes sont obligées de rendre compte de chaque minute de retard, et en cas d’un jour d’absence elles ne sont point autorisées à se représenter dans leurs classes sans une permission écrite du Président ou de la dame sur-intendante.
- Elles doivent dans tous les mouvements marcher sur un seul rang et prendre toujours la droite en changeant de salles ; il leur est interdit do courir dans les vestibules ou les escaliers, ou de stationner à la sortie de rétablissement.
- Une conduite peu convenable dans les tramway8 ou les omnibus, est aussitôt l’objet d’une enquête de la part de la sur-intendante et peut entraîner l'expub sionde l’élève.
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- Les jeunes filles qui suivent les cours de dernière année sont surveillées plus strictement que les antres, afin de s’assurer de leur parfaite convenance morale pour la mission de renseignement ; celles qui seraient trouvées indignes ne recevraient point de diplôme, quand même leurs notes d’études atteindraient le niveau requis.
- Il n’y a pas place à l’école normale pour une écervelée ou une enfant gâtée. La plus stricte obéissance est exigée des étudiantes, mais en retonr elles reçoivent, sans la plus petite dépense, une éducation telle que bien peu de cités dans le monde en peuvent offrir de semblable à quelque prix que ce soit ; éducation qui les rend propres à remplir tous les devoirs de la vie aussi bien que ceux d'institutrices.
- Les élèves qui se distinguent dans leurs études reçoivent des médailles, prix, etc... donnés par les protecteurs de l’institution.
- Une médaille d'or et une d’argent sont annuellement décernées aux élèves les plus fortes en allemand ; une médaille d’argent et une de bronze appartiennent à l'excellence en méthode d’enseignement ; une médaille d’or est attribuée à la physiologie, une d’or également au latin ; deux prix en espèces sont décernés pour le français et un pour la physique.
- En matière de religion, la liberté complète instituée par la constitution américaine domine dans le collège : environ 2Ü0 élèves sont juives, et quelque négresse à chevelure crépue, enchâssée ça et là parmi les autres élèves, se fait quelquefois remarquer aux exercices de mémoire de la chapelle.
- L’école est constamment remplie autant qu’elle peut l’être et l’une des principales préoccupations des directeurs est de chercher à régulariser les admissions ; sachant cela, je demandai au Président Hanter pourquoi les postulantes n'étaient pas tenues à s’engager à devenir professeurs après l’obtention du diplôme. Nul engagement de ce genre n'est aujourd’hui exigé, et nombre des étudiantes n’ont pas la moindre intention de gagner leur vie en pratiquant renseignement.
- L’opinion de M. Hunter fut qu’une telle mesure aboutirait simplement à une déception Jet exclurait un grand nombre des meilleures élèves dont l'influence sur leurs compagnes est une cause puissante de progrès moral et d’émulation.
- Le plan le plus exécutable lui paraissait être d’augmenter le nombre des années d’étude, de les porter à quatre au lieu de trois, ce qui sans doute aurait pour conséquence d’élever le niveau des études requises pour l’obtention du diplôme# et d’écarter les élèves nm complètement fixées sur le but à atteindre.
- Déprogrammé des études se compose comme suit :
- — Premier degré. — Première année. — Premier terme. — Latin ; aperçu d’histoire ancienne ; allemand ou français ; algèbre : équations simples * puissances ; extractions; racines ; géométrie plane.
- — Second degré. — lie année. — 2S terme. — Mêmes études que ci-dessus sauf que la mécanique et les branches de .la physique relatives à la chaleur et à 1 électricité, se substituent à l’algèbre; ce degré comprend en outre l’étude de la musique, du dessin, de la calligraphie, et du style en anglais.
- — Troisième degré. — 2° année. — terme. — Choix facile des auteurs classiques en latin ; vues d histoire moderne ; lecture et conversation en français ou en allemand ; algèbre ; équations du 2’ degré ; physique ; lumière et sou ; musique ; dessin ; composition en anglais et botanique.
- Quatrième degré. — 28 année. — 2e terme.— Latin; extraits de César, de Salluste et de Cicéron; rhétorique et composition en anglais ; conversation allemande ou française; mathématiques; astronomie descriptive, chimie, notation, nomenclature, éléments atmosphériques ; musique ; dessin ; géologie et minéralogie.
- Cinquième degré. - 3® année. — lir terme. — 3® livre de Virgile ; anglais ; langage et littérature ; allemand ou français; physique; électricité, galvanisme et magnétisme ; astronomie ; musique ; dessin et zoologie; revue des sujets prescrits dans les écoles primaires et secondaires et méthode d’enseignement de ces matières.
- — Sixième degré. — 3e année. — 2* terme. — Continuation de Virgile ; métaphysique et théorie de renseignement ; anglais : langage, littérature et composition ; revue générale de la grammaire française ou allemande avec conversations et traductions ; revue générale de physique ; musique ; dessin ; physiologie ; revue des sujets prescrits pour l’obtention des diplômes dans les écoles de ltr et de 28 degrés ; pratique de l’enseignement dans l’école modèle sous la critique de professeurs expérimentés.
- (A suivrai
- LE DISCOURS DE M. VICTOR HUGO
- Le discours prononcé par Victor Hugo à l’occasion du Centenaire de Voltaire est une œuvre de grande portée. Il contrebalance à lui seul la tendance agressive donnée au Centenaire par le Comité, ainsi que par certains organes de la presse ; l’on peut même espérer que Wnfluence de ce discours rétablira
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- LE DEVOIE
- la mémoire de Voltaire sur un terrain qu’on n’aurait jamais dù lui faire quitter.
- Ce discours a été un soulagement pour tous les hommes qui aiment assez Voltaire pour voir avec regrets ses petits côtés mis en relief par des admirateurs maladroits.
- Victoî Hugo n’est pas de ceux-là. En présence du soleil il chante un hymne à la lumière et dédaigne de savoir si le soleil a des taches.
- Eh 1 qu’importent ces taches si la lumière bienfaisante nous réchauffe et nous vivifie 1
- En parlant comme il a parlé, Victor Hugo a rempli la plus belle mission du littérateur : celle de moraliser.
- Rien ne moralise davantage que le spectacle des belles actions d’un homme. Son exemple en impose plus que tous les raisonnements. Et môme lorsque cet homme est mort, lorsque les années ont passé sur la fermeture de sa tombe, le souvenir de léxem-ple donné enseigne et moralise encore, car il se trouve des hommes qui s’émeuvent à ce souvenir et qui tiennent à faire partager leur émotion.
- Victor Hugo a été dans ce cas et jamais peut-être il n’a été mieux inspiré.
- A part le parallèle des sourires de Voltaire et des larmes de Jésus, ce discours est irréprochable. C’est une œuvre capitale et qui restera. Fond et forme, tout y est remarquable. Point de ces antithèses démesurées, point ou presque point de ces outrepassements de pensée que le grand âge du poète impose trop souvent à son génie. Au contraire une valeur philosophique très réelle, une qualité littéraire constamment soutenue et que l’on' pourrait dire parfaite. La forme de ce discours, par sa simplicité même, rend plus saisissante encore la grandeur de la pensée. C’est une œuvre d’art en même temps qu’un élan de conviction. Rien en effet ne se prêtait mieux au talent oratoire du défenseur de Claude Gueux que l’apologie du défenseur de Calas.
- La péroraison surtout s’élève aux plus grandes idées.
- « Les temps sont venus, s’écrie le poète. Le droit a trouvé sa formule : la fédération humaine.
- « Aujourd’hui, la force s’appelle la violence et commence à être jugée, la guerre est mise en accusation, la civilisation, sur la plainte du genre humain, instruit le procès et dresse le grand dossier criminel des conquérants et des capitaines. Ce témoin, l’histoire, est appelé. La réalité sévère apparaît. Les éblouissements factices se dissipent. Dans beaucoup de cas, le héros est une variété de l’assassin. Les peuples en viennent à comprendre que l’agrandissement d’un forfait n’en saurait être la diminution, que si tuer est un crime* tuer beaucoup n’en peut pas
- être la circonstance atténuante, que si voler est une honte, envahir ne saurait être une gloire, que les Te deums n’y font pas grand chose, que l’homicide est l’homicide, que le sang versé est le sang versé, que cela ne sert à rien de s’appeler César ou Napû* léon, et qu’aux yeux du Dieu éternel on ne change pas là figure du meurtre parce qu’au lieu d’un bonnet de forçat on lui met sur la tête une couronne ^empereur.
- « Ah I proclamons les vérités absolues. Déshonorons la guerre. Non, la gloire sanglante n existe pas, Non, ce n’est pas bon et ce n’est pas utile de faire des cadavres. Non, il ne se peut pas que la vie travaille pour la mort. Non, ô mères qui m’entourez, d ne se peut pas que là guerre, cette voleuse, continue à vous prendre vos enfants. Non, il ne se peut pas que la femme enfante dans la douleur, que les hommes naissent, que les peuples labourent et sèment, que le paysan fertilise les champs et que l’ouvrier féconde les villes, que les penseurs méditent, que l’industrie fasse des merveilles, que le génie fasse des prodiges, que la vaste activité humaine multiplie en présence du ciel étoilé les efforts et les créations, pour aboutir à cette épouvantable exposition internationale qu’on appelle un champ de bataille !
- « Arrêtons l’effusion du sang humain. Assez! assezl despotes. Ah I la barbarie persiste, eh bien que h philosophie proteste. Le glaive s’acharne, que lu civilisation s’indigne. Que le dix-huitième siècle vienne au secours du dix-neuvième; les philosophes nos prédécesseurs sont les apôtres du vrai ; invoquons ces illustres fantômes ; que, devant les monarchies rêvant les guerres, ils proclament le droit de l’homme à la vie, le droit de la consciénce'à la liberté, la souveraineté de la raison, la sainteté du travail, la bonté de la paix; et puisque la nuit sort des trônes, que la lumière sorte des tombeaux ! »
- E. 0.
- LÀ SEMAINE POLITIQUE
- La semaine s’est ouverte dimanche dernier par une très-intéressante cérémonio. l’ouverture do l’Expositiou collective ouvrière.
- On so rapclle que les règlements de l'Exposition, fidèles aux vieux errements monarchiques, il’admettent pas les simples ouvriers dans l’enceinlo du Champs Mars.
- Un très-grand nombre de travailleurs se sont réunis pour exposer dans un local à eux les produits dus à leur intelligence et à leur habileté professionnelle.
- M. le Ministre de l’agriculture et du commerce avait accepté la présidence de la cérémonie d’inauguration. Il a parlé eu d’excellents termes du travail qui, « considéré dans les sociétés anciennes comme un signe do servitude et d’abaissement, est devenu dans nos sociétés modernes le titre le plus solide, le plus indiscutable à l’estime, au respect de tous, le moyen le plus efficace do servir son pays otd’arrivéi' à la gloire, b
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- L'Ordre, organe particulier de M. Rouher, a publié de longs articles sur la politique des conservateurs,
- S’il faut en croire ces révélations rétrospectives le Président do la République est resté depuis sa nomination jusqu’à sa soumission fidèle à la politique de résistance. Dès le soir des élections du 20 février 1876 il fut plus que jamais dévoué à cette politique. M. Buffet, dit V Ordre;"insista ce soir-là pour la résistance « avec cette ténacité qui est le propre de cet homme d'État, le plus justement haï du parti républicain. »
- Peu de temps après la formation du cabinet du 14 Décembre, le ministre de la guerre adressa aux commandants de corps d’armée une circulaire qui leur recommandait de veiller à ce que la gendarmerie se conformât strictement aux lois et aux règlements civils. Los opinions du ministre se sont modifiées depuis lors et il défend aujourd’hui un maréchal-des-logis de gendarmerie qui a violé la loi sciemment et volontairement et dont le cas a été dénoncé à la Chambre. Les torts* du gendarme sont des plus graves mais, ceux du ministre le sont cent fois davantage, car au lieu de s’en tenir à la question de fait le général Borel élargit le débat et dédéclare sur un ton d’une impertinence sans égale qu’il « n’obéira pas aux injonctions des Députés. »
- Une somme de 500,000 francs va être consacrée durant l’Exposition à donner de grandes fêtes nationales. La somme nous parait exorbitante car, on lin de compte, ce sont les contribuables de la France entière qui paieront et Paris seul qui en profitera.
- Espérons au moins que sur cet énorme crédit on prélèvera la somme nécessaire pour offrir, — commo nous l’avons déjà demandé —un banquet national à tous les ouvriers qui ont coopéré à la construction des édifices do l’Exposition
- A propos de ces fêtes, et à propos aussi de l’opposition mise par M. de Marcère à la célébration publique du Centenaire de Voltaire a surgi dans la presse, dans le sein du Conseil municipal de Paris et dans l’opinion publique en général la question d’une fête nationale annuelle.
- Tous les peuples civilisés, quelle que soit leur forme politique célèbrent par des réjouissances publiques ou des solennités officielles certains jours, certains anniversaires. Dans les monarchies c’est l'anniversaire de la naissance ou de l’avènement du souverain, ou le jour de la fête du saint qui lui a donné son nom; dans les républiques celui de la déclaration d’indépendance, etc.
- Sous Louis XVIII c’était la Saint-Louis (le 2U août), sous Charles X la Saint-Charles (le 4 novembre), sous Louis-Philippe la Saint-Philippe (le 1er mai) et les journées de juillet (fêtées le 22), sous l’empire le 15 août, sous la République de 1848 le 24 février et le 4 mai (proclamation légale de la République).
- La nouvelle République n’a encore aucun jour à elle, et elle est fort embarrassée pour en choisir un.
- Le 4 septembre no peut être choisi, car s'il rappelle la formation du gouvernement de la Défense nationale, il rappelle aussi la capitulation de Sedan et le désastre de l’invasion.
- En outre, le 4 septembre n’a pas instauré la République; le pays a dû se traîner longtemps dans un pénible interrègne avant d’obtenir la constitution du 25 février.
- On a parlé du 22 septembre, anniversaire de la première proclamation de la République. Malheureusement
- cette date rappelle aussi les massacres de La Force et de l’Abbaye. Puis cette fête tomberait le jour même de l’équinoxe d’automne et qui lui assurerait un mauvais temps presque régulier.
- Restent trois dates : celle du 20 Juin (serment du Jeu de Paume), celle du 14 Juillet (prise de la Bastille), et celle du 4 août. La première rappelle le premier acte marqué d’indépendance de l’Assemblée, la deuxième le premier acte du peuple dans la vie politique. En démolissant la Bastille le peuple supprimait la prison des nobles, dont lui-même n’avait pas à souffrir. C’est donc une date aussi généreuse que glorieuse. Toutefois nous aimerions mieux encore le grand anniversaire du 4 Août 1789.
- Où trouver, non-seulement dans l’histoire de France, mais même dans celle de la civilisation toute entière, une journée où se soient passées autant de choses, réformé autant d’abus, proclamé autant de droits que dans celte nuit mémorable ?
- Aucun peuple n’a rien à comparer.
- Aussi nous parait-il que cette date serait la mieux qualifiée pour la célébration d’une grande fête nationale.
- ÉTRANGER
- Le 11 Juin aura lieu en Belgique le renouvellement de la moitié du Sénat.
- Les élections provinciales faites il y a 15 jours ont démontré que le parti libéral avait gagné du terrain pré cisément dans les arrondissements où il y aura lutte pour les élections sénatoriales.
- Anvers sera le champ de bataille décisif.
- On sait que la majorité cléricale dont le cabinet Malou dispose dans le Sénat belge n’est que de 4 voix.
- Il suffit pour déplacer la majorité et entraîner la ehûle du cabinet que trois des sièges à repourvoir passent du parti ultramontain au parti libéral.
- Nous souhaitons de tout notre cœur qu’il en soit ainsi et que nos voisins soient enfin débarrassés d’un ministère qui est aussi odieux aux libéraux belges que le ministère Fourtou était odieux aux libéraux français.
- On a des nouvelles de Constantinople sur la tentative faite dans cette ville pour enlever du palais de Fchéragan le sultan destitué Mourad V, Il parait d’après ces nouvelles qu’Ali Suavi, âme de l’entreprise, n’essayait rien moins que de restaurer Mourad V sur le trône en renversant le sultan actuel Abdul-Hamid, frère cadet de Mourad. Ibrahim Pacha, ministre de la marine, est gravement compromis dans celte affaire. 11 est destitué, Ali Suavi a été mis à mort ainsi que 21 des personnes qui ont pris part au mouvement. Le soir de l’exécution d’Ali Suavi le palais de la Sublime Porto a été incendié, De nombreuses arrestations ont déjà ou lieu, elles se continuent et les exécutions secrètes vont recommencer de plus belle.
- Comment la diplomatie européenne peut elle tolérer sur le continent un état où les complots succèdent aux complots et les exécutions aux exécutions. Il serait temps d’en finir.
- Le Congrès destiné à éviter un conflit < ntre l’Angle terre et la hussicaufeujetdes affaires d’Orient se réunira dans le courant de la semaine prochaine.
- Il est heureux que le danger d’une guerre soit conjuré,
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- mais il est à craindre que le Congrès se borne à replâtrer l’Empire ottoman.
- Agir ainsi, c'est ajourner les difficultés, ce n’est pas les résoudre.
- Le grand événement de la semaine c’est l’attentat commis sur la personne de l’empereur d’Allemagne par le docteur en philologie Nobiling.
- La fréquence des tentatives criminelles de ce genre chez nos voisins d’Outre-Rhin fait naître bien des réflexions.
- Il ne manque pas de personnes qui souriaient de l’attentat précédent (Hœdel) les balles n’ont laissé aucune trace ; elles le considéraient comme un simple procédé gouvernemental destiné à faire passer à la faveur de l’émotion produite la loi projetée contre les socialistes.
- Cette fois les sceptiques sont désarmés et le sourire n’est pas permis.
- Il semble que Fon soit en présence d’un état de choses de la plus grande gravité. Qu’est-ce qui fermente au fond de la société allemande ? Est-ce que les prédictions sinistres de l’allemand Henri Heine seraient près de se réaliser? Est-ce que les succès militaires de l'Allemagne n’auraient pas fait à ce pays plus de mal que de bien ?
- La personne d’un souverain octogénaire qui ne s’immisce plus directement aux affaires politiques paraissait ne pas être de nature à soulever des haines semblables. L’attentat de Blind et plus récemment celui de Kullmann pour être aussi criminels se comprenaient mieux car il visaient en M. de Bismarck le chef politique du pays. Il n’en est plus de même cette fois. C’est le souverain que l’on vise comme si la mort du souverain, au cas où elle en aurait résulté, devait amener l’affranchissement du pays.
- Ce n’est pas par des assassinats que le peuple allemand s’approchera de la liberté. Il n’arrivera par ces moyens criminels qu’à soulever l’indignation du pays ou à faire voter des lois plus autoritaires encore que celles qui régnent aujourd’hui.
- TRAVAUX DES CHAMBRES
- M. Louis Blanc a déposé sur le bureau de la Chambre des Députés une proposition relative à la liberté de réunion et d’association. Celte proposition qui porte toutes les signatures des membres de l’extrême gauche, est ainsi conçue :
- Considérant que la législation existante établit, en ce qui concerne les droits do réunion et d’association, un système arbitraire, de bon plaisir et d’omnipotence administrative aussi contraire à l’esprit qu’incompatible avec la pratique du régime républicain.
- Nous avons l’honneur de déposer la proposition dont la teneur suit :
- Article unique. Sont et demeurent abrogés les articles 291, 292, 293 et 294 du Code pénal, la loi du 10 avril 1834 sur les associations, la loi des 6-10 juin 1868 sur les réunions publiques et, généralement, toutes les lois de nature à entraver l’exercice des droits de réunion et d’association.
- Nous reviendrons sur celte question importante.
- M. Georges Périn dépose à la tribune de la Chambre des Députés le rapport sur la pétition du major Labordère relative aux faits qui se sont passés à Limoges dans la nuit dut3 décembre dernier et qui ont amené oet offi-
- cier à formuler le cas d’un refus de concours à ses chefs.
- L’honorable officier demande :
- 1° Si ce qui lui est arrivé et la défaveur qui Fa frappé ne signalent pas une lacune dans la législation militaire, qui peut placer actuellement un honnête homme entre son devoir professionnel et la violation des lois. Le rapport, écrit par M. Georges Périn, entre tout à fait dans ce point de vue, et conclut: 1° à ce que le ministre de la guerre adresse à ses subordonnés, par voie cle circulaire, un commentaire explicatif des obligations créées par le réglement de 1833 concernant l’obéissance passive.
- 2° Qu’une enquête soit faite sur ce qui s’est passé à Limoges, et que cette enquête soit confiée à la commission chargée des informations électorales
- Le grand mérite du rapport à M. Périn, est qu’en réalité il écarte complètement la question du terrain militaire pour la reporter sur le terrain politique. Une enquête sur les préparatifs qui ont pu avoir lieu à Limoges au mois de décembre est une affaire parlementaire,au même titre que les vérifications d’élections, et l’idée de confier cette enquête à la commission présidée par M. Albert Grévy éloigne fort heureusement tout soupçon de mesure exceptionnelle. Quant à la circulaire ministérielle demandée au général Borel elle ne sera pas facile à obtenir. D’une part c’est difficile d’établir des distinctions dans l’obéissance due par un soldat à ses chefs. D’autre part, l’armée né doit pas non plus servir d’instrument à tel chef qui serait tenté de violer les lois. Comment concilier ces deux choses ? C’est là l’affaire des mœurs politiques et sociales plus que celle des circulaires d’un ministre.
- Cette pétition a été renvoyée au ministre de la guerre pour le premier point et à la commission d’enquête électorale pour le second.
- Le Sénat a adopté la prise en considération de la proposition do loi de M. Bérenger et de plusieurs de ses collègues relative au rétablissement des tours dans les hospices. M. Bérenger a demandé et obtenu que la com mission à laquelle sera renvoyée cette proposition serait autorisée à recueillir tous documents et entendre tous témoignages qu’elle jugerait utiles.
- LA GRÈVE DU LANCASHIRE
- La grève du Lancashiro a pris des proportions considérables, Plus do 76,000 ouvriers so sont refusés à subir la réduction du dixième des salaires proposée par la coalition des patrons,
- Cette grève a déjà englouti des capitaux considérables et menace d’en engloutir bien d’autres. Du seul côté des ouvriers le subside hebdomadaire de fr, 6.25 accordé aux grévistes s’est élevé pendant les 15 premiers jours à 140,000 livres sterling, soit environ 3 millions et demi de francs, à quoi, bien entendu, doit s’ajouter la valeur des journées perdues. Les comités ouvriers estiment que si la grève doit se continuer, c’est au minimum 475,000 fr. par semaine qu’il faudra distribuer.
- Un économiste distingué, M. Paul Leroy-Beaulieu, a dernièrement analysé les motifs et les demandes des ouvriers.
- Ces motifs BOnt très légitimas ot cos demandes trôB-conoilUntei.
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- Les ouvriers, parait-il, répugnent, en principe et en fait, à admettre comme un procédé de relèvement industriel et d’équité sociale l’abaissement de leurs salaires. Ils proposent, par l’entremise de leurs délégués, de restreindre la production, de ne plus travailler dans les filatures et les tissages que quatre jours par semaine, de façon à réduire progressivement les stocks qui encombrent les magasins, jusqu'à ce que la situation des marchés permette de revenir sans inconvénient au travail normal.
- Les ouvriers offrent donc un sacrifice supérieur à celui que les patrons leur demandent, puisqu’ils renoncent à un quart environ de leur travail et du salaire corrélatif, tandis que les patrons se contenteraient d’une réduction de 10 0/0 sur le salaire, en maintenant la durée normale du travail.
- Il est donc bien évident que ce n’est pas un sentiment d’égoïsme qui guide les ouvriers, mais un sentirnent de justice. Ils préfèrent perdre davantage mais être certains que cette perte résulte de la force des choses et que les patrons n'en bénificieront pas.
- On sait en effet que trop souvent les patrons anglais ont eu assez d’indélicatesse pour réduire les salaires sous prétexte du mauvais état des affaires quand il ne s’agissait au fond pour eux que de s'enrichir davantage.
- Cette fois il ne pourront pas agir ainsi.
- Afin d’arrêter le conflit, les ouvriers proposent de constituer un comité d’arbitres , lequel serait ainsi composé :
- Deux commerçants en tissus de Manchester, chargés de représenter le mouvement de la consommation et de U production intérieures; deux armateurs, intervenant au nom du commerce extérieur ; deux banquiers au courant des grandes affaires ; deux patrons et deux ouvriers choisis par leurs corps d’état respectifs; enfin, l’évèque de Manchester, qui professe notoirement des idées avancées en ce qui touche la question sociale.
- Les choses en sont là.
- Ose-t-on espérer que le tribunal demandé se constituera? Et s’il se constitue, réussira-t-il à concilier les intérêts respectifs en présidence ? d’est douteux, caries Patrons anglais n’ont prouvé que trop souvent leur Mépris ou leur dureté pour ces ouvriers dont le travail tes enrichit.
- Quelle que doive être l’issue de la crise, il est bon d’étabhr dès aujourd’hui que les patrons ont tout fait Pour la provoquer et que les ouvriers n’épargnent rien Pour l'empêcher. E. C.
- LA FILLE DESON PÈRE
- ^aduit de l’Anglais, de Mme Marie HOWLAND
- (Voir à à i3)
- Chapitre X
- Retour «lo Clara, drame du»N le cabinet du docteur.
- Septembre était arrivé ; Clara allait revenir. Dinah ayait fourbi ses casseroles dont le cuivre brillait c°Quue de l’or et avait préparé les gâteaux et les jj^ûdiaes préférés de Clara, t'ourla vieille négresse, était toujouci l'enfant d'autrefois dont elle
- attendait le retour avec impatience. Ni les taquines jumelles, ni la bonne Susie n’avaient pu lui faire oublier « miss Clara » dont rien au nonde à ses yeux n’égalait le charme et la beauté.
- Tout était joie et mouvement dans la naison. La plus belle chambre, fraîchement ornée, attendait Clara et miss Marston, car cette dernière avait \ccepté 1 invitation de M.et de Mra*Forest,heureux le reconnaître ses attentions envers leur fille. Miss JVarston venait passer quelques semaines à Oakdale; «Ue se réjouissait d’avance à la pensée de connaître le docteur Forest.
- Une sincère amitié avait, dès leur première rencontre, uni Clara à miss Marston; ce sentiment n’avait fait que croître.
- La petite scène que nous avons rapportée à propos de « Jacques » avait encore cimenté ce lien ; miss Marston avait franchement reconnu que malgré l’exaltation de sa forme, ce livre empreiit d’une haute moralité,ne pouvait exercer d’influence fâcheuse sur l’esprit sérieux et observateur de Clan.
- Après cet incident, Clara eut carte blanche dans le choix de ses lectures et permission de puiser librement dans la bibliothèque du collége.Czrtains rayons réservés à de rares professeurs lui devinrent familiers.
- Elle rapportait le diplôme mérité par ses brillantes études. Plus d’une larme fut répandue lorsqu’elle dit adieu à ses compagnes.
- Pendant ceslonguesannées de collèga,Clara n’avait fait à sa famille qu’une courte visite ; son retour répandit la joie dans la maison.
- A peine eut-elle présenté miss Marston qu’elle se jeta dans les bras de sa mère, embrassa les jumelles, un peu intimidées par la beauté et a. distiction de leur aînée,puiscefutle tour du docteui.Miss Marston qui causait avec lui s’écarta discrètemînt lorsqu’elle vit s’approcher Clara, celle-ci entourant de ses bras le cou de son bien-aîmé père, murmira : « Le meilleur le dernier ». L’émot.ion du bon dodeur fut si vive qu'il put à peine balbutier : *< C’est bien la fille de son pèrel »
- A ce moment Dinah qui examinait a scène par la porte entr’ouverte de la salle à mangtr, s’avança sur un signe de Clara et se mit â l’embrasser avec des larmes de joie, à la grande surprise de miss Marston scandalisée d’une telle familiarité evec un domestique noir.
- Ce jour là, il y eut chez M- Forest grande réception à laquelle assista son jeune ami, le docteur De-lano. Dan survint au milieu de la soine ; il fut émerveillé de 1 a beauté de sa sœur qui truve’sa le salon les
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- mains fendues vers lui. Il prit Clara dans ses bras et l’embrassa Iruyamment sur les deux joues,
- La jeûne fille se serait bien passée de dette rude étreinte, en présence surtout de M. Delano avec qui elle avait causé une partie dé la soirée et qu’elle venait dé quitter pour aller à la rencontre de son frère. Elle s’était ben vite aperçu de l’impression ressentie à sa Vue par e jeune docteur, aussi à peine échappée aux embrassements de Dari le chercha-t-elledesyeux. Soit par délicatesse, soit qu’il n’approuvât pas les familiarités du jeune Forest, lé docteur Delano avait détourné ses regards et semblait engagé dans une intéressante conversation avec Leila.
- C’était un tomme d’agréable figure, rempli de distinction, mais peut-être un peu infatué de sa personne; Leila le trouvait vieux, quoi qu’il n’èut guère que trente ant.
- Après avoi? embrassé Clara, Dan lui demanda, en Indiquant mi>s Marston qui se dirigeait vers le piano : « Cette vieille fille repeinte est votre divinité, je suppose ? »
- — « Fi 1 mor. frère, vous ne parlerez pas ainsi lorsque vous la connaîtrez, nul ne peut se défendre de la respecter et d’être charmé de sa bienveillance. »
- — «Je no tonnerais pas deux sous du jugement d’une femme sur une autre femme, Clara ; cependant j'essaierai le charme quand vous voudrez. » Ce disant, Dan abandoma sa sœur à madame Buzzell et alla, d’un air à moitié contraint, vers Susie qui se tenait à 1 écart, sous jrétexte de feuilleter un album. Il lui glissa quelques mots affectueux et qui firent oublier bien vite à ia pauvre jeune fille, l’inattention dont elle était, l’objît.
- Est-ce véri.ablement un bonheur d’aimer comme aimait Susie ? Les cœurs ardents et sensibles ne se croient réellement heureux que Jorsqu’ils nagent dans un océan de passion folie. Ne se trompent-ils pas sur la vrais nature du bonheur? Est-il bon pour l’âme humainede se mettre clans la dépendance d’un seul être, de npporter à l’objet de son amour toutes ses pensée» et tous ses actes, de ne rien voir en dehors de lui, le chercher clans son sourire et ses douces paroles l’unique joie de la vie.
- Sage ou insensé, un tel amour peut bien exciter le dédain de i'honme assez ferme pour régler ses émotions comme ics oscillations d'un pendule, il n’en est pas moins ie ict presque inévitable de l’humanité.
- Sans perdre me parole rie celui qu’elle aimait, Susie continuait à euilleter l’album ; comme elle restait plus longtemps sur un des portraits, Dan lui dit à demi-voix: « J’est miss Marston, la merveille du monde suivant Clara; comment la trouvez-vous ? »
- — a Mais ele est très-belle h'est-ce pas ? »
- — Bah! elle n’a ni sang ni couleur » répondit-il en se tournant vers l’original, « vous êtes mille fois plus jolie, »
- Cette parole rendit le petit cœur bien heureux.
- L’instant d’après ils furent distraits par la voix dô Miss Marston qui chantait 1e brindisi de laTraviata, le seul morceau de musique italienne que Dan connût. Dès les premières mesures il fut pénétré par le charmé et l’expression que Miss Marston mettait dans son chant. Comment une voix si suave pouvait-elle appartenir à la frêle créature dont il venait de se moquer?
- Quelques instants après, Clara présenta son frère à sa maîtresse, et Dan fut pris d’une folle envie de baiser la main que lui tendit Miss Marston, Pendant les compliments d’usage, il se sentit gauche et emprunté, mais l’institutrice l’eut bientôt mis à l’aise et, sans soupçonner qu’elle exerçât en cela 1» séduction caractérisque des gens do bonne compagnie, Dan fut saisi d’une satisfaction sans mélange et, crut s’être couvert de gloire. De toute la soirée Une fit plus attention à Susie . Celle-ci, lorsqu’elle eut acquis la certitude que Dan l’avait complètement oubliée, monta à sa chambre et pleura amèrement* pendant que les éclats de rire et le bruit joyeux de la danse, comme pour narguer son chagrin, montaient jusqu’à elle.
- Les attentions de Dan pour Miss Marston frappèrent tout-le-monde; Clara, y vit la preuve d’un bon goût dont elle ne croyait pas son frère capable; elle en fut enchantée ; son frère n’avait certes point assez de mérite pour plaire à Miss Marston qui lui était mille fois supérieure, mais, avec la foi de toutes les femmes dans la puissance de l’amour, elle espéra que l’influence de son amie le rendrait plus doux et plus sociable.
- Missi Marston se montra fort aimable avec le jeune Forest; elle chanta aussi souvent qu il le voulut, et fit complètement sa conquête. Lorsque Dan lacompÜ' mentait au lieu de répohdre qu’elle haïssait la flatterie, comme l’auraient fait bien des femmes, elle se contentait de sourire et de le remercier. Il acceptait ces démonstrations courtoises comine une marque de préférence et bientôt la pensée qu’il s’était créé des liens avec une autre femme* lui pesa d’une façon insupportable.
- Cependant la pauvre Susie à demi folle dans son abandon, épouvantée de l’avenir, pâle et silencieuse, . errait dans la maison, rêvant de la mort comme dn seul remède à ses maux.
- Madame Forest, touchée de sa tristesse, lui témoigna quelque intérêt et poussa la Oondescendanoe
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- jusqu’à lui demander pourquoi elle n’allait pas comme autrefois visiter ses amies.
- « Je n’ai pas d’amies, » répondit, Susie avec une expression de détresse qui frappa Madame Porest. * Il faut, * se dit-elle, que ce soient les attentions de Dan pour Miss Marston qui la tourmentent ainsi. Pauvre enfant ! Cràjàit-ellô par hasard qu’il pourrait jamais l’épouser? »
- L’œil exercé du docteur ne tarda pas à découvrir quelque chose de particulier eh Susie, et son irritation contre Dan fut extrême ; il attendit avec impatience ia fin de la semaine qui devait ramener son fils pour le Dimanche. Le samedi soir, M. Forest rentra très tard, il viht droit au salon où il resta quelque minutes avec ses enfants.
- Dan se délectait près de Miss Marston, et Clara fi’était guère Inolhs heureuse. Le docteur Delano avait passé ia soirée avec eux et s’était montré fort aimable; Clara venait de découvrir que ses attentions avaient sur elle une influencemal définie encore mais nullement désagréable. Elle s’était mise au piano depuis le départ du docteur.
- Madame Forest était ravie, car M. Delano était un parti suivant son cœur ; aussi s’était-elle tenue soigneusement à l’écart et avait elle fait son possible pour retenir près d’elle les deux jumelles qui auraient pu troubler les plaisirs des deux couples.
- Quand le docteur entra, Leila, vexée d’être depuis FarHvëe de Clara rélégüée au second rang dans l’esprit de M. Delano, accablait sa sœdr d’épigrainmes, ft No fais pas attention â ses malices, Clara, n dit Linnie, * elle a ce soir le nez long. »
- Leila fit la grimace et sans se retourner continua ses railleries, pendant que Clara improvisait des variations sur là Dernière pensée de Weber.
- « Ne seras-tu pas bientôt lasse de joüer cet air lugubre, » s écria-t-elle, « Après tout, il est peut-être dé ciïéoüstânce I »
- « Cës remarques sont niaiveiHantés et de mauvais güüt, » fit observëf maduiiio Forest,
- « C’est que l’on a tout,lieu d’être triste, ici, on sent dans l’air le présage d’un ghand événement, quelque bhose comme un mariage, » fit Défia, « pour moi je ne voiidrais pas du docteur Delano, même si je mourais d’envie de ne plus rester fille, » h Èt pourquoi donc, mademoiselle sagesse ? » interrogea le docteur.
- « Il est trbp vieux, d’abord, » répondit Leila.
- « Trop vieux I » dit Clara, quittant le piano polir s’appuyer au dossier du fauteuil de son père, h il n’est pas aussi vieux que papa et j’ai tbujoiirs ëu un désir insensé d’épdhser moh pèré> * dit-elle éh caressant dès tleui fhaiHs là tété du docteur;
- m
- « Mon enfant î » s’écria madame Forest, ,« vous dites là d’étranges choses »
- « Ma fille flatte son vieux père en le comparant â ses plus jeunes esclaves, » fit le docteur en attirant sur ses lèvres une des mains de Clara.
- « Bonne nuit » dit Linnie, « lorsque papa et Olapa commencent à se dire des douceurs, 11 est temps de s’en aller. •
- Leila rit beaucoup fl© là plaisanterie dé sa soeur et vint embrasser ses parents avant de quitter le salon.
- Le docteur profitant de l’occasion, lui dit à 1*6-reilie :
- « Lorsque tu m’entendras monter à ma chaifibre, dis à Dan que je l’attends dans mon cabinet. »
- Quelques instants plus tard, Leila courut à la véranda où Dan causait avec miss Marston.
- * Papa te demande dans son cabinet, cours vite, * dit-elle à son frère.
- Ce soudain appel fit tressaillir miss Marston, mais Dan habitué aux manières de sa sœur supposa que son père avait besoin de lui pour un instant seulement ; il exprima l’espoir qu'il serait asëez héureüx pour retrouver miss Marston au salon.
- En traversant cette pièce, il pria Clara d’aller tenir compagnie à son amie, puis se souvenant que Süsie avec qui il avait soigneusement évité de se trouver seul lui avait remis un billet, il se mit à l’écart et le lut rapidement. Ce billet, mouillé des pleurs de la pauvre enfant, contenait un terrible àveu.
- Lorsque Dan entra dans le cabinet de son père, celui-ci se leva; à l’expression dé visage du docteur, le jeûne homme comprit bien vite qu’il y avait un orage dans l’air, La tempête éclata sans préambule, elle débuta ainsi:
- « Tu sais, je suppose dans quelle situation Susie Dykes se trouve par suite de ta folie? »
- Sans mot dire, Dan s’était appuyé contre là cheminée et paraissait fort ému. Le docteur touché de la douleur qui se peignait sur ses traits continua, un peu radouci ; « j’en suis peiné, mon garçori, mais dans le cas présent toute ma sympathie est pour Susie, car si le monde prend légèrement la chose èn ce qui concerne l’homme, l'abandon pour la femrhfe, est pis que la mort. »
- Là pensée de l’être charmant qu’il avait laissé Sous là véranda, l’espéfance qu’il avait donçue dé lui faire partager son amour, vinrent en ce moment à l’esprit de Dan ; fi pensa que pour lui aussi, cette infortune était pis que la mort. Il garda le silencë èt tout en mâchant sa moustache, se prit â haïr dé plus eu plus l’infortunée qui Fâvàit si tëiidrëlhëiit; àiiiië,
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- au point de lui livrer follement toute sa confiance, S’apercevant bientôt que ce mutisme obstiné indisposait le docteur impatient de recevoir ses explications, il répondit d’un air sournois :
- «Ce qui est faitest fait. Vous désirez queje l’épouse, je suppose ? •
- « Comment, misérable ! je désire ? • dit le docteur indigné du manque de cœur de son fils, « ma s si tu as perdu toute affection pour elle, est-ce que l’honneur ne te dit pas que tu dois réparer dans la mesure du possible le mal que tu as fait à cette innocente enfant ? *
- • Innocente ! * ricana Dan, « je n’en suis déjà pas si sûr. •
- A ce moment Susie, redoutant une scène entre M. Forest et son fils, arrivait pâle et tremblante pour assumer toute la faute. Avant qu’elle eut pénétré dans le cabinet, les paroles cruelles de Dan lui arrivèrent claires et distinctes Incapable d’aller plus loin, elle s'affaissa sur la dernière marche de l’escalier. Infortunée ! elle venaitdans la tendre simplicité 4e son amour, se placer entre le père et le fils, prendre sur elle toute la responsabilité de ce qui était fait Son cœur fut frappé comme d’un glaive. Mais quelle ne fut pas sa surprise quand elle entendit le docteur répliquer d une voix claire:
- » Grand Dieu ! est-ce mon fils qui parle ainsi, qui cherche avec une ignoble lâcheté, à cacher sa bassesse en insultant une jeune fille sans défense, dont la seule faute a été de l’aimer mille fois plus qu’il ne le inérile ! Tu l’as recherchée avant qu’elle eût treize ans, dès cette époque tu lui promis de l’épouser, témoin le tatouage qui couvre ton bras. Pendant des années elle a cru à ta promesse, mais toi, abusant de son amour, tu as, par je ne sais quel infernal artifice, obtenu d’elle tout ce qu’une feminepeut donner, et aujourd’hui tu t'abandonnerais ! Cet acte serait le plus lâche qu’un homme puisse commettre. La force brutale et 1 ignorance ont relégué la femme dans les menus soins de la vie domestique ; on a fait d’elle une esclave ; on l’a privée de tous les droits politiques et sociaux qui sont, de par la nature, l’a-panage de tous les êtres humains ; cette oppression a comprimé en elle la développement de toutes les facultés, mais celui qui abuse comme toi, de sa faiblesse, est voué au, mépris des honnêtes gens. »
- « Pour l’amour de Dieu, père, ne parlez pas si haut,** s'écria Dan qui craignait que miss Marston put entendre. »
- — « Je ne puis contenir ni ma voix ni mon indignation* • • Il serait bon d’ailleurs que le monde connùi; le lâche capable de tromper et de trahir une femme coupable de ravoir trop aimé. *
- « Arrêtez, monsieur, je n’en supporterai pas davantage. >*
- A ces mots, Dan se dirigea vers la porte, mais son père l’avait prévenu et le jeune homme comprit qu’il devait se résigner à entendre le docteur jusqu'au bout. Celui-ci reprit :
- « Tu écouteras ce que j’ai à te dire. Je ne doute pas, entends-tu. de la pureté de Susie, mais à mes yeux cela a peu d’importance Tes lâches insinuations donnent la mesure de ton caractère. Est-ce que je ne te connais pas ? Qui donc es-tu pour avoir le droitd’être difficile en fait d’innocence ? *»
- « Je sais ce que je dis, ** fit Dan.
- « Vraiment, >* dit le docteur avec mépris, « tu as été à l’école de Jim Dykes, on le voit ! »
- Plusieurs fois dans le cours de cet entretien, Dan avait été tenté de s’esquiver violemment, mais un pouvoir irrésistible l’en empêchait. Jamais il n’avait si bien compris la force morale qui donnait au docteur tant d’ascendant sur ses semblables. Il se sentait petit devant cette sublime raison de son père ; pourtant il aurait voulu parler du culte qu’il avait voué à miss Marston,espérant que cette complication subite changerait le cours de l’entretien. Pendant qu’il ruminait cette idée, le docteur 'un peu calmé reprit :
- « J’en ai dit assez, plus peut être que tu n’en peux comprendre ; la question est. maintenant, de savoir si tu es disposé à faire à Susie la seule réparation qui soit en ton pouvoir? **
- « Je' ne suis pas un héros, » répliqua Dan, avec amertume, « il y a quelque temps cela eut été plus facile... quoique je n’aie pas bien agi, vous m’avez traité trop durement... Oui, je suis prêt à épouser Susie Dykes demain, quoique je l’avoue, j’aimerais mieux mourir. »
- A ce moment la porte s’ouvrit et Susie, qui avait tout entendu, entra plus morte que vive, et, d’une voix étranglée par l’émotion, dit à Dan : « Dieu vous pardonne et vous rende heureux; jamais vous n’épouserez Susie Dikes. **
- Epuisée,incapable de continuer, elle tomba dans les bras du docteur qui s’était élancé pour la soutenir. « Brave fille, » dit-il, « parlez-vous sérieusement, êtes vous capable de refuser son offre ? »
- « Je mourrais mille fois, • s’écria-t-elle, plutôt que de permettre qu’il se sacrifiât pour me tenir parole ». Puis elle fit signe à Dan de quitter la chambre.
- Lorsqu’il fut sorti, le docteur déposa Susie sur un sopha et lui baignant les tempes :
- Je ne vous croyais pas tant de caractère », dit-ll>
- vous êtes une bonne fille, mon enfant* quoique voui
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- âyez,corame tant d’autres, laissé s’égarer votre cœur-mais vous avez un ami : je ne vous abandonnerai pas Courage donc, nous verrons plus tard ce qu’il conviendra de faire. »
- Tout en parlant ainsi, le docteur prépara un bret-vage narcotique. Susie le porta à ses lèvres et murmura :
- « Oh 1 que vous êtes grand et bon, mais vous seriez meilleur encore pour moi si vous vouliez m’aider à sortir de cette misérable vie ; oh docteur 1 faites-le, voulez-vous ? je ne le dirai jamais. «
- * Probablement ne le diriez-vous pas » répondit le docteur feignant d’être gai pour la distraire de ses pensées, surtout si la dose était assez forte. »
- — * Je voulais dire que l’agonie ne m’arracherait pas une parole. Croyez-vous donc que je parlerais, docteur? Oh î vous ne me connaissez pasl *
- — » Chassez ces folles idées, petite Susie, fermez les yeux et laissez-moi tenir la main sur vos paupières ; vous dormirez bientôt. Vous êtes jeune, enfant, et le monde a besoin de braves cœurs ; ne vous croyez pas déchue et vous ne le serez pas ; habituez-vous à penser que seules les convenances sociales vous donnent tort. La naissance de votre enfant légitime aux yeux du monde, si Dan vous épousait, n'est repréhensible en apparence que par suite du lâche abandon de votre séducteur. Ces faits dont vous êtes victime ne portent point atteinte à votre dignité réelle; ne vous laissez-donc pas aller au découragement. Le chagrin d’ailleurs ne dure pas toujours, et, si vous êtes sage, cette épreuve tournera â votre avantage : elle vous apprendra à distinguer l’or du clinquant. *
- Le bruit des accords du piano et des voix joyeuses arrivant du salon interrompit le docteur, et Susie pensant que Dan était là, insouciant et gai, s’écria dans son désespoir :
- * Que deviendrai-je ? que deviendrai-je ? »
- — * Déchargez-vous de ce soin sur moi, allez vous mettre au lit ; prenez cette poudre mais n’en usez que si vous ne pouvez vous endormir. Je vais causer avec madame Forest et voir si elle veut nous venir en aide. *
- « Nous, » répéta Susie en couvrant de baisers la main du docteur, « Oh 1 vous êtes bon comme le Christ. Si je vis, vous verrez comme je vous prouverai ma reconnaissance, comme je vous aimerai pour avoir été si bon dans cet affreux moment
- — « Ayez confiance, enfant, je serai le même pour vous demain et tous les jours. Courage î tout ira bien. >
- Susie regagna sa petite chambre, s’agenouilla auprès de son lit, pria et pleura mais ne put trouver de consolation. Elle finit par s’évanouir sur le plancher
- de sa chambre où l’aube la retrouva épuisée. La connaissance lui étant revenue, elle prit alors le narcotique du docteur et se coucha.
- (A suivre).
- MORALITÉ PUBLIQUE
- La Rédaction a reçu d’un des lecteurs du Devoir la lettre suivante relative aux articles relatifs à la moralité publique publiés dans nos colonnes.
- Monsieur le Rédacteur,
- Permetlez-moi de vous faire quelques observations sur l’article inséré dans votre numéro de ce jour sous ce litre Moralité publique.
- La rédaction agit avec une ardeur qui l'honoré, mais il ne faudrait pas qu’il allât jusqu’à compromettre la cause qu’il défend. Il dit « le voleur et l’assassin ont droit à un recours, la prostituée n’a qu’à courber la tête en silence sous la lourde main de l’inspecteur de police qui juge en toute liberté et sans contrôle. »
- C’est là une erreur regrettable La fille qui se livre à la prostitution clandestine, n'est déclarée telle (si elle conteste son inscription sur le livre de police) que par les tribunaux. Il y a en ce sens une foule d’arrêts de la Cour de Cassation que votre rédacteur trouvera insérés au Journal du Palais vol. 1876, p, 664, et 1873 p. 854, 1872 p. 746, 1866 p. 567 et 1211.
- C’est donc la justice et non l'administration qui décide qu’une, fille est réellement une malheureuse renonçant au travail pour vivre de son corps.
- Le rédacteur dit aussi que la règlementation n’a été établie par aucune loi. C’est encore là une erreur. L’administration municipale tient à cet égard ses pouvoirs de la loi des 16, 24 août 1790 art. 3 et 4 titre XI.
- Il me semble aussi que dans une des affaires citées à titre d’exemple de l’ingérence intempestive de la police, il a été établi par les débats, que ceux qui avaient arrêté les pérsonnes sous prétexte de mœurs étaient de faux agents, qui avaient abusé dans leur intérêt personnel d’une qualité usurpée.
- Veuillez, etc.
- JÛOURTÉPÉE.
- Réponse.
- 1°r point : « La fille, prise en flagrant délit par l'agent et qui conteste la vérité du dire de cet homme, est jugé*, par un tribunal. » C’est là une véritable erreur : voici déjà bien des années que cette triste question m'occupe, je sais donc de source certaine que toute femme arrêtée, par un agent des mœurs, est conduite à la préfecture de Police. Elle y subit un interrogatoire fait par un inspecteur,on la conduit ensuite au bureau du dispensaire, où son état sanitaire est examiné. Alors, généralement, on la relâche, mais si par trois fois fois, elle se fait reprendre, on l’inscrit d’office.
- Voici ce qu’en dit une autorité bien corinue :
- € La partie administrative s’occupe des inscriptions, » admoneste, punit, juge les contestations, prononce » sur les contraventions, réforme ou réforme les régle-» ments surannés, en édicte de nouveaux, lorsque des » circonstances nouvelles les rendent nécessaires, et agit » sans appel comme un tribunal en dernier ressort, sauf » l’approbation, rigoureusement indispensable du préfet » de police. » (1)
- (1). Maxime du Camp : Paris, ses organes, ses fonctions et s» vie, Tome III, chap XVII page 425.
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- LE DEVOIE
- J’ai examiné avec soin les ouvrages de Parent Du Châtelet dont la compétence en pareille matière est incontestée et je n’ai pas trouvé trace de jugements pendus par les tribunaux, M. Sedoux va même plus loin dans son récent ouvrage; il parle souvent de Vadministration, décidant seule si l'inscription d'office doit avoir lieu, parlant des cas. dans lesquels les filles soumises doivent être punies, tels que vols ou scandales :
- # Presque tous ces incidents, dit-il, opt pour consé-» quences, après examen contradictoire, et eu-vertu de » décisions prises par le préfet de police, des punitions » administratives dont la durée s’éîèye, en moyenne, à » 12 ou 15 jours. » (1)
- Voilà qui est clair. Les fÇJes sont donc entièrement soumises au pouvoir discrétionnaire de la préfecture de Police.
- Cependant, je reconnais que, dans des cas très rares, lp tribunal peut être obligé de faire donner h une femme, appelée 4 sa barre, une carte. Cela ne s.e produit que lorsque la femme est dans la nécessité d’avouer aux juges, que son seul moyen de vivre est la débauche.
- 2® point ; « La réglementation à été créée en yertu de lois des 16 et 2,4 août 1790. »
- J'aj lu et étudié avec soin cette loi, et je n’y ai rien trouvé qui puisse s’appliquer spécialement à la débauche ; yoiei eu quelques lignes l’historique do la réglementation.
- Les premières ordonnances remontent à Charlemagne? soug tous les fois de France, on employa des moyens énergiques pour détruire le fléau. Le fouet, le carcan, la prison, et môme la mort furent les punitions employées. Alors comme aujourd’hui, l'homme} complice obligatoire de la femme, n’était même pas blâmé.
- Aucune de ces ordonnances, aucun de ces réglements, ne subsista longtemps, ils tombèrent dans l’oubli, l’un après l’autre ; chaque fols que le mal deyint plus fort, on eu réédicta de npuyeaux.
- Cet état de choses nous conduisit jusqu’en 178.5, époque oh un commissaire de police, adressa au lieutenant général de police, un mémoire réclamant une réglementation sérieuse; il proposait de créer un bureau spécial ou chaque femme convaincue d’inconduite, serait inscrite.
- En 1771, un autre mémoire réclamait au lieutenant de Police, une surveillance acliy.0, surtout eu ce qui concerne l’état sanitaire.
- Ces projets furent-ils réalisés J Rien ne le prouve.
- On sait que spus la Révolution deux employés étaient chargés d’inscrire le? prostituées; donc il y avait commencement de réglementation.
- Rendant les années de trouble, les femmes furent maîtresses de leurs actes, il parait que leurs débordements devinrent tels, que le public réclama. La Convention ordonna un nouveau recensement, qui n’aboutit nullement au but que l’on se proposait. Plusieurs projets de lois furent présentés, .sans qu’aucun des pouvoirs existants promulguât rien de sérieux, excepté la loi du 19 et 22 juillet 1791, .qui parle vaguement de la débauche en ce$ termes :
- € Les officiers de police pourront,également entrer, en » tout temps, dans lieux livrés notoirement à la débauche.#
- Le conseil des Cinq-Cents fut saisi d’un projet do loi, qui ne fut même pas étudié. On ne pouvait donc sévir, faute de pouvoir régulier.
- (I) La prostitution à Paris et à Londres. Chap. VIII.
- L’an vrn (1799), la préfecture do police étant régulièrement établie, on s’empressa des lois qui eurent toutes le résultat des précédentes.
- Alors l’administration résolut de s’appuyer sur la tradition pour agir avec énergie, et ce que je dis est si vrai, que voici les propres paroles de Parent-Duchatelet,
- « Depuis l’époque de la fondation de la préfecture, » jusqu’au moment actuel, c’est toujours au nom de la » nécessité, et en procédant par une voie administrative, » que l’on régit les prostituées, soit qu’il se soit agi de » réglements, d’inscriptions, de régime sanitaire, soif » qu’il ait’ fallu imposer des taxes, condamner à la prison, » ou bannir de la ville. Mais, quoique tout ait cédé à » l’administration, et que rien en apparence n’ai entravé d sa marche, un senLiment intérieur lui a toujours dit, » qu’elle employait dos moyens illégaux; qu’elle dépas-» sait les bornes de son pouvoir; que si on lui pardon-j» nait, en raison delà population qu elle régissait, et des » motifs qui la faisaient agir, elle pouvait d’un jour à » l’autre, être attaquée et se trouver dans la néccss té de » se défendre » (1)
- Ceci est un aveu, et nous autorise nous, membres de la" fédération britannique de nous écrier : « La police das mœurs repose sur aucun texte de loi, elle est l’œuvre du bon plaisir. » (2)
- Toutefois il faut avouer ceci :
- Le bureau des mœurs a, pour se garantir contre les attaques, l’article 84 du code pénal I
- « Dans toutes les matières qui n’ont pas été réglées pat » le présent code, et qui sont régies par des lois et des » règlements particuliers, les cours et les tribunaux » continueront à les observer- »
- Cet article ne vise pas particulièrement la question qui nous occupe; a-t-on Je droit de s’autoriser de ce texte, pour sévir si sévèrement envers des femmes, souvent plus victimes que coupables, et pour les obliger, en une heure d’oubli, 4 prendre une résolution qui « pèsera suf leur vie entière ? selon les expressions mêmes de M. Lecour,
- 3® point : Les erreurs commises, au nom de la morale publique, ont été faites par de faux agents :
- Au mois de mars 1876, Mra0 B., femme d’un honorable banquier de Chalon-sur-Saône, attendait son mari rue d’Amsterdam, rien dans son extérieur n’apnopçait ùme femme légère, elle fut pourtant avertie par des agents qui, malgré ses larmes, la conduisirent au poste, et ce ne fut que le lendemain matin que, reconnaissant l’erreur, on consentit à lui rendre la liberté.
- En 1868, les demoiselles Parent, arrêtées par méprise, furent obligées de coucher au poste malgré la réclamation do M. Villaret.
- A Reims, un certain nombre de jeunes filles ont été inscrites sans leur consentement ; elles refusèrent de soumettre aux visites réglementaires, et furent traduites devant le tribunal de simple police. Heureusement pour elles, il était tenu par un magistrat intègre, qui ne craignit pas d’appliquer les lois dans toutes leurs vérités, et de renvoyer ces malheureus.es, en déclarant la plaints do la police des mœurs illégale et non fondée. Le jugement rendu parce magistrat, M. Ch. de Bourbeux, juge de paix du 10r arrondissement de Reims, restera comme un témoignage constant en sou honneur.
- A Lyon, il y eut plusieurs arrestations illégal,es, qui
- furent suivies de suicides...........................
- Il est donc bien établi que je n’ai rien affirmé à la légère. Louise de Làssiskrs;.
- <1) Ch. XXlt. tome n.
- ,{2) Br.oah.ure de M. J, Hçrnnns, professeur dé droit 4 l’Uni' versilé de Genève.
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- LE DEVOIR
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- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- RELIGION ET POLITIQUE, PAU PATRICE LARROQÏÏE W
- Le penseur éminent qui a généreusement consacré à l’instruction et à la moralisation de ses contemporains tant d’années de sa laborieuse carrière, et tant de publications remarquables, (2) M. Patrice Larroque a eu l’heureuse idée de condenser dans un seul volume, la substance de ses travaux critiques et dogmatiques, en y ajoutant une autobiographie du plus grand inlétèt, et 46 lettres polémiques adressées à diverses notabilités de la presse ou des corps scientifiques.
- Les personnes qui liront la Rénovation religieuse verront que l'auteur manie d’une main aussi puissante la truelle que la sape, et que ses grands travaux de critique historique et dogmatique, loin de faire le vide dans les âmes, ont au contraire pour but et pour résultat de déblayer le terrain et de remplacer les superstitions par des croyances rationnelles, les hypothèses stériles ou immorales, par des principes féconds pu progrès individuels et sociaux, dans le présent et dans l’avenir, , C’est en cola que l’auteur se distingue de la pluspart ' des autres critiques, qui ne savent plus sortir des ruines dont ils ont jonçhé le sol. M. Patrice Larroque songe surtout à la reconstruction d’un nouvel édifice religieux et se garde bien de rejeter les bons matériaux que lui fournit la tradition. Ce n’est pas trop de toutes lés puissances du passé et du présent, pour poser les bases d’un temple digne de l'Etre parfait que l'humanité entrevoit dans le grand temple de l'univers.
- L’idée mère qui inspire ces pages instructives c’est que la principale source des maux qui affligent les individus et les peup'es, se trouve dans les fausses religions, et dans leur conséquence habituelle, l'absence des croyances morales religieuses.
- Il est donc toujours utile, il est urgent à notre époque} de combattre les superstitions et le matérialisme, les erreurs religieuses qui sèment le fanatisme, l’hypocrisie et le scepticisme? et les erreurs philosophiques qui ruinent les hases de la morale, mutilent pâme humaine, et Cherchent à éteindre le flambeau do sojà immortalité.
- U est urgent de remplacer l’atmosphère méphitique des dogmatismes irrationnels ou immoraux, et le vide asphyxiant du nihilisme, par l’air pur et vivifiant de la philosophie spiritualiste, par les croyances fécondes du théisme rationnel.
- C’est pour préparer et pour hâter l'avônement de cette ère religieuse nouvelle, que l’auteur fait comparaître, au tribunal de la conscience, de la raison et de la science, les récits historiques, les enseignements moraux et religieux de l’ancien et du nouveau testamen t ; les dogmes irrationela qu’une théologie ignorante ou sophistique en a fait sortir, ainsi que les aberrations du maté -rialisme et du mysticisme modernes (panthéisme, fatalisme, athéisme.)
- Ce sont d’abord les superstitions démonologiques , les immoralités de la polygamie et de l’esclavage, les illusions du supranaturalisme , la doctrine de la Trinité, la prédestination, l'anthropomorphisme, les peines étemelles, la confession auriculaire, le péché originel qui sont cités à la barre de ce tribunal, et sommés de répondre aux questions des trois juges sévères qui le composent. (Chapitre I.)
- Ce sont ensuite les fausses doctrines de la fausse science moderne (positivisme, panthéisme, matérialisme physiologique, darwinisme, nihilisme métaphysique etc.), qui sont pesées dans la balance de la philosophie spiritualiste, et qui sont victorieusement réfutées par des démonstrations psychologiques,onthologiques et puisées dans les lois môme du monde matériel (cfiap, n). Le troisième chapitre est plus particulièrement consa-
- (1) 1 vol, n«8 4e &12 pages, eliea Caïman Levy, à Paris. 1878, prix d francs,
- (2) Notamment l'examen critique des doctrines de la religion chrétienne. î vol. — La renovation religieuse. — La guerre et les armées, — L'organisation du gouvernement républicain.
- cré à l'examen critique des doctrines morales et politiques de notre temps, comme l’hérédité mcnarchique, la république conservatrice, l’instruction obligatoire, la séparation de l’Etat d'avec les Eglises, l'hygiène morale; les droits politiques des femmes, les fra.s de justice, la police secrète, la langue universelle, etc., etc.)
- Terminons cette rapide esquisse, pai quelques citations textuelles empruntées au sujet que flous annonçons,
- « La vie actuelle, quand on ne lui demande que le » plaisir, est une grande déception.,,.. $
- » Le regret de se séparer pour quelques heures de ceux » qu’on laisse ici-bas, est adouci par ia pensée d'aller p trouver ceux qui les attendent dans un séjour de plus » pure lumière. p p. 84.)
- « La participation à un culte est un des besoins de » Pâme humaine. C’est donc se condamner à souffrir que » de n’être en communion avec aucune des Eglises entre » lesquelles se partagent nos semblables. Ce n’est donc » point par une froide indifférence que nous nous teuons » ainsi isolés, mais, pour accomplir un pénible devoir » jusqu’au jour où. il nous sera aussi donné de payer en » commun, au souverain auteur de choses, l'hommage » de notre adoration (85),..»
- .., Hommage consistant aussi en reconnaissance et en soumission à sa suprême sagesse . Dieu est un Père souverainement juste, qui veut surtout que nous aimions en lui nos semblables, tous membres d’une même famille, et que cet amour se traduise en actes effectifs de bienfaisance,,..,.
- « L’œil de son omniscience est ouvert sur l’ensemble de ses oeuvres et sur chacune d’elles, alors même qu’il semble abandonner ses créatures en les soumettant aux
- plus dures épreuves..... Sa providence gouverne le
- monde par des lois générales et constantes! et en vertu de sa parfaite justice, il rémunère et il punit dès cette vie, et surtout après cette vie..,.. « Nous n’avançons réelle-» ment vers notre but définitif que par la pratique du » bien,,,, plus nous serons véritablement religieux, plus p nous travaillerons dans cette vie môme. 4 nous rappro-» cher de cet idéal de justice parfaite. » (92 à 97.) *
- « Le mal est général dans la vieille Europe. La France n’est pas plus malade que les autres nations. La maladie est universelle, et elle a pour cause l’absence d'une religion rationnelle .....
- » Pour les sociétés, plus encore que pour les individu®. » l’absence prolongée de Tidéal religieux, aérait la suie-» cation et bientôt la fin. La religion rationnelle n’existe » encore que dans une vie latente, au fond des cons-» cienees d’une très-petite minorité, préservée de l’affo-
- lement général, fl faut enfin qu’elle revête une forme » extérieure, qu’elle prenne corps dans ce qu'on appelle » un culte : tplle sera la grande œuvre de cette fin de ï, siècle : » (89 90), En. ïUqüx, professeur,
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- 3ournal hebdomadaire^ paraissant lu fDimanchu DIMANCHE 16 JUIN 1878
- lre ANNÉE —. N° 15
- POLITIQUE
- LÉGISLATION
- ADMINISTRATION
- RELIGION
- MUTUALITÉ SOLIDARITÉ •• FRATERNITÉ
- ASSOCIATION DU CAPITAL & DU TRAVAIL
- TRAVAIL
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- Union postale . 11
- ÉTRANGER Le port en sus.
- Rédacteur en chef : M. Ed. CHAMPURY
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- Les Abonnements sont reçus en mandats de poste ou en timbres-poste et timbres d’effets de commerce français.
- ANNONCES
- La ligne. . . O fr. 50 Les annonces sont reçues à Guise, au bureau du journal, etàParis, chez MM. Havas, Laffiteet C°, 8, place de la Bourse.
- SOMMAIRE
- Le Libre échange considéré comme élément du progrès. — L’École normale de jeunes Filles à New-York. —La Librairie des Campagnes. — La Semaine politique. — Les Félîbres et l Union des peuples latins. — Correspondance et discussion contradictoires. — Encore la Crémation. — Roman : La Fille de son Père. — Chemin de fer de Valenciennes à Reims. — Lettre d'Allemagne. — Chronique scientifique. — Bulletin bibliogra» phique.
- LE LIBRE-ÉCHANGE
- CONSIDÉRÉ COMME ÉLÉMENT DU PROGRÈS
- La bataille est engagée plus fortement que jamais entre la protection et le libre-échange. La discussion du traité de commerce avec FItalie et la publication des premiers rapports de l’enquête relative au tarif général des Douanes donnent à cette question une très-grande actualité, une importance capitale.
- Ce n’est pas sans inquiétude que nous voyons ta manière dont s’engage cette campagne. Les économistes les plus distingués se tiennent à Lécart et ne se mêlent pas ou presque pas à la tatte. Ils se disent que les bienfaits du libre échange sont incontestables, que les preuves de l’excellence du système sont faites depuis
- longtemps, en un mot qu’il s’agit là d’une vérité acquise en principe et dont l’application a démontré l'exactitude. Ils se retient là-dessus et s’endorment quelque peu sans prendre garde que leurs adversaires se remuent, se multiplient et ne reculent devant rien pour tromper l’opinion et dénaturer les faits.
- °s affirmations les plus imprudentes — pour ne pas dire impudentes — sont mises en avant par les protectionnistes. C’est ainsi qu’ils persistent à dire qu’il y a diminution dans les affaires depuis 1860, ce qui est faux, archi-faux — comme nousTavons établi en citant les chif-fres officiels. /
- Il serait fastidieux de leur répondre. Tout ce que nous pourrions leur dire, ils le savent. Considérez le peu de délicatesse de leurs moyens de propagande et cela suffira à vous édifier sur les convictions de ces messieurs. Aucune illusion n’est permise : ils ont parfaitement conscience de la fausseté de leurs allégations.
- Conséquemment à quoi bon leur répéter des vérités qu’ils savent aussi bien que nous mais qu’ils sont décidés à ne pas entendre. ?
- Le Devoir a insisté suffisamment sur les dangers de 3a protection. 11 a dit et même répété ce qu’il faut faire et ce qu’il faut éviter pour favoriser dans la mesure du possible la prospérité
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- nationale. Il a démontré qu'un retour aux errements protectionnistes serait une calamité et que ïa nation doit au contraire pénétrer toujours plus avant dans le domaine du libre-échange.
- Il reste a voir si cette thèse est en conformité avec les enseignements de Fhistp.he et si les faits passés la démentent ou la confirment.
- Elevons nous donc à de plus hautes considérations et examinons révolution économique des peuples modernes à la seule lumière de l’histoire. •
- Le spectacle que nous offre le passé relativement aux relations commerciales n’est pas un spectacle édifiant-
- » Le régime féodal tout entier n’est que l’exploitation sur une vaste échelle. Partout des entraves, partout des barrières, partout des impôts. Ce n’est pas seulement de pays à pays que l’on paie, c’est encore de province à province et de ville à ville. Quelquefois même à rintérieur d'une même ville il y a des droits à paver pour faire passer une marchandise d’un quartier dans un autre, ou d’un eété d’une rivière au côté opposé. Il y a des redevances de cette nature à payer aux seigneurs, d’antres à payer aux corporations religieuses, d’autres enfin aux corporations de métier.
- Aussi que résulte-t-il de ces barrières innombrables ? Une absence presque absolue de relations commerciales, une misère générale, un dénuement complet. De temps à autre une famine se déclare et l’état social est impuissant à y porter remôde. ue m ües désastres dont il nous est impossible de nous faire une idée aujourd’hui, les points de comparaison faisant défaut dans l’état social actuel.
- Peu à peu, au fur et à mesure que le régime féodal s’affaiblit et que le régime du droit divin le remplace, les obstacles diminuent, les relations se forment et la misère s’adoucit. Un jour vient où les redevances seigneuriales disparaissent et où les douanes intérieures des villes se transforment en octrois municipaux. Les provinces continuent à avoir leurs douanes, mais peu à peu ce que ces impôts ont de trop absolu
- est adouci. Toutefois on est toujours plongé dans cette erreur qu’il faut protéger l’industUe. d’une province en empêchant la concurrence de ses voisines.
- Vient la Révolution et tout est transformé I Les provinces cessent d’exister et avec leur suppression tombent les impôts locaux. La ligne des douanes est reculée jusqu’aux limites de l'état. Au lieu d'établir la rivalité des provinces on établit celle des nations. C’est un progrès, un immense progrès, auquel correspond une amélioration très-sensible de la condition économique du pays. Malgré 1^ guerre, malgré la perte des colonies, malgré le blocus continental, la prospérité intérieure augmente par le fait que les obstacles étant détruits, les communications plus faciles et la concurrence permise, la circulation devient plps active et la consommation plus régulière et plus considérable ; la production s’élève en conséquence et la condition économique de chacun s’améliore dans la même proportion.
- Alors commencent les grands travaux des économistes. On reconnaît exactes des vérités seulement soupçonnées. Il devient évident que la facilité des échanges est un des principaux facteurs de la prospérité et une science nouvelle toute entière est édifiée sur cette vérité fondamentale.
- Lentement mais constamment des améliorations en ce sens sont introduites dans la législation des échanges. On passe par une longue transition des rouîmes politiques anciennes aux idées économiques nouvelles.' Enfin en 1860, des traités de commerce sont conclus qui diminuent de beaucoup l’imporlance des droits protecteurs.
- Alors l’Europe présente un spectacle imposant.
- Eu quelques années une transformation considérable s’effectue, les usines se multiplient, l’agriculture prend un essqr nouveau les mers les plus lointaines sont sillonnés de navires et les plus hautes montagnes sont perforées de tunnels ; le commerce transporte par voie ra-
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- pide à d’immenses distances, des quantités énormes de denrées on de produits. La consommation se régularise, la misère diminue, le bien être se répand, et la famine si fréquente autrefois, disparait à jamais du continent.
- Voilà la marche économique des faits. Tout a tendu a rendre la liberté des échanges plus grande et malgré des obstacles de toute nature cette liberté a sans cesse progressé ! La société tout entière a bénéficié de ces améliorations, elle s’est enrichie, elle s’est transformée et elle est arrivée à posséder aujourd’hui un état d’ai-sance qu’elle n’avait pas connu jusqu’ici.
- la qualité du fruit prouve la valeur de l’arbre. ^ résultat excellent cause excellente. Si donc la société tout entière a bénéficié de ce progrès ûanslerégime des échanges, c’est que ce régime Ajuste et qu’il répond aux aspirations de la société. Tout ce qui a été fait dans ce sens a été ^ogrès; tout ce qui se fera a l’avenir dans le sens sera encore profitable ; de même s^ssi tout ce qui pourrait se faire dans un sens braire serait fatal.
- l’exemple du passé est là aussi un enseignement pour l’avenir.
- U constance des efforts antérieurs pour attein-re le bu.t désigné prouve la continuité des dénies besoins dans la société humaine. Ces étains n’ont pas disparus; ils sont même plus °rts jamais; il appartient donc aux hommes de Née, do ne rien négliger pour leur donner ^faction.
- le veut le développement du genre
- Sim
- M société moderne ne marche pas au hasard. *emarche d’un pas bien décidé vers son unifi-LUe abolit peu à peu tout ce qui tendait ,^rer les-diverses parties du genre humain; Renfonce de plus en plus tout ce qui tend à Réunir. Chaque peuple aspire à se rapprocher ^aiîtage des autres peuples et à les connaître
- en mieux.
- grandes améliorations ont été réalisées . ^ cet ordre défaits. Des intérêts sont mis en ^muii et des barrières jadis infranchissables
- tombent pierre à pierre sous les coups du progrès. Les travailleurs de tous les pays concourent entre eux dans les expositions universelles. Des traités d’extradition établissent la réciprocité entre les nations et une vaste et puissante union posta’e réunit 3a presque totalité des peuples civilisés. Il n’est pas jusqu'aux fléaux qui ne s’en ressentent : la guerre, qui semble n’être faite que pour diviser les hommes, voit se produire dans les faits qui dépendent d’elle un mouvement dans le même sens; les ambulances militaires sont neutralisées et les blessés sont traités avec des égards identiques quelle que soit leur nationalité.
- Ainsi, même dans les choses où l’on s’attend le moins à la trouver, la tendance à l’unification du genre humain se manifeste. Des choses que l’on ne soupçonnait même pas il y a quelques années fonctionnent aujourd'hui avec succès et sont tellement entrées dans les mœurs que l’on s’étonne d’avoir pu les ignorer si longtemps. L'idée a fait son chemin, elle continue à le faire et plus on ira en avant plus il deviendra dérisoire de tenter d’y résister.
- Les peuples d’Europe ont pu vivre longtemps à la façon de ceux d’Asie, chacun chez soi et chacun pour soi ; il sont pu, à des époques moins éclairées que la noire, hérisser leurs frontières de barrières infranchissables; il sont pu même, dans leur ignorance de la science économique,
- prohiber ce qui venait au dehors; aujourd’hui tout cela est aemoue, mut ceia a perau sa raison.
- d’être. Ce sont de vieux préjugés qui palissent à l’éclat du bon sens et de la science, comme la lumière des chandelles auprès de celle de l’électricité.
- 11 est possible que des idées de cette nature, celle de prohibition ou celle de protection par exemple aient pu avoir leur raison d’être dans le bon vieux temps, elles ne l’ont plus aujourd'hui. Elles jurent avec la civilisation moderne et font F effet de ces vieilles enceintes d'autrefois qui empêchent les villes de s'agrandir, qui les privent d’air, de lumière et de mouvement et qui sont impuissantes à les défendre en cas de péril.
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- Quelques hommes du passé rêvent de les restaurer, tout homme de progrès souhai te de les voir démolir.
- Ed. Champury.
- L’ÉCOLE NORMALE DE JEÛNES FILLES
- ANEW YORK (1)
- III
- Comme nous l’avons dit, à la fin des exercices dans la chapelle une partie des élèves restèrent pour la leçon de musique vocale, tandis que les autres sortirent pour d’autres études rudimentaires, telles que l’orthographe, la grammaire, l’arithmétique et la gymnastique.
- En assistant au défilé de ces jeunes filles dans les couloirs le jour de notre visite, nous pouvions à peine retenir nos applaudissements tant était admirable la précision de leurs mouvements aussi uniformes que ceux d’une machine bien réglée.
- Il y avait là des têtes dont les yeux pétillent de malice; d'autres qui semblent avoir du vif argent dans les veines et qui promettent de jeter le trouble dans les ménages, enfin de ces cliarmeresses dont l’esprit égoïste et fertile vous endort par ses grâces félines. Tout cela était pour l’instant soumis à la règle sévère du collège.
- Parmi ces jeunes filles on en pouvait remarquer dont le doux sourire et les manières affables indiquaient en elles les anges de leur demeure ; chez d’autres, la physionomie rayonnait de l’instinct de la vie domestique. Hélas 1 dans le nombre se trou-nnnlaiiAa fiomres de méffères.
- On y reconnaissait également la jeune entêtée qui mourrait plutôt que de céder; celle qui est folle du théâtre et de la danse; celle qui déteste autant l’un que l'autre de cos deux amusements ; des visages aux traits anguleux et d’autres tout empreints d’amabilité; des prudes et des évaporées, des anges et probablement aussi des démons ; mais tous ces caractères extrêmement divers étaient fondus en un ensemble harmonieux, se mouvant avec la régularité d’une rivière par un beau jour.
- Quoique la discipline soit sévère, le principe qu’on cherche surtout à inculquer aux élèves est celui du self-government ; elles sont avant tout remises à la garde de leur propre honneur, et tout espionnage est soigneusement évité.
- (1) Voir nos numéros 13 et 14.
- Les exercices de gymnastique durent 15 minutes; nulle étudiante n’est dispensé d'y prendre part, sauf le cas où un certificat de médecin constate qu’il y a impossibilité.
- Environ 300 jeunes filles se trouvaient dans le gymnase quand nous y entrâmes. Un professeur marquait au piano la mesure des mouvements que les élèves devaient accomplir. Nous fûmes témoins des évolutions les plus simples et les plus gracieuses.
- Toutes ces jeunes filles se déplaçaient, se croisaient, arrondissaient les bras et se balançaient de manière à former un ensemble vraiment joli et théâtral. Chacune d’elles tenait une forte bande élastique à poignée de bois, qu’elle portait de côté et d’autre, en avant, au-dessus de la tête, sous le menton. Cet exercice a pour effet de développer les muscles et la poitrine et, disons-le tout bas, il est incompatible avec la mode ridicule du corset lacé outre mesure.
- Après quinze minutes de cet exercice les élèves à tempérament lympathique se sentent animées d’une vigueur nouvelle et se trouvent dans les meilleures dispositions pour le travail du jour. Leur pas est plus léger, leur intelligence plus nette. Ces avantages de la gymnastique sont du reste bien connus et ne sauraient être trop estimés.
- A 10 heures moins 10 minutes les récitations com-mencent. Il s’en fait quatre par Jour et chacune dure 50 minutes ; elles sont séparées par un intervalle de 5 minutes pendant lequel les élèves ont la liberté de parler.
- En première année, le latin est étudié quatre heures par semaine; les langues modernes quatre heures; l’histoire, deux heures; la grammaire anglaise et 1® style deux heures ; l'algèbre trois heures ; la géométrie trois heures, la musique et le dessin une heur® chacun.
- En seconde année le même temps est donné au latin, aux langues modernes, à l'histoire, au dessin et à la musique ; outre cela deux heures par semai»® sont consacrés, à la rhétorique et au style; trois à 1» physique et trois aux sciences naturelles.
- En troisième année la langue latine et les langui modernes occupent chacune trois heures par semaine la métaphysique et la pédagogie, l’anglais, l’astronomie, la physique et les scieices naturelles, chacun® deux heures; la diction, Talgèbre, la géométrie, 1® dessin, la musique chacune une heure.
- Les années sont divisées en deux termes et les vacances sont les mêmes que dans les écoles publique®-Les élèves qui échouent à l’examen général en juin» doivent recommencer une année : si elles échouent deux fois consécutivement, le collège est fermé pour elles.Le minimum des points à atteindre est de 75 Op1
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- Des leçons spéciales ont lieu le samedi pour les femmes professeurs employées par le conseil des écoles de la ville; elles sont tenues d’y assister jusqu’à ce qu’elles aient deux années d’expérience dans l’enseignement. Elles sont réunies en classes ; chacune d’elles devient tour à tour professeur et son enseignement subit la critique de ses compagnes et des chefs de l’enseignement.
- Comme nous l’avons dit, les élèves ont la faculté de converser librement pendant les cinq minutes de repos qui séparent chacun des exercices, et nous soupçonnons à moitié que pour quelques-unes, les têtes légères de l’établissement cela va sans dire, ce sont là les grands événements du jour. Un tourbillon de propos légers se condense dans ce court instant, et un curieux écouteur serait assourdi par la variété des mille riens que débitent ces langues occupées un moment auparavant à énoncer les lois de la chimie, de l'électricité et tout le reste.
- La tournure et la condition sociale des visiteurs distingués qu’on a vus juchés sur l’estrade de la chapelle, la toilette et les citations des élèves qui ont pris la parole, l’humeur des maîtres et maîtresses, l’état du temps, et mille autres choses sont discutées avec une volubilité merveilleuse. Mais avant que la dernière seconde de la dernière minute soit expirée, les élèves sont aussi modestes et silencieuses que précédemment et toutes disposées à reprendre leurs devoirs.
- Une demi-heure est accordée pour le lunch, autre spectacle intéressant, mais auquel le tact et les convenances recommandent au visiteur de ne pas s’immiscer. Les élèves trouvent à un comptoir spécial tenu par une femme, des sandwiches, pâtés, fruits, etc., mais, par considération pour la santé des élèves, les confiseries en sont exclues; ce qui prouve la sollicitude maternelle du collège normal pour se» pupilles.
- Un passage couvert connu sous le nom de pont des soupirs fait communiquer le collège avec les écoles annexes, lesquelles comprennent une école secondaire, une école primaire et un jardin d'enfant.
- Ces institutions sont parfaites dans leur organisation et merveilleusement gaies en apparence.
- Dans beaucoup de villes les conseils d’éducation ont dû renoncer à annexer des écoles d’enfants aux écoles normales, parce que les parents ne voulaient point que leurs enfants servissent aux débuts de professeurs encore inhabiles. Dans le collège normal de New-York, cette difficulté est évitée; chaque classe est présidée par un professeur vétéran qui instruit les enfants durant les trois quarts de la journée. L’autre quart est consacré aux élèves-maîtres,
- mais le professeur en titre demeure présent; il est seul responsable. La variété d’enseignement que ce procédé entraîne infailliblement contribue à reposer et à distraire les jeunes élèves.
- Le but de la direction imprimée aux étudiantes du collège normal est moins de charger leur esprit de faits que de développer leurs facultés intellectuelles, de cultiver leur jugement, et de les rendre aptes à répandre et à communiquer leurs connaissances dans leur entourage.
- A propos de l’enseignement en général, le Président Hunter dit : <r Comme renseignement est intan-** gible et qu’il ne peut se peser comme de la farine,
- » ou se mesurer comme une étoffe; comme il est » d’une nature essentiellement immatérielle et qu’il » s’adresse à l’esprit humain, l’influence déplorable » d’un professeur faible, déraisonnable ou incompé-» tent n’est reconnue que trop tard; lorsque de » malheureux enfants sans protection ont été telle-» ment dévoyés que nulle éducation ne les peut en-
- * suite remettre dans le droit chemin. De même, que « le marin altéré, battu par îa tempête fait mieux de » s’abstenir complètement que de boire de l’eau salée
- * qui amènerait infailliblement pour lui la folie et la » mort, de même aussi il vaut mieux pour l’ignorant » ne point recevoir d’enseignement du tout que d’a-» voir sa nature morale et intellectuelle détruite par » l'empirisme.
- » Notre grand système d’écoles libres est un corps « organisé ayant pour tête les collèges et les écoles » normales ; il est important que les amis de ce sys-» tème se pénètrent bien qu’un coup sérieux à la tête » peut paralyser le reste du corps et mettre en péril » la vie de l’ensemble ; toute atteinte portée à Fex-» cellence de renseignement normal serait donc » d’autant plus à redouter qu’elle réagirait d’une » raçon (lésaistroua© sur tout©» loa dooloo primaires
- » des Etats-Unis. »
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- LA LIBRAIRIE DES CAMPAGNES
- Nous avons publié (p. 132) un appel de M. Jean Macé en faveur de la création de librairies dans les campagnes.
- Cet appel a été entendu et à l'heure qu’il est une société anonyme au capital de 100,000 francs s’organise sous le titre de Librairies centrales des Publication populaires.
- La Librairie centrale s’occupera des opérations ordinaires de librairie, mais son but principal est d’arriver à répandre et à faire lire dans les villes elles campagnes les livres et brochures à bon marché destinés à l’instruction populaire.
- Jusqu’ici, le livre n’a guère pénétré dans les campagnes. Les productions les plus remarquables de nos eon-
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- temporains et de nos devanciers y sont ignorées du plus grand nombre, el c’est à peine si on connaît de nom nos plus illustres écrivains*
- En fait de littérature, d’histoire, de philosophie, on y trouve les almanachs, les récits miraculeux, la Clef des songes ou bien encore les tristes livres fournis par le Colportage, tristement réglementé jusqu’à ce jour.
- Faire pénétrer partout la lumière, combattre l’ignorance, répandre l’iustruction, former des hommes et des citoyens, tel est le but auquel tend la France moderne, et que nous atteindrons certainement, grâce à nos insli* tutions républicaines.
- Pour sa faible part, la Librairie centrale voudrait contribuer à l’élévation intellectuelle, morale et politique des citoyens.
- Un des principaux moyens d’y parvenir parait être la création de petites librairies daus les cantons qui n’en possèdent pas, et c’est le plus grand nombre Les librai ries mettraient les livres et les brochures à la portée de nos populations rurales ; par surcroît, elles viendraient en aide au colportage et l’amélioreraient, puisqu'elle tiendraient à sou service de nombreux et excellents ouvrages à bas prix.
- À cet effet, la Librairie centrale accordera à des marchands, dont la solvabilité lui sera attestée par les élus du suffrage universel, un premier fonds de librairie composé de livres et de brochures d’un catalogue spécial, fournis à des conditions de prix et do paiement exceptionnelles. D’ailleurs, comme les autres maisons de commission et avec des remises au moins égales, la Librairie centrale fournira à ses correspondants tous les ouvrages qui lui seront demandés.
- Ea Librairie centrale publiera périodiquement urt un catalogue spécial composé do livres à bon marché* examinés avec le plus grand soin par des personnes compétentes.
- Nous souhaitons de tout notre cœur parfaite réussite à cette œuvre que nous considérons* comme éminemment utile. E. G.
- P. S. La souscription aux actions est ouverte, s'adres, ser pour tous renseignent» à M. Aug. Marais, 3, rue Souftlot, Paris.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- La semaine s’est ouverte par des polémiques de presse qui méritent d’être relevées car elles en disent long sur l’état fébrile des adversaires de la République.
- A la nouvelle do l'attentat de Nobiling la presse républicaine a été unanime dans son jugement. Elle a flétri, et d’une manière très-décidée, le crime de l’Avenue des Tilleuls.
- Il y avait lieu d’espérer qu’aucune polémique 11e surgirait à ce sujet.
- Illusion! Les bonapartistes du journalisme se sont donné le mot pour rendre la République française responsable d’un crime commis eu Allemagne par un Allemand. Un journal orléaniste a emboîté le pas derrière euxetles cléricaux, renchérissant encore, onL osé demander que le Congrès diplomatique qui va s'assembler intervienne dans lès affaires françaises pour entravef dans ce pays « les progrès des idées subversives. »
- Nous n’insistons pas sur les tendances patriotiques de cette proposition, — tendances habituelles aux admirateurs des Préoy et des Gathelineau — nous tenons seulement à en constater la logique.
- Dêpuls Bérézoxvski — un étranger visant un souve-
- rain étranger — c’est-à-dire depuis dix ans, il n’y a pas’ eu en France uu seul attentat politique, durant la mémo période l’Allemagne en à connu quatre. Conséquence : Il y a lieu pour les Allemands d’intervenir dans les Affaires françaises.
- Nous ne’'voulons pas dire qu’il no sc trouve en France aucun parti politique capable de préconiser le régicide, Nous savous que ce crime est recommandé dans les instruction s de certains ordres et que si deux rois de Franec ont été assassinés, ils ont eu pour assassins, l’un le dominicain Jacques Clément, l’autre le Jésuite Ravaillac.
- Est-ce peut être les progrès de cès ordres-là que MM. les journalistes eu question voudraiont voir entraver? Si c’est bien là leur intention, iis pourraient s’adresser à M. Bismarck qui faillit il y a quelques années être assassiné par Tultramontain Kullmann.
- Le deuxième divertissement offert par les mêmes journaux est un duo concertant sur le thème connu.
- « O mon Richard, Ô mon roi. »
- Ce duo a été tenu d’une part par quelques journaux parisiens entre autres la Défense, de l’autre par des journaux lyonnais tels que la Décentralisation.
- Tous so sont demandé avec sollicitude ce qu’il faut t faire pour « sauver la France. »
- Pour la Défense et ses amis la chose est bien simple.
- Il suffit de rwndro le pays royaliste. Gela fait, le rétablissement de la royauté sera extrêmement facile Aux yeux de la Décentralisation et do ses collègues C’est par la tnéLhodo inverse qu’il faut procéder. Il suffit de contraindre le président à abdiquer, de dissoudre une deuxième fois la Chambre, d’extirper des administrations le personnel républicain et do proclamer « le Roy » La Frauee enchantée do ce remue-ménage acclamera , avec enthousiasme son nouveau souverain et restera dévoué à ces représentants de Dieu jusqu’à l’expiration des siècles.
- Cette candeur rappelle quelque peu la résolution que prirent un jour les souris, Elles couraient le danger d’être • mangées. Elles s’assemblèrent. « Il faut, s’écria l’une l d’elles que chaque fois qu'un chat paraîtra nous lui atta- • chions une sonnette à la queue. Cela suffira. » L’assemblée applaudit mais l’histoire 11e dit pas si le ' péril fut conjuré.
- Faut-il prendre au sérieux les prophéties) que réédite certaiu journal ultramontain qui avait annonoô 8 jours à j l’avancé les actes célèbres du 16 Mai 1877. Le bon journal * nous annonce qu'avant pou nous aurons une nouvelle j édition revue et augmentée de cette mémorable aventure. , A en jngf'T* p*r m eueoia do la premiôro, le sort delà -seconde est certain d’avance. :
- Le Ministre dés Affaires étrangères a dühné connaissance à la Chambre des Députés dos précautions qu’il avait prises en acceptant l’invitation faite â la Franco de participer au Congres.
- M. Waddington a mis à cotte acceptation les deux conditions suivantes : la première que toules les puissances signataires du traité de 186G seraient représentées au Congres; la deuxième que les questions touchées par le traité de San Stephano fissent seuls l’objet des travaux du Congrès.
- Ces réserves si louables ainsi que la pleine satisfaction qui leur a été donnée, sont une preuve de l’excellence . \ des intentions de la France et de la déférence de la ; diplomatie étrangère à son égard.
- M. Waddington pense que l’Europe tout entière doit, ; s’intéresser à tous les chrétiens de Turquie sans disünc- ; lion de race. C’est également le point de vue du cabinet britannique. En revendiquant une meilleure condition politique des chrétiens de race grecque, les diplomates ; anglais et français peuvent contrebalancer les empiète- • monts trop considérables de la race slave. ( , j
- Le journal le Pays est poursuivi pouï des articles où il j
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- LÉ DEVOIR
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- accuse les républicains français a d’avoir les mains rouges du sang de l’empereur Guillaume. »
- G’est le conseil dos ministres qui a décidé les poursuites.
- Cette décision est un retour à de vieux errements monarchiques que la République devrait avoir à cœur de renier. ,
- Assurément le Pays s’est rendu coupable de la. plus monstrueuse des calomnies, mais croit on que le bon sens public ne sache pas en faire justice ? Pourquoi prendre au sérieux ce dont tout le monde hausse les épaules? Pourquoi faire a M de Cassagnac l’honneur de considérer sa divertissante phraséologie comme un dan -ger pour la République ?
- Laisse^ le faire, laissez-le dire,laissez-le combattre en paix les moulins à vent; laissèz-le dénoncer « les mains rouges », lui, (pii n’a jamais fait couler le saug de personne.
- S’il est un homme que la république ait à craindre, ce n’est pas lui. Ses affirmations sont trop désopilantes pour être dangereuses. Loin de redouter ce qu’il peut dire, noup voudrions au contraire qu’il en dise cent fois davantage On rirait d’autant.
- Et d’ailleurs n’est-il pas connu, prouvé, démontré par les faits que la liberté de lp. presse corrige d’elle-même propres écarts, et que, semblable à la lance d’Achille, elle guérit elle-même les blessures qu’elle peut faire.
- L’émotion qu’avait produite l’attitude du général Borel défendant un sous-officier de gendarmerie fautif a été vite apaisée. Les pourparlers engagés à ce sujet entre les bureaux des gauches et le cabinet ont abouti à un accord satisfaisant. M. Dufaure préparera, d’accord avec ses collègues, une, circulaire qui sera adressée aux fonctionnaires de tout ordre, et qui lçur rappellera en termes positifs la soumission qu’ils doivent à la Constitution et aux lois du pays.
- Ce petit incident a remis en faveur le projet de retirer la gendarmerie du ministère de la guerre pour l’attacher à celui de l’intérieur.
- Ge changement mérite d’èlre examiné.
- Sous la Restauration et sous le gouvernement de Juillet la gendarmerie dépendait des ministres do l’intérieur qui ne se privèrent pas de l’utiliser dans un but purement politique. On fera donc bien de peser le pour elle contre avant de faire le changement projeté.
- . .A la Chambre des Députés, l’examen des élections vicieuses a rempli presque totalement les dernières séances. A peine y a-t il en 1 ou 2 projets de loi de déposés. Mentionnons celui de M, Benjamin Raspail demandant que les joyaux de l’ancienne couronne de France soient vendus.
- Excellente idée.
- Les dernières, séances du Sénat ont été fertiles en orages. On a parlé un pou de tout, de la conspiration du 16 mai, du socialisme ensanglanté et guillotineur, du partage des bions cl même des «rives de Babylone *, traduction quelque pçu libre d’une réminiscence classique, super flumina Bdbylonîs,
- M. Dufaure questionné par ses adversaires sur La date des élcÇ|tions pour le renouveilemeut partiel du Sénat a répondu que le gouvernement n’avait pas à arrêter S ou 6 mois à l’avaneè la date d’une élection. Un ordre du jour déclarant qu’il n’y,a pas lieu d’engager ces élections, même par les opérations préliminaires avant la rentrée a été rejeté à un majorité de 7 voix,
- C’est donc un succès pour la cabinet. Toutefois il y a liçu de constater que le groupe des constitutionnel, à Quelques exceptions près, a voté contre le ministère.
- Les Chambres se sont ajournées de part et d’autre au 28 Octobre.
- Le Conseil général de la Seine a clos sa session extraordinaire par un voLo très-important relatif à la réorganisation du service do surveillance du travail dos enfants dans les manufactures.
- Il y a 42,715 enfants à protéger. 16,125 ateliers tombent sous l’application de la loi. En conséquence le nombre des commissions de surveillance précédemment de 28 est porté à 38. Chacune de ces commissions sera composée de 7 membres. Des dames en feront partie et seront préposées à l’inspection des ateliers où l’on emploie des jeunes filles mineures.
- Le Congrès postal s’est séparé dans les meilleurs termes. L’union qui en 1874 Comprenait déjà 22 états et un peu plus de.300 millions d’âmes compte aujourd’hui 33 états avec plus de 430 millions d’habitants.
- Un grand concours de gymnastique a été célébré à Paris. C'est le prèmier qui se produit dans des proportions aussi grandioses. Espérons que ce ne sera pas le dernier.
- Il importe de voir reprendre le goût des salutaires exercices du corps. Les Grecs avaient admirablement compris que les travaux de l’esprit ne perdent rien à alterner avec ceux du corps. . Nous l’oublions trop, nous au très modernes en France du moins, car l’Angleterre et l’Allemagne donnent une grande part aux exercices du corps, non seulement dans l’éducation du jeune garçon ou de la jeune fille mais dans le genre de vie de l’homme fait,
- Souhaitons que les exercices du corps reprennent chez nous la faveur à laquelle ils ont droit et que de temps à autre nous ayons un diminutif de ces fêtes Olympiques qu’a célébrées Piudare.
- Les journaux anglais établissent un parallèle fort intéressant entre les ouvriers de ce pays et les ouvriers allemands ou irlandais.
- En Angleterre la population ouvrière atteint des chiffres colossaux ; elle est groupée dans d’immenses centres manufacturiers; elle a ses réunions et sa presse ; elle possède de très-puissantes associations qui débattent sans entraves les intérêts des salariés et traitent do puissance à puissance avec les patrons. Il semble qu’elle devrait afficher, là plutôt qu’ailleurs, des prétentions exorbitantes Eli bien non! Il n’en est rien. La classe ouvrière anglaise— nous ne parlons pas de celle de Pli— lande — ne nourrit pas de projets criminels, elle n’a jamais commis d’attentats politiques, elle n’a jamais été un objet d’effroi pour les classes aisées, ni un embarras pour le gouvernement. Et cela se comprend. La liberlé d’association et de réunion a d’une part empêché la formation de sociétés secrètes et de l’autre répandu la lu inière par de libres discussions sur ce que les revendications ouvrières ont de légitime et sur ce qu’elles peuvent avoir d’exagéré.
- S’il n’en est pas de même en Irlande, c’est que pendant des siècles les lois anglaises n’ont pas été appliqué à ce malheureux pays.
- L’Allemagne est aujourd’hui dans les mêmes conditions économiques que l’Irlande. Toutes deux sont encore soumises a un régime à demi féodal qui ne rémunère pas assez le travail et qui paralyse l’émulation.
- Que l’on mette l’Irlande et l’Allemagne sur le même pied que l’Angleterre et l’on verra diminuer les motifs de haine et les tentatives de crime.
- LcS classes sociales qui ont semé le vent, n’ont jamais récolté que la tempête.
- Nous avons rarement à parler de lTtalie. Il est juste cependant de signaler la reprise de confiance dont jouit son gouvernement depuis que M. Gairoli préside le ministère.
- Le cour de la Rente 5 0/0 italienne s’est élevé dans le royaume jusqu’à 82, cours qui ne s’était pas encore vd, £as même avant l’impôt do 13.20 0/0 sur la richesse mobilière.
- L’incendie est à Constantinople un procédé d’opposition politique II y a deux semaines le palais de la Sublime-Porte flambait, quelques jours plus tard une centaine de maisons du quartier Ahmed ôtaient la proie des flammes.
- Oue deviennent les habitants dans cette misérable capitale turque où aucun service de secours n’est orga-
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- nisé? Ne serait-il pas temps que l’on en finisse avec cet état de choses?
- Le spectacle offert par la Russie n’est pas plus édifiant que celui que nous donnent les Turcs.
- Le Sénat Russe a été appelé à siéger en cassation du jugement de Veva Sassoulitch que le jury avait acquittée La prévenue a fait défaut. Le Sénat a refusé d’entendre le défenseur, le j ugement a été cassé et l’affaire serajugée de nouveau à Novgorod.
- A quoi bon le jury si l’on tient si peu compte de son verdict.
- Le 19 juin des élections auront lieu aux Etats-Unis. Elles pésenteront un intérêt tout particulier car ce seront les premières où figurera Je Workingmen Parly qui s’intitule aussi Labor Party ou même Socialistic Labor Parly* Dans plusieurs États, la Californie par exemple, les ouvriers sont réduits à la misère la plus absolue, les banques de dépôt ayant fait faillite en engloutissant toutes les économies.
- Le Labor Parly ne manque pas d’inquiéter les conservateurs car il essaie de faire prendre par voie légale des décisions entraînant l’amélioration par l’Etat du sort des travailleurs.
- A Saint-Louis on a proposé mais en vain de lui interdire le droit de manifestation sur la voie publique.
- E. C.
- LES FÉLIBRES
- ET L’UNION DES PEUPLES LATINS
- Des fêtes dites Fêtes Latines viennent d’être célébrées à Montpellier sous la présidence do Mistral et au milieu d’un grand concours de population.
- Ces solennités d’une originalité profonde répondent à un mouvement considérable peu connu et qui nous semble de nature à intéresser nos lecteurs.
- Ce mouvement tout littéraire à l’origine, prend chaque année une allure politique plus dessinée.Ses imitateurs, les Félibres, ont commencé par n’ètre que des poètes, ils ont fini par être des penseurs.
- Ce nom de B’élibres vient je ne sais d’où. On le trouve dans une vieille légende où il s’applique aux docteurs qui conversaient avec Jésus enfant. Est-ce à cause de cette légende que les poètes provençaux ont revendiqué ce titre? De plus compétents que nous pourrons le dire.
- Ce qu’il y a de certain, c’est que les Félibres jouissent d’une grande faveur dans le Midi. Ils ont leurs journaux, leurs sociétés, leurs concours, leurs banquets. Heureux poètes ! Us sont aussi populaires dans leur contrée que leurs confrères de langue française le sont peu dans la capitale.
- Il faut convenir que le milieu s’y prête davantage. Le méridional est né poète. Il aime la couleur, le rhythme, la sonorité. Ses yeux s’ouvrent au jour sous un ciel digne d’Athènes, il parle un dialecte sonore et coloré et sa vie s’écoule tranquille dans des contrées où la végétation est plus riche et la fertilité plus grande.
- Etant donné ce milieu favorable à la poésie de vrais poètos devaient venir ; ils sont venus.
- On connaît peu dans la France du No*d ce curieux
- mouvement littéraire et c’est vraiment dommage car il y a là toute une littérature sœur de la nôtre et dont quelques créations peuvent soutenir le parallèle avec ce que nous avons de meilleur.
- La poésie méridionale n’avait rien produit de remarquable depuis les petits chefs d’œuvre de Goudouli, au xvi° siècle, et l’on considérait comme définitivement mortes les diverses littératures du Midi, lorsqu’un poète coiffeur et barbier, né à Agen en 1799, vint remettre en honneur la langue de son pays, le gascon. Génie naturel d’un esprit étincelant et d’une sensibilité sincère, le poète Jasmin prouva les ressources pratiques de sa laüguo par deux petits chefs d’œuvre dont rien en français n’égale la gracieuse simplicité, Y Aveugle de Castel-Cuüliè et Françounetto.
- Bientôt se forma sur son exemple un premier groupe de poètes méridionaux que nous pourrons appeler le groupe pyrénéen: Navarro d’Oloron, Despourins le montagnard de la vallée d’Aspre, Poucet de Montauban, Pécontal et le pasteur Yieu qui ne prêchait qu’en roman, ont créé de charmantes petites œuvres sans prétention mais non pas sans valeur. Tous ces poètes sont libéraux et patriotes,
- Ce premier groupe no tarda pas à s’éteindre et il n’est plus représenté à l’heure qu’il est que par M. Napoléon Peyrat, auteur d’un romancero en six manats (poignées) Las Pyreneos. M. Peyrat est ce pasteur qui, sous le nom de Napol le Pyrénéen, se fit connaître comme poète français en 1833 par une fort belle pièce sur Roland.
- En rival de ce groupe pyrénéen se forma bientôt un groupe alpin et cévennol.
- Le fils d’un jardinier provençal, Roumanillc, modeste employé d’une imprimerie d’Avignon, ressuscita la poésie provençale par Li Sounjarello (les rêveuses) et la Part d'au bon Dieu.
- La route une fois indiquée, vingt poètes y entrèrent.
- Ce fut d’abord Théodore Aubanel avec sa Grenade entrouverte, délicieux recueil de chants tendres et passionnés, puis Anselme Mathieu, Roumieux, et d’autres dont la liste serait trop longue. Leurs œuvres charmantes ne tardèrent pas à être éclipsées par l’admirable idylle épique de Frédéric Mistral, Miréio. Cette œuvro d’une valeur exceptionnelle eut le plus grand retentissement et Lamartine dans son enthousiasme accoupla le nom de Mistral à celui d’Homère. La cause de la poésie provençale était dès lors gagnée. Il devenait évident que ce beau dialecte plein de voyelles offrait à la poésie des ressources que ne lui offre pas le français, si bien façonné pour la prose.
- Mistral ne s’en tint pas là. Six ans après, il publiait Calendau, œuvre romanesque de grande valeur mais qui manque de la simplicité charmante de Miréio.
- En somme les œuvres de ce deuxième groupe, fort remarquables dans leur ensemble, se détachent de celles du premier, non seulement par la différence du dialecte, mais encore par une tendance catholique et royaliste bien caractérisée. Autour de185t>, en plein
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- deuxième empire ce groupe alors florissant chantait le retour du désirât (le roi désiré),
- Aujourd’hui ce 2® groupe compte comme dernier représentant un homme de mérite, Félix Gras d’Avignon, auteur du poëme les Charbonniers.
- La note de Gras est encore religieuse ; la lutte dans son âme du doute et de la foi imprègne son œuvre d’un arôme tout particulier.
- Depuis la guerre de 1870 un troisième groupe s’est formé, celui des Félibres languedociens.
- Ceux-ci rompent avec la tradition. Ils sont républicains et libres penseurs et propagent l’idée d’une fédération des peuples de race latine. Ils considèrent le mouvement qu’ont produitleurs prédécesseurs et qu’eux-mômes continuent, comme étant pour le Midi non-seulement une Renaissance littéraire mais aussi une Renaissance politique.
- Effrayés des progrès de la Race germanique les Félibres languedociens se sont mis en relation avec les hommes des pays avancés de l’Italie, de l’Espagne et du Portugal, Ils espèrent que l’afFinité des langues méri dionales permettra une fédération de ces diverses nations. Montpellier, centre du mouvement entretient et reçoit à ce sujet toute une correspondance qui sous prétexte de littérature est bel et bien politique. C’est l’initiative privée se mêlant de diplomatie (1).
- On a vu lors du Centenaire de Pétrarque quelle solennité peuvent prendre et quelle portée politique peuvent avoir des fêtes où se réunissent des peuples de même race.
- .Les fêtes de Montpellier auxquelles de grands orateurs des Cortès espagnoles et du Parlement italien ont pris part, démontrent que le mouvement n’a pas reculé depuis le Centenaire de Pétrarque et qu’au contraire il tend à augmenter d’importance.
- L’idée est généreuse, mais le moyen est-il pratique ?
- Certes, tout ce qui tend à rapprocher les peuples est méritoire. Certes, inspirer aux nations d’une même race le sentiment de leur communauté d'origine, c’est les appeler à se traiter en sœurs. L’idée de race est l’agrandissement de celle do nation, comme l’idée de nation est l’agrandissement de celle do famille. Elever les peuples à la conscience de l’identité de leur race, c’est les acheminer vers la conscience de l’unité du genre humain.
- Mais chercher à rapprocher de l’Italie et de l’Espagne nos belles provinces du Midi, n’est-ce pas du même coup les éloigner de la mère Patrie? Réveiller une littérature locale qui s’éteignait de plus en plus n’est-ce pas augmenter le nombre déjà trop élevé des obstacles que la multiplicité des langues oppose à l’unification du genre humain ?
- Voilà ce dont les Félibres médionaux ne tiennent pas compte. Leur intention est généreuse mais leur moyen va à l’encontre de leur Intention.
- En. Giiampury.
- (1) Voir 131 du Devoir, l’article sur la Société latine l'Alouette.
- CORRESPONDANCE ET DISCUSSION CONTRADICTOIRE
- M. de V. Sandridge Park Fotnes(Devon sh.) « Un correspondant du Daily News, visitant à l’Exposition universelle la collection des livres destinés à l’enseignement dans toutes les écoles de France, a éprouvé une grande surprise, en les trouvant tous anti-républicains, je m’en étais déjà aperçu en donnant à ma fille les premiers enseignements de grammaire ; les maximes exposées dans tous ces exemples des règles de l’ortographe, ont toutes des tendances, à faussser l’esprit de la jeunesse, pour la façonner aux vices sociaux et les rendre propres à devenir par la suite des instruments de despotisme. Je crois que tout bon patriote est en devoir de provoquer hautement la révision et réforme de tous ces livres dans un sens plus sain, on ne saurait faire assez de bruit pour contraindre le gouvernement à donner satisfaction sur ce point essentiel pour l’avenir social. »
- — Tout est à faire sous ce rapport là. Le maintien des ouvrages d’enseignement actuel est un grand danger. La République doit y remédier sans retard. Une suffit pas de répandre l’instruction; il faut surtout que l’instruction donnée soit saine et moralisatrice. Or les manuels de géographie fourmillent d’erreurs, ceux d’histoire dénaturent de parti-pris certains faits et ceux des autres branches ne sont pas moins irréprochables.
- La Philosophie de VAvenir nous reproche de ne lui avoir pas répondu. Il nous semble que la réfutation par l’absurde qu’elle a dû trouver à notre page 125 s’adresse bien à elle. Quelque courte qu’elle soit, cette réfutation en est bien une.
- ENCORE LA CRÉMATION
- Le numéro de Mai de la Religion Laïque contenait une réponse de M. Fauvety à notre article sur la Crémation. Nous avons dû, à notre grand regret, retarder jusqu’à ce jour l’insertion de notre réplique mais nous n’en restons pas moins convaincus qu’elle a son utilité.
- La question, de la crémation est en effet d’une importance très-réelle, car les intérêts auxquels elle se rattache sont considérables. Il ne s!agit de rien moins que de l’assainissement des villes et surtout des grandes villes Les administrations affectionnent la routine et ce n’est qu’en discutant sans cesse des progrès que l’on obtient d’elles les améliorations nécessaires. De plus, il est bon de familiariser l’opinion publiquo avec des idées nouvelles dont elle peut s’effaroucher faute de les connaître suffisamment.
- Ceci dit, entrons en matière»
- M. Fauvety estime que nous avons critiqué ses vues quelque peu à l’étourdie. A dire vrai la nécessité d’être bref nous a fait écourter notre pensée. Revenons y et précisons la.
- « Toutes les substances, dit M. Fauvety, toutes les substances solides et liquides qui s’associèrent pour former {durant notre vie terrestre) notre enveloppe mortelle, une fois dissoutes par la mort, vont servir à entretenir la vie végétale et par elle la vie animale.... U n’est pas indifférent pour la terre qu’elles lui soient rendues à l’état où nous les avons laissées et non pas volatilisées par le feu ou réduites à une petite pincée de cendres.,, »
- Qn ne saurait être plus clair et nous ayiQns parfaitement compris. Toutefois M. Fauyety iusiste et nous demande d’établir « que 1 kilog. de cendres renfermées dans une urne valent pour la fécondation du sol et l’en-
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- treticn de l’humus terrestre, 50 kilo", de matières azotées, phosphatées et ammoniacales rendues directement à la terre, alors que la terre mise en contact avec cos substances, sera à même de les utiliser pour la végétation. »
- il va sans dire que le kilog. de cendres renfermé dans l’urne est bel et bien dérobé à l'humus, mais il n’est pas prouvé que les 49 kilog. volatilisés se combinent d’une manière moins productive dans l'atmosphère que dans la terre. Nous n’eii savons rien et M. Eauvety non plus. Toutefois nous inclinerions à croire que sous rinflueu.ee des vents et de la pluie, les matières mises en suspension dans un milieu peu dcn-sc comme l’air font à la terre un retour au moins aussi prompt que les matières en pourriture réunies sur un môme point, dans un milieu fort dense et quelques fois très-peu comburant.
- C’est un fait connu qu’une terre épuisée laissée quel -ques années en friche reprend d’elle môme sa fertilité sous la seule influence do l’atmosphère et de ses intempéries. .
- Le retour à la terre des substances gazeuses en suspension dans l’air n’est donc pas une hypothèse, mais un fait acquis.
- Reste la question du kilog do cendres dérobé à l’humus.
- Evidemment si le résidu de chaque crémation devait être conservé dans des urnes jusqu’à l’expiration des siècles, la nature serait frustrée à la longue de bon nombre de tonnes do matière susceptible do nouvelles combinaisons. Mais cette supposition est inadmissible. Les cendres feront retour à la terre un jour ou l’autre, soit par la libre volonlé de l’homme, soit par la force des choses. L’intervalle pourra être long, il n'en existera pas moins. Et dussent même, par impossible, les cendres no jamais être rendues à la lerro, la fertilité du soi sera-t-elle diminuée, faute de cette minime quantité de matière? Qu’ost-ce que quelques millions de tonnes de cendres lolativom.mt à la masse de l’humus terrestre'? La fraction que cela représente est bien voisine de zéro, et si la nature a besoin de cette quatitéiniimo pour vivre, c’est que la nature est bien malade ! L’Egypte est-elle moins fertile pour avoir embaumé des millions de cadavres? L’Inde Test-clle moins parce qu’elle incinère les siens ?
- Et d’ailleurs peut-on dire que 1 inhumation n’immobilise pas, elle aussi, une cni-Ltina dose d« matières organiques. Indépendamment des corps déposés dans des sépulcres de pierre ou des cercueils de plomb,les os subsistent des siècles et le Muséum du Jardin des‘Plantes nous montre un homme fossile qui n’est pas tout à fait notre coniciuporain et qui immobilise à lui seul trente fois plus de matière que le résidu d'une crémation,
- Et d’ailleurs l’entrave que l'homme peut opposer au fonctionnement du circules est sans importance. La période de suspension, ([unique longue qu’elle nous puisse paraître et la parcelle ainsi soustraite, quelque considérable qu’on la suppose, Le sont rien par rapport à la durée de la planète et à son volume.
- M. Eauvety comprend-il maintenant pourquoi nous no pouvons accepter son objection?
- La deuxième partie de son article porte sur la substitution do bois sacrés aux cimetières actuels,
- Nos lecteurs sc souviennent sans doute des changements que demande M EuuveLy.
- Notre bonorâble pi sy m pathiq 11e cpntradictour voudraiL (ju’aù lieu de ces enceintes étroites où l’on emprisonne les
- cadavres, on disposât d’espaces assez grands pour qu’un arbre pût être planté au-dessus do chaque corps mis en terre. Les grandes superficies de terrain qu’occuperaient ces cimetières, convertis en promenades, ne l’effraient nullement, « A~t-on peur, dit-il, qu’il y ait trop d’aihres? Mais les arbres son pour un pays à la fois un ornement, une richesse et une cause puissante d’assainissement. > Nous ne le contestons pas, et s’il est quelqu’un de peiné du déboisement des campagnes, c’est assurément nous. Que l’on reboise, que l’on ouvre de grands parcs aussi spacieux qu’on le pourra, nous y applaudirons. Mais est-il nécessaire que ces parcs soient des cimetières? Vous aurez beau transformer le mode d’inhumation, vous aurez toujours des mères ou des filles qui viendront pleurer sur les tomber et qui tiendront à être seules pour cela. Assurément, ce besoin de pleurer ici plulot qu’ailleürs, n’ést pas rationnel, Il n’en est pas moins vrai qu’il est général, qù’il est instinctif, qu’il puise sa force dans les replis les plus profonds du cœur et que tous les raisonnements du monde seront impuissants à le déraciner. Ce sentiment est respectable et, pour qu’il soit respecté comme il le mérite, il faut :
- Ou bien que les cendres puissent être conservées dans les familles.
- Ou bien que les cimetières réunissent la solitude, le recueillement et le silence.
- Los promenades, au contraire, exigent la gaîté,,l’animation et surtout les fleurs aux. couleurs vives et aux parfums pénétrants. Il y a bien des fleurs dans les cimetières, mais, comme l’a dit un poète (1):
- Riches sont leurs parfums, riches sont leurs couleurs,
- Mais la foule des morts gît à cinq pieds sous terre.
- El souvent on répugne à respirer ces fleurs.
- Reste un dernier point en discussion. M. Eauvety nie qu’il y ait encore des hommes acceptant les idées de la résurrection de la chair et do l’existence de revenants, préjugés que l’inhumation est de nature à entretenir et que la crémation détruira.
- Nous n’avons qu'un mot k répondre sur chacun de ces points :
- Sur le premier, que le Gouvernement do la Caroline du Sud vient d’interdire la crémation comme contraire à la réHBurrcction de la chair enseignée par l’Eglise;
- Sur le second, que vous ne recentrerez pas un paysan sur vingt qui consente à traverser seul un cimetière au milieu de la nuit.
- Ed. Ciiàmpury.
- (I) André Lemoynn : Les Iloses d’Antsm.
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit do l’Anglais, de Mm° Marie HOWDàKD
- ( Voir ÏVÜB 4 à 44)
- Chapitre XI.
- La foi et Iom œuvre».
- Le lendemain Susie, était faible et fiévreuse, le docteur lui ordonna de garder le lit; il n’avait t>u, lui dit-il, causer avec sa femme, mais il la verrait le
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- soir môme; en attendant Dinah veillerait à ce qu’elle ne manquât de rien.
- Là solitude, .la pâleur et là souffrance de cette paùvre enfant touchèrent profondément le docteur ; il sentit que l’assistance d’une femme aurait seule pu relever le courage de Susie et regretta vivement de ne pouvoir appeler, à l’instant même, madame Forest au chevet de ce lit de douleur ; il ne se dissimulait pas l’indifférence de sa femme, à ses généreuses intentions. M. Porest comptait davantage sur la sympathie de Clara, mais il souhaitait qu’elle obéit à la seule inspiration de son cœur; il prit donc le parti de la laisser agir librement. Sans renoncer à entretenir sà femme dé l’objet de sa sollicitude, il recourut pour le moment à Dinah, flattée à l’extrême de sa confiance.
- « Maintenant, lui dit-il, vous savez tout, je compte sur votre aide, et votre discrétion; vous êtes, dans la maison, la seule personne instruite de cette affaire. Prenez soin de Susie pouf 1 amour de moi, surtout souvenez-vous de ne rien dire. Pourrez-vous garder le secret ? »
- — « Dieu vous bénisse, monsieur î vous savez bien que Dinah sait se taire. »
- — «C’est bien, alors, maintenance compte sur vous et je serai tranquille pendant mon absence. » Le bon docteur sortit en serrant la main de la vieille négresse.
- Cette entrevue avait eu lieu pendant que Dinah rangeait la salle à manger. En préparant le déjeuner bile trouva moyen de porter un cordial à Susie. Son vieux cœur était rempli de sympathie pour la pauvrette et d'orgueil à la pensée que le docteur Forest l’avait choisie pour sa confidente.
- * Dieu vous bénisse, enfant 1 » dit-elle, en approchant la tasse des lèvres de Susie. « Pourquoi n’avez-vous pas depuis longtemps tout avoue à Dinah, elle vous aurait secouru, peut être. Allons courage! Ces âccidents-là arrivent presque toujours ! »
- Susie quoique fort souffrante ù ce moment-là, ne put s'empêcher de sourire. Elle remercia Dinah les larmes aux yeux. C’était la première femme venue à elle dans son affliction; oubliant la peau noire de sa consolatrice, la pâuvre enfant adressa du fond du cœur, des actions de grâces à Dieu qui la lui avait envoyée.
- Le déjeuner était, chez le docteur Porest, le plus gai repas de la journée ; c’était le seul auquel il fat â peu près sûr d’assister, mais ce matin-là, il y bégnait comme un nuage de tristesse répandu sur toute la famille. Leila seule essaya de caqueter avec miss Marston qui lui répondit à peine ; puis elle tourna ses batteries contre Lirmie.
- Linnie, comme beaucoup de jeunes filles sentimen-
- tales, s'était imaginé qu’elle souffrait d’une maladie de cœur, l’incrédulité de sa famille la désolait. Il n y avait pas jusqu’à la vieille Dinah qui lui dit un jour : « Vous grandissez comme du chiendent, miss Liante, et vos douleurs sont des douleurs de croissance. .» Le mot ne fut pas perdu pour Leila, mais comme les parents l’avaient réprimandée à ce sujet, elle réservait ses plaisanteries pour le tête-à tète.
- Ce jour-là donc, Leila voyant toutes ses tentatives vaines, près de miss Marston, se tourna vers Linnie et poussa un profond soupir en déposant sa serviette sur la table.
- « Qu’às-tu donc, mon enfant, » dit le docteur.
- Leila regarda malicieusement sa sœur et penchant la tête à gauche répondit :
- — « Oh ! j’éprouve des douleurs si intolérables dans mon diaphragme. »
- Miss Marston, sans comprendre toute la malice de la jeune espiègle, se mit à sourire, mais le reste de la famille conserva sa gravité.
- Impatiente et pressentant quelque mystère, Leila rompit de nouveau le silence.
- « Je déclare, » reprit-elle, « que le déjeuner est aussi solennel que les funérailles d’un quaker. » et comme personne ne lui répondait : « Où donc est Susie ? » ajouta-t-elle.
- « Elle est malade ce matin, » répliqua le docteur, « tout-à-fait malade, j’espère, mes enfants, que vous prendrez sa place jusqu’à ce qu’elle aille mieux. »
- « Oui papa, » dit Linnie,.« et je désire aussi la soigner, car Susie est une bonne fille et je l’aime beaucoup. »
- Le déjeuner s’acheva en silence et chacun se sépara pour vaguer â ses occupations.
- Pendant la journée, madame Porest et après elle Clara firent une visite à Susie, mais leur présence gênait la pauvre enfant. Elle refusa de donner des détails sur sa maladie et se contenta de répondre qu’elle n’avait besoin de rien. Une parole affectueuse de madame Forest lui fit cacher dans ses mains ses yeux qui s'ôtaient remplis de pleurs. Ce fut avec effusion qu’elle remercia ces daines, mais la présence de Dinah lui apporta seule quelque soulagement.
- M. Del an o vint de bonne heure dans la soirée, et sa visite fut très-goûtée de toute la famille. Clara cependant en prit la moi Heure part et causa longtemps avec lui sous la véranda. Le coucher du soleil avait été admirable; le jeûne docteur qui commençait à être sérieusement épris, dit à ce sujet des choses très-poétiques qui charmèrent Clara. Celle-ci sous les premières atteintes de la passion, ressentait
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- un trouble délicieux, et se taisait C’était son premier amour.
- Albert Delano, avait déjà aimé. Il fit à Clara l’histoire de sa passion pour Ella Wills, la pupille de son père, et protesta que ce sentiment n’avait en rien ressemblé à l’amour qu'elle lui inspirait. Mais les amoureux ne font-ils pas toujours le même conte ?...
- La vérité est qu’Albert Delano avait éprouvé pour Ella Wills, l’amour enthousiaste d’un tout jeune homme, et qu’elle avait coquetté avec lui sans se laisser prendre au même sentiment. Lorsqu’il vint un beau jour lui déclarer sa passion, la coquette affecta une naïve surprise. Elle espérait bien, dit-elle, que rien dans sa conduite n’avait pu faire supposer à M. Delano, etc., etc. L’entretien finit par un déluge de pleurs, si bien que l’inexpérimenté jeune homme sentit son amour se métamorphoser en un plus respectueux sentiment, et s’abstint de maudire la cruelle, comme il est de règle parmi les amants rebutés.
- La prévoyante jeune fille ne s’était point attendue à cette résignation qui déjouait sa fine diplomatie ; elle n’avait voulu que ménager l’avenir, bien résolue à épouser Albert, si quelqu’autre parti plus brillant ne venait la soustraire à la perspective de rester vieille fille , cet épouvantail des coquettes.
- Lorsque dans ses lettres à sa sœur Charlotte, Albert vînt à parler de Clara en lui prodiguant les épithètes qui trahissaient ses sentiments, Ella se sentit atteinte, dans les calculs d'avenir auxquels elle n’avait pas renoncé, malgré l’absence d’Albert Delano, qui, depuis trois ans, cherchait en Europe l’oubli do ses déceptions amoureuses et le complément do ses études médicales.
- Miss Ella Wills était petite et brune, ses cheveux noirs naturellement bouclés, ses joues veloutées comme la pêche et sa bouche mutine avaient longtemps hanté les rêves d’Albert. Aujourd’hui qu’il aimait Clara, il n’arrivait pourtant pas à raisonner sa préférence.
- C’est que le grand charme de Miss Forest résidait surtout dans son âme, il y avait en elle une beauté morale, une élévation de vues, une noblesse de sentiments quïsaisissaientdès l’abord et faisaient presque oublier la beauté de ses traits.
- Ce soir-là Albert entretint longtemps Clara, sous la véranda, que les rayons discrets de la lune filtrant à travers le feuillage agité par la brise, tapissaient de capricieuses arabesques ; la jeune fille garda longtemps au plus profond de son cœur, le souvenir de ces doux instants.
- Pendant qu’ils parcouraient dans leurs rêves
- d’amour, la terre promise de la jeunesse, le temps s’était enfui rapide.
- Miss Marston avait pris congé de madame Forest et Leila, après avoir vainement cherché à s’occuper, finit par s’écrier :
- « Je ne sais pas ce qu’ils peuvent avoir à dire à la lune pour rester toute la nuit dehors. »
- « C’est mal de parler ainsi, ma fille, » répondit madame Forest, d’un ton de reproche, « il est tout naturel qu’ils se trouvent bien ensemble. »
- « Elle est jalouse, » dit Linnie.
- « Moi ! certes non, » fit Leila d’un air piqué, et les deux sœurs se retirèrent pour aller suivant leur habitude, vider cette querelle en particulier.
- Après leur départ, madame Forest vint donner quelques charitables avis aux promeneurs de la véranda sur la fraîcheur de l’air, puis s’étant acquittée de ce devoir, et entendant le docteur dans sa chambre" elle l’y rejoignit laissant là les amoureux.
- Le docteur fut enchanté de voir entrer sa femme, car il désirait l’entretenir de Susie et sachant d’avance que madame Forest serait intraitable à ce sujet il avait fait provision de diplomatie ; il lui souhaita la bienvenue et déclara qu’elle ne lui avait jamais semblé plus jolie.
- « Vous êtes bien aimable, » répondit-elle, « mais hélas 1 cette glace me montre mes cheveux blancs et mes rides. »
- « J'aime vos cheveux blancs et la patte d’oie au coin de vos yeux, maiscen’est pas cela qui fait votre beauté à mes yeux, » dit le docteur en passant son bras autour de la taille de sa femme, « c’est l’expression de douceur et de bonté empreinte sur votre physionomie. Vous n'aviez pas cela étant jeune fille. *
- — « Possible, mais la fraîcheur dont vous raffoliez a disparu, je ne crois pas être vaine, mais je ne puis m’empêcher de faire la comparaison. Vous, au contraire, le soleil vous a bruni, et cela vous sied admirablement; quoique mon aîné de cinq ans vous paraissez plus jeune de dix. C’est que vous n’avez pas eu d’enfants. »
- « Ah ! » dit le docteur avec un pantagruélique sourire, je croyais pourtant y être pour quelque chose, excepté pourtant cette double histoire, vous savez, qui est entièrement de votre invention. »
- — « Quand donc cesserez-vous cette ridicule plaisanterie, je vous en prie, que ce soit la dernière fois.»
- — « Je vous le promets, mais voyez-vous, vous la prenez si bien qu’elle est tout-à-fait divertissante ? Restez-vous ce soir ? »
- — » Si vous le désirez. »
- « Ah ! là n’est pas la question » dit le docteur avec
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- sa galanterie habituelle qui n’était que la mise en pratique de ce qu’il considérait comme le droit de la femme, « C’est à vous de savoir si vous désirez rester. »
- — « Eh bien ! oui. »
- — « Tant mieux, car je me propose de vous tenir éveillée toute la nuit, j’ai à vous parler de Susie Dykes, »
- « Elle a l’air malade, » dit Madame Forest, « et depuis quelque temps elle est triste et silencieuse. Vous ne croyez pas, sans doute, que son état ait rien de sérieux ? »
- « — Mais si, il est en vérité très-sérieux, je m’étonne que vous ne vous vous doutiez de rien 1 »
- « Comment donc? » s’écria Madame Forest, « vous ne voulez pas dire que î.!.... »
- « Précisément cela, » interrompit le docteur , la pauvre fille est au désespoir, et malheureusement Dan s’est mis dans l’impossibilité de la consoler. *>
- — « Dan !... Mais je pense bien qu’il n’est pour rien dans tout cela. — Ah la coquine ! »
- — « Chut ! Chut ! ne vous emportez pas. Dan lui-même m’en a fait l’aveu hier soir, tout en protestant qu’il aimerait mieux mourir que d’épouser Susie. »
- — « Oh ciel 1 Mais cela est affreux pour ce pauvre garçon. »
- — « Oui, mais c’est à lui seulement que vous pensez ? »
- — «N’est-il pas mon fils ? N’est-il pas naturel que je pense à lui? » .
- • « Sans doute, » fit le docteur, « mais il y a bien des choses qui sont naturelles et en même temps profondément égoïstes. Est-ce que Susie n’est pas aussi la fille de quelqu’un? Le monde va-t-il huer son séducteur, l’abandonner avec mépris, le repousser du pied dans l’enfer comme un vil pécheur ? Non l Il ne manque pas au contraire de jeunes filles, et de la meilleure société d’Oakdale, qui, précisément à cause de son inexcusable conduite vis-à-vis de la pauvre fille, seraient disposées à l’épouser demain ; et ces mêmes hypocrites, relèveront avec soin leurs robes immaculées, de peur d’être souillées par le contact de la pauvre victime en passant près d’elle avec mépris. Oh malédiction 1.... et vous, ma femme, vous vous rangeriez de leur côté, vous mettriez Susie à la porte pour la laisser mourir de misère dans la rue. »
- .—«Mais docteur,vous savez bien quej’ai pitié d’elle, que je suis extrêmement chagrinée de tout cela. »
- Et Madame Forest pensait à Clara, à ses projets, à la famille aristocratique des Deianoy qui devait prochainement venir à Oakdale. Quel effet produirait
- sur eux le spectacle de la famille Forest abritant sous son toit la vierge folb, aussi ajouta-t-elle :
- — «Cependant nous ne pouvonspasètrevictimesde son manque de vertu. Elle ne peut pas rester ici..
- « Vertu 1 » s’écria le docteur. « Ce nom devrait comprendre tous les nobles sentiments, toutes les qualités du cœur, mais vous autres Pharisiens, vous le rapetissez assez pour pouvoir le cacher derrière une feuille de vigne. J'espérais mieux de vous, Fannie. Il est cruel, après avoir partagé vingt ans les mêmes joies, les mêmes chagrins de voir s’envoler toutes ses illusions dans une occasion comme celle-ci. •
- Madame Forest se mit à pleurer en silence, puis voyant, à son grand étonnement, que ce moyen héroïque était sans effet sur le docteur, elle se mit à replacer ses épingles à cheveux, résolue pour le punir, de le priver de sa présence. Toute aimable, douce et pieuse qu’elle était, elle ne pouvait comprendre l’amour du docteur pour l’humanité toute entière, ni aimer quelque chose qui ne la touchât pas directement ; elle ressemblait en cela à la poule qui réchauffe ses poussins sous ses ailes, mais chasse à coups de bec ceux de la couvée voisine.
- Ainsi pensait Madame Forest, et sûre de sa position elle se sentait invulnérable.
- « Faites ce qu’il vous plaira » dit le docteur qui, voyant la partie perdue, ne gardait plus de ménagements. « Je vous connais vous et tous ceux qui vous prétendez les disciples du Christ, sans vous soucier da savoir quel homme il était réellement. Celui qui pardonna à la femme adultère ne pouvait avoir vos sentiments. Il s’assayait au milieu des publicains et des pécheurs, bravant toutes les convenances ; il secourait les infortunes et il était le refuge de tous les déclassés, en dépit des cagots et des hypocrites. »
- « Je ne déteste rien tant que d’entendre parler du Christ par ceux qui n’ont pas foi en lui, » fit Madame Forest d’une voix mielleuse qui déguisait mal son impatience.
- « Ce n’est pas à vous de parler de foi, » répondit le docteur, « Vous ne croyez pas à la divinité du Christ, sans cela vous respecteriez davantage sa morale et ses préceptes ; vous ne croyez pas au paradis dans lequel, suivant votre doctrine, cette fille que vous rejetez pourra se trouver votre égale un jour ; vous ne pouvez pas admettre une pareille promiscuité de la vertu et du vice, vous préféreriez le néant. Et l'enfer I vous n’y croyez pas davantage, puisqu'au risque de mériter par là les flammes éternelles vous vous détournez des malheureux que le Christ secourait. Non, Fannie, vous n’avez pas de religion, car il n’y a pas place dans votre cœur pour le saint amour de l’humanité, vous n’avez ni le cou-
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- rage ni la foi qui, pour aider son semblable, font braver les mesquines convenances du monde. »
- — « Bien sûr, docteur, je ne désire pas êtrq accusée de légèreté, mais je vous avouerai qu’il est bien étrange de vous entendre parler de foi, à vous. > Dans un autre moment, le docteur aurait renoncé à la discussion, mais il est si dur de voir ses convictions foulées aux pieds par ceux qui nous sont chers, et le sentiment de justice était si violemment outragé par la conduite de sa femme qu’il continua ;
- * Je n’essaierai pas de vous montrer que ma foi est trop grande pour que vous la puissiez comprendre ; ce serait inutile. Je respecte la mémoire du Christ parcequ’il prêchait la fraternité, parce qu’il était sympathique à tous les maux de ses semblables ; cette foi je la prouverai en n’abandonnant pas l’infortunée Susie, et ce n’est pas parce que le misérable qui la trahie me doit le jour queje repousserai sa victime. »
- — * Oh ciell Jamais je n’ai entendu personne parler ainsi.... Mais il est inutile de raisonner avec vous lorsque vous êtes monté sur vos grands chevaux Je n’en persiste pas moins à croire que charité bien entendue commence par les siens. »
- — « Et qu’elle y finit aussi, n’est-ce pas ? »
- « Mais voudriez-vous donc sacrifier l’avenir de vos
- enfants à cette /Lille éhontée ? » s’écria Madame Forest.
- — «Je sacrifierai n’importe quoi au triomphe de la justice. Cette fille, d’ailleurs, n’est pas éhontée.
- C est une noble nature, lorsqu’elle a vu que Dan était disposé à l’épouser, mais seulement pour accomplir son devoir envers elle, elle lui a dit que jamais elle ne serait sa femme. Oui Madame Forest, » continua le fiocteur hors de lui, « vous pouvez maintenant comparer ma foi à la vôtre. Arrive que pourra, je n’abanfionnerai pas Susie. Avec le remords de cet abandon, la vie serait sans prix pour moi. » Et coname Madame Forest gagnait la porte, il ajouta avec un sourire amer; « Allez, et priez Dieu qu’il vous accorde la grâce de faire ux aautres ce que vous voudriez qu’on vous fit. »
- (A suivre).
- CHEMIN'DE FER D’INTÉRÊT GÉNÉRAI DE VALENCIENNES A REIMS ET A LAON
- avec embranehement <1*5 à Hiraon
- A plusieurs reprises déjà nous avons entretenu nos lecteurs de celte ligne si ardemment désirée et qui peut devenir l’une des plus mouvementées de France puisqu'elle serait la plus courte voie- de communication entre Dunkorque et Marseille, c’est-à dire entre la Mer du Nord et la Méditcrrapnéc.
- L’exécution do cette iigne parait désormais assurée.
- C’est du moins ce qui résulte des déclarations faites à la Chambre par le mimsire des travaux publics dans les discussions du mois de mars cl dans laséance du 21 mai.
- Voici où l’on en est aujourd’hui au sujet de cette ligne. D’une part la Compagnie du Nord accepte la concession du tronçon Valenciennes-Le-Cateau, c’est-à-dire de la partie îa’plus importante do la ligne ; elle déclare aussi ne pas se refuser à un prolongement, dans la, direction de Saint-Erme jusqu’à Marie (sur la ligne de Laon à la. frontière). Par* contre elle se refuse à prolonger jusqu’à Saint-Erme qui se trouye sur la ligne de l’Est.
- Ce serait déjà un pas en avant que d’obtepir l’exécution jusqu'à Marie; ce serait déjà une très-grande satisfaction donnée aux besoins d’une contrée très-peuplée et très-iudustrielle privée à l’heure qu’il est de voies de communication rapide.
- D’autre part le projet de loi adopté par le Chambre des députés et soumis à l’examen d’une commission du Sénat a autorisé le ministre des travaux publics :
- D A entreprondre les travaux d’infrastructure de la section Valenciennes-Le Gateau.
- 2° A procéder à l'achèvement des études et à l’instruction presciles par les lois et règlements pour la déclaration d’utilité publique du prolongement de la ligne jusqu'à unpoint à déterminer entre Laon et Saint-Erme,
- La concession ou exploitation de ces lignes reste ré-servée.
- De son côté le préfet de l’Aisne vient de prendre un arrêté destiné à permettre aux ingénieurs les études de celte ligne. L’arrêté préfectoral dénomme la ligne en question chemin de fer du Cateau à Saint-Erme,
- Espérons que l’Etat ne se bornera pas à étudier une ligne nouvelle dans l’intention de la concéder ensuite à la Compagnie du Nord, mais qu’il comprendra qu’il y a avantage pour lui et pour tous à faire construire par l’Etat une ligne que tôt ou lard l’Etat devra racheter.
- Nous ajouterons encore — co qui sera une bonne nouvelle pour les populations intéressées — qu’un embranchement se détachant à Guise de la ligne Cateau-Samt-Erme et se dirigeant sur la gare importante d’Hirson, vient d’être classé presque en tète (sous le numéro 9) de la première liste des 154 lignes de chemins d’intérêt général à construire.
- Cette ligne qui est d’une importance stratégique considérable sera peu coûteuss et d’un rendement assuré. Elle suit le fond parfaitement plat de la vallée de l’Oise et traverse sur un parcours de 30 kilomètres seulement le territoire de 22 communes riches et industrieuses coraprenantensemble une population de 15,083 habitants. Nous reparlerons de cette ligne en appréci ant le projet de création de 17,000 kilomètres de chemin do fer .
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- LETTRE D'ALLEMAGNE
- Los Banque* XVpuljaire*
- Noue n’avons pas la prétention d’entrer dans l.es développements nécessaires à la compréhension complète du mécanisme des banques afiemandps du peuple et des autres sociétés coopératives * la plage dont nous pouvons disposer ne nous le permet Pâs.
- Nous nous estimerons heureux, si seulement nou§ avons pu, par ces quelques pages, provoquer lu curiosité de quelques-uns de nos lecteurs et nop.s les engageons, s’ils en veulent savoir davantage, à lire et à étudier les publications spéciales suivantes :
- Le cours d'économie politique à l'usage des oq-vriers et des artisans par Schulze-Delitzsch traduit et précédé d’une esquisse biographique et d’un aperçu sur les nouvelles doctrines économiques et leur application par Benjamin Rampai.
- Le Manuel pratique pour l'organisation et le fonc-
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- tiçnnement des sociétés coopératives de production dans leu* s diverses formes par les docteursSchulze-Deiitzsch ef P. Schneider» traduit par M. E. Simonin précédé d’une lettre aux ouvriers et aux artisans français par Benjamin-Rampal. tes Banques populaires, par Francesco Vigano. tes Banques du peuple en Allemagne, par Sein-guerlet.
- Ou encore le Paupérisme et les Associations de prévoyance, par Emile Laurent (1).
- Pour terminer, nous mettrons en regard les chiffres suivants que nous publiâmes en 1866 dans la Mutualité et les chiffres que nous fournit le compterendu de 1876 que nous avons sous les yeux, et le lecteur pourra se convaincre lui-même qu’il ne s’agit pas ici d’une vaine théorie, mais d’institutions dont le succès et le développement successif prouvent la puissance de l’association équitable du capital et du travail réconciliés ;
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- Qu'ajouter.à l’éloquence de ces chiffres?
- (ft Tous ces ouvrages se trouvent chez Guillaumin, 1A., rue Richelieu,
- 0»' peut encore consulter : Les Associations ouvrières, par E. Véron, Hachette 18Ô5 et fs Crédit populaire par lîalbie avec introduction par E. Horn contenant les statut» de la Suciété d’avances de Delitsch, la 1" qui fut fondée (184‘J), Une le nom de M.S^t,ble d'effraie pis le lecteur. Le volume est de 1864, époque à laquelle cet homme de poids était libéral,
- (2) Le marc à 1 fr. 25 cela donne 1,006,746,774 fr,
- Ainsi on 1859 on comptait 80 sociétés ayant ensembles 18,676 membres, et maintenant ils sont prêt d’un demi-million. Ces 80 sociétés firent en 1859 4,131,436 Thalers d’avance, seit 15,942,885 francs, et moins de 20 ans plus tard elles et leurs 726 sœurs font près de 2 mil lard s de francs d’avance ! — Les 93 1/2 millions qui manquent ne feront pas longtemps défaut, si l’on calcule qu’il n’est question ici que des sociétés qui envoient régulièrement leurs comptes à Schulze-Delitsch. — La dernière fois que nous vîmes le grand économiste,, il n’avait pas encore tous les chiffres de 1877, mais quelques sociétés étaient en progression, donc à bientôt les 2 milliards 1
- Edmond P.otonié.
