Le Devoir
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- lre ANNÉE, TOME 2 — N° 1 Journal Uldomadaire paraissant le dimanche DIMANCHE 15 SEPTEMBRE 4878
- Le Devoir
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- Pour fonder un pareil organe de publicité, nous avons cherché des sympathies chez les hommes animés du désir du progrès ; nous nous sommes adressés à ceux qui aspirent à voir la société opérer pacifiquement les réformes nécessaires, propres à élever nos institutions et nos lois au niveau des progrès accomplis dans la philosophie, dans la science de la vie, dans l’industrie et le travail.
- Nous avons fait choix de vingt mille lecteurs, et nous leur avons servi le journal. Beaucoup de portes nous ont été fermées ; mais nous avons la satisfaction de voir un certain nombre de personnes nous rester fidèles. Des sympathies précieuses sont venus nous aider et nous encourager.
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- Nous faisons appel à toutes les personnes qui pensent avec nous, que des améliorations sont nécessaires dans nos lois et nos mœurs, et que ces améliorations peuvent seules prévenir les revendications violentes, et assurer la liberté, la paix et la concorde entre tous les citoyens.
- Nous sollicitons de ceux de nos nouveaux lecteurs cpnù ne peuvent on ne veulent nons accorder leur concours, de nons retourner simplement 1© journal en mettant REFUSE sur la, Tbande-
- SOMMAIRE
- La Fête de l'Enfance au Familistère de Guise. — La Semaine politique. — Variétés. — L'Art et la Démocratie. — Roman : La Fille de mon Père. Cabinets de Lecture publics aux Etats-Unis. — Chronique scientifique. ~~ Bulletin bibliographique. — Une Pensée de M. Fichte.
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- FÊTE DE L’ENFANCE
- AU FAMILISTÈRE DE GUISE
- Chaque année le Familistère de Guise célèbre deux fêtes. L’une, la fête du travail, a lieu régulièrement le premier dimanche'de mai, à l’époque où la nature rajeunie donne le plus éclatant exemple de l’activité, l’autre, la fête de l’enfance, se donne le premier dimanche de septembre, au moment où la nature a fourni les grains qui serviront de semence pour les récoltes futures.
- Ces deux fêtes symbolisent les deux grands facteurs du progrès :
- Le travail qui développe les forces physiques de l’homme et permet de transformer la matière par un sage emploi de l’activité musculaire, et l’instruction qui développe les ressources intellectuelles de l’enfant et permet à l’être grandi d’utiliser ces ressources, soit à un sage emploi de la force physique, soit à une amélioration dans la qualité du travail, soit encore au perfectionnement des procédés mêmes de la production.
- Ainsi le travail fournit les ressources nécessaire à ]a distribution de l’instruction, et l’instruction de son côté fournit au travail des éléments qui le rendent plus fécond. Tous deux méritent donc des égards semblables et une égale sympathie ; tous deux ont le même droit à la reconnaissance publique, et au témoignage de cette reconnaissance par des fêtes en leur honneur.
- C’est ainsi que les choses sont comprises et pratiquées au Palais social.
- Le Familistère, a beau se trouver aux portes d’une petite ville de province, les fêtes qu’il donne n’ont aucunement le caractère un peu banal des fêtes patronales ou communales des petites localités. Elles contrastent même vivement avec celles-ci tant par un cachet original, que par la différence de leur forme et l’élévation de leur but.
- Rien n’y est laissé au hasard ou au caprice des organisateurs. La dénomination des fêtes, la fixation de leur date, la forme même que re -vêt leur célébration, tout a une valeur de symbolisme qui ne saurait échapper à celui qui en est témoin.
- Ceux de nos lecteurs qui voudront s’en convaincre, n’auront qu’à comparer ce que nous avons dit au sujet de la fête du travail (Tome lor page 161) avec ce que nous allons dire de la fête de l’enfance.
- Le Familistère se prête à merveille aux décorations. Il forme, comme nous l’avons vu, trois immenses parallélogrammes encadrant chacun une vaste cour asphalt ée que protègent à hauteur du toit de grands vitrages où les dégagements d’air sont ménagés. Sur chacun des quatre côtés de ces cours, trois rangs de galeries superposées d’étage en étage donnent accès aux appartements.
- On comprend le parti que l’on peut tirer en un jour de fêtes de ce mode de construction. Il suffit de bouquets de feuillage alternant avec des massifs de drapeaux tout le long de chacune de ces galeries enguirlandées de couleurs vives, pour donner à l’ensemble de cette place couverte intérieure un aspect des plus réjouissants à l’œil.
- La cour centrale, plus grande que les autres, (elle a 900 mètres carrés) est celle où se centralise la fête, où l’on danse le soir ; où par conséquent la décoration donne tous ses soins. Des emblèmes et des trophées se suivent presque sans interruption sur toute la longueur de la galerie du premier étage, et mêlent le spectacle des faits réalisés à celui des nombreuses maximes inscrites de tous côtés. Rien de superficiel, rien de banal. Assurément cela ne brille pas autant que les perspectives de lampions des Champs-Elysées, mais cela donne davantage à réfléchir.
- En effet, si dans la Fête du Travail, on rencontre partout les emblèmes de l'activité musculaire et industrielle, les trophées , à la Fête de l’enfance, sont plus originaux encore. Ils symbolisent l’étude et la protection des petits et des faibles. La foule qui encombrait l’autre dimanche la grande cour centrale du Familistère pouvait y voir groupés, d’une part tout un matériel d’enseignement et de l’autre toute l’installation d’une nourricerie. Ces panoplies d’un nouveau genre peuvent paraître étranges à quelques personnes, nous n’hésitons pas à affirmer que ce sont celles de l'avenir. Quel homme affranchi de préjugé pourrait ne pas leur
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- donner la préférence sur ces assemblages, encore trop habituels aujourd’hui, d’armes de meurtre et d’instruments de destruction ?
- Maintenant que nous avons rendu compte de ces préparatifs, parlerons-nous de la fête ? Il faudrait pour le faire complètement entrer dans des détails multiples et circonstanciés. Or, l’espace nous manque?Nous n’en dirons donc que deux mots afin de laisser un peu de place à l’analyse sommaire du but que cette fête se propose : célébrer l’instruction et la protection de l’enfance au Familistère.
- Le dimanche 1er septembre, dès deux heures et demie de raprès-midi, les élèves du Familistère en costumes frais et flatteurs se réunissent dans les salles de la nourricerie et du pouponnât. Un instant après, ils viennent former cortège dans la cour centrale du Familistère autour des bannières de l’enseignement. Les conseils de l’association viennent près d’eux.
- Le corps des pompiers ouvre le défilé pour se rendre à la salle du théâtre; les écoliers suivent, toutes bannières déployées ; puis la musique du Familistère et enfin les conseils et les invites. L’entrée au théâtre a lieu; les enfants des écoles prennent place sur les bancs du parterre.
- Nous ayons déjà entretenu nos lecteurs de ce théâtre, dans lequel de temps à autre, se tiennent des conférences et se donnent des représentations; ia foule encombre les trois galeries, M. Grodin et les conseils prennent place sur la scène, les musiciens dans le fond, et la cérémonie commençe.
- A.près un morceau "de musique et quelques chœurs d’enfants,M.Godinprend la parole en des termes que nous jugeons utiles de reproduire, car ils disent ia vérité sur les obstacles que les institutions les mieux fondées rencontrent encore longtemps après leur fondation.
- « Pères, mères et chers enfants,» dit M.Godin, » l'instruction est une des plus belles choses » dont l’homme puisse jouir, Heureux ceux qui » savent la mettre à profit î C'est elle qui per-» met à l’individu de s’élever dans la voie du » progrès ; c’est elle qui déyeloppe le plus l’in-» telligence, or c’est par l’intelligence que » l’homme devient l’émule delà création.
- » Sans instruction l’être humain reste arriéré
- » et par conséquent malheureux. Pour qu'il attei-» gne au bien-être, à l’aisance, il faut qu'i 1 se rende » compte des conditions de la vie, qu’il sache » bien conduire ses propres affaires, qu’il ait des » idées justes sur les choses qu’il peut avoir à di-» riger, enfin qu’il sache être économe à propos » pour tenir dignement sa place dans la société.
- » Sans instruction, tout cela n’est pas pos-» sible.
- » Combien, déjà l’institution du Familistère » permettrait d’embellir l’existence, si chacun » comprenait bien ce qui est à faire pour rem-» plir convenablement ses devoirs. Malheureu-» sement l'instruction, la science de la véritable » économie domestique surtout font défaut.
- » On ignore trop les moyens de bien utiliser les » ressources et de tirer le meilleur parti des » avantages qu’offre l’association.
- » La population du Familistère dépense près » d’un demi-million par an ; 1,300 fr. environ » par jour, soit en moyenne, 1 fr. 50 par per-» sonne.
- » Dans ces conditions, la famille doit encore » être dirigée avec économie dans la dépense,
- » mais il faut pourtant reconnaître que c’est là » une situation presque privilégiée; en effet, si la » proportion était la meme pour toutes les popu-» lationsen France, cela donnerait environ vingt » milliards de consommation annuelle, sans y » comprendre les revenus du capital. Si donc » l’intelligence était suffisamment mise par vous » au service de votre situation, de belles choses » pourraient être faites en vue de votre bonheur » commun.
- » Mais, il faut le reconnaître, on ne se débar-» rasse qu'avec une peine extrême des habi-» tildes contractées dès l’enfance , sous l’in-» fluence d'autres milieux. Ces habitudes trop » individuelles, parfois peu sociales, contraires » aux égards que nous nous devons à nous » mêmes, comme à ceux que nous devons » aux autres, souvent opposées à l’hygiène et à » la santé, ces habitudes fnon-seniement sont » difficiles à réformer, mais elles tendent à se » perpétuer par l’exemple,
- » Le Familistère serait un instrument rernar-» quable de bien-être entre lesmâins de la popu-» Iation qui l’habite, si les connaissances de cha-» eun étaient à la hauteur de l’institution, » si la population savait mieux tirer parti des
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- » ressources et des avantages qui lui sont of-» forts.
- » Mais ces avantages il faudrait savoir les bien » apprécier pour en user; faute de cela, ils demeu-d rent à l’état spéculatif, et la population ne jouit » que dans une mesure considérablement amoin-» drie, des biens dont elle pourrait disposer.
- « Vous ne savez pas encore ce que serait la « puissance de l’union pour vous rendre la vie ,« agréable les uns aux autres et vous avez « à peine entrevu les avantages qui enrésulte-« raient pour tous.
- « Il faut donc cultiver l’intelligence des ente fants, afin que plus tard ils arrivent à connaî-<i tre les intérêts négligés aujourd’hui; c'est « pour cela surtout que l’instruction est néces-« saire. Songez, chers enfants, que par l’ins-« truction vous ne vous rendrez pas seulement « utiles aux autres, mais surtort aussi à vous ce mêmes, pour votre propre bonheur et votre « progrès dans la vie.
- cc Et vous, parents, comprenez à votre tour » combien l’i istruction de vos enfants est chose » précieuse ; faites vos efforts pour seconder les » maîtres et les maîtresses dans leurs travaux ; » venez-leur en aide pour encourager vos en-
- fants à bien remplir leurs devoirs et à apprenti dre leurs leçons.
- «Un certain nombre de nouveaux venus » parmi nous, ne comprennent pas assez que » l’influence de la famille ne doit pas détruire y> celle de l’école. C’est en partie à l’indifférence » de certains parents pour l’éducation de leurs » enfants qu'est dù cette année le peu de suc-» cès des élèves de nos premières classes..... »
- Après ces paroles, M. Godin entre dans le rapport détaillé de la marche des diverses classes, et il conclut en espérant que la faiblesse momentanée des classes supérieures prendra promptement fin par suite du nouveau zèle apporté dans l’instruction des enfants, et de l’entrée dans les classes supérieures d’élèves bien préparés dans les salles de la basse-enfance.
- Il est procédé ensuite à la distribution des récompenses, puis un chœur d’enfants et un morceau de musique terminent la cérémnie. Toute la joyeuse troupe enfantine va prendre ses ébuts et participer à des jeux varies dans le beau parc qui s’étend du Familistère à la rivière l’Oise.
- Nous arrêterons ici le récit de la fête bien
- qu'elle se soit prolongée le soir et le lendemain. Nous jugeons plus utile de récapituler les impressions qu’elle fait naître.
- L’instruction dans les écoles du Familistère est soutenue par les ressources de l’association.
- Elle ne reçoit rien ni de l’Etat, ni de la commune; elle est gratuite, obligatoire et laïque. La plus entière liberté est laissée pour l’enseignement religieux en dehors de l’école.
- Les locaux où l’instruction est donnée forment deux bâtiments neufs, symétriques, aérés, flanquant à droite et à gauche le théâtre, et construits dans les principes de l’hygiène la plus avancée. L’air y circule abondamment et la lumière y est distribuée dans les proportions voulues.
- Le mobilier scolaire est peut-être le plus parfait qui existe car il est établi dans les conditions d'hygiène exposées dans les premiers numéros du Devoir.
- Les écoles sont mixtes, système combattu aujourd’hui en France par les instituteurs cléricaux, mais pratiqué sur la plus large échelle en Suisse et aux Etats-Unis.
- L’enseignement est donnépar les méthodes les plus nouvelles; on a cherché à s’appuyer partout sur l’attrait autant que possible ; la musique et le dessin sont enseignés; un musée scolaire est en formation. Enfin la Bibliothèque du Familistère réunit aux ouvrages destinés aux personnes mûres de nombreux volumes à la portée de l’enfance et de la jeunesse.
- Voilà en quelques mots ce que sont les écoles du Familistère. Nous aurons sans doute à y revenir, car elles ont toujours intéressé de la manière la plus vive les nombreux visiteurs de l’institution.
- Mais ce qui frappe plus encore les visiteurs du Palais social, ce sont les établissements destinés à la basse enfance : la nourricerie et le pouponnât.
- Ces deux institutions ne sont pas obligatoires. Pleine liberté est laissée aux parents d'en profiter ou de n’en pas profiter.
- Ces deux premières divisions de la basse enfance sont réunies dans un édifice spécial, situé derrière le Familistère et communiquant avec le palais d’habitation. Cet édifice est divisé en deux parties : l’une consacrée aux enfants de 0 à 2 ans, contient tout le matériel d’une crèche-
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- modèle; l’autre, à l’usage des enfants de 2 à 4 ans, comprend une vaste salle garnie de tables appropriées à la taille des petits élèves et de tout l’attrayant matériel pouvant servir aux jeux instructifs des poupons qui y sont réunis.
- Des pelouses épaisses, en pentes douces, entourent cet édifice et servent aux promenades des enfants toutes les fois que le temps le permet.
- En somme, là comme dans les écoles, l’enfance se développe dans la propreté, sous l’œil de personnes aptes à leur emploi et dévouées à leur devoir.
- Dans la seule année 1877 les services relatifs à l’enfance — école, pouponnât et nourricerie — ont coûté F. 22154,95.
- Yoilà ce qui existe pour l’enfance dans le Familistère de Guise. Les mêmes avantages étendus à toute la population de la France coûteraient l’énorme somme annuelle de huit cent raillions de francs.
- Eh bien ! ces avantages l'association les donne sans qu’aucun des parents associés ait en celte matière un centime à débourser.
- Ed. Champury.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- Le nouvelles intérieures sont d’une nullité complète et il est probable qu’il va en être ainsi jusqu’à la rentrée des Chambres. Il nous faut, cependant, enregistrer une faute grave commise par le cabinet à l’occasion des réunions annoncées par les membres du Congrès ouvrier. On sait que les organisateurs de ces conférences avaient résolu de transformer en réunion privée les entretiens publics qui avaient été interdits par le cabinet. A cet effet on avait loué à bailuD local spécial dans lequel avaient été convoqués par lettres absolument particulières les personnes qui s’intéressaient à la discussion des, questions sociales. Un commissaire de police assisté d’agents est venu, à huit heures du soir, contrairement aux'pres-criptions de l’article 76 de la Constitution de l’an VIII, envahir le local dont il afait enfoncer les portes. De plus on a procédé à l’arrestation de diverses personnes ; les unes ont été relâchées, les autres ont été maintenues sous les verroux. Ces procédés arbitraires ont vivement ému les esprits vraiment libéraux, car ils violent manifestement les droits -de la liberté individuelle. Il est inouï que des gouvernants républicains imitent aussi directement les façons d’agir des gouvernements autoritaires et il nous semble bien difficile que le Ministre de l’intérieur puisse même tenter de justifier des actes contraires à la légalité. Il est probable que M. de Marcère, afin de couvrir son Préfet de police, invoquera la raison d’Etat. Un pareil système de défense serait vraiment pitoyable, car c’est au nom de la raison d’Etat que tous les despotes ont toujours prétendu agir et, depuis la saint Barthélemy jusqu’au deux décembre, il n’y a pas de violence, si criminelle qu’elle soit, qu’on ne puisse innocenter en recourant à de pareils moyens de défense.
- Peu de journaux dans la presse libérale ont eu le courage de coddamner un acte évidemment blâmable et ce défaut d’énergie n’est pas à l’honneur du progrès et de nos moeurs poliliques.
- Lundi a eu lieu chez M. Louis Blanc une réunion de députés de la gauche qui s’est occupée des divers incidents soulevés par la dissolution violente du Congrès ouvrier. Voici le procès-verbal qui a été communiqué à la presse pour lui faire connaître les décisions prises dans cette réunion :
- « Une réunion, composée de la majorité des députés » de la Seine et d’un certain nombre de députés des » départements en ce moment présents à Paris, a eu lieu » hier à deux heures chez M. Louis Blanc.
- » Une délibération approfondie s’est engagée sur l’at— » teinte portée à l’inviolabilité du domicile et au droit » de réunion, dans l’affaire de la. rue des Entrepreneurs.
- » Les députés présents ont chargé M. Louis Blanc » d’exprimer, dans une lettre au ministre de la justice » et au ministre de l’intérieur, le sentiment de vif regret » et de pénible étonnement que leur a causé la conduite » de l’autorité dans cette circonstance. »
- Il est vraisemblable que la lettre de M. Louis Blanc sera publiée.
- Pendant que l’on arrêtait les ouvriers qui se réunissaient privativement à Paris pour discuter, à leur manière, les questions qui les intéressent, les cléricaux tenaient, sans être nullement inquiétés, lei'rs assises annuelles dans la cathédrale de Chartres. Aucun agent de police n’a contrarié ces socialistes d’espèce particulière qui veulent relever les ruines de i’ancie . monde et ont déclaré dès leur première séance une guerre d’oxtermi-nationaux principes qui servent de base à la société moderne. Ces révolutionnaires àrebours qui veulent ramener la France à la situation où elle se trouvait avant 1789, sont l’objet de toutes les tolérances et peuvent impunément défier tous les pouvoirs publics. Il est bien factieux de voir un Cabinet qui devrait baser sa politique sur les grands principes d’équité, se montrer aussi sévère pour les uns et aussi indulgent pour les autres. On ne saurait admettre qu’en des matières si graves l’autorité ait deux poids et deux mesures et il nous semble que tous les citoyens, quels qu’ils soient, devraient avoir des droits égaux devant la loi.
- Le gouvernement a prescrit des poursuites contre le journal bonapartiste le Pays, inculpé d’avoir commis le délit d’outrages envers le Président de -la République. C’est encore là une de ces mesures que l’on ne saurait approuver, encore qu’elle soit légale Ces poursuites n’auront d’autre effet que d’appeler l’attention sur une feuille discréditée dans l’opinion, et il est bien maladroit de pousser si loin l’amour de la légalité, quand dans d’autres circonstances on ie montre si peu soucieux des droits des citoyens.
- M. le ministre de l’instruction publique vient de prononcer à Dreux un nouveau discours en faveur de l’Université et de l’enseignement du peuple. La ville de Dreux, donnant un excellent exemple, vient de consacrer une somme de quatre-cent mille francs à la construction d’écoles et d’un collège et c’est dans une site destiné à consacrer ces utiles fondatiens que M. Bar-doux a prononcé le discours que nous signalons et dont voici le passage capital:
- « L’enseignement est stérile quand il n’a pour but » que des résultats matériels Savoir lire et écrire n’est » qu’un moyen d’éducation ; un peuple ignorant peut » être gouverné, un peuple libre se gouverne lui-même, » et l’heure est venue de nous gouverner. Si l’instruc-» tion est utile partout, eile est pour notre démocralie » de première nécessité. Que chacun remplisse son de-» voir, le père de famille aussi bien que le maître. Le » père est aujourd’hui sans excuse quand il laisse son
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- » enfant vagabond et paresseux. Des maisons d’école » s’élèvent partout, même dans les hameaux. Il estdevenu » possible d’inscrire dans la loi le principe de l'obliga » tion. C’est une de nos préoccupations les plus- vives, » et nous comptons bien pouvoir donner prochainement » cette satisfaction à votre patriotisme. L’école doit » avant tout faire aimer le pays, faire connaître ses » malheurs comme sa prospérité, donner la confiance » dans ses destinées : qui n’aime pas l’école n’est pas » patriote. »
- On ne saurait mieux dire et il convient de prendre acte des déclarations et’des promesses de M. le Ministre de l’instruction publique. Seulement il ne faut pas que tout se borne à des paroles. Les éducateurs de la jeunesse sont tout prêts à s’inspirer des sages exhortations de M. Bardoux, mais il faut qu’ils soient aidés, dans la pratique, par le gouvernement et, de ce côté, il reste encore beaucoup à faire.
- Omsaitfque le Ministre des finances et son collègue des Travaux publics se sont rendus à Boulogne-sur-Mer pour y poser la première pierre du port en eau profonde qui doit être construit dans cette ville. M. de Freycinet a présenté la défense de ces projets. Il a montré que si la conception en était hardie, l’exécution en était prudente et raisonnée. M. Léon Say a parlé au point de vue financier des travaux projetés et il a justifié l’emprunt 3 0/o amortissable qui a été l’objet de tant de critiques et qui est aujourd’hui complètement couvert.
- «Nous avons pu, a-t-il dit, négocier sans effort 113 mil-« lions de 3 0/0 amortissable dans des conditions qu’on a < reprochées au ministre des finances.Le trésor avait de « l’argent à trop bon marché : il s’est trouvé des gens « pour s’en affliger. En effet, depuis trente-cinq ans, « on n’avait jamais vu d’emprunt public réalisé à un taux « pareil. Il faut remonter à l’emprunt de M. Humana en « 1841, à l’emprunt de M. Lacave-Laplagne en 1844, « pour trouver ces taux de 78 francs 50 et de 84 francs, « qui correspondent à peu de chose près au taux de « 81 francs, c’est-à-dire au taux auquel j’ai négocié les « 113 millions.
- « Et, remarquez ceci ; c’est que ces emprunts ont été « contractés à une époque où il .y avait peu de rentes et « où il était plus facile que maintenant d’avoir des hauts « cours.
- « Nous ne demandons pas aujourd’hui de l’argent par « nécessité pour couvrir les déficits antérieurs ; non, « nous en demandons pour faire des travaux productifs; « c’est en pleine prospérité, au moment où les impôts « rapportent le plus, où les excédants vont toujours en « croissant, que nous demandons au public s’il veut « nous confier ses épargnes. Elles arrivent en masse ; « cela est tout naturel, et nous plaçons au dessous de « 4 0/0 à soixante-quinze ans de terme au moment, à « l’heure même où le Trésor anglais place des bons du « Trésor à six mois entre 3 1/4 et 4 0/0. Yoilà le crédit « des deux nations qui se rapproche; c’est peut-être la « première fois dans notre histoire financière que nous « avons vu chose pareille. »
- M. Léon Say a terminé en assurant que les travaux inscrits au programme de M. de Freycinet ne pèserait pas sur le budget et a déclaré que pour les mener à bonne fin il suffirait de deux conditions que le gouvernement s’appliquait à réaliser : la paix intérieure et l’affermis-semeht de la République.
- L’affaire de la distribution des récompenses aux lauréats de l’Exposition Universelle n’a point encore reçu de totaux satisfaisants et le mécontentement est toujours grand contre le commissariat général
- Ainsi que nous l’avions fait présumer, là session du Reichstag allemand s’est ouverte sans aucune solen nité particulière. Le discours de la couronne a été lu par le comte Othon de StolbergAVermigerode,suppléant du Chancelier de l’Empire. Ce discours, très-supérieur
- dans la forme, ne s’occupe que des socialistes et du péril social. Le discours rappelle qu’une loi a été présentée au dernier parlement pour combattre ce péril et que cette loi a été repoussée. C'est par ce motif que la dissolution a été prononcée. En gardant un silence ab--solu sur les autres questions de la politique intérieure ou extérieure le gouvernement aura voulu sans aucun doute indiquer que la session extraordinaire du Reichstag a pour but unique le vote du pays celui élaboré par M. de Bismarck, et dont l’exposé, des motifs vient d’être lu au Conseil fédéral. On dit que l’allure hautaine du discours du trône n’a pas produit bon effet ; mais on ignore encore quelles sont les dispositions réelles du parlement. On ne tardera pas d’ailleurs à être fixé sur ce point.
- L’anarchie règne toujours en Orient. Un des plénipotentiaires ottomans de Berlin, général d’origine allemande, Mehemet-Aii a été assassiné en Albanie où il s’était rendu afin d’engager les populations de cette contrée à se soumettre aux stipulations du Traité de Berlin qui les a transférés à la Serbie et au Monténégro.
- Cet assassinat ne fera qu’exciter le fanatisme'des insurgés et il est à croire que les Monténégrins et les Serbes vont avoir à prendre les armes pour s’assurer la domination des districts qui leur ont été attribués.
- D’autre part, en Bosnie, les Autrichiens, après avoir occupé Trébinge, sans coup férir, out subi sur d’autres points des échecs, et au sujet desquels les détails nous manquent à l’heure qu’il est. Les Russes ont occupé pacifiquement Batoum, mais l’attitude des populations Lazes. qui entourent la ville est encore douteuse. Enfin, la situation reste plus tendue que jamais entre la Porte et la Grèce et la solution du conflit relatif à la rectification des frontières helléniques, n’a pas avancé d’un pas. On voit que la pacification de l’Europe orientale n’est point près de se faire
- Le conseil fédéral de la République helvétique vient de fixer au 27 octobre prochain, les élections constitutionnelles pour le renouvellement du conseil national. Ces élections qui ont lieu tous les trois ans précèdent le renouvellement du conseil fédéral et de tout le personnel administratif. En octobre, donc, le peuple suisse, choisira ses représentants qui éliront en décembre le conseil fédéral et le président de la Confédération. Enfin, en janvier le conseil fédéral procédera à la nomination du personnel administratif fédéral,, lequel n’est élu que pour une période de trois ans. Yoilà comment, dans une République bien organisée on arrive à avoir des fonctionnaires qui soient toujours d’accord avec l’opinion.
- VARIETES
- Les Bibliothèqnes populaires.
- Le Journal des Bibliothèques populaires que publie la Société Franklin contient une statistique fort intéressante et de laquelle il résulte que le nombre de ces bibliothèques s’est élevé en 1877 à 3946. Plus de 700 bibliothèques ont été fondées entre la statistique de 1876 et celle de 1877.
- D’un autre côté, une statistique dressée au Ministère de l’Instruction publique par les soins du Bureau du dépôt des livres et des bibliothèques scolaires, annoncç un total de 16,469 bibliothèques scolaires, non compris le département de la Seine qui a reçu une organisation à part, et qui a sa direction spéciale de l’instruction primaire aux bureaux de la préfecture.
- Le département de la Seine possédant à lui seul 61 bibliothèques scolaires, il y a lieu d’ajouter ce chiffre de 61. à celui de 16,469, ce qui donne 16,530 bibliothèques scolaires.
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- Environ 1,100 bibliothèques se trouvent recensées à double, une fois par la Société Franklin et une fois par le Ministère. En les défalquant de la première statistique et en ajoutant le restant de celle-ci au chiffre de la deuxième, on obtient un total de 19,368 bibliothèques sur 32,989 communes.
- On voit par ce chiffre que si l’on doit se féliciter des progrès en ce sens accomplis depuis plusieurs années, il ne faut pas non plut perdre de vue l’immensité de ce qui reste â faire Près de 17,000 communes ne jouissent pas encore de bibliothèques et si l’on continue à en créer 700 par an il faudra un quart de siècle pour que toutes les communes en possèdent.
- La question de la Paix
- M. A. Chaix, l’imprimeur qui a introduit dans ses ateliers la participation des ouvriers aux bénéfices, et qui grâce à cette participation, assure à ses auxiliaires le pain de leurs vieux jours, leur a fait distribuer un petit imprimé contenant la chanson que voici; les pensées qu’elle exprime sont trop belles pour que nous ne les reproduisions pas:
- La Marseillaise <1© la Paix
- Allons enfants de la Patrie,
- Le jour de gloire est arrivé ;
- De la paix, de la paix chérie.
- L’étendard brillant est levé {pis) Entendez-vous vers nos frontières Tous les peuples ouvrant leurs bras,
- Crier à nos braves soldats :
- Soyons unis, nous sommes frères.
- Plus d’armes, citoyens, rompez vos bataillons ! Chantez !
- Chantons !
- Et que la paix féconde nos sillons !
- Pourquoi ces fusils, ces cartouches ? Pourquoi ces obus, ces canons?
- Pourquoi ces cris, ces chants farouches,
- Ces tiers défis aux nations ? (Ms)
- Pour nous Français, oh ! quelle gloire De montrer au monde dompté Que les droits de l’humanité Sont plus sacrés que la victoire !
- Plus d’armes, citoyens, etc.
- Eh quoi ! les horreurs de la guerre,
- Les larmes, le deuil et la mort Inonderaient encore la terre Et nous jetteraient loin du portl (bis)
- Grand Dieu que nos mains homicides Ne se rougissent plus de sang !
- L’homme en tout lieu est ton' enfant, Epargnons-nous des fratricides !
- Plus d’armes, citoyens, etc.
- Serrez vos rangs, nobles cohortes, Travailleurs des champs, des cités,
- Avec transport ouvrez vos portes Aux trésors, fruit des libertés, (bis)
- Que le fer déchire la terre !
- Pour le bonheur, pour le progrès,
- Ge simple artisan de la paix Vaut mieux que la foudre de guerre.
- Plus d’armes, citoyens, etc.
- Sur les ailes du feu lancée,
- Poètes, écrivains, savants,
- Au monde envoyez la pensée !
- Du monde soyez conquérants ! (bis)
- Partagez ce saint héritage ;
- Prouvez ainsi votre valeur !
- Le vaincu bénit le vainqueur ;
- Ce sont les combats de notre âge !
- Plus d’armes, citoyens, etc.
- Ce qu’on os© écrire
- Voici ce que raconte la Semaine de Laval, journal ultramontain.
- Pie IXet les saints du ciel.
- a Un immence cortège de saints a dû venir au-devant de Pie IX quand il a émigré de cette vie pour s'envoler au ciel, La vierge Marie l’a appelé au moment où toutes les clochesde Rome sonnaient VAngélus, et lui a donné une brillante couronne en échange de celle qu’on lui a mise au front sur cette terre, en définissant le dogme de l’immaculée Conception, Saint Joseph, dont il a étendu le culte et le patronage, lui a obtenu la mort des saints. Saint Pierre dont il a défendu si fermement les prérogatives spirituelles et les droits temporels, a ouvert avec empressement le paradis à son digne successeur. St-Hilaire, St-Alphonse de Liguori,,et François de Sales, qu’il a proclamés Docteurs de l’Église, les cinquante-deux saints qu’il a canonisés, les trois cent vingt-six serviteurs de Dieu qu’il a béatifiés ou dont il a approuvé le culte immémorial, l’ont introduit dans leurs rangs avec une immense allégresse.»
- Gomme nous voici loin de St-Augustin et de St-Jean Chrysostome !
- Pauvre Église romaine, quelle chute !
- 3Æ. EDISON
- ©t le laboratoire die Menlo Park
- Les inventions sortent du laboratoire de Menlo Park comme les simples machines sortent des ateliers d’un constructeur. Rien de si étrange que ce type d’inventeur. M. Edison a tout au plus trente-deux ans et il a déjà produit à lui seul assurément beaucoup plus qu’on n’eût été en droit d’attendre d’une réunion d’inventeurs de premier ordre. On lui doit les inventions les plus remarquables qui aient excité l’attention publique depuis quelque temps. Edison, outre des télégraphes très-remarquables,des systèmes de communication ingénieux, des perfectionnements aux appareils actuels, nous a dotés du téléphone qui porte son nom, du phonographe qui, à lui seul, suffirait pour faire la réputation d’un homme, de l’aérophone, de la plume électrique, et enfin tout dernièrement du microtasimètre et de l’électromo-tographe. Ces inventions sortent pour ainsi dire parfaites du cerveau de M. Edison. Il n’y a plus guère à les modifier après leur réalisation maternelle. Le laboratoire de Menlo Park est une sorte d’usine à inventions. Etabli par la grande compagnie de Western Union Tele-graph, il a été mis à la disposition de M. Edison qui lui donne chaque jour une nouvelle renommée. Ge laboratoire est, du reste, muni de moyens matériels inconnus dans nos laboratoires européens ; nous l’avons dit, c’est presque un laboratoire-usine.
- (Rapport de M. du Moncel à VAcad. des Sciences.)
- TJn socialiste en soutane
- Ce qu’on ne voit pas souvent c’est un socialiste en soutane. Le cas vient de se produire à Merl, en Prusse-Rhénane ; le vicaire Foekler, ayant glorifié le socialisme en chaire, a dû comparaître devant le juge d’instruction ; les agents de l’autorité procédant à une visite domici-lière chez lui ont saisi des journaux socialistes et, le brave vicaire a jugé prudent de prendre le chemin de l’exil. D.
- Idée heureuse
- On écrit de Bâle au Journal de Genève :
- Cette année, quelques amis de l’enfance ayant eu l’idée de faire profiter d’un séjour à la campagne des enfants pauvres, ils ont pu receuilliren peu de temps une somme de b à 6000 fr. à cette intention, ce qui leur aper-mis d’entretenir 240 enfants,pendant quinze jours en plusieurs endroits des cantons de Soleure et de Bâle-Campa
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- LE DEVOIR
- gne où,avec l’air fortifiant des montagnes,ils auront joui d’une nourriture simple, mais abondante.
- Pour chaque colonie, un maître s’était chargé de la surveillance. D’après ce qui me revient, je dois penser que l’essai a pleinement réussi et que c’est un véritable bienfait qu’on a rendu à toute cette jeunesse. On n’a eu à regretter que l’insuffisance des ressources. Car au lieu de 240 enfants on en aurait facilement trouvé 500 qui auraient voulu profiter de l’occasion. Espérons que ceux qui n’ont pas eu de chance cette fois, en profiteront l’année prochaine. On a dit A, il faudra bien dire B.
- Fruits de la Guerre
- Le quart d’heure de Rabelais paraît être enfin arrivé pour les belligérants de la dernière guerre.
- Une dépêche de Saint-Pétersbourg du 24 annonce que la Banque de l’Empire ouvrira le 29. le 30 et le 31, la souscription au nouvel emprunt 5 0/0 désigné sous le nom de deuxième emprunt pour les affaires d Orient. Le capital nominal est de 300 millions de roubles ; l’émission a lieu en obligations de 100 et 1,000 roubles. L’amortissement sera effectué en 19 ans.
- C’est plus d’un milliard qui va être demandé aux capitalistes européens, sans compter les droits de commission qu’entraîne une pareille affaire.
- Voilà les bienfaits de la guerre !
- Au même moment, le Times annonçait qu’un nouvel emprunt turc de cinq millions de livres” sterling était en perspective. Cet emprunt serait garanti par le gouvernement anglais qui accepterait probablement d’entreprendre l’organisation financière de l’Asie-Mineure.
- Encore n» étudiant Japonais
- L’un des jeunes Japonais que M. Emile Guimet a amené à Lyon, le jeune Tomii. de Kioto, vient de subir avec honneur devant la Faculté de droit de Lyon, ses examens de lre année.
- C’est au milieu des compliments sympathiques de ses camarades, que ce jeune étudiant a reçu les félicitations du jury.
- Deux licenciées ès-lettre»
- Deux jeunes filles, deux sœurs, mesdemoiselles Vit-toria et Giovannina Barbon viennent de subir de la façon la plus brillante, l’examen de la licence ès-lettres, à Venise. Sur trente-quatre candidats, elles ont été proclamées les premières.
- Congrès d© la l^aix
- La Sociéïé Française des Âmis de la Paix a organisé un Congrès international, qui se tiendra au palais des Tuileries du 26 au 30 septembre prochain, et auquel ont adhéré les associations similaires de la Grande-Bretagne, d’Italie, des Etats-Unis, de Suisse, d’Autriche, des Pays-Bas, etc.
- Le Congrès discutera successivement : 1° Les moyens pratiques d’assurer la paix et de diminuer les causes de conflits armés; 2° les moyens pratiques de rendre exé cutoire le principe de l’arbitrage ; 3° les réformes susceptibles d’être introduites dès à présent dans.le droit international.
- La Société des Amis de la Paix fait un appel énergique à toutes les personnes qui partagent ses idées. Elle n’est ni une association politique, ni une association religieuse ou anti-religieuse : c’est une assurance mutuelle contre le plus grand des risques. Publicistes, philanthropes, journalistes, mères de famille, commerçants, hommes et femmes de toutes les croyances, de toutes les opinions et de toutes les religions, tous sont intéressés, tous sont appelés a ce grand œuvre.
- On fait partie de la Société Française des Amis de la Paix en adressant son adhésoin à M. Henry Bellaire. secrétaire général, 19, rue Drouot, Paris. La cotisation annuelle est de dix francs. ___
- Récemment un corps de vagabonds au nombre de 250, entrèrent dans la ville de Beloit en Wisconsin, et s’y
- conduisirent d’une façon désordonnée. Us arrêtèrent et retinrent un train de” wagons sur le chemin de fer, ce qui obligea tous les trains suivants à passer sans s’arrêter. En conséquence les vagabonds restèrent à Beloit et les habitants étaient dans une situation très-fâcheuse.
- Ces vagabonds dirent qu’ils faisaient partie d’un corps de 5,000 hommes comme eux actuellement sur la route vers Minnestd. Quelques uns des journaux du travail disent que le nombre total des vagabonds en notre pays s’élèvera l’hiver prochain à plusieurs millions.
- Corn ours
- La Société contre Valus du talac met au concours pour Tannée 1878 :
- 1° Prix des instituteurs. — Un prix de cent francs à l’instituteur qui justifiera, au moyens de documents sérieux, des meilleurs résultats obtenus par ses efforts pour empêcher la jeunesse de prendre l’habitude du tabac.
- 2° Prix de statistique. — Un prix de deux cents francs pour le meilleur travail sur le sujet suivant : Réunir des faits et établir des statistiques au moyen de tous les résultats des études : concours, classements, notes, réception aux examens, etc., pour montrer l’influence que peut avoir le tabac sur les jeunes gens dans leur carrière scolaire, quelle que soit l'éco e, et quelle que soit la branche d’instructions. En d’autres termes, rechercher si c’est un fait général et constant que les élèves non-fumeurs ont, en moyenne, la priorité sur les élèves fumeurs, ainsi que l’a montré la statistique de M. le docteur Bertillon pour l’Ecole polytechnique.
- 3° Prix des médeciens ; fondé pa^ M. le docteur A. Ber-therand. — Rechercher, en s’appuyant notamment sur des faits bien observés, si l’usage immodéré du tabac exerce réellement une influence néfaste, 1° sur l’aptitude des fumeurs à la procréation, 2° sur la constitution et la santé de leurs enfants.— L’auteur du mémoire couronné, recevra comme récompense, une collection entière des vingt-trois premières années de la Gazette médicale de l'Algérie, si son manuscrit sera inséré dans ce journal (1) ; il recevra en outre une médaille de vermeil.
- 4° Prix militaire de 300 francs fondé par M. Decroix.
- Déterminer l’influence du tabac dans l’armée; montrer, en s’appuyant sur des faits si leurs fumeurs subissent plus de punitions, sont plus exposés aux maladies et font un moins bon service que les non-fumeurs. Rechercher, en outre, quelle est la somme et la nature des privations endurées par les fumeurs, soit lorsqu’ils ne peuvent se procurer de tabac soit lorsque les règlements leur interdisent d’en faire usage.
- Une médaille d’honneur sera décernée à chaque lauréat.
- En oute des prix ci-dessus, la Société décernera des récompenses honorifiques ou pécuniaires: 1° aux personnes qui lui auront été signalées comme ayant le plus mérité par leurs travaux ou leur propagande; 2° aux agents ayant montré le plus de zèle à faire exécuter les lois et règlements qui interdisent de fumer en certains, endroits, notamment dans les bois, dans les chemins de fer, etc.
- Nota 1. —Le concours sera clos le 31 décembre 1878.
- Les mémoires doivent ne pas être signés ostensiblement et porter en tète une épigraphe. "Celle ci est reproduite sur une enveloppe cachetée, jointe au mémoire, pourtant à l’extérieur l indicatien du prix pour lequel le mémoire est envoyé et contenant le nom de l’auteur, son adresse et sa profession.
- Les manuscrits ne sont pas rendus. Les mémoires, couronnés ou non, sont la propriété de la Société, qui peut les publier à son gré.
- Nota — Les personnes qui désireraient fonder d’autres prix sont invitées à soumettre au Conseil les questions qu’elles veulent faire étudier spécialement, ainsi que l’importance des récompenses à décerner, en leur nom. aux lauréats.
- Bureaux de la Société : Rue Saint-Benoit, 5, Paris.
- (1) Ce prix représente une \aleur de 250 francs envirsn, — N, R.
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- III
- L’ART ET LA DÉMOCRATIE 0)
- Combien les vues grandioses de David d’Angers sur la mission sociale de l’art nous transportent loin de la célèbre théorie de « l’art pour l’art, » impliquant la négation absolue de l’idée et le culte exclusif de la forme ! C'est elle pourtant qui règne en maîtresse absolue dans l’enseignement officiel.
- Certes, et je me hâte de le déclarer, la pureté de la ligne, l’éclat de la couleur, la perfection du modèle, toutes ces qualités purement matérielles, et qui constituent ce qu'on appelle le métier, sont indispensables. Et j’ajoute que l’art ne se comprendrait point en dehors d’elles, car il est obligé d’emprunter aux séductions de la forme extérieure ce qui lui manque en fait de précision, sous le rapport du langage. Ce n’est qu’à cette condition qu’il peut captiver notre attention, nous arrêter en quelque sorte au passage, nous retenir, nous charmer et en arriver par là à nous communiquer l’émotion que ressentait l’artiste lui-même à l’heure où il traduisait sa pensée sur le marbre ou sur la toile.
- J’estime enfin que, pour survivre à son auteur et pour revêtir le caractère impérissable qui est le propre de toute œuvre artistique digne de ce nom, tableaux ou statues doivent se recommander par la valeur intrinsèque de leur exécution.
- Cela posé, il me paraîtrait tout aussi insensé de proscrire l’idée d’une production artistique quelconque que de borner la poésie à la pompe des mots sonores et creux, à l’harmonie des périodes habilement cadensées.
- Comme dernier argument à l’appui de la thèse que je soutiens, cherchons ensemble à analyser les sensations que peut produire en nous la vue d’un tableau, d’un paysage, par exemple, ce qui est, on me l’accordera, le cas le plus défavorable à ma cause.
- Evidemment, l’effet variera avec l’intelligence, l’éducation, la disposition d’espritetl’imprëssionna-bilité de celui qui l’examine.
- Mais, en dernier ressort, toutes ces impressions, plus ou moins profondes se peuvent", résumer en deux bien distinctes : un souvenir, une révélation.
- Pour l’un, il y aura évocation d’un incident triste ou gai de sa vie, se rattachant par mille liens aux lieux qui en ont été témoins. Et alors, entre lui et l’artiste qui a évoqué ce souvenir s’établit une secrète sympathie qui est déjà un premier charme. Vous lui
- (1) Voir nos deux derniers numéros.
- savez gré de l’exactitude avec laquelle il a peint chaque chose, vous lui savez gré surtout d’avoir senti comme vous l’aviez senti vous-même la mélancolie d’un beau soir ou les effluves enivrantes d’une radieuse matinée d’automne. Mais ces sensations, vagues et confuses en vous, il leur a donné un corps, ce que vous n’aviez pu faire ; il vous a complété en vous prêtant un instant sa propre force d’expansion.
- Un autre, au contraire, aura vu vingt fois les mômes arbres, les mêmes eaux, les mêmes effets de lumière sans en avoir été frappé. Survient l’artiste, et grâce à sa puissance de perception, grâce à ses moyens acquis d’exprimer sous une forme saisissante ce qu’il voit, ce qu’il éprouve, il vous introduit dans un monde tout rayonnant de clartés inconnues, il surexcite vos facultés, vous élève avec lui, élargit votre horizon et fournit un aliment nouveau à l’activité de votre esprit.
- Mais cela, il ne l’obtiendra qu’à la condition d’être sincère, d’être ému lui-même, et d’avoir marqué son œuvre d’une empreinte bien personnelle.
- Or, que peut devenir sa personnalité s’il lui faut refaire l’éternel paysage classique, où tout est faux et de convention, et sacrifier la nature aux exigences d’une composition savamment ordonnée d’après des règles immuables. Et nous à notre tour, qui que nous soyons, d’où pourra naître notre émotion en contemplant les ruines d’un temple qui n’a jamais existé, en regardant fuir les savantes perspectives d’une allée ombreuse ou ensoleillée que nous n’avons jamais vue, que nous ne verrons jamais ?
- « Qui nous délivrera des Grecs et des Romains ? »
- Qui nous délivrera du culte des Dieux de l’Olympe auxquels nous n’avons jamais cru, et de la légende sacrée à laquelle nous ne croyons plus ?
- Quand l’art, au lieu de s’épuiser en la stérile imitation du passé et à la poursuite d’un idéal toujours insaisissable, se résoudra-t-il à être de son ciècle et se bornera-t-il à éclairer de ses lumières enchanteresses l’humble sphère où s’agite l’homme ?
- Ne presseDtez-vous pas que c’est la démocratie qui le remettra dans sa voie ? Ne poursuit-elle pas sous toutes ses formes l’affranchissement de l’es prit humain ? Elle a cessé de demander à un ciel toujours muet ou aux imposteurs qui prétendent parler en son nom, la solution des redoutables problèmes qui l’agitent. C’est en elle même qu’elle la cherche ; c’esj; le cœur humain qu’elle étudie, c’est la nature qu’elle interroge. Dans cet incessant labeur, l’art ne pouvant lui venir en aide qu’à la condition de ne point égarer ses investigations dans la région des china ères, elle exigera de lui qu’il soit vrai d’abord, en-
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- LE DEVOIR
- suite qu’à défaut d’idée, il sache au moins rendre une impression sincère et personnelle.
- Quelques artistes déjà ont su s’affranchir des influences néfastes de l’École; leur nombre ne pourra que s’augmenter sous l’heureuse impulsion que lui imprimera la démocratie triomphante.
- Mais, — et c’est là une considération à laquelle le Devoir ne saurait rester étranger, — l’achat de tableaux, statues etc., constitue une dépense essentiellement improductive. Cette dépense peut-elle, doit-elle figurer au budget d’une démocratie sagement organisée ? A cette objection la réponse est facile. Rien de ce qui peut augmenter l'intelligence et la moralité des travailleurs ne saurait être considéré comme inutile ou superflu. Sur ce point tous les économistes sont d’accord. Si donc nous faisons de l’art un moyen d’instruction et de moralisation — et nous avons montré quelle action considérable il pouvait, il pourra exercer sous ce rapport, — nous lui assignons une des premières places parmi les agents d’ordre divers qui ont pour mission d’élever le niveau intellectuel de la nation et par conséquent la richesse publique.
- J’ajouterai que les applications de l’art à l’industrie tendent à se multiplier de plus en plus, et que la France, après avoir longtemps occupé le premier rang dans ce genre de production, voit sa suprématie sérieusement menacée par la concurrence étrangère.
- Les déplorables proscriptions qui ont suivi nos luttes politiques et religieuses ont pour beaucoup contribué à ce résultat, mais il est non moins vrai que pendant que nous demeurions stationnaires les autres nations tentaient les efforts les plus méritoires pour ne pas demeurer en arrière.
- Vienne a depuis longtemps son Musée des arts industriels, Londres a accumulé les plus précieux modèles dans le South Kensington Muséumi tandis que Paris vient à peine d’ébaucher la fondation d’un Musée des arts décoratifs,
- C’est en forgeant qu'on devient forgeron, c’est en voyant souvent et beaucoup de belles choses, en les comparant entre elles, que le goût se forme, se développe et s’épure. Cette faculté du goût est innée chez nous, chacun le reconnaît. Nous n’en serions que plus coupables de ne pas la cultiver.
- Mais je m’aperçois que j’abuse de la patience du lecteur. Le thème était vaste et comportait de longs développements que je n’ai fait qu’esquisser. Il en ressortira pourtant, j’espère, cette conclusion essentielle que, dans l'enseignement artistique, comme hélas i dans toutes les autres branches de l’enseignement, nous avons besoin de réformes radicales *
- A. Ballue.
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mme Marie HOWLAND Voir n° 4 à n° 1 (tome 2)
- Chapitre XXI
- Origine <î© ^entreprise horticole <ie Susie.
- On est au commencement de l’été ; madame Buzzell et Susie, sa confidente intime, sont assises sous le porche ombragé de vignes du cottage. Là petite Minnie, l’enfant de Susie, rampe sur le sol de la terrasse en poussant de petits cris joyeux, se dresse contre les genoux de madame Buzzell, qu’elle appelle « tante ?, ou bien encore circule à pas indécis contre les barrières dont a été entouré le porche pour l'empêcher de se rouler trop loin.
- Les boutons et les feuilles des rosiers qui fleurissent la terrasse ont eu maille à partir avec les petites mains du bébé. Mais Minnie ne les fourre plus dans sa bouche et se contente d’en joncher le sol au hasard.,
- Les deux amies causent d’une lettre que Susie vient de recevoir de Clara.
- Depuis son mariage, la fille du docteur habite Boston ; son mari a abandonné la profession de médecin à Oakdale et s'est fixé près de M. Delano père, dont la santé exige les plus grands soins.
- Les lettres de Clara sont fréquentes ; adressées tantôt à Susie, au docteur ou à madame Forest, tantôt à chacune des jumelles alternativement, elles respirent le sentiment d’une félicité que rien ne trouble, mais c’est seulement avec Susie que l’heureuse Clara ose s’épancher à coeur ouvert.
- Madame Forest s’applaudissait de voir sa fille aînée aussi convenablement établie ; se représentant l’avenir auquel sa soif de liberté eut exposé Clara, elle se félicitait de l’avoir pu marier jeune. Peut-être se fut-elle égarée parmi les habituées des congrès ou, ce que madame Forest redoutait par dessus tout, parmi les apôtres des droits de la-femme. Enfin grâce à la Providence, Clara venait de faire un excellent mariage ; l’esprit de sa mère était délivré d’autant et pouvait s’adonner librement aux combinaisons qu’elle méditait, pour assurer à ses deux plus jeunes filles un établissement sor-table.
- A l’ombre du porche, Susie venait de lire jout haut quelques passages de la lettre de Clara. Madame Buzell l’arrêta, murmurant avec un soupir : « Voilà qui est trop exalté pour notre monde terre à terre, cela ne saurait durer, »
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- II
- « Ne parlez pas ainsi! » s’écria Susie.
- — « Je sais que ce que je dis ressemble à un croassement de mauvais augure, mais vous verrez hélas ! que j’ai raison. C’est l’éternel refrain. Clara adore cet homme et nous ne devons adorer que le Créateur, sous peine de perdre l’objet de nos folles adorations. Lorsqu’une mère se fait une idole de son enfant, comme madame Forest de son fils, l’enfant meurt ou tourne comme Dan. Je suis heureuse de voir, Susie, que vous n’aimez pas déraisonnablement votre fillette. C’est fanfequiestendangerdeperdre la tête pour elle, s dit la veille dame en prenant Minnie sur ses genoux et en la couvrant de caresses.
- « Je ne crois pasque ce soit un crime d’aimer, même éperdument comme Clara, » reprit Susie. « Elle est d’une nature essentiellement impressionnable, et m’a dit un jour que le regard d’Albert ou la pression de sa main la faisait tressaillir d’émotion. S’il décevait sa tendresse elle soufrirait plus que personne au monde, je crois ! »
- « Et inévitablement il la décevra, » repartit madame Buzell avec une animation inusitée. « Il n’j a pas d’homme dont le cœur puisse comprendre une natuï*e comme celle de Clara. Dans la lune de miel, ils trouvent adorables ces élans passionnés, puis ils se lassent et y deviennent indifférents. Qu’il est préférable d’aimer avec plus de raison, comme sait le faire madame Kendrick, de donner à entendre à nos maris que le ciel n’est pas tout entier dans leurs sourires, ni l’enfer dans le pli de leurs sourcils. »
- Susie était profondément surprise de la chaleur avec laquelle s’exprimait madame Buzzell. « Cette pauvre vieille toute ridée a-t-elle eu aussi son roman ? u, pensa-t-elle. Cette réflexion fut interrompue par l’arrivée du docteur qui sauta de son tilbury avec l’agilité d’un jeune homme, et stupéfia madame Buzell en l’embrassant sans crier gare devant tout le village.
- « Vous paraissez aussi gaies que des chouettes, mesdames, a dit-il, « de quoi donc parliez-vous? dites vite, Susie. »
- « Nous parlions d’amour, » répondit Susie peu désireuse de s’expliquer plus clairement.
- « J’aurais dû m’y attendre, les femmes peuvent-elles parler d’autre chose, » reprit le docteur, « et vous disiez pis que pendre des pauvres hommes, j’en suis sûr... Ne pourriez-vous pas me donner une tasse et de l'eau, avec un morceau de savon ? » de-manda-t-il à madame Buzzell, «je voudrais amuser le bébé. »
- « Nous exprimions le regret de ne pouvoir aimer avec modération, » continua Susie. « Lorsque nous aimons de tout notre cœur, sommes-nous payées de
- retour? — j’entends après les premiers beauxjours. »
- « Pendant ces beaux jours, vous vous trouvez donc satisfaites'? * demanda le docteur, tout en tirant de sa poche un tube en caoutchouc et en soufflant une première bulle de savon.
- Durant quelques instants l’attention du petit groupe fut concentrée sur les bulles du docteur.
- Par certains mouvements de ses mains, il en retenait en l’air quelques unes que Minnie saluait avec des transports de joie. Aussi les jours suivants vit-on la fillette amuser tout son entourage par ses vains efforts pour obtenir des bulles avec le premier objet qui lui tombait sous la main, particulièrement avec sa cuillère.
- Ce jour-là, quand le docteur fut fatigué de souffler, il voulut reprendre la conversation, mais Minnie était insatiable; à peine une bulle avait-elle éclaté qu’elle en voulait une autre, et finalement ne laissa la paix que lorsqu’elle eut en mains la tasse et le tube. Après avoir sucé un peu d’eau de savon et s’en être complètement barbouillé le visage, elle réussit à faire lever quelques petites bulles à la surface de l’eau et se fâcha de ne pouvoir les enlever avec ses petits doigts.
- Susie n’était guère moins émerveillée aue sa fillette de l’exquise beauté des bulles, et recueillait avidement les explications du docteur sur la nature de ces globules et la cause de leur coloration.
- Celui-ci, surpris de l’attention que lui prêtait Susie, s’écria : « Il est regrettable que vos étu-
- des aient été interrompues, vous avez réellement
- l’esprit de recherche....Je crois, » fit-il après un
- silence, « que je m’arrangerai pour prendre la place abandonnée par Clara. »
- « Oh docteur ! votre temps est si précieux, » dit Susie.
- « Je ne pourrai pas vous donner de leçons régulières, mais si vous voulez étudier quelque chose et être toujours prête à quelque moment queje vienne, je vous consacrerai quelques instants, chaque fois que cela me sera possible. »
- C’en était assez pour Susie ! A partir de ce moment elle devint l’élève du docteur, avec qui elle étudia, d’abord la chimie, puis la physique et les autres sciences.
- Mais nous sommes bien loin de la conversation que les bulles de savon avaient interrompue. Le docteur reprit le sujet en ces termes :
- « La vérité c’est qu’en fait d’amour les femmes ne comprennent pas pleinement les hommes. D’après mon expérience, peu d’entre vous savent avec quelle ardeur nous sommes capables de les aimer. Maintenant ia question est de savoir si c’est quand elles
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- LE DEVOIR
- atteignent à l'idéal rêvé, ou quand elles le poursuivent sans succès que les femmes éprouvent le sort de Sémélé. »
- « Quel fut le sort de Sémélé? » demanda madame Buzzell.
- « Elle aima Jupiter » répondit le docteur, « et fut entièrement consumée pour son audace. «
- « Je me le rappelle maintenant, » reprit madame Buzzell, « mais son destin ne fut pas si déplorable que vous pensez, car la souffrance ne fut que passagère. Son amant était un Dieu, ce qui n’est pas commun ; enfin il l’aima en toute perfection et fut sans doute payé de retour. »
- Madame Buzzell était ce jour-là d’accommodante humeur, pour accorder à un sujet mythologique une attention aussi soutenue.
- « Je n’avais jamais envisagé cette histoire à ce point de vue, » répliqua le docteur, « Sémélé est apparemment la seule femme dont l’amant ait comblé tous les vœux. Votre sexe est si exigeant. Il prétend que l’homme se maintienne au sommet de l’Empy-rée I II n’ignore cependant pas l’impérieuse nécessité d’en descendre quelquefois pour se procurer le pain et le beurre. Sine cerereet Baccho friget Venus. »
- « Cine cerere, » répéta Susie cherchant à comprendre le latin.
- » Traduisez par : Sans le pain et le vin l’amour se refroidit », ajouta le docteur.
- » Cela est vrai, » répartit madame Buzzell, « mais c’est précisément quand abondent le pain et le vin que vous nous repaissez de son et de paille, pendant que vous cherchez pour vous-mêmes de nouvelles satisfactions. »
- « Je vois qu’il me faut défendre mon sexe », fit le docteur avec une gravité railleuse. « D’abord nous ne vous nourrissons pas de paille, mais nous avons la prétention de savoir ce qui vous convient le mieux, Ne sommes-nous pas, de droit divin, vos gardiens et vos tuteurs ? Vous voudriez à perpétuité vous rassasier d’ambroisie, mais outre que c’est un détestable régime, je suis forcé d’avouer, quoique à regret, que la provision en est limitée. La vérité, mes chères dames, — et maintenant je suis sérieux, — la vérité est que vous n’avez pas encore découvert le secret de votre puissance. Au commencement, c’est ce que l’on appelle la force brutale qui gouverne lo monde ; l’homme étant le plus fort, s'affranchit le premier, puis vient le tour de la femme et enflmcelui de l’enfant.
- « Les femmes ne sont pas- encore libres aujourd’hui. Elles devraient être indépendantes, voyager, se mêler au mouvement social, conduire des entreprises industrielles et commerciales, et n’être jamais
- forcées de se marier pour des considérations pécuniaires. C’est lorsque ces transformations seront accomplies que l’humanité rentrera dans l’Eden ; l’homme ne peut être heureux et moralement fort que lorsque la femme aura conquis son affranchissement.
- « Personne ne doit jouer son existence sur un coup de dé. Les femmes le font tous les jours ; et on leur enseigne que cela est sage. Elles circonscrivent leurs intérêts dans un cercle étroit; leurs facultés ne se développent que dans une direction : les modestes soucis du ménage et l’art de pomponner les bébés. Les femmes, du moins lorsqu’elles sont sensibles et impressionnables, vivent comme si elles n’avaient qu'un organe, le cœur ; je parle au figuré, bien entendu ; si au contraire elles sont d’un tempérament froid et positif, elles s’entichent d’ambition mondaine, et passent leur vie à combiner les moyens d’éclipser l@urs voisins par leur luxe et leurs toilettes.
- « Cela ne serait pas possible s’il leur était donné de déployer leurs facultés dans une autre direction; mais elles ne le peuvent, car elles n’ont pas reçu l’instruction appropriée à ce but. La plupart ne connaissent en fait de livres que les romans qu’elles dévorent sans compter et sans choisir.
- « Bon Dieu 1 dans quel amas de misères et d’ordures promènent-elles leur intelligence ! Mais cela n’a rien de surprenant ! Peu d’esprits sont assez cultivés pour savoir retirer d’un livre la noix, sans avaler la coquille. C’est la dernière chose qu’apprend le savant et combien peu de femmes sont savantes ? »
- * Ceci revient à dire, » interrompit madame Buzzell, « que l’homme s’intéressant à la politique et à la science, se mêlant au monde, trouve hors de chez lui la satisfaction de ses besoins intellectuels. Bon, mais il a d’autres besoins. »
- « Oui certes, » repartit le docteur, « c’est la famille qui est le centre de toutes les affections, et c’est parce qu’il en est ainsi que chacun devrait y trouver de quoi satisfaire la plupart de ses aspirations. La femme qui répond le plus complètement aux appétits variés de son mari est sûre de garder longtemps son amour ; mais si elle ne peut que le cajoler et le combler de caresses, il est bientôt blasé à l’endroit de ces douceurs, parce que il y a en lui d’autres désirs qui restent inassouvis. #
- « Les femmes savent cela, » dit Susie, « et c’est ce qui fait qu’il y a tant de coquettes froides et sans cœur. Qui pourrait s’en étonner? »
- * C’est la vérité sur beaucoup de jolies femmes, » fit le docteur, « mais non pas sur celles qui sont réellement bonnes. Jamais, pareille chose n’arriverait à Clara, ni à vous, Susie. »
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- Etre comparée à Clara était le compliment qui touchait le plus Susie. Son affection et sa reconnaissance grandissaient à mesure que la généreuse conduite de ses amis mettait en mouvement le sentiment inné de sa dignité féminine et du légitime respect qu’elle se devait.
- Lorsque le docteur se leva pour prendre congé, madame Buzzell le pria de donner un coup d’œil à ses fleurs ou plutôt, dit elle, à celles de Susie. — La grande table placée devant la croisée de la façade sud était chargée de plantes dans un état de fraîcheur et de prospérité qui faisait plaisir à voir, et deux petits orangers chargés de fruits attiraient particulièrement les yeux. Dans un autre apparte-mentmoins chaud, la fenêtre était garnie de violettes et de mignonnettes.
- « Je n’ai jamais vu personne réussir dans la culture des fleurs comme le fait Susie, » dit la vieille dame ; « il m’a toujours été impossible de faire fleurir mes violettes en hiver ; Susie dit que c’est parceque je les tiens trop à la chaleur en été. Le fait est que l’hiver dernier elle a pu faire un grand nombre de bouquets qu’elle a envoyés à l’hôtel du village, où il se sont vendus un bon prix. »
- « Sans doute elle met en pratique ce qu’elle a appris de botanique, » réponditle docteur. « Ce que je vois ne peut être que le fruit d’une méthode vraiment scientifique. »
- « Je dois avouer, cependant, » reprit madame Buzell, « qu’elle m’a souvent impatientée l’année dernière par sa manie de disséquer des plantes et de se crever les yeux à feuilleter des livres de botanique. J’avais évidemment tort; aussi suis-je disposée à l’expier. J’ai pensé sérieusement à bâtir une petite serre sur cette façade exposée au midi. Le village est devenu important ; on y vendrait beaucoup de fleurs et de plantes en pots , et s’il était nécessaire , on pourrait étendre son marché jusqu’à la ville voisine qui n’est qu’à quelques milles. »
- « C’est la meilleure pensée que vous ayez jamais eue, madame, * s’écria le docteur. » Susie a des idées tout-à-fait pratiques et cette entreprise lui créera une situation indépendante. Allez de l’avant sans délai, et si vous avez besoin d’argent j’engagerai dans cette affaire le capital voulu, sans compter vingt-cinq dollars dont je fais cadeau pour les frais de premier v établissement. Nous sommes en juin, * ajoata-t-il, « l’hiver prochain, Susie peut avoir une quantité- de violettes et cela seul rapportera beaucoup. Justement elle en a une plate-bande ici. Où a-t-elle pris ce plan ? Jamais je n’ai vu de violettes si odorantes. C’est la Marie-Louise, je crois ? »
- « Oh ! » dit madame Buzell, « tout ce qu’elle touche réussit; constamment elle apporte du terreau de feuilles qu’elle va chercher dans les bois ; quant au plan, elle l’a fait venir l’hiver dernier de chez Anderson le grand horticulteur. »
- Les encouragements du docteur eurent un tel effet sur madame Buzell, que deux jours après, les charpentiers étaient à l’œuvre. En moins d’un mois, une jolie serre de vingt pieds sur douze, chauffée par un fourneau installé dans la cave, fut complètement terminée.
- (A suivre).
- — A/"UAff\J\ [VWv-
- CABINETS DE LECTURE PUBLICS AUX ÉTATS-UNIS
- On commence à reconnaître que les salles de lectures ouvertes au public, contenant les principaux journaux et magazines du jour, sont un puissant moyen d’éducation publique, et on leur accorde plus d’attention qu’on ne l’a fait dans le passé. Elles doivent aller de pair avec les écoles libres et les bibliothèques'libres.
- De tous les changements qui se sont succédé depuis un siècle, aucun n’est- plus étonnant que celui des journaux et des périodiques.
- La'prépondérance des journaux est un des traits les plus caractéristiques de notre temps. Les plus remarquables découvertes et inventions du siècle passé se sont réunies pour en faire le plus complet agent de diffusion de nouvelles, et de pression sur l’opinion publique. C’est le réflecteur journalier des événements qui se passent dans le monde.
- Comme moyen d’influence sur les esprits, les journaux ontaujourd’hui plus de puissance que les livre et ont tendu, dans ces dernières années, à les remplacer. Chacun lit les journaux ; les lecteurs de livres sont comparativement bien moins nombreux. Qu’on s’informe d’abord, et on sera étonné de voir combien il existe d’hommes de grande intelligence, spécialement dans les affaires qui ne lisent pas un livre par an. Quelques-uns de nos journaux ont de 50,000 à 100,000 abonnés. Chaque exemplaire est lu en moyenne par cinq lecteurs, par dix, si l’on en croit un des plus vieux éditeurs de la Nouvelle-Angleterre, de sorte que chaque tirage parle à un quart ou à une moitié de million de lecteurs. Rarement un livre atteint 5,000 exemplaires, et il a moins de lecteurs par exemplaire que le journal.
- La plupart des arguments qu’on invoque en fa-
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- veur des free librairies s’appliquent aux free re.a-din-j rooms.
- L’institution demandée est une salle garnie des principaux périodiques, journaux et hebdomadaires, avec des magazines, ouverte à toutes les classes des deux sexes, matin et soir, de telle sorte que ceux qui ont peu de loisirs, en allant à leurtàche journalière ou en revenant, puissent s'en servir aussi bien que ceux qui peuvent disposer de leur temps.
- Ces institutions, nécessaires à toutes nos villes, se retrouvent dans quelques-unes ; les résultats ont répondu à l’attente des esprits les plus confiants. Celle qui est la plus grande, la plus complète, du meilleur système, est celle qui vient d’ètre établie dans la cité de New-York, par la mun licence de Peter Cooper. Ceux qui la visiteront la* trouveront remplie de lecteurs, appartenant la plupart aux classes laborieuses, et lisant avec curiosité les journaux et les magazines.
- Le bibliothécaire écrit :
- Nous avons sur table 312 journaux et périodiques, environ 100 magazines en langues différentes, outre les livres (12,000 environ sur les planches)., qu’on donne aux lecteurs, sur demande écrite. Les salles sont ouvertes de 8 heures du matin à 10 heures du soir et, l’année dernière, ont reçu 581.798 personnes. Ce chiffre peut donner une idée de l’influence exercée sur la communauté. La Cooper Union est la plus grande salle de lecture deâ Etats-Unis, sinon de l’univers.
- En 1855, une bibliothèque ouverte à tous fut fondée à Newburgport (Massachussets), par l’effort de personnes bienveillantes.
- Le surintendant écrit :
- Depuis juillet 1870, date de son établissement, le nombre des visiteurs s’est constamment accru. L’un à côté de l’autre, le marchand, le pasteur, le médecin, l’ouvrier et l’ouvrière de fabrique, ont là les nouvelles. Pendant la crise si fâcheuse qui pèse sur les affaires depuis ces trois dernières années, l’intérêt qu’offrait la salle de lecture à la communauté est clairement apparu. Deux salles bien chauffées, bien garnies de tapis et de fleurs, bien adaptées aux différents goûts et aux différents degrés d’instruction des lecteurs, ont été pour le public un secours que la meilleure volonté, sous une autre forme charitable, n’aurait pu procurer. On en a vu bientôt les avantages directs : le libre accès aux journaux, magazines, cartes, renseignements statistiques bulletins de marchandises, nouvelles maritimes les plus récentes,
- sont devenus d’un luxe une nécessité pour la communauté des lecteurs et du commerce.
- Les influencss indirectes ne se sont pas moins fait sentir. La fréquentation commune des salles par les deux sexes de toute classe à eu la plus heureuse influence sur la portion de la communauté qui avait le plus besoin qu’on l’aidât à adoucir ses mœurs, à échapper aux tentations delà rue, en lui montrant des inspirationt plus élevées. En bien des cas, le sésultat a été on ne peut plus satisfaisant.,,,..
- (Extrait des rapports publiés en 1876 parle bureau d’éducation du département de l’Intérieur, à Washington )
- CHRONIQUE SCIENTIFIQUE
- Les travaux du Seeland.
- La Suisse est peut-être, de tous les pays d’Europe celui dont la configuration géologique s’oppose le plus à la facilité des communications. L’escarpement des montagnes, la profondeur des vallées, le nombre et l’étendue des glaciers, le caractère torrentueux des rivières tout, en un mot, y nécessite pour les voies de commua nication de vastes et nombreux travaux d’art qui font à la fois l’admiration des touristes, le triomphe des ingénieurs, le désespoir des actionnaires et le fardeau des budgets.
- Peut-être un jour décrirons-nous dans nos Variétés, quelques-uns de ces travaux, le viaduc de Grandfey,les chemins de fer qui gravissent le Righi et l’Uetliberg, la route-turnel-quai de l’Axen ou même cette traversée du Gotthard dont un seul tunnel transperce une montagne de granit de 14 kilomètres et 9 hectomètres d'épais* seur.
- Tous ces travaux, et d’autres encore, mériteraient d’être plus connus.
- Une entreprise non moins considérable, mais d’une autre nature vient d’être couronnée de succès et le 16 août dernier la partie de la Suisse qui avoisine le Seeland fêtait cette heureuse réussite.
- LeSeeland est une vaste plaine qui dépend du canton de Berne et qui occupe tout le triangle compris entre le cours naturel de la rivière l’Aar et les trois grands )acs deNeufchâtel, de Bienne et de Morat. Cette contrée, autrefois recouverte par les eaux avait émergé à la suite des siècles, mais malgré de nombreux canaux d’égoutte*-ment et un drainage très étendu, elle n’avait pu être suffisamment desséchée pour permettre une sérieuse culture, Dans les années très-pluvieuses elle était même couverte par l’inondation et se confondait avec les trois lacs en une seule et immense nappe d'eau de près de 400 kilomètres carrés de superficie.
- C’est à cet état de choses que les travaux aetu.ejs
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- viennent de remédier par l’abaissement du niveau des lacs et le détournement de la rivière l’Aar.
- L’Aar, dans la région qui nous occupe, a un débit moyen un peu inférieur à celui de la Seine à Paris, mais qui, à certains moments, s’augmente de crues subites redoutées des riverains.
- M. La Nicca, ua colonel suisse, originaire du canton du Tessin, proposa un plan grandiose qui fut adopté en 1867 et entrepris de suite, grâce aux sacrifices financiers des cantons et des communes intéressées ainsi qu’à une forte subvention fédérale; il est enfin parvenu à son complet achèvement, après dix ans de travaux ininterrompus.
- L’Aar aujourd’hui est arrachée à son lit non loin d’Aarberg, et au lieu de continuer à couler au Nord-Est vers Soleure coule vers l’Ouest au fond d’une immense tranchée longue de près de 9 kilomètres et va déboucher dans le lac de Sienne à la moitié de la longueur de ce lac, Sur une partie de son parcours, cette large tranchée a plus de cent mètres de profondeur. A l’extrémité orientale du lac, non loin de la jolie et prospère ville de Bienne, l’Aar, grossie des eaux d’écoulement du lac et large comme un fleuve, ressort dans un beau canal de 9 kilomètres de longueur, creusé en lieu et place de la rivière de la Thièle, ancien émissaire d’écoulement des lacs; après quoi l’Aar va rejoindre son ancien lit, 11 kilomètres plus bas que le point où elle l’avait quitté.
- De la sorte le lac de Bienne sert de réservoir aux crues de la rivière, dont le cours inférieur est régularisé et la navigation y est rendue facile, De plus des canaux réunissent le lac de Bienne aux deux autres lacs qui se trouvent ainsi en communication navigable avec le Rhin.
- G’èst déjà un résultat considérable, mais ce n’est pas tout.
- Le recreusement de l’ancien émissaire des lacs a été fait dans les conditions voulues pour abaisser de 3 mètres le niveau des eaux. On a gagné ainsi sur les bas-fonds des bords des lacs de très vastes espaces de terrain où ne poussaient que des roseaux. Cet abaissement s’est fait graduellement et avec mesure. C’était prudent car la superficie des lacs est si considérable que le volume d’eau ainsi enlevé ne représente pas moins de l’énorme chiffre d’un milliard de mètres cubes.
- Par suite même dé cet abaissement du niveau des lacs la plaine entière du Seeland devenue plus haute qu’eux vit ses eaux trouver leur écoulement naturel. Aujourd’hui elle est desséchée et assainie à tel point qu’un joli village, Witzwyl, se construit au beau milieu de 30,000 hectares de cultures reconquis sur les marais.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- En mécanique on admet que simplifier c’est perfectionner. — Comparez un régulateur d’horlogerie à une vieille horloge, voyez les premières machines, les locomotives primitives, toutes les inventions à leur début, quelle complication ! Le progrès consiste à retrancher les rouages, les ressorts et les volants inutiles, qui sont autant d’entraves, de force perdue. — Confiante dans l’har-
- monie économique que développe la civilisation en progressant, la science sociale vise également à la simplification en se débarrassant petit à petit de la règlementation, qui entrave l’initiative individuelle, sachant que le seul moyen de donner la puissance à cette dernière, est d’ins-' truire les masses. Eh bien, singulière observation, quand il s’agit d’améliorer le plus noble des outils, la langue qui sert à exprimer la pensée, la moindre réforme est qualifiée de sacrilège! - « Ne touchez pas à l’arche sainte!» s’écrient les mille et mille voix de ceux de ses adorateurs, surtout, qui ne sont jamais entrés dedans, ne pas être des 40 et oser parler de modifications orthographiques et grammaticales!.... quel scandale!
- Alors on se figure, que nous, qui voudrions démocratiser l’instrument de la pensée, retrancher les rouages inutiles du langage verbal et graphique, enlever d’absurdes exceptions à d’excellentes règles, nous sommes des vandales. — Mais c’est vous, routiniers de l’A. B. C., qui n’ètes pas logiques dans votre aveugle fétichisme; vous devriez, remontant vers le passé, annuler les réformes sacrilèges des Voltaire, des Fénélon, des Bossuet, des Lafontaine et consorts, de tous ceux qui ont enlevé quelque chose à la primitive splendeur, rayonnante d’absurdités, de votre idole. Pourquoi n’écrivez-vous pas comme au XVe et XVI0 siècle : « Aveucque Des-daing.... Je vouldroye congnoistre.... »
- Quant à nous, c’est parce que, réformateurs phonographes, nous l’aimons notre langue, que nous voulons l’embellir, en lui enlevant ses difformités. —
- On parle de respecter les étymologies, mais où prenons-nous les racines des nouveaux mots, que la science, marchant à pas de géant, nous oblige à créer chaque jour?— N’est-ce pas en puisant aux sources les plus pures que l’on a formé hier les mots : Téléphone, Phonographe, Mécrophone? — Et où nos contradicteurs voient-ils trace de respect pour l’étymologie en écrivant : sirop de groseille et confiture de groseilles ? — On suppose dans cette dernière les groseilles cuites en marmelade dans leur entier ; malheureusement, (demandez aux cuisiniers), on passe les groseilles pressées et on en fait de la gelée : Que décide l’académie? — Ne nous arrêtons pas à ces puérilités! ...
- Mais, direz-vous, amis lecteurs et charmantes lectrices, (quand une femme me lit, je la trouve toujours charmante), ce n’est pas là une bibliographie. — Mon Dieu, voici ce qui m’est arrivé en lisant les cerveaux noirs (1)
- du Dr Edouard Raoux, le sujet m’a empoigné et ne voulant pas faire parade d’une science que je n’ai pas, je vous dirai que si, c’est bien là une bibliographie, car, plusieurs mots et exemples qui précèdent sont empruntés à l’excellent petit livre du savant Docteur.
- La place se trouvant prise, je termine en disant : Surtout ne manquez pas de lire les Cerveaux noirs ou l’art de mettre un peu de bon sens dans la tète de nos contemporains.
- Edmond POTONIÉ.
- (1) 1 vol, 60 ceot. chez l’auteur à Lausanne ; chez Sandoz et Fischbacker, rue de Seine, 83, à Paris ; et à la librairie Ghio, au Palais-Royal.
- Nous reviendrons sur cette question de lorto-grafie nouvelle à substituer à l’orthographe ancienne. Il s’agit là d’un progrès trop considérable pour que nous puissions nous borner à le mentionner.
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- UNE PENSÉE DE FICHTE
- Je ne puis me représenter l’état actuel de l’humanité comme son état permanent, son dernier terme et sa destination définitive, car alors tout ne serait que songe et qu’illusion; il ne vaudrait pas la peine d’avoir vécu et d’avoir pris part à ce jeu insignifiant, qui recommence toujours et qui n’aboutit pas. Cet état n’acquiert du prix à mes yeux que si je puis le considérer comme préparation à un état meilleur, comme passage à une existence plus haute et plus parfaite ; ce n’est point pour lui-même mais pour la perfection à laquelle il conduit que je puis le supporter, l’estimer et lui payer avec plaisir le tribut de mon dévouement. Mon âme ne trouve dans l’état présent ni sa place, ni un instant de repos; elle se sent continuellement repoussée par ce qui l’entoure et irrésistiblement entraînée ailleurs.
- Tout ce qui vit en moi s’élance au-devant d’un meilleur avenir.
- Fichte
- Die Bestimmung des Menschen. 168.
- Le Gérant : Godin.
- U SOCIÉTÉ 08 REMU8NTS
- Envoi gratuitement ses renseignements sur l’art de planter avec économie.
- Ecrire à Laignes (Côte-dOr).
- Ministère des finances
- POSTES ET TÉLÉGRAPHES
- Un concours général pour le surnumérariat des Postes aura lieu le Jeudi 26 Septembre 1878.
- Ce Concours se tiendra au chef-lieu de chaque département.
- Les jeunes gens de 17 à 25 ans sans infirmités et dont la taille n’est pas inférieure à 1 m. 54 c. peuvent y prendre part.
- Les instituteurs, les militaires et tous les fonctionnaires publics comptant cinq années de services rendus à l’Etat sont admis jusqu à 30 ans.
- Les candidats devront se présenter sans retard devant le Directeur, chef du service des Postes de leur département, qui leur donnera connaissance du programme de l’examen.
- Aucune demande ne sera reçue après le 20 septembre.
- Éviter les contrefaçons
- CHOCOLAT
- MENIER
- Exiger le véritable nom
- «
- u
- M* GABRIO SAINT-CYR
- PROPRIÉTAIRE A BÉZIERS ,(Hérault)
- « Vins rouges et blancs, secs et de liqueurs.
- Vins rouges de table, de 70 à 90 fr. ILa barrique de 215
- St-Cyr, St-Christol et St-Georges, 95 à 105 fr. j lit. pris a Béziers.
- On demande des Agents. 2
- OFFRE D’AGENCE
- Dans chaque commune de France, pour un article facile, pouvant rapporter 1,000 francs par an, sans rien changer à ses habitudes. — S’adresser franco à M. Sa.ngla.rd, 14, Rue Ratnbu-teau, à Paris. Joindre un timbre pour recevoir franco instructions et prix-courants.
- PARIS
- rue de Varenno, 16
- LE MONITEUR
- D’HORTICULTURE
- ORGANE DES AMATEURS DE JARDINS
- Culture des arbres fruitiers, des légumes, des fleurs.
- 16 pages, le 1" de chaque mois.
- Prix annuel : 5 fr.
- REMBOURSABLE EN GRAINES
- L’ÉLECTRICITÉ
- Revue scientique illustrée
- Paraissant le 5 et le 20 de chaque mois
- En une belle livraison de 16 pages grand in-8° Jésus,
- Technologie électrique . — Études et description da toutes tes applications scientifiques, industrielles et artistiques de l’Électricité.
- Télégraphe, Lumière électrique, Galvanoplastie, Météorologie, Électro-Magnétisme,
- Application de l'Électricité A la Médecine, aux Chemins de fer, h l’Art militaire, à la Marine, etc.
- Comptes-rendus de VElectricüé à VExposition de 187S. ABONNEMENTS
- Paris et départements : un an 12 fr.; six mois 6 fr. 50. ADMINISTRATION ET RÉDACTION : 16, rue du Croissant,
- PARIS
- Saint-Quentin — lmp. d« la Société anonyme du Glaneur
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- lre ANNÉE, TOME 2 — N° 2 Üoumal hebdomadaire paraissant le dimanche DIMANCHE 22 SEPTEMBRE 1878
- POLITIQUE
- LÉGISLATION
- ADMINISTRATION
- RELIGION
- MUTUALITÉ SOLIDARITÉ » FRATERNITÉ
- ASSOCIATION DU CAPITAL & DU TRAVAIL
- TRAVAIL
- INDUSTRIE
- COMMERCE
- CONSOMMATION
- ABONNEMENTS
- FRANCE
- Un an. . . . 10 f. »»
- Six mois ... 6 »»
- Trois mois. . . 3 »»
- Union postale . 11 >»
- ÉTRANGER
- Le port en sus.
- Rédacteur en chef : M. Ed. CHÀMPURY
- ADRESSER LA CORRESPONDANCE AU GÉRANT, A GUISE (AISNE)
- Les Abonnements sont reçus en mandats de poste ou en timbres-poste et timbres d’effets de commerce français.
- ANNONCES
- La ligne. . . 0 fr. 50
- Les annonces sont reçues à Guise, au bureau du journal, et à Paris, chez MM. Havas, Laffite et Ce, 8, place de la Bourse.
- A NOS ABONNÉS S A NOS LECTEURS
- Par la fondation du journal « Le Devoir », nous avons voulu donner un organe nouveau aux idées de progrès; appuyer toute idée de réforme et d’insbitutions nouvelles sur la morale supérieure née de l’amour et du respect de la vie humaine, les choses n'ayant de valeur à nos yeux que si elles concourent au bonheur de l’homme.
- Pour fonder un pareil organe de publicité, nous avons cherché des sympathies chez les hommes animés du désir du progrès ; nous nous sommes adressés à ceux qui aspirent à voir la société opérer pacifiquement les réformes nécessaires, propres à élever nos institutions et nos lois au niveau des progrès accomplis dans la philosophie, dans la science de la vie, dans l’industrie et le travail.
- Nous avons fait choix de vingt mille lecteurs, et nous leur avons servi le journal. Beaucoup de portes nous ont été fermées; mais nous avons la satisfaction de voir un certain nombre de personnes nous rester fidèles. Des sympathies précieuses sont venus nous aider et nous encourager.
- Que nos amis et nos lecteurs comprennent que « Le Devoir » est une œuvre de sacrifices, une œuvre de dévouement social et qu’il dépend d’eux de le faire vivre.
- Notre publication n’est ni un journal de passion, ni un journal de parti ; c’est un organe de science sociale s’occupant avant tout des moyens de réaliser le bien de la vie humaine, le progrès et le bonheur pour tous.
- Que nos amis nous aident dans cette œuvre de propagande, en faisant lire le journal et en nous envoyant les adresses des personnes dont les-sympathies pour le progrès peuvent nous faire des abonnés.
- toutes ces adresses, nous enverrons « Le Devoir », à titre d’essai.
- Que celles des personnes qui reçoivent des numéros spécimens du « Devoir » n’en soient donc pas surprises ; nous recherchons l’appui des hommes qui ont cultivé leur cœur et leur esprit dans l’amour du bien social ; nous les recherchons d’abord comme lecteurs, ensuite comme soutiens de nos efforts, pour réveiller dans la presse périodique et dans l’opinion publique l’étude des réformes et des institutions devenues indispensables.
- Nous faisons appel à toutes les personnes qui pensent avec nous, que des améliorations sont nécessaires dans nos lois et nos mœurs, et que ces améliorations peuvent seules prévenir les revendications violentes, et assurer la liberté, la paix et la concorde entre tous les citoyens.
- Nous sollicitons de ceux de nos nouveaux lecteurs qui ne peuvent on ne veulent nons accorder leur concours, de nons retourner simplement le journal en mettant ttEJPUSE snr In bande.
- SOMMAIRE
- Le droit à Vexistence. — Réforme de la magistrature — La semaine politique. — Lettres d'Angleterre. — Variétés. — Une pensée de Herder. — Congrès international du droit des femmes. — La presse et les criminels. — Roman: La fille de son père. — La question des chemins de fer.
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- LE DEVOIR
- LE DROIT A L’EXISTENCE
- Dans divers articles sur les /grèves, les caisses nationales de travailleurs, le droit'de vivre, etc., la rédaction clu « ï)evoir » s’esfc attachée à met-
- tre en lumière au nom de quels agents produc-
- tours la richesse, ou plutôt les bénéfices de la production générale doivent se répartir dans la société.
- > i
- Nous avons surtout cherché à démontrer que,* quel que soit le travail de l’homme, la nature intervient toujours pour une forte part dans la production ; nous recevons d'elle chaque jour la chaleur, la jumière, l’air et l'eau; elle nous , donne le sol et tous les matériaux qu’il renferme ; elle vivifie et fait fructifier toutes choses â la surface de la terre ; dans ces œuvres fécondes, l’homme est plutôt fe serviteur que le maître de
- la nature; mais, agissant en bonne mère à l’égard de ses enfants, c’est en définitive à l’humanité qu’elle abandonne ce qn’oHe apporte dans la production'
- Dans ces libéralités de la nature se trouvent les principales ressources de la vie/aussi est-ce en elles que nous plaçons le principe du droit de vivre, du droit à ce qui est indispensable à
- l’existence.
- if* . • t
- Cette proposition nous amène un certain nombre de lettres de nature à provoquer de nouvelles explications.
- Nous devons avouer que parmi les personnes qui nous ont adressé ces observations, bien peu ont tenu compte de la portée de nos formules/ Nous penchons même à croire que quelques-unes considèrent ces propositions comme' un jeu , d’esprit pouvant être modifié au gré de la pensée. Il n’en est pas ainsi : nous voulons, au con-
- j t Y) > Y' ». A
- traire, établir qu’il existe des principes et des lois de la vie de l’humanité en vertu desquels
- le droit, le devoir et la justice ont leurs règles pratiques dans la société ; que ces règles dérivent, non des décisions arbitraires de l’homme, mais des lois supérieures de la création.
- Pour beaucoup de gens, le droit, le devoir et le juste ne sont que par le fait des conventions humaines; nombre d'individus ne voieiii jaas (ju’au-dessus des décisions arbitraires des hommes, l’ordre universel a ;ses lois en vertu (les-
- quelles les lois m^ales existent, tnalgré toutes les erreurs que les hommes peuvent vouloir
- s’imposer comme vérités.
- C’est pourquoi nous cherchons les bases du droit, du devoir et de la justice dans les principes d’ordre supérieur qui doivent servir de règle de conduite aux individus et aux sociétés.
- C’est ainsi que, pour nous, le droit â ïoüt ce qui est indispensable à la vie repose sur ce que la nature tient en réserve au profit de l'humanité, sur ce qu’elle vivifie sans cesse et fait fructifier po ur servir a l’entretien et à la conservation de la vie
- humaine. Cela, elle le fait à l’intention de tous les hommes, et sans donner à qui que ce soit un signe de privilège pour s’en emparer et en priver les autres.
- Certains économistes, entrevoyant cette part de production due au travail de la nature, ont appelé cela des utilités gratuites ficùturelles. Pour nous, c’est la part due aux faibles, aux malheureux, à ceux qui ont besoin.
- C’est au nom de ces ressources et de cette
- activité productrice de la nature que nous disons : toute créature humaine a'droit au banquet
- de là vie; toute créature humaine ’a droit à l’existence et, par conséquent, aux choses qui peuvent la soutenir.
- Oh ! nous savons bien que le Prussien à dit : ce La force prime le droit. » Mais ne sait-on pas à quelles conséquences monstrueuses conduit cette affirmation brutale ? Qui oserait dire qu’elle ne jùstifie pas les revendications de l’avenir ?
- Nous savons encore combien d’hommes jugent des choses d’après les apparences qu’elles revêtent et s’abandonnent à imaginer l’ordre moral sur le type des faits matériels. Voyant partout que le sort du faible est d’être sacrifié ou dévoré par le fort, que les abus triomphent des
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- revendications, ils pensent que le droit, le devoir et le juste ont été oubliés dans le plan de la vie.
- Examinant ainsi les choses à la surface et parlant au nim des faits, on prétend parler au nom de la science ; oh invoque Darwin; on croit, avec le mot « sélection, » pouvoir tout expliquer.
- 'Quant à nous, nous croyons que l’humanité n’éxiste pas Seulement par là chair, mais qu’elle 'existe Aürtôutgàr res]érit. Laissons donc à Darwin rhôhuéht d’avôir utiîémèht pàrle ’dù croisement et du p’erfe‘ctionhé'fn'ént dés îra'cés animales, ruais plaçons L'être humain 'dànè la région dés choses rû'6'ràles; 'dégageons-le dé l’àïnm&lïVé pour reVeiidfquer à son honneur Tes notions réelles dû droit,, du devoir et du juste.
- Abandonnons toutes ces théories malthusiennes dans lesquelles la vie humaine n’entre que pour y 'être 'âvi'lîe ét méprisée; abaiVdonnôhs ces théories où l’on tend à démontrer qu'il n’y a de droits en ce monde que pour ceux qui y jouissent des -avantages de la fortune et de toutes les positions .
- Inspirons-nous, au côntraire, dé l’amour de l'humanité et commençons par affirmer que le premier dboit de toute Créature hufnâitté, é’eèt le droit à la vie, le droit à l’existence, c’est-à-dire à rindispensable et même 'au nécessaire; nous reconnaîtrons alors dans la production de toutes choses un agent désiùtéressé et travaillant pour ceux qui n’oht rien comme pour ceux qui possèdent.
- Or, cet agent, c’est la nature ; c’est au nom de cette action productrice due à rinterVen'ion des forces extérieures que nous réclamons la part des déshérités de la société, et demandons pour eux des garanties sociales centre l’abandon et le
- malheur. Nous plaçons ces garanties âu rang du pïés sàin’t des droits parce qu’elles seront bientôt
- considérées comme le plus saint des 'devoirs 'que là société ait a remplir, t’est dans ce droit naturel que nous tTouvoûs les motifs d’ùn impél servant à ha fondatio'n des caisses nationales des
- travailleurs dont nous avons fait là théorie daûs lès numéros 2, 1!6, 17,19 ét 23 dé cè journal.
- On nous a dit que nous dépassions les limites de la justice en voulant faire du droit de vivre, du droit à l’existence, un droit strict reposant sur des principes de droit naturel.
- Nous répondrons que, dans la pratiqué du juste et du bien, il n’est pas de limites dangereuses, surtout quand on prend pour règles celles du droit naturel.
- Ajoutons qu’il n’est pas inutile de dire aux possesseurs de la richesse qu’il est nécessaire de garantir lés travailleurs contre la misère et les privations, et que si l'on oubliait les devoirs à remplir de ce côté, il serait fort à redouter que de grands malheurs en fussent là conséquence.
- L’économie politique, poussant cette fois l’esprit d’analyse plus loin que nous ne l’avons fait jusqu’ici dans le Devoir, nous a demandé si, aux trois facteurs que nous avons assignés à la production de la richesse, il n’en fallait pas ajouter un quatrième oublié, dont l’importance est notoire ? Ce facteur, c’est « le contingent social que le passé et la civilisation mettent à la disposition de tous » : c’est la société elle-même avec toutes les ressources accumulées par les générations qui nous ont précédés dans la science, les arts et l’industrie ; ce facteur pourrait s’appeler les utilités sociales gratuites.
- Nous répondrons que nous n'avons pas besoin de 'demander place pour lui; il ne se laisse pas oublier et se fait assez chèrement reconnaître par tous les impôts que l’Etat prélève en son nom sur la production générale et, qui plus est, sur la consommation. Il n’est donc pas besoin de demander à son sujet une nouvelle part dans la répartition de la richesse. Malgré cela, l’observation est fondée dans une certaine mesure, puisque, comme on le voit, sa place est toute faite.
- Mais c'est ici le cas de signaler qu’en indiquant les trois facteurs généraux de la création de la richesse :
- Le concours de la nature,
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- Le concours de l’homme,
- Le concours du capital, nous n'avons pas entendu faire l’énumération analytique des puissances et des facultés productives, mais uniquement rechercher celles qui doivent servir de point de départ à la répartition équitable des fruits du travail et de la production.
- A ce sujet, d’anciens disciples de Fourier nous ont exprimé leur préférence pour la formule de répartition :
- Au capital, au travail et au talent,
- Nous demandant si nous entendions écarter le talent comme faculté productive ayant droit à la répartition ?
- Loin de nous cette pensée ; nous admettons, au contraire, que la répartition doit être proportionnelle à l’importance des concours. C’est pourquoi nous demandons :
- Pour la société, c’est-à-dire pour tous, la part due à l’activité vivifiante de la nature;
- Pour le travail, c’est-à-dire le labeur, la capacité, le talent, l’invention et tout concours dû à l'activité utile et intelligente de l’homme, une part proportionnelle à l’importance de chaque concours;
- Pour le capital, une part proportionnelle à son utilité dans la production.
- Mais parce que nous considérons tout cela comme légitime, nous tenons la formule pha-Janstérienne pour imparfaite; le talent n’est qu’un des modes de l’activité humaine compris sous la division du travail.
- Par exemple, le travail sera payé dans les proportions suivantes :
- Le simple ouvrier. . . . 1,500 fr.
- Le contre-maître.... 2,000
- Le chef de fabrication . . 4,000
- L’ingénieur . . . . . 6,000
- etc., etc.
- Pourquoi en est-il ainsi? Parce que le labeur, la capacité, le talent, la science, l’invention, le génie sont rémunérés pour ce qu’ils sont évalués.
- Dans une répartition sociétaire, chacun aura donc part aux bénéfices dans la proportion de sa valeur sociale. C’est ainsi qu’il est tenu compte du talent et des autres facultés productives.
- La formule phalanstérienne n’admet donc en réalité que deux éléments dans la production : le capital et le travail ; et elle néglige le premier de tous : l’intervention de la nature en toute chose. Or, cet;e intervention est, à nos yeux, un fait de la plus haute importance, car il constitue la hase effective de la solidarité entre les hommes; une fois ce principe admis, l’association sera plus facile à réaliser parmi eux.
- Godin.
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- RÉFORMES DE LA MAGISTRATORE <1>
- IV
- Nous avons vu dans nos précédents articles combien il est nécessaire à la bonne marche d’un pays que la magistrature y jouisse en tout temps d’une considération à toute épreuve; nous avons établi que le régime actuel de l’inamovibilité d*es fonctions avait pour conséquence fatale de pousser les magistrats à des actes regrettables qui déconsidèrent ensuite le corps judiciaire tout entier et le principe même de la justice; enfin, nous avons démontré que le seul remède à ces maux était une réorganisation de la magistrature à faire sur les bases nouvelles de l’amovibilité et du concours.
- De cette manière, avons-nous dit :
- On coupera court aux postulations peu dignes qui assiègent le pouvoir central dans Je but d’obtenir soit un mandat judiciaire, soit un avancement;
- On assurera en tout temps l’obtention de ces mandats ou de ces avancements aux plus méritants ;
- On la rendra possible à eux seuls;
- Enfin , on donnera au mérite la sécurité de son avenir.
- Pour compléter cette étude, il nous reste aujourd’hui à examiner le mode de fonctionnement de ces concours et le mode de formation des jurys.
- Commençons par le pied de l’échelle.
- C’est d’abord les juges de paix que nous rencontrons. Quelles conditions d’éligibilité doivent-ils remplir et par qui la réalité de ces conditions doit-elle être constatée ?
- Disons-le tout de suite. La justice de paix doit ne pas rester ce qu’elle est. Dans l’organisation actuelle, les juges de paix sont souvent, trop souvent détournés de leurs fonctions judiciaires ; dans une bonne organisation, ils doivent n’en être jamais détournés. A l’heure qu’il est, il répugne à beaucoup d’hommes des mieux qualifiés d’accepter les fonctions de juge de paix; du jour où ces fonctions seront exclusivement judiciaires et raisonnait) Voir Tome 1er, pages 356, 372 et 404.
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- blement rémunérées, les mêmes hommes, à qui elles répugnent aujourd’hui, ambitionneront l’honneur de les remplir. L’autorité des magistrats ' et le prestige de la justice n’auront qu’à y gagner.
- Pour nous, le rôle du juge de paix doit être avant tout un rôle de conciliateur. En conséquence, il est naturel que cette fonction soit occupée par les hommes que la droiture de leur cœur, la justesse de leur esprit et l’estime générale qui les entoure, désignent plus particulièrement pour cela.
- Dans plusieurs pays, tout homme de bien, pour peu qu’il ait d’expérience et d’usage, peut être juge de paix. Dans d’autres, on n’admet que des hommes dont les précédents accusent d'une manière évidente une connaissance suffisante des choses juridiques et une expérience réelle des choses de la vie.
- Nous pensons que ces titres, indispensables à l’autorité des magistrats, ne peuvent être reconnus, ne peuvent être mis en éyidence que par une double épreuve :
- Celle du concours établissant le degré des connaissances que le candidat possède;
- Celle de l’élection établissant le degré de confiance dont il jouit. —
- Une seule difficulté se présente : composer un jury à la fois compétent à l’égard du concours et désintéressé à l’égard des concourants.
- Nous croyons que la difficulté peut être facilement vaincue. Il suffit pour cela de composer le jury de telle sorte que la tradition judiciaire et l’élément civil y jouissent d’influences égales et que le pouvoir exécutif n’ait aucune pression à y imposer. On pourrait, par exemple, arrêter comme suit la
- Composition du jury des concours établissant la capacité des candidats juges de paix :
- Le conseiller général du canton,
- Le ou les conseillers d’arrondissement du canton,
- Le président de la chambre des notaires de l’arrondissement;
- Le plus ancien et le plus jeune des juges de paix de l’arrondissement,
- Le bâtonnier des avocats près le tribunal,
- Le président de la chambre des avoués,
- Un membre du tribunal de première instance.
- Composé ainsi d’éléments cantonaux et d’éléments étrangers au canton, ce jury réunirait les compétences voulues et le désintéressement indispensable. D’ailleurs, rappelons que son verdict se borne à constater que le candidat aux fonctions de juge de paix remplit ou ne remplit pas les conditions nécessaires de connaissances juridiques et d’expérience pratique.
- Une fois le concours public terminé et les vainqueurs déclarés éligib.les, c’est au suffrage universel des électeurs du canton intéressé que reviendra le droit d’élire dans les candidats éligibles et par voie de scrutin secret, le juge de leur choix. __________
- Voici qui est nouveau en France et qui va effaroucher plus d’un de nos lecteurs. Nous nous y attendons. Les vieux errements monarchiques ont creusé de si profondes ornières dans l’opinion publique qu’il semble impossible de pouvoir suivre d’autres directions. Elire les juges, voilà qui bouleverse toutes les idées reçues !
- EL cependant rien n’est plus logique. L’élection des juges, pour être 'bien faite, doit être faite par ceux qui ont le plus d’intérêt à ce que la justice soit rendue comme elle doit l’être. Or, personne, personne absolument,
- nya plus d’intérêt que le justiciable. Personne donc n’est plus intéressé que lui à nommer un magistrat intègre.
- Que l’on y réfléchisse, et l’on en sera bien vite convaincu. La société se désarme devant la justice ; elle lui remet en mains des armes que la justice pourrait retourner contre la société. Gela étant, est-il admissible que les justiciables seront assez dénués de raison pour poser leurs armes et les remettre aux mains d’un homme capable de les tourner ensuite contre eux ? Il faudrait avoir un mépris bien prononcé du bon sens humain pour admettre semblable supposition. Bien au contraire: les justiciables auront toujours soin de ne se désarmer qu’aux mains de celui en qui ils auront le plus de con • fiance. C’est là une garantie, une très-sérieuse garai, tie de la sagesse des choix.
- Quand à la crainte que l’on pourrait avoir des influcn ces locales, elle est dépouvue de fondement. Le concours seul sans la consécration de l’élection ou l’élection seule sans la garantie du concours préalable, laisseraient pénétrer les influences locales; ladouble épreuve du c m cours et de l’élection leur fermé radicalement la port-:.
- Les incapables ne pouvant être éligibles, il n’y a de rivalité qu’entre des hommes qui se valent. Que M. B. soit préféré àM. A., ou M. A. àM. B., cela importe peu ; ce qui importe, c’est que M. B. etM. A. soient également aptes à remplir leurs fonctions.
- Et si même quelquesinfluenc.es devaient exister — rien n’étant parfait sous le soleil — nous ne voyons pas que leur extrême exiguité puisse être mise un instant en parallèle avec l’énormité des influences qui pèsent dans le régime actuel sur M. le Ministre de la justice.
- L’hypothèse d’un manque de discernement des électeurs "ne peut se soutenir davantage. Le candidat reconnu éligible à l’emploi de juge de paix ne se présentera au suffrage des électeurs que dans les cantons où il est connu. Les électeurs ne l’éliront pas sans savoir qui ils élisent.
- Et si même le suffrage devait commettre, dans les premiers temps, quelques erreurs — ce dont il se corrigera vlte — elles ne seront pas irréparables, les magistrats n’étant pas inamovibles. De plus, ces erreurs seront toujours moins nombreuses et toujours moins fréquentes que celles commises par le ministère dans l’état actuel des choses. Osera-t-on soutenir que les habitants de Dunkerque, de Bastia, de Quimper, de Belfort ou de Perpignan ne seront pas mieux à même déjuger les candidats se présentant chez eux que M. le Ministre siégeant à Paris ?
- Poser une semblable question, c’est y répondre.
- La capacité du candidat étant reconnueparle résultat du concours, il ne reste à juger que sa dignité; personne ne sera mieux à même de l’apprécier que les électeurs du canton intéressé. Chacun pouvant être victime d'une iniquité si le magistrat n’est pas intègre, chacun aura bien soin de ne donner sa voix qu’au candidat dont l’intégrité est certaine.
- Et d’ailleurs, si le suffrage universel est assez intelli-gent’pour nommer celui qui fait la loi, il l’est assez pour nommer celui qui l’applique. Si, au contraire, vous lui refusez le discernement nécessaire au bon choix du mandataire chargé d’appliquer la loi, refusez lui du même coup le discernement voulu pour nommer un membre du pouvoir législatif. Soyez logiques : faites élire les juges ou supprimez le suffrage universel.. .
- Si de l’organisation de la justice de paix no^s passons
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- à celle des tribunaux de première instance, nous trouverons le même principe du concours, et de l’élection. Le concours, sera plus difficile, le collège électoral sera plus étendu : l,e principe restera, le même.
- Il; esfj légitime d’exiger des magistrats des tribunaux de première imstan.ee des connaissances plus, étendues, que celles exigées des j,uges de paix.
- Le diplôme de licencié ou droit devra être requis, des candidats avant que çeux-ci puissent être admis au cqu-cours, Mais ce diplôme, ni même celui; de d.opteur, ne. saurait être un titre suffisant. La. connaissance, dn droit est iudispensable.au juge de première, instance, mais elle n’est pas tout pour lui. Il lui faut de plus et surtout l’intelligence des affaires, cette, science de la pratique qui ne s’apprend que dans l.e cabinet dé l’avocat, et mieux encore dans l’étude de l’avoué. La loi déterminera le minimum de ces stages comme elle déterminera le minimum d’âge du candidat. Ce sont là de petits détails d'organisation qui n.’inflnent en rien, sur le principe. Ce qui est essentiel, c’est qu’une fois la possession, de ces connaissances établies par les candidats, çeux-ci soient soumis à un concours public, approprié par sa nature à l’élévation cffi la charge postulée. On ppurra arrêter comme suit la
- Composition du jury dès-concours des candidats, aux.
- Tribunaux de première vas tance-
- Un député du département,
- Un sénateur du département,
- Les conseillera généraux de l’arrondissement,
- Un ou deux délégués du Conseil d’arrondissement, Le bâtonnier près, le tribunal,
- Le président de la chambre des avoués,
- Le président de la chambre des notaires,
- Le procureur de la République,
- Trois présidents des tribunaux du, même ressort,
- Un professeur de la faculté de droit la plus voisine. Un jury ainsi composé offrira de sérieusës garanties, et l’on pourra être certain que les candidats vainqueurs au concours passé, devant lui obtiendront la confiance générale. Après le concours, le suffrage universel des électeurs compris dans le ressort çbp.isira, dans les candidats éligibles et au scrutin secret, lo ou les membres du tribunal.
- Les tribunaux de première instance éliront chacun leur bureau.
- L'admissibilité des candidats aux Cours d’appel se fera d’après les mêmes principes; le concours sera proportionné à l’importance de la charge postulée et seront seuls admis à y participer ceux des membres des tribunaux de première instance qui auront fait uu certain stage à ce poste.
- On pourra arrêter comme suit la
- Composition du jury des concours des candidats à la Cour d'appel :
- Les députés des départements comprisdans le ressort, Les sénateurs des départements,
- Deux délégués de chaque conseil général de ces départements,
- Le bâtonnier de l’ordre des avocats à la Cour,
- Le président des chambres d’avoués à la Cour,
- Le président de la chambre des notaires de l’arrondissement où siège la Cour,
- Le premier président,
- Les présidents de chambres,
- Le doyen des conseillers,
- Le procureur général.
- Ce jury qui.réunit, comme les précédents, les compé--tences nécessaires et qui est franc de toute influence du pouvoir exécutif, est de nature à inspirer aux justiciables une entière confiance dans. les. candidats. reconnus éligibles. Une fois les vainqueurs^ du concours, connus, le. suffrage universel de tout le ressort, de la, Cour, djapr, pel choisira le magistrat dans, leur nombre et an scrutin secret.
- De même que le tribunal de première instance, lps. Cours d’appel composeront elles-mêmes, leurs bureaux.
- Au, nombre des attributions des Cours d,’appel| serat mise, la, nomination des membres de la.Cour.de,cassation.
- Deux mots sont ici nécessaires.
- Le lecteur peut,s’étonner dp voir la Çoiir. de cassation èt^e élpe.par les Cour, d’appel. La raison,de ce mode d’elec-tipii est bien simple. La Çopr de cassation, ne juge que des ’ question de forme, ijlle. n’a de, compétence que pour décider si, la loi a été ou non respectée dans. les décisions des cours et tribunaux inférieurs. Lorsque la, Cour de cassation a ca^sé fa décision qq! violp L loi ou la méconnaît, elle renvoie pour statuer au fond, devant une juridiction de mèrne ordre, ruais aut^e qnp celle qui a rendu la décision, cassée. A,u cas où ljà juridiction de . renvoi juge dans le même sens qpe la pj$nü$rej li.Cour i dq, passation, saisie, de cet te, nouvelle, décision,, jùge.tou-1 tps. chanffirôs réunies, Si elle, capse de nonyeaù, elfe ien-! voie devant une troisième juridiption dé mpm.e’9r.dpê <ÿii,
- | cette, fpis, est obligée de se conformer, à la, docL’ine de ! son. arpêt En, ce cas, la. Cour de cassation, saisit le pouvoir | législatif des difficultés qu.e présente lfintorprétaijo,^ <ie j la loi.
- Il est donc bien évident qup l,a Cour de cassation ne | peut être comparée aux tribunaux et aux cours et sou-! mise au même mode de recrutement que ceux-ci. Elle ; exige de ses membres des connaissances spèciales | qu’aucun jury ne peut contrôler, mais que les membres ! de Cours d’appel sont seuls qualifiés pour bien connaître. IL faut une longue expérience de ioules les formes de procédures, et il est nécessaire que tous les membres de la Cour de cassation aient fait un stage d’abord chez un avocat ou un avoué, puis au tribunal de première instance, puis à la Cour d’appel. Enfin, la Cour de cassation se trouve, issue, çffi suffrage universel, puisque le - suffrage élit les magistrat^ de la Cour d’appel avec mandat fie. recrute.^ l.a Cour <je cassation. Lexceptjion que nous paraissons faire pour ce corps, d'exception, est donc pins apparente que réelle.
- Il nous parait utile, d’ajouter aux pouvoirs, actuels dp la Cour de cassation dans notre projet de réforme, f’aq-torit.é et faction, disciplinaire (droit de suspension et de révocation) sur toute la magistrature dp France, y çoui-prjs ses pre.prçs membres, le droit de suspension ou de révocation pnuîles cas çt suivant uiie procédure déterminés. Ce sera la meilleure garantie cfes magistrats contre les abus de la politique.
- Et maintenant que nos lecteurs veuillent bien comparer l’organisation que nous proposons avec celle pratiquée aujourd’hui, et qu’ils se demandent si une magistrature élevant aux plus hautes fonctions les plus hautes intelligences et les plus hauts caractères, ne jouira pas. aux yeux du pays d’une considération cent fois plus grande que celle dont peut jouir une magistrature dans laquelle ies promotions sout laissées au bon plaisir du pouvoir exécutif. Ed. Ghampury.
- P. S. — Nous avons encore à étudier quelques réformes
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- complémentaires relatives à la magistrature, celle du renouvellement partiel de chaque corps par l’expirAtion échelonnée des mandats Celle des tribunaux de commerce,
- Et celie des conseils de préfecture.
- Ce sera l’objet d’articles spéciaux qui paraîtront plus tard. ' ’ E. C.
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- LA SEMAINE POLITIQUE
- Une véritable avalanche de discours officiels a fondu ces jours-ci sur les journaux. Nos ministres ou leurs lieutenants ont parlé partout. M. de Freycinet, ministre des travaux publics, s’est fait entendre à Dunkerque, à Lille, à Valenciennes et à Douai. M. Savary, sous-secrétaire d’Etat au ministère de la justice, a harangué les populations de la Manche ; M. Jean-Casimir Périer, sous-secrétaire d’Etat au ministère de l’instruction publique, celles de la ville de Valenciennes. Les propos qu’ont tenus ces divers personnages gouvernementaux ont été, en tous points, excellents et l’on ne peut que féliciter nos ministres de l’insistance avec laquelle iis exposent au public les bonnes dispositions dont ils sont incontestablement animés, bien que l’on serait heureux de voir quelques-uns d’entre eux mettre un accord un peu plus complet entre les actes et les paroles. Cette critique ne s’adresse point, toutefois, à M. de Freycinet, qui déploie beaucoup d’activité dans son département, pour tâcher d’obtenir la réalisation des vastes projets qu’il a conçus en matière de travaux d’Etat.
- Au rebours de tant d’hommes politiques qui ne savent parler qu’avec une aigreur mal dissimulée des classes ouvrières, M. de Freycinet a fait, à Douai, l’éloge des populations laborieuses de Denain, qui, afin de ne pas créer de difficultés à la République, ont si couragéuèé-ment refusé de s'associer à la grève qui a désolé le bassin hoüiller'd’Arizin, quoiqu’ils-eussent, incontestablement, bien des griefs sérieux à faire valoir. Nous sommes heureux de voir un ministre parler avec respec et reconnaissance de la‘sagesse des travailleurs et renoncer à la phraséologie qui a eu cours trop longtemps dans'les régions 'officielles.
- M. Savary, dont nous avons déjà signalé un discours, a entretenu ses auditeurs de la question sénatoriale et a vengé avec beaucoup de finésse le régime républicain des outrages qui lui sont prodigués par la presse réactionnaire. Il a montré comment la République était véritablement sortie des entrailles du pays « qui a déployé » pour l’obtenir une sagesse, une ténacité, une persis-» tance^ de vues que l’on ne saurait trop remarquer » Il a condamné énergiquement la pohtique des conflits dont les hommes d’Etat de-1 l’école de l’ordre moral voulaient que1 le Sénat devint l’instrument, et il a manifesté la patriotique éspmiœcé de voir la reconstitution de la Chambre haute’ rétablir des rapports de mutuelle confiance entre les deux fractions1 du Parlement français. ;
- A ValëncieùneSi'M. Jean-Casimir Périer, inaugurant un lycée,1 a rappelé -aux'maitres et aux professeurs de fios établissements d’instruction publique quels étaiènt leurs‘devoirs, qui sont également ceux de tous les bons citoyens'. " ;
- « Lë'respect de nos lois fondamentales, a dit M. Périer, » est imposé à tous; et quoi qu’en disent les'adversaires » de la‘République,'le gouvernement usera du droit » d'avoir^ses.préférences. » ' ' • • :
- Il a éiisuitè indiqué les sentiments dont s’inspirerait le ministre de l’instruction publique lorsqu’il aurait à choisir les agents de l’Université.
- « Le gouvernement, a-t-il dit, préfère le maître qui » ouvre et fortifie les esprits à celui qui les ferme et les » étiole. Il préférera celui qui osera quelque audace » généreuse au timide qui s'épuise dans la pratique
- » quotidienne d’une déplorable routine. Il n’hésitera » pas entre celui qui parlera de son pays, de ses victoires » et de ses revers avec quelque ehaieur, à celui qui fera » sans émotion et sans embarras le récit d’un forfait. Il » préférera, enfin, celui qui ne médit pas de son temps, » qui se signale par la dignité de son caractère et qui » comptera sur ses titres plus encore que sur une apos-» tille, à celui qui ne respire que la poussière des vieux » livres et qui s’est si bien enfermé dans l’antiquité qu’il » dort du sommeil des momies. »
- L’orateur a terminé en disant que l’Université en France ne formait « ni une secte, ni une coterie politique », mais qu’elle voulait « faire des citoyens pour la France telle qu’elle est. »
- Ce langage, assez nouveau, produira certainement une impression salutaire sur le personnel enseignant dont l’indépendance a été trop longtemps opprimée par l’influence cléricale de certains hauts fonctionnaires dêl’Uni-vërsité, ^que M. Bard'oüx devrait bien mettre à même d’aller exereerleurs talents’ dans les facultés catholiques. i
- Les détails ignobles qui ont signalé l’exécution de •deux assassins, condamnés à mort par le jury de la Seine, a appelé de nouveau l’attention publique sur la question du supplice capital. Des polémiques très-vives'ont été élevées à ce sujet, et nous avons le regret de constater que très-peu d’organes ont eu assez de logique pour réclamer la suppression de ce crime social quh s’appelle la peinede mort.La presse libérale a été cependant unanime à demander que le spectacle révoltant des exécutions fût soustrait à la curiosité malsaine du public, et l’on assure que le ministre de la justice se préparerait à étudier la question. C’est là un progrès qu’il convient de constater. Oo rougit déjà de la peine de mort; peut-être comprendra-t-on ‘ bientôt qu’il est honteux ipour la France de maintenir ce crime légal dont tant d’autres pays ont purifié leur code.
- Il va sans dire que les feuilles cléricales demandent, au contraire, que les exécuteurs des hautes-œuvres opèrent avec grand appareil. Joseph de Maistre, un des Pères de l’ultramontahisme, n’a-t-il pas écrit quelque part que le bourreau devait être la pierre angulaire de la société ? '
- Une grande parade militaire a eu lieu dimanche, dans la pl’airié de Vincennes, ou le Président delà République a passé en revue les troupes composant le quatrième corps d’armée. Cette inspection a donné des résultats satisfaisants, et, puisque la guerre est une cruelle nécessité, il faut se féliciter de Voir que nos forces militaires se reconstituent et nous permettent de tenir en respect ceux qui pourraient nourrir contre nous de mauvais desseins Mais quand on songe que cette masse d’hommes qui manœuvr dent dans la plaine de Yincen-nes sont destinés-peut-être à périr; quand on songe que tant de brasi tant d’intelligences sont stérilisés par jes exigencès de la vie militaire, on ne peut se défendre d’un sentiment (je douleur et maudire les préjugés absurdes, lès passions déréglées et les intérêts mal compris qui (jivisènt les hommes et les poussent à s’entredéchi-r.er, quand, en s’unissant fraternellement par les- liens sacrés du travail et de l’assistance mutuelle, ils pour-_ raient conjurer la plupart des maux dont ils pâtissent. On raille comme des utopistes ceux qui rêvent la paix universelle et le désarmement général, et pourtant, il n’èst pas un seul ami sincère de l’bumanité qui ne sente au fond de son cœur que e’ësU vers ce but,sj éloigné qü’il puisse être, que doivent tendre les efforts de fous les esprits véritablement élevés.
- Nous avons dit que M- Louis Blanc devait protester contrôles mesures qui ont été prises par l’autorité policière, à l’égard des membres de la réunion privée organisée rue des Entrepreneurs par quelques ouvriers supposés socialistes. Là lettre du député de l’extrême gau-
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- che a été publiée. C’est une courte revendication du droit qu ont tous les citoyens de se réunir dans un local privé M. Louis Blanc cunstate que les agents de M. le préfet de police ont violé ce droit en dispersant les ouvriers de la rue des Entrepreneurs; mais M. Dufaure, qui a répondu à M. Louis Blanc, ne veut pas admettre cette manière de voir. Il écrit que le gouvernement a, au contraire, « scrupuleusement observé la loi et avoir « accompli son devoir en la faisant exécuter. » Le garde des sceaux ajoute « qu’il ne lui serait pas difficile de le prouver. » Toutefois, il ne le prouve point. Le débat en est la, et M. Louis Blanc et ses amis, en l’absence des Chambres, s’en remettent au jugement de l’opinion publique, qui, cette fois encore, ne sera pas favorable au ministère.
- La loi n’est pas égale pour tous, malgré ce qu’en a dit M. de Marcère dans ses récents discours. La liberté dont jouit le congrès clérical de Chartres et l’interdiction du congrès ouvrier suffiraient au besoin à le prouver.
- Le congrès clérical a pu durer, tenir et clore sa session sans être aucunement inquiété. Cependant les discours les plus subversifs ont été prononcés dans ces assises solennelles de l’ultramontanisme, et, pendant plusieurs jours, les meneurs de la campagne cléricale ont pu formuler impunément les attaques les plus violentes contre l’ordre social moderne et prêcher la restauration du régime aboli par la Révolution française. Les excitations les plus malsaines ont retenti dans les jardins de l’évêché de Chartres tranformés en club révolutionnaire d’un nouveau genre. Depuis longtemps, on n’avait pas entendu de pareils appels aux passions violentes, de pareilles excitations à la haine.Malgré cela,le gouvernement ne s’est pas ému. Il paraît que l’étude en commun des questions sociales n’est dangereuse et répréhensible que lorsqu'elle s’inspire des idées de progrès et des véritables intérêts des classes laborieuses.
- La discussion du projet de loi contre les socialistes a commencé lundi à Berlin. Elle a eu, pour préface, une harangue de M. de SLolberg, vice-chancelier, qui n’a été que la paraphrase pure et simple du discours de la Couronne. Le débat n’a été véritablement ouvert que lorsque M. Reïchensperger, député clérical, a pris la parole pour combattre le projet, au nom de ses amis, comme n’offrant pas de garanties suffisantes contre l’agitation démocratique. Un conservateur, M. Helldorf, a critiqué la loi qu’il ne trouve pas assez sévère et s’est répandu en accusation contre le parti socialiste. M. Bedel, un des chefs de ce parti, a protesté avec une grande énergie contre ces imputations et a nié que l’on pût établir aucun rapport entre les doctrines socialistes et les attentats de Hœdel et de Nobiling (lequel, soit dit entre parenthèse, vient de mourir assez inopinément à l’heure où les docteurs étaient certains de sa guérisor ). Le comte Eulenbourg, ministre de l’intérieur, ârépondu en homme qui sait évoquer à propos le spectre rouge et le péril social, et M. Bamberger, au nom des nationaux-libéraux, s’est prononcé catégoriquement en faveur de la loi. Dans la séance suivante, M. Hœnel, progressistes déclaré la loi inacceptable et non susceptible d’être améliorée; puis M. de Bismarck est venu donner de sa personne et a essayé de se disculper de l’accusation qui avait été portée contre lui par M. Bebel. à savoir qu’à une certaine époque le chancelier n’avait pas eu pour les socialistes l’aversion qu’il manifeste aujourd’hui à leur égard; qu’il avait eu des entrevues avec l’initiateur du socialisme allemand, Lassaile, et qu’après la mort tragique de ce dernier, il avait gagné M. Schweizer ; puis, qu’à l’aide de l’influence de celui-ci et de celle des démocrates-socialistes obéissant à son impulsion, il avait combattu le progressiste.
- La réponse de M. de Bismarck a été quelque peu embarrassée. Il n’a pu nier aucun des faits qui mettent une fois de plus sa politique sans principes en contradiction avec elle-même. Il a jugé utile, pour terminer son
- discours et se tirer d’embarras, de déclarer, dans un mouvement théâtral, que, dût-il succomber sous le poignard des assassins, il n’en persistait pas moins à demander le vote du projet qui, finalement, a été renvoyé à l’examen d’une commission de vingt et un membres, à une forte majorité. Le projet sera peut-être amendé, maison peut prévoir qu'il sera voté et que, quelques modifications qu’il subisse, il n’en restera pas moins un instrument d'oppression et d’arbitraire.
- On a fort peu de nouvelles de l’expédition de l'Autriche dans la Bosnie et dans l’Herzégovine, et les dépêches ne donnent aucun détail sur l’échec subi par les troupes de l’empereur François-Joseph, ce qui donnerait à penser que cet incident militaire a eu plus de gravité qu’on ne l’a dit. Cependant, les Autrichiens concentrent leurs forces dans le nord-ouest de la Bosnie et vont faire un effort considérable afin de se rendre maître de l’insurrection dans celte partie du territoire bosniaque. Voici, en effet, la mauvaise saison qui vient, et il importe grandement aux troupes austro-hongroises de pouvoir assurer leurs communications. La lutte est déjà engagée et les premières opérations ont été défavorables aux insurgés.
- La ligue albanaise augmente ses forces tous les jours. Aussi, au dire du Daily News, la Russie aurait-elle conclu une convention militaire avec la Serbie afin de faciliter à cette principauté l'entretien d’une armée de quarante mille hommes sur les frontières de l’Albanie et sur tout autre point que le cabinet de Saint-Pétersbourg pourrait indiquer ultérieurement. Cette nouvelle mérite toutefois confirmation.
- L’Orient sera toujours le pays des surprises. Voilà que décidément Midhat-Pacha rentre en faveur auprès du Sultan. Dimanche, dans l’après-midi, Aarifi-Pacha, ambassadeur ottoman à Paris, s’est rendu chez l’ancien vizir disgracié et lui a communiqué un message important de son souverain. On ignore ce que contenait ce message, mais ce que l’on sait, c’est que Midhat sera conduit eu Crète, avec sa famille, sur un vaisseau que le Sultan a mis à sa disposition. Il est vraisemblable que d’ici peu l’ancien ministre sera rappelé aux affaires, ainsi que nous l’avons fait pressentir. On assure que l’influence anglaise n’est pas étrangère à ce revirement complet du commandeur des croyants. Dans tous les cas, on ne peut qu’y applaudir, car Midhat-Pacha, qui jouit d’une légitime considération en Europe, paraît être un véritable homme d’Etat, infiniment plus familiarisé que ses concitoyens avec les nécessités du progrès moderne.
- Le différent turco-héllénique est toujours loin d’une solution. Les journaux diplomatiques ont publié la circulaire que le cabinet d’Athènes vient d’adresser aux puissances signataires du traité de Berlin pour invoquer leur médiation. M. Delyannis se plaint que les démarches faites par le gouvernement grec, pour décider la Porte à nommer des commissaires pour discuter une rectification des frontière-s respectives des deux pays, soient demeurées sans résultat. Le cabinet d’Athènesm-voque donc la médiation des puissances, en vertu de l’article 24 du traité. Cependant, quoi qu’on l’ait annoncé tout d’abord, il n’est pas certain que cette médiation soit accordée, et il est à craindre que, de ce côté encore, des complications soient inévitables. Décidément, il semble qoe partout les décisions du congrès soient inexécutables, et cette impuissance de la diplomatie prouve une fois de plus qu’il ne faut rien attendre de la politique d’expédients.
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- LETTRES D’ANGLETERRE
- Correspondance particulière du Devoir.
- Londres, 11 septembre 1878 (retardée).
- Depuis huit jours, les accidents se suivent dans toutes les directions, sur les chemins de fer, sur les rivières, en mer. etc. Il faut bien, devant une telle persistance de la part de la mort à frapper ses victimes au milieu des fêtes, il faut bien rechercher la cause première de tout le mal. On accusera certes la négligence des employés de chemins de fer, on plaidera l’imprévu des accidents maritimes ; mais on n avouera pas facilement la cause vraie, réelle, qui rend possibles tous ces malheurs.
- Cette cause existe pourtant , c’est l’observance du dimanche. Si jamais vous vo.us trouvez à Londres un dimanche, vous croirez être dans une ville morte. Tout est suspendu : commerce, affaires, plaisirs, spectacles, tout, jusqu’au service des postes ; vous ne pouvez recevoir ce jour-là ni un journal, ni une lettre. On célèbre le jour du Seigneur en en faisant un jour d’éternel ennui ; c’est de quoi maudire à tout jamais le Lord que l’on veut honorer. Donc pour plaire au pharisaïsme de la caste religieuse, on d&fend toute distraction le dimanche, et la population, quand elle veut prendre du plaisir, doit U faire dans la semaine; c’est ainsi que l’on doit lancer sur des voies encombrées par le trafic ordinaire les wagons ou les bâtiments de fête.
- Naturellement, ce service de locomotion exigé pour les parties de plaisir dérange le service journalier ; iis se gênent l’un l’autre et les accidents sont fatals. Si le dimanche était consacré à la récréation comme partout ailleurs sur le continent, on prendrait les plaisirs ce jour-là et la semaine serait exclusivement consacrée aux affaires, sans que les services publics soient incommodés par les exigences spéciales des amateurs de fête. Il existe deux ou trois associations qui s’occupent courageusement à obtenir pour le dimanche l’ouverture des musées et des bibliothèques, ainsi que le droit de donner au moins des concerts. La National Sunday league. depuis trois ans, est parvenue à organiser ainsi des concerts en plein air dans trois des plus grands parcs publics de Londres les dimanches de l’été dans l’après-dînée. Ces concerts populaires ont été suivis cette année par plusieurs milliers de personnes , mais pour la plupart étrangers.
- Depuis lundi se tient à Bristol le congrès annuel des Trades-Unions. Le congrès s’est ouvert lundi sous la présidence de M. Bayley, président du Comité parlementaire des Unions et président de l’Association des tailleurs réunis II était au nombre des délégués anglais qui ont signé l’appel pour le meeting tenu l’autre jour à Paris au théâtre du Château-d’Eau en faveur de la paix. Le principal rapport soumis au congrès est celui de ce comité parlementaire qui a été lu par M. Broadhurst, de Londres, secrétaire du comité. Le rapport espère de bons effets de la nouvelle loi sur les usines et ateliers qui entrera en vigueur le lor janvier prochain.
- Le comité parlementaire déclare aussi avoir à se féliciter d’avoir obtenu d’importantes améliorations dans la loi qui règle la responsabilité des patrons en cas d’accidents ; il énumère ensuite plusieurs dispositions législatives obtenues grâce à son initiative par l’influence de quelques membres dévoués du Parlement.
- Le rapport attribue en grande partie la crise industrielle dont souffrent et l’Europe et l’Amérique aux folles entreprises de la spéculation depuis quelques années et au manque de sécurité où l’on a été jeté par la dernière guerre. Le printemps, espère-t-on, ramènera une époque d’activité nouvelle. L’année qui vient de s’écouler a yu se terminer deux disputes importantes
- pour le bâtiment, celle des tailleurs de pierre de Londres et celle des menuisiers de Manchester.
- On est venu largement en aide à ces deux unions qui. d’ailleurs, disposaient de fonds importants accumulés par elles ; mais la grève ne s’est pas terminée à la satisfaction des ouvriers, qui ont dû céder aux patrons à cause de la dépression générale de l’industrie. Le travail du comité,s’occupant ensuite delà grève dans les districts cotonniers, se termine ainsi :
- « Le grand conflit dans les matières textiles est trop récent encore pour pouvoir être analysé. Les propositions des ouvriers avaient notre approbation entière et c’est à regret que nous n’avons pu venir en aide aux grévistes directement ; mais nous avons d’une manière indirecte et par nos efforts personnels puissamnrènt concouru à recueillir des fonds pour tous ceux qui ont souffert dans le Lancashire.
- » Quant aux troubles qui ont eu lieu dans cette triste dispute, nous avons peu à en dire : ceux qui ont commis des violences en sent punis. Nous ferons seulement remarquer que les membres des Unions, là où ils étaient en grève, ont fait tous leurs efforts pour ne pas enfreindre les lois. Nous espérons de tout cœur que pareille contestation ne se reverra plus en Angleterre. Personne ne regrette plus que nous le retour continuel de ces conflits entre le capital et le travail. Nous croyons pourtant devoir dire aux patrons que leur système d’exaction ne réussira pas L’association a pris de fortes racines dans le sol anglais pour en être jamais arraché, et l’avenir appartient aux travailleurs, un avenir plus grand, plus puissant et plus fécond que tout le passé de notre histoire. »
- 18 septembre 1878.
- Le congrès des trade-unionistes ne s’est terminé que samedi dernier. Ces ouvriers intelligents et soucieux à la fois de leurs droits et de leurs intérêts, ont consacré la séance du jeudi à écouter deux hommes dévoués et distingués, le savant jurisconsulte M. Henry Grompton, et l’éminent économiste, John Morley Le premier, consulté sur certains points de'droit compris dans les récents projets de lois soumis au Parlement et qui touchent aux droits des classes laborieuses, a tâché ffe rendre claire la portée de ces lois, de façon à pouvoir les saisir sans risquer d’être saisi en vertu de leurs dispositions souvent obscures à dessein. '
- M. John Morley, sur l’invitation du comité, a. fait toute une conférence étudiée avec soin, se basant sur des chiffres nombreux, ayant l’autorité des statistiques les plus exactes, sur les dangers de la production exa-gé:ée de l'industrie. La première conséquence de tout excès de production est l’encombrement des marchés extérieurs et la dépression du commerce qui entraîne forcément la stagnation de la marine marchande. Des navires, représentant un capital de deux millions sterling, soit cinquante millions de francs, restent pour le moment à l’ancre dans les seuls ports des Indes.
- Une autre conséquence immédiate de toute augmentation inconsidérée dans la production, c’est l’avilissement du prix des produits. Les cotons exportés en 1877 dépassent eo quantité de 300 millions de yards ceux exportés en 1872, et les laines de 15 millions de livres ; mais leur valeur ?
- M*algré l’accroissement énorme de quantité, la valeur to -taie a baissé de lü millions de livres sterling, 250 millions de francs, le quart d’un milliard, et cette baisse a même affecté les matières premières pour plus de la moitié. Quant aux fers et au charbon, les prix d’aujourd’hui sont pour les premiers de 140 et le second de 200 pour cent au-dessous de ce qu’ils ont été. C’est bien le système de tuer la poule aux œufs d’or que je dénonçais dans une précédente lettre.
- Les classes industrielles qui font agir les capitaux et ceux qui les possèdent,semblent manquer d’intelligence complètement, du moins leurs tendances et leur prati-tique dénotent une ignorance des faits économiques
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- dangeureux pour eux-mêmes et fatale à la production, c’est-à-dire au travailleur.
- Faut-il s’étonner, s est écrié l’auteur, si les ouvriers poussés non point parles Unions, mais par l’effet spontané et irrésistible de l’instinct naturel, déclarent qu’ils rie veulent plus laisser leur sort etcelui de leurs enfants exposés comme un enjeu aux dangers d’un système insensé, d’une concurrence, vrai jeu de hasard. (The stahe of a rechless System of compétitive gamMing). Les salaires peu élevés des ouvriers étrangers garantis par la stabilité des affaires, valent mieux que les hauts gages des ouvriers anglais menacés constamment et atteints par de violents soubresauts sans cesse répétés. Mais on ne doit pas oublier que toute diminution de salaire frappe encore une autre classe que les ouvriers eux-mêmes ; si l’on diminue la paye de ceux-ci de 20 pour cent, c’est 20 pour cent de moins dans les affaires des boutiquiers et des petits commerçants. Il y a là une solidarité que les uns et les autres doivent bien comprendre pour se soutenir au besoin.
- Dans la séance de samedi, la sixième, on a discuté la question de coopération On a blâmé les sociétés coopératives de consommation cte la manière dont elles agissent à l’égard des ouvriers, ne s’occupant pas du bon marché à procurer aux consommateurs associés, ces sociétés di minuent les salaires ‘des -ouvriers qu’elles emploient. C’est ainsi qu’en abaissant le prix du travail des tailleurs, une société coopérative de Gateshead est parvenue à donner un dividende de 23 pour cent et mèmeau-delàà ses membres Miss Simcox fit remarquer que le principe de la coopération, doit comprendre la production dans son œuvre et l’appeler à participer aux bénéfices qu’elle assure. M. Crabtree, représentant le comité central des sociétés coopératives de Manchester, résume la question. Le principe de coopération, dit-il, est double.
- Le travail s’appuyant sur une coopération de producteurs, et la coopération organisée par des consommateurs, marchent sur des lignes parallèles. Le travail, tel qu’il est organisé aujourd’hui, est loin de ce que nous souhaiténs qu’il soit, dit-il; mais lorsque le principe de la coopération aura reçu son entier développement, le cas sera tout différent.
- Le temps vieridra certainement où l’on accordera un tonus'ou surplus au travail du producteur, et le prix du travail augmentera aussi de valeur; et sera payé davantage par le fait de la coopération. '
- Le congrès s’est terminé par un débat assez curieux où madame Paterson a vaillamment et éloquemment défendu les droits de la femme. Sur'sa'proposition, le congrès à voté, par 46 voix contre 33, au milieu des applaudisseménts, qu’il y avait lieu d’instituer des places de sous-inspecteurs des fabriques en Vertu de la nôuvelle loi, et que les femmes1 pourraientoccuper cês emplois et être1 sous-inspectrices pour les ateliers et les manufactüres en général. ' .....
- La proposition de Y International labour Union, de fédérer les trades-unions aux associations oùvrières et aux syndicats de l’étranger, a été purement et simplement renvoyée au comité du règlement. Il ri’y a pas probabilité pour le moment quenotte fédération se réalise ; elle' se fera sans doute, mais le temps n’est pas propice; l’ouVrier angla’s est trop jaloux encore'de ses intérêts privés’qu’il-croit liés à la prbtection du travail national. Depuis peu aussi on a'prêché avec une recrudescence d’aigreur et d’habiles mais fausses controverses le danger poiir le travailleur indigène de laisser s’introduire sur le soi britannique les ouvrierë étrangers. Il ne shagi-t point de cela dans l’espèce, mais les mauvais pen chants et les mauvais arguments sont toujours les plus difficiles à1-combattre et à vairidre. ' ”
- Pour terminer, voici un exemple de la mise en prati que delà coopération dans l’agricultüre, Le speaker, Ou président de la chambre des meriibres du Parlement, avait réuni samedi les ouvriers de sa ferme dé Glynde Parle, dans le comté de 'Sussex. pour fêter la fin de la inoissori. La ferme'étend sa culture-sur environ 670 acres, arpents. Lu qp-art des terres reste à l’état inculte, un quart sont des terres cultivées, et le rèste sorit des pâtu-
- rages. Depuis cinq ou six ans, les ouvriers ont participé dans les bénéfices pour environ .5 pour cent. Parmi les terres renseignées comme pâturages, se trouvent environ soixante arpents convertis, il y a 20 ou 30 ans, en terres labourables, c'était à une époque où le vin était cher et la viande bon marché. Depuis quelques années, ces 60 arpents, à r-ause de l’humidité des étés, ne rapportent pms de profit, et le propriétaire annonce à ses ouvriers qu’il les rend à leur ancienne situation de prairies, préférant avoir plus de bétail et moins de grain1;
- VARIÉTÉS
- FAITS ASTRONOMIQUES DE LA SEMAINE
- Commencenient «.le l’Âutomue
- Pour Paris', l’automne commencera,1 cette' année 1878, le lundi 23 septembre à 4 heures 35 minutes du matin. Ce qui constitue le phénomène astronomique qui nous occupe, c’est qu’à 4 heures 35 minutes du matin, le 23 septembre, à Paris, l’équateur de la Terre, s’il s’étendait jusqu’au ciel, irait passer par le centre du Soleil. Comme il sera midi à ce moment, au centre de l’île de Bornéo, un homme qui se trouverait sur ce point aurait le Soleil verticalement au-dessus de sa tète, et le rayon de la Terre qui passerait en cet endroit, prolongé dans le Ciel, irait passer par le centre du Soleil;. '
- Visibilité de IMiex'onuLre
- Les anciens, placés'dans dés climats dont la pureté du ciel était bien supérieure s cô qüe nous 'a-vohs ici, voyaient facilement Mercure. Il le fallait bien; pour qu’avec leurs moyeris très-limité'^ ils pussent reconnaître que c’était un seul et même astre qu’ils- apercevaient, tantôt avant le lever, tantôt après le coucher du Soleil. La Grèce et l’Egypte au ciel pur'étaient leurs points d’observation.’ On pourrait, du reste; admettre que dans les temps reculés la planète s’éloignait davantage du Soleil qu’aujourd’hùi. ‘
- Dans nos climats du Nord, nous sommes beaucoup moins bien favorisés, et l’illustre astronome Gopernic est mort, dit-on, en exprimant le regret de n’aVoir pas pu apercevoir Mercure à l’œil. Bien des perse unes, depuis la publication du « Journal du Ciel », ont été plus heureuses que Copernic, et voici une occasion exceptionnelle de voir Mercure qui va se présenter, dans des conditions telles que ceux qui ne le verront pas n’auront pas voulu s’en donner la peine. Il suffira de se lever un peu matin.
- Tous les matins, près de deux heures avant le lever du Soleil, s’élèveumastre splendide, plus brillant que toutes lesétoiles, plus brillant même que Téclatantüupiter que nous pouvons admirér tous les soirs. L’es-ti la planète Vénusy l’étoile du berger. Or, le mercredi 25; septembre, le fameux Mercure va passer à moins d’une fois la largeur de la Lune au-dessous, au sud. dé- Vénus^ Du 22 au 29' septembre donc. Mercure ne sera pas loin de la bril-larite- Vénus, et si Ton veut bien se lever d’une heure et demie à deux heures avaht le Soleil pendant cette semaine, il sera- bien difficile de ne 'pas apercevoir Mercure rougeâtre à côté de la-blanche étoile du-berger.' IB sera impossible, pour ainsi direj à manquer. C’est là’ urie rare occasion que nous engageons tous les amateurs à ne pas négliger. . i*- Joseph Vinot..
- UNE PENSEE DE HERDER
- « Les erreurs des' Hommes né'sonVque les^rayons brisés de la vérité.' Tous les doutes de l’homme, soit qu’if se plaigne de l’incertitude de-sa destinée, soit qu’il mécbm naisse le mouvement progressif de Thistoire, viennent uniquement de ce que le voyageur égaré ne porte pas ses regards' assez loin. {PMI. de. V Histoire, T. J II.)
- 7. .....i ... . ni. .‘1 > t j . . .- . .
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- CONGRÈS INTERNATIONAL
- droit ci o s Femmes
- III.
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- Après lui, M',eMozzoni remercie, au nom de l’Italie, les hommes et les femmes de France.
- M. Antide Martin répond avec chaleur : Que Fltalie
- La séance de clôture du Congrès du Droit des
- î A : ’ .*•! * ' - •? s
- Femmes, séance qui,a eu lieu le jeudis août, s’est, ouverte, qomme îes deux dernières, sous la présidence de"M’/ Antide Mjartjn
- yne commission internationale, dont la mission est de préparer le prochain congrès, est nommée. (2).
- La parole est donnée à Mila Hubertine Auclert, qui réclame pour les femmes lq droit urètre jurés, avo cats, juges de paix, ainsi que celasse pratique déjà en Amérique.
- Rouzade porte ensuite un toast à l’indépendance du travail., et M"® Maria Deraisrnes, en quel-
- doit rester persuadée qu'elle n’a pas de meilleure amie que la France. ’ ’
- Une ouvrière en lingerie et broderie prend ensuite la parole au nom des syndicats.
- M. Camille Chaigneau dit un remarquable sonnet dont il est Fauteur.
- M. Sabatier lui succède, puis M. Levrier.
- M. Léon Richer, dans une éloquente improvisation, expose brièvement les résultats du Congrès, résultats qu’on n’eût pas osé espérer aussi brillants; il dit que ce premier Congrès international ouvre la voie à de nouveaux congrès, que cette œuvre sera
- ques paroles éloquentes, remercie les étrangers qui ont apporté, au congrès ^eur.précieux concours ; elle remercie aussi le public et la presse.
- M. Antide Martin clôt, la séance en résumant les travaux du congrès.
- La pétition adressée à la Chambre des députés pour demander l’abolition de la guerre et l’établissement de l'arbitrage international dans les traités de commerce, et la pétition adressée au Sénat pour la recherche de la paternité, sont toutes deux adoptées par le Congrès.
- Un banquet splendide d’enthousiasme a couronné d gnement le congrès des femmes.
- Cette fête a eu lieu d,ans le Salon des Familles à Saint-Mandé, presque à la campagne ; j’union et la gaité la plus franche n’ont pas cessé un instant de régner. Salon resplendissant de lumières et fleurs partout.
- A l’issue du banquet, plusieurs orateurs montent à la tribune; M. Antide Martin d’abord, puis M Luisant, dont le toast éloquent a pour but d’inspirer persévérance et confiance.
- (1) Voir Tome 1er, pages 397, 425.
- (2) Les principaux membres de cette commission, sont pour la France : M. Léon Richer, MIle Maria Deraismes, M»° (îrioss-Traut.
- Pour l’Ua’ie : M'i« Mozzoni, Mme Cirn no-Folliero di Luoa, M. Ber-tani, député italien. ‘ ’ '
- ' Pour1 l'Angleterre : Venturi, M. le docteur Chapman et Mme
- Heatherley.
- L’Amérique étant partagée en divers États, et ces États ayant chacun des lois différentes, il est décité que chaque État aura un représentant. Sept membres sont nommés. '1
- Trois membres polonais sont également désignés; trois membres aussi pour la Hollande ; l’un d’eux est Mme Van Calear.
- La Suisse sera repiésentée par Goegg, Mme Hensiker et M. Elie Ducommun.
- f L’Allemagne n’ayant pas été représentée au Congrès, il y a un peu d’hésitation à nommer ia commission des membres de ce pays ; cependant, après discussion, deux hommes de mérite connus pour leurs opinions libérales, sont choisis. ‘ ;
- Mme Heller Dorian représentera i’Alsace-Lorraine, ainsi que Mme Richard; de'Colmar. " 1 ' l .
- Le troisième membre sera nommé ultérieurement.
- Pour la Russie, il est décidé qüe la eoiiimisiiou s’entendra avec Mmi! GoiHeharoff, docteur en médecine-
- M. Calligari est nommé pour représenter la Roumanie. Le docteur CaH Vo'rLB rgen, ((irl"des représentants hiommés part la Suède, est chargé de choisir ses collègues.
- durable, impérissable, qu’elle appartient à l’histoire, car elle ouvre a Fètre opprimé la voie de l’affranchis-
- sement. Il remercie chaleureusement les sénateurs et les députés qui ont bien voulu'prêter à cette entreprise le haut patronage de leur nom. « Notre reconnaissance leur est'acquise, ajoute-t-il, car c’est
- un acte de courage et de dévouement qu’ils ornt accompli en notre faveur, et nous ne 1 oublierons jamais. Nous nous félicitons encore à un autre point Je vue de n’avoir pas eu le concours dé tous, car le succès de notre Congrès eût été attribué alors, peut-être, à ses protecteurs, et non à la justice et à la grandeur de la cause défendue par nous. »
- Mme Griess-Traut porte un toast à M. Léon Richer,
- puis à M. Antide Martin, et les membres du Congrès' se séparent en se promettant'd’en garder le souvenir.
- Eugénie Pierre.
- LA PRESSE ET LES CRIMINELS
- Les lignes suivantes, extraites d’un journal suisse, le Genevois, méritent d’attirer très-sérieusement notre attention: -*.....
- Les journaux français, dit le Genevois, sont pleins du récit des derniers moments de- Barré et Lebiez, les assa'ssins de là veuve Gillet. On peut affirmer sans témérité qüe, depuis'trois jours, on s’est infiniment plus occupé en France, dans la rue, dans les cafés, dans les loges de'portières, dans les boudoirs et dans les salons, de ces ' deux misérables morts’pour expiér leur crime, qu’on ne l’a jamais fait des centaines de milliers de braves gens qui ont péri en Orient ou ailleurs pour ce qu’on est convenu d’appeler des causes honorables.
- Il faut reconnaître que les hommes sont de singuliers badauds ; l’extraordinaire les attire et les? subjugue ; pour peu qu’un personnage quelconque sorte dès données accoutumées, odieux ou grotesque, criminel ou fou, il trouve un public pour l’admirer et desbôuches béantes pour lui faire la haie; c’est comme au jeu de la courte-paille ; le succès est un brin qui s’élève au-dessus des autres ; peu importe qu’il soit malpropre.
- Si cette admiration déraisonnable et malsaine pour les hommes qui,‘obéissant à des mobiles absurdes ou coupables, brisent avec les règles sociales et s’insurgent contre les lois; existe en France plus qu’ailleurs, une grande ,part de responsabilité en revient certainement aux journaux de ce pays.
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- Leur attitude, à propos de l’exécution de Baré et Lebiez, est, sur ce point, pleine d’enseignements.
- La plupart ont consacré presque entièrement un ou plusieurs numéros à la description détaillée des derniers moments de ces criminels; la meilleure et la plus large place était réservée au récit des faits et gestes de ces tristes héros ; leurs noms en vedette s’étalaient en caractère gras à la première page; bref, c’était la grande affaire du jour.
- Des milliers d’hommes meurent après une vie de travail utile et de dévouement sans qu’on daigne leur consacrer une ligne dans les journaux; quelques-uns, les privilégiés, obtiennent par protection un pauvre petit entrefilet maigre et pressé ; un vaillant homme sauve une famille, tire de l’eau ou du feu une mère ou son enfant, ça lui vaut trois lignes ; Barré et Lebiez se mettent à deux pour tuer une veuve, ça leur rapporte six colonnes.
- Il faudrait ne pas connaître le cœur humain pour oser nier les déplorables effets de ces habitudes de presse
- La plupart des hommes sont avant tout vaniteux ; ce qu’ils demandent, c’est qu’on parle d’eux; leur nom prononcé en public, couché dans un journal leur procure une satisfaction puérile pour laquelle ils feront au besoin des accrocs à leur conscience ; plusieurs iront, jusqu’à la bassesse, quelques-uns jusqu’au crime pour assouvir leur soif do «gloriole ; certains geais ramassent les plumes de paon jusque dans la boue et dans le sang.
- Quoi d’étonnant que chez les individus, plus nombreux qu’on ne pense, dépourvus d’instruction et, par conséquent, privés de moyens d’appréciation individuels, mal préparés par leur jeunesse, mal défendus par leur milieu, dépourvus de tout critère moral, le triste piédestal sur lequel les journaux hissent les grands scélérats, cause une sensation de vertige?
- Ce qui disparaît en tout cas, c’est l'horreur du crime et le mépris du criminel.
- Cet homme, dont le télégraphe vous apporte les mots, vous décrit es gestes, vous donne chaque matin des nouvelles en même temps que de la guerre d’Orient, qui soupire, et l’on s’émeut, qui fredonne, et l’on se récrie, qui tousse, et l’on s’inquiète, qui est devenu l’objet principal de la curiosité d'un pays, comment ne cesse rait-il pas de paraître méprisable à ceux qui ne réagissent pas contre les données générales?
- L’homme du peuple, absorbé par la lutte de chaque jour pour l’existence matérielle, n’a pas du temps de reste.pour se livrer à des spéculations inlimes-et pour travailler à sa conscience; il accepte sa morale toute faite de ceux qui en tiennent boutique dans son quartier ; son journal lui apporte chaque jour sa pâture intellectuelle qu’il dévore sans discuter, et les rares notions qu il possède sur les choses qui ne le touchent pas immédiatement se composent des bribes qu’il s'est assimilées de cette unique pitance.
- La masse inconsciente des lecteurs sans discernement ne discute pas avec le journal ; elle accepte ce qu’il offre, s intéresse à ce qui 1 intéresse, glorifie ce qu’il exalte.
- Comment des gens condamnés à vivre et à mourir obscurs, habitués à l’indifférence générale, cerla.ins de ne jamais coûter un coup d’œil à personne, pourraient-ils se défendre d’un sentiment voisin de l'envie pour un homme dont un orgaue respecté parie dans ces termes:
- « Après l’accomplissement des formalités d’usage, le corps de Lebiez sera transporté à Angers. Lebiez a été admirable depuis le commencement à la fin.
- « L’abbé Latour, qui remplissait pour la première fois ce ministère, en était dans l’étonnement et l'admiration. Pas la moindre hésitation, la plus légère plainte, la moindre défaillance. »
- Parlerait-on autrement d'un héros ! Et qu’on ne croie pas ces lignes extraites d’un de ces organes jugés par les hommes sérieux, vivant uniquement du scandale, et exploitant avec le plus lucratif des cynismes, les pires côtés de l’âme humaine ; elles sont tirées d’un journal aimé et estimé, d un journal qui a rendu à la cause populaire des services justement appréciés ; nous avons nommé le Petit Lyonnais.
- Nous n'insistons pas; nous en avons assez dit pour faire comprendre notre pensée.
- Si, comme ii parait, l’opinion s'émeut en France des scandales qui accompagnent les exécutions publiques, si la presse elle-même se Lit l'écho de cette émotion, ii y a un moyen bien simple de restreindre le mal.
- Que les journaux commencent par faire leur devoir; qu'ils se fournissent à eux-mêmes un peu moins de sujets de protestation; qu’ils se montrent moins empressés pour allumer l’incendie ; ils n’auront pas besoin de tant se fatiguer à la manœuvre delà pompe.
- Remplacer les exécutions publiques par des exécutions à huit clos, dans l’enceinte des prisons, c’est là, certes, une réforme désirable; mais, même avec le huit-clos, il y aura des privilégiés, pour parler le langage du Petit Lyonnais, et ces privilégiés sont justement ceux qui ont pour spécialité de raconter tout ce qu’ils voient.
- Il y a une pudeur plus rare que toutes les autres en France: c’est celle du silence: quand les journalistes de ce pays auront appris à se taire devant certains scandales et devant certaines horreurs, ils auront fait plus pour la moralité française qu’avec les plus belles phrases et les protestations les plus généreuses.
- Au lieu de déplorer le fatal attrait qu’exercent sur le peuple certains spectacles odieux, il vaudrait mieux ne pas attirer l’attention publique sur ces spectacles et surexciter la plus malsaine de* curiosités populaires ; on a dit que le silence est d’or et la parole d’argent; en pareille affaire on peut dire que le silence est d’or et la parole de boue. G- F-
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mme Marie HOWLAND
- Voir n° 4 à n° 2 (tome 2)
- Chapitre XXI
- Origine <lo l’entreprise horticole de Susie
- (Suite)
- Appelée à la direction de la serre, Susie commença par faire diverses commandes à Anderson, le grand horticulteur des envir ons, avec qui elle avait déjà eu quelques rapports. Celui-ci, en livrant les objets commandés, offrit à Susie tous les conseils dont elle pourrait avoir besoin. Il lui envoya également un traité sur la culture en serres chaudes qui fut, pour Susie, un véritable présent du ciel.
- Elle écrivit à Anderson pour le remercier et, probablement parce qu’elle devinait un homme de cœur sous l’homme d’affaires, elle lui parla de ses projets. Ce fut le commencement d’une longue correspondance.
- En novembre, les plates-bandes de violettes se couvrirent de fleurs abondantes; Susie offrit des échantillons de ses bouquets à Anderson qui lui répondit par la lettre suivante :
- « Votre succès m’étonne, mais je dois vous dire » que vos bouquets sont.gauchement disposés. Vous » êtes trop prodigue de fleurs; dix violettes, c’est * autant qu’il en faut pour un bouquet d’hiver. Vous
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- » avez besoin de quelques leçons et, si vous voulez « faire le voyage, on vous montrera gratuitement a chez moi comment vous devez vous y prendre. Je » reconnais franchement que vos violettes napoli-» taines blanches sont plus belles que les miennes.
- » C’est un très-remarquable succès, car cette variété » fleurit difficilement. Si cela peut vous être agréable,
- » je me chargerai avec plaisir de vendre toutes les » violettes que vous produirez cet hiver. »
- Le cœur de Susie tressaillit à l’offre qui lui était faite de l'initier à l’art des horticulteurs; elle fit un paquet de tout ce qu’elle avait de violettes, y joignit plusieurs autres fleurs qu’elle voulait montrer à Anderson et se mit en ro-ute. Elle avait laissé à madame Buzzell des instructions bien plus détaillées sur les soins que réclamaient ses fleurs que sur la conduite à tenir envers sa fille, car elle savait bien que la bonne dame négligerait plutôt celles-là que la fillette.
- Arrivée chez Anderson, Susie se mit à l’œuvre avec autant d’ardeur que si sa vie avait dépendu du succès. L’horticulteur éprouvait pour la jeune femme un intérêt marqué.Elle lui faisait franchement ses confidences d’avenir; aussi lui donna-t-il beaucoup de détails sur laculture des fleurs et ne voulut-il pas lui permettre d’habiter l’hôtel. Sachant qu’elle avait résolu de rester à la ville une semaine, il l’invita à passer ce temps chez lui, dans sa famille. Là, Susie se fit des amis de tout le monde, et cependant elle vivait sous l’obsession de cette fâcheuse pensée : « Seraient-ils aussi bons pour moi s’ils connaissaient mon histoire ?.... »
- Au bout de la semaine, elle avait la conviction d’avoir bien employé son temps, elle ne' s’était pas contentée d’apprendre la théorie de la culture des fleurs, elle avait mis la main à l’œuvre, et s’était familiarisée avec une quantité de détails qui allaient devenir pour elle d’un prix inestimable.
- L’horticulteur avait bien remarqué quelque chose de particulier dans les manières de sa jeune émule et deviné qu’il y avait, dans sa vie, quelque peine secrète; mais la franchise de Susie et sa tenue irréprochable plaidaient en sa faveur; il ne se repentit pas un instant de ce qu’il avait fait pour elle, ni de l’engagement qu’il avait pris de vendre toutes les violettes qu’elle pourrait produire, quoique cela dût, en somme, lui rapporter assez peu.
- C’était une généreuse impulsion bien plus qu’un autre sentiment qui l’avait engagé à offrir ses services à la jeune femme. Sans en être positivement certaine, Susie s’en doutait : elle en témoigna sa reconnaissance lorsque, donnant la main-à Anderson pour prendre congé de lui, elle dit : « Je n’oublierai ja-
- mais la bonté que vous avez eue pour moi qui vous suis complètement étrangère. Votre assistance m’est bien plus précieuse encore que vous ne pouvez l’imaginer »....
- * Cette visite est un grand pas de fait, » pensait Susie en s’en retournant chez madame Buzzell.
- « J’ai constaté que je ne dois pas être si timide ; j’en sais mille fois plus, en ce qui concerne la vie et l’organisation des plantes, que ce négociant qui a réussi à organiser une importante et prospère entreprise horticole; grâce à ce savoir, j’acquerrai facilement et sans passer par les écoles qu’il a dû faire, ce qu’il sait de plus que moi en fait d’expérience pratique. Si je suis prudente, j’éviterai bien des erreurs ruineuses.
- « Oh! si je pouvais devenir riche ! si je pouvais posséder une maison à moi, avoir une fortune indépendante et ne plus être à charge, .même à mes amis qui sont les plus nobles cœurs de ce monde! »
- « Je puis faire cela, je dois le faire! ... je le dois i je le dois! Minnie est intelligente et jolie, il vaudrait mieux pour elle qu’elle mourût que de rester pauvre et ignorante, et d’être obligée de se mettre au service des autres. Je crois qu’elle sera réellement intelligente, apte à recevoir une éducation complète et capable de comprendre les sentiments élevés et les principes directeurs de la conscience. Ah ! je suis loin d'être fière qu’elle ait un père tel que le sien; mais, certes, dans le monde entier, elle ne pourrait pas descendre d’un plus noble sang que celui du docteur Forest.
- « Quel homme grand et généreux i II sait bien que je lui suis reconnaissante, mais il ne sait pas que lors même que je baiserais l’empreinte de ses pas, je ne parviendrais pas à lui exprimer ma vénération.
- ! « Madame Buzzell a de l'amitié pour moi, quoique
- | à ses yeux je sois une Madeleine ; elle me défendrait aussi longtemps que ma conduite serait bonne ; mais le docteur, lui, me conserverait son affectueuse sympathie et me prêterait assistance, dût-il arriver que j’abdiquasse tout respect de moi-même. Il ne perdrait jamais l’espoir de me voir expier dans l’avenir les folies dont je pourrais me rendre coupable.
- « Quelle force ne puise-t-on pas dans une semblable confiance, faite pour inspirer, même à la nature la plus perverse, l’ambition de la justifier. Ainsi veux-je faire ou mourir à la peine. Je sens que je souffrirais mille morts plutôt que de commettre une action qui lui donnât à penser qu’il s’est mépris sur mon compte.
- « Et ils disent qu’il n’est pas un chrétien, qu’il est un infidèle l L’autre jour madame Buzzell lui a de-
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- mandé s'il ne s’était jamais trouvé dans de fâcheuses dispositions d'esprit, s’il n’avait jamais senti le désespoir entrer dans son cœur ? Et comme il répondait que cela lui était arrivé, elle s’est enquise si, dans ces moments d’angoises, il ne s’était pas senti porté à prier Dieu.
- « Il l a regardée bien en face et lui a répondu qu’il aurait tout autant songé à trouver remède à ses peines morales en battant des entrechats, ou en taisant la cabriole qu’à les soulager par la prière. Ce _ sont ses propres paroles, et madame Buzzell savait bien qu’il disart la vérité. Il ajouta cependant qu’il pouvait être bon de prier ou de mettre en usage quel ;ue autre pratique inoffensive, lorsqu’on obtenait ainsi le soulagement de ses peines. Puis, il démontra que le seul remède efficace était de distraire l’esprit des idées 'fâcheuses, en mettant en œuvre d’autres facultés dont le fonctionnement permet le repos à celles qui sont surmenées.
- « Pour moi, » pensait Susie, « je ne vois pas bien l’utilité de la prière, car prier ne fait pas disparaître le malheur, la honte ou la souffrance ; mais j’ai confiance dans la force suprême qui est au fond de tout. Cette 'force doit être Dieu. Obéir à nos instincts les plus élevés est le seul moyen que nous ayons de nous guider dans le droit chemin. — Quant à moi, mon aspiration la plus haute est de travailler pour Min nie, afin que sa vie soit aussi belle et facile que possible.
- « Et, cependant, lorsque je pense à l’avenir, une
- frayeur terrible me saisit. Quand ma fille ira dans
- les rues et à l’école avec les autres enfants, ils lui
- diront certainement qu’elle est bâtarde ! Peut-être
- viendra-t-elle à moi me demander ce que signifie ce
- mot.. Quelquefois je pense que j’aimerais mieux la
- savoir morte que de 1p. voir grandir pour apprendre 1 x
- que sa mere.................................*
- « Oh ! non ! non ! c’est de la lâcheté. Je veux qu’elle me respecte, je veux lire, étudier, me perfectionner et, quelque chose que les autres puissent dire, ma fille sera forcée de me respecter. Si je puis gagner assez d’argent, je la conduirai faire à l’étranger son éducation ; mais dès qu’elle sera assez développée pour me comprendre, je lui dirai tout. Qu’elle ait hérité des qualités morales du docteur, tout sera pour le mieux. Mais si elle n’était pas comme lui ! si elle ressemblait à madame Forest ! Ou si elle avait l’aine grossière de son père....................»
- \ j i , ?
- Au milieu de ces pensées et bâtissant ces plans d’avenir, Susie atteignit Oakdale.
- CHAPITRE XXII
- Le premier nuUge
- Lorsqu’il conduisit sa femme ’dàns la maison de son père, le docteur Delano ’firt surpris d’apprendré qu’Ella avait accepté l'invitation d’anciens âmiCdé sa famille, chez qui elle s'était rendue pour passer l’hiver dans le Maryland.
- Clara fat choquée pàr cet évident désir d’évitér la rencontre de la femme d’Albert, mais sa vanité fut secrètement satisfaite de ce départ : Ella h’avaït pas eu la force dé rester pour'être témoin d’un bonheur qui aurait pu être le sien.
- Albert excusa ce départ avec grâce, inaïs Teffôtt qu’il devait faire pour cela révélait une pointé de fatuité qué Clara ne soupçonnait pas chez son idolé.
- M. Delano 'reçut sa belle-fille aVec ùhé courtoïsfe empreinte d’un plaisir évident, mais miss Charléïté se renferma dans une réserve pleine de dignité ; 'son attitude offrait un frappant contraste avec ïa joie exubérante de 'Clara qui, dans sori bonheur, né pouvait comprendre tant de calme et de sahg-lrôid.
- Après sa nialad'ie, M. Delano père, cédant aux conseils de ses amis, s’était retiré des affairés, ih’àis il regrettait amèrement de s’ètrê laissé entrainfer àc'e parti. Pendant lès plus belles années de sa vie, 'il s’était entièrement 'consacré à la poursuite de la fortune, se promettant, lorsqu’il l’aurait atteintè, de savourer à son aise les plaisirs de la société; et, maintenant qu’il possédait la richesse, les jouissances rêvées se tenaient hors de sa portée, semblables à ces horizons dont les lointains s’effacent et s’effacent toujours à mesure qu’on avance vers eux.
- Certes, s’il avait prévu ces regrets, il n’aurait pas senti le besoin d’accroître ainsi sa fortune, ou d’entasser dans son hôtel de Beacon-Stree't tous les raffî-
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- nementa d’un luxe au milieu duquel il se sentait dépaysé.
- Pendant son existence affairée, il avait acheté un nombre considérable de livres et sans cesse enrichi
- j l » K 'st,'* ' * . /• U a
- sa bibliothèque. Tout cela était mis en réserve pour plus tard, quand il aurait gagné des loisirs qui lui permissent de lire autre chose que les journaux.
- Il n’avait pas compté sur ce fait qu’il y a nombre de choses don't la richesse ne peut procurer la possession, en particulier la santé, premier éléme'nt du bien-etre.
- Du large et élégant balcon sur lequel s’ouvràït la bibliothèque, le regard embrassait là vue splendide du jardin dont était entourée la maison ; un hamac mexicain y 'était suspendu, disposé à recevoir M. i>elàno lorsqu’il céderait à l’envié 'dé lire.
- blus "d’une fois, le vlétisr^èhaeïnâïi, prit un îivfe
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- et s’étendit dans son luxueux hamac, curieux d’essayer s’il parviendrait par l’habitude à y goûter un certain plaisir, mais l’expérience ne lui réussit jamais. Sorrcerveau était à ce point obsédé par les souvenirs de la bourse et du coton que son attention ne pouvait se Axer sur aucun autre sujet. Bien souvent, il fut tenté de revenir à cette ancienne existence que toute sa vie il avait caressé l’espoir de quitter un jour.
- M. Delano était la preuve vivante que l’habitude est une seconde nature ; rien au monde ne valait à ses yeux les soucis, les craintes et les espérances du spéculateur ; pour lui, la spéculation avait tout l’attrait du jeu, sans encourir la réprobation morale qui s’y attache. Il est vrai cependant que des radicaux sans vergogne osent prétendre que l’un est aussi immoral que l’autre. Bien certainement, tout vieux joueur, dans la situation de M. Delano, eût trouvé la vie aussi lourde à porter.
- Les soirées qui étaient autre fois pourle spéculateur l’instant, joyeux du repos, !m semblaient maintenant plus ‘fatigantes encore que les journées ; l’arrivée de son fils et de sa belle-fille fut l’occasion de réceptions qui ouvrirent sa maison à une foule de gens dont la présence l’accablait.
- Pendant ces réceptions, il se promenait mal à l'aise dans les salons, occupé surtout à éviter de marcher sur les traînes des dames, et, ne sachant que répondre à cette phrase stéréotypée sur toutes les lèvres : « Quelle belle mine vous avez, M. Delano ! »
- La seule compensation à ses ennuis était de trouver parmi ses hôtes quelque vieux spéculateur, aussi mortellement ennuyé que lui-même ; tous deux alors se réfugiaient dans un coin et s’entretenaient des fameux coups qu’ils avaient faits au temps jadis.
- (A suivre.)
- LA QUESTION DES CHEMINS DE FER
- -------- f
- Nécessité et facilité du rachat.
- L’association, crée par MM. Feray, sénateur, Lebaudy, député, et un grand nombre d’hommes publics, industriels et savants, pour l’amélioration et le développement des voies de transport, continue sa croisade contre les abus du système actuel de nos chemins de fer. Nous extrayons du compte-rendu de la dernière réunion générale delà Société, l’analyse de deux discours remarquables sur la question capitale du rachat qui, sous peu, s’imposera au pays :
- D’abord, M. Clapier, ancien député, déclare que, dans son opinion, la seule solution, en France, de la question des transports est le rachat des chemins de fer; les trans-
- ports sont le grand agent du monde économique. Voyez, dit-il, ce mouchoir, il m’a coûté quarante sous ; les transports y figurent pour trente six. Suivez ces transformations; depuis son origine jusqu’au moment où il est venu se caser dans ma poche, tout est transporté : le producteur de coton a dû transporter sur son cha p ses engrais et ses outils de culture ; la récolte fait^ il a transporté son coton à la Nouvelle-Orléans ; de là, transport au Havre ; puis transport à la filature ; puis transport à l’atelier de tissage ; puis enfin, transport à l’entrepôt de Paris. Aussi toute amélioration sérieuse doit se proposer pour but le perfectionnement
- des transports.
- \
- Aliéner les transports, c’est donc enchaîner le progrès, c’est enchaîner la civilisation, c’est un acte de lèse-hu-manité au premier chef. A toutes les époques, de pareilles usurpations ont été tentées ; le premier acte de toutes les révolutions a été de rendre au pays la liberté des transports ; la féodalité avait imposé son joug sur les routes, les ponts, les bacs de rivière. Le premier acte de l’Assemblée constituante fut d’abolir ces usurpations ; la Restauration fit abolir l’impôt des barrières ; le gouvernement de Juillet abolit les bascules ; la République de 1848 a racheté le péage des ponts ; la République de 1875, — et ce sera son éternel honneur, — a pour mission de rendre au pays, par le rachat des chemins de fer, la liberté des transports.
- L’orateur fait ensuite l’historique des diverses concessions obtenues et démontre que la plupart d’entre elles n’ont d’autre origine qu’un acte du bon plaisir du souverain, et non le consentement libre du pays ; il énumère les griefs qu’à toutes les époques et dans toutes les enquêtes, le commerce et l’industrie n’ont cessé d’élever contre les taux excessifs, les obscurités et les complications de leurs tarifs et les longueurs de leurs délais de transports ; il dit que la Chambre des députés, en adoptant l’amendement de M. Allain-Targé, a manifesté une grande pensée, celle de rendre l’État arbitre souverain des conditions dans lesquelles les transports doivent s’exécuter en France, revendiquant ainsi pour l’État ce qui constitue à son profit un droit imprescriptible, inaliénable, et contre lequel aucune convention ne peut prévaloir ; il fait connaître la résistance que cette pensée rencontre dans toutes les Compagnies de voies de fer, qui se réfugient derrière leurs cahiers des charges pour refuser toute concession, et il s’écrie que, puisque le pays ne peut pas sortir amiablement de ce cercle de fer qui l’étreint et l’étouffe, il faut le briser, et que le moyen, c’est le rachat.
- Mais le rachat, nécessaire au point de vue du commerce intérieur, est plus indispensable encore au point de vue du commerce extérieur ; la Belgique, maîtrésse de ses chemins de fer, a tellement abaissé le tarif des matières nécessaires à l’industrie que la balle de coton peut aller d’Anvers à Mulhouse à meilleur marché que du Havre en Alsace, d’où la conséquence que le Havre décline, tandis que le port d’Anvers va grandissant
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- chaque jour. L’Allemagne est en train de suivre cet exemple ; elle s’est unie avec l’Italie pour attirer dans les ports de Gènes et de Hambourg tout le transit qui se faisait autrefois par Marseille et les ports du Nord ; ces deux puissances ont simultanément racheté leurs chemins de fer; le percement du Saint-Gothard leur servira de trait d’union, et elles abaisseront leurs tarifs jusqu’aux limites les plus extrêmes ; la France, isolée du reste du continent par cette vaste ceinture de voies ferrées, verra tout le transit de l’Europe lui échapper, et sa marine, déjà si éprouvée, tomber au dernier rang, avec des Compagnies qui, peu soucieuse de l’intérêt général, n'ont d’autre but que d’accroitre leur dividende. La France est hors d’état de lutter contre .cette formidable coalition. Un seul moyen lui reste, c’est le rachat de ses chemins de,fer. Autrefois, l’empire du monde appartenait à la nation qui possédait l’empire des mers; c’était l’Angleterre. Aujourd’hui, le chemin de fer a détrôné le navire, et la suprématie, -en Europe, appartient à la nation qui la dominera par ses chemins de fer ; c’est cette domination que l’Allemagne convoite, et elle l’obtiendra si la France ajourne la seule mesure qui lui permettra de soutenir la lutte par le rachat de ses chemins de fer.
- Ensuite, M. Gustave Hubbard, conseiller municipal à Paris, explique la façon dont pourrait se réaliser, à son avis, la mesure du rachat, qu’il déclare à la fois simple, légale, facile et avantageuse au Trésor.
- Après avoir cité le plan présenté en 1848, par M. Du-clerc, à l’Assemblée constituante, il a établi que les arguments présentés alors par ce ministre des finances sont tous aujourd’hui valables.
- La mesure serait-elle légale aujourd’hui? En 1848, elle ne l’était pas. Les Compagnies avaient dans leurs cahiers des charges un article qui excluait, avant l’achèvement d’une période de quinze ans, la faculté de rachat par l’État. /
- Aujourd’hui, cette période est écoulée pour cinq des six grandes Compagnies. L’Ouest seul ne pourra être racheté qu’à partir de 1884, son dernier cahier des charges stipulant que la période de quinze ans n’a commencé pour elle qu’en 1869, Ainsi de ce côté aucune difficulté.
- Maintenant, comment doit s’exercer la faculté du ra-t chat ?
- Ce sont les articles 35 et 36 des divers cahiers des charges qui en règlent l’exercice.
- * Voici ces deux articles :
- « Art. 35 — Pour régler le prix du rachat, on relèvera lés produits nets annuels obtenus par la Compagnie pendant les sept années qui auront précédé celle où le rachat sera effectué ; on en déduira les produits nets des plus faibles années, et l'on établira le produit net moyen des cinq autres années.
- » Le produit net moyen formera le montant d’une annuité qui sera due et payée à la Compagnie pendant chacune des années restant à courir sur la durée de la concession. Dans aucun cas, le montant de l’annuité ne sera inférieur au produit net de la dernière des sept années prises pour terme de comparaison.
- » La Compagnie recevra, en outre, dans les trois mois qui suivront le rachat, les remboursements auquels elle aurait droit à l’expiration de la concession, selon l’article 36 ci-dessous.
- » Art. 36. —...En ce qui concerne les objets mobiliers, tels que le matériel roulant, les matériaux, combustibles et approvisionnements de tout genre, le mobilier des stations, l’outillage des ateliers et des gares l’Etat sera tenu, si la Compagnie le requiert, de reprendre tous les objets sur l’estimation qui en sera faite à dire d’expert, et réciproquement, si l’État le requiert, la Compagnie sera tenue de le céder de la même manière. »
- Il s’agit donc simplement de déterminer le montant total des annuités à payer et le prix d’acquisition du matériel mobile pour connaître exactement le risque que courrait l’Etat sur cette opération.
- {La fin au 'prochain numéro.) /
- Le Directeur-Gérant : Godin.
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- lre ANNÉE,'TOME 2— N° 3 Journal hédomadaire paraissant le ^Dimanche DIMANCHE 29 SEPTEMBRE 1878
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- A NOS ABONNÉS & A NOS LECTEURS
- Par la fondation du journal « Le Devoir », nous avons, voulu donner un organe nouveau aux idées de progrès; appuyer toute idée de réforme et d’institutions nouvelles sur la morale supérieure née de l’amour et du respect de la vie humaine, les choses n'ayant de valeur à nos yeux que si elles concourent au bonheur de l’homme.
- Pour fonder un pareil organe de publicité, nous avons cherché des sympathies chez les hommes animés du désir du progrès ; nous nous sommes adressés à ceux qui aspirent à voir la société opérer pacifiquement les réformes nécessaires, propres à élever nos institutions et nos lois au niveau des progrès accomplis dans la philosophie, dans -la science de la vie, dans l’industrie et le travail.
- Nous avons fait choix de vingt mille lecteurs, et nous leur avons servi le journal. Beaucoup de portes nous ont été fermées ; mais nous avons la satisfaction de voir un certain nombre de personnes nous rester fidèles. Des sympathies précieuses sont venus nous aider et nous encourager.
- Que nos amis et nos lecteurs comprennent que « Le Devoir » est une œuvre de sacrifices, une œuvre de dévouement social et qu’il dépend d’eux de le faire vivre.
- Notre publication n’est ni un journal de passion, ni un journal de parti ; c’est un organe de science sociale s’occupant avant tout des moyens de réaliser le bien de la vie humaine, le progrès et le bonheur pour tous.
- Que nos amis nous aident dans cette œuvre de propagande, en faisant lire le journal et en nous envoyant les adresses des personnes dont les sympathies pour le progrès peuvent nous faire des abonnés.
- A toutes œs adresses, nous enverrons « Le Devoir », à titre d’essai.
- Que celles des personnes qui reçoivent des numéros spécimens du « Devoir » n’en soient donc pas surprises ; nous* recherchons l’appui des hommes qui ont cultivé leur cœur et leur esprit dans' l’amour du bien social ; nous les recherchons d’abord comme lecteurs, ensuite comme soutiens de nos efforts, pour réveiller dans la presse périodique et dans l’opinion publique l’étude des réformes et des institutions devenues indispensables.
- Nous faisons appel à toutes les personnes qui pensent avec nous, que des améliorations sont nécessaires dans nos lois et nos mœurs, et que ces améliorations peuvent seules prévenir les revendications violentes, et assurer la liberté, la paix et la concorde entre tous les citoyens.
- Nous sollicitons de ceux de nos nouveaux lecteurs qui ne peuvent on ne venlent noms accorder leur concours, de nous retourner simplement 1© journal en mettant REFUSÉ sur la bande.
- SOMMAIRE
- 'Répartition de la Richesse. — La semaine politique. — Variétés. — L'Homme et le Singe. — Participation aux bénéfices. — Restaurants économiques de Nancy. — Recherche de la Paternité. Correspondance. — Roman : La fille de son père. — Une Pensée de Lamartine. — Chronique scientifique.
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- LE DEVOIR
- RÉPARTITION DE LA RICHESSE
- Nous avons cherché à démontrer que, dans toute production résultant du travail et de l’industrie, la nature donne préalablement la matière et les principes vivifiants sans lesquels l’activité de l'homme serait impuissante.
- Il s’ensuit que la création de la richesse est l’œuvre de la nature, en même temps que celle de l’homme.
- Or, nous estimons que la nature donne son concours producteur au profit de la vie générale et de l’humanité, comme l’homme donne le sien au profit de son existence et de celle de ses enfants.
- La conséquence de ce principe est que, dans la production générale, se trouve une part qui ne peut avec justice augmenter les réserves de la richesse au profit de quelques individus seulement. Cette part appartient à tous ; c’est celle qui doit être consacrée à la protection et.au développement de la jeunesse et à la garantie de chacun contre la misère et le besoin.
- C’est en vertu de ces principes que le droit de vivre, le droit à l’existence est le premier droit social de la créature humaine. C’est ce que le Devoir s’est efforcé jusqu’ici d’établir.
- Le journal le Mouvement social nous est arrivé après la composition de notre précédent numéro, soulevant à son tour des objections analogues à celles auxquelles nous répondions dans notre dernier article.
- Il maintient que la formule de Fourier : Capital, Travail et Talent, est la seule bonne; et il trouve aussi que la formule de Colins est meilleure que la noire. Nous ne voulons pas contester la légitimité de ces préférences : notre désir est de laisser à chacun l’honneur qui lui revient.
- Mais notre formule a reçu la sanction pratique par Inapplication sociétaire qui en est faite au Familistère, conformément à des statuts que nous publierons plus tard, tandis que les formules de Fourier et de Colins sont encore à
- l’état de propositions. Si cela ne prouve pas la supériorité de notre doctrine, cela mérite au moins qu’on ne décide pas légèrement à son sujet.
- Au risque de nous répéter, nous disons :
- La formule : Capital,Travail et Talent, attribue à l’activité humaine la part due à la nature dans la production ; nous considérons cette confusion comme dangereuse, surtout dans le présent état de choses où il convient de définir les véritables sources de la production, afin de savoir à quels droits légitimes elles donnent lieu et quels devoirs elles imposent pour établir la justice.
- La formule de Charles Fourier nous paraît donc imparfaite, et, malgré notre grande estime pour les travaux de ce penseur, nous jugeons que son projet de répartition estenîaché de cet esprit de système qu’il apporte dans ses œuvres, lorsque, à côté de ses lumineux aperçus sur l’association , il trace sur un plan préconçu les règles de l’organisation du travail.
- Nous n’avons pas, nous, la prétention de créer un système ; nous cherchons la vérité en suivant* pas à pas les lois d’ordre universel, heureux si nous pouvons découvrir les moyens de réaliser pacifiquement le bien social.
- Loin de trouver comme les économistes et comme notre contradicteur que la part de production due aux activités naturelles soit une quantité négligeable, nous affirmons qu’elle est, pour ceux qui n’ont rien, le fondement du droit naturel à une part sociale, et que c’est en raison même de ce droit que la société a pour devoir d’organiser des garanties générales en faveur des classes ouvrières.
- A ce point de vue, notre formule est d’une réalité pratique immédiate.
- Nous pensons que les classes dirigeantes devraient s’occuper davantage de ce qui est à faire pour la masse des travailleurs, et qu’il n’est pas •inutile de démontrer par la raison et par l’amour de la justice que les lois de l’humanité inscrites dans les œuvres et dans l’action incessante du Créateur, ont pour objet d’engager la société
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- humaine à pratiquer le devoir social envers tous, en consacrant le droit social de chacun.
- Mais nous concevons l’embarras de ceux qui, ne s’étant pas occupés de ces questions, s’imaginent qu’elles ne relèvent d’aucune loi et ne voient dans la répartition actuelle des richesses que des faits dus au hasard ou au savoir-faire de ceux qui font tourner les choses à leur profit.
- Mous pensons donc que pour faire comprendre nos principes à ce sujet, quelques explications sont encore nécessaires.
- Nous n’élevons pas, nous le répétons, la prétention de fonder, de toutes pièces, une société nouvelle ; nous cherchons les moyens de réaliser le bien social dans la mesure du possible.
- Par conséquent, nous prenons les faits pour ce qu’ils sont et la société pour ce qu’elle est; et c’est en tenant compte de la marche progressive de l’humanité que nous croyons le moment venu de mettre en parfaite lumière les principes qui doivent présider à la répartition des richesses journellement produites.
- Une fois ces principes saisis, on verra comment l’application peut s’en faire, et par quels moyens il convient de procéder aux réformes les plus utiles.
- Mais pour établir ces principes, il faut savoir quels sont les véritables éléments producteurs et à quels concours sont dus les résultats de la production.
- Suivant nous, les concours producteurs sont :
- 1° La production naturelle par les animaux, les végétaux, les minéraux et tous les éléments que la nature met à la disposition de la société ;
- 2° Le travail de Vhomme, par l’activité productive que déploie l’être humain pour mettre en œuvre les matériaux tenus en réserve par nature et pour aider celle-ci dans l’action fécondante qu'elle exerce sans cesse au profit de la société ;
- 3° Le capital, par les services que rendent les ressources économisées et accumulées du passé, en permettant la création de nouveaux instruments de travail qui aident: au développe-
- ment de la richesse, du bien-être et de l’aisance au profit des populations.
- Obligé de resserrer ici la question de répartition pour en donner une idée générale, nous devons négliger les points secondaires, sauf à y revenir plus tard.
- Disons donc qu'à nos yeux la justice autant que le sens commun réclament, pour chacun des concours énumérés oi-dessus, une part de produit en rapport avec l’importance de ce qu’il donne à la production, et que cette part doit être attribuée aux intérêts que chacun d'eux représente.
- C'est cette même idée qui nous guidait dans notre précédent article quand, au sujet des utilités sociales, nous avons dit que l’impôt doit être considéré comme étant la rémunération de leurs services.
- Nous avons maintenant à faire la meme chose à l’égard des utilités naturelles. Or, en première ligne, nous voyons intervenir la nature dans la production ; elle le» fait pour les besoins de l’humanité entière, sans considération de personne ; nous estimons donc que le salaire dû à la nature représente ce qui est nécessaire aux petits, aux faibles, à ceux qui ont besoin ; c’est donc une part imputable aux frais généraux de la production, comme est celle des impôts et des salaires.
- Cette part nous semble devoir comprendre les frais nécessaires à l’éducation et à l’instruction de la jeunesse, les frais indispensables au soutien des ^malheureux et à la protection de l’existence de ceux qui ne peuvent subvenir à leurs besoins.
- Une société sagement conduite et sagement gouvernée produit plus qu’elle ne consomme, d’où un bénéfice à partager après avoir satisfait aux charges sociales* Alors la répartition peut se faire entre tous les concours compris sous les dénominations capital et travail.
- Il y a donc lieu de faire masse des intérêts payés au capital et des salaires ou émoluments versés au travail pour rémunération de la main-d’œuvre des ouvriers, de la capacité des contremaîtres, du talent des artistes, de l’invention ou
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- de la science des ingénieurs, directeurs, etc., afin de déterminer le dividende revenant à chacun des actionnaires et des sociétaires.
- Ainsi tout concours reçoit, dans les bénéfices de la production, une part proportionnelle à la valeur du service qu’il a rendu.
- L’association est devenue aujourd'hui chose familière, lorsqu’il s’agit de mettre des capitaux dans une entreprise de chemin de fer, de mine ou d’industrie; mais elle est plus difficile lorsqu’il est question de la réaliser entre capitalistes et travailleurs.
- L’amour du devoir n’est pas encore entré dans le cœur des hommes à un degré suffisant pour leur faire rechercher les avantages communs, les moyens du bien général. Chacun ne voit que son bien propre et immédiat ; l’égoïsme rend encore la plupart des hommes incapables de l’action collective ; l’individualisme l’emporte sur les perspectives nue l’association peut offrir pour le bonheur et la paix des sociétés. D’uh autre côté, nos libertés sont insuffisantes et nos lois trop arriérées pour que l’association n’éprouve pas les plus graves obstacles.
- C’est à cause de ces résistances inhérentes à l’état de nos moiurs industrielles que l’association du capital et du travail est chose difficile à réaliser.
- Mais si l’absence des libertés nécessaires et l’esprit arriéré de nos lois sont aujourd’hui pour l’association intégrale des obstacles insurmontables, si l’individualisme s’oppose à l'association des travailleurs, il n’en est pas absolument de même de la mise en pratique du devoir social, au moyen d’institutions pouvant naître du prélèvement, au profit des classes laborieuses, de la part représentative du droit naturel.
- Le sentiment public est aujourd’hui assez avancé pour adopter les institutions de solidarité générale.
- Déjà, on développe les utilités sociales par les chemins de fer, on multiplie les relations entre les hommes et l’on fusionne les intérêts des individus et des peuples.
- Bientôt l’instruction gratuite et obligatoire servira au développement intellectuel des générations nouvelles, à l’adoucissement des mœurs et au progrès moral des populations.
- La prévoyance sociale instituera, au profit des classes laborieuses, les ressources nécessaires pour venir en aide aux ouvriers dans le besoin, aux infirmes et aux malades, pour assurer aux invalides du travail et à la vieillesse une J retraite et des garanties contre le délaissement 1 et l’abandon. f
- Une fois entrées dans la voie du respect et de l’amour de la dignité humaine, les institutions de fraternité sociale feront disparaître de nos sociétés le paupérisme et la misère. _ f On le voit, si notre journal semble donnera la préférence aux réformes et aux institutions?' dont l’application est possible d’une façon k générale dans la société, c’est parce que nous j croyons que ces réformes et ces institutions £ sont nécessaires au progrès des idées et de la l morale publique autant qu’à la tranquillité et kl la paix du monde. Nous pensons que c’est le moyen le plus sûr de préparer l’avénement de> l’association entre les hommes, parce qu’ainsi les idées générales s’élèveront au sentiment de J
- la solidarité. 5
- Godin. {
- LA SEMAINE POLITIQUE ;
- L’événement capital de la semaine est le voyage véri- * tablement triomphal que M. Gambetta vient d’effectuer f dans le Midi, et le discours remarquable que le célèbre t orateur de la gauche a prononcé a Romans, devant un f auditoire qu’on évalue à dix mille personnes. Bien que, • par principe, nous voyions avec regret le peuple se faire .' des idoles, nous comprenons à merveille le sentiment ’ qui a poussé les populations de la vallée du Rhône à faire à M. Gambetta une réception enthousiaste, car c’est la reconnaissance qui a guidé nos concitoyens du Midi: lorsqu’ils se sont pressés sur les pas d’un homme qui a: mis toutes ses forces intellectuelles au service de la République, et qui a puissamment contribué, par soiK infatigable activité, à assurer la fondation du régime, £ grâce auquel notre pays peut enfin goûter un repos ré- ' parateur. C’est la République que les populations mérR \ dionales ont entendu acclamer dans la personne de ^ M. Gambetta, et c’est leur volonté inébranlable de laè maintenir et de la défendre contre les entreprises des k factions, qu’elles ont affirmé solennellement, en rendant 1 des honneurs inusités à l’éminent citoyen qui a Sait une I
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- guerre si résolue aux revenants des anciens partis pendant la période néfaste du 16 Mai.
- Le discours de M. Gambetta a produit une impression très-profonde, car le programme politique qui s’y trouve exposé, bien qu’il ne soit que l’expression de vues personnelles de l’orateur, répond directement, et parfois d’une façon très-satisfaisante, aux préoccupations actuelles de l’opinion publique. Tout d’abord, faisant allusion à l’éventualité d’une vacance du pouvoir, le député de la Seine a fait comprendre que la démission du Maréchal de Mac-Mahon n’entrainerait aucune crise. Mais il a ajouté que cette démission n'était pas souhaitable et qu’il était préférable que le Président achevât la période septennale assignée à la durée de ses pouvoirs, afin que la Constitution fonctionnât normalement. Cependant, en se plaçant à un autre point de vue, il est légitime de demander que le premier magistrat de la République fût nettement sympathique au nouvel ordre de choses établi, et ce n’est pas le cas de M. de Mac Mahon.
- M. Gambetta s’est ensuite expliqué sur la nécessité du renouvellement administratif. Il a dit. avec beaucoup de raison, que le pays n’était pas d’humeur à tolérer longtemps cette contradiction étrange d’un gouvernement acclamé par la majorité des citoyens et contrarié uniquement par les fonctionnaires.
- Pour l'armée, l’orateur a trouvé une formule non moins heureuse lorsqu’il a dit qu’il ne fallait pas y introduire la politique, mais qu’il importait au plus haut degré d’y faire régner la loi. Il a fait voir que jusqu’à ce jour il n’en a pas été ainsi, et que les grauds commandements ont été répartis ou détenus sans grand souci des prescriptions législatives. Incidemment, M. Gambetta a demandé une révision du volontariat : c’est une nécessité généralement admise,.
- L’orateur a eu le tort de se prononcer pour l’inamovibilité de la magistrature, et en même temps il a demandé qu’une investiture nouvelle fût donnée aux magistrat*. ’ C’est là un pur expédient, et M. Gambetta devrait savoir que. la politique.d’expédients ne peut être celle d’une république sérieuse. Le chef de l’opportunisme aurait dû se tenir ce petit raisonnement bien simple et seul logique :
- Ou bien l’inamovibilité est un principe juste, et en ce cas il faut bien se garder d’y toucher,
- Ou bien elle est une erreur, un errement du passé, et il faut la supprimer résolument.
- Suspendre le fonctionnement d’une institution parce qu’elle permet des abus au profit d’adversaires et la laisser fonctionner de nouveau au profit des amis, c’est avoir deux poids et deux mesures, c’est permettre aux siens ce que l’on reproche à autrui, c’est retourner aux pires errements de la politique de l’arbitraire.
- Nous l’avons dit et nous le répétons, la magistrature doit être réformée, sans aucun esprit de parti, en donnant les sièges aux plus dignes et aux plus capables par la voie du concours et de l’élection-
- M. Gambetta s’est étendu plus longuement, et avec un grand bonheur d’expression, sur ce qu’il a justement appelé le véritable péril social, c’est-à-dire le cléricalisme. L’orateur s’e.*d prononcé contre la séparation des Eglises et de l’Etat. Nous persistons cependant à croire que c’est la solution qui s’imposera dans un avenir assez rapproché, parce que les cléricaux, liés à l’Etat par l’organisation des cultes et par le budget, le placeront toujours ou dans la nécessité de les opprimer ou dans celle de se soumettre à leurs prétentions. A notre avis, chaque confession devrait payer de son côté les frais de son culte; c’est le seul système véritablement équitable. Quoi qu’il en soit, si l’orateur de Romans est d’avis de main-tenir le Concordat, il pense que l’Etat ne doit concéder aucun privilège personnel aux membres des divers clergés et que l’exemption du service militaire doit èti’e supprimée; la première des vocations, a-t il dit, devant être celle de la patrie. En ce qui concerne les envahissements du clergé dans l’instruction publique, l’orateur a exprimé l’opinion qu’il était temps d’y mettre un terme et notamment qu’il fallait reprendre le droit de collation
- des grades. Eu ceci. M. Gambetta a mille fois raison. Il a encore prononcé quelques paroles très-justes sur la nécessité de relever le niveau de l’instruction donnée aux femmes, niveau si bas en France relativement à ce qu’il est à l’étranger.
- Après avoir fait allusion au magnifique crédit de la France, M. Gambetta s’est prononcé contre la conversion de la rente, afin, sans doute, de mettre un terme aux fausses nouvelles que la spéculation faisait courir.
- Enfin, l’orateur a terminé son discours en disant un mot des mesures de clémence et de pardon qui achèveront de faire une France républicaine, grande, forte, unie et admirée de tous.
- Le 22 septembre, jour anniversaire delà proclamation de la République par la Convention nationale, M. Louis Blanc a prononcé, de son côté, un grand discours politique, dans lequel il a formulé un programme plus accentué que celui de M. Gambetta. Yoici en quels termes, dans un passage de sa harangue éloquente, M. Louis Blanc a résumé ce programme':
- Pour, a-t-il dit. que la République fût véritablement fondée, il faudrait :
- Qu’aucun fonctionnaire, pas même le plushaut d’entre eux — et celui-là surtout — ne fût placé, par son inamovibilité, au-dessus de la souveraineté du peuple ;
- Que la volonté de la nation eût dans le pouvoir exécutif un instrument toujours, un obstacle jamais ;
- Que l’Etat, tiraillé par deux puissances rivaleSj ne ressemblât point, selon le mot de Franklin, à un chariot pourvu de deux timons d’égale force manœuvrant dans deux sens opposés ;
- Que le mandat parlementaire fût d’assez courte durée pour empêcher les serviteurs du peuple de devenir des maitres ;
- Que le principe électif dominât dans la composition du jury;
- Que la presse fût absolument libre, comme elle l’est en Angleterre ;
- Que le droit d’attenter à la liberté de réunion et d’association n'appartint à personne, pas même au pouvoir législatif, comme c’est le cas en Amérique;
- Que l’autonomie de la commune embrassât tout ce qui a un caractère essentiellement communal ;
- Que l’Eglise cessât de former un Etat dans l’Etat;
- Que les ministres d’un culte fussent rétribués seulement par ceux qui réclament leur ministère;
- Que Renseignement étendu à tous, fût laïque dans les écoles publiques, par respect pour la liberté de conscience ;
- Que l’obligation du service militaire fût égale pour tous et imposée à tous, de telle sorte que personne ne pût y échapper en se faisant prêtre ;
- Que le soldat, dont l’unique mission est de défendre la patrie attaquée, ne fût jamais condamné à cette barbare alternative, ou de violer la discipline au péril de sa vie, ou de tourner ses armes contre ses concitoyens ;
- Et enfin, qu’on regardât comme une nécessaire conséquence de l’établissement d’un régime républicain la recherche active, incessante, passionnée des moyens les plus propres à mettre la justice dans l’impôt, à aider le pauvre dans sa lutte contre le despotisme de la pauvreté, à établir la liberté du travail, sa liberté vraie, par l’association du travail avec le capital et par le concours des efforts graduellement substitués à leur antagonisme.
- Bien que ce programme, de beaucoup préférable à celui de M. Gambetta, en diffère sur un grand nombre de points, surtout sur les points fondamentaux, les républicains doivent ne revendiquer en premier lieu que les réformes immédiatement réalisables ; de la sorte, on ; peut être certain, ainsi que l’ont déclaré MM. Madier de Montjeau et Naquet, députés de l’extrême gauche, que l’union continuera à régner entre les divers groupes qui composent la majorité du Parlement.
- Comme bien on le pense,^les cléricaux ont jeté feu et flamme à la suite du discours de Romans. Des instruc-
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- tions émanées du Vatican ont prescrit aux évêques d’entamer une campagne contre les doctrines préconisées par M. Gambetta, et, pour se conformer aux ordres du pape, M. Freppel, évêque d’Angers, a publié une longue diatribe contre le président de la commission du budget. Là lettre épiscopale n’est qu’un long lieu commun dans lequel on affirme que le clergé ne s’occupe jamais des affaires de l’Etat et qu’il observe respectueusement les lois. Ces banalités ne méritent aucune attention, car les affirmations de M. Freppel sont catégori quement démenties par les faits. Quoi qu’il en soit, le mouvement clérical va devenir plus intense que jamais.
- M. de Freycinet poursuit le cours de son voyage d’affaires. Il vient de visiter Nantes où il a été accueilli avec beaucoup de sympathie. Il a déclaré urgents certains grands travaux, tels que la construction de ponts et le dragage de la Loire. Il est ensuite parti pour La Rochelle. On voit que l’activité de cet intelligent ministre ne se ralentit point.
- Plusieurs journaux avaient annoncé comme une chose certaine la démission de M. Léon Say, que l’on prétendait être résolu à la conversion de la rente, opération combattue par M. Gambetta, que l’opinion publique, dans sa grande majorité, désire ne pas voir réaliser en ce moment. L’agence Havas a démenti officiellement ces bruits. M. Say restera ministre tant qu’il conservera la confiance du Parlement.
- Cette semaine, est mort subitement un homme fortement célèbre par sa palinodie, M. Clément Laurier, député dé l’Isère, qui, après avoir été libéral et républicain et avoir pris part aux actes du gouvernement de la Défense nationale, est devenu l’un des complices de la réaction. C'était un homme d’esprit et d’intelligence, mais dépourvu de tout sens moral.
- La situation de l’Autriche s’est améliorée en Bosnie. Les opérations du 4e corps d’armée tournent à leur période décisive. Le mouvement concentrique vers Zvor-nick. où le gros des insurgés s’est réfugié, a fait un nouveau et sérieux progrès par l’occupatioo de la. petite ville de Bielina dans l’extrême nord-est de la province. Aujourd’hui les Autrichiens sont maîtres de toute la contrée comprise, à partir de la Bosna, dans l’angle formé par le confluent de la Drina et du Danube. Ils oui encore à achever au sud l’opération parallèle. Dans les environs de Sérajevo* on signale quelques combats sanglants contre des bandes nombreuses qui ont reparu de ce côté, mais qui n’ont pu faire réussir leur mouve ment contre la capitale.
- A Vienne, on espère que la pacification des provinces bosniaques sera effectuée avant l’hiver. Quant à l’occupation de l’Herzégovine* les dépêches annoncent qu’elle est complète.
- Ainsi une fois de plus la conquête aura soumis momentanément au plus fort des contrées qui ont le droit de rester autonomes puisque telle est leur volonté.
- Nous savons bien qu’au point de vue du développement de la civilisation, la Bosnie et l’Herzégovine devenues autrichiennes et jouissant ainsi de libres commu-nicationsavec les nombreux ports de laDalmatie, auront beaucoup à gagner et deviendront accessibles au cohi-triefce extérieur, mais quelques grands que puissent être ces avantages, ils ne légitimeront jamais à nos yeux la conquête et la soumission de peuples à un gouvernement qui leur est odieux. Ces provinces, qui se sont si fréquemment soulevées et si brillamment battues contre les Turcs, et qüi viennent encore de se défendre avec tant d’énergie contre les Autrichiens* méritent d’ètre libres et autonomes. L’Autriche les conquiert aujourd’hui, soit ; mais nous lui prédisons des insurrections futures qui lui coûteront, cher.
- Ce n’est pas impunément que l’on viole le droit des peuples.
- La rivalité de l’Angleterre et de la Russie dans l’Asie centrale vient d’entrer dans une phase nouvelle qui est grosse de dangers pour l’avenir.
- Nous avions entretenu nos lecteurs, il y a quelques semaines (p. 344), de la nouvelle campagne entreprise par les Russes contre l’émir de Boukharie Nous disions que l’objectif du général Kaufmann était non-seulement la grande ville de Boukhara,, capital de l’émir, mais encore la commerçante ville de Balkh. nœud des routes de caravanes dans le centre de l’Asie et poste avancé du côté des défilés qui mènent dans l’Afghanistan à travers la chaîne de l’Indou-Koh.
- Comme nous le faisions prévoir dès l’origine, l’Angleterre n’a pas vu de bon œil cette nouvelle équipée qu’aucun prétexte ne pouvait légitimer. Aussi était-elle bien décidée à saisir le premier prétexte qui se présenterait pour occuper militairement l'Afghanistan et protéger ainsi la frontière de ses colonies dès Indes au nord-ouest seul côté où elles ne soient pas invulnérables.
- Shere-Ali, souverain de l’Afghanistan, ayant acceuilli à Caboul une mission russe, cette imprudence est venue fort à propos offrir aux Anglais une occasion de changer de conduite envers ce souverain jusqu’à ce jour placé sous leur protectorat et aidé financièrement par leurs caisses.
- Le vice-roi des Indes a envoyé auprès de Shere-Ali, le général Chamberlain. La mission dont il était chargé était-elle sérieuse? C’est ce que nous ne saurions dire, a coup sûr l’insuccès de cette mission était prévu et paraissait même entrer dans les calculs de la politique britannique. Quoiqu’il en soit des intentions anglaises, l’émir a refusé iormellement 1 entrée de ses Etats au général anglais et à sa nombreuse escorte militaire. Cet affront fait au pavillon anglais a vivement ému l’opinion publique au delà de la Manche, qui ne met pas en doute que l’émir de Caboul n’ait agi à l’instigation du cabinet de Saint-Pétersbourg. On assure, du reste, que le vice-roi des Indes a transmis des ordres énergiques au général Roberts, commandant des troupes de la frontière et que douze mille hommes ont été enyoyés à destination de Peschawur, menaçant l’Afghanistan. Que va faire la Russie? toute la question est là.
- En Allemagne, où les négociations continuent avec le Saint-Siège, "la loi contre les socialistes est venue se heurter contre un obstacle qui l’arrête momentanément. La commission avait repris la discussion de l’article 4 aux termes duquel le Conseil fédéral est constitué juge d’appel des interdictions portées par la police. M. Lasker voulait revenir au projet du gouvernement et constituer un tribunal administratif. M. Gneist voulait remettre au chancelier le droit de prononcer sur l’appel. Ces deux amendements ont été rejetés et, après eux, la rédaction du gouvernement. L’entente avec le chancelier parait donc, en ce moment, assez compromise.
- M. de Bismarck est reparti pour Yarzin. La fureur où l’ont jeté les révélations du discours de M. Bebel lui ont rendu une de ces maladie opportunes, auxquelles il est sujet, et les médecins lui ont prescrit quelques jours de repos.
- La situation de l’industrie allemande est loin de s’améliorer Un récent rapport du major Yon Stulpuazel. inspecteur des fabriques et manufactures à Berlin, prouve combien le commerce germanique souffre et quelle notable diminution il a subi pendant l’année qui vient de s’écouler.
- Pour l’année 1877, dit ce document, on compte seulement 2,213 fabriques et ateliers employant ensemble 44,028 ouvriers, 12,750 ouvrières, 995 petits garçons et 493 petites filles de 12 à 16 ans. soit en tout 58.264 pGr sonnes Ces chiffres représentent une diminution de 200 fabriques et de 4,000 personnes sur ceux de l’anbée 1876.
- Cette perte porte sur presque toutes les branches d’industrie. Ainsi, les constructions de machines accusent une diminution de 27 ateliers, employant 2,362 mécaniciens, soit 12 pour cent; la marbreide èt la taille
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- des pierres ont vu fermer 6 maisons employant 223 ouvriers, soit une diminution de 1 1 pour cent ; 19 ate liers de charpentiers et de menuisiers employant 597 ouvriers sont fermés, les conserves de viandes et de légumes accusent une diminution de 64 fabriques employant 331 personnes; les tailleurs et teinturiers, une diminution de 19 magasins et 332 ouvriers : le commerce du fer et des métaux, une diminution de 8 magasins employant 269 ouvriers ; la papeterie et la reliure, une diminution de 19 magasins et ateliers et 111 employés, et ainsi des autres. *
- Les seuls commerces constatant une légère augmentation d’employés sont les fabriques de produits chimiques pour 76 ouvriers, les lampistes et autres pour 387 ouvriers, les entrepreneurs de constructions pour 7 ouvriers, et les graveurs pour 34.
- Mais cette légère augmentation est plus que compensée par la notable diminution des fabriques et des ateliers. , ,
- Cette situation n’est pas seulement celle de la capitale de l’Empire germanique. Le même fait est constaté dans divers autres centres industriels, notamment dans les districts de Teltow et de Niederbaunm. aussi ne faut-il pas s’attendre à voir l’Allemagne se rappproGher du système libre-échangiste dont elle s’est séparée dans ces dernières années.
- Les journaux ont publié un projet de convention entre la Russie et la Turquie pour l’application des parties du traité d« San Stefano qui ont été respectées par le traité de Berlin, et qui ont trait au règlement des questions qui touchent exclusivement aux intérêts particuliers des deux puissances belligérantes. Ce projet de traité a surtout pour objet l’indemnité de guerre à payer par la Porte à la Russie. Cette indemnité est fixée à un chiffre si élevé que la Turquie est hors d’état de la payer, de telle sorte que si la convention est conclue, elle sanctionnera une véritable main-mise du gouvernement moscovite sur la Turquie d’Europe. C’est encore là une source de conflits latents que le Congrès de Berlin n’a pas su prévenir.
- Plus on va de l’avant, plus on voit ^ combien a peu de valeur la besogne faite par ce Congrès. Il en sera toujours ainsi des œuvres de la diplomatie, tant que la diplomatie ne s’appuiera pas sur la morale.
- VARIÉTÉS
- Visibilité de Mercure.
- Ce que nous avons dit la semaine dernière du rapprochement de Mercure et de Vénus n’est pas suffisant ; ces deux planètes se livrent en ce moment à un chassé-croisé qui aurait émerveillé un astrologue des temps yjassés. Il aurait probablement pronostiqué le vol d'une couronne sur la tète d’une reine.- Le lundi 30 septembre, Mercure va repasser au nord et de près de moitié moins loin qu’il est passé au sud le mercredi 25, c’est-à-dire que jusqu’au 3 ou 4 octobre, il sera facile de le voir le matin. Les personnes qui savent que Mercure est d’environ moitié plus près du Soleil que Vénus, et que sa vitesse moyenne est presque trois fois plus grande que celle de Vénus, auront de la peine à s’expliquer comment il peut arriver que Mercure passe ainsi à intervalle si court deux foix à côté de Vénus.
- Pour arriver à s’en rendre compte, ils devront réfléchir que ces deux planètes sont situées entre le soleil et nous, et que nous voyons leur mouvement de révolution autour du Soleil, comme nous apercevrions tourner une pierre qu’un homme de notre taille aurait attachée avec une corde et ferait tourner lu rizontalement autour de sa tête. Aune distance convenable de cet homme, nous verrions aller et venir la pierre de chaque côté do sa tète, marepant plus vite lorsqu’elle passe en face de sa tête que quand elle est le plus à droite ou le plus à
- gauche, à ces instants, la pierre nous semblerait même presque immobile.
- C’est ainsi que Vénus et Mercure nous semblent tourner autour du Soleil. En ce moment, Vénus est assez près du Soleil, derrière lequel elle va .passer le 5 décembre prochain, et Mercure est à un plus grand écartement du même côté du Soleil que Vénus le 26 septembre. Il semblait donc, du 24 au 28 septembre, marcher très peu vite, et il n’y a rien d’étonnant à ce que Vénus se rapprochant du Soleil le 24 octobre prochain en courant près de trois fois plus vite que Vénus, la rejoint et la dépasse bientôt à son tour, le 30 septembre à 2 heures après midi. Joseph.
- Etat do l’Eg-lijs© romaine ou France.
- On lit dans le Journal de Genève :
- Abusés par les forfanteries que les mandements épiscopaux mêlent fort souvent à leurs élégies sur la perversion du siècle, bien des publicistes contemporains ont représenté le cléricalisme comme faisant des conquêtes et se disposant a eu opérer de nouvelles.
- Les événements n’ont guère, jusqu’ici, justifié ces pronostics alarmants. Les dernières élections en France, en Belgique, ont tourné au désavantage du clergé, et toutes les Chambres, tous les gouvernements de l’Europe, à l’exception de l’Espagne, obéissent aujourd’hui à une direction anti-cléricale. S’il e,st évident que l’esprit clérical s’est fortifié dans l’intérieur de l’Eglise, il n’est pas' moins manifeste que les populations ie repoussent, et que l’influence si longtemps exercée par la hiérarchie romaine est en baisse sur toute la ligne.
- Or, voici qu’un livre écrit par un ecclésiastique haut placé vient nous révéler une autre plaie vive qui atteint cette même hiérarchie, à savoir la diminution inquiétante du nombre des prêtres. Cette révélation douloureuse est contenue dans un ouvrage intitulé : Le grand péril de VEglise de France au dix-neuvième si'ec'e, et qui a pour auteur l’abbé Emile Bougaud, vicaire-gé .éral dp. diocèse d'Orléans.
- Ce dignitaire n’hésite pas à exprimer les alarmes les plus vives : « Il s’agit, dit-il, de savoir si nous continuerons à recruter le sacerdoce, à avoir assez de prêtres pour sauver les âmes qui nous demeurent fidèles, je n’ose pas dire pour reconquérir celles qui s’en vont et pour ressaisir ia France qui nous échappe. » — « Les fortes populations rurales, jusque-là si fidèles à l’Eglise, voici qu’elles désertent elles aussi le chemin du sanctuaire. La plaie se creuse à vue d’œil, elle envahit tout, il en résulte, pour l’Eglise de France, une sorte d’anémie. »
- Et ces exclamations sont accompagnées de tableaux'et de chiffres tout-à fait instructifs; en voici quelques-uns :
- Au grand séminaire de Nimes, il y avait,vingt ans aut paravaut, 80 élèves, il n’y en a plus que 34. Dans le diocèse de Troyes, il manque 91 prêtres Dans le diocèse de Sens, il y a 68 cures vacantes et le séminaire qui avait 120 élèves n’en a plus que 50. Dans le diocèse d’Orléans, il manque 120 prêtres. Le séminaire de Reims est tombé de 230 élèves à 150.
- Dans le diocèse d’Evreux, il y a 112 cures vacantes, dans celui de Meaux 62, dans celui de Boissons 63, dans celui de Versailles 71, dans celui de Digne 58. Dans 37 diocèses, il manque au moins 30 prêtres pour que l’église soit régulièrement desservie,
- On voit que si la situation politique du clergé n’est pas brillante, sa situation intérieure n’est guère propre à réjouir ses partisans et que la proclamation de l’infaillibilité est loin de lui avoir procuré les bénédictions et les accroissements que lui promettaient les prôneurs malavisés de ce dogme funeste-.
- Au momen{ où des plumes amies de l’Eglise constatent la décadence des vocations ecclésiastiques, les plus récents renseignements statistiques établissent que le nombre des aspirants aux postes d’instituteurs en France tend à s'accroître d’unç manière très-sensible. Nous serions portés à- croire qu’il y a une certaine con-
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- nexion entre ces deux faits. L’esprit laïque progresse incessamment, l’esprit clérical recule, c’est là un des traits les plus caractéristiques de notre société contemporaine.
- Fortune <1© l’Etat Français.
- en parlant de cette jeunesse-là, qu’ « elle est parfaitement inutile ».
- Nous ne saurions trop être de cet avisi
- Congrès international pour l’étude de» questions relatives ft l’alcoolisme.
- L’ensemble des propriétés appartenant à l’Etat s’élève à une valeur totale de 3,746,072.3Kb francs. Celles de ces propriétés qui sont affectées à des services publics représentent une valeur de 2,105.088,590 francs ; celles qui ne sont pas affectées à des services publics représentent une valeur de 1,640,983,765 francs.
- En ce qui concerne les propriétés affectées à un service public, la valeur se répartit ainsi au point de vue Vie la situation en France, en Algérie, dans les colonies et à l’étranger :
- France 1,917,957,760 fr.
- Algérie , 148,614,090 »
- Colonies 35,451,740 t>
- Etranger 3,065,000 »
- Les propriétés à l’étranger sont celles des divers hôtels de nos ambassades et consulats généraux et de certains établissements ecclésiastiques etTartistiques, à Rome et à Athènes.
- Voici, maintenant, à titre de curiosité, la valeur des propriétés sises en France et affectées à des services publics, par nature de service.
- Président de la République, Sénat et Chambre des Députés Ministère de la justice
- — des affaires étrangères
- — de l’intérieur
- — des finances
- — de la guerre
- — de la marine
- — de l’instruction publique
- — des cultes et des beaux-
- arts.
- — du commerce et de l’agri-
- culture 54,458,640
- — des travaux publics . 48,922,740
- 28,000,000 fr. 46,010,440 14,370,000 56,535,640 75,165.970 878,475,420 417,810,730
- 298,208,180
- ~ Total 1,917,957,760
- Dans les biens non affectés à des services publics,figurent les bois et forêts de l’Etat. La valeur totale de ces bois et forêts s’élève à 1,333,841,915 francs, dont 1,261,921,364 francs pour la France et 71,920,551 francs pour l’Agérie.
- XJn© phiotog^raplii© sans retouche,
- Il vient de paraître un petit écrit intitulé les Universités catholiques et la question sociale, publié par M. de Margerie, doyen de la Faculté des lettres de l’Université catholique de Lille, dans lequel l’auteur examine quels sont vis-à-vis du peuple les fonctions des classes dirigeantes, car M. de Margerie croit encore à la nécessité de classes dirigeantes.
- A ce propos, il trace un portrait des mieux réussi de ce qui nous reste de la vieille aristocratie française :
- « En quittant le collège ou le précepteur, dit-il, elle a dit adieu au travail et aux livres, au travail qu’elle n’avait jamais pris à haute dose, aux livres qu’elle n’avait jamais beaucoup aimés. Désormais, elle appartient aux salons pendant la saison des fêtes, aux hippodromes pendant la saison des courses, au gibier et à la vie de château pendant la saison des chasses. Ajoutez-y le Fiqaro, et c’est à peu près tout — j’entends dans l’ordre des choses avouables. »
- ; On reconnaît là ceux qu’on appelle communément Gommeuœ. Il n’est pas étonnant que M.de Margerie dise,
- Parmi les résolutions qui ont été adoptées par le Congrès, il en est deux qui intéressent plus particulièrement l’hygène; voici comment elles ont été formulées :
- Le Congrès,
- Considérant qu’il paraît aujourd’hui démontré parles recherches expérimentales et par la stat stique que, si l’abus des eaux-de-vie de toute nature peut déterminer des phénomènes toxiques, néanmoins la présence dans ces eaux- de-vie d’alcools autres que l’alcool éthylique augmente, dans une proportion notable, leur action nocive ;
- Considérant, en outre, que l’étude de ces questions, pour être approfondie, demande à être poursuivie pendant un certain nombre d’années;
- A l’unanimité des membres présents :
- 1° Est d’avis que les gouvernements soient invités, non-seulement à prévenir et à réprimer l’abus des boissons alcooliques par des mesures législatives, mais aussi à faire tous leurs efforts pour que l'eau-de-vie destinée à la consommation soit purifiée et rectifiéee autant que possible;
- 2U Décide qu’une Commiss4on internationale permanente sera nommée à l’effet de réunir tous les faitsrela-tifs à l’étude de l’alcoolisme, d’étudier les moyens de le combattre et de provoquer la réunion de Congrès ultérieurs destinés à continuer les travaux du Congrès de Paris.
- Le Congrès, après avoir nommé les membres de la Commission, a décidé que la prochaine session se tiendrait, en 1878, à Bruxelles ou à Stockholm.
- L’HOMME ET LE SINGE
- La revue la Philosophie de VAvenir contenait, dans son avant-dernier numéro, une « Réponse au Journal le Devoir » à laquelle nous avions cru bon de ne pas répliquer, vu l’évidence des confusions scientifiques faites par notre honorable contradicteur.
- Depuis lors, nous avons reçu d’une personne qui lit à la fois la Philosophie de VAvenir et le Devoir, une lettre où notre silence est interprété dans le sens d’une approbation donnée aux idées de la Revue.
- D’autres lecteurs ayant pu faire la même confusion, il nous paraît utile de les détromper. D’ailleurs, la question soulevée ne manque pas d’importance et doit, par sa nature, intéresser nos lecteurs.
- Ceci dit, rétablissons les faits.
- La Philosophie de U Avenir nous avait présenté, au sujet de la Fraternité, des objections que nous avons réfu tées par l’absurde (p. 125). La Revue n’a pas été
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- contente et nous a accusé de l’avoir critiquée à la légère et de lui avoir prêté des opinions qui ne sont pas les siennes.
- S’il y a eu quelque confusion de notre part, c’est la faute de la Revue et non la nôtre. Elle s’était servie pour nous attaquer de citations qu’elle ne faisait suivre d’aucunes réserves et que, par conséquent, nous devions considérer comme exprimant ses propres opinions. Dans la réponse qu’elle nous adresse, la Philosophie de l'Avenir désavoue avec netteté les citations qu’elle avait si malencontreusement invoquées contre nous.
- Nous pourrions railler quelque peu nos confrères de ce changement de tactique, nous préférons les en féliciter. On n’a que demi-tort de s'être trompé lorsque l’on abjure ensuite son erreur; on a tort tout à fait si l’on y persiste.
- Il y a cependant des points sur lesquels la Philosophie de VAvenir persiste et sur lesquels nous tenons à la détromper.
- Afin que notre réponse soit bien comprise, il est nécessaire que nous résumions l’objection présentée.
- En voici à peu près la substance :
- « Le Devoirt dit notre honorable contradicteur » (p. 541), le Devoir admet que le prolétaire est le m frère du bourgeois, que le bossu et le boiteux font 9 partie du genre humain aussi bien qu’un Apollon, *> que l’imbécile, le fou, le faible d’esprit sont aussi 9 des hommes ; enfin, que les Australiens, les Fué-9 giens, les peuplades les plus inférieures font partie »» de l’humanité au même titre que les académiciens, 9 et que la fraternité doit s’étendre jusqu’à eux.Mais, 9 reprend la Philosophie de l’Avenir (p. 748), mais si « le Devoir considère les hommes inférieurs comme 9 faisant partie de la grande famille humaine, il ne 9 peut s’arrêter là; dans l’état actuel de nos connais-* sances, les singes anthropomorphes sont nos frères » et font partie de l’humanité. La science actuelle •» ne sait pas indiquer, dans l’ensemble des êtres, la >• ligne infranchissable qui sépare l'homme des ani-» maux. Ceci posé, M. Champury accepte-t-il comme »* fondés en raison les enseignements de la science 9 actuelle ?
- 9 Si oui, il doit ou repousser la fraternité, ou l’é-9 tendre jusqu’au dernier grain de poussière;
- » Si, au contraire, il repousse cette science comme 9 erronée, que ne se joint-il à nous au lieu de nous » combattre (p, 750). 9
- Voici cinq objections clairement posées et qui nous permettent de formuler cinq réponses parfaitement claires.
- Nous répondons ;
- 1° Que la fraternité doit s’étendre à tous les hommes sans exception ;'
- 2° Que les singes anthropomorphes ne sont pas nos frères ;
- 3° Que la science détermine parfaitement la ligne qui sépare l’homme du singe;
- 4° Que nous acceptons comme fondées les constatations de la science ;
- 5° Que pour ces quatre raisons nous ne voulons ni repousser la fraternité, ni l’étendre jusqu’au dernier grain de poussière, ni déclarer la science erronée, ni nous rallier à la Philosophie de VAvenir.
- Le point essentiel, le nœud du raisonnement se trouve, comme l’on voit, tout entier dans cette question :
- L’homme et le singe sont-ils frères ou ne le sont-ils pas ?
- Nous sommes heureux d’être appelés à nous expliquer sur cette question. Tant d hommes et tant de journaux en parlent, qu’il est bon de voir au juste où elle en est.
- Un fait est bien évident pour nous. C’est que la plupart des personnes qui parlent ou écrivent sur ce sujet ne savent que très-superficiellement ce qu’en dit la science. Le plus souvent ces personnes répètent sans contrôle ce quelles ont entendu; elles cherchent la science dans les livres au lieu de l’étudier sur le vif. Or, en anthropologie, rien n’est plus dangereux que de puiser la science dans les livres sans la contrôler par des voyages ou par la sérieuse étude des grandes collections. En parlant science d’après les livres, on court la chance d’émettre des affirmations diamétralement opposées à la réalité des choses.
- Les objections que nous présente la Philosophie de l’Avenir en sont une preuve.
- Il est impossible à un homme quelque peu familiarisé avec la zoologie ou l’anthropologie de ne pas reconnaître à première vue, et sans aucune hésitation possible, à quel type s'arrête l’homme et à quel autre commence le singe.
- Il y a de la monère à l’homme une série qui, au premier aspect, paraît être continue, mais qui, en réalité, se compose d’échelons successifs présentant des vides entre eux. Que certains de ces échelons puissent être rapprochés, ils n’en cessent pas pour cela d’être distincts les uns des autres. Entre chacun d’eux il y a une solution de continuité de la série, et l’une des plus importantes, la plus importante peut-être, est celle qui sépare l’homme du singe.
- On peut éprouver parfois une certaine difficulté à dresser une classification des hommes entre eux et des singes entre eux, parce qu’il y a continuité dans
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- la chaîne des hommes et dans la chaîne des singes, et que l’on ne sait à quelle classe rattacher certains individus de l’une ou de l'autre espèce ; mais entre les deux espèces il y a une distinction tellement évidente que pour oser la nier un seul instant il faut un parti pris bien décidé, La confusion, l’indécision est inadmissible. De l’orang au gorille, il y a moins de distance que de l’Australien au Lapon, mais du gorille à l’Australien il y a plus de distance que du dernier des Australiens à l’homme le plus parfait.
- Assurément si l’on ne prend que tel point de détail, tel cartilage par exemple, la grandeur de cette distance peut échapper et la confusion est possible. Mais si l’on prend l’organisme dans son ensemble et non tel point de détail déterminé, l’énormité de la différence se dégage d’une manière si nette, si évidente, qu’il devient impossible de la contester.
- Et cependant nous ne parlons en cet instant que des différences physiologiques.
- La science conteste si peu ces différences que c’est même sur elles qu’elle a édifié sa classification des êtres.
- Un mot d’explication le prouvera.
- Les divers systèmes de classification des naturalistes se rattachent tous à deux systèmes principaux.
- Dans le premier système, l’homme constitue à lui seul un ordre à part, le premier, au même titre que les singes constituent à eux seuls un autre ordre, le deuxième.
- Dans l’autre système, l’homme constitue la première famille du premier ordre (ordre des 'primates) lequel comprend quatre autres familles (1).
- Dans l’un des systèmes comme dans, l’autre, l’homme n’est pas confondu un seul instant avec les êtres dont l’organisme paraît se rapprocher le plus du sien. Les caractères distinctifs sont trop prononcés pour permettre même l'hésitation.
- Si, par exemple, je prends les os de la tête d’un homme et ceux de la tète d’un singe supérieur, gorille, chimpanzé orang ou gibbon,' immédiatement un fait me saute aux yeux : la tête de l'homme est toute différente de celle de ces anthropoïdes (2J
- (1) 2° famille de l'ordre des primates : les anthropoïdes; 3e les pithëciens ; 4a les cébiens ; 5e les lému riens.
- (2) L’exubérance de la boîte cérébrale suffit à elle seule à me guider, et cependant je puis trouver dans cette seule ossature de tête humaine quatre autres caractères distinctifs très-nettement prononcés : la diminution de la face, l’accroissement de l’angle facial, la situation du trou occipital et l'horizontalité des axes orbitaires.
- Si des différences sont pareillement évidentes dans la seule ossature d une tête, combien à plus forte raison le sont-elles lorqu’ii s’agit de l’être tout entier, organisme et puissance psychologique 1 C’est pourquoi la science n’a jamais dit et rie dira jamais que l’homme et le singe ne sont qu’un.
- Nous savons bien qne la constatation de ces différences n’est pas du goût de tout le monde et que quelques anthropologistes s’efforcent à la faire croire moins considérable qu’elle n’est. Désireux de donner raison à une hypothèse d’une grande hardiesse, ils relèvent avec un soin" tout particulier les cas qui peuvent effacer ou atténuer les caractères distinctifs. Peut être, sans qu’ils s’en rendent compte, et à coup sûr avec la meilleure foi du monde, ces savants négligent de donner le même relief aux observations qui pourraient infirmer leur hypothèse. En faisant de la sorte de la science tendancielle, ils induisent en erreur le public qui croit pouvoir tirer de la science des déductions hasardées que les savants ont soin de n’en pas tirer.
- C’est ce qui arrive pour la Philosophie de VAvenir. Elle donne à une affirmation de M. Vulpian une valeur que ce savant ne lui donnera jamais.
- « La distance, dit-il, qui sépare l’encéphale de l’homme inférieur de celui des anthropoïdes est moins considérable que celle qui sépare Tencéphale d’un anthropoïde de celui d’un pithéeien. » La Philosophie de VAvenir en conclut que M. Vulpian assimile l’homme au singe. Pas le moins du monde. L’illustre docteur ne parle ici que des caractères anatomiques de l’encéphale ; mieux que personne il sait que si ces caractères présentent un rapprochement, il n’en est plus de même du volume. La différence est ici énorme. Le cerveau de l’homme, même inférieur,, est au moins trois fois plus considérable que celui du singe le mieux doué. L’énormité de cette différence contrebalance, et au-delà, les rapprochements que l’on peut relever.
- Ainsi même en restant sur le terrain strict de la physiologie, l’objection de la Philosophie de l’Avenir n’est pas soutenable. La science donnant au genre
- 1 * I : i i ! .
- humain des bornes bien délimitées, il n’y a plus lieu de renoncer à la fraternité ou de l’étendre à toute la série des êtres. Elle se limitera aux bornes du genre humain.Elle embrassera, comme son nom l’indique,
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- tous nos frères, depuis le plus intelligent jusqu’au moins développé, depuis le plus civilisé jusqu’au plus sauvage.
- Nous ne voulons pas dire que les autres êtres organisés vivant à la surface du globe n’aient droit à aucun sentiment de bienveillance de la part des hommes ; au contraire, nous croyons fermement qu’ils ont des droits de cette nature ; mais ils n’y ont pas droit au même degré que les hommes parce que leur apport dans le progrès général de toutes choses est presque nul relativement à l’apport de ceux-ci.
- Le travail fécond est la caractéristique de l’espèce humaine ; le travail des autres animaux — quand ils travaillent — n a qu’un intérêt de conservation de l’espèce ou de l’individu. Le travail des abeilles, celui des fourmis, celui des castors n’a l’intention d’être profitable qu’à ces espèces. De plus, leur travail est toujours identique à lui-même.
- Tout autre est le travail de l’homme ; il est progressif ; il est cumulatif; il est créateur. En apprivoisant et perfectionnant les races animales, en multipliant et améliorant les végétaux, en fertilisant le sol même par des procédés scientifiques et par les labeurs de la culture, l'homme travaille au progrès des êtres organisés et participe en quelque sorte à la création.
- C’est pour cela que l’homme a des droits supérieurs à ceux des animaux ; c’est pour cela qu’il a le droit, pour la conservation de son espèce, de s’approprier les êtres organisés indispensables à sa nourriture et de détruire les animaux dangereux pour sa sécurité ; c’est pour cela enfin qu’il lui est interdit de toucher à la vie d'un seul de ses semblables et qu’il doit faire tous ses efforts pour leur faciliter l’existence.
- L’ensemble de ces efforts est précisément ce qui constitue la Fraternité. La Philosophie de l’Avenir comprend-elle maintenant pourquoi ce principe n'est pas un vain mot ?
- Ed. Champury.
- PARTICIPATION DES OUVRIERS AUI BÉNÉFICES
- Le « World » recommande hautement l’exemple donné par MM. Cassell, Petter et G-alpin, de Londres, éditeurs, qui ont mis en réserve une certaine portion de leurs bénéfices comme fonds de secourrs pour leurs ouvriers, ainsi que nous le proposions dans nos dernières « Notes. » Ce journal démontre que c’est précisément par de tels moyens que les deux parties contractantes : travail et capital, obtiendront les plus grands avantages possibles.
- Le patron, dit-il, qui cherche à intéresser les tra-
- vailleurs à ses opérations, en faisant que son industrie deviennent la leur, que leur prospérité à tous soit solidaire de la sienne et qui leur donne tout à la fois la promesse d’un travail rémunérateur tant qu’ils sont valides, et le secours et la sympathie quand ils sont atteints par la vieillesse ou la maladie, un tel patron sera sùr d’avoir un corps de travailleurs qui ne considérera pas son service tout simplement comme un marche-pied pour arriver à gagner un dollar de plus par semaine, ou comme une situation obligée dans laquelle il doit chercher à gagner le plus possible pour la plus petite somme de travail.
- (American Socialist.)
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- RESTAURANTS ÉCONOMIQUES DE NANCY
- Le succès de l’institution des restaurants économiques de Nancy va toujours croissant.
- Déjà, il y a quelques mois, le Progrès de VEst en parlait en ces termes :
- « Pendant les six mois de l’hiver dernier, il a été consommé, dans les quatre établissements, plus de 600,000 portions de soupg viande, légumes, pain et vin ; les mois d’été, époque des grands travaux, donneront près du double. Ces résultats prouvent que cette œuvre est bien conduite et qu’elle répond à des besoins réels.
- . Iféconomie dans les frais généraux, des achats faits en grand et avec intelligence par un des membres du comité, permettent de taxer lès consommations à bas prix, on n’achète que des denrées très-saines etde bonne qualité. Elles sont bien apprêtées ; tout le monde peut s’en rendre compte.
- Ce qui nous plaît surtout dans cette institution, ce sont sej côtés moraux et démocratiques, entendus dans le meilleur sens.
- D’abord le consommateur n’est pas humilié par les services qu’on lui rend, il paye tout ce qu’on lui sert. La nourriture quil prend n’est pas une charité déguisée qu’on lui fait.
- Puis, comme la vente à crédit est absolument interdite dans ces restaurants, les ouvriers et les autres personnes qui fréquentent ces établissements s’habituent à payer comptant, ce qui est la première étape vers les économies et la Caisse d’épargne.
- Combien y a-t-il de familles, dont le père va à rate* lier, la mère en journée et les entants à l’école ou à l’asile, et qui, tous rentrés à midi chez eux, trouvent un repas bien apprêté et sain, pris en passant par la mère à un des restaurants pour une modiquè somme? Il serait à désirer que toutes les villes, surtout celles où l’industrie domine, imitassent celle de Nancy.
- De pareilles institutions valent mieux pour l’amélioration du sort des travailleurs que bien des cours et bien des déclamations creuses. »
- Depuis lors, le même journal est entré à ce sujet dans les nouveaux détails que voici :
- « Nous avons visité samedi, avec M. Réau, rédacteur du Courrier, et M. Lièvre-Dreyfus, le restaurant économique de la Porte St-Georges. Nous y avons pris pour la somme de 60 centimes un repas qui consistait en un potage, une portion de légumes, un morceau de bœuf, un carafon de vin, le touGtrès-convenablement apprêté et servi. La distribution se fait dans le plus grand ordre. Les ouvriers passent successivement à la caisse où ils prennent les jetons de service et devant le bureau occupé par le garçon de service. Nous avons vu distribuer en une heure et demie 160 portions de pain. 250 portions de vin, 160 de soupe, 142 de viande, 154 pe légumes; ce qui constitue une recette de 100 francs 80 centimes. Luttitudè des ouvriers qui prennent part à
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- ces repas est irréprochable. Nous ne saurions trop inviter nos amis des villes voisines à étudier de près Le fonctionnement de cette institution et à l’implanter chez eux. Il y a là une solution partielle de la question sociale. »
- LA RECHERCHE DE LA PATERNITÉ-
- A l’Académie de médecine de Paris, M. le docteur La-gneau a lu une note très-intéressante sur ce sujet, dans laquelle il a formulé les conclusions suivantes :
- « L’interdiction de la recherche de la paternité, en déchargeant le père de tous les devoirs envers l’enfant naturel, contribue à accroître, dans une notable proportion, la natalité illégitime ;
- » L’interdiction de la rechei’che de la paternité, en privant l’enfant naturel de la part de secours incombant au père, contribue à rendre la mortalité des enfants illégitimes beaucoup plus élevée que celle des enfants légitimes;
- # L’interdiction de la recherche de la paternité paraît accroître la proportion des avortements et des infanticides, la fille-mère devenant criminelle pour échapper aux: devoirs difficiles que la loi impose à elle seule ;
- » Enfin, Tinterdiction de la recherche de la paternité contribue à retarder et à diminuer la matrimonialité et, par suite, à restreindre la natalité légitime, car l’homme a a autant moins de motifs de se marier que la loi l’exo-nere de tous les devoirs pouvant lui incomber par le fait de ses relations extra-conjugales. »
- CORRESPONDANCE
- Neuilly, 20 septembre 1878.
- Monsieur,
- Le Devoir contient, dans son n° du 15, une Marseillaise de la Paix, que M. Chaix, dites-vous, a eu la bonne inspiration de faire imprimer à l’intention de ses ouvriers.
- Vous ne dites pas de qui est ce chant; et M. Chaix probablement ne le sait pas plus que vous. Mais il est à supposer qu’il l’a tiré de la 4e livraison de la Bibliothèque de la Paix, publiée par mes soins en 1868, et qui contenait,, avec un appendice, le compterendu de la lre séance de la Ligue de la Paix, dont je m’occupais alors avec MM. Jean Dollfus, Arlès-Dufour, Michel Chevalier, Martin Paschoud et autres.
- La Marseillaise de la Paix, qui se trouve à la page 209 de ce volume, est de ce dernier. M. Martin Paschoud, retiré pour sa santé près de la frontière suisse, avait improvisé ces strophes après 1848, pour des jeunes gens qui étaient venus, des deux côtés de la frontière, s’unir en un banquet fraternel dans la commune qu’il habitait.
- Il me le communiqua en 1868, lorsque les mêmes idées nous eurent rapprochés, et m’autorisa à le publier, mais sans le nommer.
- Aujourd’hui qu’il est mort, et que peu de ses contemporains lui survivent, je crois faire acte de
- justice et de piété envers sa mémoire en levant l’incognito et en rendant à chacun ce qui lui appartient.
- A ce titre, je vous remercie et je remercie M. Chaix d’avoir remis en circulation de belles paroles, expression de beaux et bons sentiments.
- Recevez, Monsieur, avec ces remerciements, mes salutations les plus distinguées.
- Frédéric Pàssy.
- Nous sommes d’autant plus heureux de la communication que veut bien nous faire M. Frédéric Passy, que nous avions cherché à connaître l’auteur de la Marseillaise de la Paix. Nous nous étions adressé pour cela à M. Chaix qui nous avait répondu qu’à son grand regret il n’en savait rien, mais que cette pièce de vers avait dû voir le jour dans un des bulletins de la Ligue de la Paix.
- Nos lecteurs se souviennent que M. Martin Paschoud, auteur de cette belle Marseillaise de la Paix, est ce vénérable pasteur protestant, qui, avec Coquerel et autres âmes généreuses, s’efforça, mais en vain, de faire du protestantisme français une Église laïque , large, libérale et à la hauteur de la science moderne.
- E. C.
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- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mme Marie HOWLAND
- Yoir n° 4 à n° 2 (tome 2)
- Chapitre XXII
- Ihe premier nuage.
- (Suite) /
- Dans le cours de l’hiver qui suivit son mariage, Clara, désireuse de complaire à son mari qui était très-fier d’elle, accepta d’assez nombreuses invitations, quoiqu’elle eût de beaucoup préféré rester avec lui dans leur intérieur ou, en son absence, tenir compagnie à son beau-père qu’elle charmait par ses lectures et sa conversation.
- Peu à peu, Albert se mit à sortir seul. Souvent il passait les soirées entières à son club ; Clara en souffrait sans se plaindre et tâchait de prendre sa revanche, quand son mari restait avec elle.
- En mars, Ella revint du Maryland. Elle était toujours aussi coquette et sut charmer Albert par les flatteuses attentions dont elle eniourait Clara. «Vous ne pouvez pas imaginer », disait-elle à la jeune femme, « combien je craignais que vous fussiez fâchée contre moi; mais vous m’avez pardonnée, n’est-ce pas, de m’être, suivant l’expression française, enfuie comme une sauvage. Lorsque Albert
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- vint ici en novembre, sa conversation ne roulait que sur vos perfections, votre beauté, votre bonté, votre savoir ; il n’avait que vous à la bouche. Ne m’en gardez pas rancune, j’avoue que j’avais peine à croire à la moitié de ses louanges. Maintenant que je vous ai vue, je reconnais que c’était pure vérité. »
- Clara ne se faisait pas illusion sur les flatteries dont la comblait Ella ; mais elle avait vécu tout un hiver dans la compagnie de miss Charlotte, froide, polie, peu communicative, et elle n’était pas fâchée d’être un peu sauvée par la gaieté superficielle d’Ella, des glaciales convenances du grand monde de Boston.
- Depuis son séjour à Stonybrook, c’était pour la première fois que Clara s’abandonnait à ces causeries futiles et interminables que savent si bien entretenir les jeunes filles. Elle y trouvait comme le charme de la nouveauté ; elle savait aussi qu’Albert était ravi de voir Ella et sa femme vivre en bonne harmonie, et cela seul aurait suffi pour qu’elle se montrât affable envers miss Wills.
- Plaire à Albert était l’unique souci de Clara, la seule joie de sa vie. Cependant l’auréole dont elle entourait son mari avait déjà commencé à pâlir, lorsqu’à propos de bien insignifiantes contrariétés, Albert en vint à révéler un caractère irritable et chagrin.
- Un matin, par exemple, peu après le retour d’Ella, il se plaignit à déjeuner du mauvais goût du café.
- « Je ne comprends pas, *» fit-il avec humeur, * qu’avec de bon café et de l’eau bouillante on puisse faire une tisane sans saveur comme celle-là. »
- « Nous savons, » répondit miss Charlotte, « que c’est un de vos articles de foi que l’on ne peut pas boire une tasse de vrai café de ce côté de l’Atlantique. »
- Clara vit avec plaisir qu’Albert ne répondait pas à cette épigramme et savait se posséder sur un sujet qui pouvait éveiller sa susceptibilité, car il avait rapporté de Paris une cafetière française dont on s’était toujours servi depuis dans la famille Delano.
- Malheureusement, M. Delano père intervint, et, tout en dégustant son café, se prit à dire :
- « Somment donc, mon fils, mais je trouve ce café très-bon. »
- “ Il devrait être parfait, » riposta Albert ; “ après tout, les rôties sont si détestables que l’on peut passer sur le mauvais goût du café. »
- Ella eut l’imprudence de rire de cette boutade. Miss Charlotte y fit une réponse moqueuse, et, po^r mieux l’accentuer, réclama d’autres rôties. Albert reprit :
- « Je voudrais bien connaître la femme capable
- d’entendre la moindre critique en matière de cuisine sans la prendre pour une offense personnelle. Vous n’avez pas fait ces rôties, Charlotte, pourquoi, en en mangeant plus que déraison, voulez-vous me faire croire qu’elles sont bonnes ? Yous devriez sentir qu’elles sont faites de pain rassis. »
- « Je ne savais pas, » répondit Miss Charlotte, « que l’on dût faire les rôties de pain frais. »
- — « En ma qualité de chimiste, je vous assure que le pain frais est préférable. On peut cependant employer du psin rassis, mais il y a une limite, sans cela les pains récemment exhumés à Pompéi seraient le nec plus ultra pour faire des rôties. »
- * Je pense, » fit miss Charlotte, - qu’un chimiste est aussi gênant à déjeuner que le memento mort des anciens. »
- « Oh 1 » s’écria Clara, désireuse d’éviter une plus longue discusion entre Albert et sa sœur, « quand même le pain rassis serait le meilleur, comme les pains de Pompéi ont été grillés un peu trop fort il y a deux mille ans, il est probable qu’ils feraient aujourd’hui de tristes rôties. »
- « De sorte que vous trouvez ma logique en défaut parce que je n’ai pas tenu compte du grillage antérieur, n’est-ce pas ? » reprit Albert avec vigueur.
- « Il n’y a qu’une femme pour découvrir ainsi par où pêche un raisonnement. >»
- Clara eut besoin de regarder plusieurs fois son mari pour s’assurer qu’il parlait sérieusement et que sa brusque réplique n’était pas une plaisanterie. Voyant qu’il était sérieusement fâché, elle garda le silence.
- « J’avais toujours désiré étudier la logique,» intervint Ella, faisant une jolie moue, « mais je vois bien maintenant que ce serait inutile, je suis trop bornée pour la comprendre. »
- « Je suis sûr, au contraire, que vous y réussiriez très-bien comme en tout, » répondit Albert avec un gracieux sourire. « Si vous n’y pouviez parvenir, ce serait tant pis pour la logique. »
- Pendant tout le reste du repas, Albert fut charmant avec Ella ; il semblait prendre un vif intérêt à sa conversation et riait de bon cœur de saillies où pourtant l’esprit brillait par son absence. Cette affectation n’échappa pas à Clara qui, lorsque le déjeuner fut terminé, suivit son beau-père à la bibliothèque où le vieillard était toujours charmé de la voir.
- Ce jour-là, Albert rentra plus tôt que d’habitude , il trouva Ella seule au salon. La figure de la jeune fille s’illumina en le voyant entrer ; elle lui tendit les deux mains. Après les avoir cordialement serrées, Albert demanda où était Clara.
- Il trouvait fort agréable d’être attendu et se fiat-
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- tait de l’idée qu’Ella était, autant que Clara, heureuse de sa présence. C’était un contraste avec les jours d’autrefois où il attendait vainement un mot ou un sourire de miss Wills. Il se rappelait l’indifférence de la jeune fiîle et la comparant avec son accueil actuel, il en arrivait à une conclusion qui était un triomphe de sa fatuité.
- Quand il demanda où était Clara, les yeux d’Ella exprimèrent tant de tristesse qu’il regretta sa question. Mais la jeune fille feignit bien vite de reprendre possession d’elle-même et répondit :
- « Elle est avec M. Delano dans la bibliothèque. Chaque jour elle va lui faire la lecture, et y reste si longtemps que je peux à peine causer une minute avec elle. »
- Albert savait le plaisir que trouvait son père dans la société de Clara ; il en était heureux, et cependant il aurait désiré que sa femme se montrât pius attentive à son égard. Il était froissé de ce que Clara ne fût pas au salon. N’était-il pas parti sans lui dire au ravoir ? Ne devait-elle pas dès lors attendre avec anxiété son retour? Telle est la logique des hommes.
- Il s’approcha donc d’Ella et lui demanda la permission de s’étendre sur le sofa ; il était si fatigué,
- ajouta-t-il, et si malade de la tête.
- « Oh 1 que je vous plains ! » fit Ella, « ne pourrais-je pas soulager votre migraine ? »
- Elle vint s'asseoir auprès de lui et se mit à lui caresser le front et les cheveux. A ce moment miss Charlotte entra ; Ella se leva brusquement.
- « Restez donc, » dit Albert, « vous me faisiez du
- bien. »
- Entendant ces mots, miss Delano quitta le salon.
- « Pourquoi donc vous etes—vous troublée ainsi, Ella, » continua Albert, « j’en ai été tout surpris et vous avez eu grand tort, Charlotte aura pris cela en mauvaise part ; elle est si prude ! »
- « Oh ! quelle idée elle va avoir de moi ! » s’écria la jeune fille, « laissez-moi sortir, j’entends des pas sur l’escalier. »
- « Restez ainsi et ne bougez pas, « murmura Albert,
- « je pense que c’est Clara.....Non, « fit-il après
- un silence, « partez donc, si vous le voulez, et dites à ma femme que je suis ici.Mais auparavant laissez-moi payer cette joli" main qui a dissipé ma migraine. »
- Ce disant, il appliqua longuement ses lèvres sur la
- main rose d’Ella.
- Miss Wills retira doucement sa main et quitta la chambre.
- Lorsqu’Ella fut sortie, Albert resta étendu, les yeux fermés, en proie a la surexcitation qu avait éveillé en lui le contact magnétique lie cette main et se demandant si miss Wills n'était pas la femme qu’il
- aurait dû épouser. Puis, songeant à Clara, il se reprocha ce rêve comme une infidélité. Pendant qu’il s’abandonnait à ces dangereuses pensées, Clara survint sans bruit.
- « Pourquoi n’êtes-vous pas venu me trouver de suite, ou ne m’avez-vous pas fait appeler ? » dit-elle. « Je viens de rencontrer miss Wills ; elle m’a dit que vous étiez souffrant et qu’elle avait essayé de vous calmer. Elle semblait toute troublée. Oh, Albert ! est-ce qu’une autre devrait prendre ma place près de vous lorsque vous êtes malade ? »
- — « Mais non, ma chérie, quelle absurde supposition ! «
- — « Mais pourquoi paraissait-elle si troublée ? Qu’aviez-vous pu lui dire ? Pardonnez-moi, je ne devrais pas vous tourmenter ainsi. »
- Albert se levant, prit sa femme dans ses bras,tandis que celle-ci s’écriait avec une lueur étrange dans le regard :
- « Que deviendrais-je si.je venais à vous perdre ? »
- « Quelle absurde idée, mon enfant, » fit. Albert.
- — « Mais répondez-moi? Que deviendrais-je? »
- —• « Je pense que vous seriez assez raisonnable
- pour oublier celui qui se serait montré si indigne de vous. »
- « Oh, la douce parole !» reprit Clara. «Savez-vous, Albert, que je ne pourrais être jalouse ? »
- — « En êtes-vous sûre ? On dit qu’il n’y a pas d’amour sans jalousie.»
- —• » J’en suis sûre. Lajalousie dénote colère contre l’objet aimé et haine de la rivale. Je ne pourrais éprouver aucun de ces sentiments ; je ne saurais que souffrir, » et Clara poussa un profond soupir, puis elle continua: « Vous m’avez dit que vous aviez appris en Europe ce que l’on entend par les illusions de l’amour. Mon père et vous, êtes les seuls qui attribuiez la même signification à cette expression. Pour moi, je ne vois pas de terme qui puisse la remplacer. Elle établit nettement la différence entre l'amour des amants et les autres affections ; elle fait plus encore, elle implique ce qui dans l’amour est divin. Peut-être est-il difficile de conserver ces illusions précieuses, mais sans elles, l’amour n’aurait plus de charme pour moi et je ne serais qu’une épouse bien malheureuse.»
- « Soyez sans crainte, » répondit Albert, « nous ne perdrons pas nos illusions. Que ferions-nous, d’ailleurs ? Ne sommes-nous pas irrévocablement unis par le lien du mariage ? »
- « Non, » dit Clara avec une résolution qui contrastait avec son émotion de tout à l’heure ; « le seul lien véritable est dans ces illusions dont nous venons de parler. Seul, l’esprit divin de l’amour justifie le
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- mariage. Qu'importe le corps si l’âme s’est envolée ! Vous êtes un homme d’une grande distinction, chacun admire votre élégance, et à mes yeux vous avez à la fois beauté, force et tendresse, vous êtes tout pour moi ; mais si l’âme qui vivifie tout cela était absente, quel charme pourraient avoir vos lèvres et vos beaux yeux? »
- « Mon enfant, » répondit Albert, « vous tremblez comme une feuille ; je crois que vous n’êtes pas bien portante. »
- — « Oh, Albert ! Pourquoi était-elle ainsi troublée? »
- Et Clara plongeait un regard suppliant dans les yeux de son mari.
- « Je crois. *., » fît Albert, « je crois qu’après tout, vous êtes jalouse. »
- Clara se retourna lentement et, sans ajouter un mot, quitta le salon.
- « Par Dieu, elle est jalouse ! » se dit Albert, lorsque sa femme fut sortie ; et, comme un fat vulgaire, il fut flatté de cette pensée. (A suivre.)
- ------
- UNE PENSÉE DE LAMARTINE
- Or, le ciel et la terre et ce que Dieu renferme,
- Dans un jour éternel tout est né d’un seul germe ;
- Et ce germe est de Dieu la pensée ou la loi Qui porte toute chose avec sa forme en soi.
- De ce germe divin que le temps ramifie,
- Tout naît, tout se nourrit et se diversifie,
- De sorte qu’à la fois tout est vieux, tout est neuf,
- Qu’un monde décrépit d’un autre monde est l’œuf, Qu’une chose accomplie enfante une autre chose,
- Et que chaque existence est une apothéose Où l’être produit l’être en se décomposant,
- Où tout se perpétue en se divinisant !
- Et l’homme est ainsi né, fruit vivant de la terre,
- Non, comme Jéhovah, complet et solitaire,
- Mais de deux composé, mâle et femelle, afin Que sa dualité lui révélât sa fin,
- Et que cette union de l’homme et de la femme,
- Qui féconde le corps et qui complète l’âme,
- Fût le symbole en lui de la divine loi D'amour et d’unité qui doit tout fondre en soi !
- La Chute d'un Ange.
- ——^\AAAnnfiAAOAA/vv-——
- CHRONIQUE SCIENTIFIQUE
- Le Pèlerinage d’Alise-Sain+e-Reine.
- Permettez-moi, cher lecteur, de vous donner un conseil.
- Si quelque année, ayant à disposer des premiers jours de septembre, vous vous trouvez dans le voisinage des départements de l’Yonne ou de la Côte-d’Or, n’hésitez pas, prenez le train et faites-vous conduire aux Laumes, petite station où la ligne Auxerre-Avallon vient se greffer sur la grande ligne Dijon-Paris.
- Ce n’est pas que le hameau des Laumes soit par lui-même intéressant —- Dieu me garde de le flatter de la sorte ! — mais il a le bonheur d’être le point de départ naturel de plusieurs excursions intéressantes. Sans aller jusqu’à Yittaux, dont le nom seul évoque tant de souvenirs, ou jusqu’à Monthard que dominent le donjon de Jean-Sans-Peur et le château de Bouffon, on rencontre le couvent de Flavigny où résida le P. Laeor-daire, le château de Bussy Rabutin où vécut dans l’exil le satarique chroniqueur, enfin et surtout le Mont-Auxois, qui portait autrefois la célèbre Alésia et qui porte aujourd’hui la fontaine miraculeuse d’Alise-Sainte-Reine et la superbe statue colossale de Yercingétorix.
- Ne vous attendez pas, cher lecteur, à me voir discuter sur Alésia et constater si oui ou non l’emplacement du monument de Vercingétorix est bien celui de la grande ville des Mandubiens assiégée par César. De plus compétents que moi y ont perdu leur latin.
- Quoiqu’il en soit de la réalité de l’emplacement d’Alésia, le Mont-Auxois et la contrée qui l’avoisine semblent correspondre parfaitement à, la courte description que César en fait des ses Commentaires (VII 68). On a même pu relever la ligne qu’ont dû. suivre les fossés et retranchements des Romains (1).
- Mais ce n’est pas à Alésia, cher lecteur, que je veux vous conduire, c’est à la fontaine miraculeuse, à Alise-Sainte-Reine.
- Sainte-Reine, dit la légende, était la fille d’un chevalier romain, Lucius Clementinus. A neuf ans, elle reçut le baptême et peu. de temps après fit vœu de virginité et choisit le Christ pour époux. Or, en l’an 250, Olibrius, gouverneur des Gaules, ayant aperçu la jeune fille, devint éperdument amoureux d’elle et la demanda en mariageT Clementinus, en père sage, déclara sa fille trop jeune, pria le gouverneur des Gaules de repasser deux ans plue tard et lui promit de lui accorder sa fille à ce moment-là. En conséquence,Olibrius revint en 252, mais la jeune fille refusa de l’épouser. Ni les larmes, ni les présents, ni les menaces du gouverneur des Gaules ne purent la faire renoncer à cette détermination. Alors Olibrius devint furieux, il fit d’abord fouetter la jeune fille pendant des heures entières. Ce procédé n’ayant pas développé en elle des sympathies bien vives pour son bourreau, celui-ci la fit torturer avec des ongles de fer. Le résultat ne fut pas meilleur. Olibrius fit alors brûler les seins de la jeune fille avec de la poix allumée. Elle ne l’en aima pas davantage. Alors,' dit
- (1) Le musée de Saint-Germain en-Laye possède un très-beau relief du Mont-Auxois et des travaux exécutés par César.
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- textuellement la légende : « le tyran fit jeter la vierge dans une cure d’eau froide. A peine y fut-elle plongée que ses fers se brisèrent, ses plaies disparurent ; la terre trembla; la foudro gronda; les nues s’entr’ouvrirent; une voix en sortit et tous les spectateurs entendirent ces mots : « Venez, reine, venez recevoir la palme due à votre courage et à vos vertus. »
- La légende ne dit pas si la vierge se rendit à l’invitation. Il parait qu’elle n’en fit rien, car Olibrius, que le miracle n’effraya pas, la fit décapiter. La tête de sainte Reine fut inhumée par les soins de son père, et une source miraculeuse jailiit à l’endroit où la décapitation avait eu lieu. Des cordeliers s’établirent en 1644 près de cette fontaine et réalisèrent une grande fortune par la vente de l’eau miraculeuse.
- Vous voyez que cette légende ressemble à beaucoup d’autres et qu’elle a permis une exploitation commerciale aussi fructueuse que celle del’eau deM116 La Mer-lière. Il n’y a donc là rien de bien neuf et rien qui m’autorise à en parler plus particulièrement. Mais voici où l’originalité commence.
- Chaque année, le dimanche qui suit le 7 septembre, un coffret de bois peint contenant un os du bras droit de la sainte (os retrouvé en 864, soit 612 ans après le martyre), est porté en grande pompe par une procession. En général, S à 6,000 personnes y prennent part, au nombre desquelles 24 sont costumées en soldats romains, 10 en licteurs, 4 en sénateurs, 4 en porte-enseignes, etc., etc.
- Cette procession moitié payenne et moitié chrétienne est fort intéressante et fort originale. Elle augmente surtout d’intérêt aux yeux du spectateur lorque celui-ei est informé des récentes constatations de la science. Il est certain maintenant que la vierge martyrisée par Olibrius n’est autre chose qu’une personnification de lâr Gaule, vaincue par Jules César au pied du Mont-AuxoiS, et que ce pèlerinage, malgré ses intentions catholiques* n’est qu’une prolongation du concours des peuples gaulois qui se rassemblaient sur les lieux mêmes de leur défaite pour pleurer leur liberté perdue.
- Si donc, cher lecteur, vous entendez dire que les pèlerinages sont faits dans un but anti-patriotique, faites une exception en faveur de celui d’Alise-Sainte-Reine, car celui-ci se fait en réalité en l’honneur de Vercingétorix.
- Ed. CHAMPURt,
- Le Directeur-Gérant : Godin.
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- Que nos amis nous aident dans cette œuvre de propagande, en faisant lire le journal et en nous envoyant les adresses des personnes dont les sympathies pour le progrès peuvent nous faire des abonnés.
- A toutes ces adresses, nous enverrons « Le Devoir », à titre d’essai.
- Que celles des personnes qui reçoivent des numéros spécimens du « Devoir » n’en soient donc pas surprises; nous recherchons l’appui des hommes qui ont cultivé leur cœur et leur esprit dans l’amour du bien social ; nous les recherchons d’abord comme lecteurs, ensuite comme soutiens de nos efforts, pour réveiller dans la presse périodique et dans l’opinion publique l’étude des réformes et des institutions devenues indispensables.
- Nous faisons appel à toutes les personnes qui pensent avec nous, que des améliorations sont nécessaires dans nos lois et nos mœurs, et que ces améliorations peuvent seules prévenir les revendications violentes, et assurer la liberté, la paix et la concorde entre tous les citoyens.
- Nous sollicitons de ceux de nos nouveaux lecteurs qui ne peuvent on ne venlent nons accorder leur concours, de nons r etou mer simplement le journal en mettant REFUSÉ sur la, bande.
- * SOMMAIRE
- Les partis et la question sociale. — La Semaine politique. — Lettre d’Angleterre. — Variétés. — Le travail et les machines. — Moralité publique. — Roman : La fille de son père — Une Pensée de Webster. — Question des chemins de fer. — Bibliographie. — Chronique scientifique.
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- eo
- LE DEVOIR
- LES PARTIS ET LA QUESTION SOCIALE
- i.
- Les modes changent. Elles changent même rapidement. Mais de toutes les modes, celle qui change le plus rite, c’est à coup sûr celle des déclamations. En peu de temps elle se transforme du tout au tout, se rejette à ses propres antipo* des, condamne ses prédilections antérieures et finalement brûle ce qu’elle a adoré et adore ce qu’elle a brûlé.
- En voulez-vous une preuve ? Prenez la conduite de la plupart des hommes politiques appartenant aux classes sociales ou aux partis opposés au régime républicain. Nous ne parlons pas de l’étranger et de M. de Bismarck s’alliant aux socialistes pour diviser l’opposition, puis, une fois l’opposiiion divisée, accusant ses alliés de la veille d’être complices d’un assassinat et les traînant devant les tribunaux ; nous ne parlons pas non plus du passé de la France et de l’auteur de VExtinction du paupérisme faisant fusiller vingt ans plus tard les mineurs d’Aubin et de la Ricamarie ; non, nous parlons seulement des hommes politiques français représentant, au sein de la République française actuelle, les partis des différents régimes déchus. Le champ, même ainsi limité, est encore assez vaste pour permettre une moisson importante.
- Depuis se;»t ans que la République est fondée, que de contradictions, que de reniements chez ses adversaires.]. Qqe ’ de qjpogrès chez les uns, que de palinodies chez les autres !
- îî y a quelques'-années, citait à qui crierait à l’internationale, au pétrole, à la Commune. Tout pétait menacé, la propriété, la famille, la religion ; le péril social était imminent; le radicalisme latent faisait des progrès dans les foules ; le mal s’aggravait d’un jour à Fautre ; le spectre rouge se dressait à l’horizon et l’hydre de la démagogie menaçait de tout dévorer. On frémissait à ridée de-l’élévation d’une nouvelle couche sociale et l’on se déclarait parfaitement déter-
- miné à repousser par tous les moyens possibles et avec une inébranlable fermeté les revendications de la classe ouvrière. Le travailleur était redouté et tenu en suspicion, et à chaque instant de fougueux orateurs politiquesexploitaient sans scrupule cette disposition générale et groupaient ainsi autour d’eux les applaudissements cyniques des initiés et les voix effarées des trembîeurs. Les prélats de l’Eglise renchérissaient encore, et au nom du Syllabus, au nom du Pontife infaillible, au mépris de la mission de charité qui seule autorise leur existence, tonnaient du haut de la chaire ou du sein des mandements contre cc les prétentions de la v:le midtitude et les basses convoitises des gens sans aveu. »
- Combien tout cela s’est modifié, rapidement et profondément modifié 1
- Aujourd’hui, c’est à un mouvement en sens contraire que nous assistons. Il est devenu de mode de se dire ami des pauvres et des ouvriers. Les curés des communes industrielles font parade de sentiments favorables aux travailleurs ; les duchesses les plus authentiques signent des manifestes côte à côte avec des femmes de la halle, et les mêmes hommes qui, hier encore, posaient en gardiens de l’ordre moral s’étudient à poser dès demain en tribuns de l’ouvrier.
- Ils n’épargnent rien pour cela ; ils ne reculent ni devant les démarches, ni devant la dépense ; ils saisissent pour se faire entendre toutes les occasions retentissantes, et chaque fois que le succès ,de la tentative l’exige, ils, surmontent leurs répugnances aristocratiques et ne dédaignent pas de presser dé leurs mains gantées les mains caleuses du travailleur.
- Mais ce touchant spectacle ne s’arrête pas en si beau chemin. Dans leur zèle de nouveaux convertis, ces étranges amis des ouvriers,oublient leurs querelles intestines et, sur l'autel de la cause nouvelle, font le^ sacrifice de leurs anciens dissentiments. Les partis les plus opposés se fondent en une ligue unique, les ennemis les plus irréconciliables deviennent, d’inséparables avilis, et le rôle d’alliés et de frères d’armes se substitue à celui de compétiteurs. ^
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- LE DEVOIR
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- C’est ainsi qu’un prince héritier des droits et surtout de la fortune d’une famille quelque temps royale se remet à écrire sur les associa" tions ouvrières ; c’est ainsi qu’un bonapartiste trop connu profite de son court passage à la Chambre pour proposer le vote de sommes très-rondes en faveur des ouvriers inoccupés; c’est ainsi enfin qu’un comte légitimiste du plus haut lignage ne craint pas de déclamer dans les jardins d’un palais épiscopal contre un régime économique qui favorise le paresseux au détriment du travailleur. Enfin, il n’est pas jusqu’au Pape lui même qui ne se laisse entraîner par ce courant nouveau et qui, dans son palais de marbre, au milieu de sa cour opulente et sous son costume d’or et de pierreries, ne se laisse attendrir par le sort des malheureux qui ne savent où se loger et qui n’ont rien pour se nourrir.
- Après cela si les déshérités de ce monde ne se laissent pas attendrir , c’est qu’ils sont bien ingrats !
- Pour nous, nous ne nous attendrissons que très-modérément. Aucune larme ne nous vient au coin de l’oeil, et nous nous demandons si tout cela est bien sincère, si tous ces beaux sentiments sortent bien du fond du cœur, si le mobile qui les a fait naître est toujours et complètement désintéressé et si les hommes qui oublient de la sorte leurs dissentiments ne seraient pas des compères encore plus ^ue des alliés.
- Nous voudrions croire à la sincérité de toutes Iccs1 belles paroles, de toutes ces actives démarches, de toutes ces redondarites déclamations. !' Nous ne le pouvons pas, la comédie est trop 'évidente, la ruse est cousue d'un fil trop blanc. Ces protestations stupéfiantes ne sont que des paroles, cesjrésors étincelants ne sont que de la fausse monnaie. Au fond, rien’n’est modifié : jOn avait l’hypocrisie de la peur, on a l’hypocri-!sie de l’intérêt. Ea formé deThypocri'sie est changée; elle n’a paS diminué pouf cela.
- j
- ; Elle est même plus dangereuse que jamais.
- Ellq l’est d’autant plus que ses adversaires ne soupçonnent pas qu’elle le soit. Le parti républicain, assoupi dans son optimisme, se croise les bras et laisse faire. Il ne voit rien ou ne veut rien voir. Il n’entend rien on ne veut rien entendre. Si parfois le tapage fait autour de lu if est si vif qu’il lui devienne impossible de dormir, il ouvre l’oeil un instant, regarde en curieux ce qui se passe, sourit ou hausse les épaules, puis se rendort. C’est un peu le rôle d’Orgoo envers Tartufe avec ce renchérissement qu’Qrgon s’est endormi sous la table où Elmire l’a fait cacher. Tartuffe, peut tout se permettre; il peut enlacer Elmire dans ses bras : Orgon dort. Et si par hasard Orgon venait à s’éveiller, il se dirait que cela ne se peut pas, qu’il est le jouet d’une illusion, qn’Elmire est sa femme, qu’elle n’a pas d’inclination pour Tartufe, et qu’enfîn elle est assez forte pour se défendre toute seule.
- Àh ! maheureux Orgon, ton réveil sera terrible. Tu t’apercevras alors que tu t’es laissé circonvenir, tu comprendras combien ton sommeil dessert ta cause et combien il favorise celle de ton adversaire ; ta constateras la grandeur du mal et jureras de le combattre et de l’extirper : malheureusement il sera un peu tard.
- II.
- Et cependant il serait si facile de ne pas attendre jusque-là et de combattre le mal tandis qu’il en est temps encore. Il suffirait pour cela de prouver à l’ouvrier que les hommes qui s’intéressent véritablement,à sa cause se trouvent dans les rangs ders républicains et non dans ceux des réactionnaires.
- Les ouvriers ont fa plus vive sympathie pour le régime républicain. Ils l’ont acclamé comme le seul qui puisse résoudre équitablement la‘ question sociale. Ils se sont dit, dès son aurore, que ce nouveau régime supprimerait les abus de l’ancien; qu’il ferait peser l’impôt sur le$ oisifs plutôt que sur les travailleurs; qu’il dégrèverait la consommation des charges qui doivent incomber au revenu ; qu’il rendrait accessible à ceux qui en ont besoin le crédit dont
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- ne jouissent que ceux qui pourraient s’en passer; en un mot que les privilèges s'effaceraient devant les principes et que l’oubli du droit ferait place à la pratique du devoir.
- Ces espérances n'ont pas été réalisées ; les anciens abus se sont perpétués ; l'impôt direct a chargé plus que jamais le travail sans atteindre aucunement la richesse ; les impôts indirects ont été majorés au lieu d’être abolis ; le régime du crédit n’a été réformé en rien et les privilé-gés sont restés aussi nombreux, aussi considérables, aussi excessifs que par le passé. La position de l’ouvrier ne s’est pas améliorée ; en plus d'un cas elle a même empiré.
- Un semblable état de choses est plein de danger; il est gros de complications pour l'avenir.
- Ne l'oublions pas, les sympathies que les classes laborieuses ont pour le régime républicain ne s’étendent pas — du moins avec une égale intensité — aux hommes sages et modérés qui participent au gouvernement de la république. La sympathie de la classe ouvrière pour ses députés dure encore, mais il n’y a pas d’illusion à se faire, elle tend de plus en plus à se refroidir. Il est à craindre que si les députés continuent, à ne pas comprendre que la république ne peut se désintéresser de la question sociale sans mentir à son nom et à sa mission, il est à craindre en ee cas, disons-nous, que la classe ouvrière ne veuille plus avoir pour représentants que des hommes aux opinions foncées en couleur. Personne n'aurait rien à y gagner et chacun aurait à y perdre, car du jour où les calmes réclamations se transformeront en revendications violentes, du jour où les hommes de savoir devront faire place aux hommes de passion, de ce jour-là le parti républicain sera disloqué, et tous ceux de ses membres qui ne professent pas des opinions avancées se rejetteront dans les bras de la réaction.
- C’est là-dessus que comptent les réactionnaires, et c’est dans la conviction de pouvoir en profiter et dans l’intention d’être seuls en mesure pour cela, qu’ils affectent dès aujourd’hui de s’intéresser à une classe à laquelle le parti répu-
- blicain a le tort, le grand tort, de ne pas assez s’intéresser.
- Un des plus impérieux devoirs des députés républicains est de prévenir ce danger. Ils lef peuvent et nous nous plaisons à espérer qu’ils le voudront.
- Ils auront un rôle bien digne, bien méritoire, si, en attaquant l’étude de la question sociale el en s’efforçant de prendre les mesures utiles à l’amélioration du sort des ouvriers, nos députés préviennent et conjurent le danger de manifestations inconsidérées et de revendications qui outrepasseraient le but.
- La solution des questions sociales ne peut s’obtenir du jour au lendemain ; elle nécessite de longues études ; elle exige un esprit de bien-* veillance exempt de tout parti pris. Ajourner! cette étude, c’est la rendre plus difficile, c’est la[ rendre presque impossible. De jour en jour lest griefs sont plus nombreux, de jour en jour cha-l cun d’eux s’accuse davantage, de jour en jour! aussi le fossé qui sépare les classes sociales sel creuse, s’élargit et se transforme en abîme, On* ne peut déjà plus se tendre la main d’une rive à| l’autre qu’avec difficulté Lant l’éloignement s’ac-f centue, avant peu l’abîme sera tellement élargi! qu’aucun pont ne pourra plus le franchir. j
- Attendra-t-on jusque là ?
- III..
- Nous savons parfaitement que ce que nous écrivons ici va ne pas faire plaisir à plus d uuj. républicain. Nous serons taxés d'enfants terri^ blés. On dira que nous venons mettre fort mal! à propos des bâtons dans les roues de la Répu-I blique. On nous accusera même de soulever desr questions inopportunes et de compliquer d’au^ tant le programme républicain. En un mot, orf nous blâmera.
- Soit. Nous nous y attendons. Nous savons; qu’en semblable matière, celui qui sonne le tocj sin est accusé d’allumer l’incendie. Nous prenons* notre parti à l’avance de cette inculpation, bienl décidés que nous sommes de sonner le tocsiûr quand même. Il pourra être désagréable à plus!
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- fl’un d’être arraché de la sorte à son sommeil ; tout ce qu’on pourra nous dire ne nous empêchera pas d’agir ainsi. Le danger ne fait que commencer ; nous en voyons trop nettement les progrès pour que notre conscience ne nous commande pas de le signaler.
- Caveanl consules, disaient les anciens. Le conseil est toujours bon. Veillez, consuls! car c’est en veillant que vous nous préserverez du péril ; veillez ! car les plus implacables ennemis de la République se mettent peu à peu entre vous et le peuple. Depuis déjà de longues années ils s’emparent de l’intelligence des enfants, depuis peu ils accaparent les loisirs de l’ouvrier. Ils avaient déjà l’école, il leur faut encore les cercles catholiques. Ils avaient la haute main dans l’enseignement, ils tiennent à l’avoir dans les élections. Sourdement, sans précipitation, mais aussi sans arrêt, ils entourent la classe laborieuse des mille mailles d’un filet dont il lui sera impossible de se dégager plus tard. Leur œuvre est semblable à la toile que l’araignée ' étend avec lenteur. Chaque fil de cette toile pris isolément est si frêle et chacun semble si éloigné de son voisin, que la toile ne paraît offrir aucune résistance. Erreur. Tous ces fils se soutiennent mutuellement, tous concourent à la même oeuyre, et si quelque insecte vient frôler l’un d’eux de son aile, malheur à lui! il est perdu. L’araignée se précipitera sur la frêle créature et lui sucera le sang.
- Ce qui nous afflige surtout, c’est qu’en présence du travail des ennemis de la République, les députés de la gauche et les journalistes républicains restent inactifs, indifférents, et disséminent sur des points secondaires une attention qui devrait être centralisée sur ce point essentiel. Autant leurs adversaires affectent d’intérêt pour le sort de l’ouvrier, autant ils laissent percer leur indifférence à ce sujet; autant les oppresseurs naturels de l’ouvrier cherchent à se faire aimer de lui, autant ses amis naturels semblent peu tenir à son affection ; autant les premiers se dérangent dans ce but, autant les seconds tiennent à ne pas se déranger.
- Les chefs du parti républicain — à de rares exceptions près — se figurent sans doute que les revendications légitimes cesseront de s’élever, que la répartition actuelle des fruits du travail cessera de produire le superflu chez les uns et le manque du nécessaire chez les autres, que le mal à la longue se transformera en bien, que l'injustice deviendra juste, que la misère cessera d’êfre la misère, en un mot que la question sociale se résoudra toute seule.
- Il est impossible, absolument impossible, de compromettre davantage l’avenir de la République et de mieux favoriser les dessins de la réaction. »
- Ed. Champurt.
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- LA SEMAINE POLITIQUE
- La semaine est à peu près vide d’incidents sérieux et la presse ira guère été alimentée que par les discussions auxquelles ont donné lieu le discours de M. Gambetta. Les feuilles cléricales n’ont cessé de jeter feu et flammes contre la République et les républicains, et leur mauvaise humeur s’est encore accrue par la publicatiou d’une lettre de M. de Falloux.qui a cru devoir faire une courte apparitiou sur la scène politique pour blâmer l’attitude violente qu'a revêtue le parti clérical, et lui conseiller de revenir aux allures hypocrites et cauteleuses qui ont si bien réussi, depuis 1849 jusqu’à la fin de l’empire, au groupe de catholiques si improprement appelés libéraux. Certains organes réactionnaires ont pris parti pour le néfaste auteur de la loi sur l’enseignement secondaire, d’autres ont traité avec un dédain suprême les critiques du revenant de 1 849. du précurseur du coup d’État de 1851. Au fond ces discussions ont peu d’importance, et l’opinion publique se méfie également des cléricaux de l’aucienue et de la nouvelle école.
- • •
- Des élections pour la Chambre des députés ont eu lieu dimanche dernier dans deux circonscriptions.
- A Lyon, où un siège était vacant par suite du décès de notre ami le docteur Durand, M Ghavannes, docteur, candidat du Comité central, l’a emporté contre d’autres candidats, républicains comme lui, mais qui préseutaient moins de racines dans le pays. Une des candidatures avait même un certain cachet de fantaisie.
- Les républicains lyonnais ont donné un sage exemple en accordant la préférence à un homme dont les qualités sérieuse* sont connues de toutes les personnes familières avec les affaires politiques de Lyon. Ce résultat est d’autaut plus heureux que la circonscription qui avait à élire le député (la 3°) est des plus foncées en couleur.
- AI. Ghavannes siégera à l’extrême gauche.
- A Moulins, il y a ballottage entre deux candidats appart- liant l’un et l’autre à l’opinion républicaine.
- Dans ces deux circonscriptions,, les réactionnaires avaient renoncé à présenter un candidat.
- M. Du taure, e-1 attendu à Paris et il est probable que, dès qu’il sera de retour, les ministres se réuniront en conseil pour la date des élections sénatoriales et celle de
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- la convocation des conseils municipaux intéressés pour le clioix des délégués sénatoriaux. Beaucoup de sénateurs et de députés ont fait annoncer leur prochain retour à Paris et à Versailles, et d’ici peu de jours la vie parlementaire va reprendre son activité normale.
- Il s’est produit, à Marseille, un incident qui prouve combien nous avons raisoh de conseiller au gouvernement d'agir avec résolution et fermeté à l’égard du clergé lorsque celui-ci veuf sortir des voies légales. Le nouvel évêque de Marseille, M. Robert, s’appuyant sur le décret de MesskLr an xn, voulait faire une entrée solennelle dans ;e chef-lieu de son diocèse. On sait qu’en vertu de ce déoret. lorsqu’un prélat fait sa première entrée dans la ville où il doit résider, il a le droit d’être reçu par les autorités civiles ét militaires qui lui font cortège jusqu’à la cathédrale et au pal is épiscopal, au son du canon. Le nouvel évêque marseillais voulait profiler de l’occasion pour mettre sur pied, de son côté, toute la milice de l’Eglise, en costume, et la déployer en procession dans les rues de la ville. Le gouvernement a fait savoir à M. Robert qu’il lui accorderait tous les honneurs que lui attribuait le décret de Messidor, mais qu’il interdisait toute procession, en vertu de la loi de Germinal an x. Pris au piège qu’il s’était lui-même tendu en invoquant la loi sur l’organisation des cultes, M. Robert a renoncé à faire une entrée solennelle qui, étant donnés les événements dont la ville de Marseille a été récemment le théâtre, aurait vraisemblablement donné naissance à des désordres fâcheux. Ainsi s’est dénoué pacifiquement un incident qui paraissait gros d’orages. Que le gouvernement continue donc à appliquer avec énergie et impartialité les lois existantes et il aura facilement raison des difficultés que s’appliquent à lui susciter ses adversaires. La loi qùi expulse les jésuites du territoire français n'a jamais été rapportée, et il est à, espérer qu’il se" trouvera un jour un ministère pour l’appliquer, le jour où cet ordre voudra sortir de l’ombre où il est prudent pour lui de se tenir.
- M, le ministre de l’instruction publique vient d’adresser aux préfets une circulaire importante qui n'est point du goût des cléricaux. On sait combien les conseils municipaux ont eu de peine, jusqu’à ce jour, à obtenir la transformatioji d’une école congréganiste en école laïque. Les influences olérioales étaient parvenues à faire adopter une jurisprudence en vertu de laquelle une école congréganiste ne pouvait être remplacée par une école laïque qu’en cas de vacance dans la direction de l’école. Ce privilège, qu’aucun texte législatif n'avait consacré, ne pouvait subsister plus longtemps, et c’est pour le détruire que M. Bardoux vient d’envoyer des instructions précises aux préfets, qu’il invite eu outre à tenir le plus grand compte des vôeùx des conseils municipaux. Le ministre a également dépeint très-nette ment le rôle des conseils départementaux dont l’intervention, quand il s’agissait de transformer une école, avait, jusqu’à ce jour, été considérée abusivement comme obligatoire. Leur rôle sera désormais purement con.-ultatif et les préfets n’auront plus à subir les décisions souvent déplorables prises par des assemblées imbues pour la plupart de l’esprit réactionnaire et clérical. Le personnel de beaucoup de conseils départementaux de l’instruction publique a été récemment remanié; mais il reste encore passablement à faire pour que l’œuvre d’épuration soif oomplète, et nous aimons à croire que M. Bardoux se préoccupera de mener à bonne fia l’œuvre qu’il a entreprise, sinon avec toute la résolution désirable, du moins avec un grand bon vouloir.
- Le Journal officiel vient de publier un décret qui semble indiquer que l’on commence enfin à s’occuper en haut lieu de noü’e régime colonial algérien. Ce décret daté du 30 septembre,règle les conditions auxquelles les terres domaniales pourraient être allouées aux Français, aux Européens naturalisés, ou en instance de natu-
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- ralisation, et. à titre.de récompense, aux indigènes naturalisés ou non qui ont rendu des services exception,! nels. La concession, qui est gratuite, ne sera, sans exception. définitive qu’au bout de cinq ans, lorsque toutes les conditions imposées auront été strictement remplies, La principale de ces conditions est l’obligation à la résidence ou tout au moins à la représentation pair résident français.
- Des ventes aux enchères publiques pourront avoir lieu dans certains cas, en vertu d'arrêtés rendus en conseil du gouvernement, et tous les enchérisseurs d’origine européenne seront admis à l’adjudication, excepté pour certains lots, dits industriel, à former dans les centres de populatiou, dont les acquéreurs ne seront soumis à aucune condition d’origine.
- Il est interdit temporairemenffiaux individus devenus propriétaires, de vendre ou de céder, sous quelque forme que ce soit aux indigènes non naturalisés, les terrains d’origine domaniale. "Pendant dix ans, à partir de la concession, les terres qui en font l’objet sont exemptes de tous impôts, mais elles ne peuvent être grevées d'hypothèques sans l’autorisation de l’administration des" domaines.
- Le gouvernement compte sur l’ensemble de ces dL verses mesures pour améliorer le sort de notre colonie et développer la production des richesses qu’elle renferme. Nous croyons, nous, qu’on n’arrivera à un résultat profitable qu’en poursuivant résolument le régime militaire auquel est soumise actuellement l’Algérie; les traditions des fanieux bureaux arabes sont encore en trop grand honneur. Il faut assimiler l'Algérie aux territoires de la France continentale et transformer le rôle qu’y joue Parafée en simple rôle de garnison. De la sorte, on n’aura plus a recourir à des expédients doqt la nature change sans cesse et qui ne permettent de rien établir de stable daus cette possession si magnifique, mais dont on n’a su tirer qu’un si piètre parti.
- Le pape Léon XIII vient de publier une lettre dans laquelle.il a prétendu exposer sa politique et dont l’analyse a été seulement communiquée au public. Cette analyse est assez confuse. On sent que le successeur de Pie ÎX désirerait paraifre rompre avec la politique violente de son prédécesseur, mais qu’il voudrait néanmoins persister à la représenter comme étant opprimée par les pouvoirs civils. Il est manifeste que le pape cherche à se réconcilier avec les gouvernements. Mais, tandis que d’un côté il fait entendre des papules pacifiques, de l’autre il excite le clergé à réagir contre les tendances de l’esprit moderne, de telle sorte qu’il est bien difficile de croire aux velléités conciliatrices qu’on prête aussi gratuitement au chef de la chrétienté.
- Ainsi que nous l’avons dit, les dernières opérations militaires de l’armée autrichienne en Bosnie ont été couronnées de succès et l’insurrection est vaincue, au moins momentanément. Mais la tâche du gouvernement autrichien est loin d’être accoqapbe efil va falloir, maintenant, pacifierun pays profondément troublé. Cette entreprise va être très vraisemblablement compromise par un incident très-grave qui vient de se produire à Pestli, où un grand meeting s’est réuni, dimanche, pour protester contre l’occupation de la Bosnie. On a adopté des résolutions formelles demandant la conclusion d’une convention avec la Porte et le rappel immédiat des troupes austro-hongroises. De plus, le Parlement a été invité à prononcer, quand il sera réuni, un vote de méfiance contre le cabinet devienne. Les ministres n’ont pas attendu l’ouverture de la session pour le prononcer dans le sens de l’opinion prédominante en Hongrie, et M. Szjell, ministre des finances du cabinet hongrois, a donné, dit-on, sa démission, refusant catégoriquement d’ordpnnan-cer le deuxième versement de la quote-part afférente à la Hongrie, dans le fonds de 6G,OüO,OOQ de florins destinés aux dépenses militaires. Les collègues deM. Szell ont joint leur démission à la sienne. Cette crise peut avoir des conséquences considérables, car elle menace
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- de détruire soudainement l’équilibre assez artificiel basé sur le dualisme austro-hongrois. Cette complication inattendue a causé à Vienne une sorte de panique facile à concevoir. M. Fisza, chef du cabinet de Pesth, a été mandé dans la capitale, ainsi que M. Szell ; on cherche un arrangement, mais il est impossible de prévoir quelle sera l’issue de ce conflit, fruit des décisions étranges prises dans le déplorable Congrès de Berlin.
- Le Parlement allemand se réunira le 7 et commencera le lendemain la seconde lecture du projet de loi contre les socialistes. M. de Bismarck doit s’expliquer avec la commission au moment même où nous écrivons. D’après les dernières dépêches, on s’attend à un compromis entre la majorité de la commission et les représentants des petits Etats. Ceux-ci admettraient une durée temporaire de la loi en échange d'un tribunal d’appel constitué con formément aux vœux du Conseil fédéral. Le gouverne-, ment persisterait, dit-on, dans le veto qu’il a opposé aux amendements adoptés. Malgré tout, nous persistons à croire que le conseil ne sera pas poussé jusqu’à des limites extrêmes et que les pouvoirs arbitraires demandés par M. de Bismarck, finiront, sous une forme ou sous une autre, par lui être accordés,
- Un des meilleurs journaux d’Allemagne, die Freie Presse, de Berlin, vient de publier un étrange document, relatif à l’assassinat politique du général russe Metzent-zow.
- Dans ce document, le comité révolutionnaire russe déclare que c’est par son ordre que le général Melzent-zow a été tué, et il annonce que cet assassinat ne sera pas le dernier, si le gouvernement s’obstine dans le système aujourd’hui en vigueur.
- Quatre-vingts personnes, dit-il, presque toutes des jeunes gens ou des femmes, sont ou mortes en prison, pendant une période de quatre années d’enquête qui a précédé leur jugement, ou mortes peu de temps après être sorties de prison; et de celles qui vivent encore, il en est peu qui n’aient pas contracté, durant leur emprisonnement, les germes d’une maladie grave, souvent mortelle. Les premiers pionniers de ce grand mouvement furent les malheureux martyrs Papine, Plot-nikof, etc., pour avoir mis en circulation quelques livres; ils ont été condamnés à des peines terribles; quoique le terme fixé à leur captivité soit déjà venu, ils restent en prison, victimes des mêmes tortures. Qui ne sait pas que l’heure où devait expirer la peine de Tchernichefsky a sonné il y a plusieurs années?
- Et cependant il est toujours détenu en Sibérie, sur les bords de la mer Giaciale. gardé à vue par douze gendarmes. Que nous reste-t-il donc à faire, sinon à défendre notre vie et notre liberté, les armes à la main, contre des gendarmes qui entrent chez nous par effraction. comme noüs neus défendrions contre des voleurs de grand chômin? Ainsi firent Kolvalski et ses compagnons, et ils firent bien. Les mirmidons du tsar l’ont fusillé en cachette, parce qu’ils craignaient la colère du peuple. Les dernières paroles qu’il ait adressées à ses bourreaux ont été : « Vous savez que j’ai des amis qui me vengeront! » Et il avait raison; les vengeurs sont venus; ils seront suivis par d’autres. Nous avons institué notre propre tribunal pour juger les coupables, tribunal aussi juste que les idées que nous défendons, aussi terrible que les conditions qui nous sont faites par le gouvernemeht,
- Le document se termine par une liste d’accusation contre le général Metzentzow, et par la sentence du tribunal secret qui l’a condamné à mort.
- Ce rétablissement d’une Sainte Wehme est de nature à affliger tous les amis du progrès. Il est incontestable que le régime politique russe est plus voisin de la barbarie que de la civilisation, mais il est bien certain que ce n’est point l’assassinat des fonctionnaires qui pourra amener l’amélioration de cet état de choses.
- Tout acte immoral nuit à celui qui le commet.
- L’affaire de l’Afghanistan a établi une tension très-transibledans les relations de la Russie et de l’Angleterre. Cette dernière puissance fait des préparatifs considérables en vue d’une expédition contre l'émir de Caboul; d’autre part le cabinet de Saint James a fait demander à la Russie des explications relativement à la mission du général Stoliétoff,mission qui était accompagnée à distance par une petite armée de quinze mille hommes. Le ministre des affaires étrangères russe a répondu que son gouvernement était toujours disposé à respecter les engagements existants et que la mission du générai Stolié-toff était un acte de pure courtojsie à l’égard de l’émir de Caboul.
- Il semble que l’Angleterre soit disposée à se contenter momentanément de' ces explications, car, d’après le Daiiy-News, le cabinet de Londres aurait décidé qu’il n’interviendrait pas dans la politique des gouvernements des lords, en ce qui concerne l’affaire de l’Afghanistan.
- Divers j ournaux déconseillent la guerre, où pensent qu’il serait plus raisonnable de la différer, en la localisant, bien entendu, à l’Afghanistan.
- Enfin, la presse russe ne souffle mot du conflit, de même qu’elle ne donne aucune nouvelle des opérations de l’armée du général Kaufmann contre Balk, eu Bouka-rie, opérations qui doivent être intimement liées à la mission de Caboul.
- U est à craindre que nous ne soyons qu’à la préface d’événements dont il est difficile de prévoir la portée.
- Dominer est la logiqne de la politique des despotes. Le jour où les peuples seront maîtres de leurs destinées, le monde pourra jouir d’une paix définitive, d’ici là il est illusoire d’y compter.
- LETTRE D’ANGLETERRE
- Correspondance particulière du Devoir.
- Londres, 2 Octobre 1878
- Je suppose que vous ayez connu autrefois un homme d’habitudes grossières demeurant par delà la frontière, là-bas quelque part devers Mons ou Tournay ; et que vous soyez resté en froid avec ce Monsieur justement à causé de sa violence et de son incivilité. Supposons encore, car tout ceci est d’une vérité mathématique comme on le verra bientôt, qu'un beau matin vous vous sentiez pris de velléités sentimentales et qüe vous vous mettiez en peine de faire des gracieusetés au rustre qui vous dauba jadis Vous lui députez quelque homme de confiance choisi parmi les gens de votre domesticité, à qui vous endossez une livrée bien en vue, une casaque à ramages flanquée de sabres et de pistolets. Ce brave homme a pour mission de dire au voisin connu pour sa brutalité :
- — Mon çlier monsieur, je viens en ami de la part d’un ancien adversaire* de monsieur Jean Le Bœuf qüi jadis eut maille à partir avec vous et eut lieu de se plaindre amèrement de vos traitements bourrus, Mon maître, Monsieur Le Bœuf, croit avoir de nouveaux sujets de plainte et désire arranger à l’amiable avec vous cette contestation dont vous'ue vous doutez pas, mais que sa perspicacité a su découvrir.
- — Ce n’est pas tout, continue l’ambassadeur, je vous préviens en ami que nous sommes peu endurants et que nous entendons traiter sur l’heure les petits arrangements à prendre entre nous pour rester bous voisins. Si vous vous y refusiez, nous avons pris à notre ceinture ce qu’il faut pour vous convaincre, et vous vous en apercevrez vite. Restons-donc amis et ouvrez-moi la porte de votre logis.
- Il y a gros à parier que ce langage provocateur va attirer une explosion de colère sur la tête du malencontreux député : on lui fermera la porte au nez. Le brutal voisin ne va pas se laisser intimider* et il y a grande chance qu’il aura une insurmontable envie de répondre
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- au message de l’impertinent par une bonne volée de coups de bâton. Mais non, l’âge ou la raison a rendu notre brute d’autrefois beaucoup plus accommodante que son prétendu ami, converti de fraîche date à la fraternité, il répond doucement au domestique flanqué de sabres et de pistolets :
- Je n’ai point demandé votre visite et ne me sens nullement entraîné vers un épanchement mutuel de sentiments aussi cordiaux. Veuillez me laisser tranquille ; et s’il me plaît à vous inviter un jour âme venir voir, je saurai me décider à cela de mon propre chef. Le mieux est pour votre excellence de vous en retourner chez vous et d’y attendre en paix mon invitation, si jamais il me pa*sse par l’esprit de vous adresser pareil message.
- ' Peut on blâmer sérieusement ce butor de raisonner de la sorte, et mérite t—il bien la mauvaise réputation qu’on lui a faite? Mais ce n’est pas tout, et notre homme' est bientôt menacé des plus dures représailles pour son insolence ; avoir refusé sa porte à qui vient chez lui sans y être convié, est une insulte sans nom à l’adresse du visiteur intrus, et celui-ci, en partant, lui jette ab irato cette raison spécieuse qu'il croit saus réplique.
- — Vous êtes l’ami de notre ennemi, et vous ne voulez pas être le nôtre, il faut nous battre.
- Si jamais vous vous étiez conduit de la sorte, ami qui me lisez, vous seriez-vous tenu pour un être raisonnable. Je ne le pense point. Je vous fais même là l’injure gratuite de vous supposer un caractère irascible, et je pense bien que vous n’êtes point de ce tempérament-là.
- Ne me demandez point où j’en veux venir avec ma proposition hypothétique de géométrie morale, vous venez de lire de l’histoire. Ma foi. oui ! ni plus, ni moins que de l’histoire vraie, exacte, réduite à sa plus simple expression, de la querelle née d’hier entre la Grande-Bretagne et la Russie, qui vont se battrre sur le dos de l lnde et de l’Afghanistan, n’osant encore se prendre aux dents l’une et l’autre dans une colossale étreinte à soulever et à faire trembler les deux continents d’Europe et d’Asie L’expédition de Caboul est le résultat d’un plan concerté de longue main entre le gouverneur de l’Inde, Lord IIybton,etle premier ministre Beaconsfield. Celui ci étant encore un simple romancier, a rêvé dans la solitude de son imagination orientale due, je pense, à son origine juive , de régénérer l’Angleterre en la transportant aux Indes et d’y devenir le suprême vizir de la plus grande impératrice du monde sur terre et sur mer.
- Ces grands ministres à grandes idées qui n’ont pour règle et pour principe que leur imagination, triste’lumière pour éclairer les affaires de l’Etat, et dont le vulgaire s’enthousiasme à cause de leur charlatanisme effronté, ces grands hommes que l’on ferait bien d’envoyer aux petites-maisons, ont tous la même fin fatale : ils entraînent leur pays à une ruine certaine. N’en avons-nous pas eu l’exemple trop récent et trop douloureux en France sans qu’il soit besoin de feuilleter l’histoire.
