Le Devoir
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- REVUE DES QUESTIONS SOCIALES
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- DEVOIR
- REVUE DES QUESTIONS SOCIALES
- CRÉÉE EN 18 7 8
- par J.-Bte André GODIN, Fondateur du Familistère de Guise
- TOME VINGT-HUITIÈME
- JANVIER-DÉCEMBRE
- Rédacteur en chef: M. J. PASCALY, Paris Directrice : Madame Vve J. Bte A. GODIN, née MORET
- Au Familistère, Guise (Aisne(.
- 1904
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- Janvier 1904.
- DOCUMENTS POUR UNE BIOGRAPHIE COMPLÈTE
- de J. B. André GODIN (1)
- Glorification du Travail. Emancipation du Travailleur.
- IX (suite)
- Consommation, fonction individuelle permanente ; production industrielle, fonction temporaire. Encore la supériorité de la méthode par laquelle les valeurs mentales déterminent la prospérité matérielle. Difficulté des essais sociaux complexes au sein du régime compétitif. Traits de l’œuvre de Godin reproduisibles en coopération. Elargissement du champ de culture et classement des capacités.
- Animé du même idéal que Godin, Edward Vansittart Neale (2), qui fut pendant 18 ans Secrétaire général du Bureau central de l’Union coopérative en Grande-Bretagne, vint une dizaine de fois au Familistère scruter l’œuvre de Godin, s’enquérir des leçons résultant de cet essai de réalisation de leur idéal commun dans un milieu spécial, au sein d’une organisation synthétique, dont certains traits peut-être seraient utilement traduits en coopération.
- La promptitude et la perspicacité avec lesquelles Ed. Vansittart Neale saisissait les causes profondes des difficultés rencontrées par Godin et la nature des résistances que lui opposait le milieu, montraient combien,
- (1) Appendice, p. 60, Le Devoir, tome 26e, janvier 1902.
- (2) Précédent chapitre, « Le Devoir », numéro de novembre 1903, p. 641.
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- lui aussi, dans son oeuvre sociale, avait eu à compter avec les hommes et les choses.
- Dans la préface du> volume : Compte rendu du 12e congrès annuel tenu par les coopèrateurs de Grande-Bretagne, à Newcastle en juin 1880; et dans la préface du volume correspondant : Compte rendu du i7e congrès... tenu à Oldham{2), en mai 1885, Fillustre apôtre du mouvement s’est etforcé d’indiquer les deux principaux traits de l’oeuvre de Godin qui, introduits dans le système coopératif et s’ajoutant aux solutions déjà atteintes, y prendraient un développement, y revê~ tiraient un caractère, de nature à offrir un véritable modèle d’organisation de la consommation et de la production.
- Les deux traits fondamentaux recommandés par Ed. Yansittart Neale sont :
- 1° Le roulement des titres de propriété industrielle de façon à maintenir les titres aux mains des travailleurs actifs, par inscription dans le fonds social des parts de bénéfice revenant au travail et remboursement de ces parts selon leur ordre d’inscription, quand il n’y aurait point lieu de les garder pour le développement des affaires ;
- 2° Les « Associated homes » (maisons unitaires).
- Il montrait les centres d’activité industrielle — où se produiraient surtout des choses que les ouvriers peuvent consommer— pourvus de palais sociaux, véritables ateliers de consommation domestique ; chaque palais ayant son magasin coopératif ; et ces magasins (alimentés par les industries coopératives autant que possible) pratiquant entre eux l’échange aux meilleures conditions.
- (1) « Le Devoir », tome 4e. 1880, p. 739.
- (2) « Le Devoir », tojne 9e. 1885, p. 649,
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- Bénéfices de la production et bénéfices de la consommation seraient en de tels milieux employés à l’organisation de tous les éléments de progrès et de bien-être, à la constitution des garanties de l’existence, en un mot, à la réalisation des équivalents de la richesse pour tous.
- « Associated homes (1) », tel fut le titre de l’ouvrage contenant la première biographie de J.-B. André Godin. Il fut publié par Edward Vansittart Neale en 1880, avec trois vues du Familistère de Guise. Peu après, le principal organe des coopérateurs de Grande-Bretagne « The co-operative News », Manchester, publiait dans ses numéros du 13 septembre 1884 au 21 février 1885, une étude approfondie de l’œuvre de Godin. Cette étude, due à Eward Owen Greening, parut ensuite en volume illustré, sous le titre : « The co-operative Traveller abroad ». ( « Le Devoir », tome9e, 1885, p. 114 ; tome 12e, 1888, p. 718.)
- Si notre objet était d’indiquer ici l’intérêt manifesté par la presse anglaise en faveur de l’œuvre de Godin, c’est tout à l’origine de la révélation de l’existence du Familistère en France (1865) qu’il nous faudrait remonter et pour fournir les témoignages les plus caractéristiques. Mais ce qu’il nous importe d’établir présentement, c’est l’unité de but entre l’œuvre de Godin et l’œuvre poursuivie par l’un des plus vénérés chefs du mouvement coopératif en Grande-Bretagne. Bans cette vaste organisation le temps fait son œuvre et d'autant mieux que des capitaux sont régulièrement consacrés par chaque société à un fonds d’éducation des membres au point de vue du développement du système.
- (1) Editeurs ; Macmillan and C°, London ; Central cooperative Board, city buildings, corporation Street, Manchester. ( « Le Devoir », tome 4e, 1880, p. 275.)
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- En 1884, une Ligue spéciale « Labour association » fut fondée à Londres pour la propagation de l’idée d’association du travail et du capital (1) ; et en 1895 un organe mensuel « Labour co-partnership » fut fondé , à Londres également, dans ce but spécial : préconiser la production coopérative basée sur le droit de participation du travail aux bénéfices.
- « Labour co-partnership » a traduit en anglais et reproduit in-extenso (avec le portrait de J. B, A. Godin et les vues) dans ses numéros de septembre 1902 à juin 1903 l’ouvrage : « Le Familistère illustré, Vingt ans d'association », publié par D. F. P. en 1900 (2). En outre, cette traduction a été publiée en volume à part. Edition extrêmement jolie, en vente au prix d’un schelling dans les bureaux de « Labour co-partnership Association. » (3) L’ouvrage est intitulé : « Twenty Years of co-partneship at Guise. La traduction a été faite par Aneurin Williams. Thomas Burt, membre du Parlement , en a écrit l’introduction.
- L’intérêt pour l’oeuvre de Godin, dans les rangs de la coopération en Grande-Bretagne, ne cesse donc de s’affirmer. Qu’on arrive à traduire sur quelque point du monde coopératif ce premier trait : la co-propriété des établissements industriels entre producteurs et consommateurs, par l’inscription dans le fonds social des parts de bénéfices revenant au travail, quels seraient les résultats ?
- La co-propriété d’un établissement industriel entre le groupe relativement petit des ouvriers et employés producteurs dans cet établissement et la masse des consommateurs des produits, cette co-propriété d’une part
- (1) « Le Devoir », tome 10e, 4886, p. 22, 37, 55.
- (2) Editeurs : Guillaumin et Cie, 14, rue Richelieu, Paris.
- (3) 15 Southampton Row, Holborn, London, W. G.
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- unifierait l’intérêt du producteur et celui de l’établissement, intéresserait le travailleur — s’il avait l’esprit assez ouvert pour le comprendre — à toute mesure préventive des gaspillages, etc., etc; mais, d’autre part, l’action des consommateurs co-propriétaires s’exercerait, s’exerce déjà comme frein contre toute tendance à la dégradation ou adultération des produits. Le fait de minorité du nombre des producteurs agirait ici dans le sens d’assujettir l’intérêt individuel à l’intérêt collectif : Le travailleur devrait ou faire au mieux sa fonction ou céder la place. C’est là un frappant exemple d’application de la règle formulée par M. Neale en ces termes :
- « Organiser (1) les choses de façon à donner à l’intérêt général la prééminence sur l’intérêt individuel, à faire que la légitime satisfaction de ce dernier dérive des faits les plus propres à servir l’intérêt commun lui-même. »
- Nous avons commencé ce chapitre en proclamant l’excellence d’une méthode qui base sur le déploiement même des valeurs mentales la répartition des avantages matériels. C’est en effet le vrai ressort du perfectionnement de l’être humain, de cette préparation, de cette adaptation à des conditions sociales progressives dont la nécessité est proclamée par tous les essais de réalisation.
- L'évolution coopérative a mis un siècle pour arriver à l’aube de ce nouveau progrès ; l'état même des esprits l’oblige à stationner sur la voie ; et il en est ainsi de toute entreprise, car il faut compter avec l’évolution sociale. « Puisqu’il a fallu i> a dit M. Gf. J. Holyoaké (2)
- (1) Compte-rendu du 12* Congrès annuel des coopérateurs de Grande-Bretagne tenu à Newcastle on Tyne en Mai 1880. Traduction d’une partie de la préface dans « Le Devoir »>, tome 4e 1880, p. 739 à 742.
- (2) Histoire des pionniers de Rochdale, de Georges Jacob Holyoaké. Résumé extrait et traduit de l’anglais, par Mme veuve J. B. A. Godin, née Moret, 2® édition, p. 72.
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- à propos de la participation de l’ouvrier aux bénéfices de la production, « deux générations d’hommes pour discuter et résoudre le droit de l’acheteur à participer aux bénéfices des magasins de vente, bénéfices qu’il concourt à grossir, comment admettre qu’il ne faudra pas le même temps, au moins, pour résoudre le problème bien plus complexe de l’équitable répartition des bénéfices de la production entre tous ceux qui les créent. »
- Spéculant sur les conséquences de la co-propriété industrielle entre producteurs et consommateurs, le travailleur, avons-nous dit, devrait ou s’exercer dans le sens du plus grand intérêt collectif ou céder la place. Mais comment assurer la cession au profit d’un plus habile ? Pas de chef d’industrie qui n’ait mesuré la difficulté de trouver les vrais titulaires des fonctions qui s’accomplissent chez lui.
- En regard des vastes organisations coopératives de consommation se lèvent, aujourd’hui, de vastes organisations de production, les « Trusts » ou « industrial combinations ». Aideront-elles à la solution du problème de la culture et du classement des capacités? Peut-être. Leur apparition est néanmoins trop récente pour que nous puissions faire autre chose que relever quelques traits en ce sens, fournis par l’enquête ordonnée aux Etats-Unis et qui a porté sur 41 « Trusts and industrial combinations » (1).
- Un premier point rappelle d’abord ce qui s’est passé au sein de l'organisation coopérative en Angleterre : En effet, de même que les sociétés de consommation s’entendirent pour faire opérer leurs achats par de vérita-
- (1) Bulletin of the department of làbor, Washington, Government printing office. N° 29. July 1900. Trusts and industrial combinations, by J. Jenks.
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- blés capacités commerciales, ainsi les trusts en beaucoup de cas remplacèrent des industriels, hier chefs d’établissements indépendants, par des agents moins coûteux à la production et s’exerçant sous la gouverne d’un ou deux chefs parfaitement habiles et entraînés.
- Ce n’est pas tout. Le bureau central de 1’«Industrial combination » se tient constamment au courant des prix de revient et de la somme de travail effectué dans chacun des établissements fédérés. Ensuite, ces établissements mêmes envoient les uns chez les autres des inspecteurs spéciaux en vue de bénéficier de toutes les mesures utiles à la production réalisées sur quelques points. On conçoit quel vaste champ est ouvert ainsi à la culture et au placement des capacités spéciales dans les industries fédérées.
- Le système coopératif écarte de ses rangs l’individu imprévoyant par l’exercice de la liberté de l’imprévoyant lui-même; 1’« Industrial combination » paraît destinée à écarter des siens l’incapable en révélant partout où il se trouvera le titulaire le plus apte à la fonction.
- Présentement, voudrait-on dans un établissement — et les amours-propres souvent s’y opposent — faire place à des capacités, qu’on ne sait où trouver celles-ci. Cultiver les hommes et mettre chacun à sa vraie place est la condition sine qua non du progrès social.
- En attendant l’instauration de méthodes vraiment pratiques pour la désignation des capacités et la vérification permanente de leur mise en usage, certains amis du progrès se tournent embarrassés, inquiets, vers le suffrage, se demandant s’il n’y aurait pas là un moyen simple, à la portée de tout établissement, de mettre, par le vote de ses pairs, chaque travailleur à sa vraie place.
- En cette voie aussi Godin a creusé son sillon. Les
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- expériences tentées aux Etats-Unis lui avaient enseigné qu’il fallait approprier dans une certaine mesure l’œuvre projetée par lui aux coutumes, à l’état mental de la population avec laquelle il devait agir. Cet état mental se révélait par l’exercice du suffrage. Godin explora donc longuement le terrain ; et, après bien des essais, il inscrivit finalement dans le pacte statuaire non du tout les mesures répondant à son idéal (il devait du reste compter avec les prescriptions de la loi française sur les sociétés) mais ce qu’il jugea pratique à l’heure actuelle, laissant au temps à révéler si, même ainsi, la part faite au suffrage dans les statuts ne dépassait pas les possibilités générales.
- L’usage du suffrage dans l’association, les modifications statuaires déjà introduites par le vote et celles qui pourront survenir encore tendront, naturellement, à mettre autant que possible les prescriptions des statuts en accord avec les aspirations des intéressés.
- Ces choses aussi bien que les essais d’autrefois par lesquels Godin a cherché à voir quelle part d’action pouvait être utilement donnée au suffrage dans son œuvre, sont de première nécessité à connaître, à suivre pour les spécialistes en matière sociale expérimentale.
- Vve J.-B.-A. Godin, née Moret.
- (A suivre).
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- La session extraordinaire de 1903. — Interpellations. — Discussion du budget. — Projets divers.
- — Bureaux de placement. — Prud’hommes, etc.
- La Chambre a repris ses travaux, le 20 octobre, avec le ferme dessein de faire passer la discussion du budget avant toute autre préoccupation, afin d’éviter le vote des douzièmes provisoires aussi nuisibles à son prestige qu’au fonctionnement régulier des institutions parle- . mentaires. Tout le monde était d’accord sur ce point : gouvernement, députés, commission du budget. Celle-ci, rompant avec de fâcheuses habitudes, avait déposé dès le premier jour son rapport général et la plupart de ses rapports spéciaux. Pour arriver plus vite à la discussion des articles on écourta la discussion générale.
- Les adversaires du gouvernement ne pouvaient s’accommoder d’une aussi paisible discussion des affaires publiques. D’où interpellation sur la politique générale du ministère et naturellement victoire de celui-ci. On croit le flux des interpellations arrêté : c’est au tour des bouilleurs de cru de récriminer. L’amendement Morlot, voté l’année dernière, avait semblé mettre tout le monde d’accord en exemptant l’exercice des petits bouilleurs, pour une quantité de pieds de vigne ou d’arbres fruitiers pouvant donner cinquante litres d’alcool ; mais ils se plaignent qu’on ait compté leurs arbres fruitiers avec trop de parcimonie ; ils réclament aussi contre les rigueurs du règlement d’administration publique qui ne leur permet pas de sucrer leur marc de seconde cuvée pour en obtenir quelques litres d’alcool supplémentaire, comme si la loi, en même temps que leur récolte, les avait encore autorisés à distiller du sucre, opération d’autant plus lucrative que le prix du sucre a baissé de près de moitié.
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- C’est une véritable coalition qui'se dresse ici contre le ministère et d'autant plus dangereuse qu’elle comprend des députés appartenant à tous les partis. Le gouvernement se tire de cette 'fâcheuse situation en promettant de réviser le règlement d'administration publique.
- Puis vient une interpellation causée par la violente répression policière de non moins violentes manifestations ouvrières en faveur de la suppression des bureaux de placement. Comme suite à cette interpellation le gouvernement a promis de se livrer à une enquête sur les faits signalés, et la Chambre a décidé de discuter sans désemparer le projet de la commission du travail supprimant les bureaux de placement. Le 3 novembre, elle s’est mise à l’œuvre et une séance lui a suffi pour voter le projet de la commission sans modification importante, à la grosse majorité de 495 voix contre 16. v
- Voici un aperçu succint des lignes générales du projet :
- A l’expiration de la cinquième année qui suivra la promulgation de la loi tous les bureaux de placement doivent disparaître. Les municipalités qui le pourront et le voudront, voteront leur suppression dans un délai plus ou moins rapproché. Les indemnités à allouer seront à la charge des communes. L’Etat et le département contribueront toutefois aux dépenses par parts égales, d’après le barême suivant : 20 OjO pour les bureaux supprimés dans un délai de deux ans ; 15 0{0 pour les bureaux supprimés les troisième et quatrième années ; 10 OjO pour les bureaux supprimés pendant la cinquième année.
- Seuls sont reconnus les bureaux de placement gratuits créés par les municipalités, les syndicats et les sociétés de secours mutuels.
- Nous sommes loin des anciens projets qui revenaient du Sénat à la Chambre et de la Chambre au Sénat sans jamais aboutir. Comme on le voit, le projet de la com-
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- mission du travail est une solution moyenne transactionnelle que le gouvernement pourra peut-être faire accepter par le Sénat.
- Du reste, les intéressés, renonçant à leur plan de suppression sans délais et sans indemnités, que M. Coûtant avait développé à la tribune, se tiennent pour satisfaits du projet voté par la Chambre, et sont tellement pressés de le voir mettre en vigueur qu’ils refusent de se prêter, pour ne pas en retarder l’adoption définitive, à l’enquête que le Sénat a cru devoir faire, préférant, d’ailleurs, à la controverse, les procédés d’agitation qui leur ont si bien réussi auprès de l’autre assemblée.
- Bien que ce ne fût pas un jour ouvrable pour elle, la Chambre a tenu une séance le samedi, 7 novembre, pour discuter l’interpellation de M. Jaurès sur l’échec de la proposition d’arbitrage faite par le préfet du Nord aux patrons et aux ouvriers, à Armentières, et repoussée par les patrons. M'. Jaurès a su émouvoir la Chambre tout entière en lui retraçant la misère des ouvriers tis-seurs d’Armentières et de leurs familles, en même temps qu’il l’intéressait à leurs revendications.
- La moyenne des salaires varie, en effet, de 11 à 18 francs par semaine; ce qui est insuffisant pour subvenir aux conditions normales de la vie.
- Les patrons, a dit M. Jaurès, essaient de justifier leur résistance par la concurrence que leur font les nations étrangères ; c’est une simple échappatoire, car pour l’industrie textile à Armentières et dans toute la vallée de la Lys, la concurrence étrangère, grâce aux droits de douane, n’existe pas.
- M. Dansette a essayé de justifier le refus des patrons.
- M. Trouillot, ministre du commerce, n’a pas hésité à déclarer que les patrons avaient été mal inspirés.
- M. Laroche-Joubert a de son côté fait aux patrons un chaleureux appel en vue de l’entente.
- On sait que le père de M. Laroche-Joubert, grand industriel, a introduit la participation aux bénéfices
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- dans sa papeterie d’Angoulême, ville qu’il a longtemps représentée à la Chambre des députés. M. Laroche-Jou-bert fils, qui a remplacé son père à la Chambre, en même temps qu’il prenait la suite de ses affaires industrielles, est également un fervent de la participation. « Je suis un vétéran de l’industrie, » a-t-il dit en substance , «j’ai toujours tendu la main aux ouvriers, j’ai toujours cherché l’apaisement entre le travail et le capital. Aussi les patrons d’Armentières me permettront de leur dire qu’ils auraient dû accepter l’arbitrage et qu’ils auraient dû faire oeuvre de justice en appelant les ouvriers à eux. Qu’ils ouvrent leurs livres de comptabilité; qu’ils fassent comme moi, qu’ils appellent les délégués des ouvriers élus au scrutin secret, à contrôler les inventaires. (Applaudissements). Le conflit prendra ainsi fin. Que les patrons d’Armentières commencent. Les autres suivront. Il faut une harmonie de plus en plus étroite, entre ces deux facteurs essentiels de la prospérité nationale. »
- La Chambre entière a vigoureusement applaudi M. Laroche-Joubert.
- Comme sanction de son interpellation, M. Jaurès dépose l’ordre du jour suivant :
- « La Chambre compte sur le gouvernement pour renouveler auprès des partis en lutte dans la grève de la vallée du Lys la proposition d’arbitrage ; elle décide d’instituer, dans les formes déjà adoptées pour les mines, une enquête parlementaire sur l'industrie textile et la condition des ouvriers tisseurs. »
- Cet ordre du jour, accepté par le gouvernement, est voté par 512 voix contre 2.
- Ajoutons qu’à la suite de concessions réciproques, une entente est survenue entre les patrons et les ouvriers d’Armentières. Quant à l’enquête, elle se poursuit.
- Après ces divers incidents, la Chambre a repris la discussion du budget qu’elle avait à peine commencée,
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- et elle l’a menée assez rondement, bien que d’oiseux débats en aient par moment alourdi la marche.
- C’est ainsi qu’une séance entière ayant été absorbée par les étournaux et les alouettes, on n’a pas cru devoir refuser les honneurs d’une autre séance aux faisans, aux corbeaux, aux sangliers et aux loups. On a pu croire un instant que toute l’histoire naturelle allait y passer.
- Ce n’est pas que bien des choses sensées n’aient été dites à ce sujet ; mais vraiment celles-là ont tenu trop de place. Et que dire des autres ?
- Il convient de dire que la plupart des joutes oratoires où ont été débattus les intérêts plus ou moins bien compris du genre homo , étaient dignes de retenir un moment l’attention de la Chambre ; ce qui ne veut pas dire qu’elles soient à l’abri de toute critique au point de vue de Inopportunité.
- La discussion générale du budget qui fournissait, jadis, aux orateurs de l’opposition et du gouvernement un prétexte à développements aussi encombrants qu’inutiles , semble avoir décidément cédé la place à une discussoin générale sur chaque budget spécial. C’est un progrès dans la voie d’une division plus rationnelle du travail parlementaire ; mais c’est un progrès des plus modestes.
- Il est facile de s’en rendre compte avec la discussion générale du budget des affaires étrangères qui nous fait assister, comme le remarque M. Sembat, à une sorte de revue de fin d’année.
- Les orateurs de tous les partis viennent tour à tour exprimer leur opinion sur toutes les questions de politique extérieure.
- Le ministre s’en félicite hautement. Ce serait bien le diable, en effet, s’il ne pouvait fournir une réponse satisfaisante à la plupart des questions soulevées et créer ainsi une impression d’ensemble, favorable à sa politique.
- Mais quelle indication pourrait-il tirer d’un débat où
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- s’agitent dans la plus parfaite des confusions des affaires qui n'ont pas le moindre rapport entre elles, la Macédoine et le Maroc, le chemin de fer de Bagdad et les pêcheries de Terre-Neuve, l’Egypte, le Thibet, Siam, Mascatte et Panama ? Et ne vaudrait-il pas mieux traiter chaque question à fond quand elle se présente ?
- En Angleterre où le respect des prérogatives parlementaires s’allie avec le légitime souci de ce qui se passe au dehors, des échanges d’observations entre les représentants de l'opinion et les représentants du pouvoir se produisent constamment.
- Le nombre chaque année grandissant des députés qui prennent la parole dans la Chambre française à l’occasion du budget des affaires étrangères, montre que notre pays a, lui aussi, la préoccupation de plus en plus vive de ce qui se passe sur les autres points du globe où d’ailleurs, les intérêts nationaux s’accroissent de jour en jour. Pourquoi, dès lors, ne réserverait-on pas un jour par semaine à la discussion des questions politiques générales ? Une proposition dans ce but a été déposée par M. Hubbard, elle a été renvoyée à la commission du règlement.
- De la préoccupation dont nous venons de parler, nous avons encore la preuve dans les débats de plus en plus fréquents sur les questions d’arbitrage et de désarmement.
- Le 19 novembre, M. Deschanel ouvre la discussion générale du budget des affaires étrangères par un discours où il fait l'éloge de l’arbitrage, ce qui le met à l’aise pour faire les plus expresses réserves sur la question du désarmement, dont il n’admet pas que nous puissions prendre l’initiative.
- A quoi M. d’Estournelles répond, le lendemain, en quelques mots ; que ni lui ni ses amis n-’ont jamais préconisé le désarmement immédiat, que le désarmement, qui est le dernier terme de la politique pacifique ne sera obtenu qu’après entente entre les puissances et qu’il faut poursuivre tout d’abord la limitation pro-
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- gressive des armements. Et à ce sujet M. Hubbard demande si Ton ne ferait pas le meilleur usage possible de l’alliance franco-russe, en remployant à réaliser le programme tracé dans ces termes mêmes par le chef du pays allié.
- M. Denis Cochin nous met en garde contre le mirage d’un vain libéralisme : la Russie qui a proposé l’arbitrage n’est pas une nation libérale et c’est la libérale Angleterre qui a contrecarré le plus la conférence de La Haye.
- Non ! s’écrie le rapporteur, M. de Pressensé, plus de cette préparation stérilisante de toutes forces à des guerres meurtrières ; plus de ces millions jetés dans le gouffre militaire et qui nous obligent à retarder la constitution d’un budget de la solidarité sociale pour les donner, dans une paix prolongée, à une bureaucratie de caserne.
- Est-ce donc une utopie de lutter contre ce monstre de la paix armée ?
- A Londres, en 1899, M. Goschen, premier lord de l’Amirauté, déclarait solennellement que l’Angleterre était prête à arrêter ses armements grandissants si les autres nations le décidaient aussi.
- M. Gauthier (de Clagny). — Qu’elle commence.
- M. Sembat. — Il faut un accord, même pour commencer. C’est cet accord que nous voulons d’abord.
- M. de Pressensé.— Depuis ce discours, un membre du gouvernement, M. Forster, a tenu le même langage.
- Je demande que de tels appels soient entendus.
- Ce n’est pas parce qu’une grande idée n’a pas passé par la formule diplomatique qu’il est permis aux gouvernements de l’ignorer.
- Des députés anglais, des députés français, réclament le désarmement. Il n’est pas permis d’ignorer ces appels.
- Assez de cette politique de chaque jour qui se poursuit depuis trente ans, qui se traîne à ras de terre ! Un peu d’air, un peu de liberté d’allures !
- La France ne pouvait avoir cette politique au lende-
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- main de la guerre.Vivre d’abord. Aujourd'hui, elle veut une politique qui ne l’entraîne pas et ne l’expose pas.
- Il lui faut arrêter avec les autres nations l’essor d’armements écrasants.
- C’est ainsi qu’allégée elle pourra assurer le triomphe de la liberté et de la justice. (Applaudissements à gauche et à l’extrême gauche).
- Le 23 novembre, réponse de M. Etienne à M. de Pres-sensé.— Je ne comprendrais pas que la France, oublieuse des conditions cruelles qui lui ont été imposées il y a trente ans...
- M. Vaillant. — Ces conditions lui ont été faites par la guerre.
- M. Etienne. — ... prît l’initiative des propositions de désarmement. Le jour où elles nous seront soumises, je ne me refuserai nullement à les examiner.
- M. de Pressensé s’explique.— Il n’est nullement question dans les déclarations qu’il a faites l’autre jour à la tribune, d’un désarmement portant sur une seule nation, ni même de nature à modifier les proportions de l’armement de tel ou tel pays à l’égard d’autres pays. Il a été purement et simplement question d’une proposition qui avait été faite à plusieurs reprises par plusieurs ministres de sa Majesté britannique et qui consistait à arrêter la course folle, le steeple-chase, auquel se livre l’Europe à l’heure actuelle en matière de dépenses militaires et navales, en stéréotypant en quelque sorte l’état présent et les proportions existantes.
- Ces explications étaient de nature à calmer les susceptibilités de ceux qui, tout en manifestant leurs sympathies pour le désarmement, se refusaient à en laisser prendre l’initiative par leur pays.
- Jusqu'ici tout allait bien, et l’émotion soulevée par une phrase finale de M. de Pressensé faisant allusion à « la revanche dont personne ne veut et dont personne n’a jamais voulu » , n’avait troublé qu’un instant le cours paisible de la discussion.
- De nouvelles interventions amenèrent M. de Pressensé à faire de nouvelles précisions.
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- M. Hubbard déposa et développa un projet de résolution invitant le gouvernement à se concerter avec les gouvernements étrangers en vue de limiter les armements militaires , et M. Delcassé fit remarquer que, dans la mesure où la prudence le lui permettait, la France était entrée dans la voie de la réduction des charges militaires, et le ministre des affaires étrangères ajouta : « Quand les autres nous auront imités, c’est-à-dire quand ils auront arrêté la progression de leurs dépenses militaires , nul ne peut craindre ici que nous apportions la moindre disposition malveillante dans l’examen des propositions qu’on pourrait nous faire ; car je n’ai pas à dire pourquoi ce n’est pas à nous de prendre l’initiative. »
- Le Journal officiel constate ici que des applaudissements vifs et prolongés au centre, à droite et sur divers bancs à gauche ont accueilli les paroles du ministre qui a, d’ailleurs, reçu en retournant à son banc de nombreuses félicitations.
- Il semble donc que M. Delcassé a pleinement exprimé la pensée des partisans du statu quo. Pourquoi donc M. Georges Leygues a-t-il cru devoir faire suivre cette déclaration très mesurée du ministre des affaires étrangères d’une protestation enflammée d’allure belliqueuse. L’allusion faite par M. de Pressensé à la revanche a été relevée en des termes qui ne pouvaient manquer de déchaîner un vrai tumulte, par l’ancien membre du cabinet Waldeck-Rousseau, dans l’intervention duquel beaucoup ont cru voir la preuve que l’on n’abandonnait pas l’idée dans certains milieux, de détruire ce que l’on a appelé « l’hégémonie socialiste ».
- Avec son éloquence véhémente, M. Jaurès a protesté contre la singulière devise arborée par M. Leygues : « Le fer appelle l’or ». Et l’on peut dire que, dans cette journée du 23 novembre, une rude bataille s’est engagée entre le vieil esprit de la guerre et l’idéal pacifique.
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- Quant à la motion Hubbard, inutile de dire qu’elle fut repoussée à une forte majorité.
- Au cours de la discussion des chapitres du budget des affaires étrangères, M. Hubbard a demandé d’inscrire au chapitre 24 (participation de la France aux dépenses de la Cour d’arbitrage de la Haye) un crédit de 1000 francs pour subvention au bureau international de Berne.
- M. Delcassé a répondu qu’il n’avait pas les renseignements suffisants pour se prononcer. Quand il les aura, il proposera un crédit, si c’est nécessaire.
- M. Doumer, président de la Commission du budget : Le gouvernement accepte d’inscrire 20.000 francs pour la Conférence de la Haye. On augmentera ce chapitre si c’est nécessaire. 1
- M. Hubbard retire son amendement.
- M. Charles Benoist entreprend sur ce chapitre un long discours qu’on entend peu ; mais on croit comprendre à travers les amabitités qu’il prodigue à l’arbitrage qu'il est hostile à l’arbitrage permanent. Pour nous, répond M. d’Estournelles , l’arbitrage n’est pas une question d’espèce, mais de principe.
- Puis s’adressant à M. Delcassé :
- — Je demande au ministre des affaires étrangères de me répondre sur trois points précis : où en est la question d’arbitrage entre la Suède et la Norvège ? Quel accueil le gouvernement a-t-il fait aux ouvertures que la Hollande a faites dans le même sens ? Enfin, a-t-il répondu aux ouvertures semblables du Danemark ?
- M. Delcassé. — Le gouvernement n’a aucune objection à formuler à la conclusion de nouvelles conventions d’arbitrage ; mais il est d’avis qu’il convient d’attendre les résultats pratiques du traité franco-anglais avant d’examiner la possibilité d!en élargir la formule. (Mouvements divers).
- M. d’Estournelles. — J’espère que cette réponse n’est pas trop diplomatique et n’équivaut pas à une fin de non-recevoir. M. le ministre doit saisir avec empresse-
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- ment les avances du Danemark, qui précisément abonde dans son sens.
- M. d’Estournelles est vivement applaudi par la gauche et l’extrême-gauche.
- Pour avoir excité moins de passions, la discussion du budget de la guerre n?a Pas manqué d’intérêt. M. le docteur Lachaud parlant des ravages que fait la tuberculose dans l’armée, a dit en substance :
- L’année dernière, il y a eu 50.000 malades à la chambrée, 125.000 à l’hôpital et 3.500 morts. Sur 19.000 réformés, 11.000 l’ont été pour cause de tuberculose. De, statistiques très sûres il résulte que les anciens soldats paient le contingent le plus élevé. C’est une première preuve de contamination par la caserne ; une deuxième preuve résulte de cette observation que plus la caserne est vieille plus les cas de tuberculose sont nombreux.
- M. le docteur Lachaud a recherché les causes de contamination et il les a trouvées dans l’humidité, la mauvaise qualité de l’eau, l’insalubrité des water-clo-sets, le manque d’air dans les chambrées, la malpropreté des salles de discipline, l’insuffisance des étuves de désinfection.
- M.le général André, ministre de la guerre, dit qu’en ce qui touche le nombre trop restreint d’étuves de désinfection mises à la disposition des régiments, il ne faut pas conclure du fait qu’un régiment manque d’étuve qu’il ne fait pas désinfecter.
- M. Lachaud. — Le questionnaire envoyé aux médecins majors posait ainsi la question : Les effets des tuberculeux sont-ils désinfectés ? La réponse a été pour 74 régiments : « Nous ne désinfectons pas* »
- M. le général André. — Cela me surprend beaucoup. Je ne dis pas que tous les régiments possèdent des étuves, mais je dis qu’ils ont tous à leur portée un appareil à désinfecter, soit dans l’hôpital militaire, soit dans l’hôpital civil.
- Généralisant le débat, le ministre a parlé de la solli-
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- citudé des officiers pour leurs hommes. A cet égard, a-t-il dit, la nouvelle armée ne souffre pas la comparaison avec l’ancienne. Personne ne l’a contredit.
- M. Gervais voudrait que le droit de punir fût exclusivement réservé au commandement; les gradés ne devraient avoir que le droit de proposer les punitions.
- Le général André reconnaît la justesse de l’observation et indique qu’un projet de révision du service intérieur est en préparation.
- A signaler dans cet ordre d’idées, le vote sans discussion par la Chambre d’une proposition de loi tendant à l'application de la loi de sursis par les tribunaux militaires.
- Et même, fait très rare, parce qu’il soulève une question de convenance parlementaire sur laquelle les ministres ont toujours fait les plus expresses réserves, on a voté, à l’unanimité, une motion de M. Lasies « invitant le ministre à hâter la mise à l’ordre du jour du Sénat du projet voté par la Chambre. »
- La carte à payer pour le service de la marine en 1904 est de 312.670.263 francs. Comme le constate le ministre de la marine dans sa note préliminaire du budget, les budgets de 1903 et 1904 marquent un temps d’arrêt dans la marche constamment ascendante des dépenses navales.
- Le rapporteur, M. Messimy, part de cette idée que dans la politique d’une nation comme la nôtre, qui doit faire un triple effort — terrestre, naval et colonial — il est un point limite dans les dépenses militaires qu’il ne faut point dépasser.
- Je suis arrivé, dit-il, à cette conviction que nous pouvons avoir un établissement naval puissant, sans accroître les dépenses navales et en le laissant dans le voisinage de 310 à 320 millions. Pour cela, il s’agit de donner aux crédits un maximum d’utilisation et un maximum d’effet utile.
- La même règle peut s’appliquer aux dépenses mili-
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- taires, ainsi que l’établit clairement le rapporteur de la marine dans une publication récente.
- Comme M. de Pressensé, rapporteur du budget des affaires étrangères, M. Messimy, aux applaudissements répétés des gauches, se déclare partisan de la diminution de nos armements après entente préalable avec les autres puissances.
- C’est un tort, dit M. Roger-Ballu, de considérer le service des postes comme une sorte d’impôt, comme une source de revenus pour l’Etat. i
- Les bénéfices, dans la mesure nécessaire, doivent être' consacrés aux améliorations indispensables.
- C’est à cela que devrait être consacrée une partie au moins des 80 millions d’excédent que donne actuellement le service des postes.
- La réduction de la taxe des lettres est impérieusement réclamée par l’opinion. C’est une réforme qu’il est impossible d’ajourner davantage.
- On parle d’un déficit possible ; mais, à chaque réduction de la taxe, on a constaté un accroissement énorme du nombre des correspondances0
- Avec la taxe à dix centimes, le nombre des lettres sera chez nous aussi considérable qu’en Angleterre où il a atteint, en 1900, 1.650 millions.
- M. Paul Constans. -• Nous voulons, nous, la poste gratuite.
- Nous, ce sont les socialistes révolutionnaires.
- M. Constans demande ensuite un relèvement de crédit pour améliorer la situation des agents des postes.
- M. Bérard, sous-secrétaire d’Etat, lui fait remarquer que la dépense atteindra 1.800.000 francs et que le budget ne peut pas la supporter cette année.
- M. Constans insiste ; il est indigne de la République de ne pas mieux traiter ces agents dévoués et infatigables.
- M. Astier lui demande s’il accepte la responsabilité de la charge budgétaire qu’il veut créer, car enfin, lui dit-il, ce budget, vous ne le votez pas, lorsque l’ensem-
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- ble est mis aux voix, vous vous réservez ainsi le double et facile mérite de réclamer des augmentations de crédits pour des agents qui vous témoignent leur reconnaissance lors des élections et de refuser de voter un budget que vous qualifiez de trop bourgeois pour vous satisfaire.
- On rit, on applaudit. M. Constans se fâche un peu : Ce budget tout entier alimenté par le mineur, par le petit agriculteur, par l’ouvrier, nous avons le droit, dit-il, d’y apporter un contrôle sévère; mais nous nous réservons de ne pas le voter, parce que le seul budget qui nous convienne est celui qui consacrera l’émancipation ouvrière par l’expropriation capitaliste.
- M. Constans avait déposé un projet de résolution à l’appui de sa demande. M. Bérard en demande le renvoi, ainsi que de tous ceux qui pourront suivre, à la commission des postes et télégraphes. Sage précaution, car ils furent nombreux au cours de cette séance.
- A noter dans le budget des postes une fort légitime protestation de M. Rouanet contre l’insuffisance du traitement de début du personnel féminin des postes, qui vient d’être élevé de 1000 à 1100 francs. L’orateur espère que cet effort sera continué dans le prochain budget, de façon qu’à travail égal corresponde un salaire égal.
- Le député socialiste de la,Seine demande également le retrait d’une instruction ministérielle exigeant de la dame receveuse, qui veut se marier, l’ensemble de la situation du futur conjoint. On a supprimé l’article de cette instruction qui empêchait la dame receveuse d’épouser un fonctionnaire rétribué, un maire ou un adjoint, un militaire ou un receveur, mais la prohibition subsiste en ce qui concerne les officiers de police judiciaire. Le sous-secrétaire d’Etat promet satisfaction à M. Rouanet.
- Du reste, il n’y a pas un seul budget spécial qui ne fournisse une occasion de signaler l’intéressante situation de nombreuses catégories' d’agents.
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- Les petits fonctionnaires qui ressortissent si nombreux au budget des travaux publics, cantonniers, gardes-pêche, pontiers, éclusiers, gardiens de phares, reçoivent un juste tribut d’éloges.
- On fait appel en leur faveur au bon coeur du ministre des finances.
- Et M. Rouvier de répondre : Ce n’est pas avec mon bon coeur que je puis administrer les finances de l’Etat, mais en tenant compte des ressources de la France et des besoins généraux du pays.
- Le défilé continue. Les fonctionnaires plus élevés ne sont pas oubliés. Quand un député a demandé que le titre d’ingénieur auxiliaire soit conféré aux sous-ingénieurs des ponts-et-chaussées, d’autres viennent revendiquer en faveur des conducteurs des ponts-et-chaussées le titre de sous-ingénieurs.
- Dans les postes, grâce à l’intervention de M. Sembat, le gardien de bureau sédentaire s’appellera désormais timbreur-gardien. Tous ces changements ne vont pas toujours sans quelque répercussion fiscale. On se tromperait fort cependant si l’on s’imaginait que tout le petit personnel ne rêve que de passer dans le grand personnel. Il en est qui perdraient à ce 'changement les indemnités qui ont quelques prix à leurs yeux. Nous ne citerons pas pour ne pas froisser leur modestie ces amateurs du grain de mil de préférence aux perles.
- Mais voici la phalange serrée des douaniers. Leur patron ordinaire, M. Defontaine ne réclame rien pour eux cette année ; la commission du budget est allée au-devant de ses désirs en leur accordant 300.000 francs d’augmentations sur leurs traitements ; il se borne doue à espérer qu’on fera encore mieux l’année prochaine.
- — Je l’espère aussi, répond M. Rouvier ; je suis même reconnaissants aux représentants qui ont ces dévoués agents comme électeurs, de ne s’être pas constitués en groupe spécial de défense de leurs intérêts ; car peu à peu le nombre croissant de ces groupes particuliers
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- fera ressembler la Chambre à un échiquier où chaque damier sera isolé des autres , avec ce but commun de mieux attirer les ressources budgétaires vers lui, jusqu’au jour où se créera aussi le groupe des contribuables pour résister aux demandes qui crépitent autour de moi.
- Ce n’est pas seulement en faveur des gros ou petits fonctionnaires qu’on réclame. L’un se plaint longuement de Tinsuffisante installation d’un bureau de poste ; un autre proteste non moins copieusement contre la propreté douteuse, selon lui, des couloirs de l’Opéra, etc. etc.
- N’existe-t-il donc pas d’autre voie que la tribune pour faire parvenir à qui de droit les réclamations de ce genre ?
- Au cours de la discussion du budget du ministère des finances qui ferme la marche, le titulaire de ce portefeuille a eu l’occasion de fournir quelques explications sur le retrait des fonds des caisses d’épargne qui a pu alarmer un moment les esprits.
- Cette manifestation, car c’en est une, le ministre est heureux de constater qu’elle a sa racine dans une opposition politique et non dans la misère publique.
- A l’appui de ses dires, M. Rouvier fait passer sous les yeux de la Chambre différents graphiques sur cette question spéciale dans les départements. Les départements où les retraits ont été les plus nombreux sont les Côtes-du-Nord , le Finistère, l’Ille-et-Vilaine, la Loire-Inférieure, le Maine-et-Loire, la Lozère, etc.
- Et le ministre ajoute aux applaudissements et aux rires de la Chambre.
- « Vous tirerez de cette constatation, les conclusions que votre connaissance de la géographie politique vous suggérera !
- « La crise d’ailleurs, touche à sa fin et nous avons remboursé l’an dernier 174 millions ; nous aurons remboursé cette année près de 200 millions sans avoir mis sur le marché un centime des rentes qui constituent la
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- garantie des caisses d’épargne. Nous n’avons pas davantage fait sur ce capital de rentes aucune opération de crédit. Nous avons payé avec les ressources que la gestion des caisses d’épargne avait mises de côté pour faire face aux éventualités de cette nature. Quelle démonstration plus forte veut-on de la solidité des caisses d’épargne et de l’élasticité de leurs moyens ». On applaudit.
- La discussion des recettes est d’ordinaire le rendez-vous des réformateurs fiscaux. Cette année il y avait une sorte d’accord tacite pour ne pas toucher à l’assiette de l’impôt.
- C’est, du reste, surtout à l’occasion du vote des quatre contributions, qui a eu lieu avant la fin de la session ordinaire, afin que les conseils généraux puissent faire les répartitions nécessaires pendant leur session d’août, que se produisent les propositions de refonte générale.
- Quant aux réformes partielles, les principales, celle des patentes par exemple, ont été, au préalable, retirées du budget, et font l’objet de projets de loi spéciaux; les autres, celles qui se sont produites au cours de la discussion de la loi de finances, ou elles ont été repoussées ou elles ont été disjointes et renvoyées à une commission quelconque. Il est inutile de signaler les nombreuses propositions disjointes. Pour la plupart la disjonction équivaut à un véritable enterrement.
- Une exception peut être faite cependant en faveur d’une proposition aux termes de laquelle les membres de sociétés de secours mutuels « qui s’affilieront à plusieurs sociétés, en vue de se constituer une pension supérieure à 720 francs ou des capitaux en cas de vie ou de décès supérieurs 'à 60.000 francs soient exclus des sociétés de secours mutuels dont ils font partie, sous peine, pour la société, après un avertissement préalable, de perdre les avantages concédés par la loi. »
- Des propositions analogues sont, en etfet, soumises à
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- l’examen d’une commission parlementaire, qui attend pour statuer définitivement que le Conseil supérieur de la mutualité, également saisi de la question, ait donné son avis.
- Sur la proposition de M. Adrien Veber, la Chambre a introduit dans la loi des finances un article 15 bis, ainsi conçu :
- « La loi du 29 juin 1872 n’est applicable ni aux parts d’intérêt ou actions, ni aux emprunts ou obligations des sociétés de toute nature dites de coopération formées exclusivement entre ouvriers ou artisans.
- « La même exception s’applique aux associations de toute nature, quels qu’en soient l’objet et la dénomination, formées exclusivement par ces sociétés de coopération.
- « Il n’y aura pas lieu au recouvrement des sommes qui peuvent encore être dues en vertu de la loi du 29 juin 1872 par ces sociétés et associations. »
- Cet article donne satisfaction à un vœu maintes fois exprimé par les sociétés coopératives.
- Il ne les débarrasse évidemment pas de charges considérables, mais, ce qui a le plus grand prix à leurs yeux, de dérangements constants et du risque d’amende qu’elles encourent pour la moindre négligence apportée à ces inutiles dérangements, compliqués d’une paperasserie non moins inutile.
- L’article 5 de la loi de finances portant de 136 à 156 francs, par 100 kilos, au tarif minimum, le droit de douane sur les cafés a rencontré une si vive opposition, et cette opposition a paru tellement irréductible au ministre, qu’il a renoncé à le maintenir.
- Et de même, pour éviter de prolonger une discussion qui n’aurait certainement abouti qu’à ramener le triste expédient des douzièmes provisoires, M. Rouvier a renoncé à incorporer dans le budget une partie des redevances annuellement versées à la Banque de France pour le crédit agricole, incorporation qui n’avait pas plus de chance d’être acceptée.
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- Or, dans le plan budgétaire, ces deux mesures devaient permettre d’inscrire dans le budget les garanties d’intérêt des chemins de fer.
- Leur abandon entraînerait un déficit de 29 millions, la recette prévue pour les cafés étant d’environ 14 millions et celle que devaient fournir le prélèvement des redevances de la Banque de France s’élevant à 15 millions.
- On a donc autorisé le ministre à recourir pour couvrir la somme de 26 millions représentant les garanties d’intérêt, aux obligations à court terme qui les alimentent d’ailleurs depuis deux ans. '
- Si l’on [s’est trouvé finalement dans l’impossibilité d’éviter ce petit emprunt, le budget de 1904 a pu être établi sans impôt nouveau et dans des conditions de temps qui ont permis de le mettre en vigueur dès le 1er janvier, ce qui ne s’était pas vu depuis quelques années. Le 4 décembre, en effet, par 467 voix contre 63, la Chambre a voté l’ensemble du budget, et le Sénat a bien voulu en voter à son tour les articles en quelques séances, de façon à éviter le vote de douzièmes provisoires.
- En attendant le dépôt du budget, le Sénat n’a pas chômé. Il a successivement discuté en première lecture et adopté : un projet de loi sur les conseils de prud’hommes, un projet de loi sur l’enseignement secondaire libre, un projet de loi sur le service des enfants assistés et une proposition de loi sur la protection des mères et des nourrissons, pour ne citer que les principaux.
- Quelques mots sur la première qui intéresse particulièrement le monde du travail.
- On sait que le projet de loi sur les conseils de prud’hommes fait depuis longtemps la navette entre le Palais-Bourbon et le Luxembourg.
- La Chambre, entre autres modifications apportées au projet tant de fois voté par elle, et tant de fois modifié par le Sénat, qu’il devient impossible même à des mem-
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- bres dn Parlement qui lui ont consacré leur activité d’en faire le compte de mémoire, la Chambre avait donné compétence aux prud’hommes pour tous différends entre patrons et salariés.
- La commission sénatoriale’ était d’avis qu’il convenait de maintenir soigneusement à la juridiction du conseil des prud’hommes le caractère qu’elle a toujours eu jusqu’ici, c’est-à-dire de ne lui accorder que la connaissance des conflits entre patrons et ouvriers d’industrie.
- Une proposition transactionnelle a été apportée par M. Strauss, demandant l’extension de la compétence, non pas à tous les ouvriers et employés, mais à certaines catégories seulement.
- Le président de la commission, M. Cordelet a vivement combattu cette proposition. Il a rappelé que le Sénat, en 1894, avait déjà repoussé l’extension de la juridiction prud’hommale aux employés de commerce.
- Il ne pense pas que cette extension soit nécessaire ni réalisable. Elle serait en contradiction avec les propositions relatives à la compétence des juges de paix. D’ailleurs les employés de commerce n’ont pas à se plaindre : ils trouvent devant les tribunaux consulaires une justice très prompte et très équitable. Et puis le Sénat ne pense-t-il pas que pourvoir les conseils de prud’hommes d’attributions étendues, ce serait restaurer ces anciennes juridictions spéciales que la Révolution a fait si justement disparaître.
- Nous avons eu l’occasion de remarquer maintes fois que, suffisamment avancé en politique pure, le Sénat s’attardait volontiers sur la route du progrès social. Enchanté de pouvoir concilier ses tendances conserva: trices en matière d’économie sociale avec son culte pour la Révolution, il a suivi son rapporteur.
- Malgré l’intervention du ministre du Commerce, M. Trouillot, il s’est montré intraitable et a repoussé, le 29 octobre, l’extension proposée. Puis, il a ajourné sine die la suite de la discussion pour se livrer à l’examen
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- des propositions de loi concernant l’enseignement secondaire.
- Enfin, le 26 novembre, le projet a été adopté en première lecture après explication du ministre du commerce, déclarant que tout permet de croire qu’entre les deux délibérations un accord interviendra entre le gouvernement et la commission, sauf sur l’article 23 (bureau de jugement) où le dissentiment paraît irréductible et sur lequel le Sénat décidera.
- La question de l’enseignement secondaire demanderait à être traitée avec une ampleur que nous ne pouvons lui donner en ce moment à cette place. Bornons-nous à constater que le texte voté par le Sénat abroge la loi Falloux, exige de tout Français qui veut enseigner certaines conditions de capacité et de moralité et la déclaration qu’il n’appartient pas à une congrégation.
- Une loi ultérieure étendra à l’enseignement primaire la clause d’interdiction qui vise les congrégations.
- La réforme du service des enfants assistés et la protection accordée aux mères et aux nourrissons, constituent un progrès immense dans cette branche de l’assurance sociale. La première a pour objet, ainsi que l’a rappelé le rapporteur, M. Strauss , d’assurer aux mères sans ressources les moyens d’hospitaliser leurs enfants ; d’éviter, par contre, qn’un enfant puisse être abandonné trop facilement, c’est-à-dire sans qu’une parole d’encouragement ou de réconfort retentisse aux oreilles de la mère et lui rappelle ses devoirs en lui offrant des secours.
- Le remède ? Il est dans le projet de loi : ouvrir toutes grandes les portes de l’assistance aux personnes qui veulent avant tout le mystère et le secret ; établir par la loi de finances et par zones, des tarif minima pour les prix de nourrice et de pension de tous les enfants assistés en France.
- La seconde proposition dont le rapporteur est égale-
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- ment M. Strauss tend : 1° à assurer aux mères qui veu lent cacher leur maternité le secret le plus absolu. Il faut pour cela réglementer la clandestinité des accouchements, ce qui éviterait bien des crimes ; 2° à fournir aux femmes grosses les moyens de se reposer avant l’accouchement et aux jeunes mères ceux de ne pas reprendre leurs occupations moins de quatre semaines après la naissance de l’enfant ; 3° à organiser un service d’inspection médicale pour lequel les enfants, dont les parents sont reconnus à un titre quelconque, seraient assimilés aux enfants en nourrice ; 4° enfin, à créer des services de fournitures de lait et de consultations.
- Ces deux propositions qui se complètent l’une l’autre, en quelque sorte, n’ont pas rencontré d’adversaires. Seulement le représentant du gouvernement a cru devoir faire observer en vue de la seconde délibération sur le projet relatif aux enfants assistés, que le projet primitif du gouvernement n’entraînait qu’une augmentation de dépenses de 600.000 francs, tandis que les dispositions nouvelles aggravent singulièrement les charges de l’Etat, puisque le seul article 47, crée une dépense nouvelle pour l’Etat de 5 millions.
- Toutes les questions d’assurances vont se heurter à l’argument financier, et rien n’est plus fait pour faire désirer que les pays qui se disent civilisés fassent enfin leur choix entre les dépenses destructives, ruineuses et celles qui visent à sauvegarder la vie humaine.
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- LA PARTICIPATION ET LA COOPÉRATION
- La participation en Angleterre
- D’après la Labour Gazette d’octobre 1903, le nombre des entreprises ayant organisé la participation aux bénéfices au profit de leurs ouvriers, sur lesquelles le ministre du commerce a pu se procurer des renseignements, s’élevait à fin juin 1903, à 69 (65 en Grande-Bretagne et 4 aux colonies). Ce total était de 74 à fin juin 1902.
- Le nombre des personnes employées- par ces 69 maisons a varié, selon les saisons, de 42.862 à 45.210 (dont 42.000 — 44.240 en Grande-Bretagne et 960 aux colonies]. En 1902, ce total avait varié de 45 316 à 47.806.
- Depuis juin 1902, la participation a cessé d’être pratiquée dans 6 entreprises occupant 2.760 ouvriers, soit parce que la maison changeait de propriétaire (1 cas), soit parce qu’elle était affermée (1 cas), était transformée en coopérative (1 cas) ou parce que l’exploitation ne donnait pas de résultats satisfaisants (2 cas). Par contre, 2 nouvelles maisons employant 330 ouvriers environ ont organisé la participation.
- Dans 59 cas, le département a pu se procurer des renseignements sur l’importance du boni payé aux ouvriers en plus de leurs salaires, à titre de participation. (Dans un cas on a indiqué le boni spécial payé dans les diverses branches de l’entreprise). Ce chiffre de 59 comprend 4 établissements ayant supprimé la participation après la répartition de 1902.
- Dans 15 d’entre eux rien n’a été versé en 1902.
- Dans 1 établissement le boni a été de moins de 1 p. 100 du salaire ; dans 5, il a été respectivement de 9 à
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- Le devoir
- II, 11 à 12, 13 à 16, 17 à 18, et 38 à 39 p. 100 ; dans 5 établissements, il a été de 2 à 3 p. 100; dans 11 de 3 à 5 p. 100 ; dans 11 de 5 à 7 p. 100 ; dans 6 de 7 à 9 p. 100.
- La moyenne du boni payé a été, en 1902, de 5, 1 p. 100 des salaires dans 59 cas (contre 5 p. 100 en 1901 dans 58 cas).
- Si bon retranche les 15 cas où rien n’a été versé, la moyenne du boni payée dans 44 cas (en tenant compte du nombre des participants dans les deux cas), s’élève à 7, 4 p. 100 (contre 6,02 en 1901).
- En dehors des 69 établissements sur lesquels portent les statistiques du ministère du commerce, le département connaît l’existence de 15 autres maisons (13 en 1901) ayant organisé la participation aux bénéfices, mais sur lesquelles il n’a pu se procurer aucun renseignement.
- * *
- En France.
- On lit dans le Bulletin de la participation :
- A l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de la fondation de la Société, il est décidé qu’il sera fait pour 1904 une nouvelle enquête sur l’état actuel de la participation aux bénéfices. Un questionnaire sera envoyé à cet effet à toutes les maisons qui, à notre connaissance, appliquent actuellement le régime. On leur demandera, non seulement de nous envoyer des informations et des documents sur l’institution telle qu’elle fonctionne actuellement, mais encore de nous tenir au courant des modifications qui seraient apportées ultérieurement aux bases d’organisation, ainsi que des faits intéressants et des résultats au moyen desquels nous pourrons tenir à jour nos informations. Il sera établi ainsi entre notre Société et les établissements un contact constant, très profitable à l’élucidation des différentes questions que soulève le régime, ainsi qu’à la connaissance précise et à l’efficacité des différents types.
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- La coopération en Angleterre. — Une ardoisière aux
- ardoisiers.
- A la suite de la fameuse grève des ardoisières de Lord Penrhyn, un groupe de grévistes a résolu d’exploiter à son compte une ardoisière.
- Une réunion de délégués de diverses Trade-Unions et de sociétés coopératives a eu lieu à Bethesda même, afin de discuter le projet.
- Un ordre du jour a été voté approuvant le projet de la création des ardoisières du nord du Pays de Galles et l’achat, dans ce but, de propriétés.
- On estime à 15.000 livres la somme minima nécessaire pour organiser l’entreprise. La société des employés de chemins de fer a souscrit 500 livres avant toute décision. Les mineurs du Durham ont promis une contribution de 1000 livres. On peut être assuré que le concours des autres Unions ne fera pas défaut à la nouvelle entreprise, car elles ne sauraient oublier que la grève de Bethesda a été le point de départ d’une campagne juridique et de presse contre leur organisation.
- Congrès de la Fédération des coopératives italiennes.
- Les 18 et 19 octobre s’est tenu à Gênes le 13e Congres de la Fédération des coopératives italiennes. Des 780 associations coopératives formant ce groupement, 310 ont été représentées au Congrès par 500 délégués dont 5 députés socialistes.
- Le secrétaire de la Fédération a présenté à l’assemblée, sur la situation du mouvement coopératif, un fort intéressant rapport basé sur les résultats de l’enquête faite l’année dernière par les soins de la Fédération.
- D’après ces documents, il existe actuellement en Italie 2.872 associations coopératives disposant ensemble d’un capital de 74 millions de francs, ayant fait en 1901 un total d’affaires de 556 millions et comprenant 5,67.450 adhérents.
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- Sur ces 2.872 coopératives, 2.199 ont fourni des renseignements et des indications, notamment 861 coopératives de consommation, 131 coopératives d’achat et de vente de vin, 85 laiteries coopératives, 25 boulangeries, 29 coopératives d’ouvriers et de production agricoles, 153 coopératives de production industrielle, 454 coopératives ouvrières de transports, 48 coopératives de construction, 350 banques coopératives, 25 associations coopératives d’assurances, 138 coopératives agricoles de vente et d’achat, et 13 associations coopératives d’enseignement. (Emancipation).
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- La coopération en Espagne.
- Un des représentants les plus autorisés de la coopération espagnole, M. Salas Anton, de Barcelone, évalue à 150 le nombre des coopératives en Espagne.
- Il y a des coopératives catholiques dans les provinces basques. Les coopératives catalano-baléares sont plutôt socialistes, bien qu’elles ne prennent pas part aux luttes politiques. La Fédération catalano-baléare se compose de 90 sociétés. Les circonscriptions naturelles nomment des délégués à la junte permanente, qui est alimentée par un versement de 0 fr. 25 par 1000 francs d’achats. La coopérative centrale est arrivée à fabriquer des pâtes alimentaires. Elle achète son charbon de bois par bateaux en Italie.
- M. Salas Anton espère qu’en 1904, les coopératives espagnoles constitueront une Union nationale.
- Les sociétés coopératives agricoles en Irlande..
- En 1891, il y avait une seule société coopérative agricole en Irlande ; en 1903, il y en a plus de 700 faisant plus de 50.000.000 francs d’affaires par an.
- Les sociétés coopératives agricoles dépensent 275.000 francs pour l’instruction de leurs membres.
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- Traités d’arbitrage en perspective.
- La visite du roi d’Italie à Londres aura sans doute eu ce résultat tangible d’amener la conclusion d’un traité anglo-italien d’arbitrage, analogue au traité anglo-français du 14 octobre.
- Plusieurs journaux anglais et italiens ont annoncé que les clauses de ce traité auraient été discutées dans une conférence tenue le 19 novembre entre les ministres des affaires étrangères italien et français, l’ambassadeur d’Italie à Londres et l’ambassadeur de Grande-Bretagne à Rome. D’après la Trïbuna de Rome, la publication de ce traité aurait lieu avant deux ou trois mois. Elle serait donc imminente.
- —- Un grand nombre de citoyens distingués des Etats-Unis ont repris l’idée d’un traité d’arbitrage entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Le règlement de la question de l’Alaska supprime, en effet, la principale des difficultés, qui firent échouer le projet de traité de 1897.
- — Le roi Oscar, en ouvrant le 19 octobre par un discours du trône la session du Storthing norvégien, a annoncé que des négociations ont été entamées avec diverses puissances en vue d’arriver à la conclusion de traités d’arbitrage, et que des pourparlers seront engagés par la suite sur le même sujet avec d’autres puissances.
- On sait que des négociations ont été engagées à ce sujet avec la France, et que des ouvertures du même genre ont été faites à notre pays par les Pays-Bas et le Danemark.
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- Les délégués du Commerce anglais à Paris.
- Au moment même où le Président de la République rendait au roi d’Angleterre sa visite de cou rtoisie, l’Association internationale et commerciale de la Cité de
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- Londres recevait au Cecil Hôtel, en une fête splendide, les représentants du commerce français.
- Ne voulant pas se trouver en reste de politesse avec leurs amphytrions d’Outre-Manche, le Comité républicain du Commerce et de l’Industrie que préside M. Mas-c'uraud, convia deux cents d’entre eux à un banquet de mille couverts environ qui eut lieu le 28 octobre au Grand-Hôtel sous la présidence du ministre du Commerce.
- Tous les membres du gouvernement avaient été d’ailleurs invités.
- Après les toasts de rigueur, un échange de paroles cordiales et chaleureuses a eu lieu.
- Le président du Conseil, M. Combes, a félicité le Comité d’avoir tenu à démontrer que le régime républicain était compatible avec le développement des relations extérieures.
- On a fait à M. Combes une ovation.
- M. Trouillot, ministre du commerce, a prononcé le dernier discours.
- Après avoir exposé la « profonde communauté d’intérêts » qui unit la France et l’Angleterre et les circons- ‘ tances qui ont amené le rapprochement entre les deux pays, le ministre du commerce a prononcé les paroles suivantes, que les convives ont particulièrement applaudies :
- « A côté de l’œuvre des gouvernements, l’initiative des citoyens peut donner Jes résultats les plus féconds. C’est à ce titre qu’il faut se féliciter de ces visites qui viennent de rapprocher, à Londres et à Paris, des hommes qui comptent parmi les commerçants les plus considérables de nos deux pays. Et il faut espérer voir cet
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- exemple se propager. Ce n’est pas seulement au point de vue commercial que le profit sera appréciable. C’est justement dans son voyage à Londres que M. le Président de la République française voyait dans cet esprit de conciliation et d’entente inspiré par le sentiment de.nos intérêts communs, un bien fait pour la cause de Vhuma-nitè.
- » Les choses sont ainsi, en effet, que l’harmonie de nos deux nations, en même temps qu’elle favorise l’essor de leur production et de leur travail, tend à rendre impossible, sur la surface entière du globe, les conflagrations désolantes qui mettent l’humanité en deuil et font reculer la civilisation.
- d Messieurs, je bois à nos hôtes et au comité républicain du commerce et de l’industrie, l’organisateur de ces fêtes ; je bois à l’entente commerciale durable de la Grande-Bretagne et de la France, à cette entente cordiale qui est une condition essentielle de la prospérité des deux peuples et une garantie efficace pour la paix du monde. »
- Pour n’avoir rien de diplomatique, cette manifestation comme toutes les autres qui ont marqué le séjour des délégués du commerce anglais en France, n’en a pas moins eu son importance.
- Aussi, lorsqu’après une série de fêtes, les membres de 1’ « International Association » étaient sur le point de quitter le sol français, le maire de Boulogne a-t-il pu dire que « la réception que Paris leur a faite a eu son retentissement dans toute la France. »
- A quoi M. George Collins, au nom de l’Association qu’il préside', a répondu, avec non moins de vérité :
- « Les commerçants anglais ont été accueillis en France par des sympathies si vibrantes qu’elles sont inoubliables. »
- Or ces fêtes n’étaient que le prélude de celles qui devaient avoir lieu à l’occasion de la visite des parlementaires anglais en France.
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- La visite des parlementaires anglais en France,
- Lorsque la date de la visite des parlementaires anglais à Paris eut été fixée, le roi Edouard envoya à M. Louis Sinclair, député, secrétaire de la délégation, une lettre où le roi exprimait toute sa satisfaction de la visite projetée.
- Plus de cent cinquante membres de la Chambre des lords ou des communes, la plupart des membres du gouvernement et des chefs de l’opposition avaient donné leur adhésion.
- Les parlementaires anglais partirent le mercredi, 25 courant, à deux heures de l’après-midi, par train spécial, pour Douvres, et de là, par bateau spécial pour Calais. Environ quatre-vingts dames, femmes, sœurs ou filles des législateurs anglais accompagnaient la déléga-gation.
- La belle et cordiale réception, qui leur fut faite à Calais, donna à nos hôtes un avant-goùt de l’accueil qui les attendait à Paris et dans les autres villes de France qu’ils devaient visiter.
- A la gare du Nord, à Paris, les parlementaires anglais furent reçus par le président, le bureau et les commissaires du groupe de l’arbitrage.
- Des automobiles et des voitures particulières furent mises à leur disposition pendant leur séjour à Paris.
- * Le 26, visite à la Chambre, au Sénat, réception à l’Elysée dans la grande salle des fêtes, où le président de la République prononce les paroles suivantes :
- « Les deux grandes nations de l’Europe occidentale doivent se réjouir d’avoir, les premières, en signant un traité d’arbitrage, donné un exemple qui sera suivi, je l’espère, par beaucoup d’autres.
- « Ce mouvement, j’en ai la conviction, ne s’arrêtera pas et je suis sûr de répondre à vos sentiments, comme je réponds à ceux de mes compatriotes, en souhaitant que l’œuvre que nous poursuivons ensemble reçoive son couronnement. »
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- Le soir du même jour, le groupe français de l’arbitrage international offrait dans la salle des fêtes du Grand-Hôtel, un grand banquet à ses collègues du Parlement anglais.
- Tous les membres du gouvernement assistaient à ce banquet, à l’exception de M. Delcassé, qui, poussant la correction diplomatique jusqu’à l’extrême, avait cru devoir, de même que sir Edmund Monson, ambassadeur d’Angleterre, s’abstenir. Il y avait beaucoup d’anciens ministres, presque tous ceux du précédent cabinet.
- Les députés anglais et de très nombreux membres du Parlement français appartenant à tous les partis, avaient pris place à neuf longues tables disposées perpendiculairement à la table d’honneur.
- Adoptant le protocole qui avait été suivi à Londres pour la visite des députés français, on avait, autant que possible placé chaque parlementaire anglais entre deux collègues français. M. d’Estournelles de Constant, président du groupe parlementaire français, présidait, ayant à ses côtés lord Brassey, président du Comité commercial de la Chambre des lords et sir William Houldsworth, président du Comité commercial de la Chambre des communes.
- A l’heure des toasts M. d’Estournelles de Constant se lève et donne d’abord lecture d’un télégramme de M. Arthur Balfour, où le premier ministre anglais exprimait tout le regret qu’il éprouvait dé n’avoir pas pu venir comme, jusqu’au dernier moment, il l’avait de tout son coeur souhaité.
- Puis, parlant tour à tour en anglais et en français, M. d’Estournelles de Constant dit combien la délégation française avait été profondément touchée par l’accueil qu’elle avait, en juillet dernier, reçu de l’autre côté du détroit.
- Il remercie de leur présence les membres du gouvernement et particulièrement M. Combes qui s’est implicitement inscrit au groupe de l’arbitrage, quand il a prononcé, l’été dernier, en l’honneur de la conciliation
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- internationale, un discours qui vient d’être confirmé par un acte : le Traité du 14 octobre entre la France et l’Angleterre.
- Sir William Houldsworth prend la parole en anglais au nom de ses collègues du Parlement britannique. La visite des délégués français à Londres était considérée, dit-il, comme un fait unique: aujourd’hui elle est éclipsée par la réception faite aux délégués anglais à Paris. Cet échange de visites fera époque dans l’histoire parlementaire.
- Avant de se rasseoir, sir William Houldsworth porte un toast au président de la République. Le toast est écouté,debout au milieu des hurrahs et des accents de la Marseillaise.
- M. Combes, président du Conseil, prend la parole.
- Je suis heureux, dit-il, de confirmer par ma présence à ce banquet l’adhésion très réfléchie que j’ai donnée, dans un discours que votre président a bien voulu rappeler à l’œuvre si belle du groupe parlementaire de l’arbitrage international. (Vifs applaudissements;.
- Jamais œuvre, depuis l’abolition de l’esclavage (Bravos, bravos), ne mérita à un plus haut degré le concours des âmes généreuses. Ce n’est rien dire de trop que de déclarer que le traité récent qui la consacre fait le plus grand honneur à la diplomatie des deux pays.
- Mais, messieurs, ce n’est ni méconnaître, ni rabaisser le service rendu en cette circonstance par la diplomatie que d’en reporter principalement le mérite au sentiment intime des deux nations. (Vifs applaudissements).
- Les gouvernements despotiques peuvent bien, à un moment donné, ne tenir compte que de leur volonté personnelle ; mais- quand deux gouvernements parlementaires échangent leur signature dans un traité quelconque, on peut être assuré, en thèse générale du moins, que l’opinion publique l’a ratifié par avance. (Bravos répétés).
- Nous sommes, nous, membres des deux Parlements,
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- les représentants attitrés de cette opinion et dans nos personnes ce sont bien les deux peuples qui s’asseoient ce soir à la même table (Bravos !) sans distinction aucune de partis politiques, afin d’oublier dans ce rapprochement et dans l’effusion de leur joie jusqu’au plus faible souvenir de leurs dissentiments.
- M. Combes n’oublie pas cet autre collaborateur des oeuvres durables : le temps.
- C’est parce que le temps a eu sa part dans le traité d’arbitrage, c’est parce qu’il a préparé peu à peu, soit par le progrès incessant des idées et des moeurs, soit par l’établissement de relations de plus en plus étroites dérivées des besoins commerciaux successivement accrus, soit encore par la connaissance mutuelle et la pénétration réciproque de plus en plus intime des dispositions morales des deux nations, c’est pour tous ces motifs réunis que la convention diplomatique que nous fêtons ce soir est devenue possible et qu’elle a pu se réaliser sous une forme imparfaite, je le reconnais, mais destinée à s’étendre et à se développer. (Applaudissements prolongés).
- Assurément, le traité d’arbitrage est ce qu’il est, personne n’a droit à l’heure actuelle, d’y rien ajouter, ni d’y rien retrancher ; mais il n’est défendu à personne de le considérer comme un germe fécond' de traités. (Applaudissements vifs et répétés). Les deux gouvernements doivent avoir à coeur de donner au traité, dans sa forme, actuelle, la sanction de l’expérience. (Nouveaux applaudissements vifs et répétés).
- Ils doivent souhaiter que la supériorité des procédés de l’arbitrage s’affirme sans trop tarder par le règlement des conflits d’ordre secondaire. Une fois ces premiers résultats acquis, il se fera des deux côtés de la Manche un tel mouvement d’opinion que certaines des réserves jugées d’abord nécessaires tomberont d’elles-mêmes (Bravos prolongés), et peut-être, c’est du moins une espérance que je me plais à émettre en ce moment en votre compagnie et, laissez-moi vous le dire, puis-
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- que le mot est de circonstance, à la faveur de la chaleur communicative de ce banquet, (Sourires), peut-être le jour n’est-il pas très éloigné où les deux peuples s’accorderont à penser qu’aucune raison décisive ne s’oppose à ce qu’on soumette à l’arbitrage toutes les causes de dissentiment de quelque nature et de quelque importance qu’il soit. (Bravos répétés).
- Voilà pourquoi, Messieurs, j’appelle de mes vœux l’application de la convention nouvelle aux litiges pendants entre les deux pays, si toutefois les deux gouvernements ne parviennent pas à les résoudre par des négociations préalables.
- Le président du conseil termine son discours, fréquemment applaudi, par un toast au roi d’Angleterre. La musique joue le God save the King et les burrabs et les applaudissements reprennent de plus belle.
- Lord Brassey prend la parole en français. Il tient à affirmer l’amitié sincère de ses compatriotes pour la France. « Malentendus, accusations sont finis entre nous. Nous voulons nous mettre en meilleure voie, substituer l’arbitrage à l’empire de la force, en un mot cimenter l’estime et l’amitié mutuelle qui déjà ont donné naissance à notre entente cordiale. »
- Chacune des phrases du discours de lord Brassey est saluée par des applaudissements unanimes.
- M. Bertbelot, de l’Académie française, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, parle ensuite en qualité de président d’honneur du groupe parlementaire français. Le discours de M. Bertbelot, d’une haute philosophie, pourrait être intitulé : « Utopie d’aujourd’hui, réalité de demain. »
- Après avoir montré comment les rêves humanitaires des philosophes soutenus par une propagande infatigable, finissent par s’imposer à l’opinion et aux pouvoirs publics, alors même que la coalition des intérêts conjurés semblait en rendre impossible la réalisation, M. Bertbelot conclut : « L’objet que nous poursuivons au sein de cette assemblée, ne saurait être réputé ni chiméri-
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- . que en théorie, ni fatalement stérile en fait, car il est conforme à la tradition' historique de la France et de l’Angleterre, à cette tradition si puissamment proclamée par votre grand homme d’Etat Gladstone, à la fin même du XIXe siècle.
- « Nos espérances à cet égard, sont d’autant plus légitimes que, sous l’inspiration généreuse du tsar de Russie, l’Institution du Tribunal de la Haye a créé l’organe de cette nouvelle fonction.
- <r La Convention d’arbitrage qui vient d’être conclue entre l’Angleterre et la France fournira, sans doute, quelque occasion prochaine d’en montrer l’avantage. En effet, maintenant, il faut nous mettre à l’oeuvre pour en développer l’application méthodique.
- « Je ne doute pas que les Etats-Unis ne se joignent volontiers à nous. Nous aurons aussi le concours de ces petits peuples de l’Europe, foyers d’une civilisation si intense, et si souvent refuge des opprimés : la Hollande, la Belgique, la Suisse, la Suède, le Danemark. Trop fréquemment victimes, à cause de leur faiblesse, de la brutalité de leurs grands voisins, ils s’empresseront de se placer sous l’égide de la nouvelle ligue. Nous constituerons ainsi, sans autre pression que celle du sentiment de la justice et de la solidarité des peuples, un faisceau respectable de forces morales et matérielles groupées autour du nouveau principe de l’arbitrage obligatoire.
- « Si nous ne pouvons prétendre tout d’abord l’appliquer qu’à un petit nombre de cas strictement définis, ne doutons pas que les bienfaits de ses conséquences le fassent étendre jusqu’aux conflits plus graves exclus tout d’abord par des réserves formelles, à cause de la grandeur des intérêts en jeu. Alors seulement on pourra essayer de l’imposer à toutes les contestations, de façon à décharger les nations du faix insupportable des dépenses et des obligations militaires et tendre vers cette limite idéale de la paix universelle.
- « Il a bien fallu plus d’un siècle pour réaliser l’aboli-
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- tion complète de l’esclavage chez les peuples civilisés. Si l’abolition de la guerre s’accomplit au cours du vingtième siècle, les générations qui vont nous succéder nous béniront pour avoir préparé ce nouveau et merveilleux triomphe de la sagesse et de la raison. »
- Les députés britanniques ont fait à l’illustre savant français une longue ovation à laquelle se sont associés tous les assistants.
- Un autre savant succède à M. Bertbelot, lord Ave-bury, bien donnu sous le nom de John Lubbock, qu’il portait autrefois. Son discours, particulièrement 'cordial, a été fort écouté.
- Au sujet de l’augmentation continuelle des dépenses que font toutes les nations européennes pour les armements de terre et de mer, l’illustre savant anglais s’exprime ainsi :
- « Il y a quelques années j’ai fait un petit calcul qui m’a convaincu qu’en mettant une limite raisonnable à nos dépenses nationales, nous arriverions à pouvoir réduire nos heures de travail d’une heure par jour et à avoir une heure de plus pour le repos, les distractions, la famille, les amis, la culture intellectuelle. Si quelques-uns de ces millions étaient voués à la science, à l’étude de cet univers si magnifique et si mystérieux, quels progrès, quelles découvertes ne ferions-nous pas ? » Puis il ajoute :
- « N’est-ce pas mélancolique et triste, de voir des -nations dites chrétiennes vivre toujours dans une atmosphère empoisonnée par la méfiance, la calomnie, la jalousie, même la haine, en dépit de toute sagesse, de toute morale, de toute religion ?...
- » Il y a les Etats-Unis d’Amérique, pourquoi pas de l’Europe?»
- Ce discours remarquable a été fort applaudi.
- M. Paul Deschanel, ancien président de la Chambre française, en termes éloquents, rappelle la visite des parlementaires français à Westminster, « où sont les reliques les plus précieuses du génie humain ».
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- « Cet échange de visites entre les représentants de deux grandes nations constitue un fait historique nouveau. L’hospitalité britannique, si exquise, si cordiale et si simple, nous a touchés profondément. De nos immémoriales luttes, il ne nous reste plus que le souvenir d’une égale vaillance et d’un égal patriotisme. L’union récente est un antidote nécessaire à la néfaste politique qui entretient les peuples dans une réciproque défiance perpétuelle.
- > Je bois à l’amitié de la patrie de Shakespeare pour la patrie de Molière, à l’amitié de la patrie des Droits de VHomme pour la patrie de YHabeas corpus ! »
- Sir Howard Vincent parle en français. « Nous vous apportons, dit-il, l’assurance de notre amitié sincère et quand nous aimons nous aimons bien. » Il porte la santé de M. d'Estournelles de Constant.
- M. Denys Cochin, député royaliste de la Seine, en prenant la parole, veut montrer à nos hôtes que tous les partis du Parlement s’accordent pour leur souhaiter la bienvenue. Ainsi, les visites échangées entre les membres des deux Parlements ont déjà eu le mérite de faire trêve aux querelles intérieures. « Nous n’entendons, nous ne voulons aujourd’hui entendre que des paroles de paix et d’amitié. »
- «Peut-être un jour viendra,» dit-il en terminant, « où la paix semblant définitive, il sera proposé de décharger en l’air en une salve joyeuse, les fusils et les canons inutiles. Je le souhaite, mais je souhaite aussi que, ce jour-là, nous restions toujours fidèles à la vieille et traditionnelle politesse française. « A vous , messieurs, tirez les premiers », dirons-nous à nos voisins. »
- M. Jaurès a pris la parole le dernier. Une véritable philosophie de l’histoire se dégage de ses larges aperçus oratoires sur les destinées tantôt divergentes et tantôt parallèles des deux nations.
- Le grand orateur socialiste a terminé par cet apologue qui répond avec une finesse exquise à l’un des traits que nous avons mentionnés de la spirituelle et quelque peu sceptique allocution du précédent orateur :
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- « Et si vous me pressiez de m’aventurer à mon tour en des prophéties, je ne pourrais guère vous répondre que par un symbole un peu étrange et obscur encore que j’ai lu par fragments dans les légendes de Merlin, dans les contes des Mille et Une Nuits et dans un livre encore inconnu.
- « Il y avait une fois une forêt ensorcelée, farouche, dépouillée et aiguë. Sous l'âpre vent d’hiver indéfiniment continué, les arbres se froissaient, se heurtaient les uns aux autres avec un bruit de glaives brisés. Enfin, quand après une longue série de nuits glacées et de jours pâles semblables à des nuits, les êtres' et les choses ressentirent les premières sollicitations du printemps, les arbres prirent peur de la sève qui remuait en eux. Et à chacun d’eux le génie solitaire et âpre qui vivait sous sa dure écorce, disait tout bas, avec un frémissement obscur qui montait des racines profondes : Prends garde ! Si tu te risques le premier aux tentations de la saison nouvelle, si le premier tu développes en feuilles et en fleurs tes bourgeons aigus comme des lances, cette délicate parure sera dévastée par les froissements rudes des arbres plus lents à fleurir.
- « Et avec une insistance particulière, un mélancolique et fier génie disait au grand chêne druidique où il était enfermé : Voudras-tu donc, toi, dont l’orage a brisé de nobles rameaux, participer à l’universelle fête de la vie ? Ainsi, dans la forêt ensorcelée, la réciproque défiance refoulait la sève et jusque sous les appels du printemps prolongeait l’hiver. Qu’advint-il un jour, et par quel mystère l’ensorcellement funeste fut-il rompu ? Quel arbre se risqua-t-il le premier comme ces peupliers d’avril qui jaillissent en une fusée de verdure et donnent le signal du renouveau ? Ou un rayon de soleil plus chaud et plus vif décida-t-il à la fois toutes les sèves ? Mais la forêt éclata tout entière en une magnifique abondance de joie pacifique.
- « Messieurs, si vous me permettez d’ajouter un toast à ce vieux symbole dont je prie que nul ne s’offense, je bois au vif rayon qui décidera toute la forêt. »
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- Longtemps la grande salle retentit du bruit des applaudissements et des bravos frénétiques des convives, auxquels les dames anglaises admises au balcon qui entoure la salle du banquet, joignirent les leurs. Puis Anglais et Français se séparèrent en se promettant de garder de cette belle réunion un souvenir ineffaçable.
- Après les visites et réceptions splendides des jours suivants, la plupart des parlementaires anglais et leurs compagnes, entreprirent sous la conduite de parlementaires français une véritable tournée triomphale, qui se prolongea bien au-delà du temps prévu, dans les grands centres du pays : Tours, Bordeaux, Marseille, Lyon, Nice, Dijon, d’où partaient successivement à l’adresse du roi d’Angleterre et du Président de la République des télégrammes où se réflète la joie intense éprouvée par cet échange de visites.
- Avant de quitter la France, les parlementaires anglais adressèrent à M. Loubet le télégramme suivant :
- Monsieur le président Loubet,
- Les parlementaires anglais qui quittent aujourd’hui le sol français avec grand regret, tiennent à remercier le peuple français et son président pour le bon et magnifique accueil qu’ils ont reçu pendant leur séjour. Ils sont persuadés que la visite qu’ils viennent de faire aidera à l’évolution générale pour l’affranchissement de l’esprit humain et que la collaboration franco-anglaise assurera pour l’avenir une meilleure entente et une appréciation mutuelle.
- Les parlementaires anglais,
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- M. Combes et l’arbitrage.
- Le discours de M. Combes auquel M. d’Estournelles de Constant et le président du Conseil ont fait allusion au banquet du 26 novembre, a été prononcé à Tréguier, le 13 septembre, à l’occasion des fêtes données en l’honneur de Renan.
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- Après avoir dit que l’horizon était en ce moment entièrement à la paix, M. Combes fit la déclaration suivante :
- « La République, qui la doit à la France, s’applique par surcroît par tous les moyens en son pouvoir à la conserver au monde. Elle s’est ralliée, dès la première heure, à la pensée généreuse de remettre à l’arbitrage la solution des conflits internationaux. Elle forme les vœux les plus ardents pour que cette pensée se généralise et recueille l’adhésion de toutes les nations. Cette adhésion sera une incomparable garantie de paix.
- « Messieurs, ne nous y trompons pas, la paix imposée par la force autorise fatalement la revanche de la force. Il n’y aura de paix définitivement assurée que lorsque les peuples en auront confié la garde à un Tribunal suprême offrant toutes les conditions désirables d’impartialité et de justice. Une telle paix n’humiliera personne. Elle fera le bonheur de tout le monde. J’espère que nous en verrons se lever l’aurore sans trop tarder. Dût mon espérance n’être qu’une illusion, je suis sûr, messieurs, que vous la partagez. (Applaudissements unanimes). >
- Convention d’arbitrage entre la France et l’Italie.
- Le ministre des affaires étrangères et le comte Tor-nielli, ambassadeur d’Italie à Paris, ont signé aujourd’hui 25 décembre une convention d’arbitrage.
- Le gouvernement de la République française et le gouvernement de S. M. le roi d’Italie, signataires de la Convention pour le règlement pacifique des conflits internationaux conclue à la Haye, le 29 juillet 1899, considérant que par l’article 19 de cette convention, les hautes parties contractantes se sont réservé de conclure des accords en vue de recours à l’arbitrage dans tous les cas qu’elles jugeront possibles de lui soumettre, ont autorisé le ministre des affaires étrangères
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- et le comte Tornielli à signer cette convention d’arbi-trage.
- Art. 1er. — Les différends juridiques ou relatifs à l’interprétation des traités existant entre les deux parties contractantes qui viendraient à se produire entre elles et qui n’auraient pu être réglés par la voie diplomatique, seront soumis à la cour permanente d’arbitrage établie par la convention de la Haye, à la condition toutefois qu’ils ne mettront én cause ni les intérêts vitaux ni l’indépendance ou l’honneur des deux Etats contractants, et qu’ils ne toucheront pas aux intérêts de tierces puissances.
- Art. 2. — Dans chaque cas particulier, les hautes parties contractantes, avant de s'adresser à la cour permanente d’arhitrage, signeront un compromis spécial déterminant nettement l’objet du litige, l’étendue des pouvoirs des arbitres et les délais à observer en ce qui concerne la constitution du tribunal arbitral et la procédure.
- Art. 3. — Le présent arrangement est conclu pour une durée de cinq années, à partir du jour de la signature.
- Fait à Paris, en double exemplaire, le 25 décembre 1903.
- Ont signé : Delcassé, ministre des affaires étrangères ; comte Tornielli, ambassadeur d’Italie à Paris.
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- VI
- Par Henry GRÉVILLE
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- {Suite. )
- Et il descendit s’informer au bureau, où il apprit que c’étaient Mme la comtesse de quelque chose, sa fille et une femme de chambre. Pendant son absence, la querelle de ces deux dernières avait atteint un tel diapason qu’Armand éprouva le besoin de s’y mêler. Il frappa trois coups médiocrement discrets à une porte de communication soi-disant condamnée et demanda:
- — Mademoiselle, désirez-vous qu’on aille vous aider à ennuyer votre bonne ?
- Le silence se fit, mais ne dura guère. Dix heures et demie sonnaient, le concert marchait toujours en bas, les gens rentraient chez eux en claquant leurs portes. Nous avons appris le lendemain que c’est une disposition particulière inventée par l’architecte afin d’éviter les courants d’air : les portes retombent toutes seules, à moins qu’on ne les retienne avec beaucoup d’énergie, ce que personne* ne fait, bien entendu.
- Dans la chambre de droite, jusqu’alors silencieuse, entrèrent deux dames qui se mirent à se raconter leurs impressions de la journée, absolument comme chez elles, — et, pendant ce temps-là, il était onze heures.
- — Ce n’est pas ici que nous installerons maman, dis-je à Armand.
- Le vacarme s’apaisa vers minuit et demi ; mais il faisait du vent, et, rien ne nous protégeant, les girouettes remplacèrent les conversations. Le lendemain, on nous présenta notre note. Je ne veax pas en écrire ici le montant, vous n’y croiriez pas ! Sachez seulement qu’au « Continental » à Paris, cela ne nous eût pas coûté sensiblement plus cher pour une chambre et un
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- dîner, même au premier étage. 11 n’y a pas de choix entre des auberges ou ce luxe de peluches et de cithares, puisque les bons hôtels sont retenus d’avance pour toute la saison.
- Pour nous consoler, le bateau. Superbe, le bateau! Arrivés de bonne heure, nous choisîmes de bonnes places sur le spardeck, les marquant avec nos valises, et nous fîmes une inspection.
- Au retour, plus de valises, mais des Anglaises à la place. Armand réclama poliment ; les dames le regardèrent comme s’il était un phoque ou quelque autre animal qu’on rencontre rarement sur un bateau à vapeur. Il devint encore plus poli, mais en Anglais ; les dames détournèrent la tête, comme s’il ne parlait pas.
- — Alors, fit-il, ayez au moins la bonté de me dire où vous avez mis nos valises.
- — Laissez donc ! fis-je également en anglais. Est-ce que vous ne voyez pas que ces dames sont sourdes-muettes de naissance ?
- Je reçus un regard qui eût dû me foudroyer, et Armand alla se plaindre au capitaine, qui ne lui répondit rien du tout. Nos valises se retrouvèrent intactes sur le quai de débarquement à Jersey, sans qu’il nous eut été possible de savoir où elles avaient gîté pendant le voyage.
- Des Anglais et des Anglaises pas polis, excepté entre eux ; rien à manger, sauf du thé, des oeufs, du jambon et du fromage ; à cela près un beau bateau qui marche bien, mais» on y est mal partout. En haut, trop de vent ; en bas, des bancs incommodes ; bref, deux heures de purgatoire. Les Anglais avaient l’air d’adorer cela. A Jersey, ce fut une autre affaire. Il y a des jours, paraît-il, où l’on vous débarque en petit bateau ; ce doit être drôle. Nous avions heureusement assez d’eau pour accoster le quai, et la chose se fit convenablement. Un bon hôtel, vite ! Il y en a un excellent, mais c’est comme les bons de Saint-Malo, c’est toujours
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- retenu d’avance ; restaient les autres... Je vous épargne le récit de nos misères. Nous essayâmes d’une grande bâtisse au bord de la mer .. même principe que dans celui de la cithare ; impossible de s’endormir le soir avant minuit ou d’y sommeiller après cinq heures du matin.
- Alors, restaient les pensions de famille très recommandées : nous en avons essayé. Un luxe extraordinaire de menue argenterie, de mousseline Liberty de couleurs variées, de bouquets et de feuillages pour orner les tables et des quantités prodigieuses de sauces toutes également inflammatoires pour manger... avec quoi? Voilà ce que nous nous demandons, ayant été affamés jusqu’à la débilité par le manque de nourriture réelle. Beaucoup d’assiettes et à peu près rien dedans plusieurs fois par jour, voilà le menu. Il paraît qu’il y a aussi une ou deux bonnes pensions, mais toujours la même ..histoire, c’est retenu plusieurs années d’avance.
- Parlons des sites, de la verdure, des routes. ... Des routes trop étroites où, dans nombre d’endroits, deux voitures ne peuvent se rencontrer ; il faut que l’une d’elles recule parfois très loin, — et elles sont sillonnées de grands breaks du matin au soir ; heureusement, les automédons savent à peu près à quel moment on peut se risquer, mais les particuliers sont exposés à de fâcheuses aventures, ainsi qu’il faillit nous en arriver.
- La verdure, oui, elle est fort belle, mais pas plus qu’aux environs de Cherbourg, où nous avons passé de si douces années. Quand aux sites, c’est ici que le mot humbug, né en Amérique, aurait dû être créé. Rien à Jersey n’est comparable à nos falaises soit de la Manche, soit de la Bretagne. Cela y ressemble, mais en petit, en joujou. En revanche, on sait les faire valoir ; lisez les guides anglais : c’est un luxe d’épithètes flamboyantes ; en réalité, rien qui vaille la peine de se déranger.
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- Et le confort? Et les lits? Le confort est un mot anglais, mais la chose est française. Les lits sont des planches peu rembourrées ; nous rapportons de nos sept ou huit gîtes une courbature qui mettra du temps à disparaître.
- On ne parle plus français à Jersey, sauf dans les campagnes ; la ville de Saint-Hélier, bruyante, inhospitalière, est absolument anglaise, et on n’y est en général, ni poli, ni obligeant. Dans nos plus petites bourgades de France, on dépense pour un étranger plus de bonne grâce en un jour qu’ici en une année. Nous allions revenir navrés, lorsque le ciel nous accorda deux compensations. L’une fut la grève de Lecq, une chose étrange, abasourdissante, dont aucun guide ne fait mention ; cela n’en vaut pas la peine aux yeux des Anglais, ou peut-être en sont-ils humiliés ? Figurez-vous une fort belle et massive jetée, haute de quinze à vingt mètres au-dessus des basses eaux, fermant une petite anse, aujourd’hui semée de débris et de rochers revêtus de goémon. Un jour de colère, —ce dut être un spectacle magnifique, — la mer fit une brèche dans la muraille de granit et en précipita les ruines sur le galet. Le môle éventré tomba en deux ou trois morceaux, et resta là, pareil à la grosse tour de Heidelberg. L’Océan continua ses ravages et fit plusieurs trous par lesquels aux heures de tempête, il doit se lancer en rugissant. C’est absolument terrifiant et superbe ; personne n’a l’air de s’en apercevoir,
- La seconde compensation fut Montorgueil. C’est une vieille forteresse féodale; dressée en face de la côte de France : elle a grand air ; mais ce qui nous séduisit le plus, c’est une auberge adossée à ses murs, une auberge française, tenue par un Français, où l’on mange de vraie viande cuite à point et à une heure raisonnable. Malheureusement, c’est tout petit, et nous n’y saurions trouver place ; autrement ma mère chérie y eût goûté le repos et la fraîcheur dont elle a besoin.
- Sauf cependant à l’heure des breaks. Il y a une heure,
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- à peu près tous les jours, où à tous les points de la côte s’arrêtent les breaks d’excursion. C’est un spectacle lamentable que celui de ces gens éreintés, les femmes surtout, qui n’ont plus le courage de descendre de leurs sièges pour voir « encore des curiosités » , et qui restent « vannées », les mains molles, la tête basse, attendant que le départ recommence à les secouer, comme des salades dans un panier, car, en dépit de leur réputation, les routes de Jersey non seulement ne valent pas les routes de France, mais sont très mal entretenues, sauf à l’entrée des villes ; les -petits chemins de fer vous cahotent abominablement ; bref, c’est ici le pays de la courbature.
- Nous revenons fort peu satisfaits. On nous assure que près de Granville se trouve une maison hospitalière, où nous pourrions obtenir, par faveur exceptionnelle, ce que nous cherchons pour toi, chère maman. Nous nous y rendons avec le bateau qui emporte cette lettre; espérons que nous trouverons à bord des voyageuses qui ne seront pas sourdes-muettes. Mes amis, nous sommes Français, restons en France.
- XI
- — C’est singulier, fit Colette en repliant la missive de Céphise, après en avoir fait la lecture à haute voix dans la chambre desamère, où la famille s’était rassemblée, l’enveloppe porte le timbre de Paris, postérieur de trois jours à la date de la lettre, et pourtant ma soeur nous dit qu’elle prenait le bateau qui l’emportait. ..
- Elle s’arrêta soudain, n’osant regarder sa mère qui l’observait avec une intensité douloureuse.
- — Bah ! fit Roger, qui avait deviné la pensée de Mme Maubert, ce n’est pas la première fois qu’ne lettre aura fait fausse route, surtout venant de Jersey : vous souvenez-vous, Colette. .
- Il entama le récit d’une aventure qui leur était
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- arrivée lors d’un de leurs voyages ; mais personne ne l’écoutait ; chacun suivait sa propre pensée.
- — En ce cas, interrompit Mme Maubert, Céphise et son mari devraient être ici.
- — Elle n’est pas loin, fit Colette d’un ton léger, je la sens dans l’air ambiant,. Riez si vous voulez ! Quand elle n’est pas loin, je suis plus contente et plus reposée.
- Gaëtan, qui regardait machinalement par la fenêtre, bondit tout à coup vers la porte, en criant : La voilà !
- Une voiture arrivait en effet par l’avenue.
- — Comment se fait-il qu’elle arrive après le courrier ? fit Roger en suivant son beau-frère d’un pas plus tranquille.
- — Elle revient de Saint-Nazaire, où elle a accompagné son mari, dit Mme Maubert ; je suis sûre qu’Ar-mand est allé retrouver son beau-père. — Maman ! s’écria Colette, je t’en supplie, attends d’en être tout à fait sûre !