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- CHRONIQUE SCIENTIFIQUE
- EXPLORATIONS ARCTIQUES
- L’Afrique n’a pas seule le privilège de stimuler les explorateurs L’homme ne s’attaque pas seulement aux pays de l'extrême chaud., il veut connaître aussi ceux de l’extrême froid.
- On annonçait dernièrement d’Amsterdam à la Correspondance scientifique que les préparatifs de la nouvelle expédition hollandaise au pôle Nord étaient presque terminés. Le Willwlnx-Barendv, ainsi nommé en l’honneur du premier Hollandais qui entreprit une semblable, expédition à la fin du xvi® siècle, avait été lancé.
- Il a dû prendre la mer à la fin de Mai. C’est un sclxooner de 80 tonneaux seulement, construit en chêne, muni à l’avant et à l’arrière d’une armure de fer. Il est uniquement destiné à recevoir des passagers et n’a pas de cale. L’équigage sera commandé par le lieutenant de Bruyne qui aura, sous ses ordres, deux sous-lieutenants de la marine hollandaise, deux pilotes, deux marins ayant l’expérience de la pèche du hareng, et un contre-maitre. Il y aura à bord, dit le Times, un naturaliste, et l’offre de M. Grant, habile photographe anglais, de se joindre à l’expédition, a été acceptée.
- Eu Suède une nouvelle expédition à destination des mers arctiques se prépare aussi. Go n’est pas au pôle Nord qu’elle en veut. Elle se propose un but plus modeste mais parfaitement déterminé, ce qui pourra la rendre très-profitable. Ajoutons que le chef de cette expédition nouvelle a déjà fait deux lois ses preuves.
- On se souvient que le 25 juillet 1876 une première expédition suédoise quittait Tronsoë sous la direction du professeur Nordenskjold, savant très-estimé qui avait déjà fait l’aimée précédente une première expédition.
- Celle de 1876 démontra qu’une navigation régulière de 6 semaines sur la côte septentrionale de la Sibérie n’entraînait ni plus grandes difficultés, ni plus grands dangers que la navigation de certains autres parages.
- M. Nordenskjold en concluait que l’on pouvait établir des services partant des côtes de Norwège et remontant les immenses fleuves de la Sibérie.
- Le même savant se propose de partir en juillet de cette année pour un nouveau voyage arctique.
- Voici ce que l’on écrit à cc sujet do Stockholm : Cette expédition, à laquelle un grand, nombre de personnages influents ont accordé leur haut patronage.
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- partira de Gothembourg. suivra les côtes de laNorwège jusqu’à Hammerfest ou Tromsoë. Après s’y être pourvue de charbon, elle poursuivra sa marche par la route récemment ouverte de la mer de Kara, aux bouches du Je-uissey, puis tentera de côtoyer la Sibérie jusqu’au détroit de Behring, d’où elle fera le tour de la Chine et du Japon pour rentrer en Europe par l’Océan indien et le canal de Suez.
- Il ne s’agit donc rien moins que de découvrir et de frayer ce passage du Nord Est vainement cherché depuis tant de siècles.
- Les anciens en parlaient déjà. Pytheas cite les « îles » de Thule et d’Abalus. Plus tard, quand le christianisme pénètre en Germauie, les auteurs font de curieuses descriptions des contrées glacées réputées inaccessibles.
- Au ixe siècle, les Norvégiens Ottar et Ulfsten font hommage au roi Alfred d’Angleterre du récit de leur expédition par le cap Nord à la mer Blanche. À la même époque, des Norwégiens et des Suédois se rendent en Islande, s’y établissent et explorent les mers jusqu’en Groenland; ils foulent môme le sol américain, sans se douter que c'est celui d’un grand continent. Leur découverte, bien qu’inutile, témoigne en faveur de l’intrépidité Scandinave ; car chacun sait que les peuples du Sud n’osèrent jamais s’aventurer bien loin des colonnes d’IIercule.
- Quand les Espagnols et las Portugais eurent gagné l’Inde par le cap de Bonne Espérance, d’autres peuples essayèrent d’y arriver par une voie plus courte ; car ce pays, ainsi que la Chine, était entouré d’une auréole, d’un prestige incomparables.
- Les expéditions anglaises cherchèrent le passage Nord-Ouest par l’Amérique, aussi bien que celui du Nord-Est, avec la conviction que ce dernier surtout serait beaucoup plus court que celui du cap de Bonne-Espérance. On sait, au reste, que les Portugais se considérant comme ayant droit exclusif à cette route, les navires étrangers qui s’y aventuraient devaient être escortés par une flottille de guerre.
- En 1496, Henri VII d’Angleterre envoie le Vénitien Giovanni Gaboto (Jean Cabot) à la recherche du passage nord-ouest. Ce navigateur découvre New-Foundland et ouvre ainsi au commerce anglais une route plus importante que ne l’eût été celle des Indes. Sebastiano Cabote, fils de Giovanni, après avoir fait au service do l’Angleterre plusieurs voyages de découvertes, explora les mers du Nord-Est et arriva jusqu'à la mer Blanche. C’est lui qui révéla l’existence du peuple moscovite et qui établit entre l’Angleterre et la Russie los premières transactions commerciales.
- Dès lors les expéditions à la recherche du passage tant convoité se multiplient sans résultat. Toutes, sans exception viennent se briser devant des remparts de glaces dès lors réputés infranchissables. L’intérêt se refroidit pour ne renaître qu’à l’époque présente.
- Quant à l’expédition actuellement projetée. M. Nor-
- denskjold n’ose pas présager son succès. Cependant, sans être trop optimiste, on doit se souvenir qu’en 1876, l’impossible fut tenté : la mer de Kara fut franchie. Des témoins dignes de foi affirment qu’à une certaine époque de l’automne, la mer est libre sur les cotes qui s’étendent entre les bouches de Jenissey et le détroit de Behring. Le Danois Behring, ainsi que l’Anglais Cook sont parvenus, de ce détroit, jusqu’au cap Swatoi-Noss, mais aucun navire n’a jamais sillonné les eaux qui s'étendent entre le cap de Swatoi-Noss et Tscheljuskin.
- Quel que puisse être le résultat de l’expédition de 1878, M. Nordenskjoîd partira avec la conviction que les sacrifices faits en vue de cette entreprise seront largement récompensés par les observations et les découvertes scientifiques qu’elle aura facilitées.
- Les 2 précédentes expéditions do M. Nordenskjoîd ont enrichi la science d’une foule de remarques curieuses et les collections rapportées sont de la plus grande valeur.
- E. G.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- Z& Tocsin des deux santés, par Ed. Raoux, professeur, Lausanne, chez Imer.
- Sous ce titre quelque peu étrange M. Raoux a groupé des fragments qui touchent à tout et à mille choses encore. L’hygiène et l’éducation du corps et de l’âme y tiennent une grande place et il est visible que l’honorable professeur suisse a dû "s’imposer bien des recherches pour écrire ce petit volume. Nous regrettons qu’il ait donné si peu d’étendue à l’exposition de sujets qu’il connaît à fond; nous sommes certains toutefois que cet opuscule sera le bienvenu auprès des hommes d’étude car il est un inventaire exact de l’état actuel des questions touchées.
- Un amour paradoxal et Vandales et Profanes de l'Amour, par Angély Feutré, 2 vol. in-18, à Paris, chez l’auteur, 62, rue de Richelieu.
- M. Feutré est comme M. Raoux, un chercheur. Il s’attaque aujourd’hui à la question de l’amour. Il voudrait le voir relevé à une mission plus sacrée. Ses deux volumes pleins de bonnes intentions no tendent pas à autre chose. Ils sont pleins de pensée et le roman y fait place parfois à l’érudition. Ce n’est pas d’un amour paradoxal qu’il s’agit, mais d’un amour invraisemblable. Aucun amant, depuis Saint Preux, n’a pareillement raisonné dans ses lettres. Ces raisonnements prennent trop la place de la passion pour que le roman garde sa libre allure, par contre ils méritent l'examen des hommes réfléchis.
- Nous sommes forcé d’ajourner le compte-rendu de plusieurs ouvrages d’une réelle importance qui nous ont été envoyés. Que leurs auteurs veuillent bien prendre patience, nous ne les perdons pas de vue. E. G.
- Le Gérant : Godin.
- M11’ GARRIC SAÏNT-CYR
- PROPRIÉTAIRE A BÉZIERS (Hérault)
- « Vins rouges et blancs, secs et de liqueurs.
- « Vins rouges de table, de 70 à 90 fr. ILa barrique de 215
- « St-Cyr, St-Ghristol et St-Georges, 95 à 105 fr. 1 lit. pris a Béziers.
- On demande des Agents. 2
- Saint-Quontiü — lmp. de la Société anonyïno du Glaneur
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- 4" ANNÉE — N° 16
- '}
- Journal hebdomadaire* 'paraissant lu ^Dimanche» DIMANGHE 23 JUIN 1878
- Le Devoir
- POLITIQUE
- LEGISLATION
- ADMINISTRATION
- RELIGION
- MUTUALITÉ SOLIDARITÉ -- FRATERNITÉ
- ASSOCIATION DU CAPITAL & DU TRAVAIL
- TRAVAIL
- INDUSTRIE
- COMMERCE
- CONSOMMATION
- ABONNEMENTS
- FRANCE
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- Six mois, g ““
- Sroî* MlOiS. . . 3 »»
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- ÉTRANGER
- Le port en sus.
- Rédacteur en chef : M. Ed. CHÀMPURY
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- çties °à "fiuise?“au"Uïîre!S& du journal, et à Paris, chez MM. Havas, Laffite et C°, 8, place de la Bourse.
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- SOMMAIRE
- Caisses d*assistance sociale et caisses de retraite. — Ecoles manuelles d’apprentissage, — Semaine politique. — Variétés. — La Justice, poème. Fruits du système protecteur. — Banque populaire de Liège. — Roman : La Fille de son père. —Classement de 17,000 kilomètres de Chemin de fer.
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- CAISSES D'ASSISTANCE SOCIALE ET CAISSES DE BMITE
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- Sous ce titre : « Une mesure de socialisme pratique, » M. Court a publié, dans les n08 de mai et de juin, de « La Religion laïque, » une étude da caisse générale de pensions de retraites et qui a le mérite de présenter, sous forme d’articles pouvant devenir l’objet d’une proposition de loi, les moyens pratiques d’organisation de cette caisse .
- Cette étude renferme d’excellentes idées, m iis elle nous semble devoir être mûrie. Le projet qu’elle renferme trouverait d’heureux compléments pratiques dans les caisses qui existent déjà dans l’industrie.
- Le travail de M. Court se divise en deux parties : la première, comprend l’exposé des principes philosophiques qui servent de base à son
- projet ; la seconde, la forme constitutive de cette caisse .
- La revue de notre ami Fauvety demandant que le projet de M. Court soit discuté, nous examinerons donc aujourd’hui ce projet dans son exposé des motifs, nous réservant de reprendre la question, dans un prochain article, au point de vue de Futilité de ces caisses pour les travailleurs.
- A côté de considérations justes et élevées, il y a, dans cet exposé des motifs, quelques idées économiques sur le taux des salaires, sur la participation des ouvriers aux bénéfices et sur les impôts de consommation, qui contrastent avec la partie vraiment sociale du projet. Les principes de droit naLurel sur lesquels le projet s’appuie, sont donc oubliés parfois devant les difficultés pratiques entrevues.
- Par exemple, M. Court a raison lorsqu’il dit : « La mise en pratique du partage des bénéfices, « exige bien plus de bon vouloir réciproque, « d’esprit de justice et d’abnégation qu’il n’en
- existe malheureusement aujourd’hui parmi « les hommes qui prétendent tout demander à « des institutions. \
- Mais il est un peu en contradiction avec le but qu’il poursuit, lorsqu’il continue en disant de ces mêmes hommes ; « Ils ne veulent pas recon-
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- L Fi DEVOIR
- « naîtra qu’ils m doivent rien attendre que de K leur propre amélioration et de l’empire qu’ils « ont à exercer sur leur passions égoïstes. »
- Et pourtant, à n'en pas douter, l’auteur du projet décaissé générale de retraite propose une institution de laquelle certainement ü attend de récites améliorations, et il a raison, car c’est aujourd'hui le rôle des hommes de cœur et de bon désir de poursuivre ïa réalisation du progrès social à travers les obstacles créés par l’égoïsme, etccii'est qu’en fondant des institutions ayant pour but d’en paralyser l'influence et les etfets, que oe progrès s’accomplira.
- Nous -signalerons encore cette aüirmatîon aim-cujuuiiin|uc, tjuu i __
- pression des im.xMs sur les objets de première nécessité,, tourneraient au profit dos vendeurs, sans que le consommateur en bénéficiât.
- Cette erreur n’a peut-être jamais été autant prônée ni érigée en système que sous l’Assemblée nationale, lorsque l’esprit arriére du passé s’évertuait à exonérer ïa richesse du devoir qtdelle doit remplir par l’impôt.
- Les économistes qui étaient au pouvoir répétaient à renvi, avec une majorité qui cherchait ïe moyen de soustraire le capital aux charges nouvelles du pays, que les impôts de consommation étant les plus divisés et les plus multipliés, sont ceux qui s’aperçoivent ïe moins et contre lesquels il y a le -moins de résrstance ; que tout le monde les paye par fractions si minimes qu’on ne s’en aperçoit pas; et, sans s'occuper ni de la justice disLriboitve, ni de féquiié de la mesure, on arrivait ainsi à grever la consomma lion de la famille de l’ouvrier, d’un surcroit de dépense de 1515 A 200 fr. annuel terne nt, quand la famille du riche n’a guère à I paver ‘davantage.
- C/estdonc tm devoir pour tous ceux qui s’intéressant an sort dû peuple, de ne pas passer légèrement sur ces questions. Non, il n’est pas ; vrai que les impôts de consommation soient sans influence sur le sort des masses.
- Cte 'qui est vrai, c’est que le jour où l’on dégrèvera les dentées de consommation générale,
- telles ([no le sucre, le café, etc., le sucre baissera de moitié de son prix; il entrera pour une large part dans l’ali mentaLion des classes ouvrières, au grand profit de leur santé et de leur bien-être, et il tempérera le penchant à l’alcool, dont l’usage serait utilement remplacé par celui du café. Ce changement de régime restituerait à l’organe du goût, sa sensibilité normale, que l’abus de l’alcool corrompt parmi nous, et le penchant à rivrognerie s’effacerait peu à peu, pour faire placé à l’usage raisonnable et modéré des comestibles. Une telle mesure, enfin, relèverait la fortune de nos sucreries, et, si les impôts qui affectent aujourd’hui le travail et îa consorn-
- ai«*>An (i.l aiant ^î*> A. Ji* wliaige ÜU Kl i îgjj
- réserve, un nouvel essor serait donné à l’industrie et au commerce, tandis que les impôts actuels leur causent les plus graves préjudices.
- Une autre observation que nous avons à faire a rapport au rôle que le projet assigne à la caisse, en bornant son action aux pensions de retraite pour les invalides du travail,
- Nous ne contestons pas que, dans ces limites; la caisse de retraite serait déjà un grand bienfait; mais, nous pensons qu’il serait plus sage de donner A cette institution, une véritable portée sociale, que n'aura pas une simple caisse de retraite.
- La caisse de retraite soulagera l’ouvrier dans ses vieux jouis, mais est-il moins nécessaire et moins juste de lui assurer les moyens d’existence quand un accident ou la maladie viennent le priver de sou salaire, et qu’il a une femme et des enfants à nourrir?
- Assurément non, car il s’agit, dans ce cas, de l’existence de plusieurs et non d’un seul.
- Aussi, dans la pratique, la caisse dite de secours â-t-elle grandement la priorité sur la caisse de retraite. Celle-ci est A peine en usage, tandis que la caisse d’assistance pendant la maladie est déjà fort connue des classes ouvrières.
- A notre avis, les personnes qui s’occupent de caisses de secours mutuels et celles qui s’occupent de caisses de retraite, devraient s’unir-dans l’idée plus large d’une caisse de prévoyance
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- LE DEVOIR
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- générale, servant à assurer à tous ce qui est indispensable à l’existence.
- C’est à ce point de vue que, dans plusieurs articles, le Devoir a déjà abordé îa question des garanties nécessaires aux classes laborieuses.
- Mais peut-être, dira-t-on, que demander trop est le moyen de ne rien obtenir.
- Notre avis est qu’il importe d’étudier cette question d’assurance mutuelle, de façon à en faire sortir tout le bien qu'elle comporte, et qu’il convient pour cela de ne rien négliger des éléments propres à donner une base aussi sûre que légitime, aux garanties qu’elle doit offrir.
- A ce point de vue, nous croyons utile de placer sous les yeux qe nos iootouro,îo3 principes de droit naturel, qui nous servent de règle dans l’étude de ces questions.
- Voici le résumé rapide de ces principes :
- Le Créateur, en donnant la vie à l’homme, a placé sur h terre les ressources indispensables à son existence.
- La créature humaine reçoit l’être pour vivre, pour servir aux tins de la vie.
- Vivre, est le premier droit de l’homme. Respecter et protéger la vie dans la personne des autres, est le premier devoir de chacun.
- La vie humaine, est ce qu’il y a de plus, sacré pour l’homme sur la terre.
- Les richesses produites à la surface de la terre «ont dues, pour une partie, à l’action de la nature, pour f autre à l’action de l’homme.
- L’action de la nature subsiste à l’intention de tous les hommes ; nul, parmi eux, n’est marqué d'un signe de privilège qui l’autorise à disposer de cette action 4 son seul profit.
- La nature accorde à chacun la faculté de dis^ poser, suivant ses besoins, des biens qu’elle prépare pour tous.
- Les minéraux que la nature tient en réserve les végétaux qu’elle fait croître et fructifier, les animaux dont -elle en tretient la reproduction, la lumière, l’air, l’eau, le feu, enfin tous les éléments qu’elle nous donne, constituent une forte part des ressources et des richesses mises au service de riurmanité. Ces dons n’étant assigné
- à personne en particulier, appartiennent à la société ; ils constituent le fonds commun qui justifie le droit de chacun et de tous à l’assurance et aux garanties sociales.
- De l’assistance que la nature accorde à l’acti-yité humaine, elle fait un droit, pour tous les hommes, à une part du produit qui en résulte.
- La société ne peut, avec justice, faire obstacle à ce droit ; elle ne peut en modifier l'usage, qu’en donnant à l’individu des droits sociaux au moins équivalents.
- Le devoir social consiste donc à assurer l’existence de toute créature humaine, de façon à lyi permettre d’accomplir sa mission terrestre.
- Maïs yai Je travail l'Homme contribue £ développer l’œuvre de la nature, à en augmenter et améliorer les produits, Avec les matériaux de la nature, il crée lui-même des choses nouvelles appropriées aux besoins et aux jouissances de la yie.
- Ce qui est l’œuvre de l'individu appartient à l’individu. Les fruits de son travail sont Le fondement de son droit de propriété, comme les moyens d’existence donnés à l’homme par l’œuvre de la nature sont le fondement du droit de chacun aux garanties sociales de l’existence.
- Mais de ce que le travail de l’homme se greffe sur le fond3 commun naturel et que, se confondant avec lui, il donne lieu à l’appropriation individuelle de ce fonds commun, il résulte que c’est à l’action sociale qu'il appartient de réserver sur les fruits de la production générale, ce qui est dû pour les besoins de la vie de ceux auxquels cette appropriation échappe.
- Ges principes, M. Court semble les accepter pour la caisse de retraite lorsqu’il dit :
- « L’œuvre de la nature fournit les éléments « premiers de tout produit industriel, c’est^àr € dire du mélange forcé dans le même objet du « droit individuel et de celui des générations « présentes et futures. »
- Etendant l’idée àu droit commun de l’huma-nité résultant de l’œuvre de la nature à cellp qui naît du fonds commua conquis par 1$
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- travail, il dit encore -,
- « ... Dans le travail de tout homme, il y a <r ce qui lui est propre, et ce qui est, on peut « dire, l’œuvre de la société ainsi que des « secours de tout genre qu'elle a mis à son « service. Il y a le bénéfice que procurent à « celui qui travaille, l’entourage au milieu ce duquel il exerce son industrie, l’imitation du « voisin, Télude des procédés d’autrui, afin de « profiter du bien et d’éviter le mal, c’est-à-« dire l'utilité de l’exemple, l'héritage du « travail intellectuel antérieur, en d’autres <c termes, la part de l'homme et celle de Fhu c inanité ; la part de l’intelligence et de l’effort « individuel et celle de la civilisation... »
- Ces principes et ces considérations ne per mettent pas de ne songer aux besoins de l’homme qu’à la fin de sa carrière; ils sont d’accord avec le sentiment religieux que l’humanité inspire pour nous engager à orga niser la protection de la vie humaine dans toutes les conditions et à tous les âges.
- Au nom de ces principes, au nom des besoins actuels des classes laborieuses, nous pensons donc que la caisse de retraite est une mesure incomplète et insuffisante. Nous pensons, en outre, qu’avec la base des ressources que M. Court assigne à sa caisse de retraite, il est possible de constituer une caisse d’assistance sociale, assurant aux familles dans le besoin, l’indispensable à la vie.
- C’est ce que nous chercherons à démontrer dans un prochain article.
- peu indécise dont M. Nadaud Fa entourée. Nous sommes convaincu cependant que la question de la possibilité d’écoles manuelles d’apprentissage mérite d’être sérieusement étudiée.
- « A notre époque, comme M. Nadaud le fait très-justement remarquer, il n’est pas une carrière, qu’elle soit militaire, scientifique, libérale, commerciale, industrielle ou artistique, qui n’ait exigé une longue préparation et des sacrifices pécuniaires dont l’Etat, les communes et les chefs d’industries intéressés, viennent supporter les charges suivant une proportion plus ou moins large.
- De là les innombrables écoles du gouvernement, écoles militaires, d’application, de génie civil, de droit, de médecine, des beaux-arts, lycées ou collèges, écoles Chaptal, Turgot, Angers, Ghâlons, et écoles de commerce professionnelles dans lesquelles une partie des enfants du pays et un nombre considérable d’étrangers sont accueillis dès leur jeune âge, et qu’ils parcourent sans interruption jusqu’à l’âge d’horomas. iusau’an momont, ou puai eu», on même temps que surgit l’obligation de se suffire, s'offre la carrière qui doit les faire vivre. »
- Il est excellent que ces établissements existent et fonctionnent, mais — que l’on remarque bien une chose — ils s’adressent presque tous à une même classe et précisément à celle qui, par ses ressources, serait le mieux à même de suffire à ses besoins par l’initiative privée.
- Le peuple, au contraire, est dénué des ressources qui lui permettent de perfectionner son habileté manuelle par une connaissance plus complète des sciences et de leurs ressources d’application : aucune institution de l'Etat ne vient parer à ce dénuement* C’est là une lacune regrettable et qu’il est bon de combler.
- ÉCOLES MANUELLES D’APPRENTISSAGE
- M. Martin Nadaud a proposé à la Chambre des Députés que des écoles manuelles d’apprentissage fussent annexées aux écoles primaires dans chaque commune où le Conseil Municipal le jugera utile et que, en cas d’insuffisance des ressources communales, la somme des dépenses qui excédera ces ressources fût supportée par FEtat. -
- Cette proposition n'a pas eu dans la presse assez de retentissement. Cela tient peut-être à la forme un
- « Le devoir comme l’intérêt, dit M. Nadaud, nous commande de prendre des mesures énergiques pour substituer dans le développement des facultés professionnelles de nos jeunes générations ouvrières, à Fœuvre aveugle du hasard, l'œuvre intelligente et féconde de l’enseignement manuel. Il faut profiter,des années où le travail de l’homme est la récréation de l’enfant, pour lui apprendre à en accepter la loi sans dégoût, lui révéler par des exercices manuels sa propre vocation, et familiariser sa main jeune et docile avec l’outil qui doit le faire vivre.
- Il faut que de bonnes écoles manuelles d’apprentissages viennent compléter l’instruction de l’esprit par l’instruction de la main, et remplacer partout où on le pourra, Je système abrutissant de l’apprentissage, tel qu’il a prévalu jusqu’ici.
- Le mal est si grand et la nécessité de le réparer si urgente, que si cet état de choses continuait, la France aurait bien de la peine à se défendre de la concurrence étrangère. »
- Il existe déjà des écoles manuelles d’apprentissages dans plusieurs villes de France, mais elles sont dues soit à l’initiative privée, soif à l’initiative communale, l’état ne fait rien pour elles et n’a rien à y voir.
- L’école La Martinière à Lyon passe pour la mieux comprise des écoles de ce genre. Nous $von$ été
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- vivement frappé en la visitant de l’excellence de la méthode employée et de la valeur réelle des résultats obtenus. C’est assurément une des institutions les plus intéressantes qui se puissent voir. Peut être un jour en ferons-nous à cette place l’objet d’une étude spéciale.
- M. Nadaud cite deux écoles d’apprentissage établies à Paris et toutes deux florissantes. '
- Celle du Boulevard de la Villette fut créée par le 1” conseil municipal élu de la ville de Paris. Elle s’ouvrit avec 17 élèves le 6juin 1873. Cinq ans après, elle en comptait 170. Les élèves n’y sont reçus qu’à 13 ans, et l’engagement de l’apprenti est fixé à trois années qu’il emploie de la manière suivante : la première année, il y a rotation, c’est-à-dire qu’il passe successivement du travail du fer à celui du bois ; on l’emploie ensuite aux machines à vapeur comme* chauffeur d’abord, puis comme mécanicien. Cette rotation est le meilleur moyen de révéler à l’enfant ses goûts, ses aptitudes, sa vocation et de perfectionner son esprit et sa main. Il lui reste assez de temps pour consacrer quelques heures au dessin, aux mathématiques, à la mécanique, aux éléments de la physique, de la chimie et à la révision des matières de l’enseignement primaire.
- L’année suivante, l’apprenti se fixe sur le choix d'un métier. Ceux qui sortent de cette école sont plus recherchés par les patrons du-dehors que les autres apprentis et trouvent, quoique jeunes, à gagner la journée de l’homme fait. Inutile d’ajouter qu’ils apportent, dans les ateliers, où. ils s'embauchent, de solides habitudes d’ordre et de moralité. Enfin, ils travaillent par principe et peuvent changer de métier si les exigences de la vie les y contraignent, car ces jeunes hommes ne sont plus des spécialistes : ils ont mis la main à toutes les pièces formant l’ensemble, soit d'un meuble, soit d’une machine, et aujourd'hui, devait le développement que prennent les machines à vapeur, on ne saurait trop diriger l’ouvrier dans cette voie.
- On a construit cette année à l’atelier de Belleville, plusieurs grosses machines-outils, raboteuses, fraiseuses, limeuses ; au besoin on y ferait des locomotives.
- L’école de la rue Tournefort est conçue dans des proportions plus modestes que celle du Boulevard de la Villette.
- Fondée au mois de novembre 1873 elle n’a cessé depuis lors de prospérer; 138 enfants l’ont traversée ou y sont encore engagés. La dépense pour chaque élève y est d’environ 135 francs par an.
- C’est donc une dépense très-minime en raison des avantages qui résulteraient de ces nouvelles créa-
- tions. La sage économie n’est pas celle qui se refuse à la dépense, mais bien celle qui sait sacrifier 8 pour obtenir 9. La prospérité d’un pays ne vient pas de la somme de capital qu’il possède, elle vient de la quantité de travail que l’on sait réaliser au moyen de ce capital. Aujourd’hui nous avons des forces perdues, l’homme ne devient pas producteur d’assez bonne heure. Aujourd’hui l’ouvrier a rarement atteint toute sa puissance productive à 25 ans par le fait que le jour où il entre au régiment il est loin d’être un ouvrier accompli, et que le jour où il en sort il n’est plus familier avec ses outils, encore moins avec les difficultés du métier.
- Au contraire avec les écoles manuelles d'apprentissage, le jeune homme sachant plus tôt tirer parti
- de ses outils serait on ploino valeur au moment
- d’entrer au service.
- Les forces aujourd’hui perdues, le seraient moins une fois ces écoles en activité. Cela seul devrait suffire à en faire décider la création.
- La difficulté principale qui se présente est celle-ci :
- Ou bien ces écoles seront des diminutifs des écoles générales d’arts et métiers telles que celles déjà existantes d'Angers, de Châlons et d’Aix;
- Ou bien elles seront des écoles spéciales à telle industrie déjà développée dans un pays, comme le sont par exemple les écoles d’horlogerie de Cluses et de Besançon.
- Dans le 1er cas, des écoles générales pourraient rendre d’immenses services mais une seule par département suffirait, à la condition toutefois qu’elle soit sérieusement établie.
- Dans le 2e cas des écoles spéciales auraient cet inconvénient de déterminer trop tôt la profession des enfants.
- Si nous avons bien compris la pensée de M. Nadaud, les écoles proposées par lui doivent avoir pour but de faire expérimenter à l’élève son degré d’aptitudes à l’une ou l’autre des professions enseignées.
- Des écoles départementales seraient alors ce qu’il y aurait de préférable et il y aurait lieu d’amender le projet de loi dans ce sens :
- Des écoles manuelles d’apprentissages pourront être établies par les départements dans les villes où le Conseil général le jugera utile. En cas d’insuffisance des ressources départementales, l'état contribuera à leur création et à leurs frais d’entretien.
- Ed. Champuhy,
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- LA SEMAINE POLITIQUE
- La semaine qui se termine n’a pas présenté beaucoup de mouvement.
- Soit grand tait politique, d’est l’oüverlUre à Berlin du Congrès destiné à régler les affaires d’Orient.
- Le secret le plus absolu étant gardé sur les délibérations officielles du Congrès, il est impossible de savoir ce qui en sortira. S’il faut en croire une indiscrétion diplomatique, qui a eu un grand retentissement en Angleterre, l’accord entre ce pays et la Rüssie serait à peu près assuré.
- Quoi qu’il en soit, la réunion de ce Congrès établit une fois de plus que la güerre ne résout pas les questions et que, môme après la victoire, il faut se soumettre à l’arbitrage dés autres pays et ee voir contraindre de finir par où l’on aurait pu commencer.
- La France a lieu de se féliciter du rôle qu’elle est appelée à jouer au Congrès. C’est un gage de confiance donné par la diplomatie étrangère k la République française.
- Ce fait est d’une très-grande importance et, si on le rapproche de celui non moins important de l’éclatante réussite de l'Exposition universelle, il devient évident, même aux yèüï les plus prévenus, qüc sept aimées de République ont suffi pour rendre à la France l’importance que vingt ans d’empire lui avaient fait perdre.
- La défianbe si juste des nations étrangères à l’égard Napoléon III a fait place à une cOnfiaüce générale dans le peuple français.
- Ni rompue ni la royauté n’auraient pu faire pour la France ce que la liberté a fait pour elle. Est-ce que sept ans après 1815 la France était aussi bien relevée que Sept ané après 1870?
- On parle souvent à la légère de l’Acadértüe française. On a tort. Il se peut que ce corps littéraire ne fasse pas preuve de toute l'indépendance d’esprit désirable, il se peut aussi qu’il renferme dans son sein des personnalités qui n’ont aucun titre littéraire à leur avoir et que l’esprit de manifestation politique a pu seule faire valoir, il n’en reste pas moins vrai que la plupart des écrivains remarquables de la France en font partie et qu'aucun pays étranger n'a rien à comparer.
- Ou a donc grandement tort, tant au point de vue littéraire qu’au point de vue patriotique, lorsqu’on se rit de ce corps respectable. *
- N’oublions pas non plus ce qu'a dit un académicien :
- Quand nous sommes quaran te on sc moque do nous ;
- Sommes-nous iront neuf on est à nos genoux.
- Cette fois les académiciens n’étaient que 38, les fauteuils de Thiers et do Claude Bernard étant à repourvoir.
- Oü a voülti — C’est dèvôhu une manie — on a Voulu voir une lutte politique dans l'élection de remplacement.
- MM. Henri Martin et Ernest Renan ont été élus, k la grande satisfaction du public lettré, qui ne s’est pas apitoyé beaucoup sur lo sort dos deux concurrents battus. L’un d’eux, M. Wallon, l’homme de France qui cumule déjà lo plus do dignité et le plus d’appointements — n’avait aucun titre littéraire à l’Académie, l’autre, M. Taine, était d’une valeur plus sérieuse. L’auteur de VIntelligence et do la Philosophie de VAH a long»
- temps brillé à la tête de la libre pèilséc. Depuis lors il a fait amendé honorable et brûlé ce qu’il avait adoré. Il en résulte qu’il a perdu la sympathie de ceux qui l’applau» dissaient autrefois et qu’il n’a pas gagné celle de ses anciens ennemis.
- Au nombre dés voix obtenues par lül, est celle de M. Emile Ollivier.
- Quel châtiment !
- Les tribunaux du Midi présentent un spectacle inattendu; On juge les personnes acdüsées d’avoir trempé dans la violence et dans la fraude à l'occasion des élections du 14 Octobre. Il devient évident pour tous que les procédés les plus honteüx ont été employés à cotte date par lés bonapartistes et les légitimistes.
- Ces derniers sur lesquels on conserve parfois trop d’illusions — ont tendu ]a main aux machinations les plus écœuvrantes et fraternisé ayeç les repris de justice les plus avilis.
- Nous avouons que, sans prnuvo, nous tt’àùriôüè jamais osé accuser ces messieurs d’être descendus à des bassesses pareilles. Il faut que ce soit la justice qui le dise pour que nous le croyions.
- A la Suite d’une interpellation sut là question ddüâ-1 nière. le gouvernement italien adéolaré à la Chambre des députés qu’il croyait impossible de consentir à une nou-r velle prorogation du traité de commerce frânco-ilalien.
- En Conséquence l’application dû tarif général italien aux produits français s’impose d’une manière absolue.
- Cette situation n’interdit pas la reprise future de négyH dations pour la conclusion d’un nouveau traité mais d’ici là elle peut avoir les conséquences les plus déplorables car les traités dé commerce dê l’Italie àvec les autres puissances continuent à fonctionner.
- Nous ne sommes pas surpris do cette déclaration du ministère italien ; il était impossible de ne pas s’y at-r tendre vu là manière par trop cavalière dbilt lés protectionnistes dé Versailles ont agi en cette occasions
- Le premier coup porté au commerce français est fie mauvaise augure car nous savons que les protection^ nistes s’obstineront à suivre la même voie et, s'il le faut, sacrifieront le pays à leürs préjugés et à leür aveuglement.
- Les élections belges ont amené dans ce petit pays un déplacement de majorité plus considérable qu'on ne s’y attendait.
- Non-seulement lés libéraux l’ont emporté de six voit au Sénat, ce qui était prévu, mais ils ont également déplacé la majorité de la Chambre des Représentants. Ils comptent dans celle-ci 9 voix de plus que leurs adversaires.
- Il est fort heureux que 'ce petit pays si actif* si travailleur soit délivré de la chappe de plomb que l’ullramom tanisme avait jeté sur lui il y a 8 ans.
- Le pays qui a vü agir lé Duc d’Àlbé et qui â produit Egrnont èt Philippe de Marnix, A trop Souffert et trop longtemps souffert des prêtres pour pouvoir retomber sous leur domination.
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- Quelques joüriiàux ont comparé 10 Cabinet belge dÔcliü au ministère du 16 mai.
- C’est faire beaucoup d'honneur à ed dernier»
- Le but des deux cabinets 'ôtait assurément le même» mais il y a cette différence considéraldo éntre ëüx que MM. Mâloüi Beërhaéït d'Àsprëhiont-Lliidefi, tout ën
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- élagt des ultraipoptaius de la plus belle eau, étaient en même temps des hommes capables.
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- Une chose a été prouvée par les élections belges.
- C’est qu’il est excellent de laisser la presse entièrement libre. Ses propres excès sont précisément ce qui l’empêche d’ètre dangereuse.
- Si les. cléricaux belges u’ayaiûnt pas pu faire connaître par la voie de la presse leurs ambitions et leurs prétentions, ils seraient encore au gouvernement.
- L’Allemagne est lancée dans une voie de réaction dont elle sortira difficilement.
- Le Conseil fédéral de l’Empire ayant voté la dissolution cfu Reichstag, le ministère a pris texte immédiat de cette résolution pour mettre fip au ppuyojr clu Parlement.
- Un déeret impérial ou voie du il juin, fixe au 80juillet les élections pour le renouvellement de l3Assemblée.
- D’ici là, tous les moyens seront i^iîk uu ucuvre pour intimider l’opinion publique, Le prinpe impérial, répondant à une allocution des autorités municipales de Berlin, s’est servi de tortues qui ne permettent aucune illusion à Gfit égard..
- pauvre Allemagne ! Voilà, 4<W0 PP deyaient tq conduire tes succès militaires !
- Que l’on dise après cela que la victoire est une belle ohoae !
- , T f
- Une histoire pou propre, c’est celle des joyaux de Don Qarlps.
- On pe souvient de cq prince qui, ep compagnie 4e quelques grands d’Espagne, de quelques prêtres c-t de bon nombre de courtisans, fit soulever en faveur de scs prétentions les habitants du Guipuzcoa. Des secours financiers, 40s armps et môpiq des vploutairps lui furent ouvertement envoyés par les légitimistes' dq la rgc de Grenelle et les préfets aes Pyrénées.
- Le jour s’est fait sur celte campagne d’aventuriers.
- On sait maintenant que les actes de vandalisme et de
- brigandfigo le& plos inouïs furent eqmmis pgrlqs bandos
- du curé Santa Cruz, que les trains de voyageurs furent pillés et quc'dans plusieurs villages les habitants furent brfilés vifs dans leurs maisons,
- Le dernier trait vient 4’étre ajouté à pq louchant tableau. Don Carlos ayant donné à entendre que son collier de la Toison d’Or lui avait été volé par son premier aiqe-dc-camp, celui-pj répljquq pp qévpiiant une qps plus écœurantes histoires qui se puissent irpagincr. Il montre en plus que Don Carlos, loin d’ôtre le combattant que l’on croyait, n’a jamais été qu’un fuyard.
- Et c’est de pareilles gens que pos légitimistes put soutenu!
- Ne remarquez vous pas, cher lecteur, que lorsque l’on analyse^ sans prévention PP fini se jmsse on Franco et à l’étranger et finp ]!on cpmpftçp le§ faits, qp se fé|ipilG de vivrq on IL'publiqpp et non pqg eq rqPPârchîè? '
- E. G.
- 'mWUMMi
- YAiilPTl^
- VOLTAIRE ET ROUSSEAU D'après la correspondance de <SYj IN TE-BE U VE A M. Havin, Directeur du Siècle,
- Cs *3 jÿim 4W&
- J’étais si loin do ne pas vouloir .une statue à Yqltqireï que, dans un article du GQ%$ii%L%m,nçl, 4n lundi H dp1* 1866 (à, propos d’un livre de ï$ftL, dp GnnponvU» j’âi écrit:
- «i Rour moi, je ne considérerai la moyenne des esprits comme tout à fait émanoipée en Franco et la raiapn comme bien assise, même à Paris, que lorsque VqIUèpq
- aura sa statue, nou pas d&p^ Je ygstibqi© pu foyer d’un théâtre mais en pleine p]apç pujljidnfi} âU soleil. ïl faudra encore 4n temps Rpnr celiL $
- C’était affaire à vous, monsieur, et à votre puiSRHt.fi initiative, do hâteP O» momanl PiRsquo voqs ei'G.yeg inon nom utile, Je me tiendrai pour trè^-honeré de le voir placé à- $üh rang 4fi pppiinat'iQp ay.qç ceuj. de tant d’amis illustrés pu distingués fit à IPPÏ SUHP-
- A 4L
- Monsieur,
- Ce S5 noverabro tSfi?.
- Je vous remeroie bien de la statue de Je## Jacques.
- Il m’est honorable pc voir mon nom introduit daps la pensée fini yops a inspiré. J’applan.diSj PP reste, qa topt iïjop pœur, â cettp justipp que TOUS rfivepcfjquez.
- La génératipu actuelle u’egf, pas jpste pour Jaoquos. Vous exprimez dans votre livre des sentiments que partageaient les hommes dos générations antéiùeu= res, pt qup l'avenir, peppère, }>tifigr/p R y a éoljpse pppj? le ipom’finL Quiffid Ip courant dçs neqsé.q;3 ppîitj.qups qgra au* cjjnspq spinosi gt g&jérgjises, la rcfiomfflép tjp d.cqip-Jarques Feverdira.
- il se fonde à Paris, sous ce. titre, uqo Société ayant poni but fiélude 40 toutes les sciences qui se rapportent à la psychologie.
- flotté {Sppiété organisera des conférences spr l’uqivprSj sur la vie, sur la nature de l’âme ainsi que sur les phénomènes psychiques. Elle consacrera des séances à l’étude des lois de l’ordre moral et des phénomènes qui s’y rattachent. Enfin elle organisera une bibliothèque d’ouvrages de pciencp se rappQrtn.pt qux qiiefdjpns à élp-dior.
- Le nom des personnes qui composent le Comité d’initiative est une garantie du caractère sérieux et élevé de ppttfi Spei&A y x-pypps figura gq le gy^5 pathique auteur dp /Mn-fttfCiefj M. Ch. Lofppn, aingj qup MM, Eug. Nus, Ch, Fauvety? Réné-Gailié, Camille Chni-gnoau Rougupret, et autres personnes estimées. « Les inypsiigaJîüns, dit ]a circulaire fifip ppps avons eu uiaips, les investigations spfpnt pppdgifiîpppp et d’une manière'suivit?. Une société sérjeuse, dirigée par des hommes voués aux recherches scientifiques, peut seule continuer ces ségnees d’pbservations et taira
- Bf9&rè» ilHÏ fifipsUfiîls BhÜQggpljiqiifis.. »
- Si, comme nous l'espérons, cette Société reste fidèle à
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- LË DEVOIR
- l'esprit de ses fondateurs, c'est-à-dire à l'esprit de méthode, elle pourra rendre de précieux services.
- Pour plus amples renseignements, s’adresser à M. l'Administrateur de la Société, 5, rue Neuve des Petits Champs, Paris,
- Tl ne Fabrique de isoldat»
- Aldershot est une véritable fabrique de soldats.
- Si vous arriviez, par exemple, les yeux bandés dans le gymnase du camp, vous vous croiriez sûrement dans un établissement orthopédique !
- A partir de son entrée dans un corps quelconque de l’armée anglaise, l’embryon d’homme que, pour la plupart du temps, nos chirurgiens de recrutement réformeraient en France, est saisi dans un admirable engrenage qui développera rapidement tout ce qu’il a de muscle en lui.
- Dès le premier jour, on le pèse ! Le médecin le mettra en chair juste de ce qu’il faut, ni trop ni trop peu et Fy maintiendra par des pesages hebdomadaires. On l’habille dans des vêtements chauds et amples qui ne le gêneront jamais aux entournures. Dans les exercices, chacun des mouvements est calculé pour amener le développement des muscles du corps. Trapèzes, altères, il aura tout à sa disposition. Les punitions mêmes qu’on lui infligera seront des punitions hygiéniques. Ge ne sera que très rarement qu’on l’enverra au cachot, qui détériorerait et sa santé et ses muscles. Au lieu de la consigne, on lui fera faire une heure par jour d’exercice supplémentaire ; au lieu de la salle de police, on le condamne aux travaux utiles du camp, tranchées à creuser, routes à empierrer, batteries à construire, terre à brouetter pour les épaulements, etc.
- Pour les cas très-graves, on lui infligera la plus terrible punition hygiénique qu’il soit possible d’imaginer.
- Suivant qu’en aura jugé le médecin qui l’aura classé dans les 4, les 8, les 12, les 18 ou les 24, l’homme puni prendra pendant une heure ou deux les boulets un par un et ira les mettre en tas symétrique cent mètres plus loin, pour venir les empiler encore à l’endroit même d’où il les avait enlevés. Il fait là un travail abrutissant et irritant au premier chef, qui remplace avantageusement le cachot et qui, exigeant la contraction de tous les muscles du corps humain, poursuit admirablement le but visé par l’autorité militaire de fabriquer des hommes solides et endurcis à la fatigue.
- Au bout de deux ans, il n’est pas rare de constater que des recrues de 21 et de 22 ans ont gagné de 2 à 3 centimètres de taille, et de 10 à 30 centimètres de circonférence de poitrine.
- Ne pensez-vous pas, cher lecteur, qu’il serait bon d’introduire dans les lycées de tous les pays un semblable système. L’homme peut se modifier par l’exercice plus qu’on ne pense et l’on pourrait tirer parti pour développer toute la jeunesse des observations faites à Aldershot.
- LA JUSTICE
- Poème philosophique par M. Sully Prudhomme
- Nous ne sommes plus au temps où les soldats de Nieias, prisonniers des Syracusains, gagnaient leur liberté en récitant des vers d’Euripide.
- Les temps ont changé ; le public qui goûte encore les vers est peu nombreux et nous ne pensons pas que beaucoup de soldats soient à même d’en réciter.
- Toutefois il est à remarquer que la date de 1807 marque dans la poésie française l’aurore d’une période de relèvement. Des pièces de théâtre en
- vers, d’une allure toute nouvelle, la Fille de Roland, Rome vaincue, Jean Dacier et autres, ont obtenu à la scène des succès aussi éclatants qu'imprévus. Et cependant, nul ne peut s’y tromper, le public de 1869 n’aurait pas accepté ces pièces-là. Cette faveur nouvelle est de bon augure.
- Le même mouvement de renaissance se produirait-il dans les oeuvres de poésie non destinées à la scène?
- Peut-être. Il serait imprudent de l’afflrmer, mais plus d’une chose permet de le croire.
- Yoici en tout cas un poème philosophique d’une grande importance et d’une grande étendue (3,000 vers), qui semble bien fait pour obtenir les applaudissements du public lettré.
- M. Sully Prud’homme, son auteur, n’a pas à être présenté. Il s'est conquis en peu d’années une réputation littéraire que plus d'un envie, mais que personne ne songe à contester.
- Son poème, La Justice, n’est pas seulement une hardiesse, c’est encore une nouveauté. La littérature française n’a rien de semblable, et nous ne sachons pas que celles de l’étranger aient quelque chose du même genre.
- Les connaissances scientifiques et philosophiques d’aujourd’hui tiennent autant de place dans ce poème que celles d’autrefois en tiennent dans l’œuvre de Lucrèce. On sent, en lisant La Justice, que l’on a affaire à un homme profondément pénétré de ce besoin de savoir et d'expliquer qui caractérise notre temps.
- L’auteur nous le dit lui-même. 11 se sent d’une époque qui a rendu bien difficile la tâche du poète. Le domaine qui lui appartenait autrefois lui a été retiré; où l’on recherchait et applaudissait jadis l’essor de l’imagination on exige aujourd’hui la précision de la science.
- Comment prier, pendant qu’un profane astronome Mesure, pèse et suit les mondes radieux?
- Comment rêver, alors que le physicien a fait abdiquer le tonnerre ? Comment chanter, alors que le chimiste décompose en corps simples le parfum même des fleurs ?
- Et quel amour goûter, quand dans la chair vivante. Un froid naturaliste enfonce le scapel?
- .... Plus de hardis coups d’aile à travers le mystère, Plus d’augustes loisirs, le poète a vécu.
- Des maîtres d’aujourd’hui la discipline austère,
- Sous un joug dur et lent courbe son front vaincu.
- « Sais-tu, lui disent-ils, téméraire poète,
- S’il est rien qu’il te faille encenser ou honnir ?
- Dans le ciel impassible il n’est ni deuil ni fête,
- Aucun despote à craindre, aucun père à bénir. »
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- LE DEVOIR
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- Ainsi le poète voit s’effeuiller une à une toutes les fleurs étincelantes de l'imagination. La nature ne lui apparaît plus comme une mère au grand cœur; elle travaille pour elle et non pas pour nous. Nous mourons dans ses bras sans qu’elle en tressaille. Nous sommes des enfants abandonnés que leur mère renie. Le poète voit cela, il le sent, il en souffre, et cela trouble sa foi première; il se demande alors qui a raison de son intelligence ou de son cœur qui, tous deux, se contredisent en lui, et il s’écrie :
- Ma fièvre de tout voir ne se peut plus guérir.
- Je ne supporte pas la demi-découverte ;
- Il me faut maintenant deviner ou mourir.
- Alors commencent les recherches du poète.
- Avide de vérité, il dépouille les antiques illusions des sens, commande à son cœur de se taire et se fait chercheur pour aller à la découverte de la justice avec le seul flambeau de la science.
- Mais où rencontrer un point do départ ou d’appui ? Pas de commencement, les lois sont éternelles ;
- Pas de création, le monde est vieux comme elles,
- Et son enfantement dure encore aujourd’hui.
- Le poète considère alors combien le champ livré à ses investigations est de peu d’étendue.
- L’origine et la lin me sont à jamais closes, dit—il,
- Et pourtant, si je veux m'en passer, je ne sais Ni la raison des lois ni le vrai sens des choses.
- La terre seule étant directement accessible au poète, c'est en l’interrogeant qu’il commence son investigation. Que lui montre-t-elle ? Tout d’abord une incessante guerre des espèces entre elles, immolation des faibles au fort. L’espèce humaine Immole les autres espèces, et l’homme qui châtie l’homicide pratique et admire la chasse. Et pourtant
- Le même acte, en dépit des mots dont on le nomme, S’il n’est crime envers tous, ne l’est point envers
- [l’homme].
- Et s’il est crime en haut, l’est à tous les degrés.
- La justice existe-t-elle davantage^ an s les relations des hommes entre eux? Hélas non ! Une analyse sévère démontre que leurs relations sont toujours régies par des affections étrangères à la justice. La conservation de l’individu fort y est assurée par son propre égoïsme, et celle du faible par des instinctsjdé-rivés de l’égoïsme, quitienti’intérêtdes forts au sien.
- L’être le plus féroce épargne alors autrui,
- Parce qu’il reconnaît sa propre vie en lui,
- Et fait sur lui l’essai de sa propre fortune.
- .... Le fraternel instinct n’est donc pas généreux. les loups sans hésiter se mangeraient entre eux,
- S'il n'importait à tous que leur chair fût sacrée.
- Les rapports des nations entre elles ne valent pas mieux, au contraire. Elles se comportent comme les espèces entre elles, à cela près que la violence se complique de plus de ruse, et que l’effusion du sang n’y est pas réglée par la stricte exigence des besoins.
- Ainsi la raison démontre que la justice est étrangère à notre pauvre terre. Existerait-elle ailleurs ? L’identité de la matière et de ses lois dans l’Univers entier fait douter au poète qu’il y ait des mondes organisés plus moralement que le nôtre. Le posivis-me scientifique ne lui permet pas de le supposer.
- Voilà à quelles désespérantes conclusions la science a conduit le poète. S’en tiendra-t-il là ?
- Non, non.
- Cette recherche n’a pu expliquer les sentiments intérieurs de son âme.
- D’où vient, s’était-il dit,
- D’où vient qu’un tort causé m’est encor un chagrin ? Que pouvant assouvir, le front haut et serein,
- Toutes mes passions sans gène, à toute outrance, J’admets dans ma conduite une sourde ingérence,
- Je ne sais quel censeur dont je subis le frein? Comment se fait-il donc que mon cœur répudie Les absolutions de ma raison hardie?
- D’où vient ce sentiment de la justice, et quand donc est-il né? Pourquoi, puisque la justice est absente partout autour de l’homme, pourquoi faut-il que l’homme la conçoive et qu’il l’apprécie ?
- C’est là le grand problème, le problème que la méthode scientifique se reconnaît incapable de résoudre. La science étudie le comment des choses, elle se refuse à en rechercher le pourquoi. Pour elle, le pourquoi des choses, c'est Vîncognoscîble.
- Ici s’arrête la première partie du poème. Dans la deuxième (que nous examinerons dans un second article), le poète demande à son cœur et obtient de lui les preuves que la raison seule a été impuissante à lui donner.
- Nous ne quitterons pas la plume sans constater de quelle manière victorieuse, et par la seule éloquence de l'inanité du résultat, le poète établit l’insuffisance de la méthode scientifique en matière de philosophie.
- Il se peut que les causes finales nous soient éternellement inconnues ; il n’en est pas moins vrai que défendre à l’homme de s’en occuper c’est imposer un haillon à son intelligence. La métaphysique a pu se tromper, elle a pu se servir de méthodes fausses, elle a pu même lasser l’esprit humain et le jeter par réaction dans la recherche du terre à terre, ellw n’en reste pas moins un des besoins de l’àm humaine.
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- LE DEVOIR
- On aura beau dire et beau faire, il y aura toujours des hommes qui se demanderont d'où ils viennent, où ils vont, quelle est leur raison d'être ici-bas et pourquoi ils portent en eux-mêmes des sentiments qui — comme c’est le cas pour celui de la justice — no peuvent leur avoir été enseigné par l’aspect ou la nature des choses extérieures.
- Ed. Champury.
- LES FRUITS DU SYSTÈME PROTECTEUR
- MM. les protectionnistes nous parlent sans cosse des bons fruits du système protecteur, de la prospérité qu’il entraîne et des bieufaits innombrables dont il favorise les pays protégés. A les entendre, le retour au système protecteur serait une ère de travail, do bien être et de prospérité. Ilne manque en vérité à l’élat social dont ils nous parlent que la seulo épithèto d'âge d'or.
- Ils ne craignent pas de citer à l’appui de leur dire v l’incroyable prospérité dont les États-Unis font preuve sous le régime de la protection. *
- Il parait cependant que les Américains ne sont pas des plus enthousiastes ait sujet de cet âge d’or.
- Voici comme exemple Un extrait d’une brochure à ce sujet récemment publiée à New-York.
- « Jamais, dit M. Horace "White dans cette brochure, jamais de mémoire d’hqmmc, les industries de ce pays n’ont été frappées d’une paralysie pareille, Les houilles et les fers sont à la dernière extrémité, quant à la rémunération des capitaux et du travail qui y sont employés. Les déconfitures de chemins de fer se sont multipliées au-delà de tout précédent, et les porteurs de titres des Compagnies ont été pineôs {pinched) comme ils ne l’avaient jamais été. Nos industries de transport par lacs et rivières ne sont pas en meilleur état, et on remarque la même détresse dans l'industrie des laines, dans celle des bois, dans colles des bâtiments et dans ics branches moindres do l’indu strie manufacturière. On a vu une révolte gigantesque d’ouvriers dans les Etats du centre et de l’ouest, avec meurtres, pillage, iucendie, et le vagabondage qui, il y a quelques années, nous semblait un phénomène des pays lointains, comme les bohémiens et le brigandage, est devenu une dos intitulions les plus redoutées de noire pays. La propriété foncière des villes a baissé de prix à ce point qu’une dette hypothécaire représentant cinq ans do rovomi absorbe (quand on exploite) toute la propriété hypothéquée sans couvrir toute là dette. Avec cela, comme dans les cas semblables, le taux de l’intérêt est très-bas. À New-York, on ne peut obtoiiir plus de 1 t/2 0/q en compte courant ; le bon papier do commerce s’oscopipte à bion moins do G 0/q, et le gouvernement a pu emprunter à 4 0/o 68 unifions de dollars. Jamais on ü'avalt imaginé la possibilité d’une pléthore pareille.
- Après doux siècles ol demi d’immigration continue, nous avons vu lo courant s’arrêter cl plusieurs centaines de nos meilleurs artisans sont allés en Australie et dans les lies anglaises chercher du travail... Nous avons perdu ce qui nous distinguait outre les nations, d’êlro le pays où Lopt lo inonde Lrouvait du trayail et du pain.
- Toutes celles de nos industries qui fournissent (les articles d’exportation courante rémunèrent ceux qui â’y
- livrent. Celles qui cherchent à vivre de notre marché trop étroit meurent comme des rats enfermés dans un© cage où il peuvent multiplier en liberté, mais où ils n.e reçoivent chaque jour qu’une quantité déterminée de grain.
- Dernièrement, le président de la Chambre dos repré' sentants écrivait que dans Te commerce extérieur des Etats situés au sud du continent américain, qui était de 620 millions de dollars, nous n’en trions que pour 112 millions et que nos navires n’en transportaient que pour 37 millions... Le secrétaire d’Etat observe que, sur 714 hauts-fourneaux qui furenl allumés, il y en a 478 éteints, lesquels représentent un capital mutile de 100 millions dollars de (c’est à-diro plus de 60Û millions de francs. »
- Voici une déclaration qui nous parait jeter quelques ombres sur les perspectives éblouissantesde (d’âge d’or » que Messieurs les protectionnistes font miroiter ànosy eux
- Cette déclaration a bien son enseignement.
- Ainsi l’un des peuples les plus favorisés de la nature en est venu, grâce au-syslème protecteur, à vivre emprisonné dans un marché trop étroit comme des rats dans une cage ».
- II ne pouvait en être autrement.
- Lorsque la guerre do sécession fut terminée , les finances américaines étant au plus bas, on pensa à les relever par une énorme majoration des tarifs douaniers.
- C’est ce que l’on fit. Les marchandises européennes une fois prohibées, le prix do Loutes choses à l'intérieur s’éleva dans des proportions considérables. Cette élévation des prix stimula momentanément le travail national, des industries nouvelles so créèrent, les outillages les plus perfectionnés furent imaginés, Ci la production prit une activité et une puissance fabuleuse; comme il s’agissait de réparer les torts causés par la guerre et qqe les besoins étaient considérables, cotte protection, quelque énorme qu’elle fut, n’avait rien d’exagéré. Les États Unis connurent alors quelques années d’une prospérité incroyable. Mais le jour vint où les dégâts delà guerre furent réparés, où la demande n'eut plus lamômointen* sité, où la production fut plus forte que cette demande On hésita à fabriquer sur une vasto échelle; les fabricants pour écouler leur produits installèrent alors, un peu partout dans les villes de l'intérieur des comptoirs qui recevaient chacun à titre de consignation un stock de marchandises. C’était un palliatif, il no tarda pas à être insuffisant : au bout de peu de temps les comptoirs ne trouvèrent plus l’écoulement de leurs marchandises. Il y avait encombrement. On so tourna alors vers les pays étrangers dans l’espoir d’écouler au dehors le trop plein de la production intérieure. Vains efforts! Les relations internationales étaient perdues; aucun traité de commerce no facilitait l'exportation. Lu débouché manquant, la production fut arrêtée et j’ouvriof sans travail. Le prix de 1a vie ne se maintint pas moins dans, des chiffres Irès-éleyés.
- Il fallut faire alors un triste retour sur soi-même et reconnaître que si lo régime protecteur peut faciliter k un moment donné la production il lui pprio prj peu de temps des coups ei tcrrihlcs qu’ils peuvent ê4'P mortel».
- En. Chàüpury.
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- LE D EVOIft
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- LA BANQUE POPULAIRE DE LIÈGE
- La Banque populaire de Liège est la première création de cette nature qui ait fonctionné en Belgique. M. Léon d’Andrimont a publié l’année dernière une intéressant 'volume, la coopération ouvrière en Bel-§iqW} auquel nous empruntons quelques détails sur les humbles débuts et les rapides développements de la Banque populaire de Liège.
- Le local qu’elle occupa à l’origine consistait en une chambre située au fond d’une cour et gratuitement prêtée par un des administrateurs. Le nombre des adhérents était de 200 environ et le capital versé de 6350 fr,
- Deux ans après il fallut s’agrandir. À la fin de la troisième année le nombre des adhérents dépassa mille; en 1875 il était de 2.007, le capital versé était de 335 000 fr., le chiffre des dépôts en comptes courants atteignait 568.818 fr. et celui des avances 2;54i.044 fr.
- Ainsi plus de 2,000 personnes» qui auparavant ne jouissaient d’ancun crédit en banque et n’avaient aucun moyen de trésorerie propre à leur venir en en aide, sont parvenues, grâce à la mutualité, à s’approprier des ressources de crédit s’élevant en moyenne à L2Q0 fr. par tête.
- La Banque populaire de Liège n'est pas la seule institution de ce genre que possède la Belgique. En 1875 il y avait dans ce seul pays 22 banques populaires, réunissant près de 10.000 sociétaires. Le capital versé était de 1,049,000 fr., et les avances faites formaient un total de 15 millions 350,000 fr.
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’AnglaiSj de Mm0 Marie HOWLÂND
- (Voir A7'8 4 à Œ) dHAPITRE XII
- Clara choisit entre lés preulgés éï lés rkiMpes
- Madame Forest avait souvent eu avec son mari de fréquentes et sérieuses controverses sur les questions de morale et de justice, mais c’étai^la première fois qu’ils n’avaient pu s’accorder sur une règle de conduite à suivre. La pauvre dame en fut profondément troublée, quoiqu’elle demeurât pénétrée de l’intime satisfaction d’avoir montré jusqu’au bout la sérénité d’âme convenable à ceux qui ont pour eux la raison .
- Elle emportait la consolante pensée que pan ne
- | serait pas, comme la lui avaient fait craindre les
- débuts de la conversation, obligé d’épouser Susie.
- En quittant son mari, elle rencontra Clara qui venait de fermer la porte sur le docteur Delano après avoir échangé avec lui de longs adieux.
- Madame Eorest ia conduisit dans sa chambre et lui raconta l’aventure de Dan et de Susie. En fille bien élevée, Clara se montra révoltée de la conduite de son frère ; sa mère la trouva pourtant d’une sévérité exagéréë envers lui. C’est que Clara était bien la fille dë son père; son cœur se trouvait naturellement porté à plaindre Susie.
- « Elle est si jeune, dit-elle enfin, si dépourvue de toute éducation 1 Sans cela n’eùt-elle pas sii qu’en cédant de la sorte, jamais elle ne s’attacherait mon frère. »
- Ce symptôme de sagesse enchanta madame FOrest qui profita de l’occasion pour prémunir sa fille contre le danger de se trouver trop longtemps seule avec les jeunes gens; puis, revenant à Susie, elle ajouta qu’il était nécessaire de s’en séparer sans retard.
- — « Ton père est si déraisonnable ! Il se sera per^ suadé, je le crains, que notre devoir est de la garder ici. Hélas 1 je mourrais de honte si les Delano l’y rencontraient. Que penseraient-ils ? Grand Dieu 1 »
- — « Notre devoir est d’agir suivant les règles de la justice, maman, sans nous inquiéter de ce que l’on peut en penser. »
- » Oui certes ! b répondit madame Forest; « mais la bienfaisance même doit se montrer prudente- Tant de choses peuvent être compromises par une conduite inconsidérée. Le Docteur Delano a tout à l’heure sollicité de ton père la permission de t'adresser ses hommages) j’ai été choquée de la réponse qu’il eu a reçue : * Sur mon âme, a-t-il dit, cela, Delano, ne me regarde en rien; à Yrai dire, je ne vois pas ce que Clara peut faire de yos hommages, mais c'est son affaire. Vous savez que je suis un apôtre des droits de la femme, j’admets donc que la femme ait le droit de faire même des folies. »
- Anxieuse et saisie d’un trouble subit, Clara demanda vivement à sa mère comment le docteur Delano avait pris la chose,
- — « Tout-à-fait bien I il a serré la main de ton père et l’a remercié d’une façon charmante. *
- — « Papa tt’tt-t-il rién dit de plus ! %
- —‘üii ! ilii tâte de folies i Ehtbe alitrëte qiPil t’a élevée dans Pihflépendaiice, qü’ii rie t’a pas laissé Ignorer qüëls misérables süüt la plupart des libiUrries et que lili; Delano, ailrait pëtit-être â subir lès dbriteéqüei'ices de cetië édUcàtidn. Tu lié pëui avoir idéë, Hlâ bhèie, cdinbiëti J'étais iffbrtiflëë* aussi, â pëitië tdn père
- (1) Renroduction rjiervifc
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- m
- LE DEVOIR
- a*t-il été sorti que j’ai fait mes excuses au docteur Delano. *
- — « Oh maman 1 quelle idée de faire des excuses à propos du langage de mon père ; je ne fais pas à M. Delano l’injustice de le supposer capable d’une méprise. Il parle de papa avec tant de respect et de considération ! »
- «
- Madame Forest continua ses confidences fort avant dans la nuit,en insistant sur la nécessité absolue d’éloigner Susie. Naturellement, disait-elle, on lui viendrait en aide, toutes les dames de la Congrégation feraient quelque chose pour elle ; mais le vénérable père du docteur Delano et sa sœur Charlotte ne devaient jamais entendre parler de cette terrible aventure.
- Clara était bouleversée, elle avait appris à Stonybrook le respect des convenances , mais en face de la réalité elle ne pouvait mettre son entière confiance dans sa mère qui était l’esprit de convention incarné. Avant de prendre un parti, elle résolut de voir et de consulter son père.
- Lorsque le lendemain Clara quitta la chambre, M. Forest était déjà sorti, chassé par les préoccupations qui l’obsédaient. Il ne pouvait compter sur sa ia une. En serait-il de même de Clara ? Comment la fil’ 3 de son cœur se comporterait-elle dans ces épine ses conjonctures ?
- Il sentait que l’autorité paternelle pouvait efflea-civient intervenir, mais il entendait laisser à Clara sou entière liberté d’action ; ses réflexions le déter-mi èrent à s’en tenir avec elle au simple récit des fuit s.
- L’occasion s’en offrit inopinément. Clara était sortie à son tour et cherchait, dans sa promenade s ditaire, le meilleur moyen de consoler et de secourir la pauvre Susie. Parvenue à quelque distance d’dakdale, elle rencontra son père et prit place dans * voiture. Le sujet de leurs mutuelles préoccupations devint bientôt celui de la conversation et, » s hasarder un mot qui préjugeât la conduite con-v- able en pareil cas à une femme, le docteur fit part à a fille de ses intentions.
- • dara écouta silencieusement et réfléchit, pendant 1 ; etour, aux paroles de son père. Dans le cours de v.’i généreuse méditation, elle se surprit à calculer un instant l'impression que pourrait produire au C 'hors la conduite que lui dictait sa conscience ; elle v t dans ce calcul égoïste, le signe d’une étroitesse df* sentiment qu’elle se reprocha sincèrement.
- Qui.nd elle rentra, Miss Marston et sa mère étaient r ’nui js au salon. Cette dernière avait instruit la j une dame du scandale survenu sous son toit ; elle r ait exprimé son désespoir de ce que pareille aven-
- ture fût arrivée pendant la visite de Miss Marston.
- Madame Forest avait évité avec soin de mêler son fils à cette affaire ; elle n’était pas fâchée d’avoir pour confidente une personne telle que Miss Marston profondément imbue du sentiment des bienséances sociales, et exerçant sur l’esprit de Clara une influence considérable. Pour éviter que celle-ci ne vint par quelque remarque intempestive déranger ses plans et révéler à Miss Marston le nom du séducteur, Madame Forest, saisissant un prétexte, la prit à l’écart et la pria de taire ce nom.
- « Quel bien cela pourrait-il faire? lui dit-elle, N’était-ce pas d’ailleurs le devoir de Clara d’être aussi bonne pour Dan que pour Susie. »
- Clara ne répondit rien, mais les moyens employés par sa mère à la réussite de ses projets devinrent pour elle matière à de profondes réflexions.
- Quand, plus tard, la conversation revint naturellement sur le même sujet, madame Forest manifesta beaucoup de bonne volonté à l’endroit de Susie.
- « Le mieux que nous puissions faire, » dit-elle,
- « sera de lui procurer une place tranquille où elle puisse attendre l’événement; comme elle est très bonne couturière et sait se rendre utile de mille façons, j’espère que ce ne sera pas difficile. »
- « Cela ne lui procurera pas de sympathie, et c’est là ce dont elle a le plus besoin, » remarqua Clara. » « Ma chère Clara » fit Mis Marston, nous ne pouvons pas sympathiser avec les fous à moins d'être fous nouS-mêmes. »
- Le ton doctoral de son ancienne maîtresse fut loin de plaire à Clara; elle reprit néanmoins avec un calme parfait : « Nous pouvons ce me semble, toujours sympathiser avec ceux qui souffrent. »
- « Même dans son intérêt, » fit madame Forest, « nous devons désapprouver la conduite de Susie de peur que trop d'indulgence lui laisse croire que sa faute est légère, et ne l’expose à y retomber. »
- — « Comment pouvez-vous croire, maman,qu’une si terrible leçon soit perdue pour une fille comme Susie? Pensez-vous qu’elle perde de sitôt le souvenir de... du traître qui l'abandonne » reprit Clara, remarquant l’anxiété de sa mère; « elle deviendra désormais sage et prudente. »
- « Je ne crois pas en effet, dit Miss Marston, qu’il y ait danger de la voir recommencer sa folie. Susie paraît douce et modeste et je suppose qu’elle a succombé sous l’influence d’une affection mal placée-Quelle espèce d’homme est son séducteur ? *
- Madame Forest n'osa regarder Clara pendant qu’elle répondait d’un ton d’indifférence et d’une voix rapide : « Oh 1 c’est un jeune homme do la ville. Il n’a pas l'air de se soucier d’elle. »
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- « Je le considère comme un misérable sans principes I » s’écria Clara irritée de la dissimulation de sa mère. <« Papa dit qu’il a offert à Susie de l’épouser tout en laissant voir que c’était pour lui un trop lourd sacrifice, mais elle s’est montrée assez fîère. pour lui rejeter à la face son offre insultante. J’aime Susie à cause de cela, et je pense que notre devoir nous oblige à la protéger, à l’aider, veux-je dire, quoiqu’il advienne. »
- « Mon enfant, » dit madame Forest, « si vous vous abandonnez ainsi à votre première impression, vous serez imprudente et on glosera de vous. »
- — « Je ne pense pas, maman, que cette crainte puisse influencer ma conduite quand je sais que j’ai pour moi la raison. Je crois que le mieux est de discerner où se rencontre le devoir, puis, de l’accomplir ouvertement et sans restriction. »
- « Ma obère » fit Miss Marston, « il y a des façons d’accomplir son devoir qui tiennent beaucoup de celles de Don Quichotte. »
- Le ton doctoral de son amie froissa de plus en plus Clara ; elle reprit avec amertume :
- * J’éviterais ces façons là, n’est-il pas vrai, en faisant mystérieusement une layette que j’enverrais ensuite sous le couvert de l’anonyme. Mais je me mépriserais d'agir ainsi. Qu’un pareil malheur atteigne l’une de mes amies, j’accourrai près d’elle et je lui apporterai la consolation de ma sympathie. Mais s’il y a quelque grandeur d'âme et quelque bonté à en user ainsi vis-à-vis d’une personne aimée, le mérite n’est pas moindre quand l’objet de notre sympathie est une pauvre fille délaissée, ignorant, avant d'être venue à nous, le monde et la société de ses semblables. »
- * Bien raisonné,** dit Miss Marston d’un ton ironique, “je suis seulement peinée de vous voir oublier, Clara, le profit que cette jeune fille a su faire des avantages sociaux dont votre famille l’a comblé®, »
- Les yeux de Clara lancèrent un éclair et sa mère la voyant sur le point de révéler à miss Marston quels enseignements moraux Susie avait reçus de l’un des membres de la famille, se hâta d'intervenir 6n disant d’une voix mielleuse :
- « Tues si jeune, ma fille, qu’il n’est pas convenable devenir ainsi mettre ton opinion en opposition avec celle de tes aînés. Je sais que tes intentions sont louables et généreuses, mais dans un cas aussi grave, H n'est pas permis d’obéir aux entraînements d'une Imprudente générosité. Il n’est pas sage de sympathiser ouvertement avec une fille déchue, comme Susie. Cela ne remédiera pas à son malheur et ta
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- réputation en souffrira certainement un tort irréparable. »
- — « Je ne comprends pas, maman, que vous puissiez envisager avec cette froideur compassée l’abîme de douleur où se débat Susie. Pour moi, je l’aiderai à supporter sa peine, et si je m’expose, comme vous dites, à en subir un tort irréparable, soit î Je me sens indifférente à l’opinion des Lévites et des Pharisiens qui suivront une autre voie. D’ailleurs, je ne serai pas seule : l’intelligence la plus lumineuse que je connaisse, le cœur le plus noble qui batte dans une poitrine d’homme seront avec moi. »
- En s’exprimant ainsi,Clara sentait son âme envahie d’un profond sentiment de tristesse. Quoi 1 le cœur de sa maîtresse bien aimée restait inaccessible à la pitié. Elle se prit cependant à regretter un langage qui avait pu blesser celle-ci, lorsqu’elle la vit se renfermer dans un air de dignité offensée et marquer par son attitude qu’elle se croyait classée, dans l'esprit de son élève, parmi les Lévites et les Pharisiens égoïstes.
- Madame Forest, fit appel à l’expérience pour démontrer que les sentiments et les soit-disànt principes étaient, dans la vie, les guides les plus trompeurs ; que la religion seule pouvait éclairer la mon. le et conduire au bien.
- Clara avait vu souvent invoquer la religion ponr masquer l’égoïsme ; elle répondit courageusement :
- « C'est par les fruits que je juge entre la religion et les principes : Mon père a suivant vous des princip* s et pas de religion 1 S’il en est ainsi de lui, je préfèr > comme guides les principes à votre religion ; car ils enseignent à secourir l'infortune ian is que votre religion s’attarde à discuter l’impression q,u@ la charité s’expose à produire sur les mauvaises langues. Mo i parti est pris, maman,» ajouta Clara en se levant pour quitter le salon, « je sais que, sfins calcul et sans fausse honte, mon père aidera ouv:rtement et con-* solera Susie ; et qu’elles qu’en pu’ as et être les conséquences, je suivrai l’exemple de mon père, parc i que j’ai foi dans sa raison, quand môme le monde entier le condamnerait. »
- (A suivre).
- »— . , aogoot .. „ - „
- CLASSEMENT DE 17,000 KILOMÈTRES DE CHEMIN DE FER
- Peu de jours avant la prorogation du Parlement M. de Freycinet a déposé sur le bureau de la Chambre des députés un projet de loi tendant à opérer le classement des nouveaux chemins de fer à construire.
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- Il était essentiel de faire ce classement et de séparer avec netteté le réseau national à construire en * réseau d’intérêt général « et ¥ réseau d’intérêt local, »
- Ainsi que l'a fait observer précédemment M. de Freycinet une assez grande indécision a régné jus» qu’ici sur les limites de cette division. Il est arrivé que les mômes lignes de chemins de fer ont été revendiquées à la fois par l’Etat et par les départements ; dans d’autres cas, au contraire, chacun a paru croire que le fardeau incombait aux autres, si bien que personne ne prenait l’initiative nécessaire. Des deux manières, les solutions restaient en suspends et les travaux ne s’exécutaient pas.
- Ajoutons encore que parfois le Conseil d’Etat, appelé à émettre son avis sur la question d’utilité publique, contribuait pour sa bonne part à favoriser cette indécision,
- A l’avenir, le classement général étant arrêté et rendu public, ces inconvénients disparaîtront : l'Etat et les départements éclairés chacun sur ce qui leflf* appartient pourront aborder résolument leur tâche sans crainte de conflits ou de compétitions.
- Les lignes proposées comprises dans ce classement composent un réseau de 17,000 kilomètres, qui ajoutés ; P aux 21,022 kilomètres actuellement en exploitation ; 2° aux 5,571 kilomètres concédés mais non encore livrés à l’exploitation et 3° aux 754 kilomètres rachetés par l’Etat il y a quelques jours et incorporés dans le réseau général, constituent un total de plus de 44,300 kilomètres, c’est-à-dire une longueur totale de chemins de fer plus considérable que la longueur totale des routes nationales de toute ,1a France fl).
- Quatre considérations ont présidé au nouveau classement :
- 1° Le point de vue stratégique' ;
- 2° L’établissement de communications plus directes entre des parties éloignées d’un nvême réseau ou entre plusieurs réseaux ;
- 3° Le besoin de rattacher à un réseau les centres de quelque importance encore privés de chemin de fer ;
- 4° La facilité des relations d’intérêt politique ou administratif.
- À notre avis — après examen sur la carte des 154 lignes d’intérêt général et des 53 lignes d’intérêt local —• ü est évident que la considération stratégique est celle qui a eu le plus dlnüuence dans la détermination des lignes à construire. Il est utile
- (1) Il y a aujourd'hui en Europe 148,259 kilomètres de chemins de fer exploités. Le réseau français complété équivaudrait donc à lui seul à un quart dos chemins de fer européens acluels.
- d'agir ainsi. La France, maîtresse de ses destinées) est pacifique de sa nature, Elle comprend qu’avec sa grande fertilité de sol, sa position géographique exceptionnelle, ses ports sur la mer et. l'océan» ses grands fleuves navigables, ses mines de houilles de métaux elle a tout à gagner à Ja paix et que par .1# paix elle reconquerra cefte priorité que le régime militaire lui a fait perdre. Quelques années encore de calme à l’intérieur et de paix au dehors, et Ja France sera, par ses ressources industrielles et commerciales, la puissance laplus importante do J’Eurqpç.
- Mais, s’il est bon de tenir à la paix, il est bon aussi, précisément dans l’intérêt de la paix, de ne pas laisser les frontières ouvertes à l'étranger, La guerre de 1870 en entraînant la perte de l’Alsace et de la Lorraine a découvert complètement les frontières françaises de l’Est en même temps qu’elle mettait à deux pas de ces frontières des places fortes considérables aux mains des Prussiens.
- Depuis lors les Prussiens n’ont rien épargné pour rendre ces positions inquiétantes pour la France. Ils ont construit tout un réseau de chemins de fer stratégiques sur le territoire conquis; ils ont jeté sur le Rhin trois ponts nouveaux entre celui de Bâle et celui de Kehl, sans compter ceux qu’ils construiseut sur le même fleuve entre Kehl et Mayence ; enfin te Reiehstag a voté tout récemment 390 millions de marcs (480 millions de francs) pour la eonstruetiefl d’une grande ligne dè chemin de fer destinée à relier direefemènt Metz â Berlin par Tre-ves, Wetzlar et Potsdam.
- En présence de ees travaux stratégiques de l’Àil«J magne l'a France a le devoir de couvrir ses fre»*-tières de l’Est et du Nord, Il y va de sa •sécurité, U est déplorable, U est dangereux qu’on n'ait pas prte plus tôt ces mesures, on serait coupable si on les différait plus longtemps.
- D’ailleurs si ces lignes sont exécutées dans le bat d'assurer la sécurité du pays, «'oublions pas q,u@ te prospérité générale y trouvera son compte, A rii«i* qu’il est les chemins de fer sont très-mal réparti3 en France ; un grand nombre de lignes rayonnent (te Paris dans toute s les directions; les département* voisins de la capitale ont des communications facile3 assurées par ces lignes là. Il n’en est plus de mêflte lorsqu’on s'éloigne du centre. Les grandes lignes près de Paris, se trouvaient trèa-rapproohées fuite de l’autre, se trouvent, à la frontière, séparées par des distances souvent considérables. Les ombran-ekements destinés à relier entre elles ces grande® ligues sont on général très-peu nombreux .et près^0 toujours insuffisants. En outre le service y est mal fait et U est notoire que dans beaucoup de cas PPW*
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- aller d’un point à un autre de la province on a meilleur temps dépasser par la capitale quoique la distance qui sépare les deux points en ligne directe so t inférieure à la distance d’un trajet par Paris.
- Cet état de choses est fâcheux; il rend les communications longues et coûteuses ; il paralyse les industries de la provinee ; ii met les chemins de fer français en infériorité bien marquée vis-à-vis des chemins de fer de Fétranger.
- En plus d’une circonstance les grandes compagnies ont mis les plus sérieux obstacles à la création de lignes transversales et ellds ont toujours eu soin de combiner leurs honoraires de manière à rendre peu productive l’exploitation des petites lignes1.
- Il en est résulté que des contrées peuplées et industrielles on été privées jusqu’ici des voies de communication auxquelles elle# avaient droit. Il y a telle contrée dont les habitants paient des contributions tout comme d’autre# sans que rien ait été fait en leur faveur. Il y a telles industries importantes,
- qui paient des impôts considérables, et qui malgré cela sont privées de toutes communications par chemin de fer.
- Il est bon, ii est nécessaire, il est urgent que cet état de choses finisse et nous sommes persuadés que la votation de ce classement des lignes et celle de leur construction entraîneront une transformation très-considérable dans le régime industriel et commercial de la France. Plus es communications seront rapides et moins elles seront coûteuses, plus le pays, sera prospère. E. G.
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- ... ' '' ' " ” 1 «"' ....— 1 'F— I l .1 UDJ..II M'HU*
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878
- Produits de la Maison GfOIOIIV
- Cuisinières N°» 240, 4 41 , 242
- La manufacture d'appareils de chauffage de Guise expose celle année, dans le pavillon du chauffage, classe 27, les premiers spécimens de cuisinières en fonte obtenues par des procédés dans lesquels les machines, substituées aux bras de l’homme, exécutent avec une régularité merveilleuse toutes les opérations du moulage : préparation des sables, transports des châssis, construction et manutention des moules, jusqu’à la coulée et le démoulage.
- La manufacture de Guise est certainement la première dans le monde pour la perfection de ces appareils et l’importance de sa fabrication, mais le problème considérable qu’elle vient de résoudre en réalisant le moulage des fourneaux en fonte par des moyens mécaniques, est fait pour lui assurer une vogue plus grande encore.
- Ces procédés n’ont pas seulement le mérite de décharger l'homme d'un travail pénible, pour le rendre simple Spectateur des mêmes efforts accomplis par les machines;
- mais ils ont l’avantage d’exécuter le travail avec plus de J üni qu’il n’est possible de le faire à la main. Ils assurent» | en outre, aux produits une solidité toute particulière eu raison de la perfection de l’exécution. -
- La gravure ci-dessus représente un appareil exécuté :| par ces procédés. C’est certainement le meuble de cui- 1 sine le mieux conçu qui ait été produit jusqu’à ce jour* j Non-seulement, il assure une cuisson parfaite soüS J toutes les formes, mais encore il utilise le combustihl® j
- de la façon la plus complète. Le charbon, le coke, etc. •» 1
- y sont complètement réduits en cendres, sans rien perdr0 , des escarbilles. On le chauffe également bien avec bois.
- Cet appareil assure certainement, à service égal, un0 économie d’un grand tiers sur le combustible qu’on brûl0 ordinairement.
- C’est donc avec l’entière certitude de rendre servie0 que nous recommandons ce meuble aux commerçants aux consommateurs.
- Seint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- 1" ANNÉE — N" 17
- Stmmal IMomadairo paraissant la 'JHmanAu DIMANCHE 30.JUIN 1878
- \ Y
- Le Devoir
- POLITIQUE
- LEGISLATION
- ADMINISTRATION
- RELIGION
- MUTUALITÉ SOLIDARITÉ FRATERNITÉ
- ASSOCIATION DU CAPITAL & DU TRAVAIL
- TRAVAIL
- INDUSTRIE
- COMMERCE
- CONSOMMATION
- ABONNEMENTS
- FRANCE
- Un an. . . • 10!.»» Six mois... 6 »»
- Trois mois. . . 3 »»
- TTtrmn
- ÉTRANGER
- Le port en sud.
- 11 1 1 . —. . .i .. ». . .. 1 ...
- Rédacteur en chef : M. Ed. CHAMPÜRY
- ADRESSER LA CORRESPONDANCE AU GÉRANT, A GUISE (AISNE)
- Les Abonnements sont reçus en mandats de poste ou en timbres-poste et timbres d’effets de commerce français.
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- La ligne. . . 0 fr. 50 Les annonces sont re-
- Çiifjst à finie® V.i.vi.'"..
- au journal, età Paris, chez MM. Havas, Lafjite et Ce, 8, place de la Bourse.
- SOMMAIRE
- Caisse nationale d'assistance des travailleurs, — L'instruction obligatoire en Portugal. — Semaine politique. — La Justice , poème. — La Bibliothèque nationale et les Joyaux de la Couronne. — Roman: La Fille de son père. —Les Tarifs des douanes. — A propos du fonctionnarisme. — L'œuvre de M, Chadwïeh et le Familistère de Guise, — Chronique scientifique. — Bulletin bibliographique. *
- , ______'___________________________r_____
- - — “ ~ ~ ~~ -i
- D’UNE CAISSE NATIONALE D ASSISTA^ DES TRAVAILLEURS (i)
- Les institutions sont d’autant plui solides, et durables qu’elles correspondent aux aspirations progressives de la vie sociale.
- M. Court a donc eu raison d’appuyer son projet de caisse générale de pensions et de retraites sur les principes du droit naturel, droit qui résulte, peur tout être humain, de la vie même et de ce que la nature fait et prépare à ’intention de tous; car il est dans le vrai lorsqu’il établit qu’en toute chose il y a la part de la société qui est celle de Dieu, c’est-à-dire celle laite par le Créateur dans l’intention de donner à tout homme le nécessaire à l’existence.
- (I) Voir le n° 16 du Devait
- C’est de ce principe fondamental que sont sortis les préceptes de la morale universelle, enseignés par les sages, recommandant aux hommes de s’entr’aider les uns les autres, et de faire à autrui le bien qu’on désire pour soi-même. La création d’une caisse de pensions et de retraites serait une application sociale de ces notions du bien ; celle d'une caisse d’assistance nationale en serait une application plus large encore : elle serait la consécration du droit de vivre, sans laquelle la morale sociale n’est qu’une illusion.
- Pour ceux de nos lecteurs qui n’ont pas connaissance du projet de caisse générale de pensions et de retraites publié par a La Religion laïque, mai et juin 1878, » voici le système en substance :
- 1° La caisse serait placée sous la surveillance de huit membres choisis chaque année, moitié par la Chambre des Députés, moitié par le Sénat.
- Peut-être ce système a-t-il le tort d’être trop centralisateur, c’est ce que nous examinerons plus loin.
- La caisse générale de pensions et de retraites aurait pour ressources :
- 2° Les dons et legs qui pourraient lui être faits ;
- 3° Une dotation de l’état de dix millions ;
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- 4* Des retenues perçues à son profit sur les paiements effectués par l’État, par les départements et par les communes à leurs fournisseurs et aux entrepreneurs de leurs travaux ;
- 5° Une légère redevance des personnes qui emploient des ouvriers ou des domestiques, (1 fr. par mois par personne employée) ;
- 6a Un prélèvement sur les successions collatérales.
- Cette caisse serait chargée de servir des pensions et des retraites, selon des catégories déterminées par la loi et les règlements, à tous ceux que leur travail ne pourrait plus nourrir.
- Avec le temps, chacun serait de fait ou de
- CHOIX. lidUû Lille C'UlCgWl.Iij Ljuv/luun<j«« U.i pou
- sonnes soumises à une cotisation, et ayant un droit éventuel à une pension.
- Transitoirement, les premières attributions de pensions et de retraites auraient lieu sans autres conditions, que celles de tel âge déterminé et de telle durée de domicile.
- M. Court entre dans beaucoup de détails qu’il serait trop long de résumer ; ceux de nos lecteurs qui désireraient les connaître les trouveront dans la revue citée.
- Ces éléments de ressources sont certainement à prendre en sérieuse considération. Nul doute qu'une fois de semblables institutions entrées dans le sentiment public, des dons et legs soient faits en leur faveur, comme cela se produit pour les hospices et autres établissements de charité sociale.
- A propos des § 4 et 5, nous ferons seulement remarquer que les dispositions qui y sont relatées nous semblent donner lieu à une complication inutile, si ce n’est à un double emploi . Car s’il est établi une redevance sur toute personne employant des ouvriers, les payements effectués par l’État, les départements et les communes seront faits aux entrepreneurs, pour des travaux qui auront subi cette règle, la retenue faite en outre sur ces paiements, comme l’indique le § 4, apparaît donc comme une véritable surcharge.
- Quant au prélèvement sur les successions, M. Court en justifie l’application en légiste
- compétent, - de façon à ranger à son avis, au cours de son article, toute personne animée du sentiment de la justice.
- Mais, c'est en s’appuyant sur l’expérience du Lien et du progrès déjà réalisés, qu’on s’élève à un progrès nouveau ; il nous semble donc que l’institution d’une semblable caisse aurait tout à gagner à être comparée aux caisses mutuelles déjà constituées dans l’industrie, afin de mettre à profit les enseignements pratiques ressortant de ces institutions, d’en perfectionner l'organisation, et d’en généraliser l’usage, de manière à faire entrer dans nos moeurs et dans nos lois la pratique du devoir à l’égard de nos semblables maineureux,
- C’est à l’initiative des chefs d’établissements qu’il faut attribuer en général l’organisation des caisses de secours mutuels dans l'industrie. Ces caisses eurent pour point de départ une retenue faite sur les salaires ; et pour but, l’allocation â l’ouvrier de secours temporaires pendant la ma-* ladie.
- Souvent, l'organisation de ces institutions fut difficile; la question de gestion, surtout, souleva de nombreuses résistances de la part des ouvriers. Jamais ils n’admirent volontairement qu’une retenue faite sur leurs gains fut administrée et réglementée dans son emploi, par d’autres que ceux à qui le sacrifice était imposé,
- H
- Qu’on nous permette ici, pour donner à notre étude un point d’appui et un objet de comparaisons, de citer les expériences tentées en fait d’organisation d’asrislance mutuelle à Guise, dans le Familistère et son usine.
- Dès l’origine de la manufacture d'appareils de chauffage de Guise, une caisse de secours et de service médical fut instituée, à l’aide d’une coti* sation de 0,50 centimes par quinzaine, prélevée sur le salaire de chaque ouvrier.
- Connaissant les inconvénients qu’il y aurait eus à ce que la direction, de cette caisse lui revint le chef de rétablissement appela, [dès le début,, ses ouvriers à élire parmi eux un comité chargé
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- d'administrer la caisse et d’en constituer, discu-1 bases d’organisation de la caisse de secours 1er et approuver le règlement. [ établie pour tous les ouvriers attachés à cet
- En même temps que les ouvriers consentaient | établissement, à laisser à la caisse une cotisation s’élevant à I R convient d’ajouter que le comité adminis-environ 1 0/0 de leurs salaires, l’administration I trateur élu parmi les ouvriers est composé” de de l'établissement faisait, de son côté, au profit I 18 membres, qu'il fait et modifie le règlement, de la même caisse, abandon des amendes pour I qu’il visite les malades et décide dans toutes les infractions au règlement et des retenues pour I questions concernant les demandes et les récla-maîfaçons. ! mations.
- Grâce à ces combinaisons, les trois questions I R usine accorde a chacun des membres de ce principales de l'accord entre patrons et ouvriers, I comité, une indemnité de 5 francs par mois au sujet des caisses de secours, sont résolues : I Pour ^es portes de temps auxquelles donnent 1° Un comité élu par et parmi les ouvriers, I ^eu ^es v*s^es ^es malades et les soins d àdmi-administrant la caisse et strictement tenu au I uistration de la caisse.
- courant dgs recettes, des dépenses et de l’état I ^aris ces conditions, la caisse de secours a de l’encaisse, rend toute suspicion impossible, j boujoars parfaitement fonctionné sans conflits
- T Les amendes qu’il est nécessaire d’appliquer dans l’atelier pour le maintien du règle- , . ,
- ment étant abandonnées à la caisse, la masse en I ^ama*s c»n na vu se produiie dune façon profita et se trouve alors 'disposée à faire elle- 6érieuse les têndances à l'abus que certains même respecter le règlement, au lieu de prendre I esPr**"s p>Avenus redoutent de la part des parti pour les réfractaires, ce qui ne manque pas I ouvriers> du moment 1u’un minimuœ )eur es^
- d’arriver quand le chef d’industrie considère les amendes comme dédommagement d’un préjudice qui lui est causé dans la production et, pour ce motif, les retient à son profit.
- 3° Les retenues pour malfaçons étant versées à la caisse, l'ouvrier les accepte sans murmurer, sachant bien qu’elles lui reviendront en cas de maladie. Au contraire, quand le patron les encaisse, ces retenues (bien que toujours inférieures de beaucoup à la perte subie par l’établissement, pour détérioration ou perte de matières do la part de l’ouvrier) soulèvent immanquablement le plus vif mécontentement chez le travailleur dont elles diminuent le salaire, Ce mécontentement ne se produit pas, quand les retenues font retour à la caisse de secours, et l'ouvrier a, en outre, la possibilité d’en appeler â ses pairs ; car le comité de la caisse est là pour approuver ou désapprouver l'application de la retenue, ainsi qu'il le fait d’autre part en ce qui concerne les amendes.
- ? Telles ont été, depuis l’origine de la manufacture d’appareils de chauffage de Guise, les
- assuré. Toujours, au contraire, ils se sont montrés gardiens vigilants des intérêts de leur caisse, et les règlements en ont été constamment appliqués d’une façon régulière.
- Voici, en résumé, les résultats que produit cette caisse.
- Les moyennes annuelles pendant les cinq dernières années s'établissent ainsi :
- Nombre d’ouvriers participants . . 889
- Chiffre total des cotisations annuelles, à raison de 0 fr. 50 centimes par quinzaine pour les ouvriers et ouvrières; et de 0 fr, 30 centimes pour les jeunes gens et jeunes filles au-dessous
- de 16 ans........................ 10,809 f. 91
- Montant annuel des \
- amendes .... 3,665 f. 43 Montant annuel des malfaçons . . . .4,10
- Recettes diverses, intérêt en compte courant, etc., . . . 317 74
- 30 ) 8,090 47
- Total.
- 18,900 f. 38
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- LE DEVOIR
- L’établissement, par les amendes, les malfaçons, etc.,... a donc versé à la caisse de
- secours mutuels des ouvriers, une somme égale aux quatre cinquièmes des cotisations des ouvriers eux-mêmes.
- La somme totale des salaires annuels s’étant élevée en moyenne à francs . . . 897,000
- c’est environ 2 p, % des salaires que la caisse a reçus pour faire face aux subventions accordées aux sociétaires malades.
- La dépense totale de la caisse a été en moyenne par an de .... 18,794 fr. 31
- ainsi répartie :
- Allocations aux médecins . 1,600 f.
- Subventions aux malades . 17,104 31
- La moyenne du nombre des ouvriers malades par année, a été de............... . 551
- Le nombre des jours de maladie s’est élevé
- à ................................... 10,331
- soit par malade 19 jours environ, pendant lesquels le patient a reçu une subvention de 31 fr. 20 centimes.
- Pour les ouvriers adultes, les subventions sont de 2 fr. par jour pendant 3 mois; de 1 fr. 50 ensuite pendant une nouvelle période de trois mois; et enlin de 1 fr, pendant les six mois suivants.
- Tour l’ouvrier au-dessous de 16 ans, les allocations sont, pendant les mêmes périodes, de : 1 fr. — 0 fr. 70—0 fr. 50.
- Pour les femmes, elles sont de : 1 fr. 25 — 0 fr. 75 — 0 fr. 50.
- Tous reçoivent en outre les soins gratuits du médecin de leur choix.
- Ces secours pendant la maladie sont fort au-dessous de ce que gagnent les ouvriers en santé; néanmoins ils concourent déjà à éviter beaucoup de souffrances et do misères.
- Nous verrons, dans un prochain article, comment cette situation s’est améliorée pour la population la plus stable de l’établissement de Guise, par la création de quatre caisses nouvelles concourant toutes à donner les garanties mutuelles do l’existence.
- (A suivre) Godin.
- L’INSTRUCTION OBLIGATOIRE EN PORTUGAL
- Le principe de l'obligation de l'instruction fait rapidement son chemin dans le menue. Il triomphe même dans les Etats où Ton s’attendait le moins à le voir triompher. On sait que l’Italie l’a récemment inscrit dans ses lois. Aujourd’hui -c’est le Portugal qui suit ce louable exemple. L’instruction primaire vient d’être rendue obligatoire parla dernière législature portugaise.
- Assurément cette loi n’est pas aussi hardie que nous le voudrions mais elle est conçue dans un esprit qui démontre bien jusqu’où commencent â s’étendre les idées nouvelles.
- Cet enseignement comprend deux degrés ; l’élémentaire et le complémentaire.
- Le premier comprend la lecture, l’écriture, les quatre règles do l’arithmétique, les premiers éléments de la grammaire, les principes du système métrique cl du dessin, ni murait; ut 10 catéchisme. Pour les filles, il comprend'en plus la couture.
- Les élèves n’appartenant pas à la religion catholique sont dispensés du catéchisme. L’enseignement complémentaire comprend pour les garçons : la lecture et la récitation de la prose et de la poésie, la calligraphie, des notions élémentaires de géométrie, des exercices sur la langue, les éléments de la chronologie et de l’histoire portugaise, le dessin linéaire, l’histoire sacrée, les élé-Iments de l’hygiène et do l'agriculture, la gymnastique, e chant choral, et une élude des droits et des devoirs du citoyen,
- L’enseignement complémentaire pour les filles comprend en outre une étude dos devoirs de la mère de famille, la broderie, la coupe des vêtements, la confection des fleurs, etc.
- L’instruction élémentaire est obligatoire pour tous les enfants do six à douze ans, mais avec exemption de ceux pour lesquels les parents ou tuteurs fourniront la preuve légale qu’ils sont intruits soit dans la famille, soit dans des institutions particulières.
- Seront également exempts :
- Ceux qui résideraient à plus de 2 kilomètres de l’école gratuite; ceux qui, dans trois examens successifs, seraient jugés incapables de recevoir l’enseignement, et ceux qui, par suite de misère extrême, ne pourraient pas fréquenter l’école.
- Il est à remarquer à cette occasion que l’on parle beaucoup en Franco de rendre l’iuslruction obligatoire mais que jusqu’ici on n’a rien, absolument rien voté dans ce sens.
- Il aurait assurément mieux valu parler moins et agir davantage.
- N’est-il pas triste do penser que certaines contrées, parmi les plus riches et les plus fertiles de la France sont dénuées d’instruction alors que les campagnes pauvres et glacées de l’Islande, à quelques degrés du pôle, jouissent de l’instruction obligatoire et que le Portugal, si dévot, si fanatique, inscrit dans ses lois l’obli galion d’instruire les enfants, E. C.
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- LA SEMAINE POLITIQUE
- Disette de nouvelles cette semaine.
- L’intérêt serait vif si l'on pouvait savoir d’une manière un peu complète ce qui se passe au Congrès, malheureusement on n’en sait que peu de chose, et le peu que l’on sait n’est pas officiel.
- En attendant que de sérieuses communications viennent récompenser leur zèle, les reporters se voient contraints de s’intéresser aux uniformes des plénipotentiaires, au menu de leurs festins, aux grains de plomb ou aux morceaux de cervelle qui sortent du crâne de Nobiling, enfin aux prouesses du «chien de M. de Bismark, histoire de chien qui — par parenthèse — nous a fort l’air d’ètre une histoire de canard.
- Les plénipotentiaires qui représentent la Russie, au Congrès de Berlin, paraissent avoir admis le projet anglo-américain relatif à la Roumanie. On sait que d’après ce projet les Balkans serviraient de limite à la nouvelle principauté. Au nord de cette chaîne serait l’Etat bulgare, au sud, la province de Roumélie restant ottomane, mais obtenant l’autonomie administrative.
- On ne tardera pas à savoir s’il se confirme officiellement que les Turcs obtiennent le droit d’occuper et do fortifier les passes des Balkans, Les cabinets de Londres et de Vienne tiennent à ce que la Turquie, qui a perdu le Danube, sa première ligne de défense, conserve au moins la seconde qui est la chaîne des Balkans.
- Ainsi le Congrès ne fait que du replâtrage. Nous avions quelque peu prévu qu’il en serait ainsi.
- L’Allemagne commence à se préoccuper du renouvellement du Reichstag, si arbitrairement dissous.
- Nous ne savons quels seront les fruits de ce 16 mai germanique, mais nous pouvons juger dès aujourd’hui ce que deviendra l’infortunée Allemagne si la pression électorale, à laquelle elle est soumise, peut empêcher, le 30juillet, le triomphe des partis avancés.
- Deux des 3 partis de réaction à outrance qui déchirent l’Allemagne, ont déjà lancé leur manifeste. C’est très-édifiant.
- Le parti impérial, qui s’intitule par ironie « conservateur libéral, » demande pour l’Etat de pleins pouvoirs extraordinaires, autrement dit un arbitraire sans contrôle, ne tenant aucun compte du droit commun.'
- Le parti dit « conservateur allemand, » ne se laisse pas distancer par son auguste rival. Il demande simplement que Ton combatte les ambitions tendant à remplacer l'autorité du monarque par le règne de la major dé, autrement dil à combattre l’esprit de la constitution do l’empire et tout autre esprit de gouvernement parlementaire.
- La question d’Orient ne soulève pas seulement les revendications des chrétiens ou des Ottomans, elle soulève aussi celles des Israélites.
- On sait que les Juifs n’ont cessé d’ètre, en Roumanie, les victimes de l’arbitraire et de la persécution. Il n’y a pas si longtemps qu’à Galatz la foule en a massacré quelques-uns. Les Juifs de Roumanie ne sont pas autorisés à acheter des terres, ils ne jouissent d’aucun droit politique.
- Il est probable que lord Beaconsiield prouvera, par Ba conduite au Congrès,qu’il n’a pas cessé d’ètre M, Disraeli.
- Ses co-religionnaires de Roumanie comptent qu’il revendiquera leur droits.
- Le nouveau ministère belge est formé d’éléments libéraux, toutefois nous aurions aimé y voir figurer plusieurs hommes du parti avancé que M. Graux représente seul au gouvernement.
- Trois des anciens ministres reprennent leur fauteuil : ce sont MM. Frère Orban, Bara et Renard. Au nombre des nouveaux venus est M. Rolin-Jacquemyns si estimé dans le monde des penseurs pour ses travaux sur une codification internationale du droit des gens, M. Saine- • lette, appelé aux travaux publics, est un député de Mons bien connu. Enfin M. Yan Iiumbeeck, pour qui a été créé le ministère de l’instruction publique ; est parfaitement qualifié pour défendre fermement l’intérêt social contre les prétentions de Tultramontanisme.
- Il est à espérer que durantleur 8 années d’éloignement
- du ponvr.ii' lo« hommos politiquoa du parti lib<5i‘al belge
- auront compris que si la Belgique a été livrée ainsi aux inilucnces catholiques, c’est que leur timidité antérieure avait jeté sur le parti et sur les idées qu’ils représentaient une injuste mais concevable défaveur.
- A l’intérieur la semaine a débuté par la condamnation à 6 mois de prison de M. le Marquis d’Allen, cousin du comte de Chambord.
- M. d’Allen a commis les faits les plus scandaleux, dans le but de fabriquer des bulletins au profit d’un candidat bonapartiste. C’est fort édifiant pour ce cousin d’un roi inparlibus.
- Les journaux royalistes gardent sur cette affaire un silence absolu.
- Ce Monsieur était maire de Pertuis arrondissement d’Apt Le sous préfet de cette dernière ville est également assigné pour menées coupables durant la période électorale elle jour môme des élections.
- Enfin M. Silvestre, député invalidé, est très gravement compromis.
- La Commission des douanes a entendu M. Roy qui, au nom de tous les négociants exportateurs de Paris, a fait une déposition qui a été écoutée avec le plus grand intérêt parla Commission.
- M. Roy a insisté sur la nécessité de combattre énergiquement les prétentions fies protectionnistes, qui, s’ils obtenaient les surévélations de droits réclamées par eux, porteraient un coup funeste à notre industrie et particulièrement au commerce à longue échéance.
- La Commission représentant les producteurs et négociants eu vins s'est élevée avec une égale énergie contre les prétentions protectionnistes.
- • #
- Un bon exemple vient d’ètre donné par les républicains de Dôle. Considérant que c’est être peu et mal républicains que de Tètre seulement par accès de fièvre et en vue d'une victoire électorale, ils ont résolu, à l'instigation de M, Jean Macé, de fonder une Société d’instruction dans leur ressort. Us admettent les dames à en faire partie, et apparemment à titre actif aussi bien-qu’à titre de souscripteurs, à quoi il faut encore applaudir, bien que cela dût partout aller sans dire : Leur but est:
- D'établir des bibliothèques populaires dans les communes rurales et de^provoquer la création de sociétés
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- locales de bibliothèques, n'ayant avec la société du chef-lieu d’autre lien que celui de la communauté de principes et d’efforts ;
- D’aider à l’établissement de librairies de campagne ;
- D’organiser des séances de lecture à haute voix et des conférences familières, soit à domicile, soit en public ;
- D’appeler l’attention des municipalités sur les mesures qu’elles auraient à prendre dans l’intérêt de leurs écoles.
- La cotisation annuelle est fixée à deux francs. La Société est administrée par un comité de six membres, nommé en assemblée générale, renouvelable par tiers chaque année.
- La Banque de France vient de décider qu’elle ne remboursera à l’avenir aucun des billets faux qui lui seraient présentés.
- Ainsi vuiui une fumlaüon privilégiée dunt les actionnaires prélèvent d’énormes bénéfices sur le Crédit public et qui se permet de rendre le public responsable des inconvénients que ce crédit peut avoir pour elle.
- Le porteur de bonne foi d’un billet faux peut ainsi être frustré de la valeur de ce billet parce que MM. les graveurs de la Banque ne sont pas assez habiles pour défier les contrelacteurs.
- Le monopole concédé à la Banque ne peut avoir sa raison d’être que si le publie n’a pas à souffrir de ce monopole. C’est à elle à s’arranger comme elle pourra, elle est assez riche pour cela.
- Il faut donc ou bien qu’elle émette des billets que l’on ne puisse contrefaire, ou bien que l’on retire à la Banque le monopole de ce papier.
- Une constatation de la plus grande gravité vient d’être faite par la Commission parlementaire de vérification des comptes de 1870-71.
- Cette Commission a reconnu que, chaque année, la liste civile de l’ex-empereur dépassait notablement le chiffre de 25 millions, voté par les chambres impériales, Dans certains cas, elle s’élevait jusqu’à 34 et 38 millions; souvent, ello atteignait 30 millions.
- C’est à l’aido de ventes do biens dépendant de ce qu’on appelait le domaine de la couronne que Fex-empereur trouvait lo moyen d’accroitre ses rovauus. Ces aliénations de terrains ont été faites sans autorisation législative et simplement en vertu du pouvoir arbitraire de Napoléon III.
- La Commission a constaté que, de cette manière l’ex* empereur a aliéné vingt-sias mille hectares de forêts do* manialcs qui auraient dû faire retour à l’Etat à la chute de l’empire. Ces chiffres, d’ailleurs, seront exactement établis dans le rapport do la Commission; celle-ci, en effet, se propose de demander à l’administration des forêts des comptes rigoureusement exacts qui ne pourront lui être refusés.
- Nous sommes convaincus que dès le premier jour do la rentrée des Chambres il se trouvera des députés ou des sénateurs assez soucieux des intérêts qui leur sont confiés pour exiger que la justice ne laisse pas les auteurs et les complices de ces vols à l’abri de la puni tion sévère qu’ils méritent.
- E. G,
- LA. JUSTICE
- Poème philosophique par M. Sully Prudhomme
- II
- Nous avons vu que le poète après avoir cherché en vain la justice autour de lui, guidé dans cette recherche par le seul flambeau de sa raison, en était arrivé à cette constatation douloureuse que la justice — cette étoile polaire du inonde moral — n’existe pas.
- Et cependant la conscience, du poète conserve intacts tous ses scrupules; Elle persiste à le rendre responsable devant une loi morale.
- Comment donc se fait-il que le cœur répudie Les absolutions de la raison liardie 1 Aurait-il des raisons qu’elle ne comprit pas ?
- Elle informe, elle instruit, serait-ce lui qui juge ? Que dis-je ! La justice au Ueü de fuir mes pas, N’aurait elle qu’en moi, dans mon cœur,sou refuge?
- Autant de questions, autant de mystères.
- Ces mystères, le poëte veut se les expliquer. Il se replie alors sur lui-même et tourne ses investigations sur le monde intime, aussi infini, aussi multiple que l’univers lui-même.
- Sur les astres fermons cette nuit ma fenêtre;
- Si contempler est doux, il est beau de connaître ; Fermons même les yeux, et, le front dans la main, Entrons dans l’ombre intime.,,,
- Mais l’homme qu’est-il ? Est-il par lui-même distinct de la nature et de cet héritage
- Que reçoit des aïeux tout homme à son insu,
- Pour le léguer plus lourd qu’il ne l’avait reçu ? Quand je songe à ma part dans ce vaste héritage De pensers et de mœurs amassés d’âge en âge,
- Je ne sais où me prendre, et cherche avec effroi Dans mon être, âme et corps, ce que j’appelle moi.
- L’ dée de justice que le poète sent en lui-même, lui appartient-elle plus que le reste ? Elle fait plus que nous appartenir, elle est notre propre essenoe :
- .... Formée en nous depuis notre naissance Ta nature, t justice ! est notre propre essence,
- Elles font, l’une et l’autre, un tel couple, en effet, Que l’homme ne se sent vraiment homme et parfait, En harmonie entière avec ses destinées Qu’en les tenant toujours l’une à l’autre enchaînées, Et que le juste meurt, sans mur mure, pour toi,
- Car sans l'honneur la vie est pour lui sans emploi !
- Voilà la gloire de l’homme, et c’est la gloire de notre planète que d’avoir connu ce demi-dieu. Il fallut pour en arriver là qu’une série d’êtres apparut, passât par des formes de plusenpluscomplexes,s’animât d’une vie de plus en plus riche et consciente et rattachâtpar une chaîne ininterrompue l’atôme dans la nébuleuse & l'homme sur la terre. La conscience est
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- le terme vers lequel tendait toute cette série. C’est dans le genre humain que la conscience est apparue à son heure, c’est en lui qu’elle règne, c’est de lui qu’elle a fait son prêtre et son prophète.
- Cette conception nouvelle explique au poète les commandements, les exigences de cette voix intérieure :
- C’est de mon rang conquis la conscience innée, Gardienne d’une espèce et de sa destinée,
- Qui me révèle mon devoir !
- Elle m'enjoint d'être homme et de respecter l’homme Au nom des ciem passés, dont la terre est la somme,
- Et des deux futurs, mon espoir !
- Le respect de tout homme est la justice môme :
- Le juste sent qu’il porte, uu commun diadème Qui lui rend tous les fronts sacrés.
- Nuire à l'humanité, c'est rompre la spirale Oie se fait pas à pas l'ascension morale Dont les mondes sont les degrés,
- Le sens du mot « justice » enfin je le devine ! Humaine par son but, la justice est divine Même dans l’âme d'un mortel,
- Par l’aveu du grand Tout dont elle est mandataire, Par le suffrage entier du ciel et de la terre,
- El par le sacre universel.
- Enfin le poëte respire et les vœux de son cœur se concilient avec les jugements de sa raison. Il se fait une pondération morale en lui-même et il considère le monde d’un œil bien différent. La sociabilité qui anime tous les hommes lui apparaît alors comme un besoin instinctif qui tend à les réunir de plus en plus.
- Déjà les lois sont moins barbares Et tous les cris mieux entendus ;
- D’âge en âge se font moins rares Les arrêts par le cœur rendus.
- Ce progrès de la justice, déjà sensible aujourd’hui mais évident demain, se développe parallèlement à celui des connaissances dont il est le fruit le plus utile.
- La Loi sans âme attend qu’on réchauffe et l’éclaire Au flambeau du savoir, au foyer de l'amour.
- Un jour les cœurs, tous envahis Par le grand flux d’amour qui monte,
- De s’être si longtemps haïs N'auront plus que surprise ©t honte.
- Il nous semble que le présent N’offre que rapine et carnage,
- Toujours pourtant il en surnage Un nouveau dogme bienfaisant.
- Toujours les causes magnanimes Ont leur triomphe, lent ou prompt :
- Fumés par le sang des victimes Les oliviers triompheront !
- Oui, mais ce triomphe ne viendra pas de lui-même.
- Il faut que son avènement soit amené par les constants efforts de chacun 1
- Certes, c’est un bon grain qu’une parole vraie;
- Mais en est-il un seul qui germe sans labour,
- Et qui lève sans eau, sans chaleur et sans jour,
- Sans que personne arrache autour de lui l'ivraie 1
- ....A l’œuvre ! il est passé le temps de l’examen !
- C’est sur cette juste et saine conclusion que s’arrête M. Sully Prudhomme. Toutefois qu’il nous permette de le dire, elle n’est pas assez énergiquement formulée, pas assez nettement impérative. Cette insuffisance vient peut-être du fait que cette conclusion ne compte qu’une centaine de vers sur les trois mille du poème .
- On est trop habitué à la maxime du laissez faire, laissez passer, la plus dangereuse des maximes. On s’accoutume à considérer les progrès de la justice comme une conséquence naturelle et inévitable des choses, comme un de ces faits qui arrivent à leur heure et qui s’imposent d’eux-mêmes.
- C’est une illusion dangereuse. Le progrès ne naît pas sans effort. Il faut l’emploi du forceps et les douleurs qui en résultent pour que cet enfant-là vienne au monde et que l’humanité soit soulagée. Mais, prenez garde, il est nécessaire pour la conservation de la mère que le forceps ne soit , pas confié aux mains des trembleurs, des thaumaturges ou des ignorants.
- Nous sommes trop familiers avec les œuvres de M. Sully Prudhomme pour mettre en doute l’identité de son idée et de la nôtre sur ce point. Vingt passages des Epreuves et de ses autres écrits antérieurs sont là pour nous le rappeler. Nous osons donc espérer qu’il aura suffi de signaler au poëte cette légère insuffisance de la conclusion pour que, dans l’édition prochaine de son beau livre,il y remédie avec^cet art délicatet cette éloquence persuasive qui caractérisent son talent. Ed. Ciiampury.
- LÀ BIBLIOTHÈQUE NATIONALE
- et les joyaux de la Couronne
- Les grandes collections publiques de Paris sont une des gloires de la France. Elles contribuent pour beaucoup au prestige de la capitale et lui permettent de s’imposer une mission intellectuelle d’une sérieuse valeur. On peut même dire, sans rien exagérer, que ces collections sont l’un des principaux objectifs de ce flux constant de personnes lettrées qui, chaque année, viennent visiter Paris depuis les pays les plus éloignés.
- A vrai dire, toutes ces collections ne sont pas d’égale valeur. Le Louvre, le Jardin des Plantes, l’Ecole des Mines et le Conservatoire des Arts et Métiers, ont dans d’autres capitales des rivaux qui
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- les valent ou qui les surpassent. Il n’en est plus de même quand on parle de la Bibliothèque nationale, celle-ci est sans rivale dans le monde entier.
- Cette inappréciable réunion de manuscrits, d’imprimés, de cartes, d’estampes, de médailles et d’antiquités, a permis des recherches intéressantes; elle a fait faire de précieuses découvertes; elle a grandement contribué à accroître le capital intellectuel de 1 humanité; enfin elle constitue une mine, unique en son genre, où chaque jour des milliers de travailleurs viennent puiser des trésors nouveaux.
- Il semble qu’en présence de l’accumulation sur un même point de richesses aussi considérables, le gouvernement auquel elles appartiennent doit ne reculer devant aucun sacrifice pour assurer d’une manière sérieuse leur conservation.
- Erreur. La négligence des gouvernements a été telle qu'à l’heure qu’il est la Bibliothèque nationale est sérieusement menacée de destruction et que d’un moment à l’autre elle peut être la proie des flammes.
- Nous n’exagérons pas. Nous ne grossissons rien. Le danger que courent ces collections existe depuis longtemps et chaque jour il s’aggrave davantage ; chaque jour aussi la nécessité d'y porter remède devient plus évidente à tous les yeux.
- Visconti signalait déjà ce danger en 1838, dans un rapport qu’il fît en sa qualité d'architecte de la Bibliothèque; M. Bardoux le signala de nouveau, dans son rapport sur le Budget de I87G; M. Lockroy agit de même envers la Chambre des députés, îe 13 février 1878; enfin M. Barthélemy Saint-Hilaire l’a signalé une quatrième fois dans un rapport officiel qui vient d’être publié.
- Ainsi on est resté 40 ans sans prendre une décision. C’est réellement honteux. C’est plus que de la négligence, c’est de l’incurie.
- Les détails qui suivent suffisent à le prouver.
- Les bâtiments de la Bibliothèque sont contigus, d’un côté, à quatre vieillies, très-vieilles maisons que M. Barthélemy Saint-Hilaire qualifie de vermoulues et daus lesquelles il semble qu’on ait amassé comme à plaisir toutes les matières combustibles possibles. Nous y trouvons d’abord, disent les rapports, un marchand de vin dont les caves sont pleines d’alcool, un marchand de bois, un laboratoire de pharmacien, un entrepôt d’huiles, parmi lesquelles il y a des huiles minérales, enfin un hôtel meublé . Les cuisines de cet hôtel ne sont pas même séparées de la Bibliothèque par un mur, mais par un simple pan de bois. Si l’on applique la main sur cette milice cloison on peut sentir le feu des cuisines. Les autres murs mitoyens sont tellement caducs, qu’ils s’écrouleraient de fond en comble si on y adossait un escalier dont la Bibliothèque aurait pourtant le plus grand besoin en cet endroit. Ces constructions délabrées sont sillonnées de tuyaux de cheminée où le^feu a déjà pris souvent et où il peut encore prendre d’un instant à l’autre. Si par malheur le feu venait à se déclarer dans un de ces immeubles dangereux, il se communiquerait en un instant aux combles de la Bibliothèque qui, de ce côté, sont tout en charpentes.
- On frémit en songeant aux conséquences d’un pareil désastre, toujours possible et toujours imminent. On tenterait vainement d’en mesurer l’étendue, aditM* Barthélemy Saint-Hilaire; les expressions
- les plus fortes n’y suffiraient pas. Ce désastre ne pourrait être comparé qu’à celui de la Bibliothèque d Alexandrie. Il serait même plus important encore, car la Bibliothèque nationale est la plus riche qui ait jamais existé. Deux millions de volumes de choix, cinquante-quatre mille chefs-d œuvre ou raretés bibliographiques du plus haut prix, près de cent mille manuscrits de tous les temps et de toutes lest langues, un million d’autographes de personnages célèbres, deux millions deux cent mille estampes de valeur, cent mille médailles, dont quelques-unes, qui sont uniques, ont été payées jusqu’à 30,000 fr. pièce ; voilà ce que l’incendie menace à chaque heure, â chaque minute.
- La valeur vénale de cet ensemble de trésors ne se chiffre pas par millions de francs, ni même par centaines de millions, c’est par milliards qu’elle se chiffre. Eh bien ! quelque énorme que soit cette valeur vénale, elle n’est que peu de chose, elle n’est rien comparativement à la valeur intellectuelle. Et l’on tarde et l’on néglige de faire le nécessaire, le peu qui est nécessaire pour conserver à la France, à l’Europe, à la civilisation tout entière cet ensemble de richesse sans égal dans aucun temps ni dans aucun pays 1
- Hélas 1 on recule devant une dépense de 5 à ô millions. On craint, affirme-t-on, de détruire, par cette faible dépense, l’équilibre d’ùn budget de plusieurs milliards.
- Ce prétexte, cet excuse, ce subterfuge fait pitié.
- Ah! s’il s’agissait de construire quelque forteresse nouvelle, de payer quelques nouveaux canons, d’acquérir le secret d’un fusil tuant trente hommes par minute, en un mot de faire une dépense qui facilitât les procédés de destruction ou d’égorgement, oh alors 1 on trouverait les millions nécessaires ; on saurait bien où les prendre ; on en trouverait même plus qu’on en aurait demandé ; on s’inquiéterait fort peu do 1 équilibre du budget et dùt-on à tout jamais détruire cet équilibre on réaliserait les ressources voulues.
- Mais du moment qu’il s’agit d’une œuvre utile, d’un capital intellectuel à sauver, de la gloire-artistique, scientifique et littéraire de la France, 5 ou 6 millions sont une dépense énorme, une charge qui demande réflexion, un capital que l’on ne sait où prendre et que l’on ne peut songer à réunir.
- Pardon, Messieurs ces ressources que vous vous plaignez de ne pas avoir, vous les avez.
- Le gouvernement de la République a dans ses mains un capital improductif, qu’il pourra réaliser quand il voudra et qui fournira à lui seul, non-seulement les six millions que l’on dit ne savoir où prendre, mais encore biend’autres millions.
- Ce capi.al, ce sont les diamants de l’ancienne couronne.
- Lesjoyauxdits delà couronne représentent aujourd’hui une valeur vénale de plus de trente millions de francs. Leur valeurserait triple s ils pouvaient être vendus aux prix qu’ils ont coûtés augmentés des intérêts qu'ils ont fait perdre.
- Ces diverses pierreries n’ont plus aujourd’hui aucune espèce d'utilité. La mode des couronnes est passée en France et l'on peut affirmer sam trop d’optimisme qu’elle n’y reviendra jamais. Conséquemment ces cristaux de carbone n’ont plus aucun droit à être conservés. Ils ne peuvent être désormais que
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- des superfluités inutiles et le seul parti sensé, le seul parti logique à prendre à leur égard, c’est de les vendre et de les transformer ainsi en capitaux; réels pouvant servir au bien public.
- Aucune objection sérieuse ne peut être présentée en faveur de leur conservation. On a pu parler de valeur d’art ou d’intérêt historique : on a joué sur les mots.
- Ce qui constitue la valeur d’art d’un objet, ce n’est point la rareté de la matière dont il est formé, mais le fait qu’il garde l’empreinte du caractère d’un homme, d’un peuple, d'une époque. Quant à l'intérêt historique il consiste dans l’idée que peut donner un objet des prédilections ou des antipathies des hommes auxquels il a servi.
- Un édifice, un tableau, une statué, un travail d’or-févrerie, une armure, peuvent être des œuvres d’art ou des objets historiques, les diamants de l’ancienne couronne de France ne sauraient revendiquer ce titre.
- Ce sont de simples objets d’nn luxe inutile et comme le luxe inutile est le fléau des républiques, il importe de se débarrasser au plus tôt de tout ce qui est de nature à l’entretenir. Personne n’aura lieu de s’en plaindre.
- Si, il y aura quelques personnes qui s’en plaindront. Il y a encore des monarchistes en France et ces monarchistes nourrissent au tond du cœur la douce espérance de voir le trône renaître de ses cendres. Le soin avec lequel on a jusqu’ici conservé les joyaux de la couronne n’a pas médiocrement contribué à entretenir ces espérances. Il est utile, il est urgent de tout faire pour empêcher qu’elles soient entretenues plus longtemps. Une loi décidant l’aliénation des joyaux de la couronne agirait puissamment en ce sens.
- S’il se trouve des monarchistes incorrigibles pour qui cette aliénation soit pénible, ils y trouveront une occasion unique en son genre pour prouver l’ardeur de leurs convictions et la sincérité de leur dévouement, Ils n’auront qu’à racheter ces précieuses épaves de la monarchie naufragée et à se rendre à Frohsdorfl ou à Chislehurst pour en faire hommage a leur roi ou a leur empereur.
- Plus vite cette aliénation sera faite mieux cela vaudra. Le capital improductif immobilisé dans ces quelques cristaux de carbone rapporterait à 5 0/0 un intérêt annuel de plus d’un million et demi de francs. Chaque jour de retard dans cette aliénation fait perdre au pays une somme d’intérêts, de plus de 4,000 francs, auxquels il faut ajouter les frais de conservation, surveillance, etc.
- Il est temps que cela finisse.
- Que l’on réfléchisse à tout ce qui pourra se faire avec la valeur de ces somptueuses inutilités. Une fois les 6 millions de francs qu’exige le dégagement de la Bibliothèque nationale prélevés il restera encore environ 24 millions de disponibles. Que de choses profitables on pourra faire avec cela ! Il sera équitable d’en faire bénéficier la province qui a supporté de si fortes charges sous la monarchie et qui n’a jamais profité des dépenses des rois ni de celles des empereurs. Ed. Ciiampury.
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mme Marie HOWLAND
- (Voir iV08 4 à 46)
- CHAPITRE XIII
- LA FILLE DE SON PÈRE
- En quittant sa mère et miss Marston, Clara se dirigea vers la Chambre de Susie; elle frappa doucement à la porte do peur de troubler brusquement son sommeil.
- « Entrez ! » dit Susie, qui s'attendait à voir Dinah. En apercevant, au lieu de la compatissante négresse,, l’heureuse sœur de Dan, brillante de jeunesse et de beauté, la pauvre fille se couvrit le visage de ses mains et se prit à pleurer.
- Clara s'approcha et, caressant doucement son ^épaule :
- « Pauvre Susie, » lui dit-elle, « je suis venue vous consoler, je connais toutes vos peines. Je vous plains, et c’est mon frère que je blâme plutôt que vous. 11 se montre cruel et lâche en récompensant ainsi votre amour. »
- « Ne le blâmez pas trop, * fit Susie, « ce n’est pas sa faute. Si j’étais belle et bien élevée comme miss Marston, il m’aimerait encore. Mais c’est bien triste, allez, et je m’étonne de n’en pas mourir. »
- Le cœur de Clara fut profondément touché : elle se voyait pour la première fois en face d’une aussi poignante douleur. Elle sentit que la réalité dépassait tout ce que les romans dépeignent et se reprocha d’avoir un instant hésité et de s’être inquiétée du qu’en dira-t-on!.... Elle ne savait trop que résoudre devant ce profond chagrin.
- Elle parvint enfin à rompre le silence. A sa grande surprise, elle put exprimer avec une facile abondance les sentiments qui débordaient de son cœur, et sentit que ses paroles consolantes produisaient sur la pauvre désespérée l’effet désiré.
- « Ne vous désolez pas ainsi, ma chère, vous le savez, » dit-elle, « mon père vous Ta bien assuré, le chagrin ne dure pas toujours ; le temps effacera tout cela, et si par la suite vous menez une vie noble et pure, comme vous le ferez, j’en suis certaine, vous aurez des amis sincères et fidèles. Papa ne vous abandonnera pas, soyez-en sûre, et moi non plus, si vous le voulez. »
- « Si je le vetfx ! » répéta Susie en relevant la tête. « Quel bon ange vous êtes, je ne mérite pas que vous me témoigniez tant de bonté. »
- (1) Reproduction réservée,
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- - Qu’en savez-vous ? Je pense au contraire que vous êtes bonne et que papa, seul dans la famille, sait apprécier votre caractère. Laissez-moi vous dire, maintenant, que jamais miss Marston n’épousera Dan : elle a dans le cœur un idole qu’aucun homme pareil à mon frère n'éclipsera. Mais c’est un secret! Je ne puis vous en dire plus. Ne vous laissez pas abattre par le chagrin. Savez-vous que je vous admire d’avoir refusé Dan qui s’offrait à vous comme par charité? J y ai pensé tout le jour. Si vous le voulez, vous le ramènerez à vous. Vous n’avez pour cela qu’à lui montrer combien vous le jugez peu digne de vous faire mourir de chagrin. Faites-lui seulement sentir que son abandon n’aura pas la puissance de détruire pour toujours votre bonheur. Croyez-moi, il n’est rien de tel pour enchaîner un homme que de se montrer forte et indépendante. Le chêne se lasse bientôt de la vigne dont il est l’appui. »
- En lui parlant ainsi, Clara souriait doucement à Susie ; son affectueuse sympathie pénétra ce cœur désolé qui, pour la première fois depuis son malheur, s’entr’ouvrit à l’espérance.
- « Que vous êtes bonne, » miss Forest répondit elle, « vous venez à moi comme un rayon de lumière au fond d’un froid cachot, je vous bénis de toute mon âme. Mais voyez comme je suis égoïste, je vous laisse debout au milieu de la chambre, u Se levant à ces mots, Susie offrit un siège à Clara ; elle s'acquitta de cette prévenance d’une façon si gracieuse et si distinguée, que miss Forest en fut émerveillée. — Quel dommage! se prit-elle à penser; que n’ai-je été près d’ellel je l’aurais préservée de ce malheur en occupant son esprit d’autres pensées que celle de son amour. Poursuivant cette idée, elle dit à Susie :
- « L’important est de vous distraire et de ne pas vous abandonner à la pensée qui vous torture; n’ai-meriez-vous pas de vous mettre à l’étude et de m’avoir pour professeur ? »
- « Oh ! je ferai tout ce que vous voudrez, et vous ne regretterez jamais de vous être intéressée à moi, » s’écria la pauvre fille, d’une voix entrecoupée par les sanglots, « Dan est la seule personne au monde qui se soit j-amais souciée de moi; il n’est pas étonnant que je l’aie trop aimé 1 »
- — Certainement, mais ne pensez plus à lui, je vous prie. Il est bien regrettable que vous n’ayez pas eu l’occasion de vous instruire; si vous le voulez, nous réparerons le temps perdu. »
- Ce langage bienveillant, les perspectives consolantes qu’il lui ouvrait, éveillèrent dans l’esprit de Susie un intérêt qu’elle n’avait jamais ressenti jusque-là ; sa physionomie mobile refléta les sentiments
- nouveaux qui agitaient son cœur, et Clara ne put se défendre de penser à ces plantes à demi-desséchées qu’un peu d’eau rafraîchit $t fait renaître à la vie. Quel bonheur de rendre le même service à une âme humaine I La vie lui sembla plus belle et plus précieuse, lorsqu’elle entendit Susie lui répondre :
- « J’ai toujours eu le désir d’apprendre, j ai souvent essayé d’étudier seule, mais c’est si difficile 1 Vous allez peut-être me trouver si ignorante que vous en serez découragée : à peine sais je lire et écrire, et inon orthographe est affreuse'. Dan s’en moquait souvent. »
- — « Il s’en moquait ! mais il était lui-même le plus àne de sa classe, autrefois. Avez-vous une de ses lettres? » demanda Clara, persuadée qu’il était de bonne guerre de rabaisser un peu le jeune homme dans l’esprit de Susie.
- Susie courut à sa cassette où. elle avait précieusement serré cette correspondance; Clara y prit une lettre au hasard et lut :
- Ma chère Susie,
- J’ai passé aujourd’hui à Boilston où je n’ai pu vandre qu’une piesse de velour rouge pour recouvrir un vieu soffa ; quelques épingles et des alumettes. Demain je serait à Malboro et j’y ferait, sans doute beaucoup d’affaires Je n’ai pas encor écri au gouverneur (1), pareeque je veu lui montré que je peu réussir or de la maison. Ne dite pas où je suis
- jusqu’à mon retour, ce sera la semaine prochaine.
- J’ai vu une jolie maison a vandre, je Tachetterai aussito que j’aurait assez d’argent. Que diriez-vous si je vous en faisait présant à la seule condition que vous m'acceptassiez comme pensionnaire à vie ? Seulement je serais grincheu et très-diflcile à satisfaire ..............................................
- Clara soupira, car cette lettre lui montrait que Dan avait aimé à sa manière et lui expliquait la confiance aveugle de Susie.
- * Y a-t-il des fautes? » fit cette dernière voyant Clara silencieuse.
- « Oh oui! la lettre en est pleine, » répondit Clara» -voyez !» L'énumération faite, « vous voyez, » dit-elle,
- « que Dan aurait pu éviter de vous critiquer, car je suis sûre que vous ne feriez pas plus mal. »
- « Que si, » fit Susie, « d’ailleurs vous allez en juger. Il me rapportait toujours mes lettres, disant qu’il ne savait où les mettre dans ses voyages. » Tremblante d’émotion, elle tendit à Clara une de ces lettres.
- Celle-ci la parcourut, ses yeux se mouillèrent quand elle parvint a ces passages empreints d’une naïve tendresse :
- (1) Appellation familière du chef de famille.
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- « Il est tard et je devrais avoir fini, mais je voudrais n’arrèter jamais ; il est si doux de savoir que ces pensées vous parviendront malgré la distance et que vous aurez du plaisir à les lire parcequ’elles vous parleront de mon amour.
- « Il faut finir, cependant, car je dois être prête de bonne heure pour aider votre mère qui est si bonne pour moi. Chaque jour je pense qu’un moment viendra peut-être où elle m’aimera et consentira à ce que je devienne votre femme, quoique je sois bien Indigne d’un pareil honneur. Votre famille rougirait-elle de la mienne, Dan ? Cette pensée me met au supplice ; ce n’est cependant pas ma faute; je serais si reconnaissante et si fidèle !
- » Dès que j 'ai un moment je le consacre à la lecture; ne riez pas trop de mon orthographe, mon bien-aimé, souvenez-vous que je n’ai jamais fréquenté régulièrement l’école, si ce n’est pendant deux mois. Quand nous serons ensemble vous m’instruirez et vous verrez comme je serai studieuse avec un tel maître.
- » Bonne nuit, Dan adoré, mon cœur, mes pensées et ma vie sont à vous pour toujours. »
- * Que l’amour est aveugle î s’écria Clara, votre lettre, Susie, est cent fols meilleure que celle de Dan, c’était à lui de vous demander des leçons. Certes, vous avez fait des fautes d’orthographe, moitié moins que lui, cependant; mais vous exprimez des sentiments élevés. Votre écriture est jolie et, comme dit papa, votre tête est bonne. Nous tâcherons de réparer les lacunes de votre instruction*; je vous apprendrai commentées mots de notre langue se forment au moyen des mots latins et grecs, puis l’histoire et la géographie. Si vous voulez, nous étudierons ensemble la botanique : cette science vous charmera. Nous commencerons dès demain, afin que vous ayez moins le temps de penser à vos chagrins. Je sais bien que vous n’allez pas faire comme ces malheureuses qui ne croient rien de mieux, après un faux pas, que de descendre jusqu’au fond l’abime de la honte. A mes yeux, vous n’êtes pas déchue; je désire que vous m’acceptiez comme une amie véritable et que vous me fassiez place dans votre cœur. »
- A ces mots, Susie s’agenouilla et cachant sa tête dans le sein de Clara se mit à pleurer,
- «* O’est de joie que je pleure, dit-elle,» en voyant la bonté de Dieu qui vous envoie à moi dans mon affliction. Jamais Je n’oublierai les consolations que vous m’apportez, j’apprendrai tout ce que vous voudrez m’enseigner et je veux vous aimer jusqu’à ma dernière heure. »
- « Chère Susie, ** fit Clara dont à son tour les yeux
- se remplissaient de larmes. Puis, se baissant vers elle l’embrassa tendrement ; « Vous me rendez bien heureuse, courage, prenez toujours les événements par le meilleur côté, et tout ira bien. Ne restez donc pas ainsi à genoux devant moi ! »
- « Oh laissez-moi là, n’est-il pas juste que l’on se prosterne devant ce qui est si beau et si bon. Avez-vous réfléchi que bien peu de gens penseront de moi comme vous faites ? j’ai peur que vous n’ayez à souffrir de vos bontés pour la pauvre Susie. »
- « Ne craignez rien, » reprit Clara, « cela ne peut me faire perdre que l'estime des égoïstes et des cœurs vides, c’est ce dont je me soucie peu. Papa m’en aimera davantage, \oilà une amp'e compensation. Son estime est plus précieuse à mes yeux que celle du monde entier. »
- Elles causèrent longtemps encore ; Clara fut ravie de voir que Susie partageait les sentiments que lui inspirait son père. Lorsqu'elle sè leva pour sortir, elle fut frappée de la pâleur de sa nouvelle amie qui trébuchait en raccompagnant vers la porte. Clara s’empressa de la soutenir, lui fit prendre un cordial et la mit au lit. Susie se laissait faire comme un enfant fatigué. En lui baignant d’eau chaude ses paupières gonflées par les larmes, Clara lui dit avec un doux souvenir ; « L'eau chaude en cas d’inflammation est le remède de la. nouvelle école, et nous en sommes, n’est-ce pas ? Papa est un radical et nous aussi. Nous croyons que l’avenir appartientà l’amour et non à la haine ; au bonheur, non à la misère. Au revoir, » dit elle en l'embrassant « dormez s’il est possible et fiez-vous à mon père et à moi; » et comme Susie allait parler: « Pas un mot, fit Clara, je ne veux pas être remerciée, je ne veux pas que vous m’appeliez un ange, car je ne suis qu’une femme comme vous et si j’étais à votre place vous feriez pour moi tout ce que je fais pour vous. »
- En quittant Susie, Clara se sentit dans une heureuse disposition d’esprit, le parti généreux qu’elle s’était décidée à suivre lui avait procuré de si douces émotions I Elle s’étonnait que le monde entier n’eùt pas depuis longtemps adopté pour règle de conduite, la bonté et l’alfection, mères de joies si pures.
- « Je pense que j’ai bien fait aussi, » pensa-t-elle, « de diminuer un peu mon frère dans l’estime de Susie, Si elle pouvait se douter de sa médiocrité, les angoisses de l’amour trompé la feraient sans doute moins souffrir.
- En principe, Clara honnissait le dénigrement systématique, mais pour l’instant il fallait avant tout rendre à sa nouvelle amie la paix du cœur. Com- ment parvenir, sans l’éclairer ainsi, à lui inspirer un légitime respect d’elle-même ?
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- Clara résolut de relever Susie dans sa propre estime en lui inspirant le juste sentiment de sa valeur, et d’humilier Dan en lui apprenant à connaître la perle qu’il dédaignait.
- Cette bonne résolution avait rempli son cœur d’un amour immense pour l’humanité entière. Sous l’influence de cette heureuse disposition, elle aida la vieille négresse dans les soins du ménage; puisse mit à cajoler ses sœurs, les appelant « mes chéries», leur donnant mille bons conseils dans leurs études et les dirigeant au piano.
- Linnie fut touchée des attentions de sa sœur. Lorsque celle-ci fut sortie, elle s’empressa de dire à Leila :
- « Comme Clara est affectueuse, aujourd’hui. »
- « Oui *> répondit Leila, « douce comme le miel. Cela lui est venu tout d’un coup, par exemple ; je suppose qu’elle aura été subitement touchée de la grâce divine, « ajouta-t-elle avec un sourire ironique.
- Leila qui, sous plus d’un rapport ressemblait à Dan, n’avait réellement foi à rien. C’était une de ces natures sceptiques dont le doute offense la libre pensée elie-même, et que l'on verrait plus volontiers parmi les bigots étroits que parmi les adeptes d’un principe auquel on serait dévoué.
- Le Docteur rentra un peu avant l’heure du thé, il monta droit à la chambre de Susie où il resta toute une grande demi-heure. Le changement survenu dans l’état moral de la jeune fille lui révéla plus sûrement qu’aucune parole dans quel sens s’était manifestée l’action de Clara et il fut heureux de voir dépassé l’espoir qu’il avait mis en sa fille bien-aimée.