- L’Angleterre, il est évident, doit garder ses frontières de l’Inde contre les envahissements continuels de la Russie dans l’Asie centrale; mais, est-ce par la guerre qu’elle y réussira. En supposant qu’elle batte la Russie aujourd’hui, celle-ci recommencera demain. Dans une telle voie on ne peut s’arrêter qu’après que l’un des ri vaux ait complètement avalé et digéré l’autre. C’est une chaîne sans fin de luttes, de massacres, de dévastation et de misère pour les deux peuples, vainqueur et vaincu.
- Je ne demande pas où est le remède. Je dis où est le mal, le vrai mal? Pour y répondre, je m’enquiers seulement de savoir qui est l’ennemi. Est-ce la Russie, en tant que nation, en tant que peuple, les travailleurs, les producteurs, que non ! L’ennemi, c’est l’esprit militaire entretenu à la cour du palais d’hiver par le vieux fonds russe aristocrate, guerrier, despote. L’ennemi, c’est la Russie militaire et autocrate. De celte nation de serfs et d’esclaves annoblis faites un peuple, tirez une nation moderne. Aidez à la Russie d’aujourd’hui à accomplir cette transfiguration, et la transformation vous donnera demain un allié au lieu d’un ennemi. Quoi 1 yeut-on
- m’objecter que c’est une tâche longue et ardue, qu’il faudra bien des années pour réaliser cette belle utopie. Demandez aux Bourbons d’Italie si, à l’heure où leurs trônes croulaient brisés en pièces, réduits en poussière sous les coups d’un homme héroïque et d’un peuple brave, ils ne rêvaient pas encore d’élargir leurs prisons et d’épaissir les murs des cassemates où pourrissaient leurs victimes, les rêveurs qui avaient cru au progrès.
- VARIÉTÉS
- Récompenses aux médecin».
- Dans son rapport à l’Académie française, sur les prix Monthyon, M. J.-B. Dumas, le célèbre chimiste, s’exprime ainsi au sujet des médecins qui donnent journellement des preuves de leur humanité, de leur courage et de leur abnégation :
- « Si la vertu consiste dans le dévouement absolu au devoir, n’en trouvez-vous pas les signes les plus sûrs dans les traits de courage offerts à notre admiration par ces médecins qui, interprétant le serment d’Hippocrate en son plus noble sens, exposent aussi leur propre vie, dans une lutte sans gloire, dans un combat sans illusions, entourés d® malades dont l’approche peut devenir mortelle ? Le danger est i! incertain * Combien d’exemples attestent, au contraire, que. pour certaines affections trop communes, il est imminent !
- » Voyez-vous un seul praticien hésiter devant l’accomplissement de sa mission ? Non ! qu’ils soient âgés et éclairés par l’expérience d’un long passé; qu’ils soient, à leur début, animés encore de la confiance de la jeunesse; qu’ils soient seuls, ce qui autoriserait l’égoïsme; mariés et pères de famille, ce qui excuserait la prudence, on ne les voit pas défaillir; la liste serait longue cependant s’il fallait donner la nomenclature de toutes ces victimes du devoir professionnel, de tous ces médecins morts à l'ennemi, comme on dit au ministère de la guerre. On ne compte plus ! »
- Nous sommes d’autant plus heureux, avec le docteur Dupouy, d’enregistrer les éloquente® paroles du savant membre de l’Institut, que les circonstances, où l’on rend aussi solennellement justice au mérite et aux incontestables services du corps médical, sont assez rares.
- {Gaz. méd. de l'Algérie.)
- Expositions pérégrinantes
- M. Stockbauer, rendant compte dans l'Art du musée industriel bavarois de Nuremberg, relève ce détail intéressant que le musée organise des Wanderaustellungen, des expositions qui voyagent de ville en ville.
- La première idée de ces empositions pérégrinanies appartient au South Kensington Muséum de Londres. Leur but est de faire participer les différent» centres de production artistique et industrielle d'un pays, si modestes qu’ils soient, au bénéfice des institutions de ce genre créées dans la capitale ou dans les grandes villes.
- G esi ai .si qu’à diverses reprises 1® South Kensington Muséum a prêté à d’autres institutions quelques-uns de »es trésors les plus précieux, et que, avec l’autorisation du gouvernement anglais, il a consenti à les laisser voyager, non-seulement en Angleterre, mais encore à l’étranger. C’est ainsi qu’on a vu à Londres d’importantes collections privées se promener dans les quartiers excentriques afin de se mettre à la portée du public populaire qui ne serait peut-être pas aller les chercher dans les quartiers du High-Life, trop éloignés de lui. C’est ainsi enfin qu’en Bavière des collections publiques, pour répaDdre partout l’influence qu’elles sont à même d’exercer, entreprennent des pèlerinages à la demande d’une ville ou d’une école spéciale.
- Hélas! Que nous sommes loin de cela en France 1
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- LE TRAVAIL ET LES MACHINES.
- Les Etats-Unis traversent une crise économique de la plus grande gravité. Le régime protecteur y porte aujourd’hui les fruits qu’il ne peut manquer de porter à la longue. En favorisant et développant l’industrie nationale par la prohibition des produits étrangers, on a favorisé et développé des industries qui n’étaient pas viables par elles-mêmes; on a fait naître une prospérité plus factice que réelle; on a stimulé une fabrication illimitée sans réfléchir que la prohibition des produits étrangers entraîne dans les autres pays des représailles de même nature et que les pays protecteurs se ferment ainsi les débouchés d'exportation ; enfin, on a amené une accumulation de produits si considérable que les négociants ne peuvent les écouler et que le fabricant est forcé de suspendre sa fabrication.
- De là une misère croissante dans la classe ouvrière; des bandes de vagabonds parcourent le pays; des revendications violentes sont faites par la presse ouvrière et l’on va jusqu’à demander dans le* meetings la suppression de la fabrication mécanique con sidérée par l'ouvrier comme cause de la crise, tandis que la cause véritable est le régime protecteur.
- Ces déclarations contre les machines ont inspiré au Utica Morning Herald de très-justes réflexions que nous jugeons utile de reproduire en les faisant suivre de quelques réserves.
- Voici ce que dit the Utica Morning Herald :
- « Les superfluités d’hier sont les nécessités d’au-jourd hui. Il serait impossible à l’homme, par le tra vail de ses mains, aidées de simples outils, de produire le* choses que nous jugeons maintenant essentielles pour vivre.
- Les maisons que nous habitons, le mobilier qui nous sert, les variétés de nourriture qu’il nous faut, les articles d’usage personnel et de parure auxquels nous sommes accoutumés, sont en grande partie le produit d’arts qui emploient les inventions modernes et pour leur préparation et pour leur transport.
- La locomotion et les communications sont totalement tranformées par les inventions qui annulent le temps et l’espace. S’il est fâcheux qu’au moment de l’introduction des forces nouvelles, des individus se trouvent privés de leurs occupations, par contre, rien n’est plus évident que la contribution apportée dans la plus large mesure, par les progrès de la mécanique, au confort de toutes les classes. La part qui revient à ce progrès dans l'augmentation du bien-être physique des plus pauvres est aussi incontestable.
- Sur tous les points considérés comme distinguant
- la civilisation de la barbarie, le travailleur de nos jours jouit de nombreux moyens de confort que même les palais des princes ne recélaient pas il y a trois cents ans.
- Les nattes de joncs des salons delà reine Elisabeth n’étaient ni aussi propres, ni aussi hygiéniques que le tapis du plus humble cottage de notre pays. Il se peut que nos lits soient moins bien adaptes au développement des muscles que ne l’étaient la paille et les planches des siècles passés, mais bien peu voudraient recourir à l’emploi de ces derniers moyens.
- Que l’on compare le parloir du fermier ordinaire, avec son piano, ses livre*, ses canapés et fauteuils rembourrés, *t ses machines à coudre, avec les meilleurs intérieur* de quelque pays que ce soit il y a deux cents ans, et Ton apprendra quelque chose de ce que les progrès mécaniques ont fait pour la famille et pour l’individu.
- Les tissus qui habillent les deux sexes et fournissant des vêtements presque en égale mesure pour le riche et pour le pauvre sont produits par les métiers et les broches, la vapeur et les doigts mécaniques, et confectionnés par les machines à coudre.
- Nos moissons elles-mêmes sont devenues trop importantes pour pouvoir être récoltées et mises en réserve sans l’aide de moyens mécaniques perfectionnés.
- Les voyages modernes sont la conséquence des machines à vapeur. Les relations humaines ont adopté le télégraphe comme une nécessité. Engager une guerre contre les machines, c’est, pour commencer, détruire la télégraphie, substituer le cheval à la locomotive, attacher l'homme au moulin en place de l’eau ou de la vapeur. (Test retourner à la condition où le travail ne pouvait procurer que la plus simple nourriture et le plus informe vêtement, et où 1 habitation ne pouvait contenir aucun des trésors de 1 art ou de l’éducation.
- Le triomphe des arts mécaniques a élévé pas à pas les classes ouvrière» et leur a singulièrement ouvert de nouvelles occasions de progrès. Chaque machine importante a rencontré à *on a parition la plus amère hostilité de la part de ceux qui se trouvaient privés par elle de leur travail.
- Les imprimeurs eux-mêmes étaient disposés à batailler contre l'introduction des presses à la vapeur. Cependant les presses, qui font plus d’ouvrage, ont peine à suffire aux demandes croissantes d’impressions qu’elles ont rendu possibles. La machine rend nécessaire le travailleur avant même qu'elle lui soit venue en aide. En outre, ce qui est incontestable, c’est que les machines ont amélioré les [conditions
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- de la race humaine., qu’-elles ont contribué à l’ornementation du foyer de toutes les classes, qu'elles ont prolongé l’existence et couronné la civilisation de ses principales bénédictions et de ses gloires les plus durables.
- Pour le moment, le travail peut souffrir. Le métier à main et les aiguilles du fabricant de bas à domicile deviennent inactifs quand la machine tout d’abord tisse l’étoffe et tricote le bas. Mais les quantités de tissus et de bonneterie que la société réclame actuellement ne peuvent être produits à la main. Nous devrions donc réduire nos besoins si nous voulions retourner aux vieilles méthodes. Et ce. serait tout spécialement l’homme pauvre et sa famille qui ver-» raient diminuer leurs moyens de confort assurés par les métiers mécaniques et les machines à tricoter. La société ne peut pas se passer de ce que les machines produisent pour elle. Les classes laborieuses, en particulier, ne voudraient pas consentir à reprendre les conditions d’existence qui seraient inévitables si l’on ne faisait plus usage des machines.
- L’augmentation croissante des besoins de la vie moderne sont la cause réelle des présentes difficultés. Si nous consentions à vivre comme vivaient nos pères, si nous pouvions nous contenter des logis qui les abritaient, des vêtements qui les couvraient, du taux de dépenses que comportaient ces conditions, en des milliers de cas les ressources actuelles laisseraient un joli surplus.
- Si le travailleur pouvait se contenter de la situation dont jouissait l’habile ouvrier d’il y a cent ans, si l’habile ouvrier d’aujourd’hui ne demandait pas plus que le patron d’autrefois, la plainte élevée contre lauiureté des temps serait moins vive et moins générale.
- MaisJ'hoœme de nos jours â plus de besoins. Il a de plus larges vues; en lui se sont développées des délicatesses et des capacités nouvelles. Il ne faut pas moins que toutes les ressources des inventions de la mécanique moderne pour le satisfaire. Et nous pouvons ainsi reconnaître que le progrès des arts mécaniques a été accompagné île l’élévation de. l’ouvrier lui-même.
- Excepté durant la période anormale de la guerre, la condition des ouvriers en ce pays ne fut jamais, en somme, meilleure qu’aujourd’hui. Si dure qu’elle semble parfois, c’est uniquement parce que la famille veut plus aujourd’hui que ce dont elle se contentait autrefois.
- Loin de nous la pensée que le travailleur doive diminuer ses désirs et se contenter d’une position plus humble. Il ne doit point guerroyer contre les
- machines qui sont les agents de son progrès et de son bien-être.
- Le capital est tenu de reconnaître le fait de la situation et d’accepter une plus petite part du produit de ses efforts joints à ceux du travail. L’abaissement du taux de l’intérêt en ce pays a.cette signification.
- Quand quatre pour cent amènent des millions de dollars dans les caisses du gouvernement, le capital doit se trouver satisfait du même taux de dividendes dans les manufactures et dans ses opérations avec le travail. L’effet sera que la monnaie n’augmentera pas de valeur. Le travailleur gagnera sa vie plus aisément et plus shrement.
- Avec une telle concession de la part du capital, et il est à souhaiter qu'elle se fasse bientôt, les machines non-seulement amèneront une diminution des heures de travail (jusqu’ici il a été fait peu dans cette voie) mais elles rendront chaque heure plus productive. »
- Oui, le capital doit se contenter aujourd’hui d’une moindre part dans la répartition des bénéfices, mais The Utica Morning Herald exagère cette réduction.
- Les capitalistes des Etats-Unis so»nt enchantés de prêter à 4 0/0 leurs capitaux à un débiteur aussi solide que l’Etat américain, c’est parfait. Mais cela ne prouve pas que les patrons et commanditaires doivent se contenter de voir leur argent leur rapporter ce taux-là.
- Le prêteur à l’Etat peut se croiser les bras une fois son prêt accompli ; il n’a aucune activité intellectuelle à déployer. ,
- Il n’en est pas de même du patron d’une industrie; celui-ci a un travail que le préteur à l’Etat n’a pas. De plus, il engage sa responsabilité, il court des risques. Il est donc juste qu’il participe dans la part de bénéfices qui dépasse le 4 %, mais il est injuste qu’il s’accapare le bénéfice tout entier. Il a concouru à la création de ce bénéfice, mais il n’y a pas concouru seul. Sans le travail de l’ouvrier, le capital du patron serait resté improductif, de. même que, sans le capital du patron, le travail de l’ouvrier aurait été impossible; tous deux s’étant associés pour la production, tous deux doivent participer au bénéfice. Le capital et le travail ont chacun droit à une répartition des bénéfices proportionnelle à l'importance de leur concours
- E. C.
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- MORALITÉ PUBLIQUE
- Nous avons demandé à plusieurs reprises la suppression de l’institution honteuse et dégoûtante qui a nom \a. police des mœurs.
- Il a été établi que cette honte n’était autorisée par aucune loi et qu’elle était due à une usurpation de pouvoirs de l’administration.
- Depuis lors, la police des mœurs, qui a déjà tant de méfaits, tant de brutales erreurs à son actif, a fait de nouveau parler d’elle.
- Une jeune fille a été saisie chez elle par des agents des mœurs. Elle a été jetée en prison avec des prostituées et soumise, malgré ses larmes, malgré ses protestations, malgré ses prières, à la plus révoltante des mesures, au plus scandaleux des outrages, après quoi le médecin expert a reconnu que la jeune fille ainsi traitée était vierge.
- Il suffit de réfléchir que la même injure peut être faite à la sœur ou à la fille de chacun, pour comprendre quelle nécessité il j a à supprimer de suite et radicalement cette police des mœurs qui n’est pas seulement une institution honteuse et illégale, mais encore un danger pour la sécurité. E. C
- U FUIE de son père
- Traduit dp l’Anglais, de Mrae Marie HOWLANP Voir n° 4 à n° 3 (tome 2)
- Chapitre XXII
- Le premier nua^e
- (Suite)
- En disant qu’elle ne pouvait pas ressentir la ja^ lousio, mais seulement souffrir, Clara n’avait cependant exprimé que la vérité. Se refusant à croire.que la tiédeur et l'indifférence qu’elle avait observées dans tqus les ménages de sa connaissance avaient qpe autre cause qu’un manque de sagesse, Gonflante dans les assurances souvent répétées d'Albert, que l’amoup pouvait être conservé dans sa fraîcheur et ?a pureté native par une franchise absolue, elle avait ingénûment ouvert son cœur» et risqué le tout pour le tout.
- Reproduction réservée,
- Albert resta une demi-heure à méditer sur ce sujet, puis il se rendit à l’appartement de Clara s’attendant à lu trouver en pleurs. Quel ne fut pas son étonnement à la vue de sa femme tranquillement occupée à sa toilette pour le dîner !
- « Je craignais de trouver ma Clara un peu boudeuse, » fit-il en caressant les cheveux de sa femme â contre-sens, et sans s’apercevoir qu’il risquait d’endommager une coiffure qui avait coûté plus de peine qu’il ne pouvait l’imaginer.
- « Pas dans ce sens, » fit Clara, « ne voyez-vous pas que vous allez à rebours, » et prenant la fine main d’Albert, elle lissa les cheveux du bon côté.
- « Vous pensez que je ferais mieux de retirer ma main, n’est-ce pas? » répondit Albert en riant.
- « Non, mais seulement que si vous détruisez mon édifice je serai obligé de le recommencer, Vous pouvez tirer mes boucles si vous voulez, baby. »
- — « Pourquoi m’appeler baby, vous savez que cela me déplaît. »
- — « Excusez-moi, mais il n’y a pas, à mon sens, de mot qui exprime mieux la tendresse ; je vous assure que l’expression que vous pourriez choisir pour manifester votre affection me serait chère, quelle qu’elle fût. »
- — « Que penseriez-vous? cependant, si je vous appelais mon canard ? »
- « C’est une expression fort triviale, mais si elle avait de vous à moi la tendre signification que je donne à baby, je la trouverais adorable, » répondit Glara; puis, tout d’un coup, dans un mouvement enthousiaste, elle passa ses bras autour du cou de son mari, et s’écria : « Clara vous aime plus que vous ne pouvez le croire, plus que vous ne le désirez, plus surtout que vous ne pouvez l’aimer vous-même; hélas 1 un jour viendra où son amour vous semblera aussi lourd à porter qu’une meule de moulin pendue à votre cou. »
- « Bien raisonné, » fit Albert, fngnant de trouver l’idée plaisante; « depuis quand, s’il vous plaît, avez-vous découvert cette remarquable conclusion ? Je croyais que mon amour vous satisfaisait. »
- — « Ne parlez pas ainsi, vous me feriez regretter d’avoir parlé avec franchise. Votre amour m’a suffi aussi longtemps que je n’ai pas eu connaissance de l’étendue du mien. Maintenant une crise est arrivée, et vous ne voulez pas répondre sérieusement à des questions sérieuses; vous m’appelez jalouse et vous me traitez comme une de ces femmes papillons qui ont besoin d’être gouvernées par leurs maris. »
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- ~ « Bon, voilà que nous sommes dans une crise. Vous me trouvez seul un instant avec une ancienne amie qui se trouve être une femme charmante, et, vite, vous faites de cela une crise ! »
- « Je pensais qu’un médecin raisonnerait plus juste, » fit Clara, « et s’attacherait à l’effet produit. Est-ce que, par hasard, la princesse qui avait la peau si délicate que le contact d’une feuille de rose la meurtrissait, en était moins meurtrie parce que la gêne provenait d’un pétale et non d’un fagot d’épine ? » • '
- « Il y a des princesses dont la sensibilité est aussi par trop extrême, » répondit Albert, « et je lemr souhaite vivement de s’endurcir un peu l’épiderme. »
- « Je comprends, » fit Clara positivement blessée, mais dissimulant son émotion. « Peut-être ferai-je bien, » continua-t-elle avec un sourire forcé, « de commencer à travailler à cet endurcissement. »
- Et comme Albert l’accablait de mots d’amour et de caresses, elle ajouta :
- —. « Laissez-moi, je vous prie, ou je ne serai jamais prête pour le dîner. »
- Quand son mari fut sorti elle éprouva un véritable soulagement. Elle comprit bien qu’elle ne s’était pas exagéré l’importance de ce premier nuage dans le ciel de leur amour. Mais ce n’était pas le moment de s’abandonner aux larmes ni au désespoir. Elle acheva sa toilette et descendit à la salle à manger où elle supporta de son mieux les regards inquisiteurs d’Albert et d’Ella Miss Delano était plus grave encore que de coutume, mais aussi plus remplie d’attention pour Clara.
- Ella comprit bien qu’il y avait eu scène entre Albert et sa femme; c’était à dessein qu’elle avait, une heure auparavant, trahi son trouble devant Clara. Mais l’attitude calme et souriante de celle-ci la déconcertait. « Elle me suppose trop insignifiante pour troubler son bonheur, » pensa miss Wills. Cette idée désespérait la coquette. Dès l’abord une pensée diabolique l’avait poussée à essayer sur son ancien adorateur la puissance de ses charmes: c’est pour cela qu’elle s’était éloignée en apprenant l’arrivée des nouveaux époux « Il en aura bientôt à satiété de la paysanne, » s’était-elle dit; « au printemps, il sentira le prix d’une compagne moins commune. » Dans le fait, miss Wills n’avait pas sérieusement projeté de mettre le trouble dans le ménage d’Albert. Mais, d’un côté, elle ne pouvait lui pardonner de s’être marié pendant qu’elle demeurait fille, et, de plus, elle éprouvait un insupportable dépit de voir que la paysanne était supérieure, non-seulement par la beauté, mais par l'instruction et les manières, à la plupart des femmes de sa connaissance.
- Les efforts qu’elle fit pour sonder les sentiments d’Albert à son égard amenèrent une situation fort dangereuse pour Ella, qui en vint à avoir constamment M. Delano présent à l’esprit, pendant que. de son côté, le docteur semblait n’être occupé que de sa femme; mais la jeune coquette avait ce jour-là remporté un léger succès.
- Un observateur désintéressé aurait pu croire que les personnes réunies à la table de la famille Delano, à en juger du moins par la conversation échangée, jouissaient d’un bonheur parfait. Que de fois nous parlons de candeur et de franchise, comme s’il était admissible que l’une et l’autre aient communément cours dans ce qui s’appelle le monde. Seuls, les petits enfants nous en offrent l’exemple, et c’est ce qui fait que nous les adorons; mais chez les hommes faits, ces vertus ne consistent plus que dans les apparences commandées par les exigences du moment.
- Sous le sourire affable de miss Delano qui, à ce moment même, passait le dessert à Ella, se dissimulait un profond mépris des allures de la jeune fille avec Albert. Clara, de son côté, tout en causant avec un feint enjouement des mille riens du jour, souffrait et aspirait au moment de s’échapper. Albert cachait sous son babil et les plaisanteries qu’il échangeait avec Ella, le déplaisir que lui causait la pensée de ne s’être pas conduit envers sa femme d’une façon complètement irréprochable et la crainte d’avoir déchu dans son estime. Ella, en apparence gaie comme un oiseau et transparente comme le cristal, aurait cependant mieux aimé voir couper son petit doigt que de révéler ses pensées intimes. Quant au vieux M. Delano, il n’avait à cacher qu’un ennui profond et le dissimulait de son mieux en se mettant à l’unisson avec ses convives.
- Après dîner, Albert joua au tric-trac avec Ella qui feignait d’aimer passionnément ce jeu. Cependant lorsque M. Delano, dont le tric-trac était presque la seule distraction, lui proposait une partie, elle trouvait toujours une excuse, si bien que Clara, quoique détestant le jeu, sacrifiait souvent sa répugnance pour plaire au vieillard.
- Dans la crainte que son ardent amour pour Albert la rendit égoïste et injuste, Clara s’efforcait de trouver naturelles les attentions dont son mari comblait Ella. Elle n’aurait pas été fâchée cependant de le trouver un peu plus empressé près d’elle ce soir-là. Après tout, se dit-elle, le jeu ne peut durer toute la soirée. Elle s’assit près de miss Charlotte avec qui, tout en travaillant à sa broderie, elle entama une conversation indifférente ; mais lorsque, la partie terminée, Albert annonça qu’il avait à sortir pour assister à une réunion de médecins et répondit fwir
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- un banal sourire au regard anxieux de sa femme, le cœur manqua à la pauvre Clara.
- Elle se retira plus tôt que de coutume et resta longtemps dans son boudoir. L’idée lui vint que* depuis le retour d’Ella, Albert avait de moins en moins affectionné cet élégant réduit ; autrefois, il y accourait aussitôt après le dîner, sachant bien que si sa femme ne l’y avait pas devancé, elle ne tarderait pas à l’y suivre. Tous les incidents du mois qui venait de s’écouler lui revinrent en mémoire, et mille riens qui avaient passé inaperçus prirent à ses yeux une signification terrible ; son cœur saignait à la pensée que son mari lui échappait.
- Lorsque, avant le dîner, Albert n’avait pas voulu ou pas su la comprendre, elle avait éprouvé un moment d’amère douleur ; plus tard, au moment où son mari l’avait quittée, il lui avait semblé qu’une partie de sa vie l’abandonnait, et maintenant qu’elle était là attendant le retour d’Albert, elle redoutait presque de le voir paraître.
- L’idée que, désormais, il lui faudrait cacher à son mari la moindre de ses pensées, la plus légère de ses contrariétés, était pour Clara un vrai supplice ; cela était nécessaire pourtant.
- Hélas! pourquoi Albert ne roulait-il pas effacer d’un mot tous ces chagrins? Ne lui semblaient-ils pas assez importants pour mériter son attention ? Clara se demandait si elle n’était pas vraiment trop sensible? Mais Albert n’avait-il pas autrefois adoré cette sensibilité exaltée ? Hélas I il la traitait maintenant de sensiblerie. Avait-elle bien compris ? N’était-elle pas malade? Ne s’exagérait-elle pas 'es conséquences d'un malentendu sans importance?
- Elle se sentait nerveuse et n'aurait pas voulu se trouver en présence d’Albert tant que cette surexcitation durerait ; elle craignait d’être injuste à son égard.
- Cette pensée la poursuivait pendant qu’elle se dirigeait vers sa chambre. « Oh 1 » s’écria-elle, « que n’ai-je le droit des femmes turques ! que ne puis-je, en plaçant mes pantoufles en travers de ma porte la défendre à tous, même â mon mari ! »
- Chapitre XXIII
- 'Visite aux Montagnes Blanches
- Le premier nuage qui ait un instant obscurci le ciel du bonheur de Clara s’était dissipé. Le soleil brillait de nouveau, mais non plus de son ineffable éclat. L’Eden de l’amour parfait était à jamais perdu.
- Il y avait un peu plus d’un an que lesjeunes mariés ' avaient quitté la maison de M. Delano père et s’étaierît mis en ménage. Clara s’acquittait de ses devoirs
- d’épouse et de maîtresse de maison avec le soin le plus accompli. Elle était, en apparence, satisfaite de la conduite d’Albert vis-à-vis d’Ella, ne se plaignait jamais, était toujours gaie, affable, recevait tous les amis de son mari avec une grâce cordiale qui charmait ce dernier ; et si ses caresses avaient perdu de leur tendresse exaltée d’autrefois, Albert ne s’était pas étonné de ce changement; hélas! il ne l’avait pas même remarqué.
- Malgré tout, Clara espérait que le bonheur, l’abandon et la confiance absolue d’autrefois reviendraient comme parmiracle; elle entretenait cette illusion au fond de son cœur, comme le noyé se raccroche à un brin de paille. Ardente et romanesque de sa nature, convaincue de la perfection de son amour et se sentant capable de répondre à toutes les as-pirations de son mari, elle était profondément bouleversée par la découverte que les cajoleries et les grâces félines d’Ella avaient pour Albert un charme qui lui faisait oublier tout le reste. Cependant elle ne l’en blâmait non plus qu’Ella, comprenant bien que le penchant qui les entraînait l’un vers l’autre était irrésistible ; il y avait néanmoins des moments où la vie devenait un fardeau insupportable pour la fille du docteur Forest.
- Ella visitait souvent le jeune couple, et Clara la recevait comme elle avait coutume pour les nombreux amis d’Albert qui ne lui inspiraient pas une sympathie particulière ; mais un jour qu’Albert lui reprochait de ne témoigner aucune affection à Ella et s’appesantissait sur ses vertus, entre autres sur sa simplicité, son amabilité, son innocence enfantine, Clara perdit patience et répondit : « Vous savez bien que je ne peux pas l’aimer, pourquoi voulez-vous donc que je sois hypocrite ? Je la reçois comme je reçois vos autres amis, n’est-ce pas suffisant ? Nous prétendons avoir un guide supérieur aux vulgaires convenances de société qui vous interdiraient d’exiger que j’accueillisse une femme qui se place entre votre amour et moi. Ne me demandez rien de plus, Albert, » dit-elle avec une expression particulière dont son mari ne comprit pas toute la signification, « ne me demandez rien de plus, sinon je vous ferai défaut non-seulement en cela, mais en tout. »
- Parfois Clara fut tentée de desiller les yeux d’Albert à propos de l’innocence enfantine d’Ella, mais il lui répugnait d’employer une telle arme contre sa rivale; d’ailleurs elle doutait de réussir: Ella était visiblement sans défaut aux yeux de M. Delano.
- (A suivre.)
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- UNE PENSÉE DE WEBSTER
- Je n’ai aucune idée de la manière dont les institutions populaires républicaines sous lesquelles nous vivons pourraient être conservées si l’éducation première n’était pas libéralement fournie à tous par la loi publique et en des formes telles que tous soient heureusement appelés à en profiter.
- La tendance présente des choses étant presque partout d’étendre le pouvoir populaire, la paix et le bien-être de la société roquèrent, en conséquence, une extension correspondante des connaissances populaires.
- LA QUESTION DES CHEMINS DE FER.
- Nécessité et facOité du radhst.
- (Suite et fin.)
- M. Gustave HuBSAKDa faitlecal'cul peur les quatre plus grandes Compagnies, pour celles dent l’acquisition immédiate importe le plus à l’Etat, le Nord, l’Est, Lyon-Méditerranée et l’Orléans, en mettant de côté le Midi, qu’on peut encore laisser se développer pendant quelques années, et l’Ouest, qui n’est pas rachetable. Voici à quel résultat il arrive en prenant pour hase l’exercice 1875, et en partant de ce principe que l’annuité à payer aux Compagnies doit être la représentation de leur revenu net, déduction faite des frais d’exploitation et des intérêts et amortissement incombant au deuxième réseau garanti par l’Etat. Pour les quatre Compagnies indiquées, le tableau des recettes brutes en 1875 (cette année étant admise comme devant servir de bas© au
- calcul de l’annuité, suivant les exigences de Partiel© 3-5 du cahier des charges) donne le résultat suivant «
- Nord.,.................... 123,171,339
- Lyon-Méditerrannée... ... 281,221,255
- Orléans.................... 163,493,036
- Est......................... 95,734,593
- 663,620,223
- Telle est la somme dont l’Etat entrerait en possession, et dont iï pourrait désormais disposer.
- L’Etat bénéficierait seul1 dans Favenir de l’étonnante progression dans les recettes des chemins de fer à laquelle nous avons assisté depuis l’origine de l’exploitation de ces nouvelles voies de communication,’ et cette progression est une prime d’assurance qui le garantit parfaitement contre tous les risques futurs.
- En face de ces recettes brutes, que représentent les frais d’exploitation ?
- D’après les rapports des Compagnies, ils s’élèvent aux chiffres suivants (réseaux réunis) :
- Nord............ 61,251,660
- Lyon-Méditerranée...... . 110,929,234
- Orléans................... 85,182.444
- Est......................... 57,859,707
- 315,223,045
- L’intérêt et l’amortissement des obligations émises pour le deuxième réseau et garanties par FEtat atteignent les chiffres suivants :
- Nord....,................ . 8,878,699
- Lyon-Méditerranée......... 21,936,936
- Orléans,..,................. 44,154,662.
- Est.,,..................... 42,402,095
- 117,372,392
- L’annuité à payer aux Compagnies, destinée à désintéresser les obligataires et actionnaires, se trouverait
- alors fixée à :
- Nord.......................... 83,042,983
- Lyon-Méditerranée........... 132,866,170
- Orléans....................... 34,1S5,930*
- Est..................... la.972,791
- 236,037,874 '
- Total des frais d’exploitation, de» intérêts dus aux
- obligations garanties et des annuités à payer aux Compagnies ;
- Frais d’exploitatio».......« ..... 315.223,045
- Intérêts aux obligations garanties., 117,372,392 Annuités aux Compagnies......... 236,037,874
- 668,633’sil
- Les recettes brutes de 1875 ontété de 663,620,223 Différence......................... 6,013,088
- Voilà le risque réel que court l’Etat, et il serait très-facile de prouver que le risque eût été absolument nul
- sans les pertes éprouvées par la Compagnie de l’Est à la suite du traité de paix de 1870. On aurait dû amortir alors un certain nombre d’obligations garanties par l’Etat, et cela n’a pas été fait dans une proportion conve'-nable.
- En réalité, le risque est nul. L’Etat disposant des recettes fpra.it face aux charges ; l’unique différence consistait en ceci, qu’il jouirait seul, des accroissements, de recettes, et qu® ceux-ci ne seraient pas comme aujourd’hui exclusivement abandonnés aux actionnaires. <
- Il va sans dire que les annuités cesseraient aux époques mêmes où finit la durée de la concession. Cela est formellement prévu dans le cahier des charges, et, dans le cas de rachat, comme dans celui de non-rachat, les bénéfices des chemins de fer doivent, à la fin des concessions, servir à l’amortissement de la dette publique.
- Il reste à.étudier le deuxième élément qui entre dans le rachat : le prix du matériel mobile et des approvisionnements.
- Voici, sur ce point,* le^ indications données; par
- M. Hubbart :
- * -*• .
- Il a recherché, dans les rapports des Compagnies, tout ce qui avait été dépensé pour les objets mobiliers dont il est parlé dans l’article 36 du cahier des eharges, et yoiei les dépenses qu’elles ont faite® à cet égard î
- ..................... 174), 692,201
- Lyon-Méditerranée. -........ .367,792.197
- Orléans..................... 150,041,156
- ,Est.....,r................ 166,029,441 t
- 854,555,995
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- LE DEVOIR
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- Il s’agit là de dépenses faites, non de la valeur réelle de ces objets qui doivent être estimés à dire d’experts.
- Il y a eu de la détérioration, de l’Usure : on peut l’évaluer à 50 pour 100. Gela peut être moins, cela peut être plus. En réduisant de moitié, on reste très-probablement le plus près possible de la vérité. C’est donc à quatre cent vingt-cinq millions environ qu’il faut évaluer, pour les quatre Compagnies, l’ensemble total des objets à racheter.
- Mais, sur cette somme, il faut déduire la masse totale en capital et intérêts de subventions remboursabl s payées à ces Compagnies depuis 1863. Tout calcul fait, et en tenant compte de la réduction volontaire consentie à la Compagnie de l’Est, on ne peut évaluera moins de trois cent millions les subventions payées et/leurs intérêts aux trois Compagnies de l’Est, de l’Orléans et de Lyon-Méditerranée (à celle-ci pour le chemin du Rhône au Mont-Cenis).
- C’est donc un débours de cent vingt-cinq millions que l’Etat aurait à faire pour racheter les quatre grandes Compagnies de l’Est, de l’Orléans, du Nord et de Paris-Lyon-Méditerranée .
- Est-ce là une difficulté pour notre Trésor, en face d’un budget de trois milliards?
- L'orateur croit donc pouvoir affirmer que rien ne serait plus simple, plus facile, plus avantageux au Trésor que le rachat des chemins de fer par l’Etat.
- On voit qu’en soutenant dans notre journal la thèse du rachat général suivi d’une répartition des chemins français et un certain nombre de nouveaux réseaux soumis à un nouveau cahier de charge uniforme pour tous, nous ne sommes pas isolés. Nous avons même la conviction que bientôt l’opinion publique sera unanime pour nous suivre dans cette voie, la seule qui puisse nous sauver.
- X.
- BIBLIOGRAPHIE
- Le Cosmopolite, Bulletin de la Ligue universelle du Bien public. Berlin, chez Otto Dreyer, éditeur, 17, tenter den Linden ‘
- Notre collaborateur et correspondant d’Allemagne, Edmond Potonié, nous adresse le premier numéro d’un journal^ en français, le Cosmopolite, qu’il> vient de fonder à Berlin. Cette publication est destinée' à faire suite à la Feuille dlQlwier, que M. Potonié publia précédemment dans la même ville; elle paraîtra, chaque mois ou chaque trimestre, selon que les ressources de la Ligue du Bien public à laquelle elle tient lieu ée bulletin, permettront l’un ou l’autre de ces deux modes de publication. /:
- f. A en juger pab les débuts de cette publication, les apais de la paix y trouveront les mêmes documents qu’il s ont pu trouver autrefois dans la Feuille d'Olivier, du même auteur..
- On s&t que M. Potonié a essayé de répandre les idée^ de paix 5&n ^Allemagne. En 1873, il entreprit, dans le Journal de Berlin; une croisade en ce sens. M. Gustave Meyer, directeur de ce journal et ami fervent de la paix, laissa a son rédacteur toute latitude de traiter les questions de paix so-u» toutes- les formes. Lar tentative ne plut- pas au public de Berlin, et, assure M. Johann Recht, cette
- campagne en faveur de la paix causa la moFt du Journal de Berlin.
- Espérons que le Cosmopolite réussira mieux. Les esprits paraissent aujourd’hui mieux préparés dans le pays de l’immortel Kant, le grand prophète de la paix universelle.
- Un fait.sufîira à prouver ce réveil des idées de paix.
- Le 16 août dernier. MM J. Schultz. Schmidt, président et vice-président du Unabliængiger Gewerk- Verein d,er Mas-chinenbauer und Metall-Arbeiter (Corporation indépendante des travailleurs, constructeurs de machinés et ouvriers en métaux), et E. Potonié, se rendirent à une réunion du Central-Rath des Deuischen Qewerh-Vevein (Conseil central des corporations ouvrières), présidée par M. Hugo Kamien et composée d’environ 6 à 700 ouvriers, et là, M. Potonié prononça un ddseours en allemand où se trouvaient ces mots : « L’Alsace-Lorraine est un boulet que vous vous êtes mis au pied. Si vous voulez prospérer, détachez-le ! « A ce moment, nous écrit M. Potonié, à ee moment, fait inouï l l’auditoire a applaudi.
- Le mode de périodicité du Cosmopolite n’étant pas encore arrêté, on ne peut souscrire d’abonnement. Envoi franco du numéro spécimen contre un, timbre poste de 15 ceut, envoyé à l’adresse à Paris de M. Potonié, 5, rue Debelleyme, ou d’un timbre de 16 pfg., à M. Otto Dreyer, 17, Unter den Linden, Berlin. Contre un mandat de poste de 1 fr. 50, on recevra la collection de la Feuille d'Olivier et le petit volume de M. le professeur Raoux, les Cerveaux noirs, volume dont le Devoir a rendu compte.
- Nous sommes en retard pour le compte-rendu de plusieurs volumes et d’un bon nombre de brochures.
- Prière à leurs auteurs de prendre patience,, nous rue les oublions pas.
- CHRONIQUE SCIENTIFIQUE
- EFFETS D-U TABAC SDK LES DENTS
- , -t
- La composition chimique du tabac, dans ses divers états, n’est pas encore parfaitement connue. Malgré les analyses fréquentes tentées par des hommes spéciaux, malgré la compétence des directeurs des manufactures de tabac que l’Etat a soin de prélever chaque année sur l’élite de la jeunesse des écoles, les résultats précis acquis jusqu’à ce jour ne concernent guère que la préparation de la nicotine et son dosage. Il se fait dans le ' tabac à fumer, depuis la récolte de la plante fraîche jusqu’à l’incinération par le consommateur, des transformations chimiques complexes,, sur lesquelles nous 1 ne possédons aujourd’hui que des notions incomplètes. Mais ces connaissances nous suffisent cependant pour déterminer maintenant l’action de contact exercée par le tabac sur les dents. ... .
- La plante fraîche contient déjà des acides, partietiliè-^rement le tannique et le gallique. Le tabac jàffumefr-ou à chiquer, qu’on a humecté puis séché, et dans lequel les matières albuminoïdes ont fermenté, contîentr d’hutres acide$ qui sont le produit de cette fermentation. Ce sont, poiai- na citer que- ceux qui nous intéressent, l’acide butyrique et l’acide acétique. Il existe en outre de la
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- nicotine, qui est en général à l’état de malate. La fumée du tabac contient aussi de la nicotine entraînée sous cette forme, car cet alcaloïde ne se volatilisant qu’à 230°, l’incinération n’a pu en dégager qu’une faible proportion. Dans la bouche, ce malate de nicotine est en partie décomposé, tantôt par l’ammoniaque qui vient du tabac ou qui s’échappe des débris alimentaires, tantôt par la soude ou la chaux qui se trouvent dans la salive, et il se fait plus ou moins d’acide malique libre.
- Or, les travaux de M. Magitot nous ont appris que ces trois acides, le butyrique, l’acétique «t 1# malique, sont parmi ceux dont l’influence est la plus marquée sur les tissus dentaires. Dans une solution au millième, ils détruisent déjà les dents à la longue ; dans une solu tion au centième leur activité est très-rapide.
- L’acide butyrique et l'acide malique attaquent toutes les parties de la dent ; ils peuvent donc altérer des dents parfaitement saines et solidement constituées. Ils dissolvent la matière organique qui entre pour une faible part dans la constitution de l’émail, et eu de plu* fortes proportions dans ladentine et le eément. Cette matière se rencontre alors dans la cavité de la carie sous l’aspect d’une substance gélatiniforme, tandis que les sels terreux passent à l’état pulvérulent. Le tissu dentaire, ainsi désagrégé, est peu à peu entraîné, et la perte de substance augmente de jour en jour.
- C’est sans doute aussi à l’acide butyrique qu’il faut rapporter 1a couleur jaune des dent», si prononcée «t si , disgracieuse ehez un grand nombre de fumeurs et chez tous les chiqueurs. En effet, dans les expériences, il suffit de la solution au millième pour faire prendre aux dents cette coloration. Et d’autre part, c’est cet acide qui se rencontre le plus aisément dans la bouche ; non-seulement il y est apporté du dehors par le tabac et divers autres substances, mais il y naît encore spontanément, dans la plupart des fermentations, aussi bien des matières azotées que des hydrocarbonées.
- Cette coloration jaune n’est pas, du reste, la seule que les dents reçoivent du tabac. Tout le monde sait que les fumeurs se distinguent particulièrement par des taches noires étendues plus ou moins largement sur la surface de leurs dents. Ces taches qui parfois font aux dents une véritable livrée de deuil, sont formées par le dépôt de fines parcelles de charbon entraînées dans la fumée. Elles sont donc inertes ; elles adhèrent fortement à l’émail, mais ne le détruisent pas.
- L’acide acétique qui accompagne le butyrique dans
- le tabac à fumer ou à chiquer, n’a pas d’action sur l’émail, mais il attaque énergiquement la dentine et le cément. Il dissout directement leurs phosphates terreux, surtout en présence de l’acide carbonique et des carbonates, substance qu’il est facile de rencontrer dans la bouche.
- Cet acide n’altérera donc pas la dent saine et recouverte de son émail intact. Mais dans combien de circonstances nC réussira-t-il pas à atteindre la dentine ou le cément? Celui-ci n’est plus protégé dès que la gencive ramollie et parfois même ulcérée ne le recouvre plus exactement, ou bien encore lorsque l’alvéole, se comblant peu à peu, pousse la dent au dehors et fait émerger les racines au-dessus du rebord gencival. La dentine est plus exposée encore : l’émail parfois présente naturellement des fissures, ou bien il s’en est produit par accident; de plus il y a d’autres acides qui savent frayer la voie en détruisant cette enveloppe protectrice. Enfin, la dentine peut-être découverte par l’usure. Les progrès de l’âge impliquant de longs services, ont ce résultat ; mais comme c’est alors un fait normal, ce n’est pas dans ce cas que la dentine est fort exposée, car l’émail, en disparaissant graduellement et lentement, a donné aux couches sous jacentes des canalieules, le temps de se serrer, de se tasser, et d’offrir par elles-mêmes plus de résistance. Là où l’usure est fâcheuse, c’est quand elle se fait rapidement ; telle est celle qui est produite parle frottement du tuyau de la pipe, ou la mastication de la chique. Nous pourrions citer des fumeurs qui tenaient habituellement leur pipe entre les deux premières petites molaires, et qui ont ainsi commencé par user les tubercules de la surface triturante ; puis la carie s’est montrée sur la dentine, a fait des progrès, et il a fallu sacrifier les dents atteintes. La mastication continuelle de la chique use les dents d’une façon extraordinaire. Le docteur Mussey a vérifié ce fait sur des Européens d’abord, et ensuite sur un grand nombre d’indiens appartenant à des tribus de l’Amérique du Nord, et chez lesquelles ce passe-temps est très-goûté. Le docteur Alcott a vu chez des chiqueurs les dents si usées qu’elles dépassaient à peine le rebord des gencives. On conçoit que, dans de telles conditions, la dentine largement mise à nu est facilement détruite.
- Dr GoYARD
- Le Directeur-Gérant : Godin.
- JM11* GARRIÜ SAINT-CYR
- PROPRIÉTAIRE À. BÉZIERS (Hérault)
- « Vins rouges et blancs, secs et de liqueurs.
- « Vins rouges de table, de 70 à 90 fr. JLa barrique de 215
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- "m. -Quentiiw’T^^^^^r^B^^anonÿme du Glaneur
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- lr8 ANNÉE, TOME 2— N° 5 ümmal hebdomadaire paraissant le ^Dimanche. DIMANCHE 13 OCTOBRE 1878
- Le Devoir
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- A NOS ABONNES & A NOS LECTEURS
- Par la fondation du journal « Le Devoir », nous avons voulu donner un organe nouveau aux idées de progrès; appuyer toute idée de réforme et d’institutions nouvelles sur la morale supérieure née de l’amour et du respect de la vie humaine, les choses n'ayant de valeur à nos yeux que si elles concourent au bonheur de l’homme.
- Pour fonder un pareil organe de publicité, nous avons cherché des sympathies chez les hommes animés du désir du progrès ; nous nous sommes adressés à ceux qui aspirent à voir la société opérer pacifiquement les réformes nécessaires, propres à élever nos institutions et nos lois au niveau des progrès accomplis dans la philosophie, dans la science de la vie, dans l’industrie et le travail.
- Nous avons fait choix de vingt mille lecteurs, et nous leur avons servi le journal. Beaucoup de portes nous ont été fermées ; mais nous avons la satisfaction de voir un certain nombre de personnes nous rester fidèles. Des sympathies précieuses sont venus nous aider et nous encourager.
- Que nos amis et nos lecteurs comprennent que « Le Devoir » est une œuvre de sacrifices, une œuvre de dévouement social et qu’il dépend d’eux de le faire vivre.
- Notre publication n’est ni un journal de passion, ni un journal de parti ; c’est un organe de science sociale s’occupant avant tout des moyens de réaliser le bien de la vie humaine, le progrès et le bonheur pour tous.
- Que nos amis nous aident dans cette œuvre de propagande, en faisant lire le journal et en nous envoyant les adresses des personnes dont les sympathies pour le progrès peuvent nous faire des abonnés.
- A toutes ces adresses, nous enverrons « Le Devoir », à titre d’essai.
- Que celles des personnes qui reçoivent des numéros spécimens du « Devoir » n’en soient donc pas surprises; nous recherchons l’appui des hommes qui ont cultivé leur cœur et leur esprit dans l’amour du bien social ; nous les recherchons d’abord comme lecteurs, ensuite comme soutiens de nos efforts, pour réveiller dans la presse périodique et dans l’opinion publique l’étude des réformes et des institutions devenues indispensables.
- Nous faisons appel à toutes les personnes qui pensent avec nous, que des améliorations som nécessaires dans nos lois et nos mœurs, et que ces améliorations peuvent seules prévenir les revendications violentes, et assurer la liberté, la paix et la concorde entre tous les citoyens.
- ISTons sollicitons de ceux de nos nouveaux lecteurs qui ne peuvent on ne veulent nous accorder leur concours;, de noms ne ton mer simplement le journal en mettant Ü-&1Esur la. bande.
- SOMMAIRE
- Choix et nomination des pouvoirs dirigeants. **-Mouvement en faveur de la paies. — Les concours cantonaux. — Semaine politique. — Un discours préfectoral — Correspondance et discussion contradictoire — Pensées. — Roman : La fille djC son père. La vérité sur l Allemagne.
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- CHOIX & NOMINATION DES POUVOIRS DIRIGEANTS
- LE CONCOURS & L'ÉLECTION
- Il est un fait constant, nécessaire à constater pour la clarté du sujet qui nous occupe, c’est que dans toute direction, soit industrielle, soit administrative, soit gouvernementale, les résultats sont en concordance avec la valeur des personnes attachées aux fonctions dirigeantes.
- Ce fait, depuis longtemps remarqué, que tant valent les hommes, tant valent les choses, implique la nécessité sociale d’appeler à toutes les fonctions les titulaires les plus dignes de les bien remplir.
- Les sociétés actuelles ressentent plus que . jamais ce besoin d’une bonne direction en toutes choses. C’est sous l’empire de ce sentiment qu’elles cherchent à se débarrasser des étreintes des pouvoirs monarchiques, aristocratiques et autoritaires, afin de faire disparaître le favoritisme qui appelle aux fonctions les courtisans de ces régimes et tient à l’écart les capacités, au grand détriment des nations.
- Mais généralement le mal est longtemps ressenti avant que le remède soit trouvé. Ce n’est qu’après de longues épreuves que le peuple, faisant un retour sur lui-même, comprend qu’il doit songer à panser ses blessures s’il veut qu’elles disparaissent.
- C’est ainsi qu’après de longs siècles passés sous le régime autoritaire du gouvernement despotique des royautés, le peuple revendiqua le droit de suffrage.
- La démocratie tendant à se substituer à l’aristocratie veut d’abord nommer elle même les hommes chargés des plus grands intérêts du pays ; elle veut faire choix des citoyens les plus dignes et les plus capables.
- Mais que trouve le peuple devant lui, comme candidats aux fonctions ? Le plus souvent ceux-là mêmes qui, après s'être faits les courtisans des pouvoirs autoritaires, se font les courtisans du peuple afin d’jbtenir ses suffrages et de res-
- saisir les places pour perpétuer, en définitive, les anciens régimes.
- Le suffrage universel n’est donc pas le remède absolu ; il n’est pas une complète garantie de 11 valeur des choix faits par l’élection.
- La France en a subi la dure expérience. Les candidatures officielles imposées pendant vingt ans par l’emp're, et l’atteinte profonde à la moralité publique qui en est résultée, démontrent que l’institution du suffrage universel a besoin d’un complément.
- Car si l’autocratie de l’empire a pu, par la ruse et la fraude, préparer ses candidatures de façon à faire manœuvrer le suffrage universel au profit du despotisme, la démocratie républicaine doit, par des moyens opposés, préparer les siennes de façon à en assurer la sincérité et la bonne foi, en même temps que la valeur réelle.
- Le suffrage universel ne doit pas plus rester en butte aux surprises de l’intrigue et de la mauvaise foi que les fonctions publiques ne doivent rester accessibles aux hommes manquant de dévouement à la chose publique et aux institutions démocratiques,
- Le suffrage universel ne peut être animé que de bonnes intentions; ses choix se portent toujours sur les hommes qu’il croit les meilleurs, les plus capables, les plus dignes; sauf exception, l’ensemble du suffrage ne peut avoir d’autre objet : tous les hommes sont désireux de faire leur propre bien.
- Mais si l’intrigue et l’hypocrisie politiques viennent tromper les électeurs, abuser de leur confiance par des promesses mensongères, le suffrage peut errer. Seule, la véritable connaissance des hommes pourrait éviter ce malheur.
- On conçoit donc qu’il reste quelque chose à faire pour donner à l’élection la sincérité que l’électeur en attend.
- On a proposé et l’on proposera beaucoup de systèmes électoraux, de mode de votation, de dépouillement des scrutins; mais, quelle qqe soit la valeur de ces projets au point de vue des facilités électorales, cela n’établit point, aux
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- yeux des électeurs, que les candidats aient notoirement les qualités morales, les connaissances et les mérites propres à la fonction pour laquelle le suffrage universel est appelé à désigner un titulaire.
- Or, c’est cette capacité morale et intellectuelle que rélecteur recherche dans ses candidats et qu’il désire voir dans ses élus. Il est donc nécessaire, si l’on veut enlever aux pouvoirs publics la possibilité de fausser, d’altérer ou de corrompre les élections, que la République cherche dans le perfectionnement de nos institutions les moyens de saisir l'opinion publique du mérite réel des candidats s’offrant à ses suffrages.
- Or, cela ne sera pas possible tant que nos hommes d’Etat .resteront sous l’empire des habitudes traditionnelles des gouvernements auto* ritaires. Ce n’est pas tant qu’ils craindront de confier au scrutin le choix des fonctionnaires, qu’ils consentiront à organiser la vérité et la sincérité des candidatures à toutes les fonctions, de manière à ce que le suffrage ait toujours devant lui des candidats offrant les garanties morales, les qualités, les capacités, les talents et le savoir nécessaires an bon exercice des fonctions à remplir.
- Qu’on ne pense pas que nous voulions dire que de tels résultats puissent s’improviser. Non, l’œuvre est trop importante pour n’être pas laborieuse , raison de plus pour qu’elle soit d’autant plus digne de l’attention de tous les hommes qui s’intéressent au progrès social.
- C’est par l’organisation et le développement de l’instruction publique que’les résultats indiqués peuvent être obtenus. L’instruction publique, malgré ses progrès récents, est à peine ébauchée. Rien n’a encore été sérieusement étudié en vue de mettre en valeur toutes les aptitudes individuelles, toutes les facultés natives qu’on laisse perdre, au grand détriment de la société, dans les enfants que l’infortune prive des avantages de l’instruction.
- On entrevoit qu'il doit ne pas toujours en être ainsi. L’instruction gratuite et obligatoire,
- pratiquée dans plusieurs pays étrangers, commence à être considérée chez nous, par beaucoup de bons esprits, comme un devoir social.
- En ceci comme toujours le bien à faire est en accord avec les avantages qui résulteront pour la société de la culture intégrale de l’esprit et du cœur humain.
- Dès que l’instruction sera considérée comme la source du progrès de la richesse publique, comme l’élément principal de toute bonne direction, la société, persuadée qu'elle sera de récupérer ses frais-au centuple, ne craindra plus de faire les dépenses nécessaires pour obtenir le développement intégral des facultés de la jeunesse.
- Non-seulement alors l’instruction sera gratuite et obligatoire, mais aussi graduée et spécialisée, suivant les aptitudes diverses des élèves et la nature des fonctions à remplir. On créera des écoles nationales de tout degré où les citoyens se formeront à l’exercice de tous les ^genres de fonctions et d'emplois.
- Aujourd’hui, nos écoles se livrent à un enseignement généra], sans se préoccuper de l’application qu’en fera l’élève. Celui-ci est souvent astreint à. l’étude de choses pour lesquelles il n'a aucune aptitude et dont il n'aura pas à se servir plus tard, tandis qu’on ne lui enseigne pas celles qu'il serait apte à saisir et à utiliser. De sorte qu’après dix à quinze de ses premières années passées de cette façon, le sujet entre dans la vie pratique avec de nouvelles études à faire et se voit condamné à oublier les neuf dixièmes des choses dont il a eu à s’occuper à l’école.
- L’enseignement de l’avenir fera disparaître ces erreurs.
- Les concours seront organisés à partir de renseignement primaire, de manière à faire ressortir les facultés, les aptitudes et ie tempérament intellectuel et moral des élèves.
- L’élève sera constamment soumis à deux, épreuves dans les degrés ascendants :
- Concours par les professeurs ;
- Élection par les élèves.
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- Ainsi se dessineront et se classeront les intelligences et les caractères supérieurs.
- Les écoles spéciales de tous ordres et pour toutes fonctions se partageront ces élèves, de manière à développer en eux l’intégralité des facultés dans le sens des aptitudes particulières.
- Les concours constateront le mérite intelligent;
- Les élections constateront le mérite caractériel.
- Par ce moven, l’enseignement public, les écoles de l’État donneront des hommes formés à toutes les fonctions publiques et privées, administratives et industrielles; et lorsque le suffrage universel aura une élection à faire, un titulaire à nommer à une fonction quelconque, il pourra choisir ses candidats parmi des hommes spéciaux dont il aura la faculté de connaître à l’avance non-seulement les capacités intellectuelles, mais aussi le dévouement, l’influence et le caractère.
- Ce système aurait, en outre, l’avantage de constituer dans toutes les écoles un véritable enseignement de l’exercice du suffrage.
- Les élèves ayant à faire ressortir entre eux, par l’élection, les individus les plus méritants, s’habitueront de bonne heure à choisir judicieusement ceux qui méritent en réalité leurs suffrages et arriveront ainsi à Page d’homme avec l’expérience du vote. La capacité véritable y trouvera son compte.
- Toilà comment nous concevons que la société sera apte à exercer le suffrage universel avec plus de sécurité ; comment, suivant nous, toutes les fonctions trouveront un jour avec plus de sûreté leurs dignes titulaires.
- Si le concours, ainsi compris, représente le moyen d’extraire les matériaux solides de l’édifice social, et si le suffrage universel représente le ciment qui doit les unir, beaucoup d’esprits trouveront néanmoins le moyen trop lent pour s’y arrêter.
- Jouir du présent est la préoccupation du plus grand nombre. Une réforme sociale et politique
- qui ne peut avoir d’effet que par une organisation complète de l’instruction publique semblera inapplicable.
- Nous devons donc ajouter que, tout en proposant Inorganisation rationnelle du concours telle qu’elle devra fonctionner dans l’avenir, nous concevons cependant que le concours et le suffrage peuvent déjà marcher ensemble dans nos institutions actuelles. Une seule condition est à remplir, c’est d’organiser les concours sous des formes appropriées à chaque fonction, afin d'établir partout, et tout en respectant-la liberté du suffrage, la candidature du mérite à la place de la candidature du bon plaisir officiel.
- C’est ce que Le Devoir vient de démontrer pour la réforme de la magistrature; c’est ce qu’il démontrera pour les autres fonctions publiques. t
- Qu’on ne voie donc dans l’idée du concours appliqué comme système d’avancement dans l’instruction publique, qu’un moyen rationnel de préparer les élèves aux fonctions de tous ordres et aux services sociaux pour lesquels ils ont le plus d’aptitudes.
- Concours et élection partout : telle est la double épreuve qui dans l’avenir devra faire la lumière sur le choix des hommes.
- Godin.
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- LE MOUVEMENT EN FAVEUR UE LA PAIX.
- Il est incontestable que l’opinion publique se prononce de plus en plus en faveur de la paix. Les peuples commencent à comprendre qu’ils sont faits pour s’aimer et non pour se combattre; les communications rapides permettent aux nations de se mieux connaître et de se mieux estimer ; enfin, l’exemple de l’Orient prouve que la guerre ne résout pas les questions qu’elle a la prétention de trancher, et celui de la France établit de la manière la plus irréfutable que la victoire ne profite pas au vainqueur.
- On comprend qu’en présence de la faveur nouvelle dont jouissent les idées de paix, les diverses associations qui se proposent de favoriser la diffusion de ces idées, aient tenu à battre le fer pendant qu’il est chaud. Bien que nous ne nous fassions pas d’illusion
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- sur le degré d’importance que peuvent avoir ces manifestations, le Devoir ne saurait y rester étranger et il se considère comme tenu d’en parler à ses lecteurs.
- Plusieurs associations rivalisent de zèle et d’efforts pour.la diffusion des idées de paix, et Paris qui réunit en ce moment dans ses murs tant de ressortissants de peuples étrangers l’un à l’autre; était un milieu tout désigné pour permettre à ces associations de faire connaître leur but et apprécier leurs moyens.
- Nos lecteurs n’attendent pas de nous que nous leur
- donnions le compte-rendu des conférences organisées
- »•
- dans ce but par la Ligue de la Paix et de la Liberté, ni celui du grand meeting tenu à la fin d’août dans le cirque américain, ni même celui du congrès des Sociétés des Amis de la Paix tenu dans les derniers jours de septembre.Le Devoir ne s’adresse qu'à des lecteurs éclairés, qui tous sont des adversaires de la guerre. Nous n’avons donc pas à prêcher à des convertis et à leur retracer dans des analyses forcément sèches des choses qu’ils savent aussi bien que nous et qui ne peuvent être rajeunies que par l’éloquence ou les artifices de langage des orateurs.
- Toutefois quelques idées neuves ou peu connues ont été mises en avant dans ces diverses réunions et nous tenons à prêter à ces idées-là l’appui de notre publicité.
- Commençons par les conférences de la Ligue de la Paix et de la Liberté.
- A l’ouverture de l’une de ces conférences, M. Ch. Fauvety a exposé des vues qui doivent être reproduites et que le défaut de place nous force à abréger.
- « On distingue déjà, a-t-il dit, dans le parti de la paix, une droite, un centre et une gauche ; incontestablement la Ligue internationale de la Pàix et de la Liberté tient la gauche. Cette société a sur ses émules l’avantage d’avoir un but clairement défini et de partir d’un principe très-clair Elle veut créer la paix par la liberté et assurer l’une et l’autre par la formation d’une fédération de peuples. Le principe sur lequel elle s’appuie est le principe de la souveraineté du peuple, ou mieux de la souveraineté de la conscience individuelle, ce qu’on appelle l’autonomie de la personne humaine. Les peuples, composés de personnes humaines, doivent être autonomes et souverains chacun c mme les citoyens qui les composent. Voilà qui est très-clair, très-net; comme les autres sociétés de la paix, la Ligue veut substituer l’arbitrage à la guerre Mais l'arbitrage tel qu’il est pra tiqué est précaire, instable, inacceptable quand il s’agit de questions qui touchent à l’existence ou à l’honneur d’un peuple. Pouvait-on mettre en arbitrage, par exemple, l’arrachement de l’Alsace? L’arbitrage est donc insuffisant à fonder la paix; il faut une grande évolution politique et sociale en Europe, il faut une fédération qui assure l’existence et la
- liberté des peuples, qui mette la force au service du droit. Esc-ce assez de cette théorie purement politique, si vraie et si satisfaisante qu'elle soit? Non, il faut développer, cultiver chez les individus et entre les nations non-seulement la fraternité, non-seulement la justice, mais l’humanité. Il fauc que les peuples apprennent à s’estimer, à s’aimer ; il ne faut pas, certes, affaiblir le patriotisme, il faut bien plutôt 1 exalter, mais dans le sens pacifique. Il faut aimer le pays natal, il faut aimer l’humanité. Il faut mettre à haut ’ rix la vie humaine!
- Enfin, il faudrait un congrès vraiment européen, c’est-à-dire non point un congrès de vieux diplomates, mais un congrès dépeuples, auquel tous les peuples, petits et grands, fussent appelés. »
- Voici des idées qui ont toutes nos sympathies.
- Le grand meeting d’août a été consacré en grande partie à la question de l’arbitrage en cas de différends internationaux. Nous ne saurions .qu’applaudir de tout cœur à ces idées généreuses qui ne sont pas de l’utopie puisqu’elles ont déjà trouvé leur application dans une affaire de la plus grande gravité, celle dite de l’Alabama. La guerre ayant pu être évitée cette fois-là entre les Etats-Unis et l’Angleterre, on est fondé à dire que celle qui se prépare entre l'Angleterre et la Russie pourrait être évitée par le même procédé. Malheureusement, le cabinet anglais a changé depuis l’époque de l’arbitrage de G-enève, et le franc et libéral M. Gfladstone a fait place à ce rusé Lord Beaconsfield.
- Souhaitons que les associations anglaises pour la paix puissent cette fois encore faire triompher les idées d’arbitrage! Si elles réussissent, elles auront bien mérité du genre humain.
- Le congrès des Sociétés des Amis de la Paix a été ouvert par un remarquable discours de M. Ad. Franck de l’Institut. L’éminent professeur du Collège de France a établi un parallèle fort juste entre les congrès de la paix et les congrès diplomatiques.
- « On nous traite de rêveurs, d’utopistes, a-t-il dit. Mais les progrès réalisés ne prouvent-ils pas d’une manière éclatante que le sort de l’humanité va toujours en s’améliorant; que ce qui, au premier abord, semblait une chimère, devient dès le lendemain une réalité. Les hommes ont commencé par vivre nus, à l’état sauvage, par n’avoir que des moyens grossiers pour satisfaire péniblement à leurs besoins les plus impérieux. Qu’on juge du chemin parcouru en jetant un coup d’œil sur les merveilles accumulées à l’Exposition universelle. Les progrès accomplis sont un gage de ceux qui attendent les générations futures. L’humanité a vaincu le mal, a fait disparaître un certain nombre de fléaux; il n’est pas plus impos-sible/le-combattre avec succès ceux qui restent.
- Les congrès de la paix poursuivent avec confiance leur œuvre bienfaisante. Et, en même temps, les congrès diplomatiques ne font que montrer leur stérilité, leur inefficacité. Ils se bornent à sanctionner les guerres passées et à préparer les guerres à venir. Ils rédigent de prétendus instruments de paix qui
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- ne sont que des déceptions. Ils disent aux puissances :
- « Celle de vous qui a été victorieuse, qui a réussi « à s’emparer d’un pays par la force, le possédera lé-« gitimement. Ce qui n’était que le fruit de rapine et « du brigandage, sera, grâce â nous, réputé propriété « sacrée et inviolable. Tant que durait la guerye, la « force primait le droit, mais nous avons le droit de « faire de la force la source du droit.
- « Nous distribuons à notre gré leg villes, les pro-« vinces, sans consulter les populations, et l’autorité « que nous conférons au conquérant devient un titre « incommutable.
- « Si, parmi les puissances, il s’en trouve qui, pen-« dant la guerre, se soit tenue à l’écart et qui cepen-« dant trouve à obtenir une part du butin, nous la lui « attribuerons. Et si les populations refusent d’ac « quiescer à cette investiture, de se soumettre au « maître que nous leur envoyons pour les pacifier et u faire leur bonheur, oh 1 alors, ilfaydrabien que force « reste à nos arrêts; et ce serae core la guerre qui,
- « en vertu du traité de paix, ressuscitera pour mettre « à la raison les récalcitrants. «
- Eh bien, nous, membres des Sociétés des Amis de la paix, nous protestons de toutes nos forces contre ces violations de la justice. Nous demandons qu’on ne puisse disposer d’un Etat ou d’un territoire sans le consentement librement et formellement exprimé de la population, et que tous les différends internationaux soient jugés par des arbitres.
- « Nous plaidons la cause de l’humanité dont les droits ont été trop longtemps méconnus et outragés. C’est une croisade que nous entreprenons pour le respect des droits de tous. Nous pouvons dire avec bien plus de raison que les croisés du Moyen-Age : Dieu le veut 1 »
- M. A.-S. Morin a fait remarquer avec justesse que les désastres qu’entraîne la guerre aggravent tout particulièrement la condition des classes pauvres de la société. C’est surtout elles qui ont le plus à souffrir.
- D’autres idées très-justes ont été émises et des résolutions très-sensées ont été prises. La place nous manque pour résumer ces idées, mais voici les résolutions en question :
- « Que la liberté de conscience et la liberté des cultes doivent être garanties par toutes les puissances et formellement consacrées par une convention internationale ;
- « Que la liberté des échanges et le développement des voies de communication doivent être de plus en plus le but de la politique commerciale des Etats civilisés ;
- « Que les haines internationales et la glorification de la conquête devront être combattues par renseignement, par la presse et par la prédication religieuse;
- « Qu’un comité international se forme immédiatement pour organiser la fédération universelle des sociétés de la paix. »
- Nous ne pouvons qu’approuver ces résolutions, mais nous les trouvons insuffisantes. La cause princi pale de la guerre n’y est môme pas mentionnée. Personne, ni dans le congrès, ni dans les conférences, i
- ni dans le meeting, n’a dénoncé et combattu la cause principale de la guerre : Le préjugé de la gloire militaire.
- Là est l'ennemi véritable; l'ennemi invaincu, s’il n’est pas invincible.
- Dès l’apparition du Devoir (1), nous avons développé nos idées à ce sujet. A notre grand étonnement, aucun des nombreux journaux qui se consacrent à la propagation des idées de paix n ajugé bon de reproduire ou de résumer notre article, voire même de le signaler.
- Aujourd’hui, nous n’avons ni une phrase, ni un mot à retrancher à ce jugement.
- Tant que les peuples ne voudront pas convenir que les succès militaires n’ont rien de glorieux, il y aura des enfants qui grandiront et des hommes qui se formeront avec l’espérance enracinée au cœur de faire parler un jour de leurs exploits militaires.
- Allez parler de la paix à ceux-là, et vous verrez ce qu’ils vous répondront.
- ^ L’auteur de ces lignes faillit un jour, en 1870, être jeté dans un fleuve par la foule en furie, pour avoir osé dire, au milieu de cette foule, que la guerre qui venait d’être déclarée étai-t un crime? A peu de jours de là, pour une raison à peu près semblable, un homme était brûlé vif, en plein jour, sur la place publique d’une petite ville de la Dordogne.
- Eh bien ! si les foules ont pu se porter à des excès semblables, c’est uniquement parce qu’elles considéraient les succès militaires comme une des formes, comme la plus belle forme de la gloire,
- Or, pour détruire ce préjugé, les nombreuses sociétés de la paix n’ont rien fait dans le passé et ne font rien dans le présent. Est-il permis d espérer que dans l’avenir elles comprendront mieux leur mission ? Ed. Chxmpury.
- LES CONCOURS CANTONAUX.
- La distribution des certificats d’études et des prix du concours cantonal vient d’être faite à Guise.
- Cette cérémonie nous porte à croire que l’institution des concours cantonaux doit exercer la plus heureuse influence sur le progrès de l’instruction primaire. C’est du moins la conclusion que nous suggère le discours prononcé par M. Godin, président de la délégation cantonale et de la commission d’examen. Aussi, croyons-nous devoir reproduire ici ce discours:
- (1) Tome 1er, pages 68 et 69.
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- « Mesdames, Messieurs,
- « Chers élèves
- « C’est 'au nom de l’instruction publique que nous « sommes réunis; c'est pour rendre hommage aux ins-
- * tituteurs et pour accorder aux élèves les récompenses « dues à leurs travaux que cette cérémonie est instituée.
- « Les concours cantonaux comprenant désormais le « certificat d’études et la comparaison entre eux de <c tous les élèves méritants d'un même canton, seront « une des plus heureuses--institutions dont l’instruction « primaire puisse être dotée pour y développer l’ému-« lation.
- « Cette excellente mesure, due au gouvernement de « la République, est le prélude de ce que la République « fera, dans un avenir prochain, pour le progrès de « l’instruction en France.
- « Pour le moment,le plus pressant à faire, c’est d’éta-« blir l’état statistique de nos écoles communales, le « nombre de celles à construire et de celles à amé-« liorer;
- « C’est de constater l'imperfection du mobilier sco-« laire actuel, les formes et les proportions vicieuses « des tables et des bancs.
- « Ne perdons pas de vue que l’école est l’atelier de « l’instruction ; que, daus tout travail, pour bien opérer, « il faut être bien outillé. Non-seulement l’instruction « souffre du mauvais état du mobilier scolaire, mais la « santé et le développement physique des élèves en re-« çoivent les plus déplorables atteintes.
- « Ce n’est pas impunément que les écoliers passent « huit à dix ans à travailler sur des tables hors de « toutes bonnes proportions avec leur taille ; qu’ils ont « à leur usage des bancs trop bas ou trop hauts, sans « dossier, sur lesquels ils ne peuvent trouver «ne atti—
- * tude de repos, obligés qu’ils sont, quand la fatigue « les gagne, de rester affaissés sur eux-mêmes ou de « s’appuyer contre le rebord de la table.
- « C’est au dévouement de Messieurs les Inspecteurs a qu’incombe le soin d’attirer l’attention de l'adminis « tration supérieure et des conseils généraux sur tou-« tes ces choses, afin de stimuler les municipalités à « combler les lacunes de nos écoles communales.
- « D’un autre côté, les délégations cantonales de l’ins-» traction publique devront aider Messieurs les Inspec-« teurs dans la tâche difficile qui leur est confiée, en « signalant tout ce qu’elles reconnaîtront utile à l’amé-« lioration de l’instruction, dans le canton confié à leur « surveillance.
- « L’œuvre de l’instructioD publique est assez large; « assez belle et assez grande pour que tout le monde y « donne son concours.
- « Messieurs les Maires des communes ont un grand « rôle à remplir dans cette importante question. C’est « à eux surtout qu’il appartient de faire construire les « écoles nouvelles et de meubler les écoles existantes. « C’est à eux, en particulier, que doit revenir l’honneur
- « de vaincre les résistances de la routine et de l’incu-« rie des populations au sujet du bien-être des enfants à « l’école.
- * Mais, assurément, le rôle le plus indispensable, le « plus précieux, c’est celui de l’instituteur. C’est au « zèle du maître, à son dévouement, que nos enfants « sont confiés. C’est à lui que sont directement attribués « les progrès accomplis par les élèves. ^
- a Aussi, Messieurs les Instituteurs, est-ce à votre « honneur plus encore qu’à celui de vos élèves que ser-« viront, je l’espère, dans un temps rapproché, les con-« cours cantonaux.
- « Mais pour qu’il en soit ainsi, il faut réviser nos lois a sur l’instruction publique; il faut créer l’école gratuite « et obligatoire; il faut que les parents ne puissent pas « plus longtemps laisser leurs enfants livrés au vaga-« bondage et privés de l’instruction qui leur est néces-« saire; il est indispensable que l’école soit ouverte à a tous les enfants, mais il ne l’est pas moins que tous les « enfants soient tenus d’assister aux leçons de l’école ; « et cela, non pas seulement de temps à autre, mais ré-« gulièrement et assidûment, aux heures précises des « classes. Sans cela, il n’est pas de programme, pas « d’enseignement régulier possible, tous les efforts des a instituteurs sont impuissants.
- « C’est donc aux pères et mères que nous faisons « maintenant appel ; à eux revient une forte part des « succès de leurs enfants à l’école, parce que c’est à « l’influence de la famille qu’est dû, en partie, le soin « que l’écolier apporte à faire ses devoirs et à étudier « ses leçons.
- « Quanta vous, jeunes élèves, qui avez bien mérité « pendant l’année scolaire, il n’est pas besoin de vous « faire ces recommandations d’assiduité; c’est surtout « à ceux qui ne sont pas ici pour les entendre qu’elles « s’adressent. Soyez donc nos interprètes auprès de vos a camarades pour leur inspirer l’amour de l’étude.
- « Tous avez été les zélés de l’école; vous vous êtes « montrés attentifs aux leçons de vos maîtres et vous « en avez receuilli les fruits. Aussi est-ce avec une sa-< tisfaction bien vive que nous allons procéder à la dis-« tribution des récompenses que vous avez méritées. »
- LA SEMAINE POLITIQUE
- Le plus grand calme a régné à l’intérieur pendant cette semaine, et les polémiques des journaux ont été assez vides d’intérêt. La réaction a tenté de créer des embarras au gouvernement en publiant une consultation de jurisconsultes monarchistes destinée à démontrer au maréchal de Mac-Mahon que les élections sénatoriales ne pouvaient être opérées avant le 8 mars 1879, sans que la Constitution fût manifestement violée. On n’attend pas de nous que nous rapportions ici tousles sophismes à l’aide desquels les jurisconsultes de la droite. MM. Ernest Pinard, Antonin Lefèvre-Pontaliset Delsol.ont essayé de justifier leur manière de voir. De pareilles absurdités ne présentent d’intérêt pour personne.
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- Le gouvernement a fait à cette manifestation la réponse qu'elle méritait. La consultation des droites était à peine publiée que M. Dufaure soumettait à M. de Mac-Mahon, en conseil des ministres, deux projets de décrets, l’un convoquant les conseils municipaux, à l’effet de choisir leurs délégués, pour le dimanche 27 octobre prochain, l’autre fixant au 5 janvier 1879, la date des élections sénatoriales. M. le Président de la République s’est fait expliquer, parait-il, les textes constitutionnels, et quand il lui a été bien démontré que les observations des jurisconsultes de la droite étaient aussi peu fondées que possible, il a signé les décrets que le conseil des ministre avait approuvés à l’unanimité.
- La droite a donc, en cette circonstance, donné un coup d’épée dans l’eau Elle comptait sur la résistance du maréchal, qu’elle appelait « le troisième pouvoir. » Cet élément de réaction lui a fait défaut. Tout espoir de reculer les élections sénatoriales est perdu désormais.
- C’est donc maintenant aux conseils municipaux et aux délégués de ces assemblées qu’il appartient d’achever l’œuvre commencée et de rétablir l’harmonie entre les pouvoirs publics en choisissant des sénateurs républicains. On a lieu d’espérer que le résultat des importantes opérations électorales du 27 octobre et du 5 janvier sera conforme aux vœux du pays, car la plupart des élections partielles pour les conseils généraux qui ont eu lieu dans ces derniers temps, ont été favorables aux républicains, ce qui indique que les influences de clocher tendent à disparaître et que les électeurs commencent à comprendre l’importance des principes politiques.
- Dans son discours de Romans, M. Gambetta avait dit quelques mots de la nécessité de créer des écoles techniques d’apprentissage. Le ministre de l’instruction pu-blique, dans la distribution des prix de l’école profes sionnelle de la bijouterie, a prononcé quelques paroles qui semblent indiquer que le gouvernement s’est préoccupé de la question à laquelle M. Gambetta a fait une si opportune allusion.
- « Paissent, a dit le ministre, tous les corps de métiers « imiter votre exemple ! Puissions-nous voir se multi-« plier dans nos grands centres ces écoles syndicales ! « Elles se prêtent, avec leur organisation flexible et iu-« dépendante, aux appropriations les plus diverses et les « plus utiles. L’avenir, et un avenir prochain, leur appar-« tient.
- « La république que nous fondons avec tous les pa-« trio tes, avec tous les cœurs droits ; la république qui « aime et honore l'art sous toutes ses formes, le travail « sous ses aspects les plus variés, encouragera avec perce sévérance les écoles manuelles d’apprentissage, qui « complètent, comme on l’a dit, l’instruction de l’esprit « par l’instruction de la main. Nous combattrons ainsi « les excitations malsaines, les exemples pernicieux et « les découragements précoces. »
- Ces tendances sont excellentes, et c’est assurément un des premiers devoirs de l’Etat que de chercher à améliorer le travail national par une main-d’œuvre plus éclairée et à procurer aux citoyens le moyen de le rendre utile à la société par un travail intelligent. Aussi, espérons nous que M. Bardoux, qui a compris la grandeur de ce devoir, cherchera à réaliser, le plus tôt qu’il lui sera possible la promesse qu’il a faite de réaliser le vœu formulé par M. Gambetta à Romans.
- Une élection municipale a eu lieu à Paris dans» le quartier un peu excentrique des Epinettes.
- Deux candidats républicains étaient en présence : l’un intransigeant, M. Henri Maret, rédacteur de la Marseillaise l’autre opportuniste, patronné par la République française et par l’entourage de M. Gambetta. C’est le premier de ces deux candidats qui l'a emporté, mais par quelques voix seulement. Les feuilles réactionnaires ont prétendu donner une grande importance à cet incident
- fort naturel et qui prouve tout simplement, ce qu’on savait déjà, que la politique opportuniste n’est pas du goût de tout le mon le et que si la timidité est utile pour 'les affaires de l’ensemble de France, encore monarchique en partie, elle ne l’est plus pour celle de la capitale où presque tout le monde est républicain. Il est excellent que les divers courants de l’opinion soient représentés dans une assemblée publique. Les régimes exclusivistes ne se sont jamais maintenus au pouvoir.
- Enfin, n’oublions pas que si M. Maret est devenu conseiller municipal, il le doit en bonne partie aux justes réclamations élevées par lui contre l’état de tutelle dans lequel Paris est maintenu.
- Ces questions de libertés municipales ne préoccupent pas seulement les électeurs parisiens. Le peuple de la petite république de Genève avait à se prononcer dimanche dernier sur un projet de révision de sa constitution.
- Le pays intéressé étant très-petit, nous ne parlerions pas de ce vote si, par sa nature même, il ne nous présentait quelques enseignements.
- Nos lecteurs savent que dans chacune des républiques autonomes qui forment la Confédération suisse, les communes jouissent, elles aussi, d’une autonomie très-réelle. C’est dans le canton de Genève que cette autonomie est le moins prononcée Or. le projet de constitution révisée soumis au vote populaire tendait à restreindre encore au profit de l’Etat ces libertés communales
- Ce projet centralisateur, qui jouissait des sympathies du conseil d’Etat radical actuel, a été rejeté parle peuple genevois à une majorité très-cunsidérable.
- Beaucoup de partisans du conseil d’Etat ont voté contre ce projet, mettant ainsi leur sympathie pour la • constitution de 1847 au-dessus de leur sympathie pour le conseil d’Etat actuel.
- Ainsi, dans une république qui a trois siècles et demi d’existence, et où, par conséquent, les saines traditions républicaines sont très profondément enracinées, la grande majorité des électeurs a tenu à maintenir l’autonomie des communes (autonomie qu’elle regarde commeTégide delà liberté) et a rejeté comme anti libéral un projet de constitution qui ne mettait cependant aux mains de l'Etat genevois qu’une très-fa?ible partie de la puissance que la constitution du 26 février confère à l’Etat français.
- Quand d’onc comprendrons nous comme nos voisins que la décentralisation est indispensable à la forme républicaine ?
- Hélas, que nous sommes loin de cela. Paris est dépourvu de ses droits, Lyonn’apas de mairie communale, et les chefs-lieux d' canton ont des maires que le bon plaisir de M. le ministre peut changer d’une minute à l’autre. Que de chemin à parcourir pour arriver à être libres d’une manière définitive !
- Les congrès continuent à se succéder à Paris.
- Le congrès international pour le patronage des prisonniers libérés, qui vient d’être tenu sous les auspices du gouvernement, au palais du Trocadéro, à pris les résolutions suivantes :
- « Que des mesures soient prises pour favoriser le transport et rétablissement dans les colonies françaises, des détenus libérés qui demanderaient a y être envoyés » Que la libération préparatoire soit admise pour les détenus adultes comme pour les jeunes détenus, et que l’Etat, déchargé par l’effet de cette mesure des frais d’entretien dans la prison, accorde aux sociétés de patronage, pour chaque détenu ainsi libéré, une allocation journalière proportionnée à l’allégement de la dépense.
- » Que la législation relative aux jeunes détenus soit complétée de manière à favoriser la création des maisons de préservation à côté des maisons d’éducation correctionnelle. »
- Les événements ont suivi, en Autriche-Hongrie, le cours que nous avions prévu, la démission du ministère
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- cisleithan a été acceptée parl’empereur François-Joseph dont les efforts sontdemeurésvains devant lesTésolutions deM. Fisza, et surtout de M. Szell. Les ministres resteront toutefois chargés de l’expédition des affaires jusqu’à ce que l’empereur leur ait trouvé des successeurs. M. Szell seul se retire immédiatement. Ces difficultés ont entraîné la démission du miuistère autrichien qui, donnée déjà une première fois le 3 juillet dernier, a.été renouvelée et finalement admise par le chef de l’Etat austro-hongrois dont les deux moitiés se trouvent administrées en ce moment par un gouvernement provisoire.
- On dit que l’empereur François-Joseph a fait des démarches pressantes auprès dé M. Slavy pour obtenir de lui qu’il constituât un nouveau ministère en Hongrie. M. Slavy a refusé. Il ne croit pas que la crise puisse trouver sa solution tant que le Parlement ne se sera pas prononcé sur la politique orienlale de M. Fisza Quoiqu’il en soit, il n’est pas malaisé de comprendre que la constitution d’un nouveau cabinet à Pesth sera une œuvre fort laborieuse; non-seulement la question est fort délicate, mais encore l’annexion de la Bosnie et de l’Her zégovine à l’empire austrois hongrois fait craindre aux Magyars, qu’au système de dualité sur lequel est basé l’empire, ne succède un système trinitaire qui comprendrait l’élément slave, odieux comme on sait à l’élément magyare. Triste effet de ces haines de peuple a peuple que la civilisation moderne ne se préoccupe nullement d’effacer.
- L’Autriche a, fort heureusement pour elle, vaincu les difficultés militaires qui s’opposaient à l’annexion de la Bosnie et de l’Herzégovine. Les troupes autrichiennes sont actuellement maîtresses du pays et installées soli dement sur le cours supérieur de la Driaa Beaucoup d’Herzégoviniens ont fait leur soumission, de telle sorte que l’insurrection peut être considérée comme définitivement vaincue Une fois de plus, la force prime le droit, ce qui promet des troubles futurs.
- Les relations entre l’Autriche et la Turquie sont toujours fort peu cordiales, et l’antagonisme de ces deux puissances parait arrivé à ce point où un conflit peut être à redouter. En effet, d’après les lettres venues de Constantinople, non-seulement le ministère turc refuse catégoriquement la signature d’une convention avec l’Autriche Hongrie, mais encore il réclamerait de celle-ci la reconnaissance formelle de la souveraineté du sultan en Bosnie et en Herzégovine, et, comme conséquence, la déclaration précise que l’occupation de ces deux provinces par l’Autriche sera essentiellement provisoire. De plus, le sultan se refuse à exécuter diverses autres clauses relatives à l'occupation mixte de certaines localités; il aurait même adressé sur ces divers sujets une circulaire aux puissances. On voit que l’Orient est loin d’être pacifié et que la politique sans scrupule du congrès de Berlin, au lieu de mettre fin aux difficultés pendantes en a fait surgir de nouvelles.
- Mais tout ne s’arrête pas là. Une autre complication vie .t de §»e produire. Il parait que, dans la commission de la, Roumélie orientale, le commissaire russe aurait aussi la prétention d’administrer cette province, non pas d’après le traité de Berlin, mais d’après le traité préliminaire de San Stefano, qui n’avait nullement prévu la création d'une Roumélie orientale. Sans aller jusqu’à dire que le traité de Berlin soit inexécutable, on peut toujours affirmer, ce qui est l’important, qu’il est bien mal exécuté à peu près partout.
- Lundi, la Chambre des députés roumaine a commencé a d^cuter sur l’acceptation du traité de Berlin. Les dépêches nous annoncent que, dans une séance secrète, eue avait décidé auparavant qu’elle émettrait un vote xpriruant à la fois la douleur causée à la Roumanie par es sacrifices que lui impose le traité, et sa soumission
- aux volontés des puissances. Un représentant de la Bessarabie, après avoir manifesté son regret de cesser d’être Roumain pour devenir Russe, a cependant conseillé à ses collègues de céder à la nécessité Une com-misssion a été nommée, mais l’issue du débat n’est pas douteux, car il parait que, dès à présent, une majorité s'est formée, qui est favorable aux décisions du Congrès.
- Malgré les conseils qui lui ont été donnés par le vice-roi des Indes, et après quelques hésitations, l’Angleterre s’est décidée à faire la guerre à l’émir de Caboul Cependant, cette entreprise se fait visiblement sans enthousiasme, car le gouvernement anglais, si l’on en croit les dernières nouvelles, serait décidé à ne rien entreprendre de sérieux avant le printemps. Il se bornerait, pour le moment, à masser des forces imposantes sur différents points, et à attendre l'effet de cette manifestation. Shera-Ali ne paraît pas décontenancé par ces menace»*, et, de son côté, il groupe ses troupes et se met sur la défensive.
- Quant aux feuilles anglaises, elles attaquent la Russie avec une extrême ardeur, et les journaux moscovites qui, jusqu’à cejour, avaient conservé un silence prudent, commencent à riposter aux organes de la Grande-Bretagne avec beaucoup d’aigreur. Il faut s’attendre à de grands événements en Asie pour le printemps prochain, et nous serions bien surpris si la question de l’Afghanistan ne faisait pas éclater, entre l’Angleterre et la Russie, un conflit devenu inévitable.
- A l’heure où nous écrivons, a lieu la discussion en seconde lecture, au Reichstag allemand, du projet de loi contre les socialistes On prétend que M. de Bismarck aurait annoncé l’intention de se retirer si le projet du gouvernement n’était pas adopté en son entier. Nous croyons peu à l’exactitude de ce bruit. M. de Bismarck ne se retirera point, et le Reichstag lui donnera l’instrument d’oppression dont il a besoin. Le contraire nous surprendrait fort.
- L’Allemagne apprendra ainsi, à ses dépens, que les peuples n’ont jamais que les gouvernements qu’ils méritent. Elle a voulu briller par les armes et se payer le luxe d’un empereur, c’est son affaire. La France a eu les mêmes torts à deux reprises, et chaque fois elle a eu à s’en repentir. Il est probable que l’Allemagne s’en repentira à son tour.
- UN DISCOURS PRÉFECTORAL
- Dans son dernier numéro, la Critique philosophique reproduit un discours qui a déjà quelques semaines de date, mais dont la valeur est telle que nous regrettons de ne pouvoir le reproduire en entier. N
- Ce discours a été prononcé par M. Cazelles, préfet du département da la Creuse, à la distribution des prix du collège de Guéret.
- Il est malheureux que ce discours n’ait pas trouvé l’appui de la publicité des grands organes de la presse parisienne. Il l’aurait mérité assurément.
- Voici quelques passages qui prouveront que nous n’exagérons pas.
- « L’étude des conditions présentes de notre.pays vous révélera, jeunes élèves, l’idéal dont la réalisation assurera la prospérité nationale. A mesure que vous apprendrez notre histoire contemporaine, vous reconnaîtrez que les nations les plus avancées dans la civilisation, en dépit des différences qui les sépa
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- rent et des rivalités qui leur mettent trop souvent les armes à la main, s'accordent sur un ensemble de doctrines, un système de croyance, qu’on peut à bon droit appeler l’esprit moderne doctrines issues en partie de l’éducation classique commune à tous ces peuples, en partie aussi des travaux des penseurs des xvne et xvme siècles que la critique du xixc a épurés et fortifiés.
- «... L’esprit moderne est la foi en la liberté. Il proclame l’affranchissement de l’homme dans toute la sphère de son activité. Il affranchit la science, dont les inductions demeurent toujours justiciables d’enquêtes librement instituées. Il affranchit l’individu dans la société, en lui reconnaissant la libre disposition de sa personne, qui, d’après la célèbre formule de Kant, n’est plus une fin que pour elle-même. Il affranchit sa conscience, en proclamant le droit pour tout homme de ne professer que les croyances qui satisfont son intelligence et son cœur.
- « Si cet idéal est devenu la foi de la partie éclairée de toutes les nations civilisées, s’il a reçu de philosophes étrangers à notre nation quelques-unes de ses plus claires formules enfin, s’il a inspiré dans d’autres régions une merveilleuse activité qui a partout multiplié prodigieusement, depuis le commence ment de ce siècle la richesse et la puissance de l’homme, il ne faut pas oublier que c'est en France qu’il a pris naissance et qu’il a grandi (1). S’il a répandu ses bienfaits plus généreusement sur d autres nations que sur la nôtre c’est qu’en France, plus qu’ailleurs, il a rencontré des résistances opiniâtres, secondées, chose étrange, par une réaction artistique et littéraire dont l’existence sera pour le penseur qui voudra écrire l’histoire de nos cinquante dernières années, un difficile problème.
- » Il est en effet, d’autres doctrines, négation des premières. Au lieu de reconnaître à l’homme son droit à la liberté, elles lui demandent la soumission à une autorité qui décide en souveraine, et dont il est interdit de vérifier les titres ; elles se posent comme des colonnes d'Hercule que la science ne doit point dépasser; elles règlent les rapports des hommes dans la société u’ap.ès des conceptions politiques empruntées à un {tassé créé par la force seule; enfin, elles proposent au présent et à l’avenir un idéal social et politique que la raison n’a point à accepter, mais à subir.
- n Vous rencontrerez des hommes à l’intelligence cultivée et au cœur sincère qui s inclinent devant ces idées et qui prétendent ainsi bien servir leur patrie Sans doute, dans un moment de détresse, alors que le pays a t esoin d’un suprême effort et qu’il demande à chacun de ses enfants le sacrifice de sa vie ; sur le champ de bataille, où tous les dévouements se valent, le Français qui s’incline devant le principe d’autorité, comme celui qui relève la tète au nom de la liberté, combattront avec le même courage. Mais la guerre, qui réclame des citoyens ce genre de sacrifice, n’est pas l’état normal d une société moderne.
- (H Si nous comprenons bien. M. Gazelles fait ici allu-tion au mouvement libéral qu’engendra la Réforme, née en France, car on ne saurait dire que les Etats Unis dussent leur liberté à la Révolution française. Iis la doi vent à un autre courant, parallèle à la Révolution, mais antérieur à elle, car avant de produire Washington et Franklin il avait produit Marnix, Guillaume de Nassau, Zwingli, Ulrich de Hutten et Cromwell, sans parler de toute la légion des huguenots.
- Ce n’est pas seulement (1) par les armes qu’une nation s’illustre et grandit ; c’est surtout par les œuvres de la paix, parle travail de la pensée, dont les sciences, les beaux arts et l’industrie sont l’expression.
- « Entre l’un et l’autre idéal, vous aurez à choisir. Si vous aimez avant tout la France, une seule influence doit peser sur votre choix : l’intérêt même de la France. Interrogez-la et demandez lui dans quel sens elle désire que vous incliniez. Pressez tour à tour de vos instances tous ceux qui ont qualité pour parler en son nom ; ses penseurs, ses savants, ses hommes poliques. Les penseurs vous répondront par leurs œuvres toutes imprégnées de la foi moderne ; les savants vous répondront par leur indifférence pour des doctrines autrefois révérées et par leurs audaces que récompensent d’admirables et fécondes découvertes. Les hommes politiques vous montreront les institutions nouvelles delà France, nos lois républicaines en harmonie avec l’esprit moderne. Ecoutez les. Ils vous diront : La République est née deux fois sur notre sol Deux fois elle a succombé parce que la France croyait n avoir pas besoin de son secours pour conserver les conquêtes de l’esprit moderne..Une troisième fois, elle a reparu, saluée comme une divinité bienfaisante qui venait relever et consoler la patrie mutilee. Cette fois, la France a compris que la République est l’expression politique nécessaire de c-ette liberté qu elle n'a jamais cessé d’aimer et d’appeler depuis que ses plus illustres penseurs, les Descartes, les Montesquieu, les Voltaire, la lui ont révélée. Elle l’a compris quand elle a vu, au même moment, la République et l’esprit moderne menacés par les mêmes ennemis. »
- --—-—-
- CORRESPONDANCE ET DISCUSSION CONTRADICTOIRE
- Nous avons reçu de M. Maxime Gaussen, ancien délégué aux conférences du Luxembourg, deux volumes dont nous rendrons compte et une lettre dont nous extrayons les passages suivants :
- « Je crois être un de ceux qui, depuis les fameuses prédications du Luxembourg, ont suivi avec attention la marche de ce que je me permets d’appeler les utopies économiques et sociales ; car je u’admets pas la solidarité et ne crois guère à la fraternité. — Il est vrai que j’ai bientôt 67 ans. et que je cherche à observer le monde moral et les faits sociaux à la manière de M. Le Play , notre maître en études sociales méthodiques. — Aussi, selon moi, la solidarité est une chose contre nature, c’est le communisme déguisé. Quant à la fraternité, elle ne peut exister qu’avec la croyance dans l’Évangile, l’homme étant tout orgueil et tout égoïsme, y compris l’égoïsme familial. Dieu l'a sans doute voulu ainsi pour la conservation et la propagation de l’espèce. Aussi, un humoriste a-t il pu dire avec raison, dans le centre de la civilisation et des lumières; Les plus fortes amitiés ne sont que des intérêts concertés. «
- Voici ce qui est parfaitement clair, et nous savons à quoi nous en tenir. Nos lecteurs n’attendent pas de nous que nous prenions la peine bien superflue de leur rappeler que cette loi de solidarité que M. Gaussen traite si
- (1) Le mot seulement est de trop En faisant cette concession à l’opinion vulgaire M. Gazelle, est illogique. La phrase qui suit cette concession suffit à la détruire.
- E. G.
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- cavalièrement, est une conclusion de la science et que non-seulement elle n’est pas contre nature, mais que la nature tout entière est basée sur elle. Qu’elle plaise ou ne plaise pas à notre honorable contradicteur, elle n’en existe pas moins, et toutes les négations possibles ne l’empêcheront pas d’exister.
- Nous ne voulons relever qu’une chose dans la lettre de M. Gaussen : c’est le disparate choquant entre les prétentions évangéliques qu’il affecte et la conclusion désolante a laquelle le conduit fatalement son opinion. Les plus fortes amitiés ne sont que des intérêts concertés. Nous ne pouvons que plaindre, et bien sincèrement, les personnes qui peuvent penser ainsi. Nous n’avons pas la prétention d’être faits d’une autre chair que les autres, et cependant nous sentons — et nos amis le sentent aussi — que nos amitiés n’ont aucun rapport avec l’intérêt.
- Il est vrai que non-seulement nous ne‘mettons pas en doute la fraternité, mais que nous la dégageons même de l’influence de l’Evangile, bien convaincus que l’on a trouvé dans les disciples d’Epictète ou de Zénon, et que l’on trouve encore dans ceux de Confucius et de Bouddah, des amis qui ne sont pas liés ensemble par des raisons d’intérêt, mais par des considérations d’estime mutuelle.
- M. Julien Dupire nous a présenté quelques objections auxquelles il ne peut être répondu qu’avec des développements. Notre réponse fera l’objet d’un article spécial.
- Enfin, nous avons à parler des objections que nous a présentées, il y a trois semaines, M. Vansittart Neale, secrétaire général du Central Co-operative Board d’Angleterre.
- Notre honorable contradicteur, dont nous sommes personnellement connu, comprendra que, malgré tout notre désir de lui être agréable, nous ne pouvons reproduire sa lettre qui est très-développée. Le Devoir dispose de si peu de place qu’il ne peut transformer ses colonnes en tribune à l’usage de ses contradicteurs.
- M. Vansittart Neale nous oppose, au sujet de la part du talent dans la répartition de la richesse la formule de Fourier. Deux récents articles du Devoir ayant démontré l’erreur de cette formule, nous n’avons pas à y revenir.
- Reste, dans la lettre de M. Vansittart, une objection scientifique.
- Nous avons dit que l’état humain ne saurait être inférieur à celui des animaux et qu’il est établi que ceux-ci ne meurent pas de faim « quand ils sont dans leur milieu naturel, c’est-à-dire dans des contrées où la présence des hommes n’a pas changé leurs conditions d’existence. »
- A ceci M. X^nsittart répond :
- « Le système de Darwin constate que dans la nature la vie animale tend à se multiplier plus rapidement que la vie végétale par laquelle elle se nourrit, et que, par conséquent, les animaux de chaque espèce dont la constitution naturelle offre les moindres avantages à se soutenir, doivent nécessairement périr, soit faute d’une
- nourriture suffisante, soit - parce que la faiblesse qui en résulte les rend moins capables d’échapper à leurs ennemis naturels. »
- Nous reconnaissons que l’on trouve cette affirmation chez les naturalistes de l’école de Darwin. Elle n’a pas un caractère aussi affirmatif dans les œuvres mêmes de ce savant. Il suffit, pour s’en convaincre, de relire dans son livre De l'origine des Espèces, au chapitre Concurrence vitale, le paragraphe Progression géométrique d'accroissement des espèces.
- M. Darwin — toujours très-réservé dans ses affirmations —- n’a nulle part combattu ni même critiqué la théorie de l’harmonie du monde. Or, si la subsistance manquait aux animaux « quand ils sont dans leur milieu naturel », le inonde, au lieu d’être un tout harmonique, ne serait qu’un ensemble bâtard et hétéroclyte de parties contradictoires entre elles, Le plus grand nombre des savants s’oppose à concevoir le monde sous cette forme, et ces savants-là donneront raison à celle de nos affirmations queM. Vansittart combat.
- Nous croyons qu’un jour ou l’autre une partie des hypothèses de M. Darwin aura passé dans le domaine des faits scientifiques incontestables, mais que celle de la concurrence vitale (c’est-à-dire du triomphe de la force) ne sera pas du nombre. Il faut encore bien des années d’observation avant de pouvoir porter un jugement définitif. A l’heure qu’il est, des savants très-distingués rejettent cette hypothèse. C’est surtout le cas des savants qui se préoccupent des conséquences morales d’une théorie scientifique et qui pensent qu’une loi ne peut être vraie que si elle n’est pas nuisible.
- Que notre honorable contradicteur prenne garde. La loi de sélection appliquée à l’homme autorise les monstruosités les plus révoltantes. C’est ainsi que M?18 Clémence Royer, traductrice et disciple de Darwin, et l’un des écrivains les plus remarquables de cette école, n’a pas craint de déplorer la protection donnée aux faibles comme tendant à perpétuer les maux dont ils sont atteints. Mm0 Royer n’a pas osé émettre la conséquence de cette idée. Elle devait demander que les faibles fussent résolument exterminés. C’est la logique du système.
- E. C.
- PENSÉES.
- Le premier progrès est d’apercevoir la vérité ; en accepter soi-même l’empire est le second et le plus difficile.
- Guizot, Corneille et son temps.
- Quand la philosophie n’équilibre pas, elle renverse.
- Mm° Claudia Bacciii, Feuilles au vent.
- Rien de ce qui ne s’accorde pas avec le devoir ne peut contribuer au vrai bonheur'-
- Franklin, Lettre à Miss M Stevenson, oct. 1768.
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- Les grandes vérités sont celles qui peuvent se passer de preuve.
- x Oct Pirmez, les Feuülées.
- Concevoir un idéal, c’est déjà l’aimer ; le comprendre, c’est en être saisi.
- Eu g. Rambert, Juste Olivier.
- Je plains les gens qui font grand bruit du rapide passage des choses et se perdent dans la contemplation du néant terrestre : ne sommes-nous pas ici précisément pour rendre le transitoire permanent, et cela peut-il se réaliser si l'on ne sait les apprécier tous les deux ?
- Gœthe, Réflexions et Maximes.
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de M™ Marie HOWLAND Voir n° 4 à n° 4 (tome 2)
- Chapitre XXIII.
- Visite» aux Montagnes Blanches
- (Suite)
- L’été arriva ; Albert proposa à sa femme de passer la saison des chaleurs dans les Montagnes Blanches. Il affirma que Clara lui paraissait un peu fatiguée, et que le changement de climat lui serait favorable. La jeune femme reçut avec beaucoup de plaisir cette marque de. sollicitude pour sa santé ; la perspective dépasser plusieurs semaines dans une ravissante contrée, seule avec son mari, suffit pour raviver ses plus chères espérances.
- M. Delano, miss Charlotte etElla devaient, comme d’habitude, passer l’été à Newport; mais, juste au moment où miss Charlotte allait annoncer à son père que les préparatifs étaient terminés, Ella déclara qu’elle voulait suivre Albert et sa femme aux Montagnes Blanches. Miss Delano en exprima une profonde surprise.
- “ Je ne vois pas ce qu’il y a de surprenant, » fît Ella, u n ai-je pas l’age voulu pour me diriger à mon gré ? »
- « Certes, vous avez l’âge d’être discrète, » répondit avec sévérité miss Delano, « mais je puis vous assurer que vous ne l’êtes point. »
- — « Je sais, il est toujours indiscret de faire ce que l’on désire beaucoup. »
- — « Non, miss Wills, ce qui est indiscret c’est de faire ce que le bon sens condamne. »
- — « Et en quoi, je vous prie,' le bon sens peut-il condamner mon désir d’aller aux Montagnes Blanches avec Clara et son mari ? »
- « Dites plutôt avec Albert et sa femme, » interrompit miss Delano. « Puis-je vous demander, » fit-elle, « si Clara vous a invitée à les accompagner ? »
- Ella tressaillit, elle ne vit qu’un moyen de parer le coup et c’était un mensonge. « Oui, » répondit-*^ elle effrontément.
- « Qu’y a-t-il donc entre vous? » demanda M. Delano, Sent comme beaucoup d’hommes à comprendre les querelles de femmes.
- Miss Charlotte, saisissant la balle au bond, lui exposa la situation en quelques mots.
- “ Ma chère El'a, » fit le vieillard avec douceur et comme si une réflexion soudaine l’avait frappé,
- « vous savez que vous avez été autrefois l’idole d'Albert et vous n’ignorez pas qu’il est facilement inflammable; mon avis est que vous ne devriez pas ainsi jouer avec le feu. »
- La douceur même du vieux monsieur irrita Ella au suprême degré; elle fit une réponse impertinente et s’élança hors de l’appartement.
- Puis, elle pensa que le meilleur moyen de convaincre M. Delano et sa fille de leur injustice à son égard, était de leur montrer qu’ils l’avaient rendu malade.
- Pendant deux jours elle garda la chambre, refusant obstinément de prendre aucune nourriture. Le second jour elle écrivit à Albert :
- « Très-cher ami,
- » Je suis malade et découragée. Il est inutile de » lutter contre le sort. Personne que vous ne prend » souci d’Ella, vous seul la comprenez, et cependant » ils trouvent mauvais que nous nous fréquentions.
- » Qu’importe que notre amour soit pur,ils ne veulent » pas le croire. Soumettons-nous donc, ô mon Albert » chéri, à l’inévitable destin; et puisque nous ne pou-« vons être compris par le monde, cessons de nous » voir. Bien que mon cœur se brise en vous le disant :
- » Adieu pour toujours!
- » Votre malheureuse,
- » Ella. »
- Quel que dût être le résultat de cette lettre, Ella se disait qu’elle avait rempli son devoir d’une sublime façon en envoyant à Albert un éternel adieu, et si, par impossible, celui-ci ne se résignait pas à cette séparation, ce ne serait en aucun cas elle qui en aurait la responsabilité.
- Albert, cela va sans dire, ne perdit pas une minute et vint immédiatement faire une visite à Ella qui refusa de le recevoir.
- Il demanda alors sa sœur sur laquelle il déchargea fraternellement la grosse colère que lui inspirait la séquestration de la jeune fille. ,
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- Miss Charlotte lui fit entendre quelques vérités désagréables et lui donna des conseils auxquels il répondit avec aigreur : « Vous ne connaissez pas ma femme et vous n’avez jamais compris Ella. »
- Alors miss Delano émit sa manière de voir sur le caractère d'Ella en termes qui, pour être d’une convenance parfaite, n’en étaient pas moins expressifs.
- « Je ne crois pas », dit-elle en finissant, « que Clara Forest soit femme à se laisser tromper par Ella Wills, ni qu’elle ait pour celle-ci l’affection dont vous parlez. La vérité est que vous abusez de l’amour de Clara pour vous, au point de la faire agir contre sa propre raison. »
- Albert ne manqua pas de faire entendre qu’il ne pouvait partager les vues des prudes et des vieilles filles sur l’amour, sans toutefois employer ces termes, étant trop bien élevé pour les adresser à quelque dame que ce soit.
- Les gens mariés pensent généralement qu'ils sont seuls aptes à bien comprendre l’amour, de même que les parents admettent volontiers que le seul fait d’être père ou mère leur donne, pour élever conve-blement leur progéniture, des qualités que ne possèdent pas ceux qui n’ont pas d’enfants. L’expérience prouve cependant que le fait d’avoir mis des enfants au monde n’implique pas toujours l’aptitude à les élever convenablement.
- Dans cette escarmouche entre le frère et la sœur, Albert ne put se dissimuler que miss Charlotte conservait le calme et le sang-froid de quelqu’un sûr de ce qu’il avance, tandis que lui, avec ses grands mots et ses protestations de vertu, cachait mal l’homme coupable. Il n’en réussit pas moins cependant, non-seulement à voir Ella, mais à l’emmener triomphalement chez lui.
- Clara ne fut pas peu surprise de les voir arriver tous deux. En descendant de voiture, Albert prit Ella dans ses bras. La jeune fille semblait plus morte que vive, enveloppée dans un long peignoir de cachemire blanc, noué au cou par un ruban d’un rouge vif qui faisait ressortir davantage la pâleur intéressante de la coquette malade.
- Le vieux médecin de la famille, le docteur Hana-ford, qu'on avait fait appeler, arriva chez M. Delano père après le départ de la malade. M. Delano lui conseilla d’aller rejoindre Ella, ce que le docteur Ha-naford fat tout disposé à faire en apprenant qu’Albert n’avait pas été instruit du fait que le médecin de la famille avait été mandé. En outre, il ne se sentait pas tranquille de voir Ella dans les mains du jeune docteur Delano qui, pensait-il, ne-devait rien comprendre au tempérament de miss "Wills,
- Ella était couchée quand le vieux docteur arriva près d’elle ; il examina sa langue, son pouls, lui posa toutes les questions impertinentes dont les médecins ne se font pas faute, même au cas où il ne s’agirait que de guérir un simple compère-loriot. Ella, qui jamais de sa vie n’avait été sérieusement malade, et qui savait parfaitement ne l’être en aucune façon, regimbait un peu à l’examen du docteur, tandis que ce dernier trouvait le cas d'autant plus grave qu’il n’y pouvait rien comprendre.
- A force de médicaments et sous l’influence d’une diète sévère et d’un repos absolu, il réussit néanmoins à procurer à miss Wills une véritable indisposition. La jeune fille put donc savourer à loisir les soins et l’inquiétude de ses amis.
- Clara, entièrement trompée par les apparences, soignait Ella avec la plus grande sollicitude.Celle-ci, qui avait résolu d’obtenir de la femme d’Albert une invitation à les accompagner dans leur excursion d’été, et qui n’était malade qu’en vue de cela, ne tarda pas à faire naître l’occasion de réaliser son plan.
- Dans une de ses visites, le docteur Hanaford conseillait à miss Wills un changement d’air.
- « Oh ! docteur, ne parlez pas de cela, » répliqua-t-elle d’un ton languissant; «je ne peux pas bouger. »
- — « Cependant, miss Wills, c’est la seule chose qui puisse vous rétablir complètement. »
- — « Bon ; alors ne m’envoyez pas. du côté de la mer, la vue seule des côtes me rend malade. Vous ne m’y enverrez pas, cher docteur, n’est-ce pas ? Si vous le faisiez, je serais capable d’en mourir, uniquement pour vous vexer. »
- — « Non, ma chère miss Wills, soyez tranquille,
- je pense au contraire qu’une contrée montagneuse......»
- « Non, non, ne parlez pas de cela aujourd’hui, » interrompit Ella, « nous verrons demain. — Si vous saviez combien j’ai mal au côté. »
- — « Au côté droit, n’est-ce pas ? c’est un signe
- favorable ; la bile.. »
- « Oh, docteur ! je n’ai rien d’aussi affreux », fit Ella en posant sa petite main délicate sur celle du docteur comme pour l’attendrir; « à quelle heure viendrez-vous demain ? »
- — « A deux heures. »
- — « Soyez exact, je vous prie; vous ne sauriez croire combien je souffre lorsque je vous attends. »
- Le docteur déclara que son intention était d’être ponctuel; c’était tout ce qu’Ella désirait savoir.
- Le lendemain, un peu avant deux heures, elle fit demander Clara, et lorsque le docteur entra, elle insista pour la garder près d’elle.
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- « Je vous cause bien du dérangement, cîière Clara, » fit-elle, « mais cela ne durera pas longtemps. Le docteur va m’envoyer au bord de la mer. »
- « Mais non, » fit le vieux médecin sans soupçonner la ruse d’Ella, a je désire au contraire que vous alliez respirer l’air pur et vif des montagnes. »
- Ella détourna la tête en soupirant, le docteur s’excusa d’être obligé de prescrire une chose qui déplaisait, mais la santé avant tout.
- Clara qui ne soupçonna pas un instant _la duplicité de la jeune fille, ajouta, dans la simplicité de son cœur :
- « Nous allons aux Montagnes Blanches, docteur ; nous pourrons l’emmener avec nous. Je ne doute pas que l’air des montagnes lui soit plus salutaire que toute autre chose. « Cette invitation était de la part de Clara un généreux sacrifice qui lui coûtait plus qu’on n’eût pu supposer.
- En apprenant l’offre gracieuse de sa femme, Albert neputcontenirsajoie.il accabla Clara de témoignages de tendresse ; et la pauve femme oublia en les recevant que le bonheur de conserver Ella près de lui en était seul la cause.
- Celle-ci ne tarda pas à se lasser d’une maladie désormais sans but; elle mit secrètement de côté tous les remèdes du docteur Hanaford, quitta le lit et n’eut plus d’autre préoccupation que d’utiliser auprès d’Albert son intéressante situation, en la renforçant par de ravissantes demi-toilettes que justifiait sa convalescence.
- Un jour, il la trouva étendue sur sa chaise longue, vêtue d’un délicieux peignoir bleu et blanc, les cheveux arrangés avec soin et personnifiant la santé parfaite. Cependant elle se plaignit d’une lassitude extrême, et n’ouvrit la bouche que pour dire qu’elle n’avait qu’un désir : mourir afin de ne plus se trouver à la traverse de personne.
- Naturellement, Albert lui prodigua les noms les plus tendres et la supplia de vivre pour lui. Il ne pouvait supporter la vie sans elle Finalement, il la décida à manger quelques délicieuses grappes de raisins de serre qu'il lui avait apportées et obtint qu’elle consentirait à vivre encore un peu.
- Pendant sa maladie, Ella reçut la visite de M. De-lano père. Miss Charlotte fit de même lejour suivant. C’était une personne au cœur bienveillant, quoique ses manières fussent un peu raides. Elle pressa Ella de revenir à la maison et lui représenta le danger et l’inconvenance de rechercher l’affection des hommes mariés.'Le ton affable de miss Charlotte ne permit pas à Ella de s’offenser de ces observations, mais elle y coupa court en déclarant d’un air gracieux
- qu’en allant aux Montagnes Blanches elle cédait au désir de Clara qui insistait pour qu’elle fût du voyage.
- Cette nouvelle confondit miss Delano, qui prit immédiatement congé de la jeune fille.
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- Chapitre XXIV.
- Regain d’Araour.
- Quelques jours plus tard, lorsque les préparatifs du voyage aux Montagnes Blanches étaient à peu près terminés, Clara exprima le désir de se rendre, pour trois ou quatre jours, dans sa famille à Oakdale.
- C’était par une belle matinée de juin et pendant le déjeuner que Clara émit ce vœu.
- Ella arriva un peu en retard, portant d’un air languissant une charmante toilette de linon, dont les manches ouvertes laissaient voir ses bras potelés. Un petit bouquet de roses en boutons était fixé à son corsage par un nœud de ruban bleu ; un ruban pareil noué sur le haut de la tète et dont les bouts frangés lui faisaient une élégante coiffure, retenait ses cheveux naturellement frisés.
- « Qu elle est jolie ! » disaient les yeux d’Albert, pendant qu’Ella s’installait paresseusement sur sa chaise, comme si la vie était réellement pour elle un fardeau,
- « Vous êtes si jolie, Ella, » dit Clara avec générosité, « qu’il ne semble pas que vous puissiez jamais vieillir. »
- « Il en est de même pour vous, » fit Albert en souriant.
- « Je sais que je suis jeune, « répondit Clara, «mais je ne crois pas que j’aie jamais eu autant de fraîcheur qu’Ella. »
- —- « J’échangerais volontiers la fraîcheur que vous semblez admirer, pour un nez aussi bien fait que le vôtre. »
- « Oui, mon nez est irréprochable, « fit Clara en souriant « cependant, quand j’étais petite fille, on le trouvait tout à fait épaté. »
- — « Comme le mien. »
- -- « Le vôtre n’est pas épaté le moins du monde; et je pense que vous avez tout lieu d’être satisfaite de votre personne. »
- Le regard d’Albert allait de l’une à l’autre; il savait Clara plus jeune qu’Ella, de bon nombre d’années, et cependant elle paraissait plus âgée.
- « Cela, » pensait-il, « tient à son costume gris, d’une coupe simple et sévère, fermé au cou par un ruban noir. Mais pourquoi porte-t-elle du noir quand elle sait que je le déteste ? Evidemment, elle ne se soucie pas autant qu’Ella de me plaire. »
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- Il ne réfléchissait pas, peut-être même ne savait-il pas, que la modeste somme donnée à Clara par Forest était complètement épuisée, malgré toute l’économie qui avait présidé à son emploi; cetie somme, du reste, n’aurait pu permettre à Clara de s’habiller comme Ella une seule année.
- Madame Delano n’avait jamais demandé d’argent à son mari. Quoique Albert fût très-prodigue quand il s’agissait de sa propre toilette, ou d’offrir à ses amis des cigares et des vins exquis, ou encore de jouer à son club, il avait plusieurs fois exprimé sa surprise de l’importance des dépenses du ménage ; aussi sa femme s’était-elle efforcée de les réduire le plus possible.
- On pouvait l’en blâmer, mais pour rien au monde elle n’aurait demandé à Albert de l’argent pour son usage personnel. La parfaite confiance des premiers jours avait disparu.
- Elle jugeait cependant que le devoir d’un mari était de mettre de côté une somme suffisante pour les dépenses de la maison et celles de sa femme, et non de distribuer chichement, semaine par semaine, le strict nécessaire. Cela lui semblait pour le moins peu digne et bien différent de la conduite tenue par son père, depuis que le développement d'Oakdale et l’augmentation de sa clientèle lui permettaient de compter sur un revenu régulier.
- Clara n’attribuait cette conduite d’Albert ni à une gène qu’elle savait ne pas exister, ni à l’égoïsme de son mari, mais simplement à son ignorance des idées féminines à ce sujet. Le temps, pensait-elle, corrigerait facilement cela, si seulement les beaux jours envolés revenaient, ramenant avec eux cette divine confiance qui fait que le plus sage est d’exprimer toutes ses pensées librement et franchement.
- {A suivre.) -
- LA VÉRITÉ SUR L’ALLEMAGNE
- I
- L’Allemand libéral d’il y a vingt ans, le membre du fameux « National Verein » (union nationale), voyait le salut de l’Allemagne dans l’unité allemande d’a-bord, comptant que la liberté viendrait ensuite.
- Sacrifiant tout à son utopie, il rêvait la venue d’un nouveau Richelieu, croyant être logique en voulant greffer les principes de 1789 sur une puissante autorité.
- « Sans Louis XI et Richelieu, disait-il, la grande Révolution française eût été impossible. »
- Voyons où l’a mené ce sophisme. Il ressort un
- profond enseignement des faits accomplis dans ce malheureux pays pliant sous le poids de ses victoires, écrasé et anéanti par ses succès guerriers.
- Où en est, à l’heure actuelle, après le fameux trait é de Berlin, cette Prusse, chargée de faire la pluie et le beau temps en Allemagne ? — Il devait rétablir l’harmonie, la prospérité, ce congrès tant désiré. — Quelle illusion ! Le peuple allemand ne retrouvera la tranquillité que, lorsqu’après avoir éprouvé les plus violentes secousses qu’ait jamais produites une révolution, il aura adopté la forme républicaine.
- S’il y a analogie entre la France des penseurs du xvme siècle et l’Allemagne actuelle, il y a pourtant une énorme différence à signaler entre les aspirations des deux peuples à des époques si différentes : la Révolution française a été faite par la bourgeoisie, la révolution allemande sera surtout faite contre cette même bourgeoisie, essentiellement monarchiste et conservatrice. Il ne serait pas difficile d’être prophète, si les événements se reproduisaient dans l’histoire des peuples d’une façon absolument identique, ce ne serait plus qu’une solution mathématique à trouver. — On a beau chercher des analogies, l’Allemagne de 1878 ne ressemble en rien à la France de 1750.
- Sans s’en douter, l’Allemand a respiré l’air de notre révolution qui a traversé le Rhin, aussi bien que ce nuage de sang qui s’est crevé à Waterloo, il a marché en avant en regardant en arrière et a avancé dans la route du progrès, son regard restant plongé dans les nuageux horizons du passé.
- Aujourd’hui, il commence à revenir de ses illusions historiques, ne songeant plus à copier textuellement es pages de l’histoire d’Angleterre et de France, il remarque la différence qui existe entre l’Allemagne de Guillaume, l’Angleterre de Charles Ier et la France de Louis XVI. .
- Il est de la plus grande importance que nous nous préoccupions en France de ce qui se passe outre-Rhin; nous devons chercher à comprendre la politique des Allemands et à interpréter les faits qui s’y passent dans leur ensemble. — Quelque faible lumière que nous jetions sur ce sujet, nous croyons utile d’essayer, ainsi que nous le fîmes déjà dans le Rappel et dans le Ehare de la Loire, d’éclairer nos concitoyens en leur disant comment nous envisageons la question. — C’est ce que nous chercherons à faire dans de prochains articles.
- (A suivre). . Edmond Potonié.
- Le Directeur-Gérant : Godin,
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- RAISON DU PONT-NEUF
- Un "bon. conseil à nos lecteurs.
- LA PHILOSOPHIE POSITIVE, Revue politique, littéraire et scientifique, dirigée par MM. É. Littré et Wyrouboff, vient de publier le deuxième numéro (Septembre-Octobre 18“8j de sa onzième année.
- Ce numéro contient :
- L’homme civilisé se distingue de l’homme sauvage par le vêtement, avant toutes choses : l’homme civilisé porte un costume qui varie suivant les modes de son pays ; l’homme sauvage, au contraire, n’est vêtu que de ses sentiments anthropophagiques.
- Lecteurs, vous êtes des gens civilisés, n’est-ce pas? Par conséquent, vous vous habillez. Et, cependant, combien 4e fois avez-vous regretté de ne pas être sauvages, tant les vêtements en France coûtent cher.
- Eh bien! si vous voulez dès aujourd’hui vous habiller comme des gentlemens et à bon marché, suivez notre conseil. Ce conseil, le voici : Ecrivez à l’adresse suivante : « M. le Directeur de la Maison du Pont-Neuf, Paris », une lettre dans laquelle vous demanderez le catalogue de 1a. saison d’hiver 1878-79, vous recevrez ce catalogue de suite, sans qu il vous en coûte rien ; vous y trouverez les gravures représentant les costumes a la mode, leurs prix, les détails les plus précis sur toutes les choses, et enfin la manière de prendre les mesures vous-mêmes, de la façon la plus exacte et sans qu’il vous soit nécessaire d’avoir recours à personne. Avec 29 francs, vous aurez un très-joli costume complet en draperie diagonale, doublé chaudement; un pardessus eu étoffe mousse doublé tartan à 19 francs. Un Ulster en drap ourson pour 19 fr., et pour 6 fr. un charmant costume d enfant; pour le même prix un pardessus ratioe. Le tout vous est expédié sans aucun frais à votre charge, et si l’envoi ne vous plait pas, la maison s’engage à vous le reprendre et à vous rembourser votre argent.
- JP!mh «le taiüeursïlî ils sont désormais inutiles, puisque la Maison du Pont-Neuf, de Paris, expédie en province des costumes faits sur mesure, et cela à des prix tellement modiques qu’ils défient toute concurrence.
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- lre ANNÉE, TOME 2— N° 6 Ümmal MsàonuuLairt paraissant U '^Dimanche DIMANCHE 20 OCTOBRE 1878
- Le Devoir
- POLlTiQUE
- LÉGISLATION
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- RELIGION
- MUTUALITÉ SOLIDARITÉ FRATERNITÉ
- ASSOCIATION DU CAPITAL & DU TRAVAIL
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- Un an. . . . 10 î. »»
- Six mois... 6 »»
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- Rédacteur en chef : M. Ed. CHAMPURY
- ADRESSER LA CORRESPONDANCE AU GÉRANT, A GUISE (AISNE)
- Les Abonnements sont reçus en mandats de poste ou en timbres-poste et timbres d’effets de commerce français.
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- La ligne, . . O fr. 50 Les annonces sont reçues à Guise, au bureau du journal,età Paris, chez MM. Havas, Lajjiteet Ce, 8, place de la Bourse.
- A NOS ABONNÉS & A NOS LECTEURS
- Par la fondation du journal « Le Devoir », nous avons voulu donner un organe nouveau aux idées de progrès; appuyer toute idée de réforme et d’institutions nouvelles sur la morale supérieure née de l’amour et du respect de la vie humaine, les choses n'ayant de valeur à nos yeux que si elles concourent au bonheur de l’homme.
- Pour fonder un pareil organe de publicité, nous avons cherché des sympathies chez les hommes animés du désir du progrès ; nous nous sommes adressés à ceux qui aspirent à voir la société opérer pacifiquement les réformes nécessaires, propres à élever nos institutions et nos lois au niveau des progrès accomplis dans la philosophie, dans la scie-nce de la vie, dans l’industrie et le travail.
- Nous avons fait choix de vingt mille lecteurs, et nous leur avons servi le journal. Beaucoup de portes nous ont été fermées; mais nous avons la‘satisfaction de voir un certain nombre de personnes nous rester fidèles. Des sympathies précieuses sont venus nous aider et nous encourager.
- Que nos amis et nos lecteurs comprennent que « le Devoir » est une œuvre de sacrifices, une œuvre de dévouement social et qu’il dépend d’eux de le faire vivre.
- Notre publication n’est ni un journal de passion, ni un journal de parti ; c’est un organe de science sociale s’occupant avant tout des moyens de réaliser le bien de la vie humaine, le progrès et le bonheur pour tous.
- Que nos amis nous aident dans cette œuvre de propagande, en faisant lire le journal et en nous envoyant les adresses des personnes dont les sympathies pour le progrès peuvent nous faire des abonnés.
- A toutes ces adresses, nous enverrons « Le Devoir », à titre d’essai.
- Que celles des personnes qui reçoivent des numéros spécimens du « Devoir » n’en soient donc pas surprises ; nous recherchons l’appui des hommes qui ont cultivé leur cœur et leur esprit dans l’amour du bien social ; nous les recherchons d’abord comme lecteurs, ensuite comme soutiens de nos efforts, pour réveiller dans la presse périodique et dans l’opinion publique l’étude des réformes et des institutions devenues indispensables.
- Nous faisons appel à toutes les personnes qui pensent avec nous, que des améliorations sont nécessaires dans nos lois et nos mœurs, et que ces améliorations peuvent seules prévenir les revendications violentes, et assurer la liberté, la paix et la concorde entre tous les citoyens.
- ÏVotis sollicitons d.e ceux de nos nouveaux lectemrs qini ne peuvent on. ne veulent nous accorder leur concours, de nous retourner simplement le journal en mettant Ï3 JË BÉ svlx* la bande.
- SOMMAIRE
- La force d’inertie. —- Les Jeux publics. — Un singulier raisonnement. — Semaine politique. — Correspondance. — Peyisée. — Variétés. — Roman : La fille de son père. — La vérité sur l’Allemagne. ~~ Les Bibliothèques populaires de Paris — Car sérié scientifique. ~~ Bulletin bibliographique.
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- LE DEVOIR
- LA FORCE D’INERTIE EN P0L1TQUE
- Rien dans la vie d’un peuple n’est plus lent .et plus difficile que le passage d’un régime politique à un autre. Il y a là une gestation douloureuse, une période d'enfantement qui n’est pas sans danger. Des principes contradictoires se trouvent en présence, des intérêts rivaux entrent en conflit et des ambitions qui s’excluent mutuellement cherchent à triompher l’une de l’autre. Il en résulte un état de malaise général qui ne profite à personnne et qui nuit à chacun. L’histoire est là pour nous dire que plus d'une nation n:a pu sortir victorieuse d’une de ces crises et s’esf vu soumettre soir au joug de l’étranger, soit à celui d’un usurpateur.
- Aussi les peuples quj se trouvent dans une de ces périodes de transition ont-ils pour plus impérieux devoir de se tenir constamment l’peil et l'oreille au guet et de ne pas oublier une minute le danger* de leur position.
- Trois influences surtout sont à redouter pour eux :
- L’esprit d'inertie, qui s’oppose à tout changement,
- L’impatience, qui compromet les innovations en voulant les réaliser sans préparation préalable,
- Enfin, le parti pris, qui pousse les conserva-. teurs à des réactions à outrance et les novateurs à l’exagération de leurs demandes.
- Ces trois influences sont constantes, difficiles à éviter et pour ainsi dire fatales. Elles sont dans la logique implacable des choses, et il serait imprudent de dire qu’elles puissent un jour ne plus exister.
- Mais le f$it que ces influences ne peuvent être évitées, prouve-t-il qu’elles ne puissent .être contenues ?
- Bien au contraire. Leur caractère de constance est précisément ce qui rend possible de pallier leurs effets. On sait d’où elles proviennent, chez qui elles se rencontrent de préférence et à la faveur de quels événements elles peuvent le J
- mieux se développer. Autant de facilités pour les vaincre ou tout au moins pour les neutraliser.
- C’est une étude de cette nature que nous nous proposons de faire à cette pjgpe^ en commençant par l’esprit d’inertie et en nous réservant de considérer plus tard, et chacun de leur côté, l’impatience et le parti pris.
- Le mot d’inertie, dans son aceeptipq spiepti-fique, désigne une force en raison de laquelle les corps en état de repos tendent à persévérer dans leur état de repos et ceux en état de mouvement à persévérer dans cet état de mouvement.
- Nous pensons que la sociologie pourrait avec raison constater dans l’état des esprits l'existence d’une force de même nature que cette force d’inertie dont la physique et la mécanique constatent l’existence dans les corps.
- L’histoire est là pour le démontrer. Quelque considérables que puissent être certaines révolutions, elles n'ont qu’une durée très-minime relativement à la durée des époques d’ordre établi.
- fl est dans la nature de l'homrne tje se méfier de l’inconnu et de ne l’accueillir sans méfiance que lorsque le connu est devepp tellement infiH lérahle qu’il semble que rien de pis ne puisse exister. De là cette pqdieqce des m.^es à apporter longtemps, sans trop se plaindre, un état de choses dont elles ont pourtant à souffrir.
- L’habitude n’est pas étrangère non plus à l’inertie intellectuelle. L’habituclê émousse }es facultés critiques de l’homme. A force de voir les mêmes choses, on en vient à ite plus mis,onper sur elles, et celles en présence desquelles on se trouve le pins souvent sont celles sur lesquelles on discute le moins.
- Enfin, la résignation joue qpssi son rôle comme cause de l’inertie. Les lobs ne sont pas faites par les faibles* mais bieq par les puissants. Il eq résulte que les faibles ayant conscience de leur faiblesse, peuveqt protester infériemoment contre les injustices dont ils sont victimes,, mais
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- se résignent à ne pas manifester extérieurement ces protestations ; ils les considèrent même comme devant être soit inutiles à leur cause, soit dangereuses pour leurs personnes.
- Ces trois causes principales de l’inertie étant connues, il devient possible de voir comment on peut les combattre.
- La méfiance de l’incpimu doit surtout être combattue par la sagesse de la presse. Les journalistes ont un apostola t à remplir. C’est à eux surtout à faire ressortir combien le présent est intolérable et combien l'avenir pourrait être meilleur. Pour cela, il ne faut pas seulement critiquer ce qui existe, il faut encore, il faut surtout montrer ce qui peut exister. En établissant bien clairement Futilité et la possibilité des réformes, on familiarise l’opinion publique avec cet inconnu qui l’effraie. Du jour où la réforme I proposée lui paraît bien délimitée et bien prati-: cable, elle n’hésite plus à en demander î’applica-| tipn. La méfiance de l’inconnu sp transforme alors en un dégoût du présent.
- Lq puissance dp l’habitude prise est moins facile à déraciner. Il n’y a qu’un seul moyen | possible pour cela, c’est de faire contracter peu à peu une autre habitude qui se développe d’abord parallèlement à la première et qui finisse par la supplanter. Ceci est surtout l’œuvre du temps. Chaque année plusieurs centaines de milliers d’électeurs arrivent à majorité; c’est sur eux qu’il faut agir. Il faut leur faire contracter l’habitude de penser par eux-mêmes et de se méfier des routines du passé. C’est moins difficile qu’il ne semble, et si la presse est à la hauteur 4$ sa mission elle a ici un rôle très-noble et très-considérable à remplir.
- Côte à côte avec le courant de la tradition se forme un courant d’idées nouvelles qui vient du mécontentement produit par le vice des institutions anciennes. Un certain nombre de ces idées nouvelles entrent (dans les mœurs, dans les habitudes ayant d’entrer daqs les lois. En saisissant dans ces idées pelles qui sont partagées par un bon nombre de personnes et en demandant qu’elles soient transformées immédiatement en
- lois, la presse peut établir une transition suffisante entre les habitudes contractées dès longtemps et celles qu’on veut faire contracter.
- Reste la question de la résignation des faibles.
- Ici l’obstacle est facile à surmonter. Les faibles ne s’avouent faibles que s’ils se voient isolés ou abandonnés. Qu’on facilite leur groupement par fa formation de ligues, de syndicats, etc., et bien promptement ils comprendront que de leur union se dégage une force respectable; alors au lieu de s’incliner avec résignation, ils relèveront la tête pour revendiquer ce qui leur est dû.
- Assurément ces transformations ne peuvent s’accomplir du jour au lendemain. Mais depuis quand la précipitation est-elle utile en politique? N’est-ce pas contraire à la prudence, à la circonspection que les grandes innovations politiques ont dû leur succès ?
- Ce serait être le jouet d’une illusion dange-gereuse que d’imaginer que l’on fonde en quelques années un régime politique nouveau. On n’improvise pas la forme d’un gouvernement : elle se dégage petit à petit d’une transaction continuelle entre la tradition du passé et les promesses de l’avenir. Une constitution définitive ne surgit pas d’un jour à l’autre à la manière des champignons; elle demande de longues études préalables et des tâtonnements à l’origine de son application. Vouloir tout créer d'un coup, c’est vouloir tout compromettre, car les forces de résistance sont telles qu'il faut s’y prendre de loin pour pouvoir les surmonter. Il ne suffit pas, pour être un régime politique sérieux, d’être inscrit comme tel sur un morceau de papier ou de parchemin ; il faut que ces titres de souveraineté soient gravés par la sympathie dans le cœur des citoyens.
- Enfin l'imagination a un rôle, elle aussi, à jouer dans l’installation d’un nouveau régime, mais un rôle tout contemplatif. Les combinaisons de l’esprit ne sauraient être substituées sans danger aux enseignements de l’expérience, ni les perspectives de la théorie aux nécessités de la prati-
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- que. Le temps se charge de détruire les illusions et de mettre en relief les possibilités. C’est pour cela que plus un régime honnête dure, plus il s’affermit, et que plus il met de temps à se fonder, plus il est viable. Les arbres dont les racines sont profondes sont ceux dont la croissance est lente; ceux dont le développement est rapide n’ont que des racines superficielles dont l’orage a bien vite raison.
- Si la loi d’inertie oppose de grands obstacles à l’établissement rapide d’un régime politique nouveau, par contre, une fois le mouvement lancé, il devient difficile pour ne pas dire impossible, d’en entraver la marche.
- La raison est lente à abandonner les vieilles conceptions, mais une fois qu’elle s’attaque à l’une d’entre elles toutes celles qui l’avoisinent sont ébranlées du même coup. C’est que les préjugés sont solidaires entre eux comme les vérités entre elles. Le doute s’ébranle avec lenteur, comme le volant d’une machine motrice, mais, une fois ébranlé, il impose à la machine la régularité de son mouvement. Les grandes époques de la pensée, la Renaissance, la Réforme, la Révolution, la Philosophie française de la fin du siècle dernier et la Philosophie allemande du commencement de celui-ci l’ont prouvé jusqu’à l’évidence. Que de temps elles ont mis à naître, quelle lenteur elles ont mis à se développer ! Mais aussi, une fois les résistances vaincues, que de travaux, et quels travaux ! Les forces qui s’accumulent pour surmonter un obstacle, se trouvent un jour ne plus avoir d’obstacles devant elles; leur intensité acquise ne diminuant pas pour cela, elles peuvent alors se donner libre carrière et faire marcher le progrès à pas de géant.
- C’est pourquoi les penseurs libres, les innovateurs doivent ne jamais perdre courage. La même force qui à l’origine s’oppose à l’expansion de leurs idées, en assurera le développement plus tard. Ed. Champury.
- LES JEUX PUBLICS.
- Le Devoir a été le premier, le seul peut-être, à si-gnaler le danger moral de la loterie officielle de l’Exposition. Nous étions certain que ce fâcheux ap. pàt offert au public détournerait les idées de leur droit chemin en faisant accepter qu’il peut y avoir d’autres possessions légitimes que celles provenant du travail. Les emprunts à prime sont déjà des ins. truments de démoralisation, mais une loterie dont les billets sont d’un prix accessible à toutes les bourses l’est assurément davantage.
- A nos yeux, ce premier pas du gouvernement répin blicain dans une voie honteusement exploitée par les monarques devait avoir pour conséquence inévitable de réveiller cernâmes passions malsaines que l’on a mis de longues années à combattre et à neu-traliser.
- Nos prévisions n’ont pas manqué de se produire, Divers journaux —et nous devons constater avec regret que plusieurs d’entre eux appartiennent à la presse républicaine — ont demandé que l’ouverture d’établissements publics de jeux fût autorisée.
- Chose étrange ! le journaliste qui se pose avec le plus de verve en champion de cette prétendue « li-berté,» est un écrivain distingué, très-républicain et pas mal socialiste, M. Aurélien Scholl.
- La question est d’une importance morale trop grave pour que le Devoir y puisse rester étranger, Nous ferons ce que nos confrères n’ont pas fait et nous réfuterons les sophismes des champions des jeux publics avant que ces sophismes gagnent davantage de terrain.
- La forme du dialogue se prêtera mieux qu’aucune autre à ce genre de discussion entre et nous.
- Eux,
- Plusieurs villes allemandes, Wiesbaden,Hombourg, Baden-Baden et autres ont joui d’une prospérité très-remarquable tant que les maisons de jeu y ont fonctionné et ont vu cette prospérité prendre fin du jour où ces maisons ont été supprimées.
- Nous.
- La raison de cela est bien simple. Les villes en question étaient autrefois dénuées de toute espèce de ressources, n’ayant ni industrie ni commerce, Un jour leurs municipalités peu scrupuleuses autorisèrent l’ouverture d’établissements de jeux publics à la condition qu’elles participeraient aux bénéfices de ces établissements. Les entrepreneurs de jeux, qui sont toujours adroits réalisèrent d’énormes bénéfices ; les municipalités reçurent chaque année des sommes considérables. Wiesbaden y trouva les ressources pour ses magnifiques Colonnades, Badenpour son parc, Hombourg pour.....
- Eux.
- C’était très-habile de la part de ces municipalités.
- Nous.
- C était profondément immoral. Elles ne rougissaient pas de spéculer sur les vices publics. Elles étaient intéressées à ce que beaucoup de joueurs perdissent au jeu leur fortune. Au lieu de désirer le bonheur des citoyens, elles souhaitaient de leur voir perdra le plus possible, afin de s’enrichir en conséquence-
- Eux.
- Soit, mais les villes étaient prospères.
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- Nous.
- prospérité factice, plus apparente que réelle. On onstruisit des hôtels splendides, c’est vrai, mais la iopulation se démoralisa. Les hommes se firent va-ets ou prêteurs surgageet les femmes. . La popula-ion tout entière, au lieu de s’ingénier à créer des ndustries ou du commerce, s’habitua à ne compter iour vivre que sur le vice ou le hasard. Aussi le jour ,ù la Prusse annexa quelques-unes de ces villes et Qiposa sa loi aux autres, cette prospérité apparente ue à la corruption s’arrêta instantanément. Si cette rospérité avait été réelle,c’est-à-dire basée sur le tra-ail, comme c’était le cas de la grande ville voisine, Francfort, le changement du régime politique ne l’au-ait pas arrêtée.
- Lorsqu’en 1832 on supprima les maisons de jeu de >aris, le public travailleur parisien n’eut qu’à y ga-;ner; les malhonnêtes gens seuls y perdirent.
- Eux.
- Mais, cependant, les maisons de jeu attirent les frangers dans une ville. Or, les étrangers dépensent >t 1 habitant bénéficie d'autant.
- Nous.
- C’est vrai. Mais les inconvénients du jeu contre-jalancent cet avantage et au delà. Les employés ouent avec l’argent de leur patron, les maris avec 'argent de leurs femmes et les pères de famille y mgouffrent l’argent de leurs enfants.
- Eux.
- Mais les opérations à terme de la Bourse le per-nettent.
- Nous.
- D’accord. Aussi demandons-nous l’interdiction de 'agiotage qui n’est pas autre chose qu’un jeu. Toutefois, remarquez ceci. Puisque les opérations de a Bourse permettent de jouer, de quoi vous plaignez-ious. Ne suffisent-elles pas ?
- Eux.
- Les opérations de Bourse ne sont pas accessibles 1 tous et permettent l’existence d’une aristocratie le joueurs, un monopole pour une classe.
- Nous.-
- Vous voilà pris. Vous voulez que chacun ait la faufilé de jouer quand bon lui semble. Ce sera charmant. On verra les garçons de recettes risquer sur e tapis vert le montant de leurs encaissements.
- Eux.
- On réglementera cela.
- Nous.
- C’est-à-dire qu’on rétablira une aristocratie, un monopole. Vous disiez tout à l’heure que vous n’en vouliez pas. Soyez logiques.
- Eux.
- Nous ne repoussons pas une règlementation. On Pourra interdire l’accès des jeux publics aux habitants de la localité.
- Nous.
- Quoi 1 une institution est assez dangereuse pour lu’il soit nécessaire d’en garer les habitants, et vous refusez la même protection aux étrangers; belle morale ! Et comment vérifierez-vous si les joueurs sont etrangers ou ne le sont pas. L’exhibition de passeports ne suffirait même pas, car il se ferait des fraudes.
- A Monaco, on interdit l’entrée aux habitants du Var et des Alpes-Maritimes, ce qui n’empêche pas ceux-ci de composer une forte partie du public.
- Eux.
- Mais lestripots clandestins fonctionnent ; les filous y sont nombreux ; aucun contrôle ne s’y exerce. Avec les établissements publics, les tripots clandestins n’auront plus de raison d’être, les filous se feront arrêter, les procédés des entrepreneurs seront contrôlés et les joueurs n’auront plus à craindre l’exploitation dont ils sont l’objet.
- Nous.
- Là précisément est le danger Du jour où les joueurs n’auront plus à redouter d’exploitation, leur nombre augmentera; le goût du jeu deviendra général,et, par cela même qu’il sera général, les tripots clandestins se multiplieront. Nulle part il n’y a eu plus de tripots clandestins que dans les villes où les jeux publics fonctionnaient. Nulle part on ne rencontrait plus de filous, plus d’aventuriers Nulle part les vols n’étaient plus fréquents et les suicides plus nombreux. Bit c’est un état de choses semblable que vous voudriez voir revenir à Paris ! Et vous voudriez que la France républicaine accueillit à bras ouverts certains industriels que la Prusse monarchique elle-même a expulsés avec dégoût !
- Ah! croyez-nous, ce qui fait la richesse d’un pays ce n’est pas la quantité de numéraire qui sort d’une poche pour entrer dans une autre sans avoir rien produit que de basses convoitises, c’est, au contraire, le travail productif, l’effort du muscle ou celui de l’intelligence. Le forgeron qui frappe sur le fer rouge et l’agriculteur qui ouvre du soc de la charrue le sol qu’il veut ensemencer, font bien plus pour la prospérité nationale que les personnages pommadés qui viennent s’asseoir autour d’un tapis vert. Les républiques ne se maintiennent .que si elles s’appuient sur les vertus républicaines, et la première de ces vertus c’est de toujours compter pour vivre sur le prix de ses efforts et de ne jamais rien attendre des fluctuations stupides du hasard. Si donc, Messieurs, vous voulez contribuer à la prospérité de votre pays, reniez vos sophismes, renoncez à vos convoitises peu avouables et mettez-vous à travailler.
- En. Cma-mpury.
- UN SINGULIER RAISONNEMENT.
- Un de nos correspondants de Londres nous adresse sous ce titre l’article que voici :
- « Nous avons reçu une insulte manifeste. Cette insulte, nous l'avons provoquée, cela est vrai, et nous sommes bien prêts de confesser que nous l’avons méritée.
- » Néanmoins, peu importe !
- » La façon dont nous avons ressenti et accueilli le fait, a attiré sur lui et sur nous l’attention du monde entier. Nous en avons exprimé notre mécontentement et nous avons fait connaître notre intention de punir l’injure. C’est dans ce but que nous avons fait avancer nos troupes jusqu’aux portes même de notre offenseur.
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- LE DEVOIR
- » On nons dit aujourd’hui de réfléchir, de prendre garde. On invoque les droits des nations. On nous parle de justice et d’équité. On veut nous persuader enfin que nous n’avons rien de mieux à faire que de rappeler nos soldats et d’avouer que nous avons eu tort.
- » Ce peut être un excellent avis, mais encore est-il discutable.
- » Si nous suivions cet avis, en effet, que penserait-on de nous des deux côtés de notre frontière ?
- » Ce ne serait pas pour longtemps, nous 'le craignons, que nous aurions évité la guerre.
- »» Une nouvelle offense ne se ferait pas longtemps attendre et qui nous trouverait alors bien plus chatouilleux, bien plus susceptibles et bien plus vexés que jamais.
- »» Dès lors, pourquoi attendre et, puisque guerre il doit y avoir, pourquoi pas tout de suite.
- » Nul moment ne saurait nous être plus favorable que l’heure actuelle.
- »» Rien ne nous lie les mains et nous sommes prêts, ou peu s’en faut, à porter un coup décisif. Donc, foin des doutes et des difficultés que soulèvent nos donneurs d’avis.
- »» Ce dont nous avons à nous préoccuper, ce qui nous importe essentiellement, c’est que si cette guerre doit avoir lieu (et c’est là ce que déterminent les circonstances, c’est-à-dire nos intérêts)* il faut qu’elle soit la dernière ! Certainement nous serions très-heureux de conserver la paix, mais cela n’est possible que si l’on accepte nos conditions ou si l’on nous en propose que nous puissions accepter.... à notre choix.
- » Aussi longtemps que cela nous sera refusé, nous considérerons cette guerre comme nécessaire au double point de vue de l’équité et de la politique.
- » En tout état de cause, et pour conclure, la situation actuelle est déjà trop lourde pour nos épaules et nous ne voulons rien y ajouter par de vains scrupules et des doutes fastidieux sür notre bon droit. De même nous n’avons pas à nous inquiéter s’il est sage ou non d’appüyer nos prétendons par les armes, si cette prise d’armes devient dans notre pensée une nécessité. »
- On pourrait s’attendre à trouver au bas de ces lignes, après les avoir lues* la sighature de celui qui a pris pour maxime : la force prime le droit.. , il n’en est rien cependant- Ce langage est celui dtl Times, c’est-à-dire du journal qui passe, à tort oü à raison, pour être l’organe, le fidèle interprète des sentiinehts de la grande cité. Ce raisonnement est celui de la majorité d’une grande nation dont le drâpeàu flot-
- tant aux quatre coins du monde porte dans ses plis ces quatre mots : Dieu est mon droit.
- Il est vrai que dans son écusson royal se trouve aussi, et sans doute comme correctif, cette autre sentence : Honny soit qui mal y pense!
- C’est sans doute sous la sauvegarde de cette devise que l’auteur de l’article en question a placé sa plume et sa conscience lorsqu’il a écrit ledit article,
- C.-P. Maistre.
- Londres, le 16 octobre 1878.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- Le jour même où paraissaient les décrets fixant la date des élections sénatoriales et convoquant les Conseils municipaux à l’effet de nommer leurs délégués, M. Gambetta prononçait à Grenoble un nouveau discours dans lequel il a adressé les conseils les plus sages aui membres de nos assemblées communales et aux futurs électeurs sénatoriaux. Ces conseils, comme bien on le pense, n’ont pas un grand caractère d’originalité, et l’orateur s’est borné à répéter ce qui avait été dit cent fois avant lui, à savoir qu’il fallait constituer un Sénat de contrôle et non un Sénat de conflit ; mais il a su donner à ces idées, devenues banales à force d’avoir été ressassées, une sorte de nouveauté, grâce au prestige de son langage entraînant et coloré. Nous ne pouvons qu’approuver ces manifestations publiques de la pensée de nos hommes d’Etat, car il est bon que le peuple prenne l’habitude d’entendre la parole de ses mandataires. Mais nous persistons à demander des actes, et nous espérons que le Parlement, prochainement réuni, ne nous les fera pas trop attendre.
- La commission du budget, présidée par M. Gambetta, a préludé à l’ouverture de la session parlementaire par la reprise de ses travaux. Elle s’est réunie lundi dans sob local habituel au Palais-Bourbon. Dans sa dernière séance générale du mercredi 10 juillet, là commission avait passé en revue les chiffres présentés sommairement par les rapporteurs des différents rpinistères, ejt elle avait évalué à trente millions environ les excédai!ts de recettes qü’il était permis de prévoit. Ces excédant: devaient être appliqués en majeure partie à réduire certains impôts. D’après les idées émises Üâfls la réunion de lundi, le dégrèvement porterait sur l'impôt sur la chicorée et les huiles et sur le timbre des effets de commerce. La commission va se réunir fréquemment et poursuivra ses travaux avec yctivité. On pense que la plupart des rapports seront déposés sur le bureau delà Chambre dès les premiers jours du mois qui. vient, afin que les députés puissent être en mesure d’aborder la discussion du budget dès le 11 novembre. . » .
- M. Rouvier a été nommé rapporteur du budget des travaux publics en remplacement de M. Sadi-Carnot, nommé récemment sous-secrétaire d’Etat.
- Le ministre des travaux publics à organisé, il y a quelques jours, une grande commission extra-parlementaire pour étudier les projets concernant la troisième partie de son système de tfavâtix publics, relative a l’aménagement des eaux au point de vüe agricole et industriel.. Le ministre a fait entrer dans cette commission 48 membres dont 15 appartiennent aux Chambres, .16 représentent les intérêts agricoles et 16 les intérêts industriels. • -, . , . , : r, . ' .
- Cette commission des èàüx à tenù lundi sa première
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- séance sous la présidence de M. de Freycinet qui a défini l’œuvre à entreprendre ; elle s’est ensuite partagée en trois sous-commissions qui s’occupent des travaux suivants : 4 ,
- lre sous-commission. — Irrigation, colmatage des terres, submersion des vignes ; dessèchement et assainissement ; utilisation dès forces hydrauliques.
- 2e sous-commission. — Alimentation des villes en eau potable ; emploi des eaux d’égout et des liquides industriels.
- 3e sous-commission. ~~ Créations de réservoirs, en vue d’aménager les eaux ou de les empêcher de nuire. Moyens de prévenir ou de restreindre les inondations.
- Le scrutin dé ballottage auquel avait donné ïfèu la récente élection législative dé Moulins, a eu lieu dimanche. M, Latàr? répùblièàin, à été élu contre son concurrent M. Vignô,. égalehïent réRüblièain. La réaction, malgré mille efforts, n’avait pu découvrir de candidat disposé à affronter la lutte.
- M. Dupanloup, le èélèbre et fougueux évêque d’Orléans, est mort subitement, au moment où il se rendait à Rome, sans doute pour y recevoir le fameux chapeau de cardinal qu’il convoitait depuis .si longtemps. Le défunt avait joué un grand rôle dans le parti réactionnaire et ses efforts avaient valu de, grands succès a la cause cléricale, surtout en matière d’enseignement. 11 a opiniâtrément lutté en faveur de la présente loi de Renseignement secondaire et a déterminé la victoire des cléricaux, tant à R Assemblé^ de ,1871 qu’au Sénat, dans les grandes discussions relatives, à.la législation sur Renseignement supérieur ,11 avait, dit-on, coopéré trèsacti-vivement aux révolutions parïemëbtaires du 24 et du 16 Mai, C’était un homme passionné et violent, assez peu scrupuleux dans les polémiques fougueuses et acerbes qu’il dirigeait contre ses adversaires, il était sénateur inamovible depuis 1875,
- La policé des mœürs àyâüt cômniis ces joürs-ci de nouvelles iüdignités qui ont lévolté une fois dé plus l’opinion püblique, M. lé préfet dé policé s’est décidé à intervëüir et à dohner quëlcfUès instructions à ses agents.
- Désormais, les' perquisitions daüs les garnis ne pourront être opéréës que par un commissaire de police, eU vertu d’un mandat délivré par le préfet, conformément à la loi du 22 juillet 1791, et, si la perquisition donne lieü à des interrogatoires, les intërrôgatoires dëvront être faits immédiatement.
- Quand une fèîhme séfa arrêtée sur la vois publique, les commissaires de police devront faire prendre aussitôt des rëhseigùeifiêhts sur lès circonstances qüi ont motivé son arrestation et faire procéder d’ürgebce à la vérification des détails donnés par ëlle.
- Lorsqu’il s’agira de procéder à Rinseription d’une in-soüihise tnajeure Où niîfiëüre qui refusera d’âccepter son inscriptibü, au lieu de se borner, comme précë<ieihment, à un exposé écrit, la femme arrêtée detra porter sa réclamation devant une commission composée du préfet de policé, d’ufi chef de division et du commissaire interrogateur ; l’insoumise et les agents seront éontradictoi-rement entendus. , , ,
- Qu^iit aü|t punitions disciplinaires a inflfgpr aux filles inscrites, lés réclamations dont elles seraièpt l’objet seront portées devant, une commission composée du préfet de police ou ae son délégué, assisté de deux commissaires, t. 1( , . ,
- Enfin, l’instruction rappèile que, dans le cas où une femme non inscrite refusera dé se soumettre à l’examen médical, elle ne pourra, dans aucun cas, y être contrainte.
- Ces réformes sont àssurériieht foH louables, mais à notre avis elles ne suffiront pas à prévènir le retour des faits scandaleux qui ont été signalés, etùl est indis-pensablè que nos législateurs interviennent sans délai. On assure d'ailleurs^ue M. dé Mâteere s’occupe sérieusement de la question. Il est grand temps.
- Un malaise général règne visiblement sur toute l’Europe. Voici que la Belgique, dans la prévision d’e graves événements, éprouve aussi le besoin de fortifier et d’augmenter son armée. L'Indépendance belge nous apprend que le ministre de la guerre déposera, au début de lx prochaine session, des projets de loi proposant des réformes que le journal bruxellois résume ainsi :
- Tous les jeunes gens ayant atteint l’âge fixé par la loi seront tqnus àu service militaire ; les uns seront incorporés dans l’armée active, les autres dans l’armée de réserve. Le contingent de l’armée active sera le même que celui qui existe actuellement. Les jeunes gens qui seront dans les conditions d’instruction requises entreront dans l’armée active avec le titre de cadets ; au bout d’une année, ils seront admis à passer l’examen d’officier de la réserve.
- Le service de la réserve sera de huit années. Les hommes de la réserve seront appelés sous les armés et ca-sernés quarante-cinq jours par an. Ils auront le droit de se présenter aux èxamens d’officiers. Après leur sérvicè dans la réserve, les hommes passeront dans la, garde civique.
- Le remplacement sera maintenu, mais dans les termes suivants : les jeunes gens désignés par la Conscription pour le service de l’armée active pourront se faire remplacer, mais passeront à l’armée de réserve.
- Voilà les fruits de la politique sans scrupule à laquelle ont obéi jusqu’à ce jour presque tous les gouvernements. Le peuple le plus pacifique de l’Europe est contraint à se mettre sur le pied de guerre. Que les idées vraiment civilisatrices ont donc de peine à pénétrer dans l’esprit des hommes qui dirigent les destins des nations !
- Au surplus, l’immoralité de la politique moderne est suffisamment attestée par les paroles suivantes d’un des plénipotentiaires russes qui font partie de la commission chargée d’organiser la Roumélie orientale. On discutait la question de savoir s’il fallait consulter le traité de San-Stefano ou le traité de Berlin pour régler l’administration de la province ; la commission moscovite s’écria tout à coup : « Ne parlons pas du traité de Berlin ; nous » ne le prenons guère plus au sérieux que la musique » d’Offenbach ! » Voilà où l’on en est quelques mois après le Congrès. C’est lamentable ; c’est honteux pour l’humanité, ou pour parler plus exactement, pour ceux qui ont la prétention de gouverner l’humanité.
- Les Russes qui, décidément veulent réhabiliter la foi punique, ne paraissent pas disposés à évacuer la Roumélie. Us donnent pour prétexte que les routes sont encombrées par les fugitifs et que les bagages de l’armée ne peuvent avancer.
- D’autre part, des chrétiens isolés ont été massacrés, et lès Russes profitent de cette circonstanèë pour se maintenir sur le territoire ottoman. Le gouvernement anglais si demandé des explications à ce sujet à St-Pétersbourg, rhais nous ne connaissons pas encore exactement là réponse du cabinet moscovite.
- Il semble que l’Angleterre hésite à engager la lutte avec R Afghanistan.
- : Le vice-roi des Indes a envoyé un émissaire à l’émir de Caboul. Ce nabab* qu’on disait avoir quitté Caboul le 28 septembre, a écrit au vice-roi une lettre de cette ville, datée,du 6 octobre, déclarant qu’il avait reçu l’autorisation de partir pour Calcuta et qu’il apporterait la réponse de Shere-Ali. Le sens de cette réponse est inconnu.
- En attendant, l’Angleterre masse des forces à Peshawur, et l’émir fait de grands préparatifs pour défendre son royaume. Uùe dépêche récente annonce que le vice roi deslüdes exige efue Shere-Ali vienne lui-même à Peshawur fournir des explications au gouvernement anglais. En somme, On sait peut de chose sur ce qui se passe dans cette partie de l’Asie et il est malaisé de prévoir la suite
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- des événements qui se préparent. Il convient toutefois de constater que le langage des feuilles russes est de plus en plus agressif contre l’Angleterre.
- Les rapports de l’Autriche et de la Porte sont toujours les mêmes, et cette dernière puissance persiste à refuser la signature d’une convention. Il convient cependant de remarquer que l’armée autrichienne est démobilisée en partie, pour moitié, dit on. Cette mesure peut, à la ri* gueur, être considérée à la fois comme une avance à la Porte et aux Hongrois qui voient la guerre de Bosnie avec un grand déplaisir.
- La crise ministérielle autrichienne paraît avoir fait un pas vers une solution, et une dépêche récente annonce qu’un cabinet serait en voie de formation.
- La discussion de la loi contre les socialistes a été très-mouvementée au Reichstag allemand. M. de Bismark a prononcé un discours inqualifiable dans le fond et dans la forme, au cours duquel, perdant toute retenue, il a injurié ses adversaires et accusé la France de fomenter l'agitation sociale à laquelle l’Allemagne est en proie. M. de Bismark espérait ainsi surexciter la fibre nationale des députés. Ce stratagème grossier et vraiment indigne d’un homme d’Etat scrupuleux n’a pas eu les résultats que son auteur en attendait, et le chancelier en a été pour ses frais de calomnie. Il a subi un échec douloureux dans le débat qui s’est élevé sur l’article 6 du projet, celui qu’il appelait « le tranchant de la loi » et dont l’acceptation lui tenait le plus à cœur.
- Cet article 6 qui a trait au régime de la presse, cette bête noire de tous les despotes, se divise en deux paragraphes, dont le second s’applique plus particulièrement aux journaux et autorise l’interdiction de toute publication ultérieure dès l’instant où, en vertu de la loi spéciale, l’interdiction d’un numéro de la feuille a été prononcée, Le gouvernement réprouvait cette sorte d’avertissement préalable, ajouté par la commission au texte primitif du projet; il voulait que la suppression fût permise sur un premier et unique délit de « tendances socialistes.»
- Le Reichstag a renvoyé dos cà dos la commission et le gouvernement en repoussant leurs rédactions respectives ; il attend qu’un autre texte lui soit soumis pour cet article.
- La même division entre nationaux-libéraux et conservateurs s’est produite mercredi au sujet de l’article 16 Cet article, dans le projet primitif, autorisait l’administration à expulser d une commune quelconque tout individu convaincu d’agissements socialistes. La commission avait adouci cet article en ne permettant l’expulsion que de la commune où le socialiste est domicilié. Les deux rédactions ont été rejetées malgré les efforts du ministre de l’intérieur, comte d’Eulenbourg, qui deman dait le retour à la rédaction primitive. Il n’y a donc plus d’article 16.
- Yoilà donc le « tranchant » de la loi de M. de Bismark fort émoussé, et la déconvenue du chancelier est profonde. Prendra-t-il sa revanche à la troisième lecture ? C’est ce qu’on ne saurait encore prévoir, tant le Reichstag allemand est hétérogène. Dans tous les cas, le gouvernement allemand fait répandre le bruit qu’aussitôt après Je vote du projet il nommera une commission chargée de faire une enquête sur la situation des classes ouvrières et de proposer des mesures pour l’améliorer. Ce n'est là, bien entendu, qu’une nouvelle manœuvre destinée à surprendre la religion des députés allemands. De pareils moyens sont bien usés, bien puérils; mais les courages sont si lâches en Allemagne et ailleurs que des combinaisons pareilles, si peu neuves qu’elles soient, ont pourtant plus d’une chance de réussir.
- Le président du conseil des ministres du royaume de Grèce a prononcé à la Chambre des députés un discours fort important dont un passage est des plus significatifs.
- Après avoir rappelé que les décisions du Congrès de
- Berlin, en ce qui concerne la rectification des frontières, n’ont pas été jusqu’ici exécutées, M. Coumoundouros a ajouté : «Si la Porte répondait parun refus définitif, et si alors l’Europe nous abandonne, la Grèce, forte et armée, suscitera un événement qui obligera les puissances à se saisir de la question. »
- Que sera l’événement que M. Coumoundouros nous promet de susciter.
- Sera-ce,comme l’année dernière,une violation de frontière turque, ou comme il y a quelques années (affaire des brigands de Marathon), l’assassinat sur territoire grec et par des brigands soudoyés en Turquie, de plusieurs citoyens des pays occidentaux.
- Ces genres ^évènements suscités n’ont pas profité à la Grèce. Le crime avait amené la chute du ministère d’alors, l’invasion amena les cuirassés devant le Pyrée et certaine panique qui a beaucoup fait rire.
- La Grèce a droit de revendiquer celles de ses populations asservies à l’étranger, mais elle doit les revendiquer moralement et non par les moyens qu'elle emploie.
- CORRESPONDANCE
- Il nous paraît utile de rapprocher quelques extraits des correspondances qui nous sont adressées et qu’à notre grand regret il ne nous est pas possible de reproduire in extenso.
- Nos lecteurs pourront voir,par ces quelques citations, quel est l’esprit général de nos correspondants.
- M. L. Piguet, à Genève, nous écrit :
- Je ne comprends pas qu’en face du péril que la société court maintenant, les esprits soient assez obtus pour ne pas s’occuper davantage des questions économiques et de chercher les moyens de conjurer les cataclysmes dont elle est menacée si elle continue à marcher dans la voie économique dans laquelle elle est engagée ; car si un homme,Ch. Fourier,a prévu,au commencement de ce siècle, où nous conduirait notre système économique, nous avons aujourd’hui la preuve que ses prévisions et ses calculs étaient justes ; perfectionnement et augmentation des moyens de production, diminution de consommation par le chômage produit par le moins grand nombre de bras nécessaires à la production et par le manque de justice dans la répartition, cela ne doit-il pas arriver nécessairement à créer un état impossible? et dans un temps plus ou moins rapproché.
- Je voudrais avoir une voix asœz puissante pour réveiller tous ces hommes endormis par leur ignorance et qui se croient en sécurité, et leur montrer le précipice dans laquel la société roule, leur crier réveillez-vous et cherchez, pendant qu’il en est encore temps, les moyens de l’arrêter sur cette pente ; car il arrivera un moment où il n’y aura plus aucun moyen d’arrêter une collision terrible.
- M. J. Vandercruyee, de Bordeaux, auteur d’ouvrages dont nous parlerons, nous écrit de son côté :
- Malgré toutes les mauvaises passions qui dévorent l’esprit de l’homme et malgré la cupidité inhérente à son cœur, il n’est pas douteux que lorsque les lois de l’égalité et de la liberté seront appliquées d’une manière sérieuse, une.foule d’hommes généreux de toutes les classes de la société ne voudront plus rien posséder qu’au titre sacré de la justice.
- M. P.-P. Vernière, de Palma, nous pose aussi des objections auxquelles nous répondrons dans un prochain numéro. La place nous manque pour donner aujourd’hui à notre réponse le développement nécessaire.
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- VARIETES
- Une Aca démicieniae.
- Mme Jenny Cunningham-Groly a été élue membre de l’Académie des sciences de New-York.
- Voici une distinction bien flatteuse pour la nouvelle académicienne et bien honorable pour l’Académie qui sait reconnaître et récompenser le mérite là où il se trouve.
- Nous n’en sommes pas encore là chez nous et nous voyons d’ici la grimace qu’auraient faite nos académiciens si on leur avait proposé pour collègue George Sand ou Mme de Staël.
- Pensez donc! ouvrir les portes de l’Académie à une femme ! Gela ne se peut ! Pour être immortel il faut appartenir au sexe barbu.
- TJne JGlève (l’Ann Arbor.
- Le nom d’Ann Arbor vient de faire le tour de la presse européenne à l’occasion de la découverte d’une nouvelle planète intra-mercurielle.
- On a fépété ce nom d’Ann Arbor sur tous les tons, et quelques journaux ont même pris ce nom de localité pour an nom de ville et parlé d’un observatoire astronomique fondé par Ann Arbor.
- Voilà à quoi l’on s’expose quand on parle de ce qu’on ne sait pas.
- Ann Arbor n’est ni un monsieur, ni une dame, c’est l’université de l’Etat de Michigan. C’est d’elle que nous avons parlé Tome Ier, page 323.
- Cette université fait d’excellents éléves des deux sexes et, tout récemment, une de ses élèves, miss Anna V. Râper. a été admise comme attorney à. la cour suprême de Michigan.
- TJne femme ingénieur.
- Une demoiselle russe a terminé cette année ses études à l’Ecole polytechnique fédérale suisse de Zurich.
- C’était la seule élève du sexe féminin de ces cours et vraisemblablement la seule en Europe qui ait suivi un enseignement de cette nature.
- L’université de Zurich compte, dans le semestre actuel, un certain nombre de femmes qui se destinent au doctorat.
- Le» MAïsess (PAnzasea.
- On sait que sur le versant italien du Mont-Rose, dans la vallée d’Anzasca. se trouvent des veines aurifères exploitées depuis peu et dont l’accès est d’une difficulté extrême. It s’y trouve également des minerais de fer.
- L’exploitation du fer, dit M. E. Viollet-le-Duc, a lieu sur une des rampes de la vallée et le lavage est établi sur l’autre, de sorte que le minerai, enfermé dans des sacs, est envoyé à travers le creux du vallon au moyen de fils de fer tendus suivant une faible inclinaison. Ces sacs chargés, en glissant par leur poids sur ces fils, produisent exactement le bruit des obus traversant l’espace.
- La Fondation Amalia.
- M. le docteur Bouchuta examiné, avec sa compétence bien connue,les plans d’hôpitaux exposés au Champ-de-Mars.
- Voici en quels termes il s’exprime au sujet du no-uvel hôpital d’Utrecht, dit Fondation Amalia, le modèle des hôpitaux de l’avenir.
- « Ce fameux hôpital paraît devoir être considérable, i Il n’est qu’en partie terminé. Il est formé de pavillons à un seul étage, construits en fer et en briques, disséminés dans les jardins et reliés par des passages couverts.
- Il y a 16 malades dans chaque pavillon, et l'un d’eux est destiné à l’isolement des maladies contagieuses. Le
- système est complet. La pensée fondamentale de l’architecte a été la dissémination des malades et en même temps leur isolement lorsque la nature de la maladie rend cette pratique nécessaire. Désormais tout hôpital qui ne sera pas construit d’après ces indications ne remplira pas complètement le but humanitaire que se propose la société lorsqu’elle ouvre des asiles gratuits à la souffrance. »
- Le Shakespeare Memorial
- Une association, s’est fondée en Angleterre pour doter la ville natale de Shakespeare, Stratford sur Avon, d’un monument commémoratif digne de ce puissant génie.
- Le monument, au lieu de consister en une œuvre sculpturale gigantesque qui serait hors de proportion avec la petitesse de la ville, consistera eu un théâtre, une bibliothèque et un musée.
- Les capitaux sont en grande partie réunis et les travaux sont commencés.
- Ou esüme que la dépense totale sera d’un demi-million de francs.
- La prospérité par la protection.
- Sous prétexte de n’être plus « tributaires » de la vieille Europe, de créer et de développer sur leur territoire toutes les grandes industries dont le sol américain fournit en abondance tous les éléments, et d’arriver ainsi, non-seulement à se suffire à eux-mêmes, mais à faire concurrence à leurs aînés sur tous les marchés du monde, les Etats-Unis ont hérissé leur tarif douanier de droits exhorbitants. Qu’est-ce qu'ils ont gagné? Trois lignes seulement, extraites du journal le Fer, nous le diront : « On nous écrit de New-York, dit cette feuille, que dans un récent meeting, les maîtres des hauts-fourneaux de l’Union ont résolu de réduire leur fabrication par l’extinction d’un tiers de leurs hauts-fourneaux. » Voilà la prospérité que la protection a donnée aux maîtres de forges de l’Union : voilà le bien-être et la sécurité qu’elle assure à leurs ouvriers ! — En vérité, c’était bien la peine !
- Un exécuteur peu. embarrassé.
- Un nègre de seize à dix-sept ans, Robert Mitchell, reconnu coupable d’avoir empoisonné sa grand’mère, vient d’être pendu à Union-Springs (Alabama).
- Robert Mitchell a gravi les marches de l’échafaud sans chanceler, et a prononcé un petit discours, disant en substance qu’il mourait innocent, et qu’il avait l’espoir de revoir ses amis dans le ciel. A midi et demi, la trappe s’est abattue sous le patient ; mais la corde était un peu trop longue et ses pieds touchaient le sol. Le shérif a remédié à cet inconvénient par le plus simple des moyens : il a saisi les pieds du pendu et les a tenus un peu élevés au-dessus de terre pendant son agonie qui a duré une trentaine de minutes.
- Le Kuissean des Millions.
- La Suisse ne possède que peu de houille, ce qui met un obstacle sérieux au développement de la grande industrie dans ce pays. L’obstacle cesse pour la petite industrie, car là les moteurs hydrauliques abondent à profusion, etsont eu général fort habilement utilisés.
- Le ruisseau l’Aa, dans le canton de Zurich, est peut-être le meilleur modèle connu de l’emploi ingénieux d’une force hydraulique.
- L’Aa est un petitruisseau qui sort du lac de Pfaeffikon, à l’Est de Zurich, et va se jeter dans le lac de Grei-fensee.
- La différence de niveau des deux lacs n’est pas même de cent mètres, et la distance qui les sépare est d’environ 8 kilomètres. Malgré la faiblesse de sa chute et le peu d’importance de son débit — il n’a que 3 mètres de largeur — ce ruisseau est si bien utilisé par les trente usines considérables de ses bords, qu’on l’appelle dans la contrée le Ruisseau des Millions.
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- Curieux moyen de défense.
- Chacun sait que les Hollandais se sont défendus à plusieurs reprises, entr’autres contre les armées de Louis XIV, par l’inondation du pays. Ce que l’on sait moins, c’est qu’ils se sont défendus aussi par l’incendie du sol.
- En 1S93, raconte Esquiros, pendant leur guerre contre l’Espagne, les Hollandais mirent le feu à une tourbière à travers laquelle les ennemis avaippt construit une chaussée. La chaussée fut détruite et la route coupée aux Espagnols.
- .... i i.
- La pins grande carrière du monde.
- Immédiatement au sud de Maastricht et sur le bord même de la Meuse, s’élève le Sint-Pietersberg que les Hollandais revendiquent comme étant « leur montagne. »
- Ne les taquinons pas sur cette qualification, bien que ce soit facile (le Sint-Pietersberg n’a que 120 mètres de hauteur et il appartient en partie à la Belgique), et félicitons—les du parti qu’ils ont su tirer de cette élévation qu’ils ont rendue unique en son genre.
- Le Sint-Pietersberg est composé de deux étages de formation crétacée. Au dire d’un géographe belge, M. Houzepu, l’étage inférieur a été évidé par suite de l'exploitation des carrières, tandis que l’étage supérieur est demeuré intact et recouvre les, excavations comme un toit. Le voisinage de la Meuse facilite l’exportation de cette pierre qui est un tuffeau assez recherché dans les autres contrées de la Hollande, où, comme l’on sait, la pierre fait complètement défaut.
- Cette exploitation, qui dure depuis des temps préhistoriques, occupe constamment des milliers d’ouvriers. Seize mille avenues souterraines se croisent en tous sens et occupent une superficie de plus de deux cents kilomètres carrés. Rien de pareiLne se trouve nulle part.
- Pour peu que cette exploitation continue sur le même pied, les Hollandais ne pourront jiiùe, dans quelques siè-cles, parler de « leur montagne », ils l’auront consommée.
- IPîiiï' national améeicam.
- Voici en quels ternies u i littérateur et compositeur estimé, M. Oscar Commettant, a raconté l’histoire du Yankee-Doodle ;
- L’histoire de cet air national qui, plus encore - que le noble Rail Columbia, a le pouvoir d’exciter la fibre patriotique des citoyens de la grande république, m’a été contée à New-York, par un ancien colonel anglais qui, un jour, m’adressa cette question :
- — Etea-vous musicien ?
- — J’ai passé les trois quarts de ma vie à apprendre la musique et à 1 enseigner aux autres.
- — Alors vous devez la savoir. Comment trouvez-vous
- l’air du Yankee Doodle que les enfants sifflent ici ayant de savoir parler, que les femmes jouent des doigts et du coude sur tous les pianos, que les pompiers chantent dans tous les tons q 1^, fois en courant aqx incendies, avec lequel l’Américain s’éveille et s’ëudort, c[u’il aspire et respire avec Pair.qui le fait vivre, qui le .suit le.ijour de ses npçes et:i’apcçmpagnera au. cimetière; .cet air, enfin, plus populaire que le peuple, qu’on entend encore lorsque personne ne je dit plus, tant on l’entend et tant il vibre en nous môme?- ,
- — Eh bien, je,yous répondrai franchement que je le trouvp,détç^table pn tant que chant patriotique II n'est ni noble, ni martial, ni original, ni musical. Ce n’est pas mêm,e mi air .de chansonnette, qui .vaille quplque chose, car étap.i çoinposé dq, seize, mesures seulement, à deux temps et à mouvement rapide, il a le tort grave, dans la seconde partie, d’indiquer une. modulation à la dominante qui n’arrive pas et laisse de l’incertitude dans la tonalité,, f . ,
- — C’est un airs<Lorigine anglaise.
- — Cela ne m’étonne pas.,(. .. .
- —.C’est asgejz dire, répandit le colonel .en riant, le cas que vous faites de la musique de mon pays.
- — Permettez...
- — Moi je le trouve joli et je le regrette.
- — Vous le regrettez, dites-vous f qui donc vous empêche d’en user à votre aise ?
- — Personne, assurément; mais il rappelle aux Anglais les plus rudes journées de la guerre de l’Indépendance américaine,et je ne le chante jamais que pour moi-même, intérieurement; in petto, comme disent les Italiens.
- Et alors ce brave officier anglais me raconta que cet air appelé Yankee-Doodle, assemblage de mots burlesques et railleurs, intraduisibles en français et qui en anglais même n’ont pas de signification précise (1), avait été composé, paroles et musique, par les soldats réguliers de l’armée anglaise pour se moquer des recrues de l’armée deWashington, mal armées et surtout mal habillées. Les soldats anglais chantaient et dansaient le Yankee-Doodle le soir sous les tentes, dans les bivouacs, ne prenant pas au sérieux l’armée citoyenne des Yankees, Piqués au vif par ce persiflage, lés soldats de l’Indépendance jurèrent que cet air goguenard fait pour les humilier serait bientôt le symbole de leur liberté, qu’ils triompheraient avec lui du joug de P Angleterre, et .qu’une fois libres, maîtres de leur destinée, eh République. ils en feraient leur chant patriotique. >
- Et voilà comment il se fait que Je Yankee-Doodle^, Pair le moins martial, le moins pompeux, le moins noble qui soit, est devenu pour tous les citoyens des Etats-Unis, l’air national par excellence, qu’ils ruminent sans cessé et dont les accents, d’ailleurs, ont le pouvoir d’enflammer tous les coeurs.
- UNE PENSÉE DE FRANKLIN.
- Quand le commerce d’un grand pays comprendra que vendre un couteau ou une clef un sou rapporte plus que les vendre dix sous, ce jour-là des ruisseaux d’or couleront dans les rues et tout le monde sera riche.
- Traduit de l’Anglais, de Mm8 Marie HOWLAND Voir n° 4 à n° 5 (tome 2)
- (Suite)
- Ainsi les jours suivaient les jours. Clara tenait la maison d’Albert avec une rare habileté, recevant ses amis, présidant la table avec grâce, animant le salon de sa présence. En échange, elle recevait les attentions de son mari lorsqu’il n’était pas trop absorbé par la société de ses amis ou par les charmes d’Ella. Clara, comme beaucoup d’autres femmes avant elle, apprit à être hypocrite parce que si un mot ou un geste de sa part dénotait là peine qu’elle ressentait, le bonheur de son seigneur et maître en était troublé.
- Quelquefois les protestations d’Albert, qui ne cessait de déclarer que son amour était toujours ië
- (1) Ÿafihee est le sobriquet par lequel- les Anglais désignaient avec dénigrement léshabitants du Nord de I.’ÀméHdue. G!e$t le mot en-glish (anglaispdéfiguré paF la prononciation des PeauX-Rouges.
- Le mot doodle prête à rire sans qu’il ait un sens précis.'
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- même, mettaient la patience de Clara à une rude épreuve. Comme si toutes les paroles, tous les actes de M. Delano ne proclamaient pas la fausseté de ses serments.
- A côté de la radieuse figure d’Ella qu’illuminait le triomphe de l'amour, était-il surprenant que la pauvre Clara parût vieillie, partagée qu’elle était entre ses efforts pour veiller à toutes les responsabilités du ménage, pour montrer un visage souriant quand son cœur était brisé, pour fendre même en sa pensée strictement justice à Albert et à Ella et faire bon visage à cette dernière, afin de ne point déplaire à Albert Delano î
- Dans ces conditions, quoi d’étonnant que Clara désirât faire un petit voyage pour revoir un instant son père qui ne l’avait jamais méconnue, à qui jamais il n’avait été nécessaire de cacher une pensée, ni une émotion, à qui elle était sûre de plaire en étant elle même ? Quelquefois, il semblait à la pauvre femme qu’elle ne devait pas perdre un instant pour voler vers le bon docteur Forest.
- Cependant, lorsque ce matin-là elle exprima son désir d’aller dans sa famille, Albert manifesta ( le plus grand étonnement. Son attitude et ses paroles au premier abord indignèrent Clara.
- « J’aimerais beaucoup à y aller, » dit-elle au cours de la discussion, comme si cette raison devait suffire.
- « Mais ma chère, en ce moment, vous n'y pensez pas, » dit Albert avec plus de douceur une fois le premier mouvement de surprise passé.
- — « Je serai de retour avant la fin de la semaine. »
- — « Vraiment! Et vous partirez seule! Pensez-vous que je puisse vous laisser aller ainsi, pour la première visite à vos parents depuis notre mariage? Je dois vous accompagner. »
- Ella fit la moue. Ces dernières paroles d’Albert indiquaient qu’il n’était pas encore tout à elle et qu’il avait un certain orgueil d’être le mari de Clara. Miss
- • t i 0 i . ^
- Wills se sentit jalouse de la femme légitime, et ne tarda pas à gagner sa chambre à coucher.
- Un peu plus tard, Albert vint chez sa femme dans l’intention de régler définitivement cette question de voyage. Clara essaya les petites coquetteries qui le charmaient autrefois, mais pour la vingtième fois peut-être, elle fut forcée- de reconnaître qu’elles avaient perdu leur pouvoir. Seules les minauderies d’Ella avaient du prix maintenant. La fille du docteur Forest se méprisait elle-même pour sa folie persistante à espérer malgré tout, et à vouloir regagner un cœur que les grâces superficielles d’Ella pouvaient seules captiver. Cependant, elle savait qu’il serait
- plus qu’inutile de laisser voir ses sentiments ; le chagrin était un crime aux yeux d’Albert, aussi n’avait-il plus vu de larmes dans les yeux de sa femme depuis bien des mois.
- Interrogée sur le motif qui lui avait inspiré le soudain désir d’aller a Oakdale,elle répondit à son mari :
- « Il y a longtemps que j’y songeais, je ne me sens pas très-bien et je désire voir mon père; je ne puis vous dire combien ce désir est vif. »
- — « Vous ne m’aviez pas dit que vous fussiez malade. Clara, vous n’avez donc pas confiance en moi
- comme médecin. »
- — « Que vous êtes méchant : vous savez bien le contraire. «
- — « Si vous aviez confiance en moi, vous nie diriez ce que vous éprouvez »
- — « Hélas! est-ce que je devrais avoir besoin de vous le dire? »
- « Oh! vous savez, je ne fais pas profession d’être un magicien comme votre père, » répondit Albert d’un ton ironique.
- « Je n’ai pas besoin de vous dire ce cjue je pense de cette mauvaise plaisanterie, » fit Clara indignée. «Je ne suis pas seule à croire que mon père est ün mé-
- decin d’un haut mérite. »
- — « Je n’ai pas eu, en disant ceia, l’intention d’offenser votre père; je sais qu’il a fait en France de brillantes études et qu’il se tient au courant de toutes les méthodes et découvertes de la science ; mais, que voulez-vous, il n’en est pas moins un docteur de l’ancienne école. »
- — « Ce sujet m’est pénible, Albert. Je suis profondément froissée que vous vous compariez d mon père sous ce rapport,
- u Vous êtes ravie, n’est-ce pas, de nie traiter en
- >, i ...
- bachelier, » répondit Albert en prenant un air de supériorité offensée; « permettez-moi cependant de> vous dire que, tout en étant d’un goût douteux, cela est imprudent. »
- « Imprudent? » lit blara, « d’abord je h’ai jamais eu l’intention de vous offenser, mais dites moi donc, je
- vous prie, ce que je puis avoir à craindre ? »
- « — bii rien ! naturellement vous faites trop peu de cas de mon respect et de mon estime. » frisant ces mots, Albert tira de son porte-cigare
- un havane et se prépara â frotter une allumette.
- « Non, » dit fclàra, « je ne vous permets pas de fumer chez moi aujourd’hui. »
- « Madame sera obéie, » répondit Albert en s'inclinant.
- L’attitude et le ton de Clara étaient si étrangement différents de ce qu’il connaissait d’elle, qu’il demeura
- t • i i j; . •• -, . - • i j j ' fi :rf. .
- saisi d’un etonnement presque admiratif.
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- LE DEVOIR
- « J’ai droit à votre respect et à celui de tout le monde, » poursuivit Clara, « tant que je ne me serai pas dégradée par une conduite indigne... Quant à votre estime, j’avais espéré la conserver toujours, car nulle personne sincère ne peut réellement aimer lorsqu’on n’estime plus. »
- « Je pense que vous avez raison, ma chère, » fît Albert froidement.
- « Il est triste pour une femme de perdre le peu de beauté qu’elle peut avoir, » dit Clara en se regardant dans une glace, « car je pense que l’estime de la plupart des hommes dépend absolument de la beauté extérieure. »
- — a Non, Clara, c’est l’air heureux qui charme le plus un amant. »
- — « Vraiment ? Alors je n’ai pas grand charme, car je ne suis pas heureuse. »
- — « Voyez donc 1 Moi qui était assez fat pour croire que ma femme devait être heureuse. »
- — a Hélas, non ! La femme que vous aimez pourrait seule être heureuse. Vous savez bien que je suis hère d’être votre épouse, mais je deviendrais volontiers votre maîtresse si je pouvais regagner ainsi ce que j’ai à jamais perdu. Oh ! Albert ! Il me semble que la terre me manque sous les pieds, lorsque je pense que nous en sommes arrivés là. »
- Il y avait quelque chose dans le son et les manières de Clara qui disait si haut combien de luttes et d’émotions réprimées se cachaient sous son calme apparent, que, tout à la fois comme mari et comme médecin, Albert fut sérieusement alarmé. Aussi fit-il ce que font la plupart des hommes en pareil cas. Il prit sa femme entre ses bras, la couvrit de baisers, se déclara indigne d’un amour comme celui qu’elle lui avait voué, et, comme Clara faisait allusion à Ella, il la supplia de ne plus prononcer devant lui le nom d’aucune autre femme. Que lui importaient toutes les femmes du monde ?
- Il avait été un butor de laisser croire qu’une autre que Clara avait du prix à ses yeux et de lui causer ainsi la moindre peine. Clara, blottie sur le cœur de son mari, se livrait, tout en sanglotant, au délicieux espoir que la confiance et l’amour étaient revenus.
- Cependant Albert continuait ses protestations et ses serments. Oh ! jamais plus il n’aurait d’attentions pour Ella, puisque cela déplaisait à sa femme.
- Celle-ci, trop heureuse d'avoir retrouvé l’amour de son mari, répondit à travers ses larmes de joie :
- « Non, non, mon bien-aimé, vous ne devez pas la rendre malheureuse par un brusque changement dans vos manières ; ne pensez-vous pas qu’elle vous aime réellement? »
- « Cela n’est pas douteux, » fit-il avec une pointe
- de vanité; car il ne pouvait résister au plaisir de se sentir follement aimé de cette femme qui avait autrefois méprisé son amour.
- Il n’avait pas désiré qu’une autre femme prît dans son cœur la place de Clara ; il sentait que leur affection mutuelle était précieuse et aurait voulu la conserver dans toute sa fraîcheur. N’eût-il pas dû alors, dès qu’il s’était aperçu de la passion d’Ella, montrer à la jeune fille que tout son amour était pour madame Delano ? Cette conduite eût été moins galante, sans doute, mais beaucoup plus sage. Instinctivement, les femmes cèdent à une rivale dont la position est inexpugnable. Peut-être les hommes se rendent-ils compte de ce fait et est-ce pourquoi ils laissent voir si rarement qu’ils aiment uniquement. C’est surtout le cas des êtres à dispositions mélancoliques : invinciblement attirés par les caractères heureux et enjoués, ils se dérobent à la souffrance, même lorsqu’ils en sont la cause.
- Clara trouva dans le soudain retour de tendresse d’Albert une suffisante compensation pour le sacrifice de son voyage à Oakdale et déclara à son mari qu’elle ferait tout ce qui serait nécessaire pour lui plaire.
- « Ma chérie, » répondit celui-ci, « vous me plairez toujours tant que vous serez dans ces heureuses dispositions. Soyez contente et il n’y aura plus de nuages dans notre ciel. »
- — « Mon bonheur, vous le savez, Albert, dépend absolument de vous. Comment une reine peut-elle être heureuse lorsqu’elle a perdu son trône? Je veux dire, » ajouta-t-elle bien vite, « lorsque son trône est en danger. Je ne suis ni égoïste, ni jalouse: je voudrais que vous fussiez aimé de toutes les femmes, et volontiers je resterais seule pendant que vous les courtiseriez, parce que je sais qu’il est dans votre nature d’être aimable et galant et que vous êtes heureux de vous sentir admiré. Que m’importerait cela, si j’étais sûre d’avoir toujours dans votre cœur la place d’autrefois,-celle qui m’appartient de droit, parce que je vous aime plus que ne peuvent vous aimer les autres, ainsi que vous le reconnaissez vous-même. Il y a quelque chose dans les manières d’Ella, lorsqu’elle cause avec vous en ma présence, qui me désespère et me fait craindre que vous ne lui ayez pas indiqué suffisamment la place que j’occupe dans votre cœur. L’avez vous fait, mon bien-aimé? »
- Albert savait que non, et sa position était embarrassante, car il lui répugnait de mentir en face. Il manœuvra cependant de façon à satisfaire Clara ; et celle-ci complètement rassérénée, l’envoya annoncer à Ella que le voyage à Oakdale était différé pour le moment. (A suivre.)
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- . LA VÉRITÉ SUR L’ALLEMAGNE
- II
- Une révolution en Allemagne serait plus terrible que ne le fut celle de la fin du xvne siècle. Quiconque connaît bien le caractère allemand ne nous démentira pas.
- Que faudrait-il faire pour empêcher l’explosion populaire ?
- Aller au devant de la révolution qui s’avance de plus en plus, croyons-nous. Arrachant la première lettre du mot, les gouvernements deviendraient alors des alliés, des évolutionnaires !
- Quel gouvernement européen a jamais songé, depuis des temps immémoriaux, à écouter la voix de la prudence et de la raison ?
- Pouvons-nous demander plus ici que là ? et depuis que Napoléon, mettant les bottes de la réaction, essaya d’écraser la liberté européenne sous son talon, que de pieds royaux, chaussés d’escarpins, comme Charles X, ou de souliers, comme Louis-Philippe, se sont foulés en imitant le maître en despotisme.
- Il est donc de tradition de ne reconnaître qu’un moyen : la terreur.
- C’est donc par la terreur au petit pied que les gouvernements allemands essaient de conserver la tranquillité dans le pays.
- Un fait qui semblera insignifiant s’est passé lors de l’attentat que l’on sait :
- Un gamin a été arrêté à Berlin, collant un placard, conçu à peu près en ces termes : « L’empereur est guéri ; au tour du troisième meurtrier. »
- Le peuple, lui aussi, voudrait-il agir par la terreur ?
- Non, pas le peuple, car il proteste !
- Le pquple de tous les pays qui, depuis cinquante ans, s’est élevé à cette hauteur : abolition de la peine de mort ! — le peuple allemand, socialiste ou démocrate, réprouve énergiquement les derniers attentats !
- Mais telle société secrète que la police ne parvient pas à découvrir, aurait-elle adopté ce moyen : dégoûter du métier de roi ? — Cette hypothèse est possible.
- Il ne s’agit pas ici de signaler les faits de chaque jour, tous les petits événements qui se succèdent : nous voulons plutôt chercher à donner une idée de la physionomie de l’Allemagne en ce moment.
- Un malaise général y règne depuis plusieurs années ; les affaires languissent ; le pays est en état de marasme.
- La misère augmente partout ; le paupérisme fait
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- irruption ; le socialisme est accueilli comme un sauveur.
- Il y a socialisme et socialisme.
- Que de gradations ! et quel progressiste n’est pas socialiste, surtout si, par ce mot, on comprend celui qui s’adonne à la recherche des moyens d’amélioration matérielle du sort du plus grand nombre.
- Gouvernements, quels que vous soyez, si vous vou-! lez combattre les tendances de telle ou telle école, que n’ouvrez-vous des chaires de science sociale !...
- [ Eh bien, où sont-elles ces chaires en Allemagne ? j Nous dînâmes un jour avec un docteur en droit qui ! avait reçu ses grades à Heidelberg. Chose incroyable ,
- | il confondait Lassale et Schulze-Delitzsch ; comme on dit vulgairement, il les mettait dans le même sac.
- Eh bien, cet homme, très-fort en droit latin, sera un jour appelé à juger ou à défendre des hommes du xixe siècle !
- Voyez-vous un avocat français ne faisant aucune différence entre Fourier, Proudhon et Bastiat I
- Ce fait n’est-il pas caractéristique ?
- C’est par la lumière que l’on devait combattre l’avenir, puisque, comme pour les ténèbres, il suffit de l’éclairer pour la dissiper.
- Ce gouvernement, fronçant les sourcils, ajoute l’ombre du cachot à l’ombre de l’esprit. Ténèbres sur ténèbres î
- S’il lui faut dix bras aujourd’hui, il lui en faudra cent demain, mille après, puis... croitHl en trouver assez... encore après !
- — Toujours comptant sur le même système, pour que tous ces bras lui restent, c’est bien simple : — Un civil, un an de prison; un soldat, même délit, dix ans !
- Eh bien ! non, ce n’est pas si simple que cela : ce système'paraît logique, mais on sait où mène la logique quand le sophisme en est la base.
- Pauvre Allemagne, voilà encore où elle en est !
- Voilà où en est la Prusse après ses victoires remportées de 1864 à 1871 !
- Un armement ruineux qui épuise le pays et des yeux qui s’ouvrent partout !
- Voyons, reconnaissons enfin que si la force cherche à primer le droit, elle ne le peut pas longtemps.
- L’engouement, certes, était grand en 1871 !
- L’Allemand s’est jeté dans la spéculation, il a agioté ; on jetait l’argent par la fenêtre, à rappeler Law et la rue Quincampoix ;
- On achetait un petit carré de papier pas cher, et le lendemain il valait le double, le triple !
- On bâtissait des palais à Berlin au lieu de maisons.. ; on ne comptait que par millions !
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- LE DEVOIR
- Puis..le petit carré de papier se transforma en feuille sèche ; les palais restèrent vides, et, l’âme navrée, on songea à se remettre au travail !... Des cinq millards, il n’en avait été question ; ils n’avaient rien à voir en cette affaire.
- Que de faillites, alors !
- Quelles réductions du npmbre des ouvriers dans les usines !
- Que de mécontents ! que d’affamés !
- C’était la crainte de lq gqerre; c’était lq guerre; la stagnation était générale en Europe, disait-on !
- Enfin, la paix est signée à Berlin !
- Gpancj esppir.
- — I^on Dieq! les affaires vont après comme avant, de mal en pis !
- Les gens se rega^ept, pour savoir d’où viendra le remèdq.
- — Sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?
- — Pas même de la poussière sur le cliefifin !
- C’est que ma sœur Anne ne regarde pas dp bon côté.
- Le pays se ronge lui-ipême ; il ne produit pas ; il reste au port d’armes, et, pour le guérir, on prend le bâillon, on renvoie le Reichstag, op en reprend un autre qu’pp renverra encore - •.
- Voilà à peu près où en est aujourd’hui l’Allepiagnp victorieuse !
- Edmond Potonik.
- LES BIBLIOTHÈQUES POPULAIRES DE PARIS
- Paris est la ville des bibliothèques. Aucune capitale, Londres non excepté, ne possède d’aussi précieuses collections de livres, distribuées ainsi dans des quartiers différents et accessibles gratuitement à chacun. Ce sont là des trésors intellectuels d’une incalculable valeur et que la plupart des autres villes ne pourront jamais égaler, faute des ressources voulues.
- Mais il est un genre de bibliothèques qui fonctionne à Paris et qui pourrait être utilement imité-ailleurs ; ce sont les Bibliothèques 'populaires. Il en existe aujourd’hui onze à paris ; au 31 décembre derniep elles possédaient entre elles 33,350 volumes et étaient fréquentées par 4,207 personnes.
- Ces bibliothèques ont eu longtemps pour seule ressource les dons volontaires, les droits d’eptrée et les cotisations mensuelles très-modiques des personnes qui en profitent. Depuis 1875, elles ont été très-modestenaent subventionnées par le Conseil municipal 4.e Pqris. Elles ^orqt administrées par leurs adhérents, ce qui, an (ijdrfl de M. Bourneville» est un
- stimulant très-efficace et très-énergique pour assurer leur succès. Elles offrent à leurs sociétaires cet avantage 'précieux de pouvoir emporter les livres à domicile. Ces livres ainsi emportés sont un attrait de plus pour retenir l’ouvrier à la maison, et, comme l’a fait observer M. Laboulaye, la famille y gagne tout ce qu’y perd le cabaret ; la société y gagne tout ce qu’y gagne la famille.
- L’idée de créer ces bibliothèques est récente à Paris.
- La plus ancienne, celle du 39 arrondissement, fut inaugurée en 1861. « Fondée, écrit M. Harant, par quelques ouvriers et leurs professeurs des Associations polytechrdque et 'phüotechnique, elle adopta le principe de la coopération et du prêt des livres à donrcile. On peut dire, ajoute-t-il, que c’est de là que le mouvement est parti pour se répandre en mille endroits, non-seulement en France, mais dans toute l’Europe. Avant cette époque, en effet, on ne trouve rien de semblable dans aucune autre ville, comme l’ont constaté les documents de l’Exposition universelle de 1867. Aussi, est-ce à cette bibliothèque que le jury international accorda la médaille d’argent.»
- M. Harant est dans l’erreur en affirmant que rien de semblable n’existait ailleurs à ce moment-là. Plusieurs bibliothèques semblables fonctionnaient déjà à Genève en 1842, et il est présumable qu’il en existait déjà d’autres en Suisse. Aujourd’hui, les bibliothèques populaires se comptent par centaines dans ce petit pays, ce qui ne doit pas étonner vu que ses habitants jouissent sans aucune restriction de deux des libertés le plus ardemment désirées en France, la liberté de réunion et la liberté d'association.
- Espérons que la France est à la veille d’obtenir ces libertés et que les bibliothèques populaires jouiront bientôt de la liberté. D’ici-là, que l’exemple de Paris soit suivi par les villes de province.
- Pour nous, nous souhaitons, avec M. Bourneville,
- « que ces Bibliothèques s’accroissent rapidement, que le nombre de leurs adhérents se multiplie et que les contributions des amis de l’instruction populaire viennent augmenter leurs ressources et permettre des installations dignes d’œuvres semblables.»
- Nous ne terminerons pas sans signaler une amélioration qui mériterait d’être introduite dans les grandes bibliothèques. Il s’agit là d’une chose réalisable et qui depuis longtemps fonctionne ailleurs.
- A Genève une partie de la riche bibliothèque de la ville estconstituée en un e Bibliothèque circulante de plus de 10,000 volumes. Ces volumes peuvent être emportés gratuitement à domicile par le premier
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- citoyen venu pourvu qu’il justifie d’un domicile. Les étrangers résidai}! & GepL.év.e jouissent du même avantage, à la seule condition qu’un citoyen domicilié se porte garant pour eux des cas de perte o,u de détéri.oratip»-
- Les mêmes facilités sont accordées par la riche bibliothèque publique de la grande ville australienne de Melbourne.
- CAUSERIE SCIENTIFIQUE
- ORNEMENTS symboliques dans le vêtement
- Si vous avez voyagé dans l’Allemagne du Sud, cher lecteur, voris aurez, à coup sûr, été intrigué par la rencontre faite à chaque pas d’un signe énigmatique qui s’étale sur les drapeaux de certaines sociétés et qui est reproduit sur les ceintures, sur les casquettes, sur les blagues à tabac et sur quelques accessoires du postume des jeunes gens.
- Ce signe est composé de l’assemblage de la lettre majuscule F représentée quatre fois dans des positions différentes. L’angle supérieur de gairche du carré rempli par ce signe est composé de la majuscule F tournée la tête eh bas ; l’angle inférieur de droite présente la même majuscule dans sa position normale; les deux autres angles sont formés de la répétition symétrique de ces deux lettres, répétition dans laquelle les bras de VF vont à l’opp.Qgé (déleuf direction normale. Cette licence héraldique permet de grouper quatre fois VF de telle façon que les montants des quatre lettres soient alignés sur deux rangs parallèles vèrticaux, tandis que les bras se détachent à droite et à gauche des verticales sur quatre lignes horizontales parallèles entre elles. Pe la sorte, l’espace laissé entre les quatre lettres forme une croix.
- N’allez pas croire qu’il s’agisse ici d’une simple fantaisie. Vous vous tromperiez grandement. Ce signe, quelque innocent qu’il paraisse, est un symbole et il a joué son rôle dans les événements de l’histoire contemporaine allemande. En 1813, au moment où l’Allemagne sortit de sa torpeur et profita des faqtes de Napoléon pour recouvrer son indépendance, ce signe fut adopté par les volontaires. Arndt, le poète national allemand de cette époque, auteur d’un chant (Des deutschen Vater-land) qui contribua puissamment à l’unification de 1 Allemagne, Arndt, disons-nous, conseilla l’adoption des quatre E à chaque société de Turner, c’est-à-dire à chacune de ces sociétés de jeunes gens qui, sous prétexte de gymnastique, formèrent de véritables ligues libérales, confédérées entre elles. L’insurrection de 1848 et 49 montra quel rôle jouaient les Turner. Partout, dans cette insurrection, les quatre lettres symboliques furent la marque de ralliement. Elles le sont encore pour toutes les sociétés de jeunes gens qui rêvent de voir l’Allemagne libre, une et indivisible.
- Mais, me direz-vous, ep quoi ces lettres sont-elles symboliques et pourquoi des F plutôt que des V ou des Z?
- Pour une raison bien simple. C’est que cette lettre F se trouve être l’initiale des quatre vertus que doit posséder le jeune Allemand. Il doit être en effet :
- ‘ Frisck, c’est-à-dire dispos, frais, alerte.
- Fromm, pieux, posé, sérieux en matière religieuse,
- Frœhlicli, joyeux, gai, gaillard.
- Et frei, libre.
- Il n’est personne, dans l’Allemagne du Sud, depuis l’enfant qui apprend encore à lire jusqu'au vieillard octogénaire, qui ne sache la valeur du signe symbolique qu’il a à chaque instant sous les yeux.
- Eh bien, le croiriez-vpus, cher lecteur, ce souvenir d’une coutume allemande m’est revenu en mémoire en lisant la mention d’une coutume chinoise. Ne riez pas, c’est cprqme cela.
- En effet, dans un article relatif à son pays, pu’un lettré chinois, M. Ly-Ghao-Pee, ancien traducteur au Consulat de France de Ilan-Kéou, a fait insérer dans le dernier numéro du Journal des Économistes, nous trouvons les lignes que voici :
- « Pourquoi le manteau pe notre costume national a-t-il « cinq boutons ni plus ni moins ? Ce nombre n’a pas été « inventé par caprice pi par la mpde. Nous, Chinois, « nous le portons uniquement pour avoir sous les yeux « quelque chose qui nous rappelle les cinq principales « vertus morales que Confucius nous a recommandées « avec tanf d’insistance, lesquelles sont : Jen, y, ly, tche « et sin ; c’est-à-dire :
- « Jm, l’humanité.
- « Y, la justice.
- « Ly, l’ordre.
- « Tche, la prudence.
- « Et sin, la droiture. »
- Vous voyez, ajoute M. Ly-Chao-Pee, que l’humanité est mise avant les autres vertus.
- Eh bien, lecteur, comprenez-vous maintenant pourquoi la lecture des notes d’un Chinois a pu me faire penser aux Allemands ? C’est que dans l’un des peuples comme dans l’autre, bien qu’à un degré de généralité très différent, se retrouve la préoccupation de rappeler, au moyen d’ornements symboliques dans le vêtement, les vertus nécessaires à l’homme pour remplir dignement sa mission. E. G.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- L’hygiène de l-eneange , — Revue mensuelle, Paris, chez Morel, 98, rué d’Amsterdam. 1 ân'î‘8 ïr."' ‘ ’
- Cette publication n’en' est encore qu’à sa 6e livraison, mais déjà l’on peut juger de l’utilité des matières' qui y sont traitées et du sôî'ù réel qui préside aiipKoiX de ces matières. " ^
- Le nom du directeur de cette Reyue est une garantie sérieuse dé compétence. Éo effet. M. Armand Laurent, son directeur, est médecin des hôpitaux dé Rouen et fondateur de la Société protectrice de l’enfance de la Seine-Inférieure.
- Nous aurons probablement à reparler .de cette revue que noirs ne saurions trop recommander aux jeunes mères. 1
- Nous sommes forcés d’ajourner à nos prochains numéros le compte-rendu des nombreuses publications que nous avons reçues.
- Le Directeur-Gérant : Godin.
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- LE DEVOIR
- Monsieur le Rédacteur,
- Malgré le traitement des spécialistes, le menuisier Barbés souffrait de deux hernies (dont l’une datant de 10 ans, au point d’interrompre souvent son travail. Depuis deux années, il ne porte plus de bandage, et je le vois exercer régulièrement son dur métier. "Cette nouvelle cure est due aux soins spéciaux de l’Herniaire Creuzot, 41, rue Lafayette, Paris, et à son Bandage maî-iriseur, dont l’application dans maints autres cas à ma connaissance a produit : soit guérison complète dans les
- affections ordinaires, soit soulagement instantané et durable pour les hernies rebelles ou désespérées.
- Veuillez agréer, Ed. Knœpfin
- 120, boulevard Voltaire.
- M. Creuzot garantit formellement la contention immédiate et sans douleur, même dans les cas les plus compliqués.
- LA SOCIÉTÉ DE REBOISEMENTS
- Envoi gratuitement ses renseignements sur l'art de planter avec économie.
- Ecrire à Laignes (Côte-dOr).
- On trouve à la Librairie du DEVOIR s
- COI I ITinWQ QnriAl CQ 1 volume de 655 pages avec la OULU b IU il O OUUIhLCO, vue générale du Familistère, les vues intérieures, plans et gravures
- Edition in-8°. . lOfr. —Edition grand in-18°. . £> fr.
- DU MÊME AUTEUR :
- La Politique du travail et la Politique des privilèges, v. de 192 p. 0.40 La Souveraineté et les Droits du Peuple, volume de 192 pages. 0.40 La Richesse au service du Peuple, volume de 192 pages . . .0.40
- L,es Socialistes et les Droits du Travail, volume de 192 pages . 0.40
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- La Double Conscience, par É. Littré. — La Famille dans li passé, par E, Lesigne. — L'Ecole d'Administration, par Gust.-A. Hubbard — La Religion d'Israël, par É. Littré. — Exposition universelle de 1878, par P. Petroz. — Madame Comte à Rouen, par Eugène Noël. — Les Missions laïques, (suite), par X. — France et Monarchie (suite), par Marc Régis. — La Guerre dOrient. par G. Wyrouboff. — La Paix 'faite, parÉ. Littré. —Variétés. — Bibliographie.
- PRIX D’ABONNEMENT :
- Paris. Départements, Etranger, Un an....... 20 fr. 23 fr. 25 fr.
- La Philosophie positive vient de mettre.en vente deux importants ouvrages de M. É. LITTRÉ. — L’un, ayant pour titre : Fragments de Philosophie positive et de Sociologie contemporaine Un fort volume grand in-8°. Prix : ’8 francs. — L’autre, Aug. Comte et la Philosophie positive (troisième édition). Un fort volume in-8°, également au prix de 8 francs.
- Toutes les communications doivent être adressées à M. Caubet, 16, rue de Seine, à Paris.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- jn ANNÉE, TOME 2— N° 7 Journal hebdomadaire paraissant le ?Dimanche DIMANCHE 27 OCTOBRE 1878
- Le Devoir
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- Rédacteur en chef : M. Ed. CHAMPURY
- ADRESSER LA CORRESPONDANCE AU GÉRANT, A GUISE (AISNE)
- Les Abonnements sont reçus en mandats de poste ou en timbres-poste et timbres d’effets de commerce français.
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- La ligne. . . O Ir. 50 Les annonces s-ont reçues à Guise, au bureau du journal,etàParis, chez MM. Havas, Lafiite et C°, 8, place de la Bourse.
- A NOS ABONNÉS & A NOS LECTEURS
- Par la fondation du journal « Le Devoir », nous avons voulu donner un organe nouveau aux idées de progrès; appuyer toute idée de réforme et d’institutions nouvelles sur la morale supérieure née de l’amour et du respect de la vie humaine, les choses n'ayant de valeur à nos yeux que si elles concourent au bonheur de l’homme.
- Pour fonder un pareil organe de publicité, nous avons cherché des sympathies chez les hommes animés du désir du progrès ; nous nous sommes adressés à ceux qui aspirent à voir la société opérer pacifiquement les réformes nécessaires, propres à élever nos institutions et nos lois au niveau des progrès accomplis dans la philosophie, dans la science de la vie, dans l’industrie et le travail.
- Nous avons fait choix de vingt mille lecteurs, et nous leur avons servi le journal. Beaucoup de portes nous ont été fermées ; mais nous avons la satisfaction de voir un certain nombre de personnes nous rester fidèles. Des sympathies précieuses sont venus nous aider et nous encourager.
- Que nos amis et nos lecteurs comprennent que « le Devoir » est une œuvre de sacrifices, une œuvre de dévouement social et qu’il dépend d’eux de le faire vivre.
- Notre publication n’est ni un journal de passion, ni un journal de parti ; c’est un organe de science sociale s’occupant avant tout des moyens de réaliser le bien de fa vie humaine, le progrès et le bonheur pour tous.
- Que nos amis nous aident dans cette œuvre de propagande, en faisant lire le journal et en nous envoyant les adresses des personnes dont les sympathies pour le progrès peuvent nous faire des abonnés.
- A toutes ces adresses, nous enverrons « Le Devoir », à Gtre d’essai.
- Que celles des personnes qui reçoivent des numéros spécimens du « Devoir » n’en soient donc pas surprises; nous recherchons l’appui des hommes qui ont cultivé leur cœur et leur esprit dans l’amour du bien social ; nous les recherchons d’abord comme lecteurs, ensuite comme soutiens de nos efforts, pour réveiller dans la presse périodique et dans l’opinion publique l’étuâe des réformes et des institutions devenues indispensables.
- Nous faisons appel à toutes les personnes qui pensent avec nous, que des améliorations sont nécessaires dans nos lois et nos mœurs, et que ces améliorations peuvent seules prévenir les revendications violentes, et assurer la liberté, la paix et la concorde entre tous les citoyens.
- Nous sollicitons die ceux die nos nouveaux lecteurs qui ne peuvent on ne veulent nons accorder leur concours, de nons retourner simplement le journal en mettant REFUSÉ sur la bande.
- SOMMAIRE
- Le Génie humain et VExposition universelle. — L’idée marche. — Semaine politique. — Lettre d’Angleterre . — La misère à Naples . —
- L’Autonomie communale. — Correspondance et Discussion contradictoire. — Roman : La fille de son père. ~~ La vraie question d’Orient. Le tour du monde.
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- LE GÉNIE HUMAIN &L’EXP0SITI0N UNIVERSELLE
- 11 peut sembler que tout a été dit sur cê sujet et que rien ne saurait y être ajouté sous peine de ton«>«r dans le lieu commun.
- C'e_t une erreur.
- Les choses ne peuvent être appréciées à leur juste valeur qu’après un certain laps de temps, et plus les choses sont considérables et complexes, plus ce laps de temps doit être étendu. Peut-être même est-il encore trop tôt pour juger de la portée qu’aura l’Exposition universelle et pour comprendre l’enseignement qui doit ressortir de ce grand spectacle.
- Toutefois, quelque hâtif que puisse être un examen de cette nature, nous ne pouvons résister plus longtemps à la tentation d’en ébaucher un.
- Jamais, dit-on, les aptitudes toujours plus multiples et la puissance toujours plus considérable du géniehumain ne s’étaient affirmées avec plus d’autorité. D’autres expositions avaient eu lieu, mais dans aucune l’utile et le beau n’avaient tenu autant de place, et les mauvais instincts si peu. Cette fois toutes les forces de l’industrie ont rivalisé dans la production de leurs merveilles, et le palais, ses annexes et ses jardins leur appartiennent presque en entier. La guerre qui, dans toutes les expositions universelles précédentes avait occupé une si grande place, n’est rappelée dans celle ci que par quelques armes isolées et par les moyens de secours mis au service des blessés. Ainsi, tandis que d’une part les œuvres de création et de conservation se sont multipliées avec éclat, de l’autre, les engins de destruction ont diminué d’importance ou ont eu honte de se montrer. C’est le progrès, le progrès à pas de géants.
- Voilà bien le jugement général.
- Oui, en présence de ces édifices multicolores jonchés d’objets utiles ou splendides, en présence de cet appareil de fête qui transfigure toute chose, en présence enfin de l’activité
- imposante des machines et dû mouvement continu d’une foule venue de tous les points du monde, même des plus éloignés, on est gagné par l’optimisme et l’on croit voir le monde marcher d’un pas plus sûr vers des destinées plus heureuses.
- Mais n'y a-t-il pas des illusions dans tout cela?
- Assurément certains progrès sont incontestables, et le voisinage de ceux déjà réalisés ne manquera pas d’en faire naître d’autres encore, mais n’aîlons-nous pas trop vite et ne prenons-nous pas nos désirs pour des réalités ?
- Cet ensemble éblouissant an point de donner le vertige, on l’a nommé féerique : on ne pouvait mieux dire. Ce qui se joue sur la scène immense du Ghamp-de-Mars, c’est bien Une féerie, la plus belle de toutes. Les décors les plus éclatants ont été prodigués et les nations qui paraissent en scène ont revêtu pour la circonstance leurs plus fraîches toilettes et leurs plus brillants atours. C’est l’enchantement de l’œil. Profitez-en ! profitez-en ! Mais n’oubliez pas de vous dire aussi que les atours éclatants qui brillent sur la scène dissimulent à l’œil plus d’une difformité et que derrière le décor resplendissant il y a de sombres et sales coulisses où s’agitent de pauvres diables qui, eux, ne brilleront jamais.
- Ne vous y trompez pas. L’en chanlemenf de l’œil est un plaisir trompeur.
- Rien ou presque rien dans cette féerie ne rappelle la guerre. En existe-t-elle moins pour cela?
- Rien ou presque rien ne vous rappelle la misère. Cette lacune suffit-elle à supprimer le fléau ?
- Vous admirez les prçduits et le matériel des mines. Mais avez-vous songé à la misère des mineurs ?
- Enfin, vous êtes-vous dit què ceux qui ont édifié ces palais n’ont que des masures pour se coucher, que ceux qui ont tissé cette soie et ce velours n’ont que des haillons pour se vêtir, et que ceux qui ont martelé cet argent et laminé cet or n’ont pas toujours entre leurs mains assez
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- de pièces de cuivre pour acheter le nécessaire?
- Ah ! si vous avez pensé à tout cela, vous aurez compris que la féerie est trompeuse et que, quelque éblouissante qu’elle paraisse, il est bon de ne pas se laisser éblouir.
- Si de l’examen des objets d'utilité on passe à celui des œuvres d'art, des pensées non moins sévères viennent assaillir l’observateur.
- L’exposition des beaux-arts est très-inférieure dans son ensemble à celles qui l’ont précédée, soit à Vienne, soit à Paris. La chute est surtout sensible pour les artistes français. Elle est même effrayante si l’on compare les œuvres exposées en 1878 à celles que l’on pouvait admirer en 1855, Une phalange tout entière de grands artistes a disparu sans être remplacée, et, fait plus regrettable encore, la pensée qui animait l’art français a cessé de l’animer.
- À de rares exceptions près, les peintres français et ceux de plusieurs autres pays affirment que « c’est une sottise de mettre des pensée dans la peinture (1) ». Il faut peindre pour peindre, faire de « Part pour l’art ».
- Ces théories absurdes ont porté leurs fruits. Elles ont empêché l’éclosion de tout génie exceptionnel.
- Il ne pouvait en être autrement. La tendance dominante de notre époque consiste à renoncer à connaître 1 z pourquoi des choses pour ne s’intéresser qu’au comment. Ce principe positiviste fait primer la forme sur le fond. Le critique examine comment c’est peint et non pourquoi c'est peint. Autrement dit, l’art tel qu’on le cultive aujourd’hui c’est l’art pris à l’envers.
- Heureusement qu’en France un artiste hors ligne, Jeau-PauULaurens, ainsi que plusieurs artistes anglais, allemands et hongrois, protestent par des œuvres magnifiques contre cette prétention d’exiger que la peinture soit niaise.
- L'exposition nous révèle chez quelques artistes une tendance à mettre l’art à l’unisson des penséesde notre génération et à lui faire remplir une mission sociale.
- (1) Le mot est de M. Emile Zola, il exprime parfaitement l’opinion du plus grand nombre de nos artistes.
- Nous reviendrons sur ce point de vue particulier et nous montrerons que.si l’art ne s’est pas encore harmonisé chez nous avec notre état social actuel, il s’efforce, dans certains pays, de s’élever à la hauteur de la pensée contemporaine.
- C’est là ce qui nous permet de dire que si l’art est bien déchu depuis vingt ans, if ne faudrait cependant pas aller jusqu’à dire que la décadence soit irrémédiable.
- Ainsi, tout bien considéré, l’Exposition universelle, prise dans son ensemble, ne donne lieu ni à des espérances illimitées, ni à des découragements sans raison.
- Elle ne répond pas complètement à ce que les penseurs pouvaient attendre d’elle, mais, telle qu’elle est, elle marque encore l’une des étapes de l’esprit humain.
- Elle peut avoir ce grand avantage d’encourager ceux qui ont progressé et d’ouvrir les yeux à ceux que de fausses idées ont fait rétrograder sans qu’ils s’en, rendent compte.
- Enfin, sa valeur politique est considérable.
- Elle est pour la France une victoire pacifique inappréciable : elle affirme avec une éloquence sans égale le désir de la paix et l’amour du travail qui régnent à l'intérieur du pays, ainsi que i'estime que la France rendue à elle-même a su reconquérir à l’étranger.
- Elle est pour le principe républicain un élément précieux de propagande, car elle démontre que la jeune république française peut rivaliser dans les fête du génie avec la république séculaire des Etats-Unis, et qu’à Paris comme à Philadelphie la liberté garantit l’ordre et récompense le talent.
- Elle est pour le genre humain tout entier une affirmation de plus du mouvement lent mais continu qui pousseHoutes les nations à se rapprocher davantage et à mieux comprendre la solidarité qui les unit.
- Ed. Champury.
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- LE DEVOIR
- L’IDÉE MARCHE.
- Nos lecteurs doivent nous rendre cette justice, que nous ne nous vantons pas des propositions ou des améliorations qu'a fait naître le Devoir.
- Cela nous serait cependant facile, car de nombreux organes de la presse reproduisent en nous citant, — et trop souvent en oubliant de nous citer, — soit des articles entiers, soit des extraits ou des résumés des articles du Devoir. Nous pourrions même nommer une publication qui s’édite dans une grande ville de province et qui consacre une forte partie de ses colonnes à la reproduction pure et simple de nos articles.
- Il y a plus. En diverses circonstances, nous avons vu avec plaisir nos idées portées à la tribune d’un conseil municipal ou d’un conseil général, sous la forme de proposition de loi, de rapports ou d’amendements.
- C’est ainsi que, dans la dernière session du Conseil général de la Creuse, un rapport sur l’instruction primaire, présenté par M. le docteur A, Lacôte, contenait plus d’un document puisé dans le Devoir.
- Enfin, certains journaux politiques qui n’avaient jamais abordé l’étude des questions sociales, l’abordent résolument. Tel est le cas de Y Union républicaine de Bourges.
- Ce journal, que rédige depuis peu M. Eugène Garcin, bien connu à Paris, publie, dans un de ses derniers numéros, un article sur le mouvement tournant des cléricaux, signalé par le Devoir du 6 octobre.
- Après avoir reproduit sous une forme nouvelle les considérations que nous avons exposées sur les dangers que courent les républicains en se laissant supplanter auprès des ouvriers par les cléricaux, M. Eugène G-arcin conclut en ces termes :
- « Que les républicains ne ferment point les yeux et ne s’abandonnent pas à un trop confiant optimisme ! Sans doute, le peuple est avec nous ; mais il peut être séduit et trompé. On a vu des termites miner des villes aux solides bases de pierres ; on a vu des nuées de sauterelles détruire les plus riches moissons.
- « Veillons donc, et ne cessons d’opposer à nos ennemis doctrine à doctrine ; opposons surtout les oeuvres aux œuvres. Que notre Assemblée nationale, ayant conquis la majorité républicaine dans les deux Chambres, se hâte de prouver au peuple combien elle est préoccupée de son sort !
- « Que les municipalités républicaines, à l’instar de celle de Bourges, s’emploient à la fondation d’écoles de dessin, écoles primaires, salles d’asile, à la création de grands travaux, et contribuent à répandre le pain du corps et le pain de l’esprit!
- « Et nous tous qui, dans notre sphère, modeste ou
- brillante, pouvons influer de quelque façon sur la grande vie générale, soit par nos fonctions, par notre fortune, par notre talent, par notre apostolat, par notre exemple, en un mot, par notre bonne volonté, tous mettons-nous résolument à l’œuvre !
- « Là où nos adversaires cherchent à attirer le peuple à l’obscurantisme, faisons la lumière. A côté des leçons où l’on prêche une fausse cconomie sociale, qui replongerait une foule d’ouvriers dans l’asservissement, ouvrons des conférences où l’on enseigne la vérité et la liberté. Ayons, nous aussi, nos cercles, cercles démocratiques, où les patrons et les ouvriers, où les classes, en se rapprochant, sentiront s’établir entre elles cette communion des esprits et d‘>s âmes qui est la base de la véritable et solide égalité 1 »
- Nous ne pouvons que souhaiter de toutes nos forces que ces bonnes paroles aillent à leur adresse.
- E. C.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- Le grand événement de la semaine est la distribution des récompenses aux lauréats de l’Exposition universelle et le discours que le Président de la République a prononcé à l’occasion de cette solennité. Cette cérémonie s’est accomplie au milieu d’un calme complet et avee tout l’éclat que comportait le couronnement de la magnifique entreprise qui fait si grand honneur à notre jeune République. Le discours du chef de l’Etat a produit une excellente impression. Il a rendu hommage, en termes élevés, à la sagesse du pays, au bon esprit des populations, et a fait un tableau éloquent dans sa brièveté du relèvement de notre Patrie si cruellement éprouvée, il y a huit ans. Le Président qui, cette fois, n’a pas craint do prononcer le mot de République, a constaté publiquement, devant les représentants du monde entier, la fécondité de notre organisation actuelle, grâce à laquelle notre crédit s’est affermi, nos ressources se sont développées. notre armée s’est reconstituée, et nos populations ont retrouvé le calme et la sécurité. Il a manifesté la conviction que le régime actuel serait durable, et attesté hautement la nécessité de professer pour les institutions établies et pour la loi, un respect absolu.»
- Ce discours était tout à fait opportun. En effet, dans le but d’influencer les électeurs sénatoriaux, les réactionnaires répandaient le bruit qu’une crise gouvernementale était imminente et que le Président, fatigué du pouvoir, dégoûté de la République, ne songeait à rien moins qu’à se retirer. La harangue présidentielle fait justice de ces faux bruits et forme comme une excellente préface aux élections sénatoriales. On assure que M. de Mac-Mahon aurait spontanément écrit le discours de lundi, et que ce document, soumis au Conseil des ministres, n’aurait subi que des modifications sans importance. Nous ne saurions trop féliciter le chef de l’Etat d’avoir enfin rendu justice à la République, et d’avoir compris que l’honneur et le devoir lui commandaient de la venger des injures que lui prodigue la presse réactionnaire.
- L’impression produite par le discours de M. le Président de la République a été excellent à l’étranger aussi bien qu’en France. La presse anglaise, notamment, publie les articles les plus sympathiques sur la fête de Pans, et fait grand éloge de l’allocution du Maréchal. Le Times déclare très-nettement que les résultats obtenus par la France et le progrès paisible accompli par le pays sont dus à ce fait que notre nation a, comme l’An-
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- gleterre, un gouvernement de son propre choix. Cet hommage rendu à la République par l’organe principal d’un pays essentiellement monarchique, mérite d’être noté.
- Après la police des mœurs, la police des parquets mi litaires.
- Il y a quelques jours, deux honorables négociants parisiens connus et estimés dans leur quartier où ils vaquaient paisiblement aux travaux de leur profession, depuis sept ans, ont été brusquement arrêtés et emprisonnés, sous prétexte que les conseils de guerre établis après la Commune avaient prononcé contre eux une condamnation par coutumace.- De pareilles mesures sont véritablement scandaleuses, car si les individus arrêtés sont innocents et victimes d’une simditude de nom, la légèreté des parquets militaires est inconcevable, et si les citoyens arrêtés sont bien les contumax dont il s’agit, il faut reconnaître que ces mêmes parquets font bien mal leur office, puisqu’ils restent sept années sans reconnaître des individus qui vivent, au grand jour, de la vie commune à tous leurs concitoyens.
- Au surplus, l’autorité civile a parfaitement senti le scandale de ces arrestations qui ont si légitimement ému l’opinion; le chef du cabinet de M. le préfet de police vient, au nom de son chef, d’adresser la circulaire suivante à tous les commissaires de police de la ville de Paris, des communes du département de la Seine et des communes de Saint-Cloud, Sèvres, Meudon, et En-ghien :
- « Monsieur le commissaire de police, je vous invite à » ne procéder à aucune arrestation de condamné par » contumace pour faits insurrectionnels sans m’en avoir » référé. »
- Nous espérons donc que, maintenant, le déplorable excès de zèle suspect que nous venons de signaler ne se renouvellera plus. Nous espérons aussi que, dès le début de la session, les réprésentants de pays se considéreront comme tenus de voter des mesures de clémence et de réconciliation devenues plus que jamais indispensables.
- La France a engagé tout dernièrement avec l’Angleterre des négociations qui ont eu un heureux résultat, touchant les affaires d’Egypte. Les deux puissances se partagent les branches les plus importantes de l’administration de ce riche pays que le gouvernement du Royaume-UniauraiPvolontiers pris sous sa tutelle exclu sive. Le ministère des finances sera confier à un Anglais; quant au ministère des travaux publics, il serait remis à des mains françaises. C’est un administrateur distingué, M. de Blignière's, que M.Waddington a désigné pour occuper le poste de ministre des travaux publics égyptien. Celui-ci aura dans ses attributions les canaux, les irrigations, les chemins de fer et les ports, à l’exception toutefois de celui d’Alexandrie.
- Il est convenu que le domaine sera administré par une commission mixte composée d’un Anglais, d’un Français et d’un Egyptien. Cette commission relèvera directement du conseil des ministres, sans dépendre d’aucun ministère en particulier.
- Le succès des négociations entamées à ce sujet par M. le ministre des affaires étrangères a excité quelque peu les susceptibilités de certaines fractions de l’opinion publique en Angleterre. Le Times s’est plaint de« l’ambition » delà France avec une assez vive amertume et déclare que le partage d’autorité entre nos voisins et nous constitue une injustice. Cette mauvaise humeur, qui n’a rien de bien redoutable, met en relief l’opportunité de la convention conclue par le gouvernement français qui ne pouvait ou ne devait laisser l’Egypte devenir, pour ainsi dire, une colonie anglaise.
- La commission du budget poursuit le cours de ses travaux avec beaucoup d’activité. Elle voudrait réaliser les promesses qu’elle a faites au sujet de la réduction de certains impôts ; mais elle vient se heurter devant les
- résistances du ministre des finances qui ne parait pas disposé à entrer dans la voie des dégrèvements. Il serait cependant fort à désirer que l’entente, sur ce point, pût se faire entre la commission et le gouvernement, et il est à croire qu’un compromis interviendra. Au surplus, nous sommes dans l’ère des compromis, et il faut savoir se contenter des demi-mesures.
- Les feuilles cléricales, qui avaient cherché à exploiter contre nous le discours de M. de Bismarck, que nous avons déjà signalé dans notre dernière revue de la semaine, en ont été pour leurs frais d’ingéniosité. Les organes officieux du chancelier ont exqliqué très nettement que les plaintes qu’il avait formulées contre le gouvernement français se rapportaient à une époque où précisément les républicains n’étaient pas au pouvoir. D’autre part, il est certain que M. de Bismarck a écrit à notre ministre des affaires étrangères pour lui donner les explications les plus satisfaisantes. « A Berlin, dit textuellement la Gazette de VAllemagne du Nord, du 22 octobre, la pensée ne serait venue à personne, sans les commentaires des feuilles en question, que les observations de M. de Bismarck s’adressassent au gouvernement actuel de la France, d'autant moins qu’il n'y a absolument rien qui soit de nature à troubler l’horizon politique, et qu’au contraire tout fait espérer que les bons rapports qui, heureusement, existent aujourd’hui entre les deux gouvernements, ne feront que se consolider et continueront en l’état où ils sont depuis la fin de l’année dernière, à la mutuelle satisfaction des deux parties. »
- Tout malentendu a donc disparu et les journaux réactionnaires devront renoncer à jouer du spectre prussien à la veille des élections sénatoriales.
- L’horizon est toujours sombre en Orient. On assure que l’Angleterre voudrait amener les puissances à faire une démarche collective à Saint-Pétersbourg, relativement au départ des Russes du voisinage de Constantinople. On ne sait, cependant, rien de bien précis au sujet des négociations qui ont pu être entamées à ce sujet. Quoi qu’il en soit, le gouvernement russe fait déclarer, dès à présent, par ses organes officieux, qu’il ne saurait accepter de pareilles remontrances.
- Quant à l’exécution du traité de Berlin, elle vient toujours se heurter aux mêmes difficultés. Rien n’est encore fait, et du train dontyont les choses, il est à croire que rien ne se fera. Yoici, par exemple, la commission internaiionale chargée de l’organisation de la Roumélie-Orientale qui se débat au milieu d’impossibilités ; il devient de plus en plus vraisemblable que ses travaux ne porteront aucun fruit, grâce au mauvais vouloir réciproque des Russes et des Turcs, et aux résistances de la population bulgare de la province. Il en est de même pour la réorganisation de l’Arménie et pour les réformes à appliquer en Asie ; en un mot, rien n’a été fait depuis la signature du traité de Berlin, sauf que les autorités russes ont pris possession de la Bessarabie.
- Une crise ministérielle est survenue en Italie et a été suscitée par des difficultés d’ordre intérieur. Les ministres de la marine, de la guerrre et des affaires étrangères qui appartiennent à la fraction modérée du Parlement, se sont trouvés en désaccord avec le ministre de l’intérieur, M. Gairoli, au sujet des mesures à prendre contre les agitateurs de VItalia irredenta, et contre certaines assemblées populaires dites de Pietro Barsanti. De plus, on reprochait au ministre de favoriser les sociétés de tir patronnées par Garibaldi; enfin, on l’accusait de nourrir une sympathie trop vive pour le suffrage universel. Dans un discours récemment prononcé à Pavie, M. Gairoli, fidèle à son passé, n’a point caché ses idées en matière d’administration intérieure, et ses collègues réactionnaires ont offert leur démission au roi, qui l’a acceptée. On ignore quels seront les successeurs des ministres qui viennent d’abandonner le pouvoir, mais il ’ ne serait pas impossible que M. Crispi fût rappelé aux
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- affaires. D’autres politiciens pronostiquent une dissolution prochaine du Parlement, où il est difficile, par le fait, de constituer une majorité homogène de gouvernement.
- Ainsi que nous l’avions prévu, les membres du Reichstag allemand et M. de Bismarck ont fini par s’entendre pour accomplir l’œuvre inique de réaction entreprise par le chancelier. Larrons en foire ne sauraient se mettre en plus parfait accord. Le compromis a été très-lestement conclu, et M. de Bismarck peut se féliciter de la servilité des prétendus opposants du Reichstag. La comédie est terminée à cette heure, mais personne n’en a été la dupe Voici les bases sur lesquelles 1 entente est intervenue : maintien du terme de deux ans et demi pour la durée de la loi; maintien de l’article 6 de la commission, qui empêche l’effet rétroactif de ladite loi et restreint'la suppression des journaux en cas de récidive après la première saisie; amendement à l’article 16 en ce sens que six mois de domicile empêche l’expulsion à discrétion des délinquants, sauf dans le cas d’étal de siège prévu par 1 article 20; amendement à l’article 19 : la nomination d’un deuxième membre de la commission d’appel, avec la qualité de président, est réservée à l’empereur.
- Le Bundesrath, qui doit ratifier la loi, a accepté ces résolutions. Aussitôt que M. de Bismarck eut tenu dans ses mains l’instrument de despotisme qu’il convoitait, il a congédié très-cavalièrement les députés et ne leur a pas caché qu’il comptait pour l’avenir sur leur servilité, quand ce besoin se ferait sentir de rendre plus draconiennes encore les mesures contre les socialistes ou, pour parler plus franchement, contre la liberté.
- La crise ministérielle continue en Autriche où M. Depretis a été chargé de constituer un nouveau ministère dont la mise au jour paraît devoir être fort laborieuse. On pense généralement que la Chambre des députés, qui vient de se réunir, va s’ajourner provisoirement pour rendre possible une entente des différents partis et pour laisser le temps de former un cabinet. Au moment où nous écrivons, M. Depretis doit s’entretenir avec les membres des groupes du parti constitutionnel et de la Chambre des seigneurs, afin de leur exposer son programme. Il n’est guère possible de prévoir quelle sera - l’issue de ces pourparlers.
- On ne connaît pas encore exactement la teneur de la lettre de l’émir de Caboul au gouvernement anglais. Cependant si l’on en croit certaines dépêches, la réponse de Shere-Ali ne serait pas conçue en termes suffisamment conciliants et ne serait pas considérée comme satisfaisante. Certains journaux anglais affirment que la guerre est inévitable, et le Daily News n’hésite pas à annoncer que l’influence russe a triomphé complètement des derniers scrupules de l’émir. Quoi qu’il en soit, nous croyons que les opérations militaires sérieuses ne seront pas entreprises avant le printemps, bien que l’Angleterre fasse des préparatifs considérables en vue d’une lutte qui pourra conduire la Grande-Bretagne plus loin qu’on ne pense.
- LETTRE D’ANGLETERRE
- Correspondance particulière du Devoir.
- Londres, 23 octobre 1878.
- Ce n’est plus une crise que l’on traverse, nous assistons à une vraie débâcle. Le piaf nasse à l’état suraigu, et pour peu qu’il se prolonge, il y a à craindre presque que les remèdes violents soient seuls 4 appliquer encore. Le travail n’enregistre dans ses chroniques que réduc-
- tions de salaires ou que grèves; le capital remplit ses annales à coups de banqueroutes et de suspensions de payements. La faillite en arrive à des chiffres qui semblent fabuleux ; il y a quatre ou cinq ans une faillite de dix millions de francs effrayait la place de Londres; aujourd’hui les maisons de Manchester, de Liverpool et Birmingham, qui sautent à la suite du désastre de la banque de Glasgow, ont des déficits de vingt-cinq, de soixante, de quatre-vingts millions; et la banque de Glasgow elle-même accuse 150 millions, ce qui n’est sans'doute pas le dernier mot D’où vient ce mal ? ce n’est certes pas d’un excès du prix de la main-d’œuvre, puisque depuis 1874 on n’a cessé de réduire les salaires, on en est arrivé à réduire plus de moitié, 52 1/2 pour cent, les gages des ouvriers du fer, et dans les charbonnages la diminution ne va pas à beaucoup moins. Le mal est dans le système des banques mêmes; la grande industrie emprunte largement aux maisons financières chargées de placer les six milliards d’épargne que l’Angleterre amasse chaque année, et qui, déposés à raison de 2, 2 1/2, 3 pour cent, sont prêtés à cinq ou six et même sept et demi. A ce prix, l’industrie ne peut faire ses affaires; l'argent ne lui manque pas, mais il se dépense souvent follement et l’on ne calcule pas les besoins de la consommation. On produit en masse et l’abondance des produits, en en diminuant la valeur immé diatement à cause d’une offre exagérée, constitue en perte la manufacture.
- La banque qui plaçait à six ou sept pour cent l’argent qu’elle payait deux ou trois, n’est pas longtemps à encaisser ce joii bénéfice et elle se trouve un beau matin forcée de rembourser au dépositaire trop confiant l’argent perdu dans les entreprises risquées.
- Ce qui est vrai de l’industrie l’est encore plus du commerce. Pour obvier à la surabondance de produits manufacturés sur les places de Manchester, de Birmingham, de Liverpool, de Londres et dans la plupart des grands centres manufacturiers ou maritimes, voici ce que l’on avait imaginé. On chargeait des navires de marchandises pour l’Inde ou l’Australie, le plus loin possible. Les marchandises étaient expédiées en commission ou devaient être vendues aux enchères à l'arrivée. L’expéditeur passait le connaissement des marchandises à des banquiers ad hoc, avapçapt 4e 50 4 86 pour cent sur la valeur facturée des marchandises, du coup il était payé, car un expéditeur a de 2q à 30 et quelquefois quarante pour cent de remise sur le prix de facture. Donc i! s’inquiétait peu si les marchandises se vendaient bien ou mal; les comptoirs éloignés ont, parce système, été encombrés en très-peu de temps et les ordres sérieux se sont fait attendre.
- Souvent les marchandises vendues à vil prix constituaient en pertes les détenteurs du connaissement qui se trouvaient sans recours contre le trop habile expéditeur.
- Quelques-uns mêmes oubliaient de solder les factures du fabricant, et après quelques expéditions sur une vaste échelle, se retiraient des affaires et échappaient à la vengeance de leurs victimes par une faillite bien en règle qui offrait quelque fois quatre pour cent aux créanciers. C’est là de l’histoire, en 1875 et 1876 il y a eu quelques-uns de ces hardis corsaires de terre qui ont été devant Jes tribunaux, mais leur condamnation n’a pas empêché leurs pareils dp trouver encore des dupes.
- Devant de tels excès d’audace, les plqs aveugles finissent par voir que ce système pêche par la base et man que d’honnêteté à tous les degrés. Il n’y a apcupe sincérité dans les transactions, pt il n’en' peut y exister aucune, chaque homme esf repnemi de sop voisin ; tops sont des concurrents, des adversaires; le producteur déteste le marchand, tous depx ont des intérêts opposés ; le marchand lutte avec le capitaliste et le consommateur. C’pst un cercle sans issue, où l’on se dupe i’un l’autre ef où. forcément règne la guerre, la guerre sourde et méchan te qui tue par la ruine. Effet de l’isolement de chacun, l'association de tous, ouvriers,marchands, intermédiaires et consommateurs, amènerait une révolution radicale. Dans l’association est évidemment le remède. On le comprend à merveille dans la patrie d’Qwen, de Smith
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- et de Cobden, mais l’égoïsme est encore si fortement enraciné dans le cœur des puissants du jour et des détenteurs de la richesse, qu'ils préfèrent courir droit à leur perte que d’avoir recours à nue rénovation sociale pacifique qui les sauverait eux-mêmes en même temps que leur nation tout entière. Il ne faut pas désespérer pourtant, le mal extrême amène le remède extrême et, si dans les hautes régions l’égoïsme obstiné tue la réflexion et le bon sens, il est de bons esprits qui ne perdent pas les traditions saines de la justice pour tout. L’Angleterre placée entre la ruine dont elle est menacée par un faux système de prêts sans garantie sérieuse, voisine de l’usure presque de la part des intermédiaires, devra améliorer son système économique social du tout ou tout, et, encore une fois, elle n’y pourra réussir que grâce à l’association, et ma conviction est qu’elle essayera bientôt de le faire.
- LA MISÈRE A NAPLES
- Un littérateur bien connu et que personne ne peut taxer d’exagération, puisqu’il collabore au Journal des Débats, M. Marc Monnier, recteur de l’Université de Genève, vient de publier une série d’articles sur la misère à Naples.
- M, Marc Monnier, qui a demeuré de longues années dans la grande ville italienne, a utilisé pour ce travail non-seulement ses souvenirs personnels, mais encore quatre publications récentes, les Lettres méridionales du professeur napolitain Villari. député au Parlement, les ouvrages de Mme Jessie White et de M. R. Fucini, sur la misère à Naples, enfin le volume de M. A. Umiltà, professeur à Neufchâtel, sur la camorre.
- La somme des tristes révélations faites par ces différents travaux est telle que le coeur se serre lorsqu’on lit les articles de M. Marc Monnier.
- Nos lecteurs en jugeront,
- Je commence, dit-il, par les maisons des pauvres; M. Umiltà les décrit d après M. Villari et M11*8 Mario; je choisis donc le croquis moins connu de M. Fucini que je copie en le réduisant, pour ménager l’espace En voyant les milliers de loqueteux amassés dans les ruelles de la ville, l’humoriste florentin se demanda le premier jour :
- « Comment tout ce monde s’y prend-il pour manger ? »
- Il s’aperçut bientôt qu’un fils de Naples se lèche les lèvres quand il a dévoré un trognon de chou, ou quelques feuilles de laitue sans pain, sans huile, sans vinaigre et sans sel.
- « Mais où diantre tout ce monde-là va-t-il se loger ? »
- La question était plus ardue; pour y répondre, M. Fucini laisse chez lui ses bijoux, son argent, boutonne ses habits jusqu’au cou et s’engouffre dans les ruelles qui montent de Sainte-Lucie à Pizzofalcone. Ce^ ruelles, ou plutôt ces culs-de-sac, au nombre de cinq, ont trente mètres de long sur deux de large : quinze à vingt mille personnes y couchent tous les soirs. L’air n’y entre que d’un côté, les maisons sont très-hautes, le jour y filtre à peine à travers les guirlandes de linge, de filets, de nasses pendant d’une fenêtre à l’autre ou devant chaque
- fenêtre en guise de rideaux Le pavé disparait sous plusieurs couches d’immondices. On n’entre là qu’en se bouchant le nez.
- A peine arrivé à la première allée, notre auteur se demanda s’il assistait à un sabbat de sorcières; une nuée de femmes, sortant de partout, gesticulant, hurlant ensemble, dans une langue de l’autre monde, se pressèrent autour de lui. Il se colla contre le mur et leur fit signe de s’éloigner ; ce n’étaient que des femmes, vieilles presque toutes, maigres, hâves comme des cadavres. Pas de physionomies, on eût dit des masques ; presque tous les yeux malades* et hagards, des plaies hideuses, des ongles plongés dans les cheveux. Une jeune femme avait un petit squelette attaché à son sein flasque et vide. L’une des mégères tendit la main au voyageur.
- — « Fais-moi voir ta maison, lui dit-il, et tu auras de la monnaie. »
- A ce mot, toutes à la fois lui sautèrent dessus, le tirant de tous côtés; chacune voulait montrer son taudis. Celle qu’il avait choisie le mena devant ua trou noir; les pierres tombaient de tous côtés.
- — « Entiez donc, Excellence, entrez; voici mon palais. ” Elle riait, la malheureuse.
- « J’entrai, raconte M. Fucini. Le palais consistait en une seule chambre, deux degrés au-dessous du sol. Le pavage était fait de terre humide et de saleté ; l’obscurité complète, sauf tout près de l’ouverture où tombait d’en haut un peu de jour. L’odeur qui sortait de là est indéfinissable : c’était une odeur de toute espèce de choses, et si forte que j eus peine à vaincre la nausée qui me repoussait dehors. Le sol était couvert de balayures, les parois tapissées d’un enduit luisant et visqueux, où se collaient des toiles d’araignée; le mobilier se composait d’une pierre qui tenait lieu de chaise et d’une paillasse couleur de terre, jetée dans un coin,
- « Üne figure humaine, acculée dans l’angle le plus noir de la chambre, me donna dans l’œil (mi diede nell’occhio.)
- u — Qui est-ce ? demandai-je à la femme qui m’accompagnait.
- « — C’est ma grand’mère qui dit que vous avez chassé les rats.
- « — Je regardai à terre et je vis en effet quelques rats ronds de graisse, qui, assis avec dignité, se lustraient la moustache en attendant que le fâcheux voulût bien s’en aller. J’allais donner un coup de pied à celui qui était le plus près de moi, quand la vieille poussa un cri lamentable.
- « — Que t’est-il arrivé ? lui demandai-je.
- a — Ne les chassez pas, me répondit-elle en grommelant, ne les chassez pas, eux aussi sont les créatures de Dieu.
- « — Quoi donc ? Serais-tu vraiment attachée à ces bêtes ?
- « — Que voulez-vous, monsieur, voilà trente ans que nous nous aidons entre nous, »
- En effet, cette pauvre vieille, clouée sur une pierre par une maladie qui l’empêchait de se lever, n’avait que les rats pour compagnie. Sur la paillasse couchait la nuit toute la famille : ils étaient huit, et le loyer du palais leur coûtait neuf francs par mois. »
- Que diriez-vous de cela, madame ! Vous avez loo-é peut-être à vingt pas de ce bouge sur le quai de Sainte-Lucie, à l’hôtel de Rome, qui avance dans la mer.
- Si vos fenêtres donnaient sur la rue, vous voyiez les calèches découvertes promener fastueusement des toilettes et des coiffures tapageuses que d’élé-
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- gants cavaliers, caracolant aux portières, saluaient avec d’irrésistibles ronds de-bras.
- Si vos fenêtres donnaient sur le quai inférieur, vous voyiez la cohue des pêcheurs, des bateliers, des marchands d’eau soufrée se disputer les passants avec un tumulte joyeux qui faisait danser vos rêveries, et tous les soirs d'été, sur les larges dalles, ce peuple toujours en fête festoyait en plein vent, sans avoir besoin pour cela de chômer un saint comme Jean-Jacques ou de célébrer la délivrance de la patrie qui a toujours été le moindre de leurs soucis.
- Si vos fenêtres regardaient la mer, vous aviez devant vous tous les bleus, le bleu foncé des vagues légères, brodées d’écume, le bleu lilas du Vésuve et des promontoires, le bleu clair et profond du ciel, caresses de couleur et de lumière dont vos yeux ont gardé la volupté dans le perpétuel enchantement du souvenir. Et vous ne vous doutiez pas qu à cinquante pas de vous, une vieille femme, cloîtrée par ses infirmités dans un cachot noir, n’avait que des rats pour se distraire, que vingt mille misérables couchaient là pêle-mêle, hommes, femmes, garçons et filles, dans des taudis où n’est jamais entré de soleil.
- Tous les auteurs que j'ai cités ont vu les fondaci, les bassi, les grotte ; ce sont toujours les mêmes bouges, plus ou moins dégradés et dégradants : de la paille humide marchant quelquefois toute seule, des familles entières amassées sur un seul grabat, de jeunes femmes éinaciees par l’abstinence, des enfants scrofuleux (je prends les termes les plus doux), des rats qui, la nuit, mangent les vêtements des pauvres, et le jour, lorsque la mère s’éloigne, rongent les yeux des nouveaux-nés (M. Fucini a vu cela); voilà ce qu’on trouve encore à Naples en l’an de grâce 1878, et j adoucis, j’atténue; j’épargne mes lectrices.
- Pour combattre le mal, qu’avait donc inventé le gouvernement des Bourbons ? Des cités ouvrières ? De grands travaux publics ? A tout le moins (prenons le pire remède) des ateliers nationaux ? Nullement : des institutions de bienfaisance.....................
- Voyons ce qu’étaient ces établissements avant l’arrivée de Qaribaldi.
- Il y avait alors, dans le royaume de Naples, 13 grandes institutions de bienfaisance et 8,525 luoghi pii (disons œuvres pies) dont les rentes s’élevaient à 10 millions 942,792 francs (je passe les centimes) représentant en cinq pour cent un capital de 218 millions 855,856 francs.
- La somme était considérable, mais que faisait-on de cet argent? Plus de 750,000 fr. étaient dévorés légalement par les employés, 2 millions et demi par le culte, c’est-à-dire par les prêtres. Cette somme doit pour le moins être doublée, si l'on veut observer ce qui se dévorait illégalement. Puis venaient les impôts, les loyers, les procès, les frais d’entretien, les gardes-forestiers, etc., puis les dettes, car les œuvres pies en étaient criblées, malgré leurs revenus.
- Toutes ces dépenses, ces extorsions, ces appointements, ces escroqueries, ces intérêts payés, que restait-il aux pauvres ? Quelques dots et quelques secours; 7,408 garçons et 6,229 filles accueillis et soutenus dans un royaume de 8 millions d’âmes ! 3,769 malades admis dans les hospices !
- Quant à l’instruction publique, sur les 11 millions de rente, il lui revenait 30,000 fr. pour les écoles !
- Trente mille francs pour les écoles, deux millions et demi pour le cuite-. Tout 1 ancien régime est dans ces deux mois.
- M. Marc Monnier entre ici dans des détails qui
- prouvent que les fondations créées en faveur des pauvres étaient détournées de leur but et transformées par l’administration bourbonienne en prétendus asiles où le pillage des deniers publics était constant et pour ainsi dire discipliné.
- Eh bien ! malgré le nouveau régime qui est implanté depuis bientôt 20 ans à Naples, les efforts, quelque nombreux qu’ils aient été, n’ont pu que faiblement pallier ces maux.
- Le mal est encore si grand, que M. Marc Monnier, malgré toute sa modération, est forcé d’applaudir aux conclusions si hardies du député P. Villari :
- « L’Italie, dit celui-ci (que M. Monnier traduit en abrégeant) est une, libre, indépendante; nous ne voulons, nous ne pouvons pas faire de conquêtes ; une guerre est impossible, nul ne songe à nous attaquer. Que voulons-noas donc? Tourner toute notre attention sur nous-mêmes. La question capitale n’est pas 1 équilibre du budget. Nous pouvons être unis, libres, indépendants, avec un budget équilibré, et ne constituer avec cela qu’une nation insignifiante.
- « Il faut qu’un autre esprit nous anime, qu’un idéal nouveau rayonne devant nous. Cet idéal, c’est la justice sociale que nous voulons obtenir avant qu elle nous soit imposée. 11 faut relever en nous la vie morale sans laquelle une nation marche au hasard et n’existe pas...; autrefois nous avions un idéal, nous patriotes: il y avait la guerre, l’espérance, le sacrifice, le péril continuel qui élevait notre esprit. Aujourd'hui, nousn’avons plus qu’une lutte de partis, le plus souvent d’intérêts, sans un dieu à qui sacrifier notre existence Ce dieu, c’était autrefois la patrie; on dirait qu’elle est devenue libre pour se désenchanter à nos yeux. C est que la liberté n’a pas encore projeté chez nous des racines assez profondes : elle est restée à la surface et s’est confinée dans la vie politique, sans pénétrer encore dans la vie de la société et de l’individu...
- On m’a souvent demandé à moi professeur :
- — « Croyez-vous qu’avec toutes ces écoles, ces méthodes, ces progrès nouveaux, la génération qui s’élève saura et vaudra plus que celle qui l’a précédée? u Serait-elle capable de faire 1 Italie comme nous l’avons faite ? »
- — « Je ne doute pas que la génération nouvelle ne sache plus et mieux que nous. Mais vaudra-t-elle davantage ? Nos livres, nos maîtres étaient inférieurs et l’on apprenait moins, mais il y avait dans notre école quelque chose de sacre qui manque aujourd’hui. Le jour où tombait entre nos mains un Berchet, un Coiietta, un Niccolini, ce jour-là notre petite chambre se remplissait de soleil et un esprit inconnu nous révélait des choses qui ne sont dans aucun programme. Il y avait entre le maître et l’élève une secrète intelligence, et ce qu’on taisait comptait plus que ce qu’on disait.
- Cet enchantement est dissipé : les anciens dieux sont renversés et aucun dieu nouveau n’a pris leur place ; l’élève ne voit devant lui qu’une profession ou qu’un emploi. L’élite prend goût à la science, mais la science toute seule ne suffit pas; elle aussi a besoin d’un idéal qui la sanctifie ; car dans la vie de l’intelligence tout ce qui n'est pas sanctifié est profané. Le vide que je vois dans l’école existe aussi dans la société, parce qu’il est dans le cœur du ci-
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- toyen. Ii semble que l’air nous manque , parce qu’après une vie de sacrifices, nous ne trouvons plus rien au monde à quoi nous immoler. Voici cependant tout près de nous des milliers d’hommes qui souffrent. Tâchons de détruire la misère, il y a là pour nous un devoir, un intérêt suprême, une cause généreuse qui nous rendrait l’idéal perdu »
- DE L’AUTONOMIE COMMUNALE
- M. Ch. Fauvety a eu parfaitement raison de dire : « les peuples, composés de personnes humaines, doivent être autonomes et souverains chacun comme les citoyens qui les composent. »
- En effet, sachant qu’il n’est d’homme véritablement libre que celui qui relève de son propre droit, et que cette liberté est d’autant plus grande que ce droit n’est primé par aucune loi supérieure, persuadés qu’il en est de la collectivité comme de l'individualité dans une fédération des nations, dans une confédératon de peuples, chaque nation, chaque peuple composé d’individualités, dont chacune en particulier ne relève que de son propre droit, est membre du souverain. Le tout ne saurait être d’une autre essence que celle des parties qui le forment.
- La vie des peuples doit être, à l’instar de celle des hommes, ou plutôt la vie d’une nation doit être comme celle d’un homme, souveraine et indivisible dans la triple sphère politique, sociale et religieuse.
- Mais chaque peuple est formé d’agrégations, de groupes qui doivent être eux-mêmes autonomes et souverains comme les citoyens dont ils sont l’ensemble. Parmi ces groupes, le premier qui se présente, en remontant de l’individualité à la collectivité, est la commune..., la commune qui doit être libre, autonome comme chacune des individualités dont elle est formée..liberté, autonomie qui n’ont d’autres limites que la liberté et l’autonomie des autres communes, de même que la liberté de chaque individu, et son autonomie n’a d’autres limites que la liberté et l’autonomie des autres hommes.
- Pour organiser la commune autonome telle que nous la comprenons, et non telle que certains partisans trop entho usiastes ont cru devoir la comprendre, il est, nous le croyons, certaines considérations générales qu’il importe de ne pas perdre de vue et qui sont, à notre avis, essentielles.
- Ces considérations sont les suivantes :
- 1° Toute association ou groupement d’individus naît de la sollicitation de besoins communs et d’intérêts similaires.
- 2° Plus importante est la somme d’intérêts réunis dans une association, plus grand est le nombre de besoins auquel elle satisfait et plus cette association a de force.
- 3° Plus puissant et plus immédiat est l’appui mutuel que peuvent se prêter ses membres en toute circons-
- tance, et plus elle est harmonique et durable.
- 4° Enfin, plus libre et plus indépendant est chacun de ses membres, plus elle est indépendante et libre.
- Ces considérations, on le voit, excluent toute pensée tendant à présenter l’organisation de la commune comme un expédient, une sorte de concordat politique destiné à servir de contrepoids à la centralisation et à limiter l’Etat ; elles présentent au contraire l’idée bien nette d’une organisation virtuelle, radicale, pour agrandir l'Etat et le fortifier en l’appuyant sur le principe fédératif dans l’application sage duquel l’homme, individualité ou collectivité, retrouve l’exercice de toutes ses libertés.
- En vertu de ce principe et comme déduction des considérations ci-dessus, la commune souveraine aurait le droit de s’administrer et de se gouverner elle-même.
- L’exercice de sa souveraineté se ferait au moyen du suffrage universel, mais du suffrage universel libre de toutes entraves, éclairé, direct, expression fidèle de la volonté de chacun et de tous, agent en même-temps que garantie des décisions prises dans toutes les circonstances possibles.
- Une assemblée communale librement élue par tous les citoyens et renouvelable périodiquement, formée, quant au nombre, dans la proportion de la population, pourrait être la représentation du souverain. Elle trouverait dans son sein ses officiers municipaux ou de l’état civil, ferait son règlement disciplinaire et, conformément à ce règlement, se réunirait chaque fois que l’exigeraient les affaires de son ressort. La plus grande publicité possible serait donnée à ses séances.
- Avec une organisation semblable, nous le croyons, on arriverait promptement et sûrement à réaliser les réformes dont le Devoir prend en main la cause, et l’on introduirait bien vite, partout où il serait nécessaire de le faire, les deux excellents moyens « de préparer les » élèves aux fonctions de tous ordres et aux services soft ciaux pour lesquels ils ont le plus d’aptitude ; » c’est-à-dire : le concours et l'élection.
- Mais serait-il possible d’organiser la commune telle que nous l’entendons, dans les conditions politiques et territoriales où se trouve la France ? c’est ce que nous aurons à dire dans un prochain article puisque la Rédaction du Devoir nous le permet.
- G. P. Maistre.
- Correspondance et discussion contradictoire.
- M. le commandant Gatineau nous écrit en réponse à notre article sur le Mouvement en faveur de la paix :
- « La gloire militaire, dit-il, n’est pas en elle-même un préjugé, et, fut-elle un préjugé, elle n’entre que pour fort peu dans les causes de la guerre.
- « Malgré les beaux mots attribués à Thémistocle et à Alexandre-le-Grand, je ne connais pas une seule guerre qui ait été entreprise pour satisfaire un désir de gloire. Il y avait toujours un motif d’intérêt qui se cachait sous le prétexte d’amour de la gloire mis quelquefois en
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- avant pour obtenir un concours plus efficace de ceux qui devaient contribuer au succès, mais qui n’avaient nullement voix pour décider si la guerre se ferait ou ne se ferait pas. »
- Entendons -nous bien.
- Oui, dans l’esprit de ceux qui déclarent la guerre il y a presque toujours un motif d’intérêt. Les souverains se considèrent connue propriétaires de leurs peuples, et chacun de ces souverains ambitionne, s’il en a la force, de déposséder son voisin de tout ou partie des peuples possédés par celui-ci. Il cherche à le battre afin de le dépouiller. C’est le même procédé, mais en grand, que celui des bandits de grands chemins.
- Mais si les souverains ont ces motifs-là, les peuples ne }es ont pas, et pour faire avaler la pilule à ces pauvres peuples, on la leur dore. Le grand mot vide et faux de gloire militaire n’a pas été inventé pour autre chose,
- La France devrait comprendre cela, elle qui a vu trois fois l’ennemi envahir son territoire et la châtier ainsi de ce qu’elle avait sacrifié l’amour de la liberté à l’amour de la gloire.
- C’est cet amour de la gloire militaire, ce chauvinisme
- comme l’a surnommé le bon sens— qu’il faut extirper jusqu’à ses dernières racines.
- Le jour où les peuples comprendront que cette gloire militaire ne leur rapporte que des récoltes perdues, des travaux arrêtés, des maisons incendiées, des membres brisés ou des existences tranchées à la fleur de l’âge, ce jourdà les peuples refuseront de se battre et la guerre cessera d’exister.
- Malheureusement, on n’a rien fait dans ce but. L’enseignement est toujours donné a la jeunesse de manière à lui inculquer ces idées de fausse gloire dont plus tard les malins tireront parti à ses dépens. On érige encore de temps à autre des statues à des généraux et dans presque toutes les villes de France quand on a une rue à baptiser, on la baptise du nom d'un militaire. On voit même le plus grand des palais du monde porterinscrit sur sa façade :
- A TOUTES LES GLOIRES DE LA FRANCS
- et cependant il ne contient que des tableaux de carnage, des bustes ou des portraits de soldats. Descartes, Pascal ou Corneille n’y ont aucune place ; Molière, Racine, La Fontaine y sont oubliés ; rien n’y retrace les travaux de Monge, de Bichat, de Laplace ou de Lavoisier ; enfin, Voltaire, Montesquieu et Mirabeau en sont scrupuleusement exclus.
- C’est qu’aux yeux du gouvernement ces hommes-là n’ont pas à leur actif les exploits de Marmont et de Saint-Arnaud dans les rues de Paris, ou les merveilles de M. de Failly dans la plaine de Mentana.
- « Mais, reprend M- Catineau, je ne crois pas subir un préjugé quand j’entoure le nom de Ghateaudun d’une auréole de gloire. Je pourrais même vous citer d’autres noms que vous connaissez aussi bien que moi. Nierez-vous que Léonidas aux Thermopyles, que Miltiade à Marathon, ou que Thémistocle à galamine ne se soient couverts de gloire? »
- Loin de là. Nous reconnaissons que ces gledre&«dà
- sont légitimement acquises et que l'humanité serait coupable si elle les contestait. Mais remarquez ceci. Les faits d’armes en question ont été inspirés par la défense du sol. Le citoyen en ce cas prend la place du soldat et c’est en sa qualité de citoyen et non en sa qualité de soldat qu’il a droit à la gloire. Kosciuszko, Ruyter, La-fayette, Carnot, Marceau, Garibaldi ont droit à la gloire, mais à titre de citoyens. Osera-1-on leur comparer Alaric, Tamerlan, Cortez, Pizarre ou Palikao qui, cependant, ont obtenu de plus grands succès?
- C’est là justement la confusion qui est constamment faite et qu’il importe de détruire. Il faut qu’on la fasse faire aux jeunes gens, afin qu’ils ne grandissent pas dans les idées fausses. Dites-leur, si vous le voulez, que le général Bonaparte a bien mérité de la patrie, mais n’oubliez pas de leur dire aussi que, une fois premier consul, puis empereur, il entreprit des campagnes criminelles et que le succès momentané de ces campagnes ne peut aucunement en atténuer le caractère.
- C’est là ce qu’il faut enseigner, mais est-ce là ce qu’on enseigne?
- Regardez ce qui se passe dans nos écoles, dans nos collèges, dans nos lycées; consultez les manuels dont se servent les élèves; écoutez de quelle manière se fait l’enseignement de l’histoire; puis recueillez-vous et demandez-vous si l’on inspire à la jeunesse l’amour de la paix ou le désir de la victoire. Vous serez bien vite et bien profondément convaincu que l’on inculque aux jeunes gens le préjugé de la gloire militaire.
- Or, tant que ce préjugé vivra, il sera illusoire de compter sur la paix. E. C.
- Nous répondrons plus tard à la lettre de M. Renucci.
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mm@ Marie HOWEAND Voir n° 4 à n° 6 (tome 2)
- (Suite)
- Chapitre XXV
- Lettres. — Une conversation
- « Oakdale, 25 juin 18,..
- « Ma chère fille,
- » J’arrive à l’instant de chez madame Buzzell, où » se trouve la plus heureuse famille que je connaisse. » Le baby croît comme une mauvaise herbe, c’est le » plus joli enfant qu’on puisse voir ; sa ressem-» blance avec ta mère frappe tout la monde, C’est un » trait de justice poétique qui me fait sourire d’aise, » Ta mère feint toujours d’ignorer l’existence de o Susie, de son enfant et de l’excellente madame » Buzzell. Par exemple, elle seule reçoit des nou-
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- » velles de ton frère. Il parait qu’il est à San-Fran-» Cisco et qu’il porte un diamant énorme. C’est tout » ce que je sais de mon fils unique.
- p L’établissement d’horticulture de Susie donne » toujours des résultats merveilleux; elle t’a écrit n et tu sais sans doute combien d’argent elle a p gagné l’hiver dernier. Elle réussira, et avec un » capital suffisant elle fonderait certainement une » remarquable entreprise.
- » En attendant, ce qui vaut mieux que tout le » reste, elle a triomphé de son chagrin et se trouve » réellement heureuse. Vois, mon enfant, ce que p nous avons fait pour elle. Souviens-toi com-p bien elle était ignorante, sans éducation morale » ou autre, et, par conséquent, entraînée à se laisser » gouverner par ses émotions-du moment. Si nous » avions passé indifférents auprès d’elle, comme le » reste du monde, elle aurait pu se damner sans ré-» mission, quoique après tout, j’en doute.
- p Elle lit beaucoup, c’est un des clients les plus » assidus de notre nouvelle bibliothèque. « Donnez-» moi, » m’a-t-elle dit, « une*liste des livres que vous » savez être réellement bons ; si je choisis moi-même, » je passerai du temps en lectures inutiles, et j’ai » besoin de regagner celui que j’ai perdu.
- » Certaines gens appelleraient cela un manque » d’initiative personnelle, mais c’est un acte de vé-» ritable sagesse. La vie est trop courte pour qu’on » puisse lire les œuvres de tous les auteurs nouveaux » et inconnus. Laissons-les passer au sas des dix » millions de lecteurs de pays. Si quelque chose p est trop substantiel pour passer au travers, » il se fera un certain bruit autour, il sera temps » alors, pour le lecteur avisé, de se préoccuper de ce » livre. Susie dévore l’histoire, la géographie, la » biographie des hommes célèbres, et ses apprécia-» tionsme charment par leur fraîcheur et leur ori-» ginalité. Je varie ses lectures en y glissant quel-» ques romans, mais bien choisis.
- » Connais-tu la dernière nouvelle de Georges » Eliot ? Si non, lis-la avec le plus grand soin. À ” mon sens c’est un des observateurs les plus fins et » des penseurs les plus profonds parmi les femmes ” auteurs de l'époque.
- » Sons doute, tu sais que j’enseigne à Susie le ” français et la physique. Sur mon âme, j’ai manqué » ma vocation 1 j’aurais dù me faire éducateur de » filles, — de femmes, devrais-je dire, car les filles ” ne sont intéressantes que parce qu’elles sont les » femmes de l’avenir.
- » Le grand événement d’Oakdale est l’arrivée du » comte de Frauenstein. Je l’ai rencontré l’autre jour * chez les Kendriek, et je le préfère à tous les hom-
- » mes de ma connaissance. C’est beaucoup dire, mais » je crois savoir quand un homme rend le son de la » pièce de bon aloi.
- «Frauenstein est né en Prusse; dans le fait c’est p un vrai cosmopolite. Sa famille s’était fixée en « Angleterre pendant son enfance ; il a fait ses « études à Cambridge, puis e3t allé à Heidelberg où » il a pris un grade en philosophie. (Ce dernier point « ne compte guère à mes yeux). Ensuite il fut attaché » pendant plusieurs années à une mission diplo-» matique en France. Il était en possession de son « héritage depuis quelque temps déjà lorsqu’il vint » en ce pays chercher un placement pour ses capi-p taux.
- » Kendriek dit que le comte possède à sa connais-p sance deux millions de dollars et qu’il en a certai-p nement davantage En conséquence, Kendriek, qui » veut lancer une caisse d’assurance, fait tout son « possible pour que Frauenstein participe à ses pro-« jets, mais il n’a pu jusqu’à présent obtenir le con~< « cours du comte que pour le nouveau chemin de « fer.
- « L’autre soir, il y eut chez les Kendriek une ré-» ception magnifique; rien n’y manquait: musique, p gâteaux, bonbons, dames en déshabillé. Ta mère « était furieuse de ce déploiement de charmes. Leila » et Linnie avaient été invitées et se seraient volon-p tiers, je pense, décolletées jusqu’aux bottines. Ta « mère transigea en mettant de la dentelle noire là « où il n’y avait pas autre chose. Frauenstein a une « belle voix et Linnie était au septième ciel lorsqu’il » lui demanda de jouer l’accompagnement d’un mor-» ceau du Freyschütz.
- » Je n’avais jamais rencontré un homme à la mode p en société et j’étudiais avec intérêt Frauenstein et » son entourage. Ce cercle fashionnable n’est en ré-» sumé qu’une sorte d’atelier d’intrigues patenté. Ils » ont besoin de l’argent du comte, et Kendriek pense «y avoir plus de droits qu’un autre, parce que la » mère de Frauenstein, une américaine, était sa cou-« sine. Tu vois que c’est un demi-sang. Les Delano « sont ses parents au même degré; sans doute on » t’aura parlé du comte.
- « J’aime Frauenstein parce que, malgré les cajo-« leries des femmes et les flatteries de la plupart des « hommes, il a eu le bon goût de causer avec ton « vieux docteur plus qu’avec aucun autre, l’espèce u n’est donc pas foncièrement dégénérée !
- « En politique, le comte est un franc radical et il « hait la guerre comme un quaker ; il voit en elle « l’instrument de la dégradation des peuples. C’est « un charme de l’entendre discourir. Il dit que les « producteurs de la richesse ne dépendent pas autant
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- « du capital que le capital dépend d’eux; que les tra-« vailleurs s’apercevront peu à peu qu’ils ont tout u entre les mains et qu’ils concevront alors la possi*
- « bilité d'organiser et d’accomplir de grandes choses.
- « Ce mouvement est déjà commencé.
- « Nous parlâmes ensuite d’éducation ; Frauenstein « fut très-éloquent; il traita ce sujet avec une re-« marquable clarté et à un point de vue tout à fait « nouveau. Il dit que c’est une honte pour la société « de n’avoir pas un manuel de morale à l’usage des « écoles publiques. Les divers systèmes de religion « se sont arrogé le monopole de cette partie de l’en-« seignement, et en supprimant l’instruction reli-« gieuse dans nos écoles, nous avons du même coup « banni l’éducation morale. C’est une excellente chose « d’exclure les sectes religieuses des écoles subven-« tionnées par le peuple, mais c’est une déplorable « erreur de priver les jeunes intelligences d’un ins-« truction journalière sur les lois morales qui « doivent présider aux relations entre les hommes.
- « Frauenstein voudrait qu’on recherchât dans les « écrits de tous les grands penseurs payens et chré-« tiens, sans distinction, les éléments d’un traité de « morale dont on exclurait avec soin tout mythe,
- « toute hypothèse non vérifiables. Un semblable livre « pourrait être rendu aussi acceptable par les diver-« ses religions que les ouvrages sur l'arithmétique « et la chimie.
- « Puis il parla sur la situation future des femmes « qui, suivant lui, doivent jouir d’une parfaite éga-« lité sociale et politique avec les hommes.
- « C’était merveille de voir comme Kendrick, le «vieux pasteur Cooke, et un tas d’autres nigauds « étaient devenus subitement radicaux.
- « Mais il est temps que j’en vienne à ta lettre.
- « Ainsi, le vieux serpent s’est glissé dans ton Eden ?
- « Laisse-moi à ce sujet te faire deux observations « préliminaires ;
- « D’abord ne t'en laisse pas imposer par de demi-« certitudes, c’est une faiblesse commune surtout « aux femmes ; secondement, ne demande pas au pain « d’être meilleur qu’on ne peut le faire avec du blé.
- « Ton Albert n’est pas d’une nature aussi supé-« rieure que tu l’avais supposé ; sans cela le seul fait « de te savoir malheureuse aurait dù être pour lui « le plus puissant motif de rentrer en lui-même.
- « Tu sais que je n'ai pas foi dans l’institution du « mariage; à aucun point de vue la nécessité ne s’en « fait sentir. Si seulement on ne se mariait qu’à « quarante ans, peut-être les résultats seraient-« ils meilleurs.
- « Si tu étais use ©rdinaire, je te recom-
- « manderais d’être coquette, mais avec toi ce serait « inutile ; ainsi, mon enfant, je ne peux t’être d’au-« cune utilité. Je n’ai pas besoin d’insister sur mon « sentiment en cette matière. En pareilles circons-« tances, le temps est le seul médecin. Tu n’oubiie-« ras pas, j’en suis sûr, que tu es, quoique femme,
- « un vrai philosophe. L’amour n’est pas tout dans « la vie ; à mesure que tu soustrairas davantage ton « bonheur à ta décevante ivresse, tu reconnaîtras « que le fonctionnement du mécanisme vital en « devient de plus en plus harmonieux et facile.
- « En vérité, je ne sais que te dire. Je suis sûr que « tu agiras pour le mieux et ne seras injuste envers « personne ; aussi je m’en rapporte entièrement à « tes instincts élevés. L’action et la réaction étant « deux forces égales, la doctrine des récompenses et « des supplices éternels est vraie au fond, seulement « nous plaçons le ciel et l’enfer dans une mauvaise « place.
- « La pensée qui adoucit, console toutes mes « peines, c’est que la nature sait toujours rétablir « l équilibre. J’y trouve la consolation que les dé-« vots cherchent dans la prière. Les lois de la na-« ture sont immuables et ne peuvent nous faire « défaut.
- « Patience, ma chère enfant, tu sais bien qu’il y « a quelque part un vieil ami sur qui tu peux comp-« ter, quoiqu’il arrive.
- « Tout à foi, « G. F.
- L’œil d’un indifférent n’aurait rien vu d’émouvant dans cette lettre, cependant en lisant la dernière partie, Clara pleura abondamment. Ceci se passait peu de jours après sa réconciliation avec Albert. Elle répondit immédiatement :
- « Bien cher papa,
- « Votre lettre m’a consolée et fortifiée. Mais je « regrette presque de vous avoir entretenu de mes « peines. Je sens combien elles pénètrent dans « votre cœur, et, en vous lisant, j’étais remplie de « gratilude à la pensée que vous êtes fort et vigou-« reux, et que vous vivrez aussi longtemps que moi. « La seule pensée de vous perdre est terrible. Nul « ne peut me comprendre comme mon noble, mon « excellent père. Votre caractère est mon idéal et je « sens qu’il n’était pas sage de me marier, car, for-« cément, je compare les autres hommes à vous et « je suis déçue en voyant combien ils sont loin du « modèle. Cela n’est pas raisonnable ; j’aurais dù « m’attendre à ne rencontrer chez personne votre « sens élevé du juste, ni la délicatesse et la sûreté « avec lesquelles vous appréciez les mobiles et le « but des actes humains.
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- » Je ne pourrais vous tromper, vous vous voyez „ au-dessous de la surface; mais chaque jour je „ trompe Albert et je me hais pour cela. Il me suffit, » pour le rendre heureux, d’arborer une face sou-» riante lorsque mon cœur est lourd comme du » plomb. 11 y a huit jours, nous eûmes une explica-„ tion ; il reconnut ses torts, s’excusa d’avoir mé-» connut mon affection. Nous pleurâmes ensemble et „ convînmes que tous nos nuages étaient dissipés à » jamais. Je crus que celaétait possible, mais hélas ! » il y a dans notre bonheur restauré quelque chose » de faux et de contraint qui est une dérision de no-» tre félicité première, comme le seraient des haillons » sur un roi,
- » Cependant je suis plus heureuse; j’essaie de me » parer avec coquetterie. Albert aime le style pré-« tentieux d’Ella. Pensez à votre fière Clara entrant » dans l’arène pour reconquérir dans un tournoi de » chiffons l’affection de son mari! N’est-ce pas une » pitié?
- » O père, qu’est-ce que je dis ? je voulais vous » écrire une lettre pleine de mon bonheur ! Hélas ! je » crains que le fer soit entré profondément dans » mon âme. Cependant je ne voudrais pas vous trom-» per, réellement je souffre très-peu maintenant, et » je commence à croire que je retrouverai la paix » perdue. Cet espoir me soutient, mais si je venais à » le perdre, je prendrais le dessus et vivrais quand » même. Ne suis-je pas la fille de mon père et plus » fière d’être la fille d’un tel homme que je ne le se-» rait d’être celle du plus grand monarque de l’uni-» vers. Ne fût-ce que pour l’amour de vous, je sup« » porterais cette déception avec philosophie.
- » Qu’importe que je sois ou non aimée.
- » Et que celui qui travaille soit voué à l’oubli,
- » L’œuvre d’amour ne s’en accomplira pas moins,
- » Et le monde immense me reste.
- » Ne sont-ce pas là de grandes paroles? Elles vien-» nent de se présenter à ma mémoire et je veux que » désormais elles restent dans ma pensée comme le » Manè, Thecel, Phares du festin de Balthazar.
- » Adieu, cher papa, je vous ai écrit dans un mo-» ment de bien triste humeur. J’ai également écrit » à Susie, à maman et aux autres. Ayez confiance en » moi et croyez que je suis toujours
- » La fille de son père.
- » P. S. Vous êtes témoin que je puis écrire une » lettre sans 'post-scriptum', mais je veux vous dire » encore ceci ; Ne vous tourmentez pas à mon sujet,
- » tant que je garderai le silence.
- » C.-F. D. »
- Le lendemain, Clara, Albert et Ella partirent pour les Montagnes Blanches, où nous les laisserons pour revenir un instant à Oakdale.
- (A suivre.)
- -----«raeceO©©©®*»»'---
- LA VRAIE QUESTION D’ORIENT.
- Nous ayons reçu d’un de nos abonnés l’article suivant qui nous paraît mériter d’être mis sous les yeux de nos lecteurs.
- L’on commence à s’apercevoir que ce que l’on appelait jusqu’ici la question d’Orient n’était que le prologue de la véritable question d’Orient, laquelle s’ouvre devant nous plus menaçante que jamais depuis le traité de Berlin. A bien considérer, la question que le congrès de Berlin a dénouée d’une manière si incomplète n’était que la question de l’Europe orientale ou de la Turquie d’Europe, tandis que le véritable Orient, celui qui comprend toutes les contrées s’étendant du Nord au Sud, depuis la Méditerrannée et la mer Noire jusqu’à la mer du Japon, est resté en dehors de ce qu’on appelait jusqu’ici la question d’Orient, comme ne méritant pas la sollicitude de l’Europe. Cela est tellement vrai que le congrès de Berlin n’a abordé qu’avec répugnance le règlement des difficultés asiatiques entre la Russie et la Turquie et qu’il est à peu près resté indifférent au traité du 4 juin, établissant le protectorat de l’Angleterre sur la Turquie d’Asie.
- C’est,du reste,ainsi que Von a toujours procédé soit en religion, soit en politique. L’on dirait que toute la vie orientale a été concentrée sur les côtes de la Méditerrannée, de la mer Noire et tout au plus du golfe Persi-que, tandis que les événements qui se sont produits sur les grands plateaux du centre de l'Asie, les immenses régions du Sud et du Nord et surtout de l’extrême Orient, qui contiennent et ont contenu de tout temps les populations les plus nombreuses, que ces événements n’auraient été que des accidents de la vie sociale et religieuse de l’humanité. Et, pourtant, en dehors de ces régions qui ont donné naissance aux plus grandes religions qui se sont infiltrées dans la conscience humaine, d’où sont parties les plus grandes migrations des peuples et les plus grandes invasions qui ont bouleversé le globe terrestre et où se sont fondé les empires les plus vastes et les plus antiques, qu’est-ce que l’histoire, appelée communément l’histoire d’Orient? Une* histoire incomplète, tronquée, presque abstraite, dépouillée des grands faits qui donnent à l’histoire une signification sociale et religieuse.
- Il en est de même de la question politique d’Orient.
- La vraie question d’Orient, celle qui comprend les intérêts politiques et sociaux de tous les peuples orientaux, mérite aujourd’hui la plus vive sollicitude de la part des nations occidentales et l’attention la plus soutenue de la part des publicistes et des hommes d’Etat ; car elle intéresse au plus haut point l’avenir de la civilisation occidentale et la paix du monde. .
- Si nous jetons un coup d’œil d’ensemble sur la situation politique et les grands empires de l'Orient, nous observons ce qui suit :
- A l’extrémité occidentale de l’Asie, nous trouvons l’empire des Osmanlis qui se débat, péniblement il est vrai, contre les symptômes réels d’une dissolution, mais qui est soutenu par les intérêts de l’Europe et qui, borné
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- à ses possessions asiatiques, euntiendrait encore en lui des éléments réels de vitalité, propres à amener un relèvement et une régénération au moyen de réformes salutaires, s’il avait l’intelligence et la volonté nécessai res pour les appliquer.
- A l’extrémité orientale, nous voyons les deux empires du Japon et de la Chine qui, bien loin de manifester des symptômes de décadence, nous offrent au contraire ceux d’un réveil bien positif et bien visible.
- Déjà le Daïri du Japon est sorti de son immobilité mystique et, après avoir réduit à l’obéissance ses vassaux naguère révoltés, il a inauguré dans son empire une série de réformes sociales, industrielles, scientifiques et politiques, qui font l’admiration de l’Europe civilisée. Il a organisé une armée et équipé des flottes à l’Européenne. Il a créé des chemins de fer et des télégraphes électriques. Il a fait élaborer un code civil tiès-remarquable.' Il a institué dans le gouvernement de ses peuples une sorte de système représentatif en rapport avec leur génie national. Il protège et favorise l'essor des sciences, des arts, de l’industrie manufacturière, de l’agriculture, du commerce et surtout de l’instruction publique dans toute les branches, et profitant de l'aptitude de ses sujets, il les initie successivement dans l’industrie moderne de l’Occident. Or, les résultats de cette politique se sont déjà fait sentir. A l’Exposition universelle de 1878,l’on a été émerveillé devant les produits du Japon et surtout quant à l’esprit policé des exposants japonais.
- A côté' de l’empire du Japon, l’empire de la Chine semble secouer aussi son immobilité séculaire et, répudiant son antique mépris des barbares occidentaux, entrer successivement dans le courant occidental. Ses peuples nombreux, quatre cent à cinq cents millions, trop resserrés dans un territoire, pourtant fort étendu, débordent de jour en jour; hier c’étaient la Tartarie, Flndo-Chine, les îles de l’Océan pacifique, qui recevaient Ses émigrants; aujourd’hui, ceux-ci s’avancent jusqu’en Australie et eù Amérique, où l’on s’inquiète très vivement de ces flots de plus en plus envahissants de la race jaune. Fuis le gouvernement du Céleste Empire s’aperçoit aussi, de son côté, que les Occidentaux ne sont pas des barbares, pauvres et ignorants. Il fait visiter les expositions universelles d’Europe et d’Amérique par ses industriels. On admire à l’Exposition de' Paris les produits de l’industrie chinoise et les fils de l’Empire du Milieu se montrent en grand nombre dans les rues de la cité occidentale. De plus, ce gouvernement, naguère isolé du monde derrière ses murailles, envoie' des ambassadeurs accrédités auprès des gouvernements européens. Des sujets de son empire fréquentent les écoles occidentales et y prennent des grades. Des missions militaires se rendent sur ses ordres en Europe pour étudier les moyens d’attaque et de défense actuellement employés chez les diverses nations. Des instructeurs européens sont chargés d’instruire et de discipliner les armées chinoises, et la marine de l’empire échange ses vieilles jonques vermoulues contre des paquebots et des canonnières bien équipées, en attendant qu’elle possède des cuirassés. (1) Enfin, cette même Chine est travaillée, re-
- (1) La Chine possède des navires cuirassés. Quelques-ims ont été achetés aux Etats-Unis, d’autres ont été construits dans les chantiers de Fou-Chou. L’arsenal maritime de cette ville est aujourd’hui outillé à l’Européenne ; les ouvriers sont Chinois, les chefs d'ateliers sont Européens ou Américains. M. Puthon qui du'ige l’atelier de chronométrie de l’arsenal de Pou-Cbou nous disait à son dernier passage eh Europe que les chronomètres dé marine établis par les ou vriers chinorê rivaliseftt de qtaalifé aiveo eeax d’Angleterre< E. G,
- muée par des sociétés secrètes, puissantes par le nombre et l’instruction de leurs adhérents : naguère une insurrection formidable, celle des Kouam-si-jex, fomentée par l’une de ces sociétés, a menacé dans son existence l’empire des barbares Mandehoux, maîtres de la Chine ; qu’une nouvelle révolution amène sur le trône impérial un homme de génie, réformateur et puissant organisateur, qui infuserait une nouvelle vie à ce vaste corps, en y combinant les éléments autochtones avec les éléments étrangers ; qu’il sache surtout tirer parti des éléments réformateurs qui fermentent déjà dans l’empire, tels que les Kelats du Bouddhisme, les Wahabbis de l’Islamisme, les Trois-Unis et Frères de la Triade, sociétés secrètes des lettrés chinois, et sa puissaùee politique et religieuse sera immense ; elle le sera d’autant plus qu’elle aura pour elle l’adhésion ouverte ou tacite des peuples orientaux, opprimés par les empires anglo-indien et tartaro-russe.
- Yers lé Nord de l’Asie, se déroule l’empire des czars de Russie, comme une vaste bande qui, comprenant une partie de l’Occident, s’étend depuis la mer Baltique jusqu’à la mer du Japon. Commandant à quatre-vingt millions d’hommes, les czars russes se croient en droit de revendiquer la suprématie en Orient et ils visent à l’empire universel, avec des titres et des moyens qui ne diffèrent guère de ceux des césars byzantins et des sultans ottomans r c’est toujours sur la conquête et la force brutale qu’ils s’appuyent, et ils tendent à faire accepter leurs usurpations aux peuples orientaux par le prestige de leur puissance. Mais les- portes de Constantinople leur sont fermées par l’opposition de l’Europe, et la suprématie en Orient leur est disputée par un concurrent qui contrebalance leur puissance. D’ailleurs, en fait d’organisation sociale et politique et comme civilisation générale de ses peuples, l’Empire russe est inférieur aux empires du Japon et de la Chine, (1) et cette puissance manque elle-même de base, pour la consolidation, la durée et l’universalité de son empire. Celui-ci ne peut s’appuyer, en Orient, ni sur une démocratie, ni sur une aristocratie orientale; car des hordes et des chefs de hordes ne constituent ni une démocratie, ni une aristocratie .
- Au centre de l’Asie et plus au sud, se trouve l’empire anglo-indien, plus jeune encore que l’empire tartaro-russe, aussi envahissant que celui-ci, mais plus riche par ses finances et par ses populations orientales, évaluées à deux cent trente-huit millions, pouvant mettre en ligne des armées asiatiques plus nombreuses que celles de l’empire russe, mais moins aguerries et plus énervées, et servi par de puissantes flottes. Cet empire a le même objectif que l’empire russe : la suprématie en Orient et l’empire universel, et il faut le dire, il est plus sur cette dernière voie que l'empire russe ; car il a des positions importantes dans toutes les parties du monde, et tous ses efforts tendent à solidariser ces positions entr’elles et la métropole, surtout celles de l’Inde, par des réseaux de stations intermédiaires. Mais, comme l’empire tartaro-russe, l’empire anglo-indien ne possède pas une puissante démocratie et une puissante aristocratie anglo-indienne sur lesquelles il puisse s’appuyer. Ces deux empires, on l’a déjà dit, font l’effet de deux colosses aux pieds d’argile.
- Ces deux colosses ont étendu et étendent tous les jours davantage leurs: membres gigantesques sur les diverses parties de l’Orient, qu’ils étreignent sur toute
- (1) Nous faisons nos réserves à ce sujet. E. C.
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- la longueur, l’un au nord, l’autre au sud, en décrivant des courbes qui lès Rapprochent de plus en plus l’un de l’autre. Chacun de ces empires poursuit son but d’une manière fatale, et les mots de : émancipation, protection, civilisation des peuples orientaux ne sont que de trompeuses étiquettes dont ils se parent pour les besoins de leur politique; car les intérêts et la soif des conquêtes font le fond dominant de leurs aspirations. Gomme leurs fins sont identiques, à savoir la possession de la suprématie en Orient et la réalisation de l’empire universel, ïa iüttë doit éclater tôt ou tard entre eux et a déjà menacé d’éclater à diverses reprises.
- S’il ne s’agissait que d’ùiie .simple collision entre ces deux empires, les peuples orientaux pourraient rester spectateurs tranquilles ; car, soit qu’ils s’affaiblissent et se ruinent réciproquement, soit que l’un d’eux seul devienne maître du terrain (cette dernière hypothèse ne paraît point réalisable), l’Occident ne semble, au prime abord, n’avoir à cela qu’un intérêt indirect. Mais en admettant même que le rêve d’un empire universel, qui est caressé par chacun de ces compétiteurs, ne doive jamais avoir une réalisation, l’Occident, eh vertu de la solidarité qui relie toutes les parties de l’humanité, a le plus grand intérêt à intervenir entre les deux rivaux pour empêcher un choc qui serait fatal, par ses conséquences médiates et immédiates, aux intérêts généraux de la civilisation.
- En effet, une guerre entre la Russie et l’Angleterre, à cause de la position semi-européenne et semi-asiatique de ces deux empires, serait un point d’arrêt et un recul pour l’Occident, tout autmit et plus que pour l’Orient, et le premier ne pourrait pas rester indéfiniment neutre.
- (A suivre.) Alphonse Gilliot,
- LE TOUR DU MONDE
- PAR UN RAPHAËL.
- La galerie nationale écossaise d’Edimbourg vient d’ajouter à sa collection de peintures un fragment précieux d’une œuvre de Raphaël qui, outre sa valeur intrinsèque, est intéressant par l’histoire qui s’y rapporte. Cette œuvre, dit le Scotsman, n’est antre qu’une partie d’un des célèbres cartons peints pour Léon X, comme dessins de tapisseries.
- Ce qu’il y a de curieux, c’est que cette peinture arrive à Edimbourg des antipodes, après avoir été léguée à l’Académie royale écossaise par sir D. Monro, président de la chambre des représentants de la Nouvelle-Zélande, à la condition d’être placée dans une galerie publique de cette ville.
- Pour comprendre comment cette pérégrination lointaine a eu lieu, il est nécessaire de se reporter à l’histoire des cartons. Ges grandes compositions, sur l:e' nombre desquelles on n’est pas d’accord et dont les sujets étaient tirés de l’Erangile et des Actes des Apôtres, ont été terminées en 1520, la dernière année' de la vie du. peintre. Elles ont été transportées en Flandre, où les dessins ont été reproduits en tapisseries, sous la direction de B. van Orley et de M. Goxcie, artistes flamands, qui avaient été élèves de Raphaël en Italie.
- Quand les cartons eurent servi à eet usage (ils semblent avoir été longtemps négligés et oubliés), sept d’entre eux restèrent complets; les antres ont probablement été coupés par morceaux, suivant les convenances des
- ouvriers tapissiers, et ont été dispersés en différentes mains dans les Pays-Bas.
- Dans la suite des temps, les sept dessins entiers ont été achetés de Rubens par Charles Ier, et, depuis lors, ils sont restés en Angleterre. Très-appréciés par Cromwell, ils furent négligés par Charles II, qui, dit-on, les aurait vendus si lord Danhy ne se fût interposé à temps. Ils trouvèrent de nouveau un protecteur dans Guillaume III, qui leur consacra une galerie à Hampton-Gourt, où ils restèrent jusqu’au jour où on les transporta au musée de Kensington.
- L’iütérêt excité eü Angleterre par ces belles œuvre# engagea les collectionneurs à rechercher sur le conti-* nent les cartons perdus, et pàrmi ceux qui parvinrent à en retrouver un certain nombre de fragments, on cité Jonathan Richardson, peintre de portraits, auteur d’écrits sur la peinture. Il parait que c’est de sa collection! que le fragment récemment arrivé à Edimbourg est sorti % il devint la propriété du duc d’ArgylI, et à sa mort, eù i779,ii fut acheté, avec un autre fragment plus petit, paf le sculpteur Flaxman, Flaxman en fit cadeau à uü M. Saundersj de Balh; c’est de ce dernier que le père de sir D Monro l’a acheté moyennant la somme de 30 livret sterling.
- Ce fragment, qui est de petite dimension, est presqu# entièrement occupé par deux têtes de femmes, et il sem-» ble avoir fait partie du carton du Massacre des Innocentst dont on sait que plusieurs autres fragments existent-dans les collections particulières.
- Le Lirecteur-Gérant i Godin.
- Monsieur le Rédacteur,
- Dans l’intérêt de l’humanité, nous vous prions collectivement d’insérer dans votre journal le fait remarquable suivant. Nous étions atteintes d’une tumeur au sein, lorsque flous entrâmes dans la maisorf de santé du Dr Cabaret, 19, rue d’Armaillé, Paris-, Après deux mois de traitement, nous en sortîmes parfaitement guéries, sans avoir subi d’opérationrNous tenons à porter ce fait à la connaissance de toutes les personnes atteintes de ce mal redoutable, trop heureuses de leur faciliter le moyefl de se guérir si promptement et sans le moindre danger.
- Mme Mollet, rue de Tanger, n° 5, à Paris.
- Mm® Leprêtre, rue Stephenson, n° 6, Paris.
- Mm0 Oelaporte-Elin, à Moreuil (Somme).
- Mme Levieillard, à lion fleur (Calvados.)
- Éviter le* contrefaçons
- CHOCOLAT
- MENIEft
- Exiger le véritable nom
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- le devoir
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- «-Aï*,!*, IC SAÎNT-CYR
- PROPRIÉTAIRE A BÉZIERS (Hérault)
- * Vins rouges et blancs, secs et de liqueurs.