- Sa mère fit un un petit geste résigné. De tout temps elle avait montré une pénétration remarquable ; mais depuis que sa cruelle maladie, en la retenant au logis, l’avait contrainte de limiter le champ de ses observations, sa sagacité s’était affinée jusqu’à une sorte de divination. Elle essaya de sourire, mais ses lèvres tremblèrent, et elle ne put ; sa face redevint rigide et pâle. Ses yeux profonds, tournés vers la porte, exprimaient une intensité de vie très aiguë.
- Céphise entra et marcha droit à sa mère, qu’elle entoura de ses bras dans un long baiser.
- — Oui, mère, dit-elle, Armand est parti. Mais ne t’inquiète pas ; c’était chose prévue, et, d’ailleurs, lis le télégramme de papa, tu verras qu’il n’a rien d'alarmant : « Armand me serait bien utile tout de suite. Santé bonne » Il a songé à tout, ajouta-t-elle en se tournant vers les siens. J’ai pensé, mère chérie, reprit-elle en prenant dans les siennes les deux mains découragées de Mme Maubert, j’ai même eu la certitude
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- que mieux valait un prompt départ que des hésitations futiles.
- — Merci, murmura Mme Maubert, en serrant les doigts de sa fille. Tu as bien fait. Tu es sûre qu’il n’y a rien de pire ?
- — Je te le jure, maman. Tu sais que je ne pourrais pas te tromper.
- Elle parlait avec une telle sincérité que sa mère en fut réconfortée. Le choc avait été violent, malgré tout, et elle se sentit tout à coup très faible.
- — Laissez-moi seule un peu, dit-elle à ses enfants, je suis fatiguée.
- — Mais moi ? fit Cépbise.
- — Toi aussi. Tu reviendras tout à l’heure ; tu peux laisser la porte ouverte.
- Ils se retirèrent dans la pièce voisine, pleins d’angoisse, et pourtant secrètement satisfait qu'un événement considéré comme inévitable se fût accompli pour ainsi dire en dehors d’eux, de manière à donner à Mme Maubert le moins de tracas possible.
- A demi-voix, Cépbise raconta à sa famille ce qui s’était passé. En arrivant à Granville, ils avaient trouvé une lettre de M. Maubert, écrite dans le plus fâcheux état d’esprit ; il voyait tout en noir, se sentait incompétent pour trancher certaines questions spéciales, et ne trouvait aucun appui autour de lui. On lui opposait au contraire les opinions de compagnies étrangères rivales, jalouses de voir un Français chargé d’une besogne que la doctrine de Monroë, — étendue bientôt jusqu’à la Terre de Feu, pour peu qu’on veuille s’y prêter, — prétendait réserver aux fils des États-Unis. Jadis, Jean Maubert n’eût vu de ces menées que le côté humoristique : aujourd'hui, il en souffrait dans toutes ses fibres, intellectuelles et morales. Le besoin d’un ami à ses côtés était devenu plus fort que lui, si l’on ose employer cette expression en parlant d’un homme qui avait passé sa vie. à se dominer.
- La lecture de cette lettre fit faire à Céphise de pro-
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- ondes et douloureuses réflexions. Jean Maubert ne réclamait pas positivement son gendre ; mais serait-il prudent d’attendre qu’il le demandât d’une façon plus nette ? Avant de se décider à imposer ce sacrifice aux siens, il tomberait peut-être dans un découragement complet, et alors tout était à craindre ; soit qu’il renonçât à la mission qu’il avait acceptée, et alors il ne s’en consolerait pas, car il était un de ceux qui font leur devoir jusqu’au bout, ou bien qui meurent de chagrin de n’avoir pu l’accomplir ; soit qu’il succombât à sa tâche sous un climat malsain, et dans les plus mauvaises conditions de résistance physique et morale. Sa fille le connaissait bien et savait de quoi il était capable.
- — Armand, dit-elle, quand elle eut longuement pensé à ces choses, je crois qu’il faut que tu partes.
- Il la regarda avec une indicible tendresse. Depuis leur mariage elle s’était toujours montrée pour lui ce qu’elle avait été dans la maison paternelle : la lumière vigilante du foyer, qui éclaire, réchauffe, console. ^ En ce moment même, où elle semblait le sacrifier si tranquillement, il savait qu’elle subissait un déchirement semblable au martyre ; mais, comme les martyrs, elle regardait plus haut, et pour le présent ne songeait pas à son mal; elle le sentirait quand il ne serait plus là.
- — Eh bien, dit-il, en acceptant son devoir avec la même simplicité, je partirai dans quinze jours. Je vais télégraphier à mon bureau, à Paris, pour qu’on m’envoie ici les plus récentes nouvelles, lettres ou télégrammes à mon nom.
- Le lendemain matin, Carval reçut un courrier volumineux ; la première chose qui le frappa fut un télégramme réexpédié. Le sacrifice n’avait pas été accompli une heure trop tôt : Jean Maubert demandait son gendre.
- Un bateau partait pour la Guyane trois jours plus tard ; en se hâtant, l’ingénieur pouvait le prendre.
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- Céphise ne voulut le quitter qu’à bord du paquebot ; elle aussi connut la tristesse de retourner seule, alors que tout ce qu’on chérit s’en va bien loin, triste aussi de la séparation. Elle passa la nuit à Angers, et le train du matin venait de l’amener à La Suze. La lettre écrite à Jersey, oubliée dans une poche de paletot, avait été mise à Paris par un domestique peu pressé.
- Céphise avait parlé sans fièvre, sans tristesse apparente ; mais ceux qui l’aimaient savaient ce que cachait son Oalme, et se sentaient le cœur serré.
- — Ote cette robe noire, dit Colette, presque malgré elle ; Je ne puis pas te voir ainsi. Tu as Tair trop maigre.
- — Je vais en mettre une couleur du temps, répondit la jeune femme avec un sourire rapide, et puis je vais embrasser mes petits. Cela me fera du bien.
- Ses enfants accouraient du fond du parc, et lui firent le plus tendre accueil. Ils n’étaient pas exclusivement choyés et gâtés par une sollicitude maladive, mais leurs natures livrées à leur propre développement, sous une surveillance assidue, quoique invisible, les rendaient capables de se passer de leurs parents lorque la nécessité l’ordonnait. La tendresse que Céphise avait voué à sa mère exigeait cette manière de concevoir leur éducation. Aussi la joie était complète lorsque la mère et les enfants pouvaient se réunir ; à vivre moins serrés les uns contre les autres, ils semblaient tous s’aimer davantage. Papa manquait à la fête, papa était allé rejoindre grand-père qui reviendrait avec lui. Ce serait un beau jour que celui-là, où personne ne manquerait plus au groupe de famille ! Les enfants un instant attristés se consolèrent avec cette espérance, et Céphise les amena un instant à Mme Maubert. Elle savait tout ce que la vue de ces petits éveillerait de saines et consolantes pensées dans Pâme de la grand’-maman.
- (A suivre.)
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- ASSURANCES MUTUELLES
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- Société du Familistère. - Assurances Mutuelles
- MOUVEMENT DU MOIS D’AOUT 1903, A GUISE
- ASSURANCE CONTRE LA MALADIE
- Section des Hommes
- Cotisations des mutualistes Subvention de la Société .. 2.413 15) 404 05 [ 3.330 40
- Malfaçons et Divers Dépenses 513 20) 3.377 05
- Déficit en août 1903 46 65
- Section des Cotisations des mutualistes Subvention de la Société Dames 511 20) 169 35} 685 05
- Divers , Dépenses 4 50 ) 715 60
- Déficit en août 1903 30 55
- ASSURANCE DES PENSIONS
- Subvention de la Société et Divers 5.384 65 1
- Intérêts des comptes courants et > 9.862 »
- du titre d’épargne............ 4.477 35 )
- Dépenses :
- 128 Retraités définitifs........... 8.617 43 j
- 5 — provisoires............... 258 50 /
- Nécessaire à la subsistance........ 3.740 »/ 13.142 48
- Allocations auxfamill8 des réservistes 90 »\
- Divers, appointem., médecins, etc. 436 55 '
- Déficit en août 1903.............. 3.280 48
- CAISSE DE PHARMACIE
- Cotisations des mutualistes....... 723 45 )
- Subvention de la Société.......... 233 85 (
- Dépenses.....................................
- Boni en août 1903
- 957 30 807 84 149 46
- RÉSUMÉ
- Recettes sociales du 1er juillet 1903 au 31 août 1903 22.367 65 )
- » individuelles » » 8.184 35 s ^0.552 »
- Dépenses » » .......... 36.234 86
- Excédent des dépenses sur les recettes.. 5.682 86
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- LE DEVOIR
- ÉTAT CIVIL AU FAMILISTÈRE DE GUISE
- MOIS D’AOUT 1903.
- Naissances :
- 13 Août 1903 Cottenet Gilberte, fille de Cottenet Paul et de Dréville Louise.
- 31 — Poulain Georgette, fille de Poulain Paul
- et de Mahieux Léopoldine.
- Décès :
- 2 Hennequin Joseph père, âgé de 70 ans.
- 13 — Moyen Marcel-Henri, âgé de 1 an 1/2.
- 14 — Letot Hector, âgé de 45 ans.
- 15 — Hennequin Louise, âgée de 15 ans.
- 26 Degagny Camille, âgé de 8 mois.
- Le Gérant : H. E. Btjribant,
- Nimes. — Typ. A. Chastanicr, !nie iTaiiiur.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES. ,65
- ‘Février 1904.
- de J. B. André GODIN (l)
- Glorification du Travail. Emancipation^ ' dtj Travailleur.
- Vue générale des sept ordres de faits principaux qui
- ont été ou sont des champs d’exercice du suffrage
- dans l’établissement fondé par Godin.
- Ayant pour idéal la glorification du travail (2) l’émancipation du travailleur et concevant qu’il ne pouvait en poursuivre la réalisation que par le mode évolutif et expérimental, Godin s’attacha, dès qu’il occupa un nombre suffisant d’ouvriers, à organiser les choses de façon à porter l’individu au bon gouvernement de soi-même et à initier le personnel à la gouverne des intérêts collectifs. Ainsi, pensait* il, se formerait le noyau de ses futurs associés ; les bonnes volontés et capacités qu’il pourrait adjoindre à son œuvre ; aucun contrat n’étant possible sans l’adhésion des parties en cause, ni aucune œuvre durable sans le concours d’agents résolus à la soutenir à travers les obstacles immanquables.
- Initier les hommes au* bon gouvernement de soi-même et des intérêts collectifs : tel fut donc l’objet des prescriptions du Règlement d’ateliers, daté janvier 1857 et qui, nous l’avons vu (3), était le recueil des mesures en usage depuis 1852.
- (1) Appendice, p. 60, Le Devoir, tome 26e, janvier 1902.
- (2) Le Devoir, tome 21% février 1897, page 65.
- (8) Documents biographiques, 2e partie, chap. IV, Le Devoir, tome ^7% mars 1903, p. 129, 132 et s. , • •
- il
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- LE DEVOIR
- L’initiation de l’ouvrier au bon gouvernement de soi-même y est poursuivie par la culture de son attention et de sa vigilance dans le travail ; les mal-façons, casses, etc., entraînant une certaine responsabilité individuelle pécuniaire.
- Quant à l’initiation de l’ouvrier au gouvernement des intérêts collectifs, Godin comprit qu’elle allait de soi, si constituant dans l’usine un premier fonds de secours mutuels avec le produit des amendes d’ateliers, pour casses, malfaçons, absences, etc., auxquelles viendraient s’adjoindre les cotisations des ouvriers mêmes, on conviait ceux-ci à élire, parmi eux exclusivement, des délégués chargés à la fois de l’administration du fonds de secours mutuels et de la représentation du personnel dans les questions de travail et règlement de l’usine. — Ainsi fut fait.
- i /
- Arrêtons-nous au mode prescrit pour l’élection de ces premiers délégués. Ceux-ci doivent être au nombre de six. La double mission qui leur est confiée exige chez les délégués réunis en comité une bonne représentation des differentes branches du travail de l’ouvrier dans l’établissement. Comment assurer cette condition?
- L’article 30 du Règlement (1) y pourvoit en prescrivant la nomination de 2 délégués choisis parmi les mouleurs ; 2 parmi les ajusteurs ; 2 parmi les ouvriers et ouvrières de l’émaillage, du magasin, de la râperie et des autres ateliers.
- Qu’y a-t-il là de particulier ? Ceci :
- A travers l’homme, à travers l’individu éligible, ce qui est visé, c’est la fonction.'
- Et à travers l’électeur ? — A travers l’électeur aussi. Le Règlement de 1857 n’est pas clair à ce sujet, mais
- (1) Documents biographiques, 2e partie, chap. IV, Le Devoir, tome 27®, mars 1903, p. 130.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- les documents qui suivent jusqu’au pacte statutaire (1880) 2e partie : Assurances mutuelles, article 76, montrent les électeurs répartis en sections selon les spécialités de travail, chacune de ces sections ayant à nommer un nombre fixe de délégués.
- Les catégories de membres dans l’association avec les droits spéciaux d’élection conférés aux associés,proviennent de la même idée fondamentale chez Godin : Glorifier, réhabiliter le travail, émanciper le travailleur.
- L’idée, du reste, faisait partie du plan fouriériste :
- « L’élargissement du champ des connaissances effectives de l’électeur devait être la base de [l’élargissement de son droit de suffrage » (1).
- Cette position de la question est foncièrement distinct te de celle comprise en politique sous le nom de suffrage universel ; Jà, tout homme est appelé au vote qu'il comprenne ou non le sujet en cause ; et cela au grand dommage de l’intérêt collectif, si les incapables, les ignorants se trouvent constituer la majorité des électeurs.
- Remplacer Vexercice du suffrage par la vérification et Venregistrement mathématiques continus des valeurs effectives et, en attendant Vinstauration de cette méthode supérieure, attribuer le vote à la fonction : tel sera le pivot des conclusions résultant des expérimentations multiples et variées du suffrage dans l’établissement.
- Le 1er ordre de faits généraux où Godin provoqua l’exercice du suffrage et conféra une part de^pouvoirs aux délégués issus de l’élection fut donc : « L’administration du fonds de secours mutuels et la représentation des ouvriers dans les questions de travail et règlement d'usine. »
- A trente ans de distance, la part faite aux assurances
- (b Impartie, chap. III, section 16% p. 258 et s . Le Devoir tome 21®, 1897.
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- mutuelles et au syndicat du travail dans le contrat d’association (1880) révèle tout un enseignement pratique surgi d’expériences évidemment serrées et complexes en cet ordre de faits. Poursuivons :
- En 1859, Godin fonde, à l’intention du personnel de l’usine, le premier édifice du Familistère, l’aile gauche. C’est donc parmi des travailleurs déjà habitués à l’exercice du suffrage que se recrute la population qui, en 1861,occupe complètement le nouvel édifice (1).
- Au cours même de l’année (2) Godin invite cette population, répartie en deux sections : celle des hommes, celle des femmes, à nommer un double conseil : 12 hommes, 12 femmes chargés de représenter tous les habitants du Familistère dans les questions d’économie domestique commune. Furent électeurs « tous « les individus arrivés à l’âge de se suffire par leur « capacité au travail, après leur sortie des écoles ; à « défaut de brevet de capacité, le minimum d’âge fut « fixé à 16 ans pour les deux sexes » (3).
- Cette limite d’âge ne résista pas à l’expérience ; de même celle-ci révéla que le simple fait d’habiter le Familistère, sans participer aucunement à l’une des branches du travail collectif, ne suffisait pas comme base du droit de participer à l’élection des conseils. Plus s’élargit le champ d'attributions des élus, plus doit s’élargir le champ des connaissances et des fonctions des électeurs.
- Le 2e ordre de faits où s’introduisit l’exercice du suffrage et la participation au pouvoir fut donc :
- « La représentation de la population du Familistère dans les questions d’économie domestique commune. »
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- (1) Godin : Solutions sociales, p. 530.
- (2) « Le Devoir », tome 16e, 1892, p. 132.
- (3) Godin : Solutions sociales, p. 623.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- La comparaison entre : 1° les pages écrites par Godin dans Solutions sociales (1871) touchant le système administratif adopté dès 1861 au Familistère, le rôle des conseils d’hommes et de femmes, etc.; 2° l’organisation générale du pouvoir ,et du suffrage dans les statuts de l’association {Mutualité sociale lre, 2e et 3e partie, 1880) révèle une évolution considérable.
- Quels faits — et combien importants à connaître pour les chercheurs en cette matière, — ont porté le fondateur à s’efforcer de constituer un noyau statutaire : l’assemblée générale des associés ; à instituer conseillers de droit les directeurs des principaux services ; à attribuer aux associés exclusivement certaines élections, à l’ensemble du personnel certaines autres, etc. Certes, le régime adopté dans l’acte d’association, celui de la commandite simple, a rendu obligatoires certaines prescriptions, surtout celles touchant l’Administrateur-gérant ; mais les traits généraux que nous venons de relever sont manifestement des fruits d’expérience, et leur objet évident est de resserrer les liens entre l’exercice du vote en tels ou tels comités, conseils ou assemblées et la preuve quotidienne de capacités effectives ; les incapables ne pouvant guère — en association surtout, semble-t-il, — se maintenir indéfiniment aux postes. N’en concluons pas que le contrat de la Société du Familistère répond pleinement aux nécessités révélées par l’expérience. Il est tels obstacles : l’étroitesse du champ , par exemple, que le fondateur ne pouvait écarter ; nous en verrons d’autres encore.
- A peine l’élection de conseillers hommes et femmes était-elle instituée au Familistère, que des corporations et sociétés très diverses se firent jour et n’ont cessé de se produire au sein de l’établissement. Beaucoup ont été éphémères, d’autres se soutiennent depuis
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- l’origine du mouvement; exemple ; les corporations de musiciens, pompiers, etc.
- C’est le 3e ordre de faits généraux où le suffrage s’exerce. Nous pouvons l’intituler : « Constitution de Sociétés et corporations diverses. » Sont électeurs dans chaque société particulière les adhérents exclusivement. C’est donc entre amateurs d’une même fonction que se fait le vote pour la désignation des président, secrétaire, etc. Dans le même ordre de faits dus à l’initiative individuelle, Godin eût désiré voir se fonder (1) des sociétés coopératives proprement dites, qui eussent été le vrai champ d’études préparatoires à l’association. Mais le courant ne se produisit pas en cette voie, malgré les efforts de Godin.
- En 1866, le fondateur livre à l’étude des Conseils d’hommes et de femmes au Familistère un vaste sujet qui, à partir de l’an d’après, 1867, (à l’occasion de l’inauguration de la fête annuelle du Travail) ouvre le 4e ordre de faits principaux en relation avec l’exercice du suffrage dans l’établissement. Soit: «Distinction des mérites en vue de l’équitable rémunération du travail courant et de la répartition équitable des bénéfices de la production. »
- Le sujet est complexe ; multiples seront les essais à la recherche de la solution.
- Godin n’a cessé de s’en occuper. Les mesures inscrites par lui dans le premier Règlement d’ateliers étaient dictées par le besoin de donner la meilleure part à l’auteur du meilleur travail ; et, en ce qui releva de sa propre initiative, il poursuivit le développement de mesures analogues, tout en invitant, d’autre part, le personnel à contribuer, si possible, à la solution.
- Les essais [d’application du suffrage tentés à ce sujet, dès 1867, se signalent à l’attention par la méthode qui
- (1) Documents biographiques, 2e partie, chap. VII,
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- y est apportée. Ils sont engrenés , se succèdent, se modifient, mettent en mouvement tantôt le personnel entier à l’occasion des fêtes annuelles du travail ; tantôt la seule série des employés.
- La principale conclusion pratique de ces expériences (pour le pacte statutaire) fut d’affermir Godin dans l’idée exprimée par lui dès 1866 (1) et développée en 1871 (2) : 1° Appeler le travailleur, employé ou ouvrier, à la répartition des bénéfices au prorata des salaires ou appointements ; 2<> Attribuer des récompenses spéciales aux auteurs d’inventions ou perfectionnements jugés bons à l’usage. (Statuts, 1880, article 128). En d’autres termes, ne point demander au suffrage la détermination des valeurs effectives, quand il est possible de saisir mathématiquement ces valeurs par une méthode qui ne prête ni à l’incertitude, ni à la partialité, ni aux oublis inhérents à l’exercice du suffrage.
- Chronologiquement, nous devons indiquer ici un 5e ordre de faits où fut pratiqué le suffrage. Il s’agit de la « Désignation de candidats aux postes de surveillants dans les ateliers, i
- La date certaine d’inauguration de cette mesure nous échappe ; ce point est négligeable ; en effet, la mesure a parcouru son cycle. Nous avons trace d’elle à partir de 1869. En 1880, elle fut inscrite dans le pacte statutaire, 3e partie, Règlement, article 14. Mais elle a cessé de figurer dans la 2e édition du pacte, 1891.
- L’élection des candidats se faisait dans les ateliers soit de fonderie, soit d’ajustage, etc., et parmi ces candidats spécialement désignés par et pour tels ou tels ateliers, l’administration choisissait l’homme lui parais-sant le mieux doué pour la fonction. Ne pouvaient être
- G) Documents biographiques, 2* partie, chap. VII, Le Devoir, numéro d’août 1903, p. 453 et numéro d’octobre suivant, p. 585 (erratum), (3) Godïn : Solutions sociales, p. 336 et suiv,
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- élus les hommes à la fois travailleurs dans l’usine'et débitants de boissons, chez eux.
- ’ En vigueur depuis des années à l’époque de la rédaction du pacte statutaire, 1880, la mesure, nous le répétons, fut inscrite en ce pacte. Mais elle tomba en désuétude du vivant même de Godin, l’élection ne fournissant plus de candidats parmi lesquels le choix pût se faire. Nous ne nous arrêterons pas à l’analyse des causes d’échec de cet ordre particulier de faits. Les causes générales de défectuosité ou d’échec des modes quelconques d’exercice du suffrage, à l’heure actuelle, ressortiront de l’analyse des expérimentations les plus complexes, celles indiquées ci-dessus en 4e ordre, jointes à une autre tentative qui, à elle seule, constitue un 6e ordre de faits : « Représentation générale du travail dans les faits administratifs et direction du travail par les travailleurs mêmes, répartis en groupes, Unions de groupes et Conseils d’unions. »
- Les lecteurs qui ont bien voulu nous suivre jusqu’ici ont déjà vu un résumé de cette tentative (1). Les travailleurs se répartissaient librement en des groupes constitués exclusivement par l’attrait et rattachés à des branches dites Unions de groupes, lesquelles unions se rattachaient de même à deux Conseils d’unions, Conseils où devait ainsi se refléter le cadre général des travaux industriels, commerciaux et d’économie domestique et sociale poursuivis dans l’établissement.
- Les président, secrétaire, etc, élus au sein de chaque groupe constituaient en se réunissant selon les diverses branches du travail, les Unions de groupes. Chaque Union élisait à son tour président, secrétaire.... dont l’assemblée constituait ou le Conseil des unions du Familistère ou le Conseil des unions de l’usine.
- .Avec un personnel en possession des capacités effecti-
- (1) Le Devoir, tomes 20e et 21e. Janvier 1896 à janvier 1897.
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- ves propres à représenter toute l’entreprise, on eût donc obtenu :
- lo Qu’une certaine somme de connaissances mises en valeur effective eût toujours accompagné le vote ;
- 2° Que plus large eût été le champ des capacités effectives de l’individu, plus celui-ci eût influencé l’évolution générale par ses votes en autant de fonctions ou travaux auxquels il eût concouru effectivement.
- En un mot : à travers l’individu on eût saisi la fonction et fait de celle-ci la base du suffrage. Ou encore ; on eût proportionné l’eæey'cice du vote à la capacité effective de l’électeur. La supériorité même de ce système appelle un champ d’application correspondant ; nous l’avons vu par l’analyse déjà faite des documents relatifs à l’entreprise.
- L’essai avorta par des causes modifiables avec le temps et l’effort ; aussi l’idée fut-elle inscrite (1) dans le pacte statutaire comme possibilité d’avenir. Ce fut le dernier essai auquel put se livrer Godin avant la rédaction définitive du contrat d’association. Dans ce contrat, il fallut pour la part laissée à l’élection revenir, malgré la défectuosité et conséquemment le danger du procédé, au simple mode de suffrage vulgarisé par les élections politiques : appeler tout individu (qu’il soit ou non capable d’apprécier toute la portée de son vote ) à émettre une voix ou à s’abstenir, et décider ainsi des élections.
- Le 7e et dernier ordre de fait s objet de cette vue générale est : « Le pacte même de la Société du Familistère ».
- Les parts respectives du suffrage et du pouvoir y ont été délimitées par deux causes majeures : primo le régime légal adopté, celui de la commandite simple ;
- (1) Mutualité sociale, lr« édition, Réglement, 3e partie, art. 71 à 74, 78 ; statuts ire partie, art. 128, 6°; ou 2° édition, Réglement art. 75 à 78 82; statuts, art. 128, 6».
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- secundo l’expérience même des possibilités générales du suffrage acquise par Godin dans les tentatives poursuivies par lui, pendant vingt-huit ans, avec la plus grande vigilance et sollicitude et sous des modes très variés. Cette expérience ne peut être représentée au > lecteur que par l’exposé même des essais, au moins des essais les plus démonstratifs ; et il serait grand dommage de laisser ceux-ci tomber dans l’oubli, quand il est possible encore de les offrir à la méditation des penseurs et des expérimentateurs sociaux.
- La pénétration de cette oeuvre de Godin porte à cette conclusion générale:
- Les solutions industrielles sont inséparables des solutions sociales ; et elle exigent ensemble des champs d’opération incomparablement plus étendus que ceux généralement embrassés jusqu’ici.
- Les vastes groupements d’intérêts nationaux et internationaux, soit par le Régime coopératif avec branchements régionaux embrassant consommation et production, soit par les « Trusts » ou « industrial combinations » dont les possibilités d’action sociale se révèlent à peine, apparaissent alors comme les vrais champs de culture et classement méthodique, éprouvé, des capacités de tous ordres et, s’il y a lieu, d’exercice du suffrage en des opérations soigneusement délimitées et par des électeurs non moins soigneusement appropriés.
- Vve J.-B.-A. Godin, née Moret.
- (A suivre).
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- Programme de la session?— Projets divers : L’enseignement congréganiste ; Les syndicats professionnels, etc.
- Le 11 janvier, au banquet que lui offrait le Comité républicain du commerce et de l’industrie, M. Combes, président du Conseil, ministre de l’intérieur et des cultes, indiquait les principales matières sur lesquelles l’activité de la Chambre devait s’exercer, au cours de la session ordinaire qui allait s’ouvrir le lendemain :
- «La réduction à deux ans de la durée du service militaire, la diminution des frais de justice par l’extension de la compétence des juges de paix, l’assistance aux infirmes et aux vieillards, les écoles de réforme pour les pupilles de l’Assistance publique et la suppression de l’enseignement congréganiste : nous hâterons de tous nos efforts le vote de ces lois dont les trois dernières entrent comme éléments essentiels dans notre programme de laïcisation des services publics.
- « On comprend, en effet, que nous ne pouvons discuter utilement la raison d’être de certaines congrégations hospitalières, celles notamment qui trafiquent du travail de leurs pensionnaires ou qui les traitent avec une inhumanité révoltante, comme de récents procès l’ont montré, tant que nous n’aurons pas à notre disposition le personnel et les ressources indispensables pour les remplacer. Le personnel est en voie de formation. Depuis un an, nous avons tenu rigoureusement la main à la création d’écoles d’infirmiers et d’infirmières dans tous nos hôpitaux. C’est au Parlement de fournir, quand le moment viendra, les moyens financiers d’utiliser ce personnel, et tel est l’objet des trois lois dont il s’agit. «En outre, d’autres délibérations se préparent dans le
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- sein des commissions. J’indiquerai comme faisant partie de cette catégorie de discussions la réforme des conseils de guerre qui ramènera à des règles uniformes dans le double intérêt de la justice et de l’armée la procédure à suivre des deux justices civile et militaire (Applaudissements) ; les propositions de lois sur les syndicats professionnels, lesquelles ont pour objet d’en éten-tendre l’application, d’en accroître la capacité juridique et d’en garantir le fonctionnement par le retour au droit commun et la suppression de toutes les mesures d’exception ; les retraites ouvrières qui nous apparaissent comme le moyen de pacification par excellence pour contenir dans des bornes raisonnables les conflits si communs entre le capital et le travail ; l’impôt sur le revenu qu’il faudra bien voter avant la fin de la session ordinaire si nous voulons qu’il trouve place dans la loi de recettes de l’année prochaine ; et les rapports entre les Eglises et l’Etat que le gouvernement autant que qui que ce soit, est désireux d’aborder pour mettre fin à un état de choses qui tend à devenir intolérable. »
- Le projet de loi interdisant l’enseignement aux congrégations autorisées, a été élaboré par une commission spécialement instituée dans ce but. En voici les lignes générales :
- Le projet abroge toutes les autorisations données par lois, décrets ou ordonnances, à des congrégations en vue d’exercer l’enseignement. Désormais, l’enseignement de l’un quelconque des trois ordres ne pourra plus être donné par des congrégations autorisées. Celles des congrégations précédemment autorisées exclusivement pour l’enseignement seront dissoutes, l’objet pour lequel elles avaient été autorisées ayant cessé d’exister. La liquidation de leurs biens s’effectuera suivant les règles tracées par la loi de 1901 sur les associations.
- Le projet prévoit aussi le cas des congrégations autorisées qui sont mixtes, c’est-à-dire vouées à la fois à l’enseignement et aux oeuvres charitables. Ces congré-
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- gâtions, privées du droit d’enseigner, subsisteront en tant qu’hospitalières. Le projet règle également, en ce qui les concerne, la question des biens.
- Enfin, un délai de cinq années est accordé au ministre de l’intérieur pour assurer l’application complète de ces dispositions. Telle est l’économie générale de ce projet qui ne comporte que cinq articles.
- L’exposé des motifs donne la statistique complète des établissements qui seront atteints par ce projet et des indications sur la dépense qu’entraînera la nécessité de recevoir dans les écoles publiques les élèves des écoles congréganistes fermées.
- Le nombre des écoles primaires congréganistes existantes qui seront fermées en vertu du projet s’élève à 3.494, dont 1.299 de garçons — toutes tenues par des frères des écoles chrétiennes — et 2.195 de filles. Sur ces dernières, 574 sont tenues par 374 congrégations de femmes exclusivement enseignantes, qui devront dès lors se dissoudre. Les 1.621 autres sont tenues par des congrégations mixtes qui devront, dès lors, se renfermer dans l’objet autre que l’enseignement, pour lequel elles étaient également autorisées.
- L’exposé des motifs indique que la dépense pour agrandissement ou construction de maisons d’écoles publiques en vue de recevoir les élèves des maisons congréganistes, ne dépassera pas au maximum 25 millions pour l’Etat sous forme de subvention.
- Sur les 3,494 écoles à fermer, en effet, il y a 1,900 environ qui peuvent être fermées immédiatement, les écoles publiques étant suffisantes pour recevoir leur personnel scolaire. Il y en a 350 pour lesquelles il suffira de louer dans la commune un local; or, les locations sont à la charge exclusive des communes.
- L’Etat n’aura à intervenir par voie de subvention que pour les agrandissements ou constructions d’écoles. Or, ce cas ne se produira que pour 1,150 écoles, à savoir 500 agrandissements des locaux existants et 650 constructions de locaux nouveaux.
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- Le gouvernement estime qu'en maintenant pendant cinq années au budget de l’instruction publique le crédit de dix millions inscrit ordinairement pour subventions scolaires, il sera^facile de faire face à la dépense, sans nuire au service ordinaire des écoles publiques, ^puisqu’il restera environ cinq millions pour ce dernier.
- Quant aux créations d’emplois nécessitées par ces écoles agrandies ou nouvelles, elles seront assurées par les crédits ordinaires du budget sans augmentation.
- Les membres du Parlement ont reçu communication, le 18 janvier, du rapport fait au nom de la commission du travail, par M. Louis Bartliou, sur les propositions de loi relatives aux syndicats professionnels.
- Ces propositions de loi sont au nombre de quatre ; elles ont pour auteurs : MM. Lemire, Dejeante, Vaillant et Millerand.
- La proposition de M. Millerand est la reprise et la reproduction textuelle du projet que M. Waldeck-Rousseau , président du Conseil, et M. Millerand, ministre du commerce, avaient déposé le 14 novembre 1899. La plus importante de toutes par la hardiesse économique de ses solutions, c’est elle qui sert de point de départ pour tous les points qu’elle vise, aux observations et aux conclusions que M. Louis Barthou a eu mission de présenter au nom de la commission du travail.
- Le rapporteur examine d’abord les résultats généraux de la loi, et explique les raisons qui ont poussé les patrons à en paralyser les effets, puis les tendances politiques des syndicats qui ont résulté de cette opposition.
- Il répudie la prétention émise par les syndicats de constituer l’intermédiaire obligatoire dans les négociations entre le patron et l’ouvrier.
- C’est pour lutter contre cette tendance que MM. Wal-deck-Rousseau et Millerand s’étaient préoccupés d’introduire dans la loi de 1884 une sanction qui modère
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- les exigences des patrons et assure la liberté syndicale.
- Poursuivant Fexamen des propositions Lemire, De-jeante, Vaillant et Millerand, M. Louis Barthou en expose les différents aspects , selon qu’il s’agit : 1° de la composition des syndicats professionnels ; 2° de la capacité juridique et économique des syndicats ; 3° des sanctions civiles ou pénales ayant pour objet d’assurer le libre exercice des droits réciproques qui résultent de la loi du 21 mars 1884.
- La composition des syndicats professionnels serait élargie.
- La commission propose, en effet, de modifier le texte de l’article 2 de la loi de 1884 en y ajoutant un paragraphe ainsi conçu : « Pourront continuer à faire partie du syndicat professionnel les personnes qui auront abandonné l’exercice de la profession, et pourront y entrer celles qui, ayant exercé la profession pendant cinq ans au moins, ne l’auront pas quittée depuis plus de dix ans. »
- C’est ainsi que le législateur a stipulé, en ce qui concerne les tribunaux et chambres de commerce, et les délégués mineurs.
- En Angleterre, non-seulement les Trade-Unions conservent sur la liste de leurs membres les anciens ouvriers qui ont cessé d’appartenir à la profession , mais elles admettent parmi leurs adhérents des personnes tout à fait étrangères à la profession.
- La question de l’application de la loi aux professions libérales a fait l’objet de nombreuses controverses. Plusieurs jugements et finalement un arrêt delà Cour de cassation les confirmant, déclarèrent que les médecins n’avaient pas le droit de se constituer en syndicat. La loi du 30 novembre 1892 leur donna satisfaction sur ce point. Mais la question, ainsi résolue pour une fraction importante des professions libérales (médecins, chirurgiens, dentistes, sages-femmes) resta en suspens pour l’ensemble de ces professions.
- La loi proposée met un terme à cette exclusion.
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- Il est bien difficile d’apercevoir, suivant une juste remarque de M. Barthou, — dès que la profession implique la stipulation d’un salaire, d’une rémunération — où elle commence et où elle cesse d’être libérale.
- Enfin, les ouvriers et employés de l’Etat, des départements, des communes, des établissements publics, pourraient invoquer également les dispositions de la loi, à l’exclusion des fonctionnaires proprement dits.
- Le nouveau texte législatif ménage ainsi les droits imprescriptibles de l’Etat, puisque par sa distinction ‘. ] entre les fonctionnaires d’une part, et les ouvriers et employés de l’autre, elle réserve le droit de se syndiquer à ceux-là seuls qui ne détiennent pas une portion de la puissance publique et ne risquent pas d’en retour- j ner l’autorité contre ceux qui les en ont investis. i
- Jusqu’à présent, les unions de syndicats ne pou- j vaient ni posséder aucun immeuble, ni ester en justice. Désormais, elles seront investies de ce double droit.
- Adoptant une proposition de M. Millerand, la commission confère formellement aux syndicats professionnels la personnalité civile et leur donne, par une formule également très large, le droit d’acquérir sans autorisation , à titre gratuit, et onéreux, des biens meubles et immeubles. D’autre part, elle confère aux syndicats le droit de faire des actes de commerce. Elle autorise le syndicat de plus de sept membres qui, dans le but d’exploiter une entreprise commerciale, formera une société à responsabilitée limitée, régie par les lois du 24 juillet 1867 et du 1er août 1893, à être propriétaire de la totalité des actions au lieu de lès voir réparties entre ses membres.
- En ce qui concerne les sanctions pénales, qui ont toujours été le grand écueil des nombreuses tentatives faites pour modifier la loi de 1884, le texte de la commission stipule que l’entrave volontairement apportée à l’exercice des droits reconnus par la présente loi par voie de refus d’embauchage ou de renvoi, la mise en
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- interdit prononcée par le syndicat dans un but autre que d’assurer les conditions du travail fixées par lui et la jouissance des droits reconnus aux citoyens par la loi, constituent un délit civil et donnent lieu à une action en réparation du préjudice causé.
- Cette action peut être exercée soit par la partie lésée, soit dans le cas prévu au paragraphe 1er, par le syndicat.
- Une proposition a été déposée le 18 janvier, par M. Gauthier (de Clagny) tendant à donner aux employés de chemins de fer le droit de nommer le quart des administrateurs de la Compagnie à laquelle ils appartiennent.
- La proposition a été renvoyée à la commission des chemins de fer dont le président a pris l’engagement d’en presser l’examen.
- Immédiatement après, la Chambre a abordé la discussion des propositions tendant au rachat des réseaux de l’ouest et du midi.
- Un certain nombre de députés appartenant aux différents groupes de la Chambre, MM. Louis Mill, Etienne, Flandin, Mirman, Dulau, Reveillaud, Charles Benoist et quelques autres signataires de projets de loi relatifs à l’adoption de la représentation proportionnelle dans notre législation électorale, ont pris l’initiative de convoquer leurs collègues qui sont désireux de voir aboutir cette réforme, afin de constituer un groupe parlementaire. Ce groupe étudiera les projets de loi soumis au Parlement et les moyens d’en hâter l’adoption.
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- FRANCE.
- Une conférence sanitaire internationale s’est tenue à Paris,.au ministère des affaires étrangères dans le courant du mois de novembre, sous la présidence de M. Barrère, ambassadeur de France en Italie.
- Vingt-quatre puissances y ont pris part :
- La conférence avait pour objet de codifier les mesures déjà adoptées dans les Congrès antérieurs. Le principe qui a présidé à cette codification a été de garantir avec le plus d’efficacité possible l’Europe contre les fléaux épidémiques, tout en simplifiant les formalités et en rendant les conditions sanitaires aussi peu gênantes que possible pour le commerce international.
- L’acte final contient cent quatre-vingt-quatre articles, divisés en six titres. Une des résolutions les plus importantes est celle qui a créé à Paris un office international permanent, chargé de recueillir les renseignements sur la marche des épidémies infectieuses et de centraliser les informations communiquées à cet effet par les autorités supérieures d’hygiène des Etats participants.
- *
- Le Congrès des municipalités socialistes réuni à Paris dans la première quinzaine de janvier a, sur la question des impôts, adopté les vues de M. Brousse, qui met les congressistes en garde contre la tendance de certains socialistes qui voudraient que les impôts ne frappent que les riches. M. Brousse dit que ce système entraînerait une répercussion des impôts sur la classe ouvrière, et qu’il faut surtout s’organiser pour doter les communes de systèmes financiers dont elles puissent tirer des avantages réels.
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- Le programme établi ensuite par le Congrès comprend , dans l’ordre politique : l’autonomie communale, le droit d’appliquer le référendum, la rémunération légale des fonctions de conseiller municipal ; dans l’ordre économique : la municipalisation des services publics d’ordre communal, la suppression des octrois, l’assurance municipale contre l’incendie, l’assistance à domicile, la construction d’habitations hygiéniques et à bon marché, etc.
- ***
- BELGIQUE.
- La loi sur les accidents du travail a été promulguée au commencement de janvier 1904. Cela ne. veut pas dire qu’elle soit sur le point d’entrer en vigueur. Le gouvernement estime, en effet, que la publication des arrêtés royaux qui doivent en régler l’application exigeront une année. Or, il faut encore six mois après le dernier de ces arrêtés pour que la loi soit régulièrement applicable.
- Le projet de loi avait été déposé le 12 mars 1901. La Chambre n’y a pas consacré moins de quarante-sept séances de discussion. Quant au Sénat, il a renoncé à changer le texte voté par la Chambre dans un esprit d’utilité pratique : le projet amendé par le Sénat aurait dû retourner à la Chambre, qui ne pouvait s’en occuper cette année, vu l’imminence des élections. C’était l’ajournement indéfini. Or, il est reconnu que le projet tel quel, ne constituait qu’une expérience dont l’exécution seule pourra montrer les défauts. On a donc obtenu de la haute Assemblée un bill d’entérinement pur et simple sous le bénéfice du caractère provisoire de la loi nouvelle qui sera modifiée plus tard quand on aura pu en apprécier les effets.
- Telle qu’elle est présentée, la loi a, par dessus tout, un caractère transactionnel et forfaitaire.
- Aux termes de la législation actuelle et suivant les principes du droit commun, l’indemnité n’est due
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- qu’en cas de faute du patron et la preuve de cette faute incombe à l’ouvrier victime qui n’a le plus souvent aucun moyen de la démontrer.
- Frappés de cette injustice, quelques législateurs proposèrent, soit la distinction à faire entre la faute lourde et la faute légère , soit le système qu’on a appelé le renversement de la preuve. C’est-à-dire qu’en cas d’accident, c’était au patron, supposé responsable, qu’incombait l’obligation d’établir en justice qu’il n'y avait de sa part aucune faute ni lourde, ni légère, pour être déchargé de cette responsabilité.
- La nouvelle loi tranche sur tout cela : elle proclame le risque professionnel entraînant l’indemnité forfaitaire-partielle mais certaine, réglée par la loi. Pour tout accident survenu au cours d’une industrie mue par une force autre que celle de l’homme ou des animaux, et provoquant une incapacité de huit jours au moins, il est dû une réparation à l’ouvrier , même s’il est en faute; mais cette réparation ne comprendra qu’une partie de son salaire , même si le patron est en faute. Le forfait est absolu et d’ordre public. Il ne peut y être dérogé par la convention des parties. La faute intentionnelle seule, c’est-à-dire le dol, est exclue du bénéfice de la loi.
- * La Belgique, en donnant pour base de la réparation des accidents du travail la théorie du risque professionnel , entre ainsi dans la voie où l’ont précédée seize pays d’Europe et quatre colonies britanniques : la Suisse (1881-1887), l’Allemagne (1884-1900), l’Autriche (1887), la Norwège (1894), la Finlande et la Roumanie (1895), la Grande-Bretagne (1897), le Danemark, l’Italie et la France (1898), l’Espagne, la Nouvelle-Zélande et Sud-Australie (1900), la Suède, la Grèce, la Russie (1901), le Luxembourg, l’Australie occidentale et la Colombie britannique (1902).
- Le caractère de l’assurance a fait l’objet d’intéressants débats. Le principe de l’obligation adopté en Allemagne, Autriche, Norwège, Finlande, Italie, Hol-
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- lande et de nombreux amendements proposant des systèmes variés de garantie contre l’éventualité de l’insolvabilité patronale, ont été successivement discutés et rejetés par la Chambre qui s’est arrêtée à une disposition analogue à celle qui a prévalu devant le Parlement français, et qui frappe de la cotisation de garantie les industriels qui n’auront pas justifié, soit de la dépense, soit du contrat d’assurance prévu par le projet.
- La réparation qui, jadis, se mesurait à la responsabilité et au dommage subi, est désormais fixée par un forfait absolu : en principe, 50 °/0 du salaire.
- C’est le taux admis par le législateur français, pour l’incapacité totale temporaire , les statistiques lui ayant montré que les accidents pouvaient être ainsi répartis : 25°/o dus à la faute du patron , 25 % dus à la faute de l’ouvrier, 50 o/o imputables au risque professionnel. L’Italie, l’Espagne, la Grande Bretagne, la Nouvelle-Zélande, le Sud Australien, la Colombie britannique l’ont également adopté. Partout ailleurs ce taux est supérieur : Hollande (70), Allemagne et Luxembourg (66 2/3), Autriche, Norwège, Finlande, Danemark (60).
- D’une manière générale, le taux adopté par les divers pays, pour l’incapacité totale temporaire est appliqué à l’incapacité totale permanente. Dans ce cas, c’est le salaire annuel qui sert de base au lieu du salaire quotidien.
- Dans quelques pays : Danemark, Italie , Espagne, l’indemnité allouée à la victime d’un accident ayant entraîné une incapacité permanente totale, est représentée par un capital égal au salaire d’un certain nombre d’années immédiatement antérieures à l’accident. La France fait exception à la règle générale en fixant à 66 2/3 l’indemnité pour incapacité totale générale ; la Belgique s’y conforme en conservant le même taux dans les deux cas.
- Dans tous les pays où la réparation des accidents du travail a donné lieu à une législation spéciale basée sur la théorie du risque professionnel, l’idée dominante
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- du législateur a été de mettre fin à des procès longs et irritants, à des situations pénibles, souvent poignantes.
- M. Chovet, sénateur français, dans son rapport sur les modifications à apporter à la loi du 9 avril 1898, constate que sous le régime du Code civil, également en vigueur en Belgique , sur 100 accidents, il s’en dégageait d’abord 75 fortuits ou causés par force majeure, pour lesquels l’ouvrier ne pouvait jamais obtenir aucune réparation, et que, sur le reste, il en était fort peu pour lesquels la victime, après bien des lenteurs de procédure et des frais considérables, obtenait enfin la justice qui lui était due.
- Aujourd’hui cette réparation lui est assurée dans tous les cas.
- Le gouvernement belge vient d’instituer une commission des accidents du travail, composée de onze membres dont au moins deux actuaires, un médecin, un représentant des patrons et un représentant des ouvriers, ces derniers élus par le Conseil supérieur du travail. Les autres membres sont nommés par le roi. Le mandat est de six ans. Ils pourront s’adjoindre des spécialistes compétents sur les matières soumises à leurs délibérations, n’ayant que voix consultative.
- Cette commission est appelée à statuer : 1° sur l’application éventuelle de la loi aux entreprises dangereuses non visées par cette loi ; 2° sur le tarif à établir pour calculer la valeur des rentes étrangères ; 3° sur les dispenses de contribuer au fonds de garantie ; 4<> sur l’agréation des établissements admis à faire le service des rentes ; 5° sur l’agréation des caisses communes d’assurances contre les accidents, constituées par les chefs d’entreprise, ainsi que des compagnies d’assurances à primes fixes ; 6° sur la détermination du montant des cotisations à verser au fonds de garantie ; 7° sur toutes les questions qui lui seront soumises par le ministre de l’industrie et du travail, au sujet de la réparation des dommages résultant des accidents du travail.
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- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX 87
- PAYS-BAS
- La vente des boissons alcooliques.
- Dans les Pays-Bas où l’initiative privée, d’une part, l’autorité militaire, de l’autre, font les plus louables efforts pour combattre l’alcoolisme, le gouvernement ne reste pas inactif. Il a déposé dernièrement un projet de loi tendant à compléter et à renforcer les dispositions de la loi de 1881 actuellement en vigueur.
- La législation de 1881 ne connaissait d’autre moyen pour combattre l’abus de l’alcool que la réduction du nombre des débits. Le gouvernement est d’avis que cette mesure à elle seule est insuffisante et qu’elle doit être complétée par des pénalités rigoureuses frappant la vente clandestine des boissons alcooliques et par un régime sévère imposé aux débits autorisés.
- La vente pour la consommation sur place et la vente pour la consommation à domicile seront désormais séparées et auront lieu dans des établissements distincts.
- Le maximum de la vente au détail est porté de deux à dix litres, et la quantité minima est fixée à un demi-litre. Les établissements où l’on sert des boissons non alcooliques telles que la bière et le vin, et qui jusqu’à présent pouvaient s’ouvrir librement, devront demander une autorisation qui leur sera retirée s’ils pratiquent la vente clandestine de l’alcool.
- L’aménagement des locaux ne sera plus laissé à la fantaisie du propriétaire; les bouges et les caves ne seront plus autorisées ; les locaux devront s’ouvrir sur la voie publique, être de plain-pied avec la rue ; la vue de l’intérieur ne devra pas être masquée par des rideaux ou des stores. Un règlement d’administration publique déterminera plus exactement les exigences auxquelles ils devront se conformer. Les jeux de hasard, les spectacles, le service fait par des femmes, tout ce qui pourra attirer les clients ou les pousser à la consommation sera interdit.
- U sera interdit également de laisser entrer dans un
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- LE DEVOIR
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- café, ou cabaret, où l’on sert des boissons fortes, des enfants au-dessous de seize ans, à moins qu’ils ne soient accompagnés, et d’employer des enfants au-dessous de cet âge au service de l’établissement.
- La vente de l’alcool sera interdite sur la voie publique et dans tous les établissements appartenant à l’Etat, à une province ou à une commune, par conséquent dans les buffets des salles de spectacle ou de concert municipales.
- Il sera interdit de vendre de l’alcool avant sept heures du matin en semaine, avant deux heures de l’après-midi le dimanche, et après onze heures du soir quelle que soit l’heure de la fermeture de l’établissement.
- Les hôtels et clubs ne sont pas astreints à la plupart de ces prescriptions, mais ils ne pourront faire bénéficier que leurs hôtes ou leurs membres, des privilèges spéciaux qui leur sont accordés, sous peine de se voir retirer l’autorisation.
- Nul ne pourra être autorisé à exploiter plus d’un établissement. Aucune autorisation ne sera accordée à des sociétés anonymes ou coopératives, ni à des personnes agissant comme leurs mandataires.
- Pour que la loi porte tous ses fruits et que le but du législateur soit atteint, le gouvernement ne compte pas seulement sur les pénalités nouvelles qu’il édicte, ni sur la surveillance active de la police renforcée d’agents spéciaux, il compte aussi sur la coopération du public. Cette coopération à laquelle il fait appel pourra s’exercer de deux manières :
- En premier lieu, le gouvernement espère que dans les milieux où l’on a conscience des dangers de l’alcoolisme, il se formera, comme en Suède, des Sociétés qui exploiteront les débits, non par intérêt, mais par philanthropie, et affecteront les produits de la vente de l’alcool — déduction faite de leurs frais et de l’intérêt de leur capital —'à des oeuvres d’utilité publique. Par un privilège spécial, ces sociétés pourront exploiter plusieurs établissements et auront un droit de préférence sur les autres sollicitants ;
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- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX
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- En second lieu, le projet prévoit la constitution, dans les villes de plus de 10.000 habitants, de commissions dont les membres nommés par les Etats députés, seraient des auxiliaires bénévoles de la police et veilleraient à l’exécution de la loi.
- Le projet, on le croira sans peine, ne satisfait pas ceux qui vivent de la fabrication et de la vente des boissons alcooliques. Il ne rencontre pas non plus une approbation exclusive parmi les partisans de l’abstinence totale qui lui reprochent d’être incomplet.
- Le gouvernement n’est pas hostile aux mesures plus radicales ; mais avant d’adopter un régime entièrement nouveau, tel que l’établissement du monopole de la vente par l’Etat., il a voulu soumettre à une nouvelle épreuve la loi actuelle et voir si en en renforçant les dispositions on ne pourrait pas en tirer de meilleurs résultats. C’est pour rester dans ces limites qu’il a écarté provisoirement une mesure qui a toutes ses sympathies, celle qui subordonne la vente des boissons alcooliques dans une localité au consentement des habitants.
- La discussion du projet va être poussée très activement ; le gouvernement espère qu’elle sera terminée
- dans les deux Chambres avant le 1er Mai 1904.
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- SUISSE
- L’alcoolisme et l’allaitement maternel.
- Le physiologue Bunge, professeur à l’Université de Bâle, poursuit depuis plusieurs années des recherches sur l’incapacité croissante des femmes à allaiter leurs enfants, question très grave, puisque la mortalité infantile est beaucoup plus forte chez les enfants nourris artificiellement que chez ceui qui sont allaités par leur mère ou par une nourrice.
- M. Bunge a envoyé à un grand nombre de médecins un questionnaire détaillé destiné à le renseigner sur l’état des choses et sur les causes qui pouvaient avoir provoqué l’incapacité d’allaiter. Des 3.000 questionnai-
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- res qui lui sont revenus remplis, 1.629 seulement sont assez complets pour pouvoir être utilisés. Des 1.629, nous en avons 519 où la mère était capable d’allaiter, 1.110 où elle ne le pouvait plus. Il ressort de l’enquête de Bunge que la faculté d’allaiter, une fois perdue, ne se retrouve plus. Si la mère n’a pas nourri ses enfants, la fille ne le peut pas.
- Etudiant ensuite les causes probables de la diminution de la sécrétion du lait maternel, Bunge établit entre cette diminution et l’alcoolisme des rapports constants. Bunge dégage de son étude la conclusion suivante : Quand le père est buveur, la fille perd la capacité d’allaiter son enfant et cette capacité est irrévo-
- cablementperdue pour les générations suivantes.
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- GRANDE-BRETAGNE Le repos dominical.
- S’il faut en croire une dépêche publiée par les journaux, la ville de Manchester s’habituerait peu à peu à ne plus observer le repos dominical au sujet duquel on se montre si rigoureux en Angleterre.
- Le comité municipal de surveillance de cette importante cité industrielle et commerciale s’est réuni pour examiner la situation. Lecture a été donnée d’un rapport portant sur des observations faites pendant deux dimanches consécutifs par le chef de la police : cinq mille deux cent quatre-vingt-huit boutiques étaient ouvertes. Epiciers, marchands de comestibles, bouchers, marchands de vin, de tabacs, de journaux, coiffeurs, maisons de confections, de chaussures, photographes, chemisiers, herboristes, pharmaciens, etc., tous aujourd’hui se permettent de gagner de l’argent le dimanche.
- Le comité a discuté très sérieusement la question d’exiger la stricte observance de l’ordonnance de Charles II, datée de 1680, et prescrivant le respect absolu du jour du Seigneur,
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- LA QUESTION DE LA PAIX
- Le conflit russo-japonais et les amis de la paix.
- Sur la demande de 1’ « International Arbitration and Peace Association », le Bureau international de la Paix a adressé le 15 décembre, aux ministres des affaires étrangères de la France, de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne, de l’Autriche, de l’Italie et des Etats-Unis d’Amérique, une lettre les priant respectueusement de bien vouloir user de leur légitime influence pour que leur gouvernement respectif apporte à la cause de l’humanité son précieux concours par une démarche destinée à prévenir la guerre entre la Russie et le Japon à propos de la Mandchourie et de la Corée.
- A l’appui de cette demande, le Bureau de Berne a rédigé un mémoire qui a été transmis par lui aux groupes parlementaires de la Paix.
- Le mémoire examine tout d’abord les différentes phases de l’occupation russe en Mandchourie, depuis l’incursion des aventuriers du cosaque Vermak qui, en 1645, parcoururent FAmour dans toute sa longueur, ouvrant ainsi à la colonisation moscovite un pays considéré comme' merveilleux.
- Après de longues guerres avec les Mandchoux, qui venaient de conquérir la Chine et d’y fonder la dynastie qui règne encore aujourd’hui sur le Céleste Empire, un premier traité intervint, celui de Nertchinks (1689), qui reconnut aux Russes la possession du territoire situé sur la rive gauche de l’Argoun, rivière dont la Réunion avec la Chilka, située plus au Nord, forme le fleuve Amour. Le cours de l’Amour, ainsi que le pays situé sur la rive gauche de ce fleuve furent restitués à la Chine. Mais l’Amour après avoir coulé de l’Ouest à l’Est se dirige brusquement vers le Nord et se déverse
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- dans la mer en un lieu où les glaces encombrent la circulation pendant une grande partie de l’année. La Russie devait donc pousser vers la mer libre. Elle y parvint.
- Pendant que la France et l’Angleterre dirigeaient leurs troupes sur Pékin, la Russie se faisait céder sans bruit par la Chine , toute la rive gauche de l’Amour et tout le pays placé entre la mer, la rive droite de l’Amour, à partir de sa réunion avec l’Oussouri, et la rive droite de cette rivière (traité de Tien-Tsin (1858), complété par le traité additionnel de Pékin (1869). _
- En vertu de ces traités, la navigation de l’Amour, de l’Oussouri, du Soungari (cette dernière rivière en plein territoire Chinois) n’est permise qu’aux bâtiments de l’empire Chinois et de la Russie. Les habitants Mand-choux établis sur la rive gauche de l’Amour, depuis la rivière Zeia jusqu’au village de Hormoldzin au Sud, conserveront à perpétuité les lieux de leurs anciens domiciles sous l’administration du gouvernement Mandchou , et les habitants russes ne pourront leur faire aucune offense ni vexation.
- L’article 2 concerne le trafic entre riverains et l’article 3 déclare perpétuel le traité ainsi conclu.
- Ce traité a fait de la Russie la voisine immédiate de la Corée.
- Le Bureau de Berne passe en revue les différents traités dont la connaissance est indispensable pour une appréciation du conflit russo-japonais.
- On trouve dans la circulaire le texte d’un arrangement conclu entre la Russie et le Japon le 13-25 avril 1898, pour assurer l’autonomie de la Corée. Voici ce texte :
- « Article 1er. — Les gouvernements impériaux de la Russie et du Japon reconnaissent définitivement la souveraineté et l’entière interindépendance de la Corée et s’engagent mutuellement à s’abstenir de toute ingérence directe dans les affaires intérieures de ce pays. »
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- « Art. 2. — Désirant écarter toute cause possible de malentendu dans l’avenir, les gouvernements impériaux de la Russie et du Japon s’engagent mutuellement, dans le cas où la Corée aurait recours au conseil et à l’assistance soit de la Russie, soit du Japon, à ne prendre aucune mesure pour la nomination d’instructeurs militaires et de conseillers financiers, sans arriver, préalablement, à un accord mutuel à ce sujet. >
- « Art. 3. — Vu le large développement pris par les entreprises commerciales et industrielles du Japon en Corée, ainsi que le nombre considérable des sujets japonais résidant dans ce pays, le gouvernement russe n’entravera point le développement des stations commerciales entre le Japon et la Corée. »
- Le protocole de paix du 8 septembre 1901 n’a trait qu’aux satisfactions à donner aux Puissances qui étaient intervenues à la suite de la révolte des Boxers, pour justifier l’évacuation du territoire Chinois par leurs troupes. Il ne fournit aucune indication utile.
- Un des éléments de la question est la Convention anglo-allemande pour assurer l’intégrité de l’empire Chinois. La Mandchourie étant comprise dans les stipulations de cette convention d’après la déclaration formelle du gouvernement Anglais, il n’y a pas lieu, fait remarquer le mémoire, de s’en occuper d’une façon spéciale à propos du conflit actuel.
- Un autre traité plus important est celui qui a été conclu le 30 janvier 1902 entre l’Angleterre et le Japon dans le but d’assurer le statu quo et la paix générale en Extrême-Orient et de maintenir l’indépendance de la Chine et de la Corée qui doivent rester ouvertes au commerce et à l’industrie de toutes les nations.
- On a trouvé que ce traité, malgré son préambule, ouvre la porte à une étroite politique d’intérêts spéciaux et menace ainsi l’équilibre même qu’il semble devoir établir. On insiste aussi tout particulièrement sur le fait qu’il pourrait être invoqué par le Japon pour appeler l’Angleterre à son aide et l’entraîner dans une
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- guerre en Extrême-Orient ; mais le seul cas où cet appui militaire deviendrait obligatoire pour la Grande-Bretagne serait celui d’une attaque simultanée du Japon par plusieurs puissances.
- Voici, en effet, dans quels termes il s’exprime sur ce point, le seul qui intéresse en l’espèce. :
- « Art. 2. — Au cas où la Grande-Bretagne ou le Japon, dans un but de défense de leurs intérêts respectifs, se trouveraient engagés dans une guerre avec une autre puissance, l’autre partie contractante restera rigoureusement neutre et s’emploiera de toutes ses forces à empêcher d’autres puissances de se joindre aux hostilités entreprises contre son allié. »
- « Art. 3. — Si, dans le cas précité, une ou plusieurs puissances s’associaient aux hostilités contre cet allié, l’autre partie contractante viendrait à son secours et mènerait la guerre de concert avec lui pour ne conclure la paix qu’après accord mutuel. »
- Cet article 3, bien que conditionnel 9 n’en renferme pas moins un danger pour la paix du monde, car il suffirait pour provoquer une, grande guerre dans l’Extrême-Orient que la Russie trouvât une autre puissance prête à soutenir sa cause les armes à la main contre le Japon.
- Par leur « Déclaration » datée du 20 mars 1902, les gouvernements de France et de Russie se sont reconnus « pleinement satisfaits de trouver dans le traité anglo-japonais l’affirmation des principes essentiels qu’ils, ont eux-mêmes, à plusieurs reprises, déclaré constituer et qui demeurent la base de leur politique » ; mais ils ont ajouté à cette affirmation la réserve suivante :
- « Les deux gouvernements estiment que le respect de ces principes est en même temps une garantie pour leurs intérêts spéciaux en Extrême-Orient. Toutefois, obligés d'envisager, eux aussi, le cas où, soit l’action agressive de tierces puissances, soit de nouveaux troubles en Chine, mettant en question l’intégrité et le libre développement de cette puissance, deviendraient une
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- menace pour leurs propres intérêts9 les deux gouvernements alliés se réservent d’aviser éventuellement aux moyens d'en assurer la sauvegarde. »
- Lorsque survinrent les événements qui amenèrent l’intervention des puissances en Chine, les troupes russes occupèrent la Mandchourie chinoise ; et lorsqu’en 1901, à la suite du traité de paix de Pékin, les troupes européennes évacuèrent la capitale Chinoise et la province de Petche-li, les Russes restèrent en Mandchourie. Cependant, afin d’éviter que l’Angleterre, le Japon, l’Allemagne exigeassent des compensations à la mainmise de la Russie sur l’administration d’une grande province chinoise, le gouvernement russe prit l’engagement d’évacuer cette province dans certains délais.
- Le mémoire constate que la Russie n’a pas effectué le retrait de ses troupes de la Mandchourie aux délais prévus, notamment à celui du 8 octobre 1903.
- Le gouvernement russe affirme de la manière la plus positive qu’il ne songe pas à annexer la Mandchourie chinoise, mais qu’après avoir fait les dépenses évaluées à un milliard et demi de francs, il a engagé de gros intérêts dans ces contrées et veut qu’ils soient sauvegardés avant de faire cesser l’occupation, qui met d’ailleurs ses frontières orientales à l’abri de toute attaque. L’évacuation ne se produira donc que quand le calme et l’ordre seront rentrés dans le pays et que l’exploitation normale du chemin de fer russe sera assurée.
- Il n’est pas surprenant qu’une prescription si vague ait fait surgir des incidents de nature à inquiéter les Japonais sur l’intention des Russes de faire durer indéfiniment l’occupation. La réoccupation de certains points déjà évacués n’était pas faite pour calmer leurs appréhensions ; car la Mandchourie chinoise constitue à leurs yeux une sorte de tampon contre les ambitions qu’on attribue à l’empire moscovite en Extrême-Orient.
- Cependant ce n'est pas là le point essentiel du conflit russo-japonais. Au fond l’influence sur la Corée préoccupe infiniment plus le Japon que l’occupation Mand-
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- choue, dont la durée dépend plus ou moins de l’attitude des puissances d’Europe et d’Amérique.
- Au point de vue militaire, les Japonais tiennent à conserver la prépondérance dans l’empire coréen. Or, ils croient apercevoir dans les agissements des Russes en Mandchourie l’intention de s’installer en Corée pour s’y donner une base d’opérations contre le Japon, maintenant qu’ils ont pris les ports occupés par les troupes japonaises à la suite de leur guerre victorieuse contre la Chine.
- A cette époque, des conventions avaient été conclues entre l’empire coréen et le Japon, par lesquelles celui-ci s’assurait entre autres l’entretien d’une garnison à Séoul et reconnaissait, en revanche, le traité entre la Russie et la Chine relatif à la Mandchourie. Il avait, du reste, acquis le protectorat sur la Corée et Formose, tandis que l’Allemagne s’était fait céder Kiao-Tcheou, la Russie Port-Arthur et Talienvan, l’Angleterre Wei-haiwei et la France Kwang-tcheouwan.
- Le Japon avait espéré plus que ce protectorat comme fruit de ses victoires d’alors. Sa déception est d’autant plus amère que l’extension de la puissance moscovite dans la Mandchourie lui paraît constituer une perpétuelle menace pour sa propre indépendance.
- Sous le rapport des intérêts commerciaux, la dissidence des intérêts paraît encore plus évidente, du moins au milieu du chaos qui règne en cette matière dans ces parages lointains. En effet, le Japon estime avoir besoin de la Corée comme débouché pour l’échange des produits et pour le trop plein de sa population. C’est lui, d’ailleurs, qui l’a ouverte au commerce après que la France et l’Amérique avaient échoué, de telle sorte qu’en 1889 déjà plus de mille navires japonais ont débarqué près de 221,000 tonnes de marchandises dans la presqu’île, alors que la Chine n’en débarquait guère que 12,000.
- Les Japonais estiment qu*une russification successive du territoire coréen leur causerait un grave préjudice,
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- qu’ils doivent prévenir au prix de concessions importantes à faire d’autre part.
- La question soulevée est donc complexe : elle a trait à des intérêts militaires comme à des intérêts commerciaux, mais ne se rapporte plus qu’éventuellement à la Mandchourie, en ce sens que le gouvernement japonais laisse au cabinet de Saint-Pétersbourg toute latitude pour Poccupation des trois provinces mandchoues et le soin de s’entendre à ce sujet avec la Chine et les puissances intéressées, pourvu que, de son côté, la Russie ne lui conteste pas le protectorat sur la Corée, à titre d’équilibre des influences dans l’Extrême-Orient.
- Le gouvernement russe se serait montré assez favorable à un arrangement de ce genre, si le Japon avait consenti à lui laisser la liberté commerciale entière et absolue en Corée ainsi que certains points d’appui militaires dans ce pays ; mais le gouvernement japonais.se serait montré intraitable sur ces deux points.
- Les choses en étaient là lorsque le mémoire du Bureau de Berne fut lancé à la fin de décembre dernier.
- Le mémoire exprime l’avis qu’il ne faut pas se faire d’illusion sur ce que serait actuellement une guerre entre la Russie et le Japon, même sans l’intervention des puissances alliées.
- Les Japonais ont prouvé dans leur guerre de 1895 contre la Chine qu’ils ne sont pas une quantité négligeable au point de vue militaire et l’on peut admettre qu’ils lutteraient avec la dernière énergie, s’il le fallait, pour conserver leur influence et leurs intérêts dans PExtrême-Orient.
- 11 ne s’agit donc pas d’une simple démonstration militaire accompagnée d’un combat naval ou d’un siège à la suite duquel le vainqueur impose sa loi au vaincu ; la guerre serait nécessairement longue et meurtrière, aucun des deux belligérants n’étant disposé à accepter une première défaite, puisque l’enjeu de la lutte est la prédominance future dans les affaires politiques et commerciales de 1 "Extrême-Orient.
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- LE DEVOIR
- Il serait dangereux d’attendre , pour chercher à aplanir le différend, que le gouvernement russe ait déclaré vouloir annexer définitivement la Mandchourie chinoise. Il ne l’a pas fait et la porte est restée ouverte aux négociations ; mais l’offre de bons offices arriverait peut-être trop tard au cas où cette déclaration surviendrait.
- La preuve qu'il est possible de prévenir un conflit armé entre les deux parties en cause, se trouve d’ailleurs dans le fait que plusieurs projets d’arrangements ont circulé dans la presse et qu’on les a généralement trouvés acceptables tout au moins comme hases de négociations.
- En terminant, le mémoire conclut que dans l’état actuel des négociations, un rapprochement des prétentions extrêmes n’est pas impossible. Du reste, une guerre entre la Russie et le Japon dans les parages de la Mer Jaune ne finirait rien et, comme la plupart des guerres, ne servirait qu’à en préparer d’autres.
- Elle aboutirait nécessairement à l’affaiblissement des deux belligérants au point de vue de leur rôle civilisateur dans l’Extrême-Orient, tandis qu’un arrangement basé sur des concessions mutuelles, conseillées parles grandes puissances, laisserait une place suffisante à l’un et à l’autrs dans ces vastes régions à peine ouvertes au commerce du monde.
- Le mémoire finalement appelle l’attention des puissances sur l’urgence d’une démarche collective de leur part auprès du gouvernement russe et du gouvernement japonais, en application du Titre II de la Convention de la Haye, du 29 juillet 1899, ainsi conçu :
- « En cas de dissentiment grave ou de conflit, avant d’en appeler aux armes, les puissances signataires conviennent d’avoir recours, en tant que les circonstances le permettront, aux bons offices ou à la médiation d’une ou de plusieurs puissances amies. »
- En outre de la démarche faite par le Bureau de
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- Berne, M. Cremer, député anglais, lauréat du prix Nobel de la paix, a pris l’initiative de demander au tsar et au mikado de porter leur différend devant le tribunal de la Haye.
- Sur son appel, un groupe de citoyens^anglais, amis de la paix, se sont rémois et ont décidé d’envoyer la dépêche suivante aux souverains russe et japonais :
- « Nous, soussignés, qui avons salué avec joie la Conférence de la Haye, qui avons travaillé avec enthousiasme à son succès, et qui voyons, dans la convention d’arbitrage et dans ses œuvres, le meilleur espoir pour la paix internationale, nous désirons adresser à Vos Majestés, souveraines de Russie et du Japon, nos vœux sincères pour que, dans le cas où toutes les démarches diplomatiques échoueraient, Vos Majestés justifient la confiance que nous plaçons en leur dévouement à la cause de la paix, en référant la question en litige à la Haute Cour internationale de la Haye et veuillent éviter l’outrage à la civilisation et l’atteinte portée aux progrès de l’humanité qu’entraînerait le règlement d’un tel différend par la guerre.
- «Et nous faisons surtout appel à l’empereur de Russie, à l’initiative courageuse duquel la Conférence de la Haye doit être attribuée, comptant qu’il voudra proposer l’application des principes d’arbitrage au règlement du dissentiment actuel ».
- Cette dépêche, signée par un grand nombre de membres du Parlement britannique, par des personnalités des plus en vue et des représentants de toutes les classes de la société, a été envoyée le 21 janvier au tsar et au mikado.
- Au moment où nous écrivons, la situation reste encore extrêmement tendue. Fort heureusement, et bien que ni l’une ni l’autre des nations en présence n’ait atténué ses prétentions, il ne s’est rien fait d’absolu-uient irréparable. Les pacifistes ont donc pu conserver l’éspoir d’une solution satisfaisante,
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- Quoi qu’il doive advenir, ils ne seront pas restés inactifs; ces personnalités sans mandat, comme les qualifient quelques journalistes sans doute très autorisés, ont fait entendre la voix de l’opinion, dont la presse n’est malheureusement pas toujours l’écho, cette voix à laquelle les gouvernements ne sont pas obstinément restés sourds, ainsi qu’en témoigne la conclusion de récents traités d’arbitrage.
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- M. Combes et la paix.
- M. Combes n’est pas de ces hommes de gouvernement pour qui la paix n’est que le repos des armes ; la force, préparatrice des dominations, comme on disait autrefois, rcsiant au fond l’unique objet de leur culte.
- Pour le président du Conseil des ministres, la paix est un principe. Avec sa netteté habituelle, il a exposé sa manière de voir à cet égard au banquet du Comité républicain du commerce et de l’industrie :
- « Certainement on nous respecte, a-t-il dit, parce que nous sommes forts et déterminés à repousser toute atteinte portée à notre honneur et à notre territoire. Mais, messieurs, qu’on le sache bien, — et c’est pour qu’on le sache que nous estimons indispensable de le dire et de le redire — la paix ne se confond pas pour nous avec le seul sentiment de notre force. Nous tenons la paix en même temps pour le premier devoir des nations.
- « C’est pour nous, France républicaine, pays par excellence de la démocratie et de la solidarité, une obligation morale profondément sentie de tout faire pour procurer la paix aux autres, tout en la conservant pour nous-mêmes.
- « Les principes de notre gouvernement sont incompatibles avec cet égoïsme féroce qui fait considérer comme un bien amoindri le bien qu’on partage avec autrui. Au contraire, notre générosité naturelle trouve sa satisfaction dans ce partage, ces sentiments se sont fait jour
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- récemment dans deux traités d’arbitrage. Ils s’étaient manifestés auparavant avec éclat dans notre manière à la fois cordiale et digne d’accueillir les visites de souverains amis. L’effet moral produit sur l’opinion publicpie a été tellement intense que le nationalisme en est resté tout désemparé.
- « La France est à la: paix, entièrement à la paix; toutes ses pensées sont des pensées de paix; tous ses rêves, même les plus beaux, sont des rêves de paix. »
- La neutralisation de la Méditerranée.
- Tel est le sujet du nouveau concours que M. de Mar-coartu, l’un des plus anciens et des plus zélés défenseurs de la cause de la paix en Espagne, propose pour le commencement de l’année 1904 avec offre d’un prix pour l’auteur du meilleur mémoire. Ce sera le troisième concours fondé par l’honorable sénateur espagnol en faveur de l’idée pacifique.
- M. de Marcoartu a adressé, à cet effet, aux diverses organisations qui ont pour objectif la conciliation et l’arbitrage entre nations, une lettre dont voici la conclusion.
- Au lieu d'imaginer des zollvereins européens avec l’idée de s’opposer à l’invasion des produits de l’autre côté de l’Atlantique, il me semble plus avantageux et civilisateur de diminuer, à l’instar américain, la toujours croissante exagération de nos budgets militaires pour réduire le prix de revient de la production en Europe et nous éloigner de la menaçante marée des guerres de classes.
- Le canal de Suez ayant été neutralisé, puisque la France a eu l’honneur historique d’avoir pris l’initiative d’un traité d’arbitrage avec la Grande-Bretagne, premier traité d’arbitrage a 'priori fait par deux grandes puissances ; puisque la France prépare des traités d’arbitrage et de commerce avec l’Italie et d’autres
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- Etats, ne pensez-vous pas qu’elle pourrait, d’accord avec l’Italie et la Grande-Bretagne, engager les préliminaires d’une conférence internationale pour étudier la neutralisation permanente de la Méditerranée, tant réclamée par les grands intérêts commerciaux du monde entier ?
- La neutralisation du Danemark.
- M. F. de Martens, le célèbre professeur russe de droit international a publié dans la Revue des Deux-Mondes une remarquable étude sur la question de la neutralisation du Danemark.
- Il examine le problème au point de vue exclusivement politique et soutient le principe que la neutralité permanente, érigée en maxime d’Etat, par la volonté de l’Etat qui veut s’y soumettre, a le même droit au respect des autres pays que la neutralité perpétuelle proclamée par une convention quelconque, et qu’elle crée un état de pacification permanente pour l’Etat intéressé et un boulevard de sécurité commune pour tous les Etats du continent. Pour ce qui concerne spécialement la neutralisation du Danemark, M. de Martens estime qu’elle sera un bienfait inestimable pour ce pays et une garantie nouvelle pour le maintien de la paix en Europe.
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- Les Boers.
- Du Petit Parisien (extrait d’une interview du chef boer Van Straeten, qui a installé récemment une colonie d'Afrikanders en Araucanie) :
- Le valeureux Van Straeten est à Paris. Je l’ai interrogé hier sur la vie de ses amis au Chili. Et il m’a répondu tout d’un trait avec des phrases simples, justes, et une beauté d’expression qu’on ne trouve que chez ces gens honnêtes et frustes comme des héros antiques ;
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- ___J’irai bientôt, m’a-t-il dit, rejoindre mes frères
- dans la colonie que nous avons fondé et qui s’appelle « Transvaal ». Nous y serons bientôt près de trois mille, et nous appelions sans cesse nos frères malheureux. Il faut que là-bas la patrie se reconstitue.
- » Mes frères ont salué avec des cris de joie la côte hospitalière du Chili. Ils ont cru au bonheur sur la terre, à ce bonheur qu’ils croyaient perdu depuis la guerre atroce, lorsqu’ils se sont vus libres, bien outillés et approvisionnés sur une terre fertile.
- » Les colons allemands, des hommes sages aux yeux bleus, aux longues barbes rousses, nous ont donné d’utiles conseils. Les Araucans, pauvres êtres chétifs, alanguis par leur sang trop vieux, nous sont d’utiles serviteurs.
- » Je vais faire établir une scierie à Santiago pour nos bois abattus. Nous faisons une besogne énorme... Le nouveau Transvaal est né au monde des petites nations heureuses.
- » Quelle allégresse sainte, le jour où nous avons hissé nos chers drapeaux !
- — Ce dut être émouvant, dites, cher ami ?
- — Ce fut émotionnant pour des âmes aussi simples que les nôtres. Ce fut très court aussi, parce que nous avions beaucoup à travailler.
- » ... Sur la plus haute maison, les drapeaux quadri-colores furent hissés. Autour nous étions rangés tête nue. Et nous avons chanté en pleurant comme des enfants le viel hymne du Transvaal... »
- Van Straeten se tut. Il évoquait sans doute la touchante cérémonie célébrée en pleine nature et qui dut être splendide. Je lui dis :
- — La patrie est toujours où se trouve le drapeau...
- Il me répondit mélancoliquement :
- — Les premiers Boers du Transvaal étaient des exilés d’Europe. Les Boers d’Amérique sont des exilés d’Afrique. Les justes n’ont de repos que lorsque justice est faite,. Et il y a tant d’injustices triomphantes. Mais nous avons la foi,.,
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- LE DEVOIR
- Si l’on veut savoir maintenant ce que la conquête anglaise a fait de l’ancienne patrie des Boers, qu’on lise l’extrait suivant, emprunté au Signal de Genève, d’une correspondance adressée par Miss Hobliouse au Man-chester-Guardians, il y a près de quatre mois. Les nouvelles récentes du Transvaal montre que la situation n’a pas beaucoup changé depuis ce moment. Miss Hobhouse, qui fut la première à signaler à dénoncer au monde les misères, confirmées, hélas ! par les statistiques officielles, des camps de concentration, s’exprime ainsi dans cette lettre :
- » Voici deux mois et demi que je visite les villages les plus éloignés de la colonie de l’Orange et du Transvaal, loin de toute voie ferrée, vivant avec les vrais Boers de cette contrée,' partageant leur nourriture et m’abritant de mon mieux dans leurs maisons en ruines. Les conditions d’existence dans la plupart de ces districts sont déplorables...
- » ... Les Boers y meurent de faim. La misère y revêt un caractère spécial, selon les localités et selon la nature du pays ; presque partout cependant (c’est le cas pour les paroisses qui s’étendent à l’Est de Heibronn) des centaines de familles n’ont pas eu, depuis des mois, d’autre nôurriture que du gruau, et quand je dis qu’elles « n’ont pas eu d’autre nourriture », j’emploie cette expression dans son sens propre et littéral. Règle générale, l’on peut dire que chaque famille a son sac ou ses deux sacs de gruau ; par des prodiges d’économie (on comptait presque les grains), on l’a fait durer le plus longtemps possible ; mais le jour est venu où il a fallu manger les semences mises en réserve pour les semailles et que l’on partageait avec quelques maigres poules. Pendant d’innombrables semaines, des familles entières se sont contentées de manger une seule fois par jour; aujourd’hui, la dernière poignée de gruau est épuisée. Que mangeront-elles demain ? Où trouveront-elles l’argent pour se procurer des vivres ?
- » Six mois nous séparent encore des moissons, mais
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- LA QUESTION DE LA PAIX
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- pour la plupart de ces gens, la moisson est un vain mot puisqu’ils n’ont ni bœufs pour labourer, ni grains pour semer. Pour le moment, la terre s’étend à perte de vue, brûlée, brunie et silencieuse et il en sera ainsi jusqu’à ce que surviennent les pluies du printemps.
- » Rien de plus triste que la vue des fermes situées à 20, 30 ou 50 milles des grandes agglomérations. Des familles entières sont plongées dans la misère noire. Dans plusieurs cas, le mari est parti à l’aventure, à la recherche d’ouvrage : à la maison, la femme et les enfants attendent son retour en silence. Jamais aucune plainte ne leur échappe. Ils n’ont rien à faire : pas de vêtements à coudre , point de nourriture à préparer, point de jardin à cultiver, les semences et l’eau leur faisant défaut. Ils restent assis , en rangs silencieux. Parfois les yeux de la femme se mouilleront de soudaines larmes à l’ouïe d’une parole de sympathie, mais à moins que vous ne posiez des questions, vous n’apprendrez rien sur son sort. Il arrive quelquefois que la fille aînée de la maison vous prend à l’écart et vous dit à l’oreille : nous n’avons rien à manger.
- » Emily Hobhouse. »
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- M Roosevelt et l’arbitrage.
- Dans son message annuel remis le 7 décembre au Congrès de "Washington, le président Roosevelt se félicite de la solution de la difficulté de l’Alaska et du fait que l’affaire du Venezuela a été soumise au tribunal de la Haye.
- Il est heureux de voir tant de nations représentées devant la cour arbitrale. Il voit là, dit-il, des promesses pour l’avenir :
- Les nations qui y comparaissent aujourd’hui trouveront plus facile encore d’y comparaître une seconde fois. Il faut se féliciter chaudement de ce triomphe du principe de l’arbitrage qui est de si heureux augure pour la paix du monde. Un sentiment est né parmi les
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- nations civilisées ; il en résultera l’emploi graduel de méthodes nouvelles pour régler les différends. Ce n’est pas que nous en soyons arrivés au point de pouvoir éviter toutes les guerres à l’aide de l’arbitrage ; mais avec la prudence, de la fermeté et de la sagesse, on pourra écarter les provocations et les prétextes de guerre et régler les conflits par des méthodes rationnelles.
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- Le prix Nobel.
- Le prix de la paix qui avait été la première fois attribué à M. Frédéric Passy et l’année dernière à M. Elie Ducommun, secrétaire du Bureau international de la paix, a été décerné cette année au député anglais Wil-liam-Randall Cremer.
- M. W.-R. Cremer qui représente Haggerston au Parlement anglais est le fondateur des conférences interparlementaires qui se sont réunies depuis 1888 à Paris, Londres, Rome, Berne, la Haye, Budapest, Bruxelles, Christiania. Par trois fois il fit le voyage des Etats-Unis pour présenter au président et au Congrès des mémoires signés de plus de 300 noms de députés anglais en faveur d’un traité d’arbitrage entre les Etats-Unis et l’Angleterre. Il est depuis près de trente ans le secrétaire de la Ligue internationale de l’arbitrage, et l’on sait la part qu’il a prise à l’échange de visites entre parlementaires anglais et français.
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- LE MOUVEMENT FÉMINISTE
- Le programme de 1904.
- Dans le numéro de janvier du Journal des femmes, Mme Maria Martin adresse son salut au nouvel an qui arrive les poches remplies de promesses :
- Que nous apporte-t-il, à nous féministes ? Quel est le programme de 1904 ?
- Le travail de l’année écoulée nous en donne un aperçu, et nous a préparé ce programme dans une certaine mesure. Nous pouvons espérer l’abrogation de l’article 340 qui interdit la recherche de la paternité, car plusieurs projets de loi ont été déposés à la Chambre, relatifs à ce sujet. Nous préférons sans doute celui rédigé par la section de Législation et approuvé en assemblée générale par le Conseil national des Femmes Françaises, mais nous accepterions des modifications à ce projet, pourvu que le principe de protection accordée à l’enfant reste admis. Ce ne sera pas trop tôt de mettre un frein aux infanticides volontaires ou involontaires et de sauvegarder tant de petits êtres voués dès leur naissance à la maladie, à la misère et au crime. L'histoire ancienne nous raconte que le roi Hérode mit à mort tous les petits enfants juifs nés dans l’an 1 de l’ère chrétienne ; en 1904, nous nous contentons de laisser mourir tous ceux dont la loi n’a pas reconnu la naissance légitime.
- Mais nous devons demander d’autres choses à 1904 que de s’occuper uniquement des enfants nés hors mariage et de leurs mamans. Le sort de la femme mariée devant M. le maire n’est pas toujours plus heureux. Maintes fois, le Journal des Femmes s’est fait l’écho de ses plaintes, sans même pouvoir énumérer toutes les injustices dont elle souffre en conséquence de la posi-
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- tion inférieure que lui fait le Code Napoléon. Le moment n’est-il pas venu de changer nos lois et nos mœurs à cet égard ? Dans cette époque où la dépopulation de la France préoccupe beaucoup d’esprits, M. Piot lui-même doit être d’avis qu’on ne devrait pas donner une prime au célibat féminin en accordant à la femme non mariée des droits qui sont refusés à l’épouse. 1904 devrait nous apporter de grandes modifications dans le régime matrimonial.
- La liste des réformes que nous attendons de l’esprit éclairé de notre jeune 1904 serait trop longue à énumérer. Il nous faut des syndicats féminins, des groupements de plus en plus nombreux pour propager les idées féministes, des carrières nouvelles ouvertes aux femmes pour leur permettre de délaisser celles déjà trop encombrées. Tous les travaux manuels n’exigeant pas une trop grande dépense de force physique devraient être accessibles aux femmes comme aux hommes. Dans les administrations principales elles sont déjà employées, mais seulement dans les postes inférieurs. Tous les gros traitements sont réservés aux employés hommes. Pourquoi cette différence ? 1904 pourrait-il nous l’expliquer et nous dire aussi comment il se fait que les instituteurs et les institutrices ne reçoivent pas le même salaire pour le même travail ? Est-ce parce qu’il y a plus de mérite à instruire les garçons que les filles ? Ou n’est-ce pas plutôt que, les petits garçons étant plus turbulents et difficiles à gouverner, on pense que l’instituteur a plus de peine que l’institutrice qui dirige une classe de petites filles intelligentes et bien disciplinées ?
- Avons-nous tort de croire aux promqsses du nouvel an ? Nous ne le pensons pas. Il ne nous donnera probablement pas tout ce que nous lui réclamons, mais il fera comme ses devanciers qui nous ont laissé un bon souvenir de leur passage. Aucun ne nous a retiré un droit, car un droit acquis fait partie intégrale de nous-mêmes et ne s’arrache plus.
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- Saluons donc les années qui viennent et qui passent. Chacune nous conduit plus près du but, chacune lait de l’utopie du passé la réalité d’aujourd’hui. Mais rappelons-nous que le progrès que nous désirons ne peut venir que de nous-mêmes. S’il vient lentement, c’est parce que nous ne nous donnons pas la peine de hâter son arrivée. Si chacumde nous faisait quelque chose, si peu que ce soit, un léger effort, un petit sacrifice pour aider les militantes, notre cause avancerait beaucoup plus vite, et 1904 deviendrait, comme nous le souhaitons, une année glorieuse dans les annales du féminisme. Maria Martin.
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- Les femmes dans les fonctions publiques.
- Le gouvernement norvégien a élaboré un projet de loi d’après lequel les femmes pourront être nommées aux emplois publics, si elles remplissent les conditions que la Constitution exige des hommes, et si elles possèdent les capacités requises pour les divers emplois.
- Les femmes resteront toutefois exclues de certains services, comme ceux des cultes, de la police, des consulats, de l’armée.
- Deux congrès féministes internationaux se tiendront à Berlin, en juin 1904 : le Congrès organisé par la Fédération des Sociétés féministes allemandes et le Congrès quinquennal du Conseil international des femmes.
- Les préparatifs du premier Congrès sont activement poussés par le comité d’initiative composé d’une déléguée de vingt-cinq sociétés berlinoises affiliées et d’une centaine de personnes qui, sur l’invitation de la direction de la Fédération, se sont déclarées prêtes à collaborer.
- La tâche du Comité berlinois consiste à préparer le cadre, le décor, la partie matérielle en quelque sorte
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- du Congrès et elle n’est pas mince si l’on en juge par l’énumération des travaux répartis entre les sept groupes qu’on a jugé nécessaire de constituer à cet effet : représentation, expositions, insignes, etc, ; presse, bureau de renseignements, poste, etc. ; réunions mondaines, réceptions, etc. ; visites intéressantes, théâtre, etc. ; salons de repos, soins donnés sur place, etc. ; caisse, livret du Congrès, etc.
- A la direction de la Fédération incombent la distribution et la confection du programme du Congrès, la formation de la liste des oratrices, le soin de les inviter, l’arrangement des assemblées publiques et privées.
- Le travail des quatre sections du Congrès a été limité d’avance aux changements réclamés dans les droits et les devoirs des femmes par le mouvement féministe international.
- Les quatre sections se rangent sous ces rubriques : lo Education des femmes ; 2° Rôle et vocation des femmes ; 3° Institutions et réformes sociales ; 4° Position de la femme dans le droit public et privé.
- Tout en prenant pour base de ses opérations l’excellent exemple que lui a donné le Congrès féministe international de Londres en 1889, la direction de la Fédération a su éviter les fâcheux inconvénients qui s’y produisirent du fait de la dispersion des locaux et de la coïncidence du Congrès et de l’assemblée générale du Conseil international des femmes. Celle-ci aura lieu du 8 au 11 juin, le Congrès du 12 au 18.
- On comprend sans que nous ayons besoin d’insister, les avantages d’une réunion des deux Congrès sous le même toit à des époques différentes, mais consécutives.
- La confusion entre les travaux des deux Congrès n’est d’ailleurs pas possible. Quoique le Congrès se rattache au Conseil international et en tire sa raison d’être, il en est indépendant. C’est à l’Assemblée générale du Conseil qu’il appartiendra de formuler des résolutions et des conclusions. Il n’y a de déléguées officielles qu’au Conseil ; le Congrès n’admet que des
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- oratrices. Il est une revue d’ensemble du féminisme en même temps qu’un instrument de propagande.
- Le mouvement pour le suffrage des femmes ne sera pas seulement discuté dans la section y afférente (position de la femme dans le droit public et privé) ou dans les grandes Assemblées qui se tiendront chaque soir pendant la durée du Congrès ; mais il sera également à l’ordre du jour du Congrès du Conseil international et y fera probablement l’objet d’une résolution.
- Les élections australiennes.
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- Les dépêches d’Australie relatant les résultats des élections générales qui ont eu lieu en décembre dernier dans ce pays pour les deux Chambres fédérales, constatent que la compagne électorale fort active, n’a été marquée, cette fois, par aucun des incidents violents qui, trop souvent, jusqu’ici, avaient traduit la passion que les électeurs apportaient à la lutte. Elles attribuent cet heureux résultat à l’arrivée de l’élément féminin sur la scène politique.
- Le suffrage communal des femmes du Danemark.
- Copenhague, 11 novembre 1903.
- Le ministre de l’intérieur a présenté au Folkething un projet de loi conférant à toutes les personnes payant des impôts, hommes et femmes , le droit de suffrage aux élections communales.
- Le projet introduit, dans toutes les élections communales, la représentation proportionnelle et le vote secret.
- Les étudiantes en France.
- Treize nouvelles élèves femmes ont été reçues à l’Ecole des Beaux-Arts dans la section de peinture, et trois dans la section de sculpture.
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- Le nombre (les étudiantes en droit est en ce moment de trente-quatre.
- L’Alliance nationale des Sociétés féminines suisses
- a donné son adhésion au Conseil international des femmes.
- Qu’est-ce que l’Alliance nationale des Sociétés féminines suisses ?
- La réponse à cette question a été faite par Mme Pieczynska-Reichenbach dans le sobre et volumineux exposé qu’elle a présenté sous ce titre même au Congrès de l’Alliance tenu en octobre à Genève, et dont nous empruntons le résumé au Journal de Genève du 13 octobre 1903.
- Après avoir rappelé que l’Alliance est née à Genève, Mme Pieczynska a ajouté que les Sociétés suisses réunies en Alliance ont des sphères d’activité distinctes.
- En entrant dans l’Alliance, chaque société reste ce qu’elle est.
- Les sociétés ainsi fédérées sont très diverses. Il y a, par exemple, dans cette salle, des déléguées qui représentent 13,000 femmes, membres du corps enseignant dans la plupart des cantons suisses ; voici l’association professionnelle des sages-femmes qui compte plus de 800 adhérentes ; voici encore sept sections de l’Union des sociétés d’utilité publique des femmes suisses ; l’Alliance compte aussi des ouvrières proprement dites, et des sociétés de villageoises, dont l’une, la Berna, a un effectif de 1,800 membres et publie un vaillant petit organe. D’autres , parmi les sociétés qui ont adhéré à l’Alliance, ont un but social : la Ligue contre l’alcoolisme, la Société pour l’enfance abandonnée. Quatre unions de femmes, celles de Genève, Lausanne, Zurich et Berne, se sont jointes à leurs sœurs. Il y a enfin dans l’Alliance des sociétés philanthropiques.
- Le terrain commun, c’est, pour toutes ces femmes, le besoin de sortir de l’isolement, d’élargir leur vision .
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- Ce besoin réclamait un moyen d’expression. Une occasion le fit naître. Ce fut la communication faite au public de l’avant-projet de Code civil fédéral. Plusieurs sociétés féminines le reçurent, l’étudièrent. Les quatre Unions des femmes précitées s’entendirent ensemble et formèrent un premier noyau. Elles s’adressèrent ensuite à toutes les __ associations féminines en Suisse, dont les membres se comptent par milliers, les invitant à se grouper avec elles. A Berne, en 1900, 17 importantes sociétés s’affilièrent : aujourd’hui, elles s’élèvent à 37, représentant environ 12,000 femmes. L’Alliance grandira encore, mais déjà maintenant, on ne peut lui refuser un caractère représentatif. Lorsqu'un projet a été étudié séparément par 37 sociétés, si toutes le recommandent, cette consultation devient significative et prend, îpeut-on dire, une portée générale .
- D’après ses statuts, l’Alliance n’agit qu'à l’unanimité des voix. C’est là un de ses côtés très caractéristiques, mais, quoi qu’il en semble, cette clause est sage et parfaitement applicable. Elle montre que les sociétés fédérées gardent leur autonomie. Jusqu’ici, tous les vœux émis l’ont donc été à l’unanimité, mais l’abstention est permise , et un tiers d’abstention est tenu comme équivalant à une opposition.
- Le Conseil fédéral suisse a accordé aux femmes suisses un représentant dans la commission d’étude du nouveau Code civil. La femme a des intérêts en propre : sa participation à une œuvre où elle est en cause, épargne beaucoup de besogne aux autorités.
- Le caractère représentatif de l’Alliance s’est accusé plus nettement encore dans la préparation du projet de code pénal. Des sociétés non affiliées à l’Alliance se sont jointes à cette dernière à propos d’un pétitionnement qui s’est trouvé ainsi avoir derrière lui 28.000 femmes.
- Une occasion nouvelle se présente pour les femmes suisses de collaborer à une œuvre d’intérêt général. Le pays entier s’applique à l’étude des assurances : mais
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- la question de l’assurance de la femme en couches, obligée actuellement de par la loi sur les fabriques à deux mois de chômage, et cela à un moment où ses dépenses augmentent, joint à un caractère d’urgence de grandes difficultés. Les femmes suisses vont entrer en matière à ce sujet, mais elles ne se feront pas faute de solliciter l’aide et les lumières d’hommes compétents. L’orateur parle encore de la ligue des acheteurs, où la femme devra aussi faire sa tâche. v
- L’Alliance nationale s’appellerait, comme dans les autres pays, conseil national des femmes, n’était, l’emploi de ce nom pour désigner une des deux Chambres suisses. Il existe dans le monde dix-sept conseils nationaux ou fédérations des sociétés féminines, sur lesquelles quatorze se sont liées par un conseil international, se réunissant à époques fixes. Ainsi elles restent en rapport les unes avec les autres. On a fait entendre à la Suisse qu’elle manquait dans ce concert des voix féminines du monde, et que son absence y était regrettée. Déférant à ce désir, l’Alliance nationale suisse vient, il y a quelques heures, de voter son affiliation au conseil international.