- Comme il descendait, la famille passait à la salle à manger. Clara l’attendit au bas de l’cscalier. Il la pressa tendrement sur son cœur, puis lui prenant la tête se mit à la regarder dans les yeux d’un air interrogateur.
- Le docteur trouva sans doute ce qu’il cherchait car il murmura en embrassant Clara :
- » Ah ! tu es bien la fille de ton père.' »
- (.A suivre).
- LES TARIFS DES DOUANES
- Nous empruntons à un travail de M. Maurice David, ancien secrétaire du bureau fédéral suisse du commerce quelques chiffres comparatifs de l'élévation des tarifs de douane de divers pays.
- La population de la France, dit-il, évaluée à 36,400,000 âmes en 1877, a payé la môme année 237 millions à ses douanes. Les produits antérieurs ont souvent été au dessous de 210 raillions. Le produit do 1877 a donc été
- de G fr. 60 par tète, mais la dépense de perception a été de 30,302,000 fr., soit 84 centimes par tète, le produit net étant ainsi de 5 fr. 66 par tète.
- Les chiffres de l’Italie sont :
- Population de 1876, 27,482,174 âmes.
- Production de la douane 106 millions fr. Produit brut 3 fr. 86 par tète. Frais de perception 19,583,000 fr., soit 72 centimes par tête. Produit net 3 fr. 14 par tête.
- Les chiffres du Zollverein allemand sont :
- Population de 1876, 42,338,000 âmes.
- Production de la douane 1876, 160,140,000 francs. Produit brut, 3 fr. 57 par tête. Frais de perception, 13,961,000, soit 0,33 par tête. Produit net, 3 fr. 2f.
- Les chiffres de la Belgique sont :
- Population de 1875, 5,403,000 âmes.
- Production de la douane 17,984,000 fr. ; produit ; brut, 3 fr. 33 par tète.
- Les chiffres de la Russie sont : * ;
- Population de 1875, 86,952,000 âmes. ' ;
- Production do la douane 218,340,000 fr. ; produit ' brut, 2 fr. 50. *'
- Les chiffres de l’Autriche sont :
- Population de 1876, 37,350,000 âmes.
- Production de la douane, 46,5^5,000 fr. ; produit ' brut, 1 fr. 24. Frais de perception, 20,000,000 fr., ' soit 0,54. Produit net, 0,70. ;
- Ainsi donc, malgré ces traités de commerce dont on dit tant de mal, la France est un des pays d’Europe où • la répartition par tête d’habitant des sommes prélevées ; par les douanes donne le quotient le plus élevé. :
- Ce quotient est deux fois plus fort que celui de )a Russie ; il est huit fois plus fort que celui de j l’Autriche. %
- Et c’est un impôt déjà si élevé que l’on propose d’éle- J ver encore. ?
- Dans quel but?
- Dans le but d’enrichir quelques douzaines de faim- i cants avec les sommes prélevées sur des millions de f
- consommateurs. * E, G. I
- ----------------------- jj
- A PROPOS DU FONCTIONNARISME \
- Au nombre des « Bienfaits » du second empire se trouve l’extension prise par le fonctionnarisme :
- Nous trouvons à ce sujet dans YIndépendance belge la jolie boutade suivante :
- Comme les affaires humaines, si compliquées qu’elles soient, ne suffisent pas à occuper une armée de fonctionnaires, on fait passer la besogne par toute sorte de rouages, et ou force le solliciteurà multiplier ses démarches, pour entretenir le prestige de cet univers factice et de cette machine compliquée.
- Dickens, dans un de ses romans, la Petite Dorritt, je crois, parle du ministère des circonlocutions. En France, tous les ministères sont des labyrinthes; quant aux circonlocutions, c'est le moindre des défauts de l’administration. On y parle peu, on y parle mal: eneoro faut-il solliciter pour obtenir la faveur d’un mot môme impoli.
- Veux-tu savoir par quelle filière peut passer la moindre demande ?
- Voici à ce sujet une anecdote parfaitement authentique.
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- Il y a quelques années, une société de tireurs suisses, youlant aller à un concours de tir en Allemagne, sollicita de la compagnie du chemin de fer de l’Est la faveur de places à prix réduit, pour passer par les chemins de fer français plutôt que de prendre le chemin de fer allemand qui longe la rive droite du Rin.
- La compagnie de l’Est s’empressa de répondre gracieusement qu’elle allait transmettre la demande à son ministre immédiat, le ministre des travaux publics.
- Je passe déjà quelques petites formalités préalables.
- Après trois ou quatre jours, le ministre des travaux publics déclara avec bonne grâce qu’il accorderait très-volontiers rabaissement du tarif, mais qu’il devait en référer à son collègue, le ministre de l’intérieur, puisqu'il s’agissait du passage d’étrangers en corps dont l’identité devait être constatée et affranchie des indiscrétions des gendarmes.
- Le ministre de l’intérieur, non moins gracieux que le ministre des travaux publics, répondit, sans tarder, c’est-à-dire après quatre jours, qu’il serait heureux d’accorder un laisser-passer aux tireurs suisses; mais qu’il devait prendre l’avis du ministre des finances; car les tireurs suisses voyageaient avec leurs provisions et leurs munitions, et la douane devait être prévenue pour qu’elle n’imposât pas des droits et des formalités gênantes aux émules de Guillaume Tell.
- Le ministre des finances n’avait aucune raison d’être moins aimable que le ministre de l’intérieur, que le ministre des travaux publics et que le conseil du chemin de fer de l’Est; seulement, en promettant son gracieux visa, il fit des réserves pour M. le ministre de la guerre; car les tireurs seraient munis de poudre, de cartouches, d’armes de guerre, et il fallait une autorisation spéciale pour que ccs engins pussent avoir la facilité du passage.
- Le ministre de la guerre eut la même bonne volonté que le ministre des finances, le ministre de l’intérieur, le ministre des travaux publics ; U signa la demande.
- Je no sais trop s’il ne fallut pas un sourire du ministre du commerce.
- Enfin, quand cette demande, après une série de stations aux cataractes du gouvernement, revint à la compagnie de l’Est et fut transmise par celle-ci à la Société de tir, il y avait six jours que le tir était terminé et douze jours que les tireurs suisses, désespérant de rien obtenir du fonctionnarisme français, avaient pris le chemin de la rive droite du Rhin pour se rendre au rendez-vous.
- L'ŒUVRE I® H. CHADWICH ET LE FAMILISTÈRE DE GUISE
- M. Edwin Chadwich, président de la société des arts, manufactures et commerce de la grande Bretagne, est un hygiéniste infatigable. (l)Nous avons déjà entretenu nos iecteurs de scs travaux et nous aurons à y revenir en parlant à nos lecteurs de la Ligne de la propreté fondée par lui en Angleterre. L’œuvre qu’il a entreprise est interressante entre toutes et les résultats qu’il obtient sont dignos d'admiration.
- Il nous paraît utile de mettre sous les yeux de nos lecteurs quelques-unes des opinions de M. Chadwich, sur la condition hygiénique des villes. Nous les empruntons à la traduction de M. Frédéric Passy.
- « J’affirme, dit Chadwich, que l’on peut, à sa volonté, produire les plus tristes maladies et qu’on peut do même les supprimer. 11 nous serait facile, pour peu que le fa-
- (t) Voir page 58.
- rouche Siva, le dieu destructeur, l’exigeât de nous, de lui construire une ville vraiment selon son cœur, dans laquelle nous lui garantirions une mortalité de 40 pour 1.000, soit le double de la mortalité générale du pays. Nous n’aurions pour cela qu’à copier les vieilles parties de Wliitehaven ou' de Newcasüe-upon-Tyne, ou les winds de Glascow et d’Edimbourg, ou certaines maisons de Paris, ou encore les taudis de New-York et de Boston. On peut reproduire ailleurs, quand on voudra, les mêmes conditions d’hmnidité, de saleté, d'obscurité, de pestilence et de méphitisme ; et l’on obtiendra infailliblement les maladies qui se développent dans ces conditions. Des médecins vous fourniront, quand vous le désirerez, des fiévreux de quoi remplir des douzaines de voitures; et je sais^même telles maisons particulières dont on peut affirmer à coup sûr qu’elles seront toujours attaquées des premières à chaque épidémie. Il y en a une, entre autres, à York, qui a reçu successivement la première visite de la suette, de la peste et du choléra; je ne manquerai pas de m’informer à la première épidémie, si elle a conservé ce triste privilège.
- On n’a qu’à imiter ces beaux modèles, et l’on peut être sûr de son affaire.
- A l’inverse, j’indiquerai, en passant, un procédé expéditif pour détruire les logements à assainir : c’est de donner ordre aux inspecteurs des écoles primaires de mettre à part les enfants les plus sales et les plus malingres et de prendre leur adresse ; on est certain d’aller droit aux principaux nids à fièvres.
- Que l’on copie, pour reprendre mon idée, avec la fidélité voulue, ces repaires de la misère et de la maladie, et l’on peut garantir que plus de la moitié de ceux qui naîtront seront morts avant la cinquième année et que ceux qui vivront seront malsains, nerveux et chétifs. De cette façon, on réduira la proportion des personnes d’un âge avancé ou moyen, et l’on accroîtra dAutant la proportion des jeunes. Par suite, on diminuera l'influence salutaire et calmante de l’expérience pour faire prévaloir l’irréflexion, la passion et les instincts aveugles ; et Ton produira ainsi, par la prédominance de la maladie et de la mort, un sentiment général de la brièveté do la vie, de sa tristesse et de son peu de valeur, qui engendrera chez la plupart cette insouciance et en même temps celte avidité pour les jouissances immédiates que l’on peut remarquer chez les soldats au milieu des incertitudes de la guerre. On fera, en un mot, un bouillon d’enfer qui donnera un mal du diable à la police aussi bien qffauxadministrateurs de secours.
- Tous ces résultats, je le répète, peuvent être obtenus à volonté ; car ils naissent fatalement dans les conditions que je viens d’indiquer, et leûr explosion est le châtiment des pouvoirs négligents gui n'ont pas su s'opposer à leur naissance.
- Que, d’autre part, le bon principe, honoré sous le nom de Vichnou, nous en donne Tordre, et nous pouvons entreprendre la création d’une ville qui sera, en son temps, tout le contraire de la précédente. La mortalité n’y dépassera pas 10 pour 1000, c’est-à-dire la moitié de la moyenne actuelle; la fièvre y sera aussi inconnue qu’elle Test dans nos orphelinats perfectionnés et dans nos prisons ; les habitations seront à Tahri de toute émanation des puisards, des éviers et des égouts, garanties de l’humidité du sol, de la pourriture des murs et de la vermine qui y grouile, pourvues en même d’air pur et salubre, suffisamment éclairées parla lumière du soleil, fraîches en été et chaudes en hiver, et alimentées de bonne eau vive que n’auront point gâtée des systèmes vicieux de canalisation. Avec de telles dispositions, on peut le dire hardiment, il est permis de gagner encore et beaucoup, même, sur la moyenne actuelle de nos maisons modèles ; car celles-ci laissent à désirer à plus d’un égard et sont d’ailleurs sensiblement affe'ctées par l’état général de l’atmosphère qui les entoure et par les vices des habitations voisines.
- Parmi les principaux dangers des habitations actuelles figure, en effet, l’altération générale de l’air par les gaz d’égout et celle de l’eau par par la poussière de rues mal nettoyées ou par le voisinage d’individus malsains,
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- dont la peau malade ou malpropre devient une inévitable cause d’infection. En supprimant toutes ces conditions mauvaises et en développant toutes les bonnes conditions, il est à présumer qu’on approcherait, pour l’ensemble des enfants et des adultes, de ce qui est ob tenu dans nos écoles à demi-temps et dans nos prisons modèles.
- On arriverait ainsi à un état où, sur trois années, ou aurait une année jubilaire sans maladie et sans décès ; et la masse de l'humanité pourrait désormais atteindre tranquillement son âge réglementaire de 70 ans. »
- M. Chadwieh cite do très-nombreux cas à l’appui de ses affirmations. Il démontre.quel’agglomération de trop de personnes sur un point trop peu aéré, que la contamination des eaux potables, l’imperfection du système des égouts, etc, sont des causes de mortalité dans les villes, et qu’il serait facile, très-facilo de supprimer ces causes.
- Il conclut qu’il faut, pour triompher du mal, l’attaquer dans son foyer même et dans sa source, et que c’est de l'assainissement des lieux marécageux, du renouvellement de l’air et de l’eau, de la suppression, en un mot, de toute fermentation dangereuse que l’on peut attendre la réduction et peut-être, un jour, la suppression des épidémies. « La propreté de la peau, la propreté des vêtements, la propreté des maisons, la propreté des navires, la propreté de l’air, voilà, dit-il, Us seuls préservatifs, les seuls désinfectants dignes de ce nom » ; ceux-là, seuls ne masquent pas l’infection, ils la préviennent.
- Nous pouvons citer à l’appui des affirmations de M. Chadwieh, bien des faits Nous connaissons des villes — et nous les nommerons si on le conteste — où le dessèchement des marais avoisinants a fait disparaître les fièvres paludéennes qui y régnaient en permacence. On sait aussi que depuis l’arrosage des terrains de la plaine de Gennevilliers par les eaux d’égoûts de Paris, les fièvres paludéennes, jusqu’alors inconnues dans ce pays, y font de véritables ravages. A Berne, où la mortalité n’est que de 12,6 pour 1000 dans les quartiers élevés et bien construits, une rue de la basse ville, Varbergerger-gasse, atteint à notre connaissance le maximum de mortalité fourni par la statistique (74.8 pour 1000.)
- Cette rue, tournée au nord, longe la rivière l’Aar, et l’air y est constamment chargé d’humidité.
- A ces exemples déplorables, opposons un fait encourageant.
- C’est le Familistère de Guise qui le présente.
- Plusieurs fois des épidémies ont frappé la ville de Guise et la contrée avoisinante sans sévir dans le Familistère distant seulement do quelques centaines de mètres de la ville. SI parfois quelques cas de maladies épidémiques se sont produits au Familistère cela n’a jamais été qu’au moment où l’épidémie régnait depuis longtemps dans la ville et y avait pris un caractère général.
- On comprend que ces cas puissent se produire, los habitants du Familistère ayant des rapports avec ceux de la ville. Il est à présumor quo cette supériorité de condition sanitaire serait plus sensible encore si le Familistère, au lieu de se trouver près d’une ville assez bien construite, où l’eau abonde, et dont les rues sont larges et bien entretenues, se trouvait près d’une de ces vieilles villes infectes comme l’on en voit tant.
- Cette supériorité de condition sanitaire n’est pas le fruit du hasard. EUe est voulue. JEUo vient du fait que toutes les précautions sont prises dans la construction, dans l’aménagement, dans l’entrqtien et dans le service du Familistère pour maintenir dans les meilleures con-
- ditions hygiéniques possibles la population de mille personnes logée dans ses bâtiments.
- Que l’on compare l’engemble d'édifices qui forment le Familistère avec les ramassis de masures qui composent les villages de mille habitants et l’on se convaincra sans peine de la supériorité de ce mode de logement sur celui que la routine continue à favoriser. *.
- Ed. Ciiampury.
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- CHRONIQUE SCIENTIFIQUE
- PERFECTIONNEMENTS DI) PHONOGRAPHE
- Depuis une quinzaine de jours d’intéressantes expériences phonographiques se poursuivent à la salle dos Conférences du Boulevard des Capucines.
- Ces expériences sont faites tantôt avec le phonographe simple, — c’cst-à dire tel que M. Edison l’a présenté la première fois et tel que nous l’avons décrit page 46 — tantôt avec un phonographe perfectionné.
- Le perfectionnement, dû lui aussi à M. Edison, consiste dans la substitution d’un mouvement d’horlogerie à la manivelle qui met en action le cylindre. On se rappelle que durant tout le temps où le cylindre enregistre la voix il est mis en rotation par un mouvement d’horlogerie; il en résulte que si on le remet en mouvement avec une vitesse identique à celle qu’il avait en recevant la voix 11 reproduira cette voix d’une manière identique. Or on conçoit que quelque régulier que soit le mouvement imprimé au cylindre par l’action de la main sur la manivelle, cette régularité ne sera jamais aussi parfaite que celle d’un mouvement d’horlogerie. Cette régularité a bien son importance car on savait déjà en physique et en musique — et maintenant le phonographe le démontre surabondamment — qu’en accélérant la vitesse d’un son, l’intonation monte, et qu’elle baisse si l’on ralentit la vitesse.
- Pour parer à cet inconvénient qui, à lui seul, pouvait rendre le phonographe inutile, on a établi un deuxième mouvement d’horlogerie qui, au moment où l’on reproduit la voix, fonctionne avec une vitesse identique à celle qu’avait le premier mouvement d’horlogerie pendant qu’on enregistrait la voix.
- Ce perfectionnement n’est pas le seul apporté à cet instrument. La composition de la plaque vibrante a été modifiée. Aujourd’hui elle est formée d’un,alliage de 9 dixièmes de plomb pour 1 dixième d’étain. En outre, la plaque est plus mince que celle de l’instrument primitif. Il en résulte une sensibilité plus grande. Il n’est plus besoin de parler très-fort et de très près pour que les ondes sonores fassent stéréotyper les paroles sur les feuilles d’étain du cylindre : la moitié de la voix suffît et les paroles prononcées dans un rayon de 5 à 6 mètres sont reproduites.
- Mais, objectent les détracteurs du phonographe, à quoi hou perfectionner cet instrument ; il n’a aucune utilité pratique; c’est un objet de curiosité, un bibelot, un jouet; rien de plus.
- Patience, Messieurs, patience.
- A l’heure qu’il est le phonographe est inutile, mafs 11 se peut que demain il ait supplanté la sténographie.
- On peut déjà recueillir la voix à 0 mètres, on arrivera à la recueillir à dix et même davantage. Un discours pourra alors se sténographier de lui-même.
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- LE DEVOIR
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- Ce jôur-là, au lieu d’uliliser le phonographe à reproduire des sons, on se bornera à en faire un enregistreur et on déchiffrera les signes sténographiques que les vibrations auront gravés sur les lames d’étain du cylindre.
- Il faut déterminer la valeur deif signes ainsi sténographiés. C’est ce que Ton s’occupe de faire. Le journal anglais Nature a déjà donné le dessin des voyelles. L’alphabet des consonnes n’est pas encore dressé et il faudra de bien nombreuses expériences avant qu’il voie le jour car les signes que représentent chacune d’elles diffèrent selon que l’intonation est plus au moins aiguë, selon le timbre de la voix ou de l’instrument producteur du son, selon les voyelles ou les consonnes qui précèdent ou qui suivent.
- Cette détermination prendra du temps mais elle se fera et ce jour-là la sténographie aura vécu. E. G.
- BULLETÎilÎBLiûiÂPHIQUE
- De la. justice dans l’üsagb de la propriété, contrai économique des républiques de l’avenir, par le Dr Junqua. — 2 vol. in-18. Pari», Sandoz et Fïs-baeher.
- Nous avons donné à nos lecteurs (p. 109 et 116) qu elques remarquables extraits de cet ouvrage alors qu'il était encore inédit.
- Aujourd’hui l’œuvre est parue et nous pouvons la juger dans son ensemble.
- C’est une étude très-étendue et fort bien écrite des droits respectifs que se peuvent avoir sur les produits du travail :
- D’une part le travailleur agissant au moyen d’un instrument de travail dont il n’est pas propriétaire, d'autre part le prêteur de cet instrument de travail, en cas où il n’est pas directement producteur.
- Le principe de propriété est mis en cause, M. Junqua estime qu’il est inexact de dire que le propriétaire ait le droit de disposer à son gré de sa pro priété. 11 peut en user^ mais cet usage doit être limité de manière à ne pas permettre au propriétaire d'abuser de son droit contre l’intérêt de la société ou d’un individu.
- Nous sommes en ceci complètement d’accord avec Fauteur.
- Mais comment arriver a cela ?
- En harmonisant les avantages d’une plus grande liberté de l’individu avec ceux d’une plus grande extension du domaine social.
- L’histoire est là pour montrer que deux grands courants se partagent la civilisation tout entière.
- L’un tend à la liberté individuelle et, poussé à ses conséquences ultimes, aboutirait à l’égoïsme ;
- L’autre tend à centraliser de plus en plus les intérêts et, poussé à ses conséquences ultimes, aboutirait au communisme autoritaire.
- La solution du problème consiste à harmoniser ces deux tendances.
- Pas de communisme autre que le contrat d’association des citoyens entre eux, pour la protection des droits et des libertés de l’individu jusqu’à la limite des abus, qui consisteraient dans l’atteinte aux droits et aux libertés d’autrui.
- Par conséquent, règne de l’individualisme, c’est-à-dire de la liberté et de la propriété, à la condition de l’interdiction de leurs abus par un communisme suf-sant pour amener cette limitation.
- En thèse générale ceci est juste, et nous sommes d’accord avec Fauteur sur le point de vue fondamental. Il n’en est plus de même dans les mesures que M. Junqua considère comme devant être prises pour amener Fétat d’harmonie qu’il a en vue. En certains cas il nous paraît trop hardi, en d’autres trop ttlmi-des.
- Nous ne pouvons examiner ici nos points de divergence. Le Devoir aura 5 traiter bon nombre des points soulevés parM. Junqua et à cette occasion les divergences seront relevées.
- En somme ce travail sur la Justice dans l’usage de la propriété est une œuvre qui mérite un sérieux examen.
- De semblables études rendent des services car elles attirent l’attention sur des vues d’ensemble que Fon est trop enclin à oublier,
- E. G.
- Le Gérant : Gonm.
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- LE DEVOIR
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878
- Produits de la Maison GOJJIÎV
- POMPES AVEC OU SANS PIEDS
- CHAUDIÈRES ÉCONOMIQUES POUR BUANDERIES
- N08
- 1
- 2
- 3
- 4
- Om5<iO 0-043
- 0 405
- 0-742
- 0 405
- 0 47G 0 470
- 0-807
- Délit approximatif par coup de piston
- 1/4 litre
- 3/4 litre
- 1 litre
- 1 litre 1/4
- SANS ENVELOPPE
- Numéros sans robinet.............. J, 2, 3, 4, 5
- Numéros avec robiDct ....... 0, 7, 8, 0, 10
- Contenance en litres. ....... 40, 00, 85, 115, 150
- ' AVEC ENVELOPPE
- Numéros sans robinet . . 43, 44, 45, 46, 47, 48, 40, 30
- Nnméros avec robinet . . 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 58
- Contenance en litres» . . 50, 75, 100, 125, 150, 175, 225, 275
- Les divers produits des fonderies et manufactures de Guise sont représentés à l’Exposition universelle dans deux classes différentes.
- Les meubles de cuisine, de chauffage et d’usages divers sont placés à la classe 21 annexe du chauffage et de l’éclairage. Les articles de quincaillerie en fonte émaillée et nikelée figurent dans la classe 43, salle 5.
- Nous reviendrons sur les meubles de cuisine, de chauffage et les articles de quincaillerie depuis longtemps appréciés, et nous ferons ressortir les perfectionnements de toutes sortes apportés dans ce genre de .fabrication ; aujourd’hui nous nous occuperons particulièrement de quelques appareils divers, tels que pompes et buanderies portatives représentées par les gravures ci-dessus.
- Les pompes aspirantes sont entièrement construites ea fonte de qualité spéciale; leur exécution très-soignée garantit toutes les conditions d’un bon usage.
- Le corps de pompe est allézé, les sièges des clapets sont tournés, le cuir du piston peut être facilement remplacé.
- Elles se font avec ou sans sous-pied.
- Les premières peuvent, au moyen de pattes réservées, être attachées sur une partie solide quelconque, pierre, bois, etc,; celles sans pied peuvent au moyen de deux brides en fer, être fixées à la muraille, soit directement, soit par l’intermédiaire d’une pièce de bois.
- Les avantages de ces pompes sur toutes autres du môme genre sont les suivants :
- 1° Une disposition particulière du balancier permet de puiser l’eau à la plus grande profondeur pratique
- possible, sans plus d’effort que pour l’élever à un ou deux mètres,
- 2° Le balancier peut prendre tout autour du corps de pompe la position la plus convenable pour l’usage.
- 3° Pour éviter pendant les gelées le bris du corps de pompe et des tuyaux, il suffit de lever le balancier jusqu’à ce que l’on entende redescendre l’eau dans le puits.
- Enfin leur bon marché relatif, leur solidité, la facilité de leur placement et le peu de place qu’elles exigent en font des appareils vraiment recommandables.
- BUANDERIES PORTATIVES
- Les buanderies portatives sont, comme l’indique leur nom, destinées au chauffage de l’eau employée pour les bains, le lavage et le lessivage du linge, et aussi à la cuisson de grandes quantités d’aliments.
- Elles peuvent être placées soit sous une cheminée, soit dans une cour avec l’adjonction d’un tuyau de 1 m.SO à 2 m. de longueur.
- Elles sc font en fonte ordinaire ou en fonte émaillée.
- Il existe deux séries de ces appareils :
- Cinq grandeurs n° 1 à 10 n’ont pas d’enveloppe autour de la chaudière; huit autres grandeurs n" 23 à 30 ont la chaudière entourée d’une enveloppe.
- Le foyer de toutes ces buanderies est en terre réfractaire. et c’est surtout à cette innovation qu’est due la supériorité de ces appareils sur tous autres ; ou effet, la déperdition do la chaleur ne peut avoir lieu qu’au profit do la chaudière, et le rayonnement beaucoup plus grand active considérablement l'ébullition delà cuisson.
- Saint-Quentin — lmp, de la Société aftonyme du Glaneur
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- 1" ANNÉE — N“ 18
- Journal leUomadcdru paraissant lu fDimancbu DIMANCHE 7 JUILLET 1878
- Le Devoir
- POLITIQUE
- LÉGISLATION
- ADMINISTRATION
- RELIGION
- l
- MUTUALITÉ -• SOLIDARITÉ - FRATERNITÉ
- ASSOCIATION DU CAPITAL & DU TRAVAIL
- TRAVAIL
- INDUSTRIE
- COMMERCE
- CONSOMMATION
- ABONNEMENTS
- FRANCE
- Un an. . . 10 f.
- Six mois... 6 »»
- Trois mois. . . 3 **
- Union postale . 11 »*
- ÉTRANGER
- Le port en sus.
- Rédacteur en chef : M. EL CHÀMPURY
- ADRESSER LA CORRESPONDANCE AU GÉRANT, A GUISE (AISNE)
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- La ligne, . . 0 fr. 50 Les annonces sont reçues à Guise, au bureau du journal, età Paris, chez MM. Havas, Laflite et O, 8, place de la Bourse.
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- SOMMAIRE
- Les travaux publics. — Les écoles normales primaires* — Semaine politique. — Variétés. — Correspondance et discussion contradictoire. — Ko -man : La Fille de son père. — Libre échange. — Chronique scientifique. — Bulletin Bibliographique,
- LES TRAVAUX PUBLICS
- Inutile et 1© Superflu
- Jamais les Travaux publics n’ont été pour la France une préoccupation aussi générale qu’au-jourd’hui. Tout le monde en parle, tout le monde en projette, tout le monde en propose. Les années les plus actives du second empire n’ont pas connu d’effervescence aussi prononcée.
- Il est heureux qu’il en soit ainsi et nous souhaitons de tout notre cœur que rien ne vienne entraver cette bonne disposition. Les Travaux publics sagement compris sont un des principaux facteurs du progrès social. Ils participent pour la plus forte part à Textension croissante du domaine public, ils habituent les esprits au sacrifice des intérêts privés à l’intérêt général, iis font sentir aux populations mieux que la presse ou les discours, combien elles ont d’avantage à mettre en commun ceux des intérêts privés qui ne sont pas nécessaires à la liberté individuelle.
- À ces divers titres, les travaux publics méritent la sympathie de tous les hommes éclairés.
- Toutefois il faut bien prendre garde à une chose. De même que les vins les plus généreux sont ceux qui grisent le plus vite, de même les
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- LE DEVOIR
- éléments les plus certains du progrès sont ceux qui invitent la plus à l’exagération.
- Les travaux publies sont dans ce cas. On a vu sous l’empira l'Etat, les départements, les municipalités décréter des travaux publics à tort et à travers et augmenter la dette publique de sommes énormes destinées k faire face à ces dépenses.. Or à toute augmentation de la dette publique correspond une augmentation des charges du contribuable. Il ne suffit pas d’émettre des titres d’emprunt, il faut en payer les coupons et le montant de ces coupons, ne peut s’obtenir que par de nouveaux impôts ou par la majoration
- U’Ii-upôto anoîonoj oontimoo «xdclitionnole, otc.
- Tant qu’il s'agit de créer des chemins de fer, de tracer des routes, d’ouvrir des canaux ou de construire des ponts, les charges supplémentaires imposées au contribuable sont compensées, et parfois au-delà, par les avantages qu’il retire. Il n'en est plus de môme quand on donne aux travaux de luxe la priorité sur les travaux d'utilité première.
- L’exemple de l’empire est là pour le prouver.
- Tandis qu’on érigeait avec un luxe inouï le Nouveau Louvre, le Nouvel Opéra et de nouvelles églises de tous les styles qui existent et même de ceux qui n’existent pas, on négligeait le réseau secondaire de chemin de fer, on laissait subsister les ponts à péage et on livrait à l’abandon ou à l’ensablement les canaux et les rivières navigables.
- Aussi qu’est-il arrivé?
- C’est qu’à un moment donné l’industrie française, si prospère autrefois, s’est trouvée, par suite de l'insuffisance des moyens de communi-sation, en état d’infériorité relativement aux industries étrangères.
- Le bien du pays a été sacrifié à la vanité d’un trône. On s’eh aperçoit aujourd’hui.
- A quoi servent, je vous le demande, des façades sculptées ou des escaliers en marbre blanc ou d’autres belles constructions aussi superflues qu’onéreuses, si la principale source de richesse du pays, l’industrie, manque à peu près du nécessaire? A quoi bon des théâtres pour dépenser
- de l’or, si le travail qui fournit cet or est paralysé d’une manière sensible ?
- Le luxe dans les travaux publics, sans être répréhensible en lui-même, est dangereux chaque fois qu’il empiète sur le domaine de l’utile et qu’il fait sacrifier le nécessaire au superflu. 11 accapare alors une forte partie des sommes consacrées aux travaux publics et les frappe de stérilité. Au lieu de profiter au progrès, il en entrave la marche. L’administration du second empire s’est chargée de le démontrer.
- Les dépenses faites en travaux publics sous ce
- régime n’ont pas rendu au pays tous les services que celui-ci était en droit d’attendre de leur importance. Des sommes énormes ont été accumulées sur certains points au détriment du pays tout entier. La province a été sacrifiée à la capitale avec un sans gène inqualifiable. Les départements les plus éloignés, les plus déshérités ont contribué aux dépenses nécessitées par les travaux de Paris.
- Qu’ont-ils reçu en échange?
- Rien, ou presque rien.
- Il y a là une injustice criante et qu’il appartient à la République de réparer.
- Les travaux publics ne peuvent se faire indifféremment d'une manière ou d’une autre. C’est un préjugé de croire que pourvu que Ton remue de la terre ou que Ton superpose des matériaux, le progrès suivra son cours.
- Rien n’est plus faux. Les travaux publics de fantaisie ou de luxe ne doivent être entrepris qu’une fois ceux d’utilité générale terminés.
- En effet, les travaux de luxe peuvent améliorer momentanément l’état des affaires, ils l’aggravent ensuite dans des proportions difficiles à déterminer. La carte à payer vient un jour où l’autre, et cette carte, c*est le contribuable qui la paie.
- Ainsi l’argent mis en circulation par les travaux est fourni par celui-là même à qui il revient.
- De semblables mouvements de capitaux peu-
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- veut ne pas nuire à la cause du progrès ; il est certain que la plupart du temps ils ne lui profitent pas.
- Il n'en est plus de meme lorsque les travaux sont entrepris dans un but d’utilité. Ils sont en ce cas productifs. L’argent qui fait retour à l’individu est dans ce cas comme dans l’autre fourni par lui, mais, cette fois-ci, entre la sortie de la somme et sa rentrée, elle crée une chose productive et par conséquent augmente la fortune sociale
- Supposons par exemple que l’on paie 50 fr. pour transporter par chemin de fer une tonne de marchandises d’un pointa un autre. On ouvre un canal qui permet de faire le même transport pour 35 fr. seulement, Il en résultera que ce travail public fera gagner à l’industrie intéressée une somme de 15 fr. qui se renouvellera tous les ans. D’une part, les 15 fr. non payés seront employés par la même industrie à de nouvelles fabrications, et d’autre part, le ou les consommateurs de la tonne de marchandises auront celle-ci à meilleur compte. Donc, de part et d’autre, on aura bénéficié.
- Ce sont des améliorations de ce genre qui résultent de travaux publics bien conçus.
- Entrepris à l’époque où le chômage des industries privées laisse des bras inocupés par milliers, les travaux publics peuvent rendre d’im-nienses services.
- Toutefois, que l’on, ne s’y trompe pas, le nombre des bras occupés directement par les travaux publics est toujours fort limité. Par contre, si la confiance règne, ils ont cet avantage de provoquer une série innombrable de travaux privés. Ce sont ceux-ci qui nourrissent alors le gros de la population. Mais, nous le répétons, cette activité n’est considérable que si elle est favorisée par la confiance générale, et ces travaux ne sont réellement productifs que s’ils s’appliquent à des choses utiles et nécessaires, Jusqu’ici les projets de travaux publics caressés ou proposés par la République, rentrent dans l’ordre des travaux utiles. On promet à la province 17,000 kilomètres de chemins de fer,
- et c’est là une excellente promesse. Tout porte à croire que ces lignes seront votées et que la prospérité delà France augmentera d’autant.
- Il est bon toutefois de se tenir en garde contre des tendances contraires qui se manifestent déjà. On parle de reconstruire le palais des Tuileries, ce qui entraînerait assurément, de fortes dépenses. Si le Louvre a besoin pour ses collections d’une annexe semblable, nous n'avons rien à objecter à cette reconstruction, mais si la question du coup d’œil est seule en cause, nous verrions avec regrets ce premier pas se faire dans la voie do l’imifile, alors quo lo nécessaire fait encore trop défaut.
- La France peut se passer d’un palais de plus, elle ne saurait se passer d’une prospérité indus-tri elle plus grande, et pour cette prospérité il faut, non-seulement des chemins de fer — voies de transport rapides — mais encore des canaux — voies de transport à bon marché,
- Ed, Ghampury,
- LES ÉCOLES NORMALES PRIMAIRES
- Ce n’est pas sans regrets que nous avons vu la Chambre des députés, dans sa séance du 8 juin, revenir sur le vote d’urgence qu’elle avait émis précédemment à l’égard de la proposition de M. Paul Bert, sur rétablissement des écoles normales primaires.
- Nous espérons toutefois qu’en agissant ainsi, la Chambre n’a entendu contester ni la valeur, ni l’opportunité de cette proposition, et que si elle s’est bornée à émettre un de ces votes de première lecture qui n’engagent à rien et qui réservent la question pour un second débat, c’est uniquement parce que le temps manquait, à la veille des vacances, pour donner les développements nécessaires à la discussion d'un projet d’une importance aussi considérable.
- Il y a pénurie d’écoles normales primaires en France, tout le monde en convient. Ce n’est pas que nous soyons privés de lois ou décrets ordonnant la création d’école de cette nature, mais ces lois on décrets sont tombés en désuétude ou ont été violés sciemment par l’Empire.
- La première idée de créer ces utiles établissements appartient à la Révolution, ün décret du 9 'brumaire
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- LE DEVOIR
- an III, décidait la création, à Paris et dans les départements, d’écoles destinées à former des instituteurs. Elles devaient même, dans l’esprit des législateurs, « former les cœurs des jeunes républicains à la pratique des vertus publiques et privées. »
- Ce décret ne fut pas appliqué. Il fallut attendre encore 16 ans la fondation d’une école normale véritable. M. de Lezai-Marnezia établit la première à Strasbourg cti 1810. Son exemple ne fut imité que fort tard et fort rarement. En 1831 il n’y avait encore que 7 écoles normales. La loi du 28 juin 1833 décida que « tout département serait tenu d’entretenir une école normale primaire, soit par lui-même, soit en se réunissant à un ou plusieurs départements voisins. »
- Grâce à cett i nouvelle législation, le nombre des écoles normales s’éleva peu à peu, et il était de 70 à la fin de 1850. L’enseignement congréganiste étant menacé, le parti clérical obtint de l’Assemblée législative le remplacement de ces écoles normales par des écoles stagiaires. Des élèves-maîtres furent entretenus dans les écoles primaires désignées à cet effet par le Conseil académique. Pour justifier le nouveau système, on reprocha aux écoles normales « de donner aux jeunes gens qui y étaient instruits uneéducation disproportionnée avec le sort qui leur était réservé. » On préféra donc maintenir les instituteurs dans un état d’instruction insuffisant et paralyser ainsi l'instruction primaire. Les événements de 1870 ont montré si l’on avait eu raison de se laisser distancer sur ce terrain par les pays étrangers. '
- Revenir sur la loi de 1850, tel est l’objet principal de la proposition de M. Paul Bert. Disons-le tout de suite : elle correspond à un besoin bien évident. On n’obtient pas la diffusion de l'instruction sans un personnel enseignant nombreux et supérieurement instruit.
- Le nombre des écoles normales est trop restreint pour former tous les instituteurs dont on a besoin. Nous savons bien que, malgré la loi de 1850, le bon sens public fit justice des écoles stagiaires et qu’il reforma des écoles normales. Aujourd’hui on compte 99 écoles normales, dont 79 pour instituteurs réunissant entre elles 3483 élèves, et 19 pour institutrices avec 600 élèves. Onze de ces dernières écoles ont été fondées depuis 1871.
- La proposition de loi de M. Paul Bert demande que chaque département soit pourvu d’une école normale d’instituteurs et d’une d’institutrices. C’est donc surtout des écoles d’institutrices qu’elle fera naître. On ne saurait s’en plaindre, si l’on réfléchit que, dans l’enseignement primaire, le personnel
- féminin est aujourd'hui tout à fait insuffisant,tant au point de vue du nombre qu’au point de vue du degré de connaissances. Enfin, si l’on considère que le principe des écoles mixtes dirigées par des institutrices tend de plus en plus à prévaloir en Europe, et que la France aurait tort de tenir à ses vieilles routines en cette matière, on conviendra qu’il est grand temps d'assurer le recrutement des institutrices d’une manière plus efficace que par le passé. Bien loin de mettre les institutrices dans des conditions d’infériorité d’éducation première, c’est à elles, dit M. Paul Bert, que nous devrions surtout consacrer nos efforts ; exigeons du moins l’égalité.
- Il est indispensable qu’à chaque école normale soit annexé une école primaire où les maîtres puissent, sous la surveillance d’un de leurs professeurs, s’exercer à la tenue des classes. La pédagogie, comme toutes les autres, sciences, a besoin d’être pratiquée pour être vraiment apprise, et l’école annexe pourrait être justement dénommée le laboratoire pédagogique.
- Toutes les écoles normales actuellement en fonctions, sauf celle de Parthenay, sont munies d’écoles annexes, et, bien que la proposition de M. Paul Bert ne stipule pas l’obligation d’annexes semblables, on doit pouvoir compter que toutes les écoles de nouvelle création en seront munies.
- Nous regrettons que le projet n’établisse pas, et d’une manière très-nette, vu la nécessité de ne confier qu’à des laïques la direction d’établissements semblables, chargés d’élever 1© personnel laïque de l’instruction primaire.
- Aujourd’hui, le divorce est si complet entre le catholicisme et la science, qu’en optant pour l’un on repousse forcément l’autre. Il est donc de la plus impérieuse nécessité que l’Etat ne permette pas l’enseignement dans les écoles normales à des prêtres ou à des membres de congrégations ayant pour habitude et pour devoir — le Syüarbus les y oblige— de contester la science et de dénaturer la vérité.
- Il n’y a pas à s’y tromper. Si le personnel enseignant dans les écoles normales ne devait pas être laïque, la création d’écoles semblables, au lieu d’être un bienfait pour le pays, deviendrait une calamité.
- Espérons qu’un amendement dans le sens de la laïcité sera introduit dans la loi et sera adopté par la majorité de la Chambre.
- Grâce à la loi ainsi amendée, la France pourra posséder des écoles primaires ayant un personnel enseignant laïque, plus instruit qu’un personnel congréganiste qui n’offre d’autres garanties que de simples lettres d’obédience.
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- LE DEVOIR
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- Il s’agit de répandre l’instruction et non de paraphraser le catéchisme.
- E. C,
- P. S. — Puisque nous avons touché ce sujet, rappelons que l’article 4 de la proposition demande que les plans et devis des constructions et des aménagements soient soumis à l’approbation du ministre de l’instruction publique.
- Il serait préférable, croyons-nous, que le ministère s’enquît des conditions les meilleures que doivent réunir les écoles normales et qu'il fit dresser, par des hommes exempts de préjugés, des plans-types de ces écoles normales modèles.
- Les départements pourraient alors choisir entre des plans et s’éparger ainsi des tâtonnements inévitables ou des erreurs posibles.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- Nous ne pensons pas que l’histoire de la nation présente beaucoup d’exemples dune maladresse plus complète et plus coupable, couronnée par un échec plus éclatant et plus mérité, que ne l’a été la campagne entreprise contre l’Exposition universelle par les journaux aux gages des prétendants.
- A l’inopportunité absolue comme temps, cette campagne a joint la trivialité du langage, l’indélicatesse des procédés et l’absence de tout patriotisme.
- Si quelque chose est de nature à perdre plus encore dans l’opinion publique les anciens partis, c’est assurément celte campagne, car il n’est plus permis aujourd’hui à un homme qui se respecte de faire cause commune avec les individus qui y ont pris part.
- C’est ce que l’opinion publique a manifesté avec un éclat sans égal dans l’imposante fête du 30 juin.
- Pour la première fois la troisième République française était appelée à célébrer une grande fête publique et républicaine, une fête que l’on aurait pu appeler «la fête du travail. »
- Paris a répondu à cet appel avec une plénitude, avec une unanimité d’enthousiasme réellement imposantes. Paris tout entier s’est pavoisé et illuminé.
- Tout entier, c’est trop dire.
- Il y a eu une tache noire dans cette lumière. Le faubourg Saint Honoré et le faubourg Saint-Germain se sont abstenus. Ils ont boudé.
- La République est donc bien à plaindre. Elle n’a ni les sympathies des débris de l’ancien régime, ni celles des parvenus de l’agiotage.
- Il était bon, il était même nécessaire qu’il en fut ainsi. La République a la passion, le culte du travail. G’est par le travail qu’elle veut relever, qu’elle relèvera la France de l’abîme où l’a précipitée la monarchie. Il est donc naturel que les gens aux yeux desquels le travail est dégradant manifestent leur opposition à un régime de travail.
- Les organes de la presse qui sont aux gages de ces messieurs avaient repris aux approches de la solennité du 30 juin leurs manœuvres de dénigrement. Ils en sont pour leurs peines. L’incomparable succès de cette fête — qui laisse bien loin derrière elle tout ce que les rois et les empereurs avaient tenté— est la plus écrasante ré* ponse que l’on puisse faire à ces manœuvres.
- Les auteurs de ces sempiternelles litanies sont confondus. Il leur faudrait un étrange aveuglement pour ne pas voir aujourd’hui que tout ce qu’ils tentent contre le régime républicain tourne au profit de celui-ci. Leurs accusations vagues, leurs insinuations perfides et — disons le mot — leurs appétits personnels restent impuissants en face du bon sens de la nation.
- Assurément, le régime républicain tel que la France le possède aujourd’hui n’est pas l’idéal du genre.
- Il se présente sous sa forme la plus restreinte, la plus étroite.
- Ce n’est pas la forme de l’avenir, mais peut-être est-il bon qu’il en soit temporairement ainsi.
- Le régime actuel n’invite pas aux rêves éblouissants, aux perspectives infinies, aux espérances illimitées : il n’assouvit pas les imaginations qui ont soif de prog ès rapides faits à pas de géant ; c’est vrai, mais c’est là pe, t-être ce qui fait sa force. Gomme il ne peut encore promettre beaucoup, il ne permet pas les désillmo jiis faciles ; il est pratique; il cherche; il combine ; il cal ;ule; en un mot il est semblable à ces petits chemins de montagne qui sont durs aux pieds, qui se détournent en replis nombreux mais qui mènent sûrement quoique lentement au sommet.
- Le spectacle que présentent les pays non républicains est bien fait pour donner raison à notre pensée.
- Que se passe-t-il en Allemagne ?
- 11 y a quelques années ce pays sorti vainqueur de la plus terrible des guerres, grandi, enrichi de 5 milliards considérait son avenir comme riche en promesses et fécond en résultats.
- Sept ans se sont passés ; les milliards s’en sont allés, les provinces annexées sont une charge et un embarras;
- Le Reichstag nommé par le peuple a été dissous pour n’avoir pas voulu être servile;
- La misère publique est générale ;
- Le commerce et l’industrie souffrent ;
- Les inventeurs et producteurs ne participent pas au grand concours international du génie et du travail ouvert dans la capitale du pays vaincu.
- Et le vieux roi lui-même, devenu' empereur, a failli par deux fois à quelques jours de distance être assassiné par ses sujets.
- Et pourtant l’Allemagne est de tous les Etats européens celui dont le gouvernement représente le mieux le pouvoir monarchique.
- La campagne entreprise par le gouvernement allemand contre le parti socialiste de ce pays ne promet pas de ramener au bercail les brebis égarées.
- La sévérité, la cruauté des mesures de répression est telle qu’elle soulève l’indignation générale au lieu d’entraîner des approbations.
- Des femmes, des vieillards, des enfants sont condamnés à des années de détention dans des forteresses qui pour un mot léger, qui pour avoir souri, qui pour avoir plaisanté.
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- Ce n’est point avec des procédés semblables que le pouvoir se rendra sympathique. Robespierre lui-môme a vu que la terreur n’est pas un procédé de gouvernement. Le roi Bomba à Naples et le ministro Narvaez à Madrid ont voulu terrifier les peuples soumis à leur férule. Ils n’ont obtenu qu'une chose : le renversement des Bourbons. E. G.
- VARIÉTÉS
- STATISTIQUE Dü CATHOLICISME ET DU PROTESTANTISME
- En 1800, le protestantisme ne comptait que 55 millions d’adhérents, tandis que le catholicisme en avait 130 millions. A l’heure qu’il est, il y a 117 millions de protestants et seulement 160 millions de catholiques. Le
- nombre de prûteatanlo a dono plus que doublé, tandis
- que celui des catholiques s’est accru seulement d’un cinquième. Dans un temps assez rapproché, le protestantisme aura dépassé en nombre le catholicisme.
- LIBRAIRIE ALLEMANDE
- D'après la statistique industrielle ordonnée le 1er décembre 1875, dans l'empire d’Allemagne, et dont les résultats viennent d’ôlre publiés, le commerce de la librairie et de l'imprimerie cl des branches qui s’y rattachent occupaient le personnel suivant : 1° commerce des livres, des publications d’art cl de musique : 10,574 individus dont 920 femmes, en 3,223 maisons de librairie ; 2° expédition de journaux : 2,663 employés,, dont 466 femmes, en 1,944 bureaux d’expédition; 3° cabinets de lecture : 295 personnes, dont 107 femmes, pour 239 propriétaires; 4° 381 ateliers pour la gravure et la fonderie des caractères et la gravure sur bols, où travaillent 2,537 individus; dont 373 femmes; 5° 4 914 imprimeries ordinaires lithographies, imprimeries en taille douce, etc., occupant 46,109 ouvriers parmi lesquels 5,588 femmes; 6° 308 établissements pour la fabrication des cartes à jouer, des modèles ou patrons, des feuilles d’ima^ ges, etc., avec 2,560 ouvriers, dont 727 du sexe féminin ; 7° 2,503 photographies employant 4,556 personnes, dont 34 femmes seulement.
- INCENDIES DUS A L'USAGE DU TABAC
- D’après les statistiques de 1872, dans les cinq départements où l’on fume le plus — le Nord, Pas-de-Calais, Seine, Bouches-du-Rhône et Var, — la quantité moyenne du tabac consommée par habitant est de 1,548 grammes par an; le nombre moyen des incendies est de 228 par département.
- Dans les cinq départements où l’on fume le moins — Haute-Savoye, Aveyron, Lozère, Dordogne et Lot, — la quantité moyenne annuelle par habitant est de 278 grammes; et le nombre moyen des incendies est de 36 par département.
- ARCHÉOLOGUES JAPONAIS
- Le Japon.possède une société d’archéologie qui déploie une grande activité. Elle porte le nom de Kobutzu-Kai (société des vieilles choses). Ses membres, au nombre de 200, sont disséminés dans tout le pays et se réunissent une fois seulement chaque mois, h Yeddo. Ce sont principalement des riches japonais, des savants, des prêtres; ceux-ci surtout ont le moyen d’appeler l’attention publique sur un très-grand nombre d'objets anciens qui sont restés cachés dans les trésors des temples ou qui ont été conservés dans les familles.
- UN HOMME FOSSILE ARTIFICIEL
- Champfleury a conté d’une façon charmante l’histoire de l’obélisque artificiel vendu à un collectionneur.
- La chose était si forte qu’elle parut incroyable; voici cependant une chose authentique qui est de même force.
- « L’Aquarium de New-York, écrit-on de cette ville, est l’un des établissements les plus curieux qui existent aux Etats-Unis, grâce à l’intelligente activité de son propriétaire, M. Gonanl, qui a su y réunir une multitude d’attractions intéressant également les savants, les artistes et les simples gens du monde. Depuis quelques mois M. Conaut exposait dans son Aquarium une rareté unique dans son genre . un homme pétrifié, déterré dans une carrière du Colorado, et paraissant remonter à l'antiquité la plus reculée. L’intelligent directeur ne s’était pas borné à présenter un monolithe humain comme une curiosité propre à amuser les oisifs, il avait voulu en faire un objet dîélude, et contribuer ainsi à éclairer l’un des problèmes les plus mystérieux de la philosophie: les origines de la race humaine. M, Conaut avait appelé à cet effet les investigations ùc la science sur la nature de la substance dans laquelle h était transformé un être qui fut jadis un de nos semblables, et ce programme ayant été lancé avec toute la solennité qu’il méritait) des anatomistes, des médecins, dos chimistes, des géologues et des docteurs en physiologie, voir même en théologie, faisaient procession à l’aquarium pour vérifier l’authenticité du phénomène préhistorique rendu à la lumière après avoir pendant des siècles et des siècles reposé dars les en trailles de la terre.
- Les savants comme les théologiens sont rarement d’accord. Dans le cas présent, en particulier, les uns ont déclaré que la chair ne pouvait se pétrifier, tandis que d'autres, traitant les premiers d’ignares, ont émis l’opinion que la chair peut non-seulement se pétrifier mais qu’elle devient homogène par la décomposition chimique de tousses éléments, et qu’en sciant® l’homme du Colorado, # on ne trouverait à l’intérieur qu’une masse compacte do pierre. Enfin, trois savants de Saint-Joseph, dans le Missouri, ayant sondé l’intérieur du « sujet, » ont trouvé dans les substances extraites « des indices irrécusables de l’organisme humain. » Le rapport de ces trois savants du crû fut mis à la disposition des visiteurs de faquarium et le prudent M. Conaut s’en tint à ce témoignage, assez satisfaisant d’ailleurs, jusqu’à ce que les hommes versés dans les connaissances spéciales fussent tombés d’accord, quand de malencontreuses révélations vinrent tout-à-coup renverser l’é-
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- ehafaudage scientifique si adroitement élevé par l’habile directeur.
- On apprit qu’il y avait à New-York un homme, un praticien habile, M. G. Sala, qui s’était adonné à la fabrication d'hommes fossiles, et dont l’expérience pourrait jeter quelque lumière dans la controverse. Un reporter du Bêrald, toujours à raffut des découvertes à sensation, se rendit auprès de M. Sala, qui ne fit aucune difficulté de révéler les procédés par lesquels ii a successivement mis au jour le célèbre Géant de Candi f, qui émerveilla jadis le monde savant, le Géant* du New-Eampshire, exposé par lui à Boston il y a six ans, puis récemment à la Nouvelle-Orléans, comme ayant été découvert au Texas, près do Gai veston, — et d’autres prétendus monolithes du même genre — et de la même authenticité 1
- Quant au géant de TAquarium new-yorkais. M, Sala ne sait pas d’où il vient, mais tout fait supposer qu’il a été fabriqué de même façon.
- Le procédé consiste à dégrossir au ciseau une ligure humaine en ayant soin de conserver les proportions, puis la maquette est plongée dans un bain d’acide nitrique et d’acide muriatique qui ronge la surface, détruit les traces du ciseau et grave plus ou moins profondément des empreintes qui simulent à merveille « l’outrage des ans ».
- M. Sala est d’avis que la section de la masse ne prouverait rien pour l'inspection de l’intérieur parce que la substance employée peut avoir été une composition minérale, telle qu’un silicate de soude à l’état de ciment enveloppant un squelette humain. »
- Uniques dans leur genre, les Américains, n’est-ce pas !
- SINGULIÈRE APPLICATION DU TÉLÉPHONE
- C’est M. Edison qui, d’après le journal The World, >de New-York (n° du 18 mai), vient de trouver,cette singulière application du téléphone
- Notre confrère américain, en citant les noms, raconte que dans une soirée donnée par M. Bachelor, et dans laquelle était réunie toute l’aristocratie de New York, une dame « du meilleur monde » demanda à M. Edison si parmi toutes les inventions, plus merveilleuses les unes que les autres dont il est l’auteur, il ne posséderait pas un système permettant de bercer automatiquement un baby couché, chaque fois que celui-ci pleure ou crie ,
- — Si vous saviez, M. Edison, ajouta la dame, combien il est désagréable et pénible d’être éveillée, la nuit, par les cris d’un baby, et de se lever pour le bercer 1 Aussi, pourvu que votre système atteigne le but que je de. mande, qu’il se termine en « phone » ou en « graphe, » cela m’est bien égal I
- M. Edison est très galant, parait-il. Il promit de s’occuper de cette question.
- Quelques jours après, M. Edison, selon sa promesse, adressait à la dame qui n’aimé pas être réveillée la nuit par les cris de son baby, une disposition très-originale avec laquelle il est possible, en effet, de mettre on mouvement, d’une manière automatique, le berceau d’un enfant qui pleure Ce n’est pas une plaisanterie. The World donne le plan de la disposition proposée par M. Edison :
- Un téléphone est placé très-près du berceau ; chaque fols que les cris de l’enfant se font entendre, la plaque du téléphone vibre, le courant produit par ces vibrations traverse une pile, puis un électro-aimant et se trouve
- ainsi considérablement augmenté, si considérablement augmenté même, que ce courant peut faire déclancher le levier d’un mécanisme qui agite très-régulièrement et très-doucement le berceau. Aussitôt que les cris ont cessé, c'est-à-dire aussitôt que les vibrations du téléphone ne se produisent plus, le levier reprend sa position normale et le berceau devient immobile, pour être agité de nouveau quand les pleurs recommencent. C’est aussi simple qu ingénieux, n’est-ce pas ?
- Nous regrettons seulement que The World ne nous ait pas donné la disposition du mécanisme, ce qui nous aurait permis de mieux comprendre la valeur de la nouvelle curiosité scientifique de M. Edison.
- C’est égal ! le téléphone faisant fonctions de bonne d’enfant, je suis bien certain que M. Graham. Bell n’a jamais prévu cette application-là !
- ENSEIGNEMENT DE LA COMPTABILITÉ
- Une des premières choses à introduire dans nos écoles de campagnes est sans doute la comptabilité. Sauf quelques grandes exploitations, nos cultivateurs ne tiennent aucun livre de culture. Il se trouvent souvent en perte surcertains produits où ils se croient en bénéfice. Ce serait rendre service aux jeunes générations que de leur apprendre à tenir un compte exact, pour chaque pièce de terre, du doit et avoir, intérêt du capital, loyer de la terre, journées de travail, labours, travail des animaux, détérioration du matériel, plus-value ou détérioration des animaux, produit des récoltes, pourriture, prix des ventes/fumiers, etc., etc.
- Charles Louàndbe,
- SIMPLE OBSERVATION
- Profitons de ce que l'Académie vient de publier la septième édition de son dictionnaire pour glisser une observation sur une faute qu’on commet assez volontiers depuis les événements d’Orient.
- On appelle turcophiles, russophiles. les partisans des Turcs ou des Russes. Or, ces néologismes signifient non pas « qui aime » les Turcs ou les Russes, mais bien « qui est aimé par eux. »
- En grec, phil, préfixe, a un sens actif; désinence, un sens passif. Exemple : Philotheos, qui aime Dieu; Théophile, qui est aimé de Dieu.
- De même qu’on dit philanthrope, philhellène, on doit dire philoturc, philorusse.
- La Société d’hygiène de Paris étudie la possibilité d’établir dans chaque grande ville de France, an laboratoire de chimie où chacun pourrait faire analyser sans * frais les substances alimentaires soupçonnées d’être falsifiées.
- Il serait fort à désirer que ces laboratoires pussent être créés.
- Il est question, dit le Courrier de la Champagne, de la création de bibliothèques historiques dans tous les chefs-lieux de départements à l’aide de documents qui se trouvent dans les archives des administrations publiques.
- Le gouvernement aurait l’intention de généraliser celte création de manière à faciliter les recherches qui peuvent être faites pour -l’histoire de chaque province.
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- Il y a en Russie, en Suisse et dans le Wurtemberg des écoles féminines d’horticulture où Ton forme des cultivatrices.
- On y montre aux femmes comment il faut s’y prendre pour cultiver et conserver les légumes, les oignons de plantes, les tubercules et les feuilles comestibles. On leur enseigne aussi l’art charmant de soigner les fleurs.
- NOTES SUR LA GUERRE
- L’Angleterre a promptement ressenti le contrecoup de sa mauvaise politique. Les recettes du dernier exercice laissaient un excédant de 359,805 livres, les dépenses extraordinaires faites pour la guerre ont substitué à cet excédant un déficit de 2,640,000 livres. Il va falloir augmenter plusieurs impôts.
- * #
- Typhus dans le Caucase où il a tué des millions de soldats et enlevé deux généraux russes.
- Epidémie de petite vérole à Saint-Pétersbourg apportée par les prisonniers turcs.
- Fièvre typhoïde à Constantinople où elle dévore les misérables que la guerre y a chassés et entassés.
- Dyssenterie à Andrinople dans les rangs de l’armée russe.
- V*
- Peu riche d’ordinaire, le Monténégro n’a presque rien produit depuis l’insurrection de l’Herzégovine, c’est-à dire depuis près de trois ans. Les rares champs du pays sont restés en friche, attendu que non-seulement la partie masculine de la population, mais aussi les femmes ont pris part à la guerre ; elles ont fait bravement le métier de « bête de somme, » transportant sur leurs épaules la nourriture des troupes et des chevaux, voire même les munitions.
- Depuis trois ans, la population tout entière est arrachée à tout travail productif ; qu’on joigne à cela le fait que nombre de localités sont ravagées par la guerre et que le pays a à sa charge une foule de réfugiés des provinces turques voisines, et l’on pourra se faire une idée de la ruine absolue et générale qui règne au Monténégro. Tous, absolument tous, sont dans l’indigence : le gouvernement ne perçoit pas d’impôts ; les particuliers ne paient pas leurs dettes ni n'exigent le remboursement de ce qu’on leur doit, car tout le monde comprend que dans les conditions actuelles ce serait chose impossible,
- V
- Il a été fabriqué en Angleterre, dans le courant de l’année dernière, 20 canons de 25 tonnes et de 317mra de calibre, coûtant 92,975 fr, chacun; 2 canons de 25 tonnes et du calibre de 279mw, coûtant 58,975 fr. chacun ; 13 canons de 18 tonnes du calibre de 254mm, coûtant 135,975 fr. Le nombre total des pièces de tous modèles, allant jusqu’au canon de 7 livres, fabriquées dans le courant de cette année, est de 527, représentant une dépense totale de 3,973,275 fr,
- * *
- *
- Le cuirassé à tourelle, le plus remarquable de la marine anglaise, le Tfmnderer, jauge 10,000 tonneaux, et ne porte que quatre pièces d’artillerie, mais ce sont des canons d’Armstrong de 35 et de 40 tonnes, qui se char-gent par la force hydraulique, dans l’intérieur des tourelles et sans exposer un seul artilleur à la vue de l’ennemi. Les projectiles rangés sous l’entrepont, le long des
- flancs du navire, sont transportés sur un petit truck et un chemin de fer en miniature jusqu'aux tourelles; deux hommes suffisent pour ce travail.
- Le cuirassé a en outre son appareil à torpilles, et un canon G-athing, espèce de mitrailleuse qui lance 250 projectiles en trois minutes ; chaque vaisseau de guerre est maintenant pourvu d’un de ces mitrailleurs, dont le but principal est d’éloigner ou de couleras les bateaux à torpilles.
- Cet énorme monstre marin est mu par des machines à vapeur de 7,500 chevaux et sa marche ordinaire est de 12 milles à l’heure, qui peuvent, au besoin, être portées à 15 milles; il est monté par un équipage de 325 officiers, marins et soldats de marine.
- Que de peines on se donne et quels sacrifices on s’impose quand il s’agit de faire du mal à son prochain.
- Les peuples ne comprendront-ils jamais que la somme qu’on leur arrache pour de semblables dépenses pourrait être utilisée à leur profit?
- RICHESSE DU CLERGÉ EN BELGIQUE
- Il résulte de la statistique des biens de main-morte dressée par les soins de l’Association libérale de Bruxelles, qu’à chacun des religieux ou religieuses des cantons de Bruxelles afférait en immeubles une fortune de plus de 35,000 francs.
- TRAVAIL DE LA LAINE
- Les filateurs et tisseurs de laines occupent 108,800 ouvriers. Mais tous ne réclament pas des droits protecteurs. Les délégués de la chambre de commerce de Reims et de la Société industrielle de Fourmies auprès de la commission du Sénat, se sont déclarés partisans du libre-échange et ont montré les exportations de laine peignée s’élevant à 234 millions en 1877. Sur ce chiffre de 108,800 ouvriers, il y en a donc une grande partie au nom de qui ne peuvent pas parler les filateurs et tisseurs de laines qui réclament des droits protecteurs.
- UNE BONNE IDÉE
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- Le préfet de police vient d’autoriser la constitution régulière d’une association fondée sous le nom de Société d’excursions artistiques, scientifiques et indus-trielles.
- Cette société, présidée par M. Kranlz, et placée sous le patronage do M. Tesserenc de Bort et de M. Bardoux, a pour but d’organiser pour les monuments, les musées et les usines, pour les expositions, et notamment pour celles de 1878, des séries de visites pendant lesquelles les auditeurs, groupés autourd’undémonstrateur éclairé, recevront des explications sur les établissements qu’ils visitent.
- Quand organisera-t-on un service de démonstrateurs gratuits dans les grands musées de France comme cela existe dans quelques musées de l’étranger ?
- L'INDIGENCE
- D’après une récente statistique, on compte en France 1,500,000 individus en état d’indigence, et 1,700,000 autres individus exempts de contribution personnelle
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- et mobilière à cause de leur état de gène. Ce sont donc trois millions de Français réduits à la pauvreté.
- Plus des deux tiejs des trois millions d’hommes que la statistique signale à notre pitié sont complètement illettrés.
- BERLIN PORT DE MER
- Le 19 mai dernier a eu lieu à Berlin une grande réunion de capitalistes anglais et allemands afin de constituer la Société qui doit construire les canaux et les barrages mobiles nécessaires pour permettre aux bâtiments de mér d’arriver à Berlin :
- 1® Entre la mer du Nord et Berlin ; on emprunterait le cours de l’Elbe en le canalisant;
- 2° Entre la mer Baltique et Berlin, on canaliserait le cours de FOder. D’après les décisions prises, on peut considérer la Société comme définitivement constituée et les travaux prêts à commencer. Cette entreprise serait confiée à M. Stronsberg, grand entrepreneur bien connu qui les mènerait rapidement.
- Ainsi, la mer du Nord et la mer Baltique se trouveraient réunies à Berlin au moyen d’un port commun et cela dans un avenir prochain,
- MOUVEMENT RELIGIEUX DANS L’INDE
- Le Brahma-Sabbâ, c’est-à-dire « l’Association de Dieu », est, dans l’Inde, à la tète d’un mouvement religieux de réforme qui s’est manifesté dans ces dernières années par des résultats notables et par des productions philosophiques et littéraires. Ce mouvement a pour principaux théâtres le Bengale et le Penjab. L’unité de Dieu, un grand fond de tolérance, une tendance philosophique prononcée, sont les traits dominants du Brahma-S&bhâ. Ses membres sont plutôt des -savants déistes que des initiateurs; bien qu’ils ne négligent ni le rite, ni le symbole, ni le culte, ils se montrent surtout avides dç science et de recherche.
- LA PHOTOGRAPHIE DU SOLEIL ET LA LUNE
- M. Làmey fait, au sujet de la remarquable photographie du Soleil par M. Janssen, les curieuses observations suivantes. Il observe d’abord que les immenses cirques de la Lune peuvent reconnaître pour cause l’épanouissement, à la surface de la Lune encore pâteuse, d’énormes bulles de gaz venues de l’intérieur, puis il indique comment il retrouve les mômes caractères dans la photographie de M. Janssen. Il ajoute que son hypothèse conduit à des conséquences faciles à vérifier de deux manières : 1" des photographies des bords du Soleil devront montrer, pour ces cirques, des formes de plus en plus elliptiques ; 2° en photographiant plusieurs fois, à des instants rapprochés, la môme portion du disque, on devra voir les cirques existants s’évaser de plus en plus et d'aulres naître dans l’intérieur des premiers.
- Correspondance et discussion contradictoire.
- m. n. D., à Paris. — « Je ne puis être d’accord avec vous. Ainsi je trouve, page 50, dans la seconde colonne, que « les conservateurs devraient engager l'Etat à prendre les mesures dues à l’œuvre de régénération sociale.» Je crois, pour mon compte, que l’Etat ne peut pas par des lois ou des réglements amener la régénération sociale. On peut répandre à flots l’instruction, mais l’instruction ne fait pas seule l’homme honnête, laborieux et moral, et tant que tous les hommes ne seront pas moraux, il y en aura de très-pauvres et de très-misérables. ...
- Après avoir pendant plus de 40 ans consacré ma vie au soin des indigents, je n’ai jamais trouvé une famille honnête qui ne se soit relevée en peu de temps de la misère; et, tous ceux qui y vivent longtemps ont des vices; je n’ai jamais rencontré d’exception à cette règle. Or, il n’y a pas do loi qui puisse empêcher un homme d’être vicieux, et quelque excellente que soit une organisation sociale ; quand le père boira son salaire, la famille manquera de tout. Ge qu’il faut donc aux ouvriers, ce n’est pas de leur promettre une amélioration de leur sort venant du dehors d’eux-mèmes, soit sociale, ou mutuelle, ou charitable, c’est de leur faire comprendre que presque tous leurs maux proviennent de leur manque de moralité et de sagesse. Autant de vices, autant de maux !....
- Il ne faut tromper personne et encore moins les pauvres qui sont ignorants et qui n’ont aucun moyen de s’instruire et de s'apercevoir qu’on les a trompés. Le seul, le vrai, le grand progrès, c’est d’apprendre à l'enfant dès que son intelligence s’ouvre, qu’il est fait pour le bien et pour le vrai comme le poisson est créé pour l’eau et l'oiseau pour l’air. L’homme qui viole les lois de la morale faussé sa vie, perd le jugement juste et rend son existence malheureuse ; plus l’homme empire plus il est malheureux, ainsi que ceux qui l’entourent.
- « L’homme honnête et moral est dans le vrai de l’existence, et voit juste ; il peut être heureux et rend heureux ceux qui Fenloureut et qui l’aiment ; il y a en lui un juste équilibre qui fait que sa vie est utile, sa conscience calme et son travail fructueux. Si vous élevez ainsi les enfants, vous aurez dans 20 ans une génération supérieure à la nôtre. Il y aura encore des pauvres, il n’y aura plus de gueux »
- Gette conclusion contredit l'affirmation hasardée plus haut, que « l’Etat est impuissant à amener une régénération sociale. »
- De deux choses, Fune :
- Ou bien les améliorations officielles n’ont aucune prise sur les âmes, et en ce cas nous n’aurons pas « dans 20 ans une génération supérieure à la nôtre, ayant encore des pauvres et n’ayant plus de gueux. »
- Ou bien encore ces mêmes améliorations auront sur les âmes assez de prise pour amener le progrès annoncé.
- Dans le premier cas, l’Etat devenu inutile, n’est plus qu’un non sens, et le mot progrès doit être rayé du dictionnaire comme ne répondant à aucun fait.
- Dans le second cas, le même Etat qui est assez fort pour supprimer les gueux, pourrait, étant renforcé, supprimer aussi les pauvres.
- Il y a des vices chez les pauvres, mais êtes-vous sûrs que ces vices ne soient pas le fruit de leur pauvreté, la
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- conséquence du découragement et du milieu dans leqnel ils vivent? Il est facile, quand on est riche, quand on est instruit, quand on a reçu une belle éducation, il est facile, dis-je, de conseiller aux ouvriers d’être continents, d'être sobres, d’être économes. Mais êtes-vous sûrs que si vous vous trouviez comme eux, sans instruction, sans éducation, sans possibilité de vous procurer des plaisirs intellectuels, vous seriez facilement ce que vous leur conseillez d’être? Hélas I il y a dans la débauche plus de désespoir que de perversité î
- Le sophisme des ennemis de la raison humaine, a dit Mme de Staël, c’est qu'ils veulent qu'un peuple possède les vertus de la liberté avant de l'avoir obtenue, tandis qu'il ne peut acquérir ces vertus d’après avoir joui de la liberté; Teffbt ne saurait précéder la cause.
- Eh bien ! ce que Mn,s de Staël disait des peuples, nous le disons des pauvres. Vous n’avez pas le droit de leur demander l'effet avant de leur avoir accordé la cause.
- L’argument que l’on tourne aujourd’hui contre l’ouvrier n’est pas nouveau ; il a fait ses preuves ; on le tourna longtemps contre l’esclave. Pourquoi affranchir l’esclave, disait-on, puisqu’il n’a aucune des vertus de l’homme libre ? On n’a pas tenu compte de l’argument, on a affranchi l’esclave, et les vertus de l’homme libre sont devenues les siennes. Or, la démoralisation des esclaves était effrayante et s’étendait à toute la caste, celle des ouvriers n’est que partielle et ne descend jamais aussi bas.
- M. v, l., à Lyon. — € Sans y prendre garde, vous faites l’affaire des bonapartistes. Vos articles sur le Libre Echange préconisent l’œuvre d’un souverain dont la mémoire fait horreur à la France. »
- Nous n’avons pas à discuter l’origine des choses. Si nous en trouvons qui soient bonnes, nous les adoptons, fussent-elles l’œuvre de notre plus implacable ennemi. C’est avec des exclusions comme celle que vous demandez que l'on entrave le progrès. La vérité ne connaît pas les partis. Veuillez y réfléchir et vous nous donnerez raison. Veuillez remarquer ausèi que Napoléon n’a pas inventé le libre échange. On le revendiquait bien longtemps avant lui. En l’introduisant en France il n’a l'ait que suivre un bon exemple venu d’Angleterre. Nous ne faisons pas l’affaire des bonapartistes ; ceux qui font l’affaire des ennemis de la République ce sont ceux qui veulent que la République soit moins libérale que l’empire.
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mm« Marie HOWLÀND
- î.--
- (Voir JV0B 4 à 47)
- Chapitre XIV
- Siituio renvoie l’argent do Dun. —
- JLo Docteur circonvenu pair «a femme.
- Les deux jumelles qui avaient alors treize ans de -vinèrent difficilement le secret des peines de Susie. C’étaient les plus jeunes enfants de la famille, et cm (H Reproduction réservée.
- les considérait comme des bébés qu’il ne séait pas d’admettre à de telles confidences. Elles ne tardèrent pas néanmoins à pénétrer le mystère et se répandirent en commentaires ingénus dont la naïveté eut fait sourire, si leur malignité n’avait dénoté la sécheresse de ces jeunes cœurs.
- Peut-être cependant était-ce moins chez elles l’insensibilité qu’un certain dépit de n’avoir point été jugées d’assez importants personnages pour être mises dans le secret. Dinah elle-même les avait gour-mandées d'une façon quelque peu dédaigneuse quand elles avaient essayé d’obtenir d’elle quelques renseignements ; elles en avaient pris leur revanche de mille manières.
- Entre temps Susie remise de la secousse dont l’avait frappée le brusque abandon de Dan, faisait des efforts surhumains pour obtenir de Madame Porest la moindre marque de sympathie. Clara, de son côté avait parlé à Miss Marston de sorte que celle-ci témoignait beaucoup de bienveillance à la pauvre Susie dont la position était si pénible.
- Les deux jumelles se modelant sur leur mère, feignaient de comp ôtement ignorer l’existence de Susie. Léila surtout qui, malgré son habitude de se décharger de mille petits soins sur la complaisante jeune fille, signifia un jour à « Mis Dyhes », comme elle l’appela pour Ja première fois, d’avoir à ne plus mettre les pieds dans sa chambre. Susie la regarda de ses doux yeux pleins de tristesse, posa sur le sol 1 eau qu’elle apportait et sortit sans dire une parole.
- Linnie plus douce de sentiments, dit à sa sœur :
- « Je pense que tu es trop méchante, I.éila, as-tu vu comme elle t’a regardée? »
- « Oh je n’ai garde, et que m’importe? c’est une vilaine bête î »
- « Je l’avoue, » répondit Linnie, « mais je ne vois pas que Susie soit bien changée depuis le temps où tu l’embrassais de si bon cœur pour la décider à te remplacer dans quelque déplaisante corvée.
- Cette épigramme fut le signal d’un assaut de langues où Linnie n’eut pas le dessus ; elle se consola de sa défaite en racontant la scène à Clara. Celle-ci, entourant de son bras la taille de sa sœur, lui dit : Je suis heureuse, chère sœur, de ta sympathie. Je savais que tu étais dans ces dispositions et je désirais te mettre dans ma confidence, car tu as plus de maturité que Leila, quoique vous soyez du même âge: mais maman a pensé que ce ne serait pas bien. Je crois qu’elle se trompe et je vais te dire toute la vérité. Tu l’as devinée déjà: Susie a aimé Dan qu’elle ayait à peine ton âge 1 C’était une folie sans doute ! mais n’oublie pas que Susie, la pauvre enfant, ignorante et négligée de tous, avait
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- reçu de notre frère la promesse de l’épouser. Je le blâme, lui, bien plus qu’elle. Il s’est montré égoïste et dépourvu de tout principe.
- « Certainement ! Je m’étais bien doutée que c’était Dac, fit Linnie, le grand vilain!... Je plains beaucoup Susie, mais aussi qu’elle a été sotte de se fier à lui ! »
- Ce fut ainsi que Clara gagna une amie de plus à Susie, Linnie grandit en importance à ses propres yeux après cette confidence de Clara qui, entre autres gracieusetés, lui avait dit qu’elle reconnaissait en elle de vrais sentiments de femme.
- Pendant ces jours si lourds à supporter, Susie sentait que malgré la bonté et la sympathie de Clara et du docteur, sa vie se détruisait ; sur ses entrefaites elle reçut une lettre de Dan. Ce message était d’un style si froid, si dépourvu de cœur qu’en dépit de tout ce qu'elle savait du jeune homme, Susie eût peine à croire possible, qu’il lui écrivit aussi sèchement.
- La lettre terminait par ces mots :
- « Je ne veux pas que vous soyez déshonorée à cause de moi et je suis prêt à vous épouser. Désignez le jour et le lieu, je m’y rendrai. Vous n’attendez pas que je roucoule, que je jure que je suis au comble de mes vœux et tout le reste, Seulement vous seriez déshonorée si je ne le faisais pas et je veux le faire ; je le dois d’ailleurs à cause du bambin que vous attendez. #
- Cette lettre contenait un chèque de 50 dollars.
- Susie qui n’avait jamais possédé moitié autant d’argent, ne put se défendre de penser à tout ce qui lui manquait. Mais elle relut la froide missive de Dan et pleura amèrement. Pas un mot de tendresse ; rien de l’ancien amour! Rien que de la pitié et l’offre de se sacrifier lui-même pour la sauver. Le dégoût de sa propre faiblesse, les reproches de sa conscience, l’indignation, possédaient tour à tour Susie et le résultat fut quelle retourna la lettre et le chèque avec ces simples mots :
- « Il me serait moins dur de mendier dans la rue pour votre enfant et pour moi, que d’accepter vos charités. O Dieu! Faut-il que j’en sois venue à ce qu’on me jette à' la face de l’argent comme un os à un chien, et que l’insulteur soit vous! vous, que j’ai tant aimé et en qui j’avais mis ma confiance I
- « Croyez-moi, la seule faveur que je demande est que vous puissiez oublier que j’ai jamais songé à vous; car la honte m’envahit jusqu'au fond de l’âme la pensée de vous avoir aimé. »
- Ce cri d’un cœur désespéré mit Dan au comble de la surprise; il mâcha furieusement sa moustache. »
- Au dépit que lui causait le refus de Susie, vint se
- mêler pour la première fois comme une sorte de respect inspiré par la fière attitude de celle qu’il avait abandonnée.
- Mais Susie n’était point tout-à-fait délaissée, grâce à la généreuse sympathie du docteur Forest et de sa fille. En cessant de respecter Dan parce qu’elle le reconnaissait indigne et sans âme, Susie parvint graduellement à se guérir de sa souffrance.
- Peu après, elle reçut du fils Forest une nouvelle lettre contenant cent dollars en billets de Banque. Cette fois Dan confessait son admiration pour le désintéressement de Susie, mais il jurait que si elle lui retournait encore son argent, il brûlerait les billets; ce qui devait lui prouver qu’il était réellement disposé à tenir sa parole.’ C’était dans ce dessein qu’il envoyait des billets de banque et non un chèque comme la première fois.
- Susie résolut de montrer cette lettre à Clara et de lui demander son avis, dans le désir de ne pas agir seule comme la première fois.
- De fait c’était sous l’empire d’un sentiment d’amertume que Susie avait envoyé sa première réponse, sentant bien que la vanité de Dan en serait blessée, et craignant alors, si elle eut pris l’avis de Clara de ne pouvoir se donner cette satisfaction. La lettre avait donc été écrite dans un moment d’exaltation quoique ce fût la chose la plus sage que Susie pût faire. Mais une fois la réponse à la poste, la pauvre enfant avait souffert de nouvelles tortures craignant que cette lettre ne lui aliénât davantage le cœur de son amant ; car, après tout, elle n'avait pas encore abandonné l’idée que Dan n’agissait si déshonnête-ment à son égard que parce qu’il était sous une influence nouvelle qui pouva t cesser de légarer.
- L’amour n’est pas seulement aveugle dans sa foi. il est absolument idiot. Quand nous sommes même partiellement libres de sas chaînes dorées, comme nos yeux sont ouverts ! avec quelle puissance nous distinguons et mesurons les quantités infinitésimales de mesquineries dans l’objet de notre amour 1
- Clara était sortie quand arriva la seconde lettre de son frère, et madame Forest se promenait en voiture pour faire une visite. Juste comme Susie mettait de côté sa lettre, le docteur entra. Il dit à Susie quelques mots aimables et fatigué se jeta sur le canapé de la salle à manger. Sur sa question : Où est Clara? Susie répondit qu’elle était sortie. « Mais ne puis-je la remplacer # ajouta-t-elle? Vous désirez qu’on apprête votre bain n’est- ce pas puisque rien ne vous repose mieux ? Et sans attendre la réponse, Susie courut pomper l’eau de la citerne pour en emplir la baignoire et y ajouta l’eau chaude nécessaire. Le bain rafraîchit le docteur ; et quand il revint
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- il trouva sa pipe toute préparée et son café.tout fumant.
- « Quel heureux Sachevn je fais, dit M. Forest en s’étendant sur le sofa ; d’être ainsi servi par les jolies femmes 1 Assoyez-vous un peu, Susie et eau* sons s’il vous plaît ?
- Susie s’empressa de s’asseoir près du docteur et de lui raconter comment elle avait reçu du jeune Forest, une lettre et de l’argent; puis elle lui fit part de la réponse qu’elle n’avait pas hésité à lui faire,
- « Votre réponse a été bonne quoique un peu romanesque, » répondit le docteur, « mais en lui renvoyant le chèque, vous avez dépassé les bornes. C’est un dépensier, savez-vous ? Le meilleur usage qu’il puisse faire de son argent est de vous le donner. S’il s’en avise encore, ne recommencez pas cette folle, entendez-vous ?
- Susie garda le silence. Elle n’osait apprendre au docteur qu’elle venait avec une seconde lettre,- de recevoir une somme double, ni répondre à son affectueux conseil, en lui révélant sa résolution fermement arrêtée, d’y résister en refusant encore d’humiliantes libéralités ; elle songeait qu’il était convenable de se confier à Cjara et de se concerter avec elle sur les moyens de concilier sa dignité avec l’incertain espoir caressé par son cœur.
- La voyant silencieuse le docteur reprit :
- « Il y a encore du chagrin dans ce petit cœur. Mais ce qui est fait est fait. Vous avez été courageuse ces jours-ci, Susie, continuez et tout ira bien. Je vais vous trouver une demeure chez un de mes clients, aussi près d'ici que possible. Je suppose que vous êtes complètement édifiée maintenant sur le compte de votre amoureux ?
- « Pensez-vous qu’il ne peut plus jamais aimer Susie ? « demanda-t-elle, « sa lettre commençait par xes mots, « Chère Susie ! »
- Et la pauvre fille regardait le docteur avec anxiété. Après une pause celui-ci s’écria :
- « C’est pitié qu’un cœur affamé puisse ainsi se nourrir de chardons desséchés 1 Non, continua-t-il, Dan n’éprouve pour vous qu’une banale pitié. Plutôt vous renoncerez à tout espoir de le ramener mieux ce sera ! »
- — « Et dire qu’il y a si peu de temps, j’étais tout à ses yeux. »
- — « Il vous écrivait souvent, n’est-ce pas ? »
- « Parfois deux lettres en un jour, » dit Susie souriant à travers ses larmes.
- — « Parbleu î il était amoureux alors, et c’est la loi. Quand un homme s’enflamme, il écrit ; la dimension
- de ses lettres est un sûr baromètre de la pression à laquelle il obéit, c’est-à-dire de sa passion. ».
- « Mais s’il n’a pas le temps d’écrire, » fit Susie.
- — « Jamais I il prendra plutôt sur son sommeil. »
- Naturellement, il y a la maladie et les autres accidents qui font obstacle, mais je parle des amours d’après leur cours de bonheur et d’attraction passionnée.
- « Cependant, » repartit la petite femme, il est arrivé que je ne lui ai pas écrit, parce que je Vaimais trop. »
- « Oh 1 » s’écria le docteur, « je ne parle que du sexe barbu. Le diable lui-même ne saurait déterminer à quelles influences obéissent les femmes.
- m Je regrette que vous pensiez ainsi, « dit sérieusement Susie. « Je crois que si je ne lui écrivais c’est que j’avais tant besoin de garder son amour et je craignais tant de lui déplaire par quelque observation, que je déchirais lettre sur lettre, j’allais quelquefois jusqu’à la poste sans les y déposer, puis je restais plusieurs jours sans écrire; et cependant je l’aimais à travers tout, et tant, que je ne pouvais trouver le repos. »
- « Pauvre enfant! dit le docteur en lui prenant la main. « Ne voyez vous pas que vous confirmez ma règle ; vous lui écriviez continuellement. »
- — « Oui, c'est vrai, vous avez raison ; mais ne pensez-vous pas que l’amour puisse se réveiller de nouveau dans le cœur 1 »
- — « C’est une grosse question. Dans les romans cela arrive parfois ; mais je suis un vieux compagnon et je ne connais pas un*cas semblable dans la vie réelle. Je crois que l’amour est comme la petite vérole qui ne sévit pas deux fois.
- — « Mais les gens peuvent aimer aussi profondément une seconde fois que la première. »
- — « Oui, ma comparaison est mauvaise ; l'amour est plutôt comme l’eau d’une rivière qui ne passe sur son lit qu’une fois. *
- Pendant que te docteur conversait avec Susie, Madame Forest s’occupait aussi de cette dernière, mais avec des motifs tout différents de ceux qui agitaient le docteur quand il s’efforçait de donner à la jeune fille la force et la confiance.
- Madame Forest s’était rendue en visite chez Madame Buzzell à qui elle avait proposé de prendre Susie chez elle, insistant avec force sur toutes les bonnes qualités de la pauvre enfant.
- - (A suivre)
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- LIBRE ÉCHANGE
- La Commission de la Chambre des députés chargée de l’enquête sur le tarif général des Douanes et sur le renouvellement des traités de commerce a entendu, le 13 juin, la déposition des délégués de l'industrie lainière de Fournies.
- Nous croyons utile de résumer quelques parties de cette importante déclaration.
- « En 1860, disent MM. les délégués, nous ne possédions encore que 200,000 broches, mais sous l’heureuse influence des traités de commerce, l’esprit d’association s’est promptement développé, et nous avons grandi avec une rapidité vraiment prodigieuse. Notre centre possède aujourd’hui 688,494 broches, 575 peigneuses et 10,409 métiers à tisser mécaniquement la laine peignée.
- « L’importance totale de notre production s’élève à 140 millions de francs, c’est-à-dire à plus du quart de la production de laine peignée mérinos dans la France entière.
- « Le bien-être général a été la conséquence naturelle de la situation; les salaires de nos ouvriers se sont élevés depuis 1860 : pour les femmes et les enfants, dans la proportion de 1 à 2, et pour les hommes dans celle de 3 à 4 fr., et aujourd’hui leur salaire quotidien varie de 4 à 6, suivant les capacités. Si vous ajoutez à cette rénumération supérieure la stabilité, la certitude du travail dont ils étaient précéderaient privés et qui leur est maintenant assurée, vous direz avéc nous que les classes laborieuses ont aussi trouvé leur part, du reste bien méritée, dans l'accroissement de notre industrie.
- « La propriété foncière s’est également ressentie de notre prospérité, et nous pouvons affirmer qu elle a presque doublé de valeur. »
- Les commissaires développent ensuite de quelle maniéré intelligente les manufacturiers de Fourraies ont su triompher des crises inévitables. Ils ont plusieurs fois transformé tout leur outillage (ce qui fit un sacrifice de 15 millions), ils ont supprimé tous les intermédiaires inutiles, en un mot, aucune considération de dépense, ni de travail, ne les a arrêtés dans leur marche vers le progrès. C’est ainsi qu’ils ont conservé à la France sa supériorité dans l’industrie de la laine peignée.
- « Nous venons maintenant, Messieurs, reprennent-ils, vous demander avec confiance de ne pas anéan-tir ces magnifiques résutats. Il n’y a malheureusement pas d’illusion à se faire à cet égard. La suppression des traités de commerce, c'est, à bref délai, l'anéantissement certain de notre industrie, la ru me complète de notre région, la fermeture de presque tous les établissements, les ouvriers sans pain et sans travail, une misère affreuse.
- CHRONIQUE SCIENTIFIQUE
- LE MICROPHONE
- Depuis l’apparition du téléphone Bell, de nombreux essais ont été faits dans le but d’augmenter l’intensité des sons rendus par cet instrument. Les résultats obtenus n’avaient aucune importance, lorsque dernièrement M. Hughes, l’ingénieux inventeur du télégraphe imprimeur, a fait faire un grand pas à la question par l’emploi d’un transmetteur extrêmement simple auquel il a donné le nom de Microphone. A l’aide de ce transmetteur, non-seulement le téléphone rend les sons les plus faibles, mais il en augmente considérablement l’intensité. Ainsi les battements d’une montre, les plus légers frottements, les mouvements d’une montre enfermée dans une boîte, la parole exprimée à voix basse devant l’appareil et même à une certaine distance de Lui, peuvent être perçus dans le téléphone sans qu’il y ait besoin de l’appliquer contre l’oreille.
- « Ce système est fondé sur ce principe, que si un contact électrique est établi entre deux corps médiocrement conducteurs, très légèrement appuyés l’un sur l’autre, les sons qui sont produits dans le voisinage de ce contact peuvent être transmis par le téléphone, et si l’on dispose ce contact de manière que l’une des pièces puisse se déplacer avec la plus grande facilité, on en fait un Microphone c’est-à-dire un Amplificateur des sons. »
- » Pour obtenir ce résultat, on adapte l’un au-dessus de l’autre, sur une mince planchette verticale, de 6 centimètres de largeur environ, deux petits prismes de cornue d’environ 1 centimètre d’épaisseur et de largeur et de 18 millimètres de longueur, dans lesquels sont percés l’un en dessus, l’autre en dessous, deux trous de 4 millimètres de diamètre, qui servent de crapaudine à un crayon de charbon taillé en pointe émoussée par les deux bouts et de 3 centimètres et demi de longueur. Ce crayon appuie par Tune de ses extrémités dans le trou du charbon inférieur et balotte dans le trou supérieur, qui ne fait que le maintenir dans une position plus ou moins rapprochée de la position d’équilibre instable, c’est-à-dire de ta verticale. En imprégnant ces charbons de mercure, les effets sont meilleurs, mais peuvent se produire sans cela. Les deux prismes sont munis de contacts métalliques, qui permettent de les mettre en rapport avec le circuit d’un téléphone ordinaire dans lequel est interposée une pile Leelanché de trois ou quatre éléments.
- » Pour faire usage de l’appareil, on place la planche, sur laquelle est fixée rectangulaire ment la planchette servant de support au système, sur une table, en ayant soin d’interposer entre celle-ci et la planche plusieurs doubles d’étoffe disposés de manière à former un coussin. Alors il suffit de parler devant ce système pour que aussitôt la parole soit reproduite dans le téléphone, et,si
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- l’on place sur la planche support une montre ou une boite dans laquelle une montre est renfermée, tous les mouvements sont entendus dans le téléphone à une distance de 10 à 15 centimètres de l'oreille. L’appareil est si sensible que c’est à voix peu élevée que la parole s’entend le mieux, et l’on peut encore l’écouter à 40 centimètres de l’oreille. »
- Le microphone amplifie à tel point l’intensité des sons que M. Crookes, qui a construit le modèle présenté à l’Académie, compare les mouvements d’une mouche au piétinement d’un cheval. En plaçant une montre sur la planche support de l’appareil on peut entendre le défilement des rouages, les battements du balancier et môme le bruit particulier du métal.
- Il était naturel de se demander si la puissance du microphone ne pouvait pas rendre des services en médecine pour l’auscultation des poumons et du cœur.
- A cet égard, dit the Lancet, le docteur Richardson vient de faire de nombreuses expériences.
- Malheureureusement les résultats n’ont pas répondu aux espérances.
- Au moyen du microphone, le docteur Richardson a pu percevoir les murmures respiratoires et les sons du cœur, mais pas mieux qu’avec le stéthoscope. Le fait est qu’il y a une extrême difficulté à faire arriver à l’oreille, sous forme de vibrations électriques, les sous que l’on entend par le stéthoscope. Jusqu’à ce qu’on ait obtenu ce résultat, le microphone ne sera d’aucun service en médecine. On espère cependant vaincre ccs difficultés. Souhaitons de voir ces espérances se réaliser.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- Histoire db Confucius, par Jean Sénamaud. i fort volume io-8, chez l’auteur : 116, route de Toulouse, Bordeaux.
- L’étude des moralistes parait jouir d’une faveur nouvelle.. Ce n’est pas seulement Paris qui voit éclore des travaux en ce sens, c’est aussi la province.
- M. Jean Sénamaud vient de publier à Bordeaux un fort volume d’un français assez diffus mais dicté par une intention qui fait pardonner ce défaut. C’est l’histoire d'un homme qui fut à la fois l’un des plus nobles caractères et l’un des plus beaux génies dont puisse s’honorer l’humanité, Confucius.
- L’ouvrage de M. Sénamaud est divisé en deux parties: l’iiistoire proprement dite de Confucius et sa morale.
- La première partie nous paraît un peu hasardée ; nous laissons aux sinologues le soin d’en contrôler les affirmations. Fort heureusement nous n’avons pas les mêmes craintes au sujet de la 2m* partie. Dans celle-ci M. Sénamaud expose la morale de Confucius telle qu'elle est contenue dans ses ouvrages, le Ta-Hio, le Tckomg-Younç et le
- Le Ta-Hio, ou grande étude, traite de ce que nous devons faire pour cultiver notre esprit et régler nos mœurs; de la manière avec laquelle il faut instruire et conduire les autres*, et du soin que chacun doit avoir de tendre vers le souverain bien, de s’y attacher, de s’y reposer pour ainsi dire.
- Le Tchomg-Young, ou invariabilité dans le milieu,
- traite surtout de la sage médiocrité qu’il faut garder en toutes choses avec constance entre le trop et le trop peu.
- Enfin le Lnn-Yu, ou entretiens philosophiques, contient plusieurs sentences prononcées en divers temps et en divers lieux par Confucius lui-même et par ses disciples
- Ces divers ouvrages sont suivis de nombreuses maximes morales de Confucius.
- On Seul que la morale de Confucius, puisée dans les plus pures sources de la raison naturelle est aussi claire dans la forme qu’élevée dans la conception,
- Aussi, dût l’œuvre de M. Sénamaud n’avoir pour résultat que d’attirer de nouveau rattention publique sur celle morale, cela serait déjà en sa faveur un titre suffisant à la sympathie des hommes éclairés. Pourquoi cette tentative n’aurait elle pas d’imitateurs ? NoLro génération est curieuse de tout ce que lui envoie la Chine. Elle paie au poids de i’or d’affreux petits objets de bronze ou d’ivoire, sans forme, sans dessin, sans idéal, de vraies caricatures I Pourquoi estimerait elle moins ces grands principes éternellement vrais qu’uu penseur chinois a proclamés plus de cinq siècles avant Jésus-Christ? E. G.
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878
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- La manufacture d’appareils de chauffage de Guise expose celte année, dans le pavillon du chauffage, classe 27, les premiers spécimens de cuisinières en fonte obtenues par des procédés dans lesquels les machines, substituées aux bras de l’homme, exécutent avec une régularité merveilleuse toutes les opérations du moulage : préparation des sables, transports des châssis, construction et manutention des moules, jusqu’à la coulée et le démoulage.
- La manufacture de Guise est certainement la première dans le monde pour la perfection de cos appareils et l’importance de sa fabrication, mais le problème considérable qu’elle vient de résoudre en réalisant le moulage des fourneaux en fonte par des moyens mécaniques, est fait pour lui assurer une vogue plus grande encore.
- Ces procédés n’ont pas seulement le mérite de décharger l'homme d’un travail pénible, pour le rendre simple spectateur des mômes efforts accomplis par les machines;
- 240, ait, 242
- mais ils ont l’avantage d’exécuter le travail avec plus dfl fini qu’il n’est possible de le faire à la main, Ils assurent en outre, aux produits une solidité toute particuliè*6’ en raison de la perfection de l’exécution.
- La gravure ci-dessus représente un appareil exécU^ par ces procédés. C’est certainement le meuble de cui" sine le mieux conçu qui ait été produit jusqu’à ce jour*
- Non-seulement, il assure une cuisson parfaite souS toutes les formes, mais encore il utilise le combustibl0 de la façon la plus complète. Le charbon, le coke, etc.**1 y sont complètement réduits en cendres, sans rien perdr® des escarbilles. On le chauffe également bien avec Ie bois.
- Cet appareil assure certainement, à service égal) nna économie d’un grand tiers sur le combustible qu’on br^0 ordinairement.
- C’est donc avec l’entière certitude de rendre serv^0 que nous recommandons ce meuble aux commerçant e aux consommateurs.
- Saint-Quentin —
- i anonyme du Glaneur
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- 1" ANNÉE — N°
- #
- pH.-
- Zfoumal hebdomadaire* paraissant Icj fDvmmchej DIMANCHE 14 JUILLET i 878
- Le Devoir
- POLITIQUE
- LEGISLATION
- ADMINISTRATION
- RELIGION
- MUTUALITÉ SOLIDARITÉ -- FRATERNITÉ
- ASSOCIATION DU CAPITAL & DU TRAVAIL
- TRAVAIL
- INDUSTRIE
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- CONSOMMATION
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- Un an. ... 10 f. »» Six mois... 6 »»
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- Ceux qui ont lu avec attention le journal Lé Devoir, ont pu se convaincre que nous Poursuivons une œuvre de dévouement social; Uau&. espérons donc que nos lecteurs voudront bien nous maintenir leur bienveillant, appui, En conséquence, nous continuerons le Journal à ceux de nos'Abonnés o mois, dont l’abonnement est expiré, e„ ferons recouvrer le prix de l’abonnement e. fin, d’année, chez ceux qui ne nous auront pas renvoyé le journal.
- Nous prions les personnes qui ont des réclamations à nous adresser, de nous donner exactement leur adrésse du la bande du journal; autrement, lés mêmes noms se r^ppo. causant souvent pTOsieufs ffois parmi nos abonnés, nous sommes dans l’impossibilité de faire droit à leurs réclamations.
- SOMMAIRE
- Caisse nationale d* assistance des travailleurs. — Initiative des Américains en matière d'instruction. — Semaine politique. — Nécrologie. — J.-J. Rousseau.— Le patriotisme littéraire. — En Allemagne. — Roman ; La Fille de son père. — Libre échange. — Variétés. — Bulletin Bibliographique.
- D’UNE CAISSE NATIONALE D’ASSISTANCE DES TRAVAILLEURS (l)
- Au cours du développement industriel dè la manufacture d’appareils de chauffage de Guise, la fondation du Familistère esLverajfrcompléter
- ?ganisation de l’assistance mutuelle, au profit ,, toute la population logée dans ce premier palais ouvrier.
- Quatre caisses-nouvelles furent instituées sous la libre initiative de personnes élues par la population. » * ....
- Les deux premières désignées sous le nom de
- Caisses de prévoyance, l’une pour les hommes, j*ciuu« pour les femmes, uni pouroujet u assurer •un complément de secours aux ouvriers malades, d’étendre les bienfaits de la mutualité, en généralisant l’assistance en cas de maladie et en donnant à chacun dans la famille, le droit aux soins gratuits du médecin de son choix.
- Ces deux caisses puisent leurs ressources dans les cotisations des habitants arrivés à l’âge du travail. Ges cotisations sont de 0 fr. 50 — 1 fr. 00 — 1 fr. 50 et 2 fr. 00 à la volonté du cotisant et donnent droit à des allocations proportionnelles.
- De son côté, l’établissement industriel prélève sur ses bénéfices et verse à ces deux caisses une
- (f) Voir les n°* 10 et 17 du Devoir.
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- LE DEVOIE
- somme égale à celle de l’ensemble des cotisations.
- Les caisses de prévoyance servent à parfaire pendant un an le maximum d'allocation de la caisse de l’usine, lorsque les secours de celle-ci vont s’amoindrissant. L’habitant du Familistère jouit, en outre, d’un subside journalier égal au chiffre de sa cotisation mensuelle à la caisse de prévoyance. Par conséquent, il peut recevoir 2 fr, 50 — 3 fr. 00 — 3 fr. 50 ou 4 fr. 00. suivant le chiffre de sa cotisation.
- La troisième caisse, dite Caisse de pharmacie, est établie en vue d’assurer les médicaments,
- maladie. Elle est soutenue par des cotisations de 0 fr. 50 par mois pour toutes les personnes arrivées à Page du travail, et de 0 fr. 25 pour les apprentis.
- Comme dans les caisses de prévoyance, l'établissement industriel intervient pour verser une somme égale au montant des cotisations des habitants du Familistère; ce qui permet d’élargir beaucoup le cadre des services rendus par cette caisse.
- Dans la famille, avant leur entrée en appren tissage, les enfants ont droit aux secours de caisse de pharmacie sans payer de cotisations.
- La caisse paie les médicaments ordonnés par les médecins , les appareils orthopédiques et autres ; elle prête les objets nécessaires aux malades : baignoires, fauteuils de convalescence et tous les instruments exigés. Elle procure en cas
- de besoin, le linge indispensable au malade ; elle veille à assurer les soins de garde, quand il y a
- urgence ; enfin, elle paie les frais civils des funérailles.
- La quatrième caisse, dite Caisse des invalides du travail, des orphelins et des veu'oes, a été fondée pour compléter le système d’assurance mutuelle de la vie, au profit des habitants du Familistère et des ouvriers de son usine. Cette caisse est complètement à la charge de Pindustrie ; il est imputé pour cet objet, aux frais généraux de rétablissement, une somme équivalente à 2 0/q des salaires payés annuellement, mais cette imputation est plus que suffi-
- sante. Les dépenses de cette caisse ne s'élèventqu’à la moitié environ des allocations qu’elle reçoit (1)
- Elle pourvoit'à la retraite des sociétaires invalides dans la proportion de 1 fr. 25 à 2fr. par jour, suivant la durée des services ;
- À réducation et à l’entretien des orphelins au mieux des intérêts de l’association et des enfants eux* mêmes ;
- Elle sert à parfaire éventuellement dans les familles, lorsqu’il y a insuffisance, un minimum de subsistance basé sur l’évaluation de 1 fr. 50 pour le chef de famille, l fr. 00 pour la mère et
- i*. « BO UljfüLH.
- Chaque caisse a son règlement particulier, établi par son comité administratif, élu en assemblée générale des sociétaires.
- Ces divers comités sont saisis de tous les besoins accidentels des familles et ont pour objet d’y faire face.
- L’ensemble de ces caisses permet donc d’établir l'importance des ressources nécessaires pou? assurer à une population ouvrière de neuf cents personnes : hommes, femmes’ et enfants, les *' ' "*»ïts de l'assistance mutuelle pour tout ce ndispensable à la vie.
- , en moyenne, l’état des dépenses an-
- celles de ces caisses :
- Part des secours accordés parla
- caisse de l'usine ..... 6,065 îr. 25
- Allocations des deux Caisses de
- prévoyance :
- Caisse des hommes, 4,396 95 \ Caisse des femmes, 2,485 50 J 6,88$? 46
- Part contributive dans le service
- médical et le service des sage-femmes 917 80
- Caisse de pharmacie : Frais pharmaceutiques et divers Caisse de retraite et des orphe- 6.031 50
- lins :
- Retraites 2.650 35
- Orphelinat (orphelins et veuves) . 4.338 66
- Secours et subventions diverses . 2.791 40
- Total, fr. 29.677 41
- (1) L'encaisse au lur janvier 1878 était, de.82,255 fr. 87
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- Ces dépenses ont servi :
- À accorder 2 fr. 50 à 4 fr, 00 paF jour à 158 ouvriers inscrits pour 4.815 jours d’indisposition ou do maladie ayant entraîné cessation de travail;
- A donner de 37 centimes 1/2 à 1 fr. 50 par jour à 93 femmes inscrites pour 3,737 jours de maladie, d’indisposition ou de convalescence ;
- À assurer gratuitement les médicaments et tous les appareils nécessaires aux malades de la population ;
- Enfin, à pensionner les invalides et à venir en
- ni d a aust fqmilloe
- Par leur ensemble, ces caisses donnent satisfaction à tous les besoins pressants de la vie et garantissent contre fa misère toutes les familles des sociétaire». Les individus reçoivent ainsi de l'industrie à laquelle ils ont coopéré la protection et les égarés dos à l’existence humaine,
- Ce serait de îâ part de la société le plus grand dés bienfaits' de généraliser de semblables insff* tutioas, en les mettant sous la sauvegarde des lois, î$ut doute pour ceux qui ont apprécié les effets de caisses d’âssistâftee ainsi comprise, que leur généralisation Serait un grïrnd pas de fait : dans la voie de la fraternité, c'est-à-dire de raccord et de la eofiefitetion cuir» toutes les classes de fa société.
- On sodemandera peut-être pottrqoo! les quatre caisses dont nous venons dfe parler et ïa caisse de T'usine dont il a été précédemment question, sent distinctes entre elle» et administrées cha* cime par U» comité Spécial m lien de former on seul et même tout, pOisqtte ces caisses ont toutes les cinq un unique but, celui d’asSurer par la mutualité ce qui est indispensable à l'existence,
- Fotfrqaoi, dîra*f *on, ne pas tout réunir ordre lésf mains' (füü sëuï comité d'administration, an lieu d’en avoir cinq fonctionnant â côté les uns des alu très ?
- Kong répondront qm non# ne prétendons pas donner cette organisation comme un modèle dont on ne paisse»’écarter ; notre seule pensée est qu’ôvf en peut tirer de» enseignements utile».
- La tendance à trne centralisation exagérée nfest pas" sans inconvénient ; elle laisse sans
- emploi ou neutralise dans la subordination des fonctions des volontés actives qui aspirent aux Occasions dé se rendre utiles ; elle fait obstacle à l’émulation en ne prêtant à aucun rapport de comparaison; enfin, avec une seule direction, les détails trop nombreux dont est chargé le comité unique, peuvent donner lieu â la négligence, et mettre en péril le b m fonctionnement des services.
- Au contraire, au Familistère,, l’administra tien de» caisses étant divisée entre plusieurs comités,
- lo o m niA» » v l rl j. j h
- et les mesures et décisions à prendre, moins nombreuses pour chaque comité, trouvent plus facilement leur solution.
- Or, cyest-là un point de première importance^ car il ne faut pas perdre de vue que le fonction* nement de services ayant pour objet les besoins de Y existence humaine doit être essentiellement actif; ces besoins ne s’ajournent pas.
- Au Familistère, les caisses se sont divisées ôn spécialités par le résultat tout naturel des tendances de la population et mêmé,dans un cas particulier, la force des choses â rendu cette division nécessaire.
- Ainsi la caisse de prévoyance constituée à l’origine tout à la fois pour les hommes et pour les femmes, dût bientôt se diviser en deux caisses spéciales, à la demande même des sociétaires. La pratique avait fait reconnaître que les soins et les secours a donner aux femmes en cas de maladie, exigeaient des dispositions règlementaires spéciales, autres que celles usitées pour les hommes ; que les décisions à ce sujet étaient du ressort des femmes elles-mêmes, et qu’il était dans les convenances et dans les besoins du service que les femmes eussent leur caisse et leur administration séparées- de celles des hommes.
- La division par comités spéciaux dans l’admi* nistration des soins d’assistance mutuelle semble donc s’indiquer d’elle-même et, quelque soit le mode d’organisation qu’on adopte pour l’unité des services, nous pensons que ce serait
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- une grande faute de ne pas tenir compte de; ces exigences de la pratique'.
- En exposant rapidement ce spécimen d’organisation de la mutualité solidaire au sein d'une population de 900 personnes comprenant hommes, femmes et enfants, nous avons pensé qu’on en pourrait utilement déduire ce qu’il faudrait trouver de ressources s’il s’agissait de généraliser la mesure et d'étendre cette mutualité à toute la population française.
- Pour mille personnes, ces dépenses s’élève-
- XUlLllib Uli mu J UJLXUW 3* O J O O Q
- chiffres ronds.
- Si Ton estime que l'assistance mutuelle nationale doit s’étendre d’abord à toutes les personnes salariées ou vivant du seul produit de leur travail, et que l’on suppose que ce nombre puisse être évalue par exemple à vingt millions, ce sera donc à vingt mille fois trente deux mille francs ou à six cent quarante millions que devra s’élever la somme des recettes du budget de la mutualité pour que son fonctionnement solidaire soit établi par toute la France sur les bases que nous venons de retracer.
- Mais si au lieu de tout prélever sur l’industrie et le travail, on fait intervenir, comme M. Court l’établit avec raison, d’autres éléments de ressources ; si l’on reconnaît que ceux qui meurent sans héritiers directs n’en ont pas de plus légitimes, que les enfants du travail et du labeur : si l’on admet à ce titre que les caisses nationales d’assistance solidaire deviendront les plus légitimes héritiers de ces biens ; si l’on admet, en outre, que dans tout héritage il y a la part de l'homme et la part de Dieu, c’est-à-dire celle de la société ; peut-être reconnaîtra-t-on aussi qu’il y aurait justice à faire intervenir la société pour une certaine part, au nom des déshérités de la fortune, dans les biens que l’homme abandonne à sa mort, sans avoir su le plus souvent comment il en aurait pu faire bon usage.
- Par de semblables mesures, l'État pourrait racheter promptement sa dette et la convertir en caisse de solidarité nationale. Les intérêts
- de cette dette ainsi convertie assureraient les services de garanties générales dans toute la nation.
- Nul doute encore qu’une fois entré dans cette voie, le sentiment de l’amour social se développera dans tous les cœurs et que, bientôt, on comprendra que le plus grand des dangers pour la société, c’est l’égoïsme.
- Bien des âmes alors découvriront la véritable voie du bien et voudront,pendant leur existence terrestre, consacrer une part de leur fortune à la charité cAPinlû
- Godin,
- INITIATIVE PRIVÉE DES AMÉRICAINS EN MATIERE D’INSTRUCTION
- La question de l’enseignement est sans contredit le point culminant de toute solution sociale; elle doit passer avant tout, préoccuper les progressistes à deux points de vue : la quantité, (question pécuniaire), et la qualité, (question pédagogique). — Nous n’avons pas, dans ces lettres, la prétention de nous poser en pédagogue réformateur, c’est aux hommes spéciaux à étudier la grave question des réformes à apporter dans renseignement ; mais ce qui nous est permis, c’est d’appeler l'attention de ces bienfaiteurs de l'humanité sur les faits importants qui se passent sous nos yeux. — Que la France ait cons tamment les yeux fixés sur les Etats- Unis, la Suisse, l'Allemagne, la Suède-Norwège, le Banemarck etc., si elle veut profiter des leçons de l’expérience; l’exposition déjà, offre un excellent enseignement, aussi désirons-nous ardemment que le plus de professeurs, maîtres, institutrices français viennent la visiter de tous les coins de la France et, pour ce faire, si nous étions aux Etats-Unis, l’initiative individuelle n’attendrait pas le secours du gouvernement, toujours insuffisant et souvent tardif, pour faciliter ces voyages par des souscriptions. — Pourquoi ne tenterait-on pas de provoquer les départements à faire quelques sacrifices dans ce sens 1 — Ne peut-on faire compréndre à M. Tout-le-Monde, qu’il est intéressé au développement intellectuel de ces personnes dévouées, instituteurs et institutrices, qui, peu rétribuées ont la ;plus noble tâche qu’il soit possible d’avoir.
- La question pécuniaire est la première qui doive nous préoccuper ; puisque nous parlons de l’Amérique, passons rapidement en revue quelques faits isolés qu’on ne saurait trop mettre sous les yeux du lecteur, en lui disant : * Imite mon ami !» — En 1861, M. Yassar, brasseur de bière à Boston, réunit quelques notables, et après les avoir priés de vouloir bien s’occuper de la fondation d’un collège de jeunes filles, leur donne pour cette œuvre 2,500,000 francs.
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- Après la guerre de sécession, M. Peabody a donné 5 millions spécialement destinés aux écoles de nègres affranchis (Golored Schools).
- En huit ans, de 1860 à 1868, l’Université d’Yale a reçu de divers particuliers une somme de 4 millions ; un inconnu a donné 450,000 francs,
- Le capital de l’Université de Cambridge, près de Boston, (Mass,), donné par des particuliers, atteignait à notre connaissance vers 1870-71, (car il peut avoir été dépassé depuis), 10,500,000 francs.
- Enfin, Smithson a fondé de son argent l'institution scientifique qui porte son nom, Cette œuvre, aujourd’hui plus puissante qu’un ministère de l’instruction publique, est soutenue et gérée par des particuliers. Tous ces chiffres sont en dehors des sacrifices réguliers de l’autorité. Nous nous rappelons avoir vu l’égalité s’établir dans le Massachussets errtre l’impôt obligatoire réparti sur renseignement et l’impôt volontaire : le premier montant à lin dolloî* pai1 f&to ot los cloxiü voloütaîroc une
- somme égale, donc un peu plus de 10 francs î — Il faut une conclusion, une morale à toute histoire... autrement que deviendrait renseignement philosophique de l’étude des faits ? Sans prétendre anticiper sur ce travail mental que chacun peut faire de par soi, ne pouvons-nous aussi dire notre modeste avis? — Nous avons ditnotre but avant ce laconique exposé de quelques-uns des efforts du peuple américain pour répandre l’instruction : imitons-les et avant de reprendre notre sujet, car on peut nous reprocher de sortir de notre cadre, terminons pour aujourd’hui en citant quelques paroles du Docteur Azam : « En Amérique, les dongs et legs à, l’instruction publique sont le couronnement d’une vie dignement remplie et deviennent une gloire que ne dépasse aucune autre. » — Quand en sera-t-il de même en France ? — O chères lectrices et chers lecteurs ! aidons tous à atteindre ce résultat ! — Chacun le peut dans sa sphère et là est le salut !!
- E. POTONIÉ.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- Vingt-deux sièges étaient à repourvoir à la Chambre des Députés, 16 d’entre eux sont échus par élection aux candidats républicains. Le régime auquel s’attache de plus en plus la majorité de la France se trouve en conséquence représenté à la Chambre par 376 voix.
- Nous nous attendions à ce scrutin. Un bon nombre des invalidés qui se représentaient étaient des bonapartistes. A trois exceptions près ils sont restés sur le 'carreau. Il devait en être ainsi. La nation a assez de bon sens pour comprendre qu’elle ne doit pas recruter ses législateurs dans les hommes d’un parti qui, pour arriver au pouvoir, a du par deux fois fouler aux pieds les lois.
- Nous avons pour règle de nous abstenir de juger les personnes. Toutefois la conduite d’un des candidats bonapartistes évincés le 7 mérite d'être rappelée. M. Jules Amigues, on s'en souvient, avait profité de l’extrême misère qui règpe dans la circonscription du Gateau pour
- promettre aux électeurs des mesures qu’il osait nommer « socialistes. » Il s’agissait entre autres de briser les métiers à tisser afin de favoriser le travail à la main. Nous ne relèverions pas des insanités aussi ridicules, et dont les électeurs ont fait j ustice, s’il n’y avait utilité à rappeler que s’il se trouve quelque part des partageux ce n’est pas dans les rangs des républicains, mais dans ceux des bonapartistes.
- L’appel qui vient d’être fait au suffrage universel est le dernier qui doive avoir lieu avant la nomination des délégués chargés de préparer les élections sénatoriales.
- Le verdict qui vient d’être rendu ne sera pas sans influence sur les corps chargés de la nomination de ces délégués ni sur l’esprit de ces délégués eux-mêmes.
- Nos lecteurs se souviennent que le gouvernement a soumis aux Chambres, avant leur prorogation, un projet de loi relatif au réseau complémentaire des chemins de fer d’intérêt général.
- Ce projet conclut au classement de 9,000 kilomètres
- M y 11 \ j i i Uu llgiiV/J uuu! vllvo vtr Ci» \jLL tU U t* U.O
- 17,000 kilomètres prévus soit par ce projet soit par des lois antérieures.
- Il va sans dire qu’en présence d’une aussi vaste entreprise il serait absurde de se piquer d’infaillibilité. M. le Ministre des Travaux publics en convient lui-même et, avec une modestie qui l’honore, il vient de prendre la résolution de soumettre sou projet à l’examen des Conseils généraux des départements intéressés.
- Les Conseils généraux seront appelés à en délibérer dès leur prelnière session qui doit avoir lieu au mois d’août.
- Cette mesure est aussi juste qu’elle sera profitable. Les Gonseils généraux sont mieux qualifiés que personne pour connaître d’une manière saine et complète les besoins réels d’un département.
- De semblables mesures ont trop manqué à la France jusqu’ici et c’est un peu parce qu’elles ont manqué que l’on a maladroitement tracé certaines lignes de chemin de fer. En plus d'un cas on est parti d’idées préconçues et on est arrivé à des résultats dérisoires. Il est nécessaire que les chemins de fer à construire soient mieux étudiés que beaucoup de ceux déjà construits,
- La Commission du budget en passant en revue les nombreux, très-nombreux chapitres relatifs au culte romain a du s’occuper des sommes assez rondes que touchent les chapelains de Sainte-Geneviève et à se demander si le Panthéon français, devenu aDrès le 2 Décembre une Eglise romaine, ne devait pas être rendu à sa destination première.
- De nombreuses raisons militent en la faveur de cette restitution. L'équité, d’abord, puis le voisinage de l’Eglise Saint-Etienne-du-Mont qui rend parfaitement superflue l’existence d’un autre lieu de culte côte à côte avec elle ; puis le bon sens public qui maintient la. désignation de Panthéon au monument contruit dans ce but ; puis l’architecture même du bâtiment, l'inscription de sa façade aux grands hommes la patrie reconnaissante et les admirables sculptures de son fronton qui représente des grands hommes dont la plupart sont anathémathisés par l’Eglise romaine, enfin le fait que ce monument public est aux mains de prêtres qui n’ont pas craint d’y violer la tombe de Yoltaire et celle de Rousseau et qu’il a été remis en leurs mains
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- im pByojR
- üi
- à deux reprises, la première fois par un gouvernement, imposé à la France'par les baïonnettes étrangères; Iç, deuxième fois par un gouvernement issu du meurtre ef de la violation'des lois et du serment.
- Le réveil des y-JjrerEçii^ngistes coptinup à s’accpu: tuer.
- Il y a quelques semaines s’est constituée une Associa-: Mon pour la défense de la liberté commerciale et indus-, trüilê et pour le maintien et le développement des traités de, eommer-ee, laquelle reçoit chaque jour de nouvelles ad^ Lésions. Be leur côté les Chambres syndicales, groupées, comme l’qn sait, depuis une quinzaine d’années eq Union nationale du Commerce et de l'Industrie se remuent en faveur du libre échange. Enfin le Comité qui s!es| formé en vue d’obtenir ug traité de commerce franco:
- s’est qopuflé & lui fflêfpg qqq POÎPmssioq p^putive dqps ïftffWe|}p figurp ipt. Mpaî?*, F<>DÇJl6F dg P^peil Pt MolÎPW: Qqsqitqug }g Cpngpè§ gp qypstfoq s’ouvrira le 7 août prochain.
- j * ?
- T fl «ys Fr» t-v-, V» virv rtAl k r* rl o
- 1!anniversaire dq la mopt de Thiers.
- Un hommage est dû à ce grand citoyen.
- 11 a présidé la République ^ans conspirer centra.elle, il a conservé Belfort à la France, il a puissamment ppnr trihué à la libération du territqire, enfin U a Ffionneup inappréciable d’avoir été considéré par les gens du 24 mai comme le priucipai écpeilde leurs convoitises. Mous voyons donc avec bonheur que soq anniversaire spi| rappelé, mais il serait honteux que eetle célébration fut faite par le clergé. La conduite indigne de J’arehevéqup de Paris lors des funérailles de Thiers interdit 4 Pégüsg de célébrer cet anniversaire.
- Un comité de 120 membres s’est constitué à Paris poup la célébration du Centenaire do Rousseau. Trente dér putés et sénateurs appartenant en général à Pextrêmp gaudie font partie de ce Comité, ainsi qu’un grand nombre de littérateurs et de publicistes des plus estimés,
- La date historique de la mort de Rousseau est passép (3 juillet) mais l’exactitude d’une date n’est qu’un faif accessoire. Il n?est jamais trop tard pour témoigner sg, reconnaissance.
- Rjspnsrle, up ppgmjgr tépaoignage fija pefte reconnaiSr #j^nc@ de U France pour Bm^spau § donné il y $ quelqqe§ jour§ ef âypç qq écj&f yemayqnahbî — pap plusieurs pepseqi’s qpi s’étaient pendq dans ce but au^ f$tc$ que Renévo consacrait an plus illustre de ses ennnus- «B #ug. Bpiioiân uisiipgqe a q»e fndWièrp toute particulière par un disepp^ qpf ppmpié & epup gjîr an noniferp de ses nrmiheqrs.
- Lçs [êtes de pe pgqfgn§ipe avaient assemblé à firenèvp
- une ipnip 4© penseurs de tous pays pt reconnais* gancg Pins ji?ste q’a éLé plqg éloquemment féippignée.
- Nps lgg|eur§ s g goyvipppgnt qqp Mi’0 Yéfa Sqssoulitch ayait réuggi 4 g’éphapppif ffes JPaiîïé la police russp gui prétendait iempri§gnnpr iqalgjîé la décision du tribunal flui ^ acquittée. Pçfspnnp pe s^v^it pp qy’était dçyenqp pettp jeupp péfs.omjp gf Tpn &vajt des cjrçiijfep ggjr sop sorf. Le 2 juifiet elle assistait à Creqèyp §n Centenaire de Rpn§§e,au. fjq dîner lui a été offert pgr diyerp fepmmog lgfjtre§ proscrits, ppirp autres Mlf. Rqgbe- , Aribur A-rpoyid $ piy§é§ Rgoluà ’ Qf
- nÊGBOLOGJE
- Lp 4 jqiilef a eg lien, ap pèpe.-BaPbaispj i’gBjtfifreflaient civil dji dpçtpnr gaqdet-pulary, pi fyi, après lft révolution de 1830, député de Seine-et-Oise
- M. Baudet-Dulary était un des disciples fervents et dévoués de Charles Fourier. À cette époque remarquable qui marqua nonrseulemont une révolution dans l’arf et
- ^ iUifrafyœ, paia (ni ans^i m® ds§ éi§B6§ du Màre
- examen, et surtout yp gps prgipieys p§g pp 4§ iâ démocratie militante ; à cette époque, phaçyu payait à ses opinions, à ses idées, largement de sa personne, de ses loisirs, de sa fortune.
- Le docteur sa mit, en 1832, à la tètp de la société qui entçeprit fonder, à fiondé-snp-^gsgpe, un pbaiangi|re d’pssqi. 4e ggpçès pp r^pQPdU pas 4 l’aUentè d§§ fep* dateprs, pas plqs que pe réussirent |es essais de Clygy, de Citeaux, de St-Benis-du-Sig. du Texas ; pas plus k<jùe n’avaient réussi les projets de Francia âû Paraguay; pas plus que ne réussirent plus tard les disciples ée fiabfif eu Icarie..
- Le» sociétés humaines, œuyre d’üffig g?apdp i6Pimn-lation de si|ple,s, d’gff9FfS d’é¥%gmgftt§, p§ §8 Pflght paç à coups de baguettes de fée, majg gogt lg fpjijt du sort fatal ‘et du temps ; elles ne se transforment ejue lentement, à notre insu, sous l’effort persévérant*de forces vives ou latentes, dont nous n’avqns pas la libre dPMitipp, Mis dPRt gpg pfforig gqp| dgsfpémapfs.
- Biiiggçcéa dp m tefltetivg, M: Pst
- pommé la plupart deg phalanstériepg, feupgmept attaché à ses convictions, à ses croyances; il esf mort dans sa foi à l’âge de 86 ans.
- MM. Gharles Pellarin et Victor Considérant, ses anciens condisciples et amis, ont prononcé des discours sttF & Affile ô§ g§t bqPM dp bigfl; ‘ 4.4.
- La pensée française a fait une perte sensible en la personnes de Jules Barni, décédé ü y a quelques jours
- îl§mi ç.H ur ûm b9mfflP§ m ps1 îp ü\m h
- faire apprécier pn France comme il le mérite le criticisme de Kant. Il est auteur lui-même de nombreux ouvrages; Les Moralistes au JEVIJI0 Siècle, les Martyrs dt la libre pensée (très-remarquable). Napoléon et son Historien, M, Tàier.§. Rappelons gnpOfg unp active collabora' tion à la Morale indépendante que dirigeait Massol.
- Barni avait été député républicain de la Somme à l’Assppiblée nnfiqp^q. Sa ts.^t^ pq pju^{, gop fgqnque 4e §§9^4 9e W P9mU pas c|p sç poftpr ÿ qquyq^. *
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- JEAN-JACQÜES-R0ÜS6EÀÜ
- Le temps est le seul juge possible l.Qvsqu:jl s’ag^ d’apprécier la valeur des hommes de génie, car cette valeur ne doit point être déduite de leurs œuvres inr médjgteg ou des qefes de leur y je prjvég, yjais de
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- largement les défauts de l’homme ou de l’œuvre, si au contraire elle est funeste, elle fera bien vite oublier les qualités de son auteur.
- C'est parce que les contemporains jugent les hommes supérieurs d’après les faits immédiats et non d'après les conséquences, que leurs jugements sont presque toujours révoqués par l’histoire. C’est au contraire parce que les conséquences seules de leur œuvre nous frappent aujourd’hui que nous admirons certains hommes dont la vie a des taches, La reconnaissance prend alors la place de la critique et il est juste qu’il en soit ainsi, Qui songe, lorsque l’on parle de Bacon, à l’usage que ce magistrat faisait de la justice ? Qui se rappelle que Christophe Colomb est le premier organis iteur de l’esclavage moderne ? Les services que l’humanité a reçus de la méthode de Bacon et les bienfaits que nous devons à la découverte de l'Amérique, sont d’une telle évidence et d’une telle étendue que sous peine d’ingratiude nous devons jeter le voile sur le petit côté de ces hommes et leur vouer une reconnaissance sans borne pour leurs in -comparables découvertes.
- Eh bien, pourquoi lorsqu’il s’agit de Voltaire et de Rousseau n’est-on pas unanime pour agir à leur égard comme à celui de Bacon et de Colomb ?
- Pourquoi ? — Mais parceque l’espace de temps qui nous sépare de ces grands hommes est plus considérable pour les uns que pour les autres et que, par suite même de cette différence, les conséquences de leurs missions respectives ne sont pas arrivées au même point de développement et ne peuvent pas frapper notre Intelligence avec la même intensité.
- La considération des conséquences n’est pas la seule dont il soit nécessaire de tenir compte lorsque l'on veut porter un jugement exact. Il y en a une autre, celle qui consiste à considérer les faits, les idées ou les personnages en les replaçant dans le milieu qui était le leur. Tel fait qui nous blesse aujourd’hui a paru tout naturel à son époque, folle pensée qui nous parait hasardée ou qulesfc réellement fausse a pu être précieuse à son heure, telle œuvre qui n’a plus aucune raison d’être de nos jours a pu rendre d’inappréciables services â un moment donné. L’histoire est si riche en exemples semblables que nous n’aurions aucune peine à en dresser une longue liste.
- Pourquoi donc, lorsque l’on parle de Voltaire et de Rousseau, oublie-t-on si souvent de juger leurs actes et leurs écrits en tenant compte du milieu où ils se sont produits ?
- Pourquoi ? — Mais parce que l'espace qui nous sépare tfWMt n’est <qne dMne Centaine d'années et Vm se
- dit que cent ans sont peu de chose, sans réfléchir que ces cent années là tiennent plus de place dans l’histoire du développement de l’humanité que bien des séries de siècles d’une autre époque. Le progrès a marché à si grands pas que nous ne nous représentons que difficilement le régime de corruption et d’avilissement qui régnait un siècle seulement avant nous.
- Cette transformation, cette régénération si complète qui s’est faite depuis ia mort de Voltaire et de de Rousseau est due incontestablement au travail qu’a fait leur pensée. Notre siècle tout entier a été remué par eux et l’étendue du terrain conquis est immense. Toutefois il n’y a pas d’illusion à se faire, la victoire ne s’est pas encore définitivement prononcée en leur faveur. Il suffit d’ouvrir les yeux pour s’en convaincre; partisans comme adversaires ne peuvent s’y tromper. L’avènement de !a libre pensée, dù à Voltaire, et celui de la démocratie, dû â Rousseau, n’existent pas encore sur toute la surface de notre globe, mais chaque jour ils passent davantage dans l’ordre des faits et l'avortement successif de toutes les tentatives de leurs adversaires contribue dé la manière la plus puissante à rapprocher ce triomphe définitif.
- Les attaques auxquelles la mémoire de Voltaire et celle de Rousseau viennent d’être en proie ont démontré une fois de plus 4 quelle petitesse d’argument et à quelle indélicatesse de procédés les ennemis du progrès en sont réduits. Jamais pareille preuve d’impuissance intellectuelle n’avait été donnée par eux, jamais le bon sens public n’avait répondu par un mépris plug insultant à ces anathèmes insensés où la haine tient autant de place que la pensée en tient peu.
- Nous ayons parlé de Voltaire à l’occasion de son centenaire; parlons aujourd’hui de Rousseau 4l'occasion du sien.
- Et d’abord établissons bien un fait,
- Rousseau est une personnalité originale dans son siècle, IL est fils de l’adversité. Il naît pauvre, il meurt abandonné et, entre ces deux points extrêmes de sa vie, il est balloté de misère eu misère. Une fois seulement, une seule et unique fois, il jouit d'une position pleine d'avenir et il y renonce délibérément afin de se consacrer à la cause des faibles et des opprimés. A lui seul ce sacrifice volontaire est un titre de Rousseau à notre reconnaissance, mais le philosophe n’a pas que celui-là.
- Rousseau est encore le rénovateur de la langue française, l’ennemi implacable des matérialistes, le père de la pédagogie moderne, enfin le premier écri-
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- vain qui ait revendiqué pour tous ce titre de citoyen qu’il revendiquait pour lui.
- Rénovateur de la langue, il l’a été en la débarrassant de remploi des termes de la mythologie latine, en la pliant à la dialectique des Lettres de ta Mon-iagne ou de celle à Mgr de Beaumont, en lui faisant exprimer dans Héloïse et dans les Confessions tout un monde, inconnu jusqu’alors, de sentiments de tendresse et d’amour de la nature, enfin en lui faisant trouver une éloquence nouvelle aussi riche d'élan que celle de Bossuet, aussi large de forme que celle de Fénelon.
- Adversaire décidé, ennemi implacable des matérialistes, Rousseau l’est aussi énergiquement qu’un homme peut l’être. A ce titre il s’attira de mauvaises aftaires et c’est encore là ce dont la génération présente lui fait un crime. Nature éprise de liberté, ü'inûépenaance, d'espace ; intelligence vierge du joug des préjugés et se jetant même à leurs antipodes; libre-penseur convaincu qui a accumulé contre la foi aux miracles les arguments les plus entraînants et les plus irréfutables, Rousseau repousse et combat avec non moins d’énergie le matérialisme de d’Holbach qui ne veut voir en l’homme qu’une machine et celui d’Helvétius qui ne voit en lui qu’un animal. Il proteste de toutes les forces de son âme contre ces théories désolantes, et, au milieu d’une société sans moeurs, en face d’un public sans principes, il revendique, il affirme avec un bonheur de forme et une élévation de pensée saisissants les droits imprescriptibles de la conscience humaine.
- L’influence de Rousseau comme pédagogue n’est pas moins grande. Elle transforme radicalement cette science et substitue l’éducation d’après la nature à celle d’après les conventions. La méthode qu’il propose de substituer est fausse dans ses détails, dans ses applications, mais, chose remarquable, plus on va en avant en pedagogée plus on se rapproche du fond même de cette méthode- Frœbel n'a rien invente; 11 na iait q*e aeveiopper Rousseau. <J est également de l’Emile qu’est venue l’idée de renseignement professionnel. Si aujourd’hui les enfants sont heureux, s’ils jouissent d’une liberté relative, s’ils sont préparés pour un travail utile, c’est à Rousseau qu’ils le doivent. Nous mêmes, ne Doublions pas, tous, tant que nous sommes, riches ou pauvres, nous lui devons le bonheur de nos premières années.
- A une époque où l’enfant était livré au bon plaisir ou plutôt abandonné à l’incurie des servantes ; où les membres de ce petit être, au lieu d’avoir l’activité dont ils ont besoin pour leur développement, étaient eramaillottés comme une momie dans des bande-
- lettes ; où la mère regardait l’allaitement de son enfant comme une charge indigne d’une femme comme il faut , Rousseau, seul contre tous» se constitua l’avocat de l’enfance; il condamna l’em-maillotement ; il enseigna aux mères des devoirs qu’elles redoutaient alors comme une charge et qu’elles apprécient aujourd’hui comme un bonheur.
- Il fit plus. Il ne se contenta pas d’améliorer le sort de l’enfant en bas âge, il s’intéressa à celui du jeune garçon . Il se dit que toute âme oisive est à’ la merci des préjugés et des influences mauvaises qui l’entourent; que cette oisiveté ouvre la porte à tous les vices et que, pour permettre au jeune homme d’échapper à ce danger, il n’y a qu’un seul remède : l’accoutumer à faire un libre usage de sa liberté et lui inspirer le goût du travail. (Rousseau dit même « travail manuel. »)
- Lo philusupiie veut qu " a l'avenir on Inspire de bonne heure au jeune homme, le goût du travail; cela lui permettra de vivre libre, cela le gardera des dangers du désœuvrement, cela le rendra utile à ses semblables. Plus de contrainte, plus de bâillon, le mouvement, la vie, la santé, la liberté, le développement intégral de l'être sous
- sa triple manifestation physique, intellectuelle et morale.
- Ici, Rousseau est grandement novateur et se montre non plus l’homme du xvm® siècle, mais celui du xixa.
- Mais Rousseau a un titre plus grand encore à notre reconnaissance. Le premier, U a osé dire qu’il n’y a de souveraineté légitime que la souveraineté de tous; le premier il a revendiqué comme seul titre celui de citoyen d’une République alors que tous les philosophes de son temps recherchaient les faveurs des cours de France, de Prusse ou de Russie ; le premier enfin il proclame au milieu de l’Europe monarchique que la démocratie est le régime normal de la so* ciéié civilisée.
- A ce principe de la souveraineté du peuple, il associe celui de la séparation des pouvoirs et celui de l'autonomie des droits individuels.
- La liberté commune, dit-il est un domaine où nul n’a le droit de faire ce que la liberté d’un autre lui interdit et le vrai fondement de cette liberté commune se trouve dans l’empire de la raison publique* La grande société, la société humaine en général est fondée sur l’humanité, sur la bienfaisance universelle, Le peuple ne parait vouloir ce gui est mal gu# lorsqu'il a été trompé; sa volonté générale est toujours droite et tend toujours à l’utilité publique.
- Voilà, esquissée dans ses grands traits, l’œuvre
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- de Jean-Jacques Rousseau. Ce que ses vues ont déjà remué d’idées est inouï, ce qu'elles en remueront encore dans l’avenir est incalculable. Toute une légion de brillants esprits ou de grands génies se sont honorés d’être ses disciples. En France, Mm# Roland, Robespierre, MmB de Staël, Lamennais, Pierre Leroux, Georges Sand, Proudhon, Ledru-Rol-lin, Victor Hugo et beaucoup d’autres ; en Angleterre, Dickens et Byron; en Italie, les écrivains libéraux presque à l’unanimité ; enfin, en Allemagne, la légion tout entière des poètes et des philosophes du commencement du siècle depuis Kant et Fichte jusqu’à Schiller et Herweg.
- Ainsi donc le génie de Rousseau plane, non-seulement sur cette France qu’il a si puissamment contribué à rendre républicaine, mais encore sur l’Europe tout entière, sur le monde civilisé tout entier.
- Son action se perpétue encore ; les idées démocratiques qui travaillent certains pays sont visiblement dérivées des siennes; la pédagogie nouvelle lui doit ce qu’elle est; le socialisme est venu de lui; le roman élevé et la poésie romantique sont ses enfants.
- Tout n’est pas à prendre dans les fruits de ce travail dû, à la pensée de Rousseau, mais il faudrait un aveuglement étrange pour ne pas comprendre que tous ces éléments disparates et d’inégales valeurs sont les matières premières qui doivent se combiner dans le creuset du génie humain pour former ensuite un tout homogène et résistant.
- Ed. Champury.
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- LE PATRIOTISME LITTÉRAIRE
- Le patriotisme, pris dans le sens étroit du mot, est pour nous une idée fausse. Nous sommes cosmopolites de cœur, d’opinions, d’aspirations et d’espérances. L’humanité toute entière ne formant qu’un seul peuple, le meilleur, le seul vrai patriotisme est celui qui aime toute l'humanité.
- Le sentiment patriotique actuel étant incomplet nous paraît être un obstacle au progrès, un arrêt à la marche lumineuse des idées et des découvertes, Nous n’admettons pas qu’une masse d’hommes, par ce seul fait qu’ils sont rassemblés dans un certain coin de terre, parlant une même langue et subissant les mêmes lois constituent une société à part, ennemie, ou du moins antagoniste des autres sociétés, réservant pour elle seule ses privilèges, faisant émaner de son centre des rayons dont la limite est marquée d’avance aux frontières.
- La solidarité humaine, base' de toute justice, de tout progrès, n’admet pas de distinction de peuples. La lumière est partout la lumière, qu’elle vienne de l’Orient ou de l’Occident, du Nord ou du Midi. Les génies précurseurs, les travailleurs de l’avant-garde appartiennent à tous les pays.
- Il n'est pas de nationalité pour le vrai, le beau, le bon. Il n’est pas de nationalité pour l’héroïsme véritable (nous ne parlons pas de celui des champs de bataillebpour la science, pour l’inspiration, pour l’éloquence, la vraie éloquence de Pâme, pour les élans de l’imagination, pour les manifestations de l’intelligence, pour les sublimités du génie.
- Les historiens impartiaux étudient les peuples dans les rapports généraux qu’ils ont entre eux, dans leur origine commune, leur marche et leur décadence particulières, qui se modifient, puis se substituent l’une à l’autre pour former un tout progressif, dont les vicissitudes sont de simples incidents n’influant en rien sur l’effet général, confondant entre eux tous les peuples pour en composer de nouveaux, qui en reconstitueront d’autres encore des mêmes éléments, de manière à ne former vraiment qu’une même race dans laquelle le niveau s’établit chaque jour un peu plus.
- Les philosophes appliquent aü genre humain tout entier leurs études et leurs observations. Pour rechercher les fins et les origines de l'âme, ils ne songent pas à considérer si cette âme s’est incarnée en France, en Russie ou en Amérique, si elle s’est manifestée en anglais, en espagnol ou en persan. La pensée est humaine, elle n’a pas de pays (la langue dont on se sort pour exprimer la pensée n’est qu’un moyen de manifestation et la forme de cette langue importe peu).
- La philosophie, la physiologie, la psychologie sont humaines.
- Notre monde constitue une assez mince personnalité dans l’univers pour que nous ne sentions pas le besoin de le morceler, de le resserrer encore.
- Soyons terriens, du moins, puisque les ailes nous manquent, et que la pesanteur nous retient inexorablement loin des splendeurs de l'espace.