- « Vins rouges de table, de 70 à 90 fr.
- « St-Cyr, St-Christol et St-Georges, 95 à 105 fr.
- On demande des Agents.
- )La barrique de 215 ) lit. pris a Béziers.
- 2
- INVITATION
- Pour la participation aux grands TIRAG-ES D’ARGENT Concessionnés et garantis par l'État.
- Dans l’espace de six mois et en 7 classes sortiront en tout gains, représentant la somme d’à peu près 10 millions de francs. Dans le cas le plus heureux, le plus grand gain s’élèvera à :
- 42,600
- Fr.
- prime
- prix
- fr.
- »
- »
- »
- »
- »
- >;
- 312,500
- 156,250
- 100.000
- 75,000
- 62,500
- 50,000
- 45,000
- 468,750
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- 1
- 6
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- LA PHILOSOPHIE POSITIVE, Revue politique, littéraire et scientifique, dirigée par MM. E. Littré et Wyrouboff, vient de publier le deuxième numéro (Septembre-Octobre 1878; de sa onzième année.
- Ce numéro contient :
- La Double Conscience, par É. Littré. — La Famille dans le passé, par E. Lesigne. — L'Ecole d'Administration, par Gust.-A. Hubbard — La Religion d'Israël, par É. Littré. — Exposition universelle de 1878, par F. Petroz. — Madame Comte à Rouen, par Eugène Noël. — Les Missions laïques, (suite), par X. — France et Monarchie (suite), par Marc Régis. — LarQuerrc dOrient, par G. Wyrouboff. — La Paix faite, parÉ. Littré. —Variétés. — Bibliographie.
- PRIX D’ABONNEMENT :
- Paris. Départements. Etranger, Un an....... 20 fr. 23 fr. 25 fr.
- La Philosophie positive vient dé mettre en vente deux importants ouvrages de M. É. LITTRÉ. — L’un, ayant pour titre : Fragments de Philosophie positive et de Sociologie contemporaine Un fort volume grand in-8°. Prix : 8 francs. — L’autre, Aug, Comte et la Philosophie positive (troisième édition). Un fort volume in-8°, également au prix de 8 francs.
- Toutes les communications doivent être adressées à M. Caubet, 16, rue de Seine, à Paris.
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- 1" ANNÉE, TOME 2— N° 8 Sotimal hebdomadaire paraissant le dimanche DIMANCHE 3 NOVEMBRE 1878
- Le Devoir
- POLITIQUE
- législation
- administration
- RELIGION
- MUTUALITÉ - SOLIDARITÉ » FRATERNITÉ
- ASSOCIATION DU CAPITAL & DU TRAVAIL
- TRAVAIL INDUSTRIE COMMERCE CONSOMMATION ;
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- Rédacteur en chef : M. Ed. CHAMPURY
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- A NOS ABONNÉS & A NOS LECTEURS
- Par la fondation du journal « Le Devoir », nous avons voulu donner un organe nouveau aux idées de progrès; appuyer toute idée de réforme et d’institutions nouvelles sur la morale supérieure née de l’amour et du respect de la vie humaine, les choses n'ayant de valeur à nos yeux que si elles concourent au bonheur de l’homme.
- Pour fonder un pareil organe de publicité, nous avons cherché des sympathies chez les hommes animés du désir du progrès ; nous nous sommes adressés à ceux qui aspirent à voir la société opérer pacifiquement les réformes nécessaires, propres à élever nos institutions et nos lois au niveau des progrès accomplis dans la philosophie, dans la science de la vie, dans l’industrie et le travail.
- Nous avons fait choix de vingt mille lecteurs, et nous leur avons servi le journal. Beaucoup déportés nous ont été férmées ; mais nous avons la satisfaction de voir un certain nombre de personnes nous rester fidèles. Des sympathies précieuses sont venus nous aider et nous encourager.
- Que nos amis et nos lecteurs comprennent que « Le Devoir » est une œuvre de sacrifices, une œuvre de dévouement social et qu’il dépend d’eux de le faire vivre.
- Notre publication n’est ni un journal de passion, ni un journal de parti ; c’est un organe de science sociale s'occupant avant tout des moyens de réaliser le bien de la. vie humaine, le progrès et le bonheur pour tous.
- Que nos amis nous aident dans cette œuvre de propagande, en faisant lire le journal et en nous envoyant les adresses des personnes dont les sympathies pour le progrès peuvent nous faire des abonnés.
- A toutes ces adresses, nous enverrons « Le Devoir », à Htre d’essai.
- Que celles des personnes qui reçoivent des numéros spécimens du « Devoir » n’en soient donc pas surprises; nous recherchons l’appui des hommes qui ont cultivé leur cœur et leur esprit dans l’amour du bien social ; nous les recherchons d’abord comme lecteurs, ensuite comme soutiens de nos efforts, pour révefller dans la presse périodique et dans l’opinion publique l’étude des réformes et des institutions devenues indispensables.
- Nous faisons appel à toutes les personnes qui pensent avec nous, que des améliorations sont nécessaires dans nos lois et nos mœurs, et que ces améliorations peuvent seules prévenir les revendications violentes, et assurer la liberté, la paix et la concorde entre tous les eitoyens.
- Nous sollicitons de ceux de nos nouveaux lecteurs qui ne peuvent on ne veulent nous accorder leur concours, de nous retourner simplement le journal en mettant REFUSÉ sur la bande.
- SOMMAIRE
- Le Génie humain et l’Exposition universelle. — L'affaire du Congrès ouvrier. — Sémaine politique. — Correspondance. — Discours de
- M. Laboulaye. — L'équivalence des fonctions. — Roman : La fille de son père.— La vraie question d’Orient. — Conférence sur la mutualité. — Bulletin bibliographique.
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- LE GÉNIE HUMAIN ^EXPOSITION UNIVERSELLE
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- L’IDÉAL
- Une des révélations les plus précieuses que nous aura laissées l'Exposition universelle de Paris est celle des tendances de l’art étranger vers un nouvel idéal.
- Les expositions annuelles du palais de l'In-llustrie avaient démontré avec une évidence chaque année plus grande que l’ancien idéal artistique est mort et que ni les efforts de quelques artistes isolés, ni l’influence de l'Académie des beaux-arts tout entière ne seraient assez puissants pour le ressusciter; malheureusement elles ne nous donnaient que des renseignements très-incomplets sur l’idéal nouveau qui viendrai* prendre la place laissée vide.
- Peut-être les exposants habituels du Salon n’en avaient-ils pas eux-mêmes une idée bien précise. A coup sûr Us gavaient très-nettement; ce qu’ils ne voulaient plus; mais savaient-ils aussi bien ce qu’ils voulaient ? U est permis d’en douter.
- Privés de cette force que donne la précision de la volonté, ils allaient à droite et à gauche, dispersant leurs efforts, espérant que le hasard leur ferait découvrir quelque chose, comme si le hasard peut répondre aux aspirations du public, comme si uii nouveau monde pouvait se découvrir par aventure !
- Par réaction contre les données ontologiques d’un idéal épuisé, les artistes se rejetaient dans les trivialités du réalisme. Le public s’éprit d'enthousiasme pour l’art insignifiant et porta aux nues un artiste qui consacrait son beau talent à peindre des chaudrons et des casseroles, tandis que Messieurs les critiques d’art déclaraient sans rire que la ligne et la couleur constituent toute la peinture et que Michel Ange, Rembrandt, Holbein et Poussin ont radoté en mettant de la pensée dans leurs œuvres.
- Fort heureusement le public a plus de bon sens qu’on ne suppose ; il s’aperçut bien vite qu’on se moquait de lui et reporta ses suffrages
- sur les peintres de genre qui, faute de mieux, font preuve d’un esprit étincelant, ainsi que sur un nouveau venu qui consacrait son talent magnifique à la reproduction de scènes d’histoire pleines dépensée et de vérité.
- Ce fut le coup de grâce porté à la peinture catholique et à la peinture mythologique.
- Les miracles, les apparitions, les résurrections, cessèrent d’occuper les artistes et si parfois on vit encore de grandes machines consacrées à de semblables sujets, ce ne fut pins que lorsque les artistes en avaient reçu ia commande officielle.
- La peinture mythologique fut plus gravement atteinte encore. Les divinités de l’Olympe virent leur règne disparaître de ce monde, probablement pour toujours. Quelques artistes affectent encore de se rattacher à cet art : simple prétexte pour pouvoir exhiber des peintures où des femmes plus ou moins nues présentent au public tout autre chose que leur visage.
- Ainsi i’art mythologique et i’art catholique après avoir parcouru une brillante carrière en sont venus à la stérilité. Ges deux sources d’inspiration longtemps inépuisables sont aujourd’hui épuisées. Leur passé si riche en chefs-d’ceovre a fait place à une époque où ils sont incapables de rien produire. S’ils ge manifestent encore en France par quelques œuvres, ces œuvres sont sens pensée, sans conviction, sans virtualité, sens capacité d’émouvoir. À l’étranger ils ne donnent même plus signe de vie.
- Est-ce à dire que tout idéal soit perdu dans l’art et qu’il faille se contenter d'adipirer Je faire des artistes sans pensée ou l’esprit humoristique de ceux qui osent encore penser?
- Un pareil jugement pécherait par la base.
- Le désir du mieux esi un des besoins de l'espèce humaine et comme tel il est impérissable. Or le désir du mieux n’est pas autre chose que le bégaiement d’une aspiration vers un idéal. L’aspiration peut être ipc.Qpgciepte et l’idéal très confus, l'un et l’autre n’en existent pas moins. Le tort des anciennes écoles n'est par d’avoir cm à un idéal, mais bien d’avoir pré'
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- tendu que l’idéal de l’art est absolu, qu’il est constamment identique à lui-même. Il est au contraire relatif si se modifie selon les milieux, les religions, les races, les époques» L’artiste ne doit pas le chercher en dehors de lui, mais en lui-même. L’idéal de l’art.est essentiellement personnel. Chaque artiste a sa manière à lui de le comprendre et de l’exprimer. Véronèse ne sent pas comme Albert Durer, ni Van Eyck comme Delacroix, ni le Corrége comme Zurba-ran. Chacun de ces artistes est très loin de l’idéal académique. Oserait-on soutenir qu’ils n’en aient poursuivi aucun ?
- Loin de là. Mais ces grands artistes ont vécu de la vie de leur temps et de leur pays, ils se sont imprégnés des aspirations de leurs contemporains et ont exprimé ces aspirations sous leur forme la plus caractéristique. Aussi leurs œuvres sont immortelles, car elles sont à la hauteur des idées de leur temps.
- L’art véritable rie doit jamais se laisser distancer par la marche des idées. Il doit au contraire s'emparer d’elles et faire resplendir ce qu'elles ont de lumineux.
- Quelques œuvres d’art de l’exposition universelle nous révèlent une préoccupation semblable chez quelque* artistes éminents de l’étranger.
- Malgré tout le plaisir que cela serait pour nous, nous ne pouvons signaler tous ces essais, dont plus d’un est un cnef-d’œuvre. Nous ne rappelons parmi les mieux exécutés que ceux qui caractérisent le plus nettement la voie dans laquelle l’art doit entrer.
- Commençons par l’exposition de la peinture, fit dans celle-ci par l’école allemande. Les sujets relatifs aux attachements de la famille y tiennent le premier rang.
- Voici, deM.Hoff, une œuvre poignante et dort le souvenir s’impose à la mémoire. Un enfant vLnt de naître. Sa venue au monde était attendue par toute la famille pour être fêtée avec joie et lanière caressait dans son âme les plus beaux reves d’avenir. Hélas, les espérances humaines sont fragiles et les rêves sont de cristal ! La mort
- «st entrée dans cette ihaison et avant que l’enfant soit né, elle a emporté le père.
- La mère a été délivrée, et le jour du baptême est venu, mais quel triste baptême ! De tous les membres de la famille assemblée pas un chez qui la présence du nouveau-né n’avive- le sentiment de-l'absence du père : la cérémonie qui devait être une jouissance, tourne visiblement au supplice.
- Un sujet diamétralement opposé est traité par Knauss avec un égal bonheur.
- Cette fois c’est l’enfant qui est mort et le père qui survit. Le convoi descend dans la cour d’une pauvre maison allemande. Les camarades d’école de l’enfant mort regardent passer la bière avec une curiosité naïve un peu effarouchée qui nous dit à quel point ils ignorent la douleur. Le père, usé par l’âge, le travail et la souffrance, s’avance le front penché et les jambes chancelantes, s’appuyant au mur pour descendre l’escalier et semble se demander pourquoi il reste dans ce monde alors que son unique enfant en est parti.
- Ou nous nous trompons fort, ou des œuvres qui tiennent de si près à la vie de tous les jours sont de nature à compenser largement aux yeux du public les paradis des rois et les miracles des saints. Osera-t-on dire que la sympathie émue qu’elles font naître soit inférieure à celle que peu vent inspirer les tableaux d’égüse?
- D'autres épisodes de la vie individuelle ou sociale peuvent prêter de nombreuses ressources à l’art. La soumission de la matière à l’intelligence humaine et la lutte de l’homme contre les éléments présentent à l’artiste de nombreuses occasions de déployer les plus brillantes qualités du pinceau et les plus magiques enchantements de la couleur. Ce champ promet d’être d'autant plus fécond qu’il est très-vaste et n’a pas été exploité.
- Quelques-uns des meilleurs peintres allemands sont entrés dans cette voie, Achenbach par une jetée battue par la tempête, Menzel par un intérieur d’usine. Ces deux toiles se rattachent à l'art de l’avenir par l’élévation de la pensée et
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- à celui du passé par rexcellence de la forme. Dans l’une comme dans l’autre, l’homme anime tout malgré le peu de place qu’il occupe.
- Combien les marins de cette jetée sont peu de choses en présence delà mer furieuse! et cependant ne sentez-vous pas que c’est eux qui auront le dernier mot? Cette lutte est tout un’ poëme.
- N’est-ce pas tout un poème aussi que cette immense usine métallurgique où le fer en fusion illumine de ses reflets les muscles virils d’une centaine de travailleurs? Les forges de Yulcain si longtemps célébrées en peinture, ne sont plus que des jouets d’enfants auprès des fonderies édifiées par le génie humain. Pourquoi donc l’art continuerait-il à reproduire les forges de Vulcain plutôt que nos usines contemporaines?
- Mais l’humanité a des gloires plus grandes encore que la soumission de la matière à son gén'e. Elle a produit les grands hommes et elle doit être surtout fière de certaines individualités hors ligne qui ont réuni tout à la fois l’imagination la plus puissante, l’activité la plus féconde et l’élévation morale la [dns remarquable. Il appartient à l’art de retracer la vie de ces hommes qui seront, aux yeux dtsgénérations futures, ce que les saints ont été aux yeux des générations passées.
- Un artiste hongrois, M. Munkaczy, a compris cette haute mission de l’art et n’a pas craint d’aborder ce genre de peinture. Le public, la critique et le jury ont été unanimes pour l’en récompenser. Son tableau de Milton dictant le Paradis Perdu à ses filles restera comme un bon exemple.
- Nous rappeler que le plus grand poète des temps modernes n’a jamais oublié ses devoirs de père de famille et que l’emploi qu’il fit de son étincelant génie fut si pur, si élevé, qu’il put dicter son poème à ses filles, c’est faire une bonne œuvre, c’est donner à Vart une mission.
- Or, ne l’oublions pas, l’art n’a de raison d’être ici-bas que s’il remplit un rôle social.
- La peinture historique se prêterait à merveille à une semblable mission ; ii lui suffirait pour cela de dédaigner les festivals royaux et les
- scènes de carnage pour donner la préférence aux grands actes de la vie des peuples. Qu’elle nous représente le martyre des apôtres de la pensée ou de la liberté, ou les grandes scènes de la Réforme et de la Révolution ; il y a là nombre de pages splendides qui attendent encore l’artiste qui les exprimera.
- Aucun tableau, dans toute l'Exposition, ne représente l’une de ces scènes et aucune, sauf le Marceau de Jean-Paul Laurens, ne s’y rattache, même de loin.
- La. place nous manque pour analyser au point de vue de l'idéal nouveau ies œuvres de ce dernier artiste, si justement populaire, ni celles de M. Herkomer ou de Milliais, l’éminent artiste d’outre-Manche, si multiple et si original, ni enfin celles de M. Israels, cet étrange peintre hollandais qui fait entrer dans l'art « les non-1 veiles couches sociales », et dont l’âme attristée et compatissante s'intéresse exclusivement aux misérables, aux maladifs, à tous les délaissés, à tous les déshérités, à tous les opprimés de ce monde.
- Nous ne parlerons pas de la sculpture. Cet art ne s’est jamais désintéressé de la pensée et il a déjà produit dans notre siècle quelques artistes, tels que David d’Angers, dont les œuvres sont bien dans les idées nouvelles. Plusieurs groupes de l’Exposition prouvent que cet art n’a pas ré trogradé. Le Mariage romain de M. Guillaume et Y Education maternelle de M. Delaplanche sont des œuvres magnifiques qui nous consolent de toutes les madones, de tous les saints et de toutes ies mythologiades de l’art officiel.
- Enfin, que dirons-nous de Jenner essayant la vaccine sur son propre enfant} de Mon* teverde, groupe où la pensée rivalise avec l’exécution.
- L’illustre médecin anglais expérimente sur l’être qui lui est ie plus cher au monde, celte découverte qui, selon qu’elle sera reconnue vraie ou fausse, sauvera des milliers d’hommes ou tuera le pauvre enfant.
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- Arrêtons-nous.
- Nous en avons dit assez pour les personnes qui comprennent, trop pour celles qui ne comprennent pas. Gela indique suffisamment nos idées sur l’art de l’avenir.
- Nous vivons dans un siècle de démocratie. L’art doit se démocratiser sous peine de ne plus être qu’un anachronisme. Les aspirations de notre époque sont autres que celles de nos devanciers ; ce qui les émouvait ne nous émeut plus et nous respectons ce qu’il méprisaient. L’art ne doit donc plus nous servir ce qu’il servait à nos aïeuls. Les événements dramatiques de la vie quotidienne, la vie des grandes personnalités morales, les faits saisissants des travaux du peuple et les fastes de ses luttes pour la liberté, voilà ce qu’il faut soumettre à nos sympathies et à notre admiration.
- Que les artistes se le disent; qu’ils abandonnent les vielles routines, les vieux préjugés; qu’il rejettent loin d’eux la défroque des siècles précédents; qu’ils cherchent à devancer les époques qui viennent et non à suivre celles qui s’en vont, entin qu’ils mettent tout leur savoir, toute leur émotion, toute leur sincérité à fonder l’art du XIXe siècle, l’art de ce siècle où l’homme voit l’âge d’or dans l’avenir et non plus dans le passé !
- Ed. Champury.
- naeoCOOOOOOT*
- Le défaut de place nous oblige à ajourner au prochain numéro un article que nous envoie notre ami E. de Pompery, en réponse aux attaques dont le parti républicain est l’objet à l’occasion de l’attentat contre le roi d’Espagne.
- L’AFFAIRE DU CONGRÈS OUVRIER
- La partie de la presse française qui a conservé le respect d’elle même a été unanime à condamner la politique intérieure de M. de Bismark, politique qui répond par l’incarcération et le bannissement aux justes plaintes des ouvriers. Il fallait, a-t-on dit, non pas réprimer brutalement ces revendications mais s’occuper des mesures d’équité qui pourraient leur enlever la raison de se produire.
- Par quelle contradiction se fait-il que l’on trouve très-bon pour la France ce que l’on trouve très -mauvais pour l’Allemagne et que l’on approuve au dedans ce que l’on condamne au dehors ? Selon que le ministre s’appelle Bismark ou Dufaure, la mesure prise par lui est déplorable ou excellente.
- Cette logique d’un nouveau genre est devenue celle de la plupart des journaux français en présence des poursuites intentées contre les organisateurs du congrès ouvrier.
- Nos lecteurs se souviennent que ce congrès fut interdit alors que celui de Chartres était autorisé et que l’arrestation de ses organisateurs fut faite dans un local de la rue des entrepreneurs, à Grenelle, au mépris des stipulations les plus précises de la loi.
- L’autre jour les personnes arrêtées, au nombre de 39, comparaissaient devant la dixième chambre correctionnelle, présidée par M. Grattery. Une partie de ces personnes avaient fait de longues semaines de prison préventive. L’un deux M. Massard a protesté contre des procédés honteux et illégaux donti{ a été victime. Il est resté trois jours au dépôt sans être interrogé ; des perquisitions ont été faites chez des membres de sa famille sans que le domicile de ceux-ci ait été visé par le mandat; il a dû subir les actes de brutalité des agents de la police qui l’ont jeté et tenu pendant 23 jours dans une cellule côte-à-côte avec un voleur et un inculpé d’attentat aux mœurs ; enfin on l’a fait aller et venir dans le Palais de Justice avec les chaînes aux mains : tout cela pour un délit purement politique et qui, une fois prouvé, ne permet de punir que de 100 fr. d’amende.
- On voit que lorsqu’il s’agit de délit de cette nature la police française n’a rien à envier à celle de la Prusse et de la Russie.
- Un autre accusé, M. Picourt, a remarqué qu’il est inculpé dans le réquisitoire du ministère public « de partager les opinions des goupes collectivistes.”
- Il est bien évident qu’il ne s’agit là que d’un procès de tendance.
- Malgré cela, la Chambre que préside M. Grattery a fait pleuvoir sur les accusés les mois de prison et les centaines de francs d’amende.
- Il est à remarquer que, sauf quelques très-jeunes étudiants et deux jeunes journalistes, les condamnés sont de pauvres ouvriers et de pauvres ouvrières pour qui des amendes de cent francs représentent des semaines et des semaines de travail. M. Dufaure espère qu’en les traitant « à la russe » on les convaincra que les revendications de leur classe ne reposent sur rien de sérieux. Pour nous, c’est ce que l’on appelle semer le vent. E. C.
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- LA SEMAINE POLITIQUE
- La Chambre des députés et le Sénat se sont réunis lundi en session et ont repris, sans bruit, le cours de leurs travaux. Aucun incident notable ne s’est produit pendant cette séance préliminaire, à la suite de laquelle le Parlement s’est ajourné au 4 novembre, afin que les députés puissent passer en famille les jours consacrés au souvenir de ceux qui ne sont plus.
- M. Bardoux, ministre de l’instruction publique, a déposé hier sur le bureau de la Chambre la statistique des congrégations et sociétés religieuses autorisées et non autorisées, et ce recueil considérable a permis de constater que les lois qui régissent la matière ne sont nullement exécutées par les cléricaux qui persistent néanmoins à se dire persécutés par le pouvoir civil. Au Sénat. M. d’Audiffret Pasquier a prononcé l’éloge des sénateurs défunts et, à propos de M. Renouard, il a infligé une sanglante flétrissure au coup d’Etat du 2 Dé cembre. Cette manifestation toute platonique n’empê-chera pas les amis de M le président du Sénat de faire cause commune avec les bonapartistes, à la première occasion, car les membres du parti prétendu constitutionnel ne savent guère mettre en action la morale qu’ils prêchent dans leurs discours.
- On prête à la Chambre des députés les intentions les plus pacifiques. Quant au Sénat, la disposition d’une partie notable de ce granl corps sont, parait il, des plus belliqueuses. On assure même que M. de Broglie veut interpeller le ministère sur la convocation des conseils municipaux et la dépêche relative à la cessation des poursuites contre les contumaces. Le cabinet pourra affronter sans grande inquiétude ces attaques de la droite sénatoriale expirante, qui veut faire quelque bruit avant de disparaître. On peut lui accorder sans grand inconvénient cette satisfaction suprême. Dans deux mois, qui siégera à la milice que M de Broglie commande et que les délégués sénatoriaux s’apprêtent à décimer ?
- La nomination des délégués choisis par les conseils municipaux, à l’effet d’élire les sénateurs delà première série sortante, s’est accomplie dans le plus grand calme. Il faudra attendre au moins une bonne semaine avant de pouvoir connaître l’esprit de ce nouveau c^rps électoral. Cependant, les premiers renseignements parvenus au mini.-tère de l’intérieur et dans les bureaux de jour naux bien renseignés paraissent indiquer que le mouvement a été favorable à la cause républicaine. C’est notre vœu le plus cher.
- M. le ministre de l’intérieur a prononcé, à Inauguration de la Mairie du XIXe arrondissement de Paris, un discours qui n’est guère que la répétition des harangues qu'il avait déjà fait entendre au pays pendant les vacances. Ce discours est inspiré par les sentiments les plus louables et témoigne d’un dévouement absolu du ministre aux intérêts républicains. Le thème des développements de M. de Marcère a été cette phrase célèbre : « l’avenir sera aux plus sages. » On entend d’ici ce que le ministre a dû dire. Maintenant que le Parlement est réuni, et que le pouvoir législatif a repris ses droits, il ne s’agit plus de parler, mais d’agir. Nous avons applaudi les paroles ; nous espérons pouvoir applaudir prochainement les actes.
- M. de Bismarck n’a pas été plus tôt en possession de riustrumeut de despotisme dont l’a doté la servilité du Parlement allemand, que les rigueurs de la loi nouvelle se sont fait sentira la presse. En deux jours, plus de
- trente publications ont été interdites, et un journal, la Presse libre, a été supprimé deux fois de suite. D’autres sévérités contre les journaux sont annoncées et attendues. Un grand nombre de cercles populaires ont été dissous. Un député au Reichstag, M. Maximilien Kay ser, rédacteur du Journal du Peuple, de Dresde, condamné l’été dernier à quelques mois de prison, a été avisé qu’à l’expiration de sa peine il serait expulsé de la ville où il a son domicile.
- Quant à la police berlinoise, elle a été augmentée dans des proportions effrayantes. En septembre, le chancelier avait décrété une fournée de 747 agents nouveaux; il vient d introduire 966 agents de plus dans le personnel policier. C’est l’Etat qui supportera les frais de ce luxueux appareil de délation,et il demandera, à cet effet, les crédits nécessaires au Landtag, qui doit se réunir le mois prochain. On annonce que des visites domiciliaires ont. lieu de tous côtés, mais sans grand résultat.
- Le chancelier de l’empire allemand a rompu, paraît-il, les négociations nouées avec la curie romaine, dans le but d’ai river à un modus vivendi. La Gazette de P Allemagne du Nord avait, ces jours derniers, fait pressentir ce résultat négatif, et, d’ailleurs, l’attitude prise par M. Windhorst et par ses amis au Parlement permettait de prévoir que l’entente, plus ou moins sincèrement désirée par M. de Bismarck, ne pourrait intervenir. Le centre ultramontain et ceux qui lui dictent son attitude se posaient en face de la curie romaine comme une puissance égale, réservant toute sa liberté d’action. Le Vatican n’étant plus, dès lors, en état de garantir l’acceptation des conditions de paix par le parti clérical, il était manifeste que les négociations se trouvaient, par le fait, frappées d’impuissance. Aussi l’archevêque de Bamberg que le pape avait fait appeler et qui s’employait aux négociations, a-t-il quitté Rome, et son départ a coïncidé avec de nouvelles condamnations prononcées centre les ecclésiastiques coupables d’avoir enfreint les prescriptions des lois de Mai.
- Au retour d’un voyage politique qu’il venait de faire dans les provinces, le roi Alphonse XII d’Espagne a failli être victime d’un attentat dirigé contre sa personne. Un tonnelier nommé Moncasi, mêlé à une foule compacte, a tiré un coup de pistolet sur son souverain. La balle n’a atteint personne et l’on assure qu’elle n’a frappé qu’un mur. On ne dit pas que le projectile ait été retrouvé. Ce tonnelier, arrêté immédiatement, a mis une complaisance extrême à avouer son crime. Il a déclaré avec un empressement singulier qu’il avait longuement prémédité son attentat et s’est proclamé hautement membre de l’Internationale. Ce zèle étrange à donner des charges contre soi peut paraître à bon droit suspect. Néanmoins, si véritablement, Moncasi est un assassin, et non pas le comparse de quelque comédie, nous ne serons pas des derniers à condamner sa tentative. Pour nous, toute viehumaine est sacrée, etl’existence d’un roi aussi bien que celle du plus obscur citoyen doit être respectée. Nous sommes ennemi de la peine de mort. A plus forte raison repoussons-nous energiquement l’assassinat politique. Nous nous sommes, d’ailleurs, déjà expliqué à ce sujet, et nous persistons à affirmer qu’aucun parti ne saurait être rendu responsable des coupables accès de folie de quelques individus exaltés.
- La crise ministérielle, en Italie, s’est terminée pu le triomphe de M. Gairoli qui demeure au pouvoir. Ce ministre n’avait point de portefeuille spécial. Il a pris personnellement celui des affaires étrangères. La principale difficulté était le choix d’un ministre de la guerre. Le roi l'a levée en désignant le général Bonelli et en lui donnant l’ordre d’accepter.
- Ce général ne fait point partie du Parlement. Le roi et M. Gairoli ont dû s’entendre sur les questions spécialement militaires qui ont déterminé la retraite du ministre de la guerre Cette entente n’a pas été malaisée, car il fallait être doué d’une mauvaise foi toute-réaction-naire pour accuser le président du Conseil d’avoir songé
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- à désorganiser l’armée parce qu’il avait dit dans le discours de P ivie que les dépenses de la guerre et de la marine sont improductives. C’est là une véiité éeonomi • que dont personne de sensé ne peut se formaliser, et il serait à désirer, au contraire, que les hommes d’Etat et les peuples eux-mêmes se pénétrassent bien de cette incontestable vérité. Ce serait un progrès excellent et qui ouvrirait la porte à bien des réformes fécondes.
- Les portefeuilles de la marine et du commerce ont été donnés à des hommes sans signification politique bien précise. Quoi qu'il en soit, a situation du colonel Cai-roli est toujours assez délicate. Il est en butte à l’habileté de MM. Crispi et Nicotera, et l’on ne peut pas affirmer qu’il trouvera dans le Parlement une majorité ho mogène et stable pour le soutenir.
- La crise ministérielle autrichienne n’a pas eu un dénouement aussi facile, et les dépêches nous annoncent que, malgré les efforts, M. de Pretis a échoué dans les négociations pour la formation d’un cabinet cisleitha-nien.
- Les Tchèques auraient mis pour condition de leur rentrée au Reichstag la constitution d’une sorte de ministère d’affaires pris en dehors du Parlement et dont le comte Taife .aim it pris la présidence. On voit que les tendances particularistes prennent le dessus en ce moment. C’est là un fait d’importance capitale, surtout si l’on songe que l’annexion de la Bosnie et de l’Herzégovine, si elle devenait défiuitive, va introduire l’élément slave dans l’empire austro-hongrois. Ces tendances seront-elles favorables aux intérêts magyars; beaucoup de bons esprits en doutent. Dans tous les cas, il est manifeste que l’organisme de l’empire tran.s et cis-leithan est soumis, depuis le traité de Berlin^ à de rudes assauts.
- Chaque semaine qui s’écoule assombrit davantage, en Orient, fhorizon et le rend plus menaçant. L’influence russe a fomenté en Macédoine une insurrection qui grandit tous les jours et qui a pour objet de réaliser le plan ébauché dans le traité de San-Stéfano. à savoir la forma tion d’une vaste principauté embrassant à la fois la Bulgarie, la Roumélie, la Thrace et la Macédoine. Des villages musulmans ont été détruits et les habitants massacrés. La Porteesthorsd’état d’agir et se plaint stérilement de la mauvaise foi de la Russie, dont les protestations méritent peu de créance.
- L’émotion est donc grande chez les puissances directement intéressées à l’exécution du traité de Berlin, absolument méconnu A Londres, à Vienne, on s’alarme, et les bruits les plus graves circulent. On parle d’une entente commune entre la Erance, l’Autriche et l’Angleterre, mais nous doutons que notre ministre des affaires étrangères nous introduise dans cette bagarre, et nous pensons qu# l®s bruits auxquels nous faisons allusion sont le fruit des préoccupations des politiciens qui S’épuisent à trouver une issue à une situation des plus inquiétantes. C’est d’ailleurs ce que donnaient à enten dre cei taines dépêches venues de l’étranger, et desquelles il parait résulter que la nouvelle relative à l’alliauce des trois puissances anglaise, française et autrichienne n’est qu’une sorte de ballon d’essai". Nous le souhaitons vivement en ce qui nous concerne.
- , Quant à l’Angleterre et à la Russie, elles .sont toujours a deux doigts des hostilités effectives. Le langage de la presse russe est des plus agressifs. Un journal moscovite, le Yedomosii, insiste vivement pour que la Russie soutienne ouvertement l'Afghanistan contre l’Angleterre.
- « Ge serait, dit-il, une honte pour la Russie d’aban-» donner un allié fidèle et de le livrer à ses pics crueL
- * ennemis qui sont aussi les nôtres. Ge serait pour la
- * Russie une grave atteinte à son prestige en Orient,
- * ca* cela impliquerait qu'elle renonce à Conslanli-» ftople. »
- La majeure partie de la presse russe tient un langage
- analogue. Aussi, faut-il considérer ces manifestations belliqueuses comme 1 expression d’un sentiment assez général eL peut-être même comme l’indice des tendances secrètes, mais réelles, du gouvernement.
- La pressé anglaise, quuique plus circonspecte, n’en est pas moins fort irritée, et l’on ne parle de rien moins, bien que nous n’y croyons guère, que de la convocation presqu’immédiate du Parlement britannique, motivée par ce fait, d’ailleurs douteux, que la médiation de l’Allemagne aurait été sollicitée par le cabinet de Saint-James et refusée.
- Il parait certain, toutefois, si l’ou en croit lé Times, que le gouvernement de la reine Victoria aurait demandé des explications catégoriques au cabinet de Pétersbourg, au sujet d’un récent mouvement de l’armée du czar vers Constantinople. D’autre part, on assure qu’un ultimatum aurait été adressé à Pémir de Caboul, qui persiste dans sa résistance, et parait, de plus eu plus, agir de concert avec la Russie, un le voit, les événements'se précipitent et permettent d’entrevoir de sanglantes péripéties non-seulement en Asie, mais peut-être même sur îe continent européen. Fort heureusement, la France a la Sagesse de se teiiir en dehors de toutes cës redoutables complications.
- Une crise ministérielle vient d’éclater à Athènes. Nous n’avons pas de détails précis sur cet événement qui paraît provoqué par l’échec subi par le cabinet Goumoun-douros, sur la question de l’appel des réserves. Les ministres ont donné leur démission.
- Les élections qui viennent d’avoir lieu en Suisse pour le Conseil national, qui est la Chàmbré des députés dê ce pays, ont été favorables au parti libéral, qui avait déjà été victorieux à Genève, lors du plébiscite du mois dernier Le gouvernement centralisateur à outrance de M. Càrterët a subi üü échec complet.
- CORRESPONDANCE
- M. le commandant Gatineau nous écrit que nous avions mal compris sa lettre. Il est parfaitement d’accord avec.tout ce que nous avons dit au sujet de la gloire dans notre dernier numéro, et il tient à ce *que nous fassions connaître cet accord de sa pensée et de la nôtre, afin que les lecteurs ne puissent pas prendre comme s’adressant à lui des observations qui, dans notre esprit, avaient et doivent consërver un caractère général.
- La confusion est venue de ce que la lettre de M. Catineau parlait de la gloire militaire; sans en préciser la nature, tandis qiie dans là pensée de notre correspondant il l’agissait de la gloire dont un pefiple èe couvre en défendant son territoire envahi.
- Les réflexions de notre dernier numéro; qui d’ailleurs ne visàient pas üd. Câtinëaü, gardent toute leur valeur, car malheureusement tout le monde ne pense pas comme notre hohoràble correspondant.
- UN DISCOORS DE M. LABOOLAYE
- Le 25 octobre 1795 fut une graude date dans l’histoire de la pensée et de la science. Ge jour la la Convention I Nationale qui devait le surlendemain céder sa place aux
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- pouvoirs nouveaux institués par elle, vota la création de ce corps unique en son genre qui s’appelle l’Institut de France.
- Cette année l’Institut a tenu à marquer le 82e anniversaire de sa fondation par une séance solennelle des cinq Académies.
- M. Laboulaye, sénateur, président de l’Académie des inscriptions et belles lettres, a prononcé dans cette séance un très remarquable discours que nous regrettons de ne pouvoir reproduire en entier.
- Le savant orateur retrace d’abord les progrès prodigieux de la science conduisant en quelques siècles des chimères de l’astrologie, de la magie, de la sorcellerie aux merveilles et aux splendeurs de l’Exposition universelle. Il démontre ensuite quelles transformations l’organisation même de la société a subies de ce fait et quelles espérances d’un meilleur avenir on est en droit de caresser.
- « Dans l’intérieur de chaque pays, dit-il, ces découvertes multipliées, qui enfantent chaque jour des industries nouvelles, changent peu à peu les choses, les hommes, les idées. Nous savons bien que nous ne sommes plus au Moyen Age, dans ces temps reculés où un seigneur, défendu par les murs d’un donjon, proté geait de son épée les colons et les serfs rangés sur son domaine, et où la noblesse était moins un privilège qu’un service militaire et une espèce de souveraineté ; mais à peine commençons nous à voir que la société bourgeoise, la socüté d'iï y a 50 ans, est en train de disparaître, et que nous avons devant nous une société qui vit de trav ii. Or, il ne faut pas s’y tromper, un société où chacun travaille est une société d'égaux il n’y a plus de place ni pour le rang, ni pour la naissance, ni pour le privilège. Sans doute, la richesse y joue le grand rôle, et il y a là de nouvelles questions à résoudre ; mais si glorieux qu’ait été son passé, la vieille France ne vit plus que dans l’histoire ; nous assistons à la naissance d’un monde nouveau.
- « Veut-on la preuve de ces révolutions d’idées qu’amène le progrès de l’industrie, c’est-à-dire de la science réalisée?!^ a aujourd’hui en politique deux grandes questions, dont on ne s’occupait guère il y a un demi siecle : la sécurité publique, l’éducation.
- « Lisez les politiques de la Restauration, nos premiers maîtres de droit constitutionnel : vous y trouverez des réflexions ingénieuses sur le rôle de la royauté, sur la balance des pouvoirs, sur l’influence de la propriété foncière, sur la nécessité de faire la part de ce qu’on appelle l’aristocratie ; c’est la législation d’une société toute différente de la nôtre. Un seul publiciste, l'esprit le plus ouvert de son temps, Benjamin Constant, prévoyait que la propriété industrielle, comme il l’appelle, submergerait la propriété toncière, qui ne serait plus qu’une forme particulière de l’emploi du capital. Benjamin Constant saluait cette révolution comme un bienfait ; car, disait-il, la propriété foncière est la valeur de la chose, tandis que la propriété industrielle est la valeur de l’homme. En d’autres termes, le travail l'emporte sur l’héritage.
- « L’avenir lui a donné raison, mais en soulevant un nouveau problème. Dans tous les temps, la sécurité a été la raison d’être des gouvernements; aujourd’hui, c’est un besoin plus impérieux que jamais. Chez un peuple qui vit d’agriculture, une révolution politique n’est qu’un trouble passager : elle n’empèche ni le paysan de labourer, ni les moissons de mûrir. Mais chez un peuple industriel, dès que le lendemain n’est pas sûr, dès qu’on ne peut farie d’entreprise à longue échéance, le travail s’arrête, l’ouvraer soufir?. et l’Etat, qui dans la complication des intérêts modernes a besoin d’impôts énormes, tremble )usa .. . ans ses fondements. Avis à nos enfants s’i.s v-j ...untsv.iv- o l’exemple de leurs pères ; ils sont conr an.ne.-: ^ être '.us simes que nous. Autrement les év neme.ds se en armeront de leur apprendre que la pat:once ot la modération sont le profit de tons, et des petit plus encore que des grands.
- « Et l’éducation ? Ce n’est pas d’hier qu’on en a senti l’importance; on a répété à satiété que le maître de l’éducation serait le maître du monde. Mais c’est de nos jours seulemont qu’on a compris que, dans le concours universel des nations, il n’y avait pour un pays ni industrie ni richesse' durable, si l’ouvrier n’était mis à même de déployer toutes ses facultés, et qu’il n’y avait pas de République viable, si le citoyen ne connaissait ses devoirs et ses droits. Le problème industriel et le problème politique ne font qu’un. De là ces efforts généreux du gouvernement pour répandre l’instruction jusqu’au fond du moindre village ; de là ces sommes considérables votées par les Chambres pour favoriser renseignement primaire qui élève l’enfant, et renseignement supérieur qui élève le maître ; de là enfin la liberté de l’enseignement, afin de faire concourir tous les dévouements à cette œuvre qui contient dans ses flancs l’avenir de la civilisation.
- « En sortant de leur isolement, les sciences ont fait des miracles ; mais elles n’en ont pas fait de plus grand que de rapprocher les hommes et de les unir dans cette sainte croisade contre l’ignorance, c’est-à-dire contre la misère et les passions brutales. Et c’est ainsi, quoi qu’en disent des gens qui, les yeux fixés sur le moyen âge, n’ont que des anathèmes pour leur siècle, c’est ainsi que nous entrevoyons l’aurore d’une société nouvelle qui sera plus éclairée, plus libre, plus riche et plus morale que dans le passé.
- « Les sciences n’ont pas seulementrapproché les conditions sociales ; elles ont exercé une influence visible sur les études qui ont l’homme pour objet. Les méthodes d’observation ont renouvelé l histoire, l’économie politique, la philosophie ; mais nulle part leur action n’est plus visible que dans la politique,
- « L’idée d’un développement régulier, l’exemple de la nature qui ne fait rien brusquement et par à coup, nous ont appris que le temps est un des grands éléments des choses humaines ; on ne croit plus aux systèmes en faveur au début de la Révolution, on n’attend plus la régénération de l’humanité d’une Déclaration des droits de l'Jiomme, ou d une Constitution improvisée. Plus sages que nos pères et instruits par leurs déceptions, nous avons renoncé aux chimères de l'état de nature, rêvé par Rousseau, nous n’avons aucun goût pour le communisme de Platon, habillé à la française par l’abbé de Mably ; nous acceptons la société telles que les ^-iècles l’on faite, société civilisée vivant de la propriété et du travail ; nous ne la trouvons pas parfaite « la perfection n’est point de ce monde, » mais nous y voyons le seul élément qui se prête a des réformes dui'abtes. Nous sommes plus conservateurs qu’on ne l’était en 1789.
- • » On a contesté cette bonne influence des sciences ; on a accusé l’esprit mathématique et les idées absolues de quelques savants égarés dans la politique ; mais il est vrai de dire qu'on â pris pour la science ce qui en est la négation. Je veux parler de ces théories universelles qui ont l’ambition de tout ramener à un seul principe : systèmes plus ou moins ingénieux, qui font plus d’honneur à l’imagination de leurs auteurs qu’à leur esprit scientifique/
- » Aujourd’hui, par exemple, il est une doctrine à la mode qui a toutes les séductions de la nouveauté, c’est la doctriue de l’évolution. Au lieu d’expliquer la ressemblance des êtres par la simplicité d’un plan primitif, ce qui, à vrai dire, est une hypothèse, on l’explique par la descendance et la transformation d’un premier germe, ce qui est une autre hypothèse. On a remplacé la ligne horizontale par la ligne verticale, mais, il faut l’avouer, nous n’en savons pas davantage sur l’origine de la vie et la parenté des êtres vivants.
- » Que cette théorie soit destinée à régénérer les sciences naturelles ou qu’elle soit appelée à s’envoler au pays des rêves, il paraît néanmoins que la tentative d’y comprendre la vie sociale n’est point heureuse.il est difficile de faire du droit et de la morale un chapitre d’histoire naturelle.
- > Transporter dans la politique le combat pour la vie, c’est-à-dire le triomphe naturel et nécessaire de la force, c’est inaugurer un régime qui serait d’une dureté sans
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- égale, et ferait reculer la civilisation au delà du monde païen. Nos lois et nos mœurs tout imprégnées de l’esprit chrétien, s’occupent, avec un soin qui grandit tous les jours, de tout ce qui est faible, de tout ce qui souffre, enfants,femmes,vieillards, infirmes,condamnés, misérables. C’est donner un démenti aux théories évolutionnistes, c’est contrarier la loi de nature qui élimine tout ce qui est débile, au profit de tout ce qui est fort. Le dernier mot de ces doctrines nouvelles, si elles venaient à triompher, c’est le retour aux lois de Sparte, c’est le règne d’une aristocratie aboutissant à l’empire du plus puissant, c’est à-dire au despotisme. En deux mots, c’est le progrès à reculons.
- » Ceux qui se laissent éblouir par l’éclat de ce nouveau système oublient une chose, c’est que si les sciences se mêlent à tout, elles ne sont pas tout, et n’affichent nullement cette prétention. Le monde de la liberté n’est pas le monde de la nature; ce sont deux empires distincts qu’on essaie en vain de réunir en un seul. Il y a dans l’homme des sentiments, des passions, des idées qui l’élèvent au-dessus de la vie animale. L’instinct du beau, la notion du juste, le sentiment du bien ont créé les arts, les lettres, le droit, la morale ; ce sont là des phénomènes d’un genre particulier dont on ne peut pas nier l’existence, mais que les sciences naturelles sont impuissantes à expliquer. Repousser comme une erreur l’idée que le monde est un harmonieux ensemble d’éléments divers, tout confondre pour obtenir une unité qui n’existe que dans les mots, c’est, comme le disait Aristote, vouloir faire de la musique avec une seule note. La conscience résiste à ces conclusions, et, quel que soit le talent de ces logiciens à outrance, il est permis de croire qu’il leur faudra plus d’un jour pour persuader aux hommes que la liberté est une illusion héréditaire, le bien et le mal un conte de nourrice, le droit un autre nom de la force, et la responsabilité morale un préjugé d’éducation.
- L'ÉQUIVALENCE DES FONCTIONS.
- M. Desmolins, dans une remarquable conférence qu’il a faite il y a quelques jours, à l’exposition ouvrière, rappelait une anecdote de la vie de Beaumarchais : Une dame dans le butd’humilierl’écrivain enlui rappelant son ancien état d’horloger, lui présenta un jour, dans un salon une montre à examiner, en le priant de lui dire ce qu’il y avait à y faire. Beaumarchais feignit de laisser tomber par mégarde la montre qui se brisa en mille pièces, et se contenta de dire pour s’excuse : « Pardon, Madame, j’ai si peu l’habitude. »
- Cette réponse de l’écrivain est empreinte d’une vanité aussi grande que celle de la personne à qui il donna cette leçon
- » Si Beaumarchais, dit M. Demoulins, eût été éclairé sur l’équivalence des fonctions, il eût agi autrement et il se fût glorifié d’être aussi bon horloger qu’auteur spirituel. Mais on n’en était pas là au siècle dernier. »
- Est-ce à dire, qu’on soit beaucoup plus avancé aujourd’hui ? À l’Exposition on peut lire ; Arts libéraux, Beaux-Arts, etc. Ainsi il y a encore des arts libéraux, exercés par des hommes libéraux, libres ; les autres arts sont donc des arts serviles.
- C’est le premier consul qui a ressuscité ces idées
- de castes ; c’est ce mauvais génie qui a anéanti les écoles nationales et industrielles, fondées par la Convention et les a remplacées par des écoles militaires. L’industrie, comme l’armée, a des écoles militaires : écoles de généraux du travail, de chefs d’usine, d’officiers ou autres maîtres, école centrale ; maisons d’école où soient formés les simples soldats, nulle part. »
- Et cependant,les généraux auraient-ils leur raison d’être sans les simples soldats.
- M. Desmoulins a développé avecchaleur cette idée. Il a démontré que toutes les fonctions, depuis la plus humble jusqu’à la plus élevée sont solidaires les unes des autres et participent dans une certaine mesure à l’œuvre de la société. Aucun de ces concours n’est superflu, chacun d’eux est nécessaire. De cette solidarité résulte pour chacun la nécessité de nourrir pour la personne d’autrui des sentiments de fraternité et pour le travail d’autrui des sentiments de respect et de reconnaissance. La fonction de l’architecte est celle du maçon, diffèrent essentiellement par leur nature, ce qui n’empêche pas le maçon d’être aussi indispensable à l’architecte que l’architecte au maçon. Leurs fonctions respectives, sans être égales entre elles, ont des droits égaux à la reconnaissance et au respect.
- Ce n est pas, ajouterons-nous, le métier qui fait 1 homme, mais l’homme qui fait le métier. Chaque état a son utilité et chacun est susceptible de perfectionnements et de développements; aucun métier, quelqu’humble qu’il soit, n’exclut la culture de l’intelligence, si ce métier est assez rationnellement exercé pour laisser à l’esprit et au corps les heures de délassement et de variété dans les travaux nécessaires à l’être humain ; nul développement de l’intelligence ne peut faire trouver humiliante une fonction utile bien remplie, — quelqu’en soit l’espèce, — et il n’est pas d’état manuel, industriel ou autre, auquel ne soit nécessaire la culture de l’intelligence.
- Tout se tient dans la nature, tout se tient dans l’homme : Être le plus utile possible, être le plus savant possible, voilà le but auquel chacun doit tendre. Le nom dont s'appelle la façon dont on est utile importe peu.
- Telle est notre opinion personnelle que la conférence de M. Desmoulins nous donne l’occasion d’exprimer.
- Ajoutons que M. Desmoulins, en terminant, a recommandé, comme notre journal l’a recommandé lui-même, la création d'écoles-at liers du genre de celle de la rue Tournefort, création qu’il est àdédrer de voir réaliser dans tous les chefs-lieux de départements. Eugénie Pierre;.
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- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mm8 Marie HOWLÀND Voir n° 4 à n° 7 (tome 2)
- Chapitre XXV.
- Lettre*. —» Une conrersation.
- (Suite.)
- C’est l’heure du soleil couchant et c’est l’été. Un petit enfant, dont la chair éclatante de blancheur semble pétrie du lait de sa mère, joue sur la pelouse qui s’étend devant la maison de madame Buzzell. C’est une petite créature pleine de vie, de mouvement et de joie ; ses yeux sont du bleu le plus pur ; ses longs cheveux, semblables à l’or filé, brillent et ruissellent au soleil, pendant que l’enfant danse et s'ébat sur la pelouse. Mais ce jeu ne lui suffit pas longtemps, bientôt la petite fille cherche un moyen d’animer sa danse solitaire, et quelques instants après « tante » Buzzell, arrivant sous la véranda, surprend le petit lutin pirouettant autour de son caladium, une poignée de feuilles dans chacune de ses mains potelées
- — « Minn ! Minn 1 que fais-tu ?
- Cette question arrête net la joie de l’enfant qui répond en faisant la moue :
- « Je danse avec le Cladium de tante. »
- — « Laisse tranquille mon Cladium comme tu l’appelles ; tu vas mettre ses feuilles en lambeaux. »
- Mais Minnie n’écoutait plus, elle venait d’apercevoir le cheval et le tilbury du docteur et s’était mise à courir en criant vers la porte du jardin.
- M. Forest descendit de voiture et prenant l’enfant dans ses bras:
- — « Comment va ma petite Minnie aujourd'hui? »
- « Tante est de mauvaise humeur, » répondit effrontément la fillette.
- « Vraiment, » dit le docteur en prenant la main que lui tendait madame Buzzell* « c’est qu’alors Minnie a été méchante. »
- « Non, » fit Minnie* je n’ai pas été méchante et tante ne devrait pas gronder ainsi. »
- Minnie était une de ces petites créatures enchanteresses qui expriment dans tous leurs actes la confiance naïve que l’univers a été créé tout spécialement pour se plier à leurs caprices, et dont le charme est si grand qu’il est presque impossible de ne pas les gâter follement.
- Lorsque Minnie vous avait fait rire, elle vous sentait desarmé et était sûre de la victoire.
- Le seul dissehtiment qui se fût jamais élevé entre madame Buzzell et Susie avait Minnie pour objet. La première soutenait parfois que Susie n’était pas
- assez tendre pour sa fille. Susie répliquait : « Jecrois l’aimer autant que le doit une mère ; ma vié h'aüra pas d’autre but que de prendre soin d’elle et de lui donner une éducation complète ; mais je ne fiô'ufrais passer autant de temps que vous à l’amuser, sans négliger des choses d’une bien jffus gtafidé importance pour l’avenir. »
- Lorsque le docteur entra, Susie lisait. Elle se leva et, le saluant avec cordialité, lui tendit son livre ; c’était un volume de Roderich Random.
- « Docteur, » dit-elle gracieusement, « vous dirigez mes lectures sérieuses avec beaucoup de soin, je le reconnais, mais dois-je perdre mon temps et mettre mon âme eh péril éri lisant de telles sottises Sottises n’est pas une expression suffisante, je devrais emprunter un de vos termes et dire : ‘pareille pourriture. »
- Le docteur sourit en répondant :
- « Bah ! il vous faut de temps en temps quelque lecture légère. »»
- — « Mais la légèreté de'celle-ci est beaucoup trop grande. » f
- Voyez-vous, » fit le docteur, « en fait de romans modernes, après Georges Sand, Eliot, Thaekerây, Balzac et Dickens, je suis au bout de ma science et je me rabats sur les provisions du vieux genre. *
- « Nous avons récemment terminé la lecture de Paméla de Richardson, » fit madame Buzzell; « j’ai peine à croire que ce soit la même histoire qui, du temps de ma mère, était lue k haute voix dans les
- i il? 'j ‘ *'+. «
- meilleures familles. Je la considère aujourd’hui comme tout à fait indécente. »
- H'»
- » Ne pensez pas, docteur, que je sois autrement fâchée d’avoir lu ces livres, » reprit Susie, « ils me font connaître ce qu’était le goût public il y a cent ans, et sont à ce point de vue fort intéressants. Nous sommes, sans aucun doute, beaucoup plus raffinés qu’on ne l’était alors puisque nous ne pouvons plus nous plaire à la lecture de ces ouvrages.
- « Certainement,» répondit le docteur, « l’invention de la machine à vapeur et du télégrapne, en facilitant les relations entre les hommes, ont été une des plus grandes causes du progrès et de la civilisation. L’isolement est le propre de la vie sauvage, tandis que la concentration favorise^ au plus haut degré l’urbanité, la générosité et le développement de nos facultés les plus hautes.
- « Vous pouvez, par là, comprendre la fausseté des principes sur lesquels s'appuient les religions qui prônent la vie ascétique. L’Église sanctifiait autrefois les tortures volontaires, et parle encore volontiers de mortification de la chair, en faisant enten-dre que les souffrances de la créature peuvent apai-
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- ser un Dieu irrité; partout où prévaut cette conception de la divinité, vous pouvez reconnaître en rhomme le sauvage plus ou moins déguisé, et voir que la foi réelle et féconde est absente.
- «C’est parmi ceux que l’on nomme athées et infidèles que se trouve aujourd’hui la vraie foi, la foi vivifiante ; car pour les hommes voués à la recherche et à l’étude des méthodes scientifiques, jamais Dieu, c’est-à-dire la nature, ne peut être l’ennemie de l’homme. »
- « Ne peut être l’ennemie de l’homme, » répéta Su-sie- « Mais le froid ne le gèle-t-il pas? N’est il pas brûlé par le feu, noyé par l’eau, dévoré par les bêtes féroces, englouti par les tremblements de terre, dé truit par la foudre, les maladies, les accidents? »
- « Ah ! » répondit le docteur,«qu’entendez-vous par l’homme? Est-ce le sauvage • ou l’èfre humain inté-, gralement développé, ayant le libre usage de toutes ses facultés, et par leur intermédiaire, s’harmonisant avec la nature :
- « Comme un chant parfait à un noble poème ?
- « L’homme n’en est pas encore arrivé là, c’est pour cela qu’il a besoin de foi. Les pins hardis penseurs de notre époque sont convaincus que nous arriverons à exercer un contrôle certain et complet sur les éléments, que nous réglerons les météores, le temps et le climat, et'que nous ferons de notre planète un admirable Eden digne en tout point de la race humaine émancipée. N’est-ce pas là une croyance sublime ?»
- « En tous cas, » dit Madame Buzzell, « elle est bien compliquée. »
- « Pour moi, » continua le docteur, « elle est plus simple que toutes les autres croyances. Personne ne peut nier que l’histoire des êtres humains sur cette planète soit celle de l’extension et de la mise enharmonie de leurs rapports et de leurs intérêts Voyez le sauvage, il est en guerre avec l’univers entier, sauf peut-être avec une compagne qu’il s’est choisie. Peu à peu il s’élève et met ses intérêts en accord avec ceux de sa famille d’abord, de sa tribu ensuite. Puis apparaît la nation, naturellement eo guerre avec toutes-les autres nations qu’elle traite d’étrangères et de b >rbares. Aujourd’hui, les nations à leur tour commencent à se connaître l’une l’autre et à formuler des codes internationaux.
- « Avons-nous atteint l’apogée de la civilisation ? Le sauvage pensait y être arrivé, sans aucun douté, lorsqu’il fit le premier couteau de pierre destiné à scalper son voisin. Qui ne se serait plus tard déclaré satisfait de courir sur les rails à la vitesse de trente mille à 1 heure ? Cependant la pensée peut maintenant faire le tour de la terre en quarante minutes.
- « Pour moi et pour beaucoup d’autres, cet accroissement constant de l’harmonie entre les peuples est un présage certain qu’un temps viendra où les facultés les plus élevées de l’homme feront loi, où son intelligence sera suffisamment développée pour embrasser l’harmonie de tous les intérêts humains, où son affection sera assez large pour englober l’humanité toute entière.
- « Voilà notre mifiénium, Madame Buzzell, le règne de la paix, de l’harmonie et de 1 amour. »
- « Ainsi soit-il, » fit la vieille dame qui regardait Minnie dormant entre ses bras.
- « Quelles que soient nos croyances religieuses, » dit Susie, « nous ne pouvons pas réellement être en désaccord si nous aimons Dieu de la vraie manière, c’est-à-dire à travers l’homme. C’est parce que nous manquons de foi dans l’humanité que nous sommes malhonnêtes et égoïstes. »
- « Cela est vrai, Susie,» répondit le docteur, « mais nous ne sommes pas encore dans une situation qui permette à notre foi de prendre tout son essor. Cela viendra inévitablement* car le monde tend à un accord grandiose : La mélodie d’abord, puis rharmonie, puis, à la fin, la grande symphonie des deux ensemble. »
- Chapitre XXVI.
- 3li» Caisse.
- Durant cet été si plein d’infortunes pour Clara, Susie travaillait sans relâche à agrandir ses moyens d’action. Comme essai, elle planta dans un coin abandonné du potager de madame Buzzell, une centaine de jeunes arbres d’ornements choisis parmi les variétés rares et nouvelles, entre autres le Paulownia au large feuillage. Elle prévoyait avec justesse que le goût des plantations ornementales suivrait l’accroissement rapide d’Oakdale et des villages voisins et, préoccupée souvent des chagrins de Clara, elle se disait que son amie, lasse de la vie après le naufrage de ses espérances, viendrait peut-être un jour chercher le repos et l’oubli auprès de celle qui lui devait tant.
- Alors Susie se prenait à rêver d’une grande et prospère entreprise élevée par les seules mains d elle et de Clara, et qui en leur procurant santé et fortune montrerait qu’on peut trouver de 1 intérêt dans la vie, en dehors de la décevante ivresse de l’amour.
- Ce fut au milieu d’une de ces rêveries que lui arriva de son amie la lettre suivante, datée de North-Co-n-way, New-Hampshire :
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- « Ma chère amie,
- » Vous souYient-il de m’avoir parlé un jour de la » fable du Lion et du Rat. Oh ! enfant, vous n’ètes » plus le rat par rapport à moi, car vous êtes forte » et je suis faible; vos blessures sont guéries et les » miennes ne guériront jamais, puisque dans ma » folie je les rouvre à chaque instant.
- » Je vous écris, chère Susie, parce que, excepté » mon père, il n’est personne autre que vous devant » qui je pourrais déposer tout orgueil. Mes dernières » lettres ayant donné à mon père la pensée que les » choses s'amélioraient entre Albert et moi, je vou » drais attendre encore quelque temps pour lui dire » où j’en suis. Vous allez juger par vous-même.
- » Quoique la plupart des visiteurs aient quitté » North Conway, nous restons ici parce qu’Albert » et son amie s’y trouvent parfaitement heureux;
- » quant à moi, qu’importe ici ou ailleurs, je n’ai pas » de préférence. Je garde la chambre pendant qu’ils » se promènent, dansent, jouent tout le jour et la » soirée entière: leur félicité n’étant troublée que » par la vue de ma triste et pâle figure.
- » Le plus dur pour moi, c’est d’entendre Albert » protester qu’il n’a pas changé à mon égard et qu’il » m’aime aussi tendrement qu’autrefois. J'ai la mort » dans le cœur, quand il essaie de me prouver par » des arguments que c’est là une vérité indéniable.
- » Oh ! Susie. comme si une femme ne savait pas que » l’existence de l’amour ne se prouve pas par la » logique 1 II y a bien longtemps, Albert me fit des » reproches parce que j’avais dit : « Lorsqu’on doute » en amour, c’est qu’il y a des raisons de douter. »
- » Cela est vrai pourtant. L’amour parfait ne peut » pas plus être nié que le soleil en plein midi.
- » Mon ancienne maîtresse et amie, miss Marston,
- » a passé plusieurs jours ici avec quelques connais-» sances. Je suppliai Albert de me laisser pendant » ce temps jouer le rôle d’«ne épouse heureuse. Je « crois qu’il regrette le changement survenu en lui, » quoiqu’il soit sans force pour résister à l’attrac-» tion qui le détache de moi. Il parut impressionné » de me voir impassible et sans larmes.
- » En réponse aux questions de miss Marston, qui » s’inquiétait de ma mauvaise mine, je répondis que » j’avais été souffrante, ce qui est, Dieu le sait, la » vérité. Je fis tout mon possible pour empêcher » mon amie de découvrir l’état des choses. Nous sor* » tîmes plusieurs fois en voiture sans Ella. Mais » celle-ci, vexée, se mit à coquetter avec le colonel » Murdock, un de ses admirateurs, et Albert alarmé » détruisit bientôt tout le résultat de mon habile
- » comédie. Miss Marston ne tarda pas à voir ce que b j’aurais tant voulu lui cacher.
- « Qui est cette miss Wills ?» me demanda-t-elle » Je répondis qu’elle était la pupille de M. Delano » et une amie d’Albert.
- « Se peut-il que vous ne voyez pas quelle sorte de » liaison existe entre elle et votre mari ? »
- » J’essayai encore de jouer la femme heureuse,
- » fière et sûre de l’affection de son mari, mais je » sentais que je faisais un triste personnage. Miss » Marston devina la vérité ; je m’attendais à chaque » instant à la voir m’accabler de reproches, comme » elle faisait autrefois lorsqu’une de ses élèves se » permettait de mentir, ce qui était à ses yeux un » crime impardonnable. Quelque chose dans ma phy-» sionomie l’alarma; elle garda le silence. Elle fut » très-affectueuse avec moi et j’éprouvai une grande » consolation de l’avoir ici.
- » La beauté d’Albert la frappa ; il produit la même » impression sur tout le monde ; sa taille souple et » d’un modèle parfait, ses traits réguliers et sa belle »» moustache noire le font admirer de toutes les » femmes. »
- Quelques jours après, Clara ajouta à sa lettre :
- « Ce matin, Albert a été appelé â Boston par un >* télégramme, car son père est de nouveau sérieuse-» ment malade. Je désirais le suivre, mais il en dé-» cida autrement ; Ella n’avait pas le temps de pré-» parer sa demi-douzaine de malles et elle n’eùt pas » été satisfaite de me voir voyager seule avec Albert.
- » Je ne puis vous exprimer combien j’ai été peinée » de voir avec quelle facilité mon mari m’a laissée » ici, moi, sa Clara adorée, dont il ne pouvait autre-» fois supporter l’absence.
- » Tous pardonnerez mon égoïsme; si je vous fatigue » du récit de mes peines ; vous aviez coutume de » dire, avec raison, je le reconnais, que nos douleurs » sont plus tolérables lorsqu’un cœur sympathique » les partage. Hélas 1 je suis si accablée !
- » J’ai renoncé depuis longtemps à faire com-» prendre à Albert que cette épreuve dépasse mes » forces, et cela depuis qu’il vint me dire que ma » froideur rendait Ella malheureuse. Pensez à cela ! » Moi dont le cœur est brisé, je dois, sous peine d’af-» fliger Albert, plaindre et consoler l’heureuse Ella » lorsqu’elle a mai au petit doigt. Eh bienl je n’ai » pu me résoudre à agir ainsi. Je traite Ella avec » bonté, mais je ne lui témoigne pas d’affection et ne » lui en témoignerai jamais. Elle est égoïste, sans » cœur et d’un esprit étroit ; comment une pareille » femme pourrrait elle gagner mon amitié, alors que » j’ai connu et apprécié la noble générosité et la » délicatesse de Susie ?
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- » Naturellement, Albert me croit jalouse à mon » insu. Comprenez-vous combien il me méconnaît ?
- » J’aime à le voir courtiser les femmes ; il est dans » sa nature d’être galant et empressé ; mais j’aurais » voulu garder mon ancienne place dans son cœur, » et sachant que je l’ai perdue, je voudrais qu’il eût » la pudeur de ne pas s’afficher avec une autre » femme aux yeux du monde, ainsi qu’il _le fait co:is-» tamment.
- » Depuis bien des jours j’ai éprouvé une doulou-» reuse sensation dans le cerveau et je crains par » moments de devenir folle. L’absence d’Albert est » un vrai soulagement pour moi; pendant quelque » temps, du moins, je ne verrai plus l’expression de » bonheur qui se répand sur ses traits lorsqu'Ella » paraît devant lui. Oh! Susie, je désire la mort, » comme autrefois dans les jours heureux je dési-» rais les paroles d’amour et les baisers d’Albert. » Que de fois je songe à ces mots de la pauvre La » Vallière, à propos du roi et de madame de Mon-» tespan :
- « Lorsque je voudrai faire pénitence au couvent » des carmélites, je penserai à ce que ces gens-là » m’ont fait souffrir. »
- » Ecrivez-moi souvent, chère Susie. Vos lettres » sont ma seule consolation. Je suis poursuivie par » l’idée qu’une crise est proche. Il est bien possible » que le moment en soit venu et que j’aie vu Albert » pour la dernière fois. Je suis si lasse et si dési-» reuse de trouver le repos que je l’achèterais au » prix de n’importe quel sacrifice.
- » Ne vous inquiétez pas trop à mon sujet. Je m’as-» sieds régulièrement à la table commune ; chaque » jour je fais une promenade et, grâce à ma jeunesse, » je supporterai les choses jusqu'à la fin.
- » Mes amitiés à madame Buzzell et mes baisers à
- » Minnie,
- n Affectueusement à vous, Clara Delano.
- (A suivre.)
- LA VRAIE QUESTION D’ORIENT.
- il
- Les conséquences médiates d’une guerre entre l’Angleterre et la Russie seraient des plus terribles. Nous ne voulons pas même envisager l’hypothèse où l’un des deux empires deviendrait seul maître du terrain : les conséquences de cet événement seraient l’asservissement de l’Occident. Envisageons seulement celles de l’é vénementle plus probable, qui serait l’affaiblissement et la ruine des deux empires, l’un par l’autre. Croit-on que cette situation ne rejaillirait point sur l’Occident, dont ces deux empires sont des membres utiles, sans parler du trouble que la lutte jetterait dans le commerce et
- l’industrie ? Mais ce ne serait pas les seules conséquences
- de cette lutte désastreuse; il yen aurait d’autres encore plus terribles. Il ne faut pas croire que les peuples asiatiques resteront stationnaires et immobiles et qu’ils ne profiteront pas de la rivalité et des luttes entre les deux empires, qui les dominent et les contiennent, pour progresser dans les voies de la guerre, se fortifier et devenir agressifs à leur tour. Si l’empire décrépit des Osmanlis parvient, en grande partie, à se maintenir, grâce à l’antagonisme de l’Angleterre et de la Russie, à plus forte raison les peuples et empires de l’extrême Orient, qui, eux, ne manifestent aucun symptôme de décrépitude non-seulement se maintiendront, mais encore progresseront et se fortifieront, au grand péril des deux antago-nistes de l’Europe divisée et indifférente. La Chine surtout mérite de la part de l'Occident une attention très-suivie. Nous venons de signaler les symptômes de réveil à la vie extérieure de ce vaste empire, qui s’intitule VEmpire du Milieu et dont le chef est considéré par ses peuples comme le souverain des souverains, le Kha-Khan des Kha-Khan. Et la Chine, le point de mire commun des Russes et des Anglais, pourrait bien, au moment où elle verrait ses envahisseurs affaiblis par leurs luttes, se retourner contre eux et renouveler à son tour une de ces invasions qu’elle a déjà accomplies sous les Gengiz-Khan et les Timour Lenc. Quand cette masse énorme, actuellement déjà trop resserrée dans ses limites territoriales, sera mise en ébullition, en état d’expansion par les révolutions et les besoins nouveaux, qu’elle sera conduite par des chefs habiles, qui auront fait appel aux bouddhistes, aux mahométans et aux sociétés secrètes de la Tartarie, de l’Indo-Ghine et des Indes, que pourront faire les mercenaires des empires anglo-indien et tartaro-russe, qui, eux, en grande partie, seront travaillés par les mêmes besoins ? Que pourra même faire l’Europe divisée, comme elle l’est actuellement ? Les cuirassés, les canons Krupp et Armstrong, les fusils Sniders et autres engins (dont d'ailleurs les Orientaux seront munis avant peu), seront impuissants contre des masses de combattants qui pourront se renouveler par millions, surtout lorsqu’à ceux-ci se seront joints les Hindous et les Tartares révoltés contre les Anglais et les Russes ?
- Il y a donc là, dans un avenir peu lointain, un danger manifeste. Il y va de l’avenir non-seulement de l’Orient mais encore de l’Occident, sans en excepter l’Amérique! Il est de la plus grande urgence qu’on avise de part et d’a ’e et qu’on abandonne les errements d’une politi-qo ui deviendra de jour en jour plus dangereuse. Il n( git pas seulement de refréner l’ambition de la R de l’Angleterre, mais de prendre des mesures p( "’antir la civilisation occidentale contre une nouvel ivasion d’Orientaux.
- Il existe une loi universelle et impérieuse : c’est la loi de solidarité entre les peuples. Il faut que les peuples, les races et les sectes entrent en communion les uns avec les autres et qu’ils se mélangent entre eux. Lorsque cette loi ne s’exécute pas par les voies régulières de l’industrie, du commerce, des sciences, des arts et de la religion, elle se réalise par les voies anormales de la guerre et des invasions. Les deux voies ont été alternativement suivies dans le cours de l’histoire. L’Orient est entré d’abord en communion avec l’Occident par la diffusion pacifique de sa civilisation et ensuite par la guerre et les invasions de ses peuples. C’est au tour de 1 Occident de süivre la pente qui est tracée devant lui
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- depuis plus d’un siècle. C’est à lui d’aller vers l’Orient pour lui apporter enfin, au lieu delà guerre et des invasions comme dans le passé, la vie nouvelle de la civilisation qui s’est développée d’une manière si merveilleuse en Occident. Le Portugal, l’Espagne, la Hollande, Venise, et la France ont été les éclaireurs de cette double voie que l’Angleterre et la Russie suivent sur une large échelle. Tout en obéissant à leur ambition et à leur intérêt égoïste, et ne sachant pas s’abstenir des voies subversives de la guerre, ces deux puissances ont déjà beaucoup fait et sont en train de beaucoup faire pour la civilisation de ces contrées; mais elles y ont jeté le trouble et le désordre par leurs rivalités. Or, un choc entre ces deux puissances ferait refluer vers l’Occident les flots de l’invasion par des peuples et des races inférieures. L’on admettra difficilement cette éventualité, contre laquelle les apparences protestent, mais qui n’en est pas moins la conséquence logique et fatale des faits historiques.
- Il sera donc de la plus haute importance pour l’Occident d’aller au-devant de ce danger, pour le prévenir et le conjurer.' Les peuples de l’Occident devront se coaliser, non contre 1 Orient, mais pour l’Orient même, et pour la
- paix du monde. ,, ,
- (A suivrej Alphonse Gilliot.
- CONFÉRENCES SUR LA. MUTUALITÉ
- Il y a quelques années, M. le D/ E Bertherand instituait, sous le patronage de la Société des Ex-Militaires qu’il venait de fonder à Alger, des conférence-» publiques sur des questions relatives à la Mutualité. Toutes les Sociétés de Secours mutuels avaient été invitées a vouloir bien engager leurs membres à y assister. Les confe rences avaient lieu le dimanche, après-midi, aux jours et heures indiqués par convocations et annonces dans les journaux. Tout membre d’une Société de Secours mutuels y était admis avec sa famille, sur la présentation de son iivret. , .
- Nous publierons, à partir de notre proenam numéro, des extraits de quelques-unes des conférences faites en ces circonstances par le Dr Bertherand.
- bulletîn“bibliogrâFhique
- Brochures diverses. —Nous sommes en retard pour rendre compte de diverses hroenures qui nous ont été envoyées. Que leurs auteurs veuillent bien nous excuser- nous ne les avons pas perdus de vue. Deux ou tiois articles nous permettront de nous mettre à jour envers 0L1X
- Et d’aberd commençons par les brochures relatives à la question sociale où a des points de sociologie.
- I.es cahiers du 'prolétariat, 3, livraisons in-8, à 23 c., Paris, E. Rattier, 62, rue des Gravilliers.
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- classe ouvrière. , ... . ,
- Que les collaborateurs des Cahiers du prolétariat nous permettent un conseil. Quand ils attaquent 1 Eglise romaine, nous ne pouvons que les approuver, car cette Eglise, par l’Eucyclique et parle S3fflabus, a solennellement maudit toutes les libertés modernes. Mais il faut bien prendre garde que les attaques dirigées contre l’Effiise romaine ne puissent pas s’appliquer.aux cou-cepTions supérieures de Dieu ; que nos collègues ouvriers revendiquent avec nous ia liberté de la pensée, mai£ qu’ils se disent aussi que lç matérialisme et le po
- sitivisme admettent- comme loi inéluctable la lutte pour l'existence, et que cette lutte-là (comme la concurrence sans contrôle des économistes) n’est et ne peut être que le triomphe du grand et 1 écrasement du petit.
- La Société genevoise d’utilité publique, mémoire sur ses 80 premières années d’existence, par M. Gustave Moynier.
- Il y a peu de faits à prendre dans ce mémoire, mais il est d’une lecture profitable, car il démontre a quel point il est difficile de faire passer dans la réalité des projets tirés des conclusions de la raison et des inspi-i rations généreuses de la conscience. Les personnes qui > dévouent leur existence toute entière à des tentatives ; de cette nature -- et nous savons que M. Moynier est de ces personnes-là — peuvent seules dire quelles résistances d’inertie et de mauvais vouloir il faut vaincre pour parvenir On y arrive quelquefois (et un journal qui se rédige au Familistère de Guise est qualifié pour le dire), mais le plus souvent on échoue Tel a été le cas pour la Société genevoise d’utilité publique; la plupart des projets élaborés et des essais tentés par elle depuis un demi-siècle ont dû être abandonnés ou n’ont pas porté les fruits qu’elle-même en espérait. Rappelons cependant que la civilisation toute entière est redevable à cette Société de la réunion de la Convention de Genève pour la neutralisation des ambulances en campagne. C’est un grand pas de fait dans ia voie du progrès que cette égalité des soins donnés aux blessés sans distinction de nationalité ! Il est juste de rappeler ici à quelle Société revient l’honneur d’avoir fait réaliser cette idée, que M. Henri Duuant avait simplement indiquée dans son volume Souvenir de Solférino.
- Du préliminaire de conciliation. par Emile Darnaud, Paûs, Ernest Leroux, 1 br. in-8, 1 fr.
- M. Darnaud est juge suppléant à Foix. Comme tel il a été appelé à plus d’une reprise à constater l'énormité du nombre des procès, et il s’est demandé en quelle mesure on pourrait réduire ce nombre. '
- Frappé de l’utilité que présentait la Juridiction des Référés, il écrivit sous ce titre une brochure (même librairie. B1. 2) qui n’est pas sans avoir contribué à multiplier l’usage trop restreint encore des référés.
- Aujourd’hui, c’est l’institution du préliminaire de conciliation que M. Darnaud voudrait voir se fortifier et se développer. De 1837 à 1.'73, le nombre des causes soumises au préliminaire de conciliation a été, en moyenne, de 61,866 par an, et le nombre des affaires, conciliées de 37 0/0 en moyenne, soit plus d'une fois sur trois. Cela prouve l’efficacité de cette institution. Malheureusement, le nombre des concilialions est en décroissance continue : il était de 44 0/0 dans la période de 1837-43 ; il est tombé à 32 0/0 dans celle 1866-73.
- En présence de cet état de choses, M. Darnaud propose les améliorations suivantes :
- 1° Restrictions du nombre des dispenses de conciliation devant le juge de paix, dispenses accordées trop facilement aujourd’hui.
- 2° 'Mo lification de la situation des juges de paix qui, en aucun cas. ne devraient être détournés de leurs fonctions judiciaires.
- 3° Obligation pour les parties de comparaître en personne, sauf au cas où. les part es justifieront du fait qui les empêche.
- 4° Exclusion absolue de tout homme de loi des préliminaires de conciliation.
- 5“ Reconnaissance de la valeur de document authentique au procès-verbal de conciliation.
- 6a Condamnation à une amende élevée de la partie qui aurait refusé de comparaître en conciliation.
- 7° Rejet d’office par tout tribunal de toute affairç qffi n’aurait pas passé au préalable en conciliation.
- 8° Création de médiateurs communaux, nommés par les conseils municipaux et chargés de concilier sans frais les affaires, notamment celles dans lesquelles le juge de paix doit statuer définitivement. C’est le rôle que la loi de procédure du canton de Genève attribue aux maires dans leurs communes. E. G.
- Le Directeur^Grêrçmt : Gowk.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878
- Nous avons déjà mis sous les yeux de nos lecteurs, dans notre numéro du 23 juin dernier, le dessin ci-dessus représentant le demi .r modèle de fourneau de cuisine sorti des ateliers de la manufacture Godin à Guise.
- Nous leur avons dit que ce fourneau, exposé au Palais du Ghamp-de-Mars, dans l’annexe du chauffage, classe 27, réunissait tous les avantages qu’une bonne ménagère recherche dans un appareil de ce genre : Propreté, Solidité, Économie.
- Avec ce fourneau, dont le prix est peu élevé, il est facile de préparer les aliments sous toutes les formes.
- Les grillades se font à l’aide du gril rond qu’on place au-dessus du foyer, les rôtis à la broche avec la lèchefrite qu’on pose sur la porte de gauche abattue en forme de tablette.
- Le four est vaste; enveloppé par la flamme, il chauffe également de tous côtés, et, au-dessous, une étuve spacieuse sert à réchauffer les plats.
- La chaudière, placée à droite, fournit constamment de l’eau à une température élevée, et les deux trous qu’on voit au-dessus permettent d’y plonger des vases comme dans un bain-marie.
- Tout y est donc bien combiné pour la plus grande
- commodité de la ménagère qui peut ainsi faire toute sa cuisine à la fois, et l’économie est considérable, car un seul foyer, alimenté par le bois, la houille ou le coke, fournit la chaleur suffisante dans toutes les parties du fourneau, et un appareil spécial permet d’utiliser immédiatement les escarbilles pour entretenir le feu.
- Le jury de l’Exposition a, d’ailleurs, reconnu, après un examen sérieux, la perfection de cet appareil déjà très-bien accueilli par le public, puisqu’il a décerné à son inventeur la médaille d’or, la plus haute récompense attribuée dans la classe 27 aux appareils de chauffage.
- Nous sommes heureux d’annoncer, en même temps, que la maison Godin a aussi obtenu une médaille d’argent dans la classe 43, où elle avait exposé des articles de quincaillerie, tels que boutons de porte, boules de rampe, porte-plats, flambeaux, coupes, encriers, vide-poches, etc., etc , en fonte émaillée et nickelée.
- Nos lecteurs qui désirent se procurer des fourneaux de cuisine, des cheminées, des calorifères ou des objets d’ameublement en fonte, n’ont qu’à s’adresser à messieurs les quincailliers, poëliers, fumistes, ferblantiers de leur ville, par l’intermédiaire de qui la maison Godin, de Guise, s’empressera de leur donner satisfaction.
- Saint-Quentin — Insp. de la Société anonyme du glaneur
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- lre ANNÉE, TOME 2— N° 9 3mimai hebdomadaire paraissant le rfDimanche DIMANCHE 10 NOVEMBRE 1878
- Le Devoir
- POLITIQUE
- LÉGISLATION
- ADMINISTRATION
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- MUTUALITÉ SOLIDARITÉ FRATERNITÉ
- ASSOCIATION DU CAPITAL & DU TRAVAIL
- TRAVAIL
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- fn an. . . . 10 f. »»
- ix mois... 6 »»
- rois mois. . . 3 »»
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- ÉTRANGER
- Le port en sus.
- Rédacteur en chef : M. Ed. CHAMP U RY
- ADRESSER LÀ CORRESPONDANCE Aü GÉRANT, A GUISE (AISNE)
- Les Abonnements sont reçus en mandats de poste ou en timbres-poste et timbres d’effets de commerce français
- A NOS ABONNÉS & A NOS LECTEURS
- Parla fondation du journal « Le Devoir », nous avons voulu donner un organe nouveau aux idées de progrès; appuyer toute idée de réforme et d’institutions nouvelles sur la morale supérieure née de l’amour et du respect de la vie humaine, les choses n'ayant de valeur à nos yeux que si elles concourent au bonheur de l’homme.
- Pour fonder un pareil organe de publicité, nous avons cherché des sympathies chez les hommes animés du désir du progrès ; nous nous sommes adressés à ceux qui aspirent à voir la société opérer pacifiquement les réformes nécessaires, propres à élever nos institutions et nos lois au niveau des progrès accomplis dans la philosophie, dans la science de la vie, dans l’industrie et le travail.
- Nous avons fait choix de vingt mille lecteurs, et nous leur avons servi le journal. Beaucoup de portes nous ont été fermées; mais nous avons la.satisfaction de voir un certain nombre de personnes nous rester fidèles. Des sympathies précieuses sont venus nous aider et nous encourager.
- Que nos amis et nos lecteurs comprennent que « Le Devoir » est une œuvre de sacrifices, une œuvre de dévouement social et qu’il dépend d’eux de le faire vivre.
- Notre publication n’est ni un journal de passion., ni un journal de parti ; c’est un organe de science sociale s’occupant avant tout des moyens de réaliser le bien de la vie humaine, le progrès et le bonheur pour tous.
- Que nos amis nous aident dans cette œuvre de propagande, en faisant lire le journal et en nous envoyant les adresses des personnes dont les sympathies pour le progrès peuvent nous faire des abonnés.
- A toutes ces adresses, nous enverrons « Le Devoir », à titre d’essai.
- ANNONCES
- La lit,ne. . . O fr. 50 Les annonces sont reçues à Guise, au bureau du journal,età Paris, chez MM. Havas, Laffite et Ce, 8, place de la Bourse.
- Que celles des personnes qui reçoivent des numéros spécimens du « Devoir » n’en soient donc pas surprises; nous recherchons l’appui des hommes qui ont cultivé leur cœur et leur esprit dans l’amour du bien social ; nous les recherchons d’abord comme lecteurs, ensuite comme soutiens de nos efforts, pour réveiller dans la presse périodique et dans l’fipiniou publique l’étude des réformes et ries institutions devenues indispensables.
- Nous faisons appel à toutes les personnes qui pensent avec nous, que des améliorations sont nécessaires dans nos lois et nos mœurs, et que ces améliorations peuvent seules prévenir les revendications violentes, et assurer la liberté, la paix et la concorde entre tous les citoyens.
- IVon.s sollicitons de ceux de nos nouveaux lecteurs qui ne peuvent on. ne veulent noos accorder leur concours, de noms retourner simplement le journal en mettant .«JE F* USÉ sur la bande.
- SOMMAIRE
- Du rôle social de la Religion. — D’un théâtre national populaire. — Semaine politique. — Lettre d’Angleterre. — Une rectification. — Du rôle social de la mutualité. — Roman : La tille de son père. — Pensée. — Du meurtre politique. — La vraie question à’Orient.
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- LE DEVOIR
- DU ROLE SOCIAL DE LA RELIGION
- Le directeur de c La Religion Laïque », M. Fauvety, vient de faire un nouvel appel aux hommes dévoués à la recherche et à la pratique du vrai. Il résume dans cet appel les points principaux de la doctrine soutenue par sa revue philosophique.
- Certainement, « La Religion laïque n est, depuis sa fondation, l’organe qui expose la ques- ' tion religieuse delà façon la plus élevée, aussi, croyons-nous opportun de poser quelques ques- ' tions à notre savant ami, en faisant préalable- ' ment connaître à nos lecteurs la partie suivante! de sa circulaire.
- la Revue qui porte le titre de la Religion laïqve ' a été fondée pour préparer l'avènement de cette 1 phase de la vie de l'humanité où l’être- ocial, en pleine possession de sa raison est apte à se gouverner soi-même et n’a plus besoin du pretre pour diriger sa conscience Cette phase est celle qui s’ouvre devant toute société sortie de 1 âge d’enfance et devenue véritablement majeure. Nous croyons que notre société française en est là Mous faisons-nous illusion ?
- Notre Revue n’exprime que la pensée de ses rédacteurs et laisse le champ ouvert à toutes les opinions qui, tout en \ oulant, comme nous, la religion sans corps sacerdotal, et lui donnant pour but de réaliser la vie parfaite, comprennent autrement que nous l’organisation des fonctions de religiosité au sein de la société civi e.
- Cela entendu, il nous sera permis de rappeler que cette pub ication, arrivée a la troish me année de son existence n est ni une affaire de spéculation ni une œuvre de parti. C’est une œuvre d’éducation morale et d'enseignement philosophique. On s'y est proposé, dès l’origine, d’émanciper les esprits en améliorant les âmes et de déclé' icaliser la Religion en épurant le sentiment religieux.
- C’est qu aussi bien nous sommes convaincus que la régénération sociale ne peut s’accomplir sans, l’idée religieuse.
- L’idée religieuse, nous la trouvons dans le principe de la solidarité universelle qui nous unit à tout ce qui est et dans cette solidarité plus étroite que les hommes ont besoin d'étab ir entr’eux pour améliorer leur sort en perfectionnant l’état social et le milieu terrestre. Et nous croyons que le seatimentreiigieux en pénétrant l’âme humaine dans ses profondeurs et s’unissant à l’idéal qui fournit à la conscience ses motifs d’action, peut seul créer l’homme nouveau. Or, il faut l'homme nouveau pour susciter la société nouvelle comme il faut à notre corps la molécule jeune et saine pour éliminer la molécule usée et morbide et régénérer ainsil’organisme tout entier.
- Héritiers du christianisme, fils de la Révolution de 1789 et du dix-huitième siècle, nous sommes à la fois des Libres Penseurs et des nommes religieux. Mais larehgion, comme nous la comprenons, et quel que soit le nom qu’elle porte, doit être toute faite de lumière,
- de science, de justice, d’aide mutuelle, de bienveillance et de concorde. Toute religion qui divise les hommes et les fait se haïr est une fausse religion ou plutôt n’est pas même de la religion. On ne construit pas avec des hairfes. Or, nous sommes des constructeurs. Reliés aux générations éteintes qui ont lutté, souffert et travaillé pour nous , nous savons qu’en posant les bases de l’ordre nouveau, nous travaillons pour les générations futures,, et il nous est doux de penser, qu’ouvriers avec Dieu, nous contribuons, pour notre petite part, à créer le corps spirituel de notre commune humanité.
- PROGRAMME DE LA REVUE.
- Dès l’origine, le programme de cette Revue a été ainsi défini :
- 1° Travailler à la conciliation des esprits, à la fusion des classes, à l’union des peuples ;
- 2° Donner pour devoir à chaque homme de se gouverner soi-même et de marcher, en harmonie avec les lois de la nature et de la conscience, vers l’idéal de toute perfection; s’aider mutuellement et vouloir attirer les autres au degré de développement matériel, intellectuel et moral que l’on a atteint soi-mème ;
- 3° S’appliquer à faire partout la lumière afin de chasser les fantômes et do dissiper les malentendus ;
- 4° Faire pénétrer de plus en plus dans les relations sociales et dans la po itique des gouvernements, les principes éternels d ordre, de libellé, d’égalité, de justice, dq progrès, de travail, de fraternité humaine et d’univerS’ïle solidarité ;
- 5° Ménager la transition entre ce qui vient et ce qui s’en va, en encourageant toutes les tentatives de nature à faire faire un pas en avant â l’esprit humain ;
- 6° Soumettre toutes nos croyances au contrôle de la raison, et, tout en admettant que la foi va au-delà du savoir acquis, appliquer à la démonstration de l’existence de Dieu et de la vie immortelle les procédés de la science ;
- 7° Dans l’ordre politique comme'dans l’ordre religieux, poser la souveraineté de la conscience ; affirmer l’autonomie de la personne humaine et de la collectivité nationale : d’où souveraineté du ^peuple et suffrage universel pour toutes les affaires de la nation, avec liberté de réunion, d’association et de propagande par la presse et la parole ;
- 8° Point de religion d’Etat; mais aussi point de hiérarchie sacerdotale, point de papauté, point d’église qui soit un État dans l’Etat ; point d’intermédiaire entre la raison consciente de chaque être humain et la raison consciente et vivante de l’Univers :
- Tout homme digne de ce nom doit être en religion son 'propre pi ètre, en politique son propre roi.
- Acceptant de tout point les données de ce programme, nous nous permettrons de demander à son auteur s’il ne reconnaît pas avec nous qu’il serait nécessaire d’y ajouter un complément pour le mettre au niveau des besoins de la société actuelle.
- Le dévouement avec lequel notre savant ami défend depuis si longtemps les “vrais principes
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- philosophiques de l’idée religieuse, le soin qu’il apporte à dégager cette idée des préventions autant que des préjugés dont elle est entourée, nous font croire qu’il désire comme nous v0ir l’idée religieuse quitter les régions de la métaphysique pour se rendre utile aux hommes en apportant non plus des maximes abstraites imposées sans discussion possible, ou laissées à l’appréciation de chacun, mais des principes positifs, déterminés, ayant toute la puissance d'un théorème de mathématique, et donnant à la morale humaine des règles sûres et des moyens pratiques d’application.
- L’étude des sociétés primitives nous fait voir que la religion s’est imposée à l’homme, comme se sont imposés tous les autres grands faits de la vie. Le feu, par exemple, s’est, dès l’origine, révélé à l’être humain au milieu des grandes convulsions de la nature ; mais ce n’est que dans le siècle où nous vivons que, du feu et de la lumière, nous avons su faire les applications qui sont aujourd’hui la gloire industrielle de l’homme.
- L’usage de la religion n’a pas progressé de la même façon. Retenue entre des mains qui empêchent son expansion, l’idée religieuse a besoin de liberté pour devenir, elle aussi, une source de progrès dans l’humanité.
- Le feu est le principe de nos grandes ressources matérielles ; la religion libre sera le principe desgrandes ressources intellectuelles et morales.
- En attendant que la liberté religieuse fasse son œuvre, les pionniers de l’humanité doivent aller en reconnaissance sur les terres incultes de la religion, pour y planter les jalons de la rénovation : c'est ce que fait la revue de M. Fauvety.
- L’idée religieuse nous semble ainsi assumer
- nouveau rôle et un nouvel enseignement. Flans le passé, la révélation a posé les grandes ^gles de la morale en enseignant aux hommes :
- « Que la loi du devoir, c’est l’humanité, cette * belle vertu du cœur qui consiste :
- « A. aimer les autres comme soi-même ;
- « A agir envers eux comme nous voudrions « qu’ils agissent envers nous ;
- « A faire servir notre capacité et notre talent <l à l’amélioration de notre existence et de celle « des autres ;
- « A ne jamais nous lasser de faire le bien et de « traiter toute chose avec droiture ,
- « A nous unir les uns aux autres pour nous « soutenir mutuellement. »
- Au point de vue d’un enseignement général de la morale, rien ne dépassera l’élévation de ces préceptes ; mais les règles de conduite qu’on en a tirées, loin d’embrasser toutes les conséquences que ces principes comportent, sont demeurées dans la sphère individuelle au lieu de s’étendre à la société.
- En face de populations ignorantes et pauvres, la religion a davantage enseigné aux hommes les moyens d’éviter le mal que ceux de pratiquer le bien!
- Néanmoins, l’humanité a progressé, et l’idée religieuse ne serait plus dans son rôle si elle cessait d’être le principe par excellence du progrès et de la morale des peuples.
- Suivant nous, la grande évolution religieuse qui se prépare actuellement ians le monde n’a plus pour objet de découvrir les préceptes généraux du devoir humain : ces préceptes sont donnés ; elle n'a pas davantage à rechercher la morale individuelle: le sujet est épuisé. Ce qu’il faut, maintenant, c’est que la religion précise les institutions les plus propres à faire que le bien soit la règle sociale. La mission de l’idée religieuse consiste enfin aujourd’hui à découvrir les lois de la morale sociale et la nature des institutions fraternelles par lesquelles les préceptes de l’amour humain deviendront une réalité pratique, et dans lesquelles la morale individuelle ne sera plus un vain simulacre.
- La rénovation religieuse, sous les auspices de la raison et de la liberté, est ainsi solidaire de la rénovation sociale, celle-ci pouvant seule permettre de généraliser l'exercice véritable des préceptes de la morale supérieure.
- La constitution individualiste de nos sociétés
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- reposant sur l’habitude du « chacun pour soi j>, par conséquent sur l’opposé du dévouement aux autres ou de la fraternité humaine, c’est par l’organisation de l’association entre les hommes et des institutions d’assistance mutuelle que l’idée religieuse doit compléter l’œuvre morale de 1 humanité. Car, pour pratiquer la fraternité et l’humanité, il faut des institutions humaines et fraternelles.
- C’est là ce que, dans son programme, M. Fau-vetv ne met pas assez en lumière. Nous le verrions avec plaisir discuter dans sa Revue le point de savoir si, pour devenir une réalité, la religion laïque ne doit pas, tout d’ahord, prendre pour hase la morale sociale rationnelle, c’est-à-dire confesser au moins la nécessité d’institutions sociales en complet accord avec les principes de la morale supérieure.
- Godin.
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- D’UN THÉÂTRE NATIONAL POPULAIRE
- Les représentations gratuites données par les théâtres subventionnés, à 1 occasion de la Fête des Récompenses, ont prouvé une fois de plus que le peuple a un sentiment fort juste de la valeur d’une bonne pièce.
- A l’Opéra, c’est Guillaume Tell que l’on représentait, et, au Théâtre-Français, le MisantJucpe et les Plaideurs.
- Ces immortels chefs-d’œuvre ont été écoutés avec une attention parfaite et un intérêt très soutenu. Les applaudissements, bien qu’un peu fébriles, ont toujours porté juste, s’adressant tantôt au brio des artistes, tantôt aux œuvres elles-mêmes.
- Les deux membres du conseil des ministres qui avaient tenu à assister à ces représentations ont été tout surpris du tact de l’auditoire.
- C’est qu’en réalité le peuple a plus de sens artistique que ne lui en supposent les personnes qui vivent loin de lui ; sa sensibilité est très-délicate; la musique attendrie lui mouille bien vite les yeux, et les situations pathétiques du théâtre s’emparent de lui avec autant d’intensité, avec plus d’intensité même, que s iî s’agissait de scènes de la vie réelle.
- Mn® Mars, appelée plusieurs fois, sous la Restauration, à jouer dans des représentations gratuites, déclarait ce public « excellent, très-impressionnable
- et ne laissant rien passer. » Les artistes qui 0| paru sur la scène le 21 octobre disent la même ch0s Cette heureuse disposition du peuple n’est donc^ contestable.
- Il fut un temps où elle était si peu contestée, q^. s’efforça de la cultiver, de la développer et de lafaj, servir à l’élévation du niveau moral et intellects des masses. Le peuple grec s’instruisait au théàtf et c’est dans le spectacle des tragédies d’Eschyiei de Sophocle qu’il puisait les fortes qualités dont il fait preuve. Moins loin de nous, au M03'en-Age, ij glise, comprenant l’utilité de bons spectacles, orgj nisa elle-même des représentations ; ces pièces n^ ves ( les Mystères ) ne furent pas sans action sj. l’adoucissement des mœurs.
- Aujourd’hui, le peuple est privé de bons théâtres Les scènes qu’il subventionne sont trop chères qu’il puisse les aborder. S’il lui est donné d'entend* occasionnellement de bons artistes, il les acclam; avec un enthousiasme qui n’a pas de bornes; rnalhet. reusement, ces occasions-là sont de la plus grand* rareté, et l'impression qu’elles font reste trop isolée pour être profitable. On refuse au peuple la possibiliit de prendre part aux salutaires émotions que fou; naître les œuvres de génie.
- Aussi qu’arrive-t-il ? Il va où ses ressources lai permettent, au cabaret ou au café chantant, fl s’habitue à la gaudriole, et, faute de mieux, finit pat s’en contenter.
- Pense t-on que le peuple, si facile à impressionner, ne se corrompe pas à des fréquentations de ce genre! Pense-t-on qu il soit sans danger pour lui de meubler sa mémoire de chansonnettes où le mauvais goût ne le cède qu’à l’immoralité? Pense-t-on qu’il ne gagnerait pas à voir interpréter par de bons artistes les œuvres maîtresses de l’opéra ou de la comédie?
- De saines représentations théâtrales, accessibles à tous, neutraliseraient en bonne partie l'influence démoralisatrice des cafés chantants, et habituerai le peuple à un mouvement d idées dont on a le tort de le tenir éloigné Nous en sommes profondément convaincus, ces représentations feraient plus pouf sa moralisation et son développement intellectuel que bon nombre des institutions qui fonctionnent aujourd’hui dans ce double but.
- Et que l’on ne vienne pas dire que les bonnes pièces ne sont pas à la portée du peuple. C’est faux. Une pièce de théâtre n’est réellement bonne ^ si elle peut être comprise de tous Les œuvre* maîtresses de notre théâtre sont toutes dans # cas. Le répertoire de Mo.ière a été lu par son aute^ à une servante, dont le grand poète comique reçue*1'
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- aitles observations. C’est que Molière, comme tous eS bons auteurs du théâtre, comprenait qu’une œu-T(3 n’est immortelle que si elle est accessible à ûtttes les intelligences.
- Reste à en rendre la représentation accessible à oates les bourses.
- La difficulté est moins grande qu’il semble. Un instant d’examen suffit à le prouver.
- Les théâtres subventionnés de Paris coûtent annuellement à l’Etat près de deux millions de francs.
- les décors, les costumes et les appointements du personnel des corps de ballet dévorentàeuxseuls une forte partie de cette somme. Or, je vous le demande, qu'est-ce que les ballets ont de commun avec 1 art ? Rien absolument. Ces sortes d’exhibitions sont faites pour permettre à certains messieurs d’admirer les jambes de certaines demoiselles, le tout aux dépens de la bourse des contribuables (1).
- Il serait temps de mettre fin à cet abus, en diminuant les subventions de la somme que coûtent les corps de ballet et en consacrant cette somme à faire donner de temps à autre, le dimanche, par les artistes des grands théâtres, de bonnes représentations populaires, gratuites ou à des prix extrêmement bas.
- L’initiative privée est impuissante à combler cette lacune. L’essai d’un opéra populaire fut tenté au Châtelet il n’y a pas longtemps. La tentative ne réussit pas, faute des subventions nécessaires. De plus, le choix de la pièce n’était pas des plus judicieux. On donnait les Parias, de M. Edmond Membrée, opéra mieux fait pour être goûté des délicats que pour impressionner les foules. Si au lieu de cette œuvre, si au lieu des artistes qui l’interprétaient, on eût fait donner sur la même scène, par les artistes de l’Opéra ou de la Comédie-Française, quelques-unes des pièces de leur répertoire, il n’y a pas à mettre en doute une minute que le succès de ces représentations eût été aussi complet, aussi triomphal Que celui du 21 octobre.
- L’état de choses actuel est un abus, une injustice criante qui doit cesser d’exister.
- Autrefois, les chefs-d œuvre des beaux-arts étaient, comme aujourd’hui les théâtres, une propriété dont Quelques hommes privilégiés profitaient seuls, et dont les frais étaient payés par la masse des contribuables. Aujourd’hui, à Paris comme à Florence, à
- ç,.('l ^es décors du ballet la Source ont coûté à eux seuls 81,471 francs. ‘”l Ion ajoute à ce chiffre la valeur des sommes payées pour le per-*°nnel du corps de ballet, pour les costumes, pour les machinistes P°Ur I orchestre, pour le personnel accessoire, pour Téelairage, pour * ^pétitions, etc., etc., on arrive à un chiffre énorme.
- Londres comme à Munich, à Dresde comme à Madrid, d’immenses et splendides musées sont offerts à l’admiration de chacun.
- Eh bien ! ce qui a lieu pour les beaux-arts doit avoir lieu pour la musique et la poésie. Les productions artistiques des théâtres doivent cesser d’être le privilège du petit nombre et devenir la jouissance de tous. L’équité l’exige , la moralité publique y gagnera. En. Champury.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- Les nouvelles qui arrivent de toutes parts ne permettent plus de douter du caractère républicain des élections du 27 octobre. La nomination des délégués sénatoriaux est décidément un incontestable succès pour la République, et présage un triomphe éclatant et presque inattendu pour les décisives opérations électorales du 5 janvier prochain. Les espérances qu’on pouvait légitimement fonder sur la force des idées nouvelles et de la sagesse du pays sont réalisées, sinon dépassées, et dans deux mois d'ici l’accord entre les deux fractions du Parlement étant définitivement établi, la sécurité du pays sera assurée pour un long avenir.
- Les séances tenues par la Chambre et par le Sénat n’ont pas présenté un très-grand intérêt. La premièr j de ces assemblées a repris le cours de son examen des opérations électorales législatives de 1877, ce qui a permis à M. Paul de Cassagnac de jeter une fois de plus la déconsidération sur son parti et sa personne par les violences de langage qui lui sont habituelles. Quant au Sénat, il s’est borné à fixer au vendredi 15 courant, la date de la nomination de trois sénateurs inamovibles. La gauche porte MM. de Montalivet, Alfred André et le général Greesley ; la droite, tiraillée par des influences diverses, n’a pas encore arrêté son choix.
- Plusieurs projets de loi d’un assez haut intérêt ont été déposés sur le bureau de la Chambre des députés. Le ministre de l’instruction publique a déposé le projet de loi relatif à l’enseignement primaire supérieur. Le ministre des travaux publics a présenté les projets de loi concernant les voies de communication et les ports de mer; un projet de loi relatif au classement des ligues d’intérêt général ; un projet sur les chemins de fer en Algérie; un autre sur le classement et 1 amélioration des voies navigables ; et, enfin, un projet spécial pour les ports de mer
- Enfin, le ministre des affaires étrangères, conformément a une ancienne coutume, a fait distribuer le Livre jaune, recueil de pièces diplomatiques relatives aux affaires traitées daus le courant de l’année. Seulement" il est bien entendu que les documents qu’on aurait le plus besoin de connaître ne se trouvent point compris dans cette publication, dont l’intérêt est infiniment plus conventionnel que réel. Mais, en matière de politique extérieure, il est admis qu’un pays ne doit rien savoir que ce que les gouvernements veulent bien lui faire connaître.
- Cette semaine est mort un vétéran de la démocratie, un loyal serviteur de la République, le respectable Garnier-Pagès décédé presque subitement, à l’âge de 76 ans, entouré de la sympathie de tous les gens de bien. Il était entré, en 1847, dans la vie publique et avait fait partie du gouverriement provisoire de la République, en
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- 1848 et en 1870. Dans ces dernières années, il s’était un peu effacé. Avec lui disparait un honnête homme et un irréprochable citoyen.
- Un petit mouvement dans le personnel de l’administration départementale a été publié par le Journal officiel; mais ce mouvement n’a point de caractère politique bien dessiné.
- Les nouvelles de l’étranger sontsansgrande importance et la situation en Orient demeure toujours aussi compliquée. Les esprits sont extrêmement agités en Russie, et des feuilles qui ne sont point dépourvues d’autorité continuent à se montrer extrêmement agressivesà l’égard de l’Angleterre.
- Le Monde Husse déclare avec une véhémence incroyable que rien ne peut plus s’opposer à la réalisation des rêves de l’ambition moscovite contre laquelle toute coalition serait frappée d’impuissance.
- « Que nous soyons, oui ou non. coupables de l'inter-» vention dont on nous accuse dans les affaires de l’Af-» ghanistan, dit le Monde Russe, il est un fait certain, » c’est que l’Angleterre a fait son temps. Le moment est » venu de rendre compte de tous ses actes. La politique » de lord Beàconsfield craque sur bien des points et, au » premier choc, ce coryphée diplomatique d’un nouveau » genre sera précipité dans l’abîme qu’il a lui-raème » creusé.
- Ce langage violent permet d’apprécier l’exaltation qui règne dans le grand empire du czar, et ce n’est pas sans une douloureuse impression qtie le philosophe voit ainsi l’esprit de chimère, de conquête, de haine de peuple à peuple s’emparer de l'ensemble d'une grande nation. Quoi qu’il en soit, l’opinion publique en Russie est visiblement orientée vers les idées de guerre avec l’Angleterre, et il faudra que cette dernière puissance fasse preuve d’une habileté singulière pour éviter un conflit sanglant avec son ambitieuse rivale. On dit, cependant. que la réponse du cabinet de Pétersbourg à la note anglaise est conçue en termes pacifiques et satisfaisants. Mais les notes diplomatiques pèsent d’un poids bien léger dans la balance des événements!
- Du côté de l’Afghanistan, la situation ne s’est pas modifiée. L’Angleterre persiste dans son attitude de prudence extrême, en dépit du mécontentement qui s'est manifesté dans les Indes. La presse anglaise reconnaît que la sécürité de l’empire britannique est mise en jeu par la guerre en perspective, et le Times multiplie ses conseils de prudence. L'organe de la cité espère que l’accord pourra encore se faire entre lé vice-roi et Shere-Âli, et l’on dil, d’autre part, que la réponse de l’émir de Caboul au premier ultimatum anglais n’était pas aussi injurieuse que les feuilles indiennes l’ont prétendu. On assure, cependant, d’après des dépêches venues de Simla, que si Ja réponse de l’émir au second ultimatum n’est pas absolument satisfaisante, ies troupes du vice-roi envahiraient immédiatement l’Afghanistan. Attendons.
- Bien que la situation de l’Italie se soit sensiblement éclaircie depuis la solution de la crise ministérielle, de graves préoccupations viennent assiéger l'esprit des hommes d’État de ce pays et se reflètent dans les discours qu’ils prononcent en divers lieux soit dans le but de tâter l’opinion, soit afin de se rendre maître d’elle. Ainsi M. Zanardelli, ministre des travaux publics, vient de prononcer à Rome, une harangue qui peut être considérée comme le programme de la politique du cabinet reconstitué et qui, à ce titre, mérite d’arrêter l’attention. Toul en blâmant l’agitation de YlPilia irredenta, le ministre affirme que ie gouvernement dont il fait partie' n’e ssaiera jamais de limiter les libertés publiques. M. Zanardelli a annoncé ensuite la présentation imminente d’un projet de loi,électorale.
- Le nombre dés électeurs serait élevé, de 603,000 à
- 1,800,000. Le ministre proposera le scrutin de liste. Qu, que circonscription élirait cinq députés II présent^ aussi une réforme de la lui communale et provinciale Le droit électoral administratif serait toujours basé sçj le payement d’un cens, mais de façon à l’étendre à ton ceux qui payent un impôt direct.
- Il est manifeste que, dans ce discours, le collègue $ M. Gairoli cherche à diriger du côté de la monarchie movement d’opinion libérale qui se produit en ce ma ment au-delà des Alpes. Il est incontestable, en effet que des velléités républicaines très-accentuées se som fait jour, da,.s ces derniers temps, chez nos voisins, f que la situation de la famille de Savoie est analoguej celle où se trouvait la famille d’Orléans en 1847, s l’heure où la question de la réforme électorale s’est im, posée. Si cette réforme s’opère largement, sagemente en temps opportun, la monarchie italienne pourra sot tir victorieuse de la crise où elle est engagée. Mais s cette question n’aboutit pas à une solution nrompteç satisfaisante le roi Humbert pourrait bien se trouverai face d’un inconnu redoutable. Dans tous ies cas, l’heuij est décisive.
- L’imminence de la réforme électorale italienne a mij en mouvement le parti clérical dans ce pays, qui s’es partagé en deux camps. Les uns estiment que, con-trairement à la tactique suivie jusqu’à ce jour, fe catholiques doivent piendre part aux élections; h autres tiennent pour la négative. Parmi ces derniers, figureraient les membres du Sacré Collège. Le papt Léon XIII pencherait, au contraire, vers 1,’opinion des premiers, et serait disposé à se passer de l’avis des cardinaux. On prétend aussi que le successeur d» Pie IX poursuit l’idée d’établir un modus vivendi ente le Vatican et le royaume d’Italie, sur ies bases proposées par le P. Gurci. dans un ouvrage célèbre. On assuii même que le célèbre religieux est à Rome et qu’il tra vaille aux négociations entamées à ce sujet. Nous ignorons si ces bruits sont fondés, mais il est vraisembîab! que le pape Léon XIII cherche à sortir de la situatio: embarrassante où le fanatisme de son prédécessen l'avait placé à l’égard des gouvernements du mondi entier.
- Les élections communales qui ont eu lieu récemmei en Belgique ont accentué la défaite essuyée par le cléricaux au mois de juin nernier, lors des élection législatives Dans les communes rurales elles-mèmp. on a vu se déterminer un mouvement d’opinion trè< sensible dans le sens libéral. C’est un résultat don!s ne saurait trop se féliciter.
- La commission internationale chargée d’organiser! Roumélie orientale a tenu cette semaine sa premièi séance à Philippopoli. aux termes du traité de Berlit cette commRsion devait avoir fini son oeuvre dausk trois mois qui suivraient la ratification du traité. ® commence à peine les travaux préliminaires et ilei peu probable qu’elle le conduise à bonne fin, tant sot nombreuses les difficultés contre lesquelles elle vient* heurter.
- La crise que nous avions signalée en Grèce s’est <if nouée, puis renouvelée deux jours après. Le coloo1 Coumoundouros, partisan de mesures énergiques P0,1 obtenir la rectification du territoire promis parle trait de Berlin, avait donné sa démission, à la suite du reft qui lui avait été fait die l’appel des réserves. MM. Tricon pis et Zaïmis, partisans de la politique de transaction ont aussitôt après reconstitué un ministère, mais * ministres n’ont pas été plutôt en possession de leu: portefeuilles qu’ils ont dû à leur tour donner leur dém1' sion sous l’influence de circonstances qui ne sont P encore parvenues à notre connaissance. Tout ce <1J nous savons, c’est que la Chambre a mis, dès le prefl111 jour, M. Tricoupis en minorité.
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- LETTRE D’ANGLETERRE
- Correspondance particulière du Devoir (1)
- Londres, 31 octobre 1878.
- Si la lutte n’a pas commencé encore aux bords de l’Indus à coups de canon, elle a au moins commencé sur les rives de la Tamise entre les partisans intéressés de la guerre à tout prix et les partisans de la paix par principe.
- Samedi dernier, un premier meeting a été tenu à l'bôtel du palais de ‘Westminster, où s’élaient réunis les hommes les plus influents des trades-unions, des corporations ouvrières et de la Workmen-peace association, qui s’était chargée de les convoquer. Trois résolutions y ont été votées condamnant :
- Premièrement, la guerre avec l’Afghanistan comme une provocation injuste dé la part de l’Angleterre contre un ennemi faible.
- Secondement, la politique de la presse libérale qui, à l’exception de l'Echo, réclamait la guerre immédiate.
- Enfin, en troisième lieu, l'incapacité du cabinet actuel qui ne trouve rien de mieux, en présence de la misère croissante, que de plonger la nation dans une guerre hasardeuse.
- Parmi les orateurs qui ont pris la parole, se trouvait un Indien qui à souvent, avec un rare bonheur d’expression, prouvé la folie de battre un homme jusqu’à ce qu’il soit votre ami, ce que prétendent faire les hommes au pouvoir. Il a donné sur les sentiments des Indiens à l’égard des Anglais des notions justes et il en est venu à cette conclusion que les impôts perçus aux Indes sont le maximum de ce qui peut y être* frappé ; aller au-delà, c’est pour l’Angleterre courir le risque certain de soulever une révolte générale. Quand on songe que le salaire anüuel d’un Indien occupé par l’industrie des Européens établis en Asie ne va pas a trente sheilings, soit 37 fr. 30, et que ceux qui se livrent à l’agriculture gagnent encore moins, on peut juger du degré de misère de ces populations qui fournissent, bon an mal an, un million et demi de victimes à la famine. Eh bien ! a ces malheureux qui n’ont rien qui puisse raisonnablement être imposé, on impose le sel ? raison de 8 sheilings 10 deniers et demi, soit au-delà de 11 francs les cent livres, et Ton veut encore augmenter eet impôt sans nom Faire une guerre, dans le seul but d’agrandir l'empire indien, est une folie; mais accroître la misère de ces gens qui ne gagnent pas quarante francs par an en rejetant sur eux lès frais énormes d’une guerre injuste, c’est un crime, et un crime que l’Angleterre aurait à payer plus tôt et plus cher qu’elle ne le pense. Aussi, toutes les propositions du meeting ont-elles été votées pour ainsi dire par acclamation.
- Le dernier orateur entendu a été M. Howard Evans, le rédacteur en chef de 1’agriculturàl labourer News. et l’un des principaux et des plus vaillants rédacteurs de Y Echo, le journal démocratique à un sou. Il a rapporté qù’en se rendant tout récemment sur la scène d’une des dernières explosions de mine, il a vu tout autour des villages presque déserts. Les mineurs, dont les journées sont réduites de moitié et les salaires encore d’autant, ne gagnent pas le quart de ce qu’ils reçoivent en temps normal ; ils n’ont pas de quoi faire subsister leur famille. Ils quittent la maison où s’élevaient leurs enfants et, mettant en commun leur misère, s’en vont à six ou sept ménages occuper la demeure d’un seul, grouillant on ne sait comme, dans leur capharriaüm. Non seulement c’est désastreux pour la force physique de ces braves travail-
- (1) Cette lettre no’is est parvenue trop tard pour avoir pu être insérée dans notre précédent nnméro.
- leurs, si dignes de pitié pour leur courage et leur dévouement, mais c’est au point de vue moral une bien plus grande ruine encore. Qu’y faire, dira t on, la crise est générale ? Oui, la crise est générale; chaque jour arrive du Nord, de l’Est, du Centre, de partout, la nouvelle, uon pas d’une grève, mais de maisons qui ferment. Les districts cotonniers qui diminuaient les heures de travail, il y a quinze jours, voient cesser tout à fait le travail de leurs manufactures. Les hauts-fourneaux éteignent leurs feux et les fermiers eux-mêmes diminuent les gages déjà trop faibles des malheureux buvriers agricoles réduits à quinze francs par sëmainei
- L’hivsr s’annonce sous les plus tristes auspices, et tout fait croire que les froids seront rigoureux; déjà l’hiver se fait sentir, tandis que d’habitude on ne s’en aperçoit que vers Noël et même après. Or, c’est à un pareil moment que lord Beaconsfield se met en tète de lâcher les mauvais instincts de sa bande d’aboyeurs qui vont criant qu’on les insulte là-bas quelque part et qu'il faut qu’on fasse la guerre.
- Il serait curieux de demander à tous ces gens qui se prétendent insultés par l’émir des Afghans, s'ils ont jamais eu l’idée de l’honneur, ni le sentiment d’une insulte reçue. Beaucoup ne connaissent sans doute, en fait de sentiment d’honneur, que la satisfaction du mendiant à qui i on jette quelques sous dans sa séquelle. C’est une grande erreur que le public sensé et honnête soit dupe de toute la fantasmagorie de lord Beaconsfield. Un conservateur, appartenant à Tün des grands corps élus de la métropole, me disait tantôt : « Les ministres vont beaucoup trop loin ; nous n’avons pas besoin de guerre, et si nuus avions » la faire, ce ne serait pas contre les Afghans ; qu’avons-nous à faire avec eux. » L opinion publique commence à se montrer sur cette question, et le dégoût public pour cette politique fantaisiste pourrait bien bâter la chute du cabinet Beaconsfield.
- Quant à la presse, nous haussons les épaules quand nous voyons discuter en France l’opinibn d’un journal comme le Times. Nul ne s’inquièie ici de ce que dit aujourd’hui ce journal, car il le contredira dem .in, s'il ne l’a déjà contredit dans quelqu’autre endroit de ses Colonnes: D’ailleurs, croyez moi. méfiez-vous de tout ce que publient soit le Times, soit le Daü- -News à l’égard fie la France, Fumet l’autre reçoivent trop souvent leurs inspirations de certain premier ministre de roi don! la sympathie pour la France n est pas le faible. C’est un devoir public d’informer les lecteurs français que si le prince Bismarck n’a pas la main dans ces deux journaux, comme le prétendent quelques uns, au moins les trouve-t-il toujours tout prêts à servir ses vues et à lan-ber les ballons d’essai qu’il lui plait de laisser planer én l’air pour voir qui les attrapera.
- UNE RECTIFICATION
- Dans notre causerie scientifique du 20 octobre relative à des ornements symboliques portés dans le vêtement, nous avons interprété les quatre F portées en guise d’insignes par les Turner allemands comme signifiant :
- Frisch, frais, dispos, alerte,
- Fromm, pieux, posé, sérieux en matière religieuse,
- Froehlich, joyeux gai, gaillard,
- Et Fret, libre.
- Cette interprétation, paralt-il, n’est pas tout à fait
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- exacte. Voici, en effet, ce que nous écrit à ce sujet une personne qui connaît à fond l’Allemagne, notre ami M. Amiel, professeur de philosophie à l’Université de Genève :
- « Les quatre F de la devise de Arndt et des gymnastes correspondent, nous dit-il, à quatre monosyllabes. Lise/ Fi oh et non F'roehHch ; Froehhch signifie gai, jovial, réjoui, tandis que Froh est plus grave 'et plus noble et signifie joyeux, content. — Fromm se dit aussi des animaux domptés, du cheval par exemple, et signifie paisible, docile; c’est donc la force contenue par la douceur obéissante.
- « Frisch, Fromm, Froh, Frei, ,
- C’est à peu près dans notre langue :
- Dispos, soumis, joyeux, indépendant ;
- Mais la formule allemande est beaucoup plus expressive et plus intime. Je crois même que l’ordre des termes est : Frisch, froh, fromm, fret, et que l’ensemble revient à ceci :
- Santé du corps et de l’âme,
- Discipline et liberté,
- Assez bel idéal, convenez-en, pour l’individu en société. »
- ROLE SOCIAL DE LA MUTUALITÉ
- Un des problèmes sociaux les plus intéressants dont le xixe siècle aura le grand mérite d’avoir résolument abordé l’application, est sans contredit celui de la Mutualité.
- A ceux qui se rangent sous sa bannière, l’assistance mutuelle apporte l’affection et le secours. Elle infiltre ainsi dans les habitudes de ses adhérents, des idées de sage prévoyance et de réciproque dévouement qui permettent de lutter, à l’aide des consolations de toute nature, dans les tristes jours de la souffrance et de l’isolement.
- Mais le secours efficace de la Mutualité doit-il se borner à un appui matériel, à l’obtention du médecin et des médicaments, à l’indemnité de maladie «
- Non, certes. Le cœur fraternel qui veille avec tant de dévouement sur les souffrances du corps, faillirait à une partie de sa mission, s’il oubliait les souffrances de l’intelligence et du moral.
- La solidarité, qui fait la base de nos institutions sociétaires, ne saurait abdiquer ses chaleureuses aspirations et ses devoirs sacrés en face Jdes misères de l’esprit sans culture suffisante, misères bien autrement graves que les douleurs du corps dont elles sont si souvent les pourvoyeuses infatigables.
- A notre époque, qui se passionne si ardemment
- dans les voies d une civilisation libérale, la Mutualité méconnaîtrait toute la noblesse de son but, toute la grandeur de ses moyens, si elle n’adressait pas ses secours à l’Intelligence et à la Moralité en même temps qu’aux forces physiques momentanément abattues Elle doit, au contraire, se préoccuper vivement de faire participer les classes laborieuses à ce grand mouvement d'émancipation intellectuelle qui dévore les classes plus favorisées de la société.
- Certes, l’ordre et l’économie contribuent à produire l’aisance matérielle; mais aussi l’instruction, le savoir pratique, la moralité, la direction des instincts et des facultés vers le bien, la conduite des passions vers le beau et l’honnête, importent largement au bonheur et impriment aux caractères individuels le sentiment profond de la dignité et de la valeur personnelles.
- Les classes laborieuses n’ont guère acquis de connaissances générales et très-élémentaires que dans les écoles publiques de leur commune. En grandissant au milieu du travail quotidien de leurs professions, elles se trouvent progressivement en face de questions nouvelles, de problèmes nouveaux, d’intérêt général et social, dont l’examen et l'explication exigeraient un guide, tout au moins des livres qui font généralement défaut.
- C’est alors que plus d’un voudrait bien arracher çà et là au repos du soir quelques heures consacrées à parfaire son instruction, à se familiariser avec les notions les plus indispensables pour parler avec quelque droit, avec quelque logique, des choses et des principes qui concernent si directement ses intérêts, sa famille, sa patrie.
- 11 appartient à la Mutualité de coopérer à faciliter ce bienfait et d’accroître ainsi les forces intellectuelles du pays.
- Nous verrons de quelle manière il lui est possible de le tenter. Dr Bep.therand.
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mme Marie HOWLAND Voir n° 4 à n° 7 (tome 2)
- Chapitre XXVI.
- La crise.
- (Suite).
- Le docteur Del ano trouva son père gravement malade et son absence se prolongea quinze jours.
- Il écrivit quelquefois à sa femme, mais envoya
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- chaque jour à Ella soit une lettre, soit un livre, soit une revue dont la jeune fille ne faisait rien, car elle était engagée dans un assaut de coquetterie et tellement absorbée par ses toilettes qu’il ne lui restait pas un instant pour la lecture. Quelquefois naissait dans l’esprit de Clara l’idée que son mari était devenu insensé.
- Elle épiait Ella, mais ne pouvait découvrir par quel charme celle-ci fascinait les hommes Ce mystère subtil échappait, comme toujours, à toute analyse. Dans sa candeur généreuse, Clara se persuadait cependant qu'il devait y avoir dans la jeune fille quelque mérite réel, un trésor de sensibilité cachée peut-être, qu’une femme ne pouvait découvrir.
- Si seulement Albert avait eu confiance en elle et n’avait pas cherché h la tromper lorsqu’il avait commencé à s’éprendre d'Ella, Clara eût noblement répondu à la franchise de son mari et se fût trouvée moins malheureuse ; mais Albert ne pouvait la comprendre et la découverte de cette faiblesse chez lui avait été pour Clara un coup presque aussi difficile à supporter que la situation de femme abandonnée qui lui était faite.
- Un soir, vers la fin de la deuxième semaine de l’absence d’Albert, Clara, assise dans sa chambre, contemplait le spectacle du soleil couchant et s’absorbait dans ses pensées. Elle venait de relire la dernière lettre de son mari. C’était bien l’écriture de M. Delano, mais où était son âme ?
- La voix d'Ella, causant avec quelqu’un sur le balcon à l’étage inférieur, monta jusqu’à Clara. Miss Wills se trouvait avec un gentleman dont elle poursuivait la conquête. Clara entendit son propre nom prononcé par la jeune fille en termes peu flatteurs. L’interlocuteur de miss Wills répondit, vu les circonstances, d’une façon tout à fait généreuse pour madame Delano, Clara ne pouvait rester assise où elle était sans en entendre davantage. Bien que fortement tentée, comme l’eût été toute femme à sa place, de connaître la suite du discours d’Ella, elle se leva, ferma la fenêtre avec bruit et ne la rouvrit que quelques instants après. Le silence était complet.
- Ce que madame Delano avait entendu dire à miss Wills était qu’en se mariant avec miss Forest, M. Delano s’était mésallié, et qu’il ne pourrait jamais y avoir de véritable sympathie entre lui et sa femme.
- Autrefois, Clara eût écrit toutes ses pensées à Albert, maintenant un sceau était sur ses lèvres ; ce qu’elle aurait pu dire d’Ella aurait été rejeté sans examen, et attribué à son incapacité de comprendre cette nature enfantine. Oh ! qu’il lui était pénible
- de méditer ainsi toute seule sur ce triste sujet.
- Clara avait reçu ce jour même une longue et charmante lettre de Susie concernant les petits événe-nements d’Oakdale, les innocentes coquetteries des jumelles, les conversations du docteur, les faits et gestes de Minnie, enfin les projets et les espérances d’avenir de Susio elle-même. « Chère amie, » pensait Clara, «elle sait que je suis malheureuse et m’écrit ainsi dans l’espoir de mettre un peu de gaieté dans mon existence. Elle a plus d’affection pour moi que mon mari lui-même. Que dit sa lettre à lui? Qu’il n'a pas changé ’ Toujours cette persistance stupide à affirmer que le soleil luit, alors que je suis plongée dans les ténèbres. Mon père ne me croirait pas assez faible pour être prise à un semblable piège. »
- Clara resta longtemps à sa table, écrivant à Albert ; cependant sa raison lui disait qu’elle ferait mieux de s’abstenir. Sa lettre n’était qu’un long cri de l’âme succombant sous le poids du chagrin, cri dont la poignante expression aurait attendri un cœur de pierre.
- « Je ne sais pas ce que j’écris, » disait-elle en terminant, « en vain je fais des efforts frénétiques pour « ressaisir mes illusions, elles sont perdues et l’amour « ne peut vivre sans elles. Il n'est pas surprenant « d’ailleurs que vous cherchiez à me tromper lorsque « vous voyez ma santé, ma force et ma beauté s’éva-« nouir sous le poids de peines que je n’ai plus la « force de porter. Croyez-moi, mon bien-aimé, je sais « que j’ai tort de vous fatiguer de mon chagrin, alors « que vous êtes impuissant à y porter remède Je ne « vous blâme pas, ce n’est pas votre faute si l’amour « de Clara a cessé d’être précieux à vos yeux. »
- Elle reçut promptement cette réponse.
- « Ma Chère Clara,
- « Je désire que vous cessiez d'étudier la mort de t l’amour pour étudier sa vie. Vous vous bercez £ beaucoup trop de maux imaginaires. Je voudrais ; que vous eussiez un enfant, mais cela est impossi-; ble parce que vous êtes d’un tempérament trop impressionnable. Vous n’avez aucune raison d’être malheureuse. Mes égards pour Ella n’influent en rien sur mon affection pour ma femme. Vous devriez savoir que tout amour vrai ennoblit.
- « Albert ne reprend jamais l’amour qu’il a librement donné, et mon affection pour vous n’a jamais subi le plus léger changement. Mais l’amour n'est pas, ou du moins ne doit pas être une suffocante chaleur.
- « Je vous envoie de la poudre de valériane, prenez-en chaque soir avant de vous coucher. Je m’absente deux ou trois jours pour une affaire pressante,
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- « après quoi, ma chère femme, je serai avec vous er « chair comme je suis en esprit.
- « Toujours et à jamais à vous, Albert. »
- « N’a jamais subi le plus léger changement ! » ré péta Clara amèrement; que pense-t-il donc de ma raison? Ce qu’Albert lui disait de l’impossibilité de devenir mère la frappa au cœur. Cependant elle n’en croyait pas un mot et se révoltait du ton léger et sans cœur de son mari.
- Le lendemain matin, Ella frappa à la porte de madame Delano. Vêtue d’un pimpant costume de voyage, la jeune fille était d’une humeur si gaie que Clara espéra la voir s’éloigner « pour de bon. » Cependant miss Wills expliqua que son excursion se bornait à une visite à Wolfboro sur le lac Winnepi-seogee et qu’elle serait de retour le lendemain.
- Le jour suivant, Clara reçut une lettre. Elle l’ouvrit sans prendre garde au timbre de la poste ; et son cœur palpita devant ces mots de l’écriture d’Albert : « Ma bien-aimée » C’était l’expression dont h usait autrefois envers elle. La lettre contenait trois pages du style le plus passionné II était évident dès les premiers mots que ce langage s'adressait à miss Wills, mais les yeux fascinés de Clara ne pouvaient se détacher de ces lignes où se trahissait un fol amour, où d'un bout à l’autre son mari exaltait la beauté d’Ella, ses lèvres vermeilles et ses yeux vainqueurs !
- Amère déception ! cette lettre avait été écrite quelques heures après celle que Clara avait reçue la veille !
- Peut-être miss Wills l’avait-elle perdue par négligence, ou bien la lettre avait-elle été soustraite dans la chambre d’Ella par un des habitués de l’hôtel qui l’avait adressée par la poste à madame Delano Y
- Longtemps Clara resta immobile en contemplation devant ce. fatal document. Ses pieds et ses mains avaient la froideur de la glace. De gais éclats de rire montaient jusqu’à elle. Peut-être discutait-on en bas l’effet produit par la missive? Oependant, la pauvre femme ne voulait pas s'arrêter à la pensée d’une pareille cruauté; sans doute, la personne qui lui avait envoyé la lettre de son mari avait cédé à un mouvement d indignation et avait voulu lui désiller les yeux ; l’adresse était d’une main de femme.
- Pauvre Clara! ses pensées étaient bien amères. Elle ne manquait pas de courage, mais il n’entrait pas dans sa nature de faire du fracas et de revendiquer hautement auprès de son mari ses droits d’é-pôusë. Albert n’avait pas su respecter les apparences detaritle moiide, Safl*emmene pouvait lui pardonner cette faute. Elle satàitj bien que tiôüs ne pouvons
- commander aux inclinations du cœur, et qu’il faut " charmer pour être aimé. Hélas ! elle sentait son im-j puissance à charmer Albert. Cependant cela ne 1 pouvait l’excuser, lui, de tromper ou d’essayer de * tromper sa femme.
- Quoique Clara se sentît complètement abattue par ’ cette dernière épreuve, le sentiment de sa propre ! dignité la soutint; elle s’habilla avec soin et rejoi-; gnit sur la véranda, les rares touristes demeurés à l’hôtel. Vers le soir, le bruit commença à se répan-1 dre que le docteur Delano et miss Wills étaient ensemble dans un hôtel à Douvres. Clara se rendit compte que le propos venait du colonel Murdock, qui, après une absence de quelques jours, venait de rentrer à l’hôtel par l’omnibus de l’après-midi.
- Elle chercha et trouva l’occasion d’entretenir seul à seul M. Murdock :
- « Colonel, » fit-elle, « on dit que l’histoire qui circule sur mon mari vient de vous. »
- Le colonel s'inclina.
- « Je vous prie, » continua Clara, « par ce que vous avez de plus sacré, de me dire ce qui, à votre connaissance, est absolument vrai dans ce qu’on raconte. »
- Clara était trés-calme, mais il y avait dans sa voix un accent qui aurait obtenu la vérité du plus éhonté menteur. Le colonel Murdock qui, d’ailleurs, était un honnête homme, n’avait aucune disposition à tromper.
- « Madame, « dit-il, « je suis vraiment désolé de vous affliger, mais c’est l'exacte vérité ? »
- — « Qu’est-ce qui est l’exacte vérité? »
- —• « Que je vis hier, à Douvres, le docteur Delano et miss Wills se promenant en voiture découverte à quatre heures de l’après-midi. »
- — « N’avez-vous pas pu vous tromper? »
- — « Non, Madame. C’était bien monsieur votre mari ; et miss Wills daigna me faire l’honneur de m’apercevoir. Je puis ajouter qu’elle m'avait affirmé quelques.jours auparavant qu’élle allait à Wolfboro, ce qui était un mensonge. «
- — Je vous remercie, colonel; veuillez m’excuser de vous avoir dérangé. »
- Clara, le sourire aux lèvres, et parfaitement maîtresse d’elle-même, se mêla de nouveau aux touristes puis remonta à sa chambre.
- Ce serait folie d’essayer de retracer les angoisses de la pauvre femme pendant la nuit suivante.
- Elle rangea ses malles mettant avec soin de côté ce qui appartenait à Albert, puis écrivit un billet pour lui.
- L’omnibus partait de bonne heure. Un peu avant l’heure du départ, Clara demanda une tasse de café.
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- et fit venir le maître d’hôtel. Celui-ci entra en souriant et, d un air aimable, offrit ses services.
- « M. Hammond, » dit Clara d’un ton qui montrait qu’elle avait la confiance d’obtenir ce qu elle désirait; « je dois partir ce matin et j’ai besoin que vous me prêtiez cinquante dollars. «
- — « Bien, madame, sans doute monsieur votre mari........
- « Non, non, » interrompit Madame Deiano, « je vous demande cet argent sous ma seule responsabilité ; prenez ma montre en gage, et sachez qu’en aucun, cas mon mari ne doit payer cette dette ; je vous rembourserai sans délai. »
- L’hôtelier refusa poliment le gage qui lui était offert et prêta l’argent demandé. Clara paya ses dépenses d’hôtel et celles de miss Wills. Quelques minutes plus tard, le souriant maître d'hôtel conduisait Madame Deiano jusqu’à la voiture en lui prodiguant les marques du plus profond respect.
- Chapitre XXVII.
- La sainteté du mariage.
- Pendant tout le reste du jour, l’hôtel ne s’occupa que du départ de Clara ; et quand la voiture du soir en revenant de la station amena Ella, la jeune fille fut surprise de la froideur avec laquelle chacun l’accueillait. Cependant, comme miss Wills était une riche héritière, le scandale ne fit que l'effleurer.
- Elle expliqua à deux ou trois personnes dont l’avis était facilement écouté, que sa rencontre avec M. Deiano à Douvres avait été purement accidentelle : « Comment, » fit-elle, « en eût-il pu être autre ment? » Son explication fut acceptée d’autant plus facilement que le colonel Murdock n’avait confié à personne, sauf à madame Deiano, la prétendue visite d’Ella à Wolfboro. Cependant ceux qui étaient dans le secret de la lettre trouvée ou surprise se tinrent à l’écart.
- I '
- Le lendemain, Albert revint, n’ayant différé son retour que dans la mesure strictement nécessaire pour sauver les apparences; il monta droit à son appartement, ét; ne trouvant personne, il supposa que sa femme était à la promenade. Cependant cela lui pa rut étrange, car il avait prévenu Clara de son retour et elle aurait dû, pensait-il, venir à sa rencontre.
- Très-vite il descendit au bureau de l’hôtel et demanda où était madame Deiano. Le commis balbutia uné phrase ambiguë, embarrassée, mais lë colonel Murdock s'empressa de répondre :
- « Votre femme, docteur Deiano ? vous l’avez tuée, je pense; quant à^ votre amoureuse, vous la trouve-tei âü jeu dë boules. » j
- Albert eut la rapide intuition que Murdock avait divulgué l’affaire de Douvres. Cela expliquait le froid salut des quelques personnes rencontrées parM. De" lano en descendant de voiture.
- « Fat insolent ! » murmura Albert, prêt à s’élancer sur le colonel. A ce moment, le commis lui tendit une lettre, et, pendant qu’il la recevait, Murdock quitta le bureau. En voyant l’écriture de sa femme, Albert devina que Clara avait quitté l’hôtel ; il monta à sa chambre et ouvrit la lettre. La première chose qui frappa ses yeux fut sa propre missive à Ella. Il se mordit les lèvres et devint tout pâle. Clara a\ ait ajouté le billet suivant :
- « Je vous fais parvenir la lettre ci-jointe, que „ quelqu’un ici a trouvée, je suppose, et m’a envoyée » par la poste. Ce pli contient également la note de » l’hôtel que j’ai entièrement payée.
- » Quant à la lettre, je ne puis vous en blâmer, » puisqu’elle est l’expression d’une passion plus » forte que votre volonté.
- » Néanmoins, si la duplicité est un crime, vous » êtes coupable; mais votre plus grande faute âmes » yeux est de m’avoir ôté la possibilité de vous res-» pecter. Jusqu’à ce jour, l’amour avait mérité l’es-» time et le respect; vous, vous avez fait de moi » un objet de pitié et de dérision. J’ai été con-» train te par vous, moi, la Clara adorée et honorée » d’autrefois, à jouer le rôle de l’épouse aveugle.
- » Quand des gens mariés veulent continuer de vi~
- ; » vre ensemble après qu’ils ont perdu leurs illusions,
- » je pense qu’ils devraient au moins garder le respect » d’eux-mêmes devant le monde.
- » Cela n’importe plus maintenant.
- » Vous vous êtes montré indigne, mais je n’en » conserve pas moins ma foi dans l’honnêteté et la » sincérité. Je crois qu’il existe des hommes trop » honorables pour se jouer de l’affection et du dé-» vouement. Si je ne le croyais pas, je ne serais pas » la fille de mon père.
- » Je vais à celui qui ne me fait jamais défaut, qui » m’aime et me caressé, même quand je commets » l’énormité de souffrir. Je ne vous reverrai pas de » mon plein gré. Ayez l’obligeance d’envoyer chez » mon père mes effets personnels et ce qui m’appar-» tient.
- » Si vous désirez vous remarier, vous pouvez ob-» tenir un divorce pour cause de désertion de ma » part. Je consens à cette séparation ; ne craignez » pas qu on me persuade jamais de vous faire oppo-» sition.
- Je vous souhaite sincèrement une lenguê ©t igr^âiilé existence avec une femme quhait le iseëret
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- » d’être toujours heureuse, dont le tempérament » trop impressionnable ne l’empêche pas de devenir » mère, dont l’amour ne soit pas une suffocante » chaleur ; qu’elle ait enfin le talent de vous plaire » en toutes choses !,
- » Je vous remercie de m’avoir envoyé de la poudre » de valériane ; cela, je pense, ne m’était pas néces-» saire.
- » C’est arec calme, et après de longues et sérieu-» ses réflexions sur la meilleure ligne de conduite à » tenir, que je vous écris. Soyez assuré que je ne » regretterai pas une démarche qui vous donne le » droit d’obtenir un divorce, car vous êtes réelle-» ment séparé de moi depuis le jour où votre cœur » s’est ouvert à une autre. La lettre n’est rien pour » moi, l’esprit est tout.
- » Je suis avec des sentiments affectueux,
- » Clara Forest. »
- (.A suivre.)
- PENSÉE
- La pensée n’est qu’une immense gravitation où nous pesons tous, celui-ci du poids d’un grain de sable, celui-là du poids d’une montagne Nous avons tous notre part de travail dans cette coopération universelle de l’esprit. Nous agissons tous les uns sur les autres, par la prédication ou par l’exemple : un jour apôtres, un autre jour disciples II n’est pas un de nous qui n’ait son auditoire, ne fùt-ce que d’un enfant.
- Eug. Pellbtan. Nouv. heures de travail, p. 8.
- LE MEURTRE POLITIQUE
- Trois attentats sur des personnes de souverains se sont succédé dans un espace de quelques mois.
- L'occasion est belle pour permettre aux journaux des anciens partis de déraisonner une fois de plus. Des crimes sont commis à Berlin et à Madrid, donc c’est Paris qui en est responsable. Ces crimes ne se voient que dans des monarchies, donc c’est la république qui les a produits.
- Imprudents journaux! vous jouez avec le feu. Ignorez-vous donc que depuis que la France est républicaine des crimes semblables 11e se produisent plus et qu’il s’en produisit aussi longtemps que l’ancienne forme de gou vernement régna.
- Le régime du droit divin les enfantait fatalement. C’était à qui, du roi ou du peuple, tuerait l’autre. Un simple coup d’œil jeté sur l'histoire suffit à le prouver.
- Charles IX attire traitreusement les Huguenots à la ville et à, la cour. Cinq jours avant l’heure du massacre,
- il va voir l’amiral de Coligny malade, lui demande ses conseils et l’appelle son père. Lorsqu’est venue la nuit scélérate de la St-Barthélemy et que le lugubre tocsin du carnage a sonné, le roi préside au meurtre nocmrne de ses sujets ; lui-même d’une fenêtre du Louvre il fait feu de son arquebuse sur les malheureux qui tentent de s’échapper par le fleuve. La ville est pleine de cadavres et la Seine roule des flots de sang.
- Qu’importe ! il est l’oint du Seigneur, le représentant de Dieu sur la terre, la figure de l’autorité divine. Pour lui le crime n’existe pas.
- Louis XIY ordonne pieusement, et pour racheter ses nombreux et éclatants adultères, la peste, l’exil, la ruine ou la mort de cinquante mille familles innocentes et paisibles, mais huguenotes.
- Dans l’intérêt de la gloire, il réduit son royaume aux plus cruelles extrémités de la famine et de la misère, tout en faisant construire, par caprice et distraction, Versailles et Marly. Il ordonna en Bretagne les exécutions les plus effroyables, dont le détail fait frémir et à propos desquelles M™8 de Sévigné disait : Comptez, ma fille, qu'il n'y a p!us de Bretagne, et c'est dommage, le tout au sujet d’une émeute contre les agents du fisc. Qu’importe, il est roi, et d’un roi tout crime est légitime et de droit divin, car il représente le privilège d’autorité.
- Bonaparte s’empare du pouvoir par la violence et la ruse. Après l'attentat royaliste de Nivôse, il fera déporter 76 républicains innocents II fera fusiller le libraire Palut à Munich, et le duc d’Enghien à Vincennes. Il tiendra le pape trois ans en prison, l’obligeant d’ailleurs à souscrire à toutes conditions qui lui paraissent utiles à son pouvoir. Il inondera l’Europe de sang et la couvrira de ruine», au point d’exaspérer toutes les nations contre la France et de lui inspirer une rage non moins féroce que légitime, excitant le père contre le fils et le fils contre le père. Il poussera la famille royale d’Espagne aux péripéties intimes les plus odieuses, jusqu’à ce qu’elle ait renoncé au trône à son profit. Il commettra tous les parjures, toutes les trahisons, toutes les cruautés utiles à ses desseins. Qu’importe encore 1 n’est-il pas empereur ? n’a-t il pas été couronné par le pape et ne tient il pas lieu du roi légitime ?
- Louis XVIII soutiendra la terreur blanche de 1815. Il ne s’opposera pas au supplice de Labédoyère et du maréchal Ney. Il couvrira de son manteau royal les assassins de Bamel et du maréchal Brune, etc.
- Qu’importe ! qu’est ce que ces peccadiles pour un roi légitime ?
- Parlerons-nous de Louis-Philippe et de la rue Trans-nonain ? de Napoléon III et des flots de sang répandus sous son règne, au Boulevard Montmartre, à Aubin, à la Ricamarie, à Mentana, au Mexique ?
- Tout leur est permis à ces souverains, tout. Ils sont sur terre pour représenter le principe d’autorité, et sans eux, sans leurs excès, la société s’abîmerait dans les gouffres de l’anarchie et de la démagogie.
- Telle est la foi monarchiste, et cette foi a pour base une doctrine dont M. Lachaud fils a eu la sincérité, de produire la théorie. Il n’est pas superflu de la rappeler dans les circonstances présentes.
- Les hommes, a dit M. Lachaud, ne sont qu’un troupeau de brutes malfaisantes, incapables de rester en paix entre elles, encore moins de se régir avec quelque raison.
- Donc, il faut bien, pour qu’un peu d’ordre s’établisse dans les sociétés humaines, que l’une quelconque de ces brutes s’em pare du pouvoir par la force et mai n-
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- le devoir
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- tienne les autres en une sorte de paix, au moyen d’une verge de fer et de la corruption. Quand cette brute couronnée fait trop de sottises ou est enfin tombée trop au-dessous des autres par l’abus de son pouvoir et tous les genres d’excès, alors se produit une émotion violente au milieu de toutes les autres brutes. Cela s’appelle une révoluti on. Cel a dure j usqu’à ce qu’une nouvelle brute prenne la place de la royale brute disparue. Puis celle ci recommence le même rôle jusqu’à ce qu’elle arrive à la même fin. Et là dessus M. Lachaud fils cite avec complaisance l’empire des Césars, le bas-empire et l’empire des Napoléon. Partout il voit et montre la confirmation de sa doctrine.
- Il est évident que cette belle théorie convient parfaitement au droit divin et peut le justifier logiquement. Il faut seulement admettre son point de départ du troupeau de brutes.
- Dans cette doctrine, il est certain que la brute, qui sort de la foule pour tuer la brute royale, doit paraître mille fois plus coupable que la brute à la verge de fer, écrasant des milliers d’autres brutes pour garder so.
- P C est ainsi que Charles IX, faisant carnage de ses sujets par milliers, est cent mille fois plus coupable que Damiens ayant porté un faible coup de canif à Louis XY. ou le jeune*’Frédéric Stapps, déclarant à Bonaparte qu’il était bien venu à Schœnbrun dans l’intention de le tuer parce qu’il le regardait comme le fléau de sa patrie. Je
- ne rappelle pas ici Jacques Clément, Ravaillac, ni Jean
- Chatel, ces assassins étant spécialement sous la protection de l’Eglise.
- Comment donc pourrait-on s’étonner des hauts cris
- jetés par la presse bonapartiste, royaliste et cléricale, à
- l’occasion de l’attentat contre le roi Alphonse? Ces jour naux sont absolument dans la pure doctrine fomulée
- par M. Lachaud fils. .
- Les républicains, ayant pour doctrine la solidarité et la fraternité humaines, peuvent seuls parler du meurtre des rois et de l'assassinat des peuples comme il convient, c’est-à dire avec pitié et justice, en déplorant ces crimes et ces malheurs, qu’ils touchent les uns ou les autres.
- Les républicains peuvent plaindre également les peuples et les rois, en préparant un avenir meilleur pour
- l’espèce humaine. .
- Car les républicains ne connaissent que le droit humain qui implique la justice, la clémence et la douceur des mœurs. Le droit humain a horreur du sang, et c’est nourquoi les républicains demandent l’abolition de la peine de mort et en général Radoucissement de tous les
- châtiments. ...... . x ,,, ,
- 11 n’en est pas ainsi du droit divin, qui est altéré de sang et qui l’a toujours versé par torrents. Voyez l’histoire des Juifs, dont le Dieu ne peut s’apaiser que par des hécatombes humaines, et ou le sacrifice des innocents et des purs était regardé comme le plus agréable au Seigneur. Exemple, le fils d’Abraham et la fille de Jephté.
- Les républicains sont donc en droit de trouver que le meurtre a toujours mauvaise figure, de quelque côté qu’il se montre. Et c’est pourquoi le plus grand poète de ce siècle a pu dire dans son grand style :
- « Aux yeux du Dieu éternel, on ne change pas la fi-« gure du meurtre parce qu’au lieu d’un bonnet de forçat « on lui met sur la tète une couronne d’empereur. »
- Les clérico-monarchistes de toute couleur ont beau jeter les hauts cris, au sujet de ce qui s’était passé à Ber-
- lin et de ce qui vient de se passer à Madrid. Ils ne peuvent changer l’histoire, et l’histoire proclame à chacune de ses pages que le droit divin a toujours été avide de sang.
- Et, n’est-ce pas M. de Maistre qui a dit : « La croix atteste le salut par le sang; le bourreau est l’exécuteur de l’expiation divine, il est la clef de voûte de la Société humaine? »
- Ah ! mes bons messieurs, en fait de sang répandu, ce n’est pas à vous à faire la petite bouche. Il suffit de savoir deux mots d'histoire pour comprendre cela.
- E. DE POMPERY.
- LA VRAIE QUESTION D’ORIENT, m
- Deux voies se présentent pour la solution de la question dOrient comprise comme nous la comprenons. On semble aujourd’hui attendre beaucoup de résultats du système de l’arbitrage amiable, international. Il est certain que cette voie peut en produire de bons, lorsque les deux parties y recourent dans certaines questions secondaires ; mais dans les questions majeures elle devient nulle, parce que les parties n’y recourent pas. Ensuite l'arbitrage, même imposé d’office, devient inefficace, si l’arbitre ou les arbitres ne disposent pas d’une force suffisante pour faire exécuter leurs décisions envers et contre tous, comme cela est arrivé pour la conférence de Constantinople, tenue avant la guerre russo-turque, comme cela semble artiver pour le congrès de Berlin.
- Il ne reste donc qu’une seule voie, réellement efficace, celle de l’arbitrage forcé, rendu exécutoire par une force internationale. Cela nous amène au système d’un congrès international appuyé par les contingens armés de toutes les puissances qui en feront partie ; or, à raison des difficultés que présentera le règlement des affaires orientales et de celles qui surgiront ensuite, ce congrès devra être permanent et à mode régulier de renouvellement de ses membres.
- S’il est opportun de réaliser un pareil congrès, c’est bien au moment actuel où l’œuvre de Berlin semble rejoindre les inutilités diplomatiques de notre siècle. Eh quoi ! quand des puissances comme l’Allemagne, la Russie, l’Angleterre, la France, l’Autriche-Hongrie, l’Italie et la Turquie ont apposé leurs signatures au bas d'un traité de paix, il appartiendrait à l’une ou à l’autre de ces puissances, ou à des tiers de le violer dans certaines de ses clauses! Si les circulaires de rappel à 1 exécution du traité, émanées du président du congrès sont inefficaces, il faudra bien quelque chose de plus précis et de plus positif ; il faudra une sommation à qui de droit, suivie d’une exécution réelle, si elle ne produit pas d’effet dans un délai donné. Voilà déjà des motifs suffisants pour la réunion d un congrès complémentaire de celui de Berlin : nous disons complémentaire ; car il faudra se concerter sur le mode d’exécution réelle des clauses de ce dernier congrès ; car celui-ci, on le reconnaît généralement, est une œuvre inachevée, une simple ébauche, d’abord parce qu’il n’a fait qu’effleurer certaines questions, bien importantes pourtant, et ensuite parce que ses décisions sont dénuées de toute sanction collective. Mais, à ces motifs s’en joignent d’autres. La révélation du traité anglo-turc, par lequel l’Angleterre
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- LE DEVOIR
- s’est arrogé contre tous les précédents le protectorat individuel delà Turquie d’Asie, a causé généralement une sensation pénible. Ensuite, voici que de nouvelles causes de conflit ont surgi entre l’Angleterre et la Russie, à propos de l’affaire de l’Afghanistan.
- Au congrès de Berlin devra donc succéder, par la force des choses, un congrès permanent, appuyé sur les forces combinées de toutes les nations intervenantes, de manière à pouvoir au besoin neutraliser les efforts contraires de la Russie, de l’Angleterre ou de la Turquie, et à faire respecter par tou* l’autorité de ses décisions. Bien entendu que la Russie, l’Angleterre et la Turquie seront appelées à y siéger à titre d’égalité, avec les autres puissances; en cas d’abstention de l’une d’elles, on passera outre et les décisions seront prises à la majorité des voix. Ce congrès permanent commencera par déclarer comme crime répressible et punissable 'Friedens-verbruch), toute guerre entre les puissances confédérées. Ensuite il neutralisera sous sa garantie collective, Constantinople, le Bosphore, les Dardanelles, avec les territoires limitrophes, dans un rayon déterminé. Il en usera de même quant à l’isthme de Suez et au territoire adjacent. Ces villes, canaux, territoires seront mis sous la garde, la police et l'administration du congrès permanent. ’
- Le même congrès réglera et dirigera le protectorat à ; exercer sur les populations asiatiques ou africaines, non soumises à l’une ou à l’autre des puissances. Il le fera directement par ses agents, remplaçant par son Protectorat universel l’empire universel qui n’a jamais pu se j réaliser et qui ne pourra jamais se constituer. Ou bien il le fera indirectement, en opérant une division du travail et en faisant entre les diverses nations confédérées une répartition des territoires à soumettre au protectorat universel. Cette répartition sera faite suivant la convenance et les traditions des nations confédérées, les protectorats particuliers ne s’immisceront pas dans l’administration interne des Etats organisés régulièrement, comme la Chine, le Japon, la Perse, etc.; mais ils auront pour mission de favoriser partout, de concert avec ces gouvernements, les voies de communication, la sécurité du commerce et de l industrie agricole et manufacturière, et ils veilleront surtout à ce qu’aucun Etat protégé n’opprime les autres Etats, et ils porteront leurs efforts, là où il n’existera pas de gouvernements régulièrement constitués, à en créer et à produire des nationalités propres à entrer un jour dans la confédération universelle. Ce programme du congrès permanent fait supposer qu’i[ sera composé par tous les Etats occidentaux, y compris les Etats Unis d’Amérique.
- Mais comme la réunion d’un pareil congrès serait impossible dans les circonstances actuelles, l’on procéderait d’abord par les voies de transition. Ainsi, les puissances neutres, l’Allemagne, la Erance, l’Italie et l’Autriche -Hongrie se concerteraient d’abord et se réuniraient en congrès préparatoire, avec des forces suffisantes, par exemple en Grèce, à Athènes, en invitant l’Angleterre, la Russie et la Turquie à adhérer. Elles feraient ensuite appel à tous les Etats maritimes de l’Occident, y compris les Etats-Unis d’Amérique. Tous y répondraient, nous le croyons.
- Quoi qu’il en soit, les quatre puissances ont, à divers degrés, un intérêt majeur à régler définitivement la, question turque et à s’interposer avec indépendance et; force entre l’Angleterre et la Russie, pour les modérer? et régulariser leur essor. L’Allemagne s'est acquittée vis-à-vis de la Russie, quant aux ^engagements de 4870.
- Or, la prépondérance russe lui sera aussi fatale et plus fatale qu’aux autres puissances, dût-elle acquérir, pour prix de ses complaisances, une prépondérance précaire en Europe. La France a le plus grand intérêt à continuer la politique neutre qu’elle a inaugurée ; l’alliance anglaise a toujours été uu leurre pour elle et l’alliance russe se dissipe dans les brouillards du Nord. La France ne doit pencher ni vers la Russie, ni vers l’Angleterre, et ne pas se laisser prendre aux cajoleries anglaises pas plus qu’aux cajoleries russes : la prépondérance anglaise lui sera aussi fatale que la prépondérance russe. L’Au-! triche et l’Italie ont des raisons analogues pour ne pas pencher plus d’un côté que de l’autre. Ces quatre puissances ont un intérêt identique ; elles doivent donc s’unir et combiner leurs efforts. En prenant l’initiative du congrès universel permanent, les quatre puissances donneront un cours régulier et assureront un emploi utile à leurs armements trop considérables pour la paix de l’Europe, et l’offriront aux autres puissances. Le désarmement général sera la conséquence naturelle de cette politique.
- Si, au contraire, l’Occident, ou, dans le sens restreint, l’Europe centrale, reste indifférente devant un danger qui lui paraîtrait fort éloigné, voici ce qu’on peut prévoir d’après la marche fatale des événements. La question d’Orient restera indéfiniment ouverte et s’élargira au lieu de se rétrécir. Ce seront, entre la Russie et l’Angleterre, et, par contre-coup, entre les autres puissances européennes, des tiraillements continuels, tiraillements accompagnés de révolutions et de guerres intestines, qui arrêteront le cours régulier de la civilisation, qui énerveront l’Occident et le mèneront à la décadence. Entre-temps, les peuples orientaux se seront réveillés, fortifiés et préparés pour la lutte, et lorsque l’Occident voudra enfin aviser, il sera trop tard.
- Alphonse Gilliot.
- Notre prochain numéro contiendra un article faisant suite au précédent, :et dans lequel nous exposerons nos vues personnelles sur le mode d’organisation et de foctionnement d’un Congrès universel permanent des grands et petits Etats. TA n
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- LE ifiEüER
- Journal spécial d'agriculture
- Paraissant le Dimanche
- Rédacteur : J. A. PÂTÉ, ancien élève de l'institut national agronomique de Versailles
- 10 fr. par an. — On s’ab. à Nancy, Campagne des'Béletmites, route du Pont Ü’Essey, à Malzéville. 16
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878
- Nous avons déjà mis sous les yeux de nos lecteurs, dans notre numéro du 23 juin dernier, le dessin ci-dessus représentant le dernier modèle de fourneau de cuisine sorti des ateliers de la manufacture Godin à Guise.
- Nous leur avons dit que ce fourneau, exposé au Palais du Cliamp-de-Mars, dans l’annexe du chauffage, classe 27, réunissait tous les avantages qu’une bonne ménagère recherche dans un appareil de ce genre : Propreté, Solidité < Économie.
- Avec ce fourneau, dont le prix est peu élevé, il est facile de préparer les aliments sous toutes les formes.
- Les grillades se font à l’aide du gril rond qu’on place au-dessus du foyer, les rôtis à la broche avec la lèchefrite qu’on pose sur la porte de gauche abattue en forme de tablette
- Le four est vaste; enveloppé par la flamme, il chauffe également de tous côtés, et, au-dessous, une étuve spa cieuse sert à réchauffer les plats.
- La chaudière, placée à droite, fournit constamment de l’eau à une température élevée, et les deux trous qu’on voit au dessus permettent d’y plonger des vases comme dans un bain-marie.
- Tout y est donc bien combiné pour la plus grande
- commodité de la ménagère qui peut ainsi faire toute sa cuisine à la fois, et l’économie est considérable, car un seul foyer, alimenté par le bois, la houille ou le coke, fournit la chaleur suffisante dans toutes les parties du fourneau, et un appareil spécial permet d’utiliser immédiatement les escarbilles pour entretenir le feu.
- Le jury de l’Exposition a, d’ailleurs, reconnu, après un examen sérieux, la perfection de ce! appareil déjà très-bien accueilli par le public, puisqu’il a décerné à son inventeur la médaille d’or, la plus haute récompense attribuée dans la classe 27 aux appareils de chauffage
- Nous sommes heureux d’annoncer, en même temps, que la maison Godin a aussi obtenu une médaille d’argent dans la classe 43, où elle avait exposé des articles de quincaillerie, tels que boutons de porte, boules de rampe, porte-plats, flambeaux, coupes, encriers, vide-poches, etc., etc , en fonte émaillée et nickelée.
- Nos lecteurs qui désirent se procurer des fourneaux de cuisine, des cheminées, des calorifères ou des objets d’ameublement en foute, n’ont qu’à s’adresser à messieurs les quincailliers, poëliers, fumistes, ferblantiers de leur ville, par l’intermédiaire de qui la maison Godin, de Guise, s’empressera de leur donner satisfaction.
- SàfrffQa&ntiü-*-- ïnip. <12toi SdeWTS atîùYij'iiît) Ju ùluîïffai'
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- f« ANNÉE, TOME 2 — N° 10 Journal hebdomadaire paraissant le ^Hmanebe DIMANCHE 17 NOVEMBRE 1878
- pimi î*
- c v un
- POLITIQUE
- législation
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- RELIGION
- MUTUALITÉ SOLIDARITÉ FRATERNITÉ
- ASSOCIATION DU CAPITAL & DU TRAVAIL
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- Union postale . 11 »»
- ÉTRANGER
- Le port en sus.
- Rédacteur en chef : M. Ed. CHAMBERY
- ADRESSER LA CORRESPONDANCE AU GÉRANT, A GUISE (AISNE)
- Les Abonnements sont reçus en mandats de poste ou en timbres-poste et timbres d’effets de commerce français.
- ANNONCES
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- Les annonces sont reçues à Guise, au bureau du journal, etâ Paris, chez
- MM. Bavas, Laffite et C°, 8, place de la Bourse.
- A NOS ABONNÉS & A NOS LECTEURS
- Par la fondation du journal « Le Devoir, », nous avons voulu donner un organe nouveau aux idées de progrès, appuyer toute idée de réforme et d’institutions nouvelles sur ia morale supérieure née de l’amour et du respect de la vie humaine, les choses n'ayant de valeur à nos yeux que si elles concourent au bonheur de l’homme.
- Pour fonder un pareil organe de publicité, nous avons cherché des sympathies chez les hommes animés du désir du progrès ; nous nous sommes adressés à ceux qui aspirent à voir la société opérer pacifiquement les réformes nécessaires, propres à élever nos institutions et nos lois au niveau des progrès accomplis dans la philosophie, dans la science de la vie, dans l’industrie et le travail.
- Nous avons fait choix de vingt mille lecteurs, et nous leur avons servi le journal. Beaucoup de portes nous ont été fermées ; mais nous avons la satisfaction de voir un certain nombre de personnes nous rester fidèles. Des sympathies précieuses sont venus nous aider et nous encourager.
- Que nos amis et nos lecteurs comprennent que « Le Devoir » est une œuvre de sacrifices, une œuvre de dévouement social et qu’il dépend d’eux de le faire vivre.
- Notre publication n’est ni un journal de passion, ni un journal de parti ; c’est un organe de science sociale s’occupant avant tout des moyens de réaliser le bien de la vie humaine, le progrès et le bonheur pour tous.
- Que nos amis ntms aident dans cette œuvre de propagande, en faisant lire le journal et en nous envoyant les adresses des personnes dont les sympathies pour le progrès peuvent nous faire des abonnés.
- A toutes ces adresses, nous enverrons « Le Devoir », à Gire d’essai.
- Que celles des personnes qui reçoivent des numéros spécimens du « Devoir » n’en soienl donc pas surprises; nous recherchons l’appui des hommes qui ont cultivé leur cœur et leur esprit dans l’amour du bien social ; nous les recherchons d’abord comme lecteurs, ensuite comme soutiens de nos efforts, pour réveiller dans la presse périodique et dans l’opinion publique l’étude des réformes et des institutions devenues indispensables.
- Nous faisons appel à toutes les personnes qui pensent avec nous, que des améliorations sont nécessaires dans nos lois et nos mœurs, et que ces améliorations peuvent seules prévenir les revendications violentes, et assurer la liberté, la paix et la concorde entre tous les citoyens.
- Nous sollicitons de ceux de nos nouveaux leetenx*s qui ne peuvent on ne veulent nons accorder leur concours, de nons retourner simplement le journal en mettant JRJHFTJSE! sur la bande.
- SOMMAIRE
- D’un tribunal arbitral entre nations. — Protection et libre-échange.— Semaine politique. — Lettre d’Angleterre. — Le déplacement d’un fleuve. — Du sort des paysans. — L’école modèle de Bruxelles — Les cahiers d’élèves à VExposition. — Une économie facile à faire. — Pensée. — lioman : La fille de son Père. — Nécrologie. Société de p' évoyance de l’epicey ie. — < hroni-que scientifique. — Bulletin bibliographique.
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- LE DEVOIR
- D’UN TRIBUNAL ARBITRAL ENTRE NATIONS
- Les événements politiques de la deuxième moitié de notre siècle établissent bien nettement un fait, c’est que la diplomatie est impuissante à conjurer la guerre et à fonder durablement la paix. Tous les traités, toutes les conventions, tous les congrès organisés par la diplomatie depuis 1850 ont amené la guerre à plus ou moins longue échéance.
- Que vous preniez les uns ou que vous preniez les autres, les conséquences sont les mêmes.
- Le congrès qui mit fin à la guerre de Crimée amena la nouvelle guerre d’Orient; la paix signée en 1859, à Villafranca, amena, sept ans plus tard, la bataille de Custozza; la convention, dite du 22 septembre, passée entre la France et lltalie, fut cause du combat de Mentana et des merveilles de M. de Failly ; l’accord passé à la Soledad entraîna cette longue- et ruineuse guerre du Mexique; la paix conclue après l’écrasement du Danemarck engendra la campagne de Sadowa ; le traité qui mit fin à cette campagne ofîrit un prétexte à Napoléon III pour déclarer la guerre à la Prusse ; les événements de Serbie amenèrent la réunion à Constantinople d’une conférence que la campagneturco-russesuivitde très-près, et le congrès réuni à Berlin pour régler, après cette campagne, les conditions de la paix, eut pour conséquence la conquête de la Bosnie et de l’Herzé-gowine par les Autrichiens. I
- Voilà ce qu’ont fait jusqu’ici les traités, sans par- J 1er des complications qui vraisemblablement surgi-J ront encore dans un avenir très-rapproché. !
- Cela n’est-il pas concluant ? Le nombre de ces j échecs successifs ne prouve-t-il pas avec assez d’é- j vidence le peu de valeur de la diplomatie? Qu bien j faut -il attendre encore que de nouveaux malheurs j plus vifs viennent fondre sur les peuples et rendre la leçon plus frappante ?
- Il nous semble qu’il serait temps d’ouvrir les yeux et de se désabuser. Tous ces congrès, toutes ces conférences, tous ces traités ont fait autant de mal que d’é bien. Ils n’ont rien résolu; ils n’ont rien évité ; ils n’ont rien fondé de stable. Loin de faire œuvre d’apaisement et de justice, ils n’ont fait œuvre que d’envie et de rapacité.
- Une seule fois une question a été résolue et une paix durable fondée. C’est dans l’affaire de l’Ala-bama. Or, pour la solution de cette question, il n’y a eu ni congrès diplomatique ni traité, mais seulement l’arbitrage d’uq tribunal dont les membres avaient été nommés par les pays neutres.
- Ces considérations nous amènent à faire part à nos lecteurs d’une idée que nous caressons depuis longtemps.
- Cette idée, on la taxera de rêve, d’illusion, de chimère. Nous nous y attendons, mais nous l’émettons quand même, car nous savons que les réalités d’aujourd’hui furent, elles auss', des rêves à un moment donné. Que de prétendues utopies, dans ces derniers temps, ont quitté le domaine de la spéculation philosophique pour entrer dans celui de l’expérimentation ou de la pratique définitive.
- Lorsque, il y a quelques années à peine, il fut question de former entre tous les peuples civilisés une vaste union permettant aux correspondances de s’échanger avec facilité d’un bout du monde à l’autre, on ne manqua pas de dire que ce projet était une chimère. Et cependant l’union postale a été créée; elle fonctionne sans entraves, et chacun s’en trouve bien.
- Lorsque, après la bataille de Solférino, M< Henri Dunant lança l’idée de neutraliser les ambulances en campagne, on déclara que cette idée était un rêve, que les passions humaines s’opposaient à sa réalisation, etc., etc. Et cependant les ambulances sont neutralisées et les blessés secourus sans distinction de nationalité.
- Enfin, lorsqu’au lendemain de l’épouvantable guerre franco-allemande une autre guerre, legs funeste d’une guerre antérieure, faillit mettre aux prises l’Angleterre et les Etats-Unis, et qu’on vit, au moment où les passions étaient le plus surexcitées et sans grand espoir de réussir, quelques hommes ressusciter une idée de Cobden et demander qu’un arbitrage tranchât le différend, on dit et on répéta que ce n’était là qu’une impossibilité, qu’une illusion sans consistance et sans virtualité. Et cependant le tribunal arbitral fat convoqué, il s’assembla, il rendit un verdict qui mit fin aux contestations et qui évita la guerre, donnant ainsi aux deux mondes un des plus grands exemples qui se puissent donner.
- Eh bien, en présence de la réalisation de tant de prétendues chimères, n’est-on pas fondé à espérer que plus d’une idée qui semble n’être pas praticable aujourd’hui pourrait bien le devenir demain ?
- Une seule fois, avons-nous dit, un différend entre nations a été résolu et une paix durable fondée. En six jours, ce tribunal des peuples, assemblé à Genève, dénoua un nœud qui paraissait ne pouvoir être que tranché. La réussite fut si complète que les deux nations qui, la veille, s’armaient déjà pour se livrer bataille vécurent dès le lendemain dans la plus parfaite istel-
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- LE DEVOIR
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- ligence. Le verdict ne laissa après lui ni rancune, ni voeu secret de représailles. En aurait-il été de même gi la guerre avait éclaté et si l’une ou l’autre des puissances avait été vaincue ?
- Si l’on oppose l’œuvre féconde de cet arbitrage à l’avortement des congrès diplomatiques, on est frappé de la supériorité de l’une des formes sur l’autre. L’arbitrage résout et fait œuvre durable parce qu’il proclame le principe de justice, les congrès avortent ou ne font qu’œuvre éphémère parce qu’ils subissent la pression des plus forts ou ont recours à de misérables expédients. Espérer fonder la paix sansrtenir compte des prescriptions de la morale et des exigences de la solidarité, c’est être le jouet d’une véritable aberration. Tout ce qui n’a pas la justice pour base est périssable ; seul ce qui est fondé sur elle est définitif.
- Les articles très-substantiels que M. Alphonse Gillot a publié dans nos colonnes à l’occasion de la Question d'Orient, établissent fort bien que l’arbitrage international ne peut être efficace que si, au lieu de rester facultatif, il est rendu exécutoire par une entente internationale.
- Nous irons plus loin et nous dirons que l’aréopage suprême que les nations auront à constituer ne devra être élu à un moment donné et pour une question déterminée, mais qu’il devra être permanent et universel.
- En effet, si le recours à l’arbitrage n’a lieu qu’à la dernière heure, neuf fois sur dix il sera impuissant,
- Il faut qu’il prévienne les contestations et non qu’il fit à les résoudre. Pour cela il faut qu’elles lui soient confiées dès qu’elles commencent à s’élever, avant lue les notes diplomatiques les aient,envenimées, avant que les polémiques irritantes de la presse les aient inoculées dans les veines de la nation.
- En conséquence, il est indispensable que le tribunal d’arbitrage soit permanent et à mode régulier de renouvellement de ses membres. Il est non moins indispensable qu’il soit universel.
- En effet, si quelques nations seulement participent d sa formation et reconnaissent son autorité, il se-rait entraîné à rendre des services et non des arrêts,
- 'es considérations de justice ne seraient plus seules S’inspirer et les exigences de la solidarité humaine Paient bien vite perdues de vue. Il déplacerait le ^ au lieu de l’extirper.
- A l’heure qu’il est, la solidarité des peuples est |lee par la diplomatie. Les grandes puissances dé- | ajgnent les petits pays. La Suède-Norwége, le a&emarck, la Hollande, la Belgique/ la Suisse, le 0rwgal ne sont jamais convoqués aux congrès.
- Les grandes chancelleries s’en gardent bien, certaines qu’elles sont que ces pays seraient favorables aux mesures pacifiques. Si, au contraire, ils étaient, eux aussi, représentés dans le sein du tribunal d’arbitrage, les intentions conciliantes y primeraient les convoitises dissimulées, la voix de la justice y couvrirait celle de l’intrigue et la politique étroite du passé ferait place à la politique large de l’avenir, à celle qu’un philosophe a appelée « la politique planétaire ».
- Ed. Champury.
- I
- PROTECTION ET LIBRE ÉCHANGE.
- A plus d’une reprise, nous avons dénoncé les affirmations erronées —pour ne pas dire mensongères — mises en avant par Messieurs les protectionnistes. À les entendre, tout est perdu, le commerce de la France est ruiné, son industrie est en décadence et le renouvellement des traités de commerce amènerait des désastres auprès desquels les sept plaies d’Egypte paraîtraient insignifiantes.
- Nous avons établi par des chiffres qu’il n’y a pas un seul mot devrai dans toutes ces jérémiades. Elles n’ont pas même l’excuse d’une apparence de fondement.
- La vérité est que nos échanges avec les pays étrangers suivent une marche continuellement ascendante. Nous en trouvons une nouvelle preuve dans le Tableau général du commerce de la France pour 1877, que vi®nt de publier l’administration des douanes.
- Ce tableau donne les moyennes quinquennales de nos importations et de nos exportations pendant les quinze années écoulées de 1863 à 1877. On va mesurer, par le simple rapprochement des chiffres, l’importance des progrès accomplis :
- Moyennes quinquennales. Importations. Exportations.
- De 1863 à 1867 2.683.000.000fr. 2.932.000.000 f.
- De 1867 à 1872 3.292.000.000 3.060.000.000
- De 1873 à 1877 3.651.000 000 3.674.000.000
- Ainsi, de 1863 à 1877, à l’importation comme à l’exportation, l’augmentation a été constante.
- Ce tableau résume la valeur des objets échangés. On fait remarquer que de 1863 à 1877 la valeur d’une foule de marchandises a subi un accroissement considérable, et on demande si l’élévation de valeur, qui ressort des statistiques de douane, correspond à une augmentation dans la quantité des marchandises importées et exportées. Il est évident, en effet, que le véritable indice de l’extension des affaires com-
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- LE DEVOIR
- merciales tient surtout à ]a quantité des marchandises qu’on vend ou qu’on achète.
- Or, le document que nous analysons répond à cette question par des chiffres péremptoires.
- En 1872, le poids des marchandises recensées à l’entrée et à la sortie a représenté 18 millions de tonnes.
- En 1877, ce poids a dépassé 20 millions de tonnes.
- Et si l’on comparait l’année 1877 à l’année 1863, qui forme le point de départ de ces observations, on constaterait des résultats non moins satisfaisants.
- Non, malgré des malaises locaux et des embarras causés principalement par la situation difficile des marchés étrangers, la France travaille, elle échange, elle se maintient au rang des peuples les plus riches.
- C’est elle, peut-être, qui est le moins éprouvée dans la crise générale qu’ont entraînée les insurrections et la guerre d'Orient.
- Nous aimerions à croire que les chiffres du Tableau général du commerce prouveront à ceux de Messieurs les protectionnistes qui sont de bonne foi, à quel point sont ridicules et déplacées les lamentations de leurs journaux.
- —— «iiMBxyose&Kxs***---
- LA SEMAINE POLITIQUE
- La semaine qui vient de s’écouler n’a pas été fertile en incidents.
- Elle a vu se clore cette Exposition universelle qui restera le plus grand fait de. ce temps-ci.
- Le chiffre total des visiteurs de l’Exposition de 1878 dépasse de beaucoup le chiffre correspondant de celle de 1867.
- La recette totale des entrées de l’Exposition de 1878 s’élève à la somme de 12 millions 653,746 fr. 58 c. la dif- férence en faveur de 1878 est donc de 2.823,377 fr. 20 c.
- Il y a eu. en 1867, des ouvriers envoyés des départements à l’Exposition. Ils ont été au nombre de trois cent cinquante-quatre, et on leur a compté, en moyenne, une allocation de cinquante francs.
- En 1878, les ouvriers venus à Paris sont au nombre de vingt-deux mille, et on leur a compté, à chacun, en moyenne, la somme de cent vingt francs.
- La Chambre a continué l’examen des élections. A la suite du débat scandaleux dont nous avons parlé dans notre dernière Semaine, M. de Cassagnac a vu son élection invalidée.
- Il serait à souhaiter que les électeurs de Condom eus* sent assez de patriotisme et de respect d’eux-mêmes pour ne pas renvoyer un député dont les élucubrations déshonorent la tribune et ridiculisent la France aux yeux de l’étranger.
- Un autre candidat officiel du 16 Mai, M. Darnaudat, Hautes-Pyrénées, a vu aussi son élection annulée.
- La Chambre a ensuite abordé l’examen de propositions sans grande importance, puis elle a pris quelques jours de congé.
- Il convient de signaler au nombre de ces propositions cilles de M. Laroche-Joubert, député bonapartiste, qui
- I constituent de nouveau une de ces manoëuvres que nous avons déjà signalées et sur lesquelles les républicains ont le tort de fermer les yeux.
- Les cinq propositions du député d’Angoulême se rap. portent à l’abolition des octrois, au remplacement de tous les impôts par un impôt unique sur la fortune mobilière et immobilière, à des encouragements à donner aux sociétés coopératives, à des modifications à la loi des patentes, enfin, à une espèce de volontariat dans l’enseignement, qui serait récompensé par des médailles « pouvant se porter sur les babits » (textuel).
- Malgré cinq discours de M. Laroche-Joubert, la Chara. bre a refusé de prendre ses propositions en considéra-lion, à l’exception de celle des patentes, qui a été renvoyée à la commission spéciale de ce nom.
- M. Laroche-Joubert, sans se décourager, a annoncé qu’il les représenterait toutes à l’expiration du délai réglementaire de six mois.
- E _ présentant son projet de l’impôt unique sur la for-tune, M. Laroche-Joubert s’en rapportait à la déclaration en ce qui concernait la fortune mobilière : seulement il y avait cette sanction que toute dette déclarée pourrait être exigée, lors même qu’elle ne serait pas réelle, et que toute créance non déclarée cesserait par cela même de pouvoir être réclamée.
- Que les républicains prennent garde! Les anciens partis cherchent de plus en^lus à se mettre entre eux et les ouvriers.
- M. Bardoux a déposé un projet de loi ayant pour objet l’établissement d une caisse des lycées et collèges, qui sera à l'enseignement secondaire ce que la Caisse des écoles est à l’enseignement primaire, c’est à dire qui fournira aux établissements de ce genre, au meilleur marché possible, les fonds dont ils auront besoin. Elle pourra ainsi procurer aux lycées les moyens de lutter au point de vue matériel contre la concurrence des institutions congréganistes.
- Quant au Sénat, il est tout entier à l’élaboration de ses listes de candidats pour l’élection de trois inamovi-j blés. Qu connaît déjàlesdrois personnages portés parla gauche. Quant aux favoris des droites, ce sont MM. d’Haussonville, orléaniste,- Oscar de Vallée, bonapartiste, et Numa Baragnon, légitimiste ; tous trois cléricaux et, d’ailleurs, gens à ffiut faire.
- L’acceptation de l’honorable M. de Montalivet a été formulée dans une lettre d’adhésion à la République, qui a mis en émoi tout le camp soi-disant conservateur.
- « Vous voulez bien, à-t-il dit, croire que ma candida-» ture ue serait pas inutile au succès de cet inap précia-» ble résultat. Une telle croyance ne me permet aucune » hésitation. J’hésite d’autant moins qu’en acceptant la » chance d’un échec à partager avec vous, je me mets » en communion intime avec la minorité du Sénat, dont » je partage les convictions patriotiques.
- » J’accepte donc une candidature qui m’honore, heu;
- » reux si, par cette démonstration, je peux concouru’*
- » l’affermissement du seul gouvernement qui puisse au-* jourd’hui assurer à la France les bienfaits de l’ordre,
- » de la paix, du travail et de la liberté. »
- C’est là le langage d’un honnête homme et d’un Uoî citoyen ; il n’est donc pas étonnant qu’il ne soit pas compris par les membres du parti réactionnaire et clérical.
- Les commissions travaillent avec assez d’activité. Celî* du budget, notamment, touche au terme de ses travail et il est' vraisemblable que la Chambre va pouvoir abur der bientôt les questions d’affaires. Il est grand teffl? que l’on songe un peu aux intérêts matériels des coc' tribuables.
- Parmi les projets de loi déposés sur le bureau de *
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- Chambre des députés, il en est un qui mérite une mention spéciale, car il témoigne de la sollicituds constante du gouvernement pour les progrès de l’instruction publique. Ce projet est relatif à la création d’une caisse des lycées et collèges communaux. Il met à la disposition des lycées une somme de 108 millions, dont 100 millions pour les bâtiments et 8 millions pour le mobilier scolaire.
- Une somme de 12 millions est mise, en outre, à la disposition des collèges communaux.
- Ces 120 millions se divisent ainsi : 60 millions pour subventions et 60 millions pour avances ou prêts.
- Une caisse analogue à celle des écoles primaires, et qui se confondra avec elle sous le titre général de Caisse de* l- cées, collèges et écoles, sera créée et fonctionnera de la même manière.
- Les avances nécessaires seront faites par la Caisse des dépôts et consignations. Gell-ci sera remboursée au moyen d’un crédit annuel de 4.600,000 francs. L’intérêt sera de 3 1/2 0/0.
- Voilà des dispositions excellentes qui seront, il n’en faut pas douter, adoptées par le Parlement.
- Le tribunal de commerce de Paris vient de rendre un jugement qui touche au régime de la presse.
- Le journal ultramontain la Défense avait introduit une instance en concurrence déloyale et une demande en 70.000 fr. de dommages-intérêts contre divers journaux qui l’avaient plaisanté. Le tribunal de commerce a déclaré la demande mal fondée.
- Remarquons à cette occasion que lorsque les procès de presse viennent devant des tribunaux élus — comme c’est le cas des tribunaux de commerce — les jugements sont rendus en faveur de la liberté, et que lorsque ces procès viennent devant des inamovibles, les jugements sont rendus en sens contraire.
- Bien que le Livre jaune ne contienne que des documents rédigés en vue de la publicité, on doit reconnaître que le programme de notre politique extérieure, qui ressort de ces divers documents, a été favorablement accueilli par l’opinion, tant en deçà qu’au delà de nos frontières. Il est manifeste que tous les efforts du gouvernement tendent au maintien de la paix et qu'il s'applique scrupuleusement à ne prendre d'engagement compromettant avec aucune puissance étrang'ère. Dans l’état où se trouve actuellement l’Europe, c’est évidemment le parti le plus sage à prendre, et nous aimons à croire que notre ministre des affaires étrangères, malgré les sympathies visibles pour la politique anglaise, saura s’y tenir, comme il l’a fait sagement jusqu’ici.
- Les nouvelles étrangères ont pris une tournure pacifique assez imprévue. Mais nous craignons fort que cette accalmie ne ressemble beaucoup à cette sorte de torpeur dans laquelle toute la nature demeure plongée pendant les instants qui précèdent l’explosion d’un orage. On attendait avec une certaine impatience un discours que lord Beaconsfield a prononcé samedi soir à G-uildhall et dans lequel on espérait trouver des éclaircissements sur la situation. Le premier ministre de la reine d’Angleterre a parlé et son discours, plus grave de ton que les harangues précédentes du même personnage, n’a ouvert aucun horizon nouveau
- f J,ouÇfiant la question de l’Afghanistan, lord Beaeons-heUl s’est montré fort optimiste; il ne croit pas qu’il soit possible d’envahir l’Inde nar la frontière du nord-ouest ; néanmoins, il admet que l’Angleterre peut être en but a de graves embarras et il.estime qu’elle doit prendre toutes ses précautions à cet égard. Mais il s'est abstenu Qe toute indication qui soit de nature à nous informer I, y a °u non des chances sérieuses d'arrangement avec Shere-Ali.
- Lord Beaconsfield a ensuite abordé la question d’Orient. 11 a cependant gardé le silence sur la situation des An-
- j glais à Chypre On assure, en effet, que le gouvernement de la reine a essuyé , de ce côté, de nombreuses déceptions et qu’il se trouve en Présence de résistances locales plus difficiles à vaincre qu’on aurait pu le croire au premier abord Quant à l’œuvre accomplie à Berlin, M. Disraeli persiste à la considérer d’un œil tout à fait favorable, et il persiste à croire que les prescriptions de cette convention internationale ne seront pas éludées par les parties contractantes C’est là la partie capitale de ce discouis dont il est encore bien difficile d’apprécier la réelle importance.
- « Je dois, a dit le ministre, répudier cette opinion, que » je m’étonne grandement d’avoir entendu exprimer, et » d’après laquelle les signataires ou tel des signataires » du traité songerait à la possibilité d’éluder ou d’évjter » l’accomplissement de ses engagements. On prétend » qu’en politique il faut songer même à l’impossible. Je » pense qu’en ce moment il est complètement impossible » à l’un quelconque des signataires du traité d’essayer » en quoi que ce soit de manquer à ses engagements ; » mais je puis dire, au nom du gouvernement de Sa Majesté, que sa politique, que son intention est que le » traité de Berlin soit exécuté dans son esprit et dans sa » lettre, et comme je pense que le traité de Berlin sera » utile au progrès et à la civilisation du monde, et qu’il » contient des dispositions admirablement conçues pour » assurer la paix et le maintien de la paix, le gouverne» » ment de Sa Majesté, s'il y avait lieu, ferait avec con-» fiance appel à la nation pour maintenir de toutes ses » forces et avec toutes ses ressources la lettre et l’esprit » du traité de Berlin. »
- Ce langage est assurément fort net, mais on se demande quelle sanction, le cas échéant, le gouvernement delà reine serait disposé à donner aux paroles de son premier ministre, et l’on avouera, bien que tout le monde s’accorde à donner une portée pacifique aux paroles de lord Beaconsfield, qu’on peut, selon la tournure d’esprit dont on est doué, trouver aussi bien un sens menaçant à cette partie de la harangue de Guildhall.
- Il semble, d’aille-urs, que tout le monde soit d’accord, aujourd’hui, pour demander la stricte exécution du traité de Berlin On vient de voir ce que l’Angleterre pense à ce sujet. La France, restreignant ses prétentions à la défense des intérêts de la Grèce, dont elle a défendu la cause au Congrès, a envoyé une note aux puissances étrangères pour recommander à leur sollicitude l’exécution des promesses faites aux plénipotentiaires hellènes. Cette note a reçu un accueil favorable à Rome et à. Berlin. A Vienne, on a fait des réserves sans importance, et le czar lui-même aurait déclaré à M. Waddington que l’exécution intégrale du traité de Berlin était le plus cher de ses vœux. D'autre part, le prince Sehouwaloff, dont^ le rôle devient de plus en plus actif, est revenu exprès à Pesth, ajournant son arrivée à Londres, afin de donner des assurances analogues à M. Andrassy. Tout cela est fort beau ; mais la Russie n’en envoie pas moins des renforts considérables en Roumélie et en Bulgarie, et qui ne sait, d’ailleurs, qu’il est des gens qui ne sont jamais si près de s’entredévorer que lorsqu’ils s’embrassent ?
- Il nous est venu de Constantinople des bruits alarmants sur la santé du czar, que l’on dit en proie à une maladie nerveuse qui jette une grande incohérence dans ses idées. Il est vrai que ces nouvelles sont démenties par les dépêches de Saint-Pétersbourg. Mais celles-ci sont évidemment intéressées. On fait aussi courir le bruit ’ assez bizarre du rétablissement de l’ancien royaume de Pologne, au profit de l’un des czare-witchs.
- Les crises ministérielles, en Grèce, surgissent et disparaissent avec une égale facilité, sans que les affaires du pays en aillent beaucoup mieux pour cela. Nous avons annoncé l’élévation et la chute du cabinet Tricoupis qui avait pris la place du cabinet Coumoundouros.
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- Voilà M. Coumoundouros redevenu président du conseil des ministres. Pour combien de temps? L’avenir nous le dira.
- Les Cortès espagnoles ont eu, elles aussi, leurs séances orageuses. Il s’agissait de la discussion d’une loi supprimant le suffrage universel pratiqué en Espagne depuis dix ans.
- M. Castelar a défendu l’universalité du suffrage avec la magnifique éloquence qui lui est habituelle. Il a été jusqu’à dire que la proclamation d’Alphonse XII par l’armée a été un acte néfaste.
- Ou nous nous trompons fort, ou la nouvelle monarchie espagnole n’est pas mieux assise que celle du roi Amé-dée.
- Les agitations continuelles de ce malheureux pays montrent où le cléricalisme a conduit un peuple qui fut à son heure le plus brillant de l’Europe.
- Aux élections qui viennent d’avoir lieu à Genève pour le renouvellement du Grand-Conseil (pouvoir législatif), le parti radical, qui était aux affaires depuis plusieurs années, a été complètement battu. Ce parti était sympathique d’une part aux idées de centralisation, d’autre part à la tentative de réforme catholique à laquelle le concours du père Hyacinthe avait donné un si grand retentissement.
- Le nouveau Grand-Conseil est plutôt le fruit d’une coalition de minorités que l’expression d’un parti. Il est composé, en effet, de démocrates décentralisateurs, de partisans de la séparation de l’Eglise et de l’Etat et même de quelques ultramontains.
- Il est à présumer que la nouvelle Eglise catholique réformée recevra un rude coup de ce déplacement de la majorité. Peut-être même la question religieuse sera-t-elle tellement tendue qu’il ne sera possible au nouveau pouvoir d’en sortir que par la séparation de l’Eglise et de l’Etat.
- Un fait significatif vient de se passer à Mannheim (Grand-Duché de Bade).
- Une élection a eu lieu récemment dans cette ville. C’était la première depuis la promulgation de la loi contre le socialisme. Elle se faisait dans'une ville qui, jusqu’ici, avait toujours donné la majorité au parti « démocratique, » en opposition avec les nationaux-libéraux d’une part, et les socialistes de l’autre. La dernière classe des électeurs, de ceux qui paient les contributions les moins fortes, avait jusqu’à ce jour suivi les chefs du parti démocratique, du Volkspartei, et l’avait emporté presque toujours sur les socialistes.
- Or, qu’arrive-t-il aujourd’hui?
- Les électeurs de cette classe sont convoqués pour renouveler par moitié le conseil municipal ; le parti démocratique et le parti socialiste entrent en lutte, et c’est le dernier qui l’emporte : il a fait passer toute sa liste, par SI 9 voix contre 388. ..................................
- Il paraîtrait que l’Allemagne rêve d’avoir des colonies.
- M. de Werner, commandant de la division navale allemande du Pacifique, a pris possession de l’île d’Upa-lou. la plus vaste de l’archipel Samoa à 800 kilomètres à l’est de la Nouvelle-Calédonie- Cette île est assurément la plus belle de la Polynésie après celles occupées par l’Angleterre, la France et l’Espagne.
- La campagne des Russes dans l’Asie centrale reste toujours mystérieuse.
- On est sans nouvelles du corps du général Kaufmann qui a pour objectif la ville de Balk, aux portes de l’Afghanistan, Quant aux troupes du général Lomakine, elles sont arrivées dans la haute vallée de l’Astreck et paraissent se diriger sur Merv et Mesched.
- Que pense l’Angleterre de cette marche envahissante des Russes?
- ••-
- LETTRE D’ANGLETERRE
- Correspondance particulière du Devoir.
- Londres, 13 Novembre 1878.
- Il n’y a pas bien longtemps que je faisais remarquer combien l’Angleterre négligeait à tort les intérêts de son agriculture et le danger qu’il y a pour elle à consacrer le plus clair de son argent, le plus net de ses ressources à l’industrie et au commerce, au détriment de la première industrie humaine : la culture du sol. Le mal vient de se déclarer à l’état d’ulcère rongeur : la grève s’en mêle. En dépit des rigueurs inattendues d’un hiver précoce, les fermiers jettent brutalement leurs ouvriers avec femme et enfants hors des misérables chaumières où ils les logent, on ne sait trop comment, parce que les malheureux refusent d’accepter la réduction de salaire qui leur est imposée. A ceux dont la journée était de deux shellings dix pences, soit 3 fr. 50, on n’accorde plus que deux shellings quatre deniers, soit 2 fr. 90; ceux qui avaient moins sont réduits à deux shellings 2 ou 2 fr. 70. Gomme on fait encore des réductions pour certains jours où il est tout à fait impossible de travailler dehors, ces malheureuses gens touchent à peine cinq journées de travail dont on leur retient une pour le loyer de leur « chaumière enfumée », si bien qu’il leur faut avec dix à onze francs trouver le moyen de manger, de boire, de se vêtir, de se chauffer et le reste, pour toute la famille composée de six à dix personnes y compris les pauvres enfants dont il faut encore payer l’école, car si celle-ci est obligatoire, elle n’est point gratuite. Même en certaines localités, les autorités obéissant à leurs mauvais instincts de conservateurs, afin de faire pièce à la loi libérale sur renseignement primahp, ont augmenté la rétribution‘scolaire surtout là où les écoles religieuses sont les seules existantes, et n’ont pas à craindre la concurrence d’écoles laïques aux mains des School Boards. Je vous expliquerai quelque jour la réglementation des écoles primaires et de leur conseil, dit school board, élu pour chaque paroisse importante par la masse des contribuables.
- Revenons aux ouvriers agricoles. Au sud de la Tamise, il n'y a pas moins de quinze mille ouvriers frappés par la décision des fermiers coalisés contre leurs bêtes de somme humaines. Or, e’est là quinze mille ménages frappés par la misère; quinze mille familles, cent mille personnes au bas mot condamnées à périr de faim, de froid, de misère, si le père s’entête en sa juste résistance, ou devant se résigner à cette dure loi exprimée naguère par M. Chamberlain, choisi comme arbitre dans la querelle des ouvriers métallurgistes avec leurs patrons : « Mieux vaut la moitié d’un pain que pas du tout. » C’est la famine ou la privation alternative douloureuse et teiTible qui peut avoir des conséquences plus terribles encore. Pour obvier à cette calamité YUmon conseille à ses membres de résister et de refuser de quitter leurs cottages, chaumières, jusqu’à ce qu’on les en chasse de force : ce qu’on fait déjà malheureusement. Elle soutient environ un millier de ses membres à présent, mais ce nombre grandit chaque jour, et l’on fait appel à tous les hommes de cœur et a toutes les branches des trade-unions pour venir en aide à la misère de tous qu’ils soient ou non affiliés à Y Union ; celle-ci, si elle assure a peu près le sort de ses membres, ne manque pas pour cela de veiller sur les intérêts et les besoins des malheureux qui n’ont pas été assez prudents pour venir dans ses rangs. Eu cela elle est sage autant que généreuse et elle donne un noble exemple qui, espérons-le, lui vaudra le concours de ceux qui sont en état de donner quelque soulagement aux milliers de victimes de l’avarice et de la mauvaise politique économique des détenteurs du sol.
- Le mal s’est étendu jusqu’au nord de l’Angleterre, et qui sait quel sera demain le chiffre de ceux quj souffrent-; leur nombre croît en raison des sévérités de la saison et du climat.
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- En attendant qu’il aille mieux pour ces misérables, le noble lord Beaconsfield, à peine séché des coups de savonnette à vilaiu, délicieusement étendu à ia turque à la table luxeuse du lord maire de Londres, trouve que tout est pour le mieux dans l’Empire, tant en Europe qu’en Asie. Ni lui, ni aucun des ministres, aucun des liauts dignitaires de cet égoïste et hypocrite gouverne-ment tory n’a un mot, une pensée pour les millions d’ouvriers anglais, pour cette chair et ce sang de la nation qui, du Nord au Midi, de la mer du Nord à l’Atlantique, se plaint et gémit, demandant du travail et du pain et ne rencontrant de la part du capital qu’ils amas sent eux pour le profit d’autrui, que malveillance, ruse et hostilité. Généralement, en novembre et en décembre, la petite industrie surtout, mais on peut dire l’industrie en général est des plus actives en Angleterre. Les deux mois qui précèdent Noël, outre que c’est la saison de grande consommation pour l'exploitation charbonnière, donnent de l’occupation à toutes les mains désireuses de s’employer, G’esi peut-être la seule époque où tous peuvent trouver à se retourner, comme on dit. Celui qui n’a pas grande habileté dans un métier, comme celui dont le métier est inactif, trouve aisément quelque chose à faire, ainsi qu'à Paris, au temps des étrennes ; eh bien ! cette année, il n’en est rien, et. dans la cité, on ne rencontre que des figures sombres chez les marchands qui se désespèrent et des bras désœuvrés parmi tout ce monde que les autres années on voit si remuants à pareils jours. Quelle est la cause, non pas originelle, mais au moins la cause apparente provocatrice ? Il ne faut point le demander, la*réponse se répète sans cesse et partout.
- Alors que le premier ministre ala bouche pleine de pain et de truffes au banquet du premier magistrat delà cité,il fait courir toutes sortes de bruits et de menaces de guerre dans les colonnes de ses journaux officieux, et le gouvernement de l’Inde, qui n’agit que sous ses ordres, continue ses préparations militaires qui sont ou une dépense inutile ou une contradiction flagrante des déclara-rations ministérielles. Quand donc aurons-nous un gouvernement sincère et économe pour qui la duperie ne sera plus le moyen de prendre au bon public son argent pour le tirer en poudre aux moineaux. Guerre et militarisme disparaissez donc à jamais, et il y aura bien moins moyen de tromper le peuple.
- LE DÉPLACEMENT D’UN FLEUVE
- Si l’on en croit les dernières nouvelles, un changement géographique des plus considérables vient de se produire sur les confins de la Russie d’Asie et du Turkestan. Un fleuve tout entier vient de sortir ou d’être jeté hors de son lit.
- Il suffit d’examiner un instant une carte d’Asie pour comprendre l’importance de ce changement.
- La mer Caspienne ne reçoit, ou plutôt ne recevait aucun fleuve sur sa côte orientale dont une forte partie est occupée par le désert d’Ust-Urt. Toutes les eaux qui, du Thibet et du Pamir, descendent vers ces contrées se réunissent en deux grands fleuves qui marchent à peu près parallèlement à 500 kilomètres de distance l’un de l’autre et vont se jeter dans l’immense lac Aral.
- Le plus septentrional de ces deux fleuves est le Syr ou Syr-Daria (daria veut dire fleuve); c’est ITaxarte des anciens. L’autre, plus méridional et
- aussi plus considérable, porte indifféremment les noms" de Djihoun ou d’Amou Daria; c’est l’ancien Qxus. Le pays qui sépare les deux fleuves est l'ancienne Sogdiane, où Alexandre poussa ses armées avant de traverser l’Afghanistan et de descendre dans les Indes par la voie où se trouvent aujourd’hui Caboul et Peshawar.
- L’Amou-Daria (l’Oxus, si vous aimez mieux), ne se jette pas en une seule bouche dans le lac Aral; il se divise en une infinité de bras qui arrosent le pays de Kharezm, autrement dit le Khanat de Khiva et qui en font une véritable oasis des plus fertiles entourée de trois côtés par des déserts arides.
- Ce fleuve n’a pas toujours versé dans le lac Aral la masse considérable de ses eaux. Il fut un temps peu éloigné de noos où il se jetait dans la mer Caspienne, au fond de la baie de Balkan. Il aurait même, plus anciennement encore, quitté et réoccupé son lit à plusieurs reprises. M. Herbert Wood et d’autres savants distingués ont fait à ce sujet de très-curieuses recherches (1)
- Le lit délaissé durant ces derniers siècles et récemment exploré par le général russe Loinakin, est dans un état de conservation tel qu’il est bien évident que les eaux ne l’ont pas abandonné depuis plus de deux siècles. Cette conjecture est confirmée par une affirmation de Abool-Ghazi, un propre descendant de Gengis-Khan, devenu écrivain après avoir régné. Abou-Gliazi, qui vivait au milieu du xvne siècle et dont l’autorité est considérable, place l’embouchure de l’Amou-Daria dans la mer Caspienne.
- Ce fut, si l’on en croit l’écrivain arabe Mokadassi, un roi de Khiva qui déplaça le cours du fleuve. Ayant assigné la plaine de Kharezm comme lieu d’exil à une peuplade tout entière qui avait encouru sa disgrâce, le roi fit ouvrir pour arroser cette plaine un canal prenant de l’eau à l’Amou-Daria et l’amenant au lac Aral. L'eau préféra le canal à l’ancien lit et prit la direction qu’elle avait conservée jusqu’à ces derniers temps.
- Ce récit peut avoir du vrai, mais ce qu’il y a de certain, c’est que ce sont des dignes construites par les Khiviens non loin de Kounieh-Ourgendi qui interrompirent l’ancien cours du fleuve et le forcèrent à se jeter dans le lac Aral.
- Aujourd’hui, soit par un accident que la Russie doit bénir, soit plutôt par une manœuvre russe d’une incontestable habileté, l’Amou-Daria a rompu les digues khiviennes et repris possession de son ancien lit. La masse énorme de ses eaux coule vers la mer
- (1) Voir surfont NoUt on the low&r Amop-I)aria, dan« le Journal of tke royal geogrnphica' Society. 187H.
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- Caspienne, augmentant ainsi de plus de 500 kilomètres la longueur déjà considérable de son cours.
- Pierre-ie-Grand avait déjà rêvé ce déplacement du fleuve. En 1717, il avait chargé le prince tcherkesse Bekowitch d’étudier les mesures propres à amener ce résultat. Plus récemment, des explorations de l’ancien lit furent faites à diverses reprises par des officiers russes. Il est donc permis de supposer que la rupture des digues khiviennes n’est pas un simple effet du hasard. Quelle qu’en soit l’origine, elle aura des conséquences futures de la plus grande importance. La politique russe y trouvera son compte ; le développement de la civilisation dans l’Asie centrale en bénéficiera.
- Cette route naturelle bien arrosée et pourvue à l’avenir de fourrages et de vivres permettra de se rendre facilemet de la mer Caspienne et de l’immense bassin du Volga au cœur même de l’Asie.
- La navigation à vapeur sera-t-elle possible sur le nou eau fleuve ? C’est ce que les documents qui nous servent à rédiger cet article ne permettent ni d’affirmer ni de nier. Si la navigation y est possible, cette voie nouvelle ne tarderait pas à prendre une importance aussi capitale que celle du canal de Suez. En effet, le cours précédent de l’Amou-Daria était navigable. En août 1876, le lieutenant de marineBriouko'w le remonta en bateau à vapeur depuis le lac Aral jusqu’au delà de Pitniak et constata la navigabilité du fleuve jusqu’à Meschekli, limite extrême des territoires russes.
- De plus, les Russes sont trop habiles pour ne pas maintenir navigable la partie du cours précédent du fleuve qui va du lac au point de soxffie du nouveau cours. De la sorte, une voie navigable continue existerait entre la mer Caspienne et ses affluents et le lac Aral, l’Amou-Daria supérieur et le Syr-Daria. Le port d’Astrakan se trouverait ainsi en communication facile avec les splendides contrées du Khanat de Khokand récemment annexées à l’empire russe sous le nom de province de Ferghanah. Quelles perspectives pour le commerce !
- Enfin, n’oublions pas que le gouvernement russe fait étudier avec une sollicitude toute particulière le meilleur tracé du canal qui doit réunir la mer Caspienne à la mer Noire. Que le gouvernement opte pour une coupure entre le Don et le Volga ou qu’il préfère canaliser la Kouma et le Manytch, l’un ou l’autre des projets sera sûrement exécuté. On aura alors une ligne de navigation continue réunissant la Méditerranée au lac Aral, Ed, Champury.
- DU SORT DES PAYSANS.
- Voici l’agriculture rendue à une impasse.
- D’un côté, la grande propriété, trop peu rémunératrice, est devenue impossible ; — et, en fait, elle se morcelle tous les jours.
- De l’autre, la petite propriété est, par sa nature même, un obstacle insurmontable à l’emploi générai et régulier des machines qui, seules, permettraient de cultiver économiquement la terre.
- Actuellement, les grands propriétaires sont déjà très clair-semés. Ceux qui, peur un motif ou pour un autre, mais contre toute raison, s’obstinent à conserver des terres qui leur coûtent plus quelles ne leur rapportent, se font, chaque jour, de plus en plus rares. Dans cinquante ans même, il n’y en aura pas dix par département. Encore est-ce beaucoup dire Et cela s’explique parfaitement.
- Si l’on envisage que la consommation formidable que le grand propriétaire fait des produits mêmes du sol, des fruits récoltés par lui, on peut dire, à bon droit, qu’il vit « largement, » et cela dans l’acception la plus étendue du mot.
- Mais, si l’on va plus loin, et que l’on considère la somme de profits étrangers, de biens extrinsèques, de jouissances venues du dehors dont ledit grand propriétaire peut s’assurer la possession au moyen de sommes réalisées par la vente de ses récoltes, — on peut dire, au contraire, que son existence est réellement misérable. Il n’a ni jouissances artistiques, ni mouvement intellectuel. Tant qu’il s’agit de boire et de manger, cela va tout seul. La table est copieusement, sinon bien délicatement servie ; la cave est abondamment, sinon bien finement pourvue. Les maîtres fleurissent ; l’office prospère ; les valets de ferme engraissent ; les chevaux et les bœufs profitent ; les chiens ont le poil fin ; la volière s’accroît et le parc se repeuple. Il y a grandement assez de graines et de vin, de paille et de foin pour tout le monde ; et il y en a même encore pas mal de reste à vendre. C’est beau, noble et même fastueux. Malheureusement, dans un château, ou seulement dans une grande maison, il existe bien d’autres causes de dépenses que celles-là. Les frais généraux d’exploitation surtout sont énormes, écrasants et incroyables pour quiconque n’a pas passé par là ; si bien qu’ils absorbent, et au-delà, les ressources obtenues par la vente de l’excédant des récoltes. Si, surtout, le père de famille est entouré de nombreux enfants, le résultat est fatal; c’est l’emprunt simple d’abord et l’hypothèque ensuite. Réduit à cette extrémité, il est irrémédiablement perdu. Le malheureux se dit
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- alors, mais trop tard, qu’en plaçant ses capitaux sur l’Etat, ou tout autrement, il eût vécu heureux, tranquille et libre de tous soucis d’argent, — les pires des soucis.
- Ces choses finissent par devenir évidentes pour la plupart des grands propriétaires ; aussi leur nombre va-t-il en s’éclaircissant chaque année. Ils sont remplacés, peu à peu, par le petit propriétaire.
- Celui-là, non plus, ne mène pas une existence tissue d’or et de soie. Pourtant, il y semble momentanément résigné. Il est toutefois impossible de ne pas tenir compte du grand mouvement d’émigration vers les villes qui s’est manifesté ces dernières années. Il y a là, incontestablement, un danger énorme. Et il est bien certain, pour quiconque a pu étudier ces faits sur le vif, que, dans un temps plus ou moins éloigné, l’abandon des champs d’un côté, et de l’autre l’invasion des villes, c’est-à-dire, à un autre point de vue, le délaissement de l'agriculture et l’encombrement des professions industrielles, arriveront à créer une de ces situations tellement tendues dans leur complexité qu’elles ne peuvent produire que des . ruines.
- Il n’est pas un homme de cœur qui ne désire ardemment éviter à la société de connaître ces maux.
- Malheureusement, les moyens employés dans ce but jusqu’ici ont été radicalement impuissants; ce qui a tenu un peu à leur puérilité.
- L’ouvrier des villes mène une vie mouvementée qui, à côté de la vie monotone de l'ouvrier agricole, paraît une vie de cocagne. Le blond et frais limousin qui remonte, en plein jour encore, le faubourg Montmartre, le nez au vent, l’œil vif, le jarret leste, propre et avenant, ses habits de travail roulés en un léger paquet serré sous le bras, inventoriant les étages, examinant les librairies, écoutant les messieurs et dévisageant les femmes , se figurerait aisément avoir toujours vécu comme cela. Il ne lui semble pas que, s’il était à cette heure au pays où « l’argent » s’appelle de « l’ord'zen, » d’abord sa journée ne serait pas encore finie, et qu'ensuite il lui faudrait faire, en pleine nuit, de 1 à 6 kilomètres dans la boue et les fondrières, glacé par le vent, trempé parla pluie, crotté jusqu’à l’échine, abêti au moral et au physique, puis, enfin, rendu au logis, préparer lui-même son modeste repas dans ces affreuses conditions, — à moins toutefois qu’il ne retrouve chez lui quelque mégère, hargneuse et sordide, qui considère comme le premier de ses devoirs de lui servir une « scène » conditionnée, au lieu du « rata » désiré.
- L’existence de l’ouvrier agricole est encore pire. Dans ces circonstances,essayer de persuader,à ceux
- de nos paysans qui ont goûté de la ville, que leur condition est des plus enviables et que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes imaginables, c’est vraiment vouloir perdre son temps Tout n’est pas rose dans la vie de Paris, et assurément plus d’un ouvrier de la province a connu dans la capitale des privations qu’il eût ignorées dans son département. Mais la vérité doit passer avant toute autre considération. Or, dans l’état actuel des choses, il est certain que notre paysan a droit à une existence meilleure que celle dont il jouit. N’est-il pas à redouter qu’un jour ou l’autre, lorsque la lumière se sera faite dans son esprit, il en vienne, lui aussi, à des revendications passionnées ?
- Sans doute, pour beaucoup, le remède serait bien simple. Iî consisterait tout bonnement à la retarder, cette lumière, par tous les moyens possibles. Je ne crois pas m’avancer en affirmant que celte conduite de ténèbres n'aurait aucune chance d’être approuvée par les lecteurs du Devoir. Ce ne serait là qu’un palliatif, et tôt ou tard l’évidence se ferait jour. Mais, en outre, cela procède trop de la ruse et du mensonge pour que des hommes libres et fiers proposent, acceptent et appliquent à d’autres hommes également libres, un procédé de gouvernement qui serait encore plus dégradant, aux yeux de l’impartiale histoire, pour ceux qui l’auraient employé que pour ceux qui l’auraient subi.
- {A suivre.) de Toyon.
- ÉCOLE MODÈLE DE BRUXELLES.
- En 1871, la Ligue loelge de Renseignement publiait un projet d’organisation de l’enseignement populaire, dans lequel elle proposait la loi qui, suivant elle, devait régir cet enseignement; elle indiquait les vices de l’organisation actuelle, les défauts des méthodes en usage, la pauvreté des résultats obtenus. Ce travail fit sensation, et de tous côtés on vint presser le Conseil général de fonder une école dans laquelle ces principes seraient appliqués; un homme à la générosité duquel on ne s’adresse jamais en vain quand il s’agit d’une œuvre d’enseignement, M. Bis-choffsheim, promit son concours pécuniaire. Encouragée par ces marques de sympathie, la Ligue se mit à l’œuvre ; à la fin de 1872, elle avait réuni 155,000 fr. de souscriptions et elle posait la première pierre de YEcole modèle, car pour réaliser son programme elle devait construire elle-même un local où fussent réunies toutes les conditions hygiéniques qu’elle avait proclamées nécessaires. La Ligue a satisfait aux exigences matérielles de son plan; tous les étrangers qui ont visité l’école ont déclaré que
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- nulle part ils n’en avaient rencontré qui satisfît aussi complètement à toutes les conditions qu’on peut exiger d’une école parfaite.
- Mais là n’était pas encore le point le plus important de l’œuvre de la Ligue. Elle a inauguré à l’école l’emploi de méthodes nouvelles. Ces méthodes ont pour objet de délivrer les élèves de l’enseignement routinier, mécanique, dogmatique, qui domine presque partout aujourd’hui ; d’appliquer dans toute sa rigueur et dans toute sa logique l’enseignement intuitif, 1’enseignement fondé sur la vue de choses, sur l’emploi constant du raisonnement, sur l’excitation incessante de l’esprit d'observation naturel à l’enfant.
- À l’enseignement imaginé par les jésuites, enseignement basé uniquement sur la mémoire, dans lequel la science est couchée sur le lit de Procuste d’un catéchisme, qui excite chez les élèves une émulation malsaine, la Ligue a substitué un enseignement qui donne la liberté à l’esprit, qui fournit un aliment constant à la curiosité de l’enfant, qui, loin de contrarier ses penchants naturels, en tire parti pour le conduire plus aisément, par des sentiers agréables, vers la science. La gymnastique intellectuelle à laquelle on soumet les élèves de l'Ecole modèle , en donnant une trempe plus fine à leur esprit, en les habituant à raisonner, à observer, en améliorant la qualité de leur intelligence, aura sur eux une influence dont ils se ressentiront toute leur vie, tandis que les enseignements confiés à la seule mémoire se dissipent bien vite si l’on cesse un moment de les renouveler.
- Mais personne ne s’est imaginé qu’en fondant une école dans laquelle elle pourra recevoir 400 élèves, la Ligue ait eu uniquement pour but de dispenser à quatre cents privilégiés un enseignement perfectionné ; un tel résultat ne serait pas digne d’un, tel effort. Non, elle a voulu prouver le mouvement en marchant, elle a voulu montrer d’une façon tangible ce qu’est cet enseignement préconisé par Frœbel, Pestalozzi, Diesterweg, dont beaucoup de pédagogues parlent, mais que l’on voit si peu appliqué; elle a voulu, par cet exemple, obliger le gouvernement à tirer l’enseignement public de l’ornière de la routine ; elle a voulu venir en aide aux administrations communales qui, comme ceiles de Bruxelles, sont animées du désir de rendre leurs écoles efficaces.
- C’est autant à la mauvaise qualité de l’enseignement qu’à l’absence d’écoles qu’il faut attribuer le grand nombre d’illettrés dont la Belgique doit rougir ; l’examen des miliciens révèle, en effet, que la moitié des ignorants ont fréquenté des écoles, mais qu’arrivés à l’âge de 19 ans, ils ont oublié tout ce qu’ils savaient à 13 ans. Il faut donc rendre l’école utile, efficace, féconde ; c’est à quoi travaille l'Ecole modèle.
- (Rapport de la Fédération belge du Denier des Ecoles.)
- I LES CAHIERS D’ÉLÈVES A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE PARIS
- | En général, l’Exposition, au point de vue de l’ensei-! gnement, nous a para fort médiocre. Si la Belgique y occupait le premier rang, la chose n’était pas difficile. Parmi les cailloux, la moindre perle brille d’un éclat supérieur. On se ferait une pauvre idée de l’enseignement en Belgique, si on le jugeait par les produits envoyés au Champ-de-Mars.
- Grâce à Dieu, la Belgique vaut mieux que cela. Tout fait espérer que, avant peu, elle vaudra mieux encore.
- Parlons d’abord des cahiers. Nous en avons remarqué des voitures venant des divers pays de l’Europe. Ils étaient pour la plupart empilés les uns sur les autres. 11 eût fallu un courage plus qu’héroïque pour s’amuser à les feuilleter tous.
- Ce n’est point précisément ainsi que nous concevrions une exposition. Nous voudrions que chaque établissement n’exposât qu’un seul cahier par classe, et seulement pour chacune des matières où l'intelligence de l'élève joue un rôle créateur. Nous admettrions même que le professeur fit disparaître toutes les incorrections des jeunes gens, ces sortes de choses n’ayant pas la moindre importance. Mais nous voudrions que le cachet original de la pensée fut scrupuleusement conservé ; que la composition ne renfermât pas une seule idée qui ne fût celle de l’élève ; en un mot que le style et le talent de l’écrivain pussent nous laisser entrevoir son caractère et nous faire présager son plus ou moins d’avenir.
- Ce que nous voudrions d’avantage encore pouvoir étudier dans un tel cahier, ce sont les procédés, la méthode graduée, employés dans l’enseignement par le professeur et mis en pratique par l’élève.
- Eh bien! nous n’avons rien pu découvrirde semblable dans les travaux que nous avons feuilletés.
- Qui le croirait ? Dans beaucoup d’établissements, on en est encore, pour le français, à la vieille métiiode des dictées orthographiques. Il y a cependant plus de deux siècles que Fénelon écrivait déjà: « Pour enseigner la langue maternelle, il faut forcer l’élève à écrire dans cette langue, et lui apprendre la grammaire et le style en corrigeant son travail. »
- Bon nombre de professeurs, dans un autre genre, continuent à suivre un système que nous n’approuvons pas d’avantage : celui de dicter leurs cours aux élèves. Quelle perte d’un temps précieux ! Le gouvernement belge a proscrit cette manie et avec raison. Que le professeur choisisse le meilleur auteur, qu’il y corrige ce qui est défectueux, qu’il y ajoute ce qui pourrait y manquer ; mais qu’il le suive pas à pas, s’il ne veut que ses élèves s’embrouillent et ne fassent aucun progrès.— Hélas ! nul ouvrage n’est à son goût ! — Alors qu’il publie son œuvre, et l’on pourra juger de sa valeur réelle de sa méthode et de ses connaissances.
- Thil-Lorratn.
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- UNE ÉCONOMIE FACILE A FAIRE
- Les édiles chinois, chargés de l’éclairage municipal, sont gens économes et ménagers des deniers des contribuables, aussi se gardent-ils bien d’allumer leurs appareils devant les demeures d’habitants qui, en éclairant pour leur propre compte, éclairent en même temps certaines parties des voies publiques. Ce n’est que quand ceux-ci éteignent leur éclairage privé que l’administration municipale fait allumer ses appareils.
- Il en est autrement dans nos villes: tout y est allumé et éteint en même temps, de telle sorte qu’il y fait ou trop clair ou trop sombre, selon le cas ; il n’y a pas de milieu. C’est au moment même ou les boutiquiers,en illuminant leurs établissements, éclairent en même temps la voie publique, que l’on allume les appareils municipaux. Enfin, c’est au moment où l’on éteint l’éclairage privé que la municipalité éteint le sien ou du moins une trop grande partie. Le contraire serait peut-être un peu chinois, mais un peu plus rationnel et pourrait facilement avoir lieu.
- Là où il n’y a pas d’éclairage privé pour la voie publique. la municipalité éclaire tout le temps que cela est nécessaire et suffisamment. Là où il y a illumination privée, elle n’illumine plus qu’à partir du moment où l’illumination privée ne fonctionne plus.
- Le boutiquier, en même temps qu’il éteint son éclairage privé, allume l’éclairage municipal. Cette opération est des plus simples, il ne s’agit que de la création d’une servitude plus douce que toutes celles dont personne n’a murmuré et n’a en somme nulle raison de murmurer.
- Pendant les périodes de pleine lune et hormis par les temps couverts, il conviendrait de ne conserver dans les rues ayant une largèur suffisante qu’un nombre très-restreint d’appareils éclairants — selon qu’ils sont plus ou moins distants les uns des autres et que les endroits sont plus ou moins fréquentés — moins ils le sont, plus ils sont déserts à de certaines heures, plus ils devraient être éclairés. C’est élémentaire, et pourtant c’est tout le contraire qui a lieu ; il y a toute une étude à faire sur ce sujet en apparence futile La raison n’aurait pas seule à y gagner. Le budget des villes y bénéficierait de somm.es importantes qui trouveraient de bons emplois, et la moralité n’est pas désintéressée dans la question.
- La population paie, et assez cher, pour être éclairée suffisamment, mais non pour l’être plus qu’il ne convient ; il est donc tout-à-fait superflu d’éclairer munici-palement ce qui l’est déjà par les particuliers, pour les besoins de leur commerce ou de leur industrie.
- Il y a dans ce qui précède la somme de deux idées fécondes :
- 1° Répartition plus économique de l’éclairage municipal ;
- 2° Le moyen pratique de la réaliser.
- J. Maret-Leriche.
- PENSÉE
- Il y a deux conséquences en histoire : l’une immédiate et qui est à l’instant connue, l’autre éloignée et qu’on n’aperçoit pas d’abord. Ces conséquences souvent se contredisent ; les unes viennent de notre courte sagesse, les autres de la sagesse perdu-rable, (1) L’événement providentiel apparaît après l’événement humain. Dieu se lève derrière les hommes. Niez tant qu’il vous plaft-à le suprême oon#eiî, *
- (1) Oui du*e éternellement.
- ne consentez pas à son action, disputez sur les mots, appelez force des choses ou raison ce que le vulgaire appelle Providence ; mais regardez à la fin d’un fait accompli, et vous verrez qu’il a toujours produit le contraire de ce que l’on en attendait, quand il n’a point été établi d’abord sur la morale et la justice.
- Chateaubriand. Mémoires d'outre-tombe.
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mme Marie H.OWLAND Voir n° 4 (tome 1), à n° 9 (tome 2)
- Chapitre XXVII.
- ILt-fs. salxvte'tô «lui. ?.vs.a - lagy?
- (Suite).
- Chacun des mots de la lettre de sa femme frappait le docteur Delano comme un glaive à deux tranchants ; il aurait volontiers donné sa vie pour effacer ses actes du dernier mois. Jamais il n'aurait cru Clara capable d’un semblable éclat. En vérité, elle avait dû bien souffrir avant de se décider à ne plus le revoir.
- Il n’acceptait cependant pas cette lettre comme une expression véritable des sentiments de la Clara qu’il avait connue. Il s’imaginait que sa femme allait bientôt, comme aux jours passés, éprouver un vif désir de sa présence et qu’il serait temps alors de lui écrire de revenir.
- Un scandale dans une petite ville ne pouvait pas causer beaucoup de tort au docteur Delano, mais il en aurait été tout autrement s’il lui avait fallu retourner à Boston, sans que Clara fût revenue à lui. Il craignait surtout que son père, alors valétudinaire et tendrement attaché à sa belle-fille, se portât à quelque énormité.
- En somme, quoique Albert fut profondément troublé, il ne perdit pas l’espoir ; et môme, après le premier moment de pitié pour les tortures de Clara, il commença à en vouloir à celle-ci de la folle démarche par laquelle elle mettait au ban du monde la réputation de son mari. Une fois dans ce courant d’idées, il finit par se persuaderqu’il avait été outrageusement traité par sa femme. « Elle reviendra, » se disait-il, « mais je ferai mes conditions. »
- Cela arrêté, il se mit à la recherche d’Ella. C’était le soir, miss Wills se promenait dans l’avenue des Erables. Elle accueillit très-froidement M. Delano, lui reprochant de l’avoir mandée à Douvres.
- — « Pourquoi veniez-vous si tel n’était pas votre désir? »
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- « C’était bien mal à vous, » continua Ella sans s’arrêter à la remarque d’Albert. « Vous avez été cause d’un affreux scandale, je ne crois pas que j’y survive. Où est Clara? »
- Albert resta silencieux, un peu froissé que, dans un pareil moment, Ella ne pensât qu’à elle seule.
- « Oh ! vous pouvez ne pas me répondre si tel est votre bon plaisir, » s’écria iniss Wills. » Que je voudrais n'ètre jamais venue dans cet horrible lieu ! Et maintenant, pour comble de malheur, vous êtes tout à fait changé pour moi. »
- Albert nia et protesta qu’il était contraire à ses principes de changer ; puis, comme leur aventure en écartant d’eux les sympathies de leur entourage, les obligeait à se conforter l’un l’autre, ils convinrent de la plus sage conduite à tenir et se séparèrent dans les meilleurs termes.
- 11 avait été décidé qu’EUa irait passer un mois chez des amis dans Rhode-lsland, tandis que Delano irait à Boston prévenir l’opinion publique en présentant, s’il y avait lieu, l’aventure sous un jour convenable.
- Nous les laisserons à leurs projets pour voir ce qui se passe à la même heure à Oakdale, dans la maison du docteur Forest.
- La famille du docteur est réunie dans le salon autour d’un feu clair, car la soirée est fraîche. Malame Forest et Leila travaillent à l’aiguille; Linnie est absorbée dans la lecture de « la Femme en blanc » ; le docteur pensif regarde le feu, oubliant d’allumer sa pipe qu’il a depuis quelque temps remplie.
- Sur ce tableau de paix, la porte s’ouvre et Clara, pâle comme la mort, les vêtements froissés par le voyage, se jette en sanglotant dans les bras de son père.
- Madame Forest s’élance de son siège et s’écrie : « Clara Forest ! Vous venez à la maison ainsi et seule ! où est votre mari ! »
- Clara releva sa tête appuyée sur l’épaule de son père et dit d’une voix à peine perceptible et avec grand effort ! »
- « Je n’ai pas de mari. J’ai quitté Albert Delano pour toujours ! »
- Madame Forest, frappée d’horreur à la vue d’une femme assez audacieuse pour quitter son mari, et un mari modèle comme Albert encore, ne put réprimer son indignation et éclata en reprochers amers.
- Le docteur ne dit rien pendant quelques minutes et continua à calmer Clara. Sa patience néanmoins fut bientôt à bout, et ne pouvant endurer plus longtemps les insanités de sa femme :
- « Taisez-vous, Fannie, » s’écria-t-il, « vous me blessez extrêmement. Notre pauvre fille vient à nous malade, faible et dégoûtée du monde, et vous la recevez ainsi ? Bon Dieu ! qu’avez-vous fait de votre raison ? Vous devriez penser au mal qu’un semblable déchirement a dû faire à votre enfant et réserver vos reproches jusqu’à ce que vous sachiez ce qui s’est passé. »
- Clara, qui sanglotait convulsivement dans les bras de son père, essaya de donner quelques explications ; mais les mots entrecoupés refusaient de sortir de ses lèvres.
- « Mon enfant, » dit le docteur, « pour moi tu n’as pas besoin de te justifier; ne sais-je pas qu’une femme se cramponne jusqu’au bout, envers et contre tout, à son mari. Tu es une femme honnête et remplie de cœur, le seul fait que tu as abandonné Albert Delano est assez pour moi. J’en conclus qu’il a dû agir comme une brute. »
- « Ciel 1 » murmura Leila à l’oreille de sa jeune sœur, « c’est la fille de son père, vois-tu bien ; naturellement elle ne peut rien faire de mal ! »
- « Fi donc î » répondit Linnie, « je crois que papa a raison cette fois ; vois comme les yeux de Clara sont cernés ! »
- Et Linnie, obéissant à un affectueux mouvement, s’approcha de Clara et dit en l’embrassant :
- « Je suis bien contente de te voir, ma sœur, mais tu parais bien lasse. Dinah va te faire une tasse de thé pendant que je te préparerai un bain chaud. »
- « Cela est d’un bon cœur, Linnie, » dit le docteur en caressant la joue de la jeune fille, « un bain chaud est précisément ce qui convient. Nous essayerons de faire oublier à sa sœur toutes ses peines, n’est-ce pas ? »
- Madame Forest retomba sur sa chaise et se mit à pleurer ; puis elle se leva de nouveau et alla embrasser Clara en disant d’une façon bien sentie :
- « C’est épouvantable ! Mais Dieu sait mieux que moi les épreuves qui me sont réservées. »
- Leila vint aussi presser ses lèvres sur la joue de sa sœur, en se disant que Clara était complètement folle de quitter un mari ausi beau que M. Delano, et si riche surtout !
- La nuit, Clara fortement agitée par la fièvre,, ne semblait désirer d’autre compagnie que celle de son père ; le docteur accéda à ce désir et congédia tout le monde. Sachant bien qu’il ne pouvait être plus mauvais pour sa fille de parler de ses peines que de méditer sur elles en silence, M. Forest se prêta à la conversation de son enfant jusqu’au moment où la
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- potion qu’il lui avait fait prendre lui procura un profond sommeil.
- La sympathie toujours en éveil du docteur Forest avait été pour Clara une cause de soulagement. Elle savait bien que cette afïection ne lui ferait jamais défaut. Elle en était aussi certaine que de voir le jour succéder à la nuit.
- Dès sa plus tendre enfance, elle avait pris l’habitude d’aller à son père dans ses petits chagrins. Lorsque ces chagrins étaient la conséquence de ses propres fautes, Clara voyait son père déployer envers elle plus de tendresse encore que d’habitude. Jamais, en de telles circonstances, il ne grondait ni ne blâmait; sa conduite était bien plus sage. Il montrait à sa fille le chagrin qu’il éprouvait de la voir céder ainsi à ses mauvais instincts au lieu de suivre ses bonnes inspirations; et cela, plus que tout autre chose, donnait à Clara la force de résister à la tentation .
- Le docteur cherchait encore à persuader à ses enfants que s’abandonner à des sentiments abjects rend les traits hideux, tandis que se laisser guider par la bonté, l’amour et la charité, imprègne la physionomie d’une beauté véritable.
- Madame Forest n’avait jamais ajouté foi à l’effica-cité de pareils enseignements; aussi ne manqua-t elle pas de dire à son mari, le lendemain de l’arrivée de madame Delano, que Clara ne s’était jamais assez souciée de l’opinion publique et qu’elle avait malheureusement été encouragée et soutenue dans cette voie par les principes de son père.
- « Vous ne parleriez pas ainsi, Fannie, » dit le docteur, « si vous vouliez vous souvenir que j’étais rarement à la maison et que vous aviez dix fois plus de temps que moi pour inculquer à Clara vos principes. Vous avez tort de vous plaindre, ma chère. » Puis, changeant de sujet, i! reprit après un silence : « Faisons ce que nous pouvons de la vie, Dieu sait que, pour la plupart d’entre nous, ce n’est rien moins qu’une bénédiction. »
- Cela lui échappa, mais il avait autre chose en l’esprit qu’il garda pour lui. Il avait été sur le point de dire à sa femme qu’il eût été meilleur pour elle et pour lui de se séparer vingt ans auparavant, rien n’étant plus nuisible au développement des facultés élevées de l’homme et de la femme que l’intimité forcée du lien matrimonial, alors que la sympathie et la confiance n’existent plus. C’est comme si l’on conservait dans un salon un cadavre embaumé sous prétexte qu’il n’est qu’endormi. Le docteur fut content de n’avoir pas exprimé ces idées, car il savait qu’aucun pouvoir n’était capable de faire entrer sa femme, même pour un instant, dans le monde intel-
- lectuel où il vivait; il était donc plus qu’inutile de tenter cette épreuve.
- Quelques instants après, le docteur sortit pour visiter ses malades et porter à Susie un mot de Clara; madame Forest monta à la chambre de sa fille.
- (A. suivre.)
- . ----1—rt—j- —
- NÉCROLOGIE
- JAMES FAZY
- L’homme d’Etat qui vient de s’éteindre à Genève dans sa 64me année a joué un double rôle politique, l’un dans son pays, l’autre dans les affaires politiques françaises.
- En 1814, il prend déjà part comme garde national à la défense de Paris contre les alliés. Pendant les règnes de Louis XVIII et de Charles X, il publie brochure sur brochure, collabore à différents journaux d’opposition, fait partie du comité central de la société Aide-toi, le ciel t'aidera, et donne à son nom un relief si vif que lorsque les ordonnances de Juillet paraissent, c’est lui, en compagnie de Thiers et de Châtelain, qui est chargé par les écrivains de la presse de rédiger cette vigoureuse protestation qui souleva Paris. C’était jouer sa tète. Heureusement la victoire resta au peuple. Fazy protesta contre la nomination du nouveau roi et nia aux députés le droit d’agir ainsi.
- Cette protestation lui valut quatre mois de prison et 600 francs d’amende. Il persista quand même à publier le journal la Révolution de 1830, puis le Républicain, qui tous deux tombèrent, chacun de leurs numéros étant saisi par l’autorité au sortir même des presses. Fazy se réfugia alors à Genève. Pendant 25 ans, il conduisit contre le gouvernement oligarchique de cette petite république une opposition radicale très-vive. Un jour, le 6 octobre 1846, l’Etat de Genève ayant voulu soutenir les jésuites, le peuple prit les armes, le sang coula et bien que le parti oligarchique n’ait pas hésité à faire tirer à boulets contre le peuple, la victoire resta aux louzingots (radicaux). Fazy fut l’âme de l’Assemblée qui, au lendemain de cette guerre civile, élabora la Constitution qui régit encore Genève ; c’est la plus libérale que l’on connaisse.
- L’année suivante, ce fut sous son influence, ainsi que sous celle du docteur Troxler et de l’économiste Ro^si, que fut éloborée la Constitution de la Confédération suisse, Constitution si bien appropriée aux besoins du pays, que le peuple suisse déplore aujourd’hui les malheureuses modifications qui y furent introduites en 1874. Pendant plus de dix ans, Fazy rendit à la République de Genève et à la Confédération suisse les services les plus éminents. C’est en partie à son influence que Genève doit le grand développement qu’a pris dans cette ville l’instruction populaire, gratuite depuis 1847.
- P’azy sut se faire aimer à tel point que le peuple genevois ne le nommait plus que « le grand-père ». Malheureu-
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- sement, le succès le grisa ; il se laissa flatter, puis circonvenir par des hommes sans valeur qui favorisèrent dans la ville de Calvin les progrès de 1’ultramontanisme. La majorité du peuple le chassa alors du pouvoir et le tint désormais à l'écart des affaires publiques. Toutefois, lorsque plus tard il tomba dans la misère, une chaire fut créée pour lui 4 l’Université de Genève. Fazy révéla dans cet enseignement des qualités théoriques de premier ordre. Son Cours de législation constitutionnelle a été publié (1). C’est un des ouvrages les plus remarquables que nous connaissions sur cette matière et sans contreditleplus libéral. On sent à chaque page l’œuvre d’un homme qui eut toute sa vie des idées républicaines et qui pendant dix ans fut lié aux affaires de la Confédération suisse et gouverna la République de Genève. Nous ne saurions recommander trop vivement la lecture de cet ouvrage à tous les républicains français. Les vues de James Fazy qui ont paru toutes simples dans son pays (qui est en république depuis trois siècles et demi) sont d’une véritable hardiesse aux yeux d’un peuple qui n’a que sept ans de république. E. G.
- SOCIÉTÉ de PRÉVOYANCE dsL’ÉPICERIE FRANÇAISE
- Nous lisons dans l'Épicerie française, journal officiel du syndicat de l’épiceriè, sous le titre Une question résolue et sous la signature de M. H. de Font Réaulx, l’article suivant qui mérite d’être reproduit.
- Le Syndicat du commerce l’Épicerie réuni mercredi dernier en assemblée générale extraordinaire, a fait faire, dans la voie du bien, un grand pas à ce que les uns appellent les questions sociales, et d’autres la question sociale. Le Syndicat, en effet, a, dans cette séance, après délibération, adopté le principe d’une vaste association qui, sous le nom de Société de prévoyance de VÉpicerie française, aura pour objet de venir en aide aux nombreux employés et commis de l’épicerie, sous quelque forme que se produisent les besoins.
- Dans la pensée primitive des promoteurs actuels, l’association en voie de formation serait, quant à présent spécialement destinée à conserver et à faire fructifier les économies des employés dans des conditions meilleures que celles de la caisse d’épargne et, en outre, à former, au moyen de dons et de cotisations, de membres honoraires, un capital devant être utilisé en prêts aux commis les plus méritants qui désireraient acheter un fonds de commerce.
- Un comité a été choisi par l’assemblée pour étudier les modifications à introduire au projet des statuts, et pour mettre de suite en activité l’œuvre nouvelle. Tout fait espérer que ce nouveau groupe organisateur agrandira le cercle de l’association qui, par la suite, comprendra tous les autres modes de protection et d’assistance : société de secours mutuels, assurance sur la vie, assurance contre les accidents, caisse de retraite pour la vieillesse, bureau de placement gratuit, et de renseignements, cercle, conférences, bibliothèque, etc.
- Pour le mement, on commencera par procéder lentement, mais-sûrement, à l’établissement immédiat de
- (1) Genève, chez H. Georg,
- | la caisse d’épargne et de la caisse de prêts. Je dois signaler à nos statisticiens et à nos docteurs ès-ciences sociales et politiques un point extrêmement important de l’œuvre qui s’organise, certain qu’il aura un grand retentissement dansfle monde des chambres syndicales et des économistes. La caisse des prêts est alimentée ex-j clusivement par les fonds provenant des patrons ; l’argent des commis étant intégralement conservé et placé. Ce fait a une importance capitale, il est absolument nouveau dans l’histoire des associations de ce genre et dans les annales de l’économie politique.
- Le Syndicat de l’Épicerie a-résolu par là une grave question, il a ouvert une voie nouvelle, a fait faire un très-grand pas à une question qui préoccupe les meilleurs esprits de notre époque : la conciliation du eapi-| tal et du travail. Ouvrir un crédit important et à un taux très-minime à un homme qui n’a rien : voilà une solution qui modifie profondément les usages anciens et lés idées communes.
- Aujourd’hui il faut, pour acheter un fonds d’épicerie, être capitaliste. Demain, il suffira d’être honnête et expérimenté.
- Comme c’est l’association qui produit ce résultat, s’il arrivait un événement fâcheux, le contre-coup n’aurait que des conséquences sans portée.
- L’élan est donné maintenant, les dons arrivent, avant même que la société soit constituée. Un négociant de Rouen, M. Rouillard, a déjà envoyé 1,200 francs pour sa part. L’œuvre est assurée de plus de cent membres fondateurs. Le commerce-de l’Épicerie donne en ce moment un grand exemple. Espérons que les autres branches de notre commerce national le suivront dans cette bonne voie.. Le concours des pouvoirs publics est assuré à la Société de prévoyance de VÉpicerie française. Les encouragements lui arrivent de toutes parts, la réussite est donc certaine.
- CHRONIQUE SCIENTIFIQUE
- Deux iSLOii.'veaxix inétaux,
- La série des métaux inconnus que l’on a tirés successivement des terres de la samarskite et de la gadolinite ne paraît pas encore épuisée. La Caroline du Nord, qui renferme ces terres fournit aux chimistes une véritable mine de raretés importantes.
- Un savant suisse établi depuis plusieurs années à Chicago, M. Marc Deiafontaine, vient de reconnaître successivement dans ces terres deux nouveaux métaux.
- Les recherches poursuivies par lui depuis deux ans sur le terres de la samarskite lui ont fait trouver dans cette terre une quatrième terre, du groupe de l’yttria, jaune comme la terbine, mais avec un équivalent moins élevé. Les travaux de M. Deiafontaine sur les métaux de la gadolinite l’avaient autrefois conduit à une conclusion semblable, mais la destruction de son laboratoire dans l’incendie de Chicago ne lui avait pas permis de mettre cette découverte hors de doute.
- Comme cette nouvelle terre a une couleur et un poids moléculaire intermédiaires entre ceux de l’yttria et de la terbine, il était assez naturel de supposer qu’elle n’est après tout qu’un mélange de ces deux corps. Toutefois, les expériences, aussi nombreuses que variées, auxquelles s’est livré M. Deiafontaine et l’utilisation faite par lui des remarques de M. Soiet, sur le spectre d’ab-
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- sorption des métaux terreux, lui ont permis de confirmer l’exactitude de ses conclusions antérieures. Il a donn au métal nouveau le nom de Philippium (Pp), en 1 honneur de M. Philippe Plantamour, de Genève, ancien maître et bienfaiteur deM. Delafontaine.
- M. Marc Delafontaine,, n’a pas trouvé et isolé que le philippium, il a extrait de la gadolinite un cinquième métal, auquel il donne le nom bizarre de decipium, (de decipiens), parce que c’est, parait-il, un métal trompeur.
- Le decipium offre beaucoup d’analogie avec les autres métaux de la gadolinite; mais il s’en distingue par quel: ques caractères bien tranchés. Ainsi, son oxyde est blanc comme celui du thorium, tandis que celui du philippium. est jaune ; il se distingue également de la tho-rine, en ce qu’il présente une bande d’absorption.
- M. Delafontaine signale encore une particularité remarquable. Tous les métaux extraits des terres de la gadolinite, l’yttrium, le philippium, le terbium, le dé-cipiurn et l’erbium ont des équivalents qui sont entre eux dans des rapports simples.
- Cette catégorie de métaux semb’e donc mériter toute l’attention des chimistes.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- BROCHURES DIVERSES.
- (Suite).
- Pétition au Sénat, par M. Renucci, capitaine en retraite. Bastia, Fabiani, éditeur.
- Brochure pleine de choses d’inégale valeur. M. Renucci y demande une nouvelle loi réglementant la propagande électorale. Il est certain qu’il y a quelque chose à faire en présence des abus inqualifiables que le suffrage universel a parfois à subir. M. Renucci énumère les infractions auxquelles est soumis le fonctionnement du suffrage et demande que des pénalités sévères soient édictées contre elles.
- Appuyé.
- Nous partageons moins certaines illusions de M. Renucci, qui voudrait imposer à l’électeur un serment qui engagerait à toujours donner son vote au plus méritant et non au plus intrigant. Nous considérons cette mesure comme sans valeur en présence des passions politiques. D’ailleurs le serment est une institution à supprimer.
- M. Gambetta et l’Église, par Jean Morin. Paris, André Sagnier, éditeur.
- Sous forme de lettre adressée à Mgr Freppel, évêque d’Angers, M. Jean Morin vient de publier un petit pamphlet que nous avons sous les yeux et qui ne laisse rien à, désirer sous le rapport du style et de la fine ironie. Il est de l’intérêt des républicains de le propager, et ils n’y manqueront pas, ne fût-ce que pour apprendre aux ennemis de la République, trop souvent tentés d’accuser les républicains de grossièreté, comment on peut dire à un adversaire, sous la forme la plus courtoise, les choses les plus désagréables.
- Il serait à souhaiter, pour les cléricaux et dans l’intérêt de leur cause, qu’ils eussent à leur service une plume aussi bien taillée que celle de l’auteur de ce charmant pamphlet.
- De l’usage du tabac dans l'armée. Paris, Société contre l’abus du tabac. Rue Saint-Benoît, S.
- Courte et substantielle conférence faite aux officiers de la caserne Belleehasse, par M. Decroix, vétérinaire pi’incipal. L’auteur y constate que le soldat fumeur jest plus exposé aux maladies et aux punitions que le soldat non fumeur.
- M. Decroix demande, en conséquence, qu’il soit interdit aux officiers et aux soldats qui entreront dans l’armée de faire usage du tabac.
- Ligue du travail contre U paupérisme. Paris, Imprimerie nouvelle, 14, rue des Jeûneurs.
- C’est un exposé des motifs de cette ligue ouvrière, rédigé par le premier groupe de ses fondateurs. Cette ligue réclame la suppression des monopoles, l’impôt unique et la liberté d’association ; elle cherche aussi à fabiliter le crédit coopératif, l’assurance contre les risques matériels et la réduction du nombre des heures de travail.
- Réussira-t-elle ? Souhaitons-le ; mais la besogne nous parait bien rude.
- La Mosaïque littéraire est un recueil périodique de devoirs faits par les élèves du Collège communal de Yer-viers, que dirige avec un talent incontesté notre collaborateur M. Thil-Lorrain.
- . L’idée est heureuse. Cette sorte de concours public permanent est de nature à exciter vivement l’émulation des élèves. Yoici quatre ans que la Mosaïque paraît. Nous n’avons plus à la recommander ; les principaux organes qui se consacrent à l’enseignement s’en sont chargés pour nous.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878
- Nous avons déjà mis sous les yeux de nos lecteurs, dans notre numéro du 23 juin dernier, le dessin ci-dessus représentant le dernier modèle de fourneau de cuisine sorti des ateliers de la manufacture Godin à Guise.
- Nous leur avons dit que ce fourneau, exposé au Palais du Ghamp-de-Mars, dans l’annexe du chauffage, classe 27, réunissait lous les avantages qu’une bonne ménagère recherche dans un appareil de ce genre : Propreté, Solidité. Économie.
- Avec ce fourneau, dont le prix est peu élevé, il est facile de préparer les aliments sous toutes les formes.
- Les grillades se font à l’aide du gril rond qu’on place au-dessus du foyer, les rôtis à la broche avec la lèchefrite qu’on pose sur la porte de gauche abattue en forme de tablette.
- Le four est vaste; enveloppé par la flamme, il chauffe également de tous côtés, et, au-dessous, une étuve spacieuse sert à réchauffer les plats.
- \ La chaudière, placée à droite, fournit constamment de l’eau à une température élevée, et les deux trous qu’on voit au-dessus permettent d’y plonger des vases comme dans un bain-marie.
- Tout y est donc bien combiné pour la plus grande
- commodité de la ménagère qui peut ainsi faire toute sa cuisine à la fois, et l’économie est considérable, car un seul foyer, alimenté par le bois, la houille ou le coke, fournit la chaleur suffisante dans toutes les parties du fourneau, et un appareil spécial permet d’utiliser immédiatement les escarbilles pour entretenir le feu.
- Le jury de l’Exposition a, d’ailleurs, reconnu, après un examen sérieux, la perfection de cet appareil déjà très-bien accueilli par le public, puisqu’il a décerné à son inventeur la médaille d’or, la plus haute récompense attribuée dans la classe 27 aux appareils de chauffage.
- Nous sommes heureux d’annoncer, en même temps, que la maison Godin a aussi obtenu une médaille d’argent dans la classe 43, où elle avait exposé des articles de quincaillerie, tels que boutons de porte, boules de rampe, porte-plats, flambeaux, coupes, encriers, vide-poches, etc., etc., en fonte émaillée et nickelée.
- Nos lecteurs qui désirent se procurer des fourneaux de cuisine, des cheminées, des calorifères ou des objets d’ameublement en fonte, n’ont qu’à s’adresser à messieurs les quincailliers, poëliers, fumistes, ferblantiers de leur ville, par l’intermédiaire de qui la maison Godin, de Guise, s’empressera de leur donner satisfaction.
- Suint-Quentin — lmp. daTa'Societé anonyme oîPfcrlaïieur
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- lre ANNÉE, TOME 2— N° 11 Journal hebdomadaire paraissant le ^Dimanche DIMANCHE 24 NOVEMBRE 1878
- POLITIQUE
- LÉGISLATION
- ADMINISTRATION
- RELIGION
- MUTUALITÉ » SOLIDARITÉ FRATERNITÉ
- ASSOCIATION DU CAPITAL & DU TRAVAIL
- TRAVAIL
- INDUSTRIE
- COMMERCE
- CONSOMMATION
- ABONNEMENTS
- FRANCE
- Un an. . . . 101. »»
- Six mois . . . 6 »»
- Trois mois. . . 3
- Union postale . il »* * ÉTRANGER Le port en sus.
- Rédacteur en chef : M. Ed. CHAMPURY
- ADRESSER LA CORRESPONDANCE Àü GÉRANT, A GUISE (AISNE)
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- • ANNONCES La lit,ne. . . O ir. 50
- Les annonces sont reçues à Guise, au bureau du journal,età Paris, chez MM. Havas, üijjile et 6e, 8, plaça da la Bourse.
- AVIS IMPORTANT
- L’Administration du 015 VOX1E& tera présenter prochainement aux personnes qui reçoivent le journal depuis le 3 mars dernier et qui n’ont pas encore envoyé leux* abonnement, une quittance de DIX f x*axics poux* l’année expirant le O mars prochain.
- SOMMAIRE
- Le Désarmement. — Discours de M. Louis Blanc. — Semaine politique. — Lettre d'Angleterre. — Droit des Femmes. — Une pensée de Fickte. — Roman: La fille de son Père. — Bibliothèque du Familistère. — Chronique scientifique. — Bulletin bibliographique.
- LE DÉSARMEMENT
- Nous avons démontré dans notre dernier numéro que la diplomatie contemporaine est impuissante à assurer d’une manière durable la paix entre les nations et que tous les traités, tous les congrès, toutes les conférences ne font qu’amener à plus ou moins long terme de nouvelles complications. Nous avons vu également que l’arbitrage entre nations était déjà arrivé non-seulementà conjurer la guerre, mais encore, ce qui vaut mieux, à assurer définitivement la paix. Il fallait donc, concluions-nous, organiser sur un pied permanent un tribunal international suprême auquel seraient confiés ces arbitrages.'
- Mais, aura pu penser le lecteur, les hommes ne sont pas parfaits. Qu’arrivera-t-il si l’une des nations se croit lésée par le verdict du tribunal arbitral et si elle se refuse à exécuter ses décisions? Faudra-t-il que le tribunal les lui impose ? Et pour qu'il puisse les imposer faudra-t-il remettre à son pouvoir les armées permanentes?
- C’est là précisément ce que nous avons à examiner aujourd’hui.
- Disons-le tout d'abord, les armées permanentes sont un fléau. Chaque année elles absorben
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- une forte partie des budgets des nations civilisées et enlèvent soit la totalité, soit une fraction considérable des jeunes hommes valides qui arrivent è majorité.
- C’est par millions d’hommes et par milliards de francs que se chiffrent aujourd’hui les exigences militaires, et rien ne permet d’espérer qu’elles ne dépasseront pas le point auquel elles sont arrivées. T’ont semble an contraire donner à craindre que le mouvement ascensionnel de ces exigences doit continuer a s’aggraver.
- En effet, chaque pays veut être mieux armé que son voisin. L’un s’arme dans un but purement défensif, l’autre avec des intentions inavouées de conquête. L’augmentation du contingent d’un pays en entraîne une de même nature dans' les pays qui l’avoisinent directement; l’augmentation réa'isée chez ceux-ci en amène également une dans les pays qui leur confinent sans être limitrophes du premier, de sorte que, de proche en proche, le mal s’étend à toutes les nations rivales sans que ni l’une ni l’autre soit plus avancée qu’auparavant.
- C’est ainsi que la nouvelle organisation militaire allemande a déterminé la France et l’Autriche à réorganiser leurs armées afin de pouvoir faire respecter leurs frontières par l’Allemagne, et que l’Italie, qui cependant ne confine pas à ce dernier pays, a dû, elle aussi, réorganiser son armée en présence du nouvel état militaire de ses voisines, la France et l'Autriche.
- Cet état de choses qui constitue un recul de plusieurs siècles dans la marche de la civilisation est aussi ridicule qu’il est déplorable.
- Il est bien évident, en effet, que les sacrifices que s’imposent ainsi les peuples n’ont pas modifié leurs puissances respectives. Qu’ils soient entre eux dans les rapports de 4 à 6 et à 8 quand ils étaient précédemment dans ceux de 2 à 3 et à 4, cela ne change rien. Les chiffres sont doublés ; l’importance relative de chacun reste la même. File serait restée la même si au lieu d’avoir doublé les termes du rapport, on les avait diminué chacun de moitié.
- Supposons, par exemple, que toutes les nations,
- d'un commun accord, réduisent à la fois leur armée des 3/4 de l’effectif: l’importance respective des armées ainsi réduites reste identique à ce qu’elle était.
- C’est là ce que les gouvernements sont trop aveugles pour comprendre et ce que les peuples sont (rop timides pour réclamer.
- Et, cependant, les conséquences fâcheuses de l’état actuel de paix armée deviennent chaque jour plus évidentes. Parallèlement à l’augmentation des budgets militaires et à celle des contingents d’hommes, on voit s’aggraver la misère dans les villes et le dépeuplement dans les campagnes. D’un côté, le montant fort élevé des impôts exigés des contribuables pour faire face aux dépenses militaires est une charge qui pèse lourdement sur le travail, et d’un autre le nombre considérable d’hommes valides dont on prive l’agriculture et l’industrie, est pour ces deux éléments de la prospérité générale une cause de malaise et d’affaiblissement.
- C’est là ce que comprenait déjà Rousseau lorsqu’il écrivait, il y a pius d’un siècle, ce remarquable passage :
- (( Considérons, disait-il, la consommation d’hommes, d’argent, de forces de toute espèce où la pfus heureuse guerre jette un État quelconque, nous trouverons qu'il yerd souvent quand il croit gagner... On ne peut ignorer que, par la manière dont la guerre se fait aujourd’hui, la moindre dépopulation qu’elle produit est celle qui se fait dans les armées : c’est bien là la perte apparente et sensible ; mais il s’en fait en même temps dans tout l’État une plus grave et pius irréparable que celle des hommes qui meurent, par ceux qui ne naissent pas, par l’augmentation des impôts, par l’interruption du commerce, par la désertion des campagnes, par l’abandon de l’agriculture : ce mal, qu on n’aperçoit point d’abord, se fait sentir cruellement dans la suite : et c’est alors qu’on EST ÉTONNÉ d’ÊTRE SI FAIBLE POUR s’ÊTRE RENDU SI PUISSANT. »
- Eh bien ! cet état que produisait au temps de Rousseau la plus heureuse des guerres, est tout
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- à fait semblable à celui que produit aujourd’hui ]a paix armée. Gela semble un sophisme : c’est pourtant une vérité: les sommes englouties par l'entretien et l’exercice des armées actuelles sont aussi considérables, si ce n’est plus, que celles nécessaires il y a un siècle pour soutenir une campagne ; la paix d’aujourd’hui nécessite autant de sacrifices que les guerres d’autrefois.
- Oui, chaque année les nations qui se flattent d’être civilisées consacrent plusieurs milliards de francs à leur budget militaire. Si à ces sacrifices directs on ajoute les sacrifices indirects (c’est-à-dire ce que l’o i pouvait gagner et que l’on ne gagne pas et qui, par conséquent, est perdu), on arrive à des sommes d’une énormité effrayante.
- Il faut d’abord ajouter une somme annuelle de plusieurs centaines de millions, peut-être même d’un milliard, représentant ce que produiraient les sommes portées aux budgets militaires si elles étaient reportées sur l’industrie, l’agriculture, le commerce ou les voies de communication.
- Il faut ensuite ajouter les centaines et centaines de millions ou plutôt les milliards que rappor'erait chaque année l’utilisation à des travaux productifs des millions d’hommes qui perdent leur temps sous les drapeaux.
- Enfin, n’oublions pas qu’il convient de tenir compte du rendement que pourraient donner les bâtiments militaires, casernes, manutentions, etc., ainsi que le rendement des terrains sacrifiés aux camps, aux champs de manœuvre, aux fortifications, etc.
- La somme de ces sacrifices indirects ajoutée à celle des sacrifices directs représente une valeur annuelle d’environ dix milliards de francs, si ce n’est davantage. Or, une perte annuelle de dix milliards correspond à la perte sèche d’un capital qui rapporterait cette somme comme intérêt.
- La paix armée est donc pour la société une perte sèche de deux cents milliards î
- Il importe de faire cesser un état de choses si déplorable.
- Pour cela, il n’y a pas deux moyens, il n’y en a qu’un : c’est de substituer, par un désarmement simultané, la pdix sans armes à la paix armée.
- Nous savons bien que les esprits ne sont pas préparés à une semblable substitution, qu’ils ne se rendent pas assez compte des avantages immédiats qu’elle leur assurerait ni des charges futures que leur imposera son ajournement, mais il nous semble que le moment serait venu pour que la presse éclairée jetât cette idée dans les discussions.
- L’Europe souffre des conséquences de la sanglante et ruineuse guerre (l’Orient. Or, comme on l’a fort justement observée, les grandes manifestations en faveur de la paix ne se sont jamais produites qu’à la suite des grandes guerres.
- C’est en 1714, quelques mois après la paix d’Utrecht qui termina la guerre de la succession d’Espagne, que l’abbé de Saint-Pierre écrivit son Projet de paix perpétuelle ; c’est le 9 décembre 1792, un mois après Jemmapes, que la Convention proclama le renoncement de la nation française à entreprendre aucune guerre dans un but de conquête ou contre la liberté des peuples; c’est en 1796, à l’heure où,après trois ans de guerre continue, les armées de Jourdan et de Moreau durent se retirer du territoire allemand, que Kant composa son Essai sur la paix perpétuelle) c’est au lendemain de la guerre de Crimée que lord Clarendon demanda et obtint des diplomates assemblés à‘ Paris qu’un des ; articles du traité stipulât qu’au cas où un différend surgirait à l’avenir entre les parties contractantes, celles-ci devraient recourir à un arbitrage ; enfin, c’est peu de temps après la guerre franco-allemande que le jugement du tribunal arbitral fut rendu dans l’affaire de i’Alabama et que l’on vit M. Henry Richard en Angleterre, M. Mancini en Italie, M. Jonas Jonasson en Suède, M.Woodruff aux Etats-Unis, MM. Couvreur et Thonissen en Belgique, et MM. Bredius et Van E* k en Hollande, développer, chacun dans le sein du Parlement de son pays, des motions tendant à faire adopter en principe
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- le recours à un tribunal d’arbitrage en cas de différends internationaux.
- Dans la plupart des cas, ces motions ont été favorablement accueillies ; en Angleterre et en Suède, elles ont été votées malgré l'opposition des ministères.
- Et, cependant, l’arbitrage tel qu’il était demandé par ces messieurs, c’est-à-dire Varbi-trage in extremis, est fort loin de présenter les garanties de paix qu’assurerait un aréopage suprême, ou plutôt— pour employer le mot historique — un tribunal des Amphyétions semblable à celui que nous demandons.
- C’est de l’arbitrage in extremis que parlait M. Frédéric Seebohm quand il l’appelait « une planche de salut en cas de naufrage, mais non un moyen habituel de navigation. » Le fonctionnement d’un tribunal suprême permanent serait, au contraire, un moyen habituel de navigation et non une planche de salut. Toute autre, en effet, est l’action subventive d’un tribunal jugeant des différends internationaux et l’action préventive d’un corps qui aurait pour mission de les empêcher de naître.
- Il est certain que le tribunal arbitral n’acquerra toute son importance que s'il peut, au besoin, forcer au respect de ses décisions.
- ! Pour cela, il faut qu’au moment où ses décisions sont méconnues, il soit assuré du concours d’un contingent d’hommes et d’argent, fourni par chacun des peuples, proportionnellement à son importance. Ces hommes n’ont pas besoin d’être préalablement formés en armée permanente; ils peuvent composer dans chaque pays une milice purement défensive, organisée soit à la façon de l’armée suisse, soit à celle de la landwehr allemande, soit à celle de l’armée territoriale française. -
- Toutefois, comme la guerre américaine de sécession a prouvé quelles guerres terribles peuvent se livrer des milices, il serait indispensable que les peuples concordataires convinssent d’empêcher qu’un pays s’armât dans le but de faire prévaloir ses intentions, et que le seul fait de cet
- armement fût une cause d’intervention des au. très États. Il suffirait d’organiser en grand entre tous les peuples ce qui a fonctionné en petit avant 1874, entre les vingt-cinq républiques qUj composent la Confédération suisse. Chacune de ces républiques avait alors sa propre milice, et cependant aucune ne pouvait de son chef appe. 1er à la fois sous les armes plus d’un chiffre d’hommes très-limité. Si l’une des parties avait violé ce contrat, les vingt-quatre autres l’auraient réduite à la raison.
- Admettons le même fonctionnement pour les pays : aucun n'est plus assez fort pour résister seul à l’action concentrée des contingents de tous les autres pays. Des décisions arbitrales, qui pourraient au besoin être appuyées par de pareilles forces, seraient à coup sûr des décisions respéctées. De la sorte seraient garantis à la fois la sécurité de chaque pays et le respect des décisions arbitrales, autrement dit, la paix de tous et l’indépendance de chacun.
- Peut-être suffirait-il que le gouvernement d’uu pays inoffensif lançât l’idée d’une convention semblable pour que les autres gouvernements se groupassent autour de lui. Il est certain que les premières nations adhérentes seraient celles qui sont et tiennent à rester inoffensives, par conséquent celles qui auraient le moins besoin de recourir à ce tribunal. Qu’importe! l’exemple serait donné, et les bons exemples sont aussi contagieux que les mauvais. La Belgique nous paraît toute désignée pour le rôle initiateur, elle qui compte aujourd’hui au nombre de ses ministres M. Rollin-Jacquemins, dont les travaux sur le dioit international ont une si grande notoriété. Toutefois— pourquoi ne le dirions-nous pas? -— nous voudrions que l’exemple fût donné non pas par le petit royaume de Belgique, mais par la grande République française. Ce serait là sa plus belle gloire. De même que la Révolution peut montrer dans ses annales la nuit du 4 août et la proclamation des droits de l’homme, de même la République assise doit pouvoir montrer dans les siennes l'Exposition universelle et la
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- proclamation de la justice entre les peuples. Quel spectacle grandiose que celui de la France républicaine rejetant derrière elle le suaire du passé et proclamant, avec solennité et à la face du inonde, qu’elle répudie la politique arbitraire de ses rois et de ses empereurs, et qu’elle a pour plus cher désir et pour plus haute mission de décréter le triomphe de la paix !
- t Ed. Champury.
- DISCOURS DE M. LOUIS BLANC
- M. Louis Blanc a prononcé, à l’occasion de la distribution des récompenses aux lauréats de l’Exposition collective ouvrière, un discours aussi remarquable par l’élégance de la forme que par la solidité du fond.
- Nous regrettons de ne pouvoir reproduire en entier ce discours, mais nous tenons à en relever les parties les plus saillantes.
- M. Louis Blanc, après avoir prouvé que la France a su mettre à profit les leçons de la défaite, s’est écrié :
- Lorsqu’après la catastrophe militaire de Sedan, la France envahie, accablée, paralysée, à moitié conquise, se cherchait, pour ainsi dire, sans se trouver; lorsque Paris, investi de toutes parts, semblait retranché du monde; lorsque, dans la ville des villes, réduite aux abois et bombardée, nous étions condamnés à sauver du ravage des obus nos bibliothèques, nos musées, nos laboratoires; lorsqu’il nous fallait boucher avec des sacs de terre les fenêtres du Louvre, casemater nos tableaux, cuirasser nos sculptures, matelasser les trésors de l’art et les merveilles de l’industrie, qui jamais aurait dit qu’au bout de quelques années nos chemins de fer se couvriraient de trains de plaisirs, et que dans Paris, redevenue la cité européenne par excellence, la capitale du cosmopolitisme, le centre de la vie universelle, les étrangers viendraient, de tous les points du globe, admirer l’éblouissant assemblage de tout ce qui atteste la grandeur du génie humain?
- Ainsi ont été démenties les sinistres prédictions des ennemis de la République. A les entendre, il était impossible qu’à l’étranger on n’accueillit pas par un éclat de rire l’idée d’une Exposition universelle dans notre France républicaine. Etait-ce quand le sang de la France coulait encore par tant de blessures, qu’elle pouvait faire tonvenablement les honneurs de chez elle? Et puis, les Peuples eu étaient-ils à apprendre que l’industrie, les le travail, la paix, avaient dans la République une hernie mortelle? Quelle folie de croire que le monde ^porterait ses richesses sur un volcan?
- °ui, tel était le langage des ennemis de la République : f°Us savez ce que le monde a répondu !
- ^ Gladstone a dit dans un de ses discours ;
- ^Le dix-neuvième siècle est le siècle des ouvriers. » Gladstone avait raison, s'il voulait dire par là que :.(hx-neuvième siècle est celui où, pour la première A la question sociale a été solennellement posée et ' des souffrances de l’ouvrier, ses aspirations, ses réifications, ses droits, sou avenir sont devenus la y^ccupation dominante de tout généreux esprit : mais , ®bieü M. Gladstone se trompait s’il voulait dire que avrier est arrivé de nos jours à la terre promise!
- Ah ! c’est de nos jours, au contraire, que le travailleur manufacturier a vu se dresser devant lui un rival qui ne pense pas, qui ne sent pas, qui ne souffre pas, qui n’a jamais faim, qui ne se lasse jamais, et dont la puissance est telle que contre lui la lutte est impossible ; le travailleur mécauique. C’est de nos jours qu’il y a eu des machines pour forger, pour laminer le fer et la fonte, pour transporter par terre et par eau voyageurs et marchandises, pour labourer le sol, pour battre le grain, pour faire du papier avec des chiffons, pour faire des étoffes avec-du coton, du chanvre ou du lin; c’est de nos jours qu’un ingénieur anglais, Tairbairn, a montré comme quoi les 3,650,000 chevaux-vapeur employés de l’autre côté de la Manche eu 1865 équivalaient au travail de 76 millions d’ouvriers, ce qui, en évaluant à 5 millions le nombre des familles anglaises, donnerait à chacune d’elles quinze esclaves aux muscles d’acier incessamment mis en mouvement par la bouille et infaP blés.
- Donc, au lieu de dire : « Le dix-neuvième siècle e?l -e siècle des ouvriers, » il semble que M. Gladstone aui U pu dire avec plus de raison : « Le dix-neuvième siè •,«». est le siècle des machines. *
- De dédommagement, il n’en saurait être ici questio ’. L’on indemnise" le possesseur d’une maison ou d’une terre quand on l’exproprie pour cause d’utilité publique; mais le malheureux qu’une innovation reconnue d’utilité publique piive tout à coup de son gagne pain qui est son unique propriété, on ne l'indemnise point *e-lui-là !
- Est-ce à dire que nous devrions crier anathème aux machines considérées en elles-mêmes ? Ce serait aussi insensé qu’inutile.
- Le développement de la puissance mécanique mesure la distance qui nous sépare de l’enfance des sociétés : il est la conséquence nécessaire et la marque éclatante des progrès de la science. Maudire la machine à vapeur! mais autant vaudrait maudire le marteau et la bêche; autant vaudrait nous plaindre de ce que nos portraits, aujourd’hui, sont faits par le soleil ; de ce que l’éclair est devenu notre messager; de ce que l’électricité a, pour nous, supprimé l’espace ; de ce que, pour nous, la science asservit la nature.
- Simonde de Sismondi, ce grand esprit qui était aussi un grand cœur, a donc eu mille fois raison d’écrire : « Ce n’est point le perfectionnement des machines qui « est la calamité, c’est le partage injuste que nous fai-
- * sons de leur produit. Plus nous pouvons faire d’ou-« vrage avec une quantité donnée de travail, plus nous
- * devrions augmenter ou nos j ouissances ou rntre re-
- * pos. L’ouvrier qui serait son propre maître, quand il « aurait fait en deux heures, à l’aide d’une machine, ce « qu’il faisait auparavant en douze, s’arrêterait après les « deux heures. »
- Combien il s’eu faut que tel soit le cas aujourd’hui ! Loin d’assurer plus de repos au travailleur qu’elles emploient, les machines tendent à lui imposer un labeur prolongé, parce qu’il y a intérêt pour qui les possède à ne les point laisser chômer, et qu’elles out les muscles d’acier dont je parlais tout à l’heure.
- On a dit, — et l’on a pu citer des faits à l’appui, — que les inventions mécaniques, dans une sphère donnée d’industrie, finissaient à la longue par occuper plus d’ouvriers qu’elles n’eu avaient mis d’abord hors d’emploi. Mais, suivant le dicton populaire : « Pendant le temps que l’herbe met à croître, le cheval meurt de faim. » Les applications mécaniques,en se multipliant, amènent une succession correspondante de crises fatales à la main-d’œuvre. Déjà la manufacture, dans le sens assigné à ce mot par son étymologie, a presque entièrement disparu. Le pouvoir mécanique S’est étendu aux opérations les plus délicates, à la couture, à la broderie. Personne ne peut prévoir où sera la limite, et ce qua, dc:’ -lement, les forces inanimées laisseront à faire au lorces vivantes.
- En attendant, voici une considération qui méri.o, ce me semble, d’être méditée.
- Dès qu’on exécutait avec des pistons, des roues, des
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- poulies, des manivelles, ce qu’on avait exécuté jusqu’alors avec de» êtres ayant une intelligence et une âme ; dès qu'on accomplissait avec un grand capital ce qu’il avait fallu auparavant beaucoup de travail pour accomplir, il devait arriver que l’importance du capital, déjà si considérable, serait accrue et celle du travail diminuée d’autant. C’est ce qui est arrivé en effet.
- On s’est attaché de plus en plus à ne voir dans la production que le produit, et l’on a perdu de vue le producteur La richesse, adorée comme la dispensatrice de toutes nos jouissances, l’a été en outre comme créatrice de la richesse. Comparée à la valeur des choses, la valeur de l’homme a baissé.
- Et il s’est trouvé des économistes pour prendre leur parti de ce triste résultat ! Ecoutez ce que dit l’économiste anglais Ricardo : « Pourvu que le produit net et réel d’une nation, ses fermages et ses produits soient les mêmes, qu’importe qu’elle se compose de douze millions d’individus ou de dix seulement? » Inconcevables paroles auxquelles Sismondi, dans 1 éclair d’une indignation magnanime a répondu :
- « Quoi ! la richesse est tout, et les hommes ne sont rien ! En vérité, il ne reste plus qu’à désirer que le roi, demeuré seul dans l'ile, en tournant constamment une manivelle, fasse accomplir par des automates tout l’ouvrage de l’Angleterre ! »
- Toujours est-il que les machines ont pour effet de réduire f ouvrier qu’elles emploient à un rôle de simple surveillance, lequel exigeant de lui moins de force, moins d’habileté, moins d’expérience, moins de savoir, tend à le faire paraître de moins eu moins nécessaire.
- Et voilà comment on en est venu à remplacer, dans l’atelier, l’homme par la femme et l’enfant ; voilà comment on en est venu à soumettre de frêles créatures au recrutement de la fabrique, recrutement « plus meurtrier », a écrit M. Wolowski, « que celui des soldats destinés à périr sur les champs de bataille », et qui risque, si Ion n’y prend garde, de moissonner l’avenir dans sa fleur. Un jour, à une sotte question, Franklin répondit par ces mots : « A quoi sert un enfant ? Il sert à devenir un homme. » Mais l’indispensable condition pour qu'un enfant serve à devenir un homme, c’est qu’on ne tue pas l'homme dans l’enfant l
- LA SEMAINE POLITIQUE
- Le comité des droites sénatoriales a fini par accoucher d’un manifeste que personne n’a.voulu faire suivre de sa signature. Ce document anonyme qui parait être une page arrachée à la collection de l’ignominieux Bulletin des Communes, a été accueilli avec une extrême froideur par la presse dite conservatrice. Quant à la presse libérale et républicaine, elle en a ri, et ne s'est même pas donné la peine de réfuter ce factum ridicule. Il n’y avait rien de mieux à faire.
- Le Sénat ne se trouvait pas suffisamment compromis devant l’opinion. Pris de vertige jusqu’à la fin, if a en tendu persévérer jusqu’au bout dans sa politique de résistance à la volonté du pays. A M. de Moutaùvet, à M. André, à M. le général Gresley, il a préféré M. Oscar de Vallée, bonapartiste, élu en tête des listes par 141 voix, M. d’Haussonville, orléaniste, qui a obtenu 138 suffrages, et M. Numa Baragnon, soi-disant légitimiste, gratifié de 137 bulletins. MM. Gresley, André et de Montalivet ont obtenu le premier 134, le second 126, le troisième 125 voix. Ce résultat était prévu.
- N’est-il pas déplorable de voir la plus Haute Chambre du pays, celle qui devrait avoir d’elle-même le plus grand respect, être assez peu soucieuse de sa dignité pour appeler dans son sein un homme que les électeurs ont désavoué, M. Baragnon.
- Le même fait s’était déjà produit pour M. Buffet, et Sj le Sénat ne devait pas être renouvelé en partie le 3 janvier, il finirait par se convertir en a musée des rebuts du suffrage universel. »
- Tout cela est fort triste et de nature à affermir ies électeurs du 5 janvier dans leur résolution de remaniet la majorité sénatoriale en y introduisant l’élément répu. blicain.
- Dimanche dernier, dans l’arrondissement du Blanc, (Indre), a eu lieu une élection de député, en remplacent ut de M. Clément Laurier, décédé. M. Bénazet, réaction, naire, a été élu par 7 340 suffrages contre 5,613 donnés à son concurrent républicain, M. Faubelle. Mais ce résultat n'en prouve pas moins que l’opinioa est en progrès dans cette circonscription. En effet, en 1876, M. Laurier avait obtenu 9 134 voix, et en 1878 seulement 8,168, tandis que les républicains qui n’avaient réuni que 3.800 suffrages en 1876 et 4,445 en 1878, a obtenu cette fois plus de 5,080 voix. Cette progression doit diminuer la foi des réaction-naires.
- L’examen de la validité des pouvoirs des députés qui n’ont pas encore été admis, a donné lieu à des débats très-passionnés et très brillants à la Chambre. L'annulation du vote qui a amené M. de La Rochejaquelein au Parlement n’a pas subi de discussion digne d’appeler l’attention; mais il en a été tout autrement du débat qui a surgi touchant les opérations électorales qui ont donné la majorité a M. de Mun dans le Morbihan, et à M. de Fourtou dans la Dordogne. Les faits révélés par les enquêtes, par le rapport de M. Allain-Targé et par celui de M. Floquet sont scandaleux au plus haut degré. Dans l’arrondissement de Pontivy, non-seulement toute la puissance publique a été livrée à M. de Mnn, qui faisait révoquer à son gré tous les fonctionnaires opposés à si cause et seulement suspects de déployer un zèle médiocre pour la srrvir, mais encore le clergé s’est livré à une propagande effrénée en faveur du candidat clérical. Prédications, menaces, dénonciations, refus de sacrements, les prêtres n’ont reculé devant aucun moyeu de pression et d’intimidation. Au cours de la plaidoirie qu’il a prononcée en sa faveur, M. de Mun a formulé des théories d’une audace incroyable. Il ne rêve rien autre cho?e que la destruction du suffrage universel et l'établissement d’un vaste système tbéocratique qui livrerait entièrement le pays à l’influence du clergé. L'apôtre de la politique religieuse du moyen-âge a vu son élection annulée à une grande majorité.
- Quant à l’élection de M. de Fourtou, elle a été viciés par les actes les plus cyniques de corruption et de pression administrative, et rien ne saurait, si ce n’est h lecture du rapport de M. Floquet, donner une juste idée des scandales sans nom dont l'arrondissement de Ribérae a été le théâtre depuis le 16 mai jusqu’au 14 octobre.
- Accablé par ces révélations, M. de Fourtou n'a point tenté de réfuter le réquisitoire du rapporteur ; il s’est posé en accusateur cynique de la majorité et du gouvernement, et n’a pas craint d’exprimer le regret n’avoir pu réaliser le mauvais coup que quelques poli' ticiens sans aveu auraient voulu tenter contre la majorité du 14 octobre et contre la volonté nationale.
- Cette audace a amené M. le président du conseil à 1* tribune. Dans un discours vigoureux, qui sera, dit on, affiché dans toutes les communes de France, i’honorabifi M. Dufaure a flétri les agissements de ce « parti san= nom » dont M. de Fourtou a été l’nu des chefs, etquj n’a jamais eu d’autre politique que celle qui consista11 à entraver la réalisation des vœux légitimes du pa.V5' M. Dufaure a proclamé bien haut son attachement ai» principes de la Révolution française et son dévouem®3, à la République. Pour donner une utile sanction à éloquentes paroles, il devrait bien garnir nos tribuuai» de magistrats républicains, ..
- L’élection de M. de Fourtou a été invalidée par assi= et levé à une majorité immense. On pense que l’effr03' terie de son attitude aura pour effet de déterminé’
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- commission d’enquête à demander et la majorité à voter la mise en accusation du criminel ministère du 16 mai. La morale politique est grandement intéressée à ce qu’il en soit ainsi, et nous espérons que les représentants du pays sauront comprendre leur devoir et l’accomplir virilement.
- Nous n’avons qu’un mot à dire d’une interpellation que M. Cazeaux, député bonapartiste, a adressée au ministre de l’intérieur, à raison de certains faits imputés au préfet des Hautes-Pyrénées. M. de Marcère a eu facilement raison des attaques de son adversaire, et cet incident s’est terminé par ie vote de Tordre du jour pur et simple.
- La manie du régicide sévit, en ce moment, avec une intensité qui aurait lieu de surprendre si 1 histoire n’avait pas établi qu’il y a une contagion de l’exemple. On nous a appris cette semaine que le roi d’Italie avait été l’objet d’un attentat à Naples, au cours d’un voyage politique que lejeune souverain aeecomplit dans ses Etats. Le coupable est un cuisinier de 27 ans, de la province de Polenza, nommé Passavanti. Il a blessé le roi Humbert d’une façon très légère. M. Caiioli, président du conseil, a été pïus gravement atteint. On ne sera pas étonné d’apprendre que les réactionnaires cherchent à établir que ce fanatique est un membre du parti socialiste et qu’il était affiné à l'Internationale. Passavanti nie cette affiliation, mais lors même cju’on la prouverait, il ^esterait encore à savoir si, sous prétexte d’affiliation à cette société, des sicaires armés par des conspirateurs intéressés à semer l’inquiétude dans les Etats monarchiques de 1 Europe, n’opèrent pas au nord, au centre et au midi du continent, dans le but de satisfaire des passions qui ne sont point celles des socialistes. Il sera très-difficile de savoir la vérité à cet égard et, si Ton nous permet cette expression vulgaire'les socialistes ont Ion dos. Mais nous ne cesserons de répéter que ce parti ne saurait être rendu responsable du fanatisme sauvage de quelques exaltés. Nous irons même plus loin, et nous rapprocherons l’attentat de Naples de celui de Kissingen Lorsque Kullmann fit feu sur Bismarck, il déclara bien nettement qu’il avait été poussé à agir ainsi par sa passion ultramontaine.
- Or, le roi.Humbert est la bêle noire des cléricaux II siège à Rome dans un ancien palais du Pape et la presse ultramontaine ne cesse de l’attaquer. N est-il pas présumable que ces excitations peuvent pousser à des attentats contre sa personne.
- M. Cairoli, qui a été blessé, est un vétéran du patriotisme italien. Son nom est cher à tous les pariisans de l’unité. Il a longtemps lutté et souffert pour cette cause et aujourd’hui encore la droite de la Chambre le trouve trop libéral. Si quelqu’un a pu rêver de le tuer, ce n’est à coup sûr pas quelqu’un du peuple.
- Espérons que la blessure que M. Cairoli a reçue en défendant le roi contribuera à affermir ce sympathique patriote à son poste de Président du Conseil.
- Il semble qu’en Autriche le conflit soulevé par Toccu-pation bosniaque doive se dénouer pacifiquement et sans bruit. L’empereur François-Joseph, dans son discours aux délégations, à l’ouverture de leur session et. depuis, M. Tisza.ont défendu non sans habileté la politique du gouvernement autrichien, et qui consiste à empêcher une puissance quelconque d’entraîner l’Orient dans le cercle de son omnipotence. M. Tisza, notamment, a exprimé le ferme espoir que le traité de Berlin sera respecté, puis il a ajouté :
- « Si toutefois une puissance quelconque attaque les » dispositions et paralyse l’exécution du traité de Ber-» lin, alors nous qui avons su mettre nos intérêts en » harmonie avec les intérêts de l’Europe, nous ne serons » pas isolés dans la lutte éventuelle qui s'ensuivrait. Il » s’agit de faire en sorte que les populations qui habi-» tent dans les petits Etats de l’Orient s’habituent à » êvoire que, si jamais la crise orientale devait renaître,
- » la puissance qui sera à même d’exercer sur son défi nouement la plus grande influence ne sera pas une » puissance autre que l’Autriche-Hongrie. »
- On assure que ces déclarations ont été favorablement accueillies par la majorité. Les choses en sont là.
- L’ouverture du Parlement prussien a eu lieu hier mardi. Le discours du trône, lu par le comte de Sloiberg-Wernigerode, vice-président du conseil des ministres, est un discours d’affaires dans lequel ou annonce la présentation probable d’un projet de loi relatif à l’achat par l’Etat des lignes de chemins de fer importantes et à l’achèvement du réseau. Le programme de la session qui s’ouvre est complété par des lois dont le but sera de créer des institutions pour Taméûoration du sort des ouvriers et d’organiser des banques agricoles. Le discours du trône rappelle également les attentats qui ont été dirigés contre l’empereur d’Allemagne dans le courant de 1 été et fait appel à toutes les forces conservatrices du pays.
- Toute cette phraséologie n'empêche pas que Ton sache partout que l’Allemagne est actuellement soumise à un régime d’oppression et d'arbitraire vraiment révoltant. Si'l’on veut se faire une idée de ce régime, il suffit de lire le texte de la signification faite à M. Max Kayser, député de Freiberg, récemment sorti de prison pour délit de presse Voici ce document de police qui peut se passer de commentaires:
- « Il vous est interdit, sous peine d’emprisonnement, de » continuer d’habiter la ville de Dresde.
- o Pour év ter qu’on ne vous emprisonne et qu’on ne » vous interdise d’une manière absolue de venir à Dresde,
- » vous devrez toutes les fois que vous mettrez le pied sur » le territoire de cette ville, vous rendre aussitôt au pre-» mier poste de police, vous y munir d un papier prou-» vaut que vous avez annoncé votre arrivée, aller en-» suite sans retard au bureau de la section criminelle » (police centrale 3' étage) pour obtenir 1 autorisation de » séjour, quitter ponctuellement la ville à l’expiration de » cette autorisation, et remettre le papier constatant » v. tre arrivée au poste de police du quartier par lequel ' » vous quittez la viile. Vous êtes également averti que » vous serez puni de la même façon si on vous trouve en » état de vagabondage ; si vous vous introduisez dans la a- propriété d’autrui pour y passer la nuit sans autorfia-» tion, si vous vous enivrez, ou que vous vous montriez » inconvenant, désobéissant et récalcitrant envers les » fonctionnaires de police dans l'exercice de leurs fonc-» lions, et on vous fait savoir en outre que, si vous vous » trouvez sans asile et sans moyens de subsistance, vous b devez vous adressez immédiatement au bureau ie 1 as-» sistance publique de la localité où vous séjournerez et » accepter sans difficulté les secours qui vous y seront » offerts.»
- Il nous semble qu’un gouvernement qui a recours à. de pareils procédés est un gouvernement jugé, et il ne faut pas s’étonner si des troubles ont eu lieu sur différents points.
- La tournée diplomatique que le comte Schouwaloff vient d’entreprendre en Europe, paraît avoir eu pour objectif de dissiper les inquiétudes que les paissances continentales avaient pu concevoir touchant l'attitude de la Russie et, dans notre dernière semaine, nous avons mentionné, sans y attacher une confiance absolue, certaines nouvelles de tournures pacifiques. Malheureusement, de nouveaux symptômes d’inquiétude se sont manifestés depuis, et l’attitude des Russes est redevenue de nouveau passablement équivoque. On sait que l empereur Alexandre a prescrit la reprise du mouvement d’évacuation subitement suspendu, if y a quelques semaines, et l’on a même annoncé que les troupes russes allaient abandonner Andrinople et se replier sur Bourgas. Mais voilà qu’avec une spontanéité tout à fait singulière, une foule de pétitions surgissent de tous côtés, dans le pays occupé, suppliant lès Russes de ne pas se retirer. Et de fait, il parait que l'évacuation ne
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- s’opère point; Tout cela n’est pas fait pour éclaircir les obscurités de la situation.
- Pendant ce temps, l’entente entre l’Angleterre et l’Autriche semble s’accentuer davantage. La Revue du Lundi, organe officieux, fait de nombreuses réserves quant à la mission Schouwaloff et à la valeur de ses déclarations pacifiques, mais elle ajoute que « la politi-« que ferme et franche que l’Angleterre et l’Autriclie-« Hongrie ont inscrite sur leurs"drapeaux » est de nature à assurer la paix de l’Europe et la solution de la question orientale.
- D’autre part, on assure que la convention entre la Turquie et l’Autriche, relative à i’occupation de Novi-Bazar, est enfin signée et que c’est la convention anglo-turque qui a servi de modèle à ce nouvel instrument diplomatique. Si le fait est exact, l’aiimuee entre l’Autriche et l’Angleterre ne pourrait plus guère être révoquée en douté.
- L’ascendant pris par l’Angleterre, dans la direction des affaires de la Porte, va sans doute être plus prépondérant que jamais, depuis la nomination de Midhat-Pacha au poste de gouverneur de la Syrie, et de Cara-theodoH-Paclia à celle de gouverneur de la Crète.
- Midhat a toujours été ùn partisan décidé de la politique anglaise et son récent séjour à Londres n’a pu que le confirmer dans ses opinions. Si nomination au poste de gouverneur de la Syrie, au moment où l’Angleterre obtient de la Turquie des promesses formelles de réforme en Asie Mineure, est fort significatif et donne bon espoir touchant l’exécution de ces promesses.
- Quant à Caratheodori Pacha, c’est un chrétien originaire d’Andrinople, homme singulièrement avisé et souple, qui passe pour être, en ce moment, en parfait accord avec M. Layard, le chargé d’affaires anglais.
- Au moment où nous écrivons, expire le délai accordé par l’Angleterre à l’émir de Caboul, pour répondre à l’ultimatum qui lui a été envoyé. Si cette réponse n’est, pas satisfaisante, les Anglais entreront immédiatement en campagne et occuperont certaines positions stratégiques importantes de l’Afghanistan. Cette conduite a été résolue parce qu'il était nécessaire que l’Angleterre ne laissât pas compromettre sou prestige aux yeux des populations de l’Inde, qui auraient considéré le retard nus à l’ouverture des hostilités comme un signe évident de faiblesse. Mais la guerre, si elle a lieu, sera rude, car une dépêche annonce que les troupes cantonnées à Quettch souffrent déjà beaucoup du froid et que les chameaux meurent en grand nombre. Quant aux Russes, on ignore ce qu’ils font, et peut-être se prépare-t-il, du côté de Caboul, quelque retentissant coup de théâtre, qui, d’ailleurs, il faut bien le dire, ne pourra surprendre que les esprits inattentifs à ce qui se passe depuis quelque temps.
- LETTRE D’ANGLETERRE
- Correspondance particulière du Devoir.
- Londres, 21 Novembre 1878.
- Je vous ai dit, en vous rendant compte du congrès des trades-unions, que l’assemblée avait voté une résolution en faveur de la nomination d’ouvriers et d’ouvrières comme sous-inspecteurs de fabriques et d’usines . On ne se contente pas ici de s’endormir sur les résolutions votées, l’exécution en est confiée à un comité spécial dont les frais sont payés et qui tient à honneur de remplir sa mission fidèlement et avec tout le succès possible. C’est ainsi que hier mardi le comité parlementaire élu au dernier congrès s’est rendu au département de rintéri-ur où M. IL Penninglon, membre du Parlement pour Stockport, un ancien marchand, a introduit les unionistes auprès de Sir White Ridley. Outre les membres du comité, iL y avait des députations envoyées par les unions de Blackburn, de Stockport, d’Oldhanu, de
- Baitan, de Preston et de plusieurs autres contrées importantes.
- M. Broadhurst, le secrétaire général du congrès, a donné lecture du mémoire rédigé sur la question demandant à ce qu’on augmente le nombre de sous-inspecteurs et d’assistants sons-inspecteurs pour veiller à l’exécution de la loi qui réglemente le travail dans les ateliers, fabriques, manufactures et usines.
- M. Birtwistle propose que le ministre de l’intérieur autorise dans chaque district l’inspecteur à nommer des ouvriers respectables pour agir comme inspecteurs sous ses ordres. Il a expliqué que la loi est tout le temps éludée ou violée ; en dépit des règlements, on fait travailler outre ce qui est permis les enfants, les femmes et les jeunes filles. Dès que l’inspecteur est en train de visiter un atelier, oti s’attend à sa visite partout ailleurs et l’on se met en garde contre toute surprise, en même temps que l’on évite bien pour le moment d’enfreindre les ordonnances.
- En employant des ouvriers comme inspecteurs, cet abus ne pourra guère continuer ; ou ne parviendra plus à prévoir et à prévenir les inspections par cela seul que la visite des ouvriers chargés de cette mission ne sera jamais connue à l’avance.
- M. Ashlon, délégué d’Oldham, a informé le haut fonctionnaire qui recevait la députation que les inspecteurs avouaient souvent qu’il ne leur était pas possible d’obtenir l’entière exécution de la loi, ni d’y veiller parce qu’ils avaien t trop à faire. Il n’est pas rare qu’on détienne dans certaines fabriques des jeunes filles à la tâche depuis six heures du matin jusqu’à six heures du soir, sans même leur accorder de repos pour leurs repas. Il est difficile aujourd'hui d’employer des enfants avant l’âge, car les patrons sont tenus de faire produire l’acte de naissance et le certificat du maître d’école de chaque apprenti qu’ils acceptent. Il est bien quelques cas encore sans doute où cela ne se fait point, mais ce dont on se plaint le plus, c'est de l’excès .de travail.
- Le surcroît de travail imposé aux plus faibles est un abus criant, et tous les moyens pour l’empêcner sont légitimes, disent les ouvriers qui ne craignent pas seulement une concurrence fâcheuse pour les bras valides, mais la ruine complète des jeunes générations qui s’élèvent. En tout cas, le système proposé n’est pas donné comme devant être définitif; on demande d’en faire l’essai pour voir ce qu’il produira. Sir Ridlet, en répondant aux délégués, a regretté l’absence du ministre M. Cross qui est l’auteur de la loi sur les ateliers et il a promis de lui remettre le mémoire du Congrès des trades-unions, afin de voir de quelles améliorations la loi est susceptible pour guérir ou corriger le mal dont on se plaint. Ce n’est pas une réponse nette, ni décisive, mais les membres des unions ne sont pas gens à se laisser leurrer; ils reviendront à charge aussi-longtemps qu’on aura fait justice à leurs réclamations et qu’on aura admis leur demande plus que raisonnable.
- Tout cela n'empêche pas que la détresse augmente. A Shefïield et dans les environs, on ne compte pas moins de quatre mille logements vides ; il y a des usines où l’on ne travaille en moyenne qu’un jour par semaine depuis un mois. On cite des cas nombreux de décès provenant de privation, de dénûment. Le maire va convoquer un meeting public des habitants pour aviser aux moyens de combattre cette misère excessive. Sur ce temps-là le parti conservateur trouve moyen de se gorger dans un triomphe factice. Lundi soir, lord Henry Lennox, assis à un banquet de conservateurs à Chi-chester, déclarait que la crise actuelle s’offrait sous un aspect plein d’espoir et que, d’après lui, l’Angleterre, avec les ressources qu’elle possède aujourd’hui, n’a plus désormais à craindre, personne n’oserait se mesurer avec elle.
- Vous dire que rien n’est étroit comme la cervelle d’un conservateur en tout pays, c’est vous dire une banalité, on connaît la force d’intelligence de ces gens-là ; mais on se figurerait difficilement le degré de prétention sotte qui hante le cerveau vide d’un tory anglais. C’est le chauvinisme ignare et arrêté Je plus absolu qui se puisse imaginer et qui n’a d’excuse pour sa stupidité et
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- son entêtement que son ignorance crasse de toutes les choses de la vie moderne.
- Pour lui,il n'est rien au-dessus de l’Angleterre; le pain anglais est le meilleur du monde, le travail anglais est le meilleur au monde ; il vous dira : le vin anglais est le premier au monde ; n’allez pas lui soutenir qu’il n’en croit pas en Angleterre, il vous regardera béatement en souriant et vous prendra en pitié, peut-être même con-descendra-t-il à vous dire : non ! ce n’est pas. Si vous lui répliquez que le vin qu’il boit vient de France, il prendra son ton placide de nouveau et dira, non ! il est possible que vous ayez du vin eu France, mais le vin anglais est meilleur. Notez que ce n est point là une charge; j’en ai vu cent exemples dans l’industrie et dans les arts. Pour ces braves Anglais de race, tout ce qui se vend chez eux est à eux et doit provenir d’eux. Eh bien, c’est la foule moutonnière de ces bourgeois obtus qui fait la force du gouvernement qui vous administre aujourd’hui ; oh ! les conservateurs, qu’ils conservent bien leurs privilèges et leur sottise. Iis sont d’ailleurs les mêmes partout.
- LE DROIT POLITIQUE DES FEMMES.
- L’Angleterre et l’Amérique se préoccupent de l’avé-nement de la femme aux droits politiques.
- En Angleterre, les mères de famille sont déjà électeurs du Conseil d’instruction publique, et avant peu leurs droits seront encore étendus.
- M. Courtney, au mois de juin dernier, introduisit, devant le Parlement anglais, le biil relatif au suffrage des femmes. Ce bill fut repoussé, mais à une majorité plus faible que les années précédentes. La question gagne donc du terrain dans le royaume d’Outre-Manche.