- C’est, en effet, au début de la séance où l’on a entendu l’exposé qui précède, le 10 octobre, que l’Alliance a décidé de s’affilier au conseil international, lequel fut, on le sait, fondé, il y a une douzaine d’années, pour unir les femmes de tous pays dans leurs efforts et ramener, en quelque sorte, à une expression générale le mouvement féministe.
- Une seule société suisse, celle de Winterthur, avait manifesté son intention de s’opposer au projet d’adhésion, en expliquant son attitude par la crainte de voir s’éparpiller les efforts de l’Alliance. Comme cette opposition en vertu des statuts aurait pu tenir en échec toutes les autres sociétés, les plus grandes instances furent faites pour la faire revenir sur sa décision. On lui représenta notamment que l’affiliation n’entraînerait aucun travail spécial, ni frais supplémentaires.
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- Finalement la société de Winterthur retira son oppo-sion et se contenta de s’abstenir et l’affiliation fut décidée.
- « Nous voilà donc, » s’écria la présidente, « membres de l’Association du monde entier ».
- Le droit politique des femmes en Norwège.
- Le Storthing norwégien a rejeté à l’unanimité une proposition concernant l’introduction dans la législation du droit électoral politique des femmes, qui était réclamé par l’Union pour le droit électoral des femmes.
- On sait que les Norvégiennes possèdent le droit électoral en matière municipale. Le Storthing estime que l’expérience poursuivie sur ce terrain n’est pas suffisamment concluante.
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- LÉ DEVOIR
- VI
- Par Henry GRËVILLE
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- ( Suite. )
- Ils furent bientôt renvoyés à leurs jeux et à Mamie , car Céphise comprenait que sa mère avait besoin d’elle seule.
- — Tu t’étais donnée toi-même, autrefois, dit celle-ci quand sa bile se fut assise tout contre sa chaise longue; aujourd’hui, tu nous donnes ton mari, ce que tu as de plus précieux; jamais je ne pourrai te dire merci.
- — Ne parlons pas de cela, maman, répondit Céphise en l’embrassant. Je vais prier Colette de se charger de mes enfants, et je t’emmène à Granville , avec Gaëtan. Je t’ai trouvé un gentil petit chalet, nous y serons bien tranquilles.
- — Non, dit Mme Maubert,je ne pourrais pas y aller. Colette va partir avec son mari, laisse-la faire ; elle veut te confier ses enfants, n’accepte pas. Ne te charge d’aucun soin , car moi...
- Elle se tut. Sa fille en la regardant lut sur le visage adoré que sa mère sentait ses jours comptés.
- — Toi? fit-elle, tu as besoin de moi, et de toute mon énergie. Il est nécessaire que nous soyons libres d’aller à Paris si ton état l’exige.
- — Je n’irai pas à Paris, dit Mme Maubert, je n’y arriverais pas vivante.
- — Alors le docteur Foissard va venir ici. Je lui écrirai ce soir. Pauvre cher père ! Il a bien fait de vendre l’hôtel ! Nous avons devant nous assez d’argent pour te sauver la vie, maman. Il faut que tu vives; que dirait mon père au retour s’il ne te trouvait plus ?
- — Je ne songe qu’à cela! répondit Mme Maubert avec un courage désespéré, et maintenant c’est plus
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- vie d’hôtel 117
- nécessaire encore, car si je ne vivais pas, le sacrifice que tu viens de faire serait perdu.
- La mère et la fille échangèrent une longue et muette étreinte, où leurs vies se soudèrent, s’il était possible, encore plus étroitement l’une à l’autre ; puis Cé-phise arrangea l’oreiller sous la tête de sa mère, lui donna un calmant**et descendit rejoindre le reste de la famille.
- Après le déjeuner, qui fut court, Céphise prit sa sœur à part.
- Quand les deux Becquemont s’en vont-ils ? demanda-t-elle.
- — Demain matin. Ils voulaient emmener Gaëtan pour une excursion en yacht, je ne sais plus où, mais il a refusé.
- — Il n’a pas le pied marin. Et vous, pour Jersey ?
- — Dans trois ou quatre jours. Je te laisse les enfants, tu emmèneras toute cette marmaille à Granville.
- — Nous n’irons pas, maman est trop fatiguée pour voyager. Écoute, invite Mme de Greslin et sa fille à rester ici jusqu’à ton retour; ce sera une bonne action envers ces pauvres femmes qui se trouveraient bien mal de rentrer à Paris en ce moment, et moi, cela me donnera un peu de compagnie.
- — C’est une excellente idée ! repartit Colette. Comment n’y ai-je pas songé plus tôt ?
- — Alors c’est conclu. Arrange cela. Et puis, au retour, nous verrons ce qu’il faut faire avec maman. Je la trouve très mal ..
- — C’est la secousse de ce matin. J’ai pensé tout haut d’une façon bien imprudente : maman est une vraie sensitive, elle avait tout deviné avant ton arrivée ; elle nous l’a dit.
- — Raison de plus pour la ménager. Je garde Gaëtan ; ne vous inquiétez pas de nous, tu sais que j'ai l’habitude de me tirer d’affaire,
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- LE DEVOIR
- Mme de Greslin accepta avec beaucoup de grâce et de dignité la charge des enfants de Vautrait ; elle était enchantée de voir Mamie profiter de l’air pur et de la bonne vie du château, en même temps que cette façon d’être « en visite » non salariée, lui rappelait sa jeunesse chez ses nobles parents. Le départ des deux Becquemont eut lieu le lendemain, à la très sincère joie de Gaëtan. Depuis sa grande querelle avec Mamie, il n’avait plus montré de si féroce jalousie, mais il ne laissait pas d’être inquiet, et la perspective de revoir son ami beaucoup plus tard seulement lui parut fort agréable.
- — D’ailleurs, ajouta-t-il d’un air détaché, je vais sans doute me voir obligé d’aller à Paris pour mes travaux.
- Ce mot prenait dans sa bouche une ampleur extraordinaire. Céphise écrivit au docteur Foissard, et se garda bien de montrer la réponse qu’elle en reçut courrier par courrier. Elle avait soigneusement calculé les dates et savait que rien, avant le départ de son beau-frère et de Colette, n’arriverait qui pût contrarier ses projets. Une certaine tension se lisait sur son joli visage un peu pâli, mais personne autour d’elle n’en fut étonné ; la façon brusque dont elle, s’était séparée de son mari devait avoir produit sur elle une impression considérable, pensait-on, tout accoutumée qu’elle fût à se discipliner.
- En effet, Mme Carval venait d’accomplir un sacrifice égal, sinon plus amer que celui par lequel, étant jeune fille, elle avait renoncé à épouser Armand, pour le suivre, dans un moment où sa mère ne pouvait se passer de sa présence sans courir un danger mortel. Sacrifier ainsi son premier, son unique amour, était une œuvre méritoire et douloureuse; mais envoyer son mari au secours de son père, dans un pays dangereux et malsain, et rester seule pour faire face aux pires éventualités, c’était peut-être encore plus pénible, à présent que la jeune femme connaissait tout le prix que donne à la vie un noble amour partagé.
- Mais Céphise n’était pas de celles qui s’attendrissent sur elles-mêmes ; elle allait droit au danger, ne son-
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- VIE OÙIOTEL
- géant au péril de l’avenir que pour s’en défendre par des mesures de prudence. Le seul chagrin contre lequel elle se vit impuissante était la mort des êtres qu’elle aimait ; elle sentait qu’un de ces coups la frapperait dans la source même de sa vie; elle se devait donc à elle-même de lutter pour écarter ce péril. Si son mari courait un danger, ce qui était possible , ce danger n’était pas encore venu , tandis que son père et sa mère avaient besoin de secours immédiat. Elle ne voulut pas regarder au delà.
- Comme elle l’avait souhaité , les départs s’échelonnèrent sans encombre. Colette partit avec Roger, accompagnée par les vœux de Mme de Greslin, qui se sentait tout à fait hère de remplacer la châtelaine : après son départ, Gaëtan sembla plus gourmé, plus figé que jamais ; il expliqua cette attitude par la nécessité où il se voyait de « piocher ferme » afin de mener de front la fameuse licence et les dessins qui lui étaient demandés. Céphise n’était pas alors disposée à examiner de très près les menus détails de la vie : elle écouta à peine ses explications et attendit l’arrivée du docteur Foissard.
- Celui-ci fut effrayé du changement qu’il put constater chez sa patiente ; les émotions récentes avaient certainement contribué à augmenter ses souffrances, mais l’état général était plus mauvais qu’il ne l’eût supposé.
- — Docteur, dit Mme Maubert, après qu’il l’eut consciencieusement auscultée, dites-moi la vérité, dites-la moi devant ma fille. A nous deux, nous pouvons tout entendre et tout supporter.
- Il hésita un instant, regardant tour à tour ces deux visages de femmes, empreints de grave résignation. Les hommes de la famille étaient loin, sauf Gaëtan, trop jeune : il se décida.
- — La médecine ne peut plus rien, dit-il, vous le savez; la chirurgie peut beaucoup, tout peut-être; mais il n’y a plus de temps à perdre,
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- LE DEVOIR
- — Autrement, demanda Mme Maubert, sans s’émouvoir, vivrais-je encore quelques mois?
- Le praticien regarda en lui-même, puis Axant les yeux sur la condamnée :
- — Quelques semaines , peut-être, dit-il.
- — Alors, docteur, répondit Mme Maubert, sans la plus légère altération dans la voix, l’opération, tout de suite, s’il vous plaît.
- — C’est que vous ne pouvez plus faire le voyage de Paris, expliqua le docteur. Ce serait vous exposer à ne pas supporter l’opération.
- — Faites-la faire ici, dit la malade.
- — Impossible. La chirurgie moderne ne va pas sans l’antiseptie, et aucun chirurgien ne prendrait sur lui, à moins que ce ne fut dans un cas absolument désespéré, de tenter une chose qui aurait toutes chances de ne pas réussir.
- — Alors? demanda Céphise.
- — Alors, il a à Angers un chirurgien très remarquable; vous n’avez guère qu’une heure et demie de chemin de fer; je pense que Mme Maubert peut supporter ce petit voyage. Une maison d’opérations fort bien installée peut la recevoir ; elle s’y reposera le temps nécessaire, et y fera sa convalescence.
- Céphise regarda sa mère avec un singulier sourire.
- — Pauvre maman ! dit-elle. Encore un hôtel !
- — C’est une maison tenue par. d’excellentes religieuses...
- — Oui, mais on n’est pas chez soi ! EnAn, puisqu’il le faut ! Alors, docteur ?
- — Je ne croyais pas trouver Mme Maubert aussi éprouvée, mais j’avais cependant prévenu le docteur Monprat de se tenir prêt à toute éventualité. Si vous êtes décidées, je puis lui télégraphier votre résolution.
- — Je vous en prie, dit Céphise. Quand faudrait-il nous en aller ?
- — Après-demain, si vous voulez.
- Les mesures nécessaires furent prises sur-le-champ,
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- et le savant médecin repartit pour Paris.
- Quand Mme Carval se trouva seule après l’avoir reconduit jusqu’au perron, elle se rappela le jour où Armand l’avait quittée, jeune fille, après qu’elle venait de lui ôter tout espoir. Que de larmes elle avait versées dans son désespoir d’avoir repoussé celui qu’elle aimait ! et pourtant, au fond de l’âme, elle se voyait éclairée d’une clarté, très pure et très consolante, celle du devoir noblement accepté. Aujourd’hui, le bruit des roues qui s’éloignaient, en évoquant le souvenir de cette heure douloureuse, ramenait aussi celui de la séparation récente, et la laissait en face du péril imminent. Cette fois, comme alors, elle était seule avec sa peine, seule... sauf Gaëtan, mais celui-là ne pouvait être un appui bien secourable. Céphise résolut de livrer toute seule la grande bataille. Seule elle accompagnerait sa mère à Theure du suprême danger. Seule elle connaîtrait les angoisses de l’heure décisive, et si le malheur devait entrer dans la maison, seule elle en supporterait le premier choc, le plus cruel.
- Elle revint à pas lents vers sa mère aimée, résolue à lui montrer non pas un visage riant qui n’eût été qu’un mensonge inutile, mais la fermeté de ceux qui ont accepté la destinée quelle qu’elle soit. Mme Maubert l’attendait, les yeux fixés sur la porte.
- — Eh bien , dit-elle, il le faut donc ?
- — A moins que cela ne te répugne par trop , mère chérie ; mais puisque ton courage peut nous donner à tous la joie de te conserver encore longtemps... Tu es encore si jeune , maman !
- — Je suis résignée, ma fille. Et je suis heureuse que l’angoisse soit épargnée à mes autres enfants,.. Où est Gaëtan ?
- — Je l’ai envoyé au Mans avec une liste de commissions. L’emmènerons-nous?
- — Non. Toi seule. Il faut ménager ses nerfs encore très délicats; il est surmené.
- — Le laisser ici ?
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- Le regard do Mme Maubert, encore si vif, malgré tant de souffrances, brilla d’une sorte de malice innocente , presque gaie.
- — Non plus. Envoie-le à Paris, il en meurt d’onvie, pour ses journaux illustrés.
- — Rien que nous deux? O maman, quelle effrayante responsabilité tu places sur mes épaules !
- — Toi seule es capable de la porter.
- Céphise baisa la main de sa mère avec une tendresse soumise et reconnaissante.
- — Jusqu’au moment du départ, nous garderons le silence vis-à-vis de Mme de Greslin et de Mamie, reprit Mme Maubert. Après-demain, tu diras que le docteur t’a écrit de m’emmener sur-le-champ. Gaëtan partira demain.
- Le jeune homme ne fut pas aussi facile à décider que l’avait supposé sa mère; il s’était promis deux gentilles petites semaines de liberté relative avec Mamie; malgré le danger d’une surprise, dont il était sans cesse menacé dans cette maison moins peuplée , où sa clairvoyante soeur pouvait bien s’aviser un jour de se mettre à examiner de plus près ce qui se passait autour d’elle, il avait bien envie de goûter encore un peu au fruit délicieux suspendu à portée de ses lèvres.
- — Tu tiens donc beaucoup à rester ici? demanda Céphise brusquement.
- Certains coups d’œil inquiets , certaines sorties peu motivées lors des soirées de famille, lui revenaient en mémoire ; un instant, elle fut bien proche de la vérité.
- — Moi? pas du tout, répondit flegmatiquement le coupable, se sentant acculé ; c’est parce que mes dessins ne sont pas encore prêts, pas tout à fait.
- — Tu les finiras bien mieux, si tu sais exactement ce que veulent les gens !
- — Mais toi, tu as donc bien envie que je m’en aille? riposta Gaëtan, faisant tête au danger avec pas mal d’à-propos.
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- Céphise eut été troublée, si cette guerre d’escarmouches n’eût pas été pour eux chose ancienne et sans surprises.
- — Si je te disais oui, qu’est-ce que tu penserais ? répliqua-t-elle.
- — Je penserais que tu as quelque dessein secret pour lequel ma présence ie semble au moins inutile.
- — Eh bien ! c’est précisément cela. Alors, veux-tu me faire le plaisir de t’en aller ?
- — Pour longtemps ?
- — Oh!... non! Je te le dirai bientôt, dans quelques jours.
- —Mystérieuse et cachottière Céphise! proféra le jeune homme à mille lieues de la vérité. Et quand dois-je partir?
- — Demain, choisis ton heure.
- Il se redressa tout à coup. Le jour se faisait en lui.
- — C’est le docteur, ce monsieur décoré, qui est venu tantôt, dit-il, et tu m’avais éloigné... Maman est plus mal ?
- — Si elle était plus mal, je ne t’éloignerais pas ! Va l’embrasser, mais ne la fatigue pas. J’aime mieux te le dire : c’est une consultation, et à cause de Mme de Gres-lin et de sa fille, il est préférable qu’on n’ait pas l’air de cacher quelque chose ; d’autre part, on ne peut pas leur raconter toutes nos affaires....
- A savoir ! pensa Gaëtan. Je dirais bien n’importe quoi à Mamie, elle ne le répéterait pas. Enfin, si c’est pour quelques jours... Tu me tiendras au courant? demanda-t-il. Je suis l’homme de la famille, en ce moment.
- C’est pourtant vrai ! se dit Céphise en l’enveloppant d’un regard maternel.—Va, mon frère, sois sans crainte. Tu sais combien je t’aime, au fond ?
- — Et moi donc ? répliqua le flegmatique bachelier, dont les yeux s’étaient soudain remplis de larmes très mal reçues. Je monte arranger mon portefeuille. Puisque tu me laisses le choix, je prendrai le dernier train, ajouta-t-il en sortant.
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- . Mamie fut un peu effrayée à l’annonce de ce départ impromptu. La crainte d’être découverte par Céphise l’empêchait parfois de dormir pendant un quart d’heure, le soir; elle avait grand peur de Colette, mais elle sentait que, devant Mme Carval, elle aurait plus de honte encore : l’idée d’être sévèrement jugée n’avait pénétré dans cette jeune tête que depuis sa querelle avec Gaëtan, mais elle y faisait quelques ravages. Son ami la rassura en lui affirmant que, pour l’heure, la redoutable clairvoyance était tout entière consacrée à Mme Maubert. Le pauvre garçon ne croyait pas être si près de la vérité.
- Un adieu furtif, entre deux portes, car il pleuvait, une mélodie de Schumann, leur favorite, exécutée par les doigts, ce jour-là, malhabiles, parce qu’ils tremblaient, de la pauvre Mamie, et ce fut tout ce qu’ils purent échanger. L’amoureux s’en alla, sous l’averse, dans le coupé de sa sœur, qui sentait bon et qui roulait bien, le cœur dévoré d’ennuis aggravés par la vue du caoutchouc ruisselant du cocher, et l’amoureuse resta, toute mélancolique, le front à la vitre, qui résonnait sous les gouttes violentes, se disant que son rêve avait été bien court, et que l’absent ne lui reviendrait peut-être jamais.
- XII
- — Enfin , c’est très bien , dit le docteur Monprat en replaçant le drap sur Mme Maubert étendue dans un lit fort blanc.
- Elle leva les yeux sur lui, et sentit qu’il lui inspirait une confiance infinie.
- Les yeux bleus, larges et profonds , la bouche bonne et généreuse, les cheveux blonds , abondants et bouclés, respiraient la force, la vaillance, la consolation ; c’était un homme que toute mère eût été fière de nommer son fils , sans le connaître, rien que sur sa mine ; cette apparence-là ne pouvait cacher aucune pensée égoïste ou mesquine.
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- Il souriait à la pauvre femme, épuisée déjà par son court voyage, hors d’haleine, après l’examen qu’elle venait de subir, et qui, la main sur son flanc douloureux, le regardait avec un air de chien blessé. Simplement, comme s’il lui eût appartenu par le sang, il mit la main sur son épaule, une main puissante et douce dont la force était moelleusp.
- — Foissard m’a écrit, dit-il ; nous n’avons à redouter aucune complication, ce sera l’affaire d’un quart heure ; et vous en sortirez renouvelée.
- — Vous en êtes sûr? demanda Mme Maubert.
- — Absolument sûr ! Autrement, est-ce que j’essayerais ? Ce n’est pas amusant de verser inutilement le sang de ses semblables. Pour que ce soit excusable, il faut avoir une raison de première qualité. Je vous réponds de la guérison. Vous avez une admirable constitution, pas de fièvre ; c’est une chose toute locale. Reposez-vous cette nuit, et vous verrez. A demain.
- Il sortit, laissant à Céphise et à sa mère l’impression d’une force supérieure entrée dans leur existence, d’une domination bienfaisante, à laquelle ni l’une ni l’autre ne pourraient plus se soustraire. Quoi que fît et dît cet homme-là, il faudrait obéir, même contre ce qui paraîtrait la raison.
- — Ce doit être un caractère propre aux grands chirurgiens, dit Mme Maubert. J’en ai connu deux autrefois, très différents l’un de l’autre, qui possédaient en commun cette même indiscutable autorité. Et c’est nécessaire, à y bien réfléchir.
- La supérieure entra pour voir ses nouvelles pensionnaires ; c’était une petite femme, aux yeux pleins de bonté, aux mains douces et fondantes, usée par une vie d’incessant labeur ; elle avait pourtant l’énergie des maîtresses de maison, qui sentent une foule de rouages compliqués dépendre de leur présence d’esprit. Ses paroles n’étaient pas nombreuses, parce que toutes ses minutes étaient comptées ; mais on sentait son coeur pitoyable dans les inflexions caressantes de sa voix ; elle pro-
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- nonça quelques mots de bienvenue, et laissa les deux femmes à leurs impressions.
- C’était une chambre assez grande, très haute, aux murs stuqués et vernis d’une couleur verte, claire et gaie ; pas d’angles, sinon arrondis, pour que la propreté y fût plus facile à entretenir : pas de rideaux, pour que l’air circulât librement autour des lits simples, mais excellents ; le parquet luisait comme un miroir, les meubles brillaient de l’éclat du bois poli. Une glace sur la cheminée, une Vierge et un crucifix formaient tout l’ornement de cette vaste cellule. Une jeune religieuse entra, portant un petit vase de porcelaine avec une branche de roses artificielles.
- — Je vous demande pardon, mesdames, dit-elle. J’avais pris ces fleurs pour les épousseter ; c’est plus gai, n’est-ce pas ? J’aime à mettre des fleurs dans les chambres de nos pensionnaires. On ne nous permet pas les fleurs naturelles, pas toujours, c’est-à-dire, et jamais celles qui ont de l’odeur.
- Le sourire de la bouche trop grande était délicieux, les yeux noirs et myopes étaient d’une douceur contagieuse ; personne ne devait pouvoir ressentir d’humeur en parlant à cette créature de bonté.
- — Merci, ma sœur, dit Mme Maubert.
- Céphise ajouta quelques paroles bienveillantes ; elles songeaient toutes deux à la prodigieuse quantité de fleurs artificielles retirées de leurs chapeaux en quelques années, bien plus fraîches encore que celles dont la religieuse était si joyeusement fière, et pensaient au bien qu’on pourrait faire sans rien dépenser, si l’on y appliquait seulement un peu de bonne volonté.
- Le soir tomba ; des cloches voisines, d’autres lointaines, tintèrent dans l’air assoupi.
- suivre.)
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- ASSURANCES MUTUELLES
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- Société du Familistère. - Assurances Mutuelles
- MOUVEMENT DU MOIS DE SEPTEMBRE 1903, A GUISE
- ASSURANCE CONTRE LA MALADIE
- Section des Hommes
- Cotisations clés mutualistes... 2.606 70
- Subvention de la Société....... 428 75
- Malfaçons et Divers............ 513 10
- Dépenses...................................
- Déficit en septembre 1903..........
- Section des Dames
- Cotisations des mutualistes....
- Subvention de la Société.......
- Divers........................
- Dépenses......... „............
- Déficit en septembre 1903..,
- 503 90 167 40 » »
- 3.548 55
- 3.555 95 7 40
- 671 30
- 716 70 45 40
- ASSURANCE DES PENSIONS
- Subvention de la Société et Divers Intérêts des comptes courants et du titre d’épargne 7.338 42
- 4.477 35
- Dépenses : •
- 127 Retraités définitifs 8.589 90
- 5 — provisoires 258 50
- Nécessaire à la subsistance 3.078 94
- Allocations aux familP des réservistes 271 50
- Divers, appointem., médecins, etc. 573 17
- Déficit en septembre 1903.
- CAISSE DE PHARMACIE
- Cotisations des mutualistes.. 691 10
- Subvention de la Société..... 231 40
- Dépenses.............................
- Boni en septembre 1903..........
- RÉSUMÉ
- Recettessocialesdulet juillet 1903au31 septembre!903 35.010 97 » individuelles » » 12.499 15
- Repenses » »
- Excédent des dépenses sur les recettes..
- 11.815 77
- 12.772 01
- 956 24
- 922 50 720 65 201 85
- 47.510 12 54.000 17 6.490 05
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- LE DEVOlfe
- ÉTAT CIVIL AU FAMILISTÈRE DE GUISE
- MOIS DE SEPTEMBRE 1903.
- Naissances :
- 11 Septembre 1903 Patat Marie-Jeanne, fille de Patat
- Auguste et de Varlet Clotilde.
- Décès :
- 7 — Lamy Jules, âgé de 62 ans.
- 23 — Tardier Victor fils, âgé de 18 ans
- 1/2.
- /
- Le Gérant : H. E. Buridant.
- Nimcs. — Typ. A. Chastanicr, H, ne T'radier.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES.
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- Mars 1904.
- POUR UNE
- COMPLETE
- de J. B. André GODIINT (1)
- Glorification du Travail. Emancipatio
- dtj Travailleur.
- XI
- Premières fêtes annuelles au Familistère. Une fête de l'Enfance. Inauguration de la Fête du travail, juin 1867. Travailleurs répartis en deux catégories; vote direct dans l’une, vote à deux degrés dans l’autre ; valeur pécuniaire attachée à chaque suffrage.
- L’institution par Godin de la fête annuelle du Travail avec ce trait caractéristique : allocations exceptionnelles pour œuvres utiles; — fête qui fut célébrée pour la première fois au Familistère de Guise, le 2 juin 1867, — donna lieu, vu la nouveauté et la difficulté du sujet, à d’assez longues études préparatoires et, une fois la fête inaugurée, à des combinaisons laborieuses pendant plusieurs années pour essayer de faire concourir le suffrage à la désignation des mérites et capacités.
- Le registre des procès-verbaux des séances des Conseils du Familistère (conseil des hommes, conseil des femmes), nous fournira la plus grande partie des informations qui nous sont nécessaires. Toutefois, ce registre offrant, sans préambule aucun, la mise à l’étude des primes d’honneur au travail, nous devons montrer, au moins, comment ce sujet fut proposé par le fonda-
- (1) Appendice, p. 60, Le Devoir, tome 26e, janvier 1902.
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- teur. Or, le fait se produisit dans un discours prononcé par Godin à la fête annuelle de l’Enfance, célébrée en septembre 1866.
- Il nous faut donc commencer par quelques indications sur les fêtes qui ont, au Familistère , précédé, et à bien dire préparé, celle proprement dite du Travail. Exemple : la fête de l’Enfance. N’est-elle pas par excellence une fête du Travail, puisque le principal élément des réjouissances est l’attribution de prix aux écoliers qui se sont distingués par leurs œuvres de l’année.
- Instituer pour les adultes une fête basée aussi sur la glorification des œuvres personnelles utiles au bien commun : telle était la pensée de Godin lorsque à la fête du Baptême du Familistère (1) (avril 1860), il parla des fêtes qui seraient à organiser dans l’Etablissement.
- Rien de plus précis sur ce point que le début de son discours à la fête du Travail célébrée au Familistère de Guise le 2 mai 1880 (2) (année de la signature légale du contrat d’association) :
- « Chers coopérateurs et amis,
- « La fête du Travail arrive à sa 14e année. La pensée qui, en 1867, a présidé à l’institution de cette fête, était la même que celle qui, en 1859, avait fondé le Familistère. C’est elle encore qui a conçu l’association du Capital et du Travail dans laquelle vous allez entrer d’une façon légale et définitive.
- « La fête du Travail est donc pour nous un gage et une preuve de persévérance dans la voie que nous nous sommes tracée. Elle démontre que la foi dans les principes fait les choses durables, et surtout combien nous
- (1) Le Devoir, tome 15®. 1891, p. 137.
- (2) Le Devoir, tome 21% 1897. p. 65.
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- Documents biographiques 131
- attachons d’importance à la glorification des œuvres utiles.
- « Car tout ce que j’ai fait a tendu à ce but : Glorification et réhabilitation du Travail. Emancipation du travailleur.....»
- « En avril 1859 » a écrit Godin (1) « je traçai les fondations de l’aile fauche du Familistère, l’édifice fut achevé en 1860 ; une partie de la population y fit son entrée à cette époque, mais le bâtiment ne fut complètement habité qu’en 1861......
- « En 1862, la partie centrale fut commencée, elle fut occupée en 1865. » ,
- Dès 1862, l’Ecole fut ouverte et à l’achèvement de la première année scolaire, la première fête annuelle de l’Enfance, distribution des prix aux élèves, fut célébrée, c’était le 13 septembre 1863.(2).
- Pour l’Enfance, la distinction des mérites, l’appréciation des travaux se fait par les professeurs, c’est-à-dire par un corps d’experts à la fois juges éclairés et en possession des travaux effectifs des élèves au cours de l’année ; le classement hiérarchique des capacités et des mérites est relativement facile en ces conditions.
- Il n’en est pas du tout de même de la distinction des mérites et capacités entre travailleurs, ouvriers et employés, versé chacun à peu près exclusivement dans la connaissance de son œuvre propre. La préparation d’une vraie fête du Travail dans l’établissement était donc œuvre très laborieuse.
- Il y avait bien à cette époque un simulacre de fête du Travail. Les ouvriers célébraient, comme en général ceux de tous pays, une sorte de fête patronale profes-
- (1) Godin : Solutions sociales, p. 530
- (2) Le Devoir, tome 16e, 1892, p. 385.
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- sionnelle pour eux, c’était la Saint-Eloi.
- Un bal ouvert à toute la population, un banquet réunissant un certain nombre de convives dans l’une des salles de l’établissement (1), tels étaient les éléments de la fête. C’était là ce qu’il fallait transformer, approprier à un plus haut idéal.
- L’élément moral si vibrant dans les fêtes de l’Enfance, faisait que dans ces premières années la grande fête du Familistère était celle de la distribution des prix aux élèves. Nous allons en fournir des témoignages.
- En 1865, après que M. A. Oyon par sa brochure: Une véritable cité ouvrière, le Familistère de Guise (2), eût, selon l’expression du journal Le Temps (3), révélé au dehors l’existence de l’œuvre de Godin, la presse française et étrangère commença à relever ce qui se passait à Guise. Quelques extraits des articles donnés à propos de la fête de l’Enfance, célébrée le 24 septembre 1865, vont nous montrer d’abord comment se célébrait la fête au Familistère avant l’édification du théâtre, c’est-à-dire quand toutes les parties de la cérémonie devaient se dérouler dans l’une des cours ; ensuite quelle solennité était apportée à la célébration des mérites en vue de diriger irrésistiblement l’enfant — et par entraînement les adultes — vers l’amour du travail et des œuvres bonnes pour tous.
- Un trait unique sans doute, parce qu’il ne peut être réalisé que dans une habitation unitaire pourvue d’une série complète d’institutions enfantines, est le rassemblement, dans ces fêtes, d’élèves depuis la série des € poupons » en passant par celle des bambins jusqu’à
- (J) Journal de l’Aisne, 7 décembre 1865.
- {2} Paris, Librairie des sciences sociales, 13, rue des Saints-Pères.
- (3) Numéro du 11 septembre 1866.
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- celle des écoliers prêts à sortir des classes pour devenir des apprentis.
- Un des récits, celui de M. Ch. Sauvestre, publié dans l’Opinion nationale, Paris, 6 novembre 1865 , relève ce trait avec un réalisme si charmant que le lecteur, croyons-nous, y sera intéressé :
- « J’ai eu le plaisir > écrit M. Ch. Sauvestre, « de voir le Familistère un jour de solennité, on y célébrait l’une des deux grandes fêtes de l’année. Ces deux fêtes du Familistère sont la Saint-Eloi qui est la fête du Travail (Saint-Eloi étant le patron des forgerons) et la distribution des prix aux enfants des Ecoles, qui s’appelle la fête de l’Enfance. C’est à cette fête que j’ai assisté le 24 septembre.
- « Au Familistère, les fêtes ont lieu dans les cours, vastes salles de huit à neuf cents mètres carrés de surface qui, avec leurs dômes de verre et leurs trois étages de balcons non interrompus, semblent disposées tout exprès. Deux mille personnes y sont à l’aise; et vous pouvez bien croire que la ville de Guise ne se fait pas faute d’y venir... L’immense cour du bâtiment principal était ornée de banderollcs et de guirlandes, auxquelles étaient suspendus des corbeilles de fleurs et des lustres énormes formés'de lanternes chinoises; car la fête devait se terminer le soir, comme toutes les fêtes , par un bal.
- « Au centre, deux estrades se faisaient face , l’une pour le fondateur, sa famille et les personnes exerçant une fonction dans l’administration de l’usine et du Familistère; l’autre pour les exercices des enfants. De grandes cartes couvraient les murs, des inscriptions rappelaient les diverses branches de l’enseignement ; au milieu, les enfants étaient rangées dans leurs bancs et leurs tables, Les parents formaient de tous
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- côtes l’assistance et la foule curieuse remplissait l’espace libre et garnissait les trois rangs de balcons. »
- L’orchestre des trente musiciens du Familistère ouvrit la fête par un morceau vivement enlevé. Puis les enfants de toutes classes firent la répétition de leurs exercices habituels.
- « Il fallait les voir » (les bambins) écrit M. Ch. Sau-vestre « marcher au pas avec un sérieux superbe en chantant des airs enfantins et charmants. Je ne sais si vous êtes comme moi, mais je ne puis me trouver au milieu d’une réunion d’enfants sans que l’attendris: e-ment me gagne. Ils étaient si braves et si amusants les petits garçons rivalisant de gravité avec les petites filles ; les moniteurs conduisant chacun son groupe en cadence; et toutes ces files de hambins tournant, manœuvrant en bel ordre, comme un corps de ballet bien dressé. Ils avaient Pair de savoir qu’ils étaient la gloire du Familistère, son honneur et son avenir. On aurait voulu courir à eux les embrasser, si l’on n’avait craint de troubler la cérémonie.
- « Je me souviens qu’à un moment où ils étaient assis sur leurs petits bancs , un pauvre gros joufflu , je le vois encore , il avait deux ans à peine , s’endormit à force de garder son sérieux et, dans son sommeil, la tête emportant le reste , il étendit tout à coup les bras pour se retenir aux voisins. Mais ceux-ci pris à l’impro-viste perdirent aussi l’équilibre, de sorte que ce fut sur le banc une cabriole générale : ils tombaient tous comme des capucins de cartes. La chute n’était rien et personne n’avait envie de pleurer ; mais vous ne vous imaginez pas leur confusion L .. Notez que c’était un banc de garçons et qu’on avait les petites filles en face. Heureusement l’apparition des poupons sur l’estrade vint faire diversion.
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- « Ils arrivaient sur les bras des berceuses, blancs et triomphants dans leurs robes brodées. On les mit dans la pouponnière, sorte de promenoir à double balustrade circulaire. Quels yeux ils ouvraient et quels battements de mains quand ils virent recommencer les exercices de leurs aînés du Bambinat qu’ils essayaient d’imiter!... »
- Racontant la même fête, le Journal de Saint-Quentin (4 octobre 1865) entre dans ces détails :
- « Les tables de l’Ecole, les cartes géographiques , les modèles de dessins, les tableaux, etc., enfin tout le matériel d’enseignement avait été transporté dans la cour. Les enfants du Familistère, au nombre de 200 environ, se trouvaient rangés dans leur ordre habituel et gardaient, pour ce grand jour des récompenses, la place que leur travail de l’année leur avait value.
- « Les musiciens du Familistère placés au balcon du 2e étage ouvrirent la fête par un morceau de musique exécuté avec le plus vif entrain, puis les enfants de l’asile et ceux de l’école firent tour à tour la répétition de leurs exercices habituels. Les chants des bambins succédaient aux lectures, aux analyses et aux problèmes des grands élèves, et la musique reprenait à son tour pendant que les cahiers des enfants circulaient dans les mains du public; les parents comme les enfants étaient fiers à juste titre de cette exhibition et le public ne pouvait qu’admirer la bonne tenue des cahiers et le travail qui lui étaient soumis.
- « Les enfants de l’asile terminèrent les exercices en chantant joyeusement, sur leurs gradins, une naïve et entraînante chansonnette qui paraissait exciter au plus haut point l’attention d'une quinzaine des plus grands des enfants de la crèche qui, groupés dans la pouponnière et dominant ceux de l’asile, cherchaient à répéter les gestes de ceux-ci à la grande joie des spectateurs et surtout des mères.
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- « Enfin, l’orphéon du Familistère prit place à son tour au milieu des auditeurs et entonna avec énergie et sentiment le chant de Yialon et Lefèvre : Le travail !
- « Les prix furent ensuite distribués ; les couronnes d’or, de fleurs et de feuillage ceignirent les fronts joyeux des enfants ; les petits de l’asile reçurent des jouets, chacun eut sa part de récompenses suivant ses efforts.
- « La fête de l’Enfance est à bon droit la grande fête du Familistère ; il n’est pas de plus beau jour, en effet, que celui qui rappelle et récompense les efforts vers le bien. Quel encouragement au travail donne à ces enfants une fête aussi solennelle et combien de souriantes espérances naquirent ce jour-là au cœur des pères et des mères ! ».
- La répétition de certains exercices classiques par chacune des divisions de l’enfance, en cette circonstance solennelle et devant un nombreux public avait pour principal motif la glorification du travail ; et pour motif secondaire, la révélation aux parents (beaucoup ignoraient alors les procédés scolaires)' de la façon dont on instruisait leurs enfants.
- Ce fut l’an d’après, 1866, dans le discours qu’il prononça à la fête de l’Enfance, que J. B. A. Godin invita formellement les habitants, et spécialement les conseils, à essayer de réaliser — pour le printemps suivant —
- une fête où le travail des adultes, hommes et femmes,
- »
- serait à son tour célébré.
- Recourons au journal Le Temps, (Paris 11 septembre 1866) pour voir en quels termes cette invitation fut faite.
- L’article du Temps est sous la rubrique : Variétés. Il est intitulé: Une fête de V Enfance et signé A. Lesage.
- I/auteur rapelle que la fondation du Familistère
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- remonte à 1859 et que « l’établissement fonctionnait en silence depuis six ans, quand un journaliste de St-Quen-tin en révéla l’existence au dehors. »
- Il renvoie donc pour la description complète à l’excellente brochure de M. A. Oyon et consacre les trois colonnes environ de son article à la pleine description de la fête de l’Enfance à laquelle il a assisté le 2 du mois.
- Arrivant au discours du chef de l’établissement il le résume comme suit :
- « M. Godin adresse à l’assistance une chaleureuse allocution. Il convie les habitants du Familistère à la Fête du Travail qui aura lieu au mois de mai prochain. Il déclare aux Conseils qu’il met à leur disposition 2.000 fr. destinés tant aux ouvriers qui se seront signalés à l’usine par la découverte de quelque pratique ingénieuse diminuant la fatigue, activant la production ou la perfectionnant ; qu’aux femmes dévouées à l’éducation de l’Enfance et qui auront su trouver, elles aussi, quelque amélioration dans cette partie essentielle de l’œuvre. Tous sont appelés à faire valoir leurs titres aux récompenses ; et les conseils élus du libre suffrage apprécieront et classeront les mérites des postulants. Des diplômes délivrés aux ayants-droits constateront les services rendus. »
- A défaut de notes plus précises dans nos dossiers, ce résumé par M. Lesage du discours de Godin suffit à indiquer comment les conseils du Familistère furent saisis de la question d’organisation de la fête du Travail.
- Ouvrons maintenant le registre de procès-verbaux des séances des Conseils. Une réunion des 24 conseillers (12 hommes, 12 femmes), a lieu 18 jours après la fête de l’Enfance. On lit au registre :
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- « Réunion des deux Conseils.
- « Séance du 20 septembre 1866.
- € Primes d’honneur au travail. Question mise à « l’étude. Le secrétaire recevra de tous les membres du « conseil qui le jugeront bon, leurs avis, leurs observa-« tions, la désignation des personnes qui y auraient « droit. — Diplôme à remettre aux personnes obtenant « les primes. — Que sera ce diplôme, sa forme, sa « teneur, les droits qui y seront attachés? Distinction « entre les employés et les ouvriers pour les genres de « diplômes. — Habitants du Familistère en première « ligne, mais coopération de l’Usine et du Familistère. « — Tous ces points sont mis à l’étude et chaque mem-« bre du conseil est prié de s’en occuper et de faire ses « observations et remarques. »
- C’est presque simplement'une table de matières.
- Au compte-rendu de la réunion suivante des deux conseils, le 30 novembre 1866, nous lisons :
- « Mise à l’ordre du jour de la question des diplômes » à délivrer lors de la fête du Travail. Aucune observa. » tion n’est faite à leur sujet. Allocution de M. Godin » pour présenter le but et l’utilité de ces diplômes, au » point de vue de l’intérêt de l’usine et du personnel y » attaché. »
- Nouvelle lacune à combler, le registre étant muet sur ce que fut l’allocution de M. Godin. Reportons-nous donc à ce que celui-ci écrivait l’année même sur la part à faire au travail dans les établissements industriels.
- L’article visé en cette 2^ partie des documents biographiques, chapitre vu (1) et publié par Godin sous le pseudonyme A. Mary (2) nous le montre préparant l’association du capital et du travail ; association dans laquelle
- (1) Le Devoir, tome 27e 1903, numéro d’août, p. 450.
- (2) Annuaire de VAssociation, pour 1867, p. 242 et s.
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- part spéciale serait faite aux mérites hors ligne et où des récompenses solennelles seraient décernées au talent, à la capacité, à l’invention.
- L’avenir qu’il ouvre devant l’ouvrier : co-propriété de l’usine, de l’habitation unitaire, de tous les éléments de vie de l’œuvre commune ; cet avenir montre combien nécessaire devait'être aux yeux du fondateur la distinction, au préalable, des membres vraiment dignes d’entrer dans une telle organisation et d’en devenir les soutiens.
- Naturellement, ce furent ces pensées que Godin développa dans la séance du 30 novembre et vraisemblablement en d’autres occasions, car peu à peu l’idée de fond : la recherche des mérites, germe dans l’esprit des conseillers. En séance du 8 février 1867, le conseil des hommes met à l’ordre du jour de la prochaine réunion ce sujet : « Moyens d’accorder les diplômes aux plus méritants , soit par déclaration personnelle, ou déclaration des chefs d’ateliers ; soit par élection ou directe ou à deux degrés; théorie de groupes élisant chacun un délégué; les délégués réunis élisant les personnes à récompenser. »
- La séance suivante, 14 février 1867, est consacrée toute entière à l’examen du sujet. La crainte de faire des désignations aventurées préoccupe le conseil. Aussi le registre porte-t-il cette première réflexion touchant la remise de diplômes ou brevets :
- « N’est-elle point prématurée, surtout comme mesure définitive. Il vaudrait peut-être mieux accorder d’abord une rémunération accompagnée d’une simple mention honorable, quitte à y ajouter plus tard , quand les esprits seront bien préparés, le diplôme conférant certains avantages qui restent à étudier. »
- Cet avis prévaut. Le conseil propose de répartir à
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- titre d’essai 2,000 fr. de recompenses, dont 1,000 fr. aux employés et 1,000 francs aux ouvriers. Et il pose ces points d’interrogation :
- Quel serait le mode de paiement? La rémunération serait-elle en valeur immobilisée? ou en valeur représentative donnant droit à un intérêt et au remboursement à des époques déterminées?
- Mais le point le plus urgent et le plus difficile, c’est de décider comment on procédera pour arriver à la désignation des travailleurs les plus dignes.
- Diverses propositions sont examinées en séances du Conseil des hommes les 14, 21, 26 février; en séances des conseils réunis (hommes et femmes), les 12 et 26 avril 1867. Les deux dernières séances ont lieu sous la présidence de M. Godin.
- Finalement, au compte-rendu de la séance du 26 avril 1867, sont consignées des Résolutions à faire connaître à la population et dont nous extrayons ce qui suit :
- Fête du Travail,
- « M. Godin propose à tout le personnel de ses établissements une somme de 2,000 francs à répartir aux plus dignes dans les différents mérites de travail :
- « Mérite de direction, dans l’emploi, la surveillance , le travail à faire.
- « Mérite de capacité, de bonne exécution dans le travail.
- « Mérite d’invention ou de perfectionnement dans les procédés du travail.
- « Mérite de zèle, assiduité au travail, dévouement à sa tâche. »
- Cette somme sera à répartir comme suit :
- 1.000 fr. aux travailleurs de la main logés ou non au Familistère,
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- 1.000 IV. aux employés (1) de l’usine ou du Familistère et aux personnes employées dans les services quelconques de l’habitation unitaire et de ses dépendances.
- Le nombre et la valeur des primes ne sont pas déterminés à l’avance, afin délaisser aux électeurs le plus de liberté.
- Ce nombre et cette valeur résulteront du vote lui-
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- même.
- «Dans chaque catégorie de primes, les 1,000 francs seront divisés par le total des voix sorties du dépouillement du scrutin ; ce qui donnera une unité de répartition ; et chaque nom sorti de l'urne aura droit à autant de fois cette somme qu’il aura obtenu de voix. »
- (Les primes furent versées en espèces quelques jours après la cérémonie.)
- On lit encore: M. Godin désirant que le lauréat qui recueillerait l’unanimité des voix ait une prime et une mention spéciales, dit qu’en cas d'unanimité la prime sera doublée; et qu’elle sera augmentée de moitié pour le lauréat qui recueillera le plus de voix.
- Les personnes obtenant 20 voix recevront, outre la prime, une mention honorable, celle-ci sera remise au titulaire séance tenante et lui donnera droit à une place d’honneur dans les cérémonies du Familistère.
- L’obtention répétée de telles mentions constituerait un titre au diplôme du travail, à l’étude pour l’avenir.
- Le vote aura lieu le jour même de la fête, par bulletin secret, devant contenir 10 noms, sous peine d’annulation.
- (1) Le conseil avait défini comme suit l’employé : « Personne attachée à un titre quelconque à l’usine et ayant action sur les ouvriers, exemple : les surveillants; ou bien faisant un travail déterminé non rétribué à l’heure, tant au Familistère qu’à l’Usine. #
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- Pour la catégorie des travailleurs de la main habitant où non le Familistère, un vote préparatoire aura lieu prochainement. A ce vote ne participeront que les travailleurs de la main ayant qualité d’habitants du Familistère. Le vote aura pour objet la désignation de 80 délégués (habitant ou non le Familistère) et ce sont ces 80 délégués qui le jour de la fête venu, désigneront au moyen du vote, les travailleurs de la main les plus méritants.
- Pour la catégorie des employés (de l’usine ou du Familistère) et des personnes attachées aux services de l’habitation à un titre quelconque, le vote aura lieu le jour de la fête sans nomination de délégués — c’est-à-dire directement par le personnel, hommes ou femmes habitant le Familistère.
- Deux urnes seront disposées : une pour chaque catégorie de votants.
- Le dépouillement du scrutin se fera'aussitôt le vote accompli et la proclamation des lauréats suivra.
- Le jour de la fête n’est pas fixé dans la séance qui nous occupe (26 avril), la situation politique étant telle alors que des bruits de guerre couraient. Mais, un mois plus tard, le 22 mai, le Conseil réuni sous la présidence de M. Godin décide que la Fête du Travail sera célébrée le 2 juin suivant.
- Il ne reste donc qu’à passer à l’éxécution.
- Vve J.-B.-A. Godin, née Moret.
- (A suivre).
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- Au Sénat : Les bureaux de placement. A la Chambre :
- Le rachat.
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- La question des bureaux de placement, pendante depuis 1897, revenait pour la troisième fois devant le Sénat, le 19 janvier.
- Deux fois cette assemblée avait repoussé le texte voté par la Chambre. On se rappelle à la suite de quels incidents la Chambre avait repris, le 7 novembre 1903, l’examen de cette question et décidé la suppression obligatoire, dans un délai maximum de cinq ans, avec indemnité, des bureaux de placement.
- La commission sénatoriale chargée d’examiner la proposition votée par la Chambre , admettait seulement la faculté laissée aux communes de décider ou non la suppression de ces bureaux.
- Le texte de la Chambre fut repris tel quel par M. Strauss , et avec quelques modifications dont la principale porte sur l’élimination de la disposition relative aux agences théâtrales et aux bureaux de nourrices , par M. Félix Martin.
- M. Strauss s’appuyant sur toutes les enquêtes et dépositions , dit que le malaise dénoncé par les adversaires des bureaux de placement n’est pas artificiel.
- Il reprend les arguments produits contre les bureaux de placement. Il leur reproche notamment de prélever sur le travail une dîme énorme qu’on ne peut pas évaluer à moins de 6 à 7 millions ; de contribuer à créer des chômages artificiels, en attirant dans les grands centres tous ceux qui cherchent de l’emploi, sans souci de déterminer un afflux d’offres supérieur à la demande.
- M. Prevet, examinant l’objection tirée des réclama-
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- tions ouvrières, constate que les syndiqués qui réclament représentent à peine un vingtième de la population ouvrière. Que fait-on des dix-neuf restants ? Sur 70,000 travailleurs, 4,000 seulement sont syndiqués. Ce sont ceux qui se plaignent, les autres ne disent rien.
- M. Bérenger. — Pardon ! Ils disent quelque chose ; ils vont aux bureaux payants. C’est une manifestation qui vaut bien des paroles.
- M. Prevet. — En réalité, on veut que l’ouvrier ne puisse se placer que par l’entremise du syndicat de sa profession et que, par ce moyen, il soit condamné à s’agréger à cette organisation.
- Pour M. Prevet, les bureaux gratuits nous ramènent à plus de cent ans en arrière ; ressuscitent le compagnonnage, c’est-à-dire l’ancien système qui faisait que l’ouvrier, avant d’être un homme libre, un citoyen , était la chose de sa corporation.
- Pour M. Strauss, ce sont les bureaux payants qui sont des organismes disparates et vieillis , vestiges d’un autre âge ne répondant plus aux exigences de la vie économique actuelle.
- C’est le contre-projet Félix Martin que le gouvernement, par l’organe de M. Trouillot, ministre du commerce, propose au Sénat d’accepter.
- Ce contre-projet, explique le ministre, pose le même principe que le texte adopté par la Chambre, c’est-à-dire la suppression obligatoire.
- Contrairement à l’assertion du rapporteur ce texte est une concession nouvelle à l’opinion antérieurement exprimée par le Sénat. Le texte voté par la Chambre en 1902, aboutissait à une suppression certaine des bureaux de placement sans indemnité. Le Sénat l’a repoussé ; 4ue propose aujourd’hui la Chambre, c’est encore la suppression certaine mais avec indemnité. C’est une solution transactionnelle, qui a été adoptée par la Chambre' à la presque unanimité. Le ministre prie le Sénat de l’accepter.
- D’ailleurs la suppression facultative proposée par la
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- commission est une solution imparfaite, car si tous les bureaux ne sont pas supprimés, les bureaux des communes limitrophes feront le placement dans les communes où les bureaux auront été supprimés.
- Le rapporteur, M. Aucoin estime, lui, que la suppression facultative concilierait les intérêts des ouvriers de la province. Quant à ceux de Paris, ils sont certains qu’après le vote de la loi, les bureaux payants seront supprimés.
- La Commission l’emporte. L’article 1er du contre-projet de M. Félix Martin (texte de la Chambre) est repoussé par 196 voix contre 85.
- Ce vote encourage les adversaires de toute suppression facultative ou non, et une nouvelle solution tendant à maintenir le statu quo est présenté par M. Pre-vet sous la forme suivante :
- Le placement des ouvriers et employés des deux sexes est assuré : 1° par les bureaux de placement gratuits, et 2° par les bureaux de placement payants.
- Ce texte reproduisait purement et simplement le texte voté par le Sénat en 1899, et maintenu malgré la Chambre, en 1902.
- Pris en considération, l’amendement Prevet contre l’adoption duquel s’était prononcée la Commission, n’a été repoussé par le Sénat qu’à la majorité de 10 voix (136 contre 126).
- Cette mince victoire, venant après le significatif rejet du contre-projet Félix Martin, soulignait encore davantage l’éloignement du Sénat pour le texte voté par la Chambre.
- Afin de sauver une partie de la réforme, M. Trouillot, ministre du commerce, intervient alors et déclare se rallier au texte de la Commission — suppression facultative — texte qu’il s’efforcera, dit-il, de faire triompher à la Chambre.
- Le Sénat adopte le premier paragraphe de l’article premier de la commission ainsi conçu :
- « A partir de la promulgation de la présente loi, les
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- bureaux de placement payants pourront être supprimés moyennant une juste indemnité. »
- Mais le second paragraphe : « Aucune autorisation de créer un bureau de placement ne sera accordée », est repoussé par 140 voix contre 126.
- La Commission ne se tient pas pour battue ; elle accepte ce vote et propose immédiatement ce nouveau texte qui est adopté :
- « Tout nouveau bureau, créé en vertu d’une autorisation postérieure à la promulgation de la loi, n’a aucun droit, en cas de suppression, à aucune indemnité. »
- On adopte le troisième paragraphe, ainsi conçu :
- « Toutefois, le bureau, devenu vacant par le décès du titulaire ou pour toute autre cause, avant l’arrêté de suppression, pourra être transmis ou concédé. »
- Pour plus de clarté le Sénat décide de placer ce dernier paragraphe entre les deux précédents.
- L’ensemble de l’article premier est adopté.
- Les articles suivants sont également adoptés.
- L’article 11 règle la question des indemnités aux bureaux supprimés. L’un des paragraphes de l’article donne la charge des indemnités aux communes avec contribution de l’Etat et du département.
- M. de Sal demande que les indemnités soient mises à la charge des communes seules. Depuis quand dépend-il d’un conseil municipal, fût-ce celui de la capitale, d’imposer d’office les autres localités de France ?
- M. Poirrier défend le principe de la participation de l’Etat. Il dit que la loi supprime un impôt très lourd sur les travailleurs en chômage, lesquels viennent en très grande partie des départements.
- Le ministre du commerce, à son tour, soutient les conclusions de la commission. Examinant les charges financières qui peuvent résulter de la loi, il dit que, si tous les bureaux de placement étaient supprimés, la dépense totale serait de 4 millions. Il ajoute que pour l’Etat, les balances établies, la charge serait de 50.000 francs par an, pendant les cinq années prévues pour l’application de la loi.
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- L’amendement de Sal est adopté et l’article 11 modifié en conséquence.
- M. le général Mercier développe un amendement mettant à la charge exclusive des employeurs les frais de placement touchés dans les bureaux payants maintenus. L’amendement est vivement combattu. Le général Mercier le maintient avec énergie. Finalement l’amendement est adopte par 137 voix contre 107.
- En présence des nombreuses modifications apportées par le Sénat au texte de la commission, M. Aucoin donne sa démission de rapporteur. Un sénateur, peu enthousiaste de la loi, profite de la circonstance pour demander à ses collègues de revenir sur l’urgence dont le bénéfice a été accordé au projet au début de la discussion. On passe outre et la discussion continue.
- A la demande de M. Trouillot, ministre du commerce, le Sénat supprime comme inutiles les articles 12, 13 et 14, qui visent les conditions dans lesquelles les employés devront payer la commission au placeur, le paiement de cette redevance ayant été mis, par suite du vote de l’amendement Mercier, à la charge des patrons.
- On vote l’article 15, spécifiant que la présente loi ne s’applique pas aux bureaux de nourrices, aux agences théâtrales, lyriques, ainsi qu’aux agences pour cirques et music-halls.
- L’ensemble de la loi va être mis aux voix quand un vif débat s’engage sur le retrait de l’urgence, qui est demandé avec insistance par plusieurs sénateurs. Ces honorables viennent déclarer qu’ils ont voté l’amendement Mercier sans se rendre compte des conséquences qu’il entraînerait.
- Le général Mercier monte à la tribune. Il va sans doute s’opposer au retrait de l’urgence, car une seconde délibération pourrait mettre en péril son amendement. Erreur. Le général Mercier vient joindre ses instances à celles de ses collègues désabusés. Il conjure le Sénat de remettre la loi sur le chantier pour en faire disparaître une disposition, un amendement qu’on a en le
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- grand tort d’y introduire et dont le maintien aurait certainement des résultats désastreux ; et cet amendement c’est le sien.
- M. le général Mercier confesse — une fois n’est pas coutume — qu’il s’est trompé. Mais ses collègues n’ont aucun égard pour son repentir. Le gouvernement insiste en laveur du maintien de l’urgence.
- Le retrait de l’urgence est repoussé par 138 voix contre 127. L’ensemble de la loi est adopté par 228 voix contre 39.
- La loi est donc revenue au Palais-Bourbon. La commission du travail, qui l’a examinée, propose à la Chambre de la voter telle que.
- En novembre dernier, si elle admettait le principe de l’indemnité pour les placeurs dépossédés, c’était pour décider le Sénat, par cette concession, à admettre la suppression obligatoire. Or, l’amendement Mercier aboutira à la fermeture prochaine et sans indemnité du plus grand nombre des bureaux de placement payants. Comment la Chambre n’accepterait-elle pas avec plaisir une solution qui va bien au-delà de ses propres espérances.
- Néanmoins la commission se réserve de revenir sur sa décision, si par suite de l’adoption d’un amendement quelconque, le projet devait être renvoyé au Sénat.
- La question du rachat divisant les membres du cabinet, on était tombé d’accord sur une solution transactionnelle que le ministre des travaux publics, personnellement libre de tout parti pris dans la question, fut, chargé de soumettre à la Chambre.
- Le ministre de la marine, M. Pelletan, s'est plaint, dans une interview qui a fait du bruit, que son collègue des finances ait violé le pacte de neutralité.
- Le ministre des finances a donné, à la tribune, pour motif de son intervention le souci de mettre sous les yeux de la Chambre la relation étroite qui existe entre les finances publiques, dont il a la charge, et le régime des chemins de fer. Il n’en reste pas moins,
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- que tout en appuyant le projet gouvernemental, qui a pour but de donner un peu plus d’air et de jeu au réseau de l’Etat, M. Rouvier a combattu avec tant de vigueur le système de l’exploitation par l’Etat qu'en bonne logique son discours aurait dû conclure à la concession du réseau péniblement constitué en 1878 avec de pauvres lignes en déchéance et qui, bien que fortement gêné aux entournures, témoigne d’une prospérité suffisante pour justifier les éloges qu’en a fait à la tribune le ministre des travaux publiés.
- Par contre, il a fait une chaleureuse apologie des conventions auxquelles son collègue des travaux publics * reproche d’être fort mal rédigées, et où l’on rencontre tant d’obscurités, toujours au dire de M. Maruéjouls, qu’il est impossible d'y démêler si le gage des compagnies est suffisamment représenté parle matériel immobilier ou bien par l’actif tout entier, question peu négligeable cependant, car dans le second cas le gage offre des garanties très sérieuses et dans le premier, il est bien mesquin.
- Le 23 janvier 1902, au cours de la discussion du budget, un projet de résolution de M. Bourrât, rapporteur des chemins de fer de l’Etat, « invitant le gouvernement à procéder au rachat des réseaux de l’Ouest et du Midi », était adopté par 272 voix contre 260.
- Ce vote avait été précédé d’une discussion juste assez longue et suffisamment annoncée d’avance, pour qu’il soit impossible de lui attribuer le caractère d’un vote de surprise. Souligné par le rejet préalable, avec un nombre de voix à peu près égal, d’une motion préjudicielle tendant au renvoi du projet de résolution à la commission des chemins de fer, il était l'expression d’une volonté bien arrêtée, sinon bien éclairée.
- La majorité qui l’avait émis n’était pas très considérable et il est permis de penser que si le cabinet Wal-deck-Rousseau avait posé la question de confiance, le résultat eut été tout different.
- Quelques mois après, la Chambre était renouvelée,
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- et M. Emile Combes, remplaçant M. Waldeck-Rousseau au pouvoir, donnait lecture au Parlement d’une déclaration où se trouvait la phrase suivante :
- « La Chambre dernière avait chargé le gouvernement de lui préparer l’étude des conditions dans lesquelles pourrait s’opérer le rachat d’une partie de nos chemins de fer, nous nous conformerons à cette décision. >
- C’était la traduction un peu libre de la formule impé-r rative du 23 janvier 1902. Le nouveau gouvernement ne pensait pas qu’on pût racheter sans avoir au préalable étudié les conditions du rachat. Les partisans du rachat avait une opinion toute différente sur la procédure à suivre dans ce cas.
- Néanmoins personne ne protesta. Chacun suivit son idée. Les promoteurs du rachat déposèrent une proposition ferme à cet effet, la commission des crédits l’examina, l’adopta et saisit la Chambre de conclusions favorables.
- Le gouvernement de son côté n’était pas resté inactif. Conformément à sa promesse il avait étudié les conditions dans lesquelles pouvait s’opérer le rachat et comme ces conditions ne lui avaient pas paru favorables, il avait renoncé à proposer une solution dans ce sens.
- Aucune collaboration n’avait eu lieu entre le gouvernement et la commission, lorsque la Chambre fut appelée à discuter les conclusions de celle-ci. Aucune transaction n’était intervenue, comme cela a lieu d’ordinaire, même à propos d’affaires d’une beaucoup moindre importance.
- La question se présentait tout entière devant la Chambre telle qu’elle était sortie de l’initiative de quelques-uns de ses membres, et elle devait être envisagée sous tous ses aspects, politiques, sociaux, économiques, financiers.
- Que le gouvernement fût hostile, favorable ou seulement restât neutre, cela n’était certes pas indifférent
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- pour le succès de la proposition. On ne crut pas inutile de lui rappeler que la majorité qui avait voté la résolution du 23 janvier 1902 était celle qui, renforcée numériquement, le soutenait depuis deux ans, avec une fidélité constante dans toutes ses entreprises et qu'une telle solidarité implique un devoir de réciprocité.
- Le rapporteur, M. Klotz, a fortement insisté sur le côté politique de la question. Mais le ministre des finances lui a rappelé que la déclaration ministérielle avait été très nette sur ce point et que le cabinet n’avait pris vis-à-vis du pays aucun'engagement.
- Il conteste, d’ailleurs, que la majorité qui soutient le ministère soit favorable au rachat et chicane sur le chiffre des programmes électoraux que lui objecte M. Klotz pour lui démontrer le contraire.
- Ces affirmations et contradictions sur l’importance numérique de la majorité décidée à voter le rachat, paraît vaine et même quelque peu ridicule — le vote final, ne devant pas tarder à départager au besoin les interlocuteurs — si l’on ne réfléchit que, pour M. Rou-vier dont les opinions politiques et économiques ne reflètent pas absolument celles de la majorité qui soutient le cabinet, il s’agit d’établir avant tout que la question du rachat n'a pas, même accidentellement, le caractère politique que ses promoteurs lui attribuent, en y ajoutant la foi dans sa stabilité et son intangibilité, comme s’il s’agissait d’un article de credo. Car c’est bien ainsi, selon toute apparence, que le parti radical-socialiste l’envisage; et c’est ce qui lui donne une partie de sa raison d’être sup l’échiquier politique et parlementaire entre le conservatisme qui ne veut pas accroître, théoriquement du moins, en matière économique, les attributions de l’Etat, et le collectivisme qui rêve la main-mise absolue de l’Etat sur l’ensemble des moyens de production et de transport.
- Sur la procédure à suivre pour le rachat, autre divergence.
- M. Klotz considère que le pouvoir qui accorde les
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- concessions a le droit de les retirer. Il cite un précédent. La Chambre avait voté le 22 mars 1877 un projet de résolution de M. Allain-Targé invitant le gouvernement à opérer le rachat ; le gouvernement nomma aussitôt des commissions arbitrales. Que la Chambre vote le rachat et le gouvernement devra nommer des commissions arbitrales comme en 1877.
- M. Maruéjouls, ministre des travaux publics, répond : Si vous votez le rachat, je déposerai un projet de loi, car la situation a changé depuis 1877 ; il y a eu dans l’intervalle les conventions de 1883. Le gouvernement n’accepte donc pas la procédure indiqué par M. Klotz, et qui n’est expéditive qu’en apparence, car les conventions ratifiées par une loi ne peuvent disparaître qu’en vertu d’une loi, et le projet déposé à cet effet, après mûr examen, devrait suivre la filière, c’est-à-dire qu’on arriverait pour le rachat à cette situation qui a duré vingt-trois ans pour les accidents du travail : le projet est allé trois fois du Sénat à la Chambre et trois fois de la Chambre au Sénat. Pendant ce temps on maintiendrait un statu quo qui peut être désastreux pour certaines régions.
- o «
- Sous le régime des conventions les compagnies exploitantes ne sont pas entièrement maîtresses de leurs actes. Tout ce qui est du ressort de l’initiative commerciale ou financière leur appartient ; à l’Etat est réservé tout ce qui concerne le contrôle.
- Pour l’élaboration et l’application des tarifs, les conventions ont prévu des précautions minutieuses.
- Les compagnies perçoivent les recettes, mais les plus-values de recettes ne demeurent pas la jouissance exclusive des actionnaires.
- L’Etat garantit un minimum de dividende (5 0/°) ; par contre, il doit faire réverser sur des lignes improductives, la part plus forte des plus-values. En outre, l’Etat s’est réservé une participation directe dans les bénéfices des compagnies ; les conventions de 1883 ont
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- porté de 50 0/° à 66 0/°, le droit de l’Etat au partage.
- Enfin, les conventions, conclues en 1883, pour, une durée déterminée, au bout'de laquelle les chemins de fer feront retour à l’Etat, comportent la clause de rachat avant le terme prévu.
- Elles furent proposées par le parti républicain modéré alors au pouvoir. La construction d’un troisième réseau de cheminé de fer avait été reconnue indispensable. Pour exécuter ce réseau, il fallait de l’argent. Les compagnies s’engagèrent à faire en dix ans 10.000 kilomètres de chemins de fer, coûtant trois milliards, avec leurs propres moyens financiers.
- Les radicaux combattirent les conventions avec la plus grande énergie. A côté d’eux ne siégaient pas encore les représentants d’un parti qui s’est donné pour mission de lutter contre le capitalisme. Ils dénoncèrent le nouveau pacte comme perpétuant le joug que la féodalité financière, maîtresse des grandes compagnies, fait peser sur la démocratie française.
- Ils flétrirent comme usuraire la clause qui attribuait aux actionnaires des grands réseaux un revenu minimum de 5 o/° calculé sur la valeur moyenne de leurs titres pendant les cinq dernières années, mais qui, par suite de la prospérité de cette période, valut aux porteurs.de certains titres un revenu réel de 15 o/°. L'un d’entre eux, M. Laisant, qualifia dans son journal de « Chambre infâme » la Chambre qui avait voté les conventions.
- Dans le ministère actuel collaborent deux hommes politiques ; l’un , M. Camille Pelletan a jadis appelé les conventions « scélérates » ; l’autre, M. Rouvier les appelle « libératrices. »
- L’infatigable protagoniste de la reprise des chemins de fer, M. Bourrât, en ouvrant le 18 janvier, le nouveau débat, a rappelé ce fait qu’une commission avait été instituée, en 1896, par M. Guyot-Dessaigne, ministre radical des travaux publics, pour étudier la question du rachat de l’Ouest, du Midi et de l’Orléans. M. Pérouse,
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- aujourd'hui directeur des chemins de fer, qui en rédigea le rapport, fit remarquer que pour ces trois compagnies, le montant de la dette pour garantie d’intérêt se rapprochait sensiblement de la valeur de leur matériel, gage de la dette. Il en résultait que l’Etat pourrait effectuer le rachat sans verser aucune somme de capital. La situation de l’Orléans s’étant améliorée depuis lors, ce réseau a été, pour cette fois, mis hors cause par les promoteurs actuels du rachat. D’autre part, la Commission des crédits ayant constaté qu’il n’y avait pas péril en la demeure pour le réseau du Midi, a retiré provisoirement ses conclusions en ce qui le concerne. Lors, donc, que M. Bourrât eut développé sa proposition de rachat de l’Ouest et du Midi, le débat se concentra sur le rachat de l’Ouest.
- Le choix du réseau le plus malade devait semblait-il, donner plus d’efficacité à la thèse des partisans du rachat. Malheureusement, ils avaient contre eux cette circonstance déplorable que les populations de la région sur laquelle l’Ouest étend son réseau sont hostiles au rachat, que toutes les Chambres de Commerce et presque tous les conseils généraux de cette région ont émis des vœux fortement motivés contre un tel projet et que sur la centaine de députés qui la représente, dix seulement se sont prononcés pour le rachat, seize se sont abstenus et soixante-douze ont voté contre.
- M. Rouvier, qui d’ordinaire oppose si volontiers les droits du gouvernement et de la collectivité aux coalitions d’intérêts régionalistes, n’a cependant pas négligé de tirer tout le parti possible d’une circonstance qui servait si bien sa manière de voir. Il est permis de douter qu’il eût mis la même complaisance à tenir compte des aspirations des régions desservies par le Midi qui sont presque entièrement favorables au rachat de cette ligne.
- L’opposition d’une région intéressée dans la question comme cliente, ne pouvait pas faire obstacle à la recherche d’une solution conforme aux intérêts généraux du
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- pays et les débats ont pris tonte l’ampleur qu’ils devaient avoir.
- M. Janet se déclare partisan du rachat de l’Ouest et hostile à celui du Midi. Ce réseau n’a qu’un point do suture avec celui de l’Etat, à Bordeaux, et le rachat ne présenterait aucun avantage pour l’Etat au point de vue des transports. Il ne pourrait présenter quelque avantage que s’il suivait et non s’il précède le rachat do l’Orléans.
- En fusionnant le réseau de l’Ouest avec celui de l’Etat, on pourra constituer un grand réseau d’Etat aussi important que celui des autres compagnies et en faire un réseau modèle. C’est la thèse de la Commission.
- M. Modeste Leroy n’est ni financier, ni statisticien, ni ingénieur. Il tient à le dire en prenant possession de la tribune. Cela ne l’empêchera pas un peu plus tard de faire un léger accroc à la modestie de ce début en faisant un tableau très osé de la prospérité de l’Ouest, auquel il s’intéresse en sa qualité de Normand, et en dressant la liste très détaillée, des améliorations réalisées par cette compagnie tant dans l’intérêt du personnel que dans l’intérêt des voyageurs. Mais pour le moment il s’abrite derrière le paravent de son incompétence pour dauber à son aise sur tous les monopoles, sur les allumettes, qui ne prennent pas, sur les tabacs, qui ne valent pas grand chose. Si bien que le ministre des finances, M. Rouvier, qui n’est pas amateur de monopoles, mais de l’administration duquel relèvent les produits incriminés, prend feu et fait entendre cette brève déclaration : le tabac français est le meilleur de tous les tabacs et nos allumettes prennent aussi bien que toutes les allumettes de fabrication étrangère.
- M. Modeste Leroy ne paraît pas convaincu. Il continue la série de ses exécutions par les téléphones et en tire cette conclusion que les monopoles n’ont pas donné, jusqu’à ce jour, de si bons résultats que nous devions en augmenter le nombre et que le monopole de l’Etat pour les chemins de fer serait un véritable danger.
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- M. Maruéjouls, ministre des travaux publics, dit que le droit de rachat est la sauvegarde de l’Etat. On ne doit en user que lorsque l’heure est propice et que le résultat peut être favorable. Laissant donc de côté la question doctrinale, il se bornera à examiner les arguments qui ont été présentés en faveur du rachat de l’Ouest et du Midi.
- Tout le monde, dit-il, a pu se rendre compte au cours des discussions, des difficultés inextricables qu’il y a à suivre dans leur détail, les rapports qui contiennent des statistiques complexes et des tables d’amortissement. Chacun a pu voir combien il était facile de soutenir avec les mêmes documents, le pour et le contre et de faire parler les chiffres dans le sens de la thèse que l’on défend.
- En ce qui concerne la prévision nécessaire à faire d’ores et déjà pour arriver à cette besogne de liquidation, les chiffres des rapports de MM. Klotz et Bourrât ne concordent pas ; ils se contredisent même ; ils ne permettent donc que des hypothèses.
- ^ Le ministre a demandé à l’inspection des finances, seule compétente pour donner des renseignements précis, de lui fournir un rapport très complet. Ce rapport a nécessité un travail de trois mois. Il y est dit très nettement que personne ne peut exactement prévoir quelles conséquences financières pourrait avoir le rachat de tel ou tel réseau.
- Le doute subsiste donc tout entier, et dans le doute, M. Maruéjouls s’abstient de conclure. A son avis, le rachat ne fera rien perdre ni rien gagner à l’Etat.
- Au lieu des garanties, l’Etat payera des annuités équivalentes. Il encaissera le produit net des compagnies et cessera de payer les garanties ; mais il payera un revenu garanti, déterminé par les conventions de 1883, et qui comprendra, bien entendu, le dividende réservé aux actionnaires. Or, ce revenu garanti est égal à la somme du produit net et de la garantie.
- Mathématiquement, les charges de l’Etat ne varie-
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- roiit pas. La situation de l’Etat peut même devenir excellente sans le rachat. En effet, si les recettes de l’Ouest ne sont pas ce qu’on est en droit d’espérer, si les produits nets de la compagnie continuent à baisser, elle sera obligée de venir vers l’Etat et de lui demander des concessions qu’on pourra examiner.
- Le ministre des travaux publics ne donne pas son adhésion au rachat parce qu’il croit que l’opération ne serait pas bonne, au point de vue financier et que, quoi-qu’en eussent dit ses promoteurs, elle ne profiterait qu’aux seuls porteurs de titres.
- Mais contrairement à Hopinion de la plupart des adversaires du rachat, il estime que l’Etat est aussi capable de bien exploiter que les compagnies. Tous les Etats, suivant lui, ont intérêt à avoir un réseau d’Etat, qui puisse entrer en concurrence avec les autres compagnies. Il est donc partisan d’un réseau d’Etat comme champ d’expériences. On pourrait ainsi agir sur les. compagnies, non seulement par le contrôle, mais aussi par la concurrence loyale.
- Nous avons, depuis 1878, un réseau d’Etat. Malheu- / reusement il est précaire et d’une homogénéité insuffisante. Sans lui donner toute l’extension que réclament pour lui les partisans du rachat de l’Ouest et du Midi ou de l’Ouest seul, il serait possible de le remanier et de l’étendre de façon à en faire un « grand réseau qui pût entrer, dans le syndicat des grandes compagnies, y vivre et y traiter de puissance à puissance. »
- Pour cela, il est indispensable de lui donner, comme le demandait un représentant des régions intéressées, une tête et une queue, des aboutissants, Paris, Bordeaux. D’autres mesures s’imposent également : la suppression, quant aux relations intéressant l’Ouest, de toutes restrictions au droit de tarification du réseau de l’Etat sur Paris ; l’unification des tarifs sous forme de tarifs communs lorsqu’il y aura avantage pour le public ; et ce qu’on pourrait appeler des rectifications de frontières : la cession, l’échange de certaines lignes de l’Etat, de l’Ouest et de l’Orléans.
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- Des négociations sont engagées à cet effet depuis plus’ d’un an, avec l’Ouest et l’Orléans ; M. Maruéjouls demande à la Chambre de l’autoriser à les continuer.
- Ici se placent dans l’ordre chronologique le discours du rapporteur et l’intervention décisive du Ministre des finances.
- Le président de la commission des crédits, M. Dou-mer, constate que le rachat combattu par le Gouvernement ne peut pas réunir une majorité. Il ne veut pas exposer la proposition, qui a toutes ses sympathies, à un échec qu’on pourrait invoquer plus tard contre le principe du rachat. Il demande donc à la Chambre de laisser les choses en l’état.
- Le ministre des travaux publics ne s’y oppose pas. Quand il aura terminé ses négociations il saisira le Parlement de ses propositions. Pendant ce temps, la commission des crédits examinera, de son côté, les motions qui lui ont été renvoyées sur sa demande ; elle pourra ensuite soumettre à la Chambre de nouvelles conclusions.
- La question reste donc à l’étude. Mais la discussion, qui a duré une semaine, n’aura pas été inutile ; elle aura déblayé le terrain des considérations théoriques et politiques. Il ne restera à la Chambre qu’à choisir entre le rachat total et le rachat partiel de l’Ouest.
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- FRANCE
- Les conseils du travail.
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- On sait que les Conseils du travail ont été créés sur le rapport de M. Millerand, ministre du commerce, pour éclairer le gouvernement sur toutes les questions du travail, pour servir éventuellement de conciliateurs entre patrons et ouvriers et pour collaborer à l’établissement du salaire normal et de la durée normale du travail que les administrations publiques imposent à leurs entrepreneurs à l’égard de leurs ouvriers dans leurs cahiers des charges.
- Ils sont composés d’un nombre égal d’ouvriers et de patrons élus par les syndicats professionnels.
- Des industriels se sont émus de cette institution et de l’influence attribuée aux syndicats qui sont seuls appelés à élire les représentants aux Conseils du travail à l’exclusion des ouvriers isolés.
- Des pourvois ont été formés devant le Conseil d’Etat par ces industriels et notamment par la Chambre syndicales des fabricants et constructeurs de matériel pour chemins de fer et tramways, contre le decret du 17 novembre 1900, relatif aux Conseils du travail.
- La question a soulevé de nombreuses polémiques et provoqué une assez vive agitation dans le monde du travail et dans le Parlement.
- Le Devoir en a suivi toutes les phases et a rendu compte notamment des séances du 20 novembre 1899, à la Chambre et du 7 novembre 1902, au Sénat, où fut mise en cause la légalité du décret, là, à l’occasion d’une question posée à son auteur, M. Millerand, dont la réponse reçut l’assentiment de la Chambre ; ici, à l’occasion d’une proposition de loi, dont le simple dépôt
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- et, à plus forte raison l’adoption, devait, dans la pensée de ses auteurs, entraîner l’annulation du décret. On sait que l’évènement donna tort à cette interprétation optimiste, et que l’adoption par le Sénat de la proposition n’a pas même eu pour effet de suspendre l’application du décret. La Chambre n’a pas encore délibéré sur la proposition sénatoriale et il est infiniment probable qu’elle ne fera pas sienne l’interprétation du Sénat.
- Dans ces conditions la solution définitive ne pouvait être donnée que par le) Conseil d’Etat dans sa séance du 12 février.
- Après l’audition de l’avocat des auteurs du pourvoi,le' commissaire du gouvernement a prononcé ses conclusions.
- « Le pourvoi, d a dit M. Romieu , « se fonde sur trois catégories de moyens. On soutient d’abord que le décret du 17 septembre 1900, en composant les conseils du travail de membres élus par les syndicats et en leur conférant les fonctions d’arbitres et de conciliateurs, viole les législations relatives aux syndicats professionnels, aux conseils de prud’hommes et à l’arbitrage.
- « On prétend ensuite que les attributions qui leur sont conférées pour la détermination du salaire normal et du maximum de durée de travail dans les marchés passés par les administrations publiques, constituent une violation des dispositions des règlements d’administration publique du 10 août 1899 sur les conditions du travail dans cette nature de marchés.
- « Enfin, on affirme qu’en dehors même de toute violation d’un texte positif de loi ou de règlement, le gouvernement a excédé ses pouvoirs en créant, par voie de décret simple, un organisme qui, en raison de son importance, de son influence économique, de son ingérence dans les rapports entre le capital et le travail, ne pouvait être institué que par le législateur.
- « Aucun de ces moyens ne paraît à M. le commissaire du gouvernement,pouvoir être retenu.
- « En effet, la faveur donnée aux syndicats et l’exclu-
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- sion des non-syndiqués dans la composition des conseils du travail, comme le rôle d’arbitres ou de conciliateurs qui leur est attribué, ne sauraient être considérés comme contraires à la loi, du moment où les conseils du travail, qui sont à l’égard de l’administration un corps purement consultatif, n’ont à l’égard des tiers qu’un rôle exclusivement facultatif et n’interviennent que s’ils en sont sollicités par les parties elles-mêmes, lesquelles demeurent libres de ne pas recourir à leurs bons offices.
- « En ce qui concerne les bordereaux d’adjudication des marchés de l’Etat, des départements, des communes, dans lesquels se trouvent contenues pour les entrepreneurs les obligations relatives au salaire et à la durée de travail des ouvriers, on sait que les règlements d’administration publique du 10 août 1899 ont prescrit qu’ils devaient être établis par les administrations intéressées, après une instruction dans laquelle ces administrations devraient se référer aux accords existant entre syndicats patronaux et ouvriers, ou provoquer l’avis de commissions mixtes d’ouvriers et de patrons.
- « Si le décret attaqué avait entendu, comme on le prétend, charger les conseils du travail de rédiger ces bordereaux aux lieu et place des administrations intéressées, ou même les substituer seulement aux commissions mixtes prévues par les décrets du 10 août 1899, nul doute, dit M. le commissaire du gouvernement, qu’il ne fût, de ce chef, entaché d’illégalité.
- « Mais telle n’est pas la portée du décret qui a créé les conseils de travail.
- « Il résulte des déclarations de M. Millerand que le gouvernement n’a entendu modifier en rien les dispositions des règlements d’administration publique de 1899, qu’il n’a voulu priver les administrations intéressées d’aucune liberté, ni leur imposer aucune obligation, qu’il a eu uniquement en vue de leur procurer certaines facilités. i
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- * «Les conseils du travail constituent seulement un type de commission mixte, répondant aux prescriptions ' des règlements de 1899, qui est mis d’une manière permanente à la disposition des diverses administrations et que celles-ci peuvent dès lors, si cela leur convient, considérer pour la rédaction de leur cahier des charges comme la commission mixte prévue par ces règlements.
- « Dans ces conditions et sous la réserve de lui donner sans ambiguité cette interprétation, qui est celle de Fauteur même de l’acte attaqué, le décret du 17 septembre 1900 ne contredit aucune des dispositions des règlements du 10 août 1899 et n’est encore, à ce point de vue, entaché d’aucun excès de pouvoir.
- « Enfin, il est difficile de voir sur quel principe de droit public on pourrait se fonder pour refuser au gouvernement le droit de créer des corps administratifs, composés comme il l’entend, soit de fonctionnaires, soit de personnes quelconques désignées par lui ou élues par telle ou telle catégorie de citoyens, dès lors que ces corps ont un caractère simplement consultatif ou que leur intervention possible dans les rapports des tiers est purement facultative et amiable. Il ne faut pas, en effet, confondre deux points de vue essentiellement différents ; celui du juge et celui du Parlement.
- « Le Parlement peut toujours empêcher le gouvernement de réaliser une réforme qu’il estime inopportune ou qu'il prétend se réserver le soin de réaliser. Mais tant qu’il n’est intervenu aucun texte législatif limitant, en fait ou en droit, les pouvoirs du gouvernement, celui-ci peut toujours prendre les mesures d’administration qu’il croit nécessaires à l’intérêt général, du moment qu’il n’impose aucune obligation à personne, qu’il ne porte atteinte à aucun droit et ne lèse même directement aucun intérêt. S’il peut encourir éventuellement la censure du Parlement, il esta l’abri de l’action juridique des tiers.
- « En conséquence, M. le commissaire du gouvernement a conclu au rejet du pourvoi. »
- L’affaire fut mise en délibéré»
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- Le Conseil d’Etat à rendu son arrêt le 19 février. Conformément aux conclusions du commissaire du gouvernement, les pourvois ont été rejetés.
- Voici les termes de l’arrêt :
- « Considérant, d’une part, que les conseils du travail tels qu’ils ont été institués par ces décrets, sont essentiellement des organes d’information ; qu’ils ne sont investis d’aucun pouvoir propre de décision et que leurs avis destinés à éclairer les autorités administratives sur les mesures à prendre dans la limite de leurs attributions, ne sont pas obligatoires pour ces autorités ; que le caractère purement consultatif des conseils du travail résulte tant de l’ensemble des dispositions qui les instituent que des termes du rapport du ministre précédant le décret du 17 septembre 1900, confirmés par ses déclarations au cours de l’instance ;
- « Considérant, d’autre part, que si d’après l’art. 2 § 3 du décret du 17 septembre 1900, les conseils du travail sont chargés d’établir dans chaque région un tableau constatant le taux normal et courant des salaires et la durée normale et courante de la journée de travail, ils doivent le faire dans les formes prévues aux art. 3 des décrets du 10 août 1899;
- « Que ce tableau n’est qu’un nouvel élément d’information soumis à l’appréciation des administrations publiques intéressées et ne change rien aux attributions qu’elles ont reçues de ces décrets ;
- « Qu’il suit de là que les décrets attaqués n’apportent aucun empêchement à l’entière application des lois des 21 mars 1885 et 27 décembre 1892 et des décrets du 10 août 1899, les requérants ne sont pas fondés à prétendre qu’ils auraient été pris en violation des lois et règlement précités ;
- « Que dès lors ces décrets sont intervenus dans la limite du pouvoir règlementaire du président de la République.
- « En conséquence, les décrets attaqués sont déclarés réguliers et valables par le Conseil d’Etat. ‘
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- LE DEVOIR
- GRANDE-BRETAGNE.
- Le parti ouvrier et la réforme douanière.
- Les projets fiscaux de M. Chamberlain auront eu , dès leur apparition, cette première conséquence de bouleverser la classification des partis politiques. Le ministère unioniste, s’il peut jusqu’à un certain point compter, tout au moins pour assurer son existence, sur le concours des Irlandais, contre les revendications desquels se forma , jadis , l’alliance hybride de conservateurs , libéraux et même radicaux, connue sous le nom d’unionisme, voit aujourd’hui se débander les troupes qui l’ont soutenu jusqu’ici, et libéraux, conservateurs et radicaux, ministériels ou anti-ministériels, laissant de côté les divergences ou les préférences politiques qui les avaient jusqu’ici divisés ou réunis, se ranger individuellement sous la bannière protectionniste ou libre échangiste.
- Seul, le parti ouvrier témoigne d’une cohésion remarquable. Ses treize représentants à la Chambre des communes agissent avec vigueur et succès.
- Leur influence sur les syndicats ouvriers vient de se manifester par la création d’un journal du parti dont le premier numéro a paru le 6 février. On prévoit déjà un tirage à plusieurs millions d’exemplaires de cette feuille hebdomadaire, la Weekly Tribune, qui sera distribuée à tous les membres des trade-unions. Le programme du Parti comporte la lutte contre les projets fiscaux de M. Chamberlain, et il est à prévoir que les élections générales se ressentiront de l’entrée en jeu de cette force nouvellement organisée.
- PAYS DIVERS La crise cotonnière.
- Le syndicat cotonnier de l’Est a adressé aux journaux la communication suivante :
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- Tout le monde est au courant de la crise sans précédent qui sévit sur Tindustrie cotonnière du monde entier, par suite de la rareté et du renchérissement de la matière première.
- L’Angleterre et l’Amérique elles-mêmes ont depuis quelque temps déjà commencé à réduire le travail. Pour la France, 15.000 métiers en Normandie, 17.000 à Roanne, 5.000 à Fiers ont également diminué leur production dans la proportion d’un sixième. La région de l’Est, qui jusqu’à ce jour avait essayé de résister, se voit elle-même obligée de suivre le mouvement.
- Une assemblée générale des tisseurs, tenue à Epinal le 28 janvier, a constaté que le chômage, auquel plus de 40.000 métiers donnaient leur adhésion, était le seul remède à la situation et le seul moyen d’éviter des chômages complets dans l’avenir.
- En conséquence, elle a voté l’arrêt d’un jour par semaine pendant trois mois à partir du 1er mars.
- Le discours du trône, en Angleterre, a témoigné de la profonde anxiété que l’insuffisance de l’importation des matières premières dont a besoin l’industrie cotonnière de ce pays, inspirait à son souverain. Edouard VII y émettait l’espoir que les efforts faits actuellement en différentes parties de l’empire britannique pour accroître la superficie du terrain cultivé seront couronnés d’un grand succès.
- * *
- La réglementation du travail.
- Le Journal officiel a publié un rapport adressé par M. Trouillot, ministre du commerce et de l’industrie, au Président de la République, sur l’application de la loi du 12 juin 1893, concernant l’hygiène et la sécurité des travailleurs dans les établissements industriels.
- Il se divise en quatre chapitres ; Application de la législation existante ; relevé des accidents du travail ; application de la loi du 29 décembre 1900 ; améliorations projetées en cours d’exécution.
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- Du second chapitre, nous détachons le passage suivant :
- «Comme les années précédentes, on constate que les accidents les plus nombreux sont dus aux chutes des ouvriers , à la manutention des fardeaux , aux éboule-ments et chutes d’objets. Ces sortes d’accidents sont occasionnés souvent par l’imprudence des victimes, ou par des causes fortuites que le service ne peut prévoir.
- « Les autres travaux les plus dangereux sont ceux des outils à main , de la traction mécanique ou animale, pour lesquels l’action du service est extrêmement limitée, et enfin des machines-outils, métiers, etc.
- « Il faut signaler le petit nombre des accidents causés par les moteurs et les chaudières à vapeur, ainsi que la diminution très sensible de ceux qui sont dus aux organes de transmission. La réglementation en vigueur donne au service des pouvoirs très étendus en ce qui concerne la protection des moteurs à vapeur et des organes de transmission , et les dispositifs de sécurité spéciaux à ces engins sont depuis longtemps entrés dans les habitudes industrielles.
- « Je relèverai enfin la diminution de deux tiers pour les accidents dont la cause est inconnue, ce qui indique un grand progrès dans le libellé des déclarations. »
- Le dernier chapitre examine particulièrement la loi du 11 juillet 1903, qui a appliqué au commerce et aux administrations, les dispositions de la loi du 12 juin 1893.
- Voici ce qu’en dit particulièrement le ministre :
- « Depuis longtemps déjà on signalait les déplorables conditions d’hygiène où se trouvent les travailleurs dans les petits métiers de l’alimentation : boulangerie, pâtisserie, boucherie, charcuterie, etc. Là s’effectue parfois un travail dangereux dans des locaux exigus , mal aérés et mal tenus, mais jusqu’ici l’application des lois ouvrières n’avait pu y être exigée, en raison du caractère commercial que leur donnait la vente au détail et l’absence de moteur mécanique. La nouvelle
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- loi assurera, avec une réelle sauvegarde du personnel employé, une garantie nouvelle de la salubrité des produits alimentaires. Elle apportera également un assainissement indispensable dans les annexes des entreprises commerciales où les règles les plus élémentaires de l’hygiène étaient souvent négligées, dans les ateliers de manutentions et d’empaquetage, dans les caves et chais, dans les entreprises de chargement et de déchargement où s’effectue souvent un travail insalubre ou dangereux. Jusqu’ici la jurisprudence n’avait pas reconnu à ces travaux un caractère industriel lorsqu’ils dépendaient d’un établissement purement commercial.
- « Enfin, il en sera de même des bureaux dont on a souvent déploré l’insalubrité résultant d’un cube d’air trop restreint ou d’une aération insuffisante. »
- La direction de la mutualité au ministère de l’intérieur.
- Le gouvernement de la République vient d’ériger en Direction de la Mutualité le service des sociétés de secours mutuels au ministère de l’intérieur.
- Le chef de ce service, M. J. Barberet, devient le titulaire de la nouvelle direction qui donne à la Mutualité son autonomie administrative. Les avantages de cette mesure ne tarderont pas à s’établir, grâce au concours du Conseil supérieur de la Mutualité et de la Fédération nationale, présidée par M. L. Mabilleau, directeur mutualiste du Musée social, dont l’activité n’est pas étrangère à cette heureuse évolution.
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- LÀ QUESTION DE LA PAIX
- Le mouvement en faveur de l’arbitrage aux Etats-Unis.
- Une conférence a eu lieu à Washington dans le but de poser les bases du traité d’arbitrage anglo-américain et d’étudier les meilleurs moyens d’arriver à l’extension du principe d’arbitrage à travers le monde.
- M. Forster, ancien secrétaire d’Etat, en a été élu président.
- La conférence a adopté une résolution par laquelle elle se déclare permanente. Elle a également voté :
- 1° Une résolution invitant les Etats-Unis à s’efforcer de conclure un traité avec l’Angleterre, pour la soumission à la Cour de la Haye, à défaut d’un tribunal spécial constitué, de tous les différends que la diplomatie n’aura pas pu aplanir ;
- 2° Une résolution invitant les Etats-Unis à conclure aussitôt que possible avec les autres puissances des traités identiques à celui qui est projeté entre l’Amérique et l’Angleterre.
- D’autre part, une dépêche de Washington, 14 janvier, annonçait que quarante membres du Sénat et de la Chambre ont organisé un groupe d’Union interparlementaire d’arbitrage international.
- Ils ont voté une résolution qui sera présentée à la Chambre, demandant la convocation en septembre, à Saint-Louis, de l’Union interparlementaire.
- Sir Thomas Barclay, dont on sait la belle campagne en faveur du traité d’arbitrage franco-anglais , a suggéré de réunir le groupe américain et le comité de la Chambre des communes anglaises,
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- LA QUESTION DE LA PAIX
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- Le groupe interparlementaire danois.
- Un des plus anciens groupes interparlementaires, le groupe danois, vient d’atteindre, le 20 janvier 1904, sa 14e année d’existence.
- Il compte actuellement 2 anciens membres et 135 membres en exercice du Parlement, soit 75 0/°. Il ne reste en dehors du groupe que 3 députés et 42 sénateurs. En même temps qu’un des plus anciens, il est proportionnellement le plus considérable des groupes interparlementaires. Tous les partis politiques y sont représentés, savoir : 95 membres de la gauche, les 17 socialistes, 13 modérés et les 12 membres de la droite.
- Jusqu’à présent le plus grand parti était seul représenté dans le Comité central ; mais dans la séance de l’assemblée générale du 28 janvier, on a offert aux trois partis non représentés la faculté d’élire chacun un membre. La gauche aura 8 représentants dans le Comité.
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- GRANDE-BRETAGNE Le discours du trône et l’arbitrage,
- L’ouverture du Parlement anglais a eu lieu le 2 février. Le discours du trône, très sobre de renseignements sur les questions qui préoccupent le plus en ce moment le monde anglais, par exemple, le protectionnisme et l’organisation de l’Afrique du Sud, abonde par contre en considérations sur la politique étrangère. C’est tout d’abord des récentes conventions d’arbitrage conclues avec la France et d’autres pays, qu’Edouard VII s’est entretenu avec son Parlement.
- Après avoir constaté que les relations de la Grande-Bretagne avec les puissances étrangères continuent d’avoir un caractère satisfaisant, le roi ajoute :
- « Mon gouvernement a conclu avec celui de la République française un arrangement qui contribuera beau-
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- coup, je l’espère fermement, à favoriser le recours à l’arbitrage en cas de différend international.
- « Outre sa valeur intrinsèque, cet arrangement fournit une heureuse preuve des sentiments amicaux qui prévalent entre les deux pays, sentiments dont il a été donné des témoignages frappants pendant ma visite en France et pendant celle du président de la République française en Grande-Bretagne, et dont on a aussi formé de nouvelles preuves par un récent échange de courtoisies internationales.
- « Des négociations en vue d’arrangements semblables ont lieu actuellement avec les gouvernements d’Italie et des Pays-Bas.
- « Une convention a été conclue entre mon gouvernement et celui du Portugal, pour délimiter, par voie d’arbitrage, la frontière entre les possessions portugaises du sud-ouest de l’Afrique et le territoire du royaume de Barotsé. Sa Majesté le roi d’Italie a bien voulu accepter le rôle d’arbitre.
- « Le tribunal constitué d’après la convention conclue le 3 mars dernier entre mon gouvernement et les Etats-Unis, a rendu sa décision sur les points mentionnés dans cette convention ; pour quelques-uns de ces points, le verdict a été en faveur des réclamations anglaises ; pour d’autres points, il leur a été contraire.