- Les poètes d’un véritable, d’un large génie ne cbantent-ils pas les douleurs, les espoirs, les amours du cœur humain, et non du cœur français, arabe ou indien ; ne rêvent ils pas l’idéal de beauté, l’idéal de bonheur au-delà même de cette vie et de cette terre. Ne nous montrent-ils pas les rayonnants espaces éclairés de l’esprit de ce Dieu qui reconnaît pour ses enfants toutes ses créatures des pôles â Féquateur, en-deça et au-delà de notre misérable inonde. Ne pleurent-ils pas nos larmes à tous ; ne
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- font-ils pas vibrer nos cœurs, s'exalter nos âmes ; no nous oafre&twte pas des lierions inconnus et splendides à la vue desquels disparaissent nos méprisables lottes d'orgueil, d’envie ou d’ambition.
- Le patriotisme littéraire n’exisle pas pour nous, fioyons fiers de tous les génies, de tous les poètes, de tous Les penseurs qui put honoré l’humanité. Admirons--les, sans prévention de races, sans vain orgueil national. Reconnaissons leurs erreurs, signalons les cétés de leur talent qui nous semblent défectueux, même lorsque ce s grands hommes ont surgi sur le même point du sol que nous, même s’ils ont parlé la langue que nous aimons, que nous avons coutume d'entendre.
- Il nous sera plus doux, sans aucun doute, de reeoniiaîîre dans un de nos frères plu» proche de langage, d’habitude, de mœurs, un génie sublime que nous comprendrons d’autant mieux qu'il empruntera, pour se faire entendre de nous, les paroles et les Images qui nous sont familières. Nous nous incarnerons plus vite (si je puis m’exprimer ainsi), en sa pensée. Nous prendrons plus facilement et plus volontiers notre essor, soutenus sur les ailes de son inspiration. Mais s’il nous est donné de posséder parfaitement la forme particulière que revêtent les œuvres des poètes, des écrivains ou des philosophes étrangers, si la traduction de leurs chefs-d’œuvre est fidèle, l’impression générale sera la même. Notre cœur battra à f unisson des leurs ; notre imagination planera dans les mêmes espaces éblouissants de lumière, de vérité, de justice, de charité, de progrès et de bonheur universels.
- La forme, à condition qu’elle reste pure, correcte, précise, est peu, bien peu de chose.
- La langue universelle, c'est toute parole qui allume dans l’âme l’enthousiasme et l’inspiration ; c’est toute image aperçue ou décrite qui flamboie devant le regard ébloui ; c'est toute pensée qui arrache l’âme aux mesquines préoccupations et aux malignités du monde, qui fait entrevoir â l'esprit une vérité plus grande, une lumière plus éclatante, qui lui ouvre un plus vaste champ de découvertes, de recherches, de pressentiments,
- Job, Moïse, Confucius, Socrate, Virgile, Homère gont des génies, des précurseurs, de sublimes interprètes de la pensée humaine aussi bien que Goethe, Byron, Schiller, Kant, Corneille, Lamartine, Victor Hugo.
- - Nous nous inclinons, quant à nous, devant leur supériorité, devant leur personnalité sublime sans considérer à quel siècle, à quel rang» à quel peuple ils appartiennent.
- Ils sont solidaires du genre humain tout entier ; ils sont nos frères, ils sont nos maîtres, ils sont nos guides, nos inspirateurs, notre lumière.
- C’est par cette sympathie, c’est par cette communion des âmes dans le domaine du beau que le genre humain acquiert peu à peu la conscience de son unité- Eugénie Pierre.
- EN ALLEMAGNE
- Un de nos abonnés de la Prusse Rhénane, sujet allemand appartenant au parti socialiste, nous adresse une lettre que nous croyons utile de publier m extenso.
- Nous devons rappeler à cette occasion que le parti allemand qui s’intitule socialiste n’est aucunement, comme certains journaux français ont paru le croire, un parti ne recrutant ses adhérents que dans la partie la plus pauvre d« la population. G’est plutôt le contraire qui serait vrai.
- Le vétéran des chefs dit socialisme allemand est M. Demmler, architecte do la cour de Mecklembourg-Bcbwerin. G’est lui qui a construit l’admirable palais de Schwerin, J'uue des plus belles productions architecturales do l’Allemagne ; M. Hasenclever, autre chef du parti, est journaliste et poète; M. Most, député de Ghemnitz, est un homme d’une grande érudition ; il rédige avec talent la Presse libre ; M. Braclm estun imprimeur jouissant d’une très grande fortune... nous pourrions allonger oetle liste.
- Ceci dit, laissons la parole à notre honorable correspondant. Nous tairons sa signature, car nous savons à quoi il s’expose en nous écrivant ainsi :
- « Difficile est satyram non scribere S »
- Deux individus tirent sur un vieillard couronné.
- L’un est un ancien membre du parti socialiste, ‘expulsé par ce parti pour indignité plusieurs jours avant l’attentat; l’autre, est un docteur qui n’a jamais appartenu à ce parti-là, mais... qui a, parall.il, assisté à quelques conférences socialistes, ce que fout du reste les agents do police et les mouchards aussi.
- La conclusion du gouvernement et des « libéraux » est donc (!) La suivante : «Voilà nue conspiration coupable du parti socialiste !» -
- L’instruction de deux procès ne fournit aucune preuves en faveur de cette conclusion-là et fournit au contraire des preuves contre elle. Mais qu'importe !... Le Juif sera traîné au bûcher !
- « Le parti socialiste est l’auteur intellectuel indirect de cos deux assassinats l »
- Le parti proteste énergiquement contre ces accus*' lions, eu déclarant fous los assassins, et prouve eu raôme temps qu’il a toujours également répudié l'homicide* qu’il s’adresse à l'individu ou aux peuples.
- Nimporte i L’ocmion est favorable pour établir Vin-quisition moderne. Le prétexte longtemps cherché est enfin trouvé.
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- I H-. ÜIJ l»^WWWW"
- L'administrateur du « fonds de reptiles ? fait dissoudre le parlement.
- Les industriels viennent mettre en interdit la propagande socialiste et les ouvriers adhérents à ses doctrines sont mis dans l’alternative : Ou de renier leur parti, ou de perdre leur travail et d'être poursuivis par la police.
- « La chasse aux blancs » est ouverte.
- I &U§¥?e mî 44ek?é®1 î> Iffmttê âG Gokgm) Aux %FJW!tu CJopp,ai§seg.-Fp}js £as ppaeHM kSS ffliçM La fléfWRSiftJiÇR» iWfTO4p% rpîPPi'isppnsRieïïL Violence du droit commun-
- Le§ membres du « pentre gapche ? du « Reiçhtag, » surnommés les nationaux « libéraux » ayant peur de perdre leurs sièges et les « caresses » connues du Prince' de Bismarck, sont prêts à voter des lois exceptionnelles.
- « Bien que de pareilles lois, disent-ils, soient toujours dangereuses, nous les voterons, ear c’est nous qui les ferons et, pardieu ! nous ne les ferons pas contre nous-mêmes ! »
- Q& fa BI0Ç^4aF aüf Le un|yepsel
- 8ÿ«Wf- Î04igtt^ 4© pMis,§mpe dq parti- socialiste seya écrasé.
- Soit. Et la conséquence? * La puissance fie pp parti odieux sera brisée I »
- Oui. Messieurs ! Cassez la montre elle cours des temps s’arrêtera ; cachez le baromètre et le ciel sera bleu tou? jours ; emportez la soupape de sûreté de la chaudière et vous éviterez l'explosionI
- Extrait d’une autre correspondance
- Le journal Les Guêpes de Berlin (espèce de Tintamarre) ? contient un spirituel dessin : — On voit Gerpianiq endormie. Une grosse mouche (parti des social-démo? crates, comme on dit ici), est posée sur son nez, L’ourg (Bismarck, reconnaissable aux 3 cheveux avec lesquel^ il est toujours représenté), armé d'un pavé, sur lequel est écrit « lois d'exception, » se prépare à écrases la mqqcUjê. — Le (Charivari ou Puncly
- ^r|inp|^ dpnqo ung gjrie qp dessjpg §uy |es ayrpstatiop^ 4g Çfo$qqe jçUFr tfifie fort 4|$|gs, entyg autrespeux 4^p|gs qigtipgH^es p^pgcqt sam : t jTfi H
- yerrai ce soir, pit l’upp — Des agents se précipitent sur elle : « Ou est-il ? »
- Les journaux de Berlin, même avancés, sont très: discrets ; je n’ai rien lu de ce que j’ai pu voir : nombreux rassemblements place de la Belle-Alliance etc.; du reste le # circulez messieurs » opéré avec calme...., 'Toutefois, il ne faut pas aller dans les quartiers ouvriers} dans les brasseries, si Ton veut conserver sa quiétude et voir'tout ep yftgqj... pam©, Il F a beaucoup de ÎBifiOQlgûts I — : • ; Ça piapgte pqpupg la mey avan| l’orage, — PRW&fff je Pppi.s pp çg pn rgs|prft aq clapotage.
- LA FILLE DE SON PERE
- Traduit de l’Anglais, de Marie HOWLAND
- (Voir LLm 4 à 48)
- Chapitre XIV
- Siii renvoie Pavgeat de Dxn. <•
- Le «îippeftvej»» par «a femme.
- [Suite.)
- Madame Buzzell vivait solitaire, réduite pour toute copipa^nie à la société de sa vieille .servante, Elle se sentit 4e prime abord disposée à accueillir la jeune fille dont Madame Fore.st était venue l’entretenir et dopt elle avait, dan§ se$ longues visites elle? le docteur, remarqué les heureuses dispositions ; mais elle s’aperçut bientôt que les convenances sociales entendues à la façon 4e Madame Forest, n’étaient pas étrangères à sa démarche • aussi lui fit-elle cette réponse, que sop amie trouva bien amère ;
- « Je ferai mon possible pour aider votre protégée et ainsi feront, j’en suis sûre, toutes les dames de notre église ; comprenez, cependant, chère Madame, que si votre maison est trop Respectable pour donner asile à Susie, la mienne ne l’est pas moins. Nous ne parlerons donc plus de cela, s’il vous plaît. »
- Ainsi finit l’amitié de ces deux dames. Tant qu’elles avaient porné leur .échange de vues aux banalités de la conversation habituelle, le terrain était resté ferme sous leurs pas, mais à la première occasion d'un sérieux débat, l’amour propre mis en jeu avait creusé entre elles un abîme.
- Madame Forest sprtit donc pour ne plus Revenir.
- Après son départ, l’excellente Madame Buzzell se demanda si, dans cette circonstance, elle avait chrétiennement agi? Elle fut bien forcée de s’avouer le contraire, mais, froissée par l’équivoque démaRche de Madame Forest, il lui aurait semblé plus doux de se laisser écarteler que de revenir sur sa détermination et d’accueillir Susie chez elle.
- Le même jour, de bonne heure dqns la soiRée, après avoir fait sa toilette pour recevoir M. Delano, Clara se rendit dans la chambRe de Susie et lui donna sa première leçon ; mais continuellement elles erraient du substantif et de l’article aux sujets qui leur tenaient si fort au cœur à toutes deux.
- Cependant la récitation de Susie fut; bonne ; elle ne confia pas à son amie les pénibles efforts qu’elle s’était imposés pour concentrer son attention sur l’objet de ses études; il lui avait fgjlu consacrer des
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- heures à se mettre en état de répondre comme elle venait de le faire.
- — Vous irez on ne peut mieux, dit Clara, en lui assignant pour le lendemain une courte leçon d’histoire, que Susie devait apprendre, puis répéter dans son propre langage, et une autre page d'étymologies à étudier.
- Clara possédait le véritable instinct du professeur et savait que, sous peine de le décourager, il ne faut pas donner de longues tâches à un commençant.
- Cela entendu, Susie se mit à raconter à Clara les premiers incidents de sa correspondance avec Dan ; puis, sans que Clara eut eu le temps de formuler son avis, elle lui mit entre les mains la seconde lettre et les cent dollars, annonçant qu’elle voulait refuser aussi cette nouvelle libéralité.
- Clara lut attentivement la lettre et s’écria qu’elle ne permettrait pas à Susie de renvoyer les billets, parce que Dan serait assez entêté pour les détruire comme il l’avait déclaré. « Je lui écrirai, » dit-elle, « que je me suis emparée de cet argent pour vous « empêcher de le lui renvoyer, et que j’en userai « selon ce que je jugerai le plus utile à vous deux. »
- Susie céda sans trop de peine, satisfaite de se voir ainsi délivrée d’une responsabilité qu’elle redoutait; puis elle en vint à parler de la nécessité où ellu se trouvait de quitter la maison.
- Je comprends, » dit Clara que vous ne puissiez supporter la froideur calculée de ma mère, mais nu pensez pas à cela ce soir. Le docteur Delano est désireux de voir notre mariage s’accomplir le plus tôt possible ; entre nous, » ajouta-t-elle en riant « je vous avouerai que j’ai hâte d'être mariée pour que vous ayez enfin un asile. —
- Le coup de sonnette de M. Delano interrompit cet entretien. Clara se hâta de souhaiter une bonne nuit à Susie, lui recommandant de s’appliquer avec ardeur à ses leçons puis de gagner son lit sans penser à autre chose.
- Susie se jeta au cou de son amie et pleura silencieusement.
- « Désirez-vous que je revienne vous voir quand mon ami sera parti? » dit Clara.
- « Ohl oui, » fit Susie, « venez pour m’entendre réciter mes leçons; j’aurai ainsi quelque chose à faire 1 Autrement je serai si malheureuse 1 Oh 1 que ne puis-je m’en aller d’ici !
- — Oui; oui, je comprends cela comme vous, dit Clara, mais les choses s’arrangeront. Je vais en parler à papa et je vous dirai, si cela est possible, où en est la question.
- Susie alors supplia Clara de comprendre combien profondément elle regrettait de les quitter, elle et le
- docteur, mais ce dernier la viendrait voir, dit-elle, elle en était sûre.
- « Et je le ferai aussi chaque jour de ma vie, » dit Clara. « Ne dois-je pas d’ailleurs vous donner vos leçons ? Mais il faut que je vous quitte ! » Et là-dessus, se hâtant d’embrasser Susie, Clara descendit l’escalier en courant.
- Lorsqu’elle avait offert à Susie ses consolations sympathiques, la fille du docteur n’avait songé qu’à remplir un devoir d'humanité et non à se créer réellement une amie ; elle n’avait pas été peu surprise de rencontrer dans la jeune femme des qualités et une délicatesse naturelles qui lui faisaient avantageusement supporter la comparaison avec la plupart de ses jeunes amies.
- Le docteur était enchanté de voir sa protégée grandir dans l'estime de sa fille ; il avait foi en cette enfant du malheur. - Souvenez-vous de mes paroles Clara, » dit-il un jour, « Susie est une véritable perle! Grâce â vos soins elle ne tardera pas à se montrer dans tout son éclat. Vous pouvez être sûre que vous n’aurez jamais de plus fidèle amie. >*
- Le lendemain matin, le docteur causa longuement avec sa femme qui, depuis leur entrevue dans sa chambre l’avait « boudé * comme disent les français : mais il trouva inutile d’essayer de l’émouvoir. Eli® était parfaitement décidée à ne pas abandonner sa voie. Tout en exprimant cette décision d’une façon gentille en apparence, elle fit appel à l’affection du docteur qui ne s’était pas démentie un instantdepuis leur mariage, à la tendresse des jours passés, au bonheur qui avait régné dans leur tranquille demeure jusqu’au jour où son mari s’était retiré d’elle ; pour conclure, elle recourut aux larmes, suprême et perfide moyen dont elle connaissait l’irrésistible puissance.
- A l’aide de ces arguments féminins, elle parvint à faire sentir au docteur qu’il avait été brutal à son égard ; il l’avoua, quoique, au fond, il restât sincèrement convaincu d’avoir agi avec honneur et justice en protégeant une pauvre fille déshonorée par son propre fils. Pour en finir, il choya sa femme, et, par ses caresses, changea ses pleurs en des sourires dans lesquels il ne sût pas discerner l’orgueil du triomphe-
- Cette nuit même, Madame Forest se présenta dan* la chambre de son mari, avec une ravissante toilett® de nuit qui était restée empaquetée dans de lalavend® depuis les jours de leur lune de miel.
- N’est-il pas prodigieux que les maris les plus sa g®3 soient à ce point dupes de l’artifice féminin ?
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- Chapitre XV
- Un© lettre da docteur. — Dan est refusé.
- Quelques jours après la visite de Madame Forest, comme Madame Buzzell était occupée à arroser ses lleurs, elle reçut une lettre et ses yeux brillèrent de plaisir en reconnaissant sur l’adresse l’écriture du docteur. Elle était très-familière avec cette écriture, non qu’elle eut jamais entretenu de correspondance avec M. Forest, rien dê si romanesque ne s’était passé entre eux, mais simplement par l’habitude des nombreuses prescriptions médicales qu’avait nécessitées son état de souffrance.
- Madame Buzzell n’estimait personne au monde aussi haut que le docteur Forest; recevoir une lettre de lui était un rare délice ; cependant elle ne l’ouvrit pas tout d'abord, mais continua le soin de ses fleurs posées sur une large table devant la fenêtre du midi de son petit salon.
- Il est probable qu’elle ne se hâta pas d’ouvrir cette lettre, mue par le même sentiment qui porte beaucoup d’entre nous, à réserver parmi notre correspondance, la lettre la plus impatiemment désirée pour la lire la dernière, ou pour en savourer la lecture confortablement installé à l'abri des importuns.
- Quoi qu’il en soit, Madame Buzzell termina l’arrosage de ses fleurs; essuya soigneusement les gouttes d’eau tombées sur le tapis de toile cirée placé sous la table, puis enfin s’assit, mit ses lunettes d’or, ouvrit sa lettre et lut :
- * Ma chère Madame Buzzell,
- » J’ai fait avouer hier A ma femme le but et le ré_
- * sultat de la récente visite qu’elle vous a faite ; et je
- * comprends parfaitement pourquoi vous avez re-
- * poussé sa requête,
- » Toutes les deux vous avez passé votre vie con-
- * Ûnées dans le cercle étroit des préjugés, mais avec
- * cette différence que vous, Madame, votre éducation
- * et les circonstances ne vous ont jamais permis d’é
- * tudier, en dehors de limites données, le principe et
- * la cause de certains actes, tandis qu’elle, ce cercle 1 restreint lui parait le monde et la mesure de l’har-
- * monie des sphères ; elle n’a jamais ambitionné de
- * plus larges horizons ni de plus libres espaces ; son
- * petit monde d’abord et l'univers après, voilà sa
- * théorie.
- » Madame Forest imagine sincèrement que per-9 sonne, parmi les fidèles de la morale de convention,
- * he peut se permettre de secourir dans la détresse,
- * &ne jeune fille, quand surtout elle est pauvre et
- * d’humble condition, ni lui accorder son appui moral
- * sans passer par les étrivières du commérage, cette
- » bête noire des âmes étroites. Des insensés osent » dire que c’est enpourager le vice.
- » Je m’adresse à vous parce que, si j’en crois les » sentiments .que je vous ai entendu exprimer, vous » ne craignez pas de braver la critique quand vous » savez que le droit est de votre côté. Vous avez de » larges et généreuses aspirations, et (ruse diploma-» tique sans doute mais dont l’honnête docteur n’a-* vait pas conscience) vous êtes assez jeune d’esprit » et d'années pour y céder hardiment. Vous n’avez » pas connu le bonheur d’être mère, mais les femmes b que le sort a privées d’enfants doivent être les mères » de l’humanité entière, compatir à toutes ses peines,
- » se réjouir de toutes ses joies.
- » Susie Dykes a plus d’esprit et de cœur que les » neuf dixièmes des femmes que je connais. Si nous » lui tendons une main fraternelle, ce que je prétends » faire lors même que Funivers l'abandonnerait, elle » rentrera dans la bonne voie. Elle n’est pas déchue » encore, car, en dépit de son malheur elle a con-» servé le respect d’elle-même, J’avoue sincèrement » que je prends un réel plaisir à sauver cette inno-» cent© victime du flot de vertu mondaine et conven-» tionnelle qui l’aurait bientôt submergée.*
- « Voulez-vous être ma véritable amie et m’aider « dans cette tâche? Il n’y a rien de si précieux en un « tel besoin qu’un bon cœur de femme. »
- Cette lettre était merveilleusement appropriée au but que se proposait le docteur. U n’est rien, en effet, comme un témoignage de foi dans Injustice et la générosité de la nature humaine, pour mettre en action ces qualités, même dans les coeurs les plus rétifs, La foi mise par le docteur en madame Buzzell emplit son cœur de la force qui fait affronter le martyre, elle se sentit du même coup toute fîère que M. Forest se fut adressé à elle pour réclamer son aide, au moment où sa propre femme lui faisait défaut. De sorte que, sans délai, elle mit ses gants, se coiffa de son antique bonnet, fit sortir le chat pour qu’il ne croquât pas les canaris en son absence, puis marcha droit à la demeure du docteur Forest et demanda Susie Dykes ; sans accorder la plus légère attention à la maîtresse de la maison.
- Susie se présenta saisie d’un étonnement qui se peignait dans ses yeux, A, quel propos la grave et digne madame Buzzell lui faisait-elle un pareil honneur ? Elle l'apprit bientôt, et le soir même, ayant rassemblé son modeste trousseau, elle se réfugia sous 1© toit hospitalier de sa nouvelle amie.
- La cause de ce départ précipité ne tarda pas à s’ébruiter. Le flot irrité de vertu mondaine dont avait parlé le docteur grossit autour de Susie, grondant
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- avec menace. Clara aida bravement la triste victime à soutenir l'assaut. Chaque jour elle venait suivant sa promesse étudier avec sa protégée, car la vaillante enfant était bien la fille de son père, incapable de revenir sur une décision conforme à la justice et à la vérité.
- La spontanéité empressée avec laquelle Susie avait répondu à ses bontés avait touché le cœur de Clara; et graduellement l’amitié qu’elle avait vouée à sa protégée se changeait en une profonde et sincère affection, mutuellement nourrie dans le cœur des deux jeunes hiles, par les meilleurs sentiments.
- Les jardinières du salon de madame Buzzell, son jardin, les grands bois derrière la maison offraient un vaste champ aux études botaniques entreprises par les deux amies. Au début, Susie éprouva une peine infinie â fixer dans sa mémoire les détails arides de la science qu’elle abordait. L’effort qu'elle imposait à son esprit pour distinguer les monocotylédonées des dicotylédonées accablait cette âme désolée.
- Elle lutta cependant désireuse de plaire â son amie; bientôt elle s’étonna du séduisant intérêt qui s’atta-tachait â des études hérissées dès l'abord de difficultés si ardues, et ses rapides progrès émerveillaient son petit cercle d'amis.
- Entre temps, Susie soignait avec vigilance les plantes de madame Buzzell ; elle put bientôt utiliser les connaissances qu'elle acquérait sur leur nature et leurs diflérents besoins ; et chaque jonr elle se chargeait de quelque nouveau travail domestique. Au bout d’un mois, madame Buzzell ne se serait pour rien au monde séparée de sa jeune compagne..
- La vieille dame déclara que la layette du bébé attendu devenait son affaire ; les lignes sévères de sa bouche s’adoucissaient dans le plaisir doux et étrange de ce travail qui la reportait de mémoire à quarante ans en arrière, quand, jeune épouse, elle avait une fois préparé avec amour de nombreux petits objets pour un bébé qui n’en avait jamais pu faire usage.
- Elles les avait serrés depuis, empaquetés avec du camphre, et personne n’avait connu ce secret, si ce n’est son mari mort depuis longues années. Bien des fois elle avait été tentée de donner cette layette à l’une ou l’autre de ses amies, mais ces velléités généreuses n’avaient pu vaincre le sentiment de confusion qui s’empare de la femme après de vains préparatifs et l’espoir déçu de devenir mère,Elle souffrait à la pensée qu’après sa mort on trouverait chez elle ces tristes objets ; mais il y avait un doux endroit quelque part dans son vieux cœur qui protestait contre leur destruction.
- Un jour après mille détours, aidée de Susie, elle
- tira du camphre l’antique layette, et fit l’histoire de ses premières années de mariage, heureuse que Susie ne souriât pas en l’écoutant ! Mais la crainte que la sérieuse petite Susie pût rire d'une déception du cœur humain était tout simplement absurde.
- La jeune fille dit seulement ;
- « Hélas ! C’est bien dommage que le bébé tan,t déj siré ne soit pas venu. Vous étiez mariée à eelui que vous aimiez, vous.*... »
- « Bah ! » reprit madame Buzzell, « nous ferons en sorte que celui-ci soit, en dépit de tout, le bienvenu. Les voies de Dieu sont mystérieuses ! Qui sait s’il ne vous a pas envoyé cette épreuve pour vous rappro*' cher de lui? Souvenez-vous qu’il lit au fend des cœurs dont il est le créateur, qu’il en connaît tous les secrets et ne juge pas âla manière des hommes. *
- La respectueuse sympathie avec laquelle Sosie avait écouté ses confidences, acheva la conquête de madame Buzzell et réveilla la tendresse native de son caractère, si bien que la chère layette fut un jour tirée de son enveloppe et les mains ridées de la bonne dame lavèrent ces riens précieux jaunis par le temps, soin pieux qu’elle ne voulut confier à nulle autre.
- (A suivre)
- FRUITS DU LIBRE-ÉCHANGE
- Les filaleurs do lin sont au nombre des protectionnistes les plus forcenés. À les entendre leur industrie est ruinée et sous peu ils n’auront plus rien à faire.
- "Voici des doléances qui seraient bien dignes d’iûlérôt si elles étalent sérieuses' ? mais sent elles sérieuses ?
- Les chiffres suivants vont nous le dire.
- L’Industrie du filage du lin est relativement ftouveïfe en France. En 1836- on ne comptait que 6,000 broches dans tout le pays ; en il n’y en avait encore qfle 120,00b; en 4860, année de rinstitubion des traités de commerce, le Eombre des broches avait atteint 382,000, ce qui donne une augmentation moyenne annuelle de 25,400 brochés.
- Si les accusations portées par les filaleurs de lin sont exactes les broches ont dé diminuer en nombre depuis 1860.
- Or c’est précisément le contraire qui est vrai.
- Ên liÿôff, le nombre des broches s'élève au total Côttsi* dérable de 705,000, soit dans les 6 premières années du régime du libre-éehange, une augmentât ion de 2OQf,O0O broches,c’est-à-dire des deux cinquièmes déchiffre total. C’eei donc une augmentation de 34/100 broches par a» que l’on a dûc aux traités de commerce. H est donc ineo*' testable que le filage du lin a joui, grâce m lAbn-icka/ty*' d’une prospérité des plus Mitâtes,
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- Il est vrai que depuis la guerre les impôts écrasants qui nous régissent ont arrêté cette prospérité. Le nombre des broches est aujourd’hui de 426,000,
- Il est vrai que depuis la guerre cette prospérité s’est arrêtée. Le nombre des broches en activité n’est plus aujourd’hui que de 426,000, diminution; qui vient en bonne partie de la perte de lf Alsace-Lorraine.
- Toutefois il est loyal de reconnaître que l’industrie du
- filage du lin n’est plus prospère,
- A nos yeux ce fait est imputable aux impôts absurdes auxquels la France est soumise depuis la guerre. Cela nous parait évident puisque jamais cette industrie n'a été Plus prospère que dans les années qui suivirent la création des traités de commerce, E. C.
- j.j.yr’àüëjWtSH
- VARIÉTÉS
- Inde. — Le Brahma-Sabhâ, c’est-à-dire « rAssociation
- dë Dieu, » est dans î'fnde, à la tète d’un mouvement religieux de réforme, qui s’est manifesté dans ces dernières années par des résultats notables et par des productions philosophiques et littéraires. Ce mouvement a pour principaux théâtres lé Bengale et le Penjab, L’unité de Dieu, un grand fond de tolérance, une tendance philosophique prononcée, sont les traits dominants du Brahma-Sabhâ. Ses membre® sont plutôt des savants déistes que des initiateurs; bien qu’ils ne négligent ni le rite, ni le symbole, ni le culte, ils se montrent surtout avides de science et de recherche. Ils envoient volontiers leurs fils étudier en Europe. Dans son annuaire pour 1877, miss Collet Dobson cite entre autres le Babou Ghattopadhyaya, qui, après être demeuré quelques temps à Edimbourg et trois ans à Leipzig, est venu cet)e année à Paris et y suit le cours d’hmdouâtani de M. Garcin de Tassy, La réputation de savoir qu’il s’est acquise lui a valu d’être nommé professeur de langues de l’Inde à l’Université de Saint-Pétersbourg,
- Une Association vient de se former à Londres dans le but de facili ter aux femmes l’étude du droit. Au dernier meeting les résolutions suivantes ont été adoptées à ‘Unanimité.
- î® Qu’il est urgent d’aider les femmes à étudier le droit, pour les familiariser avec leurs droits légaux et et leurs devoirs.
- 2° D’aider les femmes dans l'avancement de cette branche, afin de leur procurer un emploi rémuüératif dans cette carrière.
- Cette Association, dont le comité est déjà formé, a Pour président le Révérend H.-R. Haweis.
- La ville de Pesth sera bientôt fournie d’une provision illimitée d’eati presque bouillante qui servira à l’usage public et privé, Celte eau sortira d’un puits artésien très-profond, oû elle jaillira en un jet puissant haut de 13 mètres.
- Le puits artésien lo plus profond qui ait été creusé jusqu’ici est celui qui existe à Paris et qui mesure plus de 6Où mètres de profondeur. Celui de Pesth, qui a déjà éteint une profondeur de 1000 mètres environ, aura, lorsqu’il sera terminé, plus du double de celui de Paris.
- L’eau qui sort actuellement des entrailles de la terre ri arrive d’une distance de près de trois-quarts de lieue rit dessous de sa surface, à la température de 101* Fah.
- Cent.) et les travaux seront poursuivi» jusqu'à ce que l’on obtienne une chaleur de 187° Fah. (68), Qi> se figura mieux la valeur de ces chiffres en se rappelant que l’eau est bouillante à 212°'.
- La quantité d’eau obtenue déjà est de 226,000 litres par jour; elle augmente encore avec la profondeur. Les fr avaux s’avancent à raison de 16 m. par mois; des perfectionnements dans les instrument© de forage rendront cette rapidité plus grande encore.
- Cette vaste entreprise, qui coûtera plus d’un million, est exécutée en partie aux frais de la ville, en partie aux •frais des ingénieurs, MM, Xsigmondy.
- U’après une note du « comité de la viande do cheval,» fr y a actuellement à Paris 61 boucheries chevalines, en 1877, ont livré à U consommation 10,619 chevaux, ^riret mulets, ayant fourni 1,939.490 kilogrammes de ^nde nette. Un 1876, le nombre de cos animaux a été de 9tf7l.
- «o
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- Là vie de Voltaire f l'homme et son œuvre f par E, de Pompery, 1 vol. in-18, Dealu,. 2 fr.
- Notre ami, E, de Pompe r y, est l’un de» homme» qui ont le plus étudié Voltaire, Il y a dix ans il résuma ces études dans un ouvrage qui eût un grand retentissement, le vrai foliaire, l'homme et le penseur. Ce travail avait surtout pour objet de faire connaître Voltaire et son œuvre et finalement de préparer le premier centenaire du patriarche de Ferndy.
- Il était naturel de rééditer ce volume à l’occasion du centenaire et d’en faire une édition à bon marché, afin de mettre le public, le grand public, à même d’apprécier en connaissance de cause Voltaire, ce grand écrivain dont ou parle tant, mais que malheureusement on connaît si peu.
- I Ce qui fait l’originalité du volume que nous annonçons,
- c’est que le génie de Voltaire y est moins étudié que son cœur. Quiconque veut connaître véritablement l’homme, doit lire ce volume-là. Il fait aimer Voltaire, il fait sentir sa valeur morale, orf si l’on doit juger de la valeur morale d’un homme par les preuves constantes et efficaces de son amour de la justice et de ses semblables, nul peut être ne pourrait le disputer à Voltaire. — Pendant plus de soixante ans, et sans se démentir un seul jour, sun âme brûla de la flamme sacrée. — Une gloire vaillamment conquise, une fortune considérable, loin d’endormir son activité, accrurent ses force® et centuplèrent son action pour le bien. Ni la persécution, ni les maladies, ni la vieillesse ne purent le faire faiblir. — Personne n’a plus aimé se® semblables que Voltaire > et ne l’a mieux prouvé par tous les actes de sa longue existence. M. de Fôüipery a donc voulu mettre et a mis en pleine lumière celte vérité : Voltaire fait encore plus d'honneur au genre humain par la noblesse de ses sentiments que par Vuniversalüè de son génie.
- On trouvera beaucoup de Voltaire en ce livre, car M* de Pompery s’est toujours inspiré de l’admirable cor-
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- respondance de l’auteur de Candide. — Le chapitre : Miniature de Voltaire faite de sa main, est presque entièrement composé d’extraits de ses lettres ; c’est un recueil fait avec beaucoup d’art, de tous les traits les plus remarquables de la nature et du caractère du philosophe.
- Ajoutons que tout le volume est d’une lecture à|la fois facile et substantielle, qui instruit sans fatiguer.
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- La sagesse de Jean-Jacques, fragments des écrits do Rousseau accompagnés de diverses réflexions et de renseignements par M. Amédée Roget, professeur. 1 vol. iu-18. Fischbacher.
- Je an-Jacques et le pays romand, extraits des œuvres de Rousseau publiés par l’Institut National Genevois, précédés d’une Vie de Rousseau par M. Eugène Ritter, professeur. 1 vol. in-18. Genève, H. Georg, éditeur.
- Le Centenaire de Rousseau a fait surgir une foule de publications. Nous signalons aujourd’hui à nos lecteurs trois des plus importantes d’entre elles.
- La première est, comme son titre l’indique, une étude historique des honneurs rendus à Rousseau. Il est extrêmement intéressant de suivre ces honneurs durant la période révolutionnaire. Ils disent mieux que toutes les paroles combien grande fut l’action de Rousseau sur les Membres de l’Assemblée et de la Convention.
- Le volume de M. Amédée Roget — un professeur genevois très estimé pour ses travaux d’histoire locale — a surtout pour but de combattre les préventions qui taxent Rousseau d’homme porté à l’extrême et au paradoxe. Une connaissance plus complète des œuvres de Rousseau montre que si ce philosophe a été souvent trop loin il est resté le plus souvent, on pourrait même dire presque toujours, sur le terrain de la raison hardie. En réalité — et cela ressort avec l’évidence du travail de M. Roget — les quelques emportements regrettables de Rousseau ont fait perdre de vue l’immense dose de bon sens, d’équilibre et d’harmonie qui forme la plus grande et la meilleure partie de ces œuvres. Que nos lecteurs prennent le volume de M. Roget et après l’avoir lu, ils diront comme nous.
- Enfin le recueil « Jean-Jacques et le pays Romand » mérite de fixer l’attention pour deux raisons. La première c’est que M. Ritter a écrit en guise de préface une vie de Rousseau où les faits sont rétablis conformément aux dernières recherches historiques, la deuxième c’est que les extraits cités contiennent les plus belles pages du talent descriptif de Rousseau. E. C.
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- social ; nous espérons donc qu’elles voudront,
- rondeau et la peine de mort. — La Peinture
- bien nous maintenir leur bienveillant appui-
- militaire. — Canal de Dunkerque à Nancy. — L’Enseignement moral libre en Angleterre. —
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- LA SÉCURITÉ
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- Nous prions les personnes qui pourraient avoir des réclamations à nous adresser, de nous donner exactement leur adresse ou la bande du journal; autrement, les mêmes noms se reproduisant souvent plusieurs fois parmi nos abonnés, nous sommes dans l’impossibilité de faire droit à leurs réclamations.
- Le régime politique le plue &ûr de durer est celui qui répond le mieux à un besoin général de la nation. Les minorités sont impuissantes à constituer un gouvernement fort, et les majorités, elles non plus, n’arrivent pas toujours à ce résultat.
- Il est naturel que la majorité gouverne, mais il est prudent pour elle qu’elle tienne compte des vœux de la minorité et qu'elle leur donne satisfaction dans la mesure du possible.
- Ceci est affaire de tact politique et c’est pour avoir manqué de ce tact que des gouvernements appuyés sur le plus grand nombre n’ont pu se maintenir au pouvoir. Il suffit de quelques fautes politiques pour faire naître des fluctuations
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- d’opinion qui déplacent la majorité. Ce sont des fluctuations de cette nature qui ont renversé plusieurs des derniers gouvernements de la France et bon nombre de ceux des autres pays.
- 11 ne suffit donc pas à un régime politique de s’appuyer sur l’opinion de la majorité de la nation, il faut encore qu’il s’efforce de répondre de son mieux aux besoins de tous, et qu’il profite de la faveur que lui vaut la satisfaction donnée à ces besoins pour guider la nation dans la voie du progrès.
- A chaque époque de la vie d’un peuple un besoin est plus général que tous les autres. Il peut varier en intensité, en nature et en élévation, mais il est le même dans toutes les âmes et se trouve dans toutes.
- Un gouvernement sage doit s’inspirer de ce besoin général et faire tout ce qui dépend de lui pour y donner satisfaction. En agissant ainsi, il s’attache plus fortement ceux des citoyen» qui lui sont déjà attachés et rallie à sa propre cause tous ceux de ses adversaires qui sont de bonne foi.
- Etant donné ce principe de politique, quel est dans Tétât actuel de la France, le besoin auquel il s’agit de répondre ?
- Examinons.
- La France est partagée entre deux grands partis, le parti monarchiste et le parti républicain.
- Que veulent les hommes de ces deux partis. ?
- Us veulent beaucoup de choses bien disparates, mais il y en a une que tous deux veulent, bien que chacun à sa manière. Cela peut paraître un paradoxe ; c’est pourtant la vérité. Un peu de réflexion suffit pour le démontrer.
- Que veulentleshommesdu parti monarchiste, du moins ceux d’entre eux qui se respectent et qui n’ont pas laissé les convoitises prendre la place des convictions ?
- Us veulent un roi ou un empereur, parce que, à leurs yeux, il n’y a de sécurité véritable qu’à la condition d’avoir un souverain à la tête du pays. Or, pour obtenir cette sécurité, ils sacri-
- fieront tout, leur liberté, leur dignité et même l’honneur delà nation. Ce qu’ils veulent surtout, avant tout, par dessus tout, c’est la sécurité.
- Et les républicains, eux, que veulent-ils de leur côté ?
- ils veulent une forme de gouvernement qui laisse le peuple maître de ses destinées, qui ne l’expose ni aux coups d’état parlementaires, ni aux mitraillades de la rue, ni aux déportations outre-mer. Us savent que Tou ne parvient à un pareil état de choses, et que l’on ne s’y soutient qu’au moyen de la liberté. Ils revendiquent donc la liberté, non-seulement pour elle-même, mais encore pour la sécurité qu’elle garantit.
- Ainsi, monarchistes et républicains ont, chacun de leur côté, une volonté qui leur est commune, celle de vivre en sécurité.
- La différence, l’opposition est dans les moyens d’y parvenir, le but est le même. Ce que l’or* veut chez les uns comme chez les autres, aux bancs de la droite comme à ceux de la gauche, au Sénat comme à la Chambre des députés, à la ville comme à la campagne, dans la chaumière du pauvre comme dans l’hôtel du riche, c’est une chose unique, une seule et même chose, la sécurité.
- Cette prédilection est légitime.
- La séçurité est une des raisons d’être de l’état, (1) un des éléments constitutifs de la civilisation. A quoi bon en effet le bien-être, l’abondance, la liberté, le savoir, si la sécurité fait défaut. C’est, elle qui protège tout cela, qui en favorise l’essor. C’est elle qui a permis jusqu’ici et qui permettra dans l’avenir les progrès immenses de l’industrie, les conquêtes journalières de la science, les rapports d’homme à homme et de peuple à peuple, en un mot la marche ascendante de. la civilisation.
- Troublez la sécurité générale, et le progrès est entravé; supprimez-la, et la civilisation est supprimée.
- C’est donc avec raison que la sécurité est
- (1) Selon Fichte {Naturreckt, ffl, 45M) « la volonté générale ne veut qu’une chose, la sûreté des droits de tous, par conséquent, la sécü"
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- désirée par dessus tout, puisqu’elle est la con dition nécessaire de tout progrès et de toute amélioration.
- La sécurité individuelle ne suffit pas ; il faut la sécurité sociale; chacun trouve sa propre sécurité dès le jour où cette sécurité est garantie à l’ensemble.
- Cela étant, le régime politique qui durera le plus longtemps, sera celui qui assurera le mieux k sécurité individuelle parla sécurité sociale.
- Le régime républicain nous paraît le mieux Qualifié pour donner cette garantie. Il est facile de s'en convaincre en le comparant à ses prédécesseurs.
- Vivait-on en sécurité sous le premier empire et sous le second, quand on voyait au 18 Brumaire ou au 2 Décembre la loi violée par ceux-là même qui avaient mission de la faire respecter ; quand on fusillait nuitamment dans les fossés de Ÿincennes un prince inoffensif ou qu’on envoyait a Cayenne et à Lambessa les représentants élus la nation ; quand on arrachait à la France ses jeunes gens valides pour les envoyer mourir d&ns les glaces de la Bérésina ou sous le ciel de de la Vera-Cruz, quand les champs étaient dévastés, les villes réduites en cendres, et les Populations ruinées et décimées une fois par les Cosaques et à deux reprises par les Uhlans ?
- Vivait-on en sécurité sous la monarchie de jkoit divin, quand ç>n assassinait des officiers dlüstres comme Brune, Ramel, Labédoyère ou illustres écrivains comme Courrier, quand les c°ursprévotales fonctionnaient, quand on voyait ministère yioler si impunément la loi que le Peuple, pour recouvrer ses droits, dût livrer à ^ai>mée une bataille qui dura trois jours ?
- Vivait-on en sécurité sous la monarchie cons-jjfutionnelle, quand Lyon était en révolte, quand enterrement d’un générai amenait des barri-Cades dans Paris, quand on parlait chaque serine de la guerre avec l’Angleterre et de la ^mpuête des provinces du Rhin ?
- , ^aün, plus près de nous, vivait-on en séeu-sous les régimes du 24 Mai et du 16 Mai, * 0ts que la Chambre républicaine était dissoute
- par ses plus implacables ennemis et que chaque matin la nation se demandait anxieusement si elle n’aurait pas un coup d’élat à l’intérieur ou une déclaration de guerre à l'étranger ? '
- Ainsj, en France, tous les régimes opposés à la République ont démontré par leurs propres excès qu’ils sont impuissants à garantir la sécurité.
- Arrivent-ils mieux à ce résultat dans les pays voisins ?
- Des faits évidents sont là pour prouver le contraire. Il suffit d’examiner ce qui s’est passé à fétranger depuis plusieurs mois. En Russie, coups de feu sur des magistrats; en Turquie, massacres, pillages et incendies; en Allemagne, attentats à la vie de l’Empereur, fureur administrative et fermentation populaire; en Angleterre, grève colossale troublée par des voies de fait et suivie de famine ; en Irlande, crimes agraires; en Espagne, émeute partielle, etc., etc. Et tout cela pendant qu’un grand concours industriel et artistique, le plus beau, le plus complet, le mieux réussi qui se soit jamais vu, attire la foule des Français et des étrangers dans la capitale delà France républicaine.
- Ainsi donc ce qui se passe aujourd'hui démontre, une fois de plus, que la République peut mieux garantir la sécurité que la monarchie. Jamais évidence de ce fait n'a été établie d'une manière aussi éclatante et par des faits aussi incontestables.
- II importe donc à la République de savoir assurer‘dans l’avenir cette sécurité qu’elle est seule à garantir dans le présent. Elle le sait ; elfe le peut; elle le voudra.
- Que les adversaires de la République ouvrent les yeux et qu’ils voient. S’ils sont de bonne foi, comme ils affirment l’être, ils se convaincront bien vite qu’ils sont dans l’erreur en'restant les adversaires du nouveau régime et que quiconque souhaite sérieusement la sécurité n’a pas de conduite plus politique à tenir et de devoir plus impérieux à s’imposer que de soutenir de ses votes et de ses sympathies, le régime républicain.
- Ed. Cha.mpüry'.
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- LA SEMAINE POLITIQUE
- Pénurie de nouvelles à l’intérieur.
- Deux républicains ont été élus députés au scrutin de ballotage, l’un à Rochefort, l’autre à Guingamp. 11 est à remarquer à ce sujet que les départements les moins républicains arrivent peu à peu à la République. Oui aurait dit, il y a 2 ans, que la Charente-Inférieure enverrait un jour un républicain à la Chambre?
- • m
- A Lodève un colonel juge bon de recommander à ses soldats de faire usage de leurs armes dans le cas où ils auraient des altercations avec les habitants. Le colonel en question dénomme la population civile de Lodève par des épithètes si grossières qu’il nous répugnerait de les reproduire.
- M. Borel sera le plus coupable des ministres de la guerre s’il permet à un de ses subalternes d’exciter les soldats au mépris ou à la haine de la population civile.
- L’armée n’a pas fait assez brillante figure dans la dernière campagne pour que d’aussi ridicules impertinences lui soient permises.
- L’anniversaire de la prisp do la Bastille a éie célébré le 14 juillet comme il était juste qu’il le fût. Cette date est sans contredit l’une des plus glorieuses de l’histoire de France. Elle consacre la substitution du règne de la loi à celui du bon plaisir et de la puissance de la justice à celle des lettres de cachet. Les Mémoires de Linguet sur la Bastille, mémoires qui ont si fort contribué au mouvement du U Juillet 1789, en disent long sur les actes criminels dont cette forteresse fut l’abri.
- Le môme anniversaire du 14 juillet a été choisi pour la célébration du Centenaire de Rousseau. La date était heureuse, car il est certain que l’influence du philosophe ne fut pas la moindre cause du mouvement de 1789.
- M. Louis Blanc, dans un admirable langage et avec un bonheur de transitions qui mérite d’être signalé, a retracé dans ses grandes lignes la vie de Jean-Jacques ainsi que la nature et l’influence de ses œuvres. Il a exprimé avec chaleur les sentiments de reconnaissance que tous les républicains sincères portent à 1 au leur du Contrat social M. Ernest Hamel, dont le volume la statue de Jean-Jacques eut il y a dix ans un si légitime succès a joint une conférence littéraire d’une grande valeur aux accents émus et patriotiques de M. Louis Blanc.
- Malheureusement le public nous parait, pour le Centenaire de Rousseau comme pour celui de Voltaire, ne pas apporter à ces genres de solennité tout l’empressement désirable.
- Cela est fâcheux, et nous persistons à croire qu’en scindant les honneurs rendus à la mémoire des deux grands hommes le parti républicain a perdu l’occasion de la manifestation la plus éloquento qui puisse se faire en faveur du progrès
- *
- Le pèlerinage de Domrémy s’est passé sans opposition mais aussi sans enthousiasme.
- Le capucin Moïse qui, parait-il, est inspiré de Dieu au même titre que son illustre homonyme du Mont Sinaï, a prophétisé que la France subirait une nouvelle inva- | siozit
- Nons sommes parfaitement convaincus que si la France consentait à se laisser conduire par le capucin Moïse et les pèlerins de Domrémy, elle essayerait de « sauver Rome et la France » ce qui pourrait bien amener une nouvelle invasion.
- Ajoutons que nous sommes enchantés, bien qu’un peu surpris, de nous trouver en parfaite concordance de pensée avec notre capucin au sujet de Jeanne-d’Arc. a Le procès et la condamnation de celte héroïne, s’est-il écrié, seront la honte étemelle de leurs auteurs I »
- On ne saurait mieux dire. Mais peut-être le véridique capucin oublie-t-il que Jeanne-d’Arc a été brûlée pat l'Eglise et que c’est de l’Église seule que le procès et la condamnation de l’héroïne seront la « honte éternelle- *
- Si la politque intérieure a sommeillé cette semaine, ^ n’en a pas été de même de la politique étrangère. L’opi' nion publique a été vivement émue par le coup dfi théâtre qui vient du se produire dans le domaine de cefle dernière. Lord Beaconsüeld s’est montré passé mafire dans l’art du machiniste. Jamais changement à vue u’a mieux réussi.
- La veille on croyait encore au désintéressement de l’Angleterre ; elle avait si fort crié contre les entaillé faites à la Turquie par le traité de San Stefano ; eN6 affirmait avec tant de hauteur qu’elle n’avait qu’un but •' défendre l’intégrité du territoire ottoman, que chacun était plus ou moins dupe de ces affirmations.
- M. Disraéli devait bien rire!
- Il est permis de croire aujourd’hui que le coup était préparé do longue main et que la politique anglais^a été dès l’origine de la guerre une politique de chanta#6’ Elle a laissé fouler aux pieds la Turquie, et puis qa^ la malheureuse puissance orientale en a été réduite^’ l’Aglelerre lui a prodigué des consolations moyenne une petite bagatelle : l’ile de Chypre.
- C’est d’une habileté incontestable, mais cela est-il bie3 moral?
- L’annexion à l’Angleterre de l’ile de Chypre attire^ à M. Beaconsüeld des récompenses et des honneurs. S7 indélicatesse — pour ne pas qualifier autrement sap0^ tique sans scrupule — lui vaudra la Jarretière doute et peut-être un titre de duc, ce qui en Anglet0 , a de la valeur. En outre cela raffermira dans la poss08 sion de son portefeuille de ministre.
- Est-il bon qu’il en soit ainsi? L’honorable M. ton avait , tout récemment encore, des chances ^ revenir au ministère et de ramener dans la politi^ anglaise cette franchise, cette loyauté, celte bon»0'0’ que M. Beaconsfield lui a fait perdre.
- Il n’est pas sans danger pour un pays de voir son g°u verneineut donner l’exemple de l’absence de scrupu^ On perd de vue le moyen pour ne considérer qü0 „ résultat et l’on en vient à applaudir ce qu’en b011^ morale on ne peut que condamner. Des réshj1^ semblables ne font que détruire le sens moral nation.
- 11 est incontestable qu’au point de vue des progrès t la civilisation, il y a de grands avantages à voir P jje, aux mains actives et intelligentes des Anglais upe ayant des ressources immenses dont les Turcs b0 vaient pas tirer parti.
- Cet avantage n’absout pas le procédé. Tarlhff0
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- pouille Grgon dans le seul but de l’empêcher de faire mauvais usage de sa fortune.
- L’annexion à l’Angleterre d’une île méditerranéenne, grande, ou peu s’en faut, comme le royaume de Grèce tout entier, doit inspirer de sérieuses réflexions à toutes les personnes qui s’intéressent sérieusement à l’avenir du commerce français.
- On sait que notre marine marchande est en décadence. Celle de l’Océan est absolument ruinée depuis les lois protectionnistes de M. Thiers. Celle delà Méditerranée a moins souffert par le fait qu’elle n’a pas rencontré sur cette mer de grande concurrence étrangère. Aujourd’hui que Chypre devient Anglaise, que le canal de Suez est aux mains des Anglais et que Malte et Gibraltar n’ont pas cessé de l’être, il convient de réfléchir aux possibilités qu’aura la France de lutter contre la concurrence maritime anglaise.
- Nous ne voyons qu’un seul moyen d’y parvenir, c’est d’attirer des colons en Algérie. Pour les attirer, une seule mesure suffit, mais elle est de la plus impérieuse nécessité : supprimer le régime militaire de l'Algérie et constituer un gouvernement civil.
- Nous reviendrons sur cet important sujet et nous l’examinerons avec tout le soin qu’il mérite. Nous ferons de même pour l’œuvre du Congrès de Berlin aujourd’hui terminé. Les intérêts en jeu sont trop considérables pour que quelques lignes suffisent à en parler.
- E. C.
- LE DISCOURS DE M. LOUIS BLANC
- A notre grand regret nous ne pouvons reproduire i© discours prononcé par M, Louis Blanc à l’occasion du Centenaire de Rousseau.
- Toutefois nous ne saurions résister au désir d’en citer la conclusion, si belle, si large et si digne d’un historien :
- « La Révolution venait de si loin; tant d’efforts intellectuels, tant d’injustices, tant de souffrances, avaient concouru à la rendre inévitable, qu’il est impossible de déterminer exactement la part de tels ou tels hommes dans les causes qui l’amenèrent. Il est certain, toutefois, qu'on y retrouve la trace brûlante des deux doctrines qui furent représentées dans le xvme siècle, l’une par les Encyclopédistes, l’autre Par Rousseau. La première, celle de la souveraineté du moi, domina dans l’Assemblée constituante ; la seconde, celle du droit social, domina dans la Convention, Les Girondins furent inspirés par la première, les Montagnards par la seconde.
- « Les déchirements qui résultèrent de leur antagonisme, qui ne voudrait pouvoir les oublier ?
- « Et pourtant les deux conceptions se complètent l’une P autre, loin de se contredire. Mais la Révolution avait déchaîné des passions qui, mêlant leur
- aigreur à la lutte des idées, eurent pour effet de les outrer et de les obscurcir. Entre les Girondins et les Montagnards il y eut le même malentendu funeste qui avait existé entre Voltaire et Rousseau, malentendu dont Voltaire sentit par moments l’absurdité : témoin cet admirable mot échappé à sa pénétration :
- « Jean-Jacques et moi, nous sommes comme St Pierre et Saint Paul. »
- « Et nous, mes chers concitoyens, pourquoi laisserions-nous le souvenir de ceux qui nous ont fait ce que nous sommes jeter le trouble dans nos rangs ? Pourquoi nous fatiguerions-nous à chercher ce qui nous divise, quand il nous serait si facile de trouver ce qui nous rapproche ? Pourquoi nos efforts ne tendraient-ils pas à hâter le moment où la démocratie sera semblable au soleil, qui brille pour tout le monde.
- « Oui,vous fûtes comme Saint Pierre et Saint Paul, constructeurs immortels de l’ordre nouveau. Qu’importe que, partis de points de vue différents et trompés par cette différence, vous n’ayez pas su yous-mêmes jusqu’à quel point vous avez travaillé à une oeuvre commune ? Nous le savons,. nous, l’ayant appris à la lueur des flambeaux que vous avez allumés. Soyez donc réunis dans notre admiration; soyez réconciliés à jamais dans notre reconnaissance. Vouloir cela, c’est de tous les hommages que nous vous pouvons rendre, le plus utile à l’humanité et le plus digne de vous. »
- VARIÉTÉS
- Eu Angleterre
- Une cérémonie caractéristique, et telle qu’on n’en voit guère qu’en Angleterre, réunissait il y a peu de jours à Londres, dans le palais du lord-maire, une très-nombreuse assistance. Il s’agissait, à l’occasion de la séance annuelle de la Société royale pour la protection des animaux, de distribuer les prix du concours ouvert par cette Société sur le sujet suivant; Eu devoir de Vhumanité envers les bêtes.
- Les élèves les plus avancés de toutes les écoles primaires et secondaires delà ville de Londres avaient été invités à concourir ; on assure que près de 500 écoles avaient répondu à cet appel, et que le nombre des compositions envoyées au jury s’élèvait à quinze mille environ. Cinq cents de ces travaux ont été primés, et c’est de la main de lady Burdett-Couts, la célèbre millionnaire et philanthrope, que les jeunes lauréats ont reçu leurs prix. Une allocution a été adressée à ces enfants par l’évêque de Gloucester. Le
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- rapport général, lu dans la môme réunion par le secrétaire de la Société, constate d’ailleurs que l’œuvre de la protection est partout en voie de progrès. La Société anglaise appuyée déplus en plus par l’opinion publique, déploie la vigilance la plus louable. Elle a obtenu des tribunaux, dans le courant de l’année dernière, 2,726 condamnations contre des gens coupables de mauvais traitements.
- — Le gouvernement anglais a décidé de suppri mer plus de la moitié des prisons dans le pays de Oalles, parce qu’elles ne servent à rien.
- En Buisse
- On sait que la Suisse n’a pas d’armée permanente, mats des milices qui font un certain nombre de semaines de service tous les deux ans.
- Depuis longtemps on demandait que les exercices de plusieurs des corps de ces milices fussent employés à des travaux d’utilité publique.
- Satisfaction vient d’être donnée à cette demande.
- Les sapeurs du génie actuellement en service à Liestal (Bâle Campagne) ont été occupés à construire un pont sur la Blrse à Monchenstein, petite localité du même canton.
- On ne peut qu’applaudir à cette Idée et l’encourager. N*y aurait-il pas lièu de l’imiter en France et de faire participer les régiments d'artillerie et du génie â des travaux d’utilité générale ?
- A propos de sangsues
- Jusqu'aux premières années de notre siècle, les médecins eurent une prédilection toute particulière pour la prescription des sangsues à leurs malades. Sous le premier empire on substitua en partie la lancette à la sangsue ce qui était déjà moins déplorable. Aujourd’hui, grâce aux progrès de la médecine, on a renoncé aux émissions sanguines dans presque tous les cas où on y recourrait autrefois. Ce n’est guère que depuis 1800 que l’on y a définitivemeni renoncé. C’est fort heureux poulies malades car les émissions sanguines entrainaient presque toujours l’anémie.
- Ce progrès médical n’a pas fait le bonheur des industriels qui vivaient du commerce, do la récolte ou môme de l’élevage des sangsues. En 1835, les hôpitaux de Paris consommaient pour 90,000 fr. de sangsues, aujourd’hui ils n’en consomment que pour 1,800 fr.
- Nous signalons le fait à MM. les protectionnistes. Quel argument pour eux ! Nous sommes bien étonné qu’ils n’aient pas mis cette diminution au passif des traités de commerce puisqu’elle date de 1800.
- Et pourquoi ne proscrit-on pas à la frontière les remèdes qui ont supplanté les sangsues ? On protégerait ainsi une intéressante branche de l’industrie nationale.
- Réclame originale
- Un de nos amis d’Allemagne nous adresse un journal berlinois à la 4" page duquel se trouve une fort grande
- annonce d’un fabricant de revolver. La vignette de cette annonce représente une calèche découverte dans laquelle sont deux personnages, revolver en main. L’un est tout jubilant; il vient do faire feu sur un jeune homme qui est étendu sur» le sol; le 2* ne jubile pas moins que son collègue et fait feu sur un second jeune homme qui tombe à la renverse. Le cocher suit impassiblement son chemin.
- La morale sê trouve résumée en huit vers au bas delà vignelte. Ayez soin de passer votre existence dans la compagnie d’uti revolver lippolit Mehles — cette arme ne manque jamais de tuer son homme, Dieu en soit loué !
- Que pensez-vous de cette réclame, cher lecteur ?
- Le Xjoto italien et 1’A.bbé E>1 Mittia
- On sait que le gouvernement italien ne craint pas d’entretenir comme source de bénéfices un établissement officiel de Loto.
- L’art. 410 du Gode pénal ne permettant pas à des particuliers de tenir des jeux publics, l’État s’est accordé le monopole d’en tenir. L’étiquette officielle donnée à cet établissement le rend cent fois plus dangereux.
- Or voici qu’une fraude colossale a été commise dans le local même de la direction du Loto, à Casalnuovo. Un abbé napolitain nommé Di Mattia s’est arrangé de telle manière qu’il est arrivé, grâce à un quaterne bien combiné, à gagner la jolie petite somme de deux millions.
- Le gouvernement italien a trouvé la saignée un peu dure, mais il s’est exécuté. La somme une fois touchée, Di Mattia a placé 700,000 fr. au Banco de Naples, puis il a bouclé ses malles et disparu avec le reste. Aujourd’hui, un de ses complices, frustré par lui d’une partie do la somme, dénonce les procédés frauduleux de l’abbé, et il résulte de cette dénonciation quedes fonctionnaires de la loterie sont gravement compromis.
- Quand donc le gouvernement italien comprendra-t-il que les jeux publics et tout particulièrement le Loto sont des éléments de démoralisation. Espérons que les 2 millions soustraits détermineront la suppression du Loto.
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- SERMON REMARQUABLE
- Le curé de Montardit n’est pas le seul à ouvrir les yeux à la lumière de l’Evangiie. Voici le résumé d’un sermon qu’on nous assure avoir été prêché récemment dans une église de Paris.
- a Mes très-chers frères,
- « J’entends dire que plusieurs miuistres de Dieu, mes frères en Jésus-Christ, mêlent la politique à leurs sermons. Pormeltez-moi de suivre aujourd’hui leur exôirt" pie et do vous dire qu’il fautalmerlarépublique, d’aboi’d parce qu’elle est le gouvernement éLabli, ensuite parc® qu’elle est le meilleur et le plus légitime des gouverne' ments.
- « Le Seigneur lui-inêmo l’a déclaré quand il a parlé ainsi, par la bouche de Samuel, aux Juifs qui demandaient un roi : « Voici quel sera le droit du roi qui vous gouvernera, il prendra vos enfants pour conduire ses chariots; il s’en fera des gens de cheval et les fera cou' rir dans son char. Il ou fera ses officiers pour oomm®11' der: les uns, mille hommes et les autres, cent; il prendra
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- les uns pour labourer ses champs et pour recueillir ses blés, et les autres pour lui faire des armes et des chariots. Il fera de vos filles des parfumeuses, des cuisinières et des boulangères. Il prendra aussi ce qu’il y aura de meilleur dans vos champs, dans vos vignes et dans vos plants d’oliviers, et le donnera à ses serviteurs. Il vous fera payer la dime de vos blés et du revenu de vos vignes, pour avoir de quoi donner à ses ennuques et à ses officiers. Il prendra vos serviteurs, vos servantes et les jeunes gens les plus forts, avec vos ânes et les fera travailler pour lui. 11 prendra aussi la dime de vos troupeaux, et vous serez ses serviteurs. Vous crierez alors contre le roi que vous vous serez donné, et le Seigneur ne vous écoutera point, parce que c’est vous-mêmes qui aurez demandé d’avoir un roi. »
- « C’est ainsi que Dieu parle dans le premier Livre des Rois, chapitre VIII. Et pourquoi, mes frères, vous parle-rai-je autrement ? Sommes-nous, dans cette chaire de vérité, los apôtres de Henri V ou les interprètes de la parole de Dieu ? Or, si Dieu lui-même a condamné les mis, qu’est-ce que cela signifîie, sinon qu’il préfère la république à la royauté ?
- « Oui, mes frères, la république est le meilleur des gouvernements. Et pourquoi? Parce que le peuple, dans la république élit ses chefs et ses magistrats. Quoi dé Plus juste? Qui mieux que le peuple connaît les intérêts du peuple? Le peuple, quoiqu’on disent les faux docteurs, n’est pas une multitude aveugle : il se trompe rarement dans ses choix, et quand il parle, c’est comme S1 Dieu lui-même avait prononcé : Voæ populî, wæ Dei.
- « C'est ainsi, mes frères, que les choses se passaient dans la primitive Église. Le peuple alors nommait ses ®yêquos et ses prêtres; toutes les dignités çcclésiasli-îhes étaient conférées par l’élection. Les choses en ^llMent-elles plus mal? Vont-elles mieux aujourd’hui?
- nombre des saints évêques et des saints prêtres a-t-il augmenlé? Hélas j’ai honte de le dire, mais je crois qu’il a plutôt diminué.
- * On vous représente la république comme le bouleversement de toutes choses, comme l’abomination de la désolation. Ceux qui vous parlent ainsi, ne parlent pas ah nom du Christ : c’est l’esprit des ténèbres qui les insère, car lorsque je jette les yeux autour de moi, je vois dh peuple qui travaille, qui obéit aux lois, qui prospère a l’ombre de la liberté et de l’égalité. Toutes les traces do la guerre sont effacées, toutes les blessures-du glaive eQnemi sont cicatrisées. La terre se réjouit sous les pissons qui là couvrent; l’olivier de la paix a refleuri ; te laboureur chante en traçant son sillon, et le vigneron Se repose sous sa vigne. La bénédiction de Dieu est sur te Peuple de France et sur la République, qui lui a donné tous ces biens : Benedictio Bomini super iilam 1 Je termine mes frères,car les sermons les plus courts tent les meilleurs, surtout ou ce temps de carême, où la cbair mortifiée par le jeûne soutient mal l’attention de ' Osprit,
- « Allez en paix, pères chrétiens, allez vaquer à vos tra-vaùx. Travailler, c’est prier. Allez, mères chrétiennes, allez élever vos enfants dans la crainte de Dieu et dans "amour de la République. Et puisse-t-elle durer éternellement pour votre bonheur et pour la confusion des détendants, qui sont les ennemis de Dieu et de leurs dys l L’est la grâce que je vous souhaite. Amen I »
- {Le Catholique National).
- MORALITÉ PUBLIQUE
- M. Courtépée a adressé à notre rédacteur en chef une deuxième lettre maintenant les contestations de la première. Nous n’en tenons pas moins à affirmer que, dans l’état actuel des choses, la police a, seule, le droit de s’occuper des questions de mœurs.
- Voici sur quoi s’appuie le maintien de nos affirmations :
- Les ordonnances les plus anciennes désignent toujours comme exécuteur des moyens de répression le préfet de police, lui donnant, selon Jes époques, les diverses qualifications qu'il porta dans le passé.
- Que notre honorable contradicteur veuille bien se reporter à l’ordonnance royale du 20 avril 1684 : Le Roi transporte au lieutenant de police les pouvoirs exercés, Jusqu’alors, par la prêvâtè, en ces termes :
- « Sa Majesté, voulant que les sentences du dit lieutenant de police, en ce fait particulier (prostitution), et dont sa Majesté lui a attribué, en tant que besoin est, toute juridiction et connaissance, soient exécutées comme déjugé en dernier ressort.... »
- M. Lecour (1) avoue lui-même qite ce n’est qu’en vertu de cette ordonnance que s’exerce lajuridiction de la police à l’égard des filles perdues, et que ces dernières, contrairement au droit commun, sont soumises à un ensemble de mesures arbitraires, en vertu desquelles elles peuvent être privées, discrétionnairement et sans formalité, de leur liberté.
- J’ose soutenir fermement ici, que la police des moeurs n’agit qu’en vertu de l’habitude, et qu’aucune loi pe l’autorise.
- La loi rendue les 16 et 24 août 1790, titre XI, sur laquelle s’appuient les contestations de M. Courtépée, ne peut être invoquée par l’Administration, ou, si on l’invoque, on la dénature pour les besoins de la cause.
- Elle fut faite pour régler les pouvoirs judiciaires, et jamais ne fut prononcé par les membres de l’Assemblée le mot prostitution.
- L’article Ier est celui-ci :
- « Les corps municipaux veilleront et tiendront la main, dans l’étendue de chaque municipalité, à l’exé* cution des lois et règlements de police, et connaîtront du contentieux, auquel cette exécution pourra donner lieu. »
- Article II. « Le procureur de la commune poursuivra d’office les contraventions aux lois et aux règlements de police ; et cependant chaque citoyen qui en
- (1) Une erreur typographique qui s’est pliasse dans notre dernier article sur ce sujet (page 222) nous a fait, écrire M. Sedoux, au lieu de M. Lecour.
- Gela est d’autant plus fâcheux que l’ouvrage de M. Lecour : La Prostitution à Paris et à Londres est le plus récent des ouvrages qui fasse autorité en cette matière.
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- ressentira un tort ou un danger, pourra intenter l’action en son nom.
- L’article III parle, premièrement, de la voirie;
- Deuxièmement, du soin de réprimer et de punir les délits contre la tranquillité publique, rixes, disputes, etc. ;
- Les articles IV à VIII, traitent des foires, des cérémonies publiques, des poids et mesures, des épidémies, des malheurs causés par les fous ou les animaux dangereux; des spectacles forains; enfin des contraventions.
- De la prostitution il n’est pas dit un seul mot.
- La loi des 19 et 22 juillet 1791, décrétée pour fixer les pouvoirs de la police municipale, ne concerne pas davantage la question qui nous occcupe. Pourtant il est dit : Titre I, article I, paragraphe X, « que les officiers municipaux, pour constater les contraventions, pourront entrer en tout temps dans les maisons oh l’on donne habituellement à jouer les jeux du hasard, mais seulement sur la désignation qui leur en aurait été donnée par deux citoyens domiciliés,
- « Ils pourront également entrer, en tout temps, dans les lieux livrés notoirement à la débauche. »
- Ces dernières lignes ne sont nullement une autorisation d’enregistrer les femmes sur un livre d'infa-mie et d’engager leur vie entière en les mettant hors la loi pour une faute qui ne rencontre qu’indulgence et pardon du côté du sexe fort. Et je dirai plus : cette loi est la condamnation de la débauche patentée, puisque nous trouvons, titre II, paragraphe IX : « Quant aux personnes qui auraient favorisé la débauche, ou corrompu des jeunes gens de l’un ou l'autre sexe, elles seront, outre l’amende, condamnées à une année de prison. »
- Les maîtresses des maisons de tolérance font-elles autre chose ?
- Je le répète encore, sans craindre d’être démentie: Le bureau des mœurs n’a pour prouver son droit que l’article 484 du code pénal, qui est lui-même fort obscur.
- On m’affirme que les magistrats qui n’auraient pas jugé, comme l’honorable M. de Bourbonne, de Reims, auraient vu leurs sentences cassées par la Cour de cassation. Alors comment se fait-il que la police, mécontente de la conduite intègre de ce juge depaix, attira sur lui les foudres de l’autorité supérieure ? Le ministère public forma un pourvoi en cassation contre le jugement du tribunal de simple police, et M, de Bourbonne fut destitué après dix-neuf ans de service.
- A Paris, la fille est amenée devant l’inspecteur de police ; je le soutiens hautement, ayant encore traité
- cette question U y a un mois avec un fonctionnaire de la préfecture.
- En province, c'est au nom du maire que l’on agit ; le maire n’ayant pas le temps de tout surveiller, délègue ses pouvoirs au commissaire central, qui lui-même charge un agent subalterne, qui devient ainsi le seul arbitre dans une question aussi importante, et dont la voix est toujours entendue par tous les magistrats.
- Louise de Lasserre.
- EN ALLEMAGNE
- La fureur de réaction — cous allions dire la folie — ne connait décidément plus de bornes dans ce malheureux pays. Le grotesque s’y joint à l’odieux et la plupart des actes qui s’y passent nous feraient pouffer de rire s’il n’y avait pas tant de gens qu’ils font pleurer.
- Il faut lire les feuilles des 3 partis conservateurs : l’exagération de leur langage dépasse tout ce que l'on peut imaginer. Une petite feuille badoise, qui nous a été envoyée par un de nos lecteurs, demande l’extermination {die Ausroltung) du parti « social-demokrat. »
- En attendant cette extermination, une coalition générale des patrons, des chefs d’usines et de fabriques s’organise d’un bout à l’autre de l'Allemagne» sous les auspices et à l’instigation du gouvernement» contre la propagande socialiste dans les ateliers-Plusieurs centaines de grands industriels ont déclaré déjà qu’ils ne garderaient de leurs ouvriers que ceux qui s’engageraient par écrit ou sur parole à rompra toute relation avec ce parti,
- En un mot, on décrète la faim, Aussi des bruits alarmants courent-ils depuis plusieurs semaines. On parle de soulèvements, et il est très-possible que do tels procédés amènent de tels résultats. Lorsque l’ofl sème le vent, on s’expose à récolter la tempête. Toutefois les chefs du parti démocrate feront tous leurs efforts pour éviter des émeutes, car ils sont gefl8 tranquilles et hommes de pensée plutôt qu’homm®8 d’action.
- Un fait à remarquer, c’est que lors même que l®8 ouvriers sont contraints de sortir du parti démocrate, ce parti fait de nombeuses recrues parmi l®8 hommes jouissant d’une position indépendante. Ceux* ci comprennent bien que sous prétexte de frapV^ des démocrates on ne rêue rien moins que d'état dans toute l’Allemagne le césarisme le plus absolu-
- Cette prétention est hardie. La tentative 4U1 suivra réussira-t-elle ? II est permis d’en douter. M*
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- de Bismarck a pu voir dans la question religieuse que la manière forte n’est pas la meilleure manière de s’attirer des sympathies. La persécution n’obtient qu’un résultat : elle avive les convictions de celui qu’on persécute. Voilà ce que les hommes instruits, professeurs et autres devraient se dire. Ils ne se le disent pas. Tout récemment on discutait à Berlin dans une réunion de professeurs et de pasteurs sur la part qui revient à l’Etat dans la solution de la question sociale, et M. le Pasteur Stoecker, l’un des esprits les plus libéraux de l’Allemagne venait d’exposer la théorie d’un parti chrétien-socialiste. Grand émoi dans l’auditoire. M. Cremer, professeur de théologie à Greifswald, se lève alors et, dit la Gazette de la Croix, s’écrie : « Il faut que nous apprenions de - nouveau à prier de tout notre cœur les psaumes de vengeance contre les séducteurs de notre peuple. »
- Cela peut vous paraître inoffensif. Illusion. Les psaumes en question sont des cris de haine auprès desquels la Marseillaise n’est qu’une idylle.
- Voici, pour en donner une idée, quelques versets pris au hasard dans l’excellente traduction de M. le professeur Segond,
- Psaume LVIII, versets 7 à II :
- » O Dieu, brise-leur les dents dans la bouche ! Eternel, arrache les mâchoires des lionceaux !
- Qu’ils se dissipent comme des eaux qui s’écoulent ! Qu'ils ne lancent que des traits émoussés !
- Qu’ils périssent en se fondant, comme un limaçon !... Le juste sera dans la joie, à la vue de la vengeance; Il baignera ses pieds dans le sang des méchants.*
- Psaume LXIX, v. 23-29, passage plus expressif encore:
- » Que leur table soit pour eux un piège,
- Et un filet au sein de leur sécurité !
- Que leurs yeux s’obscurcissent et ne voient plus,
- Et fais continuellement chanceler leurs reins !
- Répands sur eux ta colère,
- Et que ton ardente fureur les atteigne !
- Que leur demeure soit dévastée,
- Qu’il n’y ait plus d’habitants dans leurs tentes!...
- Vous voyez par quels arguments on répond à l’honorable pasteur Stœcker.
- N’est-ce pas le cas de dire comme Çléante dans Tartuffe :
- Les sentiments humains, mon frère, que voilà.
- B. C.
- CORRESPONDANCE ET DISCUSSION CONTRADICTOIRE.
- M. Louis Krolikowski, de New-York, nous écrit :
- « Je ne puis m’empêcher de vous soumettre mes observations au sujet de l’Association du capital et du travail. Cela me paraît avoir une signification absolument analogue à l’Association entre le fouet et la bête qu’il fait travailler. En effet qui possède
- aujourd’hui tous les capitaux, si ce n’est pas la classe dirigeante ? Ne connaissons-nous donc pas sa disposition pour lui proposer ainsi de s’associer aux travailleurs ? Certainement le travailleur ne manquerait pas de répondre avec empressement à des propositions justes et équitables. Mais hélas ! nous sommes enccore condamnés à l’attente. Pour le moment le moyen le plus efficace pour y arriver serait d’abandonner entièrement toute organisation imposée par en haut, c. à d. par la caste privilégiée. Que toute le monde sans exception et sans aucune réserve, se mette dans les rangs de l’Association, avec le correctif indispensable de la révocabilité instantanée et permanente — quand la possibilité de perfectionner la direction se présente — de tous les chefs depuis le premier jusqu’au dernier. »
- A l’heure où l’honorable auteur du Système de Fraternité, ce vétéran des penseurs polonais, nous écrivait ainsi, il n’avait pas encore reçu certains de nos numéros. A l’heure qu’il est, M. Krolikowski peut voir que l’Association du capital et du travail n’est ni un leurre, ni « l’association du fouet et de la bête. » L’Association de Guise fonctionne ; elle fonctionne même très-bien et son succès est la meilleure réfutation des nombreuses doctrines qui ont tenu pour une utopie l’Association du capital et du travail.
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mme Marie HOWLAND
- (Voir Nos 4 à 19)
- Chapitre XV
- Une lettre du docteur. — Dan est refusé
- (Suite.)
- Le sort de Susie se trouvant si bien asssuré chez MmeBuzzell et d’un autre côté la visite de Miss Marston tirant à sa fin, Dan reparut sur la scène. A vrai dire, il lui était devenu impossible de rester plus longtemps éloigné de la femme charmante qui avait captivé son corps et son âme.
- Nuit et jour elle occupait sa pensée ; la crainte qu’elle ne le payât pas de retour faisait de sa vie un tourment. Il endurait une épreuve jusqu’alors inconnue, qu’il ne supportait pas de bon gré, et rencontrait dans la douleur une ennemie dont sa « science » ne lui avait point enseigné à parer les coups. Son. impuissance le rendait furieux sans le conduire à reconnaître qu’il avait été pour la pauvre Susie la cause d’angoisses mille fois plus poignantes.
- Inaccessible au remords d’avoir compromis et délaissé sa victime dans un état où l’honnête homme a honte du refroidissement de son cœur, Dan était
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- surtout incapable de comprendre combien la femme souffre moins d’échouer dans la conquête de celui qu’elle aime, que de perdre un amour devenu nécessaire à son bonheur et sans lequel la vie n’est plus pour elle qu’un intolérable supplice.
- Égaré par son égoïsme, Dan était persuadé que nulle souffrance ne pouvait égaler la sienne ! Il prit enfin la détermination d’interroger l’arbitre de sa destinée avant que MissMarston quittât Oakdale.
- Un soir donc, après avoir fait une splendide toilette, ilse dirigea vers la maison paternelle.
- En traversant le jardin, il entendit la voix adorable de Miss Marston qui chantait au piano. Au lieu d’entrer par la porte principale, il fit le tour de la maison et vint s’asseoir sous la véranda pour attendre que le chant cessât. Mais, la romance finie, il n’eut pas le courage d’entrer. « Elle va sortir peut-être » pensait-il « et sera contente de me trouver là. » En attendant il écoutait avidement les douces fantaisies évoquées par les beaux doigts de Miss Marston.
- . Il était évident à son jeu que la jeune dame devait être seule au salon et se livrait à une capricieuse improvisation. Très-vite Dan reconnut le thème d’une vieille balade écossaise; la chanteuse en fit entendre les deux premiers vers, s’arrêta, puis reprit :
- « Dans la bande joyeuse il est un beau berger, a Le doux objet de ma tendresse;
- * Sou nom est le secret que mon cœur veut garder ;
- » Je n’ose trahir ma faiblesse. »
- Pourquoi a-t-elle chanté cette strophe? se demanda le jeune homme plongé dans cet état d’esprit où tout devient un pronostic.
- Il se décida enfin à se présenter et vint prendre place près du piano. -Miss Marston voulut se lever mais il la pria de continuer A faire de la musique : « Ce qu’il avait â lui dire s’arrangerait bien de l’ac-compagnement. »
- « Enfin nous y voilà, » pensa MissMarston, « comment vais-je m’y prendre pour l’évincer? »
- S’il avait pu lire dans la pensée de son interlocutrice aussi clairement qu’elle pénétrait la sienne, Dan se serait épargné la déclaration qu’il débita sans désemparer.
- Miss Marston lui coupa promptement la parole : « Vous me faites beaucoup d’honneur, M. Forest, » dit-elle en se levant et le regardant en plein visage, « mais......»
- Dan était â moitié fou. Croyant remarquer une nuance ironique dans l’intonation par laquelle la jeune dame avait en quelque sorte souligné le mot u honneur », il soupçonna que quelqu’un l’avait desservi et rabaissé dans l’esprit de Miss Marston, en
- révélant l’histoire de ses relations avec Susie. Sans se rendre compte de ses paroles, il manifesta cette crainte par un poétique plaidoyer qui dévoila Inconsidérément ce que la prudente Mme Forest avait pris tant de peine à cacher.
- « En vérité! » exclama froidement Miss Marston,
- « je n’aurais jamais pensé que, jeune comme vous l’êtes, vous étiez déjà si avancé dans la perversion. J’aurais aimé à pouvoir vous respecter par égard pour votre estimable famille; mais si les choses sont ce que vous dites, et je lis sur votre visage qu’il en est ainsi, permettez-moi de vous donner un conseil : Je suis votre aînée de quelques années, et je pense connaître assez la nature humaine pour pouvoir vous affirmer que jamais vous ne gagnerez l’amour d’une femme digne de ce nom, après avoir lâchement abandonné celle dont le bonheur et « l’honneur,» ajouta-t-elle d’un ton bas et flétrissant,étaient placés en vos mains. »
- La porte se referma sur Miss Marston. Parlant, quelques années après, des sensations qui l’avaient ému en cet instant, Dan attestait que, dans l'état de stupeur où il était plongé, on l’eut « renversé avec une plume. »
- Chapitre XVI
- La visite dois Dela.no.
- Le docteur Delano était sensible aux bruits répandus dans le village, car le nom de sa fiancée s’y associait constamment à celui de Susie Dykes « la pécheresse. » Il essaya un jour d’adresser à Clara une sorte de remontrance amicale sur ses trop fréquentes visites à Susie ; mais elle y répondit en s’adressant avec une si franche confiance aux sentiments les plus nobles et les plus élevés de M. Delano, que celui-ci se sentit abaissé à ses propres yeux et abandonna le sujet.
- Cependant il ne laissait pas que d’éprouver une certaine inquiétude à la pensée que son père et sa sœur, la fière Miss Delano, ne tarderaient pas à arriver de Boston, tout imbus des préjugés ayant cours dans l’aristocratique et puritain quartier de Beacon-bill.
- Lorsque la famille Delano venait à Oakdale, elle descendait chez les Kendric, ses anciens amis et la plus riche maison du paya. Or, les filles de Madame Kendric avaient rompu toutes relations avec Clara depuis que celle-ci avait délibérément pris parti pour Susie. L’une d’ellea pourtant, Louise, avait été sa plus intime amie, depuis le temps où elles jouaient ensemble areo le squelette dans le grenier du doc* teur. dette défection avait beaucoup affecté Clara, et
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- s’élevait à la hauteur d’une calamité dans l’esprit de Mms Forest, qui ne cessait d’en tourmenter sa fille. « Vous auriez dû. vous y attendre, » répétait-elle d’un ton blessant, « une jeune fille soucieuse de sa réputation s’écarte instinctivement de celle qui n’en prend nul souci. »
- Ces continuels reproches aigrissaient Clara. Elle y répondit un jour d’un ton de défi hautain :
- « Je commence à ressentir une haine vigoureuse du mot réputation et je ne tiens nullement à conserver la mienne, s’il est nécessaire pour cela djstre égoïste et sans cœur comme l'est Louise Kendric. »
- « Je voudrais bien savoir ce que penserait de toi le docteur Delano s’il entendait tes paroles?» interrompit Madame Forest au comble de la surprise. La réponse prompte et inattendue de sa fille la réduisit au silence. C’était comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu.
- » Je ne le sais ! » dit-elle, » mais j’ai la certitude qu’il ne faudrait pas le tenter beaucoup pour le faire faillir et lui faire fouler aux pieds sa propre réputation ! »
- Clara aurait bien voulu reprendre ce discours dicté par un entraînement irréfléchi car, aussitôt échappé elle en comprit la haute inconvenance. Son cœur lui disait combien elle venait de se montrer injuste envers son fiancé.
- Les Delano n’étaient que médiocrement flattés à la perspective du mariage de l’unique rejeton mâle de la famille avec une personne qui n'était pas de leur monde; cependant ils avaient un trop haut sentiment des convenances pour ne pas faire, du moins en apparence, un accueil cordial à celle qu’Albert avait choisie, du moment où elle était de imputation irréprochable. Ils étaient d’ailleurs au-dessus des cancans de petite ville, et ne tardèrent pas à reconnaître qu’il n’y avait au fond rien de blâmable dans la sympathie vouée à Susie par la fiancée d'Albert.
- Ils n’y virent que l’effet d’uue éducation un peu excentrique. Aussi, Madame Forest, qui appréhendait l’influence des propos dont seraient inévitablement circonvenus le père et la sœur d Albert dans La famille Kendric, fut-elle déchargée d’un grand poids lorsque le vieillard et sa fille vinrent lui faire officiellement visite, sanctionnant par cette démarche le choix du docteur Delano. Après cette première entrevue M. et M1,e Delano acceptèrent gracieusement l’invitation que leur fit Mro® Forest de passer une soirée chez elle ; la bonne dame appuya sa requête du Prétexté que son mari, absent le jour de leur visite, âvalt perdu cette occasion de leur être présenté.
- Une réception de ce genre était pour M160 Forest
- une question de la dernière importance. Pendant plusieurs jours il lui fut impossible de penser à autre chose. Elle se revêtit pour la circonstance, d’une magnifique robe de soie gris-perle, garnie de dentelles, et surmonta d’un joli bonnet ses cheveux gris répandus en longues boucles de chaque côté de son visage. Mme Forest voulut compléter la toilette de Clara simplement parée d’une robe blanche aux manches de tulle; elle lui passa un collier de perles au cou « Je vous l’offre comme cadeau de noces,» lui dit-elle « vous êtes charmante ainsi, Clara. Tâchez seulement de ne point trop parler. Évitez surtout d’introduire dans la conversation les idées radicales de votre père, je serais désolée que l’on s’aperçût que vous êtes...... »
- « Un esprit fort ? » dit Clara * Oh ! je sais que vous ne vouliez pas dire le mot, quoiqu’il répondît à votre pensée. Oh ! chère maman, que vous ressemblez peu à mon père; je ne [puis comprendre que vous ayez consenti à vous unir. Il me dirait lui : « Soyez vous-même » ; jamais de votre vie vous ne rue direz pareille chose.
- « Je ne suis pas une précieuse 1 II m’est impossible de prendre la voix fiùtée de Louise Kendric qui est votre idéal; et, s’il faut tout dire, j’en suis ravie. Cependant, chère maman, je ferai tout mon possible pour vous complaire et si papa ne me provoque pas trop, je serai nulle assez pour que vous soyez content#. »
- Le docteur Delano vint de bonne heure et s’entretint avec Clara dans un long tête-à-tête, avant l’arrivée de sa famille. Il n’avait pas eu l’occasion jusque-là de voir dans toute leur exquise beauté le cou et les bras de la jeune fille. Son admiration, suivant la coutume des amoureux, s’épancha en termes passionnés qui sonnèrent délicieusement aux oreilles de Clara.
- Il était fier d'elle, disait-il, et impatient que son père et sa sœur la contemplassent. Certainement ijs ne pouvaient éviter de tomber en admiration devant la beauté parfaite de Clara, parée d’une si charmante toilette, dont chaque mouvement était la grâce incarnée, et dont les traits étaient embellis et illuminés par les premières lueurs de l’amour.
- {À suivre.)
- L’AFFAIRE LERONDEAU ET LA PEINE DE MORT
- Nous avons insisté à plusieurs reprises sur les dangers que présente la peine de mort. De nombreux innocents ont déjà été victimes d’erreurs judiciaires et à tout moment des cas de même nature se présentent et viennent confirmer notre dire.
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- L’affaire Lerondeau qui s’est terminée il y a quelques jours est du nombre.
- M. Lerondeau est mort subitement ; des. soupçons naquirent sur cette mort ; une autopsie fut décidée et M. le docteur Dernier de Versailles en fut chargé, M. Bernier, dont les connaissances scientifiques ne sont contestées par personne, conclut à un empoisonnement et Mm* Lerondeau fut condamnée par la Cours d’assises de Seine et- Oise, comme convaincue d’être Fauteur du crime.
- Port heureusement pourM™3 Lerondeau un vice de forme ayant été constaté dans l’instruction de l’affaire, la Cour de cassation cassa le jugement. L’affaire revint alors devant la Cour d’assises de la Seine.
- Le président ne crut pas inutile de recourir à une deuxième expertise confiée à M. le docteur Bergeron, à M. Wurtz, doyen honoraire de l’Ecole de Médecine et à M. Vulpian, doyen actuel.
- Ces trois savants furent unanimes à reconnaître qu’il n’y a pas eu empoisonnement. En conséquence M“* Lerondeau a été acquittée.
- Tout cela est de nature à faire réfléchir.
- Ainsi la science est encore assez vague pour que deux expertises du même cas puissent aboutir à deux conclusions diamétralement opposées.
- Et c’est en présence de l’incertitude des conclusions scientifiques qu’on ose condamner à une peine qui est irrémédiable. Mais, que l’on y prenne bien garde ! Tant que l’erreur est possible, il faut qu’elle soit réparable. Qu’un innoncent soit condamné à la prison, c’est déjà horrible, mais enfin le jour où son innocence est reconnue on peut lui rendre la liberté et le réhabiliter. À quoi bon le réhabiliter si le couperet du bourreau lui a injustement tranché la tête.
- En vérité on se demande comment on peut encore au XIX8 siècle appliquer des peines qui non-seulement sont criminelles aux yeux de la morale, mais qui sont encore pour les innocents le plus terrible des dangers. E. C.
- LA PEINTURE MILITAIRE
- Nous trouvons dans le dernier numéro de VArt, et sous la signature de M. Eugène Montrosier, les excellentes réflexions qui suivent :
- « La peinture militaire a été longtemps une forme picturale de l’Odç, consécration officielle d’une grande personnalité, apothéose d’un homme de guerre, puissant monarque ou capitaine illustre, quelquefois l’un et l’autre en même temps. Dans cet espèce de grandissement héroïque d’une indivi-
- dualité dominante, tout l’intérêt du drame barbare de la guerre se porte sur un seul être, le chef, chef de peuple ou chef d’armée. On le place d’ordinaire sur une éminence, entouré d’un état major pompeux, donnant ses ordres, ou suivant de loin les péripéties de la lutte, et se borne à indiquer vaguement les myriades de créatures inconnues, de héros anonymes qui se font tuer pour lui et pour la patrie. Ces braves qui essuyant le feu de l’ennemi sans reculer d’une semelle, on les recule au fond de la toile où ils servent de repoussoir au personnage qu’il s’agit de glorifier, le plus souvent par ordre. »
- Aujourd’hui la peinture militaire intervertit les rôles. C’est l’action elle-même, les combats d’avant-postes et d’arrière-garde que l’on cherche à reproduire et dans Faction le chef n’est plus que l’accessoire. On a donc démocratisé la peinture militaire. C’est déjà un progrès, mais ce n’est pas assez. La peinture militaire ne reproduit que des scènes de meurtre, d’incendie ou de pillage, elle n’inspire que des sentiments de gloriole, de chauvinisme ou de haine. Elle contraste, elle jure avec la mission de l’art dans la Société,
- La vraie peinture, la vraie sculpture élèvent l’âme du public soit au sentiment du beau, soit au sentiment du bien. Une visite au Louvre fait naître de grandes idées ou de bons sentiments, une inspection des tableaux militaires de Versailles est impuissante à produire autre chose que des idées de carnage.
- Cette peinture est donc dangereuse et comme telle doit-être combattue par tous les hommes qui ont conscience du rôle social de Fart.
- E. C.
- — iiniWtwQmnnim -
- UN CANAL DE DUNKERQUE A NANCY
- On sait qu’il s’exécute à Dunkerque des travaux très considérables destinés à créer sur la mer du Nord un grand port français qui puisse rivaliser d’importance commerciale avec celui d’Anvers. 12,600,000 francs ont été votés dans ce but le 14 décembre 1875.
- Cette création devait faire surgir des projets de grands travaux publics destinés à profiter du mouvement qu’aura ce grand port.
- C’est ce qui se produit en effet.
- Nous avons démontré dès notre premier numéro Futilité d’une grande ligne de chemin de fer de Dunkerque à Marseille par Valenciennes, le Gateau, Saint-Enn0 et Reims. Cette ligne est aujourd’hui arrêtée en princip0 et l’on procède aux études définitives.
- Des projets de canaux d’une égale importance ont surgi depuis lors et méritent de fixer notre attention.
- Il s’agit en particulier de réunir la mer du Nord à la Moselle, Dunkerque à Nancy par un canal reliant entr0 eux divers réseaux d’autres canaux.
- Il n’existe aujourd’hui qu’une seule voie navigabl0
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- entre Dunkerque et Nancy et encore se trouve-t-elle I dans des conditions de navigation tellement défectueuses qu’un bateau partant chargé de Dunkerque au 1er janvier y revient souvent à vide au 31 décembre suivant ; il ne peut faire qu'un noyage par an.
- Le conseil général du Nord s’est vivement préoccupé de cette situation ; il a donné une subvention pour l’amélioration des canaux compris entre Dunkerque et Béthune ; il a demandé que sur les canaux de l’Est la profondeur soit portée partout à 2 mètres et la longueur des écluses réglée à 38 mètres 50 ; enfin il a émis des vœux pour la création d’un canal de jonction de l’Oise à l’Aisne par la vallée de l’Allite,
- Ce dernier canal dont les travaux coûteront 15 millions sera exécuté sans participation de l’État autre que la garantie par celui-ci de l’amortissement de l’emprunt nécessité par ce travail (lettre du Ministre des Finances du 9 février 1877.)
- Il est incontestable que ce Canal rendra de véritables services car les bateaux transportant dans l’Est les houilles du Nord et du Pas-de-Calais sont obligés de descendre l'Oise jusqu’au confluent de Compiègne puis de remonter l’Aisne jusqu’à Berry-au-Bac où se détache le canal qui se rend à la Marne. Le canal à ouvrir aurait un mouillage de 2 m 10 ; il quitterait l’Oise près d’Abbé-court et rejoindrait l’Aisne à Braye après un trajet de 47 kilomètres ; à l’heure qu’il est la distance par eau entre les 2 points terminus du canal projeté est de 105 kilomètres. On en gagnerait ainsi 58, soit plus de la moitié de la distance. Il s’agit donc d’une amélioration considérable.
- Toutefois comme l’a fort bien observé la Gazette des Mines il est un autre canal dont la création aurait une bien plus grande importance pour les relations du Nord avec l’Est, c’est le canal de jonction de l’Escaut à l’Oise, à la Sambre et à la Meuse.
- Cette voie importante, qui ne présenterait aucune difficulté matérielle, mérite d'être étudiée de près.
- Si l’on jette un regard sur une carte des canaux de la France, un fait saute aux yeux Les nombreux canaux qui de l’intérieur se dirigent à la Frontière ne communiquent pas entre eux ou ne communiquent que très insuffisamment. Cet état de choses est des plus fâcheux. Il en résulte que vu leur état d’isolement les canaux sont loin de rendre les services que l’on serait en droit d’attendre d’eux. Ils profitent au commerce d’importation et d’exportation, ils ne profitent pas au commerce de circulation intérieure.
- Cette anomalie s’explique par le fait que le réseau de voies navigables projeté n’a jamais été achevé. Les tronçons exécutés sont seulement des prolongements sur notre territoire de voies navigables naturelles appartenant à l’Allemagne ou à la Belgique. Les parties du cours de la Moselle, de la Meuse, de la Sambre et de l’Escaut qui se .trouvent sur sol français ont été canalisées, ce qui profite aux villes de Gand, d’Anvers, de Liège, de Numur, de Charleroi ou de Coblentz beaucoup plus qu’aux villes françaises du Nord et de l’Est.
- Il est utile autant que juste de relier entre eux sur sol français ces différents canaux et de créer ainsi un fleuve artificiel allant de Nancy à la Mer du Nord.
- Les travaux que nécessiterait cette voie sont peu considérables et ne présentent aucun obstacle sérieux, à la condition toutefois qu’on lui fasse suivre le tracé que nous allons indiquer, et qui est le seul praticable. L’autre
- tracé, dont il a été question dans la Gazette des Mines, ne supporte pas l’examen.
- Le canal à creuser partirait du large et profond canal dit canal de Saint-Quentin qui réunit l’Escaut à la Somme et à l’Oise. Il se détacherait à Lourches entre Cambrai et Valenciennes et remonterait la vallée de la Selle, en passant par Solesmes et par Montay près Le Ca-teau. A Bazuel il quitterait la vallée de la Selle pour aller rejoindre le canal de Sambre-et-Oise entre Ors et Catillon.
- Ici deux tracés se présentent.
- L’un, celui dout parle la Gazette des Mines, repart de Ors, remonte la vallée de la Petite-Helpe, gagne Four-mies et atteint l’Oise à Anor au moyen d’une coupure faite à 241 mètres de hauteur, depuis Anor il redescend l’Oise jusqu’à Iiirson et de là remonte la vallée de la Rivière des Champs jusqu’à Any. De là par une coupure de plus d’un kilomètre dans un faite de partage à plus de 280 mètres de hauteur, il arriverait à Mon Idée et suivrait la vallée de la Sormonne, affluent de la Meuse pour y gagner Charleville ou Mézières.
- A nos yeux ce tracé ne peut soutenir l’examen. Il traverse à des hauteurs assez fortes des plateaux déboisés où il serait de la plus absolue impossibilité de se procurer l’eau nécessaire à l’alimentation du canal. En outre les différences de niveau exigeraient la création d’un très-grand nombre d’écluses, ce qu’il faut autant que possible éviter si l’on veut épargner l’eau, le temps et l’argent.
- Le tracé que nous proposons ne présente aucune de ces impossibilités. En outre il a le grand avantage de ne présenter aucune grande différence de niveau.
- Au lieu de faire répartir le nouveau canal de Ors nous le ferions se détacher du canal de la Sambre à l’Oise, 25 kilomètres environ plus au midi, soit à ou près Vadencourt; de là il remonterait le cours de l’Oise par Guise jusqu’à Etréaupont. Sur toute cette longueur le tirant d’eau de l’Oise est assez fort et le fond de la vallée absolument bas et plat. A Etréaupont le canal quitterait la rivière l’Oise et remonterait la vallée de son affluent, le Thon; il passerait àAubenton, puis à Rumi-gny et au lieu dit Les Roberts, près Liart, à 224 mètres d’altitude, il entrerait dans une tranchée sur un peu plus de deux kilomètres, (tranchée facilitée sur une partie de sa longueur par un ravin). Il rejoindrait à Lo-gay-Bogny, à l’altitude de 211 mètres, la rivière l’Audry, affluent de la Sermonne qui, elle-même, se jette dans la Meuse non loin de Mézières.
- On sait que la Meuse y est navigable d’un côté jusqu’à la Mer du Nord, de l’autre jusqu’à Verdun et qu’elle se relie au canal des Ardennes et par lui à tout le réseau de navigation intérieure.
- Ce travail pourrait être avantageusement complété par la transformation en un seul canal continu des quelques petits tronçons de canaux en partie exécutés dans cette région. Le canal continu qui formerait le prolongement demandé remonterait la Meuse depuis Verdun, passerait par ou près Lerouville et Commercy, et rejoindrait près Pa,gny le canal de jonction de la Marne à la Moselle et au Rhin; il sejraccorderait en outre au canal de la Haute-Moselle, déjà achevé ou en voie d’achèvement de Toulà Pont-Saint-Vincent.
- De la sorte se trouverait complété le grand réseau de la navigation intérieure du Nord et de l’Est. Il deviendrait possible et même facile de se gendre par voie de
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- canaux du Rhin à la Mer du Nord en passant par Strasbourg, Nancy, Sédan, Douai et Dunkerque.
- Le canal de la Marne au Rhin est au dire de M. Hubert Delisle (Officiel du 11 Juillet ISIS) celui dont la circulation est proportionnellement la plus forte, 000,000 tonnes par an. Il établit déjà une communication entre Strasbourg et Paris par Nancy et Chalons-sur-Marne. En le raccordant avec celui que nous proposons, il ferait partie d’un tout réunissant le Rhin, la Moselle, la Meuse, la Sambre, l’Escaut et la Mer du Nord. N’oublions'pas que le cours inférieur de toutes ces rivières est navigable et que l’Etat s’est.imposé de grands sacrifices dans le but d’en faciliter la navigation. Le rachat du péage de l’Escaut a coûté, 1,542,920 fr., la canalisation de la Meuse aura coûté, une fois terminée, de 70 à 75 millions. Or ce dernier travail sert uniquement aujourd’hui à amener les produits bel-gesjdans l’Est et à en chasser les produits français. En créant, dit la Gazette des Mines, en créant la jonction de l’Escaut à la Meuse on permettra au Nord de profiter de cette énorme dépense pour envoyer ses produits dans l’Est, faire concurrence aux produits belges, au grand profit du consommateur, et l’Est enverra par la même voie dans le nord ses minerais et ses fontes et marchandises diverses.
- On objecte que la ligne actuelle de Dunkerque à Nancy, après la construction du canal de jonction de l’Oise à l’Aisne, donnera le résultat désiré : voici des calculs qui démontrent la supériorité du canal de jonction de l’Escaut à la Meuse.
- Les ports de Dunkerque et Anvers se disputent les produits vers l’Est.
- Or, Anvers va se trouver par la Meuse canalisée à une distance de Nancy de 570 à 580 kil.
- Dunkerque, après le raccourci du canal de l’Oise à l’Aisne, sera à plus de 000 kil. de Nancy : avec le canal de l’Escaut à la Meuse, il en sera à 550 kil.
- Lourches, point de départ du combustible, sera plus près de Méziôres que ne l’est Liège, d’au moins 50 kil,
- La canalisation de la Chicrs, qui entre sans doute dans les projets du gouvernement, permettra d’aborder Longwy.
- Ainsi le Nord se trouvera dans de meilleures conditions que la Belgique pour les relations avec l’Est.
- Il est certain que si une bonne voie navigable reliait Dunkerque à Nancy, le port de Duukerquo pourrait faire concurrence à celui d’Anvers pour le transit vers la Suisse et l’Allcmagno ; aujourd’hui Dunkerque n’a aucune marchandise do transit et tout passe par Anvers; la canalisation de la Meuse qui va être achevée consolidera cet état de choses si préjudiciable aux intérêts du Nord et du pays tout entier, s’il n’y est apporté un prompt remède par la construction d’un canal de jonction de l’Escaut à la Meuse.
- Nous n’élevons aucune récrimination; nous constatons un fait ; ce fait est que la canalisation de la Meuse, qui a coûté ou coûtera 75 millions, facilite exclusivement l’entrée des produits belges et que le canal de jonction de la Marne au Rhin, qui n’a peut-être pas coûté moins, facilite exclusivement l’entrée des produits allemands ; en même temps qu’elle facilite l’entrée des produits étrangers, comme rien n’est fait pour améliorer l’arrivage des produits du Nord, cette énorme dépense de 100 à 150 m liions a pour conséquence de chasser do l’Est les produits du Nord.
- Si les produits belges et allemands ne pouvaient être égalés-par les produits du Nordÿ il n’y aufait que demi-mal, mais les produits du Nord valent pour le moins
- autant que ceux de la Belgique et de l’Allemagne. Il est donc juste de faire le plus d’efforts possible pour que la création de nouveaux canaux permette au pays de lutter ; le canal proposé y contribuera puissamment,
- • Le Nord renferme le bassin bouillier le plus riche de France ; l’Est, le bassin de minerai de fer le plus riche elle plus varié; il y a un très-grand intérêt à relier par des voies économiques ces deux sources de larichesse et de la puissance d’un pays, la houille et le fer. E. G.
- L’ENSEIGNEMENT NORMAL LIBRE EN ANGLETERRE
- Toutes les écoles normales anglaises ne sont pas sous la surveillance de l’Etat; quelques-unes sont dirigées par des associations indépendantes; ces dernières ne reçoivent aucun subside du gouvernement.
- Les élèves qui suivent les cours dans les premières peuvent, s’ils se distinguent dans leurs études, obtenir une récompense pécuniaire de 20 ou 25 livres. Chaque élève reçoit cependant, après une année, un subside de 16, 20 ou 24 livres. Cela dépend entièrement du résultat des examens que les normalistes subissent à la fin de la première année d’études. Dès lors, ils peuvent quitter l'école normale avec le titre d’instituteur. Les instituteurs sont divisés en plusieurs catégories , selon qu’ils ont subi avec succès l’examen de la lre, de la 2° ou de la 3* année d’études normales. Ils reçoivent naturellement des subsides plus considérables quand ils ont obtenu les derniers diplômes.
- . On ne suit pas le même programme dans les diverses écoles normales en Angleterre, Les élèves de l’école normale de Battersea, par exemple, étudient les matières suivantes : Ils doivent connaître à fond dans la Bible quelques évangiles et épitreg, ainsi que l’histoire des apôtres ; l’histoire ecclésiastique, spécialement ce qui précède le concile de Chalcédoine et la réformation. Parmi les branches obligatoires se trouvent aussi les mathématiques, la géographie, l’histoire et le dessin. Les élèves doivent en outre connaître la littérature anglaise, et spécialement les œuvres de Shakespeare et de Milton.
- La musique, les langues anciennes et modernes, la chimie et l’iiistoire naturelle sont des matières facultatives. Les normalistes s’exercent à la pratique de l’enseignement dans l'école paroissiale de Battersea. Tl y a constamment dix élèves qui y enseignent à la fois pendant deux mois.
- A certaines écoles normales sont attachées des écoles d’application. Chaque pupil teachery donne de temps à autre une leçon en présence de ses
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- condisciples et du directeur. Lorsque la leçon est terminée, chaque normaliste a le droit de présenter ses observations qui sont discutées, et le directeur trouve dans ces leçons de critique pédagogique (criticism lesson) l’occasion de constater le degré d’aptitude et de connaissances méthodologiques auquel ses élèves sont arrivés.
- Pour devenir instituteur en Angleterre, il n'est pas indispensable de fréquenter l’école normale. Comme il y a très-peu d'établissements de ce genre, un grand nombre d’instituteurs sont sans diplôme. Cependant, on donne en général la préférence à ceux qui ont fréquenté des écoles normales, parce qu’il est reconnu que ces derniers ont des connaissances plus étendues et des aptitudes pédagogiques plus sérieuses que ceux qui n’ont pas subi cette préparation.
- On peut voir par ce qui précède que l’enseignement normal est loin d’être organisé aussi complètement en Angleterre qu’en Allemagne, en Belgique, en Hollande et dans la plupart des pays du continent. Les écoles y ont un caractère confessionnel très-prononcé Les études théologiques et littéraires y occupent la plus large place, tandis que les sciences mathématiques et naturelles y sont fort négligées. Ce qui nous semble surtout peu logique, c’est de placer des jeunes gens de 13 à 18 ans comme assistants dans des écoles primaires, alors qu’ils n’ont été aucunement préparés à remplir ces fonctions. Il est vrai qu’ils sont sous la direction d’un instituteur Pendant toute la durée de ce stage, mais c’est justement là le danger, car ils sont exposés à devenir de Précoces routiniers, et ce n’est pas en une, deux ou trois années que l’on peut parvenir, à l'école normale, leur faire abandonner complètement les méthodes surannées et les procédés irrationnels que leur guide leur a fait connaître et appliquer empiriquement. (L’Avenir). II.-N. Van-Kalken.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- . La Politique et l’ÉquitjS, par J. M. de la Codre, 1 vol. m-18. —Paris, Dentu.
- M. de la Codre est auteur de 8 ou 10 volumes de morale et de poli tique II est l’un des membres les plus distingués et les plus actifs de l’Académie de Caen et de plus il S’est fait dans cotte ville, depuis do longues menées, le promoteur libéral do concours et de travaux utiles, « C’est un'homme, a dit de lqi M. Frédéric Passy * l’Académie des sciences morales et politiques de Paris, c ®st un homme qui pratique ce qu’il enseigne ci prêche
- par l’exemple, par l’initiative, plus encore que par la parole et avec la plume. #
- Nous le croyons facilement, car dans le nouvel ouvrage de M. de la Codre nous trouvons des intentions dont la générosité est incontestable.
- Mais suffit-il d’avoir de bonnes intentions pour faire une œuvre profitable au progrès ? Non, il faut savoir encore contrôler la valeur de ce que l’on considère comme des vérités acquises. La route de l’esprit humain est toute jonchée d’affirmations qui passèrent longtemps pour des vérités et qui ont été réconnues plus tard .être des erreurs. Nous eu sommes là aujourd’hui relativement aux idées de Guizot et de Victor Cousin. Or, c’est à cette école de penseurs, et non à de plus nouvelles qu’appartient M. de la Codre. Delà une grande inégalité dans la valeur de ses affirmations, d’excellentes pensées contemporaines cote à cote avec des épaves de préjugés ; de là encore quelques contradictions.
- C’est ainsi qu’après avoir dit excellemment « que tous les hommes pour accomplir avec dignité leur destinée doivent mettre en œuvre toutes les forces que leur a départies le Créateur, sans en négliger ou laisser atrophier aucune » M. de la Codre dit ailleurs que « les militaires doivent ohéir aveuglément, sans examen, aux ordres que leur donnent leur chefs. » Mais obtenir du soldat qu’il renonce servilement à sa propre volonté n’est pas seulement lui enlever Je sentiment de sa dignité, c’est encore lui interdire l’emploi « d’une des forces que lui a départies le Créateur. # Ce qui servira dans l’avenir de base à la discipline, ce n’est pas la crainte de la punition, c’est le sentiment du devoir à remplir. La discipline, cette servilité obligatoire, avilit le soldat et ne fait trop souvent de lui que le complice d’un Mar-mont ou d’un Saint-Arnaud. Tout ce qui affaiblit dans l’homme le sentiment de sa dignité est démoralisateur et doit-être supprimé.
- Nous ne pouvons non plus partager los vues de M. de la Codre relativement à l’amélioration du sort des travailleurs par la multiplicité des sociétés coopératives. L’expérience qui en est faite dure depuis assez longtemps pour ne plus permettre d’illusion. Les sociétés coopératives de consommation réussissent à merveille ; celles de crédit fonctionnent avec succès dans quelques coutrées, mais celles de production ne peuvent réussir qu’au profit de circonstances exceptionnelles. L’amélioration du sort des travailleurs n’est pas dans les sociétés coopératives mais dans Vassociation du capital et du travail,
- Nous ne saurions condamner trop fortement les théories de M. de la Codre sur la centralisation. Il est faux, archi-faux de dire que « le regard clairvoyant de l’autorité centrale plane sur toute la nation et voit avec justesse les détails parce qu’il embrasse l'ensemble.
- La centralisation est au contraire un élément de despotisme et un procédé de gaspillage. La centralisation tue l’initiative privée, elle habitue l’habitant de la province à tout attendre de la capitale et à ne rien faire par lui-même, elle empêche d’étudier à fond les questions locales et paralyse le progrès dans les départements. La centralisation, c’est l’anémie de la province et le phlétoro de la capitale. Que l’on augmente les attributions des Conseils généraux et Ton verra progresser la nation toute entière. L’Allemagne s’est suicidée le jour où elle a renoncé en faveur d'un empire unique à cette décentrali-
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- sation qui ravait rendue puissante et instruite. L’Autriche au contraire se relève depuis qu’elle a deux centres politiques au lieu de n’en avoir qu’un,
- Si nous nous détachons sur ces points essentiels et sur d'autres moins considérables des idées de M. de la Codre, nous sommes avec lui par contre lorsqu’il constate que € c’est en respectant les droits de chacun et la hiérarchie nécessaire que les hommes se rapprochent de plus en plus du bonheur et du perfectionnement moral.»
- C’est à peu près le seul point sur lequel nous soyons complètement d’accord, mais il est capital.
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- Instruction supérieure des femmes. — L’Orient transformé. — Semaine politique. — Les Congrès. — Les humoristes àVEæpositîonuniver selle. — En Allemagne. — Au Japon. — Roman : La fille de son père.
- INSTRUCTION SUPÉRIEURE DES FEMMES
- Si Molière revenait, il n’écrirait plus les Femmes savantes. Et cela pour une bonne raison, c’est que les femmes ridicules qu’il mit en scène n’existent plus aujourd’hui. Ils trouverait encore la sage Henriette mais non plus sa sœur. Quant à Trissotin et à Yadius, ils existent toujours, mais ils n’ont plus de femmes pour auditoire ; ils se délectent dans la politique et siègent à la droite du Sénat avec une particule devant leur nom.
- Les Armande, les Bélise, les Philaminte; en un mot « les Femmes savantes » de 1673 ont fait place aux femmes instruites de 1878 et personne ne s’en plaint ;
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- Nul n’ose plus soutenir aujourd’hui que nos pères aient été sensés.
- En disant qu’une femme en sait toujours assez Quand la capacité do son esprit so hausse A connaître un pourpoint d’ayec un haut de chausse
- Nous n’en sommes plus là, Dieu merci. On apprécie la femme qui est instruite, on tient même à ce qu’elle le soit .‘L’État lui-même s’en mêle et fait des infractions à la routine; l’école de Saint-Denis inspire une très-flatteuse idée de l’instruction qu’il y donne aux jeunes filles.
- Il yapius. Dans plusieurs pays d’Europe, la femme est admise aux Universités sur le même pied que les étudiants. Elle est même autorisée comme eux à concourir pour certains grades universitaires.
- Et pourquoi pas?
- Différence d'intelligence, dit-on.
- Mais prenez garde. Vous risquez de faire rire en disant cela, car, en fin de compte, de deux choses l’une :
- Ou bien la femme est moins intelligente que l’homme et dans ce cas vous n’avez pas à redouter qu'elle obtienne des grades universitaires,
- Ou bien elle est tout aussi intelligente que vous et moi, et alors ni vous ni moi ni personne n’avons le droit de lui interdire l’emploi de ces facultés.
- Mais, dites-vous, les mœurs...,.
- Voilà le grand mot lâché. Cela fait sourire. Le collège de France, ce doyen de nos institutions scientifiques, ne passe pas, que je sache, pour un lieu mal famé et cependant vous y trouvez côte à côte des auditeurs des deux sexes et ceux du sexe féminin ne sont peut-être pas les moins studieux. M. Boissier a des auditrices très-fidèles et qui suivent fort bien son latin. Claude Bernard avait autant de dames que d’hommes à son cours. M. G-aston Paris, lui, heureux professeur 1 est favorisé d'un public presque exclusivement féminin.
- Jamais, au grand jamais, aucune de ces daines, même parmi les plus jeunes, n’a eu a se plaindre d’un acte, d’un geste ou d’un propos déplacé. Le sexe barbu sait parfaitement que ce n’est pas
- dans les femmes instruites que les conquêtes sont faciles. Eh bien î pourquoi ne pas ouvrir libéralement toutes les portes des institutions scientifiques aux femmes désireuses de s’instruire ? Croit-on que ce public-là ne vaudrait pas mieux que celui des assistants actuels? Mais pour oser contester cette supériorité il faudrait ne pas savoir ce qui se passe dans les établissements supérieurs de Paris. Bon nombre des assistants ne viennent là que par habitude, pour passer le temps, pour se garantir du soleil en été et de la bise en hiver. Il y en a qui lisent le journal pendant que le professeur parie, d’autres qui jouent avec leur chapeau, ceux-ci s'approchent le plus près possible du poêle pour chauffer leurs mains rougîes, ceux-là restent au fond de la salle pour s’entretenir de politique, sans compter ceux assez nombreux qui s’adonnent aux délices du sommeil oti qui ronflent comme des capucins.
- Ces choses là sont connues. Il n’est personne au courant de ce qui se passe dans les établissements supérieurs d’instruction qui n'ait constaté ce déplorable état de choses.
- Ne vaudrait il pas mieux, au lieu d’avoir ces liseurs, ces causeurs, ces dormeurs et ces assistants qui se chauffent, ne vaudrait il pas mieux avoir des auditrices attentives et studieuses ?
- Mais, dit-on, elles ne viendront pas ou, si elles viennent, elles seront aussi distraites que les autres.
- Permettez.
- Si elles doivent ne pas venir, pourquoi hésiter à leur ouvrir les portes ? Quant à la supposition qu’elles seront distraites, ce n'est qu'une sup' position. Les femmes qui veulent se distraire-n’ont pas besoin pour cela de se rendre dans un établissement d’instruction. Elles ont les modeS; la toilette, le théâtre, la médisance, etc.
- D'ailleurs, ce n’est pas au hasard que nous parlons d’innovations de cette nature. Cette accessibilité de renseignement supérieur aux personnes du sexe féminin s’expôrimeote depuis plusieurs années en Suisse et depuis longtemps aux États-Unis.
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- C’est à la faculté de médecine de Boston que revient l'honneur d’avoir accueilli, pour la première fois, des élèves féminins : ceci date de 1848. Cette cité avait déjà ouvert en 1826 une école supérieure de filles. La Russie aurait ouvert son école supérieuré en 1855 et admis des femmes à l'école de médecine de St-Pétersbourg en 1872. L'Université de Zurich n’a accueilli sa première élève qu’en 1864. Rome et Genève ont imité cet exemple. En Allemagne, les femmes no préparent leurs exameus de hautes études que dans des institutions particulières, mais de temps en temps, rarement, les Universités leur décernent des diplômes. Depuis 1874, Leipzig a formé trois docteurs féminins. En Italie, ce n’est qu’en 1864, à l’initiative de la municipalité de Milan, que des écoles supérieures ont été Instituées, et jusqu’à présent, il n'y a eu, à notre connaissance, qu’une femme diplômée, reçue à Naples licenciée es-leltres. En France, la première bachelière, fut reçue eu 1861.
- AT Université de Genève, le nombre des étudiantes et assistantes pendant le semestre d’hiver 1877-78, a été de 49. (1)
- A Neuchâtel, le Conseil d’État mis en demeure de se prononcer sur l’avis favorable du Conseil académique relativement à l’admission des femmes, a déclaré que les personnes du sexe féminin jouissent exactement des mêmes droits que les étudiants du sexe masculin.
- Tout récemment, F Université médicale de Londres a résolu Fadmissiou des femmes à ses cours. Il y a quelques années seulement, le corps médical n’accordait un diplôme que quand Une étudiante avait pris quelques inscriptions de clinique dans un hôpital de cent malades. Et tout récemment encore, il était impossible à une
- (1) Ce chiffre se décompose comme suit :
- A la faculté des sciences ..... 10
- A la faculté des lettres........ 33
- • A la faculté de médecine....... 6
- D’après les nationalités ;
- Suisse.........
- Amérique..... Russie. ......
- Pologne........
- Autriche.
- 12
- 9
- 8
- 6
- 3
- Angleterre. ..... 2
- Hollande ...... 2
- Arménie......... 2
- Danemarck ..... 2
- Allemagne....... 1
- France ....... 1
- Prusse ....... 1
- étudiante de trouver un hôpital qui voulût la recevoir, elle se trouvait par suite forcée d’aller à l’étranger pour compléter ses études. Ces obstacles viennent d’être renversés, grâce aux efforts de M. Stansfeld, membre du Parlement. Le Free Royal Hospital a accordé une réponse favorable aux demandes qui lui ont été adressées et, dès l’hiver prochain, les mesures nécessaires seront prises pour assurer aux femmes l’étude pleine et entière de la médecine.
- Il est donc bien visible que l'idée gagne du chemin en Europe.
- En Amérique, la cause est gagnée et plus personne ne la discute. Dans Fétat de Michigan, les cours d’universités, même ceux de clinique, sont suivis par les étudiants des deux sexes. On s’est récrié à l’origine, mais aujourd’hui personne ne se récrie plus. Le goût de la science fait passer sur ce que de semblables sujets peuvent présenter de délicat.
- Chaque année le goût de l’instruction supérieure se développé davantage chez les femmes des États-Unis. Il y a même une Université qui leur est spécialement consacrée. Elle se trouve à 16 milles de Boston, à Wellesley, au bord du joli lac Waban et au sommet d’une colline agréable, c’est l’Université dite Wellesley-Collége, qui ne compte pas moins de 323 élèves appartenant au beau sexe, venus de tous les points de la République américaine et même de contrées étrangères fort éloignées.
- Cette université qui fut fondée en 1875, par un légiste distingué, M. Henry Durant, a été construite d’après les meilleures données architecturales et l’enseignement s’y donne d’après les méthodes les plus nouvelles. Bibliothèque, (15000 vol.) laboratoires, amphithéâtres, collections, tout s’y trouve réuni et installé avec cet esprit pratique qui distingue les Américains. L’enseignement est très-étendu et très-suivi. 70 Étudiantes ne craignent pas de souiller leurs doigts roses en faisant elles mêmes les expériences de chimie et de physique utiles à l'étude de ces sciences intéressantes. Les sciences plus arides ne sont pas suivies avec moins d’attention
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- et les études grecques sont, paraît-il, tout à fait du goût des jeunes misses.
- Gela vous étonne ? C’est pourtant comme cela, et votre étonnement n'y changera rien.
- Ah l c'est que le progrès marche vite aujourd’hui I C’est que les traditions d’hier encore respectées ne sont le plus souvent que des routines, Autres temps, autres mœurs, dit le proverbe, et le proverbe a raison. Les temps ont changé, il fau t que les mœurs ehangent. Les êtres, femmes comme hommes, doiventso trouver en harmonie avec le milieu dans lequel ils vivent. La femme a chez nous beaucoup à faire pour être au niveau du progrès, Donnons lui toutes les facilités possibles pour qu'elie y arrive le plus tôt qu’on pourra. Ce n’est pas seulement le croit de la femme, c’est encere le devoir du législateur.
- En, Chàmpury.
- L’ORIENT TRANSFORMÉ
- Les transformations apportées dans l’état de l’Orient par le traité de Berlin du 13 juillet et par la convention anglo-turque du 4 juin sont d’une importance trop capitale pour que nous puissions nous borner à les signaler. Il convient de les examiner de plus près, tant au point de vue des intérêts particuliers de la France qu’à celui du développement de la civilisation.
- Pour la clarté de cet examen, récapitulons d’une manière sommaire la partie essentielle de ces trans formations.
- La Turquie d’Europe est diminuée de la moitié environ de son territoire. Elle perd : au Nord-Est, le delta du Danube ot la Dobriedja, cédés à la Roumanie ; au Nord:, 1° toute la partie de la province de Bulgarie qui s’étend des Balkans au Danube, territoire qui devient une principauté nouvelle ; 2e les parties de la Bulgarie situées à l’Ouest des Balkans, lesquelles sont annexées à la Serbie; au Nord-Ouest, les provinces de Bosnie et d’Herzégovine moins le sandjak de Novi Bazar, provinces annexées à l’empire d'Autriche Hongrie ; à l’Ouest, le territoire d’Àntivari, avec le port de ce nom et une partie du littoral, annexés à la principauté de Monténégro.
- Enfin, au Sud-Ouest, une partie de l’Epire et de la Thessali© annexés au royaume de Grèce.
- De plus la partie orientale de la province de Rou-mélie, qui, sans cesser d’être Turque, constitue une province favorisée jouissant de son autonomie administrative.
- Les mêmes concessions sont faites pour l’île de Crête.
- La Turquie d’Asie n’est presque pas atteinte par le traité de Berlin.
- La Porte cède à la Russie un très-faible territoire en Arménie avec les villes d’Ardahan et de Kars. Batoum, port à eau profonde sur la mer Noire, est également cédé à la Russie mais déclaré port libre et essentiellement commercial.
- En outre la Porte, par convention spéciale, remet à l’Angleterre la magnifique lie de Chypre, grande à elle seule comme le royaume de Grèce et l’une des plus belles possessions de l’empire Ottoman,
- En plus de ces sacrifices de territoire la Porte renonce à tous droits de suzeraine Lé sur la Roumanie) la Serbie et le Monténégro et déclare se placer sou3 le protectorat de l’Angleterre.
- Enfin la Porte s’engage à donner dans toute l'étem due de l’empire ottoman l’extension la plus large principe de la liberté religieuse,
- La navigation du Danube est rendue libre jusqu'au* Portes de Fer. Rien n’est changé à la navigation des Dardanelles et du Bosphore.
- Le mot de Neutralité n’est prononcé nulle part.
- Ces transformations ne sont pas les seules introduites dans la carte, car la Roumanie de son côté rétrocède à la Russie les beaux territoires de laBeS-sarabie roumaine, ce qui étend l’empire des Tsar3 jusqu’à la bouche septentrionale du Danube,
- Un fait ressort bien clairement de ces diverses modifications, c’est que les pays qui ont pris part 4 la guerre sont précisément ceux qui ont eu le moin3 de part à la curée. L’Autriche et l’Angleterre ont l03 plus beaux morceaux, tandis que la Roumanie perd plus qu’elle ne gagne à l’échange de territoires qu‘ lui est imposé. ’
- Gela est d’une injustice criante. L’Autriche l’Angleterre n'avaient pas droit à un pouce du terr*" i;oire ottoman car elles n’ont rien fait qui puisse Ie leur mériter. Les Roumains au contraire ont répande eur sang pour l’affranchissement de leurs frères l’équité demandait de les récompenser de leurs eâ" orifices.
- Loin de nous l’idée que le vainqueur ait toujour3 des droits sur le vaincu. Hélas I trop souvent la for00
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- Prime le droit et l’Alsace en sait quelque chose. Mais dans le cas qui nous occupe il est incontestable que c’est celui qui avait le droit de son côté qui s’est Montré le plus fort.
- Qu’on ne l’oublie pas, des massacres affreux avaient été commis et il était juste que les territoires avaient eu lieu ces crimes fussent arrachés, voire même par la force, au gouvernement assez faible ou assez coupable pour fermer les yeux sur de pareils actes de férocité. D’ailleurs la Turquie n'avait aucun droit à détenir ces territoires Elle s’en était emparée Par la conquête et la conquête n’est pas un droit, ^êine après des siècles de possession. La Turquie d’a eu que ce qu’elle mérite et peut être en méritait-eUe davantage.
- Mais l’Angleterre et l’Autriche n’ont pas participé ^ cette campagne d’affranchissement de peuples opprimés ; bien au contraire, elles ont stimulé moralement l’oppresseur ; elles l’ont encouragé à accepter la guerre, puis, le jour où il a été vaincu, elles se s°at emparées de ses dépouilles.
- Qui peut dire que la fausse politique que l'Angleterre tient avec la Turquie depuis 1855 n’est pas P°ar quelque chose dans les actes révoltants qui ont a*hené la guerre ? Qui sait si lors des précédentes insurrections de l’Herzégovine en 1863 et de la Crète 6ïl 1868 l’Angleterre n’avait pas mis au service de la Arte l’arsenal qu’elle avait à Corfou et celui qu’elle a encore à Malte, qui sait si la Turquie n’aurait pas At des concessions aux peuples chrétiens soumis à s°b pouvoir ? Les premières répressions — disons le — les premiers massacres ont été légitimés par Angleterre. C’était autoriser à en commettre de Nouveaux et l’Angleterre aura beau dire, elle no se Aéra pas de cette responsabilité. Soyons doncjuste envers la puissance vaincue et atténuons ses torts ^ tous les torts de ses complices. D’ailleurs, au Congés, la Turquie a su assister avec dignité à sa propre Aisection, alors que ses vivisecteurs ne conser-Va*ent aucun scrupule.
- L’œuvre du Congrès est loin de correspondre à ce l’on attendait. Ce n’est pas un traité de paix, c’est un armistice. Chacun des intéressés prend les Citions qui lui semblent être le plus utiles à possé* A pour le jour où la guerre recommencera. C’est la Seule explication que l’on puisse donner du tort, du ^and tort qu’ont eu MM. les diplomates en ne pas s^Pulant la neutralité d’un seul pouce de territoire, ^fallait au contraire déclarer neutres les provinces 'A séparent l’Autriche, la Russie et la Turquie d’Eu-r°Pe et rétablir ainsi des territoires indépendants
- remplissant lafonctionque les Marches remplissaient au Moyen Age. Le voisinage de la Croatie qui a rendu de si grands services comme Marche aurait faire naître l’idée de cette amélioration.
- Au lieu de mettre fin par une paix durable à des rancunes séculaires, à des haines de races et de religions, à des révoltes où à des guerres qui engloutissent des millards, qui dévastent des provinces tout entières et qui tranchent des milliers et des milliers d’existence, le Congrès n’a fait qu’exciter du doigt les plaies douloureuses, et réveiller, sans leur donner droit, des revendications qui sommeillaient. Au lieu de chercher à supprimer les causes d’une guerre nouvelle en interdisant aux puissances en présence de rien prendre pour elles et en leur faisant garantir solidairement l’indépendance définitive de peuples justement révoltés, le Congrès n’a fait qu’amasser de nouveaux ferments de discorde et que substituer la domination autrichienne ou anglaise à la domination ottomane.
- En somme l’œuvre du Congrès est si incomplète, si illogique, si contraire aux grandes lois de la morale — qui sont toujours la meilleure des politiques, — que, loin de nous assurer la paix pour l’avenir, elle nous invite à compter sur de nouveaux conflits.
- Toutefois il ne faut pas pousser au noir ce tableau déjà bien sombre.
- Quelque défectueux que soient en eux-mêmes les changements introduits dans l’état de l’Orient, la civilisation y gagnera. C’est le propre du genre humain de savoir tirer parti de ses transformations et de faire sortir le bien du mal. Parfois même les désastres les plus graves donnent lieu à de réelles améliorations et des faits qui semblent devoir entraîner l’arrêt ou le recul du progrès contribuent à en accélérer la marche. L’Allemagne nouvelle a pris naissance de ses malheurs de 1807 et ses plus grands poètes, ses plus grands penseurs sont nés de ses plus grands revers ; L’Autriche, vaincue à Sadowa, a été plus prospère après sa défaite qu’elle ne l’était auparavant, et la France est plus respectable aujourd'hui, sept ans après ses désastres, qu’elle ne le serait à la même heure si l’empire, par impossible, était sorti victorieux de la guerre au lieu de finir dans la honte des capitulations.
- En raison de faits de cette nature, il serait imprudent d’afîîrmer que la décadence de la Turquie est irrémédiable. Plusieurs des causes de cette décadence cessent d’exister.
- Ainsi la Turquie était une puissance composée de peuples hétérogènes ayant des besoins différents,
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- appartenant à plusieurs races et professant diverses religions. Aucune sympathie, aucune communauté d’intérêts ne reliait ces peuples entre eux; au contraire, tout leur offrait des motifs de haine ou de suspicion. Cet obstacle permanent aux améliorations possibles cesse d'exister. Les populations conquises deviennent autonomes ou passent sous une domination qui n'est plus la domination turque. Les territoires d’Europe qui restent au Sultan sont de peu d’étendue, mais ils sont habités par 6 millions d’âmes de populations homogènes.
- Une autre cause de progrès possible c’est que tous les chemins de fer de la péninsule des Balkans, ceux construits comme ceux à construire, ceux qui traversent le territoire conservé comme ceux qui desservent les provinces détachées ont été attribués à une compagnie autrichienne et resteront ainsi placés sous lu surveillance et le contrôle du gouvernement austro-hongrois. Cette acquisition répond à merveille a l’intérêt général. Les Autrichiens sont passés maîtres en fait de chemins de fer; leurs lignes du Brenner et du Semmering comptent au nombre des plus belles qui existent et l’acquisition par eux des chemins de fer turcs est une garantie de bonne exécution.
- N’oublions pas non plus que l’Angleterre prend la Turquie sous son protectorat et assume ainsi la tâche de civiliser sa vassale. C’est aller sans doute au devant d’une responsabilité fort lourde, mais l’Angleterre est de taille à la supporter. Elle s’en acquittera, dans son intérêt personnel et non dans un autre but, mais cela n’en profitera pas moins d’une part au commerce et à 1 industrie des peuples occidentaux, d’autre part aux populations de l’Orient dont le sort sera de beaucoup adouci.
- Il est certain aussi que la présence des Autrichiens dans des provinces àpeine accessibles jusqu’ici et celle des Anglais dans une grande il© qui deviendra très vite l’une de leurs plus belles possessions, ne sera pas sans influence sur le développement du commerce dans les territoires restés Turcs. Constantinople aura toujours pour lui sa situation enchanteresse, la plus belle peut être qui existe et Salonique et Galli-poli ont tout à gagner n voir se développer les chemins de fer et la navigation à vapeur. ’
- Enfin il est juste de rappeler que la Turquie n’aura pas à attendre et qu’elle a donné dans la dernière guerre les preuves d une vitalité a laquelle on était loin de s’attendre. Les défenseurs de Plewna ont déployé un courage incontestable et le courage est une vertu qui a bien sa valeur.
- Il est donc à espérer que, grâce à la tutelle Je l’Angleterre, la Turquie cessera de faire une tache
- noire sur la carte de l’Europe et qu’elle arrivera bien vite au même développement que l’Egypte, tnahomé-tane elle aussi, et cependant plus avancée que tell® province de l’Espâgne ou de la Russie.
- Il est incontestable que le règne de l’Islamisme» avec son dédain de la femme et son mépris du travail» a contribué pour beaucoup à la décadence de la Tare quie. Les religions ont sur les peuples une puissance considérable. Mais, ne l’oublions pas, elles se tran8' forment à la longue par la force des choses. L& religion romaine a longtemps condamné, elle au»*'» le travail et longtemps nié que la femme eût u»e âme. Le progrès né de la renaissance et de 1* réforme l’a forcé de se soumettre à l’évidence et ell® n’oserait plus dire aujourd’hui ce qu’elle disait autre' fois Qui sait si l’Islamisme ne se transformera p®s de même ? On voit déjà en Algérie les descendant* des Maures essayer de l’agriculture.
- Espérons donc et surtout souhaitons que la civiU' sation moderne transforme cette admirable terre d’Orient dont les civilisations antiques et le clffis' tîanisine lui-même nous sont venus.
- Les ressources du sol, la beauté du climat, cellence de la situation géographique que réunis*eI1^ ces magnifiques contrées sont des éléments précis* pour la richesse locale et le développement de la vilisation Les peuples sont solidaires les uns autres et chacun souffre ou bénéficie de ce qui ou profite à l’un d’eux, Er>. ChampurX-
- P. S. — Nous examinerons dans un prochain artl^0 la conduite que la France doit tenir en présence ^ cette transformation de l Orlent.
- LÀ SEMAINE POLITIQUE
- Encore une semaine que nous commençons en ad10 çant un triomphe pour la cause républicaine. A La#0 tière un républicain a été nommé député et à donnes M. Girard, candidat républicain, a p’.ssé l'agitation produite dans cette circonscription Par présence d’une grève de mineurs.
- Les causes de cette grève restent toujours fort 0 t cures. Les mineurs d’Anzin et d’autres localités rn^1, assurément que l’on s’intéresse à leur sort. Ils soufb et l’on comprend qu’ils so laissent allor à uuo 8r e qui no fera que rendre lour situation plus pf^0 encore. Go n’est point par la cessation du travail qu ,r amélioreront leur sort, cette amélioration ne peut que- de l’État qui a’ le pouvoir, qui a le devoir de * tout son possible pour faire abaisser le prix do c
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- sommation par uns meilleure répartition dos impôts et une plus grande facilité de communications. L’État peut aussi exiger des compagnies certains égards envers leurs ouvriers. On sait que les actions de la Compagnie d’Anzin comptent parmi les plus lucratives qui existent et que le3 parts émises à 800 francs se sont élevées jusqu’à, 48,000 francs, c'est-à-dire près do 100 fois leur valeur. Elles sont aujourd’hui à un prix moins élevé mais elles n’en.valent pas moins uu graud nombre de fois leur prix d’émission. Il est certain que les quelques douzaines de personnes à qui le travail des mineurs a rapporté des millions pourraient faire quelques sacrifices pour les infortunés à qui ils doivent leur fortune.
- La manière dont la grève d’Anzin s’est déclarée laisse croire que les manœuvres bonapartistes n’y sont pas étrangères. La candidature de M. Jules Amigues avait attiré quelques jours auparavant dans la circonscription du Gateau, contigüe à celle où a. lieu la grève, tout le personnel interlope aux gages de ce parti. Ces agréables Messieurs ont dit et répété au Gateau à qui voulait l’entendre, qu’il ne se passerait pas longtemps avant qu’il n’y ait des émeutes.
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- Au nombre des phamphlels répandus à profusion dans l’arrondissement de Valenciennes où la grève sévit en ce moment se trouve la lettre donnée comme étant de l’ex-prince impérial et l’ode à M. Jules Amigues.
- Voici quelques lignes de la lettre :
- « Mon père a trop cédé à son entourage ; il a ménagé le « bourgeois aux dépens de l’ouvrier. Je suivrai son in-
- « tenlion première.....Le pauvrene doit que sonsang.
- € Les salaires sont insuffisants ; ils seront anqmentés, les « heures de travail diminuées, le droit de grève sacré.. *
- Nous savons quedepuis lors cette lettre a été désavouée, mais l’effet produit par elle n’en reste pas moins. Quant à l’Ode à M. Jules Amigues, c’est une pièce trop curieuse pour que nous ne la reproduisions pas, la voici. Gela se chante sur l’air de la Marseillaise.
- Au temps où régnait sur la France L homrae par le peuple acclamé,
- On travaillait mais sans souffrance,
- Aujourd’hui tout est transformé! {bis)
- On n’entend plus dans nos campagnes Retentir le vaillant métier ;
- C’est i peine si ton foyer S’alimente au peu que tu gagnes.
- Aux urnes, travailleurs! votons sans varier,
- Votons, votons pour Jules Àmiguo, ami do l'ouvrier!
- Peuple, souviens-toi clu régime A qui tu dois tant de bienfaits,
- Et qui, puissant et magnanime,
- To rendait fier d’ôtre Français (bis)
- En donnant ta voix, sainte dette,
- A l’ami de Napoléon,
- Tu voteras, ô peuple bon,
- Pour ce régime qu’on regrette !
- Aux urnes, travailleurs ! etc.
- Parfois un faux frère, un aveugle.
- En sortant de quelque banquet,
- Après boire déclame et beugle Contre le nom de Badinguet, (Us)
- Ce nom est un titre de gloire :
- Badinguet fut uu ouvrier Qui fit sauver un prisonnier Dont nous vénérons la mémoire !
- Aux urnes, travailleurs! etc.
- Si nous comprenons bien on espère qu’il se trouvera un second Badinguet pour tirer le parti bonapartiste de la condition précaire où il Se trouve.
- De son côté un petit journal bien connu pour ses opinions bonapartistes, le Petit Caporal, s’écrie :
- « Celui qui étouffe crie inconsciemment : De Vair !
- L’ouvrier qui meurt de faim crie naturellement : L’Empereur !
- L’Empereur! L’Empereur ! c’est le dictame universel, la grande panacée de la misère.
- Ce mot magique répond à tout. »
- Le ministère de la guerre marche toujours de bévue en bévue. Il a commencé par être irritant il finit par ne plus être que ridicule.
- Ainsi M Borel a promu à l’emploi de chef d’état-major d’une division de Paris, le colonel Hubert Castôx qui avait rédigé cet hiver à Nantes un ordre du jour aussi insultant que possible pour la république et les républicains.
- Le colonel O’Neil, auteur du fameux ordre du jour de Lodève dont nous avons parlé conserve son grade. On se borne à l’envoyer en Afrique.
- Enfin, pour mettre le comble au mécontentement produit par ces mesures, M. le ministre donne un grade de colonel de cavalerie à M. le Duc de Chartres, entré dans l’armée il y a 8 ans à peine. Voici un petit jeûné homme qui, sans avoir donné aucune preuve do capacités au-dessus do la moyenne et seulement parce qu’il appartient à une famille autrefois royale, a parcouru eu 7 ans la carrière que les officiers les plus intelligents mettent 30 ans à parcourir.
- Quand donc la République aura-t-elle assez do bon sens pour ne piu3 donner la préférence à ses plus implacables ennemis.
- Il serait temps que cela finisse, car si cela continue les républicains sincères se verront forcés d’attaquer un ministère qu’ils aimeraient pouvoir défendre.