- Aux Etats-Unis, elle offre déjà une certaine consistance et se trouve érigée en fait dans le territoire de Wyoming, où les femmes peuvent arriver aux plus hautes fonctions. Dans plusieurs des Etats ou territoires de l’Union, les femmes sont électeurs et éligibles aux jurys judiciaires et aux conseils d’instruction publique. Dans le Sud même, depuis que la guerre de sécession a donné aux nègres leurs droits d’hommes libres et de citoyens électeurs, plus d’un ancien propriétaire d’esclaves se demande si réellement sa femme et ses filles, intelligentes et instruites, ne pourraient aborder le scrutin avec autant de raison et d’utilité que les anciens esclaves abrutis.
- La France n’a pas les mêmes motifs pour s’occuper de cette question ; mais par ce temps où les choses marchent à la vapeur et à l’électricité, il n’est pas étonnant que l’idée des droits politiques de la femme s’éveille à son tour chez nous.
- Nos opportunistes pourront dire avec raison que le moment n’est pas venu de s’occuper de chose pareille. Quoiqu’il en soit, nous croyons devoir donner place dans Dos colonnes à la lettre que nous écrit à ce sujet MUe Louise de Lasserre, tout en lui laissant la responsabilité de ses opinions.
- « Monsieur le Rédacteur,
- « Il y a trois mois que, pour la première fois, on a vu «s’ouvrir à Paris un Congrès international en faveur du « droit des femmes.
- « Permettez-moi d’examiner dans votre journal les
- « préventions qui ont pu faire que la question du droit « politique des femmes n’a pas trouvé place à ce Con-« grès.
- « Il me parait regrettable qu’en France, sous le régime « républicain, un tel sujet ait été passé sous silence.
- « Le droit politique accordé aux femmes ! Ces mots « seuls suffisent ici pour provoquer des protestations et « des objections qu’il convient d’examiner.
- « Du jour où les femmes seraient appelées à voter, elles « apporteiaient, pense-t-on, un nouveau contingent de « force aux cléricaux, aux réactionnaires; si les femmes « s’occupent de politique, elles abandonneront le foyer « où leur place est si bien marquée, etc., etc. a Examinons ces objections,
- « Le droit de vote pour les femmes correspondrait a à une recrudescence de réaction. Ceci nous ne le nions « pas. A l’hem’e qu’il est, il n’existe pas de plus grand « obstacle au progrès social que le clergé, et si cette « puissance est encore debout, nous avouons humble • « ment que c’est aux femmes qu’elle doit sa dernière « lueur de vitalité* Le prêtre gouverne un grand nombre « de familles par l’intermédiaire de la femme ; il influence « le vote du père de famille par la femme qui sait « glisser adroitement dans la main qui se tend vers elle a avec confiance, le bulletin que l’homme, fier de ses « prérogatives, ira déposer dans l’urne ; il capte les force tunes par la femme ; il élève les enfants par sa domi-« nation sur la mère. En un mot, le prêtre est un tiers « constant, permanent, entre l’époux et l’épouse, et si « l’un est le maître absolu de la maison, l’autre règne « bien plus sur l’âme féminine.
- « Si l’intervention des femmes dans l’Etat pouvait être « un danger dans les commencements, nous ne crai-« gnons pas d’affirmer qu’il serait une sauvegarde pour « l’avenir et le véritable moyen de détruire toute « influence funeste.
- « Quel est le motif de la puissance du prêtre? De « l’abandon dans lequel gît la femme, de sa nullité dans « la famille, de son état d’infériorité et de la façon « orgueilleuse dont elle est traitée par son mari et même « par ses fils. Au confessionnal, elle trouve un homme « doux, persuasif, qui a pour elle respect et bonté, qui « parle à son âme, qui la compte pour quelque chose.
- « Si elle souffre, il la console ; si elle est incomprise par * son mari, le prêtre la plaint et sait, dans des entretiens « mystiques, exalter les sentiments que, jusqu’alors,
- « elle avait été obligée de les refouler en elle-même.
- « Mais que demain la femme devienne un être libre de « penser, d’agir ; que sa dignité soit sauvegardée dans le « mariage, et, hors le mariage; qu’elle cesse d’être une « chose, honteusement exploitée par le plus fort; que le « magistrat daigne se montrer juste envers elle ; en un « mot, qu’elle fasse partie de l’humanité et qu’elle ne soit « plus traitée comme une passivité, et nous pouvons être « assurés alors que le confessionnal sera déserté pour le « foyer.
- « Du reste, le droit est le droit, il est indéniable, et
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- « l’humanité estun tout, composé de deux sortes d’êtres « qui, si ils ont des fonctions différentes dans la nature,
- « ont des forces équivalentes.
- « Que les hommes, avant de nous reprocher notre « incapacité politique, se souviennent, qu’en 1848, le « suffrage universel qui fut donné au peuple ne servit « qu’à faire Vempire. Pourtant, c’est à cette loi si belle « que nous devons la République de 1878, si glorieuse « pour notre pays.
- « Nous savons que les penseurs vont nous répondre « qu’ils veulent en effet la femme un être indé « pendant, et, pour preuve, ils nous parleront de leurs « efforts multiples depuis quelques années.Eh bien! à « ces penseurs nous répondrons :
- a Si vous êtes de bonne foi, vous faites fausse route.
- « Vous savez bien que tant que la femme n'aura pas de « droits politiques, elle réclamera en vain les droits « civils.
- « Pourquoi donc le maître dépouillerait-il son auto-* rité en faveur d’un être qui ne lui est d’aucune utilité ?
- « qui n’a aucune pression à exercer sur sa volonté, qui a doit tout attendre de son bon vouloir, de son caprice?
- « Pourquoi les députés votent-ils parfois des lois qu'ils « désapprouvent? Parce qu'ils ont besoin des électeurs!
- « Les congrès se succéderont les uns aux autres, les « sociétés se fonderont sans amener aucun changement.
- « Les discours retentiront du haut de la tribune des « clubs, des voix puissantes de dévouement et de contt viction s’épuiseront sans que l’écho même redise « leurs sublimes revendications.
- a Nuis ne sont plus, sourds que ceux qui veulent « pas entendre.
- « Que les femmes ne se bercent pas de fausses espé-« rances; elles ne pourront prétendre à l’égalité que le « jour où, sans détours, sans hypocrisie, elles iront a elles-mêmes déposer dans l’urne leur bulletin de « vote, droit qu’on ne peut leur méconnaître, puisqu’elles « payent les impôts, qu’elles sont soumises aux lois « répressives, et que Phistoire peut attester la part glo-« rieuse qu’elles ont prise aux grandes époques de nos « luttes sociales. Il leur est interdit de s’occuper des « intérêts de l’Etat, et pourtant il y a des femmes qui « gémissent dans les prisons politiques, et d’autres sont « mortes pour leurs convictions.
- « Les femmes ne font pas la guerre, dira-t-on. Cela est « vrai ; mais pourtant elles donnent plus que leur vie à « la patrie, puisqu’elles voient tomber leur époux, leur « fils. D’ailleurs, si les femmes ne font pas la guerre, la « paix, si désirable, n’en sera que mieux assurée. Le « progrès matériel et l’adoucissement des mœurs en « profiteront.
- « Louise de Lasserre. »
- PENSÉE
- C’est au moyen de la mort, c’est dans l’acte même de mourir, que la vie se montre dans ce qu’elle a de plus élevé, de plus sublime. Toute mort est un enfan-
- tement. A proprement parler, nul être ne saurait mourir dans la nature, puisque la nature entière est vivante. La mort ne tue donc pas. La mort n’est autre chose que le développement instantané d’une vie nouvelle, jusque-là cachée dans la vie qui a précédé. La mort ainsi que la naissance sont d< s progrès de la vie, de nouveaux degrés qu’elle |fran-chit, à chacun desquels elle s’épure de plus en plus, tendant de la sorte \k une manifestation d’elie-même qui doit devenir de plus en plus complète.
- Fichts. Destination de VUomme. Conclusion.
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de M“« Marie HOWLAND Voir n° 4 (tome 1), à n° 9 (tome 2)
- Chapitre XXVII.
- La sainteté du ma s iag’e
- (Suite).
- Clara redoutait cette entrevue, elle savait bien que sa mère ne pouvait lui donner raison. Aussi commençât elle par exprimer ses regrets d’avoir été obligée d’agir comme elle l’avait fait ; puis, elle pria madame Forest d’accepter le fauteuil. Celle-ci refusa avec bonté et prit un châle dont elle enveloppa les épaules de sa fille, car la matinée était fraiche. Clara fut touchée de cette attention et en signe de reconnaissance baisa la main de sa mère.
- Madame Forest demanda à connaître toute 1 histoire de la rupture du mariage de sa fl lie : Clara entreprit le récit de ses peines, mais ne put aller jusqu’au bout. Sa mère essaya de la calmer, puis, s’étant confortablement installée, se mit à coudre. Une de ses rassurantes remarques fut qu’elle ne doutait pas qu’Albert pardonnerait ce départ, et écrirait à sa femme de revenir à lui.
- « Cela prouverait uniquement combien peu il connaît la fille de mon père, » dit Clara.
- « La fille de votre père, » répliqua vivement madame Forest, « fut toujours une sorte de don Quichotte féminin avec des idées et des caprices inconnus à toute personne sensée. »
- — u Je n’ai jamais eu l’ambition d’être ce que vous appelez une personne sensée; se conduire par la raison seule peut être une très-bonne chose; mais, pour moi, je ne crois qu’au cœur. »
- — « Et, sans doute, vous avez lassé la patience d’Albert avec vos idées romanesques. »
- « Croyez-vous ? » fitjClara d’une voix distraite
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- « je désirais être aimée de lui, chère maman; si c'est là être romanesque, je susi certainement coupable »
- — « Il vous aimait, cela n’est pas douteux; mais vous ne deviez pas attendre qu’il se livrât à des transports passionnés de cinq en cinq minutes. C’est folie d’espérer cela après le mariage, et de très-mauvais goût de le désirer Si vous aviez un enfant pour vous occuper, vous désireriez moins de continuelles démonstrations d’amour de la part de votre mari. »
- « Je préférerais l’affection d’Albert à celle d’un millier de bébés, » s’écria Clara que l’idée de cet enfant impossible irritait.
- — « D’un millier ! c'est probable »
- — « Eh ! bien, d’un alors ; je suis contente que mon mari se soit montré indifférent à mon égard avant qu’un pareil événement arrivât. D’ailleurs, Albert dit que je n’aurai jamais d enfants, parce que je suis trop nerveuse. »
- — « A-t-il dit cela? C’est très-mal à lui de parler ainsi quand il y a si peu de temps que vous êtes mariés; il n’avait aucun droit de dire une chose aussi cruelle. »
- Clara s’étonnait de l’importance que sa mère attachait à ce détail. Certes, ce propos l’avait blessée, en ce qu’il était une preuve de la froideur d’Albert; autrement, elle ne s’en serait pas occupée, car ce ne pouvait être en rien un reproche à son adresse. Madame Forest ne semblait pas comprendre la distinction.
- Elle employa toute son éloquence à persuader à Clara de se réconcilier avec Albert, lui représentant l’odieux d’une séparation, la fortune et la position des Delano, les avantages d une pareille alliance; mais tout échoua près de Clara qui n’avait pas d’ambition.
- Des ressources suffisantes pour assurer un intérieur agréable, quelques livres et des fleurs, c’était là tout ce dont la jeune femme avait personnellement besoin; eût-elle été privéé de ce renfort ordinaire qu’elle se fût résignée sans murmure et eût travaillé nuit et jour, heureuse de rendre ces privations moins dures à son mari. Telles furent les idées qu elle exprima devant sa mère.
- — « Naturellement, » dit Madame Forest, « toute femme aimante en ferait autant, mais n est-il pas meilleur encore d’avoir la richesse et le rang qui donnent entrée dans la meilleure société ? »
- — « La meilleure société, chère maman, est à mon sens celle des penseurs et des esprits cultivés et, pour arriver à ceux-là, on n’a besoin de la recommandation ni du rang ni de la richesse. »
- « Je ne puis penser qu’une chose, » dit Madame
- Forest d’un ton brusque,« c’est que vous regrettez la fortune de v >tre mari et qu en même temps vous rêvez d’amour dans une chaumière. »
- « Que vous me comprenez peu, chère maman, » dit Clara avec lassitude. « Vous ne tenez aucun compte des pensées qui me sont les plus chères et les plus sacrées. Albert faisait de même.
- « Cependant, je ne lui aurais pas demandé de me comprendre et me serais contentée de mon sort s il ne fût devenu si indifférent pour moi et n’eût plus trouvé de charme que dans la conversation d Ella, conversation qui n’est après tout qu’une minauderie de singe comparée à celle d’une personne sérieuse. »
- « Vous voulez dire comparés à la vôtre, » interrompit madame Forest.
- — « Eh bien, oui I Que sert-il d’être modeste en présence de la vérité ? Ella n’est en rien mon égale. Si elle l’eût été, je me serais moins étonnée de l’infatuation d’Albert. »
- Ici, madame Forest accabla Clara de questions et finit par lui arracher tout le récit de l’aventure de Douvres.
- « Comment donc, Clara ! » s’écria-t-elle, « que ne disiez vous cela tout d’abord ! j’ai été trop sévère, ma chèie enfant. Naturellement vous ne pouviez endurer un tel affront; pourquoi n’avoir pas dit cela tout de suite ? »
- — « Oh! je n’y attachais pas tant d’importance. Albert d’ailleurs n avait pas l’intention de me faire affront; il entendait tenir secrète cette aventure. »
- Madame Forest était outrée; et, pendant quelques minutes, elle exprima vivement son indignation contre miss Wills.
- Clara assura à sa mère qu’Ella n’était coupable d’aucune inconvenance autre que d’avoir pris rendez-vous avec Albert, puis elle ajouta : « Mais cela m’importe bien peu; 1 amour d’Albert étant perdu, tout est perdu. »
- Madame Forest fut heureuse de penser que son gendre n’était pas coupable d’une infidélité absolue, puis se flatta de nouveau qu’une prompte réconciliation était possible.
- — « Oh 1 mère ! vous ne savez pas ce qui nous divise Albert et moi ; nous ne parlons pas le même langage. Ne comprenez-vous pas que je ne puis me soucier du corps quand je pense avant tout à l’esprit ? Une fidélité causée par l’amour serait précieuse pour moi, mais quel prix voulez-vous que j’attache à une chasteté sans autre motif qu’un serment que l’on maudit ? Pardonnez-moi, mère, vous êtes trop matérielle pour me comprendre, une seule espèce d’infidélité pouvait me séparer d’Albert, et celle-là il l’a commise un millier de fois. Pourquoi reprendrais-je
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- ma chaîne ? Ainsi que je vous l’ai dit hier soir, je n’ai pas de mari. Vivre avec Albert, alors qu’il aspire à la présence d’une autre femme, blesse mon sens de moralité. »
- — « Mais vous êtes l’épouse de M. Deiano. Vous avez un droit légitime à sa fortune. La loi ne vous affranchit pas plus de vos devoirs envers lui qu’elle n’excuserait votre mari de ne pas prendre soin de vous. »
- — « La loi est insensée et je n’en ai nul souci. Quel est mon droit à la propriété d’Albert Deiano ? Je ne lui ai rien apporté. S’il était à moi par le cœur, je n’aurais aucune répugnance à partager tout avec lui; mais retourner vers son indifférence, pour éviter le scandale ou parce que la loi l’oblige à prendre soin de moi, je préférerais mourir ! Si je dois être entretenue, par grâce, que j’aie au moins l’excuse de l’être au nom d’un mutuel amour. »
- u O Dieu ! » s’écria madame Forest, « jamais une femme n’a prononcé de pareils discours. On dirait que vous n’avez aucune idée de la sainteté du mariage. »
- — « Chère maman, je vous accusais il y a un instant d’être trop matérielle, et je me suis reproché cette parole; mais, en vérité, vous avez une façon d’envisager le mariage qui m’épouvante. Il n’y a plus de mariage quand l’amour est mort; je ne pourrais vivre en jouant cette comédie lugubre. »
- Et Clara retomba épuisée dans son fauteuil. Madame Forest espérant que sa fille entendrait raison lorsqu’elle serait plus calme, l’abandonna à ses pensées et quitta la chambre. »
- Chapitre XXVIII.
- Effet du pardon (l’Allx'rt Deiano.
- Dès quelle eut recouvré quelque force, Clara se rendit chaque jour vers Susie et consacra beaucoup plus de temps à ces visites que Mme Forest ne l’eût désiré.
- Un jour, Susie était dans la serre, occupée à mettre en pots des plantes de tubéreuses, lorsque Clara vint la trouver. « Ces plantes, » s’écria la jeune fille avec autant de sérieux que si le sort du monde dépendait du succès de l’opération, « ne doivent pas fleurir avant le milieu de décembre. Si vous restez avec nous, Clara, nous ferons une grande entreprise horticole. Nous vendrons non-seulement des fleurs, mais encore des arbustes d’ornement et des arbres verts. » Puis, conduisant son amie au jardin ; « Voyez, » continua-t-elle, « ces jeunes genévriers et ces sapins, ils viennent admirablement. Oh ! si j’avais un millier de dollars 1 mais patience, je ferai cet hiver un joli bénéfice. »
- Et l’excellente Susie se mit à expliquer ses plans d’avenir et ses espérances. Tout en parlant, elle s’arrêta au milieu d’un massif de verveines où ses ciseaux taillèrent sans pitié les fleurs et même les tiges sur une certaine longueur. Clara se récria devant ce massacre.
- « Voyez-vous, » dit Susie, «je suis sûre de ce que je fais avec les verveines. Grâce à vous, « je connais un peu de botanique, et j’ai appris beaucoup de détails utiles chez Anderson. Vous n’avez pas idée combien cet homme a été bienveillant pour moi. Il s’est engagé à acheter les tubéreuses, les fleurs d’oranger, les camélias, les violettes et les roses blanches que je pourrai produire d’octobre à avril. Je lui enverrai sous peu mes premières fleurs d’oranger. A l’époque de Noël, chaque camélia vaudra cinquante cents et m’en rapportera quarante-cinq. L’hiver dernier je n’ai pu vendre que trente camélias ; cet hiver j’en aurai au moins cinquante, et l’hiver prochain, peut-être dix fois autant. Mais j’aurais besoin de quelqu’un pour m aider. Mme Buzzell devient vieille ; elle ne peut plus s’occuper de la maison comme autrefois et je ne dois cependant pas négliger mes fleurs. »
- « Pourquoi ne viendrais-je pas avec vous ? » s’écria Clara avec enthousiasme. « Susie, j’ai la révélation, comme disent les spiritualistes, que cette entreprise horticole est une voie indiquée par le ciel lui-même pour notre commun salut. Je puis, si cela est nécessaire, vendre ma montre, quoique j’y tienne, parce que c’est un présent de M. Deiano père ; j’ai une envie démesurée de travailler. Que pourrais-je faire dès maintenant ? Pourquoi laisser là ces verveines qui pourrissent et ne pas utiliser ces mignonettes en pleine fleur? »
- « Ah ? » dit Susie, « si je savais où les vendre en ville, j’en ferais de charmants petits bouquets à mettre au corsage ou dans les cheveux. » En disant ces mots, la jeune fille entourait une verveine rouge de mignonnettes blanches, le tout serti de quelques feuilles de géranium à la rose. « Voyez, » fit-elle,
- « cela se vendrait bien dix cents ou cinq au moins. »
- « — Certainement, Susie, on en vendrait des milliers. Je pense que miss Galway, ma couturière, pourrait en placer un nombre illimité ; faisons une centaine de ces bouquets, voulez-vous? Vous les porterez demain à miss Galway avec un mot de ma part. J’ai sa confiance et crois pouvoir compter sur son assentiment. Dans tous les cas, rien ne sera perdu si nous échouons. »
- Susie adopta l’idée avec empressement et le travail commença. Avant que Clara rentrât chez son père, elle et Susie avaient fait cent cinquante bou-
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- quets qui, le lendemain matin, étaient en vente, à dix cents la pièce, dans l’une des vitrines de miss Galway.
- Susie avait été charmée de son entrevue avec la couturière. Miss Galway s’était prêtée de la meilleure grâce du monde à ce qu’on attendait d’elle. Deux bouquets avaient été vendus en présence de Susie en moins de cinq minutes.
- « Oh ! Clara, » disait Susie en racontant les faits à sa compagne, « que n’ai-je eu cette pensée au commencement de la saison ; j’aurais vendu tout l’été des fleurs à miss Galway. »
- Trois jours après, la couturière envoyait douze dollars, frais de commission déduits ; elle annonçait en même temps que les derniers bouquets avaient été vendus sur la place par sa petite sœur et qu’une nouvelle provision était attendue avec impatience.
- Susie envoya donc de nouveaux bouquets ; mais bientôt quelques fleurs, les géraniums surtout, vinrent à manquer, car on n’avait pas compté sur un débouché semblable. Aussi, l’imagination active de Susie ne cessait-elle de former et d'exécuter de nouveaux plans.
- (A suivre.)
- BIBLIOTHÈQUE DU FAMILISTÈRE.
- Le Faministère de Guise met au service des mille personnes qui composent aujourd’hui sa population une bibliothèque fort riche et fort variée, comprenant de bons romans, des voyages, de nombreux volumes de science vulgarisée et une collection moins considérable mais très-bien composée d’ouvrages relatifs à la science sociale.
- Cette bibliothèque s’enrichit constamment, grâce surtout aux dons que veulent bien lui faire des personnes qui s’intéressent à l’œuvre.
- Ainsi dans ces trois dernières semaines, la bibliothèque du Familistère a reçu quarante volumes, savoir : de M. Ch. Fauvety, 19 volumes de la Revue politique et littéraire dont il était directeur.
- 2 volumes de la Revue du XIXQ Siècle de M. Pouliquen, 1 » le Phalanstère.
- 15 séries du journal la Phalange. de M. B. Rampal, 2 volumes. Cours & Economie politique a l'usage des ouvriers, de Schulze-Delitscli.
- A l’avenir, le Devoir publiera un bulletin des dons faits à la bibliothèque du Familistère et rendra compte de toute publication qui sera adressée en deux exemplaires, dont un pour la rédaction du Devoir et l’autre pour la bibliothèque de l’institution.
- Un musée est également en voie de formation au Familistère, et la rédaction du devoir espère qu’en portant
- le fait à la connaissance de ses lecteurs elle verra naître pour ce musée une sympathie égale % celle qu’inspire la bibliothèque.
- CHRONIQUE SCIENTIFIQUE
- Un monstre
- Nous extrayons de Lyon médical quelques passages d’an intéressant travail de MM. Colrat et Rebatel, relatif à un monstre des plus curieux. Il s’agit d’un enfant du sexe masculin âgé de 12 mois 1/2, présentant deux têtes, quatre membres supérieurs, deux thorax, un abdomen, un pénis et deux membres inférieurs.
- Baptiste et Jacques Tocci, tels sont les noms de ce double être, sont nés le 4 octobre 1877 à Loccana, arrondissement d’Ivrée (Haute-Italie). Leur père, qui les accompagne, a actueliehient 32 ans; leur mère n’est âgée que de 20 ans : c’est une belle et vigoureuse femme, brune comme une Italienne, parfaitement constituée.
- Les deux jumeaux sont bien portants et vigoureux pour leur âge. Leurs figures sont expressives, intelligentes, présentant des traits frappants de ressemblance ; Jacques, cependant, a la figure plus pleine que son frère. G était le contraire à l’âge d’un mois. Les cheveux blonds sont sensiblement de la même couleur, ainsi que les yeux-, de nuance gris bleu. Ils n’ont de dents ni l’un ni l’autre.
- Ainsi que nous l’avons dit, les deux têtes, les deux cous et les deux troncs dans leur partie supérieure, sont absolument distincts, si bien qu’on croirait, en avant comme en arrière, voir deux individus. A partir d’une ligne qui passerait par les insertions du diaphragme, le corps du monstre vu par sa face antérieure présente l’aspect d’une seule personne, sauf le volume un peu exagéré de l’abdomen. Il n’en est pas de même en arrière où l’on constate deux rainures dorsales, ce qui tient à l’existence de deux colonnes vertébrales distinctes dans toute leur étendue. Les côtes ne paraissent nulle part se confondre. En somme, le monstre a la forme d’un Y dont les branches supérieures, beaucoup plus longues que l’inférieure, seraient presque en ligne droite, se rapprochant ainsi de la forme du T.
- Les jumeaux présentent toutes les apparences d’une excellente santé.. Leur développement est à peu près celui d’un bel enfant de leur âge. Ils sont gais et jouent avec entrain. En les considérant, on constate tout de suite l’indépendance absolue des deux centres céphaliques, l’un peut dormir pendant que l’autre joue ou prend le sein, l’un rit quand l’autre pleure. Cependant, ils prennent d’habitude leur repos ou leur nourriture simultanément. Leur mère et leur nourrice, car ces deux femmes contribuent à leur allaitement, leur présentent les deux seins en même temps. L’observation de ces faits démontre l’indépendance des fonctions respiratoires. Celle-ci se constate
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- encore mieux si on découvre l’abdomen des enfants pendant que l’un crie, l’autre restant au repos On voit alors nettement la contraction isolée de l’un des diaphragmes et de la moitié correspondante des parois abdominales. Toutefois, pendant le repos, le rhythme respiratoire est souvent isochrone chez les deux enfants.
- L’examen stéthoscopique décèle la présence de deux cœurs indépendants situés sous le sein gauche de chaque sujet. Les pouls radiaux donnentpendant le repos le même nombre de pulsations (120 par minute). Lors de l’examen du docteur Mosso, le cœur de Baptiste battait 152 par minute, celui de Jacques 154. Les tracés de la pulsation cardiaque pris à cette époque montrent qu’il n’y pas toujours une concordance absolue entre les contractions des deux cœurs.
- Les centres cérébraux et spinaux étant distincts, il n’y a que trois hypothèses possibles pour la distribution des fonctions nerveuses dans les membres inférieurs ; ou les jambes dépendent toutes deux exclusivement d’un seul individu, ou elles appartiennent simultanément aux deux frères, ou chacun d eux commande à une seule jambe. Cette dernière disposition a été constatée. En effet, si, pendant que les deux enfants sont occupés à téter ou à jouer, on chatouille la plante de l’un des pieds, la tête seule du côté homologuedonne signe de sensibilité, et les bras d’un seul côté agissent pour éloigner la cause d exci tation. Quant à la motilité, le père nous a affirmé avoir souvent observé que si l’un des enfants est éveillé pendant que l’autre dort, il ne peut remuer qu'une seule jambe, l’autre partageant le repos de la tête correspondante.
- Baptiste et Jacques Tocci présentent la plus grande analogie avec un monstre double connu ous le nom de Rita-Christina, que Geoffroy Saint-Hilaire put observer à Paris en 1829 et dont il donne la reproduction dans son Atlas (pi. xv). Ce monstre xiphodynie vécut huit mois et demi et fut autopsié par Serre.
- Le squelette de Rita-Christina, dessiné dans l’ou-yrage d’anatomie pathologique de M. Lancereaux, répond exactemenl à l’idée que nous pouvons nous faire de celui des jumeaux Tocci, sauf que chez le premier les sternums étaient soudés dans toute leur étendue. Les phénomènes physiologiques présentent également une grande analogie chez ces deux monstres. Rita pouvait sourire pendant que Christina pleurait, tout comme Baptiste et Jacques. Enfin, Geoffroy Saint-Hilaire a pu constater que, pour la sensibilité et la mobilité, chaque jambe correspondait seulement à la tête du même côté A ce dernier point de vue, il est intéressant de rapprocher de ces deux cas les observations faites par M Paul Bert sur un monstre double pygopage, Millie-Christine qui a dernièrement parcouru la France. Chez Millie-Christine, si on touche un des quatre pieds, les deux tètes ressentent en même temps le contact. Seulement, la sensation est plus vive, plus distincte pour la tête à laquelle correspond le pied touché ; elle seule recon-
- naît les doubles contacts. Au contraire, pour le système nerveux moteur, chaque tête, chaque volonté ne peut agir que sur le membre correspondant comme cela paraît avoir lieu dans le cas que nous venons d’analyser. — Peut-on espérer voir les jumeaux Tocci fournir une longue carrière ? Ils ont déjà heureusement franchi les dangers du premier âge, et leur brillant état de santé actuelle est du meilleur augure pour l’avenir. Geoffroy Saint Hilaire ne cite-t-il pas, d’après l’historien Buchanan, le cas d’un monstre xiphodyme qui vivait à la cour du roi Jacques IY et qui atteignit l’âge de 28 ans? Quoiqu’il en soit, si Baptiste et Jacques Tocci parviennent à l’âse adulte, l’intérêt qu’ils offriront aux observateurs croîtra avec leur développement. Comment, par exemple, se fera la coordination des mouvements des membres inférieurs pour la déambulation ? Que de points obscurs deviendront faciles à préciser quand on pourra s’adresser à leur raison ? S’ils arrivent à la puberté, la situation étrange faite au point de vue génésique, à cette double intelligence, n’ayant à sa disposition qu’un serviteur unique, ne peut manquer d’être féconde en observations d’une haute importance physiologique On ne peut actuellement émettre aucune hypothèse à ce sujet, vu le manque absolu de faits expérimentaux analogues ; souhaitons-leur donc doublement longue vie et bonne santé.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- L'art pratique, par G. Hirth, album mensuel in-4. 12 planches au minimum par n°. 1 an : Paris, 18 fr. — Départements, 20 fr. Paris, librairie générale de l’architec-ture, Ducher et C'*.
- L’art, a dit Albert Durer, monte au cœur par le travail.
- C’est sous l’inspiration de cette pensée que M. Georges Hirth, bien connu par son Album de la Renaissance, a conçu la publication dont nous avons reçu les deux premières livraisons.
- M. Hirth rend un véritable service aux artistes, aux industriels et à tous les amateurs d’art et de style, en mettant entre leurs mains, réunis sous un format commode et à un prix relativement très modique, un semblable recueil de documents choisis dans les ouvrages des grands maîtres français, italiens, allemands, néerlandais, etc. C’est une vulgarisation bien comprise de nombreux éléments de travail et d’étude qui se trouvaient jusqu’ici dis>éminés dans des livres rares et coûteux, ou bien enfouis dans les cartons des bibliothèques et les portefeuilles des musées.
- Nous remarquons avec un vif plaisir que M. Hirth puise aux sources les plus autorisées. Le richissime Cabinet royal des estampes de Munich et le précieux et intéressant Musée de Bâle sont tout particulièrement mis à contribution.
- Nous ne pouvons mieux faire que de signaler à nos lecteurs quelques unes des 32 planches inÀ qui composent les deux premières livraisons. Albert Durer s’y distingue par une très-remarquable gravure sur bois, la Tr inité, par un portrait du conseiller Varnbu’er, et par deux blasons avec entourage historié. Holbein n’est pas moins bien représenté. Son hrist devant Caiphe est admirable ; ses esquisses de gaines et de poignées de sabre et de poignard, son alphabet orné d’enfants qui jouent ou font de la musique, sont d’un grand mérite. L’école
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- néerlandaise est représentée par un portrait d’après Van-Pjck, et une marine de Backhuizen ; l’école française par une protte el par des Amours de Boucher. Ajoutons encore un tableau équestre de Henri IL une fort belle la-npe antique, de superbes armures de l’Armeria de Madrid, des lettres initiales gothiques curieusement historiées ; enfin, un certain nombre de feuilles d’architecture.
- On voit par ces quelques lignes que l'Art pratique sera en réalité un musée portatif, d’une consultation attrayante pour l’amateur ou l’homme de goût et d’une valeur considérable pour l’artiste, pour le décorateur, pour l’industriel qui tient à voir la valeur de ses produits rehaussée par leur qualité artistique.
- Il est superflu d’ajouter que cette publication est tirée avec le plus grand soin. Le nom de ses éditeurs, MM. Ducher et G’*, est une garantie suffisante pour cela.
- Nous sommes forcés d’ajourner encore le compterendu de plusieurs ouvragés que nous avons reçus.
- Le Directeur-Gérant : Godin.
- Le groupe de 300 chevaux de Générateurs inexplosibles Belleville, du service de la force motrice de l’Exposition, ne sera démonté que le 23 novembre, afin que MM. les Membres du Jury, ainsi que les Ingénieurs et Industriels que la question intéresse, puissent venir constater le parfait état de propreté et de conservation de ces générateurs perfectionnés, après six mois d’un service très-chargé, effectué sans un seul jour d’arrêt. Cette exposition a valu à la maison J. Belleville et Gie la Médaille d’or et une nouvelle nomination dans la Légion d’honneur.
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- EXPOSITION UNIVERSELL'E DE 1878
- Nous avons déjà mis sous les yeux de nos lecteurs, dans notre numéro du 23 juin dernier, le dessin ci-dessus représentant .e dernier modèle de fourneau de cuisine sorti des ateliers de la manufacture Godin à Guise.
- Nous leur avons dit que ce fourneau, exposé au Palais du Ghamp-de-Mars, dans l’annexe du chauffage, classe 27, réunissait tous les avantages qu’une bonne ménagère recherche dans un appareil de ce genre : Propreté, Solidité, Économie.
- Avec ce fourneau, dont le prix est peu élevé, il est facile de préparer les aliments sous toutes les formes.
- Les grillades se font à l’aide du gril rond qu’on place au-dessus du foyer, les rôtis à la broche avec la lèchefrite qu’on pose sur la porte de gauche abattue en forme de tablette.
- Le four est vaste; enveloppé pat la flamme, il chauffe également de tous côtés, et, au-dessous, une étuve spacieuse sert à réchauffer les plats.
- La chaudière, placée à droite, fournit constamment de l’eau à une température élevée, et les deux trous qu’on voit au-dessus permettent d’y plonger des vases comme dans un bain-marie.
- Tout y est donc bien combiné pour la plus grande
- commodité de la ménagère qui peut ainsi faire toute sa cuisine à la fois, et l’économie est considérable, car un seul foyer, alimenté par le bois, la houille ou le coke, fournit la chaleur suffisante dans toutes les parties du fourneau, et un appareil spécial permet d’utiliser immédiatement les escarbilles pour entretenir le feu.
- Le jury de l’Exposition a, d’ailleurs, reconnu, après un examen sérieux, la perfection de cet appareil déjà très-bien accueilli par le public, puisqu’il a décerné à son inventeur la médaille d’or, la plus haute récompense attribuée dans la classe 27 aux appareils de chauffage
- Nous sommes heureux d’annoncer, en même temps, que la maison Godin a aussi obtenu une médaille d’argent dans la classe 43, où elle avait exposé des articles de quincaillerie, tels que boutons de porte, boules de rampe, porte-plats, flambeaux, coupes, encriers, vide-poches, etc., etc., en fonte émaillée et nickelée.
- Nos lecteurs qui désirent se procurer des fourneaux de cuisine, des cheminées, des calorifères ou des objets d’ameublement en fonte, n’ont qu’à s’adresser à messieurs les quincailliers, poëliers, fumistes, ferblantiers de leur ville, par l’intermédiaire de qui la maison Godin, de Guise, s’empressera de leur donner satisfaction.
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- [ ANNÉE, TOME 2 — N° 12 Journal hebdomadaire paraissant le ^Dimanche DIMANCHE 1er DÉCEMBRE 187 B
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- B û 1 lpirm i» J-iC 1/D V U1I
- POLITIQUE
- législation
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- MUTUALITÉ •• SOLIDARITÉ FRATERNITÉ
- ASSOCIATION DU CAPITAL & DU TRAVAIL
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- Un an. . . . 10 f. »»
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- ÉTRANGER
- Le port en sus.
- Rédacteur en chef : M. Ed. CHAMPURY
- ADRESSER LA CORRESPONDANCE AU GÉRANT, A GUISE (AISNE)
- Les Abonnements sont reçus e&i mandats de poste ou en timbres-poste et timbres d’effets de commerce français.
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- La ligne, . . 0 fr. 50 Les annonces sont reçues à Guise, au bureau du journal, età Paris, chez MM. Havas, Lafitte et Ce, 8, place de la Bourse.
- AVIS IMPORTANT
- L’Administration du DEVOIR fera présenter prochainement aux personnes qui reçoivent le journal depuis le 3 mars dernier et qui n’ont pas encore envoyé leur abonnement, une quittance de DIX francs pour l’année expirant le 9 mars prochain;
- SOMMAIRE
- 4 la religion laïque. — Inégalité de la production et de la consommation. — Semaine politique. — Variétés. — Une conséquence de la Loterie. — Une pensée de Herder. — Roman : La fille de son Père. —- Les écoles et l'enseignement de l'histoire. — La question des chemins de fer. — Bulletin bibliographique.
- A LA RELIGION LAÏQUE
- La Religion1 laïque nous demande de préciser davantage les observations que nous lui avons faites dans le numéro du Devoir du 10 novembre; cherchons donc à le faire.
- Nous avons dit qu’en matière religieuse, nous partageons les vues générales de M. Fauvety; que, par conséquent, son programme est le nôtre. Nous admettons avec lui :
- Qu’il faut la religion sans mystères, sans miracles, sans corps sacerdotal ;
- Qu’il est bon de se gouverner soi-même en marchant vers la perfection ;
- Qu’il est de notre devoir d’aider les autres à acquérir tout ce que nous avons acquis nous-même en savoir, moralité, bien-être;
- Qu’il faut chercher l’union des volontés, en donnant pour but à la vie de chacun et de tous la perfection dans la plénitude de l’existence.
- Ces propositions ont certainement une valeur capitale, mais elles restent dans les généralités morales, comme tous les grands préceptes des sages de l’antiquité : Zoroastre, Confucius, Mengtseu, Platon, Jésus et autres ; préceptes qui peuvent se résumer ainsi : Aimez les autres comme vous-même.
- Le temps et l’expérience ont démontré que si ces préceptes de la morale supérieure ont servi à solliciter individuellement l’homme à pratiquer le bien à l’égard de ses semblables, ils sont, par contre, restés insuffisants pour tracer les meilleures règles de morale qui doivent présider aux institutions de la
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- société. Ils énoncent une loi supérieure, mais ils ne formulent pas, ils ne précisent pas les obligations d’application progressive que l’humanité attend de cette loi.
- Or, la Religion laïque a si bien compris que l’idée religieuse doit avoir pour but le progrès de la société, qu’elle fait suivre son titre de ces mots : organe de régénération sociale. C’est précisément ce côté de la pensée générale de la revue de M. Fauvety que nous voudrions voir mettre en relief.
- Nous pensons que si la religion, devenue la science des lois d’ordre universel, peut exister sans mystères, sans miracles et même sans corps sacerdotal, elle ne peut pas exister sans cuite.
- Il faut, en effet, remarquer que si, dans le passé, les hommes ont été impuissants à comprendre et à traduire dans les faits de la vie les grandes lois morales qui leur étaient révélées, la forme cultuelle qu’ils ont attachée à la glorification de ces lois s’est perpétuée par la tradition, remplaçant ainsi le fond par la forme.
- Notre humanité, essentiellement matérielle, ne peut se passer de traduire en actes et en œuvres l’objet de sa religion, sous peine de voir celle-ci disparaître. Il faut, pour que la religion vive, qu’elle prenne un corps; ce corps est dans le culte, c'est-à-dire dans les choses recommandées à la pratique incessante des fidèles.
- Lorsque la pensée religieuse supérieure est confiée à de faux interprètes, le culte s’égare ; il s’éloigne de la vérité, et ne laisse que le simulacre de la pensée sociale dont il devait être l’expression»
- Les prêtres perdent alors de vue que la religion n’a d’autre objet que le progrès de la vie humaine le formalisme du culte devient la seule préoccupation des Églises ; la religion n’est plus qu’un vain mot dans l’esprit des croyants.
- Ainsi se perpétuent, par la puissance du culte, des traditions qui s éloignent de plus en plus de la pure vérité religieuse; et cela, parce qu’au milieu des maux dus à son ignorance originelle, l’humanité, faute de pouvoir distinguer le vrai du faux, accepte et pratique, dans sa soif du bien, les erreurs qu’on lui dit être la vérité.
- Quelle que soit la grandeur d’une pensée religieuse, les faits démontrent qu’il n’en survit et n’en peut survivre que ce qui est traduit en actes et en œuvres dans la société. Il faut donc, pour relever et faire revivre le véritable sentiment religieux, que la religion laïque ait son culte se traduisant en faits sensibles et témoignant de la supériorité de ia foi nouvelle.
- Quel sera ce culte
- Il doit être identique à la ’ érité religieuse et s’éloigner de toute forme puérile n’ayant d’autre effet que de fasciner les masses.
- Le culte de la religion laïque doit avoir :
- Pour symbole, la vénération de la vie humaine ;
- Pour objet, le perfectionnement de toute existence ;
- Pour moyens d’action, des institutions utiles pro-tégeant tous les citoyens ;
- Pour effet, le travail glorifié.
- Le culte de la religion laïque, devant consacrer, entre les hommes, la pratique et l’amour du bien, doit se traduire en institutions mutuelles, et donner lieu à l’association des individus dans la commune, des communes dans le département, des départements dans la nation, des nations dans l’humanité.
- Ainsi l’homme se relèvera devant lui-même avant de s’élever jusqu’à Dieu.
- Voilà le culte que nous voudrions voir établir, au nom de la religion laïque ne faisant plus qu’une seule et même chose avec la science sociale ; unissant, dans un même sentiment d’amour pour la justice, les intérêts du labeur et ceux de la richesse ; inaugurant par des institutions fraternelles , et sous l’inspiration des préceptes d’une morale véritablement religieuse parce quelle serait véritablement sociale, la paix définitive dans l’humanité.
- Q-odin.
- INÉGALITÉ DE LA PRODUCTION ET DE LA CONSOMMATION.
- Nous n’apprenons rien à personne en affirmant que les affaires vont mal, que tout le monde s’en plaint et que le moment est venu d’y réfléchir et de faire effort pour y remédier. En France comme à l’étranger, et peut-être à l’étranger plus qu’en France, le commerce et l’industrie chôment, des capitaux énormes sommeillent inutiles dans les coffres des banques et les chefs d’industrie voyant leurs stohs de marchandises ne s’écouler que difficilement, se trouvent dans la nécessité de ralentir la fabrication. Les ouvriers voient ainsi diminuer leurs heures de travail, et, parfois même, le taux de leurs salaires, et cependant leurs besoins ne diminuent pas. Le ciel ne s’attendrit pas sur leur sort et n’adoucit pas ses intempéries ; l’organisme maintient ses droits et réclame des aliments; enfin, les familles, les mères, les enfants ont les mêmes nécessités de se vêtir, & se loger, de se chauffer, de se nourrir.
- De cet état de choses résultent des misères
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- nombre et qui vont chaque jour s’aggravant. L’ouvrier est en guenilles, le logis est malpropt e, le foyer est sans feu et la table n’a pas toujours du pain. Des misères morales viennent s’ajouter aux misères matérielles; l’ouvrier s® décourage ; il se néglige ; il perd l’habitude du travail ; il prend celle du désœuvrement. Heureux encore s’il ne nourrit pas des colères sourdes ou s'il n’a pas recours aux ressources démoralisantes de la charité.
- En présence de tant de maux, l’économiste est forcé d’ouvrir les yeux ; il comprend les dangers de la situation ; il se demande quelles en sont les causes et comment il y remédiera.
- Malheureusement, 1 économiste est un homme de doctrine ; il considère la science qu’il cultive comme n’ayant plus de progrès à faire et, au lieu d’opposer à des faits nouveaux des solutions nouvelles, il se borne à faire des comparaisons avec le passé. « Il y a eu d’autres crises, dit-il, et le monde s’en est relevé ; il se relèvera bien encore de celle-ci. »
- Eh bien, non, les crises du passé ne sont pas de même nature que le marasme actuel des affaires, et si vous voulez me prêter un instant votre attention, vous vous en convaincrez.
- Lorsque l’on parle de crise, on nntend par là période difficile, période de gêne, d’embarras, qui a eu des causes accidentelles, qui peut durer plus ou moins, mais qui prendra sûrement fin un jour ou l’autre.
- Or, ce n’est pas d’une crise semblable que souffrent l’Europe, les Etats-Unis, les colonies lointaines ; c’est d’un mal lent, dissimulé, mais constant. L’illusion était possible à l’origine, elle ne l’est plus aujourd’hui
- Assurément, les faits politiques ont contribué dans une certaine mesure à ce marasme général ; ils ont hâté le moment de sa venue, accéléré son développement, facilité sa propagation, augmenté même son intensité ; mais ce n’est pas eux qui l’ont fait naître.
- Si le mal était localisé à la France seule, on pourrait s’y tromper, on pourrait dire qu’il est la conséquence fatale des fléaux, des calamités abattues sur ce malheureux pays, des longues années de gaspillage des budgets et d’agiotages sans pudeur, de l’invasion étrangère et de la guerre civile, de la dévastation du territoire et de la capitale, de la perte de deux provinces et de cinq milliards, enfin, de l’action néfaste de politiciens sans scrupule et sans patriotisme, assouvissant à qui mieux mieux leurs appétits, faisant obstacle à la sécurité géné-
- rale et imposant à la nation sans elle, malgré elle et contre elle, un gouvernement de combat qui ne lui inspirait que de l’horreur.
- Certes, tant de malheurs successifs, tant de fléaux, tant de calamités, ont leur part, leur grande part dans nos souffrances actuelles. Mais s’ils y sont pour une grande part, ils n’y sont pas pour tout. Les autres pays de l’Europe, épargnés par ces fléaux, souffrent autant que la France, et l’Allemagne, agrandie et enrichie, est peut-être de tous les pays celui où la souffrance est le plus aigue.
- C’est que les causes réelles sont autres que les faits politiques Moins facilement visibles, sans doute parce qu’elles sont plus profondes, elles ne se révèlent qu’à un examen attentif.
- La cause réelle, c’est qu’il.y a disproportion entre les forces colossales dont disposent les producteurs et les ressources assez restreintes des consommateurs.
- Ne l’oublions pas, voici bientôt un siècle que la liberté du travail, sa division et les puissances mécaniques dont il dispose, réalisent dans le monde une transformation aussi rapide que radicale. La libération du travail, la suppression de la plupart des entraves qui arrêtaient son développement, lui ont insufflé une émulation qu’il n’avait jamais connue et qui a produit une prodigieuse activité. Chacun a voulu faire mieux que son voisin, plus que son voisin, et plus d’un a fait à lui seul ce qui demandait autrefois le concours de plusieurs.
- La division du travail, sa subdivision jusqu’à l’infini, jusqu'à l’excès (il y a des hommes doués d’intelligence qui sont condamnés à passer leur vie à faire et à refaire la quatorzième partie d’une épingle!)* cette subdivision, en donnant des facilités de production que l’on n’aurait jamais obtenues sans elle, a largement contribué à l’accroissement inouï de la production.
- Enfin, rappelons-le, l’ndustrie, secourue par la science, a substitué l’action de forces extérieures à l’action personnelle de l’homme. La chimie, la mécanique inventent procédés nouveaux sur procédés nouveaux ; les forces de la nature sont conquises;' les torrents vaincus font mouvoir des turbines ; la puissance de l’air, domptée, perfore des montagnes, et le même fluide merveilleux qui produit la foudre dans les nuages illumine la scène de nos théâtres et le pavé de nos boulevards.
- C’est beau, c’est grand, c’est magnifique, mais réfléchit-on bien aux conséquences ? Où cela nous mènera-t-il si l’on n’y prend garde ? Où cela nous
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- a-t-il déjà mené ? Au manque de proportion entre la puissance de produire et la possibilité de consommer. La quantité de marchandises offertes est plus forte que la demande. De là, ralentissement forcé de la fabrication et chômage des ouvriers. Or, le chômage des ouvriers, c’est le précuseur de la ruine des patrons.
- Mais où est le remède alors ? Faut-il réorganiser les corporatio ns ? supprimer la division du travail ? renoncer à l’emploi des machines ?
- Il serait absurde de le proposer, On ne fait pas rétrograder la marche du progrès : les fleuves ne remontent pas à leur source. Si le développement du génie humain entraîne des ruptures d équilibre, il faut établir des compensations, voilà tout. Rétablir les corporations, supprimer la division du travail, ce serait retourner à l’ancien régime et désavouer la Révolution ; renoncer aux machines, ce serait désavouer la science et le génie. Ces mesures, d’ailleurs, n’aboutiraient qu’à faire hausser le prix des produits. Ce n’est pas en arrière qu’il faut jeter les yeux, c’est en avant.
- Ici les opinions se divisent. Un de nos lecteurs, sous l’impression de notre dernier numéro, nous écrit que le désarmement immédiat mettrait fin à l’état actuel des affaires. D’autre part, messieurs les protectionnistes réclament à hauts cris l’élévation des tarifs douaniers; enfin, de leur côté, les économistes, la masse des consommateurs, quelques producteurs et le ministre des finances lui-même affirment que l’avenir est au développement des échanges internationaux.
- Voyons si ces mesures seraient profitables, et dans le cas affirmatif si elles seraient suffisantes.
- Le désarmement immédiat rendrait à la production les millions d’hommes valides qui sont aujourd’hui sous les drapeaux. Du même coup, il augménterait de sommes assez rondes l’importance de la consommation, carie travailleur civil dépense plus pour sa subsistance et son agrément que l’Etat ne dépense pour l’entretien du soldat. Le désarmement produirait donc à la fois un renfort de producteurs et un renfort de consommateurs. Mais le supplément de consommation égalerait-il en importance le supplément de production? Il est permis d’en douter. Or, si l’on a déjà trop de produits, l’état des affaires s’aggravera d’autant, à moins toutefois que l’on ne prenne des mesures pour rétablir l’équilibre de la production et de la consommation (1).
- (1) Le lecteur peu familier avec les questions sociales peut remarquer à cette occasion combien elles sont dans une étroite solidarité.
- Le retour aux errements protectionnistes aurait des conséquences plus fâcheuses encore. Les portes de l’étranger se fermeraient à l’exportation, empêchant ainsi l’écoulement des produits. Les denrées ou produits de première utilité que nous recevons de l’étranger auraient à subir des frais de douane considérables. Tout renchérirait alors en conséquence. Que deviendrait en ce cas l’ouvrier qui déjà ne peut se suffire qu’à grand peine ?
- Enfin, le libre échange et l’amélioration des moyens de transport ne résolvent pas davantage le problème.
- Assurément il est à souhaiter au point de vue du prix des consommations que les échanges deviennent de plus en plus faciles, de plus en plus libres, de moins en moins onéreux. Plus les rapports sont faciles, plus le produit peut être offert à bon marché, et plus il est offert à bon marché, plus il y a de consommateurs qui en profitent et, par conséquent, plus la marchandise s’écoule avec facilité.
- Mais il faut tenir compte de ceci : plus vite le produit est consommé, plus vite aussi la valeur de ce produit est rendue à la production. Si la production n’est pas excessive, cette rapidité est un bienfait, mais s’il y a déjà excès de production elle est un malheur.
- Or, nous en sommes là aujourd’hui. Tous les pays se plaignent. Dans chacun d’eux les produits offerts dépassent de beaucoup la demande qui en est faite. A force de liberté dans la concurrence, à force de perfectionnements dans l’outillage, à force de subdivision dans le travail, la société est arrivée à produire non pas plus que les besoins réels, mais plus que les besoins formulés par la demande.
- A cet état de choses, il n’y a qu’un remède, qu’un seul remède, améliorer le sort du plus grand nombre et développer par cela même le s forces de la consommation au point de les faire équilibrer celles de la production. .En élevant le niveau du bien-être de ces millions de déshérités pour qui la consommation est réduite à son minimum, on élèvera d’autant leur consommation et permettra ainsi aux fabricants de reprendre avec activité 1 eurs travaux. Divin enchaînement des choses ! Si puissante est la loi de solidarité que la reconnaissance des droits de l’un profite aux intérêts légitimes de l’autre et que les intérêts de celui-ci ne peuvent conserver toute leur valeur que s’il reconnaît à celui-là la jouissance de ce qui lui revient.
- Eu. Champury.
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- LA SEMAINE POLITIQUE
- A l’heure où paraîtra le Devoir, il est vraisemblable que la Chambre des députés aura voté le budget dans son intégralité. La discussion de La loi de finances n’aura donc pris qu’une dizaine de jours au maximum. C’est là une pratique que nous ne saurions approuver. Certes, nous avons grande confiance dans les lumières de la commission et dans la droiture de ses intentions, et nous sommes persuadés qu’elle examine avec un soin extrême toutes les recettes et toutes les dépenses. Mais cela ne suffît pas. Il est nécessaire, quand bien même leurs propositions ne seraient pas approuvées, que les députés qui ont des projets financiers nouveaux, des combinaisons fiscales nouvelles à faire connaître, puissent être entendus et par la Chambre et par le pays. Mais n’ignorons pas que les agglomérations parlementaires, aussi bien que les individus sont souvent portés à qualifier d'utopies les plans de réformes dont les lignes s’écartent de l’ornière habituelle. Mais on oublie trop que c’est avec les utopies du jour que se font Les vérités du lendemain.
- Il serait donc à désirer que, l’an prochain, le budget fût réellement discuté, car nous ne pouvons considérer comme une discussion sérieuse les paroles précipitées qu’échangent entre eux, et souvent de leur place, quelques députés, quelques commissaires et quelques membres du gouvernement. Il faut que les représentants du pays puissent discuter largement la loi de finances et mettre au jour leurs idées sur les réformes à accomplir. Il faut aussi que le gouvernement soit amené à faire connaître ses vues sur la direction matérielle des affaires publiques. Il y a tant à dire sur le régime des impôts et sur l’administration de la richesse nationale, qu’on ne peut que déplorer de voir le Parlement enregistrer presque sans mot dire un budget de près de quatre milliards, si soigneusement, si loyalement élaboré qu’il puisse être.
- On ne saurait, en effet, considérer comme une discussion suffisante, les critiques, d’ailleurs peu fondées, dirigées contre le budget par le bonapartiste Haentjens, ni la réplique brillante deM. Wilson, qui s’est borné à faire l’apologie de ce qui existe et à démontrer la réalité de l’équilibre budgétaire. Les observations ajoutées par M. Léon Say n’ont guère eu pour objet que de justifier l'opération du trois pour cent amortissable. Quant aux réformes attendues, sinon pour le présent, au moins pour l’avenir, c’est à peine si les auteurs y ont fait allusion. Tout cela est beaucoup trop superficiel.
- Pour cette année, aussi bien que pour l’an dernier, il y a, i] est vrai, une excuse à invoquer. La situation n’était pas tellement assise qu’il fût prudent de livrer trop tôt au pouvoir exécutif le maniement des ressources publiques. On n’a voulu desserrer les cordons de la bourse, pour parler le langage familier, qu’au dernier moment, et le temps a manqué pour discuter des questions financières. Soit, passons condamnation pour cette fois, Mais, l’an prochain, grâce au renouvellement du Sénat dans le sens républicain, tout sujet d’inquiétude aura disparu, nous voulons l’espérer, et, alors, la commission du budget devra combiner les travaux de telle sorte que la discussion des lois de finances puisse commencer plus tôt et se faire large et approfondie. C’est ainsi que les choses doivent se passer dans un pays libre, républicain, et se gouvernant souverainement lui-même.
- Le Sénat s’est décidé à donner signe de vie; mais c’est pour susciter des difficultés au gouvernement. Il s’est résolu,^ après beaucoup d’hésitation, à interpeller le ministère sur la politique générale. 11 paraît que cet incident servirait de début au nouveau sénateur inamovible, C’est M. de Larcy qui déposerait l’interpellation,
- Iet M. Baragnon la développerait. Nous croyons que M. Dufaure aura aisément raison des attaques de ses adversaires, et il n’y a pas à se préoccuper beaucoup des conséquences 'de cette machination parlementaire.
- Les avis qui viennent des départements nous apportent des nouvelles favorables touchant le résultat probable des prochaines élections sénatoriales. La future majorité sera républicaine, ferme et modérée, et la Chambre haute reconstituée aura vraiment le caractère de la politique que M. Dufaure définissait il y a quelques jours à la tribune: républicaine libérale. Ce sera un progrès éminemment profitable au bien du pays.
- Dans la séance où M. de Fourtou a défendu son élection ou plutôt a attaqué le gouvernement avec une si rare audace, M. Gambetta, emporté par l’indignation, a laissé échapper le mot de « mensonge » lorsque l’ancien ministre du 16 Mai a prétendu que les républicains repoussaient systématiquement tous les hommes qui n’étaient point depuis longues années dévoués à la République. M de Fourtou a envoyé des témoins à M. Gambetta qui a consenti à se battre au pistolet avec le député invalidé dp Ribérac.
- M. Gambeüa a eu tort de sacrifier en cette circonstance au préjugé stupide du duel, et il est fâcheux de voir un esprit 'de cette trempe consacrer, par son exemple, des pratiques qui rappellent la barbarie du moyen-âge. L’existence de M. Gambetta est assez precieuse pour qu’il ne la joue pas à pile ou face contre la vie d’un Fourtou, et,à un point de vue plus élevé, il est inadmissible qu’un républicain aussi en vue, réhabilite, en quelque sorte, devant les esprits faibles, l'absurde et criminelle coutume du combat singulier. Comment veut-on que les mœurs se réforment, si ceux qui doivent l’exemple méconnaissent le mandai que leur incombe parleur situation et leur autorité.
- Le Journal officiel a publié ces jours-ci une note excellente pour porter à la connaissance du public une nouvelle qui sera très favorablement accueillie par l’opinion, dans nos campagnes. Il nous paraît utile de reproduire textuellement cette note importante malgré son étendue :
- « Lorsque le Crédit foncier fut fondé, on . pouvait espérer qu’il offirirait à l’agriculture le moyen de se procurer l’argent nécessaire, soit pour exonérer le fond, c’est-à-dire la terre, des dettes à courte échéance et trop souvent usuraires qui la grevaient, soit pour pratiquer les améliorations reconnues utiles par la science ou par une nratique intelligente.
- « Mais cette institution ne pouvait, d’après ses statuts, être utile qu’aux propriétaires, ou aux cultivateurs qui sont en même temps propriétaires, de telle sorte que le simple cultivateur, fermier ou métayer qui n’a d’autre gage à offrir que son honorabilité et ses instruments de travail, n’a pu trouver dans l’institution du Crédit foncier les moyens d’améliorer sa culture, ni aucun secours pour traverser les temps difficiles.
- « Le Crédit agricole restait donc à fonder.
- « Lors de la grande enquête agricole de 1868, la pressante nécessité de combler cette lacune a été proclamée par tous les déposants. Le plus grand nombre des cahiers, des rapports des présidents contenaient des projets, des vœux et des demandes à cet égard.
- « Il existait, il est vrai, près de la société du Crédit foncier et sous son patronage, une sorte de banque qui avait pris le nom de Crédit agricole. Mais cette institution avait rapidement dévié de son but en se jetant dans des spéculations aléatoires qui ont amené sa ruine.
- « Le Crédit agricole, tel qu’il a été essayé jusqu’à ce jour, n’a donc eu d’agricole que le nom, et l’on peut dire encore aujourd’hui que l’expérience d'une pareille institution n’a pas été faite.
- Cependant il importe aux intérêts du pays de faciliter les prêts à l’agriculture et de mettre les agriculteurs propriétaires ou simples fermiers ou métayers, en mesure de se procurer les ressources nécessaires pour in-
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- troduire daus leurs cultures les améliorations reconnues utiles par la science et la pratique.
- « Pénétré de cette nécessité, le ministre de l’agriculture vient de constituer une commission chargée de re prendre à nouveau la question de crédit agricole et de rechercher les moyens d’étendre à l’agriculture le bénéfice des avances d’argent »
- L’esprit qui a dicté cet exposé des motifs de la constitution de la commission d’études nommé par le ministre de l’agriculture est des plus louables et dans cette cir constance le gouvernement s’est inspiré des purs principes de la démocratie.
- Il est on ne peut plus sage de vouloir créer des institutions de crédit accessibles à la fraction ouvrière de nos populations rurales. Mais il faut que cette entreprise ne s’arrête pas à cette limite. Il faut aussi que le gouvernement se préoccupa de venir en aide aux ouvriers des villes qui ont besoin de se procurer des instruments de travail pour améliorer leur petite industrie, et qui, eux aussi, sont obligés de contracter des dettes usuraires lorsqu’ils veulent s’établir ou accroître le cercle de leurs travaux. La fondation des caisses de crédit en faveur des ouvriers d’état se recommande donc d’une façon toute particulière à nos gouvernants et à nos législateurs, et nous nous plaisons à croire qu’ils se hâteront de compléter l’œuvre entreprise par M. le ministre de l’agriculture.
- Le comte de Chambord a écrit à M. de Mun une longue lettre pour le féliciter d’avoir déclaré la guerre au suffrage universel et aux principes de la Révolution française. Ce document n’a, pour ainsi dire, qu’une importance anecdotique. Peu importe au pays ce que pense ou ne pense pas le petit fils de Charles X. Sa cause est de celles qui ne sauraient plus vivre.
- Nous ne parlerions même pas de cette lettre, si elle ne contenait le passage suivant, relatif à des tentatives que nous avons déjà dénoncées :
- « La Révolution, poursuivant son idéal d’Etat sans Dieu, c’est-à-dire contre Dieu, a écrit sur ses iistes de proscription l’humble éducateur des enfants du peuple et l’admirable fille de la charité; c’est l’heure où l’indifférence et l’inaction seraient pour tout homme de cœur une honte et une trahison.
- » Auprès de ces classes laborieuses, objet constant de mes préoccupations, auprès de ees chers ouvriers entourés de taût de flatteurs et de si peu d’amis vrais, vous pouvez mieux que tout autre me servir d’interprète.
- » J’entends toujours avec bonheur leur cri de foi et d’espérance. »
- On peut compter que, en présence ee cet encouragement « royal », les Cercles catholiques d’ouvriers vont être soutenus plus que jamais par les capitaux légitimistes, tandis que les républicains continueront, comme par le passé, à se croiser les bras et à laisser faire.
- Quel aveuglement !
- Au cours de la rapide discussion du budget, M. Goblet a signalé le scandale des pensions accordées, pour de prétendues infirmités, à divers fonctionnaires du 16 Mai que le régime nouveau avait dû rendre à la vie privée. Le gouvernement, par l’organe de M. Lepère, a expliqué comment, en présence de la législation actuelle, il était dans l’impossibilité de couper court à de pareils obus, éminemment préjudiciables* non-seulement aux intérêts des contribuables, mais encore à la morale publique.
- On apprendra donc avec satisfaction que le ministre de l’intérieur prépare rne nouvelle réglementation delà matière, qui ne pourra, d’ailleurs être adoptée que lorsque la majorité réactionnaire du Sénat aura fait place à une majorité libérale et républicaine.
- Le prince héritier d’Allemagne a reçu, cette semaine, les présidents des deux Chambres prussiennes et leur a
- déclaré positivement que l’empereur reprendra, à partir du b décembre, la direction du gouvernement.
- Ainsi que nous l’avions prévu, les hostilités sont ouvertes définitivement entre l’Angleterre et l’émir de Caboul. Le prince n’ayant pas répondu à l’ultimatum qui lui avait été adressé, les troupes du vice-roi des Indes sont immédiatement entrées en campagne, et les forces anglo-indiennes ont occupé sans trop de peine plusieurs points fortifiés au delà de la frontière et notamment le fort d’Ali-Musjid, qui commande l’entrée de la passe de Raïber. Un court bombardement a eu raison de cette ' place qui n’est pas aussi importante qu’on pourrait le croire car elle est, dit-on, commandée par des hauteurs peu éloignées qui la dominent.
- Les vingt mille hommes que l’Angleterre vient de mettre sur pied ont été partagés en trois colonnes. La première, partie de Peshawur,"vient d’accomplir, a l’aide d’un habile mouvement tournant, le fait d’armes d’Ali-Musjid. La seconde, destinée à agir dans la vallée du Kurum, a pu opérer le passage de la rivière et s’avance dans l’intérieur du pays; quant à la troisième, qui doit envahir le territoire afghan dans la partie méridionale, elle est à dix milles de Quettah. On assure que les troupes reçoivent bon accueil des populations.
- L’attitude de la Russie à l’égard de l’Angleterre, en ce qui concerne l’expédition afghane, est toujours des plus douteuses. Le Nord, organe du prince Gortschakoff, se répand en protestations pacifiques. Mais, d’un autre côté, le général Kauffmann, chef du corps d’armée envoyé en Turkestan, a prononcé à Taschkend. capitale de la province récemment conquise de Eerganah, un discours très-grave en envoyant un sabre d’honneur à l'émir de Caboul.
- « Mon illustre souverain, a-t-il dit, dont l’empire est si vaste que le soleil ne s’y couche jamais, et qui, d un signe, fait mouvoir des millions de soldats, envoie ce gage d’amitié et d'affection inaltérable à son ami et allié le noble et chevaleresque souverain de l'Afghanistan et du Beloutchistan.
- * L'histoire enseigne que la Russie a toujours épousé les causes justes et "qu’elle sait protéger ses alliés contre leurs ennemis, quelque puissants quils soient. Quiconque est avec la Russie n’a pas à craindre qu'on touche un cheveu de sa tête.
- » L’épée de la Russie est puissante. Ses ennemis le savent aussi bien que ses alliés. Que Dieu protège les deux puissants souverains de la Rassie et de 1 Afghanistan !
- . » Paisse l'écho de ces paroles ranimer la consolation
- et l’espoir dans les pays où les oppresseurs et les tyrans dominent !» *
- Il est inadmissible qu'un chef d’armée prononce de semblables paroles sans y être tacitement autorisé, et toutes les belles paroles de la diplomatie russe ne parviendraient pasà nous persuader que le gouvernement du czar ne joue pas un double jeu. 11 est manifeste que la Russie prend une attitude pacifique en Europe et guerrière en Asie, et toutes les subtilités de langage né prévaudront pas contre l’éloquence des faits. ïl reste à savoir si les difficultés matérielles ne viendront pas déranger les projets des conseillers du czar et les contraindre à en rabattre des promesses de secours direct que le général Kauffmann paraît avoir faites à l’émir
- On assure, aux dernières nouvelles, que l’ambassadeur d’Angleterre à Saint-Pétersbourg aurait demandé des explications au gouvernement russe touchant le discours du commandant du corps expéditionnaire à Turkestan.
- Pour en revenir à l’Angleterre, on approuve généralement, dans ce pays, la décision ministérielle en vertu de laquelle le Parlement a été convoqué pour le S décembre, et l’opiuion félicite lord Beaconsfield d’avoir en cetts
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- circonstance interprété la Constitution et l’acte de 1858* dans leur esprit plutôt que dans leur texte.
- Les crédits seront demandés au cours de cette session et le Parlement recevra sans doute, à ce propos, des éclaircissements sur le but que le gouvernement se propose d’atteindre dans l’Afghanistan. Le sentiment le plus communément répandu de l’autre côté de la Manche, et qui nous parait le plus sage, est que l’on ne devra pas réclamer d’agrandissements de territoire autres que ceux qui seront strictement indispensables pour sauvegarder la sécurité de l’empire des Indes.
- On assure que, dans l’Afrique méridionale, l’Angleterre se trouve en présence de difficultés assez sérieuses.
- Nous avons parlé, il y a quelques mois (tome Ier, p 39), de la campagne faite par l'Angleterre pour soumettre à ses ordres toute la partie méridionale de l’Afrique et la transformer en un vaste Dominion semblable à celui qu’elle a formé dans l’Amérique du Nord avec les deux Canadas et ses autres possessions.
- En Afrique, c’est avec les anciennes colonies du Cap, de Port-Natal et de 'West-Grikwa-Land, avec la terre des Zoulous et l’ancienne république du Transvaal, récemment conquises, que ce hominien doit être formé. Il paraît que les peuplades de l’intérieur s’opposent à sa formation et que les Cafres récemment vaincus menacent sérieusement ces colonies.
- Des renforts, après mûre réflexion, ont été envoyés au gouverneur du Cap, lord Ghelmsford.
- La colonie portugaise de Delagoa est menacée, elle aussi, par les populations de 3'intérieur.
- La situation recommence à devenir délicate, en Autriche, pour le comte Andrassy. La commission du budget de la Délégation autrichienne a repoussé, par 14 voix contre 6, le projet de loi relatif aux crédits supplémentaires demandés par l’occupation de la Bosnie et de l’Herzégovine, après un long débat dans lequel le comte Andrassy a pris la parole. La commission estime que la justification des dépenses est insuffisante par ce motif que l’adhésion constitutionnelle du Reichsrath au traité de Berlin sur la base duquel les dépenses ont eu lieu, n’a pas encore été donnée.
- D'après des avis de Pesth, il est po sible que le gouvernement ajourne les Délégations par suite de la résolution de la commission du budget et convoque le Reichsrath pour lui demander d’émettre un vote concernant le traité de Berlin. Si ce procédé n’est pas employé et si la Délégation rejette la résolution de la commission du budget j MM. Herbst, l’auteur de la résolution, et ses amis renonceront à faire partie de la Délégation.
- Il faut remarquer,toutefois,que,d’après ce que l’on sait, le comte Andrassy posséderait dans les Délégations réunies une majorité qui finirait par lui donner l’avantage, car le nombre des membres qui lui sont favorables dans la Délégation hongroise , compenserait largement le nombre des voix qui lui font défaut dans la Délégation autrichienne où siège M. Herbst. Le ministère pourrait donc encore se maintenir ; mais s’il veut que ce replâ trage puisse être efficace, il sera de toute nécessité qu’il tienne compte des vœux de l’opposition modérée.
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- On a pu craindre un instant qu’il allait surgir une question à la Dobrudja, cette partie de la Bulgarie attribuée par le traité de Berlin à la Roumanie en compensation de la Bessarabie rendue à la Russie. Une interpellation adressée par M. Palk à M. Andrassy, dans la séance du 21 novembre, permettait de le penser. M. Falk a demandé s’il était vrai que le gouvernement ni-se hésitât à remettre la Dobrudja à ses nouveaux possesseurs, alors que la remise de la Bessarabie lui avait déjà été faite. Il a demandé, en outre, si la cause de ce retard contraire aux dispositions de l’article 22 du traité de Berlin n’aurait pas pour motif la prétention des Russes de conserverie libre passage à travers le territoire retenu. H Andrassy a répondu que le gouvernement russe lui avait donné l’assurance que le traité de Berlin serait
- fidèlement exécuté, et que, d’ailleurs, au sujet de la question de passage, un arrangement interviendrait entre les parties intéressées, la Roumanie et la Russie Le 24 novembre, jour fixé par le traité de Berlin, la remise de la Dobrudja n’avait pas été effectuée, mais une dépêche de Livadia nous apprend au dernier moment que la prise de possession a eu lieu mardi 26 à neuf heures et qu’en ce qui concerne le passage des troupes un arrangement conforme aux décisions duGongrèsest intervenu. La Dobrudja est partagée entrois districts. Toutes les administrations seraient, dit-on, prêtes à fonctionner.
- On mande, enfin, de Tirnova, que la Russie va également s’exécuter en ce qui concerne la Bulgarie. Elle vient de convoquer pour le 27 l’assemblée des notables bulgares chargée d’élaborer la constitution du pays et de choisir un souverain Ce dernier choix devra être ratifié par les puissances. On signale les candidatures du prince Dondouehoff-Korsakofif, du général Ignatieff et du prince de Battenberg, de la maison de Hesse, neveu de la czarine, qui serait le candidat favori de Tempereur Alexandre.
- Il paraît, d’après les dépêches reçues de Pesth, par le Times, que l'Angleterre et les autres grandes puissances sont vivement résolues à appuyer les démarches faites par la France en faveur de la Grèce, afin que les engagements pris envers ce royaume par le congrès de Berlin reçoivent leur pleine exécution.
- Un journal, qui fort heureusement est suspect, le Mémorial diplomatique, annonce que, à la suite des divers attentats commis sur la personne des souverains, le gouvernement anglais, reconnaissant que l’asile qu'il accorde sans distinction aux réfugiés politiques met en péril toute la société européenne, se propose de présenter au Parlem-nt un bill tendant à restreindre les immunités dont jouissent les exilés en Angleterre.
- Rien n’est encore venu confirmer cette nouvelle, qui serait déplorable, car rien ne serait plus triste que de voir un gouvernement éclairé exploiter des forfaits individuels contre la liberté universelle.
- On annonce, d’autre part, que le pape Léon XIII prépare une Encyclique contre le socialisme. Ceci est plus vraisemblable et peu red< utable. Rien ne saura rendre le socialisme plus populaire.
- Le roi d’Italie est rentré à Rome avec la reine Marguerite. Les jeunes souverains ont été reçus avec de grandes démonstrations de sympathie. Cependant, on dit que le gouvernement aurait découvert un vaste complot pour attenter à la vie du roi, et l’on prétend que l’agitation soi-disant internationaliste grandit. Ce qu’il y a de plus certain, c'est qu’on fait partout de nombreuses arrestations. A Rome, plus de trois cents personnes ont été incarcérées.
- Passavanti persiste à dire qu’il n’a pas de complice.
- On est à peu près certain que ce pauvre diable ne jouit pas de toute sa raison. Ce qu’il y a de certain, c’est que le correspondant de Rome du Journal clérical L'Unwers ne craint pas d’appeler l’attentat « un avertissement de la Providence. »
- M. Cairoli est remis. Sa blessure était peu profonde, malheureusement elle se trouvait à la place même d'une ancienne blessure reçue par lui à l’assaut de Palerme, à l’époque où ce sympathique ministre était officier dans les mille de Garibaldi.
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- VARIETES
- li’Instructio» ot>lïgi*£itoir© e*r Angleterre
- Le conseil de l’instruction publique de Londres (London school board) a tenu séance à l’occasion de la rentrée dos clcissôs
- Sir Charles Reed, président du conseil, a donné à son auditoire des détails intéressants sur le fonctionnement de l’instruction obligatoire à Londres. Depuis 1870, date de l’établissement de l’instruction obligatoire en Angleterre, le conseil de l’instruction publique a fondé à Londres 278 écoles primaires où l’instruction est gratuite pour les enfants pauvres, et payante à raison de un à neuf pence (de lû centimes à 90) par semaine, pour ceux dont les parents sont en état de subvenir en partie à leur enseignement. Ces 278 écoles instruisent 184,468 élèves. De plus, il a été fondé volontairement par des particuliers* et dans les mêmes conditions, des écoles suivies par 278,922 élèves, ce qui porte à 465,391 le nombre des enfants qu profitent à Londres du nouveau système scolaire. Ces chiffres attestent une augmentation de 77.4 pour cent dans la répartition de l’instruction primaire depuis la mise en vigueur de la loi de 1870.
- Il est constaté en même temps que les absences des élèves deviennent chaque année beaucoup moins fréquentes. Ainsi, en 1872, la moyenne des élèves présents chaque jour à l’école était de 70,1 pour cent ; en 1875, de 72,7 , en 1876, de 78,3; en 1877, de 80,1, et en 1878, de 81,1 pour cent.
- Chaque fois que l’absence d’un élève n'est pas motivée, le School Board adresse aux parents un premier avertissement. Si l’absence se prolonge, ils sont sommés de venir s’expliquer devant un comité du conseil, et, dans le cas où ils refusent de comparaître, ce second avertissement est suivi d’une sommation devant le juge de paix. L’absence prolongée de l’élève constitue un déli puni d’une amende.
- Le nombre de sommations judiciaires lancées pour ce motif, pendant le dernier semestre de l’année scolaire 1878, a été de 3,705. Des poursuites ont été dirigées contre 183 industriels pour infractions à la loi qui ‘leur défend d’employer des enfants privés de l’instruction primaire.
- Sir Charles Reed a recommandé au Conseil d’introduire le dessin dans le programme de l’enseignement primaire pour garçons, et renseignement de la couture dans les écoles de* filles. L’enseignement de la cuisine est déjà compris dans le programme de celles-ci.
- Les chiffres fournis par sir Charles Reed ont causé un© vive satisfaction et doivent être considérés comme un puissant argument en faveur de l’instruction obligatoire.
- Progrès de l’ivrognerie en Allemagne.
- La Correspondance économique signalait dernièrement les progrès continus de l’ivrognerie dans certaines régions de l’Allemagne, et ce en dépit des efforts déployés par les sociétés de tempérance A Osnabrück, par exemple, la consommation de i’eau-de-vie, qui avait été en 1872 de 286,929 litres, s’est élevée successivement à 342,890 litres en 1873 ; à 384,269 en 1874 ; à 474,238 en 1875, et à 481,448 en 1876, soit une moyenne de 16 litres par tête.
- La Correspondance économique, après avoir constaté, dans cette même ville d’Osnabrück, la marche ascendante de la mortalité analogue à celle de l’ivrognerie, ajoute cette réflexion :
- « Ce qui se passe à Osnabrück s’étend à l’Allemagne tout entière. »
- Association bien pensée.
- Il vient de se fonder à Parme une association contre le duçl et contre l’usure. Dans tous les cas de provocation, les membres s’engagent à faire appel à un jury
- f d’honneur, et la commission nommée pour s’occuper de I l’usure étudie le projet d’une banque de charité, qui ferait des prêts à un taux modéré. Elle consultera l'opinion publique, et elle ira, s’il le faut, jusqu’au Parlement.
- TJ ri vrai ciianip d’honneur.
- Sur 145 diaconesses et médecins anglais qui sont allés en Orient soigner les blessés et les malades de la dernière guerre, 53 ont fait de graves maladies, 23, dont to médecins et 13 diaconesses, sont morts à ce champ d’honneur de la bienfaisance.
- Séparation de l’Eglise et de l’Etat en Irlande.
- Il y a sept ans que l’Eglise anglicane d’Irlande a été dèsétablie, c’est-à-dire a perdu ses privilèges, a été séparée de l’Etat et livrée à ses propres ressources. Durant ces sept années, les membres de l’Eglise ont souscrit, pour la soutenir, une somme totale da 57,700,009 lr., soit en moyenne 8,235,714 fr. par an.
- Il faut remarquer que cet argent est sorti presque en entier de la poche des Irlandais protestants. Nombre d'Anglais ont des propriétés en Irlande, mais la plupart n’ont pas souscrit ; c’est-à-peine si l’on en pompte un sur vingt qui ait donné.
- Un roi comme ou n’en voit; plus.
- M. Robert Flint, dans un article sur Kant et la Philosophie de l’Histoire, rappelle qu’un roi de Bohême, Georges Padiebrod, exposa devant Louis XI, roi de France, en 1464, un plan pour l’émancipation des peuples et des rois par l’organisation d’une nouvelle Europe; il proposait une coalition des puissances secondaires, à laquelle n’aurait pu résister ni le Pape ni l’Empereur, et qui aurait empêché à la fois toute tyrannie et toute agression.
- Supposez qu’un roi vienne aujourd’hui faire la même proposition et jugez de la manière dont il serait reçu!
- Instruction congréganiste.
- Dan s les Yosges, il résulte d’un rapport officiel que :
- Sur neuf cent cinquante-un instituteurs ou institutrices laïques, neuf cent vingt-sept sont pourvus du brevet de capacité; soit 2 0/0 qui n’ont pas cette garantie de savoir.
- Sur sept cent quatorze congréganistes des deux sexes, trente-cinq seulement ont pu obtenir ce brevet ! Six cent soixante-dix-neuf ne l’ont pas ! La proportion des non pourvus est de 95 0/0. (Echo Toulois.)
- Ue réfectoire à l’école.
- M. Gréard, directeur de l’enseignement primaire de la ville de Paris, s’occupe en ce moment d'un projet dont la réalisation sera accueillie avec satisfaction par les classes populaires.
- Il s’agit de fournir gratuitement, pendant l’hiver, le déjeuner à tous les enfants qui fréquentent les écoles primaires de Paris.
- Cette excellente mesure existe depuis longtemps dans les écoles primaires israélites de la ville ; ces établissements, étant peu nombreux, reçoivent des enfants de quartiers éloignés.
- Il y avait de grands inconvénients, quelquefois impossibilité, pendant la mauvaise saison, à les laisser rentrer chez eux, où beaucoup ne trouvaient, d’ailleurs, qu’un très-triste repas. De là l’idée de garder les enfants à l’école et de leur fournir un déjeuner simple, mais copieux, aux frais du comité de bienfaisance.
- D’autres écoles ont déjà imité cet exemple; l’adminis-
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- tration veut aujourd’hui le généraliser ; les caisses des écoles supporteraient les frais, et, en cas d’insuffisance, les souscriptions ne manqueraient certainement pas.
- Nos lecteurs n’ont pas oublié que dès ses premiers numéros le Devoir a émis l’idée d’établir le réfectoire à l’école, comme cela fonctionne dans quelques cantons suisses et dans quelques communes du département des Vosges.
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- UNE CONSÉQUENCE DE LA LOTERIE
- Le Devoir a été un des rares journaux, le seul peut-être de l’opinion républicaine, qui ait eu le courage de s’élever au nom de la morale contre la Loterie de l’Exposition universelle. Il fallait, disions-nous, demander aux caisses de l’Etat les subventions nécessaires pour permettre aux ouvriers des départements le voyage de Paris, et non pas demander ces ressources au fonctionnement d’une institution immorale. L’homme n’est déjà que trop disposé à se refier sur le hasard et à attendre du dehors le bien-être qu’il doit ne demander qu’à son travail.
- Partout où les loteries fonctionnent ou ont fonctionné elles ont développé la paresse, et parfois entraîné des crimes, vols, contrefaçons ou autres.
- Notre état social actuel a déjà trop d’éléments de démoralisation. Le régime de l’héritage, les emprunts à prime, le jeu de bourse, les tripots plus ou moins clandestins, les paris engagés à l’occasion des courses de chevaux, sont autant de coutumes qui, par leur nature, incitent à la paresse et détournent du travail.
- L’empire qui avait intérêt à gouverner par la cor ruption et à faire taire la morale afin qu’on ne lui demandât pas compte de ses origines, l’empire a favorisé tous ces éléments de décadence.
- Il est du devoir de la République de les répudier et de les combattre. Malheureusement les vieilles ornières sont si profondes, qu’il est difficile au char de l’Etat d’en sortir. On a même pu le voir en plus d’une circonstance, et particulièrement à l’occasion de la loterie dite « nationale », suivre la nüême route que par le passé, sans songer que cette route mène à l’abîme.
- L’institution de la loterie porte déjà ses fruits. Tant qu’a duré l’émission des billets, les abus ne se sont pas manifestés, mais du jour où elle a été close des individus sans scrupule en ont tiré profit. Les accapareurs du dernier moment revendent aujourd’hui leurs billets avec prime.
- Ils chauffent l’imagination de quelques badauds en faisant miroiter à leurs yeux toute une perspective
- de trésors et de merveilles, ils leur vantent les rivières de diamants, les parures du plus haut prix, les lots de cent mille francs et plus pouvant être réalisés en espèces, puis, quand les badauds sont « chauffés au point voulu » ils leur font prendre le plus de billets possible afin, disent-ils, d’avoir le plus de chances de gains. C’ust ainsi que ces aimables industriels se débarrassent, moyennant 5ou6 francs pièce, de leur stock de ces morceaux de papier que le ministère a eu le tort de leur mettre en mains moyennant vingt sous.
- Les victimes de cette exploitation sont leplus souvent des mineurs; quant aux coupables, ce sont de beaux messieurs bien mis, rasés de frais, gantés avec soin et cravatés à la dernière mode.
- Le plus regrettable en tout ceci, c’est que le gouvernement n’a rien à dire. Aucune loi ne lui permet de poursuivre la revente d’une marchandise. Quelques journaux demandent qu’on interdise ce trafic sous la colonnade de la Bourse où il se pratique sur une vaste échelle. La police peut agir ainsi, mais à quoi bon ? Les traficants se déplaceront, voilà tout. Quant au scrupule de voir souiller un monument public par cette exploitation, il est essentiellement naïf: la Bourse protège bien d'autres scandales !
- L’immixtion de la police restera impuissante dans cette affaire. Le mal est fait, il faut en supporter les conséquences. Les vrais coupables ne sont pas ceux qui trafiquent des billets de loterie; ce sont ceux qui en ont décrété la création. Ils ont peut-être cru bien faire : les scandales d’aujourd’hui doivent les faire réfléchir. Comprendront-ils enfin que le devoir d’un gouvernement est de stimuler la nation au travail et de détourner d’elle tout ce qui serait de nature à faire compter sur le hasard.
- Ed. Champury.
- PENSEE
- Dans la constitution de l’humanité comme dans celle de nos corps, l’œuvre du temps ne se consolide que par des oppositions nécessaires. Toutes les œuvres de Dieu portent en elles-mêmes leur consistance et leur sublime enchaînement, puisque dans les limites où elles sont contenues, elles reposent toutes sur un système de forces opposées qu’une énergie interne fait concourir à l’ordre et tient en équilibre.
- Herder. Phil. de l'histoire, t. III.
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- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Angîais, de Mm<5 Marie HOWLAND Voir n° 4 (tome 1), à n° 11 (tome 2)
- Chapitre XXVIII.
- Effet «lu pardon d’Albert Delano.
- (Suite).
- Cependant Madame Forest voyait avec anxiété l’attention de sa fille se détourner du sujet qu’elle ne cessait de prôner, c’est-à-dire de la réconciliation avec Albert. Quant au docteur, il encourageait de tous ses vœux la maison « Dyhes et Delano, » comme il l’appelait en riant, et promettait de fournir des fonds. Il avait été ravi du succès de 1 idée de Clara pour la vente des bouquets. « Que cette manière de mener les affaires est bien féminine, » disait-il. « Enrôler une couturière dans le commerce des bouquets, pas un homme n’y eût songé. Allez de l’avant, mes enfants, toutes deux vous avez d’excellentes dispositions pour le commerce et vous réussi rez certainement.
- Madame Forest écoutait ces encouragements avec un réel chagrin. A la fin, voyant que le mari de Clara s’obstinait à garder le silence, elle se décida à lui écrire. Sa lettre fut une merveille de maladresse Alhert y lut clairement entre les lignes qu’il n’avait qu’à faire signe pour voir accourœ Clara, docile et soumise comme un épagneul. Cependant la pauvre mère n’avait rien voulu dire de semblable, elle s’était étendue seulement sur le devoir social qui incombe aux gens mariés et sur la nécessité pour les maris de se conduire prudemment.
- La réponse arriva bientôt, madame Forest triomphante se dirigea avec empressement vers la chambre de sa fille,
- Ce jour-là, Clara se sentait malheureuse et n’était pas sortie de chez elle ; elle était sous le coup d’une de ces rechutes inévitables que comprendront aisément ceux qui ont aimé et ont été déçus dans leur amour.
- Depuis plusieurs mois déjà, la fille du docteur portait le deuil d’un rêve qu’elle croyait bien mort, mais l’agonie était revenue, brusque et violente. Sachant sa fille souffrante, M. Forest s’était rendu près d’elle.
- « C est un mauvais jour pour vous, enfant, » avait-il dit, « la vie est parfois un lourd fardeau. »
- Quand madame Forest se présenta une heure plus tard, elle trouva Clara étendue sur le sopha et le docteur lui faisant la lecture. Se sentant de bonne
- ! humeur et ne désirant pas aborder immédiatement le sujet de la lettre d’Albert, madame Forest s’assit et se mit à broder en priant son mari de continuer à lire M. Forest acheva donc le chapitre d’une critique de l’ouvrage de Tyndall : La chaleur considérée comme une forme du mouvement.
- Lorsqu’il eut terminé, madame Forest soulagée s’écria : « Voilà ce que j’appelle un ouvrage indigeste. Trouvez-vous réellement quelque chose d’intéressant dans ce fatras, Clara? »
- — “ Certainement, chère mère, pourquoi pas? »
- — « Qh ! cela me semble pure affectation de votre part, je ne puis croire que vous compreniez un seul mot à cette explication de la dilatation des corps par la chaleur. »
- —- « Je vous assure cependant que je comprends à merveille, j’ai lu avec soin l’original. »
- — « Mais où donc avez-vous lu ce livre ? Je crois me souvenir d’une époque oh, comme toutes les autres jeunes filles, vous consacriez votre temps à dévorer des romans. »
- — « C’est à Stonybrook, maman, que j’ai lu cet ouvrage et bien d’autres traites d’un genre aussi sérieux. Nous avions formé une société intitulée : le club des bas bleus. Tous les samedis matin, nous nous réunissions pour raccommoder nos bas (1), avec accompagnement de lecture analogue à celle que vous venez d’entendre. La lectrice avait le privilège de voir, ce jour là, ses bas raccommodés par ses compagnes. (Jno de nos obligations était de ne rien laisser passer qui ne soit entièrement compris. Quelquefois la matière était si « indigeste », comme vous dites, et les interruptions si nombreuses, que nous ne pouvions lire plus d’une page par séance. Mais, grâce à ce procédé, nous avons appris beaucoup de choses ; nos plus informes interprétations de la pensée de l’auteur servaient elles-mêmes à nous mettre sur la voie de la vérité, et nous trouvions un grand charme dans les divagations excentriques auxquelles nous nous livrions. »
- « Combien étiez-vous de jeunes filles pour avoir choisi un aussi sérieux passe-temps ? » demanda madame Forest.
- — « Plus de soixante au commencement, vingt-cinq seulement persistèrent jusqu'à ma sortie du collège. MissMarston fut le seul pro'esseur que nous consentîmes à nous adjoindre. Elle nous trompa longtemps par une ruse qui consistait à feindre une entière ignorance et à se faire donner des éclaircisse-
- (1) Le traducteur croit devoir rappeler qu’il respecte scrupuleusement les parties du récit où se trouvent des détails caractéristiques sur les mœurs américaines, quelque étranges que puissent paraître ces détails.
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- ments par les autres bas-bleus. Lorsque sou stratagème fut découvert, nous prîmes notre revanche en feignant de croire qu’elle ne savait absolument rien, ce qui était un prétexte pour lui expliquer tous les points avec une fastidieuse minutie. »
- « Cette société était secrète, sans doute? » fit le docteur.
- — « Oh oui î nous faisions serinent de garder le secret le plus absolu.
- Quand la séance était terminée, que les bas étaient proprement raccommodés et les têtes bien bourrées de notions scientifiques, alors les bas bleus se livraient à la gaieté la plus échevelée. Miss Marston était la plupart du temps le boute-en-train de la société. Quelquefois, à la classe du lundi, nous avions peine à nous persuader que le grave professeur qui nous démontrait des problèmes de trigonométrie était bien ce même Ms Neu que nous avions vu, le samedi précédent, se rouler si gaiement avec nous sur le tapis. Jamais personne ne songea à dénoncer miss Marston ; 1 eût-on fait, qu’elle ne s’en serait pas, je pense, autrement souciée »
- « Evidemment, » dit le docteur, « de tels faits n© mettent pas en péril la véritable dignité. »
- « Les écoles de filles sont bien différentes aujourd’hui de ce qu’elles étaient autrefois, » remarqua madame Forest. « Jamais, de mon temps, les professeurs ne fussent descendus de leur piédestal ; et s’ils l'eus sent fait, je ne crois pas qu’ils eussent été capa blés d’y remonter avec la bonne grâce de Miss Mars ton. »
- Puis, madame Forest s’informa auprès de Clara des détails de la visite que miss Marston avait faite aux Montagnes-Blanches, et cela lui permit d’arriver tout naturellement au sujet qui lui tenait au cœur. Le docteur restait silencieux pendant que sa femme pressait Clara de se décider à une réconciliation avec Albert. S’adressant à son mari, madame Forest s’écria :
- « Vous ne sembler pas penser comme moi sur ce point; je voudrais tant que vous eussiez le même désir !»
- — « Si je croyais, Fannie, que cela fût pour le mieux, je ferais mon possible pour aider à cette réconciliation. »
- « Alors pourquoi ne le faites-vous pas ? » demanda madame Forest radieuse.
- — « Tout simplement parce que je ne puis croire que ce soit pour le mieux. »
- La joie de madame Forest s’évanouit. Clara soupira et garda le silence, s’émerveillant de l’assurance avec laquelle sa mère parlait de la bonté et de
- la droiture d’Albert Delano, ainsi que du vif désir qu’il éprouvait de voir revenir sa femme. Puis madame Forest exalta le bonheur qu’on éprouve à pardonner et mit en relief les terribles maux vers lesquels on courait infailliblement, si 1 on ne faisait pas taire la médisance.
- « Ne m’a-t-on pas enseigné, » répondit Clara, « à éviter le mal, non par crainte d’un châtiment quelconque, mais par amour du bien lui-même et avec confiance dans le résultat final d’une sage conduite ? Ne dois-je pas, en conséquence, braver le scandale lorsque j’ai la certitude d’obéir à mes meilleurs instincts ? »
- « Tels sont, en effet, les enseignements que vous avez reçus de votre père, » répondit madame Forest, « j’avoue que je ne vois pas qu’ils aient produit des résultats merveilleux. »
- — « Mais un de ces bons résultats, chère maman} n’a-t-il pas été d’assister Susie Dykes malgré votre avis ? »
- « Nous ne sommes pas encore au bout, » fit madame Forest d’un ton sententieux, en affectant d’être absorbée dans sa couture ; puis elle reprit : « Ce sont ces enseignements subversifs qui vous ont empêché de gagner le respect de votre mari. Si vous aviez fermement insisté dès l’abord pour bannir de votre maison cette extravagante miss Wills, Albert vous eût davantage honorée pour cela. »
- « Jamais je n’aurais songé à faire rien de semblable, » reprit Clara avec vivacité. « Certainement si nous étions allés habiter le désert du Sahara le lendemain de notre mariage, Albert, qui n’eût vu d’autre femme que moi, me fût resté fidèle. Mais je ne tiens pas à un amour qu’il faut disputer à toutes les coquettes du monde. Miss Wills a plus de charme que moi aux yeux d’Albert, cela est évident, et je désire qu’elle suit heureuse. J’ai répandu à peu près toutes les larmes que je pouvais verser à ce sujet, comme disait Susie à propos de mon frère, et je veux essayer maintenant d'être raisonnable et de voir s’il ne m’est pas possible de vivre sans un mari qui est l’amoureux d’une autre femme. Je me propose de faire de l’horticulture avec la bonne et fidèle Susie Dykes. »
- Cette fois madame Forest laissa tomber sa broderie, mais sentant qu’il n’était pas prudent d’entamer avec Clara deux controverses à la fois, elle en revint à Albert. « M. Delano, dit elle, est anxieux de réparer ses torts passés ; il sent qu’il ne pourra jamais trouver un bonheur pareil à celui dont il a joui près de sa femme, et il n’a en réalité de profond attachement que pour Clara. » Cela dit, madame Forest déplia la lettre d’Albert.
- Le cœur de Clara battait violemment. « Oh ! » s’é-
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- cria-t-elîe, « prouvez-moi seulement qu’il m’aime, que ma présence lui est chère, qu’il la désire et je courrai vers lui. Je lui demanderai humblement pardon et je dévouerai tous les instants de ma vie à le rendre heureux. »
- u Bien ! bien ! voyons d’abord ce qu’il écrit, » fit le docteur avec impatience; car il était alarmé de la vive émotion de sa fille.
- Au milieu d’un profond silence, madame Forest lut :
- « Chère madame Forest,
- » Vous ne pouvez douter que je regrette aussi vi-» vement que vous la détermination de ma femme, » et que je vous sois reconnaissant de l’aflèctueuse » sympathie que tous me témoignez.
- » A mon sens, madame Delano est complètement » inexcusable d’avoir agi avec tant de témérité. Une » femme devrait avoir confiance en son mari jus-» qu’à ce qu’elle ait une preuve positive de son infi-» délité. Or, quoique j’admette que j’aie quelque peu » manqué de discrétion, madame Delano ne peut pré-» tendre qu’elle ait une telle preuve.
- » Dites-lui que si elle veut revenir de suite, avant » que la médisance ait eu des suites plus fâcheuses, » je lui pardonnerai de m’avoir abandonné, et m’ef-» forcerai d’éviter à l’avenir tout ce qui pourrait » être un motif de trouble entre nous. Jusqu’à ce » qu’elle revienne, je n’ai pas autre chose à faire ni » à dire à ce sujet.
- » Veuillez agréer, chère madame, l’assurance de » mon profond respect.
- » Albert Delano. »
- Comme madame Forest terminait cette lecture, sa fille, la tête vers la muraille pressait son cœur à deux mains et le docteur, les yeux dans le vide, sifflotait un air mélancolique. Clara tourna la tête et ses yeux rencontrant ceux de son père, un nuage de tristesse passa sur leurs deux physionomies; puis voulant se reconforter mutuellement, le docteur et sa fille se sourirent, mais chez Clara les pleurs jaillirent avec le rire et la pauvre femme se tordit bientôt en proie à des convulsions spasmodiques.
- « Fannie, » s’écria le docteur, « votre lettre était beaucoup trop tragique. Allez vite me chercher du cognac et dites à Dinah de monter un bain de pied chaud. » {A suivre.)
- LES ÉCOLES
- et l’Enseignement de l’Histoire Les Français s’attacheront d’autant plus solidement
- aux institutions républicaines qu’ils préféreront davantage le présent au passé ; et cette préférence s’établira chez eux à mesure qu’ils connaîtront mieux, par l’histoire, ce passé que le monarchiste et l’ignorant regrettent, et dont le républicain, c’est-à-dire l’homme éclairé, doit s’efforcer d’empêcher le retour.
- Or, pour que le citoyen français possède les connaissances historiques nécessaires à son éducation politique et sociale, il ne suffit pas qu’il y ait des écoles gratuites et des instituteurs intelligents, il faut encore que, dans les écoles, les instituteurs mettent entre les mains des enfants des ouvrages rédigés dans un esprit véritablement démocratique. Malheureusement, nous sommes encore très-éloignés de cet idéal.
- L’amélioration des livres classiques pour l’enseignement de l’histoire est d’autant plus difficile à obtenir que la plupart de ces ouvrages sont rédigés par les auteurs et enseignés par les maîtres dans le but de préparer les élèves aux examens successifs du certificat d’études, du brevet élémentaire ou supérieur, du baccalauréat, de la licence et du doctorat, en sorte que, pour immerger complètement la jeune génération dans le courant démocratique, il faudrait modifier tout ensemble non-seulement le programme et l’esprit des histoires classiques, mais encore le programme et l’esprit des examens. Il serait donc désirable que la presse républicaine de Paris et des départements fit une critique étendue et suivie des livres d’histoire à mesure qu’ils paraissent et des examens à mesure qu'ils son subis.
- Voici, par exemple, une « Histoire de France à l’usage, des écoles primaires ». Un grand nombre d’instituteurs l’enseignent, la librairie Delagrave l’édite, et elle a pour auteur M. Gustave Hubault, qui est tout à la fois docteur ès-lettres et professeur d’histoire au lycée Louis-le-Grand. L’édition est de 1875, c’est-à-dire postérieure à la grande leçon donnée par l’année 1870 à tous ceux d’entre les Français qui croiraient éprouver encore le besoin de monarchiser.
- La note dominante de l’ouvrage est à peu près celle de toutes les histoires de France : des batailles, puis des batailles, puis encore des batailles. Les penseurs, les écrivains, les artistes et les inventeurs, c’est-à-dire les producteurs de la richesse intellectuelle, morale et matérielle, sont relégués au dernier plan. En revanche, l’élève qui a des loisirs peut les charmer par l’étude des détails suivants : « Charlemagne ne quittait jamais son épée, dont la poignée et le baudrier étaient dorés, et il aimait de passion le cheval et la chasse ; il était donc fait pour les travaux de la guerre (p. 49). A la bataille de Marignan, le cheval de François Ie' avait été blesséde deux coups de pique ; lui-même avait eu son armure toute froissée (p. 124.) — Le premier des favoris de Louis XIII fut un jeune page, Albert de Luynes, très-habile à dresser, pour la chasse, des oiseaux de proie (p. 154.) — Louis XIV était grand de taille et beau de visage avec une majesté naturelle qui inspirait le respect. Il excel*
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- lait dans tous les exercices du corps et nul ne montait à cheval avec plus de grâce et de noblesse : jamais prince ne sembla mieux fait pour régner (p. 170). »
- Remercions l’auteur qui nous fait toucher du doigt, par des traits aussi heureusement choisis, les causes les plus secrètes des grands événements de notre histoire nationale. Evidemment les destinées de la France auraient été tout autres si Charlemagne avait oublié de faire dorer la poignée de son épée, cet outil si indispensable aux « travaux de la guerre ». Si, à la bataille de Marignan, le cheval de François Ier avait reçu trois blessures au lieu de deux seulement ; si le premier favori de Louis XIII n’avait pas su dresser les oiseaux, et surtout si Louis XIV avait été moins bel homme, attendu qu’une certaine prestance et des mollets sont aussi nécessaires au chef d’une nation qu’au suisse d’une cathédrale. Il serait d’un fâcheux exemple, en effet, que l’homme en qui doivent se résumer et se quin-tessencier toutes les perfections exclusivement dévolues aux classes dirigeantes pûtressembler, même de loin, à ces affreux démocrates.
- Outre les profondeurs que je viens de signaler, il est une autre classe de détails que l’auteur aborde avec une prédilection toute particulière : c’est le récit, la description des batailles. On sent que l’eau lui en vient à la bouche et qu’il a pris pour cette partie de la narration historique, sa bonne plume de Tolède. Les batailles de Pavie et de Rocroy, par exemple, prennent, chacune, dans cet abrégé, une demi-page et la bataille de Fonte-noy une page entière. L’auteur nous fait remarquer, à propos de la victoire de Rocroy, qu’elle est une etrenne offerte au nouveau roi Louis XIV, et qu’à la suite de la sanglante journée, Gondé fléchit le genou pour remercier le Dieu des armées d’avoir permis, à l’avantage de la France, cette immense boucherie. Le vainqueur, toutefois n’est pas encore satisfait, et toujours d’après l’auteur,il se promet, pour le plus tôt possible, l’extermina-nation complète de l’infanterie espagnole, afin que l’infanterie française devienne, par l’anéantissement de sa rivale, la première du monde (p. 162). C’est ainsi quel’é. cole de l’histoire enseigne aux enfants le respect de la vie humaine. La bataille de Fontenoy inspire à M. Gustave Hubault une réflexion que l’on devrait encadrer : il paraîtrait qu’avant cette mémorable journée les rois de France n’avaient jamais joui de l’inexprimable satisfaction de contempler un massacre d’Anglais sur les champs de bataille : « Louis XV est le seul roi de France qui ait eu cette fortune » (p. 192).
- Voilà pour le plan de l’ouvrage et la distribution des matières. L’appréciation des faits, d’autre part, est souvent contraire à la philosophie véritable et à l’esprit démocratique.
- La valeur historique de la bataille de Tolbiac, par exemple, est exprimée en ces termes : « N’oublions jamais, disait un grand orateur, que notre pays est né d’un acte de foi sur un champ de bataille. » Or, pour <luiconque se rappelle l’ensemble de notre histoire, la
- bataille de Tolbiac représente simplement une situation qui doit se reproduire plusieurs fois dans le cours de notre vie nationale. La victoire de Tolbiac repousse une invasion allemande : mais dans les siècles suivants, la France devra encore repousser successivement l’invasion arabe au temps de Charles Martel, l’invasion anglaise sous Charles VII ou plutôt sous Jeanne d’Arc, l’invasion allemande sous Charles-Quint, l’invasion espagnole à l’époque des guerres de religion et de nouvelles invasions allemandes sous le premier et sous le dernier des Bonaparte.
- Les rois, pour notre docteur ès-lettres et ès-batailles, sont les plus bienfaisants et les plus providentiels de tous les êtres. Louis XII, qui commence par gaspiller, dans les aventureuses expéditions d’Italie, le sang et l’argent de la France, n’en est pas moins le Père du peuple ; il est vrai qu’il rendait lui-même la justice, non pas sous un chêne, comme saint Louis, mais à la suite d’une promenade sur une petite mule, et qu’après l’audience il aimait à continuer sa promenade dans un jardin situé derrière la salle du Palais de-Justice (p. 122). Lorsque vous connaîtrez un particulier qui aime à se promener d’abord sur une mule et ensuite dans un jardin, vous pourrez affirmer que cet homme est ou sera le père de quelque chose. François I*r, sous qui Robert Estienne et Clément Marot faillirent être brûlés vifs, est toujours le Père des lettres, et le règne de Louis XIV, qui commence par la famine et la peste, se continue par la persécution et la guerre, et se termine par une nouvelle famine, s’intitule plus que jamais le grand règne, pro bablement parce que, chez M. Hubault, grandeur est synonyme de longueur. Les monarques, au reste, sont aussi nécessaires que distingués : « Il ne fallait rien moins que le grand roi Henri IV pour sauver la France de la ruine et du joug de l’Espagne Cp. 138). — A l’avé-nement de Louis XIV, la France avait grand besoin d’un roi qui lui rendît Vordre et la paies (p. 165). — Le Directoire n’avait donné ni l’ordre au dedans, ni la gloire au dehors : Bonaparte, tout-puissant par l’admiration qu’il inspirait, réorganise la France (p. 216 et 218).— Jamais la France ne fut plus prospère ni plus libre que pendant les dernières années du règne de Louis XVIII et les premières années du règne de Charles X (p. 230). »
- Quant aux républicains, ce sont des hommes turbulents et, par conséquent, dangereux : « Il ne faut pas confondre la liberté avec la licence, et un peuple ne peut jouir de la véritable liberté que sous un pouvoir armé de fortes lois contre la licence (p. 230). » Mais qu’est-ce que la liberté et qu’est-ce que la licence?L’auteur, pour répondre à cette question, accorde un bon point à Guizot et à Casimir Périer, qui « emploient leur talent et leur courage contre l’esprit révolutionnaire, ennemi de la véritable liberté. » Ainsi la liberté vraie n’est pas un résultat de la révolution, mais un produit naturel de la monarchie. La liberté, c’est une faveur que les monarques dispensent à leurs sujets lorsque ceux-ci ont été bien sages, de même que le chef d’une institution donne un congé à ses élèves lorsqu’ils ont
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- bien travaillé. Voila pourquoi « M. Guizot lutte avec énergie contre la minorité de la Chambre des députés qui réclamait l'extension du droit de suffrage, c’est-à-dire la participation d’un plus grand nombre d'électeurs à l’élection des députés (p. 231). » Mais ces infâmes républicains l’emportent quand même, et M. Gustave Hubault en est inconsolable : « L’opposition, ne pouvant triompher légalement, provoque une émeute : Louis-Philippe manque de résolution pour combattre le désordre, et il est chassé par la révolution de février (p. 231). »
- Résumons.
- Sous le gouvernement de la République et le régime du suffrage universel, l’auteur d’un ouvrage classique destiné à l’enseignement de l’histoire de France admire les traîneurs de sabre, décerne à tous les monarques une médaille de sauvetage, appelle les républicains des hommes de désordre et considère le suffrage universel comme l’organisation même de ce désordre. Le gouvernement républicain, d’autre part, paie des instituteurs pour expliquer cet auteur, et fait construire des écoles pour mettre à l’abri des injures de l’air les élèves qui écoutent ces explications. D’où je conclus que l’enseignement de l’histoire n’est pas en France ce qu’il devrait être, et que le bonnet de docteur y prend quelquefois la forme d’un éteignoir. X.
- QUESTION DES CHEMINS DE FER
- I^e® petites» et grandes Oo:mpag*i»îe@ «le clxemiaa.» de 1er*
- Les renseignements suivants, dont l’exactitude ne saurait être suspecte, sont donnés par la République française :
- « Depuis trois mois, la direction des chemins de fer d’Etat, sous la surveillance intelligente et dévouée du Conseil d’administration, a réuni en un seul service les sept directions des Compagnies rachetées par l’Etat, et cependant l’exploitation a été régulière, à ce point que les populations ne se sont aperçues du changement de régime que par certaines améliorations, la création des billets d’aller et retour sur certaines lignes, par exemple. Des économies considérables ont été réalisées. Le personnel ancien a été ménagé; on n’a supprimé que des sinécures, et pourtant, les frais généraux ont été réduits de presque un million.
- « Les lignes de l’Etat, pauvres petites lignes secondaires, produiront en moyenne, cette année, 9,000 francs par kilomètre. Les frais d’exploitation
- ne seront pas supérieurs à 6,000 francs, et, dans ces frais d’exploitation, il faudra compter 1,000 francs par kilomètre de réfection de la voie, de travaux d’entretien et de réparation, que les petites Compagnies négligeaient d’exécuter et que les grandes Compagnies trouvent le moyen de faire passer en partie au compte toujours ouvert des dépenses de premier établissement.
- « Il y aura donc un produit net de 3,000 francs par kilomètre, c’est-à-dire de plusieurs millions, pour ces petits chemins de fer, que la Compagnie d’Orléans ne consentait à prendre qu’avec une garantie d’intérêt dont on n’a pas oublié le chiffre. Nous pourrons, lorsque la direction des chemins de fer de l’Etat présentera son budget pour 1879, et lorsque la direction viendra à la Chambre et au Sénat, nous pourrons comparer ce produit net à celui des lignes du second réseau des Compagnies petites ou grandes, des lignes exploitées par des administrations particulières et qui ont été établies dans des conditions analogues à celles des Charentes, des Chemins nantais, de la Vendée, de l'Orléans-Châlons, etc. On verra si les serviteurs de l’Etat sont incapables de lutter contre les habiles agents au service de la haute finance et de l’industrie privée.
- « L’expérience commencée se présente donc, non comme tentative « onéreuse » et condamnée, mais comme une tentative très-heureuse et très-utile, qui vient fort à propos pour délivrer la nation de l’orgueilleuse tyrannie des Compagnies, pour lui rendre son indépendance. Il importe beaucoup de continuer jusqu'au bout et de bonne foi cette expérience nécessaire, trop longtemps retardée, Il sera démontré que les pessimistes avaient tort. Non-seulement le crédit d’un million inscrit dans la loi pour l’insuffisance des produits des lignes rachetées tombera en annulation, mais le bénéfice réel, calculé avec une sévérité toute nouvelle, sera supérieur même aux prétendus produits que les Compagnies rachetées s’attribuaient autrefois. Maintenant, on doit ajouter que les bureaux du ministère y mettent un peu de bonne volonté, et si le Parlement ne poursuit pas contre le réseau de l’Etat, au profit de l’Orléans et à son propre préjudice, ce détestable système de déloyale concurrence, dont les Charentes et les autres petites Compagnies, et l’Ouest même, ont tant souffert jusqu’à présent, l’accroissement des bénéfices se fera très-rapidement.
- » IL existe, en effet, une quantité d’abus auxquels il faut mettre un terme. Les détournements de trafic, conséquence de tarifs homologués avec une partialité évidente, les détournements exercent sur les
- recettes de notre réseau d’Etat une telle influence
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- que les marchandises figurent dans ces recettes pour un tie-rs seulement, tandis que, sur les lignes secondaires parallèles de l’Orléans et des autres grandes Compagnies, les marchandises forment les deux tiers du produit total. Mais sur notre réseau d’Etat, les voyageurs seuls, qui sont libres et se défendent, quittent les rails de l’Orléans et prennent la voie la plus courte ; les marchandises, livrées par les tarifs à la grande Compagnie, sont impitoyablement détournées de leur route naturelle. Le Trésor paye les frais de cette guerre.
- « Nous disons que les voyageurs se défendent et s’obstinent à prendre la pius courte. Ils y ont quelque mérite, car l’Orléans, pour les détourner, comme les wagons de marchandises, emploie les moyens les plus extraordinaires. Les trains du réseau de l’Etat sont mis en interdit, condamnés à ne jamais correspondre avec ceux des grandes lignes Dans les gares communes, il n’est sorte d’avanies qui ne soient infligées aux voyageurs des wagons de l’Etat. Nous avons une gare commune pour laquelle l’Etat paye un loyer de 87,000 francs à l’Orléans Dans cette gare, l’Etat ne peut faire distribuer ses billets pour Angoulême, pour Poitiers, quoique ses lignes soient plus courtes, son trajet plus rapide.
- « L’Orléans n'accorde à ses guichets que des billets pour ses propres trains qui parcourent un chemin d’un tiers plus long. Il faut aller chercher des billets sur les comptoirs des marchands de vin, autour de la gare^. Voilà sous quel régime l’exploitation des petites Compagnies a dù vivre. L’Etat ne supportera certainement pas cette espèce de concurrence : il saura se défendre et se faire respecter, et dès lors on peut prévoir qu’il tirera de son exploitation un revenu sérieux qu’il aura le plaisir de ne partager avec personne. »
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- T.a Pille des Etudiants, par Madame Jenny Touzin, 1 vol., Dentu.
- Nous ne comprenons pas pourquoi Madame Touzin nous adresse Sun roman. Le Devoir est une œuvre de régénération sociale, tandis que la Fille des Etudiants est une production à classer dans la littérature faisandée. Nous savons bien que le goût public est tombé si bas que pour obtenir ses suffrages il faut lui présenter des sujets de cette nature, mais cela n’excuse pas les personnes qui, douées d’un talent réel, comme c’est le cas de MM. Flaubert, Zola, Belot et autres, ou de Madame Touzin, font un emploi regrettable des dons qu’ils ont reçus.
- Il nous est pénible d’avoir à parler si sévèremeut de la Fille des Etudiants, car ce vulume est écrit avec soin ; il y a du slyie et l’on y rencontre môme — chose rare chez un écrivain de l’école à la mode — des pensées pleines d’élévation. Ecoutez, par exemple, ce que dit l’abbé Louis :
- « Je suis le prêtre de nos jours, le prêtre qui, respectant la mission acceptée de faire aimer Dieu, et se sou-veuant qu’il est homme, s’efforce d’associer aux préceptes du culte qu’il pratique les préceptes de la société où il vit.... Il n’y a qu’une morale, nous le savons tous, et quoique cette morale diffère dan> son expression suivant les cas et suivant les êtres, elle est au fond une et primordiale, n’appartient à aucune religion mais à toutes, puis-qu on la trouve en tète du livre sacré de la conscience... Je pense comme mon siècle. Notre siècle défiait l’homme mieux qu’aucun autre ne l’a défini ; il sent que l’homme est un être de transition qui commencera à relier l’intuition infinie à la connaissance divine ; et il a de plus que l’antiquité qui a senti cela avant lui, l’avantage de l’exprimer clairement, c est-à-üire sans circonlocutions métaphysiques Tout est enchaînement ici-bas et le progrès est une loi naturelle; il y a dans le monde physique comme dans le monde intellectuel un mouvement ascensionnel incessant et indéniable. Quand on a parlé pour la première fois de l’autorité de la science, ou a crié anathème, et on a décrété que science et religion étaient incompatibles ; aujourd’hui on ne crie pius et on laisse se préparer un mariage ; dans cent ans on s’inclinera devant l’union accomplie. »
- Dans ces belles pensées, on retrouve bien la même Madame Touzin qui fît le poème de Jésus et Madeleine ; pourquoi faut-il qu’avant et après les belles pages dans lesquelles nous trouvons ces ligues, l’auteur traîne 1© lecteur au milieu de faits immoraux.
- Malgré ses qualités, ce livre est incontestablement un mauvais livre. On n élève pas la moralité d’un peuple en lui mettant de mauvais exemples sous lesyeux. Rien ne démoralise davantage que le spectacle du vice.
- L’étranger tourne sa littérature vers un pôle opposé à celui vers lequel se tourne la nôtre Aussi l’étranger se rit-il d’une France qui veut avoir un gouvernement républicain sans avoir les vertus républicaines. Quand un des volumes de la nouvelle écoie passe de l’autre côté de la frontière, les nombreux critiques gallophubes ne manquent jamais de s’eu emparer et de dénuncer un pays où des romans de cette nature trouvent un public pour les lire et des personnes de talent pour les composer. E. G.
- Le Directeur- Gérant : G-odin.
- Le Jury international de l’Exposition universelle de 1878 a, comme celui de Londres en 1862 et celui de Paris en 1867, décerné pour la troisième fois à M. A. Préterre, le dentiste américain si connu à Paris où il réside depuis longtemps, la seule Médaille d'Or accordée aux dentistes.
- C’est la confirmation éclatante du jugement que l’illustre Nélatou portait sur lui en ces termes: « J’ai trouvé « dans ces pièces une perfection telle que je n’hésite « pas à les déclarer supérieures à tout ce que nous avons « vu en ce genre jusqu’à ce jour. »
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- SOMMAIRE
- Conditions nécessaires à l'équilibre de la production et de la consommation. — Une erreur judiciaire. —Semaine politique. — Variéiés. — Les Arts manuels à Vécole primaire. — M. Bar-doux et la liberté des cultes. — Une pensée de Fiehte. — Feuilleton : La fille de son père. — A propos des femmes médecins.— Les logements insalubres. —- Œuvre des progrès économiques. —• Bulletin bibliographique.
- CONDITIONS NÉCESSAIRES A L’ÉQUILIBRE
- DE LA
- PRODUCTION ET DE LA CONSOMMATION
- L’état de pléthore et de gêne industrielle des nations civilisées, les fluctuations des fabriques et des usines, le chômage des ouvriers, les conflits des grèves pour cause d’insuffisance des salaires, sont des sujets qui méritent la plus sérieuse attention de la part de tous ceux qui cherchent les améliorations politiques et sociales nécessaires au bonheur des peuples.
- Chose singulière ! les hommes qui devraient le plus étudier les causes de cet état de choses sont peut-être ceux qui s'en préoccupent le moins.
- Dans l’ancien comme dans le nouveau monde, travailleurs et producteurs se demandent où sera la solution de ces problèmes ; mais les gouvernants des nations restent les yeux fermés sur les questions que soulève cette insuffisance d’organisation du travail et de la répartition de la richesse.
- Ils ne savent rien faire pour porter remède à cet état de choses qui ira s’aggravant chaque jour, jusqu’à ce que les événements les aient fait sortir de leur apathie.
- Le Devoir s’étant donné pour tâche de tenir ces questions en lumière et de les élucider dans la mesure de ses forces, examinons quelles sont les principales causes du mal présent, afin de déterminer quels remèdes peuvent y être apportés.
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- La crise industrielle continentale est due, pour une forte part, à la recrudescence de L’esprit belliqueux qui s’est emparée de la plupart des nations de l’Europe et qui a détourné l’attention générale des questions utiles, pour l’obliger à s’occuper des travaux improductifs de la guerre.
- L’Allemagne, surtout, s’est montré possédée de cet esprit; aussi subit-elle et subira-t-elle largement sa peine pour ce crime de lèse-civilisation.
- Mais elle n’est pas seule à en souffrir ! A côtéd’elle, les autres nations ont également vu leurs gouvernements négliger les besoins intérieurs des peuples pour s’occuper avant tout des mesures de résistance contre une puissance agressive ; d’où l'étendue, en Europe, du malaise industriel.
- Ce n’est pas impunément que les nations s’écartent du soin de la prospérité publique. Toutes les ressources, toutes les forces qui se tournent vers la guerre ne sont pas seulement des forces et des ressources perdues, mais elles paralysent d’autant l’essor de l’industrie, du travail et du commerce.
- Cependant, si la guerre entre nations et les préoccupations qui en dérivent sont une cause d’affaiblissement et de ruine pour les peuples, si elles sont un obstacle au développement régulier de la production et de la consommation, si elles ont toujours été et sont encore une des grandes causes de la misère des classes laborieuses, ce n’est néanmoins pas à elles seules qu’il faut attribuer le malaise universel.
- Car, dans l’état actuel de nos civilisations, la puissance du travail est telle qu’elle triompherait assez vite des embarras de la guerre entre nations.
- Mais cet esprit de guerre lui-même n’est pas une chose accidentelle ayant sa cause en dehors de l’homme ; c’est en nous-mêmes qu’il existe et se développe ; c’est dans l’orgueil de la domination qu’il prend sa source ; et cet orgueil n’est pas seulement le triste apanage des princes et des rois, il est encore malheureusement l’imperfection de la grande majorité des humains.
- Or, l’orgueil de la domination est un aussi grand obstacle à la paix intérieure des sociétés qu’à la paix entre les nations ; il est le principe de toutes les convoitises sociales comme de toutes les convoitises royales.
- L’orgueil de la domination est l’opposé de l’amour du bien. C’est à cet égoïsme que sont dues toutes les usurpations grandes et petites dont notre humanité est encore affligée ; et si l’orgueil de la domination est cause de la spoliation des nations entre elles, c’est lui-même également qui est responsable de la mauvaise répartition des richesses et des fruits du travail dans la société,
- Oui, la passion de l’égoïsme, du chacun pour soi, du mépris des droits d’autrui, cause l’hostilité intérieure des intérêts et s’oppose à l’équitable répartition de la richesse dont dépend la paix intérieure des nations.
- Cette absence d’équité dans la répartition des avantages de la richesse et des résultats de la production est aujourd’hui la plaie sociale que notre siècle doit guérir en faisant que tous les citoyens aient accès à la consommation. Mais songe-t-on à la solution de semblables problèmes pour mettre fin au malaise des travailleurs et aux embarras de l’industrie ? Non, la plupart des hommes n’envisagent que leur intérêt propre et oublient l’intérêt social auquel l’intérêt de chacun est uni.
- Sur le continent européen, les protectionnistes font campagne pour demander, chacun en ce qui concerne sa nation, que leurs propres produits soit exportés en toute liberté, mais que les produits des autres nations ne soient pas importés librement chez eux.
- Partout, en France, en Allemagne, en Angleterre, aux Etat-Unis, les chefs d’industrie, les fabricants, les cultivateurs cherchent des débouchés pour leurs produits, des consommateurs pour alimenter la production. On ne voit pas que ces consommateurs sont à la porte même des usines et des cultures; que s’ils ne consomment pas, c’est qu’on ne leur laisse pas une part suffisante dans les produits qu’eux-mêmes contribuent à créer ; on ne voit pas que si une part plus juste leur était faite dans les bénéfices de la production, ces travailleurs, qui aujourd’hui manquent de ressources pour consommer, assureraient â la production des débouchés intarissables.
- Cet état de choses fait que la richesse s’accumule et reste presque inactive, que les capitaux regorgent dans les banques et demeurent sans emploi.
- . Pourquoi nos hommes d’Etat ne songent-ils pas d’abord à tirer de ces richesses de nouveaux éléments de prospérité, en les employant à créer les chemins de fer, canaux, etc., qui font aujourd’hui défaut, comparativement aux besoins.
- Ces grands travaux, si nécessaires, établiraient la circulation de la richesse générale et ouvriraient, aux produits de l’industrie, de nouveaux débouchés en faisant retourner les capitaux aux mains des travailleurs. La France trouverait ainsi des consommateurs dans son sein même et n’aurait nul besoin d’autre protection pour son industrie.
- Malheureusement, les grandes compagnies, les grands monopoles financiers, ne songeant qu’à jeurs intérêts du moment, se mettent* en travers des intérêts publics.
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- Aussi la richesse s’accroît-elle, aux mains de qUelques-uns, dans des proportions inouïes, sans donner à la masse du peuple plus de sécurité ni plus de garanties pour le lendemain.
- Toute l’existence des classes ouvrières repose sur le salaire ; si le salaire fait défaut, la misère est aussitôt dans la famille.
- On conçoit difficilement comment une pareille imprévoyance sociale a pu se perpétuer jusqu’à nos jours. Il semble que les nations européennes, que les États-Unis eux mêmes, auraient dû. trouver dans leurs assemblées législatives ou parmi leurs gouvernants, des hommes capables d’évoquer l’idée d’une plus sage et plus salutaire organisation de la répartition et de l’usage de la richesse produite.
- Que le monde des affaires, le monde de la richesse, livré aux habitudes du chacun pour soi, et même du tout pour soi, oublie les lois de la morale de l’humanité et ne comprenne pas que notre responsabilité dans la vie. est d’autant plus grande que nous immobilisons, à notre profit, une plus forte part des choses qui pourraient être utiles aux autres, cela se conçoit, parce que trop d’individus s’imaginent, faussement, qu’ils n’ont pas à s’occuper des règles du juste, du devoir et du droit; mais il n’en est plus de même de ceux qui ont charge des intérêts des peuples.
- Ceux-là, en se laissant aller aux directions coupables que nous venons de signaler, commettent un oubli d’autant plus répréhensible qu’ils laissent ainsi s’accumuler de graves dangers pour les nations dont ils devraient, au contraire, sauvegarder l’avenir.
- Répétons donc que la richesse produite est faite pour assurer l’existence de tous les membres de la société ;
- Que, dans la sphère sociale, le gouvernement, au nom du droit de chacun à une part de la production naturelle, a pour devoir impérieux d’organiser la mutualité nationale des industries et des travail-" leurs, de façon à se faire le gardien et le protecteur de la vie humaine ;
- Que, dans la sphère de l’action industrielle, il doit encourager et protéger l’association du travail et du •mpital ; abroger toutes les lois restrictives du droit d'association, et favoriser toutes les entreprises tyant pour but de faire participer le travail aux bénéfices de la production.
- Enfin, ajoutons que, parallèlement à ces efforts, lês gouvernements doivent se préoccuper d’orga-ftlser, d’une façon définitive, la paix entre les na~ lions, sur des bases analogues à celles que « le devoir » a proposées dans ses derniers numéros.
- C’est dans cette voie que se trouve la solution du problème social actuel.
- GrODIN.
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- UNE ERREUR JUDICIAIRE
- Nous apprenons qu’au nombre des pétitions déposées sur le bureau de la Chambre se trouve celle des héritiers Dussud, demandant une indemnité comme compensation aux pertes subies par Dussud, victime d’une erreur judiciaire.
- L’auteur de ces lignes a été le premier, en 1871, à raconter, dans les journaux lyonnais, l’histoire de cette lamentable erreur, histoire qu’il avait recueillie à Montbrison des lèvres mêmes de la victime.
- En 1842, Dussud, qui était aubergiste non loin de Saint-Symphorieu, fut accusé d’avoir assassiné deux colporteurs. Par suite de la coïncidence fatale de certaines circonstances, les charges parurent suffisamment prouvées. Le malheureux eut beau protester de son innocence, il fut condamné à quinze ans de travaux forcés. On l’envoya à Toulon. On lui mit les chaînes et le boulet aux pieds. On lui donna comme compagnon de travaux un misérable de la pire dépravation. Et, dans cette horrible condition, Dussud vit les jours succéder aux jours, les -semaines succéder aux semaines, les mois succéder aux mois, les longues années succéder .aux longues années.
- Dussud ne se découragea pas. Fort du sentiment de son innocence, il accepta sans abattement la situation inique où le mettait la société. Si parfois le désespoir s’emparait de lui au spectacle écœurant du bagne ou à la pensée de la souillure jetée injustement sur sa famille et de la honte imméritée de son nom, bien vite il se relevait, se disant que la vérité se ferait jour une fois ou l’autre.
- Hélas! les années, les quinze années passèrent et le jour ne se fit pas. Dussud sortit du bagne sans que son innocence eût été reconnue. Pendant encore quatorze années, il dut vivre dans la société, sous l’œil de la police, avec la réputation d’ancien forçat. Le malheureux était reconnu partout comme tel, car l’habitude de traîner le boulet lui avait fait contracter dans sa démarche la raideur de l’une des jambes.
- Enfin, le jour de la justification arriva.
- En 1871, un individu, à son lit de mort, se reconnut coupable du crime pour lequel Dussud avait été condamné.
- Tous pensez que la justice s’empressa de réparer le tort fait à Dussud?
- Pas le moins du monde.
- La malheureuse victime dut multiplier démarche sur
- (démarche pour obtenir, enfin, non. pas une réparation complète, mais seûlëment un décret de réhabilitation. Ce décret effaça pour lui les conséquences de la con-
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- damnation. Il mit fin aux incapacités qui en résultaient. Il réintégra le condamné dans l’exercice plein et entier de ses droits personnels, mais sans aller au-delà.
- Quant au jugement lui-même, il n’en subsiste pas moins tant que le procès n’est pas révisé. Or, dans le cas de Dussud, le procès ne pouvait pas se réviser. Il eût fallu pour cela condamner quelqu’un à sa place, ce qui était impossible, le vrai coupable étant mort. En admettant même que le vrai coupable eût vécu après la révélation, la condamnation de celui-ci ne pouvait avoir lieu, la date de prescription étant dépassée.
- Dussud est mort, reconnu innocent par la justice, mais ayant toujours son casier judiciaire au palais.
- La présence de pareilles lacunes dans la loi suffit à prouver à quel point il est nécessaire de réviser des codes dont l’insuffisance est depuis longtemps démontrée. Le deuxième empire a cbanté pendant vingt ans des hymnes à la louange de ces codes : il serait à désirer qu’on les exaltât un peu moins et qu on les examinât davantage.
- N’oublions pas que l’un de ces codes contient des peines contraires à la morale et si redoutables par elles-mêmes que quelqu’un se crut fondé à dire à Dussud en 1871 : « De quoi vous plaignez-vous? Vous avez encore bien de la chance qu’on ne vous ait pas guillotiné. »
- Ed. Champury.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- Ainsi que nous l’avons prévu, la Chambre des députés a terminé samedi la discussion du budget des dépenses qui a été déposé lundi sur le bureau du Sénat.
- Elle a ensuite abordé l’examen du budget des recettes, qui a été voté, au pied levé, en deux séances. C’est aller, comme on voit, fort vite en besogne. Nous avons dit ce que nous pensions de cette façon de procéder, nous n’y reviendrons donc pas.
- Le vote d’ensemble du budget des dépenses a donné lieu à une protestation de la Chambre des députés qui, par l’organe de M. de Soland, s’est plaint que la majorité aurait fait tous ses efforts pour soustraire la loi de finances au contrôle de l'Opposition. Ce reproche n’est pas fondé, bien qu’il ait déjà été formulé l’an dernier. Lorsque la majorité de la Chambre des députés a nommé dans les bureaux la commission du budget, elle n’a jamais imité l’exemble de l’assemblée nationale qui prenait on s’en souvient, ses listes exclusives d’où les noms des républicains étaient soigneusement bannis. En 1876, un membre de la minorité, M. Raoul Duval, a été nommé membre de la Commission du budget, mais encore il a été désigné comme rapporteur du budget de la marine. Dans tous les cas, les membres de la minorité n’avaient pas besoin de faire partie des commissions pour étudier le projet de loi des finances, qui a été distribué il y a longtemps, et rien ne les empêchait de faire connaître à la tribune les observations que leur a pu suggérer l’étude de ce document. Que le temps leur ait manqué, aussi bien qu’aux républicains pour prononcer des discours importants, c’est là une raison qui pourrait à la rigueur être alléguée ; mais il n'est pas vrai qu’ils aient été mis hors d’état d’étudier et de contrôler les propositions du ministre des finances.
- Après de nombreuses tergiversations, le Sénat a re-
- noncé à peu près définitivement à interpeller le gouver-nement. La formule de M. de Baragnon ne sera pa§ encore utilisée. M. de Broglie, paraît-il, se bornera j présenter quelques observations au cours de la discussion du budget. Mais on ne veut pas entreprendre une discussion qui se terminerait par le vote d’un ordre du jour, soit que l’on* redoute une défaite, soit que l’on ait été averti que le cabinet ne tiendrait aucun compte d’une manifestation hostile de la majorité expirante de fi Chambre haute.
- Le Sénat a adopté, jeudi, non sans quelques résistances de la droite, une proposition de loi fort opportune de MM. Bozérian et Mazeau qui a pour objet d’affranchir de la formalité du dépôt au parquet des bulletins de vote dans toutes les élections.
- Il a adopté, en outre, lundi, en première lecture, le projet de loi de M. de Freycinet, touchant les chemins de fer d’intérêt local. Il s’est ensuite ajourné à jeudi.
- Nous devons une mention spéciale à un incident qui s’est produit dans les bureaux de la Chambre. Celle-ci a nommé tout récemment une commission spéciale pour examiner le projet de convention avec la compagnie du Nord ayant pour objet d’incorporer divers chemins de fer d’intérêt local dans le réseau d'intérêt général. Trois membres de la commission seulement sont favorables au projet. Ce sont MM. Gambetta, Louis Legrand et Ribot, ces deux derniers députés du Nord. Les onze autres membres, appartenant tous à la majorité, MM. Ma-dier de Montjau, Papon, R. Waddington, de Douville-Maillefeu, Albert Grévy, Wilson, Genty et Devès se sont montrés, au contraire, absolument hostiles au projet.
- M. Gambetta a été élu président de la commission; mais, contrairement à l’usage, on lui adjoint un vice-président, M. Albert Grévy ; M. Wilson a été nommé secrétaire. Dans ces conditions, il n’est pas douteux que le projet du ministre ne soit examiné par la commission et que M. de Freycinet ne renonce à faire examiner par une commission spéciale un projet analogue relatif au réseau de l’Ouest. 11 est certain, en effet, que la majorité de la Chambre est, non sans raison, hostile au système des conventions avec les grandes compagnies et'qu’elle préfère le rachat par l’Etat, qui serait exploité par des compagnies sérieuses. C’est dans ce sens que la commission s’est prononcée.
- La grande commission de l’instruction primaire s’est occupée des conseils départementaux de l’instruction publique, et elle a décidé qu’ils seraient présidés par le directeur de l’enseignement, nouveau fonctionnaire établi dans chaque département et nommé directement par le ministre de l’instruction publique, et composé en nombre égal de conseillers généraux et d’instituteurs, nommés par leurs collègues, auxquels seraient adjoints le directeur et la directrice des écoles normales, et un inspecteur et une inspectrice primaires désignés par le conseil. Les ministres des cultes n’en feraient plus partie, et non-seulement le préfet n’en aurait plus la présidence) mais il n’aurait plus voix délibérative ; s’il demandait» y assister, il n’aurait que voix consultative.
- Une grave innovation sans précédents et qui, une fois réalisée, renversera toutes les habitudes administratives, c’est celle de l’introduction dans un corps délibérant of* ficiel de l’élément féminin dans la personne de l’inspectrice primaire et la directrice de l’école normale des filles-Ce sera une véritable révolution qui, en se généralisant aura certainement de très considérables, et sans dout* aussi de très-heureuses conséquences.
- La presse réactionnaire française a profité des atten' tatsde Berlin, de Madrid et de Naples pour entreprendre une odieuse campagne contre son propre pays. L*s feuilles royalistes et bonapartistes font assaut de ^ pour dénoncer la France à T animadversion de TEuropc-Elles représentent notre république comme étant un
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- foyer d’agitation démagogique menaçant pour la sécurité jgS puissances, et elles demandent” qu’il se forme une sainte alliance de rois et d’empereurs nour mettre notre nation à la raison ; la Suisse elle-même ne devrait pas être épargnée. Ces abominables suggestions sont accueillies avec un égal mépris, à l’intérieur et à l’extérieur, par l’opinion publique. A Vienne, notamment, la presse est unanime à protester contre la formation d’une ligue de souverains contre les prétendus envahissements de la démagogie, et l’on assure que le roi Humbert aurait déclaré qu’un prince de la maison de Savoie ne consentirait jamais à rien entreprendre contre la liberté. Cependant, beaucoup d’arrestations ont eu lieu en Italie et divers lieux de réunion on été fermés.
- En Allemagne, le gouvernement n’a pas eu autant de scrupules que le gouvernement de Victor-Emmanuel et l’Empereur Guillaume nage en pleine réaction.
- Le Beiohsameiger publie un arrêté rendu par le ministère d'Etat de Prusse, valable pour la durée d’un an aux termes duquel le séjour des villes de Berlin, de Charlottenbourg, de Potsdain et des arrondissements de Teltow, Nieder-Barnim et Ost-Havelland est interdit à certaines catégories d'individus désignées dans la loi contre l’agitation socialiste. De plus, la vente et la possession des armes blanches ou à feu sont interdites dans les mêmes villes à toutes les personnes qui n’y sont pas autorisées spécialement ou qui ne sont pas munies de ports d’armes. Enfin, la surveillance la plus rigoureuse sera exercée dans toutes les gares et dans tous les hôtels de Berlin, le 4 et le 5 décembre, à l’occasion du retour de l’Empereur, et l’on demanderapartoutdes passe-ports aux voyageurs.
- On assure que les libéraux-nationaux doivent interpeller le gouvernement sur l’état de siège ; mais il n’y a point à espérer que cette protestation, si elle a lieu, produise grand effet.
- Le peuple suisse a été violemment ému ces jours derniers par de nombreux et très vifs articles dirigés contre lui par les journaux allemands et italiens.
- La Gazette de l'Allemagne du Nord, l’un des principaux organes des convoitises prussiennes, accuse très-vivement la Suisse de reconnaître le droit d’asile aux révolutionnaires de tous les pays et de favoriser sur son territoire la fomentation de complots en vue de l’assassinat des souverains.
- De semblables affirmations sont d’une absurdité telle qu’elles ne méritent pas d’être réfutées. Il n’en est pas moins étrange de voir des journaux autorisés de l’Allemagne et de l’Italie s’élever à la fois contre le petit pays inoffensif qui se trouve entre ces deux puissances.
- Que la Suisse se tienne sur ses gardes ! L’Allemagne* convoite sa possession. Le chant national le plus populaire en Allemagne, celui que l’on fait chanter dans les écoles et les casernes, revendique tous les pays de langue germanique (,so weit die deutscke mnge hlingt) et cite la Suisse au nombre de ces pays. De plus, l’Allemagne ne pardonne à la Suisse ni l’aversion instinctive que celle-ci a pour elle, ni la conduite chaleureuse du peuple suisse lors du désastre de l’armée de l’Est. Enfin, n’oublions pas qu’il est désagréable à un empire reposant sur l’om-oipotenee de la police et des soudards d’avoir tout près de lui, comme point de comparaison pour ses habitants, une confédération de républiques qui donne l’exemple de l’ordre le plus parfait dans la liberté la plus complète.
- En Italie, la situation parlementaire est toujours quelque peu incertaine malgré le regain de juste popularité qu’a recueilli M. Cairoli, après l’attentat de Naples. L’ho-uorable ministre va mieux, mais on ne lui permet pas encore de sortir. Les pourparlers continuent entre les chefs des divers partis politiques, en vue d’un accord, et l’on peut espérer que l’agitation des partis, d’ailleurs fort exagérée par certains journaux, va se calmer graduellement.
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- L’opposition s’agite toujours passablement en Angleterre, mais sans aboutir à aucun résultat pratique. Plusieurs meetings ont été tenus, dans lesquels lord Beaconsfield a été très vivement attaqué et accusé de viser au pouvoir personnel. Lord Lawrence, ancien vice-roi des Indes, notamment, a condamné l’ouverture des hostilités contre Shere-Ali sans l’autorisation préalable du Parlement, et le duc d’Argyl, autre ancien vice-roi, a publié une lettre plus violente encore dans le même esprit. Enfin, M. Gladstone a prononcé, à Greenwitch, un très-long discours, dans lequel il a protesté contre les actes dû ministère et contre la politique dans les Indes. Il considère la guerre afghane comme injuste et l’a représentée comme le premier terme d’une série d’iniquités qui pourront entraîner la chute de l’empire indien. Les débats parlementaires, dont ces divers mee tings sont le prélude, s’annoncent donc comme devant être fort vifs. On pense toutefois que la session n’en sera pas moins close le 19 décembre.
- Après avoir remporté quelques succès faciles annoncés avec un tr©p vif empressement, les Anglais ont éprouvé, en Afghanistan, quelques échecs qui sont de nature à donner à réfléchir aux optimistes. Le général Brown, qui s’était trop avancé dans les défilés de Kaïber, a vu soudain ses communications coupées par une petite troupe de montagnards dont on n’a pu avoir raison qu’en appelant à l’aide les renforts du général Appleyan. Naturellement, la passe serait libre. D’autre part, une dépêche laconique venue de Lahore, annonce que le général Roberts et les troupes de l’émir en sont venues aux mains dans les gorges de Peïwar ; mais le télégramme est muet sur le résultat de cet engagement, ce qui permet de supposer que l’issue du combat n’a pas été absolument favorable aux troupes anglo-indiennes. On se plaint, d’ailleurs, en Angleterre, de la pénurie des nouvelles, et la discrétion ’ extrême des autorités locales n’est pas sans causer quelques inquiétudes en vue de l’avenir.
- D’autre part, on mande de Saint-Pétersbourg qu’une armée forte de vingt mille fantassins et de trois mille cavaliers, accompagnée de quarante-huit batteries d’artillerie, et commandée par le général Kowaleski, serait partie de Samarcande pour la frontière de l’Afghanistan, avec ordre d’appuyer les troupes de l’émir, dans le cas où Caboul et l’ambassade russe qui s’y trouve seraient menacés par les Anglais. Il est très-difficile de contrôler l’exactitude de cette information ; mais elle a un véritable caractère de vraisemblance, et il est fort possible que la Russie, tout en répondant de son mieux aux demandes d’explications de l’Angleterre aux paroles imprudentes du général Kauffmann, se prépare, à bas bruit, à frapper un coup décisif, si la fortune devenait manifestement contraire à l’armée anglo-indienne.
- En Autriche-Hongrie, le replâtrage ministériel que nous avions prévu a réussi. .Le comte Andrassy a comparu devant la commission du budget de la délégation autrichienne, et lui-a fait accepter le budget particulier du ministère des affaires étrangères, à la suite d’un long discours qui ne paraît pas, cependant, avoir été fort concluant, si nous en jugeons par le résumé qu’en ont donné les agences d’informations. Quoi qu’il en soit, M. Andrassy a su ajourner les difficultés et maintenir le statu quo.
- De son côté, M. Tisza a obtenu un succès analogue devant le Reichstag hongrois, auquel il a fait adopter, sans l’aide des Croates, le projet d’adresse à une majorité de vingt deux voix. Ayant ainsi consolidé son pouvoir, M. Tisza s’est mis aussitôt à l’œuvre afin de reconstituer le cabinet dont il était le chef. M. Szlavy a refusé de reprendre le portefeuille des finances qu’il avait, on s’en souvient, déposé, mais il paraît que le comte Szapary aurait moins de scrupules, et que M. Pichy accepterait volontiers. N’oublions pas de dire que M. Andrassy a retiré le projet de loi dont nous avons parlé, dans notre dernière revue, et qui portait ouverture d’un crédit sup-
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- plémentaire pour l’occupation de la Bosnie. Ce projet, on ne l'a pas oublié, avait été provisoirement écarté par la commission des finances de la délégation autrichienne, jusqu’à ce que le Parlement ait statué sur le traité de Berlin. En conséquence, les Chambres ont été convoquées pour le 10 décembre.
- Malgré ce document anodin, la crise austro-hongroise demeure à l’état latent, et ce n’est, pour ainsi dire, que par une fiction officielle qu’elle a disparu. L’opinion est fort agitée. Des manifestations populaires s’organisent sur divers points, et l’on assure même que des mains mystérieuses auraient lancé et fait éclater une bombe, une première fois, dans une rue avoisinant le.palais de M. Tisza, une seconde fois, dans l’escalier du Cercle où le ministre fournissait des éclaircissements aux membres du parti libéral. Ces incidents prouvent assez que la situation est assez grave pour que les remèdes empiriques de MM Andrassy et consorts puissent être considérés comme suffisamment efficaces.
- L’Espagne paraît être profondément agitée, tout au moins par ceux qui la gouvernent. Le maréchal Quesada est allé faire à Vittoria une tournée, à la suite de laquelle des arrestations nombreuses ont été opérées à Bilbao, dans la Biscaye, en Navarre et dans la province de Logrono. Les personnes arrêtées ont été inculpées, sinon convaincues, d’intrigues avec le parti républicain, dont M. Ruiz-Zorilla est le chef.
- Comme l’état de siège florit en Espagne, tout aussi bien que sur les bords de la Sprée, les malheureux que l’autorité militaire a saisis seront déportés sans autre forme de procès.
- Le gouvernement a déclaré qu’il maintiendrait encore l’état de siège dont il se sert si bien et qu’il conserverait l’armée d’occupation afin d’assurer l'exécution de la loi du 21 juillet 1876, qui a aboli les fueros basques, soumis le territoire basco-navarrais, et l’obligation de fournir un contingent militaire et décidé l’établissement progressif dans les provinces des impôts en vigueur dans le reste de l’Espagne depuis l’an dernier.
- On avait annoncé le prochain mariage du roi Alphonse XII avec la sœur de sa défunte femme, mais un journal officieux, l’Epoca, annonce plaisammment que le jeune prince est décidé à rester quelque temps encore fidèle à la mémoire de la reine Mercedès.
- La commission, chargée de la délimitation des frontières sud de la Bulgarie, est revenue à Constantinople sans avoir pu accomplir sa mission par suite de l’opposition de la population.
- On annonce que la Russie renouvelle ses plaintes contre le mauvais vouloir de la Turquie à exécuter la stipulation du traité de Berlin, touchant la Serbie et le Monténégro, et l’on dit que de nombreuses insurrections éclatent en Asie.
- L’état de la Turquie devient de plus en plus désolant Le papier-monnaie y est déprécié dans des proportions, aussi énormes qu’au lendemain des victoires russes. La livre turque en or a atteint de nouveau le prix effrayant de 360 piastres en papier. Toutes les denrées de première utilité sont d’une cherté excessive. On frémit en songeant que l’hiver s’approche pour Constantinople et qu’à l’heure qu’il est, dans cette grande capitale, il n’y a pas moins ae deux cent mille personnes dénuées de tout moyen de subsistance.
- Quel terrible châtiment des massacres de Bulgarie.
- Malheureusement, ceux qui subissent le châtiment ne sont pas les auteurs des massacres, et les grands dignitaires turcs continuent comme par le passé à accaparer à eux seuls les rares ressources du pays.
- On mande enfin de Constantinople qu’une nouvelle révolution ministérielle a éclaté. Kheredine Pacha a été nommé grand-vizir en remplacement de Savfet Pacha, qui serait devenu ministre des affaires étrangères. Le ministre de la guerre et le Cheik-ul-Islam auraient également été remplacés.
- La session ordinaire des Chambres roumaines a été ouverte par un discours du prince Charles qui énumère les réformes à introduire dans ce pays et qui constate que toute difficulté a disparu avec la Russie touchant la question de la Dobrudja.
- Le Congrès des Etats-Unis s’est réuni lundi et a entendu la lecture d’un message du président Hayes, dans lequel le premier magistrat de la grande République américaine constate que les Etats Unis entretiennent des rapports pacifiques avec tous Us pays étrangers, et que leur neutralité est partout respectée. A la suite de la décision arbitrale, le gouvernement américain s’est résigné àpayer à T Angleterre l’indemnité relative aux pêcheries de Terre-Neuve, mais non sans protester. Dans 1© cours de l’année prochaine, le président se propose de resserrer les liens qui unissent déjà les Etats-Unis au Mexique, dans le double but d’arrêter les déprédations des Indiens et d’augmenter les relations commerciales entre les deux pays.
- Le président s’est félicité des résultats de l’Exposition universelle française et s’est prononcé contre les réformes qui auraient pour objet de modifier radicalement la législation financière actuelle.
- Le’ message s’occupe ensuite de questions de détail d’ordre intérieur et notamment des mesures à prendre contre la fièvrejaune.
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- VARIÉTÉS
- La plus t>ell© éoole primaire du monde,
- La ville de Zurich, si insignifiante il y a quelques années, est aujourd’hui l’une des plus belles du centre de l’Europe. Ses nouveaux quartiers et ses nouveaux monuments publics lui donnent l’air d’uno brillante capitale.
- Au nombre de ces édifices, se trouve une nouvelle école primaire, la plus belle qui existe, dont les travaux finis depuis peu de jours n’ont pas coûté moins de 1.061.000 francs. D’autres villes ont des écoles plus vastes, aucune n’en a d’aussi bien établie. Il y a été tenu compte de tous les progrès de l’architecture scolaire et de l’hygiène; la situation est tout à fait de choix. Le bâtiment forme un de côtés du square Escher, vaste place bien aérée située dans le plus beau des quartiers neufs de Zurich.
- Il est- à remarquer que si l’agglomération zurichoise compte 80,000 âmes, la commune même de Zurich, qui seule a supporté les frais de cette école, en compte à peine 24,000. C’est donc un sacrifice de 44 francs par tête d’habitant.
- L’instruction des* femmes en Angle terre
- On se préoccupe beaucoup en France du développement de l’instruction ; aussi est-il intéressant de connaître les innovations réalisées à l’étranger, principalement en Angleterre. Ainsi, l’université de Cambridge a institué, dans ces dernières années, des collèges de femmes (Ladies Colleges) qui tendent à se multiplier, La Gazette d'Augsbourg nous fournit sur ces collèges féminins les détails suivants :
- Le collège de Girton, dans le principe, n’avait été établi que pour loger une quarantaine d’étudiants du sexe féminin, et Newsham une trentaine. Cependant le nombre croissant des candidats a fait qu’on a été obligé de loger en ville une partie des élèves, sous la direction d'un sons-proviseur de leur sexe.
- L’admission aux examens de l’Université n’étant possible qu’à partir de dix-huit ans, il en résulte qu’il n’y a pas d’élèves au-dessous de cet âge. L’âge des élèves va de dix-neuf à trente ans. Cette année, le nombre des
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- pensionnaires à Newaham est de soixante à soixante-
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- Les repas se prennent en commun, dans une salle décorée avec goût. Après le repas, les élèves se réunissent pour causer -ou faire de la musique. Deux salles sont réservées à cet usage; quelquefois on y danse. La bibliothèque, bien approvisionnée de livres, est également fournie de journaux et de revues. Outre cela, on s’y livre à des exercices gymnastiques et à des jeux en plein air, et même à l’équitation.
- Une coutume assez singulière a été introduite par les élèves elles-mêmes. C’est celle des débats oratoires entre- le personnel du collège. Ces exercices rappellent ceux auxquels se livrent chez nous les étudiants en droit, se destinant au barreau.
- Les nombreux congrès tenus à Paris à l’occasion de l'Exposition universelle viennent d’être clos.
- Jamais, à notre connaissance, pareil ensemble de congrès ne s’était vu dans une même ville.
- En effet, environ trente congrès ont été tenus dans le court espace de quatre mois, et toutes les questions importantes se rapportant aux arts, aux sciences, à l’industrie, à l’économie politique ont été traitées par les notabilités les plus marquautes de la France et de l’étranger.
- Le ministre de l’intérieur n’a pas voulu laisser perdre les résultats de ces travaux et de ces discussions remarquables : un service sténographique, sérieusement organisé, a recueilli tout ce qni a été lu, dit et discuté dans ces séances ; on a réuni ainsi tous les éléments d’une intéressante publication dont l’impressicn va commencer immédiatement, sous la direction du Comité central des congrès, avec le concours et la collaboration des différents bureaux de chaque congrès.
- Cette publication, pense-t-on, ne comptera pas moins de 25 à 30 volumes ; et, selon l’importance des discussions, un volume ou uu fascicule séparé sera assuré à chaque congrès. Des tirages à part pour* les organisteurs du Congrès et réclamés par la plupart d'entre eux, seront mis à leur disposition, au prix payé par l'administration. Le public pourra se procurai- l’ouvrage, soit en totalité, soit par fascicules, chez les libraires, et cela dans un temps rapproché, grâce aux moyens mis en œuvre par les membres du comité central pour accélérer la publication.
- LES ARTS MANUELS A L’ÉCOLE PRIMAIRE
- M. Paul Janson, député au Parlement belge, a prononcé à l’assemblée générale de la Ligue belge de l’Enseignement, un très remarquable discours dans lequel il a signalé fort justement la nécessité de mettre en honneur dans l’école populaire la pratique des travaux manuels, les premiers éléments des principales industries, des principaux métiers.
- L’école primaire, en effet, ne doit pas seulement cultiver l’intelligence, elle doit aussi familiariser les enfants avec l’outil et la technique de la profession qu’ils devront exercer un jour. C’est l’école du peuple, he l’oublions pas, et l’immense majorité de ceux qui lu fréquentent devront plus tard gagner leur pain surtout par le travail de leurs mains. Paysans ou artisans, tels ils seront un jour ; il importe donc de les préparer dès leur plus jeune âge à ce rude labeur, 1
- et de leur épargner, par un enseignement bien gradué, ies peines et les difficultés sans nombre de l’apprentissage. :
- Cela est d’autant plus nécessaire aujourd’hui que dans notre siècle d’égalité sociale et de grande industrie, les liens fraternels des vieilles corporations ouvrières se sont trouvés rompus. Chacun pour soi, telle est la devise i et dans ce formidable combat pour la vie tous ceux qui sont mal armés sont fatalement destinés à périr.
- L’idée formulée par M. Janson, dans son mâle et puissant langage, est donc une idée vraie, une idée éminemment sociale, humaine et généreuse, qui mérite d’attirer l’attention de tous ceux qui ont pour les masses populaires autre chose que de vaines protestations d’amitié.
- L’étude élémentaire des arts manuels n’est point seulement utile à ceux qui devront plus tard vivre du travail de leurs mains, elle est d’un intérêt général, car elle contribue à faire équilibre au travail intellectuel, et complète heureusement l’œuvre de la gymnastique.
- Enfin, elle familiarise les enfants avec les divers domaines de l’activité humaine et peut devenir une source précieuse de distractions et de jouissances.
- Jean-Jacques Rousseau, dont le clairvoyant génie a soulevé pour ainsi dire tous les problèmes qui préoccupent aujourd’hui le monde, avait nettement exposé et résolu celui-ci dans son Emile, et l’Ecole modèle l’a suivi dans cette voie, car on y enseigne les éléments de la mécanique et de 3a technologie.
- Nous voudrions voir cet enseignement des travaux manuels généralisé et introduit dans toutes nos écoies primaires d’une manière régulière et systématique; nous voudrions que dans les districts métallurgiques, on familiarisât les jeunes enfants avec le travail du métal ; que là où se trouvent les filatures on leur indiquât les rudiments des arts textiles ; que dans les campagnes, enfin, l’enseignement de l’agriculture commençât sur les bancs de l'école.
- Nous aurions de cette manière des ouvriers qui ne seraient pas de simples manœuvres, qui connaîtraient leur métier, qui auraient appris à l’aimer, qui auraient de l’intelligence et du goût.
- Est-il bien difficile de mettre ces idées en pratique ? Il suffit de le vouloir sérieusement et d’étudier ce qui se fait depuis des années en Danemark, en Suède et depuis un an en Prusse (1).
- Il y a longtemps qu’en Danemarck, la Société pour les industries domestiques a pris en mains la cause des travaux manuels et a ouvert des écoles profes-
- (1) Ajoutons que la ville /misse de Wintertheur (canton de Zurich), a sous ce rapport des institutions extrêmement remarquables, E. G.
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- sionnelles appelées du nom de leur fondateur, écoles de Clausson-Kaas, Clausson-Kaas’schen Arbeils schulen).
- On a pu voir à l’exposition de Paris les travaux et les collections de ces écoles, ainsi que ceux des écoles d’adultes, soutenues par la même Société.
- Les idées de M. Clausson-Kaas se sont bientôt répandues en Suède et en Prusse; lui-même est venu les exposer à Berlin dans plusieurs conférences, à la suite de laquelle une société berlinoise s’est fondée sur le plan de la société danoise. Cette société, Verein fur hauslichen Gewerbefleiss, a fait examiner les écoles danoises par linstituteur Hœhn et a organisé à Berlin, sous la direction de ce professeur, deux cours pour des enfants de 10 à 12 ans.
- Ces cours ont été fréquentés et ont donné les meilleurs résultats, sans nuire en rien aux travaux intellectuels des élèves.
- Parmi les métiers, on a choisi les plus appropriés à l’âge et à l’aptitude des enfants ; en voici l’énumération : l’art de tresser la paille et les paniers, l’emploi de la scie circulaire, les cartonnages, notamment la reliure, les placages et mosaïques en bois, la brosserie, les sculptures en bois et en corne, la menuiserie, l’emploi du tour.
- Afin d’avoir un corps enseignant capable, la société vient d’ouvrir à Berlin un cours normal de six semaines, à l’imitation de ce qui se fait à Copenhague. A ce cours normal, sont admis les instituteurs diplômés seuls; le minerval est de 80 marcs, 100 francs, pour tout le cours.
- Les leçons sont données par M. Hœhn et des artisans sous ses ordres; e les durent toute la journée, de 8 heures du matin à 8 heures du soir.
- L’expérience a démontré, paraît-il, que six semaines de ce travail assidu suffisent pour mettre un instituteur ou une institutrice au courant des éléments des métiers enseignés et pour les rendre capables d’enseigner à leur tour.
- Les outils, Lles matières premières sont fourni8 gratuitement aux normalistes ; ceux-ci peuvent même acquérir les^objets fabriqués par eux, en remboursant à la société le coût des matériaux employés.
- Le gouvernement prussien, toujours attentif à ce qui regarde renseignement, a déjà promis son concours par l’organe du ministre de l’agriculture, le docteur Friedentha1. S’adressant à la commission de la Société agricole de Brandebourg, M. Friedenthal a fait savoir que tous les instituteurs de campagne qu’elle enverrait au cours normal de Ber in pourraient suivre ce cours gratuitement et seraient logés et nourris "aux frais du gouvernement.
- Notre nouveau ministre de l’instruction publique
- ne ferait-il pas chose sage en suivant cet exemple, et en envoyant à son tour un délégué capable étudier à Copenhague et en Suède ce qui se fait en cette matière ?
- Il ne faut pas, en effet, nous endormir dans un trompeur optimisme ; tout notre enseignement est à refaire, soyons-en bien persuadés, et surtout notre enseignement primaire. Pour donner à cet enseignement ses bases naturelles, il faut que nous nous placions au point de vue de l’intérêt général, au point de vue des masses populaires. C’est à leurs besoins, à leurs idées que l’enseignement primaire doit être adapté. Pour cela, il faut qu’il soit non-seulement intellectuel, mais technique. L’usage de l’outil, la connaissance du métier, répétons-le, n’aplaniront pas seulement les voies si rudes de l’enfant du peuple, ils seront aussi pour lui une utile gym-nastique>t, quelle que soit la carrière qu’il embrasse plus tard, une source d’occupations agréables qui le retiendront au foyer domestique et deviendront même, le cas échéant, un moyen d’augmenter les ressources de la famille.
- Hermann Persameni.
- (L’Avenir, de Bruxelles.)
- M. BARDOUX ET LA LIBERTÉ DES CULTES
- Au nombre des lois qui demandent le plus à être transformées est celle qui régit actuellement l’exercice des cultes. Iraélites, protestants et tous autree fidèles d’une religion autre que la religion catholiqus se plaignent d’une manière très-vive de la position que leur fait la loi actuelle et surtout des vexations sans nombre auxquelles l’interprétation de cette loi peut les mettre en but.
- L’année dernière, sur l’initiative de M. Bardoux alors simple député et aujourd’hui ministre des cultes, quelques députés protestants, le colonel Denfert, M. Louis Lacaze et M. Seignobos, firent une proposition en faveur de la liberté religieuse. Un rapport fut même rédigé sur cette question. Le 16 mai étant survenu, la proposition fut enterrée et les excès qu’elle visait se renouvelèrent de plus belle.
- Au mois de mars ou d’avril de cette année, peu de temps après les vacances que la Chambre a cru bon de s’accorder pendant l’Exposition, les mêmes députés se concertèrent dans le but de reprendre leur projet de loi. Ils se rendirent vers M. Bardoux et lui firent part de leur intention, tout en ajoutant qu’ils lui en laisseraient l’initiative, au cas où il tiendrait à présenter, en sa qualité de membre du gouvernement, un projet de loi de cette nature.
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- M. Bardoux remercia ces députés de leur démarche, leur dit qu’il était sensible à leur procédé et qu’il s’entendrait à ce sujet avec ses collègues.
- Vint là-dessus l’ajournement de la Chambre, et depuis lors nous n’avons plus entendu parler de cette affaire.
- Il est vrai que, grâce à la conduite du ministre, les non catholiques n’ont plus à subir les mêmes vexations que précédemment ; la loi existante leur est appliquée dans un sens libéral, — mais — et c’est là dessus que nous attirons l’attention — cet adoucissement à l’application de la loi n’est qu’un palliatif momentané. La loi est mauvaise, il faut qu’on la change. Elle présente des lacunes qui permettent de honteuses interprétations. M. Bardoux peut cesser d’un jour à l’autre d’être ministre et son successeur n’est pas tenu de suivre la même ligne de conduite.
- C’est pourquoi il convient d’élaborer une loi nouvelle sur la liberté de l’exercice des cultes.
- Sous le régime de la loi actuelle, dans toutes les communes qui n’ont pas un pasteur ou un rabbin reconnu et payé par l’Etat, le culte réformé, le culte israélite ou le culte d’une secte quelconque ne peuvent être professés que sous la double autorisation du préfet et du maire. Au cas où l’un ou l’autre de ces deux fonctionnaires refuse l’autorisation, le culte non-catholique ne peut être professé. Les mêmes exigences n’existent pas à l’égard du culte catholique. Sur trois cultes officiellement reconnus, il en est deux de soumis à une loi qui n’atteint pas le troisième, C’est d’une injustice criante.
- L’expérience a prouvé qu’il est rare que le maire et le préfet dont dépend une localité soient inspirés d’un même esprit de tolérance religieuse. Le plus souvent quand ils se trouvent d’accord c’est pour refuser l’autorisation demandée. Ils peuvent donc à bon plaisir interdire aux protestants, aux israélites ou aux fidèles d’autres doctrines non catholiques de suivre les pratiques de leur religion, et cependant les personnes ainsi traitées sont des contribuables supportant dans leurs impôts une part des colossales dépenses dont le culte catholique grève le budget
- Il nous serait facile de citer les abus sans nombre auxquels la loi existante a donné sa sanction. Nous nous bornerons à deux exemples.
- Sous le régime odieux du 24 mai, un honorable pasteur français, président de consistoire, fut condamné en tribunal correctionnel pour le seul fait d’avoir tenu, sans la double autorisation du maire e^ du préfet, une réunion de culte où le pasteur et l’auditoire s'étaient bornés à prier Dieu et à chanter des Psaumes : il n’y avait pas eu de prédication. Le local du culte était dans le ressort du Consistoire présid é
- par ce pasteur et aucun auditeur n’y avait été attiré par le prosélytisme. La cour d’appel, se fondant sur le texte de la loi, confirma lejugement.
- Vers la même époque à peu près, M. le pasteur D. de Nîmes, en passage dans le département de l’Ain, distribua des psaumes et des testaments dans une réunion de réformés tenue dans un lieu consacré à ce culte; il fut l’objet de poursuite et finalement condamné pour délit de colportage.
- Nous n’en finirions pas si nous voulions tout dire. Eh bien ! nous le demandons, est-ce là de la liberté? Est-ce de l’égalité devant la loi ? Aurait-on agi de même envers des prêtres catholiques?
- Des injustices aussi criantes réclament impérieusement une réforme.
- Il faut que chacun soit libre de croire ce que bon lui semble ou de ne rien croire; de pratiquer le culte qui lui convient ou de n’en pratiquer aucun ; enfin de se réunir pour ces pratiques religieuses quand bon lui semble et où il lui convient, à la seule condition toutefois qu’il n’entrave pas la circulation publique ou la libre célébration d’un culte différent. Les manifestations religieuses dans les rues sont condamnables et doivent être interdites ; par contre toute liberté doit être laissée à l’exercice de chaque culte dans les locaux que lui octroie l’autorité ou dans ceux dont il jouit par ses propres ressources.
- N’opprimons personne, ainsi le veut la liberté.
- Ed. Champury.
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- UNE PENSÉE DE FICHTE
- Ce n’est pas dans la seule limite des travaux matériels que s’arrête l’activité intellectuelle de l’homme. Eveillée d’abord par l’aiguillon de la nécessité, la science pénètre ensuite à loisir, pas à pas, dans le sein de la nature. Elle en contemple dans son germe l’infinie puissance, la suit dans ses rayonnements, s’efforce de l’embrasser dans l’ensemble des lois du monde. Il se forme alors dans l’intelligence de l’homme une seconde nature, une nature idéale, miroir fidèle de la nature réelle et la reproduisant trait pour trait. Or, comme il n’est aucune vérité conquise dans le présent qui ne soit pour l’avenir le germe d’une vérité nouvelle; comme il n’est parcelles de lumière dont l’homme s’empare qui ne doivent, avec l’aide des siècles, devenir dans ses mains flambeaux éclatants, c’est à leur clarté qu’il verra un jour se dissiper les dernières ténèbres des mystères de la nature. Les derniers voiles du sanctuaire seront levés, et alors, d’un pas hardi, il pénétrera dans l’intimité même de la nature pour
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- s’en emparer, pour s’en rendre le maître absolu. Il lui sera donné de gouverner sa nouvelle conquête, de régner en maître sur elle, en employant pour cela moins de forces matérielles qu’il ne lui en faut pour entretenir et conserver son propre organisme.... Le travail, cette couronne de l'humanité, ne sera plus pour elle un fardeau, {Destination de l'homme )
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mœe Marie HOWLAND Voir n® 4 (tome 1), à n° 12 (tome 2)
- Chapitre XXIX
- Xj© Ooxvrt© von. Fraueuisteia
- Les débris du vase d’or, suivant l’expression de Clara, ne pouvaient être rassemblés ; madame Forest renonça enfin à l’espoir d’une réconciliation entre sa fille et Albert Delano, et, pour se consoler, se livra aux pratiques religieuses d’une façon qui faisait peine à voir. Chaque fois que Clara proposait quelque moyen d’augmenter le bien-être de la famille, sa mère répondait invariablement, avec un soupir de résignation et un air de martyre : « Faites ce que vous voudrez, je n’ai pas de préférence. »
- Aussi, à mesure que l'automne avançait, Clara passait-elle chaque jour plus de temps avec madame Buzzell et Susie. Un soir, la vieille dame, se trouvant seule avec la fi!le du docteur, s’écria : « Vous feriez bien devenir demeurer avec nous, Clara. Votre mère, ayant près d’elle Leiïa et Linnie, peut se passer de' vos soins. Maintenant que je me sens vieillir, je commence à craindre réellement que l’éducation de Minnie soit négligée. Susie est complètement absorbée par ses plantes et devrait être débarrassée de tout autre souci. Autrefois elle aidait Marie dans le travail de la maison ; maintenant Marie elle-même est ensorcelée par ce qu’elle nomme le travail des fleurs, et je compte qu’un de ces jours elle va complètement abandonner le lavage et le repassage, pour se livrer entièrement aux charmes du rempotage et du marcottage.
- » Si vous étiez ici, vous m’aideriez à soulager Marie des exigences de cette serre, dont Minnie elle-même », ajouta madame Buzzel en riant, « sera bientôt victime. Ce matin je l’ai trouvée aidant maman, comme elle disait, et Susie déclara que son travail était bon. Il consistait à remplir de petits pots avec du terreau ; l’instrument dont Minnie se servait était ma grande cuillère à soupe; mais je passai sa»9 rien dir*.
- » Lorsque je vois Susie travailler avec tant d’ardeur pour conquérir une situation indépendante, je suis ravie au delà de toute expression. Jamais dépense ne m’a procuré autant de plaisir que celle consacrée à l’édification de la serre ; je me propose de faire plus encore et d’augmenter les moyens d’action de Susie ; mais ceci est un secret, vous comprenez, Clara. »
- « Vous avez déjà noblement prouvé que vous étiez l’amie de Susie, » dit Clara avec chaleur.
- « Oh ! elle a plus fait pour moi que je ne pourrai jamais faire pour elle. Je n’ai pas eu un moment d’ennui depuis sa venue près de moi, et ma santé s’est améliorée. Minnie aussi me donne beaucoup de satisfaction.
- » Croiriez-vous que ce petit lutin qui, si souvent, met mon panier à ouvrage sens dessus dessous, ne touche jamais à une feuille ou à une fleur des plantes de sa mère? Il ne serait, du reste, pas prudent à elle de le faire, » dit la bonne dame en souriant.
- « Je suis toujours émerveillée, » remarqua Clara, « que Susie ait acquis un tel talent pour la culture des fleurs ; je ne comprends pas encore le secret de sa réussite. »
- « Le secret, ma chère Clara, est celui de tous les succès honnêtes : une vigilance perpétuelle. Susie commença par échouer dans plusieurs cas. Ses tubéreuses, par exemple, ne produisirent à l’origine que des tiges et pas de fleurs. Les insectes ensuite lui causèrent bien des ennuis. Elle les combattit d’abord par la force, puis fit à leur sujet une découverte. Elle se servait pour les détruire d’acide carbonique; ce moyen n’était pas complètement efficace; elle ajouta à l’acide quelques gouttes de laudanum ; essai empirique, comme vous voyez, mais qui produisit cependant une amélioration. Enfin, elle eut l’idée de mettre dans la dissolution un des plus dégoûtants fourneaux de pipe de votre père ; ce fut une vraie trouvaille. Au moyen d’un petit pinceau trempé dans cette mixture, elle lave chaque jour l'écorce de quelques-unes de ses plantes et met les insectes aux abois.
- » Pauvre Susie, elle pleura de joie quand je promis de bâtir la serre ! Elle n’avait jamais osé espérer un pareil bonheur, quoiqu’elle m’eût bien souvent demandé si cent dollars suffiraient pour bâtir une petite serre de dix pieds carrés.
- » Dans tout cela, je n’ai pas dépensé l’argent de votre frère que vous avez remis à ma garde. Susie croit que ces fonds sont entrés dans la serre, mais je les ai mis de côté pour l’éducation de Minnie, et j’y ai ajouté quelque chose; n’en dites rien cependant, c’est encore là un de mes secrets. »
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- Peu de temps après cet entretien, Clara vint s’installer définitivement chez madame Buzzell, et une année entière s’écoula sans amener de changements marqués dans la situation de nos personnages.
- Clara passa plus d’une nuit sans sommeil, songeant à son espoir déçu ; il lui semblait parfois que sa vie était complètement manquée.
- Mais ce découragement s’évanouissait toujours après une heure de travail matinal, exécuté si agréablement en compagnie de Susie et suivi dæ la charmante réunion de famille au déjeuner.
- Madame Buzzell, affaiblie par l’âge, présidait au repas, assise dans un fauteuil et enveloppée d’un châle; Minnie, juchée sur sa grande chaise, gaie comme un oiseau, amusait tout le monde par ses grâces et sa malice.
- La fillette avait pour attribution spéciale d’arranger le bouquet placé au centre de la table ; carte blanche lui était donnée pour grouper à sa guise les fleurs et les feuilles dont ce bouquet devait être composé. Madame Buzzell avait l’habitude de louer, quel qu’il fût, le travail de l’enfant, mais Minnie ayant peu à peu appris à mettre entre les fleurs rouges et les fleurs bleues des feuilles vertes ou des fleurs blanches, était surtout ravie quand elle pouvait obtenir de sa mère un mot d’éloge raisonné.
- Un matin, Minnie silencieuse sur sa chaise semblait bouder et ne touchait pas au déjeuner.
- « Qu’est-ce que tu as, petite chérie, » dit Clara caressant les boucles blondes de l’enfant.
- — « Je ne veux pas dire. »
- Madame Buzzell vanta l’excellence du café et des rôties, puis, tout d’un coup, feignit d’apercevoir les fleurs.
- « Oh ! le joli bouquet, » s’écria-t-elle. « Minnie a ! meilleur goût chaque jour, voyez comme ces fleurs j sont bien disposées. »
- Minnie retrouva soudainement l’appétit, mais Susie s’écria : fc
- « Je n’admire pas un caractère qui ne trouve de bonheur que dans la flatterie et ne peut supporter la plus légère contrariété N’êtes-vous pas de cet avis, Clara? Il me semble que les meilleures et les plus fortes natures sont celles qui se plaisent à faire le bonheur d’autrui, et que le caractère le plus aimable est celui qui reste doux, même dans les contrariétés. »
- Minnie comprit bien à qui cela s’adressait et se hâta de parler d’autre chose.
- « Je craignais jadis d’être seule et délaissée dans ma vieillesse, » dit peu après madame Buzzell. « Mais Dieu a été infiniment bon pour moi. Voyez quelle charmante famille il m’a envoyée, maintenant que je suis
- faible et que j’ai besoin de tant de soins. Avec ma petite Minnie qui m’embarrasse de questions auxquelles je ne sais que répondre, assurément ma vie ne manque de rien. Qu’en penses-tu, Minnie? » demanda-t-elle à l’enfant gâtée.
- — « Je pense que Dieu doit être bien bon pour tante, parce que tante est bien bonne pour Minnie. »
- & Vous vous exposerez parfois à de singulières réponses en consultant Minnie sur les questions de foi et de doctrine, » dit Clara, « car elle semble avoir hérité de toutes les hérésies de son grand-père. »
- — « Qui est mon grand-père, tante Clara? »
- — « Mais... ton docteur, comme tu le nommes. »
- — « Bien vrai, tante ? alors je l’appellerai, grand-papa ! »
- « Non, non, » dit Susie, la rougeur au front, « appelle-ie comme tu as fait jusqu’ici. »
- Et, pour la millième fois peut-être, la pauvre mère se prit à penser à ce qui arriverait lorsque Minnie irait à l’école, et que les autres enfants lui parleraient de son père et médiraient peut-être de sa mère. Déjà la ressemblance de la petite fille avec madame Forest était frappante et allait croissant chaque jour. Cette ressemblance consistait surtout dans l’abaissement marqué des paupières vers les coins extérieurs : ce qui donnait aux yeux une expression particulière de rêverie et de délicatesse.
- Peu de.temps avant la scène dont nous venons de parler, Minnie jouait un jour devant la porte du jardin, quand une petite fille en visite chez les Ken-drick vint à elle. Les deux enfants firent connaissance, et la petite étrangère demanda à Minnie de venir se promemer avec elle. Minnie s’empressa d’aller demander la permission de tante Buzzell et les deux enfants partirent. Comme elles passaient devant la porte du docteur, madame Forest, qui reconnut la petite hôtesse des Kendrich, les fit entrer toutes deux et les régala de gâteaux. Frappée de la beauté de cette blondinette qu’elle ne connaissait pas, elle lui demanda son nom.
- Naturellement, Minnie ne voulut pas le dire.
- Peu après, le docteur entra ; à la vue de Minnie assise sur les genoux de sa grand’mère et mangeant des tartes à la groseille, il ne put retenir un rire bruyant qui déplut à la petite fille et l’empêcha de s’élancer vers « mon docteur, » comme elle avait coutume de l’appeler.
- « Quelle bonne mère vous êtes, Fannie, » s’écria M. Forest, « à qui est cet enfant ? »
- — «Elle ne veut pas dire son nom; mais je la suppose fille d’une des amies de madame Kendrick. N’est-elle pas charmante ? » ajouta madame Forest en jouant avec les boucles dorées de Minnie.
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- Le docteur prit l’enfant dans ses bras et pria sa femme de le suivre. Se tenant devant une des glaces du salon, il approcha le visage de Minnie de celui de sa femme, en disant
- « Voyez les yeux de cette petite, puis examinez les vôtres. »
- — « Ciel ! docteur, vous ne voulez pas dire... »
- — « C’est votre unique petite-fille ! »
- Madame Forest remit en hâte le chapeau de Minnie et dit à l'autre enfant qu’il ne fallait pas, une autre fois, mener cette petite si loin de chez elle.
- « Je ne reviendrai plus vous voir, » dit Minnie dont la dignité se trouvait blessée, « et je ne laisserai plus mon docteur venir ici. Tante Clara ne me chasse pas, elle ! » Les larmes lui venaient aux yeux, mais elle ne voulait pas pleurer.
- Le docteur essaya de la consoler, mais ne put y parvenir; Minnie s’en alla boudant. M. Forest regarda un instant par la fenêtre les deux enfants qui descendaient la rue, puis se retournant vers sa femme, il essaya d’éveiller en elle quelques sentiments de bienveillance pour l'enfant de leur fils, mais ce fut comme une semence tombant sur un sol stérile. Pendant que le docteur parlait, une voiture s’arrêta à la porte et le comte von Frauenstein en descendit.
- Madame Forest fut vivement émue : être honorée de la visite d’un si riche et si haut personnage, était un grand événement dans sa vie.
- Trouvant le docteur libre de son après-midi, le comte accepta le lunch qui lui fut offert et parla des grands projets dont il était préoccupé.
- (A suivre.)
- A PROPOS DES FEMMES MÉDECINS
- Le Conseil général de la Seine doit s’occuper, dans une de ses prochaines séances, d’un projet fort intéressant au point de vue humanitaire et sanitaire. Il s’agirait d’établir un service médical rétribué, dans toutes les salles d'asile et les écoles primaires du département. Ce projet a été déposé pendant la session de mai ; depuis, l’administration a consulté les maires et les délégations cantonales, afin de rechercher les meilleures conditions du fonctionnement de ce système.
- Les réponses ont été entièrement favorables à l’organisation projetée.
- Le Conseil général va donc, prochainement, allouer le crédit nécessaire pour ce nouveau service et en arrêter définitivement le fonctionnement.
- Nous ne voulons pas démontrer l’utilité d’une telle innovation, nous espérons qu’elle ne restera pas le monopole du département de la Seine, et que la France entière aura, dans chacune de ses communes, un service sérieux et régulier qui puisse préserver nos écoles des contagions dangereuses qui moissonnent chaque année un si grand nombre de nos chers enfants.
- Est-il superflu de rappeler dans cette circonstance le rôle que les femmes docteurs seront appelées à remplir dans les écoles de filles.
- Les femmes docteurs, direz-vous, mais y a-t-il des femmes docteurs ?
- Eh oui ! il y en a.
- Elles sont encore peu nombreuses, celles qui ont eu le courage de s’asseoir sur les bancs de l’école de médecine, mais quelque minime que soit leur nombre, nous croyons qu’elles se désignent d’elles-mêmes à la bienveillance du Conseil général.
- Les écoles de jeunes filles doivent particulièrement être visitées par des femmes. La morale et la pudeur exigent cette préférence. De plus les femmes docteurs devant avoir, par suite des préjugés, plus de difficultés à se faire une clientèle que les hommes, il est bien juste que l’autorité, qui, elle, doit se mettre au-dessus des préjugés, leur vienne en aide quand elle le peut.
- Il y a déjà à Paris deux femmes exerçant la médecine avec succès ; ce sont Mesdames Gontcharoff et Brés. Louise de Lasserre.
- LES LOGEMENTS INSALUBRES
- M. le ministre de l’intérieur vient d’inviter les municipalités des grandes villes et des centres manufacturiers de France à appliquer, au bénéfice des habitants, la loi du 22 avril 1850 relative à l’assainissement des logements insalubres.
- L’article 1er de cette loi porte : « Dans toute commune où le conseil municipal l’aura déclaré nécessaire par une délibération spéciale, il nommera une cemmission chargée de rechercher et indiquer les mesures indispensables d’assainissement des logements et dépendances insalubres mis en location ou occupés par d’autres que le propriétaire, l’usufruitier ou l’usager. » Nous ne citerons pas les autres articles qui concernent la nomination et le fonctionnement des commissions de logements insalubres. Nous constaterons seulement que cette loi n’a été réellement appliquée que par deux villes seulement, Paris et Lille, et qu’elle est demeurée lettre-morte pour la plupart des administrations municipales. C’est ainsi qu’à Marseille, à Rouen, à Lyon, à Bordeaux, à Nantes,
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- des commissions des logements insalubres ou n’existent plus ou ne fonctionnent plus qu’à de longs intervalles, ne pouvant ainsi apporter dans leurs travaux la suite nécessaire pour mener à bien une tâche aussi considérable que celle d’une réforme complète dans les habitations de toute une partie de la population.
- Voilà l’inconvénient de faire des lois facultatives. Une loi qui n’oblige pas n’est pas une loi, mais un conseil qu’on ne suit jamais. Si la loi de 1850, avait été obligatoire pour tous les logements sans exception, elle aurait sauvé des milliers d’hommes qui sont morts victimes de l’encombrement, du défaut d’air et de toutes les causes d’insalubrité qui existent dans la plupart des habitations.
- Cependant cette loi de 1850 que les municipalités ont craint d’appliquer, n’est pas sévère et sauvegarde amplement les intérêts des propriétaires. En effet, un propriétaire mis en demeure d’exécuter des travaux d’assainissement prescrits par la commission des logements insalubres et approuvés par le conseil municipal peut se pourvoir :
- 1® Devant le eonseil de préfecture;
- 2° Devant le conseil d’Etat ;
- 3° Devant le tribunal civil ;
- 4® Devant la cour d’appel;
- 5® Devant la eour de cassation.
- Or, savez-vous eombien ces recours successifs prennent de temps ?
- Sept ans.
- Ainsi un propriétaire qui a oublié de pourvoir son immeuble d’eau, par exemple peut, s’il y met de la mauvaise volonté, condamner ses locataires à avoir soif et à vivre dans la malpropreté pendant sept ans. Il serait donc bon de débarrasser la loi du 22 avril 1850 des délais donnés par les articles 4 et 6 qui permettent aux propriétaires de se soustraire pendant un temps indéfini aux prescriptions qui leur sont faites. Il conviendrait aussi, pour rendre cette loi plus efficace, de supprimer toute distinction entre le propriétaire et le locataire au point de vue des causes d’insalubrité. Dans l’état actuel des choses, la loi ne s’applique pas aux causes d’insalubrité créées par le locataire et qui, cependant, se rencontrent fréquemment. N’y aurait-il pas lieu de rendre dans tous les cas le propriétaire responsable, sauf bien entendu son recours contre le locataire ?
- Mais ce n’est pas tout ; la loi ne s’applique pas non plus aux causes d’insalubrité existant chez un propriétaire qui n’a pas de locataires. Qu’on ne nous dise pas que ce serait attenter aux droits du propriétaire qui est libre de vivre dans la pourriture si cela lui convient. Nous rép o ndrions qu’un homme n’a pas le droit de créer de causes d’insalubrité qui nuisent non-seulement à sa santé, mais à celle de ses voisins.
- Il importe aussi que les agents voyers qui sont chargés de voir si les prescriptions du conseil municipal ont été exécutées, accomplissent rigoureusement leur devoir. A Paris, il arrive fréquemment qu’un agent-voyer complaisant certifie que tous les travaux ont été exécutés quand rien n’a été fait. C’est ce que la commission des
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- logements insalubres de Paris a constaté encore tout récemment.
- Mais ce qui importe principalement, c’est que toutes les municipalités soient tenues d’exécuter cette loi; que partout des commissions soient instituées pour veiller à la salubrité des habitations et fonctionner à des époques régulières. Il est désirable aussi qu’avant de se livrer la démolition en masse des anciennes habitations dont l’état d’insalubrité est notoire, l'Etat, les municipalités, les particuliers se groupent et s’associent pour édifier autour des grands centres de population des constructions salubres à l’usage des habitants des maisons abattues. (Courrier d'Etat.)
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- L’ŒUVRE DES PROGRÈS ÉCONOMIQUES
- {The Economie Muséum, de Twickenham.)
- Mettre à la portée de l’ouvrier les connaissances scientifiques les plus propres à lui faciliter le succès de son travail, et à lui assurer la santé et le bien-être, telle est l’œuvre à laquelle M. Twining a consacré près de trente années d’efforts et de sacrifices. (1) Le premier essai de son système d’instruction populaire et pratique eut lieu à Paris, sous les auspices d’une réunion internationale de bienfaisance convoquée à l’occasion de l’exposition universelle de 1855. Un comité de philantrophes français recueillit avec soin, dans les différents départements de l’Exposition les objets les plus dignes d’attention au point de vue de la vie usuelle, et grâce au concours empressé du Commissaire général, M. P. Le Play, cette collection, annexée au Palais de l’Industrie, fut inaugurée le 15 septembre, sous le nom de Galerie d’Economie domestique. On lit ce qui suit dans le rapport dressé au nom du comité par M. Augustin Coollin : « Désormais, aucune Exposition universelle ne doit avoir lieu sans qu’un large espace soit réservé à l’exhibition spéciale des objets utiles au bien-être physique ou au développement intellectuel des classes les plus nombreuses de la société. »
- Dès l’année suivante, une exposition spéciale d’économie domestique, organisée sur une grande échelle à Bruxelles par M. Ed. Ducpétiaux, réunissait ce que les différentes nations pouvaient offrir de mieux adapté aux besoins de la classe ouvrière. Le Dr. Cari Helm, de Vienne, s’occupa pareillement avec zèle et succès du progrès de l’œuvre dans l’empire d’Autriche. Parmi les nombreux développements qui lui ont été donnés depuis, il suffira de nommer la grande Exposition économique d’Amsterdam de
- (U Voir le Dictionnaire de Pédagogie de F. Buisson. Paris, Hachette et Cie.
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- 1869, à laquelle est associé, d’une manière si honorable, le nom du baron Mackay.
- Il est évident que les expositions périodiques d’objets à l’usage des classes laborieuses peuvent exercer une grande influence, non-seulement comme moyen de connaître et de comparer entre elles les ressoui-ces existantes, mais encore comme moyen de diriger et d’activer la création de ressources nouvelles. Cependant M. Twining a été, dès 1 abord, davis que les enseignements les plus utiles à l’ouvrier et les mieux gravés dans sa mémoire, seraient ceux qu il pourrait puiser à loisir dans un Musée économique permanent, où un assortiment d’objets, choisis avec soin dans tous les départements de l’hygiène et de l'économie domestique, pourrait être disposé méthodiquement et accompagné d’objets visibles et des explications raisonnées les plus propres h en rehausser l’intérêt, ou à en augmenter l’utilité pratique. C’est d’après ce principe qu’il a établi dans un fauoourg de Londres et soigneusement développé la collection normale connue sous le nom de « Musée économique de Twickenham. » En parcourant successivement les neuf classes de ce Musée, l’ouvrier intelligent pouvait acquérir sans effort une foule d'idées nouvelles. 11 y apprenait les lois hygiéniques qui, dans une habitation quelconque, règlent les chances de santé , il y voyait les ressources de tout genre qu’un ménage bien organisé peut emprunter à la science moderne ou aux us et coutumes des pays voisins, les étoffés auxquelles dans telle ou telle circonstance il convient de donner la préférence, les aliments les plus sains et la manière d’en tirer le meilleur parti ; il apprenait à reconnaître les marchandises de bonne qualité et à se mettre en garde contre la fraude et la falsification, et enfin il acquérait 1 habitude de préférer les conseils du bon sens aux enseignements de la routine.
- Au commencement de 1871, c’est-à-dire après quinze années de développements progressifs, ce répertoire encyclopédique d’un nouveau genre ne tenait plus qu’à peine dans le bâtiment d’environ cent pieds sur trente qui avait été élevé à son intention. Presque tous ses départements portaient l’empreinte d’un travail minutieux et achevé, et son fondateur n’attendait plus qu’une occasion favorable pour en faire don à quelque institution de Londres, où indépendamment d’une publicité assurée, il pùt servir de modèle et faciliter la formation de musées analogues adaptés, dans chaque pays et chaque localité, aux besoins et aux moyens des populations respectives. Vain espoir ! Le 5 avril de cette année-là, un incendie, qu’on attribue à un accès d’aberration mentale de la part d’un employé, convertit en moins
- d’une heure le bâtiment et son trop combustible con-
- tenu en une vaste fournaise, dévorant à la fois les fruits du passé et les rêves de l’avenir. L’âge avancé de M. Twining et ses infirmités nombreuses, provenant d’accidents graves, rendaient absolument impossible pour lui la formation d’une seconde collection semblable à celle qu’il venait de perdre. Il résolut donc de concentrer désormais son attention sur la partie littéraire et pédagogique de l’œuvre dont son musée avait été le type visible et l'expression pratique, C’est dans ce sens qu’il a organisé, sur une partie de l’ancien emplacement, un établissement destiné plutôt à la propagation de la doctrine qu’à l’exposition des ressources matérielles, mais qui néanmoins conserve le nom de Musée économique.
- (Economie Muséum of Twickenham).
- Le bâtiment principal, est occupé par une bibliothèque spéciale de science, d’éducation et de technologie, un atelier d’artiste, une petite exposition d’objets de fournitures recommandés à l’usage des personnes qui s’occupent de former, s©it des musées considérables, soit des collections à l’usage des écoles primaires, et enfin un magasin où est disposé, par groupes et séries, la matériel complet des conférences populaires qui ne sont pas données dans un seul local mais qui font la ronde des institutions de Londres
- Près de là est un modeste laboratoire, et plus loin un atelier pour la confection des appareils.
- Nous venons de parler de conférences. Celles qu’organisa M. Twining dès 1866, sont publiques, gratuites et ont lieu le soir, Elles reposent sur un système nouveau, nommé système binaire, parce qu’il consiste à faire agir conjointement un lecteur et un démonstrateur ; elles sont destinées plus particulièrement aux ouvriers. Des examens ont lieu de temps à autre et des récompenses sont accordées aux plus dignes. De nombreuses publications sont distribuées gratuitement ou largement mises à la disposition de tous. Un questionnaire indique l’ensemble des questions qui peuvent être posées à l’examen général qui a lieu chaque année à la fin du printemps .
- A quoi bon, dira-t-on, ces efforts individuels, lorsqu’on voit en Angleterre tant d’écoles de science et d’art subventionnées par les autorités de South Ken-sington, c’est-à-dire par le gouvernement lui-même? La réponse se trouve dans une brochure publiée récemment par M. Twining, sous le titre suivant : « The Elementarv Science Examinations of the Science and Art Department, considered in relation to the Technological Examinations of tM,Society of Arts. » Il y a démontré que le programme officiel des
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- examens, par lesquels se règle partout la nature de f l’enseignement, ne fait pas la distinction nécessaire 1 entre la voie théorique où doit s’engager l'étudiant * à l’esprit cultivé, qui aspire à devenir savant, et la voie pratique où doit cheminer l’ouvrier qui ne demande à la science que de l’aider à mieux gagner son pain et à mieux vivre. On n’y a surtout pas assez tenu compte des difficultés, sans nombre, qui rendent si pénibles les premiers pas faits dans une région intellectuelle par ceux dont l’éducation insuffisante ne les y a point préparés.
- De là vient que les résultats obtenus ne sont nullement proportionnés à la dépense faite et aux rouages mis en mouvement. De là vient que quelques centaines seulement d’ouvriers reçoivent annuellement leur baptême scientifique, tandis qu’il faudrait l’administrer à autant de milliers pour exercer une influence appréciable sur les industries nationales.
- Nos lecteurs se souviennent que nous avons nous-mêmes parlé dans le même sens. Nous nous rencontrons encore avec M. Twining dans la manière de disposer les objets des musées. Il demande comme nous que l’on dispose des notices instructives (1ns tructioral Labels) auprès des objets dont on veut enseigner l’usage ou rehausser l’intérêt. Ce mode d’enseignement, introduit par M. Twining avec sa collection alimentaire, à South Kensington en 1857, y a acquis des développements qu’il serait utile d’irni-ter dans tous les musées populaires. E. C.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- La Question sociale, par E. Fauconnier, docteur en droit. 1 vol. Paris, Germier-Baiilière Voici un livre sérieux qui a dû nécessiter de longs travaux. Le nombre des écrivains de diverses époques et de divers pays auxquels l’auteur emprunte des citations est considérable, plus même qu’il n’y avait nécessité. Grecs et Romains ont leur place dans ce cortège et peut-être n’ajoutent-ils rien de bien neuf à l’étude du problème social.
- Quoi qu’il en soit, la méthode suivie a eu pour conséquence de faire deux parts bien distinctes dans ce livre : l’une où sont très-nettement formuiées des critiques très justes, l’autre où sont proposées un peu vaguement des solutions fort contestables^ Nous poumons même ajouter que le rêve n’est pas banni de ce livre et que le chapitre « Société de l’Avenir » en est quelque peu empreint.
- Nous ne nous arrêterons pas à la partie critique du travail de M. Fauconnier ; nous préférons nous occuper de l’état social qu’il désire et des voies et moyens qu’il propose pour y parvenir.
- L’état social qu’il a en vue et qui à son sens n’est réalisable que dans plusieurs siècles, aurait pour unité politique la commune; les communes fédérées entre elles formeraient l’état. Chaque commune propriétaire de tous les fonds immobiliers compris dans son territoire aurait pour droit de se réserver la rente du sol et pour devoir de distribuer elle-même le crédit. Elle élève-
- rait les enfants ; elle mettrait à la disposition de chacun les instruments nécessaires à sou travail et à son développement intellectuel ; elle le garantirait contre les risques de maladie et les infirmités de la vieillesse. Les banques officielles ne demanderaient à leurs débiteurs aucun intérêt et se borneraient à retenir les frais d’administration et les primes d’assurance pour les risques courus. Enfin, pour que tout aille au mieux dans le meilleur des mondes possibles, les communes seraient elles-mêmes directrices et entrepreneurs de l’industrie nationale. Il est bien entendu que la fortune mobilière resterait la propriété de chacun. 11 n’est pas question uu seul instant de dépouiller qui que ce soit ni d’organiser la communauté de biens.
- Mais le moyen, dites-vous, d’arriver à cet Eden?
- M. Fauconnier avoue qu’il faut des siècles pour cela.
- Il place sa société idéale dans le courant du XXIe siècle, et si même on le taquinait un peu, il la repousserait plus loin encore. La question de la date de réalisation n’est rien pour lui, ce à quoi il tient essentiellement, c’est à ce que cette réalisation soit reconnue possible.
- La distribution à tous, d’après les méthodes les plus perfectionnées, des bienfaits de l’instruction et de l’éducation permettrait, pense t il, d’élever à la fois le niveau moral et le niveau intellectuel des peuples, condition indispensable au fonctionnement d’une société plus parfaite.
- En même temps que l’augmentation des lumières produirait une élévation morale, en même temps aussi la diminution progressive de la misère émousserait les vices dus au désespoir et au découragement.
- De la sorte, d’une part, le bien s’affermirait, et, de l’autre, le mal s’amoindrirait.
- Toutes ces vues sont un peu optimistes, mais il est juste de reconnaître qu’elles peuvent être soutenues. L’erreur jusqu’ici est quantitative, elle n’est pas qualitative.
- Où elle devient qualitative, c’est lorsque M. Fauconnier aborde les dispositions transitoires à prendre pour éteindre la misère et rendre les communes propriétaires des biens immobiliers. Les mesures proposées sont insuffisantes. Une seule présente une certaine efficacité : ce serait de transformer le régime des droits de succession. en exonérant de cet impôt les communes au cas où elles reçoivent des donations, et en créant à leur profit un impôt sur les successions, proportionnel pour les successions en ligne directe, progressif pour les suc-1 cessions collatérales.
- 1 M. Fauconnier aurait pu aller plus loin et admettre le régime qui fonctionne dans le canton de Zurich et dans le royaume de Wurtemberg, régime d’après lequel l’impôt est légèrement progressif, même au cas de succession directe.
- Quoi qu’il en soit, M. Fauconnier oublie que des calculs ont été faits au sujet de l’impôt progressif et que ces calculs ont établi que, quelque importantes que soient les sommes qu’il peut produire, leur accumulation n’arriverait cependant pas au chiffre nécessaire au rachat total du sol, à moins de transformer l’impôt en une sorte de confiscation scandaleuse. E, C.
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- {* ANNÉE, TOME 2 — N° 14 Journal hebdomadaire paraissant le ^Dimanche DIMANCHE 45 DÉCEMBRE 1878
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- Le port, en sus.
- Rédacteur en chef : M. Ed. GHAMPURY
- ADRESSER LA CORRESPONDANCE AU GÉRANT, A GUISE (AISNE)
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- AUX LECTEURS DU » DEVOIR
- Nous croyons devoir signaler à nos lecteurs que madame Marie Howland, Fauteur du roman américain en cours de publication dans le Devoir, commence aujourd’hui l’étude que son ouvrage comporte sur Fassociation du Familistère de Guise.
- Le feuilleton de ce jour se borne à un exposé très-sommaire du sujet, mais trois chapitres plus loin, la question est reprise au point de vue do la réalisation d’une fondation analogue en Amérique; et le reste du roman contient, en conséquence, des données sur l’organisation et fonctionnement des choses dans Fassociation du Familistère.
- Ceux de nos lecteurs qui nous ont demandé des éclaircissements sur ce point, liront certainement avec intérêt cette partie de l’ouvrage de madame Marie Howland.
- SOMMAIRE
- Opportunité des Etudes sociales. — Ecole professionnelle pour jeunes filles à Anvers. — Semaine politique. — L’homme et le singe devant la loi de Fraternité. — Les filles et la libre pensée. — Une réforme utile. — Roman : la fille de son père. — Dévouement des médecins. — Enseignement agricole en Belgique.
- ' — Les explications d’auteurs à l’exposition universelle.
- OPPORTUNITÉ DES ÉTUDES SOCIALES
- Plus nous allons en avant, plus nous voyons à quel point nos idées préoccupent nos lecteurs.
- Il ne se passe guère de semaine sans que nous recevions d’eux quelques lettres qui nous le prouvent. A vrai dire ils ne sont pas d’accord avec nous. Tantôt ils craignent nos idées en elles-mêmes ; tantôt ils nous reprochent le point de vue auquel nous nous plaçons ; les uns trouvent que nous allons trop loin et nous accusent d’être socialistes, les autres au contraire nous reprochent de ne pas l’être assez ou de ne pas l’être du tout. En somme, notre ligne de conduite ne satisfait ni nos voisins de droite, ni ceux de gauche, mais tous sentent bien qu’il y a dans nos idées un système où tout s’enchaîne et où tout se soutient.
- Quant aux divergences, elles n’ont pas lieu de nous étonner.
- Le Devoir étant une oeuvre de science et non une oeuvre de passion et le public préférant la passion à la science, il est naturel que l’on cherche dans nos colonnes les personnalités, les polémiques ou les récriminations que nous sommes bien décidés à n’y pas admettre. C’est pourquoi nous persévérons dans la ligne de conduite que nous nous sommes tracée, bien convaincus qu’elle est la seule qui doive être suivie dans d’aussi graves questions.
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- LE DEVOIR
- Ce n’est pas une besogne facile que la nôtre car nous nous trouvons aux prises avec des habitudes d’esprit contractées par les Français durant vingt ans de despotisme suivis de six ans de gouvernement de combat. D’aussi longues périodes de compression intellectuelle poussent certains esprits à la soumission, au découragement et certains autres à la révolte intérieure, à l’indignation, à la colère. Les uns comme les autres sont peu préparés ou plutôt ne sont pas préparés du tout à des études sociales poursuivies sans parti-pris, sans autre but que la recherche et la conquête de la vérité.
- Placés comme nous le sommes, à égale distance des partis extrêmes, nous avons à lutter à la fois contre l’indifférence des uns et contre l’exaltation des autres, contre les économistes à l’âme glacée qui veulent qu’on laisse tout faire et qu’on laisse tout passer et contre les socialistes à l’imagination trop ardente qui veulent le changement de ce qui existe, mais qui seraient fort empruntés de dire par quoi le remplacer.
- Eh bien ! c’est précisément parce que les esprits sont si peu préparés aux études sociales que notre œuvre a son utilité en les y préparant. C’est lorsque la presse s’occupe de personnalités et non pas de principes qu’il est utile de rappeler que les principes sont tout et que les personnalités ne sont rien. C’est lorsque la stratégie du moment pousse'chacun à faire feu devant lui sur l’ennemi le plus rapproché qu’il est utile que quelques hommes se soustraient aux entraînements de la mêlée et, d’un poste à l’écart, s’appliquent à observer ce qui se prépare à l’horizon. Enfin, c’est lorsqu’une question aussi grosse d’orages que la question sociale se trouve placée entre l’illusion et l’indifférence qu’il s’agit de la ramener sur son vrai terrain, celui de l’examen approfondi et de l’expérimentation.
- C’est là ce que nous avons essayé de faire jusqu’ici, c’est là ce que nous continuerons de fsdre à l’avenir.
- Plusieurs de nos lecteurs nous ont témoigné des craintes. A quoi bon, nous ont-ils dit, à quoi bon réveiller le chat qui dort ? Pourquoi venir grossir de questions sociales le bagage déjà si
- lourd des questions dont est chargée la répi], blique ? Pourquoi donner accès dans une feuille publique à des revendications qui devraient être privées de porte-voix ? Les socialistes de 184& ont empêché la république de se constituer alors par l’effroi que causaient leurs revendications; lt même danger existe pour la république de 1878, Mettre en avant la question sociale sans pouvoir présenter un projet de solution, c’est faire une agitation stérile dont les réactionnaires ne manqueront pas de tirer parti en accusant la répu. blique de menacer la propriété, l’ordre social, etc. Tout cela n’est pas adroit, n’est pas politique, etc., etc.
- Il est bien évident que ceux de nos lecteurs qui parlent ainsi nous ont lu un peu légèrement,
- Notre réponse est facile.
- Réveiller le chat qui dort serait une sottise, Mais qui donc pourrait dire que la question sociale sommeille en ce moment ? Il faut être bien étranger à ce qui se passe dans le sein de la classe ouvrière pour pouvoir caresser une semblable illusion. Il y a des villes tout entières, et de grandes villes, où l’ouvrier manque de travail et où la misère va chaque jour grandissant. Le chômage devient de plus, en plus général. C’est le besoin, et non pas nous, qui a éveillé cette redoutable question. Nous constatons le mal, nous en cherchons le remède, nous ne sommes pour rien dans ses causes.
- Quant au reproche de venir embarrasser la République d’une difficulté de plus, c’est un reproche mal fondé. Prétendre qu’un gouverne ment peut feindre d’ignorer l’existence de 1» question sociale, c’est prétendre une absurdité Les questions de cette importance s’imposènt qu’on le veuille ou qu’on ne le veuille pas. Le plu-' sage est de ne pas les nier et de les regarder en face afin d’aviser sur ce qu’il convient de faire. Si la question sociale doit être embarrassante pour le gouvernement, elle l’embarrassera quoiqu’il fasse ; si au contraire elle doit ne 1® causer aucune difficulté, il serait de bonne poli tique pour lui de s’en emparer dès l’abord aft de s’attribuer la gloire et le bénéfice de sa sol» tion. Le peu que nous pesons dans les affairé de la France ne saurait en aucun cas créer df= difficultés au gouvernement républicain.
- Il est également injuste de nous reproché
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- de servir de porte-voix à des revendications cachées. Nous ne sommes le porte-voix de personne et nous n’avons pas de souffleur. Seulement, comme nous vivons et avons vécu côte à côte avec la classe ouvrière, nous avons mieux vu et nous voyons mieux que d’autres, ce qui s’y passe. Les ministres dans leurs palais et les économistes dans leurs fauteuils, peuvent se croire au courant de ce qu’on pense et de ce qu’on désire dans les ateliers et les usines ; ils n’en savent rien. Les rapports qui viennent jusqu’à eux sont ou incomplets ou exagérés. Tantôt on dépeint la classe ouvrière comme étant absolument résignée, tantôt on la dépeint comme étant travaillée par des tendances révolutionnaires./ L’un des rapports est aussi faux que l’autre. Il y a dans la classe ouvrière des résignés; on y trouve aussi des révolutionnaires, mais ni l’une ni l’autre de ces catégories ne compose la majorité de la classe ouvrière. Ce que \es travailleurs désirent, ce n’est pas des violences ou des spoliations ; c’est un régime tel que le travail y soit assuré, que le chômage y soit impossible, que la vieillesse y soit secourue.
- Toutes ces demandes sont raisonnables et méritent examen. C’est en leur refusant la possibilité de se faire entendre qu’on les pousse à l’aigreur et à l’exagération. Il n’y a rien de tel que la conspiration du silence pour faire naître des révolutionnaires. C’est dans le pays des Czars que les nihilistes sont puissants.
- Si la république de 48 n’a pas tenu, c’est moins la faute des socialistes que celle de ceux qui n’ont pas voulu discuter avec eux. On a dépeint les socialistes d’alors comme voulant la suppression de la famille, de la religion et de la propriété. Les quelques exaltés qui demandaient cela pouvaient se compter par douzaines. C’est précisément en ne discutant pas avec les socialistes sérieux qu’on a pu effrayer les campagnes. On avait fait de Proudhon un épou-vantail et on dépeignait le tendre et mystique pierre Leroux comme étant un révolutionnaire a tous crins. Si au lieu de prêter a ces hommes ^es intentions qu’ils n’avaient pas, la presse republicaine avait tranquillement discuté les ^tentions qu’ils avaient, on n’aurait pas eu
- quelques années après le désolant spectacle de .'immense majorité de la nation donnant la sanction de ses votes au plus odieux crime de ^histoire contemporaine.
- Nous ne savons si nous devons accepter ou rejeter l’épithète de socialistes que nous donnent plusieurs de nos lecteurs ; c’est un terme des plus vagues, car qui peut dire où le socialiste commence et où il finit? D’ailleurs le mot importe fort peu à la chose : l’étiquette que l’on colle sur une bouteille ne change pas la qualité du contenu.
- Reste la dernière objection, celle qui nous reproche de mettre en avant la question sociale sans présenter un projet de solution.
- D’abord nous avons présenté un projet de solution. Ensuite n’en eussions nous même point présenté que l’objection n’en serait pas moins mal fondée. Comprenez-vous que l’on interdise à quelqu’un de s’occuper d’une science avant que cette science ait dit son dernier mot? En vérité, c’est trop fort ! Autant vaudrait dire : Défense aux géographes de s’occuper de géographie tant que les atlas mentionneront qu’il y a des terres inconnues ! Défense aux astronomes de faire de l’astronomie tant que le ciel et tout ce qui s’y rapporte ne sera pas connu à fond ! Ou bien encore : Défense aux enfants d’aller se baigner avant de savoir nager et d’approcher des chevaux avant d’être fort en équitation !
- Mais, chers contradicteurs, qui donc les découvrira les solutions sociales si vous interdisez de les étudier ? Pensez-vous qu’elles descendront du ciel comme les langues de feu sur la tête des apôtres ou qu’elles se rencontreront toutes faites sur un point quelconque de la terre, comme la bible des Mormons?
- Non, non, la science sociale n’est pas une chose qui puisse se trouver sans avoir été cherchée. Elle ne s’improvise pas. Elle ne repose pas sur les désirs du coeur ou les rêves de l’imagination. Elle ne se révèle à l’intelligence que petit à petit, par la réflexion, par l’étude, par l’expérimentation. Il faudra encore de longs et courageux efforts pour arriver à la doter de formules claires, précises, définitives. Plus on commencera tard ces efforts, plus les résultats seront obtenus tardivement.
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- Or, qu’on y prenne garde, c’est en cela précisément que réside le danger. Tout ajournement est une aggravation. Chaque jour le mal devient plus vif et la solution plus difficile. Qui peut dire qu’en ajournant cette étude on ne la réduira pas à l’impuissance ? qu’en retardant la solution on ne la rendra pas pacifiquement impossible ?
- Toutes les révolutions du passé ont eu pour origine une question trop longtemps ajournée ; toutes auraient pu être évitées, aucune ne l’a été, parce que l’on n’a pas voulu s’y prendre à temps. Il est arrivé alors qu’au lieu de la petite modification demandée à l’origine on a amené des modifications fondamentales accompagnées de regrettables excès. N’eut-il pas mieux valu faire ce que nous demandons pour la question sociale, étudier avec patience et loyauté, et introduire par voie pacifique et légale les mesures reconnues nécessaires pour mettre les institutions à la hauteur des besoins du moment et des prescriptions de la morale éternelle.
- Ed. Champury.
- ÉCOLE PROFESSIONNELLE POUR JEUNES FILLES
- A ANVERS.
- Le Denier des Ecoles a fondé dans la métropole commerciale belge nne institution digne de la sympathie de tous ceux qui croient que l’éducation et l’instruction de la femme sont un point capital dans la société moderne.
- Il nous a été extrêmement agréable d’avoir pu assister à plusieurs leçons données par des institutrices intelligentes et dévouées.
- Dans la classe supérieure, une causerie sur l’électricité a été l’objet de l’attention la plus soutenue de la part des élèves. L’exposé était clair, concis; les déductions simples et logiques. La méthode qui a permis de déterminer la distance parcourue par la lumière et par le son en un espace de temps déterminé, a été parfaitement bien expliquée par une des jeunes filles !
- Une leçon de botanique a été donnée aux mêmes élèves par une autre institutrice. (Je dois faire remarquer que chaque institutrice donne dés leçons dans toutes les classes.) On a analysé une feuille de •yigne. Toute cette analyse, fort minutieuse, est basée sur l’observation directe. La méthode qui habitue
- l’enfant à examiner, à analyser, cet art — si pe( compris ~ a produit d’excellents résultats daos l’école professionnelle.
- Après une leçon de lecture, l’institutrice de la dj, vision inférieure fit une application de la leçon.); s’agissait des pays septentrionaux, de leurs habitant et des mœurs de ceux-ci, ainsi que des phénomènes météorologiques qui se produisent dans ces contrées L’institutrice, par des questions posées avec tact, exerça son jeune auditoire à l’élocution. La leçon j été donnée en flamand, qu’on s’applique à parler correctement.
- Une chose m’a frappé lors de ma visite : C'est l'espn scientifique qui préside à toutes les leçons. Point d« doute que les élèves formées ne deviennent des femmes instruites et des ménagères modèles Une bonne école professionnelle comme celle d’Anvers dans toutes les communes de quelque importance nous délivrerait rapidement des cours d’histoire sainte, des retraites et des neuvaines
- La direction de l’école a ouvert une exposition des travaux des élèves. Je ne puis rien dire des confections exposées, ne connaissant pas grand’chose en fait de vêtements féminins. Il me semble pourtant que certaines élèves sauraient rendre des points à plus d’une tail euse !
- Mais il m'est permis de prodiguer des éloges pour les dessins de robes, de dentelles, de châles, de stores, etc., de branches de roses, de cobœa, de raisins, de camélias, de roses trémières, de fuchsias, etc. Tous ces dessins sont exécutés avec talent et surtout avec beaucoup de soin. On y reconnaît la main de la jeune fille amoureuse des belles fleurs! Les tableaux noirs qui entourent la salle de dessia sont couverts de dessins géométriques : intersections de plans, sections diagonales et d’ornements et analyses d’ornement-
- C’est avec une sorte de prédilection que j’ai feuilleté ies nombreux herbiers confectionnés par les élèves. Dans l’un, les fleurs sont soigneusement collées et étiquetées; dans un autre, elles sont classées par époque de floraison ; dans un troisième, l’élève a1 inscrit les principaux caractères des fleurs séchées; un quatrième renferme des plantes médicinale» cultivées ou sauvages; un cinquième, des plantes cotylédones, mumocotylédones et dicotylédones-Il est aisé de voir que l’intelligente initiative df l’élève a présidé à la formation de ces herbiers qui remplacent si bien les meilleurs traités de botanique.
- Un cours de comptabilité est donné à rétablisse-ment. Les élèves qui suivent ce cours ont expose leurs livres de commerce tenus avec soin et précisé comme dans les grandes maisons de commerce.
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- liasse de lettres prouve que la correspondance commerciale est l’objet de l’attention spéciale de l’insti tutrice chargée de ce cours éminemment utile à la future femme de ménage et à l’épouse du négociant 0u du fabricant. Des notions de droit commercial et d’économie domestique complètent l’éducation de la jeune fille.
- En somme, le Denier des Ecoles a produit là une œuvre sérieuse, trop peu connue pour être appréciée comme elle le mérite.
- [L’Avenir, de Bruxelles). Ch. De Bosschere.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- M". D(‘easües et, la Chambre des députas — Pendant la huitaine qui vient de s'écouler, la Chambre des députés s’est particulièrement occupée de l’examen des élections qu’il lui restait à valider. L’incident le plus notable qui ait surgi au cours de ce débat a été relatif aux opérations électorales de l’arrondissement de Puget-Théniers, qui avaient donné une majorité de sept cents suffrages environ au duc Decazes, ancien ministre des affaires étrangères. Le rapport de M. Alhert Joly touchant cette élection a révélé des faits singulièrement scandaleux qui ont produit une impression très-vive, non-seulement sur la Chambre. mais encore sur l’opinion. Il a été démontré par des documents authentiques que M. le duc Decazes avait recherché la faveur du parti dit séparatiste, et qu’il avait fait fléchir l’action de la justice afin d’obtenir les voix et l’appui de certains hommes qui. travaillaient notoirement à détacher de la France les populations des Alpes-Maritimes et des deux Savoie.
- M. le duc Decazes, écrasé par ces révélations inattendues. n’a pu que balbutier une défense sans aucune portée. Il a prétendu que c’était par patriotisme qu’il avait brigué la candidature à Puget et que ses relations avec les séparatistes avaient eu pour objet de rallier ces derniers au parti français. Ces pitoyables arguments ont produit le plus détestable effet. M. Decazes a été invalidé par la plus forte majorité qui se soit encore formée dans un cas semblable. Cinquante membres de la droite ont seulement voté en sa faveur ; les autres se sont abstenus.
- M. Decazes est un homme fini. C’est justice.
- La Chambre a également invalidé les élections deM. Malartre et du baron Refile qui ont été viciées par les actes abusifs familiers aux hommes du 16 Mai.
- Le budget devant le Sénat. — A l’heure où nous écrivons, le Sénat doit commencer la discussion du budget. On avait annoncé un grand discours de M. le duc de Broglie. Mais il parait que l’ancien premier ministre du 1(3 Mai pourrait bien renoncer à son projet, sur les supplications qui lui sont adressées par les sénateurs renouvelables qui craignent que le discoors de l’ancien collègue de M. de Fourtou ne produise une fâcheuse impression sur les délégués sénatoriaux. M. Dufaure a très-justement appelé le parti de la droite « le parti sans nom ; » on en peut juger par les efforts que font les soi-disant conservateurs pour faire le silence autour d’eux. Cependant, si M. le duc de Broglie renonce à la Parole, par tactique, il paraît que M. Chesnelong, organe de la fraction cléricale intransigeante, se résoudra à prononcer quand même un grand discours. Que ces messieurs parlent ou qu’ils se taisent, ils n’arriveront pas à donner le change à l’opinion qui les connaît bien et qui les jugera selon leurs mérites le 5 janvier prochain.
- Mouvement dan s la Magistrature. — Le
- Journal officiel a publié récemment un mouvement dans la magistrature dans lequel M • Dufaure a fait quelques efforts pour donner un commencement de satisfaction à l’opinion. Plusieurs magistrats des parquets ont été déplacés et l’un d’eux, procureur de la République à Rouen, qui avait fait l’apologie du 16 Mai et celle d’un fonctionnaire révoqué depuis le 14 décembre, s’est vu destitué de ses fonctions. On ne peut que féliciter le garde des sceaux de cet acte d’énergie passagère.
- Malheureusement, ces exemples sont très-rares et la République continue à tolérer aux plus hautes fonctions de la magistrature des hommes qui se font un honneur d’introduire les passions politiques dans le fonctionnement de la justice et qui ne craignent pas de proclame^ les prescriptions de l’Eglise catholique supérieures aux prescriptions de la loi.
- TL’ailYiire de l’Ecole polytechniqui*. —
- L’émotion causée par la destitution inique de M. Ossian-Bonnet, directeur polytechnique, n’est pas calmée. Il devient de plus en plus évident que ce savant, respecté et aimé, a été l’objet de calomnies et que la seule raison pou:1 laquelle on le prive de ses hautes fonctions, c’est qu’il ne voulait pas accorder de préférences ou de passe-droits aux élèves qui lui venaient de l’école des jésuites de la rue des Postes. Il assimilait ces élèves aux autres élèves, et c’est là ce que MM. les jésuites ne veulent pas. C’est pour cette raison, pour cette seule raison, qu’ils ont sollicité et obtenu le remplacement de M. Bonnet.
- N’est-il pas étrange de voir quelle puissance s’arrogent les jésuites dans un pays dont la loi les exclut. Ce sont eux qui devraient être chassés et ce sont eux qui chassent.
- Ah! l’histoire de Tartuffe est toùjours vraie. Si on les laisse entrer dans la maison on s’en empare.
- Quand donc aurons-nous un ministère assez soucieux du respect de la loi pour appliquer celle de 1834 et expulser cet ordre convaincu d’enseignement immoral et de création d’un Etat dans l’Etat?
- Incident à la l’acuité de médecine <3© Lyon. — Un incident fâcheux, qui s’est produit à Lyon, est venu prouver au ministre de l’instruction publique la nécessité de modifier le personnel de l’Université. Le recteur de l’Académie de Lyon, M. Dareste, qui avait assisté en grande pompe à la rentrée des cours de l’Université catholique, a célébré à buis-clos la réouverture des Facultés de l’Etat. Les étudiants exclus de cette cérémonie traditionnelle se sont plaints avec juste raison, et l’opinion publique, légitimement émue, a mis le ministre dans l’obligation d’intervenir. M. Bar-doux a reculé devant une révocation et s’est borné à mettre M. Dareste en disponibilité, sous prétexte que l’heure de la retraite allait bientôt sonner pour ce fonctionnaire. L’ordre moral n’avait point de ces scrupules, qui ne sont, à parler franc, que la preuve d’une regrettable faiblesse de la part des hommes qui nous gouvernent et qui ont le devoir d’être sérieux à l'égard des agents qui méconnaissent l’autorité de l’Etat. M. Dareste a été remplacé par M. Charles, recteur de l’Académie de Montpellier.
- Deux qp<ïestions’ de justice. — Le journal le Siècle avait été condamné pour avoir « diffamé la mémoire de Napoléon III », en affirmant que cet empereur était monté criblé de dettes sur le trône et qu’il en était tombé immensément riche, bien que l’économie n’ait pas été sa qualité dominante. Le Siècle avait insinué que cette différence dans l étal de la fortune impériale pourrait bien avoir pour causes certains détournements de terrains dépendant du domaine public, lesquels n’appartiennent plus aujourd’hui à l’Etat bien que cependant on ne trouve pas que le montant de leur vente ait été encaissé.
- Le Sitcle, en raison de ces insinuations, a été poursuivi par M. N. Bonaparte, fils de l’ancien empereur, et
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- condamné par le tribunal. Le Siècle en avait appelé ; la Cour vient de confirmer le jugement en adoucissant quelque peu la peine.
- " Il est permis de se demander si les tribunaux auraient le même respect de la mémoire d’un mort appartenant à un autre parti et si, par exemple, au cas où la famille de Barbés ou celle de Raspail poursuivraient les journaux réactionnaires pour diffamation contre ces patriotes, les tribunaux jugeraient de même.
- Une autre affaire judiciaire a occupé la presse. Il s’agit de la réclamation faite par Mme Eugénie de Mon-tijo, femme de l’ancien empereur, demandant que les objets du musée chinois de Fontainebleau lui soient restitués. Ces objet proviennent du pillage du Palais d’été de l’empereur de la Chine, et ont été considérés par l’Etat comme collection publique.
- A nos yeux, la morale exige que l’Etat rende ces objets à l’empereur de la Chine, leur seul et véritable propriétaire.
- Si les Prussiens avaient pillé les palais de Versailles, comme M. de Palikao a pillé ceux de Pékin, nous réclamerions les collections de Versailles comme appartenant quand même à la France. N’ayons pas envers la Chine une autre loi que celle que nous voudrions que l’on eût avec nous. L’Etat ne doit pas donner l’exemple du recel.
- Date des nouvelles élections.— On assure que les çolléges électoraux des arrondissements dont les députés officiels ont été invalidés depuis la rentrée de la Chambre seront convoqués au milieu de janvier, de façon à faire commencer la période électorale immédiatement après les élections sénatoriales.
- La situation en Allemagne, — L’empereur d’Allemagne a repris, à la date indiquée, la direction des affaires publiques, et, à deux reprises, il a manifesté, dans des allocutions énergiques, la ferme volonté de poursuivre la réalisation du programme réactionnaire adoptée deM. deBismarck. La politique de violence et d’arbitraire qui a prédominé depuis les attentats de Hœdel et de Nobiiing est spécialement recommandée par l’empereur Guillaume aux autres souverains de l’Europe, qu’il cherche à intéresser à sa cause en leur déclarant « qu'il » existe des associations aux ramifications étendues » dont le but avoué est de faire disparaître les chefs » d’Etat. » Les paroles du tout-puissant monarque ne paraissent avoir trouvé d’écho sympathique qu’en Espagne, et nous doutons que le projet de ligue indiqué par l’empereur d’Allemagne soit adopté par les princes du continent. Quoi qu’il en soit, les mesures arbitraires continuent à être appliquées partout. Ainsi, M. Hassel-mann, qui avait été expulsé de Berlin et qui s’était réfugié a Altona, voulait fonder un journal à Hambourg. A la requête de la police d’Altona, il a été conduit au bureau de la police correctionnelle de Hambourg, où on lui a refusé l’autorisation d’écrire pour le public par la voie du journal. On voit que M. de Bismarck sait faire prédominer l’influence de ses idées. Au Parlement allemand, une interpellation a bien eu lieu au sujet de la proclamation du « petit état de siège » à Berlin. Mais cette manifestation n’a obtenu aucun résultat pratique, et le gouvernement, comme il fallait s’y attendre, a obtenu le dernier mot.
- M. Cairoli et les Chamkres italiennes.
- — La situation parlementaire est toujours fort délicate en Italie, et il est probable qu’au moment où paraîtra ce bulletin, une majorité de coalition, puissante pour détruire, mais impropre à rien édifier, aura renversé le ministère Cairoli-Zanardelli. Mais M. Cairoli sera tombé dignement, en loyal défenseur des principes libéraux qui ont guidé les actes de sa glorieuse carrière. Tel il était dans l’opposition, tel il a voulu demeurer étant au pouvoir Rien n’est plus honorable, et, par le temps de palinodies où nous vivons, un pareil exemple est consolant, d’où qu’il vienne. Qu’on nous permette de repro-
- duire ici quelques-unes des déclarations de ce loyal ministre, auquel tous les honnêtes gens devront donner leur estime :
- < L’honorable Bonghi, a dit M. Cairoli, prétend que les » discours dePavie et d’Iseo représentaient des program-» mes tellement radicaux qu’il ne serait pas facile de » trouver dans cette Chambre des programmes plus » avancés.
- » Qu’on relise les discours prononcés autrefois par » nous à la Chambre, et on verra que notre programme » est la reproduction fidèle de nos discours et de nos » principes à l’époque où nous siégions à nos bancs de » députés. Mais en quoi donc ce programme est-il si » surprenant ? Il est conforme à l’esprit de la Constitu-» tion et il répond aux principes indéniable « de notre » droit public.
- » Nous ne confondons pas les malfaiteurs avec les » citoyens, les droits avec les délits.
- » Nous voulons réprimer sévèrement tout attentat » contre la sûrçté de l’Etat, mais nous sommes résolu-» ment contraires à tout système préventif susceptible » de porter atteinte à la liberté et qui ne frapperait que » les innocents.
- « Je m’associe à l’honorable Sella en ce qui concerne a les cercles Barsanti ; il n’y a pas de plus triste attentat « que celui qui porte atteinte à la discipline de l’armée, a qui est le boulevard de l’unité et de la sûreté natio-« nales.
- « G’estla première fois qu’un ministre est mis en ac-« cusation pour avoir été trop libéral. »
- Puis, après avoir rappelé que M. Broglie, lui-même, avait présenté jadis un projet de loi électorale, bien autrement large que celui du ministre actuel et qui ne tendait à rien moins, qu’à donner le droit de vote à tous les citoyens sans distinction, M. Gairoli a ajouté :
- « Le poignard qui a tenté d’atteindre le roi ne réus-« sira pas à atteindre la liberté dont le roi est le plus « loyal et le plus fidèle gardien
- « L’honorable Grispi a dit hier que tous pouvaient « m’envier une seule chose : d’avoir fait de ma personne « un bouclier à la personne du roi ; à ma place, vous tous « auriez fait de même.
- « Le plus beau des souhaits pour l’avenir de la patrie, « c’est de souhaiter qne la liberté sorte saine et sauve « de cette lutte, et il n’y a pas un meilleur augure à faire « à la patrie, au nom sacré de laquelle tous nos coeurs « restent toujours unis. »
- Voilà de nobles paroles qui ne feront que grandir M. Cairoli devant l’opinion publique. D’ailleurs, il est à remarquer que la popularité de cet éminent patriote italien s’accroit à proportion des difficultés que lui susci tent ses adversaires. Aussi ne serait-il pas impossible que le roi Humbert, à la suite du vote qui renversera vraisemblablement le ministère actuel, n’autorise celui-ci à faire appel au pays par voie de dissolution de la Chambre. Cette éventualité paraît inévitable, car aucun cabinet ne paraît susceptible de fournir carrière dépassant quelques semaines.
- M. Beaconsfield et les chambres en-glaise». — Le débat touchant la politique anglaise en Asie est actuellement ouvert dans les deux Chambres qui composent le Parlement, Lord Beaconsfield a prononcé un discours dans lequel il a fait avec une grande fermeté de parole un éloge pompeux de sa propre politique et du traité de Berlin. Il est impossible de méconnaître que cet homme d’Etat de tant de ressources a parlé très habilement. Toutefois, il a plutôt affirmé que prouvé, se fiant à l’autorité de sa parole. En réalité fi n’a point péremptoirement rétorqué les arguments de ses adversaires. Lord Halifax et M. Witehead, l undans la Chambre des Lords et l’autre dans la Chambre des Communes, ont présenté des motions de blâme.Mais il est douteux qu’elles soient adoptées et l’on ne prévoit pas que les attaques de l’opposition, si hardies qu’elles puissent paraître en certains points, parviennent à amener un revirement dans l’opinion du Parlement pas
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- plus que dans celle du public qui, malgré quelques vives oppositions et de longues, trop longues hésitations, a fini par prendre le parti de la guerre afghane. Les absurdes idées de chauvinisme trouvent aussi en Angleterre du crédit devant les masses.
- I>a guerre <3e l’Afghanistan. — Les nouvelles de la frontière de Caboul sont assez insignifiantes. Les Anglais ont obtenu d’assez sérieux avantages, et le bruit de la fuite de l’émir avait môme circulé un moment; mais cette nouvelle n’a pas été confirmée. On a fait bruit d’une lettre écrite par Shere-Ali*en réponse à ^ultimatum du vice-roi des Indes et qu’on croyait parvenue à destination avant le combat de Peiwar. Mais il paraît que cet incident n’a pas la gravité qu’on lui a prêtée. L’émir a bien écrit une lettre dont l’arrivée a subi des retards fâcheux ; mais il n’offrait nullement de faire la soumission qui était réclamée de lui par le gouvernement anglais, et il n’est pas à croire que cet écrit, malgré ses tendances conciliantes, arrête la marche des armées anglaises, comme le voudraient le bon sens et même l’équité. Mais ce ne sont jamais ni la raison ni la justice qui guident les vainqueurs enivrés au début par de faciles succès.
- Attitude de la Russie. — Le général Kaufmann a quitté le Turkestan le 17 novembre, mais, quoi qu'on en ait dit, il n’a pas été relevé de son commandement. Le général a été mandé, en réalité, à Saint-Pétersbourg, afin de prendre part à un grand conseil de guerre qui doit se tenir d’ici sous peu de jours en présence du Czar et dans lequel on discutera l’attitude que doit prendre la Russie dans le conflit anglo-afghan.
- On prête toujours à l’empereur Alexandre l’intention d'abdiquer. Mais c’est là un de ces bruits qui reviennent périodiquement et qui ne reposent sur aucun fait bien précis.
- Le ministre de l’intérieur russe, le général Timascheff, a donné sa démission qui a été acceptée. On pense que sa succession reviendra au comte Shouwaloff, qui, avant d’entrer dans la diplomatie, avait rempli avec succès les hautes fonctions de directeur de la police politique de l’Empire.
- La situation, en Hongrie. — Le ministère hongrois est définitivement reconstitué sous la présidence de M. Tisza, et, de ce côté, la crise a pris fin par la reconstitution d’une majorité suffisante. Mai:;, en Autriche, il règne toujours un grand malaise, car la transaction qui a accordé un crédit de 20 millions de florins pour les dépenses de l’occupation de la Bosnie et de l’Herzé-gûvine, n’effacent pas les termes du rapport de M. Her-bet, qui sont très sévères pour la politique du comte An-drassy. fl y a là une situation incertaine et troublée dont les embarras se reflètent dans le langage des organes de l’opinion. Nous l’avons dit,- il est douteux que les replâtrages des semaines qui viennent de s’écouler puissent être considérés autrement que comme des expédients de médiocre valeur.
- Le non veau miidHtèro turc. — Le nouveau ministère turc s’efforce visiblement de se concilier l’opinion publique. Khérédive-Pacha, jadis premier ministre du bey de Tunis, actuellement grand-vizir de la Porte, a adressé un discours au patriarche arménien afin d’affirmer les sentiments de tolérance du gouvernement dont il fait partie :
- « A mes yeux, a-t-il dit, tous les sujets du sultan « sont égaux. La justice sera rendue avec impartialité; « les emplois seront accordés sans distinction de reli-« gion. »
- Personne n’ignore que certains turcs sont très-prodigues de belles promesses, mais on Bait aussi qu’ils ne
- se préoccupent guère de remplir leurs engagements. Le libéralisme de Khérédive-Pacha nous paraît donc fort suspect. Le Sultan aurait en outre déclaré que le choix de Carathéodory-Pacha comme ministre des affaires étrangères doit être considéré comme une preuve de sa volonté d’exécuter intégralement lés stipulations du traité de Berlin. Yoilà ce qui est fort bien. Il n’y a plus qu'à attendre les actes, et nous craignons fort que notre attente ne soit fort longue.
- Nouveau cabinet roumain. — Le ministère roumain a été reconstitué sous la présidence de M. Bratiano. M. Demetrius Stourdza, chargé des finances, occupe dans le Sénat une place prépondérante, de telle sorte que l’on a lieu de penser que le nouveau cabinet possédera une assiette solide qui lui permettra d’aborder les réformes projetées avec succès.
- La Suisse et le Saiat-Siég-e. — Certains cantons catholiques de la Suisse ont adressé, il y a peu de temps, un mémoire au Conseil fédéral pour se plaindre de la situation faite à l’Eglise catholique et pour réclamer la reprise des relations, avec le Vatican et le rétablissement de la nonciature.
- Le Conseil fédéral a répondu par une circulaire dans laquelle il déclare, au sujet du premier grief, que chaque canton est libre d’établir à sa guise ses rapports avec l’Eglise.
- Quant à la restauration dje la représentation diplomatique près le saint-siège, le Conseil fédéral fait observer aux cantons que cette question relève exclusivement des autorités fédérales qui se refusent nettement de rétablir la nonciature.
- En terminant, la circulaire dit que si, dans quelque cas spécial, un canton avait besoin d’un intermédiaire à Rome, le Conseil s’en chargerait.
- Ce document officiel tranche définitivement la question des rapports actuels de la Confédération suisse avec le Saint-Siège et ne permet plus à Léon XIII d’espérer, comme il l’avait fait un instant, qu’il pouvait envoyer un nonce à Berne Si tous les gouvernements prenaient une attitude aussi nette vis-à-vis du Vatican, la morgue cléricale ne tarderait pas à fléchir.
- Certains fonctionnaires et certains journaux espagnols avaient pris, dans ces temps derniers, une assez singulière attitude à l’égard de la France. Aussi le gouverneur de Valladolid avait interdit la vente d’un journal de Bordeaux fort répandu dans le nord de l’Espagne, la Gironde, sous prétexte que cette feuille s’intitulait « journal républicain. D’autre part, certains journaux officieux madrilènes avaient annoncé que le gouvernement du roi Alphonse XII n’admettrait jamais un irépublicain comme ambassadeur à Madrid. Une interpellation très-opportune de M. Castelar a fourni à M. Canovas del Castillo l’occasion de désavouer indirectement le zèle royaliste du gouverneur de Valladolid et de donner un démenti formel aux feuilles qui avaient prétendu qu’un représentant de la République française, sincèrement dévoué aux institutions de notre pays, ne pourrait jamais franchir les Pyrénées. Ces déclarations sont très-satisfaisantes et l’on ne peut que remercier M. Castelar, un véritable patriote, un sincère ami de la France, de les avoir provoquées. Mais M Canovas devrait bien refréner le zèle de ses officieux dont les maladroites attaques contre la Suisse et contre la France ont été l’occasion de ce débat, clos au mieux des intérêts de tous, car notre nation et le peuple espagnol ne peuvent que désirer voir leurs gouvernements respectifs entretenir des relations cordiales.
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- L’HOMME ET LE SINGE DEVANT LA LOI DE FRATERNITÉ
- Rien, n’est plus difficile que de discuter avec un adversaire dont la dialectique s’écarte de toute méthode. On s’expose ainsi à voir la discussion tourner autour du point essentiel sans l'aborder un seul instant.
- C’est ce qui nous arrive avec la Philosophie de l’Avenir. Cette revue dans sa livraison d’avril avait affirmé (p. 545) que « toute définition de la fraternité n’est qu’une phrase creuse » aux yeux de la science contemporaine.
- Nous avons réfuté ce sophisme en montrant qne la fraternité a une base scientifique.
- Depuis lors la Philosohie de l’Avenir a détourné la discussion de son objet premier et aujourd’hui «lie tend à l’en détourner davantage encore.
- Nous ne saurions blâmer trop vivement cette méthode, ou plutôt cette absence de méthode. Discuter pour le plaisir de discuter est un passe-temps byzantin qui ne nous attire pas. Nous n’avons pas trop de tout notre temps pour discuter dans le seul intérêt du bien, du juste, de l’utile, du vrai.
- C’est pourquoi nous prévenons la Philosophie de VAvenir que nous sommes déci dés à ne pas prolonger à l’infini une discussion qu «,11e se plait à déplacer successivement à droite et à gauche. Dans le cas où notre contradicteur persistei ait dans sa tactique nous ne lui répondrons plus.
- Cette revue consacre quinze gr ndes pages de sa dernière livraison à nous prêter des opinions qui ne sont pas les nôtres et à nous opposer des opinions qui ne sont pas les siennes. Tout le long de ces quinze pages elle emprunte à des anthropologistes, à des zoologistes, à des botanistes et même à des chimistes des citations triées avec beaucoup de peine et qui, rapprochées avec un art qui ne manque pas de subtilité, font dire à la science précisément le contraire de ce qu’elle dit. A en croire ces citations tronquées la science contemporaine ne saurait pas distinguer l’homme du singe. Une fois cette énorme hérésie scientifique exposée et agrémentée de commentaires où il est question, sans qu’on sache trop pourquoi, de la génération spontanée et de la population des étoiles, la Philosophie de l'Avenir change subitement de tactique, rejette en bloc toute cette science contemporaine à laquelle elle fait tenir un langage si imprévu et déclare « au nom de la science de l’avenir » que « la sensibilité existe exclusivement chez l’homme.
- Voici donc, comme nos lecteurs peuvent le voir, la question totalement déplacée.
- En effet sur quoi portait notre discussion avec la Philosophie de VAvenir?
- Sur quatre points bien distincts.
- Nous déclarions
- 1° Que tous les hommes sont frères et que parce la même la fraternité doit s’étendre à tous les hommes sans exception.
- 2° Que les singes anthropomorphes, ne sont pas nos frères.
- 3° Que la science détermine parfaitement les différences qui séparent l’homme du singe.
- 4° Que les classifications scientifiques constatent ces différences.
- A ces quatre points qu’a répondu la Philosophie de l'Avenir ?
- Rien ou presque rien.
- Elle a d’abord éliminé le premier point en ces termes :
- « Laissons-l-i pour le moment le premier point, qui peut constituer une question à part. »
- Les mots « pour le moment » laissent croire que la Philosophie de l'Avenir revient plus loin sur ce sujet ; il n’en est rien, elle n’y revient pas.
- C’est là, convenez-en, une manière facile de se tirer d’embarras. Notre honorable contradicteur aura très-bien compris qu’il ne pouvait discuter cet article sans compromettre toute son argumentation.
- En effet, l’affirmation de l’existence d une espèce humaine, contient implicitement l’affirmation de la limitation de cette espèce par une autre espèce. Donc si cette limitation existe ou ne peut dire que la science ne sait pas où s’arrête l’homme inférieur et où commence le singe anthropomorphe.
- Or l’existence d’une espèce humaine distincte est irréfutable. Notre contradicteur le sait aussi bien que nous. Les savants ne sont pas d’accord sur l’origine des races et se divisent en cette occasion en monogénistes faisant descendre toutes les races d’un même couple et en polygénistes faisant descendre chaque race d’un couple distinct, mais monogénistes et polygénistes sont d’accord que ces races font partie d’une seule et même espèce, l’espèce humaine.
- Il est acquis que les croisements entre les coolies chinois et les indiennes à peau rouge en Californie, entre les blancs et les hottentotes dans l’Afrique méridionale, entre les blancs et les quichuanes en Amérique et entre celles-ci et les nègres ou les mulâtres, produits eux-mêmes, par un croisement, continuent d’être féconds de génération en génération, tandis
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- que l’on n’a jamais pu obtenir de croisements féconds entre l’homme et le singe. La présence de cette interfécondité entre les races humaines prouve irréfutablement que nous sommes en présence d’une seule espèce malgré les différences des races. L’absence d’inter-fécondité entre l’homme et le singe prouve de son côté, et non moins irréfutablement, que le singe n’a rien à voir dans l’espèce humaine.
- Cette observation suffirait à elle seule à établir :
- Que tous les hommes sont nos frères ;
- « Que les singes ne le sont pas ;
- Enfin, que la science sait parfaitement reconnaître où finit l’homme et où commence le singe.
- La Philosophie de l’Avenir comprend-elle maintenant pourquoi nous ne repoussons pas les constatations de la science, et pourquoi nous proclamons le droit de tous les hommes à la fraternité?
- Mais, observe la Philosophie de l’Avenir, « il est » difficile de concevoir quel rapport la fraternité » peut avoir avec les différences de l’organisme, et » pourquoi, aussitôt que ces différences se manifes-» tent, par cela même la fraternité disparait en fai-» sant place au droit de détruire les animaux à notre » profit. »
- Cette observation est parfaitement juste. Elle est topique si on l’adresse à un matérialiste. Qu’a t-il à répondre?
- Mais nous ne sommes pas matérialistes. Nous nous sommes toujours élevés contre l’hypothèse matérialiste. Nous acceptons les constatations de la science, mais cela ne veut pas dire que nous partagions les conséquences que de rares savants, de rares philosophes et un certain nombre d’amateurs ont cru bon d’en tirer.
- Nous repoussons de toutes nos forces l’assimilation que la Philosophie de l Avenir a faite en plus d’un endroit (surtout page 231) entre les doctrines matérialistes et les nôtres. Nous attendons même de la bonne foi de notre contradicteur qu’il reconnaisse le mal fondé de cette assimilation, et qu’il ne nous laisse plus passer aux yeux de ses lecteurs pour professer des hypothèses que nous combattons.
- Si, en parlant des différences qui distinguent l’bomme du singe, nous n’avons pas parlé des différences psychologiques, ce n’est pas que nous méconnaissions l’énormité de ces différences, c’est uniquement parce que la Philosophie de VAvenir s’étant placée au seul point de vue de l’histoire naturelle, il était logique que nous lui répondissions à ce point de vue seulement.
- À.ujourd’hui, qu’elle aborde la question psycholo-
- gique, nous pouvons mêler la psychologie à notre réfutation.
- Malheureusement, sous la plume de notre contradicteur, la psychologie est aussi entachée de parti pris que l’histoire naturelle. L’affirmation y usurpe la place de la démonstration. C’est ainsi qu’au lieu de nous présenter des arguments appuyés sur la science contemporaine, la Philosophie de Y Avenir appuie ses hypothèses sur la science de l’avenir.
- Il nous est difficile de la suivre sur ce terrain, car nous ne sommes pas doué du don de prophétie, et nous avouons humblement ne pas savoir le moins du monde quelles surprises la science de l’avenir peut bien nous réserver. Par contre, ce que nous savons à merveille, c’est que les constatations de la science contemporaine disent précisément le contraire des conclusions que l’on prête à la science de l’avenir.
- Notre contradicteur affirme qu’il sera plus tard établi que la sensibilité est un apanage exclusif de l’homme, et que les autres êtres organisés en sont dépourvus.
- Qu’on nous permette de le dire, cette hypothèse de l’automatisme des animaux n’est pas une hypothèse de l’avenir, c’est une hypothèse du passé. Elle est longuement développée dans Descartes, et on la retrouve encore, bien qu’amendée, dans Leibnitz et Bossuet (1). Depuis lors elle a perdu toute créance, et nous ne saurions où la trouver ailleurs que dans la Philosophie de l'Avenir. L’observation de tous les jours suffit, en effet, pour détruire les derniers vestiges de ce préjugé. La science va même plus loin, et démontre que les végétaux eux-mêmes sont, jusqu’à un certain point, doués de sensibilité. Les travaux de Darwin, de M. Paul Bert et de M. Ch. Martins ne peuvent laisser aucun doute à ce sujet,
- Est-ce à dire pour cela qu’il faille étendre la fraternité à tous les individus du règne animal et du règne végétal ?
- Nullement.
- La fraternité n’est pas basée sur le degré de sensibilité des individus; elle est basée, comme son nom l’indique, sur le fait que tous les hommes sont des frères, qu’ils font tous partie d’une même grande famille, lespèce humaine. Tous sont susceptibles d’être parents un jour ou l’autre. Je pourrais être
- m
- (1) Leibniz admet que les animaux ont de l’instinct, de l’imagination, de la mémoire et les consécutions de ces qualités. (Par consé-cution d'une qualité il entend ce qui en découle naturellement.) Quant à Bossuet, il accorde à l’animal une âme non spirituelle, non matérielle, quelque chose de mitoyen entre l’âme et le corps. Comprenne qui pourra.
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- parent d’un nègre ou d’un Japonais ; le nègre et le Japonais ont donc des droits à mon affection. Il n’en est plus de même du singe, qui, je l’espère bien, n’a pas la prétention d’être mon parent un jour ou l’autre.
- Est-ce à dire, par contre, qu’il faille n’avoir aucun égard envers les animaux et les plantes ?
- Pas davantage.
- Du moment que nous leur reconnaissons une certaine sensibilité, nous avons certains devoirs à remplir envers eux. Nous devons nous interdire tout ce qui peut leur causer une souffrance, à moins toutefois qu’il y ait absolue impossibilité pour nous de faire autrement. Encore, dans ce dernier cas, devons-nous faire tous nos efforts pour l’adoucir et l’abréger.
- ‘La fraternité doit s’étendre à tous les hommes, la bienveillance à tous les autres êtres organisés.
- Ed. Champury.
- LES FEMMES ET LA LIBRE-PENSÉE,
- O femmes, c’est à vous surtout que nous nous adressons ici, c’est à vous que nous pensons en écrivant ces lignes.
- Vous redoutez la libre pensée, vo us la tenez en sus picion, vous la confondez avec le sarcasme ou la négation de parti-pris.
- Dans quelle erreur vous êtes en agissant ainsi. La libre pensée, c’est la liberté rendue à la plus noble de nos facultés, à celle qui aurait dû ne jamais être asservie : la pensée.
- Libre pensée ! Ne sentez-vous pas que ces deux termes font le plus sérieux des pléonasmes, la pensée étant libre de sa nature. Malheureusement la pensée a été asservie. Il s’est trouvé des préventions, des préjugés, des erreurs, qui lui ont ravi son indépendance à tel point qu il a été nécessaire de créer ce terme libre pensée pour désigner l’indépendance des vues et la liberté de l’examen.
- Il faut que la pensée redevienne ce qu’elle doit être : libre.
- O femmes, voulez-vous être au sein des idées qui bouillonnent, de la science qui progresse, de la lumière qui grandit, voulez-vous être, voulez-vous rester des réactionnaires, des esclaves de la pensée d’autrui ?
- Vous êtes appelées à une plus haute mission
- L'homme voit en vous une puissance rivale qui s’élève. Songez-y et ne comptez que sur vous-mêmes. 11 relit les lois qu’il a faites ; il les sent abusives mais il refuse de partager avec vous ses privilèges, son pouvoir, sa fortune. Il repasse le rôle qu’il vous
- a tracé au sein des sociétés modernes ; il le voit effacé, subjectif et il se demande avec effroi ce que deviendra son autorité, ce que deviendra sa supériorité le jour où vous aurez reconquis par votre valeur personnelle, par votre libre-pensée, votre libre jugement, votre émancipation, le droit et le fait de siéger à côté de lui, de scruter les mystères de la science et de la vie, de discuter les grandes questions de fin et d’origine, le jour où, vous appuyant sur les larges principes de justice et de solidarité, vous réclamerez au soleil de la science une place égale à la sienne, le jour où vous ne serez plus des intelligences qu’on manie ou qu’on endort, des esclaves qu’on pare ou qu’on brise, mais où, citoyennes de l’humanité, apôtres du progrès, vous serez devenues libres-penseuses, ouvrières actives de l’avenir.
- Qu’ont prétendu faire, qu’ont fait pour vous les hommes jusqu’ici? Ils vous ont imposé des théories toutes discutées que, confiante dans leurs lumières, humiliées en votre petitesse, vous n’avez eu qu’à accepter, ils vous ont persuadé qu’il est certains horizons que vous ne devez pas franchir, certaines recherches dont vous êtes incapables ; ils vous ont dit que votre rôle se borne à être belles et attrayantes, à éclairer leur demeure de votre grâce et de votre gaîté, à soigner le pot-au-feu, puis à nourrir vos enfants et à les élever sous leur haute direction. De plus, eux qui prétendent rejeter Les dogmes étroits du catholicisme et les vieilles traditions bibliques, eux qui se disent libres-penseurs, ils vous veulent pieuses, dévotes mêmes. Si vous pensez comme eux en fait de religion ils professent à votre égard le plus profond dédain, la défiance la plus marquée. En même temps qu’ils déplorent avec de vaines paroles le bigotisme et l’hypocrisie, ils font élever leurs filles dans les couvents. Ils vous placent vous-mêmes, parla situation qu’ils vous imposent, parles habitudes de culte religieux et de pensée restrictive qu’ils vous forcent à prendre, entre les mains des prêtres, ces adversaires intimes de votre liberté, de votre émancipation intellectuelle, de votre développement
- Enserrées par le clergé, dont vous faites la puissance, dont vous êtes la suprême ressource, il vous devient impossible de dépasser certaines limites. L’enfer se dresse devant vous, avec les recherches hardies, avec le doute, avec les raisonnements et les déductions logiques.
- Effraj^ées à la vue du chemin que votre esprit va parcourir, en présence du but que vous font entrevoir la science et la libre-pensée, vous fermez volontairement les yeux à la lumière ; vous vous accrochez désespérément aux dogmes ; vous vous laissez guider,
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- repentantes, par un directeur zélé; vous suivez ses instructions, et craignant d’approfondir, vénérant les mystères, respectant le caractère sacré de la religion et de ses ministres, .vous professez la foi du charbonnier. Vous rejetez ou vous approuvez suivant que les interprètes de la religion admettent ou rejettent.
- Agir ainsi, c’est s’incarner en autrui, c’est juger, c’est sentir par autrui, mais ce n’est pas user librement de son intelligence, de sa raison, de son âme : ce n’est pas être soi ; ce n’est pas être moralement et intellectuellement indépendantes.
- Secouez donc, ô femmes, ce joug-là encore : c’est le plus énervant, le plus atrophiant de tous les jougs : c’est le plus démoralisateur aussi, car il étreint votre conscience et votre volonté.
- Soyez vos propres libératrices ; débarrassez-vous des entraves qui arrêtent votre essor ; étudiez par vous-mêmes ; cherchez par vous-mêmes ; pensez par vous-mêmes. Réclamez enfin les bienfaits d’une éducation libérale, d’une instruction identique à celle des hommes ; revendiquez vos droits intellectuels et moraux.
- La justice et la lumière sont le bien de l’humanité tout entière. Les posséder, c’est votre droit; les conquérir c’est votre devoir.
- Eugénie Pierre.
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- UNE RÉFORME UTILE.
- Dans la majorité des entreprises, le capital-actions est généralement représenté aujourd’hui par des apports dont l’évaluation est absolument fantaisiste. P<.<r une singulière anomalie, on voit les actionnaires de plusieurs entreprises s’enrichir pendant que leurs créanciers, porteurs d’obligations ou autres, sont victimes d’un désastre. Les neuf dixièmes des Sociétés qui se fondent aujourd’hui avec un capital n’excédant pas deux ou trois millions, ont à leur tête cinq ou six actionnaires qùi n’ont jamais rien versé et qui ne verseront jamais rien. Les actions qu’ils se sont partagées sont purement et simplement des actions représentées par des apports fictifs, c’est-à-dire par des apports dont l’évaluation dépasse toute mesure. Telle mine qui aurait été payée à son prix 10,000 fr. figure, dans tels apports, pour 3 millions. Cela étant, les obligations n’ont aucune garantie. On obvierait à cet inconvénient en introduisant quelques sérieuses réformes dans la loi de 1867 sur les Sociétés anonymes à responsabilité limitée. Une de ces réformes consisterait àfaire évaluer les apports par des commissions spéciales, agissant sous le contrôle de l’autorité supérieure.
- Si l’évaluation des apports était entourée de toutes les garanties suffisantes, les Sociétés anonymes verraient leur crédit renaître, et nous verrions se tracer une ligne de démarcation entre les opérations honnêtes et les opérations déloyales.
- {Finance nouvelle.)
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mme Marie HOWLAND Voir n° 4 (tome 1), à n° 13 (tome 2)
- Chapitre XXIX
- Le Comte Voml Frauenstein
- (Suite)
- Le comte von Frauenstein arrivait d’Europe, où il avait visité à Guise, en France, une fondation toute particulière, conçue et dirigée par un des riches industriels du pays, pour améliorer les conditions d’existence des familles attachées à son industrie.
- « Je vous assure, docteur Forest, » dit-il avec enthousiasme, « que notre siècle est mûr pour une grande réforme sociale. Ce que j’ai vu à Guise a fait naître en moi un nouvel espoir.
- « La question si grave de l’organisation des rapports entre les hommes, de la sécurité du lendemain pour le travailleur, du progrès et du bien-être pour tous, me semble avoir trouvé là sa solution. »
- — « Vraiment ! » s’écria le docteur Forest. « Je vous avoue que cela m’étonne; je croyais cette question moins près d’être résolue et serais curieux de savoir de quelle manière elle peut l’être. »
- — « Voici. L’œuvre réalisée à Guise se divise en deux parties : d’abord, l’édification d’un immense palais et de ses dépendances, constituant à proprement parler une commune modèle ; ensuite, la réalisation de l’association entre le capital et le travail.
- « Le palais, que son fondateur a nommé Familistère, parce qu’il sert à loger des centaines de familles, contient le noyau des associés. Les autres ouvriers et employés attachés à l’industrie de l’établissement et n’habitant pas le Familistère, participent aussi à l’association, mais non au même titre que les associés.
- « Toutes ces questions sont réglées dans des statuts dont je vous donnerai connaissance quelque jour, cher docteur., car j’en ai emporté un exemplaire. »
- « Vous me ferez le plus grand plaisir, » répondit M. Forest, « mais donnez-moi, en attendant, quel-
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- ques indications générales sur ce qu’est le Familis- j tère. » j
- — « Par quoi commencerons-nous ? Par les bâtiments? »
- « — Oui. »
- — « Eh bien ! le Familistère est un palais dans lequel sont logées mille deux cents personnes environ : hommes, femmes et enfants. Représentez-vous trois vastes parallélogrammes reliés entre eux et mesurant cent quatre-vingts mètres de façade.»
- — « C’est grand ! » dit le docteur.
- — « Oui, c’est grand. Le pourtour est de cinq cent quarante mètres; et tout ne se borne pas au palais qui sert d’habitation. Il y a encore de vastes annexes et dépendances, sans compter les importantes constructions de la manufacture où travaillent les ouvriers. Le tout, Familistère et usine, n’occupe pas moins de dix-huit hectares. »
- — « Oh ! oh ! »
- — « Ajoutez que le palais social est situé au milieu de jardins traversés par la rivière de l’Oise qui les contourne sur les deux tiers de leur étendue. La partie la mieux située de cette propriété est convertie en pelouses, promenades, squares et jardins d’agrément; l’autre est consacrée à la culture des légumes et aux vergers. »
- — « Revenons aux bâtiments. »
- — « Soit. Chacun des trois parallélogrammes dont le palais se compose renferme une cour intérieure couverte d’un vitrage à la hauteur des toits. Des balcons circulent, à tous les étages, sur toute la longueur des murs de ces cours et donnent accès aux divers appartements. »
- — « Tiens ! voilà une disposition heureuse. »
- — « Oui, ces cours sont très-commodes. On y est à l’abri des intempéries; la nuit, elles sont éclairées au gaz ainsi que tous les communs de l’établissement. »
- M. Forest s’informa des mesures prises pour la propreté générale de l’immeuble.
- « Les cours et galeries, » reprit le comte, « sont balayées chaque jour ; les fontaines et tous les communs sont régulièrement tenus en bon état ; l’eau est distribuée gratuitement à tous les étages.
- « Elle est fournie par un puits artésien. De là elle s’élève dans des bassins ménagés sous les combles. Des tuyaux particuliers la distribuent ensuite partout où elle est nécessaire. »
- « Mais, « objecta M. Forest, « ce système de construction en parallélogrammes avec cours vitrées au centre, ne doit pas être favorable à la ventilation. »
- « Pardon, » reprit le comte, « les mesures néces- |
- saires sont prises. Le palais est installé entre une large place et des jardins cultivés, des pelouses, des allées ombragées. Tous les logements ont vue au dehors, ce qui permet aux habitants de respirer constamment un air purifié par la végétation. De plus, chaque logement possède des fenêtres donnant sur les cours intérieures des parallélogrammes, ce qui facilite le renouvellement complet de l’air du logis. Enfin, indépendamment de cela; chaque appar tement est pourvu de ventouses permettant d’amener l’air du dehors sous le foyer. Ajoutez que le système de ventilation est complété par de larges dégagements dans les vitrages des cours intérieures. »
- « Mais en quoi est fait le palais ? » demanda madame Forest, peu convaincue de la valeur de l’édifice.
- « En briques, » comme toutes les constructions de la contrée, » répondit le comte. Nulle part je n’ai vu faire un emploi plus ingénieux de la brique. On en a tiré les moyens d’une ornementation tout à fait élégante. »
- La femme du docteur ne répliqua rien. Elle était de plus en plus surprise.
- M. Forest, vivement intéressé, s’informa de la destination des annexes du palais social.
- « Elles contiennent d’abord les écoles, » reprit le comte, * puis des salles spéciales pour les soins et la garde des petits enfants, ensuite un théâtre; enfin, les bâtiments de basse-cour, les buanderies et lavoirs, une vaste piscine pour la natation, etc.... Ah ! j’oubliais de vous dire que le Familistère possède, en outre, au milieu du palais d’habitation, tous les magasins de vente et d’approvisionnement nécessaires à la population : épicerie, mercerie, étoffes, vête ments, chaussures, etc.; quant à la boucherie et aux services alimentaires, ils se trouvent dans les annexes. »
- « Voilà pour la vie matérielle, » dit madame Forest, « mais est-ce tout ? »
- « Non, non ; aussi le Familistère a-t-il encore des salles de récréation, une bibliothèque, une salle de billard, sans compter une société musicale et divers autres corps institués pour des motifs d’utilité générale ou de divertissement. Enfin, madame, toutes les ressources de la prévoyance et de la mutualité sont mises en œuvre au Familistère. Chacun des habitants est assuré, en cas de maladie, de toucher une allocation journalière équivalente à peu près à son salaire ; il a droit, en outre, à tous les remèdes, médicaments et objets nécessaires en de telles circonstances, et il est assuré de recevoir gratuitement les soins du médecin de son choix.
- » Les orphelins, les veuves, les vieillards, les in-
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- valides jouissent, dans le palais même, de ce qui leur est nécessaire.
- » Des comités spéciaux sont organisés dans la population pour administrer ces différents services.
- » Considérez toutes ces choses, et vous direz avec moi que les ouvriers logés au Familistère vivent, eux et leurs familles, dans un milieu qui leur permet de jouir d’avantages dont ils ne trouveraient nulle part ailleurs les éléments. «
- « Quel dommage, » interrompit le docteur Forest, « que cette admirable institution ne soit pas plus généralement connue. Peut-être aussi ne fait-elle rien pour attirer sur elle l’attention ? »
- — u Voilà qui est parler en Américain. Vous oubliez que vous êtes libres et que les Français ne le sont guère. En outre, l’institution du Familistère a eu à subir tous les embarras qu’éprouvent, à leur origine, les choses nouvelles. Aussi n’est-ce que depuis peu de temps que son fondateur a pu créer un journal hebdomadaire, « le Devoir, » consacré à la vulgarisation et à la défense des principes qui servent de.base à la fondation. »
- — « Je suis sûre que cette entreprise doit être une œuvre de charité religieuse, comme le sont en France les hospices et les asiles, » observa madame Forest.
- — « Pas le moins du monde, madame, c’est une œuvre de justice. La pensée du fondateur a été de prouver par la pratique la possibilité d’organiser les relations du travail et du capital sur des bases meilleures, conformes aux principes de justice exposés dans son livre : Solutions sociales. Il a tenu à démontrer que le bien-être physique et moral de la classe la plus nombreuse n’est pas une utopie. Toutefois, sentant bien que son œuvre ne paraîtrait pratique, aux yeux de bien des gens, que si le capital engagé dans l’affaire y trouvait un intérêt rémunérateur, il s’est efforcé d’organiser les choses en conséquence. Il a prouvé ainsi que le bien à faire est toujours possible.
- » Le Familistère sert donc des intérêts au capital engagé dans sa fondation ; ces intérêts sont faibles, 4 0/0 environ, mais c’est un placement sûr et qui crée pour l’ouvrier une existence toute nouvelle.
- « Au point de vue moral et social, comme au point de vue financier, le palais social mérite donc l’étude la plus approfondie. »
- Au cours de la conversation, le comte annonça qu’il partait le lendemain pour le Sud-Ouest, où il avait quelques affaires à régler, son intention étant de voir ensuite s’il ne pourrait pas construire quelque part un palais social destiné à loger des familles
- de travailleurs, afin de réaliser, comme à G-uise, l’association du travail et du capital.
- « Oakdale, » dit il, « me semble une situation avantageuse pour une semblable entreprise, l.’industrie s’y développe, la population s’y accroît rapidement, le climat est sain, l’eau pure et abondante, enfin, le sol de la contrée est léger, et je crois qu’une agriculture scientifique peut tirer meilleur parti d’un terrain de cette nature que d’une plaine grasse et argileuse. »
- Le docteur appuya chaudement le projet. « Avant de mourir, » dit-il, « j’espère voir quelques enfants au moins entourés des conditions indispensables à une éducation intégrale. Comptez sur moi, Frauens-tein, pour vous aider de tout mon pouvoir. »
- Madame Forest fut choquée de l’inconvenance de son mari s’adressant à un aussi grand personnage que le comte et l’appelant simplement Frauenstein.
- « Il me semble, M. le comte, » dit-elle de sa voix la plus suave, « que dans votre position sociale et avec votre fortune vous trouveriez plus de jouissance à bâtir pour vous-même un palais dans lequel vous goûteriez à l’aise tous les plaisirs que procure la richesse. »
- — « Mais, chère madame, que ferais-je alors pour la société ? »
- « Dieu me pardonne, il est aussi fou que le docteur, » pensa la digne femme; toutefois elle pria le comte de vouloir bien expliquer ce qu’il entendait par là.
- « Madame, » reprit Frauenstein, « j’ai fréquenté ce que l’on est convenu de nommer la meilleure société ; sans doute, on trouve beaucoup de délicatesse etdes sentiments fort honorables parmi ses membres; mais la vraie noblesse de sentiments, et par là j’entends le dévouement aux grands intérêts de l’humanité, se rencontre rarement dans les salons ou à la cour des princes ; partout, on se trouve gêné et avili par des préoccupations mesquines et de basses intrigues n’ayant pour but que d’obtenir des avantages personnels. Ce qui manque surtout dans ces sphères, c’est le plus actif élément du progrès ; la foi dans l’humanité.
- « Qu’est-ce que l’aristocratie de la naissance, du nom, ou de la richesse, si vous la comparez à la grandeur et à la dignité du travail ?
- « Ma mère, la cousine de Kendrick vous le savez, était la petite fille d’un journalier. Kendrick ne voudrait pas avouer ce fait : il préférerait perdre son . meilleur attelage. Moi, au contraire, j’en suis fier. Ce fut le seul parmi mes ancêtres qui eût un droit honnête au pain qu’il mangea. Aussi, voyez-vous,
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- LE DEVOIR
- madame, je voudrais faire quelque chose pour expier les péchés de la longue suite de parasites ou d’exploiteurs dont je descends ; je raccourcirais ainsi le temps que j’aurai à passer dans'le purgatoire.
- « Pour parler sérieusement, je dois reconnaître que nulle part dans le présent ordre de chose, je ne trouve un milieu qui réponde à mes sympathies. Il faut donc que je tâche d’édifier une société dans laquelle hommes et femmes se sentiront heureux et libres, parce qu’ils seront sûrs de l’avenir pour eux et leurs enfants.
- « Croyez, madame que j’ai trouvé plus de motifs d’espérance pour l’avenir de l’humanité dans l’association des travailleurs de Guise, que je n’en rencontrerai jamais chez les gens du même monde que moi. Et cependant la population logée là est en grande partie composée de ces familles, ailleurs abandonnées à elles-mêmes et livrées souvent à la plus complète misère.
- « Et quand je songe, » ajouta le comte, « qu’à côté des travaux considérables à faire dans cette voie, il y par le monde nombre de savants usant leur existence à rechercher les débris d’un passé mort depuis des siècles! Croyez-moi, madame, le monde n’est pas la vallée de larmes que l’on prétend ; notre devoir est de faire disparaître l’ignorance et la misère, Ce que nous devons étudier par-dessus tout, c’est le moyen de préparer de meilleures conditions d’existence pour les générations qui nous suivront. »
- Le comte s’excusa ensuite d’avoir fait un monolo gue de ce qui aurait dû être une conversation ; puis ayant complimenté madame Forest sur le bouquet exquis de son vin, il prit congé d’elle et sortit avec le docteur.
- (A suivre.)
- DÉVOUEMENT DES MÉDECINS
- Assurément, c’est un spectacle aussi touchant qu’honorable que donnent en ce moment nos confrères, médecins de la marine, en présence du fléau qui sévit dans notre colonie du Sénégal. Ces pages, où je me plais toujours à colliger ou a rappeler-les faits qui honorent notre science' et notre profession, ne laisseront pas dans l’oubli les nombreuses et malheureuses victimes de la fièvre jauneà Gorée et à Saint-Louis. Dix huit médecins, ou pharmaciens ont déîà été mortellement frappés. Voici les noms de ces héroïques victimes : MM. Bellon, Legal, Thoraval, Roche, Moissin, Boralle, Briant, Sarrette, Dalmas, Marsola, Bourgarel, Cotrel, Gouffé, Desnrès-Bourdon, Boyer, Amourette, Guillaud et Chevrier. Parmi ces noms, saluons surtout avec respect le nom de docteur Bourgarel, médecin en chef. Ce mal heureux confrère terminait en France une pénible convüescauje d’une de ces maladies des pays chauds qu i! avait contractée au Sénégal, lorsqu’il apprit que la fièvre jaune venait d’éclater dans la colonie. Quoique
- faible et souffrant, il sollicite son renvoi au Sénégal, part immédiatement, et, dès son arrivée, est frappé par le terrible typhus amaril.
- Eh bien, ces dix-huit victimes connues et dont le nombre, hélas! s’accroîtra sans doute, ces vaillants soldats tombés sur le champ de bataille de l’épidémie, ont été immédiatement remplacés par des confrères qui, sur leur demande et sans attendre aucune réquisition, ont voulu volontairement s’exposer à la contagion. Au ministère de la marine, on est embarrassé, non pour trouver, mais pour choisir des candidats. Ce n’est pas une réquisition, c’est une sélection qu’il faut faire, car, si tous sont vaillants et courageux, on ne voudrait envoyer sur ce dangereux théâtre épidémique que les plus forts, les plus robustes et, en apparence, les plus résistants, quoiqu’il soit bien difficile de dire quelles sont les conditions organiques qui préservent du fléau.
- En Louisiane, où la fièvre jaune a fait et fait encore d’affreux ravages, on dit que plus de cent médecins ont payé de leur vie leur dévouement à leurs concitoyens.
- Ce qui n’empêchera pas quelques loustics du journalisme de ne manquer aucune occasion de jeter le ridicule et le mépris sur notre art et notre profession. L’un des nôtreo, poète à ses heures, le disait très-justement, il y a peu de jours, dans un banquet confraternel :
- Et cependant, malgré la froide ingratitude Dont on paie, ici-bas, ces élus de l’étude Et de la charité ;
- Apôtres du devoir, soldats du sacrifice,
- Leurs rangs, toujours serrés, combattent dans la lice Avec fidélité.
- [Union médicale.)
- L’ENSEIGNEMENT AGRICOLE EN BELGIQUE
- Il y a peu de temps, la section Molenbeek-Bruxelles de la Société agricole du Brabant procédait à la distribution solennelle des prix obtenus au concours entre les écoles primaires rurales du canton de Molenbeek.
- Avant de procéder à la distribution des prix, M. Jacquet a prononcé un discours très-écouté dont nous extrayons un passage qui nous paraît de nature a intéresser des lecteurs français.
- On se désintéresse trop chez nous des progrès accomplis chez nos voisins.
- Voici le passage en question du discours de M. Jacquet :
- «.... En introduisant les notions élémentaires d’agriculture dans les écoles primaires, nous avons voulu élever le niveau de l’instruction dans nos campagnes, nous avons voulu préparer les jeunes gens pour en faire des cultivateurs instruits et des travailleurs intelligents, qui feront progresser l’agriculture et lui feront produire davantage, nous avons voulu aussi les rattacher au sol qui les a vus naître et les empêcher d’émigrer vers les centres industriels et les grandes villes où bien des déceptions les attendent. En effet. Messieurs, dans les centres industriels, les grèves viennent souvent leur enlever le fruit de leur travail, et quand des crises industrielles, comme celle qui existe maintenant, sévissent. le travail leur manque complètement ou est restreint à quelques jours par semaine. »
- « L’agriculture a souffert dans les derniers temps et souffre encore. La lutte qu’elle soutient contre la concurrence étrangère, est formidable, et elle a besoin de tout ce qui peut la faire progresser pour soutenir cette lutte avec succès. Il est donc indispensable que les jeunes gens des campagnes se mettent au courant de toutes les inventions et innovations agricoles. C’est par l’instruction qu'ils y parviendront, et nous sommes convaincus que le gouvernement ne faillira pas à son man-
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- dat et fera les sacrifices nécessaires pour instruire les populations. »
- La distribution des prix une fois terminée, il s’établit entre M. Van Humbeeck, miuistre de l’instruction publiqueetles membres du corps enseignaut un entretien amical dans lequel le ministre s’enquit de la manière dont on donne l’instruction agricole dans les écoles primaires.
- Cet enseignement, leur dit-il, ne se borne sans doute pas à l’exposé des principes théoriques, il importe qu’il * soit donné au point de vue de la pratique, et dans ce but, il ne faut pas négliger les conférences pratiques ; les excursions scolaires. Ces excursions sont excellentes, eVes constituent une espèce de récréation, elles fatiguent et ennuyent moins l'enfant que l'enseignement proprement dit et elles développent son intelligence.
- LES EXPLICATIONS D’AUTEURS A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE PARIS.
- De toute la partie de l’Exposition, c’est assurément celle qui laissait le plus à désirer. Autant les cahiers de dictées, ou les cours dictés aux élèves, remplissaient de nombreux compartiments, autant les cahiers d explication faisaient à peu près défaut. Cette partie cependant eût assurément été la plus originale de toutes, par suite la plus curieuse et peut-être bien aussi la plus instructive. C’est en parcourant les quelques, rares cahiers égarés parmi les paperasses inutiles étalées aux yeux de la foule inconsciente, que l’on se sentait surtout envahir par le regret que la Hollande, le Dane-marck, la Suède et l’Allemagne n’eussent rien exposé. On aurait pu se rendre un compte exact de ce qu’est la philologie scolaire chez ces peuples qui marchent à la tête des nations modernes dans la voie des réformes classiques et scientifiques.
- En général, l’explication consiste, en France, à faire de belles phrases très admiralives et souvent fort creuses, sur l’ensemble d’une œuvre et sur ses détails les plus saillants. On sent que le prefesseur a peur du rire superficiel des gens d’esprit. Après avoir vu Voltaire mettre l’Art poétique de Boileau, par l’exemple, infiniment au-dessus de celui d’Horace, oser dire que le premier est très-inférieur au second ; que le législateur du
- Parnasse français, tout en ayant pris pour type de son plan général celui d'Horace, manque d’imagination, d’unité, d’ordonnance savante, et n’a jamais la justesse dans les termes et 1 image pittoresque du poète latin, ne serait-ce pas risquer d’encourir les plus graves censures ? Sans paraître aussi craintifs, les auteurs belles semblent cependant professer de même une vénération de convention devant les classiques qu’ils n’osent critiquer sans un frisson.
- Eh bien ! nous ne connaissons rien de plus fatal, de plus funeste à un enseignement large et sérieux. L’admiration intempestive, loin de rien apprendre à l’élève, déprave son goût et sa raison. Il vaut infiniment mieux qu’il sache que ces grands écrivains étaient, après tout, les hommes de notre espèce, faillibles et peccables comme tous les autres et qui ont réellement failli. Faire palper du doigt et du regard une expression impropre,'un vers mal fait, une pensée fausse, est tout aussi utile que de rendre raison de la grandeur et de la beauté d’une pensée. C’est en montrant aux élèves les nombreux défauts des grands maîtres, c’est en les comparant à ce qu’ils ont de réellement magnifique, que l’on crée des penseurs indépendants et d’excellents écrivains.
- Mais, selon nous, ce qui manque plus encore dans ces explications scolaires des textes, c’est la philologie véritable. Les professeurs français, comme la plupart des commentateurs, se plaisent” à expliquer ce qui n’a nul besoin d’explication ; mais ils n’abordent presque jamais les difficultés réelles du texte. Cent fois, j’ai feuilleté de nombreux volumes pour chercher, dans les commentaires faits sur les classiques, l’explication de formes que je ne pouvais comprendre, rarement j’ai rencontré un critique qui les ait entrevues. C’est l’inverse de ce qui se fait en Allemagne et en Hollande. Inutile d’ajouter que la philologie par excellence, celle qui ne cesse de comparer la civilisation d’un peuple à celle d’un autre peuple, pour arriver à les faire comprendre l’une par l’autre, a rarement encore fait son apparition dans nos établissements. Les professeurs de langues, en général, en France comme en Belgique, ignorent l’histoire des textes. C’est un mal que nos Ecoles normales ont la mission d’extirper le plus promptement possible.
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- SOMMAIRE
- Le droit à Vexistence, réponse aux objections — Au ministre de l’instruction publique.—Semaine politique. — Lettre d’Angleterre. — Variétés — Encore le tribunal international. — Feuilleton : La Fille de son père. — Bulletin bibliographique.
- LE DROIT A L’EXISTENCE
- Réponse aux objections
- Les idées nouvelles ne s’acclimatent pas en un jour dans les sociétés labourées par les vieilles habitudes. Du reste, il en est de l’idée nouvelle comme de la semence jetée en terre; elle doit germer et croître avant de produire ses fruits.
- Le droit de vivre, le droit à l’existence sont des idées propres à notre état social actuel ; elles aussi ont besoin de se faire leur place et de se développer.
- Exposées d’abord dans Solutions sociales, ces propositions ont été depuis reproduites dans le Devoir avec cette autre vérité que dans toute production, la nature donne, en matière, en chaleur, en lumière, en force productive et vivifiante, un contingent d’utilités naturelles qui, n’étant pas le fait de l’homme mais celui d’une puissance supérieure, appartiennent à l’humanité toute entière.
- C’est sur cette part due à la nature dans les productions du travail humain que nous fondons pour chacun le droit à l’existence, le droit à la vie.
- Ces nouvelles propositions sociales nous ont attiré un certain nombre d’observations auxquelles nous croyons utile de répondre.
- Nous ne nous arrêterons guère aux réflexions de ceux de nos contradicteurs dont l’esprit et le cœur sont fermés à la pensée du juste ; de ceux qui se disent : tant mieux pour qui possède, tant pis pour qui n’a rien ; de ceux, enfin, qui, jouissant de la richesse et de l’aisance, n’ont nul souci de ceux qui souffrent de la misère.
- A ceux-là qui considèrent comme chose dangereuse les efforts que nous faisons pour éveiller la pensée publique à l’idée de la morale
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- LE DEVOIR
- fraternelle et sociale, nous répondons simplement :
- Quand on croit que nulle mesure de justice n’est à tenir à l’égard des autres, on doit logiquement conclure que les autres ne sont pas davantage engagés envers nous.
- C’est la loi de la force.
- Où est alors la sécurité ? Les faits de la guerre n’ont-ils pas cent fois prouvé que le dominateur d’aujourd’hui peut-être l’asservi de demain ? Donc, mieux vaut la concorde sociale par la conciliation des intérêts, d’après les principes du juste et du bien.
- Mais passons aux objections ayant un caractère mieux formulé.
- On nous écrit de Marseille :
- « Il n’y a pas de droit naturel à l’existence ; le » droit naturel n’existe pas, il n’y a que des » droits acquis ; l’homme n’a d’autres droits que » ceux qu’il mérite par son travail. «
- Cette pensée semble dire que notre interlocuteur ne croit qu’à la matière ; il n’y aurait donc pas à aborder avec lui les questions de la science réelle de la vie. Ce serait peine perdue que de rattacher les droits primordiaux des individus à la source supérieure dont l’hommo émane, et de démontrer que chacun de nous puise à cette source un droit commun à l’existence. Il serait inutile de démontrer que, par suite de cette origine, toute créature humaine est envoyée sur la terre pour y servir au progrès de la vie ; et que toute atteinte portée à cette mission dans la personne humaine, est une faute grave.
- Pour notre correspondant, la vie humaine n’existant pas en dehors de la matière, tout se limite entre la naissance de l’enfant et la mort du vieillard. Examinons donc la question sous cet aspect.
- La pensée quelque peu malthusienne formulée par ;notre interlocuteur, se trouve en contradiction avec le sentiment public moderne ; nous ne vivons plus au temps où l’enfant nouveau-né pouvait être égorgé par ses père et mère, ou jeté vivant dans une fosse, lorsqu’on le jugeait bon ainsi.
- Les lois civiles elles-mêmes ont rompu avec ce mépris de la vie humaine, et l’enfant qui a reçu le jour doit être élevé, nourri, soigné, sous peine d’infanticide de la part fies parents. Si la
- mère ne peut subvenir à ces soins, la société se reconnaît l’obligation d’y pourvoir à sa place.
- Ce que la société fait pour l’enfant, elle le fait également pour les malades et les vieillards ; elle a des hospices, des maisons de refuge, etc... Tout cela, il est vrai, existe encore bien timidement, bien confusément, mais dans ces conditions mêmes, disons-le à l’honneur de la société moderne, si elle s’est élevée à ce degré de moralité, c’est parce qu’elle a reconnu que l’existence est un droit sacré dans la personne humaine.
- Vous niez à l’homme le droit à la vie, vous lui niez des droits naturels primordiaux, avez-vous mesuré où cette négation conduirait notre état social ? Non-seulement cela nous reporterait pour les mœurs à deux mille ans en arrière, mais aussi cela justifierait tous les abus de l’homme sur l’homme. Car si l’existence de la personne humaine n’est pas le premier des droits qui s’impose au respect de tous, si, au contraire, il n’y a que des droits de convention que vous appelez des droits acquis, cela en revient à dire qu’il n’y a d’autre droit que celui de la force. En ce cas, les hommes ne se doivent plus une mutuelle assistance, l’amour de l’humanité, la charité, la fraternité ne sont que des mots vides de sens, l’homme n’est pas une puissance morale, il n’est qu’une force brutale, et la logique de sa situation n’est pas de chercher dans l’amour de ses semblables et dans son union avec les autres hommes les moyens du bien commun.
- Je sens que vous m’arrêtez pour me dire que vous ne l’entendez pas ainsi, que l’homme pratiquera le bien parce que son intérêt lui commandera de le faire.
- Mais je vous réponds par avance : quand son intérêt lui commandera le contraire, il le fera. Les personnes qui, dans une bonne intention, enseignent et professent la morale de l’intérêt, perdent de vue que cette morale est aussi celle des tyrans, des despotes, des oppresseurs, des spoliateurs, des hypocrites et des fripons.
- Il n’y a de véritable morale que celle de la justice et du droit inhérents à l’existence de la personne humaine, parce que la justice et le droit véritables ont leur principe dans les lois d’ordre universel qui, au-dessus de nos conventions et de nos actes, président à nos destinées et-à nos existences,. - ' •
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- >'on, il ne suffît pas que l’homme ait des droits gcquis par la force, la ruse et la violence, pour que ces droits soient sanctionnés par l’éternelle justice ; il y a dans la vie et dans l’existence humaines une loi supérieure, une loi primordiale qui réprouvera toujours ces abus et qui les effara avec le temps, pour inaugurer la concorde sociale dans l’amour du bien commun.
- Un dernier mot sur l’objection qui nous occupe. Notre contradicteur dit :
- « L’homme n’a d’autres droits que ceux qu’il , mérite par son travail. »
- Nous qui affirmons le droit de vivre, le droit à existence, et qui demandons parallèlement organisation de la mutualité nationale pour »nsacrer ce droit, nous sommes surtout des unis et des partisans du travail ; cependant nous irotestons de toutes nos forces contre l’exagéra-ion contenue dans les paroles de notre inter-ocuteur ; et nous lui demandons de bien vou-oir examiner quel serait le droit des enfants, les malades, des infirmes, des vieillards, et nême des rentiers et des oisifs, si l’on admet-ait « que l’homme n’a d’autres droits que ceux iqu’il mérite par son travail. »
- Une fois cet examen fait, notre correspondant, îous l’espérons, reconnaîtra avec nous que la iestinée définitive des sociétés est dans le procès vers la conciliation et l’accord des différentes classes de la société, et non dans la lutte lermanente et confuse des intérêts contraires. C’est ce que nous cherchons à faire com-. •rendre en recommandant l’organisation de la mutualité sur des bases nationales et l’associa->on des industriels et des travailleurs dans les fy'ers d’activité locale.
- Mais il n’y aura rien de possible en ce sens, lritque l’on fera mépris des droits de rexisme humaine, tant qu’on niera aux faibles le rùit de participation aux avantages accumulés ^1®$ progrès de la civilisation.
- Tant qu’il en sera ainsi, il y aura des déshé-et les fauteurs d’abus se donneront fJIûme les hommes les plus méritants.
- rA mime.) GODIN.
- AU MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE
- Monsieur le Ministre,
- En vertu de la loi du 26 janvier 1878, toutes les communes de France vont être pourvues d’écoles. C’est là une mesure excellente, et à laquelle l'opinion publique a fait l’accueil le plus favorable.
- Veuillez toutefois remarquer que cette mesure est insuffisante par elle-même pour élever le niveau de l'instruction primaire. Il ne suffit pas, pour que l’enseignement soit profitable, que les locaux dans lesquels il se donne soient propres et convenablement aménagés. Il faut encore, il faut surtout que cet enseignement lui-même soit amélioré.
- Nous croyons savoir, Monsieur le ministre, que l’objet de votre plus constante sollicitude est d’introduire dans l’enseignement primaire les réformes dont l’expérience a démontré la nécessité.
- Permettez-nous, à cette occasion, d’attirer d’une manière tout à fait particulière votre attention sur la nécessité de commencer ces réformes par une révision des règlements qui régissent aujourd’hui les écoles primaires publiques. La plupart de ces règlements, tous peut-être, datent de 1852, Ce qui dit assez dans quel esprit ils sont rédigés.
- Nous avons même à ce sujet un fait très grave à vous signaler. Les Conseils académiques de 1852 n’ont pas craint d’introduire dans l’enseignement, par voie règlementaire, des dispositions contraires à celles de la loi sur l’enseignement des 19 janvier, 26 février et 15 mars 1850.
- Enfin, ces règlements se trouvent en opposition formelle avec la Constitution du 25 février qui régit actuellement la France.
- Il est donc urgent, Monsieur le ministre, que de tels règlements ne soient plus longtemps tolérés.
- Nous sommes bien persuadés qu’il suffit de les signaler à votre attention pour que vous preniez les mesures nécessaires. Il vous sera facile de vous convaincre de l’exactitude de nos affirmations. U suffirait pour cela que vous fissiez demander à chacune des Académies départementales son Règlement pour les écoles primaires publiques régissant son département.
- Permettez-nous, pour vous donner une idée de l’esprit dans lequel sont conçus ces règlements, permettez-nous de relever quelques articles de celui qui régit les écoles primaires publiques du
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- département de l’Aisne. (1) Ce règlement, arrêté en Conseil académique le 24 juillet 1851, a été vu et approuvé en conseil supérieur, par M. Fortoul, ministre de l’instruction publique et des cultes, le 23 mars 1852.
- Les termes dans lesquels débute ce règlement nous donnent de suite le ton qui y règne d’un bout à l’autre.
- « principal devoir de l’instituteur est de donner aux enfants une éducation religieuse. » (Titre 1er, art. 1er.)
- Plus loin, cette prescription est complétée par celle-ci :
- « Il doit instruire par ses exemples comme par ses leçons. 11 ne se bornera donc pas à recommander et à taire accomplir les devoirs que la religion prescrit ; il ne manquerapas de les accomplir lui-même., » (Art. 2.)
- Voici qui est clair. Le principal devoir de l’instituteur n’est pas d’instruire les enfants, mais bien de leur donner une éducation religieuse. Tous ses efforts doivent tendre à ce résultat. 11 ne lui est pas permis de perdre de vue qu’il n’est qu’un adjoint du curé et que l’école n’est qu’une succursale du cathéchisme. Si c’est là qu’on doit en arriver, monsieur le ministre, il est superflu d'imposer aux communes de gros sacrifices pour la construction d’écoles, les églises suffiront.
- L’article 11, titre III n’est pas moins précis :
- « L’enseignement dans les écoles primaires publi-« que comprend nécessairement :
- « La lecture, l’écriture, les éléments de la langue « française, le calcul et le système légal des poids « et mesures. »
- L’instruction religieuse, comme vous pouvez le remarquer, tient le premier rang. Elle est inscrite avant la lecture. C’est une prescription de la loi de 1850 (Titre II, art. 23), et quelque répréhensible qu’elle soit, elle échappe à la compétence ministérielle et ne peut être modifiée que par la Chambre des députés.
- Mais voici où la compétence ministérielle est toute-puissante.
- La loi de 1850 dit que l’enseignement peut comprendre, en outre, l’arithmétique appliquée, les éléments de l’histoire et de la géographie, des notions des sciences physiques et de l’histoire naturelle, des instructions élémentaires sur l’agriculture, l’industrie et l’hygiène, l’arpentage, le nivellement, le dessin linéaire, le chant et la gymnastique.^Le
- (1) Voici le titre complet de ce règlement officiel :
- M^istère de Vinstruction publique — Académie départementale de l'Aisne — Réglement pour les écoles primaires ptMiques. — Laon, imprimerie de Ed. Fleury et Ad. Chevigny, rue Sérurier, 22 — 1852.
- règlement du Conseil académique de l’Aisne
- la place de la loi et exige, en vertu de son
- artici,
- 12, que l’instituteur qui veut enseigner tout ou ^ tie de ces diverses branches de son art ait à dem^
- der et à obtenir l’autorisation du Conseil
- ^câdén;.
- que, qui peut la lui refuser.
- Il est clair qu’ici le règlement usurpe la placer i loi. La loi n’impose pas l’enseignement do j.
- la loi. La loi n’impose pas l’enseignement de ces di verses branches à ^instituteur et elle l’autorise les enseigner en plus des quatre qui lui sontimp^ sées. Le règlement, lui, refuse à l’instituteur k droit d’enseigner ces diverses branches à moins q* le Conseil académique veuille bien condescendre àl’j autoriser.
- On arrive par là à réduire l’enseignement à bi® peu de chose,
- Poursuivons.
- Art. 13. — « Les matières de l’enseignement seroo; « réparties comme il suit..
- « 5e division. Récitations des prières ; lectures a: a tableau, » etc.
- 4e division. Récitation des prières et du petit cate « chisme ; lecture, » etc.
- u 3e division. Catéchisme; lecture courante;.
- u première époque de l’Ancien-Testament ».
- « 2* division. Gros catéchisme; continuation dt « l’Ancien-Testament; lecture ; etc .... ; notions de « plainchant ».
- « ixe division, Matières de la division précédent « avec plus de développements ; histoire abrégée « du Nouveau-Testament ; étude ; etc ; — plam-« chant. »
- Ainsi partout, Monsieur le ministre, la priorité est donnée aux matières de l’enseignement religieui. L’histoire des Hébreux est enseignée à des enfant* auxquels on n’enseigne pas l’histoire des Français. Ils apprennent qui est Loth, ils n’apprennent pas qui est Mirabeau. Et comment leur enseigne-t-on cette histoire des Hébreux ? Vous le savez, Monsieur le ministre, on la leur enseigne au pied delà lettrt. On leur présente comme miracle ces mythes de li poésie hébraïque, Josué arrêtant le soleil, Jon« avalé par une baleine, la femme de Loth changée e: statue de sel et cent autres faits de nature à fausse: les idées scientifiques que pourrait recevoir l’enfant.
- Mais continuons la lecture du réglement.
- « Art. 20. Un Christ sera placé dans la classe, 0* vue des élèves. »
- L’obligation de placer ce Christ en vue des élèves force trop souvent les instituteurs à mettre le11* bleau noir soit sur les côtés de la classe, soit suri* paroi du fond. 11 en résulte que les élèves P05, suivre les démonstrations, sont obligés de se détonner de leur position normale, ce qui est contraire** bon sens et à l’hygiène.
- « Art. 21. Les classes seront toujours précédée8*
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- ivies d’une prière ; celle du matin commencera ittr ia prière du matin, contenue dans le caté-^hisnie du diocèse ; et celle de l’après-midi se ter-Cjnera par la prière du soir du même caté 'hisme. \ la fiu de la classe du matin, on récitera V An-jus ou la prière : Venez, Espr A-Saint. Ces priè-seront récitées par l’instituteur ou par un élève ”
- Cet article pourrait se passer de commentaire. Le Renient de l’Aisne compte des enfants proies-0jt$, des enfants israélites et beaucoup d’enfants g dans des familles qui n’admettent pas que Dieu teu besoin d'une mère pour venir dans le monde, gn imposant des prières ultramontaines aux élè-,s on supprime du même coup l’autorité des pères leurs enfants en matière religieuse. De plus, instituteur fait fonctions d’adjoint au curé. C’est ailleurs ce qu’a voulu le règlement, comme le prou-entles articles suivants :
- , Art. 22 L’instituteur conduira les enfants aux offices, les dimanches et les fêtes conservées, à la place qui leur aura été assignée par le curé; il est tenu de les y surveiller. »
- L’instituteur est donc subordonné au curé, puisse c’est le curé qui assigne une place à l’instituer.
- .Art. 23. Toutes les fois que la présence des
- • élèves sera nécessaire à l’église pour les catéchismes, et principalement à l’époque de la première
- • communion, l’instituteur devra les y conduire ou
- • les y faire conduire. »
- « Art. 24. L’instituteur veillera particulièrement •àla bonne tenue des élèves pendant les prières et
- les exercices de religion, et il les portera au re-
- cueillement par son exemple. »
- Il suffit de lire ces articles pour voir à quelle su-jétion morale est soumis l’instituteur. La foi apparente lui est imposée par le règlement,
- L’article 26 nous renseigne sur la nature de cet enseignement religieux, que l’article 11 fait passer même avant celui de la lecture et de l’écriture.
- - L’enseignement religieux comprend la lettre du ’ catéchisme et les éléments de 1 Histoire sainte. On ’ )’joindra chaque jour une partie de. l’évangile du ’ dimanche, qui sera récité en entier le samedi. Il y •aura une leçon de catéchisme chaque jour, même ’ pour les enfants qui ont fait leur première com-’ munion.
- * Les leçons d’instruction religieuse seront réglées ’ sur les indications du curé de la paroisse. »
- Remarquez bien ceci, monsieur le Ministre, le curé» ?am’a aucun ordre ni aucune observation à recevoir ^inspecteur d’Académie, a le droit de réglementer 1 son bon plaisir des leçons que 1 instituteur donne ^intérieur des locaux d’enseignement. Ce n’est i^s de l’Académie départementale que dépend l’ins-^teur, c’est de la curie romaine.
- « Art 27.....La lecture du latin est spécialement
- » recommandée ; on se servira pour cette lecture du » Psautier ou d autres livres en usage pour les offl-» ces publics du diocèse. »
- Ainsi, des enfants qui savent à peine lire du français sont spécialement tenus d’estropier du latin dont ils ne comprennent pas une seule syllabe C’est un spectacle à la fois attristant et comique que celui que donnent ces pauvres élèves suivant du doigt sur leur Psautier ces phrases énigmatiques qui n’ont pour eux aucun sens, ou s’efforçant de baragouiner les mots baroques d’un méchant latin de décadence. Réfléchissez, monsieur le Ministre, vous qui êtes un latiniste bien connu, réfléchissez au ridicule parfait d’un semblable exercice O Lhomond î à Blignières ! que diriez-vous en entendant ce latin là ? Que de calembours involontaires ! que de pataquès inévitables ! En vérité, c’est le comble de la bouffonnerie.
- Mais cette prescription n’est pas seulement bouffonne, elle n’est pas seulement exhilarante, elle est encore illégale. Nulle part, dans la loi de 1850, il n’est dit que la lecture du latin puisse être introduite dans les écoles primaires de l’Etat. Le Conseil académique de l’Aisne et ceux d’autres départements se sont arrogé de ieur chef le droit d’introduire dans l’enseignement cet exercice ridicule. Or, les articles 14 et 15 de la loi de 1850 ne permettent pas aux conseils académiques de modifier les programmes. Donc, là encore, le règlement est une violation flagrante de la loi.
- Mais laissons là cette prescription burlesque de faire déchiffrer une langne par ceux qui n’y comprennent rien, et continuons la lecture du règlement.