- « Bien que nous ayons évidemment lieu de déplorer cette circonstance, nous n’en devons pas moins nous féliciter, que Ues^malentendus si fréquents nés de la teneur^ d’anciens traités~de frontières, conclus en ignorance des faitsjgéographiques, aient été dans ce cas-ci, bannis définitivement du champ des controverses. »
- Edouard VII faisant ensuite allusion au conflit russo-japonais s’exprime ainsi :
- « J’ai [suivi avec anxiété la marche des négociations entamées entre les gouvernements du Japon et de la Russie au sujet'de leursjintérêts respectifs en Chine et en Corée.
- « La perturbation de la paix dans ces régions ne
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- pourrait avoir que des conséquences déplorables. Mon gouvernement s’empressera de faire tout ce qui sera en son pouvoir pour aider à une solution pacifique de cette question. »
- Aussitôt après le discours du trône, le roi s’étant retiré, la discussion de l’Adresse commence dans chacune des deux Chambres.
- M. Lawrence Hardy, député conservateur du Kent, en propose l’adoption aux communes. Il fait un éloge particulier du tact et de l’habileté de son souverain à qui l’on doit les progrès faits par la cause de l’arbitrage. 11 rappelle l’échange de visites qui eut lieu entre les parlementaires anglais et français, échange de visites unique dans l’histoire, car c’était la première fois que non seulement des chefs d’Etat, mais des législateurs prenaient part à l’oeuvre de consolidation de l’amitié internationale.
- Le leader de l’opposition, M. Henry Campbell Ban-nerman, critique les lacunes du discours du trône que nous avons signalées au début puis, arrivant aux traités d’arbitrage avec la France et d’autres pays, il s’exprime ainsi :
- « Ce qui est plus important encore que les instruments diplomatiques établis entre ces pays, c’est l’esprit de bonne amitié et de bonne entente mutuelle qui a été créé avec les principales nations européennes et dont la création et le maintien sont, dans une si large mesure, l’œuvre noble et digne de Sa Majesté le roi. (Applaudissements). Sa Majesté n’a pas seulement servi les plus hauts intérêts du pays ; il nous a donné à tous un bon exemple et il s’est attiré notre reconnaissance et la reconnaissance de l’Europe. La visite du président de la République et celle du roi et de la reine d’Italie n’ont pas été, chose assez curieuse, mentionnées dans le discours du trône. Ces visites ont fait beaucoup pour cimenter les bonnes relations, et je crois qu’il eût été tout à fait convenable d’y faire allusion, ainsi qu’aux
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- civilités échangées entre membres des Parlements de Paris et de Londres, lesquelles ont procuré aux parle-mentaires et aux deux nations la plus grande satisfaction. »
- A la Chambre des lords, c’est lord Spencer, le leader libéral, qui a ouvert le débat en passant en revue le discours du trône.
- En ce qui concerne la Russie et le Japon, l’orateur espère que les nuages se dissiperont. Il pense que le gouvernement britannique a offert ses bons offices aux deux puissances et spécialement au Japon, pour amener une solution amicale.
- Lord Lansdowne , ministre des affaires étrangères, a répondu à lord Spencer. Il s’est exprimé en ces termes :
- « Ce n’est pas par pure rhétorique que le gouvernement a mentionné la satisfaction avec laquelle il avait pu conclure un accord d’arbitrage avec la France. Cet accord est dû en partie aux visites récemment échangées et surtout à la conviction fortement enracinée chez les peuples des deux pays qu’il n’existe pas de divergences réelles dans leurs intérêts et qu’il n’y a pas d’élément de sécurité plus grand pour la paix de l’Europe que le désir de cette paix de la part de la France et de la Grande-Bretagne. »
- La question de la « Japanese House tax ».
- Les gouvernements de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne, de la France et du Japon ont communiqué à la cour d’arbitrage de la Haye un mémoire qui se rapporte à la question de la « Japanese House tax ».
- Le délai pour les répliques est de 6 mois.
- Une conférence à Guise.
- MM. Nattan-Larrier et Lucien Le Foyer, avocats à la Cour d’appel de Paris, ont donné avec un plein succès
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- une conférence à Guise, le 25 décembre dernier, dans la salle du Marché-couvert, devant sept à huit cents personnes. Après une visite au Familistère, les conférenciers, venus de Paris, ont été présentés à l'assemblée par le président de la Société de Paix et d’Arbi-trage, M. Sarrazin-Duhem, qui les a remerciés et a rendu hommage aux mérites de deux champions de la Paix, M, Frédéric Passy et feu M. J.-B.-A. Godin, fondateur du Familistère de Guise.
- M. Nattan-Larrier avait pris pour sujet de son discours <r La Paix dans le passé » et M. Le Foyer « La Paix dans l’avenir », Ils ont été fréquemment interrompus par les applaudissements des auditeurs, et l’assemblée a voté à l’unanimité, sur la proposition du Vice-président, M. le Dr. Nicollet, un ordre du jour ainsi conçu :
- « Les citoyennes et citoyens réunis à Guise, salle du Marché couvert, au nombre d’environ huit cents, le vendredi 25 décembre 1903 ;
- « Remercient les citoyens Nattan-Larrier et Lucien Le Foyer de leur admirable conférence ;
- « Les félicitent de l’énergie qu’ils apportent à la cause de la Paix ;
- « Ils envoient un souvenir fraternel aux grands apôtres de la Paix, Godin et Frédéric Passy ;
- « Persuadés enfin de la nécessité du groupement des peuples civilisés sur tous les terrains, notamment pour la Paix durable et définitive, ils adressënt leur salut fraternel à tous les partis démocratiques et particulièrement au prolétariat socialiste international qui, dans tous les Congrès, a protesté énergiquement contre la guerre et le maintien des armées permanentes. »
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- Le groupe d’étudiants étrangers pour la Paix.
- Dans sa séance du 7 décembre, l’Association générale des étudiants de Paris a approuvé à l’unanimité la formation, dans son sein, d’un Groupe d’étudiants étran-
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- g ers pour la Paiœ, destiné à faciliter, parmi les étudiants, l’entente entre les diverses nationalités, à favoriser l’étude des questions qui s’y rattachent et à contribuer à l’expansion dans le monde de l’idée pacifique, par une sorte de rayonnement parti du foyer français.
- Ce que coûtent les Philippines.
- Un journal américain rappelle que le rachat des propriétés des Frères dans le lointain archipel se traduira par plus de 36 millions de francs ajoutés aux obligations d’Etat, ce qui portera les dépenses qu’a entrainées l’annexion des Philippines à trois milliards cent millions de francs au minimum.
- NORWÈGE.
- L’Institut Nobel pour l’étude du droit international
- Le 12 février, a eu lieu à Christiania, l’inauguration de l’Institut norvégien Nobel pour l’étude du droit international.
- L’inauguration a été faite par le conseiller d’Etat Leevland, président de la commission du prix Nobel pour la paix.
- La commission pour l’étude du droit international est composée de six légistes norvégiens et de neuf légistes étrangers qui constitueront une sorte de tribunal consultatif destiné à donner son opinion sur les questions du droit des gens.
- La sentence de la cour de la Haye sur le Conflit
- vénézuélien.
- La Cour de la Haye a rendu, le 22 février, sa sentence sur l’affaire des réclamations des puissances envers le Venezuela. Le tribunal a décidé à l’unanimité que les trois puissances ayant pris part au blocus (Italie,
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- Allemagne et Grande-Bretage) ont droit au traitement priviligié concernant l’allocation des trente pour cent sur les revenus des douanes de La Guayra et de Puerto-Cabello. Le Venezuela a affecté ces revenus au paiement des créances extérieures. Il est ordonné à chaque partie de payer ses propres frais, ainsi qu’une part égale des frais occasionnés par la réunion du tribunal.
- Les Etats-Unis sont chargés de mettre à exécution, d’ici trois mois, la décision de la cour.
- Après la lecture de la sentence arbitrale, le président, M. Mouraviev, a déclaré que le tribunal a prononcé son arrêt après un examen minutieux et en pleine impartialité :
- « La décision, comme œuvre humanitaire, peut être sujette à critique, » a-t-il ajouté; « comme chose jugée, on doit s’incliner devant elle.
- «Le débat paisible du système de Parbitrage s’est clôturé au milieu des bruits sinistres de la guerre, entrave terrible à la voie de la lumière et du progrès. On aspire au bien, mais on n’est pas, hélas ! à l’abri d’une attaque possible et inattendue. On est obligé d’accepter la guerre de la légitime défense, au nom de l’honneur et de la liberté. La juste Providence, qui décide de la victoire, distinguera entre les droits et les prétentions qui ne sont pas fondées.
- « Après la fin de la guerre entre les peuples européen et asiatique, la lumière se fera de nouveau et l’arbitrage de la Haye demeurera le rempart de la justice, de la vérité et de la raison, et un gage d’espérance sublime en l’avenir. »
- Le conflit russo-japonais et les amis de la Paix.
- Les demandes faites par le Bureau de la Paix ont reçu l’approbation des pacifistes de tous les pays.
- Les Sociétés de la paix et les groupes interparlementaires ont multiplié leurs manifestations contre un appel à la violence. Tous les moyens ont été mis en jeu
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- pour provoquer un mouvement d’opinion et éclairer la bonne volonté des personnalités en mesure par leur situation d’intervenir ou d’agir efficacement en faveur d’une solution pacifique.
- Le roi d’Angleterre, le Président de la République française, le roi d’Italie se sont prononcés personnellement en faveur du maintien de la paix. Et, comme le constate la Correspondance bi-mensuelle du Bureau de la Paiœ, rien n’a été négligé pour empêcher la guerre d’éclater et jamais deux adversaires n’ont été l’objet de plus de tentatives d’accommodement et n’ont reçu plus de sages avis que les gouvernements de Russie et du Japon en cette circonstance.
- Alors que l’on escomptait en faveur du maintien de la paix les effets de nouvelles propositions faites par la Russie au Japon, celui-ci sans attendre la remise delà note qui les contenait, a rompu les relations diplomatiques (6 février) et ouvert les hostilités (nuit des 8-9 février).
- Il restait aux pacifistes une double tâche à remplir : appliquer leurs efforts à limiter les hostilités, en se mettant en travers des excitations et des effervescences qui pourraient amener l’extension du conflit à d’autres peuples, rappeler aux puissances signataires de la Convention de la Haye qu’elles peuvent travailler efficacement à arrêter l’effusion du sang par l’offre d’une médiation. C’est pourquoi le Bureau international de la Paix a proposé de placer en tête de la résolution à adopter par les groupes pacifistes à l’occasion des manifestations annuelles du 22 février un nouvel appel énergique aux puissances signataires de la Convention de la Haye pour le règlement pacifique des conflits internationaux, les conjurant d’user du droit que leur confèrent les articles 2, 3, 8 et 27 de cette convention :
- « Les Puissances signataires jugent utiles qu’une ou « plusieurs puissances étrangères au conflit offrent de « leur propre initiative, en tant que les circonstances s’y « prêtent, leurs bons offices ou leur médiation aux Etats
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- <( en conflit. — Le droit d’offrir, les bons offices ou la « médiation appartient aux puissances étrangères au « conflit, meme pendant le cours des hostilités. — Les « puissances signataires considèrent comme un devoir, « dans le cas où un conflit aigu menacerait d’éclater « entre deux ou plusieurs d’entre elles, de rappeler a « celles-ci que la Cour permanente leur est ouverte. »
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- La manifestation du 22 février à Paris-
- Le banquet annuel des pacifistes a eu lieu sous la présidence de M. Frédéric Passy. Au dessert MM. Frédéric Passy, le comte Tornielli, Barclay, d’Estournelles de Constant, Hodgson Pratt, Charles Richet, Hornst député norvégien, Mmes Flammarion, Séverine, etc., ont pris successivement la parole.
- M. Frédéric Passy, en dépit des constatations douloureuses du présent, a témoigné sa confiance dans la solidité de l’œuvre des pacifistes :
- On nous dit : « Vous prêchez la paix et l’arbitrage ; mais en Asie on se bat. » On voit le mal qui persiste, mais on ne voit pas celui que nous avons évité grâce à l’esprit nouveau que nous avons soufflé sur le monde. Et j’ai bien le droit de dire que si la guerre russo-japonaise a si vivement ému les peuples, c’est à cause de cette idée nouvelle que nous avions semée.
- Le comte Tornielli a pris ensuite la parole. Constatant qu’il avait accepté d’assister à ce banquet à un moment où les conditions de la politique internationale étaient sensiblement autres qu’aujourd’hui, il a dit qu’il n’apportait ni ses impressions ni ses appréciations sur ce changement, mais que, par sa présence, il apportait le témoignage de sa foi en l’œuvre commune, dans laquelle la Convention d’arbitrage avait marqué un succès.
- Il a ensuite défendu ces conventions de n’être que des superfluités inoffensives, déclaré que ces actes internationaux auraient une mince importance s’ils ne ve-
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- naient à leur heure constater que les gouvernements qui les signent, les peuples qui les acclament ont acquis la clairvoyance qui, dans la plupart des différends, leur fait placer au-dessus d’autres intérêts d’ordre moral et matériel, le souci de la conservation de leurs' rapports pacifiques et de la consolidation des bienfaits de la paix.
- « C’est l’honneur de la diplomatie nouvelle, » a-t-il ajouté, « de travailler à l’accomplissement des œuvres de paix.
- « Si l’un de nous, diplomates professionnels, arrive à faire quelques pas et à obtenir quelques succès dans cette voie, félicitez-le du devoir utilement accompli. Nous ne pouvons avoir la prétention de prévenir tous les incendies, ni d’en éteindre tous les foyers. Mais lors même que tout notre labeur n’aurait abouti qu’à éliminer les matières inflammables, à écarter dans les rapports des nations des préventions préjudiciables, notre œuvre n’aurait pas été inutile. Pourquoi ne devrait-on enregistrer que les succès complets ? Les résultats obtenus n’en sont pas moins un acheminement vers l’avenir. Nous ne pouvons pas éviter tous les malheurs, mais peut-être avons-nous empêché qu’ils ne fussent plus grands encore. »
- Sir Thomas Barclay, dont on connaît les belles campagnes en faveur des traités d’arbitrage franco-anglais, anglo-américains s’est exprimé en ces termes :
- «Si la Russie et le Japon avaient été liés par un, traité semblable à la Convention franco-anglaise, ni l’un ni l’autre gouvernement n’aurait rappelé ses diplomates. Leurs ambassadeurs seraient restés à leur poste. Il aurait fallu discuter s’il y avait une question judiciaire, puis s’il y avait un intérêt vital enjeu, et enfin si l’honneur national était ou non engagé. Ensuite, au cas où l’on eût décidé de recourir à l’arbitrage , il aurait fallu examiner les articles applicables de la Conférence de La Haye. Bref, les négociations, et par suite la paix, eussent été prolongées d’autant. »
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- Faisant allusion à l’attitude des nations à l’égard des belligérants, l’orateur dit :
- « Les sympathies anglaises vont aux Japonais. Les sympathies françaises vont aux Russes. Il n’y a là rien que de naturel. Est-ce que les membres des Chambres de commerce anglaises ne sont pas venus à Paris en pleine guerre anglo-boër, alors que les Français étaient loin de dissimuler leurs sympathies pour les Boërs ! Allons, dans les pays libres, il faut admettre la liberté de penser. »
- Avant de se séparer, l’assemblée a voté l’ordre du jour ci-après :
- « Les membres et représentants des sociétés françaises de la p.aix, réunis, selon leur habitude, pour leur manifestation annuelle du 22 février ;
- «Après avoir approuvé l’ordre du jour proposé par le bureau international de Berne ;
- « Tout en prenant acte avec une vive satisfaction des progrès réalisés pendant l’année 1903, par la cause de la Paix, notamment de la conclusion des traités d’arbitrage signés par la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, les Pays-Bas et le Danemark ;
- « Déplorent énergiquement le douloureux conflit qui vient d’éclater entre la Russie et le Japon ;
- « Regrettent, non sans quelque étonnement, que les articles 3, 7, 8 et 27, de la Conférence de la Haye n’aient point fourni aux puissances neutres le moyen de prévenir ou d’arrêter les hostilités ;
- « Regrettent pareillement que l’état malheureusement rudimentaire de ce que l’on appelle le droit des gens paraisse permettre encore d’engager la guerre sans déclaration préalable ;
- « Forment des vœux pour une prompte et raisonnable solution du différend ;
- « Et veulent espérer que les gouvernements, avertis par cette nouvelle et triste expérience de l’insuffisance encore trop manifeste des garanties promises à la sécurité publique et à la justice internationale, s’empres-
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- seront de compléter par des mesures plus précises et plus efficaces, les premières obligations contractées par eux à la Haye, et dont le monde n’a pas entendu en vain les promesses. »
- Les socialistes Japonais et la guerre contre la Russie.
- De Y Avenir social :
- L’un des numéros du Socialiste de Japon annonce qu’en octobre, à Tokio, il s’est tenu une assemblée des socialdémocrates, qui s’est occupée de la guerre contre la* Russie. Plusieurs bourgeois étaient également présents à la réunion et cherchaient à défendre leur point de vue jingoïste. Les socialistes Katayama, Abe et d’autres y prirent la parole.et une résolution fut adoptée, se prononçant publiquement contre la guerre avec la Russie. L’organe japonais fait remarquer avec raison que l’adoption d’une pareille résolution est un grand succès pour le parti et, en même temps, une preuve importante du courage qu’ont les socialistes pour élever leur voix de protestation, au milieu d’une tendance extrême pour la guerre.
- Voici la déclaration de nos amis sur ce sujet : Nous socialistes, nous sommes adversaires de toutes les guerres, parce que celles-ci se livrent toujours au détriment des intérêts de l’humanité et sont directement contraires à ceux des travailleurs. Les classes ouvrières japonaises n’ont pas le moindre sentiment d’hostilité contre les classes ouvrières de la Russie, et pourtant, si la guerre avec la Russie est déclarée, un grand nombre d’ouvriers des deux pays se massacreront les uns les autres, pour ne plaire qu’à ceux qui sont les agents de la guerre et en tireront profit. Elle est contre les meilleurs et les plus nobles intérêts de l’humanité !
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- OUVRAGES REÇUS :
- Report of the Doncaster Congress, 1903. Edited by J.-C. Gray, General-secretary. Published by the co-ope-rative Union Limited, Long Millgate, Manchester.
- Le 35e Congrès annuel des coopérateurs anglais, est publié en un superbe volume illustré et donne, comme d’habitude, les plus précieux renseignements sur l’état de la coopération en Grande-Bretagne.
- PIERRE MARCEL. — Les Industries artistiques.
- Avec 128 figures dans le texte. Dessins de A. Collombar. 1 vol. in-16, 6 fr. ; C. Reinwald-Schleicher frères et Ce, éditeurs, 15, rue des Saints-Pères, Paris.
- On trouve dans ce livre l’historique du meuble, de la tapisserie, du verre , de la céramique, de la bijouterie, etc., et la description des formes nouvelles et des procédés de fabrication.
- Les vagabons, étude, par Mme Destriché, officier d’Académie. Imprimerie J. Moire, La Chartre-sur-le-Loir (Sarthe).
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- LE DEVOIR
- Par Henry GRÉVILLE
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- {Suite.)
- Un grand jardin muet s’étendait devant la fenêtre, des gazons un peu jaunis par le soleil d’août, et une allée de tilleuls pleine d’ombre ; les étoiles piquaient l’une après l’autre le bleu du ciel qui s’assombrissait vite ; un grand voile de paix et de mélancolie sembla envelopper la tranquille maison où tant d’affligés venaient chercher la guérison.’ Peut-être dans cette atmosphère de bienveillance et de compassion trouvaient-ils parfois un soulagement à leurs peines morales.
- — Comment te sens-tu, mère? demanda tout bas Cé-phise.
- — Fatiguée, mais en paix. En paix avec les gens et les choses, et avec moi-même. Je regarde demain sans frayeur, chérie, quoi qu’il arrive.
- Céphise ressentit un coup brusque au cœur. Elle avait une telle confiance dans la chirurgie qu’elle ne voulait pas songer à la possibilité d’une catastrophe imprévue.
- — Tu n’as pas peur, j’espère? demanda-t-elle pleine d’angoisse.
- — Je suis prête atout. Contente seulement que Jean ne soit pas là : il n’aurait pas pu le supporter.
- C’était la première fois que, parlant à l’un de ses enfants, Mme Maubert désignait son mari par son prénom. Céphise en fut émue jusqu’au fond de l’âme. C’était vrai : M. Maubert avait été Jean pour sa femme, de même qu’Armand pour Mme Carval ; elle avait passé, jeune épousée, sur le tapis rouge de l’église, ennuagée de tulle blanc, belle et heureuse... Quelque chose d’encore incompris se révéla à Céphise ; la tendresse passion-pée que ses parents avaient éprouvée l’un pour l’autre,
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- avant de devenir les chefs de famille que connaissaient leurs enfants. Tout le regret, toute l’horreur de la séparation accomplie par Céphise quelques jours auparavant, dans la cabine étroite du transatlantique, pouvait donc se retrouver à cette heure dans l’âme de sa mère, augmentée de ce qu’apportent trente-cinq années de vie commune, et poussée jusqu’au dernier détachement par la présence de la mort possible, le lendemain ?
- On croit aimer ses parents, on les aime de son mieux ; certaines natures d’élite, après avoir accepté tranquillement d’eux les sacrifices constants de toute une vie, peuvent même concevoir la pensée de se sacrifier à leur tour; mais il faut une circonstance rare et solennelle comme celle-ci pour qu’une créature jeune et pleine de sa propre vie puisse réaliser tout ce qui se passe dans l’âme de son père ou de sa mère. Céphise le devina à cette minute, et resta confondue devant la grandeur de la douleur maternelle, si dignement silencieuse.
- Elle eût voulu couvrir Mme Maubert de caresses, et lui dire ce qu’elle ressentait ; mais le chirurgien et son savant ami, le médecin qui devait l’assister le lendemain, avaient ordonné tous deux le calme le plus absolu. Céphise imita sa mère et garda pour elle le secret de ses pensées. Les heures de la nuit tintèrent les unes après les autres sans qu’elle pût fermer les yeux ; à la faible lueur de la veilleuse, elle regardait la malade endormie, n’osant remuer, n’osant pleurer, terrifiée par l’auguste présence du redoutable Inconnu qui se révélerait le lendemain.
- Mme Maubert s’éveilla très calme. Elle avait dormi d’un sommeil sans rêves et se sentait, non détachée, mais soulevée au-dessus de toute émotion terrestre. A huit heures, le chirurgien et le médecin arrivèrent et se déclarèrent satisfaits de son état.
- — Alors, maman, à tout à l’heure, dit Céphise en se penchant sur elle, pour lui donner un baiser délicat, comme à un cristal très fragile.
- Au revoir, chérie, dit Mme Maubert, avec un regard profond.
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- LE DEVOIR
- La porte se referma sur la jeune femme, et les médecins commencèrent l’administration du chloroforme.
- — Si c’est adieu,'adieu, pensait la patiente, dont l’esprit n’avait jamais été plus lucide. Si c’est au revoir, nous serons encore heureux !..
- L’engourdissement la gagnait ; elle pensa encore : Oh! que ce soit au revoir ! Mon Jean... ma Oéphise...
- Elle tomba dans l’anéantissement, et la besogne rénovatrice commença.
- Céphise était allée s’asseoir dans un salon où elle avait préparé des enveloppes de lettres tout adressées à son frère et à sa sœur, afin de pouvoir leur écrire pendant le temps effroyable qu’elle avait à passer. On lui avait promis que ce ne serait pas long, une demi-heure au plus de séparation ; elle pensait trouver un refuge dans cet épanchement avec les siens, avec Colette surtout ; elle réserverait une place blanche au commencement de la page, pour annoncer la réussite de l’opération.... La plume lui tomba des mains. Et si c’était la mort?
- C’était pourtant effroyable qu’elle fût là, pendant que des étrangers tenaient entre leurs mains ce corps sacré quMui avait donné la vie, le tenaillant, le torturant, pour en arracher ce qui s’opposait à son existence normale.
- On aurait dù lui permettre de rester là, elle n’aurait pas eu peur, elle n’eût pas perdu son sang-froid, elle se fût rendue utile; c’était une religieuse qui présentait les objets nécessaires, pourquoi n’eût-elle pas rempli son office?
- Une agitation extraordinaire s’empara d’elle, ordinairement si maîtresse de ses actions ; elle se leva, prête à courir vers la salle d’opérations et à en réclamer l’entrée. La supérieure se présenta sur le seuil de la porte du salon.
- — C’est commencé, chère madame, dit-elle, cela va très bien. Ayez bon courage.
- Elle disparut. Céphise demeura immobile, interdite. Non, elle ne pourrait pas entrer; alors à quoi bon une démarche inutile et ridicule?
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- Elle resta un instant comme assommée, ne sachant plus de quel côté tourner son esprit, inquiet et malade ; puis elle leva les yeux et regarda devant elle.
- A travers les vitrages qui fermaient la galerie, elle vit le jardin dans sa gloire d'été, les vertes pelouses, les corbeilles de géraniums éclatants, les arbres superbes ; au-dessus, le ciel bleu où flottaient de jolis nuages blancs, poussés par une brise légère : une cloche tinta, une religieuse passa d’un pas mesuré et pourtant alerte -.. la vie continuait, indifférente à la souffrance des individus.
- — Que nous sommes peu ! se dit Céphise, en réprimant un mouvement de ses mains nerveuses. Et ce peu que nous sommes est tout pour certains d’entre nous. En vérité, Jean Maubert, il est préférable que vous ne soyez pas ici. O mon cher père !
- Sa souffrance devenait intolérable ; elle ouvrit un livre et le referma, s'assit, écrivit sur le papier blanc : «. Si tu savais, Colette... » et s’arrêta, impossible de faire partagera d’autres le tourment qu’elle endurait, après que d’une ou de l’autre manière, il aurait été terminé pour elle ! Elle repoussa le papier, s’appuya au dos de sa chaise et se souvint.
- Toute sa lumineuse enfance, toute sa radieuse jeunesse passèrent devant elle, comme des peintures de vitrail, éclairées par une étrange lumière du dehors. Elle avait été si heureuse, toujours, sauf quand elle croyait son mariage impossible, et même alors, le sentiment du devoir accompli l’empêchait de se sentir absolument misérable, dans la maison où elle était nécessaire comme la clarté et le pain quotidien, mais triste seulement. Et elle sentit que de tous les maux l’attente est le pire, qu’on s’accoutume plus facilement à l'idée de recevoir le coup mortel qu’à l’incertitude de le redouter, — et elle comprit pourquoi sa mère avait été si tranquille : c’est qu’elle n’espérait plus.
- Un léger froissement dévoilés, comme l’approche d’un oiseau : la supérieure était là, son rosaire dans les doigts,
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- — Cela va très bien, dit-elle, encore un peu de patience ; ce sera bientôt fini.
- — Quelle heure est-il ? demanda Céphise avec effort.
- — Je ne sais trop, l’horloge va sonner... Soyez rassurée, chère madame. Je voudrais rester avec vous, je » ne puis. Ayez confiance.
- La jeune femme sentit sur sa main la pression légère de doigts souples et doux, des doigts accoutumés à manier la souffrance humaine ; puis elle se retrouva seule, en face du jardin resplendissant.
- Elle ne pouvait plus réfléchir; son cerveau surmené se refusait au raisonnement. Tout à coup elle eut une inspiration : courant à son buvard, elle écrivit à son mari, lui disant tout, souffrances, espoirs, découragements ; elle lui raconta sa vie morale depuis la décision du docteur Foiss^rd jusqu’à la présente minute où elle n’avait trouvé de refuge que dans cette communion intellectuelle avec le compagnon de sa destinée. Plus d’une fois ses larmes faillirent tomber sur le papier, car elle ne cherchait plus à maîtriser sa faiblesse ; elle les essuya, pour qu’Armand n’en vît pas la trace. Ce serait assez qu’il lût ces pages, après les autres, celles où elle pourrait lui dire que ce n’avait été que le mauvais rêve d’une heure abominable.
- — Elle est réveillée, chère madame, dit la douce voix de la supérieure, elle vous demande. Tout s’est passé à merveille ; aucun danger.
- Le salon, la galerie, le jardin semblèrent tourner devant Céphise, mais déjà la main ferme et douce la conduisait vers sa mère. Elle entra et vit dans le creux de l’oreiller une figure mince, petite, contractée, qui ne ressemblait presque pas à celle qu’elle aimait. Les yeux étaient pourtant bien les mêmes, mais ternes et troublés par le chloroforme.
- — Embrassez-là, dit le chirurgien, elle a été très courageuse.
- Céphise baisa le pauvre visage qui lui souriait et regarda les docteurs. Ils avaient l’air enchanté.
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- VIE D’HÔTEL
- — C’est une très belle opération, dit le médecin. Madame votre mère est assurée maintenant de vivre en bonne santé un nombre considérable d’années.
- Céphise le regarda, ne sachant que dire. Monprat lui souriait, et ce sourire lui rendit soudain la fermeté qu’elle avait perdue. On ne pouvait se sentir inquiet près d’un homme si tranquille.
- — Plus de danger? demanda-t-elle.
- — Aucun.* Pas d’imprudences, seulement. Nous reviendrons dans l’après-midi. Vous pouvez rester près de votre mère, mais ne la faites pas parler.
- Ils sortirent en la saluant, sans qu’elle songeât à les remercier.
- Elle s’assit près du lit et prit dans la sienne la main froide et souple de l’opérée. Un souffle sortit des lèvres pâles et tirées :
- — Je suis contente, je ne croyais pas te revoir jamais.
- — Tu croyais donc avant...
- — Je n’ai pas pensé un instant que je pouvais survivre, dit Mme Maubert avec une force inattendue. A présent, je le crois, je vivrai.
- Céphise serra la main chérie et ne répondit rien. Ses yeux errèrent autour de la chambre propre et bien rangée, où rien ne se trahissait d’anormal. Le lit blanc, les draps frais, la cheminée brillante .. Tout à coup son regard s’arrêta sur la pendule, et elle tressaillit.
- — Ce n’est pas possible, dit-elle, que cela se soit prolongé pendant une heure et demie ?
- — Une heure trois quarts en tout, madame, dit la religieuse de garde en entrant avec un cordial. Votre maman a été bien brave ! C’était une opération sérieuse, très sérieuse ; mais, à présent, il n’y a plus rien à craindre.
- Comme on peut souffrir en moins de deux heures! Céphise ne savait plus si elle avait vécu un siècle d’angoisse, ou seulement quelques jours, et tout cela n’avait guère duré plus de cent minutes !
- — Papa sera content, dit-elle tout bas, si content!
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- LE DEVOIR
- Les doigts de Mme Maubert la remercièrent d’une pression, puis l’opérée tomba dans une sorte de somnolence. Sa fille dégagea sa main et alla s’asseoir devant la table pour écrire. Un télégramme à Gaëtan, un à Colette, un à Armand, pour apprendre la nouvelle à M. Maubert. Il le trouverait à son arrivée là-bas, sur la terre lointaine où il était parti en messager de paix. Il apporterait à l’homme esseulé, au mari inquiet, la certitude du salut de sa femme, avec la joie d’une amitié utile et sûre.
- — C’est pourtant vrai, pensa Céphise, que notre sacrifice n’aura pas été perdu !
- XIII
- La convalescence marchait vite ; l’admirable constitution de Mme Maubert, qui lui avait permis de résister si longtemps à un mal qui en eût emporté une autre, lui donnait maintenant une élasticité singulière dans son retour à la vie. Pas de fièvre, pas de complications, le retour des forces visible d’une heure à l’autre, à présent que les organes dégagés pouvaient fonctionner. De cruelles souffrances, sans doute, dans sa chair tranchée et recousue, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, mais de bons moments de repos, de jour en jour plus longs.
- Gaëtan était arrivé sur-le-champ et servait de factotum à sa sœur. Sa joie touchante ressemblait à celle d’un poulain délivré de ses premières entraves ; moralement, il se roulait dans l’herbe, et, s’il n’avait craint les regards des pensionnaires de la maison de santé, il s’y fût roulé à la lettre, tant son bonheur l’exaltait.
- — Vois-tu, Céphise, dit-il a sa sœur, il n’y a de vrai que la chirurgie !
- — Bon ! fit celle-ci, et la médecine ?
- — La médecine? Je t’accorde la sérothérapie avec toutes les inventions de Pasteur et de son école ; mais, en dehors de ça, c’est la boîte au noir ! Tandis que la chirurgie moderne, c’est la reine de la science ! On va à coup
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- vie d'hôtel 189
- sûr, et nos chirurgiens français sont des maîtres. Ils ne sont pas imprudents comme les Américains, qui vous ouvrent pour le plaisir ; mais quand ils sont résolus à agir, ils agissent !
- — Où as-tu pris cela? demanda Céphise.
- — Dans les livres. J’en ai dévoré, des bouquins sur ce sujet-là, depuis la consultation du printemps. Je n’en avais pas l’air, mais j’ai pioché ferme !
- — Sans rien dire !
- — Parbleu ! Et je te dis que notre école de chirurgie française est une gloire nationale ! J’ajoute que le docteur Monprat en est un des plus beaux ornements?
- — Lyrique, va !
- — Si tu veux, avec tout ça, maman est sauvée, sauvée...
- Il devint très grave, sans transition.
- — Je ne savais pas comme je l’aimais, dit-il tout bas. J’y étais trop accoutumé. C’est comme papa ; je ne l’ai compris que lorsqu'il a été parti. Avant, je l’aimais bien ; mais comme nous ne désirions pas toujours la même chose, je ronchonnais parfois. Maintenant, je ne ronchonnerai plus.
- — Même s’il ne veut pas que tu fasses de l’illustration ?
- — Comment veux-tu que papa veuille une bêtise? Sais-tu que j’ai gagné cinq cents francs depuis un mois ? Et je serai licencié tout de même en temps voulu, sois tranquille. Je me le suis promis, pour maman. Quand retournons-nous à la Suze ?
- — Dans une dizaine de jours, je pense.
- — Si j'y allais tout seul ? Tu n’as pas absolument besoin de moi ?
- Il tourmentait le gland d’un fauteuil, tout en parlant, et ses yeux erraient de la pendule à la fenêtre. Par une surprenante intuition, qui n’était que le groupement subtil de faits isolés, aperçus, mais non médités, Céphise devina tout.
- — Tu es amoureux de Mamie ! fit-elle sévèrement. O Qaëtan, je ne te croyais pas si sot !
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- LE DEVOIR
- Il bondit sur ses pieds.
- — Sot ? parce que j’aime une adorable fille, qui n’a qu’un seul défaut, celui de n’être pas née millionnaire ? As-tu pensé que je ferais un mariage d’argent ?
- — Mais, mon frère, c’est une gamine ! Et toi-même...
- — J’ai l’âge qu’avait mon père quand il s’est marié, répondit noblement le futur licencié. Et cette gamine est une vraie femme, qui m’aime.
- — Allons ! c’est complet ! fit Céphise d’un ton résigné. Et vous vous êtes fiancés en secret, je parie?
- — Juste !
- — Cela n’ira pas tout seul !
- — Je m’en doute ! Mais si, au lieu de te mettre avec les autres contre moi, tu te mettais avec moi contre les autres, dis, ma Céphise? Nous avons toujours été bons amis, nous deux! Je me rappelle quand tu m’as fait donner par papa mon premier fusil..
- — Pour l’usage que tu en as fait ! Envoyer ta première charge de plomb dans Tépaule de Roger! Si tu crois m’amadouer avec le souvenir de tes hauts faits !
- — C’était malheureux, j’en conviens ! fit le jeune homme. Mais à présent que tu m’as arraché mon secret, tu ne vas pas t’en servir contre moi? Remarque que j’aurais pu nier et te conter des histoires.
- — Tu t’imagines que je les aurais crues ? Il n’est pas facile, tu le sais, de me faire avaler des bourdes !
- — Ça, c’est encore vrai, avoua Gaëtan. Tout de même, tu n’auras pas le cœur assez dur pour faire souffrir la pauvre Mamie ? Ce ne serait pas bien ! La chérie, elle est si bonne et si franche !
- — Parlons de franchise ! Vous vous êtes bien arrangés tous les deux pour cacher vos affaires !
- — Nous n’avons pas menti. Moi, j’ai dissimulé ; elle, pas. Elle n’avait pas besoin d’aller raconter ce que personne ne lui demandait !
- A suivre.)
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- ASSURANCES MUTUELLES
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- Société du Familistère. - Assurances Mutuelles
- MOUVEMENT DU MOIS D’OCTOBRE 1903, A GUISE
- ASSURANCE CONTRE LA MALADIE
- Section des Hommes
- Cotisations clés mutualistes......' 2.764 45 1
- Subvention de la Société.......... 469 90 > 3.893 45
- Malfaçons et Divers............... 659 10)
- Dépenses...................................... 4.333 05
- Déficit en octobre 1903............ 439 60
- Section des Dames
- Cotisations des mutualistes........ 520 85 1
- Subvention de la Société........... 172 80 > 693 65
- Divers........................... .. » » )
- Dépenses................................%...........785 50
- Déficit en octobre 1903............ 91 85
- ASSURANCE DES PENSIONS
- Subvention de la Société et Divers 7.593 931
- Intérêts des comptes courants et > 12.071 28
- du titre d’épargne............ 4.477 35)
- Dépenses :
- 126 Retraités définitifs........... 8.457 58 \
- 5 — provisoires............... 258 50 f
- Nécessaire à la subsistance........ 4.005 75 / 13.563 68
- Allocations aux famill8 des réservistes 204 50 V Divers, appointem., médecins, etc. 637 35'
- Déficit en octobre 1903................. 1.492 40
- CAISSE DE PHARMACIE
- Cotisations des mutualistes....... 723 95 )
- Subvention de la Société,........ 225 38 \
- Dépenses...................................
- Boni en octobre 1903
- 949 33 875 07 74 26
- RÉSUMÉ
- Recettes sociales du 1er juillet 1903 au 31 octobre 1903 47.950 33 ) ak H7 »q » individuelles » » 17.167 50)
- Dépenses » » ......... 73.557 47
- Excédent des dépenses sur les recettes.. 8.439 64
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- LÉ DEVOIR
- ÉTAT CIVIL AU FAMILISTÈRE DE GUISE
- MOIS D’OCTOBRE 1903.
- Naissance :
- 8 Octobre 1903 : Caure Jean, fils de Caure Jules et de Haguette Marie.
- Décès :
- 17 — Andrieux René-Louis, âgé de 10 mois.
- 31 — Tardier François, âgé de 72 ans.
- Le Gérant : H. E. Bu ridant.
- Nimes. — Typ. A. Chastanier, 12, rue Pradier.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES.
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- Avril 1904.
- DOCUMENTS POUR UNE
- do J. B. André GODIIST (i)
- Glorification du Travail. Emancipation dtj Travailleur.
- XI (suite.)
- Premières fêtes annuelles au Familistère. Une fête de l’Enfance. Inauguration de la Fête du travail, juin 1867. Travailleurs répartis en deux catégories ; vote direct dans l’une, vote à deux degrés dans l’autre ; valeur pécuniaire attachée à chaque suffrage.
- Voyons quel était à cette époque le chiffre du personnel , employés et ouvriers.
- Si nous consultons Y Annuaire de V Association pour 1868(2), nous trouvons (p. 169 à 198) un nouvel article publié par Godin sous le pseudonyme A. Mary et dans cet article, écrit en 1867 et présentant des documents fournis par Godin sur son œuvre à l’occasion de l’Exposition universelle (Paris), le chiffre total des travailleurs est porté à 900 , chiffre rond.
- Pour quel nombre figure en ce total chacune des deux catégories qui nous occupent ?
- On peut évaluer à une trentaine (30 à 35), le nombre des employés de la comptabilité générale et des bureaux d’ateliers ; et à une trentaine encore le nombre des surveillants ; soit une soixantaine d’employés à
- (1) Appendice, p GO , Le Devoir, tome '20**, janvier 1902.
- (2) Librairie des Sciences sociales, 13, rue des Saint-Pères, Paiis.
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- LE DEVOIR
- l’usine ; quant au personnel des services du Familistère, Godin en portait le nombre l’année d’avant (.Annuaire de VAssociation 'pour 1867, p. 239) de 50 à 55. C’est donc en définitive 110 à 115 personnes à classer dans la catégorie dite des employés. Nous en verrons 108 être désignées par l’élection.
- La seconde catégorie aurait donc compris 785 à 790 ouvriers. Disons en chiffres ronds 750, le registre des conseils portant, deux ans plus tard, en termes précis, le nombre des ouvriers à 770 pour l’année 1869.
- En 1867, nous avons donc :
- 1° Une catégorie de 110 à 115 employés d’ordres très divers (la liste figure au registre) tous représentés par 95 d’entre eux ayant qualité d’habitants du Familistère ; ces 95 étant chargés d’élire directement, le jour de la fête du travail, les membres les plus méritants de leur catégorie.
- 2<> Une catégorie de 750 ouvriers représentés par 95 délégués (1) ayant ou non qualité d'habitants du Familistère, mais élus exclusivement par les ouvriers ayant cette qualité. Ces 95 élus devant ensuite le jour de la Fête désigner, par le vote, les membres les plus méritants parmi les 750 de leur catégorie.
- Les listes des deux catégories d’électeurs furent dressées, affichées et M. Godin dans une conférence donna à toute la population les informations nécessaires.
- Le vote au 1er degré pour l’élection des 95<délégués ouvriers eut lieu le 28 mai dans les ateliers, au scrutin secret et par bulletin contenant 10 noms.
- Le résultat de l’élection est consigné au registre des conseils. Nous extrayons du compte-rendu les chiffres suivants :
- (1) On porta de 80 à 95 le nombre de ces délégués ; ce qui égalisa les totaux d’électeurs en lr* et 2e catégories.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 195
- ' Electeurs inscrits.... 231
- Votants. ...........221
- Voix exprimées à raison de 10 par bulletin de vote : 2.210.
- L’éparpillement des voix obligea à descendre jusqu’aux désignations faites par 11 voix pour obtenir le nombre voulu de délégués.
- Voici le tableau :
- 2 élus avec 25 voix = 50 voix
- 2 » » 24 — 48
- 1 » >23 — 23
- 3 » » 22 — 66
- 1 » » 21 — 21
- 7 > » 20 — 140
- 1 > > 19 — 19
- 4 » » 18 — 72
- 5 » >17 — 85
- 13 » » 16 — 208
- 7 > » 15 — 105
- 3 » > 14 — 42
- 12 » > 13 — 156
- 19 > » 12 — 228
- 18 > >11 — 198
- 98 élus. Total... 1.461 voix.
- Le compte-rendu est muet sur la nature des 749 voix à ajouter à celles qui précèdent, pour obtenir le total indiqué : 2.210.
- Le nombre des délégués à élire ayant été fixé à 95, on élimina parmi les élus à 11 voix les trois ouvriers les plus récemment entrés à l’usine.
- Aucun de nos documents n'indique si les 95 délégués étaient ou non tous habitants du Familistère.
- Pourtant, le conseil dans une séance préparatoire
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- LE DEVOIR
- avait examiné cette double perspective : Les ouvriers habitant le Familistère écartant systématiquement de la fonction de délégués les ouvriers logés hors de l’habitation commune ; ou ne les écartant pas et ceux-ci une fois élus écartant du vote final les ouvriers résidant au Familistère. Le but étant une étude pratique, on s’était résolu à laisser parler les faits. Néanmoins, nous le répétons, le registre ne relève pas ce qui en a été à l’élection de premier degré. Passons :
- Célébration de la lre Fête du Travail au Familistère, 2 juin 1867
- Pour la description de cette première fête nous recourons non seulement au registre des conseils, mais à la presse :
- € On ne saurait imaginer > écrit Charles Sauvestre dans l’Opinion nationale (Paris, 8 juin 1867) « une enceinte mieux disposée pour les fêtes que cette cour couverte du Familistère. Figurez-vous quelque chose d’analogue à la Bourse, moins les revêtements de marbre et les grisailles d’Abel de Pujol, bien' entendu. Une salle immense, aux murailles simplement blanchies, avec sa voûte de verre et les trois rangs de balcons sur lesquels s’ouvrent les logements. Ces galeries circulaires servent naturellement de tribunes en de pareilles occasions. Dimanche, elles étaient remplies de curieux.
- « Au fond de la salle on avait dressé une estrade que couronnait, au milieu d’un trophée de machines, un groupe très habilement peint, représentant l’Industrie qui récompense ses enfants. Aux deux côtés de l’estrade flottaient les bannières de l’Ecole dont les enfants assistaient à la fête, placés au premier rang dans leurs tables de classe.
- « Tout autour, des guirlandes de feuillage pendaient aux balcons ornés d’écussons, de drapeaux, de fleurs et
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- de verdure ; et, d’espace en espace, de grands trophées composés d’outils et de produits de l’usine, montaient d’une galerie à l’autre jusqu’à la voûte, représentant les diverses branches de travaux de la maison : machines, fonderie, ajustage, moulage, émaillage, ciselure, comptabilité, dessein artistique et construction, jardinage, etc.
- « La musique y avait aussi son rang marqué par une collection d’instruments. Tout en face, à la place d’honneur, Téducation étageait ses classiques emblèmes, parmi les bannières multicolores des différentes branches d’enseignement ; au-dessus, à demi perdu dans un nuage de mousseline, un berceau blanc et bleu, rappelait à tous les regards, qu’au Familistère la sollicitude pour l’enfant commence dès le premier âge.
- « Une ruche immense toute semée d’abeilles énormes, occupait le centre de la salle, symbole parlant du travail associé. Mais, plus heureux que les abeilles, ce n’est pas des ouvriers du Familistère que Virgile aurait pu dire Sic vos non vobis : <a Vous faites le miel et ce miel n’est pas pour vous. » Ils sont assurés de ne pas perdre le fruit de leurs peines... »
- La décoration réalisée ce jour-là dans la cour du pavillon central fut si satisfaisante à tous égards qu'un des artistes de l’établissement (1) en saisit le dessin. Reproduit en gravure quatre ans plus tard, ce dessin figure (p.* 609) dans le volume Solutions sociales, le premier publié par J.-B>A. Godin.
- Poursuivons : « L’ouverture du scrutin », lit-on au registre des procès-verbaux, « eut lieu à 10 heures du matin. Les membres des deux conseils (hommes et femmes) assistaient au vote. M. Godin présidait.
- « Deux bureaux étaient organisés : l’un pour la caté-
- (1) Le Devoir, tome 15% 1891, p. 257,
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- LE DEVOIR
- gorie des employés et personnes attachées aux services du Familistère; l’autre pour la catégorie des ouvriers. » Ici nous recourons de nouveau à 11 Opinion nationale (Paris, 7 juin 1867), article de M. Charles Sauvestre : € Au moment où M. Godin venait d’annoncer l’ouverture du scrutin , une députation d’ouvriers s’est avancée au pied du bureau , et l’un des plus anciens s’est fait l’organe de la reconnaissance de ses camarades pour tout ce que leur digne patron a su réaliser en leur faveur.
- « Nous sommes tous ici, » lui a-t-il dit, « depuis les « enfants auxquels vous avez voulu faciliter l’appren-« tissage, d’ordinaire si rude de la vie, jusqu’aux vété-« rans du travail qui vous ont suivi et aidé dans votre « longue et belle carrière de travailleur ; nous som-« mes tous ici groupés comme pour vous offrir la c vivante représentation de ce qui a été l’œuvre de « votre vie entière. Vous nous avez convoqués pour « nommer, par un libre suffrage, les mieux méritants. « Mais s’il s’agit aujourd’hui de récompenses c’est à € vous qu’appartient, en toute vérité, la première. Celle-(( là nous ne pouvons pas la donner : vous la trouverez < dans votre conscience et aussi dans la reconnaissance « que nous vous garderons éternellement au fond de € nos cœurs. »
- « Trop ému pour répondre en ce moment, l’honorable M. Godin les a remerciés avec effusion en renvoyant après le scrutin l’expression de ses sentiments. »
- Dans la lre catégorie de votants, les 95 électeurs (lisons-nous au registre des conseils) votèrent tous régulièrement, d’où,— à raison de 10 voix par bulletin, — 950 voix furent émises.
- Dans la 2e catégorie, 92 électeurs sur 95 déposèrent leurs bulletins. Les trois manquants sont expliqués
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- comme suit : un électeur était absent; un autre se présenta trop tard ; le troisième fît présenter son bulletin par une tierce personne et le bulletin ne fut pas accepté. 920 voix furent donc émises en cette catégorie.
- Aussitôt le vote terminé on procéda au dépouillement lequel fut mis sous scellés et confié à la garde des pompiers, la proclamation du résultat devant avoir lieu à 4 heures de l’après-midi.
- VYe J.-B.-A. Godin, née Moret.
- (A suivre).
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- LE DEVOIR
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- Lois sur l’enseignement. Conseils de prud’hommes.
- Bureaux de placement. Etc.
- La session ordinaire de 1904 a été des plus laborieuses tant à la Chambre qu’au Sénat. Cela nous oblige à une énumération forcément un peu sèche ; mais la chose n’a pas d’importance : la plupart des questions soulevées s’imposeront longtemps encore à l’attention du Parlement et de l’opinion, et nous aurons l’occasion d’y revenir.
- Le Sénat a repris, en deuxième délibération, le 26 février, le projet de loi tendant à la réorganisation du service des enfants assistés.
- Ce projet, rappelons-le, a pour but de diminuer la mortalité parmi les enfants en bas âge, en simplifiant les formalités d’admission, en réorganisant le service d’inspection médicale et en améliorant le service de surveillance des nourrices.
- L’article 45 qui répartit les dépenses entre l’Etat, les départements et les communes, et sur lesquelles le ministre des finances avait fait des réserves, a seul donné lieu à discussion.
- Actuellement, les charges du service sont supportées pour un cinquième par les communes, pour un cinquième par l’Etat, pour trois cinquièmes par le département.
- Le projet de la commission portait à deux cinquièmes la quote-part de l’Etat et réduisait de un cinquième la part contributive des départements.
- Si ce changement était voté, la charge actuelle de l’Etat, sans préjudice de certaines augmentations accessoires que le gouvernement se disait prêt à accepter, se trouverait aggravée de 5 millions.
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
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- Malgré l’opposition du ministre des finances le texte de la commission a été adopté. Le rapporteur, M. Strauss, a fait observer que le service des enfants assistés est un service essentiellement national et qu’il est, dès lors, naturel que l’Etat participe à la dépense dans une proportion en rapport avec les prérogatives qu’il s’attribue. Il faut que la thèse du rapporteur ait paru bien plausible au Sénat pour qu’il ait passé outre aux observations de M. Rouvier, qui méritent cependant de retenir l’attention.
- « La situation financière de l’Etat, » a dit textuellement le ministre, « ne lui permet pas de consentir un semblable sacrifice. >
- De toutes parts — nous résumons — le ministre des finances voit surgir des lois ou des propositions qui doivent se traduire par des dépenses nouvelles. Mais, nulle part il n’aperçoit de tentatives ayant pour objet, soit d’accroître les ressources du Trésor, soit de diminuer par ailleurs ses charges fiscales.
- Les forces du pays ont une limite. Nous ne pouvons, dans l’état actuel, songer à augmenter les impôts. L’opinion publique ne s’y prêterait pas. Déjà nous n’avons pu, faute de ressources suffisantes, équilibrer le budget de 1904 qu’en laissant en dehors des dépenses normales les garanties d’intérêt. C’est là un expédient passager auquel on a pu se résigner une fois par nécessité, mais ce ne saurait être un procédé régulier.
- Or, si, cédant au désir d’améliorer tel ou tel service public — et tous les services réclamant des améliorations — nous nous laissons aller à augmenter les charges publiques sans que les recettes du Trésor compensent les nouvelles dépenses, nous serons peu à peu entraînés à rétablir les budgets extraordinaires.
- Le gouvernement s’inspirant des plaintes nombreuses qui se produisent chaque jour, motivées par l’envahissement de la voie publique par des dessins, écrits et objets qui portent atteinte aux bonnes moeurs, a déposé
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- au Sénat un projet de loi que cette assemblée a voté en première délibération, le 25 février, sans débat.
- Le principe essentiel de ce projet réside dans la transformation en simple contravention des faits qui, jusqu’ici, constituaient des délits, afin de rendre la répression plus rapide et plus complète.
- La loi, a expliqué le rapporteur M. Guiller, ne touchera pas au principe de la liberté de la presse; elle ne permettra aucunement de frapper les oeuvres et publications ayant un caractère artistique ; elle n’atteindra que les < malandrins de la plume et du crayon. »
- L’écueil des précédentes tentatives pour réprimer l’atteinte aux bonnes mœurs a toujours résidé dans la difficulté de distinguer l’œuvre ayant un caractère artistique de l’excitation malsaine : Il est vrai que la gravité des peines encourues pouvait faire hésiter le magistrat. Désormais son jugement sera moins influencé par la crainte de frapper trop fort.
- Le Sénat, le 10 février, aborde en seconde lecture le projet de loi relatif à l’enseignement secondaire.
- Il adopte d’abord, par 213 voix contre 33, l’article premier ainsi conçu :
- « Le chapitre premier du titre III de la loi du 15 mars 1850 est abrogé. »
- Il repousse ensuite par 171 voix contre 104 un amendement de M. Vallon, tendant à ajouter à cet article la disposition suivante : « L’enseignement secondaire est libre. »
- Puis on passe à l’examen de l’article 2 qui stipule d’une façon générale les conditions requises pour l’ouverture d’un établissement privé d’enseignement secondaire. Sur cet article s’engage un long débat, soulevé par certains membres de l’opposition, auteurs de nombreux amendements.
- L’un d’eux, M. de Las Cases, reprenant pour son compte les arguments présentés par M. Waldeck-Rous-seau, lors de la première délibération, propose de ré-
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE 203
- duire aux seules congrégations non autorisées l’interdiction de donner l’enseignement secondaire.
- Tous les amendements sont repoussés ; celui de M. de Las Cases par 153 voix contre 101.
- L’ensemble de l’article 2 est voté par 194 voix contre 65.
- Comme il n’est pas probable que la Chambre fasse subir des modifications à cet article nous croyons devoir en donner dès à présent le texte :
- « Tout Français âgé de 25 ans au moins et n’ayant encouru aucune des incapacités prévues par la présente loi peut ouvrir un établissement privé d’enseignement secondaire aux conditions suivantes :
- « 1° Faire une déclaration d’ouverture à l’inspecteur d’académie du département où sera situé l’établissement ;
- « 2° Produire, avec sa déclaration, les pièces ci-après, dont il lui sera donné récépissé, dans un délai de cinq jours au maximum :
- « a) Son acte de naissance ;
- « b) L’indication des localités qu'il a habitées et des emplois qu’il a occupés ou des professions qu’il a exercées depuis l’âge de vingt ans ;
- « c) La déclaration qu’il n’appartient pas à une congrégation ;
- « d) S’il s’agit d’un établissement de garçons, le diplôme de licencié de l’ordre des lettres ou des sciences exigé des professeurs de l’enseignement public ;
- « S’il s’agit d’un établissement secondaire de filles, le diplôme de licencié prévu ci-dessus ou le diplôme d’enseignement secondaire des jeunes filles délivré après examen public, suivant un règlement délibéré en Conseil supérieur de l'Instruction publique ;
- « é) Un certificat d’aptitude aux fonctions de directeur ou de directrice délivré dans des conditions qui seront déterminées par un règlement d’administration publique après avis du Conseil supérieur de l’Instruction publique ;
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- « f) La liste des collaborateurs qu’il se propose de s’adjoindre dans les fonctions d’administration, d’enseignement ou de surveillance. A cette liste sont jointes : l’indication de leur état civil, des localités qu’ils ont habitées et des professions exercées ou des emplois occupés par eux depuis l’âge de vingt ans ; une déclaration écrite et signée de chacun d’eux, portant qu’ils n’appartiennent pas à une congrégation, et les pièces justificatives des grades ou titres exigés ci-déssous ;
- « g) Le plan du local accompagné des titres de propriété ou de jouissance ;
- « h) Le programme de l’enseignement.
- « Les personnes qui se proposent d’ouvrir des cours isolés , limités à l’enseignement d’une matière unique, sont dispensés des conditions de nationalité, de grades ou de certificats d’aptitude.
- «Est tenu pour cours d’enseignement secondaire, celui qui s’adresse à des élèves de moins de dix-septans.
- « L’Inspecteur d’Académie à qui le dépôt des pièces a été fait en donne avis au Recteur de l’Académie, au Préfet du département et au Procureur de la République. Il doit, en outre, requérir la délivrance du bulletin no 2 du casier judiciaire, qui lui sera faite conformément à l’article 4, paragraphe 4, delà loi du 17 juillet 1900, en cas d’ouverture d’école privée.»
- On adopte ensuite, non sans débat, mais sans les modifier, l’article 3 concernant la question des subventions et bourses à accorder aux établissements privés ; l’article 4 interdisant à tout établissement d’enseignement secondaire privé de prendre le nom de lycée ou collège; les articles 5 (incapacités d’enseignement); 6 et 7 (opposition aux ouvertures d’école); l’article 8 visant les grades nécessaires pour les professeurs d’établissements de garçons ; les articles 9 (grades nécessaires pour les professeurs d’établissements de jeunes filles) ; 10 et 11 (vacances et changements dans le personnel); l’article 12 concernant l’inspection des établissements privés et les articles 13 à 28 et derniers (sanctions diverses et dispositions transitoires).
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- L’ensemble de la loi adopté le 23 février par 184 voix contre 98, a été transmis le 3 mars à la Chambre occupée, en ce moment, à la loi sur l’enseignement congréganiste complément de la première.
- Après la Chambre, le Sénat a consacré plusieurs séances à la discussion d’un projet de loi relatif à un emprunt de deux cents millions du département de la Seine.
- M. Franck-Chauveau, sans combattre le projet qui a d’ailleurs été adopté à une grande majorité, aurait voulu que l’on prît certaines garanties, en obligeant, par exemple, le conseil municipal de Paris d’inscrire dans son budget les crédits nécessaires aux travaux prévus avant d’encaisser les subventions indiquées dans le projet d’emprunt. Pour justifier ses conseils de prudence, l’honorable sénateur a cité certains chiffres, généralement ignorés, en dehors de quelques spécialistes. C’est ainsi qu’on a appris que les habitants de Paris, supportent par tête 119 francs d’impôts communaux, tandis qu’à Lyon le prorata est de 39 francs, à Marseille de 53, à Bordeaux de 39 ; que, d’autre part, à Paris le total des impôts par tête est de 225 francs, à Londres de 74 francs, à Vienne de 90 francs, à Berlin de 116 fr., à Rome de 54 francs, à Saint-Pétersbourg de 26 francs ; enfin, que la dette communale représente à Paris 1.948 francs par tête, à Londres 222 francs, à Vienne 185 francs, etc.
- Adoption, le 15 mars, en deuxième lecture, du projet de loi relatif aux conseils de prud’hommes. Le Sénat persiste malgré les efforts du Gouvernement, à repousser l’extension de la juridiction prud’hommale aux différends survenus entre les commerçants et les employés de commerce. Une modification importante est apportée au texte voté précédemment. Sur la demande de M. De-lahaye, le Sénat décide que devant le bureau du jugement, les parties pourront se faire assister par un avocat ou un avoué.
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- Pour combattre l’extension de la juridiction prud’hom-male aux employés qui relèvent actuellement de la justice de paix, le rapporteur, M. Savary, a vanté les avantages de cette dernière juridiction, juridiction démocratique par excellence, présentant des garanties de rapidité, d’économie, de conciliation autant que toute autre juridiction, et plus que toute autre, des garanties d’impartialité. M. Trouillot, ministre du commerce, a énuméré les qualités de l’autre juridiction, celle des prud’hommes , exceptionnellement expéditive , exceptionnellement économique et exceptionnellement conciliante.
- Logiquement, le rapporteur aurait dû conclure à la suppression des conseils de prud’hommes. S’il ne trouve pas leur procédure assez simple, pourquoi donc a-t-il facilité l’introduction des avocats dans ses rouages?
- Comme conséquence de l’adoption de cette mesure, on décide que la partie assistée judiciairement pourra obtenir du bâtonnier de l’ordre la commission d’un avocat.
- Une autre modification consiste en ce que les immunités fiscales prévues dans la loi seront étendues à la juridiction des juges de paix, là où les conseils de prud’hommes ne sont pas établis.
- Ces modifications , jointes à celles que le Sénat avait, en première lecture, apportées au texte voté par la Chambre, ne permettent pas d’entrevoir le terme des pérégrinations auxquelles se livre, depuis un assez grand nombre d’années, le projetée loi, entre le Luxembourg et le Palais-Bourbon.
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- Par contre , une autre question qui menaçait de s’éterniser , celle des bureaux de placement, a disparu finalement des préoccupations parlementaires. Après avoir fait tant d’années la navette entre la Chambre et le Sénat, et provoqué l’émotion que l’on sait, le projet de loi a pris place dans notre législation. Désormais l’expérience seule permettra de reconnaître si la ré-
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- forme est heureuse, et s’il n’est pas nécessaire de la remettre un jour sur le métier.
- La Chambre lui a fait les honneurs d’une séance exceptionnelle, celle du mercredi 9 mars. La discussion très courte n’a pas manqué d’intérêt. On se rappelle que la commission du travail avait accepté, pour en finir, le texte du Sénat. Elle estimait, en effet, que tout imparfait qu’il fût, il était préférable à une absence de solution, et que la disposition, due à l’initiative du général Mercier qui met les frais de placement à la charge des patrons, apportait une sorte de compensation au maintien dans la loi du principe de la suppression facultative des bureaux de placement et du principe de l’indemnité. Les amis politiques du général Mercier firent, comme il l’avait fait lui-même au Sénat, l'impossible pour faire disparaître de la loi cette malencontreuse disposition. La Commission tint bon et le projet fut adopté par 490 voix contre 4. On trouvera le texte dans le présent numéro.
- La Chambre avait, en novembre dernier, amorcé la discussion des propositions d’initiative parlementaires relatives à la réforme des justices de paix.
- La discussion du budget, d’autres questions avaient fait perdre de vue ces propositions qui ont été reprises le 28 janvier. Le président de la commission de la réforme judiciaire, M. Jean Cruppi, auteur et rapporteur d’une de ces propositions, a indiqué en quelques mots l'économie de la loi.
- La proposition dont vous êtes saisis, a-t-il dit, se rattache à quatre idées principales.
- Votre commission a voulu, d’une part, étendre dans des limites raisonnables la compétence civile des juges de paix.
- En second lieu, elle a voulu leur constituer une certaine compétence pénale et comme ils auront ainsi, au point de vue civil et au point de vue pénal, des attributions nouvelles, elle a, en troisième lieu, modifié leur
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- recrutement en augmentant leurs capacités et, enfin, elle a relevé leurs traitements.
- Sur la compétence pénale des juges de paix, M. Cruppi a donné les explications suivantes :
- Nous avons fait un transport de comp^ence et de juridiction, en faisant le juge de paix juge, en premier ressort, de certains délits dont la connaissance lui est spécialement attribuée.
- Quels sont ces délits : ce sont, d’une façon générale, ceux qui ont été commis par le délinquant primaire, c’est-à-dire par le délinquant qui n’a jamais encouru -aucune condamnation, ni à la prison ni à l’amende. Ce sera le complément heureux de la loi Bérenger.
- Les infractions, les petits délits que nous visons sont ceux qui n’entraînent que des peines très minimes. Le juge de paix ne pourra infliger que des pénalités, dont le maximum sera de dix jours de prison ou 100 francs d’amende.
- C’est, comme on le voit, une sensible atténuation dans les peines infligées ; le juge de paix pourra dorénavant connaître des délits qui, jusqu'à ce jour ressortissant du tribunal correctionnel, étaient frappés d’un mois de prison et de 500 francs d’amende au maximum.
- Du 18 au 24 février, discussion sur la question des chemins de fer algériens. Voici en quelques mots l’économie du projet présenté par le gouvernement et la commission du budget, dont le rapporteur était M. Baudin, ancien ministre des travaux publics.
- Jusqu’ici, les conventions passées entre l’Etat et les compagnies pour les chemins de fer de l’Algérie étaient réglées par la loi du 19 décembre 1900 : cette loi portait que la métropole conservait jusqu’au moment où la garantie d’intérêts tomberait complètement à la charge de l’Algérie, la haute surveillance de l’exploitation des lignes algériennes ; elle réglait, de plus, les conditions du paiement par l'Etat, des garanties d*intérêt.
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- Le projet remet au gouvernement général le contrôle des chemins de fer, et décide, par voie de conséquence, que la colonie aura à supporter immédiatement les risques de l’exploitation. Il ne resterait au compte de l’Etat qu’une subvention annuelle à incorporer au budget spécial de l’Algérie, subvention décroissant progressivement de 18 millions chiffre de 1900, à zéro, chiffre de 1946, terme des conventions. C’est, comme on le voit, une étape de plus dans la voie de décentralisation administrative et financière inaugurée il y a trois ans. ^
- La commission des travaux publics, qui a été appelée à donner son avis, va plus loin que le gouvernement. Son rapporteur, M. Bourrât, demande purement et simplement le rachat du réseau algérien.
- Deux autres contre-projets étaient présentés. Le premier, qui avait pour auteur M. Sibille, autorisait le ministre des travaux publics à racheter les lignes des compagnies algériennes, soit d’office, soit à l’amiable, et à en assurer provisoirement l’exploitation. Le second de M. Camille Krantz, ancien ministre des travaux publics, répartissait les charges et les profits des chemins de fer algériens entre les budgets de la métropole et de l’Algérie.
- Si l’une ou l’autre de ces propositions était adoptée, c’était le projet gouvernemental à l’eau. Après une laborieuse discussion l’article premier du projet du gouvernement, qui en est le principe et la raison d’être, sort intact.
- Le voici dans sa rédaction définitive :
- « A partir du 1er janvier 1905, les charges et les produits nets, résultant annuellement, tant des conventions relatives aux garanties d’intérêts et au partage des bénéfices que du rachat ou de l’exploitation des chemins de fer d’intérêt général, établis ou à établir en Algérie, seront inscrits respectivement aux dépenses obligatoires et aux recettes du budget spécial de l’Algérie. »
- L’article 5 porte que « le gouverneur général de l’Algérie exercera les pouvoirs qui appartiennent au
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- ministre des travaux publics, en vertu des conventions en vigueur, pour tout ce qui concerne la construction et l'exploitation des chemins de fer. »
- D’après l’article suivant « toutes modifications apportées aux conventions existantes devront être approuvées par décret délibéré en Conseil d’Etat et contresigné par les ministres des travaux publics et des finances. »
- La discussion sur le projet de loi relatif à la suppression de l’enseignement congréganiste a été ouverte, le 29 février, par trois discours, à la suite de chacun desquels la majorité de la Chambre a pu marquer sa’ résolution de suivre jusqu’au bout le gouvernement dans la voie où il s'est engagé.
- Une première motion d’ajournement, présentée par M. Gauthier (de Clagny), nationaliste, a été repoussée par 323 voix contre 240 ; une proposition de M. Fabien-Cesbron, conservateur, tendant à écarter le projet en discussion par la question préalable , a été, elle aussi, repoussée par 327 voix contre 186.
- Enfin, une deuxième demande d'ajournement, défendue par M. Ripert, modéré, qui a réclamé le renvoi à la commission du budget, a été repoussée par 252 voix contre 193. s
- Le lendemain , une nouvelle tentative de l’opposition sous la forme d’une demande de consultation préalable des conseils municipaux, était repoussée par 252 voix contre 223.
- Ces motions préjudicielles écartées, la Chambre aborde la discussion générale. On lui donne assez d’ampleur pour que toutes les considérations d’histoire, de philosophie et même de théologie, puissent s’y mouvoir à leur aise.
- Une demi-douzaine de contre-projets donnent lieu à des développements aussi considérables qui se répètent à l’occasion d’une multitude d’amendements et de motions de tous genres, et de tous les paragraphes de chaque article minutieusement émietté.
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- Enfin le 14 mars, le premier paragraphe de l’article premier est adopté par 318 voix contre 231.
- Il est ainsi conçu :
- « L’enseignement de tout ordre et de toute nature est interdit en France aux congrégations. »
- Ce principe admis, l’opposition essaye de le restreindre par. voie d’amendements. C’est ainsi qu’on propose successivement d’excepter de l’interdiction l’enseignement agricole, l’enseignement professionnel, l’enseignement» supérieur, certaines catégories d’écoles de filles, les internats. Tous ces amendements sont repoussés à des majorités variant de 50 à 60 voix.
- Jusqu’ici rien n’a réussi que l’amendement de M. Caillaux, qui est parvenu à réunir une majorité de 11 voix. Le président du Conseil n’en repoussait pas d’ailleurs le principe ; il s’était borné à lui préférer un autre amendement qui le contenait implicitement.
- L’amendement Caillaux reporte de cinq à dix ans le délai maximum pendant lequel les congrégations devront être dissoutes.
- Votèrent contre le délai de cinq ans ceux qui estimaient, à tort ou à raison, que l’état de nos finances imposait un délai plus considérable à la substitution des écoles laïques aux écoles congréganistes, la plupart des adversaires de la loi et quelques députés siégeant aux confins de la gauche, qui sans être hostiles à la politique du président du Conseil, ouvertement du moins, en veulent à M. Combes de détenir trop longtemps un pouvoir qu’ils regrettent ou auquel ils aspirent.
- Les choses en étaient là lorsque se produisit la plus inattendue et la plus dangereuse des tentatives de diversion.
- Cette fois c’est à l’extrémité de la gauche, sur les bancs socialistes, que surgit le puissant renfort qui doit permettre à l’opposition déclarée ou masquée, d’achever le renversement d’un cabinet que le vote de l’amendement Caillaux a sans doute suffisamment ébranlé.
- Le prétexte choisi par M. Millerand en dehors de la
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- loi en discussion semblait de nature à créer un déplacement de voix socialistes plus que suffisant pour amener le succès de sa manœuvre.
- Au vote, un seul bulletin socialiste s’est trouvé dans l’urne; celui de M. Millerand.
- Débarrassée de tous ses sous-entendus, l’interpellation Millerand mettait la Chambre en demeure d’opter entre la continuation du débat sur l’enseignement congréganiste et la mise sur le chantier de la loi sur les retraites ouvrières.
- ^Or, l’abandon de la loi sur les congrégations enseignantes ne faisait pas avancer d’une seconde la loi sur les caisses de retraite.
- Personne ne pouvait s’y tromper et M. Millerand qui est tout le contraire d’un esprit irréfléchi, moins que personne. La Chambre a préféré continuer ce qu’elle avait commencé. Elle a fait l’économie d’une crise. L’incident clos, elle a repris la discussion de la loi sur l’enseignement congréganiste au paragraphe 1er de l’article 2.
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- Evolution de l’Enseignement
- M. Chaumié, Ministre de l’Instruction publique, vient de transformer l’Ecole normale supérieure en un Institut pédagogique en la versant dans l’Université de Paris (Sorbonne). Les motifs de cette transformation, d’après son auteur, sont très simples. On peut les résumer en quelques mots : « L’Ecole normale avait dévié de son but qui était pour la Convention Vart d'enseigner. » Nous empruntons au « Volume » , excellent journal pédagogique, dirigé par M. Jules Payot, un extrait du lumineux rapport du Ministre :
- « Que les jeunes agrégés sortent de l’Université de Paris ou de l’Ecole normale, on constate qu’ils ont acquis , de part et d’autre, des connaissances étendues et solides, mais que trop souvent ils ignorent également cet « art d’enseigner » dont se préoccupait avec tant de raison la Convention. Ce n’est point que la bonne volonté leur manque ; on a même constaté que depuis quelques années les candidats au professorat, soit à l’Université, soit à l’Ecole, désirent cette éducation professionnelle que nous ne leur avons pas jusqu’ici accordée. Ils n’ont plus le mépris qu’on affectait autrefois pour la pédagogie : ils sentent qu’on ne s’improvise pas professeur, et qu’avant d’être investi de la responsabilité d’une classe, il faudrait y être préparé. » C’est tout à fait vrai. D’ailleurs, le rapport de M. Chaumié contient bien d’autres réflexions intéressantes desquelles il résulte que l’enseignement général, depuis l’Université jusqu’à l’école primaire, doit évoluer, autant que faire se peut, en enseignement théorique et pratique , laissant seulement à l’abstraction pure , les
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- champs pour l’examen desquels on ne saurait s’en passer.
- Nous ne pouvons qu’approuver cette tentative de réforme profonde de nos vieilles habitudes éducatives et, à ce sujet, nous croyons intéressant d’indiquer à nos lecteurs la méthode appliquée depuis quelque temps à l’Ecole pratique de commerce et d’industrie de Nimes , pour mettre les élèves de 13 à 17 ans qui en suivent les cours, en face de réalités.
- Sous l’habile administration de M. Clavel, directeur de l’Ecole, les études sont divisées en deux parties : l’une relative à l’enseignement général, l’autre à l’enseignement technique. L’élève passe à peu près le même temps en classe et à l’atelier. De plus , une deuxième division permet aux élèves de suivre soit la voie commerciale, soit la voie industrielle, à leur choix.
- La première impression du lecteur sera que les élèves , ainsi dirigés en deux directions différentes, n’auront plus rien de commun, sauf l’enseignement général; en effet, les uns suivront les cours commerciaux, dont les applications sont la comptabilité, les langues étrangères, la dactylographie, la sténographie , etc. ; tandis que les autres pratiqueront dans les ateliers l’art lithographique ou le travail du fer ou du bois. Mais si diverses qu'elles soient en apparence, les deux directions n’en ont pas moins un puissant lien : le commerce vit de l’industrie et l’industrie ne peut se passer du commerce. C’est ce qui est iridiqué aux élèves de 4me année dans des conférences qui réunissent en une même salle et les élèves de l’industrie et ceux du commerce.
- De plus, ces conférences sont généralement à projections pour mettre sous les yeux des enfants attentifs, l’image de réalités qu’il serait impossible bien souvent de leur montrer en nature, l’objet ayant pour siège un pays ou une localité éloignés. Et ces conférences sont alternées, les unes décrivent les nouveaux procé-
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- dés commerciaux dont les sociétés coopératives de distribution, françaises, allemandes, danoises, suisses, anglaises, etc., fournissent de nombreux exemples; les autres des types de manufactures et d’usines où les meilleurs procédés techniques sont appliqués soit à l’utilisation de nouvelles forces motrices, soit à l’emploi de nouvelles matières premières ou de nouveaux procédés.
- Le texte suivant d’une conférence avec projections faite dernièrement à l’école professionnelle de Nimes, par mon excellent ami M. Maisonneuve, professeur de physique, chargé du cours de marchandises, nous donne comme exemple la montagne unissant dans une étroite solidarité, et la force motrice, et la matière première que la force utilise (houille blanche et papier de bois . Dans d’autres conférences , telles que les Wholesales anglaise ou écossaise, c’est la transformation et l’union intime des formes commerciales et industrielles qui se trouvent exposées.
- Ce double aperçu nous indique dans quel esprit philosophique l’enseignement des conférences est présenté.
- Pour être complet, je dois ajouter que de fréquentes visites sont faites dans les diverses usines de la localité par les élèves les plus âgés, sous la direction éclairée de leurs professeurs.
- A. Fabre,
- Délégué de l’Etat, Membre du conseil de perfectionnement de l’Ecole pratique de commerce et d’industrie de Nimes.
- La houille blanche, le papier de bois.
- Ces deux titres vont bien ensemble, c’est, en effet, l’utilisation des hautes chutes d’eau qui a permis la fabrication du papier de bois. Cela a été une nécessité économique et industrielle ; 1 kilog. de papier demande dans le cours de sa fabrication 2000 litres d’eau, exige une puissance mécanique représentée par 3 chevaux vapeur.
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- C’est en 1867 que les pâtes de bois firent leur apparition en France. Tout d’abord, nos fabricants les accueillirent avec incrédulité et hostilité.
- Le grand chimiste, Aimé Girard, se mit franchement parmi les ennemis de la pâte de bois mécanique dont il ne voulait pas admettre la possibilité du feutrage.
- Cependant, en présence de l’invasion des papiers de bois étrangers introduits sur le marché français, il fallut bien reconnaître que le procédé était pratique. •
- C’est un allemand, Henry Wœlter , papetier dans le Wurtemberg qui, en 1847, construisit les premières machines pour la fabrication de la pâte de bois.
- Ce fut un papetier français, Aristide Bergès, qui sauva notre industrie menacée.
- Pour produire la pâte de bois, il fallait disposer d’une force hydraulique considérable, il alla à sa recherche.
- La vallée du Grésivaudan, dans l’Isère, lui parut éminemment propre à favoriser ses idées. Le pays était d’une beauté sauvage, habité par une population énergique et disposant surtout de forces naturelles non encore exploitées. ^
- C’est là, au petit village de Lancey, qu’Aristide Bergès en 1868 se fixa pour appliquer le système de défibreurs dont il était l’inventeur. Ses amis se demandaient avec inquiétude où il prendrait la grande quantité d’eau nécessaire à alimenter son usine. Le modeste ruisseau qui coulait au fond de la vallée suffisait à peine à actionner un petit moulin. Bergès leur montrant les glaciers qui couronnent les montagnes de Belledone : « Voilà, » dit-il, « la source de mon énergie, elle donne naissance spontanément aux torrents inépuisables que je veux utiliser pour produire la force dont j’ai besoin.
- « C’est une mine de houille blanche. » Le mot devait faire fortune.
- Et se mettant à l’œuvre, il barrait une gorge de 500 mètres au-dessus du sol de la vallée, réunissant les eaux de deux insignifiants ruisseaux de Lancey et de
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- Domène qui jusque là bondissaient en cascades, les jetait dans un long tube de tôle planté presque verticalement au flanc du rocher, au pied duquel sous le lourd poids de cette haute colonne liquide, une turbine tournait bientôt avec une rapidité vertigineuse.
- L’usine de Lancey, près Grenoble, était fondée et disposait de 3,000 chevaux de force qui depuis ont été portés à 10,000.
- Aussi la première visite des membres du 1er Congrès de la Houille blanche tenu à Grenoble (7-13 septembre 1902) fut pour Lancey ; c’était une question de préséance ; c’était un juste hommage rendu au parrain de la Houille blanche.
- Tous les congressistes voulurent se découvrir respectueusement devant ce vieillard qui assistait enfin sur le soir de sa vie au triomphe de son idéal et de sa foi : « U énergie asservie. » (Monsieur Aristide Bergès vient de mourir le 29 février 1904, à l’âge de 71 ans.)
- Il nous paraît intéressant de reproduire un extrait d’une notice parue à l’Exposition universelle de 1889, où M. Bergès signale au monde industriel tous les avantages que peut donner la Houille blanche.
- L’on verra combien l’ingénieur avait vu juste ; la réalité même a parfois dépassé ses espérances.
- Extrait d’une Notice parue à VExposition universelle
- de 1889.
- LA HOUILLE BLANCHE
- «• De la houille blanche, dans tout cela il n’y en a pas; ce n’est, évidemment qu’une métaphore. Mais j’ai voulu employer ce mot pour frapper l’imagination et signaler avec vivacité que les glaciers et les montagnes peuvent, étant exploitées en forces motrices, être pour leur région et pour l’Etat, des richesses aussi précieuses que la houille des profondeurs.
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- « L’utilisation du ruisseau de Lancey, que j’ai commencée il y a vingt ans, et que je poursuis sur une hauteur de 2,000 mètres, en est une preuve expérimentale.
- « C’était, au début de 1869, un ruisseau insignifiant débitant au plus bas une centaine de litres par seconde et faisant à grand’peine mouvoir quelques moulins et battoirs de chanvre de 3 ou 4 chevaux.
- « Aujourd’hui, amélioré, il actionne une papeterie utilisant 2000 chevaux, et, entièrement exploité, il peut donner à Grenoble un éclairage électrique de 150.000 lampes, provenant de 15.000 chevaux de 8 heures. Or, il y a dans les Alpes et les Pyrénées et d’autres lieux de France, des milliers de ruisseaux pareils tout aussi facilement exploitables et pouvant représenter des millions de chevaux. Ce sont ces richesses inconnues que je voudrais signaler à l’attention publique.
- « La conquête de ces hautes chutes est généralement facile; — leur coût très réduit par rapport à celui des chutes basses ; — leur entretien presque nul ; leurs moteurs d’une construction élémentaire ; — leur durée presque indéfinie ; — leur continuité de marche et leur régularité peuvent être absolues pendant les trois-cent soixante-cinq jours de l’année. Tout cela est réalisé à Lancey.
- « Dans de telles conditions, lorsqu’on regarde la source des milliers de chevaux ainsi obtenus et leur puissant service, les glaciers ne sont plus des glaciers, c’est la Mine de houille blanche à laquelle on puise, et combien préférable à l’autre ?
- « Tandis que la houille noire s’épuise, les glaciers et les sources, chaque année, se reconstituent et sont humainement éternels. — Aux puits profonds, aux galeries dangereuses, aux noirs mineurs fatigués, aux lourds wagons, aux fumeuses cheminées de la houille, les grandes chutes opposent leurs lacs gracieux, leurs conduites d’eau pittoresques, leurs moteurs simples et propres, leurs eaux fraîches et bienfaisantes.
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- « La houille nécessite un labeur incessant et des frais continuels d'entretien ou de transport. La houille blanche, n’ayant que des frais de premier établissement, s’amortit et marche vers la gratuité finale.
- « La chaleur extraite de la force, à raison d’une calorie pour 424 kilogrammètres est tout d’abord coûteuse; mais après amortissement, qui peut dire de quel côté penchera la balance ? Ne s’impose-t-elle pas déjà pour les chauffages délicats ?
- « La houille noire se transporte facilement et s’emmagasine ; mais l’eau s’emmagasine dans les lacs, et dans les tuyaux marche aussi ; et lorsqu’au bout il y a des fils électriques pour transporter lumière, force et chaleur, qui dira où elle s’arrêtera?
- « La houille réduit le minerai de fer qui a fait notre civilisation et notre siècle, dont la tour de 300 mètres est en quelque sorte le poème ; mais elle ne peut rien sur l’alumine, tandis que la houille blanche, ou la force économique par l’électricité, réduit l’alumine et nous donne l'aluminium, qui donnera son nom au siècle nouveau s’il arrive à un bon marché suffisant.
- « Ce métal léger comme le verre (D-2,56), presque résistant comme le fer et inoxydable comme l’argent, dans quelques alliages, est certainement le mystère de l’avenir ; il réduira de deux tiers nos poids morts alourdissants, remaniera nos véhicules et nos outils de guerre et nous ouvrira la navigation aérienne du plus lourd que l’air. Or, l’électricité seule nous donne dès aujourd’hui l’aluminium à un bon marché que l’amortissement gradué des immenses forces motrices nécessaires augmentera indéfiniment. Les Pyrénées et les Alpes ont pour cela toute la houille blanche nécessaire, et n’est-il pas juste que les montagnes, qui depuis l’origine du monde habitable, engraissent les plaines, bénéficient à leur tour de leurs propres richesses. .
- « Il est manifeste que les hautes chutes qu’on peut trouver dans bien des parties de la France, et obtenir même artificiellement en retenant les eaux pluviales
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- avec des citernes, peuvent, avec des volumes insignifiants, dix litres par seconde, rendre des services signalés. Une curieuse partie des villes, villages et maisons isolées pourraient ainsi s’éclairer presque gratuitement en quintuplant pendant la période utile de l’éclairage, la force moyenne de vingt-quatre heures de petites sources ainsi captées.
- « Lancey, le 1er mai 1889. A. B. *
- Au premier abord on se demande si c'est bien là une découverte? L’idée d’asservir les forces hydrauliques< n’est pas nouvelle.
- Il est vrai, qu’entre la roue du moulin actionnée par une chute d’eau de 2 ou 3 mètres et les puissantes turbines installées sur une chute d’eau de 500 mètres, la différence est notable, encore n’est-ce qu’une différence de degré non une différence de nature , -l’application hardie d’un principe connu.
- Un simple calcul nous fixera mieux.
- Voici un cours d’eau avec un faible débit de 100 litres à la seconde, sous une chute de 5 mètres le travail produit sera :
- 100 X 5 =500 kilogrammètres.
- Si nous pouvons utiliser cette même quantité d’eau sous une chute de 500 mètres le travail produit devient :
- 100 X 500 = 50,000 kilogrammètres
- 50,000
- ou —n~r— = 660 chevaux. t o
- Dans les mêmes conditions de hauteur un débit de 1 mètre cube produirait 6,600 chevaux qu’une ou plusieurs turbines peuvent recevoir et transmettre. Ce qui donne une valeur toute particulière à cette puissance, c’est qu’elle peut être transportée au loin à l’aide d’un fil métallique. Grâce à l’électricité le torrent ou la cascade sont devenus à volonté force, lumière ou chaleur. Les exemples abondent ; mais ne quittons pas les régions du Dauphiné, de la Savoie qui ont été le berceau de l’énergie hydro-électrique et citons des exemples. C’est
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- le chemin de fer du Fayet à Chamonix construit en 1896 par la Compagnie P.-L.-M. qui transporte annuellement plusieurs centaines de mille voyageurs en de superbes voitures permettant de jouir du paysage environnant. — La distance qui sépare le Fayet de Chamonix est de 19 kilomètres et la différence de niveau entre ces deux points atteint 457 mètres. Avec la vapeur il aurait fallu avoir recours à la crémaillière. C’est l’Arve qui a fourni l’énergie. Deux usines hydro-électriques, l’une à Servoz, l’autre aux Chavants réalisent une force qui dépasse 15,000 chevaux et permet la circulation dans chaque sens de neuf trains par jour de 90 tonnes chacun.
- C’est l’usine de Champ qui fournit la force motrice aux industriels des vallées de la Fure et de la Morge, celle du Livet avec une galerie souterraine de 2000 mètres de longueur dérivant les eaux de la Romanche pouvant produire 10.000 chevaux de force qui alimentent les fabriques Grenobloises. C’est l’usine d’Avignon-net sur le Drac, accrochée au flanc même de la montagne, avec un canal débitant 400 mètres à la seconde, disposant de 4000 à 7000 chevaux transportés par des courants triphasés de 26000 volts jusqu’à 100 kilomètres de distance.
- Mais où la houille’ blanche triomphe, c’est dans l’industrie électro-chimique que l’on a désignée sous le nom d’électrolyse. L’électrolyse, c’est la science qui délie par le concours de l’électricité mystérieuse et toute puissante ce que le concours de circonstances et d’énergies primaires avait autrefois uni. C’est la force à bon marché qui a permis cette application si fertile en conséquences.
- « Le prix du cheval-heure’ en employant le charbon revient de 7 à 10 centimes. Dans la plupart des installations hydro-électriques, on a pour le même prix le cheval pour 24 heures, soit un prix de revient 24 fois meilleur marché. »
- v C’est l’électrolyse du chlorure de sodium, du sel marin
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- permettant d’obtenir la soude caustique, le chlore gazeux, les hypochlorites, les chlorates.
- Industries considérables ! car l’emploi de la soude , par exemple, est en quelque sorte illimité ; la France en consomme 200,000 tonnes par an.
- Le chlore produit de cette façon permet de fabriquer le « tétrachlorure de carbone », liquide possédant la précieuse propriété à l’instar de la benzine et du sulfure de carbone, de dissoudre les essences et les graisses, et cela sans risquer de prendre feu et de détoner comme les substances qu’il remplace.
- Les hypochlorites, nous les verrons bientôt employées avec succès dans le blanchiment de la pâte à papier.
- Les chlorates fabriqués en grand à Cheddes, à Calypso ont pour grand acheteur l’Etat qui les emploie pour ses poudres ou ses allumettes. S’ils sont des agents de destruction, nous les retrouvons également dans les produits pharmaceutiques pour soulager nos maux.
- Le courant électrique traversant l’eau la décompose en oxygène et en hydrogène.' Une puissance d’un cheval heure fournit 50 litres d’oxygène et 100 litres d’hv-drogène, très purs comme bien l’on pense. — Les aérostiers et les industriels avides d’un bon comburant, se chargeront de l’utilisation de ces gaz.
- L’électrolyse a aussi fait ses premiers essais dans le tannage, dans la préparation des matières colorantes et dans la rectification et le vieillissement artificiel des vins et des alcools.
- L’énergie électrique peut être également un agent d’union, de combinaison, c’est ce qui a lieu pour la fabrication du carbure de calcium, le générateur de l’acétylène, on peut même dire qu’il a été, et reste la plus importante application de la Houille Blanche ; c’est aussi Voœylite produit nouveau qui nous donne l’oxygène avec autant de facilité que le carbure donne l’acétylène.
- C’est le carborundum, substance très dure formée de carbone et de silice, résistant aux températures les
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- plus élevées et dont l’usine de la Bathie, en Savoie, semble avoir le monopole.
- Le carborundum a rendu de signalés services à l’Electrométallurgie, en garnissant les fours de revêtements infusibles.
- VElectromètallurgie a permis l’extraction, le raffinage d’un certain nombre de métaux dont les principaux sont :
- Le cuivre^ l’or, l’argent, le nickel, le zinc, le platine, etc.
- Par voie de fusion, elle donne actuellement la totalité du magnésium, du sodium et de l’aluminium. Préparés parles procédés chimiques, ces métaux valaient respectivement 200, 25 et 80 francs le kilogramme. Leur prix est actuellement 45 fr., 3 fr. et 2fr. 50.
- L'aluminium voit ses usages grandir journellement, la métallurgie en fait, sous forme d’alliage, une consommation de plus en plus importante.
- Le procédé Héroult permet de l’obtenir à un degré surprenant de pureté, 99 0/0 1/2.
- Voici qu’on entreprend par la même méthode la fabrication de l’acier :
- Jusqu’ici, on le sait, le minerai de fer est d’abord transformé en fonte brute par les hauts fourneaux; une seconde opération transforme cette fonte en acier par différents procédés suivant que l’on veut obtenir de l’acier au creuset, de l’acier Bessemer, de l’acier Martin.
- Le four électrique construit à la Praz par M. Héroult a pour but de produire directement de l’acier en partant non plus de la fonte brute mais du minerai lui-même. Il coule du premier jet des lingots de 2500 kilogrammes ayant une composition et des qualités parfaitement déterminées d’avance.
- En résumé, c’est une vraie révolution industrielle en voie de s’accomplir. Bans toute la région alpestre la houille blanche se développe rapidement. On y compte actuellement 120 usines dont la puissance excède 50 chevaux ; cinq donnant de 10.000 à 15.000 chevaux,
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- voici leurs noms : la Praz, la Plombière, Notre-Dame-de-Briançon, Livet, Chedde ; huit disposant de 5.000 à 10.000 chevaux : Champ, Avignonet, Les Clavaux, Riouperoux , Lancey , Saint-Michel, Pont-du-Risse , Saint-Jean, soit un total de 250.000 chevaux, dont 216.000 sont transformés en électricité et se répartissent comme il suit :
- Statistique de 1903
- Aluminium . *... .. 23.000 chevaux
- Autre produits métallurgiques .. 20.000 —
- Chlorates.... .. 9.000 —
- Carbure de calcium . . 98.000 —
- Soude et chlore .. 13.000 —
- Force motrice et éclairage.,... .. 40.000 —
- Papeterie ... 13.000 —
- Pour la France on évalue la puissance mécanique
- hydraulique, à 650,000 chevaux répartis dans 48,000 usines, et la puissance utilisable à 10 millions de chevaux. — Il y a encore de la marge « avant que l’on ait mis le harnais sur toute cette cavalerie. » Nous aurions avec cette houille blanche de quoi remplacer toute la houille noire que nous dépensons. Il se consomme annuellement en France, une moyenne de 45 millions de tonnes de charbon , dont le tiers est fourni par l’étranger. Pour économiser l’achat de ces 15 millions de tonnes de charbon, il nous suffirait de 1,738,000 chevaux de force hydraulique (étant donné qu’un kilogramme de houille produit un cheval heure , soit 365 X 24 ou 8,640 chevaux an). — Au point de vue général, cette nouvelle énergie est encore un grand bienfait.
- La houille noire qui a transformé l’industrie au siècle dernier, a affranchi l’ouvrier de l’effort pénible des longues journées, elle a favorisé par suite son éducation, son élévation.
- La houille blanche agira donc dans le même sens, et
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- plus complètement encore : née du simple jeu des forces de la nature, elle se renouvelle constamment. L’énergie libératrice mise à la disposition de l’ouvrier n’a pas ici pour rançon le rude travail du mineur. 11 ne faut pas l’arracher, à coups de pic, des entrailles de la terre, travailler dans des galeries mal aérées, où la lumière du jour n’arrive jamais, et où le grisou guette toujours sa proie, c’est plus qu'un avantage économique, c’est un élément de progrès social.
- Je sais bien que dans cette lutte, il y a des vaincus intéressants, ce sont de vieilles industries, qui ont eu leur gloire, qu’il faut abandonner, transformer, déplacer, peut-être, à moins que l’électricité, libérée, par le fil, de la chute qui la retient prisonnière à la montagne, ne prenne son essor (1), vers la plaine; ce sont d’importants capitaux à mettre en jeu, de nouvelles habitudes à prendre.-
- Mais le passé, si glorieux qu’il puisse être, ne doit pas fermer la route du Progrès. (A suivre).
- Maisonneuve,
- professeur à l’Ecole pratique de commerce et d’industrie de Nimes.
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- (1) Les usines de Sierras amènent le courant électrique à San Francisco (distance 39u km) avec une perte lelativement minime de 25 0/0 de la force engendrée par les dynamos.
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- LOI SLR LES BLREALA DE PLACEMENT
- Article premier
- A partir de la promulgation de la présente loi, les bureaux de placement payants pourront être supprimés moyennant une juste indemnité.
- Tout bureau nouveau, créé en vertu d’une autorisation postérieure à la promulgation de la présente loi, n’aura droit, en cas de suppression, à aucune indemnité.
- Le bureau devenu vacant par le décès du titulaire pour toute autre cause avant l’arrêté de suppression pourra être transmis ou cédé.
- Art. 2.
- Les bureaux de placement gratuits créés par les municipalités, par les syndicats professionnels ouvriers, patronaux ou mixtes, les Bourses du Travail, les compagnonnages, les Sociétés de secours mutuels et toutes autres associations légalement constituées, ne sont sou-, mis à aucune autorisation,
- Art. 3.
- Les bureaux de placement énumérés à l’article précédent, sauf ceux qui sont créés par les municipalités, sont astreints au dépôt d’une déclaration préalable effectuée à la mairie de la commune où ils sont établis. La déclaration devra être renouvelée à tout changement de local du bureau.
- Art. 4.
- Dans chaque commune, un registre constatant les offres et demandes de travail et d’emplois devra être ouvert à la mairie et mis gratuitement à la disposition du public. A ce registre sera joint un répertoire où seront classées les notices individuelles que les demandeurs de travail pourront librement joindre à leur
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- demande. Les communes comptant plus de 10,000 habitants seront tenues de créer un bureau municipal.
- Art. 5.
- Sont exemptées du droit de timbre les affiches, imprimées ou non, concernant exclusivement les offres et demandes du travail et d’emplois et apposées par les bureaux de placement gratuits énumérés dans l’article 3.
- Art. 6.
- Tout gérant ou employé d’un bureau de placement gratuit qui aura perçu une rétribution quelconque à l’occasion du placement d’un ouvrier ou employé sera puni des peines prévues à l’article 9 ci-dessous.
- Art. 7.
- L’autorité municipale surveille les bureaux de placement pour y assurer le maintien de l’ordre, les prescriptions de l’hygiène et de la loyauté de la gestion. Elle prend les arrêtés nécessaires à cet effet.
- Art. 8.