- Le ministère de la justice continue lui aussi à aggraver le mécontement. La justice que l’empire a fait tomber dans un discrédit si complet — ce qui est déplorable et gros de danger — continue à rendre des arrêts qui semblent quelque peu être des services.
- Un de nos collègues avec lequel nous sommes rarement d’accord a fait à cetto occasion le rapprochement suivant :
- « Il y a quelques jours', la Lanterne était condamnée à 300 francs d’amende pour avoir mis un bonnet sur un drapeau. Ce bonnet, attentatoire aux bonnes mœurs, était de nature à troublor la paix publique, que d’ailleurs il n’a pas troublée.
- Vendredi, M des Isnards ayant troublé véritablement la paix publique à Marseille, a été condamnée pour co fait à 100 francs d’amende D’où il résulte qu’on est cinq foi s moins condamné pour avoir troublé réellement la paix publique que pour s’etre mis dans le cas de la troubler. Il y a une maxime qui dit que l’intention est réputée pour le fait. Désormais, quand on voudra punir plus sévèrement un fait, il faudra dire qu’il est réputé pour l’intention.
- Cos jugements, que nous sommes loin de discuter, car nous, vivons dans un temps où il est permis de discuter le bon Dieu et non ses créatures, portent à croire que dorénavant les filous auront recours à ce système do défenso :
- « Il est vrai, diront-ils, que nous sommes coupables. Mais que le tribunal veuille bien considérer que nous avons accompli le vol. Du moment où nous ne sommes pas bornés à le méditer, nous avons droit à toute son
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- indulgence. »
- Il y a quelques jours, le journal le Siècle était condamné à 2,000 francs d’amende pour avoir diffamé un mort, universellement méprisé, qui de son vivant se fil appeler Napoléon III.
- Vendredi, le même M. des Isnards était condamné auxdits cents francs d’amende, pour avoir outragé un vivant, universellement estimé, membre du conseil municipal de Marseille.
- D’où il semble résulter qu’on est vingt fois plus condamné pour avoir outragé un vivant qu’un mort, et un homme respectable qu’un criminel.
- Je dis : il semble ; car je ne cacherai pas à mes lecteurs que le mort si durement vengé avait cela pour lui qu’il était bonapartiste. G’est un point dont il faut tenir grand compte. Le membre du conseil municipal est, lui, républicain; ce qui le met dans un état d’infériorité absolument indiscutable. »
- M. Dufaure serait extrêmement coupable s’il laissait se prolonger cet état de choses. »
- Si les ministère de la justice et de la guerre ne présentent cette semaine que des motifs de mécontentement, il n’en est pas de même du ministère des finances.
- L’émission du trois pour cent amortissable vient d’être, pour le gouvernement républicain, l’occasion d’un incontestable et considérable succès. Un nouveau titre, dont il était difficile de déterminer l’exacte valeur vénale, a été livré, sans intermédiaire et fans prépara-tration, à l’appréciation du public. Le public en a donné du premier coup, cinq ou six pour cent de plus que ce que l’on osait espérer. G’est trop cher, a-t- on commencé par dire. Ceci, évidemment, n’est point l’affaire du gouvernement. Son affaire, au contraire, est de placer les fonds de l’Etat au plus haut prix possible. Si les premières acquisitions ont été un peu élevées, les acquéreurs n’ont à s’on prendre qu’à eux-mêmes.. On n’a exercé, vis-à-vis d’eux, ni contrainte, ni tromperie, ni artifice de mise en scène d’aucune sorte. Il ont payé le prix qu’ils ont voulu et ce prix est beaucoup plus avantageux pour l’Etat que ceux auxquels se sont faits tous les emprunts précédents.
- Il est à souhaiter que ce brillant résultat amène la conversion en 3 0/0 de dix annuités très-onéreuses dont voici les désignations et l’importance:
- Annuités des canaux 4.414.962 fr.
- De la Société algérienne. 5*270.000 »
- De conversion de l’Emprunt Morgan 17.300.000 »
- Pour réparation des dommages de la
- guerre 17.436.000 >
- Pour réparation des dommages eau-
- sés par le génie militaire 1.829.000 »
- Pour remboursement aux villes et
- départements des avances pour le ca-
- sernement. 8.933.301 >
- Aux chemins de fer 21.945.357 »
- Ensemble 77.130.620 »
- La conversion de ces annuités eu 3 0/0 réaliserait une économie annuelle de 15 millions et demi.
- Que de bonnes choses on pourrait réaliser avec ces 15 millions et demi. Un excellent emploi à en faire, ce serait de les accorder au budget de l’instruction publique.
- Rien de saillant dans la politique étrangère. Prévenons cependant nos lecteurs que les cartes d’Orient publiées cette semaine par plusieurs grands journaux et reproduites par plusieurs petits, sont de véritables mystifications. Gcs caries accordent à la Roumélie orientale 3 fois
- plus de superficie qu’elle n’en a et le reste est à l’avenant.
- M. le ministre de l’intérieur qui représente au Parlement la circonscription de Maubeuge est allé rendre visite à ses électeurs. Il a été reçu avec un vif et cordial empressement par toutes les notabilités de la région et par les populations, au milieu d’un appareil de fête qui témoignent de l’attachement du pays pour la République, mais dont on n’attend pas de voir ici la description. Nous remarquerons cependant avec intérêt que le général Glincbant et un certain nombre d’officiers supérieurs sont spontanément partis au devant du ministre républicain. Quand donc se décidera-ton à placer à la tète de l’armée, un chef qui comprenne mieux que ne le fait M. le général Borel les devoirs de sa fonction et qui saura encourager l’esprit d’union entre l’élément civil et l’élément militaire?
- Au banquet traditionnel qui a clos l’espèce d’ovation faite au ministre de l’intérieur, celui-ci a prononcé un discours qui ne brille point absolumentpar la nouveauté et dont la note optimiste était, à l'avance tout indiquée.
- Certes il est excellent d’entendre un ministre affirmer hautement la confiance dans la force et dans la durée de la République, mais ces affirmations si utiles qu’elles puissent être risquent fort de tomber dans le domaine des banalités, si les faits ne sont point d’accord avec les paroles. Au moment même où M. de Marcère chantait victoire aux dépens des anciens partis, ces anciens partis, grâce à la faiblesse de M. le garde des sceaux, s’installaient plus solidement que jamais au Conseil d'Etat, d’où il eût été si important et si facile de les déloger. Sept conseillers d’Etat étaient, en effet, à la nomination du pouvoir. Cinq conseillers sortants ont été confirmés dans leurs fonctions, bien qu’ils fussent peu favorables aux institutions nouvelles Quant aux deux autres, qui oui été rendus à la vie privée, ils ont été remplacés par des hommes aussi peu attachés que leurs prédécesseurs au régime établi.
- D’autre part, on ne saurait oublier que M. le garde des sceaux a promis aux députés, il y a plus de trois semaines, une circulaire énergique, destinée à rappeler aux fonctionnaires de tout ordre et notamment aux gendarmes, les devoirs qui leur incombent. Or cette circulaire si importante et si universellement désirée est encore à expédier.
- Enfin voilà M. le général Borel qui, persistant à défier l’opinion publique, rend à l’activité le général Brossoles, frappé pour avoir donné, en décembre dernier, à Limoges, à son corps d’armée, des ordres mystérieux qu’a dû refuser d’exécuter le commandant Labordère, maintenu en disponibilité.
- Discourir, comme l’a fait M. de Marcère à Maubeuge, sur la nécessité do défendre l’unité nationale contre les menées cléricales et réactionnaires est bien; mais des actes vaudraient encore mieux.
- Dans son discours de Maubeuge, M. le ministre de l’intérieur a été amené à parler de la grève d’Anzin.
- « La question des salaires, a-t-il dit, appartient à la » libre discussion, et c’est à elle de résoudre ces diffi- cultés. Le gouvernement ne saurait y intervenir et son 9 devoir se borne à maintenir l’ordre et à protéger la » liberté du travail. » Certes, nous serons des premiers à applaudir à cette déclaration parfaitement sensée, et nous no demandons pas à l’Etat, tel qu’il est organisé aujourd’hui, d’intervenir dans les différends qui peu-
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- vent surgir entre le travail et le capital. Toutefois, dans cas particulier de la grève d’Anzin, l'Etat pourrait bien avoir sa part de responsabilité. La Compagnie, pour repousser les réclamations des mineurs, s’appuie, dit-°û, sur ce fait, que l’étendue de son exploitation est trop considérable. Elle a cependant sollicité et obtenu de l’Etat, il y a peu d'années, la concession-d’un nouveau district très-étendu. Si l’Etat, au lieu de monopoliser l’exploitation houillère entre les mains de la puissante société puisatière d’Anzin, avait favorisé la concurrence en traitant avec une autre société, les ressources dont cette dernière aurait disposé, auraient permis d’occuper utilement les mineurs sans travail. C’est exactement ce qui se passe lorsque l’on concède ces %nes secondaires à nos grandes compagnies de chemins de fer. Elles n’exécutent point les travaux dont elles ont réclamé la concession et elles abusent du ^onopole effectif dont elles jouissent pour paralyser l’essor du travail. Quand donc parviendra t on à comprendre que le système de monopolisation qui est eücore en si grand honneur parmi nous est une source d’abus déplorables.
- Lundi a été inauguré, sous la présidence do M. Feray, dateur, le Congrès international pour le développement et l’amélioration des moyens de transport. L’ho-d°rable Président a dit en substance, que ce Congrès 11 est, en réalité que la continuation et le développement du Congrès postal. Celui-ci visait la transmission Plus aisée des lettres et des paquets. Celui-là a pour objet transport dans les meilleures conditions possibles des Rageurs et des marchandises. Il faudrait qu’avec |m seul billet on pût parcourir l'Europe d’un bout à jmUre et qu’une seule lettre de voiture suffit pour le musport d’une marchandise de Lisbonne à Moscou et Plus loin encore. M. Feray a témoigné de sa confiance 'mus la réalisation du but à atteindre par le Congrès, qui Puise déjà un élément de succès dans l’appui d’un mi-mstre des travaux publics, qui, loin de jalouser les ef-mts de l’initiative privée, ne songe qu’à les encourager.
- succès couronne les efforts du Congrès, un immense f^vice aura été pacifiquement rendu au commerce et à 'Udustrie de la France et du monde entier, et on aura finement contribué à resserrer les liens qui doivent Uir les peuples.
- 8 ^lusi que nous l’avions prévu, l’Angleterre a entrepris jms perdre une minute la colonisation de l’île de Chypre, proclamation de la reine promet à la population réformes tendaut à favoriser le développement de a8riculturo et du commerce. Des sociétés se forment porter des capitaux dans la nouvelle possession glaise afin d’y ramener la vie et la prospérité. Il n’est pas douteux qu’avant peu la face de la grande île u ‘Lterranéenne ne soit transformée, et au point de vue .mani taire on ne peut que se réjouir d’un pareil résul-w • Üais ce qui nous Ifflige, c'est qu’on ne parait nulle-,jdans notre pays, se préoccuper d’imiter l’exemple g puissants et industrieux voisins. Au lieu de son-Oj? ^ tirer parti des ressources considérables que nous j.. notre vaste colonie algérienne, en donnant l’essor à j^tfative privée et en favorisant ses entreprises, on ne ^Vaille qu’à consolider le régime d'arbitraire que le . été peser sur nos possessions africaines. Chaque ^ on entend parler de quelque nouveau conflit entre gouverneur militaire et l’élément civil, et le gouverne-consume son influence et son autorité dans l’étude
- stérile des expédients puérils à l’aide desquels il pourra tourner les difficultés sans cesse renaissantes d’une situation fausse et sans issue. Faute de savoir prendre une résolution énergique, on compromet l’avenir de notre colonie et l’on prépare inconsciemment la décadence de notre puissance commerciale en Orient, qu’il est plus que jamais opportun et môme facile de conso -lider et de développer.
- Il paraît se produire, en Angleterre, un mouvement de réaction contre l’enthousiasme irréfléchi qui a accueilli la nouvelle du triomphe de la politique assurément peu morale de M. Disraeli, marquis de Beacousfield et chevalier de l’ordre de la jarretière par la grâce delareine du Royaume Uni, impératrice des Indes. Certains hommes d’Etat éclairés, M. Gladstone, M. Forster et d’autres encore avertissent courageusement les anglais des périls que peut faire courir à la sécurité de la Grande Bretagne, la politique romanesque et peu scrupuleuse du chef tout puissant du cabinet de Saint-James. C’est une grande satisfaction pour la conscience publique de voir que les graves principes de morale supérieure ne sont pas complètement méconnus et l’on est heureux de se dire qu’il existe encore des hommes publics qui estiment que le succès ne suffit pas à justifier tous les actes.
- Un mouvement d’opinion très-accentué se manifeste en ce moment, en Italie, contre les résultats du Congrès de Berlin. Nos voisins se plaignent amèrement de n’avoir point pris part à la curée. D’un bout à l’autre de son territoire, la péninsule est travaillée par les revendications ardentes de certaines associations puissantes et actives formées dans le but de préparer le retour à la patrie italienne des populations de l’istrie, de Trieste et du Trentin, placées en ce moment sous la domination de l’Autriche.
- La presse autrichienne s’est fort émue de cette agitation, à ce point même que le gouvernement de l’Empereur François-Joseph aurait fait faire au cabinet Italien certaines observations amicales que M. de Bismarck aurait très-vivement accentuées.
- Quelque fondées que puissent être, au point de vue du patriotisme chauvin, que nous n’apprécions guère, les revendications des agitateurs italiens, on ne peut que souhaiter la fin des manifestations auxquelles ils se livrent, car, en ce moment, une guerre entre ritalio et l’Autriche aurait des conséquences incalculables N’est-il pas souverainement triste de penser qu’au dix-neuvième siècle le progrès de l’esprit humain soit encore assez peu développé pour qu’une simple question de frontières risque de jeter deux peuples runcontrel’autre et de couvrir de sang et de ruines un terre qu’il faudrait féconder par le travail et par l’indusirie !
- LES CONGRÈS
- Un Congrès international du droit des femmes, auquel prennent part des membres du Sénat, de la Chambre des députés et du conseil municipal de Paris, quelques membres des Parlements étrangers et un grand nombre de dames françaises et étrangères, s’est ouvert à Paris le 25 de ce mois.
- Ce Congrès est partagé en cinq sections :
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- LE DEVOIR
- Section historique. — Condition sociale de la femme aux diverses époques de l Histoire.
- Section pédagogique. — Education, instruction, hygiène.
- Section économique. — Travail, salaires, professions .
- Section de morale. —- Morale générale, morale individuelle, questions relatives à la prostitution.
- Section de législation. — Mariage, puissance maritale, divorce, recherche de la paternité, etc.
- Le Congrès n'est pas public. La distribution des cartes aux membres du Congrès a commencé le 15 juillet, dans les bureaux d’abonnement de ['Avenir des Femmes, 4, rue des Deux-Gares. 11 est, en outre, délivré des invitations spéciales aux personnes qui, sans faire partie du Congrès, témoignent le désir d’assister aux séances plénières. Ces cartes sont rigoureusement personnelles.
- Le Congrès libre de renseignement, organisé par une commission d’initiative présidée par MM. Littré, sénateur, Ch. Boysset, député, Thulié, Harant et Heredia, président ou vice-présidents du conseil municipal, et dont font partie un grand nombre de députés, sénateurs, conseillers municipaux, professeurs, journalistes, instituteurs et institutrices, aura lieu du 25 août au 5 septembre prochain, salle du Grand-Orient, 16, rue Cadet.
- Le] programme des sept sections comprend des questions relatives à l’éducation physique et morale commune aux deux sexes, à l’hygiène et à la protection de la première enfance, à la réforme des crèches, asiles, écoles primaires, secondaires et supérieures, aux locaux et au matériel scolaires, à l’obligation, à la gratuité, â la laïcité, à l’amélioration de la situation des maîtres, aux réformes relati ves aux méthodes, aux examens, aux établisse* mants de tous les ordres, à l'enseignement professionnel et à l’éducation des femmes.
- Des conférences seront en outre organisées ; on attend des délégations de sociétés d’instituteurs étrangers. La cotisation est de 3 fr. Le programme détaillé et les règlements du Congrès se distribuent au secrétariat, 15, faubourg Montmartre.
- Enfin le Congrès international d’hygiène que le Devoir* a été le premier à armoncer (voir notre numéro du 5 mai, p. 142), se tiendra du Pf au 10 août.
- Les travaux de ce Congrès seront recueillis et publiés par les soins de son comité d’organisation.
- LES HUMORISTES ET L’EXPOSITKW
- Il n’y a de succès vraiment complot que celui dont on peut plaisanter sans danger.
- Le succès de l’Exposition universelle de Paris est dans ce cas. On le plaisante, on le chansonne, on le carieatu-rise, il ne persiste pas moins à s’accentuer de plus en plus. Au nombre des plaisanteries, toutes ne sont pas d’un goût parfait, mais il s’en trouve de charmantes et qui sous leur forme légère contiennent plus d’un utile enseignement. C’est tout particulièrement le cas des correspondances que le Graphie de New-York a l’originale idée de se faire adresser en style nègre.
- Voici un échantillon de ce genre d’humour, qui est cent fois plus charmant encore dans la langue originale que dans la traduction :
- Diablement embarrassé ici pour faire des emplettes. Viande chère. Payé 25 centimes pour deux tranches de veau qu’uu cliat aurait mangées dans un repas. Thé deux fois plus cher qu’à New-York. Pour les Parisiens, le the est médecine : bon pour les indigestions. Café cher aussi : iis le brûlent trop. Français semblent aimer goût du brûlé.
- Espace américain à l’Exposition beaucoup restreint' Pas de place pour un aussi grand pays. Pas de place pour maïs, coton, blé, tabac. Les neuf dixièmes des gens ici savent pas que nous avons ces produits. Pas de place pour le chemin de fer élevé, le pont de Brooklyn, 1® photographe, le téléphone, le Graphie. Français ignorent que nous avons tout ça. .
- Montré un numéro du Graphie à un Français, Essayé de lui faire entrer dans la teie qu’il est publié chaque jour, qu’ii contient toutes les gravures et toutes les non* velles de toutes les parties du monde. Français a pas p° comprendre. Ils savent pas ici ce qu’est le“ journalisé1® américain. Une quarantaine de journaux quotidiens a Paris. Dimension moyenne, 7 sur 9, comme les vie^X verres à vitres Reporter voit un combat de chions. Cour1 à son bureau. En fait le récit. Passe pour un génie littéraire. S’abreuve d absinthe et de cognac pendant un® semaine sur sa réputation. Ornements tombés il y,]* quatre jours du plafond de l'Exposition, et femme blessé® à la tête. Peu blesséo, mais sa nièce évanouie. Journaux n’ont pas encore fini d’en parler. Explosion il y a un semaine me Béranger ; 30 à 40 tués, À New-York, bout de deux jours on y penserait plus. Ici grosso a*" faire. Titres en grosses capitales dans les journaux* Maréchal Mac-Mahon visite les ruines avec état*major* Préfet, maires, dignitaires, épaulettes, chapeaux à cia' que, plumets, soldats. Regardent plâtras et s’eu vom aussi avancés qu'avant. Le lendomaio, description dan* les journaux de la visite du Maréchal à ce monceau0 débris. Imaginez président Ilayes, ou seulement gouv® neur Robinson, visitant manufacture do pianos brûl® • Ridicule. . „
- Section américaine à l'Exposition composée principe mont de hache», fourches, serrures, vis, pilules, faute01 percés à jour, poêles, dents, crakers, roues de wagv * toiles cirées, conserves de viande, types d’imprim011 ’ outils agricoles. Utile.
- Exposition boutique chère. Rien pour prix modérai sauf bols de lit français ou chinois do 1,000 doll®1'| États Unis seul pays ou ferblanterie est bon marche ^ où théières sont pratiques. Beaucoup de théières d’or® d’argent Italie toute en statues et en chandeliers. ^ triche, cristaux. Suisse, dentelles de millionnaire®, montres. Russie, fourrures et malachite. Belgique, roirs colossaux et escaliers do chêne sculpté, Angletef^ ameublement d’une maison de noble et cheminée® b,000 dollars. France, Bronzes et pendules. Ghiu0? P godes d’ivoire.
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- Système d’omnibus et de tramways misérable ici. Ne laissent entrer personne quand voiture est pleine. Ne s’arrêtent plus une fois partis. Ai hélé une centaine d’omnibus. Jamais arrêté. Cocher me regarde par devant comme une curiosité, conducteur idem par derrière. Ai marché 500 milles dans Paris. Voudrais savoir comment s’obtient privilège d’aller en omnibus. Misérable système !
- Les humoristes français se placent à un tout autre point de vue, mais chez plusieurs d’entre eux le procédé est à peu près le même. Ainsi dans la Liberté les comptes rendus de l’Exposition Universelle sont présentés sous la forme de lettres adressées par Mirza Firdousi, poète persan, à son ami Fçrruch, derviche tourneur.
- Nous ne pensons pas que ces nouvelles Lettres persanes doivent rivaliser un jour avec celles que, sous la plume délicate de Montesquieu, le Persan Usbec écrivait à son ami Rica. Elles sont loin d'avoir la même originalité de forme quoiqu’elles poursuivent un but identique : cacher Sous une apparence frivole un côté sérieux.
- Mirza Firdousi voit souvent très clair et parfois ses observations sont de nature à faire réfléchir, mais d’autrefois il lui arrive — ce qui est permis à un Persan — de s’embrouiller et de prendre des vessies pour des lanternes. Aussi, comme tout n’est pas rose dans le métier de reporter persan, le pauvre Mirza s’est-il attiré plus d’uüe fois de fort vertes réparties.
- C’est ce qui lui est arrivé l’autre jour. Il errait sur un terrain peu familier aux Asiatiques et il s’est trouvé que M. Charles Pellarin, qui, lui, n’est pas asiatique le moins du monde, lui a fait comprendre que pour justement apprécier les choses d’Europe il faut être Européen.
- Mirza Firdousi, après s’être extasié devant le nombre considérable de belles choses envoyées par l’Angleterre à l’Exposition : produits fabriqués de toute sortes et machines d’une puissance et d’une perfection prodigieuse, en venait à des réflexions d’une nature peu rassurante pour l’avenir du pays qui crée toutes ces merveilles.
- « L’industrie, écrivait-il à son compatriote, voilà ce qui fait la force et la richesse de la Grande-Bretagne. Je no sais quel mélancolique philosophe a fait remarquer qu’un jour viendrait où l’Augleterro, grâce au iibre-échauge partout accepté et partout créant la concurrence, 11e trouverait plus le débouché de ses produits. Alors, devant la concurrence de la France et de l'Amérique et de tant d’autres, son industrie serait étouffée : elle essaierait alors de faire meilleur oncoro, du tout vendre au-dessous de la valeur réelle. Mais à quel prix? E11 abaissant les salaires, eu multipliant les métiers, c’est-à-dire en laissant s’accroître chez elle la plaie hideuse do la misère anglaise, proverbiale en Europe. Alors, les questions de vie ou do mort seraient à l’ordre du jour; alors, de redoutables problèmes sociaux réclameraient énergiquement leur solution/; alors, les révolutions... Mais que diable! cher Ferruch, où nous embarquons nous? Ne vaut-il pas mieux compter sur la sagesse des hommes, espérer qu’ils concilieront les choses ; que les riches consommeront pour faire vivre les pauvres et que ceux-ci s’enrichiront à leur tour? »
- Ces réflexions, bien dignes du fatalisme oriental, lui ont valu de la part de M. Pellarin, les réflexions suivantes, aussi européenes que sonsées :
- « Compter sur la sagesse des hommos pour concilier
- des intérêts antagonistes, pour maintenir éternellement la paix entre dos affamés et ceux que, à tort ou à raison, ils accusent de leurs souffrances, c’est se bercer d’une pure illusion.
- « D’autre part, quelle bonté à ces riches, vraie providence des malheureux, de vouloir bien consommer pour faire vivre les pauvres ! On ne saurait, en vérité, exiger d’eux qu’ils poussent le dévouement plus loin.
- « Mais voici un point qui m’embarrasse et qui confond toutes mes données économiques : « Les pauvres s’enrichiront à leur tour » cl, une fois enrichis, ne feront plus, sans doute, comme les autres riches, que consommer. Mais qui donc alors, s’il n’y a plus de pauvres, qui donc travaillera et produira pour fournir à la consommation de tous ces riches de date ancienne et nouvelle?...
- « Voilà une difficulté posée par Mirza Firdousi, autour de laquelle son correspondant Ferruch, le derviche tourneur, pourra tourner longtemps. Si ce dernier avait quelque notion d’économie politique, il se dirait que pour entretenir l’opulence de quelques centaines de familles de lords anglais et de quelques milliers de banquiers ou gros négociants de la Cité, il faut bieu qu’il y ait. derrière cette minorité privilégiée, une masse de prolétaires besoigneux, forcés de louer le service de leurs bras pour pouvoir se nourrir et s’abriter tant bien que mal contre les rigueurs du climat britannique. C'est des griefs de cette masse, quelque peu lésée dans les arrangements sociaux de l’orgueilleuse Angleterre, qu’il faudra bien s’occuper tôt ou tard.
- « Malgré l’éblouissemeut que lui cause le spectacle des merveilles de l’Exposition, Mirza entrevoit le revers do médaille de notre civilisation fardée.
- » Je reviendrai, écrit-il, avec un grand enthousiasme pour la France, une admiration profonde pour cette trinité du travail, France, Belgique, Angleterre ! C’est la houille et le fer qui ont fait do ces trois contrées le centre de la richesse occidentale. Néanmoins, Ferruch, ne nous laissons pas éblouir : derrière ces façades étincelantes voyons ce qui peut se cacher. Commerce, industrie, civilisation! beaux mots, grands mots! Mais derrière je vois encore bien des malheurs, bien des plaies J Tout le monde n’est pas heureux dans le Paradis occidental I »
- « Vous n’avez que trop raison, Mirza, nos splendeurs cachent bien des haillons sordides, bien des misères hideuses et poignantes. Si vous avez le courage de descendre un jour dans les bas-fonds de notre société, si vous visitez quelques recoins de notre enfer social, vous y verrez des damnés en proie à de telles tortures qu’il n’eu existe pas de pareilles dans vos contrées d’Asie, encore barbares et à peu près incultes.
- « Ce qu’il y a de plus déplorable encore chez nous,c’est que presque personne n’y prend au sérieux la nécessité ne remédier à un tel état de choses, et que ceux qui acceptent la tâche ingrate de poursuivre le redressement des inégalités ou iniquités sociale les plus criantes, sont v /ués à la haine et au mépris sous le nom de socialistes et traités de ce chef en ennemis publics. Qu’il y en ail, parmi ces derniers, qui n’ont jamais fait appel qu’à la persuation, qui ont toujours blâmé l’emploi de ia violence, qui sc sont appliqués à démontrer la radicale impuissance pour le bien des procédés révolutionnaires et leurs conséquences funestes pour le peuple qui s’y laisse entraîner, n’importe, 011 s’obstine à les confondre avoc les socialistes de coups de main, qui entendent arriver aux réformes sociales par l’assassinat des princes, le pillage des riches et l’incendie des cités.» E. G.
- EN ALLEMAGNE.
- Les nouvelles que nous recevons d’Allemagne sont des plus écoeurantes. La servilité, la flagornerie envers l’empereur et l’arrogance envers le peuple
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- ne connaissent plus de bornes dans les rangs des partis conservateurs. La dénonciation règne à l’état épidémique, et les haines personnelles, les rivalités, les rancunes viennent offrir impudemment leur concours au terrorisme de l’autorité. Qui donc aurait osé croire que l’Allemagne lût tombée dans un état de démoralisation assez complet pour que ses hommes les plus haut placés s’abaissent aux. délations les plus dégradantes.
- Et c’est cependant ce qui a lieu chaque jour. Le 13 juillet, à Munich, le docteur Frettenbacher, vieux professeur de l’Université, respectable vieillard de 73 ans, ayant exprimé la peine que lui font les excès gouvernementaux d’aujourd’hui, fut dénoncé et con* danné à 8 mois de forteresse. On pourrait croire que cette délation est l’œuvre d’un misérable sans éducation; pas le moins du monde. Cette dénonciation a été faite par un homme de génie, par le plus grand peintre de l’Allemagne et l’un des plus grands de notre temps, par l’auteur de Walenstein et de Thus-nelda, par Piloty.
- Il faut rendre cette justice au peuple de Munich que, depuis ce jour-là, Piloty est hué chaque fois qu’il est reconnu.
- A Brème, les autorités judiciaires ont reçu de si nombreuses lettres anonymes dénonçant les Socialistes, que le parquet de cette ville a cru devoir publier cet avis :
- « On fait savoir au public que, pour mettre fin à la tentative sans cesse renaissante de dénoncer des individus sous le voile de l’anonyme, l’autorité soussigné ne tient aucun compte de ces dénonciations.
- » Le ministère publie,
- » Brème, 22 juin 1878. «
- Un autre fait fort curieux et fort caractéristique, c’est que que le gouvernement prussien exploite les attentats commis sur la personne de l’empereur pour ouvrir des collectes. Cette mendicité officielle ne se borne pas aux pays allemands, elle s’étend aussi en Alsace-Lorraine comme en témoigne l’avis suivant que nous extrayons de la Altkircher Kreisblatt du 20 juillet, dans laquelle il est inséré en français et en allemand.
- AVIS
- A l’occasion des attendais commis sur S. M. l’Empereur. un comité composé des Présidents des Représentations provinciales des Etats de l’Allemagne, des Présidents des Conseils provinciaux de Prusse et des Mair es des grandes grandes villes d’Allemagne, s’est formé sous la présidence du Maréchal-de-camp général comte do Moltke, dans le dessein d’organiser dans toutes les communes allemandes une collecte sous le nom de Don-Guillaume. Le produit en est affecté à une institution de bienfaisance d'après des dispositions ultérieures de Sa Majesté. Le comité n’a point en vue des dons riches de
- quelques classes à la quête en question. Aussi ne recueillera t-oii pas plus d’un marc d’un chacun et les dons de pfennigs recevront-ils également bon accueil.
- Il y sera procédé les 20, 21 et 22 de ce mois, auxquels jours les listes nécessaires se .trouveront déposées aux mairies.
- Altkircb, le lo juillet 1878.
- Le Directeur de l'arrondissement, I-IÂLLEY.
- Ainsi il ne suffit pas au gouvernement allemand d’avoir conquis l’Alsace, il demande encore que les Alsaciens s’imposent des sacrifices financiers pour faire un don à l’empereur.
- C’est très-joli.
- JAPON
- Depuis une dizaine d’années le Japon est le théâtre d’une transformation si prodigieuse que l’histoire n’en a pas enregistré de pareille. Révolution politique, religieuse et sociale, tout s'en mêle, activée encore par le passage d’un pays à demi-barbare à la civilisation européenne. La féodalité a été abolie ; les grands vassaux ont été dépouillés de leurs prérogatives et de leurs apanages; la' condition du clergé indigène a été tranformée du tout au tout ; la justice criminelle a été adoucie ; enfin l’industrie, par les procédés européens, a été introduite et s’est rapidement développée. Aujourd'hui le Japon a des services de postes, des organisations de pompiers et de police, des chemins de fer, des bateaux à vapeur, des télégraphes, et mêmes des téléphones officiels. On fonde un musée dans la capitale, on construit des phares sur les côtes, et de jeunes Japonais intelligents sont envoyés aux frais de l’Etat dans les meilleurs établissements d’instruction de l’Amérique et des Etats-Unis. En vérité on se demande si l’on rêve eu voyant s’accomplir une si radicale évolution.
- Hélas l ce changement dû. en grande partie au génie du Japonais Okoubo, a soulevé contre celui-ci, devenu ministre de l’intérieur, de violentes haines qui ont abouti à un meurtre. Okoubo vient d’être assassiné en plein jour, dans une rue de Tokio, par une bande de malfaiteurs qui se posent en patriotes et en justiciers. Ces malfaiteurs se sont livrés eux-mêmes à la justice, et il est à espérer que si la cause du progrès au Japon compte un martyr de plus, elle ne sera pas entravée par l’assassinat du chef du mouvement.
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de M010 Marie HOWLAND
- {Voir Nos 4 à 20)
- Chapitre XVI.
- La vi»ite des Delano
- (Suite.)
- La soirée se passa sans encombre jusqu’au moment où l’on en vint à parler de la guerre civile ; ce sujet mit Mn‘* Forest sur les épines. A chaque instant, elle s’attendait à entendre le docteur émettre
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- quelqu’une de ses hérésies et Clara s’empresser à la rescousse. A son sens les enfants et les jeunes filles avaient le droit de se faire voir dans le monde, mais devaient y garder le silence,
- « De quelque point de vue qu’on l’envisage » dit le docteur Forest, répondant à quelque proposition de M. Delano, « la guerre est une épouvantable absurdité »
- « Alors monsieur » fit M. Delano « vous ne croyez même pas à la justice d’une guerre défensive ? »
- M. Delano était un spéculateur en coton retiré des affaires. Petit et maigre, il avait des yeux perçants et profondément enfoncés, un nez aquilin et effilé, des lèvres minces, des dents blanches et aiguës ; toujours rasé de frais, il s’habillait avec une élégante recherche.
- A la question à brûle-pourpoint du gentleman le docteur répondit simplement : « Non, Monsieur, non î »
- « Il me semble pourtant, # reprit M. Delano, « que le précepte qui nous enseigne à donner notre manteau au fripon qui nous a dérobé notre habit, produirait de singuliers résultats dans ces temps de décadence morale. »
- « Possible, » fit le docteur, « je n’ai jamais essayé de le mettre en pratique. S’il arrive qu’un peuple de barbares envoie à nos frontières une~armée qui se propose de nous massacrer et de nous piller, naturellement notre devoir est de nous défendre. Nous devrions être alors possédés de ce patriotique enthousiasme qui fait que tous, hommes, femmes, et les enfants eux-mêmes, se lèvent contre l’envahisseur, le repoussent et l’écrasent en une journée. Mais cette défense ne serait pas la guerre organisée comme on la pratique aujourd’hui. De plus, si nous étions entourés de barbares, la meilleure politique serait de nous en faire des amis, ce qui n’est pas du tout impossible, comme le démontre l’histoire. Entre nations civilisées, trancher les difficultés par la guerre est une injure à la civilisation; la guerre ne résoud pas les questions, pas plus que ne le fait le duel. »
- Personne ne prit la défense du duel, mais il se fit un assez long silence. Clara le rompit en disant : * Je pense que notre génération verrait clore l’ère des guerres sanglantes, si les femmes pouvaient s’inspirer d’un saint dégoût pour ces effroyables boucheries. »
- Madame Forest croyait à la puissance d’action des femmes comme instrument de la volonté divine, pour mettre fin à la guerre ; elle trouva donc que Clara n’aurait pas trop mal parlé, pourvu qu’elle s’en tint à ce sage aphorisme. Miss Delano regarda
- la jeune fille d’un air surpris ; elle trouvait étrange qu’une personne de cet âge se permit d’avoir une opinion; mais M. Delano frappé de la justesse des vues exprimées par Clara, daigna lui répondre:
- « Et pourtant, mademoiselle, les blanches mains de votre sexe bouclent encore aujourd’hui le ceinturon de ses admirateurs. »
- « Je suis peinée d’être obligé de reconnaître que telle est la vérité, monsieur, » répondit Clara.
- « Votre fille », disait en cet instant miss Delano à madame Forest avec qui elle causait un peu à l’écart, « votre fille semble avoir des opinions peu communes aux jeunes personnes de son âge. » Ceci avait été dit comme compliment, mais nefât pas pris ainsi, dès l’abord.
- « J’ai l’espérance de n’être pas dépourvue de patriotisme », fit Clara s’adressant avec franchise à miss Delano, * j’aime mon pays ; mais j'aime aussi les autres nations. J’ai appris à considérer l’humanité comme une vaste famille, et à ne pas borner mes sympathies au coin de terre où le hasard m’a fait naître. Il m’apparaît clairement que notre devoir est de cultiver ce sentiment d’unité. »
- « Ces opinions vous honorent », reprit M. Delano, curieux de faire parler cette jeune fille si différente de toutes celles qu'il avait connues jusque là, « mais je suis surpris, je l’avoue, de rencontrer de telles idées dans une personne de votre âge. »
- — « Cela n’a cependant rien que de naturel, monsieur, Du plus loin où se reportent mes souvenirs, ils me montrent mon père affirmant la fraternité humaine et défendant les doctrines de la paix. La gloire militaire ne me semble pas mériter la moindre admiration Le plus humble travailleur est plus noble à mes yeux que le plus illustre général ; et je considère le sabre comme un insigne barbare et humiliant. Si j’étais homme, je rougirais de traîner un semblable instrument à mon côté. Songez, monsieur,
- aux efffroyables idées qu’il éveille......» ajouta-
- t-elle, ses beaux traits exprimant l’horreur et l’épouvante.
- « Père, il est certain » dit Albert « que si le même esprit se généralisait parmi les femmes, nous renoncerions bientôt à des luttes homicides qui nous rabaisseraient dans l’estime d’êtres que nous aimons. » « Mais mon fils » reprit M. Delano « ne serait-ce pas faire de tous les hommes autant de lâches ?»
- « De telles craintes », répartit le docteur, * naissent d’une erreur profonde. Peut-être oublierions-nous l’escrjme au sabre et à la bayonnette! Un bien petit malheur en vérité. Mais, par Dieu monsieur, le courage et la valeur n’ont-ils pas d’autre mesure que l’adresse à tuer ? La bravoure d’un homme s’esti-
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- mera-t-elle comme chez les sauvages, par le nombre de scalps suspendes à sa ceinture ? S’il faut savoir braver le danger, n’y a-t-il pas mille manières de risquer utilement sa vie au lieu de l’exposer follement en face d’un firère enragé. »
- « Et cependant, » interrompit H. Delano, « vous ne pouvez nier la passion guerrière. A toutes les époques, les hommes ont obéi à l’invincible penchant, qui les pousse à la guerre et à la conquête. »
- « Certainement,» réponditM.Forest, «lespassion* humaines sont aussi durables que l’humanité; il ne s’en manifeste pas de nouvelles, aucune 11e disparait. Mais leurs degrés relatifs de développement et d’activité varient avec le progrès de la race. Nous avons, vous et moi, les mêmes passions qui poussent l’Apache à empaler et à scalper; et si nous ne l’imitons pas, c’est que nous avons dépassé le degré où la passion de détruire se satisfait par de tels moyens. Cependant nous combattons encore entre nous. Mais le temps viendra où nous éprouverons pour cette guerre plus civilisée l’aversion que nous ressentons aujourd’hui pour la cruauté de l’apache.
- « Le désir inné du succès, la volonté de vaincre les obstacles, et la passion des grandes entreprises trouveront toujours des champs d’action plus utiles que la guerre pour se développer et produire leurs fruits. »
- Le docteur s’arrêta, craignant de donner à la conversation un tour trop sévère.
- « J’aimerais assez, » dit M. Delano, « à savoir comment, selon.vous, ces passions pourraient trouver une autre satisfaction »
- « De mille façons », répondit le docteur. « Supposez, par exemple, qu’au lieu d’aller dans le Sud tuer et dépouiller nos semblables, nous ayons organisé une vaste armée de travailleurs, employé cette force immense à dessécher et assainir les marais des contrées que la guerre a désolées. N’aurait-ce pas été une noble entreprise? Là où régnent aujourd'hui la désolation et la fièvre, nous récolterions assez de blé et de fruits pour nourrir les affamés do nos villes. »
- « Celà est du radicalisme socialiste, ou je ne m’y connais pas 1 » s’écria M. Delano, « mais que fut-il arrivé si pendant que nous nous serions occupés à dessécher leurs marais, nos frères du Sud s’étaient jetés sur les Etats du Nord pour les ravager ?
- «Oh! » fit observer miss Delano «, la contagion du bon exemple les aurait tellement séduits et gagnés qu'ils auraient discuté amicalement avec nous le point en litige. »
- « Il est difficile de prévoir comment nos concitoyens du Sud auraient accueilli l’invasion d’une armée de
- non combattants, » répondit le docteur. «L’esclavage est un obstacle presque insurmontable au dévelop-pement'des facultés les plus hautes. Si nons étions allés dans le sud construire des chemins de fer et bâtir des maisons d’écoles, peut être nos adversaires auraient-ils considéré ce bienfait comme une insulte. L’esclavage engendre le mépris du travail; H est donc probable que les Sudistes ne se seraient pas joints à nous comme on pourrait l’attendre de braves gens, vigoureux et éclairés. D’ailleurs leur aristocratie brûlait d’acquérir la gloire militaire, seule manière digne, à leurs yeux d’un gentleman qui veut donner carrière à l’exubérance de ses forces. S’ils avaient respecté, le travail, les Sudistes seraient venus à nous fraternellement; mais s’ils avaient pu comprendre la dignité du travail, l’esclavage n'eut jamais existé et par conséquent la guerre civile eut été évitée, de sorte que nos suppositions et nos raisonnements ne reposent sur rien.
- « Ils sont dans tous les cas d'un grand intérêt, » dit M Delano, «j'avoue que l’idée d’employer une grande armée à dessécher des marais me séduit et je me joindrais avec enthousiasme à une semblable expédition. »
- Miss Delano ajouta que le cas échéant une telle armée ne ser;yt pas privée de l’influence moralisante de la femme, car elle ne pourrait manquer de rallier à sa cause toute les femmes.
- Clara fit alors une peinture humoristique de la vie des champs réjouis par des bals champêtres où régnerait la plus franche animation ; car avec une armée de cinquante mille hommes ou davantage le travail ne serait jamais une fatigue, puisqu’on pourrait de quatre heures en quatre heures, relever les escouades de travailleurs et ne pas exiger plus par journée.
- « Puis quand tout serait terminé, » ajouta Clara» « quand on aurait récolté la gloire de l’œuvre entreprise, au lieu d’avoir la conscience chargée de meurtres chacun se reposerait dans le souvenir du plaisir passé et la satisfaction du bien accompli au profit des générations futures. » .
- « Celà serait de plus une campagne fort économique, » dit M. Delano; « la dette publique serait bientôt réduite à zéro, puisqu’on pourrait produira sur place les denrées nécessaires à la subsistance d0 l'armée. »
- « Mais la plus profitable des économies, » fit l0 docteur, « serait l’économie d’hommes, les citoyen0 étant la plus précieuse richesse d’un Etat. »
- * C’est en effet le plus beau côté de l’utopie » con-continua Clara. « Le cœur ne saignerait'plus au spectacle d’ossements épars sur les terribles champ*
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- de la gloire ; plus de veuves ni d’orphelins pleurant leurs morts. Pour moi, la gloire est un appât qui n’attire que les fous et je ne puis rien trouver de noble à des prouesses qui sont la honte de l’humanité. »
- « Je voudrais de tout mon cœur voir cesser à jamais la guerre, » dit miss Delano, « mais je ne crois pas que prêcher une croissade contre la gloire puisse avancer beaucoup la question. »
- « Certainement si ! » répartit le docteur. * Que cette croisade soit préchée par les femmes, aussitôt les soldats, sans lesquels il n’y a pas d’armée et dès lors Pas de guerre possible, prendront conscience du rôle qu'ils jouent dans la main des ambitieux; ils se révolteront, et comprenant la sainteté du travail et des droits de l’humanité, ils s'écrieront d’une voix unanime : Nous croyons au travail, à la production, au progrès, et non au meurtre et à la destruction?
- « Ayez confiance, amis, la solution est plus simple et plus proche que ne l’imaginent les politiques et les démagogues. Le progrès du sens moral nous entraîne vers une époque où les différents entre peuples seront vidés par voie d’arbitrage. Si deux nations sont alors assez insensées pour en venir aux mains, toutes les autres s’uniront pour les séparer. »
- • Comment pourraient-elles le faire sans combattre à leur tour? » demanda M. Delano,
- — * Comment ? mais par la voie de simples remontrances. Il n’y a pas d’individu qui reste insensible nu cri de l’opinion; or une nation n’est en définitive qu’une collectivité d’individus et ne pourrait bon gré malgré résister à l’influence morale de toutes les autres nations. Le contraire me paraît tout simplement impossible. S’il peut arriver qu’un homme, soit assez dépourvu de sens pour livrer combat à des moulins à vents, jamais on ne verra tout un peuple en proie à de tels égarements. »
- « Je veux bien l’admettre, » répondit M. Delano, « je ne suis néanmoins pas encore convaincu que nous arrivions jamais à ce règne de la raison; et votre armée de constructeurs ne me semble pas complètement répondre à tous les besoins auxquels pourvoit l’armée destructive qui fonctionne de nosjours. Celle-ci laisse bien plus de place à l'émulation et au déploiement des forces naturelles de l’homme.
- *— « Vous perdez de vue ce fait, Monsieur, qu’au fur et â mesure des progrès de la conscience humaine l’homme s’éclaire par l’éducation et l’instruction ; la violence alors et les excès quels qu’ils soient, perdent tout attrait, les facultés humaines réclament des satisfactions d’un ordre de jour en jour plus élevé, Le nier reviendrait à prétendre que celui dont le penchant le pousse à rechercher la société de ses
- semblables, la gaieté des réunions et le charme des discussions amicales, ne trouvera la satisfaction de ses goûts que dans le cohue et les luttes du cabaret. »
- L’entrée de Miss Marston qui était allée faire quelques visites en ville interrompit cette conversation, Après l’échange des politesses d’usage, elle se mit au piano et Dinah servit ensuite un plateau chargé de friandises et d'un flacon de vin de Californie, qu’elle fit suivre un instant après d’une corbeille remplie de fruits exquis. La figure de la vieille négresse était radieuse de voir ses maîtres en si belle compagnie. Le docteur lui fit compliment de ses gâteaux, et à l indicible stupéfaction de sa femme, il lui fît offrit un verre do vin qu’elle vida d'u i trait après avoir dit en manière de toast, « j’espère que Monsieur vivra éternellement # ; puis elle salua la compagnie et disparut en souriant.
- Pendant que le docteur se frottait les mains dé l’accroc qu’il venait de faire aux convenances, Madame Forest désolée qu’en une telle occasion il n’ait pu se conduire comme tout le monde, s’excusait près de miss Delano de l’excentricité de son mari. Clara n’éprouvait rien de semblable ; quoique fit son père, l’acte était bon à ses yeux.
- « Votre famille est du Sud, je crois? » demanda M. Delano.
- « La mienne, oui, » répondit madame Forest en se rengorgeant, « mais non celle de mon mari ».
- « En effet, * continua le docteur, « je descends en droite ligne de la vieille souche yaukee, brùleuse de sorcières, quoique j’aie vécu plusieurs années dans le Su 1. »
- Et comme M. Delano lui demandait, si ses sympathies n'avaient pas été pour le sud pendant la dernière guerre, « Pas plus que pour le Nord, » répliqua-t-il; «j’ai déploré les maux infligés par cette lutte fraticide non seulement aux deux parties, mais encore au monde entier. Le sens moral des peuples civilisés devrait les préserver d’une aussi grande folie queTappel aux armes pour vider leurs querelles. »
- « Pensez-vous, monsieur,* fit miss Delano, « que si l’on avait consulté le peuple sur l’alternative de guerre ou de sécession, il se serait décidé pour la séparation ? »
- * Sans aucun doute, madame, si par le peuple vous entendez la nation entière et non les seuls combattants. Les hommes ne se résoudraient jamais à déclarer la guerre si elle impliquait à leurs yeux le massacre en masse de leurs mères, de leurs sœurs, de leurs femmes, de leurs filles et de leur fiancées; et 1 on dit que la tend ressoudes femmes pour ceux
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- qu’elles aiment est plus grande encore que celle des hommes. *
- « Il est certain » avança madame Forest, « que l’on devrait consulter les femmes avant de décider une guerre, parcequ’elies en sont toujours les plus infortunées victimes. »
- Pour madame Forest qui se hasardait rarement à émettre une opinion en semblable matière, cette simple phrase était le comble de l'audace. Le docteur fit peu après observer que l’abolition de l’esclavage, résultat immédiat de la guerre civile, quoiqu’il fut un grand progrès, n’en avait pas moins été acheté trop cher.
- « Jamais je ne me suis mêlé au mouvement aboli-tioniste, » dit M. Delano qui, en effet, en sa qualité de spéculateur sur les cotons était animé d’autres sympathies, * mais je ne puis m’empêcher de reconnaître que l’esclavage est un legs de barbarie déplacée dans la société du XI8 siècle. Cependant je pense que vous avez raison, docteur, lorsque vous dites que la guerre ne résout rien, et je prévois de bien graves complications dans l’avenir de nos relations avec le Sud. »
- Monsieur Delano et sa fille prolongèrent leur visite fort avant dans la soirée, Evidemment ils avaient joui, dans la famiile Forest, d’un plaisir qui avait dépassé leur attente.
- Quand ils se furent retirés Madame Forest respira plus â l’aise ; elle se félicita de ce que la conversation avait doublé sansemcombre l’écueil du problème religieux et ia question des droits de la femme; puis elle s’endormit du sommeil du juste, en remerciant la Providence de ses faveurs.
- (A suivre.)
- AVIS AUX FERMIERS
- D’après des avis recueillis en Europe, l’opinion générale est que nous aurons une disette de fourragé l’an prochain. Pour parer à cette éventualité, R serait bon de prendre ses précautions.
- Aussi engageons-nous les fermiers à semer à la fin de l'été le plus qu’il leur sera possible de trèfle incarnat, qui a l’avantage d’offrir des ressources considérables*
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- 1" ANNÉE — N" 22
- Journal hebdomadaire» paraissant lu ^Oimanehu DIMANCHE 4 AOUT 1878
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- SOMMAIRE
- Les Grèves et le moyen de les prévenir, — La France et V Orient transformé. — Semaine politique. — U faut conjurer la Révolution. •— Lettre d'Angleterre. — Libre-échange ou protection. — Roman : La fille de son père. — Correspondance et. discussion contradictoire. — Une ville bien partagée.
- LES GRÈVES ET LE MOYEN DE LES PRÉVENIR
- Dans le N° du Devoir du 2 juin dernier nous disions, en parlant des grèves du Lancashire :
- « Faut-il attendre, pour étudier les griefs du « travail, que les grèves nous enserrent de leurs « difficultés? Ne convient-il pas, au contraire,
- « de devancer les revendications et de les prête venir?
- « Le mal que nous voyons chez les nations « voisines nous reviendra bientôt, si nous ne « savons rien faire pour en empêcher l’inva-« sion. »
- Nous pouvons insister sur le grave sujet des revendications du travail. La grève d’Anzin confirme nos prévisions d’une façon trop pressante pour que nous ne signalions pas de nouveau combien il est nécessaire que les classes dirigeantes et les pouvoirs publics comprennent qu'il est temps de donner aux travailleurs les garanties de l’existence.
- Le moment est venu de reconnaître qu’à l’égard des travailleurs, la richesse produite a des devoirs plus étendus que ceux qu’elle remplit; qu’il existe, entre la mine, la forge, l'usine, la fabrique, la ferme et l’atelier en général, un lien de large solidarité qui n’est pas observé.
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- Il est du devoir, il est de la prudence sociale de ne pas négliger .plus longtemps la constitution de la réserve générale destinée* à servir d’assurance aux travailleurs contre tous les dangers de la misère.
- Nous n’apprécierons pas longuement ici le caractère de la grève du nord ; nous savons que les agents de désordre de la politique bonapartiste se sont mis à l’œuvre pour provoquer cette revendication des travailleurs* mais ü ne faut pas perdre de vue qu’ils eussent été complètement impuissants à produire de pareils faits, s’ils n'eussent trouvé de malheureux mineurs en situation d’aller découvrir leur poitrine devant les soldats en disant : la mort ou du pain !
- Il ne suffit pas de protéger la mine parla force armée ; il faut la protéger par des institutions. Si les choses étaient organisées conformément aux principes de la morale sociale, il n’y aurait pas de meilleurs gardiens de la prospérité de la mine que les mineurs eux-mêmes.
- Que faudrait-il pour qu’il en fût ainsi? Que la mine devînt la base des garanties de l’existence de la famille du mineur ; que des réserves suffisantes fussent faites sur les bénéfices, au nom de la mutualité générale des industries et des travailleurs; qu’une-autre réserve fût faite au nom de la mutualité des travailleurs de l’usine ; et que chaque mineur fût participant aux bénéfices dans la proportion du concours apporté par lui à la production de la mine.
- La vérité c’est que par suite de chômages fréquents et do réductions de salaires, un grand nombre de familles manquent du nécessaire. Dans de telles situations, il sera toujours possible de soulever les ouvriers ; et cola seul explique comment les fosses Saint-Marc, lloeulx, Casimir Périer, Bieuse-Borne, Saint-Louis, Réussite, Davy, Herrin, Haveluy, Thiers, Cbabaud-Latour, Léonard et Bonnepart sont abandonnées et comment sept à neuf mille ouvriers sont en grève.
- En serait-il ainsi si plus de prévoyance présidait à l’organisation du travail dans les mines ?
- Oublie-t-on qu’indépendamment des beaux
- dividendes distribués aux actionnaires, le capital dé la mine a plus que centuplé sa valeur?
- Est-il juste, en présence d’une pareille prospérité, que le mineur soit dans la misère, sans ressources et sans pain ?
- Mais le travail n’a pas de législation propre. Accompli par les faibles, il est sous la domination des forts; aucun principe protecteur n’est encore admis à son égard. La Révolution française a bien donné aux citoyens l’égalité devant la loi ; mais la loi n’a pas encore été faite égale pour tous.
- En effet, la loi garantit la propriété, elle en assure la possession, elle en protège les ressources ; mais rien d’analogue n’est fait pour le travail.
- La propriété et le capital sont un moyen d’existence, une source de revenus' auxquels nul ne peut arbitrairement porter atteinte. Le revenu de la terre est garanti par le fermier ; celui des valeurs mobilières, par des titres
- Dès que le fermage est accepté, que l'intérêt est consenti, que la rente est établie, les propriétaires n’ont pas à redouter que quelqu’un vienne arbitrairement, et sans leur consentement, changer leurs revenus. Pour que des modifications de ce genre soient valables, il faut qu’elles aient été consenties par les possesseurs du capital.
- Et il est juste qu’il en soit ainsi ; car la propriété ou le capital est rinstrument nécessaire delà production; il est un des facteurs indispensables à la création des ressources nécessaires à la vie ; il est donc juste qu’il lui soit assuré une part dans ces ressources.
- Mais le travail est-il moins utile que le capi-'al ; son intervention dans la production est-elle moins nécessaire ?
- N’est-il pas évident, au contraire, que da^s la production c'est le travail qui remplit ^ rôle actif, tandis que le capital n'a qiïü11 rôle passif.
- Le capital n’est qu’un travail déjà fait et tfû5 en réserve, le travail, au contraire, c’est l’activité de l'homme, la force et l’intelligence agis*
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- santés créant et enfantant le capital lui-même. Le capital, lui, ne saurait enfanter le travail ; il n’est que son auxiliaire obéissant.
- Malgré cela ; le travail est bien éloigné de trouver dans la loi les protections dont le capital est entouré ; et c’est là une énorme lacune, si ce n'est une énorme injustice; il faut la faire dis-
- paraître.
- Oui, le travail a droit à des garanties; il faut tes lui donner. Elle lui sont dues au nom de la naorale qui nous prescrit d’accorder aux autres ce que nous désirons pour nous-mêmes; elles tni sont dues au nom de l’intérêt que.nousde-vons porter à la vie humaine dans la personne dn nos frères; elles lui sont dues, car la justice nous montre qu’accorder ces garanties nécessaires c’est remplir un devoir social.
- Bien des protections assurées au capital 11 existe pour le travail mis en permanence en t&ce de l’arbitraire. Aujourd'hui, dans la mine, ta forge, l’usine, la fabrique, les prix du salaire s°nt fixés à un certain taux ; demain il peut con-Venir aux détenteurs du capital de baisser ces fe, sans consulter le travail, et le travail devra incliner.
- Lorsqu’il s’agit des loyers ou revenus du prolétaire, tout est sauvegardé par la loi, par les c°ntrats et même par la coutume; mais, lors-fo’il s’agit des ressources du travailleur, des °yers ou revenus de l’ouvrier c’est-à-dire du Claire dont il vit, lui et sa famille, tout est pré-Ca^e et sans sécurité.
- Le fermier du capital ou de la propriété est jouais a des conditions régulières, tandis que 1 ^grands fermiers du travail ne sont soumis à ^üne règle, c'est-à-dire n’ont d’autres règles celles qu’ils s’imposent à eux-mêmes, présence de ces comparaisons, beaucoup
- \h,
- Personnes, oubliant le précepte^ donner 00 autres les sécurités qu'on désire pour
- diront que la condition faite au travail à la nature même des choses ; que le ca-et le travail étant des facteurs différents de
- %
- w
- Réduction, ils ne peuvent avoir des garanties ables.
- C’est vrai, répondons-nous, leurs garanties peuvent être différentes ; mais ce qu’il faut reconnaître aujourd'hui, c’est que celles du travail sont oubliées.
- Au nom de l’équité et de la morale sociales,-faisons donc que cet oubli ne dure pas plus longtemps; faisons que le travail soit représenté dans toutes les entreprises où il intervient ; et qu’à côté des conseils veillant sur les intérêts de ceux qui possèdent les instruments de travail, il y ait d’autres conseils veillant sur les intérêts de ceux qui ne possèdent rien autre chose que le travail lui-même.
- . Est-il donc si difficile de concevoir cette représentation du travail dans la grande industrie? Il n’y a certainement d’autres obstacles que ceux du préjugé et de l’égoïsme ; car il n’est pas plus difficile de concevoir un conseil élu parmi les travailleurs qu’ii n'est difficile d’en concevoir un élu parmi les actionnaires.
- Les objections naissent de ce que «cela ne s’est pas encore fait, de ce que cela est contraire aux habitudes et de ce que le droit des travailleurs aux bénéfices produits par leur travail n’est pas encore consacré.
- Mais comment concevoir le règne de la paix et de la concorde dans le monde tant que celui de l’équité et de la justice ne sera pas mis en pratique ?
- Or, personne ne contestera que la justice est que chacun jouisse du fruit de ses œuvres. À ce point de vue. les bénéfices de la production sont l’œuvre du travail et du capital ; il est donc juste que le travail entre en participation dans les bénéfices de l'industrie, dans la proportion de la valeur du concours qu'il a apporté à la production.
- Du jour où ce principe d’équité sera consacré, les conflits entre patrons et ouvriers disparaîtront ; et les grèves n’auront plus de raison d’être, car, en même temps que le principe de l’équité de répartition fera son entrée dans l’industrie, l’esprit de mutuelle et paternelle assistance se répandra en institutions dans l’État; La vie humaine, dans la personne de chaque indi-
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- vidu, sera placée sous la protection sociale ; la misère et la mendicité disparaîtront de la société ; et chacun sera l’artisan de son bien-être et de son élévation dans la mesure de son activité et de son intelligence.
- En introduisant plus de sagesse dans la répartition des produits du travail, la société moderne est en mesure d’opérer cette transformation ; du jour où elle l'aura faite, elle aura réalisé le règne de Dieu et sa justice et tout alors lui sera donné par surcroît.
- Ges réformes si simples seront considérées comme impossibles par tous ceux au cœur desquels l’amour du vrai bien fait défaut ; mais cela n’empêchera pas que ce soit la seule voie de salut offerte à l’homme pour le meilleur emploi des fruits de son activité et de son travail.
- Godin.
- ----laaoQQoaaw
- LA FRANCE ET L’ORIENT TRANSFORMÉ
- Nous avons montré dans notre dernier numéro quelle notable transformation viennent de faire subir au régime politique de l’Orient, le Congrès de Berlin et la Convention anglo-turque du 4 juin. Les frontières sont déplacées et trois des grandes nations européennes étendent leur territoire; la part échue à chacune d’elle n’étant pas calculée à raison de son importance antérieure, il en résulte que la puissance respective de ces trois nations n’est plus la même.
- Tputefois ces modifications de superficie sont peu de chose à côté du déplacement des influences et du prestige des trois pays. C’est là surtout que la transformation est considérable et, disons-le tout de suite, c’est en cela surtout que la France a élé distancée.
- En présence d’un semblable état de choses la France a une position nouvelle à prendre si elle veut maintenir son rang diplomatique et commercial. C’est d’un calme examen de ce qui se passe en Orient que la France pourra déduire sa ligne de conduite.
- Cet examen, essayons de le faire.
- L’Autriche a gagné du territoire, mais son influence en Orient ne s’est pas étendue. Cela s’explique par le fait que les provinces dont elle obtient l’occupation sont peu riches, peu peuplées et d’un accès difficile, enfin qu’elles se trouvent les plus éloignées de Constantinople. La plupart des sujets du Sultan ne soupçonnaient même pas l’existence des provinces de Bosnie et d’Herzégovine.
- Tout autre est l’accroissement de prestige et d’influence de la Russie et de l’Angleterre.
- Lord Beaconfield en faisant venir de l’Inde des troupes indigènes pour occuper l’ile de Chypre avait un double but. Il a voulu d’abord relever aux yeux des populations hindoues le prestige de la Grande Bretagne, en rendant les troupes indigènes des Indes témoins d’un triomphe anglais qu’elles auraient soin de raconter ensuite à leurs compatriotes, avec toutes les amplifications habituelles à cette race. M. Beaconsfield a voulu aussi impressionner la population de Chypre et de tous les pays voisins Par le spectacle d’une armée hindoue, composée d’hommes au physique si original. Quelques marins anglais de pWs en Orient n’auraient pas augmenté ‘le prestige de 1® vieille Angleterre, tandis que la présence de cette armée étrange rappelle aux peuple orientaux que 1® reine Victoria est aussi impératrice des Indes.
- De leur côté les Russes sont vus d’un tout autre œil011 Orient depuis leurs succès. Les armées turques ont du se replier devant eux et môme capituler entre leurS mains ; ils ont envahi le temtoire»ottoman en Europe en Asie ; ils ont campé en vue de Constantinople et ^ dicté à la Turquie ce traité de San Stefano qui équiv® lait à un suicide. Mais il y a plus encore. Les Russes011 aux yeux des Turcs, accompli un miracle ; ce rnira0^’ c’est la prise de Kars. Cela peut nous étonner en Eur°P® mais les personnes familières aux choses derOrielJ savent bien que nous n’exagérons pas. Kars était p0lJf beaucoup d’Orientaux, la ville exceptionnelle, la hors ligne, la ville imprenable, et l’on devine quelle m de la puissance russe iis ont du se faire, quand, ils appris que la fameuse citadelle du sultan de Constauj1 nople avait été emportée d’assaut en une seule nuit-nouvelle de ce fait d’armes avait répandu le saisis^ ment des montagnes de l’Arménie aux rives du Gafl£ ' les Hindous musulmans ne l'accueillirent pas sans^ tion et aujourd’hui encore le souvenir n’en est r effacé.
- d0j
- Laquelle des deux puissances, de la Russie ou do gleterre, jouit aujourd’hui du plus grand presti Orient, c’est ce que nous ne sommes pas à même -précier, mais à coup sur chacune de ces puissance3 plus redoutée que précédemment.
- Il résulte de ce double courant que le prestige Fratice en Orient est considérablement amoindri. ^
- Or l importance et la sécurité du commerce dahs ^ pays augmente ou diminue généralement en rais0^ l’augmentation ou do la diminution de l’influence V ^ tique d’une puissance. Le commerce français v» rencontrer de très-sérieuses concurrences et il rien épargner s’il veut maintenir le rang qu’il a jusqu’ici.
- —
- Chypre aux Anglais, le canal de Suez possédé jei cièrement par eux, Batoum, devenu port franc, efl ^ mains des Russes, enfin la navigation du Danuber ^
- libre et la prochaine ouverture de chemins de f0r
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- chiens dans la Turquie d’Europe et de chemins de fer anglais dans la Turquie d’Asie, tout cela, si l’on n’y prend garde, peut porter un coup fatal au commerce français.. Si au contraire on sait faire les sacrifices voulus, ces transformations peuvent devenir pour la France une nouvelle source de prospérité.
- Il est de toute nécessité de prendre des mesures hardies et de les prendre sans perte de temps. La France, par sa situation géographique est la route naturelle de Londres en Orient et, pour peu que l’on fasse le nécessaire, le mouvement commercial entre ces deux points préférera la traversée directe de la France au détour par le détroit de Gibraltar.
- Les travaux à exécuter pour cela coûteront sans doute des sacrifices, mais en quelques années ces sacrifices seront compensés et au delà par la reprise générale des affaires et la prospérité du commerce français.
- En premier lieu, ce qu’il faut améliorer, c’est la traversée de la Manche. Le tunnel sous-marin doit être exécuté au plus tôt et les ports de Calais,vvde Dunkerque, de Boulogne et de Dieppe doivent être améliorés de telle sorte que l’on puisse s’y embarquer ou y débarquer à toute heure, môme à la marée basse.
- Ces différents ports doivent être mis en relation aussi directe que possible avec la Méditerranée ; Dunkerque, seul port traçais sur la mer du Nord, sera rapproché de Marseille par le chemin de fer de Valenciennes à Reims dont nous avons plus d’uno fois parlé. Calais devra être mis en communication directe avec Dijon par une ligne nouvelle allant rejoindre à Amiens la ligne en construction d’Amiens à Dijon. Plus au sud, la deuxième ligne Parallèle au Rhône inférieur devra être complétée. Elle devra se détacher de la grande ligue au-dessus de Lyon, à Vaise par exemple, afin d’éviter l’encombrement déjà si déplorable de la gare de Perrache. Enfin il faudra prolonger la ligne du Bourbonnais à partir de Nevers par becize, Digoin et Roanne jusqu’à Tournon et celle de Gien, Bourges, Montluçon directement jusqu’à Cette.
- Il serait utile également d’étudier une ligne nouvelle et directe allant de Cherbourg à Cette par Le Mans, Tours ^ Limoges.
- Enfin les travaux d’amélioration du Rhône entre Lyon cl le canal St-Louis devraient être entrepris sur un pied Plus large que celui dont il est question.
- Le bassin de Saint-Louis peut donner un nouveau P°rt sur la Méditerranée du jour où il sera favorisé de deux embranchements de chemin de fer. De môme avec Quelques travaux on peut transformer l’étang de Berre eu l’une des plus belles rades du monde. Les travaux du Port de Marseille devront se poursuivre plus loin encore que les proj et actuellement en exécution. Le port d e Cette demande à être agrandi, ce qui est facile vu la présence dh Vaste étang de Cette à deux pas de la côte. Enfin on dovra approprier une partie de l’immense rade de Toulon ^ hn port marchand qui permette d’éviter 1 encombreront à Marseille.
- Il est incroyable que le littoral français de la Médi-
- terranée ait été aussi négligé qu’il l’est. Il présente en plusieurs endroits de grandes facilités pour créer des ports considérables, mais l’éloignement de la capitale a fait fermer les yeux sur la facilité d’exécuter ces travaux et de créer de nouveaux centres de commerce dans la partie de la France qui est incontestablement la plus favorisée de la nature.
- On a calculé que la Provence et le Languedoc nourriraient sept fois leur population s’ils étaient cultivés comme le Nord ou le Pas-de-Calais. Malheureuse ment, avec le système de la centralisation ces admirables contrées sod t négligées et manquent des travaux publics auxquels elles ont droit.
- Ces contrées, grâce à la transformation de l’Orient pourront jouir.d'une prospérité toute nouvelle si l’Etat comprend son devoir et fait le nécessaire pour assurer cette prospérité.
- L’Algérie peut être appelée à jouer un grand rôle dans la prospérité future de la France. Elle offre un vaste champ à l’activité depuis que la République y a quelque peu amoindri l’omnipotencè du sabre.
- Prévost-Paradol dont les vues étaient si justes, comme l’ont prouvé les événements, parlait déjà dans son beau livre la France nouvelle du rôle que l’Algérie est appelée à jouer au profit de )a France. Depuis lors ce rôle n’a fait que se dessiner de mieux en mieux. Déjà des viticulteurs du Midi, atteints chez eux par les ravagesdu phylloxéra, ont tenté la culture de la vigne en Algérie et ont admirablement réussi. Il y a là un exemple qui sera profitable le jour où l’Algérie sera affranchie de l’arbitraire et du militarisme.
- Que l’on soumette cet admirable pays à une bonne administration civile au lieu de la livrer au bon plaisir d’un général. Qu’on la subdivise en 5 départements ayant pour préfectures Qran, Orléans ville .Alger, Sétif et Cons-tantiue. Que l’on y multiplie les roules. Que l’on y construise quelques chemins de fer complémentaires entre autres un de Bougie à Setif qui mettrait en communication directe cette belle contrée de Sétif, la mieux colonisée de l’Algérie, avec l’admirable golfe de Bougie où il sera si facile de créer un grand port quand on voudra. Que l’on barre les rivières afin d’obtenir une irrigation régulière, que l’on empêche la destruction inconsidérée des magnifiques forêts de chêne, que l’on fore de nombreux puits artésiens et que l’on s’occupe sérieusement de la création de cette mer saharienne dont nous avons déjà parlé et sur laquelle nous aurons à revenir. Enfin que l’on étudie la question de créer dans le sud, par la convergence déroutés, des centres commerciaux capables d’absorber le commerce qui sillonne le Désert à destination du Soudan.
- Il n’est pas une personne ayant voyagé dans les colonies anglaises qui ne s’écrie en voyant l’Algérie : « Ah ! si elle était aux Anglais, comme ils auraient su en tirer profit ! »
- Le Français ne s’expatrie pas, dit-on, et cela est vrai.
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- LÈ DEVOIR
- Eh bien I faisons de l’Algérie des départements français sur le même pied que les autres et les Français n’ayant pas à s’expatrier s’y fixeront. Si le gouvernement veut bien imiter en Algérie le travail de colonisation que les Anglais vont entreprendre à Chypre il affermira, la prospérité et le prestige de la France et contribuera d’une façon active au développement de la civilisation,
- Mais, dit-on, il faut do l’argent pour tout cela.
- C’est vrai, mais qui donc oserait dire que l'argent fasse défaut en France. Croyez-vous que les personnes qui ont été engloutir leurs capitaux dans les emprunts du Mexique, du Pérou, de l’Egypte, de Haïti ou des Ottomans ne préféreraient pas prêter à l’Etat? Et croyez-vous que ce ne serait pas un service à rendre, tant aux particuliers qu’a la nation toute entière, que d'offrir de nouveaux placements, mieux garantis et plus facilement contrôlables que les anciens? Empêcher l’or français d’aller s’engloutir à l’étranger c’est encore faire œuvre de bon gouvernement et contribuer à la prospérité du pays.
- En. Champury.
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- LA SEMAINE POLITIQUE
- La huitaine qui vient de s’écouler n’a pas été féconde en événements. Nous avons eu un mouvement préfectoral sans caractère politique bien accentué. Quelques-unes des nominations qui ont été faites dans le personnel des secrétaires généraux et des conseillers de préfecture ont môme révélé de la part du ministre de l’intérieur un parti pris do bienveillance excessive qui est jugée avec raison comme de la faiblesse par les esprits les moins prévenus. Ce mouvement préfectoral laisse encore en place 1 préfet et 31 sous-préfets du 16 mtii. Quelques nominations dans la magistrature faites par M. le Garde des Sceaux ont également laissé à désirer. Le gouvernement a décidément beaucoup de peine à vaincre une mollesse qui pourrait n’êlre pas sans péril au moment où la lutte va s’engager sur le terrain des élections sénatoriales, dont l’importance est si considé-dérable pour l’avenir de la République et pour le maintien de l’ordre intérieur et de la sécurité. Il est grand temps que le Parlement se réunisse et rende par sa présence un peu d’énergie et de décision à nos gouvernants. Quand on voit le sans façon avec lequel, M, le ministre do la guerre, par exemple, se joue du sentiment public, on se prend à regretter que la Constitution du 25 février n’alt pas consacre le principe delà permanence des Assemblées. La ferveur des représentants du pays est un stimulant dont la nécessité n’est, aujourd’hui, que trop démontrée.
- La magistrature a beaucoup fait parler d’elle cette semaine et le bruit qui s’est fait autour de certaines décisions judiciaires a remis sur le Lapis la question de l'inamovibilité des juges dont le maintien semble abusif aux esprits les plus modérés. Un ine dont incroyable ui s’est produit à Alger, a achevé d’édifier l’opinion à cet gard. Un journal républicain de la colonie avait, sur' la foi des témoignages les plus honorables, accusé un magistrat d’avoir falsifié jadis certaines noies d'audience. Poursuivi gous l’inculpation du délit de diffamation, le rédacteur au journal avait cité divers témoins qui de valent fournir la preuve évidente que la bonne foi de l’accusé éLait complète. Parmi ces témoins qui avaient traversé la France et la Méditerranée pour formuler leur déposition sous la. foi du serment, figurait l’honnête et
- loyal M. Martel, sénateur, ancien ministre de la Justice. La «’our d’Alger, en dépit des conclusions du ministère public, a refusé d’entendre les témoins cités et a condamné le journaliste républicain à une peine excessivement sévère.
- Peu de jours auparavant la Cour de Montpellier, jugeant en appel, avait renvoyé sans dépens un maire conservateur et deux autres personnes, condamnées à la prison, en première instance, pour fraude électorale. Soixante-dix témoins à charge avaient cependant été entendus par le tribunal correctionnel et des preuves matérielles tirées de l’examen do l’urne avaient corroboré les dires de ces témoins, qui n’ont pas été admis à renouveler leur déposition devant la Cour.
- Samedi, devant le tribunal de Pau, M. Marcel Barthe, député républicain, poursuivait un journal clérical qui l’avait diffamé et c’est M. Barthe qui a Ôté condamné aux dépens.
- Enfin, le tribunal de Clermont-Ferrand, qui, il y a quelques mois infligeait un mois de prison et 1,000 francs d’amende à un journaliste républicain qui avait prétendu que le Maréchal dej Mac-Mahon manquait de prestige condamnait seulement à 200 fr. d’amende un écrivain bonapartiste qui qualifiait de « parjure » le Président do la République.
- Si l’on rapproche ces diverses décisions de celle de R 8 e chambre de Paris dans l’affaire de fox-prince impéral contre le Siècle, l’opinion que l’on est forcé d’avoir de U magistrature est des plus tristes.
- Cet état de choses, si grave, a déjà- plusieurs fois pr°' voqué dos observations à la Lribuno des Chambres et rappelle les paroles indignées que prononçait, il y a quelques temps, l’honorable M. Madier-Montjau, à propos de la manifestation à laquelle s’était livrée la Cour de Grenoble pour protester contre la révocation du pr°' cureur général du 16 mai
- Nous pouvous assurer, dit le Progrès de Saône-et-Lolft* que, dans le monde parlementaire', on est grandeme^ attentif à cette situation et qu’on est résolu de prendr^ la rentrée les mesures nécessaires pour y remédier énergiquement, L’initiativo prise à la veille des vacance6 par un député de Saône-et-Loire, M. Boysset, do pré&e*1' ter un projet de la loi suspendant l’inamovibilité de H magistrature, Indique suffisamment à quel degré eu étaient arrivées les légitimes préoccupations de la Cha®' bre, il y a six sqmaines. L’ajournement presque imnié' diat des Chambres a seul mis obstacle au dépôt de c0 projet. Il eût été imposslblo, en effet de suivre la fllie1’® de la procédure parlementaire assez promptement pe^ faire nommer la commission d’examen de ce projc1 avant les vacances.
- Mais ce dépôt, forcément retardé, sera effoctué, nou6 pouvons l’assurer. Le projet Boysset ost revêtu déjà quatre-vingt-quinze signatures émanant de tous l®6 groupes de la gauche, et fou peut être certain, qu’à ia rentrée, il en aura au moins deux cents. ,
- On sait que ce projet tend à suspendre, à l’exemple y0 ce qu’avait fait la Restauration, l’inamovibilité dontjoib^ la magistrature assise, et à rendre nécessaire une n°uI velle investiture pour'tous les magistrats qui serait jugés dignes d’être maintenus en fonctions.
- On pourrait ainsi, grâce à ces dispositions, opérer le personnel judiciaire les changements reconnus néce® saires, do manière à mettra lo 'personnel en hurmo111 avec les institutions du pays, au lieu de le laisser coin#1 un des derniers refuges de la réaction.
- Nous n’avons pas fini avec le Bulletin des Commet
- M. Menier, député, avait attaqué en diffamation M-jC Fourtou. L’avocat de cet ex-ministre a dit être autoU, à déclarer cjue son client «n'avait jamais dissimw’
- Ions ceuta. qui l'approchaient, sa désapprobation la PL complète des lignes qui blessaient u profondément grand nombre d’hommes honorables et ani devenaient ® cessairement leur arme la plus redoutable dans la lutte6 gag>'e. » ;r
- Ainsi aujourd’hui, les gens du 10 mai, après av<^ vidé tout le sac des injures sur un grand nombre d’h01^
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- mes, qu’eux-mèmes reconnaissent honorables, n’ont plus même le courage de leur opinion et après l’injure, la bassesse.
- Le jugement rendu contre le Siècle, accusé et convaincu par le tribunal de la Seine, d’avoir diffamé l’exempereur, n’aura pas porté bonheur à la mémoire de Napoléon III. Le Sièce ne pouvant plus parler désormais des aliénations des biens domaniaux qui auraient été faites par Louis Bonaparte au profit de sa cassette particulière, a eu l’idée de rechercher l’emploi qu’on faisait des deniers publics sous l’Empire, et le compte qu’on tenait des décisions du Corps législatif, auquel sa soumission habituelle aurait dû valoir cependant plus de considération. Le Siècle a raconté tout au long l'histoire do la.fameuse dotation Palikao, et les moyens plus que scabreux qu’on employa, pour c mférer à M. de Montau ban, des avantages pécuniaires auxquels la Chambre avait refusé de souscrire. Ce récit est aujourd'hui reproduit parles organes les plus importants de la presse républicaine, et nous sommes en droit de demander, ce que la mémoire de Napoléon III peut bien avoir gagné à ce retour sur le passé, dont aucun tribunal cette fois, ne contestera la légitimité.
- Le Gouvernement vient do prendre, au sujet de l’Exposition. un parLi sur lequel la presse hési°e à se prononcer et qui, on effet, est nouveau. Une commission déléguée par lui achètera aux exposants divers objets, et en fera les enjeux d’une loterie publique à un franc le billet Les frais payés, le surplus de l’argent encaissé servirait à offrir le voyage et l’entrée de l’Exposition â des citoyens qui seraient désignés officiellement d’après leur profession et l exiguité de leurs ressources.
- Tels sont les deux objectifs philanthropiques de l’affaire : acheter aux exposants et donner le spectacle du Champ-de-Mars à des gens intéressants qui n’en ont pas le moyen. Une première émission de un million do billets à un franc aura lieu au commencement d’août, et sera suivie d’uuo ou plusieurs autres selon la réussite obtenue. Le tirage des lots aura lieu à la fin de l’Exposition. La presse monarchiste daubo cet expédient républicain. Les autres journaux ne disent pas grand’chose.
- Le public attend, et cependant prendra des billots ; c’est une manière de s’amuser qui eu vaut une autre. Puis chacun espérera gagner un lot. Seulement le hasard fait drôlement les répartitions, et l’on verra dos gens plus embarrassés de leurs lots qu’ils ne l’étaient pouUôtrô de leur argent.
- On commence à s’occuper des élections sénatoriales. Déjà un comité réactionnaire composé de six sénateurs tégitimistes, six sénateurs bonapartistes et six sénateurs orléanistes t’est constitué à Paris pour organiser la propagande et soutenir les candidatures réactionnaires. Mais il ne parait pas que l’en ton to se soit rétablie entre les éléments disparûtes qui composent ce petit cénacle anti-républicain, dont les membres gardent d’ailleurs l’anonyme, Des divisions se sont déjà produites au sein du Comité qui ne parait même pas être pris très au sérieux par les organes de l’opinion qu’il s’agit de discipliner et de ranger sous la bannière inodore du conservatisme clérical. Les tentatives do résistance à l’établissement do la République sont en réalité peu inquiétantes ; mais la faiblesse des adversaires du régime établi ne dispense pas le gouvernement de remplir avec-fermeté et vigilance les devoirs qui lui incombent. 11 P’est si petit ennemi contre lequel il no faillo se tenir en garde.
- Grand nombre d’hommes politiques appartenant au Parlement ou à la presse se sont rendus dimanche à Véretz pour inaugurer le monument funèbre élevé à la Mémoire du célèbre pamphlétaire Paul-Louis Courrier.
- Plusieurs discours empreints du plus pur esprit libéral ont été prononcés à cette cérémonie par M. Belle,
- maire de Tours, M. Bigaut. conseiller municipal de Paris, M. Edmond About et M. Jules Simon. Le soir un immense banquet a réuni à Chenonceaux chez M. Wilson. député d‘Imlre-et-Loire, toutes les notabilités qui se pressaient à Véretz pour, rendre un solennel hommage à l’écrivain dont la vie entière fut consacrée à la défense du bon sens et de la liberté, contre le fanatisme et l’arbitraire et qui paya de ses jours cet absolu dévouement.
- Il est encore temps de signaler à nos lecteurs une excellente circulaire de M. le'Ministre de l’Instruction publique recommandant aux Inspecteurs de l’Université le pius grand discernement dans le choix des livres distribués comme prix aux élèves dans les établissements d’éducation.
- On ne saurait, en effet, se faire une idée de l’ineptie de certains opuscules répandus par million dans nos écoles et dans nos collèges à la fin de chaque année scolaire. Dans ces ouvrages l’esprit clérical, donne libre carrière à ses préjugés, à ses passions et à ses haines et s’applique a fausser le jugement de la jeunesse. Il est grand temps d’arrêter la diffusion de ces déplorables écrits. Malheureusement le personnel des Recteurs et des Inspecteurs de l’Uuiversité renferme trop de membres dévoués à la cause réactionnaire pour qu’on puisse espérer que les sages instructions du ministre produiront tout leur effet.
- La grève d’Anzin peut-être, aujourd’hui, considérée commo terminée et le travail parait avoir repris à peu près partout. On ne saurait trop louer à ce propes le bon esprit dont ont fait prouve les populations ouvrières du Nord qui ont amené à faire prévaloir leurs droits sans que l’ordre ait été troublé un seul inslaut. Leur attitude est d'autant plus méritoire que la Compagnie d’Anzin a opposé une fin de non recevoir complète à la plupart des réclamations des mineurs. Les troupes qui avaient été envoyéos àAnzin ont quitté le pays et sont rentrées dans leurs casernemonts. Peut être aurait-il mieux valu qu’elles n’en sortissent point, en dépit de l’opinion de M. le Président du Conseil, qui estime qu’il est bon do « montrer les baïonnettes » de temps à autre aux ouvriers.
- M Emile de Girardin avait dit :
- Lo travailleur a une arme dans la main ; cette arme, qui lui a élé remise par le suffrage universel, c’est son bulletin de voie. Il n’a qu’à élire le candidat qu’il aura jugé le plus capable de représenter ses droits et de détendre ses intérêts. U est le nombre, il n’a qu’a s’élire lui-même.
- La Gazette de France le trouve mauvais; ce qui fournit à M. de Girardin l’occasion de développer ainsi sa pensée :
- ..... Entre le bulletin do vote et ces coalitions, voici le rapport qui existe et que la Gazette de France prétend ne pas voir :
- Hypothèse :
- Je suppose, simple supposition, que le capital poussant l’avidité jusqu’à- l’aveuglement, ne fait pas au travail sa juste part.
- Que doit faire le travailleur poussé à bout de patience par l’insuffisance du salaire?
- Doil-il se mettre en grève ?
- Non ; car en fin de compte, alors même qu’il réussirait à obtenir une augmentation de salaire, cette augmentation, vu le renchérissement de toutes choses ne tarderait pas à ètro illusoire et il aurait commencé par aggraver sa misère....
- "Donc ce que le travailleur-électeur doit faire, c’est lo jour venu, soit dos élections générales, soit des élections partielles de députés, donner sa voix au candidat qu’il saura être le plus capable de porter résolûment à la
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- tribune législative la question fiscale du capital et du travail, laquelle est moins ardue qu’elle le parait.
- Est-ce que ceux des impôts indirects qui pèsent si lourdement sur la consommation, conséquemment sur le travail et les travailleurs, ne peuvent pas être législativement convertis en impôts directs, pesant exclusivement sur la fortune transmise ou acquise.
- Ce qui est certain, c’est que l’antagonisme entre le capital et le travail est universellement à l’état de question si aiguë que, tôt ou tard, elle aura législativement sa solution....
- Cherchons et nous trouverons.
- Le traité cle Berlin commence à recevoir son exécution. Les troupes autrichiennes sont entrées en Bosnie après avoir traversé la Save sur cinq points, sans avoir rencontré d’opposition de la part des turcs, qui ont compris l’inutilité de la résistance. La Porte a essayé d’obtenir du gouvernement autrichien la fixation d’une date mettant un terme à l’occupation,' mais ces efforts ont été vains et les feuilles officieuses viennoises ne se font pas faute d’annoncer que les autrichiens resteront en Bosnie aussi longtemps que les Anglais à Chypre. Il faut avouer que la morale politique et les principes du droit international ont reçu dans ces derniers temps de rudes atteintes. Pour le moment c’est la force qui gouverne, A quand la revanche du droit?
- La discussion de la conduite du gouvernement Anglais au Congrès de Berlin a commencé lundi au parlement anglais. Lord Wasdfngton a formulé les griefs de l’opposition contre la politiqne de lord Beaconsfield D’après l’orateur wigh, le gouvernement de la Reine a failli à ses devoirs enabandonnant la défense des intérêts grecs ; la convention anglo turque est une violation du droit des gens et un véritable leurre, car l’occupation de Chypre n’est point aussi avantageuse qu’on l’a dit et a l’inconvénient d'avancer d’un siècle le conflit avec la Russie. Malgré la force des arguments développés, un ordre du jour de confiance a été voté. Néanmoins Fen-thousiasme des premiers jours a disparu et l’opinion publique revenue à des sentiments plus calmes, commence à envisager avec une attention qui n'est pas exempte d’inquiétude les conséquences de la politique fantaisiste de M, Disraeli.
- La colonisation de Chypre, s’annonce sous les plus brillantes apparences. C’est par milliers que les Européens habitant le Levant y sont déjà arrivés. La spéculation s’en mêle et de grands capitaux sont engagés, Les affaires ont déjà pris une telle activité que la succursale que la Banque Anglo-Égyptienne d’Alexandrie a fondé il y a quelques semaines a Larnaka ne peut suffire.
- Voilà ce qui s’appelle aller rondement en besogne .
- En Italie, l’agitation en faveur de l’annexion des Tren-tins et de Trieste, touche à sa fin. Les conseils de la raison ont triomphé du chauvinisme et le fils de Garibaldi a eu le bon sens de protester contre le bruit qui avait couru qu’il fournirait un corps de volontaires et qu’il recevrait des enrôlements, en vue de la délivrance de Trente et de Trieste. Une pareille entreprise eût été folle et Ü eût été déplorable de voir ainsi jouer avec la vie humaine. Fort heureusement Ménotti Garibaldi a coupé court à ces bruit fâcheux et il est probable que d’ici peu de jours, de cette agitation véritablement puérile, il ne restera plus que le souvenir.
- * •
- A l’heure où nous mettons sous presse, les renseignements sur les élections allemandes sont trop incomplets pour permettre une appréciation sérieuse.
- A Berlin, le parti progressiste l’emporte quoique les socialistes aient eu pour eux le tiers des voix.
- Le Maréchal de Moltke est resté sur le carreau dans la même circonscription que M. Most, l’écrivain socialiste.
- C’est M, Hoenel, le leader du parti progressiste qui a triomphé d’eux.
- Cet échec de M. de Moltke est un bon signe. Il prouve que les Berlinois reviennent de leur chauvinisme.
- A Strasbourg, M. Kablé, candidat de la protestation, l’emporte sur l’ancien député, M. Bergmann, autonomiste.
- Il y a ballotage à Hanovre entre les partiraiaristes et les socialistes et à Mannheim entre les socialistes et les libéraux nationaux.
- La Russie va encore fairo parler d’elle.
- Au mois de mai dernier, lorsque la guerre semblait inévitable et prochaine, le général Kaufmann, gouverneur du Turlcestan, reçut de Saint-Pétersbourg des instructions confidentielles. Il lui était prescrit de former sans retard un corps d’opérations, qui, partagé en trois détachements, se préparerait à entrer en campagne le plutôt possible. De quoi s’agissait-il ? Les journaux russes nous Font appris en nous rapportant le texte d’un ordre du jour adressé par le général Kaufmann aux troupes de sa circonscription, et contenant un exposé sommaire des dispositions dont Furgence lui avait été signalée par le ministre de la guerre.
- Les opérations prescites ont déjà reçu un commencement d’exécution, et tout porte à croire qu’en ce moment même les Russes sont en marche, nou pas, il est vrai, pour envahir l'Inde anglaise, mais pour occuper une région qui les en rapproche sensiblement.
- Un coup d’œil jeté sur la carte et l’ordre du jour du général Kaufmann prouvent que la nouvelle campagne des Russes ne peut avoir qu’un but : l’occupation de Boukhara et la conquête du bassin supérieur de l’Amou-Darja (l’ancien Oxusj jusqu’au pied des défilés qui mènent dans l’Afghanistan à travers la chaîne de l’Indou Koh.
- Le corps principal de Farmée d’opération, formant le centre, s'est concentré à Samarcande ; il devait marcher sur Dscham, poste fortifié russe placé sur la frontière de Boukharie, et de là se porter en avant par la route qui lui serait indiqué. Ün détachement placé à Faile gauche, et partant de Marglian district récemment annexé du Ferghana (ancien Khauat de Khokand), traverse par Wuadil la chaîne de FAlaï Dagh, et pénètre parla vallée du Kizil-Sou dans le bassin de l’Amou Darja, pour se rabattre ensuite de l’Est à l’Ouest sur la Boukharie. L’aile droite opère de la contrée de IQiiva : elle a eu pour point de départ, le fort de Pétro-Alexandrovsk, et remonte FAmou-Darja jusqu’à Tehardchui ; de là, une roule directe conduit à Boukhara.
- Ces trois mouvements concentriques ont évidemment pour objectif la capitale de l’émir de Boukharie. Une semblable expédition pouvait se faire avec des moyens restreints : le corps du centre ne compte pas plus d'une douzaine de bataillons soutenus par des cosaques et de Farlillerie, et les deux ailes sont beaucoup plus faibles.
- La presse russe est mieux informée qu’elle ne veut bien le dire des intentions de son gouvernement, et elle se charge par ses commentaires de mettre en relief Fini" portance et la signification de cette entreprise encore a ses débuts.
- Il convient à la Russie de ne pas laisser réfroidir l’impression produite en Orient, par ses victoires et d’en profiter pour s’emparer de la pat lie delà Boukharie qui n’est pas encore russe. La Russie veut planter son étendar à Boukhara: elle occupera Balkh, le nœud àes routes des caravanes au centre de l’Asie, la grande ville commerciale, aussi célèbre dans les légendes d’Asie que la forteresse arménienne, et ce sera sa réponse à l’occupation de Chypre. Espérons que cette nouvelle équipée n’amènera pas de nouvelles complications.
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- QU’IL FAUT CONJURER LA RÉVOLÙTION
- Monsieur le Rédacteur,
- La création, en province, d’un journal tel que Le Devoir est un fait d'une portée considérable. Cela prouve, d’abord, combien les idées marchent. Mais, de plus, une publication de ce genre, imbue de cet esprit, pénétrée de ces doctrines, est appellée à faire un bien réel à la patrie et à l’humanité.
- Qu’on ne s’y trompe pas ! Les temps sont proches. Il so prépare sourdement, à cette heure, une révolution sociale qui, si elle éclate, sera telle qu’il est impossible de prévoir jusqu’où elle pourra aller.
- Les esprits sont surexcités ; la pensée bouillonne dans les cerveaux; le volcan menace à chaque instant d’éclater.
- Les faits sont là l Aveugle qui ne les voit pas 1 L’explosion, si elle a lieu, sera épouvantable. La liberté qui règne aux Etats-Unis est impuissante à l’empêcher et le despotisme Prussien ne la retarde que pour la rendre plus irrésistible encore.
- Il n’y a pas à chercher à s’y opposer. C’est le courant des idées qui nous y mène. C’est la force des choses. Le mieux est au contraire, d’aller de l’avant, pour conjurer s'il se peut ou tout au moins pour diminuer d autant la violence du choc. Les rétrogrades ne font qu’aggraver le danger, — comme toujours.
- Les intérêts en lutte seront implacables. Un journal qui prêche la confiance, qui inscrit en tête de son programme ce beau mot : Fraternité, tend par suite à rendre les ressentiments moins amers et moins violents. Cela faisant, il aura bien mérité de la France et de l’humanité. Tout homme de cœur lui doit son approbation II a la mienne, sans restrictions, et si peu que je sois, elle n’est pas sans valeur, car j’ai fait de ces questions l’objet de mes méditations quotidiennes.
- ün des plus grands maux dont souffre la Société, c’est, comme vous l’avez dit vous même, c’est que la confiance manque. C’est un grand malheur que cet antagonisme qui existe entre les hommes placés aux divers échelons de notre état social. Et ce qu’il y a de plus triste, c’est que la défiance est légitime. — Les ouvriers se méfient,... eh mais, dam 1... Les bourgeois n'ont pas confiance,... et sans compter 1...
- Il n’y a qu’un remède à cet état de choses : la droiture et la loyauté la plus scrupuleuse, d’une part; le bon sens strict et ferme, de l’autre. Et l'instruction partout. Oui, partout ; messieurs les satisfaits. Car, si les cabarets font fortune, les cafés ne font pas de trop mauvaises affaires non plus.
- Ayons le goût, l’amour, le culte du bon sens, afin de voir du premier abord quelles sont les réformes possibles et urgentes et celles qui ne le sont point. Puis, à l’œuvre, sans tarder. Qu'on se persuade bien que chacune des réformes qu’on introduira paisiblement dans les mœurs contribuera à nous éviter une révolution sanglante.
- Le haut prix de la vie est aussi une des plaies de notre temps.
- Repousser le libre échange, parce qu'il fut introduit chez nous par l’Empire, c’est faire hausser davantage enc ore ce prix. Ce serait un crime. Le libre échange est un pas vers la Fédération Européenne, et, comme tel, doit-être désiré par tous les esprits libres ; il s’impose de même, au point de vue économique. Car, il est inadmissible que pour protéger les citoyens exerçant une industrie quelconque, représentée par quelques milliers de têtes, on lèse la nation tout entière qui, elle, en représente des millions. Peut on être de bon sens et de bonne foi et ne pas le reconnaître ?
- Mais, je vais plus loin.
- Paix au passé ! Respect aux hommes et aux choses, qui font partie de nos annales, et qui eurent aussi leur heure de gloire, quoiqu’on fasse. Dédaignons ces récriminations mesquines et irritantes, autant que stériles. Laissons dormir ce qui est mort.
- Quoique la France ait fait, ou permis, elle l’a voulu, ou tout au moins toléré. Nul n’a rien à y voir.
- Donc, silence ou respect aux hommes et aux choses du passé, et vouons toutes nos forces au présent incertain et surtout à l’avenir. Faisons que les menaces dont il est gros, se changent en promesses radieuses.
- Agréez, etc.,
- De Toyon.
- Publicistet Ex-Capitaine de Mobilisés.
- LETTRES D’ANGLETERRE
- Correspondance particulière du Devoir
- Londres, 18 juillet 1878.
- La paix est faite enfin ! Le premier ministre et le ministre des Affaires Etrangères viennent de rentrer à Londres où leurs partisans leur ont fait un bout de manifestation que les annonces dans les journaux conservateurs et les circulaires, distribuées dans les rues, ne sont pas parvenues à monter au diapason d’une vraie manifestation populaire.
- L’Angleterre qui désirait la paix et à qui Lord Bea-consfield répète qu’il l’apporte dans sa valise, resté froide aux assurances réitérées du trop habile diplomate.
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- LE DEVOTR
- On conserve de vers soi des inquiétudes sérieuses; si le premier ministre veut assurer la paix, s’il en recherche le maintien, qu’a-l-il à s’embarrasser du protectorat anglais en Asie. N’est-ce pas là planter à plaisir un jalon dangereux en vue d’une guerre future. Déjà l’on dit : .« Ne parlons plus do Turquie d’Asie ; parlons de la Turquie anglaise ; tôt ou tard la Russie et l’Angleterre se disputeront cet empire. »
- La paix n’est donc que momentanée, tous la comprennent ainsi et l’œuvre des associations pacifiques n’est pas près de finir. C’est à celles-ci, qu’on ne l’oublie pas, c’est aux efforts qu’elles ont faits pour éclairer l’opinion publique que l'on doit de n’avoir pas vu l’Angleterre se jeter dans la mêlée. Il n’y a pas le moindre doute que si lord Beaconsfield et ses amis les philoturcs eussent osé braver jusqu’au bout l’opinion de la nation ils eussent soutenu par les armes la Turquie d’Europe comme ils prennent rengagement de le faire pour la Turquie d’Asie Quant à ceci, les Ottomans qui sont en train de recevoir des leçons auront encoro à apprendre et à se convaincre que promettre et tenir sont deux, de la part d’un trop puissant allié.
- Parmi les populations qui ont le plus fait pour maintenir la politique de l’Angleterre du côté pacifique et combattre les tendances belliqueuses de l’aristocratie, il faut compter la Worlmen's Peace Association, admirablement outillée pour soulever l’opinion publique parmi les classes ouvrières dans tous les districts de la Grande-Bretagne, aussi bien dans les pays de mines, que dans les cantons agricoles les plus reculés de l’Ecosse.
- Vous pourrez juger avant peu des ouvriers qui dirigent cette association, laquelle ne reçoit que des artisans. Elle organise à l’occasion de l’exposition universelle une manifestation qui aura lieu à Paris le 25 août et quisera la continuation du Congrès tenu par elle, il y a deux ans, à la rue d’Arras. On espère obtenir Victor Hugo comme président de cette réunion, où viendront de nombreux délégués des associations ouvrières de la Belgique, de Tltalie, de la Suisse, de l'Allemagne, sans compter au-delà d'un Millier d’associés anglais. Les principes de l’Association sont de combattre les armées permanentes comme le premier dangor pour la liberté des peuples, et de recommander le systènio d’arbitrage international pour terminer les querelles des nations entre elles.
- Toute association ouvrière peut s'affilier à l’association anglaise en inscrivant ces deux principes, dans son programme. En Angle terre où l’armée sc recrute encore, la propagande de l’Association dans les ateliers, dans les ports, dans les villages à l’aide de brochures, de meetings etc., rend très-difficile pour le gouvernement les recrutements en toute saison. C’est là une mise en pratique de l’association qui peut-être imitée sur le continent en prêchant les quelques malheureux qui s’engagent volontairement, croyant avoir la vocation militaire; en leur montrantee que cette vocation de meurtrier a d’insolite dans ce siècle do travail, cl de mortel pour l’individu lui-même bien plus que pour les ennemis du maître, qu’il se choisit aveuglément,
- La réunion do Paris n’aura pas cette année la proportion d’un congrès J aussi les associations ouvrières partageant les idées de l’Association anglaise peuvent dès maintenant désigner leurs représentants qui soront reçus à la réunion sans qu’il soit besoin de pouvoirs on règle comme c’est le cas pour un congrès. Cos représentants d’associations établies formeront le bureau, o’est-à-diro prendront place, à la mode anglaise, sur la plateforme. Les simples adhérents sont reçus sans qu’il soit besoin
- de carie spéciale et constituent le public écoutant. Les choses se passeront un peu à la façon des meetings anglais. On m’assure qu’au cas où Victor Hugo ne puisse, à cause de sa santé, exercer la présidence qu’il a acceptée en principe, Messieurs Louis Blanc, Tolaln, Nadaud, Tallandier et quelques autres députés raccompagneront.
- Je vous parlerai dans ma prochaine lellre de la situation du Lraviil et des récentes grèves que nous avons eues mais qui, nous sommes heureux de le constater^ prennent de jour en jour moins d’extension.
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- LIBRE ÉCHANGE OU PROTECTION ?
- Berlin, 18 juillet 1878 (retardée).
- Cher ami,
- Quel enseignement nous livrent les États Unis, pauvres héritiers de quelques-uns des préjugés de notre vioille Europe, transportés là par la race anglo-saxonne t
- Reconnaître d’où vient le mal, c’est mieux que le signaler seulement ; car c’est être médecin hygiéniste, c’est guérir et prévenir la rechute. Eh bien, c’est ce que vous faites dans votre excellent article les Fruits du système protecteur..— Bravo ! je ne vois rien à ajouter, si ce n’est un argument à l’appui de votre thèse ; je soulignerai dans lo Devoir, si vous lo voulez bien, ce que vous dites.
- Les États-Unis n’avaient pas sopt plaies comme l’Egypte, mais deux des plus terribles ! Us se sont débarrassés de l’une d’elles, Y esclavage, la plaie du Sud, en répandant des tlots de sang I Un peu de bou-seus seulement les guérirait de l’autre, celle du Nord, le protectionisme, qui les rouge. Qu’ils écoutent donc les conseils de la science !
- Leur grand économiste Garey s’est trompé en faisant de l’économie poliliquc une chose nationale, en admettant une exception à ses principes! — Henri Carey protectionniste, lo comprend-on ? — Ecoutez ce quo le grand docteur ôs-libro échango a dit de l’Amériquo ; il a prédit la double maladie dont aurait à souffrir co pays et cela bien longtemps avanL la guorro de sécession puisqu'il mourut à-Rome en 1850; hélas, pourquoi ne pas avoir écouté les conseils du médecin avant la venue de la crise 1 Puissent les Américains devenir plus sages ! — Voici ce qu’écrivait Rastlat, il y a bien longtemps :
- « L’esclavage est une violation, sanctionnée par la loi, des droits de la personne, la protection est la violation, perpétuée par la loi, du droit de propriété. Et certes, il est bien remarquable qu’au milieu do tant d’autres débats, co double fléau légal, triste héritage do l’ancien monde, soit lo soûl qui puisse amener et amènera peut-être la rupture de l'Union. C'est qu’on effet ôn no saurait imaginer, au sein d’une société, un fait plus considérable que celui-ci : la loi devenue instrument d’injustice. Et si co fait engendre des conséquences si
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- formidables aux Etats-Unis, où il n’est qu’une exception, que doit ce être dans notre Europe, où il est un principe, un système ?» (J)
- Salut fraternel.
- Edmond Potonié
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mmo Marie HOWLAND (Voir Nos 4 à 2i)
- RAISINS COUTEUX
- CHAPITRE XVII
- Lorsqu’il s’éloigna, repoussé par miss Marston, Dan se sentit, pour la première fois de sa vie, réellement malheureux, mais cette épreuve fut loin de produire sur lui l’effet ordinaire d’un amour dédaigné sur les âmes d’élite ; elle glissa sur ce cœur endurci sans adoucir la rudesse de ses sentiments.
- Il marchait les dents serrées, maudissant son idole et se maudissant lui-même de s'être exposé à ce dédaigneux accueil.
- Chemin faisant, il rencontra Susie; prise à T improviste, la tendre jeune fille le voulut accueillir par le doux sourire d’autrefois, mais il passa près d’elle, sombre et farouche, sans lui accorder une marque d attention, et l’infortunée poursuivit tristement son chemin, tremblante et dissimulant sous son voile le torrent de ses larmes.
- Dans la disposition d’esprit où il se trouvait, toutes les femmes apparaissaient à l’amoureux re-. buté comme autant d’ennemies ! Susie, surtout, devenait à ses yeux l’objet d’une aversion particulière. N’était-oe pas elle qui avait fait avorter ses projets sur miss Marston ? Sans l’irritant souvenir de son échec, peut-être Dan eût-il cédé à quelque charitable élan dont son cœur n’était pas absolument incapable; peut-être eùt-il adressé à Susie quelque affectueuse parole ? S’il ne pouvait s’inspirer de ce sentiment élevé, tendre et pur, qui fait ardemment courir au-devant des désirs de l’objet aimé, qui met à les prévenir le bonheur suprême, s’il n’avait jamais éprouvé pour Susie cette affection que rien ne remplace dans le cœur de la femme assez heureuse pour l’avoir une fois connue, du moins avait-il aimé de cet amour violent et passager dont sont susceptibles la plupart des hommes. Serait-il plus juste de faire â ce cœur inculte un crime de son
- (I) VI Faut se reporter en pensée en lisant ceci à la Hênublique (le 184», temps vers lequel ceci fut écrit, doue bien (.vaut les traités do commerce.
- infériorité que de reconnaître franchement combien peu de femmes méritent d’inspirer une passion si pure et combien les exemples en sont rares dans le monde?
- Susie n’avait jamais aimé que Dan ! S’il était arrivé quelquefois qu’elle rêvât de caresses plus douces que L’étreinte du faucon fondant sur sa proie, cet amour n’en remplissait pas moins son cœur, et, quoique trop sûre de n’ètre point payée de retour, elle était navrée de voir se détourner d’elle, dans la rue, l’objet de sa tendre affection.
- Peu à peu elle apprit à surmonter cette pénible impression. La certitude que Dan était à jamais perdu pour elle, l’intérêt nouveau que Clara avait mis dans sa vie en la poussant à l’étude, les occupations qu'elle se créai t chaque jour, l’aidèrent puissamment à combattre son chagrin. Bientôt elle eut de loin en loin quelques heures de répit, puis elle en arriva à passer des jours entiers sans penser à ses cuisants souvenirs. Elle se félicitait de cette victoire remportée sur elle-même, jusqu’au moment où, rappelant à son esprit la mémoire des jours heureux, une circonstance fortuite la replongeait dans ses angoisses, et ravivait des tortures qui lui rendaient l’existence insupportable.
- Après le départ de miss Marston, Dan ne fit dans sa famille que quelques rares visites. Il s’y sentait mal à l’aise, bien que son père le traitât comme par le passé, sans jamais faire la mofiidre allusion à Susie, et que sa mère ne cessât de lui témoigner une tendre sympathie. Clara n'était que polie avec lui et, quant à ses jeunes sœurs, il ne s’en inquiétait guère
- Il ne tarda pas à s’apercevoir que Clara était instruite de sa démarche près de miss Marston et du refus amer qu’il avait essuyé. Cette découverte l’exaspéra. Ainsi, pensa-t-il, elle m'a méprisé à ce point de itepas tenir secrète l'humiliation qu'elle m’a infligée 1
- Miss Marston était en vérité la dernière personne capable d’un tel manque de discrétion. La veille de son départ dans une longue conversation qu’elle eut avec Clara, elle la pria de porter à Susie l’assurance que Dan n> lui était absolument de rien. * Je sais, ajouta-t-elle, quels peuvent être les sentiments d’une personne dans sa-situation pour celle à qui elle attribue la cause de son abandon, üites-lui bien que je n’ai jamais donné le moindre encouragement à votre frère, ni dans l’intimité, ni par correspondance, ni autrement. « Puis elle raconta sa dernière conversation avec Dan exprimant, sans restriction, combien elle désapprouvait l’inexcusable conduite de ce dernier. Le même jour, elle envoya à Susie un message
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- plein d’affectueuses paroles, accompagnées d’un microscope dont elle lui faisait présent pour l’aider dans l’étude de la botanique,
- « Il y a une chose que j’ai toujours voulu vous demander, miss Marston, » dit ensuite Clara, « mais je n’ai jamais osé. Voulez-vous me dire sans détour ce que vous pensez d’Albert ? » Et comme miss Marston se faisait prier pour répondre, Clara, entourant timidement de son bras la taille de sa maîtresse, pour laquelle, malgré leur intimité récente, elle avait conservé le respect quelque peu mélé de crainte dont elle avait pris l’habitude à Stonybrook, insista pour connaître son opinion ; elle avait en effet remarqué que sous les dehors de la politesse la plus exquise, il n’existait aucune sympathie entre miss Marston et Albert.
- Ainsi pressée, miss Marston finit par dire :
- « Je l’ai observé avec soin, parce qu’il tient votre bonheur en ses mains, et je crains, je l’avoue, que vous ne soyez pas précisément la femme qu’il lui faut, »
- Clara, se méprenant sur la pensée de miss Marston fut vivement affectée et répondit : « Je me suis souvent étonnée, en effet, de la haute opinion qu’il semble avoir de moi. »
- « Il ne s’agit pas de vous-*», reprit miss Marston, « vous êtes digne de qui que ce soit au monde, mais j’ai remarqué chez votre fiancé une suffisance, bien voilée, il est vrai, par son savoir vivre, mais qui, j’en ai peur, viendra quelque jour se mettre en travers de votre affection pour lui et de vos idées de justice. Remarquez que je dis seulement: « J’en ai peur. » Cependant je ne puis trop vous recommander d’éviter avec soin un premier malentendu. Il lui serait dur, je le crois, de faire un examen impartial de lui-même ; la connaissance de soi-même est une rare qualité dont heureusement vous avez hérité de votre père qui est un homme vraiment supérieur. »
- » Traduction libre » dit Clara en souriant, « Albert sera un tyran. Je vous remercie de votre franchise, mais je suis sûre que vous l’avez mal jugé. Je m’appliquerai sans relâche à rester toujours tendre et juste à son égard et j’ai le ferme espoir de lui conserver à jamais l’estime dont mon cœur est rempli. » Une fois sur ce chapitre, Clara laissa percer peu à peu une passion si voisine de l’idolâtrie que miss Marston en fut effrayée, comprenant sans peine qu’un tel sentiment était trop exalté pour être payé d'un' entier retour, et même simplement compris d’Albert Delà no. Elle se tût pourtant.
- Le lendemain miss Marston quitta Oakdale. Pin gagnant à pied la gare, et passant, accompagnée de
- Clara, devant l’habitation de madame Buzzell, la jeune dame voulut voir Susie et saisit l’occasion de cette visite pour lui témoigner la plus affectueuse sympathie. Cette démarche, dont Clara fut charmée, mit madameForest au comble de la surprise.
- Les semaines succédaient aux semaines ; madame Buzzell faisait courageusement tête à l’opinion publique et dédaignait l’accusation d’encourager le vice. La conscience d’agir suivant son devoir la soutenait,.et ce sentiment s’affermissait chaque jour en elle par la découverte de quelque nouveau mérite révélé par sa protégée.
- Le caractère de la bonne dame n’avait jamais brillé par l’excès de la patience et des années d’une existence solitaire n’en avaient pas adouci l’anguleuse nature. Aussi lorsque lui revenait un commérage malveillant, rendait-elle amplement aux critiques la monnaie de leur pièce.
- Grâce à l’hospitalité de sa protectrice, Susie put échapper à l’humiliante charité des dames de la congrégation, qui avaient failli de si près la recevoir parmi les membres du troupeau sacré. Ce fut pour elle un bonheur d’y échapper, car la durée du patronage dévot dépend de la souplesse dont est douée la néophite, obligée par dessus tout à se considérer comme une vile pécheresse, à se contenter avec reconnaissance de la plus misérable place et à se montrer pénétrée de cette conviction que ses bienfaitrices sont autant au-dessus d’elle que les étoiles au-dessus de la terre I Que la malheureure victime de la faiblesse humaine tente de regagner par une conduite sans reproche, sa réputation perdue ; qu’elle ose se révolter à la pensée que les filles de ses charitables bienfaitrices, pendant qu’elles l’accablent de leur mépris, accueillent de leurs plus doux sourires le séducteur qui l’a délaissée; alors plus de pitié pour elle! L’humiliant asile lui est impitoyablement fermé.
- « C’est ce que la société appelle se protéger *», disait un jour madame Buzzell à madame Kendrick, la femme du banquier, qui était venue lui rendre visite et lui proposait son assistance poug Susie. « Croyez-vous qu’il n’y ait pas quelque chose de profondément injuste dans ce système qui accable de ses rigueurs la femme malheureuse et sourit des péchés de l’homme ? Dans le cas de Susie, par exemple, la faute n’est-elle pas bien plus grande du côté de son séducteur ? Or, il en est presque toujours ainsi. Dès l’enfance on enseigne à l’homme l’indépendance et la liberté, et l’on apprend à la femme qu’elle est destinée à vivre sous l’entière dépendance du sexe fort; puis, lorsque l’une d’elles a l’imprudence de s’en remettre complètement à un homme et de se confier
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- à son honneur, lorsqu’elle lui donne tout sur une promesse de bonheur, vous voyez le résultat Nous avons souvent appliqué au docteur l’épithète de radical, tout en lui pardonnant ses excentricités parce qu’il est le meilleur des hommes et des médecins, mais sous l’impression de pareils faits je commence à croire qu’il est plus près que nous de la vérité. «
- « Vos sympathies égarent votre jugement, chère madame, » répliqua la femme du banquier, « ne voyez vous pas que si l’on entourait de respect et de considération les mères non mariées et leurs enfants, il n’y aurait plus de différence entre elles et nous, entre des bâtards et des enfants légitimes ; si la société faisait aux filles-mères la situation que vous leur souhaitez, l’état de femme mariée ne présenterait plus au point de vue de la considération que des avantages fort problématiques. »
- « Et je pense quelquefois que c’est la vérité », répondit madame Buzzell se livrant sans réserve aux idées que le tour imprévu de la conversation éveillait en elle, et perdant de vue le dessein qu’elle avait conçu un instant auparavant de» captiver madame Kendrick.
- Celle-ci continua : « Lorsque nous perdons notre première fraîcheur les hommes s’imaginent que nous vieillissons, tandis que nous sommes au contraire, plus sensibles que jamais à la meilleure partie de l’amour. Une femme qui devient mère redevient véri-blement enfant à cet égard. Cependant, quoique nous puissions faire, nous ne pouvons pas maintenir chez nos maris ce sentiment idéal et pur, sans lequel l’amour n’est rien pour nous. Les enfants eux-mèines ne nous donnent une complète satisfaction que dans leur premier âge; plus tard ils se séparent de nous, nous blessent de mille manières et passent la moitié de leur existence à combattre nos désirs les plus chers. Le mieux que nous puissions faire, après tout est de porter nos vues et nos espérances au-delà de ce monde, dans lequel, pour ma part, je ne trouve que bien peu de plaisir. »
- Il arrivait rarement à madame Kendrick d’épancher avec autant de liberté ses pensées intimes ; elle passait généralement pour une heureuse épouse et madame Forest trouvait son sort digne d’envie. Son mari était riche, comme devaient l’être tous les maris
- __dans son opinion, ils en avaient contracté le devoir
- envers la société, — de plus M. Kendrick n’avait jamais passé pour un excentrique; madame Forest l’eût donc trouvé parfait.
- Dans sa jeunesse, M. Kendrick s’était montré enthousiaste amoureux de l’art et delà poésie; il avait rêvé un noble but à sa vie et même composé quelques j olis vers. Sa femme, avant leur mariage et
- et même quelque temps après, l’avait adoré; mais depuis, il avait tellement changé le régime de son esprit, que, tandis qu’il avait autrefois semblé le nourrir exclusivement de grandes aspirations et de l’amour du beau en toutes choses, il le gorgeait maintenant d’actions et d’obligations, et s’assimilait cet aliment à vastes doses.
- Sa romanesque femme devint à son tour trop pratique et, quoiqu’elle regrettât amèrement ses illusions, elle dirigeait tout l’effort de sa vie vers la satisfaction d’une ambition mondaine Elle avait la plus belle habitation du pays et semblait s’étudier jour et nuit à bien montrer à son mari que la somme de son bonheur dépendait de ses relations sociales et bien peu de lui. Depuis longtemps ils avaient renoncé à froisser leur mutuelle vanité, comme il arrive à de vulgaires époux, quand ils ont survécu au roman et que le joug conjugal commence à leur peser. Cela n’était pas digne de troubler leur vie. Le monde les citait comme un brillant modèle de félicité conjugaler.
- En public, ils parlaient toujours l’un de l’autre avec une réserve étudiée, comme pour mettre hors de cause leurs sentiments intimes. Et cependant, en dépit de ces séduisantes apparences, de sa fastueuse demeure, de ses équipages, de son vaste jardin et de ses serres, madame Kendrick envisageait la vie comme un trop long fardeau.
- Que de femmes du monde sont affligées des mêmes déboires et ne savent pas comprendre que ce qui manque à leur vie, c’est une sphère d’action plus large.
- M. Kendrick devait être colossalement riche; c'était merveille qu’il pût ainsi dépenser l’or à profusion sans tarir la source de ses prodigalités. Les hommes d’expérience affirmaient pourtant que ses fermes étaient mal tenues, et l’on savait que, malgré les sommes considérables dépensées pour ses serres, il en était réduit, chaque fois qu’il donnait une fête, à se procurer des fleurs chez les fleuristes de la ville.
- M. Kendrick prenait cependant un vif intérêt à ses jardins d’hiver. Dans l’un d’eux, entre autres, se trouvait un cep de vigne de Chypre portant une magnifique grappe de raisins dont il suivait le développement avec sollicitude ; seulement comme il n’entendait rien à la culture forcée, il était obligé de s’en rapporter entièrement à son jardinier en chef devant lequel il faisait bien humble figure. .
- Dans le courant de l’hiver on lui présenta la note du charbon brûlé dans ses serres; il eut, par hasard, la curiosité d’y jeter les yeux avant de la payer: elle s’élevait à un chiffre énorme ! la consommation dépassait soixante-quinze tonnes ; et l’hiver n’était pas fini ! Il se permit de demander timidement au jardinier chef quelques explications; mais celui-ci,
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- d’un air digne et plein de reproche lui montra la grappe de raisin. M. Kendrick fut réduit au silence.
- Lorsque à la fin de sa visite, madame Kendrick se leva pour sortir, elle demanda à madame Buzzell si elle pouvait l’aider dans la tâche qu’elle avait entreprise en faveur de Susie.
- « Naturellement j’ai besoin de votre sympathie,» dit la vieille dame, « car il n’est pas agréable d’être mise à l’index pour avoir accompli son devoir. »
- « Vous verriez votre devoir sous un autre jour, si vous aviez une fille à marier, » répondit la femme du banquier. «Je ne vous condamne pas, mais je ne pourrais vous imiter. #
- — « Mais alors quel est notre devoir, en tant que chrétiens, lorsque nous nous trouvons en présence de situations comme celle de Susie ? »
- — « Oh! je suppose qu’il serait bon d'avoir des établissements respectables dans lesquels ces malheureuses pourraient trouver aide, protection et travail. Je ferais volontiers un sacrifice pour aider à fonder quelque chose de semblable, mais quant à prendre, ouvertement comme vous le faites, la défense d'une pauvre fille, cela me serait impossible. »
- —- « Ne voyez-vous donc pas, madame, que la religion du Christ nous enseigne clairement le devoir de pardonner à ceux qui tombent et de les aider à mener une meilleure vie? »
- — « Ma chère madame Buzzell, la religion chrétienne est interprétée aujourd'hui de façon à s’adap ter aux exigences du siècle. Telle qu’elle était pré-chée par Jésus et ses disciples, elle serait aussi déplacée dans la société actue le qu’un moine dans une salle de bal. »
- Lorsque le docteur, un ou deux jours après, vint visiter sa vieille amie, elle lui rapporta sa conversation avec madame Kendrick.
- * Elle est plus philosophe que je ne croyais, » dit le docteur.
- — « Mais ne pensez-vous pas, M. Forest, que sa façon d’envisager la religion est tout-à fait choquante? »
- — « Ah ! ma chère amie, on ne devrait jamais se choquer d’entendre la vérité. Le chrétien des premiers jours ne se rencontre plus aujourd’hui que dans quelques ordres de l’église catholique qui, à la lettre, ne prennent aucun souci du lendemain et n’ont ni un sou dans leur poche, ni un vêtement de rechange. Ils crucifient leur chair et s’efforcent d'être en tout semblable à Jésus-Christ. Madame Hendriek a parfaitement raison : En accueillant chez vous et en secourant Susie que la société méprise et rejette,
- vous vous conduisez comme un chrétien des premiers jours.
- « Qu’importe, » fit madame Buzzell, « si je puis être chrétienne dans le vrai sens du mot, c’est tout ce que je demande. »
- « Et par cela, n’est-il pas vrai, » demanda le docteur, « vous entende-z être pure dans toutes vos pensées, juste dans tous > os actes, rien de plus ? »
- — « Certainement !
- — « Eh bien 1 c’est précisément là ce que j’appelle la vraie morale. Vous lui donnez un autre nom, mais au fond, nous différons peu et, quoique vous soyez une dévote et moi un infidèle, nous pouvons nous donner la main. » Et le bon docteur souriait.
- Madame Buzzell vit bien qu’ello était allée trop loin en concédant que son christianisme consistait en un cœur pur, des actes justes et rien de plus; mais elle n’était pas disposée à discuter ce jour là et se mit à parier d’autre chose.
- {A suivre.)
- CORRESPONDANCE ET DISCUSSION CONTRADICTOIRE
- M. A. S., à Saint-Quentin, nous écrit :
- a Vous vous êtes engagé, dans votre Numéro Programme, à vous tenir constamment sur le terrain des principes et à vous dégager de tout parti. Ces promesses ne sont pas tenues et, à plusieurs reprises déjà, vous avez employé contre ce que vous appelez a les anciens partis, » des invectives de mauvais goût. »
- Accusation grave I
- — « Des invectives de mauvais goût ! »
- Eh! quelle presse, je vous prie, peut être accusée d’en commettre 1
- Mon cher correspondant, vous êtes mor voisin et, comme tel, vous ne devez pas ignorer que le département de l’Aisne compte dans scs représentants au Sénat MM. Waddington et de Saint-Vallier.
- Et bien, voici en quels termes parle de ces deux honorables sénateurs, le journal le Pays, l’organe le plus répandu du parti auquel vous appartenez :
- « Roulé on a été, dit-il, roulé on restera.
- « La France a été représentée d’une façon ridicule (au Congrès),
- f Nous avons été bafoués dans la personne de Bobêcbo, miuistrc, et de Galimafré, ambassadeur.
- « Ça, c’est connu, bien connu, et il faut des moyens moins enfantins pour modifier la douloureuse impression qu’à ressentie l’opinion publique.
- « Les républicains le savent bien. »
- Si les expressions dont nous nous servons sont « do mauvais goût. » nous demanderons à M. A. S. comment il qualifie celles du Pays, journal pour lequel il a dos sympathies.
- Elles sont sans doute d’une délicatesse du plus haut prix.
- Quant au reproche qui nous est fait d’avoir condamné dos choses condamnables, nous l’accoptons comme une louange. Nous avons le droit do critiquer les faits en restant à la hauteur des pricipes. Nous n’avons pas agi
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- autrement, et quand les républicains se sont trompés nous le leur avons dit; c’est ainsi que nous nous sommes élevés contre les poursuites intentées à M. de Cassagnac pour délit de presse et plus récemment contre certains actes du ministère.
- m. le commandant CATiNEAü, à Gensac, nous écrit :
- « Dans un article nécrologique sur le regretté docteur Baudot-Dulary, signé L, L., précédé d’autres articles que je signerais volontiers, votre numéro du 14 juillet, à propos de l’insuccès de Condé-sur-Vesgres et d’autres essais d’applications de théories socialistes, renferme une phrase qui demande au moins un commentaire.
- « Les sociétés humaines, y est-il dit, sont le fruit du « sort fatal et du temps; elles ne se transforment que « lentement, à notre insu, sous l’effort persévérant de « forces dont nom n'avons pas la libre disposition, mais « dont nos eforts sont les éléments, »
- « Veuillez, je vous prie, rapprocher ce que j’ai souligné de ce que renferme l’article qui vient peu après sous le titre : jean-jacques rousseau. Après avoir affirmé l'influence sur la rénovation de 1789 des deux grands philosophes du xvme siècle peut-on dire que le gouvernement du progrès est bien réellement abandonné au sort fatal et qu’il agit toujours à l'insu de l'homme?
- « N’est-ce pas se contredire dans une seule phrase que de dire que nom n'avons pas la libre disposition de forces dont nos efforts sont les éléments ? Une semblable affirmation n’est-elle pas à la fois l’affirmation et la négation de la science sociale?
- « Je sais bien qu’on répète journellement :
- « L'homme s'agite et Dieu le mène, -et qu’on peut regarder cette affirmation comme équivalente à la précédente. Il y a toutefois progrès sur l’idée du sort fatal qui nous gouverne à notre insu ; car si nous ne sommes pas les maîtres de nos destinées, elles se trouveraient confiées à une direction intelligente.
- « Mais comment Dieu nous mène-t -il ?
- « En suscitant ces hommes qui savent condenser l’expérience des siècles précédents et que vous avez nommés ; Bacon, Christophe Colomb, Voltaire, Rousseau, etc.
- Il en est un qui a acquis une juste célébrité, moins en faisant progresser son siècle qu’en lui dévoilant les rapports dos diverses institutions sociales avec les régimes politiques sous lesquels elles exercent leur action.
- «JJe suis trop petit pour me permettre de juger l’auteur de l’Esprit des lois; mais je crois qu’il lui manque un continuateur plus dégagé que lui des préjugés et qui profite de la liberté plus grande accordée aujourd’hui aux idées nouvelles.
- « Déjà ou a cherché et trouvé les rapports de l’idée polythéiste avec les institutions sociales correspondantes, et on a démontré que le polythéisme a dû nécessairement engendrer la guerre. Qu’y a-t-il d’étonnant, lorsque ha croyance universelle portait à la guerre, que la guerre ait été dite d’essence humaine ? que dès lors toutes les institutions humaines aient eu la guerre en vue ?
- «On, ne peut-être taxé d’exagération pour dire que l’idée qui a engendré le polythéisme était un préjugé. On ne peut L’être d’avantage pour dire que les idées qui ont dérivé de celle là devaient être aussi des préjugés, Et pourtant les institutions sous lesquelles nous vivons, celles que l’on regarde comme les fondements de la société, dérivent, par une succession à peine interrompue, de ces idées là. Y aurait-il de l’exagération à dire que si on étudiait sérieusement les rapports qui doivent nécessairement exister entre l’idée religieuse nouvelle, qui fait tous les hommes frères, et les institutions sociales fini en seraient normalement sa conséquence, on devrait arriver à remplacer le préjugé de la guerre par l’utopiedo la paix basée sur le travail fraternel?
- « Ge n’était pas le sort fatal qui conduisait à son insu Christophe-Colomb 4 la découverte d’u nouveau monde. On pourrait affirmer également que si l’homme employait toutes les forces dont ses efforts sont les éléments a réaliser un programme de paix et de fraternité, il arri-
- verait à réaliser ce programme. Si on peut dire qu’àZ n’a pas eu, jusqu’ici, la libre disposition de ces forces, c’est qu’il n'a pas encore rejeté les langes dont son enfance était entourée ; c’est qu’il n’a voulu ou su se saisir et se servir jde ce cette clef de la science qui lui a été remise il y près de dix-huit siècles. C'est que la semence répandue, à l’origine de notre ère, au pied d’une croix n’a pu produire ses fruits, étouffée par les épines dont on Ta recouverte.
- « Que l’humanité s'émancipe enfin, et, dans ce siècle qui, grâce à Guttemberg ne peut plus être dépouillé de l’héritage de ses devanciers, qui, grâce à Papin et à Frankliu jouit des voies les plus rapides du progrès, on arrivera vite à réparer le temps perdu et à utiliser, au profit de rhumanilé, ces forces dont l’ignorance seule nous a ôté la libre disposition. »
- Nous reconnaissons, avec notre honorable correspondant, la petite contradiction qu’il relève. Un mot d’explication suffira pour nous justifier.
- La nécrologie du docteur Baudet Dulary n’a pas été faite par la rédaction, mais par un de nos lecteurs, M. L. L. C’est afin de lui être agréable que nous l’avons publiée.
- Eu semblable circonstance nous pensons pouvoir laisser à nos correspondants la responsabilité de leurs appréciations. Nous n’agissons pas différemment envers M. le commandant G. en publiant sa lettre, bien que nous ne soyons pas d’accord avec lui dans toutes ses affirmations. Toutefois, comme la tolérance est une belle chose, ce n’est pas nous qui la proscrirons de nos colonnes. Malgré cela, il est bien entendu que si l’on nous présentait des articles un peu développes et contenant des opinions en contradiction avec les nôtres, nous nous verrions forcés d’en refuser l’insertion, car la place ne nous permet pas de faire du Devoir une tribune ouverte à tous.
- UNE VILLE BIEN PARTAGÉE
- Avis à M. Ch. Deulliu pour la prochaine édition de ses Contes d'une petite ville. Voici qui dépasse tout ce qu’il a rêvé et dont il pourra faire un conte charmant.
- C’est dans le Courrier de l'Aisne du 26 juillet que nous trouvons ces curieuses révélations qui ont tout l’air d’être fondées.
- Laissons la parole à notre cher confrère :
- La ville de Guise est en ce moment l'objet des plug singulières préoccupations qu’il soit possible de voir entrer dans le cerveau d’hommes que Ton dit avoir une grande influence. Il paraît que quatre ou cinq personnes jouissant de cette réputation ont juré de jouer à la ville | ‘de Guise un tour de leur façon.
- Voici comment :
- Le gouvernement a classé plusieurs chemins de fer pour relier les différentes parties du nord du département de l’Aisne. Deux de ces chemins de fer doivent passer à Guise : celui du Cateau à Saint-Erme et celui, par la vallée de l’Oise, de Guise à I-Iirson.
- Ou dit donc que les hommes influents dont nous venons de parler se sont posé le problème suivant :
- Gomment pourrait ou établir le passage des chemins de fer par la ville de Guise, de façon qu’il soit le plus incommode k la population, le plus nuisible à la circulation et le plus dangereux, pour les individus ?
- La solution étant trouvée, ils se sont mis en devoir de chercher à en faire adopter l’application.
- Les chemins de fer peuvent passer tout d’abord à côté de la ville dans les conditions les plus heureuses, sans nécessiter un seul passage à niveau, et, par conséquent sans jamais intercepter la circulation soit des personnes, soit des voitures.
- Nos profonds génies se sont dit ; Gela serait trop beau et trop commode pour les Guisards ; il faut demander des études traversant la ville même, par toutes ses rues et par toutes les propriétés bâlies; de eette façon, les habitants jouiront du mouvement au chemin de fer, soit pendant leurs occupations du jour, soit pendant la nuit quand ils se livreront aux douceurs du sommeil. La ville
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- de Guise a été si longtemps privée de chemin de fer qu’on peut lui en donner de manière à la rassasier.
- Le plan est asse? drôle. Eh ! bien il est pourtant vrai qu’on en a poursuivi la réalisation; et qu’à l’aide d’influences, on a pu obLenir les études dont nous allons indiquer l’ilinéraire.
- Au lieu de contourner la ville avec les nouveaux chemins de fer comme cela nous avait été promis lorsqu’on a proposé la construction de la gare actuelle, on essaie de deux tracés à travers la ville :
- L’un suivant le canal des usines à l’ouest, passant dans les jardins derrière toutes les maisons de la rue Chante-raine, et à travers le pensionnat des demoiselles Mareuse;
- L’autre traversant l’usine à gaz qu’on vient de cons traire la propriété des Minimes, le canal de décharge ou du moulin, et suivant les jardins de la rue de la Buse et des Ecuries.
- Le premier de ces tracés coupe :
- 1. — La rue de Cambrai,
- 2. — Le boulevard d’Enfer,
- 3. — La place de la Poterne,
- 4. — La rue de Paris,
- ; 5. — L’impasse Chanteraine,
- 6. — L’impasse Magadaine,
- 7. — Le boulevard Saint-André et les promenades de
- la ville, , ,
- 8 — La ruelle Saint Sulpice,
- 9.” — La rue de Elavigny ou de Vervins.
- La seconde élude passerait en travers des rues suivantes :
- L — La rue de Cambrai,
- 2. — La rue aux Oies,
- 3. _ Le boulevard d’Enfer,
- 4, — La ruelle des Minimes,
- 5, — La rue de Paris,
- 6 — Le boulevard Saint-André,
- 7 — La ruelle Saint-Sulpice,
- 8. — La rue de Vervins.,
- de-là, au lieu de suivre les rues ; les marchands et les amins courant sur la voie ferrée et les convoi arrivant ans ce désordre de toute surveillance.
- Mais est -il besoin de se préoccuper des jours de foire, ne peut-on pas s’en tenir aux jours de vacances des écoles, et croit on qu’avec huit à neuf barrières ouvertes sur le chemin de fer, Guise n’aura jamais le spectacle d’un enfant écrasé sur la voie?
- Nous demandons en conséquence à ceux qui poussent à cette direction des chemins de fer à travers la ville, s’ils veulent donner publiquement leurs noms comme responsables de ces futurs malheurs?
- Nous savons bien que, pour mettre leur responsabilité à couvert, ils font circuler le bruit que c’est le génie militaire qui exige ces tracés. Mais ceux qui connaissent la capacité des hommes sortis de nos grandes écoles savent bien qu’il n’en est pas un parmi eux qui songerait à de pareilles études, et que, si elles ont lieu, c’est parce qu’elles sont présentées, par certaines influences, comme utiles à l’intérêt public.
- Ce sont ces mêmes influences qui cherchent à vaincre les répugnances de la population par des manœuvres comme celles-ci : à ceux qui doivent être expropriés, où dit que ce sera pour eux une source de fortune, que l’Etat les indemnisera, que les choses seront largement faites et que tels et tels pourront se retirer des affaires et vivre de leurs rentes.
- Qui donc ne voudrait pas faire fortune aussi vite ? On attend donc avec patience.
- On dit même que l’Etat donnera cinq à six cent mille francs de la sorte ; c’est alléchant Aussi quelques uns-fondent aujourd'hui des espérances sur la traversée que nous venons de décrire, eu attendant que la science de nos ingénieurs ait fait la lumière sur les réalités de tels projets. ___________________ _______________________
- Éviter let contrefaçon»
- Heureuse ville! Neuf passages à niveau par un des tracés, huit passages à niveau par Vautre !!! On peut se demander ce qu’elle deviendra, elle si calme aujourd’hui, lorsque les convois des deux lignes de fer la traverseront ainsi tous les jours.
- Qu’on se représente Guise alors un jour d’une de ces foires qui ont lieu tous les mois.
- Les bestiaux arrivant sur le champ de foire à travers les passages de ces différentes barrières; jouant à leurs conducteurs la farce d’enfiler le chemin de fer de-ci,
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- 1" ANNÉE — N" 23
- Satmal beldimadairu paraissant lu ÿHmmuiu DIMANCHE 11 AOUT 1878
- Le Devoir
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- ASSOCIATION DU CAPITAL & DU TRAVAIL
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- SOMMAIRE
- ta Réduction des Salaires et le Chômage. — Réforme de la Magistrature. — Semaine Politique. — Variétés. — Du Rôle de la Mère dans VÉducation.— Angleterre.— Lettre d’Allemagne.-*Le bon Sens. — La fille de son Père. — L’Instruction primaire et le Budget i879. — Bulletin Bibliographique.
- ET LE CHOMAGE
- Parmi les questions que soulève l’état présent de l’industrie, tant en Europe qu’aux Etats-Unis, celles de la réduction des salaires et du chômage des ateliers sont les plus inquiétantes et les plus dignes d’attention. Cet état de choses a pour conséquence, en Europe, la grève et la misère des ouvriers, aux Etats-Unis l'existence de bandes affamées allant par le pays, demandant de l’ouvrage et du pain.
- Comment concevoir qu’il en soit ainsi chez les nations les plus avancées dans la production de la richesse ?
- Un tel état de choses ne révèle-t-il pas un vice capital dans l’organisation de l’industrie et dans la répartition ou l’emploi de la richesse produite ?
- N’est-il pas conforme aux plus simples notions de la justice que la condition humaine doive s'améliorer au sein des Sociétés, dans la même proportion que le développement de la production ?
- Les progrès de l’industrie et de l’agriculture ne seraient qu’une monstruosité sociale si les ouvriers, auteurs principaux de cette prospérité.
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- devaient être privés de ce nécessaire que le sauvage ou l’animai obtiennent de la nature.
- Mais les progrès de l’industrie et de l’agriculture, loin d’être une monstruosité, sont une des gloires du travail humain ; ils sont le plus grand bien accompli dans l’humanité; et s’ils ne donnent pas tous les bienfaits que la société peut attendre d'eux, l’homme ne doit s’en prendre qu’à lui-même, qu’à son ignorance des institutions qu’il a mission d’inaugurer sur la terre, afin de réaliser le règne de la justice,
- Parmi les hommes n’en est-il pas sur lesquels pèse une plus grande responsabilité au sujet de l’absence de ces institutions ? Ceux qui possèdent la richesse créée par le travail n’ont-ils pas plus que tous les autres le devoir de veiller aux besoins de ceux qui n’ont rien, et de donner aux intérêt^ légitimes du travail la place qui leur est due.
- Aujourd'hui on reconnaît, en général, que le travail est le premier facteur de la richesse, l'élément essentiel de la production, le créateur des ressources nécessaires à la vie. N’est-il pas étonnant, quand il en est ainsi, de voir l’importance du travail encore si peu récompensée, et de constater que la société et le législateur s’occupent le moins de ceux qui contribuent le plus à donner au monde ses moyens d'existence ?
- Que l’économie politique, oubliant les hommes pour ne s’occuper que des choses, trouve qu’il doive en être ainsi ; cela se conçoit. Elle n’étudie que la loi des rapports qui existent entre les faits et les choses, elle est ainsi conduite à sacrifier l’homme à la concordance de ces rapports; la pensée de justice n’a rien à taire dans ses spéculations. Il en serait tout autrement si l’économie politique se donnait pour objet d’étudier les choses dans leurs relations avec le plus grand bien de l’existence de tous.
- Mais c'est à l’économie sociale qu’il appartient de procéder ainsi. Pour elle, le bien de l’existence humaine est la règle suprême qui doit nous guider dans l’étude et la solution de tous les problèmes.
- G’est au triple point de vue de l1 existence du
- travailleur, de l’intérêt social et de l’exploitation industrielle que les questions de salaires et de chômage doivent être examinées.
- Les formules léonines du laisser-faire , et celles de l’offre et de la demande, sont répudiées par tous les hommes de cœur lorsqu'il s’agit du travail et des moyens d’existence des populations. L’économie sociale ne peut voir en cela que des solutions abusives contre les salariés, employées comme l’esclavage et le servage l’ont été autrefois, en attendant une société meilleure.
- Au lieu de rester dans la sphère égoïste des intérêts matériels, l'économie sociale s’élève à une conception morale d’ordre supérieur ; elle démontre que l'intérêt général de la vie humaine est celui auquel tous les autres intérêts doivent être subordonnés.
- Placées sur ce terrain, les choses changent d’aspect ; les questions de chômage et de baisse de salaires apparaissent comme des fautes grossières dues à l’état d’aoarchie dans lequel se trouve l'organisation du travail, en l’absence de lois protectrices de ses intérêts.