- « Art 28. Les modèles d’écriture n’offriront que » des choses utiles aux enfants, telles que dogmes » et préceptes de religion, beaux traits de l’Histoire » Sainte et de l’histoire de France. »
- Voici la calligraphie elle-même entrant en complicité î
- Quant aux beaux traits de l’Histoire sainte, il est probable que l’on entend par là Moïse faisant noyer l’armée de Pharaon, Josué exterminant les honnêtes et pacifiques Chananéens, ou tel autre incident aussi de nature que ceux-là à inspirer de bons sentiments aux élèves.
- Passons brièvement sur les vingt articles qui suivent, bien que celui qui porte le numéro 44 contienne cette étrange prescription, que lorsque l’instituteur devra s’absenter pour circonstance pressante et imprévue, il devra obtenir l’autorisation du maire et du curé,
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- Arrivons enfin à l’article 50 :
- « Sur les murs de la classe, on tracera les carac-» tères de l’alphabet... et des maximes religieuses. »
- On ne dit pas de quelles maximes il s’agit, ni si elles doivent être prises dans la Bible ou dans quelques livres de soi-disant édification.
- Résumons.
- L’école primaire, à teneur de ce réglement, a pour but de former des ouailles et non des citoyens. Les méthodes d’enseignement, les modèles d’écriture, les murailles mêmes de la classe sont utilisés dans ce but. Des prières sont imposées au maître et aux élèves. Enfin, le curé se mêle des affaires de lecole, au point que l’instituteur ne peut s'absenter sans son autorisation.
- Pensez-vous, monsieur le Ministre, que des mesures semblables soient de nature à sauvegarder l’indépendance de conscience de l’instituteur (indépendance à laquelle, dans l’esprit de la Constitution, il a droit aussi bien que tout autre habitant de la France) et à respecter le droit que les pères ont sur leurs enfants en matière religieuse.
- Que dirait-on ou plutôt que ne dirait-on pas si l’on tentait d’introduire l’enseignement dans les locaux consacrés au culte ? On saurait bien protester et faire remarquer que l’enseignement est une chose et la religion une autre chose, et que les locaux et le personnel attachés à l’une ou à l’autre doivent demeurer distincts. On aurait raison de protester. L’Etat paye des fonctionnaires pour l’enseignement, il en paye d’autres pour les offices religieux. Il reconnaît à chacun d’eux des compétences bien définies. L’instituteur est payé pour tenir l’école, le curé est payé pour célébrer le culte. L’un ne doit pas empiéter sur le domaine de l’autre ; chacun doit se mêler de la partie qui le regarde et ne se mêler que de celle-là. En conséquence, l’enseignement doit se faire à l’école par les soins de l’instituteur, et le catéchisme à l’église par les soins du curé.
- Que chacun soit libre chez lui et maître chez lui, ainsi le veulent le bon sens, la justice et la liberté.
- Ed. Champury.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- Les Chambres. — La Chambre des députés ne sachant plus trop quoi faire, ce qui ne veut pas dire qu’elle n’avait plus rien à faire, si elle avait bien voulu en prendre la peine, s’est prorogée jusqu’à une date indéterminée que son président fixera suivant les nécessités du moment. Elle devra, d’ailleurs, se réunir
- obligatoirement le second mardi de janvier, en vertus l’article 1er de la loi du 16 juillet sur les rapports (j»! pouvoirs publics. :
- Il faut reconnaître que l’année est fort avancée et mi, beaucoup de nos députés sont appelés au milieu des popn lations qu’ils représentent,non-seulement par désintérêt, privés fort respectables, mais encore par la nécessité d, s’occuper des élections sénatoriales qui vont avoir liÇï' dans trois semaines. Ces considérations expliquent u prorogation de la Chambre qui ne serait pas justifié, dans d’autres circonstances.
- Nous avons reproché à nos amis de la gauche dt s’être un peu trop désintéressés de la discussion du budget, à la Chambre des députés. Nous adresserons un reproche tout opposé à nos adversaires de la droite d» Sénat. Ils parlent beaucoup, mais sans utilité pratique et leur faconde n’a d’autre résultat que de permettre i nos gouvernants de faire l’apologie de leurs actes. La droite sénatoriale veut desservir le cabinet du 14 dé. cembre, et elle s’y prend si maladroitement qu’ellç affermit devant les populations ceux qu’elle voudrait ébranler. Nous en sommes fort aises. M. Chesnelong a pro-noncé un interminable discours dans lequel il a prouvé que les intérêts cléricaux constituent son unique objectif. M. Bocher a ressaisi les sophismes politiques et financiers de M. Chesnelong et protesté contre le système des dégrèvements successifs. Ou n’ignore point, d’ailleurs, que les intérêts de la masse du peuple tou client fort peu les orléanistes. On s’explique aisément que M. Léon Say ait eu, sans trop d’efforts, raison d’aussi piètres adversaires. Nous regrettons seulement que, dans son exposé si timide de notre situation financière, il ait cru devoir se montrer plus que réservé sur la question des dégrèvements futurs que le pays attend avec tant d’impatience et qu’il ne faut guère attendre, d’ailleurs, que de l’initiative parlementaire, tous 1« pouvoirs, quels qu’ils soient, étant, généralement, trop enclins à suivre la voie banale tracée par leurs prédécesseurs.
- La discussion du budget de l’intérieur n’a été signalée que par une longue homélie de M. de Larcy touchan! les prétendus troubles de Marseille. L’ancien ministre de M. Thiers n’a pas eu le talent de rajeunir cette vieille histoire, et M. de Marcère, dans une excellente réponse, a fait voir tout ce qu’il y avait d’artificiel dans les déclamations de l’interpellant, et il a saisi avec beaucoup d’à propos cette occasion de démontrer que le régime actuel se préoccupait surtout de prévenir les causes de discorde entre les citoyens, en maintenant chacun sur le terrait de la loi. Si nous avions un reproche à adresser au cabinet, ce serait, tout au rebours de M. de Larcy, celui de se montrer encore beaucoup trop tolérant pour le? cléricaux, et, puisqu’on a parlé du concordat, de n’ap pliquer les lois organiques de ce pacte qu’avec infiniment trop de longanimité à l’une des parties contractantes.
- Une question deM. de Gontaut-Biron, notre ex-ambassadeur à Berlin, qui voulait être insidieux et n’a été que maladroit, a amené M. Waddington à la tribune, * propos de la discussion du budget" des affaires étrangères. L’honorable ministre des affaires étrangères a fait un exposé très-lumineux de notre situation extérieure et a déclaré plus nettement que jamais que nous étions et demeurerions libres de tout engagement à l’égard_dt telle ou telle puissance européenne. Cette déclaration formulée en termes singulièrement catégoriques, a pro-duit une impression très-satisfaisante même sur les adversaires du cabinet, qui ont dû mettre bas les armes-M. Waddington a en le mérite de ne pas exagérer të mérites du traité de Berlin, mais il a pu, sans outrecuidance, affirmer que nous avions tiré le meilleur part possible, pour les intérêts français, de la situation efl conservant une scrupuleuse neutralité, qui nous per®# de voir venir les événements et d’en tirer parti aD besoin.
- La discussion du budget de la guerre n’a donné qu’â un incident dont nous parlons plus loin. Quanta celle du budget de l’instruction publique, elles permtg| M. Bardoux d’expliquer très-nettement les motifs de i*
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- révocation de AL Dareste. Ce gui est plus grave, c’est que, par 189 voix contre 112, le Sénat a voté un amendement de MM Beicalstel, de Broglie, Delsôl et consorts, demandant une augmentation decrédit de 2ûü;000fraucs en faveur des desservants Ou se souvient que Cette mesure avait été rejette par la Chambre des députés. Il va donc falloir convoquer à nouveau nos honorables pour statuer sur cette question. Maintiendra-t-elle sa décision? Cédera t-elle devant la provocation du Sénat ? C’est ce qu’il est encore difficile de prévoir. Quant à nous, nous estimons qu’en pareille matière la Chambre des députés doit avoir le dernier mot et, en conséquence, nous serions d’avis qu’elle rejetât i’amendemeut adopté par les droites sénatoriales. C’est samedi que la Chambre se réunira, car à celte date le budget sera certainement voté par le Sénat.
- Ïjîi question cle la Bibliothèquie nationale. Le Devoir a entretenu ses lecteurs (T. Ier, p. 263) des dangers que court la Bibliothèque nationale et des travaux qu’il est urgent d’y exécuter. Nous disions que, d’un jour à l’autre, cette collection inappréciable, la plus riche du monde ^utier, pouvait devenir la proie des flammes, et que le ministère devait aviser au plus tôt à demander des ressources qui permissent d'éviter un aussi irréparable malheur ; nous signalions les pierreries de ce qui fut jadis la couronne de France comme représentant une valeur décuple de la somme nécessaire" Pourquoi ne pas vendre ces somptueuses inutilités ?
- Il va sans dire que l’on s’en garde bien
- A la discussion du budget* au Sénat, M Barthélemy Saint Hilaire a exposé de nouveau la situation de la Bibliothèque. M. Bardoux lui a répondu en le priant d'attendre.
- Il est probable que l’on ne se décidera à prendre un parti que le jour où la Bibliothèque nationale sera réduite en cendres.
- IVo-tre aî«»bnssiadeur osa ïCsjuas-ne. — Par un décret présidentiel rendu le 11 décembre, sur la proposition de M. le miuistre des affaires étrangères, M. le comte de Ghaudordy a été admis dans le cadre de disponibilité de son grade et remplacé par M. le vice-amiral Jaurès, sénateur et sincèrement républicain. Ainsi tombent, d’eux-mêmes les bruits d’après lesquels le gouvernement espagnol aurait refusé d’admettre, comme représentant de la France, un personnage dévoué aux institutions républicaines. On se souvient, d'ailleurs, que M Silvela, ministre des affaires étran gères d’Espagne, avait déjà démenti publiquement celle information.
- Il n’est pas mauvais de rappeler à ce propos que le gouvernement actuel a déjà confié cinq de ses postes diplomatiques à des fonctionnaires républicains. M.de Saint-Vallier a été envoyé à Berlin, M Fournier à Constantinople, M. Bartholdi à La Haye, M. Duchâlel à Bruxelles, et M. Tissot à Athènes. On assure, enfin, que M. Chah lemel-Lacour sera prochainement envoyé à Berne. Cë dernier choix serait particulièrement excellent.
- Un oojac*wtssio3iiiaiï*e. — Ainsi que nous l’avons dit plus haut, un grave scandale a été révélé au cours de la discussion du budget de la guerre au Sénat. M. lé général Borel ayant dit à la Chambre des députés que les fabriques de Sedan avaient fourni à l’armée, il y a sept ans, des draps de mauvaise qualité qu’on avait dû refuser, M. Gu nin-Cri daine, sénateur des Ardennes et membre du centre gauche, a cru devoir faire connaître l’histoire édifiante de' la commande de draps à laquelle Ah Borel avait fait si imprudemmeut allusion
- M. Gunin-Gridaine a affirmé qu'on avait refusé les draps sans aucune espèce de raisons et pour, en donner la preuve, il a déclaré qu'il avait en poche une lettre d’un fonctionnaire de la guerre qui s’engageait envers un fabricant de Sedan à faire recevoir toutes les fournitures moyeüüâht l’octroi d’tm pot-de-vin de six mille
- francs. Gomme M. Borel protestait, M. Cunin-Gridaine a répondu en remettant la lettre en question à Al. le président du Gonseii. qui a prescrit uue euquète. Ce fait déplorable n’ayait pas été révélé par ceux qui le connaissaient, bleu qu’il fût déjà ancien. On ne peut que condamner une pareille faiblesse. L’intérêt de l’Etat doit, en pareille matière, primer toute autre considération et taire de pareils abus c’est s‘eu rendre moralement complice.
- Mort <ïe IM-. XHonlarxl — M. Gustave Rouland, sénateur, gouverneur de la Banque de France est mort subitement dans la matinée du 12 décembre. Ancien magistrat, M. Rouland, sous l’Empire, avait succédé à Al. Fortoul, comme ministre de l’instruction publique, et s'était acquis uue certaine notoriété favorable, devant l’opinion, par ses tendances anti-ultramontaines. Il fut ensuite président du Conseil d’Etat, puis vice-président du Sénat, enfin gouverneur de la Banque de France. Il avait été élu sénateur en 1876. par la Seine-Inférieure, et ses tendances libérales s’étaient singulièrement modifiées depuis la chute de l’Empire. On ne sait encore quel sera le successeur du défunt, qui était né à Yvetot en 1806.
- Les attons préventive». — On
- parle d’une circulaire de Al. le préfet de police qui aurait pour objet les trois points suivants :
- 1° Diminuer le nombre des arrestations préventives ;
- 2° Accéléi’er l'instruction à laquelle doit procéder le commissaire de police de chaque quartier et bâter le moment de la comparution devant le juge d’instruction;
- 3° Accélérer les recherches, dans les bureaux de la préfecture de police, des casiers judiciaires pour la connaissance des antécédents des individus arrêtés.
- On ne peut qu’approuver la sollicitude de Al le préfet de police en ces matières.
- Conférences en favenr «Iti lit>re~ échange. — Dimanche ont commencé à Paris les conférences destinées à faire apprécier les bienfaits résultant du libre-échange, et les injustices résultant de la protection.
- La première conférence a été faite, dans l’ancien Théâtre-Italien, par MM. Frédéric Passy et Raoul Duvàl.
- M. F. Passy s’est surtout attaché à démontrer que, dans notre société moderne, toute chose est au concours, et que la richesse de tous est au prix de la liberté de chacun. M. Raoul Duval s’est appliqué à prouver quels progrès en tous sens a faits la nation depuis que les traités de commerce ont été contractés. La thèse était facile à traiter, et AL Raoul Duval s’en .est tiré à merveille. Nous regrettons, toutefois, que les économistes républicains aient laissé à M. Duval, député invalidé, cette occasion de sortir de son ombre et d’encenser implicitement le dernier Empire.
- - L’Alsace fi<ièle. — Les Allemands ont beau faire. Ils ne cesseront jamais d’être odieux aux Alsaciens. Chaque fois qu’une occasion permet à une autorité alsacienne d’affirmer sa sympathie pour la vraie patrie, elle ne manque pas de le faire.
- Nous en avons aujourd’hui une preuve de plus.
- Le conseil général de la Haute-Alsace vient d’adopter plusieurs vœux, parmi lesquels nous remarquons celui-ci :
- « Que l’enseignement de la langue française soit rétabli dans toutes les écoles pour lesquelles les autorités locales en feront la demande en faveur des enfants de la classe la plus élevée pendant deux années. »
- JLe Purlcmeai anglais. — Ainsi que nous l’avions prévu, le gouvernement anglais, à la Chambre des lords et à la Chambre des Communes, est sorti vic-I torieux des épreuves que lui avait suscitées l’opposition.
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- La discussion de l’amendement de lord Halifon à la proposition de lord Cranbrook, qui avait pour but de mettre à la charge du budget spécial des Indes, les dépenses de la guerre afghane, s’est terminée par le rejet de cet amendement de^blàme, à la majorité de 201 voix contre 65. Quant à lord Beaconsfiel, il a clos le débat par un discours non moins acc ntué que le précédent, qu’il a terminé par celte déclaration formelle: * L’Angleterre * veut la paix atout prix, et c’est parce quelle ne veut « plus la uuerre qu’elle ne veut pas modifier sa politi— « que. v, Nous sommes heureux de ces déclarations pacifiques, mais on reconnaîtra que c’est un singulier moyen de vouloir « la paix à tout prix » que de faire la guerre à un voisin, comme cela se pratique actuellement en Afghanistan, et l’opposition nous paraît avoir été dans le vrai lorsqu’elle a donné à entendre que lord Beacons-field .'e vengeait.’sur l’Emir de Caboul dés craintes qu’ins pirait le progrès de la Russie sur les bords de l’Oxus.
- Le gouvernement actuel de la Reine a également obtenu un succès décisif dans la Chambre des Communes, où la motion de blâme de M. Witteread a été rejetée par 328 voix contre 227, malgré les efforts de M. Gladstone et du marquis de Hartington. malgré l’éclat de sir A. Gorda, qui a passé bruyamment des rangs de la majorité dans ceux de l’opposition, au cours des débats.
- Cette double victoire engagera-t-elle lord Beaconsfield à dissoudre le Parlement au commencement de l’année prochaine, comme on lui en a prêté le dessein ? C’est ce qu’il est difficile de prévoir, mais il est incontestable qu’en ce moment le courant de l’opinion est favorable aux tories, et la majorité que ceux-ci ont obtenue daus les deux Chambres est assez solidement assise pour qu’on ne conçoive pas très-bien les avantages d’une dissolution.
- Mort delaprincesse A-lice. —- Les journaux nous annoncent la mort de la princesse Alice d’Angleterre, grande-duchesse de Hesse- Darmstadt, deuxième fille delà reine Victoria ; elle est née le 25 avril 1843. De son mariage avec le grand-duc ré/nant. Louis IV, mariage qui date de 1862, elle a eu six enfants, dont cinq filles. La princesse a succombé à uue épidémie de croup qui avait sévi sur toute la famille grand ducale. Elle est fort regrettée.
- JLPrtfFaire <l'Alexîaxjtirette. — Certains journaux avaient annoncé que le gouvernement anglais avait donné sa garantie à un emprunt ottoman contre la cession par la Turquie, du port d’ARxandrette, sur la côte de l’Asie mineure. Interpellé à la Chambre des Communes, touchant cette information. M. Stafîord-Norllicote l’a formellement démentie. Le Chancelier de l’Echiquier a reconnu que des négociations étaient, en effet, entamées avec la Porte, mais qu’elles avaient trait uniquement à l'ile de Chypre. Nous souhaitons vivement que ies paroles de M. Northcote soient l’expression sincère de la vérité. Elles sont d’ailleurs conformes aux engagements pris par lord Salisbury envers M. Wad-dington, au mois d’août dernier.
- Le Chemin «le fer asiatique. — Un journal de Manchester a publié d’intéressants détails sur le grand chemin de fer asiatique aux études duquel préside le commandeur Cameron Après avoir successivement rejeté Beyrouth, Latakich et Ayas, on paraît s’ètre arrêté au choix de Tripoli comme tète de ligne du réseau ferré de la côte méditerranéenne, cette ville présentant l’avantage d’un double havre et n’étant séparé d’Alep que par des montagnes de médiocre altitude. Le trace évitera Diarbekir et atteindra la pointe du golfe Per-sique par la voie de Mardin, Arvli et Bagdad.
- chantlaguerreanglo-afghane. Il esta croire queles opérations militaires sont arrêtées par la rigueur de la saison qui sévit en ce moment avec beaucoup de violence. Tout parait se borner à des escarmouches saus grande importance Cependant, on annonce que le général Browue marcherait en avant vers Jailabad, sans rencontrer d’opposition. H nous parait au moins exagéré d’ajouter , comme le font certaines feuilles anglaises, que les populations appellent ies envahisseurs de tous leurs vœux.
- On signale aussi un mouvement assez inattendu des Chinois qui, encouragés par les ànglais, semblent venir fort à propos pour détourner les"Russes des affaires afghanistanes. Les troupes chinoises m (.relieraient contre les positions occupées par les troupes russes à Houldja.
- Quant à l’attitude de la Ri.ssie, elle est toujours fort mystérieuse. On dit que la princesse d'Edimbourg aurait rapporté à la reine Victoria une lettre du Czar fort pacifique et que la mission russe avait effectivement quitté Caboul ; mais tout cela est sans portée, et il est vraisemblable que le gouvernement de Saint-Pétersbourg attend le printemps pour prendre une décision.
- 32,n crise àtalieïiiiç. —Comme il fallait malheureusement s’y attendre, le cabinet Cairoli a été renversé, aux applaudissements de la gent cléricale, dont le Parlement italien a fait cette fois les affaires sans le vouloir, nous aimons à en être persuadés. L’estimable patriote qui a sauvé les jours d’Humbert Pr, a succombé devant un vote de 263 voix qui lui ont été défavorables.
- Il n’a pu grouper autour de lui que 189 partisans de sa politique. Le cabinet a immédiatement donné sa démission, mais l’on assure que, par sept voix contre deux, il a donné au roi le conseil de dissoudre le Parlement. Cette mesure, parfaitement justifiée par la situation, ne paraît pas avoir été adoptée, quant à présent, par Humbeit qui, après divers pourparlers avec certains hommes politiques, a fini par charger M. Depretis de la constitution d'uu nouveau cabinet. M. Deprtt.s, bien qu’il soit un peu usé comme homme dEiat, n’a pas recalé devant cette mission et s’est mis à la recherche de collaborateurs.
- Au surplus , nous le répétons , dans les conditions où se trouve le Parlement italien, divisé jusqu’à l’émiettement par des rivalités de parti et de jalousies de personnes peu digues et représentants d’uue grande nation, aucun ministère ne nous parait viable. La situation de l’Italie est donc fort grave, et nous craignons que la coalition déplorable et condamnable qui a renversé M. Cairoli n’ait aplani les voies aux adversaires de l’unité italienne qui seules peuvent susciter de ces dissensions intestines. Quant à nous, si M. Depretis parvient à constituer un cabinet, nous croyons que le nouveau ministre devra tout d’abord réformer, en l’élargissant, la loi électorale, puis faire appel au pays.
- Aux dernières nouvelles, on dit que le cabinet serait ainsi constitué : M. Depretis prend l’intérieur et la présidence du Conseil ; M. Cagliani les finances, M. Spanligatti, la justice; E. Bertoli Viale, la guerre; M. Coppino, l'instruction publique, et M. Majirana, l’agriculture.
- Menaces contre la reine d’Angleterre
- — Les feuilles réactionnaires ont fait grand bruit de certaines lettres écrites par un Irlandais à un haut fonctionnaire anglais, lettres dans lesquelles on menaçait de mort la reine Victoria. L’individu, arrêté, se nomme Osyrnes Madden. C’est un fou, et il a déjà été incarcéré trois fois, soit en France, soit en Angleterre, comme aliéné. En résumé, beaucoup de bruit pour rien.
- Élection du Conseil fédéral suisse. — X— si j^aeï*x*o ea Afghanisian. — On avait ré- Le Conseil fédéral suisse pour 1879 vient d’être nommé, panduîa nouvelle de lasoumission, puis celle de la fuite Six des anciens conseillers ont été réélus ; le septième, de l’Emir de Caboul. Ces bruits ne se sont pas confirmés, j qui n’avait pas représenté sa candidature, a été remplacé Le télégraphe est d’ailleurs fort avare d’informations tou- | par M, Bavier des Grisons. Le Conseil, ainsi composé,
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- représente, comme le précédent, des principes radicaiix très-accentués et une modération peut-être trop grande dans la forme de leur application. Le Président de la Confédération pour 1879 est M. Hamraer do Soleure.
- Le mode d’élection et le genre de pouvoirs du Conseil fédéral et du Président de la Confédération suisse méritent d’être signalés à l'attention des républicains français.
- ‘ il v a en Suisse deux Chambres : le Conseil national, dont* les attributions correspondent à celles de notre Chambre des députés, et le Conseil des Etats, qui correspond à notre Sénat. Le Conseil national est élu au suffrage universel direct, par scruliu de liste, pour chacun des Etats confédérés. La représentation de chacun de ces Etats est proportionnelle à sa population. Le C- nseil des Etats est élu par les pouvoirs de chacun des Etats confédérés, pouvoirs issus eux-mêmes du suffrage universel direct; chaque Etat, dans cette haute Chambre, compte et ne peut compter que deux représentants. Le pouvoir exécutif n’est pas exercé par le Président. Il est confié à un Conseil fédéral, composé de sept ministres solidairement responsables pour les affaires générales, et personnellement responsables pour les affaires de leur ministère. Ce Conseil fédéral est élu chaque aunée par les deux Chambres réunies, et ses membres ne peuvent èLre pris que dans les Chambres. Le Conseiller fédéral chargé des affaires étrangères reçoit le titre de Président de la Confédération. Il préside durant un an le Conseil ; mais la se borne sa supériorité. Il n’est pas immédiatement rééligible. Son traitement, comme tous ceux des hauts fonctionnaires suisses, est extrêmement modéré.
- L'arb earni «3 c»t sguis&e. — Le premier acte du nouveau Conseil fédéral jure étrangement avec les opinions des hommes qui le composent.
- Le gouvernement allemand s’étant plaint de la publication d’une feuille socialiste. U Avant-Garde, qui est envoyée sous pli, paraît il, à divers hauts personnages politiques et qui contient des menaces contre les scm-veiains. a demandé des mesures contre cette feuille qui se publie à la Chaux-de-Fonds. Le Conseil fédéral a pris eu conséquence un arrêté enjoignant au gouvernement ueuchàtelois d’empêcher la publication de l'Avant-Garde, aux termes des paragraphes 8, 9 et 10 de P article 102 de la Constitution. Sur quoi on a enjoint à l’éditeur du journal d’en cesser l’impression. Sur le refus de ce citoyen, on a apposé les scellés aux presses et fait évacuer le local de l’imprimerie qui a été fermé.
- L’opinion publique en Suisse estime, et non sans raison, que ces mesures sont, au moins dans la forme, attentatoires â la liberté de la presse, et quatorze députés ont déposé une interpellation dans ce sens. Si les rédacteurs de Avant-Garde sont coupables do délits, qu'on les défère aux t ibunaux, mais qu’on ne recourt point contre eux à des mesures arbitraires, doutant plus que la fermeture de l’imprimerie de VAvant Garde a entraîné la suppression d’autres feuilles qui étaient éditées dans la môme maison.
- Etrange pétitionnemoi>t. — À la suite d’un crime atroce commis sur un enfant de douze ans par un vagabond, il se produisit en Suisse une assez vive agitation touchant la question de la peine de mort. Des délégués d’un certain nombre de communes se réunirent et décidèrent que l’article 65 de la Constitution devait être révisé et remplacé par un autre rétablissant la peine de mort. Une pétition a été déposée dans ce sens. Or, l’article 125 de la Constitution suisse dit :
- « Lorsqu’une section de l’Assemblée fédérale décrète « la révision de la Constitution fédérale et que l’autre « section n’y consent pas, ou bien lorsque 50,000 ci-
- * toyens suisses ayant droit de voter demandent la « révision, la question de savoir si la Constitution fédé-
- * raie doit être révisée est, dans l’un comme dansfl’autre
- « cas, soumise à la votation du peuple suisse, par ouï « ou par non.
- « Si, dans l’uu ou l’autre de ces cas, la majorité des « citoyens suisses prenant part à la votation se prononce « pour l’affirmative1, les deux Conseils seront renouvelés « pour travailler à la révision. ®
- Si la pétition est agréée tout sera dit; mais si les Chambres se prononcent pour le maintien de l’article 65, les agitateurs s’occuperont deréunirles 50,000 signatu:es prescrites par la Constitution, et ils se ffattent de les obtenir.
- Nous aimons à croire que ce mouvement, si bien conduit qu’il puisse être, n’aboutira point. Le Conseil national est opposé à ce rétablissement de la peine de mort. Un pareil retour en arrière serait un véritable crime de lèse-humanité et nous voulons être persuadé que la Suisse reculera devant une pareille honte.
- T.<3 Ivult r.rkamijf — Dernièrement, au Parlement allemand, M. Windhorst a déposé un projet ayant pour but de modifier les fameuses lois de Mai.
- Cette motion a fourni à M Falk, ministre des cultes, pour sa rentrée, l’occasion de déclarer que suivant la parole célèbre, il ne voulait pas aller à Canowa. Il s’est élevé avec une grande vivacité contre les mesures proposées, a déclaré qu’il n’avait jamais pensé àun Concordat, il a conclu en disant que le gouvernement n’abandonnerait pas sans utilité une position conquise au prix de grands difficultés. Faut-il conclure de là que M. de Bismarck a définitivement rompu avec la curie romaiue. C’est ce qu’il est mal aisé de décider?
- XLe traité de commerce austro*al le-
- ma ad. — On est mécontent à Berlin de 1a. prorogation pour un an du traité de commerce entre l’Autriche et l’Allemagne, mesure qui a pour objet de permettre à M. de Bismarck d’amener à maturité ses projets de réforme financière. L’Autriche a son tarif autonome ; l’Allemagne conserve son ancien tarif; dans ces conditions on conçoit que sa situation fût la moins favorisée. Aussi la Gazette nationale dit-elle que le commerce et l’industrie, devaut cet état de choses, ne devront pas se faire illusion sur le sort des relations internationales pendant le cours de l’année qui va commencer.
- LETTRE D’ANGLETERRE
- Correspondance particulière du Devoir.
- Londres, 18 décembre 1870.
- Les débats sont clos ; la guerre est approuvée, et l’Angleterre en payera la meilleure part, en même temps qu’on pressurera l’Inde pour lui faire payer le reste.
- On s’attendait à une opposition plus vive au gouvernement dans la Chambre des lords; nos hauts seigneurs ont donné carte blanche au cabinet; les anciens ministres Carnavon et Derby ont eu le courage de voter contre les folies de leurs collègues d’il y a un au. Lord Saiis-bury triomphe; il compte sur la succession politique de lord Beaconsfield, qui devait revenir au lord Derby : petite questiun de personnes qui a résolu la grande question de paix ou de guerre.
- Eri revanche, à la Chambre des Communes, le parti libéral s’est retrouvé tout entier; il a été uni et discipliné, fier de son union et fort de sa conscience. Aussi le public a-t il répondu déjà aux vaillantes paroles de ses orateurs. Deux fois les électeurs ont parlé depuis le commencement de la discussion parlementaire, deux fois la bataille électorale a pris pour champ la guerre anglo-afghane, et deux fois le parti libéral a donné une écrasante majorité à ses élus. A Maldon. le ministère a perdu une voix; à Bristol, une des grandes villes de l’Ouest, un des centres politiques le3 plus importants, les conservateurs annonçaient d’avance leur victoire ;
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- ils sont si bien battus, que le candidat libéral obtient son élection avec une majorité de quinze cents voix, alors que le dernier libéral élu ne l’avait emporté que de trois cents.
- Le pays a suivi le sage exemple du Parlement. On a effacé toutes les dissidences pour ne voir que le péril commun. La question s’est élargie, on a pris des vues élevées et l’on a vaincu de haut. A chaqtie élection, il est ici telle ou telle section politique qui veut imposer son candidat spécial : tantôt se présente un membre de sociétés de tempérance, tantôt un défenseur de questions locales ; ici, l’on veut faire un candidat unique d’un représentant universel de vingt sectes religieuses différentes ; là, les groupes variés qui appartiennent à quelque vaste industrie réclament un délégué, particulier; mais cette fois la lutte s’est circonscrite sur un terrain vrai : les partisans du gouvernement démocratique contre les politiques sans scrupule qui mettent les droits de la couronne au-dessus de ceux de la nation. Posée sur ce terrain, la question n’avait qu’une issue possible, le triomphe des idées modernes sur le vieux système usé du gouvernement personnel.
- Soyez sûr que le cabinet, à l’heure qu’il est, voudrait bien faire la paix; mais il est trop tard : la guerre est déchaînée, et tout fait prévoir quelle sera longue et plus terrible dans son cours qu’à son début. Il est trop tard, hélas ! et rien ne sauvera le pays qu’un retour aux saines traditions administratives d‘un libéralisme progressif et démocratique, un retour aux traditions nationales d’honneur et de loyauté. Rien ne sert de fabriquer des dépêches de Lahore à Londres; de garder en réserve des nouvelles de victoire pour les jours d’apparat au Parlement; rien ne sert d’avoir une majorité bouffonne dans son adoration du premier ministre; la guerre contient as^ez de maux en ses flancs pour en faire sentir, et des plus cuisants , à ses auteurs e-ux-mèmes. Non; il est trop tard pour Reaconsfield et les siens de vouloir échapper à la responsabilité qu’ils ont encourue « d’un cœur trop léger, v Ils doivent aller jusqu’au bout, jusqu'à leur châtiment : la chute de leur puissance.* Ils sont cause de la guerre ; ils la font pour rester au pouvoir; et. par cela même, leur pouvoir se brisera et échappera à jamais de leurs mains. Il est des Anglais sincères, sans préjugés mesquins et sans haine politique, qui se demandeuLsérieusement si laisser ces gens au gouvernement ce n’est pas accepter la décadence de V Angleterre. Heureusement celle-ci a trop de vie encore pour ne pas pouvoir vaincre la crise où l’a plongée la politique conservatrice des courtisans sans vergogne.
- BASES DE LA POLITIQUE NOUVELLE
- PENSÉES
- I
- Le droit des peuples a ses règles de justice dans les lois de la nature.
- T4mi mTm&
- L’élection à l’écolp.
- On lit dans le dernier numéro de la Gazette des Femmes :
- « On sait que dans plusieurs éC0]es de Paris, notam » ment dans les écoles de dessin, un prix d'honneur est » voté par toutes les élèves à celle de leurs condisciples » la, plus méritante. Cette aimable et louchante coutume » vient d’être adoptée à l’école commerciale dirigée par * Mme Paulin. La lauréate est Mlle Adeline Derouet. »
- Signalé aux personnes qui nous ont dit considérer comme inapplicables le système de l’élection et du con-
- cours dès l’école, exposé dans le numéro du Devoir du 13 octobre dernier.
- Université sibérienne.
- Un riche propriétaire de mines d’or, eu Sibérie, M. Alexandre Sibiriakoff, vient d’offrir cent mille roubles en faveur de l’Université sibérienne projetée. Ce sera Tomsk qui aura l’honneur d’être l’Athènes de l’Asie septentrionale. Le généreux donateur a manifesté le désir que cette somme restât intacte jusqu’à l’ouverture de l'Université pour être ensuite mise à la disposition du conseil universitaire et consacrée principalement à la construction des cabinets d’histoire naturelle, des laboratoires et de la bibliothèque. L’Université de Tomsk n’est pas encore inaugurée qu’elle possède déjà un capital de 380 mille roubles, grâce à ce don généreux et à ceux de deux autres mécènes sibériens , MM. Tsiboulsky et Astacheff. Ce dernier a doté la future Université* de sa vaste maison avec parcs et dépendances, affectés à la création d’un jardin botanique.
- ENCORE LE TRIBUNAL INTERNATIONAL.
- Il est à remarquer qu'à certains moments on voit les mêmes idées se foire jour sur des points différents.
- Nous avons en ce moment l’occasion de le constater une fois de plus.
- Le jour même où paraissait notre article sur l'organisation d’un tribunal international; permanent, la revue de M. Eauvety contenait un article sur le même sujet et concluant dans le même sens.
- Aujourd’hui la troisième commission des pétitions à la Chambre des députés, par l’organe de son rapporteur, M. Couturier, député de l’Isère, renvoie au ministère des affaires étrangères deux pétitions développant, chacune de leur côté, une idée à peu près identique à la nôtre.
- Voici, d'après le Journal Officiel, le rapport de M. Couturier.
- Pétitions n° 100 et 101.
- La première de ces pétitions a été adressée à la Chambre des députés par M. Pierre Sigaud, avocat à ’ Nîmes (Gard).
- La seconde, par M. Claude Laurent, laboureur à Jardin (Isère).
- Elles ont trait l’une et l'autre à la même question, celle de la paix entre les peuples.
- M. Laurent signale que les querelles qui ont, de tout temps, divisé les hommes sont, entre individus, soumises à des lois et jugées par des tribunaux, et il considère comme tout naturel d’admettre que les querelles entre nations puissent être résolues d'une manière semblable.
- Apres avoir gémi sur les désastres* les ruines et les douleurs de la guerre, il demande que ces maux soient prévenus à l’aide de lois internationales et de tribunaux chargés de les appliquer.
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- M. Sigaud disserte en d’excellents termes sur la question dont il développe les éléments historiques. Il établit ensuite la possibilité d’une confédération facultative entre les États, même de constitution différente, et trace, dans un projet de traité,, les conditions dans lesquelles ils pourraient s’unir dans l’objet du maintien de la paix entre eux.
- Motifs de la commission, —La question de la paix entre les États est débattue devant notre génération avec une insistance et une unanimité qui accusent Timpatience des populations, de voir mettre fin aux fléaux de la guerre.
- Les pétionnaires, se faisant les organes d’un sentiment qui se trouve aujourd'hui dans tous les esprits, expriment avec beaucoup de justesse que les difficultés entre peuples sont aussi bien susceptibles d’être réglées pacifiquement que les différends privés.
- Ils pensent que les luttes armées, tout en étant désastreuses pour les parties qui s’y engagent, sont impuissantes à établir leur droit respectif dans les questions ou litiges qui les ont divisées.
- Et ils sont dans le vrai lorsque, s’inspirant de la logique, autant que d’un bon nombre de faits contemporains, ils réclament de la sagesse des pouvoirs publics des mesures diplomatiques ou législatives tendant à proposer à des groupes d’États l’acceptation d’un règlement mutuel de leurs conflits par la voie de l’arbitrage ou par l’application de lois internationales.
- Ce n’est pas une idée neuve qu’ils émettent.
- A des dates qui remontent loin, des difficultés qui pouvaient aboutir à des guerres ont été résolues pacifiquement par l’intervention d’arbitres ou de puissances amies.
- Mais c’est à des époques récentes que ce signé de l’avénement du bon sens parmi les peuples a commencé à se produire avec plus de fréquence et d’une manière raisonnée.
- De grandes transformations économiques coïncidant avec les clartés nouvelles qu’ont introduites dans les esprits nos révolutions politiquest on fait sentir aux peuples divers les liens de solidarité qui les unissaient, les perturbations et les ruines qui résultaient de leurs luttes, l’absurdité des solutions brutales de leurs querelles.
- De plus en plus, nous sommes témoins des progrès que fait l’idée de l’arbitrage pour la solution des litiges internationaux.
- Dans plusieurs États importants, notamment en Angleterre, aux États-Unis, en France, en Suisse, ont été fondées des sociétés ayant pour objet d’examiner sous toutes ses faces la question de la paix.
- En outre, au sein même des populations, les pro-
- testations contre la guerre prennent le caractère de ces manifestations puissantes de l’opinion publique dont il e3t difficile de négliger les avertissements.
- Dans dix congrès qui se sont déjà réunis à Genève, cette grave question a toujours eu le premier rang.
- A La Haye, en 1874, les hommes les plus considérables de toutes les nations sont venus lui faire les honneurs d’une discussion solennelle.
- Dans plusieurs parlements, sous l’initiative du sénateur Undenvood, aux États-Unis, d’Henry Richard, en Angleterre, de Mancini, en Italie, du député Fux, en Autriche, de Jonas Jonasson, en Suède, des motions ont été faites et votées, exprimant le vœu que les traités à conclure portassent l’obligation des parties contractantes de soumettre tous leurs différends à la décision d’arbitres.
- Hors des régions parlementaires ou des congrès, des pétions d’ouvriers, en Italie et en Angleterre, de conseils municipaux en Autriche, de simples citoyens dans d’autres États, ont ouvert une véritable agitation en faveur de la paix.
- Enfin, tout récemment, en 1876.1a faculté de droit de Paris, suivant ce mouvement général, a choisi l’arbitrage international, pour sujet d’un [concours entre lesfétudiants au doctorat.
- Si, de ces manifestations qui se multiplient chaque jour, nous passons aux faits qui font croire que nous ne sommes pas ici sur le terrain d’une utopie, nous constatons que, depuis moins d’un siècle, au travers même des guerres qui ont désolé l’Europe pendant cette période, 37 différends entre nations ont été réglés par l’arbitrage ou la médiation.
- Quelques-uns de ces règlements sont restés célèbres.
- Nous citerons, entre tous, ceux qui ont résolu entre la France et la Prusse, en 1867, la menaçante affaire du Luxembourg ; entre l’Angleterre et les Etats-Unis, celle non moins grosse de YAlàbama.
- Nous ferons aussi la remarque, comme signe des temps, que ces solutions amiables de coNflits ont toujours été en se rapprochant et en se multipliant, de telle sorte qu’on n’en rencontre que six à sept pendant une période de 70 ans (de 1783 à 1853), et que, de cette date à nos jours, nous pouvons en compter 26 au moins, soit une par an en moyenne, depuis l’affaire des obligations de la Floride entre l’Amérique et l’Angleterre, jusqu’à celle qui, en 1875, a failli faire éclater une guerre entre la Chine et le Japon, à la suite du meurtre de sujets japonais dans nie de Formose.
- Les deux pétitionnaires, M. Sigaud et M. Laurent, l’un avocat, l’autre simple laboureur, rapprochés par un remarquable hasard dans l’appel qu’ils font,
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- chacun de leur cêté, à la représentation nationale, n’ont été que les échos d’une ligue nombreuse des opinions et des intérêts qui ne veut plus de la guerre et réclame à grands cris des garanties contre son retour.
- Il est difficile de contester l’existence d’un courant irrésistible vers la paix et la légitimité de l’agitation qui se forme autour de ce grand besoin de notre époque.
- A un temps où les nations se mêlent de plus en plus étroitement, où les chemins de fer, la télégraphie électrique, les échanges nécessaires, les expositions universelles, les congrès internationaux créent entre les peuples des liens de toute sorte qui semblent être un acheminement vers leur unité, la guerre semble être une anomalie étrange qui choque la raison et justifie la réprobation unanime dont elle est l’objet.
- On ne peut qu’applaudir aux efforts faits pour en anéantir le principe et qu’encourager les hommes de bonne volonté qui se font, pour la combattre, les organes de l’opinion publique.
- Il semble qu’aujourd hui les bases sages que la France républicaine a données à sa diplomatie et à ses relations extérieures pourraient lui permettre de prendre résolument parti pour les solutions pacifiques des conflits internationaux.
- La question est mûre. On peut parfaitement, sans rechercher les conditions d’un idéal parfait que nos temps ne comportent pas, concevoir une fédération d’Etats qui s’engageraient à soumettre leurs conflits à des règlements amiables.
- Le fait, qui s’est déjà souvent produit d’une manière pour ainsi dire accidentelle et comme prélude de l’avenir, deviendrait permanent et obligatoire entre les parties contractantes. Le droit international serait fixé et codifié, des juridictions établies, peut-être un parlement fédéral reconnu possible.
- Un pareil accord entre nations amies est-il impossible ? Serait-il plus irréalisable que l’union des postes qui s’accomplit en ce moment, que la convention internationale des poids et mesures établie en 1875 entre dix-sept Etats, que les unions douanières, que l’union métrique ou monétaire qui seront l'œuvre d’un jour prochain ? Un traité suffirait pour donner ce grand résultat au inonde. A l’intérêt de chacun resterait la tâche de le faire respecter
- La première nation qui, par un noble élan, conviera les autres à cette mesure de salut commun, aura bien mérité de la civilisation et de l’humanité.
- La commission, en donnant ces développements à la pensée des pétitionnaires, exprime qu’elle la par-
- tage et elle estime qu'un vœu d’un si grand intérêt, d’une si haute portée, ne doit pas être enfoui avec indifférence dans un ordre du jour. Elle conclut à ce que les pétitions de MM. Laurent et Sigaud soient renvoyées à M. le ministre des affaires étrangères à qui sera laissé le soin d’apprécier le moment opportun où cette idée, déjà expérimentée avec succès, pourra être présentée à l’assentiment des Etats dont la constitution et les principes se prêtent le mieux à rechercher, de concert, sa réalisation.
- Il n’y aurait nulle exagération à espérer qu’un traité, ayant pour objet de fonder sur des bases légales et solides la paix entre les nations, recevrait des gouvernements un accueil empressé. La plupart d’entre eux gémissent aujourd’hui sous le poids de charges intolérables, que leur régime militaire et leurs armements exagérés leur imposent, et dont ils ne verront pas le décroissement tant qu’ils garderont, les uns vis-à-vis des autres, une attitude menaçante.
- Il est temps de porter remède à ce mal profond dont il ne faudrait pas nier la gravité, parce que les populations le supportent avec courage et s’y résignent avec patriotisme.
- Il se traduit en souffrances cruelles et en ruines, auxquelles un gouvernement né du suffrage universel ne peut rester indifférent. C’est donc avec de justes motifs que la Chambre des députés, à laquelle s’adresse, par la voix des pétitionnaires, la masse entière du pays, s’associerait aux conclusions de sa commission. La tâche qu’elle tracerait ainsi serait digne de la France républicaine qui, de son relèvement glorieux, et par la reconstitution de ses for es, a reconquis toute l’indépendance nécessaire pour produire avec dignité son désir de la paix et appliquer ses efforts à le faire partager aux autres puissances.
- Nous venons de recevoir sur le même sujet une brochure de M. de la Codre, Y Opinion publique et Vextinction de la guerre. Nous en rendrons compte prochainement.
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de M006 Marie HOWLAND Voir n° 4 (tome 1), à n° 14 (tome 2)
- CHAPITRE XXIX
- Le comte Von Frauea»tein.
- Le lendemain, M. Forest resta une grande heure chez madame Buzzel à parler de Frauenstein et de ses projets de fondation d’un palais social complété
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- d’une association entre le travail et le capital. Clara exprima le regret de n’avoir pas vu le comte.
- « Tu peux le regretter, en effet, » répondit le docteur, « car tu as perdu l’occasion d’un plaisir rare. Lorsque tu verras Frauenstein, tu l’aimeras, et à première vue j’en suis certain, parce qu’il est le seul homme de ma connaissance que je croie digue de toi. Ses pensées, ses sentiments sont honnêtes et vrais, et, ce qui comble la mesure, il a foi dans la nature humaine. C’est de tous points un homme suivant mon cœur, un diamant sans tache.
- Clara fût intéressée par ce récit, bien que son cœur, ce jour-là, se fut rouvert à la peine d’autrefois. Albert avait écrit : il disait simplement qu’une année s’étant écoulée depuis leur séparation, il espérait que sa femme avait eu le temps de réfléchir à leur situation réciproque et qu’elle ne tarderait pas à revenir à lui.
- Cette lettre était d’une froideur extrême, cependant elle produisit une profonde impression sur Clara. Mettant de côté toute pensée d’orgueil et d’amour-propre et espérant, par l’expression simple et vraie de ses sentiments, amener Albert à lui donner la preuve qu’il l'aimait, en dépit de tout ce qui était arrivé, elle répondit dans un premier mouvement :
- « Mon cher Albert,
- « Votre lettre m’a vivement émue, mais elle ne « prouve pas que vous ayez pour moi quelque pen-« sée de tendresse, quelque réel motif d’amour, en « me demandant de revenir à vous. Me connaissez-« vous si peu, que vous puissiez supposer que la « fortune dont vous parlez soit jamais pour moi une « raison déterminante ? Doutez-vous que j’aimerais « mieux être votre compagne, à vous pauvre et in-« connu, mais épris de. moi comme autrefois, que « votre reine si, maître de l’univers , vous alliez « près d’autres femmes chercher l’amour que seule « je voudrais vous donner ?
- « Oh I Albert, pourquoi ne puis-je me faire voir à « vous telle que je suis ? Je n'ai pas d’orgueil, ainsi « que vous vous obstinez à le croire. Volontiers, je « passerais pour une folle aux yeux du monde en me « prosternant dans la poussière pour vous baiser les « pieds, si par là je pouvais retrouver la divine ten-« dresse qui fit ma vie pendant un moment.
- « Cher Albert, que dois-je dire? que faut-il faire? « Je suis consumée du désir d’entendre encore les « mots d’amour que vous disiez avec tant d’éloquence, « de contempler vos beaux yeux, de recevoir vos
- « baisers et vos caresses. SL réellement vous me « désirez, non pas moi votre épouse de par la loi, « mais Clara, votre Clara, vous saurez bleu me le « montrer de telle sorte que je ne pourrai plus avoir « l’ombre d’un doute.
- « Je ne puis vous dire combien j’ai souffert, coin-« bien je souffre encore parfois, Je souhaite ardem-« ment de m'éveiller de cette longue et froide nuit de « misère, pour me retrouver dans le chaud et brillant « rayon de cet amour qui fit autrefois de moi votre « heureuse et fière
- « Clara.. »
- A cette lettre, Albert répondit sans toucher au thème qui tenait de si près au cœur de sa femme ; entre autres choses, il disait :
- « Si vous avez pour moi cet ineffable amour dont « vous parlez, j’aimerais à vous voir me le manifes-« ter de la seule façon possible, c’est-à-dire en reve-« nant promptement à moi.
- « Je ne prétends pas être sentimental. Nous ne de-« vons pas, ma chère Clara, nous préoccuper de chi-« mères; il vaut bien mieux nous aimer d’une façon « profitable et le plus que nous pourrons. »
- La réponse de Clara ne se fit pas attendre :
- « Je vous comprends, enfin, Albert, » disait-elle. « Vous êtes sincère dans votre dernière lettre et je « vous en sais gré. Vous auriez pu dire en moins de “ mots : « Je ne redemande pas la femme aimante, « mais seulement la maîtresse de maison.
- « Bien. A ceci je réponds, pour la dernière fois, et « irrévocablement : aussi longtemps que je vivrai, je « ne retournerai jamais vers vous.
- « De nouveau, je répète que je n’ai nul orgueil ; « j’avoue que mes yeux sont rougis par les larmes, « car pour la première fois j’ai connu le désespoir. «Jusqu’à présent, j’avais conservé un peu d’espé-« rance, maintenant c’est fini, absolument fini. Je « m’attacherai à vivre comme si jamais nous ne nous « étions rencontrés. ... »
- En recevant cette lettre, le docteur Delano reconnut que tout lien était rompu entre lui et sa femme et regretta de n’avoir pas mieux joué son jeu. Il n'avait plus d’amour pour Clara, mais comme épouse elle lui faisait honneur et il était fier d elle.
- Ne doutant pas un instant qu’il serait impossible à Clara de vivre sans lui, il avait voulu l’humilier en l’obligeant à se faire pardonner sa fuite, afin de trouver en elle, après cette leçon, une soumission exemplaire. Tous ses calculs se trouvaient déjoués‘et,
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- pour comble de malheur, miss Charlotte Delano, sa sœur, refusait absolument de recevoir miss Wills.
- Au cours de ces circonstances, M. Delano père vint A mourir. Par égard pour sa situation de santé, on lui avait laissé ignorer la rupture survenue entre son fils et Clara. Souvent, il avait exprimé, au sujet de cette dernière, les plus affectueux sentiments et témoigné l’espoir que, grâce à elle, le nom des Delano serait perpétué. Le vieillard laissa toute sa fortune â Albert, n’en distrayant qu’un douaire pour miss Charlotte.
- Après la mort de son père, miss Charlotte écrivit à Clara une lettre empreinte d’une profondeur et d’une délicatesse de sentiments que Clara n eût jamais pensé trouver sous les manières austères de sa belle-sœur.
- A partir de ce moment, une correspondance sympathique s’établit entre ces deux femmes ; miss Charlotte essaya bien dès l’abord de persuader à Clara de revenir près d’Albert; mais ayant reçu un exposé complet de la situation, elle approuva la conduite de sa belle-sœur, et qualifia énergiquement le manque absolu de délicatesse de la plupart des hommes dans leurs rapports avec le sexe féminin. M;ss Charlotte, en même temps, se félicitait dans ses lettres de n’avoir laissé prendre à personne autant d’empire sur son bonheur que Clara en avait donné à Albert.
- « Venez me voir si quelque chose vous appelle à Boston, » écrivit-elle, un jour. « Je vous aime et j’ai confiance en vous. Si vous pensez que la société d’une vieille fille revêche vaille la peine d’être cultivée, ce sera pour moi une grande consolation. »
- Chapitre XXX
- Hors des griffes de la, Mort.
- Peu après les événements que nous avons rapportés, survint la mort de Mme Buzzell. Nous glisserons rapidement sur ce sujet, car il est sans utilité de s’attarder à décrire les scènes de désolation qui accompagnent la disparition d’une amie fidèle et sincère.
- Comme les autres membres de la famille Buzzell, riches personnages, n’avaient jamais eu avec l’humble femme que des relations peu cordiales, et qu’ils n’étaient d’ailleurs que des parents éloignés de son mari, madame Buzzell s’était sentie parfaitement libre de disposer de sa fortune à son gré. En conséquence, elle avait laissé tout son bien en fidéi-commis à la maison Dykes-Delano et Cle, pour être remis à Minnie, fille de Dan Forest et de Susie Dykes.
- « C’est ce que je puis faire de mieux, » disait peu
- avant sa mort l’excellente femme en caressant Minnie assise sur le bras de son fauteuil. « J’assurerai ainsi à cette enfant une situation modeste, mais indépendante ; et si plus tard elle voulait se passer le luxe de rester vieille fille, elle en aurait les moyens. »
- « Je ne veux pas être une vieille fille, » répondit Minnie qui ne comprit de cette phrase que les derniers mots.
- « Peut-être bien, en effet, ma chérie, » dit madame Buzzell, « préféreras-tu donner à un homme la possibilité de te briser le cœur. »
- A Susie, madame Buzzell légua son mobilier et tout ce qui était d’un usage personnel; enfin, à la maison Dykes et Delano, elle fit don de mille dollars. Après avoir ainsi mis les choses en ordre, comme elle disait, et avoir envoyé à madame Forest, qui l’avait négligée depuis si longtemps, un affectueux message, la digne femme, la main dans la main de son ami, le docteur Forest, s’endormit du dernier sommeil sans aucune souffrance apparente.
- Deux mois environ après cette mort, le docteur Forest fut brusquement réveillé par un policeman qui le pria de le suivre immédiatement au poste, où l’on’venait d’apporter une infortunée retirée de la rivière dont l’eau charriait alors des glaçons.
- « N’attendez pas que je sois habillé, » dit le docteur, « partez devant ; enveloppez la noyée dans des couvertures bien chaudes, couchez-la sur le côté et frictionnez-la vigoureusement ; je vous suis. »
- Quelques minutes après, le docteur trouva les rudes fonctionnaires à l’œuvre, soignant la patiente comme il l’avait indiqué. Leur sympathie était d’autant plus active que la noyée était jeune et évidemment jolie, en dépit de sa pâleur cadavérique, de ses yeux clos et de ses cheveux trempés collés à son visage et à son cou.
- En voyant entrer le docteur, ces hommes exprimèrent l’avis que l’infortunée était morte.
- « J'espère que non, « répondit M. Forest qui, s’étant hâtivement débarrassé de son pardessus, s’était approché de la patiente.
- Après un examen sérieux des moindres signes qui pouvaient encore indiquer quelque circulation du sang, il procéda à la lente et difficile opération de dégagerles poumons et de provoquer une respiration artificielle.
- Il poursuivit ses efforts avec un admirable dévouement pendant environ quarante minutes. À la fin, un des oflfeiers ne voyant nul signe de vie se prit à répéter à voix basse :
- « A quoi bon insister, il est bien évident qu’elle est morte. »
- « Cher Monsieur, » répondit le docteur sans lever
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- LE DEVOIR
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- les yeux, « votre opinion est de peu d’importance maintenant. Voyez ! les couleurs reparaissent, nous avons sauvé cette femme ! » En effet, quelques minutes plus tard, tous purent voir les indices du retour à la vie ; indices que l'œil exercé du docteur avait aperçus tout d’abord.
- Un des policemen reconnut alors la noyée pour l’avoir entrevue un soir chez la vieille mère Torbit, propriétaire d’une maison mal famée.
- « Pauvre fille ! » dit l’officier, « je ne sais si nous lui avons rendu service. Il me semble que tout infortuné devrait avoir le droit de mettre fin à ses misères, «
- u La société, » lit le docteur, « a un droit imprescriptible sur la vie de chacun de nous. Nous ne devons pas nous détruire nous-mêmes, surtout lorsque nous sommes sains de corps et d’esprit. »
- La noyée ne tarda pas à ouvrir les yeux ; et son premier mouvement fut de remonter les couvertures sur sa poitrine. Voyant cela, l’officier murmura à l’oreille du docteur : « La pauvre fille a encore le sentiment de la pudeur, elle n’est donc pas perdue sans rémission. »
- « Evidemment non, » répondit M. Forest, « sans j cela elle n’aurait pas essayé de se suicider. » Puis il demanda s’il n’y avait pas au poste un lit meilleur que le grabat sur lequel l’infortunée était étendue; et comme il n’y avait d’autre lit que dans la chambre des officiers, le docteur prit une résolution soudaine et envoya chercher une voiture.
- Pendant que M. Forest arrangeait les couvertures autour de la jeune femme, afin deprocéder au trans port qu’il méditait, la malheureuse, jetant un regard effrayé autour d’elle, s’écria :
- « Oh 1 pourquoi m’avez-vous tirée de la rivière ? »
- « Ma chère, « répondit le docteur, « je vais vous conduire dans un endroit où, si vous êtes raisonnable, vous trouverez affection et sympathie. »
- — « Oh ! j’étais morte ; je sais que j’étais morte, tout était fini ! »
- — « Mon enfant, » ne songez plus au passé, croyez que vous êtes entrée dans une vie nouvelle. Vous avez une bonne figure et une tête tout à fait bien faite, j’espère beaucoup de vous. » Ce disant, il lissait la chevelure mouillée de la jeune fille avec un soin paternel qui fit redoubler les sanglots de la pauvrette.
- Naturellement, ce fut vers la demeure de Clara et de Susie que le docteur se dirigea en compagnie de celle qu’il venait de sauver. Où donc eût-il pu trouver ailleurs de la sympathie et du secours pour une Pauvre femme abandonnée ?
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- La Chimie pour tous, par A. D. Deluc. 1er volume. Pciris, Libr. de. l'Echo de la Sorbonne.
- M. le professeur Deluc essaie une méthode nouvelle d’enseignement de la chimie. Au lieu de commencer par une exposition théorique et condensée des lois générales, il procède par la méthode inverse et garde cette synthèse pour faire le couronnement de ses leçons. Il procède donc du connu à l’inconnu, à la façon des mathématiques.
- Nous ne pouvons encore apprécier cette méthode, car la première des trois parties du premier volume a seule paru. Ce n’est que lorsque l'ouvrage sera plus avancé qu’il sera possible de juger des avantages ou des inconvénients de l’innovation.
- En tout cas, cette tentative mérite d’attirer sérieusement l’attentiun.
- La Centralisation administrative et l’Administration des asiles d’aliénés, par le Dr H. Belloe, ex-directeur médecin des asiles de la Haute-Marne et de ceux d Ille-et-Yilaiue. Broch. in-8°. Paris, Dentu.
- Ce mémoire fut écrit à l’occasion du Congrès international des médecins aliénistes tenu à Paris au mois d’août dernier. La lecture ne put en être faite en entier, les critiques présentées ayant soulevé l’auditoire.
- Nous n’avons pas qualité eu matière aussi spéciale* pour dire do ques côté se trouvait la raison. Quoi qu’il en soit, nous croyons remplir notre devoir de journaliste çn signalant aux personnes compétentes la publication de ce' travail, M. Belloe a ôté trente-trois ans médecin et administrateur d’asiles, ce qui donne un grand poids à ses opinions.
- Celte petite brochure révèle des faits comiques, des faits attristants et des faits réellement odieux.
- M. Belloe considère que des faits de cette nature se renouvelleront tant qu’on n’aura pas séparé cette administration spéciale de l’administration politique.
- Cela nous parait très naturel, car on n’administre bien que de près.
- Le Matérialisme et le Socia.lisme devant le sens commun , par Maxime Gaussen. 1 vol. Paris, Pauj; Dupont.
- Une parole d’humoriste, par M. Gaussen. 1 vol. Paris, lmp. Duval.
- L’auteur de ces deux volumes est du nombre de ceux qui jugent sur des ouï-dire, 11 se figure, de la meilleure foi du monde sans doute, que l’état social actuel marche à des cataclysmes épouvantables et que « nous serons en révolution tant que ces trois mots à double entente, et qui ne représentent au fond que les aspirations des illusionnés et des indisciplinés : Liberté, Egalité, Fraternité, figureront sur les frontispices de nos monuments. »
- Quand un auteur en est là, on ne le discute pas, on le ' cite.
- Le THrecleur-Gérant
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- AVIS ÀÙX LECTEURS DU DEVOIR
- Dans une penséede propagande utile au progrès des vérités sociales 9 l’administration du DEVOIR s’est imposé le sacrifice d’envoyer d’office son joxirnal à un certain nombre de personnes qu’elle considère comme devant' être sympathiques r^ix idées nouvelles.
- Ayant besoin d’être fixée sur le concours qu’elle peat trouver parmi les lecteurs du DEVOIB, l’administration prie les personnes qui n’ont pas encore récrié leur abonnement de le faire si elles veulent continuer à recevoir le journal, autrement leur numéro sera supprimé.
- SOMMAIRE
- ^ droit à Vexistence. — A propos des étrennes. — Semaine politique. — Variété. — Pensées. — vîe et mort de La Cécilia. — Les ouvriers de Nancy à Vexposition. — Roman: La Fille de son père. — La Solidarité et M. Jules Simon. — La femme pharmacienne. — Bulletin bibliographique.
- LE DROIT Â L’EXISTENCE
- Réponse aux objections
- (Suite)
- En formulant l’idée que, clans toute production, il y a une part due au concours deda nature avant celle due au travail de l’homme, nous avons voulu démontrer que la nature,fpar cette intervention, fait les premières avances nécessaires à la protection de la vie humaine et que, par ce fait, elle crée à la société le devoir de fonder les institutions de sage prévoyance assurant le développement et la conservation de l’existence de tous les citoyens.
- La vigilance sociale doit donc s’étendre à toutes les personnes ayant besoin d’assistance et de protection.
- Tel est le but de l’idée que nous avons mise en avant.
- On nous écrit de Palma à ce sujet :
- «.... D’accord avec vous ; il me semble évident, » que tout ’fee qui est donné par la nature ne » peut être le patrimoine de quelques-uns sans » spoliation...
- » Mais si vous êtes dans le vrai, vous posez » les bases d’une doctrine sociale qui est une » véritable découverte sociologique dont les »' conséquences ne sauraient être autres que la » justification absolue en même temps que le
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- LE DEVOIR
- » moyen de donner pleine satisfaction à cet en-» semble d’aspirations confuses, mais toujours )> persistantes dans l’histoire qui, de nos jours, » porte le nom de socialisme....»
- Dans ce passage de sa lettre, notre correspondant accorde au contingent fourni par la nature dans la production, une importance que nous ne lui accordons pas nous-même.
- Nous considérons le contingent de la nature comme l’élément de richesse qui fait à la société un devoir de sauvegarder l’existence de chacun de ses membres et d’assurer le progrès et le développement de la vie humaine, en proportion du développement de la richesse générale.
- N Mais cette application de la part de richesse due à l’intervention de la nature ne doit pas dépasser la limite d’un prélèvement réglé sous forme d’impôt. Déjà un impôt analogue à ce que nous demandons est appliqué à l’instruction publique; il suffirait d’étendre la mesure à une prévoyance plus générale et plus large des besoins de la vie humaine dans la société.
- Si cette interprétation du devoir social doit avoir pour conséquence certaine l’atténuation des causes de revendication des classes laborieuses, si la société par une telle mesure peut, à n’en pas douter, effacer la plupart des embarras qu’elle voit devant elle, il est pourtant vrai de dire que cela ne correspondrait pas en-' tièrement aux aspirations confuses des classes ouvrières ; aspirations qui comprennent non-seulement le droit à l’existence, mais aussi, pour chacun, le droit à la jouissance des fruits de son travail.
- En ce cas, ce n’est plus la part de production due à l’intervention de la nature, mais bien la part directement due au travail humain dans les bénéfices de la production, qui fait l’objet des réclamations des classes laborieuses. C’est alors que le principe de la participation aux bénéfices apparaît comme le moyen de solution équitable et pacifique. ,
- Mais bornons-nous, pour le moment, au principe du droit à l’existence ; et voyons les objections de notre correspondant :
- » L’effet du,.progrès se sauraitêtre, » dit-il, « d’empirer pour le plus grand nombre les » conditions de vie dont il était en possession à
- » l’état sauvage. L’homme primitif jouissait d’un » minimum représenté par le droit de parcours, » de chasse, de pêche, etc.; droit dont, à pre. » mière vue, le .civilisé nous paraît dépouillé » sans un équivalent proportionnel.
- » Mais voici une objection :
- » D’abord, je ne dirai pas le droit de vivre ; » je ne sache pas que personne, sauf Malthus » et quelques autres, ait nié ce droit en prin-» cipe : cette locution me paraît propre à pro-» duire des malentendus ; je dirai donc : le » pouvoir, les moyens, les conditions, les facul-» tés, les possibilités de vivre. Le droit strict de » vivre, tous le reconnaissent ; mais à quoi sert » à l’affamé, sauvage ou civilisé, un droit sans » sanction ? Et cette sanction, l’état sauvage ne » la donne pas plus, au contraire, il la donne » beaucoup moins efficace que l’état' civilisé. »
- Rectifions au passage l’erreur contenue en ces dernières lignes. La sanction du droit du sauvage est dans sa liberté de chercher ce qui lui est nécessaire et de le prendre quand1 il le trouve. Le civilisé dénué de tout n’en peut faire autant sans être un réfractaire ; il doit attendre que la société lui vienne en aide.
- Notre correspondant ajoute :
- « Le sauvage, en effet, est bien plus dénué,
- » bien plus malheureux que le civilisé le plus » pauvre. Dans les climats les plus féconds,
- » nous voyons les sauvages soumis à des fa-» mines périodiques bien plus meurtrières et » plus fréquentes que les crises industrielles do » nos centres producteurs les plus éprouvés...
- » Cela étant, qui donc pourra soutenir que le » progrès a dépouillé le prolétaire ?
- » S’il est mieux ou moins mal dans le milieu » civilisé que dans l’état sauvage, de quel droit » réclamerait-il?
- » Prouvez-nous, Monsieur, que le sort du » prolétaire est inférieur à celui que le mini*
- » mum de la nature donne au sauvage, et » alors......
- D’accord avec nous au début de sa lettre) notre interlocuteur semble avoir singulièrement changé d’opinion. En effet, après avoir reconnu que le contingent donné par la nature dans lesres-sources de la vie ne peut-être « sans spoliation » accaparé par quelques-uns, il laisse de côté la conséquence d’un tel {principe, c’est-à-dire l’0-
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- LE DEVOIR
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- kligaticm de chercher, avec nous, par quelles règles on peut, en justice et en équité, maintenir au service de tous la part due au continrent donné par la nature dans la production ; et il termine par cette triste conclusion que si l’ouvrier qui crée la richesse n’est pas plus malheureux que le sauvage, il n’a ni le droit de se plaindre, ni celui de demander un sort meilleur.
- Une telle conclusion n’a pas seulement le tort de manquer de logique, elle a aussi celui d’être empreinte d’un sentiment malheureusement encore trop commun dans la société présente.
- Ah ! vous n’avez pas souffert, Monsieur, vous n’avez pas éprouvé les angoisses de celui qui, après un travail épuisant, n’a pas au logis de quoi donner à manger aux enfants qui ont faim, de quoi vêtir et réchauffer les enfants qui ont froid !
- Vous n’avez pas compris ce qu’il y a de légitime douleur dans le cœur de cet autre ouvrier qui va de ville en ville, de fabrique en fabrique, demandant de l’ouvrage afin d’avoir du pain, et qui, ne trouvant rien, défaillant, s’affaissant sur lui-même n’a même pas le droit de demander à la nature une parcelle des biens qu’elle donne aux hommes !
- Est-il nécessaire de comparer .le sort de nos concitoyens à celui des sauvages, pour consulter les lois de l’humaine justice? Et si nous reconnaissons que dans les ressources de la vie il est une part de biens que Dieu donne à l’intention de tous les hommes, pourquoi hésiterions-nous à faire profiter de cette part ceux qui sont dans le dénuement.
- Il ne s’agit pas, en cette circonstance, de créer des ressources pour les individus qui n’en éprouvent pas la nécessité, mais de faire que les ressources créées reçoivent leur destination naturelle, que l’état social soit une garantie pour tous contre le besoin et la misère.
- La civilisation a rendu la vie plus facile, les ressources plus grandes ; elle a accumulé des richesses qui multiplient les moyens du bien-être : nous reconnaissons tout cela, mais c’est un motif de plus pour admettre aussi que ceux qui manquent du nécessaire ont raison de se
- plaindre, et qu’il y a danger à ne pas les écouter.
- La comparaison de l’état civilisé à l’état sauvage n’a aucune valeur à l’égard des citoyens qui manquent de l’indispensable à l’existence. Les progrès accomplis par le travail dans les sociétés modernes ne peuvent légitimement avoir pour conséquence de conduire à un paupérisme dégradant. C’est pourquoi nous proposons l’organisation de la mutualité industrielle et nationale comme oeuvre'de justice a réaliser à l’égard des classes laborieuses.
- En cherchant à rendre évident que les ressources dues à la nature doivent profiter à tous, nous n’avons pas d’autre but que celui de travailler à la pacification de nos sociétés et au salut social. , .
- La société, aussi bien que l’individu, a besoin de connaître ses devoirs ; il lui est surtout indispensable de connaître ceux qui s’étendent à tous les citoyens ; et c’est le cas pour elle de s’appliquer à provoquer la fondation d’une caisse nationale de protection de la vie humaine par un impôt mutuel des usines, des fabriques et du sol, représentant la part de richesse que a nature verse gratuitement chaque jour sur les produits du sol, des fabriques et des usines.
- Notre pensée, nous le répétons, n’est autre en tout ceci que celle du progrès et du bien social ; nous espérons qu’on voudra tien comprendre que si nous proclamons le droit à l’existence, nous n’entendons pas pour cela que l’individu puisse, en aucune façon,s’en prévaloir à l’égard de personne ; nous voulons simplement appeler l’attention de la société sur les devoirs qu’elle a à remplir. Godin.
- (A suivre.)
- A PROPOS DES ÉTRENNES
- Chaque année, lorsque s’approche la fin de décembre, un même spectacle frappe nos yeux et nous fait réfléchir : c’est celui du peu de discernement apporté dans le choix des étrennes faites aux enfants.
- Considérez les devantures des marchands de jouets, parcourez les bazars ou examinez l’étalage des baraques construites en plein vent pour la circonstance, toujours et partout vous remarquerez que la plupart
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- des jouets d’étrennes représentent des armes ou des objets d’équipement militaires. Un marchand se croirait déshonoré s’il n’avait un assortiment très-complet de fusils -de fer-blanc, de pistolets de zinc, de shakos à plumes rouges, de gibernes d’artilleurs, sans compter les boîtes de soldats de plomb et les canons minuscules se chargeant par la culasse.
- Ces jouets sont parfois très-agréables au coup d’œil et très-réussis comme main-d’œuvre ; le plus souvent ils attestent l’ingéniosité et la fécondité de l’inventeur.
- A coup sûr, toutes ces armes pour rire, tous ces uniformes enfantins sont par eux-mêmes fort peu redoutables et fort inoffensifs. Aussi les personnes qui les fabriquent, celles qui les débitent et celles qui les donnent en cadeau croient-elles fabriquer, débiter ou donner des objets qui ne peuvent produire aucun mal.
- Eh bien, en dépit des apparences, ces personnes se trompent. Des objets de la nature de ceux-ci devraient n’ètre jamais mis entre les mains des enfants. Sans que cela paraisse, des cadeaux semblables leur inculquent des idées ou leur inspirent des sentiments qu’il serait bon de leur éviter de connaître.
- Il se peut que ce langage nouveau étonne et paraisse trop sévère; il repose cependant sur des raisons sérieuses.
- Que le lecteur veuille bien nous accorder son attention pendant quelques instants, et il s’en convaincra.
- Les impressions premières que reçoit l’enfant sont les plus durables des impressions ; elles persistent de longues années, et, pour peu qu’elles soient renouvelées durant l’enfance, elles se gravent dans le caractèrent et influent sur la vocation. La science contemporaine va même plus loin, et affirme que toute sensation, si rapide, si peu importante, si effacée qu’elle soit, possède une aptitude indéfinie à renaître, sans mutilation ni perte, même après de longs intervalles (1). La théorie pédagogique de l’éducation des sens n’a pas d’autres fondements. Il est démon- . tré, —- et la biographie des hommes célèbres suffirait au besoin à l’étaWir, — il est démontré qu’une partie des idées de l'homme mûr, et une part plus grande encore des idées dû jeune homme, ne sont pas autre chose que le développement d’un reliquat de sensations d’enfants. Rousseau, Franklin, Goethe, George Sand, Stuart Mill, en un mot, tous les écrivains modernes qui ont fait leur autobiographie, ont établi,
- (1) Voir, à ce sujet, Taine, De l’Intelligence, tome I»r, livre II chap. n.
- quant à eux, la grandeur et la ténacité de cette influence des premières impressions.
- Et, d’ailleurs, qui de nous ne s’est pas aperçu et ne s’aperçoit pas chaque jour que les impressions de l’enfance et de la première jeunesse sont celles qui conservent en nous le plus de fraîcheur et le plus de netteté ? La plupart des vieillards ont un souvenir plus précis de ce qu’ils ont vu ou senti dans leurs premières années que de ce qu’ils ont vu ou senti depuis lors.
- Eh bien, si les impressions de l’enfant sont si durables, si elles ont une telle importance dans les répulsions ou les prédilections de l’homme fait, n’est-il pas de toute évidence qu’il faut veiller avec le plus grand soin à susciter chez ces petits êtres des impressions salutaires et à éloigner d'eux toutes celles qui sont d’une nature opposée ?
- Comprenez-vous maintenant pourquoi nous parlions sévèrement du choix des étrennes ? C’est que, selon que vous donnez une chose ou une autre à un enfant, vous faites naître en lui des sensations différentes, et que ces sensations seront bonnes ou mauvaises, selon que votre choix aura été mauvais ou I judicieux.
- j Chaque fois que vous pouvez impressionner un enfant, réfléchissez avant d’agir. Faire des cadeaux sans discernement, c’est agir avec imprudence ; suivre la mode du jour et donner des jouets militaires, c’est commettre une action regrettable.
- Eh quoi ! vous voulez qu’une mère, qu’un père, qu’un instituteur recommandent ou enseignent la douceur à un enfant, et, par une contradiction inconcevable, vous donnez à ce même enfant des jouets qui développent en lui des instincs contraires ! Les premiers hochets que vous mettez entre ses mains, les premiers qui captivent son attention ou provoquent sa joie sont des sabres, des fusils, des pistolets, en un mot, des diminutifs d’engins de destruction et de meurtre, et vous pensez que l’on pourra inspirer à ce même être l’horreur du meurtre et de la destruction! Vraiment c’est d’une inconséquence inqualifiable !
- Vous croyez qu’il est sans danger de donner un sabre, des épaulettes ou un shako à un petit garçon. Erreur ! Votre cadeau l’encouragera à croire que ce sabre, que se shako, que ces épaulettes augmentent la valeur réelle de celui qui en est revêtu et doublent son importance. Et la preuve que l’enfant le comprend ainsi, c’est qu’il se montre tout fier et tout triomphant de ces nouveaux attributs. Sans le vouloir, vous rendez chers à ses yeux tous ces o'ripeaux du chauvinisme,et plus tard l’homme fait aura de la
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- difficulté à se dégager de la prédilection qu’avait l’enfant-
- Voux croyez qu’il est sans danger qu’un petit garçon pousse des cris de joie en manœuvrant un fusil ou en renversant sur la table ou sur le plancher ses cavaliers de bois ou ses fantassins de plomb. Erreur! Cet enfant se familiarise ainsi avec l’idée du combat, avec l’idée de la destruction, avec l’idée que la gloire consiste dans le triomphe de la force.
- Dans le premier cas, vous faites naître en lui une idée fausse, dans le second un mauvais sentiment.
- Ce que nous disons ici peut paraître excessif. Les personnes qui perdent de vue que tout, dans ce monde, est solidaire doivent trouver que nous exagérons. Il n’en est rien.Nous constatons des faits, voilà tout. Assurément nous n’irons pas soutenir que les jouets d’enfants soient la principale'cause du chauvinisme; nous croyons au contraire qu’ils en sont une conséquence.C’est parce que les grandes personnes se sont laissé éblouir par l’appareil militaire que les enfants ont témoigné du plaisir à s'en affubler. Mais ce. qui ne peut souffrir aucune contestation c’est, que ces jouets militaires sont de nature à favoriser le chauvinisme précoce. Ils apportent leur concours aux passions de haine et de destruction et si faible que soit ce concours il n’en existe pas moins.
- A ceux qui nieraient cette influence, nous n’avons qu’une chose à répondre : c’est qu’il n’y a pas de cause si petite, si infinie, si effacée qu’elle soit, qui ne porte un jour ou l’autre son effet. De grands effets n’ont souvent que de petites causes. L’accumulation d’actions très-faibles produit à la longue de grands résultats. Les petits ruisseaux.dit un vieux proverbe, font les grandes rivières, et le vieux proverbe a raison. Les grandes transformations de la nature se font par des forces si minimes que l’homme est resté longtemps sans même les soupçonner. L’action lente des gouttes de pluie a creusé des vallées èt comblé des mers intérieures, et le travail de polypes insaisissables à nos sens fait émerger des profondeurs de l’Océan des lies et des archipels de corail.
- Eh bien! certaines transformations sociales se font ainsi, petit à petit et pour ainsi dire goutte à goutte. Toutes ne sont pas dans ce cas, mais c’est le cas du plus grand nombre. L’adoucissement des mœurs ne se fait que peu à peu. Ce n’est qu’après de longs siècles de haine et de massacre que le respect de- la vie humaine se fait jour. Ce n’est qu’avec lenteur, qu’avec une très-grande lenteur, que les principes de la mutualité, de la fraternité, de la solidarité se substituent à ceux de la compétition, de l’égoïsme, éu combat pour la vie.
- Malheureusement, l’homme ne réfléchit pas asse& sur les causes des transformations de la nature ou des transformations de la société. Il ne songe pas à ces actions lentes ; il néglige les facteurs infimes et ne tient compte des puissances que lorsqu’il en voit les résultats ; il oublie que sa volonté est une parcelle de ces puissances évolutives ; il oublie que par cela même chacune de ces actions a une portée ; il oublie surtout que ce qu’il fait à la légère et sans réflexion, d’autres le font aussi, et que des actions individuelles qui restent impuissantes ou à peu près tant qu’elles demeurent isolées, forment par leur coopération et leur renouvellement constant une action collective et continue qui ne reste pas sans résultat.
- Nous voici bien loin de notre point de départ. Le lecteur léger aura même pu sourire. Qu’importe ! le lecteur sérieux aura réfléchi,et c’est pour lui que ces lignes sont écrites.
- Il est bon que l’homme ait constamment présente à son esprit cette vérité que tout s’enchaîne dans le monde et qu’il n’est pas d’acte si modeste qui ne doive être guidé dans une direction réfléchie.
- Ed. Champury.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- Le Parlement. — La session a été close samedi, sans avoir donné liêu à de notables incidents. Le Sénat, à la suite d’un grand discours de M. Pouyer-Quertier, et malgré les efforts de M. LéonSay, ministre des finances, avait repoussé l’article 1er du budget des recettes, relatif à un impôt sur les chèques. Il a fallu chercher une combinaison nouvelle pour rétablir l’équilibre du budget. La Chambre haute a décidé que ce ne serait qu’à partir du iw mai 1879 que le droit de timbre proportionnel sur les effets négociables ou de commerce français Serait réduit de deux tiers. Ce point réglé, le budget des recettes a été voté par le Sénat.
- La Chambre s’est alors réunie à son tour Elle a repoussé, comme nous l’avions espéré, le crédit touchant les desservants, mais elle a admis la modification introduite par le Sénat au budget des recettes. Le budget a ensuite été renvoyé à la Chambre haute qui l’a voté tel que, non sans avoir entendu une protestation aussi déclamatoire que peu concluante de M. Chesnelong. Enfin, la session a été déclarée close par décret. Espérons que celle qui va s’ouvrir l’an prochain verra le Parlement aborder enfin la question des réformes.
- Le Manifeste dos gauches. — Les trois gauches du Sénat se sont fréquemment réunies ces jours derniers et ont arrêté en commun la rédaction d’un manifeste aux électeurs sénatoriaux, dont, par un singulier oubli des convenances, un journal anglais a obtenu la primeur, grâce à une jalouse indiscrétion. Ce document rappelle tout ce que la République a fait, pour le bien du pays, depuis le 14 décembre de l’an dernier, et oppose a l’anarchie qui règne dans le parti prétendu conservateur, l’unité de vu qui anime, sur la question fondamentale de la forme du gouvrnement les hommes de la gauche.
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- En terminant, les rédacteurs du manifeste disènt que ^certainement, à cette heure, le choix des électeurs est fait, et que le scrutin du 5 janvier ne démentira pas celui du 14 octobre, car, limité où restreint, le suffrage universel est le même, - *
- Disons, à ce propos, <jue les nouvelles qui arrivent des . divers départements ou doivent avôir lieu des élections sénatoriales, continuent à nous faire espérer des résul-. tats satisfaisants.
- TJjffl disciple d’Bseobar. — La magistrature vient de nous donner le spectacle d’un nouveau scandale. Au cours de la discussion sur l’élection du Finistère, un député, M. Develle, avait donné lecture de divers considérants de jugements rendus par le tribunal de Quimperlé, en faveur d’individus qui, inculpé de corruption électorale, avaient été néanmoins, renvoyés des fins de la poursuite. Le président du tribunal de Quimperlé a publié, dans les journrux, des lettres injurieuses pour la Chambre des députés, lettres dans lesquelles il accusait M. Develle d’avoir falsifié les textes dont il avait donné lecture. Non-seulement cette accusation était calomnieuse, des pièces rendues publiques l'ont prouvé, mais dans sa lettre, le magistrat en question n’a pas craint de faire l’éloge d’Escobar, dont la doctrine, disait-on, avait inspiré lès jugements, et poussait même l’admiration pour la morale du célèbre fourbe, jusqu’à former le vœu de voir nos gouvernants ressembler au méprisable jésuite auteur du Traité des cas de conscience. Qu’on ose dire encore que certaines fractions de notre magistrature ne sont pas animées du plus détestable esprit clérical.
- Les comptes «le la Défense nationale.
- — Depuis huit ans, les journaux réactionnaires sont remplis d’attaques et de calomnies odieuses contre les hommes qui ont courageusemènt pris le pouvoir au lendemain • de l’écroulement de la dynastie napoléonienne. Il était de mode, dans certains partis, d’incriminer l’intégrité des gouvernants et des fonctionnaires du 4 septembre, et l'on se souvient qu’un original appelé le marquis de Piré, avait adressé au Sénat une pétition protestant contre la prétendue non-justification d’une somme de 246 millions payée pendant la guerre de 1870.
- Une lettre du ministre des finances, en date du 17 décembre, prouve que le pétitionnaire ne savait pas le premier mot de la question qu’il voulait traiter ; elle nous apprend de plus que, contrairement au dire des feuilles de la réaction, « toutes les dépenses constatées « provisoirement au compte des dépenses à régulariser « et se rapportant non-seulement à l’année 1870, mais « encore aux années 1871, 1872, 1873 et 1874, ont été suc-« cessivement transformées en dépensés définitives et « sont complètement apurées à la fin de l’ânnée 1874. »
- Au reste, un rapport prochain de la Cour des Comptes viendra donner une nouvelle consécration à ce fait, qui clôt définitivement un débat odieux, qui n’a que trop duré.
- Deux cliaireK nouvelles — L’université de Paris vient d’être dotée de deux chaires nouvelles, une chaire d’histoire du moyen âge à la faculté des lettres et une chaire de Pandectes à la faculté de droit. M. Fustel de Coulanges, l’auteur bien connu de la Cité antique, occupera la chaire d’histoire du moyen âge ; celle de Pandectes est confiée à M. Accarias, agrégé des facultés de droit
- Cette création répond à un besoin dès longtemps signalé. Malheureusement, ce n’est pas une seule chaire dans chacune de ces facultés qu’il faudrait, c’est dix chaires. L’université de Paris est bien en arrière de celles d’Oxford ou de Leipzig.
- A quand une chaire de littérature allemande au collège de France?
- Exemple de 1 ibéral 1 sme. — A la suite des attentats regrettables qui ont eu lieu récemment à Ber-lin, à Madrid et à Naples, la presse réactionnaire a entrepris une campagne implacable entre le socialisme, et plus généralement contre tout ceux qui s’occupent des besoins de la classe ouvrière. Nous trouvons à ce sujet dans les journaux étrangers, un curieux document qui concerne le Portugal, que l’Espagne a vainement tenté parait-il, d’entraîner dans une entreprise de réaction contre les études sociales. Nous ne pouvons reproduire en entier cette pièce qui a un caractère semi-officiel mais nous en détachons les passages suivants que nous recommandons à l’attention des réactionnaires :
- « Le principe de l’association a trouvé dans les prin-» cipaux chefs de la famille libérale de notre pays de » sincères prosélytes et des apôtres zélés, depuis la pu-» blication des écrits du savant penseur Silvestre » Pinheiro Ferreira (après 18-3^)r jusqu’aux récentes lois » de l’illustre professeur Arrdrade Goroo, ministre ac-» tuel des affaires étrangères, et alors ministre des tra-» vaux publics, du commerce et de l’industrie.
- « L’Etat a toujours compris , quelquefois même il a » devancé les exigences populaires. Le gouvernement » constitutionnel a encouragé la création et le dévelop-» pement des associations populaires soit en récompen-» sant les efforts des citoyens dms ce but, soit en s’in-* formant des besoins des classes ouvrières par des com-» missions officielles de travailleurs, sanctionnant, par » des lois, l’existence des cercles d’éducation et d’amé-» liorations populaires ; les ministres eux- mêmes ont » souvent honoré ces solennités de leur présence.
- » Quelques ministres ont commencé dans ces cercles » leur carrière politique, et ils ne cherchent pas à éloi-» gner le constitutionnalisme de son origine populaire » au profit exclusif des intérêts bourgeois et aristocra-» tiques. »
- Voici maintenant les conclusions de cette note qui nous paraît de nature à causer une certaine impression en Europe :
- « Les associations populaires, ardemment prêchées, ont » été jusqu’ici, en Portugal, un véritable élément d’ordre, » donnant de la force aux gouvernements pour réaliser » des réformes dans le sens le plus libéral, réformes » auxquelles, d’après l’opinion unanime, on doit la paix » dont nous jouissons en Portugal. Quand il s’agit d’aflir-» mer la force de la'nationalité' et l’amour de i’indépen-n. dance nationale, les associations populaires sont tou-» jours les premières à organiser des manifestations » pacifiques, comme au 1er décembre, anniversaire de » l’indépendance portugaise »
- De telles paroles n’ont pas besoin de commentaires et nous nous contentons de les livrer aux méditations des ennemis des réformes sociales. Il est regrettable de penser que c’est d’une des plus petites puissances de l’Europe que nous vient ce bon exemple et cet hommage mérité rendu à la sagesse et au patriotisme de ce qu’on appelle dédaigneusement, dans certains cercles politiques, « la multitude ».
- Ees affaires d’Orient. —Il est extrêmement difficile de savoir à quoi s’en tenir sur la situation en Orient. Officiellement, le nouveau ministère turc se trouve, de même que le cabinet de Saint-Pétersbourg, sur le terrain du traité de Berlin. Malheureusement, il y a lieu de soupçonner que, de part et d’autre, on cherche à jouer au plus fin et à éluder les stipulations du Congrès. Ainsi, le prince Dardoukoff-Korsahoff, malgré le désaveu officiel qui lui a été infligé, n’ën continue pas moins, dit-on, à appuyer les visées qui ont pour objet la création d’un grand État bulgare.
- D’autre part, on écrit de Sophia, que le commissaire ottoman en Bulgarie, s’est opposé formellement à la participation du consul russe aux travaux de la commission. Le Times avait annoncé que la commission de la Roumélie orientale était revenue à Constantinople, mais cette nouvelle était controuvée. La commission, non-seulement a continué ses travaux, mais encore elle a résolu que, dorénavant, les décisions prises à la majo-
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- rité seraient obligatoires. Cette décision paraît avoir surtout la Russie pour objectif.
- On dit, enfin, que la Porte vient d’instituer une commission dont la tâche sera de régler d’une façon définitive la question de la délimitation des frontières grecques. Que sortira-t il de pratique des travaux de toutes ces commissions ? C’est ce que personne au monde ne saurait prévoir.
- Xj€s nouveau cabinet italien. — L’opinion publique s’accorde à penser queM. Depretis a fait preuve de beaucoup de présomption en se flattant de sortir des difficultés que M. Gairoli a été impuissant à surmonter. M-Depretis n’est assurément pas le premier venu, et c’est un homme considérable dans son pays, mais il est entouré de collaborateurs qui ont non-seulement le désavantage d’être fort peu connus, mais qui appartiennent tous au même petit groupe parlementaire, celui que, précisément, M. Depretis dirigeait. Le nouveau cabinet manque donc d’assiette, et du reste chacun remarque avec étonnement que le titulaire des affaires étrangères n’à pas encore pu être désigné. Il faut ajouter que l’accueil fait à M. Depretis, par le Parlement a été plus que, froid. Quant à la presse, son langage n’indique qu’une confiance extrêmement limitée dans la vitalité de la combinaison empirique, grâce à laquelle le roi Humbert a cm pouvoir éviter la dissolution de la Chambre. Celle-ci s’est séparée après avoir voté deux douzièmes provisoires; mais eile se réunira le 14 janvier et alors M. Depretis devra répondre à 1 interpellation de M. Viteleschi et exposer son programme politique. Il faudra absolument revenir à la politique de M. Cairoli, alors pourquoi avoir renversé cet honnête et énergique citoyen ? Bref,le cabinet nouveau jouit d’un médiocre crédit et nous ne pouvons nous empêcher de songer à cette parole de Cavour touchant M. Depretis : « Je ne sais jamais ce qu’il pense « ni ce qu’il veut; mais je le crois funeste à la maison « de Savoie. » Nous ne tarderons pas à savoir si Cavour avait bien jugé le successeur de M. Cairoli, car il est manifeste que de l’autre coté des Alpes les événements vont se précipiter.
- L’émir die Caboul. — Les nouvelles les plus étranges nous arrivent de l’Afghanistan. Une dépêche officielle annonce que l’Emir Shere-Ali est en fuite, et les feuilles anglaises assurent que tous le pays compris entre Hilalabav et Caboul est en proie à une complète anarchie, favorable à l’occupation anglo-indienne; mais d’un autre côté les mêmes journaux nous font savoir que la ville de Kandatsar se prépare énergiquement à la résistance et que plusieurs régiments de cavalerie sont massés à Kushi.Ces nouvelles sont évidemment contradictoires, car il est certain que si l’anarchie régnait en Caboul, on n’organiserait pas ainsi la résistance aux in-vahissements de l’Angleterre«Au reste, la presse anglaise annonce encore que les troupes du vice-roi des Indes ont échoué dans une entreprise contre certaines tribus rebelles.
- Ce qu’il y a d’extraordinaire dans cette nouvelle de la fuite de l’émir de Caboul, c’est qu’au moment même où l'on annonçait officiellement de l’autre côté de la Manche cet événement, le Qolos publiait, touchant la_ gestion de la mission russe en Afghanistan, un rapport où est déclaré que la Russie s’est engagée « à prêter un
- appui moral au maintien de l’intégrité et de l’indépen-« dance de l’Afghanistan.» Or, c’est là précisément ce qu’a dit le général Kauffman dans le fameux discours dont le Nord seul a osé contester l’authenticité.
- En présence de pareils faits, on demande ce qu’il faut penser de la fuite de Shere-Ali et de l’attitude de la Russie ; l’un et l’autre paraissent être également énig-matiques.Quant à nous, il nous semble que le gouvernement de Saint-Pétersbourg joue eu Caboul le-rôle qu’il a joué en Serbie, il y a deux ans. Un journal autrichien a dit que Shere-Ali était un prince Milan asiatique ; le mot est aussi exact que piquant,à notre avis, et de plus, nous ne sommes pas éloignés de penser que la fuite de l’émir est un pur stratagème qui devrait inquiéter plutôt
- que réjouir les Anglais, car il n’est pas croyable que Shere-Ali, soutenu, ne fût-ce que moralement, par la Russie, abandonne la partie,au moment où il a pour allié un climat meurtrier dont l’intempérie crée de grandes difficultés à l’armée invahissante. Un avenir prochain éclaircira ce mystère singulier.
- La peine de mort en Suisse. — Le Conseil des Etats suisses, dans sa séance du 18 décembre, a pris en considération, par 13 voix contre 12, la motion tendant au rétablissement de la peine de mort, malgré les efforts des représentants de la Suisse romande et de la députation bernoise. D’autre part, le Conseil national, à son tour, a agité la même question et a décidé, par 63 voix contre 20, de renvoyer l’affaire au Conseil fédéral, qui devra la traiter et faire son rapport dans la session extraordinaire de mars. On sait que la proposition soumise à ce dernier Conseil porte révision de l’article 65 de la Constitution, qui déclare la peine de mort abolie. Cette abolition n’aurait plus d’effet que pour les crimes politiques.Les divers cantons pourraient facultativement réintroduire dans leurs divers codes particuliers le rétablissement de la peine capitale.
- Toute cette campagne pour le rétablissement de la peine de mort est très-habilement menée. On a profité, pour soulever cette question, de l’émotion produite par plusieurs crimes succesifs. C’est pourquoi les députés du Conseil national ont sagement agi en renvoyant la discussion à la session de mars. Les partisans du maintien de l’article ont voté ce renvoi, sentant bien qu’en ce moment ils auraient l’émotion publique contre eux, ce qui ne sera vraiment plus le cas au mois de mars prochain.
- On remarque à cette occasion que tous les cantons catholiques sont favorables au rétablissement de la peine de mort, et que tous les cantons protestants lui sont opposés.
- En Allemagne. — Les nouvelles d’Allemagne sont sans importance. Le Bundesrath a ratifié lundi le traité de commerce avec l’Autriche. Le chancelier, dans le programme qu’il a adressé au Bundesrath, pour la révision du tarif des douanes, redemande à peu près le retour pur et simple au système protecteur. Au reste, les trois membres de la commission de révision nommés par M. de Bismarck sont tous protectionnistes. L’Alsace-Lorraine n’est pas représentée dans cette commission.
- Le Moniteur officiel de ïempire allemand déclare qu’il n’y a absolument rien de fondé dans la nouvelle d’après laquelle l’empereur aurait reçu, en reprenant- la direction des affaires gouvernementales, une lettre de féhei-tations du pape et y aurait répondu. Le Moniteur officiel ajoute que l’empereur n’a pas écrit au pape depuis son retour aux affaires.
- La Volkszeitung, de Berlin, annonce que le socialiste Bebel a reçu à Leipzig une lettre dans laquelle on le menace de le“poignarder s’il remet les pieds à Berlin, parce qu’il n’est pas un socialiste sincère,
- La lettre en question est signée : « Un démocrate socialiste. » La police de Leipzig offre 200 marcs de récompense à la personne qui en indiquera l’auteur.
- Le même journal constate, à la date du 19 décembre, que la nouvelle de la mise en liberté du socialiste Has-selmann ne se confirme pas.
- Propagande prussienne en Autriche.
- — La politique est au calme, en ce moment, en Autriche. Toutefois il convient de signaler un incident qui n’est pas sans quelque gravité. Un député du Reich-srath, M. Schœnerer, s’est écrié en plein Parlement que « les Autrichiens allemands attendent leur délivrance de Berlin. » Naturellement, ce propos, un peu trop empreint de prussianisme, a soulevé de vives protestations dans la presse et ailleurs, et, en présence de cette émotion, le gouvernement a fait fermer certains cercles d’étudiants dont M. Schœnerer était le président d’hon-
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- neur, et qui, fondés en 1871, après le rétablissement de l’empire allemand, étaient suspects de pousser à un trop haut degré l’amour du pangermanisme. Cette menace, qui dénote un peu de manque de sang-froid de la part du gouvernement autrichien, a achevé de porter à son comble l’agitation, et l’on assure qu’une interpellation à ce sujet doit être formulée dans une des prochaines séances du Reichsrath. Enfin, on annonce que, dans les villes frontières, il s’organise des manifestations ayant pour objet de répudier les sentiments germanophiles de M. Schœnerer et de ses adhérents. Voilà encore une difficulté dont le gouvernement de Vienne se serait bien passé.
- La liberté de couscie«ee en Orient. —
- On n’a pas oublié que, sur la proposition des plénipotentiaires français, le Congrès de Berlin a décidé qu’à l’avenir les isrâélites". en Roumanie, deviendraient aptes à remplir toutes les fonctions publiques et acquerraient dans sa plénitude la qualité de citoyen, qui leur avait été constamment refusée. Cette stipulation du traité de Berlin va recevoir son exécution, si l’on en juge du moins par le passage de la réponse du prince de Roumanie à l’adresse de la Chambre des députés. Faisant allusion à l’article 7 de la Constitution, qui concerne les juifs, il a dit :
- « Le vote à deux reprises et à l’unanimité par la re-» présentation nationale, dans lequel elle affirmait sa » volonté de se conformer aux clauses du traité de Ber-» lin, ne saurait laisser de doute à l’Europe que c’est là » le véritable sentiment de la nation entière. Ainsi dis-« paraîtront tout soupçon et tout préjugé qui pourraient » encore exister à l’étranger contre nous. »
- Nous aimons à croire que cet engagement sera tenu.
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- Troubles nerveux imputables à la faim.
- Dans le tome 48e des Annales d'hygène, M. le professeur Follet, de Lille, appelle l’attention sur les troubles intellectuels imputables à la faim ; il cite, entre autres faits, celui d’un jeune homme de quinze ans, de caractère doux, d’intelligence ouverte, sans antécédents épileptiques, qui, errant dans la campagne depuis quarante huit heures sans avoir mangé, se livra à une agression extravagante sur une petite fille de huit ans, et à laquelle l’instruction ne put découvrir aucun motif. Ici, ce ne serait pas l’initiation qui serait en cause, mais bien l’acuité exceptionnelle de la sensation de la faim. Comme l’a fait remarquer à l’auteur le docteur Vanverts, qui avait éprouvé des troubles cérébraux à la suite d’une abstinence prolongée : « Une pareille diète peut, dans certains cas, donner naissance à des troubles nerveux'se rapprochant des hallucinations, diminuant au moins, si elle ne l’abolit pas, la conscience exacte des faits qui se passent autour de nous, et pouvant atténuer, même faire disparaître la responsabilité de certains actes. »
- PENSÉES MORALES & POLITIQUES
- I
- Le droit des peuples a ses règles de justice dans les lois de la nature.
- II
- La morale politique ne doit pas différer de la morale privée ; le vrai, le droit et le juste sont auss^ nécessaires à la moralité des hommes d’état qu’à celle du peuple.
- VIE ET MORT DE LA CÉCILIA
- Oui, l’instant de la mort contient toute la vie.
- Eugène GabCin.
- Dans le journal qui a pour titre : Le Devoir, et qui porte à son frontispice ce mot, le plus beau de la langue démocratique : Solidarité, qu’il nous soit permis de rendre un public hommage de sympathie et d’admiration, à un homme dont toute l’existence peut se résumer ainsi : désintéressement privé, amour de la république, dévoûment à la patrie. Cet homme s’appelle Napoléon La Gécilia, et il vient de mourir à 44 ans, là-bas, à Alexandrie, loin de cette France qu’il adorait, loin des amis qui le tpleurent, et laissant sur la terre d’exil une veuve sans ressources et un orphelin de 6 ans.
- Comme si la proscription devait être l’apanage de certaines familles, La Gécilia ne dut qu’à l’exil de son père, noble patriote italien, de naître français. Ce fut près de Tours, en 1834, qu’il naquit, et reçut de son parrain, notre illustre Béranger, le nom de Napoléon.
- Après avoir brillamment terminé ses études à 21 ans, il tirait un bon numéro, était exonéré du service, et devenait professeur de mathématiques. En 1837, il était appelé à collaborer à la Revue philosophique et religieuse avec les Renouvier, Littré, Massoï, Fauvety, Charles Lemonnier, etc. Dans ce modeste jeune homme, on avait découvert un savant : La Cécilia ne parlait pas moins de vingt-cinq langues.
- Mais à cette nature bouillante, la science ne suffisait pas, il fallait l’action. A la voix de Garibaldi, l’Italie s’éveillait à la liberté. La Gécilia courut mettre au service du héros italien, son énergique jeunesse et son enthousiasme. l'ait colonel du génie à Marsala, il contribua puissamment à la prise de Palerme. et après la conquête du royaume des Deux-Siciles, Victor-Emmanuel lui offrit d’être incorporé à l’armée avec son grade : La Cécilia refusa.
- * Il revint à Paris pour reprendre la vie pauvre, stoïque, du travailleur. Mais de nouyeau la guerre allait l’arracher au travail paisible. Cette fois, c’est entre la France et l’Allemagne qu’elle éclatait. La Cécilia était marié depuis huit jours, avec une jeune personne qu’il aimait : Mlle Marie David. N’importe ! ce grand cœur n’écoute que son patriotisme. Il dit à sa jeune femme un adieu qui pouvait être éternel, et se présentant au commandant Aronssohn, il se fait inscrire dans le bataillon des Francs-tireurs.
- Nommé sous-lieutenant d’abord, lieutenant ensuite, La Cécilia recevait le titre de capitaine après le combat de Milly-sur-Oise, où 67 hommes luttèrent contre 800 hussards de la mort.
- Fait commandant à Nogent-le-Rotrou, lieutenant-colonel après la bataille de Coulmiers, peu après colonel, La Cécilia s’illustra à Chateaudun, à Orléans, où son régiment couvrit la retraite, à la bataille d’Alençon, etc., etc. Ce qui distinguait cette héroïque nature étran-
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- gère au métier des armes, c’était « l’intrépidité froide, le coup d’œil rapide et la conception stratégique. »
- On peut s’imaginer l’effet que produisit sur cette âme vraiment française, la pais ratifiée par l’Assemblée de Bordeaux. En mars, s’ouvrit la lutte entre Paris et Versailles. La Cécilia qui avait posé les armes avec lesquelles il avait si vaillamment combattu les Prussiens, les reprit, ne commettant qu’un crime, comme il l’a écrit lui-mème, c’était de croire « qu’en défendant la Commune, il défendait la République. »
- Jamais on ne le vit se mêler à aucune exécution sanglante; son nom ne fit partie d’aucun comité, et comme l’écrivait son père, en réponse à une calomnie : « Général commandant l’un des 3e corps de l’armée des fédérés, jamais il n’a été parlé de lui, qu’à l’occasion de faits purement militaires. »
- Après la prise de Paris par l’armée versaillaise, La Cécilia, qui avait voulu mourir, fut soustrait à la mort par ses amis, et put passer en Angleterre, où Mm* La Cécilia vint le rejoindre. Pauvre femme ! pâr quelles épreuves ne venait-elle pas de passer? Réfugiée dans un hôtel, pendant que la lutte fratricide ensanglantait les rues de Paris, longtemps elle avait cru son mari fusillé, et sous ses yeux, entre ses bras, était morte l’enfant qu’elle avait mise au monde avant terme.
- A cet exil commencé sous de si lugubres auspices, rien ne devait manquer, depuis les souffrances matérielles de la pauvreté, jusqu’aux souffrances morales, mille fois pires, de la calomnie. Ajoutons cependant que si les haines de parti, les égoïsmes et les peurs coalisés, essayèrent d’atteindre de leurs éclaboussures ces deux nobles cœurs, il y eut aussi des âmes d’élite, se détachant de la foule, qui ne craignirent pas de témoigner publiquement aux proscrits leur estime et leur affection.
- A une fausse accusation portée contre La Cécilia accusation d’avoir fait fusiller un jeune homme, M. Charles Lemonnier répondait ces paroles qui ont été publiées : « Un pareil acte serait en contradiction avec la vie de La Cécilia, qui n’a jamais été qué dévoûment, héroïsme, délicatesse, loyauté. »
- De son côté, le 8 juin 1871, l’éminent député italien Ricciardi, écrivait en ces termes à Jules Favre pour lui reconnu ander La Cécilia :
- « Monsieur le Ministre et ancien collègue,
- « Je sais que plusieurs professeurs de l’Université de Rome, ont cherché à vous intéresser en faveur de Napoléon La Cécilia, qui, s’il n’est pas mort déjà, court grand risque d’être fusillé. Qu’il me soit permis de joindre ma voix à la leur, d’autant plus que je vis naître cet infortuné jeune homme, pendant mon premier exil, et, fiu’après l’avoir tenu sur mes genoux, en France, je le vis toujours marcher dans la bonne voie, de manière à être bien certain s’il a eu le malheur de prendre part à la folle tentative de Paris, il n’a pas figuré parmi les incendiaires, les assassins, *es voleurs qui viennent de désoler ^ grande ville.
- « Je vous suis garant de cela'sur mon honneur, et je vous autorise à communiquer cette lettre à M. Thiers, à qui mon nom n’est pas inconnu; en ajoutant que le Jeu ne La Cécilia gagna tous ses grades, jusqu’à celui de lieutenant-colonel, entre les premiers jours de 1870 et la conclusion de l’armistice, en combattant vaillamment dans l’armée commandée par Chanzy. En outre, je ne dois pas vous taire que La Cécilia joint à un grand cœur un-immense talent et infiniment d’instruction, surtout comme polyglotte; aussi sa mort serait une perte pour notre pays.
- « Dans l’espoir que vous voudrez bien faire la démarche à laquelle je vous convie au nom de l’Italie et de l’humanité, je vous prie, Monsieur le Ministre et ancien collègue, d’agréer, etc.
- J. Ricciardi,
- Ancien Député.
- D’autre part, le rédacteur en chef de M Émancipation de Toulouse, qui croyait mort La Cécilia, ainsi que le croyaientla plupart deses amis, publiait, en pleine lutte, un article, où il rendait justice à l’héroïsne. à la noblesse du caractère de celui que la réaction en fureur insultait jusque dans le cercueil, où elle le croyait couché? Quelle ne fut pas la joie de l’auteur de l’article, lorsqu’en septembre, il recevait la lettre suivante :
- « Mon cher Garcin, j’ai hâte de vous remercier du fond du cœur de cette page si émue, si profondément éloquente, si pleine d’amitié, que vous avez cru devoir me consacrer, alors que le bruit de ma mort avait couru. Je ne trouve à votre œuvre qu’un seul défaut : celui d’exagérer trop, beaucoup trop, le bien faible mérite que je puis avoir.
- « Mais au moment où tant de voix s’élèvent pour condamner et pour maudire celui qui n’a commis d’autre crime que de croire qu’en défendant la Commune j’ai défendu la Républque (l’^enir dira si je me suis trompé) ; il m’a été doux d’entendre une voix s’élever pour protester contre mes accusateurs.
- « Cette voix a été la vôtre. Je ne l'oublirai jamais. . .
- N. La Cécilia. »
- Nous ne pouvons entrer dans tous les détails douloureux des années qui suivirent. Au moment où, sur le sol hospitalier de l’Angleterre, La Cécilia venait de voir s’ouvrir devant lui un des principaux collèges du gouvernement, hélas! de nouveau, il fut forcé de fuir, cette fois, devant les rigueurs du climat, et il vint demander au soleil de l’Orient de lui rendre là santé qui lui échappait. Depuis 18 mois, il habitait Alexandrie avec sa femme et son jeune fils, Yindex, né à Londres. Les leçons lui arrivaient de toutes parts. L’aisance et un peu de joie renaissaient à ce pauvre foyer, si souvent battu par la tempête... La maladie est revenue, et n’a pas voulu lâcher sa proie.
- Oui, l’instant de la moit contient toute la vie !
- Lisez l’admirable lettre que nous venons de recevoir,
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- sur les derniers moments de celui dont nous vous avons raconté la vie.
- « Le 2 b novembre, dans l’après-midi, à 5 heures moins 1/4, celui qui fut un grand et noble cœur et'qui s’appela Napoléon La Gécilia, mourait dans mes bras, ayant toute sa connaissance et nous souriant, nous embrassant et nous consolant même.
- « Deux jours avant sa mort, ce cher ami m’appela, me parla de sa fin, me dit ses dernières volontés et régla lui-même ses funérailles. Il me recommanda d’être forte, ce que je lui promis et ce que je m’efforce d’être , puis il ajouta : « J’emporte deux grandes amertumes : ne pas revoir la France, ne pas revoir ma famille. »
- « Pendant neuf jours, il ne put se tenir couché, il râlait. Il étouffait, et, de ses grands yeux si bons nous suivait, l’enfant et moi.
- Il ne dormit pas une heure pendant ces neuf jours, et pas une plainte, pas un murmure ne s’échappèrent de ses lèvres.
- « La nuit qui précéda le jour de la mort, il eut une crise qui finit après minuit ; alors, il me regarda en souriant et me dit : « J’ai gagné un point ; je ne suis pas mort cette nuit. » Et comme plus tard je voulais réveiller l’enfafft : « Laisse-le dormir, ajouta-t-il ; je recueille de la vie afin de lui parler quand il sera éveillé. » Il croyait encore qu’on pouvait lui ôter son oppressions et prolonger sa vie de quelques jours, et j’envoyai chercher le médcein pour le contenter.
- « A 9 heures du mâtin, le 23, nous le crûmes perdu, mais il passa la deuxième crise et se remit. L’enfant s’agenouilla au chevet de son lit et le mourant, le martyr de la cause du peuple lui parla ainsi : « Mon enfant, garde la mémoire^ie ton père, aime la France, aime-la toujours et quand même. Si elle est menacée et que tu sois en âge, défends-la. Soutiens la cause des pauvres, ces grands déshérités!—Aime ta mère qui m’a été si dévoué et sois lui toujours obéissant. jQuand on me conduira à ma dernière demeure, tu suivras le convoi et de ta main innocente, tu jetteras la première pelletée de terre. — Et maintenant : En avant ! Yivè la France ! ! I »
- « Telles furent ses paroles auxquelles l’enfant répondit en pleurant : « Oui, papa!.. » A 11 heures J/2, il prit un peu de nourriture et but un verre de Bordeaux. A midi, il s’assoupit, et je sentis qu’il commençait à avoir les dernières sueurs.
- « De quart d’heure en quart d’heure, il s’éveillait, nous souriait, nous tendait les mains que nous embrassions et se rendormait. Un quart d’heure avant qu’il mourût, un ami anglais arriva; il se réveilla, lui tendit la main et parla très-distinctement: « Ah! M. Scott, recevez mes adieux, ainsi que Mme Scott, et excusez -moi, car je dors... » « Oui, » lui dit cet ami, « dormez ; vous emportez l’estime et le respect de tous ceux qui vous connaissent. Vous laissez la France en bonne voie. Vsus léguez à votre fils un nom sans tache, allez en paix ! »
- « Un quart d’heure plus tard, il rendait les derniers soupirs, calme, comme si après neuf jours de lente agonie, la mort lui avait réservé ce repos.
- « En moins de 24 heures, toutes les démarches étaient
- faites, et à force de courir du consulat à l’évêché, on avait obtenu que pas un prêtre ne serait présent au cimetière, même pour ouvrir la porte.
- « Le drap mortuaire était aux couleurs de la France qu’il a tant aimée, et l’étendard qui le précédait était aux trois couleurs.
- « Ce qu’il y avait de mieux dans la colonie anglaise était présent : MM. Scott, avocat, Mac-Killops Pacha, Garver, Belleti, accompagnaient ce martyr à s^ dernière demeure. Je marchais tout près de la voiture au bras d’un de nos amis anglais. Vindex venait ensuite donnant la main à Sorbier et à un autre Français. Sur la tombe béante, voyant qu’on craignait les menaces du consul qui avait défendu un discours, moi, pauvre femme, je pris la parole et retraçai les’ derniers instants et les dernières volontés de celui qu’on pleurait. Je remerciai toute la colonie anglaise de l’amitié fraternelle qu’elle avait donnée au proscrit. Ensuite Sorbier reprit la parole et retraça quelques phases de sa vie, puis on se sépara.
- « Voilà, mes chers amis, le calvaire où j’ai brisé mon cœur, et si je n’avais mon fiis, vous ne me reverriez jamais! Mais j’ai le devoir de vivre, je l’ai juré et je tiendrai parole. Marie la Gécilia.
- Qu’ajouter à une semblable lettre. Elle montre quelles hautes intelligences et quels grands cœurs peut atteindre la guerre civile, et avant qu’il n’y ait plus que des veuves et des orphelins, il faut qu’un acte s’impose à tous : l’amnistie ! Mmc Eugène Garcin.
- LES OUVRIERS UE NANCY A L’EXPOSITIOM
- On lit dans le Progrès de l'Est :
- Les rapports rédigés par les ouvriers délégués soit à la suite d’une élection soit à la suite d’une désignation administrative, pour visiter l’Exposition universelle, comprennent pour la plupart deuxpar-ties, l’une technique, l’autre sociale. Dans l’une, les rapporteurs exposent les améliorations apportées à la machine, à l’outil du travail; dans l’autre, ils étudient les améliorations qu’il conviendrait d’apporter à la condition du travailleur.
- Nous avons lu avec la plus grande attention cette seconde partie des rapports présentés par les ouvriers nancéiens. Nous y cherchions l’expression des vœux, non-seulemeut des rapporteurs, mais encore des ouvriers, dont ils étaient les délégués.
- Ces intéressants travaux nous apparaissent comme les cahiers de la démocratie du xix® siècle, analogues par certains cotés à ces célèbres cahiers de 1789, où nos pères de la grande Révolution avaient consigné leur programme politique et économique.
- Ce qui nous a frappé dans ces rapports, c’est le progrès considérable accompli dans les idées de l’ouvrier depuis trente ans. En 1848, la majorité des travailleurs réclamait l’intervention de l’Etat. C’était à
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- l’Etat qu’on s’adressait pour organiser le travail, C’était lui qu’on invitait à instituer des banques du peuple : c’était lui qui était sommé de guérir comme par miracle toutes les maladies sociales, de nous faire tous riches, libres et heureux.
- Aujourd’hui, au contraire, dans les rapports qui nous ont été communiqués, nous n’avons pas trouvé un seul appel à l’Etat. Aucun des divers rapporteurs ne demande l'intervention de l’Etat dans les questions qui intéressent l’ouvrier. Les ouvriers ne veulent devoir l’amélioration de leur sort qu’à eux-mêmes, à leur esprit d’ordre, d’économie, à l’association qui groupe les efforts, à l’instruction qui augmente la force productive, à la liberté qui est la garantie durable de l’association et de l’instruction.
- Ce qui domine dans ces théories ouvrières, c’est le resjpect absolu du droit d’autrui, respect de la propriété du voisin, respect de sa liberté. Je lis par exemple dans un rapport de la Délégation de la cordonnerie cette déclaratiori*qu’il faut retenir : « Nous attendons tout de Vinitiative individuelle, c’est assez dire que nous n’admettons l’ingérence de qui que ce soit, s’il ne fait partie de la société de coopération, de même que nous ne voulons^ en aucune façon imposer ce principe à quiconque ne l’accepte pas librement. Nous réclamons la liberté pour nous : ce n’est pas le moment de la refuser aux autres. »
- Et plus loin ces sages paroles : « La diffusion de l’instruction est éminemment désirable pour la classe ouvrière, car l’instruction ajoute à la somme du bonheur de chacun sans déposséder autrui. «
- Nous le déclarons hautement, dit en terminant le Progrès de l’Est, il y a plus de véritable esprit conservateur parmi les ouvriers que parmi ces aventuriers politiques des classes dirigeantes qui ont collaboré au 24 mai et au 16 mai.
- Assurément, ajouterons-nous, les ouvriers de Nancy ont tout intérêt à tenir à conserver la République plutôt qu’à revenir à la monarchie. La République seule peut leur donner et leur garantir la liberté d’association et de réunion indispensables à l’initiative individuelle. Mais croire que la question sociale peut être résolue par la seule action de l’initiative individuelle, c’est un leurre, c’est une illusion.
- Ne rien faire par soi-même et tout attendre de l’État serait un malheur ; vouloir tout faire par soi-même sans aucun concours de l’État serait une impossibiilité. Les ouvriers doivent faire tous les efforts individuels possibles pour améliorer leur sort, mais ils doivent aussi réclamer la protection de l’État dans cette œuvre. 11 ne faut pas que l’ouvrier se dise :
- "N’attend rien de l’État!
- Il faut qu’il se dise au contraire :
- Aide-toi, et VÉtat t’aidera. E. C.
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mm9 Marie HOWLAND Voir n° 4 (tome 1), à n° 15 (tome 2)
- Chapitre XXX {Suite.)
- Hors des griffes de la mort
- En entendant arriver une voiture et sonner à cette heure indue, Clara, dont la pensée vola de suite à son père, passa à la hâte un peignoir et arriva pieds nus à la porte, avant que la servante eût pensé à se lever. Elle fut promptement rassurée lorsqu’ayant ouvert, elle aperçut M. Forest qui avait déjà renvoyé le cocher èt s’avançait avec son fardeau sur les bras.
- — « oh ! cher père ! Qu’y a-t-il donc? entrez vite, il fait froid, je craignais qu’il vous fût arrivé quelque chose de fâcheux. »
- Après avoir déposé sur le sofa la jeune femme à demi-inconsciente, le docteur répondit :
- « C’est une pauvre fille qu’on vient de retirer de l’eau glacée. Le poste de- police est une si triste place que je n’ai pu l’y laisser, tu comprends. »
- « Vite un lit, » dit Clara. « Mais quel lit lui donner ? celui de la chambre d’amis est trop froid, trop... Ah! le mien ! « puis, se ravisant : « Elle est propre, n’est-ce pas, père ? »
- « Oui ; au moins bien lavée à l’extérieur, » dit le docteur en souriant des scrupules féminins de sa fille.
- — « Eh bien, papa, mon lit est encore chaud, nous allons l’y mettre ; ce sera le mieux, n est-ce pas ? »
- — « Oui, ma chérie, la chaleur est nécessaire ; et celle de ton lit doit posséder un magnétisme précieux pour une Madeleine, »
- A ce moment entra la nouvelle servante, Ellen, une Irlandaise qui remplaçait la vieille Marie de madame Buzzell. L’étonnement de cette fille fut extrême lorsque s’approchant du sofa, elle aperçut, sous les couvertures à moitié écartées, la malheureuse jeune femme dans un état complet de nudité.
- « Sainte mère de Dieu ! » s’écria-t-elle, « qu avez-vous fait, docteur, des vêtements de cette créature ? »
- Clara s’empressa de faire passer dans sa chambre l’infortunée. Elle la revêtit d’une robe de nuit, la coucha avec soin et lui administra un cordial. Susie
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- arriva à son tour et renvoya Ellen, puis les deux amies se disputèrent à qui veillerait la malade.
- « Maintenant, mes filles, » dit le docteur en passant un bras autour de la taille des deux jeunes femmes et en les embrassant sur le front, « je vais rentrer et prendre un peu de sommeil. Ayez soin de cette pauvre enfant et faites en sorte qu’elle nous pardonne de l’avoir rappelée à la vie. Elle a repris connaissance un instant au poste et nous a reproché de l’avoir tirée de l’eau.
- « Donnez-lui de temps en temps une cuillerée de ce vin ; un peu plus tard elle-prendra quelque chose de plus substantiel ; je viendrai la voir après déjeuner.
- « Il est à craindre qu’elle ait une forte fièvre et vous cause des ennuis ; mais je ne pouvais pas, non. je ne pouvais pas faire autrement que de l’amener ici. »
- — « Cette fois comme toujours, père, vous avez parfaitement agi. Vous verrez d’ailleurs qu’elle sera pour nous un autre bienfait déguisé. Pensez-vous qu’elle ait conscience d’elle-même à présent? »
- — « Oui, elle entend tout ce que nous disons, comme dans une sorte de songe. »
- Clara et Susie restèrent jusqu’à l’aube au chevet de la malade. Plusieurs fois celle-ci ouvrit les yeux et regarda autour d'elle, n’ayant pas l’air de savoir si elle était éveillée ou si elle rêvait. A la fin, elle fixa longuement Susie et se mit à pleurer. Susie essaya doucement de la calmer, l’assurant qu’elle était chez des amis où elle trouverait de quoi s’occuper, sans être jamais obligée de retourner à son ancienne vie.
- La pauvre jeune fille finit par s’endormir et ne s’éveilla que fort tard dans la matinée ; d’abord elle se crut seule, mais entendant un doux chant mur muré auprès de son lit, elle se souleva et aperçut un être qu’elle eût pris volontiers pour un ange aux cheveux d’or : c’était une enfant assise sur le tapis et tournant les feuillets d’un livre d’images.
- Voyant l’étrangère éveillée, l’enfant grimpa sur le lit et, joignant modestement les mains, se mit à examiner le nouveau visage.
- — « Comment vous nommez-vous, petite fille ? »
- — « La favorite de mon docteur. »
- — « Et qui est votre docteur ? »
- — « Mon docteur ! ne le savez-vous pas ? Maman dit que c’est lui qui vous a apportée-ici cette nuit dans ses bras. » Puis, après un silence, Minnie, qui voulait se montrer hospitalière demanda : « Voulez-vous descendre et venir voir notre serre ? »
- — « Je suis trop faible, charmante petite, mais je voudrais bien un verre d’eau. »
- « Je vais vous en chercher un, » dit la fillette avec un petit air protecteur, en sautant à bas du lit.
- Elle revint bientôt accompagnée de Susie qui apportait de l’eau de gruau. Susie offrit cette boisson à la malade, puis lui demanda comment elle se nommait ? »
- « Annie Gridier, répondit l’infortunée, « je vous conterai mon histoire ; je ne suis pas aussi mauvaise que vous pouvez le croire ; vous saurez tout voulez-vous ? »
- « A votre gré » fit Susie, « dites ce que vous voudrez ou gardez tout pour vous. Je ne crois pas que vous soyez mauvaise. Votre physionomie me donne au contraire l’assurance que vous devez préférer la vérité et l’honnêteté au déshonneur et au mensonge. Ce soir, si cela vous convient, nous viendrons nous asseoir autour de vous. »
- Annie exprima sa reconnaissance d’une façon simple et touchante, disant qu’elle se sentait beaucoup mieux et qu’elle espérait être bientôt en état de travailler et de se rendre utile en retour des bontés qu’on avait pour elle.
- Pille manifesta la plus grande admiration pour Minnie. « C’est » dit-elle, « la plus ravissante enfant que j’aie jamais vue, mais elle ne veut pas m’apprendre son nom, elle se dit simplement la favorite de son docteur. »
- « Son nom sera Minnie Forest », répondit Susie, « et, je puis aussi bien vous le dire de suite, son père est le fils du docteur, mais je ne suis pas mariée avec lui. Vous voyez que, moi aussi, j’ai eu mes peines, et que néanmoins j’ai supporté la vie. »i
- « Oh ! que vous avez dû souffrir, » s'écria Annie, « vous avez été plus courageuse que moi. C’est que, voyez-vous, je sentais que je devais mourir, que je devais aller là où je pourrais oublier mes affreuses souffrances. »
- « N’y pensez plus désormais, » dit Susie avec une grâce affectueuse. « Vous pourrez vivre ici et travailler avec nous à la culture des fleurs. Qui sait quel bonheur peut vous être réservé ? »
- Vers le soir, le docteur vint voir sa malade. Il s’était informé le matiu si tout allait bien et n’était pas entré étant appelé d’un autre côté. Dès qu’il fut près d’elle, Annie lui saisit les mains et les couvrit de baisers et de larmes.
- « Je suis déjà contente que vous m’ayez sauvée, » dit-elle. « Oh ! je sens que vous m’avez conduite près de bons anges. Jamais on ne vit de plus nobles femmes. Je ne crois pas qu’elles aient leurs semblables dans le monde. Ce soir, je veux leur dire toute mon histoire; restez^ je vous en prie, j’aimerais à vous voir là. »
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- Le docteur céda à ce désir, et les trois amis entendirent la triste histoire qui peut se résumer ainsi ;
- - «Je suis née àl..,, à vingt milles environ d’ici j’ai maintenant seize ans. Mon père est fermier ; il est aussi un des diacres de notre église.
- « Je suis l'aînée de six enfants. Mes premières années furent bien tristes. Je fus obligée à un dur labeur dès que je pus me rendre utile. Le soin de mes frères et sœurs m’était confié.
- « On ne m’envoyait à l’école que pendant l’hiver. J’aimais l’étude, mais il m’était bien difficile de suivre exactement les classes, obligée que j'étais de rester à la maison les lundis et mardis pour aider ma mère à laver et à repasser ; j'étais souvent retenue'd’au-tres jours encore. ,
- « C’est merveille que j’aie pu apprendre quelque chose, car, malgré qu’il m’était impossible d’apprendre mes leçons durant le jour, mon père -ne me permettait pas d’avoir une lampe dans ma chambre pour me livrer, le soir, à cette étude.
- « Une chose encore bien pénible pour moi, c’était d’être frappée rudement par mon père lorsque, emportée par mon goût pour la lecture, j’empruntais, malgré sa défense, des livres ou des journaux.
- « Il y a quelques années, j’avais dix ans alors, une jeune fille du voisinage m’avait, en cachette de mes parents, prêté quelques revues. Ma mère en eut connaissance et l’apprit à mon père ; celui-ci, dans un état de fureur épouvantable, monta à ma chambre et brûla toutes les revues, malgré les prières que je lui adressai à genoux, car ces ouvrages ne m’appartenaient pas. Mon amie, qui tenait à ses collections fut vivement contrariée ; et je pleurai à ce sujet pendant plusieurs jours. Cela impatientait ma mère qui me gourmandait de ma bêtise. Elle se figurait que je devais être parfaitement heureuse ; hélas î je ne l’étais pas et ne pouvais l’être ; on me contrariait systématiquement en toutes choses.
- « Souvent, on me reprochait d’avoir un mauvais caractère, parce que je n’étais pas satisfaite des pauvres vêtements que mon père me condamnait à porter. Ce qui motivait mon mécontentement, c’est que mon père, loin d’être pauvre, avait toujours de l’argent en banque, bien qu’il ne me permît jamais d’aller à aucune fête ni d’avoir un seul joli costume comme la plupart de mes compagnes. Mon père appelait tous les divertissements des parties d’embrassades ; lui et ma mère déclaraient qu’ils avaient bonté, lorsque j’exprimais le désir d’aller me réjouir avec les autres jeunes filles.
- « Ma mère ne pensait qu’à travailler; et il m’était impossible de trouver le même plaisir qu’elle à laver, à frotter et à faire la cuisine. Je m’y serais cepen-
- dant résignée, si l’on m’avait laissé prendre quelques distractions et permis de lire de temps en temps.
- « Il y avait à notre école un élève nommé Georges Storrs, le plus beau et le plus intelligent de tous les élèves. Je crois que je l’aimai dès que je le vis ; lui ne fit attention à moi que l’an dernier au mois d’août.
- cc II me rencontra en revenant du village, nous finies le chemin ensemble. Arrivé près d’une mare couverte de nénuphars, Georges ôtà sa chaussure et entra dans l’eau pour cueillir quelques-unes de ces fleurs Comme il me les apportait, j’aperçus à quelque distance sur la route, mon père qui se dirigeait de notre côté. Poussant un cri d’effroi, je me sauvai dans les broussailles, Georges m’y suivit et je lui expliquai mes frayeurs. Il m’assura que mon père ne me ferait pas de mal, et moi dans mon épouvante je me serrai contre mon compagnon.
- « Mon père, en effet, passa sans paraître nous avoir aperçus. Mais combien j'avais peur de rentrer à la maison ce jour-là !
- (A Suivre.)
- LA. SOLIDARITÉ & Jf. JULES SIMON
- M. Jules Simon, président de l’Association philotechnique de Paris, a prononcé dernièrement, dans la séance générale de cette association, une très-remarquable allocution, dont le Journal des Economistes reproduit toute la partie relative à l’économie politique.
- La place nous manque pour apprécier aujourd’hui l’opinion de M. Jules Simon sur l’utilité de l’enseignement de l’économie politique, et pour rapprocher cette opinion de la conférence sur le même sujet faite à la salle du Trocadéro par M. Frédéric Passy, et publiée récemment par la Revue politique et littéraire.
- Cette appréciation et ce rapprochement feront l’objet d’un de nos plus prochains articles. Pour le moment, nous nous bornerons à reproduire les conclusions de M. Jules Simon.
- « Il y a une leçon d’économie politique qui est la » première de toutes. La première de toutes les leçons, » c’est d’apprendre aux deux antagonistes, le capital et » le travail, qu’ils doivent ne plus lutter que pour savoir » lequel des deux fera le plus de bien à l’autre! Voilà » la vraie grandeur de l’économie politique, quand son » enseignement est remis en de nobles mains. Au lieu » d’être la bataille des intérêts, elle en est la concilia-» tion. Elle est la science qui nous apprend à compren-» dre que les intérêts d’autrui sont nos propres intérêts. » Il se peut qu’il y ait eu autrefois, qu’il y ait encore » des patrons égoïstes qui disent : J’ai fait un marché » avec vous, ouvriers; j’ai acheté votre fatigue, j’en ai » acheté telle quantité à tel prix. Voici le prix : nous » sommes quittes ! J’étais acheteur, vous étiez vendeurs ;
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- LE DEVOIR
- » le prix est payé; il n’y a plus rien entre nous (1). Il § » se peut qu’il y en ail d’autres plus humains, plus gé- j » néreux, qui [veulent faire du bien à leurs ouvriers, 3 » amis qui veulent être les maîtres de le faire dans la j » mesure où ils l’entendent; des patrons, en un mot, 1 » qui veulent bien accepter une charte, mais à la condi- j » lion de l’octroyer.
- « D’un autre côté, il y a des ouvriers qui, faute de » savoir, choisissent avec intention pour se mettre.en » grève lë moment où le patron est menacé de faillite,
- » parce que, se disent-ils, il ne pourra rïbn nous refuser.
- » Il y en a d’autres qui, voyant les fourneaux allumés,
- » sachant que lés frais généraux marchent, sans s’in-» quiéter du dommage qu’ils font à la fabrique, à leurs » proches, à eux-mêmes, à leur honneur, s’en vont, dès » qu’ils ont touché leur semaine, la boire au cabaret,
- » oubliant qu ils sont pères, maris, citoyens ; en un » mot, oubliant qu’ils sont des hommes (2).
- » Messieurs, vous guérirez cette lèpre sociale par le » simple enseignement des faits. Vous montrerez au » patron égoïste qu’il ne connaît ni son devoir ni ses » intérêts : son devoir, c’est d'être humain ; son intérêt,
- » c’est que l’ouvrier soit heureux chez lui et se porte -» bien ! Vous montrerez à l’ouvrier qui se laisse aller à » la dérive, qui ne sait pas se gouverner, que son intérêt » c’est de faire dire autour de lui : Voilà un honnête » homme et un travailleur capable! Cette réputation,
- » pour celui qui l’a conquise, est une force et uu capi-» tal. C’est pour ses enfants un héritage.
- » Patrons, ouvriers, deux forces distinctes avec un » but commun. S’ils se combattent, ils se détruisent ;
- » s’ils s’aiment et s’entr’aident, ils se fortifient les uns » par les autres !
- » Il n’y a pas de science qui n’aboutisse à la morale,
- » mais, de toutes, celle qui en paraît être la plus éloi-» gnée et qui cependant nous y ramène le plus néces-» sairement, c’est l’économie politique (3). En l’ensei-» gnant aux ouvriers, vous leur apprendrez que la » grande habileté est la grande honnêteté ! Il faut rem-» plir son devoir parce que c’est le devoir, et il faut le » remplir aussi parce que c’est l’intérêt. L’honnêteté est » le meilleur capital du riche ; elle est le capital de celui » qui n’a pas de capital. »
- (1) Les paroles que M. Jules Simon met dans la bouche de patrons
- qu’il qualifie d’ «égoïstes », ne sont pas autre chose que les affirmations catégoriques des économistes les plus autorisés. 11 est admis en économie politique que le travail est une marchandise. M. F. Passy a même dit: « la seule marchandise », et M. J. Garnier a répété de nombreuses fois que « les salariés reçoivent tout ce qui leur revient de droit, » E. G.
- (2) Ce reproche est fondé; mais, pour que le parallèle restât impartial, il fallait dire aussi qu’il y a des patrons qui, sans s’inquiéter des misères dont l’écroulement de leur maison accable leurs ouvriers, risquent dans des spéculations do Bourse, dans le jeu, ou gaspillent dans le libertinage, leurs capitaux et leur honneur.
- Çeux-là sont cent fois plus coupables que les ouvriers ; car ils ri’onj pas, comme eux, des circonstances atténuantes à invoquer. E. C.
- (3) Nécessairement, non pas! c’e't facultativement qu’il faut dire. II
- n’y a aucune obligation à le faire. Cette absence d’obligation est précisément ce qui fait condamner l’économie politique par les moralistes sérieux. Le grand idéaliste anglais, Carlyle, a même qualifié l’économie politique de « science sinistre ». ^ E. G.
- LA FEMME PHARMACIENNE
- En 1865, une demoiselle de Zaandijk, A. M. Tobbe, s’adressa à la commission médicale de la Hollande septentrionale pour obtenir son inscription comme élève-pharmacien; elle désirait continuer à se rendre utile dans la pharmacie de feu son père, pharmacie qui venait d’être confiée à un gérant diplômé. La commission répondit que la demande présentait un caractère tellement exceptionnel qu’elie ne se croyait pas autorisée à prendre une décision et elle engagea la pétitionnaire à s’adresser directement au ministre de l’Intérieur, M. Thorbecke. Le25 juin 1865, celui-ci répondit par un refus : l’art. 17 de l’instruction pour les pharmaciens se serrant dn pronom il, il était évident, disait la réponse ministérielle, qu’il n’y était question que d’élèves masculins et que, par conséquent, il ne pouvait être satisfait à la demande de M1!e Tobbe.
- La loi de 1866, sur l’exercice de l’art de guérir, fu plus galante que sa devancière et admit les femmes aussi bien que les hommes aux examens d’élève-pharmacien, d’aide-pharmacien et de pharmacien. Elle eut de nombreuses imitatrices. A peine onze ans se sont écoulés depuis la mise en vigueur de la dernière loi médicale, et déjà une centaine de dames ont été reçues élèves-pharmaciens et subiront naturellement, après qu’elles auront acquis les connaissances nécessaires et satisfait au stage légal, les épreuves subséquentes pour obtenir le droit d’ouvrir une officine.
- L’examen d’élève-pharmacien est déjà nne épreuve assez sérieuse : il comprend la langue néerlandaise, l’arithmétique, le latin, la lecture et l’application de recettes écrites et de quelques prescriptions de la Pharmacopœa Neerlandica, la connaissance théorique des médicaments, la reconnaissance des simples par leurs caractères extérieurs, l’origine des médicaments, leurs dénominations-scientifiques avec leurs synonymes, et la préparation des recettes. Détail peu flatteur pour le sexe fort : proportion gardée, le nombre des candidats masculins refusés est double de celui des candidats féminins.
- Ces futures pharmaciennes, dont plusieurs sont filles de médecins de campagne ou de pharmaciens, ne se placent pas seulement dans l'officine de leur père, mais sont recherchées dans les pharmacies des grandes villes, surtout à Amsterdam, et même dans les pharmacies des bureaux de bienfaisance, et se recommandent par des habitudes d’ordre, de propreté
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- et d’exactitude qu’on rencontre rarement au même degré chez leurs concurrents masculins.
- (Journ. de phann. d’Anvers).
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- Traité pratique et rationnel de Botanique médicale, par Paul Hacquart, 1 vol. in-18 jésus. Rouen, imprimerie D. Brière et fils. Prix : 6 francs.
- Voici un volume que nous, voudrions voir répandre à profusion. Il est du nombre de ceux que l’on, devrait trouver dans chaque famille.
- Nous connaissons beaucoup d’ouvrages de médecine populaire, mais nous n’en connaissons aucun qui réponde mieux par sa forme à l’intention de son auteur. Tout ici est clair, net, précis. Tous les renseignements s’y trouvent avec facilité. La méthode suivie est excellente et donne une grande valeur pratique à cet ouvrage.
- Il est divisé en quatre parties.
- La première, Organisation des Végétaux, initie le lecteur étranger à la botanique, aux principes de l’anatomie et de la physiologie des plantes, c’est-à-dire à leur composition et à leurs fonctions de nutrition et de reproduction.
- La deuxième partie, Classification des Végétaux, fait passer sous les yeux du lecteur, par des tableaux expliqués, les divers systèmes de classification de Tour-nefort, de Linné, de Jussieu et de de Candolle.
- La troisième partie, la plus étendue, comprend la Botanique médicale proprement dite, les propriétés et emplois des plantes médicinales classées par ordre de familles.
- Enfin, la quatrième partie est un Mémorial thérapeutique qui comprend, rangées par ordre alphabétique, toutes les maladies citées dans l’ouvrage, avec la définition sommaire de chacune de ces maladies, le nom de toutes les plantes qui peuvent être employées à leur guérison et l’indication du folio du livre où se trouve décrite chacune de ces plantes.
- Rien de plus clair, rien de plus rationnel que cette méthode. Enfin, pour plus de facilité dans les recherches, M. Hacquart a dressé une table finale où tous les noms de plantes et de maladies sont répertoriés par ordre alphabétique.
- Ajoutons que partout le style est clair, accessible à tous les esprits ; que les termes techniques y sont évités autant que possible, et que tous ceux qu’il a fallu maintenir ont leur explication à une place donnée.
- Les personnes familières avec les sciences savent que tel n’est pas le cas des ouvrages de botanique ou de ceux de médecine.
- Nos docteurs, malgré Molière, ont conservé cette ha-
- bitude d’employer de grands mots pour de petites choses. Ils croiraient se déshonorer en se servant des mêmes termes que le commun des mortels. En les entendant parler de l’alopécie, de l’aphonie, de l’hémoptysie, de l’epistaxR, de l’ictère, de l’odontalgie, on ne soupçonne pas toujours qu’ils parlent de la chute des cheveux, de l’extinction de voix, du crachement de sang, du saignement de nez, de la jaunisse et du mal de dents. Il n’y a pas jusqu’au rhume de cerveau qui ne devienne un coryza, et jusqu’au mal de tête qui ne se transforme en céphalalgie. Nous ne connaissons guère que les brûlures et les cors aux pieds pour lesquels nos docteurs n’aient pas imaginé, sous prétexte de grec, quelques beaux termes bien rudes, bien rugueux. Nous signalons à qui de droit cette omission, et nous sommes bien certains qu’avant peu les brûlures ne s’appelleront plus des .brûlures, ni les cors aux pieds des cors aux pieds.
- Quand donc la médecine se débarrassera-t-elle de toute cette terminologie qui l’empêche de devenir populaire? Nous comprenons encore que Ton parle de flatuosités et d’éructations, vu que ces termes ont pour correspondants dans la langue vulgaire des monosyllabes d'une trivialité désespérante. Mais, au nom du ciel, pourquoi forger des termes barbares là où le mot propre suffit ?
- M. Hacquart a eu soin d’éviter autant que possible cette terminologie pédante et superflue, et nous l’en félicitons.
- Nous voudrions que cet ouvrage, si accessible à toutes les intelligences, fût réédité dans une édition à meilleur marché et donné par le Ministère ou la Ligue de l’Enseignement à toutes les bibliothèques communales de France- E. G.
- Liste des ballons sortis de Paris pendant le siège. Tableau in-folio. Chez A. Brissonnet, 127, Boulevard Sébastopol.
- Ce travail est présenté sous forme de tableau encadré de chromolithographies. Il donne le nom des 66 ballons sortis pendant le siège, l’indication des points de lancement et d’arrivée, les dates (jours et heures) du départ et de l’atterrissement, la distance parcourue, la direction suivie, la désignation des propriétaires, des aéronautes et des passagers, le chiffre des dépêches et celui des pigeons voyageurs ainsi emportés. Les dépêches sorties atteignirent le nombre de 3 millions et les pigeons en apportèrent 116,00.0.
- Les quatre chromoiithographes représentent la descente de l’aéronaute Bézier en Norwège, à 3,130 kilom. de Paris, la mort des aéronautes Prince et Lacaze, perdus en mer, enfin le mode de déchiffrement par agrandissement des dépêches microscopiques du gouvernement de la Défense nationale.
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- POLITIQUE
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- MUTUALITE •• SOLIDARITÉ » FRATERNITÉ
- ASSOCIATION DU CAPITAL & DU TRAVAIL
- - TRAVAIL INDUSTRIE
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- Rédacteur en chef :*M. Ed. CIIAMPURY
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- Dans une pensée fie propagande utile an progrès des vérités sociales 9 l’administration du -O.E-yOIR s’est imposé le sacrifice d’envoyer d’ofiiee son journal à un certain nombre de personnes qu’elle considère comme devant être sympathiques à ces vérités.
- Ayant besoin d’ètre fixée sur le concours qu’elle peut trouver* parmi les lecteurs du DEVOIR? l’administration prie les personnes qui n’ont pas; encore réglé leur abonnement de le faire si "elles veulent continuer à recevoir le journal, autrement leur numéro sera supprimé.
- Elle prie également les personnes qui ne veulent pas s’abonner de rendre au facteur le dernier
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- numéro en mettant « refusé » sur la bande et en signant.
- La France en 1878. — le droit à l'existence. — Semaine politique. — Lettre, d'Angleterre. — Où en est VAllemagne. L’art nouveau. — Roman : la fille de son père. — De l’attitude de l’élève à l’école. — Correspondance et discussion contradictoire. 6
- LA FRANCE EN 1878
- Les événements contemporains se déroulent avec rapidité. A peine un fait a-t-il produit une impression sur nous qu’un fait nouveau surgit et substitue son impression à celle de son devancier. Il en résulte que nous apprécions mal ces faits, que nous sentons mal leurs proportions relatives, que nous perdons de vue leur filiation, leur enchaînement et que nous avons à peine le temps de les grouper dans notre mémoire et de les rattacher à un tout.
- Et cependant ces coups d’œil d’ensemble, ces résumés rétrospectifs ont leur utilité. De même que le touriste qui gravit une montagne et qui n’a pas encore atteint la cime puise des forces nouvelles en mesurant du regard le chemin qu’il a déjà parcouru, de même les peuples qui s’efforceiit d’atteindre un. idéal élevé retrempent leur courage au spectacle des premiers résultats obtenus.
- Si l’on promène un de ces regards d’ensemble sur l’année qui vient de s’écouler, on lui trouve un ca-
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- le devoir
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- ractère historique bien à elle. Elle ne ressemble pas à celtes qui la précèdent et celles qui la suivront ne . pourront pas lui ressembler. Elle est comme une transition du régime de la politique d’aventurê au régime de la politique du bon droit, l’ouvrant au lendemain de la soumission du chef du pouvoir executif à la volonté nationale, elle se clôt à la veille du renouvellement partiel d’un Sénat qui avait tenu si peu de compte de cette volonté, tille, ternie l’ère des coups dÉ’tat, elle ouvre celle de l’exercice loyal du suffrage universel.
- Le bien naît souvent du mal. C’est un des privilèges de l’humanité de faire tourner à son profit les intentions les plus contraires. L’année 1878 en est une preuve de plus.
- " Durant toute cette année, la France républicaine a eu une ëpée de Damoclès suspendue sur sa tête ;
- ehbien! en dépit des apparences, l’imminence de ce danger a été utile à la .nation. Les hommes d’Etat républicains, forcés de maîtriser leur tempérament, ont mieux compris qu’il fallait ne rien brusquer , ils ont appris que la plus grande des armes c’est la per J suasdon„et ils ont beaucoup fait pour persuader les masses ; ils ont vu que toute réforme doit s’accom-_plir par transitions successives et que les mesures les plus sages, les plus excellentes, ne sont profitables que si l’opinion publique est préparée à les recevoir. Peut-être nos députés ont-ils fait preuve d’une plus forte dose de prudence qu’il n’y avait né-' cëssifé7 peut-être même, sous prétexte de discipline générale, ont-ils plus d’une fois poussé jusqu à la faiblesse l’abdication de leurs volontés personnelles. Quoi qu’il en soit, ils ont gagné à cette épreuve. Il» -Ont mièux èompris que jamais combien les différentes nuances de l’opinion républicaine sont solidaires les unes des autres et combien il est précieux au développement du parti qu’il compte dans.-ses rangs, côte à côte et en bonne intelligence, des hommes dont la prudence ou la modération sont les facultés maîtresses et d’autres plus enthousiastes quant au principe et plus déterminés* quant aux moyens.
- Si de l’influence que l’année 1878 a eu sur les hommes d’État du parti républicain nous passons à eelle qu’elle a eue sur le peuple, nous avons une satisfaction plus vive encore à témoigner. L’opinion publique a fait dans les masses des progrès incalculables. Ceux des électeurs qui étaient déjà républicains auparavant, le sont aujourd’hui plus que jamais. Ils ont vu que les événements leur donnaient "ràïsorfëfc leurs dictions se sont fortifiées.d’autant. Ces électeurs se sont durcis au feu de la lutte contée
- le despotisme et la réaction, et quelque pression qu’ils
- aient à subir à l’avenir, ils resteront inflexibles. Quant à la masse des indécis, elle n’a plus aujourd’hui de prétexte à indécision. La République a fait ses preuves. Elle a relevé les finances 5 elle a ranimé le commerce et l’industrie ; elle a diminué lés im-pôt| ; .elle a entrepris de grafids tfàvaux publics ; elle a pris cïe grandes mesures pour faciliter la dif. fusion de l’instruction populaire ; elle a rendu à la France son rang de grande puissance dansde concert I de la diplomatie européenne ; elle a ébloui le monde entier par le succès sans précédent d’une exposition universelle triomphale ; enfin, elle a assuré la séeu* rité la plus complète, la plus absolue à l’heure même où’dans les pays voisins, les plus puissants monarques devenaient une cible pour lés balles ou un but pour les poignards. 1
- Tous les vieux fantômes, tous les vieux épouvantails évoqués par les gens des anciens partis ne sont plus que de vieilles munitions de guerre qui ne peuvent plus partir, ou que des carcasses de feu d’artifice qui ont pu faire leur effet à un moment donné, mais qu’on ne rallumera plus. Personne en France, personne ne croit plus au spectre rouge, à l’hydre de la démagogie, au socialisme guillotineur, aux mains rouges de sang, et à tant d’autres vieux clichés qui ont besoin d’être'refondusfiCeüx mêrhè qui, à la tribune ou dans les journaux, affectent de croire à toutes ces calamités, à toutes ces désolations, savent parfaitement à quoi s’en tenir ; ils ressemblent à ces marchands d’eau de Lourdes qui débitent leur marchandise, mais qui obt 'bien Soin de d’en pas consommer. •; *'- * * : ' v
- Ce n’est pas à dire que l’année 1878 ait débarrassé la République de toutes les résistances. Non. Le nouveau régime a toujours contre lui les trois groupes d’adversaires bien déterminés : le clergé et ceux qu’il fait vivre, quelques familles de royalistes de bonne- foi, puis toute la tourbe des royalistes et des bonapartistes par intérêt. Toutefois ces adversaires sont moins à craindre aujourd’hui que précédemment, car l’année 1878 les a forcés à prendre position, et le pays peut» maintenant tourner en conséquence ses batferies. - ?
- Il suffit de considérer la situation actuelle de ces trois groupes pour voir que nous n’exagérons pas.
- -V fï '• : M '
- La curie romaine, en déclarant, par la voie de se* mandements et de ses journaux, une guerre ouverte et sans merci aux principes de 1789, a soulevénontf6 elle l’opinion générale. Elle ne pouvait mieux agir pour consolider le régime républicain. La campagn®
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- anti-libérale â laquelle assiste aujourd’hui le peuple français est une édition revue et augmentée de la campagne de même nature conduite par le clergé pendant les quinze années de Ta Restauration. Celle d’alors n’aboutit qu’à faire renverser ' les croix et démolir l’ar’cHèvêcheb de ' Pàm ; celle d?aüj ourd’hui aboutira *à Tàf déconsidération définitive duJ clergé français, 'du* saint-siège ét des dogmes romains. Grâce à la maladresse de la curie romaine, la troisième République échappe aux dangers d’entraînement qui perdirent la seconde. En 1848, en effet, le clergé sut se rendre populaire, et, à la faveur,de cette popularité, il s’empara de nombreux sièges à l’Assemblée nationale, se mêla de toutes les fêtes et ne rougit pas d’asperger d’eau feénite les arbres de la liberté, 'à'tel point que les pauvres arbres- en rnoiifuffe'nt, xl * '~ ^ ***' '** '<u';
- "’ÀÜJMifd’hui, nous n’avons rien de semblable à redouter’f ies’mâhdemehts leb plus ‘fülgufânts font hausser les épaules, les pèlerinages polîtibo-fêîi-gieux sne rréunissent plus que quelques1 dpoignées (famateur s, les collecteurs du denier de Saint-Pierre seplaignenf de ne rien recueillir, et «les marchands d’eau de Lourdes ou de la Salette en sont réduits à offrir leur marchandise au rabais. ' t
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- Le groupe des royalistes de bonne foi est encore plus abattu que le groupe clérical.
- " Jüsqü’îci les quelques vieillards qui. croyaient loyalement au retour du « Roy » jouissaient" aux yeux du pays d’une certaine considération. On les trdyaiUfineapablës de bassesses ou'd'e petits nidyens. •On souriait'de*deufes illusions, mais1 oh respectait leur sincérité. Aujourd’hui j *cela'‘devient bien difficile. Ces vieux marquis se sont laissé aller à des alliances peu louables, et la considération dont ils jouissaient est bien compromise , si elle n’est pas ruinée à tout jamais. <
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- •Quant au parti de l’opposition quand même, au parti de la politique ,des appétits, ses iaffaires sont plus mauvaises encore. La réprobation publique s’est soulevée contre lui avec une telle intensité, qu’il n’a même plus le courage de ses opinions. Il dit ce qu’il ne pense pas et n’ose pas dire ce qu’il pense. Il se fait caméléon et change de couleur d’un instant à d’autre.°>Uî lieu de chercher, comme pré-nl(lem*mentpà-én imposer pan «on audace.et sa crâ-neriey il de fait modeste, ilnse faitthumble,-.àl se. fait petit. Après avoir vanté les,qualités sans, égales de quelques princes; il en-vient à renier, d’avoir eu des Apports ,avec, eux, et cherche à se disculper d’un soupçon semblable. Il va plus loin : il cache son
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- drapeau ; il met sa cocarde dans sa poche ; il rougit de son nom et le renie. Les légitimistes s’appellent des conservateurs, les orléanistes s’intitulent constitutionnels, et les bonapartistes se décorent du nom de partisans de l’appel au peuple.
- Quelle déroute, quel aplatissement !
- Jamais jusqu’ici en France on n’avait vu de partis avoir pareillement honte d’éux-mêmes.
- Il faut avouer que les ennemis de la République n’ont reculé déviant èien pour ‘ àe reridrê odieux à l’opinion publique. Ils ont eu recours aux manoeuvres électorales les plus méprisables ; ils ont rempli leurs journaux des calomnies les plus éhontées ; ils ont porté à la tribune les violences de langage les plus inouïes et les mensonges les plus effrontés ; ils ont couvert de railleries, de sarcasmes, d’invectives, l’Exposition universelle, cette grande victoire nationale ; enfin, ils n’ont pas craint de demander, avec une insistance infatigable, qu’une invasion étrangère ramène sur la France le déshonneur et la désolation.
- Voilà ce qu’ont fait en 1878 les ennemis de la République !
- Quoi d’étonnant, après cela, que ces gens-là rougissent d’eux-mêmes et que la nation s’écarte d’eux avec dégoût.
- Mais ce n’est pas seulement les sympathies du peuple français qu’a méritées la République, c’est encore celles de l’étranger. Des pays, limitrophes, connue des points du globe les plus éloignés, la France a vu accourir dans sa capitale des industriels, des commerçants, des visiteurs de toute nature. Toutes les langues, toutes les races, toutes les religions sont venues fraterniser dans ce grand concours universel, et l’héritier présomptif de la plus brillante couronne çlu monde, le prince de Galles, a profité de l’occasion pour déclarer solennellement, et de la manière la plus catégorique, quelle sympathie et quelle confiance réelles la France républicaine inspire aux souverains éclairés.
- Enfin, sur le terrain de la diplomatie, c’est-à-dire sur celui où les pouvoirs anciens ont soulevé contre la France le plus de suspicions, la République a su faire naître la*Confiance. Au Congrès de Berlin, rompant aved les traditions des rois -et avec celles des empereurs, qui ne voyaient dans une conférence -qu’une curée où le plus fort- arrache, le plus:* gros morceau, la France républicaine a affirmé ses*dési*p ,de paix ef prouve son désintéressement.,
- Ainsi, à l’intérieur comme à l’extérieur, partout l’année 1878 a démontré que la forme républicaine
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- LE ©EYOIR
- est la seule qui puisse convenir à un pays de suffrage universel. Partout se détache des faits ce grand enseignement que la République inspire aux peuples qui vivent sous son régime des désirs et des principes plus honorables et plus élevés que ceux qu’inspire la monarchie. Partout, enfin, a été affirmée, proclamée, rendue évidente et incontestable cette grande vérité que, puisqu’un peuple qui, à tort ou à raison, passe pour léger, peut vivre dans un ordre parfait et se relever des malheurs les plus inouïs sous le régime républicain, ce régime doit devenir un jour ou l’autre le régime légal de tous les peuples. Ed. Champi uy.
- LE DROIT A L’EXISTENCE
- Réponse aux objections
- (Suite)
- L’idée du droit à l’existence résultant pour tous les hommes de l’action productive de la nature, nous a encore valu d’un docteur du département de l’Eure les critiques suivantes :
- « Vous dites : le premier droit de toute créature » humaine, c'est le droit à la vie, le droit à i'exis-» terme, c’est-à-dire à l’indispensable et même au » nécessaire.
- » Vous dites aussi que la nature est un agent pro-j» ducteur désintéressé qui travaille pour ceux qui » n’ont rien comme pour ceux qui possèdent ; et vous » partez de là pour réclamer la part des déshérités » de la société, pour donner une base à vos revendi-» cations.
- » Eli bien ! c’est cette doctrine que je considère » comme plus spécieuse que vraie. »
- Nous ferons remarquer à notre correspondant qu’il ne suffit pas, pour qu’elle soit fausse, de qurhfier de spécieuse une idée philosophique et profondément sociale; mieux vaudrait-l’examiner dans ce qu’elle a d’essentiel pom* juger ensuite de sa valeur morale et sociale et en tirer les conséquences utiles qu’elle renferme, au lieu de lui accorder une portée exagérée que nous ne lui attribuons pas.
- Nous avons dit dans un ouvrage : (La souveraine td et les droits'du peuple.)
- « L’homme ne fait ni la terre, ni les métaux, ni ni l’air, ni la lumière, ni la chaleur; |
- Il ne fait ni les poissons, ni les quadrupèdes, ni les oiseaux ;
- Il ne fait point davantage croître ni fructifier les plantes ni les moissons.
- Toutes ces choses sont l’œuvre de la puissance créatrice, toutes demeurent ou se renouvellent sans cesse: n’étant l’œuvre de personne, elles sont données pour l’usage de tous.
- Un homme peut-il équitablement disposer en maître et jouir à l’exclusion des autres, sans réserve ni partage, de ce qui n’est pas son œuvre, de ce qui a été créé pour l’humanité?
- Or, le Créateur du monde en donnant à l’homme l’existence pour travailler et coopérer à l’œuvre de la vie terrestre, lui a créé l’obligation naturelle de se conserver; ce qui implique le droit aux produits nécessaires à cette conservation.
- Les droits naturels au fonds commun de la nature ne peuvent donc être justement enlevés à l’homme que si la société garantit au citoyen un droit social équivalent au moins, aux ressources naturelles dont il se trouve dépouillé. »
- Ce raisonnement est aussi simple que vrai, il n’a rien de spécieux, à moins qu’on ne prouve que la force et la violence ont remplacé le droit.
- Notre docteur comprenant que le droit à l’existence, c’est-à-dire la faculté de pouvoir vivre, se rattache à ces questions de droit primitif, continue sa lettre en disant :
- » Dans les temps, primitifs, quand la propriété | » n’était pas individuelle, mais commune, l’homme » était obligé de travailler pour chercher sanourri-» ture, pour subvenir à ses besoins. En ce temps-là,
- » comme maintenant, le premier devoir était de tra-» vailler pour se procurer des vivres. Que ce fût par » la pêche, la chasse ou la cueillette, n’avait-il pas » à lutter contre toute sorte d’obstacles ! Donc dès » le début, comme toujours, l’homme a continuelle-» ment été obligé de travailler pour se procurer son » nécessaire. C’est là la loi naturelle. »
- Notre correspondant est plus près qu’il ne le pense d’être en accord avec nous. S’il avait lu tous les numéros dm Devoir, ses objections ne se seraient pas produites.
- Oui, le travail est la grande loi de l’homme) c’est le devoir impérieux qu’il'doit remplir, non-
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- seulement pour se procurer des vivres, mais pour servir le progrès.
- Aussi' sommes-nous tellement convaincus qu’agir par le travail sur la matière est la destinée de l’homme, — destinée par laquelle il s’élève du progrès matériel au progrès moral
- que nos efforts ont pour principal objet d’enseigner les moyens de réaliser l’ordre dans l’industrie et le travail.
- Notre correspondant est donc dans la plus complète erreur s’il croit que nous voulons appeler au repos les hommes laborieux. Bien au contraire, nous disons que leur (destinée et leur gloire futures dépendent de leur travail ; nous affirmons nous-même que travailler est la loi 4e tous ; mais nous proclamons en même temps que bien appliquer les produits du travail, en faire bon lisage., les répartir avec justice, sont les plus grands des devoirs qui incombent aux hommes.
- C’est en cela qu’il reste à combler de nombreuses lacunes sur lesquelles la sagesse humaine peut s’exercer.
- Notre contradicteur a-t-il vu notre état social avec vérité, lorsqu’il ajoute :
- « .... Il n’y a réellement pas (le déshérités. Il n’y a » toujours que l’homme obligé de travailler pour » subvenir à se& besoins, et l’état actuel offre bien » plus de ressources plus faciles qu’autrefois....
- » Le sort de la classe ouvrière s’améliorera de » plus en plus quand l’ouvrier sera plus prévoyant,
- » qu’il ne dépensera pas en un ou deux jours chez » le marchand de vin les trois quarts de son salaire.
- » Instruisons-le, rendons-le soigneux, économe, » moral, et nous verrons, non-seulement qu’il vivra » bien, mais qu’en plus il fera des économies et de-» viendra propriétaire...»
- Tout cela est très-bien, et certainement nous ne voulons pas prendre parti pour les ivrognes ; mais constatons que les instruire, les rendre soigneux, économes, moraux, cela rentre beaucoup dans ce que nous demandons pour le perfectionnement de la vie humaine. Il ne suffit pas de dire : rendons les hommes meilleurs ; il faut pour que la société s’améliore, créer les moyens de cette amélioration ; et ces moyens sont dans le progrès des institutions. L’intempérance a sa cause et ne peut être détruite que par une cause contraire.
- Mais n’y a-t-il que l’intempérance qui produise des malheureux ? Quelle est donc la situation de l’ouvrier sobre, laborieux, rangé, économe, quand il est chargé de quatre, six, huit enfants n’ayant pas l’âge de travailler ?
- Partagez, cher docteur, entra toute la famille, les deux, trois ou quatre francs de salaire que gagne cet homme, suivant qu’il est simple manœuvre, médiocre ou bon ouvrier; supposez, si vous le voulez, que sa femme soit économe, active et soigneuse, et dites-nous quelle sera la nourriture, quels seront le vêtement et le logement dont cet ouvrier pourra, avec un tel gain, faire jouir sa femme et ses six ou huit enfants ? Car il faut que lui aussi trouve sur ce salaire de quoi se réconforter pour le travail du lendemain.
- Je crois qu’après avoir bien examiné, vous ne trouverez guère d’autre ressource possible pour cette famille que celle de la mendicité.
- Que deviendront les enfants dont la jeunesse se passera dans ce rôle dégradant ? Que deviendront eux-mêmes le père et la mère dans cette lutte de tous les jours contre la misère ? Ne finiront-ils pas par se décourager et par s’égarer.
- Oh ! qu’il est facile d’être un homme tempérant, lorsque, rentrant chez soi, on trouve toujours bon feu et table servie. Mais hélas ! quelles épreuves pour ceux dont le foyer n’exhale que la misère.
- Faites la statistique des districts manufacturiers et vous verrez, docteur, que les familles d’ouvriers, dans une situation analogue à celle que je viens d’exposer, sont plus nombreuses encore que les ivrognes.
- Et nous avons compté sans le chômage. Mais transportons-nous en pays de fabrique. Le travail est abondant. L’ouvrier trouve à sa demande, chez le fabricant, la mettre qu’il emporte à son domicile pour la mettre en oeuvre.
- Il est en possession de son métier. Travaillant chez lui, il est maître de son temps et dirige son travail à son gré. Aussi, dès cinq heures du matin jusqu’à huit ou dix heures du soir, travaille-t-il aidé de sa femme et de ses enfants, au grand détriment de l’instruction de ceux-ci.
- L’ouvrier gagne par ces moyens un salaire journalier avec lequel il peut subvenir au x besoins de sa famille^et même, à force d’économie;
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- il trouve le moyen de faire quelques petites épargnes.
- L’article qu’il exécute est bon ; créé depuis" plusieurs années, il n’a pas faibli ; rien ne présage à l’ouvrier que la ressource de son travail puisse lui manquer. Mais, ô vicissitudes de notre industrie, *le moment arrive où l’article ne trouve plus d’acheteurs ; la fabrique arrête, l’ouvrier est sans travail. .
- Il peut vivre sur l’épargne. Le père de famille cherche de l’occupation, mais toutes les places sont prises. Du reste, la quantité de bras que la fabrique laisse ainsi inactifs rend les demandes d’ouvrage superflues pour la contrée.
- On attend avec l’espérance que le travail reprendra, et l’on continue de vivre sur l’épargne. Mais' le temps s’écoule, cette dernière ressource s’épuise et il faut recourir au crédit : or, le crédit lui-même s’est fermé depuis l’arrêt de l’iffdustrie; alors, c’est l’affreuse misère... et la fabrique ne reprend pas. ' *
- Il faut quitter le pays, aller à l’aventure, maudissant son existence et celle de ses enfants, sans. aucun droit d’y pourvoir par soi-même !
- C’est ainsi que, de nos jours, en France, on voit des communes de 1,200 à 1,500 habitants perdre; en deux pu trois ans, par une émigration obligée de cette nature, deux cents à trois cents de leurs habitants.
- 0: Quelles que soient les merveilles accomplies par la civilisation, quelle que soit l’étendue de ses richesses et de ses moyens de production, où donc est, pour ceux-là qui souffrent de la misère, du froid, de la faim et des privations de toiitesfhôrtes, l’équivalence du droit naturel de chercher en toute liberté les choses nécessaires à leurs besoins ? Dira-t-on que cette équivalence existe dans la mendicité et l’aumône ? Est-ce là une ressource digne des progrès aœ complis par la civilisation ; est-elle en rapport avec les égards que nous devons à la vie humaine, et que la société doit aux citoyens ?
- A ceux qui répondent : Oui, les classes laborieuses ont tout ce qu’elles peuvent justement attendre de la société, nous n’avons plus rien à dire : pour eux, c’est la force qui fait loi.
- Mais à ceux qui trouvent comme nous qu’il y a quelque chose à faire pour élever la dignité humaine au niveau qu’elle doit occuper,
- nous disons : Soyez avec nous pour propager les moyens de cette élévation. Proclamons que la société a encore plus de devoirs à remplir à l’égard de ceux qui souffrent que ceux-ci n’ont de droits à exercer. Et ne trouvez pas étrange que nous proposions, comme devoir social, l’organisation de la mutualité national® contre le malheur, et comme devoir entre individus, l’organisation dé l’association, de manière à faire que chacun participe, à la richesse qu’il crée, proportionnellement ’ à la valeur de son travail, dans les bénéhces de la production.
- Nous nous bornerons, pour le moment, à cette analyse des objections qui nous sont faites. Les autres correspondances reçues sont approbatives ou rentrent dans les'mêmes données critiques que celles auxquelles nous avons ré-* pondu. ' -'v#
- Nous croyons avoir démontré suffisamment' combien il5 est nécessaire' au progrès- que les convictions ne s’arrêtent pas devant la résistance aux vérités nouvelles, ni devant les difficultés qui, toujours, s’accumulent devant ces vérités. Car, non-seulement il y a toujours au sein deé sociétés dés intérêts qui trouvent la vérité inopportune, mais les meilleurs esprits eùx-m'êmes sont souvent opposés aux changements que les idées nouvelles doivent apporter dans les habitudes et les manières de voir. •
- Galilée, en s’inclinant devant l’inquisition, disait: Et pourtant la, terre tourne !
- r G I t ‘ si' 1 ' ' ‘ Q r-M !>« •
- ^$ous:,. devant,, l’indifférenceH dp Q opportunisme,. nous disons^: Et pourtant la nature agit et produit pour tous ! :i ,, _ (
- L’œuvre cle propagande entreprise par le « Devoir » est certainement très-laborieuse. L’administration y dépensera 36,000 francs, au-delà de ftçs, recettes,, pour la première année. Mais, ce pe ^era^gs pour elle ,un motif dçvdé-cquragemqnt ^ elle espère rençpntrer :,ass# d’ÙQmmçp dévoués à l’humanité pour continuer son œuvre. ___.. # GODIN.
- PENSEES SOCIALES & P&LITÏûUES
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- Il n y a pas de morale possible en politique sans l’amour de l’humanité.
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- LÀ SEMAINE POLITIQUE
- i lj : . • l., I . > J * 3 , ' ^
- i'Disoo'or» de M. Gambetta. — Le seul incident un pëu notable de la semaine est le discours que il. Gambetta: a prononcé au Grand-Hôtel, à l’occasion d’uü banquet qui lui avait été offert par les représentants de commerce. ,l '
- -Trois-points principaux sont à noter dans*cette nouvelle harangue du président de la commission du budget. lia déclaré tout d’abord qu’il n’ambitionnait nulle-1-ment lé pouvoir ; secondement, il n’a pas dissimulé à son auditoire que si l’heure des périls était passée pour la République, celle des difficultés allait sonner, car il se produira nécessairement, des divergëndes de vues dans le parti touchant la nature et Retendue des réformes à accomplir; enfin, M. Gambetta s’est élevé très-vivement contre la théorie de la République cosmopolite et universelle,iet il a renouvelé la formule : «. Chacun chez soi, ehaeun pour soi. » Au point de vu® philosophique, ipÿ. aurait beaucoup à dire sur cette théorie ; mais, dans l’état actuel de l’Edropé, le discours de l’éminent orateur est un acte d’opportunisme qui s’explique aisément.
- i'1 ' I . * ’
- Le calme iiatérieai*. — En dépit de l’approche des élections considérables du 15 janvier, le calme le plus profond règne dans le pays, qui, sur de la défaite des ennemis de la République, vaque tranquillement à ses affaires. Les opérations préparatoires pour le scrutin de dimanche ne donnent, pour ainsi dire, lieu à aucun incident notable, et jamais victoire car on assure toujours que le succès est acquis aux républicains — n’aura été remportée plus pacifiquement.
- îi i O. 3 JA. -, ,1 U u> * a. - j - - - 1
- ‘ L'îi Société dew amin de la paix. ~ La
- Société des amis d'e la paix vient de prendre l’initiative d’une motion excellente, en adressant aux délégués sér--natoriaux une circulaire danS laquelle elle engage le corps électoral à émettre devant lë candidat de son choix mr vœu en faveur de la suppression de la guerre. La Société formule en ces termes ce qu’elle considère comme le1 point capital de son œuvre de propagande : l’arbitrage international : - .
- f La pratique de 1,'arbitrage[international, dit-elle, ne
- # serait, pasimème une innovation. Depuis.moins d’un
- * ,sièele,;trente-sept.différends entre» nations ont été ré,-» glés. de cette manière, et, j dans ces dernières années » surtout, les médiations, qui sont une forme acciden-» telle de l’arbitrage, se. sont multipliées. Rornoqs-nous » à citer celle; relative à .-l’affaire du Luxembourg eulre
- • ia France et la Prusse, celle relative à l’affaire de
- » YAlabama entre l’Angleterre et les-; Etats-Unisy ; celle » relative à [l'affaire'des sujets japonais de Rile Formose » entre;la.Chine et le,Japon. i
- « » ,11 ne s’agit donc plus que.de-généraliser l’arbitrage » au point que tout cas de guerre devienne à l’avenir » un cas d’arbitrage. »
- Nous ajouterons qu’un ^ certain nombre de conseils généraux, .ceux du Nord', de Meurthe-et-Moselle, du ffdubs, de la Gôte-d’-Or, de. l'Aveyron:- du Gantai, de Loir-et-Cher, d’Eure-ét-Loir, ont émis des vœux en faveur dé l’arbitrage-. Il est possible que la question ne soit pas encore mure pour- une solution; mais on ne peut que féliciter- les1 courageux citoyens qui, bravant les railleries--des - sceptiques, travaillent à préparer à l’Europe un avenir pacifique.
- ' TJxie infamie. — Voici la dernière infamie imaginée par le parti (jles « honnêtes gens. » Les journaux de la- réaction ont mis en circulation un récit qui affectait des allures mystérieuses et d’après lequel un sénateur
- de la gauche, qu’on ne nommait pas, aurait été expulsé d’un cercle de la rive gauche, qu’on ne nommait pas davantage, pour affaire de jeu. Un de ces journaux ayant cru devoir ajouter au piquant de la nouvelle en désignant clairement M. Ghallemel-Laeour, celui-ci a immédiatement déposé une plainte au parquet de la Seine. Nous-verrons si la magistrature, qui est si soucieuse de l’honneur des conservateurs, donnera la satisfaction qui convient à l’honneur du sénateur républicain indignement calomnié.
- •\& '
- Le prochaîn Thudg-et. — Le vœu que nous émettions dans une de nos dernières revues va pouvoir être réalisé. En effet, sur un ordre émané de M. Dufaure, nous apprenons que l’on travaille activement dans tous les ministères,_de façon à pouvoir opérer le dépôt du projet de budget dans les premiers jours de la reprise des travaux parlementaires. Gette fois-ci on n’aura plus d’excuse si les discussions parlementaires sont encore écourtées.
- TJne moa«t3ruos»ité — Certains journaux annoncent comme une chose toute» naturelle Renvoi au Muséum d’histoire naturelle de Pari;- de la tète du principal instigateur de la révolte canaque, Ataï, qui aurait été décapité après avoir été laissé pour mort sur le champ de bataille.- Une pareille exhibition est un véritable scandale. Les Canaques son!, en résumé, des hommes qui ont combattu les envahisseurs de leur pays, et c’est nous rabaisser au niveau de ces. sauvages que de nous faire un trophée, .fût-il scientifique} de la tête de leur chef. En fia de compté, il est aussi barbare de tuer des hommes à coups de fusil et de canon, que de les assommer à coups de massue et de les transpercer de flèches, et c’est donner un étrange exemple de. civilisation que.d’exposer à la curiosité des badauds, une tête de sauvage coupée par des soldats européens. Et cela se passe à la fin du dix^neuvième siècle ! Et l’on va répétant que nous' sommes le peuple le plus policé du monde 1
- Bonnes paroles. — A la réception des chefs de service de la préfecture de police, le directeur du cabinet du préfet, M‘. Vergniaud, a prononcé les paroles suivantes dans lesquelles il a caractérisé, en termes singulièrement heureux, l’esprit qui doit, dans une démocratie, présider aux rapports de l’administration avec-le public;
- « S’il importe grandement à la prospérité de l’Etat dé « conserver intact le dépôt de la puissance publique qui « nous a été plus particulièrement confié, nous n’en « devions pas moins nous appliquer à ménap;erune forcé
- plus précieuse encore : l’ânection des citoyens pour lé « gouvernement qu’ils ont.su se donner, un gouverne-« ment sagement libéral et'franchement républicain. »
- Ce langage est de tout point excellent, malheureusement c’est surtout dans l’administration à laquelle appartient M. Vergniaud,. qu’il reste beaucoup à faire pour mettre les actes en accord suffisant avec les paroles. Espérons, cependant, que cette harmonie finira pir s’établir, et que bientôt la police ne sera plus qu’un instrument pfieifiiqne destiné exclusivement à protéger la sécurité et la liberté des citoyens.
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- Ml. Pasqnier, académicien. — L’Académie française a conféré son XIIIe fauteuil à M. d’Audiffret-Pasquier, président aetu/1 du Sénat. .
- Gette élection n’a pas été disputée ; M. Alfred Assolant, seul concurrent, s’étant présenté très; tard.
- Nous ignorons quels sont les titres, littéraires qui ont pu valoir une si haute distinction à M. Pasquier. Nous connaissons de lui quatre discours, dont un fort remarquable. Toutefois, un de ces discours ne pourrait soutenir même un instant ,1a comparaison des discours de M. Gambetta, de M. Louis Blanc, ou de M. Floquet.
- Il est donc regrettable qu’un homme sans titres littéraires entre à l’Académie — corps officiel qui émargeait budget — lorsque des sommités littéraires comme
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- MM. Laboulaye, Eug. Pelletan, Edmond Scherer, Leconte de Lisle, Paul Albert ou Alphonse Daudet restent à la porte.
- Le Orétïit. foncier*. — On annonce que des poursuites vont être dirigés contre M. de Soubeyran, ancien directeur du Crédit foncier, bonapartiste émérite, et contre divers personnages qui ont collaboré à l’administration de ce financier conservateur. Un des chefs de l’accusation reposerait sur ce fait que des dividendes fictifs auraient été distribués. On a encore d’autres grieis contre l'ancienne direction du Crédit foncier. Cette affaire, qui est encore assez obscure, ne saurait manquer d’avoir un grand retentissement dans le monde politique et financier”où M. de Soubeyran jouait un rôle considérable, sinon très-considéré.
- Nouvelles chaires et nouvelles facultés. — Nous avions signalé, il y a huit jours, la création de deux nouvelles" chaires à l’Université de Paris. Aujourdhui trois chaires nouvelles sont créées, dont une d’astronomie à la Faculté des lettres de Clermont accordée au professeur Gfruay, et deux à l’école de médecine de Paris, dont une de maladies des enfants et une d’ophtalmologie.
- Un autre décret institue à Montpellier une faculté de droit et à Toulouse une faculté de médecine.
- Voici d’excellentes mesures auxquelles tous les amis du progrès doivent applaudir des deux mains.
- • •
- Gambetta lit>r« échaugiste. — On a
- vu avec plaisir la République française parler nettement des principes d’économie politique que la France doit reveudiquer ; c’est à propos de la lettre récente de M.de Bismarck ^et des bizarres théories du grand chancelier que le journal s’est prononcé catégoriquement ; la veille déjà, l'Economiste français, par là plume de M. Leroy-Beaulieu, avait critiqué les idées de l’homme d’Etat prussien sur l’élévation des droits dédouanés ; ce matin, la République française dit : .
- « Cette façon d’âgir ne saurait convenir aux gouvernements dont les budgets sont en équilibre. »
- Ainsi, d’après M. Gambetta, la France n’a pas besoin de recourir à de pareils expédients ; les partisans du libre échange peuvent donc se rassurer, et du reste on s’est aperçu depuis quelques semaines que tout‘le terrain gagné par les protectionnistes ne l’avait été qu’en apparence ; à mesure que la discussion décisive approche, ils perdent à la fois contenance et crédit. La majorité parlementaire sur laquelle ils avaient un instant compté pour imposer au pays une politique funeste, n’est déjà plus avec eux.
- L’Afghanistan. — Les nouvelles qui nous parviennent de ce pays touchant le conflit anglo-afghan, sont des plus confuses, et quoi ^u’eii puissent dire certains journaux anglais, il est très-difficile de savoir ce que signifie exactement la fuite ou la retraite de Shere-Ali. Il est certain que le fils de l’Emir Jakoub-Kan, a pris les rênes du pouvoir. Voilà tout ce que l'on sait de précis. Quant à la nouvelle donnée par le Times que ce rince était venu à Jellalabad faire sa soumission, c’est un ruit qui demande à être confirmé, d’autant plus qu’une dépêche récente annonce que le gouvernement de Kandahar se prépare à résister énergiquement à l’armée anglaise. Il est donc très-prématuré de déclarer, comme le font certains journaux, que le conflit anglo-afghan va être terminé par la soumission du fils de l'émir. La vérité est qu’on marche en pleine obscurité et que l’attitude de la Russie est aussi douteuse que possible. Quant à réduire aisément à merci les populations de Caboul, c’est une espérance qui pourrait bien être déçue, et les Anglais qui la nourrissent devraient bien se rappeler le sort malheureux d’Elphinstone. On est peut-être plus près de l’heure des surprises qu’on ne pense, et l’arrivée du printemps risque fort de modifier la situation.
- Les aflbireH d’Orient. — Les nouvelles d’O-rient ont un caractère assez pacifique, et le nouveau grand-vizir, Kérédim-Pacha, fait toujours grand bruit des réformes dont il prétend vouloir poursuivre la réa--lisation, et dont voici les principales : Les valis de toutes les provinces seraient dorénavant nommés pour cinq ans, et autant que possible tous les fonctionnaires seraient choisis parmi les habitants de chaque vilayet. Les douanes, les impôts fonciers et autres revenus seraient affectés aux travaux publics et les jugements seraient rendus librement. Ce programme est assurément plein de séduction, mais nous craignons beaucoup qu’il ne reste éternellement sur le papier. C’est généralement ainsi que les crises se passent en Turquie et même dans d’autres pays que l’on pourrait nommer.
- La question de la délimitation des frontières de la Grèce a fait un pas.
- Les commissaires Ottomans nomméspar la Porte pour négocier la rectification des frontières de la Grèce, sont arrivés à Volo,
- A Constantinople, les négociations se poursuivent en vue de la conclusion d’un traité définitif entre la Turquie et la Russie, traité relatif aux questions purement réciproques et qui n’ont point un intérêt européen. D’après une dépêche venue de Berlin, le sultan aurait adressé une lettre autographe au Czar pour lui demander une réduction de l’indemnité de guerre. Il ne serait pas impossible que le gouvernement de Saint-Pétersbourg saisit cette occasion de faire le généreux à peu de frais, car dans les conditions financières où se trouve la Turquie le paiement intégral d’une forte indemnité pécu-nière est fort hypothétique.
- JL’agritatioiien Russie.— Il règne en Russie, dans tout s les classes delà société et, particulièrement au sein de la jeunesse studieuse, une agitation extrêmement vive occasionnée par les mesures violentes prises par la police depuis les événements de Muscan, d’Odma et de Kuif. Cette agitation a été portée à son comble, par l’obligation imposée aux étudiants de porter l’uniforme, et cette sorte d’enrégimentation a provoqué des troubles dans certaines universités. Plusieurs professeurs ont été molestés et d’autres ont été victimes de sévices graves. Sans qu’il fût nécessaire d’analyser par le menu les incidents épédoiriques du mouvement qui se manifeste chez, les étudiants russes, on sent qu’il y a là le signe d’une de ces effervescences qui s’imposent à l’attention publique. La restauration de l’uniforme, dans les universités, équivaut au rétablissement du régime militaire dans les institutions; mais il est douteux que le changement d’habit modifie les dispositions de la jeunesse, et ce n’est point en faisant appel au militarisme à outrance que le gouvernement aura raison d’une agitation qui ébranle sensiblement les bases du gigantesque édifice autocratique fondé par les Ramanoff. On pensait, à Pétersbourg, que la guerre heureuse de 1878 servirait de dérivatif à l’opinion. C’est une erreur, et si le Czar ne se résout point à entrer franchement dans la voie des réformes politiques et sociales, il risque fort de se trouver dans une situation plus grave que le fut celle de la dynastie des Bourbons, à la veille de la réunion des Etats-généraux de 1789.
- Eu Allemagne. — Le chancelier de l’Empire a adressé au Conseil fédéral, une lettre pour lui exposer ses vues sur la réforme douanière, et ce manifeste économique provoque les discussions les plus passionnées sur les bords de la Sprée. Il n’y a pas lieu de s’en étonner, car, dans sa lettre,M. de Bismarck déclare réso-lùment la guerre aux principes libre-éehangistes pour entrer dans la voie protectionniste. Le chancelier propose d’abaisser les impôts directs pour surélever les impôts indirects et pour faire frapper de droits tous les articles importés, à l’exception toutefois des matières premières que l’Allemagne ne produit pas en quantité suffisante.
- L’opinion est fort émue par un incident scandaleuse
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- ment tragique, qui s’est produit à Wurtzbourg. Un jeune étudiant mis au violon pour une peccadille^ avait tenté de s’enfuir. Un sous-officier de l’armée allemande a tiré sur le fuyard et l'a tué. Toute la ville lui a fait des funérailles magnifiques. L’assassin a été traduit au conseil de guerre et,non-seulement il a été acquitté,mais encore le commandant de place a loué « sa noble conduite ». On pense l’impression que cet incident a occasionnée dans les rangs de la population civile. Aussi, le jour de l’enterrement de l’étudiant assassiné,les troupes ont-elle été consignées: deuxdouzaincs.de cartouches avaient été distribuées à chaque soldat.
- Voilà les bienfaits du militarisme.
- La police continue toujours ses perquisitions contre le socialisme ; mais elle n’est pas heureuse dans ses 1 recherches et les procédés arbitraires ne servent qu’à surexciter l’opinion.
- • >.
- Los» régicides. — Il paraît que le roi de Danemark et l’empereur d’Autriche ainsi que les journaux cléricaux l’avaient annoncé, ont été menacés de se voir assassinés, l’un par un cabaretier, l’autre par un teinturier. Ces deux aspirants régicides sont également fous, ni plus ni moins que ce Eîyrne-Madden, qui voulait, prétend-on. tuer la .reine Victoria, pour se faire élire président de la République universelle.
- Il est plus qu’étrange de voir les fous se donner le mot de la sorte. Pour nous, il nous est impossible de prendre ces menaces au sérieux. Nous ne voyons en tout cela que des ficelles foncières.
- M. Piétri avait organisé: autrefois une foule de complots fictifs contre la vie de son empereur, et à la faveur de ces ficelles policières^ il arrêtait qui bon lui semblait. La police étrangère nous semble avoir pris modèle sur M. Piétri.
- La question de lu Honmélie. — La question du maintien de l’ordre dans la Roumélie orientale, après-le départ des Russes, ne laisse pas que de préoccu per les puissances, et d’actives négociations sont, dit-on, entamées à ce sujet. On avait d’abord proposé une occupation mixte de la province, mais on semble y avoir renoncé pour appliquer, conformément à l’opinion de l’Angleterre, l’article 16 du traité de Berlin, qui donne à la Turquie le droit d’envoyer des troupes dans la Roumélie orientale, si l’ordre y est menacé. La Russie est très opposée à cette solution, tandis que l’Autriche appuie la proposition anglaise. A Constantinople, on a accueilli cette proposition avec enthousiasme, et il en est résulté des dispositions conciliantes à l’égard du gouvernement de Vienne relativement à l’occupation de Novi-Bazar. Voici, cependant un incident qui pouvait amener bien des complications. Une dépêche de Philipo-poli assure qu’on a menacé M. Schmidt, le directeur des prisons de la Roumélie orientale, de l’assassiner, s’il venait à Sliono pour recevoir le trésor public. Sous quelle inspiration est née cette menace,.c’est ce qu’on ignore encore.
- L’armée "belge. — La Chambre des députés de Belgique a adopté un projet de loi sur le contingent de l’armée en 1879. En Belgique, comme en Angleterre, les dépenses militaires sont fort impopulaires, aussi le parti clérical a-t-il essayé d’émeuter l’opinion en prétendant que le projet violait la loi sur la milice votée en 1870.
- Le projet adopté la semaine dernière est destiné à donner en 1879 un recrutement de 12,000 hommes effectifs en rendant obligatoire le remplacement des miliciens qui ont obtenu des dispenses d’incorporation ou de service. Il a d’ailleurs un caractère temporaire comme le vote même du contingent qui est annuel. Un projet de loi définitif, qui fait partie de l’ensemble des réformes militaires annoncées par le discours de la Couronne à l’ouverture du Parlement, sera discuté dans la session prochaine.
- Ces mesures prouvent que la paix européenne ne paraît assurée à aucun gouvernement.
- Les fiuances égyptiennes. — On télégraphie du Caire que le conseil des ministres vient de prendre une décision importante en ce qui concerne la répartition de l’impôt foncier. Cette décision a pour objet l’abolition des privilèges dont jouissent certains propriétaires et non les plus petits, et d’où il résultait que les terres les meilleures ne payaient que le tiers environ de l’impôt foncier ordinaire.
- On prétend que cette réforme fort équitable donnera une augmentation de revenu de plus de dix-sept millions. Nous le souhaitons sans croire très-fermement à la réalité de cette plus-value.
- rtOaOQOQOoni—"
- LETTRE D’ANGLETERRE
- Correspondance particulière du Devoir.
- Londres, 31 décembre 1878.
- Mes chers amis, vous aurez mes dernières lignes de celte année. Dans une heure, l’année 1878 passera du présent dans le passé et n’existera plus que dans nos souvenirs ; si elle ne trouve point à marquer dans l’histoire de rhumaniié avec la date trompeuse et l’œuvre boiteuse du Congrès de Berlin. Tandis qu’en France, cette année qui tombe dans l’éternité du passé comme la comète fuyant dans l’immensité des mondes, traîne après elle un long rayon d'espoir, ici elle ne laisse après elle que la guerre au loin et la misère à nos côtés. Tandis qu’elle lègue à la République le calme, la paix et l’honneur reconquis ; tandis qu’elle écrit au fronton du temple de la patrie la date glorieuse de l’Exposition de Paris, où le monde entier a signé le pacte de la paix et du travail; tandis que sur ce sol naguère encore labouré par les boulets de l’ennemi, foulé par le pied insolent de l’envahisseur, la nation sans entraves enfin, jeune et virile encore, se retrempait dans le labeur puissant et reconquérait son rang, affirmait la clarté de son génie et la vaillance de son peuple de travailleurs ; tandis que libre, enfin, la France donnait au monde le spectacle et la preuve de sa résurrection sous le drapeau égalitaire de la République.. l'Angleterre, la première puissance du monde par ses i ichesses et l’étendue de son empire, devenue la proie de quelques habiles compères dont l’audace ne se mesure plus; la nation qui a devancé les autres de deux siècles dans la voie des libertés politiques ; l’Angleterre, cette terre classique du libéralisme, c’est-à-dire du progrès raisonné et sûr, cet asile de la liberté, ce grand pays tombé entre les mains astucieuses de deux ou trois politiques sans scrupule, voit la ruine assise à son foyer, ses enfants décimés par la faim ; ses laborieuses populations réduites à l'ilotisme et pressurées à la lois par le fisc qui demande de l’or pour payer les folies du gouvernement et par le capital qui veut combler les vides creusés par l’explosion des banques qui sautent les unes après les autres.
- Entre la Manche et la Méditerranée, nul ne règne et le peuple gouverne. Ici, un parvenu pour qui tous les moyens sont bons, uni à ces prétendus conservateurs qui ne veulent conserver que leurs privilèges, ayant trouvé trop aisé de s’en affranchir, s’est imaginé de régner et de gouverner. Ce courtisan, qui connaît le faible de toute nature humaine, s'assouplit à toutes les ambitions, à tous les appétits, et domine par son cynisme un parti où les caractères manquent autant que les intelligences. Il est le maître, enfin, il est le maître de ce troupeau de nullités que leurs richesses et un système de représentation nationale à rebours des idées les plus vulgaires, ont valu à la représentation de la Grande Bretagne. La vigilance du parti libéral s’est laissé surprendre en 1874 ;‘dans vingt minutes, 1878 va mourir et 1879 se lover. Le peuple anglais verra-t-il poindre, avec l’aube de l’année nouvelle, l’aurore de la délivrance? Il est permis d’en douter. Elle viendra pouitant; ces politiques qui placent toute leur habileté à paraître habiles
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- aux yeux du troupeau qu'ils traînent après eux, et dont ils n’auraient pas l’estime si ce troupeau pouiâit estimer quelque chose ; ces gens qui n’ont même pas le nez assez long pour voir qu’au-delà des articulets louangeurs de leur presse officieuse,' il y a le jugement sévère des contemporains éclairés et le juste jugement de l’impartiale histoire ; ces hommes à courte Vue tomberont de haut à leur heure.
- Puisse cette heure n'ètre plus longue à venir. Puisse ce beau pajrs'être bientôt soulagé de ce cauchemar, délivré de ces faux conservateurs. 1-Ié ! ne sommes-nous pas les vrais conservateurs ? N’est-ce point nous qui voulons que chacun ait quelque chose à conserver? C’est nous, iravaillleurs aux bras noirs ; c’est nous, producteurs, qui labourons le sol ; c’est nous, pères de famille qui élevons nos fils pour la patrie, c’est nous qui créons la richesse; c’est nous qui sommes les plus intéressés à ce que la richesse se conserve et que tous en aient leur part légitime. Radicalisme ! nous crie le privilège. O nuit du b août aurez-vous encore à dous douner le sublime spectacle de 89. Allons, allons ! revendiquons’ nbs' quartiers de noblesse, disons à ces parvenus se donnant des airs d’aristocrates :
- ? Arrière ! place- au travail ! place à nous, les vrais conservateurs, car c’est là- notre titre, à nous qui ne voulons que deux choses ! Du travail et la paix.
- /Quant à ce parti sans nom, comme il a été si bien dé- I fini l’autre jour à la tribune française, qu’on lui laisse son vrai nom : les privilégiés. Plus que jamais on sent en-Angleterre que la lutte-est là : aristocratie ou'démocratie. La première n’est plus possible, donc à la seconde à gouverner; ne parlons pas de régner.. f
- Que ce soit mon souhait pour l’an prochain et pour Pavenir en faveur de la terre hospitalière qui a accueilli tant de fils dévoués de la France». Minuit sonne. Salut à 1879 ! Et à vous, chers amis, bon an et bonsoir.
- OU EN EST L’ALLEMAGNE
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- Ca qui ae passe en Allemagne depuis la guerre francq-.allemande offre un. profond enseignement aux peuples de l’Europe, et. il est regrettable que pette leçon d’histoire contemporaine ne soit pas plus étudiée. .
- p^jçu-tçnit çn; France, Jes. journaux se contentent de rapporter les événements concernant l’empire de Guillaume en les,, accompagnant de eommcritçqres-clichés? sans se donner la peine d’approfondir la question générale.. A notre, avis, c’est là une grave lac.u,ne, que malgré notre insuffisance, nous voulons chercher i combler, dussent nos ,articles ne .servir, qu’à indiquer le point de ,vue synthétique auquel il convient de se po;ser,po(^r enseigner lu, qqestioq,.. i Le temps des. guerres de conquêtes est passé. l’Eurppe commence epfin à .s'occuper de son .développement progressif, et normal, et, en voyant les Etats-Unis sur le point de tenir la corde daps la course au .clocher de la civilisation, elle voudrait bien ne pas trop rester jen^rrière ,et ne pas. sq laisser immobiliser par la politique routinière du .passé — Quel penseur européen,, quel que soit sa nationalité,.oserait encore prononcer un mot autre qu’ « En avant ? »
- L’élan est général et- irrésistible, nul peuple ne peut s’y soustraire, l’Allemagne pas plus que les autres, heureusement pour elle.
- Voyons quel rôle joue le gouvernement de.,,l em,-pereur Guillaume; daq,s cette évolution progressive,. Représentant fanatique d’un passe vermoulu, Guil-? laume a dernièrement honné,. dans.mn discouris, ,1a note d’alarme du danger qui menace, leis drônes et les institutions de la force brutale,le seul remède pour lui est d’en revenir à la peur d u Dieu ^protecteur des puissants et aü respect et à la crainte de 1 autorité. Avoir un peuple .soumis, prêt à étouffer la liberté envahissante chez des voisins».dangeureux, tel est le rêve, dp l’empereur octogénaire, rèvqdopt la réalisation est heureusement impossible 1 — Que fait le ministre, . caressait et partageant,peut-ètrq les illusions de son maître LU .cherche.à bâtir.,île petites, digues, sembl ble à un ^enfant qui, au bord de la mer, mettrait quelques galets les uns sur les autres pour arrêter la marée mont^nte..^ i \
- Sans entrer ici dans les détails de la:/politique quotidienne, voyons quelques-unes des petites mesures qui doivent, selon Bismarck, sauver la Prusse de la contagion démocratique.
- On> condamne le rédacteur,de la Volhszeitung de Dresde,» à lü mois: de prison;» le rédacteur de la Fre^Preise de Chenmitz.,; Petzold, à( 7 mois ;t le rédacteur^ de jla Freie-Zcitung, Max Reiffer,j à . ô
- • T f ' ; • •
- mois. Çe( dernier pour,offense envers le ^clergé, les deux autres en vertu de la ioi..sur le socialisme, _
- . .Les députés jLiehknepht, .^aliljtêech et dont la popularité est grande en Allemagne, sqnt sous leaoverro.vtx, avec cinquau.te t/do f leurs collègues, Rédacteurs et propagandistes comme eux. L’excellent jO;Urnal(d<jî Sonnemann?ila Gazette,de FrKanefort,A a cinq de ses rédacteurs, MM..Bucher,Curti,Hœrt, Stern etSack, comparaissant deyan,t le juge d’instrqctiûj], comme accusés d’avoir outragé le prince de Bismarck.
- Depuis la promulgation de la loi contre les socialiste^, le gouvernement, n’a pas perdu dèltemps, il présentement interdit 13p associations,.35 journaux et, organes d'associations,- etrj100 publications qo.n périodiques. Le préfe.t de la police berlinoise,,JVL Ma-d,aï, interdit^ 1 entrée en Allemagne à tel,petit journal belge qui a 2 ou 3. abonnés .à. Berlin., Vous voyez que.l’on n.e négjige pas les détaiis^t^ue grandes£et petites vexations sont pratiquées sur» une vaste échelle. Avoir proclamé le «( petit état de siège » humilie les Berlinois, car si,Bismarck a perdu tout lq prestige de sa popularité, le courroux de la bourgeoisie est loin de monter jusqu’à Guillaume ; — le
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- Berlinois est encore essentiellement monarchiste.
- Les arrêtés portant restriction au droit d’association et relatifs au droit de vente publique des journaux se multiplient On expulse de Berlin deux députés des p'us populaires, Ilasselmann, chimiste distingué et ardent socialiste de 33 ans, etFritzsche, un vieillard pacifique et modéré, très-aimé des Berlinois, ses électeurs.
- Quô pensent ceux-ci de cette expulsion? Que pensent également les électeurs de Most et Auer de l’expulsion de ces deux députés ? Most a passé une forte partie desavië en prison pour la cause libérale,' et Auerest'un de ces hommes tranquilles et paternes comme Fritzsche.0 1
- L’ostracisme né s’en tient pas là. Il craint de n’êtrë'pàs" àâseîf odieux et il frappe les démocrates par fournées de 30 à 40.
- Les expulsions s’élèvent déjà au chiffre de 56, et rien ne permet de présumer qu’elles s’y arrêteront.
- Les progressistes expulsés de Berlin protestent contre l’accusation d’avoir mis en danger l’ordre et la sécurité publique... La police saisit leur circulaire.
- Que répond le peuple à cette manière de mettre en pratique forcée le respect de l’autorité prêché par l’empereur dans'l’allocution dont nous venons de parler? ~Â Apoldau, aux élections du conseil municipal, de sept candidats posés par les socialistes, cinq ont été élus. — Cette protestation se renouvellera partout où l’occasion s’en présentera.
- La pression gouvernementale, pour essayer de façonner les opinions politiques à la guise du grand chancelier, *e montre même dans des détails d’embauchage :
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- A Berlin, pour la construction d’un bâtiment de 1,’État, on a mis dans les conditions de soumission la clapse que des manœuvres ouvriers, etc., qui, de n’importe quelle manière, soutiennent des idées so-sialistes, ne pourront pas être employés sur les chantiers. « Si l’entrepreneur lui-même à des tendances socialistes, — serait-il le meilleur marché, — le travail ne peut lui être confié ! — Si cela ne se sait qu’après la remise des travaux, on les lui enlève immédiatement. — Quelle large porte ouverte aux calomnies, aux intrigues et à l’arbitraire !
- Chaquq personne, de laquelle on pourrait craindre qu’elle portât préjudice à la sécurité ou à l’ordre public, peut être bannie par le département de la police, Aussitôt cette loi promulguée, le docteur Stamm.Greifenberg, Rackow,Baumann, l'économiste Schramm, Ecks, Kœrner, Malkowitz, Werthraann, Anders, Zabel, Einer, Winnen,Tlmrstein, Wernsdorf, j etc., ont dù quitter Berlin. — Nous nommons avec1
- intention beaucoup des progressistes expulsés, afin de donner la preuve que le mot socialisme, qui a été le prétexte de ces rigueurs insensées, a presque été oublié depuis dans l’application des lois et mesures nouvelles, car penser est un crime suffisant pour devenir suspect. — Ainsi on a interdit cette année au professeur Dühring de donner ses conférences.
- Qu’est devenue cette liberté de la presse et de la parole, dont les Allemands étaient si fiers? « Chez nous, disaient-ils, on peut dir® ou imprimer ce que l’on veut A ses risques et périls. »
- Le croirait-on, j’ai entendu faire l’été dernier à Berlin, le raisonnement suivant : Bismarck est trop fin pour n’avoir pas une arrière-pensée en s’embarquant dans la voie de la répression à outrance ; étant ambitieux, après avoir atteint toutes lesdignités que peut donner une monarchie, il veut finir sa carrière comme président de la République et fera sauter la machine monarchique pour en ramasser les morceaux et devenir l’homme indispensable, providentiel delà République germanique. » —Cetteprophétie baroque, ne semblerait il pas que Bismarck emploie tous les moyens pour la réaliser ? — A nos yeux, cette opinion bien allemande est insoutenable. Bismarck est assez fort en mathématiques pour savoir que la ligne directe est le plus court chemin d’un point â un autre, et, s’il agit inconsciemment en homme disposé à pré- -cipiter les événements, s’il pousse à la révolution, c’est surtout parce que lui aussi a ses flatteurs qui empêchent le bruit du flot populaire d’arriver jusqu’à lui!... Il suit jusqu’au bout son programme, convaincu dans sa naïveté qu’il est vrai que la force puisse continuer de primer le droit.
- Edmond Potoniê
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- L’ART NOUVEAU
- • Nous empruntons à une nouvelle revue artistique illustrée, le Musée artistique et littéraire(\), lesl ignés suivantes qui s’accordent avec ce que nous avons dit nous-raême de l’art de l’avenir (Tome n, p. 114) :
- « Quand chez un peuple de quelque grandeur s’accomplit une révolution, les arts subissent une transformation , résultat inévitable du changement de mœurs.... La France ouvre aujourd’hui une ère nouvelle, qui produira sans doute un art nouveau. La démocratie, maîtresse enfin de ses destinées, inspirera certainement les artistes autrement que ne le faisait la royauté; pour lui plaire et la servir, ils
- subiront son influence. Ils se dégageront de la théo-
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- (1) Voir notre Bulletin bibliographique.
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- cratie : la vie civile prendra le pas sur la vie religieuse ; on pensera d'abord aux écoles, aux municipalités , avant de songer aux temples et aux fabriques, et, forcément, inévitablement, les œuvres d'art seront conçues dans une pensée toute différente de celle du passé, ayant à satisfaire des intelligences émues par d’autres aspirations et d’autres besoins.
- Quel sera cet art? nous l’ignorons; mais cependant on peut le prévoir par la nature même des travaux qu’il aura à accomplir. Il aura une mission plus haute que celle qui lui a été confiée jusqu’alors. Il ne devra plus charmer les élégants loisirs de la classe riche, orner les palais et les' églises, c’est au peuple tout entier qu’il s’adressera, dont il aura à former l’éducation et à mériter les suffrages : d’aristocrati-qué et mystique qu’il était, il deviendra populaire. Il ne peindra plus de froides images de sainteté, il ne sculptera plus des vierges langoureuses ou des martyrs hystériques. De plus vivantes figures appelleront le travail de sa brosse ou de son ciseau. Il descendra des musées dans nos avenues, nos promenades, nos places, multipliant les images de nos glorieux ancêtres, les faits éclatants de notre histoire. Les parois de nos écoles, couvertes de peintui e, enseigneront aux enfants les vertus que la patrie exige; nos municipalités auront dans les salles où vote le peuple, des fresques et des marbres propres à élever sa pensée ; et, en se promenante travers nos rues, en face de leurs images, le père racontera à son fils les travaux des hommes vraiment nobles et vraiment grands qui ont été la force, la richesse, la gloire du pays De serviteur du prince, l’artiste deviendra l’instituteur de tous.
- Devenu roi à son tour, le peuple demandera que le ciseau et le pinceau reproduisent ses grands jours, les événements qui l’ont affranchi, il aimera que des mains inspirées montrent à ses enfants ce qu’il était jadis et ce qu’il est devenu, la misère du passé et les hommes qui, sortis de son sein, ont aidé par leur travail, par leurs vertus, à son affranchissement. Il y aura sur nos places moins de généraux empanachés, moins de saints légendaires, mais plus de bronzes conservant la mémoire des grands penseurs , des intègres magistrats, des hommes qui, nés des ateliers, auront contribué à la fortune publique. Aux dieux des batailles succéderont les dieux du travail et de la paix.
- Il importe par-dessus toutquecebutmoral les artistes le sentent, le comprennent, et qu’ils se préparent par l’étude au rôle supérieur qu’ils vont être appelés à jouer. Il faut qu’ils se dégagent de l’esprit de routine pour tourner leur esprit vers un horizon où jusqu’à ce jour ils n’ont jamais pénétré. Ah ! qu’ils ne craignent
- pas de s’y aventurer, ils y trouveront de riches et de glorieuses moissons. Ils verront, comme à Athènes, le jour où on découvrira leurs œuvres, le peuple en fête se presser autour d’elles et saluer leur nom de ses applaudissements ; ils entreront dans la célébrité par une porte retentissante et autrement sonore que celle des salons. Leurs traits seront connus de la cité entière, dont ils seront à la fois les hôtes bien-aimés, les instituteurs, les historiens et la gloire. Leur action sera incessante, énorme; elle rayonnera en haut, elle fécondera en bas, elle éclaire tout. Alors l’art aura repris son rang sans égal et sa vraie place. Il sera national et mettra sur le front de la République une verdoyante et immortelle couronne.
- A. Gknevat.
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- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mme Marie HOWLAND Voir n° 4 (tome 1), à n° 16 (tome 2)
- Chapitre XXX.
- (Suite.)
- Ho* s des griffes de la mort.
- « Emue de la bonté que me témoigna mon nouvel ami, j’entrai dans tous les détails de la vie que je menais chez mes parents. Georges eut pitié de moi, me parla avec tendresse. C’était la première fois que j’entendais un si doux langage ; il n’est donc pas étonnant que j’aie aimé de tout mon cœur celui qui me l’adressait.
- » Je ne pus m’empêcher de faire part à Georges de ce qui se passait en moi. Il répondit que j’étais une bonne fille, que je lui avais toujours plu et qu’il m’aiderait à quitter cette maison de servitude. Puis il m’informa que dans un mois il devait aller travailler comme compositeur dans les bureaux du Républicain cïOaMale.
- » Trois fois encore, je rencontrai mon ami au même endroit; puis il partit. Il avait promis de m’écrire, et tint parole. Durant un an je fus heureuse, malgré toutes les difficultés de ma situation.
- » Les lettres de Georges m’arrivaient sous le couvert d’un faux nom. Ne pouvant me confier à personne, je devais les aller prendre moi-même à la poste; et, chaque fois que je voulais aller au village, mon père me faisait subir un interrogatoire. Mon amour pour Georges était le sentiment le plus pur et le plus noble de mon âme ; hélas ! il fallait le cacher comme un crime. Combien je souffrais de cet état de choses !
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- » Ma mère aime ses enfants; elle travaille courageusement pour eux ; mais lorsqu’elle leur a donné une nourriture suffisante, un liabit déoent et qu’elle a fait pour eux ses prières, elle pense avoir rempli tous ses devoirs. Loin de moi la pensée de lui adresser le moindre reproche; mais que je l’aurais adorée si elle m’avait permis de m’ouvrir à elle comme à une amie !
- » Je n’avais quelque intimité dans le village qu’avec Laura Eliot, une jeune fille plus âgée que moi, la même qui autrefois m’avait prêté les journaux que mon père avait brûlés; ma passion pour la lecture m’avait gagné la bienveillance de Laura.. Elle continuait à me prêter des livres que je cachais avec le plus grand soin. Ce fut grâce o elle que j’eus connaissance des ouvrages de YV alter-fecott et de Gold-smith, des poèmes de Shelley, de Burns, de Tennyson et d’une quantité de romans.
- » Laura m’avait donné une petite lampe de fer-blanc que j’entretenais d’huile au moyen de prélèvements sur les sommes dont je devais compte à ma mère pour vente d’œufs ou de beurre. J étais coupable d’agir ainsi ; mais ma mère elle-même trompait mon père de cette façon, n’ayant pas d autre moyen de se procurer quelque argent.
- » Un jour, il y a deux semaines environ, j’allai au village malgré l’ordre formel de ma mère. Depuis un mois je la suppliais en vain de m’y laisser aller; j’étais sûre que Georges devait m’avoir écrit. Je ne trouvai, hélas ! qu’une lettre qui était là depuis trois semaines
- » Rentrée à la maison, le soir, je me couchai et me mis à relire toutes les lettres de mon ami ; c était ma seule consolation!... »
- A ce moment, la pauvre Annie éclata en sanglots.
- « Pauvre fille 1 » dit Clara. « En voyant quelle somme de misères on peut éprouver dans le monde, j’ai honte de ne m’être jamais trouvée malheureuse. Auriez-vous cru, papa, à une semblable barbarie ? »
- « Oui, » répondit le docteur; « plus d’une fois dans jj],^ vie j’ai entendu des confessions de cette natuie. Pour la cruauté, la bigoterie, la tyrannie déployées envers leurs femmes et leurs enfants, les fermiers ignorants et avares de New—England n ont pas leurs pareils dans le monde. »
- Quant à Susie, elle avait pleuré pendant la moitié dû temps au récit d’Annie.
- Clara remarqua que la pauvre fille était très-épdisée et lui dit qu’elle ferait bien de se reposer ? « Oh! laissez-moi finir, je vous en prie, » répliqua-
- t-elle « il ne me reste plus que peu de chose à dire. »
- u Pendant que je relisais les lettres de Georges, mon père, son nerf de bœuf à la main, monta à ma chambre. Je suppose qu’il avait vu la lumière à
- travers ma fenêtre, ou peut-être ma mère lui avait-elle dit que je m’étais, dans la journée, rendue au village sans sa permission. Mon père s’empara de mes lettres et en lut assez pour reconnaître qu elles venaient d’un amoureux. Alors il m’ordonna de lui dire qui les avait écrites ; mais j’étais eu colère à la pensée que bien que j’eusse seize ans, il était entré chez moi pour me frapper comme une enfant. Je refusai de lui donner le nom de Georges. Il m’arracha du lit et me battit cruellement. Il y a de cela quinze jours et j’en porte encore les marques sur les épaules et les bras.
- « Ma petite sœur se mit à crier « père, père ne tuez pas Annie ! » cela lui attira un coup de nerf de bœuf qui la réduisit au silence. J’étais tellement outrée que j’eus, le courage de dire à mon père que je souhaitais le voir brûler dans l’enfer dont il me menaçait souvent. « Tuez-moi », disais-je, « c’est tout ce que je demande d’un père aussi cruel que vous. » Cela augmenta sa colère, il me frappa plus fort.
- « A la fin, voyant qu’il ne pouvait obtenir de moi le nom de l’auteur des lettres, il me laissa, en me recommandant à la miséricorde de son Dieu; je lui répondis que je méprisais un Dieu aux yeux de qui des hommes comme lui pouvaient être agréables ; il répartit que c’était son devoir de me châtier jusqu’à ce qu’il eût dompté mon caractère ; et qu’il me rendrait visite le lendemain matin.
- « Lorsque tout fut silencieux dans la maison c’est-à-dire environ deux heures après, je me levai et descendis dans le parloir où ma mère cachait sa bourse dans un meuble. Je volai deux dollars, la moitié de ce que ma pauvre mère avait, avec tant de peine, dérobé à mon père....-.»
- Annie fut encore forcée de s’inU/rompre, le docteur lui tâta le pouls, lui donna à boire un peu de vin, puis lui permit de continuer.
- « Je remontai à ma chambre », dit-elle, « je fis de mes hardes un petit paquet, puis, à l’aube, j’embrassai ma petite sœur et partis.
- « J’allai à la ville prochaine, distante de cinq milles environ, prendre la diligence qui vient à Oakdale. JjG prix des places était de deux dollars, juste cerque je possédais. A midi, les voyageurs descendirent dans un hôtel pour dîner; je restai seule avec une femme et son enfant ; nous échangeâmes quelques paroles et ma compagne de voyage me donna un peu de pain et de viande qu’elle tira de son panier. ,
- « En arrivant ici, je gagnai l’imprimerie où.jtra-vaille Georges, mais les ouvriers étaient sortis;.il n’y» avait là qu’un petit garçon qui ne sut pas me.dir,e où Georges habitait. D’ailleurs j’avais honte de pioji paquet, de mon costume, de tout en un mot ; je*me sentai prête à défaillir sous le poids de mes peines.
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- « Que faire ? je ne pouvais rester dans la rue. Je sortis de la. ville, pleurant amèrement sous mon vieux voile vert ; j’entrai dans un bosquet que j’ai su depuis appartenir à M. Kendrick et m’installai dans un kiosque'. Je passai la nuit là et dormis bien, mais au matin j’avais froîd et me soutenais à peine. Je réfléchis que je ne pouvais aller à Gèorges et lui avouer que j’avais passé la nuit ‘dans les bois comme une vagabonde ; or, la diligence qui pouvait nf â-ménèr n’arrivant que le soir, j’errai ça et là tout le jour.1 Oh, les tristes heures !
- « Enfin je me présentai à Georges ; il fut fort surpris de me voir, mais je vis bien qu’il n’en éprouvait aucune joie. Nous nous promenâmes longtemps sur la grande place; je lui contai mes malheurs, et lui dis que je voulais chercher du travail. Il me conduisit à un hôtel aussi modeste que je pouvais le désirer; et je passai là encore une autre nuit de misère.
- « Le lendemain soir, Georges vint me voir ; il me sembla toutd’abord qu’il y'avait quelque Chose de la tendresse d’autrefois dans ses paroles.. Mais il ajouta bientôt que je ne pourrais pas trouver d’ouvrage et que je ferais mieux de retourner chez mon père.
- « Une telle proposition était bien triste, venant de lui surtout. Le jour suivant et toute la semaine j’essayai vainement de trouver du travail; j'e suppliai le propriétaire de l’hôtel où j étais descendue de m’accepter comme fille de chambre,’ il n’avait pas besoin de mes services; enfin, comme je ne pouvais payer ma dépense, le soir, en rentrant, je trouvai mon paquet à la porte de l'hôtel et la porte fermée.
- « Ne sachant que faire et n’ayant nul souci de vivre ou de mourir, j’errai sut la place et'm’assîs dans la nuit glacée. Alors, >Mejeune fille bien mise s’approcha de moi et me demanda avec bonté pourquoi je pleurais. Lorsque je lui eus expliqué ma-situation, elle m’emmena chez elle et me traita avec beaucoup d’humanité. J’ignorais quelle espèce de maison était la sienne. Madame Torbit, une horrible vieille, me rit au nez lorsque je demandai à travailler pour elle. Je ne veux pas répéter les propositions qu’elle me fit, et auxquelles je ne me rendis pas. Je ne restai là qu’une nuit et le jour suivant/
- :r Le second soir, alors que je descendais l’escalier, je rencontrai Georges Storrs'qui sortait du parloir. Il hie regarda avec horreùr et partit en courant. Je pris à la hâte mon chapeau et mon châle et me mis à sa pôursuite. Comme il traversait le pont, je l’atteignis et saisis son bras avec désespoir. Il me repoussa en me reprochant de n’être pas1 rentrée chez mon père, ainsi qu’il me Pavait recommandé. Refusant de croire fine je n’avais commis aucune mauvaise
- .tiy i.ieq v;iü .»j & ijt « vvju j.'.'.Aiiiij.. .. ,»jfc *.4 jueti
- action dans la maison où il m’avait vue, il me quitta sans ajouter un mot. ' 1 1 t-,ü v 1
- « Alors je vis bien qu’il ne m’aimait pas et que, lui aussi, pouvait être froid et Cruel. Mes malheurs et mes larmes n’avaient pu l’attendrirP'Jé’TésolüS d!e quitter ce misérable môn‘de. | : |
- « J’étais là au milieu du pont débitant des mots sans suite et m’écriant assez haut, il me semblait, pour être entendue de tout le monde. O Dié'u î âyez pitié dé moi. Pauvre Annie l1 Pauvre Annie l'*»1 « Je répétai plusieurs fois ces cfis, piiis jème jetai dans la rivière. " ; ü f ' " 1 ’ -,{;'-
- '« Je sèns encore le contact glacé de l’eau, l’affreux étranglement, puis'unbôurdonnémèht terriblé'dans les oreilles; enfin il nie'sembla que ‘j'allais'1 mourir Sans souffrance.'^. K i -J . v v v; .
- « Vous savez le reste, mes chers amis. » • ’
- Le docteur B’orest, Clara et Susië cdhsolèrent Annie de toutes les façons imaginables et'dur donnèrent l’assùrance qu’ils1 ne Fàbàndonneraient'pas. •' d «1 Oh ! si quelque bon ’àiige m’avait envoyé vers vous tout d’abordf » dit Annie',1' «csi j’avais su-que quelqu’un pût aider la pauvre Annie et compatir à ses peines comme vous*1 le faites, que de misères m'eussent été épargnées 1 Voyez; malgré ma jeunesse et ma bonne santé, je suis maigre comme un squelette par suite des peines que j’ai èndürées depuis-quinze jours. Dieu soit béni pour les amis qu’il m’envoie I - » v « 'Chère enfant 1 » dit le docteur. “* J’espère’que vous êtes au terme de'voë souffrances. Je vais m’occuper de vous; dès demain peut-être aurai-je quelque intéressante nouvelle à vous annoncer. ».. f SUr ces- paroles consolantes] le docteur Forest quitta Annie Gidler. r 1 *>< f*a
- (A suivre.)
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- DE L’ATTITUDE DE L’ÉLÈVE A L'ÉCOLE
- 1 ‘ r‘‘>l 4 < i £ . f :..j *:
- Il y a peu de jours, nos fonctions de médecin délégué nous appelant' à ePEcole* modèle de Bruxelles, nous entrâmes dans une classe où se donnait une leçon de Calligraphie nous fûmes frappés de l’attitude insolite des élèves : corps droit* poitrine libre, avant-bras s’avançant sur la table jusque près du coude, dans la demi-flexion ^ avant-bras droit coupant en, diagonale le quadrilatère, du .pupitre-; la main, tout à fait dégagée-'et appuyée sur son bord cubital,1 laissant complètement libres les quatre doigts extérieurs...... m « •- 0 .
- Tous ces élèves écrivaient. Mais leur attitude était tellement aisée qu’on' eût-'dit > des gens faisant Ja
- i C'ililllljj- u. i.l\ iJ.SYX i l. .t 'nlli y ^
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- LE DEVOIR
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- sieste tout eu crayonnant nonchalamment un bout de papier. Nous examinâmes degrés quelques pages d’écriture ,J'c’était une petite cursive, arrondie, très-
- liée, très-lisible. nous reconnûmes la méthode
- Dierchx. 1
- Voici les principes fondamentaux de cette méthode : 1° Position assise, tronc vertical, bras écartés de la poitrine, aucune entrave au jeu des côtes;
- 2° Tète légèrement inclinée èn avànt’pour compenser l’éloignement produit pûr le redressement du tronc; "“ M .
- ’ ‘3* *‘Mains et avant-bras posés sur la table ; (à l’exclusion des coudés) ni'*lès bràs,i ni les mains ne servent d’appui, le tronc étarft d’applomb sur le bassin ; le jeu des mains est entièrement libre ;
- " ‘4d Conséquence 'pât'tiqÜè : le cahier se place, non verticalement sur l’axe de la poitrine, mais obliquement suivant l’axe de l’avant-bràs Iqui écrit. /
- . •. 1
- Tout cela est simple, rationnel et parfaitement conforme aux règles de l’hygiène.
- 1 Comparons cela avec ce que l’bn constate dans les écoles primaires : t;
- '-•T0 Buàte*'incliné sur le bras gauche, qui en porte tout le poids; respiration costale gênée-; compres~ sion de la région du cœur; fc >
- 2° Tète inclinée à gauche, afin de pouvoir suivre, la peinte de la plume, constamiheiit cachée par la main; impossibilité, pour l’élève,! de voir cè qu’il écrit, tant qu’il se tient droit; r * - ,5
- de corset. Les faits sont consignés dans les registres des autopsies dudit hôpital (période 1864-1867).
- On peut conclure, quant à la méthode actuellement en vogue, qu’elle compromet, à chaque exercice, le fonctionnement régulier des organes thoraciques, et qu’elle doit amener, par le temps, des désordres graves dans l’appareil de la respiration. Beaucoup d’adolescents meurent phthisiques, qui ont' contracté le germé de la maladie dans l’appareil de torture que l’on nomme « l’ancien banc d’école. »
- Au point-de vue de l’hygiène, la question de la méthode à suivre est donc une question jugée ; libre à chacun de choisir plus tard telle ou telle méthode à sa convenance personnelle ; la méthode Dierckx n’a pasTa'prétention'd?être ie, dernier mot du progrès ; l’avenir est à la méthode qui fera de l’écriture une sténographie phonétique, et qui nous débarrassera de toutes les fantaisies de l’orthographe Mais, en attendant, prenons ce qu’il y a dé mieux. Que chacun reste libre de choisir sa méthode, mais qu’on n'impose pas à( rèhfance des exerdices graphi -ques préjudiciables‘au libre développement dé "sës organes. '
- Dr Ledegànck.
- (L’Avenir) -- -----------
- Correspondance et discussion contradictoire.
- h
- 3° La main qui écrit se met, au commencement de‘Chaque ligne,‘dans une positionlforcée test tordue, elle ne !se dégage qu’à la fin de la ligne ; pendant que 'le poignet éprouve la torsion, le brais droitis^applique étroitement contre la poitrine, gêne la respuratiOh <Ü'e ce côté et produit, à la longue, des èrtipr'eihtés costales sur le foie.
- Ce dernier fait est extrêmement grave ; aussi nous ne l’avançons pas à la légère ; durant notre internat à l’hôpital civil de Gland, nous avons constaté dans mainte autopsie ces empreintes costales, chez de jeunes-éoolierS de là classe pauvre, morts entre 10 et l’4 ans,‘et qui‘certainement n’avaient jamais porté
- Nous avons reçu le 31 décembre un numéro de la Philosophie de l'Avenir dans lequel il nous esd reproché de n’avoir pas répondu aux critiques qui noijis avaient été adressées par cette revue, h—. •« I
- *»Ntftfce numéro du 15 -décembre contenait notre réponse^ ces critiques. 1 ' ^ t * • }
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- 2e ANNÉE, TOME 2 — N° 18 3mimai hebdomadaire paraissaM k %"Hmanche DIMANCHE 12 JANVIER, 1879
- POLITIQUE
- législation
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- ASSOCIATION DU CAPITAL & DU TRAVAIL
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- Rédacteur en chef : M, Ed. CHAMPURY
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- AVIS AUX LECTEURS DU DEVOIR
- Daxis une pensée de propagande utile an progrès des vérités sociales 9 l’administration du 13 "13-VOïB s’est imposé le sacrifice d’envoyer d’office son journal à un certain nontbre de personnes qu’elle considère comme devant être sympatlïiqnes à ees vérités.
- Ayant besoin d’être fixée sur le concours qxx’elle peut trouver parmi les lecteurs dix D£2 V'OIR, l’administration prie les personnes qui n’ont pas encore réglé leur abonnement de le taire si elles veulent continuer à recevoir le journal, autrement leur ntx« btiéro sera supprimé.
- 1311e prie également les personnes qui ne veulent pas s’abonner de rendre au facteur le dernier numéro en mettant « refusé « sur L bande et en signant.
- SOMM|^K.E
- rf'"
- De l’initt&Hve privée en matière d’msh'uclion. — Luther et l’instruction obligatoire. — Variétés. — Semaine politique. — Roman : La Fille de son Père. — Le Monopole des agréés. — Société pouf la propagation des sciences naturelles à Vienne. — La Sélection à contre-sens. — Les Pionniers de Rochdale. — Droits qu’ont les femmes en Angleterre. — Protection et Libre-Echange. — Correspondance. — Bulletin bibliographique.
- DE L'INITIATIVE PRIVÉE
- EN MATIÈRE D’INSTRUCTION
- Le chiffre total du budget de l’instruction publique a été arrêté pour 1879 à 55,773,776 fr.
- Ce chiffre est sensiblement supérieur à celui des années précédentes. Malgré cela, comparé à celui qu’atteint le même budget dans plusieurs autres nations, il est ridiculement faible et tout à fait indigne d’un pays aussi riche que la France. Les États-Unis, par exemple, s’imposent un sacrifice vingt et une fois plus considérable.
- - La France qui, en raison des ressources dont elle dispose, devrait briller en tout à l’une des premières places, si ce n’est à la première, s’est laissé distancer par des nations moins riches qu’elle et n’arrive qu'au septième rang sou$ le
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- rapport de Finstruction. Tandis que six autres pays, parmi lesquels l’Allemagne, ne reculent devant aucun sacrifice pour instruire le peuple et perfectionner l’enseignement, tandis que leurs ministres et leurs représentants rivalisent de zèle pour cette noble cause, la France n’augmente que de très-faibles sommes son budget de l’instruction publique et ne modifie qu’avec une extrême lenteur ses méthodes d’enseignement. On dirait qu’elle affectionne ses vieilles ornières et cherche à n’en pas sortir. Son personnel universitaire est le même, ou peu s’en faut, qu’il y a vingt ans, et ses règlements académiques sont toujours ceux de l’empire. Par suite de cette puissance de la tradition, elle se laisse dépasser, non-seulement par l’Europe,|mais même parle Japon. A l’heure où l’instruction est obligatoire sur les rives désolées de l’Islande ou parmi les noirs des îles Sandwich, des enfants illettrés continuent à grandir dans Paris, dans ce Paris qui longtemps s’est cru le cerveau du monde.
- Ce scandale — nous allions dire cette honte — doit finir. Il a déjà trop duré. Le moment est venu pour la France de reprendre son rang dans le domaine de l’instruction. Mais, qu’on ne s’éblouisse pas. La besogne à accomplir pour atteindre ce but est immense. Il y faut l’intensité et la continuité des efforts. Le travail des *
- représentants ne pourra y suffire, il faudra en plus le concours de toutes les bonnes volontés. Les représentants ne peuvent être universels et satisfaire à l’énormité des exigences de la situation. Ils ont tout à réformer, depuis les codes jusqu’au système des impôts. De plus, ils sont forcés de tenir compte des nécessités de discipline intérieure' indispensables à la longévité d’un régime nouveau et ils se.laissent entraîner à s’exagérer l’importance de ces nécessités. La discussion ou plutôt le vote aveugle du budget de 1879 en a été la triste démonstration. Les intérêts de Finstruction populaire ont été impitoyablement sacrifiés à la discipline de parti. De peur d’effrayer par des innovations, on a maintenu le statu quo. Députés, sénateurs, ministres, tous sont venus avec un esprit de parcimonie bien arrêté. Le grand nombre même n’avait pas craint de recevoir le mot d’ordre de cette Commission du Budget qui s'est
- organisée en une sorte de Directoire inconstitutionnel et qui n’a fait servir son pouvoir qu’à protéger les vieilles injustices et à favoriser les vieux errements.
- Triste spectacle que celui du vote des dépenses publiques ! S’il s’agit d’élever la retraite des anciens employés de l’empire, d’augmenter encore les traitements des hauts fonctionnaires, de majorer de quelques cent mille francs la somme jetée dans l’escarcelle des prêtres romains ou d’engouffrer quelques millions de plus dans les dépenses de la marine et de l’armée, oh, alors ! on est large, on est hardi, on est généreux, on ouvre la" main toute grande et, neuf fois sur dix, on répand avec joie sur toutes ces œuvres saintes et bien pensantes des libéralités, qui, pour coûter cher aux contribuables, ne coûtent rien à ceux qui les font.
- Mais qu’il s’agisse d’instruction publique, de diffusion des lumières, de création d’universités en province, aussitôt tout change : les députés et les sénateurs perdent immédiatement confiance dans les ressources du pays et les ministres deviennent comme par enchantement des hommes enthousiastes de toutes les économies et adversaires de toutes les prodigalités.
- En présence de pareils procédés officiels, les hommes qui tiennent- à voir Finstruction se répandre et l’enseignement se perfectionner doivent jusqu’à nouvel ordre compter avant tout sur eux-mêmes.
- Ce n’est pas à dire qu’ils doivent renoncer à réclamerde concours officiel, non, mais ils doivent prendre la résolution de s’en passer au besoin.
- Que les citoyens réclament de l’Etat les améliorations nécessaires, qu’ils multiplient les démarches, les efforts, les discours pour lui arracher ces améliorations, rien de mieux: l’Etat a un devoir à remplir et le contraindre à remplir consciencieusement ce* devoir, c’est faire une bonne action. Mais si l’Etat fait h sourde oreille, s’il ne peut rompre son inertie, s’il accorde des promesses au lieu de réalisations, alors, que Fon ne se décourage pas, que l’on ne jette pas le manche après la cognée, que Fon n’ajourne pas davantage le progrès, mais, au contraire, qu’on se groupe, qu’on se concerte, qu’on s’associe et que Fon tire de cette réunion
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- ^efforts la puissance nécessaire pour réaliser ar l’initiative privée ce que l’action de l’Etat ne réalise pas.
- IS'ous touchons ici à une question délicate, hes républicains français sont en général fort peu sympathiques au principe de l’initiative privée et fort peu confiants dans la puis-, -mce de ses efforts. Ils ferment les yeux sur les résultats qu’elle a obtenus en certains pays et même en Franfce, et persistent à tout attendre de l’Etat. Les imprudents ! Ils oublient qu’agir ainsi c’est se l-ivrer entre les mains de l'Etat pieds et poings liés ; ils oublient que les citoyens d’une république doivent être ses conducteurs et non ses serviteurs ; ils oublient enfin que le seul régime désirable, le seul qui doit régner dans l’avénir n’est pas celui de l’omnipotence de l’autorité, mais celui de l’omnipotence de la liberté.
- La différence de la monarchie à la république ne consiste pas dans le contenu d’un de ces carrés de papier qu’on appelle constitutions, elle consiste dans la différence des droits et des devoirs des citoyens. L’Etat républicain n’est pas un être fictif doué des qualités que les citoyens n’ont pas, il est ce que les citoyens savent le faire. Un gouvernement dont toutes les parties seraient combinées avec la plus parfaite sagesse resterait un gouvernement impuissant s’il n’a les moeurs politiques pour le soutenir. Tout Français devrait avoir constamment présent à la pensée qu’il n’a plus à compter mr le roi, car le roi, c’est lui.
- Soyons justes. Il se fait en France depuis Quelques années un réveil de l’initiative privée. Le matériel de l’instruction publique a été en ?rancle partie transformé par des tentatives Personnelles. Une foule de vieux ouvrages universitaires ont dü être abandonnés par le ^ul fait de la supériorité d’ouvrages sur les usines sujets parus en librairie. Les méthodes dénies ont été modifiées. Il suffît de se reporter ^ quinze ans en arrière pour voir quelle Uïimense transformation s'est accomplie.
- thsons-le bim haut, c’est surtout à deux hommes éclairés que le mouvement initiateur esL dû. M. Edouard Charton fut le premier
- à rompre avec la routine ; le premier, il essaya d’instruire en piquant, la curiosité. Puis vint M. Hachette, qui introduisit les leçons de choses dans les livres et mit en vogue les ouvrages de - science vulgarisée. Ces deux hommes ont fait à eux seuls pour la diffusion de l’instruction publique, plus que les ministères eux-mêmes.
- Une fois la voie ouverte, beaucoup d’hommes de talent y sont entrés. Les publications scientifiques illustrées ont surgi de toutes parts. Journaux ou volumes, le nombre des nouveautés va chaque année en grandissant. M. Hetzel, groupant autour de lui des hommes de mérite, a créé la littérature enfantine qui n’existait pas dans notre langue, et vingt-autres éditeurs travaillent chacun de leur côté à cette utile et féconde diffusion.
- Mais les travaux imprimés ne sont pas les seuls à élever le niveau de l’instruction. Les lectures, les conférences, les cours continus prennent de plus en plus une grande importance. Des associations considérables ont été fondées dans ce but, et il suffît de rappeler quel rang tiennent dans les cours du soir l’Association philotechnique et Y Association polytechnique. Malheureusement, ces puissantes sociétés bornent leur action à quelques grandes villes, précisément à celles où l’ignorance est le moins générale. C’est fâcheux. Il faudrait multiplier ces sociétés et les rendre assez nombreuses et assez puissantes pour qu’elles puissent doter de cours publics les communes les plus reculées.
- D’autres oeuvres mériteraient aussi d’être encouragées. La Société Franklin, et surtout la Ligue de Venseignement qui créent ou développent de nombreuses bibliothèques dans les campagnes, rendent de très-signalés services, qui deviendront d’autant plus profitables que les -ressources de ces sociétés augmenteront. Enfin, n’oublions pas le bien réel que font à la cause de l’instruction M. Groult par ses Musées cantonaux, M. Casais par ses Musées scolaires, et les trop rares personnes qui suivent aujourd’hui l’exemple de ces deux bons citoyens.
- Nous n’avons pas la prétention de signaler toutes les œuvres méritoires : il nous suffît d’en
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- présenter quelques-unes comme preuve h l’appui de nos affirmations. Il est bien évident, par ces quelques exemples, que l’initiative privée s’éveille chez nous et qu’elle a déjà donné de bons résultats.
- Malheureusement, nous, républicains français, nous n’avons pas au même degré que nos adversaires cléricaux la foi dans l’initiative privée. Nous voyons s’organiser et se multiplier à notre barbe les écoles congréganistes, les cercles catholiques d ouvriers, les univer-sités ultramontaines et nous ne faisons rien pour lutter. Le parti républicain n’aime pas à s’imposer des sacrifices. Il est très-lent à mettre la main à la poche et il s’étonne de ne pas gagner plus vite du chemin. Ah ! ceux que nous appelons nos adversaires et qui s’intitulent nos ennemis sont plus larges à la dépense. Toutes les universités catholiques disposent de ressources considérables qui vont chaque jour en s’augmentant. Celle d’Angers possède une fortune colossale et celle de Lille a reçu dernièrement d’un anonyme la jolie somme d’un demi-million. L’argent afflue pour les cercles catholiques qui se multiplient de toutes parts et attirent de plus en plus les ouvriers. Enfin, les écoles congréganistes deviennent chaque jour plus nombreuses, plus puissantes et plus riches. Il est bien rare que lorsque un homme riche du parti clérical vient à mourir, il ne lègue par testament une somme considérable à des établissements catholiques d’instruction. En est-il de même quand meurt un riche républicain ? Hélas non ! nous sacrifions moins aux vérités qui nous sont chères que nos adversaires ne sacrifient à leurs erreurs. Il y a de nombreuses universités ultramontaines, il n’y a pas une seule université de la, libre pensée. Nous laissons former des docteurs et des professeurs dans les idées du passé, nous ne faisons rien pour en former dans les idées de l’avenir.
- Une pareille insouciance est grosse de dangers, disons le mot : elle est coupable. C’est capituler ; c’est remettre aux mains des adversaires les armes dont on pourrait se servir > contre eux et dont ils se serviront contre nous.
- Une république sans initiative de la part des ^républicains c’est une parodie de république ; une conviction sans sacrifices à l’appui est un
- fantôme de conviction. On juge l’arbre à s0li fruit et non à son écorce. Jusqu’ici nous n’avo^ que l’écorce delà république. Il ne faut pas, j; ne doit pas continuer à en être ainsi. Que républicains se le disent. Ed. Champur^
- LUTHER ET L’INSTRUCTION OBLIGATOIRE
- Rendons à chacun ce qui lui appartient : la justice est le premier des devoirs.
- On parle beaucoup aujourd’hui de l'instruction obligatoire, mais il est bien peu de personnes, en France du moins, qui sachent à qui l’on doit l’idée première d’une semblable obligation.
- Cette première idée est due à l’un des hommes qui ont joué le plus grand rôle dans l’histoire de l’humanité, à Martin Luther.
- Il y a bientôt quatre siècles que le réformateur allemand demanda l’instruction obligatoire de tous les enfants. Jamais rien de semblable n’avait été demandé jusque-là.
- ^ Magistrats, disait Luther, rappelez-vous que Dieu commande formellement qu’on instruise les enfants. Cet ordre sacré, les parents, soit indifférence, soit inintelligence, soit surcharge de travaux, l’oublient et le négligent. C’est à vous, magistrats, qu’appartient le devoir de le leur rappeler et d’empêcher le retour des maux dont nous souffrons. C« qui fait la prospérité d’une cité, ce n’est pas qu'on y amasse des trésors, qu’on y bâtisse de forts remparts, qu’on y élève de riches maisons, qu’ont amasse des armes brillantes. Son bien véritable, sou salut et sa force, c’est qu’on y compte beaucoup de citoyens instruits, formés au bien et cultivés; et si de nos jours les citoyens pareils sont si rares, à qui la faute, si ce n’est à ceux qui ont laissé grandir la jeunesse comme la futaie des bois
- « Aussi, j’estime que le magistrat est tenu d’obliger les citoyens à faire suivre V école aux enfanls.Eu effet, si l’autorité est en droit, quand viennent 1«» temps de guerre, de contraindre tous ceux en état de porter les armes à prendre le havre-sac et la rapière, combien plus n’a-t-elle pas le droit et le devoir d’obliger les sujets à faire suivre l’école à leurs enfants, car il s’agit également ici d’une guerre à soutenir, et de la plus redoutable... Que l’autorité soit donc vigilante, si elle sait l’être jamais. Le père est-il pauvre ? qu’on l’aide avec les biens de l’Église' Voici le cas pour les riches de faire des legs et d« suivre l’exemple de ceux qui ont déjà institué de* fondations. Ce sera donner de la meilleure waniere ses biens à l’Église. »
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- PENSÉES SOCIALES & POLITIQUES
- IV
- La politique doit être la science des moyens de rotéger, de développer, de faire progresser la vie pairie partout dans les sociétés.
- Epreuves curieoses
- y. Bouchut rapporte, dans son Histoire de la Médecine, jes détails singuliers sur les exercices préparatoires que doivent subir les médecins chez certaines peuplades Hûéricaines. Chez les Pawnies, les naturels portent habi-tellement sur eux une sorte d’idole appelée sac à mé-jecine et qui leur sert de préservatif. On ne l’a pas sans •jitiation, et celui qui perd le sien devient un objet de mépris Pour se réhabiliter, il faut en prendre une autre ;ur le corps d’un ennemi tué de sa main.
- 'Comme le sac à médecine ne préserve pas toujours de üblessure ni des maladies, il y a des hommes médecines pi se chargent du soin de les guérir. Ces hommes-médecines sont des sortes de prêtres, de médecins, de magiciens, de sorciers, qui, en même temps, expliquent .esaugures et prédisent l’avenir. Ils pratiquent des pénitences très-rigoureuses, se mutilent, possèdent et venant des charmes, et président à toutes les cérémonies religieuses ; ils dirigent les danses, les chants, et même (ont tomber l’eau du ciel.
- Les épreuves d’admission à ce titre sont très-difficiles, et chez les Dacotas. elles sont extrêmement barbares. Le candidat, auquel on a fait sur la poitrine deux incisions dans lesquelles on passe des brochettes de bois, est attaché par ces brochet tes à une corde fixée à une perche de iitO mètres, et on le suspend un peu au-dessus du sol, «pieds touchant à peine la terre, depuis le lever jus-fiau coucher du soleil. Pendant tout ce temps, il tient oasac a médeciue à la main, regarde le soleil et reçoit «cadeaux, tels que hache, fusil, pipe, mocassins, qui anlinis à terre, et qu’il prend à la fin du jour quand on décroché. On les admire d’autant plus qu’ils ont montré beaucoup de courage et de sang-froid. Quant à •îurs connaissances, elles sont à peu près milles, et ils «savent qu’un peud’anatonomie apprise en disséquant «animaux. Quant à leur pathologie, elle se résume ins cet aphorisme : « La cause des maladies est due à •«prit d’un animal malfaisant qui s’introduit dans le wps de l’homme... »
- .Quand le cas est grave, le médecin se livre à des gammes, des sauts, des contorsions et des cris, en tournant •Jour du malade, ou en le faisant tourner lui-même. M la danse de la médecine.
- .D’autres fois, la danse est remplacée par des chants Jgubres, que les assistants accompagnent au son du ÿbour. Ensuite le malade est étendu sur le dos, massé, puionné. et l’on écrase sa poitrine pour faire sortir le ^ par la bouche. C’est une espèce d’exorcisme pour l’esprit malfaisant qui est dans le corps du ma-**e el qui est la cause de tout le mal.
- Société coopérative (l’Alimentation économique de JL.iég’e.
- • Q Société coopérative d’Alimentation économique de a tenu dernièrement son assemblée générale ordi-|*^e. Il résulte du rapport présenté par le Conseil ‘*Qministration de cette société que, malgré un amor-^oaeut de fr. 400, pour dépréciation du matériel et un prélèvement de fr. 1689,63 pour gratification Personnel et pour intérêts sur les actions et obliga-
- tions émises, les bénéfices nets ont été de fr. 1400 à répartir comme suit :
- 20 °lo pour le fonds de réserve a . . . . 280 fr. »
- 20 °/0 pour dividende aux actionnaires . . 280 »
- Et 60 °/0 pour amortissement d’obligations . 840 »
- (Journal Franklin.)
- Wri-té eu deçà de la M aiche, erretir au delà,
- Le Punch de Londres a eu l’idée ingénieuse d’esquisser un'parallèle entre l’emploi de la journée du dimanche, par un ouvrier français à Paris et un ouvrier auglais à Londres. Par un sentiment de courtoisie et de justice sans doute, la feuille humoristique fait hautement pencher la balance en faveur de l’ouvrier parisien. Voici ce rapprochement curieux :
- (La scène se passe dans la belle saison.)
- Journal du Dimanche de M. William Stubhs, maçon résidant aux Sept-tmdrans, à Londres.
- DE SIX HEURES
- Au lit, cuvant la boisson de la dernière nuit.
- Journal du Dimanche de M. Jules Potin, ouvrier, demeurant à BelleviUe, Paris.
- DU MATIN A MIDI
- Levé de bonne heure. Revêtu de mes plus beaux habits. Pris un bain dans la Seine. Déjèuné, causé, et fait une promenade au Jardin des Tuileries.
- A MIDI ET DEMI
- Attendu dans la rue l’ouverture d’un café, et chiqué quelque peu en attendant.
- Amusé Eugénie, mon petit garçon et moi-même, en regardant les poissons rouges pendant un quart d’heure.
- UNE HEURE
- Entré dans le café et bu. J Rafraîchi avec une bois-
- J son glacée sous les arbres. DE TROIS A SIX HEURES
- Chassé du café à la suite d’une querelle, fumé et flâné pour passer le temps jusqu’à six heures.
- Regardé l’extérieur de la porte d’entrée du Bristish-Museum, en me demandant si j’aurais jamais la chance de voir ce qui se trouve derrière. Reposé un instant et maudit la foule qui sortait de l’église. Flâné en retournant du côté des Ga drans.
- Visité les galeries du Louvre, et examiné les divers objets d’art qui s’y Trouvent ; fier de notre grande France, qui permet que de si belles choses soient la propriété de tous; retourné vers les Champs Elysées, et admiré les brillants équipages ; continué notre promenade du côté du bois.
- Un Cours de Cuisine ‘
- Ne riez pas, c’est très-sérieux. Aü fond, cela se rattache beaucoup plus à l’hygiène qu’il ne semble au premier abord.
- 1 Le comité scolaire de Londres, élu par le suffrage des f pères et des mères de famille, a adopté dernièrement i une résolution qui mérite d’être rapportée. Sur la proposition d’un pasteur de « l’Eglise établie, » soit Eglise nationale, le révèrent M. John Rodgers, il a décidé que :
- I. Dans toutes les écoles de filles, l’enseignement de la cuisine sera considéré comme faisant partie du programme.
- IL Chaque élève devra suivre un cours de soixante-deux leçons théoriques sur la nourriture et l’art de la i préparer.
- ? III. Dans vingt et une écoles désignées par la direction
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- il y aura des leçons de cuisine auxquelles seront admises | les élèves des écoles du voisinage.
- IV. Dans chacune de ces écoles, il y aura ce qui constitue l’appareil ordinaijp d’une cuisine d’ouvrier, plus un poêle à gaz
- V. Les leçons seront données conformément à un programme déterminé par le comité.
- VI. Il y aura trois séries de leçons pratiques, de septembre à décembre, de janvier à avril et d’avril à juillet.
- VII. Les institutrices détermineront l’ordre dans lequel les élèves suivront les cours.
- VIII. La répartition sera faite de telle sorte que chaque élève puisse suivre un cours complet.
- IX. Chaque élève devra être présente au cours de cuisine au moins une demi-journée par semaine.
- On exige des professeurs un diplôme de l’école normale, c’est-à-dire du Conservatoire de cuisine de South-Kensington.
- Le traitement proposé était de 1,300 fr.; mais plusieurs membres du comité étaient d’avis de le porter à 2,000 et même à 2,500 fr., attendu que des personnes én état de bien enseiguer la cuisine trouveraient facilement un salaire semblable dans quelque établissement privé. Après un assez long débat, il a été résolu de tenter l’expérience avec les appointements de 1,500 fr., parce qu’on trouverait probablement pour professeur des femmes mariées ayant en même temps pour ressource le travail de leur maris. Le comité a décidé en outre que les ali menfs préparés dans les écoles pourraient être vendus à bas prix ; on viendra ainsi en aide aux pauvres, tout en organisant une instruction culinaire sérieuse.
- .. ^ ü »—
- LA SEMAINE POLITIQUE
- 3L©@» «élections! du S janvier. — Toutes les préoccupations disparaissent devant le grand événement qui s’est accompli le 5 janvier et qui a donné aux républicains une majorité considérable dans le Sénat Le succès a dépassé toutes les espérances. En effet, les plus optimistes estimaient que l’on enlèverait, au maximum, de 25 à 30 sièges à la droite, tout compris. Or.il se trouve que. grâce à la fermeté des électeurs sénatoriaux, les républicains de la Chambre haute possèdent une majorité absolue de cinquante-huit voix.
- Parmi les partis défaits, te parti bonapartiste a été, en tout, le plus maltraité. Non-seulement tous les candidats saillants, les Hubert Delisle, les Canrobert, les Béhic, les Noubel, les d’Espeuilles, les Jahan, les de Malherbe., les de Corberon, les Daru ont échoué, mais le seul de ses hommes qu’il ait pu faire réussir, est un personnage plus ridicule que dangereux, M. de Gavardie, dont le succès n’a pu être assuré qu’à l’aide d’un second tour de scrutin.
- Iæ parti soi-disant constitutionnel, celui qui formait ce centre droit qui a étonné l’Europe entière par l’immoralité de sa politique, a été également fort éprouvé. M. Depeyre, M. Grivart, M. le vicomte de Meaux, ancien ministie, M. de Belcastel, le porte-paroles du parti clérical, M. de Montgolfier, le général Boissonnet, le colonel de Bastard, le général Pourcet, le général Biffaut, le général Loysel ont subi le sort du maréchal Canrobert. Beaucoup d’autres candidataires du duc de Broglie sont demeurés sur le carreau. En revanche, M. Batbie a été élu dans le Gers. On croirait à un jeu de mots si nous disions que c’est une maigre compensation.
- Grâce au fanatisme des populations infestées de l’esprit clérical, le parti royaliste pur a été moins maltraité. 11 a obtenu quelques légers succès dans la Vendée, dans le Morbihan et dans le Maine et-Loire. Mais tous les succès des réactionnaires additionnés n’arrivent qu’à donner seize sièges aux candidats des droites, contre 66 qu’ont obtenu le's républicains. La défaite, on le voit, est
- Le mouvement a, d’ailleurs, été général et, sur les > départements où des élections ont eu lieu, trente ont élu des sénateurs dévoués aux institutions républicaines U Il n’est pas nécessaire d’insister longuemenipour fajr comprendre la portée d’un pareil événement. De quelqù façon que le pays soit consulté, sa réponse est inv-iria. ble. Il veut le maintien de la République et son déye! loppement, et il répudie- formellement la politique d," conflit si chère aux anciens conseillers de l’Elyaée Nous ignorons encore quels sont les desseins des mak rités républicaines des deux Chambres, mais ce que nouj savons bien c’est que le premier devoir qui s’impose ] elles est de sortir de l’inaction décourageante dan; laquelle a végété le Parlement, depuis le 14 octobre 18]; Il faut aborder, avec une résolution virile, la queui0D des réformes dans l’ordre politique, administratif, finan-cier, judiciaire et militaire. Les grands efforts que le pays a si courageusement effectués afin de procurer h majorité aux républicains dans les deux Chambres, u’om pas été réalisés dans le but de donner aux nouveaux élu-le mandat de perpétuer les abus que leurs prédécesseurs ont respectés jusqu'à ce jour. Nos espérons donc que nos sénateurs et nos députés vont mettre à profit les quelques jours qui nous séparent de la reprise de h session et qu’ils vont s’entendre sur l’adoption d’us programme commun qui donne satisfaction aux vœux de la nation, et ce,programme, il faudra savoir 1 imposer au gouvernement, si, par impossible, il se refusait» marcher résolument dans la voie nouvelle que les élections du 5 janvier viennent de lui indiquer.
- Les loin d’affaires. Il est à espérer que les Chambres ne négligeront pas les questions d’affaires qui ont été considérablement négligées jusqu’à ce jour el qu’elles pourront étudiep avec le sérieux nécessaire uc grand nombre de projets qui sont, depuis longtemps, ei souffrance. Il y a d’importantes •modifications à apporter sur îa législation incomplète de l’hypothèque maritime, des frais de ventes judiciaires, des contribution' judiciaires, des sociétés commerciales, des caisses d’épargne. du régime des établissements hospitaliers, etc., etc." Toutes les lois qui concernent ces matières et beaucoup d’autres ont grand besoin d’être remaniées, ainsi que de nombreux articles de nos Codes. Il faudra aborde: sans délai ces diverses questions et les résoudre.
- L’en seignement agricole» — Le Jêurnal officiel a publié un intéressant rapport de M. Richard, du Cantal, sur l’enseignement de l’agriculture dans les écoles primaires. Cei enseignement, dont l’initiative remonte à la Constituante de 1791, avait été rétabli pari* loi du 80 octobre 1848, et il l’organisait quand le coup d’Etat du 2 décembre vint le détruire ainsi que l’Ecole d’administration fondée par Carnot. Il importe quel» troisième République reprenne la tradition de ses devancières et qu’elle montre aux agriculteurs qu’elles occupe avec une réelle sollicitude de leurs intérêts.
- IL-e nouveau président «la Ssénat. — fi6^ à peu près certain que M. d’Audiffret-Pasquier ce * présentera pas comme candidat à la présidence duSen« qu’il a occupée depuis 1876. En effet, ce personne s’exposerait à un échec certain, car on ne peut oublie que M. d’Audiffret a voté ou fait voter ses amis pour ^ bonapartistes Dupuy-de-Lôme et Ferdinand Barrot,ah,-que, par sa seule influence, il pouvait déterminer ques membres du groupe constitutionnel à se ra^^r!te gauches. M. d’Audiffret est, d'ailleurs, le type de ce? politiciens sans principe, qui font quelquefois duli^ ralisme par calcul et qui ne se laissent guider qu?P‘! l’intérêt. Il vient d’entrer dans la nécropole acadéuuQ . il faut le laisser dans ce lieu de repos. On assure ^^ M. Duclerc aurait de grandes chances de recueilli succession du duc d’Audiffret.
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- .XPiaelcléirt cle Tunipï. — Certains journaux se £ont plu à alarmer l’opiniou au sujet d’un incident qui g'est produit en Tunisie et qui va, nous l’espérons., re- ; cevoir une solution pacifique. Il y a une dizaine d’années, Un Français, M. de Sancy, fonda un haras aux environs de Tunis, en société avec un membre, de l’ex-famille impériale et d’une dame bien connue du monde parisien, pu conflit surgit entre les associés, et l’affaire, selon la règle fixée par les capitulations, fut portée devant la Cour d’Aix, qui rendit un jugement prescrivant une enquête sur les prétentions de M. de Sancy. Et lorsque le consul de France voulut commencer cette enquête il se heurta à un refus formel du Bey, qui donna l’ordre d’envahir le haras et d’en chasser M. de Sancy. Le Gon-gul français, M. Roustan protesta ; on ne tint pas compte de ses protestations et trois fonctionnaires tunisiens se | préf entèrent chez M. de Sancy avec la résolution de l’expulser de son domicile, mais ils trouvèren t en face d’eux un agent du consul de France et les janissaires du consulat général. Ils rétrogradèrent, mais une offense n'eu avait pas été moins faite à un citoyen français et au représentant de notre pays dont les droits et l’autorité avaient été méconnus, et M. le ministre des affaires étrangères a exigé une réparation solennelle, en envoyant un ultimatum au Bey. Toutes les puissances, la Porte en tète, ont consêillé à celui-ci de s’exécuter. Le Bey a offert d’envoyer un de ses aides-de-camp à Paris pour fournir des explications. Mais M.’Wüddington, sur l’avis du cabinet, a déclaré quels gouvernement français ne pouvait se contenter d’une pareille satisfaction. Il a donc maintenu intégralement ses demandes primitives, et a fait remettre au gouvernement tunisien une note dans laquelle il les réitère d’une façon comminatoire et réclame l’exécution immédiate par l’e gouvernement tunisien des trois mesures suivantes : Excuses au consul de France, destitution de trois fonctionnaires désignés, enquêtes sur les contestations existant entre les autorités tunisiennes etM. de Sancy au sujet de l’explication du contrat passé entre elles et lui.
- Tout porte à croire que le Bey, sur l’avis conforme des puissances, n’hésitera pas davantage à céder devant les légitimes exigences du gouvernement français, et l’incident qui a ému un instant l’opinion, recevra très-vraisemblablement la solution que désirent tous les amis de la paix.
- La g-uevre — Une grande
- obscurité continue à régner sur la véritable situation des Anglais dans l’Afghanistan. Les dépêches officielles sont tout naturellement fort optimistes, mais ce qui est certain, c’est que le général Brown ne s’aventure point au delà de Jellalabar, et qu’il ne maintient que difficilement les communications avec la passe de Kaïber. Quant au général Roberts, envoyé dans la vallée de Kurüm, il a dû appeler des renforts à son aide et il ne serait pas impossible qu’il eût battu en retraite. Il règne donc en Angleterre une certaine inquiétude, et une émotion fort vive a été suscitée par une dépêche du correspondant de Neto-York Hérald. à Taschkend, dépêche fort étendue de laquelle il ressort que les résultats ob tenus par l’armée anglo-indienne sont pour ainsi dire nuis. Cette communication, quia la forme d’ane conversation entre le correspondant dû journal américain et le général russe Kaufîmaun, nous apprend en outre que l’émir, bieu qu’ayan't abandonné Caboul, n’a nullement quitté Ses Etats, et que le représentant de la Russie, le général Rozgonof, est toujours dans la capitale de l'Afghanistan. Cependant une dépêche ultérieure a démenti cette nouvelle.
- Quoi qu’il en soit, il est avéré que les Anglais ont subi, en Caboul,d es échecs qu’ils on t dissimulés avec soin et qu’il s se trouvent dans Une situation assez embarassante, facoub-Khan, fils de Shere-AU, actuellement dépositaire des pouvoirs paternels, refusant de se soumettre.
- L’opposition, en Grande-Bretagne, s’est empressée de tirer parti de ces divers incidents. pour recommencer sa campagne contre le ministère. M. Forster, ancien membre du cabinet Gladstone, a prononcé un grand dis cours à Bradfoîl, sur la politique étrangère de Loïd
- Beaconsfield, qu’il a sévèrement critiquée aux applau-dissements-de toute l’assistance. A notre avis, ce que l’Angleterre aurait de mieux à faire, ce serait de saisir 1a. première occasion venue de conclure la paix. .Sinon elle pourrait bien s’exposer à essuyer les déconvenues qu’elle a déjà éprouvées, en Afghanistan, en 1842, ou même quelque chose de pis. j
- SCr*«tiosi do Mloïxeasii. — Oliva y Moncasi, ce tonnelier de Tarragone, qui avait tiré sur Alphonse XII d’Espagne, a été étranglé par le bourreau, après avoir été mis en chapelle pendant vingt-quatre heures. Cette mise à mort d’un homme qui n’avait tué ni blessé porsonne, est un acte de barbarie inutile, qui a produit une fâcheuse impression, même en Espagne. Moncasi est mort très-courageusement.
- l a crise l’u&se. — La crise sociale que traverse la Russie, ne paraît pas devoir s’apaiser de sitôt, et la Gazette de Moscou nous apprend que le désordre ne fait que s’accroître dans les rangs de la jeunesse studieuse. Non-seulement les professeurs et les autorités universitaires continuent à être molestés, mais encore partout on fait signer des adresses et circuler des protestations qui ne tarderont pas à provoquer un soulèvement gé* néral.
- La Gazette russe a publié iout récemment un travail fort curieux sur les causes de ta crise sociale que traversent certains Etats de l’Europe ét, particulièrement, l’empire moscovite, et ce journal arrive à des conclusions qui ne sont pas sans intérêt, et que nous croyons devoir reproduire malgré leur étendue.
- a En faisant la guerre de Crimée, dit la Gazette russe,
- * Napoléon III a reculé d’un quart de siècle la solution » de la question d’Orient, et l’Europe a dépensé plusieurs » milliards au chevet de l’Homme malade. Ensuite est » venu le prince de Bismarck, qui a transformé la Con-» fédération germanique en une immense caserne prus-» sienne. Pendant la période de Napoléon III et de Bis-» marck, c’est-à-dire de 1852 à 1878, l’Europe a employé » la plus grande partie de ses forces à des armements et » n’a pas cessé un instant de travailler au maintien de » la paix, ce qui ne lui a pas épargné ia guerre, mais l’â » au contraire provoquée. Cette politique dé fer a coûté » à l’humanité 1,748,000 existences, c’est à-dire qu’il est » mort dans la guerre de Crimée 750,000, én Italie 45,000,
- * dans le Sleswig-Hoîstein o,000 dans la guerre austrô-6 prussienne 45,000; au Mexique 65.000, dans La, guerre » franco-allemande 215,000. en Serbie 25,000, et dans la » guerre turco-russe 600,000, sans parler des victimes » du choléra, du typhus, de la dyssenterie et des autres
- * compagnons inévitables de la guerre. Au point de vue
- * financier, cette période de destruction à coûté 31 mil-» liards 575 millions de francs.
- » Malgré cette énorme dépense en vies humaines et
- * en argent, l’Europe, grâce au Congrès de Berlin, est » à la veille d'une nouvelle guerre et continue d’employer h toutes ses forces à entretenir des armées. Avec une d telle somme, on aurait pu Obtenir des résultats plus s avantageux pour la civilisation qu’une Europe armée b jusqu’aux dents. Ceux qui ont le plus souffert de cet & état do choses sont évidemment les ouvriers et sur-» tout ceux de l'Allemagne, où les fabriques et les ate-» liers ont été continuellement fermés.
- » C’est de là que provient ce malaise social qü’on âp-» pelle le socialisme. Les ouvriers qui n’ont plus trouvé » de moyens d’existence en Allemagne se sont répandus » dans toute l’Europe et ont principalement trouvé asile » en Espagne( en 8uiese et en Italie. Cosmopolites mal-» gré eux, expulsés de leur patrie, les ouvriers alle-» mands ont propagé avec une étonnante rapidité les » doctrines de l'Internationale, association composée de » socialistes, ».
- Tout ceci prouve que les gouvernements despotiques ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes des difficultés en présence desquelles ils se trouvent et dont ils se flattent bien vainement de triompher par la force.
- A Saint-Pétersboüfg, le conseil de l’empire vient d’âp-’ prouver Un projet dé budget élaboré par le nouveau mi-
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- nistre des finances, M. Greigfi. L’équilibre est obtenu grâce à l’établissement de plusieurs impôts nouveaux. On suppose que le projet de M. Greigfi a surtout pour but de faciliter un nouvel emprunt; "niais on n’ignore pas que les démarcfies tentées précédemment dans ce but par le même personnage ont piteusement échoué.
- Le programme économique de M. de
- Iïïsmar<“k. —Il n’y a rien de bien saillant à signaler en Allemagne, si ce n’est l’opposiLion très-vive qui est faite à la politique commerciale du chancelier. Mais celui-ci, avec son tempérament despotique, ne se laisse nullement émouvoir par les protestations que son programme économique soulève de tous côtés. De plus, il a l’intention de ne pas renouveler les traités de commerce qui lient l’Allemagne aux autres Etats, et il a commencé par dénoncer le traité belge le 31 décembre.
- Les» afïadLres romaines. — Il parait que les ressources du denier de Saint-Pierre diminuent à vue _ d’œil, et Y Italie nous apprend que le budget du Vatican est dans une situation des plus critiques. Le pape Léon XIII a même dû faire appel aux libéralités du chapitre de Saint-Pierre, dont les revenus sont considérables; mais ses s©lîieitalion* ont été, à ce qu’on assure, fort mal accueillie#* Ust-e® e-j| raison de ces difficultés que le chef de roroaifié'se tourne vers les Etats
- de l’Europe et «herche à se rapprocher de leurs gouvernements? Il est permis de le supposer. Toutefois, ces tentatives donnent de médiocres résultats. Les négociations avec Berlin ont été suspendues. Quant à celles qui avaient été nouées avec la Russie, elles ont été rompues, et le gouvernement du czar a rappelé, de Rome, son agent, le prince Ourousoff, pour l’envoyer à Bucharest. Ces insuccès ont causé une impression très-vive au Vatican, et le pape inclinerait, dit-on, à convoquer un nouveau concile œcuménique, afin, sans doute, d’amener l’Eglise à sortir des voies de l’intransigeance où Pie IX l’avait engagée. Il nous parait douteux que cette tentative suprême puisse réussir. Il ne peut plus rien y avoir de commun entre le catholicisme romain et la civilisation moderne. '
- Les élections daiioisess. — Des élections pour le Folksthnig, viennent d’avoir lieu en Danemark. On sait que cette assemblée avait été successivement dissoute jusqu’à trois fois, le gouvernement s’étant trouvé en présence d’une opposition persistante qui a nécessité pendant plusieurs années l’établissement du budget et la promulgation des lois de finances par simples décrets royaux. Cette fois, la majorité paraît avoir été déplacée, la gauche modérée ayant perdu 14 sièges gagnés par la droite.
- On signale un certain refroidissement dans les relations entre Berlin et Copenhague, ^occasionné par la réception cordiale faite officiellement à une députation hanovrienne, venue pour féliciter le duc de Cumberland au sujet de son union avec la princesse Thyra. On sait, en effet, que ie duc de Cumberland est toujours prétendant au trône de Hanovre. A la suite de cet incident, l’arrivée du nouveau plénipotentiaire allemand à Copenhague a été ajourné.!
- Les négociiitioîi n tureo-russes. — La
- Porte négocie toujours avec la Russie pour la conclusion d’un traité définitif. Le sultan semble disposé à tout concéder pourvu que la Russie consente à réduire le chiffre de l’indemnité de guerre.
- Quant aux réformes annoncées par Kéridime-Pach a, elles sont toujours à l’état de projet.
- Le fanatisme ultramontain au Mexique — Les journaux américains nous apportent le récit d’un attentat dont ont été victimes plusieurs protestants de la petite ville d’Atzala,dans l'Etat de Puebla,
- | La réélection d’un protestant comme alcade de la ville I avait rendu furieux les catholiques ; un groupe' de fanatiques se réunit en armes, mais la force armée étant survenue, les dispersa et en incarcéra un certain nombre. Les catholiques se soulevèrent alors en masse, délivrèrent les prisonniers et se ruèrent sur les protestants pour les massacrer- Plus de deux cents hommes armés de haches, de poignards et de fusils, se rendirent à l’Hôtel-de-Ville en criant : «Vive la religion ! A mort les protestants ! » L’alcade et les conseillers municipaux furent les premières victimes ; leurs cadavres furent mis en pièces. Les assassins se divisèrent alors par plusieurs bandes, saccagèrent les maisons des protestants et massacrèrent tous ceux qui ne purent s’échapper. Le temple fut pillé, les bibles et les meubles furent brûlés ; puis, quand cette œuvre de carnage et de destruction fut terminée, tous les catholiques rentrèrent tranquillement chez eux. Plusieurs protestants furent emmenés prisonniers dans les fermes des montagnes environnantes.
- ... -..-oo4iSSk.t-.-w—.— -
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mme Marie HOWLAND Voir n° 4 (tome 1), à n° 17 (tome 2)
- Chapitre XXXI.
- Dans un monde meilleur.
- Le lendemain était un dimanche. Dès le matin, M. Forest adressa à Georges Storrs un billet par lequel il priait le jeune homme de passer à son cabinet. Georges Storrs, libre de son temps, se rendit aussitôt à l’appel du docteur.
- La figure avenante et fraîche du jeune imprimeur et la -timidité qu’il ne pouvait dissimuler en se voyant en présence d’un médecin en renom, plurent dès l’abord à M. Forest, qui, enveloppé dans sa robe de chambre, mit le garçon plus à l’aise en lui demandant la permission de continuer à fumer.
- Georges savait qu’une jeune femme, dont on ne disait pas le nom, avait été retirée de la rivière; nul n’avait pu lui dire d’une façon certaine ce que l’infortunée était devenue ; quelques personnes prétendaient qu’elle avait succombé.
- Georges redoutait au fond du cœur que la noyée fût quelqu’un qu’il connaissait bien; et sa conscience ne lui laissait pas un instant de repos.
- Le docteur commença par interroger le jeune homme sur la famille Gidler, et ses réponses convainquirent M. Forest que l’honnête père d’Annie ressemblait bien au portrait qu’il s’en était fait d’après le récit de la jeune fille. Annie avait été réellement traitée d’une façon abominable ; et ce n’était pas sans motifs sérieux qu’elle s’était plainte de sa destinée.
- »
- Le docteur apprit alors à Georges que la malheureuse enfant qui avait essayé de se noyer, pour mettre un terme à ses misères, était bien Annie Gidler.
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- LE DEVOIR
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- Annie Gidler, portant sur sa chair les marques visibles encore de la barbarie de son père ; Annie Gidler, repoussée par le seul ami qu'elle crût avoir au monde, ami qui, en se détournant d’elle alors qu’elle était sans asile et sans pain, l’avait ainsi conduite à chercher un refuge dans la mort.
- A ces mots, Georges Storrs, accablé par le remords, baissa la tête. Aussitôt qu’il fut capable de parler, il exprima un vif regret de sa cruauté envers Annie et déclara qu’il était prêt à l’expier en épousant miss Gidler, malgré le tort qu’elle avait fait à sa réputation en choisissant pour asile la maison de la mère Torbit.
- « Un instant, jeune homme, » s’écria le docteur, qui, parfaitement édifié sur les habitudes du sexe masculin, était toujours indigné d’entendre un homme se plaindre de la faiblesse des femmes. « Regardez-moi bien en face, et dites-moi si Annie, quand bien même elle aurait contribué par des actes, ainsi que vous l’avez fait, vous, à la prospérité de l’entreprise de la mère Torbit, serait moins pure que vous-même ?
- » Mais vous n’avez pas tout entendu. Annie Gidler n’est restée dans cette maison qu’une nuit et un jour, et n’a été mêlée en rien à ce qui s’y passe. Y eût-elle pris part, que son âme, comparée à la vôtre, serait aussi blanche que la neige.
- » Sans asile, sans ressources, abandonnée et pleurant, elle fut trouvée sur la voie publique par une jeune fille qui la mena chez madame Torbit. Annie Gidler, enfant sans expérience, ignorait la nature de cette maison, et demanda à la vieille hôtesse du travail pour gagner sa vie.
- » Voilà pourquoi vous l’avez trouvée là.
- » Mais, vous, qu’y veniez-vous faire ?
- » Etiez-vous ignorant, comme elle, de la nature de cet antre ? Vous avait-on mis dehors par une froide nuit d’hiver, parce que vous vous trouviez sans argent ? Ne saviez-vous plus où reposer votre tête ? Par le Christ, la conduite d’une foule d’hommes à l’égard des femmes est assez abominable pour que les démons eux-mêmes en rougissent de honte.
- » Vos pleurs vous font honneur, jeune homme, » ajouta le docteur; « je suis satisfait de les voir couler. Annie Gidler, cette enfant innocente, a gagné mon cœur. Je l’ai confiée aux deux femmes que j’honore le plus au monde, et j’ai l’espoir que désormais elle sera heureuse. »
- Georges supplia le docteur de lui permettre d’aller voir Annie et de lui demander pardon. Il avoua ensuite qu’il avait eu honte de la pauvre toilette de la eune fille. Pendant qu'il se promenait avec elle sur
- | la place, des camarades de l’atelier étaient venus à I passer et avaient ri de lui. -
- Le docteur comprit cette faiblesse chez un tout jeune homme qui, grâce au travail, commençait à se faire une vie indépendante et qui, tout fier de sa nouvelle importance, se costumait presque en petit i maître; mais il n’avait pas encore terminé avec lui.
- « Vous pensez, sans doute », ajouta-t-il, « que la pauvre enfant est, comme autrefois, prête à tomber dans vos bras; peut-être vous trompez-vous étrangement? Miss Gidler est avec des amies qui lui enseignent le prix de sa beauté et de sa vertu, et lui montrent comment on gagne honnêtement sa vie; elle s’est déjà vivement attachée à ses nouvelles protectrices, et a appris à distinguer l’affection qui dépend des avantages extérieurs de celle qui s’attache surtout aux qualités plus solides. J’espère que cette terrible lutte entre la vie et la mort, dans l’eau glacée de la rivière, a éteint la flamme qu’elle nourrissait pour celui qui l’a traitée comme vous savez.
- » Mais je n’aime pas à prêcher, jeune homme. Je ne suis pas moi-même un saint; je vois, du reste, que vous vous êtes laissé guider par des circonstances sur lesquelles vous n’avez pu réagir. Vous êtes jeune et robuste et, selon toutes probabilités, vous vivrez longtemps. Il reste à savoir quel usage vôus ferez des forces dont vous disposez. »
- Georges comprit que l’entrevue touchait à sa fin. Jamais personne, autant que l’homme simple, franc et humain devant qui il se trouvait, ne lui avait inspiré un aussi vif désir de laisser en partant une bonne opinion de lui-même. Depuis qu’il habitait Oakdale, il avait entendu raconter de nombreuses anecdotes sur le docteur, toutes témoignant de la vénération que le peuple professait à son égard; aussi, emporté par l’enthousiasme, exprima-t-il son désir de faire quelque bien dans le monde en suivant ses meilleures inspirations naturelles.
- Le docteur, toujours sensible à de semblables dispositions, posa familièrement sa main sur l’épaule du jeune homme et lui demanda s’il désirait réellement participer à un travail héroïque; s’il se sentait capable de supporter les persécutions du monde pour contribuer au triomphe d’une noble cause.
- Lejeune Storrs déclara qu’il était impatient d’être mis à l’œuvre et de prouver ce qu’il était capable d’accomplir dans un but louable.
- « Eh bien! » dit le docteur, « faites-vous le champion des droits de la femme, de l’émancipation politique et sociale de la moitié du genre humain. Je connais quelques jeunes gens enrôlés sous cette ban -nière, et tous dépassent, moralement et intellectuellement, la moyenne des hommes du siècle.
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- » Peut-être pensez-vous que vos efforts sont peu de chose ; mais l’Océan est composé de gouttes d’eau. Partout où elle sera discutée, défendez l’égalité absolue des droits de tous les êtres humains. Allez entendre les orateurs qui traitent la question; étudiez avec ardeur dans vos moments de loisirs. Ma bibliothèque est à votre disposition, et je dirigerai vos lectures. »
- L'adhésion de Georges fut prompte et enthousiaste ; il fit même voir au docteur que cette question ne lui était pas absolument étrangère; aussi celui-ci, charmé, le traita-t-il davantage en égal : flatterie bien douce pour ce jeune ambitieux, qui partit en emportant sous son bras deux des livres du docteur.
- * Lisez celui-ci le premier », avait dit M. Forest en désignant l’ouvrage de Stuart MiM sur La Liberté \ vous pouvez le finir cette semaine ; rapportez-le dimanche prochain, vous resterez à dîner avec nous. »
- Puis, en serrant la main du jeune Storrs, il lui avait dit qu’il l’autorisait à rendre visite à Annie le soir même.
- u Je ne doute pas qu’elle soit disposée à vous pardonner », avait ajouté le rusé docteur, « les femmes, sont meilleures que les hommes et trop bonnes pour nous de moitié. »
- Georges, vivement impressionné en apprenant où était Annie, s’en était allé dans la plus heureuse dis position d’esprit.
- Quant au docteur, il était tout à fait content de son travail du dimanche matin. « C’est sur les jeunes gens, » se disait-il, « que les réformateurs doivent compter. La jeunesse s’ouvr® facilement à un nouvel ordre d'idées, tandis qu’un vieux cerveau est aussi difficile à défricher que les forêts de cèdres fossiles de la Californie. »
- Tout en se livrant à ses pensées, M. B’orest se dirigeait d’un pas alerte vers la demeure de « ses filles, » comme il appelait Clara et Susie.
- Les deux jeunes femmes écoutèrent avec intérêt le récit de l’entrevuedu docteur etde Georges Storrs. En apprenant que ce dernier viendrait le soir même, Clara battit des mains.
- — « Susie, ma chère, nous habillerons Annie avec ma robe de chambre de cachemire blanc, reliques des splendeurs d’autrefois, nous arrangerons avec soin ses jolis cheveux ; et maître Georges verra une créature bien différente de la pauvre fille abandonnée qui a vainement réclamé son assistance.»
- « Y a-t-il au monde une seule femme, » dit le docteur en riant, « qui ne soit de naissance, un entrepreneur de mariages ? »
- « Ce monsieur n’est pas encore digne d’Annie, »
- s’écria Susie avec chaleur. « Tout en faisant la toilette de notre nouvelle amie, je lui donnerai une leçon sur la manière dont on doit recevoir un amoureux repentant. »
- « Çà, Minnie, » dit le docteur s’adressant à Fange aux cheveux blonds) comme il appelait quelquefois sa petite fille, « ce sera merveille si, avec ces deux marieuses, nous n’avons pas bientôt de fiançailles; qu’en penses-tu ? »
- Tout en grimpant sur les genoux de son docteur, Minnie donna sans réserve son assentiment à la proposition d'un mariage. L’idée qu’elle se faisait des noces, ainsi que cela ressortit de la conversation qui suivit, se bornait à un gâteau d’amandes surmonté de deux oiseaux. Tel était le résultat de ses profondes observations chez le pâtissier.
- Je ne sais si Susie donna la leçon promise sur l’art de recevoir les amoureux repentants, mais il est certain qu’après l’entrevue d’Annie et de Georges, les amours des deux jeunes gens entrèrent dans une phase de calme heureux. Les visites du jeune 'Storrs le dimanche soir se succédèrent avec une régularité exemplaire.
- Annie se rétablit promptement, e.t prouva qu’elle était réellement un bienfait déguisé comme l’avait prédit Clara. On était alors dans la période la plus active du commerce des fleurs, Annie, adroite et intelligente, apprit bien vite à se rendre très-utile .
- Se trouver au milieu des gens distingués, cultivés, aimables ; jouir de leur affection et de leur respect ; pouvoir plaire à tous sans que personne trouvât à redire aux efforts qu’elle faisait dans ce but ; enfin voir Georges et l’aimer ouvertement et sans honte: tout cela était pour miss Gidler si différent de la vie qu’elle avait menée jusqu’alors, qu’elle se demandait parfois si elle n’était pas le jouet d’un songe trompeur et si elle n’allait pas se réveiller dans le monde froid et dur où elle avait tant lutté et souffert.
- Dans de telles conditions, faut-il s’étonner si le cœur de cette aimable enfant conçut pour ses nouvelles amies une affection voisine de l’idolâtrie. Quelquefois elle manifestait devant elles la crainte que son père vînt à découvrir sa retraite et qu’il la contraignît de rentrer chez lui ; elle était mineure et il auraitœu le droit d’exiger cette réintégration.
- Pour éviter ce malheur, le docteur n’avait pas laissé mettre le nom d’Annie dans le récit que les journaux d’Oakdale avaient fait de la tentative de suicide. Mais comme miss Gidler désirait ardemment restituer à sa mère les deux dollars qu’elle lui avait pris et lui faire savoir en même temps qu’elle
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- se portait bien ; une lettre contenant la somme en question fut adressée à madame Gilder et mise à la poste de Boston. (A suivre.)
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- LE MONOPOLE DES AGRÉÉS
- On nous prie de signaler à l’attention de nos lecteurs un monopole d’une espèce particulière. Au rebours des autres qui sont, sinon établis, au moins étayés par des lois — qu’il est toujours permis de critiquer, mais que nul autre que le législateur ne peut modifier ou abroger — ce monopole, cet abus pour mieux dire, s’est enraciné au mépris le plus absolu du texte même de la loi et maintenu malgré les décisions suprêmes de la Cour de cassation. Nous voulons parler du monopole des agréés, que quelques tribunaux de commerce, et notamment celui de la Seine, ont institués auprès d’eux pour la défense des justiciables.
- Cet abus — qui prend sa source dans un excès de pouvoir de la part des tribunaux de commerce, ainsi que l’a plusieurs fois déclaré la Cour de cassation — est des plus préjudiciables au commerce. Il enlève aux justiciables le droit que leur confère la loi de se faire représenter par qui bon leur semble. La loi a voulu que le commerçant pût envoyer à sa place pour s’expliquer devant le tribunal, un employé, un co intéressé, un ami, etc., qu'une maison importante pût, par exemple, charger de sa défense son chef du contentieux, etc, La loi a dit cela ; mais les tribunaux de commerce ont fait tout le contraire.
- Un mémoire demandant la répression de cet abus, par l’application stricte, et loyale de la loi, vient d’être adressé à M. le garde des sceaux, ministre de la justice.
- Société pour la propagation des Sciences naturelles à Tienne.
- Introduiré et répandre, dans la partie du public qui ne fréquente plus les écoles, des connaissances variées et étendues en ce qui concerne les diverses branches des sciences naturelles, telle est la tâche que la Société pour la propagation des sciences naturelles, à Vienne, s’est proposé de remplir.
- A cet effet, elle organise chaque année, de novembre à mars, dix-huit conférences populaires traitant quelque sujet du domaine des sciences naturelles ; ces conférences, données par des savants
- distingués, se tiennent le mercredi soir dans la grande salle du « Gymnase académique », à Vienne, et sont accompagnées,s’il y a lieu, de démonstrations et d’expériences de physique.
- La Société compte plus de 880 membres , l’assistance aux cours du mercredi est toujours très-nombreuse. Pour faciliter à des personnes, qui ne sont pas membres de la Société, la fréquentation des conférences, il est distribué, chaque année, 800 à 900 cartes d’entrée gratuites. .
- Une notable partie de l’auditoire de ces conférences, trop sérieuses pour être un simple amusement, se compose de dames qui viennent assister non pas dans le but de satisfaire une vaine curiosité, mais bien avec le désir et la volonté de s’instruire. La Société attache à ce fait une grande valeur, car c'est à la femme qu’est confiée la tâche si importante de l’éducation première de nos enfants.
- Les manuscrits des conférences tenues (rétribués par la Société à raison de dix ducats en or) sont publiés tous les ans dans un recueil, contenant, pour sa partie scientifique, jusqu’à 47 feuilles d’impression, aveede nombreuseset excellentes illustrations; le tirage en est de 1,300 exemplaires^ Les membres de la Société reçoivent chacun Se recueil annuel, destiné à conserver vivantes et toujours présentes à la mémoire les connaissances acquises.
- Ce recueil est envoyé à 140 sociétés scientifiques en Europe et en Amérique, en échange de puplica-tions analogues; un grand nombre de bibliothèques, d’écoles, de cercles littéraires, à Vienne et dans la province autrichienne, même à l’étranger, le reçoivent gratuitement ; on donne, chaque année, des centaines d’anciens exemplaires à des élèves studieux ; les nouveaux membres de la Société peuvent avoir les recueils précédents au prix modique de 70 kreutzer (environ 1 fr. 50). En 1872, la Société a distribué 1,000 exemplaires d’une brochure sur la « Protection des Oiseaux », 5 000autres exemplaires de cette brochure, traduite en italien, dans le Tyrol méridional, ont été publiés par le Ministère I. et R. de l’Instruction publique. Cette année, 6,000 exemplaires d’une brochure de sept feuilles d’impression, concernant la « Protection des forêts contre leurs ennemis naturels », seront distribués parmi la population des campagnes. Enfin, la Société possède une bibliothèque déjà considérable dont chacun peut profiter. Elle se compose des publications reçues à titre d’échange.
- Mais la meilleure institution ne remplirait qu’im-parfaitement sa tâche si la participation trop onéreuse limitait lè nombre des sociétaires. Aus*i la Société pour la propagation des sciences naturelles s’est
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- elle toujours empressée de faciliter son accès à des personnes moins aisées. Ainsi, en 1876/77, sur 856membres, 577, c’est-à-dire les deux tiers, n’ont versé qu’une contribution annuelle de 2 florins, soit 4 fr. l6 c ; ils jouissaient, conformément aux statuts, des mêmes droits que les membres payant davantage ; tous reçurent le recueil annuel. Ce recueil revint A la Société, en ne comptant que les frais pour honoraires, impression et illustrations, à 2 fl. 35 kr. ou
- 4 fr. 91 c , et en ajoutant les frais de régie, â 6 fr. 85 c.
- Les amis et les membres de la Société qui versent une contribution plus élevée, sont considérés comme les Mécènes de l’association ; les contributions annuelles de tous les membres, les subventions accordées par la maison impériale, par le ministère de l’instruction publique, et par la première caisse d’épargne d’Autriche, ainsi que le produit de la vente de publications, et une faible somme provenant de l’intérêt d’un capital de 3 400 flor., placé par la Société, ont suffi, grâce à une prévoyante administration et au concours désintéressé du Comité, pour couvrir les dépenses de l’exercice 1876/77, s’élevant à 4,177 fl.
- 5 kr. ou 8,702 fr. 18 c.
- LA SÉLECTION A CONTRE-SENS .
- Un jeune savant russe qui s’était formé en France aux nouvelles méthodes de la statistique, M. Tschou-riloff, est mort il y a quelques semaines dans son pays, à l’àge de 24 ans. Il s'était déjà fait connaître par des travaux estimés.
- Il a publié, en dernier lieu, une importante brochure sur les Causes de dégénérescence des nations civilisées. Voici la question que M. Tschouriloff agitait dans cet écrit :
- Quand le conseil de révision choisit dans une population les hommes les plus beaux et les plus solides pour en faire des soldats, et qu'il y laisse les plus chétifs et les plus infirmes pour en faire des maris et par conséquent des pères de famille, ne prépare -t-il au pays une assez triste postérité? Encore, en temps de paix, d’anciens soldats revenus au pays peuvent contribuer à la propagation de l’espèce. Mais qu’une guerre survienne et mette en terre une bonne portion de ces élus du conseil de révision, la prépondérance pour la reproduction est acquise aux cagneux et aux bossus. Ce sont eux qui, sans nulle entrave, ni retard, ni retranchement, épousent les filles et font les enfants. N’y a-t-il pas là une cause redoutable de dégénérescence ?
- Cette question hérissée de difficultés, M. Tschou-
- riloff l’a résolue par l’affirmative. Il a examiné la proportion des infirmes dénoncée par les conseils de révision une vingtaine d’années après chaque guerre, et il a constaté que ces fils d’infirmes étaient infirmes, eux aussi ; la guerre, dans nos sociétés, a justement reflet opposé à celui qu’elle produit dans ia nature. A l’état de nature, elle tue le faible et l’empêche de reproduire ses infirmités ; dans nos sociétés, elle le protège aux dépens du fort et assure la perpétuité de ses vices organiques. C’est ce que l’auteur appelait la sélection militaire ; sélection en sens inverse, comme on voit.
- {La Finance Nouvdlle.)
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- LES PIONNIERS DE ROCHDALE
- L’Association des Equitables pionniers de Roch-dale en Angleterre, poursuit régulièrement son développement, et montre ce que peut le principe d’association lorsqu’il est mis en pratique par des hommes intelligents et qui savent vouloir. Le nombre des associés était en 1877 de 9,722, et les ventes opérées pendant cette année comportent 280,275 liv. st., ce qui correspond à plus de 7 millions de francs.
- L’association tient actuellement 18 boutiques d’épicerie, 13 débits de viande, 12 magasins de tissus, 1 de vêtements, 3 de chaussures, 5 d’objets de menuiserie et 1 magasin de charbon. La société s’est augmentée d’une section qui a pour mission spéciale de faciliter aux ouvriers l’acquisition de leur demeure en leur permettant de puiser des avances dans le fonds de réserve et en réglant le prix d’acquisition par annuités. Elle possède, en outre, une caisse d’épargne nommée Juvénile Saving Department, destinée à faciliter l’épargne *aux jeunes gens. Elle possède des bibliothèques, des salles de lecture, et, de plus, une excellente école d’adultes.
- En 1850, les Équitables pionniers ont établi une association nouvelle The Rochdale district cooperative corn mi II society, ayant un moulin pour leur fournir de bonnes farines à bon marché.
- Les pionniers de Rochdale, qui forment une société de consommation de détail, ont depuis longtemps dans leurs mains une société d’acquisition et de vente en gros {Cooperative Wholesale Society), qui fournit les magasins de détail de la société et d’autres. Cette subdivision, établie à Manchester, a une succursale à Londres et une autre à Newcastle.
- Etablie en 1863, cette société de vente en gros comptait comme clientes, au commencement de 1878, 5S sociétés de consommation, comprenant 273,462 membres. Au moyen de l’achat et de la vente en
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- gros, ces clientèles font un bénéfice sur les objets qu’elles achètent et consomment, et elles sont assurées que les objets fournis sont de bonne qualité. ..
- Voici, au sujet de cette institution coopérative, quelques détails plus précis. Le capital se compose de 25,850 actions de 5 livres. Elle opéra en 1877 avec un capital de 10,300 000 francs, vendit pour 70 mil lions de marchandises et réalisa un bénéfice net de plus de 700,000 francs. La société possède trois fabriques de chaussures qui font chaque année 26 OOOpaires de bottes et de souliers, deux savonneries et une fabrique de chandelles. Elle tire annuellement d’Irlande 100,000 barils de beurre; elle a des commissionnaires à New-York, à Liverpool, dans le comté de Chester, à Calais. La société a un steamer à elle pour desservir ses affaires avec la France.
- Lancée comme elle l’est dans la voie de la. prospérité , cette association ne peut que s'enrichir chaque jour davantage.
- DROITS QU’ONT LES FEMMES EN ANGLETERRE
- En vertu du Married womea’s Property a&t, voté en 1870, les femmes anglaises jouissent de certains droits, tout ce qu’il y a de plus légitimes et que cependant on leur refuse dans d’autres pays.
- Ainsi les salaires et les profits d’une femme mariée, acquis par elle dans tout emploi ou commerce qu’elle exerce indépendamment de son mari, doivent être regardés comme la propriété de la femme et destinés à son usage parsonnel, sans l’intervention du mari. Il en est de même pour tout argent et toute propriété acquise par elle en appliquant ses aptitudes littéraires, scientifiques ou artistiques. Le placement de ces salaires, profits et bénéfices est aussi sa propriété personnelle. Les quittances que la femme délivre pour ces propriétés personnelles assurent la libération des débiteurs.
- Les dépôts faits à une caisse d’épargne par une femme avant son mariage restent la propriété de la femme ; il en est de même des dépôts faits par la femme mariée à moins qu’ils aient été faits avec les deniers du mari et sans son consentement, auquel cas la cour peut en ordonner la restitution à celui-ci.
- La femme peut souscrire une police d’assurance à son profit, ou sur sa vie ou sur celle de son mari.
- La femme mariée a droit de réclamer en justice, en son propre nom, les salaires, profits, argent et propriété qui constituent la propriété personnelle que lui reconnaît la loi.
- Le mari est tenu de pourvoir à l’entretien de la femme, et les engagements qu’elle contracte pour
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- cet entretien sont tacitement présumés avoir été consentis par le mari.
- Quand le mari et la femme vivent séparément, le mari n’est pas responsable des dettes de la femme, s’il pourvoit à l’entretien de celle-ci.
- Enfin, si un homme a permis à une femme avec laquelle ii n’est pas marié, de se faire passer pour sa femme légitime, il est responsable des dettes de cette femme.
- Nos législateurs français ne feraient pas mal de méditer des réformes dans le même sens.
- PROTECTION ET LIBRE ÉCHANGE
- Un des derniers numéros du Journal officiel reproduit les dépositions faites devant la Commission du Tarif général des Douanes par les délégués de la Chambre syndicale du commerce d’exportation..
- La haute position de celte Chambre et sa compétence sans égale en pareille matière donnent à ses déclarations une incontestable autorité. Aussi est-ce à notre grand regret que nous nous voyons dans la nécessité de n’en reproduire que quelques passages.
- Les forces vives d’un pays, a dit excellemment M. Levois, secrétaire, sont en rapport et se mesurent à son degré d’avancement en instruction, à sa virile éducation, au développement de ses richesses, au bien-être du plus grand nombre, à son goût pour le travail, à son génie artistique, à ses progrès constants dans les connaissances scientifiques et économiques, dans celles de l’agriculture, de la navigation, de lindustrieet du commerce.
- Plus une nation est avancée dans ces sciences, plus elle produit bien et à bon marché, et plus elle trouve de facilité pour écouler sa large production, plus sa consommation intérieure augmente; de là ces grands mouvements d’échanges qui ont pour intermédiaires le négociant importateur et exportateur.....................
- La France n’en est plus à prouver sa supériorité artistique, industrielle, pas plus que son goût pour tous les articles fantaisie.
- Sa fabrication de qualité supérieure et celle de moyenne qualité rivalisent, si elle ne les dépasse pas, les meilleurs produits étrangers.
- Sa fabrication de produits courants, de ceuxàbas prix, les plus demandés aujourd’hui, a fait d’énormes progrès depuis quinze ans, et bien que distancée encore par certains pays avec lesquels elle n’avait pas à compter autrefois, nous avons la conviction qu’elle peut arriver et qu’elle arrivera avant peu à produire aussi bien que les pays qui produisent le mieux.
- A quoi tient pour les articles courants l’infériorité de la production française? A diverses causes, si connues de tous, qu’il est presque inutile de les énumérer ;
- Elles tiennent :
- A notre peu de connaissance des pays étrangers et des besoins et coutumes des divers consommateurs qui peuvent acheter nos produits; à notre peu d’entente du crédit commercial; à nos moyens de transport maritimes et par voie ferrée, peu développés ; à nos impôts qui sont lourds. Mais la crise commerciale actuelle qui existe partout, tient surtout à Tentraînement irréfléchi qui a eu lieu après la guerre, de 1871 à 1873.
- A cette époque, fabricants, négociants et autres de tous pays ont trouvé des débouchés si larges et si faciles pour mus leurs produits ; et les profits de l’industrie ont été si énormes, que de tous côtés on a augmenté le matériel existant et que des quantités d’usines nou-
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- velles ont été créées; mais cette fièvre ayant duré ce que durent ces maladies, et la fabrique continuant à marcher à pleines voiles, la consommation appauvrie dans beaucoup de pays, soit par les folles entreprises, soit par les guerres, n’a pu suivre la production ; de là l’encombrement actuel.
- Le vrai remède est dans la liberté commerciale sagement appliquée, dans rabaissement des tarifs et dans la conclusion de traités de commerce avec tous les pays, avec la clause de réciprocité, si possible, et dansù’amé-lioratiou de nos lois d’impôts, dans celle de notre outillage de transport et dans la voie progressive suivie par toutes les industries.
- Les producteurs qui, depuis 1860, ont marché d’un pas ferme daus la voie progressive en amortissant leur capital-outillage, ce qui leur a permis de remplacer aussi souvent que de besoin les machines anciennes par celles plus perfectionnées employées par leurs concurrents, se trouvent aujourd’hui dans une bonne position pour soutenir la lutte, et tous demandent la liberté commerciale.
- En résumé,
- On a, et avec raison, comparé les tarifs de douane à des barrières et des obstacles; lorsqu’ils sont peu élevés on les franchit. A mesure qu’ils s’élèvent la circulation se ralentit et finit par s’arrêter. Voilà pourquoi nous ne craignons pas d’affirmer que système de l’élévation des droits conduit à l’anéantissement du commerce extérieur.
- La réforme économique de 1860 et les traités de commerce conçus dans un esprit libéral ont particulièrement favorisé nôtre commerce extérieur. Nos exportations se sont étendues et développées.
- On avait fait entendre, à l’origine, de sinistres prédictions ; on prophétisait l’inondation de la France par les produits étrangers ; on voyait déjà les usines se fermer, les ouvriers congédiés, sans travail et en proie àlamisère.