- Aucun hôtelier, logeur, restaurateur ou débitant de boissons ne peut joindre à son établissement la tenue d’un bureau de placement.
- Art. 9.
- Toute infraction, soit aux règlements faits en vertu de l’article 7, soit à l’article 8, sera punie d’une amende de seize francs (16 fr.) à cent francs (100 fr.) et d’un emprisonnement de six jours à un mois, ou de l’une de ces deux peines seulement. Le maximum des deux peines sera appliqué au délinquant lorsqu’il aura été prononcé contre lui, dans les douze mois précédents, une première condamnation pour infraction aux articles 6 et 8 de la présente loi.
- Tout tenancier, gérant, employé d’un bureau clandestin, sera puni des peines portées à cet article.
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- Ces peines sont indépendantes des restitutions et dommages-intérêts auxquels pourront donner lieu les faits incriminés.
- L’article 463 du code pénal, ainsi que la loi du 26 mars 1891, sont applicables aux infractions indiquées ci-dessus.
- Art. 10.
- Les pouvoirs ci-dessus conférés à l’autorité municipale seront exercés par le préfet de police de Paris et le ressort de sa préfecture, et par le préfet du Rhône pour Lyon et les autres communes dans lesquelles il remplit les fonctions qui lui sont attribuées par la loi du 24 juin 1851.
- Art. 11.
- 1. A partir de la promulgation de la présente loi, un arrêté pris à la suite d’une délibération du conseil municipal pourra, à charge d’une indemnité représentant le prix de vente de l’office et qui, à défaut d’entente, sera fixé par le conseil de préfecture, rapporter les autorisations données en vertu du décret du 25 mars 1852;
- 2. Les indemnités dues aux bureaux de placement payants supprimés dans le délai de cinq années seront fixées d’après l’état de ces bureaux à l’époque de la promulgation de la présente loi ;
- 3. Les bureaux faisant le placement pour une même profession déterminée devront être supprimés tous à la fois, par un même arrêté municipal ;
- 4. Les indemnités aux tenanciers des bureaux de placement seront à la charge des communes seules ;
- 5. En cas de décès du titulaire avant l’arrêté de suppression, l’indemnité sera due aux ayants droit et leur sera payée lorsque l’arrêté aura été pris.
- A partir de la promulgation de la présente loi les frais de placement touchés dans les bureaux maintenus à titre payant seront entièrement supportés par les em-
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- ployeurs, sans qu’aucune rétribution puisse être reçue des employés.
- Toute infraction à cette prescription sera punie des peines édictées à l’article 9 de la présente loi.
- Art. 12
- Sont et demeurent abrogées toutes les dispositions contraires à la présente loi.
- Les bureaux de nourrices ne sont pas visés par la présente loi et restent soumis aux dispositions de la loi du 23 décembre 1874, relative à la protection des enfants du premier âge.
- Les agences théâtrales, les agences lyriques et les agences pour cirques et music-halls ne sont pas soumises aux prescriptions de la présente loi.
- Art. 13.
- La présente loi est applicable à l’Algérie.
- La loi a été promulguée le 17 mars 1904.
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- FRANCE
- Les groupements mutualistes
- D’après une enquête faite par le Musée social on ne comptait pas moins de 87 Unions mutualistes au 1er février 1904, réparties dans 63 départements. Il s’en forme chaque mois de nouvelles et on peut prévoir que tous nos départements en posséderont au moins une à la fin de cette année.
- Les Unions départementales se sont elles-mêmes groupées en Fédérations régionales ; celles-ci sont au nombre de trois, unissant les groupements de 28 départements ; d’autres sont en formation ou en préparation.
- Enfin il faut signaler la fondation, le 10 novembre 1902, de la Fédération nationale de la Mutualité française, dont le but est de provoquer la création de tous les services supérieurs de la mutualité et de compléter ainsi l’œuvre des Unions départementales et régionales.
- C’est d’ailleurs grâce à la propagande faite par la Fédération nationale et à l’aide qu’elle a donnée aux organisateurs des Unions départementales, que celles-ci se sont ainsi multipliées dans le cours de l’année 1903. Sur les 87 unions existant aujourd’hui, 53 avaient donné leur adhésion à la Fédération nationale au mois de décembre dernier et toutes les Fédérations régionales avaient adhéré au Conseil fédéral.
- Le Musée social a publié dans ses Annales de février dernier un tableau des groupements mutualistes existant en France à cette époque, ainsi qu’un tableau des Caisses de réassurance qu’elles ont déjà fondées, une liste des pharmacies mutualistes et celle des Unions médicales et pharmaceutiques. Le nombre des Caisses de réassurance est actuellement de 24 et celui des institutions médicales et pharmaceutiques de 18.
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- La réforme de la licence en droit.
- Il est question de scinder la licence en droit actuelle et de créer une licence juridique, destinée surtout aux futurs magistrats, et une licence économique destinée aux administrateurs. Cette proposition semble fort acceptable. Mais on voudrait n’admettre à étudier, en vue de la première, que des jeunes gens pourvus du baccalauréat avec épreuve latine, et exclure les bacheliers' de la section D (sciences-langues vivantes). Pourquoi cette extraordinaire proscription ? Parce que les candidats à la licence juridique auraient à étudier le droit romain. Or, il est probable que sur mille étudiants, il y en a tout au plus un seul qui étudie le droit romain dans le texte, et encore. L’argument ne tient pas debout. Puis il y aurait un moyen d’arranger les choses, ce serait de supprimer le droit romain. Qu’un maître en jurisprudence veuille étudier le droit romain pour mieux connaître les origines du droit français ou pour étudier une législation originale, cela se conçoit, mais imposer cette étude à des étudiants de 18 à 20 ans, qui sont pour la plupart incapables de se figurer une société aussi éloignée de la nôtre que la société romaine de la fin de l’Empire, c’est un procédé que la tradition explique, mais auquel il serait temps de mettre un terme.
- Quoi qu’il en soit, il y a dans les facultés de droit un retour offensif de la routine que nous devions signaler, et qui, espérons-le, n’aura aucun succès.
- {L'Education moderne)
- RUSSIE
- La loi sur les accidents du travail.
- La Russie vient de faire un grand pas dans la voie de la protection légale du travail. Depuis le 1er janvier 1904 une loi sur les accidents du travail est entrée ne vigueur.
- Cette loi est basée sur le principe de la reconnaissance du risque professionnel. Comme tous les pays qui ont
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- LE DEVOIR
- fait du risque professionnel la règle de leur législation sur les accidents ouvriers, la Russie exclut de l’indemnisation les accidents dus à la faute intentionnelle de la victime ; mais, de même que la Finlande qui l’a précédée de neuf ans dans cette voie, et la Suède, dont la législation des accidents date de trois ans, elle ajoute aux causes d’exception la faute ou négligence inexcusable.
- En cela, la nouvelle loi russe est moins favorable aux ouvriers que les lois similaires des autres pays, les deux derniers exceptés, et même que là loi française de 1898, celle-ci ne laissant aux tribunaux que le droit de réduire et non de supprimer, l’indemnité en cas de faute inexcusable. Elle est même inférieure à la loi russe du 15 mai 1901, sur la pension aux mineurs de l’Etat qui ne contient pas de clause relative à la faute inexcusable et qui garantit aux familles des victimes une pension même dans le cas de leur « mauvaise volonté. »
- La nouvelle loi concerne les ouvriers employés dans les fabriques, les usines métallurgiques et les mines appartenant aux particuliers, aux Zemstvos et aux villes.
- En voici les principaux articles :
- En cas d’accident, l’entrepreneur est obligé d’indemniser l’ouvrier — sans distinction d’âge ou de sexe — qui subit une incapacité de travail pendant plus de trois journées, et si cette incapacité de travail est causée pendant l’exécution des travaux ou par suite de ces travaux. Si l’accident amène la mort de la victime, l’indemnité revient à la famille de celle-ci. L’entrepreneur n’est libéré de payer cette indemnité que dans le cas où il peut prouver que l’accident était dû à la mauvaise volonté de l’ouvrier.
- L’entrepreneur doit indemniser la victime ou sa famille, même si l’exécution des travaux avait été cédée par lui à un tiers. Tout accord, antérieur à l’accident, et qui ayuit le but de limiter les droits de l’ouvrier à
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- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX 233
- une indemnité ou de diminuer le chiffre de celle-ci, est considéré comme non existant.
- I/indemnité est payée en subside ou en pension. Le subside est alloué depuis le jour meme de l’accident jusqu’au jour où la capacité de travail sera rétablie ou quand l’incapacité sera reconnue constante. Le subside doit s’élever aux deux tiers du salaire effectif de la victime.
- Une pension est allouée dans les cas d’incapacité de travail constante ; dans les cas d’incapacité complète, elle s’élève aux deux tiers du salaire annuel de la victime et si l’incapacité est partielle, le taux de la pension est déterminé suivant le degré de l’affaiblissement de la force de travail. La pension est payée depuis le jour de la suspension du paiement du subside. Si le taux de la pension est plus élevé que celui du subside donné jusqu’alors, la victime reçoit une somme complémentaire représentant la différence entre eux. Les pensions de victimes mineures ou de victimes-enfants augmentent avec l’âge jusqu’à concurrence du taux du salaire d’un ouvrier-manoeuvre adulte.
- Si la victime n’avait pas reçu de secours médical gratuit, l’entrepreneur doit lui rembourser les frais médicaux jusqu’à sa guérison complète.
- En cas de mort de la victime survenue après l’accident ou pendant sa cure ou dans deux années au plus tard, l’entrepreneur doit payer les frais d’inhumation dans les proportions suivantes : 30 roubles (80 francs) pour l’ouvrier adulte et le mineur et 10 roubles (40 francs) pour l’enfant, et il doit payer une pension à la veuve pendant la durée de la vie de celle-ci, et des pensions aux enfants, légitimes, reconnus, adoptifs, illégitimes ainsi qu’aux enfants trouvés et élevés dans la famille de la victime. La pension de la veuve s’élève à un tiers du salaire actuel ; un sixième est alloué à chacun des enfants si leur mère est en vie. Dans le cas ou celle-ci meurt, les enfants reçoivent un quart. Le total de toutes les pensions de la famille ne peut dépas-
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- ser les deux tiers du salaire annuel de la victime. L’entrepreneur qui n’a pas payé, à terme, l’indemnité à la victime ni à sa famille est condamné à leur payer une somme supplémentaire représentant 1 o/o par mois.
- En cas de faillite ou de cessation de l’entreprise ou de la vente de celle-ci, les pensions des ouvriers doivent être converties en capital ou être assurées.
- * *
- ITALIE
- Projet de loi sur l’instruction primaire.
- M. Orlando, ministre de l’instruction publique vient de soumettre au Parlement un projet de loi ayant pour but de faire appliquer dans toute sa rigueur le principe de l’instruction obligatoire, institué, il est vrai dans la loi depuis 1877, mais qui jusqu’à ce jour, est constamment resté lettre morte dans nombre de régions.
- Selon le projet de M. Orlando, aucun élève ne pourra quitter l’école primaire avant d’en avoir parcouru tous les degrés. Les syndics devront faire rechercher les enfants qui ne se présenteraient pas à l’école. Dans les cas où la misère serait un obstacle à la fréquentation des classes, la municipalité devra pourvoir à l’entretien de l’enfant par des mesures de bienfaisance. Les dépenses occasionnées par la réfection scolaire, l’achat des livres et des vêtements pour les enfants pauvres devront avoir le pas sur toutes les autres dans le budget municipal. Le traitement des maîtres ne pourra pas être inférieur à 400 francs.
- Enfin la nouvelle loi établit des écoles pour les adultes illettrés.
- ETATS-UNIS La législation ouvrière.
- D’après le Bulletin de VOffice du travail (février 1904) :
- Le bureau du travail de l’Etat de New-York vient de
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- donner un état d’ensemble de la législation ouvrière aux Etats-Unis, telle qu’elle était à la fin de 1903.
- L’établissement de cet état a donné lieu à des difficultés qui tiennent à la diversité des mesures législatives prises par les différents Etats en matière de législation ouvrière. En ce qui concerne le travail des enfants, par exemple, les premières lois sur la matière sont les lois scolaires qui obligent l’enfant à fréquenter l’école jusqu’à un certain âge ou jusqu’à ce qu’il ait acquis une certaine instruction. Dans les Etats où ces lois sont appliquées, elles suffisent pour empêcher le travail des enfants avant un certain âge et, souvent, ont rendu inutile une législation spéciale sur ce point.
- Dans d’autres Etats, par contre, pour empêcher que l’enfant, tout en fréquentant l’école, ne travaille pas en fabrique, on a estimé nécessaire d’édicter par une loi spéciale une interdiction absolue.
- On a rangé parmi les Etats qui ont réglementé le travail des enfants, tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre, ont pris des dispositions prohibitives.
- Ces observations une fois faites, le Bulletin de l’Office du travail résume comme suit les principales dispositions législatives adoptées à la fin de 1903, par divers Etats de l’Union, pour la protection des travailleurs ou pour l’étude des questions sociales.
- Sur les 45 Etats qui composent l’Union, 33 ont créé un office du travail ou un bureau de statistique ouvrière, 24 ont organisé un service d’inspection des fabriques et 24 une inspection des mines ; 16 ont institué des bureaux d’arbitrage pour le règlement des conflits collectifs ; 12 Etats ont réglementé par des lois spéciales le sweating System et 23 ont interdit le truck System ; 27 possèdent des lois sur la responsabilité des patrons en cas d’accident et 22 ont introduit la journée de huit heures dans les travaux de l’Etat.
- Quant au travail des enfants, il est interdit au-dessous d’un âge déterminé pour les fabriques, dans 34 Etats, et pour les mines, dans 26 (avant 10 ans dans 2,
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- avant 11 ans dans 1, avant 12 ans dans 15, avant 13 ans dans 1, avant 14 ans dans 24, avânt 15 ans dans 1 et avant 16 dans 1).
- 27 Etats ont réglementé le travail des femmes et 31 prescrivent que des sièges doivent être fournis aux ouvrières.
- 14 Etats enfin possèdent des bureaux de placement gratuits.
- L’Etat de New-York est le seul qui'ait légiféré sur tous ces divers points (excepté sur le travail des enfants ' dans les mines'.
- Parmi les Etats possédant le plus grand nombre de dispositions analogues, figurent les Etats de Michigan, Maryland, New-Jersey, Massachussets, Virginie, Minnesota qui ont adopté sur 9 ou 10 de ces points principaux des dispositions législatives.
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- La Cour suprême et les trusts
- La Cour suprême vient de rendre son arrêt dans l’importante affaire du trust « Northern Securities » qui avait fusionné les compagnies de chemins de fer Great Northern et Northern Pacific.
- Cet arrêt confirme le jugement du tribunal du Minnesota et donne raison au gouvernement du président Roosevelt qui avait attaqué ce trust comme illégal, constitué pour supprimer toute concurrence, contrevenant à la loi sur le commerce entre Etats et tombant enfin sous le coup de la loi Sherman contre ces combinaisons à monopole.
- L’arrêt n’a pas été rendu à l’unanimité des neuf conseillers ; il y a eu quatre opposants parmi lesquels le ministre de la justice.
- La sentence interdit au trust « Northern Securitas » d’acquérir désormais des actions des deux chemins de fer fusionnés, et de voter dans les assemblées d’actionnaires avec celles qu’elle détient ; elle fait défense aux deux compagnies fusionnées de payer des dividendes sur
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- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX
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- les titres détenus par le trust et interdit à celui-ci d’exercer un contrôle quelconque sur les chemins de 1er en question. D’ailleurs elle autorise la rétrocession aux porteurs primitifs des titres accaparés par les «Northern Securities ».
- C’est un coup sensible porté aux trusts par une décision de justice, et le président Roosevelt ne dissimule pas la satisfaction qu’il en éprouve, sa politique contre les trusts étant une des questions capitales sur lesquelles va porter la campagne présidentielle.
- La question des nègres
- M. Booker Washington, l’éducateur nègre, a adressé un appel à la presse et aux clergymen contre la pratique barbare et de plus en plus courante du lynchage des noirs. Il cite les cas de trois infortunés représentants de la race qui ont été brûlés vifs dans la dernière quinzaine, sans même que leur culpabilité fût prouvée.
- Presque au même moment on pouvait lire dans les journaux qu’un nommé Jones, de Charleston (Virginie) venait de déclarer à son lit de mort qu’il était l’assassin de sa femme. Or, trois malheureux nègres, soupçonnés de ce crime, avaient été lynchés l’année dernière.
- Le gouverneur du Mississipi, M. Vardaman, récemment élu avec un programme opposé à toute éducation des nègres et tolérant le lynchage, vient cependant d’envoyer des troupes, par train spécial, pour sauver un nègre qui allait être lynché.
- On sait que M. Vardaman prétend que l’éducation donnée aux nègres ne sert qu’à en faire des délinquants et même des criminels. M. Booker Washington a répondu que pas un des sujets sortis de son Institut de Tuskegee n’est sous les verrous et qu’on ne saurait en dire autant de beaucoup d’autres Universités américaines.
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- LE DEVOIR
- LA QUESTION DE LA PAIX
- Traités d’arbitrage.
- Le ministre des affaires étrangères de France, M. Delcassé, a signé, le 26 février, avec l’ambassadeur d’Espagne à Paris, une convention d’arbitrage reproduisant les termes du traité conclu récemment avec , l’Angleterre et l’Italie.
- Un traité analogue a été signé le 29 février entre lord Landsdowne, ministre des affaires étrangères d’Angleterre et l’ambassadeur d’Espagne.
- Enfin,*entre le Danemark et les Pays-Bas, a été signé un traité d’arbitrage qui ne contient aucune disposition restrictive en ce qui concerne les affaires qui peuvent être tranchées par le tribunal arbitral de la Haye, sauf cette seule réserve que les réclamations d’ordre privé élevées contre un des Etats signataires seront soumises à la procédure ordinaire.
- Une des clauses du traité donne aux autres puissances la faculté d’y adhérer.
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- Les Pays-Bas et les traités d’arbitrage permanent.
- En exécution d’une résolution du Congrès de Rouen ,
- M. J.-A. Bronwer, président du groupe de la Paix de Leeuwarde, a communiqué au Bureau de Berne, un travail très bien fait sur la situation des Pays-Bas au point de vue des traités d’arbitrage permanent conclus ou à conclure, ainsi que des clauses arbitrales introduites ou à introduire dans les traités.
- Une clause arbitrale (qui ne regarde qu’un traité spécial) a été insérée dans les traités avec l’Italie (1884), avec la Belgique (1892), avec le Portugal (1893) et dans
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- LA QUESTION UE LA PAIX 239
- les traités de commerce avec la Roumanie (1897) et le Mexique (1899).
- Une clause d’arbitrage liant tous les gouvernements signataires du traité a été insérée dans le traité avec l’Etat du Congo (1885). Dans le traité de commerce avec le Portugal (1894), il est dit que non seulement les différends se rapportant à des traités, mais encore tous les autres litiges qui pourraient s’élever entre les deux Etats devront être réglés par l’arbitrage, à moins qu’ils ne touchent à l’indépendance ou à l’autonomie de l’un des deux pays.
- Jusqu’ici la Hollande n’a conclu que deux traités qui, en cas de différend, font appel à la Cour d’*arbitrage de La Haye :
- 1. Le traité de la Hollande avec l’Allemagne, du 24 juin 1901, à propos des cables sous-marins;
- 2. Le traité du 28 février 1903 conclu à Washington entre les Pays-Bas et le Vénézuéla,
- Il est à remarquer que, chaque fois que la clause arbitrale ne figurait pas dans un traité, les membres du Parlement ont attiré l’attention du gouvernement sur cette lacune, de sorte qu’on peut dire que la clause arbitrale a conquis sa place dans les traités conclus par la Hollande, et qu’elle la maintiendra.
- Les Chambres de commerce anglaises et les traités
- d’arbitrage
- Le quarante-quatrième congrès des Chambres de commerce du Royaume-Uni s’est tenu à Londres, le 8 mars.
- Nous extrayons du discours présidentiel, prononcé par sir William Holland, les paroles suivantes :
- «Nous sommes heureux que des traités d’arbitrage aient été conclus par l’Angleterre avec la France, l’Italie et l’Espagne, et nous espérons que le moment n’est pas trop éloigné où un traité analogue sera également* signé entre l’Angleterre et les Etats-Unis.
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- LE DEVOIR
- « On sait que les heureuses relations qui existent actuellement entre l’Angleterre et la France sont l’œuvre du roi Edouard plus que de toute autre personne, mais nous apprécions avec une égale sincérité les efforts de M. Thomas Barclay qui avait fait beaucoup pour amener la conclusion de ces traités.
- « Nous déplorons amèrement que, malgré tous les efforts tentés pour maintenir la paix, la guerre ait malheureusement éclaté entre la Russie et le Japon. La diplomatie a le devoir de faire tout pour maintenir ces hostilités dans les limites actuelles et pour empêcher-que d’autres puissances y soient mêlées. »
- Le XIIIe Congrès universel de la paix
- Lo Congrès universel de la paix, réuni à Rouen en septembre dernier, a décidé que cette année le congrès se tiendrait en Amérique, à Boston, dans la première semaine d’octobre.
- Voici l’ordre du jour provisoire de ce congrès :
- 1° Rapport du bureau sur les évènements de l’année qui ont trait à la guerre et à la paix.
- 2° Causes économiques des guerres. (Rapport de la commission spéciale.)
- 3° Propagande pour populariser de plus en plus la cour d’arbitrage internationale de la Haye.
- 4° Rapports des groupes de sociétés sur les traités d’arbitrage à conclure par leur pays avec d’autres Etats.
- 5° Rapprochement franco-allemand. (Dossier à préparer par le bureau international de la paix, à Berne.)
- 6° Choix d’un drapeau international de la paix. (Rapport du comité d’étude).
- 7° Désignation du siège et de la date du XIVe congrès.
- 8° Appel aux nations.
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- LA QUESTION DE LA PAIX
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- Les jouets militaires.
- D’après un article de M. Léo Claretie, la fabrication de jouets militaires aurait subi un mouvement de baisse assez important.
- Sur 45 millions de francs, chiffre global annuel de la valeur des jouets fabriqués sur la place de Paris, la part des armes, uniformes et panoplies, n’a été cette année que de 2 millions de francs ; les industriels du Marais et de la Villette attribuent cette baisse aux théories pacifiques et internationales.
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- Un Canon monstre
- Il y a quelque temps on a installé au cap de la Hêve, à Sainte-Adresse, un énorme canon pesant 17500 kilos.
- Cette pièce construite à Bourges et dont l’affût à lui seul pèse 7000 kilos avait été transportée par un char-riot de 4000 kilos, que traînait un attelage de dix-huit chevaux.
- Malgré le long parcours et les courbes accentuées, disait la dépêche annonçant l’arrivée du monstrueux engin à sa destination, le transport s’est effectué sans accident.
- Nous souhaitons qu'il n’en cause pas davantage à l’avenir.
- g»—*
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- LE DEVOIR
- LE MOUVEMENT FÉMINISTE
- Le suffrage des femmes à la Chambre des Communes
- La Chambre des Communes a adopté, par 182 voix contre 68, une résolution en faveur de l’extension aux femmes du droit, de suffrage dans les élections législati-* ves.
- Ce n’est pas la première fois que la Chambre des Communes émet un vote favorable aux revendications féminines. Parfois des bills de ce genre ont triomphé de l’épreuve de la deuxième et de la troisième lecture et sont venus se briser à la résistance de la Chambre des Lords. Dans le récent vote de la Chambre des Communes on peut voir la preuve que les suffragistes ne se lassent pas. L’exemple de leurs soeurs australiennes qui ont participé, en décembre dernier, au scrutin fédéral est bien fait pour les encourager.
- Un autre fait est de nature à fortifier les espérances des partisans de l’égalité de suffrage. Jusqu’à présent la campagne de revendication était surtout menée par des femmes appartenant aux classes aisées, ou tout au moins, à la partie de la population adonnée aux professions libérales. Or voici que les ouvrières entrent en lice à leur tour en cette qualité. C’est ainsi que les ouvrières du Lancashire ont décidé de présenter aux électeurs, à l’occasion des élections générales qu’on' prévoit cette année-ci, un candidat chargé de soutenir au Parlement le droit de suffrage des femmes. Elles ont choisi pour champion un maitre d’école de Londres, M. Hubert Sweeney. Tout porte à croire que le mouvement ne s’arrêtera pas là.
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- LE MOUVEMENT FEMINISTE
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- Le roman féminin
- Au dernier dîner de la Société des gens de lettres? après avoir dit tout ce qu’on peut dire d’aimable à des lettrés qui ne sont pas insensibles aux compliments d’usage, M. Jules Claretie, qui présidait, a fait l’éloge du président de la Société, M. Marcel Prévost, l’auteur des Lettres à Françoise, des Vierges fortes, dans lequel il voit « un féministe d’une physionomie spéciale, un féministe attendri, qui semble avoir résumé son oeuvre dans ces derniers mots : La plus faible ».
- M. Jules Claretie a ajouté : « Et Marcel Prévost a eu raison d’étudier, de préférer, de célébrer cette « plus faible » si souvent supérieure aux « plus forts ». Dans le roman comme au théâtre, le succès, l’intérêt, le battement de coeur, les larmes, la douleur, la consolation, c’est la femme. Gladstone a dit du siècle passé : le dix-neuvième siècle est le siècle des ouvriers. Je dirais volontiers : le vingtième siècle sera le siècle des femmes. En effet, elles sont partout, et partout s'affirment par des oeuvres admirables. Au Salon, les oeuvres des femmes égalent celles des hommes. C’est une femme, une Française, qui grave la médaille que le roi d’Italie offrira, à Rome, au président de la République. J’assistais, l’autre soir, à la Sorbonne, aux merveilleuses expériences du radium. Pour écouter une femme, 'Mme Curie, et pour l’applaudir, il y avait dans rassemblée, un auditoire de femmes. Je ne parle pas des femmes qui se penchent au chevet des malades et qui ajoutent au dévouement de la bonté la certitude de la science. La femme a toujours su se dévouer et guérir, même quand elle n’était pas doctoresse. Et pour ne parler que de notre Société et du roman, notre spécialité, si je puis dire, quoiqu’il y ait ici des historiens, des moralistes, des publicistes, des poètes, des écrivains de tout genre — dans le roman quelle magnifique floraison de beaux livres ! Combien d’œuvres féminines qui dépassent la moyenne des productions courantes ! Quel
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- talent dépensé ? Que de noms glorieux ! Messieurs les romanciers masculins, tenez-vous bien, dans ce domaine du roman — pays de la poésie et du cœur— avant peu ce sera la femme qui sera « la plus forte ! »
- « Le temps n’est plus où George Sand était une exception, - où l’on hésitait à lire un livre en disant : « Ouvrage de femme ! > On ne fait plus un roman comme on faisait de la tapisserie. On met à présent toute son âme dans un livre, et c’est ce qui fait le succès loyalement gagné et l’œuvre durable. Aussi bien, mes chers confrères, je bois à l’avènement de ces romancières qui vont peut-être renouveler un genre attirant entre tous, et notre cher président ne m’en voudra pas si j’associe son nom, qui nous est cher, à ce toast à l’avenir de ce roman spécial. A l’auteur de V Automne d’une femme et au printemps du roman féminin ! »
- La femme-avocat en Norwège
- Le landthing norwégien a adopté le projet de loi permettant aux femmes d’exercer la profession d’avocat.
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- VIE D’HÔTEL
- VI
- Par Henry GRÉVILLE
- (Suite.)
- — Pas même à sa mère? fit Cëphise, s’avisant tout à coup que si Mme de Greslin était du complot, ce serait décidément une vilaine affaire.
- — Sa mère ? Mais c’est sa mère qui est le chiendent ! Pardon, ce n’est pas ça que je voulais dire, mais la mère Greslin est très entichée de noblesse, et dame ! il n’y a que les de Vautrait de nobles dans la famille, — et puis maman, mais elle n’a plus de noblesse, puisqu’elle a épousé papa, — et je ne sais pas, malgré la résistance que vous allez tous apporter à mon mariage avec Mamie, si sa mère ne sera pas la plus difficile à persuader !
- — J’aime mieux cela, fit Céphise avec un soupir de soulagement. Mais, mon frère, c’est absurde ! Tu n’as pa*s de position, nous n’avons pas grande fortune ; nous sommes pas mal de monde à vivre sur la vente de l’hôtel, et il y aura encore beaucoup d’argent à dépenser pour maman. Il faudra passer l’hiver dans le Midi, peut-être plusieurs années de suite, et si papa ne réussit pas...
- — Je me suis suffisamment rabâché tout ça, interrompit le jeune homme ; je me suis fait une vie misérable à Vichy, quand j’étais décidé à renoncer à elle ; ce n’est pas ma faute si elle est venue chez Colette... c’est-à-dire, si, c’est un peu ma faute, mais Colette était bien libre de ne pas l’inviter. Enfin, que veux-tu ? Je l’aime, nous nous aimons, et nous nous marierons quand nous pourrons, le plus tôt possible.
- — Ça ne sera pas bientôt, dit sa soeur. Pour ma part, je ne peux pas prêter les mains à un enfantillage...
- — Parce qu’elle est jeune et jolie? Lorsque ton mari ne pouvait pas t’épouser parce que tu ne voulais pas, il
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- LE DEVOIR
- a eu du chagrin, dis ? Eh bien, moi, j’ai eu aussi du chagrin, et j’en aurai encore. Voyons, Céphise, tu sais bien que c’est moi qui t’ai ramené Armand ? Sois gentille avec nous, en récompense !
- — Tu places tes bienfaits pour en toucher les intérêts à longue échéance? Gentille .. non, conclut la jeune femme. Je ne puis pas parler de cela à maman, qui a besoin de repos absolu ; c’est bien assez de papa et d’Armand pour l’inquiéter. Je n’en parlerai pas non plus à Mme de Greslin....
- — Ni à Colette, insista Gaëtan. Je sais que tu n’en diras rien à Roger, mais pas à Colette non plus.
- Elle réfléchit un peu.
- — Soit, dit-elle, mais c’est à condition que tu ne retourneras pas à la Suze tant que Mamie y sera. Si tu vas la voir à Paris chez sa mère, étant donnée la terreur que t’inspire Mme de Greslin, ce ne sera pas souvent... Chez Colette, tu ne la verras guère l’hiver prochain, cela peut passer encore. Seulement, si je vous surprends l’un ou l’autre à faire des cachotteries, je vous dénonce.' Si tu veux épouser cette enfant, il faut qu'elle soit respectée.
- — C’est justement ce que je lui ai dit quand le père Becquemont lui faisait la cour... Il se retint fort à propos et ajouta d’un air détaché : C’est quand tu n’étais pas là. Alors tu es avec nous ?
- — Je ne suis pas contre vous, rectifia Mme Carval. Et un jour ou l’autre j’en parlerai à maman, quand elle sera mieux.
- — Tu me préviendras au moins? supplia Gaëtan.
- — Cela dépendra des circonstances.
- Il réfléchit, puis tendit la main.
- Marché fait, dit-il. Allons, tu n’es pas trop méchante. Mais je vois que ça n’ira pas tout seul, comme tu dis. Malgré tout, je vois la vie plus en rose à présent que maman est tirée d’affaire ; j’ai broyé du noir, va!
- Il sortit gravement. Sa soeur le suivit des yeux avec un demi-sourire. Jamais il n’avait su rien faire comme
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- VIE D’HÔTEL
- personne, et pourtant la vie lui réussissait : ne valait-il pas mieux pour lui qu’il se fût attaché à Mamie, sans autre fortune que sa gentillesse, et peut-être ses qualités morales, jusqu’alors insoupçonnées, que de faire la cour à quelque femme mariée ou non, ou de gâcher sa jeunesse, comme tant d’autres? Qui sait? peut-être cet amour contrarié éveillerait-il en lui des facultés nouvelles ? Céphise pensa qu’elle avait bien fait de réserver son approbation, mais bien fait aussi de ne pas la lui refuser formellement.
- XIV
- La joie de Jean Maubert fut grande à l’arrivée de son gendre ; lorsque, après une préparation suffisante, celui-ci lui apprit l’heureux résultat de l’opération, confirmé peu de jours après par un second télégramme, le constructeur de chemins de fer se sentit une vigueur nouvelle. C’était un sanguin, porté à voir les choses sous un jour non exagéré peut-être, mais cru et violent; son découragement n’était pas venu seulement du fâcheux état des choses autour de lui, mais aussi du souci de tout ce qu’il avait laissé en Europe. Sa femme hors de danger, certaine de vivre et de recouvrer la santé, son gendre à ses côtés pour débrouiller certains détails qui lui étaient peu familiers, il se sentait tout autre, et beaucoup plus sûr de lui-même.
- Afin de ne pas retenir Carval plus longtemps que ce ne serait strictement nécessaire, il le mit à l’ouvrage sur-le-champ. Les obstructions disparurent en grande partie par le seul fait qu’ils étaient deux maintenant à tenir tête aux gêneurs, et que le nom de Carval était celui d’un homme dont la supériorité ne se discutait plus. Quelques semaines avancèrent tellement la besogne qu’ils purent envisager la possibilité de retour en France à la fin de décembre au plus tard.
- Gaëtan n’avait pas exagéré la valeur de la chirurgie moderne où un homme savant, intelligent et adroit peut
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- marcher à coup sûr. Il est vrai que la réunion de ces trois qualités, jointes à deux autres non moins nécessaires : la présence d’esprit et le sang-froid, produirait dans n’importe quelle carrière un être remarquable. En chirurgie, celui qui est ainsi doué devient un véritable libérateur pour l’humanité souffrante, depuis que les découvertes de Pasteur ont fait disparaître tout danger consécutif aux opérations les plus compliquées. Le tout est de s’assurer que le malade ne présente aucune complication de tempérament qui puisse offrir des dangers, et ensuite de ne permettre aucune imprudence.
- Grâce à son tempérament sain et vigoureux, Mme Maubert vit sa convalescence s’activer d’une manière inespérée. Colette vint l’embrasser et retourna sur-le-champ à Jersey, après avoir donné un coup d’oeil à sa maison de campagne, où les enfants prospéraient sous l’œil vigilant de Mme de Greslin ; ils avaient même attrapé en parlant français un léger accent anglais, imité d’elle, qui devait ensuite amuser toute la famille,
- Le vingtième jour, le docteur Monprat vint prendre congé de son opérée.
- — Je vous dois tout, docteur, lui dit-elle. Vous avez tenu ma vie entre vos mains, et vous en avez usé avec une sagesse ..
- — Eh! chère madame, autrement, nous ne serions que de simples bouchers. Vous avez à présent une belle et longue existence devant vous, sachez en jouir avec votre mari et vos enfants ; vous avez un bon usage à en faire.
- Il souriait avec une si parfaite bonne grâce, un si visible contentement d’avoir réussi, non pour sa gloire ou sa fortune, mais pour elle, que Céphise en fut émue. Elle sentait qu’il avait apprécié la valeur morale de sa mère ; elle ne songea pas un instant à la sienne. A de tels moments, se forme parfois entre l’opérateur et l’opéré un de ces liens de sympathie que rien ne peut atteindre ; ce fut pour eux trois une de ces minutes rares et mémorables.
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- En rentrant à la Suze où Colette et Roger l’attendaient, avec son fils aîné, qu’elle n’avait guère occasion de voir, car il habitait Bordeaux et faisait de fréquents voyages dans l’Amérique du Sud, Mme Maubert éprouva une singulière impression de seconde vie. Il lui semblait qu’elle avait jadis habité ce lieu, vu ces ombrages, connu ces allées, mais qu’elle était tombée dans un gouffre noir depuis, et que, maintenant, il lui était donné 'de revoir ces choses à travers un voile qui les assombrissait ; le gouffre noir avait laissé traîner un crêpe, qui l’enveloppait.
- Elle ressentit pourtant une joie profonde à revoir ses enfants et ses petits-enfants ; mais cette joie était grave : l’ivresse de vivre qu’elle avait connue autrefois n’était pas revenue ; une singulière apathie qu’elle n’avait pas connue, même aux derniers jours de son mal, lui enlevait le plaisir qu’elle avait espéré, de se revoir vivante, assurée de la santé dans un avenir très prochain.
- Elle cacha ces impressions pénibles à ceux qui l’entouraient: ils en eussent été désespérés ; seule Céphise en pénétra quelque chose. L’automne était précoce, les tempêtes redoublées arrachaient les feuilles prématurément jaunies aux arbres des bois, souvent la pluie frappait les vitres avec rage ; un feu de sarments pétillait dans la cheminée, et pourtant un frisson secouait de temps en temps les épaules de la jeune femme.
- — Quand je pense, dit-elle un jour à sa sœur, que papa et Armand pourraient être en mer par ce temps-là !
- — Mais ils n’y sont pas, répondit Colette avec un certain bon sens.
- — Qui sait le temps qu’ils auront pour revenir? On ne devrait faire de longues traversées que pendant la belle saison ! C’est déjà assez dur pour ceux qui attendent au logis.
- Mme de Vautrait regarda sa sœur avec attention.
- — Tu as quelque chose, toi, dit-elle : voilà une parole qui n’est pas de ma Céphise ordinaire.
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- Mme Carval lutta un peu avec elle-même, puis tout à coup fondit en larmes. Sa soeur la prit dans ses bras et l'entraîna près d’elle sur un étroit canapé.
- — C’est vrai ! dit Céphise en s’essuyant les yeux et en s’efforçant de sourire : je suis un peu nerveuse, cela ne m’arrive guère, et...
- Sa volonté ne fut pas la plusfforte, et elle ne put continuer. Après un court débat intérieur, elle se décida à parler.
- — J’ai supporté trop de choses, dit-elle, à travers ses sanglots. Le départ d’Armand, la maladie de maman, l’opération... O Colette, puisses-tu ne jamais savoir ce que j’ai enduré ! Et puis voir maman si faible, si petite, si maigre... elle avait l’air d’un enfant qui va mourir... et à présent...
- — A présent, quoi ? insista Colette avec un peu d’autorité dans la voix.
- — Eh bien ! elle n’aime pas la vie ! Je ne sais si c’est parce qu’elle souffre, ou bien parce que, après avoir désespéré si longtemps, elle ne peut pas encore s’accoutumer à l’idée que c’est fini et qu’elle a devant elle une longue existence, ou bien si elle se tourmente pour papa, ou autre chose que je ne puis deviner, mais elle n’a plus de goût à l’existence, je le sens, j’en suis sûre ! Et alors, moi qui lui ai tout donné... je n’avais pas méri-té[ cela !
- Céphise s’abattit sur les'genoux do sa soeur, comme si la tempête du dehors l’avait fauchée. Colette la tint serrée contre elle.
- — C’est vrai, dit-elle gravement, tu n’avais pas mérité cela, mais on n’a pas toujours ce qu’on mérite. Maman non plus ne l’a pas mérité !
- Céphise se retrouva debout.
- — Tu as raison. C’est lâche de ma part de penser à moi, auprès d’elle qui a tant souffert!
- — Toi, lâche? Orna soeur! C’est nous qui avons agi lâchement en te laissant porter tous les fardeaux, faire tous les sacrifices ! Nous étions à nous amuser là-bas,
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- pendant que tu souffrais seule, que tu étais sœur de charité veillant notre mère la nuit, la gardant le jour, l’amusant et la consolant à tout heure... La supérieuree et le docteur Monprat me l’ont. raconté : tu t’es surmenée, pendant que nous étions de misérables égoïstes ; nous le savons bien, Roger et moi, mais que veux-tu, nous ne sommes pas héroïques, nous autres, sans être méchants ou ingrats pour cela... il n’y a qu’une Céphise dans notre famille, et je ne crois pas qu’il y en ait beaucoup dans l’univers...
- — Je suis surmenée, avoua Mme Carval, qui s’était calmée. Pourtant ce n’est pas de moi qu’il s’agit, c’est de maman. J’ai envie d’aller voir le chirurgien et de lui demander ce qu’il en pense.
- — Excellente idée, déclara Colette. Tu peux aller et revenir en une journée. Mme de Greslin et sa fille s’en vont demain...
- — J'irai, dit résolument la jeune femme, aussitôt qu'elles seront parties.
- Mamie ne quitta pas la Suze sans les regrets qu’un petit cœur tendre et naïf se croit obligé de ressentir en pareille circonstance. Elle fit le tour du parc pour y retrouver <t la trace de leurs pas », singulièrement effacée par les pluies torrentielles et les amas de feuilles mortes; elle jeta même un coup d’œil oblique sur le petit bois, mais c’était loin, le temps menaçait, et là, ils s’étaient querellés... Son bon sens lui suggéra que la poésie et l’amour n’exigeaient pas cette course où elle pouvait s’enrhumer. Elle monta avec sa maman dans un compartiment de première, car c’est Colette qui avait pris les billets, et se sentit tout aise de penser que Gaëtan était au bout de la route, à Paris. Elle ne le verrait pas très souvent, c’était certain, mais, enfin, elle le verrait bien quelques petites fois, en attendant quoi? Mamie n’en savait rien, mais elle attendait quelque chose.
- Monprat ne fut pas étonné de ce que lui dit Céphise an sujet de sa mère. De pareils cas, sans être absolument fréquents, se rencontrent chez les personnes douées
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- d’une sensibilité au-dessus de la moyenne.
- — Il faudrait dépayser potre mère, dit-il. Tant qu’elle sera dans le milieu où elle a tant souffert, elle n’aura pas grand’ chance de se remettre, quoique le retour de ses forces doive lui rendre sa gaieté naturelle avec le temps. Le mieux serait que votre père pressât son retour. . - Mais si ce n’est pas possible, tâchez de l’emmener dans un endroit nouveau pour elle.
- — Elle n’a pas encore habité son nouvel appartement de Paris, dit Céphise, non sans hésiter ; si elle pouvait s’y plaire...
- — Essayez dès qu’elle se sentira capable de supporter le voyage. Mais Paris est triste en hiver quand on est contrainte à de grands ménagements et qu’on ne peut guère sortir : demandez à Foissard ; je crois qu’il vous indiquera le Midi.
- — La vie d’hôtpl, encore ? fît Mme Carval. Nous ne l’aimons guère, ayant toujours vécu chez nous, sauf pour aller d’un endroit à l’autre, quelquefois.
- — Une villa, alors, quoique pour votre mère et pour vous-même, ajouta-t-il en remarquant l’altération des traits de la jeune femme, une vie exempte de soucis matérielle fût préférable, et la question des serviteurs est hérissée de difficultés, là comme ailleurs. Soyez certaine que la guérison entière, absolue, n’est qu’une affaire de temps. 11 faut de la patience et du courage ; vous avez l’un et l’autre, vous réussirez sûrement.
- Céphise rassurée, mais non réjouie, retourna aux bords tempétueux de la Sarthe* accompagnée par la tourmente qui battait les vitres de son wagon. Elle pensait avec ennui aux longs voyages en chemin de fer, aux descentes, le soir, tard, dans des hôtels pleins de gens pressés, peu soucieux de se montrer polis envers des inconnus, et totalement dénués de charité. Si après tant d’épreuves elle arrivait enfin à trouver un gîte convenable, où sa mère pût être assurée du repos ! Mais le dénicherait-elle ? Existait-il, ce gîte?
- Elle savait que nombre de leurs amis s’étaient fort
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- VIE D’HÔTEL
- bien trouvés d’un séjour à la Côte d’Azur, et ne cessaient d’en vanter les charmes ; ceux-là étaient des gens bien portants, prêts à savourer tous les plaisirs d’une large existence. D’autres s’y étaient rendus pour raffermir leur santé ébranlée, et y avaient fort bien réussi ; mais ils avaient habité de somptueuses, ou tout au moins de confortables villas, où leur personnel de Paris les avait suivis. Jadis, Mme Maubert eût fait de même : ses ressources diminuées ne lui permettaient plus d’aspirer à cette coûteuse existence : il faudrait compter...
- Céphise n’avait pas encore ressenti l'amertume qui accompagne le changement dev la fortune à la médiocrité. Se souciant peu du bien-être qu’on obtient à grand renfort de billets de banque, n’appréciant du luxe que l’absence de menus ennuis qu’il peut éviter, elle pouvait vivre indifféremment avec cent mille ou vingt mille francs de revenu annuel : un peu moins d'Opéra, des fiacres au lieu d’un coupé à soi, un bon appartement remplaçant un large hôtel, ce n’étaient pas là des différences essentielles à ses yeux. La politesse un peu cérémonieuse de quelques-uns se substituant à la familiarité en apparence cordiale de jadis, c’était une piqûre plus sensible; pourtant, elle s’en était consolée avec Gaëtan en qualifiant ces faux amis d’ «imbéciles», ce qui avait réchauffé sur-le-champ leurs deux jeunes cœurs. Mais se dire que quelques milliers de louis de plus ou de moins dans leur train de vie pouvaient retarder ou compromettre le retour définitif à la santé de sa mère, il y avait là de quoi faire souffrir l’âme tendre et fîère de Mme Garval.
- — Nous ferons de notre mieux ! se dit-elle avec la prompte résignation qui était sa meilleure défense contre les agressions de l’existence.
- Pendant que le coupé de Colette la ramenait au château, elle se composa un visage, et c’est toute souriante, rose de la bise qui avait fouetté son visage, qu’elle entra dans la chambre de Mme Maubert.
- — Tu vas très bien, maman chérie, lui dit-elle en
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- LE DEVOIR
- l’embrassant. J’ai vu ton chirurgien ; il dit que ce temps-là ne peut pas avancer ta guérison, au contraire ; que tu te porteras beaucoup mieux dans un climat plus régulier, et finalement que, sauf approbation du docteur Foissard, tu passeras ton hiver, non sur les bords fleuris de la Seine, mais sur ceux de la Méditerranée.
- — Ah ! fit Mme Maubert, dont le visage s’éclaira. Il conseille le Midi? Pas pour mes poumons, je suppose ?
- — Pour tes rhumatismes, mère aimée, car tu es rhumatisante, il n’y a pas à se le dissimuler. Tu n’as pas envie de devenir pareille à cette pauvre Clara, ton ancienne femme de chambre, qui ne pouvait faire un pas sans geindre comme une porte rouillée ? Alors, en route pour les flots bleus de la Méditerranée. Pas tout de suite, en novembre, quand les moustiques se seront un peu calmés.
- — Ce ne sera plus bien long, dit Mme Maubert. Octobre est tout près... Si seulement ton père était revenu pour ce moment-là,..
- Un soupir accompagna ce vœu, éternel souhait des heures de lassitude ou de souffrance. Mme Maubert avait encore plus besoin de la présence de son mari que des bienfaits du soleil ; mais ne pouvoir goûter l’une, c’était un motif de plus pour se consoler avec les autres, ainsi que le fit judicieusement remarquer Roger.
- Gaëtan vint passer quelques jours à la Suze : sans être un tireur de premier ordre, ce qu’il n’ètait pas appelé à devenir jamais, il avait cessé d’être un objet de terreur pour les chasseurs, sauf cependant pour son beau-frère qui ne lui voyait jamais un fusil dans les mains sans se rappeler le premier exploit du jeune homme. Mais La Suze sans Mamie n’offrait plus aucun charme pour le futur licencié, qui ne souhaitait tuer un chevreuil que pour en envoyer le pied à sa bien-aimée.
- — Un chevreuil, dit Roger, entendant exprimer ce vœu , c’est bien grosse pièce ! Pourquoi pas un sanglier ?
- (A suivre.)
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- ASSURANCES MUTUELLES
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- Société du Familistère. - Assurances Mutuelles
- MOUVEMENT DU MOIS DE NOVEMBRE 1903, A GUISE
- ASSURANCE CONTRE LA MALADIE
- Section des Hommes
- Cotisations des mutualistes.... 2.488 701
- Subvention de la Société....... 431 70 > 3.418 35
- Malfaçons et Divers............ 497 95)
- Dépenses.................................. 3.532 95
- Déficit en novembre 1903.......... 114 60
- ssssBSSsa
- Section des Dames
- Cotisations des mutualistes...... 504 90 1
- Subvention de la Société......... 167 60 > 695 40
- Divers........................ .. 22 90 )
- Dépenses..................................... 723 65
- Déficit en novembre 1903........... 28 25
- ASSURANCE DES PENSIONS
- Subvention de la Société et Divers 6.962 72 1
- Intérêts des comptes courants et > 11.440 07
- du titre d’épargne............ 4.477 35)
- Dépenses :
- 125 Retraités définitifs........... 8.398 75 \
- 5 — provisoires............... 258 50/
- Nécessaire à la subsistance........ 4.285 05 ) 13.397 15
- Allocations aux famill9 des réservistes 24 50 i Divers, appointem., médecins, etc. 430 35/
- Déficit en novembre 1903....... 1.957 08
- CAISSE DE PHARMACIE
- Cotisations des mutualistes....... 753 10 J
- Subvention de la Société.......... 238 67 j
- Dépenses.......................,..............
- Boni en novembre 1903
- 991 77 904 48 87 29
- RÉSUMÉ
- Recettes sociales du Ie1, juillet 1903 au 31 novembre 1903 60.228 37 ) Q/ n » individuelles» » 21.435 05 5
- Dépenses » » .......... 92.115 70
- Excédent des dépenses sur les recettes.. 10.452 28
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- LE DEVOIR
- ÉTAT CIVIL AU FAMILISTÈRE DE GUISE
- MOIS DE NOVEMRE 1903.
- Naissances :
- 24 Novembre 1903 : Poulain André et Poulain Georges,
- fils de Poulain Edouard et de Vallier Marie.
- Décès :
- 10 — Roger Adèle, âgé de 18 ans 1/2.
- Le Gérant : H. E. Buridant.
- Nîmes. — Typ. A. Chastanier„12, rue Pradier.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES.
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- Mai 1904.
- DOCUMENTS POUR UNE BIOGRAPHIE COMPLÈTE
- de J.-B. André GODIN (l)
- Glorification du Travail. Emancipation du Travailleur.
- XI (suite.)
- Premières fêtes annuelles au Familistère. Une fête de l’Enfance. Inauguration de la Fête du travail, juin 1867. Travailleurs répartis en deux catégories; vote direct dans l’une, vote à deux degrés dans l’autre ; valeur pécuniaire attachée à chaque suffrage.
- A l’heure dite (4 heures après-midi) toute l’assistance se trouva dans la cour des fêtes. La société musicale joua un morceau et M. Godin prit la parole. <r Dans une allocution remplie des considérations les plus hautes » dit UOpinion nationale (2), « le fondateur du Familistère a longuement entretenu ses ouvriers des convictions qui l’ont poussé à réaliser ce qu’il a fait; et de ce qu’il compte faire encore pour parachever son œuvre. »
- Le sommaire (3) seul du discours prononcé par Godin en cette occasion mémorable, figure en nos dossiers. Sa reproduction ici va de soi. Godin, lorsqu’il en développa les propositions, connaissait les résultats du premier essai de recours au suffrage pour la désignation des mérites et capacités. Quelque imparfaits que
- (L Appendice, p. 60, Le Devoir, tome 26e, janvier 1902.
- (2) Numéro du 7 juin 1867.
- (3) Le Devoir, tome 15, 1891, p. 257 et s.
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- LE DEVOIR
- fussent ce s résultats, la voie était ouverte et c’était, l'essentiel ; il fallait poursuivre la tentative en s’efforçant d’orienter le suffrage vers le but à atteindre.
- «Ce que je veux, mes amis, » développa Godin, «c’est jeter ici la semence d’organisation de la justice envers le travail.
- « Le travail est le créateur de tout bien sur la terre. Il doit donc être particulièrement honoré.
- « Il faut que le travail se tire lui-même de l’obscurité, qu’il apprenne à connaître sa force et sa valeur.
- « C’est pour élever l’ouvrier au sentiment de sa dignité que j’ai institué cette fête du Travail.
- « Je veux la vulgarisation des moyens pratiques par lesquels l’ouvrier arrivera à diriger lui-même ses travaux et ses intérêts ;
- « Je veux la justice et l’équité dans la direction industrielle ;
- « La suppression du règne du bon plaisir. »
- Rassemblant ce qui était déjà en vigueur au Familistère (services d’éducation, d’assurances mutuelles, etc.), et ce qu’il se préparait à conclure, dès que possible, (le pacte d’association), «Je veux», poursuivait Godin, « donner à l’ouvrier la sécurité de l’avenir;
- « Réaliser ici pour le travailleur et sa famille des conditions de bien-être, de tranquillité, de progrès intellectuel et moral qui puissent servir d’exemple au monde extérieur.
- « Une volonté forte et persévérante peut accomplir de grandes choses.
- « Je veux contribuer à élever le travail à son vrai rang ;
- « Faire voir qu’il est le meilleur des cultes que l’homme peut rendre à Dieu ;
- « Le Familistère est un autel du Travail et Dieu est
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- avec nous dans la pensée qui nous anime aujourd’hui. »
- Heureux des efforts vraiment remarquables auxquels étaients dus les beaux trophées qui ornaient la salle de fête et représentaient les principales branches des travaux de l’établissement, il poursuivait :
- « Honneur et gloire au travail par lequel l’homme s’élève dans la vie !
- « Honneur à la vapeur, à la construction mécanique ;
- « A la fonderie des métaux ;
- « A l’ajustage, à la lime et au marteau.
- « Honneur à tous les ouvriers et ouvrières, aux fondeurs, aux ajusteurs, aux mécaniciens, aux meuleurs, aux émailleurs, aux modeleurs.
- « Honneur aux hommes des magasins et des bureaux.
- « Honneur aux architectes, aux maçons, aux sculpteurs, aux dessinateurs, aux menuisiers, jardiniers, etc.
- « Honneur aux comptables, aux écrivains, aux vendeurs, aux instituteurs et institutrices.
- « Honneur à tous les agents des services du Familistère et de l’Usine ; honneur à tous sans exception, car tous accomplissent cette œuvre sainte du Travail, dont sortira un jour l’organisation du bien et de la justice en tout et partout.
- «Nous sommes tous ici des travailleurs. Aimons-nous les uns les autres. Travaillons sur notre petit coin de terre à réaliser ce règne de la justice auquel nous aspirons.
- « Servons d’exemple aux autres et glorifions Dieu par le travail ! »
- Le journal déjà cité « L’Opinion nationale (1) » résume quelques-uns des passages dp discours de Godin et ajoute : « Après le discours dont nous venons de'donner un extrait, s’est faite la distribution des attestations,
- (1) Numéro du 7 juin 1867
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- portant, avec le nombre des suffrages obtenus, la quotité correspondante à toucher par le titulaire sur la somme de deux mille francs allouée en primes par M. Godin. Pendant la distribution, la musique du Familistère faisait retentir ses fanfares qui se mêlaient aux applaudissements de l’Assemblée, et aux cris de joie des 250 enfants des écoles ».
- Le moment est venu de donner, d’après le registre des procès-verbaux, les résultats du vote. Voici :
- Première catégorie : Employés et personnes attachées aux services du Familistère. 95 électeurs (50 hommes et 45 femmes) ayant à désigner par bulletin de vote de dix noms les travailleurs les plus méritants, sur un personnel de 110 à 115 personnes.
- Obtinrent des voix les 95 électeurs, plus 13 membres de la catégorie non résidants au Familistère. Au total 108 élus.
- On jugera de l’éparpillement des voix par le tableau
- suivant : Hommes. 25 Femmes. 9 Ensemble. 34 eurent de 1 à 5 voix
- 18 24 42 — 6 à 10 »
- 13 8 21 — 11 à 15 »
- 1 1 2 — — 16 »
- — 1 1 — — 17 »
- 2 — 2 — — 18 »
- 1 — 1 — — 19 »
- 1 — 1 — — 21 »
- 1 1 2 — — 22 »
- — 1 1 — — 27 »
- 1 — ï — — 41 »
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- Deuxième catégorie : Ouvriers de la main au nombre d’environ 750 (parmi eux, nombre très restreint d’ouvrières) représentés par 95 délégués élus en premier degré et devant désigner par bulletin de vote de dix noms, les travailleurs (hommes ou femmes) les plus méritants , parmi les 750 de la catégorie.
- Nota. — Le registre ne donnant pas les noms des délégués , nous ne pouvons distinguer ceux-ci du reste du personnel.
- Les votes se répartissent comme suit :
- Hommes. Femmes. Ensemble.
- 18 — 18 eurent 1 voix
- 6 — 6 — 2 »
- 7 1 8 — 3 »
- 6 — 6 — 7 »
- 19 9 ' 28 — 8 »
- 11 —- 11 — 9 »
- 19 4 23 — 10 »
- 1 — 1 — 11 »
- 1 — 1 — 12 »
- 1 — 1 — 17 »
- 2 ' — 2 — 18 »
- 10 — 10 — 19 »
- 101 14 115
- Le vote direct (lre catégorie) a désigné 108 personnes sur 110 à 115 , soit presque la totalité.
- Le vote à deux degrés (2e catégorie) en a désigné 115 sur un personnel d’environ 750, soit un travailleur sur six à sept.
- Les conseils avaient décidé (séance du 26 avril (1)) que les mille francs à répartir en chacune des deux
- (1) Le Devoir, mars 1904, p. 141.
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- catégories seraient divisés par le total des voix sorties au dépouillement du scrutin. En première catégorie, les 95 électeurs ayant déposé régulièrement chacun un bulletin de 10 noms, cela fit un total de 950 voix par lequel divisant la somme de mille francs on obtint ce résultat que chaque voix représentait 1 fr. 05.
- En deuxième catégorie, il y eût 92 votants (1) au lieu de 95, mais la somme uniforme de 1 fr. 05 fut affectée à chaque voix ; et les attestations furent dressées en conséquence.
- La prime devait être, pour les candidats obtenant l’unanimité, 1° doublée ; 2° accompagnée d’une mention spéciale.
- Seules, les personnes désignées par 20 voix au moins devaient recevoir une mention honorable.
- Bien loin que l’unanimité soit atteinte, la majorité même n’est obtenue ni dans la première ni dans la seconde catégorie. Le travailleur le plus favorisé fait partie de la première catégorie et obtient 41 voix sur 95 votants. 4 personnes seulement : 2 hommes et 2 femmes obtiennent plus de 20 voix dans la lre catégorie. Nul n’atteint ce chiffre dans la seconde.
- 76 personnes dans la première catégorie, 100 dans la deuxième sont désignées par 1 à 10 voix
- L’éparpillement est énorme surtout dans la première catégorie (vote direct) où sont rassemblés les travailleurs les plus disparates, depuis l’ingénieur ou le chef de comptabilité jusqu’au porteur de charbon ou à la laveuse de linge.
- Par application des décisions prises en conseils, la prime est doublée pour le candidat qui a obtenu le plus de voix, soit 41. En outre, une mention honorable de lre classe lui est remise à la proclamation de son nom.
- (1) Le Devoir, avril 1904, p. 198.
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- Des mentions honorables de 2me classe sont de même remises aux 4 personnes de la première catégorie ayant obtenu : une 27 voix, deux autres chacune 22 voix, la 4me 21 voix.
- En deuxième catégorie, bien que personne n’ait atteint 20 voix, une mention honorable hors classe est décernée à un ouvrier « vu ses longs et loyaux services dans l’usine » et quoiqu’il n’ait obtenu que 12 voix !
- Ce trait est à remarquer tout particulièrement dans l’étude qui nous occupe.
- Sur les 223 élus dans les deux catégories réunies, 6 seulement reçurent donc des mentions honorables.
- Aux 217 autres furent attribués de simples bulletins de primes, lesquels furent échangés contre espèces quelques jours plus tard.
- Le registre des Conseils ne relève pas , à l’époque où les faits se sont produits , les enseignements à en tirer; mais l’an d’après, lorsqu’il s’agit de procéder au renouvellement de la fête du Travail, ces enseignements se font jour aux séances d’études ; et les Conseils s’appliquent — nous le verrons : 1° à offrir au suffrage un tableau des personnes réputées les plus capables et méritantes, parmi lesquelles exclusivement le vote devra s’exercer ;
- 2° A faire voter en connaissance de cause, c’est-à-dire entre personnes ayant pu s’apprécier mutuellement à l’œuvre ;
- 3» A éviter de laisser prise à l’intérêt personnel, lequel peut entraîner des électeurs ou à voter chacun pour soi, ou à se concerter en vue de déterminer l’attribution de primes à partager ensuite.
- Vve J.-B.-A. Godin, née Moret.
- (A suivre).
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
- Au Sénat : La durée du travail.
- A la Chambre : L’enseignement congréganiste. - Le projet de budget. — L’impôt sur le revenu.
- Dans les industries occupant des enfants, des femmes, des adultes, la loi de 1892 distinguait cinq durées de travail différentes, à savoir : neuf heures par jour (travail pour deux équipes) ; dix heures par jour (enfants de treize à seize ans) ; soixante heures par semaine, sans que la durée du travail pût dépasser onze heures (enfants de seize à dix-huit ans) ; onze heures par jour (filles et femmes majeures) et enfin douze heures par jour pour les hommes qui, de ce chef, restaient dans les conditions du décret-loi de 1848.
- De la complexité des combinaisons employées résultait pour les inspecteurs du travail une impossibilité matérielle de faire respecter la loi.
- La loi du 30 mars 1900, a eu pour objet de remédier à cet inconvénient en unifiant dans les établissements visés par la loi de 1892 la durée du travail.
- Au bout de deux ans à partir de la promulgation de la loi, la journée de travail devait être réduite à dix heures et demie et au bout d’une nouvelle période de deux ans à dix heures.
- La loi de 1900 arrivait donc le 31 mars 1904 à sa troisième étape d’application.
- Depuis le 31 mars 1902, la durée du travail était de dix heures et demie. Les premiers résultats de cette mesure avaient alarmé la Commission supérieure du travail. Ses rapports en témoignent. Quelles craintes l’échéance de la journée de dix heures ne devait-elle pas lui inspirer ?
- A la fin de l’année dernière (décembre 1903), le prési-
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
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- dent de cette Commission, M. Waddington, a présenté* au Sénat une proposition de loi qui a pour objet de « corriger par quelques retouches ce que la loi de 1900 peut avoir de trop rigide. »
- La Commission sénatoriale chargée d’examiner la proposition est d’accord avec la Commission supérieure du travail pour approuver l’unification, réalisée par la loi, de la journée des enfants, des femmes et des hommes qui travaillent dans les mêmes locaux. Elle ne veut pas transformer le cadre établi par la loi de 1900. Elle demande simplement quelques modifications dans ce cadre même.
- En quoi consistent ces modifications ? M. Waddington, rapporteur et auteur delà proposition, l’expose au Sénat, en ouvrant la discussion, le 18 mars.
- C’est, d’abord, la possibilité d’opter entre la limite journalière et la limite hebdomadaire. Les dix heures de travail par jour représentent.soixante heures par semaine. Les intéressés auraient la faculté de répartir, suivant leurs convenances, ce temps de labeur, à la condition toutefois que cette répartition ne se traduisît pas par un maximum quotidien supérieur à onze heures.
- Cette combinaison permettrait de réduire à oinq heures la journée du samedi, à l’exemple de ce qui se fait en Angleterre, où l’après-midi étant consacré aux emplettes du ménage, les magasins peuvent, sans préjudice pour leurs affaires, jouir à le,ur tour de la liberté du dimanche.
- Deux heures par semaine pourraient être consacrées au nettoyage des métiers et machines productives, sans que le total de la journée, nettoyage compris, puisse excéder onze heures.
- La Commission ramène de onze heures à dix heures du soir, le terme de la faculté de prolongation du travail accordée aux femmes et filles âgées de plus de dix-huit ans pendant une durée totale ne dépassant pas soixante jours, dans certaines industries déterminées par un règlement d’administration publique, notamment dans les industries de la couture.
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- Elle prévoit, en outre, pour un certain nombre d’industries, l’augmentation éventuelle du nombre des heures de travail suivant les besoins reconnus par les chefs d’établissement ; et enfin la faculté pour les industriels, en cas de chômage causé par accident ou force majeure, de faire travailler leur personnel douze heures par jour pendant deux semaines, afin de regagner le temps perdu, et cela sur simple préavis, l’autorisation de l’inspection ne devenant nécessaire que pour la prolongation au-delà de ce délai.
- Le gouvernement, par l’organe de M. Trouillot, ministre du commerce et de l’industrie, reconnaît que, sur divers points, il peut y avoir quelque chose à faire, mais il ne saurait accepter tel quel le programme de la Commission.
- Pour ce qui est de la demi-journée de repos hebdomadaire, le ministre estime qu’il y a là un progrès désirable à réaliser, mais il n’admet pas le report de ce temps supplémentaire de repos sur le travail des autres jours pour en accroître purement et ,simplement la durée.
- Il ne saurait souscrire davantage à la proposition d’ajouter deux heures par semaine pour le nettoyage: « ce serait rétablir, par voie indirecte, une durée de travail supérieure à dix heures par journée. »
- En ce qui concerne les chômages résultant de la force majeure, M. Trouillot déclare inacceptables les textes proposés par la commission. Les mots de « force majeure » sont trop élastiques. Il accepte d’examiner une /formule qui soit de nature à écarter les chances d'abus, et il consent à ce que, si cette formule est trouvée avec une netteté suffisante, le préavis soit substitué à la nécessité d’une autorisation spéciale. Voilà au fond toute la concession à laquelle soit disposé le gouvernement.
- Au surplus, le ministre considère que le Sénat fait œuvre vaine en ce moment. La question se présente tardivement. L’adoption d’une loi conforme aux intentions de la commission est matériellement impossible avant la mise en vigueur du dernier palier de la loi de
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- 1900. Les dispositions de cette loi applicable le 1er avril ramènent à dix heures la durée du travail des enfants, les replacent, par conséquent, dans la situation qu’ils avaient avant 1900. Ce n’est pas là, en ce qui les concerne, un bien grand progrès, et la proposition de loi marquerait un recul sur ce mince avantage. Il est donc juste que la loi de 1900 reçoive son entière application, et il est d’ailleurs impossible qu’il en soit autrement.
- La Commission a passé outre. Elle a cependant modifié son texte en ce sens que les enfants, même avec le système de la limitation hebdomadaire, ne puissent travailler que dix heures par jour, grâce à l’augmentation du repos qui sera porté de une à deux heures.
- Cette nouvelle disposition a été adoptée, les autres aussi. Sur un point même le Sénat est allé plus loin que sa Commission.
- Celle-ci, avons-nous dit, avait proposé que pour certaines industries, la durée du travail journalier effectif pût être prolongée de plein droit, c’est-à-dire sans autorisation spéciale de l’inspecteur , pendant un certain nombre de jours. Un règlement d’administration publique aurait défini et énuméré les industries appelées à bénéficier de ce régime de faveur. Sur la demande de M. Prevet, le Sénat insère dans la loi elle-même les catégories d’industries qui auront cette faculté de donner, ce qu’on appelle « le coup de collier » à certaines époques : industries de plein air et celles qui emploient des matières périssables (total annuel maximum des prolongations : 90 jours) ; industries soumises à l’influence des saisons, de la mode ou de toute autre cause de marche irrégulière (75 jours); la journée de travail effectif ne pourra dépasser douze heures.
- La même réserve est faite pour les industries visées par l’article spécial relatif au travail de nuit des femmes. Mais ces industries étant comprises parmi les industries où les patrons peuvent, de leur plein droit, prolonger de deux heures la durée de travail journalier de leur personnel, pendant soixante-quinze jours, les
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- cent cinquante heures supplémentaires qui résulteraient de ce dernier cas ne viendraient-elles pas s’ajouter au cent vingt heures supplémentaires que l’inspecteur peut autoriser dans le premier cas?
- Quoi qu’il en soit, avec les modifications apportées par le Sénat à la loi de 1900, avec les dérogations de droit et les dérogations autorisées, l’unification de la durée de travail est bien compromise, et si le cadre établi en 1900 n’est pas absolument transformé, il est devenu singulièrement élastique.
- La discussion n’a pas été longue : le Sénat était pressé. Mais quelque hâte qu’il ait faite, il est arrivé trop tard. Il n’est pas probable , d’ailleurs, que la Chambre, saisie elle-même de plusieurs propositions de loi analogues, sur lesquelles sa Commission du travail n’avait pas encore statué, aurait accepté sans modification , quand bien même elle aurait eu le temps de l’examiner , le texte sénatorial, qui s’écarte sur presque tous les points de l’opinion qu’elle avait eu l’occasion d’exprimer, à la suite de M. Trouillot, le 22 novembre 1902 , lors de l’interpellation de M. Lbopiteau sur l’extension des exceptions prévues par la loi de 1900.
- * 4
- L’ensemble de la loi supprimant l’enseignement congréganiste a été adopté, le 28 mars, par 316 voix contre 269. La discussion avait duré un mois.
- Aux procédés dilatoires employés dès le début et dont nous avons parlé, l’opposition en avait ajouté d’autres qu’il n’est pas inutile de faire connaître pour compléter la série des moyens d’obstruction que le règlement de la Chambre française met à la disposition de ses membres.
- Aux termes du règlement si 40 députés présents le demandent, le scrutin sur un texte quelconque peut avoir lieu à la tribune et par appel nominal : c’est-à-dire que chaque député doit répondre à l’appel de son nom, monter à la tribune, déposer lui-même son bulletin dans l’urne. Ce mode de scrutin dure une heure, au
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- lieu de durer cinq minutes, comme le scrutin ordinaire, ou trois secondes, comme le vote à mains levées. On comprend sans peine combien cette procédure servait les intentions temporisatrices de la minorité. La tactique consiste en ceci : un membre de l’opposition monte à la tribune, développe avec une sage lenteur un amendement nouveau qui, comme tel, est soumis à la prise en considération. Pendant ce temps, quarante autres membres de la minorité signent, en séance, une demande de scrutin public à la tribune. Au moment où l’amendement va être mis aux voix , la demande de scrutin public est soumise au président, qui procède à l’appel des quarante signataires. Qu’il en manque un seul, la demande est frappée de nullité.
- Il arrive qu’en vue de prévenir toute surprise, une liste est faite d’avance. Avant que l’appel de son nom ait dénoncé l’absence d’un signataire, les conjurés s’empressent d’en dresser une nouvelle.
- Ces petites escarmouches font gagner du temps. La grande bataille, c’est le vote à la tribune. Mais ceux qui l’ont provoquée se gardent bien de payer de leur personne. Avant que les premiers noms soient appelés, ils ont déserté le champ de bataille, c’est-à-dire la salle des séances.
- A cette manoeuvre, indépendamment du temps nécessité par le scrutin, ils peuvent encore gagner ceci : c’est que les votants ne soient pas assez nombreux pour représenter la moitié plus un des membres de la Chambre, autrement dit pour atteindre le quorum.
- Cependant, il convient de dire, car l’opinion contraire est assez répandue, et la rédaction de l’article du règlement concernant la validité du vote explique assez cette confusion , que l’absence du quorum n’établit qu’une présomption d’insuffisance; il suffit en effet que la moitié plus un (quorum) du nombre légal des députés soient présents pour que le vote puisse être proclamé et déclaré valable.
- C’est pourquoi l’opposition se garde bien de rentrer
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- en séance. Le président est alors, d’après le règlement, obligé de consulter le bureau qui doit constater, à l’unanimité, si la majorité absolue de la Chambre est présente en séance. Remarquons, en passant, qu’il est matériellement impossible aux huit secrétaires siégeant de chaque côté du fauteuil présidentiel, mais en contrebas , de voir toutes les parties de la salle des séances. Dans ces conditions, et sans mettre en doute la bonne foi du bureau où la minorité est toujours représentée, on reconnaîtra que l’unanimité nécessaire n’est pas facile à obtenir.
- Or, lorsqu’il n’y a pas unanimité, la séance doit être levée. Un second tour de scrutin sur le même objet est porté à l’ordre du jour de la séance suivante, et à ce second tour, le vote est valable, quel que soit le nombre des votants.
- Aux petits retards obtenus par l’emploi de ces petites manœuvres, que par un rapprochement de mots impossible en Chine, on appelle des chinoiseries parlementaires, l’opposition, convaincue de sa défaite finale, ne demande pas simplement une satisfaction platonique : elle en attend d’autres profits.
- Pas plus que l’échec de la loi, elle n’espère une modification telle que la loi en demeure atteinte dans son efficacité. L’extrême limite de son ambition la plus raisonnable a été atteinte par le vote, dont nous avons parlé, de l’amendement Caillaux reculant à dix ans le délai de fermeture des écoles, et par le vote de l’amendement Leygues (283 voix contre 272) créant une exception en faveur des noviciats destinés à former le personnel des écoles françaises à l’étranger, dans les colonies ou les pays de protectorat. Elle ne compte pas lasser ses adversaires ou les surprendre : elle les sait d’autant plus sur leurs gardes que des défaillances se sont produites dans leurs rangs. Gagner du temps est son unique objectif, et si elle ne peut pas'éviter l’adoption de la loi avant les vacances de Pâques, au cours desquelles doit avoir lieu le renouvellement des conseils
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- municipaux, du moins elle s’efforcera d’empêcher le vote, ou le simple amorcement de toute autre réforme, telle que la loi de deux ans, ou l’impôt sur le revenu, dont la majorité pourrait se prévaloir auprès des électeurs.
- C’est ainsi que l’on est arrivé à la veille de la séparation. Alors on s’est mis d’accord pour voter une de ces amnisties dont tous les partis escomptent le bénéfice électoral.
- Le projet de budget pour 1905, déposé par M. Rou-vier sur le bureau de la Chambre le 30 mars, ne présente pas un équilibre fictif, grâce à des prévisions de recettes exagérées, et il est d’une compréhension facile, ce que l’on ne peut pas toujours dire des lois de finances.
- La situation générale de la fortune publique s’étant améliorée, il n’a pas été nécessaire de recourir à des artifices de trésorerie.
- Le projet de budget réalise l’unité budgétaire en incorporant, d’une part, les garanties d’intérêt dans la masse des dépenses ordinaires et en excluant des recettes, d’autre part, toutes les ressources qui présentent un caractère passager et exceptionnel.
- Le montant des dépenses pour 1905, y compris 20 millions pour la garantie d’intérêt est de 3,603,541,667 francs. Il s’élevait pour l’exercice 1904 à 3,565,219,928 francs. Soit une augmentation de dépenses pour 1905 de 38,321,739 francs.
- Cette augmentation tient à diverses causes : elle correspond, en effet, au développement normal des services et, pour la plus grande partie, aux charges imposées par les votes du Parlement.
- Les exploitations industrielles de l’Etat (postes, télégraphes , téléphones , manufactures ) entrent pour 14 millions dans cette augmentation ; les chemins de fer de l’Etat (entretien, construction de lignes) pour 5.700.000 francs ; l’instruction publique pour 6 millions,
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- (application des mesures votées pour l’amélioration du traitement des instituteurs : 3 millions—création d’emplois, conséquence des laïcisations d’écoles : 3 millions). La guerre , la marine et les colonies contribuent pour 11.250.000 francs à l’augmentation; la dette viagère (accroissement des pensions de la guerre et de la marine) pour 3 millions 300.000.
- Il est permis de déplorer que l’on déclare ne pas pouvoir faire d’économie comme compensation, tout au moins, aux dépenses nouvelles.
- Combien de temps encore notre pays pourra-t-il supporter les charges inhérentes au système monarchique et celles résultant des devoirs républicains envers la démocratie ?
- Passons aux recettes.
- Dans le projet, il n’est pas question de modifications aux impôts. Les contributions demeurent telles que par le passé, sans introduction de l'impôt sur le revenu.
- On sait que cet impôt a fait l’objet d’un projet de loi spécial dont la discussion ne saurait tarder dès le retour des Chambres ; il y a des engagements formels pris à cet égard. Les groupes avancés de la majorité comptent sur les ressources que doit procurer cet impôt pour faire face aux charges qui résulteront des lois sociales à voter, parmi lesquelles figure, pour un chiffre encore indéterminé, mais qui sera considérable , à coup sûr, la création des retraites ouvrières. D’ailleurs, la discussion ne saurait subir un retard du fait de l’insuffisante maturité du sujet, car en même temps que le ministre des finances déposait le projet du budget, la Commission de la législation fiscale, instituée par la Chambre, adoptait une proposition de M. Merlou, sur l’impôt sur le revenu.
- Voici les grandes lignes de cette proposition qui s’inspire beaucoup du projet Rouvier, d’après lequel l’impôt sur le revenu se composerait : 1<> d'une taxe personnelle graduée d’après l’ensemble des facultés du contribuable ; 2° d’une taxe sur le loyer d'habità-tion.
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- La proposition consacre le principe et règle l’application de l’impôt global et progressif avec exemptions à la base et atténuation d’impôts pour les chargés de famille. Elle repousse la taxe d'habitation comme impôt d’Etat et la maintient comme taxe locale. Elle supprime la contribution personnelle-mobilière et celle des portes et fenêtres ; elle abandonne aux communes le principal de l’impôt sur la propriété non-bâtie, à charge par elles de procéder à la révision de leurs évaluations cadastrales et au rachat de la prestation.
- M. Merlou propose, pour combler le déficit résultant de ces dispositions, d'élever de 3,20 à 4 0/0 létaux de la contribution sur la propriété bâtie, de soumettre à l’impôt les créances hypothécaires et chirographaires, de rehausser de 4 à 5 0/0 la taxe sur le revenu des valeurs mobilières et d’augmenter, dans des proportions correspondantes, la taxe sur le revenu des valeurs étrangères, de demander enfin 200 millions à la taxe personnelle du projet Rouvier, ce qui s’obtiendra en portant à 2,50 0/0 le taux maximum de la tarification dégressive.
- L’impôt progressif sur le revenu et la réduction à deux ans du service militaire, feront l’objet des discussions de la seconde partie de la session.
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- Evolution de l’Enseignement
- La houille blanche, le papier de bois.
- (Suite)
- Notre promenade par bonds gigantesques, à travers les belles Alpes du Dauphiné et de la Savoie, nous a fait perdre un peu de vue l’usine de Lancey et la fabrication du papier de bois.
- Il est tenips d’y revenir.
- L’usine est construite au pied même de la montagne ; elle est nichée au creux des rochers où coule et bondit le ruisseau de Lancey; telle qu’elle subsiste à l’heure présente, elle est comme l’image de la lutte énergique et complexe soutenue depuis si longtemps. Sa physionomie tourmentée révèle les longs efforts, les tâtonnements, et le succès longtemps disputé.
- A ses pieds s’étend la jolie vallée du Grésivaudan, mais elle la regarde à peine, ayant la face tournée vers la montagne.
- D’ailleurs, la vallée elle-même s’est mise en marche vers l’usine, et les villages quittent la rive gauche pour venir sur la rive droite chercher le travail et le profit.
- Dans la cour c’est un dédale d’escaliers, avec partout le sifflement des eaux prisonnières ou des turbines ruisselantes.
- En les voyant ainsi à leur arrivée , il est intéréssant de se demander comment elles sont captées.
- Les prises d’eau sont constituées par un petit mur de 1 mètre de hauteur placé en travers du torrent, il retient l’eau et l’oblige à s’écouler par des ouvertures faites dans un petit mur latéral. L’eau pénètre ainsi
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- dans une chambre de 10 à 12 m , où elle laisse les gros graviers et passe par de nouvelles ouvertures dans une seconde chambre, d’où elle se rend dans un tuyau en traversant une grille dont les barreaux sont espacés de 8 à 10 millimètres.
- Les ouvertures qui séparent les deux -chambres sont calibrées dans des tôles de façon à assurer un écoulement en mince paroi. Une échelle placée dans la chambre permet d’en jauger la capacité.
- Ainsi, la montagne devient la grande pourvoyeuse d’énergie avec ses 15 millions de mètres carrés que ces hauts sommets présentent au ciel, et qui reçoivent, nuit et jour, l’eau et la neige tombant suivant les saisons. Ces 15 millions de m2 sont maintenant un énorme entonnoir qui ramasse ces eaux et par lequel elles s’écoulent suivant que le gardien de la chambre à eau, solitaire dans son poste, ouvre ou ferme le robinet.
- Les glaciers font partie de l’ouvrage de l’usine, ils congèlent l’eau et la conservent pour les temps opportuns, ce sont d’immenses éponges qui s’emplissent l’hiver, et se vident qu and vient l’été.
- Les lacs sont de grands fourneaux , ou mieux de grandes cuves, on les attaque par dessous et on leur applique une bonde par laquelle on les vide régulièrement sur les turbines.
- La première conduite, telle que l’avait comprise Ber-gès, ne donna lieu à aucun mécompte, de même celles qui plus tard, en 1881, furent construites avec 500 mètres de chute. Il n’en fut pas ainsi pour les robinets et les turbines. Sous ces pressions formidables les robinets s’obstinaient ou bien, à ne pas s’ouvrir, ou bien à ne pas se fermer une fois ouverts ; les turbines parfois s’affolaient en des vitesses prodigieuses ; l’effrayante toupie poussait de sinistres clameurs, jusqu’à ce qu’une dernière tension la fit voler en éclats ainsi qu’un obus.
- Aujourd’hui robinets et turbines asservis, obéissent a la main de l’homme. L’ingénieur énergique, persévérant, habile qu’a été M. Bergès, en a eu raison.
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- La caractéristique de l’usine est la division de la force. Il n’y a presque pas de transmission et l’on n’a pas besoin de faire tourner quelque chose, on amène un tuyau et l’on place une turbine, on en trouve dans tous les coins et à tous les étages.
- Cette grande divisibilité de la force est un avantage important de l’emploi des hautes chutes; elle assure en dehors de la simplicité et de l’économie de l’installation, par la suppression des transmissions, une indépendance des diverses machines qui donne une régularité difficile à atteindre avec des installations autres.
- On a l’impression d’une force devenue familière, domptée, dont on dispose à son gré.
- Turbines.
- Rien de plus simple que le moteur hydraulique employé pour utiliser ces hautes pressions ; telle la roue à auges de Pelton. De petits récipients ou augets, sont disposés sur toute la périphérie ; on ouvre le robinet, l’eau puissamment projetée, entraîne par sa force vive la roue qui tourne autour de l’arbre.
- Les bras sont en fonte, les jantes en acier, les godets sont interchangeables pour pouvoir les remplacer facilement. La silice restée en suspension dans l’eau malgré sa décantation, les use en 2 ou 3 ans.
- En changeant l’ajutage, il est facile de modifier la puissance de la turbine; on obtient le même résultat en munissant le tuyau amenant l’eau à la roue de 2, 3 ou 4 ajutages.
- La vitesse de la turbine doit être telle, que la vitesse correspondante du milieu des augets, soit égale à la moitié de la vitesse de l’eau sortant de l’ajutage.
- On construit des turbines de toutes dimensions ; il en est de logées dans de petits coffres n’ayant que 15 centimètres de diamètre et pouvant toutefois donner pour une chute de 150 mètres, 6 chevaux avec une vitesse de 3.425 tours à la minute. Il existe aussi le type de 1 mètre 80 avec une vitesse de 2.000 tours à
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- la minute et produisant sous 500 mètres de chute,, 2.000 chevaux de force.
- A Man, petite île anglaise de la mer d’Irlande, existait une roue hydraulique de 21 mètres de diamètre produisant une puissance d’environ 150 chevaux avec un rendement de 65 0/°. Elle a été remplacée par une Pelton paraissant un jouet comparativement à l’immense roue et produisant cependant une plus grande puissance avec la même chute. Le rendement est de 87 o/o.
- Ces renseignements sur la captation, la canalisation et l’utilisation des eaux à Lancey donnent une idée exacte de ce qui s’est fait ailleurs. Naturellement des modifications se sont produites suivant l’état des lieux, la hauteur de chute, le volume du débit, la puissance recueillie, les applications en vue, etc., mais l’orientation générale est restée la même.
- Un mot d'historique sur le papier.
- Avant d’aborder la préparation du papier de bois, jetons un rapide coup d’œil sur les différentes phases subies par cette industrie. Nous pourrons mieux juger les progrès accomplis.
- A l’origine ce sont les tables d’airain, le papyrus des Egyptiens remplacés plus tard par le parchemin dont la vogue fut grande en Europe. Le parchemin bientôt insuffisant pour répondre aux besoins nouveaux du Commerce, de l’Industrie, des Arts, trouve un aide puissant dans le papier de coton introduit par les Arabes au Xe siècle. On se servait du coton écru, c’est-à-dire emprunté directement à l’arbuste. Les premières manufactures furent crées en Espagne.
- Les Arabes avaient-ils connaissance du papier végétal fabriqué par les Chinois et les Japonais à Laide de bambous et de mûriers ? ou leur invention était-elle le fruit de leurs recherches personnelles? On l’ignore.
- Toujours est-il qu’à cette époque rudimentaire de notre industrie où l’on ne disposait ni de moulins à eau,
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- ni d’appareils malaxeurs, ni de substances collantes, le papier fabriqué était fort imparfait et se déchirait à la plus faible traction. Vers le XIIIe siècle, on eut l’idée de remplacer le coton par le lin et bientôt après d’utiliser les débris de vêtements, les chiffons de lin, de chanvre, hachés, bouillis dans l’eau et maintenus ensuite dans une sorte de fermentation pour être amenés à former une pâte propre à être convertie en papier.
- Au XIVe siècle se créent en France les célèbres papeteries de Troyes et d’Essonnes qui prennent bientôt de l’extension avec l’invention de l’imprimerie.
- Les chiffons deviennent insuffisants et fort rares, et en 1727 un décret défend de faire sortir de France, sous peine d’amende et de confiscation, les matières premières pouvant servir à la fabrication du papier.
- En 1799 un ouvrier français, Louis Robert, employé à la papeterie d’Essonnes, eut l’honneur de faire une importante découverte dans l’industrie qui nous occupe. Nous voulons parler de la fabrication du papier continu ou fabrication mécanique qui devait modifier profondément les anciennes méthodes, diminuer la main d’œuvre et donner à l’industrie du papier une impulsion immense. Ainsi qu’il arrive d’ordinaire pour toute invention, si belle qu’elle soit , la machine à papier reçut promptement des améliorations, nous la décrirons plus tard telle qu’elle fonctionne aujourd’hui.
- Les usages du papier grandissent, les chiffons ne suffisent plus, on cherche des succédanés, on s’adresse tour à tour à la paille, au sparte, à l’alfa et enfin à la pâte de bois dont les résultats devaient être merveilleux.
- Fabrication du papier de bois.
- lo Pâte mécanique.
- 2° Pâte chimique.
- La fabrication du papier de bois comprend le plus souvent deux séries d’opérations bien distinctes. La
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- préparation de la pâte mécanique qui n’est autre chose que du bois trituré incapable de feutrage, ne pouvant s’étaler en feuilles et utilisé pour ajouter à la pâte chimique.
- La pâte chimique ou cellulose se feutre au contraire très bien , les fibres du bois ont conservé toute leur longueur et acquis de la souplesse une fois débarrassées par des procédés chimiques des matières incrustantes qui les emprisonnaient.
- Nous allons étudier à l’usine de Lancey, la préparation de ces deux pâtes qui absorbent annuellement 25,000 tonnes de bois.
- On voit dans la cour de l’usine ces bois en grume « matière première de la presse, véhicule de la pensée, attendant la dent des défribeurs dans l’humble inconscience de leur haute destinée. »
- Préparation de la pâte mécanique.
- Toutes les essences de bois ne sont pas également propres à préparer la pâte. Quelques espèces sont préférées aux autres à cause :
- 1° De leur bon marché ;
- 2» De la blancheur et de la qualité de leurs fibres ;
- 3° De leur rendement supérieur.
- Les espèces auxquelles l’expérience donne la préférence sont Vépicéa, le tremble, le sapin.
- La résine que contient en petite quantité le bois d’épicéa n’est pas un obstacle à son emploi , comme pâte mécanique, pour les papiers de qualité inférieure.
- Cette résine répartie uniformément dans la masse du bois reste lors de sa transformation en pâte. Une bonne partie adhère à la fibre ; le reste disparaît à l’égouttage. Cependant, trop abondante, comme dans le pin, elle devient nuisible.
- Le bois est scié en bûches de 30 centimètres de longueur, ensuite soigneusement écorcé à l’aide d’une machine. L’écorce colorerait la pâte et lui fournirait de nombreuses matières étrangères, difficiles à supprimer ensuite.
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- A l’usine Lancey une partie de ce travail se fait encore manuellement, ce qui permet à Berges de donner du travail à ses vieux ouvriers retraités, ses premiers auxiliaires dans la pénible période du début.
- Ainsi que nous nous en rendrons compte par l’étude des défibreurs, il est indispensable que toutes les bûches aient un diamètre inférieur à 15 centimètres environ, c’est pourquoi l’on est obligé de refendre celles de trop grandes dimensions.
- Défibreurs.
- Les défibreurs sont formés d’une meule en grès, tournant avec une grande vitesse. Les bûchettes sont pressées contre cette meule et par suite râpées. Dans la machine Woelter les bûchettes sont pressées au moyen de vis mues à la main, tandis que Bergès a employé des pressions hydrauliques moins brutales et plus faciles à régler.
- Il a substitué au groupement des pressions, toutes d^un côté dans la machine allemande, une disposition symétrique, plus solide, plus commode et où les forces s’équilibrent mieux sur l’axe. La meule est humectée au moyen d’eau chargée de pulpe grossière non encore raffinée. Il en résulte que cette pulpe passant entre les bûches et la meule subit ainsi un raffinage anticipé. Il faut en général 18 litres d’eau par 50 kilogs de pâte, 600 litres environ par minute, et exercer sur le bois une pression de 2 à 6 atmosphères.
- L’usine de Lancey comprend 8 défibreurs utilisant 2000 chevaux de force. Les fibres ainsi séparées les unes des autres sont entraînées par les jets d’eau ; le liquide laiteux qui se forme se rend dans un cylindre épurateur dont la paroi est en tôle percée de trous. Il y arrive suivant l’axe et un agitateur mécanique le projette contre la paroi. La partie fine de la pâte passe au travers des trous, véhiculée par l’eau et tombe dans une cuve où elle est épaissie au moyen d’un tambour rotatif dont la périphérie est garnie de toile
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- métallique très fine. La partie grossière ou bùche-teuse est évacuée du classeur pour être raffinée entre deux meules horizontales ou verticales en lave ; la meule supérieure seule tournant. Le travail se fait comme pour la mouture des grains. En sortant de là, cette pâte retourne au classeur et ainsi de suite jusqu’à ce qu’elle ait été entièrement convertie en pâte fine. Le tamisage à travers les mailles des toiles métalliques se fait souvent mal ; Bergès y remédia en créant en 1874 un bassin de dècantaiion pouvant contenir 50 000 kg. de pâte.
- La pâte va au fond et il suffit de décanter l’eau surnageante. On obtient ainsi une pâte très fine permettant l’emploi de toiles métalliques à mailles serrées.
- De plus, on possède une réserve de matière première qui assurera la continuité du travail dans l’usine, alors même qu'une interruption se produirait dans les canalisations.
- La pâte mécanique est composée de fibres auxquelles adhèrent beaucoup de matières gommeuses, résineuses, pectiques.
- Ces fibres sont très courtes et ne peuvent donner un papier bien résistant ; mais elles constituent un bon remplissage, donnent de l’opacité, facilitent l’impression et procurent une notable économie d’encre.
- Les papiers faits avec cette pâte se colorent rapidement à la lumière à cause des matières organiques qui accompagnent les fibres de la cellulose.
- La pâte de bois s’emploie en forte proportion pour les papiers minces, par exemple pour les papiers de soie, auxquels on ne peut ajouter du kaolin.
- Une addition de pâte de bois à la pâte de chiffon ne nuit en rien au collage ; la coloration prend une nuance plus vive.
- Préparation de la pâte chimique.
- La pâte chimique donne des fibres plus longues, se feutrant mieux, pouvant faire un papier solide; elle est formée de cellulose presque pure, aussi porte-t-elle dans le commerce le simple nom de cellulose.
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- Les bois sont coupés en longueur, lavés, fendus ainsi que nous l’avons dit pour la pâte mécanique. Puis ils passent à la coupeuse ou raboteuse. Cette machine consiste principalement en un grand disque d’acier fondu sur la face duquel sont boulonnées deux fortes lames d’acier trempé. Une trémie disposée perpendiculairement au disque amène les bûches en contact avec les lames d’acier, lesquelles tournent avec une très grande vitesse. Les bûches sont rapidement transformées en copeaux, triés par des ouvrières qui les débarrassent des nœuds, des débris d’écorce, des morceaux sales avant de les envoyer aux lessiveuses. Ces derniers appareils sont d’immenses chaudières en tôle, garnies d’un revêtement de plpmb, de briques spéciales destinées à soustraire le métal à l’action dissolvante du bisulfite de calcium. On y place les copeaux, on y fait arriver la lessive (bisulfite de calcium ou de magnésium), on chauffe à 130° par un courant de vapeurs circulant dans des serpentins en plomb. Au bout d’environ 12 heures, la cuisson du bois est opérée ; le bisulfite a dissous les résines naturelles, la matière incrustante qui soudait entr’elles les fibrilles du bois. L’emploi du bisulfite de chaux marque une étape sérieuse dans la préparation de la cellulose. On l’appliqua pour la première fois en 1880, il remplaça avec avantage les lessives de soude jusqu’alors employées.
- (Le bisulfite de chaux est préparé à Fusinemême : On superpose des tablettes en plomb percées de trous, on les recouvre de chaux, on fait arriver par le bas un courant d’acide sulfureux et par le haut un mince filet d’eau. Sous cette double action le bisulfite se produit. L’appareil tout entier forme une grande tour^ carrée qui domine l’usine).— Au sortir des lessiveuses, le bois a perdu toute rigidité, les fibres ont conservé toufe la longueur des fragments primitifs, s’effilochent aisément sous le doigt et se réduisent sous la moindre pression en une pulpe soyeuse, à reflets brillants ; elles sont isolées de toutes les matières résineuses, la cellulose est
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- pratiquement pure. Il reste à la laver dans les sabliers et les sasseurs et à la descendre aux caisses d’égouttage. L’eau égouttée est d’ailleurs recueillie pour récupérer ensuite la soude dont le prix de revient est assez élevé.
- La pâte ainsi obtenue présente une couleur grisâtre, il faut la blanchir. Bergès emploie le chlore préparé à l’usine même par l’électrolyse du chlorure de sodium.
- Usages de la cellulose.
- La cellulose s’emploie pour la fabrication des papiers de qualité supérieure ; elle remplace avantageusement les meilleurs papiers de chiffon et ce sous-produit de l’exploitation forestière jouit aujourd’hui des faveurs gouvernementales et sert à fabriquer les papiers administratifs ; elle entre dans une proportion déterminée dans la composition des papiers ordinaires, papiers à journaux, pour donner à la pâte mécanique la résistance suffisante.
- En dehors de la papeterie, elle a une foule d’autres emplois : dans les hôpitaux, elle remplace avantageusement la charpie ; c’est un excellent absorbant pour les suppurations fétides. Chardonnet fait avec la cellulose une soie artificielle qui imite parfaitement la soie naturelle. Son usine à Besançon occupe 1.300 ouvriers avec une production journalière de 1.200 kilogrammes. En Amérique on a construit des bouteilles et des barils à pétrole en cellulose d’une étanchéité irréprochable si on a eu soin de les peindre à l’intérieur avec de l’huile de lin, de ricin et de la colophane. La plupart des filtres pour le vin, la bière, le vinaigre sont faits avec d’épaisses couches de cellulose qui retiennent les matières étrangères en suspension dans le liquide ; elle sert encore pour la fabrication des explosifs, du fulmi-coton, du celluloïde, etc.
- Fabrication proprement dite du papier.