- La réduction des salaires, lorsqu’elle est imposée par le capital sur le cours normal de la journée de l’ouvrier est un acte illégitime ; elle ne pourrait se justifier que par la nécessité, rigoureusement démontrée aux ouvriers eux-mêmes, d’une situation industrielle obligeant à recourir à une telle mesure.
- Mais aucune démonstration semblable n’est obligatoire pour les chefs d'industrie, et jamais les ouvriers ne sont consultés. Par conséquent, la baisse des salaires peut quelquefois servir à de grosses et coupables spéculations.
- Que, par exemple, une usine occupant mille ouvriers soit en situation de baisser de cinquante centimes la journée de tout son personnel ; elle réalise ainsi cinq cents francs d’économie par jour sur les usines concurrentes; celles-ci devront à leur tour prendre la même mesure pour soutenir la concurrence qu’on peut leur faire ; de cette façon, et pour avoir voulu réaliser au détriment du travailleur, un bénéfice mo-
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- mentané, la misère gagnera de proche en proche dans les classes ouvrières,
- La législation ne doit pas autoriser de tels abus. Ils n’existeraient pas si le rabais des salaires' n'avait lieu qu’avec le consentement d’un conseil élu par les ouvriers des industries intéressées.
- L’encombrement des produits peut justifier la mesure d’un ralentissement dans la production, mais il ne devrait être une cause de modifications dans les salaires qu’à la demande des ouvriers eux-mêmes.
- Aujourd’hui, par exemple, que la baisse des salaires ait lieu dans les mines du Nord; demain, ce sera la baisse dans les mines de Belgique. Quand le charbon ne s’écoule pas, c’est l’ouvrier mineur qui en subit les conséquences; mais alors pourquoi, quand le charbon double de prix, le salaire du mineur reste-t-il sensiblement le même? Les profits en ce cas sont énormes; les actions montent; et cependant aucune réserve n’est faite aü profit du travail pour constituer l’assurance Contrôle chômage et la misère.
- Si pourtant cette assurance était constituée; ai des mesures étaient prises pour éviter, lorsqu’il y a encombrement de produits, d’accroître encore cet encombrement; les crises auraient moins de durée, et même elles disparaîtraient bientôt, On ne spéculerait plus alors sur la baisse des salaires pour augmenter à vil prix les stocks au risqué de prolonger indéfiniment la crise ; on se préoccuperait, au contraire, de donner aux bras inoccupés par leur industrie habituelle, d’autres travaux nécessaires et profitables , comme la construction de chemins de fer, ou autres grandes entreprises d’utilité générale ; toutes les forces vives du pays seraient ainsi j utilisées à créer la richesse et le bien-être.
- Le remède aux maux présents de l’industrie
- donc tout trouvé i il suffit de prendre, au profit du travail, les mesurés de prévoyance et de garantie consacrées en faveur du capital.
- Le capital fait des réserves en vue de l’éventualité des sinistres et des pertes ;
- Le travail doit aussi avoir ses réserves en vue des éventualités du chômage et de la misère.
- Le capital participe dans toute entreprise, en proportion des apports ou du concours de chacun de ses actionnaires;
- Le travail doit aussi participer dans les bénéfices de la production, en proportion de l'apport ou du concours qu’il donne en labeur.
- Mais il y a plus à faire encore.
- Si, nous dépouillant pour un instant de nos préjugés et de nos habitudes industrielles, nous nous plaçons en face delà justice et de la pure morale fondée sur le respect de ia vie dans nos semblables, nous devons reconnaître que, dans la production de la richesse, il y a trois agents distincts :
- 1° La nature qui donne la matière et l’activité vivifiante ;
- * 2° Le travail humain qui met en oeuvre la
- matière, et aide à la fructificalion des choses de la nature ;
- 3° Le capital ou le travail économisé servant d’instrument et de moyen d’action au travail pour créer de nouvelles richesses.
- Ces trois agents de la production correspondent à des intérêts différents dans la vie sociale.
- Ce que fait et donne la nature dans la richesse produite est fait et donné à l’intention de la société humaine tout entière, et non pas seulement à L’intention de quelques individus. Il y a donc dans tout fait de production une part préexistante qui n’est due ni au travail, ni au capital. Cette part c’est celle de Dieu, c'est la part sociale, celle qui doit servir d’assurance à la vie humaine en cas d’insuffisance des deux autres; c’est la part qui doit garantir toute créature humaine contre la misère et la privation du nécessaire.
- La nature prêtant à l’homme son précieux concours avant et pendant l’action du capital et du travail, il est juste que la part sociale â Laquelle ce concours donne lieu soit prélevée avant tout partage des bénéfices faits sur la production ; c’est le tribut commun que la mine, l’usine, La fabrique, Batelier et la ferme doivent
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- payer à l’assurance sous le régime des caisses nationales d'assistance — caisses qui doivent être organisées sur les bases indiquées dans nos Nos 16, 17 et 19.
- Prenons un exemple quelconque. Voici entre autre la Ge d’Anzin sur laquelle l’intérêt public s’est si vivement porté ces jours derniers. Cette compagnie a réalisé dès l’origine des bénéfices si considérables qu’elle a pu diviser ses parts primitives en douzièmes, puis plus tard ces douzièmes en deniers. Par suite de ce fractionnement, la valeur de la mine a été répartie en titres aux mains de personnes qui, pour la plupart, sont étrangères au succès de l’entreprise. La plus-value de la mine profite à des personnes qui n’y ont pas contribué. Profite-t-elle aux mineurs, aux ouvriers qui en ont été les instruments ? Pas le moins du monde, ou du moins très-peu. En serait-il ainsi, si, dès l'origine, la Compagnie avait retenu sur ses bénéfices la part sociale et la part du travail ?
- Ah ! si ces retenues avaient eu lieu dès l’origine , quelle immense amélioration en serait résultée dans la situation du personnel- de la mine, de ce personnel qui a concouru de père en fils à l’édification de ces immenses capitaux et qui cependant n’a aujourd’hui nul droit à y prétendre !
- 11 est bien entendu qu’ici nous n’entendons paii incriminer la Compagnie d’Ânzin plutôt qu’aucune autre,
- Ce que nous disons à son sujet peut se dire au sujet de toutes les grandes entreprises. Elle a suivi les errements établis comme tout autre les suit. Il est même juste de reconnaître que la Compagnie d’Anzin s’est intéressée à l’amélioration du sort de ses ouvriers et qu’elle a beaucoup fait pour cela. Toutefois, quelque importante que soit la part de bénéfices ainsi employée en vue du bien-être des ouvriers, cette part n’est que très-peu de chose auprès de ce qu’elle aurait été si la mesure avait, dès l’origine, revêtu le caractère d’un droit protégé par la Société.
- Ni la Compagnie d’Anzin ni aucune autre ne
- peut être blâmée pour n’avoir pas mis en pratique des vérités méconnues.
- Hélas, le principe d’association qui n’est autre que celui de la solidarité dans les faits de la vie, principe de l’application duquel dépendent les solutions sociales du présent et de l’avenir, est encore trop loin d’être compris de ceux mêmes qui ont le plus grand intérêt à son application.
- On ne s’est pas élevé à la compréhension de ce fait que les trois facteurs de toute production :
- La Nature,
- Le Travail,
- Le Capital,
- Doivent intervenir dans la répartition des bénéfices. Ce droit n’a été reconnu que pour l’union des capitaux dans les entreprises industrielles ou commerciales.
- Qu’on applique donc ce principe d’équité à l’élément productif : Travail ;
- Qu’on recherche, comme cela a été fait pour le Capital, les règles conformes à la nature des garanties qui lui sont nécessaires ;
- Que la participation aux bénéfices soit établie, en droit et dans une juste mesure, au profit du Travail ;
- Enfin, qu’au nom du concours de la Nature dans l’œuvre de la production, on assure le fonctionnement d’institutions de solidarité et de mutualité, s’étendant à tous les travailleurs et à la protection générale de la vie humaine;
- Et alors la Société entrera pratiquement, et' pour n’en plus sortir, dans la voie de la Fraternité.
- GrODIN.
- --—-Cl Ç'cCXS'"*. -
- RÉFORME DE LA MAGISTRATURE
- Les grandes réformes naissent le plus souvent des grands abus. Les lois mauvaises, les institutions vicieuses, comme les régimes politiques arbitraires, tombent par.leur propre faute. Elles portent en elles-mêmes le ver qui les ronge et qui finit un jour ou l’autre par les tuer. Tant qu’une loi ou une institution, vicieuse par elle-même, n’a pas servi à de$ abus criants, elle reste plus ou moins hors de discusi
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- sion. Les uns ferment les yeux, les autres prennent patience et finalement on s’accoutume petit à petit à une loi, à une Institution qui, sans être telle qu’on la désirerait, a du moins cela pour elle de ne pas paraître dangereuse.
- Mais un jour vient — et il ne manque jamais de venir — où, soit le concours des circonstances, soit les passions des hommes, soit encore l’un et l’autre à la fois, déterminent un état de choses tel que les imperfections de la loi ou de l’institution sont mis à profit par quelques hommes violents ou sans scrupules et transformés par eux en armes tournées contre les gens honnêtes. Les inconvénients de ces imperfections, mis de la sorte en relief, s’accusent tout à coup avec une si vive netteté que les moins clairvoyants sont forcés de les voir et que les plus insouciants songent à s’en garantir.
- Le cas s’est vu fréquemment dans le passé et il y a tout lieu de croire qu’il se verra plus d’une fois dans l’avenir. C’est à la suite d’entreprises de ce genre que les grandes réformes ont pris naissance ; le mécontentement général a de tout temps été le facteur principal des transformations.
- Du jour où une loi, où une institution vicieuse est exploitée sans scrupule au profit d’un parti, elle est condamnée à disparaître. Tous les efforts que ses partisans chercheront à faire pour la soutenir seront des efforts inutiles. La conscience publique pèsera d’un tel poids dans la balance que tout ce qu’on accumulera dans l’autre plateau sera impuissant à rétablir l’équilibre.
- Chose étrange et digne de remarque! C’est justement quand une loi ou une institution commence à perdre de son prestige que ses partisans agissent de manière à lui en faire perdre davantage. La loi permet-elle une injustice, une iniquité, un acte arbitraire, ceux qui ont tout intérêt à ce que la loi ne soit pas modifiée s’acharnent à multiplier ces actes arbitraires, ces injustices, ces iniquités. Ils espèrent sans doute se faire redouter et obtenir ainsi le silence, ils n’arrivent qu’à soulever contre eux le mécontentement et les protestations. Alors la polémique s’avive, s’envenime et tandis que les partisans de la loi vicieuse, au lieu d’apporter tous leurs soins à en masquer ou pallier les défauts, ne cherchent qu’à en tirer parti le mieux possible à leur avantage, leurs adversaires relèvent toutes les illégalités commises, s’en font des armes, donnent l’assaut aux institutions vieillies ; un jour ou l’autre ils finissent/par l’emporter et réalisent alors des transformations plus radicales que celles demandées en premier lieu.
- Nous en avons un exemple aujourd’hui et c’est la magistrature qui nous l’offre.
- L’organisation actuelle de ce corps présente quelques dangers. Longtemps on n’y prit pas garde et si l’on proposa quelques mesures c’étaient des mesures relatives à des personnes et non à. des principes.
- Aujourd’hui, par suite de l'abus que quelques magistrats ont cru pouvoir faire de la position favorisée que leur donne l’inamovibilité, les dangers de cette inamovibilité sont devenus évidents et c’est à elle que l’opinion publique s’en prend. Les uns parlent de la suspendre, les autres de la supprimer.
- Le cas est grave ; il est est même si grave qu’il mérite d’être examiné avec soin et en rejetant tout parti préconçu.
- Il est nécessaire à la bonne marche d’un pays que la magistrature y jouisse en tout temps d’une considération à toute épreuve. Cetta nécessité est plus grande encore dans un régime républicain que dans un autre, car le régime républicain ne doit pas s’appuyer sur la force, mais sur le droit. La république, c’est le règne absolu de la loi, de la loi toute entière et de la loi toute seule. La magistrature dans une république doit être l’incarnation vivante de la loi, de la loi équitable pour tous et égale pour chacun, égale pour le pauvre et pour le riche, pour l’ouvrier et pour le patron, pour le juif et pour le chrétien, pour l’ami du pouvoir ou pour son ennemi. La magistrature doit ignorer les passions politiques, les passions religieuses et les passions sociales. Elle doit rester au-dessus de tout cela et apporter tous ses soins au respect le plus scrupuleux de la loi et surtout de l’esprit de la loi.
- Telle n’est pas la conduite d’un nombre malheureusement trop considérable de magistrats. Les faits mis à leur charge sont éclatants et innombrables; quelques-uns sont accablants. La chose est d’autant plus malheureuse que l’opinion publique, trop absolue en cela comme en tout, confond dans sa réprobation la magistratureHout entière avec ce groupe fort nombreux de magistrats.
- Quelque déplorable que soit cette confusion, il faut convenir que les apparences l’ont amenée. Il y a déjà très-longtemps que des magistrats — au nombre de ceux qui sont le plus en vue — ont commencé à sortir de leurs fonctions. Aujourd’hui leur nombre s’est accru et leur allure est plus effrontée que jamais. Il en résulte que le pays considère la magistrature comme étant solidaire de ces hommes et qu’il continuera à la considérer ainsi.
- Ce discrédit, cette déconsidération seront d’autant
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- plus difficiles à déraciner , qu’ils ne datent pas d’hier, mais déjà de longtemps.
- La royauté avait connu les cours prévotales, mais la magistrature ne pouvait être rendue responsable des actes de quelques misérables qui s’étaient vendus au pouvoir et qui, la plupart, n’appartenaient pas à la magistrature avant d'être appelés à ces fonctions. C’est l’empire qui a commencé à vicier la magistrature. Né d’un crime, il dut recourir à la terreur pour s’imposer et il organisa les commissions mixtes qui seront son éternelle honte. H ne se borna pas à demander à ces commissions de proscrire, d’exporter, de condamner à mort, il chercha à les perpétuer en donnant les plus hautes fonctions aux individus qui avaient consenti à en faire partie. On sait ce qui en résulta. Berryer dénonça des faits scandaleux à la tribune le 14 janvier 1868. On demanda à la magistrature des services et non des arrêts. Un honorable président, M. Séguier, démissionna pour ne pas se soumettre aux ordres honteux du ministre Laroche, Plus tard on vit l’affaire Pierre Bonaparte. Le réquisitoire fut dressé contre la victime, taudis que Bon évitait de parler des antécédents du meurtrier, antécédents fort sujets à commentaires.
- À peu près à la même époque, et au sujet des rapport de Napoléon IIÏ avec une demoiselle trop connue, le premier magi strat do France, le président de la Cour de cassation, ne craignit pas de se prêter à des services que, par respect même pour la magistrature, nous tenons à ne pas qualifier.
- Vint le 4 septembre.
- On put croire qu’une épuration allait être faite dans la magistrature. Il n’en fut rien. L’opinion publique manifesta un ai vif désir de voir une épuration semblable se produire que la délégation gouvernementale de Tours — Paris étant bloqué — promulgua en province la destitution de ceux des magistrats qui avaient trempé dans la honte des commissions mixtes. Malheureusement à quelques jours de là un décret du Gouvernement de la Défense Nationale, décret venu de Paris par ballon, cassa cette décision si légitime et si chaleureusement approuvée par la nation. Les pseudo-juges des commissions mixtes furent rétablis dans leurs fonctions.
- Cet encouragement déplorable excita certains magistrats à tout se permettre, et, depuis lors, cet état de choses ne fait que s’aggraver.
- Aujourd’hui beaucoup d’entre eux ne dissimulent plus leurs passions politiques; ils s’ingénient à étudier le texte de la loi afin d’en violer l’esprit j ils s’acharnent à multiplier les actes arbitraires; ils
- condamnent les innocents, acquittent les coupables et refusent d’entendre les témoins.
- Nous pouvons nommer des magistrats qui ont déclaré publiquement que lu République est une bouffonnerie, qu’ils sont prêts à tout faire pour la combattre et que, si le gouvernement les frappe pour l’avoir dit ou tenté, pe sera la gloire de leur vie.
- Nous en pouvons nommer d’autres qui, ayant à juger des plaintes en diffamation portées par d’honnêtes gens contre le JBmllçtin Communes^ n’ont pas poursuivi le BvMeU\i et ont condamné les plaignants,
- Nous en pouyons nommer qui ppqr sauver un président de coup très-gravement compromis ont refusé d’entendre la déposition d'un témoin (lui était garde des sceaux à l’époque q4 les actes incriminés se sont produits.
- Nous en pouvons nommer « i *. mais nous n’en, finirions pas si nous voulions tout dire* Ü importe à l’honneur de lq France de ne pas trop insister-
- Hàtonsrnous de le constater A qôté de ces magistrats coupables et parfois côte à côte avec eux, il ÿ en a de parfaitement intègres, de parfaitement impur-: tiaux. Autant les premiers mettent d'affectation à Violer leur devoir, autant les derniers redoublent de scrupules pour n’ep PUS sortir. Qe n’est donc pas la magistrature tout entière mais un nombre trop élevé de magistrats qui compromettent ainsi la considération de celui des corps de Vétat qui commande le mieux le respect, .
- Il est nécessaire à la morale publique, 4 la sécurité publique, que la magistrature ait aux m* du pays l’autorité inébranlable et incontestée que donna i’apr coraplissement consciencieux d’une aussi bêPe fond* tion. Il faut en un mot que personne dans les rangs de la magistrature ne puisse* par ses paroles qu pur ses actions, compromettre la considération absolue dont doit jouir le corps auquel il appartient,
- C’est donc au nom dé cette. considération et Prû= fondément convaincus que certaine magistrats T portent atteinte, que nous demandons Ift réfqrmn dÇ la magistrature.
- Nous venons de signaler le mal» notre prochain article indiquera le remède.
- Eu. Çhàmpury.
- —>?vMvy\AJ 1/yWAnAf^r, r-r
- LA SEMAINE POUTJQUE
- C’est l'Université qui a défrayé, pondant cette huitaine, jps conversations des cercles politiques et les ppr léiniques des journaux, La semaine qui vient de s’écouler a, eu effet, été consacrée presqu’exclusivement aux distributions do prix. Celle du concours général entre
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- les Lycées et Collèges de Paris et de Versailles, a été, pour M le Ministre de l’Instruction publique, l’occasion d’un grand et légitime succès. Etan t donné et accepté le système de l’éducation universitaire tel qu’il existe actuellement, on a été heureux d’entendre un ministre, auquel incombe la direction de renseignement officiel, proclamer bien haut l’excellence de l’esprit du pincipe de la Révolutionffrançaise. L’Université a été, pendant si longtemps entre les mains de personnages qui semblaient prendre à tâche de transformer un établissement d’éducation en succursales des collèges des Jésuites, qu’on a été surpris de» voir un successeur des Portoul et desCumout, tenirà lajeunesse et auxmaîtres qui l’instruisent un langage vraiment libéral, et promettre solennellement que l'enseignement naturel serait énergiquement protégé par le gouvernement do la République, Toutefois, en dépit de ses excellentes intentions, M. le Ministre nous paraît avoir été un peu trop absolu lorsqu’il a dit que l’Université pouvait seule donner à la jeunesse l’éducation qui convient à des membres de la Société contemporaine. Il serait beaucoup plus exact de se borner à dire que les établissements cléricaux sont incapables de fournir cette éducation, grâce à laquelle suivant une autre parole de M. Bardoux, les jeunes gens apprennent à devenir des hommes de leur pays et de leur temps. Mais nous reconnaissons qtie le ministre ne pouvait guère risquer une négation aussi catégorique, qui eût été, cependant, beaucoup plus conforme à la vérité philosophique, car rien n’est plus aisé que d’imaginer un système d'éducation nationale et libérale reposant sur des bases beaucoup plus larges et beaucoup plus efficaces que celles qui servent d’as-siaes à notre édifice universitaire,
- Les journaux ont publié deux excellents manifestes adressés par les délégués des groupes de gauche du Sé-hafcet de la Chambre des députés aux Conseillers généraux et aux Conseillers d’arrondissement des trente-quatre départements qui doivent, au commencement de janvier prochain pourvoir au remplacement de quatre-vingt- trois sénateurs. Les chefs de la gauche, dans hn langage pressant et concis, rappellent au pays combien il est nécessaire que les deux Chambres soient animées du même esprit, afin que l’harmonie régnant entre les divers pouvoirs publics, la sécurité de l’avenir soit définitivement garantie.
- Us exhortent leurs amis des départements à profiter fie la prochaine réunion des Conseils généraux pour discuter et arrêter les candidatures qui devront être proposées aux délégués municipaux et ils recommandent aux républicains d’observer la plus stricte discipline afin d’éviter des compétitions dont pouraient profiter les ennemis de l’ordre public.
- Les électeurs sénatoriaux écouteront, nous n’en dou-touB pas, ces sages conseils et, grâce au bon esprit fiont sont animées les populations, instruites par la triste expérience de 1873 et de 1877, la République aura encore Une fols raison des attaques et des manœuvres de ses adversaires.
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- Tandis que les Comités républicains attestaient par la Publication de leurs manifestes l’union qui règne entre les divers groupes du grand parti national, les conservateurs étalaient une fois de plus sous les veux du pays, le spectacle de leurs divisions intestines. 11 est, en effet, avéré, aujourd’hui, en dépit des notes plus ou moins énigmatiques publiées par les feuilles réactionnaires, que le fameux Comité dit de l’avenue Percier n’a pu Parvenir à se constituer sur des bases sérieuses. Il y a bien eu des entraves et des conciliabules entre un certain nombre de meneurs de l’opposition sénatoriale; on a bien posé, dans ces conditions, quelques principes généraux sur lesquels l’accord a pu se faire ; mais quand 11 s’est agi d’aborder la question pratique de la répar tition fies sièges à pourvoir entre les divers groupes monarchistes, on s’est heurté à des exigences qui ont rendu Pvosqu’impossible tout arrangement définitif. Ce qui Prouve, d’aiileurs, le défaut d’entente des conjurés de
- l’ordre moral, c’est qu’on ne connaît encore ni les noms des membres du Comité conservateur, ni le lieu où il rend ses oracle. Si ce fameux Comité était eu situation d’agir il ne dissimulerait point son existence avec une si persistante discrétion.
- Depuis qu’Àristophane, ce réactionnaire artésien, a écrit sa comédie de Lysistmta, il a été de mode de railler les femmes qui se consacrent à l’étude des moyens à l’aide desquels il serait possible d’améliorer la condition sociale des individus de leur sexe. Il semble, à entendre certains plaisantins, qu’on s’étonne de rencontrer dans des milieux qui passent pour libéraux, que les femmes soient fatalement condamnées à végéter dans un état de subordination et d’infériorité dont il leur est interdit de chercher à sortir. On-ne réfléchit pas aussi que si la condition intellectuelle, morale et sociale des femmes étant rendue meilleure, on verrait disparaître beaucoup de préjugés dont les hommes ont eux-mêmes à souffrir et dont la persistance est pour eux l’objet de fréquentes doléances. Les feornes exercent, en effet, une influence considérable sur la marche de l’esprit humain et une société dans laquelle les personnes du sexe seraient douées d’une instruction solide et véritablement philosophique, ne tarderait pas à réaliser, sans efforl, des progrès surprenants.
- Il faut donc, à notre avis, encourager les réunions, les associations dans lesquelles s’agitent les grands problèmes sociaux relatifs au sort des femmes. Aussi trouvons-nous tout-à-fait digne d’intérêt le Congrès féminin qui se tient actuellement à Paris et dans lequel un certain nombre de dames plus ou moins habituées à la pratique des discussions d’économie politique et sociale, ont développé leurs idées. Il nous est impossible d’entrer ici dans le détail de ces débats intéressants pour les esprits que le scepticisme u’a point Infestés. Nous indiquerons, toutefois, quelques souhaits parfaitement sensés qui ont été émis au sein du Congrès,
- La réunion a demandé que le même salaire pour le même travail fût accordé à la femme et à l’homme et que les travaux où le sexe excelle, tels que la vente des objets de mercerie, de confiserie, de parfumerie, etc, etc., lui fussent exclusivement confiés.
- L’assemblée a demandé, en outre, qu’il soit créé des écoles d’apprentissage mixtes ou spéciales; que la femme ait le droit d’admission aux facultés de l’Etat ; que les lois qui privent les femmes de droits civils indispensables à la bonne administration des Chambres syndicales soient révisées; que les lois restrictives du droit de réunion et du droit d’association soient supprimées; etc,, etc.
- Voilà des vœux qui ne nous paraissent point tant ridicules, n’en déplaise à nos Aristophanes modernes, et qui témoignent, chez celles qu’ils intéressent, de l'esprit le plus sage et des sentiments les plus généreux.
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- Le gouvernement vient de décréter, pour le 12 août, la seconde émission de la nouvelle rente trois pour cent amortissable. La première émission n’avait porté que sur un capital de 25 millions de francs. La seconde porte sur un capital s’élevant à la somme considérable de 414 millions.
- Cette émission n’aura pas lieu comme la première fois à Paris seulement et par l’intermédiaire exclusif des agents de change du Trésor, mais dans tous les départements à la caisse des Trésoriers-payeurs généraux. De plus, elle se fera par séries successives. Le ministre, dans une circulaire jointe au décret d’émission, explique nue le montant des rentes à négocier sera divisé entre Paris et les départements, et que la part afférente aux départements sera, à son tour, répartie entre les trésoreries générales proportionnellement à la richesse du pays et à l’abondance des capitaux auxquels elles auront à faire ap.œl. Les trésoriers-payeurs seront ultérieurement avisés du jour à partir duquel le contingent attribué à leur département pourra être offert. Le prix auquel ils auront à le négocier sera porté à leur connaissance par la voie télégraphique : ce prix sera nécessairement va-
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- riable et pourra être changé aussi souvent qu’il paraîtra convenable de le faire; les modifications qui viendront à y être apportées, ainsi qu’au montant du contingent primitif, seront, s’il y a lieu, notifiées par la même voie, suivant le mode usité pour les changements du taux d’intérêt dos bons du Trésor.
- Tel est le mécanisme de cette opération financière considérable dont le succès démontrera une fois de plus la force du Crédit de la République.
- Où allons-nous, où allons-nous ?
- Chaque année à pareille saison les auberges et les hôtels de Lourdes et de la Salette, si agréablement situés au point de vue du pittoresque, voient affluer touristes et pèlerins. Chaque année a pareille saison l’escarcelle des hôteliers voit pleuvoir les louis d’or, sorte de manne céleste, préférée, sinon bien préférable, à celle que receuillaient les hébreux dans le désert.
- Hélas I il n’en est plus de même cette année. Les hôtels sont vides et les auberges ne voient personne venir. R parait que pèlerins et touristes, induits en tentation par Satan, se trompent de route et sacrifient aux merveilles duChamp-de-Mars et du Trocadéroles eaux miraculeuses découvertes par Mu« Lamerlière et consorts.
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- On affirme que de grands pèlerinages à Rome s’orga-nisent pour cette automne dans le but de réveiller le zèle un peu refroidi de MM. les pèlerins.
- La France en aura, la Belgique en aura, l’Autriche en aura et l’Espagne ne restera pas en arrière.
- I] y aura même deux pèlerinages espagnols bien distincts. l’un organisé parle parti alphonsisle, l’autre par le parti carliste. Chacune de ces colonnes de pèlerins devant émettre des vœux opposés à ceux de sa rivale, le bon Dieu va se trouver bien embarrassé.
- On peut se rendre, aujourd’hui un compte à peu près exact du résultat des élections au Reichstag allemand Sans entrer dans l'énumération détaillée de tous les partis resprésentés au Parlement de Berlin, nous constaterons que les conservateurs ont environs 110 sièges et les libéraux nationaux autant. Le parti progressiste n’en compterait que 26 et le centre, y compris les particularités hanovriens, 98. On voit donc que le gouverneraient ne peut songer à former une majorité véritablement conservatrice qu’avec l’aide du parti ultramontain.
- L’unité de l’Allemagne a été faite par deux grands partis, le parti de la liberté, le parti de l’autorité. L’un a fourni Schiller, Arndt. Fheodor Koerner et le mouve ment de 1848, l’autre Blucher, Stein, Moltke de Roon, Bismarck et les guerres de 1866 et 1870. L’un avait groupé les jeunes gens dans les sociétés de Fumer, l’autre enrégimenté les hommes valides sous le drapeau blanc à l’aigle noir. Enfin l’un p agi sur les intelligences
- J>ar la littérature patriotique, les chants nationaux, los êtes et l’enseignement des universités, l’autre par le brillant succès des armes, par les inventions de M. Krupp, par Sadowa et par Sedan.
- Jusqu’ici les destinées de l'Allemagne semblaient être aux mains du parti militaire, les dernières électious viennent de porter un Reichstag dévoué aux idées libér raies. Il pourrait être plus hardi, il ne saurait être plus prudent. Peut-être vaut il mieux pour l’Allemagne qu’il en soit ainsi.
- La dissolution du Reichstag a été une répétition allemande de notre dissolution de la Chambre des Députés et les élections d’Outre-Rhin du 30 juillet ont la même portée caractéristique que les nôtres du 14 octobre.
- M. de Bismarck doit â l’heure qu’il est se soumettre ou se démettre, à moins qu’il ne recoure une fois de plus au coup d’Etat.
- Est-ce dans le but de désarmer l’opposition des représentants de ce parti, beaucoup moins irréconciliable qu’on ne le prétend, quand son intérêt est en jeu, que
- le Chancelier de l’Empire allemand négocie sa réconciliation avec la curie romaine? Cette hypothèse n’est point dénuée de vraisemblance, car l’histoire nous apprend que tous les gouvernements qui ont voulu faire œuvre de despotisme se sont toujours rapprochés du Vatican, cette grande officine réactionnaire. Quoiqu’il en dit, il est certain que de nombreuses entrevues ont eu lieu récemment à Kissingen, entre M. de Bismark et le nonce du Pape. On ne tardera pas, d’ailleurs, a être fixé sur la nature des concessions mutuelles que se seront faites le Chancelier de l’Empire allemand et le chef réputé infaillible de la catholicité. En effet, l’évêque d’Os-habruck vient de mourir et la nomination de son successeur permettra d’apprécier ledegré de cordialitédes relations nouvelles nées entre des adversaires qui semblaient naguère prêts à s’entredévorer.
- Et dire que les destinées d’un peuple peuvent dépendre du plus ou moins de succès de semblables comédies !
- La discussion sur la politique du gouvernement anglais en Orient s’est terminée vendredi soir, à la Chambre des communes, par la défaite de l’opposition. Une majorité de 143 voix, chiffre dont l’élévation a surpris tout le monde, s’est prononcée en faveur de M. Disraeli. Ce débat, bien qu’il se soit prolongé pendant trois séances,n'a que fort médiocrement éclairé l’opinion sur la Convention anglo-turque et sur le parti que le gouvernement de laReine a le projet d’en tirer. Sir Wanord Norhcote,chancelier de l’Echiquier a déclaré catégoriquement, il est vrai, qu'aucun engagement secret n’existait entre l’Angleterre et aucune autre puissance, néanmoins le bruit court avec persistance que le Cabinet de Saint James négocie avec la Turquie ta possession d’une nouvelle île, celle deTénédos située au débouché des Dardanelles, dans la mer Egée. Ces rumeurs prouvent assez u’aux yeux du public anglais, la politique fantaisiste e lord Beaconsfield ne parait pas avoir dit son dernier mot. Ainsi, en dépit du succès remporté par le cabinet Disraeli à la Chambre des communes l’opinion, de l’autre côté du détroit, n’est-ello pas éloignée de reconnaître avec M. Forster, l’ancien ministre de l’instruction publique du cabinet Gladstone, que le traité du 4 juin risque fort de compromettre la sécurité de l’Angleterre en avançant fatalement l’heure du conflit avec la Russie.
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- L’Autriche ne parait pas non plus devoir être appelée à se féliciter grandement de la quasi-annexion de la Bosnie et del’Herzégovine, tant il est vrai que les gouver-menls comme les individus s’exposeut à de cruels déboires lorsqu'ils méconnaissent les principes de la saine morale. Il est malheureusement trop cerLain, au-jourd hui, que l’occupation autrichienne ne pourra se réaliser sans effusion de sang. A Seraïero et à Mostar, une insurrection a éclaté. Le gouverneur civil, le cavi, le mufti et le commandant de la place ont été massacrés. Les troupes autrichiennes ont dû être engagées et 70 hussards ont été tués. Depuis lors, la résistance contre les occupants n'a fait que s’accentuer et, bien qu’il ne soit pas douteux que les insurgés ne soient bientôt écrasés, on ne peut que gémir sur de pareils incidents, qui démontrent combien 1 humanité a encore de progrès à faire pour assurer aux peuples le repos et la sécurité auxquels ils ont droit.
- Gomme bien on le pense le Cabinet de Vienne et le Divan se rejettent l’un à l’autre la responsabilité des événements déplorables que nous signalons Le mécontentement du gouvernement de l’empereur François-Joseph est extrême et dans son dépit il va jusqu’à accuser, la Serbie, le Monténégro et même lTtaliè de favoriser le mouvement bosniaque. La situation continue donc à être très-tendue en Orient, encore que l’on annonce aux dernières nouvelles que la Porte serait sur le point ou même viendrait de signer une Convention avec l’Autriche qui rétablirait un bon accord, au moins apparent, entre cette puissance et la Turquie.
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- VARIETES
- Démoralisation par la guerre
- Un monstre, nommé Courtade, vient de passer devant les assises de guerre pour avoir, en l’espace de quelques instants, assassiné un juge de paix, un huissier, un greffier, son propriétaire, et blessé une femme qu’il n’a pas achevée parce qu’il la croyait morte avec l’enfant qu’elle portait dans son sein...
- Dans l’acte d’accusation, lu à l’audience, je trouve cette phrase :
- « Courtade est d’une violence et d’un emportement
- extrême....Tout enfant, il était déjà redouté de ses
- camarades. Soldat, il s est familiarisé avec la vue du sang et avec les scènes de violence et de carnage. »
- Quelle leçon ! quel enseignement !
- La justice constatant que le militarisme familiarise avec la vue du sang et pousse au meurtre 1 C’est logique. Quand on tue par ordre, quand on massacre pour la gloire, on peut bien — la haine aidant—massacrer pour son propre compte.
- Il faut remercier le parquet d’Auch de l’avoir dit.
- (La Etats-Unis d'Europe.) Léon Richïïr
- Typha latifolia, ses propriétés, par M. Bien, pharmacien.
- Il est une plante assez commune dans les viviers et sur le bord des rivières, que je veux signaler à votre attention ; on ne pense pas à elle, et elle ne demande cependant qji’à nous être utile : c’est le typha latifoha, la massette d’eau, dont le duvet, convenablement ré-Cjlté, est d’un effet vraiment merveilleux dans le traitement dès brûlures. Des suppurations abondantes et interminables sont souvent, et malgré tout, le résultat de ces sortes d’accidents ; or, il m’est arrive un jour de lire, dans un ouvrage de médecine, que le duvet de roseau, remède ancien et vulgaire, avait cependant la propriété de prévenir ces longues suppurations ; j’en ai fait alors l’expérience et j’ai été on ne peut plus surpris du résultat. Je ne compte pas encore 79,000 cures comme la Revalescière, je n’ai guéri ni notre S.-P. le Hape, ni la marquise de Bréhan ; mais, sur cinq à six cas de brûlures que j’ai soignés depuis deux ans, le succès a toujours été complet, et je n’bésite donc plus à considérer ce remède, sinon comme le meilleur, du moins comme un des meilleurs entre les bons.
- Du reste, l’essai ne coûte rien, la plante est commune et pourrait l’être encore davantage : la conservation en est facile, l’emploi des plus simples : après avoir crevé les phlyctènes, on les recouvre d’une couche non interrompue de ce duvet, qu’on abandonne jusqu’à ce qu’il tombe de lui même; il survient de Ja mauvaise odeur, quelques gouttes de chlorure d’oxyde de sodium versées sur l’appareil, et c’est tout.
- La découverte n’est pas de moi, elle est même beaucoup plus vieille que moi, et je ne puis pas en revendiquer la paternité, mais elle est tombée dans un trop profond oubli, et je crois fermement qu’en l’aidant à ressusciter, on rendrai L à ses semblables un véritable service (Répert. depharm.)
- Abaissement du prix de l’éclairage au gaas.
- On sait qu’en 1855 le préfet de la Seine a donné le monopole de la vente du gaz à Paris, à la Compagnie parisienne pendant une période de 50 années.
- Dans ce traité le prix du gaz a été fixé à 30 centimes le mètre cube pour les particuliers et 15 centimes pour la
- On s’est très-peu préoccupé des consommateurs dans c© trciilé
- Depuis 1855, Paris paye le gaz 30 centimes le mètre cube et nous croyons sincèrement que le moment est
- venu d’appeler l’attention du conseil municipal de de Paris sur cetLe situation, et d'en atténuer les charges, qui s’ajoutent lourdement à toutes celles que supporte déjà la population de la capitale.
- Un journal financier de Paris fait a ce sujet les observations suivantes :
- Nous ne croyons pas, dit-il, qu’il soit possible de laisser payer le gaz 30 centimes pendant vingt six ans encore, et nous espérons que notre édilité prendra souci de nos intérêts et demandera à la Compagnie du gaz une modification à ce traité et un abaissement immédiat du prix du gaz.
- Paris est de toutes les capitales celle où ce prix soit le plus élevé, car à Vienne, Bruxelles, Berlin, Londres, le prix du mètre cube varie de 22 à 17 centimes.
- Les consommateurs particuliers brûlent environ 180.000,000 de mètres annuellement, et ils ont honnêtement droit à une réduction.
- Si, dans le traité de 1855, le préfet de la Seine avait stipulé un abaissement de 1 c. à partir du prix de 30 c. par chaque 20 millions de mètres cubes d’augmentation danslaconsommation, nous payerions le gaz aujourd’hui 22 centimes au plus.
- N’est-il pas raisonnable de demander au conseil municipal de s’entendre avec la Compagnie, et, contre certaines compensations daus l’avenir, d’abaisser le prix du gaz à 20 centimes pour les particuliers?
- Dans tous les cas, nous avons le ferme espoir que l’éclairage par l’électricité viendra affranchir .les consommateurs de ce prix exagéré, ou qu’il forcera la Compagnie à abaisser d’elle-même ses prix.
- XjQ rôle des chiens sur les champs die bataille
- L’excellent organe trimestriel de la fédération des So ciétés rhénanes-westphaliennes nous fait connaître que la Société berlinoise d’hygiène milita re s’est occupée, dans une de ses dernières réunions, de l’emploi du chien comme auxiliaire des ambulances. La question est à l’ordre du jour depuis un certain temps, mais elle n’a fait encore qu’un médiocre progrès. Il s’agit d’utiliser l'intelligence du ebien pendant la guerre pour signaler la présence des blessés ou des malades sur les bords des routes, dans les fourrés, etc. Plusieurs hommes spéciaux se sont prononcés pour la parfaite possibilité d’une telle innovation, et le célébré Dr Brehm, qui assistait à la séance, a démontré que le chien n’est pas seulement susceptible d’attachement pour une personne déterminée, mais pour certains groupes d'individus.
- La question n’en reste pas moins d’une solution fort difficile. Le choix des races, l’établissement des parcs, le mode de dressage, les relations entre le corps d’am-bulanees et les régiments, constituent autant de problèmes très-compliqués et qui seront moins faciles à résoudre sans doute que l’utilisation des pigeons voyageurs par les armées en campagne.
- Les sociétés de la Paix en Italie
- L’Italie a maintenant des Sociétés de la Paix. Eveillée par une chaleureuse adresse de la British Workmen’s Peace Assocition adresse dont 10,000 exemplaires ont été distribués aux sociétés ouvrières, l’Italie s’est couverte d‘un bout à l’autre de partisans de l’arbitrage et du désarmement. Le 19 Mai un Congrès d’amis de la Paix s’est tenu à Milan en présence de 6,000 personnes. Plusieurs Députés y assistaient et l’Assemblée s’est prononcée après beaucoup d'excellent discours en faveur de la substitution, d’un Conseil international où toutes les populations seraient représentées à l’emploi brutal et illogique de la force armée. Ce meeting important va être suivi d’une série d’autres, à Rome, Naples Florence, Bologne, Venise, etc. ’
- Plus tôt ces Congrès commenceront mieux cela vaudra car l’Italie est aujourd’hui en effervescence de revendications anti-autrichiennes et cette effervescence n’est pas sans danger pour la paix.
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- DU ROLE DE LÂ MÈRE dans l’éducation de la première enfance
- Lorsqu’au oornraeneement de l'apnée 1870, j’apportais à la France le résultat d’une mission auxEtats-Unis, où je venais de constater les résultats produits par la forte éducation nationale organisée dans ce pays classique dè la démocratie, et l’influence toute puissante que l’école exerce sur sa ppo. péri té et sa grandeur, j’étais loin de prévoir qu’une cruelle expérience nous ferait bientôt gémir nous-mêmes sur l’in suffisance de cette éducation publique, qui seule peut fortement tremper les earae-* tères, agrandir les intelligences et élever les Ames,
- Le,s études ,sur l’organisation de l’instruction publique dans les Etats-Unis furent pour notre pays une Véritable révélation. La France dépensait alors moins de -50 millions pour ses écoles, et la République des Etats-Unis consacrait à l’entretien des siennes 450 millions. 200,000 institutrices se livraient avec ardeur à. l’enseignement : Elles y étaient préparées par des études qui, eu Europe, sont résefyées pfesqu’exelusiveméet aux hommes. Mon admiration pour les institutions de la grande République s’adressait donc surtout aux femmes, qui. grâce à leur éducation, s’étaient illustrées par leur conduite héroïque pendant la guerre de sécession et leurs intelligents efforts pour réparer les désastres de la plus «ruelle guerre civile des temps modernes.
- C’étaient,elles qui se faisaient les directrices des écoles fondées pour les enfants des quatre millions d’esclaves dont Fimmortel Lincoln venait de briser les fers.
- Toutes les aptitudes des femmes, eu e#et, leur douceur naturelle, leur patience et leur gracieuse bouté, font d’elles d'admirables institutrices. C’est A leur école que je ne crains point d'envoyer tous les maîtres d’école. On parle beaucoup de doter les établissements scolaires de méthodes plus effîcaçes et plus promptes. Pour moi, la question est parfaitement résolue : la vraie méthode d’éducation est celle 'que la nature inspire A la femme, celle que toute mère intelligente emploie quand elle préside à l’éducatiou première de son enfant.
- On n’admirera jamais assez combien est touchante, combien est féconde l’action exercée par la mère intelligente pt vertueuse sur le déyeloppement physique, intellectuel et moral de /son enfant, Tout ce que les ouvrages des savants exposent sur les soins hygiéniques que réclame, dès l’instant de sa naissance, ce tendre fruit de son amour; tout ce que les éminents penseurs nous apprennent sur les précautions à prendre pour raffermir ses organes délicats,’pour faire respirer et vivre cette frêle créature, la nature l’a enseigné à la mère. C'est eu voyant ce qu'elle fait, grâce aux inspirations de celte maltresse infaillible, que le médecin, le philosophe, le pédagogue formulent leurs conseils les plus sages et les plus salutaires. On croit que c’est uniquement aux travaux et aux méditations dés hommes de génie que eont duos les théories qu’ils exposent sur leur éducation : c’est une erreur. Tout leur savoir n’est que le résultat d’une observation attentive des procédés mis on œuvre par la mère. Leur science n’çst que sa science ; et lorsque plus fard l’instituteur est chargé de donner à l’enfant plus avancé en âge le$ premières notions du savoir, il remplira avec d’autant plus de succès cette lâche qu’ii se sera tenu plus près de cet incomparable modèle, üo même qu’il n’est pas pour la santé physique de l’enfant de breu-vago plus sain que le hait do la mère, do mémo il n'est
- pas de meilleure initiation à la science que celle que devine et met en pratique la tendresse maternelle.
- On dit que l’enfant pendant les quatre ou cinq premières années de sa vie acquiert plus de connaissances qu’il n’en acquerra pendant le reste de son existence. On a raison ; car si l’on vcuL bien réfléchir à tout ce que sait l’enfant à l’âge où l’on croit devoir l’envoyer A l’école pour tout apprendre, on sera confondu d’étonnement; que de choses, que de faits sont entrés dans la jeune cervelle de ce petit prodige ! que d’idées dans son esprit ! que do mots dans sa mémoire pour les exprimer ! Le plus habile helléniste no saura pas autant de grec apvès vingt ans d’études que le petit anglais, le petit allemand, le petit français fait de la langue du pays où il a vécu. C’est que le savant a employé la méthode savante et l’enfant la méthode maternelle.
- La méthode maternelle ! Mais me direz vous, en quoi consiste une méthode A laquelle vous attribuez une telle puissance ? Elle consiste, répondrai-je, à ne rien enseigner A l’enfant, mais A lui offrir les occasions de tout apprendre L’enfant sait tout parce qu’il s’est instruit, pour ainsi dire tout seul. 11 a appris A marcher en marchant, A voir en regardant, à entendre en écoutant, A parler en parlant. La mère a présidé A cette éducation des sens en leur laissant leur libre action, en se bornant A les diriger, à aider à leur développement, à favoriser leur exercice; si la mère, au lieu de laisser agir la nature se donnait la peine d’expliquer A son enfant les lois du mouvement, les phénomènes de la vue, ou de l’ouïe, les règles du langage, elle ferait de son enfant un idiot qui marcherait A peine et ne parlerait pas.
- Dans la comédie des Femmes savantes, Philaminte s’adressant au petit laquais Lépine qui vient de se laisser choir lui dit :
- Voyez l’impertinent ? Est-ce que l’on doit choir.
- Après avoir appris l’équilibre des choses ?
- Et Bélise ajoute ;
- De la chute, ignorant, ne vois-tu pas les causes ?
- Et qu’elle vient d’avoir, du point, üxo, écarté Ce que nous appelons centre de gravité?
- Et Lépine répond fort pertinemment :
- Je m’en suis aperçu, madame, étant par torre.
- Il comprend beaucoup mieux les effets de sa chute que les savantes définitions de ses pédantes maîtresses.
- Mais non seulement ce philologue de cinq ans sait exprimer tout ce qu’il veut dire, en très-bons termes, et quelquefois même avec finesse ; mais il connaît encore les innombrables objets du monde extérieur qui ont frappé ses sens ; fi en sait les noms, les propriétés, les usages. Il a apporté en naissant im immense besoin de savoir: et cot instinct a été merveilleusement aidé par l’habitude d’observer, de comparer, de juger, d’excer en tous les sens son activité intellectuelle. Sa mère a donc pu non-seulement lui apprendre sa langue, elle l’a de plus, sans le secours d’explications scientifiques, accoutumé à lire dans le grand livre de la nature, dont il a pu, en ouvrant seulement les yeux, connaître et admirer les merveilles.
- Maie, ce n’est pas tout ; il y a dans l’ètre humain quelque chose de bien supérieur au savoir : c’ost le sentiment religieux, c’est le culte du vrai, du beau et du bien, c’est en un mot ce monde intérieur que l’on nomme la conscionce.
- Ce u’est pas, oertes, en étudiant les œuvres des philosophes et des moralistes, on invoquant l’autorité do
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- le mYom
- Socrate ou de Zénon, ce , n’est pas par des préceptes, c'est par ses actions, que la mère ouvre le cœur de son enfant à la bienveillance, à la charité, à la pitié pour le malheur, qu’elle fait germer en lui le respect de la justice et du droit, le sentiment de l’honneur ! Heureux, mille fois heureux l'enfant qui a pu vivre longtemps sous l’aile d’une mère intelligente et vertueuse ! Ne sait-011 pas que presque tous les hommes qui se sont illlustrès, dans les lettres, les arts, les sciences, la magistrature, la politique, se sont plu à faire remonter à l’influence exercée sur leurs jeunes années par leur mère, le développement de leur caractère et l’éclosion de leur génie ? [à suivre). c. hippeau.
- ANGLETERRE
- Correspondance particulière du Devoir
- Londres, 6 août 187g,
- Les princes se marient et le bon peuple paie les violons; ûa leur donne par drqit de naissance une somme assez ronde dès le berceau pour se bien comporter dans le monde, mais il nest que juste de la doubler au moment QÛ ils vont être deux, trois, quatre, qui sait combien, car il est des familles royales vraiment productives dans l’aspàee. de n’est pas tout encore: afin que ces braves princes soient mieux rentés encore, on les fait, qui général, qui amiral, beaucoup de galons et d’argent, dans quel but ? S’ils se contentaient encore d’être tout bonne-rpentdps princes, non il faut aussi jouer au soldat. Bons contribuables d’Angleterre, à vos poches le prince Arthur,duc de Gonnaught,marie la seconde des filles de Brédéric-Gharles, prince de Prusse. Alliances souveraines n’ont rien à faire avec les peuples; cela n’empèchera pas les deux nations de Grande-Bretagne et de France d’être deux nations sœurs liées plus que jamais par des intérêts identiques.
- La population anglaise est fatiguée jusqu’à la satiété de la question d’Orient ; si quelque malheureux s’oublie à parler Congrès, guerre ou paix, on lui répond : wewant io mahe money: Nous voulons gagner notre vie ! La chose est faite, il n’y a plus à y revenir pour le quart d’heure ; e jour dp vraie justice pqur les peuples, partagés comme des troupeaux dans ces divisions horriblement bistori-vjepflfa bien aussi.
- Les armées permanentes, outils funestes aux mains des rois avides, seront impuissantes un jour à conquérir des provinces, quand ces provinces auront des populations instruites et laborieuses, et le dernier soldat alors disparaîtra. On aspire donc uniquement à jouir de la paix pour retrouver du travail- Treize mille malheureux ouvriers que l’appel des réserves avaippt arrachés au foyer, comme A l’atelier, sont en ce moment sur le pavé offrant leur b^s qt l’opeupatitm p’est pa^ ^boudante partout. A pqine îep defnjères grèves sppf finies (pt à quel prix ! au sacrifice de la part des ouvriers de dix pour cent de leur salaire) et voici que déjà il y en a d’autres en perspective. Dans le sud du Yorkshire notamment, les propriétaires do pblanbpîinâges prient par dessus les toits 4P leurs puits qq’iis sont en perte et ils annoncent à leurs ouvriers qu’ils sont forcés de leur faire subir une nouvelle diminution de 7 if 2 pour cent ; il y a quelques mois 4 peiqp qu’ils étaient déjà diminués d'autant. Pendant % première quipzaiP0 4P rïla;i Ie phitïre fies pauvres pour l’Angleterre (abstraction 4e l’Ecosse et de l’Irlande) s’est *ccru de près de 3 pour cent ctr dans les districts coton-
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- niers en grève l'augmentation p été de 13.5 pour pent la première semaine de mai, 15 la seconde, 17 la troisième et 19.5Jp quatrième. Tristes résultats. Est-ce là la faute 4e celui qui souffre. Répondez millionnaires, conservateurs de Manchester si occupés à applaudir lord Beaconsr field.
- LETTRE D'ALLEMAGNE
- Arrivée trop tard pour avoir pu être insérée dans notre numéro.
- Berlin^ 31 Juillet, au soir.
- Cher ami,
- La physionomie de Berlin était curieuse hier. Tandis que je vous copiais les 6 noms social-démocrates d’une grande affiche rouge placardée sur les colonnes-réclames, j’avais un constable qqj tournait autour de moi en me regardant avec de gros yeux ! —- On ne peut pourtant rien dire à quelqu’un qui prend une note en regardant une affiche ! — G et incident me fit faire la remarque suivante : à chaque colonne, je remarquai un constable à proximité. — Sur le trottoir, un Monsieur vous croisant, tirait dp sa poche qn papier qu’il vous glissait inaperçu^ — c’est de cette pmoière que je fus mis en possession de la cjrcuiaire relative à Daùrnmm que je vous envoyai hier. — La Tante comme
- on appelle ici la Vossiche Zettgn, le journal calme et tranquille de la bourgeoisie libérale (le journal le plus Ip 4 Berlin, et le plus copieux), signale ce matin que les candiflajs libéraux-progressistes fies deux partis s’étaient unis)-, l’ont emporté. — Ainsi pe fait est significatif, Klotz qui se rapproche plus des progressistes (couleur Yirchw), que des nationaux-libéraux (couleur moins accentuée)! a été nommé dans deux Wahlbezjet surtout, ceci est significatif : flans le n° Il qui est le quartier le plus aristocratique de Berlin — La population s’était donné ce ippt d’orflre : faire échec au gouvernement. — Il n’y a de ballotage que dans la IY* circonscription entre Fritzche, social-démocrate et le candidat liberal.
- Si cela vous va, je vous tiendrai au Gourant de ce qui va se passer. — En attendant voici un fait le plus récènt et le plqs eufieux... Mais Machiavel, mon ami, tu n’étais qu’un enfant à côté de l’myeuteur dont U s’agit i Nouveau genre de plébiscite, l’inventeur dp la .chose aura bientôt un grand nombre de 'décorations sur la poitrine et ce qui vaut mieux, la bourse pleine! —Jugez plutôt, n’est-ce pas de l’inquisition raffinée, digne du XJV® siècle, sans brasier et sans tenailles 1 dans tous les cas, iqqyeq ingénieux et productif flp faire crapher aux. gens leurs'pensées les plus secrètes ! — JSst-cje uq belge, dst-ce. un allemand qui inventa la chose ? — lies deux sans doute, car le procédé belge a de l’analogie : faire souscrire pour le mariage d’argent du roi et de la reine, cipq centimes avec signature! — Triage fait : tant de républicains tant de royalistes ! — C’pst toujours un nouveau procédé qui enrichit la statistique fl’qn moyen. non encore exploité. Toujours ost-ü qu’eu Allemagne, les cerveaux fermentent, beaucoup se révoltent de cette demande qui ressemble à un ordre.
- Eu lisant Napoléon U petit, les Châtiments les œuvres de Henri Heine, Oïl est porté à approuver les anciens qui dénommaient sous unp même qualification lespoëfes et les prophètes.
- En voyant ce qui se passe en ^.nepnagriia eu ce moment, en se rappelant la terrible gu'érrd’ de 1870, que dites-vous lecteur de cès lignes tacées pendant le lur tiers de notre siècle par ce Henri Heine, qui s’intitulait un Prussien libéré : «Soyez sur vos gardes, nos chers voisins dp France, et ne yous mêlez pas de ce que nous ferons cfiez nous, il pourrait vous eu arriver mal. Gardez-vous 4c souffler sur le feu, gardez-vous fie l’éteindre, vous pourriez facilement vous brûler les doigts.
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- LE DEVOIR
- Ne riez pas de ces conseils, quoiqu’ils viennent d’un rêveur qui vous invite à vous défier des kantistes, des fichlions, des philosophes de la nature ; 11e riez pas du poëte fantasque qui attend dans le domaine dis faits la même révolution que dans le domaine des idées. La pensée précède l’action comme l’éclair le tonnerre. Le tonnerre d’Allemagne est allemand; à la vérité il n’est pas très leste et coule avec lenteur ; mais il viendra, et quand vous entendrez un craquement comme jamais craquement ne s'est fait entendre dans l'histoire du monde, sachez que le tonnerre allemand aura enfin touché le but »
- J’aurais bien des considérations à ajouter, mais ce sera pour un autre jour, car je tiens à ce que cette lettre parte par le courrier pour ne pas vous arriver trop tard. — Donc victoire de l’opposition modérée ; victoire sur toute la ligne : Dans le IIe Wahlkreis, Moltke 136 voix et Klotz 13,731 ! — Ministère a t-Ü jamais été plus complètement battu ? — Berlin s’est vaillamment comporté; osera-t-on après cela dissoudre encore le Reichstag ?
- En. Potohié.
- .....•ciÇiflftoo»" "
- LE BON SENS
- Les Marseillais ont fortement attiré l’attention sur eux le mois passé. Ils demandaient deux choses au gouvernement ; une bonne et une mauvaise.
- La mauvaise c’était l’autorisation de transporter de la-voie publique dans le musée de la ville, la statue érigée à l’évéque Belzunce, en souvenir des secours qu’il donna aux pestiférés en 1720.
- Doucement, messieurs! Les hommes de bien sont rares. En leur rendant un public hommage, on s’honore soi-même encore plus qu’on ne les honore. Bien qu’érigée en 1852, la statue cet de honnête homme a paru jusqu’ici méritée. Laissons la donc sur son piédestal ! Cet évêque, Messieurs, aima la France, quoique relevant de Rome ; il eut double mérite.
- Votre deuxième demande vautmieux que la première à tous les points de vue et vous avez mille fois raison de réclamer la suppression de l’enseignement du catéchisme dans les écoles. C’est déjà trop que le prêtre ait la femme. Tâchons du moins de lui arracher l’enfant,
- Nous ne demandons pas que la science soit enseignée dans les églises, donc nous sommes en droit de demander en revanche que l’enseignement de lareligion ne prenne pas dans les écoles la place de celui de la science.
- Les heures que l’enfant passe à l’école sont peu nombreuses, noies diminuons pas encore par du temps donné au catéchisme. Le temps donné à la science est trop court. Pour faire des hommes, il faut répandre à pleines mains le bon sens ; — en commençant dès l’âge le plus tendre. — (Il n’est jamais trop tôt).
- Or, c’est vraiment un bien mauvais moyen que de débuter par saturer les jeunes cerveaux de nos enfants des abstractions, des affirmations osées, hardies et sans mesure du catéchisme romain.
- L'homme apprend chaque jour à ne rien croire sans preuves ; l’enfant est dressé de nos jours, dès ses pre miers ans, à croire aveuglément tout co qu’on lui dit Etrange et fatale contradiction !
- Victor Hugo avait mis quarante ans à dégager sa pensée des innombrables entraves qu’une telle éducation avait mises à son essor; que l’on juge d’après cela des ravages que ces habitudes ont fait et font encore sur les esprits moyens qui constituent la presque totalitéde la population ! Que de forces perdues ! que d’activités éteintes ! que d'intelligences écrasées sous l’influence déprimante do ces dogmes, irrationnels et surannés.
- Au point de vue de l’impérieux besoin de justice que ressent tout homme de bien, la conclusion de telle des fables de La Fontaine (par exemple « un flatteur vit toujours aux dépens de celui qui l’écoute ») est bien supérieure, comme enseignement et portée morale, a tel récit de l’Evangile, à celui par exemple où on voit un patron payer de là même somme l’ouvrier qui lui a consacré toute sa journée et celui qui ne lui a sacrifié que deux heures de son temps. Que voilà donc de la bonne justice distributive ! El c’est cette justice là que nous enseignerions à nos enfants,
- L’enfant a droit à tous les respects. Sa jeune intelligence est une cire molle disposée à garder toutes les . empreintes. En abuser est un crime de lèse-humanité. Empêchons celà !
- Gomment! de tous côtés, de nobles esprits s'ingénient à trouver les meilleures pratiques, les méthodes les plus rationnelles, pour arriver à diriger dans les voies de la droiture intellectuelle et de la raison ces jeunes et tendres cerveaux, et nous permettrions qu’ils soient plus lpngtemps contaminés flétris, faussés par l’enseignement des doctrines les plus opposées à toute notre science moderne? Gela confinerait à la lâcheté. Haut les cœurs ! L’heure des mâles résolutions est arrivée. Frappons d’une hache impitoyable toutes les erreurs, tous les abus du passé, afin d’aplanir d’autant le chemin à la transformation sociale que l’avenir nous réserve,-sinon la transformation vers laquelle on parait marcher tournera en une liquidation d’autautplus laborieuse que ceux qui viendront réclamer des comptes seront plus dépourvus de cette science qui, seule, peut remplacer, pour eux, des dogmes auxquels désormais, il est ralio-nellement impossible de croire.
- Il y a des lois économiques auxquelles nul être vivant eu société ne saurait se soustraire, ni les hommes ni les abeilles, ni les fourmis. 1
- La science dans l’épanouissement de son intégralité est appelée à jouer dans l’avenir le rôle que la religion a joué dans le passé. Les savants seront des prêtres. L’arithmétique seule sera tenue pour infaillible.
- de Toyon.
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mme Marie HOWLAND
- (Voir Nüt 4 à 22)
- Chapitre XVIII
- Comment Dan ne me maria pas.
- Octobre vint apporter à Clara de nombreuses occupations. Sa mère ne tenait pas en place et ne cessait de prédire que jamais le trousseau ne serait prêt pour la fin de novembre, époque fixée pour le mariage. Leila et Linnie s’acquittaient fort bien des travaux de couture, lorsque tout était ajusté, mais il fallait essayer et retoucher souvent; et, pour comble de malheur, Albert Delano ne se serait pas dispensé un seul jour de passer toute la soirée avec Clara. Madame Forest reconnaissait biefl
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- là le manque absolu de tact qui caractérise messieurs les hommes.
- De petits paquets de lingerie d'un travail exquis ^arrivaient à chaque instant d’un mystérieux atelier. Madame Forest ne disait mot bien qu’elle reconnut à leur perfection la main adroite de Susie, mais Clara prétendait qu’ils étaient l’œuvre de sa bonne fée.
- , Un jour, pour activer le travail, madame Forest offrit aux jumelles de les payer si elles voulaient faire certains travaux. Cette offre intéressée demeura sans effet. Leila en fournit malicieusement la raison.
- — « Vous savez, maman, que vous voulez nous prescrire au juste comment dépenser l’argent, de sorte que ce serait exactement comme si vous achetiez vous-même pour nous ce qui vous plaira. »
- « Il serait pourtant si agréable, » ajouta Linnie « d’avoir un peu d’argent à gaspiller. »
- « Qu’avez vous donc fait, je vous prie, mes filles des sommes immenses que vous avez extorquées à votre père, ** s’écria le docteur en riant.
- « Oh, père 1 « fit Leila, » j’espère que vous n’êtes pas assez tatillon (tatillon était un mot favori de Leila) pour supposer que nous les avons gaspillées; maman nous dit toujours ce que nous devons faire de notre argent. Elle convient que cet argent est à nous, que nous pouvons l’employer à notre guise, mais papa, » continua-t-elle avec un malicieux clignement de l’œil à 1 adresse de sa mère, « vous voyez bien qu’il n’en est pas toujours ainsi. »
- * Le docteur se mit à rire. « Alors, » dit-il, « nous allons changer la thèse. Combien demandez-vous par mètre de couture à la condition que vous ferez de l’argent ce que vous voudrez sans avoir à en rendre compte ? »
- « Maman, sera-ce trop de cinq sous », s’écrièrent-elles toutes les deux â la fois.
- « Non, si vous payez votre pension là-dessus, » répondit madame Forest en.souriant,
- « Pas de ça, » dit le docteur, « nous vous devons la nourriture, un logement confortable et l’éducation, par le fait que vous n’avez pas été consultées sur l’importante question de naître ou de ne pas naître . Je puis vous assurer, mes enfants, que c’est une folie de dissiper l’argent; mais, ce sont de ces choses que vous devez apprendre par l’expérience. Je vous fais cette proposition : cinq sous par mètre de couture bien faite et mesurée par votre mère. De plus, j’ajouterai cinquante pour cent à ce que vous aurez gagné ; car il ne s’agit pas d’ouvragé de pacotille mais de chefs-d’œuvre de couture. — Répondez. »
- L’effet de cette promesse fut étourdissant; avant la Ûn. de la semaine, madame Forest dût gronder ses
- filles de l’excès de leur assiduité au travail ; le trousseau de Clara se faisait comme par enchantement.
- Au milieu de ces grands travaux, Dan vint faire une visite à ses parents. Son air triste et découragé lui gagna le cœur de Clara, Elle chanta pour lui une de ses romances nouvelles et lorsqu’elle put le prendre à part, elle l’interrogea sur ses sentiments à l’égard de Susie. Dans la disposition d’esprit où elle se trouvait, elle considérait volontiers le mariage comme une panacée et la plus divine des grâces, aussi pensait-elle que marier son frère à Susie serait le plus heureux événement du monde .
- Dan exprima le désir de faire « tout ce qui serait convenable. » Clara mordit à l’hameçon comme un petit poisson affamé. « Pourquoi ne pas l'épouser de suite ? » La réponse de Dan ne fut pas absolument satisfaisante, mais elle suffit pour décider Clara â laisser ce soir-là, le docteur Delano l’attendre toute une demi-heure, pendant qu’elle était mystérieusement sortie pour conférer en secret avec MmB Bussell.
- Dan, qui trouvait la maison un peu plus agréable, reparut le dimanche suivant. Clara ne fut pas longtemps à réclamer un entretien particulier. Elle lui répéta sa question : « Pourquoi n’épousez-vous pas Susie ? » Dan avait, en vérité, pensé à Susie avec moins de ressentiment du crime qu’il lui imputait de l’avoir trop aimé et de s’être, comme il le croyait, mise entre miss Marston et lui. Susie était la seule femme qui Peut jamais aimé ; il était tenté de faire ce qui était convenable » uniquement pour avoir près de lui quelqu’un qui l’adorât. * Cœur généreux! mais il faut considérer qu’il ôtait sous l’influence d’un charme dont il n’avait pu secouer le joug.
- Miss Marston lui avait inspiré une ardente passion qu’il n’avait jamais éprouvée, que sans doute il n’aurait pu éprouver pour aucune autre femme. Il ne savait pas apprécier les qualités intimes du caractère de Susie et s’il en eut été capable, un amour comme le sien ne s’en serait pas contenté. Ces sortes de satisfactions sont du domaine de Pintelligence et Dan était une nature matérielle, obéissant à ses | appétits plutôt qu’à la raison. Susie l’avait trop tendrement aimé et ce n’est que chez les natures supérieures que Pexcès de tendresse captive le cœur. Le charme qui l’attirait vers miss Marston venait précisément de l’indifférence absolue qu’elle lui témoignait ; mais il n’en avait pu deviner la cause. Elle lui était supérieure et il l’ignorait ; il en était véritablement de même de Susie que la supériorité de sa nature mettait bien au-dessus de lui, mais que les circonstances en avaient rapproché.
- Dan répondit à sa sœur, d'un ton moitié sérieux et moitié plaisant, • que Susie ne se souciait pas trop de
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- lui et qu’il en avait assez d’être le jouet des femmes ( »
- « Oh 1 que vous connaissez peu les femmes, » fut la réponse de Clara.
- Dan se défendit ; il s’ensuivit une vite discussion, dans laquelle Clara caractérisa l’esprit de son frère par une allusion à son ancienne habitude de lui saisir les mains et de rire avec une rage désespérée :
- « Si. vous aviez soupçonné ce que sont les jeunes filles, vous n’auriezjamais agi de la sorte, » lui dit-elle, « car cela m’avait fait vous haïr et je ne puis, encore y penser sans indignation 1 mais à quoi bon réveiller le souvenir de querelles d’enfant ? »
- — « Vous étiez maligne et suffisante, parce que
- vous saviez vos leçons et que les professeurs vous choyaient. » /
- — « Et vous, vous aviez besoin de trouver un moyen quelconque de prouvez votre- supériorité. Mais ne parlons plus de ces désagréables souvenirs. Vous êtes mon unique frère, et si vous êtes bon et juste envers Susie nous n’aurons plus jamais de querelles. » Et Clara prit amicalement le bras de son frère qui répondit à cette avance en la serrant rudement sur sa poitrine.
- « Oh fi 1 » s’écria-t-elle, * jamais femme ne pourra aimer un ours semblable à vous. »
- « Bah I » fit-il, les femmes aiment à être embrassées ainsi. »
- « Cela montre combien vous les connaissez peu, celles qui se respectent, du moins, * reprit Clara. Pensez vous par exemple, que miss Marston.........?»
- « Au diable miss Marston ! * interrompit-il.
- — « Oli Dan 1 quelle horreur, j’ai honte de vous. »
- — « J’y suis habitué, Clara, je ne suis pas aussi. raffiné que ce grand fat de Delano, mais je vous prédis que vous en aurez bientôt assez, quoiqu'il soit sans doute de ceux qui savent comprendre les femmes à votre manière. »
- Clara était toute fâchée, mais songeant à Susie et craignant de compromettre le projet qu’elle avait résolu de mener à bonne fin, elle se contint et ne répliqua pas. Elle obtint de Dan qu’il irait le jour même, faire une visite à Susie. Quant à celle-ci, madame Buzzell et Clara lui avaient, à force d’instances, persuadé qu’elle devait consentir à épouser Dan s'il le lui proposait.
- Dans la soirée donc Clara conduisit son frère chez madame Buzell et, chemin faisant, elle lui fit promettre qu’il demanderait à Susie de l’épouser. A leur arrivée elle le laissa seul au salon pour aller à la recherche de Susie, afin de la lui envoyer.
- « Vous savez bien, chère amie,» dit-elle en embrassant la jeune fille * que s’il n’avait été question que
- de vous, nous ne vous aurions pas pressée de la sorte. *
- Comme Susie entrait, Dan se leva et lui prit la main. A peine répondit-elle par la moindre pression, puis sans aucun préambule, elle s’empressa de dire s — « Vous savez pourquoi, je cède, malgré ma répugnance, au désir de votre soeur et de madame Bu-zelle, mon excellente amie, mais je désire que vous sachiez aussi à quelle condition je me rends, vous y souscrirez sans peine, je suppose, » ajouta-t-elle avec un peu d’amertume. « Cette condition, c’est que je ne serai jamais votre femme que de nom, de mon côté je renonce à tous les droits que pourrait me conférer notre mariage. Je ne prétends pas troubler votre vie. »
- « Tout cela », répondit Dan « me semble pure exagération, nous ne vivrons pas ensemble et c’est bien assez. J’avoue sincèrement que si je vous épouse, c’est afin que vous ne soyez pas seule .â supporter le feu de la bataille. »
- « Le plus difficile est fait maintenant, » dit Susie, «j’ai souffert tout ce que je pouvais souffrir. Si bas que je sois descendue dans votre estime, j’ai conservé le respect de moi-même et je ne 1© perdrai pas, grâce aux nobles cœurs qui m’ont secourue lorsque je craignais que Dieu m’eût abandonnée comme vous l’aviez fait. »
- Par ces mots » Si bas que je sois descendue dan® votre estime, » Susie espérait éveiller en son léduC* tenr quelques remords qui, lui faisant envisager dan® toute sa hideur l'indignité de sa conduite, lui inspireraient le désir de réparer ses torts en lui rendant son affection.
- L’amour est tellement aveugle et insensé, qu'il veut encore espérer lorsque tout espoir est perdu i
- Aussi, quoique Susie eut décidé que Ce mariage ne serait qu’une formalité légale destinée â faire quôSOft enfant devint ce que la société nomme légitime, avec quelle joie n’eut-ellô pas changé de sentiment et cédé à un appel plus tendre, si, parle moindre indice, Dan lui eut montré qu’il attachait du prit à soft affection et ne vonlait pas la perdre. Mais 11 n’éft fut tien ! Dan répliqua d’un ton qui blessa pro fondé* ment la jeune fille : « C’est inutile de retenir main* tenant sur le passé, mais je ne vois pas trop l’atafl* tageqüe vous pouvez retirer de nôtre mariage si toftô ne devenez pas tout-à-fait ma femmé. *
- Il en coûta beaucoup à Susfe de ne pas repoussé? avec mépris Dan et son offre, car sa sensibilité était extrême, mais elle avait promis à M** BUzZétl et à Clara de consentir à ce mariage et s'était résolue à tout souffrir plutôt que de manquera sa parole. Elle répondit donc avec tout le sang-froid dont allé
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- était capable : «Je vous ai dit» monsieur, que ce n’était pas à cause de moi que je vous épousais. Mon enfant peut ne pas vivre; je regretterais en ce cas que vous fussiez condamné à reconnaître Susie Dykes pour votre femme. Jusqu’à la naissance de cet enfant, notre mariage restera secret, si cela dépend de moi. *
- « Il n’y a pas de danger, » fit Dan « l’enfant est d’une race qui sait se cramponner à la vie. Après ça faites comme bon vous semblera, je consens à tout » ajouta-t-il, laissant honteusement peser sur la jeune fille seule la responsabilité de la détermination.
- C’en était assez pour Susie. Elle se leva pour mettre un terme à l'entrevue. Dan prit son chapeau et dit : « Il ne sert à rien de pleurer sur du lait répandu à terre, soyons amis, au moins, embrassez-moi Susie. «
- Pourquoi, * dit-elle, « embrasserais-je l'amoureux de miss Marston ? Je préfère m’en abstenir. Ne croyez pas que je sois irritée ni que je veuille vous adresser un reproche; je sais que vous avez cédé à nne séduction plus forte que votre volonté, et, sur hion âme, Dan, je voudrais être morte et vous savoir son mari. »
- Ce disant, elle lui tendit la main en dissimulant sous un sourire le trouble qui l’agitait.
- Dan éprouva une vive tentation de l’attirer à lui Pour l’embrasser de gré ou de force, mais il vit sur la Physionomie de Susie un air d’indépendance et de dignité féminine qu’il ne lui connaissait pas et qui le fit renoncer à son dessein. Il se contenta de lui serrer main et quitta la maison en grande hâte.
- Quand il fut parti, Susie s’abandonna sans contrainte à son chagrin. Préoccupée de ses études, des ! soins multiples de sa situation et de ses rêves d’a- i l’enir, elle avait pu se dérober pour un temps à ses souvenirs et à ses regrets ; mais la scène qui venait d’avoir lieu lui avait révélé avec quelle facilité se ^veillait en elle le souvenir du passé, avec quelle Soif ardente d’affection son cœur nourri de chardons, Vivant l’expression du docteur, se raccrochait au joindre fétu.
- Arracher à l’âme aimante ses illusions est une ^che longue et pénible ; mais patience r II y a dans nature de Susie un fonds de raison et de courage fiai se dégage» de plus en plus dans les épreuves de la Vie- Ce sentiment s’est développé à travers son I 6lifance abandonnée, comme le lotus sacré naît de la comme le lys immaculé sort du marais, sous ‘bfiuence d’un rayon de soleil ; ainsi, la bonté et la Apathie que Susie a rencontrées feront sortir, ÆM ^tstes commencements de son existence une grâce
- et une beauté morale qui lui donneront le pouvoir de remplir la mission assignée à sa vie.
- {A suivre.)
- L’INSTRUCTION PRIMAIRE ET LE BUDGET
- de 1879
- M. Dethou, député de l’Yonne, membre de la commission de l’instruction primaire, vient de préparer, pour être présenté à la 3e sous-commission dont il' fait partie et que préside M. Boysset, un projet de 'budget générai de l’instruction primaire.
- On sait que la 3e sous-commission doit étudier les questions de la gratuité, des finances, du traitement des instituteurs et des frais généraux. ,
- M. Dethou propose de fixer à 3,500 fr. les traitements des instituteurs hors classe, réaidant à Paris, et de diviser les instituteurs ordinaires en cinq classes. Les instituteurs de 5e classe (communes au-dessous de 400 habitants) toucheraient un traitement de 800 à 1,000 fr ; ceux dé 4* classe (communes de 400 à 1,000 habitants), un traitement de 1.200 à 1,400fr.; ceux de 3* classe (communes de 1,000 à 2 000 habitants), un traitement de 1,600 à 1,800 fr.; ceux de la 2e classe (communes de 2,000 à 3,000 habitants), un traitement de 2,000 fr.; enfin ceux de 1T0 classe, un traitement de 2,600 fr.
- Au-dessus de 3,00$ habitants, chaque commune aurait pour chefs d’écoles un oii plusieurs instituteurs de lra classe, avec des adjoints-instituteurs de différentes classes, suivant l’importance des villes.
- Les institutrices jouiraient des mêmes traitements que les instituteurs.
- Le projet dressé par M. Dethou donne pour 36,561 communes, divisées en 16,543 à écoles mixtes, 19,310 avec écoles de garçons et de biles, un total de 56,579 écoles ou groupes scolaires, fréquentés par 3,713,774 élèves et dirigés par 56,579 instituteurs et institu* trices, et 32,550 adjoints ou adjoinies.
- La dépenses s’élèverait à la somme de 120,468,800 francs.
- A ce total M. Dethou ajoute :
- 1° Pour l’Inspection des écoles, 2 millions 668,000 francs.;
- 2° Pour les écoles normales, 6 millions 90,000 fr.;
- Et 3° Pour les directions départementales, 838,400
- francs»
- Le budget général de l’instruction primaire s’èle-rait ainsi à 130,065,200 fr»
- Ce serait une augmentatisn de 44 millions 785,667 fr. sur la dépense totale actuelle de I’ nstructiofl primaire, qui se décompose ainsi ;
- Etat......................
- Départements. . . . . .
- Communes..................
- Rétribution scolaire • . -
- 24,919,813 fr, 14,741,720 fr. 27,623,000 fr. 18.000 000 fr.
- Soit ensemble : 85^84,533 fr,
- 11 dire- que ce projet a droit à nos plu»
- vives sympathies.
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- LE DEVOIR
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- Ah, m'écriai-je, qu’elle est pâle Et triste, et que ses traits sont beaux I Sa jupe étroite est en lambeaux;
- Elle croise avec soin son châle ;
- Le Musée universel, revue illustrée de vulgarisation artistique. Paris, A. Ballue, éditeur, 3, Ghaussée-d’An tin 1 an, 12 fr., départements, 14 fr.
- Cette intéressante publication continue à paraître chaque semaine et à former à la fin de chaque année un magnifique volume de 420 pages, orné de plusieurs centaines d’illustrations.
- Le l*r semestre de 1878 a paru en volume. Il contient des nouvelles de plusieurs écrivains distingués, des articles de critique d’art et de littérature, des fragments d’histoire, des'traductions de chefs-d’œuvre littéraires étrangers, enfin des poésies, au nombre desquelles se distinguent celles de MM. André Theuriet et Sully Prudhomme, deux jeunes poètes bien sympathiques.
- Le numéro du 27 juillet contient, entre autres, à côté d’une poésie de M. Ed. Ghampury, sur un rhythme alerte de Ronsard, le Sentier, une poésie de M. Sully Prudhomme, les Vénus, poésie qui touche de bien près à la question sociale.
- Le poète raconte qu’en revenant du Louvre où il avait admiré les Vénus antiques, il rencontra une pauvresse dont le regard triste lui emplit l’âme de pitié.
- Laissons la parole au poète :
- Elle est nu tête ; ses cheveux Mal noués, épars derrière elle, Forment leur onde naturelle,
- JLe miroir n’a pas souci d’eux.
- Des piqûres de son aiguille Elle a le bout des doigts tout noir Et ses yeux au travail du soir Se sont affaiblis, pauvre fille I
- Hélas ! tu n’as ni feu ni lieu ;
- Pleure et mendie au coin des rues : Les palais sont pour nos statues,
- Et tu sors de la main de Dieu ;
- Ta beauté n’aura point de temple On te marchandera ton corps ;
- La forme sans âme, aux yeux morts, Seule est digne qu’on la contemple ;
- Dispute aux avares ton pain Et la laine dont tu te couvres ;
- Les femmes de pierre ont des Louvres Les vivantes meurent de faim.
- Le Gérant : Godin.
- :sa
- 14
- M
- Mll« GABRIC SAINT-CYR
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- TRAVAILLEURS DU FAMILISTÈRE
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- pour la Correspondance et la Comp"
- tabilité.
- Écrire au Gérant du journal.
- L’ALLIANCE LIBÉRALE
- Organe du Christianisme libéf^
- 9® ANNÉE D’EXISTENCE 1 an. O ir.
- Genève, 7, rue du Conseil généré'
- Saint-Quentin — lmp. (WfcPSeéWt* ananyma du Glaneur
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- l,e ANNÉE — N° 24 Journal hebdomadaire* paraissant Icj ^Dimanche* DIMANCHE 18 AOUT 1878
- Le Devoir
- POLITIQUE
- législation
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- Rédacteur en chef : M. Ed. CHÀMPURY
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- LES CLASSES LABORIEUSES
- Les personnes qui ont lu avec attention le journal Le Devoir, ont pu se convaincre que Uous poursuivons une oeuvre de dévouement Social ; nous espérons donc qu’elles voudront bien nous maintenir leur bienveillant appui.
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- SOMMAIRE
- Les classes laborieuses et la Société. — Faux jugement d’un croyant à la double vie. — Réforme de la magistrature. — Semaine politique. Variétés. — La méthode maternelle et l'école. — Les Beaux-Arts à VExposition. — Roman : La fille de son Père. — A propos du Budget de Vins-ludion. - Congrès relatif aux moyens de transport — Bulletin Bibliographique.
- ET LA SOCIÉTÉ
- Pour quiconque regarde attentivement l’état présent des sociétés , il est très-évident qu’un mouvement profond s’élabore dans leur sein. L’industrie y a pris un développement énorme, et l’état industriel des peuples se lie trop intimement à leur état politique pour que la Société moderne ne soit pas appelée par cela même à subir une transformation. Il faut que l’état social se mette en harmonie avec les progrès accomplis dans les moyens de production, dans les sciences et dans les arts.
- Malheureusement si l’état matériel des Sociétés appelle de profondes modifications dans l’ordre civil des intérêts et des mœurs, Inintelligence et le moral des populations ne sont guère préparés à recevoir ces transformations .
- Et cependant le tempérament et le caractère des hommes de nos jours sont certes considérablement adoucis et améliorés, comparativement à ceux des générations qui nous ont précédés, dans les temps d’obscurité profonde de la barbarie, de l’esclavage et du servage. Pendant ces phases douloureuses d’une humanité encore plongée dans les ténèbres du mal, la
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- haine, la jalousie, l a convoitise, la lutte, le meurtre étaient en permanence. Il n’y avait de solidarité entre les hommes que celle du malheur. Cet état tend à disparaître de nos Sociétés modernes, mais il faut reconnaître que si les mauvais sentiments s’amoindrissent dans les cœurs, les pensées de fraternité n’ont pas encore su y trouver leur place : l’homme est moins méchant, mais il n'est pas encore devenu véritablement bon.
- Quoiqu'en pensent ceux qui veulent que la nature humaine soit immuable, l’humanité perfectionne, d’une façon très-sensible, son état moral comme son état matériel. Les temps approchent où elle aura franchi l’âge de l’ignorance et de Terreur, pour entrer dans celui de la science et de la vérité.
- L’esprit de haine et de guerre s’effaçant, l’ardeur de la lutte et de la rivalité s’amoindrit, l’amour du bien cherche à remplacer celui du mal, de telle façon qu'on peut entrevoir l’avenir prochain où la Société quittera le régime de l’individualisme et de l’antagonisme désintérêts, de l’égoïsme et de l’amour du chacun pour soi, et y substituera le régime de l’association, le régime de l’union des ressources et des forces que la Société renferme, afin de faire servir ces richesses au bien de tous.
- C'est l’association qui ouvrira cette issue, qui offrira les moyens de mettre en pratique les préceptes de morale enseignés jusqu’ici, presque sans résultat. Bien qn’on ait dit aux hommes : « Aimez-vous, aidez-vous les uns les autres,» la force des choses, autant que l’ignorance des moyens de mettre ces paroles en pratique, ont assujetti les individus au régime du « chacun pour soi, » à la lutte pour l’existence. Tant que l’indispensable et le nécessaire sont l'objet des efforts de chacun, l’amour du bien des autres trouve difficilement place dans la conduite humaine.
- Il ne suffit pas de dire aux hommes : « Pratiquez le bien, » il faut leur rendre le bien possible, il faut préciser les moyens de le mettre en pratique. Il ne suffit pas de convier chacun
- an banquet de la vie, il faut pourvoir à ce que la place de chacun y soit assurée.
- C’est la ce que les progrès de l'industrie poo-vaient, avec le temps, permettre à la Société d’établir dans son sein ; c’est 'là ce qu’ils mettent en mesure de réaliser aujourd'hui.
- Actuellement, il y a place pour tout le mouds; la puissance industrielle est capable de créer l'abondance pour tous. Il suffit, pour qu’il en soit ainsi, que les hommes comprennent bien ce fait, c’est que l’association peut seule consti' tuer l’ordre nouveau qui inaugurera le règne de la justice.
- Mais que d’efforts restent à accomplir pour faire suffisamment comprendre que c’est dans l'association, dans la solidarité des ressources industrielles agricoles et commerciales, que50 trouve le remède à tous les maux dont la Société souffre encore !
- Un grand progrès moral est nécessaire p°ur que les hommes soient capables de franchir cette étape nouvelle. L?adoucissement de leurs xnoeurs les rapproche (lu moment où cette évolué00 sera possible ; les progrès de l'industrie ouvrent les voies par lesquelles elle pourra s’accompli mais l’état des âmes n’est pas encore ass^ élevé pour que le régime de l’association pu^30 s’inaugurer facilement parmi nous.
- Le problème le plus difficile de notre état social réside dans la constitution des pouvoi* non-seulement des pouvoirs dans l’état, aussi des pouvoirs dans toutes les directions ^ la Société.
- U
- On sent que toute direction s’imposant par force et l’arbitraire n’est plus dans les bes°^s du temps ; qu’elle est contraire au droit ; qu’e^6 faillit à la justice. Or, le droit, le devoir et la juS. tice, sont les bases sur lesquelles s'assied u° jour la Société qui se lève aujourd’hui.
- Rien au monde ne peut empêcher qu’il ^ soit ainsi ; les causes qui agissent en ce seü$ sont plus puissantes que la résistance de tout cc qui demeure des vieux abus de l’ignorance et l’imperfection..
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- Malgré cela, l’association est et sera longtemps encore obligée de compter avec l’égoïsme des hommes et avec les habitudes du passé.
- Quoique l’association soit l’issue ménagée à l’humanité pour sortir de la phase des erreurs de sa première origine , quoique l’association soit le seul mode social sous lequel l’homme puisse mettre en pratique les préceptes de la morale éternelle de l’amour de l’humanité, quoiqu’elle soit la seule voie de régénération des Sociétés, il n'est pas moins vrai que l’association intégrale, c’est-à-dire la solidarité et la mutualité entre les différentes classes de la Société, sera laborieuse à organiser dans les faits journaliers de l’industrie, du travail et de l’activité humaine. De plus, l’égoïsme est trop invétéré dans toutes les classes de la Société pour que l’association soit facile *.
- Les capitalistes la veulent à leur seul profit;
- Les employés voudraient bien participer aux bénéfices avec les patrons, mais ne voudraient pas être associés aux ouvriers ;
- Les ouvriers, de leur côté, manquent de l'instruction et de l’expérience nécessaires pour se faire convenablement représenter dans l'association du capital et du travail.
- L’association industrielle du travail et du capital réclame des hommes plus avancés, plus instruits et meilleurs que ne le sont encore les hommes d’aujourd’hui dans toutes les classes, sans exception.
- Mors, diront les conservateurs d’abus, pourquoi en préconiser le régime? Pourquoi ne pas s’en tenir à l’étal, actuel des choses, si l’on n’est pas préparé pour un autre ?
- À ces « pourquoi » nous répondons que lorsqu’on n’a qu’une vieille maison prête à s’écrouler, il faut l’étayer d’abord et en construire une I neuve ensuite, afin de n’être pas pris sous les décombres.
- Etayons donc notre ordre -social par des institutions de solidarité nationale, et par l’assurance de la vie humaine contre les éventualités du malheur.
- > Qu’en vue d’atteindre ce but la production
- nationale paie à la société une redevance pour l’entretien général de la vie humaine, (redevance qu’elle doit en compensation de la participation de la nature à la création de la richesse.}
- Qu’on établisse sur ce prélèvement l’assurance générale des familles ;
- Que l’ouvrier soit garanti contre le chômage et la misère ;
- On donnera ainsi à la société le plus solide appui qu’il soit possible de lui prêter aujourd’hui.
- Qu’en outre tous les hommes désireux de voir la société reposer sur une base solide et tranquille, se mettent à l’œuvre pour faire naître dans les esprits les idées d’association et de solidarité entre le capital et le travail ;
- Qu’indépendamment des garanties sociales que nous demandons pour tous, l’ouvrier voie s’ouvrir devant lui les perspectives de l’économie par un droit de participation dans les bénéfices des entreprises auxquelles il s’attache ;
- Que les bénéfices échus de cette façon au travailleur soient convertis en titres ou actions du capital de l’entreprise ;
- L’ouvrier deviendra ainsi l’intéressé de l’établissement où il aura travaillé, et ce sera le moyen le plus sûr de faire disparaître les causes des grands conflits de l'industrie.
- Godin.
- FAUX JUGEMENT D’UN CROYANT A LA DOUBLE YIE
- Un de nos abonnés nous envoie six francs en timbres-poste pour tous les n08 du « Devoir » qu’il a reçus, nous demandant de cesser de lui adresser le journal. Il ne pensait pas en recevant « Le Devoir », nous dit-il, trouver dans cette publication des doctrines « absolument fausses, perverses « et nui-« si blés à notre pauvre pays qui aurait tant besoin, « au contraire, d’être soutenu par des idées saines « et élevées. »
- Notre honorable correspondant n’est pas conséquent avec lui-même. Eu effet, nous croyons comprendre, à certains passages de sa lettre, qu’il est soit spirite, soit disciple de Swedenborg. £
- Or, dans cette doctrine très respectable, Fhomme est appelé, en quittant la vie matérielle, à revêtir un
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- nouveau corps humain dans la substance spirituelle, . pour jouir d’une nouvelle vie dans laquelle les choses se passent d’une façon à peu près semblable à celles de notre monde, sauf qu’au lieu d’être matériels les êtres et les choses y sont en substance spirituelle.
- Dans cette nouvelle existence, la place que nous occupons est en concordance avec les actions que nous avons faites en ce monde, et le mérite de ces actions résulte du degré d’amour de nos semblables qui les a inspirées.
- L’amour du prochain, la volonté d’augmenter le bonheur des autres, le respect et l’amour de la vie humaine sont enfin les vertus suprêmes qu’il importe de pratiquer sur la terre. En présence de ces doctrines, nous demandons à notre correspondant en quoi les idées sociales qu’il nous reproche, s’écartent de ces vertus prescrites ?
- Malheureusement, il est beaucoup d’hommes qui connaissent l’amour des autres, surtout en paroles, et qui battent en retraite lorsqu’il s’agit de l’appliquer aux faits de la vie sociale.
- Ils oublient que, suivant leur propre doctrine, la vie spirituelle est solidaire de la vie matérielle ; ils oublient que la sagesse divine attend de l’homme la réalisation du progrès social sur la terre ; et qu’il n’y a de véritable charité que celle qui passe des intentions dans les actes, afin d’organiser le règne de la justice dans la vie terrestre, seule condition pour que nous le retrouvions dans la vie céleste.
- Nous ferons remarquer à notre correspondant que d’après ses propres croyances, chacun dans la vie spirituelle habite un séjour à l'Image de ses actions terrestres ,* que ceux-là qui trouvent bon que le bien-être matériel soit fermé sur la terre au plus grand nombre de leurs frères, se verront à leur tour, refuser les pures jouissances de la vie spirituelle, et devront reprendre place parmi les déshérités de la fortune et les oubliés du monde, afin d’acquérir par l’expérience la notion du droit, de comprendre, par le besoin, la pratique du devoir, et de s’élever ainsi à l’ainour de la justice pour tous.
- RÉFORME DE LA MAGISTRATURE
- il
- Il est nécessaire, avons-nous dit, il est nécessaire à la morale publique, à la sécurité publique, que la magistrature jouisse aux yeux du pays d’une confiance absolue, d’une considération à toute épreuve, d'une autorité inébranlable et incontestée. Cette confiance, cette considération, cette autorité, la magistrature n’a qu’un
- seul moyen de les obtenir, c’est en accomplissant consciencieusement et scrupuleusement la noble mission qui lui est départie. Il faut que l'homme avec ses animosités ou ses préférences disparaisse pour faire place au magistrat préoccupé seulement de la loi. La toge dont le juge est tenu de se revêtir pour exercer ses fondions ne symbolise pas autre chose.
- A l’origine on crut, en déclarant la magistrature inamovible, l’avoir dégagée de toute influence, l’avoir protégée de toute tendance à prendre parti en politique ou en religion.
- Hélas ! que la réalité a peu répondu aux espérances. L’inamovibilité, au lieu de désintéresser les magistrats, n’a servi qu’à protéger leur passion. Ils ont compris'que, grâce à leur position favorisée, ils pouvaient tout se permettre dans le domaine politique sans avoir rien à redouter, Tous n’ont pas agi ainsi — nous nous sommes plu à le reconnaître — mais tous auraient pu agir de la sorte, l'impunité leur étant garantie. Etant donné cet état de choses, on comprend que l’opinion, publique se soit émue, mais comme celle-ci ne fait pas les distinctions et porte des jugements sommaires, elle a confondu dans sa réprobation l’organisation de la magistrature avec la magistrature elle-même.
- Gela est regrettable et il est nécessaire de faire la distinction, car elle a son importance.
- C’est le principe de l’inamovibilité qui, vicieux par lui même, a vicié la magistrature et amené ainsi la déconsidération du pouvoir judiciaire. Pour rendre à ce pouvoir la considération dont il est de toute nécessité qu’il jouisse, il faut le dépouiller du principe d’organisation qui le vicie, il faut supprimer Y inamovibilité.
- Quelques journaux ont demandé de la suspendre et non de ia supprimer. Ils ont eu tort. Ils ont agi soit soug l’influence de la routine, soit sous celle de l’espril de parti. Ils n’ont vu qu’une question d’hommes la où se présente une question de principes. On changerait les juges sans améliorer le pouvoir judiciaire, on chasserait les vexatcurs sans empêcher à l’avenir les vexations, ou rejetterait les instruments actuels du mal sans détruire le mal lui même, on combattrait les effets sans toucher à la cause.
- Ce projet est dangereux autant qu’inconséquent. Ou ne suspend pas l’application d’un principe, on l’accepte ou on le rejette. Pas de moyen terme.
- Le principe do l’inamovibilité ne peut être, par sa nature même, qu’un danger ou une garantie; dans le premier cas il faut la supprimer, dans le second ne pas la suspendre.
- Invoquer, comme on le fait, pour suspendre l’inamovibilité des antécédents tirés de la Restauration, c’est faire de mauvaise politique. La république n’a rien & emprunter au régime dos rois et la suspension do l'inamovibilité est un acte répréhensible et même coupable. G’est un coup d’état judiciaire. Le pouvoir législatif a toujours le droit de modifier J'organisation de la justice»
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- mais il a pour devoir de n’en jamais suspendre le fonctionnement. S’il intervenait ainsi une lois, il pourrait renouveler son intervention chaque jour et alors la séparation des pouvoirs, cette grande conquête de l’esprit moderne, ne serait plus qu’un vain mot.
- Et pourtant ces magistrats sont citoyens comme d’autres. À ce titre, ils doivent comme d'autres respect à la constitution, au pouvoir législatif et au pouvoir exécutif. De plus, eu leur qualité de magistrats chargés de veiller à l’observation de la loi, ils devraient professer
- Suspendre l’inamovibilité ne serait pas seulement un acte illégal, ce serait encore une mesure inconsidérée préparant des ennuis dans l’avenir.
- Les nouveaux juges, sentant leur impunité, en vien-, draient, à la longue, à tomberai an s dans des abus aussi regrettables que ceux de leurs devanciers. Il leur faudrait peut être longtemps pour en venir là, ils y viendraient fatalement. Les hommes ne sont pas parfaits et l'expérience est là pour prouver qu’un jour ou l’autre ils tombent à leur tour dans les abus qu’ils reprochent à leurs adversaires. Les juges inamovibles que l’on installerait aujourd’hui ne pourraient garder éternellement leur modération. Le parti victime ne serait plus le môme, mais il y aurait un parti victime et c’est là ce qu’il faut empêcher à tout prix. La déconsidération de la justice serait la même au cas où celle-ci opprimerait les bonapartistes au lieu des républicains et les cléricaux au lieu des libres-penseurs.
- Il n’y a qu'une seule manière de rendre ces oppressions impossibles et de maintenir intacte à la justice sa considération, c’est de supprimer l’inamovibilité. Du jour où les magistrats seront révocables pour avoir manqué à leurs fondions, ils deviendront plus scrupuleux dans leurs jugements et mettront tous leurs soins à se conformer à la loi.
- pour la loi, pour son observation, pour son respect scrupuleux un culte tout particulier. Ils sont donc deux fois coupables, lorsqu’ils agissent comme nous les voyons agir.
- Le simple citoyen est poursuivi lorsqu’il viole la loi que souvent il ignore et le magistrat qui est tenu de connaître la loi, de la connaître à fond, jouit de l’impunité lorsqu'il la viole ; il y a là une injustice criante et qu’il est nécessaire de supprimer. Ce résultat, la suppression de l’inamovibilité peut seule l’atteindre.
- Il est urgent de prendre un parti. Plus on différera, plus le mal s’aggravera. Un principe vicieux ne peut que se vicier davantage en vieillissant C’est ce qui arrive ici. Chaque jour les faits deviennent plus significatifs. Les juges, lancés dans la voie où nous les voyons, ne peuvent plus aller en arrière. Ils leur faut, eux aussi, aller « jusqu’au bout. »
- La nation n’a qu’une seule chose à faire : les en empêcher.
- Que dès la rentrée, les Chambres s’occupent de la ma gistrature et qu’elles étudient avec le soin voulu une réforme complète de ce corps sur les bases nouvelles et rationnelles que nous allons indiquer.
- (i suivre.)
- Ed. Champ ury.
- Aujourd’hui il 11’en est pas ainsi. Ils ne peuvent plus I être punis du mal qu’ils font, ils peuvent en être récom-^ | pensés. Il y a les promotions qui, ne se faisant ni par rang d’ancienneté ni par mise au concours, permettent au pouvoir exécutif de favoriser certains hommes. De là tentation pour les juges à rendre des services et non des arrêts. De là aussi nullité de la prétendue garantie que l’inamovibilité est sensée assurer au désintéressement des magistrats. Ils sont intéressés à leur avancement et l’inamovibilité n’est qu’un mensonge.
- Il y a d’autres dangers.
- Qu'un gouvernement fasse un jour acte de népotisme et installe ses créatures dans les fonctions judiciaires, le jour qù un pouvoir librement élu par la nation proclamera la déchéance de ce gouvernement, le pouvoir judiciaire sera assez fort, assez compacte, assez hiérarchisé, assez certain de son impunité pour conspirer Contre le-pouvoir légal, entraver 1© fonctionnement du bouveau régime et ne rien épargner pour essayer la restauration do l’ancien. La magistrature, ancienne dans ses fonctions, so trouve plus forte, plus puissante que les pouvoirs législatif et exécutif, nouveaux dans les leurs, et peut, par cela même, mettre un code extra-législatif à côté du code des législateurs et des précédents judiciaires au-dessus de là constitution.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- S’il est vrai que les peuples les plus heureux sont ceux qui n’ont pas d’histoire, le bonheur de la France, doit être bien près de sa plénitude, car la semaine qui vient de s’écouler n’a vu se manifester aucun événement de réelle importance, et la politique chôme toujours chez nous. Notre malheureux pays a été si profondément troublé par les entreprises de l’ordre moral qu’on ne saurait lui reprocher ce moment de repos. Les personnages les plus en vue encouragent d’ailleurs nos populations à demeurer dans le calme et leur donnent d’excellents conseils pour leur direction. C'est ainsi que M. Gambetta, dans une lettre adressée au Cercle de la Liberté, de Marseille, dont ü avait décliné l’invitation, écrit que s’il avait pu venir s'entretenir avec ses amis des affaires locales, il n’eût pas manqué de profiter de l’occasion pour recommander, à nouveau, à tous « l’u-» mon, la concorde, le respect des lois, le dédain des » provocations, l’ordre extérieur et la constance dans la » politique qui a valu, depuis 1870, à la République p l’adhésion tous les jours plus irrésistible de la France » entière. »
- U n’y aura qu’une voix pour applaudir à la sagesse de ces conseils Que le gouvernement montre seulement un peu plus d’énergie et tout ira bien.
- Il nous faut, cependant signaler un mouvement judiciaire dans lequel M. le garde des sceaux s’est efforcé autant qu’il est en lui, de donner un commencement de satisfaction à l’opinion publique.
- Ge mouvement porte sur 99 magistrats et 60 juges do paix. Nous reconnaissons volontiers que cer-
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- LE DEVOIR
- tains choix de M. Dufaure paraissent heureux, autant qu’on en peut juger par les antécédents des personnes sur lesquelles s’est arrêtée l'attention de M. le Ministre de la Justice. Ainsi Je Procureur général d’Agen, M. Lanfran do Panthou, est un magistrat qui s’est signalé par la publication d'une brochure des plus remarquables dirigée contre les prétentions des ultramontains en matière de mariage et de succession. M. Chauffeur, nommé conseiller à la Cour do Besançon est un ancien bâtonnier de l’ordre des avocats de Mulhouse, réputé pour la vigueur de ses opinions républicaines. M. Rouzé, nommé conseiller à Dijon est un ancien avoêat général du 4 septembre révoqué au 24 mai. On remarque plusieurs autres réintégrations de magistrats révoqués soit après le 16 mai, soit pendant la première période de l’ordre moral. Divers procureurs sontenvoyés en disgrâce dans des postes intérieurs. D’aulrcs ont reçu simplement leur changement. M. Dufaure aurait pu s*c montrer sans inconvénient plus rigoureux envers des subordonnés qui ne seront jamais des servitours fidèles du gouvernement établi. En 1830, M, Guizot lui-même avait re connu que le système des « changements d’air, » était peu pratique ; il est regrettable do voir un ministre de la République recourir à des procédés qu’un ministre de la monarchie et, qui plus est, un ministre réactionnaire, avait j ugé insuffisants. On nous assure que tous les magistrats nommés ou déplacés passent à la Chancellerie avant d’aller rejoindre leur poste. Nous aimons à croire que M. Dufaure profite de cette occasion pour admonester les magistrats dont les tendances sont douteuses el qu’il place dans ses exhortations l’énergie dont il se montre si économe dans ses actes.
- On certifie qu’après bien des tâtonnements le fameux Comité conservateur sénatorial aurait fini par se constituer. Malgré les efforts les plus persévérants on n’a pu réunir que neuf adhésions. Elles émanent toutes d'Inconnus et do personnages absolument dépourvus d’autorité porsonnelle. Trois légitimistes représentent l’extrême-droite : MM. de Partz, de La Rochefoucauld Bisaccia et de Lareinty; la droite modérée est représentée par MM. Tailhand, Ancel, Adnetetde Montaignac; enfin MM. de Pressac et Porriquel représentent le bonapartisme. Jusqu’à présent ces neuf muses de la réaction n’ont pas donné signe do \ie. Elles ont, dit-on, préparé un manifeste, mais il n’a pas vu le jour. Personne dans le pays, ne prendra au sérieux un comité aussi hétéro gène.
- Les journaux d'information sont remplis do détails sur le voyage de M. le Ministre des Travaux publics en Normandie. Toutes les excursions do M. de Freycinet ont pour objet des études qui se rattachent aux grands projets dont le ministre prépare ou poursuit l’exécution. Au cours de son dernier voyage, il s’est occupé do la question si importante de la navigation de la Seine, de Paris à la mer et il a manifesté dans tous les discours qu’il a prononcés, soit à Rouen, soit au Havre, le désir le plus vif de donner satisfaction daus le moins long délai possible, aux vœux que les populations commerçantes de la Normandie émettent vainement depuis tant d’années. Espérons que la République saura réaliser les promesses que l’Empire se bornait à formuler.
- Certains journaux s’occupent des voyages que fait, en ce moment, sur le Continent, l’ex-impératrice et son. fils. L’une est allée à la Cour de Vienne, l’autre s’est rendu dans les royaumes Scandinaves. Ce seraient, dit-on, des projets matrimoniaux qui auraient ainsi fait sortir de leur retraite les habitants do Chislehurst. Un journal abusant de la crédulité de ses lecteurs avait même déjà annoncé une prochaine union entre le jeune fils do Napoléon III ol la princesse Thyra, do Danomarck, son aînée do trois années, sœur do la princesse do Galles ot de la Césarewna do Russie. Il devait lui apporter en dot la partie allemande du Schleswig, restituée par la Prusse au Danemarck, par application de l'article t> du fameux
- traité de Prague. Il est superflu de démentir ces bourdes auxquelles personne de sérieux ne saurait ajouter foi. Il parait que les démarches de l’ex-impératrice aurait faites près do la Cour de Vienne en vue de sonder le terrain et de voir s’il ne serait pas possible de procurer à son fils la main d’une archiduchesse ont abouti à un échec piteux. L’épouse de Napoléon aurait été poliment éconduite. Tout cela est, en résumé, d’un très mince intérêt.
- Le parlement belge vient d’ôtro le théâtre d’une lutte très-intéressante entre les cléricaux et les libéraux, vainqueurs aux dernières élections. Le nouveau cabinet avait déposé un projet de loi tendant à ériger en département ministériel la direction de l'instruction publique qui ressortissaitdu ministère de l’Intérieur. Ce projet attaqué très-vivement par les ultramontains a été défendu avec beaucoup de vigueur par le chef du cabinet, M. Frère-Orban. Il a dit que la bclgique se tiouvait eu face d un enseignement organisé par le clergé, de la base au sommet, et destiné à persuader à la jeunesse que les libertés constitutionnelles modernes sont la source de tous les maux.
- « Nous avons donc, a dit le ministre, à répondre à une » véritable agression, à défendre l'Etat même, nos institutions nationales, à les défendre dans l’écolemême,
- » Il ne s’agit plus de former des théologiens dans les » établissements du clergé; on y formera toutes les pro-» fessions ; il faut que la « bonne parole » soit portée dans » tout le pays. Eh bien l nous avons un grand devoir à » remplir : nous devons faire servir l’enseignement offi-» ciel à combattre ces doctrines funestes, anlinatio-» nales, inconstitutionnelles. Voilà, messieurs, la raison > d’être de la création du département nouveau del’ins-» truction publique. »
- Ce langage énergique qu’on ne saurait trop recommander à l’attention d’un gouvernement a déterminé, dans le sein du Parlement belge, la formation d’une majorité notable. Par 63 voix contre 50, le projet du cabinet libéral a été adopté.
- Battu en France, taillé en pièces, en Belgique, le parti clérical, ainsi que nous l’avons dit, cherche a reprendre pied en Allemagne où il compte des adeptes très-actifs. Nous avons signalé les négociations qui ont eu lieu à Kissinger», entre M. de Bismarck et le nonce du Pape, inonsignor Masella. On ne sait aussi rien de bien précis sur le résultat pratique do cesentrevues, dans lesquelles le représentant du Vatican et le chancelier de l’empire d’Allemagne cherchent vraisemblablement à s’appuyer l’un sur l’autre tout en so dupant mutuellement. Los renseignements des agences et ceux dcsjoumauxallcmands sont contradictoires. On prétend, cependant, que l’arrangement à intervenir se ferait sur les bases suivantes :
- 1° Le rétablissement pur ol simple de la convention en vigueur avant la rupture ;
- 2° Une amnistie pour toutes les infractions aux lois ecclésiastiques de Prusse ;
- 3° La réinstallation dans leurs sièges et paroisses de tous les évêques et prêtres expulsés depuis 1872 ;
- 4° Le retour aux règles en vigueur avant la rupture pour la nomination dos curés et de tous les aulres dignitaires de l’Eglise.
- Enfin, toutes les questions concernant l’interprétation des lois promulguées devraient être réservées pour être résolues plus tard.
- Il nous parait bien difficile que M, de Bismarck, quels que puissent être les embarras intérieurs, consente à accepter do pareilles conditions, qui seraient en contradiction formelle avec l’esprit des lois de Mai, Cependant, lorsque la folie réactionnaire s’empare de l’esprit d’un despote on no saitjamais jusqu’où celui ci peut aller.
- Nous avous parlé (p. 332) do la collecte officiollo organisée en Allemagne sous le litre de Don Guillaume à reflet de fonder une institution do bienfaisance. Peu do jours avant les élection», les journaux1 officieux ont
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- Annoncé que cet argent serait affecté à un Fonds pour w invalides du travail. L’idée d'un fonds semblable serait heureuse, car les salaires sont extrêmement faites en Allemagne où le prix de la vie est cependant fort élevé.
- Il est pourtant à remarquer que depuis les élections on ne parle plus de cette attribution de l’argent récolté. J^st-ce que ces promesses n’auraient été qu’une manœuvre électorale? Le caractère bien connu de M. de Moltke De permet pas de croire qu’il ait sciemment prêté son foui à, une semblable manœuvre. Toutefois il se pourrit que de plus roués aient su utiliser pour un semblable dessein les démarches du feld-maréchal pour la fondation Wilhelmsspende.
- L’occupation de la Bosnie par les troupes autrichiennes, qui vont être bientôt portées à, un effectif de 150 *hilie hommes, continue à s’opérer péniblement. Elle prend toutes les apparences d’une conquête car les Au-fdchieng appellent les Bosniaques, l’ennemi. Battus à Magiaï, les insurgés ont évacué les défilés et se sont re-iirés sur Serajewo où ils vont organiser une résistance désespérée. Le général autrichien Philippovich, télégraphie qu’il compte arriver sous les murs de cette ville Vers le 20 courant. La main de la Russie semble appa-Mtre assez clairement dans cette insurrection, qui crée ?e si sérieuses difficultés à l’empire de François-Joseph. ?h effet, il est certain que le général Fadeïeff, qui a dé-Jd joué un rôle dans la guerre de la Serbie avec la Porte serait actuellement à Cettinje où le fameux agitateur Pdûslaviste travaillerait activement les esprits.
- Il faut reconnaître que les choses ne paraissent pas dller beaucoup mieux pour les Russes, en Asie. La population armee de Batoum se prépare à résister à l’oc-êpation de cette ville Les chefs, réunis en conseil, se paient prononcés pour la lutte et 20.000 montagnards Résolus à s’opposer aux décisions du Congrès, se tiendraient prêts, en armes, dans les défilés voisins de Ba-Phim et sur les rives du Tchoraick, qui forme la nouille frontière russe.
- * #
- . Le Messager de Saint-Pétersbourg,organe officiel, vient d®'publier sous le titre de « Communication du gouvernement » un document de la plus haute importance, ? qui prouve que la Russie est très médiocrement sa-^sfaite des résultats du Congés de Berlin. Ce document famine les diverses phases qu’a traversées la question ? Orient depuis l’origine des premiers troubles jusqu’au pité de Berlin. La chancellerie russe déclare que « les résultats obtenus sont loin de réaliser ce que la Russie ; aurait été en droit d’attendre après les sacrifices d’une
- * guerre victorieuse, loin même de répondre aux intérêts de l’Orient et de l’Europe, qui auraient gagné à
- * 'Voir sortir de cette crise une solution plus complète et
- * Plus normale. » ,. A . , . .
- Le document officiel déclare que le Cabinet impérial a
- Poussé la conciliation jusqu’à ses dernières limites afin ç ramener un concert do volontés qui est le gage du alut de l’Orient chrétien, et il ajoute que sa tâche est désormais de veiller à ce que tant d’effor ts ne demeurent Pas stériles. La note de la Chancellerie russe conclut en ®s termes :
- „ » Telle a été, d’ailleurs, l’issue de toutes nos guerres Orient. Malgré tous nos succès, jamais notre tache ! ù’a pu être achevée. Toujours nous avons dû nous arrêter devant les inextricables difficultés de ce problème et devant la masse compacte des intérêts et des Passions qu’il soulève Mais chacune de nos guerres a s 3té un pas de plus vers le but final, et c’est ainsi qu a ï ^té conduit le sanglant, mais glorieux sillon que nos
- * traditions ont tracé dans l’histoire, et qui doit aboutir a ^accomplissement de notre mission nationale ; la délivrance do l'Orient chrétien.
- , * Si incomplète qu’elle soit, l'œuvre du Congrès de perlin marque un nouveau pas dans cette voie, un pas
- * important, quoique pén blement conquis. Il ne reste
- * Th’à la consolider et à la développer. Ce sera la tâche de l’avenir. »
- Ce langage, pacifique en apparence, contient, au fond,
- un avertissementcomminatoireàl'adressedel’Angleterre. La situation va donc rester très tendue entre les deux puissances, d’autant plus que la flotte anglaise ne se retirera de la mer de Marmara que quand les troupes russes se seront éloignées de Constantinople Or, celles-ci n’opéreront leur mouvement de retraite qu’après que la Turquie aura exécuté dans leur entier les prescriptions du Congrès de Berlin, ce qui peut demander au moins un an. D’autre part, l’expédition russe dans l’Asie centrale est poussée avecune vigueur qui préoccupe fort le Parlement anglais qui considère la tentative du général Kauffmann sur l’Afghanistan comme une suite de provocation. On peu t donc s’attendre à voir, dans un avenir prochain les'deux puissants conquérants de l'Asie, en venir aux mains dans cette région. Enfin, l’agitation continue sourdement en Italie ou il n’est pas douteux que l’on ne prenne des mesures, en vue de l’éventualité d’un conflit armé. Dans les arsenaux et dans les bureaux militaires on se livre à un travail des plus actifs. Le roi voyage et se fait acclamer. Tout cela n’est pas sans but. Voilà, pourtant les bienfaits de la paix de Berlin! Bizarre paix qrn celle qui laisse subsister toutes les causes de conflit et qui contient les germes de deux ou trois guerres 1
- ERRATA
- M. Potonié nous écrit qu’une erreur s’est glissée dans sa dernière lettre d’Allemagne (page 363, ligne 45), deux membres de phrase ont été sautés et ce lapsus fait confondre en un seul deux faits de même nature mais distincts l’un de l’autre.
- Il s’agit d’une part d’nn don à 5 cent, par signature à offrir au Roi des Belges à l’occasion de son mariage d’argent, et d’antre part du don à l’Empereur Guillaume dont nous parlons dans notre semaine politique d’aujourd’hui.
- Autres corrections. Lire page 175, ligne 28 « ne fuiront pas » au lieu de « ne finiront pas » et page 239 2e colonne ligne 2 vc ils sont près d'un demi million. »
- VARIÉTÉS '
- Les Hollondais an Congo
- Nos lecteurs savent quelle est l’importance du Congo, fleuve immense de l’Afrique occidentale dont le cour est d’environ 3,000 kilomètres. Sa largeur est de 4 kilomètres à rembouehure. Il reçoit successivement plusieurs autres fleuves dont quelques-uns ont une importance très-considérable qui lui a fait donner par les naturels du pays qu’il traverse le surnom de « fleuve qui engloutit les fleuves. »
- Le peuple qui, solidement établi à son embouchure, s’en serait rendu le maître, aurait par là même dans ses mains un vaste réseau de voies de communications qui s’étalent dans tous les sens, et dont quelques-unes pénètrent jusqu’au cœur de l’Afrique centrale, dans ces régions immenses naguère inconnues, et que, depuis vingt ans, de hardis explorateurs parcourent en tons sens.
- Or, depuis un petit nombre d’années, il s’est formé en Hollande une « association de commerce africain » qui a son siège à Rotterdam. Ses débuts ne remontent qu’à 1869. En 187] elle comptait déjà 10 comptoirs et, six ans plus tard, en 1877, elle en possédait 44.
- Le comptoir principal, appelé Banano, est situé sur l’embouchure septentrionale du fleuve.
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- Un service régulier do bâtiments à vapeur fait le service avec Rotterdam quatre fois par an. Le service entre les divers comptoirs est fait par des embarcations de toute nature.
- On trouve dans ces établissements des commis européens, des mécaniciens, des ouvriers, des charpentiers, des maçons, des pilotes, un grand nombre de nègres qui font le métier d’hommes de peine.
- En 1876 les exportations en Hollande ont dépassé de 1,400,000 florins, celles de 1876 et les bénéfices, qui se sont élevés à 366,000 florins, ont permis de distribuer aux actionnaires un dividende de 7 lf2 pour cent.
- Les principales denrées exportées par la colonie sont d’abord l’huile de palme ; viennent ensuite, le café qui est de boune qualité, le caoutchouc, le copal, le coton dont la production se développe, l’oseille, le sésame, les arachides. On y trouve aussi du minerai de cuivre qui est d’excellente qualité, mais dont l’exploitation n’a pas encore pu être faite d’une façon régulière.
- Les importations se composent surtout de poteries fabriquées à Maëstriclil, d’armes fabriquées en Belgique, de verre d’optique, de poudre à canon, de spiritueux, enfin d’un nombre très-considérable de menus objets dont la consommation du pays s’accomode fort bien, et qui viennent des Pays-Bas, de la Suisse et de l’Angleterre.
- En somme la prospérité de ces établissements qui datentd’hier, est, o* le voit, aussi rapide que brillante. Tout fait présager qu’elle continuera de s'accroître, et que la civilisation de l’Afrique centrale y trouvera un de ses éléments les plus efficaces. G. V.
- Armée Allemande
- L’armée allemande, sans la landwehr et le landsturm, niais en y comprenant le train et les administrations, compte actuellement 687,594 hommes, 1,800 canons et 233,096 chevaux, auxquels s’ajoulent :
- Les troupes de réserve se composent de 4,426 officiers, 243,096 hommes, 426 canons, et 30,690 chevaux.
- L’armée destinée aux garnisons,y compris la landwehr, compte 10,107 officiers, 353,402 hommes, 324 canons et 30,590 chevaux.
- L’effectif de guerre, immédiatement disponible, peut donc être évalué à 31,843 officiers, 1,203,791 hommes, 301,536 chevaux et 423 batteries de campagne avec 2,550 canon».
- Il ne faut pas oublier qu’on pourrait, dès le début d’une guerre, incorporer encore à l’armée de campagne allemande de 120 à 150 bataillons de landwehr et 54 batteries de campagne, de sorte que l’on disposerait pour le service actif immédiat et, sans déplacer les garnisons, de 980,000 hommes et do 2,525 canons. Cette force armée peut être augmentée encore par 270 bataillons de landslurm.
- Les Allemands sont très-fiers do ces chiffres. Ils mettent tout leur orgueil à so déclarer « pays fort. » Peut-être serait-il plus sage et plus digne de se déclarer * pays heureux. »
- Hélas ! les sacrifices que cette force leur impose sont une source de ruine et l’Allemagne paie de son propre bonheur la satisfaction de se faire redouter.
- A. propos do la peine <1© mort
- Voici quelques ligues envoyéos de Sidi-bel-Abbés à l’un de nos confrères à, l’occasion de l’exécution dans cette ville d'un assassin arabe ;
- « La tète tranchée, le corps subit une violente propulsion en arrière: les aides le font tomber dans le panier. Un vigoureux jet de sang inonde l’un des montants; le baquet en confient à peu près un verre à boire; la joue droite en est maculée ; les yeux roulent dans l’orbite, comme ceux d’un veau qu’on égorge. La paupière remonte et s’abaisse ; les lèvres remuent doucement; 1* peau de l’occiput tremble et crépiLe, les artères du cou, en arrière, au-dessous de la nuque, battent. Ces signes d'une épouvantable souffrance durent 94 secondes, montré en main.
- Le corps est affreux à voir. Le cou semble déchiqueté. Les muscles, la chair, les nerfs, sont comme repoussés en avant dans un sanglant hachis. Une odeur de sang chaud vous monte au visage
- Voilà ce que j’ai vu, et cette horrible rêve me suit encore. »
- Que nos lecteurs veulent bien rapprocher ce récit de celui de l’exécution de Louchard à Evreux (voir notre numéro 4.) et ils se convaincront que la souffrance persiste après la décollation.
- Il est même scientifiquement acquis que cette souffrance doit atteindre un degré d’intensité dont aucune autre ne saurait donner l’idée.
- Gela étant, est-on fondé à dire que la société est autorisée a donner elle même l’exemple de la férocité?
- LA MÉTHODE MATERNELLE ET L’ÉCOLE 0)
- En comparant ce que l’enfant, convenablement élevé par sa mère, apporte à l’école à l’âge de 4 ou 5 ans, avec ce qu’il en rapporte 4 ou 5 ans après, on éprouve un vif sentiment de tristesse. Il y était entré frais, dispos, souriant, de joyeuse humeur, questionneur, curieux, demandant [le pourquoi de. chaque chose. Gomment efl sort-il? Il a oublié uuo grande partie de ce qu'il avait appris auprès de sa mère, et il a bien peu profité de ce que le maître le plus zélé a essayé de lui enseigner. L’étude avait été pour lui un charme, elle est devenu® un objet de dégoût où tout au moins d’indifférence. So11 langage coulait abondant et facile ; il s’exprime maintenant avec difficulté : Il n’a aucune de ces grâces enfantines qui donnaient à ses paroies, à ses gestes, une expression vive et charmante. Si nous le suivons à l’âge de dix ou douze ans, continuant ses études classiques dans les collèges même les plus renommés, nous le retrouvons avec la mémoire surchargée de mots dont il a rarement saisi le sens, ayant perdu l’habitude d’observer les choses réelle» pour s’attacher à l’étude des signes. On a mis entre ses mains ce recueil de principes ou plutôt de formules, que l’on nomme une grammaire; qu’il a dû apprendre par cœur et réciter mille fois, et cette longue suite de mots alphabétiquement alignés dans d’énormes dictionnaires ; Il a fait des thèmes et dcS versions, tristes exercices ayant le plus souvent pour résultat de tourmenter sans grand profit ces jeunes victimes des Lliomond et des Wailly. On est tout étonné des jugements qu’il porte sur les personnes et sur choses. Il n’a peut-être pas encore perdu le sentiment du juste, l’amour de la vérité, la sincérité, la foi naïvei mais on souffre en l’entendant raisonner surtout ave® aplomb et suffisance : Il peut être fort en thêms, et joindre, comme le grammairien Domergue, ;
- Les grâces de la syntaxe
- A l’esprit du rudiment;
- (t) Voir dans notre dernier numéro l’article sur le Râ.e de la mèré dan» l'éducation de la première enfance.
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- Mais ce qu’il a acquis ne vaut certainement pas ce qu’il a perdu.
- Ces observations ont frappé tous les esprits ayant quelque souci de l’éducation de la jeunesse : le vice des méthodes imaginées par les savants avait été, au seizième siècle, l’objet des railleries de Rabelais et des critiques pleines de bon sens de Montaigne; il avait été signalé au dix-septième siècle par Claude Henry et les écrivains de Port-Royal ; au dix-huitième siècle par tous les philosophes et surtout par J.-J. Rousseau, cet avocat éloquent des enfants, ce pathétique conseiller des mères. Réunir de jeunes enfants dans une classe, les y tenir immobiles pendant plusieurs heures de la journée, leur enseigner la lecture, l’écriture ou la grammaire, a l’aide d’exercices fastidieux et abrutissants, leur faire griffonner des rames de papier pour entasser les analyses logiques sur les analyses grammaticales, punir comme des crimes une leçon mal apprise ou une faute d’orthograrhe, charger leur mémoire de règles et de préceptes sans jamais parler à leurs sens et à leur cœur, tels ont été longtemps, tels sont encore aujourd’hui trop souvent, les moyens employés dans l’enseignement de la première enfance, aussi bien que dans Renseignement classique !
- Il n’y a aujourd’hui, à l’étranger comme en France, qu’un cri de réprobation contre cette méthode routinière. L’enfant était heureux en s’instruisant auprès de sa mère : on veut qu’il soit heureux en s'instruisant dans l’école. Parmi les disciples de l’immortel auteur d'Emile, Frœbel a imaginé ses jardins d’enfants, Pest&ozzi les leçons de choses, admirables emprunts faits au mode d’éducation pratiqué par les mères.
- Elles savent qu’il y a de la cruauté à tenir un enfant cloué à une table; elles savent que son plus pressant besoin est de se mouvoir, d’agir, de faire quelque chose; que sa santé, son bien-être en dépendent. Frœbel, dans la salle d’asile, donne satisfactien à ce besoin d’activité ‘et de mouvement. L’enfant est un constructeur : Frœbel met à sa disposition, non pas comme on le fait dans les vaudevilles, ce qu’il faut pour écrire, mais ce qu’il faut pour travailler : cubes, prismes, baguettes, bâtons, bandes de papier de toutes couleurs, et il fait ainsi l’éducation des yeux et de la main, montrant combien les plus jeunes enfants sont adroits, habiles, ingénieux, quand on sait leur fournir l’occasion d’exercer leurs aptitudes naturelles.
- Avant de fatiguer leur esprit par des études prématurées, on s’occupe, à l’exemple de la mère, a développer leurs sens. Les Américains, ces hommes pratiques par excellence, imaginent mille procédés pour donner au sens de la vue, à celui de l’ouïe, à celui du toucher une puissance et une précision extraordinaires. Les enfants dont les sens n’auront pas été exercés pourront se rendre approximativement compte des distances, mais le jeune Américain dira : il y a de tel lieu à tel autre 1.354 mètres 30 centimètres. Qu’on lui mette dans la main un objet quelconque, il en évaluera exactement le poids; cet objet, dira-t-il, pèse 27 grammes 75 centigrammes, et il ne se trompera pas.
- La mère habitue l’enfant à parler de tout ce qui attire son attention, à rendre compte de tout ce qu’il voit ; elle n’éprouve pour cela aucune peine. Qu’on introduise pour la première fois un enfant dans un appartement, il en aura bientôt fait le tour et il aura énuméré toutes les parties de l'ameublement avec une rapidité qui a fait dire à un aimable et spiriluel académicien, M.Legouvé, que l’enfant est né commissaire-priseur. Cette heureuse
- disposition, encouragée par la mère, a été élevée à la hauteur d’une méthode et a donné naissance à cet enseignement par l’aspect à ces Ixons de choses, qui pour la première éducation remplace si avantageusement l'étude des mots par l’étude des réalités. C’est ainsi que chaque école bien ordonnée est devenue ou doit devenir un musée, exposant aux regards des élèves des spéci mens empruntés aux trois règnes de la nature et aux produits du travail humain. On les habitue à les observer, à les décrire, à en parler ; ce n’est plus un enseignement abstrait, c’est un enseignement animé, vivant, faisant passer successivement sous leurs yeux une multitude d’objets sur lesquels s’exercera plus tard leur esprit généralisateur.
- La méthode est trouvée . Tout ce que l’élève apprendra désormais, il devra l’étudier de la même manière. Quaud il aura été exercé à parler correctement, élégamment même de toutes choses, il pourra aisément se rendre compte des règles grammaticales dont il fera lui-même l’application aux textes des écrivains dont la lecture lui aura procuré de nobles et pures jouissances. Les sciences physiques et naturelles auront pour lui d’autant plus d’attraits qu’il n’aura plus qu’à étudier et à coordonner scientifiquement les nolionsque lui auront déjà fournies les leçons de choses.
- J’abuserais de l'attention de mes lecteurs, si je me laissais entraîner au plaisir d’exposer les procédés de cette méthode intuitive, qui aux Etats-Unis et dans les différentes contrées de l’Europe opèreen ce moment une véritable révolution dans l’enseignement de la jeunesse. Je dois me borner à faire remarquer que cette méthode est tout simplement un retour à celle que la mère applique à son enfant pendant les années bénies où elle a le bonheur de le garder et d e le couver pour ainsi dire sous son aile.
- C’est surtout aux jeunes filles que convient cette éducation pratique qui donne l’essor à leur intelligence, éclaire leur raison sur les choses de la vie réelle et leur fait apprécier l’importance des soins de tous les instants qu’exigent les nombreux détails de cette économie domestique dont les livres les plus savants ne donneraient qu’une idée imparfaite.
- Dans la société, l’action de la femme sera d’autant plus bienfaisante, qu’elle s’appuiera sur une instruction plus développée. Le temps est passé où un soin jaloux lui refusait le droit de prendre part aux nobles plaisirs que procurent les études scientifiques de l’ordre le plus élevé.
- Ne craignez pas, mes chères lectrices, car c’est à vous que je m’adresse en terminant, ne craignez pas de passer pour des savantes et d’être traitées de libres-penseuses ! Appelées à partager la bonne ou la mauvaise fortune de vos fils, de vos frères, de vos maris, mettez-vous par la communauté des études en rapports plus intimes avec eux : ne permettez pas que l’inégalité dans l’éducation élargisse la distance qui sépare trop souvent les membres des familles les plus unies. Il faut qu’entre les deux moitiés du genre humain il n’y ait plus de Pyrénées ; elles sont faites pour vivre, s’aimer, se comprendre, agir dans le même sens et s’aider mutuellement dans l’œuvre de concorde et d’apaisement dont notre pays éprouve le besoin.
- Ch, Hippeàu.
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- LES
- BEAUX-ARTS A L’EXPOSITION UNIVERSELLE
- I
- Qu’est-ce que l’Art ?
- Le groupe n° I (beaux-arts) occupe à lui seul environ le septième du palais du Champ-de Mars. Si Tony ajoute l’exposition rétrospective du Trocadéro, les statues semées à profusion dans l’immense périmètre des galeries et des jardins et les faïences peintes employées partout comme principal motif de décoration; si l’on songe enfin que le salon, ouvert comme d’habitude, n’a pas reçu moins de 4ÔS5 tableaux, dessins, statues, etc., inscrits au catalogue, on conviendra que jamais, en aucun temps, en aucun lieu, ne se rencontra sur un même point, pareille accumulation d’œuvres d’art.
- Aussi la critique s’en donne-t-elle à cœur joie depuis tantôt deux mois. Etude comparative des écoles et des maîtres ; analyse du génie de chaque notion et du talent de chaque artiste : le thème est immense et prête à d’incommensurables développements.
- Il m’a semblé que dans un journal tel que le Devoir et à l’heure où notre démocratie républicaine s’apprête à prendre définitivement en main le gouvernement de la chose publique, il ne serait pas sans intérêt de chercher quelle peut-être l’influence des Beaux Arts sur le progrès matériel et moral des masses et, réciproquement, d’examiner si, contrairement à un préjugé fort répondu, les mœurs démocratiques peuvent imprimer une heureuse impulsion au mouvement artistique
- Avant d’entrer dans le vif do la question, je demanderai au lecteur la permission de nettement préciser la valeur, la signification vraie des termes qu’il me faudra employer. Rien de tel pour éviter les malentendus que de parler la même langue. Or, trop souvent il arrive que l’on use et abuse de grands mots dont Je premier tort est de répondre pour chacun à des idées fort di/férentes.
- Donc, puisque nous allons parler de l’art, et l’étudier successivement comme cause et comme effet, entendons-nous bien sur le sens de ce mot.
- « L’art, c’est l’expression du beau qui est lui même lareprésentatmndu vrai, « — Ainsi s’exprimait, après Platon, le grand chef de notre philosophie officielle, M. Cousin. De cette môme définition découle, hélas 1 l’enseignement de l’Académie et de l’Ecole des beaux-arts»
- Comprenne qui pourra. Pour moi, sans me perdre dans les nuages d’une métaphysique transcendante, j’estime que l’art doit être simplement considéré
- comme une façon spéciale d’exprimer et de communiquer indirectement, mais avec sincérité, des impressions ressenties et des idées sincères.
- Et, prenons y bien garde, il ne s’agit pas là seulement d’une querelle de mots. Selon que nous nous placerons à l’un de ces points de vue, selon que nous choisirons l’un ou l’autre de.ces points de départ, nous aboutirons fatalement à des cono usions absolument dissemblables.
- Croyons-nous que l’art (musique, poésie, peinture et sculpture) a pour but d’exprimer des impression s et des idées, au même titre que la parole et l’écriture, mais en revêtant des formes particulières qui en décuplent la puissance, nous entrevoyons immédiatement l’action salutaire que l’artiste pourra exercer sur ses semblables, et nous devinons déjà qu’il subira lui-même l’influence bonne ou mauvaise du milieu dans lequel il se meut, car les impressions varient à l’infini avec les causes qui les font naître, car le champ des idées va toujours s’élargissant à mesure que le travail, la science et la raison apportent à l’intelligence humaine de nouveaux éléments d’activité.
- Tenons-nous, au contraire, pour- la doctrine académique? L’art, c’est convenu, s’est imposé la noble mission de nous faire connaître « le beau en soi », le quel, d'après Platon, et surtout d’après ses disciples, n’est autre chose que la « splendeur du vrai », lequel vrai devrait être entendu à son tour comme représentant * l’harmonie de la puissance et de l'ordre.— Ouf ! Essayons de traduire ce galimatias double.Nous aboutissons en fin de compte à la conception d’un type comique, absolu, immuable, existant en dehors de nous. Comment connaître cette beauté idéale, comment représenter ce type unique de l’absolue perfection s’ils ne se révèlent à nous ?
- Précisément la théorie platonicienne nous affirme que l’artiste les a entrevus avant de traîner son existence sur notre misérable globe ; ce sont les souvenirs d’un autre monde qu'il évoque et fait revivre à nos yeux enchantés. Quant à la foi chrétienne, elle a fait plus. Par un miracle perpétuel, elle a établi entre l’homme et son tout puissant Créateur des relations de chaque jour.
- Sans insister ici — ce ne serait pas le lieu — sur le degré de valeur d’une pareille donnée, sur les tendances à la fois puériles et dangereuses de l’esthétique classique, je me bornerai à indiquer les conséquences diamétralement opposée» des deux systèmes en présence
- D’un côté, l'absolu, le divin, c’est-à-dire Vimmobi-lüé; de l’autre, le relatif, l'humain, c’est-à-dire le progrès.
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- LE DEVOIR
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- pétrisse l’argile ou, qu’il brosse une toile, ib peut
- Croyez-vous que j’exagère ? — Ecoutez M. Cousin :
- h II ne peut y avoir de sculpture moderne; elle est « exclusivement antique, car elle est avant tout la “ représentation de la Beauté et de la forme, et le « soin comme l’adoration de la Beauté appartient au “ Paganisme, »
- Voilà pour les Platoniciens ; entendez maintenant l’anathème religieux :
- « Pour que l’art fut perfectible, il faudrait que « nous le fussions nous-mêmes. »
- S il en est ainsi, pourquoi grever nos budgets si lourds déjà du coûteux entretien d’une école des Beaux-Arts et de la Villa Médicis à Rome ? Pourquoi ces inutiles achats de tableaux et de statues au compte du gouvernement ou des municipalités ?
- Non, vous avez raison, on ne refera ni la Venus de MilOf ni les vierges de Raphaël. Mais alors que ne vous contentez-vous de reproductions mathématiquement exactes des chefs-d'œuvre de l’art grec et de la Renaissance. Faites mouler les marbres de Phidias et copier servilement (pourquoi pas photographier ?) les toiles inspirées de la légende chrétienne, mais ne condamnez pas vos malheureux élèves à se consumer en efforts impuissants — c’est vous qui le déclarez — pour faire revivre en sa splendeur première le tyjae idéal qu’éclaira jadis le soleil de l’Àttique ou le nimbe d’or du Rédempteur.
- Ils y perdent leur temps et nous notre argent. Non, notre démocratie laborieuse n’a rien de commun avec le Grec orgueilleux qui se déchargerait de tout travail pénible et grossier sur un peuple d’esclaves. Non, nous ne savons pas comme lui — et c'est peut-être un tort — développer par de constants exercices les harmonieuses proportions du corps humain, et nous n’avons plus — ce qui est moins regrettable — le culte exclusif de la beauté physique. A coup sûr l’artiste qui s’essaierait à refaire, d'après nature, l’Apollon du Belvédère, serait fort en peine de trouver un modèle
- Mais comment se fait-il que vous, école académique, vous vous montriez à ce point préoccupé de l’idéal matériel. Croyez-vous impossible d’animer le masque immobile de la statuaire antique et ne pensez-vous pas que si nous savons lui donner la vie et faire palpiter le marbre au souffle de la passion, nous aurons fait plus et mieux que nos devanciers ?
- Non, nous n’avons plus la foi ; elle s’est abîmée dans le flot toujours montant des superstitutions Puériles, et la raison l’a détrônée.
- Mais H est d’autres vertus; mais, drame ou comédie, les sujets ne manquent point, propres à inspirer l’artiste du xixn siècle. Qu’lise propose d’exalter l’héroïsme ou de châtier le crime triomphant, qu’il
- toujours provoquer notre admiration, nos colères ou nos rires et revêtir sa pensée d’une forme impérissable.
- Tel est l’art vrai, sincère ne se nourrissant point de chimères ne s’épuisant pas à la poursuite d’un idéal toujours inaccessible, participant à nos dou- ' leurs comme à nos joies, vivant de notre vie, humain en un mot, exprimant ce qu'il voit, ce qu’il sent, mais arrivant par la puissance même de ses sensations (et c’est là son caractère distinctif* à nous communiquer son émotion, à nous ouvrir des horizons nouveaux, à élargir le cercle de nos idées et de nos nos sentiments.
- C’est celui-là, celui-là seul, que nous tenons pour un auxiliaire utile du progrès.
- (A suivre) À. Bàllue.
- s
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mrae Marie HOWLAND
- (Voir A708 4 à 23) chapitre XVIII
- Comment Dan ne se maria pas
- (Suite)
- Susie se soumit passivement aux décisions de madame Buzzell et de Clara. Il fut arrêté que le mariage aurait lieu deux jours après dans une ville éloignée où s’arrêtait le service de Dan et où il pouvait disposer de six heures entre deux trains « temps plus que suffisant pour faire beaucoup de mal. » Clara devait accompagner son amie et la ramener après la cérémonie.
- Lorsqu’elle vint la chercher chez madaide Buzzell, Susie était déjà prête, elle avait même mis ses gants et son chapeau. Vêtue d’une robe noire elle semblait la personnification de la tristesse.
- « Hélas », dit-elle à Clara, « mon état d’esprit ne dément pas ma physionomie ! j’ai le pressentiment qu’il arrivera quelque malheur. »
- « Je commence à croire que nous avons eu tort de pousser cette enfant dans cette voie, je crains qu’il n’en sorte rien de bon, » remarqua madame Buzzell.
- « Partons vite, » fit Clara gaiement, «je n’aime pas votre indécision, madame, elle n’est pas d’un bon augure »
- Durant le trajet, Dan^vint plusieurs fois s’asseoir
- Ihyrodtiction rètervia.
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- près de sa sœur et de Susie. Il leur dit qu’il avait arrangé les choses avec un ministre et que tout était parfaitement en règle. Pendant tout le voyage, Susie tint son voile baissé. A la dernière station, et après qu’il eut achevé son service, Dan fit monter ses compagnes en voiture et les conduisit à l’hôtel où il avait commandé un élégant repas.
- Clara voulut se montrer Joyeuse, mais l’aspect de Susie, tremblant comme une feuille et d'une affreuse pâleur, la glaçait à chaque tentative.
- Après avoir débarrassé son amie de son chapeau et de son châle, Clara s’efforça de la rassurer par quelques paroles consolantes, mais Susie ne put lui répondre un mot tant son chagrin l’oppressait; ce silence contraint était navrant.
- Le garçon vint demander s’il devait servir le dîner; Clara dit tout bas à son frère de le retarder un peu et de trouver quelques paroles affectueuses pour Susie.