- Qu’est-il-advenu de ces prédictions? Les usines ne se sont pas fermées, les ouvriers n’ont'pas été congédiés, nos fabriques se sont agrandies, accrues; on en a créé un grand nombre de nouvelles, qui occupent un grand nombre de bras. On a produit beaucoup, beaucoup vendu au dehors, et le pays s’est enrichi.
- L’inondation des produits étrangers n’est pas venue ; nous inversons au dehors environ 2 milliards d’objets manufacturés, tandis que l’inondation à l’intérieur n’atteint pas 500 millions.
- L’Angleterre nous envoie environ 200 millions, elle nous en prend pour 500 millions.
- Nous ne nierons pas cependant que la réforme économique de 1860 ne fut, dans les conditions où elle s'est faite, une entreprise un peu audacieuse ; mais le gouvernement d’alors comptait, et avec raison, sur l’intelligence des industriels et des ouvriers français, et l’événement a prouvé qu’il avait bien compté.
- Par contre, l’industrie comptait sur les promesses d’amélioration faites par le gouvernement; elles lui ont fait défaut.
- Quelles sont donc les industries qui se plaignent et réclament 1
- Si on en excepte la métallurgie et les constructions mécaniques qui ont su profiter et profitent encore du système inauguré en 1860, il ne reste plus que les industries qui exportent peu ou qui n’exportent pas, et qui voudraient se réserver exclusivement le marché intérieur à leur profit et au détriment du consommateur.
- Ce n’est pas l’inlérèt particulier de quelques industriels ou l'intérêt collectif d’une industrie particulière qui nous touche et nous préoccupe, c’est l’intérêt général, l’ensemble des industries.
- Réunissons par la pensée toutes les industries en une seule main, constituant une société que nous appellerons la France, et examinons ses opérations au point de vue du commerce extérieur.
- Je trouve, en consultant la situation générale, que la société a vendu au dehors eu objets manufacturés pour une valeur d’environ................ 2 milliards.
- Acheté pour........................ 300 millions.
- Différence ........... 1. bOO millions.
- Si je passe aux comptes particuliers à chaque trimestre, je trouve :
- •Que pour l’industrie de la soie ;
- La société a veiidu au dehors du i'r juin au 30 novembre :
- 1876 1877
- Vendu 285.670.000 254.806.000
- Acheté 31.930.000 33.217.000
- Différence 250.740.000 221.589.000
- Pour les tissus laine 1 ST'O 1877
- Vendu 300.530.000 302.607.000
- Acheté 72.128.000 64.516.000
- Différence 228.402.000 238.091.000
- Pour les cotons filés 1876 1877
- Vendu 3.608.QQ0 3.681.000
- Acheté 42.655.000 41.740.000
- Déficit 39.047.000 38.059.000
- Cotons tissés : 1 876 1877
- Vendu 65.269 000 59.228.000
- Acheté. ....... 70.734.000 63.974.0C0
- Déficit 5.465.000 4.746.000
- Le déficit que nous avons constaté pour l’industrie cotonnière tient surtout, vous le savez, messieurs, à la perte de nos provinces d’Alsace, qui, ayant encore sous leurs mains leurs anciens clients de France, font le nécessaire pour leur envoyer et leur envoient la plus grande partie de leur production.
- Si nous cherchons les causes de ces différences en plus et en moins dans l’exportation de nos produits, nous remarquons que les industries qui ont vendu plus qu’acheté sont celles qui ont dépensé les sommes nécessaires pour augmenter, améliorer et perfectionner leur outillage.
- Nos industriels cotonniers ont-ils fait de môme ?
- Quelques-uns oui, mais le petit nombre, tandis qu’au contraire les producteurs et rivaux étrangers ont fait dans les dernières années des dépenses considérables pour leur outillage industriel.
- _ Que les filateurs et tisseurs suivent cet exemple, au lieu de demander une élévation des droits qui les dispenserait de renouveler leur outillage, leur permettant d’user et d’abuser de leur vieux matériel arriéré, en pri vant le consommateur du bénéfice et des progrès réalisés à l’étranger, on continuerait à les maintenir dans l’impossibilité de soutenir la lutte contre les concurrents du dehors.
- Si, contrairement aux besoins de netre commerce d’exportation, on relevait les droits à l’entrée sur les produits étrangers, le marché intérieur se trouvant livré à la compétition de tous les producteurs français, les industriels qui réclament aujourd’hui la protection se trouveraient en concurrence avec ceux qui travaillent presque exclusivement pour le dehors, il s’ensuivrait une lutte acharnée par suite d’un marché trop étroit pour tous, et les industriels qui réclament aujourd’hui la protection viendraient avant longtemps demander de revenir à la liberté commerciale ; mais il serait trop tard, la place occupée actuellement en pays étranger par nos produits aurait été prise par nos concurrents.
- La Chambre syndicale du commerce d’exportation conclut en ces termes ;
- Le relèvement des tarifs ou leur abaissement* est une question de vie ou de mort pour des articles qui forment une très-notable part dé nos affaires au dehors ; si les industries, très-peu nombreuses relativement à l’ensemble, qui demandent la protection obtenaient
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- gain de cause, ce serait la ruine de ces branches importantes.
- Dins ces conditions
- « La Chambre affirme que les traités de commerce, loin d’avoir causé la crise actuelle, ont, au contraire, en donnant à l’industrie le moyen de produire à bon marché, développé nos exportations, fait affluer l’or étranger chez nous et nous ont permis de payer l’énorme rançon de la guerre.
- « "Cette crise n’est pas spéciale à la France; tous les pays industriels en souffrent plus que nous,
- « La surabondance de production et, d’exportation causée par les grands bénéfices réalisés pendant les années qui ont suivi la guerre, jointe aux circonstances politiques extérieures, et l’accumulation de produits qui en a été la conséquence, ont amené les souffrances auxquelles on cherche à remédier.
- « Le relèvement des tarifs nous exposerait aux représailles des nations étrangères, et le retour à la protection, succédant à la liberté commerciale, serait une aggravation du mal. Nous verrions nos exportations décroître et cette source de richesse se tarir immédiatement. .
- « Le régime des traités de commerce, qui a déjà enrichi la France, peut seul ramener la prospérité ; il procurera aux industriels, dans les meilleures conditions, les matières premières et leurs assimilés dont ils ont
- besoin. . „
- * Le goût français n’exerce son influence que sur une série restreinte d’articles d’exportation ; pour tous les autres, la France doit lutter de bon marché avec ses concurrents étrangers.
- « En conséquence, la Chambre du comm®rce d exportation déclare
- « !» Que les traités de commerce peuvent seuls donner la sécurité et la stabilité que n’offrent pas des tarifs modifiables ; , .
- « 2° Que le relèvement des tarifs serait la ruine ae notre commerce d’exportation.
- CORRESPONDANCE
- Nous avons reçu de M. Gatineau une longue lettre au sujet des jouets militaires.
- Nous y répondrons dans notre prochain numéro.
- CT"—,
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- Le Musée artistique et littéraire, revue hebdomadaire de vulgarisation artistique. Un an, Paris, 14 fr,; départ., 16 fr. A. Battue, éditeur, 3, Chaussée d’Antin.
- Nos lecteurs connaissent le Musée universel, qui, depuis sept ans, apporte chaque semaine aux artistes et aux familles 16 pages d’un texte instructif, orné de belles gravures et accompagné de temps à autre de poésies de MM. André Lemoyne, Sully Prudhomme et Ghampury.
- La librairie qui édite le journal Y Art, la plus luxueuse des publications périodiques, s’est rendue propriétaire, il y a quelque temps déjà, du Musée universel. Trouvant cette revue d’un format trop petit pour les illustrations que le journal Y Art met à sa disposition, elle le transforme aujourd’hui en l’agrandissant et en lui donnant un titre plus précis.
- Le Musée artistique et littéraire, fruit de cette transformation, se recommande aux familles, aux artistes et aux penseurs comme une oeuvre de vulgarisation des arts et de la littérature. Les familles y trouvent un texte varié et scrupuleusement choisi; les personnes qui, par goût ou par obligation professionnelle s’occupent d’art, y trouvent de précieux modèles et de belles reproductions des trésors en tout genre des musées et des expositions ; enfin les penseurs y rencontrent des articles d’esthétique dans le genre de celui sur l’art nouveau que nous avons reproduit dans notre numéro du 5 janvier.
- Almanach de| l’ouvrier pour 1879, 1 vol. in-24, Bruxelles, 130, rue Jolly. Prix : la centimes.
- Yoiei la deuxième année que cette union des associations ouvrières beiges,- qui s’appelle la Chambre du travail, publie un almanach destiné aux ouvriers.
- Celui que nous avons entre les mains mérite d’appeler l’attention. Nous y trouvons un petit travail statistique sur la Belgique duquel il résulte que dans les deux Flandres, qui sont les provinces les plus pauvres du pays, d règne une mortalité beaucoup plus considérable que dans les autres provinces. 1/40 contre 1/54. La proportion des octogénaires est deux fois moins grande dans les provinces pauvres que dans les provinces plus riches. Sous le rapport du nombre de cas d’aliénalion mentale, les Flandres soûl frappées plus fortement que les antres provinces du pays. Dans l'ensemble du pays iï y a 1 mort sur 29 habitants de la classe pauvre, tandis que dans la classe aisée il n’y a 1 mort que sur 43 habitants.
- Les autres articles de cet almanach portent sur le droit des femmes, sur la propriété foncière, etc.
- En somme, cet almanach, l’un des mieux rédigés que nous connaissions, pourra faire grand bien dans les classes ouvrières de la Belgique ou du département du Nord.
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- AVIS AUX LECTEURS DU DEVOIR
- Dans une pensée de propagande ntile an progrès des -vérités sociales 9 l’administration dix I>E-YOIR s’est imposé le sacrifice d’envoyer d’olliee son jonrnal à nn certain nombre de personnes qu’elle considère comme devant être sympathiques à ces vérités.
- Ayant "besoin d’être fixée sur le concours qjx’elle peut trouver parmi les lecteurs du DEVOIR, l’administration prie les personnes qui n’ont pas encore réglé leur abonnement de le taire si elles veulent continuer à recevoir le journal, autrement leur numéro sera supprimé.
- Elle prie également les personnes qui ne veulent pas s’abonner de rendre au facteur le dernier numéro eu mettant « refusé » sur la bande et en signant.
- SOMMAIRE
- r r " 1
- L’Amnistie. — Semaine politique. — Variétés. — A propos des jouets militaires. — Roman : La Fille de son père. — Augmentation de la richesse publique. — Où en est VAllemagne. — Que le gibier appartient à l’Etat. — Bibliothèque du Familistère de Guise. — Bulletin bibliographique.
- L’AMNISTIE
- Nos lecteurs ont sans doute présent à là mémoire le monologue du roi dans VHernani de Victor Hugo, et les vers superbes par lesquels il se termine. La situation est solennelle. Lejeune roi d’Espagne, maitre déjà des Pays-Bas, vient d’obtenir en plus la couronne impériale. La moitié de l’Europe se trouve ainsi entre ses mains. Frappé de la responsabilité énorme qui lui incombe, Don Carlos, devenu Charles-Quint, s’est rendu au tombeau de Charlemagne, sentant bien que la présence de ce grand mort lui inspirera des pensées salutaires. Charles-Quint ne s’est pas trompé ; ses questions ont obtenu leur réponse et c’est lui-même qui nous le déclare :
- « Tout pressé, tout pressant, tout à faire à la fois « Je t’ai crié : — « Par où faut-il que je commence ? « Et tu m’as répondu : « — Mon fils, par la clémence ! »
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- Et ce fut en effet par des mesures de clémence que s’ouvrit le règne de Charles-Quint.
- Eh bien î ce qu’un empereur sut faire en arrivant au trône d’Allemagne, nous demandons que la république sache le faire à son tour, aujourd’hui qu’elle devient le régime définitif de la France. Les souverains soulignent par des amnisties leurs victoires ou leur avènement, la république' ne saurait faire moins qu’eux à Foc-sion de son triomphe. Il faut passer l’éponge sur les rancunes et rejeter dans l’oubli le passé. Le régime républicain est un régime de concorde et de fraternité; il doit répudier tout ce qui divise et supprimer tout ce qui aigrit. La république française doit le comprendre comme les autres républiques l’ont compris.
- Ne l’oublions pas, la Suisse, après la guerre civile dite du Sonderbund, allumée dans son sein par les Jésuites, et les États-Unis après l’épouvantable guerre dite de sécession, proclamèrent, chacun de leur côté, l’amnistie générale des insurgés. Les vaincus de la veille, redevinrent des frères le lendemain.
- Il résulta de ces mesures larges et clémentes un apaisement général qui contribua pour sa bonne part à la prospérité de la grande et de la petite république. Les haines se sont éteintes, les rancunes se sont oubliées et les rebelles de la guerre civile sont redevenus de paisibles et bons citoyens. Cet apaisement aurait-il été le même si, au lieu de proclamer l’amnistie envers les vaincus, le gouvernement suisse et le gouvernement américain avaient érigé des conseils de guerre, fusillé des milliers d’hommes et condamné les autres à l’exil ou aux travaux forcés ?
- Mais les républiques ne sont pas seules de nos jours à donner l’exemple de la clémence. Le premier acte d’Alphonse XII, en parvenant au trône d’Espagne, a été l’amnistie des carlistes, et cependant les bandes carlistes, celles du curé Santa-Cruz surtout, ont commis en Espagne des déprédations auprès desquelles celles de la Commune de Paris ne sont que des jeux d’enfant. Cette amnistie a été un acte habile. Les alphonsistes, en l’accordant, ont bien
- su ce qu’ils faisaient. Ils ont facilité, dans leur malheureux pays, l’oubli des rancunes et l’apaisement des esprits.
- La France d’aujourd’hui lda pas moins besoin d’apaisement que l’Espagne. Voici sept années, sept longues années que les partis se déchirent entre eux au grand détriment de la prospérité de la nation. Dans l’aveuglement de leurs passions, ils ont aggravé l’hostilité mutuelle des diverses classes, ils ont envenimé les revendications sociales et politiques en y mêlant un virus clérical, en un mot, ils ont tout fait pour diviser et rien pour réunir. Ce n’est pas ainsi que l’on fonde les républiques ; ce n’est pas ainsi1 que l’on rend les États prospères. Le Vent que l’on sème ne peut produire que la tempête. L’hostilité est Un levain corrompu qui empoisonne fatalement la pâte qu’il fait lever. La haine est impuissante à produire autre chose que des ruines. Seule la bonne harmonie conduit à d’heureux résultats. C’est pourquoi il a toujours été de meilleure politique de se faire aimer que de se faire craindre." La politique de la ^France monarchique a été de se faire craindre, celle de. la France républicaine doit être de se faire aimer. La mesure la meilleure pour inaugurer cette politique nouvelle, c’est la proclamation de l’amnistie.
- D’autres raisons militent encore en faveur de la même mesure.
- L’insurrection de la Commune, acte injuste dans son principe et coupable dans ses moyens, s’est produite dans des circonstances tout à fait exceptionnelles qui ne suffisent pas à la justifier, mais qui l’atténuent de beaucoup. Envisagés dans le milieu où ils sont produits *— et c’est ainsi qu’il faut agir pour porter un jugement sain — les événements de la Commune se présentent sous un jour moins sombre, les raisons qui Font fait naître s’en comprennent mieux et il devient évident que le retour d’un mouvement semblable est impossible.
- Le lecteur pensera comme nous s’il veut bien rassembler ses souvenirs et faire avec nous cet examen.
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- PaHs, à la fin. de l’hiver 1870-71, Venait de ,ubir un siège de cinq mois. La brillante cupide d’autrefois était méconnaissable. Jamais, jepuis 1591 elle n’avait subi pareille épreuve, pu aspect désolant. Hues défoncées, faubourgs ^linès par les obus, promenades abattues pour ^•e du feu ou tresser des gabions, monuments publics transformés en ambulances oü en infir-ueries, partout l’idée de la guerre, partout le ipectacle dit meurtre et de la dévastation. Dans emilieu désolé là population appauvrie, ruinée, jécimée, avait subi pendant de longs mois des jivations inouïes et avait dû se contenter d’une nourriture répugnante quant à la qualité et «suffisante quant à la quantité; ià mort avait argument fauché dans ses rangs et il n’était pas ce seule famille qui ne comptât quelque deuil ians son sein. Quant aux hommes valides, innée régulière et armée improvisée, ils s’é-lient vu confier à des mains incapables, trom-ler par des proclamations ronflantes ou des iromesses sans effet, tenir inactifs malgré leurs Klamations au moment où leur action aurait mètre utile, puis sacrifier inutilement et impi-Dyablement à l’heure où il devenait illusoire de bloquer Paris.
- Les Parisiens avaient tout supporté avec atience, disons le mot, avec stoïcisme. Ils nient maîtrisé l’ardeur de leur nature dans le toi but de sauver l’honneur du pays et d’effacer leur résistance les souillures de Metz et de toan. Une immense espérance les soutenait, b 8e sentaient les instruments d’une grande ^e. Ils croyaient, ils comptaient que la probation légale de la République serait le couinement et la récompense de leurs efforts. Jn’en fut rien. A peine la nouvelle Assem-* nation? le était-elle réunie à Bordeaux que Majorité se montrait hostile â la République, dinars elle faisait l’injure à Paris de lui ^eher son auréole de capitale pour l’octroyer bî petite ville née de la fantaisie d’un roi.
- m
- assemblée avait le droit d’agir comme elle nous le reconnaissons ; elle était le seu] ernernent légal du pays. Il n’en est pas vrai que ce vote du 10 mai a été la cause ^nimune. Assurément la population de
- Paris aurait dû se soumettre à cette humiliation puisqu’elle lui était faite par la majorité des représentants du pays. La capitale détrônée devait ne pas oublier que les Prussiens Occupaient vingt départements. Elle devait ne pas ajouter aux malheurs de l’invasion étrangère les' malheurs de la guerre civile.
- Tout cela nous H reconnaissons.
- Mais ne faut-il pas reconnaître aussi qué l’émotion des Parisiens était explicable et qu’ils pouvaient prendre le vote du 10 mars comme une provocation ? L’Assemblée de son côté ne devait-elle pas comprendre qu’humilier Paris* ^héroïque Paris, c’était amener l’explosion des mécontentements qui bouillaient au fond des coeurs? Il est étrange que ceux-là même qui ont mis le feu à la mine se soient étonnés de lâ Voir sauter ! Peut-être leur étonnement était-il plus feint que réel ?
- Aujourd’hui que les années ont passé sur ces désastres, il est permis d’en parler sans passion et de faire le compte des responsabilités.
- Aux insurgés :
- Le tort d’avoir pris les armes contre le gouvernement légal du pays et de les avoir prises pendant Une occupation étrangère ;
- A la majorié de l’Assemblée ‘
- Le tort d’avoir, par maladresse, tout fait pour exaspérer les esprits et rien pour les calmer.
- Les parts étant ainsi distribuées, il ne reste plus que la responsabilité des crimes de droit commun qui ont marqué les derniers jours de la guerre civile.
- On sait que les personnes convaincues ou même simplement accusées de ces crimes ont été fusillées sans pitié et parfois même sans discernement. Durant les premiers jours de son entrée à Paris, l’armée cleM. cle Mac-Mahon a fusillé sans jugement des milliers et des milliers de personnes. Depuis lors ont eu lieu à Satory des exécutions si nombreuses qu’il est permis de se demander si ces hécatombes humaines commandées par les conseils de guerre ne montent pas à un chiffre supérieur à celui des vrais coupables.
- Les malheureux condamnés â l’exil ou à la déportation doivent à l’absence d© charges suffi-
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- santés sur leur compte l’avantage cle n’avoir ' pas été fusillés. Tous ceux sur qui pesaient des charges graves sont morts, et il ne reste en .Calédonie ou à l’étranger que des hommes sur lesquels tombent des charges de peu de \axeui. Les faits qu’on leur reproche ont été commis dans la chaleur de l’action ou sous la pression des événements, et il est vraisemblable qu’ils n’auraient pas été commis de sang-froid ou en d’autres circonstances. D’ailleurs les peines prononcées sont hors de proportion avec le peu d’importance des délits. M. Ranc, par exemple, est condamné à la peine de mort pour avoir été soldat sous la Commune. Qui oserait soutenir que cette peine soit proportionnée au délit ? Eh bien, il y a des milliers de cas semblables. C’est pourquoi nous répétons qu’il est temps, qu il est grandement temps que des condamnations si draconiennes soient rapportées.
- Mais on peut encore invoquer en faveur de l’amnistie des considérations d’un ordre plus élevé.
- Ces considérations, c’est le droit public qui les fournit.
- En effet, l’un des principes les plus élémentaires du droit public, et à coup sûr celui qui est le mieux respecté par les peuples civilisés, c’est que lorsque la guerre est terminée entre deux pays on rend les prisonniers faits pendant la guerre. Il n’y a plus aujourd’hui que les sauvages qui tuent les prisonniers ou qui les réduisent en esclavage.
- Pourquoi, si telle est la loi entre nations ennemies, serait-on plus cruels entre enfants d’une même nation ? Pourquoi agit-on en peuple civilisé à l’égard des étrangers et en peuple sauvage à l’égard des nationaux ?
- Réfléchissez.
- La loi doit être égale, ou si elle peut établir une faveur, cette faveur doit être à l’avantage des nationaux. Le prisonnier ennemi que l’on relâche reste dangereux car dès le'lendemain même de sa libération il peut rejoindre et contribuer à fortifier l’armée que l’ennemi n’a pas cessé d’entretenir. Il n’en est plus de même de l’insurgé ; une fois l’insurrection vaincue, celui-ci est réduit à l’impuissance et n’est plus qu’un
- individu perdu dans la vaste multitude. Siclou, il y a une différence à faire entre le prisonrfi^ de guerre civile et le prisonnier de guerre Iq. ternationale, c’est en faveur du premier qu’e^ doit exister. Eh quoi ! les prisonniers prusSien. qui ont participe à incendier Bazeiiles, bonj. barder Strasbourg et Paris, à rançonner et j dévaster la France, ont pu, dès le lendemain £ la guerre, rentrer dans leurs régiments, et 1$ prisonniers parisiens faits à Issy ou à Courbe, voie ne pourraient pas, après sept années £ souffrances, retourner dans leurs familles !
- Mais oser soutenir que des prisonniers fran. çais ont moins de droit au pardon de la Franc; que des prisonniers priissiens, ce n’est seulement ridicule, c’est encore, c’est surfon monstrueux.
- Ed. Champury.
- " *j^xaaaT\AAA/VVVvvv>«',,"-i «'
- PENSÉES SOCIALES & POLITIQUES v
- Le progrès et le bonheur delà vie humaine doives; être le suprême objet de la politique et de l'attention sociale.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- lL.<e programme polit ici *io — A l’heure ^ nous mettons sous presse, on ne sait encore rien d’a> solument précis touchant la ligne politique qui g adoptée, pendant la campagne législative quivasA vrir, d’un côté par les majorités des deux Ghamb"-de l’autre, par le cabinet. La situation aurait été de plus simples si, au lendemain des élections du 5 É vier, le ministère, comme cela s’est pratiqué souvq dans les pays où règne le régime parlementaire, donné sa démission afin de permettre la constitué d’un cabinet nouveau qu’aucun lien n’aurait ralta» à un passé qui ne doit plus revivre. Cette déciS" n’ayant pas été prise par nos gouvernants, la situât-s’est tout naturellement compliquée de l’éventua^ d’une crise ministérielle et d’une sorte de conflit ept le pouvoir exécutif et le Parlement, pour le cas ove ligne politique nouvelle du ministère ne se confond-pas avec celle que les élus de la nation se proposent suivre. Il s’est donc formé deux courants parmi.L représentants républicains du pays, députés et sÇj teurs. Les uns se préoccupent avant tout de se ®e d’accord avec le cabinet conservé ; les autres, au traire, estiment que les gauches n’ont qu’une en»* faire ; arrêter les résolutions qui leur paraissent ordonner satisfaction au sentiment public, atténué programme du ministère et l’approuver ou le selon que le programme sera ou ne sera pas confor j ce que l’on considère comme étant l’expression des vœux de la majorité du pays. .
- Or, à l’heure actuelle, on ignore encore à
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- jutions s’est définitivement arrêté le cabinet, et il ne JqU3 paraît pas que, de leur côté, les gauches, soit à la Cambre des députés, soit au Sénat, aient non plus "orinulé leur desiderata. On marche donc quelque peu à •aventure et comme on dit familièrement, on regarde ‘uirles événements. Cette irrésolution qu’il sérail im-ooàsible de dissimuler sans manquer à la réalité des tooses, nous paraît profondément regrettable, surtout à aue heure si décisive, et nous sommes d’autant plus (jisposés à la déplorer que, d’après les bruits qui circulent, les satisfactions que le cabinet se propose de donner au sentiment public paraissent être insuffisantes sur un assez grand nombre de points. Nous re eonnaissons volontiers que tous les résultats désirables ne peuvent pas être obtenus immédiatement et que toutes les réformes souhaitées ne sauraient être réalisées du jour au lendemain. Il faut de la mesure en toutes choses; mais il faut aussi, en_ toutes choses, prendre une résolution ferme et il serait fâcheux que les républicains s’exposassent à ce qu’on pût leur appliquer ce mot, dit par M. Thiers à propos d’un homme d’Etat irrésolu ; il ne sait pas ce qu’il veut, mais il le veut énergiquement.
- Nous aimons donc à croire que les majorités des deux Chambres vont reprendre sans délai leur assiette et leur équilibre et que le gouvernement, lorsque le débat s'ouvrira sur le programme qu’il médite, donnera, au cours de cette discussion solennelle, des explications satisfaisantes touchant la ligne politique qui sera suivie par lui ultérieurement. Il faut à tout prix sortir de la période de l'inaction et de l’atermdiement, et nous nous plaisons à espérer que, de part et d’autre, on saura distinguer où est le devoir et comment il convient de l’accomplir.
- Le nouveau, ministre de la guerre, — Il
- serait injuste de méconnaître qu’une première satisfaction a été donnée à l’opinion par la démission du général Borel, acceptée par le . Président de la République. L’insuffisance de M. Borel était notoire et son dévouement aux institutions était légitimement suspect. Seulement, on se demande pourquoi, puisque, d’un côté la situation devenait parfaitement nette, on s’est encore une fois affranchi des règles parlementaires en confiant le portefeuille de la guerre à un personnage qui, quelle que soit sa valeur, ne fait partie d’aucune des deux Chambres. Jusqu’à ce jour, cette façon de procéder n’a point donné de bons résultats et il est fâcheux qu’on ait persévéré dans cette voie incorrecte. Le successeur de M. Borel est le général de division Gresley. appartenant à l’état-major. et qu’on dit être un officier supérieur de mérite et dont le républicanisme, si modéré qu’il puisse être, paraît assez certain, puisqu’il avait été candidat des gauches pour le poste de sénateur inamovible. Nous devons constater, cependant, que le nouveau ministre est accueilli avec une réserve sensible par les feuilles républicaines, et que, même au point de vue militaire, le Temps fait certaines objections-à ce choix. A. beaucoup de points de vue, on eût préféré le général Faidherbe. M. Gresley, qui est sorti de l’école polytechnique, est âgé de soixante ans. Il entra, le 1er octobre fihû, à l’école d’état-major. Lieutenant en 1843, capitaine en 1845, il fut promu chef d’escadron dix ans après; lieutenant-colonel en 1861, colonel en 1865, général de brigade en 1870 et divisionnaire en 1875. Le général Gresley était conseiller d’Etat et chef d’état-nwjor général du ministre de la guerre en 1877. Il avait été remplacé, après le 16 mai, par le suffisant et peu capable M. de Miribel, qui était, sous M. Borel, le véritable ministre de la guerre.
- Lia réunion des Chambres. — Suivant les Prescriptions de la Constitution, les Chambres se sont punies le mardi 14 janvier, sous la présidence de leurs a°yens d’âge. A la Chambre des députés, on a immédiatement procédé à la formation du bureau. Les droites se “°üt abstenues dans le vote qui a porté M. Grévy à la Présidence définitive, MM, Bethmont, Brisson, Jules
- Ferry de la gauche, et le comte Durfort de Civrac de la droite, à la vice présidence; MM. René Brice, Camille Sée, Drumel, Ménard-Dorian, Jean David, Louis Legrand de la gauche, le marquis de Valfons, le comte Le Gonidec de Traissan de la droite, au secrétariat; et MM. de Maby, Margaiue et Gailly de la gauche, à la questure.
- Au Sénat, l’élection du Président a eu lieu le mercredi 15.
- Ainsi qu’il était permis de le prévoir après les réunions préparatoires, c'est M. Martel qui a été nommé à ces hautes fonctions. Sur 238 suffrages exprimés, M. Martel en a obtenu 153. M. d’Audiffret-Pasquier, ancien président, n’en a réuni que 81. il était juste queM. d’Au-diffret reçut un affront aussi mérité, car les hommes chez qui, comme chez lui, la versatilité est érigée en principe, sont extrêmement dangereux dans les pays républicains.
- Le nouveau président du Sénat, M. Martel, professe des opinions d’une modération peut-être excessive, mais il a cela en sa faveur qu’il a toujours professé les mêmes opinions.
- On a beaucoup ri de ce que M. Batbie etM. Buffet ont chacun obtenu une voix dans l’élection du Sénat. Serait-ce la leur ?
- Quant à M. Jules Simon qui avait beaucoup intrigué pour obtenir cette présidence, il s’est désisté à la dernière heure et il a eu raison de le faire car il n’aurait certainement pas obtenu la majorité.
- Le nouvel ambassadeur à Berne. —
- M. Cballemel-Lacour, sénateur, est nommé ambassadeur de France près la Confédération suisse en remplacement de M. le comte d’Harcourt.
- Ce changement est excellent. M. d’Harcourt, par ses prétentions ultramontaines, s’était reudu impossible à Berne, tant auprès de la Confédération suisse qu’auprès du personnel diplomatique des autres puissances.
- M. Challemel-Lacour sera au contraire le bienvenu, car, outre qu’il a des relations personnels avec la plupart des membres du Conseil féüéral, il est connu en Suisse, ayant été, à l’époque où la France lui était fermée, professeur d’économie politique à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich.
- ILe corîll it, franco-tmiisien. — Une note publiée vendredi par le Journal officiel annonce que le Bey de Tunis, ainsi que nous l’avions pressenti, a cédé devant Tultimatum de la France et accédé aux légitimes exigences de notre gouvernement. Cette solution termine heureusement une affaire délicate qui aurait pu prendre, sous l’action de certaines influences, de fâcheuses proportions, et l’on ne peut que louer, dans celte circonstance, la décision et la fermeté du ministre compétent.
- ïbleetions législative». — Le Journal officiel a publié un décret aux termes duquel les collèges électoraux de douze arrondissements sont convoqués pour le 2 février prochain à l’effet de pourvoir au remplacement des députés invalidés par la Chambre dans les dernières semaines de la session qui a pris fin en 1878.
- TJ a magistat condamné < orrectionneJ-lement. — Nous avons raconté, dans un de nos récents numéros, l’aventure de ce magistrat, président du tribunal de Quimperlé, qui avait fait l’éloge d'Escobar, dans une lettre rendue publique et injurieuse pour la Chambre des députés. Ce polémiste improvisé, qui avait pris directement à partie M. Corentin Guybo, député du Finistère, a été, sur la plainte de celui-ci, poursuivi correctionnellement devant la première chambre civile de la cour de Rennes. A l’audience, l’inculpé, M. Coï-linet de La Salle, a pris une attitude si violente, que le ministère public a dû le menacer de prendre séance tenante, contre lui, des réquisitions, La Cour, accordant
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- au prévenu le bénéfice des circonstances atténuantes, lui a infligé une amende de cinq cents francs. C’est la première fois qu'un magistrat est poursuivi et condamné dans de pareilles conditions, et nous espérons "que cet incident servira d’avertissement aux magistrats intempérants qui auraient des velléités d’imiter l’exemple de M. le président du tribunal de Quimperlé, qui nous parait difficilement pouvoir conserver sa situation, en dépit de l’inamovibilité dont il jouit.
- TJ»e j nste corKlaîiination, — Nous avons signalé l’abominable calomnie répandue par une feuille cléricale contre l’honorable M. Challemel-Lacour, séna teilr de la gauche, et nous avons annoncé que celui-ci avait déféré les calomniateurs aux tribunaux. M. Gambetta, qui n’avait point paru au Palais depuis dix ans, est venu soutenir la revendication de son estimable ami. Il a flétri cette presse de scandale et d’imposture, qui s’efforce, par des mensonges éhontés, de ruiner les républicains dans l’opinion publique etilaeoncluen deman dant qu’une peine pécuniaire sévère soit infligée aux diffamateurs de M Challemel-Lacour. Nous entendons qu’en cette circonstance, M. Gambetta a accompli son devoir. Certes, nous sommés partisans de la liberté absolue de la presse, mais nous n’admettons pas pour cela qu’il ne puisse être commis aucun délit soit par la plume, soit par la parole, ni qu’un publiciste ou un orateur, par cela même qu’il écrit ou qu’il parle, soit assuré de toute impunité. C’est un principe de droit primordial inscrit dans nos codes que tout individu doit réparation du préjudice qu’il a volontairement causé à, son semblable, et il est tout naturel qu’un honnête homme victime d’une abominable machination de journalistes sans scrupules,.demande réparation du tort qui lui a été causé. Les conclusions de M. Gambetta ont été entièrement adoptées par le tribunal correctionnel de la Seine, qui a infligé une amende et des dommages-intérêts considérables aux méprisables écrivains qui avaient indignement calomnié M. GhallemeLLacour dans sa vie privée.
- JLa loter-ie ationftle. — Il ne sera bientôt plus question de la loterie nationale, expédient financier immoral, qui a donné lieu à des incidents qui n’ont pas été exempts de scandale. Le tirage de cette loterie, dont on a beaucoup trop parlé, est fixé au 26 janvier et sera terminé en quelques jours.
- L’Encycüque <ïe Léon XIII. — Le pape Léon XIII vient de lancer une lettre encyclique qui fera certainement tort à la réputation du grand politique, attribuée à l’ancien archevêque de Pérouse. Cette lettre est destinée à jeter l’anathème au socialisme, au communisme et au nihilisme, qui, au foui, ont un iort médiocre souci des foudres vaticanes Mais le socialisme, le communisme et le nihilisme sont un prétexte que le successeur de Pie IX a pris, pour protester contre les droits de la raison humaine et pour condamner, dans un langage nuageux, les grands principes libéraux sur lesquels reposent les sociétés modernes. Il s’élève très-vivement contre la souveraineté de la « multitude », c’est-à-dire contre le suffrage universel et déclare que les catholiques doivent obéir aux lois de Dieu, c’est-à-dire aux fantaisies de Léon XIII, pontifie infaillible, plutôt qu’aux lois humaines si elles sont en opposition avec les principes du Vatican, et n’hésite pas à convier les chefs d’Etat à former avec le Saint-Siège une sorte de ligue contre les peuples. Il va sans dire que les princes, auxquels Léon XIII s’adresse, devront tout d’abord reconnaître la* suprématie du « magistère * de l’Eglise. Il est douteux que les souverains européens acceptent le rendez-vous que le pape leur donne à Ca-nossa et qu’ils consentent à devenir les lieutenants de la papauté. Les prétentions surannées de Léon XIII seront accueillies avec froideur par les. chefs d’Etat et feront sourire les peuples. Les anathèmes du Vatican ne
- feront point rétrograder la raison humaine dans la du progrès et d’émancipation où elle s’est résoluQw engagée et dont elle ne sortira plus.
- cléricaux italiens*. — On a peu deq&u velles importantes arrivant de l’Italie, où lo ministèx Depretis se recueille. Toutefois, l'éventualité d une % solution probable du Parlement a ranimé ie débat g«. la question de l'intervention des catholiques dans, iç élections politiques. Un certain bruit s'était fait, réce^. ment, autour de cette question puis il s’est éteint, m été ranimé par une lettre récente du comte di Masino Si l’on en croit les renseignements de P Italie, les caiyjjl naux et les personnages les pins marquants du paï|j catholique sont complètement divisés sur le choix de b conduito à tenir. Les uns, et à leur tôle seraient le pat* et le cardinal Nina, accueilleraient volontiers le pi'0. gramme du comte Di Masino,'c’est-à-dire admettraient l’intervention des catholiques dans les élections j nuis beaucoup d’autres se refusent à consentir' à toute traq-saction. Aussi est-il probable que, dans l’impossibilité de faire accepter un programme commun, on reviendra à l’ancienne formule : ni'élus ni électeurs.
- Ibe tlesiptotisïM.© jjr’ossfieïi. —r M. de Bismarck s’engage de plus eu plus profondément dans la voie du despotisme et de l’arbitraire, non-seulement il prétend imposer ses idées économiques au pays, mais encore il cherche à bannir du Reichstag les hommes qui pomj. raient faire une opposition vigoureuse à ses desseins, Il s’est imaginé de présenter comme complément de la loi contre les socialistes un projet relatif à la police intérieure du Reichstag. M de Bismarck ne veut plus que les orateurs puissent se servir de la tribune peur répaudre dans ie public Pespiit de révolte contre le despotisme gouvernemental Le projet est adroitement conçu eu ce sens qu’il semble à première vue faire ï\ part des principes parlementaires plus large quo d’autres réglements du même genre. En effet, M. de Bismarck, afin de mettre le Reichstag à l’abri de la tyrannie d’un président, établit une commission disciplinaire composée de plusieurs membres. Seulement cette commission aura en outre pour mission de révise! les discours des orateurs, de les émonder, en un mot de les accommoder au goût du chancelier. Les hypocrite» précautions prises par M. de Bismarck pour donnai une tournure parlementaire à son incroyable projet n’ont donné le change à personne, en Allemagne, et les organes libéraux sont unanimes à protester contre des mesures qui sont offensantes au plus hautdégré pour la représentation du pays. Afin d’enlever le vote de son projet, le chancelier donne à entendre par les offîeieui que ce sont les ultramontains et les séparatistes qu’il se propose particulièrement d'atteindre ; mais chacun comprend qùe c’est en réalité la liberté, dans son exercice le plus respectable, à laquelle M de Bismarck veut mettre une nouvelle entrave. Quel sera le sort de ce projet ? C’est la question de l’avenir, mais, étant dunuée la servilité bien connue des nationaux libéraux, on peut légitimement craindre qu’ils ne sacrifient à leur idole la liberté de la tribune, la seule qui subsiste encore debout devant le militarisme prussien.
- En Afghanistnn. — Les nouvelles de lAfgha-nistan paraissent être plus favorables aux Anglais, si l'on ajoute foi aux télégrammes reçus par les feuilles minü' térielies. Kandahar a été pris et l'on commence à discuta les conditions auxquelles l’Angleterre serait disposée! conclure la paix avec Jakoub-kan.Ces conditions, quel’011 dit être fort modérées, auraient été transmises officielle' ment au fils de l’émir qui ne les aurait pas repoussées et semblerait, au contraire, disposé à les bien aecueillir-Il semble donc que ce soit le gouvernement indien <lul ait pris l’initiative de ces pourparlers, ce dont on n® saurait trop le féliciter. L'opinion publique accueillera'1 certainement avec faveur, en Angleterre, une prompt
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- terminaison du conflit avee l’Afghanistan, et il est à dé4rer que ]e gouycrnemept de la reine sache résister aux incitations de ceux qui le poussent à -vouloir épuiser les droits du conquérant.
- ïL© traité tureoHru$»^e. — Les nouvelles de Ponstaptinople nous apportent quelques renseignements sur l'état des négociations entré la Turquie et la Russie. Le prince Lohauoff aurait accepté tous les articles du traité, sauf deux, touchant lesquels il doit référer à son gouvernement. Il est donc probable que le traité, ainsi qu’on l’a annoncé, sera signé la semaine prochaine,
- Dès que le traité turça russe aqra été ratifié, de part et d’autre commencera l’évacuation, par l’armée russe, du territoire placé sous la domination immédiate du sultan. Elle devra être terminée dans le délai d’un mois.
- Les troupes russes quitteront Andrinople et se retireront en partie dans la Roumélie orientale et en partie reprendront la route dq ia Russie, Qp croit que sous deux mois toute l’armée russe, à l’exception naturellement des 50,000 hommes désignés par le traité de Berlin pour occuper la Roumélie orientale, aura évacué la péninsule des Balkans.
- Cependant, cette évacuation, bien qu’elle soit un acheminement ipponteptable vers une situation plus stable que par le passé sera bien insuffisante pour amener üb ordre do choses régulier en Turquie. En effet, l’anarchie est toujours fort grande dans ce malheureux pays. Ou assure que la situation de Kérédive-paclia est déjà fort ébranlée, ce qui donne à penser, ainsi que nous 1’gyions prévu, que fes réformes projetées qt promises ne seront jamais réalisées.
- Les Chinois prétendent que leurs pioches et leurs pics ontffilessé mortellement le dieu dans sa demeure, et peu après ils ont annoncé sa mort. Le maire ou tuti de la ville a fait défendre, en conséquence, à ses concitoyens 4e vendre du terrain à pes étrangers qui ne respectent pas même les diepx, C'est en vain que le ministre des Etats-Unis à Péking a transmis les réclamations de ses nationaux au gouvernement central. Les habitants de Fcu-Tschou sont dévots, et préfèrent vexer le gouvernement que de désobéir à la volonté divine, en restant en rapport ayec lps malheureux déicides,
- Cercueils écoaomiques.
- Un marchand d’œufs du Limbourg a imaginé l’expédient suivant pour doubler les bénéfices de son commerce.
- Notre homme expédie chaque semaine de grandes quantités d’œufs frais à Londres, et jusqu’à ces derniers temps, il.les emballait dans des caisses en bois qui, une fois arrivées à destination, se transformaient eu objets à peu près sans valeur. Après avoir longtemps songe au moyen de s’affranchir dp la perte que lui causaient ces caisses, le coquetier du Limbourg courut aussitôt chez SQP voisin le menuisier et lui commanda une douzaine ou deux de cercueils... Il savait que ce vêtement in extremis coûte relativement fort cher à Londres, et il s’attendait à en trouver un écoulement avantageux dans le,s hospices de cette vilïe.
- Ses calculs étaient, paraît-il, exacts, voilà pourquoi il arrive aujourd’hui à Londres des œufs emballés dans des cercueils.
- ComxsnliigiSiîoxx. <1© Rcramélie-. — La Porte a demandé que le mandat de la commission internationale chargée de ^organisation de la Rpumélie orientale soit prolongé de trois mois. Ce mandat devait expirer le 31 décembre. Mais la tâche confiée à la Commission n’a pu êfre terminée par elle en temps utile et une prolongation était indispensable. Il ne' parait pas qu’aucune puissance y fasse opposition.
- — Les journaux espagnols nous opt appris la mort du maréchal Espartero_, qu’on avait décoré au titre pompeux de duc de- la victoire, bien qu’il eût été vaincu partout ailleurs que suf les champs de bataille de la guerre civile. Fils d’un charron, les dissentions intestines qui ont désolé l’Espagne depuis trpis quarts de siècle avaient utilement servi l’ambition de ce soldat de fortune qui, après avoir joui d’une grande popularité dans le parti libéral modéré, avait fini par devenir fort effacé. Depuis 1856. onu’avait plus entendu parler de lui. Il est m0IT isolé dans sa campagne de Logrono.
- . wyi3PCCQœOO',l|M 1 ~
- Un «lien assassiné.
- La colonie américaine établie dans la grande ville commerçante chinoise’de Fou-Tschou se trouve en ce
- mqment°dftns une position passablement embarrassante.
- La population autochthoné reproche apx négociants américains dhvoir assassiné le dieu de la province, qui est en outre lp patrpn des navigateurs du pays.
- Voici comment :
- Dans ane caverne, aux porfes de la ville, vivait de temps immémorial un" dieu bienveillant, soùs la forme d’un dragon, qui comblait les habitants de Fou-Tsçhou de ses bienfaits. Les architectes de là colonie ont èu la maladresse de creuser urie fosse profonde dans le voisinage pour en retirer des matériaux de construction.
- ‘Les appareils calorifiques! à New-York
- Une lettre adressée de Lockport (Etat de New-York) au Times, rend compte d’une application nouvelle de la vapeur aii chauffage des maisqps d’une viRe, exactement comme on les éclaire au moyen dp gaz partant d’un réservoir central. Qe mode de chauffage, qui peut opérer à des distances déterminées, mais considérables, serait d’un prix de revient beaucoup moins élevé que les combustibles dont on fait actuellement usage.
- Qn a commencé à expérimenter, à Lockport ce nouveau système Tannée dernière et cet hiver. Environ 200 maisons de la ville, situées dans un rayon de près de 3 milles de l’usine de la compagnie, ont été chauffées de la sorte par des tuyaux de diverses dimensions.
- Il ne se produit aucune oondensation dans les tuyaux principaux qui sont couverts d’uue couche mince de papier placée immédiatement sur le fer, puis d’une enveloppe de feufre et enfin de « papier de Manille le tout enfermé dans l’intérieur de tuyaux de* bois que Ton pose dans les rues comme les tuyaux de gaz.
- L,a distribution de la chaleur dans les appartements se fait au moyen de radiateurs composés de tuyaux adaptés les uns aux autres, soit verticalement, soit en cercle, avec un tuyau de sortie pour l’eau condensée, qui s’échappe à une température d’un peu moins de 100 degrés centigrades, suffisante pour tous les usages domestiques d’qne maison, pour le chauffage d’une serre et autres destinations.
- La vapeur a été ainsi employée à une distance de plus d’uu demi-mille des houilleurs comme fqrce motrice 1 deux machines à vapeur de la force, l’une de 10 çhevaux. l’autrê de 14, marchent à cettfe distance avec une légère addition de combustible.
- La vapeur qui circule ainsi peut servir à faire la cuisine i la boulangerie, etc. À. nu quart de mille des bouilleurs, uu baquet d’eau froide est élevé, à la température de l’eau bouillante, en trois minutes, au moyen d’un jet de vapeur qu’on y introduit parrnn tuyau perforé. ’
- Qn assure que ce système, si nouvellement expérimenté, a obtenu un succès décisif et qu’il est appelé à produire uue véritable révolution dans le chauffage.
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- A PROPOS DES JOUETS MILITAIRES
- Notre numéro du 29 décembre contenait un article montrant quel danger il y a à mettre des jouets militaires entre les mains des enfants. Cet article nous a valu de la part de M. Catineau, commandant en retraite, une longue lettre d’objections qui nous paraît reproduire l’opinion d’une notable partie du public. L’opinion publique se laisse trop conduire par ses passions, et pas assez par la raison et la science. La lettre de notre honorable correspondant nous le prouve une fois de plus. C’est pourquoi nous croyons devoir y répondre en détail.
- Afin de faciliter la lecture et d’éviter les redites, nous allons examiner une à une les diverses objections présentées.
- lre Objection.
- « Il est bon d’être homme d’avenir et d’avoir les « yeux portés en avant, mais il faut aussi songer au « présent et ne pas oublier que la France est au «lendemain de désastres militaires. L’esprit de « l’Europe est aux armements et tant qu’il en sera là « nous devrons nous cuirasser contre les éclabous-« sures qui pourraient nous atteindre. Il faut faire u des défenseurs à la France. Je doute que dans le « moment actuel on puisse trouver mauvais que les « Français cherchent à développer le goût militaire « chez leurs enfants. Croyez-vous que des jeux mili-« taires commencés dès l'enfance et continués à « l’école et au collège ne pourraient pas alléger de « beaucoup le budget de l’éducation militaire « éducation que la nation 2’eçoit aujourd’hui et qui « lui manquait trop complètement en 1870 ?
- Réponse.
- Ce qui manquait à la nation en 1870,c’était moins l’éducation militaire que l’esprit pacifique et l’esprit de justice. Les désastres de 1870, comme précédemment ceuxde 1813 et 1815, n’ont été que la juste mais terrible expiation de l’esprit belliqueux de la France impériale. La Prusse n’avait pas organisé son armée pour le simple plaisir de grever son budget de quelques centaines de millions, mais parce que la France convoitait ouvertement depuis de longues années, et au mépris de toute justice, les provinces allemandes d’en deçà du Rhin. Il faut avoir la mémoire bien courte ou n’avoir aucune idée de ce qui se passait en Allemagne pour pouvoir s’y méprendre un instant. Le jubilé de Leipzig en 1863 aurait dû faire ouvrir les yeux aux plus aveugles. C’est de ce jubilé que date l’unification morale de l’Allemagne, et cette unification morale s’est faite sous la seule terreur des convoitises de Napoléon III. Si la France
- avait été pacifique, si elle n’avait pas rêvé des annexions, jamais les crédits nécessaires pour l’entretien des diverses armées allemandes n’auraient été votés.
- Les personnes qui ne sont jamais sorties de France — et malheureusement c’est la presque totalité de la nation — ignorent que le seul nom de Napoléon était un objet de terreur pour tous les peuples voisins.
- En sanctionnant par un plébiscite la violation de la loi, le parjure présidentiel et les mitraillades du 2 décembre, la France proclamait le triomphe de la force sur le droit et la morale et perdait par cela même aux yeux de l’étranger toute sa considération. Voilà ce que l’on a oublié. Cette perte de considération est la vraie cause de l'isolement dans lequel l’Europe tout entière laissa la France en 1870.
- La situation de la France républicaine d’aujour-d hui n’a plus de rapports avec celle de la France impériale.
- La nation affranchie et rendue à elle-même a hautement déclaré et a prouvé par des actes qu’elle ne demande son relèvement qu’à la paix et au travail.
- Qu’elle continue dans cette voie , la seule bonne, et les défiances de l’Europe à son égard feront place à la sympathie. Personne à l’étranger n’a jamais rêvé d’envahir la France pacifique. Si les Allemands y sont venus par trois fois c’est parce que la France était ailée trente et une fois chez eux. Si la France s’était tenue chez elle, jamais les Allemands n’y seraient venus, encore moins les Autrichiens et les Cosaques. Envahit-on la Hollande, la Suisse, le Portugal qui sont des pays faibles? Non, on les laisse vivre en paix parce qu’ils laissent vivrent en paix les autres. On ne les offense pas, parce qu’on les sait inoffensifs. Il s’est trouvé, il est vrai, un Benedetti assez coupable pour proposer le partage de la Belgique, mais il n’a pas trouvé de complice pour ses vues. M. de Bismarck lui-même a redouté de faire ce métier-là.
- Que la France, maîtresse enfin de ses destinées, répudie àjamais la politique belliqueuse de ses souverains, qu’elle embrasse avec résolution la politique de paix qui seule convient à la forme républicaine et personne ne lui cherchera chicane. Elle se développera tout à son aise et se couvrira de gloire par les merveilles de son industrie, de son commerce, de sa science, de sa littérature et de ses arts.
- 2m® Objection.
- « Je doute que le maniement d’un petit fusil inof-« fensif ait rendu un homme cruel, »
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- Réponse.
- Nous aussi. C’est pourquoi nous n’avons pas dit cela. Ce que nous avons dit, ce dont nous ne pouvons douter une minute, c’est que les jouets militaires inspirent aux enfants des goûts et des idées militaires, l’amour de l’uniforme, etc., et que par là on contribue à l’entretien des causes de guerre. Ceci, M. Catineau ne le conteste pas, puisqu’il vient de dire tout à l’heure qu’il était utile de développer ces goûts. Il nous dit que tout enfant il a eu des jouets militaires entre les mains, ce qui vient appuyer nos affirmations. En effet, M. Catineau a plus tard fait sa vocation de l’art militaire.
- 3m® Objection.
- « Moi qui ai joué aux soldats depuis mon enfance, « qui ai fréquenté les salles d’armes et les salles de « tir, je n’en ai pas moins été de tout temps l’homme « le plus pacifique et le plus conciliant. »
- Réponse.
- Nous admettons parfaitement cela. Notre honorable correspondant est un penseur et il s’est raillié aux doctrines de Fourier. Nous croyons donc qu’il est pacifique de sa nature, d’ailleurs il nous cite des faits où sa conduite le prouve. Mais tout pacifique qu’il est, il n’en est pas moins entré dans la carrière militaire, s’exposant ainsi à devoir faire le coup de feu chaque fois que sa position le lui aurait ordonné Que l’occasion se soit présentée ou pas, cela ne change rien à la question. Tout soldat peut-être placé dans l’affreuse alternative de tuer son prochain ou de trahir son pays. C’est justement pour épargner aux hommes des alternatives semblables qu’il convient de déraciner le goût militaire, cause principale, sinon cause unique, du recours à la violence.
- Nous comprenons bien que l’on ne saurait passer d’un jour à l’autre de la paix armée à la paix sans armes. Aussi nous gardons-nous bien de demander le licenciennent instantané de l’armée. Il faut en •tout des transitions, et c’est précisément comme transition que nous demandons1 qu’on ne fasse plus tourner les enfants en soldats.
- Que pour cette année 1879 et peut-être pour quelques-unes encore il soit inopportun, et peut-être même imprudent de réduire"les dépenses militaires, nous le voulons bien. Mais que l’on insuffle le goût du militarisme à de petits garçons qui ne seront des hommes que dans 12 ou 15 ans, c'est reporter trop loin les appréhensions plus ou moins fondées du moment.
- C’est avec des procédés pareils que l’on éternise les préjugés.
- Il ne suffit pas que la France croie marcher à la
- tête du progrès, ni même qu’elle veuille sérieusement y marcher, il faut encore, il faut surtout qu’elle prêche d’exemple et montre aux autres nations ce qu’elles doivent faire. Se dire initiateur du progrès et ne rien faire pour l’être, ce serait jouer un méchant rôle. La France ne peut pas, ne doit par jouer ce rôle-là.
- 4m* Objection.
- « Je conviens avec vous qu’on pourrait faire mieux « qu’on ne fait pour tirer un parti utile du penchant « qu’ont les enfants à s’instruire en s’amusant. Il y « a longtemps que Fourier l’a dit en fondant sur ce « penchant tout un système d’éducation ; mais la cri-« tique s’applique moins à l’éducation militaire qu’à « toute autre. »
- Réponse.
- Nous ne demandons pas que dans l’instruction intégrale, l’éducation militaire soit seule bannie, et nous demandons aussi que le système tout entier soit transformé. Mais, à nos yeux, une des premières mesures, si non la première, c’est que l’éducation militaire soit bannie et qu’on inspire aux enfants le goût de la paix.
- Conclusion.
- Les objections de M. Catineau confirment plutôt qu’elles ne réfutent nos affirmations. 11 ne met pas une seule minute en doute l’influence des jouets militaires sur le développement du goût militaire, il croit seulement que le moment n’est pas opportun pour introduire une semblable réforme.
- Nous croyons, nous, au contraire, que le moment est opportun. La France a été si terriblement châtiée de l’esprit belliqueux de ses monarques qu’elle doit ouvrir les yeux et comprendre que si elle veut vivre résolument en paix, les autres puissances en seront enchantées et la laisseront tranquille. L’histoire de France tout entière est là pour nous donner raison ; malheureusement rien n’est plus inconnu du peuple français que son histoire. Il ignore que depuis deux siècles toutes les fois que la France a pris part à une guerre, c’est après l’avoir déclarée. Deux fois par exception la déclaration de guerre est partie de l’étranger, la première est celle de Brunswick et des émigrés après l’emprisonnement de Louis XVI, la deuxième est celle des alliés après le débarquement de l’empereur échappé de l’ile d’Elbe. Or, comme la France d’aujourd’hui a le bonheur ne n’avoir ni roi, ni empereur, ni émigrés, elle n’a plus d’éventualités de cette nature à redouter. •
- Ed. Champury.
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- 2$ S
- LE DEVOIR
- LA FILLE DE SON PERE
- Traijujt de l’Anglais, de M120 Mauje fIoy/LA]STp
- Vpir n° 4 (tome 1), an0 18 (tome 2)
- Chapitre XXXII
- Un hôte clistingné
- Une année s?est écoulée, fertile et prospère, pour la maisqn Dykes et Delano. La serre a été agrandie et pourvue d’un nouvel appareil de chauffage.
- Annie est maintenant madame Georges Stqrrs ; son mariage a eu lieu comme le docteur bavait prédit, et Minnie a reçu la part du lion dans le gâteau nuptial dont elle s’est régalée plusieurs jours encore après les noces. Anjourd’hui la fillette a cinq ans et demi.
- Miss Qahyay, la modiste, continue à vendre les bosquets fournis par la maison Dykes et Delano ; et comme depuis deux ans les ventes se sont soutenues d’une façon régulière, miss Galway a consacré à ce commerce un de ses étalages qu’elle a placé soqs la direction de sa jeune sœur.
- Sur la promesse que le produit de ce magasin serait exclusivement consacré à l’éducation de la jeune fille, nos fleuristes ont promis à miss Galway de lui conserver leur clientèle deux ans encore, quoique ja maison Dykes et Delano ait maintenant eq ville son propre magasin d’exposition et de vente. Ce magasin est dirigé par Annie ; une autre femme tient la comptabilité. '
- Georges Stqrrs a tenu sa promesse, il s'est enrôlé parmi les champions des droits de la femme.'Sous l’influence de ses lectures et grâce à la sodété des amis d!Annie, il a beaucoup gagné. Sa secrète ambition est de devenir auteur. Dans ce but, tout en continuant à travailler, il consacre ses loisirs à étudier et à écrire.
- Anqiâ est sous tous les rapports une épouse modèle j elle a foi dans les succès futurs de son mari.
- Chaque semaine, elle écrit à madame Susie (comme elle appelle miss Dykes), et lui donne des détails précis et minutieux sur les progrès de la.succursale qu’elle dirige.
- Quoique la maison Dykes et Delano soit entrée gn relation avec un grand pépiniériste anglais établi dans une autre partie de FEtat, elle peut à peine suflira aux demandes considérables qui lui arrivent de toutes parts.
- Dix acres de ig propriété léguée à Minnie ont été transformés en pépinière, et la multiplication des jeunes arbres suit un cours prospère. Le goût des
- pelouses et d«s jardins ombreux s’étend rapidement dans le pays ; et la jeune association pense sérieusement 4 importer directement d’Angleterre les fournitures dont elle a besoin* au lieu de las acheter de seconde main. Un homme est constamment occupé à la pépinière ; d’autres ouvriers SQqt devenus nécessaires dans la saison des grands travaux.
- Un matin, pendent que Clara travaillait activement dans la serre, ^usia lui appprta la parte d’un gentlemen qui attendait au sajou. Soqs le nom du visiteur, la carte portait quelques qiqtk ajoutés au crayon. Clara lut :
- FRAUENSTEIN
- Préfeittç ses fiqmwçtges à mqdamç Pelpnp ainsi qif’q sçn çsfocijf, et demande la faveur de v.isiter les serres.
- a Faites entrer ici, Susie. Je ne puis me rendre au salon dans cet accoutrement, n dit Clara en lançant un coup d’œil sur sa robe relevée et son tablier montant.
- — « Pourquoi pas ? vous êtes jolie sous tous las costumes. »
- — « Oh 1 la vilaine petite flatteuse ! Non, non, introduisez ici sa hautesse le comte Von Frauens-tein. »
- Arrivé dans le passage central de la serre, le comte aperçut Clara et s’inclina devant elle avec une grâce qu’on rencontre rarement en Amérique.
- Clara fut immédiatement frappée de l’air distingué du comte; elle lui rendit son salut, mais, se souvenant de l’usage européen, elle ne lui tendit pas la main.
- « Madame, » dit Frauenstein, « j’ai eu plusieur fois l’occasion d’admirer des fleurs sorties de votrs établissement, et je serais heureux de visiter vos serres, si ce n’était pas vous importuner beaucoup. »
- « Monsieur, je suis charmée de devoir à nos fleurs le plaisir de votre visite, » répondit Clara ; « mon père m’a souvent parlé de vous, car il est un de vos plus fervents amis. »
- « M. Porest m'accorde assurément plus de mérite que je n’en ai, » répondit le comte ; “ mais je suis trps-fler de sa bonne opinion, qui, pour moi, vaut plus que celle de tout autym »
- Après quelques propos insignifiants, comme on eq échange à toute première rencontre, surtout entre personnes qui font l’une sur l’autre une prpfo,nde impression, le comte dit :
- « J’espère rencontrer ce soir M. Forest à la réception de Kendrick. Vous ne fréquentez guère le monde,
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- je croîs, madaqie; sans eela.j’aw^s d^jà eu l’honneur et le plaisir de vous rencontrer. »
- Les jolies lèvres de Clara se plissèrent imperceptiblement lorsqu’elle répondit :
- « Je reste presque toujours à la maison depuis mon retour à Oakdale. »
- Bien qu’il fût grand amateur de fleurs, le comte oublia le but de sa visite et ne vit, an milieu des parfums et des richesses de la serre, que la femme charmante dont les traita et les mouvements pleins, d’harmonie étaient pour lui un séduisant sujet d’études.
- A mesure que la conversation continuait, il s’émerveillait de plus en plus de rencontrer, ep çe coip retiré du monde, une femme d’une aussi rare intelligence, d’une grâce aussi parfaite, s’exprimant dans çe langage simple, élevé, concis, qui est si rarement le partage des. femmes et, qu’on ne trouve que chez quelques hommes d’élite.
- En outre,, cette femme setnl3!^, environnée, comme d’une atmosphère de modestie; qon pas de cette modestie qu’on suppose être le propre des femmes bien élevées, mais de celle du philosophe et du sage, qui n’est, pas, moins charmante chez la femme, quç chez l’homme et qu’on rencontre aussi rarement chez l’un que chez l’autre. Pourtant Clara n’était pas sans avojr conscience de sa valeur; elle, était sûrp d’elle-mème, et quand elle levait sur le comte ses beaux ^eux, qui envoyaient à travers leurs longs cils no.irs un regard franc et ouvert, celui-ci éprouvait un sentiment de défiance de lui-même provenant de son vif désir de plaire, sentiment aussi nouveau que çharmant pour lui.
- Pendant qu’ils causaient ainsi, Minnie vint à la porte de la serre et s’arrêta net pour considérer attentivement le. visiteur, Dès qu’elle se vit remarquée par le comte, la fillette fit une révérence, chose qui lui arrivait rarement de son propre mouvement. Fraqepstein rendit gravement le salut, et Minnie se mit à rire, car cette attention la charmait.
- « C’est l’enfant de votre frère? » demanda Frauenstein à Clara, « Elle est admirablement jolie î »
- Minnie ouvrit bientôt avec le comte une conversation qui ne tarda pas à se porter sur (les détails tellement intimes, que Clara invita la petite fille à, s’en aller.
- « Oh ! laissez-moi ici, tante chérie, je ne dirai plus rien. »
- Pendant un instant, Minnie tint sa promesse et se contenta de suivre tous les mouvements du comte avec l’attention d’un chat qui guette une souris. Tout d’un coup, elle lui demanda
- « Savez-vous mon nom ? »
- — « Oui ; c'est Minnie, n?est-ce pas ? »
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- — « Et vous, comment vous appelle-t-on ? »
- — « Paul. »
- — « Oh ! le joli nom ! Eli bien, Paul, resterez-vous à dîner avec nous? » dit la mignonne en insinuant doucement sa petite main dans celle du comte.
- Clara et Frauenstein se mirent à sourire de la familiarité impertinente de l’enfant.
- « Vous devez savoir, Minnie..., » commença Clara.
- « Tante, je vous en prie! » interrompit la fillette en plaçant son doigt sur ses lèvres comme pour : dire : « Je ne prononcerai plus un mot »
- « Mon enfant, » continua Clara, « tante ne désire pas que vous restiez silencieuse comme une statue; tâchez seulement de comprendre que vous ne devez pas faire tous les frais de la conversation. »
- Le oomte serra la petite main qui était dans la sienne, et Minnie, craignant d’être renvoyée, garda un héroïque silence et se tint immobile jusqu’au moment où, entendant la voiture du docteur s’arrêter devant la porte, elle partit comme un trait pour revenir aussitôt dans les bras de M. Forest.
- Celui-ci accueillit le comte avec une cordialité que Clara ne lui avait vu manifester envers aucun homme, et qui trouva chez Frauenstein une réciprocité parfaite.
- « Je suis charmé de vous voir ici, » dit M. Forest. « Depuis longtemps je caressais le projet de vous présenter à ma fille. Connaissant vos "goûts et vos opinions à tous deux, j’étais sûr que vous trouveriez un mutuel plaisir dans cette rencontre. »
- « Vous me faites beaucoup d’honneur, » dit le Gomte. « J’avoue que je viens de passer des instants délicieux. »
- « J’en suis ravi ! » dit le docteur lisant sur le visage du comte la plus cordiale sincérité.
- • « Mon docteur, » s’écria Minnie qui ne pouvait décidément plus garder le silence, « Paul ne veut pas rester à dîner et pourtant nous avons de la sauce aux câpres, des asperges et du pudding.»
- « Comment peut-il résister à un pareil menu?» répondit le docteur en souriant. « Mais n’es-tu pas très-présomptueuse d’appeler ce gentleman Paul !
- « Non, » fit Minnie avec assurance ; « il m'appelle bien Minnie.»
- « En vérité ? » répliqua le docteur, réjoui d’une semblable justification.
- « Nous serons charmées si vous voulez bien nous faire l’honneur de dîner avec nous,» dit Clarq au comte. « Peut-être papa pourra-t-il aussi rester ? » ajouta-t-elle en se tournant vers M Forest.
- Mais Frauenstein sachant qu’il devait surtout cette invitation aux indiscrétions de Minnie, prétexta un engagement avec la famille Kendrick. « Si
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- vous voulez bien me le permettre, » ajouta-t-il avec un regard qui ne pouvait que flatter Clara, « je. reviendrai voir vos fleurs, car je ne leur ai accordé aucune attention aujourd'hui.»
- La voix du comte était pleine d’expression et douée d’un charme inexprimable.
- Avec le tact naturel aux femmes, Cl^ra sentit que cette visite ne serait pas la dernière et elle en éprouva une vive satisfaction. Quant à Frauenstein, en s’en allant porteur d’un petit bouquet qu’il avait demandé à Clara, il s’émerveillait d’avoir rencontré une personne si sympathique.
- 11 sentait en elle son égale, et comprenait que* le rang ni la fortune ne pouvait séduire le cœur d’une telle femme. Chez elle, point de ces dehors élevés par la coquetterie et destinés à être emportés d’assaut ou par ruse. Si Clara venait à aimer un homme, elle irait droit à lui comme les fleurs se tournent vers le soleil.
- Pendant le reste du jour, la pensée du comte revenait sans cesse à cette heure délicieuse qu'il'avait passée au milieu des fleurs, à Minnie dont le penchant pour lui s’exprimait si naïvement, mais surtout et toujours à Clara, la digne fille de l’homme le plus remarquable qu'il eût encore rencontré. Il lui semblait voir en elle dans l’avenir autre chose que la noble fille d’un penseur honnête et distingué.... mais de ceci, nous parlerons plus tard. (4 suivre.)
- AUGMENTATION DE LA RICHESSE PUBLIQUE
- Il ne manque pas de personnes qui nient l'énorme augmentation de la fortune publique depuis un demi-siècle et qui osent soutenir que tout se borne à un plus grand mouvement d’une somme de capitaux à peu près constamment la même.
- Voici pour les convaincre de leur eurreur quelques chiffres officiels constatant l’accroissement des valeurs successorales.
- ANNÉES VALEUR DES SUCCESSION3
- 1826 1.337.359.808 fr.
- 1836 1.539.738.388
- 1846 1.700.821.890
- 1856 2.193.957.117
- 1866 3.721.841.082
- 1874 3.748.918 249
- N’est-il pas évident qu’en présence d’un aussi brillant accroissement de la richesse, la misère et la pauvreté devraient diminuer dans la iqême proportion.
- OU EN EST L’ALLEMAGNE?
- Pauvres peuples d Outre-Rhin, hélas ! nous n’avons pas fini de répondre à la question que nous nous sommes posée en écrivant notre titre. — Il nous reste encore bien des misères à énumérer.
- Voyez lecteurs, quelle peinture sinistre du chômage en Allemagne nous fait le Journal d’Alsace :
- « De toutes parts, écrit-il, nous vient le même cri de « désolation : la misère est partout, le chômage est « général. La crise économique qui sévit sur l’Eu-« rope entière n’a pas épargné l'Allemagne, partout « les affaires languissent, les bourses se resserrent.
- « La même cause qui pousse à l’économie au haut de « l’échelle sociale produit la gêne, et plus bas encore « la misère ; et cela au moment où l’hiver apporte à « sa suite son surcroît ordinaire de souffrances aux « classes pauvres. — Il y a quelque temps nous « constations que le bureau de bienfaisance a en ce « moment même à Strasbourg 3,000 familles à sa « charge ; et partout il en est ainsi, en Alsace-Lor-« raine aussi bien que dans les pays voisins. »
- Nous ne nous rappelons pas, écrit-on deSarregue-mines à la Gazette de Lorraine, qu’il ait régné ici une misère aussi profonde qu’actuellement, misère que va encore aggraver l’hiver qui s'annonce rigoureux. Et la feuille lorraine attribue cette déplorable situation en partie à ce fait que les fabriques travaillent encore un peu dans la vallée de la Sarre, alors qu’elles chôment dans le Palatinat : Tespoir de trouver du travail attire ainsi de nombreux émigrants, en proie, la plupart, à une misère affreuse et dont l’affluence ajoute à la gêxe générale en produisant l’avilissement du prix de la main-d’œuvre. Cet avilissement est très grand, paraît-il,car le Volhsblatt constatait récemment que dans les fabriques de chapeaux de Saar-Union le travail qui valait 12 sous jadis se paie actuellement 3 sous ; hier encore le vœu national relevait ce fait qu’au marché de Loue, qui se tient chaque année à Metz, le lendemain de Noël, les garçons de ferme et de labour offraient leurs bras, à tout prix, pour un morceau de pain... et beaucoup pourtant ne trouvaient pas-à se placer.
- Voilà où en sont nos malheureuses provinces annexées par la Prusse victorieuse 1
- Mais passons le Rhin : parcourons laBadische Lan-deszeitung : Même misère dans l Etat de Bade. Le nombre de familles qui achètent depuis longtemps le pain à crédit estincalculable. — Les malheureux sont exploités par les fournisseurs sans scrupule qui spéculent sur la misère de leurs clients pour leur fournir de la marchandise de mauvaise qualité. Encore ces souffrances sont-elles bénignes en comparaison de celles qu’endurent certaines autres contrées de l’Allemagne .
- Si quittant les provinces rhénanes et les pays limitrophes qui sont, au point de vue agricole, les plus riches de l’Empire de Guillaume, nous examinons ce qui se passe dans la métropole, le tableau n’en devient que plus sombre.
- A Berlin, les marchands de détail ont des loyers très chers, qui provoquent, joints à la stagnation absolue des affaires en articles de fantaisie, faillite
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- sur faillite ; la baisse de ces loyers n’a été que très légère ces derniers temps. Les Russes, qui naguère, achetaient à Berlin, font maintenant leurs achats à Paris où. ils trouvent mieux et sont plus honnêtement servis. — C’est la Gazette de Francfort qui le dit !
- — Depuis le Crach de 1873, les affaires n’ont jamais si mal été. — Ce malaise est.attribué aux incertitudes de la situation politique et aussi aux excès de spéculation auxquels on s’est livré à Berlin après la victoire de Sedan, au temps de ce que les Prussiens ont appelé la nouvelle ère, l’ère des 5 milliards.
- Dans aucune ville, on n’a éprouvé d’aussi funestes mécomptes sur la propriété bâtie qu'à Berlin. De vastes hôtels inhabités -ou inachevés allongent tristement leur squelette' au bord des grandes et larges rues, tandis que, à côte de ces vastes solitudes, les petits logements sains et aérés manquent aux petites bourses. — Les fabricants n’ont pas de commandes et congédient leurs ouvriers. (Krupp seul a gagné de l’argent en 1878.)
- Le croirait-on, c’est à un tel moment que le grand chancelier, tenace dans ses entêtements, songe à faire remanier les tarifs de douane, à abroger les traités de commerce, à avoir recours à la protection douanière 1 — De telles mesures, jointes au militarisme qui ronge l’Allemagne, auront vite épuisé complètement le pays. — De 1872 à 1877, d’après la statistique commerciale allemande, en six ans, l’Allemagne a importé 7 1/2 milliards de marcs (9 milliards £75 millions de francs) de plus qu’elle n’a exporté.
- — Que pèsent les 5 milliards d’indemnité en présence de ce chiffre, quand on songe à ce que la guerre franco-allemande ,a coûté à l’Allemagne et à ce ce qu’elle lui coûte encore en lui imposant son régime de paix armée actuel !
- L’Allemagne est bien malade, et ce n’est ni l’allocution de l’empereur à ses ministres le 1er janvier, ni le rapprochement du ministre des cultes Falk et de la curie romaine qui remédieront aux maux terribles dont elle souffre et qui ébranlent chaque jour davantage le trône des Hohenzollern.
- Edmond Potonié.
- P.-S. — Ces lignes étaient déjà composées quand a surgi la prétention de M . de Bismarck de réglementer à son gré le Parlement.
- M. Camille Pelletan, dans le Rappel, a indiqué succinctement les conséquences de cette exigence sans précédents dans les traditions parlementaires. « Une commission spéciale du Parlement prussien pourrait condamner les députés pour délit de parole à la tribune, les déférer à la police correctionnelle, mutiler les comptes-rendus sténographiques pour supprimer les passages qu’on voudrait et défense
- serait faite à toute la presse de reproduire les passages interdits. »
- Qu’on se rappelle les ordonnances de Juillet, et que l’on compare un instant M. de Bismarck à M. de Polignac... La similitude n’est pas absolue, puisque le 1830 français vint après 89 et 93, tandis que le 89 allemand est encore à venir !
- Mais il y a, malgré cela, de nombreux points de ressemblance. E. P.
- QUE LE GIBIER APPARTIENT A L’ÉTAT
- Nous sommes en République et non-seulement les privilèges doivent disparaître, mais tout ce qui y ressemble de près ou de loin.
- C’est pourquoi je viens demander à tout homme qui n’est pas imbu de vieux préjugés à qui appartient le gibier qui vit en France.
- Le gibier qui court sur la terre ou celui qui vole dans l’espace, le gibier qui vagabonde, dont la de-, meure est partout, aujourd’hui ici, demain ailleurs, est-il au propriétaire ? L’oie sauvage, qui vient de si loin, fatiguée de son long voyage, s’abat par bande nombreuse sur les terres de tel ou tel. Me direz-vous, que par cet instant de repos ces animaux appartiennent au propriétaire du terrain sur lequel ils se sont reposés? Je soutiens que cela n’est pas:
- Le gibier vivant ainsi à l’état sauvage est à tous et à personne; dans ce cas, il doit appartenir à l’Etat
- L’Etat semble l’avoir reconnu, puisqu’il demande, même au propriétaire sur sa propriété, une somme pour avoir le droit de chasser. Pourquoi l’Etat demanderait il cette somme si le gibier appartenait au propriétaire du sol, comme la volaille que celui-ci fait naître et qu’il élève ?
- L’Etat demande-t-il une somme au propriétaire pour que celui-ci ait le droit de prendre le poisson de ses étangs ou la volaille de sa basse-cour ? La chasse seule fait exception. Pourquoi ? Evidemment, c’est parce que l’Etat se reconnaît un droit sur ce gibier; il s’en reconnaît propriétaire.
- Le gibier trouve sa nourriture partout. C’est un maraudeur que vous ne pouvez empêcher de vous voler; mais il veut vivre et il vit sur celui qui possède. Peut-il se regarder comme propriétaire de ce voleur?
- Une dernière preuve de ce que j’avance : L’Etat défend la chasse ordinairement du l*r février au mois de septembre, ainsi qu’il le fait dans ses fleuves et rivières pour la pêche du poissoa du 15 avril au 15 juin, ce qu’il ne fait pas pour le poisson des étangs, parce que ce dernier est devenu une propriété privée et particulière ne devant pas voyager, tandis que le gibier vit sans maître en pleine liberté. Toutes
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- ces. considérations ne démontrent-elles pas aue le gibier répandu sur tout le sol de .la France est la propriété de l’Etat qui peut et doit en disposer?
- S’il n’en a pas toujours été ainsi, c’est que les hommes qui ont dirigé la France ont méconnu leur droit. N’étaient-ils pas tout-puissants, et nje disdisposaient-ils pas des choses à leur volonté ? Ils ont abandonné une richesse qui a profité aux grands propriétaires. Qu’a pu faire jusqu’ici le peuple pour réprimer cet abus et en rendre le produit à l’Etat ?
- Depuis bien des années, le propriétaire du sol afferme une citasse comme il loue sa propriété. Jé con nais une chasse de plaine en Sologne louée 1,300 fr. par année.
- Depuis 1789 seulement, laissant dans 1 ombre ce qui s’est passé avant cette époque, si l’Etat avait perçu le fermage de sa chasse, il aurait une somme fabuleuse entre les mains.
- Quelles richesses perdues pour notre pays ! Que de grands travaux mis de côté, faute d’argent, seraient possibles en ce moment ! Combien de lourds impôts, qui pèsent sur le pauvre travailleur, seraient diminués 1 Doit on Continuer à laisser aller indéfiniment ce revenu dans la caisse du riche ? Non, il est temps qu’il passe dans la caisse de l’Etat,
- La France a besoin d’argent, les impôts de toute nature écrasent'le peuple. Elle ne peut améliorer l’instruction comme elle le doit, ainsi que le service ! des postes et tant d’autres, faute d’argent ; et pourtant elle a, qugnd elle le voudra, dans la chasse, un milliard de revenu.
- Sans supprimer pour personne le plaisir de la chasse* sans priver de mets délicieux la table du riche, sans rien changer au grand commerce du gibier, la France peut trouver annuellement ce milliard de revenu sans aucun impôt.
- Ce serait un milliard qui ne pèserait plus sur l’ouvrier, le commerçant et l’industriel.
- Ce milliard est à la disposition des chambres, si elles veulent examiner sérieusement ma proposition.
- Voici comment on pourrait procéder :
- La France se compose 'de 36,000 communes qui pourraient être divisées chacune en douze lots de chasse, soit 432 mille lots pouvant être affermés chacun, selon la quantité de gibier quel’on y trouve, de deux à cinq mile francs.
- Que ces chiffres ne vous effrayent pas. Je connais assez la chasse et l’ardeur des chasseurs pour assurer que rien n’est exagéré dans mes chiffres qui seront certainement dépassés dans beaucoup de lots ; cependant prenons une moyenne de 2,500, c’est donc432,000 fois 2,500 fr., ce qui donne un milliard bO millions. | Sans doute, on dira que je priverai ainsi du plaisir I
- de la chasse beaucoup de personnes qui ne pourront pas affermer un lot, attendu qu’il n’y aura pas autant de lots qu’il y a de chasseurs
- Que tous se rassurent, j’ai prévu ce cas. Chaque commune affermera seulement 9 ou 10 de ses lots de chasse ; les autres seront réservés par l’Etat. Il sera délivré une permission de chasse sur ces lots non affermés, moyennant 1 fr. par jour. Cerlainement de cette manière ces lots rapporteraient tout autant que les autres. Ainsi donc, toute satisfaction sera donnée aux cha seurs, même les moins riches.
- Mais il faut tout prévoir. Supposons que les grands propriétaires non partisans d’une loi qui leur enlèverait un privilège qui n’est plus de ce temps, se liguent entre eux pour refuser d’affermer ces lots de chasse, croyant ainsi faire échec à la loi.
- S’il en était ainsi, 1 Etat pourrait établir un permis de chasse qui donnerait le droit au porteur de chasser sur toute l’étendue de la France sans tenir compte des limites des chasses dites gardées•.
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- L’économie politique orillodoxe ne peut nier d’avoir emprunté ses derniers progrès à ces hérétiques Socialistes envers qui elle trouve de bon goût d’épuiSer tout lés dictionnaire des gros mois.
- Espérons que dans la prochaine édition de son livre,M. Bampal comprendra que Phislroire ne mérité le nom d’histoire que lorsqu’elle est impartiale.
- les régit, les conditions qu’on est tend de remplir pour se conformer à cette loi, ie mode de nomination des directeurs et des comités* leurs situations, leur sjmtème de comptabilité. Ils donnent ensuite des modèles de déclaration d’adtiésion, de procès-verbal d’une réunion pour la constitution d’une société, etc. Après quoi ils examinent successivement celles des sociétés coopératives qui ont pour but :
- L’acquisition des matières premières ;
- Le magasinage ;
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- Pour chacune de ces sociétés, on nous fait connaître les dispositions essentielles des statuts, les raisons qui justifient ces dispositions et les règles de la comptabilité,
- M. Rampâl complète ces renseignements par l’insertion du titre III (relatif aux sociétés à capital variable) de la loi française du 29 juillet 1867 sur les sociétés.
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- 32, \m SERPENTE
- sons la direction de Ed.
- THIAUDIÈBE , an Bureau auxiliaire d’abonnements et de renseignements.
- Ayant Besoin d’être fixée sur le concours qu’elle peut trouver parmi les lecteurs du DE VOIH , l’administration prie les personnes qui n’ont pas encore réglé leur abonnement de le taire si elles veulent continuer à recevoir le journal, autrement leur numéro sera supprimé.
- Elle prie également les personnes qui ne veulent pas s’abonner de rendre au facteur le deruier numéro en mettant « refusé » sur la bande et en signant.
- SOMMAIRE
- Que l’opportunisme a fait son temps. — De la Coopération. — Variétés. — Semaine politique. — De la création de timbres-poste internationaux. — L’œuvre de Saint-Lazare. — Feuilleton : La Fille de son père. — Question des chemins de fer. — L’histoire de la géographie à l’Exposition. —Bulletin bibliographique.
- QUE L’OPPORTUNISME A FAIT SON TEMPS
- I
- Les jours se suivent et ne se ressemblent pas, dit le proverbe. C’est surtout vrai en politique. Dans les pays en transformation — et la France est au nombre de ceux-là — la situation politique se modifie d’un jour à l’autre. Il est bien rare qu’elle se présente deux fois identique à elle-même. Tantôt la situation nouvelle se différencie de l’ancienne par le fond plutôt que par la forme, tantôt par la forme plutôt que par le fond. Quelques fois même elles se différencient par les deux à la fois. Cependant, de temps à autre, des modifications fondamentales se produisent qui mettent fin aux périodes d’instabilité trop prononcées et permettent à des périodes plus stables de leur succéder.
- La journée du 5 Janvier nous paraît avoir été
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- pour la France le point de départ d’une de ces modifications fondamentales.
- La lutte se déplace.
- Les convoitises monarchiques sont réduites à néant.
- La France n’aura plus qu’à choisir entre les formes diverses du régime républicain. Elle devra opter :
- Soit pour le régime où l’armée et le clergé tiennent la tête du pouvoir, comme c’est le cas au Mexique ou au Pérou ;
- Soit pour le régime où l’armée et le clergé ne sont rien dans les affaires politiques, comme c’est le cas en Suisse et aux Etats-Unis.
- C’est sur ce terrain-là, et non sur un autre, que se livreront les luttes de l’avenir.
- Il convient, en présence d’une modification aussi considérable, d’examiner si la conduite qui a si bien réussi au parti républicain dans le passé offre les mêmes chances de réussite dans l’avenir.
- L’extrême mobilité des situations politiques dans les jours de transition entraîne fatalement après elle une mobilité égale dans la politique des partis. La conduite d’un jour ne peut y être celle du lendemain. La discipline intérieure du parti doit se plier aux exigences du milieu. A régime sans lendemain, partis à courte vue; à période de transition, politique de transition. La tactique doit s’adapter aux milieux où on agit. Agir de la même manière pendant l’agitation et pendant le calme serait tout à fait impolitique et souverainement ridicule. De même conserver en pleine sécurité les hésitations ou les indécisions d’un temps de crainte serait une faute. Les nécessités n’étant plus les mêmes, les exigences doivent changer.
- C’est là ce que la France se dit aujourd’hui. La république prend définitivement la place du fâcheux interrègne baptisé du nom de septennat. La politique du régime définitif ne saurait être la même que celle d’un régime qui ne pouvait avoir que sept ans de durée.
- Il est vrai que, au point de vue légal, le septennat n’est pas encore arrivé à son dernier jour, mais, au point de vue moral, il est mort et enterré. Chaque jour qui passe augmente
- l’épaisseur de la terre jetée sur son cercueil. Il est mort d’épuisement et il ne ressuscitera pas.
- En conséquence, la situation se trouvant totalement changée, la conduite des républicains doit se modifier d’autant. La prudence exagérée et les hésitations du passé doivent être reléguées dans les choses du passé et faire place dans l’avenir à la confiance et à la décision.
- II
- Il faut le reconnaître. L’opportunisme, mode de conduite vicieux en lui-même, a pu se justifier jusqu’ici en invoquant les dangers de la situation et même la nécessité des transitions.
- Il y avait du vrai dans ce prétexte, car il faut des transitions en toutes choses. Le développement de la société, comme celui de la nature, ne procède pas par soubresauts. Tout s’y enchaîne. Tout y suit un ordre logique de successions. Vouloir devancer le temps, c’est faire une besogne inutile. Vouloir décréter une réforme avant que l’opinion publique y soit préparée, c’est condamner d’avance cette réforme à l’avortement. Il y a un temps pour chaque chose et chaque chose doit venir à ce temps-là et non point à un autre. Les violettes qui voudraient fleurir en décembre seraient saisies par la gelée. Les pommiers qui fleuriraient en janvier ne donneraient jamais de fruits. De même pour les idées sociales. Prêcher la solidarité aux anthropophages de Nouka-Hiva serait d’un ridicule parfait, tandis qu’il n’est point ridicule de la prêcher aux peuples civilisés. Les lois, comme les enseignements, doivent être d’abord adaptées aux milieux auxquels elles s’adressent, après quoi, par transitions successives, elles peuvent être élevées de plus en plus.
- Dans l’opinion de beaucoup de personnes, on peut s’élancer d’un bond au plus haut de l’échelle sans avoir à passer par tous ses échelons, C’est là une illusion dangereuse contre laquelle nous ne protesterons jamais trop. Les transi- I tiens sont nécessaires, et, précisément parce que nous proclamons cette nécessité, nous reconnaissons que l’opportunisme a eu, jusqu’à un certain point, sa raison d’être avant le 5 janvier. Aujourd’hui, il faut s’élever cl’un échelon,
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- SOT
- L’opportunisme a rendu des services. Il a habitué les républicains à sentir la solidarité des divers groupes du parti. Il a poussé les députés à réfléchir longtemps avant d’agir. Enfin et surtout il a fait faire au peuple français ses premiers pas dans le chemin de la liberté. Mais le fait que ce régime de tutelle a rendu des services à un moment donné n’implique pas qu’il doive en rendre à l’avenir. Les lisières qui ont permis au petit enfant de faire ses premiers pas, ne sont plus qu’une gêne inutile une fois que l’enfant sait marcher. Elles deviennent un objet de risée si on les maintient à l’adulte ou à l’adolescent.
- L’opportunisme a rempli l’office de ces lisières. Soyons lui reconnaissant de cet office, mais affranchissons-nous enfin de cette sujétion.
- Nos députés, en votant lundi soir l’ordre du jour de M. Ferry, ont eu le tort de ne pas le comprendre. Ils ont implicitement reconnu par leur vote que si le peuple français n’a plus besoin d’être conduit, il a besoin d’être retenu. En conséquence, et dans la crainte que l’adolescent livré à lui-même ne marche trop vite, ils ont déclaré qu’il continuerait à s’astreindre aux lisières et que celles-ci seraient confiées, comme par le passé, aux mains tremblantes d’un octogénaire.
- De la sorte, on est certain de plier tout le monde à l’allure des traînards.
- Le beau progrès !
- III
- Eh bien ! dussions-nous ne pas recueillir les sympathies des politiciens sans principes et de la presse sans conviction, dussions-nous soulever contre nous toutes les personnes qui considèrent la versatilité comme le plus haut point de la sagesse politique, nous déclarons — de la manière la plus catégorique et sans une seconde d’hésitation — que l’opportunisme ne doit pas vivre un jour de plus, sous peine de tourner à l’anachronisme politique.
- L’opportunisme a fait son temps. Sa mission est remplie. Il doit tranquillement dormir dans le même tombeau que le sep tennat. Il doit s’effacer devant le régime nouveau comme les calendriers
- des années dernières devant celui de l’année courante. Tant que la France subissait des circonstances d’exception, on devait s’affranchir d’elles par cette tactique d’exception. Aujourd’hui que l’exception n’existe plus, la tactique n’a plus lieu d’exister. Dans un régime définitivement établi, une politique sans principe perd le parti qui l’embrasse. Tant que l’on ne peut voir plus loin que le bout de son nez, la prudence recommande d’aller en tâtonnant, mais lorsque le regard peut se porter au loin devant soi, la dignité exige que l’on marche avec décision.
- Que fait le voyageur sérieux quand il doit parcourir une route nouvelle ?
- Il s’informe des difficultés de la route, il se précautionne en conséquence, puis, ainsi préparé, il s’élance d’un pas ferme dans son chemin. Quelque éloigné que soit ce but, quelque difficile que soit la route, il marche d’un pas régulier, il ne se laisse pas abattre par les obstacles, il est tenace dans sa résolution ; et c’est pourquoi il arrive sûrement au but désiré.
- La France devait fairj comme ce voyageur; elle devait réfléchir, s’affermir dans ses vues, puis partir d’un pas décidé et marcher droit devant elle à la conquête de l’avenir.
- Messieurs nos députés ont jugé bon d’agir autrement. Ils ont témoigné une prédilection toute particulière pour l’allure de la tortue. C’était leur droit et ils en ont largement usé. Mais dans une république les députés sont peu de chose. L’opinion est bien autrement puissante qu’eux ; elle peut leur imposer ses exigences, elle peut féconder par son énergie leur dangereuse pusillanimité, elle peut réduire à néant l’esprit étroit des coteries parlementaires et faire triompher la largeur de vues et la fermeté de volonté de la nation.
- L’opinion publique peut cela si elle le veut, et nous sommes convaincus qu’elle le voudra.
- Ed. Champury.
- PENSÉES SOCIALES & POLITIQUES
- VI
- Les facultés de la vie et de l’existence sont lespre-miers biens que la société doit respecter et protéger dans la personne de tous les citoyens.
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- DE LA COOPÉRATION.
- Il existe à Londres des sociétés coopératives qui n’ont rien de commun avec Y Association des équitables pionniers de Rochdale (1) non-seulement dans leurs statuts, c’est-à-dire leur base constitutive, mais encore dans les éléments qui les composent Parmi ces sociétés nous citerons, comme la connaissant plus spécialement, la Civil service supply association qui, soit dit en passant, est actuellement l’objet d’attaques très-vives de la part du commerce privé.
- La Civil service suppty association se compose de membt es actionnaires, fondateurs de l’Association, en ayant la direction, et de porteurs de billets.
- L’Association a été formée dans le but de fournir, au plus bas prix possible, les objets de consommation et d’usage général aux employés civils du gouvernement.
- Toute personne désireuse de faire corps avec l’association doit se pourvoir d’un billet qu’elle doit produire chaque fois qu’elle fait des achats, soit dans les magasins mêmes delà société, soit dans ses succursales ou les maisons avec lesquelles elle a pris des arrangement particuliers.
- Les achats se font tous au comptant.
- Tout employé civil du gouvernement peut, en justifiant de sa qualité, obtenir un billet moyennant la rétribution annuelle de 2 sli. 6 d. (3 francs.) Ce billet lui donne le droit d’achat ci-dessus mentionné, mais ne l’autorise ni à assister aux réunions de l'Association, ni a prendre part à son administration.
- Les veuves des employés de l'Association peuvent aussi avoir des billets avec les privilèges y attachés moyennant la même rétribution annuelle de 2 sh. 6 d., tandis que ces billets sont accordés gratuitement aux veuves des membres de l’Association
- Un nombre limité de billets peuvent être également accordés à des personnes étrangères amis de membres de la société, mais à la condition d’être présenté par un desdits membres et de payer une cotisation annuelle de 5 sh (6 francs) au lieu de 2 sh 6 d.
- Le comité se réserve le droit de retirer billet et privilèges en remboursant au porteur la portion proportionnelle qui peut lui être due de sa rétribution annuelle.
- Lesdits billets sont valables pour un an et doivent être renouvelés du 1er février au i*r mars. Le vieux billet doit, bien entendu, être rendu avant de pouvoir en obtenir un nouveau.
- L’Association est dirigée par un Comité composé de 15 membres actionnaires.
- (i) Voir sur cette Association notre numéro du 12 janvier.
- Elle a en outre qui lui sont attitrés :
- Deux auditeurs des comptes ;
- Deux banquiers ;
- Deux avoués ;
- Un chimiste analyste ;
- Un trésorier et un secrétaire.
- Elle recommande d’une façon toute particulière comme pouvant se charger des intérêts des associés actionnaires et porteurs de billets :
- Deux médecins-dentistes ; -
- Deux ingénieurs (sanitary engineers);
- Un architecte et un inspecteur pour la salubrité des logements.
- Enfin, des agents pour la douane et pour l’embarquement des marchandises.
- Des conventions sont passées avec des compagnies d’assurance pour la vie et contre l’incendie, qui procurent à l’assuré membre de l’Association ou porteur d’un billet, une réduction de 10 p 0/0 sur la prime de la lre année et de 5 p. 0/0 sur les autres années.
- L’Association n’a pas moins de 192 maisons de commerce ou agences, sans compter ses magasins particuliers avec lesquelles elle a pris aussi des arrangements pour assurer aux actionnaires ou aux porteurs de billets qui vont s’adresser à ces maisons ou à ces agences une réduction de prix ou escompte qui va de 5 1. sf. à 25 1. st. p. 0/0.
- Les prix tenus par l’Association sont très-avantageux pour les consommateurs ou acheteurs. Cependant, s’il faut en croire la chronique publique, les bénéfices réalisés ne sont pas à dédaigner. Ces bénéfices sont partagés exclusivement entre les actionnaires ou, de leur consentement, sont employés à l’extention des affaires de la société.
- Ainsi qu’on peut le voir, dans les sociétés coopératives comme celle ci-dessus, il y a encore un caractère de spéculation qui n’existe pas dans Y Association des équitables pionniers de Rochdale et les sociétés qui s’y rattachent ou se sont modelées sur elle.
- Les sociétés coopératives ouvrières, en effet, ne font pas de concurrence dans leurs prix. Leur tarif est le même que celui des boutiquiers leurs voisins. Les profits réalisés ne sont pas exclusivement attribués à des actionnaires ; ils sont répartis proportionnellement entre chaque acheteur selon le chiffre d’achat fait par chacun, avec cette distinction cependant que les membres réels de la société touchent leur dividende tout entier, tandis que les simples acheteurs ne touchent que la moitié du leur.
- Samedi dernier, dans la salle de la Société des Arts
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- Adelphi, a eu lieu une réunion des délégués de la section sud du central co-opérative Boari of grcat Britaîn et des délégués des clubs ouvriers de Londres, et il y a été décidé que l’on tenterait de nouveaux efforts pour créer dans la métropole des sociétés coopératives sur les bases de celle de Rochdale.
- Des rapports, qui ont été lus et dont l’exactitude est constatée, il résulte qu’il existe tant en Angleterre, que dans le pays de Galles et en Ecosse, de 5 à 600 mille coopérateurs, faisant un chiffre d’affaires de liv. st. 20,000,000 (500 millions de francs) avec un capital de liv. st. 6,000,000 (150 millions de francs) donnant un bénéfice annuel de liv. st. 1,750,000 (43,750,000 francs,) ce qui permet à chaque coopérateur d’empocher, l’un dans l’autre, une somme d’environ 3 liv 10 sh, par an, somme qui auparavant entrait dans la caisse des intermédiaires inutiles.
- Londres, 19 janvier 1879. C. P. Maître.
- Morale pliylos ophique.
- Nous n’admettons pas la Morale indépendante. A nos yeux, rien n’est indépendant, tout est solidaire dans les connaissances humaines. La morale ne peut pas plus être indépendante que l’astronomie ou l’histoire. Elle a une base dans les autres sciences; la médecine surtout l’éclaire d’uue bien vive lumière. La morale ne doit pas s’isoler, elle doit se baser au contraire sur la philosophie qui est la systématisation des sciences.
- Un homme de lettre dont nous avons déjà parlé, M. ADgély Feutré, nous adresse sur la morale « indépendante des religions actuelles » l’anecdote suivante que nous reproduisons avec plaisir :
- « Un de nos meilleurs amis avait placé son fils au col « lége. Lejeune homme, fils d’un libre penseur, n’était « ni catholique, ni protestant, ni juif; il ne suivait » aucune religion ; il n’avait été ni ondoyé, ni baptisé,
- « ni circoncis. On donnait, dans ce temps-fà, aux élèves « des points de morale à développer, et à la fin de l’année « le prix était donné à celui qui avait le plus souvent été « le premier dans les compositions hebdomadaires.
- « Quand vint la distribution des prix, le fils de notre « ami fut appelé pour recevoir le premier prix d’ensei-« gnement moral. L’enfant monte sur l’estrade, le pré-« sident donne le livre et la couronne au prêtre catho-« lique, placé à sa droite, en le priant ae le couronner.
- « Le prêtre ne reconnaît pas l’enfant, et fait observer « que sans doute cet «, élève est protestant. » « Le président se tourne alors du côté du ministre de la reli-« gion réformée : Voilà un de vos élèves ; veuillez le « couronner.
- « Pas plus que le prêtre catholique, le ministre pro-« testant ne connaît l’enfant.
- « — Vous êtes donc israélite? lui dit le président.
- « — Non, Monsieur, répond l’élève.
- « — Et qui donc vous enseigne la morale, mon en « fant?
- « — C’est mon père.
- « — Eh bien? mon enfant. Voussferez mon compli-« ment à monsieur votre père. » — Et il lui remit le prix.
- Cette anecdote est tirée d’un ouvrage de M. Feutré, lt Passeport d'un inconnu.
- !
- Hygiène des Casernes,
- On écrit de Troyes à 1’ -tvenir mi'itaire pour prier ce journal d’appeler l’attention du Miuistre de la guerre sur le fâcheux état sanitaire de cette garnison :
- « Depuis bientôt deux ans. la troupe est décimée par la fièvre typhoïde qui sévit avec une intensité variable, mais avec une persistance continue tant sur le régiment d'infanterie que sur les dépôts de cavalerie. Cette situation très-grave tient, parait-il, à un système déplorable de la canalisatiou des égouts.
- « Le Ministre n’ayant aucune action sur la municipalité , on peut concevoir qu’il s’abstienne d’intervenir directement pour faire disparaître les causes du mal
- « Mais il n’en est pas moins de son devoir de prendre les mesures nécessaires pour changer cet état de choses. Il ne se passe guère de mois que le 79e de ligne, par exemple, ne perde 8, 10 et 12 hommes, tant par décès que par réforme, conséquences de i’épidémie A ce compte là, le quart du contingent du régiment disparait chaque année.
- Chemins de fer A l’intérieur de Bêrlin.
- Si l’on prend un plan de Londres, on est frappé de l’étendue des chemins de fer de cette métropole. Il y a tout un réseau de lignes, les unes souterraines, les autres aériennes, qui rayonnent du centre vers les extrémités, qui relient ces rayons entre eux et forment ainsi, sur le plan de la ville, une immense toile d’araignée.
- Il y a longtemps que l’on réclame la création de chemins de fer semblables à Paris. Des plans ont été faits et on peut les voir à l’Exposition. La gare de rayonnement serait placé sous le Jardin du Palais-Royal et de là diverses lignes rayonneraient vers les gares des cinq grandes compagnies et desserviraient sur leur parcours une boune partie de la capitale.
- Malheureusement, ces plans sont restés sur le papier et aucu e compagnie ne s’est constituée pour les mettre à exécution. 11 serait temps cependant de s’y mettre afin que Paris ne se laisse pas distancer par d autres villes.
- En ce moment, des travaux de cette nature s’exéculent à Berlin. C’est l’Etat qui en est entrepreneur. Le chemin de fer en question a pour but de servir de trait d’union entre les dix chemins de fer qui s’arrêtent à la périphérie de Berlin et sans pénétrer en ville; eu outre il mettra en communication les grandes voies ferrées de l’Est avec le chemin de fer auquel on travaille en ce moment et qui réunit par une ligne directe Metz et Bjrlin.
- La République die Libéria.
- On ne lira peut-être pas sans intérêt quelques renseignements sommaires sur la situation de ce pays, que nous trouvons dans une lettre de M Brown, grand secrétaire de la Franc-Maçonuerie à Libéria.
- , On sait qu’à une certaine époque, il s’était formé aux États-Unis une société pour former en Afrique des co lonies de nègres civilisés C’était à la fois un moyen de conjurer le danger que pouvait faire courir aux" États-Unis la masse toujours grossissante des esclaves nègres, et une tentative pour diminuer la traité des nègres. C’est de la colonie fondée par cette société qu’est née eif 1847 la république de Libéria. « Elle a eu. comme beaucoup d’autres jeunes États, bien des difficultés à surmonter. Sa constitution et ses institutions sont co piées en grande partie sur celles des États Unis Le pays est divisé en quatre comtés, Maryland. Sinoe, Grand Bassa et Montserra ; celui ci est le plus grand et renferme Monrovia, la capiti'e de la république. Les comtés sont gouvernés par des surintendants, dont les fonctions sont analogues à celles des gouverneurs d’États de la mère patrie. Il y a cependant une différence fondamentale dans leur origine: ces surintendants sont nommés par le président, envers qui ils sont responsables ; de plus, les comtés ne sont pas indépendants. Jusqu’à présent, Libéria a eu cinq présidents : J. Jenkius Roberts, E. Allen Benson, D. Bashiel "Warren, J. Spriggs Payne, et E. J. Roye.
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- Les revenus de Libéria sont peu considérables. Elle exporte principalement de l’huile de palme, des fruits, un bois de teinture, le Raphia ndida, de l’ivoire, du gingembre, du café, du sucre non raffiné et de la gutta -percha. Elle est desservie par deux lignes de paquebots qui font le service entre Liverpool et la côte occidentale d’Afrique. Elle a 600 milles anglais de côtes (environ 965 kilomètres). Sa frontière intérieure n’était primitivement que de 40 milles, mais par des actes _ de cession elle comprend aujourd’hui 200 milles. L’agriculture est l’objet de beaucoup de soins, et notre café, qui est le meilleur, est cultivé sur une grande échelle. Notre pays abonde en minéraux, mais l’ignorance des travaux de mines et l’insuffisance des capitaux nous empêchent d’en tirer parti.»
- Courage civil.
- Un médecin américain, le docteur Waters, de Salem (Maryland), qui préconise pour le pansement des brûlures les plus graves l’emploi du bicarbonate de soude qui prévient et supprime toute douleur, vient de démontrer sur lui-même l’efficacité du procédé. En pleine séance de la Société médicale du Maryland, il s’est fait sur l’avant-bras une brûlure horrible, il l’a saupoudrée de bicarbonate de soude, a mis par-dessus un linge mouillé et a déclaré ne plus souffrir. Sur ce point, il faut bien le croire sur parole, mais une chose certaine et constatée, c’est la guérison rapide.
- (.Etats-Unis d'Europe.)
- T’optïlfüiioxi de l’Europe en l’an SOOO
- Deux savants allemands très-distingués, MM. E. Behm et H. Wagner, ont publié à Gotha, en 1874, un travail très étendu et très consciencieusement fait sur la population de la terre (Die Bevœlkerung der Erde, Juotus Perthes éditeur).
- Nous avons plus d’une fois emprunté nos chiffres de statistique à cet ouvrage et sans doute qu’à l’avenir nous aurons plus d’une fois encore à lui en emprunter.
- En se basant sur les résultats de recensement convenablement espacés, ces savants ont pu déterminer le taux annuel de l’accroissement de la population des divers Etats et en déduire la population de chacun d'eux en l’an 2000, à supposer que les limites des Etats restent les mêmes qu’en 1873 et que la progression continue sur la même échelle.
- D'après ces calculs :
- La Russie d’Europe compterait en 2000
- L’Allemagne.........................
- L’Autriche-Hongrie ......
- Les Iles Britanniques...............
- L’Italie............................
- La France...........................
- 435,300,000 âmes 115,377.000 »
- 106,790.0U0 »
- 91,790,000 »
- 65 490,000 »
- 58,645,000 »
- La population de la Russie augmente en moyenne de 1.39 0/0 par an et celle delà France de 0.379 0/0.
- LA •SEMAINE POLITIQUE
- OlsarBi'bre des Députés. — Le grand événement de la semaine a été la déclaration ministérielle portée à la tribune par M. Dufaure, l’interpellation présentée à ce sujet par M. Senart et le vote de confiance qui a suivi.
- La déclaration ministérielle présentée par M. Dufaure était d’une incroyable insignifiance. Si l'on excepte le fait de la grâce accordée a 2.225 condamnés politiques, tous condamnés pour simples faits étrangers aux dé lits et aux crimes de droit commun, le reste, de la déclaration a plutôt l’air d'un défi jeté à l’opinion publique que d’une concession.
- Nous ne prendrons pas la peiad Aë Mprodtiirf
- phrases d’un vague extrême qui sont rédigée bien plUs sous la forme d’une énigme que sous celle d’un enga~ gement.
- En présence d’une déclaration semblable, on s’attendait à une interpellation sérieuse II n’en a rien été.
- M. Sénart, chargé de 1 interpellation, s’est borné à signaler l’urgence du remplacement de certains hauts fonctionnaires qui sont des ennemis déclarés du régime républicain.
- La réponse de M. Dufaure a été aussi vague, aussi peu franche que la déclaration ministérielle. Le président du conseil y a manifesté l’intention d’exiger des fonctionnaires un esprit vraiment républicain.
- Cela est d’une naïveté étonnante, car nous connaissons trop M, Dufaure pour croire que dans sa pensée il y ait une intention d’outrage. Et cependant que devrait-on penser de fonctionnaires qui sont et ont toujours été bonapartistes et qui devront, du jour au lendemain, sur une seule recommandation du garde des sceaux manifester un esprit vraiment républicain. Si c’est à des hommes d’une versatilité pareille que vont les gros appointements payés par les contribuables, l’argent de ceux-ci est bien mal placé.
- Après cette belle concession oratoire, M. Dufaure a raconté qu’il a destitué cinq procureurs généraux et qu’il en a déplacé deux. Et il en a conclu que si le 5 janvier la France s’est prononcée en faveur de la République, c’est grâce à un ministère qui favorise les ennemis des républicains. *
- Après une réplique de M. Madier-Montjau et une réponse à celui-ci par M. Floquet, M. Jules Ferry présente l’ordre du jour motivé suivant :
- « La Chambre des députés, confiante dans les déclarais tions du gouvernement et convaincue que le cabinet, « désormais en possession de sa pleine liberté d’action, «. n’hésitera pas. après le grand acle national du 5 jan-« vier, à donner à la majorité républicaine les satisfac-« tions légitimes qu’elle réclame depuis longtemps au « nom du pays, notamment en ce qui concerne le per-« sonnel administratif et judiciaire, passe à l’ordre du « jour. »
- Cet ordre du jour est adopté par 223 voix contre 121. La droite s’est abstenue.
- TS.«AHoetioïi« à- ce sujet. — Le vote de l'ordre du jour Ferry est un acte de faiblesse. On parlait la veille de réformes, d’amnistie, de mise en accusation des ministres du 16 Mai, on ne parle plus aujourd’hui de rien de cela. Les promesses faites aux électeurs sont foulées aux pieds.
- M. Dufaure va déplacer quelques douzaines de fonctionnaires; il les remplacera par des hommes de son choix c’est à-dire par des personnalités, qui, sans être anti républicaines, conserveront tous les préjugés et toutes les frayeurs des monarchistes. A peine sera-t-oq plus avancé que précédemment.
- Il est profondément regrettable qu’il ne se soit pas trouvé dans la gauche un groupe d’hommes assez attachés à la forme républicaine véritable pour porter à la tribune le programme d’une politique sérieuse et entraîner par cela même le renversement d’un ministère dont l’insuffisance n’est contestée par personne.
- Jamais mystification plus grande n’a été faite à la nation que ce vote du 20 janvier. C’est la montagne accouchant d’une souris, et d’une souris mort-née.
- TTn aveu officiel. — La presse n’a pas relevé comme elle aurait dû le faire un aveu qui se trouve dans la statistique des condamnés politiques publiée par le Journal officiel.
- On remarque en effet que dans les seuls condamnés graciés par le décret du 15 janvier — sans compter les non graciés — il y a 69 malheureux qui ont subi la peine des travaux forcés depuis 1871. Or, comme il est dit expressément par le Journal officiel qu'iL n’a pas été fait une seule grâce dans le groupe des oonciafflof* ëmmhlë» de artags de droit eemeniR, il mi jbf@a 4**"
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- rîeot que les conseils de guerre ont appliqué la peine s travaux forcés pour de simples fautes d’un caractère Exclusivement politique. C’est un document officiel* qui roostate cette monstruosité. Et les conseils de guerre oüt frappé à tort et à travers, sans aucun discernement et dans l’esprit bien arrêté de condamner le plus de monde possible aux peines les plus terribles, afin d’épouvanter d’autant le reste de la population.
- On frémit en songeant au nombre considérable d’innocents qui QU été ainsi condamnés par d’anciens officiers de l’empire érigés en conseils de guerre. Combien de malheureux, injustement condamnés aux travaux forcés comme ceux que M. Dufaure fait gracier aujourd’hui, combien de ces malheureux sont morts à la peine, sous le coup d'une condamnation infamante et immé • ritée.
- P est impossible aujourd’hui de réviser les procédures des conseils de guerre. Les documents font défaut. Il n’y a qu’une seule mesure à prendre, c’est de proclamer l’amnistie. Mais le ministère ni la majorité delà Chambre n’auront même pas le courage de le demander,
- % ' a
- Votation en Suisse. — Le peuple suisse était appelé à se prononcer dimanche dernier sur un compromis aux termes duquel la Confédération vient en aide, par un concours financier très-important, aux cantons intéressés dans l’achèvement du vaste réseau de chemin de fer improprement appelé la ligne du Gothard.
- Le peuple suisse a sanctionné ce compromis qui engage désormais l’exécution d’un grand réseau international qui réunit la vallée du Rhin à la vallée du Pô à travers le nœud central des Alpes.
- Il est curieux de rappeler en cette occasion quel est le fonctionnement de la Constitution suisse en matière d’appel au peuple [referendum),
- Ce système nouveau, dont l’invention appartient à la Suisse, peut se caractériser en disant qu’il'est une intervention facultative de la démocratie directe dajis le fonctionnement d’une démocratie représentative.
- En effet, le peuple suisse délègue la mission de faire des lois a deux conseils, dont l’un est élu par le suffrage universel direct et l’autre par les conseils cantonaux, eux-mêmes issus du suffrage universel. Une fois les lois élaborées et votées par les deux conseils, le peuple peut toujours demauder à être consulté à l’égard de ces lois. Il suffit pour cela d’un pétionnement ’ réunissant 30.QOO signatures. Le gouvernement ne peut en aucun cas entraver ce pétitionnement ni s’opposer à la votation demandée.
- De la, sorte, les actes du pouvoir législatif sont constamment soumis à la vérification de la volonté populaire.
- On ne saurait demander mieux.
- Finances dix Pape. —• Les finances papales sept eu mauvais état
- Des circulaires ont été envoyées aux évêques du dehors de l’Europe, surtout a ceux de l’Amérique du Sud, afm d’établir dans tous les pays du monde l’œuvre du Denier de Saint-Pierre,
- On à fait courir un moment le bruit que Léon XIII se verrait forcé d’aocepter la rente annuelle que le gouvernement italien avait offerte à Pie IX, conformément à la loi des garanties et que celui-ci avait refusée. Il semble aujourd’hui que ce bruit soit controuvé.
- Nouvelles d’Orient. — Les nouvelles de Cons-jantinQpje continuent à être pacifiques. On.assure, dans les sphères gouvernementales, que l’enquête est complètement établie au sujet du traité définitif turco-russe, qu’il ne reste plus à. examiner que quelquea détail! «s rédaetiop,
- L'indemnité resterait fixée aux chiffres de 300 millions de roubles, payables en papier au taux de 2 fr. 70. L’indemnité serait convertie en dette. Ce traité serait soumis dimanche à l’approbation du sultan et signé immédiatement.
- La discussion du projet concernant la cession de Kovi-Bazar, projet remis mardi au gouvernement par le, comte Zichy, viendra immédiatement après. Safvet-Pacha a été investi solennellement des insignes de la grand-croix de XÉtoile des Indes ; mais son départ n’est pas encore, décidé. Plusieurs journaux turcs conseillent à la Porte de céder Janina à la Grèce, pour encourager les tendances séparatistes des Albanais.
- On prétend, en outre, dans les cercles politiques de Péra, que la Russie et la Roumanie ne sont pas tombées d’accord sur la question de la frontière riveraine de la Bessarabie. Les gouvernements des deux pays ont résolu de soumettre la question à l’arbitrage de la commission internationale du Danube. D’un autre côté, la Roumanie proteste contre le désir de la Russie de maintenir des troupes dans la Dobroudja, tandis qu’il est stipulé qu’elle conservera seulement des étapes.
- Belgique. — Le gouvernement a présenté à la Chambre un projet de loi relatif à l’instruction publique et à l’instruction gratuite pour les pauvres.
- Ce projet porte en substance que les comités scolaires emploieront tous les moyens possibles pour déterminer les parents à envoyer leurs enfants à l’école.
- L’enseignement religieux sera donné en dehors des classes et sera confié aux soins des familles et des ministres des divers cultes.
- Afg^hemistati. — La campagne des Anglais en Afghanistan marche à sa fin. Us avaient exagéré pendant quelque temps leurs succès, mais il est bien certain aujourd’hui que ce succès est considérable. Les points qu’occupent les armées anglaises sont très avancés dans 1 intérieur et l’on peut considérer la résistance de l’émir comme désormais impossible.
- Espérons que le saug n’aura plus à couler et que cette guerre fort injustement déclarée tournera au profit de la civilisation.
- C’est ainsi que très souvent dans l’histoire on voit le bieq sortir du mal,
- - .. nuMoçcQeeio*» ' »
- DE LA CRÉATION DE TIMBRES-POSTE INTERNATIONAUX.
- L’Union postale comprend aujourd’hui presque toutes Jes nations civilisées. Une lettre, une carte-corresponda'nce, un journal peuvent être dirigés sur des pays très divers moyennant un affranchissement qui ne varie pas. La circulation de la pensée ignore, ou à peu près, l’existence des frontières.
- Cet immense progrès aurait besoin d’un corollaire. Unifier les intérêts postaux, égaliser les tarifs d’affranchissement sont des mesures excellentes, mais qui gagneraient encore en valeur si on créait à leur service des timbres-poste internationaux.
- La chose est moins difficile qu’il ne semble, Tant
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- que l’Union postale n’existait pas, une amélioration de cette nature aurait été irréalisable, mais aujourd’hui que l’Union postale fonctionne les difficultés de réalisation n’existent plus.
- Il est facile, très facile, d’organiser une convention internationale pour les timbres-poste comme il y en a une pour les monnaies d’or et d’argent. Chaque pays frapperait des timbres-poste pour une proportion calculée d après la statistique de ses lettres, et les timbres de chaque pays auraient cours dans tous les pays acceptant la convention.
- Vous voyez d’ici combien cela faciliterait les relations internationales.
- A l’heure qu’il est, si vous avez une petite somme à envoyer à l’étranger vous devez avoir recours soit à l’intermédiaire fort coûteux d’un banquier, soit à l’envoi d’un mandat de poste.
- Or, le système des mandats de poste est vicieux. Leur coût est trop élevé relativement au peu d’importance des sommes. Puis on n en a pas sous la main et il faut se déranger pour en obtenir. Enfin, ils révèlent aux fonctionnaires qui les délivrent et à ceux qui les remboursent les relations du verseur et du destinataire. Tout cela est gênant.
- Combien il serait plus simple d’envoyer des timbres-poste internationaux que l’on pourrait se procurer facilement et dont le destinataire aurait toujours l'emploi puisqu’il pourrait soit les utiliser pour ses affranchissements, soit les donner en paiement.
- Les petits échanges à distance seraient grandement facilités par cette innovation. Un exemple entre mille le fera comprendre.
- Un libraire met en vente à Paris un volume de I fr. 25 Ce volume est jugé favorablement par la presse parisienne. En Belgique ou en Suisse des personnes se laissent tenter par l’appréciation des journaux et se décident à se procurer le volume. A l’heure qu’il est il leur faut passer par l’intermédiaire d’un libraire, ce qui peut leur coûter un supplément de frais s’ils demeurent à la campagne. Il est vrai que l’on peut prendre un mandat international de 1 fr. 25, mais U faut pour cela se transporter au bureau de poste et payer les frais du mandat. Si l’on demeure un peu loin d’un bureau, cela est bien désagréable. Avec nos timbres internationaux il n’en serait plus de même. Il suffirait d’envoyer les timbres au libraire. Donc économie de temps et .économie de frais.
- Nous pourrions multiplier les exemples, mais celui-ci doit suffire.
- On créerait, par ce moyen, une circulation de papier fiduciaire en 'petites coupures sans tomber dans les inconvénients du papier-monnaie. En effet,
- le papier-monnaie ne représente rien en réalité, tandis que les timbres-poste représentent le salaire d’un travail non encore exécuté.
- En somme, personne n’aurait rien à perdre à cette innovation; le petit commerce et les administrations postales auraient à y gagner.
- Ed. Champury.
- mcQOOCCCKX*.—
- L’ŒUVRE DE SAINT-LAZARE
- Victor Hugo a dit « La justice doit corriger pour améliorer, et non punir pour se venger.
- Or, actuellement la société se venge, mais elle n’améliore pas. Les prisons sont des enfers où le condamné laisse toute espérance. On y entre coupable souvent, et la plupart du temps on en sort perdu. La justice humaine ne voit pas que les criminels, de quelque degré que ce soit, sont surtout des faibles et des ignorants ; elle voit en eux des malfaiteurs à perpétuité et les traite en conséquence. Là est l’erreur, nous disons plus, là est le crime de la société ! Ni juges, ni administrateurs n’entendent les plaintes et les soupirs. Ils ne comptent pas les larmes et ne voient pas les immenses découragements, les révoltes folles. Ils se font geôliers au lieu de se faire redresseurs. Us acceptent les choses établies, quelque mal établies qu’elles soient; ils laissent tranquille la vieille routine administrative; le pli est pris; les préjugés ont leur cours.
- Et cependant s’il est juste de faire des prisons un lieu d’expiation, il faut encore que l’on rende cette expiation fructueuse et que Ton fasse des prisons non une école de perversion, mais une école de rédemption.
- Le système pénal n’a pas visé ce but jusqu’ici. Aussi appelle-t-il des réformes sans nombre : la société entière pâtit de i’état actuel des choses, et l’on attend !...
- Pendant ce temps-là des coupables deviennent plus coupables, des souffrants deviennentplus souffrants,de pauvres êtres que de sages mesur es aui aient souven ramenés au juste, au bien quiest leur vrai intérêt, sont rejetés dans la vie, sans secours, sans ressources, objets de mépris ou de terreur. Et combien ne sont pas des criminels dans la vraie acception du mot. Il y a des hommes, il y a des femmes qui, poussés par la misère, ont pris un jour ce qu’ils ne pouvaient gagner ; il y a des vagabonds qui, n’ayant pas où reposer leur tête, ont été menés en prison ; il y a des femmes égarées, il y a même de pauvres misérables qui se sont faites voleuses pour bien peu et qui tombées sous les verroux, en sont sorties irrémédiable,
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- le devoir
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- ment flétries, sans que personne voulût les recevoir, employer ou les encourager, et qui, par suite de ce rejet universel, ont été grossir le nombre des prostituées'ou des criminelles. Et cependant ces femmes avaient, pour arriver là, horriblement souffert !...
- Voilà où nous en sommes ! Aussi ne pouvons-nous assez profondément admirer les efforts courageux des personnes qui, de leur initiative privée, surmontant tous les obstacles, franchissant toutes les barrières, ne tenant compte ni des préjugés ni de l’opinion, ni des répugnances de toutes sortes, ont réparé, dans la mesure de leurs forces, de leurs ressources, et de leur dévouement, une des plus cruelles injustices, une des plus craintes erreurs de la société.
- Tout le monde a entendu parler de Saint-Lazare, la seule prison des femmes de Paris. Toutes les femmes compromises de la capitale y sont enfermées. Il y a les prévenues, les condamnées, les jeunes filles de la correction, et il y a aussi les femmes de mau-
- vaise vie
- On réunit ainsi sans scrupule, dans les mêmes salles et dans les mêmes préaux, les prévenues, les condamnées et les prostituées. Une pareille incurie
- se passe de commentaires.
- Le 24 août 1865, une femme, M110 de Grandpré,
- venait s’établir à Saint-Lazare pour de longues années; elle y venait pour y soulager celles que la loi écrase sous un désespoir sans rémède. Elle se sentit bientôt accablée d’une immense tristesse au milieu des angoisses, des misères qui 1 entouraient.
- Écoutons là elle-même.
- Arrivé dans l’appartement qu’on lui destinait, elle s’assit découragée au milieu des bagages épars. Alors un poids écrasant pesa sur son cœur qui battait à se rompre.
- Oh ! comme on doit souffrir autour de moi, se dit-elle. « Il lui sembla tout-à-coup qu’on lui imposait le devoir d’approcher ses lèvres d’une coupe amère d’où débordaient des souffrances, des angoisses, des terreurs, et aussi qu’on lui confiait la mission d’essuyer des larmes, de consoler des cœurs brisés, de relever des âmes flétries.
- « Quand, pour la première fois, on visite Saint-« Lazare, dit mademoiselle de Grand pré , on ne « se fait nullement une idée exacte de cette mai-« son On rencontre sur ses pas des femmes de tous « âges, vêtues de robes de bure, bleues, brunes ou « grises, suivant la section à laquelle elles appar-* tiennent ; elles sont chaussées de sat ots et coitlées « de petits bonnets d’étoffe. Ces femmes, jeunes ou « vieilles, belles ou laides, passent .devant vous « comme dans une sinistre fantasmagorie; mais sans « laisser de souvenir distinct. Ce n’est qu après une « étude approfondie qu’on parvient à se rendre « compte des souffrances, des ignominies du dénù-« ment de la prison.
- « Il faut avoir assisté à leurs repas pour être convaincu de leurs privations; il faut avoir vu leurs récréations, avoir regardé souvent a travers le judas de leurs cellules, quand elles y sont renfermées, pour constater l’influence de démoralisation qu’elles exercent les unes sur les autres. J assistais à leur lever, à leur coucher, je suivais leurs
- exercices religieux, leur travail. La voiture cellulaire qui les amenait s’arrêtait sous la fenetre de ma chambre. Beaucoup d’entr elles arrivaient pures et épouvantées; elles partaient tranquilles, mais perdues. Celles en qui 1 honneur surnageai éprouvaient les anxiétés de l’abandon, de la honte, de la misère. Les cachots étaient près de mon appartement, j’écoutais leurs conversations, j enten-tendais leurs sanglots; plusieurs criaient pendant toute la nuit Je recueillais les observations du directeur, des fonctionnaires des prisonnières, des religieuses. Apres un an d etude de tous les jours, j'étais fixée, j avais acquis a certitude que Saint Lazare étaitune horrible plaie sociale encore inconnue et que par conséquent
- ne no cnnerpait. à ffuél’ir. ”
- Mademoiselle de Grandpré songea à éclairer 1 o-pinion publique. Mais se faire écouter, défendre les prisonnières, déraciner les préjuges, lutter contre une administration qui se serait crue personnellement attaquée, tandis qu’on visait surtout les abus administratifs, c’était une tâche presque impossible. De longs mois s’écoulèrent. Mademoiselle de Grand-pré hésitait toujours devant la difficulté qui lui semblait insurmontable de se faire comprendre, de
- se faire croire.
- Elle donnait tout ce quelle avait, elle consolait, elle encourageait, mais que peut une femme seule, surtout lorsque cette femme n’est pas riche.
- « Un jour vers la Noël, raconte Mlle de Grandpré, « j’étais songeuse auprès de mon feu, lorsque le « timbre de la porte d’entrée retentit avec une vibra-« tion particulière. Une femme pâle, tremblante, le a front baissé se présenta. Je lui dis : « Venez mon « enfant. » Elle entra sans rien dire, ses pauvres a vêtements étaient insuffisants pour la couvrir ; « elle était exténuée de fatigue, livide de froid et « mourante de faim. Je la fis asseoir près du feu et « la fit réconforter Pendant ce temps, je soulevai « discrètement un coin de son manteau : elle était « sans linge. Une femme sans linge! Oh! misère! « Je tirai du linge de mon armoire. Quand elle fut « vêtue, qu elle fut réchauffée et qu’elle n’eut plus « faim, elle me raconta son histoire.
- « Françoise R... était sortie de Saint-Lazare « avec une ordonnance de non lieu après trois mois «de prévention. Elle avait trois francs,dans son « porte-monnaie. Deux jours après elle n’avait plus « rien Dans sa détresse elle alla demander des « secours à la préfecture de police. On lui offrit « l’hospitalité de Saint-Lazare. Elle refusa , erra « plusieurs nuits dans Paris, sans repos et sans « nourriture Elle se ressouvint alors de m’avoir «vu traverser la prison; elle vint frapper à ma « porte et, par anticipation, l’œuvre des libérées la « sauva. »
- Nous ne pouvions mieux faire pour expliquer l’ç^
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- rigine d’une œuvre qui a prospéré, qui fonctionne régulièrement et qui prend chaque jour plus de développements, qui fait de plus en plus de bien, (car 7 ou S00 femmes libérées de Saint-Lazares ont été, en l’année 1878, placées, sauvées par elle de la misère et de la honte),nous ne pouvions mieux faire, disons-nous, que de citer les propres paroles de Mlle de Grandpré, La généreuse femme fit appel à ses amies et le vestiaire de l’œuvre des libérées fut d’abord établi. Il a toujours fonctionné depuis.
- Mlle de Grandpré divisa le travail de réforme qu’elle pouvait accomplir en deux opérations distinctes :
- lo celle d’humanité (venir en aide aux malheureuses libérées, et pour cela constituer une société solide pour les secourir et les protéger) ;
- 2° celle des réformes à obtenir pour la prison (c’était l’œuvre de l’écrivain).
- Les condamnées de Saint-Lazare parut en novembre 1863.
- En 1869, M'1* de Grandpré publia, dans le Moniteur universel, deux articles; l’un intitulé : les maisons de refuge; l’autre, l’ouvroir de Saint-Lazare. Les articles faisaient un appel pour aider à la fondation de l’œuvre des libérées. Cet appel fut entendu, et une caisse fut immédiatement constituée.
- Le 5 février 1870, une assemblée générale eut lieu. Après la discussion générale on élabora des statuts provisoires et l’œuvre des libérées fut définitivement fondée.
- Cette œuvre compte aujourd’hui ses membres dans toutes les classes de la société, sans exclusion d’opinions politiques ou religieuses quelconques.
- Ne s’agit-il pas en effet de porter remède à une plaie sociale, de réparer une injustice, une faute de la société, de soulager des malheureuses délaissées et méprisées par tous ?
- L’œuvre est pourvue d’un conseil d’administration, d’un conseil judiciaire, d’un comité médical, d’un comité de travail > d’nn comité d’instruction, d’un vestiaire.
- Le nombre des femmes assistées s’accroît d’année en année. L’œuvre est pourvue d’un secrétariat.
- Les fonds obtenus par souscriptions, par cotisa-sations, par secours des conseils municipaux, etc., servent à donner des vêtements aux pauvres misérables placées à la sortie de Saint-Lazare, entre la faim et la honte, à les soutenir jusqu’à ce qu’on leur ait trouvé un emploi, ce qui est rendu plus facile par les soins des différentes dames patronesses dispersées dans les divers quartiers de Paris — à leur faciliter le retour en province lorsque leurs UmilUtè voulant les recevoir, ©te, Nous eussions pu
- donner le tableau des dépenses et des recettes de chaque année, le détail des secours accordés, etc., mais nous avons craint de dépasser les limites accordées à cet article. L’ambition de MUe de Grandpré est de fonder une maison de refuge, de convalescence morale où ses protégées pourront être secourues en plus grand nombre encore, et plus efficacement.
- Notre ambition à nous est de faire connaître cette œuvre toute philanthropique , afin que l’on comprenne combien il reste encore à faire, et que tous nous aident de leur parole ou de leur argent. La propagande du juste, voilà ce qui cicatrisera les plaies dont souffre la société.
- Eugénie Pierre.
- (1) Sou siég« est rue Albouy. On peut s’y présenter, le mardi et le mercredi de 2 heures à 4 heures.
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mme Marie HOWLAND Voir n° 4 (tome 1), à n° 19 (tome 2)
- Chapitre XXXII.
- ÏJm hôte distingué
- {Suite.)
- Ce même soir, les salons de la maison Kendrick étaiept brillamment illuminés, Les flammes gaies d’un feu de bois pétillaient dans les cheminées des fleurs rares embaumaient l’air.
- Madame Kendrick, jeune encore dans sa toilette de velours noir relevée de diamants, recevait ses hôtes d’un air solennel qui semblait dire :
- « Les hommes et les femmes me sont tous indifférents. »
- Mais les invités, qui ne s’attendaient pas à une cordiale manifestation d’intérêt de la part des Kendrick, ne s’en inquiétaient pas davantage. Ils n’étaient guère nombreux d’ailleurs : c’était l’état-major des banquiers d’Oakdale, accompagnés de leurs dames. La réunion avait surtout pour but d’amener une rencontre entre ces habiles personnages et Frauenstein, afin de persuader à celui-ci qu’il devait placer une grosse somme dans la compagnie d’assurance générale alors en projet à Oakdale.
- Le comte avait manifesté l’intention de s’installer définitivement dans le pays. Il est vrai que l’impressionnable cosmopolite avait émis une pensée sem* blable du Pacifique à l’Atlantique, partout où il avait rencontré un site agréable. KendriGk ignorait ce détail et comme à l’exception des Delano de Bos? ton, — et Frauenstein haïssait Boston, — les Ken-ârlek étaient ks §®uî* parents oomt®, il semblait
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- qu’il y eût chance réelle ci© le voir se fixer à Oakdale.
- On espérait donc lui faire accepter avec plaisir la présidence de la compagnie d’assurance. L’idée de tenter Frauenstein par un tel appât montrait combien peu les banquiers connaissaient le comte.
- Von Frauenstein n’avait pas d’ambition vulgaire. Il avait amassé son immense fortune par des spéculations et des placements avantageux avant et pendant la guerre. En réalité, il possédait, non pas deux millions de dollars comme le supposait Kendrick, mais plus de dix fois cette somme. La société, et surtout la société fashionable, avait pour lui moins d’attrait qu’une vieille histoire dite et redite ; il voyait à nu ses petitesses, ses basses jalousies, ses convoitises. Le culte qu’on y rendait à de vaines idoles blessait son esprit droit et juste. Une chose que sa haute position lui permettait de faire et dont il usait avec délices, c’était d’exprimer librement son opinion sur tous les sujets. Personne ne songeait à blâmer son radicalisme considéré au pis aller comme une charmante originalité.
- Jasqu’à ce qu'il eût rencontré le docteur Forest, Vqm Frauenstein n’avait trouvé parmi les habitués de la haute société qu’une seule personne qui lui inspirât une réelle amitié : miss Charlotte De-lano. Depuis un certain nombre d’années, ils étaient ensemble dans les meilleurs termes. Miss Gharlotte se trouvait précisément ce soir-là en visite chez les Kendrick.
- Monsieur et madame Forest, Leila et Linnie étaient attendus à la soirée. Retenu par les obligations de sa profession, le docteur dut laisser sa femme et ses filles le devancer chez la famille Kendrick.
- A peine entrée dans le salon, madame Forest aperçut miss Charlotte Delano causant avec Von Frauenstein ; la présence inattendue de la belle sœur de Clara la mit dans un grand embarras. Cependant Charlotte et le comte vinrent à elle et lui firent un excellent accueil : le comte avec une exquise politesse, miss Charlotte avec plus de cordialité que jamais, au grand étonnement de madame Forest. Une conversation animée s’établit entre eux, jusqu’à ce que Louise Kendrick vint prier le comte de bien vouloir l’accompagner au piano. Alors madame Forest pensa devoir communiquer à miss Delano ce qui lui tenait au cœur.
- « Je n’ai pas eu le plaisir de vous voir », dit-elle,
- « depuis la malheureuse séparation de ma fille et de votre frère ; je puis vous assurer que cela a été uns terrible épreuve pour ma famille aussi bien que Se»? la #
- « Certes, l’incident est regrettable, » répondit miss Charlotte, * mais j’espère qu’en somme tout sera pour le mieux. Je ne crois pas que Clara soit le moins du momie à blâmer dans cette affaire. » Madame Forest qui s’attendait à un concert de plaintes et de lamentations sur la commune disgrâce des deux familles, commença à craindre que le monde entier fût infecté de radicalisme.
- Plus tard, la conversation apprit à l’excellente dame que Clara, depuis la rupture de son mariage, avait visité miss Charlotte à Boston. Madame Forest eut grand peine à dissimuler son désappointement; évidemment son mari avait dû être informé de cette démarche, et il la lui avait cachée.
- Comme pour augmenter sa stupéfaction, miss Delano lui dit qu’elle n’était devenue intime avec Clara que depuis les épreuves que celle-ci avait supportées et en raison même de ces épreuves.
- Cela dépassait la mesure. L’événement qui avait éloigné madame Forest de sa fille était précisément celui qui avait cimenté l’amitié de Clara et de la propre soeur d’Albert Delano ! La femme_du docteur ne comprenait plus le monde, ni elle-même !
- Pendant que Von Frauenstein accompagnait au piano un duo des deux sœurs jumelles: Leila et Linnie, les banquiers se concertaient dans un salon reculé. Le principal d’entre eux, après Kendrick, était M. Burnham. un des directeurs de la Banque. La vue seule de ce gentleman chauve frais-rasé et vieillot, éveillait des pensées d’obligations, de placements et de gros intérêts. Comme Kendrick, Burnham ne songeait qu’à gagner de l’argent ; c’était sa seule préoccupation ; non pas tant peut-être 4 cause d’une avarice naturelle que par suite d’une habitude invétérée qui retenait sa pensée dans ce champ étroit.
- Après quelques minutes d’attente, le positif Burnham s’écria :
- « Je ne vois pas, Kendrick, que nous ayons beaucoup de chances d’amener le comte à nous ce soir. »
- « Sur mon âme, » dit un autre, « il est aussi friand du babil des femmes qu’un bachelier. »
- « C’est un sage doué d’un peu de folie, » fit Kendrick. « Ces étrangers sont des êtres surprenants. Cependant Frauenstein a une intelligence remarquable en matière de finances. Mais en politique il est impossible : il croit au droit de suffrage de la femme ! Toutes les dames l’adorent, naturellement. » — « Hum ! Il n’est pas difficile de plaire lorsqu'on est comte et millionnaire. C’est singulier qu’un titre ait tant d’attrait dans un pays démocratique. »
- » Frauenstein maintient que notre pays n’est pas
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- qu’il n’y en a pas un seul dans le monde qui le soit, parce que nulle part on ne voit tous les citoyens être électeurs. »
- » Oh! par exemple, « fit Burnham, « je voudrais bien savoir qui n’est pas électeur ici. »
- — « Mais les femmes, naturellement, et elles constituent plus de la naoitié des citoyens adultes. Je vous dis, Burnham que vous ne pourriez pas discuter cette question avec le comte, il est armé sur tous les points. »
- — « Je n’ai nul désir d’aborder ce sujet avec lui. Ce que je sais, c’est que je suis las d’attendre la fin de ses chants langoureux. »
- Le plan de Kendrick n’était pas d’entamer la question de la compagnie d’assurances par la voie suivie ordinairement en affaires; mais de lancer cette idée en quelque sorte incidemment dans la conversation en présence des dames. Il s’était aperçu que certains hommes, et particulièrement ceux que les femmes favorisent, étaient plus vulnérables dans de telles conditions et moins enclins à manifester une lésinerie étroite dans les questions d’argent. L’occasion désirée finit enfin par se produire.
- Après la collation on servit le café, ce qui n’avait lieu le soir que lorsque le comte était présent. Les hommes d’affaires avaient rejoint les dames et s’étaient mêlés au groupe au sein duquel Frauenstein savourait son café. Kendrick fit apporter du cognac, et tandis que le comte vantait à mesdames Burnham et Kendrick les beautés du pays, Burnham et les autres exaltèrent de leur côté l’esprit d’entreprise qui distinguait les habitants d’Oakdale et l’accroissement rapide de la population dans la cité. Puis Kendrick amena la question de la compagnie d’assurances rt manifesta l’espoir que le comte voudrait bien prendre la peine d’examiner cette grosse entreprise.
- « Nous devrions commencer, « disait Kendrick, » avec un capital d’un demi-million de dollars, soit cent actions de cinq mille dollars. La situation est admirablement propice pour un grand succès ; en peu de temps le capital serait aisément doublé. Le plus fort actionnaire serait naturellement président. »
- « Et ce serait vous, comte,» fit Burnham en regardant hardiment Frauenstein dans les yeux.
- Mais la propositionne fit pas merveille ; le comte jeta du froid sur cet enthousiasme en déclarant qu’il n’avait aucune confiance dans les compagnies d'assurances. L’Etat, à son sens, devrait être l’universel assureur.
- « Votre projet, » ajouta-t-il, « profiterai quelques-uns aux dépens du grand nombre. Faites plutôt une assurance mutuelle entre tous les propriétaires de
- maisons de la localité et j'y entrerai, comme vous dites, car je suis disposé à réaliser ici une grande entreprise soit à Oakdale même, soit sur les cinquante acres de terre que j’ai achetés de l’autre côté de la rivière. »
- Cette fois, chacun était attentif pour apprendre quel était le projet du comte, mais il n’en dit pas plus long pour l’instant. En fait, il attendait l’arrivée du docteur Forest. Madame Forest et ses filles s’étaient déjà retirées.
- Kendrick ne fit pas de question sur la future entreprise de Frauenstein; ii se contenta de fairn des remarques sur la nature du sol d’Oakdale, ses qualités, etc.
- Au cours de la conversation, miss Delano recueillant un petit bouquet à demi-fané qui venait de tomber de la boutonnière du comte, s’écria :
- « Que ces fleurs sont odorantes ! Où donc les avez-vous eues, Paul ? »
- ~~ « Chez vos fleuristes d’Oakdale, à la maison Dykes et Delano. J’ai visité ce matin les serres en compagnie de madame Delano, avecquij’ai eu la plus intéressante conversation. C’est une femme instruite et charmante. Comment se fait-il donc, madame, » ajouta-t-il en regardant fixement la femme du banquier, « que je ne l’ai jamais rencontrée à vos réceptions? »
- Ciel ! quel silence glacial accueillit ces fatales paroles. Kendrick ne se tenait pas d’impatience; Burnham voyait avec regret la conversation quitter le terrain des affaires; madame Kendrick, gênée par la présence de miss Charlotte, n’osait répondre ; et celle-ci ne se croyait pas tenue de prendre part à la conversation. Le silence devenait de plus en plus gênant ; à la fin, madame Burnham répondit en souriant :
- « En vérité, Monsieur, je ne vois pas pourquoi l’on hésiterait à vous dire que depuis son retour J Oakdale madame Delano n’est plus reçue dans la société. »
- « Ah! » reprit le comte, « je ne puis que dire tant pis pour la société, car toute compagnie, si distinguée qu’elle soit, serait honorée de la présence d’une femme de mérite comme madame Delano.
- Madame Kendrick voyant clairement à la contenance de son mari qu’il comptait sur elle pour diriger la conversation sur un terrain moins dangereux, se hâta de déclarer, non sans un certain embarras, que si madame Delano n’était plus reçue dans le monde, cela était moins imputable à la société qu’à madame Delano elle-même qui, évidemment,recherchait l’fsolement et dont les désirs devaient être respectés.
- Cela ne satisfit pas le comte ; il reconnut, sous ces
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- paroles, l’influence des préjugés qui sacrifient aux conventions mondaines les sentiments d’honnêteté et de fraternité. Sans avoir besoin d’un mot d’explication, il comprit que Clara Forest, avec ses vues élevées et s«s opinions toutes particulières, avait froissé l’opinion publique par autre chose encore que la rupture de son mariage ; car de telles séparations ne sont pas rares. Frauenstein connaissait Albert Delano, et depuis qu’il avait rencontré Clara, il se rendait parfaitement compte de ce qui avait pu produire le désaccord entre les deux époux.
- En un langage bref et poli, il exprima donc son opinion sur les vues étroites de la société, disant que l’éducation et les bonnes mœurs donnent à tout citoyen droit aux égards et au respect. Il insista particulièrement sur les mérites des deux fleuristes d’Oakdale, et sur leur droit à l’estime publique en raison de leurs persévérants efforts pour se créer par le travail une situation indépendante.
- « Vous êtes l’ami de notre sexe, Paul, » dit miss Delano, Puis, se tournant vers Louise Kendriek : Vous savez que Frauenstein signifie pierre des femmes, il est donc bien nommé. »
- « Et sur de telles pierres, » fit Kendriek, « je suppose qu’elles voudraient bâtir leur église. »
- « Il n’y en a pas assez, malheureusement, » reprit miss Charlotte, « pour édifier de grandes cathédrales »
- «Vous me faites trop d’honneur» répondit Frauenstein. « Néanmoins, j’avoue que la condition des femmes dans la société m’a toujours paru mériter la plus sérieuse attention. Je connais peu de femmes réellement heureuses et, à mon avis,la première con dition de bonheur pour elles est de se rendre pécuniairement indépendantes. Toutes les carrières devraient leur être ouvertes ; et elles devraient recevoir le même enseignement que nous, aller comme nous librement à l’étranger compléter leur éducation. Chacun ne sait-il pas combien l’instruction et l’expérience ajoutent d’attraits à une femme.
- « Mais, en ce cas, «dit étourdiment Madame Burn ham, « je ne vois pas l’utilité d’inspirer à nos filles l’amour du foyer domestique, si des qualités opposées doivent être plus appréciées. »
- Chère Madame, » repartit le comte, « supposez-vous donc qu’une femme soit moins bonne et fidèle épouse parce qu’elle a de l’instruction et de l'expérience ? »
- Ceci amena Burnham à dire que tout le monde s’accordait à reconnaître en Clara Forest une personne bien élevée et d’une intelligence supérieure, mais que cependant elle n’avait pas été une épouse modèle.
- « Vous avez tort, » répondit gravement, miss Delano ; «il m’est pénible d’avoir à parler ainsi, mais je considère comme un devoir de déclarer, qu’entre M. et Mme Delano, le coupable c’est mon frère et non sa femme. La vérité est qu’Albert ne s’est pas montré capable de comprendre l’affection de Clara Forest. »
- « Pourquoi donc alors ne se réconcilient-ils pas? » demanda Burnham. « Il est toujours triste de voir ies femmes se délier ainsi. »
- « Cela arriverait bien plus souvent encore si les femmes avaient l’indépendance que je leur souhaite,» dit Frauenstein. « Mais il en résulterait cet avantage que les hommes seraient plus attentifs à conserver dans le mariage les illusions de l’amour. »
- A ce moment, on annonça le docteur Forest, et la conversation prit un tour différent. (A suivre.)
- LA QUESTION DES CHEMINS DE FER
- Si jamais la France a connu un ministre des travaux publics capable d’éveiller dans la nation une réelle sympathie pour les grandes entreprises, c’est à coup sûr M. de Freycinet. Aucun des ministres de l'empire, aucun même de ceux de Louis XIV n’avait exprimé d’aussi grandioses conceptions. Chemins de fer, canaux, corrections fluviales, ports de mer, tout est apparu au ministre et, grâce à lui, à l’opinion publique, comme demandant une extension considérable.
- Beaucoup de choses ont été déjà faites et beaucoup d'autres déjà votées : il serait souverainement injuste de l’oublier.
- Malheureusement, M. de Freycinet a eu maille à partir avec les grandes compagnies de chemins de fer, particulièrement avec celle du Nord, et il a, en plus d’un cas, capitulé entre leurs mains. Des conventions plus qu’étranges ont été élaborées, conventions d’après lesquelles la France paierait les travaux d'infrastructure de lignes dont l’exploitation et les bénéfices qui en résultent seraient accordés aux grandes compagnies.
- Ces dernières ont même fait modifier à leur convenance certains tracés de lignes, au mépris des intérêts des populations.
- Cette capitulation a vivement ému les intéressés surtout dans les contrées voisines du réseau du Nord. Un vaste pétitionnement s’organise, en particulier dans le département de l’Aisne. Dans celui du Pas-de-Calais, on pense agir sur le ministère par l’envoi d’une délégation.
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- LS DEVOIR
- Nous lisons, en effet, dans le Journal des Mines, que la Commission des travaux publics du Pas-de-Calais, qui centralise, comme on sait, les idées et les intérêts des industriels de toute cette riche contrée, vient de nommer une Délégation spéciale, présidée par l'un des principaux intéressés, M. le docteur Marmottan, et qui est chargée de combattre les projets présentés par M. de Freycinet, comme funeste à tous les intérêts industriels et commerciaux de la région du Nord. Cette Délégation, choisie déjà sous le patronnage de la plupart des députés et sénateurs de cette région, doit s’aboucher, à Paris avec tous les représentants élus des départements intéressés ; puis demander audience aux commissions chargées par les Chambres pour examiner les conventions provisoires présentées par M. de Freycinet, en un mot aviser aux moyens les plus efficaces pour combattre ces projets de fusions avec les grandes compagnies.
- D’autre part, la Délégation est chargée de demander aux Chambres :
- f 1° Le développement et l’amélioration des canaux qui mettent les bassins houillers du Nord en relation avec Paris et le centre ;
- 2° La formation d'un nouveau réseau de l’État avec tous les petits chemins de fer, dits du Nord-Est, l.ille-Valenciennes, Lille-Béthune, etc., que le ministre propose de céder à la Compagnie du Nord. Ce réseau devrait être complété par des lignes détachées de cette grande compagnie, et l’on devra lui assurer des relations directes avec Paris d’une part et de l’autre avec les frontières et chemins belges. A l’appui de leur demande, les délégués des industries du Nord font remarquer, avec raison, que les chemins de fer en question sont, dès ce jour, beaucoup plus productifs que ceux des Charentes et de la Vendée récemment acquis par l’État, qu’ils ont surtout beaucoup plus d’avenir, et que, par conséquent, ils peuvent bien mieux encore servir de base à un nouveau réseau régional .entre les mains de l’État.
- Mais si l’on préfère tenter un arrangement avec la Compagnie (lu Nord, la délégation doit énergiquement soutenir qu’il ne faut le faire qu’aux conditions suivantes :
- 1° Réserve formelle de modifications de tous les tarifs adoptés, qui soulèvent depuis longtemps des plaintes unanimes ;
- 2° Achèvement immédiat du réseau, généralement fort incomplet dans toute la région du Nord ;
- 3° Modificaiion du cahier des charges, surtout en ce qui concerne le matériel de la compagnie, dont l’insuffisance est notaire et entrave tout développement des industries; dont la vitesse est dérisoire, en regard de celle des chemins anglais, par exemple. Sans parler encore des nombreux abus à réformer, on signalera 1 insuffisance des voies de garage, les pertes de temps dans les gares, la négligence dans le contrôle, les détournements et tarifications arbitraires, etc., etc , etc.
- Nous voyons avec le. plus vif regret le rôle com-
- plètement effacé que jouent MM. les députés de l’Aisne à l’occasion de ces tractations. Au lieu d’agir activement comme la Délégation du Pas-de-Calais, ou même de se concerter avec elle pour un effort collectif, ils agissent avec lenteur ou ne font rien du tout. Et cependant les intérêts les plus considérables du département sont en jeu. La ligne de Valenciennes à Laon par le Câteau et Guise menace de tomber entre les mains de la Compagnie du Nord. De très-nombreuses populations se trouveront livrées ainsi à la discrétion d’une compagnie dont tout le monde est unanime à se plaindre. Il serait si facile cependant de ne pas augmenter encor ; la puissance de compagnies déjà trop puissantes et de rendre à l’État le rôle dont il aurait dû ne jamais se dessaisir.
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- L’HISTOIRE ET LA GÉOGRAPHIE
- a l’exposition universelle
- La géographie fut certainement la mieux représentée de toutes les sciences à l’exposition. Les cartes en relief surtout nous ont beaucoup frappé ! Quelques-unes sont d’une rare perfection..Il faudrait qu’on en fabriquât une assez grande quantité pour pouvoir les livrer, à un prix abordable, à toutes nos écoles. Elles constituent par elles-mêmes un enseignement visuel profondément scientifique. En effet, la science géographique, telle qu’elle est aujourd’hui conçue, dérive tout entière des productions du sol, qui dépendent elles-mêmes de la nature des terrains, de leur configuration et du climat. Enlevez a la Bourgogne ses coteaux, l’espèce de sol qui lui est propre et son climat dû à sa latitude et à son voisinage de la Méditerranée, et les vins de Bourgogne disparaissent de la surface du globe. Enlevez à l’Angleterre sa houille et ses minerais, et cette île devient une nouvelle Irlande. C’est donc de la configuration des bassins et des versants, de la nature du sol et du climat, que dérivent toute espèce d’industrie et de commerce et, par conséquent, la science géographique toute entière, car la prospérité des grandes vides, le développement des beaux-arts, des musées, des sciences, de l’instruction, n’en sont que le corollaire infaillible. On ne saurait donc avoir de trop bonnes cartes, dea cartes parlant aux yeux et révélant pour ainsi dire au regard la nature des terrains, leur contenu et leurs produits.
- L’histoire nous a paru beaucoup moins bien représentée que la géographie. Les œuvres exposées visaient plus à l extraordinaire ou à l’exceptionnel qu’à la science classique simple et vraiment utile. Nous avons examiné avec le soin le plus minutieux la plus grande partie des ouvrages classiques relatifs à la science historique, et nous n’en avons pas trouvé de complètement satisfaisants. D’abord, pas un seul n’embrasse la longue période des temps préhistoriques, la plus importante, çepen-dant, qu’ait traversée l’humanité, puisque c’est pendant cet âge que se sont faites toutes les découvertes, établies toutes les institutions, organisées toutes les disciplines dont allait dépendre la vitalité des nations. L’art de fabriquer les armes pour dompter les fauves et conserver le produit du travail commun à l’abri de la rapacité des non travailleurs; celui d’apprivoiser les animaux et de se créer des vêtements avec leur fourrure ; l’invention de l’agriculture; 1 industrie de la fonte des métaux; la création des vaisseaux; l’art de bâtir des maisons en chaume d’abord, ensuite en bois et en pierre; l’organisation de la cité ; le mariage monogame avec l’homme pour chef de famille, substitué au mariage libre avec la
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- LE DEVOIR
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- femme seule pour personne civile; la formation et le développement des langues ; les transformations des religions s’élevant du fétichisme à la grande mythologie naturaliste ; toutes ces institutions et ces découvertes, et bien d autres produisirent dans la société des révolutions qui, dans les temps historiques, n’ont de comparable que celle dont résulta la féodalité et les communes ou celle qui est actuellement produite par la création des industries dues aux sciences du xixe siecle.
- Qumt à la période historique, la plus courte de toutes, les faits qui ont exercé une influence considérable sur l’humanité n’y sont souvent pas même mentionnés (Socrate, par exemple); mais on noie les grandes lignes de l’histoire dans une multitude de minuties politiques sans importance qui empêchent l’esprit de saisir le développement même de l'humanité sur la terre, Les diffîcul es de l’étude de l’histoire deviennent extrêmes pour les jeunes gens. Les faits présentés sont plutôt nuisibles qu’utiles, car la jeunesse n’apprend guere que le mal fait par les hommes et non le bien que ceux-ci ont aussi réalisé. Thil Lorrain .
- De son côté, M. Vanderkindere, dans la Mosaïque litté raire, fait au sujet de l’enseignement de l’histoire les observations suivantes :
- « L’histoire qui doit, dit-il, à notre sens, devenir une matière principale, au même titre que les langues, souffre aujourd hui des défauts d’une méthode à tous égards fâcheuse. L’enseignement humanitaire découpe en six ou sept portions la matière historique depuis les temps les plus anciens jusqu’à la période contemporaine ; à chaque année est dévolue l’une de ces portions; les élèves de sixième ont l’histoire des peuples orientaux, c’est-à-dire la période la plus aride et la moins faite pour des enfants; les élèves de cinquième ont l’histoire grecque, et ainsi de suite jusqu’en rhétorique. Jamais on ne revient sur ce qui a été dit précédemment ; ce qui a été vu une fois* est censé être su, mais personne ne se fait d’illusion à cet égard ; pas un membre du corps enseignant n’oserait poser à un élève de seconde des questions sur le cours de sixième. Ainsi l’on apprend pour oublier; de tout cet enseignement on ne rapporte que des lambeaux; les souvenirs sont décousus; aucun lien ne rattache entre eux les événements des différentes périodes, et quand les jeunes gens viennent s’asseoir sur les bancs de l’université, tout absolument est à refaire.
- Le remède à cet inconvénient est bien simple : ce n’est pas une fois qu’il faut parcourir le cycle de l'histoire; à plusieurs reprises, il faut y revenir ; il faut inscrire dans les programmes quatre cours complets successifs, chacun d’eux étant la répétition, mais en même temps le développement du précédent.
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- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- Le Pays bleu, par Evariste Garrance, 1 vol; in-8, Agen : Comité des Concours poétiques. Prix : S fr. — Rêv>s Meus, par Victor Pujo et Fr. Lacreu, 1 broch. Paris, Dentu.
- Un beau pays et de beaux rêves.
- Malheureusement le pays bleu tout beau qu’il est et les rêves bleus quelque beaux qu’ils soient ont quelque peu perdu de leur attrait. Ils ont été tant et tant de fois décrits et redécrits que le public sait d’avance, avant d’avoir ouvert le volume revêtu d’un titre semblable, ce que le volume contiendra.
- Nous n’osons plus parler des roses ; a dit Sully Prudhomme,
- Quand nous les chantons, on en rit,
- Car des plus adorables choses
- Le culte est si vieux qu’il périt,J
- et le poète s’est mis en quête de choses moins anciennes et il en a trouvé d’adorables.
- Eh bien, tous les poètes de talent, — et MM. Carrance, Pujo et Lacreu sont du nombre — devraient suivre cet exemple. Au lieu de s’obstiner à emboîter le pas derrière des maîtres connus, ils pourraient chercher en eux-mêmes les sentiments personnels que fait naître le spectacle d’un moudedonties travaux, les idées et les besoins ne sont plus ceux du monde d’il y a trente ans.
- En se décidant avec résolution à être de son temps et de son pays, notre poésie retrouverait une vigueur nouvelle et de nouveau la sympathie du public.
- Tant qu’il n’en sera pas ainsi, les effurts les plus honorables faits dans l’ancienne route n’aboutiront à rien.
- La semaine des constructeurs, journal hebdomadaire illustré des travaux publies et privés. 1 an, Paris. 20 fr. départements, 23 fr. Ducher et G®, éditeurs, rue de* Ecoles, ol.
- Cette belle publication qui paraît sous la direction d’un architecte bien connu, M. G^sar Daly, en est aujourd’hui à sa troisième année. C’est un bulletin hebdomadaire des faits concernant l’architecture, le génie civil, les entreprises et l’industrie du bâtiment. De plus, il donne chaque semaine le résultat officiel des adjudications de travaux publics. De nombreuses gravures éclairent le texte et donnent à celte revue un peu spéciale une valeur réelle pour toutes les personnes qui s’intéressent à l’art. C’est ainsique, durant l’année 1878, chaque numéro a contenu une gravure très soignée représentant l’un des divers bâtiments de l’Exposition et que le premier numéro de 1879 contient un beau dessin des nouveaux bâtiments municipaux de Birmingham, magnifiques palais à tours et coupole commencés il y a quatre ans sur les plans de M. YeovilleThomason.
- Les veillées d'un, prolétaire et La plume d'un ouvrier, par Fer-L Bérenguier, menuisier 2 brochures chez l’auteur, à Vidauban (Yar). Prix : la première Sü cent., la secondé 40 cent.
- Deux bonnes petites brochures. Elles n’apprennent rien de bien neuf aux lecteurs du lavoir, mais elles pourront rendre service si on les répand dans les campagnes et dans les ateliers. Toutes les deux plaident la cause de rinstruction et la plaident au moyen du bon sens. Nous ne saurions qu'encourager de tout notre cœur les productions réfléchies des ouvriers. Ils peuvent faire un bien immense à la classe ouvrière car ils savent lui parler la langue qui est la sienne et lui présenter les idées sous une forme quelle comprend. Les hommes de lettres n’arrivent pas toujours à se mettre aussi bien à la portée de chacun.
- Ajoutons que la brochure la Plume de l'ouvrier §st précédée d’une préface de M. A. Daumas, député ouvrier de Toulon.
- Le Directeur-Gérant : Godin.
- Par suite d’un arrangement avec les éditeurs de l’A-mêrican socialiste organe de la société des Perfectionnistes qui, au nombre de 300, vivent depuis bientôt trente ans en communauté à Oneida (New-York), nous pouvons offrir à ceux de nos lecteurs que l’étude des entreprises et des mœurs communistes des Etats-Unis peut intéresser, un abonnement d’un an à YAmerican socialiste journal hebdomadaire, pour 10 francs, au lieu de 15 francs, prix d’abonnement direct.
- Pour recevoir le journal américain et le Devoir envoyer 20 fr, au directeur-gérant du Devoir à Guise (Aisne).
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- Journal hebdomadaire
- DIMANCHE 2 FÉVRIER, 1879
- 2' 7NNÊE, TOME 2 — N” 21
- Le Devoir
- JOURNAL DES RÉFORMES SOCIALES
- AHUNNEMENTS
- FRANCE
- Un an. . . . 101.»»
- Six mois. . . 6 »»
- Trois mois. . . 3 »*
- Pays d’Europe . 11 »»
- Autres pays. . 13 60
- ADRESSER TODTES LES COMMUNICATIONS
- au DIRECTEUR-GÉRANT du « DEVOIR » à GUISE (Aisne
- Les Abonnements sont reçus en timbres-poste ou en mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- Rédacteur en chef : M. Ed. Champury
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- M. Ed. Thiaudière
- ÏUprcsentaitt Au DE VOIR pour tous renseignements
- Ayant besoin d’être fixée sur le concours qvi’elle peut trouver parmi les lecteurs du X>E V OIK 9 l’administration prie les personnes qixi n’ont, pas encore réglé leur abonnement de le taire si elles veulent continuer à recevoir le journal, autrement leur numéro sera supprimé.
- 5:011e prie également les personnes qui ne veulent pas s’abonner <le rendre an t acteur le dernier numéro en mettant « reitisé » sur la bande et en signant.
- ' SOMMAIRE
- Socialisme et catholicisme. — A propos d’un livre. — Semaine politique. — Question des chemins de fer. — La République et le Théâtre. — Roman : La Fille de son père. — Assistance médicale dans les campagnes. — Uinstruction primaire en Belgique. — Les Prudhommes.
- Un prêtre catholique nous remet l’article suivant que nous nous empressons de publier en tête de nos colonnes.
- Nos lecteurs verront par là' que tous les prêtres catholiques ne partagent pas, à l’égard du socialisme, les idées de Léon XIII et de M. de Mun.
- SOCIALISME ET CATHOLICISME
- Chacune des nationalités peut être considérée comme un immense organisme qui a une conscience plus ou moins nette de lui-même et dans les entrailles duquel s’élaborent pour la vie intellectuelle, morale et matérielle de ses membres des éléments de toute nature.
- Une cause supérieure aide tout à la fois l’humanité comme philosophe, comme artiste, comme industriel, et, de plus, elle nous associe à son travail ; elle nous donne en philosophie les principes, dans Fart les modèles, dans l’industrie les procédés, dans la production les matières premières; l’homme développe ces principes, copie avec intelligence ces modèles, applique ces procédés et transforme ces matières premières.
- De là, les ouvrages philosophiques qui éclairent l’intelligence, les oeuvres artistiques qui nourrissent le sentiment du beau, le désir du bien et les produits industriels qui répondent aux besoins matériels ; de là, au sein de chaque
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- LE DEVOIR
- nationalité, une abondance incalculable de lumières contre l’ignorance, d’aliments contre la faim, de vêtements et d’abris contre le froid.
- Si donc il y a des ignorants et s’il y a des affamés, la faute n’en est pas à la production, mais plutôt à la répartition des richesses sociales.
- Le plus grand des poètes latins faisait remarquer, dans des vers immortels, que le miel n’est pas toujours laissé à l’abeille qui le produit, la toison à la brebis qui la porte et le nid à l’oiseau qui le construit : sic vos non vobis mellificatis apes, vellei^afertis oves, midificdLtis a ves.
- De même il y a encore, dans notre société imparfaite, des hommes qui fournissent nos tables et qui n’ont point de pain, qui tissent de riches étoffes et qui n’ont point de vêtements, qui construisent des palais et qui n’ont point d’abri. En un mot, il y a encore des hommes qui produisent beaucoup et qui ne consomment pas assez, tandis que d’autres consomment trop et ne produisent rien.
- Considérée sous ce point de vue, la société ressemble à ces organismes vicieux ou malades dans lesquels le sang se congestionne sur certains points tandis qu’il fait défaut ailleurs : il y a pléthore ici, anémie là-bas et malaise partout, parce que partout la loi des proportions est violée, parce que l’équilibre vital est rompu.
- Or, à la lumière des principes éternels de justice gravés dans toutes les consciences humaines et à l’aide d’intelligentes combinaisons, le socialiste se fait pour ainsi dire le géomètre de la politique et le physiologiste du corps social ; il cherche à faire respecter les proportions, à rétablir l’équilibre. Si donc l’Eglise catholique condamne le socialisme comme l’encyclique de Léon XIII, vient de le faire, elle devrait, pour être conséquente avec elle-même, anathématiser du même coup la physiologie et les mathématiques, la science et la raison, la nature et l’humanité.
- Et cependant, il ne faut ni s’irriter, ni même s’étonner de l’attitude prise par l’Eglise catholique à l’égard du socialisme. La lutte pour l’existence, qui n’est pas toute la vie sans doute, mais qui en est un des éléments inévitables,
- s’impose aux sociétés comme aux individus. Or, le socialisme et le catholicisme ne partent pas des mêmes principes' et ne considèrent pas du même point de vue ni l’humanité dont il s’agit de réaliser l’amélioration matérielle et morale, ni la nature qu’il s’agit de perfectionner elle-même par les services qu’elle peut rendre à l’humanité. De là un combat nécessaire entre deux systèmes qui cherchent également à régner sur les intelligences.
- Nous allons essayer de mettre en lumière cet antagonisme et de montrer que, malgré les efforts d’un libéralisme plus bienveillant qu’éclairé, la doctrine socialiste et la doctrine catholique sont en philosophie ce que sont, en géométrie, les quantités irrationnelles, c’est-à-dire des doctrines irréductibles l’une à l’autre et inconciliables entre elles.
- L’homme est un être religieux parce qu’il éprouve des sentiments de foi, d’espérance et d’amour qui ont l’infini pour objet. Sur cette base, les religions ont construit, sous le nom de théologie dogmatique et morale, des édifices plus ou moins fragiles, plus ou moins provisoires, dont l’architecture intellectuelle varie avec le génie de chacune des religions. Toutes ces théologies ont en même temps un caractère commun qui consiste en ce que la vérité n’est pas tirée des profondeurs de la raison et du sentiment individuels, mais reçue d’un être surhumain dit révélateur et envoyé de Dieu. Le dogme est une certaine philosophie plus ou moins erronée, plus ou moins incomplète, mais toujours immuable sur l’origine et sur les destinées de l’univers et de l’humanité : la morale découle du dogme.
- Le socialisme raisonné repose, lui aussi, su? une nouvelle conception philosophique de l’humanité ; cette conception a pour objet la solidarité de la vie humaine avec la vie universelle, par conséquent, celle de l’homme avec la nature et avec la société; cette conception est plus flexible et plus large que la doctrine des religions connues, telles, par exemple, que le catholicisme. La philosophie socialiste fait la loi consciente de l’univers si grande qu’il n’y a plus de place pour le surnaturel; elle fait la justice si féconde qu’il n’y a plus de place pour l’aumône. Elle sait qu’il y a, dans la nature
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- morale comme clans la nature physique, des pauvretés et des misères, mais elle sait aussi qu’il existe, d’autre part, des ressources et des richesses inexplorées et inexploitées, au moyen desquelles il est possible de réaliser le progrès universel.
- Telle n’est pas la conception catholique de pieu et delà création. Cette doctrine n’enseigne pas un progrès suivi et réalisé par un nombre infini de combinaisons honorifiques : elle admet plus simplement, pour l’homme deux états successifs , l’un provisoire qui précède la mort et l’autre définitif qui la suit.
- Toujours, d’après les doctrines catholiques, hors de l’Eglise l’homme individuel est, au triple point de vue intellectuel, moral et physique, un aveugle qui doit être éclairé surnaturellement par les révélations ou par les prières, c’est-à-dire par le prêtre, témoins les prières publiques ordonnées à la rentrée des Chambres.
- Nulle place pour la raison; l’homme n’est plus une créature de Dieu faite pour s’élever clans la vie par les lumières acquises par l’observation •et l’amour de connaître : il n’est qu’un instrument passif livré à l’arbitraire divin, un infirme qui a besoin d’être fortifié surnaturellement par la grâce; un malade qui a besoin d’être guéri surnaturellement par les miracles ; l’homme social, de son côté, n’est qu’un égoïste chez qui le dévouement et la bonté ne peuvent exister que par l’infusion de cet élément surnaturel, la grâce.
- « La nature, » dit l’auteur de Y Imitation,
- « ne recherche qu’elle-même et ne travaille que pour son propre avantage : la grâce se dévoue au bien d’autrui. » (livre 3, chap. 54). Ces paroles résument toute la philosophie morale du catholicisme et nous montrent à quel point le surnaturel et ses adhérents se font la part du lion : à eux la lumière, Ja force et le dévouement, soit en soutane, soit en robe grise : à la nature et à l’habit laïque les ténèbres, l’erreur, la faiblesse, le mal, l’égoïsiîie. Ainsi une différence profonde, radicale, ineffaçable sépare la doctrine catholique de la philosophie qui sert de base au socialisme.
- Il est un autre caractère moins fondamental a la vérité, mais important toutefois, par lequel principes socialistes répugnent à l’Eglise
- catholique : c’est l’inégalité native que celle-ci introduit entre les hommes par le dogme de la prédestination. Ce dogme, exclusivement sectaire, n’en a pas moins son contre-coup dans l’ordre politique et social. La même tendance qui partage l’humanité en deux fractions : l’une très-restreinte qui se compose des élus, c’est-à-dire des privilégiés ; l’autre immense, qui comprend les individus condamnés par une sorte de droit commun, cette tendance porte ceux qui la subissent à établir dans chacune des nations deux catégories distinctes, celle des grands et celle des petits : celle des grands plus proche de Dieu et de ses faveurs, celle des petits plus éloignée du Père commun et de ses bienfaits. Ecoutons sur ce point Massillon, dont l’éloquence souvent vide et contradictoire avec elle-même a été plus admirée de confiance qu’étudiée dans l’auteur :
- « Le peuple, livré en naissant à un naturel » brute et inculte, ne trouve en lui pour les » devoirs sublimes de la Foi que la pesanteur » et la bassesse d’une nature laissée à elle-même : » les objets vils qui l’environnent lui abattent » le coeur et les sentiments : né dans les sens et » dans la boue, il s’élève difficilement au-dessus » de lui-même. Mais une haute naissance nous » prépare, pour ainsi dire, aux sentiments nobles » et héroïques qu’exige la Foi : un sang plus » pur s’élève plus aisément : enfin, les premiers » penchants dans les grands sont pour la vertu.
- » Et, » continue Massillon à son royal audi-» toire, « ce n’est pas le hasard qui vous a fait » naître grands et puissants : Dieu, dès le com-» mencementdes siècles, vous avait destiné cette » gloire temporelle, marqués du sceau de sa » grandeur et séparés de la foule : préférés ainsi » au reste des hommes qui naissent pour porter » le poids du jour et de la chaleur, pour four-» nir de leurs peines et de leurs sueurs à vos » plaisirs et à vos profusions et pour traîner » comme de vils animaux, le char de votre » grandeur. » (Petit carême : deuxième dimanche.).
- Il est impossible de proclamer plus hautement que ne le fait ici Massillon la fameuse théorie des classes dirigeantes. Sur ce point encore la théologie catholique est inconciliable
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- avec les principes de la société qui prend naissance, comme elle l’est d’ailleurs avec les principes modernes delà science. Après s’être aliéné, sur le terrain scientifique, le monde des penseurs, il ne lui reste plus qu’à s’aliéner sur le terrain du socialisme le monde des travailleurs : abandonnée des vivants, elle ne régnera que sur les morts. J. E.
- Prêtre catholique.
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- PENSÉES SOCIALES & POLITIQUES
- VII
- Tous les hommes sont de par les lois de la nature revêtus de droits naturels et légitimes ; la justice politique consiste à reconnaître et à garantir ces droits.
- A PROPOS D’UN LIVRE (1)
- Nous venons de fermer un livre qui nous a fait beaucoup réfléchir ou plutôt beaucoup rêver.
- Dédié comme son titre l’indique aux âmes affligées' à celles qui pleurent les grandes douleurs de la vie, à-celles qui sont frappées dans leurs plus chères affections, l'Esprit consolateur n’est ni une œuvre de philosophie proprement dite, ni un recueil de méditations religieuses. Il échappe à la rigidité de raisonnement des premières, il repousse la banalité démodée des seconds. Prpfondément religieux dans son but, il est profondément hérétique dans ses moyens. Toute la vieille théologie 3^ est mise sens dessus dessous; plus d’enfer ; plus de paradis; plus de limbes ; plus de diables cornus qui empestent le soufre; plus d’étangs de feu où retentissent les pleurs et les grincements de dents. Au lieu de cela,les vues larges, les horizons étendus, les perspectives illimitées que les découvertes de l’astronomie ont fait surgir. De plus, une double théorie ou plutôt deux théories solidaires, celle de la pluralité des existence de Tàme et celle de la pluralité des mondes habités.
- Il ne nous est pas possible d aborder dans un journal d’économie sociale, des questions à la fois aussi délicates et aussi difficiles. D’éminents penseurs et des savants distingués ont professé et professent encore des opinions semblables ou tout au moins des opinions qui conduisent logiquement à celles-là. Il
- (l) L'Esprit consolateur, par le P. Marchai. I vol. in-12, Paris, Didier et Cie. — Prix ; 3 fr. 50.
- suffît de rappeler comme preuve les noms de je Reynaud, de M. Pezzani et de M. Camille Flam^ rion.
- Comparée à l’œuvre de ces penseurs, l’œuvre f P. Marchai semble plus superficielle que profond plus riche en imagination qu’en science, plus ip, pirée par la rêverie que par la méditation. C'est œuvre à lire comme on lit celle d’un poète : non p0|f y puiser de la science, mais pour y recueillir ce j* 11e sais quoi qui console des trivialités de la yjk L’imagination, malgré tout le mal que l’on en a dit, est l’un des plus précieux apanages de l’homme. put est de toutes ses facultés celle qui l’élève le plusat dessus de la brute. Elle remplit dans notre vieij. colore le même rôle que le prisme de cristal dans U laboratoire du physicien: d’un faible rayon delà, mière, elle fait jaillir les feux de i’arc-en-ciel.
- Malheureusement les générations actuelles sont trop dédaigneuses de l’imagination et des pensées élevées,. Elles affectent trop de s’en méfier. Il semble qu’elles croiraient se compromettre en ne les me-prisant pas. Elles font retomber sur nos facultéslj réprobation méritée par l’emploi qui en a été fait. C’est une conduite peu raisonnable, aussi peu raisonnable que serait celle d’un républicain qui renierait!» valeur des pièces d’or parce que celles qui ont coari sont frappées à l’effigie des souverains.
- Ce discrédit devait arriver. Trois courants considérables et presque irrésistibles, la philosophie positive, l’économie politique et l’orthodoxie religieuse y poussaient la pensée humaine. Ce triple effort a produit un seul et même résultat.
- La philosophie positive en interdisant toute recherche du pourquoi des choses, c’est-à-dire de la cause dont elles proviennent et du but vers lequel elles convergent, a imposé des chaînes à la raison humaine et lui a dit : « Tu n’iras pas plus loin. »
- De son côté, l’économie politique en acceptant le inonde tel qu’il est et en proclamant que l’intérêt personnel—c’est-à-dire l’égoïsme— est le grand ressort de l’humanité et que la concurrence — c’est-à-dire le droit du plus fort — est la force motrice da progrès, l’économie politique, disons nous, a porte à tous les sentiments élevés de l’homme l’un des coups les plus mortels qu’ils puissent recevoir.
- Enfin l’orthodoxie religieuse en poussant au ritualisme chez les protestants et à la superstition chez les catholiques, a déterminé une vive réaction contre les idées religieuses. Les réacteurs ne se sont paS contentés de combattre la forme de plus en p'*U5 matérielle, de plus en plus prosaïque sous laque^e on leur présentait la religion, ils se sont efforces d’en saper les bases fondamentales en niant Teiis'
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- nce de la personnalité individuelle — l’âme — et ’^le de la personnalité universelle — Dieu.
- Sous cette triple action de la philosophie positive, je l’économie politique et de l’orthodoxie religieuse,
- ,3pensée humaine a perdu toute son élévation. Elle ,-attache à scruter les détails au lieu de chercher à toncevoir l’ensemble ; le terre à terre la satisfait ;
- a coup d’aile lui fait peur; l’enthousiasme lui est inconnu. En un mot, elle rampe au lieu de planer, yousne saurions déplorer avec trop de vigueur ce renoncement du plus grand nombre à l’un des plus Ijeaux domaines de la pensée. Que l’imagination doive ne pas se substituer à la raison, que la raison doive ne pas s’égarer dans des domaines trop éloignés de notre monde, nous le voulons bien, mais que la raison bornée à l'étude des faits immédiats tende j condamner l’imagination chaleureuse, et les hautes déductions de la raison, c’est ce que nous ne saurions admettre. Quelques-unes des plus grandes pensées, quelques-uns des plus grands actes dont s’honore l’humanité sont le fruit de l’imagination ou de la réflexion transcendantale.
- C’est pourquoi nous verrons toujours avec plaisir que des écrivains de talent — et le P. Marchai est de ceux-là — viennent donner de temps ,1 autre quelque aliment à cette admirable faculté. A ce titre, ïEsprit consolateur se recommande à tous les hommes dont la pensée est exempte du joug clérical et du bâillon positiviste.
- Assurément cette production gagnerait beaucoup i être moins volumineuse. Plus d’un chapitre est étranger au sujet. Plus d’une affirmation va se perdre dans un mysticisme sans borne. Plus d’une pensée surannée comme celle du Dieu anthropomorphique, celle de l’existence des anges, archanges, etc , celle delà Sainte Vierge et celle de la France « soldat de Dieu » viennent s’y mêler à des idées nouvelles.
- A côté de cela les plus excellentes pensées abondent, rehaussées encore par toutes les ressources d un style étincelant. La valeur littéraire de Foulage est plus remarquable encore que sa valeur religieuse. Le P. Marchai s’est révélé littérateur. Sa prose a toutes les qualités fie la belle prose, aucune ^cherche, aucune banalité, aucune disproportion *atre la forme et la pensée, et partout l’harmonie, *a clarté, le coloris. Nous ne saurions mieux donner ane idée de cette œuvre d’art, si coloriée, si lumi-Beuse* qu’en la comparant à ces cathédrales du Xv* siècle où la pierre n’est plus qu’un accessoire, voûte s’élance au ciel supportée par dé sveltes ^nettes et où des vitraux de toutes couleurs en-Yçl°Ppent la nef de leur muraille de cristal.
- Ed. Champury,
- LA SEMAINE POLITIQUE
- La crise }>rést<leiit5ell©. — Toutes les préoccupations de détail du moment disparaissent devant l’éventualité de la démission du Président de la République qui sera peut-être un fait accompli au moment où cette revue de la huitaine paraîtra. Les hommes résolus qui désiraient que le cabinet actuel disparut afin que la question se posât nettement entre le Maréchal de Mac-Mahon et le pays représenté par les députés, avaient aperçu clairement la véritable difficulté de la situation. Il "est évident, aujourd’hui, que le Maréchal n’attendait qu’une occasion de rompre en visière avec la nation et de recommencer un nouveau 16 Mai. Le prétexte qu’il a saisi pour prendre cette nouvelle attitude de résistance et pour abdiquer l’apparente docilité qu’il avait affectée depuis le 16 décembre 1877, a été l’exécution de la loi sur les grands commandement militaires. La majeure partie de ces commandements est entre les mains des généraux royalistes et bonapartistes qui ne se recommandent point par leurs capacités. M. le général Gresley, le nouveau ministre de la guerre, homme des plus modérés, a soumis à la signature du Maréchal divers décrets remplaçant quatre ou cinq de ces généraux manifestement hostiles aux institutions.' M. Te Maréchal de Mac-Mahon a refusé brutalement d’approuver ces décisions. On assure qu’il a obéi, en cette circonstance, aux conseils de Mgr Freppel, évêque d’Angers, comme il avait obéi, le 16' Mai, aux conseils de feu M. Dupanloup. M. Dufaure a vainement essayé, dit-on, de faire entendre raison au Maréchal. Celui-ci a formellement refusé de faire droit aux justes revendications de ses ministres et des députés du pays; il a déclaré qu’il préférerait se retirer.
- Devant un pareil mépris des prérogatives ministérielles et parlementaires, le devoir des Chambres est tout indiqué. Elles doivent persister inébranlablement dans leur mission de faire respecter la volonté du pays. Si M. de Mac-Mahon préfère se retirer qu’il se retire. Il ne sera pas malaisé de lui trouver un successeur plus respectueux du sentiment public. Cette crise nécessaire ne nous inquiète nullement. M. Thiers, qui était un autre homme d’Etat que son successeur et qui jouissait d’une bien autre autorité personnelle devant l’Europe, a été remplacé sans que l’ordre intérieur et extérieur ait été troublé. Il en sera de même cette fois-ci, et l’on peut même assurer que la disparition du Maréchal, sur lequel la réaction a toujours compté, ne fera que faciliter l’accomplissement de l’œuvre politique et sociale du gouvernement de la République française, qui ne poursuit qu’un seul but : l’harmonie au "dedans et la paix au dehors.
- L’amnistie. — M. Victor Hugo au Sénat et M. Louis Blanc à la Chambre des députés, ont déposé chacun de leur côté une proposition d’amnistie pleine et entière pour toutes les condamnations politiques prononcées à l'occasion de l’insurrection de 1871.
- On parle à ce sujet d’ane divergence de vues parmi les groupes de la gauche, et l’on va jusqu’à dire que l’union de ces divers groupes sera rompue.
- Ces vues pessimistes nous touchent peu L’union des gauches doit se disloquer un jour ou l’autre par la force des choses. II faut se familiariser avec l’idée de celte éventualité moins redoutable au fond qu’en apparence. Dans la demande d’amnistie, il y a un principe en jeu, ne l’oublions pas. Périsse donc l’union des gauches plutôt que le principe.
- Le personnel — En présence
- des graves événements qui sont sur le point de s’accomplir, on comprend que les mouvements dans le personnel qui viennent d’être décidés, ont une importance très-secondaire. Il convient cependant de les mentionner.
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- M. Ferdinand Duval, préfet de la Seine, qui avait organisé le conflit perpétuel, entre le Conseil municipal de Paris et l'administration centrale, a été relevé de ses fonctions. Son successeur est M Hérold, républicain de vieille date et membre influent de la gauche au Sénat. Cette nomination a été très-favorablement accueillie et méritait de l’être.
- M. le ministre des finances a introduit quelques mo-difications importantes dans son haut personnel. Il a remplacé sept trésoriers-payeurs généraux, cette mesure n’est pas sans importance." En effet, les trésoriers généraux sont les chefs d’un personnel très-nombreux de percepteurs et de receveurs particuliers qui exercent une action directe sur les populations, et qui avaient, jusqu’alors été trop encouragés à servir d’auxiliaires aux entreprises de la réaction. Il est même indispensable que M. le ministre des finances apporte quelques modifications sérieuses à ce personnel d’ordre secondaire qui renferme des ennemis résolus de nos institutions. On annonce un mouvement dans les préfectures et l’on ne sait pas encore au juste quels sont les desseins de M. Dufaure dont l’inertie est vraiment coupable. Quant aux résolutions relatives aux commandements militaires, on sait comment le Président delà République les a accueillies. Cependant, il faut noter que M. le général de Miribel, chef d’état-major général a été remplacé par le général Davoust.
- L’enquête »ur la Préfecture cio police.
- — Un courageux journal républicain, la Lanterne, a fait, dans ces derniers temps, des révélations importantes touchant certains scandales mystérieux dont la Préfecture de police a été le théâtre. Un procès en diffamation a été intenté à cette vaillante feuille. Les témoins cités ont déclaré que certains agents au service de la sûreté des citoyens, avaient des relations suspects avec la presse diffamatrice. Il a été dit au cours des débats, et ces témoignages n’ont pas été reconnus faux, que les prévenus conduits au dépôt étaient soumis à de mauvais traitements, destinés à leur arracher des aveux. Il va sans dire que la Lanterne a été condamnée pour diffamation ; mais M. le préfet de police a estimé avec raison-que son honneur était intéressé à ce qu’une enquête sérieuse fût faite, touchant les révélations produites au cours de cet important procès. Il a demandé par une lettre fort digne adressée au ministre de l’intérieur, la nomination d’une commission d’enquête, qui rechercherait la vérité sur les faits allégués par la Lanterne, et M. de Marcère a déféré à ce vœu si honorable, et il a nommé une commission qui se compose de : M. le ministre de l’intérieur, président. — M. le sous-secrétaire d’Etat à l’intérieur, vice-président. — M. Schœlcher, sénateur.
- — M. Tolain, sénateur. — M. Brisson, député. — M. Ti-rard, député. — M. Liouville, vice-président du Conseil municipal. —M. Picot, directeur des affaires criminelles et des grâces. — M. Boucher-Cadart, directeur de la sûreté générale. — M. Gigot, préfet de police.
- De plus M. de Bullemont, secrétaire général de la préfecture d.e policenqui avait abusé de ses fonctions pour distraire du bois de chauffage de l’Etat au profit d’une de ses maîtresses, a été révoqué, et le chef du matériel, M. Dron, a ôté mis à la retraite. Espérons que ces mesures ne sont qu’un commencement.
- L’instruction obligatoire. — M. le ministre de l’instruction publique a déposé sur le bureau de la Chambre, un projet de loi relatif à l’obligatiou de l’instruction primaire.
- L’obligation s’étendra aux enfants des deux sexes, de six ans à treize ans, et une commission de surveillance, instituée dans chaque commune, sera chargée de veiller à l’exécution de la loi. Ce projet établit comme sanction, d’abord la réprimande, puis l'affichage du nom des parents qui n’enverront pas à l’école un enfant encore illettré et, enfin, mais seulement à la quatrième récidive, la privation des droits politiques, pendant un an au mi- [ nimum et cinq ans au maximum. Enfin, toute fonction |
- publique serait interdite aux parents dont les enfant, n’auraient pas reçu l’instruction primaire, et les conscrits illettrés seraient classés de droit dans la section dû contingent qui est astreinte au service de cinq ans.
- On remarquera que ces deux dernières disposition-ont un caractère rétroactif. Enfin, il faut faire observer que cette loi ne sera applicable qu’en 1881. Espérons qu’à cette époque, on adjoindra au principe de l’obliga-tion ceux de la gratuité et de la laïcité, sans lesquelles le premier n’est rien et peut même devenir funeste.
- Le procès des frêi-ew de Caluire. — Pen-dant la guerre, M. Ghallemel-Lacour, préfet du gouverne-ment du 4 septembre, affecta le couvent de Caluire, près Lyon, à des services militaires indispensables à la défense nationale.
- Après la guerre, les frères de Caluire réclamèrent une indemnité hors de proportion avec les dommages causés, et la réclamèrent non pas à l’Etat, mais d’une part à M. Challemel personnellement, et de l’autre à la commune de Caluire. Une expertise fixa à 104,000 fr. fin-demnité en dommages-intérêts.
- M. Challemel s’opposa à l’exécution de ce jugement, par le fait qu’il avait agi pour compte de l’Etat. L’affaire traîna jusqu’au mois dernier où les frères furent déboutés de leur demande, par suite d’un arrêté du ministre de l’intérieur portant que M. Challemel avait agi dans le cas particulier comme préfet et dans l’intérêt de l’Etat, et déclaraut que les actes de M. Challemel ne sont que des faits administratifs. Les frères en ont appelé et la Cour de Dijon, au mépris de l’arrêté ministériel,-a comdamné M. Challemel-Lacour personnellement De plus, considérant que la commune de Caluire ne s’est pas opposée à la prise de possession du couvent, li cour a déclaré qu’il convient de lui appliquer la loi de Me ndémiaire, qui porte au double les dommagesûnlé-rêts.
- En conséquence, M. Challemel et consorts et la com-une de Caluire sont condamnés à payer solidairement! l’institut des Frères, la somme de 97,243 francs 5a centimes.
- Déplus, par application de la loi de Vendémiaire li commune de Caluire est condamnée à payer la somme de 80,157 francs 95 centimes.
- Enfin les trois parties sont solidairement condamnées aux dépens.
- Il résulte de cet arrêt que les ignorantins touchent 177,401 fr. 50 c., soit 73,401 fr. 50 c. déplus que ne leur allouait l’expertise qui s’élevait à 104,000 fr.
- On a beaucoup remarqué à Dijon une manœuvre de la dernière heure ; la Gazette de France intimait l’ordre aux magistrats de faire gagner aux frères le procès intenté par eux.
- Ce procès? rapproché de celui de la Lanterne, jette un jour tout nouveau sur les errements delà justice elle police impériales maintenues par la République.
- Les projets «le MI. «le Bismarck. — Les
- feuilLes allemandes continuent à s’occuper activement du projet de loi relatif au pouvoir disciplinaire du Reichstag. Certains j ournaux ont assuré que le chanceler songeait à retirer son projet ; mais l’officieuse Gazdtt^ VAllemagne du Nord prétend que ce ne sont là que des conjectures sans fondement, attendu qu’il n’est pas démontré qu’il y ait au Reichstag une majorité hostile aui desseins de M. de Bismarck. C’est, cependant, le contraire qui se dit à Berlin et dans les principales ville5 d'Allemagne.
- L’élection du prince «le Bulgarie '
- L’assemblée qui devait se réunir lpndi. pour l'électif du prince de Bulgarie a, paraît-il, ajourné sa réum-3 à une date indéterminée. On dit aussi que l’un des ça“' didats, qui sont nombreux, le prince Dandoukoff-E0'* sakoff, n’est pas attendu à Tirnova avant le 22 février> et que les députés ne se réuniront pas avant cette oaw'
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- Le motif de ce délai est inconnu. Les rameurs qui circulent sont contradictoires. L’opinion publique s’inquiète de ce délai.
- jLfi réaction en Espagne. — Le bruit a couru à Madrid que le gouvernement était résolu à suspendre les garanties constitutionnelles. Ce brait qui u’est pas exact, en fait, indique cependant des velléités qui sont réelles, car la Correspondencia déclare que si ]es circonstances l’exigeaient un jour ou l’autre, ce qui n’est pas à prévoir, elle croit que le gouvernement n’hésitera pas à user d’un droit que la loi lui confère.
- jL;i peste d’Astrakim. — Il paraît que la peste rient d’éclater à Astrakan, et qu’elle menace de se répandre. Le gouvernement austro-hongrois a pris des mesures énergiques pour conjurer l’invasion du terrible fléau, et le gouvernement allemand s’est décidé à participer à ces mesures. Il est donc à espérer que le foyer de l’épidémie sera facilement circonscrit.
- Préparatifs militaires en Perse. — Il
- paraît que le shah forme à Théhéran deux batteries d’artillerie de montagne et un corps d’artificiers pour la frontière de l’Afghanistan. D’autres batteries et un train de siège sont ordonnés pour le printemps. De plus, la conscription, récemment établie en Perse, a mis à la disposition du gouvernement quinze mille conscrits qu’on exerce activement. La Russie encourage ces préparatifs par l’intermédiaire de l’ambassade, et l’on dit même que le shah a reçu une subvention du czar. Si ces nouvelles sont exactes, elles s3nt significatives pour l’Angleterre.
- La guerre d’Afghanistan. — Ainsi que nous l’avions prévu, la soumission du fils de Shere-Ali n’a pas été confirmée. Il avait quitté Caboul, mais pour préparer la reprise des hostilités vis-à-vis des quelques tribus ralliées à prix d’or aux Anglais. Yakoub s’est emparé du fort de Yezem appartenant à une de ces tribus, et a fait de nombreux prisonniers. C’est à peu près tout ce qu’on sait de précis, en ce moment, sur ce qui se passe dans le pays de Caboul, et ce petit fait prouve que la guerre n’est point encore près de prendre fin. Le printemps pourrait apporter aux Anglais plus d’un déboire.
- Lo traité Turco-Russe. — On assure que toutes les inquiétudes sont dissipées au sujet de la conclusion du traité entre la Porte et le Czar. On mande, en effet, de Constantinople, que le projet de traité définitif a été envoyé le 26 janvier, au palais du Sultan afin de recevoir l'approbation de celui-ci. L’accord serait, enfin, complet sur tous les points et un article additionnel stipulerait que les Russes évacueraient dans un délai de trente-cinq jours, après 1a. signature du traité, les territoires qui sont restés sous la domination immédiate de la Porte. Quand le traité sera signé, un grand pas sera fait ; mais il restera encore une œuvre délicate à accomplir : son exécution loyale, et la loyauté n’est pas la qualité dominante des politiques turcs et des politiques russes.
- Dernière heure.
- Sous ce titre nous enregistrons, sans commentaires, les dépêches qui nous signalent les importants événements que nous faisions pressentir au commencement de notre semaine politique.
- Le Maréchal a adressé, le jeudi 30 janvier, aux
- présidents du Sénat et de la Chambre, une lettre dans laquelle il déclare donner sa démission de président de la République, parce que les mesures générales qui lui sont proposées, en ce qui concerne les grands commandements militaires, lui paraissent contraires aux intérêts de l’armée et, par suite, à ceux du pays.
- Conformément à l’article 7 de la loi constitutionnelle, le Congrès s’est réuni dans la salle des séances de la Chambre des députés, à 4 heures et demie, sous la présidence de M. Martel, président du Sénat* pour procéder à la nomination du président de la République.
- Résultats du scrutin :
- Votants, 713. — Majorité absolue, 336. — Suffrages exprimés, 670,
- M. GRÉVY....................563
- Général CHANZY .... 99
- Blancs ou nuis............... 43
- M. GRÉVY est proclamé Président de la République, pour sept ans.
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- LA QUESTION DES CHEMINS DE FER
- Les grande» Compagnies.
- On peut dire que les grandes Compagnies françaises de chemins de fer, telles qu’elles ont été instituées par les actes de concession, tiennent en leurs mains une partie de la fortune et les destinées économiques du pays.
- Ces Compagnies privilégiées, jouissant du monopole, jusque-là sans exemple, d’être maîtresses de tous les transports, ont-elles satisfait à ce que le public attendait d’elles ?
- Je laisse aux ports et aux chambres de.commerce, aux armateurs, aux négociants, aux industriels, aux agriculteurs de la France le soin de répondre.
- De toutes parts s’élève ce cri : Non, les Compagnies n’ont pas donné satisfaction aux justes exigences du pays. La France est, parmi toutes les nations, celle où les transports se payent le plus cher, celle où ils sont les moins rapides, soumis à des inégalités choquantes; celle, enfin, où les plus longs délais sont imposés au parcours et à la livraison des marchandises.
- Les plaintes sont unanimes, et quand nous nous en faisons ici l’écho, ce n'est pas en haine des Çom-pagnies, dont nous reconnaissons sur d’autres points l’avantage de l’intervention, c’est parce qu’il y a là une question d’utilité publique, et que l’avenir de la France y est véritablement en jeu.
- On l’a bien vu l’autre jour au Parlement, quand il s'est agi de faire à la Compagnie du Nord la rétro-
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- cession de la ligne de Lille à Valenciennes, et de signer avec celle de l’Ouest une convention analogue.
- Immédiatement, une vive opposition s’est manifestée de la part des commissions chargées d’examiner ce projet, et le chef éminent des gauches, quand il a pris part au débat pour couvrir le ministre des travaux publics, a pu s’assurer que la majorité n’était point cette fois avec lui.
- C’est là un signe des temps, et qui indique combien cette question des chemins de fer est urgente,et combien il importe, enfin, de la vider.
- Grand et redoutable problème, dont il faut sortir à tout prix, et pour lequel M. de Freycinet n’aura pas assez de toute son intelligence, de toute son énergie, de toute son activité.
- La question se pose de la sorte :
- Faut-il laisser aux grandes Compagnies le monopole qu’elles exercent, et au besoin l’étendre, le compléter; ou bien faut-il que l’Etat, armé du droit que lui reconnaissent tous les actes de concessions passés avec les Compagnies, avise aux moyens de rentrer efficacement en possession de la liberté qu'il a aveuglément aliénée et de donner satisfaction aux légitimes intérêts en souffrance ?
- La réponse n’est pas douteuse, et la majorité de la nation, j’entends de tous ceux qui travaillent,qui exercent une industrie, penche aujourd’hui vers le second terme de la question. t
- Quand on examine les conditions imposées à l’Etat par ces cahiers, et qu’on étudie en même temps le mouvement d’exploitation progressif, l’augmentation annuelle de recettes de tous nos chemins de fer, on s’assure que, dut l’Etat être logiquement conduit, dans un temps plus ou moins rapproché, à racheter les chemins de fer concédés, l'opération, loin de lui être onéreuse, lui serait au contraire profitable.
- Où commence la difficulté, c’est' dans la solution définitive.
- L’Etat doit-il se faire lui-même exploitant, ou bien donner à des Compagnies d’entretien et de traction, et à chacune pour un temps limité et sur une étendue définie, l’exploitation des chemins de fer.
- Nous penchons vers la seconde solution, et nous la regardons même comme seule acceptable.
- Le rôle de l'Etat, surtout dans une République, n’est point d’être entrepreneur de transports.
- L’Etat remplit déjà trop de rôles en France et des rôles qu’il ne devrait point remplir, sans lui donner encore celui-là.
- Nous avons assez de mandarins, assez de corps
- constitués, assez d’employés qui émargent au Trésor. Laissons l’industrie faire elle-même ses affaires, mais reprenons la libre exploitation de nos chemins de fer, et retirons-nous de l’impasse où nous nous sommes si imprudemment engagés à une époque, du reste, où la véritable mission des chemins de fer était à peine soupçonnée.
- Il y a dans cette question de rachat et celle de mise en exploitation des lignes reconstituées au moyen de compagnies d’entretien et de traction, et dans le problème d’une juste révision des tarifs, de quoi tenter l’initiative d’un homme résolu et pratique comme l’est M. de Freycinet.
- La question sera approfondie ; mais il faut qu’elle soit enfin résolue, et le pays et la majorité du Parlement demandent qu'elle le soit dans le sens que nous indiquons.
- Il ne faut pas que l’on dise plus longtemps que « le ministre est I homme des Compagnies. » Si l’ingénieur l’était, par ses amitiés, par ses traditions, par camaraderie d’école, le ministre ne doit plus l'être, et le ministre doit oublier ici qu’il a été ingénieur. •
- Voulez-vous que la France conserve le transit à l’occident de l’Europe, qu’elle résiste à la concurrence que l’étranger prépare contre el'e, que ses usines grandissent, que la nation se relève entièra-ment, que la République, en un mot, soit définitivement établie ? Donnez satisfaction aux intérêts matériels du pays, résolvez surtout la délicate question des chemins de fer.
- Si vous ne faites pas cela, le pays patientera encore quelque temps, puis il se retournera contre vous. Ce qu’il vous demande surtout en ce moment, à vous ses mandataires et ses législateurs, c’est d’être des hommes d’affaires non moins que des hommes politiques, puisque la question politique tst définitivement jugée, et que « le parti sans nom », cet ennemi du public, est pour toujours cloué au pilori.
- Ce ne sera pas trop du ministre des travaux publics et de tout le cabinet, soutenus par toutes les gauches, pour mener à bien un programme économique auquel se retient non-seulement toutes les questions de transports, voies de fer, canaux, ports maritimes et intérieurs, marine marchande, mais encore toutes les réformes fiscales que réclame si instamment le pays, du côté de l’impôt comme du tarif douanier. L. Simonin.
- (La France.)
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- LA RÉPUBLIQUE ET LE THÉÂTRE
- Oui ou non, sommes-nous en République ?
- — Eh ! oui, cent fois oui, nous y sommes; eh ! non, mille fois non, nous n’y sommes pas.
- Nous y sommes à considérer ce point que le chef de l’Etat (l’idée seule d’un chef de l’Etat est antirépublicaine) au lieu de porter le titre d’empereur ou , de roi, se résigne à porter celui de président de la République, mais, à considérer tout le reste, nous n'y sommes pas.
- Il est parfaitement -vrai que la majorité de la nation, dont la majorité des deux Chambres est l’image, a des aspirations républicaines et qu’elle en donne preuve sur preuve aux monarchistes.
- Il n’est pas moins vrai que la France ne possède encore ni les institutions, ni les lois, ni les mœurs qui conviennent à une république.
- Elle est prise dans la monarchie comme une pauvre mouche dans la mélasse; seulement à la différence de la mouche qui fait les plus grands efforts de pattes et d’ailes pour se dépêtrer, la France semble se complaire dans son empètrement. C’est ce que voient très-bien les monarchistes et c’est ce qui soutient encore leur espoir, malgré de récentes déroutes électorales.
- Dérhonarchiser la France et la démonarchiser par les moyens les plus prompts et les plus efficaces doit donc être l’objectif immédiat de tous les républicains clairvoyants qui savent ce qu’il faut entendre par la République et comment il convient de la pratiquer.
- Au contraire, le pire danger pour notre pays serait qu’on l’entretint plus longtemps dans cette illusion qu’il a en effet la République, en croyant l’avoir. Ce serait le préparer à redevenir tôt ou tard la proie d’un monarque.
- Nous, qui sommes partisan d’un ensemble très-vaste de réformes, nous ne voyons pas de réformes plus urgente que celle des qaractères, car de son succès dépend celui de toutes les autres.
- Tant que les gouvernants, même républicains, trouveront dans les gouvernés des sujets au lieu de citoyens et qu’ils se considéreront par conséquent comme les patrons des gouvernés au lieu de s’en considérer comme les hommes d’affaires, il serait naïf d’attendre d’eux aucune tentative sérieuse de transformation politique et sociale. Ne s’accomodant que trop des prébendes monarchiques qu’ils ont héritées des gouvernements déchus, ils attendront d’avoir la main forcée par la volonté populaire.
- Or, comment relever jusqu’au niveau de la liberté ant de caractères que la révolution de 1792 n’y a
- pu maintenir et qui, semblant regretter la servitude, sont retombés depuis près d’un siècle sous le joug alternatif de trois rois et de deux empereurs.
- Comment? — Par l'enseignement et moins par l’enseignement direct que par cet enseignement indirect qui vient de la littérature et particulièrement de la littérature dramatique.
- Le théâtre, telle est la grande école possible de toutes les vertus humaines, patriotiques, civiques et familiales, dans un Etat républicain.
- En France, notre théâtre actuel approche-t-il de cet idéal, nous le demandons, ou n’est-ii pas plutôt la continuation scandaleuse de ce théâtre énervant et corrupteur que les monarchies qui se sont succédé chez nous avaient intérêt à entretenir, et qu’a favorisé, plus qu’aucun autre, le gouvernement du second empire ?
- Il est même tombé si bas, que tout ce qu’il conservait encore de littéraire, il y a quelques années, a presque entièrement disparu, et que, sur la plupart des grandes scènes, à Paris, l’on n’entend plus fredonner que l’opérette, l’on ne voit plus s’étaler que l’exhibition.
- Personne ne songeant à s’inquiéter de cette crue formidable d’un béotisme capable de submerger bientôt l’esprit français, l’un des plus infatigables écrivains contemporains, l’un des maîtres lutteurs de ce siècle, l’un des hommes qui se sont mesurés avec le plus de supériorité, tour à tour sur la scène, dans le livre et dans le journal, avec les conservateurs acharnés de friperies indignes de notre époque, M. Auguste Yacquerie a poussé dans le Rappel un cri d’alarme dont toute la presse parisienne a retenti.
- Certes, il appartenait au poète original et puissant qui a conçu ces hauts drames :
- Tragaldabas, le Fils, Jean Baudry, les Funérailles de l’honneur, il lui appartenait, disons-nous, de se faire aujourd’hui le champion de l’art dramatique épuisé C’était son droit, c’était son devoir. Il a exercé ce droit, il a rempli ce devoir avec la souveraine maestria qui le caractérise, et de toutes parts les applaudissements lui sont arrivés.
- Bravo I maître ; bravo ! athlète à la plume qui vibre et qui scintille ! C’est bon, cela 1 Pas de quartier aux émusculateurs de l’art dramatique. Allons, sus ! et nous tous qui avons gardé le culte du beau, nous vous suivrons dans la lice !
- A côté de la foule des théâtres où l’on fait pirouetter une musique plus ou moins cocasse aux oreilles du public (on sait que de nos jours l’idéal de la musique est d’être coçusse) il y avait naguère encore
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- jusqu’à trois ou quatre théâtres de drame. Ah ! oui, naguère... mais, à présent!
- « Les théâtres de drame, dit M. Vacquerie, « sont livrés aux bêtes. L’Odéon n’exhibe pas de * chiens cette année, ayant prêté sa meute à l’Am-« bigu, mais le Théâtre-Historique exhibe un che-« val, et le Châtelet des serpents, et le théâtre de la « Porte-Saint Martin se fait montreur d’ours, de « condors, de baleines, etc., — le théâtre de Lucrèce « Borgia, de Marie Tador et de Marion Delorme !
- « Qui nous tirera de ces chenils, de ces écuries, « de ces ménageries? qui fera du théâtre autre chose « qu’un café-concert ou qu’une baraque de la foire? »
- Serait-ce la Comédie-Française ? M. Vacquerie n’a garde d’oublier que c’est elle qui a joué le premier drame d’Alexandre Dumas : Henri III, et le premier drame de Victor Hugo : Hernani. Mais il en attribue tout l’honneur à l’homme exceptionnellement intelligent qui la dirigeait, en ce temps-là, le baron Taylor. Aujourd’hui la Comédie-Française n’a plus la moindre velléité de si nobles audaces. « C’est une espèce de Louvre, le musée des morts et des consacrés. » À quoi M. Vacquerie ajoute excellemment :
- « Nous voudrions un théâtre où les, contestés combatissent, où la question littéraire pût se pro-« duire comme elle s’est produite autrefois à la Porte-« Saint-Martin d’Harel et à la Comédie-Française « de Taylor, un théâtre où la hardiesse fût possible, « un théâtre où la réussite plate fût moins estimée « que la chute glorieuse, et où Icare risquât de se » brûler les ailes au soleil du lustre. Nous n’appel-« lerions pas ce théâtre le Second-Théâtre-Français. « ce qui semblerait le subordonner, nous l’appelle-« rions : le théâtre des vivants...
- « Ce théâtre déciderait un courant, et le réper-« toire de la République cesserait d’être le répertoire « de l’empire, et l’art reprendrait le niveau qu’il « aurait repris depuis des années si nous avions eu « de vrais ministres des beaux-arts. Mais la littéra-« ture n’a pas eu plus de ministres qu’elle n’a de di-« recteurs.
- Si, comme le dit M. Vacquerie, il n’y a pas plus de directeurs qu’il n’y a eu de ministres propres à faire fleurir le grand art dramatique, nous nous permettrons d’observer qu’en revanche il y a toujours eu et qu’il y a encore une censure propre à le couper dans sa fleur.
- Comment un répertoire tel qu’il en faudrait à la République succéderait-il au répertoire de l’empire, quand la censure de l’empire est restée en fonctions.
- Supposons des directeurs de théâtres doués de ce flair intellectuel que leur souhaite M. Vacquerie, supposons un ministre des beaux-arts animé des meilleures intentions, croit-on, par hasard, qu’à moins que le ministre ne se mêle de contrôler la censure, ce qu’il ne fera qu'en des cas exceptionnels, cette censure n’arrêtera pas tout net ou ne mutilera point les pièces d’où se dégagerait un enseignement républicain.
- La première chose à faire pour avoir une scène, une seule où les idées nouvelles se fissent jour, serait donc de supprimer la censure.
- A la dénomination de Théâtre des Vivants, que M. Vacquerie ne donne sans doute au théâtre projeté par lui que pour bien caractériser son allure jeune et vigoureuse, nous proposerions de subtituer celle de Théâtre de la République qui marquerait d’une manière encore plus claire l’évolution dramatique à opérer. Nous souhaiterions qu’à ce théâtre , les places fussent très-nombreuses et à des prix très modérés et que le cahier des charges obligeât le directeur largement subventionné à jouer tous les ans au moins quatre grands ouvrages d’auteurs nouveaux. —
- Nous serions même d’avis que le succès d’une pièce, si éclatant qu’il fût, ne pût être éternisé sur la scène du Théâtre de la République, et qu’après cinquante représentations maximum, la pièce à succès dût disparaître provisoirement ou.émigrer sur une autre scène, afin de permettre une plus fréquente épreuve des talents originaux. Et dans ce cas le nouveau théâtre servant surtout à éprouver la valeur de tentatives d’innovation, devrait être appelé, de préférence, selon nous : Théâtre national d'épreuve.
- Qu’on nous comprenne bien. Il ne s’agirait pas d’y représenter des pièces, même très-bien faites, de débutants, si ces pièces étaient conçues et écrites conformément aux données connues ; elles appartiendraient de droit au Théâtre d'application que dans les sphères gouvernementales il est déjà question d’instituer pour les jeunes auteurs et acteurs.
- 11 s’agirait d’y représenter exclusivement les pièces qui essaieraient réellement de frayer à l’art dramatique une voie nouvelle, qu’elles eussent pour auteurs des débutants ou de vieux routiers.
- Il va sans dire que le nouveau théâtre : Théâtre National d'Epreuve, ou Théâtre de la République, devrait avant tout doqner des pièces capables d’inculquer au peuple des vertus humaines,patriotiques, civiques et familiales et de bien enseigner à travers des fictions émouvantes ou gaies cette solidarité des intérêts, cette mutualité des services, cette fraternité des cœurs qui sont les trois principaux articles du programme mis en avant par le journal où nous avons l’honneur d’écrire ces lignes.
- Nous soumettons respectueusement à M. Auguste Vacquerie l’amendement que nous a inspiré sa proposition, amendement qui porte d’ailleurs plutôt sur la dénomination du nouveau théâtre que sur sa destination.
- Edmond THIAUDIÈRE.
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- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mme Marie HOWLAND Voir n° 4 (tome 1), à n° 20 (tome 2)
- Chapitre XXXIII
- Légitime ou illégitime.
- A l’arrivée du docteur Forest dans le salon des Kendrick, la conversation se porta sur la célèbre entreprise du Palais social fondé en France, par un grand industriel. Von Frauenstein, qui avait visité le Familistère de Guise, louait éloquemment cette œuvre qu’il appelait un des faits les plus importants du dix-neuvième siècle.
- « Le but manifeste du fondateur », dit-il, « est d’élever le niveau intellectuel du peuple en même temps que de répartir plus équitablement les produits du travail • »
- Sauf le docteur et miss Delano, aucune des personnes présentes n’avait jusque-là entendu parler de cette fondation; tous écoutaient avidement, comme si le comte leur faisait le récit fabuleux des faits et gestes de quelque monde plus harmonique que le nôtre.
- « Bah ! Cela ne pourra Se soutenir, » fit Burn-ham, « l’égale répartition de la richesse est une chimère. »
- « D’abord, cher monsieur, je-n’ai pas dit qu’il fût question d’une égale, mais bien d’une équitable répartition des produits du travail ou de la richesse,» répondit Frauenstein. « Considérez les choses en vous mettant à la place du travailleur, et voyez s’il est juste que le travail concourant avec le capital à la production de la richesse publique, l’un des deux facteurs de cette production empoche tous les bénéfices ne laissant à l’autre qu’un salaire à peine suffisant pour subvenir aux besoins de l’ouvrier et de sa famille.
- « Nulle garantie pour l’avenir n’est donnée au travailleur. Cette situation, si elle était la vôtre, vous semblerait-elle suffisante et acceptable ?
- « Voyez-v»us, cher monsieur, » continua Frauenstein, « nous vivons à une époque où il faut nous attendre à de grapds changements sociaux. Notre âge est pour l’humanité ce qu’est pour l’individu Tâge de puberté. Excepté l’augmentation de taille, il y a peu de changements bien marqués chez nous depuis l’enfance juSqu’à l’adolescence. A ce moment, au contraire, tout étant arrivé à maturité, il s’opère une transformation merveilleuse : en six mois ou un an, l’enfant devient homme oii femme. »
- « Et l’heure de cette transformation commence pour la société, » dit le docteur Forest. « Bâtir des
- palais pour les autres et vivre dans des chaumières ne suffit plus aux travailleurs. Ils entrevoient que des améliorations sont possibles et nécessaires dans leur condition ; qu’il n’est peut-être pas tout à fait juste que ceux qui tissent les plus riches étoffes soient tenus de se contenter éternellement, eux et leurs enfants, de haillons ou de bure. Songer aux voies et moyens de changer cet état de choses était presque impossible pour eux, lorsqu’ils devaient travailler de l’aube au crépuscule afin de gagner de quoi ne pas mourir de faim. Aujourd’hui, la réduction des heures du travail leur permet de s’instruire, de s’exercer à penser et de voir comment donner â leur famille plus d’éducation et de bien-être. »
- « Bon,» fit Kendrick, « mais la réduction des heures de travail n’est pas toujours utilisée de la façon que vous dites. »
- « Et nous en avons un exemple, » s’empressa d’ajouter sa femme. « Les trois cents ouvriers de la maison Ely et Gerrish se sont mis en grève : ils ont obtenu que leurs heures de travail fussent réduites à dix et l’on m’a affirmé que, depuis ce moment, la plupart d’entre eux achèvent leur journée dans les cabarets et les salles de billard. »
- “ Qu'est-ce que cela prouverait, madame, » reprit le comte; « pensez-vous donc que des hommes qui sortent d’esclavage vont subitement devenir de* philosophes et passer leur temps à résoudre des problèmes d’algèbre ou d’économie politique? Eh, quoi! plusieurs d’entre ces ouvriers, sans doute, ont été tellement absorbés par une vie d’incessant labeur que toute éducation, toute instruction leur fait défaut ; le cabaret leur semble une école intellectuelle et l’ivresse un luxe. Cependant, tenez compte que vous n’avez pas recueilli vous-même les faits nécessaires pour établir l’opinion que vous venez d’émettre. Pour ma part, je ne crois pas que le plus grand nombre de ces hommes dépensent, comme on vous l’a rappporté, leurs loisirs au cabaret.»
- « Oh ! cela ne fait pas l’ombre d’un doute, » s’écria Burnham.
- « Et vous, Kendrick, qui avez soulevé la question, » dit le comte, « n’avez-vous pas non plus le moindre doute à cet égard ? »
- — « Sur l’honneur, je n’en ai aucun. »
- « Eh bien ! » fit Frauenstein, tranchons la question à l’anglaise ; nous n’en sommes pas à notre première gageure ; je parie la somme que vous .voudrez contre vous deux Burham, que plus d’un tiers des ouvriers d’Ely et Gerrish passent aujourd’hui moins de temps au cabaret qu’ils n’en passaient avant la réduction de leurs heures de travail. »
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- « Tenu ! * dit Kendrick sûr de gagner, « je parie deux cents dollars. »
- « Oh, Scfioching ! » s’écria madame Kendrick,
- « vous agissez comme des jeunes gens sans principes, je n’aime pas les gageures. «
- « Je ne les aime pas davantage, madame, » répondit le comte, « mais celle-ci a pour but d’établir l’honnêteté du prolétariat ; d’ailleurs, pour que la transaction soit excusable à vos yeux, Kendrick voudra bien consentir sans doute à ce que le gagnant quel qu’il soit, donne son gain à votre nouvel hôpital. »
- « Oh! s’il en est ainsi, c’est bien, » dit madame Kendrick radieuse.
- Elle était membre du comité d’organisation du nouvel hospice et avait vainement essayé d’obtenir de son mari plus que la misérable somme de cinquante dollars qu'il avait souscrite au début.
- Le docteur Forest approuva la destination donnée au pari. Il était l’instigateur de la fondation de l’hôpital et madame Kendrick était son bras droit comme
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- il disait. Le désir de M. Forest était que l’hôpital fût organisé de façon à recevoir non-seulement les pauvres, mais aussi les gens favorisés de la fortune.
- « La famille, » disait-il, « n’est pas une place convenable pour un malade ; les soins nécessaires y sont difficiles à organiser; le patient, de son côté, souffre des embarras qu’il cause ; cela l’irrite, le vexe et retarde la guérison. »
- Lorqu’on eut décidé de quelle façon l’état moral des ouvriers d’Ely et Gerrish serait constaté, et qu’on eut obtenu du comte de nouveaux détails sur le Familistère de Guise, le docteur Forest se retira.
- Kendrick et Burnham reprirent alors la question de lacompagnie d’assurances. Burnham insista sur ce fait que la prospérité croissante des industries d’Oakdale et l’augmentation de la population réalisaient les conditions les plus favorables pour une grosse affaire en assurances.
- « Je vois bien, « répondit le comte, « que vous n’êtes pas disposés à réaliser une association mutuelle entre vos concitoyens. Cependant plus j’avance dans la vie, plus je me sens porté à favoriser l’affranchissement et l’indépendance du peuple. Avec vos compagnies d’assurances en commandite, les primes sont à un taux trop élevé pour que les ouvriers y participent ; et cependant ce sont eux qui ont le plus besoin des garanties de l’existence.
- « Quant aux industries d’Oakdale, je n’en connais pas de plus digne d’intérêt que l’entreprise horticole si bien conduite de mesdames Dykes et Delano. Voilà une affaire qui mérite d’attirer des actionnaires. » ^ ces mots? Burnham s’éloigna ayec un mouvement
- mal dissimulé d’impatience pour ne pas dire de dégoût. Mais Kendrick qui tenait à se ménager les bonnes grâces de son riche parent dit, avec un sourire aimable :
- « Certes, comte, un homme dans votre situation pourrait prendre des actions de la maison Dykes et Delano et trouver encore des fonds pour notre petite affaire d’assurances. »
- Von Frauenstein ne goûta pas l’épigramme cachée sous ces paroles : « Kendrick, » répondit-il, “votre cœur est aussi sec que vos billets de banque. Le vaillant effort de ces femmes qui ne peut vous toucher m’inspire à moi la plus haute admiration. A mon sens, on leur doit aide et encouragement par tous les moyens possibles. »
- « Il est fâcheux qu’elles n’aient pas su mettre la respectabilité de leur côté, cela leur eût été d’un grand secours, » insinua madame Burnham. Son mari, l'eût volontiers étranglée, non qu’il eût plus de charité qu’elle, mais il était doué de plus de finesse et comprenait toute la maladresse de sa femme.
- « Respectabilité! » s’écria le comte tout àfait excité.
- « Je m’étonne que les femmes ne haïssent pas ce mot. Nulle d’entre elles ne peut avoir le sentiment de sa propre valeur tant qu’elle n’a pas reconnu la fausseté de cette convention véritable fétiche inventé pour effrayer les esclaves. Pas une femme n’a conscience de sa force tant qu’elle n’a eu à se débattre contre les dénominations d’esprit fort, de déclassée, de virago et autres qualifications absurdes employées par des adversaires plus susceptibles que charitables.
- « Je vous assure que celle qui a supporté ces attaques et qui a conquis par sa propre industrie une situation indépendante, possède auxyeux d’un homme réellement humain, un charme bien supérieur au commun étalage de grâces mesquines, d’amabilité affectée et de toilettes provocatrices dont se parent les esclaves de la mode. Celle-là, un homme ne la gagnera pas par l’appât de la fortune ou d’une situation sociale, mais seulement par l’amour que ses propres vertus et sa propre valeur sauront lui inspirer. »
- Cette apostrophe ne souleva pas un mot d’opposition. C’était du grec pour les habiles hommes d’affaires. A leur avis, le comte était un peu benêt pour tout ce qui concernait tés femmes.
- Après un silence, madame Kendrick fit une remarque banale et inoffensive, et Burnham exprima l’opinion que tout en cherchant à lancer des affaires les femmes devraient au moins s’efforcer de conserver les grâces de leur sexe. « Après tout, •* remarqua-t-il, « les hommes sont encore moins durs pour les ! femmes gue les femmes'elles-mêmes, «
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- Ce discours surexcita madame Burnham qui savait bien qu’en famille son mari parlait tout autrement.
- « Certes..... » dit-elle, mais sa phrase fut inter-
- rompue par un coup de pied que son seigneur et maître lui allongea par dessous la table; ce qui, dans le délicat idiome matrimonial de M. Burnham, signifiait : « Retenez donc votre langue ! »
- Malgré cet avertissement, madame Burnham, rachetant en malice ce qui lui manquait en indépendance, lança un regard expressif à son seigneur et continua : « Certes, je pense que les femmes ont droit à tout l’argent qu’elles peuvent honnêtement gagner, et si miss Dikes s’était conduite avec convenance, j'aurais vu ses succès avec beaucoup de sympathie, »
- « Est-ce sa faute, » demanda le comte, « si l’homme qui avait gagné son cœur, ne l’a pas épousée ? »
- « Ma chère Louise, » dit madame Kendrick, s’excusant auprès de Frauenstein pour cette interruption; « vous ferez bien, je crois, de vous retirer; il commence à être tard pour vous. »
- — « Qu’elle reste, madame, je vous en prie, continua le comte; » je ne veux.rien dire que la Vierge Marie elle-même ne puisse entendre. Qu’elle reste, je vois qu’elle écoute avec attention, si ce soir elle acquiert une vue plus exacte de la situation de son sexe dans la vie, vous aurez lieu de vous en réjouir plus tard.
- * C’est une jolie et charmante enfant que vous introduisez les yeux bandés sur la scène du monde. C’est ainsi que vous faites toutes, vous autres mères, et puis, si vos filles trébuchent faute de voir les trappes qui sont sous leurs pas, vous les blâmez et ne reconnaissez pas la part de responsabilité qui vous incombe dans leur chûte.
- m Apprenez-leur donc plutôt à se connaître elles-mêmes, à considérer toutes leurs fonctions dans la vie comme dignes de respect et d’admiration; ensei-gnez-leur à se créer une situation indépendante, à être fières de leur sexe, et elles fuiront instinctivement, comme un contact de mains impures, les propos séducteurs des hommes égoïstes.
- « Cette jeune femme, miss Dykes, dont nous parlions, n’avait pas reçu ces enseignements, elle ne savait rien du monde, ne possédait aucun guide pour s’assurer de l’honorabilité des mobiles des hommes, et, parce ou’elle a eu foi et confiance, vous, madame Burnham, et nombre d’autres, vous voudriez la lapider. Mais la nature est meilleure que vous, car elle a pardonné à miss Dykes, et pour prix de ses souffrances lui a envoyé le plus précieux des
- biens : une enfant des plus charmantes et des plus aimables qu’il soit possible de voir. »
- « Oui, je le sais, on dit la petite Minnie ravissante », répondit madame Kendrick, « et la conduite de la mère est à présent tout à fait exemplaire. Je suis sincèrement peinée pour elle que son enfant soit illégitime. »
- « Illégitime ! « répéta Frauenstein. Puis, absorbé dans ses réflexions, il ajouta : « Comment un enfant peut-il être illégitime ? Il faut que je sois un barbare, car je ne vois rien comme les autres hommes. Par le ciel l Si la mère y veut consentir, j’adopterai cette enfant ; je la conduirai à l’étranger où je la ferai élever; je lui donnerai mon nom et la présenterai à la cour d’une douzaine de princes. On ne s’inquiétera pas alors de savoir si elle est née avec l’autorisation delà loi ou par le procédé plus primitif de la nature. » La compagnie était interdite.
- « Oh ! ciel ! » s’écria madame Kendrick, rompant le silence, « voudriez-vous faire une pareiüe chose ? » « Certainement, madame, je le ferai s’il plaît à Dieu, et lorsque l’éducation de Minnie sera terminée, je ramènerai à Oakdale cette enfant devenue comme une reine entre les femmes. Aujourd’hui, vous la traitez d’illégitime, alors vous serez ’fière de lui pro-diger vos compliments. »
- La soirée touchait à sa fin, madame Kendrick se leva et les autres dames en firent autant. Miss Charlotte Delano s’était déjà retirée. (A suivre.)
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- ASSISTANCE MÉDICALE DANS LES CAMPAGNES
- Il y a déjà bien des années que le corps médical réclame l’organisation de l’assistance médicale dans les campagnes. Dans bon nombre de communes, le médecin reçoit pour traiter les indigents, une rémunération humiliante, si toutefois ils ne tombent pas tout à fait gratuitement à ses charges. Comment serait-il possible d’améliorer cette situation aussi pénible pour le praticien que pour les malheureux campagnards ?
- M. le docteur Berlherand, ancien médecin de diverses circonscriptions médicales en Algérie, rédacteur en chef du Journal de Médecine de l'Algérie, et qui, dans ces fonctions, a pu étudier à fond la question qui nous occupe, a publié un excellant travail sur les ambulances communales au double point de vue des intérêts sanitaires des populations et des dépenses de l'assistance publique.
- Quoique le travail soit formulé au point de vue do l’Algérie, il n’en renferme pas moins des idées qui pourraient trouver leur application chez nous. Ainsi, notre confrère voudraient voir créer en Algérie des ambulances communales destinées à desservir des circonscriptions médicales déterminées. Il attribue de grands
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- avantages à cette institution. D’abord la durée deséjour du malade y serait moindre qu’à l’hôpital, parce que le malade qui répugne toujours à s’éloigner de son foyer pour entrer dans cet établissement plus ou moins éloigné, serait soigné beaucoup plus tôt à l’ambulance et pourrait rester à proximité et sous les yeux en quelque sorte de sa famille.
- S’en référant à l’expérience de M. le docteur Payn, exmédecin de colonisation de lr0 classe, ce praticien établit que, dans ces conditions, la moyenne d’un traitement dans une ambulance serait de 10 jours. Calcul fait pour 6 lits en moyenne constamment occupés dans l’ambulance communale, organisée comme il indique de le faire, elle recevrait par mois 18 malades, soit 216 par an, qui, à raison de b francs de frais généraux par jour, représenteraient 1,080 francs de dépenses; tandis qu’à l’hôpital civil ou militaire, ils auraient coûté 12,744 francs.
- Il est tout naturel que ces données sont relatives à un pays où la cherté de vivre n’est pas aussi élevée qu’ici, et que ces chiffres devraient varier. Ce n’est donc qu’au point de vue du principe qu’il faut envisager cette affaire.
- Ce n’est pas tout encore, voici quelques-unes des ressources particulières que les ambulances communales pourraient tirer*de leur organisation.
- En y annexant une salle destinée à des malades payants, certaines catégories de citoyens y trouveraient place contre remboursement de la*journée de traitement.
- Une infirmerie établie au sein d’une agglomération de population, ne serait bien certainement pas redoutée comme le départ forcé pour l’hôpital. Le malade s’y sentirait entouré de connaissances et aurait chaque jour pour ainsi dire la vue des siens, de ses voisins ; il recevrait même leur visite et des douceurs alimentaires qui diminueraient d’autant les dépenses du petit établissement. Les jeunes filles, que des raisons de convenance ne permettent guère d’envoyer seules dans les grands hôpitaux, y seraient en quelque sorte soignées sous les yeux de leurs parents.
- L’ambulance communale, mise ainsi à la portée de ceux qui en auraient besoin, assurerait des soins complets et efficaces dès le début des maladies ; ils en préviendraient la durée et l’aggravation et en faciliteraient les rapides convalescences. Multiplier les facilités d’avoir des soins médicaux sur place, dit M. Bertherand, c’est habituel les malades à fuir les empiriques et les commères, 4 se soigner sérieusement dès le début de la maladie ; c’est donc prévenir la misère toujours consécutive à l’insouciance et à l’imprévoyance ; c’est maintenir intacts les liens de la famille et les rapports cordiaux, et rapprocher par une solidarité philanthropique tous les membres des petites communes isolées.
- On le voit, notre savant confrère fait beaucoup espérer de son système d’organisation de l’assistance publique. Nous ne pensons pas qu’il s’en exagère les bienfaits.
- Evidemment si, dans nos campagnes, dénuées de toute organisation de secours médicaux, on mettait de petites infirmeries à la portée de nos populations, il y a bien des bras qui seraient promptement rendus au travail et qui actuellement chôment dans la souffrance, au risque même d’arriver à l’infirmité faute de soins convenables.
- {Le Scalpel.)
- L'INSTRUCTION PRIMAIRE EN BELGIQUE
- La séance de rentrée du Parlement belge a été marquée, comme nous l’avons déjà dit, par le dépôt d’un projet de loi concernant l’instruction primaire et qui est destiné à remplacer la loi de 1842. Le point capital de ce projet est, on se le rappelle, la solution qu'il propose quant à la question religieuse. Le gouvernement se trouvait en présence* de deux systèmes absolus : rétablissement de l’école laïque, avec exclusion, dans l’école, de tout enseignement religieux; le maintien du régime actuel, qui donne au clergé catholique la haute main sur l’école communale. Il s’est placé entre les deux. L’enseignement religieux sera donné dans les écoles, mais il sera « laissé aux soins des familles et des ministres des divers cultes ; un local, dans l’école, sera mis à la disposition des ministres des cultes pour y donner, soit avant, soit après l’heure des classes, l’enseignement religieux aux enfants fréquentant l’école. » En même temps l’inspection ecclésiastique est supprimée pour les écoles communales, et le contrôle des livres d’enseignement est confié exclusivement à un conseil de perfectionnement, dont les décisions devront, pour être exécutoires, être revêtues de l’approbation du gouvernement. Enfin, l’autorisation « d’adopter » des écoles est retirée, pour JT avenir, aux administrations communales. Le conseil communal ne pourra, sans autorisation du gouvernement, donner ou maintenir à une école congréganiste le caractère d’école publique, et, par suite, subventionner cette école. Ainsi, l’administration des écoles primaires dépendrait exclusivement de la commune, de la province et de l’Etat. Le clergé n’interviendrait en rien dans leur administration, et il n’entrerait dans l’école que pour y donner, à son heure et dans un local distinct, l’enseignement religieux.
- L'enseignement de la morale est introduit dans le programme des écoles primaires. Le minimum du traitement de l’instituteur est porté à mille francs. La surveillance des écoles est confiée à l’autorité communale, à des comités scolaires et à des inspecteurs et des sous-inspecteurs nommés par le gouvernement. On va créer deux nouvelles écoles normales
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- d’instituteurs et quatre écoles nouvelles d’institutrices. Quant à la gratuité de l’enseignement, elle est établie seulement pour les enfants pauvres. On remarquera que le gouvernement, après s’être montré si net dans la question religieuse, n’a pas osé rendre obligatoire l’instruction primaire. Son projet de loi autorise seulement, auprès des parents, l’emploi de la persuasion, ainsi que le recours à l’assistance des patrons etchefs d’industrie, et aux moyens d’encouragement qui peuvent être fournis par les communes aux comités scolaires.
- LES PRUD’HOMMES
- On se souvient qu’une modification avait été votée, il y a deux ans, par la Chambre des députés, dans la législation concernant les prud’hommes. Les réformes, pourtant bien anodines, introduites en première instance législative dans cette juridiction, effrayèrent la majorité sénatoriale, et elles furent repoussées, malgré les efforts de M. Bozérian, qui en était le rapporteur spécial devant nos Pères Conscrits.
- Sur ce point de droit, la loi est donc restée ce qu’elle était, c’est-à-dire réactionnaire, puisqu’elle a été faite sous l’empire.
- On accorde bien aux électeurs patrons de nommer des conseillers patrons, et aux électeurs ouvriers de nommer des conseillers ouvriers. Jusque-là, bien qu’il faille avoir vingt-cinq ans d’âge pour être électeur, et trente ans pour être éligible ; qu’en outre, la loi veuille trois années de domicile dans la circonscription du conseil et cinq années de profession, on ne voit pas de préférence pour l’un des deux intérêts en présence.
- Où commence la partialité,c’est dans la nomination par le chef de l’Etat d’un président et d’un vice président pour chaque conseil. Le chef de l’Etat a le droit de choisir ces fonctionnaires même en dehors des élus, si bon lui semble, et ils ont, puisqu’ils président les séances, voix délibérative et prépondérante dans les jugements, de sorte que leur opinion prévaut presque toujours, parce que les conseillers étant en nombre égal de part et d’autre, elle fait la majorité où elle se porte. Or, il n’y a pas d’exemple, depuis que le chef de l’Etat nomme ces présidents et vice-présidents, qu’il soit allé les chercher dans la classe ouvrière. Il y a là un système d’exclusion qui prête à la défiance de la part des exclus. Ils peuvent croire qu’on a voulu éluder l’esprit de la loi en faussant l’équilibre juridique au profit de l’intérêt opposé au leur.
- C’est pour rentrer dans la pondération que l’élément ouvrier avait demandé que les présidents et vice-présidents fussent nommés par les conseils eux-mêmes, parmi leurs membres. Et c’est cette modeste prétention qui a été repoussée par la majorité sénatoriale réactionnaire.
- Aujourd’hui, le Sénat est républicain, et il est question de remettre ce projet à l’ordre du jour de la Chambre des députés.
- Il y aura évidemment des modifications dans ce rouage avant la fin de l’année. On parle de remaniements de tous les conseils et de toutes les catégories, et même d’élections générales au mois d’août prochain, au lieu du renouvellement par moitié comme le veut la loi.
- Mais, d’autre part, les ouvriers trouvent que les réformes projetées sont insuffisantes, et ils étudient la loi pour proposer à qui de droit ce qui lui semble rationnel.
- Les prud’hommes ouvriers de Paris se sont déjà entendus à ce sujet. En vue des élections générales annoncées, les chambres- syndicales se saisissent de la question. Et un congrès des prud’hommes de toute la France
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- doit se réunir prochainement pour tracer un programme et le soumettre aux députés Nous suivrons attentivement les discussions, nous les
- apprécierons et nous rendrons compte des résolutions prises.
- Nous sommes convaincu qu’une loi sur l’économie sociale édictée sous l’empire doit être profondément modifiée par les législateurs républicains.
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- 2* ANNÉE, TOME 2 — N" 22
- Ze numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 9 FÉVRIER 1879
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- ADRESSER TOUTES LES COMMUNICATIONS à M. GODIN, au Familistère, GUISE (Aisne):
- Les Abonnements sont reçus en timbres-poste ou en mandats de poste, dont ïe talon sert de quittance.
- Rédacteur en chef : M. Ed. Champury
- BUREAU AUXILIAIRE à PARIS 32, rue Serpente, M. Ed. Thiaud.tère ïuprcsentant iro DE VOIR Présent de 2 à 5 h. pour tous renseignements
- SOMMAIRE
- La Révolution du 30 Janvier. — Réflexions sur les événements. •— Semaine politique. — Encore les procès des frères de Caluire. — Variétés. —1 Les livres d’enseignement. •— L'amnistie militaire. — Somnes-nous socialistes. — Le protestantisme libéral et le Darwinisme. —• Roman : La Fille de son père. — Bibliothèque du Familistère. — La femme devant le code français. — Bulletin bibliographique.
- — Correspondance. — Un nouveau journal.
- ERRATA
- Dans notre dernier numéro, -.article Socialisme et Catholicisme, page 3237 lre colonne, ligne 10% au lieu de « combinaisons honorifiques, » il faut lire : combinaisons harmoniques.
- LA RÉVOLUTION DU 30 JANVIER
- L’événement qui vient de s’accomplir à la présidence de la République est une démonstration nouvelle de la supériorité du régime républicain sur les autres formes de gouvernement. C’est, en effet, grâce à l’excellence de ce régime que les pouvoirs se sont modifiés sans troubles ni embarras publics.
- Jamais aussi il n’a été démontré d’une façon plus complète qu’avec les pouvoirs électifs et
- sous le régime du suffrage universel, c’est par la patience, par l’éducation politique et par l’instruction du peuple que toutes les réformes pourront s’obtenir.
- Il est incontestable, en cette circonstance, que c’est au progrès de l’opinion publique que nous devons le nouvel affermissement des institutions républicaines.
- C’est au vote du 5 janvier que revient l’honneur d’avoir désarmé la réaction monarchique et les ennemis de la République.
- C’est parce que des représentants républicains ont été envoyés ce jour-là au Sénat que le 30 du même mois les coteries politiques qui, depuis six ans, avaient fait tous leurs efforts pour nous ramener par le sabre au régime du despotisme monarchique, ont vu disparaître le soutien de leurs espérances.
- Telle en effet avait été la pensée des partisans des régimes déchus, quand ils avaient mis un militaire à la présidence de la République en lui confiant le pouvoir de disposer des forces du pays.
- Ils espéraient amener un concours de circonstances qui leur permettraient de renverser violemment le régime républicain, pour infliger à la France un gouvernement clérical appuyé sur les sabres et les baïonnettes de l’armée.
- Cette^ tentative coupable a duré cinq ans. Pendant cette période tous les excès contre le droit et la liberté des citoyens ont pu être commis. Aujourd’hui, la conspiration finit par
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- LE DEVOIR
- avorter misérablement dans son impuissance contre la volonté du pays.
- Le soldat reconnaît que son rôle consiste à défendre nos frontières et non à tourner contre les libertés nationales les forces qu’il commande.
- Mais, si l’opinion et le suffrage ont pu retirer des mains de l’autorité militaire la présidence des pouvoirs pour la remettre à la puissance civile, il ne faut pas oublier quels dangers ont encourus nos libertés et nos droits politiques. C’est là un point important et qu’il faudra mettre en lumière au moment où se fera la révision de la Constitution.
- Pour aujourd’hui, affirmons que la présidence de la République n© pouvait être placée en des meilleures mains que celles du républicain dont les convictions n’ont jamais varié et dont la loyauté offre les plus solides garanties à l’affermissement définitif de la République en France.
- Sous la présidence de M. Jules Grévy, nous croyons fermement que le pouvoir législatif sera fort à l’aise pour opérer toutes les réformes qu’il voudra.
- Mais que feront nos législateurs ? Là est la question. Nous savons par expérience qu’aux jours où de grands événements mettent toutes les institutions en suspens, beaucoup de républicains, même avancés en apparence, opposent à toute idée de réforme la nécessité d’affermir l’ordre et la sécurité du pays, de pourvoir aux besoins du jour au lieu d’embarrasser le gouvernement du soin d’inaugurer des institutions nouvelles. Ils ajoutent qu’il faut remettre à des temps plus tranquilles l’étude et l’application de réformes qui exigent un examen approfondi.
- Ces arguments sont souvent difficiles à combattre, et force est d’attendre les jours propices. Mais, assurément, la République est entrée , par la retraite du maréchal de Mac-Mahon, dans cette phase de sécurité qui lui permettra de regarder en face, avec calme et tranquillité, tous les problèmes sociaux et de leur donner les solutions raisonnables qu’une saine politique exige.
- Mais la sagesse de nos législateurs s’élèvera-t-elle à ca niveau ? N’est-il pas à craindre que
- ces mêmes hommes qui, au jour des embarras politiques, repoussent les réformes utiles sous prétexte du besoin de tranquillité, n’écartent bientôt l’examen des réformes indispensables sous ce prétexte tout différent qu’il ne faut pas agiter le pays lorsqu’il est dans le calme ?
- Nous craignons beaucoup qu’il en soit ainsi et que nos gouvernants oublient qu’entre autres choses :
- Il appartient à notre époque de chercher les moyens d’opérer le désarmement des nations et d’assurer la paix européenne. La République française mériterait le suffrage des peuples en prenant l’initiative de la fédération des nations continentales.
- Les lois de l’empire faites contre la liberté sont à abroger.
- Il est nécessaire de réviser nos codes afin de les mettre en accord avec le sentiment philosophique du droit moderne et de la saine raison.
- L’instruction publique doit être pourvue d’é-' coles dans toutes les communes, de manière à pouvoir devenir obligatoire et gratuite.
- L’impôt doit être réformé. Il doit cesser de créer au travail et à la production une multitude de difficultés. Au nom de l’équité sociale, au lieu de peser sur le nécessaire des classes laborieuses, il doit être prélevé sur le superflu, sur la richesse, sur le revenu.
- Le travail et l’industrie ont besoin de la liberté d’association et de réunion, afin de trouver les moyens de régulariser la production et de donner au travail la sécurité qui lui fait défaut.
- Le pays manque de chemins de fer et de canaux, il faut que le monopole des grandes compagnies cesse d’être un obstacle à la prospérité publique.
- Arrêtons-nous là pour le moment avec l’espérance que nos assemblées ne vont ni se circonscrire dans des discussions stériles, ni se condamner à l’immobilité. Le temps des intrigues est passé, celui de l’action utile doit commencer.
- GODIN.
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- J.,
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- RÉFLEXIONS SUR LES ÉVÉNEMENTS,
- le grand enseignement que donnent les faits ^litiques de janvier est à nos yeux d’une importance capitale.
- Le peuple français vient de se démontrer à ^i-inême, pour la seconde fois et avec une Évidence sans égale, la puissance irrésistible du scrutin. L’avortement des tentatives du pouvoir personnel en présence de la volonté de la nation est aujourd’hui un fait incontestable ; les plus obstinés douteurs ne peuvent plus conserver aucun doute. Deux fois le Président de a République a voulu outrepasser ses droits ; deux fois le verdict du scrutin et la pression de l'opinion publique l’ont mis dans l’alternative de devoir « se soumettre ou se démettre. » il s’est soumis la première fois, la seconde il s’est démis.
- Ainsi ce régime du gouvernement personnel pour le renversement duquel il avait fallu jusqu’ici la guerre civile ou l’invasion étrangère, tant de deuils et tant de sang répandu, ce régime vient d’être renversé par la seule puissance du suffrage universel. M. de Mac-Mahon est tombé comme sont tombés avant lui, Louis XVI, Robespierre, Napoléon Ier, Charles X, Louis-Philippe, Napoléon III, mais cette chute ne coûte à la France ni une seconde* de honte ni une goutte de sang.
- Jamais enseignement n’a été donné à un peuple avec plus d’évidence et plus de netteté.
- Il est maintenant établi que dans une république où fonctionne régulièrement le suffrage universel les révolutions n’ont plus déplacé. La simple manifestation de la volonté nationale suffit à obtenir par la légalité les réformes qui jusqu’ici se demandaient à la force.
- Il est démontré que la majorité des citoyens, seul souverain légitime d’une nation, a toujours, pand elle le veut, la puissance de forcer ses Mandataires, députés, ministres ou chef de l’Etat, à se conformer à sa volonté ou à s’en aller.
- Enfin, il est établi — et de la manière la plus ^réfutable — que lorsqu’un peuple a le courage ^ ses opinions, lorsqu’il se tient également
- loin du découragement et de l’impatience, lorsqu’il persévère dans les résolutions qu’il a prises, lorsqu’il oppose opiniâtrement le droit à la force, il triomphe des obstacles les plus insurmontables et finit toujours par atteindre le but qu’il se proposait.
- Cet enseignement est l’un des plus grands qui se puissent donner.
- De plus, qui pourrait ne pas admirer le calme magnifique au milieu duquel s’est accomplie la transmission des pouvoirs ? Pas un désordre, pas un trouble, pas un conflit. En quelques heures le gouvernement de la nation a été changé du tout au tout, sans qu’il y ait eu sur un point quelconque du territoire .la moindre inquiétude, la moindre appréhension. La jeune république française s’est conduite en présence de la vacance présidentielle avec plus de sagesse et plus de dignité que n’en montre en semblable occasion la république séculaire des Etats-Unis. Elle a prouvé ainsi qu’elle était mûre pour sa nouvelle forme de gouvernement.
- Cette conduite sage et digne ne doit pas rester sans fruit. Elle doit encourager les hésitants à ne plus hésiter, déterminer l’immense armée des petits fonctionnaires à ne plus persister dans une opposition stérile et inspirer à la nation tout entière une plus grande confiance dans son esprit de conduite et dans sa mâturité. Les anciens adversaires de la république, s’ils sont de bonne foi, ne peuvent plus tarder davantage à reconnaître franchement qu’ils s’étaient trompés. Quant aux adversaires quand même, anciens courtisans de l’empereur déchu ou aspirants ministres de rois inpartibus, il ne leur reste plus qu’une seule chose à faire : rentrer dans une ombre discrète dont il sera prudent pour eux de ne jamais ressortir. L’hypocrisie de la peur si longtemps à la mode chez eux comme manoeuvre stratégique, ne saurait plus tromper personne ; quiconque viendrait parler aujourd’hui du spectre rouge ou de l’hydre de la démagogie serait d’un ridicule si accompli que chacun lui rirait au nez.
- L’heure de la confiance générale est venue et, avec elle, celle de la réconciliation des partis.
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- LE DEVOIR
- Les bons citoyens qui n’ont pas d’inclination naturelle pour la république doivent contracter avec elle un mariage de raison. De bons esprits, les Thiers, les Dufaure, les Casimir Périer, les de Montalivet, n’ont pas rougi de le faire dans le passé, alors que la république n’avait pas encore fait ses preuves ; aujourd’hui que les preuves sont faites, les esprits moins hardis n’ont plus de prétexte pour hésiter.
- Les anciens partis ont perdu leur raison d’être. Leur temps est fini. Les hommes qui les composaient faisant partie du corps électoral au même titre que les républicains n’ont pas lieu de s’isoler de la masse de la nation. Qu’ils s’organisent en opposition conservatrice s’ils le veulent, c’est leur droit; mais au nom de la bonne foi, au nom du progrès, au nom du patriotisme, qu’ils ne persistent plus à s’opposer au libre développement d’une nation dont ils sont les enfants, eux aussi.
- Trop longtemps des dissensions ont divisé les citoyens; trop longtemps les intérêts de la France ont été sacrifiés à ceux de certaines convoitises. Aujourd’hui, que l’unisson existe entre les pouvoirs et le pays et que l’harmonie règne entre les différents pouvoirs, les dissentions ne doivent plus subsister et l’intérêt du pays doit être la seule préoccupation des citoyens. La France est ce qu’elle a voulu être, personne n’a le droit de le lui reprocher. Le gouvernement qui divise le moins doit devenir le gouvernement définitif d’un pays trop longtemps divisé.
- Toutefois, il ne faudrait pas être trop optimiste. La république peut être un très-mauvais gouvernement : les républiques espagnoles de l’Amérique sont là pour le prouver. Aux mains des soldats ou aux mains du clergé, elle devient une forme de despotisme absolu. La république n’est pas une entité ayant une existence par elle-même et supérieure à ses éléments constitutifs ; elle est ce que les citoyens la font : tels républicains, telle république. C’est là ce qu’on ne saura jamais trop se répéter.
- Le difficile n’est pas de proclamer des principes, c’e'st de fonder la liberté. Élaborer une constitution républicaine importe peu, ce qui importe, c’est de savoir vivre en républicains.
- Le nom sans la chose n’est qu’une mystification
- C’est pourquoi la pratique des moeurs répu blicaines doit devenir la constante sollicita^ des citoyens. Ils ne doivent plus se refier b uns sur les autres, tous doivent agir. Que cha cun ait à cœur de revendiquer sa part de coo pération à l’œuvre du progrès !
- Sachons ne jamais perdre de vue que \? mœurs républicaines ont une double base :
- La moindre aliénation en faveur de l’Etat de-droits individuels ;
- la plus grande dose de liberté, la liberté absolue de l’individu, en tant que l’exercic® d< cette liberté n’entrave pas celui de la liberté de< autres.
- Ne l’oublions pas. L’avenir de la France n’es pas seul engagé dans le triomphe du régim< républicain : la cause de tous les peuples y est engagée. De toutes parts les sujets des rois suivent des yeux les actes des citoyens français devenus libres. Agir avec sagesse et fermeté, c’est travailler à l’affranchissement du monde; agir avec imprévoyance et indécision, c’est travailler à son asservissement.
- - Le peuple français saura être à la hauteur de la mission qui lui incombe. Il saura relever l’honneur du pays par une large diffusion des lumières. Il saura maintenir l’armée dans le rôle qui lui convient. Il saura exiger que la justice soit organisée sur des bases plus équitables et moins sujettes à abus. Il saura s’opposer avec une inébranlable fermeté à l’immixtion croissante de la curie romaine dans la politique nationale. Enfin, il revendiquera comme ses droits les plus sacrés, comme les conditions les plus indispensables de son existence et de son développement :
- La liberté de réunion ;
- La liberté de la presse ;
- La liberté d’association.
- Tant que la république n’aura pas proclame ces trois libertés, tant qu’elle n’aura pas harmonisé toutes ses institutions avec elles, tant qu’elle ne les aura pas réalisées dans la prah-que de tous les jours, elle ne sera qu’un régime bâtard moins libéral que bon nombre de monarchies. Ed. Champury.
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- LE DEVOIR
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- PENSÉES SOCIALES & POLITIQUES
- VIII
- ^ucun des biens matériels dont les hommes peu-vent entourer leur existence n’équivaut à la valeur 4P l’existence elle-même.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- Pa transmission des pouvoirs. — Les
- graves et solennels événements qui se sont accomplis le 30 janvier sont aussi l’objet des préoccupations du monde politique tout entier. On ne se lasse pas d’admirer jj facilité extrême avec laquelle, dans notre système républicain, le pouvoir s’est transmis du titulaire démissionnaire au titulaire élu. La France n’avait point encore tu de pareil spectacle, et c’est avec une satisfaction très-vive chez les uns et un étonnement pion moins vif, chez les autres, que l’on a vu la République traverser mssi aisément une des crises les plus redoutées dans les monarchies. La vacance du pouvoir a duré à peine quelques heures, et un tour de scrutin a suffi pour remplacer le chef de l’Etat. Quelle leçon pour ces conservateurs artificieux qui prédisaient que la chute du Maréchal entraînerait des désordres sans nom au dedans et au dehors. Au dedans, la joie universelle qu’a causée l’élé-ratiou de M. Grévy à la présidence, s’est manifestée sans tumulte; au dehors, le successeur du Maréchal a été iccueilli avec une sympathie exprimée en termes non équivoques, et l’attitude calme des Chambres et du pays iexcité une admiration universelle. Les alarmistes ont donc été battus avec leurs propres armes, et la presse conservatrice a si bien sentie que les arguments, tirés du rôle de l’étranger à notre égard étaient usés, qu’elle a fait presque bon visage au nouveau Président de la République, digne, d’ailleurs, d’imposer le respectà tous.
- Plusieurs journaux étrangers félicitent même la Frauce d’avoir passé d’une présidence militaire à une présidence civile. C’est un gage de plus en faveur de la paix.
- Le nouveau minî stère. — Certes, c’est un immense résultat d’avoir délivré le gouvernement de la République du dernier élément hostile qui résidait encore dans son sein, et l’élévation de M. Grévy, au pouvoir suprême est, par le régime établi par la Constitution de 1875, un gage certain de stabilité et de pérennité. Mais, pour les gouvernements comme pour les hommes, il ne s’agit pas seulement de vivre; il s’agit, surtout, de bien employer son existence. La première question qui repose est donc celle de savoir quelle sera la politique du nouveau Président et des hommes chargés de gouverner en son nom. Par un mouvement dé reconnaissance plus sentimental fque positif, un certain nombre de députés avaient réclamé le maintien de M. Dufaure à la présidence du Conseil. M. Dufaure a été Plus logique et plus avisé que ceux qui voulaient le Maintenir au pouvoir; il s’est retiré en déclarant justement qu’à des situations nouvelles il fallait des hommes bouveaux.
- Malheureusement, nous craignons que ce conseil, Peut-être ironique de l’ancien garde des sceaux, n’ait pas eîé assez suivi. Des considérations de politique étrangère, dont on parait avoir exagéré la portée, ont inspiré aM. Grévy la pensée de conférer à M. Waddington le ^In de composer le nouveau Cabinet.
- Nous sommes loin de méconnaître les mérites de l’ho-n°rable successeur de M. le duc Decazes, et nous connus volontiers que la politique extérieure a été ab-
- solument correcte. Mais nous craignons que les hommes du progrès n’aient pas lieu d’être suffisamment satisfait de l’allure que le nouveau président du Conseil donnera à la politique intérieure, s’il exerce une influence tout à fait prépondérante dans le Conseil. Certes, comme chef du cabinet, M. Waddington est un homme nouveau; mais, adoptera-t-il les idéés nouvelles? Voilà la question. Plusieurs membres du cabinet actuel se retirant, il était donc de toute nécessité de les remplacer par des républicains appartenant aux groupes et amis du Parlement, afin que le Conseil renfermât des éléments susceptibles de stimuler, quand besoin sera, le flegme et la lenteur britanniques du nouveau premier ministre. Cette nécessité a été comprise en partie, puisque M. Le Royer, de la gauche républicaine, a recueilli la succession de M. Dufaure comme garde des sceaux, et que M. Jules Ferry, appartenant âu même groupe et auteur de l’ordre du jour que l’on connaît, a reçu le portefeuille de l’Instruction publique. Enfin, M. Lepère,ancien sous-seçrétaire d’Etat à l’intérieur et membre de l’Union républicaine, a été chargé de la direction du ministère de l’agriculture et du commerce. L’amiral Jauréguiberry, qui a joué un vaillant rôle à l’armée de l’Ouest, sous le gouvernement de la Défense nationale, a été nommé ministre de la marine en remplacement de l’amiral Pothuau, que des convenances personnelles ont engagé à se retirer. M. de Marcère, M. Léon Say, M. de Freycinet et M. le général Gresley conservent leurs portefeuilles respectifs.
- L’administration des cultes a été détachée du ministère de l’instruction publique et remise par intérim entre les mains de M. de Marcère, ministre de l’intérieur. Les sous-secrétaires d’Etat ne sont pas encore officiellement connus, mais ils seront choisis, dit-on, dans la gauche et dans l’Union républicaine. Tel est le nouveau ministère. Il est en situation de faire beaucoup de bien. Nous l’attendons à l’œuvre pour le juger.
- NX. Gamt)otta, président <lo la Chambre. — Le lendemain du jour où la présidence de la République a été dévolue à M. Jules Grévy, la succession de celui-ci, comme président de la Chambre des députés, a été attribuée à M. Gambetta. Cette combinaison, dont s’applaudissent beaucoup de gens de bon sens, nous parait, quant à nous, fort sujette à discussion.
- M. Gambetta était une force ; il exerçait une réelle influence sur le Parlement. Aujourd’hui, cette influence directrice a disparu. Or, si la Chambre est pleine de bonne volonté — cela n’est point douteux — elle n’a malheureusement pas de volonté précise ; elle n’a point de vues d’ensemble sur la politique générale. C’est le funeste résultat du scrutin par circonscription. Les députés voient, avant toute chose, les intérêts particuliers de leur clocher et ramènent tout aux- étroites limites de leur circonscription. Avec une Chambre animée d’un pareil esprit, il est donc bien difficile de constituer une majorité homogène, compacte, ayant un programme politique bien défini et résolu à l’appliquer dans son intégrité. M. Gambetta, en dépit de son goût exagéré pour î’opportunisme, aurait pu, grâce à l’ascendant de sa parole, constituer cette majorité politique plutôt encore que parlementaire ; il ne Ta pas voulu, et son élévation a la présidence de la Chambre, laisse la représentation nationale livrée à toutes les intrigues dissolvantes de la politique de couloir. Ce sont là des conditions excellentes pour des ministres qui veulent faire peu de chose, mais nous doutons que cette situation soit favorable à ceux qui croient, urgent d’aborder franchement des réformes générales. Nous souhaitons nous tromper ; mais nous serions surpris si la législation qui va suivre les évènements actuels était aussi féconde que beaucoup d’esprits ultramontains se Timagiuent.
- élections légrislativôs. — Les élections du 5 2 février ont donné des résultats satisfaisants, qui peu-
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- vent se résumer ainsi : Sept circonscriptions gagnées ; deux ballottages favorables aux républicains ; trois échecs très-honorables pour les candidats républicains. Les seuls invalidés qui ont été réélus n’ont dû leur succès qu’à de très-faibles majorités. Ainsi, à Condom, M. Paul de Cassagnac a eu 9,626 voix, M. le docteur Lannelongue 8,636. Au 14 octobre 1877, M. Paul de Cassagnac avait 10,916 voix; M. Lacroix 6,779. Les impérialistes perdent donc d’un seul coup, à Condom, 1.289 voix; les républicains en gagnent 1,837. Total de notre gain : 3,146 voix.
- A Ribérac, M. de Fourtou a eu 9,036 voix ; M. Achille Simon, 7,687. Au 14 octobre, M. de Fourtou avait eu 11.686 voix; M. Claverie 5,467. Total de notre gain: 4,870 voix.
- A Castres, M. Reille est élu par 9,930 voix; M. Barbey en a 7,515. Au 14 octobre, M. Reille avait eu 11,702 suffrages ; M. Cavailhès 4,260. Total de notre gain : 3,007 voix.
- Le grand succès de l’élection du 2 février, pour le parti républicain, c’est la défaite de M. le comte de Mun, candidat ultra-clérical. M. de Mun a 9,363 voix ; M. le Maguet 10,136 ; nous gagnons près de 1,000 voix.
- A Bressuire. M. de Larochejacquelin, qui n’avait jamais été battu, a échoué devant M. Jouffrault, qui a obtenu 9.061 voix, tandis que son concurrent n’a recueil i que 8,806 voix.
- A Puget-Théniers, à Montmédy, à Cosne, à Fontenay-le-Comte et à Tarbes, MM. Récipon, Royer, Ch. Fleury, Beaussire et Desbons, républicains ont été élus, soit sans concurrents, soit avec des majorités notables. En somme excellent résultat.
- Démissions d’ambassadeufs. — On annonce d’une façon officielle les démissions de MM. d’Harcourt, ambassadeur à Londres ; de Vogué, ambassadeur à Vienne, et Le Flô, ambassadeur à Saint-Pétersbourg, qui ont notifié leur retraite au ministère des affaires étrangères.
- Nous espérons que M. Waddington remplacera ces messieurs par des républicains sincères.
- La liberté comnserciale, — Le Comité de l’association pour la liberté industrielle a tenu une importante réunion, cette semaine. Après une discusision animée sur les conséquences de la doctrine protectionniste, opposée à la législation économique de 1860, l’association a adopté, à l’unanimité, le manifeste suivant :
- « La réunion :
- « Considérant les dommages causés au commerce et à l'industrie par l’instabilité de la législation douanière,
- ’ « Considérant les droits établis par le traité franco-anglais comme un maximum de protection pouvant être accordé à l’industrie française,
- « Proteste contre la dénonciation des traités de commerce, demande que les conventions avec les nations étrangères soient renouvelées le plus tôt possible et assurent à l'agriculture, au commerce et à l’industrie la fixité sans laquelle ceux-ci ne peuvent vivre et se développer.
- « Elle appelle sur ce véritable danger public l’atten-tention du gouvernement et des Chambres, et invite les représentants, à tous les degrés, des intérêts publics, à adhérer à cette résolution.
- La Salette, — Un débat des plus amusants passionne depuis quelques jours la presse cléricale.
- Un journal clérical de Toulouse a reçu de son correspondant de Rome des informations d’après lesquelles le Pape Léon XIII, plus sérieux que son prédécesseur, se préparerait à interdire de lamanière la plus catégorique le culte de la Salette et les exploitations auxquelles ce culte donne lieu.
- Les journaux cléricaux ripostent que cela n’est pas vrai et qu’au contraire ce culte va jouir de faveurs nouvelles.
- Tout ce bruit vient fort à propos pour rappeler à cea> qui l’ignorent sur quelle immense mystification repose ce culte. Ce fut une demoiselle La Merlière qui, vètue d’une robe jaune et coiffée d’un chapeau pointu, se fit passer aux yeux de deux enfants, Mélanie et Marcelin pour la Vierge Marie en personne,
- A l’origine, deux abbés eurent le courage de dénoncer cette mystification. Ils furent poursuivis et acquittés à deux reprises, en tribunal de première instance et à la Cour d’appel ; il fut établi de la manière la plus irréfutable que l’apparition de la Salette n’est qu’une mauvaise plaisanterie.
- Malgré cela, l’évêque de Grenoble et l’archevêque de Lyon tolèrent, dans le clergé qui leur est soumis, l'exploitation industrielle de ce prétendu miracle.
- Le code pénal châtie les industries interlopes, mais personne jusqu’ici n’a osé appliquer le code pénal dans ce cas particulier.
- Ije traité de Prague. — On sait que, par le fameux article 6 du traité de Prague, l’empereur d’Autriche a transféré au roi de Prusse, les droits que la paix de Vienne du 30 octobre 1864, lui reconnaissait sur les duchés du Sleswig et du Ilolstein, mais sous cette réserve formelle que lès populations du Nord du Sleswig seraient de nouveau réunies au Danemarck, si elles en manifestaient la volonté par un vote libre. Cette convention n’a jamais été exécutée, et les populations en question n’ont jamais été consultées. On annonce aujourd’hui que des négociations seraient ouvertes entre Vienne et Berlin, relativement à l’exécution de l’article 8, et la dépêche qui nous mande cette nouvelle ajoute: « Comme l’Autriche n’attache aucune importance au maintien du droit reconnu par cet article à l’Autriehe-Hongrie sur la population du Sleswig-Nord, tout permet de prévoir que ces négociations se termineront prochainement dans le sens des vœux de l’Allemagne et à la satisfaction des deux parties. »
- Celte nouvelle nous étonne, et nous nous refusons à croire que le cabinet de Vienne accepte la responsabilité d’un pareil déni de justice. Il serait, en effet, difficile de pousser plus loin le mépris du droit et de la moralité politique, et nous espérons que le gouvernement de l’empereur François-Joseph y regardera à deux fols avant de sanctionner cette maxime barbare que la force prime le droit.
- IL© traité iss r*<*o-rïs ?»ho. — Il devient décidément plus difficile que jamais de savoir au juste si ce traité sera ou non signé. On annonce tous les jours que l’entente se fera incessamment, et, jusqu’à ce jour, la signature de cet instrument diplomatique demeure toujours à -l’état de projet.
- La g-tierr© —. Les nouvelles qui
- viennent de Caboul sont toujours fort confuses. Les feuilles officieuses assurent que la situation des Anglais continue à être excellente ; cependant, il est certain que Yakoub-Kan persiste à organiser la résistance et que les troupes anglo-indiennes sont loin d’avoir conquis les frontières « scientifiques » réclamées par lors Beacons; field. D’après le Standard, le fils de l’émir concentre à Caboul des troupes en nombre considérable. D’après le Times, au contraire, la guerre civile aurait éclaté dans la capitale de l’Afghanistan et Yakoub aurait dû bombarder une partie de la ville. Il faut laisser à l’avenir le soin de faire la lumière sur des événements rapportés en termes aussi contradictoires.
- IL© conflit russo-roumain,— On sajt qnune commission européenne a été chargée de délimiter les frontières entre la Bulgarie et la Roumanie. Il avait été décidé que la ligne de démarcation devait passer à une distance de 500 mètres, environ, de Silistrie. Or, à bu11 cent mètres de ce point se trouve un fort nommé Arau-Tabia, dont l’importance stratégique est notoire. LeS
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- Russes et les Roumains se disputent la possession de cette place et, sur des ordres venus de Bucharest, le général roumain Angelescu a été sur le point de la prendre d’assaut, malgré la sommation du général russe Totleben. Fort heureusement,il n’y a pas eu de collition et le différend imprévu a été soumis à l’arbitrage des puissances. Ce petit détail prouve combien il est difficile d’assurer l’exécution du traité de Berlin.
- La loi disciplinaire «le M. de Bismarck.
- — Le projet dont nous avons entretenu nos lecteurs n’a pas trouvé un accueil très-favorable au Bundesrath. Les États du Sud et la Bavière, en première ligne.se sont prononcés contre la proposition, dans sa forme actuelle, tandis que la Prusse l’a très-vivement soutenue. D’après les bruits qui circulent, le Bundesrath ferait disparaitre du projet les dispositions draconiennes qui y sont formulées et permettrait tout au plus d’exclure un député du Parlement pour la durée de la législature. On attend, avec impatience, la séance plénière du Bundesrath, car il s’agit, dans l’espèce, d’une modification à la Constitution, et il suffit d’une majorité de quatorze voix, pour que cette modification ne puisse avoir lieu. On a dit que cette majorité hostile existe. Nous le souhaitons vivement pour l’honneur de l’Allemagne.
- ENCORE LE PROCÈS DES FRÈRES DE CALUIRE
- Un de nos abonnés, M. C., qui occupe une fonction élevée auprès du plus haut corps judiciaire de l’État, nous écrit au sujet du passage de notre dernière Semaine politique relatif au Procès des Frères de Caluire.
- Il ne conteste aucun des faits ni aucun des chiffres que nous avons donnés, pas même le fait que les Frères toucheront 73,401 fr. 50 c. de plus que ne leur allouait l’expertise. M. C., se borne à dire que nous avons agi avec partialité en ne reproduisant pas les considérants de l’arrêt.
- De notre côté, nous nous bornerons à faire remarquer à notre honorable correspondant que c’est par respect de la chose jugée que nous avons bien voulu ne pas reproduire des considérants qui, à nos yeux, sont de nature à jeter sur une cour d’appel une déconsidération toujours dangereuse.
- Nous repousserons toujours — et si M. 0, veut bien y réfléchir, il repoussera avec nous — cette étrange doctrine de la cour de Dijon en vertu de laquelle une réquisition préfectorale, reconnue régulière par le ministère, et les crimes$et délits qui, à la suite de cette mesure, ont pu être commis par des tiers, forment nécessairement un tout indivisible dont la personnalité du préfet est responsable.
- Il nous serait facile de qualifier cette doctrine, mais l’épithète qui seule pourrait convenir est si vive qu’elle jurerait dans un journal comme le nôtre ; nos lecteurs n’hésiteront pas à la trouver.
- L’arrêt de la cour de Dijon restera à l’avenir
- comme une des plus belles auréoles de cette magistrature impériale conservée par la république.
- E. G.
- XJxt vétéran dn travail.
- La Société d’émulation de Roubaix a décerné derniè-nièrement une médaille d’honneur à M. Lquis Germon-prez, ouvrier tisserand, pour les longs services qu’il a rendus à l’industrie roubaisienne.
- M. Germonprez est un vieillard de 81 ans qui tisse encore et qui compte 71 années de travail, car il a commencé à tisser à l’âge de 10 ans. Il a élevé u ne famille de dix enfants sans avoir jamais eu recours au bui’eau de bienfaisance. Sa conduite a toujours été irréprochable.
- Chose étrange ! les journaux du Nord qui savent si bien faire valoir la justice dont a fait preuve la Société d’émulation en donnant une médaille à ce vétéran du travail, n’ont pas l’air de soupçonner qu’après 71 ans d’efforts continus, M. Germonprez devrait avoir droit à une vie plus heureuse que la vie du tisseur. Yoici cependant comment vont les choses dans l’ordre social actuel.
- Les sociétés d’al iraentation.
- Il existe en Belgique des sociétés d’alimentation ayant pour but de préparer, dans une cuisine commune, des aliments sains et substantiels à des prix si restreints qu’un repas complet ne dépasse pas 75 centimes. Les aliments peuvent s’emporter ou se consommer sur place ; il y a des locaux convenables aménagés en conséquence.
- L’avantage de ces sociétés, dit M. Léon d’Andrimont, ne consiste pas seulement dans l’économie ; c’est aussi une distraction salutaire pour les ouvriers ou les employés qui trouvent ainsi à se réunir en groupes d’amis et à se reposer ensemble des fatigues du travail.
- Les actions de ces sociétés sont de 5 francs seulement ; de 1868 à 1875, elles ont rapporté 105 0/0 soit une moyenne de 13 0/0 par an.
- Caisses d’épargne scolaires.
- L’épargne n’a été introduite et organisée officiellement dans les écoles primaires communales de Liège que. depuis- deux ans environ, et déjà on peut constater que la mesure a produit d’excellents résultats.
- Pendant la dernière année scolaire, 459 garçons ont épargné5,474 fr. 97 c., et 484 filles ont épargné 6,331 fr. 47c. soit un total de 11,806 fr. 44 c. pour 943 déposants, ce qui donne une moyenne d’environ 12 fr. 50 c. par livret. Le legs fait par M. Eug. Lambinon pour favoriser l’épargne dans l’école, ainsi que la donation de M. E. de Laveleye, sont pour beaucoup, sans doute, dans le succès de cette nouvelle institution.
- Pour l’année 1877-1878, 486 livrets delà caisse d’épargne, acquis avec les revenus du legs Lambinon, ont été distribués à un même nombre d’enfants, savoir : 94 livres aux élèves des l.res divisions des écoles, 132 aux élèves des 2es divisions et 260 aux élèves des 3es divisions.
- (L'Avenir, de Bruxelles.)
- LES LIVRES" D’ENSEIGNEMENT
- Nous avons reçu d’un de nos lecteurs la communication suivante :
- Muron (Chaçente-Inférieure), 29 janvier 1879.
- Monsieur,
- Parmi les nombreuses questions que traite si judicieusement le Devoir, celle de l’Instruction populaire occupe ajuste titre une large place.
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- LÊ DEVOIR
- C’est avec infiniment d’intérêt et de plaisir que j’ai lu, sur ce sujet, dans votre estimable feuille, plusieurs articles fort remarquables, entre autres celui qui est en tête du numéro du 12 janvier.
- Il est incontestable, en eflet, que, depuis la guerre de 1870, un mouvement progressif très accentué s’est produit dans notre pays en faveur de l’instruction primaire.
- Il est très-vrai, aussi, que, depuis cette époque, il a été publié un nombre assez considérable d’ouvrages classiques élémentaires qui sont de beaucoup supérieurs à ceux dont on s’était servi jusqu’alors. A cet égard, on est entré dans une voie tout à fait nouvelle'pour la France.
- Ainsi que vous le constatez dans l’excellent article auquel je fais allusion, il y aurait beaucoup de noms à citer pour mentionner tous les pionniers qui ont travaillé à cette bienfaisante innovation.
- Il conviendrait de mettre en première ligne la regrettée Mm' Pape-Carpentier, qui a tant contribué à introduire chez nous, — sous une forme des plus attrayantes, — les leçons de choses et les lectures enfantines.
- Puis M. Michel Bréal, le savant professeur du Collège de France, et M. Auguste Brachet, auteur d’importants travaux de linguistique, deux hommes éminents qui ont préconisé une nouvelle méthode d’enseignement de la langue maternelle : la méthode historique. Et tant d’autres qu’on compterait par centaines, depuis les érudits et les écrivains d’un talent supérieur jusqu’aux humbles instituteurs de hameaux.
- Parmi les éditeurs, il convient de citer tout particulièrement M. Armand Colin, rue de Mézières, à Paris, qui a publié, pour les écoles primaires, une collection d’ouvrages écrits d’après un plan qui rompt courageusement avec la routine.
- C’est cette intéressante collection, Monsieur le Rédacteur, que je vous demande la permission de recommander vivement à ceux de vos lecteurs qui s’occupent de pédagogie.
- Voici les titres de ceux de ces ouvrages qui me paraissent les mieux exécutés :
- La Grammaire française, de MM. Larive et Fleury, divisée en trois cours, et fondée sur les principes de la Méthode historique.
- La Géographie, de M. Foncin.
- L’Histoire de France du même auteur, un petit volume convenant auxjeunes enfants.
- L’Histoire de France de M. Lavisse, plus étendue que la précédente, et pouvant convenir aussi bien aux jeunes enfants qu’aux élèves les plus avancés.
- Enfin Y Arithmétique, de M. Leyssenne.
- Ces divers ouvrages, dont le plan, je le répète, est tout à fait nouveau, sont en harmonie avec les principes de la méthode intuitive. Les leçons sont accompagnées de nombreux devoirs, généralement bien choisis, et très-propres à développer l’intelligence de l’enfant plutôt que sa mémoire, à l’habituer à réfléchir, à raisonner, et à le familiariser avec les choses usuelles de la vie.
- De plus, pour chacun de ces ouvrages, — les traités d’histoire exceptés, — il existe une partie spéciale pour les maîtres, laquelle fournit aux instituteurs intelligents tous les moyens désirables pour faire des leçons substantielles.
- En résumé, dans l’état actuel de notre enseignement primaire, — qui est un état rudimentaire, — les publications éditées par la maison Armand Colin et Ciesont de nature à rendre de très grands services.
- Agréez, Monsieur le Rédacteur, l’hommage de mon profond respect,
- Ch. Riveau.
- Le Devoir tenant à ne recommander aucune publication sans en avoir pris connaissance, nous avons examiné nous-même et avec le soin voulu les livres d’enseignement désignés par M. Riveau.
- Tous ces livres sont bons. Nous connaissons les travaux de M. Michel Bréal et de M. Aug. Brachet destinés à des élèves déjà assez avancés, et nous apprécions à toute sa valeur l’excellent Cours d'éducation et d'instruction primaire de Mm# Pape-Carpentier (Hachette, éditeur), malheureusement trop peu connu et trop peu propagé.
- Aujourd’hui, après examen, nous pouvons recommander en plus les volumes de l’éditeur Colin, cités par M. Ch. Riveau et les volumes suivants publiés par M. Eug. Belin, 58, rue de Vaugirard.
- 1° Premier livre de lecture et d'instruction pour l'enfant (morale et premières connaissances), par G-, Bruno, avec 52 gravures.
- 2° Le livre de lecture et d'instruction pour l’adolescent, du même auteur, 1 vol. in-16 de 144 pages avec 80 gravures (Prix : 60 c.).
- 3° Grammaire française, de M. L. Leclair et M. C. Rouzé, approuvée par le conseil supérieur de perfectionnement de l’enseignement secondaire spécial et adoptée par les écoles de la ville de Paris :
- Cours élémentaire, 1 vol. in-12, fr. 0,75.
- Cours moyen, 1 vol. in-12, fr. 1,25.
- 4° Histoire de France, récits et entretiens, par Désiré Brachet :
- Cours élémentaire, 1 vol. in-18, cartes et figures, 60 c.
- Cours moyen, 1 vol. in-18, cartes et figures.
- Cours supérieur, 1 vol. in-12, cartes et figures, 2 fr. 50.
- Nous avons comparé ce cours de M. Désiré Blan-chet avec celui que nous recommande M. Riveau. Il ne nous est pas permis d’hésiter une minute sur nos préférences. Le cours de M. Blanchet est de beaucoup préférable à celui de M. Lavisse. Nous voudrions même qu’il fût le seul qu’on remit aux enfants.
- Ce n’est pas qu’il soit l’idéal du genre ; non. Mais il expose les faits avec assez d’impartialité. Si M. Blanchet, dans les éditions postérieures, veut bien expurger son cours des traces de chauvinisme qui s’y trouvent encore, il rendra service à l’instruction populaire.
- Jusqu’ici, et c’est malheureux, il n’a pas été écrit d’histoire de France complètement impartiale. Dans toutes, l’amour-propre national usurpe la place de
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- le devoir
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- l’impartialité; dans toutes, le résultat heureux de campagnes criminelles fait amnistier la criminalité de l’intention.
- Il serait temps de répudier cet enseignement corrupteur et de rétablir l’histoire sur ses vraies bases. Les récits de batailles qui remplissent presque à eux seuls les manuels d’aujourd’hui, devraient n’y figurer qu’accessoirement. L’enfant n’a qu’à perdre s’il se familiarise avec les idées de meurtre et de dévastation ; il n’a qu’à gagner, si on le captive par le magnifique spectacle du développement du savoir, de l’adoucissement des mœurs, de l’augmentation du bien-être et de l’épuration de la morale.
- Qu’on parle à l’enfant le moins possible des rois, des empereurs et des généraux, et qu’on lui parle au contraire le plus souvent que l’on pourra des littérateurs, des savants, des artistes, des inventeurs, de tous ces hommes de paix qui ont mis au front de la patrie la plus étincelante auréole de gloire.
- En transportant ainsi l’histoire sur le terrain de la morale et de la vérité, en répudiant ainsi la fausse gloire accordée trop longtemps à la force brutale, en stimulant chez les jeunes âmes le mépris de ce qui est nuisible et l’admiration de ce qui est profitable, on préparera à la France de l’avenir des citoyens éclairés, c’est-à-dire de bons citoyens.
- E. C.
- L’AMNISTIE MILITAIRE
- On nous fait observer qu’il est toute une catégorie de citoyens que l’on a oubliés dans les diverses propositions d’amnistie.
- Ce sont les soldats qui ont abandonné leur drapeau pour ne pas tirer sur des Français. N’y aurait-il pas lieu de comprendre dans l’amnistie les nombreux cas de désertion qui se sont produits dans l’armée opérant contre Paris, pendant l’insurrection communaliste ?
- Nous appelons l’attention des signataires de la proposition d’admnistie sur cette question.
- [La Révolution française.)
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- SOMMES-NOUS SOCIALISTES ?
- Il nous a été demandé à plusieurs reprises si nous sommes socialistes ou si nous ne le sommes pas.
- Il faut n’avoir pas lu le Devoir ou l’avoir du bien légèrement pour pouvoir nous poser une semblable question
- Les nombreux articles que nous avons publiés sur
- les plus importants sujets d’actualité sociale sont la réponse la plus claire que nous puissions donner.
- Cela, paraît-il, n’est pas suffisant pour les personnes qui placent dans les mots une vertu qui ne s’y trouve pas; aussi nous ont-elles taxés d indécision. Quelques-uns de nos lecteurs nous ont même demandé de nous prononcer soit pour l’économie politique, soit pour l’une ou l’autre des écoles socialistes.
- Le mot indécision appliqué à notre conduite n’est pas le mot exact. Nous n’avons pas, nous n’avons jamais eu une seconde d’indécision quant aux principes professés par le Devoir ; quant à l’appellation, à la dénomination du but que ces principes ont en vue, nous avouons nous en préoccuper fort peu. Discuter sans fruit si nous faisons partie de telle ou telle école nous paraît bien secondaire; ce qui est essentiel,c’est de chercher avant tout les institutions et les réformes utiles à réaliser.
- Nous sommes des ouvriers du progrès social, et surtout des artisans de l’amélioration du sort des classes ouvrières, cela ne peut faire aucun doute, nous l’espérons, dans l’esprit de ceux qui ont lu le Devoir.
- Dans ces conditions, nous nous rangeons volontiers à l’appréciation et aux définitions présentées à l’occasion de notre journal et au sujet des écoles économistes et socialistes par le Bulletin du mouvement social du Ier janvier. Il y est dit :
- « Nous désirons la constitution d’une science de « l’organisation des sociétés uniquement basée sur « l’observation et le contrôle des phénomènes.
- « Nous ne croyons pas que la qualification de « socialiste,pas plus d’ailleurs que celle à'économiste, a puisse s’appliquer aux adeptes de cette science. Le « terme de sociologiste conviendrait mieux. »
- Mais, nous le répétons, pourquoi s’arrêter à discuter sur des mots, quand il y a tant à faire à étudier des questions capitales, des questions qui intéressent sérieusement le progrès social. Jusqu’ïci nous avons préféré étudier ces questions que de discuter leur qualification. Nous agirons de même à l’avenir.
- E C.
- LE PROTESTANTISME LIBÉRAL ET LE DARWINISME.
- Nos lecteurs n’ignorent pas que le triomphe du protestantisme libéral en Suisse et notamment à Genève et àNeufchâtel, a entraîné une nouvelle réforme au sein de l’Eglise réformée. Tout a été bouleversé. L’Eglise @st devenue laïque, Les pasteurs élus par le suffrage
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- universel peuvent prêcher ce que bon leur semble. Un consistoire laïque, élu aussi par le suffrage universel, a seul la conduite matérielle de l’Eglise. Il n’a aucun contrôle sur la liberté de la chaire. Il n’iinpose et ne peut imposer aucune liturgie, aucune profession de foi ni aux fidèles ni aux pasteurs. L’instruction religieuse donnée aux enfants (à 17 ans pour les garçons, à 16 ans pour les filles) est donnée dans le sens le plus large. On y tient compte des constations faites par la critique religieuse et par l’exégèse sacrée. Enfin, et par dessus tout, la science est considérée comme devant joaer dans le sein de l’Eglise nouvelle le rôle que les Conciles jouent dans le sein de l’Eglise catholique.
- On comprend qu’une pareille liberté chez le pasteur et chez les fidèles doive entraîner des divergences d’opinion considérables. Tandis que tel pasteur prêche le déisme spéculatif, tel autre’expose un pan-lhéisme vague ou un rationalisme très précis. Les fidèles vont entendre celui des pasteurs dont les idées concordent le mieux avec les leurs. De la sorte toutes les nuances de l’opinion religieuse, depuis la plus modérée jusqu’à la plus hardie, peuvent* librement se manifester.
- C’est la liberté religieuse dans la plus haute acception du mot.
- Il nous tardait de voir quelle attitude ces pasteurs libéraux prendraient à l’égard de l’hypothèse scien-ifique de M. Darwin.
- Le naturaliste anglais admet, et un certain nombre de notabilités scientifiques contemporaines admettent avec lui :
- Qu’il naît infiniment plus d’êtres qu’il n’en peut vivre.
- Qu’il s’établit entre eux une concurrence] vitale (struggle for life) dans laquelle les plus vigoureux triomphent,
- Qu’il se fait de la sorte un choix, une sélection, qui perfectionne constamment les types,
- Que cette sélection, jointe à l’influence des milieux, modifie les espèces,
- Enfin que tous les êtres qui existent actuellement sur la terre n’ont été à l’origine que des organismes à peine ébauchés, lesquels ont progressé constamment durant des siècles de siècles.
- Cette hypothèse supprimant la création de l’homme et par conséquent sa chûte et sa rédemption, on comprend que le protestantisme libéral ait hésité à en parler.
- Cette hésitation n’existe plus., L’une des notabilités les plus marquantes du protestantisme libéral, notre ami M. le pasteur Chantre, expose en ces
- termes l’attitude que l’Eglise nouvelle entend prendre devant la nouvelle hypothèse.
- Quant à nous, dit-il, ce qui nous occupe spécialement ici, ce sont les conséquences philosophiques ou religieuses qui dérivent du darwinisme. A notre sens, cette théorie qu’on peut considérer comme relativement, sinon absolument vraie (dans ses traits généraux s’entend) ne nous paraît pas du tout irréligieuse, Que la puissance créatrice ait opéré des créations successives ou qu’elle soit la force qui agit continuellement et préside aux transformations des milieux, des êtres et des espèces, elle existe toutefois ; peut-être même devons-nous en avoir une idée plus haute, si nous l’envisageons d’après la théorie de Darwin que d’après celle de Cuvier ; l’action continue de Dieu nous en donne une notion plus haute que ne le font des interventions successives du Créateur ; dans ce second cas, il ressemble encore trop à l’homme et ses moyens aux moyens humains. Que l’homme provienne d’un autre animal transformé, toujours est-il qu’il est un animal (nous le savons et nous ne le sentons que trop), avec quelque chose pourtant qui le distingue de l’animal et qui l’oblige à cesser de l’être. Nous consentons même, si l’on veut, à être des singes perfectionnés plutôt que des anges déchus. Disons plus, la théorie darwinienne (dans ses grands traits) nous montre que le mieux succède au moins bien dans la lente évolution du globe et des espèces ; que le mal, la brutale concurrence vitale, devient une condition du mieux, amène la formation d’êtres plus forts, mieux organisés , eh bien ! nous trouvons cela consolant et religieux. La vue du mal sur la terre, des souffrances et des destructions imméritées, trouble parfois notre raison et notre foi; l’inévitable pourquoi ? se présente bien souvent à notre esprit. Si cet état imparfait, mauvais, qui nous trouble, était définitif, ne serait-il pas plus dur à accepter, plus scandalisant, que si nous sommes mis, par la science elle-même, sur la voie d’une espérance, celle que le progrès se dégagera nécessairement des imperfections du présent? Laissons la science et les savants éprouver la théorie darwinienne, la renverser, la modifier ou la confirmer ; à chacun sa compétence dans ce monde, et la théologie n’a pas mandat de dicter des arrêts aux sciences naturelles, mais soyons sans inquiétude pour la religion ; si le Darwinisme passe à l’état de théorie définitive comme celle de Newton, de Copernic ou de Galilée, la religion ne sera pas pour cela anéantie ; les idées religieuses devront peut-être se transformer, mais elles ne seront après cette transformation que plus rationnelles et plus grandioses.
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mme Marie HOWLAND Yoir n° 4 (tome 1), à n° 21 (tome 2)
- Chapitre XXXIII {Suite)
- , Légitime ou illégitime
- Resté seul avec Frauenstein, Kendrick,qui ne pouvait supposer un instant que le projet d’adopter la petite Minnie fut sérieux de la part du comte, s’écria gaiement :
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- « Mais, cher ami, si vous avez la passion chevaleresque d’adopter des bâtards, pourquoi donc n’avoir pas commencé plus tôt ? »
- — « Parce que je n’avais pas encore rencontré d’exemple où la mère pauvre et sans éducation, fût si noblement sortie de sa disgrâce. J’ai su par le docteur Forest que Susie Dykes est avide d’apprendre, qu’elle lit et étudie régulièrement, tout en travaillant avec le plus grand courage pour mettre son entreprise horticole sur un bon pied.
- « Aussi demain irai-j« voir cette estimable personne, et si elle a besoin de capitaux, je serai heureux de lui en procurer. C’est un placement aussi sûr que votre Compagnie d’assurance, bien qu’il ne puisse rapporter un intérêt aussi élevé. »
- Kendrick eût volontiers étranglé^son hôte.
- Burnham et sa femme étaient partis avec une provision de désagréments suffisante pour alimenter leur inimitié conjugale. A peine rentré chez lui, le banquier déclara que sans les sots propos de sa moitié concernant Clara et Susie, Frauenstein ne se serait pas montré si insensé.
- Madame Burnham prit en silence l’air d’une victime conjugale ; son mari continua ses récriminations jusqu’au moment où, vaincu par le sommeil, il alla reposer sa tête sur l'oreiller voisin de celui de sa femme, touchante promiscuité que justifiait seule la permission de la loi.
- Une harmonie conjugale de même nature existait à ce moment dans la somptueuse résidence’des Kendrick. Seulement, la femme du banquier ne joua pas, comme madame Burnham, le rôle de victime silencieuse. A peine Frauenstein se fut-il retiré dans ses appartements que madame Kendrick s’écria, en s’adressant à son mari :
- « Vous voilà dans de beaux draps avec le comte ! »
- « Moll bah, cela est déjà passé ; que voulez-vous dire?» demanda Kendrick, quoi qu’il sût parfaitement à quoi s’en tenir. Aussi, sa femme reprit elle avec une certaine impatience :
- « Vous auriez dû connaître assez Frauenstein pour savoir qu’il était incapable d’approuver aucune distinction sociale étroite. Il a vu Clara Forest et, trouvant qu’elle a été injustement traitée, il est passé à l’ennemi. »
- — « Vu Clara ? A la façon dont il parlait, je dirais bien plutôt qu'il a vu Vautre et je ne serais pas surpris qu'il fût amoureux de la fillette et de sa mère. »
- — « C’est là ce que vous croyez. Jamais les hommes ne voient les choses comme elles sont. Je suis sûre, moi, qu’il est épris de Clara. Tout finira par un mariage, vous verrez 1 » dit madame Kendrick avec
- amertume. Elle avait longtemps caressé l’espoir que sa fille Louise se ferait aimer du comte et son découragement était complet.
- « Je vous avais toujours dit que ce projet de mariage entre Louise et Frauenstein ne pouvait réussir, » fit Kendrick. « Un homme tel que Paul sait trop bien juger une femme. Louise a les bras et les jambes comme des cierges. »
- » C’est une honte pour un père de parler de la sorte, » répondit madame Kendrick.
- « Et si notre fille n’est pas mieux conformée, c’est votre faute, » repartit le mari. « Vous avez retiré Louise de l’école parce qu’elle s’était légèrement contusionnée au gymnase et l’avez envoyée dans ce prétentieux pensionnat de dévotes à Worcester. Est-ce que je n’ai pas toujours insisté pour qu’elle travaillât au jardin et dans la serre afin de développer ses muscles? Elle sera désormais maladive comme vous la voyez actuellement. »
- « J’ai veillé à ce qu'elle prit beaucoup d’exercice, et sa santé est aussi bonne que l’était la mienne à son âge, » repartit madame Kendrick. Le banquier ne fit pas d’objection ; sa femme continua : « Travailler au jardin élargit et rougit les mains; quel est l’homme, je vous prie, qui aime des mains de lavandières ? Vous aviez coutume de louer la blancheur
- et la petitesse des miennes......... avant notre
- mariage, naturellement, » ajouta-t-elle.
- Kendrick continuait à garder le silence ; ses pensées plus actives que d’habitude l’absorbaient complètement. Il lui semblait que tous les raisonnements de convention qu’il avait si volontiers admis jusque-là manquaient tout-à-coup de base et il se demandait si, après tout, les radicaux dans leurs plaidoiries pour l’affranchissement des travailleurs et des femmes n’étaient pas plus près que lui de la vérité.
- « Frauenstein, se disait-il, « assez riche pour mettre sa femme dans un palais et l’entourer de domestiques, admire les femmes qui travaillent. Les choses ne seraient-elles pas mieux en réalité si les femmes pouvaient s’exercer à compter sur elles-mêmes ? » Il fit part de cette dernière pensée à sa femme, et dit qu’il était certainement méritoire, de la part de Clara Forest, puisqu’elle était assez folle pour renoncer à ses droits ^connue épouse de Delano, de pourvoir à ses propres besoins plutôt que de vivre chez son père et à ses dépens.
- « Cela est évident, » répondit madame Kendrick,
- « et nous n’aurions jamais dû cesser de recevoir une personne aussi distinguée. Vous avez entendu ce qu’a dit le comte. »
- — « Qui est à blâmer en cela ? ce n’est certes pas
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- moi. Ce ne sont jamais les hommes qui rejettent les femmes, ma chère. »
- — En vérité, Elias, vous aurez la palme pour l’aisance avec laquelle vous vous débarrassez d’une responsabilité. Les hommes ne] rejettent pas les femmes! Vraiment! je le sais bien; mais ils les insultent plus cruellement que nous. Je sais que vous saluez Clara comme si c’était une duchesse ; mais laisseriez-vous Louise la visiter ? Vous savez bien que non. Voilà comment les hommes prennent le parti de celles que leurs femmes et leurs] filles évitent. »
- M. Kendrick pensa que le silence était la seule réplique qu’il pût faire à cette juste réflexion. Il supposa du reste qu’il pouvait s’en rapporter à sa femme pour rétablir l’harmonie entre lui et Frauen-stein ; car s’il éprouvait le besoin d’empêcher l’argent du comte de s’égarerhors delà famille, madame Kendrick de son côté, désirait ardamment assurer à Louise le rang et le nom de Frauenstein ; et le banquier savait que sa femme n’abandonnerait cet espoir qu’à la dernière extrémité.
- Le lendemain matin, Frauenstein se présenta chez M. Forest. Le docteur était absent mais ne devait pas tarder à rentrer. Frauenstein l’attendit et, à la grande joie des jumelles, passa la plus grande partie du temps au piano. Malgré leur timidité, les deux jeunes filles chantèrent pour répondre au désir du comte ; puis Linnie s’enhardit jusqu’à prier ce dernier de bien vouloir leur dire, en toute franchise, ce qu’il pensait de leurs voix.
- « Est-ce que vous autorisez votre sœur à parler ainsi pour vous comme pour elle, miss Leila ? » demanda le comte.
- « Oui, non, » répondit celle-ci en riant et rougissant tout à la fois comme celan’arrive qu’aux jeunes filles; « oui, pour cette fois, » finit-elle par conclure.
- « Bon. Alors je dirai que votre voix à vous est puissante, mais métallique;que celle de miss Linnie est plus souple et plus expressive. Elle sent mieux que vous ou du moins mieux que vous ne semblez sentir. Si vous continuez toutes deux à cultiver le chant et le piano pendant cinq ans encore, miss Linnie aura des succès comme chanteuse et vous comme pianiste. Telle est mon opinion, mais j’ajouterai comme les Français : Maintenant je n’en sais rien. »
- Le comte entama ensuite avec les jumelles une conversation en français; les filles du docteur, très-peu expertes en cette langue, s’étonnaient de la facilité avec laquelle Frauenstein les comprenait. £,eurs plus mauvaises phrases étaient saisie? par lui
- comme elles l’eussent été par un vrai Parisien. Tout étranger qui est allé à Paris sait ce que nous voulons dire ; il ne peut avoir oublié comment son épouvantable jargon était instantanément compris par ses hôtes et provoquait d'aussi gracieuses réponses que si c’eût été un modèle d’élégante diction.
- Puis on revint à la musique, et comme le comte terminait une ariette, Linnie enthousiasmée s’écria :
- « Oh ! que je voudrais que ma soeur Clara vous entendît chanter ! »
- » Elle m’entendra, » répondit Frauenstein en regardant Linnie avec une expression qui fit à la jeune fille l’impression d’une caresse.