- La pâte mécanique et la pâte chimique sont mélangées dans des proportions déterminées suivant les qua-
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- lités de papier à obtenir ; c’est pendant ce mélange qu’on ajoute les matières minérales : kaolin, baryte, sulfate de chaux, ainsi que les vieux papiers utilisés à nouveau. On introduit les substances colorantes ; l’azurage a pour but d’augmenter la blancheur du papier, le bleu mélangé au jaune de la pâte donne le blanc ; on emploie les couleurs d’aniline pour les différentes colorations ; comme elles s’altèrent facilement, on préfère les couleurs végétales pour les papiers de luxe.
- Le collage a pour but de rendre le papier non poreux et de l’empêcher de boire et d’étendre l’encre ordinaire. Jadis on ne collait le papier que sur ses deux faces, quand on grattait, on mettait à nu une couche de papier non collé, et la nouvelle écriture faisait tache.
- Aujourd’hui, on colle toute la masse. A cet effet on emploie un mélange d’alun, de fécule de pomme de terre, et de résine dissoute dans du carbonate de soude, et de sulfate d’alumine.
- La pâte est prête à venir à la machine à papier dont les différents organes vont déterminer l’égouttage, la pression, l’évaporation, la séparation des trois ou quatre kilogrammes de papier contenus dans les 100 kilos de pâte liquide que les épurateurs lui envoient.
- Cette pâte arrive sur la table de fabrication constituée par une toile métallique sans fin tournant lentement au tour de deux gros rouleaux et animée, en outre, d’une oscillation transversale qui assure une égale répartition de la pâte. Deux bordures mobiles en caoutchouc déterminent le format du papier. L’eau filtrant à travers les mailles du tamis très fin la pâte commence à se cailler. L’action d’une pompe énergique aspirant par dehors l’eau restant mélangée à la pâte produit le dessèchement rapide de celle-ci et la feuille de papier prend naissance ; mais sa consistance est encore bien faible.
- Elle s’engage alors entre deux rouleaux de feutre qui compriment la pâte avec une pression énorme en augmentant son dessèchement.
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- La pâte passe ensuite entre une série de rouleaux secs, en fonte, desquels elle sort à l’état de papier fini, contenant encore environ moitié de son poids d’eau. On pourrait opérer le séchage à l’air, mais cela serait long, aussi la feuille continue-t-elle son chemin et passe successivement par vingt-et-un cylindres creux chauffés intérieurement à des températures de plus en plus élevées. C’est fini ; le papier est complètement dépourvu de toute humidité (frotté il produit de l’électricité), il s’enroule sur l’envidoir et est désormais prêt à être employé (1).
- Ainsi obtenu le papier est mat. Pour le glacer, on le fait passer entre une série de cylindres chauffés constituant une machine spéciale, la calandre ; un système de leviers permet de donner une pression plus ou moins considérable.
- Lorsqu’on veut obtenir du papier en feuilles, et c’est le cas pour tous les papiers, on coupe le rouleau au moyen de la coupeuse mécanique qui peut recevoir jusqu’à dix épaisseurs.
- Attirées par des machines , les bandes se déroulent, sont coupées en long à des dimensions données par des couteaux circulaires et en travers par un couteau transversal qui s’abat au moment où les bandes ont atteint la longueur voulue.
- Souvent le papier à écrire est réglé. Cette opération se fait à la machine. Chaque feuille est prise entre des fils qui la conduisent sur un tambour contre lequel ils l’appliquent. Des rondelles de laiton emmanchées sur un axe tournent contre le tambour et règlent le papier; elles sont alimentées d’encre noire, rouge ou bleue par un rouleau en gutta percha plongeant à demi dans un réservoir.
- Le papier est enfin vérifié, trié et compté par les ouvrières ; 25 feuilles réunies constituent une main de papier; vingt mains, soit500 feuilles, une rame. Pour
- (0 Une machine à papier coûte 100.000 francs, elle peut fournir en un jour une bande de 1“ 50 de large et de 20 kilomètres de longueur.
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- l’emballage le papier a besoin d’être fortement pressé; on obtient cette pression par des presses hydrauliques, et on la maintient à l’aide de fils de fer pressant contre des planches.
- Un peu de statistique.
- La consommation du papier va tous les jours grandissant, elle atteint aujourd’hui pour le monde entier cinq millions de tonnes (1). C’est un fait curieux que les gros chiffres comme ceux-là n’impressionnent pas par eux-mêmes proportionnellement à leur importance, l’esprit de bien des gens, et que c’est seulement par des comparaisons frappant l’imagination qu’ils sont complètement compris et appréciés.
- Ainsi, si au lieu de regarder les sept chiffres 5,000,000 qui représentent le nombre de tonnes ci-dessus indiqué, nous pouvions voir devant nous cette masse de papier, nous nous formerions une tout autre idée de son importance.
- Servons-nous de la pensée pour nous aider, et imaginons, dressé, un immense pain de sucre de 100 mètres de diamètre et 300 mètres de haut— la hauteur de la tour Eiffel — cela certainement donne l’impression d’une masse très grande et peu de personnes seraient disposées au premier abord à admettre que la production mondiale du papier représente sept de ces cônes. C’est cependant un fait.
- Autre exemple : Supposons une immense plate-bande en papier de 1 mètre de large qui entourerait la terre à l’équateur ; nous devrons lui donner pour représenter les5,000,000 de tonnes de papier, 13 centimètres d’épaisseur. — Il ne faudrait pas moins de 10 trains de 50 wagons l’un à charge maxima pour charrier cette masse énorme de papier.
- Tout le papier n’est pas destiné à l’impression. En Allemagne, on répartit ainsi ces emplois :
- (1) L’industrie du papier en Allemagne. — Economiste français du B mars 1904, par M. Raffalowieh.
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- Papier ordinaire 31.5 0/0
- Papier d’emballage 16.5 0/0
- Papier à écrire sans bois.. 12.5 0/0
- Papier jaune et carton..,. 10.5 0/0
- Carton pour toitures 8 0/0
- Divers 21 0/0
- Du reste la consommation du papier grandit ou diminue suivant l’activité des affaires. C’est ainsi que , pendant la guerre du Transvaal, elle augmenta dans des proportions considérables par suite de l’accroissement du tirage des journaux. Le Daily Mail passa de 620.000 à 1.052.000 exemplaires. Le même phénomène d’épuisement des stocks de papier s’était produit aux Etats-Unis pendant la guerre contre l’Espagne, il s’ensuivit une hausse de 20 0/0 dans la valeur des pâtes mécaniques et chimiques. Et en effet il est des journaux à grand tirage qui dévorent quotidiennement 300 à 400 sapins de 20 mètres de hauteur.
- Pour l’Europe on répartit ainsi la production du papier :
- Allemagne........... 843.000 tonnes.
- Angleterre. ........ 452.000 —
- France.............. 450.000 —
- Autriche............ 260.000 —
- Italie.............. 200.000 —
- Russie ................. 108.000 —
- On a dit que la consommation du papier était en quel-
- que sorte un moyen de mesurer le degré de civilisation et de culture d’une nation. A ce point de vue les statistiques accusent par tête d’habitant.
- Angleterre. ............... 5k.750
- Etats-Unis................. 5 250
- Allemagne.......... 4 »
- France.... ................ 3 850
- Italie..................... 1 750
- Autriche............... ... 1 750
- Espagne..................... 0 750
- Russie.................... 0 500
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- LE DEYOlk
- Du reste, l’accroissement qui s’est produit en France pendant le siècle dernier semble bien vérifier cette manière de voir.
- Consommation du papier en 1800... 20.000 tonnes.
- — — 1850... 42.000 —
- — — 1900... 450.000 —
- Dans la première moitié du siècle la consommation
- double, elle décuple dans la deuxième.
- Prix moyen du papier blanc et prix moyen des chiffons par 100 kilos
- ANNÉES PAPIERS CHIFFONS ANNÉES PAPIERS CHIFFONS
- 1750 70 fr. 8fr. 1850 110 fr. 50 fr.
- 1790 100 » 20 » 1860 100 » 50 »
- 1810 140 » 40 » 1870 100 » 45 »
- 1830 130 » 70 » 1890 70 » 40 »
- 1840 120 » 60 » 1900 125 » 40 »
- Cours actuels 1904
- les 100 kilos.
- Rognures blanches.....\.............. 20 fr.
- Papiers écrits....................... 11
- Journaux imprimés......................... 8
- Pâtes mécaniques sèches sapin............ 11
- Pâtes mécaniques de tremble.............. 16
- Pâtes chimiques au bisulfite écrues.. 20
- Pâtes chimiques au bisulfite blanchies... 28
- Papier journal mi-fin.................... 42
- Papier affiche couleur fine.............. 62
- Papier surfin pur chiffon............... 105
- Papier parcheminé....................... 250
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- VARIÉTÉS • 289
- Usages du papier.
- Cette masse énorme de ‘ papier n’est pas toute livrée à l’impression ou à la correspondance manuscrite; actuellement? la proportion serait d’environ 50 0/0; il est à présumer que cette proportion va être largement dépassée par les applications commerciales ou industrielles toujours croissantes dont voici un rapide aperçu. Le papier collé et le papier mâché sont employés par les chapeliers ? les cordonniers, les fleuristes, les opticiens, les photographes, les fabricants de jouets, de peignes, de membres artificiels, etc., on en fait des toitures , des panneaux de porte , des roues de locomotives , des barriques, des guéridons, des plateaux, des encriers, des plumiers.
- De l’autre côté de l’Atlantique, on ne porte pas seulement comme chez nous des cols et des manchettes , mais même des chemises et des robes en papier !
- A l’exposition de Melbourne, un inventeur avait exposé toute une maison d’habitation construite en papier et meublée de la même manière.
- Les murs , le toit, les planchers, les plafonds et les escaliers sont en carton pierre.
- Les tapis, les rideaux, la literie, les lampes, le linge, les baignoires et les ustensiles de cuisine sont faits de diverses préparations de papier mâché. Les poêles et les fourneaux eux-mêmes, dans lesquels brûlaient un bon feu toute la journée, étaient aussi en papier.
- L’inventeur a donné dans cette maison plusieurs banquets qui ont eu le plus grand succès.
- Les nappes, les plats, les couteaux et les fourchettes, les bouteilles et les gobelets étaient en papier.
- A l’Exposition de Glasgow, en 1901, on pouvait voir la statue colossale en papier.durci de la reine Victoria. Elle avait 12 pieds de haut et pesait 20.000 kg.
- J’entrevois un nouveau débouché considérable du papier dans l’emballage. La création du papier gaufré, souple, léger, élastique, paraît réaliser des qualités jus-
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- tement appréciées pour le transport de marchandises délicates, soies, verres, manchons à incandescence, œufs, fruits, etc.
- Il y a un mois, à l’Exposition nationale d’agriculture de Paris, l’on montrait des œufs parfaitement intacts qui avaient fait le trajet de Vienne à Paris.
- En présence de cette augmentation toujours grandissante on est en droit de se demander que vont devenir les forêts ? Les Etats producteurs de pâtes de bois, la Suède, la Norwège, l’Allemagne, le Canada se sont déjà émus et ont pris des mesures restrictives pour l’exportation de la matière première du papier, en même temps qu’ils donnaient de judicieux conseils pour l’exploitation, la conservation des bois, le reboisement des montagnes.
- En France, ces questions méritent doublement notre attention, puisque nous sommes moins bien partagés que les pays précités.
- Espérons aussi que, du moins pour le papier de qualité inférieure, l’on trouvera encore de nouveaux succédanés de la pâte de bois pour satisfaire les emplois toujours plus nombreux du papier et cela sans compromettre les forêts majestueuses si belles à l’œil, si utiles à la nature.
- Maisonneuve,
- professeur à l’Ecole pratique de commerce et d’industrie de Nimes.
- Liste des vues diapositives qui ont servi à illustrer cette causerie (1).
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- Portrait d’Aristide Bergès.
- Carte des Alpes.
- Schéma pour la captation des hautes chutes. Turbine Pelton.
- Transport de la force Dynamo.
- (1) On peut se procurer des vues en s’adressant â M. Auguste Laune, négociant, 10, rue Monjardin, Nimes.
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- Four électrique.
- Collecteurs et distributeurs.
- Projection en long des chutes des lacs.
- Vue de Lancey Arrivée des canalisations.
- Sciage du bois.
- Ecorceage mécanique.
- Ecorceage à la main.
- Refendage.
- Enlèvement des nœuds.
- Défibreur. — Coupe.
- Défibreur. — Vue perspective.
- Appareils épurateurs de la pâte mécanique.
- Appareils à tamiser la pâte.
- Vue des bassins réservoirs Meuletons.
- Ouvrières triant les copeaux.
- Chaudière pour la pâte chimique Tour à bisulfite de chaux.
- Appareils épaississeurs.
- Schéma de la machine à papier.
- Vue perspective.
- Rouleaux de cellulose.
- Coupeuse mécanique.
- Salle de réglage.
- Triage des feuilles.
- Emballage du papier.
- Trois tableaux de statistique .
- ERRATA.
- Page 286, lire : dix mille trains au lieu de 10 trains. Page 288, lire : année 1900 prix du papier 105 f'r., au lieu de 125 fr.
- OSS>
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- FRANCE Le placement.
- La loi du 14 mars 1904 donne aux municipalités la faculté de supprimer, par une simple délibération, les bureaux de placement payants. Sur ce point le législateur nous paraît avoir été bien inspiré. L’administration locale est mieux placée que le pouvoir central pour juger de l’opportunité de la mesure à prendre. Il est hors de doute que le premier effet de la loi sera de supprimer rapidement les placeurs, car dans les villes importantes les ouvriers ne manqueront pas d’exiger cette réforme de leurs mandataires.
- Le conseil municipal de Paris, prenant les devants, a déjà invité le Préfet de police « à ne délivrer désormais aucune autorisation à aucun bureau de placement dont la création serait proposée ; et émis le vœu qu’il refuse toute autorisation sollicitée pour l’établissement d’un bureau de placement sur le territoire du département de la Seine et des cantons de Seine et-Oise soumis à son administration. »
- Jurisprudence. — Les accidents du travail.
- Dans son dernier rapport sur les modifications à apporter à la loi du 9 avril 1898 sur les accidents du travail, M. Mirman a insisté sur les dangers que peut présenter une divergence de vues entre les diverses autorités chargées de l’appliquer.
- Cette divergence vient encore de s’accentuer.
- C’est au Conseil d’Etat et à la Cour de Cassation qu’il appartient d’interpréter la loi. La Cour de Cassation
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- est juge souveraine de la question de savoir si, dans une circonstance donnée, la profession exercée par tel ou tel patron lui fera encourir à l’égard d’un ouvrier blessé les responsabilités édictées. Le Conseil d’Etat, de son côté, décide en dernier ressort si, à raison de la même profession, le patron sera ou non assujetti à la taxe de garantie créée par l’article 25 de la loi et ayant pour but de parer à l’insolvabilité habituelle des employeurs.
- La Cour de cassation, par plusieurs arrêts dont le plus important date du 27 octobre 1903, a tendu manifestement à appliquer la loi de 1898 exclusivement à l’industrie définie par une transformation industrielle, "sans tenir compte des risques inhérents. Il faut et il suffit donc qu’il y ait transformation industrielle pour que le patron soit exposé aux conséquences de la loi, et cette loi ne s’applique pas aux magasins et entrepôts, quelque considérables qu’ils soient, dans lesquels le commerçant dépose des marchandises qui en sortiront sans subir de transformation.
- Le Conseil d’Etat, au contraire, en déclarant que la loi de 1898 s’applique aux établissements industriels ou commerciaux, estime que ces établissements ne doivent pas être appréciés d’après la nature économique et les résultats de leur exploitation. Ce qu’il faut uniquement envisager, c’est non seulement la nature du travail auquel il est procédé, mais encore les risques que ce travail fait courir aux ouvriers et les conditions générales dans lesquelles il est exécuté.
- Par application de ces principes, la Cour de cassation a déclaré que la loi de 1898 ne vise pas les marchands de vins en gros, parce que leurs établissements ne comportent pas de transformation industrielle. Au contraire, le Conseil d’Etat vient de déclarer que les marchands de vins en gros sont exploitants de chantiers dans le sens de la même loi de 1898, et les a imposés à la taxe de garantie à raison des risques que font courir aux ouvriers la manutention des tonneaux et leur mise en place.
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- Par un autre arrêt du même jour, le Conseil d’Etat a décharge de la taxe de garantie les boulangers employant un ouvrier dans les conditions ordinaires à la fabrication du pain La Cour de cassation ne semble pas avoir encore statué sur une espèce de ce genre ; mais sa jurisprudence actuelle tendrait, au contraire, à raison de la transformation industrielle qui intervient, à assujettir les boulangers à la loi. C’est ainsi qu’après avoir refusé d’appliquer les responsabilités de cette loi aux fabricants de prunes tant qu’il n’intervenait pas de transformation du fruit, elle y a assujetti d’autres fabricants, qui faisaient subir au fruit un étuvage.
- Cette divergence de vues a un résultat bizarre. Il y a aujourd’hui des industriels qui sont soumis à toutes les conséquences de la loi telles que les définit la Cour de cassation, et qui ne contribuent pas à la constitution du fonds de garantie parce qu’en cette matière l'imposition à la taxe est sous le contrôle du Conseil d’Etat.
- Par contre, d’autres industriels, qui sont déclarés imposables par le Conseil d’Etat et versent dès lors au fonds de garantie, sont exonérés par la Cour de cassation des conséquences des risques auxquels ce fonds a pour objet de pourvoir !
- 11 faut espérer que la loi fera disparaître cette anomalie par une interprétation prochaine.
- (Temps, 24 mars 1904).
- Les habitations à bon marché.
- L'Officiel du 3 avril publie le rapport du Conseil supérieur des habitations à bon marché sur le développement pris, par ces institutions, l’an dernier.
- Le nombre des sociétés d’habitations à bon marché, autorisées, a passé de 65 à 81 ; et les statuts de 8 autres sociétés sont en formation. Les 12 sociétés autorisées, l’année dernière, comprennent 4 anonymes et ^coopératives,
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- Le rapporteur, M. Cheysson, a* donné d’intéressants détails sur 3 sociétés en formation qui peuvent être considérées comme des types : La Maison des Dames des postes, télégraphes et téléphones, édifiée dans le quartier de Grenelle, à Paris, et la Société des logements économiques pour familles nombreuses, qui va construire un immeuble à Belleville. Leurs titres définissent clairement la préoccupation qui les inspire.
- La troisième société, celle de Champagne-sur-Seine, ne relève plus de la philanthropie mais du patronage industriel et de l’entreprise immobilière.
- La petite commune de Champagne-sur-Seine, près de Fontainebleau, compte à peine aujourd’hui cinq cents habitants. Sur son territoire, entre la Seine et le chemin de fer de Lyon, le Creusot vient d'installer de puissantes machines d’électricité ; par suite, la population de la commune va se trouver augmentée de plusieurs milliers d’ouvriers qu’il faudra loger.
- Le problème que pose cet afflux soudain de population dans une localité où rien n’est préparé pour la recevoir est celui de la création d’une ville nouvelle, taillée en plein drap, sans les servitudes historiques du passé, qui expliquent, mais gênent le plus souvent le développement logique de nos cités.
- Ce problème est aujourd’hui vivement agité en Angleterre par suite du succès des garden-cities, des villes jardins, fondées par des patrons amis de leur personnel, à Bourneville et à Port-Saunlight. On a fait de ces cités ouvrières des descriptions enthousiastes ; on les a appelées des « paradis terrestres , des villes de bon-vheur ». Pour en propager le type, une société qui comptait en octobre dernier 2,500 membres, s’est assuré au nord et à 50 kilomètres environ de Londres, entre Harf-fords et Cambridge, un terrain d'une contenance de 15,000 hectares, où elle compte créer sur un plan rationnel et pour une population limitée à 30,000 habi- • tants, une ville industrielle où les maisons d’habitation seront noyées dans des massifs de verdure et de fleurs. *
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- Pour être moins idéale, la ville de Champagne-sur-Seine n’en est pas moins intéressante et elle a le grand avantage de surgir déjà de terre. Le Creusot a mieux aimé ne pas entreprendre directement l’opération qui est organisée par une société distincte.
- Le capital social est de 700.000 francs ; mais la dépense prévue est estimée à 4.300.000 francs. Les constructions s’étendent sur 9 hectares et sont réparties entre des « maisons-blocs » à logements collectifs et des
- pavillons isolés ou accolés, entourés de jardins.
- * *
- * *
- ÉTATS-UNIS.
- Les pensions militaires.
- Le président Roosevelt a signé dernièrement un décret à l’effet d’accorder une pension à tout soldat âgé de plus de soixante-deux ans, ayant pris part à la guerre civile.
- , Il semble qu’il y a là un nouvel abus ajouté à tous ceux auxquels donnent lieu les pensions militaires.
- Il résulte du rapport du commissaire Ware, paru il y a quelques mois, que ce services absorbé au cours de ces 38 dernières années une somme de près de 15 milliards de francs, exactement quatorze milliards sept cent dix millions huit cent quatre-vingt-dix mille sept cent vingt-cinq francs, sans compter une somme de 478 millions 239,670 francs (presqu’un demi-milliard) consacrée aux frais d’administration.
- La guerre de l’indépendance, il y a un siècle et quart, ne coûta, de ce fait, que 35 millions ; celle du Mexique fit dans le budget un trou de 167 millions et celle de la Sécession se traduisit par plus de 14 milliards. Combien coûtera la guerre avec l’Espagne ? Jusqu’ici elle a entraîné un ensemble de secours s’élevant déjà à environ 28 millions de francs. Pendant le dernier exercice, le Bureau des pensions a rejeté 113,794 demandes d’augmentation de pensions et reçu en tout un peu plus de 370.000 demandes.
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- Bref, les Etats-Unis payaient encore l’an dernier un peu plus de 700 millions de francs à 996,545 pensionnaires, dont 729,356 ont servi comme soldats et 267,189 représentant les veuves, orphelins, etc., de militaires.
- On ignore par quel miracle le Trésor fédéral payait encore en 1903, cinq pensions pour le compte de la guerre de l’Indépendance qui se termina en 1783. Il ne se paye pas moins de 1,116 pensions pour la guerre avec l’Angleterre qui se termina en 1815. La guerre contre les Indiens, qui prit fin il y a plus de soixante ans, a placé 4,736 pensionnaires sur les listes, celle du Mexique qui se termina en 1846, pas moins de 13,874.
- Quant à la guerre de Sécession, close en 1865, elle est représentée par 703,456 soldats pensionnés et 248,390 veuves, tandis que la guerre avec l’Espagne, close en 1899, donne pour les corps volontaires 9,200 invalides et 3,662 veuves, et l’armée régulière 9,170 invalides et 3,938 veuves.
- Après le décret du président Roosevelt, le chiffre des pensions excédera un milliard. Le président s’appuie sur une interprétation de la loi de 1890 sur les pensions. Mais c’est, là, disent ceux qui critiquent cette mesure, une interprétation arbitraire, car, d’après la loi en question, les anciens soldats doivent justifier d’incapacités les empêchant de gagner leur vie. Le président vient donc, d’après eux, de fixer à l’âge de soixante-deux ans le moment où l’on doit être considéré comme n’étant plus à même de pourvoir à ses propres besoins.
- Un des journaux qui fulminent contre le président, à cette occasion, résume l’opinion des autres en disant que cette mesure constitue « une violation manifeste du droit et une usurpation sans exemple des fonctions législatives. » (Le Sun).
- Quoiqu’il en soit, on tourne délibérément le dos aux réformes proposées comme sanction de son enquête par le commissaire Ware. Elles visaient surtout à faire procéder à des enquêtes surplace en ce qui concerne les
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- titres des candidats, à refuser absolument des secours aux femmes des pensionnés, lorsque leur mariage a été postérieur à l’octroi à ces derniers de leur pension, autrement dit aux femmes qui ont épousé leur mari dans l’idée de s’assurer par là une rente quand elles seraient veuves. M. Ware recommandait enfin une organisation du bureau des pouvoirs qui le soustraie aux influences de la politique et le place sous les règles administratives dites du « service civil ».
- Ces suggestions furent accueillies avec une rare faveur par la presse « démocratique » qui regrettait seulement que les changements proposés n’eussent pas été effectuées il y a cinquante ans, car bien des erreurs regrettables et énormes, auraient été évitées.
- La grande faute fut dans l’intrusion de la politique. La distribution des pensions devient trop souvent un moyen électoral. Il ne serait pas équitable de faire retomber toute la responsabilité de la situation sur le président Roosevelt en particulier, ou même de s’en prendre aux seuls « républicains ». Les deux partis ont eu recours à ce moyen de corruption démagogique ; mais il est bien certain que le parti républicain en a eu l’initiative ; que, plus souvent au pouvoir, il en a usé plus largement ; que, vainqueur dans la guerre de Sécession , il s’est taillé la part du lion ; et, enfin, que la mesure prise par M. Roosevelt à la veille du renouvellement de ses pouvoirs présidentiels, est bien peu faite pour fermer la bouche de ses adversaires politiques et calmer les alarmes provoquées dans les milieux libéraux et pacifiques, par le développement de cette mendicité soi-disant patriotique, qui n’est pas sans rapport avec l’accroissement parallèle de l’impérialisme agressif.
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- SUISSE.
- Le Congrès des syndicats ouvriers, réuni à Lucerne, le jour de Pâques, a rejeté un projet de transaction
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- conclu sous les auspices de M. Greulich, secrétaire ouvrier, et M. Decurtins, un des chefs du parti catholique ouvrier, dans le but d’associer les syndicats catholiques à l’activité de la Fédération des syndicats ouvriers.
- Cette décision semble marquer le début de la liquidation d’une alliance maintenue à grand peine entre deux partis à tendances exclusives. Lorsque les syndicats catholiques entrèrent dans la Fédération générale des syndicats ouvriers, laquelle fait profession de neutralité religieuse, leurs chefs s’étaient engagés à ne plus constituer de syndicats ayant une couleur confessionnelle. Néanmoins des syndicats exclusivement catholiques continuèrent à se former, et malgré les efforts des directeurs du mouvement catholique ouvrier, d’une part, du Comité de la Fédération, d’autre part, pour les faire rentrer dans l’alignement, ils tinrent bon.
- Ces syndicats, aujourd’hui au nombre de neuf, avaient consenti cependant à traiter, et d’une conférence, qui avait eu lieu à Saint-Gall quelques jours avant la réunion du congrès de Lucerne, était sorti le projet de convention qui a été repoussé.
- •iér
- * *•
- ALLEMAGNE.
- Pour les innocents frappés par la justice.
- Le Reichstag est saisi d’un projet de loi relatif aux indemnités à attribuer aux personnes innocentes soumises à une détention. Ce projet, élaboré par le Conseil fédéral, était depuis longtemps réclamé par l’opinion publique.
- Le principe sur lequel se base le législateur est le suivant : Pour qu’une personne injustement arrêtée ait droit à une indemnité, il faut que son innocence absolue soit établie d’une manière indiscutable ; si l’imputé n’a pas pu prouver son innocence, il faut que les circonstances résultant de l’instruction du délit établis-
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- sent d’une manière péremptoire qu’il ne pouvait pas avoir été commis par l’imputé.
- Seraient exclues du bénéfice de cette loi les personnes qui auraient provoqué malicieusement leur arrestation pour bénéficier de l’indemnité. Si la culpabilité de l’inculpé venait à être prouvée postérieurement au paiement de l’indemnité, il serait tenu de restituer la somme qui lui aurait été payée, plus les intérêts.
- Si la sentence émane du Tribunal fédéral, c’est la Caisse fédérale de l’empire qui est tenue au paiement de l’indemnité. Dans les autres cas, le paiement est effectué par les caisses de l’Etat où la sentence a été prononcée. S’il s’agit d’un tribunal militaire, l’indemnité est payée par la caisse de la division à laquelle appartient le tribunal, et par le Trésor fédéral, s’il s’agit d’un tribunal de marine.
- Les étrangers ne sont admis à bénéficier de ces dispositions que si les lois de leurs pays respectifs, ou si des accords internationaux garantissent un traitement égal aux citoyens allemands devant les tribunaux étrangers.
- Le projet sera très probablement remanié et amendé par le Reichstag, mais son acceptation définitive est certaine.
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- Le Congrès de Nimes.
- Le 2e Congrès national français de la Paix a eu lieu à Nimes les 7, 8, 9 et 10 avril. Le premier Congrès national avait été tenu à Toulouse en octobre 1902, et nous avons dit, à cette occasion, tout le bien que nous pensions de cette nouveauté. Le Congrès de Nimes a dépassé nos espérances. Il faut bien dire que les pitoyables motifs mis en avant pour en contester l’opportunité, n’ont fait que la souligner davantage, et si, vraiment , la date du Congrès n’avait été arrêtée d’avance, c’est bien ce momênt-là qu’il eût fallu choisir. Deux grands peuples sont en train de donner au monde la plus déplorable, mais aussi — car c’ust le moins improbable des bénéfices qu’on puisse en attendre — la plus utile des leçons de choses. Et déjà la leçon porte ses fruits : les plus belliqueux après avoir vainement tenté de ranimer les enthousiasmes de jadis pour 1’ « exercice sanglant de la force et du hasard », dont parle le vénéré doyen du pacifisme, M. F. Passy, suivent mélancoliquement de loin les péripéties de la lutte engagée entre deux nations pour la possession de territoires , dont elles s’étaient engagées à respecter l’indépendance.
- Des doutes surgissent sur les profits éventuels de cette dispute. On suppute avec une anxiété croissante, en se basant sur le coût des premières opérations, l’énorme total définitif probable des pertes en hommes et en argent, désormais sans compensation suffisante possible pour l’un ou pour l’autre, des peuples actuellement aux prises, mais non sans répercussion certaine sur les autres.
- Des points d’interrogation se dressent, et le plus
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- angoissant de tous : la lutte restera-t-elle circonscrite entre les deux peuples qui l’ont entreprise ? Est-il vrai qu’il puisse se produire telle circonstance qui transformerait ce duel en mêlée générale? Pourquoi? Parce que des nations européennes sont liées par des traités avec l’un ou l’autre des belligérants ? Que disent les traités en ce qui nous concerne ? Et pourquoi existe-t-il des traités qui engagent les peuples sans qu’ils sachent pourquoi , dans quelle mesure , sans qu’ils sachent même si ces traités existent ? Il est indispensable que ceux qui savent comment pourraient être prévenus ces. inhumains et absurdes conflits, le disent à ceux qui l’ignorent et qui se perdraient en de douloureux étonnements, sans trouver d’autre issue qu’un scepticisme infécond, si la voie du salut ne leur était montrée. Car ce n’est pas parce que le « brutal » parle que le pacifique doit se taire. Tout le monde convient qu’un pareil exemple serait détestable quand il s’agit de démêlés entre individus, pour de mesquins intérêts, pourquoi le serait-il moins quand il s’agit de collisions où s’engloutissent les millions par centaines et les vies humaines par milliers ?
- Le Congrès de Nimes est donc venu à son heure, et nous devons féliciter le groupe nimois de la Paix par le Droit, qui l’a organisé, d’avoir fourni aux pacifistes l’occasion de faire sortir un utile enseignement d’une belle manifestation.
- Désireux de donner à cette manifestation tout son éclat, à cet enseignement toute sa portée, il avait convoqué à cette réunion non seulement les Sociétés de la Paix proprement dites, mais aussi les groupements de tout ordre dont les intérêts et les préoccupations sont solidaires du développement pacifique de la civilisation : Corps savants, Universités populaires, Chambres de commerce, Bourses de travail, Syndicats de toute dénomination, Coopératives, etc., sans exclure aucune bonne volonté individuelle. Il va sans dire que les nombreux groupements de ce centre d’intellectualité
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- généreuse qu’est la cité nimoise étaient représentés au Congrès.
- Les diverses phases du grave problème international y ont été discutées par les plus éminents leaders du parti pacifiste, les Passy, les Richet, les Séailles, les Buisson, et tant d’autres à qui leur éloquence, leur savoir, leurs travaux philosophiques, scientifiques et les services rendus au pays, ont fait une place à part parmi leurs compatriotes, et qui se sont voués à l’œuvre d’affermissement et d’organisation de la paix. Avec eux se sont rencontrés, pour leur commun avantage, espérons-le, les représentants autorisés des organisations ouvrières.
- Le Congrès, qui s’est tenu dans le foyer du Grand Théâtre comptait environ 500 délégués.
- Par acclamation avaient été nommés présidents d’honneur: MM. Frédéric Passy ; Maitrot de Varenne, préfet du Gard ; docteur Crouzet, maire de Nimes ; vice-présidents : Mmes Camille Flammarion et Séverine, MM. Emile Arnaud, président de la Ligue internationale de la Paix ; Franck, vice-président du Comité républicain du commerce et de l’industrie ; Georges Lyon, recteur à Lille; Charles Richet, professeur à la Faculté de médecine de Paris ; Gabriel Séailles, professeur à la Sorbonne.
- Le président effectif du Congrès était M. Ruyssen, professeur à la Faculté d’Aix.
- Des adresses de sympathie au président de la République, à M. Combes, président du conseil, à M. Delcassé, ministre des affaires étrangères qui ont envoyé au Congrès leurs cordiaux remerciements.
- Voici le texte du télégramme du président du conseil :
- « Vous avez bien voulu vous faire auprès de moi l’interprète des sentiments des différentes sociétés françaises réunies sous la présidence d’honneur de M. Frédéric Passy, au 2e Congrès de la Paix, et me faire part de leur approbation unanime pour les déclarations
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- que j’ai formulées au banquet franco-anglais. Je tiens à vous remercier personnellement des précieux encouragements que viennent de me donner les congressistes, et je vous prie de vouloir bien les assurer en mon nom, de mon ardent désir d’accentuer encore la mai*-che de notre politique vers la pacification générale dont le résultat, objet de nos communs efforts, serait l’extension la plus large possible des relations diplomatiques et commerciales de la France avec les autres nations. »
- La lecture de ces télégrammes, celle des lettres et dépêches d’adhésions ou d’excuses venues de diverses parties de la France et du monde, a été chaleureusement applaudie, ainsi que les discours qui ont rempli la première journée du Congrès.
- , Les séances suivantes ont été consacrées à la discussion du programme suivant qui avait été arrêté par la Délégation permanente .des Sociétés françaises de la Paix :
- A. Actualités. 1. — Rapport sur la politique intérieure de la France pendant l’année écoulée (M. Charles Seignobos, professeur d’histoire moderne à la Sorbonne, directeur de l’Européen, ou M. Lucien Le Foyer, vice-président de la Paix par le Droit).
- 2. — Communication de la Délégation permanente sur l’attitude du Parti pacifique dans la question d’Alsace-Lorraine.
- B. Questions législatives et juridiques. 3. Vœu relatif à l’affectation des conscrits qui, par motif de conscience, refusent de porter les armes. (Vœu renvoyé par le XIIe Congrès international à l’étude du prochain Congrès national.) (M. P.Allègret, directeur de l’Universel).
- 4. — L’entente internationale concernant la limitation des charges militaires. (M. G. A. Hubbard, député des Basses-Alpes.)
- 5. — L’allègement des charges militaires en France. (M. Messimy, député de la Seine, rapporteur du budget de la marine en 1903, ancien capitaine d’état-major.).
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- 6. — Les sanctions civiles de l’arbitrage. (M. Jacques Dumas, docteur en droit, procureur de la République à Rethel.)
- 7. — Proposition d’une formule définitive à adopter pour les traités d’arbitrage permanent de l’avenir. (M. Mèrignhac, professeur à la Faculté de Droit de Toulouse.)
- 8. — Uniforme commun à adopter pour les membres de la Croix-Rouge des divers Etats, le brassard seul différant avec la nationalité. (M. Dumêrü, professeur à la Faculté des lettres de Toulouse.)
- C. Organisation et propagandes pacifiques. 9. —Rapport de la Délégation permanente des Sociétés françaises de la Paix. (M. Spalikoicski, secrétaire de la Délégation.)
- 10. — 1. Organisation définitive de la Délégation permanente. — 2. Projet de fédération des différentes Sociétés de la Paix françaises et création d’un organe commun. (Proposition de la Section Sénonaise.) (M. E. Arnaud, président de la Ligue Internationale de la Paix et de la Liberté.)
- 11. — Nomination des Membres de la Délégation.
- 12. — L’action électorale du Parti de la Paix. (M. E. Arnaud.)
- 13. - L’action syndicaliste peut-elle contribuer à l’organisation de la Paix internationale? (M. L. Niel, secrétaire de la Bourse de travail de Montpellier.)
- 14. — Livres d’histoire et livres de lectures pacifiques. (M. Th. Ruyssen, président de l’Association de la Paix par le Droit.)
- 15. — Chants nationaux et chansons pacifiques. (M. Lucien Le Foyer, vice-président de l’Association de la Paix par le Droit.)
- 16. — Projet de cartes géographiques de la France, de l’Europe et du monde, montrant le développement du mouvement pacifique. (M. Lucien Le Foyer.)
- 17. — Organisation du service des projections lumi-
- neuses en France. (M. J. Prudhommeaux, secrétaire de l’Association de la Paix par le Droit.) 4
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- 18. — Siège du prochain Congrès national de la Paix.
- Les questions s’encadrent dans ce programme, suivant l’ordre rationnel adopte depuis longtemps par les Congrès pacifistes et qui facilite beaucoup leur tâche.
- Quelques-unes ont donné lieu à des débats prolongés, parfois assez vifs, passionnés même. Tel celui qui s’est engagé sur le vœu relatif à l’affectation des conscrits qui, par motif de conscience, refusent de porter les armes. La discussion a pris, à un certain moment, une tournure telle que des congressistes ont exprimé le regret qu’elle ait été soulevée.
- Cette question est évidemment très délicate ; mais elle n’est pas étrangère à l’œuvre des pacifistes. Elle est d’ailleurs connexe avec d’autres questions touchant à la discipline militaire, qui n’échapperont pas longtemps encore, on peut en être sûr, à leur examen. Une fois soulevée, était-il nécessaire qu’on la tranchât, séance tenante, conformément ou contrairement au désir des dits conscrits, ou par une décision d’incompé tence appuyée à la fois sur l’admiration du scrupule et sur l’impossibilité de lui donner satisfaction, comme celle que lui a donnée le Congrès? Il est des questions qui ne perdent rien à être mûries par le temps, par une étude poursuivie à l’abri des ardeurs possibles d’une discussion contradictoire.
- La question d’une langue internationale, depuis si longtemps posée devant les Congrès de la paix, a-t-elle donc reçu sa solution ? Etait-il possible, nous ne dirons pas de la trancher, mais d’entrevoir même l’éventualité d’une sanction plausible avant l’entrée en scène d’un facteur, tout à fait étranger au mouvement pacifique organisé, l’Alliance internationale des académies?
- Quant à la crainte que l’action pacifiste puisse être paralysée ou ralentie par une différence d’appréciation du scrupule de conscience, il n’y a pas lieu de lui donner asile dans nos cours. Abstinents et tempérants ne sont-ils pas séparés par une divergence profonde, radicale? Cela les empêche-t-il de poursuivre ensemble la
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- lutte contre l'alcoolisme, de prendre dans les mêmes Congrès des décisions communes, tout en discutant sur les mérites respectifs de leur méthode et de leur tactique ?
- La question des scrupules de conscience n’est pas la seule question délicate que le Congrès de Nimes ait osé discuter. Il convient de le féliciter encore du courage qu’il a montré en posant avec toute la netteté, toute l’ampleur désirable, la brûlante question de l’Alsace-Lorraine.
- Il en est d’autres aussi qui retiendront longtemps encore l’attention des pacifistes et de l’opinion : nous aurons l’occasion d’v revenir.
- Grâce à l’excellente organisation du Congrès et au zèle des congressistes, le programme très chargé que nous avons fait connaître a pu être exécuté ou 4 peu près, sans préjudice de la partie attractive de cette belle réunion: conférences, concert, visites, promenades dans les environs de Nimes.
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- L’accord anglo-français.
- On sait que le traité d’arbitrage permanent conclu entre la France et l’Angleterre ne visait que les conflits qui pourraient se produire à l’avenir, mais ne se préoccupait pas de la solution des différends existants. Un accord signé le 8 avril règle définitivement toutes les questions qui pesaient depuis longtemps sur les relations des deux peuples et risquaient de dégénérer un jour en conflit.
- Le traité d’arbitrage chilo-argentin.
- La République argentine et le Chili ont conclu un traité d’arbitrage par lequel ils déclarent soumettre toutes les questions litigieuses qui pourraient s’élever entre les deux Etats à la juridiction du roi d’Angleterre.
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- Au cas cependant où l’un de ces Etats serait en délicatesse avec la Grande-Bretagne, c’est au Conseil fédéral suisse qu’ils devraient s’adresser.
- Le Conseil fédéral auquel le traité a été présenté, a remercié ces Etats pour la confiance qu’ils lui témoignaient, mais il a déclaré qu’à son grand regret, il ne pourrait pas accepter cette mission, attendu que la Suisse pouvait considérer comme son devoir d’accepter des mandats de ce genre tant que n’existait pas le Tribunal de La Haye ; mais qu’aujourd’hui son rôle d’arbitre est terminé.
- On se rappelle que, sans doute par une extrême déférence pour la lettre du rescrit où il n’est question que des puissances dont les représentants sont accrédités auprès du gouvernement russe, aucune des Républiques sud-américaine n’avait été invitée à prendre part aux travaux de la Conférence de La Haye. Faudrait-il attribuer à ce fait l’espèce de désintéressement à l’égard du Tribunal issu de cette Conférence dont semble témoigner le choix fait par les Républiques Chilienne et Argentine d’une tierce puissance, pour la solution éventuelle de leurs différends ?
- Cependant, à une époque où les diverses Puissances signataires de la Conférence de La Haye semblaient se faire un jeu d’éviter de faire trancher leurs controverses par la juridiction qu’elles avaient elles-mêmes établie, le 29 janvier 1902, la République Argentine signait avec les Républiques de Bolivie, Dominicaine, du Salvador, de Guatemala, du Mexique, du Paraguay, du Pérou et de l’Uraguay, un traité d’arbitrage permanent par lequel elles s’engageaient à soumettre à la Cour de La Haye tous les conflits survenus entre elles, qui ne pourraient être résolus par la voie diplomatique, à la condition qu’ils n’affectent ni l’indépendance ni l’honneur national. On peut donc supposer qu’il n’existe, tout au moins du côté de la République Argentine, aucune prévention contre la Cour permanente d’arbitrage ; et il est permis d’espérer que cette République
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- et sa co-signataire s’engageront à porter devant elle leurs différends, comme l’ont fait incidemment les parties en cause dans l’affaire du Venezuela, et comme se sont successivement engagées à le faire par des traités d’abitrage permanent la France, l’Italie, l’Angleterre et les Pays-Bas.
- Le traité d’arbitrage franco-hollandais .
- M. Delcassé, ministre des affaires étrangères, a signé le 7 avril 1904, avec le ministre des Pays-Bas à Paris, une convention d’arbitrage analogue à celle qui a été signée avec l’Angleterre, l’Italie et l’Espagne.
- Le budget militaire des Etats-Unis prévoit pour l’année 1904 une dépense de 78 millions de dollars.
- Le département de la marine présente, de son côté, un budget d’environ 103,000,000 de dollars, en augmentation de plusieurs millions sur celui de 1903.
- Une section suisse de l’Alliance universelle des Femmes par l’Education , va se former à Lausanne, sous la présidence de Mlle M. Nossek.
- La société en formation sera la première association pacifique suisse formée exclusivement par des dames.
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- {Suite.) K
- — Je ne tiens pas au sanglier, proféra Gaëtan ; c’est
- une bête laide, et puis méchante. . '
- s — Je sais pourquoi il a jeté son dévolu sur le chevreuil, s’écria Colette ; c’est parce que c’est plus gros que la perdrix, on court moins risque de le manquer!
- Gaëtan avait sur les lèvres une réplique malencontreuse : Roger n’était guère plus gros qu’un chevreuil, et il ne l’avait pas manqué ; on doit cependant convenir qu’il ne l’avait pas visé ; Céphise le regarda fixement, avec tant de drôlerie dans les yeux, qu’il avala sa réponse et fit bien.
- Sans avoir tué grand’ chose, et ce peu resta au tableau, malgré tous les efforts qu’il put faire pour carotter quelque pièce de choix, sous prétexte d’étudier la nature morte, Gaëtan retourna à Paris, cette fois avec l’intention de ne pas revoir Mamie avant d’être reçu licencié. Sa mère et sa sœur le suivirent de près, la campagne n’étant décidément plus habitable. Colette devait effectuer son retour un peu plus tard.
- XV
- Un soir de novembre, Gaëtan, qui depuis plusieurs jours était silencieux aux repas et absent le reste du temps, entra vers cinq heures dans le salon, où sa mère, assise comme tout le monde, dans un bon fauteuil cependant, écoutait la lecture du Temps que lui faisait .Céphise.
- — Ça y est, dit-il, sans autre cérémonie. Il bondit sur
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- Mme Maubert et l’embrassa avec une ardeur dont il ne se montrait pas prodigue.
- — Tu es reçu ? fit sa mère surprise. Cachottier !
- — Pour te donner des émotions ? Cela n’en valait pas la peine. Oui, contemple ton licencié. C’est papa qui sera content ! Si je lui envoyais un télégramme, sur mes économies ?
- — Tu as des économies? demanda Mme Maubert en souriant.
- — Parbleu ! Est-ce que tu crois que je puis manger l’argent de mes. illustrations à moi tout seul ? Je thésaurise pour l’avenir.
- Il lança un singulier petit coup d’œil de côté à sa sœur, qui ne broncha pas.
- — Eh bien, moi, dit-elle, je n’enverrais pas de télégramme. Si loin, on se figure toujours qu’un télégramme annonce un malheur. A présent, mon frère, contenons tes projets : vas-tu faire ton stage ?
- — Oh ! Céphise, tu veux me boucler tout de suite, sans me laisser le temps de respirer? D’ailleurs, ça ne servirait à rien, le corps enseignant est au complet pour le présent ; tu ne voudrais pas qu’il mourût un professeur à seule fin de m’envoyer le remplacer ? Je vais faire des dessins, et en même temps je commencerai à préparer ma future a-gré-ga-tion. Je suis un bon homme très consciencieux, moi ! Je fais toujours ce que je me suis promis de faire, quand je veux.
- Mme Maubert riait, sa fille la contemplait les larmes aux yeux, tant ce retour de l’ancienne gaieté lui semblait doux et touchant. On dîna joyeusement ce jour-là dans l’appartement confortable et spacieux, meublé de pièces de choix, réservées par le goût judicieux de Céphise et de Vautrait, qui était un fin connaisseur.
- — C’est étonnant, fit Gaëtan lorsqu’on sortit de table, comme on s’accoutume à ne plus avoir quatre mètres de hauteur à ses plafonds. Jadis, j’étouffais dans ma chambre des Pavillons qui en avait trois, parce que nous avions des salons immenses ; ici, je me sens tout à l’aise.
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- La pompe et le faste ne sont pas nécessaires au bonheur...
- — Pourvu qu’on ait un bon lit, un excellent dîner et des économies? dit Cépliise avec un peu d’ironie. Maman, envoie donc ton licencié faire un tour, je sens qu’il a des fourmis dans les jambes, et qu’il veut éblouir les mortels de sa nouvelle grandeur !
- Profitant de l’aubaine, Gaëtan remercia sa sœur d’un regard expressif et prit rapidement le chemin des Bati-gnolles, qui n’étaient pas loin.
- Le cœur lui battait en montant l’escalier de Mme de Greslin. Sur sa demande, jadis la bonne dame l’avait admis à lui faire visite le soir, alors que cours et leçons seraient finis, et qu’il y aurait quelque chance de la rencontre]1. Très prudemment, il s’était fait charger ce jour-là par Colette de la proposition de recommencer les leçons de ses enfants, afin d’avoir une entrée en matière, et pourtant la pensée de voir Mamie sous l’œil de sa mère , sans la moindre possibilité d’échanger autre chose que de déplorables banalités, lui semblait un peu cruelle.
- Mme de Greslin lui ouvrit elle-même, sa lampe à la main. L’antichambre était glaciale, pas d’autre lumière dans le salon... l’amoureux eut froid au cœur.
- — Vous allez bien, madame ? dit-il gravement. Pardonnez-moi de venir si tard ; j’ai su dans l’après-midi que j’étais reçu licencié ès lettres, ma famille m’a pris mon temps, et cependant ma sœur de Vautrait m’avait chargé d’une démarche auprès de vous... Mademoiselle votre fille n’est pas là ? ajouta-t-il, incapable de se contenir plus longtemps.
- — Elle est à Londres, répondit la mère en posant sa lampe sur la table du salon.
- Pauvre Gaëtan! qu’importaient à présent la licence et même l’illustration ? Mamie était à Londres ! Il chercha rapidement dans son cerveau le moyen de partir immédiatement pour cet endroit brumeux, mais cela ne se trouve pas si vite, et force lui fut de ramener sa cervelle aux Batignolles,
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- — A Londres ? Et nous ne l’avons pas su ! dit-il extrêmement décontenance.
- — Cela s’est décidé très vite. Une parente à moi s’est souvenue de nous, après pas mal d'années, en se voyant vieillir; elle in’a demandé de lui prêter ma fille pour lui tenir compagnie. Je n’ai pas cru devoir laisser perdre cette chance pour mon enfant de connaître la souche dont elle descend. C’est une grande famille, monsieur Maubert. Elle est très riche, ajouta la bonne dame avec une nuance de dédain, car elle prisait la lignée bien plus que l’argent, et elle y avait quelque mérite.
- Gaëtan fit sa commission, obtint l’assurance que Mme de Greslin verrait Colette le lendemain même, et semblait n’avoir plus qu’à se retirer ; mais il fut retenu par son hôtesse, qui, s’ennuyant à mourir, seule en son étroit appartement, l’accabla de questions sur la généalogie des familles du Perche, à laquelle le pauvre garçon n’entendait rien.
- — Mademoiselle votre fille est partie depuis longtemps ? hasarda-t-il lorsqu’il eut prouvé son ignorance.
- — Depuis huit jours : elle m’a écrit six fois ; il y a eu un dimanche, vous savez ; elle n’aime pas Londres, mais notre parente est très aimable.
- — Elle restera longtemps là-bas ? demanda Gaëtan de sa voix la plus insinuante.
- Je n’en sais rien ; miss Browley voyage beaucoup, il se peut qu’elle emmène Mamie en Italie, ou en Espagne, ou aux Canaries.
- Le fiancé maudit sa trop honorable réserve qui lui avait interdit de chercher à correspondre avec l’absente. Que n’eût-il pas donné aujourd’hui pour savoir seulement son adresse! Mais c’était une chose impossible à demander ; et même s’il l’avait, ne connaissant guère les usages anglais, il n’eût pas osé écrire, de peur d’exposer sa bien-aimée à quelque embarras. Jamais Céphise ne voudrait, oh non ! inutile d’y penser ! Séparés pour Dieu savait combien de mois, d’années peut-être, c’était intolérable ! Il se leva.
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- — Quand vous écrirez à mademoiselle votre fille, dit-il, en proie à la plus noire tristesse, voudrez-vous bien l’assurer de mon profond respect? Mes neveux ne , parlent que d’elle ; ils seront bien fâchés de ne pas la voir, ils l’attendaient avec impatience.
- Mme de Greslin promit de transmettre l’expression de ce profond respect. Il tournait autour de sa phrase d’adieu, cherchant à y faire entrer quelque chose qui pût être répété à sa petite amie ; soudain il s’avisa d’une idée.
- — Vous devez vous sentir très seule, dit-il. Voulez-vous me permettre, chère madame, de vous visiter quelquefois, en l’absence de Mlle Mamie, et de vous offrir mes menus services? Vous en avez assez rendu à ma famille cet été pour qu’à mon tour...
- Mme de Greslin sourit, flattée : ce jeune homme était vraiment fort bien ; ils ne sont guère nombreux, ceux du temps présent qui offrent leurs loisirs et leurs peines à une dame plutôt âgée, et dans une situation peu brillante.
- — J’accepte avec plaisir, dit-elle, et même si vous voulez commencer tout de suite, voici plusieurs lettres que vous seriez bien aimable de mettre à la boîte, au bureau de poste, s’il vous plaît, il y en a un tout près d’ici. Elles en partiront une demi-journée plus tôt, car je n’aurais pas eu le courage d’aller les y déposer moi-même ce soir.
- Il saisit avec zèle les plis qu’elle lui remit, et prit congé, agité d’une joie singulière. Dans la rue, il s’em-- pressa de tourner le coin et de s’arrêter sous le plus prochain réverbère. L’une après l’autre il fit glisser — le malappris — les enveloppes , pendant que sa joie s’éteignait comme un feu de paille. Il hésita avant d’examiner la dernière, et ferma les yeux.
- — J’en avais pourtant le pressentiment ! pensa-t-il. Il regarda.. . O joie, c’était cela ! Mme de Greslin avait commencé sa correspondance par son enfant chérie, et le fiancé de Mamie savait maintenant où la trouver. Il
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- enfonça son chapeau jusque sur ses sourcils, dans l’excès de son contentement, après quoi il le retira, le remit convenablement et ouvrit son carnet.
- L’adresse fut soigneusement recopiée, relue, vérifiée. • S’il partait tout de suite pour Londres avec la lettre? On s’expliquerait ensuite. Il eut le bon sens de se dire que cela serait fort dangereux; il se borna à écrire au dos de l’enveloppe, avec son crayon : Mis à la poste par G. M. Courageusement, il se rendit au bureau et laissa tomber dans l’ouverture béante la lettre, avec tant de pensées tendres et désolées qu’il en demeura navré.
- A tout prendre, cependant, les choses eussent pu aller plus mal; il pourrait écrire en cas d’urgence, et qui sait si elle ne trouverait pas moyen de correspondre avec lui d’elle-même ?
- Il n’attendit pas longtemps. Mamie avait fait un sacrifice prodigieux en quittant sa mère, Paris, et tout espoir de rencontrer Gaëtan pour un temps qui pouvait être long: elle s’était laissé immoler, pauvre petit agneau, à la raison de famille, comme d’autres à la raison d’Etat ; mais une fois transplantée, elle avait senti qu’elle n’était en réalité ni Anglaise ni Irlandaise, fille de preux peu importait, mais bien Française, élevée en France, qu’elle aimait un Français, et qu’elle l’épouserait, quoique l’idée secrète de sa maman fût de la marier en Outre-Mer. Quarante-huit heures après être débarquée, elle savait déjà que les convenances françaises sont traitées de l’autre côté de la Manche de préjugés ridicules... Par le retour du courrier, M. Gaëtan Maubert reçut une enveloppe dans laquelle se trouvait une feuille de papier blanche timbrée aux initiales : M. G. Mamie avait fait une cote mal taillée, elle avait transigé avec les convenances ou préjugés, elle avait envoyé une lettre à celui qu’elle aimait ; seulement, il n’y avait rien dedans. O candeur ! ô rouerie !
- Est-il nécessaire d’expliquer comment Gaëtan s’ingénia à mettre Céphise dans ses intérêts et n’y put parve-
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- nir ? Elle avait bien autre chose dans la tête et sachant la jeune fille à Londres, n’entendait pas perdre la tranquillité qui lui était assurée de ce côté. Le voyage dans le Midi, résolu en principe, s’imposait désormais. Paris boueux, brumeux et maussade ne permettait pas les sorties à pied, et Mme Maubert ne pouvait reprendre ses forces, faute d’exercice. Gaëtan promit d’être exemplaire, de ne pas trop se lier avec les artistes qui sont gens de perdition, à moins qu’ils n’aient une situation acquise — le talent n’étant pas une condition absolue — et de ne pas se laisser entraîner à oublier qu’il aurait prochainement à faire son stage. Puis les papiers à cet effet étant signés, déposés, apostillés et recommandés, il conduisit un sombre matin, triste comme un crépuscule, sa sœur et sa mère à la gare de Lyon et se trouva seul, pour la première fois de sa vie.
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- Le train roulait vers Marseille, Céphise regardait sa mère, assoupie dans le coin du wagon où elles étaient seules depuis Avignon. Une compassion immense gonflait son cœur à la voir si faible encore, sans défense contre les agressions de la vie matérielle ; elle se sentait profondément découragée à l’idée de lutter pendant longtemps peut-être contre cette faiblesse, et de vivre non pour elle, mais pour cette chère impuissante, alors qu’elle-même aurait eu besoin de tant de secours. La veille, au départ de Paris, elle n'avait pas reçu la lettre hebdomadaire de son mari, et, sans l’inquiéter outre mesure, cette lacune dans la vie de son âme la laissait triste et troublée. Pourrait-elle accomplir sa tâche? Ses forces n’allaient-elles pas aussi l’abandonner? Après avoir tant consolé les autres, Céphise ressentait une soif de consolations qui allait jusqu’à l’angoisse. Elle souffrait aussi d’avoir dû encore une fois quitter ses enfants, ses chers mignons dont elle paraissait devoir toujours être séparée, précisément alors que leur pré-
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- sence eût pu lui apporter le bienfait d'un changement de préoccupations.
- Les secousses du train qui allait très vite lui causaient un insurmontable malaise, elle étouffait. Bien doucement, pour ne pas réveiller Mme Maubert, elle traversa le wagon et baissa un peu la glace. Un souffle d’air vif qui sentait la mer fouetta son visage ; elle respira largement; son angoisse n’était pas uniquement morale, et cette bouffée d’air pur lui donna une inconcevable émotion ; tous les jours heureux: de sa vie se présentèrent à la fois à sa mémoire, avec le douloureux regret qu’on accorde aux choses mortes, disparues à jamais. Il lui semblait que le bonheur de son existence avait sombré dans ce gouffre noir vers lequel le train précipitait dans l’ombre sa course haletante, et qu’elle-même allait y tomber.
- Elle se retourna, sa mère dormait. Pauvre maman ! Céphise avait cru, comme tous ceux qui n’ont point passé par là, que l’opération apporterait un bien-être immédiat, qu’après une courte convalescence, Mme Maubert redeviendrait celle des jours antérieurs. Elle n’avait pas songé que les années écoulées avaient apporté leur contingent de faiblesse, et que la convalescence, même terminée, ne lui rendrait pas une mère plus jeune, mais seulement une mère bien portante. Elle n’était pas finie, cette éternelle convalescence ; Monprat et Foissard avaient annoncé qu’elle ne serait pas longue, afin de ne décourager personne , et cette discrétion tournait contre la fidèle gardienne des nuits douloureuses en lui inspirant des doutes cruels.
- Qui viendrait à son aide à cette heure, presque aussi terrible que celle de l’opération, plus terrible peut-être? car alors Céphise n’avait songé qu’au danger de sa mère, voici que maintenant elle doutait de ses propres forces, de la possibilité d’aller jusqu’au bout du devoir qu’elle s’était tracé. Pour certaines natures fortement disciplinées, l’idée de faillir à ce qu’elles ont promis, à d’autres ou à elles-mêmes, est la plus effroyable de
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- toutes ; c’est une banqueroute morale. La jeune femme à bout d’énergie avait peur de se manquer de parole.
- L’express roulait toujours aussi vite dans une impénétrable nuit ; de temps en temps il dépassait avec un sifflet strident une station éclairée, puis l’obscurité se refermait, traversée d’une sinistre lueur par les rouges escarbilles échappées de la locomotive. Céphise appuya son front au revers de sa main, contre la portière, et regarda désespérément dans le noir. Son âme était plus sombre que* l’invisible paysage, et elle éprouvait un tel désir de repos que l’éternel sommeil lui eût semblé libérateur. Soudain, une lumière puissante, blanche, unique, apparut au loin, trop haut pour un signal, trop bas pour une étoile dans le ciel, d’ailleurs impitoyablement' clos aux regards. Elle disparut aussitôt, et Céphise, croyant avoir mal vu, retomba dans sa méditation.
- — Qui me sauvera? pensait-elle: la prière est sans effet ; je suis lasse de demander et de ne rien obtenir. Mon âme est épuisée, mon corps fléchit. Armand est trop loin, ma mère est trop près ; mes sacrifices ont été vains, je ne puis plus ni la préserver ni me préserver moi-même. O Dieu ! n’est-il pas vrai que souvent vous éprouvez trop vos créatures ?
- La lueur reparut, une, deux, trois fois, et s’éclipsa.
- — Un phare, se dit Céphise : l’entrée du Rhône,..
- La blanche clarté illumina l’espace, toujours très loin, et disparut. Deux vers, qu’elle avait remarqués jadis, traversèrent son esprit, pareils à deux colombes messagères :
- ... Gomme une grande main miséricordieuse Qui laisserait tomber la pitié sur la mer.
- Les phares multicolores qui faisaient un si féerique collier de pierreries à la rade de Cherbourg, compagnons des pensées de son amour désolé, se présentèrent à la mémoire de ses yeux.*
- (A suivre,)
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- ASSURANCES MUTUELLES
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- Société du Familistère. - Assurances Mutuelles
- MOUVEMENT DU MOIS DE DÉCEMBRE 1903, A GUISE
- ASSURANCE CONTRE LA MALADIE
- Section des Hommes
- Cotisations des mutualistes...... 2.944 75 ,
- Subvention de la Société......... 2.567 87 ( 6.025 92
- Malfaçons et Divers.............. 513 30 \
- Dépenses.................................... 4.121 80
- Boni en décembre 1903.......... 1.904 12
- Section des Dames
- Cotisations des mutualistes........ 552 20 )
- Subvention de la Société........... 698 28 c 1.250 48
- Divers............................. » » ^
- Dépenses...................................... 875 70
- Boni en décembre 1903....'........ 374 78
- ASSURANCE DES PENSIONS
- Subvention de la Société et Divers 8.171 85 1
- Intérêts des comptes courants et j 12.649 20
- du titre d’épargne............ 4.477 35'
- Dépenses i
- 124 Retraités définitifs........... 8.389 53 \
- 5 — provisoires............... 258 50 j
- Nécessaire à la subsistance........ 4.276 25 S 13.804 83
- Allocations aux famill9 des réservistes 56 »l Divers, appointera., médecins, etc. 824 55 /
- Déficit en décembre 1903....... 1.155 63
- CAISSE DE PHARMACIE
- Cotisations des mutualistes. 735 80 )
- Subvention de la Société.... 234 37 j 1
- Dépenses............................. 1.196 53
- ’ Déficit en décembre 1903........ 226 36
- RÉSUMÉ
- Recettes socialesdu 1er juillet 1903 au 31 décembre 1903 76.378 09 ) .nc) t-rQ » individuelles » » 26.181 10;
- Dépenses » » .......... 112.114 56
- Excédent des dépenses sur les recettes.. 9.555 37
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- LE DEVOIR
- ÉTAT CIVIL AU FAMILISTÈRE DE GUISE
- MOIS DE ' DÉCEMRE 1903.
- Naissances :
- 5 Décembre 1903 : Berlemont Louise-Marthe, fille de
- Berlemont Jules et de Thoret
- Louise.
- 5 — Abraham Elie - Gabriel , fils de
- Abraham Emile et de Julliard
- 11 — Virginie. Romby Louise , fille de Romby Léandre et de Brogniez Geor-
- gina-
- Décès :
- 2 - ' 29 — Macaigne François, âgé de 69 ans. Grouselle Jules, âgé de 30ans.
- Le Gérant : H. E. Buridant.
- Nimos. — Typ. A. Chastanier, 12, rue Pradier.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES.
- 32 î
- Juin 1904.
- de J. B. André GODINf (1)
- Glorification du Travail. Emancipation^* dtj Travailleur. >
- Seconde fête annuelle du Travail, mai 1868. Liste de notables ou candidats. Election à deux degrés pour une partie du personnel. Quatre séries d’électeurs pour la distribution des récompenses.
- Le même nombre d’intéressés , à très peu près , qu’en 1867 est devant nous en 1868; et une même somme, soit deux mille francs , est allouée par le fondateur du Familistère pour être distribuée en primes d’honneur à l’occasion de la fête du Travail.
- La nécessité de perfectionner les procédés adoptés en 1867 pour la répartition des primes, est proclamée en séance des conseils dès la première réunion (1er mai 1868) consacrée à la préparation de la fête.
- r 10 Circonscrire le vote par l’établissement d’une liste de notables ou personnes reconnues les plus méritantes, les, plus capables et entre lesquelles exclusivement devraient être réparties les primes d’honneur;
- 2° Grouper le personnel de façon à ce que le vote s’exerce entre travailleurs ayant pu mutuellement s’apprécier à l’œuvre ;
- 3° Attribuer à chaque groupement un nombre fixe déprimés d’honneur :
- (1) Appendice, p. 60 , Le Devoir, tome 26e, janvier 1902.
- 1
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- LE DEVOIR
- Tels sont les trois points caractéristiques de l’alignement des conseils en ce qui touche la célébration de la 2e fête du Travail. Le premier de ces points est le renversement du rôle qu’on avait espéré faire remplir par le suffrage. Voyons les essais de solution décidés par les conseils.
- Comment dresser une liste de notables?
- Plusieurs séances sont consacrées à l’étude de ce difficile objet. Des objections sont présentées. Voici une des premières : « La publication d’une liste des notables provoquera l’abstention, l’indifférence des personnes qui n’y seront pas inscrites. » A quoi il est répondu : « Du moment où il faut circonscrire le choix, et cela est nécessaire à la suite de l’expérience de l’an passé, quel que soit le mode adopté on tombera dans l’écueil signalé, si écueil il y a. d
- Autre objection : « Les conseils seront accusés d’avoir fait du favoritisme. » Sur ce, un membre propose l’élection de délégués aidant les conseils à désigner les notables. Mais délégués et conseillers pourraient toujours être accusés d’avoir par faveur mis tel ou tel sur la liste.
- Enfin surgit l’idée de classer les ouvriers d’après les éléments irrécusables de capacité fournis par eux-mêmes ; c’est-à-dire d’après les notes de fabrication (1). Le moyen répond nettement au besoin. Malheureusement ces notes n’existent que pour les ateliers de fonderie et ajustage. Rien d’analogue n’est pratiqué dans les autres ateliers (modèles, matériel, émaillage, menuiserie, etc...), dits ateliers divers, ni dans les bureaux de l’Usine, ni dans les services du Familistère.
- Déterminer d’après les notes de fabrication — notes qui sont l’expression même de l’action de l’ouvrier —
- (I) 2e partie, chap. V, Le Devoir, tome 27, mai 1903, p. 265.
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- Documents biographiques 323
- l’inscription sur la liste des candidats vaut incomparablement mieux, prêtera à bien moins de réclamations que de le faire d’après la seule appréciation des chefs ainsi qu’on en décide forcément pour les travailleurs des ateliers divers, ou d’après la seule position d’employé de bureau ou d’attaché aux services de l’habitation unitaire, ainsi qu’on en décide également pour les 114 intéressés de ces deux dernières catégories de travailleurs. Là il n’y aura, à bien dire, aucune désignation de mérite, ce sera simplement le relevé des noms des personnes occupées.
- Une sorte de choix, peut-on dire, devait présider à l’admission dans ces deux catégories. Sans doute, mais une fois au poste, l’individu peut se montrer nonchalant, insuffisant même à sa tâche, au lieu de la remplir au mieux et de se qualifier pour une élévation nouvelle. Le porter sur un tableau des notables tout simplement en raison de sa qualité d’employé ou d'attaché à certains services, est un procédé qui appelle certainement de sérieuses modifications.
- La supériorité du mode d’appréciation des mérites dans les ateliers de fonderie et ajustage par le relevé des notes de fabrication était évidente. Aussi les chefs de ces ateliers (chacun dans son département respectif) furent-ils invités à dresser la liste des ouvriers de choix, « d’après la capacité démontrée : à la fonderie par le moulage au poids ou au-dessous ; à l’ajustage par les primes reçues pour pièces non cassées. »
- Il fut résolu, en outre, que les travailleurs de premier mérite seraient désignés par la lettre A ; ceux de second mérite par la lettre B.
- Les dépouillement et classification opérés dans les différents ateliers de l’établissement, une liste totale de
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- 150 ouvriers de choix, s’offrit à l’attention des conseils.
- On résolut alors de faire élire, dans l’usine, par tous les ouvriers et ouvrières (ayant ou non qualité d’habitant du Familistère) une liste parallèle de 150 ouvriers, laquelle serait combinée avec la liste de choix, afin d’extraire des deux, une section définitive de 150 ouvriers à porter— conjointement avec les 114 employés des bureaux de l’Usine et gens des services du Familistère — sur le tableau des notables ou candidats en faveur desquels exclusivement s’exercerait le vote le jour de la fête du Travail.
- L’élection eut lieu à l’usine, dans les conditions définies par l’affiche suivante apposée dans les ateliers, le vendredi 15 mai.
- « Elections préparatoires pour la fête du Travail du 31 mai 1868.
- » Il sera procédé demain samedi 16 mai, dans chaque atelier, à la nomination des ouvriers qui pourront figurer sur la liste des notables, pour concourir à la distribution des primes d’honneur le jour de la fête du Travail. Les candidats seront choisis parmi ceux qui réuniront le plus de voix.
- j> Des bulletins de vote spéciaux seront remis dans la fonderie et l’ajustage à chaque électeur qui devra les remplir en y mettant 6 noms conformément aux indications imprimées (1).
- (I) Les indications imprimées étaient :
- Pour les ateliers de fonderie :
- Modèles, mécanique et poterie ; ornement ; poêles et cuisinières ; râpe-rie, sables cubilots, etc.
- Pour les ateliers d’ajustage :
- Verni et ornements ; poêles et cuisinières ; emballeurs, mineurs, meuleurs, foyers, magasin et chargement.
- En regard de chaque indication était le nombre de voix à émettre : 1 ou 2.
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- » Toute voix non conforme à ces indications sera annulée.
- » Dans les autres ateliers : modèles, matériel, émaillage, cuivrerie et fonte malléable, menuiserie, construction et terre réfractaire, les ouvriers composant chaque atelier voteront entre eux ; il leur sera remis un bulletin blanc, sur lequel ils auront à inscrire deux noms de ceux qui leur paraîtront les plus méritants.
- « Chaque chef d’atelier est chargé d’organiser le vote dans son groupe.
- « Des tableaux contenant les noms des ouvriers composant les groupes seront mis dans chaque atelier *.
- En réunion des conseils, le 13 mai, il avait été question de faire voter par 1 voix seulement dans les ateliers divers où les ouvriers constituaient des groupes relativement petits. Mais Fexpérience ayant enseigné qu’il fallait compter avec la tendance de l'électeur à voter d’abord, en cas de cette nature, chacun pour soi, on demanda l’émission de 2 voix ainsi que le dit l’affiche.
- Le 26 du mois, dix jours après les élections préparatoires, les conseils se réunirent et prirent connaissance des résultats.
- Les renseignements nous manquent sur la répartition des voix. Nous voyons seulement que les 150 ouvriers qui avaient obtenu le plus de suffrage furent dégagés de la masse et portés sur une liste.
- Puis les conseils comparèrent cette liste à celle résultant du classement d’après les notes de fabrication ou la désignation des chefs, laquelle portait aussi 150 ouvriers , les uns avec lettre A (1er mérite), les autres avec lettre B (2e mérite). Il s’agissait d’extraire de ces
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- deux listes la liste définitive de 150 notables ouvriers.
- Les conseils, lit-on au registre, prirent d’abord les ouvriers portés à la fois et sur la liste de choix et sur
- la liste d’élection. Il s’en trouva................ 66
- (Le registre n’indique pas la proportion des travailleurs avec lettres A ou B). Le dépouillement des noms nous a permis de constater que 18 d’entre eux n’étaient pas habitants du Familistère.
- On prit ensuite les ouvriers portés seulement sur la liste de choix, mais avec lettre A. Il y en
- eût................................................ 57
- dont 6 non habitants du Familistère.
- Enfin on arriva au total cherché en prenant sur la liste d’élection les individus restants qui avaient obtenu le plus grand nombre de voix; (en cas d’égalité la préférence fut donnée aux ouvriers ayant qualité d’habitant du Familistère). Furent
- ainsi désignées 26 personnes, ci................... 26
- Ajoutons un individu oublié sur la liste des candidats et révélé au compte-rendu de l’élection finale, ci.......................................... 1
- Total....................... 150
- Ces 150 travailleurs furent ajoutés aux 114 désignés en raison seule de la fonction, ci.... 114
- Total définitif de la liste officielle des candidats. 264
- Ce point réglé, les conseils passèrent au suivant : faire exercer le vote final en connaissance de cause autant que possible.
- Le fait que, sur les 150 ouvriers élus, il s’en était trouvé 66 portés déjà sur la liste de choix était un encouragement à répéter, pour le vote définitif, ce qui
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- avait été essayé dans les élections préparatoires : faire voter autant que possible entre mêmes professionnels.
- I/année d’avant on s’était contenté de répartir, le jour de la fête, le personnel en deux catégories : 1° Administration générale et services de Vhabitation unitaire, 110 à 115 membres représentés par les 95 d’entre eux habitant le Familistère ; 2° Fonderie, ajustage, ateliers divers (750 ouvriers environ) représentés par 95 délégués élus ; dans chacune de ces deux catégories les 95 représentants ayant voté sur l’ensemble des membres de leur catégorie.
- En 1868, les conseils, après avoir dressé la liste des notables ou candidats entre lesquels exclusivement devaient être réparties les primes d’honneur, classèrent en 4 séries, selon les principales divisions des travaux, et les candidats et les électeurs. (La plupart des candidats, 214 sur 264, étaient—vu leur qualité d’habitant du Familistère — à la fois candidat et électeur.)
- Deux listes furent dressées : une des électeurs, une des candidats.
- La liste des électeurs présentait ceux-ci en ordre alphabétique chacun dans sa série professionnelle , soit :
- lre Série : Familistère et Administration.
- 2« » : Fonderie.
- 3e > : Ajustage.
- 4e » : Ateliers divers.
- La liste des candidats présentait ceux-ci non-seule-
- ment chacun dans sa série respective, mais chacun dans son groupe sériaire selon les détails des travaux en chaque série. Autrement dit : chacune des quatre séries offrait en un 1er groupe les chefs, employés, surveillants, etc. Puis venaient des groupes correspondant aux divers genres des travaux de la série ; et ? en
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- chacun de ces groupes, les candidats ouvriers étaient présentés comme suit : en tete ceux désignés à la fois et par les notes de travail et par l’élection de 1er degré ; puis ceux désignés par l’élection seulement ; et enfin ceux désignés seulement par les notes de travail, mais avec lettre A.
- Les spécialités de travaux en chaque série étaient reproduites sur les bulletins de vote et l’électeur était invité à porter, en regard de chacune des divisions qui en résultaient, le nom ou les noms (tantôt 1 , tantôt 2, selon l’importance du groupe), des travailleurs les plus méritants.
- Exemple :
- Le Bulletin bleu de la série de Fonderie portait ceci :
- Chefs d’ateliers, employés ou surveillants................ 2 voix.
- Mouleurs de modèles, mécanique et poterie............... 2 »
- Mouleurs d’ornement....................................... 2 »
- Mouleurs de poêles et cuisinières........................ 2 »
- Ràperie , sables et cubilots...........................' 1 »
- Le classement de la comptabilité générale fut un véritable embarras pour les conseils. En quelle série mettre la comptabilité ? L’an d’après, instruits par l’expérience, les conseils en feront le 1er groupe d’une série spéciale, celle de l’Administration générale, laquelle comprendra toute la catégorie des employés de rUsine. En ce premier essai, faute de trouver mieux, on classe les comptables dans le 1er groupe de la lre série dite : «; Familistère et Administration ». Ce 1er groupe comprend sous le titre : Comptabilité générale, les comptables du Familistère et ceux de l’Usine. Les autres groupes de la série sont ceux de : Education, Commerce, Travail. (Ce dernier mot sous-entend l’entretien journalier.)
- Les électeurs dans les 2e, 3e et 4e séries étaient les
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- travailleurs mômes de la série habitant le Familistère. Partant de là, on compta :
- 135 électeurs dans la 2e série : Fonderie.
- 66 > 3e » : Ajustage.
- 59 » 4e » : Ateliers divers.
- 260 » au total pour ces trois séries.
- Quant à la 1re : Familistère et Administration, elle était la moins homogène puisqu’elle comprenait et les personnes attachées en permanence aux services domestiques, commerciaux et éducatifs et les employés de la comptabilité du. Familistère ainsi que ceux de la comptabilité générale de l’Usine. Tous ces travailleurs ensemble s’élevaient au nombre de 73.
- Les conseils décidèrent qu’en cette série devaient être électeurs non seulement les 73 personnes attachées aux travaux, mais tout l’ensemble du corps électoral soit les 260 électeurs indiqués ci-dessus et les 73 membres de la série, au total 333 ; la marche des services dans l’habitation unitaire et l’administration générale pouvant dans une certaine mesure être appréciées par tous.
- Complétons l’indication de quelques autres mesures pratiques. Les conseils décidèrent :
- 1° Que les bulletins de vote seraient d’une couleur spéciale à chaque série : blancs pour la lre, bleus pour la 2e, roses pour la 3e, jaunes pour la 4e ;
- 2° Que deux urnes seraient déposées pour recevoir, le jour de la fête, Tune les bulletins de vote de la série : Familistère et Administration, l’autre les bul~ letins des trois autres séries. Il serait facile de distinguer les bulletins à la couleur pour procéder au dépouillement.
- Chaque électeur des séries Fonderie, Ajustage et Ateliers divers déposerait dans l’urne ad hoc son bulle-
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- tin professionnel et dans l’autre urne son bulletin pour la série : Familistère et Administration.
- Le lien était resserré entre l’exercice du vote et la fonction, dans les trois séries : Fonderie, Ajustage, Ateliers divers, représentant le plus nombreux personnel ; néanmoins là encore il y avait prise à grosse difficulté d’appréciation : l’ouvrier ne pouvait en général distinguer entre les mérites effectifs des ingénieurs, contre-maîtres etc., composant le premier groupe de chacune des séries.
- 4
- Passons au troisième point réglé par les conseils : Par quoi remplacer le système en vertu duquel en 1867 chaque suffrage avait emporté une somme de 1 fr. 05 ?
- Ceci donna lieu à de laborieuses discussions. Finalement les conseils décidèrent :
- « 1° De répartir la somme de 2.000 fr. comme suit :
- « Grands prix de chacun 50 francs avec mention honorable de première classe ;
- « Premiers prix de chacun 30 francs avec mention honorable de deuxième classe ;
- « Deuxièmes et troisièmes prix de chacun 15 et 10 francs, avec bulletin de prime nominatif ;
- « 2<> De distribuer ces prix proportionnellement au nombre des personnes méritantes dans chaque catégorie.
- «Selon le résultat du vote final le jour de la fête, il y aurait donc tels ou tels nombres de Grands prix, 1ers prix 2me et 3rae prix. »
- Une fois les mesures préparatoires arrêtées, on procéda à l’affichage des éléments du vote définitif. Nous lisons à ce sujet dans le registre des conseils :
- « Pour donner le temps à l’électeur de raisonner son vote et aussi pour né point laisser trop de lati-
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- tude aux coalitions d’intérêt pécunier au détriment du vrai mérite, la liste des électeurs, la liste des candidats et les instructions de vote ne seront affichées que le vendredi 29 mai » (La fête devait être célébrée le
- 31).
- Ainsi fut fait. Toutes les informations nécessaires furent publiées, y compris les raisons d’après lesquelles les votes devaient se déterminer :
- « Mérite de direction dans l’emploi, la surveillance, le travail à faire ;
- » Mérite de capacité, de bonne exécution dans le travail ;
- » Mérite d’invention ou de perfectionnement dans les procédés du travail ;
- > Mérite de zèle, assiduité au travail, dévouement à sa tâche ».
- Voyons les résultats de cette laborieuse préparation.
- Vve J.-B.-A. Godin, née Moret.
- (A suivre).
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- S32
- LE DEVOIR
- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
- La discussion des interpellations et les lois sociales,
- L’interpellation de M. Millerand , sur la négligence du gouvernement à résoudre les questions ouvrières, avait mis en goût les amateurs d’interpellations qui éprouvèrent soudain l’irrésistible besoin d’ajouter à leurs fonctions de redresseurs de torts celle d’ardents soutiens de la cause des travailleurs.
- A peine l’incident soulevé par l’ancien ministre du commerce venait-il d’être clos par un ordre du jour de confiance, qu’un membre de l’opposition , M. Lasies, se levait pour demander que le Président du conseil prît au moins l’engagement de faire voter la loi des retraites ouvrières immédiatement après la loi en discussion , puisqu’on ne voulait pas interrompre celle-ci. Or, on se rappelle que^ c’est au vote d’une motion de M. Lasies tendant à faire procéder à une enquête, que l’on doit l’ajournement indéfini de la discussion du projet de loi sur la caisse des retraites.
- D’autre part, d’excellentes raisons ont été invoquées en faveur du libre exercice du droit d’interpellation par ceux-là mêmes qui en avaient autrefois trouvé de fort bonnes quand ils étaient la majorité, pour le canaliser.
- La majorité d’aujourd’hui s’est rappelé qu’elle avait été, jadis, minorité, et qu’elle pourrait bien le redevenir un jour. On a donc, d’un parfait accord, et avec une rare unanimité, rendu aux interpellations leurs vendredis absorbés par la loi sur l’enseignement.
- Quant aux questions ouvrières, ministériels et opposants ne pouvaient moins faire que de leur accorder également un jour par semaine, bien décidés, d’ailleurs, à tenir au besoin des séances matinales pour en activer l’examen. Mais l’exécution de cette partie du pro-
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE 333
- gramme était renvoyée après les vacances, alors qu’on se décidait à rendre sur le champ la parole aux interpel-lateurs.
- Le profit de cette dernière mesure n’a pas été grand, il s’est borné à l’audition d’une troisième interpellation bien inutile, sur les incidents de la Bourse du travail.
- Il faut remonter à la période antérieure au débat sur l’enseignement congréganiste, pour trouver l’interpellation vraiment intéressante de la session, intéressante par ses causes, sinon par ses effets de séance, l’interpellation sur les grèves agricoles du Midi.
- Jusqu’alors, toutes les grèves industrielles ou commerciales avaient eu leur écho, souvent répété, au Parlement ; mais, à l’exception des très localisés et très spéciaux conflits survenus dans le travail des bûcherons du Cher, on n’y avait pas encore parlé de grève agricole.
- M. Lasies, déjà nommé, a bien voulu, le 5 février, combler cette lacune.
- Au début, ce n’était qu’une question que M. Lasies voulait poser à M. Combes ; mais la narration des faits lui ayant attiré des démentis et les protestations de quelques députés des régions intéressées, le président laissa la Chambre décider de transformer la question en interpellation.
- Le député bonapartiste du Gers fit un noir tableau de la situation. Il ne prononça pas le mot de jaquerie, mais on aurait pu le croire, à l’entendre. Du reste, si le mot n’a pas été dit à la tribune, il a été écrit dans un journal de droite.
- M. Lasies ne contesta pas aux ouvriers agricoles le droit de recourir à la grève, il déplora amèrement qu’ils aient cessé le travail à un moment où cela gênait considérablement les propriétaires. Cela n’est pas tout à fait exact, mais on comprendrait aisément que ces ouvriers n’aient pas attendu pour se mettre en grève que les employeurs puissent se passer de leurs services sans le moindre dommage.
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- Le président du conseil répondit. Dès la première phrase, il calma les alarmes de l’interpellateur et de ses amis.
- M. Lasies, dit-il, va peut-être s’étonner, mais je dois lui faire cette déclaration : Je donnerais volontiers la grève du Midi comme un modèle aux grèves de l’avenir.
- M. Combes a passé en revue les divers incidents auxquels le précédent orateur avait fait allusion. On avait parlé de drapeau rouge, de violences contre les personnes, de tocsin. Le drapeau rouge était la bannière du syndicat ; les violences se bornaient à une correction infligée à un régisseur de domaine, qui avait par bravade tiré un coup de revolver sur un groupe de grévistes ; enfin, l’on avait pris pour le tocsin une joyeuse sonnerie de cloches réglant les mouvements d’une danse improvisée sur la place publique. Un drame ? Une idylle. Ici s’achevait la question.
- Les députés des régions viticoles du Midi ont demandé à la transformer en interpellation afin que le débat ait une sanction.
- Ils se sont bornés, pour éviter les redites, à rectifier quelques détails du récit de M. Lasies. Puis, on a passé au vote de l’ordre du jour de confiance.
- Il convient de dire que le président du conseil ne s’était pas contenté de réduire à de plus justes proportions les incidents qui avaient marqué la grève ; sur les origines, les causes et le résultat de cette grève, il avait fourni, en quelques paroles sobres, les renseignements les plus précis.
- La cause immédiate de la grève provient du désir d’un relèvement de salaires, venu aux ouvriers agricoles du Midi, lorsque la mévente des vins a cessé pour faire place à un retour à la prospérité ordinaire.
- • Par l’effet de cette mévente, les salaires étaient descendus à un taux qui ne permettait même pas aux ouvriers de subvenir à leurs besoins. Au lieu de 3 fr. et 3 fr. 50 d’autrefois, les ouvriers avaient dû accepter
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- CHRONIQUE parlementaire
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- des salaires au-dessous de 2 francs, allant même dans certains endroits à 1 fr. seulement. Le salaire actuel se chiffrait par 500 ou 600 francs au plus.
- Quand l’ouvrier vit que grâce au prix élevé du vin, le propriétaire faisait de gros bénéfices, il demanda le retour à des taux raisonnables. Un moyen s’offrait à lui : l’entente avec ses compagnons de travail. De là des groupements nommant des chefs et leur donnant mission de s’entendre avec les patrons. Les patrons, n’acceptant pas les propositions des ouvriers, il fallut les menacer d’une grève.
- Une première grève dura un jour. Elle aboutit à un relèvement de salaire et son succès fit que les grèves s’étendirent de commune en commune. C’était la contagion de l’exemple.
- La grève dans son ensemble a été aussi pacifique que peut l’être une grève. Le président du conseil terminait cette partie de son exposé par la considération suivante : « S’il était possible de concilier les intérêts du capital et du travail, sans cessation du travail, rien ne serait plus désirable, mais il est douteux qu’on puisse en arriver là.
- « En créant des syndicats, on a entendu leur laisser leur liberté légitime d’action. La grève est un résultat naturel de l’action commune, car personne ne veut revenir sur la loi de 1884. »
- Sur la formation des syndicats agricoles du Midi et sur leur action dans la grève, on trouvera les détails les plus complets dans l’impartiale enquête faite pour le Musée Social, par M. Augé-Laribé : « Les ouvriers de la viticulture languedocienne et leurs syndicats ». (Musée social, Mémoires et documents, novembre 1903) et dans les autres études du même publiées dans les Annales du Musée Social (février et mai 1904).
- A suivre l’auteur dans les développements de sa remarquable étude, nous, sortirions du cadre de cette chronique ; mais il nous paraît utile, après lui, d’attirer l’attention sur l’intérêt et la gravité des problèmes
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- posés par les récentes grèves, et sur l’enseignement qu’il en tire, enseignement que les débats parlementaires envahis par l’anecdote ont trop laissé dans l’ombre, à savoir : que là, tout au moins, où l’agriculture organise le travail sur le mode industriel, les ouvriers des champs s’organiseront à leur tour comme ceux de l’usine et de l’atelier et s’uniront avec eux.
- Le débat, d’ailleurs, renaîtra devant le Parlement, M. Jaurès, qui s’était fait inscrire, ayant renoncé à prendre la parole, se réservant de discuter plus longuement et d’une façon générale, à un autre moment, la question des rapports permanents entre ouvriers et propriétaires viticulteurs.
- Un simple coup d’oeil jeté sur le stock des propositions de loi relatives aux questions sociales, suffirait pour faire comprendre que ce ne serait pas trop des deux années qui restent à la présente législature pour les solutionner, en supposant qu’il soit désirable qu’elles reçoivent toutes une solution, et en supposant aussi qu’on puisse réduire à la portion de temps la plus stricte, les inévitables interpellations, l’indispensable budget, et négliger, avec d’autres questions ayant un caractère d’urgence indéniable qui naîtront de circonstances imprévues, toutes celles qui rentrent dans la compétence de commissions aussi légitimement désireuses que les commissions du travail et de l’assurance et prévoyance, de voir sanctionner leur œuvre : Commission du budget, (à laquelle aboutissent toutes les propositions ayant une répercussion, si petite soit-elle, sur les finances) ; commissions des douanes, de l’agriculture, des travaux publics, chemins de fer et voies de communication, de la Réforme judiciaire et de la Législation civile et criminelle (la plus chargée de toutes), de l’Armée, de la Marine, des Affaires extérieures, protectorats et colonies, de l’Enseignement et des Beaux-Arts, de l’Administration générale, départementale et communale, des cultes et de la décentralisation, du com-
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- merce et de l’industrie, de la législation fiscale, de l'hygiène publique, des Postes et télégraphes, des Economies, du Suffrage universel, du Règlement, des Associations et des Congrégations, de la Séparation des Eglises et de l’Etat, des Mines, des Octrois ; sans compter une demi-douzaine de commissions spéciales parmi lesquelles celle qui examine les divers projets et propositions relatifs à la réforme du Code de justice militaire.
- A noter que pour stimuler l’activité de ces commissions, on ne compte pas moins de trente-cinq groupes techniques, régionaux ou politiques, constitués par adhésion volontaire, se réunissant plus ou moins fréquemment, et dont le dernier en date, celui de la mutualité, comprend plus de la moitié des membres de la Chambre.
- L’influence de ces groupes n’est pas niable. Elle se manifeste, selon les époques, dans les sens les plus opposés. N’est-ce pas la pression exercée par les grou- ' pes d’intérêts agricoles qui a lancé la France dans la voie de la protection douanière ? Et qui pourrait dire que le groupe de l’arbitrage, en organisant l’échange de visites entre parlementaires anglais et français, n’a pas donné l’impulsion décisive aux manifestations de sympathies internationales, qui ont abouti à la signature de traités d’arbitrage et d’accords réglant les diverses questions litigieuses d’où pouvaient naître de sanglants conflits ?
- Qui pourrait contester que seule l’union constante des groupes de gauche, sous le nom significatif de Bloc, a rendu possible la poursuite de la réalisation d’un programme politique répondant aux aspirations communes de ces groupes, et mis un terme à l’instabilité ministérielle qui était une cause de faiblesse pour la République ?
- On ne peut douter, d’autre part, que le nouveau groupe de la mutualité, lequel se recrute dans tous les partis, son objet spécial ne s’accommodant pas des distinc-
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- tions politiques, ne manquera pas de justifier son existence à l’occasion du débat sur la caisse des retraites ouvrières.
- Ceci nous ramène aux lois sociales au premier rang desquelles, par son importance et par son caractère d’urgence, se place l’organisation de cette caisse.
- La réforme est mûre dans les esprits ; il ne reste plus qu’à trouver les ressources financières propres à en assurer l’exécution. Ce n’est pas une tâche aisée.
- Déjà, comme l’a rappelé M. Combes dans sa réponse au discours de M. Millcrand, au moment môme où le ministre des finances avait toute la peine du monde à réaliser l’équilibre budgétaire, la législature actuelle a voté la somme relativement lourde d’un million pour la bonification des retraites des ouvriers mineurs. Ont suivi l’adoption par le Sénat de la loi concernant les enfants assistés, qui entraîne pour les finances de l’Etat une dépense de 6 millions, et l’adoption par la Chambre de la loi sur l’assistance aux infirmes et aux vieillards qui aboutit à un sacrifice budgétaire de près de 20 millions, et cela sans demander à de nouveaux impôts de quoi subvenir à ces dépenses, mais en les couvrant à l’aide de moyens financiers qui ne viennent, certes, pas d’eux-mêmes au devant des recherches. A quelle source l’Etat puisera-t-il les 200 millions représentant sa contribution annuelle aux pensions de retraite, alors qu’il a déjà à faire face aux dépenses des laïcisatiops et à celles, très prochaines, de la réforme du service militaire ?
- La discussion sur la loi des retraites ouvrières ne viendra donc pas avant qu’on ait statué sur la réforme fiscale proposée, l’impôt sur le revenu, qui paraît devoir rallier les suffrages des divers éléments de la majorité actuelle ; car nous sommes sans illusion sur l’éventualité de l’adoption de mesures telles que la diminution des frais militaires ou l’établissement de l’hérédité de l’Etat, qui ont nos préférences.
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- Lorsque la Chambre a repris ses travaux, le 17 mai, un certain nombre de questions ouvrières ou sociales, qui avaient fait l’objet d’un rapport sur le fond, étaient susceptibles d’être immédiatement discutées : Extension à toutes les exploitations commerciales des dispositions de la loi du 9 avril 1898 sur les accidents du travail (M. Mirman, rapporteur), — service des enfants assistés, — surveillance des établissements de bienfaisance privée (travail des enfants) (M. Bienvenu Martin, rapp.), — modification à la loi du 11 mars 1884 sur les syndicats professionnels (M. Barthou, rapp.)? —protection du travail national (M. Mas, rapp.), — révision de la législation des établissements dangereux, insalubres ou incommodes (M. E. Chautemps, rapp.), — hygiène et sécurité des travailleurs dans les établissements industriels (M. L. Cornet, rapp.), — organisation de la direction de la mutualité au ministère de l’intérieur (M. Clémentel, rapp.), — suppression des économats et interdiction aux employeurs de vendre directement ou indirectement à leurs ouvriers et employés des denrées et marchandises (M. Bouveri, rapp.), — création de Chambres consultatives d’agriculture (M. Deker-David, rapp.), — taxe du pain et de la viande (M. Dujar-din-Beaumetz, rapp.), — surveillance et contrôle des sociétés d’épargne et de capitalisation (M. Guieysse, rapporteur).
- A la date du 17 mai, la commission du travail restait encore saisie de 23, et la commission d’assurance et de prévoyance de 35 projets ou propositions de loi intéressant le monde ouvrier ; 32 autres propositions analogues étaient réparties, suivant leur objet plus spécial , entre une demi-douzaine d’autres commissions (commissions du budget, 1 ; de l’agriculture , 12 ; des travaux publics, 2 ; de la législation civile ou criminelle, 6; de la marine, 1; du commerce et de l’industrie, 4 ; des mines, 4). Rappelons, en outre, que deux commissions avaient été chargées de procéder à des enquêtes, l’une, sur les conditions du travail dans les
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- mines ; l’autre sur les conditions du travail dans les industries textiles.
- M. Dron , president de la commission des mines, a déposé, le 2 avril, des procès-verbaux contenant les dépositions reçues par cette commission.
- L’assurance contre l’invalidité et la vieillesse et la réglementation de la durée du travail, ont donné lieu à près du tiers des propositions en cours d’examen. La fixation et le payement du salaire ont motivé le dépôt de quelques propositions dont trois visent l’établissement d’un minimum au profit des travailleurs agricoles, des ouvriers du bâtiment et du petit personnel du garde-meuble.
- D’autres propositions tendant à constituer ou à améliorer la représentation et la juridiction professionnelle (conseils de prudhommes, conseils de conciliation et d’arbitrage, conseils du travail, chambres d’agriculture), ainsi que l’inspection du travail, l’hygiène et la sécurité du travailleur, les conditions humaines du travail.
- A noter encore les propositions concernant les groupements professionnels, plus ou moins permanents (syndicats, coalitions) et dans la catégorie des assurances ouvrières les nombreuses modifications proposées à la loi sur les accidents.
- Indépendamment de quelques propositions de secours, deux propositions de loi, l’une de M. Coûtant, l’autre de M. Colliard, tendent à la création d’une caisse nationale de chômage.