- « Attendez dix minutes, » fit Dan au garçon,
- « mais apportez-nous de suite du vin. »
- « G-ai mariage, n'est-il pas vrai, ma sœur ?» ajouta-t-il.
- « Pardonnez-moi, je suis un peu souffrante, mais je me sens mieux déjà, » intervint Susie.
- Dan déclara qu’il était affamé comme un loup. Dans son inculte simplicité, sans avoir souci des circonstances, il s’était fait l’idée qu’un bon repas devait plaire à ses compagnes ; il était contrarié de le voir retardé. Aiguillonné par la faim, plus peut-être que poussé par quelqu’autre mobile plus noble, il s’approcha de Susie quT pleurait. La triste fiancée n’avait-elle pas trop de motifs à ses larmes ? Il lui prit la main. « Des pleurs! toujours des pleurs! « dit-il, et l’émotion le gagnant à son tour, il s’efforça de la calmer.....
- « Oh ! je voudrais n’en plus avoir à répandre, » dit elle, en s’essuyant les yeux. «Que vous êtes bons tous les deux d’être si patients avec moi. C’est fini, maintenant, » ajouta-t-elle en essayant de sourire, « je crois qu’il n’y en a plus. »
- On apporta du champagne, - naturellement Dan y avait pourvu, — il en remplit copieusement les verres et renvoya le garçon. Puis il insista pour que Susie et Clara fissent honneur à la liqueur mousseuse, Craignant de lui déplaire, elles y consentirent. A peine les verres furent-ils à moitié vides, qu’il les remplit.
- Au second service, le garçon apporta de nouveau du champagne, et comme il sortait Clara s’écria : « Nous en avons assez, n’est-ce pas Dan, vous ne pensez pas que nous allons boire davantage ? *
- « Et I pourquoi pas; nous avons besoin de quelque
- chose pour nous remonter le cœur, je suppose. Prenez courage, Susie » ajouta' t - il. « Pensez que dans une heure vous serez de par la loi une épouse légitime; vous n’avez pas idée combien vous allez devenir respectable à mes yeux !. .. Rien qu’une petite jonglerie et l’honneur prendra la place du déshonneur comme un diable à ressort qui se précipite hors de sa boîte. »
- Peu à peu Susie, quoiqu’elle put à peine manger, reprit courage et se mêla à la conversation. La seconde bouteille de champagne ayant mis l’amphitrion en trop belle humeur, il se mit en devoir de se montrer sentimental envers Susie; mais elle prit la liberté de le prier de ne pas boire davantage.
- « Qu’est-ce que deux bouteilles le jour de votre mariage, » grommela-t-iL « Si vous saviez comme on boit dans le Texas. Un de mes amis qui y a voyagé l’hiver dernier, me raconta que s’étant arrêté dans une auberge où il ne trouva pas une goutte à boire; l’hôte lui indiqua un ménage voisin qui, le samedi précédent, avait reçu un baril de wisky (I). Dans l'espoir de satisfaire sa soif, il se dirigea de ce côté et frappa à la porte. « Que voulez-vous » demanda une femme passant sa tète par la porte entrebâillée.
- « A boire ! » répondit-il. « Nous n’avons rien à la maison », fit la femme. — <* Qn vient de me dire que vous aviez reçu un baril de wisky samedi dernier. » — « Cela est vrai, mais croyez vous qu’un baril de wisky peut durer si longtemps lorsqu’on a cinq petits enfants et que la vache ne donne pas de lait ! » Dan se mit à rire bruyamment de son histoire, et ses hôtes firent chorus pour lui plaire, mais elles commençaient à s'inquiéter des suites de ses copieuses libations. Elles parvinrent à l’empêcher de faire venir une troisième bouteille de champagne, mais il prit sa revanche en passant au comptoir où il vida successivement plusieurs verres de wisky, pendant qu’on faisait avancer la voiture qui devait les conduire chez le ministre. En chemin Susie dit tout bas à Clara : « J’aurais dû céder à mon pressentiment et rester à la maison »
- Ils durent attendre quelques instants dans le salon du ministre; le trouble de Susie allait cro ssant, quoique Dan parut tout à fait de sang-froid et que sa tenue fut irréprochable jusqu’à l’arrivée du pasteur.
- Le ministre était un homme de haute taille, gras, d’allures pompeuses et d’une physionomie qui répugna instinctivement à Clara. Il remarqua le trouble de Susie et fit quelques questions que Dan prit pour une injure, mais auxquelles il répondit, pensa Clara,
- (1) E&u-do-vio de graine.
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- en termes tout à fait convenables, vu les circonstances ; néanmoins l'officiant rougit et s’écria :
- « Permettez'moi devons le dire, monsieur, votre conduite est tout à fait déplacée ; je doute que vous soyez convenablement préparé à une cérémonie aussi solennelle. »
- — « Cela est mon affaire, trêve de remontrances, faites votre métier et je saurai bien faire le mien sans vos sermons, *
- — « Mon métier, monsieur, comme vous l’appelez, n’est pas à votre service aujourd’hui, » fit le ministre en se levant « quittez cette maison, monsieur, je vous l’ordonne, je n’ai rien à déméler avec de vils gredins. »
- « Parbleu ! » fit Dan d'un ton menaçant, « une fois au moins dans votre vie, vous aurez quelque chose à démêler avec un gentleman. »
- Susie et Clara avaient déjà gagné la porte, celle-ci appela son frère et sortit en entraînant Susie prête à défaillir. Elles entendirent le pasteur faire uneinsul tante réponse à la menace de Dan, puis un bruit semblable à celui d’un sac de blé tombant sur le plancher... Dan a'ait employé sa « science» et l’homme gras se débattait sur le tapis.
- Avant que rien bougeât dans la maison, la voiture partit emportant les deux jeunes filles et Dan qui jurait et sacrait. A la grande surprise de Clara, Susie semblait avoir recouvré toute sa sérénité, et même était souriante.
- « Nous prendrons le train de quatre heures » dit Clara s’adressant à Dan, « nous ne voulons pas vous attendre, vous le comprenez. » Celui-ci transmit brusquement l’ordre au cocher. A la station, Clara n'adressa ni un mot, ni un regard à son frère dont la conduite lui inspirait un profond dégoût. Mais Susie lui tendit la main et lui dit : « J’ai honte pour vous de votre vio ence, mais je suis plus heureuse que je n'aie jamais été depuis notre séparation. »
- « Je crois que vous êtes folle, » répondit-il d’un air maussade. — « C’est possible, mon cher, mais je ne suis pas votre femme. »
- Elle dit cela sans la plus légère amertume, un angélique sourire aux lèvres, au moment où elle montait dans la voiture qui se mettait en marche.
- Ainsi finit le mariage de Dan.
- CHAPITRE XIX (
- Le bébé. — Adieux d’amoureux.
- Les efforts de Clara pour rendre à Susie un grand service avaient tristement échoués ; elle en ressentait une vive mortification et, pour la première fois, se trouvait quelque peu désappointée vis-
- à-vis de Susie qu’elle voyait si sereine et si évidem-mentheureuse de l’avortement de son projet.
- Les sentiments les plus élevés de Clara étaient froissés au-delà de toute expression par la grossière conduite de son frère. Ce ne fut quaprès s’être longuement entretenue avec son père rentré fort avant dans la soirée, qu’elle recouvra un peu de calme.
- « Crois-moi, ma chère enfant, » dit le docteur, « il n’y a pas là matière à se désoler ; la dignité et l’élévation de caractère que Susie a révélées aujourd’hui sont une ample compensation à tout le reste. N’y vois tu pas l'indice évident qu’elle n’est pas une femme ordinaire ? »
- « Je sais cela depuis longtemps, mon père, elle ne cesse de m’étonner. Je n'ai plus grand chose à lui apprendre en botanique, ni en tout autre matière. Il est grand temps en vérité que je parte pour sauver ma réputation d’érudite. Cette chère fille me croit tellement supérieure que j’ai honte de moi-même. Je passais pour unebonne élève à Stonybrodk, mais si j'avais travaillé avec Susie avant d’y aller, j’aurais appris bien davantage. Elle m'a montré ce que peut l’application. »
- Au retour de leur expédition, Clara avait laissé Susie à la porte de Madame Buzzell. Aussitôt entrée la jeune fille pleurant et riant tout à la fois, se jeta au cou de sa vieille amie et lui raconta par lambeaux son aventure. La bonne dame fut saisie d’horreur en apprenant comment Dan avait traité le ministre, mais elle se réjouit du résultat final de l’expédition.
- « Dieu, » dit-elle, « qui sait le compte des cheveux de notre tête, dirige tout pour le mieux ; si vous supportez bravement cette épreuve, ma chère Susie, vous êtes destinée à accomplir quelque grande œuvre en ce monde. Je m’étonne maintenant d'avoir pu acquiescer aussi facilement à ce projet. Je me suis laisse entraîner par l'ardeur de Clara mais, pendant toutes ces négociations, il me semblait que nous cherchions des verges pour nous faire fouetter, et cela est arrivé ! »
- « J’aurais pu intervenir entre Dan et le ministre,» reprit Susie, « et mon appel aurait certainement été entendu ; mais un pouvoir p'us fort que ma volonté m’a retenue, j’étais honteuse d’épouser Dan. Savoir qu’il ne m’aime plus, qu’une autre occupe toutes ses pensées et consentir à cette union, me paraissait un acte sacrilège. »
- « Voilà, ma chère, un noble sentiment, » dit la vieille dame, « il me révèle que l’excellence de votre nature est meüleurë encore que je n’avais pu le soupçonner. »
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- Le lendemain Clara vint à l’heure habituelle des leçons ; elle trouva Susie seule au salon, assise devant une table et s’occupant à examiner des fleurs au microscope. Susie s'empressa au-devant de son amie et fut d’abord frappée de la gravité empruntée dont était revêtue sa physionomie ; jointe au souvenir de leur aventure de la veille, cette impression fit naître dans son esprit de si étranges rapprochements qu’elle partit d’un harmonieux éclat de rire à peine ' contenu, auquel ne put résister la gravité de Clara.
- « Déjà à l’étude, Susie, » dit-elle, « je venais simplement par habitude, sans avoir l’idée que vous désireriez prendre une leçon, et je vous trouve au tra-vail. Vous avez donc herborisé seule ce matin ? »
- — « Pourquoi non, Clara, je vous assure que depuis longtemps je ne m’étais sentie aussi bien disposée. Mon cœur est soulagé d’un grand poids. Dan est sorti pour toujours de mes rêves d’avenir et, quant à ce qui est de lui du moins, je suis parfaitement indépendante. De son côté le voilà libre, et vous ne sauriez croire combien cette pensée me fortifie. »
- « Je crois, ma chère, » reprit Clara, » que vous êtes plus près de la vérité que nous toutes ; hier lorsque nous sommes rentrées, lisant dans vos regards un certain air de triomphe, je vous en voulais presque. Vous êtes un étrange petit être. Papa m’a fait revenir de ma fausse impression, il vous porte aux nues; mais prenons notre leçon, si vous le voulez bien,
- ‘ car il sera ici tout à l’heure. Il va sans dire qu’il gardera le secret. Quant à Dan, » ajouta-t-elle en riant, «je réponds de sa discrétion. »
- Quand elles eurent terminé leur tâche, Susie épancha son cœur et se plut à exprimer à Clara sa reconnaissance pour tant de bonté et de soins affectueux. Dans le courant de la conversation, celle-ci dit : « Après mon mariage je serai plus indépendante encore, et pas une langue n’osera me calomnier de ce que je suis votre amie. »
- « C’est l’idée qui m’est le plus insupportable, « dit Susie, « de penser que votre amitié pour moi puisse ..vous nuire. »
- «r
- « Mais non, » s’écria Clara, « faire ce qui est convenable et juste ne peut nuire à personne. En me liant à vous, en vous aidant à supporter votre chagrin, j’ai mieux appris à connaître le monde, que je ne l’aurais pu faire dans toute une vie paisible. Certes, j’ai perdu quelques illusions: Louise Kendrick ne sera pas ma demoiselle d’honneur ; mais sa conduite m’a révélé le fond de son caractère et c’est quelque chose. Il faudra que je vous montre les lettres qu’elle m’écrivait pendant les quatre années que
- j'ai passées à Sonybrook. Ce sont des protestations ininterrompues d’inaltérable amitié. Vous, Susie, qui n’avez pas été gâtée par la fortune, vous avez un cœur qui en vaut dix mille comme le sien, elle est une amie des jours heureux, je ne m’en doutais cependant pas. Vous, je le sais, vous ne m'abandonneriez jamais. »
- « Comme je me haïrais, si j’en étais capable, » répondit Susie, « mais cela est impossible. Ma seule crainte est que je ne puisse jamais vous être réellement utile. Vous souvient-il de la fable du lion et du rat ? Rappelez-vous cela si vous tombez jamais dans la peine : Une affection ardente peut faire des miracles de volonté, même avec les plus humbles moye m »
- Les sentiments enthousiastes de Susie, qui trouvait parfois des mots éloquents pour les traduire, touchèrent Clara à tel point que, bien des années après, elle en conserva encore le souvenir.
- tA suivre.)
- A PROPOS DU BUDGET DE L’INSTRUCTION
- Plusieurs personnes ont pu trouver exagérées les demandes de la Commission de l’Instruction primaire, demandes que nous avions résumées dans notre dernier numéro et dont l’importance se totalise en une augmen| talion de près de 45 millions au budget de l’instruction publique.
- Il nous parait utile de prendre un point de comparaison et de rapprocher le chiffre des sacrifices que s’impose une République voisine de ceux que nous voudrions voir la République française s’imposer.
- Prenons le point de comparaison chez nos voisins les Suisses. Le canton de Berne n’est pas le plus instruit de leur pays, toutefois l’instruction y est largement répandue et nous choisissons à dessein celui-là plutôt que d’autres plus avancés, parce que la population rurale bernoise s’y trouve à l’égard de celle des villes dans la môme proportion que dans l’ensemble de la France,
- Pour une population de 506,403 habitants, le canton de Berne, possède à l’heure qu’il est, suivant le dernier rapport oiliciel de la Direction de l’Instruction publique :
- 1811 écoles primaires fréquentées par 92,270 élèves ;
- 1007 écoles supplémentaires de couture ;
- 60 écoles secondaires (externats correspondant aux lycées Jrançais, moins les classes de rhétorique et do philosophie;
- comptant 18156 garçons et 16153 filles
- soit 3509 élèves ;
- 5 progymnases (c’est-à-dire lycées supérieurs) ;
- 2 écoles normales ;
- 1 écolo vétérinaire ;
- 1 université ;
- ---soit ensemble
- 3477 établissements officiels d’instruction, en plus desquels Berne contribue (au prorata de sa population
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- soit pour un cinquième) à l’entretien de l’école polytechnique fédérale.
- L’année dernière, Berne a dépensé pour l’instruction publique, la somme de fr. 1.692,411 (soit plus de 3 francs par tète, ce qui est énorme pour un pays en majorité montagneux).
- Le jour où la France voudra s’imposer pour l'instruction publique des charges égales à celles que s’impose le canton de Berne, elle devra avoir :
- 130.392 écoles primaires ;
- 116.704 écoles de couture ;
- 3.600 lycées ou écoles secondaires ;
- 360 lycées supérieurs ;
- 144 écoles normales ;
- 72 universités ;
- 72 écoles vétérinaires ;
- 14 écoles polytechniques ;
- --------soit ensemble
- 260.358 établissements officiels d’instruction,’ce qui coûtera à la France la jolie somme annuelle de 122 millions et demi de francs, plus les frais des 14 écoles polytechniques.
- En proposant à la France, un budget total de Finstruc-tion publique de 130 millions, la Commission de l’Instruction n’exagère rien. Il est nécessaire d’attendre ce chiffre si Ton veut donner à l’ensemble du pays, le môme degré d’instruction dont jouissent les habitants du canton de Berne, pays beaucoup moins riche que la France.
- CONGRÈS INTERNATIONAL
- POUR LE DÉVELOPPEMENT? ET L’AMÉLIORATION DES MOYENS DE TRANSPORT
- La place nous a manqué pour parler de ce Congrès comme nous l'aurions voulu. Toutefois nous ne pouvons le passer sous silence,
- Voici les vœux qu'il a émis relativement à la navigation intérieure ;
- Que l’alimentation des canaux soit assurée en tout temps et que les chômages • par manque d’eau soient aussi évités, au moyen d’un aménagement des eaux qui sera également utile à l’agriculture et aux industries hydrauliques, tout en permettant de rendre plus régulier le régime des rivières.
- Sur l’importante question des chômages le congrès a émis le vœu suivant :
- 1° Que les chômages soient supprimés en principe;
- 2° Que sur chaque réseau navigable le chômage, s’il ne peut être évité, s’effectue par section graduée, en commençant par l’extrémité des plus fortes expéditions pour finir par l’extrémité des plus forts arrivages ;
- 3® Que le chômage commence du 1er au 18 mai et que toute mesure soit prise pour réduire sa durée à un maxi mum de quinze jours ;
- 4° Que les gouvernements des territoires traversés par un môme réseau établissent entre eux une entente régulière pour la détermination des époques et des durées du chômage.
- Le congrès a adopté ensuite les vœux suivants :
- 1° Que les canaux concédés soient rachetés par les
- Etats et ramenés au régime commun de franchise et de liberté de circulation ;
- 2° Que les droits de navigation soient supprimés sur les rivières et canaux et que la circulation soit aussi libre que sur les routes et sur les chemins ;
- 3° Que les améliorations des voies existantes et la création des voies navigables soient, ainsi que leur entretien, à la charge dos Etats, des provinces ou communes* suivant que ces voies sont d’intérêt général ou local.
- Sur la proposition deM. Roy, le congrès adopte les vœux suivants :
- Qu’il soit construit un canal entre Froussey, et le canal, projeté par l’Etat, de la Saône à la Marne ; que les travaux du canal de l’Oise à l’Aisne soient exécutés dans le plus bref délai possible.
- Sur la proposition de M. Bergmann, le congrès a émis, en outre, le vœu que les canaux du Rhône au Rhin et de la Marne au Rhin soient prolongés entre Strasbourg et Manheim pour ouvrir une voie navigable à grande section entre la mer du Nord et la Méditerranée.
- A été adoptée ensuite, sur la proposition deM.Delboy, la mise à l’étude de la jonction du Danube au Rhin par une meilleure voie que le canal Louis, et la jonction du Danube au canal français du Rhôue au Rhin par une voie traversant la Suisse, près du Rhin supérieur, du côté du lac de Constance.
- Sur la proposition de M. Ravedy, le congrès admis le vœu qu’une voie navigable mette directement en rapport la Belgique avec le Nord et l’Ouest de la France, par Amiens et Beauvais, avec embranchement sur Greil,
- Sur ia proposition de M. Pascal Duprat, le a congrès émis l’avis qu’un canal direct de Paris à la mer rendrait de grands services aux relations maritimes internationales.
- Enfin, sur la proposition de MM. Dartoiset Cherotl, le congrès a émis le vœ u :
- Que les gouvernements n’autorisent pas les compagnies de chemins de fer à abaisser les tarifs au-dessus du prix de revient pour faire une concurrence temporaire aux voies navigables.
- Il est regrettable que personne n’ait soumis au congrès le projet développé dans le numéro 20 du Devoir, d’un canal de Dunkerque à Nancy, canal qui rendrait d’immenses services an bassin houiller du Nord et au bassin métallurgique de l’Est.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- L’instruction publique en Russie, par G. Hippeau 1 vol. gr. in-18, Didier et Gie.
- Nous n’avons pas à présenter M. Hippeau à nos lecteurs, car il était connu de chacun d’eux avant môme que sa précieuse collaboration fut acquise au Devoir. Ses nombreux travaux sur l’instruction dans les deux mondes lui ont valu des distinctions justement méritées. Ces jours encore l’Académie française vient de décerner un des prix Montyon à l’ouvrage que nous annonçons aujourd’hui et l’Académie des sciences morales et politiques s’est occupée du môme ouvrage dans sa séance du 3 Août.
- Yoici en quels termes M. J.-B. Dumas, le chimiste distingué qui dirige actuellement l’Académie française, a
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- parlé du dernier ouvrage de M. Hippeau dans la grande séance annuelle de l’Académie :
- € Au moment de quitter la Russie, dit M. Dumas, nou& rencontrons à sa frontière M. Hippeau qui nous y retient un instant encore. Après avoir visité toutes les institutions de l’Europe et de l’Amérique, M. Hippeau a terminé sa tâche en allant inspecter pour nous les écoles de la Russie, de la Suède, et de la Norwége et du Danemarck. Plein d’observation intéressantes sur l’organisation de l’instruction publique dans les Etats du Nord, le livre qu'il en rapporte se recommandait à l'attention de l’Académie. »
- L’appréciation portée par M. Gréard à l’Académie des sciences morales et politiques n’est pas moins flatteuse. Nous en empruntons le compte rendu au Journal offi ciel :
- M. Gréard offre aussi, de la part de M. G. Hippeau, un volume intitulé : l'Instruction publique en Russie, qui complète la série des études que M. Hippeau a consacrées à l’étude de l’instruction publique dans les principaux pays de l’Europe et aux Etats-Unis. On sait qu’en Russie bî décret de 1861 a fait de 50 millions de serfs des hommes libres et des propriétaires. C’est la grave question de l'émancipation intellectuelle et morale d’une nation, suivant son émancipation légale, qui fait le principal intérêt des renseignements recueillis par l’auteur. M. Hippeau fait ressortir les difficultés de toute sorte qui, depuis Pierre le Grand, ont fait obstacle à la diffusion de l’instruction, et les efforts qui ont été faits depuis vingt-cinq ans pour la répandre. En 1856, sur 100 conscrits, un seul savait lire et écrire; en 1870 ou en comptait 11 p. 100, et en 1874 la proportion des illettrés absolus n’était plus que de 5 p. 100. Tels sont au moins les résultats fournis par les documents officiels.
- Ce qui est certain, c’est que renseignement des adultes a été l’objet d’une sérieuse sollicitude. L’enseignement supérieur était beaucoup moins en retard.
- La fondation delà première université réelle remonte à 1755. M. Hippeau donne sur les universités des détails intéressants; mais c'est à l’enseignement secondaire qu’il a consacré la plus grande partie de ses recherches. Les écoles secondaires — gymnases et progymnases — sont régies aujourd’hui p^r le décret de juiu 1871, qui a institué le système tutorial, avec les conseils pédagogiques et les préposés de classes. M. Hippeau approuve , fort ladirection donnée aux établissements d’instruction des jeunes filles, et le chapitre qu’il y consacre est un des meilleurs de son livre. L’enseignement médical pour les femmes, notamment, est tres-développé : les cours comprennent, en 1875, 430 élèves. Malheureusement, M. Hippeau n’a étudié ces établissements que dans les documents qu’il a pu se procurer, et qui n‘en font connaître que le mécanisme général. Il a recueilli cependant des informations abondantes, mais sur lesquelles sa critique, toujours judicieuse, ne trouve pas à s’exercer autant qu’on le souhaiterait.
- Nous nous garderons bien de rien ajouter aux appréciations de personnes aussi qualifiées que M. Dumas et
- M. Gréard. Cette réserve nous est d’autant plus imposée que le rédacteur d’un journal est toujours mal placé pour parler d'un de ses collaborateurs.
- Éviter les contrefaçons
- CHOCOLAT
- MEN1ER
- Exiger le véritable nom
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- Le Devoir
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- ASSOCIATION DU CAPITAL & DU TRAVAIL
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- ün an, . . . 101. »»
- Six mois... 6 »»
- Trois mois. . . 3 »»
- Union postale . 11 »»
- ÉTRANGER Le port en sus.
- Rédacteur en chef : M. Ed. GHÀMPURY
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- JUSTICE ET NON PAS CHARITÉ
- Les personnes qui ont lu avec attention le journal Le Devoir, ont pu se convaincre que nous poursuivons une œuvre de dévouement social ; nous espérons donc qu’elles voudront bien nous maintenir leur bienveillant appui.
- En conséquence , nous continuerons, saut avis contraire, à servir les abonnements expirés, et nous ferons recouvrer enfin, d’année le prix de ^abonnement chez ceux qui ne nous auront pas renvoyé le journal.
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- SOMMAIRE
- Justice et non pas Charité. — Musées scolaires. — Semaine politique. — Variétés. — Lamartine. L’art et la démocratie. — Correspondance et discussion contradictoire. — Roman: La fille de son père. — Congrès du droit des Femmes. — Canal de Dunkerque à Nancy. — Bulletin BiMio• graphique.
- Une explication devient nécessaire.
- Un certain nombre de nos lecteurs n’ont pas bien compris notre oeuvre et les lettres qu’ils nous adressent sont là pour le prouver.
- Est-ce notre faute? Est-ce la leur?
- Gela importe peu; ce qui importe, c’est de ne pas laisser le fait se reproduire, ou se prolonger.
- Nous pourrions rendre les confusions impossibles. If faudrait pour cela que nos vues fussent développées méthodiquement, comme cela se fait dans un volume. On verrait alors que tout se tient dans nos idées ; que tout y est solidaire; que toutes s’éclairent mutuellement ; que nous avons un but bien net, bien déterminé ; que la route que nous suivons pour l’atteindre est une route directe et que, lors même que nous avons parfois l’air de battre les haies, nous ne cessons pas un instant de la suivre.
- Malheureusement la forme même de notre publication — qui tient le milieu entre le journal et la revue — nous oblige à renoncer à un développement systématique de nos idées. Nous avons préféré la méthode pratique à la méthode théorique ; nous parlons de chaque chose, non point à l’heure où des articles précédents per-
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- mettent de l’aborder sans transition, mais à l’heure où il nous paraît le plus utile d’en parler. C’est ainsi que nous nous sommes occupés des grèves pendant qu’il y avait des grèves ; de l'instruction, chaque fois que des questions y relatives ont été soulevées ; de libre-échange, quand MM. les protectionnistes se sont remués; de la réforme d’un pouvoir donné, à l’heure ou ce pouvoir commet le plus d'abus, etc., etc.
- Ces nécessités de l’à-propos sont cause sans doute des conclusions faites à notre égard par un certain nombre de lecteurs.
- C’est ainsi que plusieurs,se déclarant sympathiques à nos vues de réforme sociale, nous reprochent de nous occuper de palliatifs; à leurs yeux, c*est contribuer à maintenir le mal en faisant perdre de vue la nécessité de l’extirper. D’autres au contraire, tout en nous félicitant de donner l'appui de notre publicité aux tentatives pratiques, partielles ou totales, faites en vue de l’amélioration du sort des travailleurs, voudraient nous voir accorder une place, une large place, à la bienfaisance religieuse.
- Déclarons le franchement. Nous ne pouvons donner satisfaction ni aux uns ni aux autres. Nous continuerons à nous occuper des palliatifs, parce qu’à nos yeux ils sont indispensables. Que dirait-on d’un médecin qui, sur le champ dé bataille, renoncerait au pansement provisoire des blessures, sous prétexte que ce pansement n’est pas définitif ? Aux souffrances immédiates, il faut des soulagements immédiats. Cela n’empêche pas de remonter aux sources du mal et de l’atteindre dans sa racine. Nous dirons même que la précipitation en semblable circonstance est fâcheuse et que pour bien constater les sources du mal et bien étudier le traitement défini if; il faut y mettre le temps voulu.
- Par contre, nous continuerons à ne pas accorder de place à la bienfaisance religieuse, ou, pour parler pins exactement — à l'assistance confessionnelle, et nous avons plus d’une raison pour cela. La première, c’est que les protestants, les catholiques, les israëlites ont de nombreux organes de publicité dévoués à leurs
- œuvres, ce qui n’est pas le cas des tentatives dues à l’initiative personnelle. En outre, les diverses confessions religieuses sont plus ou moins en compétition entre elles et chacune tient à faire considérer ses propres œuvres de bienfaisance comme étant supérieures à celles de sa rivale* De là, difficulté et même impossibilité pour la presse de porter des jugements impartiaux, Enfin — et c’est là notre principale raison — notre journal est consacré à la justice (dans le sens le plus élevé du mot) et non point à ce que l’on est convenu d'appeler la charité.
- Distinguons bien afin de bien nous entendre*
- Si par charité, on veut dire cette affection pour nos semblables qui nous porte à travailler sciera-ment à leur bonheur et à nous dévouer pour eu%> en un mot, cette vertu prêchée et pratiquée par Confucius et Jésus-Christ et à laquelle Auguste Comte a donné le nom exact d'altruisme, en ce cas notre journal lui est dévoué, car la charité ainsi comprise n’est autre chose que la pratique de la justice.
- Malheureusement, cette charité-là n’habite que les sereines régions de l'idéal ; celle qui existe au milieu de nous ne la rappelle que de très-loin. Hélas ! presque toujours elle est pics ou moins intéressée, plus ou moins confessionnelle. On la pratique soit pour obtenir le paradis soit pour se distinguer des autres ou faire parler de soi, soit encore — et c'est là le plus grand nombre de cas — pour mettre en relief la cou-fession à laquelle on appartient. La charité confessionnelle n’est en réalité qu’une assistance» qu'une aumône; la forme sous laquelle elle se présente peut dissimuler ce caractère ; elle peut même faire illusion à la personne qui donne, Ie fait est que cette charité-là ne s'élève pas au-dessus de l'aumône. On donne son argent, son temps, son talent, avec la conviction intérieur® que, ce que l’on donne, on avait le droit de n® pas le donner ; on se dit que l’affligé, le malade» le déshérité des biens de ce monde, riava^ aucun droit aux secours, aux consolations, au* soulagements qu’on lui octroie.
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- La justice au contraire veut qu’on lui donne tout cela, non comme cadeau, mais parcequHl y a droit, comme nous y aurons droit nous-mêmes si un retour de la fortune nous met un jour dans sa triste position.
- Loin de nous l’idée de contester ou de déprécier les dévouements que l’assistance confessionnelle a fait naître. Le passé en montre de sublimes que nous admirons de tout notre cœur et nul doute que le présent n’en offre encore des cas remarquables. Mais la foi se perd ; elle fait place soit à l’incrédulité, soit à l’indifférence, soit à la dévotion aveugle ; les actes de dévouement religieux se font de plus en plus rares et les actes de bienfaisance ont de moins en moins un mobile édifiant.
- C’est qu’il en est des idées morales comme de toutes les idées ; il vient un moment où celles qui longtemps ont été suffisantes ne le sont plus et doivent faire place à d’autres plus élevées et plus complètes. L’histoire toute entière du genre humain, est remplie d’évolutions de cette nature. La morale est une science qui se perfectionne comme toutes les sciences, et il arrive dans celle-ci ce qui arrive dans ses rivales : la marche en avant du progrès en développe les conclusions. ______
- Sans doute si la société était appelée à choisir entre l’une ou l'autre de ces deux alternatives:
- Ou bien abandonner les malheureux à leur triste sort,
- ou bien charger l’assistance confessionnelle ou privée de les secourir,
- le deuxième cas serait préférable au premier et nous opterions pour le moindre mal.
- Mais la société n’en est pas réduite là. Elle est riche, très-riche, aujourd’hui et chaque jour augmente sa richesse. Le monde est matériellement transformé, il faut qu'il se transforme moralement et parconséquent que l’organisation 'sociale se transforme elle aussi.
- te jour vient où la justice prendra la place de l’aumône et où celle-ci sera répudiée.
- On sait aujourd’hui quels malheureux fruits
- elle a portés et de quel danger elle est pour la civilisation. L'aumône déprave celui qui la reçoit; au lieu de lui donner le sentiment de son importance, de sa valeur, de son droit à vivre, elle lui inculque le sentiment de son infériorité, elle l’habitue toujours à attendre, elle l’incite parfois à demander.
- Toute autre est la fonction de la justice. Celle-ci inspire à l’individu le sentiment de sa valeur; elle le rélève à ses propres yeux ; elle le convie à ne pas descendre ; elle lui rappelle que l’infériorité n’est pour personne un état normal et que chacun a le droit et le devoir de revendiquer les moyens d’en conquérir un meilleur.
- L’œuvre sociale de notre époque est plus élevée que celle de ses devancières! Il ne s’agit plus d’accorder des secours à ceux qui en demandent ou dont la position nécessiteuse est en évidence à tous les yeux, il s'agit de donner à chacun ce qui lui revient, ce à quoi il a droit, ce qui lui est dû. Il ne s’agit plus de vanter les bienfaits de l’assistance et d’assister quelques malheureux, il s’agit de reconnaître à tous le droit à l’existance et de garantir à tous les moyens d’exister.
- La société a les ressources voulues pour cela. Elle a donc le devoir — et elle aura le pouvoir quand elle voudra d'assurer, de garantir à chacun l’obtention et la jouissance de ce qui lui est dû. C’est dans ce nouvel ordre de choses que la conciliation des intérêts se produira. L’ère de compétition, d’antagonisme qui à régné jusqu’ici fera place à une ère de quiétude, de confiance mutuelle, de vraie fraternité. On n'aura peut-être pas supprimé tous les vices, étouffé tous les crimes, mais on aura à coup sûr grandement diminué leur nombre et de beaucoup adouci leur gravité.
- Cette œuvre que la charité n’a pu faire depuis bientôt dix-neuf siècles qu’on la prêche, la justice la réalisera rapidement une fois qu’on l’aüra décrétée. En. Champury^
- L’abondance des matièros nous oblige à ajourner à notre prochain numéro le article sur la Réforme de la Magistrature.
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- LES MUSÉES SCOLAIRES
- Extrait d'un discours 'prononcé le 2 juillet 1878 par M. Vandamme, Gouverneur du Luxembourg belge.
- Les grands musées placés dans quelques villes principales jettent un lustre, ont une importance et un mérite qu’il n’entre point dans ma pensée de méconnaître; mais, à dire toute la vérité, malgré leur utilité nationale et leur destination élevée, ils ne sauraient rendre et ne rendent en effet, de services véritables qu’à une élite. Aussi, dans presque tous les pays, où l’on se préoccupe des progrès de l’instruction des masses, on comprend qu'il y a, au-dessous de ces magnifiques dépôts, à fonder des institutions plus modestes. On entre résolument dans ce qu’on a appelé le système de spécialisation ; on s’applique, avec un élan et une émulation très-digne d’être attentivement observés, à créer ou à développer des musées d’instruction populaire.
- Il a soixante ans que l’Allemagne entreprit, sur cette base, la réorganisation de son instruction primaire : elle en a fait une œuvre nationale. Ses longs efforts sur ce terrain, — et ses succès, — sont trop connus pour qu’il soit besoin de les rappeler ici; laissez-moi pourtant dire que* les appareils perfectionnés et les mille ingénieux moyens d’enseignement inventés dans ce pays, sont, depuis assez longtemps déjà, répandus dans les écoles et dans toutes les classes de la population avec une abondance dont on peut à peine se faire chez nous une idée.
- Après l’Allemagne, c’est à l’Angleterre qu’appartient l’honneur d’être, la première, entrée dans cette voie. Le célèbre Musée de Kensîngton possède une section de l'éducation; cette section a pris peu à peu des accroissement» tels qu’elle compte, en ce moment, plusieurs milliers de spécimens de mobilier et d’appareils scolaires, et une bibliothèque pédagogique do plus de vingt mille volumes. — Et cette bibliothèque et ces collections sont toujours à la disposition du public' et ce public, avec une assiduité et un empressement toujours croissant, y va puiser des lumières dont il apprécie le haut prix,
- L’Autriche, depuis des années, avait un musée d’art industriel, un dépôt général de collections à l’usage des écoles, et une bibliothèque pédagogique d’ouvrages écrits dans toutes les langues de l’tmpiro austro-hongrois. Eh bien, tout cela a été jugé insuffisant. A la suite de l'exposition universelle devienne, un musée scolaire proprement dit a été ouvert sous la dénomination d'exposition permanente des objets et moyens Renseignement— Ce titre n’est-il pas, à lui seul, tout un programme et comme une révélation do l’esprit qui l’a dicté?
- En Russie, ce pays trop peu connu au point de vue de l’organisation récente de l’instruction publique, un premier essai a été appliqué à l’armée; le département delà guerre y fonda un Musée des écoles militaires. On ne se contenta pas de cette création unique. Un éminent ministre s’imposa la lâche de régénérer les écoles élémentaires : à cette œuvre il donna pour point de départ l’enseignement intuitif ; et par là il voulut, suivant sa propre expression, « appliquer à l’enfant le procédé de développement naturel pour chaque homme et le délivrer, à son entrée dans l’école, do la pénible épreuve d’un enseignement fondé, non sur ce qu’il voit et ce qu’il entend, mais sur ce que le maître juge à propos do lui communiquer... » C’est sous l’inlluonce de cette pensée si juste, que fut inauguré, à Saint-Pétersbourg,
- en 1871, un musée scolaire établi sur une très-large échelle. On y trouve des collections très-nombreuses et choisies partout pour frapper l’attention.* — La bibliothèque renferme un nombre considérable de publications sur l’instruction du peuple dans tous les pays. -A l’administration de ce musée sont attachées des commissions d'études qui publient des rapports sur les obj ets d’enseignement et les écriLs qui leur sont soumis. « C’est, a dit uu observateur compétent, c’est un inventaire perpétuel et raisonné des richesses scolaires du monde entier. »
- Cependant, on ne s’est pas arrêté à la création de ce musée central; les écoles, même les plus humbles, n’ont pas été oubliées ; ainsi, le matériel de Frœbel joue un grand rôle dans beaucoup d’écoles rurales de la Russie, et il ne manque pas d’instituteurs habiles à s’en servir.
- En Suisse, dans les écoles de la plupart des cantons, cette méthode est suivie plus généralement encore. Pour toutes les matières de renseigne ment où cela est possible, le maître, à l’appui de ses leçons, place sous les yeux des élèves les objets dont il décrit l’usage ou le caractère, ou la représentation des faits ou des grandes actions dont il entreprend l’explication. — Et, circonstance bien remarquable ! dans ce pays composé de vingt-deux cantons autonomes, possédant chacun en matière d’instruction une législation distincte, on a res-senti le besoin, pour guider chaque Etat dans la recher- • che des procédés perfectionnés et le choix des meilleurs ; moyens matériels d’enseignement, de recourir à la centralisation : on a organisé, à Zuric, une exposition permanente des moyens d'enseignement. j
- La Hollande ne devait pas rester étrangère à ce mouvement. Un musée scolaire néerlandais a été ouvert à ; Amsterdam le 24 décembre 1877. — Ce musée, d’après les documents officiels que j’ai sous les yeux, a pour ; objet le progris et la prospérité du système scolaire e* . < Hollande. Ce but est poursuivi au moyen d’une exposl- .1 tion permanente de tout ce qui, de près ou de loin touche à l’enseignement, — appareils et livres ; — à la ij construction et à l’aménagement des maisons d’école j | — à l’hygiène scolaire. — Les collections embrassent * presque toutes les branches de l’instruction et des con- naissances utiles : la salle d’asile, — l’école primaire, — * l’enseignement industriel, — renseignement agricole,
- —, l’enseignement moyen. — L’instruction et l’appren- j lissage plus particulièrement destinés aux militaires, '*j aux marins,aux ouvrierSjComptent des sections séparées, « de même que l’enseignement spécial pour les aveuglé -jü et les sourds-muets. — La bibliothèque, assez riche ' déjà, est composée dans le même esprit. j
- En France, l’idée de l’enseignement intuitif date de •. j plus loin ; l’industrie privée produit des collections très- : variées et souvent intéressantes, deslinées à rinstruo- ; Lion par les yeux. Ces collections se rencontrent, pour | la plupart, dans les musées scolaires de presque tous!®3 | pays dont je viens de parler. Des efforts ont été fait9 J pour propager ces modèles dans les écoles de la France; | dans quelques régions^ ces efforts ont été couronnés de succès, néanmoins, pour activer cette marche en avant, | on s’est décidé à demander aux pouvoirs publics un0. î impulsion plus vigoureuse et une direction générale» c’est ainsi qu’il y a pou de semaines, un projet de loi a , été présenté portant création d’un musée national dé , l'instruction primaire. ’
- Il y a pour nous à recueillir plus d’une leçon dans j ces rapides indications qu’il m’eût été facile de multi" ' plier. i
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- Et d'abord, c’est dans l’expérience du passé que prennent racine les améliorations dans l’art d’enseigner que nous préconisons; elles sont la résultante d’une persévérante et savante élaboration. Il y a là une première garantie de la solidité de l’œuvre nouvelle. La continuité de vues est ici une grande force. En matière d’enseignement, en effet, il faut, plus qu’en aucune autre, savoir attendre que la raison parfois longuement silencieuse d’un progrès préparé par le temps — ce maître habile entre tous, — se soit enfin manifestée.
- Une autre conséquence qui ressort de ces faits, — conséquence non moins précieuse,—c’est que la réforme dont nous cherchons à notre tour l’application la plus pratique, a rencontré une adhésion pour ainsi dire universelle. Dans des pays fort différents et sous des régimes très-dissemblables, elle est acceptée ou elle est en voie de se réaliser avec une conformité et une solidarité de volontés absolument hors d’exemple.
- Et comment ce progrès proclamé de toutes parts si salutaire s’est-il préparé? —Comment s’est-il accompli ? Toujours nous rencontrons la main de l’administration. Sans doute, son action n’est pas constamment la même, mais sous une forme ou sous une autre, son intervention a été reconnue indispensable partout.
- Le musée scolaire doit, avant tout, avoir un caractère populaire. L’enseignement qu’il porte en lui doit descendre, — dans des proportions réduites évidemment, mais avec ses applications familières, — jusque dans le dernier de nos hameaux. L’enfant, dans nos campagnes, demeure trop souvent dans une sorte d’isolement intellectuel ; il est élevé et il passe sa vie dans un milieu où sa pensée et sa réflexion sont trop rarement provoquées. U ne voit pas, — pour ne citer qu’un exemple entre mille, comme l’enfant des villes, — ces monuments publics, chefs-d’œuvre de l’art, — élevés à la gloire nationale qui, à eux seuls sont un cours d’histoire et d’instruction civique, et éveillent comme instinctivement dans les jeunes âmes l’amour de la patrie. Pour lui, l’école est presque le seul agent d'instruction : c’est donc la mission de l’école qu’il nous faut élargir. — Et cette lâche, comment l’entreprendre? En perfectionnant sans cesse les procédés qui peuvent, chez l’écolier et chez l’adulte étendre l’horizon des idées saines et des notions utiles.
- Un musée central restant isolé, ne pourrait produire ici que des effets très-lents et très-incomplets ; — de petits musées dans les écoles abandonnés exclusivement à l'initiative et à la direction locales n’auraient eu qu’une existence précaire et auraient abolument manqué d’essor. Les musées scolaires organisés comme ils le sont chez nous formeront une institution solidement constituée et que le temps ne'pourra plus que fortifier encore et grandir sans cesse.
- Si maintenant je considère les résultats matériels de l’opération, je puis affirmer qu’ils ont de beaucoup dépassé mon attente. Les acquisitions faites pour former les collections de nos cinq cents écoles et du musée provincial auraient, d’après les catalogues et les prix adoptés par le gouvernement, donné lieu à une dépense de plus de 300,000 francs ; or, la dépense effective est de 195,000 francs; c’est une économie de 35 0/0.
- Vous voyez quel bénéfice des deniers publics on réalise en groupant les intérêts et en recourant à l’adjudication par grandes masses. Un autre effet avantageux de la concurence, c’est que nous avons obtenu dans les
- fournitures une qualité supérieure universellement reconnue. Et ce qui vaut plus encore peut-être que tous ces profits directs, nous avons gagné, pour le perfectionnement de notre enseignement primaire, un temps précieux.
- C’est dans ces conditions que nous inaugurons nos musées scolaires. Ils s’adressent à tout le mondé : aux élèves, — aux maîtres, — à la masse de la population.
- (A suivre)*
- LA SEMAINE POLITIQUE
- Le seul incident un peu saillant de la semaine, est la réunion des Conseils généraux, dont la session aux termes de la loi, doit s’ouvrir le premier lundi qui .suit le 25 août ; il n’y a d’exception que pour les assemblées des départements de la Corse et de la Seine, régis par une législation spéciale. Les premières séances des Conseils généraux ont été consacrées au renouvellement des bureaux et cette opération dont on connaît, aujourd’hui tous les détails témoigne des progrès accomplis par l’idée républicaine dans des départements soumis, jusqu’à ce jour à l’influence monarchique.
- Pour bien apprécier l'étendue de ce progrès il suffit de considérer les chiffres suivants ; En 1877, sous le régime du 16 Mai, on comptait 39 Conseils généraux à majorité républicaine et 51 à majorité réactionnaire. Après les électjons du 4 novembre dernier, il y a eu 50 Conseils généraux à majorité républicaine contre 40 à majorité rétrograde. Enfin, aujourd’hui après les élections partielles qui ont eu lieu dans le courant de l’année présente, les Conseils généraux républicains sont au nombre de 55 et le chiffre des assemblées départementales oùl'es-prit de réaction dominait est réduit à 35. Ces chiffres sont plus éloquents que tous les commentaires et permettent de bien augurer de l’issue des élections sénatoriales.
- Après des vicissitudes sans nombre dont la chronique s’est fort égayée, le fameux comité sénatorial réactionnaire a fini par se constituer officiellement, au moins sur le papier. C’est du moins ce qui paraît résulter de la note suivante publiée par les journaux de la droite :
- « Au moment de la prorogation des Chambres, les différents groupes de la droite du Sénat se sont entendus pour désigner un certain nombre de leurs membres devant composer, en vue des élections sénatoriales, un comité chargé de centraliser les renseignements et les ressources qui pourraient être nécessaires aux comités locaux.
- « Aux sénateurs ainsi désignés ont été adjoints quatre membres de la Chambre dès députés.
- « Le Comité sénatorial des droites, dont le siège est à Paris, 72, rue de Miroménil, se trouve, par. suite, composé de MM. Adnet, Dupuy de Lôme, comte de Mérode, amiral de Montaignac, Poriquet, comte de Preissac, vicomte de Rodez-Bénavent, de Rosamel et Tailhand, sénateurs.
- « Et de MM. de La Rochefoucauld due de Bisaccia, marquis de Parlz, Plichon et amiral Touchard, députés. »
- Ces personnages pour la plupart inconnus ne semblent pas être destinés à exercer une action bien puissante sur l’opinion publique. Dans tous les cas le manifeste qui devait réfuter celui des gauches n’a point encore paru à l’heure où nous écrivons. Il est peu probable, d’ailleurs qu’il parvienne à enrayer le mouvement qui porte les populations vers la République.
- Le parti républicain a accueilli avec une certaine satisfaction les paroles prononcées par M. Savary, député de la Manche et sous-secrétaire d’État au ministère de
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- la justice, dans le banquet qui lui a été offert par le Conseil municipal do Coulances ;
- « Le gouvernement, a dit fort nettement M. Savary, a € le droit et le devoir de demander à tous ceux qui reïè-« vent de l’Etat à un titre quelconque, la soumission aux « lois, le respect dû au gouvernement qu’elles ont ins-« titué et aux agents qui le représentent d’une façon « plus spéciale et qu’il a investis do sa confiance, « J’éprouve pour ma part un étonnement profond, «c quand je vois les notions de gouvernement et la préci-« sion même de notre langue s obscurcir à ce point qu’on « en soit venu, dans certains milieux, à considérer a comme autant d’actes violents ou coupablesles mesures <c prises par un gouvernement qui cherche à s’entourer « de partisans dévoués à sa politique, et qui demande * modestement à ses adversaires d’opter entre leur op-« position et le mandat qu’ils tiennent du pouvoir, »
- Ces déclarations sont assurément excellentes. Toutefois il est regrettable de constater que M. le garde dos Sceaux met une certaine lenteur et une excessive « modestie » dans les mesures qu’il devrait prendre pour amener ceux de ses subordonnés qui sont hostiles au gouvernement établi à « opter entre leur opposition et le mandat qu’ils tiennent du pouvoir. » En résumé, beaucoup de bonnes paroles et peu d’actes vraiment satisfaisants.
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- On ne saurait, en effet, considérer comme donnant une satisfaction suffisante» à la conscience publique, le nouveau mouvement judiciaire qu’a publié, cette semaine, le Journal officiel. Quelques magistrats disgraciés par le 10 Mai ont été réintégrés dans leur poste ; dvautres ont reçu de l’avancement. Ces mesures sont bien timides et tant que le garde des Sceaux ne déploiera pas plus d’énergie on peut s’attendre à voir so perpétuer l’esprit d’opposition qui anime un trop grand nombre de magistrats qui songent *!beaucoup moins à prononcer des arrêts équitables qu’a rendre des services a la cause réactionnaire.
- Les journaux delà réaction, faisant flèche de tout bois ont entrepris une campagne très-ardente contre le trois pour cent amortissable dont noirs avons annoncé une nouvelle émission, et ils font tous leurs efforts pour dénigrer par tous les moyens un système d'emprunt que la réaction a vainement cherché à faire repousser par le Séùat.
- Il est incontestable, cependant, aux yeux des hommes impartiaux, que le trois pour cent amortissable est une heureuse combinaison financière et que rien n’ost plus sage que d’amortir les rentes que Ton crée- On approuvo les grandes Compagnies de procéder do la sorte ; pourquoi blâmer l’Etat de les imiter? Gomme on l’a dit très-justement, le trois pour cent nouveau tient do la rente ordinaire en ce qu’il est comme elle coté 4 terme et de l’obligation en ce qu’avec lui on est certain d’être remboursé au pair. Un pareil placement n’offre donc aucune chance de mécompte et, quoi qu’on en puisse dire, l’avenir prouvera que la combinaison nouvellement expérimentée est destinée à exercer la meilleure influence sur le crédit public de la Franco.
- Les élections de balottage sont terminées en|Allemagno et l’on connaît aujourd’hui les résultats définitifs du renouvellement du Reichstag. Si l’on en croit les agences étrangères d’informations, les forces des divers groupes de l’opinion se répartissent ainsi : 6D conservateurs, BQ conservateurs libéraux, 97 libéraux nationaux, 99 centres, 45 progressistes, 15 polonais, 9 particularistes, 9 socialistes, 3 démocrates, 4 alsaciens autonomistes, 6 pro-testationnistes, 19 indécis. Les scruLins de ballottage ont été, en grande majorité favorables 4 l’opposition et deux nouveaux candidats socialistes ont été élus. La passion politique a été très vive dans ces opérations électorales et des troubles sérieux auraient éclaté a Barmen, à Elberfold et à Harbourg, La troupe a fait usage de ses armes et le sang a coulé. Il y a eu trois
- morts et une vingtaine de blessés à Harbourg. Détail horrible : les mutins ont été frappés par les pompiers avec des torches de résine allumée. Les feuilles officieuses prétendent que les émeutiers sont des socialistes. Cette affirmation ost peut être bien aventurée, et nous ne serions pas surpris d’appfendre un jour que|M. de Bismarck avait aussi ses blouses blanches.
- Hœdel, l’ouvrier ferblantier, auteur de la tentative d’assassinat contre l’empereur Guillaume, qui a précédé celle du docteur Nobiling, a été exécuté dans la prison de Moabit. On lui a tranché la tête par la hache. Le condamné a marché d’un pas assuré jusqu’au pied de l’échafaud, il a subi le dernier suplico avec la plus inébranlable fermeté. Hœdel avait commis un crime impardonnable, soit, mais nous voudrions bien savoir en quoi la décapitation de ce criminel a réparé l’attentat qu'il avait commis. On lui a appliqué la peine sauvage du talion, ce qui ne signifie rien puisque les régicides oiit toujours fait, à l’avance le sacrifice de leur vio. Ces prétendus moyens de répression des crimes ne sont pas seulement inefficaces, ils sont indignes de là civilisation moderne.
- La'vloienco, au surplus, appelle toujours la violence, et c’est le despotisme qui arme la plupart du temps le bras des assassins. Cnstino a écrit, il a longtemps, dans son livre sur la Russie, que lo régime auquel est soumis ce pays est a une monarchie despotique et « policière, tempérée par l’assassinat. » Ce qui vient de se passer à Kiev et à Saint-Pétersbourg le prouve surabondamment. Dans la première de ces villes, le baron de Heyding, chef de la police secrète a été poignardé dans la rue. A Pétersbourg, le général Mezenizow, successeur du général Trépoff dans les fonctions de grand maître de la polico a été frappé d’un coup de couteau par deux inconnus et a succombé à ses blessures. Il a été impossible de découvrir les assassins ; il est donc souverainement injuste d’imputer à tel ou tel parti l'inspiration et l’exécution de ces actes criminels que la morale philosophique réprouvo. Dans tous les cas, les événements lamentables de cette nation, se succédant avec une si persistante rapidité, devraient bien éclairer les hommes d’Etat perspicaces, sur l’inefficacité de la force brutale comme moyen de gouvernement dos peuples.
- Nous avons déjà fait observer combien les résultats du traité do Berlin sont pou satisfaisants jusqu’à ce jour, du moins en ce qui concerne les puissances autres que la France. La situation semble devenir chaque jour de plus en plus grave en Orient et la rupture entre l’Autriche et la Turquie est toujours imminente. Dans un grand conseil présidé mardi par l’Empereur d’Autriche, on a discuté s’il convenait de signer la convention avec la Porte. Ou ne connait pas encore précisément les décisions qui ont été prises, mais on croit que des mesures énergiques auraient été arrêtées dans lo but de hâter l’occupation de la Bosnie, afin de prévenir une campagne d’hiver qui pourrait être désastreuse.
- Il paraît que le Divan aurait averti le comte Zichy, ambassadeur d’Autriche à Constinople, qu’il lui était impossiblo de faire cesser l’insurrection Bosniaque tant que la Convention austro-turque ne serai pas signée. Le comte Zichy aurait répondu, qu’une nouvelle effusion de sang pouvait amener l’Autriche à garder la Bosnie et l’Herzégovino par droit de conquête. C’est d’ailleurs, le couseil redoutable que donnent au gouvernement austro-hongrois, les feuilles viennoises, qui montrent à l’égard delà Turquie un sentiment d’hostilité fort exalté. D’autre part, l’agitation est toujours grande, en Bosnie, on dépit de la prise de Serajcrro, qui aurait succombé, après un combat meurtrier, lo 19. La résistance s’organise on Herzégovine et malgré les déclarations do neutralité du prince Nikita du Monténégro, les habitants de ce pays semblcntrésolusàfaire cause commune avec les Bosniaques. On s’explique donc aisément que lo Frein-denblatt) feuille officieuse viennoise, déclare que « l’a-
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- » venir est des plus sombres » et que « l’intervention » d’une puissance amie de l'Autriche est urgente. »
- La Porte parait très-médiocrement disposée à remplir le programme du Congrès de Berlin, en ce qui concerne la rectification des frontières helléniques. Elle prétend n’avoir pris aucun engagement à ce sujet, et, dans sa réponse au mémorandum du plénipotentiaire grec 'De-lyannis, elle adjure l’Europe de revenir sur une décision qui compromettrait son œuvre pacificatrice et elle engage la Grèce à abandonner ses prétentions. L’émotion est très-grande à Athènes et il est à croire que pour prévenir des hostilités imminentes, les puissances vont être obligées d’interposer leur médiation.
- Les Russes ont signifié à la Porte qu’ils entreraient de vive force, s’il le fallait, à Batoum, le 27 de ce mois. Les tribus Lazes qui s’opposent à l'occupation des Russes persistent dans leur résistance et refusent formellement d’évacuer la ville. Il est donc probable que le sang va couler encore comme il a déjà coulé dans la presqu’île des Balkans. D’autre part, on annonce que le général Stoletotf organise une armée de 75,000 Bulgares et que le tzar a fourni des armes aux officiers.il est donc permis do présager de sérieuses complications en Orient pour l’avenir.
- . -.-^AAflAAAiW/vvv.' —
- VARIÉTÉS
- Encore une peine de mort
- Un cas des plus graves et heureusement très rare s’est produit le vendredi 9 août à la Cour d’Assises de Rennes.
- Le nommé André Paquet, de Domangé, a été çon-Taiucu d’avoir assassiné sa femme dans des conditions d’atrocité effroyables. Le fait matériel n’était pas contesté mais André Paquet était accusé de folio. Troisdoc'-teurs, sur les 5 nommés experts, deux concluent à la folie, santé mentale de l’assassin.
- Le verdict du jury considéra l’accusé comme responsable, mais en lui accordant le bénéfice des circonstances atténuantes. Ce verdict- si contraire en apparence à la réalité des faits, émut a tel point la Cour que celle-ci, après un délibéré en chambre du conseil, décida de recourir à l’application de l’article 352 du Gode de procédure criminelle, article en vertu duquel la Cour, dans le cas où elle pense que le jury s’est trompé sur le fond, ale droit de ne pas tenir compte du verdict rendu et de renvoyer l’afiairo à une autre cession pour être jugée de nouveau.
- C’est ce qui arrive cette fois. L'affaire André Paquet est renvoyée aux assises de novembre.
- Ainsi plus on va "en avant, plus on voit avec évidence fine la justice n’est pas impeccable. Voilà une affaire dans laquelle cinq experts sont nommés. Us ne tombent pas d’accord. Trois disent non et deux disent oui. Le jury pense à contre-sens do la majorité des experts cl la Cour n’hésite pas à croire que le jury s’est trompé.
- Quel danger n’y a-t-il pas à laisser la disposition de fa vio humaine entre les mains d’un pouvoir qui voit se Produire dans son sein de pareilles contradictions.
- Exportation» importation
- Un industriel émérite, qui professe dans les questions economiques des opinions libérales, M. Tézenas du Mont cel, membre du conseil supérieur du commerce et de la chambre de commerce de Saint-Etienne, communiquait dernièrement à la commission législative d’enquête un tableau fort curieux qui n’est que la simple reproduction fles chiffres officiels sur nos exportations et nos impor-
- tations de fils et de tissus depuis dix ans. Il en résulte que de 1808 à 1877'inclusivement la France a exporté pour 7 millards 9G9 millions de tissus de toutes sortes et qu’elle n’en a importé que pour 1 milliard 676 millions; c’est donc 6 milliards 300 millions en chiffres ronds que la France a gagnés en dix années au mouvement international d’échange pour les seuls tissus.
- Quant aux fils, la situation est moins favorable, mais elle est loin d’être mauvaise : dans ces dix années de 1868 à 1877 nous avons exporté pour 452 millions de fils de toutes sortes et nous en avons importé pour 509 millions ; la différence est donc bien faible, surtout quand on pense qu’il s’agit des chiffres accumulés d’une période décennale. Eh bien I peut-on, en dénonçant et ne renouvelant pas les traités de commerce, compromettre de gaité de cœur nos exportations de tissus qui ont, Sien dix ans, dépassé de 6 millards 300 millions nos importations de même nature? Peut-on commettre un acte aussi imprudent, aussi ruineux pour l’industrie nationale, et cela sous le simple prétexte que nos importations de fils dans ces dix dernières années ont dépassé d’un chiffra insignifiant, de 57 millions en tout, soit de 5 millions 112 en moyenne par an, nos exportations de mêmes objets?
- Il arrive souvent, dans ces discussions, que les chiffres avancés par une personne sont contestés par une autre. M. Tézenas du Montcel a eu la bonue fortune qu’il n’eu a pas été ainsi pour les siens. Gette énorme supériorité de nos exportations de même nature n’est contestée par personne, c’est qu’elle est Févîdence même; les protectionnistes ne peuvent la nier, et leur seule tactique est de glisser sur ces faits ou de les dissimuler.
- (Journal des Débats.)
- tremblemeuts de terre an japon
- Il n’est probablement guère de pays ou l’on éprouve aussi fréquemment qu’au Japon des secousses de tremblements de terre. La moyenne était de plus de quatre par mois pendant l’année dernière. Depuis quelque temps, Ils deviennent de plus en plus répétés à Yédo et pendant le mois de novembre dernier, leur nombre est devenu inquiétant, de telle façon que les habitants des villages avoisinant le Fouzi-Yama songent, dit-on, à s'éloigner du vieux volcan, dans la crainte de le voir sortir de son long repos.
- La plupart de ces secousses n’ont d’autre effet que de produire çà et là quelques légers affaissements ou de faibles élévations de terrains et de faire entendre, dans les maisons japonaises, des craquements rhythmés dus au choc des pièces de bois qui les constituent exclusivement et auxquelles on laisse un certain jeu pour éviter un écroulement général; on n’a, dans la plupart des cas, rien à en craindre.
- Aujourd’hui, tous les tremblements de terre qui se produisent à Yédo sont connus complètement à l’Observatoire météorologique ; l’heure de la secousse, la direction et l’amplitude des oscillations y sont indiqués par l’appareil enregistreur de Palmieri. Mais autrefois on n’avait pas de sismographe et l’on ne notait que les tremblements de terre dont la violence avait é té capable d’amener des catastrophes. Il en est des grands phénomènes de la nature comme des hommes : on se souvient surtout de ceux qui ont fait beaucoup de mal, et leur renommée semble varier en proportion du nombre des personnes dont ils ont causé la mort'.
- M. T. Beson à énuméré dans un rapport adressé au ministre de l’instructon publique ceux de ces phénomènes qui-ont été sauvés de l’oubli par la grandeur de leurs effets, en y rattachant les faits importants qui ont accompagné les terribles commotions du sol. .
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- LAMARTINE'
- Un dicton étranger affirme que v la France est dédaigneuse de ses plus belles gloires.
- Cela est faux ou tout au moins exagéré- Le dicton vient de recevoir un démenti de plus. De grandes fêtes ont été données à Mâcon par la population et par la municipalité de cette ville, en l’honneur du plus illustre de ses enfants, Lamartine ; la statue du grand poète, par Falguières, a été découverte et les premiers artistes de la Comédie-Française ont dit quelques-unes de ses plus belles productions.
- Cette justice tardive était due à Lamartine. La période des rancunes et de l'aveuglement est passée. La république assise d’aujourd’hui peut juger d’un œil calme la république d’il y a 30 ans. Nous savons maintenant pourquoi le régime républicain a pris pied après l’empire et pourquoi il ne l’a pas pu après la monarchie de Juillet- Il fallait, pour dégoûter la France d’un régime personnel, que la nation eût vu jusqu’où ce régime personnel pouvait la conduire. Hélas ! la France ne l’a que trop appris t mais à cette rude école du malheur elle a puisé des forces nouvelles et des qualités qu’elle ignorait. La nation possède àl'heure qu’il est un sens politique qu’on ne lui soupçonnait pas.
- Si le sens politique avait existé alors au même degré qu’aujourd hui, la république de 48 n’aurait pas périclité. Malheureusement elle était née avSht terme, elle devait mourir dès ses premiers ans. Soyons assez sages pour le reconnaître et ne faisons plus retomber sur quelques hommes les fautes du pays tout entier.
- Le nom de Lamartine est tellement lié au souvenir de la révolution de Février que Ton ne peut songer à l’un sans penser immédiatement à l’autre.
- La part qu’y prit Lamartine est considérable et la conduite qu’il y tint est digne de respect. Il importe de les rappeler et de faire taire à j amais les récriminations élevées sous l’Empire contre cet homme qui fut tour à tour un des plus grands écrivains, un des plus grands orateurs et l’un des chefs du pouvoir exécutif de son pays.
- Qu’on l’accuse de n’avoir pas assez tenu compte, une fois au pouvoir, des passions humaines ; qu’on l’accuse, si l’on veut, d’avoir poursuivi en politique un idéal trop élevé, et d’avoir fait de la poésie en politique, on n’en est pas moins forcd de reconnaître qu’il ne s’est prêté à aucun compromis déshonorant, qu’il n’a accordé aucune faveur aux instincts bas et malhonnêtes et que s’il n’a pas su faire meilleur usage du pouvoir c’est pa^ insuffisance de sens pratique, et et non par défaut de sens moral.
- Est-il beaucoup d’hommes politiques dont on puisse en dire autant ?
- Nous n’avons pas à faire ici la biographie de Lamartine, ni â rappeler la carrière de ce génie qui surgit de l’ombre comme un éclatant météore, à l’instant où on le soupçonne le moins, trace dans le ciel de la pensée un resplendissant sillon de lumière puis va s’éteindre inconnu dans la solitude et dans l’obscurité. D’autres feront un jour cette histoire qui est encore à faire.
- Nous n’avons pas davantage le temps et l’espace voulus pour apprécier le poète et l’historien. Comme poète, Lamartine a agrandi le domaine du genre humain en éveillant dans l’âme des sentiments qui ne s’étaient pas manifestés jusque là. Peut-être est-ce lui qui a donné des ailes à la nombreuse volée des poètes romantiques ; en tout cas il leur.a ouvert la cage et le premier montré le ciel. Comme historien, ses œuvres n’ont pas été sans influence sur l'avéne-ment de la République de Février. On le lui a reproché sous prétexte qu’il est dangereux d’introduire dans l’arène politique le sentiment et la générosité. C'est à nos yeux son plus grand honneur. Il y aura toujours assez d’hommes, si ce n’est trop, qui ne verront dans la politique que des intérêts immédiats et tout utilitaires. Il est bon, il est nécessaire que de temps à autre le cœur ait à mêler ses élans généreux aux froides déductions de la raison.
- Les hautes aspirations de la politique de Lamartine resteront gravées dans l’histoire de la France; elles le seront aussi dans notre littérature par quelques vers immortels du poème : La Chute d'un Ange (f).
- Mais le rôle de l’écrivain n’est pas ce que nous vouions signaler en Lamartine. Notre ambitionne va pas jusque là. Il nous suffit à l’occasion des fêtes de Mâcon de rappeler quels titres il aàla reconnaissance des républicains.
- Ces titres sont trop perdus de vue, il convient de les remettre en lumière. Ils ne se bornent pas à son rôle durant la République, ils remontent plus haut et datent déjà des dernières années de la monarchie de Juillet.
- Lamartine a pris une des parts les plus brillantes aux grandes luttes oratoires de cette époque II y fut le rival de Ledru-Rollin dans la revendication du suffrage universel, le rival de Schœlcher dans l’abolition de l’esclavage, le rivai de Victor Hugo dans lu dénonciation de la peine de mort, le précurseur de l’avenir en osant, l’un des premiers, dans la Marsetl-
- (!)• Voir dans ce poème les fragments du Livre de Sagesse.
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- LE DEVOIR
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- latse de la Pai£Dfj>rêcher là suppression des frontières, la fédération des peuples et la paix éternelle.
- Si ce ne sont pas là de grands titres à notre re connaissance, envers qui donc en ressentirons-nous?
- Et cependant son rôle ne borne pas là. Il eut un jour de pouvoir, un jour de quasi-royauté. Le 24 février, le jour même de cette révolution qu’il avait si puissamment contribué à amener, il fit servir son prestige d’alors, son immense prestige, à empêcher la satisfaction des vengeances populaires et à permettre ainsi à la France de donner au monde l’exemple d’une révolution accomplie sans effusion de sang.
- Lamartine a fait cela ; il l’a fait avec le courage, avec l’éloquence, avec l’autorité qui n’appartiennent qu’au génie. N’y eut-il que cela dans la vie de cet homme, cela suffirait à sa gloire.
- En. Chàmpury.
- L’ART ET LA DÉMOCRATIE (>)
- II
- Par notre conception de l'art, par la définition même que nous en avions formulée, il devenait facile de préjuger le côté utile que l’art est appelé à remplir dans une société démocratique.
- Un grand artiste, qui fut aussi un écrivain remarquable, a traité ce point particulier du problème avec autant d’élévation dans la pensée que de bonheur dans l’expression.
- Je demanderai au lecteur de lui mettre sous les
- «
- yeux les principaux passages d’une lettre écrite en 1839 par David d’Angers au directeur de la Revue du Prog ës — lettre peu connue, je crois, et offrant, à ce titre, un double intérêt :
- « Vous souvenez-vous, mon cher ami, de nos » longues conversations sur l’avenir des peuples, » sur les moyens de rendre l’homme meilleur et par » conséquent plus heureux ? Les arts trouvaient na-» turellement leur place dans cet échange de nos pensées, dans ces épanchements de nos cœurs.
- »......................................
- » Ah 1 sans doute il faut que l’artiste ne trouve pas » trop d’amertume dans les préoccupations de la vie.
- » Si ces hommes, qui, sortis du peuple, consacrent » leurs veilles à la représentation des grands actes » de l’espèce humaine, et dont le berceau est pres-» que toujours entouré de privations et d'infortunes,
- » ne peuvent pas suivre en toute liberté l’inspira-» tion qui les guide ; s’il faut qu ils partagent leurs
- (1) Voir notre dernier numéro.
- » pensées entre les rêves de gloire et les soucis de » l’existence, l’âme ardente qui les éléverait si haut » retombera, se repliera sur elle-même ; ils cesseront » d’être pénétrés de la haute mission qu’ils ont à » remplir, et nul ne devra s’étonner si leur pensée, » violemment courbée vers la terre par la pauvreté, » reste indifférente à ces grandes questions de l’a~ » venir des peuples et de l’émancipation de l’homme.
- * Mais serait-il possible en effet, qu’il n’y eut de » chances de bonheur pour les artistes que dans un » régime qui commence par leur demander l’abné-» gation de leur ffignité, et où l’homme de génie
- • n’est admis aux faveurs que sous l’habit de cour-» tisan? Et quoi n'est-ce pas déjà une partie essen-» tielledu bonheur que cettejouissance intérieure que » les âmes fîères tirent du sentiment de leur dignité » personnelle déclarée inviolable ? Que dis-je ? cette
- # jouissance n’est pas seulement une partie du bon-» heur, et je me persuade volontiers que c'est une » partie du génie.
- » Mais les artistes auraient moins de travaux ? u quelle erreur 1 la liberté possède une force d’ex-» pansion immense. Le despotisme a besoin de cor-» rompre les hommes pour les dominer, et d’éteindre » pour les asservir, en même temps que l’enthou-» siasme des grandes choses, le respect des grands » hommes. Le gouvernement démocratique, au con-» traire, a besoin d’exalter les âmes, de mettre con-» tinüellement sous les yeux du peuple, l’image des a vertus qui peuvent l’entretenir dans le sentiment » de sa grandeur.
- » Ainsi dans les lieux où se traitent les affaires publiques, dans le palais où siègent les représen-» tants de la nation, seraient peintes ou sculptées b des pages de l’histoire, de nature à rappeler aux » législateurs les devoirs de leur mission.
- » Dans le temple de la justice seraient représentés
- * tous les actes de désintéressement et de courage » qui ont honoré la magistrature. Sous les péristyles b des théâtres seraient placées les statues des grands » poètes, et sur les places publiques les statues des » rois, dont les cœurs furent aussi durs que la ma-b tière dont est formée leur image, seraient rempla-
- * cées par celles des hommes utiles à l’humanité.
- » Carrière immense ouverte aux monuments et aux
- récompenses artistiques 1
- * Et comme aucun gouvernement démocratique ne
- * peut vivre sans imprimer à la société une puissante « direction morale, la nécessité de faire un enseigne-» ment de la culture des arts, rehausserait i’impor-» tance des artistes, et élargirait en même temps le
- * cercle de leur action. Dans les villes et les villages » décorés par eux, la mémoire du beau et du bon
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- » prendrait une forme saisissable. Quel encourage-» ment à la fois et quelle récompense pour les ar-» tistes, devenus ainsi les prêtres de celte religion » si bien comprise par ceux des peuples anciens qui » nous ont légué de si grands souvenirs Les pre-
- * miers Dieux des Grecs étaient des héros- . . .
- » , . . ............................ ...
- »........................................ , .
- » O mon ami, que l’art est une grande et sainte chose, » conçu comme je le conçois ! vivre d'une vie toute » pleine d’enthousiasme et de poésie., et transformer
- * en leçons utiles, en nobles enseignements ces jouis-
- * sances ineffables de l’âme ; animer des milliers
- * d’intelligences de sa pensée traduite sur le marbre » ou la toile ; se faire l’interprète de la publique » reconnaissance et écrire à l’usage du peuple, les » plus vivantes pages de l’histoire de ceux qui mé-» ritent de ne pas mourir, quoi de plus doux, de plus » glorieux, de plus digne d’envie ! »
- (à suivre) À. Ballue.
- ERRATA.
- Dans notre dernier numéro, page 378, il faut lire : lre colonne, ligne 15: « analyse du génie de chaque nation * et non « notion » 2ra0 colonne, ligne 33 : « conception d’un type unique » et non « comique » enfin au bas de la Ve colonne et au haut de la 2m*, la définition de l’art doit se lire ainsi :
- « l’Art doit-être simplement considéré comme une façon spéciale d’exprimer et de communiquer indirectement des impressions et des idées. »
- Correspondance et discussion contradictoire
- En rendant compte dans notre numéro du 21 juillet dernier do l’ouvrage do M. de la Codre, la Politique et l'Equité, nous avons attaqué la centralisation.
- Aujourd’hui M. de la Godrc nous écrit :
- « La centralisation qui mil l'ensemble, parait être presque nécessaire pour l'exécution des vastes travaux à exécuter au Nord et au Midi do la Franco, que conseille M. Champury dans son très séduisant tableau la France et l'Orient transformé. »
- — Nous n’avons pas dit qu’il fallut supprimor toute centralisation et tomber d’un excès dans l’excès contraire. Nous ne sommes pa§ do ceux qui demandent l’autonomie absolue et l’indépendance totale de communes qui pourraient ensuite se fédérer. Nous considérons cette décentralisation là comme étant exagérée. Nous avons demandé et nous demandons encore * quo l’on augmente les attributions des autorités locales » Là est l’avenir de la Franco et s’il est bon qu’il y ait un coup d'œil d’ensemble donné par un pouvoir central il est encore infiniment préférable quo ce pouvoir central ne soit pas seul à tenir le sac. Nous autres provinciaux,
- nous avons payé pendant 18 ans les embellissements de Paris et les Parisiens n’ont presque rien eu à payer pour les maigres petits travaux qui se sont faits en province. Cet état de choses est contraire à l’équité, et si, à l’heure qu’il est, il faut demander à l’État de faire des travaux au Nord et au Midi c’est parce que l’État n’a pas fait dans ces contrées-là les travaux que les Conseils généraux auraient fait faire s’ils en avaient eu le droit.
- Il y aurait de grands avantages aussi à augmenter la compétence des conseils municipaux. Cette extension est nécessaire dans les pays républicains. Elle a produit des merveilles aux Etats-Unis et si les villes suisses sont ;; lus souriantes à l’œil que les villes françaises d'égale population, c’est à leur grande autonomie qu’elles le doivent.
- La France a connu au moyen-âge des communes remarquablement prospères à cause même des droits dont elles jouissaient. Augustin Thierry a narré leurs épreuves et leurs luttes et l’on voit sous sa plume qu’elle action considérable elles ont eues sur lo développement do la nation. Ce que Thierry raconte de la commune d’Amiens fait vivement regretter que des villes aussi actives soient réduites aujourd’hui à l’inertie forcée et à l’effacement.
- E. C.
- Nous avons reçu un certain nombre d’autres lettres qui ont nécessité des réponses, nous sommes forcés de les ajourner. Que nos correspondants veuillent bien prendre patience.
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mme Marie HOWLAND
- ( Voir N™ 4 à 24)
- chapitre XIX
- Le bébé. — Adieux d’amoureux
- (Suite)
- On approchait du jour fixé pour le mariage de Clara, lorsque le docteur Delano reçut une lettre lui annonçant que son père, atteint d’une maladie dangereuse, demandait à le voir. Cet événement fit remettre le mariage au mois de janvier.
- En attendant et vers la fin de décembre, Susie mit au monde une fille,quemadarne Buzzell adopta tacitement. La venue de ce petit être si faible et si charmant aux yeux de sa mère, effaça du cœur de Susie tout ce qui pouvait y rester d’amertume au souvenir de Tindigno conduite du père. Elle se sentait le courage de tout braver pour sa fille ; une semaine ne s’était pas écoulée, qu’elle avait ébauché mille plans de fortune afin de procurer à ce cher bébé tous les avantages qu’assurent l’instruction et l’éducation.
- Comme toutes les mères, elle admirait l’indécise nuance des yeux et les petits doigts s’accrochant à Rwroduotion réservée.
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- S95
- tout; elle s’émerveillait devant ce mystère aussi vieux que le monde et cependant toujours nouveau et charmant. Souvent elle désira que Dan pùt contempler cet enfant. Depuis qu’elle avait perdu tout espoir de regagner l'amour de son séducteur, et surtout depuis que cette nouvelle affection plus tendre que l’autre, s’était emparée de son cœur, elle éprouvait pour lui un sentiment plus calme et quoiqu’elle ne pùt approuver sa conduite dans leur dernière rencontre, elle ne partageait pas l’intense ressentiment de Clara envers son frère.
- Susie fit part à madame Buzzell de son désir de montrer sa fille à Dan; celle-ci convint que ce sentiment était tout naturel, et toutes deux s’ôtaient mises à deviser sttr l’opportunité de lui écrire, lorsque, le docteur entra et leur apprit que Dan venait de partir pour la Californie. En écrivant à sa mère pour lui apprendre son départ, il l’informait qu’il n’était pas prêt à revenir de sitôt.
- Cette nouvelle fit à Susie l’effet d’une douche. Quoi ! il n’avait pas même attendu la naissance de son enfant; il ne s'était pas inquiété de savoir s’il vivait, si elle-même ne mourrait pas à la peine ! Un sentiment de honte envahit le cœur de la pauvre femme, elle rougit d’avoir pu aimer un être aussi grossier. C’était bien le même sentiment qui lui avait fait retourner à Dan l’argent qu’il lui avait envoyé, mais alors, elle avait plutôt cédé à l’entraînement d'une surexcitation momentanée. Désormais son mépris s’appuyait sur sa raison même et devait durer toujours.
- Si les lettres sont le baromètre de l’amour, comme l’avait dit autrefois le docteur Forest, Clara devait être parfaitement édifiée sur l’ardeur et la sincérité de son fiancé, car il ne passait pas un jour sans lui 'écrire. Ses lettres arrivaient le matin à huit heures pendant le déjeuner de la famille et quoique, dans la maison Forest, on fut habitué au coup de sonnette du facteur, jamais il n’avait retenti aussi régulièrement. Leila et Linnie s’amusaient à conjecturer si l’inévitable lettre arriverait pendant, qu’on servirait la bouillie de maïs, ou au moment de verser la seconde tasse de café. Au coup de sonnette, Dinah se précipitait à la porte et Leila ne manquait pas une seule fois de passer à Clara le sucre ou le miel que celle-ci refusait sans y entendre malice, et Leila de s’excuser , en avouant que ces douceurs étaient fades auprès de ce qu’attendait sa sœur.
- La persis tance des deux jumelles à renouveler leur plaisanterie à laquelle Clara ne prenait pas’garde était prodigieuse. Un jour, au moment où Dinah apportait l’inévitable missive, Leila s’écria ;
- « Savez-vous, papa, comment le docteur Delano commence ses lettres à Clara ?»
- Celle-ci mit bien vite dans sa poche le précieux papier et attendit les révélations indiscrètes de ses sœurs, un peu piquée de ce que ces malignes espiègles eussent poussé l’indiscrétion jusqu’à lire ces épanchements confidentiels.
- « Mais je crois que je pourrais facilement deviner » répondit le docteur, « si ce a me regardait en rien. »
- « Eh bien ! devinez, » reprit Leila sans s’arrêter au reproche caché sous la réponse de son père ; puis voyant que personne ne se hâtait de prendre la parole, elle ajouta : a Elles commencent invariablement par ces mots : Essence de violette ! Merveille de douceur ! » Ces paroles furent accueillies par un éclat de rire général, et Leila se réjouit du succès d’une saillie qu’elle ruminait depuis plusieurs heures.
- Dans une autre occasion, elle exprima l’espoir que M. Delano père avait pour le soigner un autre médecin que son fils, car assurément, les travaux épis-tolaires de ce dernier devaient absorber tout son temps, à moins toutefois qu’il n’employât l’aide du parfait secrétaire des amants.
- Un matin Clara, recevant la missive quotidienne, s’écria : « Mais cette lettre n’est pas pour moi? »
- « Comment I fit Leila, » ne serait-elle pas de douceur suprême ? *
- « Si, mais elle est à ton adresse, » répondit Clara et, en y mettant le plus grand sérieux, elle tendit la lettre à sa sœur au travers la table.
- Les yeux de Leila brillèrent de joie, mais elle chercha à cacher cette impression en donnant essor à sa surprise: « Est-il possible, « dit-elle, «que deux personnes mortelles puissent avoir l’honneur de correspondre avec le docteur Delano? »
- * Lis-nous ce qu’il t’écrit, » demanda mâdame Forest.
- « Oui, lis, » fit Linnie, « immanquablement, cela commence par : Essence de molette. »
- — n Non, mademoiselle, je ne reçois pas de lettre-d’amour, moi 1 »
- « Je suppose que celles que tu reçois peuvent être lues en famille, » dit le docteur qui, au regard de Clara, comprit qu’il y avait là-dessous quelque plaisanterie à l’adresse de Leila. Ainsi poussée, celle-ci quoique à contre cœur, ouvrit la lettre. Lé premier mot qu’elle n'avait pourtant pas lu à haute voix amena sur ses joues une rougeur intense et tout le monde se mit à rire à ses dépens ; à partir de ce jour, Clara reçut les lettres de son fiancée sans subir d’autres épigrammes.
- Pendant la maladie de son père, le d» Delano
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- vint passer un jour à Oakdale. Il faisait un temps .magnifique et d’une douceur exceptionnelle quoique l’on fut au milieu de l'hiver. Le soir, les amoureux restèrent longtemps au salon après que toute la famille se fut retirée. Chaque minute était précieuse à Clara, elle était suspendue aux lèvres de Delano, dont' la moindre parole était pour elle un sujet de joie.
- Le nom d’Ella Wills fut prononcé dans leur conversation et Clara pria Albert de lui faire une description de cette demoiselle, ce à quoi il se prêta gaiement.
- « Mais, » s’écria Clara « elle doit être fort belle ! »
- « Non, pas belle, » répondit-il, « mais très-jolie.
- Il n’y a de vraiment belle que ma Clara. Elle est auprès de vous, ma chérie, ce que le clair de lune est au grand jour. »
- Il parlait sincèrement, quoiqu’Ella par ses coquetteries, eut reconquis récemment sur lui un peu de son ancien attrait ; car coqueter était son élément, elle en avait fait une science. A cette époque, elle considérait Albert avec d’autres yeux qu'au temps où elle en avait fait sa victime. Lorsqu'il était revenu d’Europe, elle se trouvait alors à New-Port avec M. Delano père et sa fille. Comme on était au début de la saison et qu’elle tenait en laisse un des plus riches personnages, l’élégant et distingué comte de Frauenstein, elle n’était pas retournée à Boston avec les autres membres de la famille recevoir Albert à son arrivée, et s’était contentée de lui écrire des lettres affectueuses.
- Ce commerce épistolaire avait pris fin lorsque Albert Delano avait quitté Boston pour venir débuter dans la pratique de la médecine à Oakdale, où le nom de sa famille était avantageusement connu.
- A New-Port, le comte Frauenstein n’avait pas tardé à délaisser Ella pour une belle de New-York moins riche que Miss Wills, que celle-ci trouvait une parfaite horreur et qui, du reste, n’avait pas longtemps fixé le comte. Mais Ella qui sentait approcher à grands pas l’instant redoutable où les amis eux-mêmes s’aperçoivent que l’on est une vieille fille, avait.commencé à se repentir d’avoir écarté Albert C’était au moment où elle avait résolu d’en poursuivre de nouveau la conquête, qu’elle avait appris qu'il était,fiançé à Clara. Ceci était tout-à-fait inattendu, mais elle s’étaitdit: « Les fiançailles sont une chose, et le mariage en est une autre, rien n’es ; encore complètement perdu.»
- Sur ces entre faites, M. Delano, père était tombé malade, et son fils était revenu dans safamillle pour le soigner. Ella, remise en présence d’Albert, l’avait trouvé si changé à son avantage que coqueter avec
- lui avait eu pour elle tout l'attrait de la nouveauté. Ce sentiment était avivé encore par l’indifférence du docteur Delano aux artifices dont le charme l’avait autrefois subjugué. Miss Wills possédait encore toutes les apparences de la jeunesse et son esprit enjoué avait conservé ces allures innocentes et félines auxquelles certains hommes ne résistent pas.
- Pendant qu’Albert discourait de ses anciennes amours, Clara l’écoutait attentivement, plongeant son regard dans le sien. Il finit par lui demander pourquoi elle le fixait ainsi :
- « N’aimez-vous pas que j’étudie votre regard?» ré-pondit*elle.»
- — ** Quelle idée 1 mais je voudrais ^connaître votre pensée ; ne m’avez-vous pas dit un jour que vous aviez peur de mes yeux? »
- — « Et c’est à cela que je pense ce soir.Ce sont les yeux les plus beaux et les plus brillants que je connaisse, et, vous le savez, ie les aime. Cependant, quoique je ne m’en puisse expliquer la cause, lorsque je les regarde attentivement, je ressens parfois une inexprimable frayeur, comme si je les voyais froids et cruels. Je me reproche cette impression, mais je vous dis toutes mes pensées. Ne devais-je pas vous dire celle-ci ? »
- — « Si, ma bien-aimée, car je veux vous connaître toute entière ; mais cette Bée est trompeuse. Albert pourrait-il jamais être froid ou cruel envers Clara ? n’êtes-vous pas mon âme ? c’est avec bonheur que je mourrais pour vous 1 Je ne veux de la vie que pour rendre la vôtre heureuse. *
- « Pardonnez-moi, beaux yeux ! • fit Clara, caressant doucement leurs paupières. « Pouvez-vous me pardonner, Albert ? »
- * Deux amoureux n’ont rien à se pardonner, » dit-il, « car rien n’offense de ce qui vient de l'amour. *
- « Je n'ose pas m9 rendre compte de l’étendue de mon bonheur, « continua Clara, *et pourtant je ne puis penser à autre chose ; à tout instant je cherche à pénétrer le mystère de l’amour. Il me semble que les personnes mariées perdent les illusions de leur jeunesse, papa et maman furent autrefois des amants passionnés j'ai retrouvé l’autre jour dans un coin, les lettres de mon père, et j’ai eu la curiosité de les parcourir ; excepté les vôtres, mon ami, ce sont les plus tendres et les plus éloquentes que j’aie jamais lues, et pourtant elles sont maintenant reléguées au grenier avec le& vieux coffres et les débris ! Après un amour si vif, il resteraient maintenant des semaines et des mois éloignés l’un de l’autre, sans souffrir d’une si longue séparation ! *
- € Nous ne changerons jamais ainsi, ma chérie ;
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- l'amour est une plante délicate, qui ne peut fleurir sans des soins tendres et attentifs, seuls capables de lui faire braver les zônes glaciales de l’indifterence et de l’inconstance. Pour nous,ma bien-aimée Clara, l’amour ne connaîtra pas d’hiver. Avez-vous confiance en moi ? »
- — « Si j’ai confiance !... de tout mon cœur, de toute mon âme. Vous connaissez tous les mystères de la vie et de l’amour, mais je désire que vous sachiez encore toutes mes pensées. Ce à quoi j’attache le plus de prix, dans l’amour, c’est ce que nous éprouvons ce soir ; si jamais ce bonheur devait passer, ne vivons plus ensemble pour exprimer des lèvres des sentiments qui ne seraient plus dans nos cœurs. Une semblable parodie me tuerait !... Je suis dans d’étranges dispositions, ce soir, mon cher Albert, au milieu de mon bonheur, la pensée que vous changerez me poursuit ; je pressens que je n’aurai pas le pouvoir de garder votre amour inaltérable.»
- — « Je m’inscris en faux contre ce pressentiment, ma bien-aimée, vous devez être souffrante ce soir, Clara, sinon vos pensées m’affligeraient profondément Vous êtes parfaite en tout et si je changeais, ce ne pourrait être votre faute. Qui mieux que vous sait aimer avec cette infinie tendresse ? Si je pouvais vous aimer moins, c’est que je serais devenu indigne de vous, mais Dieu ne le permettra pas. Dans une semaine, ma chère, vous serez à moi, non ‘pas plus sûrement qu’aujourd’hui, je le sais, mais ouvertement, aux yeux du monde. »
- Le docteur Delano devait retourner près de son père par le premier train du matin ,* les deux fiancés s’attardaient dans le vieux parloir, oubliant que le feu s’était éteint et que la pièce était devenue froide. Albert cependant finit par s’apercevoir que l'heure de la séparation était venue ; il enveloppa - tendrement Clara dans un châle et alors commença la scène des adieux, cérémonie interminable entre les amoureux du type de Roméo et Juliette, lis se séparaient de quelques pas, se disaient bonne nuit, puis se rapprochaient vivement l’un de l’autre pour prendre «encore un baiser» qui n’était que le prélude d’un autre encore, lequel n’était pas le dernier.....
- Le spectateur de sang-froid peut sourire devant une telle scène, mais comment ne penserait-il pas, en même temps, qu’une affection vive et sincère est pour la plupart d’entre nous, la principale cause du bonheur.
- (A suivre.)
- LE CONGRÈS DU DROIT DES FEMMES
- Au milieu du grand nombre de congrès de toute nature que Paris a vu s’ouvrir dans ses murs depuis le commencement de l’Exposition, on eût pu ci^iindre que le congrès international du Droit des femmes eût sinon échoué, du moins passé presque inaperçu. Il n’en a pas été ainsi, et les résultats de propagande obtenus ont dépassé toute espérance.
- L’auditoire, fort nombreux à chaque séance, s’est montrée aussi sympathique que possible. Des étrangers : américains, anglais, italiens, hollandais, polonais, russes, eLc,, ont pris une.part active aux travaux; les discussions ont été fructueuses et calmes. La plupart des discours prononcés ont une valeur réelle. Aussi nous avons vu se rallier à l’idée bien des indécis. Si quelques journaux hostiles au progrès en général, ont rallé parfois plus ou moins agréablement, cela ne tire pas à conséquence : les traits nous paraissent un peu émoussés!
- Dans la séance d'ouverture, Mnt Maria Deraismes a traité de haut et avec succès la question du Droit des femmes. Après elle, Mu* Mozzoni, nantie d’une mission spéciale du gouvernement italien, a représenté combien il faut, dans la voie de l’émancipation intellectuelle et civile de la femme, marcher toujours logiquement, prudemment, le droit en main, la modération dans le cœur; comment il faut infiltrer goutte à goutte la vérité dans les âmes .
- Elle a dit que la guerre, cette folie des temps barbares, tend à disparaître et que pour se perfectionner dans la science et le progrès l’homme et la femme doivent s’unir et puiser également à la même source de lumière.
- Mma Ward-Howe, co-présidente avecM. Antide Martin, a démontré que la vie psychique est surtout indispensable à l’état humain et que cette vie est en partie retranchée à la femme par les lois, les usages, les préjugés, Dans le mariage, a-t-elle dit, les devoirs sont réciproques, mais l’homme peut se moquer de ses devoirs, car la loi s’en moque avec lui. Mlu Graham Jones, une jeune et charmante américaine, a lu ensuite une adresse de la Société nationale d’Amérique.
- Plusieurs discours ont été prononcés à la séance plénière de la section historique. C’est d’abord un jeune avocat, M. Lévrier, qui constate que le droit de la femme est affirmé et qu’on doit en réclamer l’application. Il fait Thistorique de la situation créée à la femme dans tous les temps et montre que la légende de la création est un crime de lèse-égalité que l’on a exploité contre la femme. Après lui, M018 Garcin dépeint l’influence de la femme aux'différentes époques de l’humanité.
- Puis M, Stanton, en une large esquisse, fait l’étude du mouvement féminin aux États-Unis, mouvement auquel la mère Ide l’orateur a donné en Amérique une grande activité.
- Les femmes aux États-Unis, a-t-il dit, sont déjà médecins consultés et honorés, elles sont professeurs, elles sont journalistes, elles sont pasteurs. Et pourtant le mouvement en leur faveur ne date que d’une trentaine d’années. Les jeunes vont vite !
- La séance de pédagogie n’a pas été moins intéressante. M. Tony Révülon a lu sur l’allaitement un discours dont la conclusion a été acceptée par le Congrès sous forme de double vœu. En voici l’énoncé ;
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- 1° Que toutes les mères en état d’allaiter nourrissent elles-mêmes leurs enfants;
- 2° Qu’en attendant une législation qui protège plus efficacement la femme et l’enfant, toutes les mères mariées ou non mariées qui en feront la demande reçoivent l’aide de la municipalité durant les 18 premiers mois de l’allaitement.
- A la suite du discours de Mm* Van Galcar (une hollandaise) sur l’éducation harmonique, le congrès adopte le vœu suivant :
- Que des jardins d’enfants soient mis partout à la disposition des familles, et que l’éducation de la première enfance se conforme au système Froebel ou mieux encore à la méthode naturelle.
- Du travail de miss Hochtkiss, une institutrice américaine qui a développé d’une façon très-intéressante le système d’éducation adopté en Amérique, la section a pris occasion d’émettre un troisième vœu, à savoir :
- Que toutes les écoles actuellement existantes soient ouvertes à tous les élèves des deux sexes et que ceux-ci puissent suivre simultanément tous les cours.
- Enfin, de mon propre travail, on a tiré la conclusion suivante :
- Que l’éducation soit laïque, morale, professionnelle, intégrale, gratuite à tous les degrés et enfin obligatoire.
- La section économique a traité les questions de travail et de salaire, de taxe et de tarif, toutes questions compliquées et difficiles.
- M. Léon Richer, président, a donné la parole à Mm# Nelly Lieutier. L’orateur démontre la nécessité du travail pour tous et pour toutes, et présente quelques considérations générales sur le travail des ouvrières. Elle demande que le salaire des femmes soit augmenté; qu’on les sauve du vice et de la misère,
- Mm0 Henry prouve par des chiffres qu’on spécule {sur la faiblesse de la femme et affirme que le travail doit être rémunéré d’où qu’il vienne et qu’il est souverainement injuste que lo même travail soit payé moins cher à la femme qu’à l’homme,
- La parole m’est ensuite donnée. Au nom do la solidarité, qui est pour moi le premier des principes sociaux, je demande l’union des travailleurs et des travailleuses, l’associa Lion, la coopération, sur de très larges bases. C’est là, a mes yeux, le plus sûr remède à ce tte plaie do la société qui s’appelle le paupérisme.
- Après la coopération l’épargne, l’application d’un tarif commun aux doux sexes, puis les réformes qui sont la compétenco de l’Etat : libre-échange, impôt sur le revenu, abolition de la prostitution légale et accès des femmes aux professions libérales; je termine par un appel à la fédération des peuples, à la paix qui garantit le travail.
- La parole est à M. Payard qui trace le tableau de la crise commerciale, demande l’abolition du privilège des couvents et des prisons, quant au travail.
- M. Calligari réclame une réforme sociale, c’est-à-dire l’égalité civile de la femme et de l’homme et le droit au travail pour la femme.
- Mme Dessat démontre par des exemples l’infériorité imposée aux femmes dans tous les genres de travaux. Elle souhaite que la suppression des communautés pour les femmes soit le digne corollaire de la suppression des armées permanentes et elle conclut en réclamant l’organisation des chambres syndicales de femmes.
- M. Pignon dit que la femme ne doit pas être l’esclave de l’homme, mais son amie, son ômutede travail, hors du
- foyer comme au foyer ; il demande pour travail égal, salaire égal.
- M, Camille Adam fait remarquer avec beaucoup de justesse que la femme mise sur le même pied que l’homme lorsqu’il s’agit de payer l’impôt, est moins rétribuée à production égale, ce qui est injuste et fait peser sur elle des charges plus fortes que celles qui pèsent sur les hommes.
- Mrae Yentari fait connaître l’esprit hostile du gouvernement anglais à l’égard des femmes. Il les protège, dit-elle, à la façon du despote qui, sous prétexte d’incapacité et d’ignorance de s.es protégés, agit et pense-pour eux.
- Voici lo texto des résolutions prises :
- 1° Que, soit par la création d’écoles spéciales d’appren tissago, soit par l’admission dans tons pays des étudiants des deux sexes aux cours dos Facultés de l’Etat, les femmes soient appelées à l’exercice,do toutes les professions et fonctions pour lesquelles elles justifieront d’aptitudes suffisantes.
- 2* A production égale, salairo égal.
- 3° Liberté de travail, égale pour la femme et l’homme et affirmation de la valeur et du mérite des travaux de ménage et d’intérieur.
- 4° Que les lois qui privent la femme dos droits civils indispensables à la bonne administration des chambres syndicales d’ouvriers soient promptement révisées.
- La fondation dans tous les centres industriels d’ouvriers pour les professions qui leur sont spéciales et de chambres syndicales mixtes pour les professions communes aux deux sexes. Éligibilité dos femmes aux conseils de prudhommes.
- 5° lor art. — Suppression des subventions accordées aux couvents et aux ouvroirs; 2° art. Soumission aux patentes, à l’impôt, en un mot, à toutes les charges et à toutes les règles du droit commun, des établissements religieux qui y échappent ou on sont exonérés. 3° art. Établissement d’une taxe sur toute main-d’œuvre sortant des couvents ot des ouvroirs, calculée de manière à égaliser le prix de revient des objets confectionnés dans ces sortes d’établissements avec celui des objets identiques confectionnés par les ouvriers du dehors. 4* art. Application au travail des prisons du tarif fixé par les corporations et chambres syndicales de chaque industrie.
- 6° l*r art. — Fondation d’ateliers par association ot coopération pour les femmes. 2' art. Création partout où la législation le permet, de sociétés de femmes correspondant entre elles pour la défense de leurs droits ot de leurs intérêts. 3e art. Établissement de sociétés de femmes pour la protection des ouvrières et employées en général trop isolées ot privées de tout moyen do défense.
- 7° La suppression de toutes les lois restrictives des droits do réunion ot d’association.
- (ii suivre) Eugénie Pierre.
- UN CANAL DE DUNKERQUE A NANCY
- L’idée que nous avons lancée (voir p. 316) de réunir par un canal le bassin métallurgique de l’Est avec lo bassin houllier du Nord, établissant ainsi une jonction entre le Rhin, la Moselle, la Meuse, la Sambre, l'Escaut et la Mer du Nord, cette idée n’a pas passé inaperçue et la presse des contrées intéressées a reproduit ou discuté notre projet. Aucun journal n’a contesté l’utilité consi-
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- dérable d’une semblable création; un seul journal a présenté une objection au tracé et ce journal, le Nord de la Thièrache% qui parait à Hirson, ne dissimulé pas que s’il critiqué notre tracé c’est que celui-ci laisse la ville d’Hirson à l’écart.
- Laissons la parole à notre confrère.
- « Le canal projeté entre Dunkerque et Nancy se déta- ! cherait à Lourches, entre Valenciennes et Cambrai du ! Canal de Saint-Quentin. Il remonterait la vallée de la ] Selle en passant par Solesmes, par Montay, près le Ca- ! teau ; à Bazuel, il quitterait la vallée de la Selle pour aller rejoindre le canal de Sambre-et-Oise entre Ors et Gatillon.
- Il est proposé deux tracés à partir de ce point : l’un repart d'Ors, remonte la vallée de la Petite Helpe, gagne Fournies et atteint l’Oise à Anor au moyen d’une coupure faite dans la direction des Etangs des Moines et par le ruisseau de St-Gorgon. Depuis Anor, il redescend l’Oise jusqu’à Hirson. De là il remonte la vallée de la rivière des Champs en passant par St-Micbel. Des étangs de Bosneau, il passo dans la vallée de la Sormonne pour gagner Charleville-MéÉières,
- L’autre tracé se détache du canal de la Sambre à l’Oise près de Vadencourt. Il remonte la rivière d’Oise jusqu’à Etréaupont, puis la vallée du Thon jusqu’à Liart en passant par Aubenton, et rejoint à Logny-Bo-gny le ruisseau l’Audry, affluent de la Sormonne.
- Le point difficile pour le second tracé est le raccordement de Liart à Logny qui devra être fait à une altitude de 211 mètres sur une longueur de 2 1/2 kilomètres dans un pays presque privé d’eau courante.
- Un troisième projet a été autrefois étudié. Il a été question de rendre l’Oise navigable jusqu’à Hirson, et même cette entreprise a été concédée dans le siècle dernier. Vauban reconnut comme très-praticable d’unir l’Oise à la Meuse par le ruisseau des Champs et la Sermonne : Vers le pont d’Any ils ne sont séparés que de quelques centaines de mètres. Ce troisième projet d’après les études faites est très-praticable.
- Le prômier tfacê par lequel, Etrœungt, Wignehies, Fournies. Anor, Hirson, St-Michel seraient traversés, localités industrielles qui comptent 40,000 âmes, est celui qui est favorable aux plus nombreux intérêts.
- Il n’a qu’un seul point difficile : la jonction du ruisseau des étangs des Moines à la rivière d’Anor. »
- Voilà qui est écrit un peu à la légère. Il ne suffit pas de faire valoir que le premier tracé desservirait 40,000 habitants, il faudrait encore prouver que le deuxième h’en dessert pas autant. Cela le Nord de la Thièrache ne l’a pas entrepris et il a peut être ses raisons pour cela ; le calcul des populations aurait bien pu donner un total plus élevé pour le tracé que nous proposons que pour le sien. On compte sur lo nôtre, outre la ville de Guise et ses usines et les bourgs d’Aubenton et d’E-tréaupont, plus de 00 villages dont quelques uns sont considérables. De Guise à Aubenton, les localités se suivent presque sans interruption, soit au fond do la vallée soit surtout sur ses deux versants.
- Il n’y a donc pas d’objection à tirer du chiffre do la population, d’autant plus que notre tracé est plus court que l’autre de plusieurs kilomètres et coûtera quelques millions de moins.
- Plusieurs autres raisons importantes militent en faveur de notre tracé.
- La première c’est que nous ne nou3 écartons pas du fond des vallées et que nous n’avons qu’un faite de partage à franchir tandis qile le tracé opposé en a deux, dont l’un celui de Fournies à Anor est impraticable à moins de sacrifices effrayants. Ces deux localités sont distantes l’une de l’autre do près de 6 kilomètres et les étangs et ruisseaux qui se présentent entre elles sont sans importance. Le faîte de partage étant à 241 mètres d’altitude, les sacrifices énormes qu’il faudrait s’imposer pour amener et maintenir l’eau à une hauteur aussi considérable seraient hors de proportion avec l’importance du tmnal. Enfin les vallées suivios par ce canal, celle delà Petite Helpe, celle de l’Oise entre Anor et Hir-
- son et celle de la rivière des Champs, ont des pentes beaucoup plus considérables que la vallée du Thon et celle de l’Oise au-dessous d’Etréaupont. Il en résulterait un plus grand nombre d’écluses pour le premier tracé, et par conséquent pour l’entretien plus d’eau à fournir au canal, et pour la navigation plus de pertes de temps et plus de frais.
- Noua sommes convaincus qu’après avoir comparé avec soin les deux tracés , personne ne contestera l’infériorité de celui par Fourmies et Anor.
- Reste le tracé de Vauban.
- Celui-ci est praticable, et nous conseillons fort aux habitants d’Hirson, s’ils veulent avoir un canal, de revendiquer celui-là plutôt que celui de Fourmies. En demandant le réalisable on l’obtient parfois, en rêvant l'impossible on on est pour ses frais.
- Le tracé de Vauban est le môme que le nôtre, ou plutôt le nôtre est le même que le sien sur la plus grande partie du parcours.
- La différence vient seulement du fait qu’au lieu de remonter l’Oise jusqu’à Hirson pour prendre la Rivière des Champs et rejoindre ensuite la Sormonne nous quittons l’Oise à Etréaupont, pour prendre la vallée du Thon et rejoindre l’Audry, affluent de la Sormonne.
- Les deux tracés sont presque parallèles et se tiennent à une distance moyenne de 5 à 6 kilomètres l’un de l’autre Nos préférences ne viennent donc pas du pays à desservir ; elles tiennent à cinq raisons bien distinctes:
- La première c’est que notre tracé est sensiblement plus court. Il suit une ligne presque droite et ne fait pas le détour au nord par Hirson ;
- La deuxième c’est que, dans toute sa longueur, la vallée du Thon est à une altitude inférieure à celle delà vallée des Champs ;
- La troisième, que la pente est moindre ;
- La quatrième, que le faite de partage n’est qu’à 211 mètres au lieu d’être à 280 mètres, comme dans l’autre tracé.
- Enfin parce que le niveau du Thon et celui de l’Audry s’accordent mieux entre eux que ceux de la Rivière des Champs et de la Sormonne.
- Il résulte de ces divers avantages que les écluses seraient moins nombreuses et par conséquent la quantité d’eau à entretenir moins considérable, la navigation moius lente et moins coûteuse.
- Ces avantages n’ont pu échapper à Vauban et si le grand ingénieur n’en n’a pas tenu compte, c’est qu’il voulait que la ville d’Hirson fut desservie par le canal. Il le croyait utile. A cette époque-là les canaux étaient détournés de leur ligne naturelle dans le but de desservir les villes, aujourd’hui que les villes sont desservies parles chemins de fer, les canaux doivent donner la priorité aux intérêts généraux sur les intérêts locaux. Hirson a une gare considérable d’où rayonnent déjà plusieurs lignes do chemins de fer et d’où deux nouvelles lignes vont se détacher encore, l’une allant à Busigny et l’autre à Guise. Il n’y a donc pas lieu de faire faire au canal un détour considérable et très-coûteux pour desservir une des villes de France le mieux favorisée comme voies de communication. Les intérêts enjeu sont trop considérables pour qu’on les sacrifie ainsi. Il s’agit de favoriser, en les rapprochant, les usines de l’Est et les houillères du Nord, tout doit être fait dans ce but et l’on doit bien se garder do s’en écarter.
- Il serait môme bon de no pas différer plus longtemps l'exécution de ce travail dont les études définitives sont faites sur plus d’un point. On pourrait commencer par la section de Lourches à Ors, sur laquelle il n’y a pas de contestations. Ce serait déjà réunir le canal de Saint-Quentin et l’Escaut au canal de la Sambre à l’Oise, c’est-à-dire deux voies bien fréquentées et allant dans deux directions divergeantes.
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- Le Droit de vivre. — Réforme de la magistrature. — Musées scolaires. — Semaine politique. — Variétés. — Protection et Libre-échange. — Les Loteries. — Roman : La fille de son père. — La question du travail aux États- Unis. — Chronique scientifique. — Bulletin bibliogra-phtque.
- Ceux de nos lecteurs qui ont suivi dans le Devoir les articles relatifs à la science sociale ont dû y remarquer une donnée fondamentale nouvelle.
- Il ne s’agit plus, comme dans l’économie politique, d’attribuer la richesse sociale au concours de deux éléments constitutifs : le Capital, et le Travail ;
- il ne s’agit pas non plus de l’attribuer, comme dans Fourier, à trois éléments : le Capital, le Travail, et le Talent ;
- il s’agit d’une autre formule, constatant le concours de trois éléments : le Capital, le Travail, la Nature.
- Ces différences sont essentielles et nous tenons à bien établir la raison de leur importance.
- Définissons bien les termes.
- Nous écartons dès l’abord et à dessein le terme Talent qui ne peut représenter un élément constitutif distinct, car le Talent est :
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- soit un capital (quand il provient d'études antérieures),
- soit un travail (quand il est une «les .manifestations de l'activité humaine).
- Tout le monde est d’accord sur la signification du mot Travail ; nous n'avons donc pas à nous y arrêter.
- Il n’en est plus de même quand on passe à la définition du Capital. Ainsi pour les écono mistes ie Talent est un Capital, pour les fourié-ristes Fuu est distinct de l’autre. Dans la doctrine économique îa terre et ses ressources sont des capitaux. Dans les deux doctrines il est fait abstraction de la Nature. Pour nous le Capital est toujours et uniquement « le produit d’un Travail accumulé. » Ainsi le sol qui pour l’économiste est un capital, n’en est pas un pour nous . La valeur de ce sol peut-être un capital, le sol lui-même ne peut pas en être un.
- Un exemple fera comprendre notre pensée.
- Paul paie 40,000 fr. une pièce de terrain à un précédent propriétaire ; la somme qu’il débourse est un capital, car elle n’a pu tomber du ciel et ne peut provenir que d’un travail accumulé. Mais le fonds de terrain n’a été créé ni par Paul, ni par le précédent propriétaire. En conséquence il se peut bien que ce sol représente un capital, il n’en constitue pas un.
- Le sol lui-même no peut pas être le produit
- d’un travail accumulé. U est distinct, ü est autre
- *
- chose.
- Autre exemple. J’ai un moulin à vent ou à eau, comme il vous plaira. Les matériaux de mon moulin et son mobilier sont des capitaux, car ils représentent le produit d’un travail accumulé; mais l’eau, mais le vent, ne sont pas plus le produit d’un travail que le sol sur lequel le moulin est construit. Eux aussi sont autre chose.
- Enfin j’ai un arbre fruitier, pêcher, pommier, ou tout autre arbre qui vous plaira. Cet arbre, je l'ai cultivé, je Fai greffé, je Fai émondé, je lui ai donné des soins qui ont pris une partie de mon temps et de mon argent. Il représente donc toute cette dose de travail accumulé ! Mais l’arbre, est-ce moi qui Fai créé? 11 m’est venu d’un
- pépin ou d’uü noyeau.provenant d'un autre arbre qui lui-même provenait d’un autre, et ainsi de suite. On peut remonter loin, mais si haut que l’on remonte on trouvera toujours à un moment donné l’arbre à l’état sauvage.
- Eh bien ! cet arbre à l'état sauvage, tout comme ce sol dont nous avons parlé tout à l’heure, tout comme cette eau ou ce vent qui font mouvoir le moulin, toutes ces choses et mille autres encore, les métaux, la bouille, etc. etc., qui ne sont pas dùes à Faction du travail humain, ne sauraient constituer des capitaux. Elles constituent autre chose.
- Cette autre chose, c’est l’élément Nature, élément qui entre pour une part, soit active, soit préexistante, dans tout fait de production.
- Cet élément donne son concours sans dis-tinction ni préférences, c'est donc le genre humain tout entier ët non quelques individus qui a droit à en bénéficier.
- Voici donc nos trois termes bien établis :
- capital,
- travail, 1
- nature.
- A eux seuls ils constituent toute la richesse J sociale et la richesse sociale ne peut se conserver J et s'agrandir que par leur association.
- En effet :
- Le travail ne se conçoit pas sans le concours d'un capital quelconque : le plus robuste forge" ron a besoin d’une enclume et d’un marteau ;
- Le capital ne se conçoit pas davantage sans 1° concours d'un travail : M. de Rothschild tranS' porté seul avec tous ses millions sur une île dé' sorte n’aurait que faire de sa fortune.
- Enfin, ces deux éléments, capital et travail, n0 pourraient exister sans îe Concours de l’éléme^ nature qui fournit les ressources nécessaires à la vie.
- L’élément nature lui-même, s’il n’est fécondé par le concours du travail et du capital est lo]îl do fournir les mômes ressources que s’il est fé' condé par leur concours. Toutefois il est produ0' tif lors même qu’il reste isolé, tandis ^
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- travail et le capital sont indispensables l’un à l’autre, et, séparés , seraient improductifs et par conséquent superflus. Au travailleur dénué de capital, comme au capitaliste repoussant le travail, il ne resterait qu’une ressource : vivre de l’élément nature, c'est à dire vivre des ressources naturelles du sol comme en vivent les peuples sauvages.
- C’est ici que nous touchons au point délicat.
- Les peuples civilisés se différencient des peuples sauvages, en ceci que les premiers ont la propriété et que les autres ne l’ont pas. La propriété constitue donc un progrès, un état meilleur.
- Il en résulte que si, à l’état sauvage, l’homme a la possibilité de vivre, il ne peut perdre dans un état supérieur cette possibilité. Si dans le premier cas la nature lui fournit un minimum de subsistance,4’état de civilisation ne devra pas l’en priver, mais au contraire le lui garantir. En aucun cas l’état civilisé ne saurait être inférieur à l’état sauvage, la civilisation n’ayant de raison d’être que si elle régularise selon les lois de la justice ce que l’état sauvage laisse au hasard ou à la puissance du plus fort.
- Le droit de propriété est incontestable, à la condition toutefois que la propriété do l’un ne dépouille pas l’autre de sa part de co-propriété aux ressources naturelles du sol.
- Il y a plus. L’état humain ne saurait être inférieur à celui des animaux.
- L’homme, mieux doué que la brute, ne saurait avoir une existence moins avantagée. Si le éas se présente, c’ëst qtie la civilisation n’est pas assise sur sa base légitime, c’est que le mal s’est substitué à l’ordre naturel des choses.
- C’est précisément là ce qui arrive.
- Tandis qu’il est établi que les animaux ne meurent jamais de faim quand ils sont dans leur milieu naturel {c’est-à-dire dans des contrées où la présence de l’homme n’a pas changé leurs conditions d’existence) il est établi avec non moins de féàlité qtie des hommes meurent lit-
- téralement de faim dans certaines grandes villes et que beaucoup meurent d'un épuisement ' produit par l’insuffisance de nourriture.
- Des infortunés peuvent être dénués de capital et privés de travail. La société, perdant de vue le troisième élément constitutif de la richesse sociale, la nature, se croit en droit de leur refuser, si bon lui semble, le minimum de subsistance que la nature leur aurait fourni s'ils avaient vécu à l’état sauvage, et que la civilisation devrait leur garantir.
- C’est là ce qui doit cesser d’être.
- Mais, dira-t-on, la société ne peut assurer des rentes à tout le monde.
- Des rentes? Non, mais V équivalent de F importance du concours de l'élément nature dans les faits de production.
- C’est là ce que la Société peut et doit assurer à chacun.
- La proportion à trouver est simple affaire d’organisation. Noos ne proposons pas pour le moment qu’on fixe son importance à telle somme plutôt qu’à telle autre, nous demandons qu’on reconnaisse le principe et qu’une fois le principe reconnu on s’occupe avec nous de rechercher l’organisation qui s’y adaptera le mieux.
- En aucun cas cette organisation ne devra favoriser la paresse, en aucun cas elle ne devra revêtir la forme de l’aumône. La paresse est à nos yeux une banqueroute, car l’individu paresseux, quelle que soit sa position sociale, ne rend pas à la Société tout ce qu'il a reçu d’elle. Quant à l’aumône, nous u’avons pas à y revenir, nous avons dit ce que nous en pensions.
- La manière de former et.de répartir ce minimum de subsistance n’a pas à nous occuper ici aujourd’hui. Elle fera l’objet d’articles spéciaux. Ce que nous posons pour le moment, c’est le principe que tout homme a le droit de vivre et que la société est criminelle chaque fois qu’elle viole ce droit;.
- Nous ouvrons la discussion sur cette matière et nous attendrons avec intérêt les objections que l’on pourra nous présenter.
- Ed. Champury,
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- RÉFORME DE LA MAGISTRATURE ni
- Une organisation bien faite et visant à durer le plus longtemps possible, doit tenir compte avant tout des passions communes à tous les hommes, se garer de ce qu’elles peuvent avoir de dangereux et faire concourir ce qu’elles ont de bon à l’œuvre géné • raie du bien.
- C’est ainsi que, dans toute organisation sociale, l’ambition, ce désir naturel de l'homme d’améliorer sa position et de donner de l’éclat au nom qu’il porte, i eut devenir aussi bien un grand levier moral qu’un instrument de démoralisation.
- Si un corps officiel est organisé de telle sorte que l’intrigue, la servilité ou la basse complaisance puissent faire obtenir à l’homme l’objet de son ambition, ce corps officiel sera promptement envahi par des hommes délivrés de tout scrupule ; si au contraire, le même corps est organisé de telle façon que pour prendre pied sur ses échelons inférieurs, il faille des aptitudes spéciales bien constatées et un bagage de connaissances acquises examiné avec soin ; si, de plus, l’élévation successive y est toujours accordée aux plus capables, aux plus consciencieux et n’y est jamais accordée qu’à ceux-là, le corps en question ne recrutera que des hommes qualifiés et ne verra parvenir à ses grade» supérieurs que ceux qui en sont véritablement le plus dignes.
- Oeprincipe est général; c’est sur lui que reposent, ou tout au moins que doivent reposer, tous les corps officiels d’une république. C’est là, ce que nous devrons, un jour ou l’autre, avoir réalisé et tous nos efforts actuels doivent tendre dans cette direction.
- Si nous appliquons à la magistrature ce principe qui est général, nous verrons que l’existence de magistrats inamovibles et le droit conféré à l’Etat de faire à son bon plaisir les prqmotions dans cet ordre de magistrats sont deux vices organiques auxquels doivent être substitués :
- La délimitation de la durée d’une fonction judiciaire;
- La rééligibilité du magistrat dont la fonction arrive à son terme ;
- La promotion par concours.
- Le premier de ce» principes remédie aux inconvénients de l'inamovibité,
- le deuxième assure la carrière du magistrat qui remplit consciencieusementson mandat,
- le troisième l’engage à travailler constamment s’il veut améliorer sa position.
- Examinons les objections qui peuvent être faites à ces trois principes.
- La délimitation de la durée d’une fonction judiciaire est un principe nouveau en France, mais qui fonctionne depuis de longues années dans d’autres pays. C’est le principe qui régit le fonctionnement de la justice dans la plupart des cantons suisses et jamais dans ces cantons, la justice n’a été déconsidérée. Le magistrat ainsi placé met à honneur d’environner sa charge du respect qui s'attache à une longue possession ; il est soucieux de n’en jamais démériter et on le voit s’acquitter de sa mission avec plus de soins, avec plus de scrupules que s’il se savait inamovible. Ces magistrats consciencieux vieillissent à leur poste, entourés de l’estime et du respect de tous. Ils passent leur vie dans la magistrature et, jamais aucun d’eux n’est remplacé s’il reste à la hauteur de son emploi.
- Il est à remarquer aussi que ces magistrats ne > e mêlent jamais de politique, car le seul fait de s’en mêler leur attirerait la déconsidération de tous, même celle des hommes pour le parti desquels ils opteraient.
- Ce principe a pour lui les bons résultats que donne sa pratique dans les pays qui l’ont adopté.
- Et si l’on y réfléchit, on comprendra que ce» résultats soient bons.
- La magistrature à terme ne peut jamais être un fauteuil de paresse. On y entre par goût et non pour se faire une position ; aussi n’attire-t-elle que le candidat sérieux; elle ferme la porte à l’esprit de camaraderie ; elle empêche les passe-droit. De plus elle stimule à merveille l’émulation de chacun.
- C’est là un grand point, car toute intelligence qui n’est pas impérieusement forcée de marcher en avant est soumise au relâchement et à l'atrophie. Aucun homme n’a le droit quand il arrive à un poste de se dire qu’il est là pour s’y reposer et qu’il n’a plus rien à apprendre.
- C est là cependant ce qu’entraine trop fréquemment le régime actuel et ce que supprime le régime que nous proposons. L’inamovibilité ne se comprendrait que pour un homme arrivé à la perfection. Elle pousse à une quiétude où l’être s'affaisse graduellement, tandis que le même être se développerait bien davantage s'il n’avait pas cette quiétude au même degré.
- La promotion des magistrats par voie de concours effarouchera moins l’opinion courante.
- Ce mode de promotion a été plus d’une fois proposé en France par des juristes distingués et à l’heure qu’il est il fonctionne* dans différents pays.
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- Il est certain en effet que la justice sera d’autant plus respectée que les hommes chargés de la rendre seront les plus capables, les plus honnêtes, les plus impartiaux. 11 ne suffit pas, a dit Bentham, que la justice soit seulement réelle, il faut de plus qu’elle soit apparente. Or, elle ne pourra jamais l’être autant que s’il est de notoriété publique que les charges sont confiées au plus méritant par la voie de concours, passés en public devant des jurys compétents.
- Les candidats sérieux à l’entrée dans la magistrature ou à la promotion a de plus haut grades n’ont rien à craindre du concours. Les incapables seuls ont à le redouter. L’admission de ce mode d’obtention des charges découragerait plus d’un incapable et ce résultat serait déjà à lui seul des plus précieux.
- Il est essentiel d’assurer en tout temps et en tout lieu aux plus dignes, aux hommes de savoir et d’habitudes laborieuses, les nominations et les promotions. Le concours public est le mode le plus sûr pour préserver la magistrature de l’invasion de l’intrigue et du favoritisme ; il est aussi le seul moyen certain de prévenir les erreurs auxquelles, dans l’état actuel des choses, se laisse, aller le pouvoir exécutif, distributeur des places.
- Aucun mode ne saurait être préféré à celui des concours.
- Il faut donc que pour être admis dans la magistrature le candidat ait subi l’épreuve de concours sérieux et qu’il ne puisse monter en grade que par sa distinction à d autres concours plus sérieux encore.
- Nous verrons dans notre prochain article de quelle manière ces concours peuvent fonctionner.
- (à suivre) En. Champury.
- LES MUSÉES SCOLAIRES(l)
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- Les connaissances perçues par les sens sont certainement très-claires et peuvent être profondes ; mais pour que les enfants en gardent la mémoire précise, pour qu’ils'les possèdent avec tous les avantages que la méthode intuitive doit procurer, il faut qu’ils aientbîenvu, en d’autres termes, il faut qu’ils aient été bien dirigés. Le mérite de l’enseignement dépendra donc non-seulement de ce que seront les procédés d’instruction, mais aussi de ce que sera l’instituteur. Eh bien, à toutes les mesures déjà prises en vue de la préparation des maîtres, nous ajoutons un moyen de plus ; les musées scolaires, qui leur fourniront, avec des notions très-étendues et des spécimens interprètes fidèles du progrès dans les procédés pédagogiques, mille occasions nouvelles de faire de la curiosité et de l’attention de leurs élèves des instruments plus puissants de compréhension et de rôti) Voir notre dernier numéro.
- flexion. — Nos instituteurs et nos institutrices l’ont bien compris ; presque chaque jour j’en reçois des témoignages. Avec un zèle et une intelligence que je ne saurais assez louer, plusieurs d’entre eux ont même enrichi déjà le musée de la province de collections recueillies par eux, ou d’intéressants travaux exécutés par leurs élèves. Je compte que le corps enseignant tout entier finira par suivre cette voie : il n’en est pas de plus féconde en bons résultats.
- Un autre signe de l’esprit de notre temps, c’est que plus l’instruction populaire se répand, plus vif et plus chercheur devient dans la masse l’intérêt qu’elle attache au travail, — ce pain nourricier de la nation. Ce mouvement parallèle me paraît digne de la plus sérieuse attention.
- Il y a là plus qu’une coïncidence : c’est, à mes yeux, un avertissement dont il faut, sans tarder, faire état : il nous confirme dans cette pensée rassurante que le problème industriel si capital dans notre pays, l’avancement dans l’instruction et la moralisation du peuple largement entendues, sont les parties adjacentes d’un tout, et, en dernière analyse, ne font qu’une seule et même question.
- Cette connexité entre l’instruction et le travail qui se montre dans les tendances, il faut essayer de l’introduire dans les faits. — Le Luxembourg possède peu d’industries. Une grande partie de la population n’a pas même une idée exacte de l’admirable puissance productive de notre pays, et des merveilles que crée le travail national vivifié par l’art de la science. N’est-ce pas, dès lors, une œuvre utile que de réunir, pour être livrés en spectacle permanent, à l’étonnement de plusieurs et à l’instigation de tous, en même temps que les appareils scolaires et les spécimens des richesses de la nature, des objets sensibles représentant les richesses provenant du travail et du génie de l’homme ? — N’est-ce pas faire acte de civisme pratique que de contribuer par là à faire éclater parmi toutes les classes cette vérité que dans notre patrie, autant certainement que chez les nations les plus favorisées du monde entier, l’industrie apprend sans cesse, augmente et perfectionne ses produits ?
- Voilà donc, messiéurs, une branche toute nouvelle de l’instruction populaire, il ne pourrait suffire, vous le comprendrez, pour y donner une organisation appropriée, d’annexer à notre musée scolaire une sorte d’exposition de produits industriels au petit pied. Les expositions d’industrie proprement dites sont des arènes où descendent des rivaux qui entrent en lutte ; c’est, par exemple, un filateur de coton ou de laine qui oppose ses machines et leurs résultats aux machines d’un concurrent. Dans notre œuvre à nous, il n’y a point de place pour cette compétition. Ce ne sont pas des rivalités que nous entendons ouvrir, c’est un attrayant apprentissage que nous désirons instituer. Et pour cela, nous voulons essayer de rassembler et montrer les spécimens des principales branche» du travail, non pas uniquement dans leurs résultats, mais dans leur ensemble le plus complet, à commencer par les matières premières avec toute la filiation des opérations successives et les transformations répétées qui donnent enfin les produits tels qu’ils sont livrés au commerce. Nous voudrions que toutes les matières exhibées sous leurs diverses formes, et les industries représentées avec leurs principaux engins, fussent sommairement décrites par des légendes à la portée de tous ceux qui savent lire ; le travailleur trouverait ainsi dans notre musée les éléments positifs d’un enseignement historique et technologique des industries du pays. Sou esprit étant saisi avec une
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- vivacité inconnue jusque-là d'une feule do faits nouveaux, sa réflexion y serait fortement attirée, et les plus puissantes émulations du travail, il est permis de le croire, naîtraient eu lui.
- Pour obtenir les collections de cette section du musée scolaire, j’ai fait appel à la générosité des principaux industriels du pays : mes démarches, j’éprouve une grande satisfaction à vous l’annoncer, ont de toutes parts été saluées par la plus sympathique adhésion : dès aujourd’hui, le succès est assuré. A ces dons des chefs de findustrie, viendront se joindre d'autres libéralités : déjà tui naturaliste-amateur de la province nous a fait un envoi très-remarquable ; il trouvera, je n’en doute point, des imitateurs. Enfin, la ville d’Arlon, qui avait, avec le plus grand empressement, mis à notre disposition le local où le musée provincial est Installé, prenant une initiative dont je ressens vivement le prix, a, par délibération du 26 juin, voté, au profit de notre œuvre, un subside de 1,000 fr.
- C’est donc sous ses aspects saisissants, assimilables par les yeux, et, en un certain sens, sous ses aspects matériels, que se pose aujoud’hui la question des méthodes, et conséquemment la question de l’avancement réel et durable de renseignement populaire. Là, j'en ai l’entière confiance, est le moyen le plus efficace de diriger sur cotte question vitale les forces de l’esprit. Exposons avec une infatigable persévérance à la vue de tous les procédés améliorés et les merveilles des inventions : alors, nous pourrons livrer sans crain te les routines vieillies à la puissante action des controverses et des décisives épreuves de la publicité.
- d’abondance des matières nous oblîgç à, ajourner la suite de l’article sur l’Apt et la Démocratie, ainsi que la suite du compte-rendu du Congrès du droit des femmes.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- La mode est décidément aux discours et do tous côtés les salles dos édifices publics retentissent de harangues plus ou moins officielles. A Laon, dans un banquetpré-fectoral, M. le Ministre des affaires étrangères a exposé en peu de mots le rôle que les plénipotentiaires français avaient joué à Berliu et le langage pacifique du successeur de M. Decazes a produit une impression généralement favorable : A Mortagne, M. le Ministre de l'Intérieur a prononcé un discours dans lequel il a exprimé, avec un optimisme singulièrement marqué, la confiance avec laquelle il envisageait l’avenir. Certes, pas plus que M. de Marcère, nous n’éprouvons d'inquiétude sur la solidité et la pérennité de nos institutions républicaines. Mais notre confiance, et celle des hommes vraiment éclairés, vient plus dos progrès accomplis par l’esprit national, dans cos derniers temps que de la fermeté et de l’unité avec lesquelles le cabinet du H Décembre administre la République. U reste, à cet égard, beaucoup do progrès à accomplir, et if est manifeste qu’il n’exisie outre les ministres ni celte cohésion ni cette unité dans les vues qui doit exister' entre les membres d’un môme gouvernement. On sait que chaque ministre agit un peu suivant ses inspirations personnelles dans la sphère de son département, do telle solde que le Cabinet, en résumé, parait no pas avoir (jb politique générale bien définie.
- M. do Marcère a ou raisqn decélébrer les bienfaits de la liberté et de dire quo le pays devait s’habituer à n’Ôtre pas « trop gouverné », si l’on entend par là que le
- gouvernement ne doit pas se perdre dans certains détails; mais encore faüt-il qu’une pensée dirigeante unique se manifesle dans tous les actes du pouvoir et donne l’impulsion nécessaire à tous les agents de l’Etat.
- Quant au témoignage rendu à. la sagesse du pays et aux vœux que M. le Ministre de l’Intérieur' a formés pour que les prochaines élections sénatoriales rétablissent l’harmonie entre les pouvoirs publics, nous ne pouvons que' nous y associer sans réserve ' èt pà’rtagèr son patriotique espoir.
- La session des Conseils généraux est à peu près terminée dans tons les départements et n’a donné naissance à aucun incident politique saillant. On s’est occupé, en général avec discernement, des intérêts locaux et les travaux de nos assemblées départementales ont été, en résumé très-pacifiques. C’est un résultat dont, il convient de sc féliciter.
- Un grand meeting en faveur de la paix a eu lieu au Chàteau-d’Eau, diipancho dernier. Plusieurs résolutions ont été adoptées par cette assemblée do citoyens persuadés avec juste raison que la guerre est le plus térrible des fléaux et la gloire militaire la plus funeste des illusions. La première de ces résolutions est ainsi, conçue : 1 ' ''
- « Considérant que la force ne peut, en aucun cas l’em-» porter définitivement sur la justice ;
- » Que la guerre, si elle tranche un moment les dififé-* rents internationaux ne saurait les résoudre d/une » façon permanente ;
- » Cette réunion déclare que les guerres doivent pren-» dre fin, et quo les Etats civilisés doivent recourir à un > moyen honnête et réellement efficace pour mettre un » terme aux différends qui peuvent surgir èhtre eux et » assurer ainsi la paix générale. »
- La dernière résolution votée est formulée en ces termes :
- » Chacun des membres do cette réunion s’engage à » faire tous ses efforts pour amener le gouvernement de » son pays à concourir à l’établissemeiit d’un' tribunal » d’arbitrage international. »
- Il ne manquera point de parle monde, d’esprits forts pour railler les auteurs de ces résolutions généreuses et pour qualifier d’utopistes les esprits qui nourrissent le rêve de voir un jour s’établir la paix universelle entre les peuples réconciliés. Laissons rire les rail réfuta et Souvenons-nous que, ainsi que l’a dit M. Louis-Blanc, « l’utopie d’hier est souvent la vérité de demain,»
- On sait qu’un Congrès ouvrier devait être tenu ces jours derniers à Paris et que celto réunion avait été interdite par le ministre de l’intériour. Par suilo do cette défense une réunion privée s’était constituée Samedi soir dans une salle louée à cet effet. La police assistée de la force publique a fait défendre au propriétaire de Jà maison d’avoir à laisser entrer qui que ce soit dans là salle. Les délégués du comité ouvrier ont protesté, comme c’était, lOür droit et leur devoir, contre cette atteinte portée à ce qui nous reste du droit do réunion La loi a été violée ici par le bon plaisir de L'administration avec autant de sans gène que si fc ministre s’appelait do ffismarck ct l,a presse républicaine a eu la faiblesse do ne pas protester contré cette violation de la loi. Mais," Voici qù’on1 anribrico qbe les meneurs de l'international clérical, les chefs1‘des entreprises appelées « œuvres catholiques ouvrières auraient l’intention de se réunir en Congrès à Chartres. Nous sommes curieux de savoir si le gouvernement aura deux poids çt d,eux mesures cl si, après avoir interdit le Congrès ouvrier laïque de Paris, mèùiesous forme privée, il autorisera, dàus l’Eure-èt-Loiré, un Congrès ouvrier clérical où l’ordre do choses établi et notre droit civil et social moderne sera en butte aux attaques les plus dangereuses pour l’ordre pubjjc.
- Nous demandons, nous, en principe, la liberté pour les uns comme pour lés autres, mais en ce cas particulier
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- puisqu’il y a eu interdiction du premier Congrès, il convient d’interdire le second.
- La fête do la distribution des récompenses aux lauréats de l’Exposition universelle est définitivement fixée au 21 Octobre prochain, Il résulte d’une note publiée à ce sujet dans le Journal officiel que le gouvernement s’est arrêté à cette date parce qu’elle est rapprochée de la rentrée du parlement, fixée, comme on sait, au 28 octobre. Le gouvernement désire associer étroitement les membres de la représentation à une solennité «chère aux amis de la République, » parce qu’elle est destinée à honorer le monde du travail dans ses œuvres les plus magnifiques et clans ses adeptes les plus méritants.
- La date fixée par l’administration n’en est pas moins critiquée par bon nombre d’exposants qui prétendent avec raison qu’ello est trop rapprochée do la fermeture de l’Exposition. Ils demandent que la liste des récompenses soit au moins publiée dans un court délai afin que lo public puisse être guidé dans ses achats. Rien n’est plus légitime.
- Un intéressant congrès des sociétés protectrices de l’enfance a eu lieu à Paris. Nous ne pouvons point résumer ici, môme de la façon la pins concise les discussions qui ont rempli cette réunion de quatre jours, mais nous nous faisons un devoir de faire passer sous les yeux de nos lecteurs les sujets traitéset les questions posées.
- La première question posée dans le congrès a été celle-ci :
- « De l’enfant considéré comme force de l'Etat et des » rapports entre la fécondité des femmes et la prospérité » des nations. »
- Voici la seconde question :
- « Des principes éducatifs dans leurs rapports avec le » développement corporel. *
- La troisième question était celle-ci :
- « De l’influence du travail des femmes enceintes sur » leur santé et sur celle de leurs enfauts.
- Enfin la quatrième question avait pour objet le rétablissement des tours dont la suppression a eu pour objet d’augmenter le nombre des infanticides.
- On ne peut qu’applaudir à ces réunions et à ces discussions, car il est manifeste qu’actuellement l’enfance D’est pas entourée d’une sofUçituçle suffisante et que sa protection doit être une des préoccupations .principales ded.apais de l’humanité.
- Les journaux allemands nous apportent le texte du projet do.loi des .socialistes, modifié par la commission de justice du Conseil fédéral. Nous ne nous arrêtons pas ici aux changements d’importance secondaire. Nous signalerons un article portant quo l’interdiction des associations socialistes ne sera pas prononcée par les autorités centrales dos différents Etats, comme cela était établi dans lo projcL primitif, mais par les auLorilés de police locales.
- Le projcL de la chancellerie stipulait, en outre, que^ce serait l’administration impériale qui formerait le tribunal suprême pour Les délits do presse et d’association. La commission de justice a décidé que ce tribunal serait formé par une réunion de sep t membres pris dans le Conseil fédéral. Il serait assurément puéril de prétendre que ces modifications améliorent une loi qui rappelle de trop près la détestable loi do sûreté générale dont l’Empire gratifia la France après ce fameux attentat du 14 janvier. Tous les despotes so ressemblent, tous mêmes les peuples par les:mômes procédés... où mais les mènent-ils?
- Si l’on veut savoir à quel point l’autocratie germanique pousse le mépris des droits les plus élémentaires de l’individualité humaine, il suffit de considérer le fait suivant qui semble, au premier-aspect, n’être rien autre chose qu’un fait divers, mats qui, au point do vue philosophique a une haute portée et jette un jour très-lumi-noux sur los tendances sociales de l’autorité en Allemagne.
- On vient de construire à Postdam un nouveau palais,
- iafin d’essayer la solidité du parquet de la salle des fêtes, on a introduit dans cette salle un fort détachement de 5 suiù.tirt v:t ou u.:;r or.iuuùo û'uxôcaier nuire eux diverses danses. On frémit quand on pense à 1 épouvantable calas truphe.qui se lut produite si le plancher eût cédé. De pareils faits portent avec eux leur commentaire et leur enseignement et en disent plus long sur l’état social d’un pays que los considérations les plus étendues.
- Ainsique nous l’avions prévu, le gouvernement russe répond par la violence aux violences exercées contre cer -tains fonctionnaires parles fanatiques dont nous avons fait connaître les attentats. Lo czar Alexandre vient de promulguer un ukase qui établit la loi martiale et soumet à la juridiction exclusive des conseils de guerre, et au code miliLaire en usage pendant la guerre, les individus prévenus de sévices, depuis L’assassinat jusqu’aux coups violents, contre les agents du pouvoir, quels qu’ils soient.
- On sait ce que nous pensons des tribunaux et des juridictions d’exception. Lo despotisme russe, on le voit,-renchérit encore sur le despotisme germanique, et prétend que l’empîoi de la force est le meilleur moyen d’accomplir ce que le czar appelle « la tâche sainte de pro-» téger la société. » Il est triste de constater combien l’esprit de philosophie et de civilisation a de peine à pénétrer dans les Conseils do certains gouvernements ; ils ne veulent'pas comprendre que les digues mal conçues n’ont d’autre effet que d’accroître l'impétuosité çt la violence des torrents,
- La situation est toujours tendue entre la Grèce et la Porte Le Morning-Post annonce, peut-être un peu & la légère, que les gouvernements d’Italie et. de France sont disposés a prendre l’initiative pour provoquer une médiation commune des puissances en faveur des Grecs. La Russie et l’Allemagne auraient, dil-oh, promis d’appuypr la France; mais.l'Autriche serait beaucoup moins bien disposée à l’égard dos Hellènes. D’autre part le Temps a reçu communication d’une information qui circule dans certains contres politiques et d’après laquelle le roi Georges aurait montré à ses ministres une lettre adressée à la reine de Grèce par un membre de la famille régnante d’Angleterre, permettant l’annexion de la Crète à la Grèce,
- Il est possible que la reine Victoria ait pu désirer satisfaire'sur ce point les vœux du roi Georges, mais il est douteux que le cabinet de Saint-James accorde son adhésion à ce projet. Quoiqu’il en soit il s’en faut de beaucoup que la clause du traité de Berlin concernant les intérêts helléiniquessoit bientôt exécutée.
- La situation est toujours grave, pour l’entente, en Bosnie et en Herzégovine. Lo gouvernement de l’empereur François-Joseph est'obligé d’envoyer des renforts pour continuer les opérations commencées, car les premières troupes oxpédiées sont insuffisantes, tant la résistance est énorgique dans les provinces condamnées à l’occupation. Les Bosniaques et les llerzégoviuieus ont combattu alternativement en bataille rangée et en francs-tireurs'et actuellement ils agissent de telle sorte que les trois tronçons du corps d’armée autrichien sont sans relations entre eux et manquent de base solide pour leurs opérat’ons. De là, pour le gouvernement d’Autriche-Ilongric la nécessité de l’envoi en Bosnie de quatre nouvelles divisions. Sans doute, comme nous lavons déjà dit, les envahisseurs qui ont pour eux la force, triompheront, mais ce ne sera qu'aux prix de lourds et cruels sacrifices, car de grands préparatifs sont faits do tous côtés.par les Bosniaques, notamment à Novibazar, elles dernières dépêches annoncent que l’insurrection gagne du terrain et des adhérents.