- Peu après, M. Forest entra. Dire que le docteur et Frauenstein s’aimaient en frères, n’exprimerait pas suffisamment la profondeur de l’affection qui unissait ces deux hommes si dissemblables sous plus d’un rapport, et cependant en si complète sympathie que la pensée de l’un répondait à celle de l’autre comme s’ils n’eussent eu qu’une même conscience.
- « J’étais venu, » dit le comte à M. Forest, après l’échange des compliments habituels, « pour vous emmener de l’autre côté de la rivière, voir les cinquante acres de terre sur lesquels, si les dieux me sont propices, je compte bâtir un palais social. »
- Les deux amis sortirent ensemble, cette promenade avait lieu par une journée claire et embaumée de la première semaine d’avril.
- « Si je construis ce palais, » disait Frauenstein,
- « je veux l’édifier dans de plus grandes dimensions que celui de Guise. Je voudrais que deux mille individus au moins y fussent logés. Le Familistère de Guise est un édifice imposant et parfaitement distribué, mais je voudrais que le nôtre fût plus luxueux.
- « Une chose aussi qui m’occupe, c’est le choix des industries auxquelles s’emploieront les futurs habitants du palais social. »
- « C est, en. effet là, une question de la plus haute importance, » dit M. Forest.
- « Mon intention,» continua Frauenstein, « est d’établir l’édifice même du Palais, d’après des procédés nouveaux de construction que la petite propriété bâtie ne permet pas d’employer.
- « J’ai remarqué qu'ilyadans ce pays des terrains à ciment d’une richesse et d’une qualité exceptionnelles. J’établirai des fours et des ateliers pour fabriquer ces ciments qui peuvent acquérir la dureté du marbre.
- « Je ferai ensuite élever chaque étage entre des moules dans lesquels je coulerai sur place les ciments mélangés an sable granitique de la rivière, de manière
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- à ce que l’édifice, ses murs, ses façades, sa décoration extérieurs soieut un véritable monolithe.
- « J’espère, en outre, trouver dans cette fabrication du ciment une première industrie pour l’association que je veux fonder. Une fois ce genre de travail organisé, l’association pourrait établir des pierres factices de toutes sortes, répondant aux besoins des constructions de la contrée et le ciment lui-même trouverait un emploi certain dans les travaux de nos villes. »
- « Vous avez réellement l’esprit d’organisation et le génie de l’industrie ! » s’écria M. Forest émerveillé.
- « J’ai encore une autre industrie en vue pour nos travailleurs et nos travailleuses, » continua le comte; « vous devinez sans peine ce que je veux dire....... »
- M. Forest sentit bien que le comte voulait parler de l’horticulture, — « mais, » continua Frauens-tein, « je ne vois pas que cela soit suffisant; ne pourriez-vous, cher docteur, m’indiquer encore un autre genre de travail dans lequel femmes et hommes pussent trouver de l’occupation ?
- « Il y aurait peut-être le tissage » repartit le docteur.
- — « C’est une idée; le tissage d® la soie, du velours ; la fabrication des cachemires, des dentelles, il faudra que j’examine ces questions.
- « Il ne manque plus qu’une chose maintenant, c’est le motif déterminant pour faire le premier pas et installer mon œuvre ici plutôt qu’ailleurs. Cela dépend....... »
- S’arrêtant soudain, le comte demanda brusquement à M. Forest : « Avez-vous jamais été amoureux ? »
- — « Jamais. En se faisant de la femme une idole, les hommes entravent trop leur propre perfectionnement.
- — « Vous voulez dire en faisant d’elle une esclave, n’est-ce pas. Seule la femme libre est digne de l’homme qui a conquis sa liberté. Le temps n’est pas encore venu, mais il est proche, où la femme sera définitivement affranchie. Alors nous verrons luire l’aurore de l’âge d’or. Actuellement les hommes se croient libres parce qu’ils se sont débarrassés de quelques entraves; mais leur liberté est loin d’être complète et celle des femmes est plus enchaînée encore. »
- « Et il est des chaînes, » ajouta le docteur, « que l’homme ne pourra secouer pour lui-même que lorsqu’il aura reconnu à la femme des droits politiques égaux aux siens.
- « Du reste, j’augure bien du mouvement qui se fait en ce sens; la situation des femmes s’élève lentement,
- à travers mille tribulations, mais elle s’élève sûrement. »
- (A suivre.)
- BIBLIOTHÈQUE DU FAMILISTÈRE
- La Bibliothèque du Familistère de Guise a reçu depuis le dernier bulletin :
- 1° de M. Angély Feutré les volumes suivants dont il est l’auteur :
- Le Patse-port d’un inconnu. ... 1 volume
- Un amour paradoxal.................1 »
- Les vandales et les profanes del’amour. 1 »
- 2° de M. Paul Hacquart .
- Traité pratique et rationnel de 'botanique médicale, dont il est l’auteur. 1 volume
- Ensemble .
- . 4 volumes
- LA FEMME DEVANT LE CODE FRANÇAIS
- Nous empruntons au journal ouvrier Le Prolétaire les lignes suivantes :
- Le Code civil français ne reconnaît pas l’égalité de l’homme et: de la femme. Il ne comprend pas, quoique le premier Code civil du monde, dit*on, le mariage entre égaux ; il repousse l'idée démocratique qui considère le mariage comme une association accomplie sur le pied de l'égalité.
- Il va plus loin encore ; car, partant d’un principe faux et antisocial, il arrive à des conclusions, des applications dangereuses et anarchiques qui, tout en désorganisant la famille, la pervertissent et la dégradent.
- Je m’explique : Bien convaincu que la femme est la servante de l’homme, comme dit la Bible, qu’elle lui doit obéissance et respect, c’est-à-dire qu’elle lui est inférieure en esprit comme en forces, le législateur, s’inspirant des erreurs du passé, subalternise la femme à l’homme dans le Code, la place sous l’obéissance, la frappe de minorité, la contraint à la cohabitation,|la dégrade au rang des choses, et met la fortune entre les mains de son mari. Il fait davantage, car il insulte la femme :
- L’article 142 dit expressément ceci : « Ne peuvent être tuteurs ni membres d’un conseil de famille les interdits, les hommes condamnés à une peine infamante et les femmes. »
- C’est en ces termes choisis que la femme est mise par le Code en parallèle avec les imbéciles et les tarés.
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- Ce n’était pas assez, la logique exigeait davantage et le législateur, qui était conséquent, a fait plus encore.
- Il a décidé, dans sa haute sagesse, que la mère de famille ne pourrait avoir, sur ses enfants les mêmes droits que son mari (art. 372 à 378).
- Puis, continuant d’avancer dans cette voie qui n’est pas celle de la justice, il crut devoir enseigner que la femme ne pouvait gérer ses affaires, disposer de ses biens,donner et recevoir sans le consentement de son mari (art. 934 et 1428).
- Comme on le voit, il y a là une petite injure de défiance sournoisement présentée. Qu’importe !
- Ceci fait, il décida (article 1421 et 1422) que cet être inférieur, qui s’appelle la femme, ne pourrait posséder, dans la communauté, au même titre que son mari. Voilà qui est d’une profonde moralité et dépeint bien l’idée des hommes qui confectionnèrent ce qui porte le nom de Code Napoléon.
- Quel fut le résultat immédiat de ces deux articles de loi ? Ce fut de donner pouvoir à l’homme pour vendre trois, ou quatre fois de suite le ménage payé par la femme, sans qu’elle puisse réclamer.Oet abus, plus fréquent qu’on ne pense, jette la femme dans une misère profonde, la décourage et la fait plus sensible aux insinuations malsaines qui la feront déchoir, tandis que l’homme est assuré de l’impunité.
- Ainsi voilà une malheureuse mère, mariée à un misérable ivrogne, qui, à force d’écoaomie, est parvenue à acheter de ses deniers un petit ménage dans lequel elle espère vieillir.
- Mais elle a compté sans le misérable qu’une liaison indissoluble ne peut séparer d’elle. Cet homme qui devrait la défendre, la bat et la dépouille ; il vend le ménage et dépense avec d’autres femmes le prix de la vente; et la loi, qui doit protection aux faibles, ne fait rien pour protéger la malheureuse mère que l’inconduite de son mari a mise sur le pavé : elle laisse vendre jusqu’au dernier mouchoir; carie mari peut vendre tout, ses pouvoirs sont plus grands que ceux d’un créancier, qui ne peut pas faire saisir le lit du débiteur qu’il poursuit. L’homme, qui est le maître, vend tout, et la femme n’a que le droit d’économiser de nouveau pour refaire un ménage que le mari pourra vendre encore, Et cela indéfiniment.
- Pour échapper à cet homme qui la rudoie et la ruine, la malheureuse femme n’a qu’un moyen, la séparation de corps, une démence qui dissout le mariage de fait en séparant les époux, mais qui le maintient en principe en mettant ceux-ci dans l’impossibilité de convoler à d’autres^ noces.
- En déclarant l’indissolubilité du mariage et en repoussant le divorce, le Code civil français condamne l’époux innocent au célibat, et légitime la dissolution des mœurs en rendant plus fréquentes les naissances hors mariage.
- Ces considérations n’ont pas arrêté le législateur : il a préféré mentir à sa mission, fonder la débauche et subalterniser la femme, que d'oublier les principes religieux des pères de l’Eglise qui toujours ont voulu l’abaissement de la compagne de l’homme, et qui ont poussé l’outrecuidance jusqu’à discuter un moment si la femme avait une âme.
- Il ressort clairement de tout cela que la situation faite à la femme par notre civilisation est monstrueuse et qu’elle ne dépasse pas celle dont jouit l’enfant.
- Car, s’ils sont mineurs tous les deux, l’enfant cesse de l’être à vingt et un ans, et la femme l’est toujours.
- Napoléon disait, alors qu’il était premier consul : « Il faut que la femme sache qu’en sortant de la tutelle de sa famille elle passe sous celle de son mari. »
- Et Napoléon, qui émettait cette étrange fantaisie, aussi despote qu’immorale, était d’accord avec le catholicisme qui dit : « La femme est la servante de son mari ; elle lui doit obéissance et respect. »
- Et les membres de cette commission de jurisconsultes, présidée par Bonaparte, pour ne pas rompre avec le catholicisme et ne pas déplaire au despote qui naissait, ont inséré dans la loi que la femme ne peut rien faire sans le consentement de son tuteur ou de son mari.
- {A suivre.)
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- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- L’avenir des crèches en francs, par J.-J, Junca, broch. in-8. Paris, chez l'auteur, rue de Loos, 17.
- M. Junca reconnaît le bien immense accompli par les établissements si mal désignés par le vilain mot de crèches, mais il constate que l’organisation actuelle de ces établissements ne leur permet pas de rendre tous les services qu’ils pourraient rendre. M. Junca se demande d’où vient le mal et quelles mesures il faut prendre pour y remédier. Il considère tour à tour les différents genres de crèches et salles d’asile de la France et de l'Autriche, les nurseries de l’Ang’leterre et les écoles gardiennes de la Belgique ; il se prononce pour ce dernier système, jusqu’ici le meilleur, lequel consiste à recevoir les enfants depuis l’âge de 15 jours, à ne leur donner que du lait jusqu’à 4 mois, à commencer alors un sevrage progressif au moyen de panades sucrées, puis
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- de bouillon. Hors la période de dentition ou les cas de fatigue, l’enfant qui a 2 ans révolus ne doit pas être couché pendant le jour, car le cerveau ne se développerait pas assez, on doit même le tenir en éveil. Le bercement est interdit. Les sièges sans dossier sont condamnés. De nombreuses heures sont données à des exercices
- gymnastiques. Des chants sont intercalés entre les eures de travail.
- Dne crèche fort originale au nombre de celles de la Belgique, est la crèche de Namur, soutenue par l’armée. Tout le comité est composé d’ofïiciers supérieurs, et 200 des membres qui soutiennent cette crèche sont des militaires.
- M. Junca estime que la France doit prendre modèle sur là Belgique, mais que Surtout on doit enlever aux crèches leur caractère actuel d’établissements de charité. Il ne faut pas que la famille qui y a recours se sente obligée, il faut qu’elle y ait droit. Pour cela, les crèches doivent rentrer dans le nombre des établissements publics consacrés aux besoins de l'enfance, comme les salles d’asile ®t les écoles. L’inspection en doit être confiée à des personnes nommées par l’administration et choisies parmi celles dont la compétence en semblable matière @st notoirement reconnue.
- CORRESPONDANCE
- L’abondance des matières nous oblige à ajourner une lettre de M. Catineau et notre réponse à cette lettre.
- —-"«>000*1^--~
- UN NOUVEAU JOURNAL
- La décentralisation intellectuelle fait du chemin. Le Devoir va bientôt ne plus être seul en province à s’occuper des questions sociales. Montpellier va avoir, lui aussi, un journal s’occupant de l'amélioration du sort des travailleurs.
- C’est notre cher confrère L. Xavier de Ricard, auteur d’un bon livre sur le Fédéralisme, qui en prend l’initiative et qui en aura la rédaction en chef. Le nom de M. de Ricard est une garantie suffisante de la valeur de ce journal. i
- La Commune libre — c’est le nom de ce nouve organe — paraîtra deux fois par semaine à partir du 13 février. Nous lui souhaitons une entière réussite.
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- £e numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 16 FÉVRIER 1879.
- f ANNÉE, TOME 2 — N° 23
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
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- Autres pays
- Un an . . . . 13
- f. 60
- Rédacteur en chef : M. Ed. Champury
- BUREAU AUXILIAIRE A PARIS 32, rue Serpente , 32
- Pour tous renseignements, s’adresser de 2 à 5 heures àM. Ed. THIAUDIÈRE, Représentant du DEVOIR.
- BUREAU PRINCIPAL
- A GUISE ( Aisne ).
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- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN
- Fondateur du Familistère Directeur-Gérant.
- SOMMAIRE
- Conditions du travail dans le passé. — Catholicisme et socialisme. — Réforme des postes et des télégraphes. — Semaine politique. — Variétés. — Morale religieuse et morale philosophique. — M. Paul Bert et la réduction du nombre de diocèses. — La république et les décorations. — Roman : La Fille de son père. — Le Familistère de Guise. — La Crémation à Milan.
- LA CONDITION DU TRAVAIL DANS LE PASSÉ ET DANS LE PRÉSENT
- Le passé des sociétés peut nous servir de point de comparaison pour étudier l’état présent des rapports entre les hommes.
- Sous les régimes connus des sociétés anciennes, nous voyons les hommes en état de guerre Perpétuelle; leur préoccupation constante est de chercher les moyens d’asservir et de dominer leurs semblables. Les nations, comme les individus, ont pour seul objectif de rendre leurs Yoisins tributaires ou de les réduire en esclave.
- Les guerres perpétuelles entre les individus ®tles nations ont pour cause la convoitise des rLhesses et l’orgueil de la domination dont les tommes sont possédés. Les individus étant plus
- avides de jouissances que capables de s’en procurer par leur propre industrie, ils font de la guerre un expédient pour s’approprier les ressources d’autrui, ou pour faire affluer chez eux la richesse qui se portait sur d’autres points.
- La passion du chacun pour soi n’a pas de limite ; elle va jusqu’à faire établir comme licite la propriété de l’homme vainqueur sur l’homme vaincu. Celui qui succombe dans les luttes de la guerre n’est plus, entre les mains du plus fort, qu’un esclave livré, corps et biens, à son propriétaire.
- Il ne faut pas aujourd’hui faire un grand effort de réflexion dans le sens de la justice pour comprendre sur quelles bases d’iniquité et de crimes les sociétés reposaient alors, et si l’on peu^ s’étonner de quelque chose c’est que les historiens, à toutes les époques de l’histoire, se soient fait les admirateurs de ces luttes criminelles.
- Seuls les philosophes et les législateurs se sont préoccupés de cette imperfection morale des hommes et des sociétés ;
- Seuls ils ont cherché à ramener les individus à l’amour les uns des autres ;
- Seuls ils ont contredit cette morale-de convention qui a sanctionné tous les écarts de l’orgueil et de l’égoïsme, qui a fait de la dévastation et du massacre un titre de gloire, du mépris de la vie humaine un signe de puissance, de l’oppression un moyen de richesse.
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- LE DÉVOIR
- En s’élevant peu à peu au sentiment du juste et'du droit, l’homme a cessé progressivement d’admirer les crimes de lèse-humanité. La liberté s’est peu à peu dégagée de la servitude, l’esclavage a disparu des sociétés, l’homme a recouvré la liberté de disposer de son activité et de son travail pour son bien propre.
- Mais à une époque encore bien rapprochée de nous, la liberté individuelle était méconnue et sacrifiée sous toutes les formes, le travail était soumis au privilège, le commerce et la circulation des produits étaient assujettis au monopole, une partie de l’humanité était occupée à asservir et à opprimer l’autre.
- La noblesse, le clergé, les maltôtiers, les traitants et les soudards étaient une minorité ne s’employant à rien autre chose qu’à pressurer le reste du peuple taillabl© et corvéable à merci.
- La misère alors était presque générale; la noblesse et le clergé jouissaient seuls d’une opulence relativement considérable si on la compare à la misère du peuple à cette époque.
- Les entraves dont le travail était entouré restreignaient la production à ses plus étroites limites. Chacun vivait des produits créés sur place.
- Cet état de servitude ayant disparu à la Révolution française pour faire place à la liberté, le travail s’est exercé plus à l’aise, les aptitudes de l’homme se sont développées, l’industrie a pris naissance, les produits se sont multipliés et le commerce en est venu propager l’usage.
- Pendant ce court intervalle de moins d’un siècle, les faits de la vie sociale se sont tellement modifiés et multipliés que c’est à peine si l’on en a pu reconnaître le sens et la portée.
- Mais ce qu’on peut constater aisément, c’est la quantité prodigieuse d’objets et de produits ignorés alors et que l’industrie crée aujourd’hui en abondance, c’est la production des choses utiles à l’existence, si énorme de nos jours comparativement à ce qu’elle était autrefois.
- Ce grand mouvement industriel a été plus ou moins exactement apprécié par les économistes, et les résultats avantageux qui en sont sortis pour la société ont été souvent attribués à des causes incapables de les produire.
- Quant à nous, nous professons que c’est à la |
- liberté et rien qu’à la liberté reconquise par l’homme dans l’exercice de ses droits, que ces bienfaits sont dus. C’est à la liberté du travail à la liberté de l’industrie, à la liberté du coiïk merce et des échanges, à la liberté de la science et des études que nous devons les progrès accomplis. Et c’est en rendant plus complète encore la libre expansion de toutes les facultés humaines, que l’homme triomphera des derniers obstacles qui laissent les classes laborieuses en proie à des besoins non satisfaits.
- En rendant cet hommage à la liberté du travail, de. l’industrie et du commerce, nous voulons nous élever contre des confusions regrettables : certains économistes ont attribué à la concurrence industrielle et commerciale des mérites qui ne sont pas de son essence et qui n’appartiennent qu’à la liberté.
- La liberté, en effet, naît du respect du droit de chacun.
- La liberté, c’est la faculté rendue à l’esclave de disposer de sa personne et de son travail.
- La liberté, c’est la faculté rendue à l’homme de penser et d’agir avec indépendance suivant sa volonté. C’est l’homme se possédant lui-même et jouissant du fruit de ses œuvres dans la société. C’est l’homme à l’abri de l’oppression et de l’exploitation de la part de ses semblables la liberté, enfin, c’est avec lu respect du droit le commencement de la pratique de la justice
- Tel est le bienfait que la Révolution française est venu apporter au monde, en rendant au citoyen, au travail, à l’industrie, au commerce et à toutes les branches de l’activité humaine une plus grande part de liberté.
- Mais cette liberté pouvait-elle, dès son apparition, se montrer purifiée des souillures du passé, alors que, pendant tant de siècles, le peuple avait vécu sous le régime des exactions et de la rapacité de ses oppresseurs ? La liberté nouvelle ne devait-elle pas se trouver en face de traditions et d’habitudes contraires aUl égards que les hommes se doivent les uns au* autres ? Les hommes et les caractères étaient-ib pouvaient-ils être à la hauteur des vert11-' sociales nécessaires pour mettre en pratique 1^ larges aspirations contenues dans la devise
- Liberté, Égalité, Fraternité.
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- Qu’ils proclamaient alors ?
- Cela était impossible. Un passé aussi contraire à toute répartition équitable des fruits du travail humain pouvait provoquer une explosion de réprobation universelle de la part des exploités contre les exploiteurs, mais il ne pouvait donner naissance à la pratique de la véritable justice parmi les hommes.
- Les esprits et les coeurs1 n’y étaient pas préparés ; l’amour de la domination et de l’exploitation restait dans l’esprit des uns, tandis que s’élevait chez la grande majorité des autres le désir légitime d’avoir leur place comme individu dans la société et de pouvoir posséder par eux-mêmes.
- Au régime d’oppression et de privilège sous lequel la grande masse clu peuple travaillait pour quelques individus, la France substituait un régime sous lequel chacun travaillait pour soi, en attendant l’inauguration du règne de la justice où chacun travaillera pour tous et où tous travailleront pour chacun.
- Le régime du chacun pour soi pouvait paraître s’accorder avec la liberté, mais il ne correspon-. dait pas à l’égalité et encore moins à la fraternité.
- Quoi qu’il en soit, ce fut un immense progrès ; mais ce progrès n’est qu’une nouvelle étape dans la voie de l’équité sociale. Les inconvénients du chômage, les fluctuations et l’insuffisance du salaire, le paupérisme grandissant dans les contrées manufacturières, à mesure du développement de la richesse, sont des anomalies qui ne peuvent se justifier et qui dénotent le besoin de faire un nouvel effort dans la voie de l’amour du juste et du droit.
- L’étape accomplie nous laisse donc encore bien du chemin à parcourir; le point où elle nous a permis d’arriver nous montre que si le travail a été exploité dans le serf et l’esclave sans nul souci des droits de la vie humaine, il l’est encore aujourd’hui dans l’ouvrier avec beaucoup d’oubli des devoirs que le travail impose à la société.
- Pour répondre aux aspirations modernes de la justice, une grande réforme est à accomplir dans toutes les' branches de l’industrie. Cette reforme devant tenir compte des devoirs de chacun à l’égard d’autrui, comporte la mutualité et la solidarité générales de l’industrie et de la
- richesse, afin de donner à l’existence humaine les garanties nécessaires; elle comporte en outre l’association des travailleurs aux bénéfices qu’ils concourent à produire.
- GODIN.
- PENSÉES SOCIALES & POLITIQUES
- IX
- Le but supérieur des droits politiques est de protéger et de garantir l’usage de la vie et de ses facultés dans la personne de tous les citoyens.
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- CATHOLICISME ET SOCIALISME.
- M. de la Codre nous écrit au sujet du premier article de notre numéro du 2 février :
- « Les temps de l’Inquisition sont passés, le catholicisme, dans ses excès possibles, est moins dangereux que le socialisme dans les siens (la propriété c’est le vol). S’il a quelques défauts, il offre le grand avantage de faire vivre deux sentiments naturels qui contribuent puissamment au bonheur des hommes, {l'humanité se compose d’hommes) :
- La bienfaisance,
- Et la reconnaissance. »
- Entendons-nous. La bienfaisance et la reconnaissance ne sont pas le monopole du catholicisme. On les trouve aujourd’hui dans toutes les confessions ainsi que dans la morale des libres penseurs.
- Quant aux temps de l’Inquisition, s’ils sont passés en Europe ils ne le sont pas dans d’autres pays catholiques. Au Guatémala, au Honduras, à San Salvador, l’Inquisition fleurit encore aujourd’hui dans toute sa-splendeur. Au Mexique, elle réapparait de temps à autre sous une forme dissimulée. En Bolivie, dans l’Equateur, dans la Nouvelle-Grenade des partis politiques ultromontains jouent parfaitement le rôle que l’Inquisition a joué dans nos pays. Les noms sont changés, les choses sont les mêmes. Et le pape, le pape infaillible ne proteste pas.
- D’ailleurs, ne l’oublions pas, si l’Inquisition ne règne plus en Europe, ce n’est pas de son bon vouloir. Ce n'est pas non plus par suite d’une répudiation de l’Église. C’est par suite de la ferme volonté et de l’opposition persévérante des laïques.
- Cette même fermeté et cette même persévérance contre les empiètements de la curie romaine s’imposent aujourd’hui à tous les bons citoyens. On ne pourrait plus restaurer parmi nous l’Inquisition — nos mœurs ne lé comportent plus — mais on pourrait parfaitement organiser des partis cléricaux dont
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- tous les actes tendraient à supprimer les libertés modernes.
- M. Louis Veuillot, dans d’innombrables articles de son journal, le Pape Pie IX, dans un Syllabus et dans une Encyclique qui resteront, M. le comte de Mun, dans des'conférences et des lettres dont chacun se souvient, ont déclaré avec une franchise qui les honore ce que la curie romaine entend faire de nos libertés. Le Syllabus est on ne peut plus catégorique à cet égard et ne laisse pas une seconde d’indécision.
- Le socialisme n’a jamais rien demandé de pareil et s’il se trouve dans ses rangs quelques groupes d’hommes assez insensés pour répéter après Proudhon que « la propriété c’est le vol, » ces hommes forment une infime minorité. Proudhon lui-même, dans les dernières années de sa vie, a regretté la malheureuse expression dont il s'était servi pour attirer sur lui l’attention. Dans son remarquable volume Théorie de la propriété, il établit de la manière la plus claire et la plus évidente que la propriété est indispensable à la liberté.
- Le socialisme n’en est plus où M. de la Codre le croit encore. Les collectivistes d’aujourd’hui n’ont rien de commun avec les communistes d’autrefois. Ils demandent le rachat du sol par l’Etat, c’est vrai, mais ils ne demandent pas la spoliation des propriétaires.
- Nous ne contestons pas qu’il puisse se trouver encore dans le socialisme quelques individus qui ne rêvent que plaies et bosses, mais, loyalement, quel est le parti qui peut se dire vierge d’éléments semblables ? Aucun. Tous les partis ont leurs enfants terribles.
- Quant au ferment révolutionnaire qui se trouve dans le socialisme de différents pays, nous croyons qu’on l’exagère de beaucoup. Il est réel dans les pays de pouvoir absolu, en Russie, par exemple, et un peu aussi en Allemagne.
- Toutefois, il est à remarquer— et cela doit ne pas échapper à un publiciste aussi distingué que M. de la Codre — il est -à remarquer que plus un pays est libre, moins les tendances révolutionnaires y sont nombreuses. Il n’y a pas trois douzaines de révolutionnaires dans toute la Suisse, et s’il s’en trouve davantage aux Etats-Unis cela tient au fait que ce pays reçoit constamment des Européens qui ne sont pas encore familiarisés avec la liberté. Le chartisme n’a réussi à rien en Angleterre parce que l’Angleterre est libre. Si elle avait eu un pouvoir moins libéral le chartisme aurait triomphé.
- M. Dufaure et M. de Bismarck ont chacun de leur côté, par des lois qui ont conservé leurs noms, développé les éléments qu’ils rêvaient d’éteindre. Si, au lieu
- d’agir comme ils l’ont fait, ces ministres s’étaient in. téressés aux revendications ouvrières, s’ils avaient ouvert l’oreille aux plaintes des déshérités, s’ils s’étaient efforcés d’y porter remède dans la mesure du possible, ils auraient étouffé tout ferment révolutionnaire, cicatrisé cette plaie sociale avant que la gan. grène s’y fût mise, et épargné aux générations fu. tures bien desfdiffîcultés et bien des agitations.
- Ce qui rend dangereux le socialisme ce n’est pas les principes sur lequel il repose, ce n’est pas les idées qu’il remue, ce n’est pas l’idéal qu’il poursuit c’est au contraire la fin de non recevoir qu’on lui oppose de parti pris, On ne veut pas l’entendre On le condamne d’avance. On le siffle avant qu’il ait parlé-parfois même on l’emprisonne avant qu’il ait agi.
- Il en résulte que les classes dont le socialisme est le porte-voix désespèrent d’obtenir pacifiquement l’amélioration de leur sort. Elles perdent confiance dans la légalité et rêvent parfois de moyens plus expéditifs.
- Le socialisme peut devenir révolutionnaire et il le deviendra très certainement si l’on continue contre lui la tactique du passé.
- Nous croyons fermement :
- Qu’il est temps encore de reconnaître que l’on s’est trompé ;
- Qu’il n’est pas trop tard pour arrêter un ma! qui va croissant ;
- Que la seule manière d’arrêter ce mal est d’en étudier loyalement la nature et d’en chercher résolu^ ment le remède.
- Nous croyons cela, nous le croyons de toutes les forces de notre être, et c’est parce que nous le croyons et pour que nous puissions le dire que le Devoir a été fondé. E. C.
- RÉFORME DES POSTES ET DES TÉLÉGRAPHES
- Par décret du 5 février, l’administration des postes et des télégraphes jusqu’ici confiée au ministère des finances en est distraite et forme un ministère spécial.
- Si cette mesure doit entraîner, comme nous l’espérons, une réforme complète des postes et des télégraphes nous y applaudirons des deux mains.
- Il est certain, en effet, que chaque année l’échange des correspondances prend une importance plus considérable. Le développement de ce service public nécessite une attention toute particulière; il faut tenir constamment les locaux et le personnel en mesure de répondre aux besoins.
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- Jusqu’ici, les postes et les télégraphes étaient attribués au ministère des finances qui voyait en eux, non pas un service public, mais une simple source de revenus. Ils étaient traités en conséquence.
- lieu de rechercher les améliorations désirables, je comparer avec ce qui se fait à l’étranger dans le même domaine et de tenir à ce que les postes et les télégraphes français soient à la hauteur de ceux de l’étranger, le ministre des finances s’efforcait d’en tirer le plus d’argent possible, dût le service en souffrir. De là, des économies sans discernement et le refus constant des dépenses indispensables.
- A. l’heure actuelle, le service postal laisse à désirer, non par la faute des employés, mais par la faute de l’organisation. Les lettres subissent des retards dans leur distribution ; les imprimés ne sont souvent pas distribués du tout. A la campagne, la poste est dans l’enfance : on n’y connaît qu’une seule distribution et qu’une seule levée par jour. Dans les villes, elle n’a à sa disposition que des locaux insuffisants où le public est confiné dans des corridors malcommodes ou malpropres. A Paris, à Lyon, par exemple, les postes sont dans de vieux édifices où l’on n’a tenu compte d’aucune des convenances du public. Quelle différence avec les postes de l’étranger. Nous connaissons telle ville de quatrième ordre qui sont mieux dotées que Paris. Zurich, par exemple, a ses postes et ses télégraphes dans un somptueux palais construit il y a quelques années et dans lequel les locaux accessibles au public sont vastes et confortables.
- Les télégraphes français sont plus primitifs encore que les postes.
- Les employés sont en nombre insuffisants. Les appareils sont trop peu nombreux et trop peu expéditifs. Les fils sont presque toujours encombrés. Un télégramme met quelquefois deux heures pour parcourir quelques kilomètres. Nous avons vu des lettres aller plus vite que des télégrammes. A l’intérieur de Paris, souvent un commissionnaire se rendrait à pied plus vite chez le destinataire d’une dépêche que la dépêche elle-même.
- Ces faits n’ont pas besoin de commentaire ; ils disent assez qu’une réforme complète est devenue argente.
- Enfin, nous ne terminerons pas ces lignes sans S1gnaler certains abus provenant de l’immixtion dans les affaires postales de fonctionnaires qui n’ont rien dy voir.
- A-insi, MM les préfets se sont arrogé le droit de se luire délivrer copie des télégrammes adressés aux journaux. La presse a plusieurs fois signalé cet abus, ùtais il n’y a pas été porté remède jusqu’ici, A l’occa-
- sion du tirage de la loterie,-on a vu plus fort encore. Dans plusieurs départements de hauts fonctionnaires se sont fait remettre la liste des gros lots adressés télégraphiquement à la presse. Il en est résulté pour les employés un travail long et ennuyeux, pour le service un encombrement regrettable, pour le public un retard fâcheux et pour les journaux une véritable spoliation que rien ne peut excuser.
- On comprend qu’en présence de pareils faits, le nouveau ministre des postes , M. Cochery, devra avoir à cœur de transformer du tout au tout une organisation qui permet de pareils abus.
- Ed. Champury.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- Le message présidentiel. — Le message du nouveau président de la République, dont on vient de lire le texte, n’a point causé une satisfaction aussi unanime qu'il était permis de l’espérer. Certes, on ne saurait trop rendre hommage à l’esprit véritablement parlementaire qui l’a dicté et au respect que M. Grévy témoigne, dans ce document, pour la volonté nationale. A ce point de vue, le message est irréprochable. Mais on aurait désiré voir le successeur de M. de Mac-Mahon indiquer en termes plus précis l’esprit général des réformes intérieures auxquelles le nouveau gouvernement doit présider. Nous ne disconvenons pas que cette tâche incombe spécialement aux ministres et que le président de la République ne saurait, sans empiéter sur les autres pouvoirs, affirmer dans un message une politique personnelle. Il déclare qu’il exécutera les volontés du Parlement, rien de mieux ; mais il n’eût pas été hors de propos de déterminer plus nettement le sens dans lequel le premier magistrat dû pays se propose d’orienter le gouvernail de sa politique intérieure. L’extrême réserve du langage de M. Grévy justifie trop les appréhensions que nous avons manifestées dans notre dernier numéro touchant la difficulté de constituer dans la Chambre des députés une majorité ayant des vues politiques bien arrêtées. Le Président se trouvant, d’une part, en face d’une agglomération de représentants dont il est difficile de définir les tendances en matière politique et sociale, de l’autre, en présence d’un ministère où la cohésion ne s’est pas encore faite, a éprouvé un embarras qui ne le trahit que trop dans son langage; il s’en est donc tenu à des géné ralités dont chacun peut tirer les conséquences qui lui conviennent. Ce résultat regrettable tient donc évidemment beaucoup plus à la situation qu’au mauvais vouloir du nouveau chef del’Etat, donton nesaurait sansinjustice suspecter les intentions et la droiture. Au surplus, nous attachons peu de portée aux paroles; ce sont les actes qui nous intéressent particulièrement. Que le gouvernement agisse bien ; nous le tiendrons quitte du reste.
- Réception du corps» diplomaiiqne. — Samedi dernier a eu lieu, à l’Elysée, la première réception officielle du président de la République qui a été complimenté par le corps diplomatique M. Grévy s’est félicité de pouvoir constater, dans la première réception des représentants étrangers, que les relations' de la France avec toutes les puissances sont excellentes. Il a dit que la République ferait tout pour les consolider II a prié les représentants étrangers de transmettre à leurs gouvernements respectifs ses remerciements de l’empressement qu’ils ont mis à régulariser leur situation auprès
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- du gouvernement de la République française. Il a terminé en exprimant aux représentants "étrangers ses sentiments de haute estime et de sincère cordialité.
- JLe diseoxirs de M. Gambetta. — En prenant possession du fauteuil présidentiel, M. Gambetta a adressé aux députés une allocution fort applaudie, dans laquelle, après avoir attesté sa volonté ferme de demeurer impartial entre la majorité et la minorité, le successeur de M. Grévv a invité les représentants du pays à se mettre courageusement au travail.
- « Nous pouvons, a-t-il dit, nous devons tous, à l’heure « actuelle, sentir que les gouvernements de combat ont « fait leur temps; notre République, enfin, sortie victo-« rieuse de la mêlée des partis, doit entrer dans la « période organique et créatrice. Aussi, Messieurs les « députés, je vous inviterai surtout à concentrer votre « ardeur, vos lumières, vos talents, tous vos efforts sur « les grandes questions scolaires, militaires, financières, « industrielles, économiques dont vous êtes saisis et dont « les jeunes générations, l’armée, les travailleurs, les « producteurs, la nation en un mot, attendent légitime-« mement la solution. »
- Voilà, assurément, un excellent programme et de sages conseils, et, comme l’a dit encore M. Gambetta, les députés doivent maintenant opérer les réformes réclamées par l’opinion et fondées sur la justice. Jamais l’heure n’a été plus propice. Le pays éprouverait une cruelle déception si les mandataires la laissaient passer, et se confinaient dans une inaction stérile qui n’a déjà que trop duré.
- Les sous weeréiaii-es d’Lit,a 4.— Le ministère s’est complété par l’adjonction de sous-secrétaires d’Etat appartenant soit à la gauche, soit à l’union républicaine. M. René Goblet a été adjoint au garde des sceaux. G’est un excellent choix. M. Turquet a été associé à M. Jules Ferry, afin de s’occuper spécialement des beaux-arts. M. Cyprien Girerd a été maintenu au ministère de l’agriculture, et M Sadi-Carnot à celui des travaux publics. Quant à M. Gochery, son service a été détaché du ministère des finances et on a créé pour lui un département spécial, celui des postes et télégraphes. G’est une innovation qui peut être féconde. M. Develle un jeune député fort intelligent qui s’est fait remarquer à la tribune, au cours de la session dernière, sera, dit-on, nommé sous-secrétaire d’Etat à l’intérieur.
- ILe conseil d’i ltat — La démission de M. An-dral, orléaniste-clérical, président du conseil d’Etat, a été acceptée. Il parait que la dissolution de cette assemblée réactionnaire est chose résolue. L,e décret annonçant cette mesure indispensable paraîtrait prochainement. On étudie, parait-il, au sein du cabinet, la réorganisation de ce grand corps de l’Etat, qu’il importe de mettre au plus tôt en harmonie avec l’esprit des autres assemblées.
- Mouvement dans la magistrature — Le
- nouveau garde des sceaux, M. Le Royer, a commencé l’accomplissement de l’œuvre que M. Dufaure avait eu tant de répugnance à entreprendre. Il a mis à la retraite le procureur général près la cour de cassation, M. de Raynal, et l’a remplacé par M. Bertauld, sénateur du centre gauche. Les procureurs généraux près les cours de Paris, de Bordeaux, de Toulouse, d’Angers, MM. de Leffemberg, Gabrielli, Difïfe et Duchastenier, ont été mis également à la retraite et remplacés par MM. Dauphin, sénateur et avocat, Poulet, Vételay et Auger, magistrats. Les procureurs généraux près les cours de Lyon, de Rouen, d’Agen, de Caen, de Dijon et de Nîmes, MM. Baune, de Vaulogé, de Panthou, Tournyer, Bois-sard et Babled, ont été révoqués et remplacés par MM. Périvier, Poux-Franklin, Simon, Rouzé, Frémiet et Geneste ; les procureurs généraux près les cours d’Aix, d’Amiens, de Bastia, de Besançon, de Bourges, de Chambéry, de Poitiers, de Rennes, ont été soit
- déplacés, soit appelés à d’autres fonctions. Ce début est de bon augure ; mais il ne faut pas que le garde des sceaux actuel oublie que ce n’est là qu’un début.
- Les coMunaudements militaires, — M. le
- ministre de la guerre s’es1, également exécuté, sur ia question des grands commandements militaires. Les généraux Montaudon, Deligny, Bataille, Douay, duc d’Aumale, du Barail, de Lartigue et Bourbaki, commau-dant les 2% 4% 5e, 6?, 7', 9e. 12? et 14e corps d’armée, ont été mis en disponibilité et respectivement remplacés par les généraux Carteret-Trecou.t, Cornât, Doutrelaine Glinchant, Wolf, de Gallifïet, Schmitz et Farre. Le général Glinchant, qui commandait à Lille le 1er corps et qui est passé au 6e corps, a été remplacé par le général Lefebvre. Le général Gambriels, qui commandait le io* corps d’armée, passe aü 1?>e et est remplacé par le général Osmont. On ne sait pas au juste si les commandants des autres corps, non désignés ci-dessus, conservèrent leurs commandements, ni s’il y aura d’autres mutations. En résumé, les huit généraux énumérés au commencement de ce paragraphe et notamment le duc d’Aumale, sont mis, dès maintenant, en disponibilité. G’est un résultat auquel on ne saurait trop applaudir.
- Mouvement dons le personnel <lo Fins, truction pnl>li<j[n<** — M. Jules Ferry vient à sou tour de donner satisfaction à l’opinion ; nous constaterons même qu’il a donné l’exemple à ses collègues. Des cinq directions que comprend le ministère de l’instruction publique, l’une a été supprimée, celle des sciences et lettres que dét&iait M. de Watteville, mis à la retraite,
- A la direction de l'instruction secondaire, M. Zévort remplace M. Mourier, admis, sur sa demande, à faire valoir ses droits à la retraite pour cause d’ancienneté de service. Enfin, M. Boutan. inspecteur général, est remplacé à la direction de l’enseignement primaire, qu'il exerçait à titre de délégué, par M, Buisson, inspecteur de l’instruction primaire. M. Boutan rentre dans ses fonctions d’inspecteur général hors cadre. Les deux directeurs admis à la retraite reçoivent le titre de direm teur honoraire.
- On n’a pas oublié que M. Zévort avait été mis, parM. Bardoux, à la tête de l’Académie de Paris, il y a peu de jours, et cette fois encore à la place de M. Mourier: 11. Zévort est remplacé comme vice-recteur à l’Académie de Paris par M. Gréard qui s’est acquis un si bon renom dans le monde savant, par l’habileté avec laquelle il a rempli les fonctions de directeur de l’enseignement primaire du département de la Seine.
- Nous aimons à croire que M, Ferry ne tardera pas à s’occuper du personnel des recteurs et des inspecteurs d’Académie qui exercent une si grande influence dam les départements.
- L’amnistie. — Il n’y a qu’une très-petite minorité dans les deux Chambres qui ait eu la résolatiuli d’envisager en face et d’aborder avec fermeté la question de l’amuistie. On ne sera pas étonné d’apprendre que le gouvernement ne s’est pas montré plus résolu. De par et d’autre, on parait vouloir se contenter d’un expédie1)1 dont voici l’économie formulée dans un projet de loi déposé mardi sur le bureau de la Chambre des députés.
- Article 1er. — L’amnistie est accordée à tous le; condamnés P° faits relatifs à l’insurrection de 1871 qui ont été et seront libérés 0 qui ont été et seront graciés par le Président de la République dal1' Le délai de trois mois après la promulgation de la présente loi, .
- Art. 2. — Les peines prononcées par contumace pour les meni-faits pourront être rémises par voie de grâce.
- Art. 3. — A partir de la promulgation de la présente loi, la Pre^ criplion de l’article 637 du code d’instruction criminelle sera aclF's pour les mêmes faits aux individus qqi sont l’objet de pPurïU commencées et non encore terminées. _ . Dj
- Art. 4. — A dater de la notification des lettres de grâce en,ra'tlne virtuellement l’amnistie, le condamné qui sera rentré en Fran*e jouira plus du bénéfice de l’article 476 du code d’instruction cf'”?in[L«
- Art. 5. — La présente loi ne sera pas applicable aux indiv
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- ; 8Uront été condamnés contradictoirement ou par contumace pour rimes de t,r01t comrnun ou P°ur délits de même nature ayant c traîné une condamnation de plus d’une année d’emprisonnement, commis antérieurement à l’insurrection de 1871.
- Ceux qui, comme le Devoir, sont partisans d’une amnistie entière effaçant toute trace de nos discordes civiles ne peuvent guère espérer que ce projet de loi puisse ôtrè amendé. Certes, il améliore notablement la situation des victimes de nos discussions intestines, mais, nous le répétons, _ ce n’est qu’un expédient qui laisse subsister tout entière la question si grave de l’amnistie et de l’oubli du passé,
- ï>e gonvernement de PAlgérie. - Le
- ministère s’occupe depuis quelque temps de la question si importante du gouvernement de l’Algérie, qui va devenir vacant par suite de l’envoi du général Chanzy comme ambassadeur à Saint-Pétersbourg, choix qui, soit dit en passant, est fort discutable. Nous constatons avec satisfaction que l’idée de nommer un gouverneur civil prédomine actuellement dans les conseils de l’Etat, plusieurs candidatures ont été mises en avant et, notamment, celle de M. de Lesseps Mais les opinions nettement. bonapartistes de ce personnage, ne sauraient permettre au gouvernement de lui confier l’administration de notre grande colonie et l’on assure que le cabinet a écarté cette combinaison un peu trop fantaisiste, à notre avis. En politique, il ne faut pas faire de sentiment.
- La crise ministérielle autrichienne. —-
- Nous avons fait connaître les difficultés très-sérieuses avec lesquelles est aux prises le gouvernement de l’empereur François-Joseph. Nous avons dit comment M de Pretis, chargé de la constitution d’un cabinet, avait échoué dans cette tentative. Le comte Taaffe, très-favorable à la cause ultramontaine, a été invité, dans ces temps derniers, par l’empereur, à essayer de former un cabinet. Ses efforts n’ont pas abouti et l’on ne saurait trop l’en féliciter, étant donné les tendances du personnage. Les constitutionnels, qui ont renversé le prince Auersperg, auraient été bien inconséquents s’ils avaient prêté leur concours au comte Taaffe. Toute combinaison ministérielle est donc nécessairement ajournée. On assure d’autre part que le ministère Tisza est fort menacé à Pesth, car, dans une circonstance récente, sur une question d’emprunt nouveau, il n’a pu obtenir qu’une majorité fort précaire de quatorze voix, qui s’est trouvée réduite à dix suffrages après une interpellation du comte Apponyi. La crise politique à laquelle TAutriche-Hon-grie est en proie depuis si longtemps est donc loin d’être terminée et les embarras intérieurs de ce vaste empire paraissent grandir bien plutôt que diminuer.
- m* *
- La campagne en Afghanistan. — L’hiver et les négociations assez mal définies engagées un instant entre l’état-major anglais et Yacoub-Khan, ont apporté un temps d’arrêt dans la campagne d'Afghanistan. Il ne faudrait pas en conclure que l’affaire touche à sa fin. En effet, les négociations ont avorté et le nouveau maître de Caboul, 'tout à la politique de résistance, a entrepris contre ses propres sujets une œuvre de répression qui est la préface des opérations qu’il médite contre l’assaillant européen. Il faut reconnaître toutefois que la situation des Anglais, sans être encore excellente, s’est notablement améliorée par l’occupation de positions importantes. Il est vraisemblable que Caboul sera pris quelque jour ; mais c’est alors que commencera pour l’Angleterre un autre genre de difficultés peut-être plus graves que les opérations militaires,
- L© traité <1© Prague. — Nous avons dit que le gouvernement allemand prétendait abroger l’article 5 du traité de Prague. On a affirmé, puis démenti, qu’à la suite de cet incident, le ministre allemand à Copenhague aurait présenté ses lettres de rappel. On dit que le gouvernement allemand serait disposé à faire au Danemarck
- une proposition d’arrangement amical sur la question du Sleswig; cette affirmation nous parait douteuse si nous nous en rapportons à ce que disait la Omette de VAllemagne duNord, il y a quelques jours. Cette feuille déclarait que « depuis la ratification de la convention austro-allemande du 11 octobre dernier, la question du Sleswig-Nord n’existe plus, cette question ayant trouvé une solution aussi définitive que possible dans ladite convention. »
- Ce langage, on en conviendra, ne prête à aucune équivoque.
- L’expédition, du INTatal, — Tandis que la situation des Anglais demeure toujours douteuse sur les frontières de lfinde, les troupes de la reine viennent d’essuyer un véritable désastre dans la colonie du Natal. Une colonne, composée d’une portion notable du^4e régir ment d’infanterie, de six cents indigènes et d’une batterie d’artillerie, avait été envoyée contre le roi de la peuplade de Zouious, à l’effet de soumettre ce monarque noir. Cette colonne, malgré une résistance désespérée, a été presque totalement annéantie par les Zouious, qui, au nombre de vingt mille, se sont rués sur les troupes britanniques. Ce qui a pu échapper au massacre, a été rappelé sur le territoire anglais et des renforts vont être envoyés au Cap, afin d’essayer de sauver Natal qui est sérieusement menacé ; mais d’ici là les indigènes vont organiser la résistance et il n’est pas douteux que les Anglais ne se trouvent, quand les hostilités pourront être reprises, en présence de graves difficultés. Cet incident a produit une impression aussi vive que défavorable de l’autre côté‘de la Manche.
- Les discours «le Lord Har 1 irigton. —
- Lord Iiartington vient de prononcer, à Liverpool, deux discours importants dans lesquels il a très-vivement, attaqué la politique actuelle du gouvernement anglais. Il a blâmé le cabinet de ne pas avoir encouragé le développement de la Roumanie et de la Serbie. Parlant ensuite des armées permanentes, il a déclaré qu’un seul pays, possédant une armée permanente, jouissait d’une tranquillité absolue et que ce pays était la France.
- « La France, a-t-il dit, est aujourd’hui sous l’influence n salutaire du régime républicain, établi sur des bases » solides, et on a maintenant la conviction que sa grande » armée ne sera jamais employée à une injuste agres-» sion. »
- Ce sont là des paroles qu’il est bon de faire connaître, surtout en ce temps où des feuilles aussi anti-patriotiques que réactionnaires osent prétendre que les puissances voient avec crainte l’établissement définitif de la république en France.
- La loi fliscipl înairc ci© M, «le Bismarck.
- — La discussion de ce projet, au Conseil fédéral, a été très-vive, et le prince de Bismarck, qui présidait la séance, a dû intervenir plusieurs fois dans le débat, Les attaques des députés du Wurtemberg ont été particulièrement ardentes. Us ont cherché à atténuer par de nombreux amendements les résolutions de la commission appelée si étrangement commission de justice, mais leurs efforts ont échoué, et le projet de loi a été définitivement adopté tel qu’il est sorti des délibérations de ce cénacle tout dévoué au ckanceliec. Voilà qui n’est pas à l’honneur de l’Allemagne. Mais ce résultat ne nous étonne point.
- Le traité turco-russe. — Ce traité prétendu définitif a été enfin signé, et les journaux en publient l’analyse. Par une anomalie étrange qui est aussi une innovation dans le droit international, ce traité n’a pas le caractère d’un contrat synallagmatique : c’est un contrat conditionnel. Il n’y a guère que des « si » et des « peut-être » dans cette étrange convention assurément unique dans son genre. La Russie, tout compte fait, se j réserve d’agir à sa guise suivant l’appréciation qu’elle
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- fera des circonstances. Le cabinet de Saint Pétersbôurg fait donc peu de cas des décisions prises au Congrès de Berlin. Cela ne nous surprend point, et, pour dire la chose nettement, il me semble que le traité turco-russe n’est rien autre chose qu’une immense mystification diplomatique.
- Les frontières helléniques. — La commission gréco-turque sVst réunie de nouveau à Preveza, Les commissaires turcs refusent de négocier sur les bases du traité de Berlin : s’ils persistent, la médiation des puissances deviendra inévitable.
- «jpaacccooüegE»-
- Le temps perdu
- Si nous faisons le calcul des heures que perdent, par suite d’un défaut d’organisation administrative, les personnes qui, pour une cause ou -pour une autre, ont besoin de se présenter fréquemment devant les administrations publiques. nous serions effrayés du chiffre' que nous aurions à relever.
- On peut calculer qu’à Paris seulement, il y a deux cent mille individus qui perdent huit jours par an devant les guichets du Trésor pour l’encaissement des arrérages de leurs rentes. On peut calculer que dans les salles du tribunal de commerce, il y a 300 personnes par jour qui passent la matinée entière et l’après-midi, soit pour affirmer à une faillite, soit dans une assemblée de créanciers, etc.
- Dans les vingt-deux justices de paix, on perd, au bas mot, 150,000 journées par an. Chez les percepteurs, le nombre des journées perdues est de 50,000 au moins.
- Sans entrer ici dans une nomenclature fastidieuse, nous n’aurons pas de peine à établir que nous sommes au dessous de la vérité, en estimant à 2 millions de journées par an le temps perdu, dans Paris seul, en heures d’attente dans les bureaux de l’Etat.
- Les heures d’attente sont assurément plus laborieuses que les heures de travail. Si elles étaient remplacées par des heures de travail, en évaluant la journée de travail à 4 fr. seulement, Paris obtiendrait tous les ans un supplément de richesse de 8 millions, ce qui correspondrait, pour la France entière, à un supplément de richesse de 140 millions.
- Peut-on organiser les administrations publiques de manière que, dans tous les cas, ceux qui ont besoin de se présenter devant elles ne subissent pas de délais d’attente supérieurs à une demi-heure? Le problème n’est pas insoluble.
- Où donc est la nécessité, par exemple, de faire passer une journée entière à un rentier devant les guichets du Trésor lorsqu’il vient encaisser ses coupons? Si le travail des bureaux était organisé, on paierait plus de coupons en une heure qu’on n’en paie en un jour. C.est l’histoire de la confection des épingles.
- L’ouvrier d’A dam-Smith, dans un atelier organisé, fabrique cent mille épiûgles par jour. Il n’en fabriquera pas dix si le travail n’est pas méthodiquement distri • hué.
- Dans un siècle où le progrès marche à pas de géant, il est surprenant devoir que la bureaucratie soit encore enfoncée dans les*vieilles ornières. Tout est en mouvement autour d’elle. Seule elle reste dans son immobilité.
- Retour des Juifs en Palestine
- Un correspondant du New-York Christian Advocate affirme que le retour des Juifs en Palestine n’est plus une question ouverte, sur laquelle on puisse encore discuter, mais qu’il est entré dans le domaine des faits actuels. Les Juifs, dit-il, reprennent possession de leur ancien patrimoine. Il y a quatre-vingts ans que la
- Sublime-Porte n’autorisait le séjour de la ville sainte qu’à 300 israélites. au maximum. Il y a quarante ans que la restriction du nombre fut enlevée, mais les Juifs durent tous résider dans un quartier spécial de la ville qui portait leur nom. Mais cette dernière restriction a disparu à son tour, il y a dix ans, et depuis lors les juifs ont acheté tous les terrains à vendre dans Jérusalem, et ont même construit des rues entières de maisons en dehors des murs.
- D’après le témoignage de Sir Moïse Montefiore, zélé israélite, beau-frère des Rothschild et riche banquier de Londres, qui a fait sept fois le pèlerinage de Jérusalem, la ville sainte est devenue une ville juive. Les synagogues et les hospices juifs s’y multiplient. Les israélites allemands n’y ont pas moins de seize associations de charité ; et dans l’intérieur de la ville on compte déjà vingt-huit congrégations religieuses. Deux journaux ont été fondés. Dons l’hôpital Rothschild et d’autres hôpitaux israélites. on soigne annuellement 60,000 .malades. Une juive de Venise a donné 60,000 francs pour fonder une école d’agriculture en Palestine. Enfin, le baron Rothschild, lors du dernier emprunt de 200 millions que la Turquie lui a fait, a pris pour garantie une hypothèque sur la Palestine toute entière — Aussi, la population de la Palestine a-t-elle doublé depuis dix ans, uniquement par l’émigration israélite. En j 875, il y avait déjà 13,000 juifs à Jérusalem seulement ; la valeur des terrains, aux portes de la ville, a plus que décuplé ;. les travaux de construction se poursuivent nuit et jour; et il est à remarquer que les émigrants, qui viennent en grande partie cîe la Russie, sont animés d’un enthousiasme religieux très-prononcé.
- N’oublions pas que* ce ..retour des Juifs en Palestine est le plus formel démenti des interprétations que l’Eglise romaine donne aux prophéties de l’ancien Testament.
- Les femmes à l’Université de Londres,
- L’Université de Londres donnait depuis quelques années des diplômes spéciaux aux femmes ; avec l’année 1879 entre en vigueur la charte nouvelle qui ouvre tous les grades aux temmes. En conséquence, onze femmes se sont présentées à l’examen d’immatriculation qui correspond à peu près à notre baccalauréat ès-lettres. Une seule a été refusée; les dix autres ont été admises, dont neuf avec honours (distinction d’honneur).
- Durant les mêmes examens, 253 jeunes gens sur 511 — c’est-à-dire plus de la moitié — ont été refusés.
- Les facultés des arts et du droit au Collège de l’Université ont été, pendant le trimestre d’octobre à Noël, fréquentées par 225 demoiselles, dont 72 se consacraient exclusivement à l’étude des beaux arts.
- Éclairage des wagons eu Russie.
- Une utile innovation a été introduite sur la ligue du chemin de fer Nicolas (Moscou-Pétersbôurg).
- Les voitures de lre et de 2* classe de cette ligne sont depuis quelque temps éclairées à l’hydrogène carburé.
- L’appareil d’éclairage consiste en un globe élégant dans lequel brûle un bec de gaz communiquant avec un réservoir adapté à chaque voiture. Ces réservoirs sont remplis de gaz à Moscou et a Pétersbôurg, et leur capacité a été calculée de manière à maintenir l’éclairage pendant tout le parcours.
- MORALE RELIGIEUSE ET MORALE PHILOSOPHIQUE.
- M. Catineau nous adresse, au sujet de la morale philosophique et de la morale indépendante, l’objection suivante;
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- « Si, comme vous le dites, vous n’admettez pas la morale indépendante, ce n’est pas l’anecdote racontée dans le numéro duDevoù du 26 janvier, qui vous fera changer d’avis
- « L’anecdote semble donnée comme rapportant un fait réel, puisque M. Feutré donne comme personnage principal un de ses meilleurs amis. Je m’en rapporte à la véracité de Fauteur ; mais malgré cela le fait ne prouve absolument rien.
- « Sans rattacher, comme vous le faites, l’enseignement de la morale à l’enseignement philosophico-scientifique, il est incontestable qu’en ne. prenant en considération que la philosophie proprement dite, les idées qu’elle professe ne peuvent être indépendantes du milieu religieux dans lequel le philosophe a été élevé et a vécu. L’ami de M. Feutré ne peut se soustraire à cette loi, et il a enseigné à son fils la morale chrétienne. S’il lui en avait enseigné une autre, le jeune homme n’eut pas remporté le prix.
- « La morale des juifs est aujourd’hui, en Europe, la morale chrétienne. Aucun juif ne voudrait soutenir théoriquement que dépouiller des étrangers est une œuvre agréanle à Dieu et que massacrer des incirconsis pour s’approprier le pays qu’ils habitent est un moyen de prouver la puissance de Jéhovah.
- « Un père qui, tout en plaçant son fils au collège parce qu’il manque de temps ou d’instruction suffisante pour lui enseigner tout cq qu’il doit apprendre, regarde son éducation morale comme la plus importante et ne s’en rapporte qu’à lui-même pour cette partie de l’enseignement, ce père est nécessairement un homme supérieur, et les soins qu’il donuera journellement à son fils seront nécessairement plus efficaces que ceux d’un professeur qui ne peut s’occuper avec le même soin de chacun de ses élèves II n’y a donc, dans l’anecdote racontée sous le titre morale philosophique, rien qui prouve la supériorité ni de la morale dite indépendante, ni de la méthode employée pour l’enseigner.
- « L’éloge adressé au père,par le président delà distribution des prix, lui est tout personnel. Il m’est impossible de voir aucune autre moralité dans l’anecdote.»
- Il est juste de dire que les idées d’un philosophe ne peuvent être indépendantes du milieu religieux dans lequel il a été élevé et a vécu. Mais cette constata tion ne prouve pas que le philosophe ne puisse s’élever plus haut que ce milieu. Or, c’est là justement ce qui arrive. Les moralistes sont des éclaireurs qui placent leur morale en avant de celle des religions. Aujourd’hui, par exemple, lamorale a la plus haute estime pour le travail et poqr la prévoyance. Jésus, au contraire, condamnait ces deux vertus :
- « Ne t'inquiète, dit-il, ni de ce que tu boiras, ni de ce que tu mangeras, ni de quoi tu seras vêtu. A chaque jour suffit sa peine. Les lys des champs ne cousent ni ne filent et cependant ils sont mieux vêtus que Salomon même, etc, etc. *»
- Si donc il est vrai de dire qu’il n’y a pas de « morale indépendante de l’ensemble des connaissances humaines, » il est non moins vrai de dire qu’il peut y avoir, et qu’il y a en effet « une morale supérieure à celle des religions actuelles.»
- Enfin, quant, au mode d’enseignement de la morale, il est à remarquer que les tendances confessionnelles le poussent dans des voies dangereuses. On attribue une valeur morale à des pratiques qui, par elles-mêmes, n’ont aucune valeur. Ainsi la fréquentation du culte, l’observation du carême, etc., sont mis par l'Eglise romaine sur le même pied que l’amour du prochain ou le respect de Dieu.
- Elles sont même mises plus haut et si le clergé ne proclame pas ouvertement du haut de la chaire cette préférence, du moins par ses actes, il ne permet à personne de s’y tromper. Observer les commandements de l’Eglise, voilà le grand point ; le reste est l’accessoire.
- Or, en dehors du catholicisme il y a des églises, il y a des sectes, il y a des individus pour qui le respect de Dieu et l’amour du prochain sont les bases fondamentales de la morale et pour qui la fréquentation d’un culte ou l’observation de certaines pratiques ne sont que l’accessoire, que le superflu.
- Pour nous, nous donnons résolument raison à ces derniers. E. G.
- Dans un post-scriptum de sa lettre, M. Catineau revient sur la question des jouets militaires. Notre honorable contradicteur persiste à croire que l’heure du désarmement n’est pas venue.
- Nous ne pouvons éterniser ce débat puisque nous ne pourrons jamais nous entendre.
- Restons en là.
- M. PAUL BERT ET LA RÉDUCTION DU NOMBRE DES DIOCÈSES.
- M. Paul P.ert a déposé dernièrement à la tribune de la Chambre des députés une proposition de loi demandant que le département de Savoie ne forme qu’un seul diocèse.
- L’exposé des motifs de cette proposition fait remarquer avec justesse que ce département, dont la population atteint à peine 268,000 âmes, possède un archevêque à Chambéry, et deux évêques, l’un à St-Jean-de-Maurienne, l’autre à Moutiers.
- Rien ne saurait justifier le maintien de ce luxe dispendieux. Moutiers et Saint-Jean-de-Maurienne se trouvent reliés à Chambéry par des chemins de fer ; il est donc facile à l'archevêque de se transporter dans ces deux bourgades etd’y officier quand bon lui semble. Les diocèses de Moutiers et de St-Jean-de-Maurienne sont des diocèses minuscules, peuplés ’un de 56,000 habitants, l’autre de 60,000. Si toute
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- la France avait des évêques et des archevêques à proportion de ce qu’en a la Savoie le budget des cultes devrait être décuplé.
- A l’heure qu’il est, MM. les cardinaux, archevêques et évêques de France touchent à eux seuls la somme énorme de 1,650,000 francs (près de 5,000 fr. par jour), somme qui leur est payée non-seulement par les contribuables catholiques mais encore par les libres penseurs, qui n’ont point de clergé du tout, et par les israélites et les protestants qui n’ont pas de hauts dignitaires dans leur clergé.
- La proposition de M. Paul Bert supprimant les évêchés inutiles de Moutiers et de Saint-Jean-de-Maurienne et les sinécures qui en dépendent, réaliserait une économie annuelle de 100,000 fr. sans parler du retour à l’Etat et au département de vastes bâtiments utilisables pour les services publics.
- Aucun autre département, sauf celui des Bouches-du-Rhône, n’a plus d’un siège épiscopal ou archiépiscopal. Les diocèses de Lim og&s, de Besançon, de Bourges et de Lyon comprennent même chacun deux départements. Or, les fidèles sont nombreux dans ces diocèses, surtout dans celui de Lyon, et malgré cela les archevêques ne se plaignent pas d’un excès de travail. Au contraire, quand il fut question, il y a quelques années, de scinder en deux le diocèse de Lyon, l’archevêque primat de cette ville, M. Gi-nouilhac, protesta de la manière la plus énergique contre cette scission.
- Ne serait-il pas possible de diminuer le nombre des évêchés, en conférant à chaque archevêque deux diocèses au lieu d’un seul.
- Une semblable mesure épargnera chaque année à la France plus d’un demi-millon de francs. De plus, ce serait un acheminement à la suppression du budget des cultes.
- On perd trop de vue qu’un jour ou l’autre, la liberté de conscience inscrite dans la constitution devra cesser d’être un mot et devenir un fait. Ce jour-là l’Etat et les diverses églises formeront des corps distincts, indépendants. Chacun professera la religion qui lui convient ou n’en professera aucune. Chacun aussi supportera les frais de son culte et n’aura rien à payer pour le culte d’autrui. Cet état de choses est le seul qui puisse se concilier avec l’équité.
- Malheureusement, nous n’en sommes pas encore là L’opinion publique n’est pas préparée à cette grande réforme. La presse a trop négligé de s’en occuper et les populations s’habituent à considérer le budget des cultes comme étant une dépense nécessaire, une charge dont on ne peut s’affranchir, une largesse qui ne nuit en rien à l’équité.
- Il faut préparer les citoyens à cette grande réforme, il faut les éclairer sur ce qu’elle a d’équitable et d’urgent, il faut leur faire toucher du doigt les avantages qu’elle offrirait et les inconvénients dont elle nous préservera.
- Ce passage d’un état de choses injuste à un état de choses équitable ne peut se faire sans transition. C’est par des améliorations de détail qu’on y préparera l’opinion publique. C’est par une réduction croissante du budget des cultes que l’on arrivera à faire désirer à chacun la suppression totale de ce budget.
- Or, l’une des plus justes mesures à prendre pour obtenir cette diminution du budjet, c’est la réduction du nombre des diocèses.
- En. Champury.
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- LA RÉPUBLIQUE ET LES DÉCORATIONS.
- L’élévation de M. Jules Grévy à la Présidence de la République porte un enseignement dont on n’a pas tenu compte.
- M. Grévy est arrivé à cette dignité, la plus haute de la nation, sans avoir jamais été décoré. Il n’était pas même chevalier de la Légion d’honneur.
- Aucun exemple, pensons-nous, ne saurait mieux démontrer combien l’existence d’un ordre de décoration est inconciliable avec les principes républicains,
- En République les distinctions doivent revenir aux plus dignes et à ceux-là seulement. Plus ils ont mérité l’estime ou la reconnaissance de la nation, plus les élus de la nation doivent placer ces hommes à des’fonctions élevées. Plus leurs capacités sont reconnues etleurs principes certains, plus leur influence ou leur possibilité d’agir doit être grande. En République la|hiérarchie nécessaire doit avoir pour base la valeur réelle des hommes et non les hasards de la naissance, la réussite des intrigues ou le caprice de l’autorité.
- Le nouveau Président de la République est sorti des rangs du peuple ; il tient en mépris toute brigue, il a eu presque constamment le pouvoir contre lui, il ne l’a jamais eu de son côté.
- Malgré cela, ou peut-être à cause de cela, il a été nommé par les élus de la nation à la première magistrature de la République.
- Eh bien ! le croirait-on, dans le même pays où cet homme reçoit un pareil témoignage de confiance et de respect, dans ce pays il existe un ordre destiné à distinguer par des décorations les hommes marquants et cet ordre n’a jamais accordé la moindre décoration
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- à l’homme qui est aujourd’hui le plus marquant du pays.
- Cet anomalie démontre avec une évidence sans égale que l’ordre de la Légion d’honneur ne répond pas au but pour lequel il a été fondé.
- Certes, il y a eu dans l’ordre de la Légion d’honneur des récompenses très justement données. Mais aussi que d’oublis volontaires ! Que de distinctions données à des indignes 1 Que de bassesses parfois chez ceux qui demandent 1 Que d’injustices parfois chez ceux qui donnent.
- Il y aura toujours dans un ordre de décoration une place pour l’intrigue, pour le parti pris, pour le favoritisme. Les hommes ne sont pas parfaits et si l’on met entre leurs mains des organisations vicieuses, ils font servir au mal ce qui est fondé pour le bien.
- C’est pourquoi il doit ne pas y avoir de décorations dans les pays républicains. La Suisse n’en a pas ; les Etats-Unis n’en ont pas. Les grands citoyens, les savants, les inventeurs de ces pays se considèrent comme suffisamment récompensés par les fonctions qu’on leur confère, par l’estime dont ils jouissent, par le sentiment des services rendus au pays et à l’humanité. E. C.
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- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mme Marie HOWLAND Voir n° 4 (tome 1), à n° 23 (tome 2)
- Chapitre XXXIV
- L’esclave <lo_la lampe
- En retournant à Oakdale, le comte laissa le docteur à la porte d’un de ses malades et se rendit chez Clara, dans l’intention de proposer à Minnie une promenade en voiture ; mais il s’oublia bientôt à s’entretenir avec Çlara et Susie de l’organisation du Palais social. Frappé tout particulièrement du sens pratique que montrait Susie, il prit plaisir à la faire causer.
- « Souvenez-vous, » dit-il, « que rien n’est absolument arrêté encore; mais si je me décide, vous et madame Delano me serez d’un grand secours. Je reconnais cependant que ni l’une ni l’autre vous ne pouvez avoir une idée suffisamment large de l’entreprise. Vous devriez toutes deux venir avec moi à Guise et consacrer un certain temps à l’étude des détails du Familistère. Seriez-vous disposées à entreprendre cette mission ? Nous emmènerions Minnie; ce serait le commencement de son éduca-
- tion. Ace propos il faut que je vous dise, mesdames, (car cette enfant appartient à peine plus à l’une qu’à l’autre) que j’ai résolu d’adopter Minnie pour ma fille, si madame Susie veut bien y consentir. »
- Susie écoutait en retenant son souffle, et ses yeux, presque hagards, se fixaient Sur le comte avec une expression douloureuse. Elle saisit Minnie et la tenant embrassée se mit à pleurer en silence. Minnie regardait avec étonnement le comte, Susie et Clara, cherchant l’explication de cette énigme.
- « Aimeriez-vous, Minnie, que ce gentleman fasse de vous sa petite fille? » demanda Clara.
- — « Cela serait si charmant 1 mais me séparera-t-il de maman et de vous,.tante chérie? »
- « Non, » répondit le comte en souriant, « vous ne perdrez aucun de vos amis ; seulement je vou-drais vous envoyer plus tard faire votre instruction à l’étranger; on vous appellerait Minnie von Frauenstein et chaque année vous reviendrez ici. »
- « Oh ! Monsieur, » s’écria Susie, « parlez-vous sérieusement ? Un pareil bonheur peut-il être réservé à l’enfant de la pauvre Susie ? Jamais je n’avais songé à voir Minnie s’éloigner de moi d’ici à plu-sieurs années; et je n’imaginais pas combien de peines l’idée seule de cette séparation devait me causer. Mais je puis m’oublier entièrement lorsqu’il s’agit du bien de mon enfant. Notre entreprise est prospère, nous pourrions, je crois, faire pour ma fille tout ce qui serait nécessaire ; néanmoins, sous votre protection elle trouvera, je le reoonnais, des avantages que je, n’eusse jamais osé rêver pour elle. »
- Après un silence, Susie se leva et prit la main du comte disant avec émotion : « Il en sera ce que vous voudrez, monsieur. Les paroles me manquent pour vous remercier de l’honneur que vous faites à mon enfant. »
- « Vous montrez les vrais sentiments d’une mère, » repartit Frauenstein, « mais ne brusquons rien. Vous avez tout le temps de réfléchir mûrement et de changer d’avis au besoin. Dans un mois nous reparlerons de cette affaire et prendrons une détermination définitive. »
- Voir un si brillant avenir s’ouvrir devant l’être bien-aimé qui, sauf par un petit cercle d’amis, avait été regardé à sa naissance comme un témoignage de honte et de déshonneur, quelle source de vives émotions pour Susie ! « Voyez, Clara, » disait-elle eh tenant son amie embrassée, « ce que vous ayez fait pour Susie, vous et votre noble père. Sans vous, j’eusse été forcée, pour gagner mon pain et celui de
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- Minnie, de travailler (Jans la cuisine de quelqu’une de ces femmes qui détournent la tête lorsqu’elles me rencontrent dans la rue. Je ne puis rien imaginer de plus dur qu’un sort pareil. »
- — « Oh 1 vous vous seriez relevée même sans notre aide, ma chère ; votre cœur d’or était sûr de se faire apprécier un jour ou l’autre. »
- Susie ne pouvait retenir ses larmes ; après avoir pressé la main du comte et s’être excusée de sa faiblesse elle se retira. Minnie la suivit ne comprenant pas exactement pourquoi sa mère pleurait. Bientôt elle revint et dit en grimpant sur les genoux du comte :
- « Je croyais que ma mère chérie était malheureuse, Paul, mais elle a dit que c’était la joie qui la faisait pleurer ; puis elle m’a embrassée, embrassée, embrassée, je vais vous donner un de ces baisers, rien qu’un. »
- Et prenant la tête de Frauensteln entre ses mains, Minnie commença à l’embrasser sur le front puis finit par un baiser sur les lèvres.
- « Est-ce là ce que vous appelez rien qu’un baiser, Minnie? » interrogea Clara.
- L’enfant se mit à rire et demanda à Paul s’il aimait les baisers.
- « C’est là une question d’une grande importance, mademoiselle ; voyant que l’enfant attendait une réponse, il ajouta: « Je ne connais qu’une chose au monde plus douce qu’un baiser de petite fille. »
- — « Qu’est-ce que c’est ? »
- — « Un baiser de dame ? »
- — « Est-il vrai, Paul ? »
- — « C’est mon opinion. »
- — « Bon, ce n’est pas la mienne. »
- — « Vous pensez que les pastilles de chocolât sont une meilleure chose, n’est-il pas vrai ? »
- Minnie en convint. Paul l’informa ensuite qu’il allait partir pour New-York, mais qu’à son retour il la mènerait promener en voiture et serait son u esclave de la lampe. » Naturellement la curieuse fillette voulut savoir ce que c’est qu’un esclave de la lampe ; mais le comte dit qu’elle apprendrait cela pendant la promenade en question, en écoutant l’histoire à'Aladin ou la lampe merveilleuse. Minnie n’accepta ce délai qu’avec regret et demanda à Paul s’il restait dîner.
- « Vous êtes insupportable, Minnie, » s’écria Clara, « j’allais précisément prier le comte de dîner avec nous. Il croira que vous avez le monopole de l’hospitalité. »
- « Il ne croira pas cela, » fit Minnie, « il y a tout plein d'hostalité chez nous, n’est-ce pas Paul ?
- « Sauvez^ypus bien vite, Minnie, « dit Clara en
- riant, « autrement vous finirez par dire qu’il y a ici des hostilités. » Puis se tournant vers le comte :
- « Nous ferez-vous l’honneur de rester ? Je vous le demande pour avoir l’agrément de votre société, car je crains que nous n’ayons à vous offrir rien de tentant pour un gastronome. »
- « Madame, » répondiiFrauenstein, « je suis très-heureux d’accepter votre invitation, mais je yous prierai de m’excuser, si je vous quitte aussitôt après le dîner, j’ai beaucoup à faire. »
- Minnie, qui avait gagné la porte, battit des mains et jeta un cri de satisfaction ; puis elle courut porter la nouvelle à sa mère et lui offrir son aide, car elle se considérait comme indispensable. Elle ne pouvait rien laisser fairefsans y mettre la main ; lorsque la nappe était mise, elle la tirait de ci de là pour la mieux ajuster et faisait de même avec les assiettes et ce qui était à sa portée.
- Susie qui n’était pas sans apréhensions sur la valeur du dîner dans cette importante occasion, se réserva la décoration de la table. Minnie cependant obtint de faire un petit bouquet pour « Paul », circonstance dont elle ne manqua pas d’informer son grand ami aussitôt son entrée dans la salle à manger.
- Le comte fut frappé de la perspective magnifique ménagée dans cette salle d’où l’on pouvait à volonté, en ouvrant une porte à deux battants, découvrir les splendeurs de la serre. Susie fit asseoir le comte en face de ce charmant tableau ; Paul fut ravi de l’ordonnance des choses et Susie, un peu embarrassée d’abord, se sentit bientôt tout à fait à l’aise, ainsi qu’il arrivait à chacun en présence de Frauenstein, lorsque celui-ci le voulait bien. Pendant le dîner, la conversation roula principalement sur le commerce des fleurs et le comte dit à Susie :
- * J’ai engagé madame Delano à augmenter, le capital de votre entreprise; rien ne pourrait me causer plus de satisfaction que de fournir la somme, quelle qu’elle fût, dont vous auriez besoin pour donner plus d’étendue à vos opérations. Je parle exclusivement en homme d’affaires, » ajouta-t-il, ne voulant pas qu’on pût un seul instant supposer que sa proposition était une charité déguisée. « J’ai la certitude que le placement serait tout à fait sûr ; madame Delano semble hésiter ; qu’en pensez-vous, madame? »
- « Je n’hésite nullement à accepter vos offres, monsieur, » répondit Susie. « Je désire depuis longtemps importer directement d’Angleterre, les plantes qui nous sont nécessaires ; mais jusqu’ici les fonds nous ont manqué. Nous avons quantité de commandes auxquelles nous ne pouvons répondre, spécialement en ce qui concerne certaines variétés
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- d’arbres à large feuillage et d’arbustes pour bordures. »
- Bien qu’elle fût accoutumée à se laisser conduire en affaires par Susie, Clara fut étonnée de l’esprit entreprenant de sa compagne. Susie Dykes faisait preuve d’une merveilleuse habileté dans la conduite de l’entreprise à laquelle elle se donnait corps et âme. Frauenstein avait reconnu cela au premier coup d’œil ; et ce fut ainsi qu’il en arriva à faire honneur à ce que M. Kendrick appelait les actions « Dykes et Delano. »
- « J’avoue, » dit Clara en souriant, «queje tremble un peu à l'idée de voir donner à madame Susie « plus d’élan » comme dirait son père.
- « Madame Susie, » répéta Minnie, « c’est ainsi qu’Annie appelait toujours maman. »
- « Et c’est ainsi que tante la nomme devant les étrangers, « répondit Clara.
- Ceci tira le comte d’embarras, car il n’aimait pas à appeler Susie madame Dykes, et la politesse lui défendait de l’appeler miss.
- Après le dîner, la société passa dans la serre, puis visita la pépinière où quelques hommes étaient occupés à arracher de jeunes poiriers et à les emballer pour la vente. Susie examina les petites étiquettes de bois liées à chaque objet.
- « C’est vous qui avez écrit ces noms ? » demanda-t-elle à un des ouvriers ? Et sur la réponse affirmative de cet homme : « Ils ne sont pas assez lisibles, » ajouta Susie, « venez chez moi demain matin, je vous donnerai des modèles, »
- Elle parlait doucement et avec égard, mais d’un ton ferme. Le comte remarquait tous ces détails et prenait plaisir à causer avec cette jeune femme qui l’intéressait vivement. Néanmoins il ne perdait aucun des mouvements de Clara et la rejoignit bientôt dans une allée derrière la maison.
- « Vous êtes un peu inquiète, » dit-il d’un ton bas et affectueux, « et j’en sais exactement la cause. Vous n’avez pas autant de confiance que madame Susie en la réussite de vos entreprises et vous craignez que je perde l’argent que je vais placer ici. Laissez moi vous rassurer. En affaires, je suis très-prudent et je vous garantis qu’ici tous les symptômes sont on ne peut plus favorables. Votre associée est capable de conduire des entreprises # d’une très-grande importance. Permettez-moi de vous assurer qu’on peut avoir autant de confiance en sa tête^ qu’en son cœur. » Puis s’arrêtant au milieu de l’allée et regardant Clara en face, Frauenstein ajouta : * Croyez-moi, je ne perdrai rien, mais je serais plus heureux de perdre une grosse somme dans l’entre-
- prise de votre amie que de gagner beaucoup d’argent partout ailleurs. »
- « Je ne crois pas que vos fonds soient aventurés, » répondit Clara, « mais cette responsabilité nouvelle me semble un peu lourde au premier moment, » et son regard qui avait rencontré celui du comte se baissa comme sous une influence magnétique.
- Cet instant décida le sort du Palais social. Pas un mot, pas un regard ne semblait avoir indiqué à ces deux êtres qu’ils dussent être un jour plus que des amis l’un pour l’autre ; cependant chez le comte une fugitive impression du cerveau avait suffi pour faire pencher la balance, et Oakdale, à partir de ce moment, fut destiné à être témoin de la grande entreprise. * (A suivre.)
- LE FAMILISTÈRE DE GUISE
- Nous empruntons au journal le Télégraphe les extraits suivants d’une étude due à la plume bien connue de M. Ed. Pompery :
- M. Godin possède à Guise une vaste usine qui couvre quatre hectares de terre et compte douze cents ouvriers. L’industrie est l’application de la fonte aux appareils de cuisine et de chauffage. Indépendamment de cette première usine, le grand industriel en dirige une seconde en Belgique, à Laeken, qui compte deux cents ouvriers et dans laquelle s'exécutent les commandes de l’é tranger.
- Cette industrie considérable n'est pas l’œuvre d’un jour. M. Godin n’était d’abord qu’ua petit fabricant du village d’Esquehéries. Son père lui avait donné quatre mille francs pour s’établir. Au début de sa carrière, le futur grand industriel avait vécu à Paris de l’existence de l’ouvrier et fait en cette qualité son tour de France, la lime et le marteau à la main.
- C’est au milieu de cette vie laborieuse que le jeune homme, voyant de près les conditions de la vie des ouvriers, se promit à lui-même d’améliorer leur sort si jamais la fortune le lui permettait. Dès qu’il l’a pu, l’homme mûr a tenu largement et vaillamment les promesses du jeune travailleur.
- "Voici quelques-unes des idées qui ont donné naissance à l’œuvre de M. Godin :
- « La loi de l’accord du capital et du travail est dans l’association, dont le premier terme est la participation aux bénéfices. »
- « Du jour où. le travailleur aura pris part aux décisions qui accordent au capital l’intérêt nécessaire et au travail la part légitime qui lui est due, du jour où il aura la certitude de participer aux bénéfices de l’entreprise dans la mesure de son mérite, il n’y aura plus de
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- grèves possibles. L’ouvrier changera un système d’hostilité permanente en un concours attentif à la prospérité d’une industrie à laquelle il est lié par un intérêt commun. »
- <r C’est à la bonne organisation de l’atelier qu’est dû le progrès de la production; c’est à la bonne organisation de l’habitation que sera due la réalisation du bien-être, par la consommation bien entendue des produits du travail. »
- « Il faut donc que la science réalise les moyens économiques du bon emploi des fruits du travail et qu’elle mette les jouissances de la richesse à la portée de tous par la réforme de l’habitation. »
- <* L’état de la société se peint dans l’habitation. De même que la hutte correspond aux besoiqs de la vie sauvage, la tente à la vie nomade, la maison isolée à la petite industrie, soit agricole, soit artisane, de même l’architecture unitaire correspond à la constitution de la grande industrie et de la grande culture.
- » Le problème de l’architecture nouvelle est ainsi posé : faire jouir l’ouvrier de l’équivalent du bien-être du riche; placer sa famille dans un logement sain et commode ; entourer ce logement de toutes les ressources et de tous les avantages dont le logement du riche est pourvu ; faire que le logement soit un lieu de repos et d’agrément ; remplacer par des institutions communes les services que le riche retire de la domesticité. »
- M. Godin avait visité le grand Hornu en Belgique, les corons d’Anzin et les petites maisons ouvrières de Mulhouse. Ces divers établissements présentent déjà d’incontestables avantages pour l’amélioration du sort des ouvriers ; cependant ils étaient bien loin de le .satisfaire .
- En esprit pratique, M. Godin avait compris qu’un vaste édifice unitaire pouvait seul permettre de réaliser toutes les conditions d’économie d’espace et de temps, d’hygiène et de commodités de toutes sortes.
- Loin de nuire à la liberté individuelle, une semblable disposition architectonique ne peut que lui être favorable. L’homme, étant par nature un être sociable, ce n’est que dans le milieu le plus propre à la sociabilité qu’il peut trouver la liberté de sa personne sous toutes ses formes.
- En avril 1859,, M. Godin commença son oeuvre. Elle a été lente, mais ininterrompue. Les écoles et le théâtre n’ont été terminés qu’en 1870. Trois cents familles environ habitent depuis plusieurs années ce premier palais du travail, et bientôt l’aile qui s’achève en ce moment permettra d’arriver au compte de douze cents personnes.
- Tous les édifices de ce palais, auquel M. Godin a donné le nom de Familistère, sont compris dans un cercle dont le rayon serait de 90 mètres ; la plus longue course pour un habitant ne peut donc dépasser 180 mètres.
- Si l’on mettait bout à bout et sous forme d’une maisonnette avec cave et grenier, tous les appartements de
- chaque famille logée dans le palais, cela comporterait un développement de 2,200 mètres et formerait une rue de plus d’un kilomètre. Si l’on suppose ces petites maisons éparpillées comme dans nos villages, la population serait disséminée sur une étendue d’au moins trois kilomètres.
- Ces chiffres plaident éloquemment en faveur d’une habitation rationnelle, unitaire, économique.
- Tout se loue au mètre carré, aussi bien pour les appartements que pour les caves, jardins, etc. Un loyer pour une famille revient à 8, Î0 ou 12 fr. par mois selon la contenance.
- Au Familistère, chacun est maître chez soi et -s’y arrange à sa guise. Personne n’a rien à y voir, non plus que dans un appartement du Palais-Royal ou d’une grande maison de Paris. En ce qui concerne les lieux publics, cours, galeries, écoles, etc., le service d’ordre et de propreté est fait par les soins et sous le contrôle de l’administration. Il en résulte que ce service est uniformément bien fait, sans récriminations ni insuffisance de la part de qui que ce soit. Point de domesticité au Familistère, mais des services publics, avec échange volontaire et mutuel de bons offices. Chacun s’y sent libre, parce que le milieu est favorable à l’expansion de l’individu, dans ses facultés, ses besoins et ses sentiments. C’est que l’architecte a pris mesure sur l’homme, sur l’homme vivant de son travail au sein de sa famille associée à d’autres familles.
- Je dois dire que les soins les plus minutieux et une prévoyance savante ont présidé à la construction de cette royale demeure du peuple travailleur. Ce palais s’élève dans une boucle de l’Oise, au milieu d’un parc de six hectares.
- Bien qu’on eût sous la main l’eau d’une rivière, le fondateur a voulu mettre à la disposition des habitants une eau fraîche et pure provenant d’un puits artésien. L’eau est transportée par une machine à tous les étages, de telle sorte qu’on pourrait, au besoin, avoir de l’eau dans chaque appartement. M. Godin s’est attaché à ne pas omettre une seule condition utile au point de vue de l’économie, de l’hygiène et même du confortable.
- Dois-je ajouter qu’au Familistère on trouve bains, lavoirs, boulangerie, boucherie, charcuterie, épicerie, magasins d’objets de vêtement, restaurant, café, bibliothèques, etc. 1
- L’intention formelle de M. Godin était de transformer graduellement les habitants du Familistère, ouvriers de son usine, en actionnaires, et co-propriétaires, grâce à leur part de participation aux bénéfices de l’entreprise. Jusqu’à ces derniers temps, un obstacle non moins funeste qu’invincible avait paralysé son bon vouloir.
- Yoici comment le généreux industriel y a suppléé : il a pris à sa charge tous les frais d’éducation et d’instruction des enfants depuis le plus bas âge. Au Familistère, i’instruction est gratuite, laïque et obligatoire. Quant à la religion, chacun est libre ; chaque famille se dirige selon ses sentiments. Dans les écoles, on enseigne l’histoire, la
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- morale ; on vous instruit sur ce qui touche vos rapports avec vos semblables, avec la société ou l’Etat ; mais*on ne prend parti ni pour ni contre Bouddah, Brahma, Mahomet, Moïse ou Jésus.
- Au Familistère, on se contente de faire des hommes, des citoyens et des ouvriers instruits et sachant leur métier.
- De plus, l’administration adopte tous les-orphelins et veille à leur faire un avenir par le travail. Tout invalide est pensionné, et le moins favorisé reçoit un franc par jour.
- Chargé de plusieurs fonctions publiques, M. Godin 6’est vu souvent éloigné de son œuvre. Néanmoins, elle A continué de marcher et de se développer.
- Voici comment :
- Une commission administrative, choisie parmi les plus capables, est chargée de la direction des intérêts de l’usine et de ceux du familistère. Elle se réunit au moins une fois par semaine pour délibérer sur tout ce qui se rapporte à ce double intérêt. La commission surveille et contrôle, en se divisant la besogne, toutes le» opérations de la ruche laborieuse, mais elle délègue à un économe l’exécution de ses volontés. Celui-ci achète, reçoit et vérifie, avec le concours des fonctionnaires attachés aux divers services, les denrées et les marchandises nécessaires à l’approvisionnement du palais social.
- Les magasins, aussi bien que les services, sont spécialisés et indépendants. Chacun d'eux a ses livres et ses moyens de contrôle*, tous ont un compte ouvert à l’économat, qui résume leurs opérations. Cette division per* met d’apprécier, quand on le juge utile, la marche de chacun des services, sans attendre l’inventaire général. Ces diverses fonctions ont l’avantage de donner du travail à soixante-dix ou quatre-vingts personnes de l’établissement, dont la plupart sont des femmes.
- Cette commission n’intervient point dans la direction des comités élus par le suffrage universel et dont les principaux sont ceux de l’éducation et de l’instruction, secours et prévoyance, pharmacie et soins médicaux, pompiers, musique, théâtre, fêtes et plaisirs, bibliothèques, réclamations du travail.
- Par rapport à l’hygiène, à l’agrément, au confortable, aux satisfactions de la vie, par rapport aux secours mutuels dont aucun de nous ne peut se passer, la plupart des riches ne sont certainement pas dans une situation aussi bonne que l’habitant du Familistère.
- Voilà en gros, car je suis loin d’avoir pu entrer dans le détail, ce qu’un enfant du peuple travailleur, parvenu à la fortune sans que la générosité de ses sentiments en ait été-diminuée, a pu réaliser dans l’intérêt des classes ouvrières et dans l’intérêt supérieur de l’accord du capital et du travail, de la justice distributive et de la pacification sociale. G’est un grand exemple, et nous espérons qu’il ne sera pas perdu.
- Disons, en terminant, que nous croyons pouvoir as-
- surer que M. Godin aura la satisfaction de compléter son œuvre en faisant actionnaires de ses établissements les heureux habitants du Familistère.
- E. de Pompery.
- LÀ CRÉMATION A MILAN.
- Milan est peut-être la ville d’Europe où l’on s’occupe le plus sérieusement de la crémation des morts.
- M. le docteur Polli, professeur à l’école de médecine de cette ville, fut un des premiers à s’occuper de cette utile question. Il imagina un appareil de crémation par le gaz, appareil perfectionné peu de temps après par M. l’ingénieur Clericetti.
- Ces deux savants firent à l’usine à gaz de Milan, de nombreuses expériences de crémation, au moyen de leurs appareils combinés. Ils intéressèrent si vivement à cette innovation la partie éclairée de la population milanaise, qu’en 1874, M. Albert Keller, riche négociant suisse domicilié à Milan depuis son enfance, mourait en stipulant que son corps devrait être incinéré d’après les procédés de M. Gorini de Lodi. Une chambre d’incinération fut construite à cet effet, avec un certain luxe, et elle est restée la propriété de la commune. C’est un temple à colonnes .sous 4e pérystile duquel est placé un mausolée qui renferme, en la dissimulant aux yeux, la chambre où 217 becs de gaz dévorent le cadavre.
- Depuis l’installation de ce temple crématoire, c’est-à-dire depuis le 22 janvier 1876, vingt-trois corps ont été incinérés, dont sept dans le courant de Tannée dernière. Quatre seulement de ces sept derniers corps ont été brûlés par le procédé Gorini, les trois autres l’ont été par le procédé Ferruzzi-Berti. Le procédé Gorini a donné de meilleurs résultats que son rival.
- Le public milanais s’est chaque fois fort intéressé à ces applications de l’hygiène moderne. La presse considère la cause comme gagnée. Il paraît même à Milan un bulletin spécial rédigé par deux savants médecins de cette ville, MM. Malachia de Cristoforis et Gaetano Pini.
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- ïe numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 23 FÉVRIER 1879.
- bureau principal
- X GUI SE (Aisne).
- Toutes les communications doivent être adressées
- à M. GODIN
- Fondateur du Familistère Directeur-Gérant.
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- Rédacteur en chef : M. Ed. Champury
- , BUREAU AUXILIAIRE A PARIS 32, rue Serpente , 32
- Pour tous renseignements, s’adresser de 2 à 5 heures à M. Ed. THIAUDIÈRE, Représentant du DEVOIR.
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- SOMMAIRE
- mise en accusation des ministres du 16 mai. — La femme devant le code français. — Semaine -politique. — Variétés. — La Grève à Liverpool. — f’Association des travailleuses. — Libre échange. — La misère à Paris. — Les femmes doçteurs. — Roman : La Fille de son Père. — U Orphelinat républicain. — Le ménage coopératif. — Uhospi-talité de nuit. — Bulletin bibliographique.
- LA MISE EN ACCUSATION
- DES MINISTRES DU 16 MAI ET DU 23 NOVEMBRE
- Voici une question très-délicate, la plus délicate peut-être de celles qui s’imposent en ce moment aux esprits. La presse, les députés, les sénateurs, l’opinion publique sont divisés à son égard. Les uns n’y voient que les personnes, les autres que les principes ; ceux-ci en font une affaire de parti, ceux-là un acte de justice; plusieurs la considèrent comme une arme politique et souhaitent d’avoir cette arme entre les mains; quelques-uns, au contraire, tiennent cette question pour un brandon de discorde et se refusent à l’agiter; tous sans exception sont d’accord pour reconnaître et la gravité du cas et l’immensité de sa portée.
- Pour nous, fidèles à la ligne de conduite que nous nous sommes tracée, la seule lumière des principes nous éclairera dans l’examen de cette question.
- Et d’abord n’oublions pas les deux faits essentiels qui dominent toute la situation et qu’il est nécessaire de ne pas perdre de vue :
- Le premier fait,
- c’est que la Constitution du 25 février a proclamé le régime républicain, le seul régime légal de la France, ce qui implique :
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- pour tout citoyen l’obligation de respecter ce régime,
- pour tout fonctionnaire l’obligation de le respecter et de le faire respecter.
- Le second fait,
- c’est que le régime républicain est le régime absolu de la loi, de la loi tout entière, de la loi toute seule, de la loi sincèrement interprétée et intègrement appliquée,
- ce qui implique :
- pour tout citoyen l’obligation de se soumettre à la ld,
- pour tout fonctionnaire l’obligation de s’y conformer, d’en respecter l’esprit et de l’appliquer loyalement.
- Etant donnés ces deux faits essentiels et les conséquences qui en découlent, quelle a été vis-à-vis d’eux la conduite des ministres du 16 mai et celle des ministres du 23 novembre ?
- Examinons.
- Les fonctionnaires de l’Etat sont tenus d’aimer et de faire respecter la forme légale du gouvernement. C’est pour cela que le pouvoir les nomme, c’est pour cela que les contribuables les paient. Si la forme légale de l’Etat n’est pas à leur convenance, ils n’ont qu’à choisir entre deux alternatives :
- ou bien faire taire leurs prédilections personnelles et remplir consciencieusement leurs emplois,
- ou bien renoncer à leurs emplois pour garder la liberté de leurs prédilections personnelles.
- Tout moyen terme est inadmissible. 'Accepter des distinctions et des appointements et les faire servir contre celui qui les donne, c’est faire métier de trahison.
- Eh bien ! ce triste métier est fait depuis des années par toute une légion de fonctionnaires que la timidité des pouvoirs a eu le tort de laisser en place ; il a été fait, avec une intensité de violence jusqu’alors inouïe et durant sept mois, sept longs mois entiers, par les plus hauts fonctionnaires de la nation, les ministres.
- " La personnalité des hommes qui' sont arrivés ait pouvoir le 16 mai et celle de leurs successeurs du 23 novembre n’ont pas à nous occuper. Nous ne jugeons pas messieurs tels et tels en
- leur qualité d’hommes politiques, nous les geons en leur qualité de ministres.
- Eh bien ! nous pouvons dire qu’en cette qUa. lité ils n’ont pas rempli une seule minute la première condition de leur emploi. La commis-sion d’enquête élue par la Chambre des députés a fait à ce sujet les plus tristes révélations. Au lieu de ne rien épargner pour faire aimer ét respecter la forme légale du gouvernement, le8 ministres n’ont reculé devant rien pour obtenir l’effet contraire. Toujours aux antipodes de leur devoir, ils ont fait tous leurs efforts et ont employé toute leur influence pour faire prendre en dégoût par la population le régime qu’ils avaient mission de faire aimer. Ils ont même poussé l’effronterie juscju’à se faire un titre de gloire d’avoir trahi ce régime par lequel cependant ils acceptaient d’être payés.
- C’est ainsi qu’on a pu assister à de bien tristes spectacles ; c’est ainsi qu’on a pu voir des hommes du monde, ayant reçu de l’éducation, portant des noms respectés, sachant théoriquement ce qui est moral et ce qui ne l’est pas, et revêtus des plus hautes fonctions politiques du pays,. accepter d’une main les gros appointements que leur servait la république et signer de l’autre des décrets et des arrêtés qui devaient la détruire. C’est un peu la conduite de Néron donnant des coups de pied dans le ventre de sa mère en attendant l’occasion de la faire assassiner.
- Ces coupables agissements sont d’un exemple démoralisateur et tout gouvernement soucieux de la moralité publique doit avoir à-cœur de leur appliquer la loi. Pardonner aux ministres du 16 mai de n’avoir pas respecté et fait respecter la forme légale du gouvernement, c’est mettre les ministres au-dessus de la loi, c’est encourager d’autres cabinets à faire de même, c’est absoudre le plus coupable des crimes politiques, le crime de lèse-constitution.
- Reste la seconde partie du mandat des min^ très, celle qui les oblige à se conformer à la 101> à en respecter l’esprit et à l’appliquer loyale ment.
- Cette partie de leur mission est la plus haut* celle dont ils devraient être le plus fiers, ceHe
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- dont ils devraient avoir le plus à cœur de se montrer constamment dignes.
- Trouvons-nous une préoccupation semblable chez les ministres du i6 mai ?
- Poser une question aussi naïve, c’est faire naitre un sourire.
- La préoccupation constante de ces ministres, celle qu’ils ont eue de la première jusqu’à la dernière minute de leur pouvoir, a été une préoccupation toute contraire, tout opposée.
- Ils n’ont pas cessé un instant de se soustraire à la loi, d’en étudier la forme pour l’interpréter à contre-sens de son esprit, de recourir à Farbi-traire, à la pression administrative, à la diffamation officielle, aux arrestations illégales, aux perquisitions sans mandat, en un mot à toutes les mesures vexatoires, à tous les abus d’autorité, à tous les moyens x[ue l’on n’avoue pas. La France a subi pendant sept mois entiers cet épouvantable cauchemar; pendant sept mois elle a vu toutes ses libertés supprimées, toutes ses lois violées, tout le personnel honnête de ses administrations chassé et mis à la rue; pendant sept mois elle a vu placarder sur les murs cet odieux Bulletin des Communes dont l’impudence et l’hypocrisie n’ont jamais été égalées; pendant sept mois enfin elle a vécu dans l’appréhension d’un coup d’état à l’intérieur et d’une guerre à l’étranger.
- Voilà de quelle façon les ministres du 16 mai se sont conformés à la loi, de quelle façon ils l’ont respectée et appliquée, et jusqu’ici le pays ne leur a pas demandé compte d’une conduite qu’il nous répugne de qualifier.
- Il est d’autres considérations de principes qu’il convient de ne pas perdre de vue.
- Tout dommage matériel causé par un homme à son prochain demande réparation.
- Or, a-t-on oublié quels dommage matériels ont été causés à la France par les agissements des ministres du 16 mai? A-t-on oublié que le manque de sécurité, conséquence de ces agissements, a entraîné l’arrêt du commerce et l’aggravation de la misère ? A-t-on oublié que de pauvres instituteurs ont été privés de leur charge, que des centaines de négociants et d’industriels ont été poussés à laf faillite, que des mille et mille ouvriers sont restés sans tra-
- vail et que des centaines de familles se sont trouvées sans pain ? A-t-on oublié que la statistique, durant les sept mois d’arbitraire ministériel, a constaté une recrudescence des suicides et un encombrement des monts-de-piété.
- Pour nous, bien loin d’oublier tout cela, nous demandons que réparation soit faite. Nous le demandons au nom de l’honneur du pays, au nom des principes violés, au nom dç la constitution outragée, au nom des lois foulées aux pieds, au nom des familles réduites aux privations et au désespoir.
- La loi doit être appliquée à tout le monde. Que l’on soit ministre ou qu’on ne le soit pas, on doit ne jamais lui échapper. Il est indispensable à la moralité et à la sécurité publique qu’il en soit ainsi. Permettre, ne fût-ce qu’une seule fois, la violation de la loi, serait une faiblesse dangereuse, une atteinte portée au principe même de l’état.
- Le règne des passe-droit et du bon plaisir est fini, le règne de la justice doit commencer. Que toutes nos actions, que toutes nos pensées, que tous nos efforts convergent vers ce but.
- La République ne peut exister que par le respect des lois. Elle doit poursuivre et punir les violations qui en sont faites. Elle doit être d’autant plus sévère que la position des coupables est plus élevée. De même que le juge qui vend la justice est plus coupable que l’escroc et le filou, de même le ministre chargé d’appliquer la loi est plus coupable, s’il la vioie, que le simple citoyen.^ La culpabilité en semblable matière est proportionnelle aux fonctions. Plus la confiance accordée est grande, plus on a tort d’en abuser ; plùs le pouvoir conféré est considérable, plus on est coupable d’en faire un mauvais emploi.
- C’est pourquoi la nation doit poursuivre avec la plus grande sévérité les fauteurs du 16 Mai et ce ministère du 23 novembre qui prépara un coup d’état et ne renonça à le commettre que dans la crainte d’un insuccès.
- Si des abus, si des scandales, si des crimes de cette nature peuvent être commis sans attirer sur les coupables le châtiment prévu par la loi.
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- c’est qu’alors la justice n’est qu’un vain mot et que sa balance n’est pas égale pour tous.
- Ah! s’il s’agit de punir quelque pauvre diable, quelque ouvrier sans travail, quelque orphelin sans ressource et sans éducation, qui dans un moment d’égarement, casse une vitre pour voler le pain indispensable à sa subsistance, oh ! alors, agents de police, juge d’instruction, ministère public, tout le monde rivalise de zèle pour le poursuivre et le punir.
- Mais du moment qu’il s’agit de hauts fonctionnaires, puissants, influents, omnipotents, qui, pour assouvir leurs rancunes ou satisfaire leur vanité, se jouent de la morale, suspendent les affaires, arrêtent le travail, violent les lois, outrepassent les délais, dilapident les deniers publics, ne font rien pour assurer la tran- ; quillité, font tout pour provoquer des agitations et tournent contre la nation elle-même les armes qu’elle leur avait confiées pour sa protection, oh ! alors, la justice devientjtout-à-coup impuissante, les fonctionnaires compromis deviennent inviolables, et la loi si sévèrement appliquée au faible, au malheureux, au petit, demeure complètement sans effet vis-à-vis de ces grands. Tandis que l’affamé qui a volé le pain, est frappé par un jugement, conduit à la maison centrale et flétri à tout jamais par un casier judiciaire, le haut fonctionnaire criminel reste libre, jouit de ses droit civils et politiques et continue à se mêler des affaires du pays : il reste, selon le mot d’un fanfaron célèbre, « debout et disponible pour de nouveaux coups d’état. »
- Est-ce là, nous le demandons, est-ce là l’égalité devant la loi ? Pense-t-on qu’une partialité aussi criante inaugure dignement la république?
- Nous croyons tout le contraire. Nous sommes convaincus, profondément convaincus que la meilleure conduite à tenir pour le nouveau régime, c’est de débuter par l’application de la loi.
- née, qu’ils ont joui jusqu’ici de l’impunité et qu’ils doivent bénéficier d’une prescription.
- Nous ne saurions penser ainsi. Pour nous, le fait que le temps passe sur les illégalités ne sau-rait en amoindrir la gravité. Le crime d’hier est justiciable d’aujourd’hui. Les retards survenus dans le fonctionnement de la justice ne peuvent absoudre un inculpé. Le besoin de la justice est une vertu, l’oubli du crime est une lâcheté.
- Ah ! c’est un grand malheur que les Français aient la mémoire si courte ! Ils oublient en trop peu de temps ce qui devrait ne jamais être oublié. Ils absolvent trop facilement ce qui doit ne jamais être absous. Ils n’ont pas assez enracinée au cœur cette sainte indignation contre le mal qui seule peut faire les grands peuples. La mobilité de leur caractère leur fait oublier les saines revendications. La préoccupation de l’avenir leur fait perdre de vue les exigences du passé. Que le temps s’écoule sur un crime et l’impunité en est assurée. Que le coupable ne soit pas poursuivi au moment de la première émotion, et il est presque sûr de ne plus l’être une fois l’émotion calmée.
- Rien de plus dangereux, rien de plus déplorable que cette disposition générale des esprits.
- C’est une incitation à recommencer, c’est un encouragement donné aux aventures, c’est une inégalité devant la loi.
- La France doit ne pas persister plus longtemps dans cette fatale conduite. Elle doit savoir mettre la justice au-dessus du savoir faire, le principe au-dessus de l’opportunité. Le moment est venu pour elle d’entrer dans cette nouvelle voie et de répudier les errements de son passé. Il faut qu’elle se lave d’avoir absous le 2 décembre, et, pour s’en laver, il faut qu’elle n’absolve pas le 16 Mai.
- En. Champury.
- PENSÉES SOCIALES & POLITIQUES
- Malheureusement, tous les républicains sérieux ne sont pas unanimes à penser ainsi. Quelques-uns subordonnent les exigences de la justice à celles de la stratégie politique. Le grand mot d’opportunité est mis en avant et l’on objecte que les faits sont passés depuis plus d’une an-
- X
- Le respect du droit, la pratique du devoir, l’observation du juste n’existent que dans l’obéissance aux lois éternelles de la vie.
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- LA FEMME DEVANT LE CODE FRANÇAIS (1) {Suite)
- Le catholicisme a eu sur le Code une au tre influence tout aussi regrettable et injuste : je veux parler de l’inégalité civile entre les enfants légitimes et les bâtards d’une même femme.
- Parce que l’Eglise avait dit : « Le bâtard est assimilé à l’esclave, c’est un indigne de naissance ; il ne peut être ordonné prêtre, pas plus que l’esclave ; »
- Le Code Napoléon, repoussant cette belle déclaration du Code civil de 1793, à savoir : « Celui qui ne connaît pas ses parents est appelé orphelin, comme celui qui les a perdus, » n’a trouvé rien de mieux à faire que de suivre la théorie catholique et de déclarer que : « les droits du bâtard sont inférieurs à ceux de l’enfant légitime. »
- Ce qui veut dire que le bâtard ne peut hériter de sa mère que dans la proportion d’un cinquième de ses biens, n’eût-elle pas d’autres enfants.
- C’est ainsi que la loi rend responsable un pauvre enfant d’une faute qui n’est pas sienne, et qu’elle atteint l’amour maternel d’une malheureuse quisouvent a été trompée, et qui a déjà bien souffert des suites de sa faute.
- Après avoir dénoncé le bâtard comme un paria, le Code civil fait plus : il conspire contre la malheureuse mère, en voulant lui faire supporter toute seule une faute qu’elle n’a souvent pas commise, mais dont elle est la première victime, comme son enfant en est la seconde. *
- Il défend la recherche de la paternité.
- La protection que la loi accorde à la femme est en ce cas inférieure à celle dont jouit l’enfant.
- En effet, la loi qui protège l’enfant, même contre son père et sa mère, ne protège pas la femme contre son séducteur. Elle laisse la victime sans défense, et le bourreau sans soucis.
- En décrétant que le consentement des parents est indispensable au mariage des enfants, le Code civil met des entraves au mariage et facilite la séduction de la jeune fille par l’homme, en ce sens que celui-ci peut toujours se retrancher derrière cette condition essentielle du consentement.
- Ce qui donne un chiffre très-respectable de 50,000 bâtards par an.
- Tandis qu’il est si facile d’en diminuer le nombre et de rendre la séduction presque impossible, en donnant aux amants une très-grande facilité de se
- (1) Voir notre numéro du 9 février,
- marier, c’est-â-dire en supprimant l’obligation du consentement des parents (1).
- Si, pour se marier, il suffisait de deux témoins et de l’inscription de l’acte de mariage sur les registres de l’état civil de mariage, sans autre formalité, et cela aussitôt la demande faite par les contractants, M serait très difficile à un homme de séduire une jeune hile, et cela diminuerait fortement le nombre des bâtards et celui des malheureuses, que cette faute entraîne dans la débauche.
- Mais le Code civil n’a pas prévu cela : il a voulu des délais et des cérémonies, des consentements et des formalités qui, sous prétexte de rendre le mariage plus respectable, ont facilité la débauche et augmenté les moyens de séduction.
- Qu’est-ce donc, que le Code français qui donne ainsi à la femme un brevet, pour le moins arbitraire, d’incapacité et *d’infériorité ; qui met le séducteur sous la sauvegarde des lois, qui ne protège pas la victime, mais qui l’accable ; qui fait un paria d un enfant irresponsable et le frappe dans ses droits, sinon un compromis honteux entre les idées nouvelles et la barbarie religieuse et féodale, entre l’ombre et la lumière, entre la vérité et le mensonge ?...
- Le Code français ne protège pas les faibles, il les met à la merci des forts, et donne à ceux-ci des droits despotiques immoraux et contre nature.
- Pourquoi hésiterions-nous à le combattre ? Pourquoi nous ferions-nous un devoir de le respecter ?
- D’abord, il est immoral ; ensuite, il est incomplet.
- Il ne protège pas la femme : il l’accable.
- Il ne protège pas l’enfant né hors mariage : il 1 accable et le ruine.
- Une fait rien pour la morale, il ne sauvegarde pas les intérêts moraux de la société.
- Il autorise la traite des blanches, et laisse la population décroître faute de bonnes lois.
- Il y a quelque chose à faire, faisons-le.
- Que notre siècle, qui sera un grand siècle (s’il n est une époque de décadence), fasse pour la femme ce que 89 a fait pour l’homme : qu’il la proclame 1 é-gale de l’homme et lui assure la liberté, l'instruction et l’éducation, dont elle a tant besoin pour accomplir sa mission dans les nouvelles sociétés qui se préparent.
- Il faut aussi, pour être grand tout à fait, que ce siècle de luttes entreprenne de faire reconnaître les droits de l’enfant, et qu’il les proclame aussi inviolables que ceux du citoyen.
- (1) On sait qu’en Suisse la nouvelle loi sur le mariage n’exige pas le consentement des parents. E. G,
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- LE DEVOIR
- « La grande Révolution française, a dit Victor Hugo, qui est la Révolution du monde, a proclamé le droit de l’homme. Ceci est le commencement. Il nous reste à proclamer le droit de la femme et à fonder celui de l’enfant. »
- Adhémard Lecler,
- Ouvrier typographe.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- Nécessité d’une politique précise. — Il
- est impossible de méconnaître qu’il règne à l’intérieur un certain malaise qui se traduit par des symptômes difficiles à décrire, à définir, mais qui apparaissent, cependant, très clairement aux yeux des observateurs attentifs. Il est manifeste, par exemple, que les Chambres et le ministère, chacun de leur côté, manquent de direction et ne savent trop dans quel sens orienter leurs pas. Des deux côtés, le bon vouloir est certain ; mais c’est le plan de conduite qui manque. Le cabinet ne parait pas avoir de programme bien nettement défini et il ne semble pas que la majorité républicaine soit dans une situation différente. Da part et d.’autre on tâtonne, on cherche sa voie, et comme on n’est pas affermi dans sa marche, on risque fort de faire des faux pas ; nous pourrions même dire qu’on en a déjà fait quelques uns. Ce malaise tient, tel est du moins notre sentiment, à ce fait que nos hommes d’Etat ont peidu l’habitude de faire de la politique de principes et que, dans le cours de ces dernières années, le système de la politique d’expédients a partout prédominé. Et qu’on nous entende bien; lorsque nous parlons de principes, nous ne prétendons pas qu'il s’agit d’appliquer tel ou tel programme avec une inflexible rigueur; nous voulons dire, seulement, que des hommes qui ont la prétention de gouverner les affaires d’un pays ne doivent pas agir au jour le jour, suivant les circonstances, mais avoir un but nettement défini et ne jamais le perdre de vue. Tant qu’il s’est agi d’assurer l’établissement définitif de la République, on a pu dire que tout devait être subordonn- à la réalisation de ce grand dessein; mais, aujourd’hui que ce résultat est acquis, il est indispensable que nos gouvernants et les Chambres se concertent en vue de l’adoption d’un système politique commun susceptible de réaliser, sinon totalement, au moins dans ce qu’elles ont d’essentiel, les espérances que les événements de la fin de janvier ont fait naître dans le pays. Qu’on soit réservé et circonspect tant qu’on voudra, soit ; mais qu’on fasse quelque chose et que la réserve et la circonspection ne soient pas des mots pompeux destinés à déguiser un néant lamentable.
- XTamnistie. — Le Devoir a fait ses réserves en ce qui concerne la loi sur l’amnistie; il l’a jugée insuffisante; la Chambre a été également de cetyivis; mais elle n’a pas osé aller jusqu’à proclamer législativement l’oubli complet de la triste guerre civile de 1871. Elle a cependant introduit certaines modifications utiles au projet de loi de M. Le Royer. Ainsi, les insurgés qui avaient pris part aux mouvements populaires de la province, soit après le 4 septembre, soit en 1871, avaient été complètement oubliés. Si cet oubli avait été maintenu, de grandes iniquités auraienT été commises, et la Chambre a bien fait de ne pas vouloir les consacrer. M, Andrieux, député dé Lyon, a été chargé de présenter le rapport sur le projet amendé, et if n’est pas douteux que le nouveau texte ne soit accepté à la fin par les deux Chambres et par le gouvernement.
- Les élections législatives et (sénato-
- riales. — Des élections législatives et sénatoriales ont eu lieu., dimanche dernier. A Issingeaux, M. Ma-lartre, député invalidé, n’a pas été réélu. M. Binachon républicain, l’a emporté de près de 400 voix sur son compétiteur. Dans le Gard, à Uzès, c’est également un républicain qui a été élu.
- Le même jour, le département de la Charente avait à élire un sénateur, en remplacement de M. André, bonapartiste, décédé. M. le général de Brémond d’Ars, bonapartiste, a été élu grâce à la coalition des partisans de la monarchie et de l’empire. On prétend que son concurrent républicain, M. Bellamy, n’a pa.s fait tout ce qu’il était possible de faire en vue du succès. Au surplus cet échec est sans importance.
- 3Le» secoaî*ss aux araxnistiés. — Dans une de ses dernières séances, le Conseil municipal de Paris a voté une somme de cent mille francs pour venir en aide aux amnistiés qui vont être rapatriés et qui. en arrivant à Paris, ou dans les autres villes dont ils sont originaires, se trouveront sans ressources. Le Conseil avait décidé que cette somme serait remise au trésorier du comité de secours pour les rapatriés, ainsi que cela s’était fait antérieurement dans des circonstances analogues. M. le ministre de l’intérieur prétend que mite façon de procéder est irrégulière et il a déclaré à la tribune que l’assistance publique et l’administration avaient seules qualité pour distribuer des sommes prélevées sur le budget municipal. C’est une erreur d’autant plus grave que des précédents récents établissent la légalité de la mesure prise par le Conseil municipal parisien. Au reste, quand on connaît l’esprit dont sont animés, pour la plupart, les agents de l’assistance publique et des bureaux de bienfaisance, on s’explique aisément que le Conseil municipal do Paris ait désiré se passer de leur concours. Nous espérons donc que c’est à cette assemblée que restera le dernier mot dans cette affaire.
- Discours «le M. Gréyy et «le NC. Gambetta. — M. Grévy et M. Gambetta ont reçu ces jours derniers, le premier, le bureau du Conseil municipal de Paris, le second une délégation des électeurs de Belle-ville. Le Président de la République et le Président de la Chambre des députés se sont rencontrés dans l’affirmation d’une même pensée, à savoir qu’il fallait se défendre des impatiences et des utopies, attendu que la République devait être la République de la France entière, de celle qui marche en avant aussi bien que de celle qui suit en arrière. Ce langage est assurément plein de sagesse et nul ne songe à faire du gouvernement actuel le monopole d’un parti et encore moins d’une coterie ; mais nous ne saurions trop le répéter, la sagesse ne consiste pas à demeurer inactif dans la crainte de mal faire ; elle consiste à savoir agir quand l’action est nécessaire. Nos hommes d’Etat, très prodigues de conseils envers le. pays, devraient faire leur profit de celui qui précède ; si le pays a des impatiences*, elles ne sont pas bien redoutables, ce sont celles qu’on éprouve dans les membres lorsqu’on est contraint à garder trop longtemps une constante immobilité.
- Des conventions e immerciales. — Le
- Journal officiel a promulgué dimanche des lois portant approbation de la convention provisoire de commerce. conclue, le 15 janvier, avecl’Halie, et de celle conclue, le 20 janvier, avec l’Autriche-ITongrie.
- L’Enquête sur la Préfecture. — Cette enquête paraît être définitivement enterrée ; cinq membres de la commission, appartenant au Sénat, au Conseil municipal de Paris et à la Chambre, ont donné leur démission motivée par l’attitude de certains agents, qui ont invoqué le secret professionnel pour se dispenser de répondre aux questions qui leur ont été posées. Il est à remarquer que la presse républicaine est extrêmement
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- sobre d’appréciation sur cet incident dont les causes ne sont pas encore bien connues, et qu’on en pourra bien juger que lorsque la lumière sera faite, soit à l’aide d’une interpellation, au demeurant peu probable, soit par l’entremise des journaux, s’il en est qui soient assez courageux ou assez bien informés, pour pouvoir dire la vérité sur cette affaire.
- j^eministère viennois.— On a fini, à Vienne, par constituer un ministère, dont le comte Taaffe n'est point le chef, mais dont il fait partie, ce qui ne contribue guère à donner beaucoup de crédit au nouveau cabinet, qui est accueilli avec Une grande indifférence par l’opinion. On estime que le président du nouveau conseil, le comte Streymayer, rencontrera les mêmes difficultés que le comte Auersperg et qu’il sera aussi impuissant que celui-ci à les surmonter.
- Jbe tradt-ê tle Prague. — La question de l’abrogation de l’article 5 du traité de Prague est venue en discussion à la Chambre hongroise, par suite d’une interpellation. M. Tiza a fourni des explications assez nettes touchant le peu d’intérêt qu’avait l’Autriche-Hongrieà exiger l’exécution de l’article 5, mais confuses et embarrassées au sujet du prix dont M. de Bismarck a payé l’abandon consenti par l’Autriche, au mépris des principes de la véritable morale politique. Au cours de la discussion, M. Tiza a déclaré que les sentiments de la monarchie austro-hongroise, pour la France, étaient trop connues pour que notre pays pût concevoir le moindre soupçon sur les motifs qui ont déterminé le gouvernement de l’empereur François-Joseph à signer l’abrogation demandé parM. de Bismarck.
- En Danemark, l’émotion est assez vive, mais ne se produit par aucune manifestation de nature à troubler la paix internationale. Les faibles doivent se taire; telle est la nouvelle morale politique.
- Le discours de l’empereur Guillaume.
- — L’empereur d’Allemagne a prononcé, à l’ouverture de la session annuelle du Reichstag, un discours empreint du plus pur esprit réactionnaire daas lequel il confirme l’intention bien arrêtée du gouvernement de renoncer aux principes d’économie politique qu’il a suivis depuis 1855 jusqu’à ce jour, c’est-à dire depuis vingt-quatre ans, et que l’on promût, il y a trois années à peine, dans toutes-les harangues officielles. Ce revirement subit est fort curieux et montre quel désarroi règne dans les esprits des hommes d’Etat allemands. Malgré l’homélie de l’empereur, il paraît que les projets financiers et douaniers de M. de Bismarck rencontreraient une formidable opposition au Reichstag. D’ailleurs, cette opposition existe déjà, non-seulement au sein du Conseil fédéral, mais encore dans le minis- tère prussien lui-même. Dans la presse, la lutte est déjà ouverte et les protectionnistes et les lihre-échangistes ss livrent des c mbats acharnés.
- Il est à observer que l’empereur avertit l’opposition que ses efforts seront vains, ce qui équivaut à une me-nâce de dissolution. C’est peut-être là, au surplus, le véritable but que poursuit le chancelier sous le couvert de la question économique qu’il a si inopinément soulevée.
- Un Manuel berlinois. — Il s’est produit ré-cemment au Reichstag un incident qui a fort ému l’opinion. On sait que, en vertu de la loi sur Tétât de siégé contre les socialistes, deux députés ont été expulsés de Berlin. Ces deux députés, se fondant sur l'inviolabilité parlementaire sanctionnée par la Constitution, sont venus siéger aü Parlement. Or, en vertu de l’article 28 de la loido sûreté, récemment volée, article fort élastique, M. de Bismarck et le ministre de la justice ont demandé l’autorisation de poursuivre ces députés, ef Tun d’eux, le vénérable M. Fritzsehe, aurait même été appréhendé an corps sans autre forme de procès.
- L’opinion est très-animée, car M. Fritzsehe, député de la ville de Berlin, est un des hommes les plus aimés de l'Allemagne. Sa mansuétude est proverbiale dans ce pays.
- On dit que la majorité du Reichstag se prononcera contre les poursuites demandées ; c’est, faire preuve de beaucoup d’optimisme, nous doutons fort que les députés allemands aient le courage de sa montrer à ce point indépendants. M. de Bismarck les a trop habitués à obéir.
- IMk <le lîisinarelï et le Pape. — On prétend que les négociations sont reprises eutre le Vatican et le chancelier de l’empire allemand L’empereur et M. de Bismarck ont, paraît-il, félicité très chaleureusement Léon XIII de sou eucyclique contre le socialisme, et ces congratulations auraient été le point de départ de nouveaux pourparlers. La curie a. dit-on, envoyé à Berlin un projet de traité de paix par lequel elle accepte le statu quo en ce qui concerne la reconnaissance et l’installation des ecclésiastiques, mais demande le rétablissement des évêques dans leurs fonctious et l’amnistie pour le bas clergé. Le gouvernement de Berlin trouve, parait-il, ces propositions acceptables, mais d’autres nouvellistes assurent que la paix avec le Vatican ne serait pas encore près d’ètre conclue.
- IL® conflit russo-roumain. — Nous avons déjà dit quelques mots du conflit qui a été soulevé eutre la Russie et la Roumanie au sujet de la délimitation des frontières et de la possession du fort d’Arah-Tapia. Il parait que ce désaccord est en voie d’apaisement, attendu que le gouvernement de la Roûmanie serait disposé à évacuer Arab-Tapia, sur la garantie que les troupes russes n’occuperaient pas cette position tant que les puissances consultées n’auraient pas tranché le différend. Ou ne croit pas que la Russie, après avoir accepté- un arbitrage, emploie maintenant des moyens violents à l’égard de la Roumanie.
- TL*a camprîgno «lu Matai. — L’opinion publique est toujours très-émue, en Angleterre, par le désastre de l'expédition du Natal. Des mesures énergiques vont être prises afin d’arriver à réduire les Zoulous; ou assure que lord Napier, de Magdala, gouverneur de Gibraltar, serait nommé commandant en chef des troupes anglaises au Cap.
- Il n’est pas regrettable que les Anglais aient été battus, car ils n’avaient aucune raison sérieuse d’atta quer les Zoulous. Les Anglais n’ont que ce qu’ils ont mérité, comme l’a tre année les Hollandais à Atchin. Nous repoussons la prétention qu’a la race blanche de pouvoir impunément dépouiller et tyranniser les autres races. Tous les hommes sont frères, la couleur de la peau n’y change rien. Que la race blanche s’efforce de civiliser les autres races, c’est parfait, mais qu’elle recourre pour cela à d’autres moyens que la conquête et le massacre.
- T41IÎTI
- Les Mandats-Cartes.
- Le ministère des postes et télégraphes communique aux journaux la note suivante :
- A partir du 1^ mars prochain, il sera mis à la disposition du public, pour les envois d’argent à l’intérieur de la France, par l’intermédiaire de la poste, de nouvelles formules désignées soüs le nom de mandats cartes ou mandats à découverts.
- Ces mandats, déjà introduits à l’essai depuis quelques mois dans nos rapports internationaux, seront libellés à l’avance par l’envoyeur lui-même, à la disposition duquel seront tenues les formules nécessaires; c’est le bureau de poste d’origine qui se charge d’en effectuer la transmission au bureau de destination.
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- Les droits à percevoir par la poste sont les mêmes que pour les mandats ordinaires, et le public aura la faculté d’employer à son choi* l’un ou l’autre de ces deux modes d’envoi.
- Provisoirement, la participation au service des mandats-cartes sera limitée à un certain nombre de bureaux de poste dont la nomenclature pourra être consultée au besoin par toute personne intéressée.
- GRÈVE A LIVERPOOL.
- Une grève des plus considérables vient d’éclater à Liverpool.
- Trois à quatre mille chargeurs de charbons ayant été renvoyés sans ress ources et le salaire des chargeurs non renvoyés ayant été réduit, les autres ouvriers des docks, par sentiment de solidarité envers les chargeurs, se sont mis en grève.
- La cessation des travaux a commencé par un groupe d’environ 10,000 ouvriers des docks de la Mersey et des entrepôts de Waterloo Docks. Elle a bientôt gagné le Prince’s Dock, puis les matelots, au nombre de 10 à 15 mille, se sont mis en grève, eux aussi. Depuis lors la grève fait chaque jour de nouveaux progrès. Elle atteignait lundi dernier un ensemble de 50 à 60,000 hommes, sur les deux rives de la Mersey. Le commerce du port de Liverpool était de plus en plus paralysé et les quais étaient encombrés de marchandises de toute espèce.
- Nos lecteurs savent que nous condamnons les grèves.
- Nous considérons tous les moyens violents, et les grèves en particulier, comme étant plus préjudiciables à l’intérêt des ouvriers qu’à celui des patrons. Nous croyons aussi que les capitaux des associations ouvrières engloutis par les grèves pourraient être utilement utilisés en fondations coopératives ouvrières. La grève des maçons de Londres, au mois de mars 1878, coûta plus de 2 millions de francs (1) aux ouvriers et à peu près la même somme aux patrons. N’est-il pas évident que ce sacrifice fut beaucoup plus onéreux pour les associations ouvrières que pour les richissimes entrepreneurs de Londres ?
- Avec les 2 millions ainsi perdus, les maçons de Londres auraient pu améliorer leur sort par la construction de logements perfectionnés ou par tout autre genre d’associations coopératives.
- L’Angleterre offre un triste spectacle en matière de relation de patrons à ouvriers.
- La loi n’interdisant pas chez eux comme chez nous la coalition des chefs d’une même industrie dans le but d’imposer aux ouvriers une réduction de salaires,
- (1) Voir Tome 1er du Devoir, page 88,
- il en résulte que les patrons profitent de cette liberté abusive et se coalisent quand bon leur semble Aussitôt qu’une industrie est un peu en souffrance les patrons réduisent les salaires afin, disent-i]s de faciliter l'écoulement.
- L'ouvrier anglais, dont le caractère est tout diffé. rent de celui des ouvriers de nos villes et dont le tempérament flegmatique ne perd jamais patience se plie d’abord sans murmurer aux exigences du patron. Il sait que la grande liberté dont jouit l’Angleterre, la décentralisation qui règne dans le paçs et le prestige b.i-séculaire dont jouissent les institutions rendent toute révolution inutile. En conséquence il se soumet, espérant toujours qu’il pourra obtenir par les voies légales ce que les ouvriers d’autres pays espèrent obtenir par d’autres moyens.
- Malheureusement, la classe ouvrière anglaise, ne jouissant pas du suffrage universel, sa position n’est améliorée par aucune loi et elle est livrée ainsi aux déplorables conséquences de la concurrence effrénée des patrons.
- Ainsi il n’est pas rare de voir les patrons anglais d’une certaine industrie s’entendre et se coaliser pour diminuer d’abord de 10, puis de 15, puis de 20 °/. le montant de la main-d’œuvre. Ils fabriquent ainsi à vil prix des produits dont ils trouvent l’écoulement vu la réduction qu’ils peuvent faire sur les prix de vente sans renoncer pour cela à un seul penny de leur bénéfice. Les ouvriers ont faim, mais les patrons s’enrichissent aussi vite que parle passé.
- La fameuse concurrence anglaise tant redoutée sur le continent n’a pas d’autre cause que cette exploitation éhontée de l’ouvrier.
- Toutefois, il vient un moment où, même à très bas prix, la marchandise ne s’écoule plus.
- C’est alors que les patrons prennent les mesures extrêmes qui entraînent les grèves. Ces mesures sont-elles prises avec l’intention d’amener la suspension des travaux ou bien sont-elles Inconséquence fatale du régime de la concurrence effrénée, nous ne savons.
- Quoi qu’il en soit, voici de quelle manière on agit:
- Au moment où la vente s’arrête, les patrons réduisent encore les salaires déjà très réduits de leurs ouvriers, puis ils forment un stock de marchandises dont la main-d’œuvre ne leur coûte presque rien. Une fois le stock formé ils renvoient les ouvriers faute d’occupation à leur donner ou leur offrent des salaires si ridiculeusement bas que les ouvriers se refusent à‘travailler à de semblables conditions et se mettent en grève. Pendant que les travaux sont ainsi suspendus, les patrons écoulent à vil prix leur stock de marchaudises; le tour est joué ; les ouvriers
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- sont plongés dans la misère pour de longues années, quelquefois pour le reste de leurs jours, mais les patrons n’ont pas cessé de vendre et quand les affaires reprennent ils ont toujours leur clientèle sous la main.
- Ces mœurs économiques sont si éloignées des nôtres qu’on peut se demander si nous n’exagérons pas.
- Eh bien, non ! nous n’exagérons pas. A Manchester, à Sheffield, à Birmingham, à Glascow, il n’est pas rare de voir des grèves de cette nature, et tant que la coalition des patrons ne sera pas frappée d'une pénalité, cette exploitation des ouvriers se perpétuera.
- Elle est d’ailleurs dans la iogi jue des choses. Etant donné, une société où chacun vit pour soi, où le gouvernement pose en principe qu’il ne doit pas intervenir dans les relations entre patrons et ouvriers, quoi d’étonnant à ce que le plus puissant exploite le plus faible ? Il ne pourra en être autrement que lorsque la société comprendra que tous les intérêts sont solidaires, que lorsque les gouvernements auront le droit de régulariser le travail.
- Jusque-là il sera impossible de sortir de l’impasse où l’on s’est engagé. L’avilissement des prix de la main-d œuvre dans un pays entraînera à la longue soit le même avilissement de prix, soit la suspension des travaux dans les autres pays. Dans l’un comme dans l’autre cas, c’est la misère croissante dans tous les pays.
- Nous assistons déjà à cet état de choses et avant peu nous le verrons s’aggraver encore. C’est ainsi que des fabricants anglais qui ont d’abord réduit les prix pour tuer toute concurrence continentale à leurs produits, continuent à lutter aujourd’hui entre eux. Après avoir tué leurs rivaux du dehors, ils s’entretuent à l'intérieur.
- Cette lutte est d’un spectacle édifiant, mais elle est grosse de dangers pour l’avenir.
- ASSOCIATION DES TRAVAILLEUSES.
- Une société coopérative à personnel et à capital variables se fonde en ce moment à Paris. Elle a pour but la fabrication et la vente de tous les produits qui constituent le travail à l’aiguille, exécuté par les femmes. La société prend le nom ù’Association des Travailleuses. Son capital se forme au moyen d’actions de 50 francs. Jusqu’à présent elle compte dix-neuf sociétaires. Il y a donc déjà près de mille francs souscrits. Seulement presque toutes les asso-
- ciées sont des ouvrières et elles n’effectuent leurs versements que par petites parties.
- C'est là une heureuse idée. Une semblable association peut ouvrir au travail des femmes la seule voie qui puisse la rendre enfin fructueuse. Nous sommes chaque jour témoin de tant de détresses, nous voyons pâlir sur un travail ingrat et improductif tant de femmes vieillies avant l’âge,* que nous prions instamment ceux et celles qui comprennent quelle effroyable plaie sociale est le paupérisme, surtout pour les femmes, de s’intéresser à Y Association des Travailleuses.
- Les actions sont de 50 fr. Quelques-unes suffiraient maintenant pour que la société fonctionnât.
- Peut être quelqu’un de ceux qui nous lisent consentira-t-il à faire un prêt que la société rembourserait mensuellement au moyen des cotisations des actionnaires. Eugénie Pierre.
- Nota. — S’adresser chez Mlûe Dissat, membre de la chambre syndicale des lingères, 43, rue de la Mare.
- LIBRE ÉCHANGE.
- Tant que la malheureuse Alsace fut française, ses manufacturiers se plaignirent des traités de commerce qui leur empêchaient, disaient-ils, de lutter contre la concurrence étrangère, et tout particulièrement contre la concurrence allemande.
- Aujourd’hui, que l’Alsace est comprise dans la ligne des douanes allemandes et que, par conséquent, la concurrence allemande se trouve plus que jamais favorisée en Alsace, les manufacturiers de cette province envoient annuellement pour 25 millions de francs de tissus en France. Et cependant ces 25 millions de francs de marchandises ont aujourd’hui à payer les droits dédouané française.
- Gela prouve avec évidence que les plaintes des manufacturiers d’Alsace n'avaient aucune espèce de fondement.
- Il y a gros à parier qu’il en est de même des plaintes de leurs collègues de l’intérieur.
- LA MISÈRE A PARIS.
- Il ressort d’un travail de M. Leneveux, conseiller municipal de Paris (1), qu’il y a dans la capitale :
- 9,935 ménages où l’on trouve deux lits dans une seule pièce.
- 4,563 où l’on en trouve trois.
- 1,118 où l’on en trouve quatre.
- (1) Paris municipal, Gerraer-Bailiière, éditeur, 1 vol. 60 cent,
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- Le loyer de ces locaux varie entre 10G et 200 francs.
- On constate également que :
- 4,128 logements ne sont éclairés que par des châssis à tabatière.
- 1,800 ne prennent jour que sur un palier ou sur un corridor.
- Près de 3,000 n’ont ni poêle ni cheminée.
- Comment s’étonner, en présence d’une pareille misère, que l’ouvrier préfère le cabaret à son domicile ?
- ------1-*-»-----
- LES FEMMES DOCTEURS
- Le Journal de Genève a signalé dernièrement le fait que sur les 361 étudiants qui suivent aujourd’hui les cours de l’Université de Berne, on compte 20 dames, qui toutes poursuivent les études nécessaires pour le doctorat en médecine.
- De son côté, le journal de Mma Marie Goegg, la Solidarité, qui paraît également à Genève, a publié les nominations suivantes :
- L’Université de Berne vient de déférer le grade de docteur de la Faculté de philosophie à Mlle Lina Berger, du Grand-Duché de Bade, qui avait passé de brillants examens.
- Deux autres dames, une Américaine et une Viennoise, ont en outre obtenu le grade de docteur dans la Faculté de médecine.
- De son côté, l’Université de Helsingfors (Finlande), a promu, après de rigoureux examens, Mlle Rosine Heykel au grade de docteur en médecine. C’est la première Finlandaise qui se soit enrôlée dans la légion des disciples d’Hippocrate. Une sympathique ovation lui a été faite par ses camarades d’études, qui ont en même temps décidé d’ouvrir parmi la population d’Helsingfors une souscription destinée à se procurer la somme nécessaire pour fonder une bourse universitaire au profit de jeunes Finlandaises que leur intelligence et leur goût pour l’étude pousseraient à suivre la carrière qui vient de leur être signalée. Le capital projeté portera le nom de son
- héroïne et s’appellera « fonds Rosine Heykel. »
- >
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mme Marie HOWLAND 1 Voir n° 4 (tome 1), à n° 24 (tome 2)
- Chapitre XXXIV.
- L’EsclaTe de la Lampe.
- (Suite).
- Le lendemain matin, Susie jugea que l’intérêt de leurs affaires exigeait qu’elle ou Clara se rendît à
- Boston ; se sentant indispensable à la maison, elle pria Clara de bien vouloir faire ce voyage.
- La fille du docteur accepta d’autant plus volontiers que.cela lui donnait l’occasion d’accompagner miss Charlotte Delano qui retournait elle-même à Boston.
- Tout en faisant les préparatifs du départ, les deux amies causèrent du comte Frauenstein et se félicitèrent mutuellement de l'extension qu’allait prendre leur entreprise. « Cette journée, » dit Susie, « efface tout ce que j’ai souffert. A plusieurs reprises, je m’étais déjà sentie heureuse, mais jamais autant qu’aujourd’hui, O Clara, ma coupe est pleine ! Comparez cette heure à celle où vous vîntes dans ma chambre chez votre père. Vous souvenez-vous? J’ai peine à croire que je sois le même être. Mais de quelque satisfaction que je jouisse, quelles que soient mes espérances de bonheur, c’est à vous et à votre excellent père que je dois tout. »
- — « Vous allez encore m’accabler de votre reconnaissance et me rendre honteuse de faire si peu pour la mériter. Qu’avons-nous fait, après tout, si ce n’est ce qui était humainement convenable ? Qu’il n’en soit donc plus question, chère amie. Causons du comte, il parlait de vous avec admiration, Susie, ne l’aimez-vous pas déjà? »
- — « Je ne sais si je suis capable d’aimer encore.
- Il me semble que le comte mérite plutôt mon adoration que mon amour dans le sens ordinaire du mot. Néanmoins mon enthousiasme pour lui ne sera com-' plet qu’après qu’il aura fait une chose encore. »
- —- « Et quoi donc, Susie ? »
- — « Lorsqu’il aura adressé ses vœux à Clara et gagné son cœur, »
- — « Oh ! chère fille î je crois que vous seriez capable, si vous l’aimiez et en pouviez être aimée, de vous sacrifier pour moi. »
- « Je le ferais; mais il n’est question de rien de semblable. Lui et moi ne sommes que de bons amis, tandis que le ciel vous a destinés l’un à l’autre. »
- a Oubliez-vous que vous parlez à l’épouse légale du docteur Delano? » demanda Clara, et cette phrase commencée d’une voix assurée se termina en une sorte de soupir.
- — « Bahl le destin peut bien démolir une masure lorsqu’il s’agit de construire un palais. »
- Frauenstein prit le même train que miss Delano et Clara, Appelé au-delà de Boston ; il s’était fait un plaisir d’accompagner ces dames jusqu’à cette „ dernière ville.
- Un incident du voyage mérite d’être rapporté comme indice du caractère de Clara.
- En changeant de train à une bifurcation, ces dame» »e trouvèrent assises ayant le comte en face
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- un emnloi dans la maison Dykes et Delano ; il doit
- d’elles. Un gentleman qui se trouvait dos à dos avec Clara posa à côté de lui un indicateur. Clara se retourna et pria le voyageur de lui permettre de consulter ce guide ; une conversation de quelques secondes fut échangée entre eux. Miss Charlotte se sentait légèrement froissée de ce manque de convenances de la part de Clara. Elle y voyait néanmoins l’indice que la fille du docteur ne cherchait' pas à faire impression sur le comte. Frauenstein, pendant ce temps, lisait son journal et ne parut s’apercevoir de rien, même lorsque à la station prochaine l’étranger, au moment de quitter le wagon, offrit sa carte à Clara qui en échange lui tendit la sienne. Miss Charlotte ne put s’empêcher d’exprimer combien ce procédé lui semblait étrange.
- « Pourquoi nous conduirions-nous avec - défiance vis-à-yis des inconnus ? » demanda Clara. « Mon ambition consiste à être traitée par eux exactement comme un gentleman. C’est aussi l’avis de Susie et celui de miss Marston. La galanterie remplace misérablement le respect qui naît du sentiment d’égalité. »
- « Vous avez raison, madame, » dit le comte avec ardeur en pliant son journal ; « de tels actes venant d’une femme donnent aux hommes un enseignement qu’ils ont bien de la peine à acquérir ; c’est que les femmes ne sont pas uniquement de jolies poupées, sans initiative, faites pour être flattées.»
- « Et méprisées, » ajouta Clara. « J’ai'toujours remarqué que les hommes qui s’inclinent le plus bas devant nous, qui se précipitent pour ramasser notre éventail, qui nous comblent de discours flatteurs, sont, sans exception, ceux qui nous respectent le moins. Je puis vous en citer un bon exemple, miss Charlotte, » ajouta-t-elle. « Lors de mon dernier voyage à Boston, je .passai dans Court Street. Une vieille femme venait de voir renverser son étal. Les grands salueurs et les porteurs d’éventail passaient sans montrer à la pauvre vieille la moindre marque de sympathie. Seul, un jeune homme pauvrement vêtu m’aida à relever la table ren versée et à ramasser les fruits dispersés de l’humble marchande. »
- « Et avez-vous donné votre carte à ce jeune homme ? » demanda miss Charlotte en souriant.
- — « Certainement. Je fis plus, je lui permis de marcher à mes côtés et lui expliquai ce que j’entends par un parfait gentleman. Depuis il m’a écrit deux fois. Il se nomme Edward Page. Je vous montrerai ses lettres qui sont charmantes et pleine d’enthousiasme. Enfin, apprenant que ce pauvre garçon luttait seul à Boston contre une dure destinée, je lui ai offert, avec l’assentiment de Susie, naturellement,
- venir la semaine prochaine occuper son poste. »
- , « Bravo, » s’écria le comte, « je vous demande pardon, madame Delano, d’avoir cru jusqu’à présent que madame Susie entendait mieux les affaires que vous. Yous choisissez à merveille vos employés. Savoir se procurer des travailleurs fidèles et dévoués, c’est le grand secret.du succès en industrie.-»
- « J’ai été nourrie de pensées si différentes des nôtres, » dit miss Charlotte, « que vos discours radicaux me font l’effet de venir d’une autre planète , pourtant je suis obligée de reconnaître que vous avez raison tous les deux. Chaque fois que, dans la rue, j’ai refusé la politesse d’un étranger, par exemple l’offre d’un parapluie pendant un orage, j’ai toujours eu le sentiment intime de commettre une mesquinerie. »
- La conversation continua sur ce sujet jusqu’à l’arrivée du train à Boston, Von Frauenstein alors quitta ces dames après les avoir conduites à la voiture qui attendait miss Delano.
- Chapitre XXXV.
- L’esclave <le la lampe ot>éit.
- Miss Charlotte avait persuadé à Clara de remettre au lendemain le soin des affaires pour lesquelles celle-ci était venue à Boston et de passer à la maison Delano le reste du jour. « Albert dîne rarement avec moi, » avait ajouté miss Charlotte, « il rentre généralement tard dans la soirée, vous ne risquez donc guère de le rencontrer. »
- Clara répondit qu’elle croyait pouvoir rencontrer Albert sans éprouver le moindre désagrément et qu’elle ne serait même pas fâchée de faire .l’expérience de cette rencontre.
- A peine avait-elle dit ces mots que la porte de la maison s’ouvrit et que le docteur Delano parut devant sa sœur et Clara.
- Des signes évidents de dépit éclatèrent sur la physionomie d’Albert lorsqu’ilvit Clara se lever et l’accueillir avec les bienveillantes manières dont elle'eùt usé envers une simple connaissance.
- - A table, il passa la plus grande partie du temps à regarder Clara qu’il voyait gaie, causeuse et plus jolie que jamais. Cette femme souriante et maîtresse d’elle-même, lancée dans le mouvement des affaires et qui, avec un excellent appétit, faisait honneur au dîner, était elle donc la douce et confiante créature qu’Albert avait vue pour ainsi dire ramper en pleurs à ses pieds, implorant le retour de son amour envolé. Il pouvait à peine y croire. Certes il n’avait jamais connu Clara et voyait en elle maintenant
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- une toute autre personne, une femme supérieure, au port de reine, dont il avait peine à soutenir le regard éclatant. Cette femme lui inspirait une sorte de terreur, et plus il la sentait loin de lui, plus le désir de l’approcher devenait intense.
- Clara lisait comme dans un livre ouvert ce qui se passait dans le cœur de Delano; mais elle ne voyait là ni amour, ni regrets, rien qu’un désir de conquête. Elle triomphait de se sentir le cœur libre vis-à-vis de cet homme qui n’avait répondu au plus ardent amour que par le calme moqueur d’une complète indifférence. Aussi, regardant bravement son époux, semblait-elle dire : « Vous n’êtes plus rien pour moi. «
- Pendant la soirée, Clara ne quitta pas miss Charlotte. Albert était vexé de ne pouvoir se trouver seul un instant avec sa femme. Il eût pu naturellement lui demander un entretien particulier, mais il ne sut pas s’y résoudre, et bientôt il ne lui resta d’autre alternative que d’aller , trouver Clara lorsqu’elle serait retirée dans sa chambre. Ce fut à quoi il se décida, démarche essentiellement maritale, mais aussi lâche que naturelle chez un homme de la trempe d’Albert Delano.
- Il n’y avait pas deux minutes que Clara était chez elle qu’elle entendit un pas bien connu s'arrêter à la porte de sa chambre. L’instinct défensif de l’esclave lui fît pousser le verrou rapidement et sans bruit. A peine eut-elle pris cette précaution, qu’Albert frappa :
- « Eh bien ? » fut-il répondu.
- — « Puis-je entrer, Clara ? je désire vous voir. »
- — « Non, Albert, vous ne pouvez pas entrer ici. »
- — « Pourquoi ? »
- Clara sentît le rouge de la honte envahir ses joues à cette question qui prouvait le manque absolu de dignité chez son mari. Elle répondit :
- « J’éprouve de la répulsion à l’idée de vous voir ici, n’est-ce pas assez ? »
- « Oh ! n’allez pas être déraisonnable, » répondit Albert en cachant son dépit, mais non son impatience. Et ce disant il essaya d’ouvrir la porte.
- Jusqu’à ce moment, Clara s’était secrètement reprochée de s’être enfermée, n’osant croire qu’Albert fût capable de s’imposer à elle; mais alors elle perdit toute crainte d’être injuste à l’égard de son mari, et répondit en s’efforçant de rester calme : « Vous ne pouvez me voir ici, docteur Delano, descendez à la bibliothèque, je vais vous y rejoindre. »
- Il partit sans ajouter un mot : « Elle me paiera ces allures, » se dit-il, bien résolu de jouer le rôle d’un amoureux passionné et convaincu que Clara ne pourrait lui résister. Mais il était en cela dans une complète erreur. Clara n’avait été faible dans le passé
- que par suite du trop grand amour qu’elle avait éprouvé pour son mari ; aujourd’hui, dégagée de ce sentiment, elle n’était plus et ne pouvait plus être entre les mains d’Albert l’argile molle que l on façonne à son gré. (A suivre.)
- ORPHELINAT RÉPUBLICAIN
- Nous lisons dans le Courrier républicain :
- Depuis quelque temps, certains journaux cherchent à prouver que les républicains ne font rien pour venir en aide aux malheureux. — Le succès de la souscription organisée par le Figaro, dans le but de secourir l’abbé Roussel, est une source perpétuelle d’attaques plus ou moins vives, mais très peu fondées, car si l’orphelinat d’Auteuil existe depuis longtemps, c’est grâce à la valeur morale de son directeur et aux libéralités de toutes les classes de la société.
- Nous pourrions nommer un républicain bien connu qui récolte chaque année deux ou trois cents francs pour les donner à l’abbé Roussel, et il nous serait facile de citer d’autres personnes contribuant au succès de son œuvre, mais nous tenons simplement à constater qu’on continue toujours d’exploiter la charité au profit de la politique.
- Nous ne voulons rien enlever au mérite de chacun, nous reconnaissons même avec bonheur que c’est l’Eglise seule quL jusqu’à une époque rapprochée de la nôtre, exerça la charité ; mais nous ferons remarquer avec M. Laboulaye que la charité était pratiquée par tous ceux qui avaient l’âme généreuse, que c’était à l’Eglise qu’on remettait le soin de secourir les pauvres et qu’elle le faisait avec l’argent des fidèles. Ainsi l’Hôtel-Dieu a été bâti par des particuliers qui en confièrent l’administration à l’Eglise.
- Il faut reconnaître que l’Eglise administrait parfaitement ce qu’on lui confiait et qu’elle s’entendait admirablement à tirer parti de ses biens.
- Mais l'Eglise-ne venant en aide qu’aux siens, l’Etat fut obligé de s'occuper de bienfaisance. Il y consacra des sommes immenses.
- Aujourd’hui l’Église et l’État portent secours aune foule de mendiants, qui sans leur aide risqueraient fort de mourir de faim. Nous croyons que tant qu’on donnera de l’argent aux malheureux pour satisfaire le sentiment de compassion que l’homme le plus insensible éprouve toujours à la vue d’un être souffrant, et non pour rémunérer un travail quelconque ou un service rendu à la société, la misère ne disparaîtra pas.
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- En Angleterre, en groupant les sons du pauvre, on a depuis longtemps mis à la portée des plus petites bourses, une demeure convenable.
- En Allemagne, le plus pauvre paysan peut faire cultiver son champ par une association disposant d’un appareil complet de culture à vapeur, de semences de premier choix et d’excellents engrais.
- Or, rendre chacun propriétaire de sa maison et faciliter la culture de la terre par l’emploi des procédés nouveaux, sont deux sources de richesses inépuisables qui peuvent faire circuler des milliards et donner du travail à des milliers de malheureux, et il ne serait pas difficile de trouver d’autres travaux tout aussi utiles et tout aussi productifs à faire réaliser par l’association sans sortir de notre pays.
- Jusqu’à présent les associations ont eu du mal à s’établir en France. Nos gouvernants n’en voulaient pas. La cause en est facile à saisir. D'après M. Laboulaye, c’est que « les associations sont des corporations qui résistent, or quand on fait du despotisme, il ne faut avoir devant soi que des individus, des grains de sable sur lesquels on fait passer le char de l’État. *
- Aujourd’hui l’impulsion est donnée; de tous côtés on s’associe et on obtient les résultats les plus surprenants. Parmi les oeuvres qui rendent le plus de services en France, il en est une dontTe succès nous est particulièrement sympathique, c’est l’orphelinat de la Seine, fondé en 1872, qui a pour bat de recueillir, sans distinction de cultes le plus grand nombre possible cl orphelins ou abandonnés dit département de la Seine, qu’ils soient légitimes ou naturels ; de leur assurer l’éducation, l'instruction, Vapprentis-sage d’une profession et de leur faciliter plus tard, dans la limite de ses ressources, les débuts de leur carrière.
- La Société recueille chaque année 36,000 francs soit par cotisations, soit par des dons volontaires ; avec ce modique budget elle parvient à entretenir 132 orphelins et elle patronne 33 apprentis placés par ses soins. Ses pupilles sontrépartis dans plusieurs établissements,ainsi que l’indiquele tableau suivants:
- Élèves :
- Orphelinat agricole à Cempuis............. 58
- Institution Michel Sextius, maire du 45® arrondissement .......................... 9
- Garderie de garçons, rue Yvart, Paris.... 18
- — de fillettes, rue de l’Espérance, 5. 6
- Etablissements divers...................... 6
- Apprentis :
- A la charge de la Société placés dans divers établissements à Paris et en province.., 35
- Total........... 132
- La Société dépensant chaque année36 000 fr., l’entretien d’un enfant lui revient à 270 francs ; il est donc moins dispendieux qu’à l’orphelinat d’Auteuil, où l’on demande 360 francs par an pour recevoir un enfant.
- (Société de l’Orphelinat de la Seine. — Siège de la Société: 13, quai Napoléon, Paris. — Cotisation annuelle: 12 francs.)
- LE MÉNAGE COOPÉRATIF
- C’est un projet de coopération formé en Angleterre, appelé de l’autre côté de la Manche Cooperative House Keeping, que nous traduisons par ménage coopératif.
- Il paraîtrait que la petite bourgeoisie anglaise souffre de deux fléaux : la domesticité et le renchérissement de toutes les choses nécessaires à la vie. Il n’est plus possible, paraît-il, en Angleterre, de trouver des domestiques suivant le cœur des maîtres. C’est là un phénomène tout naturel et qui nous met en esprit le mot de Figaro : « Aux qualités qu’on exige des domestiques, combien de maîtres seraient dignes d’être domestiques. »
- Or, on a imaginé de fonder une ville coopérative à l’usage de la petite bourgeoisie. Cette ville consisterait. partie en petites maisons isolées d’après le système anglais actuel, et partie en palais comprenant de nombreux appartements. Une compagnie est, dit-on, formée, et même un terrain de 120 acres acheté. D’après les renseignements publiés par le journal Y Echo, de Londres, on adopterait pour ces bâtiments une disposition analogue à celle si ingénieuse appliquée par M. Godin dans son Familistère pour l’entrée des appartements.
- Dans ces palais, il y aurait non des domestiques, mais des employés dont chacun aurait un service spécial à faire et qui ne dépendraient de personne individuellement. Il y aurait restaurant, salon commun, bibliothèques, bains, magasin coopératif, etc.
- Les organisateurs de cette entreprise sont des hommes sérieux qui ont prouvé leur capacité dans l’administration de Building and Land societies. Nous sommes, pour notre compte, fort satisfaits, non-seulement de ce pas dans la voie de l’association, mais aussi de ce commencement d’abandon du système individualiste des petites maisons isolées.
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- M. Godin a prouvé que le système du grand palais est praticable pour des ouvriers, qu’il n’a aucun des inconvénients de promiscuité que les partisans de l'isolement mettent en avant, et qu en même temps il présente, d’immenses avantages. La bourgeoisie anglaise s’apprête à prouver que pour les personnes de condition aisée, les avantages sont encore plus grands.
- {Propagateur de VIndustrie et des Inventions.)
- L’HOSPITALITÉ [DE NUIT.
- Au mois de juin dernier a été ouvert à Paris, rue Tocqueville. 59, près le parc Monceaux, un refuge pouf la nuit dans lequel sont reçus gratuitement les malheureux qui ne savent où coucher. Un conseil d’adminis-,; tration s’occupe de leur trouver des occupations et leur fournit à titre gratuit les indications que les bureaux de placement feraient payer.
- Nous extrayons du rapport de M. de Livois, président du conseil d’administration de l’œuvre, les lignes suivantes qui méritent l’attention de nos lecteurs.
- Après avoir constaté qu’en moins de six mois 2.874 personnes avaient été recueillies, M. de Livois ajoutait :
- La statistique des pensionnaires reçus est à la fois curieuse et navrante, ils appartiennent à cent douze professions différentes. Nous y trouvons :
- Vingt-six professeurs, dix sept élèves pharmaciens, trente et un horlogers et bijoutiers, quatre cent six employés de commerce et comptables, un journaliste, un chirurgien de marine, un ingénieur civil, cinq interprètes, trois acteurs, trois musiciens, quatre cent quatre-vingt-dix cuisiniers et garçons marchands de vins, etc., etc.
- Plus de-cinq cents d’entre eux ont trouvé des emplois par notre entremise; mais nous ne pouvons citer officiellement que ceux qui sont venus nous l’annoncer et nous en remercier. Il sont au nombre de cent trente et un.
- Par exemple, ils n’ont pas tous trouvé des emplois correspondant à leur profession; ainsi un artiste dramatique et un serrurier sont devenus garçons de cuisine ; par contre, un garçon de cuisine est devenu cocher.
- Un épicier est garçon de vente dans un bazar. Il est vrai que l’uniforme est le môme ; la longue blouse blanche a pu lui servir dans les deux cas.
- Un chapelier et un coiffeur se sont faits hommes d’équipe. et un employé s’est placé comme domestique.
- Un bachelier s’est vu réduit momentanément à balayer les rues.
- Des professeurs, brocanteurs, bonnetiers, typographes,
- employés, écrivains, peintres et cuisiniers, sont devenus de simples manœuvres !
- Le travail, c’est la planche de salut des malheureux. La création de nouveaux débouchés est une de nos grandes préoccupations, et nous demandons surtout à1 la presse, qui nous a toujours témoigné tant de sympathies, de faire connaître notre maison comme maison de placement. Que les patrons s’adressent à nous ! nous ne les empêcherons pas de prendre de leur côlé les renseignements nécessaires ; car nous ne devons pas nous laisser aller aux illusions de la charité. Nous pouvons avoir quelquefois une société... un peu mélangée.
- Depuis quelque temps nous nous‘sommes mis en relations avec plusieurs des grandes compagnies de chemins de fer ; le Nord, le Lyon-Méditerranée, l’Ouest, ont généreusement promis d’accepter les employés présentés par nous, à la condition qu’ils auront de bonnes références, moins de 33 ans et un extrait négatif de leur casier judiciaire. Cette dernière pièce était plus difficile à obtenir. Heureusement, certains magistrats, appréciant les bienfaits de l'œuvre, ont bien voulu y coopérer et nous faciliter la délivrance de ces casiers judiciaires. Y a-t-il lieu de s’étonner de la bienveillance avec laquelle nous ont accueillis ceux quisontà même de sonder tous les jours les plaies de la société et qui ont à cœur d’y porter remède ?
- Vous voyez, Messieurs, que l’œuvre de l’Hospitalité reçoit des personnes appartenant à toutes les classes de la société.
- Un ex-secrétaire général de la préfecture est venu loger deux jours chez nous en attendant d’autres ressources, Le malheureux avait été sur le point de se suicider!
- Le rapport cite beaucoup d’autres cas qu’il serait trop long d’énumérer.
- Quand donc la société sera-t-elle organisée de telle façon que chacun puisse avoir un lieu pour reposer sa tête ?
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- J.-J. Rousseau jugé par les Genevois d’aujourd’hui. —- 1 vol. in-18. Paris, Sandoz et Fischbacher. Prix : 4 fr.
- Ce n’est pas seulement les Genevois d’aujourd’hui qui jugent Rousseau dans ce volume, c’est encore la vieille et libérale Université de Genève. Six de ses professeurs les plus marquants furent chargés à l’époque du centenaire d’étudier chacun au point de vue de la branche qu’il enseigne l’œuvre si considérable et si multiple de Jean-Jacques.
- La réunion de ces six études distinctes, dues chacune à une plume autorisée, constitue le volume dont nous parlons. C’est le travail le plus complet et le plus substantiel qui ait été écrit jusqu’à ce jour sur le hardi penseur et l’incomparable écrivain.
- _Le volume s ouvre par une étude courte et fine, Rousseau écrivain, dans laquelle M. Braillard s’est plu à introduire plus d’un aperçu nouveau, ce qui semble difficile vu le grand nombre de fois que ce sujet a été traité. •
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- Nous ne regrettons qu’une chose, c’est que M. Brail-
- lard n’ait pas donné plus d’étendue à une étude dont il s’est si bien acquitté.
- Plus développé et plus original est le travail consacré par notre ami M. Amiel à la Caractéristique générale de J.~J. Rousseau. Là encore, il était difficile de ne pas se rencontrer sur le terrain d’un grand nombre de critiques et de biographes. M. Amiel a su échapper à toute banalité. Il nous a dit lui-même qu’il s’était placé pour juger Rousseau, non pas au point de vue du xix0 siècle, mais à celui du xx°. Une grande nouveauté dans les appréciations en est résultée. Nous ne saurions en féliciter trop vivement M. Amiel. Nous devons remarquer aussi l’extrême condensation de ce travail. Impossible de dire plus de choses en si peu de mots. Ces 40 pages contiennent la matière d’un volume.
- Il faudrait citer une foule de passages, celui, surtout, oùM. Amiel réfute les critiques de M. Taine, mais la place nous manque. D’ailleurs on ne peut pas analyser le travail de M. Amiel, il faut le lire et le méditer. C'est la perle de ce volume.
- Vient ensuite un travail deM. Oltramare sur les Idées de Rousseau sur l'éducation. C’est tout un travail sur les origines de la pédagogie moderne. Jamais jusqu’à ce jour n’avait mieux été mise en lumière la quantité de réformes pédagogiques dont l’idée première est due à l’auteur de l'Emile.
- De même notre ami M. Hornung en expliquant les Idées politiques de Rousseau nous faittoucher du doigt la grandeur des conceptions politiques du philosophe et la contradiction fondamentale de ces conceptions. M. Hornung conclut que ce qui est profondément vrai uans le Contrat social, c’est que l’Etat doit être de plus en plus accepté et voulu par les citoyens, c’est qu’il faut pou voir le ramener de plus en plus à sa source, qui est le peuple.
- C’est à M. Bouvier, l’une des notabilités les plus marquantes du protestantisme, qu’est incombée la tâche d apprécier les Idées religieuses de Rousseau. M. Bouvier établit très-bien que Jean-Jacques a rendu au sentiment religieux sa suprématie ; il a renouvelé l’idée religieuse eh la reportant au sein de la nature ; il a essayé de la i réconcilier avec les émotions naturelles du cœur. Enfin s’il n’a su conformer sa vie à un idéal moral, il a fait aimer cet idéal à d’innombrables lecteurs.
- Enfin, le volume se termine par une étude de M. Marc Monnier sur Rousseau et les étrangers Le nom de M. Marc Monnier suffi t à affirmer la valeur dé cette page de littérature comparée. Quelques beaux vers traduits de Schiller et de Byron font voir ce que ces deux poètes ont emprunté au philosophe.
- Telles sont les matières traitées par ce précieux ouvrage. Rien.d’aussi complet, rien d’aussi sérieux n’avait été'fait jusqu’ici sur le quintuple aspect et les diverses influences du génie de Rousseau Notons enfin que ce volume est une innovation en critique C’est la première fois, à notre connaissance, que l’on applique le principe de la division du travail à l’étude de l’œuvre d’un homme. Espérons que cette exemple sera suivi. E. C.
- La CRITIQUE PHILOSOPHIQUE,
- politique, scientifique, littéraire, revue hebdomadaire, dirigée par MM. Renouvier et Pillon, vient d’entrer, — le jeudi 6 février 1879, — dans sa 8e année. Elle a publié dans son dernier semestre des articles intéressants et remarqués sur la Propriété intellectuelle, sur la Question de la certitude, sur les Châtiments corporels dans l'éducation, sur les Notions de matière et de force, sur L Infaillibilité papale, sur la Liberté de l'enseignement et la liberté des cultes, sur le Darwinisme, etc. Elle a ajouté, il y a un au, à sa feuille hebdomadaire, sans augmentation de prix, sous le nom de Critique religieuse, un supplément trimestriel de six ou sept feuilles consacré spécialement aux questions de philosophie et d’histoire des religions et aux questions de politique et de morale qui s’y rapportent. La Critique religieuse contient, dans le volume de sa première année, des articles de MM. Renouvier, Pillon, Ch. Doilfus, Dupont-White, A. Yiguié, A. Bénezech, Louis Ménard, Félix Pécaut, J. Milsand, Pétavel-Olliff, Léon Penchinat, Louis Bresson.
- PRIX DE L’ABONNEMENT :
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- On s’abonne à Paris, au bureau de la Critiqxi© pîiilo»opIii<2ts.e, rue de Seine, S4.
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- Le Samedi 22 Février 1879
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- revue mensuelle. Directeur : Léon Bicher. Un an, 10 f.;six mois, 5f.S0 ; trois mois, 3 fr. — On s’abonne à 'aris, chez M. Léon Richer, 4, rue des Deux-Gares.
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- £t numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 2 MARS 1879.
- T ANNÉE, TOME 2 — N° 25
- je Devoir
- JOURNAL DES RÉFORMES SOCIALES
- BUREAU PRINCIPAL
- A GUISE ( Aisne ).
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN
- Fondateur du Familistère Directeur-Gérant.
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
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- Rédacteur en chef : M. Ed. Champury
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- BUREAU AUXILIAIRE A PARIS 32, rue Serpente, 32
- Pour tous renseignements, s’adresser de 2 à 5 heures àM. Ed. THIAUDIÈRE, Représentant du DEVOIR.
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- L’ctbomriemeïït des personnes qui reçoivent; le 13JE WOXJbt 9 depuis sa iondation, expire au 2 Mars proclioiiî.
- IVoixs prions ceux de nos lecteurs qui ne rions ont; pas envoyé le montant de leur réabonnement de bien vouloir le taire avant cette date, s’ils ne veulent pas que l’envoi du journal soit interrompu.
- Les personnes dont le réabonnement d’un an on d’nn semestre an moins noqs sera parvenu d’ici an 2 IVXars prochain, recevront gratuitement quatre nnméros supplémentaires et la table du second volnme dn DEVOIR, ce qui fera partir leur réabonnement dn 1er Avril prochain.
- SOMMAIRE
- Le travail et les obstacles à son émancipation. — Pensées sociales et politiques. — Encore Vamnistie et la mise en accusation. — La Semaine politique. — Union douanière internationale. — Les droits des femmes aux États-Unis. — Le darwinisme devant les principes de 89. — Le meurt? e de Bordeaux et la recherche de la paternité. — Roman : La fille de son père. — Bulletin bibliographique.
- LE TRAVAIL ET LES OBSTACLES
- A SON ÉMANCIPATION
- La vérité est toujours la dernière chose que l’homme applique dans les faits de la vie. Les sociétés, comme les individus, doivent traverser leur phase d’erreur et d’ignorance primitives avant d’arriver à la vérité. C’est ce qui a eu lieu, au sujet du travail, dans les sociétés du passé.
- Le travail, cette faculté glorieuse que le Créateur a donnée à l’homme pour faire de lui un auxiliaire du progrès de la vie sur la terre, a été avili, méprisé. En fondant l’esclavage et le servage, les nations anciennes ont renversé les lois de la justice et voué au mépris les droits les plus sacrés de la créature humaine.
- Les douleurs et les peines que les plus forts ont attachées au travail, les tortures qu’ils ont imposées aux hommes chargés de l’exécuter, sont les fruits amers de la brutalité et des convoitises de sociétés qui n’avaient encore pu s’élever au sentiment de leurs véritables devoirs.
- Un certain nombre de philosophes du passé ont eux-mêmes regardé le travail comme une fonction abjecte qui devait être dévolue aux classes serviles.
- Après ces longues phases d’obscurité et d’erreur concernant le travail, la lumière se fait et l’on s’aperçoit que ce qu’on a le plus méprisé est ce qu’il faut le plus glorifier.
- Mais ce n’est pas sans combats ni sans luttes
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- que les sociétés se dépouillent ainsi de leurs vieilles erreurs.
- Si, aujourd’hui, un certain nombre d’hommes considèrent le travail comme la fonction régénératrice qui prépare l’inauguration du règne de la justice dans l’humanité, il en est encore malheureusement un grand nombre qui, attardés dans les ambitions malsaines d’autrefois, contestent au travail sa place dans la société et lui dénient ses droits.
- Dans notre numéro du 16 courant, nous avons rappelé que la Révolution française avait brisé la trame des anciens abus et ouvert au travail de nouvelles perspectives en le débarrassant de l’ôppression et des liens de la servitude.
- Mais la France avait à vaincre, au dehors et au dedans, les résistances des ennemis de la liberté.
- Elle avait à réorganiser les services publics tombés par les fautes de la monarchie dans le plus grand relâchement.
- En de telles circonstances, quoique les esprits se fussent élevés au désir de la fraternité, la France ne pouvait pas organiser les institutions capables de réaliser, jusque dans la sphère individuelle, la pratique de la véritable justice : les esprits n’étaient pas préparés à cette évolution.
- Néanmoins, l’activité humaine débarrassée de ses entraves avait devant elle un nouveau champ d’action ; le travail libre laissait au peuple la faculté de se livrer à la production de toutes les choses utiles à l’existence et au bien-être général.
- Mais, dans cette société qui renversait les abus du passé, quelle allait être la mesure accordée au droit de chacun dans la répartition et dans l’usage de la richesse produite ?
- Quel rôle le devoir social, le devoir du Français envers le Français allait-il prendre dans cette société qui proclamait les droits de l’homme, abolissait les privilèges et faisait de tout Français un citoyen ?
- Nous l’avons dit, la Révolution était obligée de s’arrêter à la déclaration des principes ; la haine des abus avait pu faire que, dans un élan suprême, on brisât avec un passé devenu odieux, mais la société était impuissante à con-
- cevoir les institutions en accord avec la véritable morale sociale et avec l’entier respect des droits de la vie humaine : la science économique et le sentiment public n’étaient pas mûrs pour ces questions.
- Le serf devenu citoyen libre était laissé à son isolement; et les liens de solidarité à établir dans la société française pour organiser une juste répartition de la richesse produite devaient être l’oeuvre d’un autre temps.
- Depuis cette époque, le travail n’a point cessé de marcher vers, sa rédemption définitive ; mais ses voies sont embarrassées encore par les restés des habitudes, des coutumes, des erreurs et des imperfections morales et sociales qui ont si douloureusement affligé son passé.
- Au milieu des obscurités qui voilent encore la solution des questions sociales, trop souvent les citoyens que la société oublie se laissent aller à croire qu’il suffit de renverser les abus pour que le droit de chacun soit satisfait. Par contre, la plupart des hommes qui sont spécialement l’objet de la protection sociale pensent qu’il ' faut affermir les institutions existantes malgré leurs défauts, parce qu’ils ne voient pas comment, sans se porter préjudice à eux-mêmes, ils pourraient faire droit aux déshérités.
- Ces tendances exclusives en sens opposé se neutralisent et démontrent qu’il n’y a d’accord possible que dans la reconnaissance du juste et du droit à l’égard de toute existence humaine, et dans la pratique des devoirs que cette reconnaissance impose.
- Oui, c’est seulement sur le terrain du véritable droit et de la véritable justice que la société nouvelle pourra s’édifier. Ceux-là qui, impatients, convoitent avec ardeur l’heure du prétendu renversement des abus ne feraient pas autre chose, s’il leur était donné d’agir, que de déplacer les exploiteurs d’aujourd’hui pour les remplacer par les exploiteurs du lendemain. Ceux même qui ne pensent pas ainsi seraient, malgré eux, conduits à ce résultat par la force des choses.
- Or, l’organisation sociale qui correspondra, en toutes choses, au respect du juste et du droit, qui donnera au travail le rang et la place qu’il doit occuper, qui assurera à toute existence
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- humaine le respect dont elle doit être entourée, ne peut être une oeuvre de destruction, mais une œuvre d’édification.
- Cette œuvre doit savoir élever les institutions au niveau de la pratique des devoirs qui incombent à tous les hommes pour le plus grand bien de la vie humaine dans la personne de tous les citoyens.
- Il est concevable que l’émancipation du peuple par la Révolution française ait fait entrer dans l’esprit des masses laborieuses cette pensée qu’elles doivent être débarrassées de toute exploitation, et que le fruit de leur travail doit leur échoir tout entier.
- Mais elles doivent aussi reconnaître que la bonté des rapports entre les hommes est inséparable du progrès intellectuel et moral de la société ; qu’on ne peut, d’un seul effort, sortir du servage et entrer dans la plénitude des bienfaits de la liberté, parce que l’opprimé n’acquiert pas en un jour la science nécessaire à l’usage des droits de l’homme libre, et que, de son côté, l’oppresseur d’hier ne se trouve pas élevé subitement au sentiment de l’amour de la justice à l’égard de ceux qu’il a considérés jusque-là comme des inférieurs faits pour lui et indignes de sa considération.
- La société nouvelle ne peut s’édifier- qu’à mesure que ces tristes oppositions s’effacent.
- Il faut que l’amour du savoir naisse dans les classes ouvrières, que le sentiment du juste et du vrai se développe parmi elles, que le rôle du travail enfin apparaisse dans toute sa grandeur, pour que la majesté de ses œuvres relève en dignité les travailleurs à leurs propres yeux et aux yeux du monde*
- Il faut, d’un autre côté, que l’orgueil de la domination s’émousse dans les classes dirigeantes, qu’elles s’habituent à estimer ce qu’elles ont méprisé, et qu’elles reconnaissent en l’homme du peuple une créature égale au gentilhomme.
- Ce nivellement des mœurs une fois établi, le sentiment de la véritable morale humanitaire naîtra parmi les hommes et c’est seulement alors que les institutions fraternelles s’édifieront et seront durables.
- Vainement, aujourd’hui, les uns prétendent-
- ils que la régénération de nos sociétés peut sortir d’un moyen empirique de constitution sociale, tandis que d’autres pensent qu’il suffit de moraliser l’homme pour le rendre plus heureux : la vérité, c’est que le perfectionnement des institutions sociales est solidaire du progrès moral des individus.
- Pour que la justice et le bonheur régnent parmi les hommes, il faut qu’en créant par le travail les moyens du bien-être, ils deviennent meilleurs et acquièrent l’intelligence du vrai bien.. Sans cela, la répartition des richesses reste abusive; car, lorsque chacun ne pense qu’à soi, c’est à la curée que chacun vise ; le fort écrase le faible et nul ne songe au bonheur commun.
- Les sociétés parfaites ne peuvent être édifiées que par des hommes animés de l’amour du bien ; les égoïstes sont aussi incapables que les méchants et les pervers de faire entrer le monde dans les voies de la justice.
- C’est là une vérité importante qu’il nous faudra examiner.
- GODIN.
- PENSÉES SOCIALES & POLITIQUES
- XI
- La vie est l’intérêt le plus grand, le droit le plus important que l’homme puisse posséder ; car elle est le motif de tous les autres droits et ceux-ci ne sont faits que pour elle.
- ENCORE L’AMNISTIE ET LA MISE EN ACCUSATION.
- On nous écrit :
- « Comment avez-vous pu à la fois, et toujours au nom des principes, demander ces deux choses contradictoires.:
- L’amnistie plénière en faveur des condamnés politiques, ' "
- Et la mise en accusation de deux ministères.
- Pour être logique, il aurait fallu :
- Où bien être sévère pour les insurgés comme pour les ministres et par conséquent combattre l’amnistié,
- Ou bien être clément pour les ministres comme pour les insurgés et par conséquent étendre l’amnistie à tous.
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- « La loi doit être égale pour tout le monde. »
- Eh oui S la loi doit être égale pour tout le monde, et c’est précisément parce qu’elle doit être égale que les ministres et les insurgés en question ne peuvent être mis au bénéfice des mêmes mesures.
- Les uns ont été jugés — et même fort mal j ugés— les autres ne l’ont pas été du tout.
- Les uns subissent depuis sept ans les douleurs et les privations de la captivité, les autres n’ont pas cessé d’être libres.
- Les uns sont tenus à l’égal dos forçats, côte à côte avec des forçats de la pire espèce, les autres vivent tranquillement et grassement dans leurs hôtels du Faubourg Saint-Germain.
- Et Ton ose dire qu’il y a égalité entre leurs positions 1
- Mais pour affirmer cela il faut ou bien de la distraction d’esprit en portant le jugement, ou bien l’aveuglement du parti pris.
- Nous sommes autant que d’autres, plus même que beaucoup d’autres, ami des mesures de clémence. Nous croyons que la société est souvent trop sévère et que nos lois pénables devraienc être adoucies. Mais nous sommes avant tout épris de la justice et nous considérons l’application de lâ loi comme la sauvegarde de la société. Nous voulons que l’on juge les coupables, quitte ensuite à les amnistier. Ce que nous demandons, ce n’est pas que l’on emprisonne messieurs tels et tels, c’est que l’on juge les ministres coupables. Que Ton diminue ensuite leur peine ou même qu’on les amnistie complètement, cela nous fait peu de chose pourvu que la loi ait son cours et que l’effet moral de la condamnation soit prononcé. Nous nous tiendrions pour satisfait si la condamnation se bornait à priver, lés anciens ministres de leurs droits politiques.
- Celui qui a écrit ces lignes ne se lassait pas de demander autrefois, sous la présidence de M. Thiers, là mise en accusation d’un grand coupable qui jouissait de l’impunité, le maréchal Bazaine ; une fois la condamnation prononcée, nous avons demandé la commutation de la peine. C'est que l’essentiel n’est pas de frapper d’une peine, c’est de déclarer coupables ou criminels, les actes contraires à la loi. Amnistier des coupables après leur condamnation, c’est de la clémence ; se refuser à les mettre en accusation, c’est de la lâcheté.
- Ne l’oublions pas, le respect de la loi et son égalité pour ^ous sont la base du régime républicain.
- Ed. Champury.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- X^amnistie. — La douloureuse question de l’amnistie a reçu cette semaine la solution empirique que nous avons, par avance, fait connaître à nos lecteurs. Les débats à la suite desquels le projet de la commission a été voté tel quel par la Chambre ont été fort animés. M. Louis Blanc a ouvert la discussion par un discours magistral conçu et ordonné suivant la méthode des grands orateurs des temps parlementaires. L’éminent député de la Seine s’est prononcé pour la nécessité de l’amnistie pleine et entière qui s’impose au point de vue de la politique, aussi bien qu’à celui de la justice. M. Lockroy a parlé dans le même sens. Le rapporteur de la commission, M. Andrieux, a combattu avec une ardeur qui a paru généralement dépasser la mesure l’amnistie plénière. C’est une mesure, a-t-il dit, qui ne pourra « jamais » être acceptée par le pays. Et par trois fois, M. Andrieux a répété cet adverbe odieux qui ne devrait se trouver placé que dans la bouche d’un Rouher. M. le garde des sceaux Le Royer est venu à son tour défendre le projet de la commission, et tout en se montrant l’adversaire énergique de l’amnistie sans exception le successeur de M. Dufaure a su ménager avec plus de’ tact les sentiments des adversaires qu’il combattait. Au point de vue historique et même au point de vue de la simple équité, on peut cependant regretter que le ministre de la justice se soit appliqué à ne faire ressortir que le côté coupable de l’insurrection de 1871, et qu’il ait passé sous silence les considérations politiques et physiologiques qui étaient de nature à faire comprendre comment ce terrible mouvement insurrectionnel a pu se produire. Entre temps, M. Le Royer a fait un appel chaleureux à la confiance de la Chambre et a su se faire applaudir par la majorité de la représentation nationale en mariant très-habilement l’apologie du principe d’autorité à des témoignages d’un vif respect pour la volonté' du Parlement.
- M. Naquet et M. Clémenceau, ce dernier, avec une logique implacable, ont fait ressortir ensuite le caractère empirique du projet de la commission. MM. Frank-Chauveau et Langlois ont soutenu le projet gouvernemental que M. Ribot, du centre gauche, écho de M. Dufaure, est venu combattre, comme trop libéral, ainsi que M. Soland, député de la droite. Aucun des amendements présentés n’a pu être admis. Bref, l’amnistie plénière a été rejetée par 363 voix contre 105; l’article 1er du projet mis en discussion a été adopté par 370 voix contre 106 et l’ensemble même de ce projet a réuni 340 suffrages contre 99, sur 439 votants.
- En résumé, la question de l’amnistie n’est nullement résolue par ce vote ; elle n’est qu’ajournée et on ne tardera pas à la voir se poser de nouveau devant le Parlement, car il est impossible que l’application des mesures que le Sénat va ratifier à son tour n’ouvre pas la porte à des décisions arbitraires, qui mettrait pratiquement en relief les imperfections du projet bâtard enfanté par la commission de la Chambre en collaboration avec le gouvernement.
- XAeoqriête sirr le 1 O Mai. — Serions-nous dans la période des avortements ? On pourrait le croire.' Il parait, en effet, que le cabinet accomplit en ce moment les efforts les plus actifs pour obtenir que la Chambre renonce à mettre les ministres du 16 Mai en accusation. On va même jusqu’à dire que le ministère donnera sa démission si sa manière de voir n’est point partagée par la majorité. Il paraît, du reste, que rien n’est encore décidé par la commission d’enquête qui vient d’être renforcée de deux nouveaux membres favorables à la mise en accusarion, MM. Brelay et Braïhaut. On assure que le rapport de M. Brisson est d’une terrible sévérité. Mais qu’importe la sévérité dans les paroles, si elle n’existe pas dans les actes. Pour dire toute notre pensée, nous ne pouvons comprendre que le gouvernement
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- intervienne dans cette question qui est absolument de l’ordre judiciaire. Le ministère n’a pas plus à dire son sentiment sur la question de la mise'en accusation des ministres qu’il n’a qualité pour dire s’il lui paraît conve -nable ou non qu’une instruction criminelle soit dirigée contre tel ou tel autre individu.
- Mouvement diplomntiquo. — Divers décrets, portant nomination d’ambassadeurs, ont été publiés par le Journal officiel. — Sont nommés ambassadeurs : à Saint-Pétersbourg, M. le général Chanzy ; à Londres, M. le vice-amiral Pothuau, et à Vienne, M. Teisserenc de Bort, en remplacement de MM. le général Le Flô, le marquis d’Harcourt et le marquis de Vogué, dont la démission est acceptée.
- Le général Le Flô a donné sa démission par une lettre inconvenante que les journaux réactionnaires ont publiée avec un vif empressement. Dans cette épître l’ex-représentant de la France en Russie cherche à jeter le discrédit sur le gouvernement nouveau. M. Waddington aurait bien dû révoquer son subordonné, au lieu d’accepter l’insolente démission qui lui a été adressée ; mais il est écrit que les adversaires de la République seront traités plus paternellement que ses défenseurs les plus éprouvés.
- Moirveintteïit 3 tidLioûaiï-e.— Un nouveau mouvement judiciaire vient d’être effectué ; il est fort restreint et ne porte que sur huit sièges. Quatre avocats généraux ou procureurs ont été destitués. Uncinquième personnage a été l’objet de la même mesure et mérite une mention spéciale, c’est le fameux président de la Chambre de la Cour d’Alger, M. Bastien, que divers procès ont rendu célèbre. Ce magistrat vindicatif qui, fort heureusemeut, ne jouissait point du privilège de l’inamovibilité, a été purement et simplement révoqué.
- Affaire desPères <ln Saint-Saerement
- — Les Cours d’appel continuent à infirmer les jugements des tribunaux de première instance, quand ces. jugements sont conformes à la loi mais désagréables, au parti clérical.
- Par jugement du 1er février 1878, le tribunal de la Seine avait déclaré que la congrégation des Pères du St-Sacrement— congrégation non reconnue par l’Etat — n’avait aucune existence légale. C’était juger conformément à la loi. La loi du 19 février 1790, le décret du 3 messidor an XII, et la loi du 2 janvier 1817 et les arrêts de la Cour de cassation du 15 décembre 1856, du 9 novembre 1859 et du 3 juin 1861 ne laissent aucun doute à ce sujet.
- Malgré cela, la Cour de Paris, dans un jugement rendu le 21 février, a reconnu implicitement ce principe étrange que des congrégations qui ne veulent pas reconnaître le pouvoir de l’Etat, ont le droit de réclamer en leur faveur l’application de la loi.
- Le gouvernement «le l’A.1 guérie. — L’envoi, à Saint-Pétersbourg de M.le général Chanzy rend vacant le poste de gouverneur général civil de l’Algérie. On sait que les sénateurs et les députés de notre colonie ont insisté auprès du ministère pour qu’il n’y ait pas d’intérim et pour qu’un gouverneur général fût immédiatement nommé. En conséquence, des démarches ont été faites auprès de MM. Albert Grévy et Maguin. Tous deux ont décliné les offres qui leur ont été faites. Cependant, on espère que M. Albert Grévy reviendra sur sa détermination et que les scrupules que lui donne sa situation de frère du président de la République seront levés par l’insistance des représentants de l’Algérie qui le pressent d'accepter le gouvernement.
- La Commission du budget. — La Chambre a nommé ces jours derniers la commission chargée d’examiner le budget pour 1880. De très-intéressantes discussions ont été soulevées à ce sujet dans lesbureaux
- et il est à noter que les membres élus ont été unanimes à demander la conversion d® la rente cinq pour cent, pour diminuer les charges de l’Etat et employer le boni, soit au dégrèvement des impôts les plus onéreux, soit à l’accroissement de la dotation de l’amortissement. Cependant il y a une unanimité dans les bureaux pour réserver au gouvernement le choix du moment où la conversion devra être opérée, et c’est un simple vœu qui a été émis.
- Au cours de cette discussion au sein des bureaux, divers dégrèvements d’impôts ont été mis en avant, notamment de ceux qui atteignent le papier, la bougie elles transports. On a également protesté avec beaucoup de raison contre l’extension du personnel des ministères qui est infiniment trop nombreux pour la besogne accomplie et dont l'entretien coûte fort cher au budget.
- Il est vraisemblable que M. Brisson'sera, de préférence à M. Germain, nommé président de la commission du budget,
- 3Le procès Philippart. —On n’a pas oublié la lutte véritablement héroïque engagée par M.Philippart contre les grandes compagnies de chemin de fer. On sait que d’odieuses manœuvres et des manquements de pa- ~ rôles inqualifiables ont conduit ce courageux financier à la ruine. M. Philippart, qui dirigait plusieurs entreprises, avait, afin de prolonger sa résistance, recouru à des virements de fonds et à des opérations de banque parfaitement régulières et légitimes et qui. d’ailleurs, avaient été autorisées par les intéressés ; mais il ne suffisait pas de perdre M. Philippart, on voulait le déshonorer. On l’a donc traduitdevant le tribunal correctionnel de la Seine pour détournement de fonds. Les débats ont fait justice de cette accusation inique à laquelle le ministère public lui-même n’a pu s’associer. M. Philip-part a été renvoyé sans dépens des frais de la plainte. Cette décision est une flétrissure méritée infligée à la ligue des influences occultes et implacables qui ait déterminé la destruction d’entreprises parfaitement rationnelles et viables dont le succès aurait nuis à certains intérêts. On 11e saurait trop applaudir à un pareil résultat.
- ILe &4c Février. — L’anniversaire de la Révolution du 24 Février 1848 a été célébré à Paris par divers banquets, parmi lesquels nous citerons particulièrement celui qui a été organisé au salon des Familles sous la Présidence de M. Louis Blanc. L’éminent orateur a étudié devant son auditoire les révolutions qui ont été faites en Europe, pour le peuple, et a cherché laquelle avait le mieux servi les intérêts du prolétariat. Il a fait ressortir, à ce poiat de vue, l’importance des événements de 1848, et constatant qu’il reste encore beaucoup à tenter, il a terminé par ce mot d’espérance : « la lampe est « encore sous le boisseau, mais elle brûle inextin-« guible. »
- Une des dames invitées à ce banquet vraiment démocratique, Madame Rouzade, a plaidé avec beaucoup d’énergie et d’esprit la cause de son sexe. Elle a rappelé le temps où la moitié des hommes était esclave et comparé le sort de nos pères à celui des femmes contemporaines. Dans une péroraison rigoureuse elle a réclamée pour ses sœurs une éducation virile et saine qui fasse d’elles de bonnes mères susceptibles de former de bons citoyens.
- Il serait, en effet, bien à désirer que l’on comprit enfin la nécessité de s'occuper sérieusement de la condition sociale de la femme dont l’influence est si considérable sur la marche des affaires humaines.
- 3L»a dévotion à Notre-Dame de la Valette. — L’évêque de Grenoble vient de lancer un mandement solennel, proclamant que l’apparition dite de la Salette. dans laquelle la Vierge Marie prophétisa la maladie des pommes de terre,* est authentique et digne de foi des fidèles. Ce mandement est de nature à calmer les appréhensions du clergé et des aubergistes de la contrée.
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- Il n’y manque qu’une chose : c’est d’étahlir comment le tribunal de lre instance puis la Cour d’appel ont pu se tromper en 185b, au point d’établir qu’il n’y avait dans toute cette affaire qu’une simple mystification.
- Il a été établi par ce procès que la viérge de la Salette n’était autre qu’une certaine demoiselle de la Merlière, depuis longtemps connue par ses excentricités, une ancienne habituée des clubs de 1848, où elle allait poser sa candidature à la députation. Cette demoiselle avait été rencontrée dans les environs de la Salette le 19 septembre 1846, le jour du miracle ; à l’hôtel où elle était descendue, on avait vu la robe jaune et le chapeau pointu dont elle était revêtue dans L’apparrtion ; elle avait d’ailleurs fait en divers lieux d’autres tentatives d’apparition dans le même costume, sans réussir à se faire passer pour autre chose que pour une échappée de quelque asile d’aliénés. D’ailleurs une dame Chevalier avait vu lafam use robe jaune au domicile de la demoiselle de la Merlière, et un M. Vital, ancien greffier du tribunal, disait qu’elle lui avait confié sa supercherie. La plupart de ces faits avaient été relatés par l’abbé Deléon et par l’abbé Cartilier, qui ne voulaient pas se prêter à la sainte mystification organisée et acceptée par leurs confrères. La demoiselle de la Merlière intenta, en 1853, un procès à ces abbés incrédules, et le perdit successivement en instance et en appel
- Il était dès lors constant que Maximin Giraud et Mélanie Mathie, les bergers de la Salette, âgés l’un de 11 ans, l’autre de 14 ans au moment de l’apparition et tous deux illétrés. avaient été victimes d une plaisanterie de carnaval. Il est moins prouvé que les prêtres du diocèse et leur chef, M l’évèque de Grenoble, aient eu et aient encore la même naïveté.
- XPéelie© d© 3M.de BiHmïirclc. Contrairement à nos prévisions, et nous nous félicitons d’avoir été prophète, le Eeichtag n’a point secondé les mauvais desseins que le Chancelier de l’Empire nourrissait contre MM, Fritzsehe et Hasselmann ; il a refusé d’autoriser les poursuites demandées contre ces deux estimables députés par suite d’une interprétation odieusement jésuitique de la loi contre les socialistes. Get échec a, parait-il, été fort sensible au Chancelier et au vieil empereur Guillaume. Ce chagrin n’est pas fait pour nous attendrir.
- La discussion relative au régime économique de l’Allemagne, dans ses relations avec l’Autriche-Hongrie,a été entamée et M. de Bismarck a pris plusieurs foisjla parole pour expliquer son retour aux idées protectionnistes, et il a,soutenu avec une extrême vivacité son opinion qu’il considère comme indiscutable, et qu’il parait résolu à vouloir faire triompher à tout prix.
- « En ma qualité de chancelier, qualité que je ne parie tage avec personne, je suis tenu, a-t-il dit, d’avoir une « opinion ; je n’y suis pas seulement autorisé, j’y suis « te îu, et, par conséquent, j’ai examiné la question de « près. J’ai complètement fixé mes idées, et j’agirai en « conséquence. Alors môme que je n’obtiendrais pas de « succès immédiat, je reviendrai à la charge, si je reste « en fonctions, ce que j’ignore. »
- M. de Bismarck s’est plaint avec beaucoup d’amertume de l’opposition faite à la politique commerciale, qu’il dit être inspirée par une hostilité de mauvais aloi. Nous ignorons qu'elle sera l’issue de ce débat, mais certains indices donneraient à penser que l’influence du chance -lier commence à décroître, et que le parti nalional-libéral, naguère si docile, ne serait pas éloigné lui-même de vouloir secouer le joug que M. de Bismarck prétend faire peser sur ce qui l’entoure.
- XVjneideut égyptien. — Il vient de se produire au Caire un incident dont les causes ne sont pas encore très-nettement déterminées, mais qui permet de croire que le Khédive cherche une occasion favorable de se soustraire aux obligations qu’il a souscrites à l'égard de la France et de l’Angleterre, quand il a accepté la combinaison qui a introduit M. Rivers Wilson et M. de Blignière dans le cabinet égyptien. On connaît les diffi-
- cultés financières dans lesquelles se débat actuellement l’Egypte; elles ont amené le licenciement de AO,000 hommes de l’armée aeiive, et, par suite, pour un grand nombre d’officiers la perte de leur position. Ges officiers se sont portés en masse au palais de Nubar-Pacha, premier ministre, et au milieu de cette espèce d’émeute, celui-ci fut blessé. Néanmoins lesmutins furent dispersés et force resta à la loi. A la suite de cet événement, Nubar donna sa démission; d’autres disent qu’elle lui fut demandée par le Khédive, on a même été jusqu’à affirmer que l’émeute n’avait nullement déplu au viçe-roi, qu’elle était une protestation contre l’administration européenne et que le renvoi de Nubar-Pacha était le signe précurseur de la chute du cabinet imposé par la France et l’Angleterre, et du retour du Khédive aux errements du pouvoir personnel. En effet, les journaux ont dit que celui-ci allait reprendre la présidence du conseil. Il nous parait impossible que les délégués de la France et de la Grande-Bretagne puissent sanctionner de pareils agissements il n’est pas admissible que le Khédive puisse braver l’Europe impunément, ni qu’il soit mis en situation de préparer une nouvelle espèce de faillite. Aussi espérons-nous qu’en cette circonstance notre gouvernement et celui de la reine sauront faire leur devoir afin de sauvegarder les intérêts des créanciers du vice-roi d’Egypte.
- IVAiS?«eml.»!étî cl© Bnlgavie. *- Les notables chargés, en vertu d’un article du traité de Berlin, de donner une Constitution et un souverain à la Bulgarie, se sont réunis à Tirnova, sous la présidence du prince Doudoukoff-Korsakoff, commissaire impérial, gouverneur de la province au nom de la Russie Cette première réunion s’est faite en grand apparât et au milieu de l’enthousiasme des populations, Malgré quelques incidents. l’ouverture du Congrès a pn se faire sans encombre. Le général Doudoukoff, dans le discours qu’il a prononcé pour inaugurer les travaux de l’assemblée, a rappelé que les Bulgares, qui constituent désormais une nation, pouvaient, se prononcer librement sur le statut organique soumis à leurs délibérations et que le bien du pays devait seul les déterminer.
- On ne sait pas encore quel sera le candidat qui réunira les suffrages de 1 assemblée, après que la Constitution aura été votée ; mais ou assure que le prince Boza-Petrovitch, président du Sénat monténégrin, aurait beaucoup de chances d’être élu. Nous en doutons, car il est manifeste que l’Autriche né ratifiera jamais un pareil choix, à cause de la nationalité du candidat.
- Oonfl.it lîusMo-Iiounmin, — Ainsi que nous l’avions fait entrevoir, le conflit suscité entre la Russie et • la Roumanie à l’occasion de l'occupation du fort d’Arab-Tafia. n’a pas eu de suites fâcheuses. Une dé pèche de Bucharesl annonce que les troupes roumaines ont évacué le fort Cette position n’a pas été réoccupée par les Russes, et il est probable qu’elte sera neutralisée jusqu’à ce que les puissances aient pris une décision.
- Lti guerre d’.U’gïumist:«n. - On a très peu de nouvelles de la guerre anglo-afghane ; mais un incident imminent va peut-être faire entrer dansune phase d’apaisement ce conflit si imprudemment soulevé. Il parait certain que Shere-Ali, l’émir de Caboul, est à toute extrémité Uue de ses jambes serait dévorée par la gangrène et les jours de ce prince seraient désormais comptés, -fi n’y aurait rien d’imposssible à ce que la mort de 1 émir facilitât l’issue des négociations que l’on a essayé de nouer avec le fils de Shere-Ali.
- Les documents relatifs aux affaires de l’Asie centrale viennent d’être communiqués au Parlement anglais, fi résulte de ces pièces que l’Angleterre et la Russie ont pris des engagements réciproques. La Russie promet de rappeler la mission de Caboul, mais l’Augletarre s’as-treint, en retour, à observer ses engagements antérieurs au sujet de l’Afghanistan. Ce n’est guère que pour mé'
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- moire que nous enregistrons ces échanges de promesses auxquelles il serait par trop puéril d’attacher une grande importance.-
- jLes partis en Italie. — Il s’opère, en ce mo' ment, au sein du Parlement italien, un travail de transformation qu’il n’est pas sans intérêt de faire connaître. Les petits groupes parlementaires tendent à se sonder entre eux, tant à droite qu’à gauche. Ainsi M. Sella a déjà réorganisé le parti conservateur. A gauche, les efforts déployés pou.- arriver au même résultat n’ont pas encore abouti et MM. Cairoli,Crispi et Nicotera sont toujours en dissentiment. Cet état d’antagonisme qui n’a que trop duré et qui permet seul au cabinet Depretis de se maintenir. est de nature à favoriser l’entreprise du comte di Masino qui continue de travailler à la formation d’un parti catholique prenant une part active aux luttes politiques. Déjà deux réunions ont*eu lieu à Rome où les idées du comte di Masino ont été exposées. Les intransigeants de droite les combattent avec ardeur ; mais nous, croyons savoir que le pape les encourage secrètement. Au milieu de ces divers courants, le ministère Depretis louvoyé comme il peut faisant alternativement des concessions à l’un et à l’autre et gouvernant, en un mot, à l’aide d'une politique de bascule sans prestige et sans autorité.
- ILô Denier de Saint-Pierre. — Depuis quelques semaines il règne une certaine agitation au Vatican. Uu grand nombre d’évêques français, au mépris des prescriptions du Concordat, se sont rendus auprès de Léon XIII afin de s’entendre avec lui au sujet de l’organisation de l'œuvre du denier de Saint-Pierre qui périclite chaque jour davantage. Si l’on en croit l’Italie, voici quelles seraient les bases de l’organisation projetée. Les titulaires des diocèses seraient les chefs chargés de correspondre directement avec Rome; les vicaires forains dépendant des évêques seraient les percepteurs principaux et auraient sous leurs ordres les curés de leur juridiction ; tous les prêtres ayant charge d’âmes ou remplissant des fonctions spéciales, seraient les chefs naturels chacun dans l’étendue de sa juridiction spirituelle ; enfin, dans chaque paroisse, il y aurait une commission de contrôle.
- On créerait dans toutes les chancelleries épiscopales un bureau spécial du denier de Saint-Pierre, en correspondance avec toutes les commissions paroissiales, dont il centraliserait les recettes sous la surveillance d’un comité présidé par l’évêque.
- L’évêque, à des époques déterminées, transmettrait les fonds au Vatican à une haute commission, composée de trois cardinaux, qui centraliserait en dernier ressort toutes les recettes et administrerait tous les fonds.
- Quand cette organisation savante aurait fonctionné en France et qu’on aurait pu en apprécier les mérites, on devrait l’établir dans les autres Etats.
- Mais ce qu’il s’agit de faire bien comprendre aux fidèles, c’est que l’argent est le nerf de la religion aussi bien que celui de la guerre. Nous nous en étions toujours douté, pour notre part. Seulement nous nous demandons si le gouvernement tolérera les combinaisans financières de nos seigneurs les évêques. Au surplus, puisque ces messieurs sont si habiles à faire affluer l'argent dans les caisses sacerdotales, que ne saisit-on cette occasion de supprimer le budget des cultes et de leur laisser lé soin de se procurer des ressources.
- ï -« pouvoir temporel. — Dans une audience qu’il a donnée à un millier de soi-disant journalistes catholiques représentant treize cent deux feuilles ou revues pieuses, le Pape, qui avait été jusqu’alors fort discret sur la question du pouvoir temporel, a, nous dit une dépêche, revendiqué les droits de l’Eglise à la principauté civile, encourageant les journalistes à démontrer la nécessité de cette revendication qui n’a jamais été, d’après lui, un obstacle au bien-être des peuples, à la prospérité de l’Italie, à la splendeur de Rome.
- Ces exhortations vont-elles être le point de départ d’une campagne nouvelle contre le gouvernement italien ? C’est ce qu’il est encore malaisé de définir ; mais si la revendication du pape avait dû être purement platonique, il n’aurait pas invité les journalistes catholiques à traiter avec vigueur la question du pouvoir temporel.
- Entre temps, le souverain-pontife a recommandé aux écrivains pieux la tempérance dans le langage, C’est un avis qui ne manque point d’opportunité, mais qui sera peu suivi ; que deviendraient les feuilles soi-disant religieuses s’il ne leur était plus permis d’injurier à tort et à travers ?
- L’expédition du Cap. — On démentgjue. lord Napier ait été nommé commandant du corps d’expédition qui est parti pour le Cap. Les Zoulous n’ont pas recommencé leurs attaques et les troupes anglaises restent sur la défensive.
- UNION DOUANIÈRE INTERNATIONALE
- Un économiste distingué, M. U. de Molinari, a publié le mois dernier, dans le Journal des Débats, une série d’articles fort remarquables sur la possibilité et l’utilité de la création dans l’Europe centrale d’une union douanièré qui serait aux divers pays du continent ce que l’union douanière allemande, dite Zollverein, a été aux divers pays allemands.
- On sait en effet que l’année 1834 débuta par la fusion en une seule union douanière, le Z ollverein, des douanes particulières d’une vingtaine d’états allemands. Depuis cette époque, et en dépit des prévisions pessimistes qui avaient vu le jour au moment de l’organisation du Zollverein, l’agriculture et l’industrie allemandes, débarrassées des entraves artificielles qui limitaient leurs débouchés, ont pris un développement qui a dépassé toutes les prévisions. D'emblée les produits de la douane collective dépassèrent ceux de l’ensemble des douanes particulières, et quoique le tarif commun ait subi à diverses reprises des réductions importantes, le revenu douanier actuel est triple de ce qu’était autrefois la somme des revenus particuliers.
- En présence d’un succès aussi considérable, M. de Molinari s’est demandé s’il ne serait pas possible d’organiser entre pays différents une union douanière de même nature. La possibilité est plus grande en réalité qu’il ne semble en apparence. La plus forte part du produit des douanes continentales provient des denrées exotiques; la plupart des autres articles couvrent à peine leurs frais de perception. Il en résulte que si un Zollverein comprenait la France, la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne, le Dane-marck, l’Autriche et la Suisse, la quote-part de chacun de ces pays dans le produit de la ligne de ceinture commune équivaudrait au moins au montant actuel de leurs recettes, peut-être même serait-elle
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- supérieure. Les calculs que M. de Molinari présente à l’appui sont des plus concluants.
- Une entente devrait être préalablement établie pour rendre cette union douanière possible ; -cette entente devrait porter sur les quatre points principaux suivants :
- 1° L’établissement d’un tarif commun pour l’entrée des marchandises venant des pays non compris dans l’union ;
- 2° La répartition des recettes entre les états associés ; *
- 3° La constitution d’une commission internationale des douanes, chargée de diriger l’application du nouveau système.
- Les avantages de cette modification seraient considérables.
- Les industries de chaque pays trouveraient des débouchés plus faciles qu’aujourd’hui par le fait que le marché dont elles auraient l’accès libre serait peuplé de près de 130 millions d’habitants. La répartition des recettes entre les pays associés ne présenterait pas de difficultés plus grandes que la répartition actuelle entre les pays du Zollverein.
- La possibilité de compter sur un marché d’une étendue et d’une stabilité suffisante accroîtrait sensiblement la sécurité de l’industrie.
- « Est-il nécessaire, conclut M. de Molinari, d’ajouter que l’aplanissement ou la suppression des obstacles naturels et autres qui s’opposent à l’extension des rapports internationaux est un des premiers besoins et une des grandes préoccupations de notre époque? On multiplie dans ce but les chemins de fer, les lignes de navigation à la vapeur, on étend incessamment le réseau télégraphique, on perce des montagnes et des isthmes, on fait circuler l’électricité à travers les océans, on conclut des conventions postales et des unions monétaires ; on n’épargne en un mot aucune peine et l’on ne marchande aucun sacrifice pour rapprocher les peuples eô faciliter leurs relations. N’est-il pas contradictoire de maintenir sans nécessité et à grands frais des barrières douanières pour entraver d’un côté les rap -ports que l’on s’évertue d’un autre à multiplier ? N’est-il pas absurde de payer à la fois des ingénieurs pour faciliter le transport des voyageurs et des marchandises et des douaniers pour y faire obstacle ?
- « Le jour où le public dont les douaniers bouleversent les malles et gênent le commerce saura bien que tous les frais, tous les retards, toutes les vexations qui lui sont infligés àu passage des frontières sont en pure perte et qu’on pourrait les lui épargner sans que le revenu public fût diminué d’un centime peut-être même 3.vec bénéfice pour le Trésor, ce jour-là les douanes intérieures seront bien malades, et elles ne tarderont pas à être remplacées par un Zollverein international. »
- Nous nous sommes bornés pour cette fois à résumer les idées de M. de Molinari. Dans un prochain article nous les examinerons.
- LES DROITS DES FEMMES AUX ÉTATS-UNIS
- Nous extrayons d’un journal américain : The far-mer's friend, l’article suivant sur l’exercice des droits civils et politiques des femmes dans l’État de Wyoming :
- Les adversaires des droits de la femme ont tant de fois répété depuis quelques années dans la presse des Etats-Ums que l’exercice du droit de suffrage parles femmes, dans l’État de Wyoming, prouvait la non-valeur du système, que nous croyons devoir donner sur ce sujet quelques informations rectifici-tives des plus dignes de confiance.
- Les premières que nous citerons sont empruntées au Leader de Cheyenne qui, après avoir fait l’histoire de l’introduction du suffrage des femmes dans l’Etat de Wyoming, ajoute :
- « Dix ans d’expérience ont prouvé toute l’excellence de cette extension du droit de suffrage. La population de l’Etat en est devenue meilleure et plus soumise à la loi ; chacun y a trouvé une incitation à s’élever ; les femmes, les mères, les filles se sont identifiées de vues et d intérêts avec leurs pères, leurs maris et leurs frères ; le corps politique y a gagné la vie et la santé.
- « Les plus brillantes espérances des apôtres du suffrage de la femme se sont donc réalisé s ; et ceci doit hâter lej ur où l’influence civilisatrice et moralisante de la femme portera ses bienfaits à travers tous les Etats de l’Union, comme elle le fait aujourd’hui au bénéfice du plus jeune de ces États. »
- Le gouverneur actuel du territoire de Wyoming, le professeur John W. Hoyt, homme de grand savoir et de parfait jugement, dit de son côté :
- « L’enquête scrupuleuse et les nombreuses observations que j’ai faites dans toutes les sections du territoire, pour me rendre compte des effets pratiques du droit de suffrage exercé par les femmes, me portent à déclarer que les faits sont partout en faveur de ce système.
- » En lui-même, le droit de suffrage des femmes m’a toujours paru indéniable, et il est certain que l’avenir lui appartient dans toute société éclairée.
- « Que le sexe fort s’attribue des prérogatives arbitraires au détriment du sexe faible, c’est là un reste de barbarie qui ne peut conserver de place dans une véritable civilisation. »
- Le journal le plus conservateur peut-être de l’Amérique est le New-York observer. Ses directeurs désirant être renseignés sur la question qui nous occupe, s’adressèrent dernièrement à une dame de haut rang, habitant l’État même de Womingy,
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- Nous donnons ci-dessous quelques extraits de la réponse qu’ils obtinrent :
- . « Les femmes de Wyoming et particulièrement celles de la classe élevée tiennent en honneur le droit de suffrage et l’exercent comme font îes hommes.
- « Les élections s’accomplissent] avec autant de tranquillité et de décorum que tout autre acte public ; et je suis pleinement convaincue que si les hommes et les femmes peuvent sans préjudice aucun se trouver réunis au foyer, à l’école, à l'église et dans toute relation de la vie, du berceau à la tombe, il en est de même au scrutin ; là aussi les femmes peuvent, sans inconvénient pour la morale, s’associer momentanément à leurs pères, à leurs maris, à leurs fiancés et à leurs frères,
- « Non-seulement toute dame ici admet la valeur du système, mais J a société y trouve les plus précieux avantages. Les seuls éléments sociaux qui soient opposés au droit de suffrage des femmes, sont les gens vicieux et corrompus qui ne craignent ni Dieu ni loi.
- « Par suite de l’influence des femmes dans les élec-tions, les divers partis politiques ont reconnu la nécessité de porter comme candidats les hommes les plus recommandables sous tous les rapports. Agir autrement c’est courir à un échec certain.
- « J’ai vu, de mes yeux et plus d’une fois, des candidats immoraux ou de mauvaise foi échouer par l’influence directe du suffrage des femmes.
- « Si j'en avais le temps, je serais heureuse de vous faire le tableau complet des résultats de l’influence féminine, en dehors du scrutin, car cette influence se manifeste également dans les écoles , dans les jurys et dans toutes les relations politiques et sociales.
- « En définitive, ma conviction est que les résultats de l’expérience dans le territoire de Wyoming ont démontré que l’influence des femmes sur le gouvernement d’un Etat est tout juste aussi bienfaisante que sur celui d’une famille. >»
- Un autre témoignage à citer est celui de l’honorable J. W. Kingman, de Wyoming, adressé au Sunday Herald, de Boston, au sujet des dernières élections dans le territoire. Voici un paragraphe de ce témoignage :
- « Nos femmes votent, et elles attachent à l’exercice de ce droit autant d’intérêt que les hommes. Les meilleures et les plus instruites parmi elles donnent l’exemple ; toutes votent avec discernement et indépendance ; elles ne sont point sujettes comme les
- hommes à se laisser entraîner par l’offre d’un petit verre ou à s’enrôler dans les coteries.
- « Au scrutin, comme dans toutes les relations de la vie, c’est par une opposition tranquille, mais qui n’en est pas moins sûre d’atteindre son but, qu’elles repoussent les éléments mauvais et secondent les éléments bons et sincères.
- « Tous ici, nous commençons à ressentir et à apprécier l’influence du droit de suffrage des femmes. Quiconque ambitionne un poste public dans le territoire de Wyomin'g doit posséder uji bon caractère privé et une réputation sans tache. Inutile de se porter candidat si l’on est le moins du monde enclin à la débauche, au jeu ou à l’ivrognerie. En tel cas, la défaite est certaine. »
- Terminons par l’appréciation de l’honorable J. H. Howe, président de la cour suprême de Wyoming, en réponse aux questions de madame Brodwell de Chicago.
- Après avoir fait l’historique du commencement de la réforme et constaté que lui, Howe, n’était pas à cette: époque partisan du suffrage des femmes, il donne l’exposé de ce que furent les premiers jurés féminins.
- En sa qualité de président de la cour suprême, M. Howe dit d’abord aux femmes élues comme jurés qu’elles pouvaient à leur gré siéger ou non, mais que si elles siégeaient, il considérait comme un devoir de veiller à ce que le décorum fût mieux gardé que jamais, de façon à ce qu’il n’arrivât rien qui pùt offenser toute femme modeste et vertueuse.
- « Quant à moi personnellement, » leur déclara-t-il,
- « je n’ai jamais été partisan du suffrage qui vous a confié de telles fonctions ; mais des milliers d’hommes et de femmes recommandables sont d’un autre avis que le mien, et je reconnais qu’ils ont le droit de voir appliquer en toute justice le système qu’ils préconisent. »
- Plus loin il ajoute :
- « Malgré tous mes préjugés en cette matière, je dois en conscience déclarer que les femmes se sont acquittées de leurs fonctions de jurés avec une telle dignité, un tel décorum, un tel tact, une telle intelligence qu’elles ont forcé l’admiration de tout citoyen intelligent de Wyoming.
- « Elles se sont montrées soigneuses, attentives, infatigables, intelligentes et consciencieuses.
- « Elles ont constamment, avec fermeté et résolution, pris la défense du droit tel que l’établissaient la loi et les témoignages.
- « Leurs verdicts ont été corrects, et après trois ou quatre procès criminels jugés ainsi, les avocats défendeurs de gens accusés de crimes commencèrent.
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- pour plaire à leurs clients, à user de leur faculté de récuser un certain nombre de jurés, afin d’écarter ces femmes qui appliquaient constamment la loi et punissaient le crime.
- « Après deux jours de session du grand jury, les propriétaires de salle de danse, de maison de jeux et de débauches, pris d’épouvante, fuyaient la cité pour échapper à la répression de^ces jurés féminins.
- « Enfin , durant vingt-cinq années d’expérience dans les tribunaux de la contrée, je n’ai jamais vu de jury, petit ou grand, plus fidè e, plus intelligent, pins résolument honnête que ces jurys de femmes. »
- Le juge Howe dément ensuite la basse histoire qui a fait le tour de la presse dans laquelle on racontait que les jurés hommes et femmes avaient été enfermés ensemble toute la nuit.
- « Les jurés, » dit M Howe, « furent en certain cas enfermés suivant la loi, jusqu’à l’obtention du verdict ou la déclaration d’impossibilité d’accord, mais des chambres spéciales furent attribuées les unes aux hommes, les autres aux femmes, et chaque division fut placée sous la garde d’un bailli de son sexe. »
- Il dit encore :
- « Tout le monde se félicita de la conduite des jurés et fut content des verdicts rendus, sauf naturellement les individus convaincus de meurtre au second degré.
- « La présence des dames à la cour assura le plus parfait décorum; et les hommes de loi aussi bien que les autres rivalisèrent de manières courtoises et respectueuses envers les dames et envers la cour.
- « Rien ne se produisit de nature à offenser une femme de bon sens, si délicate qu’elle fût du reste. L’opinion enfin de tout homme intègre et de bon jugement fut que cette expérience était un véritable succès. »
- Là cause du droit de suffrage des femmes ne cesse de gagner du terrain. Le gouverneur de Massachussetts, Talbot, dans son dernier message à la législation, a recommandé que les réclamations concernant les droits des femmes fussent portées devant le public sous forme d’un amendement à la constitution.
- M. H.
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- LE DARWINISME DEVANT LES PRINCIPES DE 89
- A plusieurs reprises nous avons entretenu nos lecteurs de l’hypothèse par laquelle le plus remarquable des naturalistes anglais, M. Darwin, s’efforce d’expliquer l’origine et la variété des êtres organisés.
- Un journal comme le nôtre n'a pas à s’engager dans la discussion scientifique de cette hypothèse, mais il a le droit et même le devoir de tenir ses lecteurs au courant des manifestations de pensée auxquelles cette hypothèse peut servir de prétexte. C’est pourquoi nous avons reproduit (1) un discours de M. Laboulaye sur ce sujet, et pourquoi nous avons signalé (2) la position qu’entend prendre le protestantisme libéral en présence de la nouvelle hypothèse. Nous avons émis incidemment (3), en réponse à une oijection de M. Vansittart, notre opinion sur les conséquences morales du Darwinisme. Nous avons dit que la logique du système poussait à l’extermination des faibles.
- Aujourd’hui nous trouvons dans Y Union républicaine de Bourges les observations suivantes de M. Eugène Garcin, son sympathique rédacteur en chef :
- Nous avons à signaler le péril que font courir aux doctrines de la Révolution les doctrines de cette Ecole nouvelle, si nombreuse, qui s’intitule Je Darwinisme, bien plus hostile encore à la philosophie de 89 que la réaction cléricale elle-même. Et pourtant cette Ecole se réclame de la libre-pensée et prétend s’appuyer sur la science !
- C’est par là qu’elle a séduit tant d’esprits. Raison de plus pour la combattre et pour éloigner d’elle les consciences qu’elle attire ; car pour elle l’égalité des hommes est un rêve creux et leur accord une pure chimère. Si la Révolution fut un immense progrès, le triomphe du Darwinisme, dans ses conséquences, serait un immense i ecul.
- En effet, le Transformisme nouveau aboutit à reconnaître, dans la nature d’abord, dans la société humaine ensuite, la supériorité de certaines espèces, la suprématie de certaines classes, la domination légitime de certains individus.
- Dans la nature, tout s’échelonne et se classe par sélection: dans la société, tout doit être établi sur la hiérarchie. Aux forts la puissance et le premier rang ; aux faibles la soumission et la servitude I
- La vie universelle est un immense champ de bataille où les gros mangent les petits. L’homme ne peut échapper aux lois de la nature; et, de même que le requin, armé d’une mâchoire terrible, dévore les poissons privés de défense, telle race humaine supplante et au besoin détruit telle autre race.
- C’est fatal, partant légitime.
- Yoilà de quoi nous faire rétrograder peu à peu à l’âge décrit par le vieux Lucrèce, rappelé par l’historien anglais Hume, l’âge où l’homme fut un loup pour l’homme : Homo ftomini lupus. Malheur aux faibles, malheur aux vaincus !
- L antique væ victis / retentit encore. La force seule régit le monde, et c’est en plein dix-neuvième siècle qu’on a entendu émettre et vu appliquer cette doctrine : « La force prime le droit 1 »
- « La lutte pour l’existence 1 » Yoilà le mot de l’époque. On le retrouve dans tous les livres scientifiques, il est écrit dans tous les journaux, il se mêle à tous les entretiens familiers.
- Quoi ! plus de main amie qui doive se tendre vers
- (1) Tome II. p. 119.
- (2) T. II. p. 345.
- (3) T. JI. p. 75.
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- le faible, vers l’isolé? Vous le chasserez impitoyable ment ? Vous le laisserez mourir ? Cela semble incroyable ! Voici pourtant ce qu'a écrit le célèbre économiste anglais, Malthus :
- » Un homme qui naît dans un monde déjà occupé, si sa famille n’a pas le moyen de le nourrir, ou si la société n’a pas besoin de son travail, cet homme est de trop sur la terre. Au grand banquet de la nature, il n’y a pas de .place pour lui. La nature lui commande de s’en aller, et elle ne t ardera pas à mettre cet ordre à exécution. »
- Voilà donc un innocent qu’au nom de la nature cruelle que vous rêvez, ou plutôt au nom de vos principes qui outragent la nature, vous condamnez à mort i Serez-vous étonné si tout à coup il se révolte et se venge par le crime ?
- O grands hommes de notre Révolution, doux et austères philanthropes, qu’eussiez-vous pensé, en entendant les doctrines de Malthus, vous qui, le 19 mars 1793 rendiez une loi organisant les secours publics et appuyée sur ces considérants :
- « La Convention nationale, mettant au nombre de ses principaux devoirs celui d’asseoir sur les bases éternelles de la justice et de la morale, une nouvelle organisation de secours publics... Après avoir déclaré comme principes :
- « 1° Que tout homme a droit à sa subsistance par le travail, s’il est valide; par des secours gratuits, dû est hors d'état de travailler ;
- « 2° Que le soin de pourvoir à la subsistance Mu pauvre est une dette nationale,,. »
- O nos pères de la Révolution, que diriez-vous, si vous reveniez parmi ces prétendus savants qui, reniant toute fraternité humaine, ne reconnaissent que le droit du plus fort et proclament « la lutte pour l’existence ? »
- Hélas ! cette conviction a tellement pénétré les esprits, qu’on ne recule plus devant aucun moyen pour se débarrasser d’un rival.
- On n’a même pas craint d’exposer de nos jours, la théorie de la férocité Si vous le mettez en doute, ouvrez les Dialogues philosophiques d’Ernest Renan, publiés en 1876, et vous y lirez ces paroles qu’il met dans la bouche d’un savant philosophe, parlant « de ce que venons d’avoir sous les yeux. »
- C'est, dit-il, » la guerre transformée en terreur préventive; l’otage torturé non comme coupable, mais pour effrayer la population et l’empêcher de se défendre ; ce principe qu’on avait oublié depuis Lou-vois maintenant hautement avoué que la cruauté est une farce et constitue dans les choses humaines un avantage dont on n’a pas à se priver i,.. »
- La Force primant le Droit, tel est le dernier mot dés doctrines nouvelles qui envahissent l’Europe et qui sont le renversement de la morale, le renversement de la Révolution.
- Disons-le, en finissant : la Révolution, loin de prendre modèle sur les fatalités de nature, a voulu combattre ces mêmes fatalités et donner pour base aux sociétés humaines les lois de la conscience et de la justice ; au lieu de prendre son idéal en arrière, elle l’a cherché en avant ; au lieu de retourner à l’àge de barbarie et de sauvagerie, elle a invoqué un avenir de perfection.
- Sans doute elle savait l’intervalle qui sépare le Cafre de l’Européen ; elle n'en a pas moins décrété l’indépendance des nègres.
- Tandis qu’un des journaux les plus influents de France et bien connu pour appartenir à l’Ecole de Darwin, écrivait naguère, au sujet des Canaques :
- «ces misérables races, rebut de l’espèce humaine, in-capabled aucun progrès, sontappelées à disparaître, » la Révolution, elle, considéra les nègres comme portant le sceau de l’humanité, et l’abbé Grégoire disait à la Convention :
- « Un nain est homme, ainsi qu’un géant. »
- L’école du Transformisme tend à reconstituer et ies aristocraties et le servage des foules, La Révolution prêcha le respeci de toute personne humaine ; e le fit de ce principe le fondement de la morale, de cette morale le fondement de la politique, et de cette politique le fondement de la paix dans ce monde.
- C’est au coeur déjà Révolution et rien que là, que la France et l’Europe trouveront le salut.
- LE MEURTRE DE BORDEAUX
- ET LÀ RECHERCHE DE LA PATERNITÉ
- Une affaire douloureuse a été soumise le 18 février au jury de la Cour d’assises de Bordeaux.
- C’est une jeune fille de seize ans, Marie Martin, qui comparaissait. Elle avouait elle-même avoir tué d’un coup de pistolet un nommé Fondadouze qui avait su se faire aimer d’elle, l’avait demandée en mariage à ses parents, avait obtenu sa main, puis, après l’avoir rendue enceinte, lui avait déclaré ne plus -vouloir se marier.
- Le jury a acquitté cette jeune fille.
- L’opinion publique a vivement approuvé à Bordeaux le verdict du jury.
- Cette affaire mérite quelques réflexions.
- A l’heure qu’il est les jeunes filles ne sont pas protégées par la loi. Elles sont livrées à la merci des hommes sans scrupule. Le détournement d’une mineure est poursuivi par la loi, mais la séduction d’une jeune fille reste impunie. La Convention nationale ayant à se prononcer au sujet de la séduction, déclara n'y voir que « le consentement de deux volontés. » Il suffit de citer cette déclaration pour que sa fausseté saute aux yeux. Quand une jeune fille est séduite, il n’y a pas « consentement, » il y a « entraînement » de sa volonté. La différence dans les mots est peu de chose, dans les faits elle est considérable.
- Nous comprenons bien que les procès en séduction sont d’une délicatesse extrême et que la loi à élaborer en semblable matière présentera plus d'une difficulté. Mais quand la séduction est suivie d’une naissance, comme c’est le cas dans l’affaire citée plus haut, là question se simplifie.
- Plusieurs pays où la recherche de la paternité est permise ont une législation très-complète sur la matière. On pourrait, en comparant ces diverses -législations, en coordonnant ce qu’elles ont de meilleur, en les complétant au besoin, doter la France
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- d’une bonne loi, bien complète et bien comprise sur la recherche de la paternité.
- On mettrait ainsi fin à ces criantes injustices qui mettent l’enfant naturel à la charge de la mère et déchargent le père de tout devoir envers lui. On diminuerait très-certainement le nombre des suicides et des infanticides dus au désespoir et à l’égarement des mères abandonnées. Enfin, on rendrait plus réfléchie, plus honnête, plus loyale, la conduite des jeunes gens et des hommes à l’égard des femmes et des jeunes filles. #
- Une semblable législation aurait pour base une plus stricte j ustice,pour conséquence une plus grande moralité. E. C.
- LA FILLE DE SON.PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mme Marie HOWLAND Voir n° 4 (tome 1), à u° 2S (tome 2)
- Chapitre XXXV.
- JL’JECscla.v'e cle la laisspe obéit.
- (Suite)
- Lorsque Clara entra dans la bibliothèque, une telle force émanait d’elle qu’Albert se sentit réduit à l’impuissance. Clara silencieuse le regarda pendant quelques secondes puis, d’une voix calme et posée lui dit :
- « J’ai quelquefois pensé mal de vous, Albert, mais jamais je ne vous aurais cru capable d’assez d'indélicatesse pour vous imposer à moi, après que je vous eusse témoigné que je ne désirais pas votre présence. »
- « Et moi, » repartit Albert, « je n’eus jamais pensé que vous parleriez de moi comme vous le faites; je ne vois pas quel crime je commets en désirant voir ma femme dans sa chambre. »
- — « Je ne suis pas votre femme, vous le savez fort bien, et vous n’êtes pas davantage mon mari. »
- — « La loi serait d’un autre avis et, permettez-moi d’ajouter, d’un avis moins sentimental. »
- « Est-ce que, d’un mutuel accord, nous nous sommes considérés comme mari et femme uniquement parce que nous avions subi la cérémonie du mariage ? » demanda Clara avec force.
- — « Notre mutuel accord n’a plus rien à faire en ceci et ne peut en rien changer le fait. «
- — « Que ce fait soit donc annulé le plus tôt possible ! Il m’a été très-indifférent jusqu’à ce jour que vous obteniez ou non un arrêt de divorce ; mais au nom d\i ciel? n’attendez pas plus longtemps pour le
- demander. Vous avez une idée si basse de ce qu’est le mariage que cela seul est un prétexte suffisant pour divorcer. «
- « J’ai déjà préparé la requête, » répondit Delano,
- « mais peut-être arrêterai-je la procédure. »
- — « Votre ton moqueur ne peut plus m’irriter ; j’ai appris que la vie et même le bonheur sont possibles sans vous. »
- — « On le voit, madame, et si cela peut satisfaire votre orgueil, j’ajouterai que j’en suis très-faché. »
- « Je serais heureuse, Albert, de savoir d’une façon certaine, que vous êtes réellement attristé de me voir détachée de vous. Ce n’est pas l’orgueil qui parle en moi, » continua-t-elle d’un ton radouci, » c’est le sentiment de la justice, quand j’éprouve le besoin de vous dire que jamais vous n’avez compris combien je vous ai aimé. Votre infidélité ne fut pas la cause de mon départ; pendant bien des mois, auparavant, j’avais vainement essayé de réveiller en vous quelque chose de la tendresse dont l’absence me tuait.
- « Pourquoi, même aujourd’hui, ne pouvez-vous me voir telle que je suis? Il ne faut pas qu’il y ait de malentendu entre nous, Albert. A quoi bon nous quereller comme des êtres vulgaires ? Je n’oublierai jamais ce que vous avez été pour moi et je resterai toujours et quand même votre .amie. »
- A ce moment, Delano se sentit traversé par lapen- -sée qu’Ella était bien petite en comparaison de Clara Forest. Il éprouva pour lui-même un mépris momentané au souvenir de sa conduite passée et des lettres froides et impérieuses par lesquelles il avait répondu aux tendres appels de sa femme ; mais il était trop tard maintenant pour revenir sur le passé. Et puis, circonstance qu’ignorait la fille du docteur, Albert avait déjà pris l’engagement d’épouser Ella, aussitôt le divorce obtenu.
- « Je puis à peine croire, » dit-il, « que c’est vous, Clara, qui êtes là debout devant moi, discutant si froidement notre future amitié. »
- — « Vous pensez, n’est-ce pas, que ma place naturelle est à vos pieds. L’amour nous rend infiniment humbles et soumises. Oh Albert ! vous ne voyez jamais que la surface des choses. Je ne pourrai pas vous faire comprendre combien j’ai pleuré mes illusions perdues. Lorsque je fus certaine de h’avoir plus de place en votre cœur, je crus mourir de chagrin. Le sommeil ne me donnait que de nouvelles forces pour souffrir, et l’attendrissement me gagne encore, quand je pense aux longues, longues tortures que j’ai endurées. » Clara cacha ses yeux de sa main et s’appuya contre la cheminée. C’était le moment qu’attendait Albert; il s’approcha, et passant son
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- bras autour de l*a taille de sa femme, murmura tout bas quelques paroles de tendresse.
- « Je vous remercie, « dit Clara en se dégageant; « vous êtes vraiment trop bon de chercher à me consoler; c’est passé maintenant- » Et comme il essayait de la retenir, elle ajouta d’un ton glacial : « N’avez-vous pas compris ce que je vous ai dit, Albert ? »
- — « Oh, ce n’est pas vrai, ma chérie, vous n’avez pas cessé de m’aimer. »
- — « Je vous aime seulement comme un ami Croyez-moi, conservons notre mutuelle estime au prix de la plus entière franchise. Nous ne pouvons nous tromper l’un l’autre, et toute tentative de ce genre serait un outrage à la vérité et à l’honneur. Il ne reste rien de notre passion qu’un froid squelette aucpiel il n’est plus possible de rendre la chaleur de la vie. Ne vous humiliez donc pas vous-même, je ne le désire pas. » Sur ces mots, elle sortit rapidement sans attendre de réplique.
- Delano ébloui, immobile, la regardait s’éloigner. Il sentait que cette femme était définitivement hors de sa portée. Mais il ne pouvait voir encore combien elle lui était supérieure par la manière élevée dont elle comprenait l’amour. Pour Clara, l’amour était une religion, l’élément nécessaire de la vie, et la réalité lui ayant manqué, son imagination y avait suppléé par un idéal auquel elle avait prodigué en pensée sa tendresse enthousiaste. Pour Albert, au contraire, l’amour était comme un vin rare qu’on peut fort bien remplacer par une boisson de qualité ordinaire.
- Le lendemain, M. Delano déjeuna seul dans sa chambre. Clara et miss Charlotte, en tête à tête dans un somptueux boudoir, causèrent longuement en prenant leur café. Clara conta à son amie la scène de la veille avec Albert,
- « Il y a longtemps, « répondit miss Charlotte, « que j’ai perdu l’espoir d’une réconciliation entre vous et lui, quoique c’eût été pour moi une grande satisfaction. Lorsque Albert épousera Ella, je quitterai cette maison. Peut-être, » ajouta-t-elle en souriant, « irai-je habiter le palais social d Oakdale. Rien ne pourrait davantage vexer Albert, car bien qu’il n’ait aucun motif pour cela, il hait le comte.
- « Quant à moi, je suis très attachée à Frauenstein. Sa conduite envers les femmes m a toujours paru la plus honorable que je connaisse;; en outre, son amitié est infiniment précieuse parce qu il ne se méprend jamais sur les sentiments qu on lui témoigne. »
- Pendant leur causerie, Clara demanda à miss Charlotte si elle croyait qu’Ellaeùt réellement de l’amour pour Albert.
- » Non, » répondit Charlotte, « Ella est trop égoïste pour connaître l’amour; ce qu’elle éprouve pour Albert n’est qu’un caprice ; elle ne conservera son empire sur lui qu’en entretenant autour d’elle un cercle de flatteurs.
- « Vous, chère Clara, vous aimiez trop aveuglément mon frère; c’est pour cela que vous avez été sans pou-. voir pour le ramènera vous. Il fut d’abord très-irrité de votre persistance à ne pas vous rendre à son appei. Je lui dis que sans doute vous aviez cessé de l’aimer. Il me montra vos lettres ne* pouvant admettre un seul instant qu’il ne pût faire de vous ce qu’il voudrait.
- « Ces lettres sont les premières où j’ai reconnu l'accent de l’amour vrai ; elles me firent pleurer comme une enfant ; de ce moment date la profonde estime que je vous ai vouée. Ces lettres témoignaient hautement que vous n’aviez nul souci de la position ni de la fortune d’Albert. Je n’avais pas compté sur un désintéressement aussi complet etj d’un autre •côté, j’avais peine à comprendre que mon frère fût aimé pour lui-même, bien qu’il soit du genre de ces hommes qu’on dise irrésistibles. »
- Clara gardait le silence ; elle pensait aux lettres poignantes qu’elle avait écrites à Albert et que celui-ci avait montrées afin de prouver sa puissance et de dire : « Voyez si le cœur de Clara n’est pas sous mes pieds. » Il y avait en cela quelque chose de si vain, de si grossier, de si indélicat, que penser à Delano commença à lui sembler odieux.
- Pendant que ces dames s’attardaient ainsi, Albert âfpentait la bibliothèque en fumant. Il était dans un état de surexcitation peu enviable, sa nuit avait été mauvaise, C’était une étrange situation pour lui que de se voir rejeté avec fierté par cette femme naguère si sensible à ses plus légères attentions. Il ne pouvait supporter de sang-froid une humiliation semblable. Aussi lorsqu’un peu plus tard Clara entra dans la bibliothèque, se passa-t-il une scène impossible à décrire.
- Clara, qui venait d’apprendre qu’Albert était fiancé à Ella, ne pouvait concevoir cet emportement. Au milieu des plus violentes récriminations, Delano perdit toute retenue et dit, sans pudeur, qu’il était insensé à deux époux dé se priver du plaisir d’une rencontre, uniquement parce qu’ils n’éprouvaient plus l’un pour l’autre l’inetfable tendresse d’autrefois.
- En parlant de la sorte, il avait conscience d’outrager tous les sentiments délicats et élevés de Clara, mais il y trouvait comme une sorte de grossière revanche.
- « Arrêtez 1 docteur Delano, » s’écria Clara indi-
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- gnée, « vous vous rendez tout à fait méprisable à mes yeux. Que parlez-vous de plaisirs auxquels l’àme ne prendrait aucune part? Oh honte ! honte ! jusqu’alors je ne vous connaissais pas. Vous n’êtes pas digne d’aller de pair avec des femmes honnêtes et chastes, et vos véritables compagnes sont celles qui trafiquent de leurs faveurs pour se procurer des richesses ou des titres. »
- « Je suis un médecin, » répondit Albert, « et n’ai pas la prétention d’en savoir autant que vous sur l'âme; mais ce que je tiens pour certain c’est que l’homme et la femme dans leurs rapports obéissent à une attraction naturelle qui veut être satisfaite indépendamment de toute fiction à propos d’âme. »
- Jamais Clara n’avait été aussi étonnée. Trop surexcitée pour abandonner le terrain, elle se livra à son indignation et qualifia .en termes peu mesurés l’horreur que lui inspirait des sentiments aussi vils ; puis elle termina son éloquente protestation par un élan de gratitude de n’avoir pas donné à M. Delano un enfant qui eût pu perpétuer une telle dégradation morale.
- « Des enfants, » ricana Albert/« comme médecin je vous jure que vous n’en aurez jamais. Les enfants naissent du corps, non de l’imagination; sans quoi vous seriez mère d’une armée de fantômes, seule progéniture que vous puissiez espérer. »
- « Je méprise votre science médicale, « vous n’êtes bon qu’à soigner des brutes, » dit Clara rouge d’indignation. « A mon sens, les enfants qui ne sont pas nés de l’esprit aussi bien que du corps sont mal nés ; je ne doute pas que si jamais.... » ... et elle s’arrêta court, honteuse elle-même de s’abaisser à répondre.
- « Si jamais vous épousez une âme vous deviendrez très-prolifique, c’est là ce que vous vouliez dire, n’est-ce pas, » fit Albert. Puis, comprenant qu’il était allé trop loin, il continua : « Je suis fâché que la colère m’ait emporté jusqu’à vous dire des choses aussi dures, Clara; après tout, cela importe peu. Seulement retenez bien ceci : « J’obtiendrai le divorce contre vous, c’est-à-dire que je serai libre de me marier, comme si le défendeur (et le défendeur c’est vous) était rée lement mort, mais le défendeur ne pourra se marier qu'après la mort réelle du demandeur. » Tels seront les propres termes de l’arrêt, madame, » et sur ces mots Albert se retira juste au moment où miss Charlotte entrait.
- Lorsque celle-ci fut mise au courant de ce qui venait de se passer entre son frère et Clara, « que signifie le divorce? » demanda-t-elle, « je ne comprends pas comment vous pourriez rester liée à
- Albert tandis qu’il serait libre, lui, d’épouser une autre femme. Cela n’a pas le sens commun. »
- « Il paraît que c’est la loi, » dit Clara. (1)
- « Je voudrais, répliqua miss Charlotte entraînée à son insu vers le radicalisme, voir dans une situation analogue à la vôtre, quelques-unes de mes amies qui 'prétendent jouir de tous les droits dont elles ont besoin. C’en est fait de mes hésitations, les champions des droits de la femme ont raison. Ne soyez pas surprise, Clara, de me voir à l’avenir parmi les braillardes, comme la presse nomme injurieusement les femmes qui se placent en tête du mouvement pour la défense de nos droits. »
- Puis voulant égayer son amie, Charlotte s’approchant d’une glace, s’écria : « Voyez donc cette vieille fille de plus de trente-cinq ans, grande, maigre, avec un nez proéminent. Ne ferai-je pas le plus bel ornement d’une réunion pour le droit de suffrage ! »
- Clara sourit, mais elle était trop triste pour goûter la plaisanterie de miss Delano; peu après elle quitta son amie, dépêcha avec célérité les affaires pour lesquelles elle était venue à Boston et se hâta de retourner vers Susie, heureuse de retrouver auprès de son amitié à toute épreuve un repos qu’elle appréciait chaque jour davantage. (A suivre.)
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- Histoire du socialisme par B. M., en cours de publication. 452 pages grand in-8 ont déjà paru ; le reste — près de'300 pages — aura paru avant trois mois.
- •L’ouvrage complet : 8fr. — Pour Adresse : Benoit, à Lugano (Suisse).
- Nous ne portons jamais un jugement définitif sur une publication avant qu’elld soie complète. Toutefois, celle-ci est assez avancée pour que nous puissions en dire quelques mots.
- . A proprement parler, cette publication n’est, pas une histoire du socialisme, mais plutôt-un exposé des doctrines des socialistes de tous les temps et de tous les pays. Une quantité considérable de documents dont on chercherait vainement ailleurs la réunion se trouvent réunis dans ce volume et classés par ordre chronologique dans chaque pays. ' *
- L’auteur — que toutes les personnes au fait du socialisme reconnaîtrant sous les initiales B. M. — l’auleur y suit à travers les âges les divers penseurs socialistes depuis Platon, ainsi que les diverses tentatives de réalisation depuis l’Institut de Grotone de Pythagore. Il nous amèue ainsi jusqu’aux penseurs contemporains de France et d’Allemagne.
- Une étude aussi considérable contient forcément des
- (1) La loi américaine est en effet ainsi dans certains Etats, mais on ne s’y arrête pas. Nos lecteurs le verront en poursuivant la lecture du roman
- Rappelons à cette occasion que dans les pays d’Europe où fonctionne le divorce, ta loi ne ciée pas cette inégalité. Au contraire, el e reconnaît aux deux anciens conjoints le drotl de se remai ier.
- Quand le Devoir parlé du divorce comme d’une mesure à introduira en France, c’est toujours du divorce à l’européenne qu’il est question.
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- lacunes, d’autant qu’il n’y a aucun travail sérieux sur cette matière, l'ouvrage de M. Louis Reybaud, Réformateurs et socialistes modernes, dénaturant les faits et parodiant les idées. Nous ne reprocherons donc pas à M. B. M. les lacunes de son travail ; nous sommes même surpris qu’il n’y en ait pas davantage.
- Telle qu’elle est, son histoire du socialisme est encore la plus forte réunion de documents historiques que nous ayons sur le socialisme, du moins en français. Chacun trouvera dans ce volume une foule de renseignements qu’il chercherait vainement ailleurs.
- L’histoire du socialisme dans le passé n’est pas faite, et tant qu’un historien impartial ne se sera pas consacré à un aussi considérable travail, la compilation deM. B. M. sera l’ouvrage à consulter.
- Personnellement l’auteur espère, avec plusieurs autres socialistes, « qu’un jour une société sera qui, se mouvant dans un milieu supérieur, réalisera, sans lois ni règles imposées d’aucune sorte, par la simple harmonie des volontés et des intérêts, le développement intégral, le perfectionnement continu et le bonheur de chacun de ses membres ; une société, en d autres termes où la surabondance des produits et l'excellence morale des individus auront fait tomber’en désuétude tous les règlements et toutes nos mesquines idées,actuelles. »
- C’est, comme on le voit, un idéal très-élevé.
- Malheureusement, les moyens que M. M. B. croit devoir nous y conduire, nous paraissent peu dignes de cette élévation de pensée. Notre auteur appartient au socialisme révolutionnaire. Il est de ceux qui pensent que la transformation économique du monde civilisé ne peut se faire que par une crise violente, comme cela a été le cas pour la transformation politique de la France à la fin du siècle dernier. C’est là une illusion qu’un examen plus approfondi suffit à dissiper. L analogie des privilèges de l’ancienne noblesse et de ceux des capitalistes d’aujourd hui n’est pas complète. Ces privilèges ne sont pas de même nature et ne tiennent pas aux mêmes causes ; par conséquent ils ne peuvent être supprimés par les mêmes moyens. De plus M. B. M. ne tient pas compte d’un fait considérable, d un fait immense qui est intervenu dans l’histoire de 89. Ce fait immense, c’est le fonctionnement du suffrage universel. Par le seul fait de ce fonctionnement les révolutions perdent leur raison d’être.
- En effet :
- Ou bien la majorité du peuple veut des réformes sociales, auquel cas il lui est facile de les obtenir : elle n’a qu’à choisir ses députés en conséquence,
- ou bien la majorité du-peuple ne veut pas de réformes sociales, auquel cas les coups de force deviennent des crimes et — même en admettant qu’ils réussissent à l’origine — échouent fatalement dans la pratique.
- Faire des institutions sur le papier, c’est facile. Les réaliser pratiquement l’est moins. Si une nation ne
- veut pas d’une loi, on aura beau la lui imposer par la force.elle s’en affranchira un jour ou l’autre. La Terreur aamenéle9 thermidoret nepouvaitpas ne pas l’amener. La seule manière d’avoir des institutions durables, c’est d’avoir des institutions aimées. C’est pour avoir perdu cela de vue que les socialistes révolutionnaires du passé ont échoué et que les socialistes révolutionnaires de l’avenir échoueront ^ La persuasion est la seule arme de succès au siècle où nous vivons.
- C’est là ce que devrait se dire M B. M., car c’est là ce qu’ont senti et compris la plupart— pour ne pas dire la presque unanimité — des socialistes dont il analyse les travaux. ' E. G.
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- 2' ANNÉE, TOME 2 — N” 26
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- DIMANCHE 9 MARS 1879.
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- JOURNAL
- DES RÉFORMES SOCIALES
- ABONNEMENTS PAYABLES D’A Y ANGE par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
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- Rédacteur en chef : M. Ed. Champury
- BUREAU AUXILIAIRE A PARIS 32, rue Serpente, 32
- Pour tous renseignements, s’adresser de 2 à 5 heures à M. Ed. THIAUDIÈRE, Représentant du DEVOIR.
- SOMMAIRE
- BUREAU PRINCIPAL
- A GUISE (Aisne).
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN
- Fondateur du Familistère Directeur-Gérant.
- AJW MS
- Le présent numéro du DEVOIR est le 53» et dernier des abonnement s qui ont commencé an 3 Mars 187^.
- Les personnes dont le réabonnement nons est adressé recevront gratuitement les numéros supplémentaires jusqu’au 1er Avril, avec la table du second volume dn DEYOIR? ce qui fera partir lenr réabonnement dn l,r Avril prochain.
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- Le Travail et les obstacles à son émancipation. — Pensées sociales et politiques. —• L’opportunisme et les principes. — La semaine politique. — Le devoir de la presse. — Abolition de la peine de mort. — Moralité publique. — La misère et le travail des femmes en Allemagne. — Roman : La Fille de son Père. — Rectification. — La politique de l’avenir. — La conversion de la rente 5 0/0. — Conférences publiques. — Bulletin bibliographique.
- LE TRAVAIL ET LES OBSTACLES
- A SON ÉMANCIPATION (1).
- III.
- En examinant les causes qui s’opposent à l’émancipation du travail, nous avons vu que les souffrances des classes laborieuses ont toujours été le résultat du mépris fait par l’homme des véritables droits de la vie humaine.
- Ce sont les basses passions de l’égoïsme qui ont donné lieu à l’exploitation de l’homme par l’homme, source des plus grands maux pour l’humanité.
- Si l’on y fait attention, on reconnaît que c’est encore à cet état d’imperfection morale des individus et des sociétés que sont dues les principales difficultés de la société moderne.
- L’égoïsme, cette préoccupation désordonnée
- (i) Voir le Devoir des 16 février et 4 mars 187».
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- 402
- LË DEVOIR
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- cle soi-même âü mépris des âütrës qui est le fait des hommes arriérés, a sa source dans l’imperfection de l'être.
- La brute iie soflge qu’à s© satisfaire ét reste indifférente aux besoins de soft espèce ; elle Ifttte mêifte contre seS Semblables, si elle les considère comme Un obstacle à ses propres satisfactions.
- Dans lès espèces supérieures, l’àffectiert S’étend aux petits pour les aider à vivre. Hors de là, la bête est toute entière au sentiment de ses besoins individuels : aücüiie autre affection ri’entre ert elle.
- Les bas échelons de l’âme humaine portent l’empreinte dé cette brutalité primitive. C^est là que l’égoïsme a sft source. Il est facile dé se rendre compte, par voie de comparaison, qué l’amour de soi est d’autant plus intense qué l’être chez qui on l’examine est moins élevé dans la vie morale et intelligente. C’est pourquoi les sages marquent leur passage sur la terre en se rendant utile au bien des autres hommes, tandis que les pervers convoitent le bien d’UUtfUi et Sacrifient tout â leurs propres satisfactions.
- La société présente n’est plus abandonnée aux ôruàutés, ni aux extorsions d’autrefois; la moralité géftéfâlè s’ëst élevée * il n'ÿ a plus de seigneurs qui veuillent ni qui puissent faire pendre à leur gré le cultivateur ou l’artisan, pour s'emparer de son bien OU dê sès filles, comme cela sé faisait dans les siècles passés.
- L’égoïsme alors était surexcitée par de telles convoitises que les choses sacrées de la religion servaient à leur tour d’instrument à la cupidité du clergé, afin d’obliger Je peuple à Se dépouiller du peu de bien qui ne lui avait pas été ravi par ruse et par violence.
- Car, dans cës temps néfastes, ceux qui exer^ bàiéiit l’autorité avaient raiSôii des résistances du peuple par des moyens simples et expéditifs. Malheur â celui qui, trop pénétré du sentiment de son droit, cherchait à résister à ütl justicier, quelconque OU âüx gens qui de près oü dé loin avaient l'appüi d’un maître !
- Heu de personnes savent aujourd’hui pour^ quoi il y a, en France, dans beaucoup de contrées, tant d’endroits connus sous ce nom : ta, Justice. C’est qu’au temps de ià féodalité, les fourches
- patibulaires où l’on pendait les paysans récalcitrants étaient un privilège de la noblesse,
- Ces gibets se trouvaient ordinairement placés Sur des lieux élevés, afin d’être en vue de la demeuré des seigneurs, 'Tel était alors le iftépris de la vi§ humaine chez les puissants que la ftiort cl’ftft homme du peuple était Un spëCtabl© agréable à leur égoïsme.
- 'îout homme qui he s’inclinait pâs humblement sous l’Oppression de ses maîtres, ou qui pâssait]pour faire mépris de leur autorité, devenait la proie des gibets des seigneurs.
- Aussi, aujourd'hui, si l’on fouille le sol de ces lieux dits : la, Justice, trouve-t-on nus* étendus sous la terre, des squelettes d’individus dans la force de l’âge, ayant toutes lëürs délits* lés poignets liés derrière le dos : ce sont les hommes du peuple suppliciés des siècles passés.
- Quand, par une autorité aussi arbitraire et aussi monstrueuse, la vie du peuple était à la merci des grands, On conçoit avec quelle iniquité tous les fruits du travail étaient enlevés à l’ouvrier pour servir au luxe et aux jouissances de ses oppressêurs.
- Quand le paysan avait satisfait âüx réquisitions qui lui étaient faites sôiis les noms de fégâlé, üîmé, ’màltôt®, tailles à discrétion, à volonté et à miséricorde* corvées à toutes mandées* cens* cënsives* rentes foncières* rentes au seigneur* aides-chevels* aides de hoblesse, aides-ooutumières Ou droits cle complaisance, droits de guet et de garde* redevances* banalités, gabelle* droits de prise* de gîte* de pour-voirie et de repue qui étaient le pillage organisé, droits de lods et ventes, taillon, surcens surprise, quint, requint, rière-lods, péages, etc,* etc., etc.* il ne lui restait que la faim et la hideuse misère au foyer»
- Tel était le mode de répartition de la richesse que l’égoïsme livré sans frein à tous «ses excès avait enfanté i
- / Les nobles, leurs gens d’armes et le ciergé vivant grassement et ne produisant rien ; le peuple^ produisant tout et mourant de faim;
- La richesse et la liberté aux égoïstes puissants vivant dans l’oisiveté ou la rapine ;
- La pauvreté et la servitude aux hommes de travail tirant de la terre les produits nécessaires à la vie. v - ':"v-..
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- Grâce à la Révolution française, l’homme du peuple, l’homme de labeur, l’ouvrier, ne sont plus sous une telle dépendance ; la liberté est eu partie reconquise : l’ouvrier est citoyen, tout citoyen est électeur, l’homme n’a plus de maître, il n’aura bientôt plus pour diriger ses intérêts et ses droits sociaux que des élus ou des mandataires révocables à temps. Le peuple est donc maître de diriger ses destinées par l’usage pacifique de son intelligence et de son travail, mais aussi, mais surtout, par le désir de la protection mutuelle, par l’amour de l’association, et enfin par la pratique des vertus so- : ciales auxquelles il devra son élévation.
- Le spectacle des maux du passé nous montre ; que ce n’est pas en manquant au respect dû à la vie humaine, ni en foulant aux pieds les droits les plus sacrés de l’existence et du tra- { vail, qu’on arrive à constituer des sociétés par- j faites.; on ne constitue, au contraire, par cette violation.de la justice, que des sociétés mons-j trueuses contenant tous les vices, tous les opprobres et toutes les misères. j
- L’égoïsme, cet amour désordonné clu chacun . pour soi, au lieu d’engager les hommes à s’u- j nir et à s’entraider, les conduit au mépris les j uns des autres ; il a pour conséquence des riva-s Jités, des jalousies, des haines mortelles entre j les individus et entre les différentes classes de \ la société ; sous ,l’empire de l’égoïsme, les \ tommes ne 'peuvent s’entendre et se concerter j que pour le mal ; ils deviennent incapables de f s’unir pour le bien.
- N-ous savons 'qu’un courant -d’idées modernes ! cherche de nouveau à établir que l’homme j n’est que matière et que les évolutions de la vie | ne sont que le résultat de forces inhérentes à la j matière ; les partisans de ce système ne sontj certainement pas d’accord avec nous qui pro-; fessons d’une façon certaine que le monde ma- ? tériel n’existe que pour s’élever au monde, moral, seul durable.
- Ignorant les dois de la .vie universelle,. ce ; matérialisme cherche dans le monde physique | l’explication des causes morales, il n’y a à ses yeux que des lois-et des phénomènes physiques ; dûs aux forces aveugles -de la matière ; forces
- autres et arrivent ainsi à réaliser le progrès des êtres.
- L’homme, être sociable, ne serait lui-même qu’une combinaison de matière ainsi -agglomérée ; son intelligence, sa science acquise, son progrès moral et industriel, son dévouement à l’humanité, ses vertus et ses vices, tout cela, au lieu d’être un acquis à porter à l’avoir de l’être, disparaîtrait avec la pourriture du corps.
- Doctrine aussi funeste qu’erronée qui a pour conséquence de pousser l’homme à la convoitise des biens matériels que la mort l’oblige à abandonner presque aussitôt qu’il les a amasses.
- Mais que peut faire l’homme ignorant des grandes et magnifiques lois de la vie, lorsqu’il s’efforce de concentrer l’espoir de son existence sur les seuls avantages qu’il aura pu trouver en ce monde.
- Quel encouragement une telle doctrine donnerait-elle à l’égoïsme et à la convoitise dans la sphère des classes dirigeantes ! Quel motif pour chacun de s’abandonner à toutes les ressources de l’intrigue afin d’arriver à ses fins !
- D’un autre côté, quel encouragement ce serait aussi à la résistance et à la révolte de la part des classes ouvrières, lorsqu’il n’y aurait dans le monde ni justice, ni droiture, mais une seule puissance : la force matérielle.
- Heureusement la science et la vérité ne sont pas là. Une loi morale supérieure rattache le progrès de la vie humaine à la vie universelle, et c’est ce qui ramènera toujours l’homme au sentiment de sa véritable destinée. Godin.
- PENSÉES SOCIALES & POLITIQUES
- XII
- La politique matérialiste des intérêts de la richesse doit faire place à la politique morale des intérêts de toute existence humaine : les intérêts de la vie du peuple sont plus précieux que tous les trésors.
- L’OPPORTUNISME ET LES PRINCIPES.
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- M. Fauvety, dans le dernier numéro de sa revue la Religion laïque, répond à l’article du Devoir du
- ni, par une propriété qu’elles tiennent on ne
- ait d’où, cherchent à se surmonter les unes -les
- 26 janvier, article dans lequel nous établissions que
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- l’opportunisme a fait son temps et que l’heure est venue d'embrasser la politique des principes.
- Notre honorable contradicteur nous oppose quatre objections, qui toutes quatre contiennent une part d’erreur et une part de 'vérité. Afin de faire le triage nécessaire, nous allons prendre ces quatre objections et les passer au crible l’une après l’autre.
- I
- Aux yeux deM. Fauvetv, « il y aurait ingratitude à donner congé à l’opportunisme alors que c’est l’opportunisme qui a sauvé la république et peut encore la sauver. »
- Nous pensons que parler aussi c’est faire trop peu de cas de la sagesse politique de la nation, c’est attribuer à un groupe politique les qualités du pays tout entier. Dire que l’opportunisme de nos hommes d’Etat a sauvé la république, c’est affirmer du même coup que la nation n’était pas mûre pour ce régime nouveau. Or. nous sommes persuadés du contraire.
- Pour nous, ce qui a sauvé la république, c’est le progrès du sens politique en France depuis que l’invasion étrangère,en démontrant les dangers du gouvernement personnel, a fait réfléchir ceux qui ne réfléchissaient pas ; c’est l’attachement chaque jour plus vif de la majorité des électeurs aux principes de 89; c’est le fait que la nation s’est démontré à elle-même la puissance irrésistible du scrutin ; enfin c’est encore, c’est surtout l’horreur de l’arbitraire qu’ont éveillée aux cœurs des citoyens les abus et les excès des deux gouvernements de combat.
- C’est le concours de ces circonstances joint à l’opportunisme et non point l’opportunisme seul qui a fait vivre la république.
- II
- M. Fauvety nous objecte aussi que l’opportunisme et le culte des principes ne s’excluent pas, qu’ils peuvent se concilier et que cette conciliation est désirable au plus haut point.
- Oui et non. — Tout dépend de l’interprétation donnée au mot opportunisme.
- Par ce mot, M. Fauvety nous paraît entendre tout autre chose que ce qu’entend la grande masse du public. Pour lui, l’opportunisme consiste dans cette conduite sensée qui veut échelonner les réformes et qui demande qu’on les rende possibles et durables par la réunion des deux conditions suivantes :
- En préparant au préalable l’opinion publique en leur faveur,
- En les présentant sous une forme immédiatement réalisable, dussent-elles pour cela ne pas être suffisantes au début et ne lu devenir que progressivement.
- Cet opportunisme-là est en effet conciliable avec le culte des principes. Il suppose dans les personnes qui le professent ou qui l’exercent un certain programme arrêté, mis à exécution au fur et à mesure que les circonstances le permettent.
- Malheureusement l’opportunisme actuel de la majorité n’a que très peu de rapports avec celui de M. Fauvety-Au lieu de s’exercer sur un plan arrêté il tient à n’en avoir aucun; au lieu de cherchera faire se dessiner les situations, il fait tous ses efforts pour qu’elles ne se dessinent pas ; au lieu d’élaborer en commun le programme d’un minimum de réformes sur lequel les diversesnuances du parti républicain pourraient s’entendre, il met tous ses soins à empêcher qu’un programme quelconque s’élabore; au lieu d’affirmer hautement et souverainement sa foi dans les principes sans lesquels il n’y a pas de république, il s’oppose en chaque circonstance à la mise en avant des principes. Il se refuse à reconnaître l’absolu qui lui permettrait de marcher d’un pas ferme vers un but bien défini; il ne veut voir partout que le relatif qui le contraint à tâtonner et à marcher à petits pas. Sa sagesse politique ne consiste pas à faire naître les évènements, mais à les atteindre pour les exploiter ensuite. C’est la passivité en lieu et place de l’activité; c’est la subordination de l’homme aux circonstances ; c’est la dictature du hasard.
- III.
- « Mais l’opportunisme, ajoute M. Fauvety, peut seul empêcher le divorce des deux nuances du parti républicain et maintenir l’union nécessaire. »
- En est-on bien certain? Ne voit-on pas au contraire deux grands journaux opportunistes, le XIX0 Siècle et le National demander avec instance ce qu’ils nomment « le classement des partis » c’est-à-dire la séparation des républicains en deux grands partis, celui de droite et celui de gauche, tels que sont en Angleterre les whigs et les tories? N’est-ce pas au contraire l’absence d’un terrain commun sur lequel tous les républicains puissent se rallier, qui les empêchera un jour ou l’autre de rester unis ? Osera-t-on soutenir que l’adhésion des divers groupes républicains à un programme élaboré en commun et parfaitement défini ne constitue pas, entre ces divers groupes, un lien plus fort que le recours à des expédients ou à de sempiternelles temporisations ? La meilleure garantie pour qu’une union soit durable, c’est qu’elle ait un but précis. Le vague des aspirations peut avoir son utilité tant qu’on reste dans le platonique ; il devient dangereux dès que l’on passe aux réalisations. Pour les partis politiques comme pour les personnes, le divorce pour incompatibilité
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- d'humeur vient surtout de ce que l’on ne s’est pas connu d’assez près avant de se marier.
- IV.
- Reste le mot de la fin, la conclusion :
- « Pour que votre pain soit sain et nutritif, nous dit-on, et pour que votre vin soit généreux et se conserve, donnez au blé, au raisin, le temps de mûrir. Sachez attendre ! »
- Eh bien non! ce n’est pas cela qu’il faut. Pour qu’il ait du pain à se mettre sous la dent, il ne faut pas que le laboureur laisse son champ en friche et se borne à attendre. Il faut au contraire qu’il se mette résolûment à la besogne, qu’il sème, qu’il herse, qu’il arrache les mauvaises herbes. Pour que le vigneron récolte un vin généreux, il ne faut pas qu’il se borne à attendre. Il faut au contraire qu’il plante les jeunes ceps, qu’il les dirige pendant plusieurs années, qu’il les dépouille des branches folles, etc., etc. Le pain et le vin ne sont jamais le fruit de l’attente, mais toujours celui d’un travail constant. Ils sont dus à la peine et aux sueurs.
- De même en politique, les choses ne marchent pas toutes seules, les abus ne se détruisent pas d’eux-mêmes, les progrès ne s’épanouissent pas sans que l’on s’en mêle. Attendre que les cailles tombent du ciel toutes rôties, c’est perdre son temps; mieux vaut les rôtir soi-même.
- Au lieu de dire : Sachons attendre ! écrions-nous résolument : Sachons vouloir et sachons agir.
- Ed. Chajmpury.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- La ch « te de IM. «le IMairoèx*©. — La huitaine qui vient de s’écouler a été féconde en incidents dont le principal est la chute du ministre de l’intérieur. Comme bien on s'en doute, c’est l’affaire de l’enquête sur la préfecture de police qui a provoqué la retraite de M. de Marcère. Nous avons fait connaître le conflit qui s’était élevé entre le ministre et la commission qu’il avait nommée, à raison de l’attitude qu’avaient prise certains chefs de service de notre administration policière. Devant la résistance de plusieurs de ces personnages, la commission avait cru devoir se retirer. A quelques jours de b, la Lanterne publia contre M. de Marcère un article qui eût un grand retentissement et où le ministre de l’intérieur était accusé de vouloir soutenir, à tout prix, H. Ansart, chef de la police municipale, parce que ce fonctionnaire le tenait sous sa dépendance par la connaissance qu’il avait de certaines spéculations douteuses •fans lesquelles le chef de notre administration intérieure aurait été engagé. M. de Marcère, vivement ému Par ces accusations vagues, voulut provoquer une interpellation afin de se justifier. Après bien des pourparlers lui, d’abord, n’aboutirent pas, M. Lisbonne se décida, ^medi, à poser au ministre de l'intérieur la question Rivante : « Pourquoi l’enquête sur la préfecture a-t-elle «té prématurément close ? Quelles sont les mesures
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- qu’elle a suggérées à M. le ministre de l’intérieur ? * Dans la première partie de son discours. M. de Marcère a protesté avec une indignation dont la sincérité a vive-ment ému la Chambre, contre les insinuations de la Lanterne, et nous devons reconnaître que le Parlement a été unanime à vouloir écarter du débat la personne privée du ministre Mais celui-ci a été moins heureusement inspiré lorsqu’il s’est agi de répondre aux questions précises qui lui avaient été posées; il s’est perdu dans des considérations sans portée qui prouvaient trop qu’il n’avait nullement le sens de la situation. Bien plus, lorsque M. Clémenceau, député de Paris, intervenant dans le débat, a demandé à transformer la question en interpellation, M. de Marcère a commis la lourde faute de s’opposer à ce que la discussion fût remise à la séance suivante, et il a dû subir un premier échec, la Chambre s’étant prononcée dans un sens opposé.
- M. Clémenceau, dont nous avons déjà signalé l’implacable logique, a mis impitoyablement en relief les indécisions et les fluctuations de M. de Marcère dans cette triste affaire de la préfecture de police, et par sa réponse, le ministre u’a fait que confirmer l’impression fâcheuse que son attitude indéci-e avait produite sur le Parlement.
- Il était clair que le ministre, après avoir provoqué lés travaux de la commission d’enquête, avait reculé devant les conséquences qui découlaient de la résolution qu’il avait d’abord prise, et ces contradictions étaient rendues trop flagrantes pour qu’en dépit des services qu’il avait rendus, on pût laisser l'administration de l’intérieur entre les mains d’un homme devenu soudain si flottant. Cependant la Chambre a p msé qu’il ne fallait pas pousser la sévérité jusqu’à voter un ,ordre du jour de défiance, et M. Clémenceau a été le premier à se rallier à l’ordre du jour pur et simple. Ou savait d’ailleurs que M. de Marcère, seutaut qu’il avait perdu toute autorité sur le Parlement, était résolu à se retirer. C’est en effet le parti qu’il a pris le soir même, aussitôt que l’ordre, du jour pur et simple a été voté. Il est bon de constater que les journaux républicains, à de très-rares exceptions près, sont unanimes à regretter que, par une faiblesse incompréhensible et incontestable, M. de Marcère ait mis la Chambre dans la nécessité de refuser son concours à un homme qui avait en somme bien servi la République, mais qui. pour parler le langage familier, avait perdu la tète quand il s’était agi de prendre une résolution virile dans un moment décisif. Or, il était manifeste que, si l’on peut s’exprimer ainsi, le moment psychologique était venu de réformer l’antique institution de la police, et c’est devant cette œuvre capitale mais nécessaire que le ministre déchu a reculé. Espérons que son successeur, M. Lepère, naguère sous-secrétaire d’Etat à l’intérieur, saura faire preuve de plus de décision et de persévérance.
- Nous souhaitons très vivement que la police soit à l’avenir dégagée de toute influence de parti. M. CLé-menceau daus son discours a demandé qu’elle soit résolument républicaine. C’est demander une chose injuste. Il faut que la police cesse d’être une arme des ennemis de la République, c’est nécessaire, mais il faut qu'à l’avenir elle se désintéresse de toute immixtion dans la politique. Nous voulons que les républicains ne soient plus traqués par elle comme ils l’ont été jusqu’ici, mais nous voulons aussi que les hommes qui ne se sont pas ralliés à la République ne soient pas traqués non plus La police est faite pour veiller au respect des codes et des règlements et non pour autre chose. Qu’elle cesse donc une fois pour toutes de se mêler de ce qui ne la regarde pas.
- M, Albert Gigot, qui avait donné sa démission de préfet de police, a été remplacé par M. Andrieux, ce uéputé du Rhône qui s’est prononcé avec une si fougueuse ardeur contre l’amnistie pleine et entière. Celui-ci allait se représenter devant ses électeurs avec lesquels il soupçonnait quil n’était plus en communauté d’idées. Sa nomination à la préfecture de police le tirera peut-être d’embarras, car, bien qu’il n’y ait pas incompatibilité entre ses nouvelles fouctious et celle de député, il est probable que M. Andrieux en restera là
- U, Martin-Feuillée recueille la succession de M. De-
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- velle, qui était sous-secrétaire à l’intérieur et qui suit M. de Marcère dans sa retraite.
- Enfin M. Tirard qui avait pris une part active à l’interpellation Clémenceau et vengé éloquemment M. Rouvier des calomnies colportées sur son compte, a reçu le portefeuille de ministre de l’agriculture et du commerce devenu libre par suite de la nomination de M. Lepère aux fonctions de ministre de l’intérieur.
- Læl conversion du £5 0/0. — L’opinion publique a été fort émue par un incident qui n’est pas encore très-nettement éclairci et qui a failli compromettre la situation de M. Léon Sa y. Il y a que ques semaines un député, M. Sourigues, avait interrogé M le ministre des finances relativement à la conversion de la rente 5 0/0. Celui ci avait déclaré que c’était là une question sur laquelle le gouvernement se réservait de dire son sentiment,quand l’heure serait venue, et Paf-faire en resta la. Le 22 février, jour où. la commission du budget fût nommée, on apprit que la majorité des commissaires était favorable à 1a, conversion et, aussitôt, une baisse considérable se produisit sur ce fonds d’Etat. Cinq jours après, le 27 février, en pleine liquidation des opérations de bourse à terme, le ministre fit à la commission une déclaration dans laquelle il annonçait que le gouvernement estimait que la situation économique du pays et de l’Europe ne permettait pas l’opération de la conversion. Aussitôt une haussé soudaine et considérable se manifesta, et l’on conçoit aisément que ces variations subites de la rente produisirent ici des désastres et là des gains scandaleux. M. le ministre des finances questionné sur les motifs du silence qti’il avait d’abord gardé, puis rompu, expliqua à la Chainbre que s’il avait fait connaître le sentiment du cabinet après avoir préalablement refusé de répondre à M. Sourigues, c’était parée que l’attitude delà commission du budget l’y avait*conti'aint lia de plus ajouté qu’aussitôl. la décision prise par le ministère, il avait averti lé syndic des agents de change, sans aucun délai. Ûelüi-ci n’aurait fait connaître à la bourse cette information que plusieurs heures après. ‘Ce fait est extrêmement regrettable et, quelle que soit la personne sur qui retombe cette responsabilité, il est incontestable que cette responsabilité est ënorm'é.
- Il nous répugnerait de croire que dans toute cette affaire la conduite du ministre des finances ait pu ne pas être exempte de toute arrière-pensée, mais il n’en est pas moins vrai qu’elle fait peser Sur lui de la part de beaucoup de personnes initiées au mécanisme de la bourse une suspicion qui n’est pas dissimulée.
- Le ministre des finances n’est pas excusable d’avoir communiqué à une personne une décision aussi grosse de conséquences sans s’assurer que la personne en question la communiquerait immédiatement à qui de droit.
- M. Léon Say aurait une chose bien simple à faire pour se laver des suspicions qui pèsent sut lui. Il n’a qu’à faire faire une enquête Le carnet des agents de change n’est pas inviolable. La Chambre syndicale a toujours le droit d’en demander communication. Lors du coup de bourse du 4 juillet 1866, cette mesure d’investigation fut prise par elle. Il y a encore d’autres exemples. Que M. Say fasse faire de même, et il ramènera sur sa personne la considération indiscutée qui est indispensable à ses fonctions.
- Mouvements administratifs — Le Journal officiel a publié dans la huitaine qui vient de s’écouler de nombreuses nominations dans le personnel de la magistrature et dans celui des fonctionnaires de l’ordre financier. Il est assez difficile de distinguer le sens et la portée 4© ces nominations, mais il y a lieu de croire qu’elles ont été dictées par un désir sincère d’introduire des éléments favorables au régime actuel dans les rangs des agents du pouvoir.
- Avant de tomber, M. de Marcère a eu la bonne idée de modifier les municipalités des divers arrondissements de Paris. Sept de ces municipalités ont été remaniées de
- fond en comble, et des réactionnaires conservés-en place par une faiblesse vraiment coupable ont dû s’effacer devant de sincères républicains.
- JLe parti bonapartiste. —• La dislocation de ce parti si éprouvé aux élections dernièrés est aussi complète que possible. Un certain nombre de députés, à la tête desquels se trouve M. Haussmann, ancien préfet de la Seine, ont résolu de ne plus faire d’opposition au gouvernement et de se séparer de M. Rocher. Cette attitude a jeté le désarroi dans les rangs des fidèles de Chislehurst, et ce désarroi a été porté a son comble par la résolution qu’a prise soudainement le fils de Napoléon JII, de partir pour le Cap, afin de suivre en spec-tatèur la campagne des Anglais contre les Zoulous té jeune prince comprend Sans doute quels partie est définitivement peidue pour lui, et cette conception fait honneur à son sens politique. Au surplus qu’il reste en Europe ou qu’il la quitte, peu nous importe, la légteüdé napoléonienne est bien finie.
- "La mise accusation dn 1 <3 mai. — Le
- ministère persiste de plus en plus dans la ligne de conduite qu’il à prise, touchant la mise en accusation des ministres du 16 mai. M. Waddington etM. Le Royer ont comparu devant la commission d’enquête, et ont protesté contre la nomination d’uhe commissiorl d’instruction, qui ferait comparaître devant-elle les inculpés et les fonctionnaires dont le témoignage serait idispen-sable. M. Waddington à prétéhdu que iâ misé eri accusation serait mal interprétée à l’extérieur et qu’elle pourrait susciter à l’intérieur une agitation regrettable. La commission a pris acte dé ces déclarations, hiais oü ignore à quelle décision elle s’est arrêtée. Nous avons dit notre sentiment sur cette question et nous persistons h Croire qu’il ‘serait déplorable que les hommes dti 16 mai fussent placés au-dessus de la loi.
- Le Pjtrlemont «.UemAntl.— Le Reichstag allemand aabordé lafiiscussion générale ausujetde l’empire. Les débàts ont été buverts pàr la lécturé d’un èkposë delà situation financière qui parait fort peu satisfaisante. Le président de la chancellerie a annoncé que le déficit persistant, on sera dans la nécessité de recourir à l’établissement d’impôts indirects, Un député progressiste, M Richter, a pris très-vivement à partie, M. de Bismarck et sa politique, et un député catholique M. Reichensper-ger, s’est élevé énergiquement contre le militarisme à outrance qui pèse sur le pays. Le débat va donc être très-passionné.Il en sera de même sans doute pour une autre loi dont la discussion est commencée, celle concernai les pouvoirs disciplinaires qùe Le Conseil fédéral allemand propose d’attribueb âû Reichstag.
- On sait que les Allemands ‘ont baptisé cette loi « la loi muselière. »
- M. de Bismarck, au courant delà discussion, a démasqué ses batteries. Il a râppelé que le_discours '(h député socialiste Hasselmann, lors d!e là dernière sessiok avait eu un énorme retentissement ‘dans tout l’empire-« Il faut, a dit M. de Bismarck, il faut empêche! là propagation des discours socialistes que jusqû’ici la police ne pouvait atteindre. Le projet de loi n’est qu’un moyen de prévenir une agitation socialiste ultérieure. I'£ dangers qui menacent de ce côté ne sont pas encore écartés. »
- C’est vrai, mais ce n’est pas la loi muselière qui écartera.
- On persiste toujours à penser, à Berlin, que les jours du Parlement actuel sont comptés, et l’on va mènie jap qü’à dire que le chancelier désire dissoudre le Reichsh? ayant qué le gouvernement ait essuyé une défaire. bp partis font déjà des calculs touchant, fe résultat futurs élections. Il faut donc s’attendre à de violente1, luttes politiques au seia du jeune empire allemand.
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- L’AIHîiee-X^orraine. — La question de l’auto-nomie de l’Alsace-Loi’raine vient d’être remise sur le tapis. Dans une récepte entrevue avec M. de Bismarck, le député alsacien autonomiste, M. Schneegans, a fait un exposé de la situation déplorable des pays annexés et a déclaré qu’il fallait absolument transférer l’administration de l’Alsace-Lorraine à Strasbourg si l’on ne voulait pas que le gouvernement fût abandonné par ses amis. A la suite de cette entrevue, M- de Bismarck a reçu quatre autres députés autonomistes et les a consultés sur le projet de M. Schneegans, qui a été formulé et déposé sur le bureau du Reichstag que l’on dit favorable à la proposition.
- égyptien. — Le bruit avait couru qu’à la suitedes incidents que nous avons fait connaître, les gouvernements anglais et français avaient insisté auprès du Khédive pour obtenir la réinstallation de Nubar Pacha à la présidence du conseil-Cette nouvelle n’était pas exacte. Mais ce qui paraît certain, c’est que l’on a exigé que le vice-roi tint les promesses qu’il a'faites relativement à la nomination de ministres responsables. On ajoute que depuis la chute de Nubar, on recommence à opprimer outrageusement les feUaps.
- AgjtîEitioix en Bulgarie. — Bien que l’assemblée réunie à Tirnova fasse preuve d’un esprit vraiment politique et empreint d’un caractère tout pacifique, il n’en est pas moins vrai, malheureusemenl ,que les populations de la presqu’île des Balkans sont profondément agitées. Cette agitation a servi de prétexte au gouvernement russe pour lancer une. circulaire destinée à inviter les puissances à revenir sur les stipulations du traité de Berlin. On craint, en effet, que le départ des troupes occupantes, d’abord si ardemment souhaité, ne soit le signal d’un nouveau soulèvement parmi les populations de la Roumanie orientale, qui ne veulent à aucun prix voir rétablir dans leur pays la domination du Turcs, Quant à la Bulgarie, elle est disposée à résister, même par la force, à la réoocupation par les troupes turques des forteresses des Balkans. Il parait donc se préparer de graves' évènements, et l’on se demande si les diplomates qui ont signé le traité de Berlin et qui ont déclaré nécessaire à la paix la séparation de la Bulgarie et de la Rou-mélie orientale vont se dégager neuf mois à peine après la signature du traité. Un pareil résultat serait peu favorable à la perspicacité de la diplomatie européenne
- Nouvelles conférences diplomatiques.
- — Le Journal des Débats a publié ces jours-ci une note assez étrange qui paraît confirmer le sentiment que nous avons déjà exprimé touchant la caducité singulièrement précoce du traité de Berlin.
- Voici celte note:
- « Nous croyons savoir que l’idée de réunir dans une » des capitales d’Europe une conférence composée des » ambassadeurs des puissances gagne en ce moment du » terrain, et que le gouvernement anglais ne serait pas » éloigné de s’y rallier. Une telle conférence aurait pour y> tâche de résoudre les difficultés d’exécution du traité » de Berlin et de fixer l’interprétation des articles en li-» tige- U. ne manque pas, en effet, de questions impor-» tantes qui restent en suspens et qu’il serait urgent de » régler au moment où approche 1@ terme marqué pour » l’évacuation des troupes russes. Cette idée avait été » émise déjà dans les entretiens particuliers des diplo-» mates réunis à Berlin, mais sans prendre alors une » forme officielle. »
- Ainsi le traité de Berlin est si peu clair que l’on reconnaît la nécessité de créer un tribunal d'arbitrage international pour en fixer l’interprétation. Il n’existe pas, croyons-nous, dans l’histoire diplomatique un seul exemple d’un fait analogue, qui peut se passer dé tout commentaire.
- La crise espagnole. — Les crises ministérielles sont, décidément, à l’ordre du jour dans tous les pays. Qp se souvient que le général Martinez Campos, l’auteur des pronunciamento qui porta le jeune Alphonse XII au pouvoir, fut nommé gouverneur de Cuba par M. Canovas del CastiUo, qui n’était pas lâché .de se défaire de cette personnalité remuante. M. Martinez Campos est revenu soudainement de son lie , comme jadis Bonaparte de l’Egypte, et son premier soin a été de réclamer pour Cuba une sorte de gouvernement autonome dont il serait, bien entendu, le titulaire. Il exige que ie gouvernement métropolitain consente, en faveur de la colonie, à un sacrifice de deux cent millions de pezetas, à la réduction des impôts et à la suppression des douanes à l’importation en Espagne. M. Canovas s’est récrié; mais M. Campos a persisté dans ses prétentions, et le premier ministre d’Alphonse XII a donné sa démission, qui a été acceptée. On dit cependant que ee personnage sera encore appelé à former un nouveau cabinet Quoi qu’il en soit, le général Martinez Campos est en situation de jouer un rôle influent et de dominer le cabinet futur. Or, M, Canoyas passe pour n’avoir point l’humeur docile. On attend donc avec curiosité l'issue de ce conflit qui sent ie pronunciamento.
- Bu AfffHaiMfrtaii. -"= La mort de Shere-Ali, émir de Caboul, est désormais officielle. On espère que cet événement pourra modifier la situation dans un sens pacifique- Cependant ces espérances deviennent douteuses si l’on ajoute une foi complète au récit d’une entrevue qui aéu lieu dernièrement entre le correspondant d’un journal américain et le chef de l’ambassade afghane à Taschkend. Celui-çi manifeste, en effet, une très-grande confiance dans le succès final de l’armée du défunt émir, et il arrive que Jakoub-Kan serait disposé à persévérer dans la résistance. On dit, d’autre part, que fattitude du gouvernement anglais serait tres-conci-liante. Ce serait peut-être le meilleur parti à prendre.
- LE DEVOIR DE LA PRESSE
- Nous assistons aujourd’hui à un spectacle qui ne peut manquer d’entretenir de sérieuses préoccupations chez ceux qui envisagent surtout la République comme un système efficace pour réaliser plus aisément des réformes utiles et nombreuses.
- Bien des journaux qui avaient conquis l’estime dans les jours néfastes, où il fallait quelque courage pour affirmer une opinion libérale, et qui n’hésitaient pas à exercer quotidiennement leur vive critique sur les actes du 10 mat, paraissent à cette heure avoir essuyé leur plume et abandonné leur droit imprescriptible de juger et d’apprécier. — Cet.te tendance résulte-t-elle d’un i::3t d’ordre ou bien d’une certaine lassitude? il n’importe guère, elle existe cette tendance et elle est condamnable, — Ne s’apercevraient-ils de leur erreur que par leurs recettes, ces journaux ne tarderont pas à être avertis et ils apprendront, nous voulons l’espérer, que le rôle d’un journal sérieux n’est pas de distribuer des éloges, mais bien de discuter les affaires, de donner son avis impartial ; et le public ne concevrait pas qu’il en 1 fût autrement.
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- LE DEVOIR
- Autrefois nous avons entendu parler d’un quatrième pouvoir réservé à la presse dans toute société libérale et nous n’avons jamais négligé de nous en prévaloir. Mais c’est parce que la presse est un pou voir et même un très important pouvoir, puisqu’e le est en contact obligé avec le corps électoral, qu’elle a surtout le devoir et la mission de porter à la lumière et de traduire les aspirations et les espérances communes.
- Moins que tout autre, ce quatrième pouvoir peut se ralentir ou sommeiller. Toujours debout, toujours vigilant, il se doit bien plus à l’aveuir qu’au passé et même au présent. Les éloges qui s’adressent au ministère ou à un personnage officiel quelconque ne figurent pas dans ses attributions et ne sauraient se produire qu’à titre exceptionnel. — A un besoin satisfait, à une réforme obtenue, à une nouvelle loi promulguée, doivent faire suite et sans retard un autre besoin, une autre réforme, une nouvelle loi. Sans cesse à l’avant-garde et éclairée par ses affinités électorales, la presse doit découvrir chaque jour un nouveau travail, un autre but, de nouveaux efforts. Si elle interprète autrement son rôle, la pressejdevient officielle, perd toute spontanéité, tout esprit d’initiative, s’attache systématiquement à tout justifier, à tout applaudir et elle ne tarde pas à perdre vis-à-vis de l’opinion le pouvoir qui lui revient et qu’en maintes occasions elle réclame à si juste titre.
- Depuis le 5 janvier, une partie importante de la presse républicaine a mal compris ses obligations, et, de militante qu’elle était, elle est devenue humblement louangeuse. Loin d'éclairer les trois autres pouvoirs, loin d’apporter aux discussions son contingent de lumières, elle se borne à enregistrer les faits, •t encore un peu, son rôle ridicule ne consisterait qu’à entonner un perpétuel hosanna.
- Autre est le service qu’un journal honnête doit rendre à la cause républicaine, car nous estimons que pour être utile à nos ramis, ce qui sert le moins, ce sont les éloges. Aujourd’hui, ils sont au pouvoir; plus que jamais il importe qu’une atmosphère trompeuse de louanges ne les dérobe pas à nos yeux comme à ceux du pays qui attend d’eux de sages mesures, et qui ne leur conservera sa confiance qu’à ce prix.
- Il en est des gouvernements comme des partis ou des individus ; leurs pires ennemis se trouvent dans leur entourage et ces êtres sont d’autant plus dangereux, ils se remarquent d’autant moins, qu’ils se couvrent du masque d’une affection vraie mais trop souvent aveugle.
- La série serait longue des gouvernements et des rois qui doivent leur chute aux conseils nuisibles de ministres amis ; et notre histoire contemporaine
- mentionnerait à chaque page ces souverains qui sont tombés pour avoir suivi dans une résistance inopportune leurs plus dévoués ministres.
- Quant à nous, nous estimons que le devoir d’un journal est de garder son franc-parler, d'émettre librement son avis, de se garder de faire la cour à qui que ce soit, et de montrer son dévouement à la République en osant dire la vérité à tous, même à ceux qui sont à sa tête.
- (Le Libéral de la Vendée.) J. Y.
- ABOLITION DE LA PEINE DE MORT.
- Nous sommes le XIXe siècle, nous sommes la république, nous voulons avoir l’enseignement, l’éducation, le travail, la justice ! Nous voulons l’amélioration, la liberté, la fraternité, le progrès !
- Nous ne voulons plus de l’iniquité, nous repoussons la vengeance, et pourtant, nous, société, foulant aux pieds le droit, faisant de la loi un instrument de représailles, nous maintenons la peine de mort. Une élite de penseurs en demande l’abolition, mais les légistes ne tiennent aucun compte de ce que peuvent demander les penseurs.
- Ce n’est pas d’aujourd’hui que les consciences se sont révoltées contre cette peine. En 1830 la Chambre des députés de France en réclamait l’abolition. La constituante de Rome l’a supprimée en 1849 ; le Grand Duché de Toscane l’avait supprimée ; la constitution suisse de 1874 la supprima. La constituante française de 1848 ne l’a maintenue qu’à une imperceptible majorité.
- Les principes à l’ombre desquels la France veut désormais marcher, sont l'inviolabilité de la vie humaine, la fraternité entre toutes les classes de la société, le dogme de l’amélioration qui remplace le dogme de la vengeance.
- Le meurtre cesse-t-il donc d’être une violation de la vie humaine parce qu’il est commis par la collectivité ? Mais un assassin du moins peut réfléchir, s’instruire, regretter, se repentir.
- • Servan, qui fut avocat général cependant, Servan l’a dit « nos lois pénales ouvrent toutes les issues à l’accusation et les ferment presque toutes à l’accusé. »
- Beccaria, Yico, Filanghieri, Montesquieu, Turgot, Franklin ont combattu la peine de mort. Villemain, Schœlcher, Lamartine ont réclamé à la tribune sa suppression; Victor Hugo lui aussi l’a combattue, et avec quelle logique I avec quelle éloquence !
- Qui ne se sent frémir en lisant ce drame vécu et
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- le devoir
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- palpitant: Le dernier jour d'un condamné, publié en 1829.
- Qui n’a pas admiré cette préface splendide qui y fut ajoutée en 1832.
- Victor Hugo lutta pour pour l’abolition de la peine de mort en 1839, lorsqu’il arracha à Louis-Philippe la grâce de Earbès, en 1848, quand il fit à la tribune de l’assemblée constituante ce discours qui est resté célèbre.
- « Le XVIIIe siècle, s’écriait-il, a aboli la torture ; le XIXe abolira la peine de mort. »
- « Il y a trois choses, disait-il encore qui n’appartiennent pas à l’homme : l’irréyocable, l’irréparable, l’indissoluble. »
- En 1849, ce fut pour Daix, l’un des condamnés de l’affaire Bria, qu’il combattit. En 1851, il défendit en (jour d’assises son fils aîné qui avait protesté, dans le journal l'Evénement, contre une exécution qui s’était accomplie avec d’horribles détails ; en 1854, ce sont deux lettres admirables destinées à empêcher à Guernesey l’exécution d’un homme. Quelle lettre encore que celle qu’il écrivit à Lord Palmerston en 1854 pour empêcher l’exécution de Tapner, cet assassin qui mit un 1/4 d’heure à mourir et qui fut obligé, au milieu de ses tortures d’aider lui-même le bourreau. En 1859 Victor Hugo tente de sauver John Brown, cet homme qui s’était sacrifié à la cause de l’abolition de l’esclavage, cet homme que l’on, a appelé si justement « le Christ des noirs »; de même combat-il en 1862, lors de la révision de la constitution de Genève.
- Ce qu’a fait Victor Hugo, de grands esprits et de nobles cœurs l’ont fait également. D’autres avec lui ont établi que le temps des peines cruelles est passé et que nous ne pouvons conserver plus longtemps la peine de mort, dernier vestige dans nos codes de ces temps de cruauté.
- En notre temps, avec les lumières acquises, devons-nous vivre encore sous le régime de la force?
- Consultez-vous et répondez !
- La civilisation est-elle donc un mot qui n’a pas de sens ? Songez-y, vous qui sentez votre cœur bondir d’indignation en lisant les descriptions du supplice des tortionnés. Vous le voyez bien, il s’est trouvé des hommes qui ont prétendu défendre la société, exercer un droit en protégeant l’inquisition, en édictant la torture.
- En 1849, c’est étrange n’est-ce pas? en Suisse où la peine de mort n’existe plus, la torture existait dans le canton catholique de Zoug : une femme, Mathilde Wildemberg, arrêtée pour un vol presque insignifiant, refusait d’avouer sa faute. On lui tint les pouce» «erré* dans ua étau et ou la suspqadit ainsi
- au plafond pendant qu’on la bâtonnait. A Guernesey, en 1862 la peine du fouet était encore en vigueur ; en 1818 ou 1819 une femme coupable d’un vol fut marquée à l’épaule sur la place du palais de justice à Paris.
- C’était la loi qui faisait tout cela ! Heureusement que depuis lors le sentiment public a fait abolir ces rigueurs excessives.
- Le meurtre légal est sanctionné par’ la loi qui devrait être l’expression, la manifestation de la justice.
- Le coupable n’est pas un loup qu’il faut abattre, c’est un malade qu’il faut guérir, qu’il faut moraliser, qu'il faut instruire. L’intérêt de la société, c’est de conserver tous membres et d’en faire d’utiles associés, c’est de ne pas donner de haut l’exemple du crime, afin de né pas faire éclore des criminels sous les échafauds. Le meurtre ne se lave pas par du sang.
- Il faut que la société se défende, ne cesse-t-on de répondre. Se défendre ! en retranchant 1 mais elle n’en a pas le droit ! mais la vie humaine est inviolable !
- Une nation doit avoir son honnêteté, et un honnête homme ne se fait pas meurtrier et meurtrier avec impunité, ce qui est une circonstance aggravante.
- La question sociale, la question morale, la question philosophique sont heurtées par le meurtre officiel.
- Remontons aux causes qui bien souvent font l’homme coupable. Nous rencontrerons sur son chemin l’ignorance, le mauvais exemple, la misère, la faim 1
- Voyez ce que cet homme pouvait devenir et dites si son crime n’est pas encore plus le résultat de la mauvaise organisation sociale que sa faute à lui. Voyez où il a été élevé, et comment !
- Vous n’êtes pas juges maintenant de ce qu’il pourrait valoir, lorsque, par un système d’expiation rationnel, logique, juste, vous auriez fait entrer la lumière dans son esprit, le sentiment dans son cœur, lorsque vous auriez rectifié son jugement.
- Mais l’expiation est faite pour ouvrir la voie au remords, l’expiation doit renverser devant le coupable la barrière de l’ignorance et lui ouvrir le chemin de la vérité.
- Châtier pour améliorer, pour corriger, c’est bien ; punir pour se venger, c’est mal ; c’est l’erreur, que notre République démocratique et humaine ne doit plus avoir à se reprocher 1
- : Eugénie Pi*rbjs.
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- MORALITÉ PUBLIQUE
- Jusqu’à présent la Fédération britannique et continentale pour l’abolition de la prostitution réglementée n’avait pas eu de comité régulièrement établi.. Des tentatives avaient été faites, mais presque toutes avaient échoué pour des motifs que nous n’avons pas à apprécier.
- Cet état provisoire n’a pas été sans nuire ici à l’activité de l’association. Aujourd’hui, qu’il n’en est plus de même, nous croyons que le moment d’agir ouvertement est arrivé et que l’heure des améliorations a sonné.
- En conséquence, il vient de se fonder un comité de la Fédération, dit comité de Paris, qui a accepté le programme du congrès, de Genève de i877. Les démarches, pour obtenir l’autorisation légale, sont commencées, et d’ici quelque temps, toutes les personnes soucieuses de détruire l’une des plus grandes plaies sociales pourront se rallier et marcher avec nous.
- Le but à atteindre c’est, nous l’avons dit, de remplacer , à l’égard de toute une catégorie de femmes, l’injustice par la justice, l’arbitraire par le droit commun.
- Le bureau du comité se compose comme suit :
- Présidente : Mme Chapman ; Vice-Présidente : MUe Maria Deraisme ; Secrétaire : M“*0 de Morsier ; Trésorière : M11^ Guillaume Schack ;
- Président : M. Yves Guyot ; Vice-Président : M. A. Desmoulins ; Secrétaire : M. Derode ; Tréso rier : M. Montéran.
- Nous espérons que grâce aux bons soins et au zèle de ce comité et grâce aussi au nombre toujours croissant des adhésions, la section de Paris de la Fédération britannique et continentale pourra agir d’une manière utile sur le mouvement de l’opinion publique et sur les agissements de la préfecture de police.
- On parle beaucoup dans ce moment de réformes dans l’organisation de la police; l'attention que le public prête à cette réforme pourra être profitable à l’action du comité de Paris.
- Louise de Lasserre.
- LA MISÈRE ET LE TRAVAIL DES FEMMES EN ALLEMAGNE
- On lit dans le Burliner Tageblall :
- La situation qui règne dans la capitale de l’empire se présente sous l’aspect le plus sombre. Durant le dernier
- (1) Voir le* articles Moralité publique dans le tome l,r du Devoir.