- La participation aux bénéfices est visée par la proposition E. Roche qui tend à l’appliquer à tous les salariés de l’industrie des mines ; la coopération est visée et par la proposition Clémentel concernant la création de coopératives agricoles et par la proposition Constans tendant à l’exploitation des mines par les mineurs.
- En permettant de grouper suivant leurs analogies ces diverses propositions, l’institution des grandes commissions a rendu facile leur examen, et leur perma-
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- nence a donne à l’œuvre législative l’esprit de suite sans lequel toute œuvre est incohérente et stérile.
- Précisément en ce qui concerne les questions ouvrières, le Sénat n’a pas cru devoir s’inspirer de cette méthode de travail qui s’adapte si bien cependant à sa propre permanence.
- Ainsi s’explique la longue stagnation des lois de ce genre au Luxembourg.
- Alors que la nouvelle méthode de travail commence à porter ses fruits au Palais-Bourbon, dans les cartons du Sénat dorment, depuis 1893, deux propositions de loi de M. Marcel Barthe tendant à modifier la loi de 1884 sur les syndicats professionnels. Côte à côte on y trouve trois propositions de loi concernant l’organisation nationale ou mutuelle de caisses agricoles dont l’une remonte à 1896. C’est l’année qui vit disparaître pour toujours dans leurs profondeurs, après avoir longtemps navigué entre le Palais-Bourbon et le Luxembourg, le projet de loi sur les sociétés coopératives présenté à la Chambre des députés le 16 juillet 1888, par M. Floquet, président du conseil des ministres.
- Puis, vinrent y chercher un repos rarement troublé, d’autres propositions de loi — qui seraient moins nombreuses si elles n’émanaient que de l’initiative du Sénat
- — sur les questions suivantes :
- Droit de la femme mariée sur son salaire (1896), — règlements d’atelier, — saisie-arret des salaires,—Caisses de retraite et de secours des ouvriers de l’industrie,
- — Constitution et maintien de la petite propriété rurale (1898), — assistance obligatoire à la tentative de conciliation pour différends collectifs entre patrons et ouvriers mineurs (1899), — sécurité publique dans l’exploitation des chemins de fer (1900), — règlementation du travail des agents des trains, — modification à la loi sur les délégués mirieurs, — modification à la loi sur les accidents (1901), — repos hebdomadaire des employés de commerce et des magasins, — réduction à 8 heures du travail dans les mines, — prévention des
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- grèves de mineurs par l’association du travail et du capital, — modification à la loi de 1894 sur les habitations à bon marché (1902), — interdiction de l’emploi des composés de plomb, —assistance aux vieillards infirmes, incurables,—proposition deM. Guyot, sénateur, sur le môme objet, — modification à l’article 28 de la loi de 1898 sur les sociétés de secours mutuels, — warrants agricoles, — assistance aux aveugles, — réorganisation du service de la prisée des Monts-de-Piété, — enfin, le projet de loi sur les patentes qui intéresse les Sociétés coopératives de consommation (1904),
- Le Sénat ne s’est réuni que le 24 mai.
- Deux rapports étaient prêts à être discutés : celui de M. Strauss, sur la proposition de loi votée par la Chambre, relative à l’assistance obligatoire des vieillards, infirmes et incurables, et celui de M. Chovet, sur la proposition de loi, également votée par la Chambre et tendant : 1° à modifier divers articles de la loi du 9 avril 1898 sur les accidents du travail ; 2° à améliorer cette loi au profit des chauffeurs, mécaniciens et autres agents des compagnies de chemins de fer; 3° ayant pour objet de donner droit à la responsabilité forfaitaire dans les accidents du travail.
- La Chambre ayant résolu de consacrer toutes ses séances, à l’exception des vendredis, à l’importante discussion de la loi de deux ans, il a été décidé que deux séances matinales seraient octroyées aux questions ouvrières à partir du mois de juin. On commencera par la loi relative à l’extension de la loi sur les accidents du travail aux exploitations commerciales,
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- Alliance coopérative internationale.
- Le sixième congrès de l’Alliance aura lieu à Budapest du 5 au 8 septembre 1904, sous la présidence du comte Alexandre Karolyi.
- Cette Alliance, constituée en 1895, a tenu jusqu’à présent cinq congrès : à Londres en 1895, à Paris en 1896, à Delft en 1897, à Paris en 1900 et à Manchester en 1902.
- L’ordre du jour suivant a été arrêté :
- 1° L’organisation et le fonctionnement d’associations coopératives de consommation dans des districts ruraux et quasi-ruraux.
- 2o Le devoir de l’Etat envers la coopération : doit-il la subventionner ou non, et de quelle manière ?
- 3<> La centralisation du crédit coopératif au moyen de caisses ou banques centrales.
- 4° L’état arriéré de la coopération dans quelques pays de l’Europe orientale : ses causes et les remèdes.
- Une Exposition de produits de l'a coopération et d’autres articles, y compris des graphiques démontrant le développement et l’extension actuelle de la coopération dans les divers pays^de l’Europe, se tiendra durant le Congrès.
- Le siège de l’Alliance est actuellement à Londres, 19 Southampton Row (Président M. Henri W. Wolfï). La Commission hongroise d’organisation a pour adresse: M. le Df Bernat, secrétaire, Barossutcza 10, Budapest.
- *#*
- Nécessité d’une loi sur la coopération ouvrière et la participation.
- M. Doumer, député de l’Aisne, présidait, le 15 mai.
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- le grand banquet organisé par la Chambre consultative des sociétés ouvrières de production, pour fêter le succès remporté par celles-ci à l’Exposition d’Hanoï.
- L’ancien gouverneur de l’Indo-Chine qui fut on le sait le rapporteur du projet de loi sur les sociétés coopératives, a prononcé à cette occasion un grand discours politique. Nous en reproduisons le passage consacré à la coopération.
- Après avoir rendu un juste hommage à l’initiative de Charles Floquet, auteur du premier projet de loi sur les associations coopératives, et rappelé les vicissitudes de cette loi, qui, votée trois fois par la Chambre et trois fois par le Sénat, est allée dormir, après tous ces efforts, dans le sein d’une commission qui, elle-même est morte de sa belle-mort, M. Doumer a ajouté :
- « Ce projet peut et doit être repris. Notre premier souci doit aller à ces coopérateurs, à ces bons ouvriers de la première heure qui ont eu à surmonter des obstacles formidables ; à ces hommes de cœur et de volonté qui, pour assurer la paye du samedi, ont dû quelquefois engager leur petit avoir. {Bravos.)... Les coopérations qu’ils ont mises au monde sont grandes filles aujourd’hui. Telles d’entre elles, dont je vois ici les représentants, celles des charpentiers par exemple, n’ont pas de rivale dans le monde entier. '
- « Ils ont accompli ce tour de force de faire passer dans les mains mêmes du travailleur cet instrument indispensable de toute production qui s’appelle le capital.
- « Ce ne sont pas des utopistes, Messieurs, ils ne méprisent pas le capital, ils savent très bien que, sans lui, l’homme, avec ses seuls bras, est désarmé, ils font bien mieux que de déclamer contre le capital, puisqu’ils font du travailleur lui-même un capitaliste. (Vifs applaudissements.)
- « Et ce que je dis des coopératives, je le dis aussi de cette tentative si intéressante qu’on appelle la participation aux bénéfices. C’est la même idée sous une $utre forme, puisqu’il s’agit toujours d’intéresser
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- l’ouvrier aux résultats de son travail. Mais c’est l’idée appliquée aux grandes industries qui exigent tout d’abord une mise de fonds considérable. La % transition est ensuite facile à l’Association ouvrière proprement dite. Qu’est-ce, par exemple, que ce Familistère de Guise, si ce n’est une grande et salutaire coopération qui a fait passer peu à peu le capital entre les mains des producteurs eux-mêmes ?
- «Voilà ce que de courageux citoyens ont accompli par leurs propres forces. Eh bien, je vous le demande, convient-il que le gouvernement assiste à leurs efforts les bras croisés ? Peut-il se désintéresser d’une pareille évolution? Ne doit-il pas la faciliter par tous les moyens possibles et, tout d’abord, en modifiant les vieilles lois hostiles qui découragent, au lieu de la seconder, l’initiative des citoyens ? (Très bien! bravos.)
- « Que d’entraves! Que de règlements surannés! Faut-il rappeler le temps où l’empire considérait comme des actes séditieux les délibérations des patrons et des ouvriers de la maison Leclaire sur leurs intérêts communs? Mais l’empire n’a pas emporté dans sa chute toutes les défiances de la loi. Aujourd’hui encore , combien de sociétés ont été tuées, dans leur germe, par cette absurde exigence légale qui fait de l’ouvrier l’associé de la perte aussi bien que du bénéfice ; comme si le salarié qu’un simple chômage jettera demain sur le pavé pouvait subir tous les risques du capital !
- « Parlerai-je aussi de cette autre règle draconienne du contrat de participation, qui autorise le personnel à vérifier les livres et les comptes de la société, par lui-même ou par ses héritiers, longtemps après qu’il a quitté l’usine ? Ces précautions mêmes tournent contre ceux qu’on veut protéger, puisqu’elles dégoûtent les industriels de la participation.
- «Je p’en finirais pas, Messieurs, si j’énumérais toutes les bizarreries de la loi. Notre premier soin doit être de les faire disparaître et de hâter ainsi la transformation graduelle du salariat, c’est-à-dire la plus grande révo-
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- lution des temps modernes. (Applaudissements prolonges.) »
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- La production coopérative par les sociétés de consommation.
- En Allemagne.
- M. Alfred Nast signale dans V Union coopérative un fait qui pourrait avoir une influence considérable sur le développement de la coopération allemande.
- A l’Assemblée générale extraordinaire de la Fédération coopérative pour les achats en gros, tenue le 6 mars 1904, à Chemnitz (royaume de Saxe), l’un des gérants de la Société de gros, M. H. Lorentz a montré que le moment était venu, pour les consommateurs organisés d’Allemagne, d’entreprendre eux-mêmes la production coopérative sur le modèle de la Wholesale anglaise. Cela pourrait se faire assez vite pour certains produits dont l’écoulement est, d’ores et déjà, assuré — grâce à leur consommation régulière par les coopératives adhérentes à la Fédération. De l’enquête et des statistiques auxquelles s’est livrée la Société de gros, il résulte qu’il sera opportun de créer tout d’abord une fabrique de savons.
- Les administrateurs de la Société de gros ont déjà projeté l’acquisition d’un fonds de terre pour y élever leur fabrique, à Aken-sur-l’Elbe, où existent les plus grandes facilités de communication par voie de terre et voie d’eau.
- La proposition de la gérance a été votée à l’unanimité, moins deux abstentions. t
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- En Suisse.
- La Fédération suisse des sociétés coopératives de consommation se consolide et se renforce chaque jour par l’adhésion de nouvelles sociétés. Les ventes de l’année dernière ont atteint plus de six millions et la
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- prochaine assemblée générale aura à s’occuper d’agrandissements de bureaux, installations d’entrepôts et création de fabriques permettant de remplacer les industriels qui auraient l’intention de boycotter les sociétés coopératives. La réalisation de ces questions importantes nécessitera sûrement une augmentation de ressources que le Comité croit pouvoir réaliser avec l’aide d’hommes désintéressés et des 120 000 coopérateurs qui font partie actuellement de l’association.
- * *
- La société « Le Travail ».
- Depuis vingt et un ans que cette Association ouvrière de peinture existe, elle s’est imposé comme règle de donner à ses comptes-rendus la plus large publicité, estimant que l’expérience qu’elle fait n’intéresse pas 'seulement ses membres. Dans le compte-rendu des opérations de la société pour l’exercice 1902-1903, son directeur, M. Buisson, dit à ce sujet:
- « Etant donné les échecs qui se sont produits, en ces derniers temps, dans quelques sociétés, sur lesquelles il avait été fondé de grandes espérances, il nous paraît de toute utilité, plus peut-être qu’à tout autre moment, en vue même de la propagation de nos principes, que les associations qui réussissent fassent connaître, à tous, les résultats qu'elles ont obtenu ; il faut, en un mot, que la théorie de l’Association de production, par nous préconisée comme un moyen d’émancipation ouvrière, sorte indemne des applications plus ou moins intelligentes ou plus ou moins heureuses qu’il en est fait. »
- Nous avons assez longuement parlé, en son temps, de l'innovation hardie par laquelle les membres de l’Association « Le Travail », afin de donner à la société qu’ils avaient fondée tout le développement dont elle est susceptible, avaient, par un renversement des conditions ordinaires de la production, fait appel à l’élément capital en lui laissant seulement un large droit
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- de contrôle et en laissant à l’élément travail l’administration et la direction de l’entreprise.
- Il ne paraît pas que cette société ait eu à se repentir d’être entrée dans une voie où l’ont suivie, après avoir combattu sa thèse, nombre d’Associations coopératives.
- Les chiffres du compte-rendu pour l’exercice 1902-1903, — que l’on peut rapprocher du reste de ceux des vingt exercices précédents publiés dans un tableau d’ensemble — témoignent de la situation prospère de cette société. Le montant des travaux exécutés s’est élevé à 1.962.426 fr. 20 sur lesquels la société a fait un chiffre total de 94.321 fr. 85 de bénéfices nets. Les prélèvements pour amortissements divers étant effectués, la somme des bénéfices nets à répartir a été de1 40.000 francs. Ces 40.000 francs ont reçu, conformément aux statuts, l’attribution suivante : réservç extraordinaire, 2.000; au dividende 12.664; à la participation 12.668 ; au directeur, 4.268 ; au conseil d’administration, 1.600 ; à la caisse de secours et de retraites, 6.800.
- Au sujet de la caisse de retraites, dont le capital après l’attribution qui lui est faite aujourd’hui, s’élève à 54.144 fr. 26, le rapporteur fait remarquer que ce capital représente moins du tiers des sommes versées à la caisse depuis la fondation de l’Association, c’est-à-dire depuis vingt et un ans, et il exprime le regret que malgré tous les efforts qu’il a faits pour les en détourner, les anciens membres de la société aient pris le parti, lors de sa transformation, en 1898, de se partager les fonds qui leur avaient été portés en compte !
- La Fédération des Sociétés coopératives belges a
- tenu son assemblée générale annuelle le 2 avril, à Bruxelles.
- Cette Fédération qui existe depuis le lpr janvier 1901, groupe actuellement 92 sociétés, soit 4 de plus que l’année dernière.
- Le nombre des sociétés clientes s’élève à 175 contre
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- 189 en 1902. Le capital se monte à 67.300 francs sur lequel il a été versé la somme de 17.536 fr. 95 constitués en grande partie sur les bénéfices réalisés.
- Quant au chiffre d’affaires il est pour 1903 de 1 million 485.572 fr. 97, soit une augmentation de 200.000 fr. environ.
- Néanmoins le chiffre d’affaires ne répond pas tout à fait à l’attente des administrateurs. Le secrétaire, M. V. Serwy, en attribue tout d’abord la cause à ce fait que plusieurs marchandises dont le débit est important, ont vu leur cours fléchir considérablement et que les augmentations sur les prix d’autres marchandises n’ont pu contrebalancer cette diminution.
- D’autre part, dans certains milieux, la Fédération a vu son élan s’arrêter parce qu’elle ne pouvait accorder comme le font certains négociants des crédits de trois mois et plus aux sociétés clientes. Elle a dû renoncer en partie à cette clientèle, comme elle a été obligée de refuser de vendre à certaines sociétés dont la situation n’était pas bonne.
- La vente dans les sociétés dépasse 40 millions.
- Le chiffre d’affaires de la Fédération pourrait donc être beaucoup plus élevé qu'il n’est. Malheureusement les anciennes sociétés ont pris des habitudes ; souvent elles croient se diminuer en achetant à une société coopérative moins âgée qu’elles.
- Le rapporteur leur adresse un pressant appel. Il leur demande de comprendre que « par la Fédération seule elles peuvent espérer lutter victorieusement et que, par la Fédération seule, elles pourront apporter à la classe ouvrière organisée l’admirable ensemble d’établissements commerciaux, d’usines, de fabriques, d’institutions de prévoyance, d’éducation et de solidarité, qui fait la grandeur des Wholesales d’Angleterre et d’Ecosse. »
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- La fin de la « Moissonneuse ».
- Cetto société coopérative rayonnait sur trois des plus populeux arrondissements de la capitale française. Elle avait réussi à grouper 20.000 familles, soit près de 100.000 consommateurs. Elle exploitait une vaste boulangerie, avait une trentaine de succursales dans lesquelles elle vendait du pain, du vin, des épiceries, de la charcuterie, de la viande, des chaussures, des objets de ménage, etc. Elle faisait annuellement pour plus de 20 millions de francs d’affaires. Elle vivait depuis trente ans et après avoir atteint un degré de prospérité inouï, elle vient d’être mise en liquidation judiciaire.
- Les divers organes coopératifs ont recherché les causes de cette chute.
- Les uns ont vigoureusement accusé les griefs ; les autres ont cherché des atténuations. Les premiers ont dit : cela est arrivé par la faute des coopérateurs eux-mêmes qui se bornaient à toucher leurs dividendes, négligeaient d’assister aux assemblées générales, et se désintéressaient ainsi du choix fait par celles-ci des membres du Conseil d’administration. La conséquence de cette attitude a été la suivante : le Conseil d’administration était choisi parmi des gens dont on ne connaissait ni les capacités ni la moralité. Une commission d’achats nommée par les membres du Conseil a, par ses agissements malhonnêtes, conduit la «Moissonneuse» à sa perte.
- Les marchands de gros, les voyageurs, pour enlever une commande de quelques centaines de mille francs, payaient des commissions ou pots de vins aux membres les plus influents des Comités d’achats. Ceux-ci acceptèrent et bientôt, l’appétit venant en mangeant, et se voyant maîtres souverains de la Coopérative, ils exigèrent des commissions de plus en plus fortes. Il en résultait que les fournisseurs vendaient à des prix trop élevés des marchandises de médiocre qualité, d’où réclamation des membres, désertion des magasins, pertes
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- subies par suite do frais generaux considérables, ruine et liquidation finales !
- Du côté des défenseurs de la « Moissonneuse » on affirme que la réputation de tripatouillage qui lui fut faite est de beaucoup exagérée.
- L’importance de la « Moissonneuse » la désignait plus que toute autre société aux attaques du commerce de l’alimentation, de sorte que la moindre faute de tel ou tel administrateur était proclamée à cors et à cris par les adversaires, dans le but de discréditer la coopération en général et la « Moissonneuse » en particulier. Puis vinrent les déchirements , la suspicion et par suite l’éloignement des coopérateurs.
- La déconfiture de la « Moissonneuse » tient également à d’autres causes qui menacent toutes les sociétés coopératives : d’une part la fondation de grands bazars de l’alimentation, l’abaissement du prix des denrées alimentaires ; d’autre part l’augmentation constante des frais généraux dans les sociétés coopératives, soit par la défectuosité des services de la répartition, soit par la construction onéreuse d’immeubles qui font que, comme à la « Moissonneuse », le seul loyer de la boulangerie se soldait comme capital-intérêt, par plus de 30.000 francs par an. '
- Pour notre compte, nous ne demandons pas mieux que de croire à l’exagération des critiques dirigées contre les agissements des administrateurs de la « Moissonneuse » et nous convenons sans peine que les coopérateurs sont dans l’impossibilité d’empêcher la transformation du commerce qui les menace. C’est à nos yeux une raison de plus pour qu’ils exercent un contrôle vigilant sur les actes de l’administration, afin d’éviter les dilapidations, les gaspillages et les frais inutiles.
- Une mine aux mineurs qui cesse.
- Le conseil d’administration de la mine aux mineurs
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- le Devoir
- des Petits-Châteaux, près Montceau-les-Mines, a décidé d’arrêter l’exploitation.
- Cette mine, concédée gratuitement, était exploitée par un groupe de mineurs qui avaient été renvoyés des Mines de Blanzy, à Montceau-les-Mines, depuis la dernière grève de 1900, qui dura cent sept jours. Le travail était très difficile et peu rémunérateur ; aussi les ouvriers firent appel à la Bourse de l’Etat. La Chambre des députés, sur la demande du député, M. Bouveri, maire de Montceau-les-Mines, vota une subvention de 50,000 francs.
- La commission des finances du Sénat refusa de ratifier cette décision, estimant qu’il était inutile d’aider une entreprise vouée à l’insuccés. Elle accepta seulement d’accorder des secours aux mineurs.
- A la suite de cette décision, les mineurs des Petits-Châteaux ont préféré quitter la mine.
- Un programme d’études.
- La plupart des questions soulevées par les divers faits qui précèdent se retrouvent dans le programme suivant d’études sur la coopération élaboré l’année dernière par M. Charles Gide, président du Comité central de de l’Union coopérative des sociétés de consommation, et par M. Manoury, du conseil d’administration de la Chambre consultative des sociétés ouvrières de production :
- 1° Des causes qui, en France, empêchent l’organisation fédérative, soit dans les coopératives, soit dans les mutualités.
- 2° Des causes qui ont provoqué dans les Conseils d’Administration des sociétés coopératives de consommation certains cas de démoralisation.
- 30 Des difficultés qu’éprouvent les associations de consommation et les associations de production à entrer en relations.
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- PARTICIPATION ET COOPERATION ' 353
- 4° Quels sont les caractères qui distinguent ce qu’on appelle la coopération bourgeoise et la coopération socialiste ?
- • 5° L’exemption de la patente pour les sociétés coopératives est-elle désirable et faut-il lutter pour son maintien ?
- 6° Les associations ouvrières de production. Des dispositions statutaires qui leur donnent et leur conservent le caractère de société ouvrière.
- 7° De la formation du capital des associations ouvrières de production par le concours des sociétés coopératives de consommation, des sociétés de secours mutuels et dès sociétés d’épargne et de prévoyance. Possibilité de faire concourir les fonds des caisses d’épargne à la formation du Crédit coopératif, en faveur des associations ouvrières.
- 8° De l’association ouvrière de production agricole. De la propriété rurale coopérative.
- 9° D’une législation favorisant l’évolution coopérative et permettant la transformation de certains grands services publics en sociétés coopératives.
- ÎO De l’organisation d'un enseignement coopératif à tous les degrés. De la création d'une Université Coopérative.
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- Lé deVoîr
- FAITS POLITIQUES ET SOCIAÜX
- PAYS DIVERS La lutte contre l’alcoolisme.
- En Suède.
- On sait que la loi qui réglemente la vente de l’alcool en Suède, a laissé en dehors de ses prescriptions les boissons fermentées, dans lesquelles on voyait, au moment de son adoption, le meilleur auxiliaire de la tempérance. L’évènement n’a pas justifié cet optimisme. La consommation de l’alcool a bien diminué dans de notables proportions, mais celle de la bière qu’on avait cru devoir favoriser, a pris en ces dernières années des proportions si formidables, que l’on se préoccupe des mesures à prendre pour combattre cette nouvelle forme de l’alcoolisme.
- On n’a pas voulu courir le risque d’une défaite en essayant de résoudre le problème par une mesure d’ensemble. Mais sur le point où s’est porté l’effort, la victoire a été complète et telle que les abstinents n’en avaient pas enregistré d’aussi considérable depuis 1865.
- C’est à préserver l’armée qu’on s’est tout d’abord appliqué.
- En Suède, la plupart des rassemblements de troupes ont lieu à la campagne, loin des centres urbains. En dehors du camp, c’est-à-dire de la cantine, le soldat n’a donc aucune occasion de boire. Une certaine quantité d’eau-de-vie entrait autrefois dans sa ration journalière. Il n’en est, depuis longtemps, plus ainsi. Voilà des années mernè que le débit de l’eau-de-vie est interdit dans les cantines. Mais cette prohibition n’atteignait pas la bière. Or, la plupart des recrues ne sont pas à leur arrivée au camp, habituées à boire de la bière, mais elles contractent l’habitude et l’emportent ensuite uu village.
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- Faits politiques et sociaux
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- Cet argument développé par un chef de régiment, avec l’autorité d’une longue expérience, n’a pas peu contribué à faire approuver par la première Chambre qui Favait plusieurs fois repoussé dans des sessions antérieures, un projet de loi précédemment adopté déjà par la deuxième Chambre, et tendant à interdire toute vente de boissons fermentées dans les cantines militaires.
- Le 17 mai 1904, jour de l’adoption définitive du projet de loi, marquera donc une date importante dans l’histoire de la lutte contre l’alcoolisme en Suède.
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- En Russie.
- L’amiral Alexeief a, très sagement, frappé de punitions rigoureuses la vente de boissons alcooliques le long du parcours des trains militaires et des routes d’étapes des armées russes. Si cette défense peut être observée, la guerre aura, pour la première fois peut-être, servi à enseigner la tempérance à des populations qui, en temps de paix, ne la pratiquent guère, car la Vodka est, pour la Russie, le grand tentateur et le grand ennemi.
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- SUISSE
- La protection du travail.
- Le Conseil national a pris en considération, le 13 avril, et renvoyé au Conseil fédéral la motion suivante présentée par M. Studer, socialiste :
- « Le Conseil fédéral est invité à faire rapport le plus promptement possible, sur la question de savoir s’il n’y a pas lieu de réviser la loi sur le travail dans les fabriques, dans le but de réduire la durée du travail, de rendre plus efficace la protection des ouvriers et, en général, d’assurer un plus grand développement des principes qui sont à la base de la loi et des règlements d’exécution. »
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- LÉ DEVOIR
- Le vote a été précédé d’une discussion dans laquelle on a fait valoir, d’une part, que la limitation de la durée du travail dans les fabriques développerait l’industrie à domicile, qui échappe à tout contrôle, travaille aussi longtemps qu’elle veut et livre de la marchandise médiocre, et, en outre, que l’ouvrier travaillant moins gagnera moins.
- A quoi il a été naturellement répondu que, loin de diminuer la productivité, et par suite, les salaires, la réduction des heures de travail l’augmenterait plutôt, et en ce qui concerne l’industrie à domicile, que cette industrie devra être soumise à la loi sur les fabriques.
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- ETATS-UNIS La question des Chinois.
- Une grosse question se pose aux Etats-Unis. Il y a vingt ans y fut, comme on sait, inaugurée la politique d’exclusion à l’égard des Chinois. Le traité sur la matière, signé avec le Céleste empire, fut renouvelé pour dix ans et il arrive à expiration le 27 décembre prochain.
- Le gouvernement de Pékin l’a déjà dénoncé, et il paraît impossible de conserver plus longtemps un régime marqué au coin de l’arbitraire le plus brutal.
- La loi Geary fut,, en effet, l’aboutissement d’un système de violences et d’émeutes prolongées dont les émigrés chinois en Amérique firent régulièrement les frais. Jamais elle n’eût été votée si, à l’époque où ces choses se passaient, la Chine eût fait une figure quelconque.
- Conçoit-on des gens tolérant chez eux les ressortissants d’un pays qui n’admet pas leurs propres nationaux à résider sur son territoire. C’est* une abdication. La récente démarche de la Chine montre qu’elle est résolue à ne pas jouer plus longtemps ce rôle humiliant.
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- RUSSIE
- Institution de délégués ouvriers.
- Une loi de l’an dernier a donné aux chefs d’établissements industriels (fabriques et mines), le droit de choisir, parmi les travailleurs, des «doyens» chargés essentiellement des rapports du personnel avec la direction de l’exploitation. Voici les grandes lignes de la nouvelle organisation :
- Le patron désireux de créer pour son entreprise un comité de délégués ouvriers, en demande la permission aux autorités en leur indiquant, par le menu, la manière dont il entend le nommer et le voir fonctionner. L’autorisation accordée, les ouvriers sont répartis en un certain nombre de groupes ; chaque groupe présente plusieurs candidats parmi lesquels le patron choisit un doyen ; celui-ci doit avoir au moins vingt-cinq ans.
- Les doyens sont des interprètes autorisés de leurs groupes respectifs vis-à-vis des directeurs d’entreprises et aussi des fonctionnaires commis à la surveillance des fabriques et des mines. Ils exposent aux uns et aux autres les besoins et les requêtes des camarades, en ce qui concerne « l’accomplissement du contrat de louage de services et les conditions générales de l’existence dans l’établissement ». D’autre part, les ouvriers sont informés, par l’intermédiaire des doyens, des décisions prises par la direction de l’entreprise ou les autorités susdites dans une circonstance déterminée, ainsi que de la suite donnée à telle ou telle requête ou réclamation. ^
- Chaque doyen est libre de convoquer, pour discuter les affaires de la nature précitée, les ouvriers de son groupe à des réunions dont la date et le lieu sont fixés par la direction de l’entreprise. S’il s’agit de questions intéressant à la fois plusieurs groupes, leurs doyens seuls s’assemblent pour en délibérer.
- Les doyens qui ne remplissent pas convenablement
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- LE DEVOIR
- leurs fonctions peuvent en être relevés par décision du gouverneur, même avant l'expiration de leur mandat,
- ALLEMAGNE
- Les illettrés dans l’armée prussienne.
- Les chiffres suivants empruntés à la Revue internationale des armées de terre et de mer montreront avec quelle vigueur sont appliqués en Prusse les règlements sur l’instruction publique.
- Sur les 150,245 recrues prussiennes incorporées en 1902, il n’y avait que 71 illettrés, soit une proportion vraiment insignifiante de 0,4 p. 100. Il y a 20 ans, la proportion atteignait encore 2,04 p. 100.
- Les provinces de Poméranie, Schleswig-Hostein, Hanovre, Westphalie et Hesse-Nassau n’ont pas fourni un seul illettré. La Silésie en a fourni 11, la Prusse occidentale et la Posnanie chacune 18, et la Prusse orientale 19. La presque totalité des illettrés sont de race polonaise lithuanienne.
- AUSTRALIE
- Le parti ouvrier au pouvoir.
- Aux élections du parlement fédéral, qui ont eu lieu en décembre 1903, 22 membres du parti ouvrier ont été élus à la Chambre des représentants et 17 au Sénat.
- La force des partis était dès lors la suivante : à la Chambre, parti ouvrier, 22 membres (en augmentation de 6) ; ministériels 27 ; opposition 26 ; au Sénat, parti ouvrier 17 (en augmentation de 9), ministériels 6, opposition 13.
- La situation du cabinet était des plus précaires ; une crise -était inévitable. Elle s’est produite vers la fin d’avril.
- M. Watson, chef du parti ouvrier, a été chargé de former un nouveau cabinet de la Confédération. Auto-
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- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX
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- risé par son parti à choisir quelques-uns des ministres de son cabinet hors des rangs du parti ouvrier, il n’a pas abusé de la permission. A l’exception du ministre de la justice, tous les membres du cabinet australien appartiennent au parti ouvrier.
- Jamais encore, dans aucun pays, ce parti n’avait tenu les rênes du pouvoir.
- Il convient de dire que le parti ouvrier n’est pas absolument socialiste, mais la majorité des membres sont socialistes.
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- FRANCE
- Le parti des jaunes.
- Les syndicats jaunes, affiliés à la Fédération fondée par M. Pierre Bietry, viennent de former un « parti politique. >
- A la vérité la chose n’est pas nouvelle ; il n’y a de nouveau que l’application des mots « parti politique » à l’organisation des jaunes.
- Ce parti, ainsi que les syndicats ouvriers dont il est issu, tiendra son premier congrès à Paris les 18, 19 et 20 novembre prochain.
- Le journal Le Jaune a publié le programme de ce congrès, dont voici quelques passages :
- Parallèlement à l’organisation de syndicats purement professionnels, nous avons le devoir d’affirmer notre programme social.
- Les. « Jaunes » n’ont pas seulement des revendications professionnelles, ils ont des revendications sociales. Or, à moins de recommencer la stupide et criminelle guerre des classes inaugurée et prêchée en France par le socialisme de toutes les écoles, il est impossible de songer à un mouvement social sans admettre la possibilité d’y englober tous les membres de la société.
- Individuellement, tous les Français, bourgeois ou travailleurs, aristocrates ou patrons, peuvent être des
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- LE DEVOIR
- « Jaunes », participer à leurs actes, donner leurs avis, aider enfin à la floraison magnifique de renaissance nationale.
- 1° Le droit de propriété ;
- 2° Revendication ferme et continue des améliorations qui sont indispensables au développement physique, intellectuel et moral de la classe ouvrière ;
- 3° Participation de la main-d’œuvre aux bénéfices du capital ;
- 4° Opposition à toutes les grèves ayant un caractère politique, et dont la nécessité n’est pas démontrée par l’intransigeance patronale ;
- 5° Fixation des heures de travail par corporations, régions et métiers, d’un commun accord entre syndicats patronaux et syndicats ouvriers ;
- 6° Lutte contre le collectivisme d’État.qui, en fonctionnarisant les travailleurs, les met dans la main d’un maître anonyme , irresponsable et plus dur que le patron ;
- 7<> Développement dans la classe ouvrière des grands moyens sociaux de relèvement et d’indépendance, et garanties pour la vieillesse des travailleurs : mutualité, assistance et retraites ouvrières ;
- 8<> Placement gratuit par l’Union fédérative de tous les orphelins non syndiqués ;
- 9° Encouragement à toutes les initiatives privées dirigées vers des œuvres de bienfaisance ;
- 10° Éducation civique et professionnelle de tous les travailleurs , en vue de tous les droits , de tous les besoins et de toutes les libertés nécessaires à un grand peuple ;
- 11° Liberté d’association, liberté d’enseignement, liberté absolue de conscience.
- ' La principale revendication des « Jaunes » est l’accession du prolétariat à la propriété par la participation aux bénéfices.
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- GRANDE BRETAGNE 4 Campagne antinicotinique.
- Un projet de loi sera très prochainement présenté au Parlement anglais, par la ligue antinicotinique, pour refréner la passion de fumer, qui s’étend de plus en plus, de l’autre côté du détroit, chez les tous jeunes gens. Aux termes du règlement projeté, tout fumeur âgé de moins de 16 ans tomberait sous le coup d’une amende de dix shilings, et toute personne qui vendrait ou donnerait du tabac à un jeune homme ne pouvant justifier de seize printemps au moins, serait passible d’une amende de vingt shilings.
- On a. constaté, en Angleterre, la subite extension prise par le commerce des cigarettes : une seule fabrique emploie 50 machines , chaque machine roulant 250.000 cigarettes par jour. Le chancelier de l’Échiquier s’est convaincu que l’énorme accroissement de la consommation du tabac était dû aux tout jeunes gens.
- Dans une école de 50 élèves, on mit en observation 20 pensionnaires qui fumaient et dont l’âge variait entre 10 et 17 ans. Douze d’entre eux furent notés comme manquant absolument de mémoire, les autres se trouvaient dans des conditions d’infériorité physique manifestes. Dans certains États américains, au Canada, aux Bermudes, des lois existent pour combattre l’usage du tabac : l’Angleterre a l’intention de se mettre au diapason.
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- LE DEVOIR
- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
- FÊTE DU TRAVAIL
- La fête annuelle du Travail a été célébrée, au Familistère de Guise, à la date statutaire : le premier dimanche de Mai, conséquemment les 1 et 2 du mois dernier.
- A cette occasion et en exécution des articles 128 des statuts, 73 et 78 du règlement, le Conseil de Gérance, dans sa séance du 19 avril, a accordé, sur titre d’épargnes, pour propositions utiles et améliorations faites pendant l’exercice 1903-1904, la récompense suivante :
- M. Lefèvre Alexandre. — Améliorations diverses à la batterie n» 1 du moulage mécanique, proposées et mises en pratique.................. ....... 50 fr.
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- LA QUESTION DE LA PAIX
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- LA QUESTION DE LA PAIX
- Paroles pacifiques.
- Lors de la visite du président de la République à Rome, on lui a présenté la maquette d’une statue de Victor Hugo que la Ligue franco-italienne offre à la capitale de l’Italie.
- La cérémonie n’a pas eu le caractère officiel qu’on avait projeté de lui donner, car c’eût été souligner que Rome n’a pas encore hospitalisé la statue de Goethe, offerte par l’empereur d'Allemagne. La diplomatie est intervenue et l’inauguration a été remplacée par une simple présentation.
- Affranchies du convenu des toasts officiels, les paroles prononcées à cette occasion par le représentant de la France, sont, dans leur allure familière, empreintes d’une réconfortante philosophie : elles renferment la leçon des grandes choses et par surcroît celle des menus incidents.
- Après avoir rappelé qu’aux heures les plus tristes et les plus douloureuses de notre histoire quelques âmes généreuses, en petit nombre malheureusement, avaient, comme Victor Hugo, élevé la voix parlant au nom de la paix, de l’humanité et de la fraternité, M. Loubet a ajouté :
- « La manifestation d’aujourd’hui sera la preuve de la marche à travers le monde des idées de fraternité générale et de pacification universelle. C’est pour nous, qui avons les cheveux blancs, une joie profonde, au déclin de la vie, de voir nos aspirations d’autrefois, nos folies de jeunesse, nos utopies, arriver à leur réalisation.
- « Les voyages qu’on faisait autrefois étaient considérés comme des événements purement politiques. Ils
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- LE DEVOIR
- indiquent aujourd’hui un but plus élevé. Ils ont un résultat plus profond, car ils permettent à tous les peuples civilisés de développer les sentiments les plus généreux de l’humanité et empêcheront les générations futures de voir les tristesses dont nous avons été abreuvés une partie de notre existence.
- « Je souhaite que les manifestations auxquelles nous assistons et qui se produisent avec tant d’éclat et d’éloquence, aient pour résultat une union plus durable et plus féconde. »
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- Les frais de l’arbitrage vénézuélien qui, d’après la sentence du tribunal de la Haye doivent être supportés par toutes les puissances impliquées dans l’affaire ne se sont élevés qu’à la somme minime de 110 livres, soit 2.750 francs. Chacune des onze puissances n’aura donc à verser que 10 livres au gouvernement des Etats-Unis chargé de réunir les contributions.
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- La neutralité des pays Scandinaves.
- Les gouvernements du Danemark, de la Suède et de la Norwège ont adopté, après de longues négociations, des prescriptions uniformes concernant la neutralité de
- ces trois Etats.
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- Le budget de la paix
- La loi des finances du Danemark pour l’exercice du 1er avril 1904 au 31 mars 1905 prévoit deux sommes destinées à l’œuvre pacifique, savoir : fr. 5.280 pour la représentation du Danemark à la XIIe Conférence interparlementaire à St-Louis, et fr. 2.800 pour le Ve Congrès Scandinave de la Paix, qui se tiendra à Copenhague du 3 au 6 juillet 1904.
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- LA QUESTION DE LA PAIX
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- Le budget militaire de la Grande-Bretagne.
- Le « Herald ol' Peace » signale Paugmentatiqn effrayante du budget militaire de la Grande-Bretagne. Depuis 1895 les dépenses de l’armée ont augmenté de 50 0/° et celles de la marine de 100 0/°. Il y a 8 ans, l’armée et la marine coûtaient 35 1/2 millions de livres sterling,, tandis que le budget de l’armée-courante est évalué à 64 1/2 millions. Tout compte fait, chaque homme, femme et enfant du ^Royaume Uni paie 2 livres sterling 10 sh. par année , soit 62 fr. 50 pour la défense militaire du pays.
- XIIe Conférence interparlementaire.
- Cette Conférence se tiendra à Saint-Louis (Etats-Unis) dans la première semaine de septembre. Le Groupe américain de l’Union pour l’Arbitrage international invite les membres de l’Union interparlementaire, ainsi que leurs familles, à visiter à cette occasion les États-Unis d’Amérique. Les deux Chambres américaines seront saisies très prochainement d’une proposition tendant à ce qu’un subside de 250.000 frs. soit voté pour couvrir les frais de la Conférence ; l’acceptation de cette proposition paraît certaine. Le Groupe américain, par l’organe de son président, M. Barthold, a émis l’idée de conduire les Parlementaires européens de New-York à Washington et de les présenter au Président Roosevelt.
- A la clôture delà Conférence, les invités seraient accompagnés à Chicago, puis aux chutes du Niagara, avant de reprendre à New-York le paquebot pour l’Europe.
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- LE DEVOIR
- LE- MOUVEMENT FÉMINISTE
- FRANGE
- Une mesure injustifiable.
- On est admis au Conservatoire national de musique à la suite d’un concours, auquel participent aussi bien les femmes que les hommes, pour certaines classes, parmi lesquelles les classes d’instruments à corde.
- Les jugements de concours ne tenant aucun compte des différences physiologiques, mais se basant uniquement sur le savoir, le talent, les aptitudes, il est arrivé que la proportion des élèves du sexe féminin a fini par égaler ou même dépasser celle des jeunes gens.
- Au lieu de se piquer d’émulation, et, par un redoublement d’efforts et d’application, de faire, si possible, pencher la balance de leur côté, ces messieurs ou leurs tenants, ont préféré faire déplacer la proportion qui les choque, par voie d’autorité.
- Une décision du ministre de l’instruction publique est intervenue pour limiter désormais à quatre le nombre de femmes qui pourront être admises à suivre les classes d’instruments à corde.
- Les concours ne sont pas supprimés, et on admettra toujours le même nombre d’élèves ; mais les femmes, l’emporteraient-elles sur toute la ligne, n’entreront qu’en nombre de quatre au Conservatoire, toutes les places, moins quatre, étant dévolues au sexe masculin, parce que tel.
- Nos confrères les interviewers se sont mis en quête des raisons qui pouvaient exister en faveur de l’arrêté ministériel. Le résultat de leur enquête se résume en ceci : 11 faut protéger les musiciens contre leurs jeunes concurrentes.
- Pourquoi ? Un fonctionnaire du Conservatoire l’a dit
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- LE MOUVEMENT FÉMINISTE
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- en propres termes : « Parce que les femmes sont plus ardentes au travail, plus sérieuses, plus assidues et, en fait, souvent supérieures aux hommes. »
- Les voilà bien loties, les pauvres femmes : Quand ce n’est pas leur infériorité qu’on invoque comme motif d’exclusion, c’est leur supériorité.
- Le « groupe français d’études féministes » a adressé, à ce sujet, à M. Chaumié, ministre de l’instruction publique, une lettre mettant en relief le peu de solidité des arguments spéciaux que les intéressés ont fait valoir auprès de lui. Bans la lettre, signée Lucie Brunet, secrétaire générale et Oddo-Deflou, présidente, se trouve, entre beaucoup d’autres d’égale valeur, cette réflexion fort juste :
- « Nous payons les impôts dont s’alimente le budget des Beaux-Arts. On n’a jamais songé à limiter le nombre des femmes contribuables. Puisque nous avons autant de place que les hommes sur les rôles du percepteur, nous devons en avoir autant sur les bancs du Conservatoire. »
- De leur côté les membres de VUnion fraternelle des femmes protestent énergiquement par la plume de Mmes Marbel, présidente et J. Hellé, secrétaire générale, contre la susdite mesure : Au nom de l’intérêt supérieur de l’art, au nom de la conscience publique, et au nom des intérêts féminins, d’autant plus dignes de la sollicitude des pouvoirs publics que la nécessité pour un grand nombre de femmes de subvenir à leur existence devient chaque jour plus urgente ; que les carrières honorables et lucratives qui leur sont ouvertes sont plus rares et que le nombre est plus grand des femmes qui pourraient s’y distinguer.
- M. Chaumié a répondu par une fin de non recevoir.
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- Les étudiantes,
- Voici quelques chiffres intéressants sur le nombre des étudiantes comparé à celui des étudiants, dans les
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- LE DEVOIR .
- Facultés des sciences et de médecine et les Ecoles de pharmacie, au 15 janvier 1904, avec, entre parenthèses, les chiffres correspondants pour 1903.
- Pour les Facultés des sciences, on note en tout 4.662 étudiants (4.340), 223 femmes (165), comprenant 85 Françaises (55) et 138 étrangères (110).
- Pour les Facultés de médecine, on note 7.459 étudiants (7.434), dont 525 femmes (439), comprenant 357 Françaises (292) et 168 étrangères (147).
- Pour les Ecoles de pharmacie, on note 3.014 étudiants (3.138) dont 88 femmes (81), comprenant 86 Françaises (80) et 2 étrangères (1).
- Ce qui frappe, dans cette statistique, c’est l’augmentation très constante des femmes. Dans l’ensemble des Facultés, elles passent de 1.339 à 1.602. En médecine où le nombre des hommes diminue (6.995 en 1903, 6.934 en 1904), celui des femmes augmente beaucoup ; pour les facultés de droit, il est encore très faible (42 au lieu de 34) par rapport au nombre des étudiants de cette catégorie qui passe de 10.580 au nombre formidable de 11.084, plus du tiers de la totalité des étudiants inscrits dans les Universités françaises (32.407 en 1904, 31.277 en 1903).
- Il sera intéressant de voir ce que deviendront ces chiffres sous le régime de la loi de deux ans.
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- Le bilan de 1903.
- Dans son rapport pour la France au Conseil international des Femmes, Mme Oddo-Deflou, secrétaire de la troisième Section du Conseil national, constate que l’année 1903 est assez pauvre de dispositions officielles relatives à l’amélioration, ou même au changement, du sort des femmes et que c’est dans l’opinion que le progrès est réellement sensible. Le mot féminisme si redouté, si abhorré naguère, s’est acclimaté, dit-elle, dans tous les milieux. Les journaux les plus sérieux tiennent
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- maintenant leurs lecteurs au courant de nos travaux et seraient réputés mal informés s’ils y manquaient.
- Suit rémunération des mesures légales adoptées pendant cette année 1903 :
- Un décre.t, en date du 14 mars, portant réorganisation du Conseil supérieur du Travail, admet la candidature des femmes au même titre que celle des hommes. Une seule femme en fait partie, Mlle Régine Bondelu.
- Loi du 3 avril, votée sur l’initiative de M. Bérenger, et modifiant les articles 334 et 335 du Code pénal a rendu plus efficace la protection des jeunes filles et femmes, même majeures, contre la débauche masculine, en élevant les peines de ceux qui les entraînent ou excitent.
- Par décret du 18 juillet, une commission extraparlementaire a été instituée au ministère de l’intérieur pour l’étude du régime des mœurs. Une seule femme est admise parmi les soixante-six membres dont elle se compose : Mme Avril de Sainte-Croix, secrétaire générale du Conseil national.
- Une loi promulguée le 5 juillet décide que l’enseignement professionnel de la dentelle à la main sera organisé dans les écoles primaires et les écoles normales des départements où la fabrication est en usage, et qu’il sera créé, dans les principaux centres denteliers, des cours et des ateliers de perfectionnement, ou des écoles propres à développer l’éducation artistique des ouvrières et des dessinateurs.
- On a déposé le 2 juillet sur le bureau de la Chambre des Députés la proposition de loi du Conseil national des femmes françaises pour la recherche de la'paternité. Il s’agit d’oifiiger le père naturel à fournir des subsistances à son enfant sans lui donner aucun droit sur lui, et à indemniser la mère.
- D’autres propositions concluent : à une règlementation plus sévère de la prostitution et à la peine de la prison contre le délit de racolage ; à la peine de réclusion contre l’attentat à la pudeur commis même sans
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- LE DEVOIR
- violence sur un enfant de moins de quinze ans (la loi actuelle fixe l’âge de treize ans) ; à l’égalisation du traitement des instituteurs et des institutrices ; à l’abrogation partielle de la loi du 2 novembre 1902 sur le travail des femmes ; à interdire la vente publique d’objets immoraux (journaux, gravures). Mais aucun vote définitif n’est intervenu sur ces divers points.
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- Une femme concourant pour le prix de Rome (musique).
- L’Académie des Beaux-Arts a admis .en loge pour le prix (le Rome (musique) six candidats parmi lesquels Mlle Fleury. *
- C’est la première fois qu’une femme est admise à ce concours.
- SUISSE
- L’Association centrale des sociétés d’ouvrières de Suisse.
- L’assemblée des déléguées de l’Association centrale des sociétés d’ouvrières de Suisse, réunie dimanche, 8 mai, à Zurich, a voté à l’unanimité l’entrée dans l’Union des métiers. L’assemblée a décidé d’appuyer la pétition de l’Union des sociétés de femmes suisses au sujet de l’assurance en faveur des femmes en couches. En ce qui concerne le libre après-midi du samedi, les déléguées sont invitées à engager les ouvrières à encourager énergiquement les tentatives qui se font du côté des syndicats pour l’introduction de cette réforme. En outre, les compagnons qui siègent dans les autorités seront invités à faire valoir leur influence en faveur de l’engagement d’inspecteurs féminins des métiers et des fabriques.
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- LE MOUVEMENT FEMINISTE
- ETATS-UNIS La femme-juré.
- Qu’on s’en afflige ou s’en réjouisse, les États-Unis restent le pays du féminisme, et voici maintenant la femme-juré. Elle l’était déjà dans quelques-uns des Etats tels que le Wyoming, l’Idaho et Washington, où elle exerce des droits politiques à l’égal de Fhomme. Dans le Colorado, toutefois, où la femme est aussi électeur, on nous assure qu’elle n’a pas fait encore son apparition sur le terrain judiciaire.
- Or donc, l’autre jour, à Chicago, un juge est appelé à trancher une question délicate : Il s’agit de savoir si on enlèvera une enfant à sa mère indigente ou si on les mettra toutes deux dans un asile de pauvres. Au banc du jury siègent quelques hommes. Le juge les renvoie, disant qu’ils sont incompétents pour lui apporter un verdict éclairé, et demande un jury de femmes. Et il lui en est improvisé un , car dans l’Illinois , Etat dont Chicago fait partie, les femmes ne jouent aucun rôle comme citoyens, et la loi n’a pas prévu le cas des jurys féminins. Les féministes triomphent et bien des gens, sans être précisément féministes, trouveront que dans l’espèce le juge de Chicago n’a pas eu tort de demander l’avis de femmes sur une question intime et familiale qui est bien plus de leur ressort que de celui de l’autre sexe.
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- Une curieuse fête est celle qu’organisait au milieu de mars, à Boston, l’Association du suffrage égal (pour les deux sexes). Il s’agit ici d’une société féministe et, pour la seconde fois, elle invitait à un « festival » spécialement en leur honneur, les jeunes gens devenus majeurs et appelés à voter. La cérémonie, très saisissante, a revêtu un caractère religieux, sinon ecclésiastique. Les nouveaux électeurs ont entendu des allocutions de patriotes en vue, à un titre ou à un autre. Leur devoir de citoyens leur a été présenté avec
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- force, et il leur a été donné lecture de la formule de serment des « hommes libres.» de 1634, à laquelle ils ont adhéré et qui est ainsi conçue : « Je m'engage solennellement à donner ma voix et mon suffrage, selon ce que m’aura dicté ma conscience,. à ce qui peut contribuer au bien public, et que Dieu me soit en aide. » De beaux chants ont encadré les discours.
- Cette manifestation est dans la ligne d’activité qui a été recommandée aux sociétés féministes par la conférence récente de Washington, à savoir de mêler les associations pour le vote des femmes à toutes les'formes du progrès social.
- Les conditions du mariage.
- Les membres du « Progressive Health Club » vien-vent d’envoyer une pétition au président Roosevelt pour lui demander de fonder un bureau fédéral dont le but serait « d’apprendre aux citoyens des Etats-Unis les conditions du mariage idéal et d’empêcher qu'une licence de mariage soit délivrée sans un certificat de bonne santé, signé par un médecin connu dans la ville ou la localité où sera célébré le mariage ». .
- Le « Progressive Health Club » voudrait, dit « l’Aurore », non seulement que la législatu re fédérale empêche le mariage de tout individu qui n’est pas en bonne santé, mais aussi de celui qui s’est rendu coupable d’un acte criminel. Cette pétition a été signée par tous les membres du Club.
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- VIE D’HÔTEL
- Par Henry GRÉVILLE
- ( Suite. )
- Que de fois, dans ses jours de tristesse, la vue de ces feux lui avait rendu le courage et l’espoir! Un autre, un phare à éclipses, perdu sur un îlot lointain, au large de la côte ouest, lui avait semblé plus d’une fois le porte-voix mystérieux d’une force surhumaine. Il n’avertissait pas seulement les marins d’éviter Fé-cueil, il annonçait à l’humanité en danger que l’humanité protectrice veille sur ceux qui sont « dans le péril de la mer ». Du haut de sa colonne de pierre, comme le muezzin de la mosquée, il proclamait l’immortel devoir : le secours et le dévouement.
- Le phare disparaissait par intervalles, au hasard des détours de la voie ferrée, et chaque fois sa lueur versait un peu plus de jour dans l’âme enténébrée de Céphise. Tout à coup il se montra sans obstacles, laissant tomber sur l’invisible pays le don royal de sa clémente lumière; les éclats se succédaient régulièrement, paisiblement ; c’était une force libératrice, pareille à l’autre, là-bas, sentinelle avancée de la France dans l’Océan.
- Céphise sentit un grand sanglot s’arrêter dans sa gorge. Qui donc en ce monde périssait sans secours? Ceux-là seuls qui avaient désespéré d’eux-mêmes. Que chaque individu le voulût ou non, le monde entier vient à l’aide du monde entier, par la seule vertu du travail que chacun est contraint de faire,, et du besoin qu’il a de ses semblables.
- — Je suis lâche, pensa-t-elle. Il faut que je sois malade, en vérité ! Je n’ai pas le droit d’être lâche, alors qu’Ar-mand travaille pour mon père, que mon père s’épuise
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- LE' DEVOIR
- pour nous tous, que ma mère a traversé les ombres de la mort sans espoir de survivre afin de nous donner' une suprême consolation. J’ai honte de moi-même!
- Une auréole lumineuse parut sur l’horizon prochain ; les lampes rouges, blanches, vertes, se succédaient rapidement aux côtés de la voie ; Mme Maubert fit un mouvement.
- — Maman, nous arrivons, lui dit sa fille à demi-voix.
- Elle prit dans le filet les menus objets de voyage et les rangea autour d’elle. Sa mère, en ouvrant les yeux, rencontra le sourire accoutumé : Céphise s’était retrouvée.
- XVII
- Un jour à Marseille, terne et gris, car le Midi n’est pas tout soleil et bleu; il connaît des journées comparables à celles du Nord ; un jour de repos, d’oisiveté forcée, un de ces jours qui n’existent pas. Céphise encore, très émue de ses impressions de la veille, n’était guère en état de dépenser beaucoup d’activité, ce qui eût été parfaitement inutile. Le courrier du soir apporta une lettre d’Armand Carval, et une autre de Maubert pour sa femme.
- Tous deux étaient extrêmement satisfaits du résultat de leur campagne. Trois semaines plus tard, ils auraient terminé les travaux, Armand partirait pour Bordeaux sur le1 Br amont, où sa cabine était retenue, et Jean Maubert se rendrait à New-York, où sa présence était indispensable, mais où il ne resterait pas plus de huit jours, devant revenir sur la Champagne.
- Trois semaines à partir de ce jour ? Ce n’était plus rien ! La mère et la fille échangèrent un sourire mouillé ; un rose jeune et délicat était monté aux joues de Mme Maubert, dont la beauté légendaire reparut en cet instant fugitif ; les terreurs de Céphise s'envolèrent comme des hiboux effrayés par la lumière du soleil, et
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- la lampe banale qui les éclairait lui sembla pareille au phare de la veille.
- — Chère maman , trois semaines , quatre au plus avant que papa revienne, car le retour par New-York est bien plus rapide ; c’est pourtant vrai que le bonheur rajeunit ; vois comme tu es jolie.
- Mme Maubert souriait d’un air incrédule en prenant le petit miroir que lui présentait sa fille ; pourtant elle dut convenir avec elle-même que ces paroles n’était pas une vaine flatterie ; le visage du miroir, pour n’être plus jeune, venait cependant de trouver une surprenante beauté.
- — Ce n’est pas pour ton visage que papa t’aime tant, continua la jeune femme, mais il sera content tout de même de retrouver la belle Mme Maubert. <
- — Flatteuse ! dit la mère en souriant. Dormons vite sur nos bonnes nouvelles, afin d’être bien disposées demain pour continuer notre voyage.
- Le lendemain matin, le ciel était encore couvert de brumes ; on les voyait flotter sur la mer grise, lorsque les coupures du terrain permettaient de l’apercevoir; le paysage n’avait rien d’attrayant. Céphise, dont les ex-cursions s’étaient jusque-là bornées au littoral de l’Océan, pensait à part elle que littérateurs et poètes se montent peut-être la tête, lorsqu’ils parlent de cette lumière éclatante qu’on trouve passé Marseille ; désappointée, elle se plongea dans une consultation sérieuse, de son carnet, où elle avait noté des indications d’hôtel.
- Tout à coup, ses yeux se trouvèrent brusquement sollicités vers la portière, et elle étouffa une exclamation : sa mère avait fait de même.
- La Méditerranée d’un bleu intense, pailletée de flammes dansantes larges et pleines, pareilles à des feux follets, s'étendait devant elles, à l’infini ; des brumes légères s’enroulaient et s’évaporaient, se condensant pour ainsi dire en lumière dans le ciel joyeux; des rochers bruns, couronnés de pins à la verdure sombre, aux formes élégantes, encadraient les criques contour^
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- nées ou traversées par le train ; c'était un merveilleux décor, sans cesse renouvelé, dans une clarté à peine vraisemblable.
- — Alors, c’était vrai, dit Géphise répondant à sa propre pensée. Mais toi, maman, tu connaissais cela ?
- — Il y a si longtemps ! répondit Mme Maubert. Nous étions allés faire notre voyage de noces en Italie, c’était la mode dans ce temps-là ; cela me rappelle bien des choses... Il fera bon vivre ici.
- Elle laissa errer son regard attendri sur le bleu dore des flots, les tendres et délicates caresses de la vague sur le sable, les arbres sveltes, les roches hardies ; un peu de sa rayonnante jeunesse était resté sur cette rive, elle l’y retrouvait avec une joie émue.
- Le train s’arrêtait dans des villes ou des bourgs aux noms sonores; des roses blanches ou soufrées déroulaient d’interminables festons aux murs des gares et des villas, c’était une apparition, de féerie, d’un printemps qui était pourtant l’automne et qui par là semblait irréel. Antibes étala sa pittoresque silhouette sur une plage à souhait...
- — Trop de jolies maisons neuves, murmura Céphise ; ce doit être pour le moment « un petit trou pas cher », avec les inconvénients de ce genre de villégiature ; dans quelques années ce sera délicieux ; passons.
- Le profil de Cannes, allongée vers son promontoire, ' apparut magnifique et luxueux ; dès le premier coup d’œil, avant même d’arriver en gare, on pouvait juger que cette ville était un séjour d’oisifs riches, un de ces lis qui ne filent point, dont parle l’Écriture.
- — Aimerais-tu à vivre là? demanda Mme Carval.
- Sa mère sourit en secouant la tête.
- — Autrefois peut-être, dit-elle, quand on pouvait chez nous dépenser sans compter ; maintenant, non. J’avoue ma faiblesse : je ne souffre pas d’être moins friche, mais il m’en coûterait de rencontrer à chaque instant, dans ma très suffisante médiocrité, ceux qui m’ont connue aux jours de notre splendeur. Allons plus loin.
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- — Nice ! cria le chef de train en courant le long des wagons.
- Céphise et sa mère descendirent ; une voiture les conduisit à l’hôtel qu’elles avaient choisi d’avance, sur sa réputation. On leur offrit deux chambres agréablement situées sur un jardin planté de palmiers-dattiers; point de vue autre que celle-là. Les conditions étaient modérées, la maison correcte ; fallait-il essayer ?
- Mme Maubert décida d’essayer. L’hôtel, à ce moment de l’année, ne recevait guère que des Anglais de passage pour l’Italie ; la cuisine était banale, mais supportable. Au bout de quarante-huit heures , les deux femmes mouraient de faim. Le service geare anglais, qui semblait devoir les nourrir, ne pouvait en réalité suffire qu’à des estomacs accoutumés à se gorger de thé, de pain et de beurre plusieurs fois par jour. Les Anglais font en se levant un repas très substantiel, qui leur permet de considérer notre second déjeuner, leur lunch, comme une sorte d’amusette ; les Français, accoutumés au contraire à une légère tasse de café au lait ou de chocolat, ont grand’-peine à attendre quelque chose de plus solide jusqu’à une heure de l’après-midi. A ce moment de la journée, ils meurent de faim, et le service anglais ne peut suffire. De plus, ne prenant pas le thé de quatre heures, avec accompagnement de nombreuses tartines, nos compatriotes ne peuvent se contenter du diner correct, mais parcimonieusement mesuré, qui leur est offert.
- — Je mangerais bien le poisson tout entier, dit Céphise à demi-voix, après avoir pris une mince languette de bar ; et le rôti aussi, s’il faut en juger par celui de ce matin C’est le genre de Jersey, quoiqu’un peu moins éhonté. Il vient ici des étrangers de tout pays, et on les ménage. Maman, tu ne te remettras jamais ici : il te faut des viandes nourrissantes et de succulents potages, tu ne peux pas vivre avec trente grammes de poulet et une demi-once de poisson par dîner !
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- — Je crois qu’il faudra chercher un hôtel spécialement français, murmura Mme Maubert.
- Les Anglais, leurs commensaux, continuaient à manger paisiblement sans se soucier de leur présence : on a beau s’y être accoutumé, chaque fois qu’on y est exposé après un intervalle, cette façon de vivre à côté de gens qui ignorent votre présence autant que si vous étiez un simple meuble, a quelque chose d’infiniment désobligeant. On accuse les Français de se lier avec trop de facilité, ce qui n’est pas exact au-dessus d’un certain niveau social ; mais il est parfaitement vrai qu’ils,ne peuvent considérer un être humain comme n’existant pas, lorsqu’il respire la même atmosphère. Un geste involontaire ou même une simple déférence d’attitude prouvera toujours de leur part qu’ils se sentent en la présence de bipèdes de leur espèce, et non d’objets inanimés.
- Céphise et sa mère transportèrent leurs pénates dans un hôtel d’un tout autre genre; le déménagement ne fut ni long ni difficile, car elles avaient pris la précaution, qu’on ne saurait trop recommander, de prendre avec elles seulement le nécessaire et de laisser leurs malles à la consigne jusqu’au jour où elles auraient trouvé un asile définitif ou paraissant tel.
- C’était tout autre chose : cuisine excellente , trop recherchée même, pour des estomacs partisans d’une saine simplicité ; abondance de tous biens, repas à la française, rien ne manquait de ce qui pouvait satisfaire les plus exigeants. Mais les chambres étaient petites, et le service des femmes de chambre absolument insuffisant. Le bruit, poussé à de certaines heures jusqu’au vacarme, témoignait du laisser aller des habitudes; quand la maison serait pleine, et elle était presque vide, ce ne serait pas tenable.
- — Je vais "aller voir dans une autre ville, dit Céphise à la fin de la semaine : Nice est bruyant, sa population s’amuse, ce qui n’amuse que les gens bien portants ; il nous faut le calme, fût-ce dans la solitude.
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- Elle interrogea l’une après l’autre toutes les résidences de la Corniche. Les une étaient trop solitaires, peut-être y serait-on bien plus tard, mais en cette saison c’eût été désolé ; d’autres exquises, Monaco, Monte-Carlo ; mais, pour y trouver le confort nécessaire, il eût fallu dépenser plus que ne pouvaient se le permettre les voyageuses. Enfin , de recherches en recherches, Céphise arriva à Menton.
- Son cœur fut pris tout de suite; la beauté du paysage, le plus délicieux peut-être de toute cette région privilégiée, l’exubérance de la végétation, la proximité de promenades charmantes et faciles à faire sans fatigue, la séduisirent sur-le-champ. Restait la question de Fhô-tel ; elle trouva une maison sans faste qui lui plut par sa simplicité. Les commensaux étaient peu nombreux encore, elle aurait le temps de prendre langue. Beux jolies chambres au soleil, avec un balcon et vue sur la nier, assez loin du quai cependant pour que le bruit des vagues sur le galet ne pût troubler le repos, c’était le paradis auprès de ce qu’elle avait goûté jusqu’alors. Elle retourna près de sa mère, toute joyeuse ; les malles les suivirent, cette fois. Avec quelques objets familiers qui les accompagnaient partout, Céphise eut bientôt fait de transformer les pièces banales en un asile intime et séduisant.
- — Nous serons parfaitement heureuses ici, maman, déclara-t-elle ; on n’y mange vraiment pas mal, la vue est très agréable par-dessus les toits plats des maisons, il y un ascenseur, tu ne te fatigueras pas... et papa arrivera dans trois semaines.
- — Armand aussi, dit Mme Maubertavec une caresse de la main.
- Le dîner leur offrit le spectacle d’une société fort disparate : à un bout de la table , quelques Anglais aimables, de ceux qui parlent français ou italien, qui ont voyagé de la seconde cataracte au cap Nord, qui ont le pied marin et la bienveillance prompte, de ces Anglais, enfin, pour lesquels on conçoit une véritable
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- et solide amitié, pour peu qu’on cultive leur connaissance assez longtemps ; à l’autre extrémité, un groupe de Français où l’on parlait beaucoup , quoique sans exubérance intempestive; au milieu, des hommes et des femmes appartenant à ces jeunes nations nouveau-nées sur la carte d’Europe, et qui n’ont pas encore eu le temps de se créer des personnalités très faciles à distinguer au premier coup d’œil. Somme toute, rien de déplaisant.
- — Je crois qu’on pourra vivre ici, déclara Mme Mau-bert au moment de s’endormir, pourvu que je m’accoutume à dormir, sur ces lits un peu trop anglais pour moi.
- — Un peu trop durs? Pas un peu, beaucoup, à mon avis. Et des oreillers sommaires. Bail ! des oreillers, cela s’achète. Je t’en capitonnerai tout entière, pour peu que tu le désires, maman.
- Quand elle ouvrit sa fenêtre le lendemain matin , Céphise fut littéralement éblouie. Le soleil noyait la mer et le rivage dans un intense flamboiement. Les montagnes, à peine teintées d’une légère brume bleuâtre, dessinaient leurs formes superbes sous un manteau d’oliviers et de plantes vertes qui leur prêtait une couleur riche et variée. Les pierres elles-mêmes, dorées par les siècles, ne blessaient pas le regard.
- — O nature, lumière ! ê splendeur du soleil ! chanta Céphise. Maman, c’est le réveil de Brunhild ! Peut-on rien imaginer de plus glorieux? On se sent revivre, n’est-ce pas? Du fond de ton lit, tu vois la côte italienne, est-ce joli, est-ce élégant ! Et cette mer est la même qui baigne la Grèce. Bénis soient les hardis navigateurs qui nous ont apporté l’olivier ! Qui sait ? parmi ceux que nous avons vus hier, ces troncs énormes, qui n’ont plus d’âge, il y en a peut-être qui furent plantés par les Phéniciens. Ils ont deux mille ans, m’a-t-on dit, on l’a vu en les coupant. Couper des arbres de deux mille ans, ça devrait être puni par les lois : c’est un crime.
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- — C’était pour faire une route, dit l’indulgente Mme Maubert.
- — On en coupera d’autres pour planter; des orangers, grommela Céphise ; l’oranger, ça produit deux récoltes ! Mais je ne m’en consolerai pas. Enfin, nous ne serons pas là pour le voir, espérons-le.
- Quelle joie de se promener sur le rivage ensoleillé, dans une ville encore presque déserte, qui semblait leur appartenir ! Peu d’étrangers, presque pas de ces boutiques de villes d’eaux où tout est vendu deux fois plus cher qu’à Paris ; mais d’honnêtes magasins de commerçants du pays; de braves figures de Mentonnais, qui se sentaient chez eux et ne s’inquiétaient pas de harponner un passant dont ils n’avaient que faire. Des fillettes blondes et grassouillettes allaient et venaient pas trop vite, avec la mollesse d’un heureux pays où la vie est facile et où les oranges vous tombent sur la tête le long des chemins, sans que les enfants eux-mêmes aient souci de les ramasser.
- Deux ou trois jours s’écoulèrent sans incidents ; le nombre restreint des hôtes en cette saison où ne viennent que des gens vraiment soucieux de soleil et de bon air, permettait à Céphise de faire ses observations ; elle prit deux ou trois personnes en sympathie immédiate, et en grippe une dame âgée dont les traits réguliers avaient dû être d’une grande beauté. Son nom était français ; elle parlait notre langue comme une femme qui a passé sa vie à Paris ; polie de la banale politesse d’hôtel, elle avait le sourire prompt et facile, en. même temps qu’une froideur secrète ôtait toute envie de rapprochement. Céphise, s’aperçut bientôt que Mme Gré-court était l’ennemie-née de tout ce qui est établi ; rien d’existant ou de supposé tel ne trouvait grâce devant ses jugements, pas plus le gouvernement que la morale ou la religion, ou l’art ou la musique ; tout lui était matière à discussion, elle prenait un visible plaisir à démolir les opinions d’autrui, la sienne semblant être de n’en avoir aucune.
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- — Quelle nihiliste ! dit Céphise à sa mère. Avec cela, des principes politiques qui font trouver pâles et bêlantes les célèbres pétroleuses de la Commune. A quelle classe peut-elle appartenir? Elle est Française et hait la France... Je la plains, mais je ne l’aime pas.
- — C’est un caractère à étudier, répondit Mme Mau-bert. Je crois qu’il nous réserve des surprises.
- Le lendemain, un nouveau couple fit son entrée à l’heure du déjeuner; c’était un grand monsieur âgé, maigre, aux yeux clignotants, d’une assez jolie figure ; mais on se demandait où l’on avait vu quelqu’un d’analogue : sa femme le suivait, grande aussi, d’une belle prestance, visiblement fatiguée, mais conservant les restes d’une beauté régulière un peu dure.
- Le nouveau venu prit place auprès de Cèpbise, en s’excusant avec un sourire aimable, dans un incompréhensible charabia, qui ressemblait pourtant à du français. Au bout de cinq minutes, il avait lié connaissance avec ses voisins d’en face, et leur racontait toutes les particularités de sa jeunesse. Ils apprirent, avant le fromage, que ce haut personnage était un commerçant d’Amsterdam, dont la fortune s’était faite peu à peu ; que ses enfants étaient richement établis ; qu’il possédait une belle maison dans les quartiers neufs et qu’il se portait à merveille. Sa femme était souffrante ; c’est pour elle qu’il s’était déplacé.
- — Alors , vous êtes Hollandais ? demanda Tougy. C’était un brave homme rond et court, fin et honnête à la fois, le vrai Français du petit commerce qui a conquis, par trente ans de travail acharné, une modeste aisance avec une bronchite chronique.
- — Hollandais? Moi pas! répliqua le nouvel arrivé, si haut que tout les yeux—et la table était longue— se tournèrent vers lui. Je ne suis pas Hollandais, je suis Français (il prononçait Vrançais). Je suis Alsacien, et j’ai obdè. Ma femme aussi. Nous sommes Français, mon cher monsieur.
- {A suivre.)
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- ASSURANCES MUTUELLES
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- Société du Familistère. - Assurances mutuelles
- MOUVEMENT DU MOIS DE JANVIER 1904, A GUISE
- ASSURANCE CONTRE LA MALADIE
- Section des Hommes
- Cotisations des mutualistes 2 .402 10 \
- Subvention de la Société 852 70 3.629 85
- Malfaçons et Divers 375 05)
- Dépenses 4.515 33
- Déficit en janvier 1904 885 48
- Section des Dames
- Cotisations des mutualistes 505 80)
- Subvention de la Société 248 90 758 70
- Divers .. 4 » /
- Dépenses 881 15
- Déficit en janvier 1904 122 45
- ASSURANCE DES PENSIONS
- Subvention de la Société et Divers 6.394 80 1
- Intérêts des comptes courants et j 10.872 15
- du titre d’épargne............ 4.477 35
- Dépenses *
- 123 Retraités définitifs.............. 8.333 60 \
- 5 — provisoires.................... 258 50 1
- Nécessaire à la subsistance........ 4.394 40 \ 13.475 12
- Allocations aux famill9 des réservistes » »A
- Divers, appointem., médecins, etc. 488 62/
- Déficit en janvier 1904.......... 2.602 97
- CAISSE DE PHARMACIE
- Cotisations des mutualistes....... 795 95 )
- Subvention de la Société.......... 231 50 )
- Dépenses.....................................
- Boni en janvier 1904
- 1.027 45 916 45 111 »
- RÉSUMÉ
- Recettes sociales du 1er juillet 1903 au 31 janvier 1904 88.583 34 i .,g g,^ g, « individuelles » » 30.264 » \
- Dépenses » » ........ 131.902 61
- Excédent des dépenses sur les recettes.. 13.055 27
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- 3<84
- LE DEVOIR
- ÉTAT CIVIL AU FAMILISTÈRE DE GUISE
- MOIS DE JANVIER 1904.
- Naissances :
- 6 Janvier 1904 : Gaucher Albert-Alfred., fils de Gaucher Albert et de Froment Mathilde.
- 22 — Mansiaux Georges-Henri, fils de
- Mansiaux Apollon et de Proust Louise.
- Décès :
- 8 — Enfant mort-né de Létrier-Roppé.
- Le Gérant : H. E. Buridant.
- Nimos. — Typ. A. Cüastanier, 12, rue I'radier.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES.
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- Juillet 1904.
- COMPLETE
- de J.-B. André GODIN (1)
- Glorification du Travail. Emancipation du Travailleur.
- XII (suite.)
- Seconde fête annuelle du Travail, mai 1868. Liste de notables ou candidats. Election à deux degrés pour une partie du personnel. Quatre séries d’électeurs pour la distribution des récompenses.
- Le vote définitif pour la répartition des primes d’honneur eut lieu le matin de la fête, dimanche 31 mai, à dix heures.
- Le cérémonial de la journée fut le même que celui de l’année d’avant. La cour du pavillon central était décorée d’une façon similaire ; nous ne répéterons pas des détails qui pourraient fatiguer le lecteur.
- Les candidats ou notables, éligibles aux primes, étaient au nombre de 264. Sur ce nombre, 214 habitant le Familistère étaient à la fois électeurs et éligibles. Le lecteur a vu que le nombre des électeurs au Familistère fut 333 ; nous venons de parler de 214 éligibles; il y avait donc 119 travailleurs (Tiommes ou femmes) habitant le Familistère, qui étaient appelés à voter, mais n’étaient pas éligibles.
- Voici le nombre des votants en chacune des séries, le 31 mai 1868 :
- (I) Appendice, p. 60, Le Devoir, tome 26e, janvier 1902.
- 1
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- LE DEVOIR
- Séries. Electeurs inscrits. Votants.
- |re Familistère et administration. 333 288
- 2e Fonderie 135 117
- 3e Ajustage. 66 58
- 4e Ateliers divers 59 52
- Le lecteur voudra bien garder en mémoire que le chiffre des abstentions en chacune des séries est d’environ un huitième ; car les chiffres correspondants ne seront pas fournis pour les trois essais ultérieurs du même système ; la place est restée en blanc au registre des procès-verbaux.
- Résultats généraux du vote.
- ]re série (4 groupes) : Familistère et Administration.
- Employés de la comptabilité générale et gens des Nombre
- services du Familistère, tous candidats en raison des candidats : seule du poste occupé............................... 76
- Electeurs inscrits : 333. Votants : 288. Majorité absolue : 145.
- Obtiennent de 1 à 9 voix 11 intéressés.
- > 10 à 19 » 25 »
- » 20 à 49 » 23 >
- » 50 à 69 » 8
- » 78, 86, 109, 132 » 4 »
- » 162, 167 » 2 ))
- Total.. 73 »
- N’ont pas obtenu de voix :
- 1 comptable , ci 1
- 2 femmes des services du Familistère, ci. 2
- 76 Total égal
- au nombre des candidats.
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- 2 intéressés seulement ont atteint, dépassé la majorité absolue.
- 2e série (5 groupes) : Fonderie.
- Nombre
- 1er groupe : Chefs, employés, surveillants, tous des candidats :
- candidats en vertu de la fonction................ 11
- 2e, 3e, 4e et 5e groupes : Ouvriers promus candidats en vertu et de la capacité et de l’élection. 27
- Promus candidats par élection seulement......... 11
- Promus candidats par capacité de le<' mérite. 28
- Ensemble......... 77
- Electeurs inscrits : 135. Votants : 117. Majorité absolue : 59.
- Obtiennent de 1 à 9 voix 38 intéressés.
- > 10 à 27 » 25 »
- » 32 à 52 » 10 »
- Total.... 73 »
- N’ont pas obtenu de voix :
- 1 membre du 1er groupe, ci................ 1
- 3 candidats par capacité de 1er mérite, ci. 3
- 77 Total égal
- au nombre des candidats.
- Personne n’a atteint la majorité absolue.
- 3e série (4 groupes) : Ajustage.
- Nombre
- 1er groupe : Chefs, employés, surveillants, tous des candidats :
- candidats en vertu de la fonction............. 14
- 2e, 3e et 4e groupes : Ouvriers promus candidats
- en vertu et de la capacité et de l’élection... 23
- Promus candidats par élection seulement..... 7
- Promus candidats par capacité de 1er mérite. 14
- 58
- Ensemble,
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- LE DEVOIR
- Electeurs inscrits : 66. Votants : 58.
- Majorité absolue : 80.
- Obtiennent de 1 à 9 voix 34 intéressés.
- > 10 à 27 » 16 »
- Total_______ 50 »
- N’ont pas obtenu de voix :
- 1 candidat par élection et capacité, ci.. 1
- 1 candidat par élection seule, ci......... 1
- 6 candidats par capacité de 1er mérite, ci. 6
- 58 Total égal
- au nombre des candidats.
- Nul n’a atteint la majorité absolue.
- 4e série (7 groupes) : Ateliers divers.
- i Nombre
- 1er groupe : Chefs, employés, surveillants , tous des candidats :
- candidats en vertu de la foncion......,....... 13
- 2e, 3e, 4e, 5e, 6e et 7e groupes. Ouvriers promus candidats en vertu et de la capacité et de l’élection... 10
- Promus candidats par élection seulement............. 8
- Promus candidats par capacité de 1er mérite. 15 •
- Ensemble......... 52
- Electeurs inscrits : 59. Votants : 52.
- Majorité absolue : 27.
- Obtiennent de 1 à 9 voix 30 intéressés. » t 10 à 21 » 15 »
- Total.... 45 »
- N’ont pas obtenu de voix :
- 2 membres du 1er groupe, ci.......... 2
- 2 candidats par élection et capacité, ci. 2
- 3 candidats par capacité de 1er mérite, ci. 3
- 52 Total égal
- au nombre des candidats.
- Personne n’a atteint la majorité absolue.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- Résumé : Obtiennent des voix au vote final :
- En lre série.. 73 candidats sur 76 2e > 73 » » 77
- 3e » 50 > » 58
- 4e » 45 » » 52
- Totaux. 241 » » 263
- Ajouté . 1 ouvrier, ci. 1 non classé sur la liste
- , des candidats et révélé au vote final.
- Soit : 242 candidats sur 264, différence : 22.
- Les 22 candidats écartés au vote final, comprennent :
- Chefs > employés ou surveillants............ 4
- Gens des services du Familistère............ 2
- Ouvriers candidats par élection et capacité. 3
- » » par élection seulement....... 2
- d » par capacité de 1er mérite... 11
- Total............... 22
- Observation : Onze ouvriers de 1er mérite et trois à la fois capables et élus , ensemble 14 sont écartés par le vote final, malgré l’élément mathématique (vérification de capacité) qui leur avait valu la qualité de candidats.
- Autre observation concernant exclusivement les ou-- vriers candidats du chef seul de capacité : Ils étaient au nombre de 57 (1). 11 d’entre eux, venons-nous de voir, furent à nouveau écartés par les électeurs; les 46 autres obtenant des voix, furent ainsi plus avantagés au vote définitif qu’à l’élection préparatoire.
- L’éparpillement des suffrages fut encore très-grand dans le vote opéré le jour de la fête; aussi pour arriver à distribuer la somme ou presque toute la somme des-
- (1) Présent chapitre , p. 326, Le Devoir, juin 1904.
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- tinée à être répartie, fallut-il descendre jusqu’aux désignations de lauréats faites par 17 voix dans le plus fort collège électoral (lre série) et jusqu’à celles faites par 5 voix dans les autres collèges. Nous verrons plus loin la liste des prix.
- Avant de procéder à la distribution des récompenses,
- J.-B.-A. Godin prononça un discours que le registre des procès-verbaux s’efforce de résumer. L’orateur, est-il dit, commença par proclamer que cette fête était « la huitième célébrée au Familistère à la gloire de l’Education, de l’Instruction et du Travail (1). »
- Faisant allusion aux obstacles qu’il rencontrait, il dit : t Malgré les passions hostiles, malgré la résistance aux idées nouvelles et les barrières opposées au Familistère, l’œuvre ne s’arrêtera pas dans sa marche. C’est le lot des grandes choses d’être entravées dans leur essor, mais c’est aussi leur gloire de renverser les obstacles. Aussi quand le Familistère sera libre de ses actions, il montrera ce que peut l’association des forces ; et cette association est déjà en germe parmi les habitants ; ce qui le prouve, c’est la fête elle-même, ce sont ces trophées qui symbolisent les tendances du Familistère...... »
- Dans sa revue des trophées, Godin signala spécialement celui des Institutions enfantines, symbole de la -sollicitude dont l’Enfance est entourée. Il montra les élèves suivant leurs aînés dans la carrière du travail « armés des connaissances qu’ils auront acquises au Familistère.
- « Et surtout », lit-on au résumé du discours, « ils
- (1) Les sept fêtes antécédentes sont :
- 1° Baptême de la fondation, avril 1860 ;
- Les cinq fêtes annuelles de l’Enfance : 1868, 1864, 1865, 1866, 1867;
- 3° La 1" fête proprement dite du Travail, inaugurée en 1867.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES - 391
- sauront distinguer le mérite ». Avant d’achever le morceau, donnons à ces paroles leur plein sens en disant qu’à cette époque on initiait, dans les classes, les élèves à la pratique du suffrage, à l’occasion de petits travaux d’économie domestique et de jardinage : cueillette de fruits, entretien d’allées, etc ; travaux qui s’exécutaient sous la direction de petits chefs et sous-chefs (filles et garçons) élus par leurs camarades. Les petits chefs, bien entendu, étaient, dans la mesure nécessaire, guidés par quelque agent de l’administration. (1)
- Terminons le résumé du discours de Godin :
- « Aujourd’hui, nous faisons notre apprentissage ; que chacun prenne patience si des erreurs sont commises. Faisons le bien pour le bien. Un jour viendra où l’on distinguera les plus dignes et la capacité aura, le premier rang.
- « C’est au Familistère qu’une génération se forme à la pratique de ces choses ; aussi est-ce par cette jeune génération que nous ouvrirons la série des récompenses pour les travaux domestique et de jardinage dans lesquels les enfants se sont distingués. »
- <r U Indépendant rémois (6 juin 1868) décrivant cette fête du Travail, résume de son côté le discours de Godin en ces termes :
- « Dans une énergique improvisation il (Godin) exposa que la pensée qui avait présidé à la fondation du Familistère n’était autre que la glorification du Travail et Fémancipation du Travailleur, par la solution du problème de la répartition équitable des fruits du travail et par l’éducation générale et effective de l’Enfance.
- (1)Touchant ce sujet dans son volume « Solutions sociales », p. 568, le fondateur du Familistère écrit : « Les élections se font toutes les semaines et les élus doivent donner l’exemple constant du meilleur travail, sous peine de perdre la considération de leurs électeurs. »
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- « Il signala les vicissitudes auxquelles les établissements industriels sont exposés par le fait des intermittences qui surviennent dans leur direction. Il fit voir que cela serait évité si toutes les intelligences étaient appelées à leur complet développement; et si les capacités réelles présidaient toujours aux premières fonctions. Il fit ressortir l’urgence qu’il y avait à chercher les moyens de distinguer le vrai mérite et la capacité afin de leur donner les premières places ; et il justifia ainsi le but et l’intention de la fête du Travail célébrée au Familistère. ;
- « M. Godin proclama ensuite les noms des lauréats...»
- Ici, nous revenons au registre des procès-verbaux. Dix-neuf enfants des classes furent d’abord appelés ; puis furent distribués aux adultes 108 prix dont voici l’état :
- Catégorie des comptables, chefs d’ateliers, contremaîtres, surveillants, gens des services du Familistère, au nombre de 114, tous candidats en vertu seule de la
- fonction :
- 6 Grands prix de chacun 50 fr....... 300 fr.
- 7 Premiers prix » 30 fr........... 210
- 16 Deuxièmes prix » 15 fr........... 240
- 21 Troisièmes » • » 10 fr........... 210
- 50 Lauréats. Total....... 960 fr.
- Catégorie des 150 ouvriers promus candidats en raison de la capacité vérifiée et de l’élection, motifs pris
- ensemble ou séparément : '
- 16 Premiers prix de chacun 30 fr...... 380 fr.
- 20 Deuxièmes prix » 15 fr....... 300
- 22 Troisièmes » » 10 fr....... 220
- 58 Lauréats.
- Total
- 900 fr.
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- Le sort fait à cette dernière catégorie de candidats étant (vu l’élément vérification de capacité effective) particulièrement instructif pour l’avenir, nous entrons dans ce détail :
- Ouvriers désignés candidats :
- Par l’élection et la capacité : 66 . 1 Lauréats : 32
- Par l’élection seulement...... 26 . » 9
- Par la capacité seule, mais en
- 1er mérite....................... 57 . » 17
- Oublié sur la liste........... 1 .
- Totaux : candidats ouvriers : 150 . Lauréats : 58
- L’infériorité relative (17 sur 57) du nombre des lauréats dans la catégorie des ouvriers de lre capacité saute aux yeux.
- Il y a cependant amélioration s»ur l’année d’avant ; puisque cette fois-ci on n’a pas à réparer d’oubli assez grave pour entraîner l’attribution d’une mention honorable hors classe à un ouvrier « vu ses longs et loyaux services dans l’usine », et quoiqu’il n’ait pas obtenu le nombre de voix voulu pour cette distinction. (1)
- Mais l’amélioration est loin d’être suffisante. Aussi les trois faits déjà signalés : oubli à l’élection primaire de 57 travailleurs de premier mérite professionnel; écart de 11 sur ces 57 au vote final ; rareté des suffrages accordés à cette catégorie le jour delà fête ; ces trois faits porteront-ils les conseils à opérer pour le renouvellement de la fête en 1869 une première modification qui portera sur les conditions de l’élection primaire.
- Que le resserrement relatif du lien entre l’exercice du vote et la fonction ait un peu amélioré, les résultats
- (1) Chapitre XI, p. 263, Le Devoir, mai 1904.
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- obtenus en 1868, c’est ce qui est consigné en ces termes au registre des conseils :
- « L’expérience semble montrer qu’il y a plus de justice dans les groupes et cela par la raison qu’on se connaît mieux et qu’on est plus apte à apprécier les mérites de chacun du groupe. »
- A l’appui de ce jugement notons que dans la deuxième série Fonderie, les 10 candidats du deuxième groupe désignés et par les notes de fabrication et par l’élection primaire sortirent tous au vote final et avec un tel nombre de voix qu’on put attribuer dans le groupe, 2 premiers prix, 3 deuxièmes prix, 2 troisièmes prix.
- De même en la quatrième série : Ateliers divers, les 6 candidats du troisième groupe désignés aussi et par la capacité et par l’élection sortirent tous au vote final et avec un chiffre de voix permettant la distribution parmi eux de : 1 premier prix, 1 deuxième et 1 troisième prix.
- Toutefois, c’était le vote par séries, non le vote par groupes qui avait été expérimenté. Mais les candidats avaient été classés par groupes professionnels sur les listes qui les présentaient aux électeurs ; et dans les opérations préparatoires il y avait eu des votes par groupes.
- Les quatre séries essayées en 1868 étaient insuffisantes pour la répartition par professions. Exemple, la première série qui comprenait et l’ensemble des services du Familistère et la comptabilité générale. Néanmoins, on avait dans les autres séries réserré le lien entre le vote et la fonction et la voie paraissait bonne ; aussi fera-t-on Tan d’après un pas nouveau en créant (2e modification) une série nouvelle, celle de l’administration générale de l’usine, afin que les employés s’y apprécient mutuellement par le vote comme le faisaient, de leur
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 395
- côté, les ouvriers de même profession ou de professions similaires.
- Ainsi que l’année d’avant, l’expérience révéla (les prix furent acquittés en espèces le jeudi 4 juin) qu’il y avait encore eu des combinaisons personnelles préjudiciables à la mise en relief des mérites. En séance du 18 Mai 1869, les conseils étudiant les conditions à adopter pour la troisième célébration de la fête annuelle du Travail, on lit au registre (p. 79) qu’il faut aviser « pour empêcher les spéculations et intrigues faites « jusqu’alors pour obtenir de l’argent à dépenser en « commun.. . »
- Parer à ce point sera donc l’objet de la troisième modification qu’on apportera à la célébration de la fête en 1869. Nous verrons le fait dans le chapitre suivant. Terminons par un nouvel emprunt à « U Indépendant rémois » :
- Au cours de la distribution des récompenses « des morceaux de musique relevaient par intervalles l’éclat de la fête. A cette distribution succéda le bal. C’est un magnifique spectacle que le mouvement d’une soirée au Familistère, et pour s’en faire une idée juste, il faut l’avoir vu.
- «Ces fêtes ont toujours leur lendemain au Familistère; aussi Pestrade était-elle convertie, le lundi, en scène de théâtre, sur laquelle les enfants des écoles ont joué quatre actes de comédie, avec une facilité qui a émerveillé les mille spectateurs environ qui y assistaient. »
- Vve J.-B.-A. Godin, née Moret.
- (A suivre).
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- LE DEVOIR
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- L’assurance contre les accidents du travail. — Questions diverses
- On sait que la Chambre avait décidé de tenir exceptionnellement deux séances par semaine le matin, afin de faire aboutir quelques lois d’ordre économique et social qui sont depuis longtemps sur le chantier.
- La première de ces lois inscrites à l’ordre du jour est une proposition de M. Mirman ayant pour objet d’étendre à toutes les exploitations commerciales la loi du 9 avril 1898 sur les accidents du travail.
- Cette loi de 1898 avait eu pour but de créer dans certaines industries, ce qu’on a appelé «le risque professionnel » et d’établir une indemnité forfaitaire à laquelle auraient droit, sans procès, en cas d’accident, les ouvriers et employés de ces industries. Ces industries sont énumérées dans l’article 1er de la loi de 1898 ainsi concu :
- à
- « Les accidents survenus par le fait du travail, ou à l’occasion du travail, aux ouvriers et employés occupés dans l’industrie du bâtiment, les usines, manufactures, chantiers, les entreprises de transport par terre et par eau, de chargement et de déchargement, les magasins publics, mines, minières, carrières et, en outre, dans toute exploitation ou partie d’exploitation dans laquelle il est fait usage d’une machine mue par une force^autre que celle de l’homme ou des animaux, donnent droit, au profit de la victime ou de ses représentants, à une indemnité à la charge du chef d’entreprise, à la condition que l’interruption du travail ait duré plus de quatre jours. — Les ouvriers qui travaillent seuls d’ordinaire, ne pourront être assujettis à la présente loi par le fait de la collaboration accidentelle d’un ou de plusieurs de leurs camarades >.
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
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- M. Mirman proposait, par son texte, adopté par la Commission d’assurance et de' prévoyance sociales, d’étendre le bénéfice de cette loi à tous les employés de commerce dont les patrons sont patentés.
- L’article 1er dit : « La loi du 9 avril 1898 est applicable aux industries de l’alimentation et aux ateliers comme à toutes les exploitations industrielles , ainsi qu’aux chantiers de manutention et de dépôt.
- « Elle sera étendue, trois mois après la promulgation du décret prévu à l’article 3 ci-après, à toutes les entreprises soumises à la patente, à la seule exception des professions libérales et des professions agricoles ».
- L’assimilation est donc complète entre le commerce et l’industrie, du moins en ce qui concerne le personnel ; elle ne l’est pas et ne pouvait pas l’être en ce qui concerne les patrons, les risques d’accidents, dans les professions commerciales étant, en général, bien moindres que dans l’industrie.
- Les risques n’étant pas les mêmes, les charges devaient différer. Le fonds de garantie prévu par la loi de 1898 pour permettre d’indemniser la victime d’un accident de travail, lorsqu’un patron non assuré est insolvable ou lorsqu’une compagnie d’assurance ne peut pas faire face à ses engagements, est constitué d’après l’article 25 de cette loi, par l’imposition de quatre centimes additionnels au principal de la contribution des patentes • des industriels visés par la loi. Afin de proportionnali-ser les charges la Commission a réduit cette taxe à un centime et demi pour les catégories commerciales.
- C’est dans ces conditions que la discussion s’est engagée. Elle a pris trois séances matinales , celles des 2, 7 et 9 juin.
- L’auteur d’une demande de renvoi du projet à la commission, sous le prétexte que les exploitations commerciales visées ou n’ont pas été consultées ou n’ont pas donné leur adhésion, n’a pas insisté ; mais le même prétexte a été mis en avant contre la dé-
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- claration d’urgence demandée par le rapporteur et la suppression de la garantie d’une deuxième délibération qu’elle entraîne. A cela, le rapporteur, M. Mirman, le président de la commission? M. Millerand, et le ministre du commerce, M. Trouillot, ont répondu que le Parlement est saisi depuis quatre ans de la proposition, et que, par conséquent, les intéressés ont eu le temps de faire connaître leur avis ; que dans les , lois sociales infiniment complexes , il est impossible d’arriver du premier coup à la perfection et que l’expérience seule indique les points sur lesquels il est nécessaire d’apporter des améliorations. Ils demandaient donc à la Chambre de hâter le vote d’une loi dont le principe n’est pas contesté, en supprimant une des deux délibérations.
- Finalement, l’urgence a été votée .par 470 voix contre 71.
- Cette question préjudicielle vidée , la discussion des articles commence.
- M. Congy demande qu’au nom de l’égalité tous les salariés, quels qu'ils soient, y compris les domestiques, bénéficient de la loi de 1898.
- M. Mirman lui oppose la réponse qu’il a faite à d’autres amendements similaires et qu’il devra renouveler fréquemment au cours de la discussion.
- Qu’a voulu la commission? Assurer le vote rapide d’une extension nécessaire de la loi de 1898 à une catégorie importante de salariés qui n’en bénéficient pas encore. Pour éviter tout échec , tout retard , il faut se borner aux seuls employés de commerce ; toute application nouvelle de la loi de 1898 à d’autres catégories est juste, nécessaire ; elles seront peu à peu reconnues indispensables et votées; mais, par exemple, en ce qui concerne les travailleurs agricoles, l’extension aux travailleurs agricoles ne peut résulter d’une simple phrase, un projet de loi est nécessaire. Jamais il ne lut aussi indiqué, pour assurer le succès d’une réforme, de savoir la limiter.
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- Dans l’espèce, en particulier, peut-on oublier le mode de constitution du fonds de garantie servant à payer les indemnités en cas d’accident! Ce fonds est alimenté par des centimes additionnels à la patente ; est-ce que les maîtres payent patente pour l'emploi des domestiques? Comment, dès lors, assurer le payement des indemnités et va-t-on, en recourant à un nouveau mode , bouleverser l’un des principes essentiels sur lesquels repose la loi de 1898?
- Combattu également par le ministre du commerce et le président de la commission, l’amendement est retiré.
- On écarte un amendement tendant à étendre le bénéfice de la loi à la main d’oeuvre pénale ; mais c’est uniquement parce qu’il risquait d’alourdir la loi actuelle et qu’il n’apportait qu’une solution de détail à une question autrement générale.
- Est renvoyée à la Commission, pour plus ample examen, une proposition de M. Julien Goujon demandant que la situation des voyageurs de commerce soit réglée par une loi spéciale, la complexité de leur situation, de leurs modes de rémunération exigeant une série de dispositions particulières.