- 'Poules ces luttes, tous ces déchirements causés par l’ambition sont déplorables et les amis sincères et raisonnés de la cause civilisatrice seront unanimes à regretter que la déplomatie européenne ait été impuissante à prévenir les douloureux événements qui ensanglantent l’Orient.
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- VARIETES
- Un Congrès libre de l'Enseignement aura lieu à Paris, en septembre 1878
- Ce Congrès a pour but d’étudier : les réformes à introduire dans l’instruction et dans l’éducation physique, intellectuelle et morale de l'enfance et de la jeunesse, les progrès à réaliser dans les méthodes et dans les écoles de tous les degrés, les améliorations à apporter dans la situation des instituteurs et des professeurs, et dans l’organisation de l’enseignement élémentaire, professionnel, secondaire et supérieur, etc:, etc.
- Un programme détaillé des questions qui seront mises à l'ordre du jour du Congrès, et sur lesquelles les adhérents pourront envoyer des communications, a été préparé parla Commission d’initiative, et il sera adressé, ainsi que le règlement du Congrès, à tous ceux qui en feront la demande au Secrétariat, 1 b, faubourg Montmartre.
- La cotisation est fixée à 3 fr. pour les membres'de Veuseiguement, et à 12 fr. pour les autres adhérents.
- CoDCOurs d’Elnscigoement spécial
- La Société d’agriculture de Gray vient d’organiser dans la Haute-?* aône un concours d’enseignement agricole dont on a obtenu d’excellents résultats : 24 écoles ont concouru avec 139 élèves dont 49 ont reçu la mention très-bien ou bien, 9 médailles ont été décernées aux instituteurs avec primes de 20 à 100 fr. Pour les élèves : une médaille d’or, 10 d’argent, 18 do bronze et un grand nombre de mentions honorables.
- On n’insistera jamais trop pour encourager toutes les Sociétés d’agriculture à instituer annuellement des concours d’enseignement agricole dans les écoles primaires du département, en décernant des primes aux élèves et aux instituteurs qui auraient fait le plus de progrès en notions agricoles; car aujourd’hui personne ne peut nier qu il devient évident que l’on doit s’efforcer de propager le plus possible l’instruction dans les campagnes, que l’on a toujours isolées avec intention. Maintenant il est nécessaire, nous le répétons, de supprimer Iqs entraves, de faciliter les rapports et de faire primer l'utilité publique sur l’égoïsme personnel.
- Nous reviendrons sur ce sujet autant qu’il sera utile, 'car il est fort difficile et il faut bien du temps avant d’arriver à faire comprendre la vérité.
- Émigration tmdolse
- L’émigration du grand-duché de Bade a considérablement diminué depuis nombre d’années. En 1834, elle atteignait le chiffre de 21,348 personnes : ce chiffre a diminué d’année en année, et en 1877 il était tombé à 391. On peut cependant admettre que le nombre de ceux qu: émigrent est deux fois plus grand que ne l’indique la statistique officielle, car la moitié des émigrants partent sans en demander la permission aux autorités. Quant à ceux qui s’établissent dans d’autres Etats allemands ou européens, leur nombre ne saurait être fixé, mais il doit être considérable, à en juger par la grande différence qni existe entre les naissances et Iqs décès et l’accroissement insignifiant de la population constaté par le dernier recensement.
- Danemark
- Nous lisons dans la Deutsche Verhehrs-Zeüung qu’il existe à Copenhague une société de construction que les facteurs des postes de cette ville ont fondée, depuis 1872, dans le but de procurer des logements à ceux d’entre eux qui ont atteint la limite do la vieillesse, et à ceux qui sont incapables de continuer leurs fonclirns, ainsi qu'aux veuves des membres décédés. Le rapport soumis cette aimée a l’assemblée générale accuse un capital de 12,941 communes; la plus grande partie de celle somme (11,800 couronnes) est représentée par des titres de premier ordre et de bon rendement.
- La société, qui compte actuellement 89 membres, est en majeure partie redevable des fonds considérables dont elle dispose à la générosité des particuliers. Elle s’est trouvée récemment en situation d’acquérir un terrain à dans la Vendersgadé et déjà elle a pu conclure un accord avec un maître-charpentier pour une construction qui doit être terminée au mois d’octobre. Le bâtiment en œuvre comprendra 23 habitations, composées chacune' de deux chambres avec cuisine, corridor et remise pour le bois de chauffage ; 3 logements réservés dans le sous-sol seront emménagés pour servir de boutiques.
- (Extrait de l’Union postale.)
- La première bachelière française
- Nous avons parlé récemment de l’instruction supérieure des femmes. (Voir n° 21).
- On nous fait remarquer à cette occasion que ce n’est pas en 1861 mais en 1862 qu’une femme fut admise pour la première fois en France au bacchalauréat.
- Cette première bachelière, qui n’est autre que feu M11* Daubié. bien connue pour son livre sur la Femme pauvre au XIX* siècle, sollicita en 1861, à Paris, la « faveur » de subir les épreuves du bacchalauVéat-ès-leltres, mais le ministre de l’instruction publique, M. G. Rouland, s’opposa à l’inscription « vu quele fait n’avait pas de précédent. »
- Ce fut le doyen de la Faculté de Lyon, M. Bouillier, qui prit sur lui eu 1862, d’admettre M11* Daubié à subir les épreuves. L’examen fut brillant, ce qui n’empêcha pas qu’il fallut de nombreuses démarches du doyen et l’active intervention d’un honorable disciple de Saint Simon, M. Arles Dufour, négociant lyonnais millionnaire, pour que le Recteur et le Ministre consentissent à la délivrance du diplôme. En 1871 Mu# Daubié passa sans difficulté l’épreuve pour la licence ès-lettres, mais dans ce nouveau grade elle n’arrivait plus la première en date. Une de ses imitatrices l’avait devancée.
- Suisse.
- Depuis 43 ans.il existedansla vilîedeBâle une société académique ayant pour but de soutenir l’Université et les institutions publiques qui s’y rattachent. Celte société, qui est en pleine voie de prospérité, possède actuellement un capital de 874,454 fr., et compte 572 membres L’œuvre la plus considérable qu’elle ait fondée ces dernières années est l’Institut de Bernoulli (Beraouil-lianum) dont la construciion, y compris la section de physique et de chimie, est revenue à 385,539 fr. La société a contribué pour la somme de 100,704 fr. à la construction de cet édifice et pour 30,000 fr. à l’achat d’instruments astronomiques. L’Etat a fourni le terrain et un subside en argent, et la ville a pris à sa charge la fourniture d’eau et de gaz.
- La société du Musée et la société d’utilité publique,, toujours disposées à prêter leur concours à de sommables entreprises, ont aussi fourni leur cote-part; l’observatoire enfin a été fondé par dos contributions volontaires des habitants; et ainsi toute la population à peu près a participé à cette œuvre.
- L’année dernière, les recettes delà société académique se sont élevées à238,904 fr., et ses dépenses à 232,321 fr., dont 20,044 fr. consacrés à l’enseignement dans les établissements d’instruction Supérieure, 3792 fr. aux collée tions*académiques. 21,150 fr. à l’Institut Bernoulli; le reste a été versé au fond de rentes de la société.
- Il va de soi qu’une société disposant d’aussi puissantes ressources contribue dans une large mesure à la pros-périté de l’enseignement supérieur. Les républicains bâlois savent fort bien utiliser l'initiative des particuliers pour le développement de leurs institutions publiques. Peut-être serait-il bon que nous les imitassions sous ce report.
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- Le Dock dn Petit Crensot.
- On construit en ce moment, dans les ateliers du Petit Creusot, un dock, pour le ministère delà marine. Nous avons visité, dit le Progrès de Saône et Loire,cette gigantesque machine en tôle que l’on voit sur le bord de la Saône, dominant les ateliers et chantiers du Petit Creusot.
- Ce genre de docks est une espèce de chantier de construction et de machine de lancement pour les navires lorsque l’on n’a pas de port convenable pour y établir des chantiers de construction, Celui dont nous parlons est destinés à Saïgon, capitale de notre colonie de Gochin-chine ; il pourra porter des cuirassés de premier rang. Il sera composé de 12 compartiments semblables à celui qui est déjà fait et qui mesure 10 mètres de long; le total de la longueur sera donc de 120 mètres. La hauteur des côtés, sur lesquels doit être établi l’espèce d’échafaudage dans lequel sera encastré le navire, est de 18 mètres.
- Le vaisseau construit et prêt à être mis à flot, se trouve porté en pleine mer de la façon suivante : La partie in îêrieure du dock est une sorte d’immense chambre qui règne sur toute la longueur ; c’est sur elle que repose la quille du navire. Cette boite, ou plutôt cette chambre immense-est pleine d’eau : mais lorsque l’on veut soulever le navire et pousser tout l’appareil dans l’Océan, on épuise l’eau de la chambre du dock au moyen de pompes puissantes; l’air vient la remplacer, et comme l’air est environ mille fois moins lourd que l’eau, chaque mètre cube épuisé allège le dock du poids d’une tonne. JDn arrive ainsi à lui faire perdre assez de poids pour que la poussée du flot, de bas en haut soulève le support et le navire, que l’on transporte ainsi en pleine mer. Là s’opère le déchargement du vaisseau, qui se trouve ainsi mis à flot.
- Tel est l’usage auquel servira l’énorme machine qui se dresse au bord de la Saône ; elle coûtera près de 4 millions.
- La France ne possédait pas encore de ces docks. On dit que l’Espagne et le Portugal sont les seules puissances qui en aient à présent.
- Une curieuse expérience microtéléphonique.
- Le 19 juin dernier a eu lieu à Bellinzone (Suisse) une curieuse expérience micro téléphonique. Une troupe italienne de passage devait donner ce jour-là au théâtre de celte ville l’opéra de Donizetti. Don Pasquale. M. Patoc chi, inspecteur-adjoint du 6* arrondissement télégraphique de la Suisse, a eu l’idée de profiter de cette occasion pour expérimenter les effets combinés du micro phone a charbons de Hughes comme appareil transmetteur et du téléphone de Bell comme appareil récepteur. À cet effet, il installa dans une loge du l,r rang, à côté du proscenium, un microphone de Hughes qu’il relia au moyen de deux fils de 1 1/2 de diamètre à quatre récepteurs Bell disposés dans une salle de billard, au dessus du vestibule du théâtre même, salle où ne parvient, aucun des bruits de l’intérieur du théâtre. Dans le circuit et près du microphone de Hughes, était intercalée une petite pile de deux éléments du modèle ordinaire de l’Administration suisse.
- Les résultats ont été aussi heureux et aussi complets que possible. Les téléphones reproduisaient exactement, avec une clarté et une netleté merveilleuses aussi bien les sons de l’orchestre que le chant des artistes. Plusieurs spectateurs ont constaté, avec M. Patocchi, que l’on ne perdait pas une note des instrumenls ou des voix, qu’on distinguait parfaitement les mots prononcés, que les airs étaient reproduits dans leur ton naturel, avec toutes leurs nuances, les piano comme les forte, les motifs doux comme les passages de force; plusieurs diîeltanü amateurs ont même assuré à M. Patocchi que, par cette seule audition au moyen des téléphones, l’on pouvait apprécier les beautés musicales, les qualités des voix
- des artistes et généralement juger de la pièce elle-même, comme pouvaient le faire les spectateurs à l’intérieur du théâlre.
- Les résultats ont été les mêmes en introduisant dans le circuit des résistances jusqu’à 10 kilomètres, sans augmenter le nombre des éléments de la pile.
- C'est, croyons-nous, la première expérience de ce genre qui ait été faite, en Europe du moins, dans un théâtre sur un opéra complet et deux qui connaissent toute la légèreté et la grâce des mélodies de Don Pas-quale, apprécieront à quelle sensibilité doit atteindre la combinaison du microphone de Hughes et du téléphone de Bell, pour ne rien laisser perdre des délicatesses de cette musique.
- {Le Journal Télégraphique.)
- PROTECTION ET LIBRE-ÉCHANGE
- La Suisse a été jusqu’ici le pays le plus libre-échan-giste de l’Europe. L’exiguité de son territoire, la pauvreté de son sol. lu densité de sa population et l’infériorité relative où elle se trouve vis-à-vis des autres pays par le fait qu’elle n’a ni ports de mer, ni fleuves navigables, ni mines d’une certaine importance, toutes ces raisons et d’autres encore ont en quelque sorte imposé le libre-échange à ce petit pays. Il en a largement profité puisque l’aisance y est générale et ’ adustrie assez active pour permettre une exportât]'a annuelle d’environ 300 millions, c’est-à-dire plus d ; 100 fr. par tête.
- Aujourd’hui les finances fédérales se soldent chaque année par un déficit et les Chambres, cédant à des influences déplorables, parlent de couvrir ce déficit'par des mesures de protection Un nouveau tarif de péages a été élaboré et à peine a-t-il paru que la presse locale demande que ce projet soit soumis au referendum.
- C'est le condamner d’avance au rejet.
- On sail en effet que la teneur de la Constitution fédérale du peuple suisse a le droit d’exiger d’une loi nouvelle qu'elle soit soumise à la votation nationale. Or, le plus souvent, les lois pour lesquelles le peuple demande le referendum sont rejetées. En plus d’une circonstance on a vu ce spectacle curieux, le suffrage universel, plus sage que ses représentants, repousser des lois mal comprises.
- Le nouveau tarif des douanes aura sans doute le même sort.
- Les Chambres suisses ne sont pas recrutées en majorité dans le Barreau comme en France; elles comptent beaucoup plus d’iudustriels et de commerçants que d’gvocats. Or, dans la composition actuelle des Chambres, les industriels sont en majorité et c’est eux qui rêvent la majoration des tarifs.
- Mais — et voici où.le referendum est utile -- un pays, quelque petit qu’il soit, compte toujours plus de consommateurs que de producteurs et le verdict du suffrage universel étant demandé, il y a gros à parier que les droits protecteurs, cet impôt du producteur sur le consommateur, seront repoussés à une immense majorité.
- Le Journal de Genève a fait des réflexions très sensées à l’occasion de cette tentative protectionniste. Chose curieuse 1 ces réflexions s’appliquent si exactement à l’état actuel de la France qu’on les dirait écrites pour elle. Aussi croyons-nous de notre devoir de Jes reproduire.
- « Si l’on refuse l’exhaussement de taxe requis, s’écriait dernièrement un orateur protectionniste, c’en est fait de nos producteurs nationaux; ils seront indubitablement réduits à renvoyer leurs ouvriers et à fermer leurs établissements : c’est la misère, la dépopulation peut-être, qu’on décrète pour le pays ou pour tel district ! »
- Etait-il possible à des députés patriotes et humains de repousser une demande si juste, et comment rétorquer une argumentation si concluante ?
- La réponse ne serait pourtant pas bien difficile. Le coût des frais de production n’a point du tout cette in->
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- flexible rigidité qu’on se plaît à lui attribuer. Il varie, au contraire, de cent manières, suivant les lieux, le temps elle savoir-faire du producteur. On ne trouverait pas en réalité doux maisons pour lesquelles il soit lo môme . C’est ce que savent très-bien tous ceux qui pratiquent l’industrie.
- Prenez connaissance des dépositions faites par chaque fabricant devant les jurys d’enquête. Chacun émet des chiffres différents, et cela, bien souvent, de la meilleure foi du monde, car chaoun émetlo sien. De telle sorte que l'exhaussement de taxe accordé est non-seulement sans rapport légitime avec le coût général des frais de production qui n’a point d’expression absolue et identique, mais que cet exhaussement constitue un traitement privilégié d’un fabricant à l’autre, et n’aboutit qu’à grossir les bénéfices des habiles, en permettant à peine aux mal habiles de végéter sous les auspices de la protection.
- L’erreur n’est pas moindre lorsqu’on veut faire servir la formulo du coût des frais de production à l’obtention d’une réciprocité de traitement dans les échanges internationaux.
- Il y a d’abord contradiction formelle entre le but et le moyen.
- Est-ce en élevant vos tarifs que vous espérez déterminer vos rivaux à abaisser les leurs ? Le succès tiendrait du miracle. Mais que signifie cette réciprocité do traitement considérée comme mesure de fixation des tarifs ? Si le coût des frais de production varie de producteur à producteur dans le môme pays, quelle certitude peut avoir leur évaluation d’un pays à l’autre? Entre l’Angleterre, la, France et la Suisse, quelle conformité, offrent, sur quelque point que ce soit, les frais de production ? Le climat, la fertilité du sol, les procédés industriels, l’organisation économico sociale, la situation géographique, l’ampleur des débouchés, tout contribue à rendre ces frais inégaux. D’où il faut inévitablement conclure que régler sa^législation douanière d’après celle d’autrui, en disant : « Noué pouvons élever nos droits, puisqu’ils sont inférieurs à ceux de nos voisins » n’a que l’apparence d'un bon raisonnement.
- Il y a encore un hophisme dont nous avons à cœur de faire justice avant de clore ce débat. Le plus grand grief que suscite la protection, c’est qu’elle sacrifie le consommateur au producteur. Toute taxe douanière a pour effet d’exhausser lo prix des produits fabriqués à l’intérieur du pays, car en cela réside' son pouvoir protecteur. D’où il découle que c’est la consommation nationale qui fournit aux producteurs protégés le surcroît de prix que cette consommation est obligée de payer. La protection se résout donc en impôt établi sur la totalité des consommateurs au profit exclusif de certaines catégories de producteurs. Tels sont les termes véritables de la, question.
- La totalité des consommateurs, qui représente la nation tout entière, est donc rançonnée à l’avantage d’un nombre nécessairement restreint de fabricants. Nous disons, « d’un nombre restreint », car à moins de protéger tout le monde, c’est-à-dire, tous les genres de producteurs sans exception eL les protéger tous également., — ce qui no se pourrait pas quand même on le voudrait, — il est clair que J a protection crée une classe, une caste privilégiée, exploitant l’ensemble delà nation, sans distinction des riches et des pauvres.
- Au reste ce sont là des vérités acquises et qui n’ont plus besoin d’ètro démontrées. On devrait du moins le croire; mais l’intérêt particulier ne sc lient jamais pour battu, tant qu’il peut avoir prise sur les illusions de l’apparence.
- i Cnaeun dos champions de la cause protectionniste est venu à son tour confondre Vintérôt national avec celui des producteurs pour lesquels il revendiquait un exhaussement de taxe douanière. C’était, suivant lui, un malentendu de distinguer l’intérêt des consommateurs de cel ui des producteurs, car producteurs et consom rnatours sont, assurait-il, une seuleni môme chose, et si la protection fait gagner à l’ouvrier un meilleur salaire, il sera mieux en mosure de consommer. A quoi un député genevois a répondu très-justement que, * si l’ouvrier est
- obligé de payer plus cher tout ce dont il a besoin, la main d'œuvre devient aussi plus chère, d’où il ou résulte que les fabricants se trouvent dans une position plus difficile, Ce que l’on croit avoir gagné d’un côté est perdu do l’autre. »
- Mais il faut aller encore plus au fond du problème. D’une manière vague et abstraite les producteurs et les consommateurs sont une mémo chose, sans doute; cependant chaque homme étant producteur d'une seule chose et consommateur de toutes, la protection, a moins d’ètro commune et égale, ainsi que nous le disions plus haut, so restreint à certaines iuduslrïes réputées plus faibles que les autres, et incapables de vivre sur le terrain du droit commun et de la libre concurrence. Voilà,pQur-quoi on met tant.de soin à construire un tari 1, à graduer les taxes. ,ct « ne pas accorder indifféremment le môme traitement à tous. Il y a des industries qui ne demandent môme.pas du tout à être protégées, parce que, se seulaut assez fortes d’elles-mômes, il leur importe de ne pas susciter les rancunes de l’étranger cL do ne point subir ses représailles. . , . ,
- Ajoutons tout de suite que, malgré cette sage conduite, les industries fortes et vraiment nationales finissent toujours par jouer le rôle de bQuc émissaire du système : c’est sur elles .que l’étranger se venge de la protection accordée aux industries qui en jouissent. Ainsi il y ,a d’une part des .industries qui ne sont nullement protégées et qui, au contraire, pâtissent de la p.rptection, et, d’autre part, ü y a une inégalité énorme de protection entre celles auxquelles on juge bon de .l’accorder ;’à ce point que le tarif stipule un droit de cent francs .sur tel produit, et de cinquante centimes sur tel autre.
- Comment donc peut-on avancer que protéger la production c’est protéger la consommation, c’est-A-dire.que la nation reprend d’une main ce qu’elle donne de Paulin ? Ou bien que l’impôt de ,1a protection p.e grève pas lo pays, en tant que consommateur, à i’ayanlage exclusif d’un certain nombre de producteurs ?
- Ayons le courage et la franchise de voir les choses telles qu’elles sont : Si la protection peut bénéficier a un petit fabricant, elle bénéficie beaucoup plus encore aux grands qui, de leur propre.fait, produisent à meilleur marché et ont toujours chance de gagner davantage, donc, en dernière analyse, le protectionnisme n'est qwun mode, un système colossal d'assistance publique, de charité légale, institué en faveur, non des pauvres, mais des ri ciies, et qui. en outre, distribue son aumône en raison inverse DES BESOINS PRÉSUMÉS.
- LES LOTERIES
- La France marche 1 Elle marche droit, sinon vite, depuis huit mois, dans la voie républicaine, large et salutaire, dont elle a fait décidément sa carrière. Autant .donc les vieux citoyens ly suivent des yeux avec bonheur, autant ils lui signalent avec regret ce qui leur semble un pas rétrograde ou un écart.*, involontaire. ,
- Il est dune bien difficile, tanlœ molis, de réformer des populations abusées par. plusieurs siècles de monarchie et de fausse religiosité ! nous traînons encore des routine» de superstition - pour le sort, pour le hasard, pour Ja fortune aveugle, pour la richesse sans travail, proohe parente du vol, en vérité; pour la Loterie enfin, « puisqu’il'faut l’appeler par son norn- »
- Au temps des rois tout cela se comprenait; guerres, conquêtes, batailles; coups de force, tout cela était de la Fortune 1 Pas de conquérant qui ne dise ou ne pensât, comme César au Rufeicon c, . Aléa jacta est, le
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- dé en est jeté. Les dieux aussi, et 1 e Dieu lui-même, jouaient aux dés, damnaient ou sauvaient au hasard de la fourchette, je veux dire de 1 almanach et de la géographie ; lisez à ce point de vue l’ancien testament ; voyez les Légats : « tuez tout ; Dieu connaîtra les siens. » Voyez la Judée et l’Italie, d’où nous sont venus plus particulièrement loterie, Loto, jeux de hasard et fureur de ces jeux.
- Eh bien voilà qu'en France, en l’an 1878, la loterie est introduite dans notre belle Exposition universelle du travail, de l’art et de l’industrie ; la voilà du moins collée derrière son dos, comme un démenti réactionnaire à ses principes, si bien mis en action, de progrès par l’activité juste et raisonnée.
- C était déjà trop des obligations de Villes et d’Etat avec primes par tirage au sort. Ces primes habituent 1'opipion à croire qu’il y a des possessions légitimes en dehors de celles provenant du travail.
- Le but éssentiel de la Société doit être, au contraire; de corriger les effets brutaux de ce que nous appelons, faute de mieux, hasard, force majeure, aveugle en apparence, quitte à être tôt ou tard justi fiée.
- Voilà donc des millions de lots d’Exposition à un franc lé billët ! Entrez, moutons dePanurge 1 passez au bureau ! prenez vos billets !
- Aggravation déplorable ! des lots princiers de 20 mille, 30 mille, 40 mille, 50 mille francs 1 et en dia-mants encore, en diamants montés !!!.... quelles sunt donc les belles dames de cour qui ont glissé là leurs inspirations malsaines et surpris les bonnes intentions d’un ministère honnête ?? De lui-même, il n’aurait jamais trouvé cela.
- Àh i braves citoyens ministres, la fureur du jeu, distraction trompeuse (comme l’ivresse) aux misères sociales, qu’elle aggrave, n’est que trop vivace en-. core dans nos populations monarchiquement crédules et ignorantes! — Et que la bourgeoisie dirigeante ne se croie pas au-dessus de ce niveau; si elle en émerge, c’est bien lentement, la têt.e et le cœur entortillés de goémons et de fucus cléricaux, impérialistes, féodaux, ramenés du fond des abîmes 1
- Or, quels sont, vous le savez mieux que nous, les effets de la passion du jeu ? En industrie, l’oisiveté, mère de tous vices; en politique, l’anarchie, la sédition, le coup d’Etat, la foi en un sauveur, à tout faire et qui fera tout, pour nous, bras croisés, même la délivrance des vignes et des pommes de terre. Il gagnera le gros lot ;« Il sera hurau, » disait Ma-zarin, le joueur.
- Non, non ! restons travailleurs et justes ! c’est le seul fonds qui ne manque pas. Ne disons plus tant : vouloir, c’est pouvoir ; mais devoir et savoir, sans jouer au plus fort, au plus fin, au plus heureux, Méritons; « advienne que pourra, * c’est la devise républicaine de 1878, aux siècles des siècles !
- P. Jonain.
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mme Marie: HOWLAND
- ( Voir N08 4 à 25)
- Chapitre XX
- Le mariage <1© Clara,
- Madame Forest était dans son élément en veillant aux apprêts du spectacle, ainsi que le docteur avait coutume de nommer la cérémonie du mariage*
- Albert acheva sa conquête en se rangeant toujours à son avis, qu’il fut question de fleurs d’oranger, de l’église ou de quoi que ce fût. Pour la vingtième fois peut-être, elle repassait ces graves questions et querellait le docteur à propos des idées tout à fait étranges qu’il avait inculquées à Clara, idées qu’elle mettait en parallèle avec cet amour des convenances et de tout ce qui était reçu qui distinguait son futur gendre.
- « Je ne le comprends vraiment pas, » répondit le docteur avec impatience; « il est à ma connaissance le seul homme sensé qui aime ces comédies vulgaires. Nous nous y soumettons parce que généralement cela convient aux dames, mais selon moi ces cérémonies de convention font penser à une victime qu’on trompe pour la conduire au sacrifice. »
- — « Oh 1 quel homme épouvantable vous êtes, docteur l Vos idées sont monstrueuses. J’espère que Clara du moins se montrera raisonnable. *
- « Certes, chère maman, je serai raisonnable », fit Clara, « Albert est satisfait, je ne souhaite rien de plus. Je me soumettrai même aux fleurs d’oranger quoique je ne puisse souffrir leur fade parfum. Papa a ordonné les choses à son gré avec le ministre uni-tairien qui n’a pas de temple ici, en sorte que cette partie du spectacle me sera épargnée. Il n’y aura pas non plus d’embrassement général de la mariée, coutume qui n’est plus admise dans la bonne société. Je ne sais vraiment pas qui a pu imaginer ce stupide usage.»
- « Il n’est pas facile de dire quand a commencé un usage, » dit le docteur, celui-ci remonte aux temps féodaux où les seigneurs avaient en tout la primeur. Que cela convint ou non au marié ils lui prenaient sa femme. »
- « Evidemment, » fit Clara « ils ne consultaient pas davantage la jeune fille? •
- « Non, certes » reprit le docteur, » lorsque l'esclavage est le régime légal et reconnu, il en résulte que les esclaves n’ont pa3 de droits que leurs maîtres soient tenus de respecter. Aujourd’hui, les femmes
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- commencent à voir qu'en plus d'un point, elles sont encore esclaves. Les lois et la morale ne leur permettent pas de disposer librement de leurs affections Lorsqu’un homme en assassine un autre, parce que son épouse a pour lui des sentiments qui le choquent, les tribunaux l’acquittent presque toujours. Le sens commun voudrait que la femme qui est, ce me semble, assez intéressée à la question, fût consultée; mais l'honneur n’admet pas son droit ! »
- « Et cela est parfaitement juste, * répliqua madame Forest, « qu’une femme oublie ses devoir* sociaux au point de devenir amoureuse d’un autre homme que son mari, elle cesse aussitôt de mériter que l’on prenne en rien son avis. »
- v Voilà de la doctrine inquisitoriale dans toute sa pureté, » répondit le docteur. « Quand je raisonne, je tiens toujours grand compte des faits. Or, quelques-unes des meilleures femmes queje connaisse, et certainement la plupart de celles qui vivent ou ont vécu, ont éprouvé de l’attrait pour des hommes qui n’étaient pas leurs maris. Que pouvez-vous répondre à cela ? »
- « Je réponds », dit madame Forest, « que si une femme est assez malheureuse pour éprouver un tel sentiment, elle ne lui cède jamais ; elle n’avoue jamais, même en son fort intérieur, qu’elle nourrit un amour défendu. C’est tout au moins ce qu’elle peut faire. •
- — « Bon, Fannie, vous voilà encore mesurant Tu-nivers à votre aune. Si le monde n’eit pas d’accord avec votre mesure, tant pis pour le monde. Les femmes ni les hommes ne se créent eux-mêmes, pas plus qu’ils ne créent les impulsions qui les gouvernent. Vous aurez beau déclarer que telle ou telle action est ou doit être une faiblesse, à votre mesure, ce sera toujours le penchant instinctif le plus fort qui l’emportera. Supposez que la puissance de ce penchant soit * deux * et celle du préjugé mondain « un * vous pouvez prévoir le résultat. C’est donc folie de porter le blâme en un cas pareil. »
- « Je pourrais avoir pitié d’une femme qui cède aux entraînements d’une passion illégitime, » reprit madame Forest, « mais jamais je ne l’admirerai. Comment peut elle être assez faible pour ne pas comprendre qu’en se laissant aller de la sorte, elle se rend méprisable aux yeux de celui même à qui elle cède.»
- « Pas toujours ! » s’écria le docteur I « pas toujours ! si j’aimais une femme mariée et qu’elle voulût bien écouter mes déclarations, je me garderais bien de la mépriser pour cela. Je la mépriserais par exemple, si elle me supposait capable de lui rien
- demander qui fut déshonorant ou indigne d’une femme. »
- « Oh, vous, » dit madame Forest, vous êtes une exception, et vous savez que je vous mets toujours hors de cause lorsque je parle de principes. Dieu seul sait, par exemple, jusqu’où l’on pourrait aller sans atteindre la limite de ce qui est à vos yeux indigne d’une femme.»
- « Ah ! »....fit le docteur du ton particulier qu’il
- employait pour signifier qu’il ne désirait pas parler plus longtemps sur un sujet.
- La veille du mariage de Clara, Leila et Linnie étaient dans un état de surexcitation extrême. Pour la première fois peut-être, elles prenaient intérêt à ce qui n’était pas elles, quoique le plus gros de leurs préoccupations se rapportât à leurs toilettes. Ne devaient elles pas être deux des quatre demoiselles d’honneur.
- Madame Forest avait résolu que tout dans la cérémonie serait respectable, mot qu’elle prononçait avec un profond sentiment de son importance; elle plaignait avec compassion les esprits mal réglés qui n’en comprenaient pas la portée,
- Après déjeuner, Clara fit une longue visite à Susie qu’elle réjouit par ses protestations d’amitié, puis caressa le joli bébé, et lui dit d’embrasser tante, mot caressant et affectueux qui charmait la mère. La courageuse amitié de Clara pour la pauvre délaissée et son amour ardent pour Albert, faisaient rayonner autour d’elle une auréole de bonheur et de grâce.
- L’aube se leva enfin sur le jour des noces et quoique ce fut au milieu de janvier, le soleil brilla clair et chaud. Une heure avant la cérémonie, Leila et Linnie avaient achevé la toilette de la mariée et la faisaient parader devant les glaces pour vérifier si les plis de sa robe et de son voile étaient irréprochables. Madame Kendrick avait envoyé des fleurs magnifiques et annoncé sa présence. Louise voyant que la fête se préparait si belle, pleura amèrement sa sotte conduite envers Clara.
- Madame Forest entra an moment où l’on mettait la dernière main à la toilette de sa fille.
- « N’est-ce pas, maman, qu’elle est charmante ? » demanda Linnie.
- « Oui, » répondit la mère, « mais tu es trop rouge, ma chère Clara, laisse moi voir si ton corset n’est
- pas trop serfé....Non? eh bien, Linnie, apporte à
- ta sœur un peu de limonade, cela est rafraîchis» sant. »
- • Oh, mère 1 ne me tourmentez pas ainsi, • s'écria Clara, « je voudrais que personne ne pût me voir de
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- dix ans,.... Il me semble que je suis aussi ridicule qu’une reine d’opéré.
- Madame Forest était au désespoir et les deux jumelles poussaient des exclamations de surprise. «Mais, « dit Linnie, « elle n’avait pas parlé delà sorte auparavant! *
- « Non • reprit Clara, « je promets d’être bonne et raisonnable, mais si vous saviez comme je suis troublée. *
- » Tu es une enfant tout-à-fait extraordinaire, « fit madame Forest d'un ton sévére, * une vraie sauvage, comme disent les Français, tu semblés considérer comme une calamité l’heure qui, pour toutes les demoiselles bien élevées, est l’instant suprême. * |
- « Oui, je l’avoue, » dit la pauvre Clara, «et je pense que je ne suis pas en cela une demoiselle bien élevée; je déteste l’odeur de ces fleurs de serre chaude et je me hais d’avoir consenti à me donner ainsi en spectacle. Cette heure est l'instant suprême pour les jeunes filles, dites vôus ? J’y souscris t mais quel étrange sentiment des choses ! »
- « Pourquoi donc épousez-vous le docteur Delano ? * fit Leila qui parvenait avec peine à cacher sa mauvaise humeur.
- — « Pace que je l’aime, petite sotte ! mais résulte-t-il de là que je doive faire de moi une curiosité de la foire ? »
- « Une curiosité de la foire î Oh ! Oh ! » s'écrièrent les deux sœurs; « jamais vous n’avez eu si bon air. *
- Madame Forest, muette d’étonnement, contemplait cette scène. Clara s’en aperçut et parvint à sa calmer.
- « C'est fini, maman, » dit-elle «je suis raisonnable maintenant; et tout-à-fait résignée. Oh, j’entends papa qui monte ! * — disant ces mots elle ouvrit la porte et moitié pleurant, moitié riant, se jeta dans les bras de son père. «Oh,» s’écria-t-elle, « je ne puis seulement pleurer à l’aise car je ne fais que penser à mes fleurs d’oranger. Regardez donc, père, si vous n’avee pas endommagé ma coiffure?»
- « Oh, c’en est trop,» fit Leila, avec un air de dégoût,
- • je n’ai jamais vu personne agir de la sorte, et si jamais je me marie 1... »
- « On sait que ta conduite sera exemplaire, » interrompit le docteur, puis se retournant vers Clara : « Ma pauvre chérie, » dit-il tendrement, « ils Font voulu ainsi ; ils ne comprennent pas ma Me ; toute sa poésie est intérieure, et ces atours ne lui conviennent pas. »
- « Vous ne devriez pas en ce moment encourager Pexcentricité de Clara, » dit madame Forest, « Voici une voiture de nos invités, il faut que je descende*
- Calmez cette enfant, je vous prie, elle n’est pas présentable. »
- — « Cela est vrai, maman, et je le sens bien. *
- « Toutes ces absurdités, outre qu’elles sont de mauvais goût, sont l’antipode du sens commun ; » ajouta le docteur sans prendre garde à l’aharisse-ment de sa femme. « Les fêtes du mariage, si tant est qu’on ne puisse s’en passer, devraient se célébrer longtemps après, lorsque l’union a été heureuse et que les époux ont de réels motifs de se réjouir. Ce que vous faites aujourd’hui ressemble à une fête célébrée pour l’achat d’un billet de loterie. »
- Madame Forest, au désespoir, quitta la chambre ; les jumelles ne purent supporter plus longtemps les cajoleries échangées entre le docteur et son enfant préférée ; elles le prièrent de se retirer, car il ne leur restait plus qu’une demi-heure pour achever leur toilette, c’est-à-dire mettre leurs robes et leurs voiles.
- « Oh, » dit-il d’un ton enjoué « vous pouvez vous habiller ou vous déshabiller, que m’importe ! mais | j’aime à être cajolé et je ne sortirai pas sans com -| pensation, »
- « Je vous donnerai deux baisers, papa, » dit Leila,
- « si vous voulez partir de suite. *
- « Oh fi ! Leila, de m’offrir ainsi des baisers mercenaires ! Je les accepte, cependant, mais ce n’est pas cela qui me fait partir. »
- Le docteur se rendit dans l’appartement où l’attendait sa femme, irritée de la déraison dont il venait de faire preuve. « Il ne vous reste que dix minutes, * dit-elle « et vous n’avee pas encore commencé votre toilette ! »
- « Ma foi I * répondit-il, « je n’y avais pas pensé.. • De sorte que je dois m’affubler de mon habit neuf, sans quoi Taxe du monde serait déplacé ?
- — « Je vous en prie, docteur, par amitié pour moi, dépêches -vous. »
- Ainsi adjuré, M. Forest gagna sa chambre où il trouva tous les préparatifs d’une toilette complète. Ce n’était pas seulement le nouvel habit, mais toutes les pièces du ôostume de cérémonies qui étaient étalées dans un ordre méthodique les présentant sous la main au fur et à mesure des besoins de la toilette. D’abord l’excellent homme se mit à rire, puis il protesta contre la tyrannie du monde, puis enfin il se résigna et se mit à 1 œuvre avec une telle ardeur, qu’il ne tarda pas à se convaincre qu il serait prêt à temps. Il commença alors à interpeller sa femme à travers la porte, au sujet de mille besoins imaginaires. « Fannie, » cria-t-il, « où est ma boîte à poudre ? je ne trouve pas ma crinoline, ni mon chignon, ni ma chemisette ; qu’avez-vous fait de mon
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- corset? » puis tout-à-coup il s’écria : « Vite des pinces, il y a un cheveu de trop dans ma tresse 1 » Quand il eut fini, il courut à Clara et pressant sur ses lèvres un mouchoir parfumé, il lui demanda d’un ton tragique :
- — « Es-tu résignée à ton sort, maintenant ? »
- « Nous vous croyions fou, père, » dit Clara ; » comme
- vous avez eu vite fait; c’est merveilleux, vous êtes superbe, et vraiment vous êtes le seul homme auquel j’ai vu bon air sous l'habit noir. »
- — « Bon, ma fille, je viens à toi pour être plaint et c’est ainsi que tu m’accueilles 1 »
- <r Mais papa, je ne peux pas vous plaindre, » fit Clara, « vous êtes trop beau. »
- « En vérité I» dit le-docteur humant son mouchoir parfumé, « prends cela, Linnie, il faut que j’aille à la recherche d’un mouchoir qui ne me communique pas une odeur de femme de chambre. »
- Leila et Linnie se mirent à rire.
- « Inutile, papa, » firent-elles, « depuis quinze jours maman a mis tout votre linge dans un tiroir avec force sachets ! »
- Le docteur s’échappa au milieu des éclats de rire et courut à son cabinet où, quelques instants après, on l'aurait trouvé fumant à larges bouffées pour combattre autant que possible l’effet des sachets parfumés de sa femme.
- Malgré les préoccupations et les frayeurs de madame Forest, la cérémonie se passa sans encombre et sans le moindre accroc aux convenances. Clara ne fut pas rouge comme, une mariée campagnarde ; une pâleur distinguée lui donna l’air intéressant de rigueur et le marié parût, pour sa part, aux yeux de sa belle-mère, non moins parfait qu’à ceux de Clara.
- (A suivrej.
- LA QUESTION DU TRAVAIL AUX ETAT-UNIS
- Notis trouvons dans lo « American socialiste » journal' dé l’Etat de New-York, l’extrait è'uivant du Rapport de la commission de Statistique du travail de l’Ohio :
- « La pauvreté des travailleurs est le résultat du sys-» tème actuel de rétribution du travail, du système des » salaires.
- Le taux des salaires, en effet, m’est pas basé sur l’im-» portàfice dV servie'© rendu oil la valeur du produit » réalisé' jbar le travailleur, mais sür les besoins indis-» pensables auxquels celui-ci cherche à donner satisfac-j) tion en travaillant.
- » C’est un fait que la richesse publique s’accroît six » fois-plus vite que la population. Cependant le travail-» leur, eu général, n’obtient son pain quotidien qu’à » la condition de ne pas manquer de travail un seul * jour.
- » N’cst-co pas là une preuve que les salaires ne sont » pas en proportion équitable avec le produit ?
- » Le premier pas à faire pour qtfe le travail sorte dé » la condition précaire et dépendante dans laquelle il » languit aujourd’lini est l’association dans la produc-» tion et la distribution des richesses ; association entre » le capital et le travail, dans laquelle celui-ci sera re-» connu comme un facteur égal au capital, et dans » laquelle sa part sera déterminée, non par un salaire » arbitraire mais par la valeur du produit accompli.
- » Depuis 1872, le taux des salaires comparé au prix » des nécessités de la vie a subi, dans un grand nombre » d’industries, des réductions excessives ; et si l’on
- * ajoute aux abaissements effectués, l’incertitude qui » pèse aujourd’hui sur les travailleurs par suite des fré* » quents chômages auxquels iis sont exposés, on est » forcé de reconnaître que les ressources de la classe la-» borieuse ont diminué do cinquante pour cent en » moyenne, depuis 1872.
- » Parmi les griefs des travailleurs, il en est dont ils » sont eux-mêmes responsables ; mais il on est d’autres » auxquels il ne peut-être porté remède que parles prô-» grès de l’opinion publique.
- » Pour en obtenir le redressement et attirer sur eux » l’attention du public, les fravailleurs devraient orga-» niser partout des associations d’éducation sociale, de » protection mutuelle et de coopération, dans lesquelles » ils apprendraient :
- j> 1° à connaître les désirs et et les besoins de chacun » d’entre-eux ;
- » 2” à pénétrer les mystères dont on affecte d’entourer
- * la question du travail, et à sé pénétrer spécialement » de l’influence des diverses théories financières, de » l’offre et de la demande, des tarifs, des salaires, etc, 9 etc, sur la question du travail ;
- * 3° à se protéger et à se défendre les uns les autres en » cas de besoin
- » 4° Enfin à trouver les moyens d’atteindre à la pos-» session et à la direction des forces productives du » pays.»
- Le document ci-dessus, en raison de son caractère serai officiel, a ce mérite à nos yeux do démontrer rim-porlance que la question du travail prend aux Etats-Unis, et d’être un témoignage des graves préoccupations qui y naissent, en présence du chômage auquel des populations entières sont réduites après une suite remarquable d’années de prospérité.
- Si on étudio les causes qui ont amené en Amérique cet état do choses, on découvre que ce sont les droits do douane imposés sur les marchandises é trangères depuis la guerre de sécession, droits qui ont provoqué une production démesurée de la fabrique américaine, au grand préjudice de la colonisation.
- C’est donc au défaut d’organisation et do prévoyance dans la production et à la mauvaise répartition des fruits du travail que sont dues, ici comme ailleurs, les souffrances de l’industrie; c’est déco côté qu’il faut chercher le remède.
- CHRONIQUE SCIENTIFIQUE
- RECHERCHES SUR L’ANTIQUITÉ DE LA LETTRÉ DE CHANGE. ,
- Les derniers numéros do la Meme générale de Dompte-
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- Mlitè résument comme suit le résultat des recherches faites sur l'origine de la lettre de change.
- De Rubis, dans son histoire de la ville de Lyon, page 289, attribue l’invention des lettres de change aux Florentins qui, chassés de leur patrie par les Gibelins, se retirèrent en .France, où ils commencèrent le commerce du change, pour tirer de leur pays, soit le principal, soit les revenus de leurs biens.
- L’origine des lettres de change est aussi attribué, par la plupart des auteurs, au banissement des juifs du royaume de France, ordonné sous les règnes de Dagobert lor, en 640, de Philippe-Auguste, en 1180 et de Philippe le Long, en 1316.
- Les juifs, s’étant retirés en Lombardie, pour avoir l’argent qu’ils avaient déposé entre les mains de leurs amis, se seraient servi du ministère des voyageurs porteurs de lettres conçues en peu de mots.
- Jacques Du Puy de la Serre est de l’opinion de Rubis, comme étant la plus probable, parce que, dit-il, «d’uu côté, le bannissement des Juifs étant la punition de leurs rapines et de leurs malversations, qui avaient attiré la Laine de tout le monde, l’on ne peut présumer que personne ait voulu se charger de leur argent ép dépôt, les assister, ou avoir commerce avec eux au préjudice des ordonnances, et que. d’un autre côté, l’opinion basée sur le banissement des Juifs laisse une incertitude de plus de six cenls ans ; savoir, si le change a été inventé en 640 ou on 1316. »
- L’auteur ne tient pas compte du bannissement de 1180.
- Savary, bien qu’il ait reproduit, dans son édition de 1777, la préface V'âH dis lettres âé change de Jacques Du Puy, ost en opposition avec cet auteur et attribue l’origine des lettres de change h l’expulsion des juifs.
- On dit, à l’a’ppui do cette dernière opinion, que les Juifs, au moyen âge, avaient, en quelque sorte, le monopole du commerce et que, la lettre de change étant le plus actif des agents commerciaux, il y a tout lieu d’en attribuer l’invention à ceux qui pratiquaient exclusivement les trafrfeàetioûs commerciales.-
- M. Emilio Gastelar, dans un discours prononcé aux Cortès espagnoles, dit que « la lettre de change est née à Florence. »
- La lettre de change a-t-elle été inventée en Italie par les Juifs bannis de France ou par les Florentins réfugiés à Lyon, selon les uns, à Amsterdam, selon les autres ?
- Dupont de Nemours fait remonter l’usage des lettres de change jusqu’aux peuples de l’antiquiié. D’après cet auteur, Athènes, Carthage, Corinthe, Syracuse, Tyr, auraient fait usage de la lettre de change.
- Deux jurisconsultes contemporains, MM. Merlin et j Louis Nouguier, dans leurs commentaires sur les lettres ! de change, contredisent l’opinion de Dupont de Nemours. ! M. Nouguier dit que si les Grecs et les Romains ont mis en pratique le change d’une monnaie contre une autre, ils n’ont point connu l’art de changer de l’argent contre des lettres de change.
- M. Du Puy de la Serre émet la môme opinion que MM. Merlin et Nouguier.
- M. Jules Radu place en 1180 l’institution des lettres de
- change. ,
- M. .Edmond Degrangc ne so prononce pas sur l’origine de la lettre de change. 11 so borne à dire, dans son Traité du change, publié en Pan X :
- « Go qui est certain, c’est que le change n’a été assez
- » connu en France, pour que le gouvernement s’on occu-» pât, que vers la fm du xm* siècle, et il n’a été générale-» ment adopté que dans le xiv\ »
- On sait d’autre part que des lois existaient déjà sur la lettre de change dès la première moitié du xm8 siècle. Or, l’intervention de l’État ne saurait prouver que ce puissant moyen de commerce n’avait pas rendu de grands services avant que le gouvernement ait jugé utile de publier des ordonnances pour en réglementer l’usage.
- Si l’époque et le lieu d’origine de la lettre de change sont fort obscurs, et s’il n’est guère possible, non plus, de préciser le temps auquel en remonte l’usage, il nous semble non moins difficile d’en citer l’inventeur.
- Les auteurs qui ont successivement écrit sur la lettre de change, depuis Maréchal et Clérac, semblent s’ôtre bornés à citer leurs devanciers sur son origine.
- Que les Juifs, à l’occasion de leur fuite en Lombardie, que les Florentins, par suite de leur expatriement en France, aient contribué à donner une grande extension à l’usage des lettres de change, cela ne saurait être mis en doute. Mais ils n’en sont point les inventeurs.
- Cet expatriement a occasionné une circulation plus importante de lettres de change, mais non la création do ce moyen de crédit, car il était connu longtemps auparavant.
- N’est-il pas plus logique, quand on considère son utilité, de voir l’origine de la lettre de change dans les progrès du commerce, dans l’extension des relations qui en sont la conséquence, dans la nécessité de balancer, entre négociants éloignés, les valeurs dont ils étaient mutuellement créanciers, ou débiteurs ?
- Les risques de toutes sortes auxquels étaient sujets les transports d’argent ét qui rendaient ce modo de payement presque impraticable ne commàndâfent-ils pas l’emploi d’un moyen plus économique et plus sûr.
- La période qui s’écoule entre l’expulsion des Juifs, en 640, et la publication d’ùn statut d’Avignon, de 1243, ne nous fournit aucun document qui permette d’attribuer l’invention de la lettre de chàDge aux bannis de Dagobert I,r.
- Si l’on se reporte à l’époque du bannissement dé 1180, et si l’on se rappelle que, selon Du Puy de la Serré, « personûe n’aurait voulu àtoir comrüeree avec'jès Juifs au préjudice des ordonnances, » est-il probable que ïa réglementation de la lettre de change ait suivi d’aussi près son invontion? Caf, comme nous venons de le dire, il existe un statut de 1243. Ainsi, les amis des Juifs auraient fait clandestinement usage des ïéttres de change, que ces derniers venaient d’inventer, et ï’ïnter-vallc de soixante-trois ans qui sépare ces deux dates, diminué de tout le temps pendant lequel cet usage occulte so serait pratiqué aurait suffi pour produire une expérience dont le résultat aurait été la publication du statut de 1243. Cela n’est pas probable.
- Les Juifs bannis par Philippe-Auguste, en 1180, ne paraissent donc pas être les inventeurs de la lettre de change.
- Ce ne sont pas non plus les Florentins, dont l’expa-triement eut lieu en 1301-1302,- ni les Juifs bannis par Philippe-le-Long en 1316, puisque ces dates sont postérieures, au statut d’Avignon de 1243 à la loi de Yenise de 1272.
- L’échange des créances qui a produit la lettre de change et créé le commerce du change a une origine plus ancienne et plus élevée. Il est le fruit des relations du commerce, dont l’histoire suit celle du monde.
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- Voici les traces positives les plus reculées que l’on trouve de l’échange de créances.
- Le savant économiste Ott disait, il y a vingt ans : € Des auteurs récents sont allés jusqu’à supposer que les juifs connaissaient ce procédé de toute antiquité, et ont vu une lettre de change dans une obligation souscrite à Tobie » (Tobie, chap. Ier, vçrs. 17).
- Isocrate, un des plus célèbres rhéteurs d’Athènes, né 436 ans avant Jésus-Ghrist, dans son plaidoyer contre le banquier Pasion, donne cette définition très-simple de la lettre de change : € Gomme je voulais faire venir des fonds du Pont, dit-il, je priai Stratoclès, qui partait pour ce pays, de me laisser son or, que lui rembourserait mon père. » Isocrate avait mandé à son père, qui habitai) le Pont, de payer Stratoclès, et cela par un écrit dont celui-ci était porteur. Cet écrit, c’était le premier rudiment de la lettre de change
- M. J. G. Courcelle-Seneuil donne, dans son Traité théorique et pratique des opérations de banque, des exemples de virements semblables dansla banque du même Pasion, et fait, comme nous, remonter aux temps anciens l’usage de la lettre de change, dont il reconnaît la forme primordiale et rudimentaire dans les contrats auxquels ces virements donnaient lieu.
- L’art de changer de l’argent contre des lettres de change était donc connu des Grecs, contrairement à l’opinion de MM, Nouguier, Merlin et Du Puy de la Serre.
- Il y avait encore loin de la lettre de change d’Isocrate à la lettre de change transmissible par voie d’endossement, qui s’expédie par la poste, qui opère des remboursements entre inconnus et qui forme, dans les temps modernes, le grand instrument des payements internationaux. Mais, si la forme s’est modifiée, si la pratique s’est améliorée par le développement du commerce, le principe est resté le même.
- On cite parmi les exemples les plus anciens de la lettre de change, une quittance du pape Grégoire IX, de 1223, des billets tirés par les marchands italiens sur les évêques d’Angleterre, pour l’acquittement d’un prêt fait par le pape au roi Henri III.
- On cite également un modèle de lettre de change venu jusqu’à nous, datant de 1381 et conservé par Balde de Ubaldis, qui professa le droit à Pavie vers 1350. Il est ainsi conçu :
- « Al nome di Dio. Amen. — A di primo de febr. mccclxxxi, pagate per questa prima leltera ad usanza da voi medesimo libre 43 de grossi sono per cambio de ducati 440, che questi chihone recevuto da Sejo ei com-pagni altramente le pagate. »
- ^<«iaaaaaAAAAA/Vvv\.x.« ' -
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- Publications de la Fédération britanique et continentale, au bureau du Bulletin continental, Neuchâtel (Suisse),
- Louise de Lasserre a entretenu les lecteurs du Devoir de la belle œuvre entreprise par Mm* Joséphine Butler et la fédération fondée par elle. Nous avons accordé déjà beaucoup de place à celte question, nous y revenons encore aujourd’hui pour signaler 5 brochures, dont le sujet est trop spécial pour que nous puissions l’analyser ici. Il^’agit d’abord des Résolutions du Congrès de Genève, puis de la traduction d’un mémoire de M. le professeur Birkbeck-Nevins à Liverpool sur les Résultats sanitaires des actes du Parlement relatifs aux maladies contagieuses ; puis d’un travail du Dr Ladame au Locle sur les Remèdes secrets et les annonces immorales. Ensuite vient une brochure de notre honorable ami, M. Joseph Hornug, professeur de droit à l’Université de Genève et juge à la Cour de cassation de cette ville, sur la police des mœurs et le droit commun, enfin une leltre sur la police des mœurs, écrite en réponse aux articles de M. A.-S. Morin par notre jeune ami. Henri Minod, qui déploie un zèle infatigable à l’égard de l’œuvre de la Fédération. N’oublions pas de rappelez que le Bulletin continental, n’en continue pas moins à paraître le 15 de chaque mois.
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- 1” ANNÉE — N® 27 Journal hebdomadaire, paraissant Uj ^Dimanche» DIMANCHE 8 SEPTEMBRE 1878
- POLITIQUE
- LEGISLATION
- ADMINISTRATION
- RELIGION
- MUTUALITÉ SOLIDARITÉ FRATERNITÉ
- ASSOCIATION DU CAPITAL & DU TRAVAIL
- TRAVAIL
- INDUSTRIE
- COMMERCE
- CONSOMMATION
- ABONNEMENTS
- FRANCE
- Un an. . . . 10 f. »* Six mois... 6 »»
- Trois mois. . . 3 »»
- Union postale . 11 »»
- ÉTRANGER
- Le port en sus.
- ' ' " --- ' ........1----- ' - Il MUT —
- Rédacteur en chef : M. Ed. CHAMPURY
- ADRESSER LA CORRESPONDANCE AU GÉRANT, A GUISE (AISNE)
- Les Abonnements sont reçus en mandats de poste ou en timbres-poste et timbres d’effets de commerce français.
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- A NOS ABONNES & A NOS LECTEURS
- Le journal « Le Devoir » donne dans ce numéro la table analytique de sou premier volume. Nous prions nos lecteurs de vouloir bien examiner cette table; ils pourront ainsi apprécier le nombre, la diversité et l’importance des matières traitées pendant ce premier semestre.
- Ils verront combien de questions intéressant l’ordre social,l’industrie et le travail ont déjà été l’objet d’études spéciales dans ce journal; comment, en se renfermant dans les limites des principes d’une morale parfaitement définie et vraiment sociale, « Le Devoir » n’a cessé de montrer les solutions propres à concilier les intérêts des différentes classes de la société.
- Ce numéro terminele premier semestre,servi à nos abonnés et aux personnes qui, en suite des avispubliésentète de chaque numéro, ne nous ont pas retourné les exemplaires qui leur étaient adressés.
- Par la fondation de ce journal, nous avons voulu donner un organe nouveau aux idées de progrès, et appuyant toute idée de réforme et d’institutions nouvelles sur la morale supérieure née de l’amour et du respect de la vie humaine : les choses n’ont de valeur à nos yeux que si elles concourent au bonheur de 1 homme.
- Pour fonder un pareil organe de publicité, nous avons cherché des sympathies chez les hommes animés du désir du progrès ; nous nous sommes adressés a ceux qui aspirent à voir la société opérer pacifiquement les réformes nécessaires, propres à élever nos institutions et nos lois au niveau des progrès accomplis dans la philosophie, dans la science de la vie, dans 1 industrie et le travail.
- Nous avons fait choix de vingt mille lecteurs, et nous leur avons servi le journal. Beaucoup do portes nous ont été fermées ; mais nous avons la satisfaction do voir un certain nombre de personnes nous rester fidèles.
- Des sympathies précieuses sont venues nous aider et nous encourager.
- Que nos amis et nos lecteurs comprennent que « le Devoir » est une œuvre de sacrifices, une œuvre de dévouement social et qu’il dépend d’eux de le faire vivre.
- Notre publication n’est ni un journal de passion, ni un journal de parti; c’est un organe de science sociale s’occupant avant tout des moyens de réaliser le bien de la vie humaine, le progrès et le bonheur pour tous Que nos amis nous aident dans cette œuvre de propagande, en faisant lire le journal et en nous envoyant les adresses des personnes dont les sympathies pour le progrès peuvent nous faire des abonnés.
- A toutes ces adresses, nous enverrons « Le Devoir », à titre d’essai.
- Que celles des personnes qui reçoivent des numéros spécimens du «Devoir » n’en soient donc pas surprises; nous recherchons l’appui des hommes qui ont cultivé leur cœur et leur esprit dans l’amour du bien social ; nous les recherchons d’abord comme lecteurs, ensuite comme soutiens de nos efforts, pour réveiller dans la presse périodique et dans l’opinion publique l’élude des réformes et des institutions devenues indispensables.
- Nous faisons appel à toutes les personnes qui pensent avec nous, que des améliorations sont nécessaires dans nos lois et nos mœurs et que ces améliorations peuvent seules prévenir les revendications violentes, et assurer la liberté, la paix et la concorde entre tous les citoyens.
- Nous sollicitons de ceux cl© nos nouveaux lecteurs «lui ne peuvent on ne veulent nons accorder leur concours de nons retourner simple nient le journal en mettant REFUSÉ snr la bande. ‘ ’
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- SOMMAIRE
- Les Conseils généraux et la Décentralisation. --Lettres d*Angleterre. — Semaine politique. — Variétés. — Congrus international du droit des Femmes. — Encore le budget de VInstruction. — Relèvement de VIndustrie. — Bulletin bibliographique. — Chronique scientifique —- Tables analytiques du tome premier.
- LES CONSEILS GÉNÉRAUX
- ET LA DÉCENTRALISATION
- La session d'Àoût des Conseils généraux vient de prouver une fois de plus quelle réelle importance ces corps ont pris dans le fonctionnement de l’état, quel rôle ils jouent dans les grandes questions d’intérêt public et quelles aptitudes, quelle compétance, quels soins consciencieux ils apportent à Texamen des questions quilenr sont confiées.
- Nous ne voulons pas dire que tout dans les vœux émis ou dans les décisions prises réponde en tout et partout aux besoins les plus élevés du pays. — Semblable affirmation serait puérile, aucun corps politique n’étant parfait — mais nous tenons à constater, et nous nous plaisons à le faire, qu’étant donnés la législation qui régit les conseils généraux, le domaine restreint dans lequel cette loi les confine et la trop courte durée de chacune de leurs sessions, il leur est difficile, pour ne pas dire impossible,d’examiner plus de choses eide prendre plus de résolutions.
- Voici sept ans à peine que les Conseils généraux ont cessé d’être de simples chambres consultatives, et nous pouvons affirmer en toute conscience que le pays a largement bénéficié de cette augmentation de leurs pouvoirs. Si le ministère actuel des travaux publics projette des entreprises grandioses destinées u rendre au pays sa prospérité, c’est, ne l’oublions pas, c’est en grande partie aux conseils généraux qu’en revient le premier honneur. Ce sont eux qui en débattant, chacun pour son département, les intérêts auxquels il faut donner droit, ont mis en
- relief la nécessité de nouvelles voies de commu* ni cation, canaux et chemins de fer, et ont déterminé ainsi l’étude (le nouveaux réseaux.
- Il est incontestable que ces heureux résultats, et d’autres encore qu’il serait trop long d’énumérer, n’ont été rendus possibles que par la loi nouvelle et n’auraient jamais pu être atteints sous Je régime précédent.
- Cette première semence jetée dans le domaine de la décentralisation a déjà produit de belles récoltes, et tout laisse à présumer qut^celles d’aujourd'hui seront de beaucoup dépassées par celles de l’avenir.
- Combien ces résultats ne seraient-ils pas plus sensibles encore, si la compétence des conseils généraux, au lieu d’être très-limitée, comme elle l’est aujourd’hui, était libéralement étendue, si les sacrifices des contribuables au lieu d’aller s’engouffrer en bloc dans le budget général, étaient en partie destinés à assurer des ressources aux départements et si enfin un régime de décentralisation modérée se substituait d’une manière définitive au régime actuel de centralisation à outrance, régime qui a fatalement abouti â deux reprises différentes au césarisme le plus absolu.
- I.
- Nous venons de prononcer le mot de décentralisation.
- C’est un mot que la presse perd un peu de vue et que plus d’un de nos lecteurs s’étonnera de rencontrer dans nos colonnes.
- En effet, la presse républicaine, entraiuée par les besoins de la stratégie du moment, a perdu de vue les idées de décentralisation. Elle ne les met plus dans ses programmes, elle les oublie et la nation les oublie avec elle.
- Et cependant au lendemain de la guerre il n’y avait qu’une voix pour condamner la centralisation. On avait vu ses dangers; on avait touché du doigt ses conséquences. Paris une fois bloqué, la province n’avait plus pu faire grand chose et malgré tous ses efforts, malgré toute sa volonté, elle n’avait pu obtenir les résultats qu’elle aurait obtenu d’un régime moins centralisé.
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- Le danger avait été rendu si évident à tons les yeux, que chacun axait réclamé à hauts cris la modification de l’ancien état de choses.
- Malheureusement il se produisit à cette occasion une do ces manœuvres plus ou moins délicates comme Ton en voit trop souvent se produire. Un parti politique voulut exploiter à son profit exclusif cette tendance générale de l’opinion. La droite de rassemblée nationale s’empara des idées décentralisatrices et. essaya de les faire servir au triomphe de son parti. Il n’en fallut pas davantage pour compromettre aux yeux des citoyens le succès de ces idées et les déconsidérer pour longtemps. On crut y voir des réminiscences de l’ancien régime tandis que c’est le contraire que l’on aurait dû y voir. Aujourd'hui encore on confond l’intention avec le résultat et l’on oublie que la tentative maladroite des réactionnaires a ôté un bienfait pour nous et un échec pour eux.
- En effet la loi organique des conseils généraux a été un pas décisif fait dans la voie républicaine. Elaborée dans des intentions hostiles à la république, elle se tourna contre ses auteurs et ceux-ci ne se sont aperçus que trop tard qu’ils avaient cueilli des verges pour se faire fouetter
- IL
- N’exagérons pas. L’idée de centralisation est juste, celle de décentralisation aussi, à la con-dilion toutefois qu’on ne pousse ni l’one ni l’autre à l’extrêma. Il est nécessaire qu’il y ait en tout temps un certain nombre de pouvoirs centralisés ; la nation acquiert ainsi le sentiment de son unité, sentiment indispensable h la paix intérieure. 11 est non moins indispensable que les autorités locales soient respectées, car elles entretiennent une profitable émulation.
- Mais l'excès en tout est un défaut, et tel aliment qui peut être salutaire à petite dose , devient indigeste s’il compose toute la nourriture. Le régime de l'omnipotence de l’état est aussi faux et aussi dangereux que celui de l’omnipotence de la commune. La France a souffert
- jadis d’un excès de ce dernier régime, elle souffre aujourd’hui'd’un excès du premier.
- Un instant de réflexion suffit à le prouver.
- III.
- La France est un grand pays. Son territoire est considérable et varié. Ses diverses parties ont chacune une originalité bien caractérisée. Quelques unes de ses provinces s’étendent en vastes plaines, d’autres au contraire sont hérissées de massifs montagneux * si le territoire présente près de Dunkerque des terres basses que la mer pourrait submerger, il présente aussi au-dessus de Chamounix la plus haute sommité de l’Europe. De plus un littoral très-développé s'étend le long de la Méditerranée, de la Manche et de l'Océan. Entre ces contrées, aucune ressemblance. Aucune non plus entre les départements excentriques : Ceux du Nord ont le climat brumeux et pluvieux de la Hollande, ceux du Midi, le ciel serein et ensoleillé de l’Italie : les terriers cultivent la betterave et le lin, les seconds l’olivier et le murier. Une partie de la France est plantée en vignobles, une autre ne connaît pas la vigne. Le département des Ardennes et les territoires environnants forment une immense forêt, celui des Landes est occupé en majeure partie par un désert. Partout la variété, partout le contraste.
- Et ces contrastes si prononcés, si constants, ne sont pas. les seuls : les travaux des habitants ne diffèrent pas moins. Tandis que la Normandie et la Savoie élèvent du 1 était et que la Bretagne envoie en mer ses matelots et ses pêcheurs, le Doubs s’occupe d’horlogerie, les Charcutes distillent des alcools, la Loire et le Nord extraient de la houille et travaillent le fer.
- Ainsi chaque contrée a des ressources naturelles qui lui sont propres et des travaux qui lui sont particuliers. N’est-il pas évideût que chacune aussi aura des besoins spéciaux en rapport avec le degré de ses ressources et la nature de ses travaux ?
- En conséquence est-il possible qu’un pouvoir central unique soit assez parfait, assez informé,
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- assez infaillible, assez omnivoyant poar apprécier avec compétence ces intérêts et ces besoins? N’est-il pas évident que, même avec la meilleure volonté du monde, ce pouvoir sera sujet à des erreurs, à des omissions, à des méprises. Qui trop embrasse mal étreint, dit le proverbe et le proverbe sait ce qu’il dit.
- Qu’on y songe bien. Ce que des pays présentant une certaine uniformité, comme la Belgique le Portugal, le Danemarck, ont tenu à éviter, la France, mille fois plus accidentée qu’eux, n’a pas hésité à le faire. Elle a tout soumis à une seule administration et Paris, considéré comme infaillible, prétend être au fait des intérêts du moindre canton de la province. Paris voit tout et sait tout. Lui seul peut tout voir et tout savoir.
- Il suffit d’habiter la province pour se convaincre à ses dépens du danger de ces prétentions, pour comprendre à quel point elles sont préjudiciables aux véritables intérêts du pays tout entier et pour voir avec quel sans-gêne la prioritéèst toujours donnée aux intérêts de Paris sur ceux des départements. Et cependant ce soni les contribuables provinciaux qui versent la plus forte somme au budget de l'état. Ils en fournissent à eux seuls une grande partie et n'en voient revenir que très-peu.
- Gela n’est pas équitable.
- IY.
- Il y aurait un remède à cet état de choses. On le trouverait dans l’augmentation de la compétence des conseils généraux. Personne n’est mieux qualifié qu’eux pour connaître les intérêts de leur département. Les préfets sont trop nomades, trop fréquemment envoyés d’un bout du pays à l’autre, pour avoir le temps d'apprécier les intérêts locaux. 11 résulte de ce manque de stabilité qu’ils sont à la merci des influences de quelques salons du chef-lieu ou, ce qui est pis, à la merci de leurs propres subalternes. Les Conseillers généraux, au contraire, venant chacun d’un canton distinct, peuvent garder toute leur indépendance d’appréciation.
- Eh bien, voyez l’anomalie. Ce sont des pré-
- fets, qui étaient ailleurs la veille et qui seront ailleurs le lendemain, qui décident des intérêts qu’ils connaissent à peine, tandis que les Conseillers généraux, élus par le pays, sont réduits à ne jouer que des rôles quelque peu platoniques.
- Ainsi ils n’ont rien à dire, ni sur le choix du préfet, ni sur celui des sous-préfets, ni sur celui d’aucun des autres fonctionnaires, secrétaire général, agent-voyer en chef, ingénieur en chef, inspecteur d’Académie, etc., etc.
- C’est au ministre, au ministre impeccable, au ministre omnivoyant que revient l’attribution de ces fonctions. C’est la reconnaissance de l'infaillibilité ministérielle.
- Il nous paraît nécessaire de supprimer, ici aussi, le régime du bon plaisir. Pourquoi l'attribution des fonctions départementales ne serait-elle pas confiée aux Conseils généraux? Que les candidats aux emplois subissent devant un jury compétent un concours public établissant leurs titres légitimes, puisque les Conseils généraux élisent les fonctionnaires en les choisissant dans ceux des candidats qui auront été reconnus aptes aux emplois. On assurera de la sorte des choix profitables; chaque département y gagnera et le pays dans son ensemble bénéficiera d’autant.
- Cette extension de compétence des Conseils généraux est nécessaire.
- De même dans les questions de chemins de fer et de canaux. Les Conseils généraux devraient recouvrer en cette matière les droits que la loi de 1871 leur reconnaissait mais qu’on leur a supprimés dans la pratique.
- L’article 46 de la loi du 10-29 août 1871 chargeait le Conseil général de statuer (§11 et 12) sur la direction des chemins de fer d’intérêt local, sur leur mode et conditions de construction, sur les traités et dispositions nécessaires pour en assurer Vexploitation ainsi que sur la concession de leurs travaux à des associations, à des compagnies ou à des particuliers. Les articles 89, 90 et 91 de la même loi autorisaient les Conseils généraux de plusieurs départements s’entendre directement entre eux, et sans que
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- les préfets ou le ministre aient à intervenir, sur les questions d’intérêts communs à ces divers départements.
- Ces attributions, on le voit, étaient fort larges. Les Conseils généraux le comprirent si bien qu’on put les voir, soit concéder de nombreuses lignes de chemin de fer sur le territoire de leur département, soit s’entendre entre eux pour la fixation et la concession de lignes interdépartementales, pour le raccordement, la bonne direction des lignes ou toute autre disposition nécessaire pour en assurer l’exploitation.
- * Malheureusement les grandes compagnies de chemins de fer s’émurent et manœuvrèrent si bien autour du Ministère et du Conseil d’État que le droit des Conseils généraux en semblable matière fut réduit à sa plus simple expression.
- Aujourd'hui le Conseil d’État émet un avis défavorable au décret d’utilité publique chaque fois qu’une des lignés proposées déplaît à la grande compagnie au réseau de laquelle la ligne nouvelle se relierait. C’est ainsi que les grandes compagnies sont arrivées à être plus fortes que les Conseils généraux et plus fortes même que la loi de 187t. C’est ainsi également que l’intérêt de la grande masse des contribuables a été sacrifié à l’intérêt de quelques actionnaires. C'est ainsi enfin que des contrées considérables en sont réduites à réclamer encore aujourd’hui la construction de chemins de fer concédés avant 1873 par les Conseils généraux.
- L’exemple du département de l’Aisne suffirait au besoin à prouver notre affirmation. Une forte partie de son territoire serait desservie depuis longtemps par des chemins do fer si les lignes qui furent concédées par le Conseil général n’avaient pas rencontré l’opposition du Conseil d’Etat. Par suite de cette opposition ces lignes qui devraient être livrées depuis longtemps à la circulation n’ont pas encore été commencées.
- C’est déplorable. Cela l’est d'autant plus que l’on agit en opposition avec le texte et avec l’esprit de la loi. Il serait temps, grandement temps, que l’on, en revint à l'application de la loi et qu'on ne contestât plus aux Conseils généraux
- une attribution qui leur a été très-nettement reconnue.
- Qu’on leur rendre en cette matière ce qui leur revient et qu'on étende leurs attributions sur les autres matières.
- Qu’on ne s’y trompe pas. L'augmentation de compétence que nous demandons pour les Conseils Généraux, nous la demandons avec un sentiment très-vif qu'elle sera utile à la consolidation du régime républicain.
- Tout n’est pas fait encore en vue de cette consolidation. L'optimisme général a certainement sa raison d’être, mais il ne faut pas qu’il se transforme en laisser-aller. Les enseignements de l’histoire sont là pour nous tenir en éveil et il suffit pour cela de comparer la République française de 1878 à celle de 1795. Alors aussi les anciens partis étaient vaincus comme aujourd’hui ; ils l’étaient même davantage, car il n’y avait plus de noblesse et il n'y avait pas de cléricaux. La France de 1795 ignorait les pèlerinages; elle ne parlait pas de « sauver Rome et la France t> ; elle ne connaissait pas lesuniversités catholiques ni les cercles catholiques d’ouvriers; elle n’avait pas sa magistrature, son personnel exécutif et son état-major d’armée presque exclusivement composés des plus implacables ennemis de la république; elle n’avait aucun de ces maux dont nous souffrons et cependant elle est tombée. Il a suffi pour la tuer de l’existence d’une centralisation outrée qu’un soldat victorieux sut faire tourner à son profit.
- Nous oublions trop cela. Nous oublions trop que tout près de nous, d,eux fois en 7 ans, le 54 mai et le 16 mai, l’administration centralisée est tombée entre les griffes des cléricaux et qu’ils ont su montrer tout le parti que l’on peut tirer d’une organisation aussi vicieuse.
- Ils n’ont pu triompher, c’est vrai ; mais qui donc oserait dire que ces gens-là auraient fait à la France tout le mal qu’ils lui ont fait si les Départements avaient joui d’un certaine autonomie ?
- La France n’est pas la seule république* du monde. L’Europe en présente une autre et l’Amé -
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- rique en compte seize. Eh bien, sur ces 17 autres républiques, deux seulement sont dignes de ce nom, la plus petite et la plus grande : toutes deux sont décentralisées. Les 15 autres où la centralisation est assez puissante sont des régimes qui tournent déplus en plus à la dictature, qui sont travaillés do plus en plus par le clergé, et qui ont des militaires à la présidence.
- Il importe à la France de ne pas trop leur ressembler.
- En, Champury.
- La présence dans cette livraison des Tables analytiques du volume nous oblige A ajourner la suite du feuilleton ainsi que les articles sur Y Art dans la Dérnocratie et sur la Réforme de la Magistrature.
- Une grave indisposition de notre correspondant de Londres a été la cause que nos lecteurs ont été privés de ses lettres depuis quelques semaines. Sans être encore rétabli il est en état toutefois d’écrire de nouveau et nous taisons des vœux pour que la maladie ne vienne plus l’interrompre.
- LETTRES D’ANGLETERRE
- Correspondance particulière du Devoir.
- Londres, 4 septembre 1878.
- La grève qui a régné aux environs de Blackburn et de Blindée, il y a trois mois, a coûté net un million de livres, vingt-cinq millions de francs. Les ouvriers ont repris leur travail en acceptant la diminution imposée de dix pour cent. Co succès des patrons a amené ceux des autres districts cotonniers, à Oldham, Bolton, Bury, Ashton, etc., à imposer à leur tour une réduction de salaire considérable. À Radcliffe, la diminution forcée n’est pas moindre de 8 1/2 pour cent; plusieurs milliers de dévidours et do tissorands so sont refusés à accepter d’aussi dures conditions et à l’houra qu’il est, une douzaine de manufactures déjà sont fermées II n’y a pas eu de grève à Radcliffe depuis 27 ans; les ouvriers sont partout animés des meilleures intentions; les chefs des trados-unions sont tellement pacifiques et poussent leurs sentiments de conciliation si loin que leurs compagnons les accusent presque de trahir les intérêts dos ouvriers pour ceux des maîtres; malgré tout cela ceux ci sont intraitables el imposent leur volonté souveraine et sans appel aux malheureux que la crise industrielle leur livre Bans défense, c’est-à-dire sans avoir la ressource d’occuper leurs bras ailleurs. Pourquoi celle dureté de leur part ? est-ce méchanceté pure ? est-ce âpreté au gain ? Ni l’un, ni l’autre; les fabricants veulent reconquérir sur les marchés de l’Europe, la suprématie que leur fait perdre la concurrence de l’Amérique. IJs diminuent les irais de production en rognant la main-d’œuvre, afin d’offrir leurs produits à meilleur marché. Les consommateurs en profiteront, sans doute; mais c’est tuer la poule aux œufs d’or; car dans un pays tout d'industrie, où les métiers so font concurrence les uns aux autres
- pour employer les mains, les jeunes gens au lieu d’aller s’offrir aux filateurs qui payent mal ou peu, iront chercher du travail aux usines qui donnent un salaire rémunérateur, C’est de l’économie mal comprise et les patrons s’en apercevront sitôt qu’ils auront reconquis la haute main sur les marchés et qu’ils voudront continuer à produire beaucoup pour être toujours prêts à répondre aux demandes de la consommation.
- Le travail a peine à reprendre partout ; la perturbation jetée dans les affaires par la dernière guerre est loin de s’effacer ; les capitaux restent hésitants, nul ne se risque à courirl’aventuro d’une production hasardée; on ne travaille que sur ordre, et les ordres sont rares dans toutes les branches de l'industrie. Quand oelle ci chôme, les nations comme la France et l’Autriche ont la ressource d’occuper les bras à l’agriculture, mais l’Angleterre malgré sa bonne réputation de pays agricole avancée n’est pas un pays suffisamment agricole. La division des champs, la petite culture qui double les produits est impossible à cause do la propriété féodale qui so maintient malgré les progrès politiques de la* nation ; on fait l’élevage du bétail en bien des endroits où le travail pourrait faire produire du blé et trouver moyen par dessus le marché de nourrir autant de bétail qu'il y en a avec le système actuel.
- La population u’apas assez d’intérêt à cultiver et les revenus de la culture ne sont pas faits pour attacher ni le travailleur, ni le spéculateur au sol dont on ne tire pas ta moitié des richesses possibles. C’est un peu le mal du siècle et partout l’agriculture se trouve négligée au lieu d’êlre considée, comme elle l’est en réalité, comme la principale richesse nationale et la première dos industries. L’immense commerce de l’Angleterre qui lui permet d’aller au loin chercher tous les produits de la terre dont elle manque, jusqu’au bétail vivant, est un peu la raison de l’insouciance générale à l’égard de la question agricole et do l’abandon relatif où on laisse la plus grande partie des campagnes.
- On est assez riche pour acheter des substances, croit-on : oui, mais les populations ouvrières souffrent; on se détourne du travail ; la masse recherche une occupation d’intermédiaire; au lieu de produire, on s’occupe à trouver quelquo choso à vendre ; chacun augmente le malaise, au lieu do le diminuer ; les pelits détaillants se multiplient et à l’exemple des gros négociants vivent du produit de l’industrie qui va chaque jourdiminuant. C’est là une situation grave et qui n’est pas particulière à l’Angleterre seulement ; les Etats-Unis souffrent bien aussi de ce malaise et pour peu que cela dure, l’un et l’autre pays devront résolument se retremper dans l’agriculture.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- Jamais période n’a été pins vide d’incidents dignes d’être signalés que la huitaine qui vient de s’écouler. Les conseils généraux ont, pour ainsi dire, tous terminé leurs sessions. Les ministres on t cessé do prononcer des discours, ce qui ne veut pas dire qu ils aient commencé «l’agir. La chasse ouverte dans tous les départements va absorber les loisirs do la plupart de nos hommes d’Etat cl do nos personnages publics. Bref, on so trouve dans un calme plat qui va vraisemblablement se prolonger pendant quelques semaines encore.
- Avant de quitter Paris, les instituteurs venus pour visiter l’Exposition ont en une grande réunion dans l'amphithéâtre de la Sorbonne. Ils ont remis au ministre de l’Instruction publique une adresse dans laquelle ils affirment leur dévouement « à la Jeunesse, au devoir et aux instithtiohsqüe la Frances’cst librement données. » M. Bardoux leur a répondu par un discours d’adieu dans
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- lequel il leur a recommandé de s’appliquer à faire arriver notre paya par les enfants confiés à leurs soins ; et de ne pas oublier les efforts accomplis depuis huit ans par la France pour se relever. Si le- ministre veut que Les instituteurs puissent agir en véritables républicains, il importe qu’il n’oublie pas que nombre de recc teurs et* d’inspecteurs d’académie sont encore inféodés à la cause réactionnaire et cléricale.
- Le mécontentement est très-vif, dans le monde industriel indigène et étranger, contre les décisions prises par le Commissariat général do l’Expositiom universelle touchant la distribution des récompenses. Les justes réclamations que nous avons signalées dans noire dernier bulletin n’ont pas été accueillies ; on n’aurait même pas honoré d’une réponse les réclamants. Eu égard â la date tardive où les récompenses seront distribuées, il était, cependant fort naturel do demander que la liste des lauréats fut publiée sans délai, et l’on ne s’explique pas le mauvais vouloir du Commissariat dans cette circons tance. Le gouvernement parait, de son côté, ne pas vouloir s’occuper de l’affaire et l’on ne peut que regretter une pareille indifférence qui produira certainement une impression fâcheuse, tant en France qu’au delà de nos frontières. Il est encore temps d’aviser. Nos ministres devraient y songer.
- Un incident regrettable est venu appeler de nouveau l'attention publique sur la nécessité absolue de procéder à une sérieuse épuration du personnel administratif, Un juge de paix de Paris, assisté par un maire d’arrondissement. (celui du 8e) S’est opposé à l’inscription du 'nom de M Cernuschi sur la liste du jury criminel sous prétexte « qu’on ne savail même pas si M. Ger-nuschi était français. » Or M. Cernuschi est inscrit sur la liste électoraleVuelejugedepaix avait sous les ÿeux au moment où il faisait la sortie inconvenante qui a si justement ému l’opinion et personne n’ignore que cet économiste distingué a reçu il y a huit ans de grandes lettres de naturalisation et que son dévouement aux intérêts français et à la République sont notoires. Une plainte a été adressée contre le juge de paix et le maire dont il s’agit, à M. Dufaure et à M. de Marcère. Il serait vraiment scandaleux qu il n’en fût pas tenu compte et, cependant, étant donné la faiblesse de nos gouvernants, on peut tout craindre à cel égard.
- Le Journal officiel a publié, ces jours-ci, le décret qui nomme pour une période de trois ans les nouveaux membres de la Commission supérieure chargée de la surveillance des enfants et fils mineurs employés dans l’industrie. La Commission précédente contenait la fine fleur du clan de la réaction cléricale, quinze personnages, tels que l’abbé de Broglio, par exemple. Aussi la grande préoccupation de ces commissaires était-elle, non pas de veiller à ce que les enfants puissent devenir plus robustes et plus instruits, mais à ce qu’il fût'pos-sible de les plier, à l’aide d’exercices pieux, aux pratiques régulières du catholicisme ultramontain. Nous aimons à croire que la Commission nouvelle suivra une autre route et que les membres nommes par M. Teisserenc de Bort, se préoccuperont surtout d’assurer aux enfants employés dans l’industrie, le moyen de devenir de bons et utiles citoyens. Ils transformeront aiusi une loi cléricale par scs originesen une loi salutaire de régénération sociale.
- Mardi a été célébrée, avec une grande pompe, dans l’Eglise Notre-Dame de Paris, une cérémonie funèbre, à l’occasion de l’anniversaire de la mort de M. Thiers. Cette solennité patriotique a eu un éclat extrême. Un nombre considérable de villes et de corps constitués s’étaient fai t représen ter par des délégués. Le gouvernement, en corps, a l’exception du ministre de la guerre, remplacé par son chgf de cabinet, et de M. Dufaure, représenté par M. Savary, assistait au service funèbre. Plus de huit mille personnes so pressaient dans la nef de Notre-Dame, puant à la foule qui stationnait aux alentours de l’édifice elle était innombrable’ et malgré
- C'îtte afïluence, l’ordre n’a pas un seul instant cessé de régner. Quelqu’opinion que l’on puisse avoir sur la politique de M. Thiers et sur la façon dont il entendait le gouvernement, il est incontestable qu’il a puissamment contribué à raffermissement de la République et. à ce titre, il est incontestable qu’une grande reconnaissance doit lui être vouée par le pays qu’il a énergiquement refusé de livrer aux factions dynastiques.
- Les journaux* signalent une lettre écrite par M. de Montalivet à la veuve de M. Tluers à l’occasion do l'anniversaire do la mort do l’ancien président de la République, lettre dans laquelle l’ancien ministre do Louis-Philippe émet l'espoir que les électeurs sénatoriaux se prononceront on faveur des candidats républicains.
- On se souvient que M. de Montalivet s’était énergiquement prononcé, l’année dernière contre la politique des hommes du 16 Mai et qu’il n’a cessé de proclamer que tous les bons citoyens ont le devoir de travailler à raffermissement du régime républicain. Il est demeuré fidèle à la ligne de conduite qu’il avait adoptée et il affirme, aujourd’hui, que «la présence au Sénat d’une » majorité fermement animée des mêmes sentiments » que la majorité de la Chambre des députés sera le » couronnement de l’œuvre républicaine léguée à son b pays par le grand homme d’État que la France a * perdu. » Nous aimons à croire que les délégués des Conseils municipaux de nos communes sauront se conformer à ces sages et patriotiques conseils, émanés d’un homme dont on ne peut suspecter le caractère et dont ie désintéressement est absolu.
- Un petit fait, qui paraît au premier abord sans importance mais que nous relevons comme un signe des temps, montre combien les idées font de progrès en province.
- Au Comice agricole qui vient d’avoir lieu à Toul, M. Daunoy, vice-président du comice, a porté un toast aux instituteurs.
- C’est à notre connaissance, le premier toast porté aux instituteurs dans un comice agricole.
- M. Daunoy a été chaleureusement applaudi.
- Un instituteur a répondu et a été, lui aussi, couvert d'applaudissements
- Les nouvelles de l’extérieur sont aussi insignifiantes que celles de l’intérieur, La Turquie est en proie à une agitation intérieure dont le caractère est difficile à définir et qui, suivant l'habitude, a été fomenté par les ulémas et lessoftas. On a même été jusqu’à annoncer que, à la suite des manifestations récentes, Midhat-Pacha, qui était à Londres, aurait été rappelé par le Divan à Constantinople. Il est certain que le gouvernement anglais verrait d’uu très-bon œil le retour do Midhat aux affaires et M. Layard ne fait aucune difficulté de soutenir l’opinion que ce retour ferait disparaître les difficultés qui s’opposent à la réalisation des projets de réforme que le gouvernement de la Reine Victoria vient élaborer pour r Asie-milieu te. Quoiqu’il en soit ou ne sait encore rien de certain touchant le rappel de Midhat et tout se borne à des bruits plus ou moins vraisemblables.
- L’opinion publique s’était vivement émue, tant en France qu’au dehors de certain article publié par la nouvelle presse libre de Vienne et dans lequel se trouvait exposé tout un projet d'alliance offensive et défen • sive entre le gouvernement italien et le Bey de Tunis. L’organe officieux VItalie avait déjà opposé un démenti formel aux assertions de la feuille viennoise. Il p trait, en effet, que la nouvelle est dénuée de tout fondement et l’on annonce que Y Italie va publier un nouvel article contenant un démenti plus détaillé et plus énergique que le premier et qui prouvera qu’il n'a jamais existe de pourparlers entre la Tunisie et le gouvernement italien
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- et que le cabinet de Rome n’a jamais songé à établir son protectorat sur la côte africaine.
- On attendait avec une certaine impatience l’ouverture du Reichstag allemand renouvelé et l’on annonçait que cette préface des travaux législatifs du parlement de l’Empire aurait une importance politique considérable, on parlait d’un discours du trône retentissant, qui serait prononcé par le prince impérial en personne, et où l’on trouverait un exposé complet delà politique actuelle du gouvernement. Il faut croire qu’on a renoncé à ces beaux projets, car la Gazette de /•’Allemagne duNord annonce « qu’aucune décision n’a été prise encore touchant l’ou verture du Reichstag » Il est vraisemblable que les difficultés au milieu desquelles s’agite le chancelier de l'Empire ne lui ont pas encore permis d adopter un plan de conduite définitif. Le prince de Bismarck comptait se rallier les partisans du Kultus Kampf en les menaçant d’une alliance avec les ultramontains, s’ils ne votaient pas les lois d’exception contre les socialistes ; d’autre part il se flattait de se concilier les voix catholiques en faisant luire aux yeux du parti clérical, la possibilité d’un motus vivendi. Il ne parait pas que ces combinaisons, dont la moralité est singulièrement contestable, aient produit les effets attendus. Le Chancelier ne tient pas encore sa majorité parlerrfontaire et il est douteux qu’il arrive même a en constituer une qui soit bien viable.
- Les socialistes allemands ont l’intention, paraît-il, de dissoudre spontanément toutes leurs associations et de suspendre la publication de leurs organes dès que la lot adoptée par le Conseil fédéral aura reçu, si elle la reçoit, la sanction du Parlement. Ils-ont résolu ces mesures afin de ne donner aucun prétexte aux poursuites et aux saisie. La propagande n’en continuera pas moins clandestinement et, au fond, le gouvernement allemand ne gagnera rien à vouloir réfréner par des procédés despotiques, la diffusion de doctrines que l’oppression et le mystère rendront plus attrayantes encore.
- C’est exactement ce qui va se passer en Russie. Le gouvernement de Saint-Pétersbourg obéit à la panique dont a été saisi le paiti conservateur à la suite de l’attentat dont le général Melzenzoff a été victime. Les nihilistes redoublent d’activité et d’ingéniosité dans leur propagande et ne paraissent point s’effrayer des menaces du dernier ukase impérial, ils viennent de créer un organe nouveau qui commence déjà à circuler, malgré la surveillance des autorités et qui ne pourra que donner plus d’unité à la direction des affiliés, et plus de cohésion aux membres de la secte. C’est ainsi que le despotisme se voit toujours déjoué dans ses conceptions,
- On annonce que le comte Schouvalofl serait nommé ministre de la police et que des changements importants seraient apportés dans l’organisation du service de lu sûreté générale. Le comte Schouvalofl est partisan de la compression à outrance. Si la nouvelle que nous signalons se confirme, des modifications seraient apportées au personnel diplomatique : le prince Orloff remplacerait, à Londres, le comte Schouvaloff, M. de Novïkof irait à Paris et M. d’Oubril à Tienne.
- La Commission internationale d’enqpête sur les atrocités commises par les Bulgares sur la population musulmane a terminé son voyage dans les monts Rhodopo et vient de consigner dans un rapport les faits qu’elle a relevés. Ce rapport est rempli de détails odieux qui font peser une lourde, très-lourde responsabilité sur les chefs de l’armée russe. Le cœur se serre quand on lit ces détails. Il y a, en ce moment, dans les monts Rhodope et en Bulgarie plus de trois cent mille musulmans abandonnés à toutes les horreurs de la misère et de la famiue. Le gouvernement turc réclame instamment auprès du Czar pour obtenir que les autorités bulgares et les soldats russes cessenl de persécuter ces infortunés. Le colonel de Pétersbourg a répondu qu’il donnerait des ordres
- clans ce sens, mais l’incrédulité dont il fait montre à l’égard des faits qui lui sont signalés permet de craindre que les instructions annoncées n’aient pas un caractère très-sérieux.
- aOn a peu de nouvelles intéressantes de Bosnie. Les troupes autrichiennes de renfort arrivent seulement et les opérations militaires sont nécessairement suspendues. En Herzégovine une insurreption a éclaté à Tré-biiige et les. troupes ottomanes ont livré de nombreux combats aux insurgés, avec lesquels elles s’unissent en Bosnie. On le voit, l'anarchie est complète dans ce malheureux pays, et il est impossible de prévoir quand le repos pourra lui être donné.
- Il est môme à redouter que ce repos ne puisse de longtemps prendre un caractère définitif. La violation du droit des gens n’entraîne jamais la pacification des esprits.
- VARIÉTÉS
- Une messe dans tin temple protestant
- Une messe dite dans un temple protestant est chose qui ne se voit pas souvent, mais qü’on a pu voir à Berne, il y a peu de jours. Le vicomte de la Vega, chargé d’affaires d’Espagne en Suisse, a voulu faire dire pne messe pour le repos de l’àme de la reine Mercédès. Or, l’église catholique de Berne n’appartient pas aux catholiques romains, mais aux catholiques libéraux connus sous le nom de vieux-catholiques [la grande majorité des catholiques delà ville a rompu avec î’ultramonianisme.) Les catholiques romains de Berne célèbrent leur culte dans une petite salle qui ne pouvait convenir en une circonstance aussi solennelle; d’un autre côté, M. de la Yoga ne voulait pas s’adresser aux vieux-catholiques et leur demander l’usage de leur temple. Il s’est adressé aux protestants, qui ont immédiatement consenti à ce qu’il demandait, et c’est dans le temple protestant français que la messe de Requiem a été dite avec grande pompe.
- Il est permis de se demander si l’église romaine ferait preuve du même esprit dé tolérance au cas où un protestant aurait demandé pour son culte l’usage d’une église détenue par le clergé romain.
- Un Chinois bachelier
- Peu de jours avant les vacances, M, Ua-Kie-Tchong, officier chinois, membre de la mission d’instruction dirigée par le mandarin Li et M, Giquel, a passé devant la Faculté do la Sorbonne, l’examen de bachelier ès-Iet-tres.
- Le jury do la Faculté a félicité M. Ua-Kie-Tchong du brillant succès de son examen et l’a déclaré reçu bachelier aux applaudissements des auditeurs.
- Los Femmes artistes
- Au dire do M. Jean Alesson, rédacteur en chef de la Gazette des Femmes, U y a à l’heure qu’il est 73 artistes féminins vivants ayant obtenu des récompenses aux divers salons de Paris :
- Une d’elles est décoré de la Légion d’honneur, c’est Rosa Bonheur ;
- 14 ont obtenu des premières médailles,
- 19 des secondes médaillés.
- et 39 des troisièmes médailles.
- La statistique des mentions honorables n’est pas faite.
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- La poudre de riz et l’arsenic.
- Nous trouvons dans les journaux anglais de nombreux cas d’enpoisonnement attribués à l’emploi de la poudre de riz à la violette, falsifiée avec différents produits, notamment avec l’arsenic, comme l'ont démontré les analyses faites par les chimistes experts.
- A Loughton, dans le comté d’Essex, une épidémie éruptive a éclaté soudainement, et on constatait une quinzaine de victimes en peu de jours parmi les enfants. M. Octavius Deacon parvint à trouver la cause de cette mortalité qu’il attribue à l’emploi de la poudre de riz vendue par des parfumeurs et des éDiciers. dont pas un n’était chimiste. Ce produit était débité dans de petites boites de la dimension des boites d’allumettes, au prix de deux sous, ce qui permettait aux familles pauvres d’en faire usage pour leurs enfants. L’analyse des chimistes Jones et Evans ayant constaté la présence d’une certaine quantité d’arsenic, M. Deacon fit un rapport aux autorités de Whilehall, qui envo3rèrent unins-pecteuï*chargé de faire une enquête, et de traduire, s’il y avait lieu, les commerçants devant le tribunal correctionnel. Le rapport officiel n’a pas encore été publié, mais nous pouvons affirmer d’avance que les craintes formulées seront pleinement confirmées par l’enquête.
- Dans le même comté, un parfumeur comparut devant le tribunal correctionnel, sous inculpation d’empoisonnement par l’arsenic contenu dans la poudre de riz. L’accusé prétendit ne s’être jamais servi d’arsenic dans son usine de parfumerie; que s’il en existait dans ce produit,' c’était à son corps défendant, et qu’il ne pouvait exister que dans l’amidon qui lui était vendu. Il fut acquitté par le tribunal.
- A Goole? lp docteur East fut appelé à soigner la femme d’un marin* à l’époque de ses couches; quatrç jours après il était mandé de nouveau pour examiner le nouveau-né atteint d’une éruption de peau présentant les mêmes symptômes que la rougeole ; mais plus accentuée aux jointures des membres et sur la poitrine. La poudre d’amidon fut substituée à la poudre de violette employée jusque-là dans les soins de propreté donnés à i’enfant; peu de temps après il était hors de danger. La poudre de riz fut soumise à une analyse minutieuse, au microscope, parle docteur Parsons, officer ofhealth, qui constata qu’elle ne contenait pas d’arsenic, mais une grande quantité de sulfate de chaux hydratée parfumée avec de la violette.
- Le même fait était constaté parle docteur Russel dans un rapport municipal de Glasgow. Sur trois spécimens de poudre de riz soumis à son analyse, le premier était pur, le second mélangé avec du gypse, le troisième avec de l'arsenic, du çhypre, et de la craie. Ces produits irritants par eux-mêmes, étaient opposés au but que doit atteindre la poudre de riz, et n’étaient employés que par économie, l’amidon en poudre coûtant 0 f. 85 le kilo, l’arsenic blanc 0 f. 25, la craie 0 f. 25, et le gypse 0 f. 07.
- Un officier allemand achète dernièrement une paire de gants à Kehl. Il la porte deux jours et se sent pris d’une grande faiblesse, notamment dans les mains. Il fit faire l’analyse des gants, et on découvrit dans la poudre employée une grande quantité d’arsenic.
- Un autre fait du même genre est signalé en Suède. Le professeur Waldenstrum fut pris soudain de vertiges, et l’analyse des couvertures de son lit fit constater de l’arsenic. Se souvenant de la mort subite et mystérieuse d’un de ses enfants quelques années auparavant, il fit examiner les vieilles couvertures, qu’on trouva fortement imprégnées d’arsenic.
- Nous espérons que ces exemples feront réfléchir nos dame sur l’abus qu’elles fout souvent de la poudre de riz à la violette. Nous les recommandons tout spécialement à ceux qui osent affirmer « que jamais dans une maison il n’entre involontairement de l’arsenic. »
- {Journal d'hygiene.)
- TJne Thèse en Sorbonne
- Un journal en langue tchèque paraissant à Prague, la Narodni Listy, donne de curieux détails sur une thèse soutenue en Sorbonne le mois dernier pour l’obtention du doctorat ès-lettres, par M. Ernest Denis, ancien élève de l’Ecole normale supérieure revenu dans son pays après quatre années passées en Bohême à étudier sur place Palacky et autres historiens de ce curieux pays.
- Cette thèse, qui vient d’être éditée chez Leroux, roulait sur Jean F^ss et la guerre des Hussites, c’est-à-dire sur les précurseurs de la liberté de conscience.
- On sait que l’opinion cléricale compte de nombreux représentants dans le personnel enseignant de la Sorbonne.
- A l’exception de M. Saint-René-Taillandier, dit la Narodni-Listy, aucun des nombreux contradicteurs de M. Denis n’avait la moindre connaissance de la Réforme bohème. A quoi pourraient servir ces profanes connaissances,à un clérical endurci et à un bon réactionnaire ? L’instinct naturel lui suffit pour reconnaître un ennemi dangereux dans le livre qui retrace les luttes gigantesques du peuple tchèque pour la liberté et le progrès. Les objections violentes et vides, les traits d’esprit plus bizarres que justes, par lesquels la majorité des professeurs cherchait en vain à dissimuler sa complète ignorance de la question, rappelaient involontairement le tumulte qui, à Constance, couvrit la voix de IIuss et de Jérôme de Prague. Ce souvenir du Concile a frappé impérieusement tous les esprits quand un des contradicteurs de M. Denis lui a dit ; « Nous sommes dans les murs de la vieille Sorbonne, j’ai entre les mains votre livre, où vous défendez avec un enthousiasme si enflammé vos Tabarites, et je ne puis m’empêcher de penser que vous auriez été condamné au bûcher comme ceux que vous représentez,si vous l’aviez écrit quelque quatre siècles plus tôt... »
- La réponse n’a pas été longue à venir et elle a assuré au candidat la sympathie du public :
- «C’est précisément à ces Tabarites, s’écrie-t-il, c’est au sang généreux qu’ils ont répandu pour la liberté que je dois d’échapper au bûcher : il m’est bien permis de leur en être reconnaissant. »
- Ceux de nos lecteurs qui ont fréquenté la Sorbonne peuvent juger de la grimace qu’ont dû faire les vieux professeurs.
- Jamais pareille soutenance ne s’était vue à la Sorbonne.
- LE CONGRÈS INTERNATIONAL Dü DROIT DES FEMMES (1).
- il
- La séance plénière de la section de morale s’est ouverte par un magnifique discours de mademoiselle Maria Deraismes, sur la morale, son origine, sa nature etc.
- La morale, a dit M110 Deraismes, n’est pas une connaissance innée, mais une science. La morale des peuples varie avec leur degré de civilisation... La morale ne vise que le droit... Le droit de l’un étant le devoir de l’autre, la morale est la science des rapports humains.
- La morale a été dogmatique avant d’être scientifique;
- (1) Voir notre numéro du 28 août.
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- la morale dogmatique a eu pour conséquence l’annihile-ment des volontés et l’arrêt du développement social,
- La théocratie, le privilège sont justifiés par la morale dogmatique.
- La révolution française, qui nous a apporté de grands et noblos principes a oublié do s’occuper de la femme.
- L’orateur réclame l’égalité des deux sexes, l’abolition des privilèges de mœurs et des mesures de police vexa-toires et pernicieuses. Elle espère que notre siècle verra disparaître les dernières injustices légales.
- Après Mllû Beraismes, M. Àlesson, rédacteur do 1 a, Gazette des femmes, démontre, par des chiffres, les effets désastreux de la prostitution légale au point de vue des mœurs et de l’hygiène. Il demande la recherche de la paternité et émet le vœu qu’il soit mis entre les mains de chaque femme une sorte do vado mecurn, l’instruisant de ses droits, do ses devoirs, des pièges qui lui sont tendus.
- M“° Griess-Traut a démontré combien la guerre est en même tçmpB une folie et un vestige des temps barbares. C’est l’assujettissement de la femme qui a rendu la guerre possible.
- Pour disposer des hommes, il a fallu annuler la femme. Le code Napoléon est un chef-d’œuvre du genre.
- Ne pourrait-on pas, avec los milliards qü’on emploie à s’entre-tuer, faire de la terre un paradis? Mino Griess conclut en demandant que les femmes présentent au parlement une pétition pour demander l’arbitrage international dans les traités do commerco e4 l’abolition de la guerre.
- MIJa Drouin fait ensuite un tableau déchirant du système de claustration, auquel on soumet les prostituées, lorsqu'elles sont malades ou punies.
- Elle réclame l'établissement de maisons de convalescence physique et morale, dans les provinces surtout,
- . et elle demande pour répandro colle idéo généreuse le concours de la presse des départements.
- M. Camille Chaigneau plaide, non pas lo droit de la femme, mais son corollaire : le devoir de l’homme. « C’est à nous, hommes, s’écrie-t-il, à reconnaître l’abus fait par nous de notre force, la négation que nous avons fait du droit des femmes, la distmelion inique que nous avons établie dans la morale, suivant que nous l'appliquons à nous ou à la femme. »
- Tous les cœurs vibrent à cet appel généreux et courageux.
- M. Derode lit au nom de M. le docteur Chapmaim un travail de statistique destiné à prouver que le système de la prostitution légale csl plus qu’inutile, qu’il est pernicieux.
- Enfin Mmo Venturi démontre tout co qu’a d’ignoble la traite des esclaves blanches.
- Elle demande rétablissement d’hôpitaux largement établis où les femmes déchues seraient traitées humainement, au moral comme au physique.
- Les abolitiom istes, en Angleterre, battent en brèche cette institution de la prostitution et M*"0 Huiler a fait, à ce sujet, mie campagne mémorable dont tout le monde connaît les détails et les résultats. A ceux qui disent que la prostitution légale est un mal nécessaire, elle répond'qu’il n’est ..as de maux nécessaires.
- Les résolutions formulées par cette section du congrès ont ensuite été lues : Eu voici le texte.
- Lo congrès émet le vœu: 1° Que la loi place la femme dans des conditions qui lui permettent d'accomplir librement les devoirs que la loi morale lui impose;
- 2* Que la réglementation officielle soit abolie ;
- 3° Que les mesures de police se bornent à faire respec ter l’ordre public sans distinction de sexe;
- 4° Qu’il se fonde autour des maisons centrales de femmes de nombreuses œuvres laïques pour venir au secours de ces malheureuses qui sont le plus souvent abandonnées par leur famille ;
- 5° La section de morale s’en remet à la section de législation pour la question de la recherche delà paternité, convaincue que ses résolutions seront en harmonie avec-les principes do morale que nous avons posés.
- G 1° Que les articles 354 et 856 du Code pénal visant les détournements de mineures soient énergiquement appliqués ; 2° Que la séduction suivie d’abandon d’une fille mineure soit assimilée au délit d’excitation à la dé-baucho, prévu par les articles 334 et 336 ;
- 7° Que partout où elles existent los maisons publiques ouvertes à la débauche soient supprimées.
- 8° Considérant que lo célibat est mio des grandes causes d’immoralité, le congrès émet le vœu que toutes les causes légales qui retardent ou empêchent Lo mariage disparaissent progressivement.
- La section de législation dont les études portaient sur un terrain brûlant, a fourni deux séances plénières extrêmement intéressantes.
- Sous la présidence do M, Antide Martin, la première S’est ouverte par un rapport de mademoiselle Mozzoni, qui a fait Tbistoriquo de la législation et a déterminé le but qu’elle doit s’efforcer d’atteindre.
- La législation a-t-elle dit, devrait avoir pour base la nature, et la loi être faite do telle sorte que tout honnête homme s'y conforme même saus la connaître.
- La loi ne doit pas permettre à l’un ce qu’elto défend à l’autre. Si la femme est incapable,, pourquoi ost-ello responsable 7 Si ello est responsable, c’osl qu'ello n’est pas incapable.
- M. Léon Uicher. dans un remarquable rapport met a nu l’iniquité flagrante de la législation à l’égard de la femme.
- Le fondement du droit civil contemporain, dit il, c’est le principe d’égalité.
- Tous les citoyens sont égaux devant la loi, mais-la femme qui est une personne est considérée par la loi comme une chose.
- Elle est infériorisée comme mère, comme épouse, cpmmc citoyenne.
- Un article de la loi dit : t Un fils, avant 25 ans, une fille, avant 21, ne peuvent contracter mariage qu’aveô le consentement du père et de la mère. »
- Et uu article ajoute « en cas do dissentiment, le consentement du père suffit. »
- M. Léon Hicher cite divers autres textes de lois aussi vexatoircs pour la femme.
- Il rappelle que le mari a le droit de disposer des titres,et
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- valeurs immobilières qui appartiennent à la femme et do dissiper ses revenus. Il demande l’égalité, devant la loi, de l’homme et de la femme.
- Mm0 Sabatier, développe ensuite les abus que fait naître le système de séparation de corps entre les époux, et demande que ce système soit remplacé par le divorce.
- Après elle, M. Lévrier expose la situation fausse faite à lâ femme dans la société par le préjugé, les usages, les lois.
- Le 7 août la séauce continue.
- M. Anlide Martin lit une communication deM. Galli-gari, annonçant qu’un projet de loi demandant l’admission doS femmes à voter aux élections communales vient d’ôtre déposé au bureau de la Chambre des députés de Roumanie.
- M. Léon Richer traite de l’adultère, auquel le divorce mettrait un frein. Los préjugés mènent le monde, dit-il. Lorsqu’on émet le vœu que le divorce soit établi, les adversaires ne manquent jamais d’objecter l’intérêt des enfants, sans examiner ce qui est réellement l'intérêt des enfants.
- L’orateur s’indigne de l’injustice de cette loi qui punit l’adultère de la fommo et laisse impuni l’adultère du mari.
- Il n’admet pas deux morales, Fuiae coulante pour les hommes, l’autre restreinte pour les femmes, et il demande que les lois pénales n’établissent aucune différence entre l’adul 1ère delà femme et l’adultère de l’homme, en quelque lieu qu’ait été perpétré le délit.
- Cette conclusion est adoptée.
- M. Galligari proteste, et prétend que la loi sur le divorcé suffît. M. Léon Richer fait observer que le divorce, on rendant moins nombreux les cas d’adultère ue les fera pas disparaître. Après une discussion assez longue, & laquelle prennent part plusieurs personnes. M. Calli-gari remet sa carte de membre du Congrès et se retire.
- M. Antide Martin lit un rapport sur la poursuite de la séduction.
- Il dévoile les plans do la société qui font de la femme, de la jeune fille mineure surtout, la proie du premier venu. Il demande que la séduction, accompagnée de manœuvres mensongères, de promesses de mariage, soit punie.
- M. Antide Martin parle ensuite sur la recherche de la pâterhiLé. Même origine, même plan que pour la séduction, mémo complaisance do la loi pour l’homme, de la loi qui interdit la recherche de la paternité.
- Il dépeint la situation terrible faite aux enfants dits de père et mère inconnus, ou aüx eqfants portant le nom de leur mère, ou aux enfants adultérins.
- M. Antide Martin exprime le vœu que la recherche do la paternité soit permise.
- Mm0 Vcnturi, dans une allocution pleine de logique et d’humour, demande l’abolition de la réglementation des mœurs par la police.
- Voici le texte des autres vœux émis par la section de législation.
- Le Congrès considère la liberté absolue du divorce comme le meilleur remède contre l’adultère.
- Il exprime le vœu que la recherche de la paternité par les voies judiciaires soit admise et poursuivie, sans frais,
- en faveur de tout enfant non reconnu, et aussi à la requête de la jeune fille mineure dont la séduction par des manœuvres mensongères et des promesses de mariage a été constatée.
- Le Congrès ajoute qu’il est utile que les lois sur le droit à la succession du père soient rendues égales pour tous ses enfants sans distinction entre eux.
- Le'Congrès émet aussi le vœu que les lois pénales n’établissent aucune différence entre l’adultère de la femme et l’adultère de l’homme, en quelque lieu qu’eût été perpétré le délit.
- Le Congrès exprime son très-vif désir de voir intervenir le plus tôt possible, chez les nations qui en sont privées, une loi qualifiant de délit le fait de séduction d’une fille mineure accompli à l’aide de manœuvres mensongères et d’une promesse de mariage non réalisée. Cette loi devra conférer aux tribunaux connaissant le délit toute faculté de condamner, quand il y aura lieu, le délinquant à des dommages-intérêts envers la parlio plaignante.
- Eugénie PIERRE.
- (4 suivre).
- ENCORE BUDJET DE L’INSTRUCTION
- Nous extrayons d’une lettre particulière que nous adresse notre honorable aini, M. H. F. Amie], professeur de philosophie à FUniversité de Genève, les lignes très-substantielles qui suivent et que nous regrettons de trouver si courtes : ,
- € Apropos de la page 383 du Devoir, je vous Envoie quelques chiff res. .
- # Le canton de Genève, qui compte 90,000 âmes, consacre en 1878 à l’instruction publique (et vous savez que l’instruction privée y est fort développée aussi) le quart do son budget annuel ; exactement 1,100,000 fr. sur 4,900,000.
- » Cela fait, je crois, 23 1/3 francs par tête d’habitant donnés à l’instruction de la jeunesse.
- » Plusieurs états de la confédération américaine en font autant.
- f
- » C’est ce qu’il faut ne pas se lasser de redire à la France répub! icaino.
- » Si la France voulait rivaliser sur ce point avec d’autres républiques, c’est un demi-mil lard qui reviendrait à ce ministère ; il y a encore de la marge ; et si la République doit durer, il faut que cet écart diminue d’année en armée.
- » Et ce n’est pas seulement une question d’argent, mais d’esprit, de méthode, de logement, de récompenses scolaires, et, en un mot de système.
- » La tâche est vaste, elle est urgente. »
- Notre honorable ami a raison en principe, toute-
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- fois il voudra bien tenir compte que dans le canton de Genève il n’y a presque pas de population rurale. C’est à cause de cela que nous avions préféré l’exemple du canton de Berne, dont la proportion entre le nombre des habitants des villes et celui des habitants des campagnes se rapproche mieux de proportion qu’ont en France ces deux parties de la population,
- E. G.
- ii »eoÿ»o»
- RELÈVEMENT DE L'INDUSTRIE.
- Dans son discours présidentiel au Conseil général des Vosges, M. Glande, sénateur, a parlé avec beaucoup de mesure et de raison de la prospérité publique do la France.
- Parlant des travaux publics projetés : « Dans dix ans, a-t-il dit, si cette œuvre n’est pas entravée par les réactions politiques, notre outillage national, chemins de fer, canaux, ports, aménagement de nos ressources hydrauliques, etc., sera porté à la hauteur de celui des nations voisines qui, plus favorisées que nous, font aujourd’hui à nos grandes industries une concurrence trop facile.
- C’est ainsi, messieurs, que la République se met en devoir de réparer des négligences regrettables, de combler des lacunes importantes, de réaliser en un mot des programmes qui, après avoir été largement exposés dans les manifestes officiels, étaient restés à l’état de lettre morte etn’avaiént servi qu’à tromper la nationsurla puissance réelle de ses moyens de production.
- Telle fut la destinée du célèbre programme économique de 1860. Après avoir engagé l’industrie nationale dans une lutte où il promettait de la seconder par une vigoureuse impulsion donnée aux améliorations de toutes sortes, le gouvernement d’alors épuisa nos ressources dans les entreprises improductives, dans les expéditions lointaines, dans les dépenses ruineuses.
- La seconde partie du programme, la plus importante à coup sûr, celle qui devait assurer le triomphe de nos industries fut abandonnée. Eh bien! c’est précisément cette seconde partie du programme de 1860 que M. de Freycinet a reprise pour le compte de la République. L’éminent ministre ramena ainsi la question economique à son point de départ ; il la renferme dans les termes d’où il est impossible de la faire sortir, sans causer au pays des dommages irréparables. »
- On ne saurait mieux dire. L’état actuel de souffrance de quelques industries ne peut être imputé aux traités de commerce mais à l’état d'infériorité dans lequel se trouve la France vis-à-vis de l’Angleterre et de la Belgique relativement au système de communication.
- Nous sommes heureux de voir M. Claude se rallier aux idées que nous défendons, car jusqu’ici cet honorable sénateur, qui est propriétaire de., grandes usines, avait paru opter pour la protection.
- Les dernières livraisons ne le cèdent en rien aux précédentes. De belles illustrations reproduisent différents objets delà collection du prince de Galles ainsi que des tableaux et des statues remarqués au Salon de cette année et à l’Exposition universelle-Le texte est toujours varié et conçu dans le but de pouvoir être mis eqtre les mains de tout le monde.
- De temps à autre quelques poésies viennent y joindre leur note originale. C’est ainsi que la livraison du 10 août contient une Chanson marine de M. André Lemoyne et celle du 31 août la Rose humide, poésie de M. Ed. Cham-pury.
- Nous sommes forcés d’ajourner à notre prochain numéro les autres publications analysées dans notre bulletin.
- CHRONIQUE SCIENTIFIQUE
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- LE FOSSILE- IMAGINAIRE.
- Plusieurs journaux sérieux et même des revues ont reproduit avec la confiance la plus complète un article à sensation du South Pacific Times de Cailao.
- D’après cet article, M. Ch. Davis, -géologue, et M. Praxton son collègue auraient résolu d’explorer chimiquement un aréolithe colossal situé à 3 milles de Carcarana (Pérou). A l’intérieur de cet aérolithe ils auraient trouvé une cavité renfermant une amphore de métal blanc, un plat en argent et une momie dans un sarcophage. O merveille 1 le crâne de la momie est triangulaire, la face est piale et au lieu d’avoir un nez comme proéminence centrale elle jouit d’une trompe qui part du front, etc, etc.
- Le squelette, l’amphore, le plat d’argent ainsi que les attestations de la découverte, sont exprsés chez Don Francisco Ruigoni à Carcarana et les personnes que la science intéresse sont invités à venir les voir.
- Nous ne serions pas étonnés que quelques personnes fissent ce pèlerinage. Pour nous, quelque ami de la science que nous soyons', nous ne nous rendrons pas à l’invitation de Don Francisco Ruigoni, l’heureux détenteur de la trouvaille de Carcarana.
- La raison do notre abstention c’est que cette mirobolante histoire cueillie dans un journal américain n’est qu’une plate réédition d’un roman humoristique plein d© sel, paru il y a huit jours : Un habitant de la planète Mars, par M. H. de Parville.
- C’est M. de Parville qui doit rire, et p’us encore le mystificateur américain, car sa plaisanterie fait le tour du monde. E, C.
- le Musée universel Paris, A. Bàllue, éditeur, 3, Chaussée d’Antin.
- Nous avons déjà entretenu nos lecteurs do cette belle revue illustrée de vulgarisation artistique.
- Le Gérant : Godin.
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- TABLE ANALYTIQUE
- DU 1er VOLUME
- Du C3 MARS au 8 SE3PTEMBJR.B 18*78
- A
- Académie de Bâle, Ressources reçues de l’initiative privée, 408.
- Académie française. Elections à ce corps, 246.
- Accueil de la pre&se, 63.
- Adjudication publique des emprunts, 63.
- Affaires d’Orient. Les causes de conflit, 38.
- Agitation politique en Italie, 329, 344.
- Alcool. Usage des boissons alcooliques, 110,
- Aldershot. Procédés de gymnastique militaire, 248. Algérie. Services que peut rendre cette colonie, 341. Aliénation irrégulière de biens nationaux, 262, Alimentation, ses progrès en France, 89.
- Allemagne. Assoc. coopér. allem.de crédit, 174, 187, 238. Criminalité en Prusse, 69.
- Délations, 332.
- Effectif de l’armée, 376.
- Elections au Reichstag, 360, 363, 390. Embarras financiers de l’Empire, 103. Librairie allemande, 278.
- Relèvement du parti clérical, 374.
- Socialisme allemand, 200, 298, 312, 407, 424. Troubles politiques à Harbourg, 390, Utilisation abusive de l’armée, 407.
- Allen. Affaire scandaleuse du marquis d’Allen, 261. Alouette. Société littéraire et politique de ce nom, 133,232 Amigues. Procédés scandaleux prcettecandidat.,293,327. Angleterre. Agrandissement dansPAfrique méridionale39 Occupation et colonisation de Chypre, 308, 326 ! Conquêtes hygiéniques, 68, 269.
- Enseignement normal libre, 318.
- Etat de l’Entomologie dans ce pays, 60. Grèves, 88, 185, 217, 363, 422.
- Gymnastique militaire, 248.
- Archéologues japonais, 278.
- Art. Son rôle dans la démocratie, 378, 393.
- Association. Nos espérances à son égard, 13.
- Nécessité d’associer les trois éléments constitutifs de la richesse, 403.
- Opinion de M, Louis Blanc, 118.
- Association du capital et du travail, 313. Associations coopératives de crédit, 174 187, 238, 25t. ’
- Attentats. Voir Hœdel, Nobiling, Sassoulitch, Mezentzow Autriche. Agrandissement territorial, 340, 360.
- B
- Bachelier chinois, 424,
- Bachelière. La première en France, 4Q8,
- Baleine bombardée, 152.
- Banques populaires. En Allemagne, 174,187, 238 A Liège, 251.
- Banquet ouvrier. Projet, 149,
- Bami, sénateur. Nécrologie, 294,
- Baudet-Dulary. Nécrologie, 294.
- Belgique. Elections, 246.
- Luttes au Parlement, 25, 374.
- Berlin port de mer, 281.
- Bessarabie roumaine, 175.
- Bibliographie. 47, 9ô, 175, 191, 223, 240, 271, 286, 303, 319 368, 384, 400, 416, 428.
- Bibliothèque Nationale, dangers qu’elle court, travaux à y effectuer, 263 à l’usage des malades des Hôpitaux, 79,95. historique des départements, 279. Bienveillance envers les animaux, 309, 62.
- Billets de banque faux. Refus de remboursement, 262. Blanc. Discours de M. Louis Blanc, 118, 309.
- Bon sens, 364.
- Bosnie. Occupation par l'Autriche, 360,424.
- Boukarie. Nouvelle expédition russe dans ce pays, 344. Bourses dans les séminaires, 78.
- Broughton Ferry Bridge. Le plus grand pont du monde, 62 Bru d’Esquille. Citations de ce poète, 26, 111.
- Budget de 1878, 78.
- Bulletin continental, 416.
- Caisses d’assistance sociale, 241. 257,289.
- Caisses d’épargne. Améliorations à introduire, 87, 152, Caisses d’épargne scolaires, 119. Caisse générale des mines et de l’industrie, 27,
- Canal de Dunkerque à Nancy, 316, 398.
- Catholicisme. Statistique, 278.
- Ses conséquences. 137.
- Centenaires de Voltaire et de Rousseau, 75, 199, 211 294, 303,304, 308, 309.
- Chadwich, hygiéniste anglais, 58, 209.
- Champ de bataille, rôle qu’y peuvent remplir le chiens, 361.
- Charité ultramontaine, 120.
- Chari té et Justice. Opposition des deux principes,281,38 Chemin de fer de Valenciennes à Reims 12,29, 79, 238 Chemins de fer. Loi sur certains rachats, 51.
- Classement de 17,000 kilom. 253, 293, Compét. des Conseils généraux, 420. Etendue des chemins de fer, 58. Chemin» gaulois, 42.
- Chinois bachelier, 424.
- Chiens. Leur rôle sur les champs de bataille, 361.
- Chronique scientifique, 45, 93, 110, 126, 142, 159. 239 270, 285, 414, 428.
- Chypre. Annexion à l’Angleterre, 308.
- Colonisation, 329, 344.
- Classes laborieuses. Ce qu’il faut entendre par ce mot, 10 Devoirs sociaux envers elles, 369.
- Clergé belge, 280.
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-
-
-
- 430
- TABLE DES MATIÈHES DU « DEVOIR »
- Coalitions. Leur liberté, 186.
- Concours d’enseignement spécial, 408.
- Comptabilité. Sou enseignement dans les campagnes, 279 Confiance. Son absence générale, 9.
- Confucius. Sa vie et ses maximes, 286.
- Congo. Sa colonisation, 376.
- Congrès de Berlin, 230, 246, 261, 326. 375, 390,407. des œuvres catholiques ouvrières, 407. des Sociétés coopératives, 400. des Sociétés protectrices de l’enfance, 407. international d’hygiène, 330.
- id. du droit des femmes 320,359,397,425. libre de renseignement, 330, 408. ouvrier, 407. postal, 231.
- pour l’amélioration et le développement des moyens de transport, 329, 383.
- Conseillers municipaux'. Leur manuel, 126.
- Conseils généraux. Leurs sessions, 102, 406.
- Augmentai, de leur compéteneo, 418. Conseil supér. des voies de communieat. sa création, 38. Conversion en 3.0/6 dos annuités onéreuses, 328. Correspondances entraînant des répliques, 186, 233, 281, 313, 351, 394.
- Coutume touchante des Danois, 62.
- Crédits supplément, et extraordin. lois qui les régit, 37. Crémation des morts, 92, 186, 233, 400.
- Crime agraire en Irlande, 116.
- Criminalité en Prusse, 59.
- Culte systématique do l’humanité, 191.
- D
- Danger de la défiance générale, 8.
- Dangers du protoxyde d’azote, 61.
- Décentralisation, ses avantages, 394, 418.
- Délations en Allemagne, 332.
- Démoralisation par la guerre, 361.
- Deofert-Rochereau, sa mort, 168.
- Devise du Devoir, sa raison d’être, 5.
- Vernir. Ce qu’est ce Journal, 1, 97, 417.
- Dieu d’après Voltaire, 199.
- Dock de Saïgon, 409.
- Domaine public, son extension constante, 145.
- Don Carlos, Tribulations de sa Toison d’or, 247,
- Don à l’empereur Guillaume, 332, 363, 375.
- Douanes. Voir les mots Libre-Échange et Protection.
- Droit de vivre, 401.
- des femmes, 329, 359, 397, 425.
- Droit, son élude par les femmes, 303.
- Duel, opinion de Rousseau à ce sujet, 01.
- E
- Ecoles, loi sur leur construction, 21.
- Leur Etat actuel, 23.
- a antérieur, 41,
- Leurs conditions hygiéniques. 85.
- Conditions du matériel, 100,116.
- MéLhodo maternelle, 376.
- Œuvro du sou des écoles laïques, 104. d’Horticulture pour femmes, 280.
- Ecoles manuelles d’apprentissage, 245.
- Ecole normale des jéimes filles à, New-York, 196,211,230. Ecoles normales primaires, 275.
- Economie domestique, 14.
- Education de l’enfance, rêledo la mère, 362.
- Eglise de la liberté, 94.
- Egoïsme, obstaclos qu’il met au progrès social, 34. Electricité, son nouvel emploi, 30.
- Emigration badoisc, 408.
- Emprunts, leur adjudication publique, G3.
- Encyclique de Léon XIII, 133.
- Enfants, art de les élever, 125.
- Enfants trouvés, conduite honteuse à leur égard, 29. Enseignement, ligue privée qui le propage, 24.
- de la comptabilité dans les campagnes, 279. du droit pour les femmes, 303.
- Normal libre en Angleterre, 318.
- Entomologie en Angleterre, 60.
- Erreur judiciaire, 61.
- Etat-Major, nouvelle loi qui le régit. 38, 151.
- Etat de siège, id. 37.
- Etats-Unis, initiative privée en matière d’instruction, 293.
- Question du travail dans ce pays, 414.
- Etude du droit par les femmes, 303.
- Etudes psychologiques, société formée dans ce but, 247. Explications préliminaires sur notre œuvre, 1. Explorations géographiques : Comberet Crenfell, 30.
- Smith et Neil, 159. Nordenskjohl, 239. Debaize, 36. 159.
- Wilson, 159,
- Crespel et Maes, 159. Wautier, 159.
- Cambier, 159,
- Exportation des fils et tissus. 391.
- Exposition collective ouvrière, 215,
- Exposition univ. objols ayant trait à la quest. ouvrière, 43 Excursions à l’intérieur, 281.
- Lo travail à l’exposition,,209.
- F
- Falsifications, leur répression, 45, 425.
- Familistère de Guise, état actuel des travaux, 13, 07.
- Description des édifices, 161.
- Cfo qu’il est. 13-Sa salubrité, 269.
- Fêtes qui s’y donnent, 177.
- Famine en Chine, 61.
- Felibres,- poètes, 232.
- Femmes, leur instruction supérieure, 321.
- Leurs droits, 329, 359, 397, 425.
- Écoles d’horticulture pour femmes, 280. Première femme bachelière, 408.
- Femmes artistes, 424.
- Femmes docteurs, 60.
- Femmes travaillant dans les mines, 25. Mesures prises par elles p1’ connaître le droit, 303 Utilité pour elles de connaître lo droit, 303. Fête nationale do la Franco, 277.
- Feuilleton, jugement porté sur lo nôLrc, 17.
- FeujMeton : la Fille de son père, 55, 71, 88, 106, 123,139. 155, 171, 189, 206,217, 251,265,299, 313, 332. 347, 364, 379, 394, 411.
- Fonctionnaires, leur soumission aux lois, 390. Fonctionnarisme, ses conséquences ridicules, 269. Fossiles imaginaires, 278, 428.
- France, situation nouvelle que lui fait la transformation de l’Orient, 340.
- Fraternité, ce qu’elle est, 7.
- G
- Gaz d’éclairage, abaissement de son prix, 361. Gendarmerie, conduite de co corps, 215, 231.
- Géographie, (voir Explorations).
- Gloire, la vraie et la fausse, 69. \
- Grèce, agrandissement de ce pays, 324, 407.
- Grève du Yorkshirc, 363, 422.
- De Blackburn, 185, 422.
- D’Anzin, 326, 313. l)u Lancashirc, 217, 422.
- Ce qu’a coûté celle de Londres, 8$.
- Leur suppression par l’organisation du travail, 194 - Moyen de ics prévenir, 337.
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-
-
-
- table des matières du « Devoir »
- 431
- Guerre, notre opinion à cet égard, 9, i51.
- Démoralisation qu’elle entraîne, 361.
- Go qu’elle coûte, 280.
- Atrocités qu’elle permet, 424.
- Guerre d’Orient, 21.
- Guise coupé par le chemin de fer, 361. Gymnastique militaire eu Angleterre, 248.
- Concours de Paris, 231.
- H
- Hœde], son attentat. 217,
- Son exécution, 408.
- Hollandais au Congo, 375.
- Homme fossile artificiel. 278.
- Hugo, discours au Centenaire de Voltaire, 213. Humoristes à l’Exposition 331.
- Hygiène, dans les villes, 58.
- dans les Ecoles, 83.
- Dans le Familistère, 269,
- Congrès international, 142, 330. Concours de la Société française, 191. Fragments, 240.
- Impôts, leur réforme, 9.
- Inamovibilité de la magistrature, ses dangers, 359.
- sa suppression, 372.
- Incendies dûs à l’usage du tabac, 278.
- Inconséquence, 58.
- Inde, son mouvement religieux, 281, 303,
- Indigents en France, 280.
- Industrie américaine, coneurr®. qu’elle fait à l’Europe, 59 Infanticides, leur nombre croissant 27.
- Influences politiques, la Russie, P Angleterre et la France en Orient, 340. . .
- Initiative privée en matière d’instruction :
- En Amérique 292.
- A Bâle. 408.
- Instruction, Obligation de l’instruction en Portugal, 260. Dans le canton de Berne, 332.
- Dans le canton de Genève, 427.
- Budget français de 1879, 367, 382.
- Intérêt porté à cette question par la Chambre des Députés, 20,
- Instruction supérieure des femmes, 321.
- Voir le mot initiative privée.
- Intérêt des diverses classes, leur identité, 10.
- Italie. Agitation politique, 329, 344.
- Publications dans ce pays, bl.
- Sociétés do la Paix. 361.
- Japon, transformation du pays, 332.
- Tremblements de terre, 391.
- Japonais inventeurs, 152, archéologues, 278.
- Jésus et les évangiles, M. Soury, 158.
- Joyaux do la couronne, 263.
- Jugement d’un nègre sur Paris, 331.
- Justice, poème de M. Sully Prudhomme, 249, 262. Justice et non pas charité, 281, 385.
- Justice dans l’usage de la propriété, 109, 271. JuBtieialieme, 67, 104,120,149.
- L
- Laboratoires de la Société d’hygiène, 279.
- Laine. Etat de cette industrie, 280.
- Lamartine, 392,
- Lateau, la miraculée, 143.
- Lettre de change, son antiquité, 415.
- Liberté, seul préservatif de l’erreur, 2.
- Liberté de conscience, 10.
- Librairie. En Allemagne, 278.
- En Italie, 61,
- Dans nos campagnes, 132, 220.
- Libre échange. 52,225,282,283,294,302, 428, voir Protection. Ligne de conduite du Devoir, 3.
- Ligue de l’enseignement, son action, 24.
- Livres donnés comme prix, leur choix, 343.
- Livres destinés, à l’enseignement, leur vice actuel, 233. Loterie de l’exposition, 343, 410.
- Loto Italien, 310.
- M
- Magistrature. Nécessité de son impartialité, 25.
- Avantages de l’éligibilité et du concours, 404. Ses torts, 342, 336, 373.
- Maréotis. Dessèchement de ce lac, 42.
- Marseille. Travaux du port, 43.
- Méthode maternelle à l’école, 376.
- Mer saharienne. Projet Roudaire, 36.
- Messe dans un Temple protestant, 424.
- Mezenzow. Assassinat de ce général, 390.
- Microphone, 283, 409.-Misère en Silésie, 45.
- Missions scientifiques, leur budget, 36.
- Morale. Son rôle en face des institutions sociales, 65. Moralité publique, 74,109, 153, 223,311.
- Mouvement religieux en général, 12!, 136, 186,
- Dans l’Inde, 281, 303.
- Musées à la campagne, 130, 146,165, 181, 388,
- Musées scolaires du Luxembourg belge, 388,405.
- Musée universel, publication, 368, 428.
- Mutualité, Ce qu’elle est, 5,
- N
- Navigation sur le Rhône, 51.
- Sur la Seine. 51,79.
- Dans le nord de la France, 310,398.
- Nécrologie. Barni. sénateur, 294.
- Baudet-Dulary, 294,
- Nécropole antique à Gancello, 60.
- Nègres. Manière de les traiter, 151.
- Nobiling. Son attentat sur l’empereur Guillaume, 216.
- O
- Observation philologique, 279.
- Observatoires astronomiques et météorologiques, 93. Obstacles au progrès, 81.
- Œuvre du sou des écoles laïques, 104.
- Oiseaux, bienveillance des Danois envers eux, 02. Okoubo, transformateur du Japon, 332.
- Opinion de la presse à l’égard du Devoir, 126.
- Opposition. Ce qu’en pensait Ilerder. 8.
- Organisation du travail, 193.
- Orient. Son état, 38.
- Ses transformations, 324.
- P
- Paix. Notre opinion à son égard, 9,
- Meeting en sa faveur, 407.
- Pâques. Date de cette fête, 104.
- Panthéon. Son utilisation, 293.
- Participation du travail aux bénéfices, 339.
- Passage de Mercure sur le soleil, 36, 126.
- Passe droit dans l'Armée, 327.
- Patriotisme littéraire, 297.
- Paupérisme, 50.
- Peine de mort. Son abolition, 183, 315, 376, 391. voir Erreur judiciaire.
- Signe de vio après l’exécution, 60. Peinture militaire, 316.
- Pensées. M. Eugène Pelletan, 10,
- M. Eugène Noël, 79.
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-
-
- 432
- TABLE DES MATIÈRES DU * DEVOIR l>
- Pertes causées par les grèves, 88, 422.
- Par la guerre, 22, 71, 280.
- Phonographe, son invention, 46.
- Son perfectionnement, 270.
- Photographie astronomique, 281.
- Pierres curieuses provenant du Saffah, 43.
- Plewna, sa défense, 23.
- Poésie philosoph. M, Nus, B6.
- M. Sully Prudhomme, 249, 262, 368. Politique. La nôtre. 5. Voir aussi Semaine politique. Politique et équité, ouvrage de M. de la Codre, 319. Pont. Le plus grand Pont du monde, 62.
- Positivisme, 122,187,191.
- Postes russes, 175.
- Potonié. Ses articles, 174, 187, 238,292, 346.
- Presse. Ses devoirs, 1.
- Son accueil, 63.
- Son opinion sur le Devoir, 125.
- Prison de Perth, 58.
- Production du vin en France, 119.
- Programme du Devoir, 4.
- Progrès. Obstacles qu’il rencontre, 81.
- De l’Alimentation en France, 89.
- Du sens politique en France, 99.
- Prostitution légale, 74, 109, 153, 221, 311, 426.
- Protection et libre échange, 52, 105, 134, 158, 168, 202, 250, 409. Voir le mot libre échange.
- Désastres qu’elle a produit eu Amérique, 346,414. Protestantisme et Catholicisme, 167.
- Comparaison des conséquences, 137 Statistique comparative, 278. Publications en Italie, 61.
- Puissance des efforts humains, 351.
- Puits artésien de Pesth, 303.
- Q
- Question soeiale. Ce qu’elle est 18, 34.
- Questions sociales 9, 11, 13, 25, 27, 50, 67, 87,'88, 97,104, 109, 113, 118, 120, 129, 145, 149,153, 161, 174, 185, 186, 187, 193, 194, 200, 217, 231, 238, 241. 231, 257, 271, 280, 281,289, 312, 313, 326, 337, 339, 343, 353, 363, 369, 385, 400, 401, 403, 407, 414- Voir aotsi les mots Associations, caisses, familistère , grèves, justice, justiciaiim». participation, travail.
- R
- Rajeunissement de toutes choses, 129,
- Recherche de la paternité, 77, 427.
- Réclame originale, 310.
- Réduction dos salaires, ses conséquences, 353. Referendum en Suisse, 409.
- Réforme postale, 37.
- en Bohème, 425.
- Télégraphique, 37.
- Religion, notre conduite en cotte matière, 10.
- Religion et Politique, ouvr. de M. Patrice Larroque, 223 Rente 3 0/0 amortissable, 360, 390.
- Résidences de Voltaire, 201.
- Révélation de Lord Derby, 133.
- Révolution, nécessité de la conjurer, 345.
- Roudaire, projet d’une mer saharienne, 36.
- Rousseau, 294.
- Origine do ses idées politiques, 142.
- Son centenaire, 74.
- Publient, à l’occasion de son centenaire, 304. Russie. Mesures violentes prises dans ce pays, 390, 424. Institution de la terreur militaire, 407.
- Nouvelle campagne en Boukarie, 344.
- Influence en Orient, 340.
- Etat-des-Postes dans le pays, 175.
- S
- Saffah, pierres curieuses provenant de ce désert, 43. Salaires, leur réduction, 353.
- Salubrité. Celle des villes et des prisons, 58.
- Celle du Familistère, 269.
- Sangsues Perte de ce commerce. 310. '
- SassGulitch. Son attentat sur le général Trépoff, 116. Science politique. Revue nouvelle, 126.
- Science sociale. Ce qu’elle est, 186, voir questions sociales.
- Sécurité maritime. Mesures anglaises pour l’assurer, 45. Sécurité sociale, 305.
- Semaine politique. 78. 84. 102,115, 133, 150, 167, 185.
- 199, 214, 230, 246,261. 277, 293, 308 326, 342, 358. 373, 389, 406, 423. Sermon remarquable, 310.
- Socialisme en Allemagne, 200, 298, 312, 407, 424. Socialisme pratique, 97.
- Sociétés d’instruction, projet, 261.
- De la Paix en Italie, 361.
- Solidarité, Ce qu’elle est, 6.
- Sou des écoles laïques, 101.
- Soumission des fonctionnaires aux lois, 390. Sténographie. Ce qui la tuera, 270.
- Sully Prudhomme. Son poème Justice, 249, 262.
- Une poésie, 368.
- Swedenborg. Doctrine de ce philosophe, 372.
- Synthèses chimiques, 31.
- T
- Tabae. Incendies dus à son usage, 270.
- Tarif des Douanes, 268. voir Libre-Echange ; voir aussi Protection-Téléphone, 45, 279, 409.
- Terrain gagné par les républicains, 83.
- Thèse soutenue à la Sorbonne, 425.
- Typha latifolia. Propriétés de ce roseau, 361.
- Tours dans les hospices. Leur rétablissement 27, 216. Traité de commerce franco-italien, 247,
- Travail, notre opinion sur lui, 11.
- Son organisation, 193.
- Répartition de ses fruils, 113.
- Les enfants dans les manufactures, 231.
- Les femmes et lesenfants dans lesminos belges, 25 Travaux publics. L’utile et le superflu, 273.
- Ce qui reste à faire, 341.
- Exécution des travaux par la troupe, 310. Tremblements de terre au Japon, 391.
- Troubles politiques, à Marseille, 327.
- à Harbourg, 390.
- U
- Union des peuples latins, 232.
- Université deBâle. Ressources reçues de l’initiât, priv.408 Usage des boissons alcoolisées, 110.
- Usine Krupp à Essen, 120,
- V
- Vice des livres destinés à renseignement, 233.
- Vin. Sa production en France, 119,
- Vanilline, Synthèse chimique, 30.
- Viande de cheval, 303.
- Ville déchue, 119.
- Voltaire. Son centenaire, 74, 198,
- Son opinion sur Dieu, 199.
- Discours de Victor Hugo, 213..
- Sa vie, par de Pompéry, 303.
- Ses résidences, 201.
- W
- Wellesley Collège, Université de femmes, 323, Workmen’s poace association, 346.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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