- trimestre, il a été opéré, pour arriérés d’impôts. 3,000 saisies mobilières chez des négociants de Berlin, et le total de ceux qui sont en liquidation et qui ne peuvent faire face à leurs affaires dépasse ce chiffre de plus du double. A mesure qu’on descend l’échelle sociale, les souffrances, augmentent ; un grand nombre d’ouvriers, ne trouvant plus à exercer leur profession, ont été réduits cet hiver à se louer comme balayeurs et à travailler à l’enlèvement des neiges. Les exemples suivants montrent d’ailleurs quelles tristes proportions atteint le chômage : pour une place de commis vacante, avec une rétribution de lo marcs par semaine (19 francs environ), il n’y a pas eu moins de 237 offres de services, dont la moitié faite par des employés de commerce inoccupés ; et un médecin qui demandait une femme de ménage a vu se présenter chez lui 450 postulantes.
- On nous cite encore l’exemple d’une ouvrière à qui on a offert douze pfennigs de salaire pour ourler une douzaine de tabliers; et on nous révèle à cette occasion un curieux détail : c’est qu’à Berlin beaucoup de dames du monde et de la bourgeoisie travaillent pour des magasins de broderie ou de blanc, et cela le plus souvent a l’insu de leurs familles. Enfin, un marchand de blanc nous écrit que, chaque année, à l’entrée de l’hiver, il voit se présenter chez lui nombre de jeunes dames et de demoiselles appartenant aux meilleures familles, qui viennent offrir leurs services au rabais, voire même à tout prix, faisant par là une déplorable concurrence aux ouvrières nécessiteuses.
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de M“*e Marie HQWLAND Voir n° 4 (tome 1), à n° 26 (tome 2)
- Chapitre XXXV.
- L’esclave de lampe obéit.
- (Suite )
- Peu de jours après le retour de Clara, Frauenstein revint à Oakdale. Un de ses premiers soins fut d’emmener Minnie se promener en voiture comme il le lui avait promis.
- Une partie de cette promenade se fie dans le charmant bosquet des Kendrick, lequel attenait au verger du docteur Forest; aussi à la prière du banquier, la famille Forest fréquentait-elle le bosquet comme s’il eût été son jardin propre.
- Ce jour-là, Leila errait dans l'allée centrale, un livre à la main. Le comte arrêta sa voiture et salua la jeune fille. Leila en fut toute rayonnante de satisfaction, mais aussi vite elle parut déconcertée en voyant près de Frauenstein Minnie qu’elle connaissait de vue.
- Frauenstein n’eut pas l’air de s’apercevoir de ce mouvement et demanda à Leila si elle désirait prendre place dans la voiture. La jeune fille remercia avec une hauteur enfantine. « Miss Leila, » dit le comte, « je pense que vous ne connaissez pas la jeune fille qui est près de moi, permettez-moi de vous présente!* mademoiselle de Frauenstein, ma fille adoptive. »
- « Ah 1. » fut la seule réponse que Leila hors d’elle put trouver.
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- Le comte salua gravement et continua sa route.
- « Leila ne m’aime pas, * dit l’enfant, « mais Lin-nie m’aime ; Linnie vient voir tante Glara et elle m’embrasse toujours. »
- « Vraiment? Je me souviendrai de Gela, » dit Frauenstein.
- Rentrée à la maison Leila conta à sa mère la rencontre de Frauenstein et de Minnie dans le bosquet. Madame Fofest ne prit pas un seul instant au sérieux la présentation de Minnie comme fille du eomte, néanmoins elle dit à Leila qu’il eût mieux valu accepter l’invitation qui lui était faite de monter dans la voiture.
- — « Pourquoi, maman? Certes, je désirais accepter, mais je pensais que vous m’eussiez désapprouvée. C’est certainement indigne de la part du comte de faire tant de cas de cette petite fille de rielî:
- k Ce n’ést qu’une enfant; » dit madame Forest ; « lé-comte a bien le droit de choisir seâ relations. Je éfâinS,' ma chère, que Vous ajet agi bien à la légère. » Si bile eût dit toute sa pensée, madame Forest eût ajouté : * Vous avez écarté votre meilleure chance d’établissement. »
- Léila était âu comble de la surprise en voyant chez Sa mère ce Côté de caractère qu'elle ne sôüpçonhait pas,’ aussi répliqua-t-elle aveo un peu d’âigreür : « Naturellement le comte a le droit de choisir seS relations; mais supposons qu’il se ffrt promené avec la mère ? J’aurais eu honte d’êtré fecdnhue par lui. >»
- — « Vous dites des absurdités; le comte n’est pas eâpablé d’uhe pareille folie: »
- ~ « Pourquoi nott ? L’enfant ne vaut pas mieux que ia mère, je suppose. »
- Madame Forest garda un silence glacial.
- Linhie; à qui Leila né tarda pas à confier son aventuré dans le bois, prit la chose bien différemment. * Tu as très-bien fait-, ma sœur* » dit-elle,- * si tu avais accepté l’invitation du comte avec le sentiment que tu blessais les convenances, il aurait lu dans ta p'erisée comme dans uri livre ouvert et ne t’aurait pàs mieux jugée à cause de ta dissimulation, qü’il hé le fait sans douté en ce moment, à cause de tés airs dédaigneux. »
- — à Biën; vbilà üti consolant dilemne. »
- — « Péti importé * la vérité; vois-tu, c’est qu’on h’a pas bi'éh agi aVec Süsié èt qu’on n’a pas mieui fait envers Clàraî Qdant âmôi; depuis quelque temps je feûis allée jfinsiéûrs fdis vdir notre sœur et j’ài appris à aimer ëuâië ; mais tti h’às pàs bfesoin de dire célà à fiiàmân. »
- —- « Bonté 'divine ! jé iii’én ddtitàis; te vdilâ ihféc-
- tée du radicalisme des Forest- Que vas-tu devenir ? »
- — « Une personne raisonnable,'j’espère; du? moins j’essaierai. A coup sûr je n’aurais pas à ta place: refusé l’invitation du comte, je respecte quiconque il honore de son amitié. Tu ne peux pas nier que tu aies du penchant pour lui, mais laisse-moi te dira une chose : il est aussi radical que papa. »
- « Bah ! * interrompit Leila, « les hommes- n’aiment pas à épouser des femmes aux idées kardies ;
- ; jamais ils ne les choisissent telles, et quand, par hasard, ils en prennent une d’opinion radicale:, Us ne Faim en t pas longtemps. »
- — « Témoin Clara, n’est-ce pas ? Eh bien, mademoiselle Raison, écoute : Il y a trois demoiselles Forest à1 marier, ou du moins il va y en avoir trois lorsque le docteur Delano aura divorcé. Si l’une des trois devient comtesse de Frauenstein, ce ne Sera pas la moins radicale. »
- — « A .coup sûr je ne brigue pas cet honneur. »
- — u Non, je comprends bien quelle affliction serait la tienne si le comte te demandait en mariage. Pauvre-petite! J’espère que cette épreuve te sera épargnée. » Et Linnie se mit à rire de la façon la plus désespérante.*
- Minnie goûta une joie sans bornes pendant sa promenade avec Frauenstein. Le comte lui dit d’une façon charmante l’histoire d’Aladin ou la Lampe merveilleuse et se déclara prêt à lui servir d’esclave et à faire en toutes choses ses volontés-. Au retour, il la conduisit dans le premier établissement de glaces et pâtisseries de la ville. Là après avoir fait asseoir la fillette :
- « Que voulez-vous, ma maîtresse aux cheveux d’or », dit-il ; « souvenez-vous que je suis voire esclave de- la lampe. »
- « Eh bien, mon esclave, » répondit-elle vivement, « je veux des doigts de dame au chocolat, une glace à la fraise, une tarte au coco, des amendes, des....•«*
- « G-râee ! » s’écria le comte en riant, * si vous mangez tout cela, au lieu de vous conduire en sortant d’ici chez le marchand de jouets, il faudra que je passe chez Simpson l’entrepreneur des pompes funèbres pour vous commander un cercueil. »
- — Ah ! Est-ce ainsi que se comportent les esclaves de la lampe?je voudrais le savoir. »
- « Eh bien ! Minnie, » dit le comte, « faisons un compromis. L’esclave de la lainpe a terriblement peur de Votre tahte, de sorte qu’il ne Veut pas Vous rendre üiàladë. Voüs -allez mângëf la crème et les nougats et nous mettrons dans la voiture le reste des gàteâüx doht vous dispôSeréZ à là maison, quand l’êsclavé sera parti: »
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- « C’est cela, » dit la fillette.
- Lorsque après avoir passé chez le marchand de jouets, Frauenstein et Minnie regagnèrent la demeure de Susie, il fallut le concours de trois personnes pour transporter à la maison tous les achats de l’enfant.
- * Oh ! tante ! tante ! voyez quel joli oiseau vivant Paul m’a donné ! » et abandonnant tout le reste de ses trésors, Minnie voulut porter laçage elle-même.
- « Mon enfant, » dit Clara, « j’espère bien que vous n’avez pas demandé tout cela au comte ? »
- « Mais si, ne savez-vous pas, tante, qu’il est mon esclave de la lampe et que tout ce que je désire il doit me le donner. »
- « Soyez indulgente pour moi, madame Delano, » dit le comte d’une voix séduisante, « vous ne sauriez vous imaginer quel plaisir j’ai pris à satisfaire les caprices de votre favorite. Ne nous grondez ni l’un ni l’autre. »
- « Oh ! je ne pourrais pas vous gronder, » répondit Clara en souriant, « mais que deviendra Minnie, si chacun s’empresse à la gâter ainsi ? »
- Puis elle pria le comte d’entrer pour causer quelque temps avec lui. Cet entretie \ fut plein de charme pour tous les deux ; néanmoins Clara se sentait troublée par la pensée sans cesse renaissante que sa liberté était à jamais aliénée et que le divorce même ne pourrait la lui rendre, d’après ce qu’avait dit M. Delano. Frauenstein, malgré toute sa pénétration, ne pouvait deviner quel secret embarrassait Clara - dont les regards se portaient parfois sur les siens comme si elle eût eu le désir de lui confier la cause de sa préoccupation.
- « Quelque chose vous tourmente, » finit-il par dire, « vous semblez par moments à demi-tentée de me le confier, mais vous me connaissez trop peu encore. Pardonnez-moi ma suffisance, madame, je suis persuadé qu’un jour vous m’accorderez votre confiance. Entre amis il ne faut rien forcer, rien précipiter ; nous n’avons droit qu’à ce que nous méritons et certains lots sont trop précieux pour risquer de les perdre en voulant les obtenir avant l’heure. »
- Puis il pria Clara de se mettre au piano. « Je suis certain, * dit-il, quand elle eut cessé de jouer, « que vous ne désirez pas chanter devant moi, cependant je n’ai pas encore eu le plaisir de vous entendre.»
- « Vous êtes un magicien, » répondit Clara, « vous lisez mes pensées si facilement que je tremble quelquefois en votre présence. Je ne vous ai jamais non plus entendu chanter, et cependant ce serait pour moi un véritable plaisir. »
- « Est-il vrai ? cela est bien doux h entendre. Je vais doue essayer de vous satisfaire, » Le comte $e
- mit au piano, mais à peine eut-il joué l’introduction d’une mélodie, qu’il s’arrêta court et, retirant ses mains du clavier: « Je ne puis pas, » dit-il, en se retournant vers Clara, les yeux pleins de muets aveux. « Je suis sous un charme. Soyez assez bonne pour faire venir madame Susie afin que nous parlions d’affaires. » Clara se rendit à ce désir ; une minute après Susie entra.
- « Oh! madame, » dit le comte en lui prenant les mains, « j’ai sur les épaules la charge d’Atlas. » Il conduisit Susie à un fauteuil et prit un siège à ses côtés. Susie le regardait avec tendresse comme une bonne petite âme maternelle qu’elle était. Vous êtes fatigué, » dit-elle, « mettez-vous parfaitement à l’aise, étendez-vous sur le sofa. »
- — « Merci, cela me serait impossible en présence des dames.»
- Puis tout d’un coup, sans que rien ait motivé la chose, l’idée vint à Frauenstein que le docteur Delano devait être la cause de la préoccupation persistante de Clara. Quelque étrange que cela pût paraître, c’était la premiers fois que le comte arrêtait sa pensée sur la situation de Clara vis-à-vis de cet homme.
- Néanmoins il ne s’attarda pas à creuser davantage ce sujet pour l’instant et se mit à parler d’affaires.
- «Vous savez, mesdames, * fit il, « que l’idée du palais social a passé le Rubicon. Demain il y aura cinquante ouvriers occupés à la fabrication du ciment.
- « M. Stevens, le directeur de cette partie du travail, est un homme d’une grande habileté. Avant trois mois, les galeries souterraines de ventilation, les caves, les égoûts, etc., » seront terminés. J’ai rapporté de Guise le plan d’ensemble, quant aux détails je suis moins avancé.
- « Je serais heureux, mesdames, que vous vinssiez demain en compagnie du docteur Forest, arrêter avec moi l’emplacement du palais, des fabriques, des jardins et promenades, de la pépinière et des serres. »
- Les yeux de Susie rayonnaient pendant ce discours ; elle se leva et marchant avec vivacité : « Oh Clara, » s’écria-t-elle, « quelle belle chose d’être riche, non, je veux dire, quelle belle chose d’avoir le cœur assez noble pour consacrer les biens dont on dispose à améliorer le sort des travailleurs. » Et Susie, pleine d’enthousiasme, s’arrêta devant Frauenstein, en le regardant avec une expression indicible.
- « Vous voulez m’embrasser, madame Susie, » dit le comte en riant; «je vois cela dans vos yeux. »
- — « C’est précisément mon désirl * exclamaSusie» et saisissant Frauenstein, elle l'embrassa sur le front.
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- Paul,à son tour, mit un baiser sur les joues de Susie en disant : « Vous êtes mon bras droit. Je vous laisse le plan du palais social pour que vous l’étudiez à loisir ; voici en outre une revue qui contient une des cription assez complète de l’original. Sous peu je dois aller à Guise. J’emmènerai Minnie, ma fille, » ajouta-t-il gravement comme pour mettre son droit hors de doute, « et vous ferez bien de lui chercher une gouvernante qui nous accompagnera et s’occupera de Minnie, pour vous laisser libre d'étudier avec moi le Familistère. Je crois que Linnie accepterait volontiers ce rôle, et j’ai mes raisons pour penser à elle. Vous ne refusez pas de faire ce voyage, n’est-ce pas? »
- Susie hésitait. «Allez donc, » dit Clara, « pourquoi n’iriez-vous pas ? Cela me fera du bien d’être à votre place chargée ici de toute la direction. Du reste le jeune Page, notre nouvel employé, me viendra en aide. Je crois que nous aurons en lui un précieux auxiliaire. »
- — « Oh oui ! je me souviens, » dit le comte. « Vous m’avez parlé de ce jeune homme, il faudra que je le voie. »
- « Ne devez-vous pas revenir ici demain avec M. Forest, après l’excursion projetée? «demanda Susie. « Nous prendrons le lunch ensemble et vous verrez le jeune Page réuni à la famille ; c’est réellement un garçon modeste et bien élevé. «
- On prit heure pour le rendez-vous du lendemain et le comte quitta ces dames.
- [A suivre.)
- RECTIFICATION
- Le Bulletin du mouvement social nous prie de signaler que l’article sur le Ménage coopératif que nous avons reproduit (p. 381) d’après le Propagateur de l'industrie et des inventions, lui avait été emprunté par ce journal.
- Le fait est parfaitement exact. L’article en question a paru en premier lieu dans le Bulletin du mouvement social du 1er février; le Propagateur l’a publié seulement le 9 du même mois ; nos sympathiques confrères du Bulletin ont donc raison de relever le fait et nous nous empressons de leur rendre justice.
- LA POLITIQUE^DE L'AVENIR.
- M. deGirardin considérait il y a quelques jours le chemin parcouru depuis 1848, et il remarquait avec raison que le progrès accompli était peu de chose auprès de ce qu’il aurait pu être. Le célèbre publiciste concluait en ces mots :
- « Si ces années stériles n’eussent pas vu arroser du sang français la ville de Rome, la Grimée, la Lombardie, la Chine, la Gochinchine, le Mexique et enfin le sol national, à quelle hauteur se fussent élevées la puissance et la prospérité de la France ! Au lieu de verser et de s’embourber dans l’ornière des siècles passés, elle eût été de son siècle, du siècle des chemins de fer, des navires à vapeur, des fils électriques et de l’union postale, qui ont mis en communication journalière tous les peuples entre eux ; du siècle qui, avant l’année 1900, sera le siècle du Nombre, c’est-à-dire le siècle où il n’y aura plus d’autres inégalités que celles des supériorités attestées par leurs œuvres ; du siècle où le repos s’acquerra par le travail ; du siècle où l’immense gouffre qui existe entre le luxe et la misère sera comblé par le bien-être universel ; du siècle où la misère ne sera plus que le châtiment de la paresse et de l’inconduite ; du siècle où l’instruction primaire sera si abondamment répandue qu’il n’y aura plus que les enfants voisins du berceau et les vieillards voisins du tombeau qui ne sauront pas lire et écrire ; du siècle où le problème démocratique sera résolu par le perfectionnement communal ; du siècle où l'impôt sera tronsformé en prime d’assurance générale et spéciale contre tous les risques spécifiés; du siècle oû la guerre entre nations s’éteindra nécessairement par les nouvelles découvertes de la science, l’extention de l’industrie et du commerce, la puissance du crédit et l’influence de la civilisation ; du siècle enfin, où les rôles trop longtemps intervertis entre l’humanité et la société seront rétablis dans la vérité de leur ordre : la société moulée sur l'humanité et non plus l'humanité moulée sur la société, celle-ci œuvre factice des tyrannies successives.
- La politique moderne,que je viens d’esquisser à grands traits, se déroulerait d’elle-même sans difficultés et sans danger; c’est la politique séculaire, dont nous tournons sans cessse et sans fin le manège, un bandeau sur les yeux, qui est difficile et périlleuse ; politique s’agitant sans avancer ; politique d’aventures et de complications; politique de meurtres et de vols ; politique d’orgueil et d’égoïsme ; politique de détours et de labyrinthe où se perdent les plus habiles; les uns allant expirer à Sainte-Hélène, les autres ne laissant après leur mort d’autres traces que celles creusées par leurs fautes et leurs excès. De quels bienfaits durables le peuple français est-il redevable au premier et au second empire ? Quel héritage lui ont-ils laissé après eux en échange et en compensation des libertés qu’ils lui ont dérobées ? Quel héritage laisseront après eux à l’Allemagne le roi de Prusse et le comte de Bismarck ? Depuis qu’ils ont mutilé le Dane-marck, dégradé la Saxe, absorbé le Hanovre, incorporé militairement la Bavière et le Wurtemberg, l’Allemagne en cours d’unification est-elle plus heureuse, est-elle plus libre, est-elle moins pauvre ? Où est la garantie qu’après leur mort cette œuvre, taillée à coup de sabre, leur survivra et demeurera debout ? Quoiqu’elle ait conduit les Russes victorieux jusque sous les murs de Constantinople, la guerre, qui a achevé de ruiner la Tur-
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- LE DEVOIR
- quie, vaut-elle les trois milliards et les trois cent mille hommes qu’elle a coûtés à la Russie? Bulgares et Bosniaques seront-ils moins à plaindre? Les produits de leur sol et de leur travail, qui manquaient de voies de transport et d’échanges, s’écouleront-ils moins difficilement et plus économiquement ? N’eût-il pas mieux valu que ces trois milliards qu’a coûtés le passage du Danube et des Balkans eussent été dépensés en travaux de routes, en travaux d’assainissement et en frais de construction de maisons d’école ?
- Si loin en arrière et en avant que s’étende le regard et si profondément qu’il plonge au fond de toutes les questions qui touchent à l’homme sur la terre, l’œil reconnaîtra qu’il n’y a de politique vraie, simple et grande que celle qui a constamment pour fin la paix entre les peuples à la place de la guerre entre les gouvernements, l’instruction à la place de 1’ignorance, la liberté à la ; place de la tolérance, l’épargne à la place de la privation, et le bien-être, qui élève, 4 la place de la misère, qui j dégrade,
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- IA CONVERSION DE là RENTE 5 0/0
- S’il est une question grave, c’est à_ooup sûr «elle- ] ci, À peine quelques jours se sont-ils écoulés] depuis qu’elle a été soulevée dans les régions offi- j Cielles que déjà elle passionne la presse, préoccupe j l'opinion, fait monter ou baisser la bourse et pousse j lés membres de la commission du budget â revenir j sur ce qu’ils avaient dit. ^ \
- C’est qu’il est toujours de mauvaise politique de 1 se prononcer à la hâte sur un sujet auquel on n’a pus réfléchi ; c’est qu’il est toujours dangereux d’agiter devant le public des questions auxquelles'celui-ci n’a pas été préparé.
- Or cette fois on a commis cette doub’e faute. Les membres de la commission du budget de 1880 n’ont rien eu de plus pressé que de se prononcer pour la conversion de la.rente dès le lendemain de leur nominationle public, de son côté, a considéré ces sympathies comme des résolutions et a cru à Bimini-nence de 'cette mesure.
- Cinq jours plus tard, par 18 voix contre la commission du budget reniait ses sympathies et le ministre des finances, rompant son silence, demandait rajournement de la conversion. En conséquence, plus de 5 millions de rente — ce qui équivaut â plus de •110 millions en capital — furent vendus au comptant à des cours dépréciés.
- Bien que cette crise soit déplorable et que la conduite du ministre mérite des blâmes, ce n’est pas à ce point de vue-là que nous la considérerons. A nos yeux un enseignement s’en dégage et nous tenons à j le signaler. - ;
- Une chose qui est maintenant bien certaine, c’est que le public s’attend à voir convertir le 5 0/G en
- 4 1/2. Peut-être si la conversion était plus radicale soulèverait-elle des-oppositions, mais réduite à cette proportion modeste elie est considérée comme toute naturelle et comme devant s’imposer un jour ou l’autre.
- Cette bonne disposition du public a lieu de surprendre. On pouvait craindre que certains partis trouvassent dans le projet de convertir la rente un prétexte à récriminations envers la République, qu’ils en fissent une arme pour tourner contre elle bon nombre de détenteurs de rente 5 0/0, enfin qu’ils l’exploitassent comme un spectre rouge d'un nouveau genre. On devait redouter aussi que l’opinion publique ne confondit la conversion loyale dont nous parlons avec la conversion fort peu scrupuleuse de 1862.
- Il n’en a rien été . Quelques journaux hostiles à la République ont bien essayé de critiquer là conversion avant qu’elle soit discutée, quelques feuilles financières ont jeté les hauts cris, mais ces criàille-ries sont restées sans écho. Le public a compris là légitimité parfaite de la conversion projetée. Il se montre favorable â une mesure qui allégerait chaque année les chargés du budget de 34 millions et 600,GOG francs. Enfin on peut dire que les porteurs de rente
- 5 0/0 s’attendent à la conversion. En effet, ce titre se négocie en général à 112 ou â 113, tandis que le 3 0/0 varie de 77 à 78. Si la conversion ri’étatt pas attendue pour le 5 0/0, il jouirait de la même faveur que le 3 0/0 qu’il n’est pas question de convertir ; en ce cas, au lieu de se négocier 4 112 ou à 113 il se négocierait à 125 ou 126.
- dette différence considérable dans la faveur des deux titres prouve que les porteurs de 5>0/0 s’attendent à la conversion et en tiennent compte dans leurs calculs. Ainsi/qu’on l’a justement observé, si le 5G/Ô se rapproche si fort du 4 1/2, c’est que les rentier* font de leurs propres mains et progressivement la conversion du premier type dans le second. Qu'a même vu durant la crise le cours des deux fonds, le 5 0/0 et le 4 1/2, être un moment égalisé. Les rentiers se sacri-fiaient'eux-mêmes ,• la conversion existait de fait : il n’y avait'plus qu’à la légaliser. Malheureusement au lieu de saisir aux cheveux l’occasion qui se présentait, le ministre des finances a préféré faire remonter le 5 G/0.
- Nous ne nous expliquons pas cette conduite, .La conversion devant s’imposer un jour ou l’autre, il n’y avait pas lieu de faire fi de l’occasion qui se présentait. Une mesure qui soulagerait annuellement 4e
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- budget de 34,600,000 francs n’est pas à dédaigner. C’est près de 100,000 francs par jour 1
- Dans les autres pays, le gouvernement n’a pas dé sollicitude plus vive que celle de réduire la rente de ses emprunts aussitôt que les cours permettent de le faire sans injustice. Les Etats-Unis ont rétabli leurs finances par d’habiles conversions. L’Angleterre, qui n’a plus aujourd’hui que du 3 0/0, avait en 1715 du 6. Par des conversions successives, elle réalisa une économie annuelle de 31 millions. Quant à ses 20 milliards de 5 0/0 émis de 1792 à 1815, elle les ramena par 5 conversions successives au type du i3 0/0 et réalisa par ce seul fait une économie an- , iiuelle de 109 millions. Enfin a-t-orioublié en France la conversion parfaitement légitime de 1852 qui transforma le 5 0/0 en 4 1/2 et nous épargna ainsi une charge annuelle de 17 millions»
- Ces précédents ont leur éloquence. Ils prêchent pat l’exemple. Si notre pays voulait Imiter l’Angleterre et ràmenôr par dés conversions successives son 6 0/0, son 4 1/2 et son 4 0/0 au type de 3, il réaliserait i’énorme économie de cent ôihquante-un millions &e francs par an* à peu près un demi-million
- f>E FRANCS ÉAR JOUR !
- Uhê pareille transformation du budget permettrait â la fois de miètix doter l’instrüction et les travaux publiôé et de réduire serisibléMent les impôts. D’aussi brillantes perspectives sont faites pour ne pas être oubliées un sedl instant. E. C.
- TTIT
- Afin qu’on né nous accuse pas d’èxagération, voici les chiffres exacts dés Ventés actuelles autres que le 3 0/0. Chacun, par une simple règle de trois, peut chiffrer rihiportahêe des conversions.
- La Ffaüçe paié actuellement à ses rentiers
- Pour lé 5 0/0 4 4. i ........ Fr. 346.001.605
- Pour lé 4 1/2-.*................... 37.443.636
- Pour lé 4 0/0 ;-,........... .... 446.096
- Soit ensemble... Fr. 383.891.337
- Après les conversions elle Saurait plüfe à paÿër que :
- Fr. 107-.600.963 pôUV l’ancien 6 0/0 24.962.424 » » 4 1/2
- 334.572 » » 4 0/0
- Fr7232.897.959 ci : Fr. 232.897.959
- Economie annuelle : Fr. 150.993.378
- CONFÉRENCES PUBLIQUES
- Danâ la Tséàhbe àùriùellè de la Ligue âv ï’Ênxëi* gnemenL qui a eu lieu il y a environ uh mois* lè président, 3VÏ. Jeaû Ma'Cé, a annoncé que l’ifc'tè&tiôu de la Ligue était d’organiser un servicfe de conférences Volontaires, së mettant à la disposition des
- communes ou des sociétés d'instruction qui en feront la, demande.
- Le comité d’initiative pour cette œuvre spéciale a tenu sa première réunion le 20 février, sous la direction du président de la Ligué A
- Les communes et les sociétés qui auraient à faire des demandes de conférences sont priées de les adresser à M. Jean Macé, au Pensionnat du Petit-Çîiâteau, à Monthiers (Aisne.)
- Les autres communications peuvent être adressées à M. Georges Renaud, rédacteur en chef de la Revue de Géographie internationale, rue Cimarosa, 15, à Paris.
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- 2e ANNÉE, TOME 2 — N° 27
- Ze numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 16 MARS 1879.
- BUREAU PRINCIPAL
- A GUISE ( Aisne ).
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN
- Fondateur du Familistère Directeur-Gérant.
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- Franc©
- Un an. . . . 10 f. »»
- Six mois... 6 »»
- Trois mois. . . 3 **
- Pays d’Europe
- Un an. . . . 41 f. »» Autres pays Un an . . . . 13 f. 60
- Rédacteur/èn chef : M. Ed. Champury
- BUREAU AUXILIAIRE A PARIS 32, rue Serpente , 32
- Pour tous renseignements, s’adresser de 2 à 5 heures àM. Ed. THIAUDIÈRE, Représentant du DEVOiR.
- SOMMAIRE
- Le Darwinisme devant les principes de 89. — Pensées sociales et politiques. — Union douanière internationale. — La semaine politique. — Variétés. — Société des travailleurs amis de la paix. — Cours supérieurs pour clames en Belgique. — Roman : La Fille de. son Père. — Enseignement de l’histoire. — Éloquence de la statistique.
- LE DARWINISME DEVANT LES PRINCIPES DE 89
- L’article publié sous ce titre dans notre avant dernier numéro n’a pas été du goût de tous nos lecteurs. Nous avons reçu à ce sujet plusieurs lettres, et pour deux d’entre elles l’insertion nous est demandée. L’une est d’un professeur belge qui signe Télénius, l’autre est de notre ami M. Minod, rédacteur du Bulletin continental.
- Commençons par M. Télénius.
- Voici sa lettre :
- Monsieur le rédacteur,
- Après avoir lu les deux articles publiés par votre estimable journal sur le Darwinisme, je suis un peu étonné de voir envisager cette doctrine sous un seul point de vue, au détriment de tous les autres.
- Et d’abord si elle est vraie, c’est-à-dire scientifique, que pourront tous les efforts humains pour la renverser? La science est toujours certaine de triompher tôt ou tard de toutes les oppositions quelles qu’elles soient. Il fau-
- drail donc prouver la fausseté de la succession et de la filiation des êtres, telle que l’expose Darwin, telle que la soutenait déjà de son temps saint Augustin, en la trouvant plus digne de Dieu que celle des créations successives. *
- Tous les partisans du Darwinisme considèrent cette doctrine comme l’expression de la loi du progrès qui, par l’agrégation des molécules sous des influences diverses, engendre les globes et, dans chaque globe, la matière, la vie, la plante, l’animal, l’homme, en produisant sans cesse des types de plus en plus parfaits.
- Mais l’homme est appelé à créer lui-même son idéalité. Il crée sa force physique, morale, intellectuelle, par l’exercice rationnel de ses aptitudes. Il crée la société plus ou moins bonne selon la bonté de la masse sociale.
- Désormais les hommes sauront ceci : les classes, les castes, la richesse ne sont pas tout dans le monde, ne font pas des hommes. Au temps des Antonins, il n’existait plus à Rome un seul rejeton des anciennes familles patriciennes. L’abus des jouissances intellectuelles ou physiques tue également. Les classes et les races disparaissent si elles ne restent intelligentes , morales et saines. Grande et redoutable leçon ! Les nations elles-mêmes périssent, si elles ne veillent à prévenir la dégénérescence des individus qui les constituent.
- Que dit le Darwinisme ? L’exercice rationnel de toutes les facultés fait les hommes forts d’intelligence, de vertus et de corps. Il n’y a d’exception pour personne. Les générations malingres peuvent se transformer ; les générations d’élite peuvent s’étioler. La dégénérescence conduit à la mort; le perfectionnement à la vie !
- Que s’éteignent les hommes vicieux, dépravés, niais, lâches, honte et opprobre du genre humain, le mal est-il donc si grand ?
- Que s’élèvent les intelligents, les vertueux, les forts, est-ce un malheur?
- Oublie-t-on que l’intelligence et la morale sont des forces bien supérieures aux forces physiques, qu’elles comptent déjà dans le monde humain, et qu’elles sont appelées à compter de plus en plus ?
- Oublie-t-on que cette force qui fait de l’homme un dieu : l'humanité ! a une tendance à prévaloir sur toutes les autres ; qu’elle est la mère de tous les progrès, de
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- toutes les améliorations sociales ; qu’elle va plus loin que la justice elle-même, cette autre force sublime qui finira bien un jour par triompher.
- Pourquoi une. société composée de gens doués des forces intellectuelles,, morales et physiques, serait-elle fatalement une société de scélérats et non une société d’hommes bons, compatissants, cherchant à relever les faibles, à développer les avortons, à protéger les misérables ? Pourquoi ne serait-mlle pas une société plus juste et meilleure que la nôtre ?
- Je reste, etc. TéléuiuS.
- L’objection posée se résume ainsi : « La force est le privilège et la récompense de l’intelligence et de la vertu. L’exercice rationnel de toutes les facultés fait les hommes forts. »
- Est-ce bien juste ? Peut-on dire que la force est toujours l’apanage ds la vertu? N’y a-t-il pas au contraire de pauvres êtres déshérités qui sont faiblés dès leur naissance et qui seront faibles jusqu’à leur mort ? N’y a-t-il pas toute une légion d’hommes remarquables, poètes, compositeurs et autres, que leur extrême sensibilité rend débiles ? N’y a-t-il pas des savants modestes, des inventeurs incompris, des penseurs ignorés qui s’épuisent à méditer et qui n’ont ni la force du corps, ni la possibilité d’appliquer celle de l’esprit ? N’y a-t-il pas un nombre considérable de personnes d’une valeur très réelle à qui la force fait complètement défaut ? Par contre, le fort de la halle, l’hercule de la foire, le tambour-major du régiment, ne sont pas toujours l’incarnation de la vertu. Et pourtant aux yeux du darwinisme, c’est eux qui doivent subsister et non pas les autres.
- Si les faibles sont faibles, eh bien, dit la doctrine, tant pis pour eux ! ils n’avaieut qu’à être forts. Ce n’est pas notre faute s’ils sont faibles; nous n’en so'mmes pas solidaires. Qu’ils se fortifient et ils survivront, car au combat de la vie ceux-là seuls doivent survivre qui sont les mieux armés et les mieux organisés !
- Mais, objecte le darwinisme, l’intelligence et la vertu sont aussi des forces ; elles triomphent parfois des forces physiques ; elles sont appelées à en triompher de plus en plus.
- Ainsi, plus que mille ans et tout ira bien. Soit. Mais est-ce pour les hommes qui vivent aujourd’hui ou pour ceux qui vivront dans mille ans que vous parlez ? Si c’est pour ces derniers, laissez dormir jusque là vos théories ; si c’est pour nous, réfléchissez. Oseriez-vous soutenir
- que dans la société l’intelligence et la vertu 'triomphent toujours? que les plus hautes fonctions sont toujours données aux plus intelligents ? que la confiance n’est jamais accordée qu’aux plus moraux ?
- Nous savons tous que cela n’est pas ; que les gens honnêtes sont trop souvent la proie des indélicats; que les intrigants distancent bien .vite les consciencieux; que l’adresse réussit mieux que la loyauté ; que la société humaine actuelle est un conflit, une compétition, une concurrence perpétuelle où triomphe le mieux armé.
- C’est bien là le combat pour la vio, la concurrence vitale dont parle M. Darwin, Nous ne le contestons pas. Ce que nous contestons, c’est que cette concurrence soit légitime, que ce combat soit moral, que ce fait soit une loi, que l’état actuel de la société soit son état normal, l’état conforme à sa nature. Prenez garde ! si la concurrence vitale est une loi, elle est légitime et par conséquent personne n’a le droit de s’élever contre elle. Si c’est la loi que les faibles doivent être écrasés par les forts, alors les faibles n’ont qu’à choisir entre deux alternatives :
- Ou bien se résigner et subir les abus de la force : auquel cas les principes de 89 ne sont plus que de vains mots,
- Ou bien se liguer entre eux pour devenir les plus forts et intervertir les rôles : auquel cas c’est la guerre et la révolution en permanence.
- Dans les deux cas c’est la justice foulée aux pieds.
- Oui, jusqu’ici les forts ont écrasé les faibles, mais il est dans la loi du progrès qu’il doit cesser d’en être ainsi. L’existence d’un fait ne suffît pas à le légitimer. L’anthropophagie existe, l’égoïsme existe, la haine existe, est-ce à dire que l’anthropophagie, que l’esclavage, que la haine soient légitimes ?
- Une philosophie qui reconnaîtrait aux choses le droit d’être par cela seul qu’elles sont, serait une triste philosophie. Elle autoriserait tous les abus, elle légitimerait toutes les injustices, elle absoudrait tous les crimes. Non, non, l’humanité m'est pas une proie docile livrée aux instincts de la brute ; elle n’est pas enchaînée par la fatalité au roc de l’égoïsme. La fatalité
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- n’existe pas ; ce qui existe au contraire, c’est le libre arbitre, c’est la puissance de la volonté humaine, c’est l’aspiration à un meilleur état de choses. Au combat pour la vie qui fait s’entredévorer les animaux, répondons par l’union pour l’existence ; à la concurrence, opposons l’association.
- Nous savons bien qu’un poète a dit aux faibles qu’ils^ sont de pauvres moutons que l’on tondra toujours. Nous répondrons que cela n’est pas vrai et que le temps approche où on ne les tondra plus. Mais pour que ce temps soit le plus rapproché possible, il est nécessaire, il est impérieusement nécessaire que tous les hommes qui ont les principes de 89 fortement enracinés au coèur se lèvent et protestent de toutes les forces de leur être contre les doctrines terribles qui autorisent les tondeurs ! Sélection, concurrence vitale, combat pour la vie, autant de mots à la faveur desquels on exploite et on massacre 1 C’est l’aristocratie des forts, et la race blance en use sinistrement à l’égard de ses sœurs. Elle trafique des nègres, elle exploite les coolies, elle empoisonne les peaux rouges. Une race toute entière, celfe de Tasmanie, a déjà disparu. C’est la sélection, mais non pas naturelle, la sélection par l’opium, par l’alcool et par les coups de fusil. La concurrence vitale, c’est une base philosophique donnée à la guerre entre classes, à la guerre entre individus, Ah 1 diront nos fils, il est dans la loi des choses que les faibles soient éliminés au profit des forts et que les mieux armés détruisent les autres, ah ! cela est dans l’ordre, cela est dans la loi de la nature, eh bien ! repoussons toute idée de douceur envers les faibles, toute pitié pour les malheureux, toute compassion à l’égard des infirmes ! foulons aux pieds ces préjugés de 89, la liberté, l’égalité, la fraternité ! N’ayons plus qu’une seule sollicitude, qu’une seule préoccupation, qu’une seule Volonté constamment présente à l’esprit, celle d’être les mieux armés pour la bataille de la vie. Exerçons nos membres à la lutte, perfectionnons nos instruments de combat, avivons dans nos cœurs les sentiments de haine et d’égoïsme, puis, ainsi préparés, ainsi armés, ainsi animés, ruons-nous sur nos frères et sachons être les plus forts. En, Cbampury.
- PENSÉES SOCIALES & POLITIQUES
- XIII
- Les princip.es et les origines du droit et de la justice sont les mêmes pour toute créature humaine.
- Le droit politique doit donc être le même pour tous les citoyens.
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- UNION DOUANIÈRE INTERNATIONALE.
- Nous avons résumé succinctement dans notre numéro du 2 mars, un projet d’union douanière proposé par M. G. de Molinari. Nous-avons vu que le point de départ de cette idée, est ce fait parfaitement établi que la vraie recette des douanes est celle perçue sur les denrées exotiques, le sucre, le café, le cacao, le tabac, etc. Les recettes des douanes pour les produits européens couvrent à peine leurs frais ou ne les couvrent pas du tout. Il en résulte que si les pays de l’Europe centrale, depuis les Alpes jusqu’à la Baltique et depuis les Pyrénées jusqu’à la Vistule, voulaient se concerter et constituer une union douanière internationale, la quote-part du produit total qu’ils auraient à recevoir équivaudrait pour le moins au rapport actuel de leurs douanes particulières.
- M. de Molinari fait très-justement remarquer que la création d’une union semblable ne rencontrerait pas de plus grandes difficultés que celles rencontrées par la création du Zollverein, union de même nature par laquelle vingt états allemands fusionnèrent leurs douanes particulières au grand profit du fisc de chaque état et de la prospérité générale. M. de Molinari aurait pu signaler aussi que Turgot, par son arrêté du 13 septembre 1774, réalisa à l’intérieur de la France, une mesure à peu près semblable. Cet arrêté auquel Voltaire applaudit si vivement supprima en effet les douanes intérieures, qui de province à province et même dp ville à ville entravaient la circulation des farines et des grains, et restreignaient par cela même leur production.
- Toute amélioration dans la facilité des échanges a pour conséquence une augmentation de la production; de même toute extension du marché facilite les débouchés et stimule la production. Oi, l’union douanière proposée par M. de Molinari comprendrait une population d’environ 130 millions d’âmes. Une aussi considérable extension de marché donne à réfléchir. La France exporte en moyenne pour les pays qui formeraient avec elle l’union proposée pour
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- un milliard et deux cents millions de produits, soit plus du tiers de l’exportatiou totale. Avec l’union douanière ces 1.200 millions de produits bénéficieraient de l’affranchissement de douane.
- Mais la considération de l’étendue du-marché, n’est pas la seule qui plaide en faveur du projet. Il y en a une autre, celle de la stabilité du marché. Les traités de commerce n’assurent pas une stabilité suffisante. En effet les traités conclus seulement entre deux états stipulent que chacun des états contractants, sera mis par l’autre sur le même pied que la nation la plus favorisée. Il en résulte une instabilité constante qu’un exemple fera comprendre. Supposons qu’à teneur du traité de commerce tel article belge paie à l’entrée en France 15 francs les 100 kilogs. Le producteur à l’intérieur fait ses calculs en conséquence Une fois ces calculs faits et l’éventualité de la concurrence belge prévue, la France conclut un traité avec l’Italie, à teneur duquel le même article pour lesquels les Belges paient 15 francs, n’en paie que 13 en venant d’Italie. Aussitôt la Belgique est mise sur le même pied que l’Italie, et il se peut que la concurrence belge sur cet article là soit redoutable. 11 se peut aussi qu’il n’y ait pas compensation pour les produits français entrant en Belgique. De là le renversement des prévisions du fabricant.
- Si au contraire ces pays renoncent aux traités de commerce et forment une union, ils seront à l’abri de ces fluctuations ; n'oublions pas non plus qu’aucun des pays entrant dans l’alliance n’aurait plus à redouter les fantaisies protectionnistes des législateurs des autres pays associés. C’est là encore un genre de sécurité dont il serait bon de tenir compte.
- Enfin et surtout ne perdons pas de vue que toutes les fois que les peuples mettent des intérêts en com mun, ils apprennent à se mieux connaître, à s’estimer davantage et à vivre plus facilement en paix.
- Nous avons démontré dans un précédent article (1) que le libre échange est un élément de progrès, qu’il est un des facteurs de runification du genre humain. Les unions internationales sont des facteurs bien autrement puissants. Nous avons déjà une union postale, nous ne tarderons pas à avoir une union télégraphique. Pourquoi ne pas parler dès aujourd’hui d’une union douanière.
- Certes, il serait préférable de supprimer complètement les douanes, comme en général tous les impôts de consommation. Mais d’aussi vastes réformes ne se réalisent pas tout d’un coup. Il leur faut une pré-
- (1) Tome I*r, page 225.
- paration. Il est nécessaire qu’une transition les amène. Or, une union douanière dans le genre de celle proposée par M. de Molinari, serait une excellente transition : supprimer les douanes entre plusieurs états et reporter le cordon douanier à une frontière plus éloignée, c’est un acheminement à la suppression complète de tout cordon douanier.
- E. C.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- La Nitualion intérieure. — La situation demeure toujours entièrement tendue et il semble qu’une sorte de désarroi règne partout, aussi bien dans les régions gouvernementales et parlementaires que dans le pays L’union des gauches est moins reconstituée que jamais, et lecabinet ne semble pas être dans les dispositions voulues pour prendre 1 attitude énergique qui lui permettrait de se rendre maître de la confiance d’une majorité homogène. Le Parlement français paraît être absolument dans la même situation que le Parlement -italien, et le défaut d’e tente entre les groupes républicains a déterminé dans la presse et dans l’opinion des divergences nuisibles aux intérêts matériels du pays. Le ministère, en prenant ouvertement parti contre la mise en accusation des hommes du 16 Mai, a placé -la majorité républicaine dans cette situation délicate de provoquer une crise ministérielle ou de renoncer à donner à la conscience publique une satisfaction qu’elle attend avec impatience depuis longtemps. Et ce qu’il y a de profondément regrettable c’est que la conscience publique est elle même fort troublée et qu’elle en est venue à douter de la réalité des devoirs que la morale politique lui impose.
- On n’aperçoit que trop, maintenant, les effets désastreux de l’influence dissolvante de ces politiciens de couloirs dont, il n’y a-pas longtemps, nous avait fait pressentir la pernicieuse action sur le Parlement. Ce que nous avions prévu est arrivé : la politique de principes est totalement abandonnée et les meilleurs esprits sont égarés par les nécessités artificielles d’un opportunisme indéfinissable qui nous étreint de toutes parts et paralyse les plus fermes volontés.
- Le rapport de M Brisson, présenté au nom de l’enquête parlementaire sur les actes du 16 Mai, se ressent lui-même de ce malaise général. Il n’a point ce ton de confiance et d’autorité qui impose aux esprits indécis. Il semble que le rapporteur ait conclu à la mise en accusation pour l’acquit de sa conscience et qu’il se lave en quelque sorte les mains de l’accueil qui sera fait à ses conclusions. Gela est si vrai que le journal dont M. Brisson est un des inspirateurs les plus écoutés, n’a pas été un des derniers à déclarer que les poursuites pourraient sans inconvénient être abondonnées par la Chambre. Dans ces conditions, il n’est point douteux que le ministère n’obtienne gain de cause ; mais, néanmoins, on peut déjà prévoir qu’une minorité considérable de républicains se prononcera contre lui, et l’on doit se demander si une pareille victoire lui sera bien profitable.
- Ce qui nous frappe douloureusement quand nous considérons la situation actuelle, c’est qu’on ne voit de volonté ni d’esprit de conduite nulle part. On ne songe qu’à vivre au jour le jour, et les vues d’ensemble et d a-venir font partout défaut. Partout on cherche à éluder les difficultés beaucoup plus qu’à les résoudre en les abordant franchement, et c’est cette disposition d’esprit ^qui a inspiré, sans doute, à beaucoup de députés le projet "de suspendre les travaux de la Chambre jusqu’après la session des Conseils généraux.
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- Nous ne savons si cette proposition sera adoptée, mais elle nous paraîtrait bien fâcheuse : les représentants de la nation, en se dispersant, propageraient de tous côtés leur funeste indécision qui n'a déjà que trup pénétré dans le pays. D’autre part, une foule de questions capitales attendent depuis longtemps une solution, et l’on ne peut que déplorer de perpétuels atermoiements qui entretiennent les souffrances de notre agriculture et de notre industrie. Il serait grand temps de s’en occuper activement.
- Le rapport de ïa Oommission «l’oti-quête. — Le rapport de M. Rrisson sur la conduite des cabinets du 17 mai et du 23 novembre, malgré son manque de vigueur, contient un grand nombre de faits.
- Après avoir établi que le coup d’état du 16 mai 1877 avait été prémédité, le rapport signale la violation de la constitution.
- Cette violation ressort du fait d'avoir substitué à la responsabilité ou ministère celle du président de la République, auquel les ministres ont fait dire : « ma politique, mon gouvernement, ma pensée, dévoûment à ma personne, / irai jusqu’au bout, ce que /'entends faire, etc., etc.
- Elle ressort encore du fait d’avoir prolongé arbitrairement le délai fixé par la constitution pour la convocation de la Chambre nouvelle.
- Il y a encore un fait spécial de violation des lois constitutionnelles. dans le retard arbitraire de l’élection du sénateur des Pyrénées-Orientales.
- Après la violation de la constitution, vient la violation des lois. Elle résulte du retard mis au renouvellement et à la réunion des conseils généraux et des conseils d’arrondissement, de l’interdiction de la vente sur la voie publique de certains journaux déterminés, des mesures arbitraires prises contre les débits de boissons, etc., etc.
- • Ces mesures contraires aux lois ont été le résultat d’un concertentre des dépositaires del’autorité publique; elles tombent donc sous le coup des articles 123 et 124 du Gode pénal.
- Viennent ensuite la prévarication et la concussion
- Tout a été matière à trafic, et les dépêches télégraphiques retrouvées ne permettent pas d’élever le moindre doute sur les marchés électoraux conclus, qui sont ainsi officiellement constatés et avec la même authenticité que s'ils avaient fait l’objet de stipulations par devant notaire.
- Tout s’est vendu, les chemins de fer, les routes, les canaux, les subventions diverses, tous les emplois, toutes les fonctions, les présidences de tribunal, les places de conseillers à la cour, les grâces, les suspensions de poursuites.
- Viennent ensuite les arrestations arbitraires et illégales, les trois mille poursuites contre la presse, les détournements de taxes dues à l'Etat, la hausse des fonds publics provoquée à la veille des élections par les achats du ministre des finances, l’emploi des placards officiels (le Bulletin des Communes) à l’injure et a la calomnie contre les députés, les fraudes électorales encouragées, la soustraction et l’enlèvement des papiers publics.
- La seconde partie du rapport s’étend surtout sur la part prise par le général Ducrot, dès le mois d’octobre, à tous les projets', à toutes les résolutions en vue d’une résistance par la force a la volonté du pays, sur ses voyages fréquents à Paris, ses entrevues avec les mi nistrès, les instructions verbales reçues par lui, le plan concerté avec le ministre, ses dépêches : « Glorifions le bon Dieu et la maréchal ! » etc.
- L’affaire Labordère'joue aussi un grand rôle dans toute cette seconde partie.
- Le rapport ne regarde M. de Rochebouët que comme l’agent d’exécution des projets du ministère précédent et rejette la principale responsabilité des faits incriminés sur MM. de Broglie, de Fourtou et leurs collègues.
- Après avoir établi que le ministèredu 16 mai a violé les lois constitutionnelles par quatre faits déterminés, qu’il a violé les lois ordinaires par six faits indiqués et pré-
- | cisés, que ces violations des lois ont été le résulat d’une | coalition entre des dépositaires de la force publique, que du reste il y a crime pour les ministres chaque fois qu ils font uu abus du pouvoir, le rapport ajoute:
- « Il y a présomption grave que les ministres se sont rendus coupables des crimes de trahison et de prévari» cation, et en fait;:
- « D’avoir, par une politique ouvertement inconstitutionnelle, remis en question l’existence de la République et jeté ainsi le pays dans une perturbation profonde ;
- « D’avoir suspendu l’empire de la Constitution et des lois, et les avoir formellement violées ;
- « D’avoir fait un abus criminel du pouvoir qui leur était confié, et ce dans le dessein de fausser les élections et de priver les citoyens du libre exercice de leurs droits civiques;
- « D’ê re inlerveuus dans les élections, par la violence, par la promesse et par la menace, par des dons, faveurs, distributions de fonctions, décorations,grades ou places, par des destitutions de fonctionnaires, par des manœuvres de toute sorte, par des proclamations, dès ordres, des circulaires, des instructions données aux agents du pouvoir, et par de fausses nouvelles ;
- «D’avoir attenté à la liberté de la presse ;
- « D’avoir ordonné divers actes arbitraires ou attentatoires â la Constitution, soit à la liberté individuelle, soit aux droits civiques des citoyens.
- d D’avoir, par voieg de fait ou menaces, empêché les citoyens d’exercer leurs droits civiques ;
- « D’avoir, à cet effet, concerté un plan pour être exécuté sur tout le territoire ;
- « D’avoir concerté des mesures contraires aux lois et contre l’exécution des lois ;
- « D’avoir, dans l’intérêt de leurs desseins coupables, trafiqué des tondions publiques ou des faveurs, ainsi que de tous les attributs et privilèges du pouvoir ;
- « D’avoir agr<lé des promesses pour confier .,u retirer des fonctions publiques pour obtenir tantôt qu’un candidat se présente, tantôt qu’il se retire ;
- « D’avoir fait remettre à des particuliers pour les corrompre, dans un intérêt électoral, de taxes légitimement dues à l’Etat ;
- « D avoir tenté d’influencer et influencé par des moyens coupables, les magistrats chargés de mettre en mouvement l’action publique ou de rendre la justice;,
- « D’avoir tantôt pressé, tantôt suspendu, tantôt empêché l’exécution des lois pénales , suivant les opinions politiques des coupables, des prévenus ou des condamnés;
- «- D’avoir détourné et fait détourner des pièces et documents appartenant aux administrations publiques;
- « D’avoir lait eniever des papiers dans des dépôts publics ;
- « Crimes commis dans l’exercice de leurs fonctions, prévus et punis par l’article 12 de la loi du 16 juillet 1874 et par les articles 109, 110, 114,116, 123, 124, 130,173, 179, 234 et 233 du code pénal.
- « Il«y a en outre présomption grave que les ministres du 17 mai et du 23 novembre 1877 se sont rendus coupables du crime de trahison :
- « En formant un complot ayant pour but soit de changer, soit de détruire le gouvernement, ledit complot suivi d’actes commis ou commencés pour en préparer l'exécution, crime prévu et puni par l’art. 89 du code pénal ;
- « En prenant des mesures contraires aux lois et à l’exécution des lois, par suite d’un concert pratiqué entre les dépositaires de l’autorité publique, crime prévu et puni par les articles 123 et 124 du code pénal. »
- Le rapport conclut à la mise en accusation, c’est-à-dire à l’application de la loi.
- Les Chambres. — Indépendamment des préoccupations légitimes que donnent le défaut d’entente des groupes républicains et le manque d’action du gouvernement, on a peu de choses à noter. Les Chambres ont I adopté en première ou en seconde lecture divers projets
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- dont il sera temps de parle1’ lorsqu'on abordera le débat définitif. Le plus important de ces projets est celui qui a trait à la marine marchande. Les dispositions arrêtées par la commission n’ont eu qu’un médiocre succès, car, sur les douze articles du projet, un â été adopté avec amendement, trois sont rejetés et huit sont renvoyés à une commission qui aura le projet tout entier à remanier. G’est la besogne de Pénélope.
- On a rétabli, d’accord avec le Sénat, les perceptions de ville qui avaient jadis été supprimées par l’Assemblée nationale.'Ce rétablissement ne nous parait pas très-heureux, et ce qui nous paraît plus regrettable, c’est que M. Marcel Barthe n ait pas pu faire triompher un ameu-dèment qui aurait établi une hiérarchie raisonnée dans l’administration des finances, où le favoritisme règne en maître.
- M Léon Say a combattu peu adroitement l’amendement de M Barthe qui. en dépit des mauvais arguments du ministre, a été battu Nous le regrettons
- Notons aussi que le Sénat a abordé la discussion du projet dé loi de M. Bozérian, relative aux dessins et modèles de fabrique, question d’une importance capitale, car le manque absolu de législation en ces matières, dans notre pays, Cause à notre industrie de sérieux pré judices. Ce projet considérable, voté dans les articles 1 à 40, doit être encore soumis à deux délibérations.
- Signalons, enfin, la validation de l’élection de M. de Fourtou, auquel on prête l’intenlioii de se défendre à la tribune contre le rapport de M. Brissén. Il ne faut point s’étonner de cette impudence qu’encourage l’attitude pusillanime de la Chambre
- Le nourean préfet de police. — Le nouveau préfet de police, M. Andrieüx, a pris possession de son posfce et a adressé à ses subordonnés Une allocution fort énergique dans laquelle il a déclaré qu’il se montre rail impit yable pour Ceux dé ses subordonnés qui fie se comporteraient pas en serviteurs loyaux du gouvernement. Comme pour donner une sanction à ses paroles, le nouveau préfet a révoqué un agent qui, pendant un congé, avait employé son temps à déblatérer contre la République. Esp irons qüe cet exemple sera salutaire
- — Le Journal
- officiel continue à nous apporter la nouvelle de quelques mouvements dans ie personnel administratif et judi ciaire. Les municipalités parisiennes, dont M. de Marcère avait commencé 1 épuration. se complètent graduellement. Un certain nombre de juges de paix ont été révo qués, retraités ou déplacés ; enfin l’on a vu avec satis faction M. le garde des sceaux destituer un procureur de la République qui, pendant la période du 16 mai. avait joué le rôle le plus scandaleux, M. de Tours, qui exerçait à Marseille. On ne peut qu’engager nos gouvernants à poursuivre cette entreprise salutaire de la réforme du personneL **
- Rappels à l’ordre — M. le ministre de la justice vient de déposer à la Chambre disciplinaire de la Gourde cassation, le cas de M. le président du tribunal de Bayonne qui avait pris publiquement part à une manifestation bonapartiste, en signant une adresse au fils de Napoléon III.
- D’autre part, M. le ministre delà guerre a mis en dis-^ ponibilité un général qui avait puni des soldats coupables de fréquenter un café où se chantait la Marseillaise, chant officiel de la République. Nous voudrions avoir davantage encore de ces actes d’énergie à porter à l’actif de nos gouvernants.
- Lÿocenj>fitiOï* de Rhodes. — Les journaux étrangers avaient accrédité un bruit assez singulier, à savoir qüe la France, imitant l’Angleterre dans' l’affairé de Chypre, allait occuper l’île de Rhodes. Cette nouvelle avait produit quelqu’impression. Fort heureusement |
- elle a été démentie d’une façon très-formelle par des feuilles françaises autorisées ; nous aurions vivement regretté pour notre part qu’elle ait été confirmée, car la politique d’occupation ne nous parait nullement conforme aux intérêts de notre pays. On a sagement refusé les offres qui nous ont été faites touchant Tunis, il faut en faire autant si l’on nous tend un nouvel appât sur un autre point de la Méditerranée.
- Le ï>fti*leîïîe*i'fc îîlloiwuaxiti. — Les discussions continuent à être très^violentes au sein du Parlement de Berlin au sujet de la « loi muselière » examinée en première lecture* et le langage excessif des orateurs du gouvernement a fini par fatiguer le Reichstag. M. de Bismarck et M. Freiberg ont été si hautains en parlant de l’insuffisance de la répression qu’on veut infliger aux intempérances de langage des députés, que le président de T Assemblée, M. 'Fortkenbeck, voyant un blâme indirect de son attitude, a voulu donner sa démission ; il n’a consenti à garder la présidence quesur l’insiâ-tance de l’unanimité des groupes parlementaires-.
- Au reste les moindres incidents servent de prétexte à la manifestation de l’antagonisme qui existe entre le gouvernement et une faction importante de la représentation nationale allemande. Ainsi, à propos de la peste bovine et des lois répressives contre la contrebande, M. de Bismarck et M. Lasker, chef des libéraux-nationaux, se sont dit quelques dures vérités. Le chancelier ayant soutenu que les rédacteurs des lois prenaient plutôt l’intérêt du malfaiteur que celui de l'honnête homme, M. Lasker a saisi la balle au bond pour accm-ér le gouvernement de saisir toutes les occasion de passionner les débats et de chercher à discréditer le Reichstag. Cette situation ne saurait durer et il est infiniment probable qu’elle aboutira à quelqu’éclat à la suite duquel la dissolution ne pourra manquer d’être prononcée.
- L’aptitude politique des femmes. — Dans une de ses dernières séances, la Chambre des Communes d’Angleterre a eu à s’occuper d’une question agitée plusieurs fois devant le Parlement : le droit du vote des femmes. M. Courtney, député de Liskeard, a présenté à ce sujet une motion qui a rallié 103 voix sur 2t7, c’est-à-dire le tiers des membres présents. Le chancelier de l’Echiquier a combattu la résolution de M. Courtney, mais il a fait la déclaration suivante, qui est presqu’un encouragement :
- « Je voterai, a-tùl dit-, contre la motion de l’honorable « membre, mais je dois déclarer que c’est moins parce « que je ne partage point ses idées sur les droits de ses « intéressantes clientes que parce que je les considère « comme n’etant pas en ce moment applicables »
- Le droit de vote pour les femmes est donc, d’après sir Stafford Northcole, une prétention fort naturelle. Chez nous de pareils débats feraient sourire les beaux esprits ; chez nos voisins on envisage les questions avec plus de sérieux. Celle dont il s’agit fait son chemin eii Angleterre et il y a lieu de penser qu’elle sera résolue affirmativement dans un laps de temps peu éioigné. Il n’est pas mauvais de fi.ire observer à ce sujet, qu’en Angleterre certaines catégories de femmes sont déjà admises aux élections municipales, paroissiales et scolaires. C’était pour celle-ci seulement que M. Courtney réclamait l’électorat politique.
- La cris© espagnole.—Nousavons commis une légère erreur on attribuant à Martinez Gampos, sur (D foi de certaines correspondances, l’intention de se créer une situation particulière et quasi-indépendante à Cuba. L’auteur du prononciamento quia porté Alphonse XII au pouvoir visait à mieux.Il voûtait être premier ministre, et il en est arrivé à ses fins. Il a recueilli, comme président du Conseil, la succession deM. Canovas dei Castilio, qui, d’ailleurs, fait encore partie du nouveau cabinet, dans lequel on Louve aussi M. Pavia, autre prononcia-mentiste.
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- Le premier acte de ces nouveaux conseillers du jeune Alphonse a été de prononcer la dissolution des Cortès. Voilàundébut qui ne paraît pas bien engageant, surtout si l’on réfléchit que l’élément clérical est Représenté par cinq ministres dans le Conseil que préside M. Martinez Campos. Allons, il y a encore de beaux jours pour la réaction en Espagne, et la liberté n’est pas encore près de Régner en souveraine dans ce malheureux pays.
- Quant au gouvernement de Cuba, il est passé entre les mains de M. Blanco, ami dévoué du président du Conseil et qui avait déjà succédé à celui-ci à la capitainerie de Catalogne.
- 3L’iîioids^ni 3Ê2çfyjyti&n. — Le vice-roi d’Egypte a obtenu le résultat qu’il désirait. Nubar-Pacha est définitivement écarté du conseil des ministres qui est effectivement placé entre les .mains du Khédive, puisque c’est le fils aîné de celui-ci. Tevfik-Pacha qui reçoit la présidence du ministère. M Rivers Wilson et M. de JBlignères, représentants de l’Angleterre et de la France, conservent chacun leur portefeuille, mais, par suite d’une combinaison assez difficile à concevoir, ils disposeraient chacun dedeux votes dansles séances du conseil. Il reste à savoir, maintenant, si ce replâtrage assez singulier conclu avec l’assentiment des gouvernements anglais et français, améliorera sensiblement la situation égyptienne II est permis d’en douter, et en ce qui nous concerne nous ne voyons pas sans quelqu’inquiétude le Khédive participer activement, dé nouveau, à la direction des affaires de son pays ; de plus qu’il ne nous paraît pas absolument prouvé qu’il n’y ait pas là dessous quelqu’intrigue anglaise dirigée contre les intérêts français. Le temps éclaircira sans doute les obscurités de cèt incident encore inexpliqué.
- L’expédition du Oap. — La situation reste toujours la même dans l’afrique centrale. Si nous be croyons les dépêches* le colonel Pearson, entouré de près par les Zoulous, leur a livré bataille et les a défaits; mais il ne semble pas complètement dégagé. On ne semble plus craindre une invasion de la province de Natal.
- L’Occupation autrichienne ou Bosnie.
- Les négociations entre l’Autriche et la Turquie ont été reprises, afin de régler définitivement, s’il est possible, l’occupation de la Bosnie et de l’Herzégorine, mais les délégués des deux puissances sont loin d’être d’accord ni sur le fond, ni sur la forme du projet de convention. Parmi les points principaux qui divisent les négociateurs, on remarque les deux suivants: Les turcs demandent que les Bosniaques qui séjourneront ou voyageront en Turquie soieut assimilés aux Ottomans et ne puissent avoir recours à la protection des consuls autrichiens. Enfin le sultan réclame le droit déplacer des garnisons dans 1< s villes les plus importantes, tandis que l’Autriche n’admet que des garnisons mixtes.
- L’évaeiiüiïon ru.*-se. — L’évacuation russe se poursuit rapidement, et des bâteaux à vapeur qui sillonnent le Danube ne cessent d’embarquer les troupes du Czar qui occupent'la Roumélie turque, ce qui ne laisse pas que d’inquiéter vivement les populations chrétiennes que les autorités ottomanüs seront évidemment impuissantes à protéger contre le fanatisme musulman.
- I)’un autre côté, M. Smith, ministre de la marine, a déclaré au Parlement anglais que la flotte anglaise quitterait la mer de Marmara dans le courant de la semaine actuelle. Il parait que la flotte quittera même les Dardanelles et qü’elle ira stationner dans la baie de Besika où elle séjournera jusqu’à nouvel ordre. On infère de cesfévénements que l’entente est établie contre l’Angleterre et la Russie. C’est aller Un peu vite en besogne. La flotte anglaise n’était entrée dans la mer de Marmara que pour protéger Constantinople entre quelque retour I
- offensif deé Russes; ceux-ci évacuent la Roumélie. il est donc tout naturel que, de leur côté, les vaisseaux anglais se retirent.
- L’Empnmt turc. — La Turquie ayant manifesté l’intention de contracter un nouvel emprunt, la Russie a protesté formellement, et au nom des droits que lui donne son indemnité de guerre, elle s’oppose à l’emprunt nouveau, auquel on "a effecté, dit-elle, certains revenus qui doivent rester la garantie de cette indemnité. La Turquie a répondu par une fin de non-recevoir à la note russe, mais le gouvernement de St-Pétersbourg persiste dans son attitude C’est donc l’emprunt turc rendu impossible par le seul fait de cette opposition* sans parler des autres raisons qui le condamnent. Que va faire la Porte ? C’est ce qu’on ignore, d’autant plus que la situation de Kérédine-Pacba est de plus en plus ébranlée;
- L’Aswomblée L>islg,ai'e. — L’Assemblée bulgare continue ses délibérations à Tirnova, mais il semble que la situation soit sur le point de se tendre. En effet, les puissances ont dû intervenir afin de maintenir les notables dans les limites de ce malheureux traité de Berlin que personne ne peut se décider à respecter. Le parti avancé, celui qui veut se maintenir sur le terrain du traité de San-Stefano, ne compte pas moins de 102 membres sur 2'3 l, dont se compose l’assemblée ; il suffirait donc d’un déplacement de peu de voix pour que cette minorité, opposante au traité de Berlin, devînt majorité, et cette éventualité est d’autant plus à redouter que la majorité elle-même ne nourrit qu’une sympathie des plus médiocres pour l’instrument de paix qui excite si fort l’enthousiasme de lord Beacons-field. Sa soumission aux stipulations des plénipotentiaires de Berlin est purement momentanée et conditionnelle. Or, il s’était fait un accord entre ces deux fractions de l’assemblée des notables sur la hase de la discussion immédiate de là constitution, mais de l’ajournement de l’élection du prince de Bulgarie. C’est contre cette dernière résolution fjué les puissaüces ont protesté"; elles exigent l’élection d’un chef définitif dti nouvel Etat, ainsi que le prescrit le traité. Il ést à croire que les notables bulgares ne résisteront pas â Cesiiijotic-tiohs
- L’agitation constitutionnelle on lîu^> sïe. — Les esprits continuent à être toujours fort exaltés en Russie et la nécessité de réformes dans le gouvernement apparaît plus urgente que jamais. Aussi l’agitation en faveur d'institutions constitutionnelles gagne-t elle chaque jour dù terrain. Malgré la défense catégorique du ministre de l’intérieur, malgré les menaces de d portation en Sibérie, les Etats provinciaux de la Crimée ont, sur la proposition de M. Wizing, rédigé et voté une adresse au Czar où ils demandent la participation du peuple russe au gouvernement du pays. Malheureusement ce vœu si rationnel et si équitable menace de demeurer stérile pendant longtemps encore.
- ICiï Afghanistan. — Il semblesë confirmer que la mort de Schere-Ali va rendre possible lé rétablissement de la paix entre les Anglais et les Afghans. Le chancelier de l’Ëchiquier a annoncé à la Chambré des Communes que des négociations étaient actuellement entamées avec Jakoub, dans cë sens. 11 est à présumer que le fils du défunt émir, craignant les compétitions au trône, désire, au prix de la paix, s’assurer le concours delà Grande-Bretagne qui le reconnaîtrait comme souverain de l’Afghanistan.
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- Application de la lumière électrique à la photographie.
- Nous avons à signaler l’application de la lumière électrique à la photographie. La qualité photogénique de ses rayons lui permet de remplacer le soleil dms ce genre d’application. Les ateliers de photographie sont toujours situés aux derniers étages des maisons, ce qui n’est pas agréable pour la clientèle; ils doivent être vitrés sur toute leur étendue, et avoir une exposition telle qu’il y ait le plus de jour por-sible sans cependant recevoir les rayons directs du soleil qui gêneraient le modèle et donneraient des clichés trop durs. M. Liébert. photographe, rue de Londres, vient d’installer un système d’éclairage électrique très ingénieux qui lui permet de faire des portraits et de tirer des épreuves, non-seulement par tous les temps, mais à n’importe quelle heure de la nuit. La lumière est produite par un régulateur Serrin actionné par une machine Gramme, mise en mouvement par une machine à gaz. L’arc lumineux n'éclaire pas directement le modèle, mais il passe au travers d’une lentille de phare qui rend les rayons parallèles, lesquels sont projetés sur un premier réflecteur qui les envoie sur un de -'Xième réflecteur d’où ils sont dirigés sur le modèle. On obtient ainsi un éclairage constant, au lieu de la lumière variable du soleil ; on éclaire le modèle comme on le veut, à toute heure du jour ou de la nuit et dans n’importe quelle chambre, fût-ce même une cave. Le temps de la pose est moindre qu’avec la lumière du jour. On comprend l’importance de tous ces avantages, qui évitent aux photographes l’obligation d’avoir un atelier spécial, haut perché et coûteux, dans lequel ils obtiennent néanmoins rarement les faveurs de l’astre du jour,
- Le Technieura de Winterthour
- En 1874, le gouvernement du canton suisse de -Zurich a fondé dans la jolie ville de Winterthour une école industrielle supérieure d’un genre nouveau, connue sous le nom de Techmcum. Cette institution est destinée aux jeunes gens que des circonstances personnelles empêchent de faire de longues et coûteuses études et qui sont cependant désireux d’acquérir des connaissances théoriques, afin de ne pas être esclaves de la routine et de pouvoir profiter des perfectionnements et des nouvelles inventions dans l’exercice d’une profession industrielle.
- Cet établissement, dont certaines personnes voulaient faire un polytechnicum au petit pied, a été organisé sur des bases rationnelles et d’une manière essentiellement pratique. Pour y entrer, il suffit des connaissances qu’on peut acquérir dans une bonne école secon daire, et la durée des cours varie de 2 ans à 2 ans et demi. Les deux premiers semestres sont consacrés à des cours préparatoires, mais, dès le second, on tient compte des spécialités auxquelles les jeunes gens veulent se vouer. A partir du troisième semestre, l’école se divise en plusieurs sections pour l’architecture, la mécanique, l'arpentage et la géodésie, la chimie industrielle, le dessin artistique et industriel, le modelage. Il y a aussi des cours spéciaux de science commerciale.
- Le choix des professenrs a été fait très-judicieusement. On a réussi à attacher à la jeune institution des hommes joignant à des études spéciales une expérience pratique qui leur permet de se mettre tout à fait à la portée de leurs élèves; en outre ces derniers ont, dans les usines et dans les nombreux établissements indus triels des environs, plus d’occasion qu’ailieurs de se perfectionner.
- Grâce à ces mesures, le Technicum a vu le nombre de ses élèves s’élever rapidement au chiffre respectable de deux cents. Il sera prochainement transféré dans un magnifique local qu’il partagera avec le musée industriel ; une riche bibliothèque et une salle de lecture y
- seront également installées. Il y a peu d’établissements de ce genre qui soient en état de rivaliser avec le Technicum, tant sous le rapport de l’enseignement qu’au point de vue pratique.
- SOCIÉTÉ DES TRAVAILLEURS AMIS DE LA PAIX.
- Le dimanche 2 mars, place Voltaire la Société des T) availleurs amis de la paix a tenu une séance fort brillante pendant laquelle la concorde la plus grande, l’entente la plus parfaite n’ont pas cessé de régner.
- M. Desmoulins qui présidait-la séance, l’a ouverte par un excellent discours dans lequel il a rappelé que la Société des travailleurs a été créée à la suite du meeting de la paix, tenu au Château-d’eau, le 25 août dernier. (Meeting dont le Devoir a rendu compte.) Les esprits ne paraissaient pas à cette époque suffisamment préparés aux véritables idées de justice, et l’on parlait encore ‘de revanche par les armes, alors que l’on eût dû sentir combien les armes peuvent avoir tort.
- « C’est dans le champ de l’industrie, dit M. Desmoulins, que le peuple doit chercher sa revanche. «
- Un grand nombre d’adhésions sont déjà venues de la province, et chose remarquable, du sein même des régiments. Ces adhésions sont facilitées par le fait que tout membre donne seulement 25 centimes par mois.
- M. Desmoulins présente ensuite à l’assemblée M. Ch Lemorinier, président de la Ligue delà Paix et de la Liberté, vétéran de cette noble cause qu’il a défendue depuis i2 ans avec tant d’éloquence et de dévoûment.
- Puis M. Limousin donne lecture de la première résolution, déclarant que la guerre est une monstruosité et qu’il est indispensable, au nom de l’humanité, de recourir pour la solution des différents entre nations à l’arbitrage international.
- La guerre, c’est le meurtre, dit-il ; c’est l’assassinat en masse. L’histoire tout entière est la glorification de la force ; l’histoire de l’avenir sera celle du travail et de la justice. Il est des pays qui se gouvernent eux-mêmes, laBelgique, l’Italie, la Suisse etc., pourquoi ne s’entendraient-il pas pour former le noyau d’une première union. Quant à nous nous saurons ne plus être les assaillants du pays des autres.
- M. Joly demande l’établissement d’un travail international. L’idée de revanche, dit-il, est une idée fausse, car une revanche en appelle une autre, et ainsi de suite ; c’est une guerre indéfinie.
- M ? Laya, professeur de droit, signée ceète singu-i
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- larité que les lois internationales ont été faites en dehors des nations par les rois, les chanceliers, etc. Cela est fâcheux. Il faut que les nations elles-mêmes s’en mêlent. C’est là le rôle des associations. Il faut de petites sociétés populaires amenant la formation des associations. Celle des Travailleurs amis de la Paix aspire à devenir le lien d’intérêts considérables.
- Notre devoir, dit-il, est de travailler à l’abolition complète de toutes les guerres. Jusqu’ici on a fait plutôt de la théorie que de la pratique. Que la Société des travailleurs s’efforce d’amener un parlement international, c’est chose praticable, aisée même.
- M. Desmoulins, après avoir recueilli pour la première résolution le vote à l’unanimité, lit la seconde résolution, demandant le désarmement proportionnel et simultané des nations civilisées.
- Il fait une spirituelle critique de notre civilisation qui met son énergie à perfectionner les engins de destruction, à entretenir la lutte,
- Les travailleurs n’ont pas de raison de se haïr, ils ont plus d’intérêt que d’autres au maintien de la paix car c’est eux qui souffrent le plus de la guerre Qu’ils sachent donc s’unir en faveur de la paix. Il faut que la politique moderne suive le mouvement indiqué par la science.
- Le budget de la guerre s’élève en France à une somme effroyable et dans les autres pays il prend aussi d’énormes proportions.
- L’Italie qui s’est faite libre, souffre beaucoup de l’impôt nécessité par les armées permanentes, Qu’elle désarme donc; n’est-ce pas à elle à nous donner l’exemple; elle a su conquérir sa liberté; qu’elle sache conquérir le bien-être de ses citoyens.
- Qu’est-ce qui empêche l’Italie de marcher dans la voie de la paix ? Serait-ce l’oligarchie qui entoure le prince Humbert et qui rêve des conquêtes du côté de l’Autriche ?
- La Belgique elle aussi doit désarmer; ne vient-elle pas de de nous ouvrir la voie d’un progrès immense ? Ne vient-elle pas de séparer en. certaines matières l’Eglise de l’Etat?
- M. Bratiano, député roumain, dit que les travailleurs s’ils savent s’organiser peuvent exercer sur les hommes d’Etat une énorme influence, c’est eux à tout prendre qui forment la grande masse des populations. Il ne faut pas que le peuple s’amollisse, car alors les hommes d’Etat s’arrogent des droits qui ne sont pas les leurs. En Autriche le peuple exerce une telle influence que devant l’attitude publique lors des affaires de Bosnie et d Herzégovine, le gouvernement hésitait, et qu’il n’a cédé qu’à Tob-esession, à te pression de j’à.Heœagaa,
- M. Penet, dans uneétude historique très-sérieuse, montre quels désastres ont de tout temps causés les armées permanentes. Il rappelle les dragonnades, les journées de juin et dit combien est poussée loin ! l’aberration des peuples, puisque pour célébrer le meurtre et le carnage, ils en remercient Dieu dans des Te Deum.
- M. Ch. Lomonnier, en son nom et au nom de la Ligue de la Paix et de la Liberté donne aux Travailleurs amis de la Paix une cordiale poignée de mains.
- Il développe, dans un éloquent discours, l’idée que la Ligue de la Paix et de la Liberté et la Société des Travailleurs de la Paix ont un but commun et se doivent appui mutuel.
- « Nous sommes tous ici des travailleurs, dit-il, car tout homme qui produit pour sa subsistance est un travailleur
- Nous voulons la paix dans la liberté par la justice.
- Nous devons nous associer contre l’ancien monde.
- C’est l’intérêt de l’ouvrier surtout, du travailleur, d’amener le désarmement européen. Si on réduisait les armées à la bourgeoisie il n’y aurait pas d’opposants à la paix. Qui reçoit les gros traitements dans l’armée — je ne me sers pas du mot salaire, a-t-il dit, car le salaire appartient aux travailleurs — qui donc reçoit les gros traitements ? les généraux, les états-majors, les empereurs.
- Si les questions se résolvaient par l’arbitrage, tout le monde s’en féliciterait, sauf les officiers et les diplomates. Au lieu de s’égorger on s’entendrait, on écouterait, et le procès serait vidé.
- Nous avons été jusqu’ici plus que naïfs. Le temps est venu de la paix, de l’amour, de l’association !
- Il importe que la politique soit une application de la morale. La seule revanche que nous devions prendre, c’est la revanche par l’égalité, par la fraternité, par la justice !
- Là est notre droit et notre devoir.
- M. Dauthier signale l’antagonisme de l’élément civil et de l’élément militaire et demande le désarmement. Il rappelle cette parole de Carnot. « Nous voulons l’abolition de la guerre, parce que nous sommes les adversaires de la peine de mort. »
- Après quelques mots de M. Blavet-Rivet et le vote de la troisième résolution la séance est levée.
- Eugénie Pierre.
- COURS SUPÉRIEURS POUR DAMES EN BELGIQUE
- Les cours supérieurs pour dames, qui viennent de se fonder en Belgique, ont été ouverts à Bruxelles ie 24 février dernier.
- M. Buis* éebevin de l’instruction publique, a prp-
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- fité de cette solennité pour prononcer un remarquable discours que publie le journal T Avenir.
- Nous croyons devoir reproduire les passages les plus caractéristiques de ce discours :
- « Depuis longtemps, a dit M. Buis, vous aviez compris, mesdames, que l’existence est bien vide quand elle se borne aux frivolités et aux plaisirs du monde : la science ouvre à l’esprit des horizons autrement vastes que les bals et les théâtres.
- « Nous savons qu’il y a parmi vous des mères qui désirent entourer leurs enfants de soins intelligents, leur donner une éducation physique et intellectuelle qui soit conforme aux lois de la nature, adoucir pour ces êtres chéris les rudes commencements de l’instruction, et puis les suivre le plus longtemps possible dans leur ascension vers la science. -
- » Nous savons qu’il y a parmi vous des épouses qui veulent partager les enthousiasmes de leurs maris, vivre en communion de pensée et de goûts avec le compagnon de leur vie.
- » Nous savons qu’il y a parmi vous des jeunes filles qui sentent la vanité des plaisirs du monde, quand ils doivent seuls remplir l’existence, et qui trouveront dans les arts et dans les sciences un aliment à l’activité de leur imagination.
- » Les jeunes femmes s’imaginent trop souvent que l’éducation est une science que toute mère possède naturellement, alors qu’elle constitue Lun des problèmes complexes dont l’humanité poursuit la solution depuis qu’elle s’est mise à y penser.
- » On oublie trop l’impression profonde et durable que laisse la première éducation, celle que la mère gâte souvent par inexpérience, par ignorance ou par une tendresse mal entendue.
- » Des penseurs éminents ont peu à peu dégagé les lois qui président au développement intellectuel de l’homme, et le plus célèbre d’entre, eux, Frœbel, a élaboré tout un système dont l’esprit devrait être connu de toutes les mères.
- » Il est quelquefois plus difficile de faire admettre que les femmes doivent être initiées aux sciences d’observation. Cependant ne vivent-elles pas comme nous dans le monde ? la nature ne frappe-t-elle pas leurs yeux comme les nôtres ? Dès lors pourquoi voudraient-elles ignorer les grandes lois qui régissent les phénomènes naturels ?
- » Si les femmes sont souvent indifférentes aux sciences, c’est qu’on lié leur en a pas suffisamment fait comprendre la grandeur et la poésie.
- » Mais elles ont l’imagination trop vive, la curiosité trop éveillée pouf ne pas s’enthousiasmer autant que nous devant les merveilles de l’infinlment petit et de Tiiifinimeht grand.
- « Et puis, mesdames, quelle excellente discipline pour l'esprit et pour le caractère que l’habitude imposée par l’étude des sciences de ne se fier qu’à 1 observation, de rapporter tbüt à dés lois immuables.
- » Les sciences historiques sont fondées sur la recherche sincère de la vérité, c’ëst celle-ci seule que l’historien peut poursuivre ; s’il s’en écartait un moment il ne serait plus compté dans le monde savant. Or, qui oserait dire qu’il craint la vérité, qui oséfait demander qu’elle soit dissimulée ?............. .
- » Nous arrivons maintenant au groupe de coufs qui traitent de l’histoire des beaux-arts.
- » Si nous avions besoin de justifier leur inscription à notre programme, i nos faudrait d*abord présenter vôtre propre justification, mesdames, car ne pratiquez-vous pas toutes plus ou moins ces arts. Vous lisez les œuvres littéraires les plus réputées, des revues vous tiennent au .courant du mouvement des lettres ; vous êtes toutes musiciennes; Vous fréquentez les concerts et les théâtres ; voüs prenez Un vif intérêt aux expositions de tàbleâux et souvent vous maniez Vous-même le pinceau. Ces cours n’introduiront donc pas un élément nouveau dans votre existence, ils ne feront que rendre plus fines, plus délicates, plus intenses, plus complètes, les jouissances que vous retifez déjà^de la culture des arts.
- » Nous vous avons esquissé rapidement le programme du comité directeur, nous n’avons pas à y insister davantage; le succès qui a couronné notre entreprise prouve que nous avons été au devant de vos désirs. Il prouve surtout, mesdames, qU’on calomnie les femmes lorsqu’on les représente comme Uniquement préoccupées de futilités.
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- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mme Marie HOWLANI) Voir n° 4 (tome 1) à np 27 (tome 2)
- chapitre XXXVI
- Discours <ln comte sur le Familistère.
- Le lendemain le mauvais temps fit remettre l’ex-cürsion projetée. Le comte s’occupa de terminer Un marché pour une ferme de soixante acres de terre touchant aux cinquante qu’il possédait déjà. Cela lui assura tout l’espace dont il avait besoin pour l’édification du palais social et de ses dépendances.
- Dans cette nouvelle propriété, le terrain était admifablement disposé pour constituer le jardin d’agrément du futur palais ; il s’y trouvait? en outre?
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- LË DËVOÏR
- un lac charmaftt alimenté par des sources vives sortant d’une colline vers le nord.
- Le jour suivant s’annonça magnifique, et nos amis partirent en voiture découverte pour leur excursion. Il était neuf heures du matin. Arrivés sur une hauteur d’où l’œil embrassait un vaste paysage, ils s’arrêtèrent.
- La rivière s’offrait à eux traversée par un pont dé bois. Sur la rive opposée, escarpée et bordée de grands arbres excepté aux abords immédiats du pont, s’étendait un vaste champ bien égal de niveau, et au delà de ce champ vingt acres de bois s’étageaient peu à peu vers les montagnes, dans la direction du nord-ouest.
- Le comte demanda à Susie où elle aimerait à voir placer le palais social ?
- « À peu près aux deux tiers de la distance du pont au bois, » répondit aussitôt Susie; « l’espace, en avant, à droite et à gauche de l’avenue constituerait un parc, dans lequel, à la sortie du pont, s’élèverait le théâtre....»
- « L’un facile accès pour les gens des environs, je Vois Votre idée, » dit le Comte.
- — « je n’ai pas dé vues bien définies pour le reste, si ce n’est que je mettrais la manufacture de soie vers l’est, réservant autant que possible la perspective de l’Oüest. »
- « La fabrique de ciment pourrait être aussi sur la droite plus loin que la manufacture dé soie, » ajouta le docteur.
- « je consens à tout Cela, » repritlé comte. « Maintenant voyez ce lac dans les bois ; il est à une altitude suffisante pour fournir de l’eau jusqu’au troisième étagé du palais. Je me suis assuré que cette eau est excellente etqu’elle pourra suffire a tous nos besoins.
- « Derrière le palais nous établirons les serres, les pépinières et les jardins, etau milieu de ces derniers, nous construirons de Vastes piscines. Je propose d’en établir deux: une pour les hommes, l’autre pour les femmes et les enfants ; cette dernière sera munie d’un fond de bois mobile comme celui installé à Guise, afin d’avoir à volonté la profondeur d’eau convenable aux grandes personnes et aux différents âges de l’enfance. »
- « Quelle excellente idée ! « s’écria Clara.
- « Oui, » reprit le comte, mais il me vient à la pensée que les piscines seront difficiles à chauffer et que nous devrons, pour parer à cela, placer la manufacture de soie plus près du palais que nous l’avions supposé d’abord. Nous pourrons ainsi utiliser au chauffage des piscines la vapeur d’échappement des machines. Nous établirons également des salles de
- bain dans le palais, car je ne crois pas qu’on puisse exagérer la valeur dé l’eau comme agent moralisateur. »
- « Vous avez parfaitement raison ; » dit M. Furest. « Mais dites-nous donc maintenant qu’elle forme « générale vous entendez donner au palais ? »
- « Le Palais, » répondit Frauenstein, « se composera de quatre immenses bâtiments disposés comme les bras d’une croix grecque, leur point de jonction sera une vaste cour vitrée de deux cents pieds carrés environ. Chaque bâtiment aura en outre sa cour intérieure vitrée de moindres dimensions. La grande Jour centrale sera la salle des fêtes. L’ensemble du palais sera complété par les élégants bâtiments des écoles, du théâtre et par toutes les constructions annexes nécessaires aux différents besoins de la vie.
- « Nous aurons aussi de splendides serres dans lesquelles madame Susie aura la satisfaction d’occuper quantité de femmes et de jeunes filles. »
- « Oh ! s’écria Susie, » je ne puis croire qu’il me soit réservé de voir toutes ces choses. Pensez donc 1 des centaines de pauvres familles avoir à leur disposition tant de ressources, tant de moyens de bien-être et de progrès. Cela est-il possible ? »
- « Certainement, » dit Frauenstein, «et vous prendrez, je l’espère, une large part dans la direction de cette œuvre ! »
- Us continuèrent leur route. En traversant la rivière, le docteur fit remarquer qu’un nouveau pont était nécessaire.
- « J’y ai déjà pensé, docteur, » repartit Frauenstein, « j’ai offert au conseil de la ville de construire un nouveau pont qui serait achevé en quarantejours. J’ai pour cela de grandes facilités, étant un des propriétaires de l’atelier de construction de ponts en fer du Phénix, dans la vallée de Schuylkill, en Pen-sylvanie. J’ai proposé à la ville de me souscrire des obligations par petites coupures jusqu’à concurrence de cinquante mille dollars. Ces billets seraient reçus dans les caisses municipales en paiement des impôts et taxes ; je les endosserais s’il était nécessaire et m’en servirais pour le paiement de mes ouvriers. » « Yoilà une excellente idée, Frauenstein, » s’écria le docteur, « mais vous n’aurez pas besoin d’endosser les billets : ils circuleront avec la plus grande facilité, car tout le monde depuis longtemps désire la construction de ce pont. »
- « Quand les billets reviendront aux caisses de la ville, on .pourra les brûler, » ajouta le comte. « En une année ils peuvent se trouver tous rachetés ; ainsi vos concitoyens auront construit le pont sans presque s’apercevoir de ce qu’il aura coûté. »
- Tout en discutant, nos amis étaient arrivés à la
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- lisière du bois, et comme la route s'arrêtait là, ils mirent pied à terre et se dirigèrent vers le lac en suivant le cours d’un petit ruisseau, Il était niidi lorsqu’ils revinrent à l'endroit où des groupes d’ouvriers extrayaient les matériaux nécessaires à la construction du palais social.
- Le contre-maitre s’approcha et salua respectueusement. Frauenstein lui tendit la main et le présenta en ces termes à la société : « M. Stevens, un savant en même temps qu’un habile ouvrier.» Puis, se tournant vers Stevens : « Vous connaissez déjà de vue et de réputation le docteur Forest. Quant à ces dames,» ajouta-t-il en indiquant Clara et Susie, « ce sont les chefs de la maison Dykes et Delano dont vous devez également avoir entendu parler. » Stevens s’inclina. « Ce sont-elles, » poursuivit le comte, « qui dirigeront les serres, les jardins et les pépinières de notre futur palais social. »
- Cà et là, sur les pièces de charpentes, par terre, sur les charriots, partout en un mot, des hommes isolés ou par petits groupes étaient assis pour prendre leur repas. La plupart avaient leurs provisions dans une boite de fer blanc.
- « M. Stevens, » dit Clara émue de ce dénûment, « puisque vous allez occuper un si grand nombre d’ouvriers pendant plusieurs mois, ne serait-il pas possible de dresser pour ces hommes un abri dans lequel une table serait mise à leur disposition. Cela serait plus fraternel et....»
- « Et plus humain, n’est-ce pas, madame, » répondit Stevens. « Hélas ! j’ai pris mes repas de la sorte pendant de longues années. »
- « Par Dieu 1 c’est une honte ! » s’écria le docteur.
- L’édiflcation d’un bâtiment provisoire destiné à servir de cuisine et de salle à manger aux ouvriers fut bien vite décidée en principe par le comte et ses amis.
- Puis Frauenstein, désireux d’adresser quelques paroles aux travailleurs pour leur faire comprendre le but de la fondation à laquelle ils étaient appelés à coopérer, pria Stevens de réunir ses hommes aussitôt le repas terminé.
- En attendant le comte fit avancer sa voiture près d’une pile de planches sur lesquelles trois hommes se trouvaient assis.
- « Mes amis, » dit Frauenstein, « je désire vous adresser une question, non par curiosité, croyez-le bien, mais dans un but que vous connaîtrez tout-à-1 heure. »
- u Faites, monsieur, «* dit l’un des ouvriers, tout en déchirant à belles dents un morceau de viande coriace,
- — * Je voudrais que vous eussiez l’obligeance de me
- dire quelle est à peu près la valeur d’un repas comme celui que vous faites en ce momeut ? »
- « Ma foi, patron, je pense que le mien coûte à peu près autant que celui que vous donnez chaque jour à votre chien, » répondit un homme à l’air rude et au front étroit.
- « Ce n’est pas bien, Mike, de parler ainsi à ce gentleman, » dit un autre.
- « Je ne suis pas offensé des paroles de Mike, » répartit Frauenstein ; « les protestations ne peuvent déplaire à qui cherche les moyens d’améliorer l’état actuel des choses. »
- Pendant que le comte poursuivait ses investigations, Stevens avait dit aux ouvriers qu’un discours allait leur être adressé, et la nouvelle circulait dans tous les groupes que ce gentleman ganté de noir était le grand capitaliste au sujet duquel on racontait tant d'histoires fabuleuses, touchant ses richesses inouïes et son projet de fonder un palais pour y loger des travailleurs.
- La plupart de ces pauvres gens étaient incrédules et se défiaient en général des projets et des intentions des capitalistes, cependant tous se levèrent et vinrent se ranger autour de la voiture qui contenait le comte et ses amis.
- Frauenstein avait pu se convaincre que la valeur moyenne d’un dîner comme celui dont il venait d’être témoin était d’environ dix sous. Plusieurs hommes lui avaient exprimé que s’ils pouvaient trouver pour ce prix un dîner tout préparé, ils seraient heureux de ne plus avoir la charge d’apporter eux-mêmes leur repas.
- Le comte causa ensuite à voix basse avec Stevens pendant que les ouvriers se rassemblaient, puis quand la réunion fut complète, Frauenstein, debout dans la voiture, ôta son chapeau et ses gants et, avant de prendre la parole, promena un instant son beau regard sur la foule. Les ouvriers firent aussitôt un profond silence, en suivant des yeux l’intelligente physionomie du comte. *
- (A suivie.)
- L’ENSEIGNEMENT DE L'HISTOIRE.
- Vous avez touché à plusieurs reprises la question de l’enseignement de l’histoire. Permettez-moi d’ajouter quelques réflexions à celles que vous avez faites sur ce sujet.
- La question est importante car, l’enseignement de cette branche considérable, l’histoire, a été donné jusqu’ici de manière à façonner aux souverains des sujets dociles ; il doit ne plus être ainsi et dès au-
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- jourd'hui il doit se donner de manière à préparer des citoyens.
- L’histoire bien enseignée est l’un des principaux éléments d’une éducation civique.
- Nous sommes les enfants des siècles qui nous ont précédés, et comme tels nous ne devons rien perdre de l’expérience et des progrès acquis par nos pères et nous leur devons de la reconnaissance pour les nobles exemples qu’ils nous ont laissés ; notre admiration pour les actions véritablement belles de l’antiquité ne saurait être trop grande; c’est en regardant de temps en temps en arrière, en consultant avec discernement les leçons de l’histoire, que nous marcherons plus sûrement en avant dans la voie du progrès.
- Mais il y a une condition à cela ; c’est que nous saurons prendre le bon et laisser le mauvais, admettre et écouter les sages leçons des anciens et ne pas hériter de leurs préjugés.
- Notez bien que je ne veux pas attaquer les écrivains de l’antiquité. Ils ont été de leur temps et souvent même à l’avant-garde de leur temps. Ce que je veux attaquer c’est l’usage irréfléchi que le xix9 .siècle fait de leurs oeuvres.
- Si nous admirons l’antiquité dans ce qu’elle a de grand, nous pensons, par contre, qu’on ne saurait apporter trop de soin dans l’enseignement de son histoire et dans la lecture de ses écrivains, surtout lorsque cette étude est faite par des adolescents dont le jugement gardera les premières empreintes reçues.
- N’oublions pas que les chefs-d’œuvre des littératures grecque et latine ont été écrits par des panégyristes de la force brutale, par des apologistes de César et d’Alexandre, par des hommes qui mettaient le prestige militaire au-dessus de l’équité et de la justice.
- Les œuvres de ces historiens et de ces poètes peuvent avoir leurs dangers, car nous ne sommes pas encore dépouillés de ce prestige militaire au sujet duquel vous vous êtes plusieurs fois élevé.
- Il est même si vif encore que des historiens modernes tombent dans les mêmes erreurs que les historiens anciens.
- — Hélas ! oui; écoutez ce que disait M. Thiers en 1844 :
- « L’antiquité, osons le dire à un siècle orgueilleux,
- « l’antiquité est ce qu’il y a de plus beau au monde.
- « Laissons, messieurs, laissons l’enfance dans l’an-» tiquité, comme dans un asile calme, paisible et « sain destiné à la conserver fraîche et pure. » (I)
- (1) Rapportde M. Thiers sur la loi de l’instruction secondaire, 1844.
- Examinons jusqu’à quel point cet asile, conseillé par M. Thiers, est calme, paisible et sain.
- Si, prenant cet historien lui-même comme exemple de l'influence salutaire que les études gréco-latines exercent sur l’homme nous ouvrons un de ses volumes pour voir comment, sous cette influence, il écrit l’histoire, nous serons édifiés. Voici, par exemple, ce que nous lisons relativement à la description de l’incendie d’Iéna, après la bataille du même nom, et les massacres qu’exécute dans les rues de Weimar la cavalerie de Murat sabrant sans pitié tous ceux qui n'étaient pas assez prompts à jeter leurs armes, « Scènes terribles ! écrit-il, dont l’aspect serait intolérable, si le génie, si l'héroïsme déployé n'en, rachetait l'horreur, et si la gloire, cette lumière qui embellit tout, ne venait les envelopper de ses'rayons éblouissants. » (1)
- Voilà à quelle oblitération du sens moral peut conduire l’enthousiasme irréfléchi pour l’antiquité, et si des hommes comme M. Thiers se laissent entraîner, combien â plus forte raison des enfants ou des adolescents auront-ils. leur idées faussées ?
- « A l’égard de l’histoire ancienne, dit M. Edmond « Barbier, il ne faut pas que le professeur oublie “ qu’il a à former, non des Spartiates ou des Romains, « mais des hommes de la société moderne, si diffé-« rente, sous tous les rapports, de la société an-« cienne. »
- L’esclavage n'est-il pas repoussé par la société nouvelle, tandis que l’ancienne le trouve tout naturel.
- Le travail est honoré aujourd’hui ; il était méprisé autrefois. Lycurgue ordonnait l’immolation d’une partie des nouveau-nés ; nous faisons de nos jours des sociétés protectrices de l’enfance.
- Les anciens disaient vœ victis ! nous, nous ne voyons plus dans les vaincus que des frères.
- Les professeurs ont donc pour devoir derectifîer dans leurs cours les idées émises par les anciens, chaque fois que ces idées sont contrairesaux idées modernes. Si en enseignant l’histoire ancienne ils font sentir à l’élève les progrès du développement social, alors ils rendront service. S’ils ne font pas ces constatations ils donnent un enseignement dangereux.
- Alexandre égorgeant les habitants de Thèbes et de Tyr; Jules César, massacrant dans Avaricumjusqu’aux vieillards, aux femmes et aux enfants; Charlemagne, exterminant les Saxons parce qu’ils refusaient le nom de chrétiens, Cortez et Pizarre brûlant et égorgeant les indigènes de l’Amérique parce que ceux-ci
- (1) Histoire du Consulat et de l’Empire « C'est avec dépareilles pnrases, dit M P., Larroquej que d- s historiens aussi faciles à se laisser éblouir que l’est M. Thiers, brouillent dans l’esprit du vulgaire les notions du bien et du mal. »
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- tenaient à leurs dieux, commettent des actes qui déshonorent leurs auteurs malgré l’incontestable génie de ceux-ci. Qu’on fasse donc sentir à l’élève combien ces crimes ternissent la vraie gloire de ces hommes,
- Malheureusement nous n’en sommes pas là et l’on peut dire avec regret, mais sans exagération, qu’au-jourd'hui l’enseignement ordinaire de l’histoire dans les. écoles constitue une méthode d’abrutissement et de dégradation intellectuelle qui manque rarement son effet : cet enseignement est l’apologie de la ruse, de la vengeance, de l’ambition, de l’assassinat. Est-ce là ce que doivent apprendre les républicains de l’avenir? Est ce ainsi qu’on formera à des citoyens à la France libre, pacifique et travailleuse ?
- Edmonp Potonxé,
- L’ÉLOQUENCE DE LA STATISTIQUE.
- L’empire d’Allemagne, tel que la guerre franco-allemande l’a parachevé, peut avec raison s’enorgueillir de sa haute position politique et militaire. Il n’a pas moins lieu de se féliciter sous le rapport intellectuel ; car dans les sciences, comme dans les arts et les belles- lettres, il rivalise avec succès avec tous les autres pays. Mais hélas, il n’en est pas de même en matière économique et, tandis que dans chaque autre branche, il offre l’aspect d’une société supérieurement organisée, il se trouve économiquement parlant dans un état de chaos qui ne laisse pas que d’alarmer les timonniers de l’État.
- La mutualité n’existe pas dans les rapporté commerciaux dans le sein même du pays. Il n’y a pas de ce que les Anglais nomment : the mutual inler-gros-ping of the commercial factors.
- Nulle union dans les forces économiques qui, divisées, se font concurrence et se nuisent au lieu de s’entr’aider.
- Les fermiers ne peuvent subsister malgré de plantureuses récoltes,et le peuple est affamé en dépit de l’abondance des grains.
- Les manufactures du pays chôment ou à peu près.
- Les étrangers fournissent les marchés allemands, et des milliers de tisseurs, de tailleurs et de fabricants de chaussures se donnent des fêtes, quand d’autres milliers manquent de chemises, d’habits et de souliers.
- Toutes les autres industries offrent le même spectacle. Partout le manque d’occupation se trouve face à face avec le besoin le plus urgent de ces choses de première nécessité que les masses pourraient se pro-
- curer si leurs bras étaient occupés et s’il existait une organisation nationale du travail.
- Il résulte de statistiques parfaitement exactes que l’Allemagne compte actuellement environ 43millions d’habitants, mais qu’elle n’a pour support de cette population que 32 millions d’hectares de terrain en, culture, tandis que la France avec seulement 40 millions d’âmes possède 44 millions d’hectares en pleine production. Et, chose à noter, la population de l’Allemagne augmente dans une proportion beaucoup plus grande et beaucoup plus rapide que celle de la France.
- Si encore il y avait possibilité pour le puissant empire d’ajouter à ses terrains arables quelques milles carrés de plus... Mais impossible de le faire sans toucher aux 14 millions d’hectares de forêts qui couvrent une partie du pays et sans courir le risque d’altérer fâcheusement le climat.
- Tous les autres Etats de l’Europe peuvent au contraire étendre leur culture de manière à fournir abri et nourriture à leur population croissante.
- L’Angleterre et la Russie, chacun le 'sait* sont déjà pourvues largement sous ce rapport. ^
- La France, à cô té des 9,608 milles carrés qu’elle pas-* sède en Europe, a 12,000 milles carrés en Algérie, à quoi il faut ajouter, qui sont à sa disposition, deux autres milliers dans l’Etat de Tunis, et 16 milliers dans la régence de Tripoli (états où l’influence française esttoute puissante.)
- L’Italie peut faire revivre ses anciennes traditions, revenir à ses anciens errements et profiter de sa position maritime pour coloniser.
- L’Autriche, enfin, qui peut être, regardée non sans ; raison comme appelée à recueillir une partie au ! moins de l’héritage de la Turquie., a déjà, dans ses propres domaines de quoi subvenir largement et pour | longtemps à l’accroissement de sa population.
- L’Allemagne seule, parmi les grands Etats,manque de cette ressource.
- Cependant il faut qu’elle aorte des conditions dans lesquelles elle se trouve.
- Quel remède appliquera-t-elle à son malaise intérieur ? Par quoi suppléera-t-elle à ce qui lui fait défaut ?
- Du libre-échange qu’on lui conseille comme régime, ou de la prohibition ou protection que M. de Bismarck lui apporte comme curatif, que choisira-t-elle ?
- « Vouloir parer à un manque de grain par un excédant de produits industriels, c’est se préparer une déception, » disent les protectionnistes, « parce que tous les autres pays s’occupent activement d’établir
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- et d'agrandir leur puissance industrielle et manufacturière. »
- « L Allemagne, » ajoutent-ils, « peutplutôt restreins dre ses exportations qu’augmenter des importations La protection, voilà le curatif. »
- — « Votre curatif est tout au plus un palliatif, » répondent les libre-échangistes ; « car, en admettant que vous apportiez, ce dont nous doutons, quelque allégement au mal existant, ce ne pourra être que dans des limites très étroites? Remarquez, en effet, que nous dépendons actuellement de l’étranger poulies grains, les matières brutes et les produits coloniaux. Que sera-ce dans 40 ans? L’Allemagne,aura alors 60 millions et plus d habitants, et, durant ces 40 années, les pays étrangers dans lesquels diverses industries sont maintenant peu développées, seront sans doute devenus eux-mêmes de véritables puissances manufacturières et ceci grâce à ce que nos exportations auront considérablement diminué, et alors ? ? ? Et alors ? »
- Eh bien, M. de Bismarck, répondez ; car c’est à vous que s’adresse cette question. Dans 40 ans vous serez mort, sans doute, mais vous n'êtes pas de ceux qui disent : « Après moi le déluge, » et vous voulez que l’Allemagne vive. Le problème est difficile à résoudre, je le sais, et, s’il s’agissait de toute autre chose, d’une question, par exemple, où le canon pourrait avoir voix délibérative, la solution ne se ferait pas tant attendre, mais hélas, en matière économique,le canon ne mène pas à grand’chose,et quelques chiffres, quelques données de statistique sont beaucoup plus éloquents que sa voix redoutable.
- Londres, 7 mars 1879.
- G. Maistre.
- Il importe que nous fassions suivre de quelques réserves la lettre de M. Maistre.
- L’Allemagne n’.est pas aussi déshéritée de la nature que notre collaborateur a l’air de le croire. La cause de la misère qui règne et s’aggrave chaque jour dans ce pays tient moins à la nature de la contrée qu'aux guerres du passé et au militarisme du présent.
- Le sol de l’Allemagne est en moyenne préférable à celui de l’Angleterre et de la Hollande qui sont pourtant des pays riches. Les vallées du Neckar et du Mein et la plaine de Magdebourg sont de la plus grande fertilité. Les mines du Harz et de l’Erz Ge-birge laissent bien loin derrière elles toutes les autres régions métalliques du continent. La houille abonde (îans la Prusse Rhénane et dans la Silésie. Enfin l’Allemagne a des fleuves navigables que de vastes plaines séparent seules et qui, par conséquent, avec un système de canaux plus complet, permettent
- d établir un magnifique réseau, de navigation intérieure. Il est donc erroné de dire que la nature est ingrate en Allemagne : cette croyance si accréditée chez nous est une faute de géographie.
- La vérité c’est que le sol de l’Allemagne a été dévasté par des guerres continuelles. Les ravages de la guerre de Trente Ans furent épouvantables : l’immense richesse de l’Allemagne à l’époque de la renaissance s’y engloutit totalement. Puis vinrent les invasions françaises sous Louis XV, puis la guerre de Sept ans, puis de nouveau les invasions françaises de la Révolution et de l’Empire. TJn demi-siècle de paix n’a pas suffi pour réparer de semblables désastres, et les sacrifices nécessités par les guerres de 1866 et 70. et par le régime du militarisme à outrance n’ont pas permis au pays de reprendre sa prospérité d’autrefois C’est donc la guerre et l’esprit de militarisme qui en est toujours la suite, qui sont les principales causes de tous les maux dont souffre l’Allemagne Une autre conséquence du militarisme — l’absence de liberté — pousse les Allemands à s’expatrier. Ils partent par centaines de milles emportant avec eux leur mobilier ou leurs économies. Les enfants pour lesquels l’État s’impose des sacrifices émigrent avant l’àge du service militaire. C’est une ruine pour le pays, ruine qui ne. s’arrêtera que le jour où les Allemands seront libres et où l’armée sera remplacée par une milice.
- L’énormité du budget militaire a encore une conséquence désastreuse, celle de détourner des travaux publics les sommes qu’il y aurait profit à leur consacrer. C’est ainsi que d’immenses espaces du Hanovre et de l’Oldenbourg dont le sol est de même nature que celui de la Hollande, sont abandonnés ou réduits à l’état de marécages faute des travaux publics voulus. Le marais de Bourtange, par exemple, qui couvre à lui seul plus de 1,400 kilomètres carrés, pourrait être transformé en cultures et en pâturages et nourrir des milliers et des milliers d’habitants. S’il appartenait aux Hollandais il serait une belle et fertile contrée.
- D’autres améliorations presque aussi considérables pourraient êtes faites si une partie du budget de la guerre était reportée sur les travaux publics.
- Malheureusement il est à craindre qu’il n’en soit rien. En ce cas, l’Allemagne continuera à se priver de ressources considérables, l’émigration persistera et, pour peu que le protectionnisme s’en mêle encore, le pays marchera à une ruine irrémédiable. E. C.
- Le Directeur-Gérant : Gqdin,
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878
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- Oltlifu.i1...«l..«nmm**l"i|l|l|i....
- Nous avons déjà mis sous les yeux de nos lecteurs, dans notre numéro du 23 juin dernier, le dessin ci-dessus représentant le dernier modèle de fourneau de cuisine sorti ues ateliers de la manufacture Godin à Guise.
- Nous leur avons dit que ce fourneau, exposé au Palais du Champ-de-Mars, dans l’annexe du chauffage, classe 27, réunissait tous les avantages qu’une bonne ménagère recherche dans un appareil de ce genre : Propreté, Solidité. Économie.
- Avec ce fourneau, dont le prix est peu élevé, il est facile de préparer les aliments sous toutes les formes.
- Les grillades se font à l’aide du gril rond qu’on place au-dessus du foyer, les rôtis à la broche avec la lèchefrite qu’on pose sur la porte de gauche abattue en forme de tablette.
- Le four est vaste ; enveloppé par la flamme, il chauffe également de tous côtés, et, au-dessous, une étuve spacieuse sert à réchauffer les plats.
- La chaudière, placée à droite, fournit constamment de l’eau à une température élevée, et les deux trous qu’ou voit au-dessus permettent d’y plonger des vases comme dans un bain-marie.
- Tout y est donc bien combiné pour la plus grande
- commodité de la ménagère qui peut ainsi faire toute sa cuisine à la fois, et l’économie est considérable, car un seul foyer, alimenté par le bois, la houille ou le coke, fournit la chaleur suffisante dans toutes les parties du fourneau, et un appareil spécial permet d’utiliser immédiatement les escarbilles pour entretenir le feu.
- Le jury de l’Exposition a, d’ailleurs, reconnu, après un examen sérieux, la perfection de cet appareil déjà très-bien accueilli par le public, puisqu’il a décerné à son inventeur la médaille d’or, la plus haute récompense attribuée dans la classe 27 aux appareils de chauffage.
- Nous sommes heureux d’annoncer, en même temps, que la maison Godin a aussi obtenu une médaille d’argent dans la classe 43, où elle avait exposé des articles de quincaillerie, tels que boutons de porte, boules de rampe, porte-plats, flambeaux, coupes, encriers, vide-poches, etc., etc., en fonte émaillée et nickelée.
- Nos lecteurs qui désirent se procurer des fourneaux de cuisine, des cheminées, des calorifères ou des objets d’ameublement en fonte, n’ont qu’à s’adresser à messieurs les quincailliers, poèliers, fumist , ferblantiers de leur ville, par l’intermédiaire de qui la maison Godin, de Guise, s’empressera de leur donner satisfaction.
- Saint-Quentin — lmp. de'la-Société anonyme du Glaneur
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- 2e ANNÉE, TOME 2 — N° 28
- Le numéro hebdomadaire 20 c.
- DIMANCHE 23 MARS 1879.
- JOURNAL DES REFORMES SOCIALES
- BUREAU PRINCIPAL
- A GUISE ( Aisne ).
- -TrvsU'-»—
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN
- Fondateur du Familistère Directeur-Gérant.
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris, de timbres-poste ou de mandats de poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . .
- Six mois . . .
- Trois mois. . .
- 10 f. »» 6 »» 3 »»
- Pays d’Europe
- Un an. . . . 11 f. »» Autres pays Un an . . . . 13 f. 60
- Rédacteur en chef : M. Ed. Champury
- BUREAU AUXILIAIRE A PARIS 32, rue Serpente , 32
- Pour tous renseignements, s’adresser de 2 à 5 heures à M. Ed. THIAUDIÈRE, Représentant du DEVOIR.
- SOMMAIRE
- Le Darwinisme devant les principes de 89. —• Pensées sociales et politiques. — Les musées à la campagne. — La semaine politique. — Réforme pénitentiaire. — Le troisième congrès ouvrier français. — Ligue pour le renchérissement du pain. — Répression d’une grève en Russie. — Roman : La Fille de son Père (suite). — Les désastres de Hongrie et la solidarité. — Les Zoulous. — Réclamation des agriculteurs. — Bulletin bibliographique. — Ministère des postes et des télégraphes.
- LE DARWINISME DEVANT LES PRINCIPES DE 89
- Nous avons répondu dans notre dernier numéro aux objections queM.Télénius nous avait présentées au sujet de notre condamnation du Darwinisme. Nous avons aujourd’hui à répondre aux objections, ou plutôt aux observations de notre ami M. Minod, le jeune et zélé rédacteur du Bulletin continental des intérêts de la moralité publique.
- Voici la lettre très-remarquable deM. Minod:
- Cher confrère et ami,
- Je désire vous soumettre une simple réflexion à propos de votre dernier article : « Le darwinisme devant les principes de 89.»
- Les craintes manifestées parM. Eugène Garcin et reproduites dans le Devoir me paraissent exagérées. Ou la théorie évolutionniste repose sur une base scientifique, et bon gré mal gré il faudra l’admettre; ou elle n’est
- qu’une utopie, et alors elle ira rejoindre dans l’oubli tant d’autres doctrines qui, à diverses époques, ont eu le don de passionner les esprits. Mais supposons que le transformisme soit scientifiquement démontré. En dé-coule-t-il nécessairement que l’espèce humaine devra rétrograder à la barbarie primitive? Nullement.
- Ainsi que l’a fort judicieusement fait remarquer M. Gh. Dollfus dans la Critique religieuse de M. Renouvier, s’il était avéré que le cerveau humain est un cerveau d’animal perfectionné, il s’ensuivrait uniquement que l’homme se serait détaché de l’animal pour former un règne à part, le règne de l’idéalité, à l’instant même où. le premier cerveau d’animal ainsi perfectionné aurait allumé dans l’âme, consciente de ses organes, le moindre désir de connaître et doté l’âme en même temps de la moindre faculté d’apprendre.
- Chez l’animal, en effet, nous trouvons les facultés de penser, de sentir, de se souvenir, de vouloir. Mais ce que nous ne trouvons à aucun degré chez le type le plus parfait de la série animale, c’est le désir de connaîitre et la faculté d'abstraire, apanages exclusifs de l’homme. Et que l’on ne vienne pas dire, selon les prétentions de l’école darwiniste, que cet instinct, l’idéalité, propre à l’espèce humaine, est un fruit de J'habitude. L’habitude peut développer un instinct ; elle ne saurait le faire naître ; nous devons donc bien admettre que l’exercice intellectuel a débuté par un premier acte de l’esprit, et pour que ce premier acte ait pu s’accomplir, il fallait qu’il existât à l’état latent.
- Ainsi, outre les deux instincts communs à tous les animaux :
- Subsister comme individus en se nourrissant,
- Gomme espèces en se reproduisant,
- L’homme possède un troisième instinct, l'idéalité, non moins impérieux que les deux autres.
- L’appétit intellectuel, le besoin de connaître, s’est développé avec l’humanité même ; il a éveillé en nous un
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- sentiment de l’infini que le temps et l’espace ne sauraient satisfaire ; un sentiment du beau dont le type entrevu n’a point de modèle sur notre globe ; un sentiment moral qui nous pousse au bien, une conscience qui nous conseille, nous approuve ou nous condamne. Cet instinct met en jeu des facultés complètement indépendantes et même contraires à nos intérêts matériels C’est lui qui a développé en nous le sentiment de la solidarité humaine, sentiment confus à l’origine, mais dont on peut suivre la marche ascendante interrompue à travers les âges. C’est de lui que dérivent toutes ces œuvres philanthropiques et sociales qui vont précisément à l’encontre de la sélection en secourant les malheureux, les délaissés, les infirmes, et en leur procurant les choses nécessaires à la vie.
- Qu’importe le talent, la célébrité d’un Malthus ou d’un Darvin ! Est-ce que leurs théories pourrontjtuer un instinct primordial de l’espèce humaine'! De tout temps on a vu des hommes agir, souffrir, mourir pour des abstractions, pour des idées; plus que jamais, de nos jours on voit éclater ces sentiments de justice, de solidarité, contraires il est vrai au vœ victU de la lutte pour l’existence, mais conformes à l’instinct d’idéalité, c’est-à-dire à la raison, à la conscience humaine.
- Voilà pourquoi il ne faut pas craindre. Plus on avance, plus se développe, s’élargit, s’étend ce sens moral dont le scalpel de la science cherche en vaiu à découvrir la source ou le siège, mais qui n’en forme pas moins le plus noble attribut de l’homme.
- Recevez, cher confrère et ami, l’expression de mes sentiments les plus dévoués.
- Henri Minod.
- Nous persistons à dire que nos critiques sur les conséquences morales du darwinisme n’ont rien d’exagéré.
- Si le bien-fondé des hypothèses de cette doctrine venait à être un jour établi, les principes de 89 seraient condamnés : devenus contradictoires avec les lois de la nature, ils ne pourraient plus être soutenus ; ils manqueraient de base solide; ils ne seraient plus que des principes en l’air, des utopies, des illusions.
- Du même coup il faudrait concevoir sous une forme tout autre,
- Et la société idéale vers laquelle nous marchons,
- Et les moyens qui nous permettent de l’atteindre.
- A notre foi dans l’unification progressive de la grande famille humaine, il faudrait substituer la croyance à une diversification croissante des races et des individus ;
- A notre poursuite de l’idéal par Fumon des
- volontés, par la fraternité des rapports, par la mutualité des secours, il faudrait substituer l’unique préoccupation d’acquérir le plus de force possible afin de triompher dans la lutte pour l’existence.
- Voilà où nous conduirait l’acceptation des hypothèses darwinistes. Exagérons-nous en disant que ce serait un recul pour l’humanité ?
- Mais, objecte M. .Minod, l’idéalité est un instinct primordial de l’espèce humaine et comme tel ne peut être étouffé par aucune théorie.
- Etouffé, non, mais dévoyé, mais atrophié. Nous ne croyons pas, pour notre compte, que le progrès puisse se faire indépendamment de l’activité humaine. Nous rejetons la doctrine anglaise du fatalisme du bien. L’humanité n’est pas un être ayant une existence par lui-même et se développant sans le concours de la volonté. Elle n’est au contraire qu’un groupement, qu’une réunion, qu’une collectivité et pour qu’elle progresse, pour qu’elle s’avance de plus en plus à la conquête du bien et du vrai, il n’est pas indifférent que les doctrines enseignées aux individus qui la composent soient des doctrines fausses ou des doctrines vraies.
- La société a connu des périodes de progrès, des périodes de stagnation et des périodes de recul. Ce n’est point par hasard que ces fluctuations se sont produites, c’est par le fait que les individus composant la société ont été guidés par des idées vraies ou par des idées fausses. Le plus souvent les grands crimes n’ont pas d’autre cause qu’une erreur de principe chez ceux qui les commettent : les bûchers de l’Inquisition, la réduction des noirs à l’esclavage, l’extermination des Indiens de l’Amérique, les guillotinades (le la Terreur ne sont pas les fruits du hasard mais bien l’application de fausses théories.
- C’est pourquoi, en présence de doctrines qui ont pour conséquence l’élimination des faibles au profit des forts, doctrines dont nous avons établi la fausseté, il importe que les penseurs indépendants s’unissent et protestent contre elles de toutes leurs forces. L’indifférence en présence de l’erreur est une conduite coupable; l’inaction en face du danger est une lâcheté. A l’œuvre donc, les penseurs, et qu’à la doctrine
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- nouvelle qui ose dire que « la raison de la force est la raison suprême, » on oppose cet enseignement de Jésus : « Aimons-nous les uns les autres », cette belle formule de la Révolution : « Liberté, Égalité, Fraternité, » et ce grand enseignement du socialisme : « Associons nos efforts pour le plus grand bien de tous. »
- Ed. Champury.
- PENSÉES SOCIALES & POLITIQUES
- XIV
- La souveraineté c’est le premier droit du peuple, c’est le droit de veiller â la conservation de tous les autres droits.
- LES MUSÉES A LA CAMPAGNE.
- Il y a bientôt une aùnée que nous avons abordé ce sujet II était presque neuf à ce moment-là, car ni la presse ni l’opinion publique ne s’en étaient sérieusement occupés. C’est pourquoi le Devoir lui consacra toute une série d’articles, dans lesquels furent étudiés tour à tour la possibilité de réaliser des musées de cette nature, les avantages qu’ils présenteraient, les efforts faits en leur faveur par l’initiative privée, enfin les espérances qu’on peut émettre sur leur portée future et leur développement à venir. (1)
- Depuis lors la .question a marché à grands pas. Grâee surtout à l’Exposition universelle de Paris, dans laquelle plusieurs musées scolaires ont été exposés, l’opinion publique et la presse se sont intéressées à cette utile institution.
- Malheureusement les préoccupations changent vite en France, et, à l’heure qu’il est, la question des musées à la campagne n’est plus agitée. Raison de plus pour qu’un journal comme le nôtre entretienne ses lecteurs des progrès faits par la question.
- Dans une lecture faite le 6 juillet dernier au congrès de l’Association normande à Vernon, M. Edmond Groult, fondateur des musées cantonaux, constatait les succès obtenus à l’étranger par cette utile institution. A l’intérieur du pays, le nombre des musées augmente et chacun d’eux s’accroît constamment.
- Les musées cantonaux sont des réceptacles toujours ouverts, où les plus humbles se font un honneur de
- (1) Voir Tome Ier, p. 130, 146, 165, 181, 388, 405.
- placer les objets souvent fort rares qu’ils possèdent et qui, sans l’existence de musées de cette nature, se trouveraient presque toujours ou ignorés ou irrémédiablement perdus. Ils les conservent pour l’instruction de tous, témoin cette admirable tête de bos primigenius offerte au musée cantonal de Lisieux par M. Huvé, entrepreneur de maçonnerie.
- Cette tête de bos primigenius est d’une valeur inappréciable. Elle est plus complète que celle du musée de Lyon. Ce fut un ouvrier maçon qui la découvrit près de Lisieux en travaillant aux fouilles d’un pont en reconstruction. Il est possible que si le musée de Lisieux n’avait pas existé cette pièce d’un grand prix et d’un grand intérêt aurait été perdue pour la science.
- Une preuve incontestable que les musées cantonaux rendent déjà des services, c’est l’expérimentation qui en est faite. On remarque surtout que les ouvriers des villes et ceux des campagnes mettent un véritable intérêt à lire ou à se faire lire les notices explicatives placées à côté de chaque objet. (1) Ce n’est pas exagérer que reconnaître que la création de ces musées est plus utile que celle des bibliothèques, dont les livres moisissent dans beaucoup de cantons, faute de lecteurs ; plus utile même que celle de beaucoup d’écoles dont l’enseignement trop machinal ne laisse dans l’esprit de la plupart de ceux qui les fréquentent (comme le constatent les rapports officiels sur l’état d’instruction de nos jeunes soldats) que les premiers éléments de la lecture et de l’écriture sans leur inspirer le goût de compléter par eux-mêmes leur instruction.
- L’expérience a prouvé que l’on a tiré un utile parti des obstacles qui paraissaient s’opposer au développement des musées à la campagne.
- C’est le cas par exemple de l’exiguitédu local qui, dans la plupart des chefs-lieux de canton empêche les organisateurs des Musées cantonaux d’exposer simultanément toutes les catégories d’objets qui leur sont offerts et nécessite des expositions spéciales successives. C’est là précisément un avantage ; les collections, se renouvelant et variant incessamment, tiennent toujours la curiosité de leurs visiteurs en éveil par l’espérance de voir et d’apprendre toujours quelque chose de nouveau.
- C’est aux organisateurs de ces Musées à fixer annuellement l’ordre et la durée de chacune des expositions qu’ils destinent aux diverses branches de leur enseignement et de prévenir les personnes qui
- (1) Un musée cantonal sans notices explicatives, dit M. Groult, ferait songer au singe de la fable qui a oublié d’allumer sa lanterne ; — les notices doivent avoir de cinq à vingt lignes de longueur.
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- voudront bien exposer, de l’époque où elles devront prêter et reprendre leurs objets. Ils peuvent aussi décider, comme cela a lieu dans plusieurs localités, que le Musée aura une section fixe, qui en sera comme le noyau solide, section comprenant les spécimens géologiques du canton et les principaux représentants de sa faune et de sa flore.
- En somme, concluait M. Groult, l’expérience a démontré « que le programme des Musées cantonaux, déjà réalisé dans un grand nombre de localités, n'offre pas de difficultés bien sérieuses; que ces musées, partout où ils se fondent, donnent le goût de la lecture à ceux qui ne l’ont pas encore, inspirent le respect et l’amour de la science même aux plus ignorants, développent une foule de vocations scientifiques, agricoles, industrielles, littéraires et artistiques ; qu’ils vulgarisent avec une étonnante rapidité d’un bout à l’autre du territoire toutes les découvertes utiles ; qn’ils suscitent tous les nobles sentiments, à commencer par l’amour du sol natal , qu’ils versent en un mot des torrents de lumières en même temps que des torrents de richesses. »
- Il y a déjà plus d’une cinquantaine de musées cantonaux créés ou en voie de formation, et dans diverses localités on parle d’en organiser.
- N’oublions pas non plus que l’art. 9 du projet de loi sur l’instruction primaire, déposé par M. Baro-det, met les musées cantonaux au nombre des institutions dont l’État doit favoriser la fondation et l’entretien. E. C.
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- LA SEMAINE POLITIQUE
- L’abandon des poursuites. — Ainsi qu’il était aisé de le prévoir, la politique de mollesse, d’abandon et de laisser-faire a prévalu dans le Parlement comme elle prévaut, d’ailleurs, en ce moment dans la majeure partie de la presse Les poursuites coutre les ministres du 16 mai et du 23 novembre 1877 ont été abandonnées malgré les efforts de la commission d’enquête et en dépit des révélations nouvelles apportées à la tribune par le rapporteur général, M. Henri Brisson, révélations qui ont rendu incontestable l’existence d’un complot contre la volonté nationale. Au reste, la culpabilité si évidente des hommes de l’ordre moral n’a été niée par personne, pas même par les orateurs qui ont combattu les conclusions de la Commission d’enquête. M. Waddington qui a parlé après M. Brisson,etM. Lepère qui a répliqué à M. Floquet, n’ont pas hésité à déclarer que les de Broglie et les Rochebouët avaient commis des actes abominables, mais ils ont demandé qu’on leur fit grâce sous ce prétexte qu’un grand procès politique agiterait le pays et empêcherait les Chambres de s’occuper d’affaires. Enfin, comme suprême argument, le ministère, par l’organe du président du Conseil, a déclaré qu’il se retirerait si la mise en accusation était votée. On s’explique qu’une pareille déclaration , qui entravait la liberté des députés, ait fait hésiter beaucoup d’entre eux,
- Les députés qui, comme le Devoir, estiment qu’en matière de justice, il n’y a pas matière à opportunisme, penseront avec M. Madier de Montjau que « la eompro-« mission et la chute d’un ministère sont regrettables, mais que la compromission et la chute d’une Chambre sont pis que cela. » Quoi qu’il en soit. M. Brisson, M. Floquet et M. Madier de Montjau - ont dépensé* en pure perte leur logique et leur éloquence; ia perspective d’une crise ministérielle a déterminé au sein des gauches une fâcheuse scission à la suite de laquelle, les droites aidant, la mise en jugement des criminels du 16 mai et du 23 novembre a été repoussée par 317 voix contre 139 sur 476 votants. Ainsi, par ce.vote étrange, des gens reconnus coupables par tout le monde ont été renvoyés indemnes. Quel argument en faveur de l’amnistie pleine et entière repoussée par ceux-là même qui viennent sinon d’amnistier, du moins de laisser impunis des hommes qui n’ont pas eu pour eux l’excuse des entraînements populaires !
- Les amis du cabinet ont si bien senti que cet abandon des poursuites était absolument illogique, surtout après les-déclarations unanimes de tous les orateurs — nous ne comptons pas M. Baudry d’Asson, droitier clérical, qui a demandé la question préalable — qu’ils ont cherché le moyen de donner un semblant de satisfaction au sentiment public en proposant l’adoption et l’affichage dans toutes les communes de France d’un ordre du jour motivé flétrissant les ministres de l’ordre moral et les déclarant coupables des crimes dont on renonçait à les punir matériellement.
- Les partisans de l’application de la loi ont objecté tout naturellement que la Chambre ayant refusé de déférera la justice les hommes qu’on l’avait invitée à placer dans la situation des prévenus, ne pouvait de son chef les déclarer coupables de crimes sur lesquels elle consentait à passer l’éponge, et, en conséquence, par l’organe de M. Clémenceau, ils ont proposé l’ordre du jour pur et simple, auquel la droite s’est ralliée, mais qui a été repoussé par 225 voix contre 187. Finalement l'ordre du jour de flétrissure a été voté par 217 voix contre 154.
- En résumé , le ministère et le parti républicain tout entier sont sortis fort affaiblis de ce débat.'Le ministère n’a obtenu des républicains qu’une majorité d’une vingtaine de voix au maximum et encore non sans regret; quant à la majorité elle-même , en se divisant, elle a perdu beaucoup de son autorité et de son prestige. Les députés n'ont qu’un seul moyen de faire oublier, s’il est possible, leur manque de parole vis-à-vis des électeurs à qui ils avaient promis justice et leur manque de virilité au moment décisif; c’est en abordant sans délai l’exécution des réformes promises au pays et l’étude de ces fameuses questions d’affaires auxquelles on a sacrifié cette chose éternellement auguste qu’on appelle la justice.
- L’ordre du jour de flétrissure. — Nous venons de dire qu’une faible majorité de 217 voix avait, sur la proposition de M. Rameau, voté un ordre du jour de flétrissure qui devait être affiché à cette heure dans toutes les communes de France, mais qui ne l’a pas encore été dans la nôtre et qui ne le sera peut être pas, vu le sans-gêne habituel de l’administration.
- Yoici le texte de ce document qui serait excellent dans son esprit, s’il avait eu pour conséquence logique le renvoi des hommes du 16 Mai devant le Sénat érigé en haute-cour de justice :
- « La Chambre des députés, avant de reprendre son « ordre du jour :
- « Constate, une fois de plus, que les ministres du 17 *> mai et du 23 novembre ont, par leur coupable entre-« prise contre la République, trahi le gouvernement « qu’ils servaient, foulé aux pieds les lois et les libertés « publiques, et n’ont reculé, après avoir conduit la Fran-« ce à la veille de la guerre civile, que devant l’indigua-« tion et les viriles résolutions du pays.
- « Mais, convaincue que l’état de discrédit dans lequel «ils sont aujourd’hui tombés permet à la République
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- « victorieuse de ne point s’attarder à la poursuite d’en-«nemis désormais frappés d’impuissance ;
- « Considérant que, pour réparer le mal qu’ils ont fait, « la France a besoin de calme et d’apaisement, et que « l’heure est venue pour le Parlement républicain de se « consacrer exclusivement à l’élaboration des grandes «lois économiques, industrieiles et financières que le « pays réclame et dont il attend le développement de « sa richesse et de sa propriété ;
- « Livre au jugement de la conscience nationale, qui «les a déjà solennellement repoussés, les desseins et « les actes criminels des ministres du 17 mai et du 23 « novembre.
- « Et invite le ministre de l’intérieur à faire afficher la « présente résolution dans toutes les communes de « France.
- Ce n’est pas cette flétrissure toute platonique qui empêchera les de Broglieetles Rochebouët de recommencer à l’occasion leur détestable entreprise. Ils restent, selon le mot connu, « debout et disponibles».
- Les protestations. — Si l’attitude de la Chambre a été peu virile dans ce triste débat, celle des hommes du 16 Mai et de leur coreligionnaires politiques a été on ne peut plus piteuse. Après avoir tenu plusieurs conciliabules. ils ont décidé de ne pas prendre la parole et ils ont même, prié leurs amis de ne pas intervenir dans le débat. Mais quand le péril a été passé, quand ils ont vu que grâce à la faiblesse des républicains ils n’avaient plus rien à craindre, ces prudents conspirateurs sont sortis de leur silence et ils ont rédigé une protestation que n’aurait point voulu signer le dernier clerc d’huissier venu. Cet instrument de chicane qui ne vise que des détails de procédure a ôté accueilfi avec dédain par les adversaires du 16 Mai et avec un véritable mépris par la presse réactionnaire, humiliée de la couardise des gens qu’elle avait jadis soutenus avec tant d’ardeur. Décidément les chefs du parti de l’ordre moral étaient de bien piètres personnages et ils n’auraient même pas su finir décemment. Pourtant la longanimité excessive de la Chambre leur avait fait la partie belle.
- L’ailaii’Ci du £5 O/O. — Un député bonapartiste, M. Lenglé, auquel il est fâcheux que les républicains aient laissé prendre cette initiative, a dépo&é sur le bureau de la Chambre une proposition ayant pour but de demander la nomination d’une commission d’enquête chargée de rechercher les causes des fluctuations qu’a subies le cours du 5 0/0, du 23 au 27 février dernier. L’urgence a été refusée à cette proposition qui, finalement a été écartée par la commission d’enquête parlementaire à l’examen de laquelle elle a été renvoyée. Il paraît que M. Léon Say a fourni aux commissaires des explications qui sont satisfaisantes puisqu’ils se sont prononcés à l’unanimité dans le sens que nous venons d'indiquer. Nous attendrons le dépôt du rapport pour nous prononcer sur la valeur de ces explications ; mais ce qui est certain et ce qui résulte des déclarations que le syndic des agents de change a produites pour sa propre défense, c’est que ce personnage, avant d’avertir le public des décisions du gouvernement touchant la convèrsion, a transmis d’abord à MM. de Rotschild et Péreire l’importante communication qu’il avait reçue. Il y a là un fait grave dont il importe d’éclaircir les causes afin que la responsabilité de chacun soit établie.
- Les lois* Ferry. — M. Jules Ferry vient de déposer sur le bureau de la Chambre des députés deux projets de loi très-importants qui méritent une attention particulière, car elles abordent des réformes reconnues depuis longtemps nécessaires.
- Le premier de ces projets est relatif à l’enseignement supérieur. Il stipule que la collation des grades sera rendue à l’Etat et, dans un article capital, il déclare que désormais nul ne sera admis à participer à l’enseignement public ou libre, s’il a dirigé un établissement d’en-
- seignement de quelqu’ordre que ce soit, s’il appartient à une congrégation religieuse non autorisée.
- Le secoud projet a trait à la reconstitution du conseil supérieur de l’instruction publique et des conseils académiques départementaux. Désormais ces assemblées ne seront composées que de personnes appartenant à l’enseignement et l’on n’y verra plus figurer ces évêques, ces généraux, ces ministres de cultes reconnus qui tranformaient en une officine cléricale l’aréopage chargé d’imprimer l’impulsion à toute l’instruction publique française.
- Ce" sont là des modifications dont on ne saurait trop approuver l’esprit et le but, et nous ne doutons pas que les Chambres ne les adoptent. Seulement nous nous permettrons d’appeler leur attention et celle du cabinet sur la nécessité de trouver le moyen d’empêcher les congrégations religieuses non autorisées d’éluder l’interdiction d’enseigner qui sera prononcée contre elle.
- On remarque à cette occasion l’attitude des journaux catholiques. Le Monde et YUunivers s’adonnent à un tel débordement d’injures que cela laisse bien loin en arrière tout ce que l’imagination la plus féconde pouvait rêver. Ce langage ordurier est le coup de grâce du cléricalisme. Quiconque parmi les catholiques conserve le respect de soi-même aura à cœur de rejeter toute solidarité avec ces insulteurs à gages.
- Les écoles normales primaires. — La
- Chambre vient d’adopter en la modifiant seulement sur des points accessoires une très intéressante proposition de loi de M. Paul Bert tendant à obliger chaque département à installer dans un délai de quatre ans une école normale d’instituteurs et une école normale d’institutrices suffisantes pour le recrutement du personnel départemental. On peut juger de l’importance de la proposition de M. Bert par ce fait que huit départements sont encore sans école normale d’instituteurs et que soixante-sept départements n’ont pas d’écoles normales d’institutrices.
- La discussion générale a mis en présence les partisans de l’enseignement congréganiste, adversaires naturels des écoles normales demandées, et les défenseurs de l’enseignement donné par les laïques ; ce débat où le bonapartisme a fait cause commune avec les cléricaux, a amené M, le ministre de l’instruction publique à faire une déclaration importante. M. deCassagnac père ayant élevé contre la création d’écoles normales d’institutrices cette objection que beaucoup de postulantes laïques étaient sans emploi, M. Ferry a répondu que si elles n’ont pas d’emploi c’est que les places sont prises par plus de 30,000 congréganistes dépourvues de brevet. Et le ministre a annoncé qu’il déposerait prochainement un projet supprimant la lettre d’obédience, privilège abusif, fatal aux études et contraire, à l’égalité et au bon droit.
- Réorganisation du Conseil d’Ktat. — M.
- Le Royer, ministre de la justice, a déposé sur le bureau du Sénat un projet de loi portant réorganisation du Conseil d’Etat. Ce projet respecte les dispositions fondamentales de la loi du 24 mai 1872, mais il élargit le cadre de cette loi sans en modifier essentiellement l’économie. Il augmente le nombre des conseillers qu’il porte de 22 à 32 et crée une section nouvelle de législation civile et criminelle qui s’occuperait spécialement de l’élaboration des projets de loi.
- L’avantage de ce projet réside surtout dans ce fait qu’il obligera le gouvernement à donner une nouvelle investiture aux conseillers actuels. Cela permettra d’éliminer plusieurs créatures de l’ordre moral qui, parleur influence, avaient transformer le Conseil d’Etat en une forteresse réactionnaire, d’où l’on tirait à pleine volée couvre l’administration républicaine. L’urgence a été déclarée sur le projet de M. Le Royer, et nous espérons que, sous peu de temps, le Conseil d’Etat, totalemen t réorganisé, sera composé d’hommes dévoués à la République.
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- Le g’onvernerticflt de l’Algérie, — Le décret nommant M. Albert Grévy, gouverneur général de l’Algérie, a paru au Journal officiel. Le décret dit que le gouverneur général aura sous ses ordres les commandants des troupes de terre et de mer, ce qui veut dire que le général commandant le 19e corps d’armée et le préfet maritime seront subordonnés au gouverneur civil, qui sera également le chef de tous les services administratifs concernant les européens et les indigènes. A cette disposition introduite dans le décret, il résulte que, pour tout le territoire de la colonie, qu’il soit ad-, ministré par des officiers ou par des agents civils, les ordres seront donnés directement par le gouverneur général. Les officiers n’auront que des fonctions purement militaires à remplir. Cette réforme était indispensable; deux fois, à douze jours d’intervalle, l’expérience a été faite de fonctions administratives attribuées au commandant de l’armée d’Afrique, bien qu’on plaçât à la tête de la colonie un fonctionnaire d’ordre Civil, et deux fois cette expérience a ouvert la porte aux plus déplorables abus, et à la confusion la plus fâcheuse. Il était temps de rompre avec de pareils errements et d’établir en Algérie un gouvernement civil qui ne fût pas une fiction mais bien une réalité.
- Atouvem eiits administrid if^. —Le Journal officiel a publié plusieurs mouvements administratifs assez importants. Trois nouveaux conseillers d’Etat en service ordinaire ont été nommés en remplacement de MM. de Châteaurenard, de Gaillard et de Rambuteau, démissionnaires ; ce sont M. le capitaine de vaisseau Goügeard et MM. Berger et Decrois, préfets. t)n autre décret nomme vingt-cinq préfets. Les vacances auxquelles il a été pourvu par ces nominations, et les mutations qui ont eu lieu résultent de l’entrée au conseil d’Etat des préfets que nous venons de nommer, et qui administraient le Rhône et la Gironde ; de l’élection de M. Tenaille-Saligny, au Sénat ; de la mise en disponibilité de M. de la Blotterie; de la nomination à la Cour de Toulouse de M.Devoucoux, préfet de Tarn-et-Garonne et de l’appel à d’autres fonctions non désignées de M. Pinède, préfet du Cantal.
- Enfin, citons encore un mouvement dans la magistrature du Continent et des colonies, et dans les justices de paix où l’épuration a besoin d’être continuée, et enfin diverses nominations de percepteurs, dans lesquelles nous remarquons avec plaisir certaines réintégrations des victimes du 16 Mai.
- Les Issiraélitf*» ea Ronmanie. — On n’a pas
- oublié que les plénipotentiaires français, au Congrès de Berlin, ont demardé que les israélites ne fussent plus maintenus en Roumanie hprs de la loi commune. En conséquence, larticle 7 de la constitution de ce pays a dû être modifié, car cet article dit que les étrangers de rites chrétiens peuvent seuls obtenir la naturalisation. Le Sénat roumain a adopté les conclusions de la commission tendant à la modification de l’article 7, et il n’est pas douteux que la Chambre des députés ne prenne la même décision. Désormais donc, là naturalisation des israélites ne sera plus interdite, et en devenant citoyen roumain, on pourra acquérir tous les droits attachés à ce titre, en vertu de l’article 10, du pacte constitutionnel qui stipule qu’il n’existe dans l’Etat aucune distinction de caste.
- La suppression de l’article 7 obligera le Parlement roumain à introduire dans les lois des changements assez considérables, afinde les mettre d’accord avec la constitution révisée. Il faut espérer que les difficultés que pourra soulever cette refonte de la législation seraient aisément résolues, grâce au bon vouloir des représentants du pays qui voudront montrer qu’ils sont oes hommes de progrès, en respectant le grand principe de la liberté de conscience
- Le Parlement allemand. — La situation
- reste toujours telle que nous l’avons dépeinte, et le rejet de la loi « muselière » n’a pas été fait pour calmer les nerfs irritables du chancelier. Cependant, bien que la polémique soit vigoureusement fengagée dans les journaux, sur la question de la dissolution du Reichstag, \\ est bonde constater que M. de Bismarck aurait déclaré après un diner officiel qu’il ne nourrissait nullement le projet qu’on lui avait prêté. Il se peut que cette parole ait au fond peu de portée, et que le chancelier ne veuille pas se prononcer avant d’avoir tâté le terrain qui, pour le moment, ne doit pas lui paraître très-favorable. On dit, au reste, que le président du Reichstag aurait l'intention de proroger le Parlement au commencement d’avril pour la durée d’un mois, ce qui permet de penser que la discussion des questions économiques de la réforme du système douanier et des impôts né viendra plus avant Pâques. En attendant on se querelle avec la dernière violence au Reichstag, et la discussion du compte-rendu justificatif du gouvernement relatif à l’établissement du « petit état de siège » à Berlin, a soulevé des incid ends bruyants. On n’a pas voulu permettre à M Liebknecht d’expliquer la conduite de ses amis, et le mot de République prononcé par lui a soulevé un vacarme épouvantable. Il va sans dire que le Parlement a approuvé le compte-rendu gouvernemental. Retenons ceci: le ministre comte Eulenbourg a déclaré que l’agitation socialiste avait cessé : alors que le ministre lève l’état de siège qui n’a plus raison d’être.
- Les aflfaires cl’JECg’ypt©. — Les explications que fit Stafford Northcote a données au Parlement anglais touchant l’incident égyptien, n’ont rien élucidé du toutetl’affaire rqste aussi peu claire qu’il y a huit jours. Ce qui paraît évident, par exemple, c’est que le khédive s’ingénie à créer des embarras aux puissances, car à peine une question est-elle vidée, qu’une autre surgit immédiatement. Aussi, en ce moment, le vice-roi refuse de maintenir Riaz-Pacha au ministère de l’intérieur, malgré les insistances des représentants de la France et de l’Angleterre. Un autre incident complique encore la situation. La cour d’appel mixte d’Alexandrie composée d’européens et d’indigènes a prononcé contre Ismaïl de nombreux arrêts au profit des créanciers personnels du prince. Le khédive refusant de tenir compte de ces condamnations et de s’exécuter, la Cour d’appel vient de remettre aux conseils une note déclarant qu’elle refusera désormais de payer les affaires dans lesquelles le gouvernement sera impliqué C’est là sans doute le but que le vice-roi se proposait d’atteindre. Quoi qu’il en soit il y a de nombreux conflits en perspective du côté de l’Egypte, et c’est pour nous une question de savoir si le gouvernement anglais, tout en faisant le bon apôtre, est absolument pur de toute intrigue de ce côté.
- ïLçicn-ta.strop'he «le Szegredi». — Une épouvantable catastrophe est venue jeter l’épouvante en Hongrie. L’ancienne capitale des Magyars a été détruite presque complètement par la rupture imprévue d'une des digues qui retenaient la Theiss dans son lit, et qui était située à 15 kilomètres de Szegediu. Cette digue rompue a entraînée la destruction d’un second obstacle, et finalement la cité magyare a été engloutie. Il est vraisemblable que plusieurs milliers de personnes au-ront trouvé la mort dans ce désastre, dont fi n’est pas encore possible de mesurer toute la portée. L’empereur d’Autriche s’est rendu sur les lieux et a fait distribuer des secours. Cette catastrophe a rejeté au second plan les préoccupations politiques, mais la presse de Vienne a saisi cette triste occasion de rejeter sur les Hongrois eux-mêmes, sur leur mauvaise administration la responsabilité de cet horrible désastre. Cette attitude est peu généreuse.
- Le comte Andrassy, dont la situation est toujours aussi équivoque que sa politique, a cru devoir démentir devant les délégations hongroise et autrichienne le bruit qui s’était répandu que T Autriche et la Russie auraient l’intention de se partager la Roumanie. Q’jétait
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- bien inutile, car comment croire que l'Autriche qui a tant de difficultés en Bosnie et en Herzégovine, songe à se mettre encore la Roumanie sur lesbras.il yapourtant dans cette nécessité imposée à M. Andrassy de démentir un bruit ridicule, une leçon pour le ministre. Si sa politique n’était pas tortueuse il n’aurait pas besoin de démentir publiquement de pareils projets.
- Dissolution des Cortès espagnoles. —
- Ainsi que nous l’avions fait prévoir, le Parlement espagnol a été dissous dimanche dernier. L’élection des députés aura lieu le 20 avril et celle des sénateurs le 3 mai. Le sénat ne sera renouvelé que par rnoité, car la constitution du 30 juin 1876 a établi deux catégories de sénateurs, au maximum de 180 membres chacune, l’une composée de sénateurs de droit et de sénateurs viagers nommés parle roi, l’autre de membres élus. Le cabinet Martinoz Campos,afin de se donner une couleur libérale, a accordé une amnistie à la presse, et a lancé une circulaire recommandant aux fonctionnaires l’abstention dans les élections. Cette prescription qui a toujours été faite en Espagne par tous les cabinets a toujours été scrupuleusement violée, de telle sorte qu’on ne peut guère espérer qu’il y ait aucun changement série ux dans la politique intérieure, puisque c’est le parti conservateur soi-disant libéral qui reste aux affaires. Il est vraisemblable que la politique coloniale du pacificateur de Cuba sera le seul élément nouveau introduit par le ministère Martinez Campos qui n’est à proprement parler que la monnaie du cabinet Canovas. Le nouveau Parlement se réunira le 1er juin prochain.
- La réforme électorale ea Italie. — Le
- cabinet Depretis a déposé sur le bureau de la Gbambre des députés italienne le projet de loi de réforme électorale, proposé par M. Zanardelli , ministre de l’intérieur, et maintenu avec quelques modifications par le ministère actuel. L’établissement du scrutin de liste paraît être la modification la plus importante apportée au régime électoral en vigueur. L’âge de l’électorat sera, en outre, abaissé de vingt-cinq à vingt et un ans.
- Le ministre Depretis semble moins bien disposer à accepter l’héritage du projet d’abrogation de l’impôt sur la mouture, car le ministre des finances a déclaré que l’état des finances italiennes ne permettait pas d’adopter complètement cette mesure. Or, M Cairoli ayant mis à ce prix son concours et celui de ses amis, le chef du ministère va voir éehouer très-probablement les négociations qu’il avait entreprises dans le but de se concilier l’appui des groupes que dirige le président du dernier conseil.
- En AfgltanistHsî. — Les négociations sont décidément entamées entre Jakoub-Khan et le gouvernement anglais. Le nouvel émir est attendu à Djellalabad où. l’on compte discuter les préliminaires de la paix. L’Angleterre n’en prend pas moins toutes ses précautions en vue d’une rupture et se dispose à marcher sur Caboul, si les négociations n’aboutissent pas, car la division Browne est déjà concentrée à Djellalabad.
- IL’ExpéditioML de Birmanie. — Décidément les Anglais ne cessent de diriger des expéditions armées contre les peuples à demi-sauvages. Aussitôt qu’un prétexte surgit, lord Beaconsfield s’en empare. Nous en avons la preuve une fois de plus."
- Le nouvel empereur de Birmanie, aussitôt parvenu au trône, a fait massacrer tous les membres de sa famille, 80 personnes disent les uns, 40 disent leg autres. L’Angleterre lui a fait signifier de la manière la plus catégorique qu’elle ne tolérerait pas de nouvelles atro-cités.On ignore encore ce qu’a répondu l’empereur birman, mais ce qu’il y a de certain c'est que trois régiments anglais sont en route pour renforcer les troupes des pQSsessioxm anglaises de Birmanie.
- L’annonce de cette entreprise n’a pas produit une
- bonne impression, d’autant plus que l’opinion est toujours fort émue par les évènements du Cap où les Anglais-se maintiennent fort énergiquement sur la défensive. Le 25 de ce mois la Chambre des Lords devra examiner une proposition de lord Blackford blâmant le gouvernement d’avoir engagé la guerre contre les Zoulous, Il est donc à croire qu’on ne le félicitera point d’avoir entrepris une expédition contre les Birmans.
- Lew négociations greeo-turques,
- Les négociations avec la Turquie relativement à la rectification des frontières helléniques ne font pas le moindre pas en avant. La Porte consent il est vrai a céder à la Grèce la plaine de Pharsale, mais elle se refuse obtinément à se déposséder de Janina qui restera entre les mains des Turcs un foyer perpétuel de troubles et d’insurrections. Les commissaires grecs ont reçu l’ordre de quitter Preveza si Moukhtar Pacha persiste à déclarer que des instructions s’opposent à la cession de Janina. Il nous paraît difficile que les puissances ne soient pas obligées d’intervenir dans ce conflit.
- Le cléricalisme en Orient. —» Tandis que Léon XIII s’efforce de se concilier les bonnes grâces des souverains de l’Europe à l’ouest et au centre, le Vatican fait tous les efforts pour se créer des points d’appui eu Orient. Il paraît, en effet, que la curie romaine tient beaucoup à intervenir dans les Etats créés par le traité de Berlin dans la presqu’île des Balkans, Elle demande, en Bulgarie, la création de deux évêchés et d’un vicariat apostolique et, en Roumélie, l’établissement d’un vicariat apostolique. Il est difficile de voir d’un bon œil de pareils projets, car lorsque le cléricalisme met un pied quelque part, il ne tarde pas à devenir le maître, et ce n’est qu’au prix des plus pénibles efforts qu’on par* vient à s’en débarraser, quand on y parvient. Avis aux Bulgares et aux Rouméliots.
- RÉFORME PÉNITENTIAIRE
- Qu’ont fait les commissions parlementaires ou extra parlementaires — peu importe la qualité — chargées de proposer un projet de réforme de notre système pénitentiaire ? Rien ou presque rien. Quelques changements dans la discipline courante ; auxquels personne ne reprochera leur caractère d’innovation ; au contraire au lieu de pousser à la solution d’une question que le bon sens public a depuis longtemps résolue, ces modifications purement disciplinaires semblent l’avoir indéfiniment ajournée.
- Mais il faut compter en France avec les scrupules, le mauyais vouloir, le dédain, et la haine de tout progrès que professe une administration stéréotype, qui n’admettra jamais que rien puisse se faire autrement que l’on ne l’a fait jusqu’à aujourd’hui. Ce n’est pas qu’en principe, l'administration conteste la légitimité, même l’urgence de telle réforme proposée; elle accueille sans y contredire, en ayant l’air de les approuver, tous les projets qu’on lui présente, quitte à les réduire à néant par une sourde opposition d’inertie, quand elle n’a pu les écarter par raison d’opportunité, cette fin de non recevoir qui per-
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- met à certaines gens de faire parade d’un beau zèle, tout en ne faisant rien.
- Depuis le temps que l’on demande la suppression du travail sédentaire dans les prisons, et la transformation des maisons de détention, quelle qu’en soit l’économie, prison cellulaire ou détention en commun, en colonies agricoles, comment se fait-il que cette question n’ait pas eu un commencement de réalisation ? car je ne compte pas les essais limités, à contre sens et à tous égards contradictoires qu’on a fait en Corse.
- Et cependant cette mesure est appuyée par une foule de bonnes raisons économiques, de moralité, d’augmentation de la richesse nationale par l'exploitation de la mise en rapport de terres laissées en friche, si on les abandonne à la culture privée, et dont il serait aisé de transformer la non-valeur en une source féconde de revenus assurés, si l’on employait à les cultiver les bras inoccupés et balants du plus grand nombre de nos détenus.
- Il n’est pas jusqu’aux femmes qu’il y aurait avantage, autant pour elles mêmes que pour la société à initier aux travaux de la ferme, auxquels elles prendraient si grand plaisir que la discipline en deviendrait plus facile et plus efficace.
- Il a été suffisamment prouvé que la réclusion, le silence absolu, plus encore peut être que le travail en commun sont nuisibles aux femmes détenues, le plus souvent hystériques, auxquelles il faudrait la vie au grand air, une dépense de force musculaire que le travail des champs seul peut employer, les distractions de la campagne, et tous les avantages d’un isolement en pleine nature, aussi précieux pour le corps que pour l’esprit,
- Mais toutes ces réformes, qu’il serait si aisé de réaliser, ne sont pas du goût d’une administration routinière, et qui renonce si difficilement à ses habitudes, que là même où la nature des lieux, les besoins locaux sembleraient exiger telle mesure, on applique invariablement et rigoureusement les procédés de la tradition officielle.
- A cet égard, on ne lira pas sans intérêt une lettre communiquée à la France, écrite par un entrepreneur des prisons civiles à Oran, M. Deliot.
- L’auteur de la lettre, demande que les détenus indigènes, au lieu d’être soumis à un travail sédentaire, ou envoyés en Corse où la fièvre les décime, soient employée au défrichement du sol algérien. Rien de plus naturel, il semble.
- Les indigènes détenus dans les prisons de J’Algérie y sont exposés à des maladies qui] en enlèvent le plus grand nombre ; si on les envoie en Corse, dans
- les marais insalubres de Casabianca, les fièvres les déciment.
- Ne serait-il pas plus simple de les laisser dans leur propre pays, où l’on pourrait utiliser la plus grande somme de travail qu’ils peuvent donner ? Il y a là des terres excellentes, laissées, faute de bras, incultes et que legouvernement offre vainement à nos paysans français, pour lesquels la colonisation, même avec les avantages incontestables qu’elle offre en Algérie, est considérée à tort, comme un exil. Ces terres une fois défrichées et mises en rapport par le travail des détenus indigènes, jusqu’à ce qu’on se décide à y transporter les détenus de France, pourraient tenter les colons auxquels on les offrirait ensuite.
- Le projet de M. Déliot, qu’ont approuvé des hommes comme MM. Littré, Robin et Langlois, amènerait dans un temps très prochain, les résultats suivants :
- Succès assuré du colon ;
- Création de nombreux villages, et par suite, production des terres qui restent en friche.
- Moralisation des détenus ;
- Suppression du système des maisons centrales système toujours fort coûteux, soit qu’il faille entretenir celles qui existent soit qu'il faille en créer de nouvelles;
- Economie pour l’Etat ;
- Juste satisfaction à nos industriels, auxquels le travail des prisons fait une concurrence déloyale.
- Enfin, adjonctien de l’idée de moralisation à celle de châtiment, c’est-à-dire triomphe de l’idée de justice dans nos lois pénales.
- Pourquoi attendre encore ? Tout cela ne vaudrait-il pas mieux que les réformes limitées et routinières proposées par les commissions d’enquête péni-tenciaires ? n. martin-dupont
- (L’impartial de VAisne)
- LE TROISIÈME CONGRÈS OUVRIER FRANÇAIS.
- Nous avons sous les yeux l’adresse que la Commis-siou d’organisation chargée d’organiser à Marseille le troisième Congrès ouvrier de France envoie aux travailleurs et aux Sociétés ouvrières de France. Nous remarquons avec satisfaction que les noms de deux ouvrières figurent en tête de la liste des membres du Comité exécutif. Nous regrettons que l’étendue de cette pièce ne nous permette point de la publier toute entière ; nous en détachons le paragraphe suivant qui nous paraît résumer clairement la pensée dont sont animés les organisateurs.
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- « Les travailleurs marseillais, à qui la tâche de l’organisation du troisième Congrès ouvrier national est dévolue, ne veulent pas faillir au mandat que leur ont donné les délégués au Congrès ouvrier de Lyon. Eux aussi, comme ceux de Paris et de Lyon, sont décidés à aider à l’avénement du prolétariat aux affaires sociales et économiques; eux aussi, veulent comme eux, par la discussion, la science et la diffusion de toutes les idées pratiques, revendiquer l’incontestable droit au bien-être dans notre société si marâtre envers les véritables producteurs, c’est-à-dire les prolétaires ! Mais le troisième Congrès devant être comme ses devanciers l’œuvre de tous, la Commission d’organisation que les sociétés marseillaises ont formée, fait un appel aux prolétaires et aux membres des associations ouvrières de France, sur le concours desquels elle est en droit de compter. Il est de toute nécessité que de ces assises prochaines se dégage une forte pensée collective qui soit la véritable expression de nos tendances et de nos besoins, et que le prolétariat en entier puisse embrasser comme son véritable programme rénovateur dont les bases reposeraient sur le progrès scientifiquement et expérimentalement démontré. »
- Nous espérons que le gouvernement de la République française ne mettra aucun obstacle à la réunion non plus qu’aux délibérations du Congrès dont les membres comprendront de leur côté que leur devoir de citoyens est de se conformer en tout aux prescriptions de la loi française si dures que soient encore ces prescriptions. Nous suivrons avec intérêt les travaux du Congrès.
- (Etats-Unis d'Europe.)
- LIGUE POUR LE RENCHÉRISSEMENT DU PAIN.
- Nous assistons depuis quelques semaines à une agitation des plus étranges. Un certain nombre de Sociétés d’agriculture organisent un pétitionne-ment en faveur de la taxation des blés étrangers à leur entrée en France. On demande ni plus ni moins que le retour à une ancienne-mesure protectionniste heureusement supprimée, celle de l’échelle mobile. Au moyen de cette mesure, la concurrence des blés étrangers serait considérablement réduite, peut-être même supprimée, ce qui permettrait aux producteurs français de vendre leurs blés beaucoup plus cher qu’aujourd’hui. Les grands producteurs de blé réaliseraient ainsi de grands bénéfices; ce serait pour eux la fortune en peu de temps et avec peu de peine,
- Les Sociétés d’agriculture dont nous parlons sachant tirer un habile parti de ces espérances, il est à présumer que le pétitionnement en question recueillera de nombreuses signatures.
- Plusieurs journaux se sont ému de cette agitation, et l’ont dénoncée comme une tentative de créer des difficultés à la République. Nous ne partageons pas leur émotion. Qu’il y ait une manœuvre politique là dessous, c’est possible; mais que la mesure demandée puisse être obtenue, nous ne le croyons pas.
- En effet, l’augmentation du prix du blé, c’est aussi celle du prix du pain. Or, il ne se trouvera jamais de pouvoir politique français assez naïf pour décréter une mesure aussi impopulaire. La ligue pour le renchérissement du prix du pain en sera pour ses frais, frais énorme si l’on en juge par les dépenses déjà faites.
- Nous irons même plus loin et nous dirons que tout ce mouvement et tout ce fracas tourneront au profit du libre échange. C’est le pavé de l’ours:1e protectionnisme en sera écrasé.
- En effet, tant que I on ne demandait l’élévation des droits de douane que sur les peaux, la coutellerie, les porcelaines, les cristaux, la tabletterie, la bimbeloterie — c'est par là que les réclamations ont commencé — la masse de la population est restée indifférente. Quand on est venu parler de droits sur les fils et tissus de coton, de laine, de lin et de chanvre, la population a commencé à comprendre que c’est elle qui paierait. Enfin, quand on a parlé de frapper de gros impôts les viandes d’Australie, les moutons italiens et les porcs d’Allemagne afin de permettre aux éleveurs français de vendre leur viande plus cher, les consommateurs ont eu quelque inquiétude de ces prétentions. Aujourd’hui qu’il s’agit de faire renchérir le pain, c’est-à-dire celui de tous les produits dont la consommation est le plus générale, la grande masse du public ne manquera pas de comprendre ce qu’est en définitive le protectionnisme. Mis en présence de mesures qui entraînent le renchérissement du pain,tout homme chez qui l’intérêt n’aura pas tué le bon sens tiendra le raisonnement suivant :
- « On prohibe le blé étranger pour que le blé français puisse se vendre plus cher, soit ; mais la différence entre l’ancien prix et le nouveau, qui donc la paiera? Le consommateur, c’est-à-dire moi. Le producteur fera fortune, c’est vrai, mais avec mon argent. G-rand merci! En outre si je paie davantage pour mon pain, qu’arrivera-t-il ? Il arrivera que ce que j’aurai donné à l’un je ne pourrai pas le donner à l’autre. Si je donne 11 francs au lieu de 10 francs à mon boulanger pour la même quantité de pain, je n’aurai plus dans la poche le franc déboursé en plus,
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- Il faudra que je restreigne mes autres dépenses. Ce franc qui va au boulanger n’ira ni au cordonnier, ni au tailleur, ni à aucun autre. Donc- le cordonnier ou le tailleur seront frustrés d’un franc, et moi, pour la même somme d’argent.j’aurai moins de choses que je n’en aurais eu sans leur loi de protection. En oon -séquence je n’en veux pas. »
- Voilà ce que se dira l’homme de bon sens et il aura raison. Ce qu’il se dit au sujet du pain, il se le dira aussi au sujet du coton, au sujet de la toile, au sujet de la viande, au sujet de toutes les choses pour lesquelles ou demande la protection C’est pourquoi nous avons lieu d’espérer que la Ligue des agriculteurs, cette ligue pour le renchérissement du pain, non-seulement ne réussira pas dans la campagne qu’elle a entreprise, mais encore fera échouer toutes les autres tentatives de retour en matière de douane aux vieux errements du passé.
- En. Champury.
- RÉPRESSION D’UNE GRÈVE EN RUSSIE.
- Le Globe de Londres raconte comment les ouvriers en'grève sont traités à Saint-Pétersbourg.
- C’est mercredi que les faits se sont passés. Des ouvriers d’une manufacture de coton demandaient à ne plus travailler treize heures par jour.
- Mercredi matin, les tisseurs et les fileurs se rassemblèrent en dehors de la fabrique, et le chef de la police dudistrict, à la nouvelle de l’attroupement, envoya quelques gendarmes à cheval pour parlementer avec les grévistes. Les exhortations de la police, cependant, ne produisirent pas d’effet, et les grévistes partirent en masse pour aller soumettre leurs griefs au czarewitch.
- L’autorité en donna avis au tchast (caserne pour la police et la troupe) le plus voisin, et lorsque la foule passa sur la place, elle fut cernée par de nombreux cosaques qui poussèrent les ouvriers dans la cour de la caserne en se servant de leurs sabres et de leurs fouets. Un grand nombre de grévistes furent ainsi grièvement blessés. Lorsque tout le monde fut enfermé dans la çaserne, on institua une commission de police pour juger les délinquants.
- Cette commission rendit le jugement suivant :
- Tous les hommes au-dessus de dix-nauf ans, au nombre de soixante-dix, seront exilés dans la province d’Arkhangel. après avoir, chacun, reçu soixante coups de fouet ; tous ceux au-dessous de dix-neuf ans seront renvoyés dans le village d’où ils étaient venus, et dont ils ne pourront plus sortir.
- Toutes les femmes employées dans la fabrique, et
- les hommes qui n’avaient pas pris une part active à la manifestation, seront renvoyés et condamnés à une amende de trois roubles par personne.
- En somme, ajoute le correspondant du journal anglais, d’un seul trait de plume on a dispersé tout le personnel, au nombre de huit cents, de lanouvelle fabrique de coton, et une nouvelle fournée d’ouvriers va y être établie, pour travailler depuis cinq heures du matin jusqu’à huit heures du soir.
- LA FILLE DE SON PÈRE
- Traduit de l’Anglais, de Mœe Marie HOWLAND Voir n° 4 (tome 1) àn* 28 (tome 2)
- Chapitre XXXVI
- Discours du comte sur le Familistère
- (Suite)
- « Mesamis,» ditlecomte,» vous savez que mon nom est Frauenstein et l’on vous aura dit que je suis un capitaliste, ce qui équivaut pour vous à dire que je suis un ennemi. ( Non / Non \ ) Un certain nombre d’entre vous ont certainement étudié, au moins en partie, les questions sociales et savent aussi bien que moi que nul ne peut posséder un million de dollars gagné par le seul travail de ses mains, (C'est vrai 1 Ecoutez / Ecoutez / )
- « Une partie de ma fortune m’est venue par héritage ; j'en ai gagné une autre en commanditant diverses industries dans ce pays; le reste est provenu de spéculations diverses.
- « Chaque dollar de cette fortune représente un dollar mis en réserve sur le travail utile accompli par des hommes comme vous. J’ai aussi travaillé un peu de mes mains et je n’exagère pas en disant que j’ai gagné de la sorte environ cinq cents dollars : ( hires et cris de : C’est beau pour vous si vous êtes comte).
- Oui, je suis comte, et j’avoue porter avec fierté, non mon titre qui n’est qu’un mot, mais mon nom qui fut celui d’honnêtes gens ; quant à la noblesse, elle ne peut suivant moi s’acquérir par droit de naissance, L’homme véritablement noble est celui qui se rend utile à ses semblables et dont tous les actes sont empreints 4e l’amour de l’humanité. (Applaudissements.)
- « Maintenant, mes amis, le grand désir de ma vie est d’accomplir une œuvre qui marque dans l’industrie et dans la société. Ce que je veux, ce n’est pas humilier mes concitoyens par des aumônes, c’est édifier un milieu où le travailleur trouvera, outre les
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- garanties de l’existence, la juste part à laquelle il a | droit dans la richesse qu’il contribue à créer. {
- » Il faut à l’homme une demeure pourvue de tous les moyens de bien-être, d hygiène et d’instruction; il lui faut de bons vêtements pour lui et sa famille ; il lui faut les ressources et le3 garanties du travail.
- «Il faut que les faibles, les malades, les infirmes, les vieillards, incapables de subvenir à leurs propres besoins, aient des moyens d’existence assurés. Il faut enfin à tous les enfants une éducation qui en fasse des hommes généreux et de nobles femmes, l’honneur de leur pays. (Longs applaudissements).
- « Eh bien ! nous nous proposons dans le cours des trois années qui vont suivre, de procurer tous ces avantages et d’autres qu’il serait présentement trop long d’énumérer à deux mille travailleurs, soit cinq cents familles.
- « Ici va s’élever un palais grandiose entouré de promenades et de jardins. Avec les constructions annexes, les ateliers, les halles d’industrie et tout le matériel, cette fondation coûtera environ deux millions de dollars.
- « Or, je prétends que ce palaiVsoit habité par ceux qui l’auront construit ; j’espère même que les locataires en deviendront les propriétaires-associés par des moyens que je vous découvrirai peu à peu. O’est donc pour vous-mêmes, mes amis, que vous travaillez aujourd’hui.
- « Maisje considère comme un devoir de vous déclarer dès maintenant que je n’ai pas le mérite d’avoir conçu l’organisation sociale que je veux réaliser parmi vous. Cette conception humanitaire est due à un homme dont le nom devra être béni par vous et vos enfants, celui d’un Français, M. Godin, qui, au milieu des plus pénibles résistances, a réalisé pour ses ouvriers, en France, ce que je me propose de faire ici à mon tour. 1
- » Je ne suis donc pas un créateur, je ne suis qu’un imitateur ; seulement, ayant à dépenser des revenus considérables, ce sera un plaisir pour moi de donner à mon œuvre le luxe et la somptuosité que n’a pu comporter le Familistère de Guise.
- « J’en aurais bien long à vous dire pour vous donner une idée des principes sur lesquels repose l’œuvre de M. Godin. Je ne puis le faire en une fois; cependant il sera nécessaire que tous les habitants de notre palais social soient profondément pénétrés de la doctrine qui adonné lieu à une telle fondation, si nous voulons que l’œuvre vive et se développe pour le bonheur de la génération présente et celui des générations futures.
- « Aujourd’hui, mes amis, je ne puis que vous indi- j
- quer les grandes lignes de la pensée de M. Godin ; nous éclairerons peu à peu les détails.
- « Depuis de longs siècles on prêché aux hommes qu’ils doivent s’aimer les uns les autres, mais sans indiquer les moyens de faire passer cet amour dans les faits de la vie.
- « Dans la sphère de l’activité individuelle, ceux qui rendent service à leur entourage, qui sont serviables, complaisants, bons, humains, charitables, pratiquent^ suivant leurs petits moyens, la loi d’amour.
- « Mais à côté de l’individu il y a la commune ; et . au-dessus de la commune la société ; or, si l’individu entrevoit à peine de quelle façon il peut pratiquer la loi d’amour envers ses semblables, la société ne l’entrevoit pas du tout. Ses codes et ses institutions ont été dès l’abord inspirées, bien plus par le sentiment de la défense des intérêts des classes privilégiées, que par celui de la recherche et de l’amour du bonheur général.
- « Rien jusqu’ici n’était venu préciser de quelle façon la société doit donner à l’individu l’exemple de la mise en pratique de la loi d’amour de l’humanité.
- « Eh bien ! c’est là le point fondamental de l’œuvre de M. Godin. Il est venu, lui, apporter la lumière au sein de ces ténèbres morales.
- « Armé de ce principe que, depuis le plus infime grain de sable jusqu’aux mondes les plus colossaux de l’univers, tout se transforme pour s’élever à des modes de plus en plus parfaits d’existence; que l’homme, être actif et pensant, doué de la facuté du travail, est sur la terre le principal agent de la transformation de la matière et le collaborateur de la puissance infinie qui fait vivre tout ce qui est, M. Godin a considéré que, pour entrer dans les voies de la vie, la société devait par-dessus toutes choses viser dans ses institutions la conservation, le bien-être, le progrès de la vie humaine.
- « Dans son livre « Solutions sociales, » qui, suivant moi, sera un jour l’Evangile des classes laborieuses, il a indiqué comment la société pouvait dans ses codes, dans ses institutions, se mettre en accord avec les lois de la vie, en assurant à chacun de ses membres les conditions les plus propices d’existence et de développement.
- « Chef d’industrie et capitaliste, M. Godin disposait de moyens d’action assez larges pour démontrer pratiquement au profit de douze à quinze cents personnes comment une commune, par exemple, pouvait être constituée d’après les principes qu’il avait posés.
- « C’est pour donner aux hommes cette indication qu’il a édifié le palais monumental auquel il a donné le nom de Familistère.
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- « C-e palais est pourvu de tous les services domestiques et commerciaux nécessaires aux habitants. Il a ses écoles pour tous les âges de l’enfance ; il a des salles de réunions et de conférences et même son théâtre.
- « Offrant déjà plus de ressources que les communes ordinaires, le Familistère a en outre toute une organisation de prévoyance et de secours mutuels, de façon que le dénùment et la misère n’existent pas dans son sein.
- « Les faibles, les malades, les invalides y sont assurés de leurs moyens d’existence. Pas un enfant n’échappe aux bienfaits de l’éducation et de l’instruction.
- « La population active s’emploie aux travaux des importantes manufactures fondées également par M. Godin. En outre une partie des femmes et des jeunes filles du Familistère sont occupées dans les services domestiques et commerciaux du palais.
- « Toute cette population vit honnêtement, laborieusement, des fruits de son travail et des ressources du milieu modèle où elle est appelée à vivre.
- « Je ne dirai pasque cette population comprend bien la grandeur de l’œuvre à laquelle elle coopère, car en toutes choses les premiers pas sont pleins de difficultés et les critiques abondent contre les novateurs.
- « Quoiqu’il en soit, le premier palais social existe'; les conditions d’une vie de mutualité et de fraternité sont indiquées pratiquement aux hommes. Un milieu dans lequel tout est conçu pour le bien-être et le progrès defl’être humain est réalisé.
- « Mais l’œuvre de M. Godin ne se borne pas à ce que je viens de vous indiquer trop sommairement.
- « A côté des dispositions matérielles, il y a l’organisation administrative et morale ; il y a tout un ensemble de principes sur lesquels se base un mode nouveau de répartition des bénéfices réalisés chaque, année en industrie.
- « L’association du travail et du capital enfin est basée au Familistère sur des règles si bien étudiées que chacun reçoit la juste part à laquelle il a droit, et que nul n’est oublié dans cette équitable distribution,
- « Le travailleur vieilli au service de la société et l’enfant, cette promesse de service futur, reçoivent, au nom du droit naturel, dans les institutions de prévoyance et dans les établissements scolaires, une première part de la richesse créée; le travail et le capital interviennent ensuite, chacun suivant la valeur de son concours.
- « Je ne puis ici entrer dans les détails, mes amis,
- mais vous entrevoyez que l’œuvre de M, Godin est complète , que le respect et l'amour de la vie humaine y éclatent de toutes parts et que chaque point en a été étudié de si près qu’aujourd’hui il suffit de vouloir pour pouvoir répéter cette œuvre.
- « Or, c’est ce que je veux faire ici. {Bravo.)
- « L’édification de la partie matérielle du palais social dépend de moi, de moi seul, et elle est résolue.
- « C’est pour vous, pour vos familles, que vous allez élever ce palais où tous les moyens de bien-être, de progrès et de moralisation seront mis à votre disposition. (Longs applaudissements.)
- Une fois ce côté réalisé, il dépendra largement de vous de me permettre d’achever l’œuvre par l’institution de l’association entre le capital et le travail, sur les bases indiquées par le fondateur du Familistère de Guise.
- * Mais, pour cela, j’aurai besoin que vous soyez bien pénétrés de la nécessité de vous aimer et de vous respecter les uns les autres; j’aurai besoin que vous ayez reconnu la sainteté du travail comme loi de la destinée humaine, que vous soyez habitués à vous considérer comme appelés tous au progrès et comme devant travailler ensemble à votre bonheur commun.
- « La meilleure preuve que vous me donnerez de ces dispositions, va vous paraître toute simple, cependant elle est difficile à mettre en pratique et ses conséquences sont incalculables dans leur bienfaisance.
- « Ecoutez donc ce que je vais vous dire à ce sujet: Le premier pas à faire dans la voie de la régénération morale et sociale, c’est de vaincre dans notre propre cœur cet amour effréné de nous-mêmes qui se satisfait aux dépens d’autrui, qui met son plaisir à s’élever en abaissant les autres.
- « C’est là le plus grand ennemi de notre bonheur, mes amis, et le plus grand obstacle au bon fonctionnement de l’association. Travaillez sans cesse à vous en délivrer, et pour cela, habituez-vous à ne vous livrer à aucune pensée, à aucune parole, à aucune action qui puisse faire tort à qui que ce soit. Habituez-vous enfin à prendre pour règle de conduite cette maxime :
- « Que nos actes sont bons dès qu’ils concourent au bien et au progrès de la vie humaine.
- « Qu'ils sont mauvais dès qu’ils nuisent à notre propre progrès ou à celui des autres.
- « Vous pouvez entrevoir maintenant que la loi morale, qui me guide, c’est d’assurer, suivant les moyens dont je dispose, le bien-être et le perfectionnement de la yie humaine autour de moi ; c’est de
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- vous donner un milieu où vous aurez avec le travail du jour et la sécurité du lendemain, toutes les facilités pour élever convenablement vos enfants et vous perfectionner vous-mêmes.
- « Travaillez donc avec une nouvelle ardeur à élever ce palais qui doit vous loger tous.
- « Aujourd’hui c’est un capitaliste qui inaugure cette fondation, demain, instruites par votre exemple, ce seront des associations de travailleurs et de capitalistes qui s’emploieront à des œuvres semblables. Ainsi s’ouvrira devant l’humanité la voie de régé nération et de salut.
- (ilongues salves d'applaudissements. Cris de vive Godin / Vive Frauenstein / Vive le Familistère !
- Frauenstein se tut, laissant à ses auditeurs le temps de manifester leur adhésion.
- Une fois le calme rétabli il reprit sur un ton tout à fait familier :
- « Un mot encore, mes amis ; chercher en tout le bien de la vie humaine est une doctrine qui s’applique aussi bien aux petits faits de l’existence qu’aux grands.
- « Or, j’ai été peiné en arrivant ici,tout à l’heure de vous voir si peu à l’aise pour prendre' vos repas.
- « M. Stevens, votre chef, qui est apôtre de la réforme sociale et que vous ne tarderez pas, j’en suis certain, à aimer comme un frère, (hurrahs pour Stevens), M. Stevens pense qu’il serait facile d’élever ici un restaurant provisoire. Je me ferai un plaisir de vous offrir les matériaux nécessaires pour cette construction.
- » M. Stevens pense que, dans ces conditions, il ne sera pas impossible d’arriver à vous procurer des repas mieux soignés et ne vous coûtant pas plus cher que ceux que vous faites aujourd’hui. »
- A cet endroit, le comte fut interrompu par des salves de bravos, et les auditeurs s’offrirent à l’envie pour élever gratuitement, après leur journée de travail, le bâtiment et tout ce qui serait nécessaire.
- » C’est bien, mes enfants, » dit le comle. « Je sais que votre labeur est rude et je ne vous aurais pas demandé un tel surcroît de besogne , mais puisque vous le voulez, faites-le ; M. Stevens vous guidera dans ce travail et mettra à votre disposition les matériaux convenables.
- « Quant à moi, en compensation de ce travail que vous allez faire, je demande à fournir le linge et la vaisselle de notre futur restaurant. (Applaudisse-sements. )
- « Un dernier mot et j’ai fini.
- « Hier j’ai rencontré dans la rue , étendu sur le pavé, soufïrant de la faim et tout en pleurs, un malheureux Chinois qui peut à peine bégayer quel-
- ques mots d’anglais. J’ai promis de lui donner du travail; et la façon dont il a accueilli ma légère offrande m’a profondément touché.
- « Ce Chinois peut facilement s’employer à faire la cuisine. Que penseriez-vous de l’avoir ici ? [Bravos et assentiments.)
- « Pendant ce temps il pourra apprendre notre langue et je ne doute pas qu’il rende d’excellents services. J’espère que vous le traiterez amicalement.
- « Le respect, voyez-vous, engendre le respect et la confiance; nul homme n’est digne de ce nom s’il se croit meilleur qu’un autre parce qu’il s’habille différemment ou qu’il est né dans un autre pays.
- « Il ne me reste plus, mes amis, qu’à vous proposer trois hurrahs pour le palais social, au nom de la liberté, de l'égalité, et de la fraternité. »
- Les trois acclamations furent poussées avec un enthousiasme assourdissant. Clara, Susie et le docteur étaient des premiers à applaudir.
- Quand on fut sur le chemin du retour : « Je ne vous aurais pas cru si éloquent, » dit le docteur au comte, « quoique je m’attendisse de votre part à un discours significatif. »
- Susie se répandit en éloges enthousiastes, mais Clara garda le silence. {A suivre.)
- LES DÉSASTRES DE HONGRIE & LA SOLIDARITÉ
- Une catastrophe inouïe vient de déso’er la Hongrie. La Theiss rompant ses digues a détruit presque complètement la grande ville de Szegedin, ancienne capitale des Magyars, ainsi que plusieurs villes et un très grand nombre de villages de la contrée.
- En présence d’un désastre qui a tué plus de dix mille personnes, et en a ruiné plus de cent mille, il serait déplacé de faire de lamorale.Ce serait agir aussi ridiculement que le maître d’école de la fable. Toutefois il importe de remarquer à cette occasion combien le mépris de la loi de solidarité peut être gros de conséquences.
- La Theiss ou Fisza est une rivière dont le cours naturel se subdivisait il y a quelques années en bras nombreux décrivant chacun des méandres considérables. Sur une longueur en ligne droite de 545 kilomètres, le lit principal de la Theiss parcourait une longueur effective de près du triple, sans compter les bras secondaires.
- Les grands seigneurs riverains, soucieux chacun de leurs seuls intérêts, eurent la désastreuse idée de débarrasser leurs terres de tous les bras secondaires de la Theiss et des méandres en apparence inutiles.
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- En conséquence, ils firent couper les lacets de la rivière et protéger par des digues les vastes territoires ainsi conquis. Ces travaux furent exécutés sans plan d’ensemble, sans tenir compte des facilités d’écoulement, de l’énorme masse liquide que ces raccourcis déplaçaient, et sans tenir compte-que dans les moments de crue la Theiss, réduite à un seul lit moins large et moins long, devait porter contre les digues des poussés formidables.
- Chaque année ces poussées ont rompues les digues en quelque point du cours de la rivière, mais jusqu’ici les inondations se produisaient plutôt dans la partie inférieure du cours, c’est-à-dire dans la Pane-sova, contrée sans grande valeur. Aujourd’hui la rupture a eu lieu plus haut et les désastres sont incalculables.
- Rien de cela ne se serait produit si les travaux de correction de la Theiss au lieu d’être'faits pour le seul profit de quelques grands seigneurs avaient été faits pour le profit de tous.
- Le malheureux dans tout ceci, c’est que souvent quand la loi de solidarité est violée ce sont les innocents qui en pâtissent.
- E. C.
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- LES ZOULOU S.
- Il y a quelques jours une réunion nombreuse dont faisaient partie plusieurs notabilités parlementaires parmi lesquelles M. Henry Richard, membre de l’opposition radicale, se pressait dans City Temple, Holborn Viaduct, sous la présidence de l’honorable E. Ashley. Il s?agissait d’entendre le Rév. Otto Witt, missionnaire suédois, récemment arrivé à Londres et qui avait été témoin oculaire du dernier combat de Rorke’s Drift.
- Le Rév. Otto Witt était accompagné du jeune Umkwelnataba, cousin du roi Cetewayo, et qui, converti à la religion chrétienne, avait demandé de venir avec lui, Otto Witt, en Angleterre.
- Voici les quelques détails donnés sur les Zoulous par le missionnaire suédois dans la réunion en question.
- Les Zoulous se regardent comme étant physiquement le peuple le plus fort du monde. Cette 'bonne opinion qu’ils ont d’eux-mêmes leur vient de ce que jusqu’à ces derniers temps ils n’avaient encore jamais eu maille à partir avec une race civilisée. Ce qu’il y a de très-certain néanmoins, c’est qu’ils sont supérieurs en courage et en intelligence à toutes les peuplades du sud de l’Afrique.
- Les Zoulous travaillent fort peu, mais en revanche ils aiment beaucoup à causer. Il n’est pas d’événe-
- ment, quelque peu important qu’il soit, dont ils ne parlent et ne reparlent. Or, comme il n’est pas de jour qui ne soit marqué d’un incident quelconque, il en résulte que le bavardage de ces sauvages n’a pas de terme. De là cette habileté de discussion, cette subtilité d’argumentation qu’on leur reconnaît, et que plus d’un avocat ou d’un rhéteur leur envierait.
- En fait de propriété, le bétail est ce qu’ils préfèrent. Le Zoulou, qui possède une certaine quantité de tètes de bétail, achète des femmes aussi en certaine quantité et si, heureux mortel, ces femmes lui font des filles, il échange ces filles contre d’autres têtes de bétail qu’il troque de nouveau contre d’autres femmes... et ainsi de suite.
- Une femme se paie ordinairement douze têtes de bétail. Mais toute femme de laquelle le Zoulou n’a pas d’enfant au bout d’un certain temps, est rendue -à sa famille qui en contre-échange lui retourne le bétail donné. Si dans l’intervalle ce bétail a produit, le produit revient tout naturellement au premier propriétaire.
- Ce sont les femmes qui font presque tous les travaux dans le Zululand ; mais il leur est interdit de traire les vaches sous peine de mort.
- Prendre une prise de tabac n’est pas seulement une jouissance pour un Zoulou, mais encore une chose d’une haute importance... Si haute que pour le monde entier il ne renoncerait pas à sa prise. C’est à un trou fait à ses oreilles, à défaut de poche, qu’il porte sa tabatière et divers autres objets aussi légers de poids.
- Presque chaque Zoulou a un village lui appartenant, et comme chaque femme a sa hutte particulière, il est facile de voir par le nombre de huttes composant le village, combien le Zoulou possède de femmes.
- Il est difficile de faire entrer le mot Dieu dans le cœur du Zoulou, aussi quoiqu’il ait une idée de la création et même de la rédemption, est-il fort peu religieux. Le roi, Cetewayo, ne voit pas avec plaisir les missions s’introduire dans ses Etats. Cela se comprend : Cetewayo ne veut pas d’hommes mariés pour soldats. Or comme les Zoulous se marient en se faisant chrétiens, au furet à mesure que le nombre des cathécumènes augmente, le nombre de ses soldats diminue. Ceci ne contribue pas peu à rendre pénible la tâche des missionnaires dans le Zululand; mais le Rév. Otto Witt pense et espère que la guerre actuelle, sous ce rapport, aplanira une grande partie des difficultés.
- L’opinion du missionnaire suédois est que Cetewayo n’a jamais eu l’intention d’envahir le Natal qui est voisin du Zululand et l’une des possessions
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- anglaises, comme chacun sait. Il n’y a pas d’exportation de marchandises du Zululand au Natal.
- Enfin, ajoutant à ces détails quelques observations, plusieurs membres de la réunion ont affirmé que les Zoulous n’étaient pas cruels et féroces par tempérament quoiqu’ils prennent peu de souci de la vie humaine. Les lois qui les régissant les font, plus que leur naturel, ce qu’ils sont; mais il y a tout lieu de croire que si ces lois se modifiaient'sous l’influence d’un peuple civilisé, conquérant ou ami, iis s’adouciraient eux-mêmes en raison de ce que serait leur nouveau Code.
- Les Anglais seront-ils le peuple civilisateur auquel il a été fait allusion ? cela ne fait pas question.
- Londres, le 14 mars 1879.
- C.-P. Maistre.
- RÉCLAMATION DES AGRICULTEURS.
- M. P. Joigneaux, dont l’autorité en économie rurale est bien connue, présente, au sujet des réclamations des agriculteurs, les observations suivantes :
- « Nous aimerions l’agriculteur qui nous dirait : Ce que je vous demande, ce n’est pas l’aumône d’un droit à la frontière sur mes concurrents ; c’est le moyen de lutter contre eux. Faites-nous de bons chemins, ne nous faites plus perdre notre temps à courir à plusieurs kilomètres chercher des congés, acquis à caution et passavants, ou bien â courir à la ville remplir des formalités à la régie si nous avons besoin de sel pour nos terres ou notre bétail. Otez la taxe qui pèse sur nos petites voitures suspendues, parce que ces chars à bancs sont des voitures agricoles ; encouragez l’emploi de l’outillage perfectionné, provoquez les réunions et associations rurales, afin que nous arrivions à nous sentir les coudes et à exécuter en commun des entreprises qu’aucun de nous ne ferait séparément. Montrez-nous comment il faut s’y prendre pour augmenter le rendement de nos terres ; en un mot mettez à notre portéedes connaissances essentielles théoriques et pratiques qui nous manquent; enfin ne dites pas que les projets de banques agricoles sont des chimères comparables à la quadrature du cercle, et s’il faut en venir au papier monnaie, n’hésitez-pas.»
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- Quelques mots sur la démocratie et le socialisme au village, par. M- Paul Bacque, peintre en bâtiments à Vidauban (Yar). Broch. in 12. Draguignan, imprim. Gimbert fils. Prix : 80 centimes.
- Cette brochure porte en épigraphe une belle pensée de Lamennais :
- « Le travail affranchi, maître de soi, serait maître du « monde, car le travail, c’est l’action même de l’huma-« nité, accomplissant l’œuvre dont l'a chargé le Créa-« teur. »
- Nous voyons toujours avec plaisir un auteur invoquer la grande mémoire de Lamennais. C’est pour nous un gage des intentions généreuses, de cet auteur. Malheureusement les bonnes intentions ne sont pas tout dans ce monde; il faut encore qu’elles soient suivies de l’esprit de réalisation. v
- Or, dans la brochure qui nous occupe, l’esprit de réalisation fait un peu défaut. M. Paul Bacque propose la formation d’une banque populaire dans la contrée où il habite. L’idée est bonne, mais il est à craindre qu elle ne soit pas suivie. Yoici déjà longtemps qu’on présente en France le bystème des banques populaires sans que le nombre de ces établissements ait pu dépasser la demi-douzaine. En Allemagne, on en compte aujourd’hui 806 réunissant 431,216 associés.
- M. Bacque pourrait se servir de ce magnifique résultat pour appuyer son projet.
- Un assassinat politique, par Ferd. Bérenguier, menuisier. Br. in-12, chez l’auteur, à Yidauban (Yar). Prix : 28 centimes.
- Nous avons entretenu nos lecteurs des brochures si claires de M. Bérenguier.
- Celle que nous avons aujourd’hui sous les yeux raconte l’histoire d’un.sympathique jeune homme du nom de Gayol que des hommes dévoués à Napoléon III fusillèrent à Lorgnes, peu de jours après le 2 Décembre. Gayol n’avait que 17 ans et son seul crime était d’être républicain. Trois autres républicains, Aragon, Philipp et Coulet tombèrent avec lui sous les balles criminelles des bonapartistes. Un autre républicain, Mottus, fut aussi tué à coups de sabre par un gendarme.
- M. Bérenguier raconte en termes très-littéraires (peut-être même trop littéraires vu le sujet), cette dramatique histoire à laquelle il a eu la douleur d’assister.
- Etudes sur la marine, par J, Vandercruyce. Bordeaux, Duverdier et Cio. 1 vol. in-4 avec planches, — Prix : 5 fr.
- Cette publication, plus spéciale encore que celle du même auteur annoncée dans le précédent bulletin, contient des études sur le dématage des grands navires, sur la rigidité des navires en fer, d’après William John, sur le franc bord (ligne de charge) des navires d’après B. Martell, sur les densités des bois de construction navale, sur les pompes dqs navires, sur la mature, sur la stabilité des navires, sur la législation maritime en Angleterre, etc., etc.
- Huit planches explicatives et de nombreux croquis rendent le sujet intelligible à chacun.
- Nous sommes en retard pour rendre compte de plusieurs publications que nous avons reçues. Que leurs auteurs veuillent bien prendre patience, nous ne les oublions pas.
- Au nombre de ces publications, il en est 8 de fort remarquables que nous tenons à signaler, en attendant de pouvoir en parler comme elles le méritent Ce sont :
- L'instruction publique dans la République argentine par C. ITippeau, 1 vol. Didier et Cie. 4 fr.
- Petit traité de morale par les rédacteurs de la Critique philosophique, 1 vol. Fischbacher, 2 fr.
- De la justice dans l'exercice de la souveraineté par Junqua, 1 vol. Fischbacher, 2 fr.
- Mélanges philosophiques par Dupont-White, 1 vol. in-8, Guillaumin.
- Protection et Libre-échange, par E. Fauconnier, 1 vol. gr. in-8. Germer-Baillière.
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- MINISTÈRE DES POSTES & TÉLÉGRAPHES
- Le bureau de poste de Montescourt-Lizeroile sera ouvert au public le 16 courant.
- La circonscription de ce bureau se composera des communes de :
- Montescourt-Lizerolle, Benay, Clastres, Essîgny-le-Grand, Gibercourt, Hinacourt, Ly-Fontaine, Remigny.
- Le Directeur-Gérant : Godin.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878
- Nous avons déjà mis sous les yeux de nos lecteurs, dans notre numéro du 23 juin dernier, le dessin ci-dessus représentant le dernier modèle de fourneau de cuisine sorti ue& ateliers de la manufacture Godin à Guise.
- Nous leur avons dit que ce fourneau, exposé au Palais du Chainp-de-Mars, dans l’annexe du chauffage, classe 27, réunissait fous les avantages qu’une bonne ménagère recherche dans un appareil de ce genre : Propreté, Solidité, Économie.
- Avec ce fourneau, dont le prix est peu élevé, il est facile de préparer les aliments sous toutes les formes.
- Les grillades se font à l’aide du gril rond qu’on place au-dessus du foyer, les rôtis à la broche avec la lèchefrite qu’on pose sur la porte de gauche abattue en forme de tablette.
- Le four est vaste; enveloppé par la flamme, il chauffe également de tous côtés, et, au-dessous, une étuve spacieuse sert à réchauffer les plats.
- La chaudière, placée à droite, fournit constamment de l’eau à une température élevée, et les deux trous qu’on voit au-dessus permettent d’y plonger des vases comme dans un bain-marie.
- Tout y est donc bien combiné pour la plus grande
- commodité de la ménagère qui peut ainsi faire toute sa cuisine à la fois, et l’économie est considérable, car un seul foyer, alimenté par le bois, la houille ou le coke, fournit la chaleur suffisante dans toutes les parties du fourneau, et un appareil spécial permet d’utiliser immédiatement les escarbilles pour entretenir le feu.
- Le jury de l’Exposition a, d’ailleurs, reconnu, après un examen sérieux, la perfection de cet appareil déjà très-bien accueilli par le public, puisqu’il a décerné à son inventeur la médaille d’or, la plus haute récompense attribuée dans la classe 27 aux appareils de chauffage.
- Nous sommes heureux d’annoncer, en même temps, que la maison Godin a aussi obtenu une médaille d’argent dans la classe 43, où elle avait exposé des articles de quincaillerie, tels que boutons de porte, boules de rampe, porte-plats, flambeaux, coupes, encriers, vide-poches, etc., etc., en fonte émaillée et nickelée.
- Nos lecteurs qui désirent se procurer des fourneaux de cuisine, des cheminées, des calorifères ou des objets d’ameublement en fonte, n’ont qu’à s’adresser à messieurs les quincailliers, poèliers, fu mist , ferblantiers de leur ville, par l’intermédiaire de qui la maison Godin, de Guise, s’empressera de leur donner satisfaction.
- Saint-Quentin — tmp. de la Société anonyme du Glaneur
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- T ANNÉE, TOME 2 — N” 29
- ie numéro hébd omadaire 20 c.
- DIMANCHE 30 MARS 1879.
- BUREAU PRINCIPAL
- A,GUISE (Aisne).
- Toutes les communications doivent être adressées à M. GODIN
- Fondateur du Familistère Directeur-Gérant.
- ABONNEMENTS PAYABLES D’AVANCE
- par l’envoi, soit au bureau de Guise, soit à celui de Paris., de timbres-poste ou de mandats de-poste, dont le talon sert de quittance.
- France
- Un an. . . . 401. »*
- Six mois ... 6 »» Trois mois. 3 **
- Pays d’Europe
- Un an. . . . 11 f. »» Autres pay«
- Un an . . . , 13 f. 60
- Rédacteur en chef : M. Ed. Champury
- BUREAU AUXILIAIRE A PARIS 32, rue Serpente , 32
- Pour tous renseignements, s’adresser de 2 à 5 heures à M. Ed. THIAUDIÈRE, Représentant du üEVOtR.
- SOMMAIRE
- Le Darwinisme devant les principes de 89. — Pensées sociales et politiques. — Le Travail. — La semaine politique. — La peine de mort en Suisse. — Dépeuplement des campagnes. — Libre-échange et protection. — Bulletin bibliographique. — Administration des p>osles. '— Variétés. — Table analytique du 2me volume.
- LE DARWINISME DEVANT LES PRINCIPES DE 89
- Nous avons reçu de M. Télénius une lettre en réponse à notre article du 16 mars.
- Malheureusement cette lettre a été écrite avant que notre article du 23 ait paru. Il en résulte qu’elle contient plusieurs passages qui trouvent leur réponse dans l’article du 23 mars.
- Voici la lettre en question :
- Monsieur le Rédacteur,
- La grande question du Darwinisme est tellement capitale, à l’heure présente, qu’elle mériterait une discussion approfondie. Si \e Devoir consentait à m’accorder l’espace nécessaire à trois ou quatre petits articles, j’espérerais parvenir à convaincre tout lecteur sincère que la doctrine de la sélection est une doctrine profondément morale, qui n’a nul rapport possible avec l’aphorisme : La force prime le droit, injustement attribué à M. de Bismarck.
- La question du Darwinisme ne consiste pas à savoir s’il existe actuellement des malhonnêtes gens pour qui tous les moyens sont bons, dès qu’il s’agit de satisfaire leurs passions égoïstes au détriment des intérêts d’autrui, car personne, que je sache, ne songe à nier ce fait.
- Je désirerais qu’il ne fût pas ici question de polémique. Au fond, nos idées s’accordent trop profondément dès qu’il s’agit d’améliorations sociales, pour que nous ayons du temps à perdre à combattre des moUlius à vent.
- La réponse donnée ne contient rien que je n’admette comme vous. Là, nos aspirations et nos cœurs fraternisent à l’unisson ; mais cette réponse n’a nul rapport avec la théorie darwinienne C’est son unique défaut. Alalheu-reusemeut. il est capital.
- Vous n’avez pas cru devoir vous occuper de l’objection elle-même, qui est celle ci : « Si la théorie darwinienne est l’exprest-ion scientifique delà vérité, toutes les oppositions humaines ne pourront rien contre el e. Si elle est fausse, la connaissance d'un seu fait positif, dûment constaté, suffira puur le détruire. Jusqu’à celte heure, tous les faits d’évolution connus reçoivent de la théorie darwinienne une explication naturelle, simple, facile. En dehors de cette théorie, il ne peut exister que des explications surnaturelles, greffant l’une sur l’autre, deux hypothèses qui ne reposent sur aucun fait observable. » Telle est la question. En face de pareilles solutions, les savants n’ont pas hésité. Ils ont choisi celle qui peut seule constituer la science, celle qui repose sur l’observation de faits toujours constatables. Cette science n’est pas encore complète, d’abord parce qu’elle est née d hier, ensuite parce que la science n’est j-unais faite, elle se fait toujours, elle évolue sans discontinuité possible.
- Voilà pourquoi les universités anglaises, allemandes, danoises, suédoises, russes sont infectées de darwinisme. Exclurez-vous tout ce monde de vos rangs, pour ne plus faire de vos adhérents qu’une petite église sans avenir, sans extension ni évolution possible ?*Rester ainsi dans l'isolement, c’est se vouera la stérilité, à la mort. C’est rendre ennemis de vos généreuses tentatives de réformations sociales les plus éminents prosélytes des idées d'amélioration universelle. Ces éminents penseurs du monde moderne , n’ont-ils pas pour eux toutes les chances d’être dans J a vérité ? Leurs adversaires ont-ils une seule chance de s’y trouver, alors que le fait métaphysique sur lequel pourrait être étayé leur doctrine, est vainement cherché depuis six à sept mille ans, sans avoir encore pu être découvert par personne ?
- De plus, la théorie de l’évolution, loin d’être opposée aux améliorations que vous poursuivez avec un zèle si louable, en est le plus puLsant auxiliaire. Que dit, en effet, le darwinisme ? Ccoulons :
- c< La conscience n’est pis un produit de l’éducation, c’est une efflorescence de la nature, activée par l’éducation; c’est le résultat d’une série d’instincts ou d’habitudes héréditaires. La lutte qui s'engage au sujet des
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- conditions physiques de la vie. s’est de même engagée entre les hommes au sujet des conditions morales de la vie II s’est fait ici, comme partout, une sorte de triage : les plus moraux ont seuls fini par vaincre, après avoir souvent succombé sous le nombre et ont survécu. Là, se trouve 1 unique raison du perfectionnement moral de l’humanité. Ainsi, l’histoire de la conscience humaine se confond avec l’histoire du développement de la civilisation. Plus les nations se moralisent, plus elles ont de vigueur, de vitalité, de prospérité ; plus elles se démoralisent, plus elles se ruinent, se dégradent, s’énervent et marchent rapidement de décadence en décadence à une mort certaine, pour faire place à. d'autres plus jeunes, plus vigoureuses, plus morales. Nul peuple ne peut vivre sans morale, sans justice. Plus la justice règne chez une nation, plus est grand le bien être général, et cela nécessairement, fatalement. Le devoir des Etats est donc de créer un système d’instruction qui développe des organismes puissants, des intelligences vigoureuses, des consciences profondément morales. Les deux premières forces peuvent faire servir à faire le bien ou le mal ; la dernière seule les tourne fatalement vers le bien. Educateurs, créez donc des hommes complets, car les hommes incomplets ayant la puissance sous la direction morale, ne sauraient guère être que nuisibles. Les qualités prenant un caractère héréditaire de plus en plus inaltérable à la suite des générations constituent à la longue des races chez lesquelles l’instinct du bien l’emporte sur les impulsions bestiales du mal, et produisent des nations plus glorieuses du bien qu’elles réalisent que des maux qu’elles pourraient causer. La passion au bien devient la loi qui régit.la masse sociale et assure le bonheur du plus grand nombre. »
- Voilà le langage des Darwin, des Stuart-Mill, des Spencer, des Bain. Je ne vois pas ce qu’on peut leur répondre de sérieux Qu’on ouvre l’histoire et les faits confirmeront la théorie. Quant au danger que celle-ci doit faire courir au monde, je le cherche en vain et ne puis l’entrevoir Un voit trop le Darvinisme dans la sélection purement animale, sans songer que celle-ci a fatalement amené chez l'homme la sélection morale, principe de toute amélioration, de tout progrès, de toute stabilité.
- Veuillez agréer, etc.
- Télénius.
- Remarquons d’abord ceci :
- Notre honorable contradicteur ne conteste pas le premier point développé dans notre article du 16 mars, savoir :
- « Que la force n’est pas toujours le privilège et la récompense de l’intelligence et de la vertu. »
- Il ne conteste pas davantage le deuxième point, savoir :
- « Que si c’est une loi de la nature que les faibles doivent être éliminés au profit des forts, les faibles doivent :
- Ou subir avec résignation les abus de la force,
- Ou se liguer pour intervertir les rôles. »
- Enfin il n’oppose aucune objection à notre conclusion que si la concurrence vitale est une loi et non un fait, elle est une base scientifique donnée à la guerre.
- La constatation de cette insuffisance de ré-
- ponse étant faite, examinons la réponse elle-même,
- M. Télénius considère le Darwinisme et même la théorie de l’évolution (application extensive du Darwinisme à toutes les sciences et systématisation du tout) comme étant une vérité acquise. Il n’en est rien. Le Darwinisme est une hypothèse, pas davantage. L’évolutionisme est une autre hypothèse échafaudée sur la première, et rien de plus. M. Littré, qui en semblable matière est toujours aux avant-poste de la science, écrivait l’autre jour encore :
- « Je ne le regarde (le Darwinisme) que comme une hypothèse; hypothèse fort intéressante, quand on s’en sert pour instituer des recherches, mais hypothèse dont je me défie grandement quand on en tire des conséquences philosophiques ou des applications pratiques. » (1)
- Tous les adeptes de la philosophie positive, tous sans exception, pensent à cet égard comme M. Littré. S’il se trouvait que quelques-uns d’entre eux tinssent le Darwinisme pour être plus qu’une hypothèse, ils se détacheraient par cela même de la philosophie positive pour faire de la philosophie inductive.
- Quant au fait que certaines universités se sont ralliées au Darwinisme, cela ne prouve rien. De la constatation de succès vous pouvez simplement conclure que le succès existe, rien de plus. L’extension d’une idée ne fortifie en rien la démonstration de sa valeur. L’acceptation universelle même ne prouverait rien. Il y a eu des erreurs universellement acceptées ; il y en a peut-être encore. Les erreurs font plus vite leur chemin dans ce monde que les vérités. Il y a de nombreux exemples d’époques où les savants se sont ralliés à des doctrines qu’ils ont dû plus tard abandonner. La théorie de l’émission fit fureur au temps de Newton. Qui s’en souvient ? Qu’est devenu le système de Virchow sur lequel on avait'édifié il y a peu d’années tout un enchevêtrement d’hypothèses aussi solide pour le moins et aussi savamment charpenté que l’édifice tout neuf de l’évolution? Pourquoi M. Darwin serait-il plus infaillible que Newton et que Virchow ? Nous sommes donc
- (1) Philosophie positive ; numéro de mars-avril, 1879 p. 173.
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- fondés à ne pas partager la confiance de M. Télénias dans la doctrine nouvelle.
- Nous ne partageons pas non plus l’illusion à laquelle il se livre quand il affirme que la théorie de l’évolution, loin d’être opposée aux améliorations que réclame le Devoir, peut être pour elles un puissant auxiliaire.
- Notre correspondant prête au Darwinisme des intentions qu’il n’a jamais eues et lui fait dire tout le contraire de ce qu’il dit. Nous pourrions appuyer notre dire de très-nombreuses citations; nous nous bornerons à quelques-unes emprum tées aux clarwinistes les plus convaincus. Elles suffiront, nous en sommes certain, pour rallier M. Télénius à nos vues.
- La doctrine de l’évolution ayant été accusée de prêter des armes aux révolutionnaires, un écrivain plus darwinjste que Darwin lui-même, M. Léon-A'. Dumont, le même qui introduisit le premier en France la doctrine de l’évolution, répondit en ces termes : *
- « Si le parti conservateur était un peu moins aveugle, il reconnaîtrait que la théorie de l'évolution renferme la philosophie même de la doctrine conservatrice, et que seule elle peut en fournir la justification scientifique.
- « Ce qu'il y aurait plutôt à craindre, ce serait que le darwinisme, lorsque ses conséquences pratiques seront plus généralement comprises, ne provoquât au contraire une réaction exagérée contre Us tendances d mocratiques et égalitaires, et ne nous ramenât aux principes politiques de Hvbhes, de Machiavel et de J. de Maistre. Les utopies socialistes dérivent naturellement et forcément du spiritualisme.,.. Du moment où l’on attache aux individus une valeur absolue, où on les considère comme com-posés d’un corps et d’une âme qui est une substance par elle-même, du moment enfin où chaque homme a en lui-même son propre commencement d’existence et le principe libre de toutes ses actions, on doit trouver juste que tous les hommes entrent dans la vie dans des conditions d’existence semblable..: on ne doit tolérer dès lors aucune inégalité sociale et les inégalités physiologiques elles-mêmes seront envisagées comme des injustices de la nature que la société aura pour mission
- d’atténuer et de corriger autant que possible..... Le
- Darwinisme tend au contraire a taire considérer l’individu comme un ensemble ou une série de faits qui n’est que la résultante et la continuation, en vertu de l’hérédité, d’un nombre indéfini d’autres série* antérieures. U n’y a pas deux embryons semblables,.. Les hommes ne partent point d’un même point... La justice consiste, pour la société, non pas à rétablir l’égalité parmi les individus, mais, â protéger d’une manière égale le développement continu de toutes les séries héréditaires. Ces conséquences du Darwinisme excluent complètement le socialisme dont toutes les formes ont pour caractère commun d’être hostiles à 1 hérédité. (1)
- (1) Haeckel et la th^or e de l évolution en Allemagne, p. 7 et suivantes. Voir aussi l’article de M. Dumont sur la civilisation comme force accumulée, dans la Revue scientifique du 22 juin 1872.
- Pius loin, M. Dumont reprend :
- On ne peut trop insister sur ces rapports intimes entre la théorie de Malthuset celle du Darwin. C’est, en effet, une des meilleures réponses à faire aux publicistes français qui croient voir dans le Darvinisme un danger pour ‘l’ordre social. On pense tout autrement en Angleterre et en Allemagne ; le darwinisme n’est, en dernière analyse, que l’application à l’histoire naturelle des vues de l’économie politique sur la concurrence, vues qui n’ont jamais été considérées comme subversives ; par ses idées sur l’hérédité et le progrès résultant de modifications accumulées pendant de nombreuses générations, la synthèse de la sélection naturelle se confond avec le sy tème du parti conservateur en politique.»(1)
- Autrement dit :
- La théorie habituelle au parti conservateur, celle du règne de l’ordre par la force, a sa base philosophique dans le darwinistre. Quand Sebastiani proclama que « l’ordre régnait à Varsovie, » il appliquait sans le savoir une doctrine qui a aujourd’hui droi^de cité, celle de l’élimination des faibles au profit des forts.
- Madame Clémence Royer qui a introduit en France, par sa traduction, le livre de l'Origine des espèces, va plus loin encore que M. Dumont.
- Elle ne craint pas d’écrire :
- « La loi de sélection naturelle, appliquée à l’humanité, fait voir avec surprise, avec douleur, combien jusqu’ici ont été fausses nos lois politiques et civiles, de même que otre morale religieuse. Il suffit d’en faire ressortir ici un des vices le moins souvent signalés , mais non pas 1 un des moins graves. Je veux parler de cette chanté imprudente et aveugle où notre ère chrétienne a toujours cherché l’idéal de la vertu sociale et que la démocratie voudrait transformer en une sorte de fraternité obligatoire. bien que sa conséquence la plus directe soit d’aggraver et de multiplier dans la race humaine les maux auxquels elle prétend porter remède'. Ou arrive ainsi à sacrifier ce qui est fort à ce qui est faible, les bons aux mauvais, les êtres bien doués d'esprit et de corps aux êtres vicieux et malingres. Que résulte-t-il de cette protection inintelligente accordée exclusivement aux faibles, aux infirmes, aux incurables, aux méchants eux-mêmes, enfin à tous les disgraciés de la nature? C’est que les maux dont ils sont atteints tendent à se perpétuer indéfiniment ; c’est que le mal augmente au lieu de diminuer, et qu’il s’accroît de plus en plus aux dépens du bien. * (2)
- Madame Royer trouverait sans doute préférable qu’on en revînt aux coutumes des Spartiates et qu’il y eût dans chaque contrée un mont Taygète sur lequel on sacrifierait les enfants nés difformes ou débiles.
- Cette observation a été faite à Madame Royer, et voici en quels termes elle y a répondu :
- « Certaines personnes, atteintes de ce sentimentalisme contemporain qui menace de devenir une maladie philosophique, et dont le pius grand défaut est de juger toujours de la vérité des choses d’après une idée du. juste,
- (1) Même ouvrage, p. 24.
- (2) Préface de la lr® édition de la traduction de VOrigine des espèces.
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- LE DEVOIR
- préconçue-et le plus souvent très-discutable, se sont voilé la* face avec épouvante parce que nous avons émis quelques doutes sur les bons résultats d’une philanthropie excessive et inintelligente. » (1)
- Les rédacteurs du Devoir confessent en toute humilité qu’ils sont atteints de ce sentimentalisme que déplore Madame Royer. Ils en sont même tellement atteints que, non contents d’admirer et d’encourager les institutions de philanthropie, ils voudraient que ces institutions perdissent leur cachet de charité légale et devinssent des services publics.
- Nous croyons que la commisération envers les pauvres, la compassion pour les malades, l’intérêt porté aux faibles et aux impuissants, en un mot tous ces sentiments dont la pi ophé-tesse du Darwinisme parle avec tant de désinvolture, ne sont pas des erreurs, ne sont pas des illusions, ne sont pas des vestiges d’un passé dont il convient de rougir et de se débarrasser, mais qu’ils sont au contraire les premiers bégaiements de la langue du droit de tous’ à l’existence, les premiers pas dans la voie de la justice distributive, en un mot, un des sentiments qui font le plus d’honneur à l’espèce humaine, un de ceux dont elle doit être le plus justement fière, celui de tous peut-être qu’elle doit avoir le plus à coeur de développer et de faire fructifier. Ed. Champury.
- PENSÉES SOCIALES & POLITIQUES xv
- Aucun droit n’est véritablement assuré pour personne tant que le peuple est privé de celui dé son intervention dans les affaires publiques.
- LE TRAVAIL
- Dieu nous a imposé de bien rudes épreuves sur cette terre ; mais il a créé le travail, tout est compensé. Les larmes les plus amères tarissent grâce à lui; consolateur sérieux, il promet toujours moins qu’il ne donne; plaisir sans pareil, il est encore le sel des autres plaisirs. Tout vous abandonne, la gaieté, l’esprit ; il est toujours là, et les profondes jouissances qu’il vous procure ont toute la vivacité des enivrements de la passion avec tout le calme des
- (1) Avant-propos de la 2° édition de l'Origine des espèces-
- plaisirs de la conscience. Est ce dire assez ? Non, car, à ces privilèges du travail, il faut en ajouter un dernier plus grand encore ; c’est qu’il est comme le soleil; Dieu l’a fait pour tout le monde.
- Ernest Legouvé.
- LA SEMAINE POLITIQUE
- IL’ag-ittttïon eldrienle. — Les projets de loi de M. le mmictre de l'instruction publique ont soulevé la lureur du parti clérical qui cherche à organiser un vaste pétitionnement contre le* résolutions adoptées par le gouvernement et soumises a l’approbation des Chambres. Plusieurs évêques ont lancé des mandements dans lesquelles ils invitent lôurs ouailles à la résistance, et l'archevêque de Paris a même fait une démarche auprès du Président delà République afin de l’intéresser à la cause des congrégations non autorisées qui se livrent à l’enseignement. Ce prélat a été poliment éconduit par le chef de l’Etat.
- Le gouvernement a déclaré à plusieurs reprises qu’il ferait scrupuleusement respecter le Concordat, et M. le ministre de l’intérieur et des cultes en recevant, lundi, le personnel de cette section de son département, a longuement insisté sur sa volonté de faire respecter par tous les droits de l’Etat. Nous nous plaisons donc à penser que le ministère saura couper court à l’agitation que les cléricaux cherchent à répandre dans ce pays en prenant des mesures de rigueur contre les évêques qui seraient ^assez audacieux pour braver le pouvoir civil. Quant à nos représentants , le pays attend d eux des décisions viriles et il jugerait sévèrement ceux de ses mandataires qui, dans ces circonstances, se feraient, par faiblesse, les auxiliaires complaisants des prétentions insoutenables et dangereuses de la secte ultramontaine.
- TTn enjgfagement. — Lundi, M. le ministre de l’intérieur et des cultes, recevant le personnel de cette dernière section de son département, a prononcé quelques paroles qui contiennent un engagement dont il convient de prendre acte. Après avoir affirmé les droits de l’Etat, M. Lepère a fait la déclaration suivante :
- « Le gouvernement de la République assurera l’exé-» cution complète et formelle du Concordat, ce 'contrat » qui résume des traditions ou des accords séculaires et ;> règle les rapports de l’Eglise et de l’Etat. Peut être » s’est-on écarté parfois de la stricte observation » de ses clauses. Il importe-d’y revenir et le devoir » d’une administration républicaine est de remplir cette » tâche avec autant de fermeté que de tact sans jamais » manquer, vis-à-vis des autorités ecclésiastiques, à tous » les égards qui leur sont dus. »
- Or, voici qu’on annonce que les évêques vont entrer en campagne pour combattre les projets de M. Ferry, et les feuilles soi-disant pieuses nous promettent un mandement collectif de l’épiscopat français destiné à réchauffer le zèle des meneurs de l'ultramontanisme. Voilà pour M le ministre des cultes une occasion solennelle de prouver qu’il sait mettre ses actes en accord avec ses paroles, et bien que l’honorable M. Lepère ait commencé son éducation chez les jésuites, nous aimons à croire qu il ne s’en laissera pas imposer par cette sorte d’insurrection de la mitre et de la crosse épiscopale contre un gouvernement qui fait son devoir en prenant la défense de la société civile contre l’envahissement du romanisme.
- ï.’affaire die la conversion. — La Chambre a entendu le rapport de la Commission d’initiative parlementaire chargée d’examiner la demande d'enquête formulée par le député bonapartiste Lenglé, touchant la
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- recherche des causes de ce qu'on appelle « le coup delà couversion du 5 o/O. » Il résulte des explicaliuns don nées par le ministre à la commission et a la tribune que le-seul coupable dans cette étrange affaire est le syndic des agents de change, intermédiaire naturel entre le ministre des finances et la Bourse. Il a été averti en temps utile des décisions du gouvernement; mais il a commencé par les faire connaître à M. de Rotschild et peut-être à d’autres gros banquiers avant d’en informer le public financier. Ces agissements répréhensibles n’engagent en rien la responsabilité du ministre C’est du moins ce qu'a pensé la Chambre, qui, par 301 voix contre 78, a rejeté la proposition d’enquête. Au cours des débats, M. Léon Say a repoussé avec un mépris qui n’était pas exempt d’éloquence, les insinuations calomnieuses qui avaient été dirigées contre son intégrité. Ce langage a produit une impression favorable sur les députés. Nous espérons qu’à Favenir M. le ministre des finances Dou-vera le moyen d’éviter le retour de pareils scandales en avertissant la Bourse par des intermédiaires plus sûrs et plus scrupuleux que le syndic actuel des agents de change.
- Le retour des Chambres à Paris —La
- Chambre des députés a pris une résolution excellente : elle a déclaré qu’il y avait lieu de réviser l’article 9 de la Constitution qui stipule que le siège du pouvoir exé cutif et des deux Chambres est à Versailles En conséquence, le Sénat est invité à donner son avis sur la question de savoir si le Congrès sera réuni afin d'abroger cet article ridicule, dernier témoignage de la haine d’une assemblée cléricale pour la ville de Paris, point de conséquence et de rayonnement de toutes les lumières de la pensée II ser it superflu d’insister sur les inconvénients multiples du séjour des Chambres à Versailles. Rien n’est plus nuisible à la bonne et prompte gestion des affaires publiques. D’autre part, il est incontestable que la recapitalisation de Paris affirmera à l’intérieur et à l’extérieur le triomphe des idées de conciliation, de paix et d’oubli du passé, qu’il est si nécessaire de faire prévaloir. A tous ces points de vue, on ne peut que désirer de voir le Sénat s’associer à la résolution prise par la Chambre sur l'avis conforme du cabinet, par 313 voix contre 128. Malheureusement on assure que, dans le centre gauche sénatorial, il existe des esprits pusillanimes, "ennemis du retour à Paris. Nous espérons que leur influence ne prévaudra pas contre les conseils virils de la saine raison.
- Le divorce — La Chambre doit incessamment discuter la question du divorce qui a été soumise à son examen par M. Naquet. Si nous sommes bien i./formes, il paraît que le débat serait, en quelque sorte, étouffé. Il est vraiment étrange de voir des députés qui, par leurs opinions appartiennent à la libre pensée, se montrer comme effrayés de toucher à une question qui est beaucoup plus simple que les esprits routiniers voudraient le faire croire.
- Le divorce existe dans la majeure partie des Etats de l’Europe et nous n'avons pas appris que en Angleterre, en Allemagne, en Suisse ou en Belgique, l’esprit de famille fût moins développé qu’en France. La réforme réclamée à cette heure par beaucoup de gens sensés, — dont beaucoup n’osent pas dire tout haut ce qu’ils pensent tout bas, — était écrite dans notre Code et faisait partie des conquêtes de la Révolution. Ce n’est que lorsque l’esprit clérical eut pénétré dans les assemblées, à la faveur de la Restauration, que le divorce fut aboli en 1816 et remplacé par la séparation de corps qui est, sans contredit, la plus immorale des imaginations. Il n’est donc pas admissible que le Parlement actuel qui se pique de libéralisme et qui cherche a lutter contre l'influence cléricale ne comprenne pas la nécessité de réformer une législa tion qui est la,source de scandales monstrueux, et qui a été établie par la Chambre introuvable de 1816, que le roi Louis XVIII s’est vu contraindre de dissoudre à cause du fanatisme de ses tendances.
- La Commission «les tarifs. — La Commission des tarifs de douanes a pris une importante résolution. Par vingt-deux voix contre trois, elle a décidé que le régime des traités de commerce doit rester en vigueur. Deux systèmes, on ne l'ignore pas, étaient en présence: l’un favorable au maintien des traités, 1 autre f ivorable à l’adoption pour nos relations avec l’étranger, d’un tarif général établi exclusivement suivant les vœux ou les besoins de notre industrie. C’est le premier de ces deux systèmes qui a prévalu ; mais on ne sait pas encore s’il l’emportera dans le Parlement qui est profondément divisé sur la question économique.
- La question de la magistrature. — M.
- Boysset, député de Saône-et-Loire, vient de saisir la Chambre de la question de la magistrature, puisque le gouvernement hé- ite à le faire ; il a déposé une proposition de loi ainsi conçue :
- Article l*r. — Dans le délai de trois mois à partir du présent projet de loi. le gouvernement devra conférer l’investiture aux magistrats actuels de. tout ordre et de tous degrés.
- Article 2. — Tous les magistrats qui d’ici à l’expiration de la loi n’auront pas reçu l’investiture cesseront leurs fonctions de plein droit.
- Article 3. — Les magistrats qui n’auraient pas reçu l'investiture pourront être admis à obtenir une pension de retraite s’ils ont au moins 50 ans d’âge et 20 ans de service.
- On connaît l’opinion du Devoir sur la question ; il estime que le régime électif est le plus rationnel et le plus conforme aux principes. Cependant, faute de mieux, il ne saurait que former des vœux pour l’adoption du projet de M. Boysset Malheureusement il est a craindre que cette proposition transactionnelle paraisse encore beaucoup trop radicale à nos députés.
- Les élection» du O avril. — Vingt et un collèges électoraux sont convoqués pour le 6 avril, à l’effet de. nommer des députés. Cette campagne électorale ne fait pas grand bruit. On s’occupe particulièrement du 8e arrondissement de Paris, où les conservateurs n’ont pas moins de trois candidats qui s’attaquent mutuellement. Il e.-t vrai que dans d’autres circonscriptions plusieurs candidats appartenant au parti républicain se disputent la confiance des électeurs ; mais au moins ils sont tous d’accord pour soutenir la République, tandis que chez les conservateurs, les uns demandent le rétablissement de l empire et les autres celui de la monarchie En résumé, quel que soit l’issue de ces élections, elle sera profitable au régime actuel et nous n'avons qu’à attendre les résultats du scrutin avec une patiente confiance.
- îfotiverjients administratif». — Le Journal officiel a publié un mouvement assez important dans la magistrature. Deux avocats généraux ont été destitués à la Cour de Paris ; un substitut du'Procureur général de la même Cour, démissionnaire, a été remplacé. Trois substituts près le tribunal delà Seine ont été révoqués ; dans les parquets des départements, quatre procureurs, à Abbeville, a Vienne . à Nyons et à Vervins, cinq substituts, à Gren )ble, Valence, Vienne, Senlis et Château-Thierry ont également été rendus à la vie privée. On voit que M. le garde des sceaux poursuit avec méthode l’épuration de nos parquets. Un mouvement assez restreint a eu lieu également dans les préfectures par suite des convenances particulières de certains préfets préalablement déplacés. Il serait à désirer qu’à. l’avenir le ministre de l’intérieur prit ses mesures afin d’éviter ces tâtonnements qui produisent toujours un effet fâcheux.
- La réorganisation judiciaire en Hollande. — Les LL dlondais qui sont un peuple éminemment sage viennent de nous donner l’exemple des réformes judiciaires, Taudis que nous avons chez nous un®
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- foule de tribunaux qui chôment et qu’on n’ose supprimer, nos voisins viennent de réduire d’un seul coup le nombrede leurs tribunauxde 34 à 23, et celui des justices de paix de 150 à 107 Afin de rendre égale la situation de tous les juges et de ne pas faire profiter de leur inamovi-bibité les magistrats appartenant aux tribunaux maintenus, on a décidé la dissolution de tous les tribunaux et de toutes les justices de canton. Cette mesure a permis d’éliminer les incapacités.Comme bien onle pense, les partisans de l’inamovibilité ont jeté les hauts cris ; mais on leur a répondu— et c’est un argument que nous recommandons aux législateurs français — que si la constitution a garanti" l’inamovibilité des juges, elle n’a point proclamé celle des tribunaux dont il est toujours permis de faire cesser l’existence lorsque l’intérêt public l’exige.
- Une autre innovation que nous approuverons moins a consisté à donner le privilège de l’inamovibilité aux juges de paix. D’autre part on exige qu’ils soient docteurs en droit. La compensation ne-nous paraît pas suffisante, car il n’y a aucune corrélation entre les deux termes.
- La réforme électorale italienne. — Nous avons déjà dit quelques mots du projet de réforme élec-toralesoumis au Parlement italien parle cabinetDepretis. On sait déjà que ce projet établit le scrutin de liste et abaisse l’âge de l’électorat de 23 à 21 ans. Mais il contient d’autres dispositions intéressantes à connaître. Ainsi il augmente considérablement les catégories relatives à la capacité et le cens est graduellement abaissé selon les localités. Ouest plus large à l’égard des citadins qu’à l’égard des paysans. On exclut les illettrés c’est à-dire ceux qui ne savent pas lire ou écrire passablement. Indé pendamment du cens, on comprend parmi les électeurs ceux qui ont subi les examens de la quatrième classe élémentaire en prenant en quelque sorte pour base la loi sur l’instruction obligatoire. On calcule que ces réfor mes augmenteront le nombre des électeurs de plus d’un million.
- Quant à la formation des listes électorales, elle sera enlevée aux préfets et confiée à une commission de ciuq membres dont trois seront élus par le conseil provincial, un choisi par le préfet et un magistrat.Les circoncriptions seront remaniées par la fusion de plusieurs collèges électoraux en un seul, mais elle sera, cependant, maintenue dans les limites de la province. L’obligation d écrire soi-même son bulletin de vote est maintenue ; enfin le droit électoral n’est pas accordé aux corps armés.
- ï.’autonomic de l’Alsace-Lorraiue. —
- Le Reichstag allemand a commencé la discussion de la proposition de MM. Schneegans et consorts , députés autonomistes, tendant à transformer les institutions qui régissent l’Alsace-Lorraine de manière à les rendre plus indépendantes des autorités centrales de l’Empire. M. Kablé. député de la protestation, a lu, en son nom et au nom de ses amis, une déclaration dans laquelle il a demandé que le gouvernement fût transféré à Strasbourg, et qu’il fût institué une chambre des représentants directement élus par le suffrage universel et munie de pouvoirs législatifs. Dans ces conditions seulement, ses amis et lui voteront la proposition Schneegans. M.de Bismarck a pris part à ce débat dont nous ne connaissons pas encore l’issue. Le chancelier croit qu’il n’est pas impossible de transférer à Strasbourg le gouvernement central actuel sous la présidence d’un lieutenant de l'empereur.
- U pense qu’on peut accorder au pays d’Empire le droit d’être représenté au Conseil fédéral, mais avec voie consultative seulement, toutes les fois qu'il s’agirait des intérêts particuliers du pays. Quant à la transfurmation du Lmidesauschuss ou délégation provinciale au Parle ment, selon la demande de M. Kablé, il a déclaré que cette mesure ne pouvait être examinée avec quelques chances de succès que si ou lui proposait un moded’élec- J tion acceptable. Or, telle n'est pas la situation actuelle, j En résumé, il nous parait douteux que, malgré les dispo- *
- sitions en apparences favorables l’autonomie de l’Alsace-Lorraine soit prochainement réalisée.
- IL»- traité de IPrag^ae. — Nous avons fait connaître la scandaleuse adhésion que l’Autriche a donnée à l’abrogation de l’article 5 du traité de Prague. Cet acte de coupable faiblesse a produit en Danemarck la plus pénible impression, si nous en jugeons par la déclaration suivante, revêtue de 200 signatures, publiée ces jours-ci, par le principal organe danois, le Danewirk’.
- « Par le traité signé en octobre dernier entre la Prusse » et l’Autriche, l’obligation encourue par la Prusse de » consulter la population du Sleswig Nord, au sujet de » la rétrocession du pays au Danemark, a été annulée. » Nous espérons néanmoins que cette question, vitale. » pour nous et pour nos compatriotes, n’a pas été défini-» tivement résolue.
- » Cependant, afin qu’aucun doute n’existe sur l’im-» pression que la séparation définitive du Sleswig Nord » du Danemark produirait sur la population du premier, » nous nous sentons obligés de faire la déclaration sui-» vaste : Nous avons le même langage, la même exis-» tence intellectuelle, les mêmes traditions que le peuple » danois ; nous étions heureux lorsque^ nous faisions » partie du Danemark; nous n’avons jamais demandé à » en être séparés, et ce serait la plus grande cause de » deuil et le coup le plus pénible pour la population du » Sleswig Nord si par le traité récemment conclu nous » devions être définitivement séparés de la nation à la-» quelle nous appartenons. x>
- Nous ne connaissons rien de plus 'touchant que cette revendication éplorée du droit impuissant contre la forée triomphante, car il va sans dire que le gouvernement de Berlin a averti le gouvernement danois que, contrairement au vœu exprimé ci-dessus, la question était défini-vement réglée.
- tVontièrei* hellénlquei*. — Les négociations entre les commissaires grecs et les commissaires ottomans ont été définitivement rompues, et la question delà rectification des frontières grecques, prouvée par le traité de Berlin, n’a pu recevoir de solution, comme il était aisé de le prévoir. Le sultan a feint d’être piètà faire des concessions ; mais quand ses propositions ont été connues, il a été facile de reconnaître qu’elles étaient inacceptables. Aussi les commissaires grecs n’ont-ils pas tardé à prendre congé de leurs collègues turcs, et les négociations ont été rompues. Depuis lors le sultan ne fait qu’accentuer sa résistance à l’exécution des stipulations du traité de Berlin en ce qui concerne la Grèce. Il est demeuré rebelle aux conseils du grand-vizir Kfiérédine Pacha, et les avis amicaux de M Fournier, notre ambassadeur, n’ont pas été mieux accueillis par le commandeur des croyants. On va même jusqu’à annoncer que la Porte prendrait depuis quelques jours une attitude belliqueuse à l’égard de la Grèce, et l’impression que m tre ambassadeur aurait emportée des entretiené récents qu’il a eus avec le sultan serait très-pessimiste. Le moment prévu par le congrès de Berlin où les partis ne pouvant s’eutendre, les puissances auront à intervenir. est donc arrivé. Ou assure que la France, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Autriche et la Russie sont d’accord pour soutenir les prétentions de la Grèce.
- JLsl circulaire r*êsse. — 11 est à peu près certain que la Russie vient d’adresser à ses représentants auprès des grandes puissances signataires du traité de Berlin, une dépêche circulaire pour appeler l’attention de ces dernières sur la situation de la Roumélie orientale après l’évacuation prochaine des troupes russes. Va l’état précaire où se trouvera celte province après le départ des troupes du czar, vu l’état des esprits, il y a grand danger que l’œuvre de pacification du traité de Berlin ne soit compromise Gonséquemment le gouvernement russe pense qu’il serait utile que la commission d’organisation, après que son travail sera achevé et qu’il aura reçu là sanction du sultan, retournât à Philippopoli
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- pour installer le gouverneur général et l’assister de son autorité. Le gouvernement russe suggère ensuite l’opportunité de revenir à l’idée développée par le comte Andrassy au Congrès de Berlin, c’est-à-dire l’occupation, pendant un an, delà Roumélie par un corps d’armée de dix à quinze mille hommes formé par des contingents fournis par les puissances qui consentiraient à prendre la charge de ceU* occupation destinée à amener l’exécution du traité de Berlin. Il ne semble pas que la Porte soit disposée à accueillir ces vues et il est probable que de ce côté encore quelque conflit fâcheux va surgir.
- I,m convention anstro turque. —On assure que l’Autriche et la Turquie ont fini par se mettre d’accord sur la question de l’occupation des territoires de Novi-Bazar, cette place forte de la Bosnie au sujet de laquelle un conflit s’était élevé entre les deux puissances. Chacune d’elles entretiendrait un corps d’armée de 12,000 hommes sur ce territoire. Il est certain que c’est là un avantage pour l’Autriche qui fait un pas de plus vers l’Orient et vers Salonique qu’elle veut atteindre à tout prix. Seulement l’Autriche, en cette circonstance, nous rappelle l’aventure du chien .qui lâchait la proie pour l’ombre. Le jour où l’empire austro-hongrois deviendra maître de la cité la plus commerciale de la Turquie d’Europe, après Constantinople, il pourrait bien perdre g Vienne que convoitent ardemment les meneurs du parti 3 pangermanique.
- Li’expédition nf^lnixie. — On n’a aucune information précise sur la marche des négociations entamées avec Jakoub-Khau et Ton se demande si celui-ci ne cherche pas à temporiser afiu de gagner le printemps et de fatiguer ses adversaires par une occupation désastreuse. En effet, la mortalité des chameaux est considérable et il n’en disparaît pas moins de 50 par jour. D’autre part les nègres ne permettent pas à l’armée anglaise de recommencer avant un mois leurs opérations. Én résumé on ne sait rien de ce qui se passe en Afghanistan et l’avenir aussi bien que le présent demeurent ténébreux.
- X.:x situation aux Etats-Unis. — L’axe politique vient de subir un déplacement capital aux Etats-Unis Les démocrates sont aujourd’hui les maîtres dans les deux Chambres. Le congrès a été renouvelé par les élections de l’année dernière : les démocrates avaient, depuis quelque temps, la majorité dans la Chambre des représentant''; ils l’ont également aujourd'hui dans le Sénat. Depuis dix-huit ans, depuis la guerre de sécession, pareil fait ne s était pas produit. Il est bon de noter que le président Hayes appartient au parti républicain qui est en minorité dans les deux Chambres. Nous nous bornons, pour le moment, à signaler le fait qui peut être ultérieurement fécond en conséquences importantes.
- ----^^ntiooaüano^
- LA PEINE DE MORT EN SUISSE.
- L’article 65 de la Constitution fédérale suisse de 1874 a aboli la peine de mort dans ce petit pays. Déjà avant l’entrée en vigueur de cette nouvelle constitution sept des Etats confédérés avaient aboli cette peine et sept autres ne l’appliquaient plus sans toutefois l’abolir. En somme 14 cantons, formant la moitié du territoire et le tiers des habitants, ne connaissaient déjà plus la honte des exécutions capitales quand la nouvelle constitution a aboli cette peine dans tout le pays.
- Aujourd’hui,par les fautes du parti radical, le parti réactionnaire (clérical) a repris une certaine autorité dans les cantons catholiques et même il dispose de la majorité dans l’un des conseils de la Confédération, le Conseil des Etats, sorte de chambre haute élue au deuxième degré
- A la faveur de l’émotion qu’ont fait naître, en Suisse, plusieurs crimes abominables commis coup sur coup, le parti réactionnaire a prétendu que l’abolition de la prine de mort était cause de la fréquence de ces crimes. En conséquence, il demande la suppression de l’article 65. Le Conseil des Etats, par 27 voix contre 15, a voté cette suppression. L’autre chambre, le Conseil national, issu du suffrage universel direct, votera, au contraire, le maintien de l’article. En conséquence de ce conflit la question devra être soumise au peuple, qui la tranchera par son vote!
- La suppression de l’art. 65 n’entraînerait pas, comme on l’a dit à tort, le rétablissement de la peine capitale en Suisse; elle ne ferait que rendre chacun des cantons libre de rétablir ou de ne pas rétablir cette peine dans son code pénal.
- Il est malheureusement Lors de doute que si la suppression était votée, plusieurs -cantons catholiques —- mais ceux-là seulement — donneraient le triste spectacle du rétablissement de la guillotine et delà restauration du bourreau.
- On ne peut prévoir au juste dans quel sens se prononcera le peuple suisse, car les réactionnaires qui ont lancé cette idée ont choisi, leur heure avec la plus grande habileté.
- Quoiqu’il en soit, le Conseil fédéral qui a fait sur les conséquences de l’existence ou de la non-existence de la peine de mort, une enquête des plus sérieuses et des plus impartiales se prononce pour le maintien de l’article 65. Le message qu’il aprésenté aux Chambres établit qu’il y a eu en Suisse des périodes de recrudescence de meurtres aussi bien à l’époque où la peine de mort existait que depuis sa suppression. Si la Suisse, dit il, souffre en ce moment d’une recrudescence de meurtres, on ne peut dire que l’abolition de la peine de mort y soit pour rien. On ne peut, quant à la Suisse, affirmer que l’existence ou la non-existence de la peine de mort ait exercé une influence sur l’état de la criminalité.
- Les fluctuations de la criminalité paraissent tenir à d’autres causes*
- Il en est de même à l’étranger.
- Ainsi de 1863 à 1877, il a été prononcé en Angleterre 374 condamnations à mort pour cause du meurtre, dont 206 soit 55 0/0 ont reçu leur complète exé-i cution. Il y en a eu 15 en 1870, 13 en 1871, 30 en
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- 1872, 18 en 1873, 26 en 1874, 33 en 1875, 32 en 1876 et 34 en 1877. Ces chiffres prouvent évidemment que les pays où la peine capitale existe sont soumis, au point de vue de la criminalité, à des fluctuations qui peuvent même aller du simple au double. '
- En France, les condamnations capitales ont été de 31 en 1872, 34 en 1873, 31 en 1874, 33 en 1875, 22 en 1876, 31 en 1877.
- En Hollande, où la peine de mort a été abolie en 1870, il y a eu de 1871 à 1877,173 condamnations dont 13 à vie, tandis qu’il yen avait eu 191 dont b3 à mort de 1863 à 1869
- Le message donne également des chiffres concernant la Belgique, l’Autriche, l’Italie et le Danemark qui prouvent que ces pays sont soumis aux mêmes fluctuations.
- En Allemagne, où la peine de mort existe, les crimes ont aussi augmenté considérablement. Cette augmentation pour les meurtres et homicides est pour la Bavière, de 1872 à 1877, de 36 2 0/0. Elle a été dans le même laps de temps, de 133.3 0/0 en Wurtemberg pour les meurtres et attentats A la vie. Dans le grand-duché de Bade, les meurtres et homicides, de 1872 à 1877, ont aussi augmenté de 69 0/0; en Saxe de 39.6 0/0, "et en Prusse de 54.2 0/0 pour les meurtres et de 114 0/0 pour les homicides.
- Néanmoins les Etats allemands ont presque tous accordé la grâce. Enfin les Etats suivants ont aboli la peine de mort et ne l’ont pas réintroduite Ce sont la Toscane, la république de St-Marin, la Hollande, le Portugal (1867); la Roumanie (1864); le Michigan (1847) (quoique la population y ait quadruplé,les crimes n’ont pas augmenté); Rhode-Isiand (1852), présente, proportionnellementà la population, moins de crimes qu’auparavant. Les Etats du Wisconsin en 1853. de Jowa en 1872, du Maine en 1876, de l’Illinois en 1876. La Russie n’a la peine de mort que pour les crimes politiques. Des Etats de l’Amérique du Sud l’ont aussi abolie.
- Il résulte donc des estimations qui ont été faites que 27 millions d’individus environ vivent dans des pays où la peine de mort n’existe pas; qu'il y en a 153 millions qui vivent dans des pays où la peine de mort existe, mais n’est pas appliquée. Finalement, le Conseil fédéral croit pouvoir résumer comme suit le résultat des recherches qui ont été faites :
- 1. Les crimes, entre autres le crime de meurtre, ont augmenté quelque peu en Suisse pendant les cinq dernières années.
- 2. Cette augmentation comparativement aux Etats voisins où la peine de mort subsiste, ne présente rien d’extraordinaire ni d’inquiétant et reste en
- moyenne sensiblement au-desspus du taux moyen de criminalité accusé par ces Etats.
- 3. Aucun fait positif ne prouve que l’augmentation des crimes en Suisse ait sa cause dans l’abolition de la peine de mort.
- On doit plutôt chercher, dit-il, cette cause dans l’état général de l’Europe. On a toujours vu que les guerres sanglantes, en excitant à l’extrême toutes les passions, diminuent le respect pour la vie humaine.
- Cette dernière réflexion nous parait topique. L’augmentation de la criminalité en Allemagne,dont les chiffres sont donnés plus haut, la confirment avec une triste éloquence.
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- DÉPEUPLEMENT DES CAMPAGNES.
- Nous avons sous les yeux la Statistique de la France, qui va être publiée par le service de la statistique générale de France. Le fait le plus frappant qu’il nous révèle, et dont nous voulons parler aujourd’hui, c’est la diminution croissante de la population des campagnes au profit des agglomérations urbaines. Il y a là de quoi éveiller la sollicitude du gouvernement et de tous ceux qui s’intéressent à l’avenir de notre pays.
- En 1866, lorque nous possédions encore l’Alsace-Lorraine, il n’y avait en France que 186 villes de
- plus de 10,000 âmes, avec une population de 7,214,854 âmes. En 1872, le nomnre de ces villes s’était élevé à 190; il est aujourd’hui de 204, comptant ensemble 7,898,915 habitants.
- En dehors des villes de plus de 2J0 000 âmes, le plus fort accroissement s'applique à celles de 30 à 40,000 âmes Bordeaux s’est accru dans u; e proportion plus forte que Paris. Lyon a également progressé, mais Marseille est restée relativement stationnaire.
- Les naissances sont toujours plus nombreuses dans les campagnes que dans les villes. Ces dernières ne doivent leur accroissement qu’à l’immigration.
- Sur les 72 départements, dont les communes urbaines se sont accrues par suite de l’excédant de l’immigration, il y en a 7 où cet excédant a été tout à fait exceptionnel, savoir :
- Seine, 163,468
- Seine-et-Oise, 30,782
- Loire, 29,491
- Gironde, 26 595
- Pas-de-Calais, 25,781
- Rhône, 22,253
- Meurthe-et-Moselle, 20,106
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- Les départements où l’immigration rurale a été le plus considérable sont les suivants.
- Pas-de-Calais, 23,361
- Loire-Inférieure, 20,153
- Seine-Inférieure, 19,853
- Nord, 18,325
- Somme, .4,484
- Ardennes, 13,782
- Aisne, 13,305
- Dans ce total, 106 157 habitants ont contribué à accroître la population urbaine de leur propre département ; la perte réelle n’a été que de 17,106 habitants.
- L’abandon des campagnes a des causes multiples que nous ne voulons pas aborder ici. Les unes sont passagères, les autres permanentes. Parmi ces dernières nous citerons les chômages forcés du travail agricole et l’absence, dans la plupart des villages, de toute assistance en cas de maladie. (National.)
- LIBRE-ÉCHANGE ET PROTECTION
- Tous ceux qui ont quelque chose à vendre ne sont pas portés à dire du bien de la concurrence ; mais, en retour, tous ceux qui ont quelque chose à acheter se gardent d’en mal parler. M. X. . qui a du blé dans son grenier, trouve mauvais qu’il en vienne des Etats-Unis sur les marchés de sa localité et soutient que le gouvernement devrait l’imposer à l’entrée. Et comme M. X... a aussi de la laine à vendre, il trouve également mauvais qu’on en laisse, arriver de l’Australie sans mettre dessus de forts tarifs.
- Mais ce même M. X .. qui a besoin de charbon de terre pour se chauffer, de charrues en fer pour labourer, de futailles pour mettre sa boisson, ne demande pas qu’on établisse des droits élevés sur les houilles belges, sur les fers anglais, et sur les merrains des Etats-Unis ; au contraire.
- Ce que nous reprochons aux enragés partisans de la protection, c’est de n’avoir pas l’air de comprendre que si chez eux ils faisaient des misères à l’étranger, celui-ci, leur rendant le panier par l’anse, ne manquerait pas de leur en faire également chez lui. Qui ne souffre personne n’est souffert de personne. Et ma foi, dans ce cas-là, le mieux serait de s’enfermer chez soi à double tour et au verrou, ou de demander qu’on fasse autour de son pays une muraille comme en ont les Chinois autour du leur.
- M. Warnier a fait dernièrement, dans Y Indépendant tiémois, une bonne réponse au comice agricole de l’endroit qui demande un droit d’entrée de 10 0/0 sur les laines 4’AustraUeet le retour au système (le
- I l’échelle mobile en ce qui concerne les grains. M. Warnier répond à peu près dans les termes que voici: — En 1825, alors que la laine valait 6 fr. le kilo sur le marché de Reims et que les cultivateurs se récriaient, une loi du 13 juillet éleva à 25 0/0 les droits d’entrée sur les laines. L’année suivante, toujours sur les marchés de Reims, le kilo de laine ne valait plus que 4 fr. 70. Les protectionnistes objectèrent que les droits n’étaient pas assez forts ; on les éleva donc pour leur faire plaisir à 30 0/0 plus le dixième, c’est-à-dire à 33 0/0. Eh bien, en 1827, le kilo ne valait jfius que 4 fr. 60 ; en 1828, il descendit à 4 fr, 20 et en 1829 à 3 fr. 90.
- Pour ce qui regarde les grains, M. Warnier fait remarquer que le système de l’échelle mobile ne servirait à rien. Si le blé était cher sur nos marchés, on se dépêcherait d’enlever le droit d’entrée sur les blés étrangers; si au contraire le blé était abondant et à bas prix sur nos marchés le commerce n’aurait pas intérêt à nous en amener de l’étranger. Autrefois cependant on avait cru avec ce système prévenir les fortes hausses et les fortes baisses et l’on ne prévint rien du tout. On ne réussit qu’à gêner le commerce.
- Comparez donc l’année 1846 à l’année 1878 et vous serez bien forcés de reconnaître qu en 1846 on sentit la disette malgré l’échelle mobile, tandis qu’en 1878, malgré la liberté commerciale, et plutôt à cause de la liberté commerciale, on ne s’est pas apeiçu le moins du monde de l’insuffisance de la récolte.
- Il y a trente-huit ans, les prix du blé étaient excessifs, les pauvres gens avaient peur de la famine, les grands cultivateurs ne se sentaient plus en sûreté, les menaces grondaient autour des mar hands de blé, et en certains endroits les sacs n’arrivaient à la Halle que sous l’escor e des gendarmes. En 1878, bien que ladisette ait été plus considérable qu'alors, nous n’avons eu ni prix élevés, ni panique ; la liberté commerciale a sauvé la situation et les gendarmes n’ont été appelés nulle part pour assurer l’approvisionnement des marchés.
- Choisissez maintenant entre la protection qui ne protège rien et la liberté commerciale qui nous tire d’embarras sans faire de tapage.
- P. Joigneaux.
- [Indicateur de la Yendée).
- •BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
- Melanqks philosophiques par Dupont White. i vol. gr. in-8. Guillaumiu et O.
- M. Dupont White, que la France a perdu il y a quelques mois, était un penseur très original et très réfléchi,
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- Son dernier ouvrage, Mélanges philosophiques, est un recueil coordonné ti articles philosophiques publiés dans diverses revues.
- Porier un jugement d’ensemble sur cette œuvre serait chose difficile, car on y rencontre un peu de tout; toutefois on peut ramener ces diverses études à quatre groupes bien déterminés.
- Dans le premier M. Dupont White examine si la phi losophie est autorisée a s’abstenir de politique et la politique à se passer de philosophie ; il constate que la philosophie a des obligations en semblable matière; elle aurait dû donner aux pouvoirs nouveaux la base que les religions donnaient aux anciens pouvoirs. Malheureusement la philosophie a méconnu ce devoir et la politique est devenue une science d’empirisme et de savoir faire, peu conciliable avec la morale et peu sou cieuse de l’honnêteté La philosophie a tort de prétendre qu’elle ait tout dit et touché son extrême limite quand elle a parlé métaphysique, morale, logique. Il lui reste à prouver le priu -ipe de l’autorité nécessaire dans la société, à trouver les limites de ce pouvoir et le mode qui permet le mieux le concours de tous à son exercice. La philosophie étant la science de l'esprit, humain, il lui appartient de rechercher ce que vaut l’esprit humain pour le gouvernement; qu’elle est son aptitude innée ou acquise pour passer souveraine ; si le droit politique poussé jusqu’à la souveraineté est le droit de tout homme, et pourquoi.
- La deuxième partie ces Mélanges est consacrée àl’exa-tnen des philosophes anglais contemporains. Stuart Mill, JBuckle, Bagehot et Herbert Spencer, tous ces penseurs d’une audace sans précédent, sont analysés en peu de mots et réfutés. M. Dupont-White établit fort bi n qu’à force de voir dans les choses un enchaînement fait comme une génération, ces penseurs arrivent à croire que les cliosessesuffisent à elles-mêmes.que les organes sont la cause des fonctions, que la volonté humaine est réduite à n’être que peu de chuse ou à n être rien du tout.
- M. Dupont-White aborde ensuite l’étude du positivisme. Il en explique les causes; il en démontre l’infériorité philosophique. La philosophie positive tait effort pour rabaisser l’homme dans sa propre estime ; elle fait main basse sur toute grande aspiration; elle essaie de détruire les instincts les plus réels de l’humanité. C'est un attentat aux légitimes ardeurs de notre esprit. M. Dupont-White termine cette étude en cherchant à démontrer que les révélations de l’iustiuct au sujet d’une autre vie sont plus sures que celles de la raison.
- La quatrième partie des Méninges est consacrée à une étude sur le matérialisme et le spiritualisme, écrite en réponse au livre de M.Taine sur Y Intelligence. Pour nous, tout en repoussant, comme M. Dupont-White, le matérialisme. nous croyons que l’argumentation de notre auteur effleure plutôt qu’elle ne détruit l’ouvrage consi dérable de M. Taine. Il y aurait eu mieux àdireetilest probable que si M Dupont-White avait connu les travaux du philosophe allemand Lange, la réfutation du matérialisme lui aurait été plus facile. En semblable sujet il ne faut pas partir d’un post iat, or, justement M. Dupont-White part du postulat d’une vie future. Cette licence philosophique delà quatrième étude diminue—et c’est grand dommage—la valeur de ce beau livre des Mélanges philosophiques
- En somme l’ouvrage entier mérite d’être lu, car il donne énormément a réfléchir.
- E. G.
- Les États-Unis d’Europe commenceront leuronzième année le jeudi 3 avril 18 y. Oryane de la Lii:ue internationale de là Paix et de la Liberté, ce journal est le seul qui traite toutes les questions politiques et sociales en se plaçant au point de vue européen. Il applique impartialement aux hommes et aux choses de tous les pays les principes de la Ligue résumés dans cêtte maxime : Faire passer le juste, avant rutile; subordonner la politique à la morale.Directeur, Ch. Lemonnier. Il parait tous les
- { jeudis à Genève. Prix de l’abonnemenl d’un an : pour la Suisse, 8 fr.; pour tous pays de l’Union postale, 10 fr. 60.
- ADMINISTRATION DES POSTES
- Le bureau de poste de Barisis sera ouvert au public le 1er avril prochain.
- La circonscription de ce bureau se composera de la commune de Barisis.
- —..<?. .O'--
- Y41ÏÎTÉi
- Les Bihlioihèquos est Australie
- L’Australie! quand on prononce ce nom, beaucoup de gens se figurent qu’il s’agit d’un pays encore un peu sauvage et où la civilisation est encoretrès peu avancée. Or. voici un document qui peut donner une idée de la prospérité de cette colonie et du goût pour l’instruction qui s’y développe.
- Plusieurs bibliothèques importantes de l’Europe ont reçu de l’Australie un beau volume imprimé avec un grand soin typographique. C’est le catalogue de la bibliothèque publique de Melbourne, ville qui ne date que | de 1837, mais qui s est accrue d’une manière considérable à partir de 181)2. Ce volume dont chaque page est ornée d’encadrement en rouge, offre de plus une particularité curieuse : c’est que chaque lettre et chaque vignette initiale (ce catalogue est par ordre alphabétique de"noms d’auteurs) représentent, de même que le3 vignettes finales, un spécimen curieux de la flore australienne, ce qui lui donne un attrait de plus pou.1 les botanistes et même lés amateurs d’art. La fondation de la bibliothèque de Melbourne remonte à 1853, époque à laquelle le chiffre de la population, qui n’était en 1845 que de 10,000 âmes, s'élevait comme par enchantement jusqu’à 80,000. Le Parlement vota 250.000 francs pour la construction d’un local convenable et 75.000 francs pour achat de livres. L’année suivante, 710,000 francs étaient accordés dans ce double but, et, en 1858, une autre somme de 500,000 francs, allouée pour l’extension des bâtiments. La bibliothèque fut inaugurée par le gouverneur de la p .ovince, le 24 mai 1859. La salle principale est divisée en compartiments, qui forment comme de petites salles paj ticulières, parfaitement ventilées par des appareils placés au-dessus des casiers contenant les livrés. C’est, comme on le voit, à peu de choses près, la disposition établie dans la bibliothèque du Louvre. La collection est de 30,000 volumes, parmi lesquels figurent les dons laits à l’établissement par 200 particuliers environ.
- Aucune mesure restrictive ne vient entraver les études et les travaux du public; il n’y a même pas de surveillants. Il est dit, du reste^ assez ingénument dans l’introduction précédant le catalogue, que fiadministra-tion u apas encore assez de ressources pour appointer des gardiens. On a constaté d’ailieurs que depuis l’origine de rétablissement, les dommages causés à la collection ne se montent qü’àla somme insignifiante de 175 francs. Et cependant la bibliothèque est fréquentée chaque année par un grand nombre de lecteurs. Les tables disposées. soit dans la grande salle, soit dans les galeries, peuvent contenir 350 personnes.
- Disséminées sur plusieurs points et non rassemblées sur un seul, elles doivent présenter cet avantage que le lecteur est installé au milieu même du genre spécial de livres dont il a besoin. Cette disposition, qui fait souvent défaut dans les grandes bibliothèques à cause de l'arrangement particulier du local, devient presque indis-
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- pensable de nos jours, à cause de la masse énorme des publications qui voient le jour et de la spécialisation des études.
- La Polygamie aux États-Unis.
- L’opposition faite aux Mormons et à leur polygamie est loin de diminuer aux Etats-Unis. On attendait avec curiosité l’arrêt que devait rendre là Cour suprême des Etats-Unis sur la légalité des poursuites contre les polygames del’Utah.
- Cette décision vient d’être rendue La Cour déclare conforme à la Constitution la loi du Congrès par laquelle des pénalités sont édictées contre toute persunüe qui contracte deux ou plusieurs mariages simultanés; elle confirme la condamnation prononcée contre des Mormons polygames par les tribunaux de l’Utah. L’arrêt, qui est l’oeuvre personnelle du chief-justice Waite, contient le passage suivant :
- « La seule question à résoudre est celle de savoir si ceux qui font de la polygamie une partie intégrante de leur religion sont en dehors des prescriptions‘de la loi. Celle-ci a-t-elle entendu que les gens pour qui la polygamie est une affaire de religion ne soient ni poursuivis ni punis, alors que les autres le seraient? Cette distinction est incompatible avec le fonctionnement d’une loi criminelle.
- « Les lois sont faites pour gouverner les actions ; si elles ne peuvent agir sur les croyances et les opinions religieuses, elles peuvent conoaî.re des faits. Si la Constitution a refusé au Congrès l,e pouvoir de réglementer une religion, elle l’a laissé libre d’atteindre des actions qui sont en désaccord avec les devoirs sociaux et qui portent atteinte à l’ordre public.»
- L’arrêt de la Cour suprême a causé la jplus vive sensation dans l'Utah. La Tribune dit que les Mormons font faire des démarches à Washington pour obtenir que la loi du Congrès ne soit pas appliquée aux mariages polygames déjà consommés, mais seulement aux ma riages futurs, afin de sauvegarder les intérêts dès familles mormones. Cela indiquerait l’intention de se soumettre à la loi, du moins à l’avenir.
- Chauffage de Berlin à la vapeur
- L’idée de chauffer Berlin à la vapeur comme cela se fait dans certaines villes d’Amérique, tend à se réaliser.
- Une entreprise particulière a demandé à la police l’autorisation de commencer dans ce but les travaux préparatoires à l’ouest de la ville, ét sa demande a été accueillie.
- Des capitalistes s’intéressent à cette affaire, de sorte que les fonds nécessaires pour la création d’une station modèle dans la partie occidentale de la ville seront fournis dès que 50 propriétaires de maisons auront déclaré qu’ils sont prêts à faire orga niserdans leurs immeubles le chauffage parla vapeur
- Comme ce mode de chauffage revient à bien meilleur compte que le système ordinaire, la population pauvre profiterait surtout de cette innovation.
- Ecole die télégraphistes an Japon.
- Il est plus d’un rapport sous lequel le Japon a devancé les pays d’Europe, qui ont là prétention de tenir la tète du progrès. Nous avohs déjà dit à nos lecteurs que le Japon à des services de téléphones officiels, tandis que la Fraüce ne se décidé pas à en àvoir.Nous avons remarqué également que le ministère japonais de l’instruction publique avait Obtenu â l’Exposition Universelle des récompenses supérieures à celles accordées à la plupart dés niinistères dé l’instrüctiOn des autres pays.
- Aujourd’hui nous avons à souhaiter voir établir en France une institution qui rend de grands services à l'empire japonais, l'école de télégraphistes.
- Cette école fondée il y a six ans à Tokio par MM. Perrin et Ayrton. tous deux professeurs au collège impérial d’ingénieurs de Tokio, a des professeurs particuliers. Les "élèves reçoivent une centaine de leçons sur les parties de l'électricité et du magnétisme, qui ne sont point comprises dans le programme dès connaissances exigées de tous les ingénieurs. En outre il est fait aux élèves télégraphistes un cours de trente leçons sur 1 histoire delà télégraphie électrique, un cours*de vingt leçons sur la construcion d’une ligne de télégraphe, ün cours de trente leçons sur la manière de s’en servir, un cours de vingt leçons sur les cables sous marins, enfin un cours sur les torpilles ef la télégraphie militaire.
- A i’écule des télégraphistes est adjoint un musée télégraphique et un laboratoire spécial. Les collections du musée sont déjà asstz riches pour que leur catalogue remplisse plus de vingt pages.
- Aucun pays d’Europe n’a rien de comparable à cette école de télégraphistes. C’est donc à des peuples très jeunes dans la civilisation que nous devons emprunter l’idée d’institutions qui nous manquent.
- Prouesses du Fi*c italîea.
- Parmi les petites îles de pierre et de sable qui s'élèvent ça et là à quelque distance de Livourne se trouve l'ile de Giglio, Sa superficie est de douze milles carrés, sa population de deux mille habitants. Il n’est point sur ce sol ingrat un pouce de terre dont la mise en culture û’ait été le prix d’un travail qu’on peut appeler héroïque. La pauvreté du sol, la misère des habitan's, q'ui payaient d’ailleurs l’impôt de la mouture et l’impôt sur le revenu, les avaient jusqu’en ces derniers temps préservés de l’impôt foncier, mais il y a deux ans, le fisc italien s’avisa qu’il y aurait bien quelque chose à quêter sur ces mi-érables insulaires. A grands frais, on dressa le cadastre de leurs sables et de leurs rochers. Quand ce fut fait et quand les rôles furent dressés, il se trouva que l’ile fut taxée à vingt mille francs d’impôt foncier, soit dix francs par tête d’habitant. C’était, comme on le vit bientôt parla vente forcée des immeubles.saisis à la requête du tribunal, plus que la valeur capitale du fonds lui-mème ! Protestations des •habitants, pétitions, réclamations énergiques, le gouvernement ne voulut entendre à rien, et‘les misérables propriétaires n’avant pu payer, on saisit et on vendit 198 lots de terre appartenant à 300 personnes. Le prix moyen produit par la vente fut de 120 francs par lot. Le lot le plus considérable se vendit 761 fr., le plus petit fut un ch <mp vendu 7 francs. Un bois a été vendu 7 francs, une vigne. 15 fr.. une maison 37 francs! chétives propriétés, mais créées par de longues années de travail, de patience, de privations, d’énergie, et qui étaient tout l’avoir, toute la joie, tout le rêve des propriétaires!
- Ces pauvres gens paraissent appartenir à une race primitive. Il y a peu d’années, la seule horloge qui fût dans l’ile était la montre du brigadier de gendarmerie. Us n’ont point de moulin, ils écrasent le blé entre deux pierres. Avant qu’on eût choisi leur pauvre rocher pour y déporter deux ou trois cents camorristes ou maffieux dont on voulait débarrasser l’Italie méridionale, le vol était inconnu à Giglio, les maisons restaient ouvertes le jour et la nuit, et tous vivaient comme s’ils n’eussent formé qu’une seule famille. Ces hommes travaillent aux champs pendant l’hiver et pendant l’été daus les pêcheries d’anchois ; rudes travailleurs, pêcheurs habiles, d’une frugalité incroyable. Comme la plupart des autres productions de l’ile, les vignes plantées dans les fissures du rocher sont chétives, cependant elles produisent un vin qu’on appelle ansonica. Gomme on peut Timagiiiér, l’impôt inique et monstrueux dont on ies à frappés a réduit le plus grand nombre de ces insulaires à la misère la plus abjecte, et ils n’ont plus guère de ressources que l’émigration ; quand ce sera fait leur ile restera dans
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- l’abandon, et le travail de tant d’années sera perdu II est grand temps, en vérité, que Garibaldi, Safïi et les autres amis de la paix et de la liberté aident les travailleurs italiens à secouer le fardeau écrasant qui pèse sur leurs épaules. ,{Etats-Unis d'Europe.)
- Chez nos -voisins.
- La France est l’un des pays d’Europe qui s’imposent les moindres sacrifices pour la créatiou et le développe ment de ses collections publiques. L’Ang.eterre agit tout autrement : elle ne recule devant aucun sacrifice pour posséder de vastes bibliothèques et enrichir ses nombreux musées. Telle petite ville anglaise, Oxford par exemple, possède des trésors scientifiques d’une valeur incalculable. Chez nous, sauf Paris dont les collections sont beaucoup plus pauvres que celles de Londres, aucune ville, depuis la perte de Strasbourg, ne pourrait soutenir la comparaison avec les villes anglaises. Un
- exemple fera juger des sacrifices que s’imposent les municipalités d’otitre-Manche.
- La municipalité de Preston, ville manufacturière dont la population atteint à peine cent mille âmes, a résolu d'établir une grande bibliothèque populaire, dont la construction coûtera 50,000 'livres sterling (ulus de 1,250,000 fr.) Une somme de 10.000 livres (plus de 250.000 fr.) est allouée en outre pour les premières acquisitions et une somme égale comme fond de dotation. Pour le seul entretien de la bibliothèque, -le conseil accorde une subvention annuelle de 1.200 livres (plus de 30,000 fr.).
- La bibliothèque de Preston sera ouverte à tous, constamment et gratuitement.
- Pouvons-nous espérer qu’un jour une de nos grandes villes de province s imposera des sacrifices aussi considérables et aussi profitables.
- Le. Directeur-Gérant : Godin.
- TABLE ANALYTIQUE
- DU 2e VOLUME
- »
- Du 1 S Septembre 1 ST3 elul 3 X Mars 1
- A
- Abus du tabac. Concours contre cet abus, 8.
- Académie. Elections à ce corps, 263.
- Académicienne. Obtention de ce titre par une femme, 89 Accessibilité des femmes aux conseils d instruction publique, 196.
- Actionnaires réels et actionnaires fictifs, 219.
- Affaire de la Conversion, 452.
- Afghanistan. Différend avec l’Angleterre, 73, 85, 87, 134, 148. 168. '
- Campagne des Anglais, 197, 215, 232, 247, 279, 295. 311, 423.
- Agitation cléricale, 452.
- Agréés. Leur monopole, 283.
- Agriculture Son enseignement en Belgique, 222.
- Air national américain, 90.
- Algérie. Sa colonisation, 54.
- Son gouvernement. 388.
- Alise Sainte-Reine. Son pèlerinage, 47.
- Allemagne. Causes de sa pauvreté. 430. (Voir situation.) Alsace. Fidélité de ses habitants, 231.
- Amalia. Fondation de ce nom àUtrecbt, 89. Ambassadeur à Berne. 203.
- Amnistie, 289, 325, 345, 374. 387. 388.
- Aveu officiel à ce sujet, 310.
- Amou-Daria. Déplacement de ce fleuve. 157.
- Angleterre. Lettre de ce pays, 25, 102, 135 151, 168, 233, 265.
- Ann Arbor. Son observatoire, 89.
- Année 1878 Ce qu’elle a été pour la France, 257. Anznsca. Ses mines, 89.
- Appareils calorifiques à New-York. 295.
- Applications de la lumière électrique, 424.
- Arbitrage international. Sa possibilité, 146, 234. Armements en Belgique, 87.
- Arrestation prévantives projet de réglement, 231.
- Art. Ce qu’il doit-être dans une démocratie, 9, 267.
- Ça qui est à l’exposition universelle, 99, 114,
- Arts manueis à l’école primaire, 199.
- Arts pratiques. Album y consacré, 175.
- Asiles d’aliénés. Abus dans ces asiles. 239.
- Assistance médicale dans les campagnes, 333. Association coutre le duel et l’usure, 185. des travailleuses, 377. des pionniers de Rochdale, 284.
- Attaque de la presse allemand * contre la Suisse, 196. Attentat contre le roi d’Espagne, 1U9.
- Réflexions à ce snjet, 141.
- Contre le roi d’Italie, 167, 183.
- Attitude de l’élève à l’école, 271.
- Augmentation delà richesse publique, 300.
- Auteurs, explication de leurs œuvres, 223.
- Automne, son commencement en 1878, 26.
- Autonomie, communale, 105.
- de l’Alsace-Lorraine, 454.
- B
- Bardoux, son discours à Dreux. 5.
- Bénéfices. Participation des ouvriers, 43.
- Bibliographie. Voir Bulletin bibliographique. Bibliothèque. Statistique des bibliothèques populaires de ia France, 6
- Bibliothèques populaires de Paris, 94.
- Du Familistère de Guise, 173, 302, 349. nationale. Dangers qu’elle court, 231. en Australie, 458.
- Blanc (Louis) sa protestation, 23.
- son programme, 37.
- Bosnie. Son occupation, 24, 38, 54.
- Botanique médicale, 255.
- Budget de 1879. Travaux de la commission. 86, 101.
- 1 son vote par la Chambre, 181, 196.
- son vote par ie Sénat, 213.
- Bulgarie. Questions y relatives, 326, 423.
- Bulletin bibliographique, 15, 63. 95, 127, 159, 175, 191,
- 207,239, 255,287, 302, 318,350, 382, 399, 415,437,
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- TABLE DES MATIÈRES DU « DEVOIR
- 461
- G
- «
- Cabinets de lecture. Leur gratuité aux Etats-Unis, 13. Cahiers d’élèves à l’Exposittun, 155,
- Cahiers du prolétariat, 126.
- Caisses dépargnes scolaires. 343.
- Campagne. Son séjour, facilité aux enfants pauvres, 8. Carrière. La plus grande du monde, 90.
- Casernes. Leur hygiène, 309.
- Catholicisme. Son incompatibilité avec le monde moderne, 321, 335.
- Causerie scientifique, 95.
- Glialiemel Lacour, ambassadeur, 293.
- son procès avec les frères de Caluire. 326. Chambord. Manifeste de ce prétendant contre le suffrage universel, 183.
- Chambre des députés, 310 421.
- Chauffage à New-York, 295. de Berlin, 459.
- Questions y relatives, 190, 317, 327. Chemins de fer. <? Leur rachat, 31, 62.
- [ En .àsie-Mineure, 232.
- Chez nos voisins, 460.
- Choix des pouvoirs dirigeants, 66.
- Chronique scientifique, 63.
- Circulaire sur l’enseignement laïque, 54. russe, 454.
- Colonisation de l’Algérie, 54.
- Commission du budget de 1879, 86, 101.
- des travaux publics, 86. des tarifs, 453.
- Communes. Leur autonomie, 105.
- Compagnies de chemin de fer. Les grandes et les petites, 190.
- Conciliation. De ses préliminaires, 127.
- Concours cantonaux, 70.
- Concours contre l’abus du tabac, 8.
- Concussion. Fait très grave,231.
- Condition du travail dans le passé et le présent, 353. Conduite de la presse a l'occasion des crimes, T1, Conterences. du docteur Bertherand, 126.
- En faveur du Libre-Echange, 231.
- De la Ligue de l’Enseignement, 415.
- Conflit de Marseille, 54.
- Congrès ouvrier. Son interdiction, 5, 23.
- Son procès, 117. de la Paix. Sa réunion, 8. des Trade’s Unions, 25. ultrauu ntain de Chartres, 5, 24. du droit des femmes, 27. de patronage des prisonniers, 72. publications de leurs travaux, 198.
- Conseils. Election du-Conseil fédéral suisse, 6.
- départementaux de l'Instruction, 196 Conséquences de la Loterie, 184.
- Consommation. Qu’elle est inférieure à la production, 178.
- Conditions de son équilibre avec la production, 193.
- Constitution de Genève Bejet de sa modification, 72. Controverse avec la Religion Laïque, 130, 177, 403. Conversion de la rente 5 0/0, 406, 414.
- Convention austro-turque, 455.
- Coopération en Angleterre, 308.
- Correspondance, 74, 89, 103, 119, 271.
- Cortès espagnoles. Leur réunion, 150.
- Gourage civil, beau trait, 310.
- Cours de custne, 277.
- supérieurs pour dames en Belgique, 423.
- Gr ècbes, 350.
- Crédit agricole. Utilité d’une institution semblable, 181.
- » foncier. Tripotages auxquels il a donné lieu,264. Crémation, 367.
- Crimes. Conduite de la presse à leur occasion, 27.
- Crises ministérielles en France, 405.
- enAustro-Hongrie, 72,119,197,359. en Italie, 101, 214.
- Crises ministérielles en Grèce, 119,135, 150.
- en Turquie, 215.
- Crise présidentielle en France, 325.
- Cuisine. Son enseignement, 277.
- Cultes. Entraves à leur liberté, 199.
- D
- Darwinisme. Ses conséquences,75, 119,346, 395,418,449. Deeipium. Nouveau métal, 158.
- Décorations. Leur incomptabilité avec la forme républicaine, 362.
- Delafontaine, chimiste, 158.
- Denier de S. Pierre, 391.
- ‘Dents. Effets du tabac sur elles, 63.
- Dépeuplement des campagnes, 5 J.
- Déplacement du fleuve A mou D.uia, 15 t.
- Désarmement. Ses avantages, 161.
- Destination de l’homme, d’après Fichte, 16.
- Devoir delà presse, 407.
- Dévouement des médecins, 184, 222.
- Différend entre l’Angleterre et la Russie, 134, 149.
- entre la Russie et la Turquie, 342. %
- entre la Russie et la Roumanie, 375.
- Discours de M. Godin à la fête de l’Enfance, 3.
- au concours cantonal, 71. de M. Bardoux, à Dreux, 5. de M. Say'à Boulogne, 6. de M. Freycinet , à Valenciennes 23 : à Douai, 23.
- de M. J. Casimir Périer, à Valenciennes, 23.
- Iau Grand Hôtel, 263. à Romans, 37, 72. à Grenoble, 86. comme président de la Chambre, 358. de M. L. Blanc, avec programme, 37.
- aux exposants, ouvriers, 165. de M. Cazelles, à Guéret, 73. • de M. Laboulaye, 119. de M. deMarcère, 118. de M. Jules Simon, 253. de l’empereur Guillaume. 375.
- Discussions contradictoires, 74,105.
- Diocèses. Réduction de leur nombre. 361.
- Distribution des récompenses à l'exposition, 100. Divorce, 453.
- Douanes. Union internationale, 391, 419.
- Droit a l’existence, 17, 33, 226, 241, 260.
- Droits des femmes. Son congrès, 27.
- leurs droits politiques, 169.
- >' et la Chambre des
- communes, 422. en Angleterre, 284. aux Etats-Unis. 393. en France, 349, 373.
- Duel de M. Gambetta et de M. Fourtou, 181.
- Association contre le duel, 184.
- Dupaüloup, mort de cet évêque, 86.
- E
- Ecole de télégraphistes au Japon, 459.
- Enison, ses inventions, 7.
- Effet du tabac sur les dents, 63.
- Eglise romaine. Son élat en France, 39.
- Egypte, négociations à son sujet, 101.
- Elections, complémentaire au Sénat, 148, 166,
- » à la Chambre, 53, 342.
- des nouvoirs dirigeants, 66. sénatoriales, 71, 133, 278. municipale à Paris. 73. socialistes à Mannheim, 150, invalidées, 213. a l’école, 234. à l’Académie, 263. du 6 avril, 453.
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-
- 462
- TABLE DES MATIÈRES DU « DEVOIR
- Emprunt 3 0/0 amortissable, 5.
- Encycliquo rie Léon XIIlr‘293.
- Eclairage économique facile à faire, 135.
- des wagons en Russie, 360.
- Ecoles, celles du familistère, 3.
- La plus belle du monde, 198.
- d'apprentissage, 72.
- professionnelles de jeunes filles, 212.
- modèles à Bruxelles, 153.
- élection des lauréats par les élèves, 234,
- Attitude défectueuse de l'élève, 271.
- Technique de 'Winterthur. 424.
- Economie. Economie facile à faire, 153.
- Economie politique, ouvrages y relatifs, 303.
- Enfance. Sa fête au familistère, 2.
- Etablissements y consacrés au Familistère, 3. Séjour d’enfants pauvres à la campagne, 8 Son hygiène, 95, 415.
- Enfant monstrueux, 173.
- Engagement. 452.
- Enquête sur le 16 mai, 388, 42Î.
- Enseignement, Circulaire à ce sujei, 54.
- de la cuisine en Angleterre, 279. L’histoire dans les écoles, 188, 428. Agricole, 279.
- Les jeunes filles à Anvers, 212,
- Livres y relatifs, 343.
- Agricole en Belgique, 223.
- Création de chaires nouvelles, 246, 264. » de nouvelles facultés, 261. Entraves à la liberté des cultes, 199.
- Epicerie. Sa société de prévoyance, 158. .
- Epreuves curieuses, 277.
- Equivalence des fonctions, 121.
- Espartero, sa mort, 295.
- Etrennes militaires, leur danger, 243.
- Etudes sociales. Leur opportunité, 209.
- Etablissements en faveur de l’enfance au Familistère, 4. Etats-Unis, cabinets de lecture publies dans ce pays, 13 Etudiant japonais, 8.
- Exécution scandaleuse, 89,
- Existence, droit qu’y ont les hommes, 17, 33, 225. „ 241, 260.
- Expédition afghane, 455.
- Explication d’auteurs, 223.
- Expositions pérégrinautes. 56.
- » universelle, idée qu’elle donne du génie humain, 99.
- » » Distribution des récompenses,
- 101.
- „ » Total des entrées, 148.
- » » Cahiers d’élèves exposés, 155.
- F
- Faim, troubles nerveux qu’elle amème, 248.
- I Sa description, 365.
- Familistère de Guise { Sa fête ue l’enfance, 2.
- | Sa bibliothèque, 173, 302, 349. Fanatisme au Mexique, 280.
- Fazy, mort de cet homme d’Etat, 157.
- Femmes, leur instruction supérieure, 8, 425.
- Leurs droits, 27, 349,373.
- Une femme académicienne, 89.
- » pharmacienne, 254.
- » ingénieur, 89.
- Les femmes docteurs, 378.
- Leur accessibilité au conseil d’instruction publique, 196.
- Leurs instruction en Angleterre, 198, 360.
- ' Les femmes médecins à Paris, 204.
- Leur conduite eu présence de la libre pensée, 219.
- Leur travail en Allemagne 410*
- Leur droits en Angleterre, 285.
- » » et la chambre des communes, 422.
- » » aux Etats-Unis. 393.
- Fêtes, celle de l'enfance au Familistère, 2.
- Feuilleton : 10.29. 44, 59, 76,90,106,122,136, 155, 171.186 203,221,237, 251.269,280,299,315, 331, 346 363, 378,397.410,426.
- Fichte, son opinion sur la destination de l’homme, 16, Fidélité de l’Alsane, 231.
- Filles, école professionnelle d’Anvers, 212,
- Fille de son père, voir feuilleton. .
- Fille des étudiants, roman de Mme Touzin, 191,
- Finance du Pape. 310. 391.
- Force d’inertie, son existence en politique, §2.
- Fortune de l’Etat français, 40.
- Fonctions de leur équivalence, 121.
- Fondation Amalia à CJlrecht, 89.
- Fourtou. son duel avecM. Gambetta, 181,
- France, fortune de l’Etat. 40.
- Ses progrès durant l’année 1878, 257.
- Fraternité, ce qu’elle devient si l’homme est un animal 216. ’
- Freycinet, ses discours à Valenciennes et Douai, 23. Frontières helléniques, 454.
- G
- Gambetta, son voyage dans le Midi, 37.
- Son discours de Romans, 37,
- Son discours comme président de la Chambre,
- 358. 1
- Son duel avec M. de Fourtou, 181.
- Son élection à la présidence de la Chambre,
- 341. !
- Gargnier Pagès, mort de cet homme politique. 133.
- Génie humain, ses merveilles à l'Exposition, 98, 114. Géographie, son enseignement, 318,
- Gibier, qu’b appartient à l’Etat, 361.
- Gouvernement de l’Algérie. 389.
- Gresley, ministre de la guerr e, 293.
- Grève à Liverpool, 376.
- Grévy, élu président de la République. 327.
- Guerre, ses couséqueuces déplorables, 8, 279.
- Discussion contradictoire à soa sujet, 106. Nouveau ministre, 293.
- H
- Herder. Pensée de ce philosophe, 27.
- Histoire. Son enseignement dans les écoles, 188, 318. 429
- Celle du socialisme. 399.
- Homme. Sa destination d’après Fichte, 16.
- En quoi il s’éloigne du singe, 40, 217.
- Hôpital modèle à Utrecht, 89. '
- Hospitalité de nuit, 382.
- Hygiène de l’enfance, 95. 415. des casernes, 309.
- I
- Idée, ses progrès. 100.
- Idée heureuse. 7.
- Incendie des terres comme moyen de défense, 90. Incidents de l’école polythecqique, 213.
- Egyptien, 390.
- de l’école de médecine de Lyon, 213. de Tunis, 279, 293,
- Inégalité de la production et de la consommation, 178. Inertie. Loi qui la régit dans les sociétés. 82.
- Ingénieur. Obtention de ce titre par une femme, 89. Initiative privée en matière d’instruction, 273. Insalubrilé des logements, 205.
- Interdiction du Congrès ouvrier, 5.
- Instruction publique. Discours du ministre, b.
- » Nouvelle loi belge. 311, 334.
- » Deux licenciées èsriottres, 8.
- » Son obligation demandée par
- Luther. 276.
- » Son obligation en Angleterre, 184.
- * Son obligation en France, 326.
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-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES DU « DEVOIR »
- Instruction congréganiste. Insuffisance des instituteurs, 184.
- Des femmes en Angleterre, 198.
- » » en Belgique, 42b.
- Vices du réglement, 227.
- Initiative privée, 273
- Insuffisance des instituteurs congréganistes, 184. Invahdation d’élections vicieuses, 213.
- Ivrognerie, progrès de ce vice en Allemagne, 184.
- Japon. Etudiant japonais, 8.
- Jeux publics. Dangers de leur rétablissement, 84. Jouets militaires, leur danger, 243, 296,
- Journal uouveau, 381.
- Juifs. Leur retour en Palesiine, 361.
- Laboratoire de Menlo Park. 7.
- La Cécilia. Sa vie et sa mort, 249.
- Lamartine. Une pensée de ce poète, 47.
- Laurier (Clément) sa mort, 38.
- Lecture. Cabinet de lecture publics aux Etats-Unis, 13. Léon XIII. Sa politique, 84.
- son encyclique, 298. ses finances, 311, 391.
- Lettres d’Angleterre, 25, 55.
- Libéria, 309.
- Liberté commerciale, 342. 1
- Liberté des cultes. Suppression des entraves 200 Libre échange, 147, 231, 285, 377, 457.
- Libre pensée. Position des femmes devant elle 218 Licence ès lettres. Femmes ayant ce grade, 8.
- Ligue du travail contre le paupérisme, 159. ’
- Logements insalubres, 204.
- Loi allemande contre les socialistes, 24.38,73,88 102 167 Loterie. Conséquence de cette institution, 184. ’ ’
- Lumière électrique. Nouvelle application, 424 .
- Luther. Qu il fut le premier à demander l’instruction obligatoire, 276.
- Les machines et le travail, 57.
- M
- Magistrature. Sa réforme, 20.
- Mouvement dans son personnel, 213, 358. Condamnation d’un magistrat, 293.
- Sa conduite dans le procès de Caluire,
- 326, 343.’
- * # des P. du S. Sacre-
- , ment, 389.
- Manifeste des gauches, 245.
- Marine décadence de la nôtre, 415.
- Marseillaise de la paix, 7.44.
- Médecins, récompenses obtenues par eux 56 leur dévouement, 184, 222. ’
- épreuves qu'on leur fait subir, 277 Ménages coopératifs. 381.
- Menlo Park. Son laboratoire, 7.
- Mercure. Visibilité de cette planète, 26 39.
- Message présidentiel. 357. ’
- Métaux nouveaux, 158.
- Meurtre politique. Ce qu’il est, 140.
- Millions. Le ruisseau de ce nom en Suisse, 89.
- Mines d’Anzasca, 89.
- ÎSon acte d’accusation, 421.
- Leur mise en accus? tion 369 387, 407.
- Mise en accusation des ministres, 369, 387, 407.
- ( eD Allemagne, 410.
- Misère \ à Naples, 103.
- ( à Paris, 377.
- Mœurs. Leur police, 59.
- Indignités commises par les agents, 87. Monopole des agréés, 283.
- Monstre à deux tètes, 173.
- Monstruosité, 263. *
- 463
- Morale philosophique, 308, 360.
- Moralité publique 59, 410. *
- Mouvement en faveur de la paix 69. 135 263 494
- de fonctionnaires, 213, 325, 333, 388 406 429 administratif 453. ’ ’
- Musée économique de Twickenham, 205.
- N
- Nature. Concours de ses éléments dans la production de la richesse, 33.
- Nécessité d’une politique précise, 374 Nécrologie, 38, 157, 231, 249.
- Nouveaux métaux, 158. \
- O
- Obstacles à l’émancipation du travail. 385 401 Occupation de la Roumélie par les Russes] 87 Œuvre des progrès économiques, 205.
- Des libérées de St-Lazare, 313.
- Opportunité des études sociales, 209.
- Opportunisnie politique. Qu’il a fait son temps, 306 374 403 Orient. Son Etat politique, 6. 246. 311. ’
- Véritable question d’Orient, 109, 125 141 Orphelinat républicain, 380. ’
- Orthographe. Sa réforme, 15.
- Ouvriers. Leur particiation aux bénéfices. 43.
- Ceux de Nancy à l’exposition, 251.’
- Paix. Poésie qui la célèbre, 7.
- Congrès en sa faveur, 8.
- Mouvement en sa faveur, 68, 135, 263 425 Participation des ouvriers aux bénéfices 43 Partis, leur attitude envers la question sociale 49 Paternité Sa recherche, 44 395. ’
- Passy (Frédéric,. Lettre de cet économiste, 44.
- Paysans. Leur sort, 1527
- . ( nécessité de son abolition, 4C8.
- Peine de mort j spectacles révoltants qu’elle offre 23 pétitionnement en Suisse, 233, 455.’ Pèlerinage d’Alise Sainte-Reine, 47.
- Pensées à méditer. 16. 26, 47, 62, 75, 90, 140. 155 171 185, 201, 248, 263, 29i, 307, 324, 341,’ 355,372,386,403,419,452.
- Pétition de M. Renucci au Sénat, 159.
- Philippium, nouveau mêlai, 158.
- Pionniers de Rochdale. 284.
- Police. Nouveau préfet, 422.
- Nécessité de la transformer, 326, 375.
- Police des mœurs. Sa conduite scandaleuse, 87. Polygamie aux Etats Unis, 459.
- Politique. Nécessité de sa précision, 374.
- Celle de l’avenir, 413.
- Population de l’Europe en l’an 2000, 310.
- Presse. Ses devoirs, 407.
- Potonié. Articles dûs à sa collaboration, 15, 79, 93, 266 301,429. ’ ’ ’ ’
- Poursuite contre la presse, 5 Pouvoirs dirigeants, de leur élection, 66 Préliminaires de conciliation, 126.
- Presse. Poursuites dont elle est victime, 5.
- Sa conduite à l’occasion des crimes, 27. Production. Qu’elle est plus forte quela consommation 179. •
- Conditions nécessaires à. son équilitre avec la consommation, 193.
- Programme de M. Gambetta, 37.
- des Chambres, 293.
- M. Ls Blanc. 37,
- Progrès de l’idée, 100.
- de l’ivrognerie en Allemagne, 184.
- Protection. Ses conséquences, 89, 147 28s'. Protestantisme libéral. Position qu’il prend à l’égard du
- r, , _ darwinisme. 345.
- Prouesses du fisc italien, 459.
- Prudhommes. Réforme dans la législation qui les régit, 335
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-
-
-
- 464
- TABLE DES MATIÈRES DU « DEVOIR
- Q
- Question des Chemins de fer, 190, 317, 327.
- Question d’Orient. La véritable, 109, 12b, 141.
- Question sociale. Attitude des partis à son égard, 47.
- Ouvrage du Dr Fauconnier sur ce sujet. 207.
- Voir aussi les mots : Association, Familistère. Richesse, Socialisme, Travail, Droit à l’existence, Participation.
- de la magistrature, 453.
- R
- Rachat des Chemins de fer, 31, 62.
- Raisonuemeni singulier, 86.
- Recherche de la paternité, 44, 39b.
- Récompenses à 1 exposition de Paris, 100.
- aux médecins, 56.
- Réforme de la magistrature, 20. de l'orthographe, ib.
- Reichstag allemand. Voir situation de l’Allemagne. Rejet de la constilutiuu modifiée a Genève, 72. Rectifications, 13b, 413.
- Réduction du nombre des diocèses, 361.
- Réfectoire a l’écoie, 184.
- Réflexions à propos d’un livre, 324.
- Réforme utile. 219.
- électorale italienne, 454.
- Règlement de. fhnstruction publique, ses défauts, 227. Religion, son rôle social, 130.
- Religion laïque, contraverse avec cette revue, 130,177,403. Rente 3 0/0 amurussable, b
- 5 0/0 sa conversion, 406, 414.
- Réorganisation judiciaire en Hollande, 4b3,
- Répartition de la richesse, 3b.
- Republique de Liberia, 309.
- Ressources naturelles de l’Allemagne, 431.
- Restaurants économiques de Nancy, 43.
- Rétablissement des jeux publics, dangers qu'il présenterait, 84.
- Retour des Juifs en Palestine, 360.
- des Chambres à Paris, 453.
- Révolution du 30 janvier, 338, 339.
- Révolutionnaires russes, 55.
- Richesse. Sa répartition, 35.
- augmentation de la richesse publique, 300, Roi comme on n’en voit plus, 184.
- Rôle social de la mutualité, 136.
- religion. 130.
- Roman. Voir feuilleton.
- Rouméiie orientale. Questions relatives, 72, 134, 26b, 205.
- •son occupation par les Russes, 88.
- Rousseau, 383.
- Ruisseau des millions en Suisse, 89.
- S
- Situation de l’Allemagne. 5, 38, bb, 79. 93, 102, 118, 214
- 247, 264. 266, 294, 300, 342’ 359,423,
- à l’intérieur, 420. delTtalie, 134, 294.
- ' 198, 422.
- 198,359 264, 279, 423.
- 26b.
- 25. 1C2, 135,151, 168, 233, 265. aux Etats-Unis, 45b.
- Socialisme, sou incompatibilité avec le catholicisme, 321. Un socialiste en soutane, 7.
- Son histoire, 399.
- Loi allemande contre lui, 24, 38, 73, 88, 102, 167.
- de l’Espagne, de la Turquie, de la Russie, de l’Egypte, de l’Angleterre.
- Société genevoise d’ulilité publique. 126.
- Société de prévoyance de l’épice: ie, 158. en faveur de la paix, 263 424. d’alimentation en Belgique, 277, 343. pour la propagation dès sciences naturelles, 283. Sociologie, opportunité de son étude, 209.
- Solidarité, sa négation par un correspondant, 74:
- Opinion de M. Jules Simon à son sujet, 253. Soit des paysans, 153.
- Sottise, ce qu’on ose écrire, 7.
- Statistique, ses révélations envers l’Allemagne, 431. Suisse, Election du conseil fédéral, 6.
- Travaux publics dans ce pays, 14.
- Question de la peme de mort dans ce pays, 455. Symbolisme dans le vêtement, 95, 135.
- _ T
- Tabac, concours contre son abus, 8.
- Son effet sur les dents, 63.
- Son usage dans l’armée, 159.
- Technicum de Winterthur, 424.
- Temps perdu, 360.
- Théâtre national populaire, 133, 329.
- Timbres-poste internationaux. 311.
- Tour du monde par un Raphaël, 111.
- Trade Uuion Son congrès, 25.
- Traité de Berlin. Peu de cas qui en est faii, 87, 119, 149. de Prague. 342. 359, 375, 454. turco-russe, 342, 359.
- Travail, 452.
- Sa transformation par les machines, 57.
- Ses conditions dans le passé et le présent, 353. Obstacles à son émancipation, 385, 401. des femmes, 377, 411.
- Travaux d’élèves à J’Exposition, 155.
- Travaux publics. Commissionorganiséeparleminislre, 86.
- En Suisse. Le Seeland, 14.
- Tribunal international, 146, 234.
- Trois pour cent amortissable, 5.
- Troubles imputables à la faim, 248.
- Twickenham, son musée économique, 205.
- Twining et le musée économique, 205.
- Salelte. Que l’apparition n’est qu’une mystification, 342, 389.
- Say, son discours à Boulogne, 6.
- Schulze Delitzsch, 303.
- Sciences naturelles.' Leur propagation, 283.
- Secours aux amnisties, 374.
- Seeland Transformation de cette contrée, 14.
- Séjour d’enfants pauvres a la campagne, 7.
- Séiectiou a contre sens. 284.
- Semaine politique, 5, 23. 36, 53, 71, 86, 100, 118, 133.
- 148, 167,181, 196,213, 231,245,263, 278. 292, 310, 324, 341, 357, 374, 388, 405. 420, 436, 452.
- Séparation de l’église et de l’état. Ses fruits en Irlande, 184.
- Shakespeare, fondation en son honneur 89.
- Singe. En quoi il diffère de l’homme, 40,216.
- Singulier raisonnement, 86.
- Sint Pietersberg. Ses carrières, 90.
- U
- Union douanière internationale, 391, 419. Université sibérienne, 234.
- Usage du tabac dans l’armée, 159.
- Usure. Association contre elle, 184.
- V
- Vétéran du travail, 343.
- Vicaire socialiste, 7.
- Votation en Suisse, 310.
- Y
- Yankee Doodle. Hymne américain, 90.
- Z
- Zoulous. Guerre des Anglais contre eux, 375, 423,
- Saint-Quentin — lmp. de la Société anonyme du Glaneur
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