- En dernier lieu vient en discussion une disposition de M. Dejeante proposant d’étendre la loi aux employés de l’Etat « toutes les fois que la nature des travaux, si ceux-ci étaient dirigés par un entrepreneur privé, entraînerait l’assujettissement de cet entrepreneur à ladite loi. »
- Les orateurs du gouvernement et de l’opposition demandent successivement la disjonction de cet amendement, les longues difficultés qu’il soulève ne pouvant que retarder le vote de la loi. En quelques arguments très nets, M. Delatour, directeur général de la Caisse des dépôts et consignations, montre la complexité de la question et les inconvénients qu’il voit à une solution hâtive ; c’est d’abord enlever, en certains cas, aux employés de l’Etat, le bénéfice de la loi du 9 juin 1853 sur les retraites ; c’est encore risquer de laisser en dehors de la loi
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- de nombreuses et intéressantes catégories d’employés publics. La formule de M. Dejeante permettrait d’accorder les avantages de la loi aux employés des postes par exemple; elle les refuserait aux douaniers, à d’autres encore. C’est une loi d’ensemble qu’il faut sur cette question ; cette loi peut, du reste, être très prochainement préparée et rapidement votée. Quand elle le sera l’Etat n’encourra plus le reproche que lui a fait un orateur de l’opposition , de se soustraire aux charges qu’il impose à l’industrie et au commerce, lui qui devrait être le patron modèle.
- L’amendement Dejeante est retiré.
- Entre temps, sur la proposition de MM. Poulain et Défontaine, la Commission, et d’accord avec elle, la Chambre avait étendu le bénéfice de la loi aux employés salariés de diverses professions libérales, et sur la demande de M. Henry Boucher aux coupes et aux exploitations des forêts.
- Nous en avons fini avec la question des catégories de bénéficiaires ; passons au mécanisme de la loi.
- Une disposition de l’article 3 porte que « la liste des entreprises sera arrêtée par décret rendu sur la proposition des ministres du commerce et des finances ». f M. Paul Beauregard proteste, d’une manière générale, contre la substitution du régime des décrets au régime des dispositions législatives ; il lui paraît que c’est une fâcheuse tendance, surtout quand il s’agit des lois de contrainte et de fiscalité. Dans l’espèce, dit-il, cette méthode a le grave inconvénient d’enlever des questions purement civiles à la juridiction civile pour les attribuer à la juridiction administrative. C’est à la Commission elle-même, c’est à la Chambre d’établir le tableau des industries patentées qui seront soumises à la loi ; ce n’est pas au Gouvernement qu’il faut laisser ce soin. A quoi l’on répond que l’accord entre les ministères du commerce et des finances, après avis des comités consultatifs des Assurances contre les accidents
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- du travail, présente toutes les garanties désirables, et que, d’ailleurs, le fait pour un patron d’être inscrit sur la liste ne saurait entraîner son assujettissement à la loi, la question étant réservée à la compétence des tribunaux civils.
- L’amendement de M. Beau regard, tendant à faire instituer par la Chambre, dans les trois mois de la promulgation, la liste des entreprises visées, est repoussée par 369 voix contre 204.
- Une autre disposition de l’article 3 est relative au fonds de garantie.
- Le fonds de garantie, on le sait, est constitué pour parer à l’insolvabilité éventuelle des patrons non assurés (l’assurance n’étant pas obligatoire) ou des compagnies d’assurances. Il est alimenté, dans l’industrie, par la perception de quatre centimes additionnels à la patente des industriels ; et nous avons vu que la commission propose de l’alimenter, pour le commerce,t où le risque professionnel est moindre, par l’addition d’un centime et demi seulement à la patente.
- Ce mode d’alimentation du fonds de garantie ne rencontre pas que des approbations. »
- M. Beauregard estime que le risque d’insolvabilité qu’il est destiné à couvrir, devrait être alimenté par une prime et non par une taxe fiscale. Le système de taxe, basé sur la patente, aboutit à de graves injustices : il permet, en effet, de faire payer six à huit fois plus à une catégorie de patentés qu’aux autres, alors que dans cette catégorie de patentés le risque professionnel se réduit presque à rien.
- Mais du moment qu’il ne s’agissait que d’une simple extension de la loi du 9 avril 1898 à de nouvelles catégories, pouvait-on donner au fonds de garantie une autre assiette ? La commission ne l’a pas pensé. Encore moins a-t-elle songé à remanier sur ce point la loi de 1898. Elle limité son objet à une simple modification du taux de la contribution sans réussir toutefois à réaliser une exacte proportionnalité.
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- L’article 2 de la proposition qui en comporte trois, vise la continuation ou la résiliation des contrats d’assurances contre les accidents souscrits antérieurement à cette promulgation.
- Ces contrats pourront être dénoncés dans les trois mois de la promulgation de la loi.
- Le texte de la Commission a subi, avec son' assentiment, du reste, une modification qui n’est pas sans intérêt, dans sa partie relative aux contrats mixtes d’assurance.
- On entend par là les contrats par lesquels l’assureur garantit l’assuré contre les risques résultants de la loi de 1898 si celle-ci est déclarée applicable, et dans le cas contraire, à le couvrir des risques de la responsabilité civile résultant de l’article 1382 du Code civil. M. Pastre a exprimé la crainte que les compagnies d’assurance ne viennent à augmenter les primes des assurés. En effet, a-t-il dit, la responsabilité civile résultant de l’article 1382 est à peu près illusoire ; d’où la fixation par les compagnies déprimés relativement faibles. Ne vont-elles pas augmenter les primes des exploitations commerciales désormais sonmises à la loi des accidents ? M. Pastre dépose un amendement tendant à permettre aux assurés des contrats mixtes, d’exiger des assureurs un avenant sans augmentation des primes. Il en est ainsi décidé.
- Enregistrons la promesse faite, au cours de la discussion , par le ministre du commerce, d’accord avec son collègue de l’agriculture, de préparer à bref délai un projet de loi étendant aux travailleurs agricoles le bénéfice de la loi du 9 avril 1898.
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- Nous avons déjà donné quelques indications sur la loi relative aux enfants assistés à l’occasion de son examen par le Sénat.
- La discussion de cette réforme, dont personne n’a contesté la nécessité et l’urgence, est venue devant la Chambre, dans la séance matinale du 14 juin.
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- Les débats sur le projet de loi tendant à l’établissement du service de deux ans, ont absorbé , à partir du 24 mai, toutes les séances de l’après-midi, à l’exception de celles du vendredi réservées aux interpellations.
- 11 sont très-courus, ces vendredis. Leur gratuité fait tort aux diverses attractions parisiennes, qui ont escompté le bénéfice d’un tarif plus élevé ces jours-là. Les oisifs d’un certain monde viennent y prendre un avant-goût des lancés dont l’automne leur réserve la jouissance. On y donne, en effet, régulièrement la chasse au ministère et à son œuvre, aux institutions républicaines et à leur esprit.
- Le vendredi, 3 juin, un député nationaliste du Doubs, choisissant pour prétexte la distribution aux élèves des écoles de son arrondissement, d’un livre d’histoire, celui de M. G.-Hervé, —qui n’a pas, d’ailleurs, de son propre aveu été distribué — s’est efforcé de jeter le discrédit sur les instituteurs laïques à tendances pacifiques. Mêlant dans un captieux raccourci les emprunts faits au livre incriminé à ceux qu’il tirait d’œuvres étrangères, il a prononcé contre eux un véritable réquisitoire. Il leur a opposé les efforts tentés par quelques-uns de leurs collègues pour résister au courant internationaliste et a mis en cause le récent congrès de la paix de Nimes.
- M. Buisson a remis les choses au point. Il lui a suffi de lire la résolution votée par le congrès de Nîmes pour montrer comment les instituteurs savent concilier leurs aspirations vers la paix avec l’amour le plus fervent et le plus élevé de la patrie.
- Nos lecteurs trouveront le texte de cette résolution dans la partie de cette Revue réservée à la question de la paix.
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- Au début de la séance du 2 juin, M. Hubbard a déposé le projet de résolution suivant :
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- « La Chambre, en présence de la résolution du Congrès des Etats-Unis d’Amérique par laquelle ce corps invite, cordialement, les membres de l’Union interparlementaire pour l’arbitrage international à tenir leur assemblée générale dans cette contrée, et de la communication par laquelle le président des Etats-Unis joint son invitation à celle du Parlement américain, invite le gouvernement à prendre les mesures nécessaires pour faciliter l’acceptation, par les membres du Parlement français, de Tinvitation cordiale de la République des Etats-Unis d’Amérique. »
- Sui* la demande de M. Hubbard,' l’urgence a été prononcée et le projet renvoyé à la Commission du budget.
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- Le 15 avril 1904 a été signée, à Rome, entre l’Italie et la France, une convention relative au travail et à la prévoyance sociale.
- La convention pose les principes suivant lesquels seront conclus des arrangements relatifs aux caisses d’épargne et de retraites, aux indemnités à la suite des accidents du travail, et d’une manière générale aux assurances sociales.
- Suit un arrangement relatif à l’échange des livrets d’épargne entre la Caisse nationale d’épargne de France et la Caisse d’épargne postale d’Italie.
- Enfin, un protocole énumère les lois en vigueur ou en voie de préparation concernant le travail des femmes et des enfants dans les fabriques.
- Le traité franco-italien du 15 avril est le premier acte international par lequel deux gouvernements aient pris des engagements l’un envers l’autre au sujet de la législation du travail.
- C’est un fait d’une importance considérable. Jusqu’à présent, les questions d’économie sociale n’avaient pas été la préoccupation dominante de la diplomatie.
- La pratique de l’internationalisme, qui si longtemps se borna à la conclusion de traités politiques d’alliance, le plus souvent en vue de la guerre, ou de traités de paix imposés au vaincu par le vainqueur et renfermant par conséquent le germe des futurs conflits, avait fini par s’étendre concurremment au développemeut de* la culture générale et de l’évolution économique, aux conventions commerciales, monétaires, postales, télégraphiques et téléphoniques , scientifiques, littéraires , industrielles, etc., ayant pour but de faciliter la circulation des produits et de leurs moyens d’échange, de
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- protéger les auteurs ou inventeurs contre les entreprises de confiscation individuelle pouvant se produire en dehors des frontières de leur pays, de même que certaines conventions protègent la santé générale contre l’invasion des épidémies.
- Les traités d’arbitrage précèdent de peu la signature du premier traité qui internationalise la législation ouvrière et sociale. Une même idée leur sert de lien.
- En ce qui concerne la France et l’Italie, les circonstances ont favorisé ce rapprochement de deux sortes d’accords que rendait inévitable une source commune d’inspiration , le besoin réciproque de fortifier l’accord politique des deux peuples par l’élimination des causes de conflits économiques qui pourraient le compromettre.
- L’idée d’assurer la protection de l’ouvrier par des mesures législatives internationales ne date pas d’aujourd’hui. Elle remonte à l’époque où la masse ouvrière inorganisée et politiquement annihilée „ commençait à plier sous le faix d’un industrialisme désordonné, mais tout puissant.
- C’est à Robert Owen que B. Malon {Socialisme intégral) attribue l’honneur de l’avoir formulée le premier. Dans la pétition célèbre par lui adressée, en 1818, aux souverains réunis à Aix-la-Chapelle, le grand novateur avait marqué comme premier devoir des gouvernements européens, la limitation légale et internationale de la journée de travail.
- Après Robert Owen, Malon rappelle les efforts tentés par l’alsacien Daniel Legrand, auprès de la Chambre française des pairs en 1841, auprès des cabinets de Pétersbourg, de Paris, de Vienne et de Berlin, en 1857. La pétition qu’il envoyait à ces divers gouvernements commençait ainsi : « Une loi internationale sur le travail industriel est l’unique solution possible du grand problème social, le seul moyen de dispenser à la classe ouvrière les bienfaits moraux et matériels désirables sans que les industriels en souffrent et sans que la con-
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- currcnce entre les industries de ces pays en reçoive la moindre atteinte. »
- Le même but était poursuivi en France, par l’ancien Saint-Simonien Audiganne, par M. Dolfus, le grand industriel de Mulhouse, parles docteurs Elegemann, Maresca et le philanthrope Ducpétiaux , en Belgique. (1846)
- Au Congrès international de bienfaisance, tenu à Bruxelles, en 1856, M. Hahn, philanthrope bavarois, fait adopter, en son nom et au nom de MM. Dolfus et Daniel Legrand, une résolution proclamant la nécessité d’une réglementation internationale du travail. On y lit ceci : « Comment réduire la durée du travail dans tel pays, si cette réduction n’est pas admise dans les autres contrées placées au même degré de l’échelle industrielle ? Est-il possible d’augmenter le salaire dans telle industrie, si cette même augmentation n’est pas admise dans les industries similaires qui ont en vue le même but d’exportation? »
- La même résolution est votée l’année suivante par le congrès international de bienfaisance, réuni à Francfort, où se sont cette fois donné rendez-vous les hommes distingués qui s’étaient faits les apôtres du mouvement.
- L’idée qui se présente ainsi prudemment, mais fort légitimement, du reste, sous le couvert de la philanthropie,—on sait, en effet, en quelle suspicion le monde ouvrier était tenu par les classes dirigeantes à cette époque — l’idée emprunte à ces manifestations collectives une force d’expansion dont rien n’arrêtera plus l’élan.
- L’Association internationale des travailleurs la fait sienne et lorsque cette célèbre association disparaît, le parti socialiste ouvrier, constitué sur une base nationale et internationale, met à son service la constance de ses revendications et son influence grandissante.
- Dès lors les manifestations en faveur d’une législation uniforme du travail se produisent à des intervalles très rapprochés sur toute la surface du monde civilisé.
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- Il serait fastidieux de les suivre ; c’est l’histoire du parti ouvrier, la reproduction des discours de ses orateurs, des publications de ses écrivains, le compterendu de ses innombrables congrès qu’il faudrait faire.
- Nous passerons tout de suite aux essais de réalisation. Après ce qui vient d’être dit du mouvement en faveur de l’internationalisation de la législation ouvrière, et de ses promoteurs, il est inutile d’insister sur le fait que ces tentatives ont été rendues possibles par une orientation nouvelle des esprits, qui n’est pas uniquement due à l’action du parti socialiste. Bien qu’on puisse admettre que certains gouvernements n’ont consenti à se prêter au rôle de protecteurs du travail que pour détourner, par des concessions opportunément faites sur le terrain économique, la menace des transformations politiques poursuivies par les socialistes organisés , il faut bien reconnaître que c’est surtout l’opinion publique transformée par la propagande d’hommes appartenant à tous les partis, à tous les millieux sociaux, qui pèse sur leur détermination, quand il s’agit pour eux de réglementer les conditions du travail dans les limites de leur territoire ; et que la règlementation intérieure appelle en quelque sorte automatiquement la réglementation internationale.
- De sorte que ce sont aujourd’hui les producteurs, réfractaires par essence à toute réglementation, qui demandent ardemment à la législation internationale dè rétablir l’équilibre économique troublé par les législations intérieures.
- La première manifestation officielle en vue de l’établissement d’une législation internationale du travail faite, en 1855, par le Conseil cantonal de Glaris, proposait au Conseil cantonal de Zurich de prendre une initiative en ce sens. Mais il faut attendre jusqu’en 1880 pour que ces intentions prennent corps. Au mois de décembre de cette année sur la proposition de M. Frey, le Conseil fédéral suisse entame des négociations avec les principaux Etats industriels « en vue de prépa-
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- rer l’élaboration d’une loi internationale sur les fabriques ».
- Sous divers prétextes les Etats déclinèrent ces ouvertures. Mais que la diplomatie ait été mise en mouvement pour un pareil objet, cela ne fut pas sans donner à cet objet un certain prestige et sans éveiller quelque espérance dans l’efficacité de l’emploi d’un tel instrument. Les Congrès ouvriers développèrent l’idée, les journaux la répandirent, certains corps délibérants — notamment le Conseil municipal de Paris en 1884 — se prononcèrent en sa faveur, si bien que lorsque la Suisse, conformément à la décision prise par son Conseil fédéral le 27 juin 1888, renouvelant son invitation, proposa aux Etats de réunir à Berne une conférence internationale ouvrière en mai 1890, la France, l’Angleterre, l’Autriche, la Belgique, l’Italie, les Pays-Bas, donnèrent leur adhésion.
- Au moment où le gouvernement suisse voyait ses efforts aboutir, Guillaume II intervint, et le Congrès de Berlin (15-29 mars 1890) supplanta celui de Berne. Des desiderata seuls en sortirent.
- L’initiative privée se remit à l’oeuvre. En 1893, le Congrès de la Fédération ouvrière suisse, tenu à Bienne, chargeait son comité de préparer « une réunion des délégués des ouvriers syndiqués des différents pays pour délibérer et statuer sur la question de la législation internationale pour la protection du travail. » Les promoteurs du Congrès, qui appartenaient à diverses confessions, obéissaient à cette conviction que, pour résoudre ce problème, il est indispensable de réunir tous les hommes de bonne volonté à quelque groupement national, à quelque parti intellectuel qu’ils se rattachent. Pour réunir de telles conditions, il fallut beaucoup de temps et beaucoup d’efforts. Le Congrès de Zurich n’eut lieu qu’en 1897. 11 eut un succès complet : il avait placé sur le terrain international et interdoctrinal, où elles devaient rester, les questions de protection ouvrière.
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- En 1901, une Association internationale lut formée, à Paris, dans le but d’établir une certaine uniformité entre toutes les lois qui régissent le travail dans les différents pays.
- Elle choisit Bâle pour siège. L’année suivante des délégués de toutes les nations d’Europe constituèrent dans cette ville l’Office international du travail. Cet Office, alimenté par les subsides des divers Etats de l’Europe et de l’Amérique, et qui se tient en relations suivies avec tous les Offices déjà existants, est, en outre, un centre très utile de renseignements à la disposition des sections nationales de l’Association et des personnes affiliées à ces sections.
- L’assemblée constitutive de l’Association avait inscrit en bonne place dans son programme de travail l’interdiction absolue du travail de nuit des femmes et la protection des ouvriers des industries dangereuses pour la santé. Dans l’assemblée des délégués de l’Association réunie à Cologne au mois de septembre 1902, des résolutions furent prises à l’unanimité dans ce sens. En conséquence, l’Assemblée de Cologne nomma une commission permanente chargée de rechercher les moyens de réaliser ces desiderata. Toutes les sections de l’Association internationale sont représentées dans cette commission et les délégués officiels de plusieurs Etats prennent part à ses séances.
- La commission permanente s’est réunie l’année dernière au mois de septembre à Bâle. Trente délégués étaient présents, parmi lesquels, les représentants des gouvernements de la France, de la Belgique, de l’Italie, de l’Autriche-Hongrie, du Luxembourg, des Pays-Bas et de la Suisse.
- Sur la question des industries dangereuses, on a demandé que les pays interdisent l’emploi de la céruse — des mesures administratives ont déjà été prises à cet égard , notamment en France — et que des démarches soient faites auprès des gouvernements pour que ces derniers fassent une enquête sur la possibilité de ré-
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- duire l’emploi des autres composés à base de plomb et de les faire remplacer par d’autres produits. Après cette enquête, une conférence internationale devra être convoquée pour étudier toute la question des composés de plomb.
- En ce qui concerne le travail de nuit des femmes , la commission permanente a chargé le Bureau de l’Association de prier le Conseil fédéral de la Suisse de convoquer à une conférence internationale les gouvernements. Conformément à la demande qui lui en a été faite, le gouvernement suisse a pris l’initiative de cette convocation pour l’année prochaine.
- La France et l’Italie ont pris les devants. En concluant entre elles, sur d’autres points particuliers du programme à réaliser, leur récent accord, ces deux grands pays n'ont pas seulement jeté les bases de la législation internationale du travail, ils ont en même temps donné l’exemple d’une procédure nouvelle.
- C’est précisément au Congrès de Cologne de 1902, que nous venons de rappeler, qu’il fut pour la première fois question entre M. Luzzati et M. Fontaine, directeur du travail au ministère du commerce, de la possibilité d’un traité de travail entre la France et l’Italie.
- A la sollicitation de M. Fontaine, M. Millerand , alors ministre du commerce, s’employa à intéresser la diplomatie à cette action nouvelle ; il y réussit. Il trouva dans M. Barrère , notre ambassadeur à Rome, un auxiliaire précieux, et grâce aux efforts combinés des ministères du commerce et des ministères des affaires étrangères des deux nations, un premier résultat vient d’être obtenu.
- A la vérité , l’entente avec l’Italie fut réciproquement facilitée par les conditions spéciales dans lesquelles sont placés les deux pays.
- L’idée première de M. Luzzati a été de faire bénéficier les ouvriers italiens de la loi concernant les accidents du travail ou des lois actuellement élaborées sur les
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- retraites. La France ne pouvait pas demander la simple réciprocité : il y a en France 200,000 travailleurs italiens contre 10,000 travailleurs français en Italie. La loi de 1898 sur les accidents est dure pour les étrangers; par contre, le travail en France où la réduction des heures de travail est appliquée, souffre de la concurrence qui lui est faite par les pays à longue journée de travail. Il a donc été convenu que le développement de la législation italienne du travail serait la rançon de l’amélioration de la loi française sur les accidents en faveur des ouvriers italiens.
- L’Italie s’engage à réduire progressivement la durée du travail des femmes qui est actuellement de 12 heures, et bien que le patronat soulève des protestations contre toute limitation, elle a pris l’engagement d’adopter la journée de 11 heures, ou la semaine de 66 heures, si tous les autres Etats voisins de la France l’adoptent.
- Or, comme la question ne se pose plus que pour la Belgique et le Luxembourg où elle sera prochainement résolue, c’est d’ici à quelques années, la certitude de la journée de 11 heures pour les ouvrières italiennes.
- A la lecture de la convention, on voit que si les premiers engagements pris sont forcément très-prudents, ils n’en contiennent pas moins le germe de développements ultérieurs notables.
- Les commissions de patronage mixtes composées de Français et d’Italiens , qui sont chargées de veiller à ce que les ordonnances concernant le travail des jeunes gens soient appliquées , constituent une nouveauté fort intéressante ; et les dispositions du traité relatives aux caisses d’épargne posent le principe du « livret d’épargne universel ».
- Enfin, la convention oriente les deux nations vers la conclusion d’ententes internationales en la matière , en stipulant que l’adhésion de l'une d’elles à toute conférence internationale ayant pour but une certaine unification des conditions du travail entraînera l’adhésion en principe de l’autre.
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- Voici le texte de cette convention :
- Convention
- Le président de la République française et Sa Majesté le roi d’Italie désirant, par des accords internationaux, assurera la personne du travailleur des garanties de réciprocité analogues à celles que les traités de commerce ont prévues pour les produits du travail et particulièrement : 1° faciliter à leurs nationaux travaillant à l’étranger la jouissance de leurs épargnes et leur ménager le bénéfice des assurances sociales; 2° garantir aux travailleurs le maintien des mesures de protection déjà édictées en leur faveur et concourir au progrès de la législation ouvrière, ont résolu de conclure à cet effet une convention et ont nommé pour leurs plénipotentiaires :
- Le président de la République française ; S. Ex. M. Camille Barrère, ambassadeur de France près Sa Majesté le roi d’Italie ; M. Arthur Fontaine, directeur du travail au ministère du commerce de France.
- Sa Majesté le roi d’Italie : S. Ex. M. Tommaso Tittoni, son ministre des affaires étrangères ; S. Ex. M. Luigi Luzzati, son ministre du Trésor ; S. Ex. M. Luigi Rava, son ministre de l’agriculture, de l’industrie et du commerce ; S. Ex. M. le comte Enrico Stelluti Scala, son ministre des postes et des télégraphes ;
- Lesquels, après avoir échangé leurs pleins pouvoirs, trouvés en bonne et due forme, sont convenus des articles suivants :
- Article 1er
- Des négociations seront engagées à Paris après la ratification de la présente convention, pour la conclusion d’arrangements fondés sur les principes énoncés ci-après et destinés à régler le détail de leur application — exception faite pour l’arrangement relatif à la caisse nationale d’épargne de France et à la caisse d’épargne postale d’Italie, prévu, sous le paragraphe A) ci-dessous, qui sera annexé à la convention.
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- a) Les fonds versés à titre d’épargne, soit à la caisse nationale d’épargne de France, soit à la caisse d’épargne postale d’Italie, pourront, sur la demande des intéressés, être transférés sans frais de l’une des caisses à l’autre, chacune de ces caisses appliquant aux dépôts ainsi transférés les règles générales qu’elle applique aux dépôts effectués chez elle par les nationaux.
- Un régime de transfert, sur des bases analogues, pourra être institué entre diverses caisses d’épargne privées de France et d’Italie, ayant leur siège dans de grandes agglomérations industrielles ou dans des villes frontières. Sans comporter la gratuité absolue des transferts, ce régime stipulera le concours des administrations postales, soit gratuit, soit à tarif réduit.
- b) Les deux gouvernements faciliteront, par l’entremise tant des administrations postales que des caisses nationales, le versement des cotisations des Italiens résidant en France à la Caisse nationale de prévoyance d’Italie et des Français résidant en Italie à la Caisse nationale des retraites de France. Ils faciliteront, de même, le paiement en France des pensions acquises, soit par des Italiens, soit par des Français, à la Caisse nationale italienne et réciproquement.
- c) L’admission des ouvriers et employés de nationalité italienne à la constitution de retraites de vieillesse et peut-être d’invalidité, dans le régime général des retraites ouvrières actuellement élaboré par le Parlement français, ainsi que la participation des ouvriers et employés de nationalité française au régime des retraites ouvrières en Italie, seront réglées aussitôt après le vote de dispositions législatives dans les pays contractants.
- La part de pension correspondant aux versements de l’ouvrier ou employé, ou aux retenues faites sur son salaire lui sera acquise intégralement.
- En ce qui concerne la part de pension correspondant aux contributions patronales, il sera statué par l’arrangement, dans des conditions de réciprocité.
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- La part do pension à provenir éventuellement de subventions budgétaires sera laissée à l’appréciation de chaque Etat et, payée sur les ressources à ses nationaux ayant acquis une retraite dans l’autre pays.
- Les deux Etats contractants faciliteront par l’entremise tant des administrations postales que de leurs caisses de retraite, le paiement en Italie des pensions acquises en France et réciproquement.
- Les deux gouvernements étudieront , pour les ouvriers et employés ayant travaillé successivement dans les deux pays pendant des périodes minima à déterminer, sans remplir dans aucun des deux les conditions requises pour les retraites ouvrières, un régime spécial d’acquisition de retraite.
- d) Les ouvriers et employés de nationalité italienne, victimes en France d’accidents par le fait ou à l’occasion du travail, ainsi que leurs représentants résidant en France, auront droit aux mêmes indemnités que les Français et réciproquement.
- Les Italiens bénéficiaires de rentes cessant de résider en France, ainsi que les représentants de la victime qui ne résideraient pas en France au moment de l’accident, auront droit à des indemnités à déterminer. Les capitaux constitutifs de ces indèmnités, évalués d’après un tarif annexé à l’arrangement, pourront être versés à la caisse nationale italienne de prévoyance, à charge par elle d’assurer le service des rentes. La caisse nationale italienne d’assurance contre les accidents du travail acceptera également, suivant tarif conventionnel, pour le risque d’indemnité aux représentants ne résidant pas en France des ouvriers italiens victimes d’accidents, les réassurances des assureurs français désireux de se décharger éventuellement de toutes recherches et , démarches à cet égard. Des avantages équivalents seront réservés, par réciprocité, pour les Français victimes d’accidents du travail en Italie.
- aj L’admission des ouvriers et employés italiens, en France, à des institutions d’assurances ou de secours
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- contre le chômage subventionnées par les pouvoirs publics, l’admission des ouvriers et employés français, en Italie, aux institutions de même nature, seront réglées, le cas échéant, après le vote dans les deux pays de dispositions légales relatives à ces institutions.
- /) Les arrangements prévus au présent article seront conclus pour une durée de cinq années. Les deux parties contractantes devront se prévenir mutuellement une année à l’avance, si leur intention est d’y mettre fin à l’expiration de ce terme. A défaut d’un tel avis, l’arrangement sera prorogé d’année en année, pour un délai d’un an, par tacite reconduction.
- Article 2
- a) Les deux gouvernements détermineront, pour éviter les erreurs ou les fausses déclarations, la nature des pièces à présenter aux consulats italiens par les jeunes Italiens embauchés en France, ainsi que la forme des certificats à fournir aux mairies par les dits consulats avant la délivrance aux enfants des livrets prescrits par la législation sur le travail des enfants. Les inspecteurs de travail se feront représenter les certificats à chaque visite ; ils retireront les livrets indûments retenus.
- b) Le gouvernement français organisera des comités ' de patronage comprenant, autant que possible, des Italiens parmi leurs membres, pour les régions industrielles où seront employés en grand nombre de jeunes Italiens logés en dehors de leurs familles par des intermédiaires.
- c) Les mêmes mesures seront prises pour la protection des jeunes ouvriers français en Italie.
- Article 3
- Au cas où l’initiative serait prise par l’un des deux Etats contractants ou par un des Etats avec qui ils entretiennent des relations diplomatiques, de convoquer divers gouvernements à une conférence internationale dans le but d’unifier, par des conventions, certaines dispositions des lois protectrices des travailleurs, l’adhé-
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- sion de l’un des deux gouvernements au projet de conférence, entraînerait, de la part de l’autre gouvernement, une réponse favorable en principe.
- Article 4
- Au moment de signer cet accord, le gouvernement italien prend l’engagement de compléter l’organisation dans tout le royaume, et particulièrement dans les ré»-gions où le travail industriel est développé, d’un service d’inspection fonctionnant sous l’autorité de l’Etat et offrant, pour l’application des lois, des garanties analogues à celles que présente le service de l’inspection du travail en France.
- Les inspecteurs feront observer les lois en vigueur sur le travail des femmes et des enfants , et notamment les prescriptions qui concernent : 1°) l’interdiction du travail de nuit ; 2°) l’âge d’admission au travail dans les ateliers industriels ; 3°) la durée du travail journalier ; 4°) l’obligation du repos hebdomadaire.
- Le gouvernement italien s’engage à publier un rapport annuel détaillé sur l’application des lois et règlements relatifs au travail des femmes et des enfants.
- Le gouvernement français prend le même engagement.
- Le gouvernement italien déclare en outre qu’il a l’intention de mettre à l’étude et de réaliser graduellement la réduction progressive de la durée du travail journalier des femmes dans l’industrie.
- Article 5
- Chacune des deux parties contractantes se réserve la faculté de dénoncera toute époque la présente convention et les arrangements prévus à l’article 1er, en faisant connaître son intention un an d’avance, s’il y a lieu de reconnaître que la législation relative au travail des femmes et des enfants n’a pas été respectée par l’autre partie, sur les points énoncés spécialement à l’article 4, alinéa 2, faute d’une inspection suffisante, ou par suite de tolérances contraires à l’esprit de la
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- loi, ou que le législateur aura diminué sur les memes * points la protection édictée en faveur des travailleurs.
- Article 6
- La présente convention sera ratifiée et les ratifications seront échangées à Rome aussitôt que possible.
- En foi de quoi, les plénipotentiaires ont signé la présente convention et y ont apposé leurs cachets.
- Arrangements sur les caisses d’épargne.
- L’arrangement relatif aux caisses d’épargne des deux pays dont il est fait mention dans la convention qui précède est ainsi conçu :
- Le gouvernement de la République, française et le gouvernement de S. M. le roi d’Italie, désirant assurer des facilités nouvelles aux déposants à la Caisse nationale d’épargne de France et à la Caisse d’épargné postale d’Italie, sont convenus de ce qui suit :
- Article 1er
- Les fonds versés à titre d’épargne, soit à la Caisse nationale d’épargne de France, soit à la Caisse d’épargne postale d’Italie pourront, sur la demande des intéressés et jusqu’à concurrence d’un maximum de 1,500f., être transférés sans frais de l’une des Caisses dans l’autre, et réciproquement.
- Les demandes de transferts internationaux seront reçues, en France et en Italie, dans tous les bureaux de poste chargés, dans ces pays, du service de la Caisse d’épargne.
- Les fonds transférés seront, notamment en ce qui concerne le taux et le calcul des intérêts, les conditions de remboursement, d’achat et de revente de rentes ou d’acquisition de carnets de rentes viagères, soumis aux lois, décrets, arrêtés et règlements régissant le service de l’administration dans la Caisse de laquelle ces fonds auront été transférés.
- Article 2
- Les titulaires de livrets de la Caisse nationale d’épar-
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- gne de France ou de la Caisse d’épargne postale d’Italie pourront obtenir, sans frais, le remboursement, dans l’un de ces pays, des sommes déposées par eux à la Caisse d’épargne de l’autre pays.
- Les demandes de remboursement internationaux, rédigées sur des formules spéciales mises à la disposition du public, seront déposées par les intéressés entre les mains du chef de bureau ou du receveur des postes de leur résidence, qui les fera parvenir, en franchise de port, à la caisse nationale détentrice des fonds.
- Les remboursements seront effectués en vertu d’ordres de paiements qui ne pourront excéder 1,500 fr. chacun.
- Les ordres de remboursements seront payables seulement dans les établissements de postes ou autres chargés du service de la Caisse d’épargne. Ils seront adressés directement et en franchise de port, par la Caisse d’épargne qui les aura délivrés, aux bureaux désignés pour le paiement.
- Article 3
- Chaque administration se réserve le droit de rejeter les demandes de transferts ou de remboursements internationaux qui ne rempliraient pas les conditions exigées par des règlements intérieurs.
- Article 4
- Les sommes transférées d’une caisse dans l’autre porteront intérêts à charge de l’administration primitivement détentrice des fonds jusqu’à la fin du mois pendant lequel cette demande s’est produite, et à charge de l’administration qui accepte le transfert du 1er jour du mois suivant.
- Article 5
- Il sera établi, à la fin de chaque mois, par la Caisse nationale d’épargne de France et la Caisse d’épargne postale d’Italie, un décompte des sommes qu’elles se doivent respectivement du chef des opérations faites pour le service de la Caisse d’épargne et, après vérification
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- LE DEVOIR
- contradictoire de ces décomptes, la caisse reconnue debitrice se libérera dans le plus bref délai possible, envers l’autre caisse au moyen de traites ou chèques sur Rome ou sur Paris.
- Article 6
- La caisse d’épargne de chacun des pays contractants pourra correspondre directement et en franchise, par la voie postale, avec la caisse de l’autre pays.
- Article 7
- Les bureaux de poste des deux pays se prêteront réciproquement concours pour le retrait des livrets à régler ou à vérifier.
- L’échange des livrets entre la caisse d’épargne de chaque pays et les bureaux de poste ou agences de l’autre pays aura lieu en franchise.
- Article 8
- La Caisse nationale d’épargne de France et la Caisse d’épargne postale d’Italie arrêteront, d’un commun accord, après entente avec les administrations des postes des deux pays, les mesures de détail et d’ordre nécessaires pour l’exécution du présent arrangement, y compris celles relatives au change.
- Article 9
- Chaque partie contractante se réserve la faculté, dans le cas de force majeure ou de circonstances graves, de suspendre en tout ou en partie, les effets de la présente convention.*
- Avis devra en être donné à l’administration correspondante par la voie diplomatique.
- L’avis fixera la date à partir de laquelle le service international cessera de fonctionner.
- Article 10
- Le présent arrangement aura force et valeur à partir du jour dont les caisses d’épargne des deux pays contractants conviendront dès que la promulgation en aura été faite d’après les lois particulières à chacun des deux Etats.
- Sauf le cas prévu à l’article 5 de la convention, en
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- TRAITÉ DE TRAVAIL FRANCO-ITALIEN
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- date de ce môme jour, il demeurera obligatoire pendant une durée de cinq années. Les deux parties contractantes devront se prévenir mutuellement, une année d’avance, si leur intention est d’y mettre fin à l’expiration de ce terme.
- A défaut d’un tel avis, il sera prorogé d’année en année pour un délai d’un an par tacite reconduction.
- Lorsque Lune des deux parties contractantes aura annoncé à Lautre son 'intention d’en faire cesser les effets, l’arrangement continuera d’avoir son exécution pleine et entière pendant les douze derniers mois, sans préjudice de la liquidation et du solde des comptes entre les caisses d’épargne des deux pays après l’expiration dudit terme.
- Protocole
- Au moment de procéder à la signature de la convention en date de ce jour, les plénipotentiairessoussignés, se référant à l’article 5 de cette convention, ont d’un commun accord déclaré ce qui suit :
- La loi française sur le travail des enfants et des femmes visée par l’article 5 de la convention est celle du 2 novembre 1892, modifiée par l’article premier de la loi du 30 mars 1900.
- Toutefois, il est entendu que, éventuellement, les modifications à ladite loi déjà votées par le Sénat français à la date du 24 mars 1904, dans la mesure où elles prendraient force légale par le vote des deux Chambres se substitueraient aux dispositions actuellement en vigueur pour l’appréciation prévue à l’article 5 de ladite convention. i
- La loi italienne sur le travail des enfants et des femmes visée par l’article 5 de la [convention est celle du 29 juin 1902. Il sera tenu compte pour les appréciations prévues au dit article 5, en France, des avis de la commission supérieure du travail dans l’industrie, établie par la loi du 2 novembre 1902, et du conseil supérieur du travail ; en Italie, de Lavis du conseil supérieur du travail, organisé par la loi du 29juin 1902.
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- LE DEVOIR
- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX
- FRANCE
- Le Congrès national mutualiste s’est réuni à Nantes dans la deuxième quinzaine de,mai. Il a été des plus intéressants.
- Parmi les décisions les plus importantes, il faut citer la reconnaissance officielle par le congrès de la Fédéra tion nationale et le vœu suivant proposé par M. Mabil-leau, président de la Fédération et quelques autres congressistes, qui a été voté à la presque unanimité après une longue discussion :
- « Le congrès, convaincu que la mutualité, soutenue par les divers concours sociaux et encouragée par les pouvoirs publics, est le meilleur moyen de réaliser toutes les institutions de prévoyance sociale ; mais, soucieux de voir constituer des pensions de vieillesse suffisantes, au profit de tous les travailleurs sans exception, ne se croit pas en droit de repousser l’aide éventuelle de la loi dans cette entreprise, pourvu que l’établissement d’un système obligatoire respecte absolument l’autonomie et la variété des œuvres mutualistes et que l’accès de ces œuvres toujours préférables pour l’intérêt comme pour la dignité des travailleurs, reste ouvert à tous les assurés par la reconnaissance de la liberté des moyens et de l’équivalence des services ,
- « Emet le vœu que les retraites ouvrières soient organisées par la mutualité avec l’aide et sous le contrôle de l’Etat, ou tout au moins que l’Etat organise ce service sur les bases et avec le concours des sociétés de secours mutuels. »
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- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX
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- Essais de réduction de la durée du travail dans les ateliers de l’Etat.
- En vertu d’une décision du ministre de la guerre, l’essai de la réduction à neuf heures de la durée de la journée du travail, déjà mise en vigueur* dans les ateliers de l’artillerie a été étendu, à partir du 31 mars, à tous les ateliers relevant du département de la guerre.
- Dans ces neuf heures sont comprises cinq minutes à l’entrée et cinq minutes â la sortie pour les soins de propreté et d’hygiène.
- Un minimum de salaire correspondant à cette mesure, a été établi pour les ouvriers travaillant à la tâche.
- Appliquée a titre d’essai, le 16 septembre 1899, dans les ateliers des postes et télégraphes du boulevard Brune, à Paris, la journée de huit heures fut instituée définitivement dans ces établissements par l’arrêté suivant, en date du 9 février 1901, pris parM. Millerand, ministre du commerce, de l’industrie, des postes et des télégraphes, sur la proposition dp sous-secrétaire d’Etat des postes et télégraphes :
- « La durée de la journée du travail est fixée à huit heures pour le personnel auxiliaire de toute catégorie, employé dans les services suivants :
- » Vérification et réception du matériel, dépôt central ;
- » Agence comptable des timbres-poste ;
- » Ateliers de construction et de réparation du matériel postal et électrique ;
- » 'Atelier de fabrication des timbres-poste. »
- Pour permettre d’apprécier, en toute connaissance de cause, les conséquences générales de cet arrêté, dit à ce sujet le Bulletin de l’office du travail, il n’est pas inutile de rappeler que les ouvriers des ateliers de l’administration étaient payés les uns à l’heure, les autres à la tâche et aux pièces.
- L’essai de la réduction de la journée de travail ne pouvait évidemment être poursuivi que sous la double condition suivante ;
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- 1° La production ne serait pas sensiblement ralentie,
- 2° Le prix de revient des travaux resterait à peu près le même.
- Pour que la réforme pût être définitivement réalisée, il fallait donc que l'ouvrier arrivât à produire en huit heures de travail, autant qu’en dix ; il fallait aussi que les ouvriers travaillant aux pièces ne vissent pas leurs salaires amoindris par l’application de la journée de huit heures.
- L’effort exceptionnel demandé aux ouvriers put être accompli, et l’administration constata, au bout de trois mois, que le chiffre de la production journalière n’avait pas sensiblement varié. Cette surproduction ne s’est pas maintenue, il faut bien l’avouer, et l’administration a pu constater que le rendement est devenu inférieur à celui qu’on obtenait sous l’ancien régime. La cause vraie de cette diminution est due, semble-t-il, bien plus à la suppression du travail aux pièces qu’à l’application de la journée de huit heures.
- Au point de vue pécuniaire, l’augmention de l’effectif, forcément entraînée par la réorganisation des services (suppression du travail aux pièces, arrondissement des salaires), a donné lieu à un surcroit de dépenses de 33.000 francs environ. Ce chiffre représente une augmentation de 2.4 0^0 du montant des salaires payés antérieurement, pour une diminution de 20 OjO de la
- durée du travail, réduite de dix à huit heures.
- * *
- Premier congrès national d’hygiène sociale.
- De la circulaire rédigée par les organisateurs de ce congrès nous extrayons le passage suivant, qui donnera une idée de l’activité du groupement qui en a pris l’initiative : U Alliance d’hygiène sociale , dont nous avons annoncé la naissance dans le Devoir.
- Les problèmes de l’hygiène sociale, s’imposent à notre attention d’une façon de plus en plus pressante. Aucune tâche ne paraît plus urgente : lutter contre les mala-
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- dies sociales, la tuberculose, l’alcoolisme, les maladies de la première enfance, d’autres encore qui épuisent notre peuple et compromettent l’avenir de la nation. Mais cette lutte ne peut être efficace que si elle s’organise, toutes forces unies, par une véritable coalition pour la vie opposée à cette coalition pour la mort !
- VAlliance d’hygiène sociale est née de cette idée. Constituée à Paris, l’hiver dernier, sous la présidence de M. Casimir-Perier, avec le concours de MM. Brou-ardel, Cheysson, Mabillcau, Millerand, Georges Picot, Siegfried, Strauss, etc., elle ne se substitue pas, pour l’action, aux œuvres privées et encore moins aux pouvoirs publics : son objet propre est de coordonner des efforts épars et parfois contradictoires, en faisant reconnaître la nécessité d’oublier les dissidences pour organiser avec plus de méthode et d’ensemble la lutte contre les maladies populaires. Elle a consacré les premiers mois de son existence à provoquer, dans divers départements, la fondation de Comités régionaux, et ces conférences de propagande ont mis, pour ainsi dire, au premier rang des préoccupations d’une partie de la population le problème dont les orateurs rappelaient les données principales : la lutte contre la mortalité infantile, la tuberculose, l’alcoolisme, etc., par l’assainissement du logement ainsi que de l’atelier et de l’école, par l’amélioration de l’alimentation et l’enseignement ménager, par le développement de la mutualité et l’action des sociétés d’enseignement, etc.
- Mais VAlliance ne prétend pas s’en tenir à cette campagne de propagande, à cette excitation des initiatives, à cette coordination des œuvres privées entre elles et, dans la mesure du possible, avec les institutions publiques. Elle s’efforcera de soumettre sans cesse à la critique, à l’étude en commun, les expériences déjà faites et les besoins si complexes auxquels les hygiénistes ont à répondre.
- C’est pourquoi VAlliance a accueilli avec empressement l’offre qui lui était adressée de prendre sous
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- son patronage un Congrès national d’hygiène sociale, organise cet 'été à Arras par le Comité du Nord, et qui pourra être suivi de réunions analogues, s’il est fait bon accueil à l’idée.
- L’Exposition d’Arras — qui groupera les principales manifestations de la vie économique, si intense, de nos départements du Nord — sera complétée, en effet, par une Exposition d’Hygiène sociale.
- Le Congrès d’Arras, se réunira sous la présidence de M. Casimir Périer, du 20 au 24 juillet prochain. Au programme figurent trois questions, dont l’Exposition d’hygiène sociale fournira l’illustration.
- 1° La question des eaux résiduaires et leur épuration ; 2° La question de la puériculture : le lait, les Goûtes de lait, consultations de nourrissons et mutualités maternelles ; 3° la lutte contre la tuberculose.
- A ces questions qui seront examinées avec quelques détails se joindront des communications diverses relatives à d’autres œuvres et questions d’hygiène sociale : hygiène d’atelier, alcoolisme, falsification^ alimentaires, jardins ouvriers, habitations ouvrières, hygiène scolaire, etc.
- ALLEMAGNE
- Les Syndicats Ouvriers allemands
- Le progrès du mouvement syndical allemand s’affirme de jour en jour. Le nombre des ouvriers syndiqués atteint aujourd’hui le chiffre de 1.100 000. C’est en Allemagne que se trouve le syndicat ouvrier le plus considérable de l’Europe : celui des travailleurs des métaux qui compte près de 150.000 membres, répartis en 489 sections.
- Ces groupements demandent leur reconnaissance légale parle législateur et la création de Chambres de Travail. Le secrétaire d’Etat à l’intérieur a déclaré que les gouvernements confédérés n’y étaient pas opposés,
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- sous la réserve que les ouvriers au service des divers Etats de l’Empire en seraient exclus et que les minorités, c’est-à-dire ceux qui ne veulent pas faire partie de
- ces associations, puissent être efficacement protégés.
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- RUSSIE
- Deux conséquences sociales de la guerre russo-japonaise
- La situation des travailleurs et particulièrement des agriculteurs est devenue si difficile, du fait de la guerre, qu’une commission spéciale a été réunie à Saint-Pétersbourg pour discute]1 l’opportunité qu’il y aurait à diminuer le nombre des jours de fêtes pendant lesquels le chômage est obligatoire. Dans certaines localités, on comptait de 120 à 130 jours fériés par an, la plus grande partie étant placée entre avril et septembre au moment même des travaux agricoles.
- La Commission n’a pas cru possible d’obliger plu s longtemps à l’inaction des paysans privés de ressources. Le Conseil de l’empire, sur Lavis de la commission, a émis l’avis suivant, approuvé par l’empereur :
- « La liberté du travail, les dimanches, jours fériés, et pendant les cérémonies religieuses, est absolue ; aucune autorité ne doit faire obstacle à ceux qui ne veulent pas chômer. Ordre est donné de rayer les punitions encourues jadis par les personnes travaillant les jours fériés.»
- Cette mesure est en quelque sorte révolutionnaire, étant donné l’esprit qui a, jusqu’à présent, animé la règlementation du travail en Russie.
- Une autre conséquence de la guerre actuelle est la suivante, s’il faut en croire la dépêche de Saint-Pétersbourg qui a rapporté le fait.
- Le ministre de l’intérienr, M. de Plehve, aurait soumis au conseil de l’Empire un projet important tendant à l’abrogation de la loi interdisant aux juifs d’être domiciliés à une distance de moins de cinquante-six
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- kilomètres de la frontière. Il y a quelques années, la limite pour les juifs fut éloignée de la frontière1 en raison de la contrebande qui se faisait.
- Ce serait là un pas important dans la mise à exécution de l’ukase du 26 février 1903 par lequel le Tsar promet la liberté de conscience à ses sujets.
- Le Tsar aurait dit : « On estime le moment favorable pour l’inauguration de cette réforme, qui contribuera sensiblement à améliorer le sort des nombreux israéli-tes domiciliés sur la frontière occidentale de l’empire russe. »
- Cela vaut mieux que de les exiler en masse, comme autrefois, ou de les massacrer comme tout récemment.
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- SUÈDE
- La réforme électorale.
- Le gouvernement suédois avait déposé une proposition qui tendait à une extension importante du droit de suffrage, mais n’admettait l’introduction de la représentation proportionnelle qiïe pour la Chambre des représentants.
- Le projet, légèrement amendé dans quelques détails, a été adopté â la majorité de 93 voix contre 50 , par la Chambre haute.
- A la Chambre des représentants la lutte a été des plus chaudes. Plusieurs ministres et tous les chefs de parti ont pris la parole. Les socialistes ont vivement combattu le projet. « Nous ne voulons pas, ont-ils dit, abdiquer en faveur des réactionnaires de la première Chambre, et c’est ce que nous ferions en acceptant la représentation proportionnelle chez nous sans l’introduire en même temps au Sénat. »
- En fin de compte, le projet présenté à la Chambre des représentants, avec les modifications que le Sénat y avait introduites, a été rejeté par 116 voix contre 108.
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- AUSTRALIE
- Le programme du ministère ouvrier.
- Voici les principaux articles du programme du nouveau gouvernement ouvrier dont nous avons fait connaître la constitution :
- « 1° Interdiction de Fimmigration à toutes les races de couleur et à tous les éléments incapables de la race blanche; 2° Tribunaux de conciliation et d’arbitrage obligatoires pour tous les ouvriers organisés, employés par l’Etat ou par des particuliers , afin d’éviter les pertes de temps et d’énergie que les grèves entraînent ; 3° Pensions de vieillesse pour tous les indigents; 4° Prise de possession par l’Etat de tous les monopoles ; 5° Milices nationales ; 6° Diminution des emprunts ; 7° Lois de navigation protégeant la marine australienne.»
- Le parti ouvrier australien , auquel appartient le ministère, n’a rien qui lui corresponde en Europe ou en Amérique. Il est trade-unioniste et repousse les conflits aigus, grèves, lock-outs, boycotts. Il est socialiste et rejette la lutte de classe et les buts révolutionnaires.
- Interrogé au sujet de son programme, M. Watson, le nouveau président du Conseil des ministres, aurait répondu :
- « Si l’on vient à s’occuper de la nationalisation des industries, on aura soin d’envisager la question tout entière au point de vue commercial avant de se mettre à l’œuvre. On examinera soigneusement, en tout cas, le côté financier des projets que pourra englober le programme du nouveau ministère ouvrier. »
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- LA QUESTION DE LA PAIX
- Le pacifisme et l’enseignement
- Au Congrès national de la Paix de Nîmes, M. F. Buisson a donné lecture de la résolution ci-après qui a été votée par acclamation.
- Par le développement donné à ses considérants, -dit avec raison la question de la Paix par le Droit, cette résolution, rédigée par le rapporteur avec l’autorité que tous lui reconnaissent en pareille matière, a pris l’importance d’un véritable manifeste.
- Outre son intérêt propre, elle répond opportunément à la tentative de pénétration du corps pédagogique par le parti césarien dont les allégations ont rencontré naguère à la tribune du Parlement la péremptoire réfutation du rapporteur du Congrès de Nîmes.
- « Le Congrès dont l’attention a été appelée sur le conflit possible des idées pacifiques avec le sentiment patriotique, notamment dans l’éducation de la jeunesse française,
- « Après avoir pris connaissance d’un récent appel aux instituteurs et institutrices de France, en vue de fonder une nouvelle Ligue dénommée « Union des’ instituteurs laïques patriotes » ;
- « En ce qui concerne la question de principe : v « Considérant que le but poursuivi par toutes les Sociétés de la paix est d’acheminer l’humanité vers un régime qui consisterait à résoudre les différends internationaux non plus par la force et la violence, mais par le même respect du droit et les mêmes règles de justice que tous les peuples civilisés appliquent à tous les conflits d’individus ou de groupe dans l’intérieur de la nation ;
- . « Que la poursuite d’un tel but n’est pas de nature à
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- la question de la paix
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- dégrader, ni dans la conscience individuelle, ni dans la conscience publique, l’idée nationale ; qu’au contraire, notre patrie à tous nous sera d’autant plus chère et nous apparaîtra d’autant plus grande, qu’elle sera élevée tout entière à une plus haute conception de la société humaine et aura identifié ses intérêts avec ceux de la justice, de la liberté et du progrès social ;
- « Qu’elle a été, en particulier, l’ambition de la France depuis 1789, puisque en publiant une déclaration non pas du droit de Français, mais du droit de l’homme, en proclamant la fraternité des peuples, en déclarant hautement qu’elle ne leur apportait avec les principes de la Révolution que le droit d’être libres et le moyen de vivre en paix, elle affirmait comme un des moyens d’action de la politique nationale la diffusion universelle des idées libérales et pacifiques ;
- « Considérant qu’abandonner ces traditions de la première République et répudier ces grandes espérances ne serait pas accroître chez nous la force de la notion de patrie, mais la diminuer ; que les aspirations humanitaires sont un des traits de notre caractère national et une des parties de ce patrimoine dont nous devons défendre l’intégrité autant que celle même de notre sol ; qu’il importe donc que l’éducation entretienne notre jeunesse dans les sentiments qui ont fait la grandeur de l’esprit français et qui font l’originalité de la France républicaine;
- « Considérant d’ailleurs que les revers qu’a valus à notre pays le régime impérial ont imposé à la nation des devoirs normaux qu’elle a virilement acceptés et qu’elle continue de remplir sans hésitation, en vue de la Défense Nationale ; que l’accomplissement de ces devoirs, sous la forme que prescrivent les lois militaires, est une des obligations dont l’éducation morale et civique a dû et doit encore pénétrer de bonne heure la jeunesse française ;
- « Mais que le scrupuleux et complet accomplissement de tous les devoirs militaires n’entraîne nullement l’esprit militariste et chauvin, et est au contraire parfaite-
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- ment compatible, chez les enfants d’une République 'démocratique, avec la conviction que le monde marche vers un degré supérieur de civilisation où la guerre de peuple à peuple sera considérée comme l’est déjà la guerre de province à province, de village à village;
- » Le Congrès estime que l’éducation laïque et républicaine peut et doit développer en même temps les sentiments patriotiques et les sentiments humanitaires , les devoirs envers la patrie étant la première forme et la plus concrète des devoirs envers l’humanité;
- » Exhorter tous les éducateurs de la jeunesse à ne rien négliger pour inspirer à leurs élèves le souci de remplir fidèlement et courageusement les obligations que la loi militaire leur impose, tout en leur rappelant qu’ils conservent comme citoyens le droit et le devoir de contribuer à la propagande et à la défense des idées pacifiques comme de toutes celles sur lesquelles repose la République démocratique et sociale.
- » En ce qui concerne l’appel des instituteurs précités :
- » Considérant que la date même où paraît le manifeste, à la veille des élections municipales, constitue, à tout le moins, une coïncidence fâcheuse ; que cet appel au patriotisme semble venir à point pour appuyer surtout dans la capitale les prétentions d’un parti dont le principal moyen d’action a été jusqu’ici de s’identifier lui-même avec la Patrie Française en qualifiant les adversaires de « ministère de l’étranger ».
- » Considérant que les auteurs de l’appel n’ont sans doute voulu signaler, comme ils le disent, « qu’une poignée d’égarés » ; mais que la rédaction du document tend à envelopper dans une même réprobation tous les partisans des idées pacifiques en affectant de les confondre avec les « sans patrie, agents inconscients d’invasion et de réaction » ; qu’en particulier le manifeste ose écrire ce qu’avaient à peine osé insinuer les pires organes du bonapartisme, en donnant à entendre que les journaux français qui avant 1870 s’opposaient avec Thiers et Gambetta, avec Jules Favre et Jules Simon à la folie
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- la question de la eaix
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- belliqueuse de l’Empire étaient « soudoyés » par Bismark, calomnie indigne encore d’un groupe d’instituteurs publics qui prétend donner à ses collègues une leçon d’histoire et de patriotisme;
- » Considérant enfin qu’en tout état de cause il ne leur appartient pas de s’arroger publiquement le titre « d’instituteurs patriotes «comme pour indiquer que les autres le sont moins qu’eux, pas plus qu’il ne siérait à un groupe d’officiers de se dénommer « Union des officiers valeureux» ou à un groupe de magistrats «Union de juges intègres »; *
- » Le Congrès proteste contre les allégations inexactes et offensantes de « l’appel aux instituteurs », soit à l’égard de l’opposition républicaine sous l'Empire, soit à l’égard des partisans actuels de la paix par le droit ;
- » Regrette que les auteurs de ce manifeste au lieu de se borner à recommander l’enseignement du patriotisme tel qu’ils l’entendent, n’aient pas vu les inconvénients d’une rédaction qui, contre leur intention sans doute, semble dénoncer bruyamment à l’opinion publique si prompte à s’alarmer en pareille matière, tous ceux de leurs collègues qui ne pensent pas comme eux parce que, tout en étant aussi patriotes qu’eux-mêmes, ils ne veulent être ni dupes ni complices’de la réaction nationaliste ;
- » Recommande aux instituteurs et institutrices amis de la paix et résolus à poursuivre l’œuvre pacificatrice de la Révolution, de s’abstenir également et de toute adhésion à cet appel et de toute contre-manifestation, l’une et l’autre démarche ne pouvant que prêter à des équivoques que tous les républicains doivent prévenir.
- » Il invite enfin tous les amis de l’école laïque à mon-. trer par leur attitude qu’ils ont de la patrie une idée trop haute pour vouloir la mêler aux luttes' des partis, et qu’il leur répugne également, ou de mettre en doute le patriotisme d’autrui ou de faire parade du leur. »
- 4
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- LE DEVOIR
- \
- Par Henry GRÉVILLE
- {Suite. )
- L’origine alsacienne et le séjour en Hollande pouvaient expliquer à la rigueur l’incroyable baragouin qui, à partir de ce moment, s’épandit en une nappe toujours renouvelée sur le bout de la table où se trouvait Mme Maubert. M. Boss connaissait tout, spécialement les localités de l’Est et nos provinces perdues ; il n’y avait plus d’amis, tous ceux qu’il avait autrefois étant morts ; il connaissait aussi très bien le commerce.
- — Voyez-vous, madame, dit-il à Céphise, un jour que personne ne l’écoutait, on ne sait pas ca qui est bon ; on se sert de beurre, c’est une faute.
- -- Et que voulez-vous donc qu’on emploie ? demanda la jeune femme.
- — L’oléo-margarine. C’est un produit cent fois supérieur et qui ne coûte pas la moitié du beurre. On ne devrait pas employer autre chose.
- — Grand merci ! fit Mme Carval dédaigneuse ; c’est assez d’en manger malgré soi, ou quand on l’ignore.
- — C’est un produit excellent, de première classe ! quand c’est bon, bien entendu. J’ai eu une fabrique d’oléo-margarine avec un associé...
- — Ah ! je comprends ! fit Céphise en riant. Vous êtes orfèvre, monsieur Josse !
- — Non, dit le fabricant interdit, je ne suis pas orfèvre ; j’ai un cousin qui est bijoutier, mais je ne me connais pas en bijouterie.
- Mme Maubert réprima un sourire. Mme Boss l’examina attentivement avec des yeux durs et inquisiteurs, qui devinrent très doux dès que leurs regards se croisèrent. v
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- vie d’hôtel 455
- — Vous ne valez pas cher, vous, belle madame, pensa Céphise qui avait suivi ce manège.
- Au môme instant un orchestre ambulant se fît entendre dans le jardin; c’était le premier; il apportait le charme d’une impression nouvelle dont on serait bientôt saturé jusqu’au dégoût; mais le service est impitoyable, et les malheureux exécutèrent leurs plus joyeuses chansons pour eux-mêmes, pendant que le déjeuner suivait son cours.
- — Pauvres gens, soupira Cèphise, ils ont mal choisi leur moment ! Faisant un signe à un des garçons, elle lui remit une piécette pour les musiciens.
- — Ah bien ! murmura Mme Boss à demi-voix, mais avec humeur, je ne vais pourtant pas me déranger pour les entendre, ni payer pour un plaisir que je n’ai pas eu !
- L’opinion de Mme Carval cessa d’hésiter ; la nouvelle venue manquait de cœur et de tact ; son mari manquait d’éducation ; elle se promit de les éviter le plus qu’elle pourrait.
- Quand on se sait installé dans un hôtel pour plusieurs mois, il est cependant à peu près impossible, à moins qu’on ne soit un parfait misanthrope, d’éviter le contact de ses commensaux. Si résolues que fussent Mme Maubert et sa fille à ne laisser personne se familiariser avec elles, la sympathie générale leur vint bientôt. Elles étaient très peu encourageantes, mais leur abord n’avait rien de hautain ; certaines dames seules, isolées, vieilles, malades ou tristes, prirent l’habitude d’échanger avec elles tous les matins quelques paroles qui leur servaient de consolation pour le reste de la journée. Mme Maubert trouvait sur la chaise qu’elle occupait d’ordinaire au jardin un petit bouquet de violettes, parfois une rose servait de signet à un livre emprunté et rendu ; les mille attentions délicates dont les Anglaises très bien élevées possèdent le secret donnaient aux deux Françaises l’illusion d’une société.
- Une lettre qui avait couru dans beaucoup d’endroits
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- se trouva un soir dan§ le courrier de Céphise. C’était Mme Mertins qui lui envoyait l’histoire de son existence présente. Depuis son départ de Vichy elle avait écrit deux ou trois fois à ses charitables voisines d’hôtels, mais c’étaient de simples politesses ; cette fois, il n’en était pas de même.
- Elle racontait sa vie : pendant trois mois, cette vie fragile avait été suspendue entre ciel et terre, puis, un jour, elle s’était senti du goût à l'existence, elle avait vu la beauté des choses. « C’est un rosier, écrivait-elle, qui m’a révélé ma guérison. Un matin de septembre, j’allais distraitement dans mon jardin ; tout à coup j’aperçus devant moi un grand rosier qui portait haut, comme s'il les présentait au soleil magnifique, tout un bouquet de roses blanches légèrement carnées, ambrées, enfin d’une couleur indéfinissable et d’un parfum très délicat. Ce rosier paraissait si heureux de fleurir, il accomplissait avec tant de grâce et de noblesse sa mission de donner ses fleurs pour la joie des yeux, que je compris sa joie à lui, sa joie de vivre. Il aimait visiblement la vie, et il avait raison. Mon mari s’étant approché à ce moment, je le lui montrai : il sentit comme moi, car il me dit : « A chacun sa tâche : la mienne est de te guérir pour que tu sois heureuse, et la sienne est de t’offrir des bouquets pour tes vases.... —Et la mienne? demandais-je, un peu émue. — La tienne,, ma chère enfant, dit-il sans me regarder, c’est d’être heureuse, afin que je n’aie pas de remords de t’avoir négligée si longtemps. » J’avais le cœur bien gros, je vous assure, chère madame, et s’il m’avait examinée, il aurait vu que je me retenais de pleurer. Je pris son bras et lui dis : « Ma tâche est de vous aimer, mon cher mari, en récompense de tout le mal que je vous donne. » Il me serra le bras si fort qu’il me fit mal. Depuis ce jour, j’ai compris la beauté de la vie dans le mariage ; ce n’est pas un feu de paille qui illumine tout d’une grande clarté, puis qui s’éteint; c’est une lumière égale et douce qui éclaire les moindres détails de la vie. J’ai à
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- me faire pardonner, bien que mon mari l'ignore ; je ferai en sorte qu’il soit dédommagé du tort que j’ai eu envers lui. Me permettez-vous de vous dire que vous êtes pour beaucoup dans le changement qui s’est produit en moi ? Votre présence a quelque chose de si fermement encourageant dans la voie du bien, que je vous dois, j’en suis persuadée, tout le travail qui s’est fait en moi-même, et tout mon désir... je n’ose le dire .. est de vous ressembler un peu. On m’ordonne le Midi. Mon mari fera tous les sacrifices pour m’y accompagner, mais je sais que si vous étiez quelque part où vous ne me défendriez pas de vous rejoindre, il me laisserait près de vous en toute confiance ; j’en serais bien heureuse, car j’apprendrais avec vous mille choses, pour lesquelles je ne puis trouver d’épithète convenable. »
- — Eh bien, dit Mme Maubert après avoir la cette lettre, il me semble que voilà des soins qui n’ont pas été perdus. Faut-il lui dire de venir ici? Cette jeune femme me semble digne d’intérêt.
- — Si tu le permets, maman, j’aurai plaisir à l’étudier un peu. Elle ne nous ennuiera pas.
- Une semaine après, M. Mertins amena sa femme, l’installa gentiment, resta deux jours et partit, promettant de revenir après Noël ou le jour de l’an.
- Mme Mertins se montra très réservée, ne prenant de la société de Céphise que ce que celle-ci voulait lui accorder ; de plus, il se trouva qu’elle était très bonne musicienne, ce qui fut un plaisir inattendu.
- On la regarda avec un peu de jalousie ; Mme Maubert et sa fille, sans le vouloir et à leur insu, étaient les personnes marquantes de l’hôtel ; on les citait, on les admirait, on les copiait.. et on les dénigrait, suivant la disposition charitable ou maligne de chacun. Un hôtel de ce genre est un peu comme un transatlantique : on s’y est embarqué pour une traversée plus ou moins longue, on y vit coude à coude, qu’on le veuille ou non, ne fût-ce qu’aux heures de repas ; on se croise dans les couloirs, on apprend, bon gré, mal gré, mille détails de la vie les
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- uns des autres, et on peut s’y prendre en amitié, à moins qu’on ne s’y prenne en grippe. 'Mme Boss aimait à trôner, Mme G récourt ne détestait pas les vérités désagréables, à condition que ce fût elle qui les dît: sans que Céphise s’en aperçût, elle et sa mère eurent bientôt contre elles un parti, mené par ces deux femmes.
- L’hôtel se remplissait peu à peu ; c’était aussi amusant pour le spectateur désintéressé de suivre les complots de ces vanités, de ces amours-propres, que de voir une lanterne magique. Mme Maubert reprenait ses forces à vue d’oeil, et, d’ailleurs, le moment n’était-il pas tout proche où les chers voyageurs allaient arriver ?
- Assise sur un banc, dans un jardin de l’hôtel, sous un palmier, Céphise, comptant joyeusement les jours qui lui restaient à attendre, faisait avec sa mère des calculs approximatifs, lorsqu’une mince figurine de Saxe franchit la grille et s’arrêta hésitante. Un petit chapeau tout blanc avait remplacé le grand chapeau noir, une robe de drap gris clair moulait une taille délicieuse ; mais le frais visage velouté, les yeuxbleus, couleur de pervenche, n’avaient pas changé.
- — Mamie ? dit Mme Maubert étonnée et souriante.
- — Oui, madame, c’est moi. Bonjour, madame ; comme vous allez mieux ! Je ne vous ai jamais vue si jolie! Et vous, madame, fît-elle en se retournant vers Céphise, vous avez maigri, mais vous avez de fraîches couleurs !
- — Quelle petite personne mondaine vous êtes devenue, Mamie! fît Mme Maubert, aimable et sachant ce qu’il faut dire.
- — Je me suis un peu débrouillée, expliqua la jeune fille en rougissant. En Angleterre, on se débrouille vite. Je suis si contente de vous voir ! Il y a deux jours que je voulais venir, mais impossible d’en trouver le temps.
- — Vous êtes donc ici ? demanda Céphise.
- — Avec miss Browley et maman. J’ai dit à Auntie, — elle n’est pas ma tante, vous savez, mais elle veut que je l’appelle comme cela, — que j’étais triste sans maman.
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- Aontie voulait passer l’hiver dans le Midi, pour ses poumons ; alors elle nous a emmenées toutes les deux ; elle est un peu. . un peu drôle, mais très bonne au fond.
- — Et elle a choisi Menton ? demanda Céphise, s’avisant soudain que le hasard n’avait peut-être pas tout fait.
- — Oui, c’est-à-dire non, avoua Mamie. C’est un peu moi... Maman savait que vous étiez ici, Mme de Vautrait le lui avait dit, alors j’ai pensé que nous serions bien contentes de vous voir...
- — Vous êtes ici pour tout l’hiver ?
- — Je ne sais pas ; Auntie voudrait aller à Rome, mais nous n’y tenons guère ; ici, c’est si tranquille...
- — Petite masque ! pensa Céphise. Ici Mlle Mamie aura
- des nouvelles de M. Gaëtan. Je parie que celui-là va s’arranger de façon à nous tomber sur la têteau premier jour. — Ma sœur allait bien, quand vous l’avez quittée ? demanda-t-elle. x
- — Très bien : nous lui avons présenté une demoiselle pour donner des leçons aux enfants, mais ils ne l’aiment pas, ils disent que c’est une miss. Parce que, voyez-vous, ni maman ni moi, fit confidentiellement Mamie, nous ne donnerons plus de leçons, excepté pour notre plaisir, ajouta-t-elle avec un joli sourire, par exemple, si Jean et José ne pouvaient absolument pas s’accoutumer à leur miss. Auntie a beaucoup regretté de n’avoir pas... Mamie eut tant de peine à formuler ce que Auntie n’avait pas fait, qu’elle y renonça. Notre situation est tout à fait changée, conclut-elle ; Auntie et maman ont signé des papiers chez les hommes de loi ; enfin, nous pouvons faire tout ce que nous voudrons, à présent, même si Auntie changeait d’avis. Elle avait une part de la fortune de maman qu’elle n’aurait dû avoir... Je n’y comprends rien, mais c’est arrangé.
- Mamie avait tiré à elle une chaise, tout en parlant, et s’était assise. En terminant sa phrase, elle leva sur Céphise un regard si confiant et en même temps si suppliant, que celle-ci en fut émue,
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- — Autrement dit, fit-elle, vous voilà riche.
- Oh ! pas riche, une petite aisance, toute petite ; mais, enfin, je ne brûlerai plus la soupe, car je n’aurai plus besoin de faire la cuisine.
- Céphise ne connaissait point l’aversion de Gaëtan pour la soupe brûlée et ne s’expliqua pas parfaitement ce qu’avait voulu dire sa petite amie, mais elle devina qu’il y avait là quelque allusion mystérieuse.
- — Maman voulait venir aussi, reprit la jeune fille, mais Auntie ne la laisse guère loin d’elle ; je crains qu’il ne vous faille accepter la visite des deux ensemble.
- — Avec grand plaisir, dit Mme Maubert. Je suis bien heureuse pour vous de ce changement dans votre vie, mon enfant, vous le méritiez.
- Mamie eut grande envie de se précipiter sur l’excellente femme pour l’embrasser; elle se retint, et se contenta de porter à ses lèvres la belle main blanche qui se tendait vers elle ; en échange, elle reçut un bon baiser. Satisfaite, elle se leva.
- — Eh bien, dit-elle, nous reviendrons toutes les trois vous faire une visite de cérémonie. Mais moi, — son regard interrogeait craintivement Céphise, — me permettrez-vous de venir vous voir toute seule, de temps en temps ? Vous me renverrez si je vous gêne ?
- — Quand vous voudrez, répondit Mme Carval en souriant.
- Mamie revint tous les jours. Elle avait pris l’accent anglais et n’en était que plus drôlette ; Mme Maubert s'en amusait comme d’un oiseau familier.
- Trois jours au plus devaient s’écouler avant que le Bramont arrivât à Bordeaux. Carval avait annoncé par dépêche le départ de son beau-père pour New-York et le sien à bord du paquebot ; Céphise inspectait scrupuleusement toutes les nouvelles de la mer, impatiente et nerveuse, comme on l’est aux derniers jours d’une longue épreuve vaillamment supportée. Un matin, sortie seule pour une menue emplette, elle s’arrêta devant le tableau du Crédit Lyonnais où sont inscrites chaque jour
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- les plus récentes nouvelles. Ses yeux coururent sur-le-champ au nom qui l’intéressait, et elle lut : Vapeur le Bramont naufragé sur côte Tènèriffe avec cent soixante passagers et équipage. Dix-huit personnes seulement sauvées.
- Le tableau, la rue, les allants et venants tournoyé- * rent devant les yeux de la malheureuse. Elle s’adossa instinctivement à la muraille. Dix-huit survivants... Armand était-il du nombre ? Quand le saurait-elle ? Les yeux de son âme lui firent voir une côte férocement déchiquetée, blanche d’écume et noire de vagues affolées, dans une nuit sans étoiles ; le grand navire craquait sous l’effort des lames et sombrait dans un sinistre remous ; les hommes, épaves humaines, blessés par les récifs, saignants, défigurés, nageant avec la rage du désespoir, puis se laissant couler, sans force ou sans vie... Son brave Armand avait lutté jusqu’au bout pour lui et pour les autres, il avait pensé à elle avant de succomber...
- Pour chasser l’horrible vision, elle ferma ses yeux de sa main gantée, puis regarda devant elle. La rue claire était pleine de soleil, une corbeille d’oranges, tout près, mettait une tache de feu sur une devanture terne; de jeunes Anglaises, en robes de piqué blanc, passèrent sur leurs bicyclettes, sérieuses, droites, mais gracieuses, dans les plis tombants de leurs jupes.
- Etait-il possible qu’une chose aussi effroyable fût arrivée et que personne n’en fût ému ? Elle leva les yeux vers le tableau : les lettres blanches sur le fond noir disaient brièvement la sombre histoire, entre un racontar politique et l’arrestation d’un assassin : le naufrage du Bramont était-il autre chose qu’un simple fait divers ?
- Mme Mertins passait de l’autre côté de la rue ensoleillée : c’est le coin de Menton où tout le monde se rencontre avant le déjeuner ; elle aperçut Céphise pâle et rigide, dans son attitude figée, et, sur-le-champ, eut l’intuition de quelque malheur. L’endroit lui fit supposer
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- qu’il s’agissait d’une sérieuse perte d’argent. Le sentiment de reconnaissance qu’elle portait à la jeune femme lui suggéra une prompte consolation. Son mari ne se refuserait certainement pas, si elle l’en priait, à venir en aide à de si dignes personnes, lors d’un embarras momentané.
- — Chère madame, dit-elle à Céphise, vous avez appris de mauvaises nouvelles ?
- Mme Carval se raidit et voulut parler, mais ne put. Ses yeux, involontairement, se portèrent sur le tableau : Mme Mertins lut et comprit.
- — Votre père ? demanda-t-elle, tremblante d’émotion, apitoyée.
- — Mon mari, répondit Céphise.
- Les promeneurs continuaient à circuler. Un monsieur , élégamment vêtu, coiffé du petit chapeau de feutre gris en vogue sur le littoral, s’approcha, lut pardessus l’épaule des deux femmes et s’en alla.
- — Venez, dit Mme Mertins.
- Elle prit sous son bras celui de l’infortunée et l’emmena lentement vers l’hôtel, par les chemins les plus détournés qu’elle put inventer. Les rues étaient presque désertes ; elles marchaient d’un mouvement machinal sans se rien dire. Trois ou quatre fois Mme Mertins avait voulu parler, et s’était retenue, ne pouvant trouver ce qu'il aurait fallu. Tout à coup Céphise s’arrêta, dégageant son bras.
- — Maman ! fît-elle, tout son sang lui remontant au visage. Si maman l’apprend, elle en mourra.
- Mme Mertins la regarda, un peu surprise d’apprendre que Mme Maubert aimât son gendre à ce point.
- — Armand est parti pour aider mon père, expliqua Céphise, qui, même en ce moment, comprenait tout ce qui se passait dans l’âme des autres ; maman se reprochera toujours d’avoir accepté son dévouement.
- — Mais qui vous dit que M. Carval ne soit pas au nombre des personnes sauvées? dit Mme Mertins, trouvant enfin ce qu’elle cherchait à formuler.
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- — Cela se peut, répondit Céphise. Tant que la liste des survivants ne sera pas publiée, nous aurons le droit d’espérer. Mais maman ne peut pas supporter l’angoisse de l’attente, elle est encore trop faible. 11 faut qu’elle ignore... Comment savoir les noms? Si je pouvais aller à Marseille... où à Paris? Télégraphier .. à qui?
- — Mon mari, dit promptement Mme Mertins. Il saura dès que ce sera possible, il a des amis ; je m’en charge.
- — Mais maman, reprit Côphise, si on parle devant elle, comment faire ?
- — Ne la laissez communiquer avec personne. Dites que vous êtes malade, ce ne sera que trop vrai ! Faites-vous servir vos repas dans votre chambre et ne laissez entrer qui que ce soit.
- — Mais il faut qu’elle se promène !
- — Je sortirai avec elle...
- — On parlera sur la promenade... Ma pauvre maman. .. pourvu qu’on ne lui ait pas déjà appris !
- Céphise pressa le pas de telle façon que Mme Mertins avait grand’ peine à la suivre. Dans le hall de l’hôtel, elles rencontrèrent Mamie, dont les grands yeux troublés disaient clairement qu’elle connaissait le désastre. En voyant Mme Carval, elle fit un pas, puis s’arrêta, n’osant rien dire; celle-ci lui mit la main sur l’épaule.
- — Mamie, dit-elle, si ma mère apprend ce que je sais, nous la perdrons. Etes-vous capable de m’aider ?
- — Je ferai tout ce que vous voudrez, répondit la jeune fille sans hésiter.
- — Je vous donne ma mère à garder. Mme Mertins la veillera d’un côté, vous de l’autre ; vous ne la laisserez s’arrêter près de personne, vous ne permettrez à personne de lui adresser la parole ; elle ne sortira qu’en voiture et se promènera à pied dans des endroits déserts ; vous ne lui laisserez pas voir des journaux, surtout. Si vous venez à bout d’empêcher qu’elle sache, jusqu’au jour où il sera devenu impossible de le lui cacher, eh bien, alors, Mamie, je verrai que vous êtes
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- une vraie femme, capable de songer au bonheur des autres. Mme Mertins vous dira ce qu’il faudra faire.
- Elle passa sans regarder autour d’elle et monta dans sa chambre. Elle trouva sa mère qui paressait au lit.
- — Qu’as-tu ? demanda Mme Maubert en voyant le visage contracté de sa fille.
- — J’ai attrapé un coup de soleil, je crois ; ce ne sera rien, mais j’ai mal à la tête, je vais m’étendre sur ma chaise longue ; si tu veux, nous déjeunerons ici.
- C’est ainsi que commença le nouveau chemin de croix de Céphise.
- Le soir de ce premier jour, Mme de Greslin se présenta, sans sa parente ; elle avait reçu un télégramme de Gaëtan, qui demandait si sa mère et sa sœur avaient/ connaissance de la terrible nouvelle ; Mamie sut manœuvrer pour l’introduire, sans éveiller les soupçons de Mme Maubert, avec une naïve rouerie qui fit l’admiration de Mme Mertins ; un entretien à demi-voix eut lieu. Céphise interrogea, répondit, donna des ordres, fit envoyer des télégrammes, sans que, dans la pièce contiguë, la convalescente, amusée par l’industrieuse fillette, se doutât de la question vitale, en suspens à quelques pas. Mme de Greslin n’était pas diplomate ; sa pâleur et son visage consterné, car elle aimait très sincèrement toute cette famille, eussent trahi la catastro-’ phe, si Mamie n’avait eu soin d’expliquer combien sa mère était fatiguée par l’incessante trépidation de miss Browley, qui ne pouvait tenir en place.
- Mme Maubert gagna son lit, Céphise l’entendit s’assoupir doucement et joignit les mains en remerciant Dieu pour ce jour gagné ; tant il est vrai que, dans les pires catastrophes, on songe parfois que le mal pourrait être plus épouvantable encore. Le silence se fit peu à peu dans l’hôtel ; après que tout était tranquille, on entendit tout à coup l’organe retentissant et irrité de M. Boss, qui malmenait la femme de chambre; puis le calme se rétablit, l’ascenseur au repos cessa de grincer sur ses rouages, et Mme Carval,(les yeux grands ouverts
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- dans la nuit, regarda dans son âme la plage sombre où la marée apportait des cadavres, et s’efforça, parmi ceux-là, de reconnaître celui d’Armand.
- L’horrible vision la hanta pendant un quart d’heure sans qu’elle cherchât à s’y dérober. Soudain, elle eut conscience de cet état morbide de son cerveau, et voulut réagir.
- — Pourquoi serait-il mort, se dit-elle, puisqu’il en est de sauvés ? Je n’ai pas le droit de le considérer comme perdu, même si son nom se trouve parmi les disparus, avant que les autres aient télégraphié à leurs proches, et que son silence... Et même son silence ne prouverait rien, car il peut avoir perdu son argent, et un télégramme coûte cher ..
- Un éclair illumina son esprit.
- — J’aurais dû télégraphier à Las Palmas , pensa Céphise ; indubitablement les naufragés seront recueillis comme des frères par les généreux Espagnols. Oh ! ce matin ne viendra donc jamais ! Et papa, à New-York, ce qu’il doit souffrir ! Cher papa, qui a vendu son hôtel pour que nous eussions de l’argent en son absence, cher père absent, si je pouvais t’épargner ce chagrin comme je l’épargne à ma mère, au prix même de plus cruelles souffrances...
- Les larmes jaillirent, brûlantes, irrésistibles, des yeux arides de la jeune femme. Elle enfouit son visage dans l’oreiller et pleura de toutes ses forces, se retenant de crier pour ne pas réveiller sa mère, et ces pleurs furent le soulagement nécessaire, la détente indispensable, sans laquelle les cerveaux éclatent comme des machines surchauffées. Elle pleura sur sa mère, sur son père, sur son mari, sur ses enfants, mais pas un instant sur elle-même ; son âme était montée si haut vers le sacrifice, elle sentait sur elle la charge de tant d’âmes, que sa propre douleur en était reléguée au second plan.
- Après minuit, la voix de la mer s’éleva, sans que le vent fût sensible à terre. D’une pointe à l’autre, de
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- Bordighera au cap Martin, on entendit, jusqu’à l’aube, la vague courir, s’étendre, revenir, s’enfuir et revenir encore, comme une mère au désespoir qui chercherait ses enfants disparus et ne pourrait se consoler de ne pas les retrouver. Et Céphise songea aux autres, aux cent soixante autres, que leurs familles ne reverraient jamais, dont les cercueils ne reposeraient pas dans la terre natale ; pour ces infortunés dont elle ne savait rien, pour ces familles qui devaient lui demeurer inconnues, dans sa grande douleur d’épouse qui était peut-être. veuve , elle sentit son cœur se gonfler- d’une immense et secourable pitié ; elle eût voulu les recevoir dans ses bras ouverts, et pleurer avec eux, sur eux, s’ils ne voulaient pas être consolés. Et, dans cette communion d’une douleur telle qu’il n’en est pas de plus grande, elle trouva une sorte d’apaisement à sa torturante angoisse.
- Enfin le jour filtra à travers les persiennes, sous les rideaux de mousseline blanche ; Mme Maubert avait passé une nuit tranquille, et ressentait cette douce langueur des convalescents qui les porte à regretter de quitter le lit ; sa fille dut attendre, de peur de la réveiller, qu’elle fît vers sa montre le mouvement habituel pour savoir l’heure. Le soleil se lève tard en cette saison ; que de temps perdu pour le télégramme ! Cependant, Céphise put enfin se lever, aller et venir et sonner, sans trahir d’agitation insolite. Avec la femme de chambre, au coup de sonnette, répondit Mme Mertins, qui depuis une heure rôdait autour de l’appartement, dans l’espoir de se rendre utile. Sous prétexte de prendre des commissions, 'elle causa avec Céphise, amusa ensuite Mme Maubert, et la jeune femme put écrire deux télégrammes: l’un au gouverneur des Canaries; l’autre, à M. Armand Car val, naufragé du Bramont. Quelle étrange indication! et pourtant elle était sûre que la missive arriverait, si le destinataire était vivant.
- (A suivre.)
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- ASSURANCES MUTUELLES
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- Société du Familistère. - Assurances Mutuelles
- MOUVEMENT DU MOIS DE FÉVRIER 1904, A GUISE
- ASSURANCE CONTRE LA MALADIE
- Section des Hommes
- Cotisations des mutualistes... 2.443 10 \
- Subvention de la Société...... 836 25 f 3.671 70
- Malfaçons et Divers........... 392 35 )
- Dépenses................................ 4.281 25
- Déficit en février 1904........ 609 55
- Section des Dames
- Cotisations des mutualistes........ 521 20 )
- Subvention de la Société........... 218 13 > 739 33
- Divers........................ .. » » '
- Dépenses............ ......................... 875 85
- Déficit en février 1904........... 136 52
- ASSURANCE DES PENSIONS
- Subvention de la Société et Divers 6.634 11 \
- Intérêts des comptes courants et 11.111 46
- du titre d’épargne............ 4.477 35 -
- Dépenses i
- 123 Retraités définitifs........... 8.360 10 v
- 5 — provisoires.................. 258 50 J
- Nécessaire à la subsistance........ 4.479 10 N 13.743 55
- Allocations aux famill9 des réservistes »
- Divers, appointera., médecins, etc. 645 85 )
- Déficit en février 1904........... 2.632 09
- CAISSE DE PHARMACIE
- Cotisations des mutualistes....... 750 85 )
- Subvention de la Société.......... 231 29 )
- Dépenses.....................................
- Boni en février 1904
- 982 14 959 64 22 50
- RÉSUMÉ
- Recettes socialesdu 1er juillet 1903 au 29 lévrier 1904 100.980 47) oc-,
- » individuelles » » 34.371 50 i 135>3M 97
- Dépenses » » . 151.762 90 '
- Excédent des dépenses sur les recettes.. 16.410 93
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- LE DEVOIR
- ÉTAT CIVIL AU FAMILISTÈRE DE GUISE /
- MOIS DE FÉVRIER 1904.
- Naissances :
- 28 Février 1904 : Herblot Charles-Marcel, fils de Her-
- - blot Auguste et de Leroy Mélanie.
- Décès : 1
- 5 — Moyen Lucien, âgé de 35 ans.
- 13 - Mme veuve Roppé César, âgée de
- 55 ans. « /
- Le Gérant : H. E. Buridant.
- tyimes. — Typ. A. Chastanier, 12, rue Pradier.
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- documents biographiques.
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- Août 1904.
- l'OUR UNE
- COMPLETE
- Glorification du Travail. Emancipation du Travailleur.
- de J.-B. André GODIN (l)
- XIII
- Troisième fête du Travail, mai 1869. Liste de notables ou candidats. L’élection au 1er degré pour une partie du personnel accomplie en sept opérations successives. Cinq séries d’électeurs pour la distribution des récompenses.
- Bien que les conseils du Familistère eussent reconnu, dès 1868, la nécessité de modifier à nouveau les modes de consultation du suffrage essayés aux fêtes du Travail , ce fut seulement le 18 mai 1869, c’est-à-dire presqu’au moment de célébrer la fête, qu’ils se réunirent pour l’étude du sujet et fixèrent au 30 du mois la célébration. Comment s’étaient-ils laissé si peu de temps pour les préparatifs? C’est que la situation politique s’assombrissait en France et jetait le trouble dans les oeuvres de paix et de travail.
- Le règne de Napoléon III touchait à sa fin. En avril avaient eu lieu les élections pour le renouvellement de la Chambre des députés ; Godin avait proposé au comité démocratique constitué dans la 3e circonscription du
- (1) Appendice, p. 60 , Le Devoir, tome 26e, janvier 1902.
- 1
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- LE DEVOIR
- département de l’Aisne, un manifeste électoral (1), afin de lutter contre le régime de la candidature officielle en faisant élire M. Jules Favre à la place du candidat du gouvernement.
- Les préoccupations politiques allèrent croissant ; aussi ne songea-t-on pas à modifier profondément le plan adopté en 1868 pour la célébration de la fête et se borna-t-on à y introduire les trois modifications révélées comme indispensables, ainsi que nous l’avons montré vers la fin du chapitre précédent.
- Première modification. Le procédé à suivre pour l’élection au 1er degré s’impose à l’étude des conseils :
- Sur 150 travailleurs classés en 1er ou 2e mérites (lettres A ou B), 57 avec lettre A n’avaient obtenu aucun suffrage à l’élection de premier degré en 1868; 66 classés avec lettre A ou B avaient obtenu des voix. L’idéal eut été que les premiers mérites, en grande majorité, si ce n’est à l’unanimité, triomphassent à l’élection primaire.
- Ne faciliterait-on pas la chose en organisant cette élection par opérations successives dont on publierait à mesure les résultats, afin que les oublis puissent être réparés s’il y avait lieu. Cela exigeait que les électeurs successifs eussent un même champ d’opération. Alors, on s’écartait d’un point reconnu déjà nécessaire : faire exercer le vote entre travailleurs d’une même profession : On décida quand même l’expérience. Le nombre total des ouvriers dans les ateliers était évalué à 770 (Registre des conseils, p. 80). L’année d’avant, on avait demandé à une masse à peu près semblable l’élection en une seule fois de 150 ouvriers; mais de la liste des élus — lesquels avaient été classés selon les
- (1) Le Devoir, tome 16e, 1892, p. 705.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- quotités de suffrages — il avait suffi d’extraire 92 noms pour constituer la liste définitive des candidats. On jugea donc suffisant, en 1869, de demander l’élection de cent ouvriers dont la liste se fondrait ou se combinerait, ainsi que l’an d’avant, avec celle des ouvriers distingués par la capacité effective.
- On décida, en outre, de faire procéder à l’élection par sept opérations successives. Pour cela, les 770 ouvriers furent répartis en 7 sections comprenant chacune 100 à 110 électeurs « pris dans chaque atelier proportionnellement à son importance ».
- Le jeudi, 20 mai 1869, étaient affichées dans les ateliers les informations suivantes (Registre des conseils , page 82) :
- « Elections préparatoires pour la formation du tableau des candidats aux primes à répartir le jour de la fête du Travail.
- « 100 candidats à nommer par élection.
- « Le choix des électeurs doit se porter sur ceux de leurs collègues qui sont les plus dignes et les plus méritants dans les différents ordres de travail :
- « Mérite de capacité, de bonne exécution dans le travail ;
- « Mérite d’invention et de perfectionnement dans les produits du travail ;
- « Mérite de zèle, assiduité au travail, dévouement à sa tâche.
- « Pour arriver à ce résultat, le personnel des ateliers est divisé en sept sections composées chacune du même nombre d’électeurs pris dans chaque atelier proportionnellement à âon importance.
- « Les sections voteront chacune à son tour dans l’ordre suivant :
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- lre section Samedi (22 mai) 8 heures du matin.
- 2e — — 4 — de l’après-midi
- 3e — Mardi (25 mai) 8 — du matin.
- 4e — — 4 — de l’après-midi.
- 5e — Mercredi (26 mai) 8 — du matin.
- 6e —- — 4 — de l’après-midi.
- 7e — Jeudi (27 mai) 8 — du matin.
- « Il sera distribué la veille à chaque section des bulletins de vote.
- « Chaque électeur a 4 voix à émettre afin de pouvoir répartir son choix sur plusieurs ateliers, s’il le juge convenable et utile. /
- « Après chaque vote de section, le résultat sera affiché immédiatement afin de faire connaître aux sections suivantes les noms de ceux qui auront obtenu des voix pour leur servir de guide s’il est nécessaire.
- «Quand une personne aura obtenu 30 voix(l) elle sera classée de suite comme candidat et il sera inutile de voter pour elle dans les sections suivantes.
- « Lorsque toutes les sections auront voté, on prendra, en dehors des personnes classées avec 30 voix, celles qui auront obtenu le plus de suffrages, pour compléter le nombre de candidats déterminé, proportionnellement au nombre de personnes composant chaque atelier. » Réunis en séance dans la soirée du mercredi, 26 mai, pour diverses décisions concernant la fête, les Conseils prenaient, en outre, connaissance des résultats du vote dans les 6 sections qui avaient alors fonctionné et constataient (p. 80 du registre) que deux ouvriers seulement avaient à ce moment obtenu le chiffre de 30 voix.
- (1) Le nombre des ouvriers étant de 770, on avait calculé qu’il J aurait — à raison de 4 voix par électeur — 3080 voix pour nommer 100 candidats, d’où la fixation du maximum 30 voix (P. 80, du registre des Conseils).
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- L'élection primaire dans la septième et dernière section eut lieu le lendemain.
- On procéda alors au relevé des résultats de l’élection : Les suffrages avaient été donnés comme suit ; lre section 98 électeurs, 83 votants.
- 2e — 110 — 88 —
- 3e — 91 — 75 —
- 4e — 114 — 100 —
- 5e — 101 — 80 —
- 6e - 115 — 100 —
- 7e — 108 — 85 —
- Au total.... 611 votants,
- Voix spécifiées : Voix nulles : Bulletins blancs :
- jre section 257 ' 11 16
- 2e — 290 22 10
- 3e — 259 5 9
- 4e — 351 9 10
- 5e — 309 3 2
- 6e — 330 18 13
- 7e — 298 14 7
- 2094 82 67
- En résumé :
- Voix spécifiées.......... ........ 2094
- Voix nulles..................... 82
- 67 Bulletins blancs...............
- (à raison de 4 voix par bulletin) 268
- Total........... 2444 voix par les 611 votants.
- Combien de travailleurs se trouvaient désignés par les 2094 voix spécifiées ? Nous ne le savons pas. Le Registre constate (p. 80) qu’il y avait une grande dissémination des voix et plus loin (p. 84) on lit : « De ce vote il a été relevé comme candidats élus un nombre
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- proportionnel à l’importance de chaque atelier et sur les hases de 1 sur 7 ». L’éparpillement des voix était tel qu’on descendit jusqu’aux élus par 4 voix pour obtenir 89 désignations. Voici la liste :
- 4 Candidats (dont 2 femmes) désignés par 4 voix,
- 4 » » » 5 »
- 4 » » » 6 »
- 7 » » » 7 B
- 12 » (dont 1 femme) » 8 _ »
- 7 » (dont 1 femme) » 9 »
- 6 » » » 10 B
- 7 » » » 11 B
- 2 » » » 12 B
- 6 » » » 13 B
- 8 » » » 14 »
- 3 » ' » » 15 ))
- 2 » » b 16 B
- 5 » » » 18 B
- 1 b » » 20 B
- 2 » » B 21 B
- 1 » » » 22 B
- 1 » » » 23 ))
- 1 » » » 24 ))
- 1 » » » 28 B
- 2 » » » 30 B
- 2 » » » 31 B
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- 1 candidat oublié sur la liste et révélé plus loin au registre des conseils par le fait qu’il est porté au rang des candidats simplement élus.
- 89. De ce nombre, il suffit d’extraire 85 élus pour dresser l’état final.
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- Quatre ouvriers seulement ont atteint (ou dépassé et d’une seule unité) le maximum proposé au corps électoral : 30 voix.
- On avait espéré en modifiant le mode de suffrage usité en 1868, faire mieux coïncider les désignations résultant des élections et celles résultant : 1° des éléments mathématiques : dépouillement des notes de fabrication; 2° de l’appréciation faite par les chefs.
- S’est-on rapproché du but? Examinons’:
- L’année d’avant, 57 travailleurs de premier mérite n’avaient pas obtenu de voix à l’élection préparatoire. Le même cas se répète-t-il en 1869? Oui et avec aggravation. Ce n’est pas 57 travailleurs de choix, c’est 81 (différence en plus 24) qui ne sont pas désignés aux élections préparatoires de 1869 et que les conseils portent du chef seul de capacité professionnelle sur la liste définitive des candidats (p. 90 à 92 du registre des délibérations.)
- En 1868, 66 ouvriers s’étaient trouvés à la fois élus au l8r degré et désignés par les notes de travail; en 1869, 37 seulement (différence en moins 29) sont dans le même cas, malgré la possibilité de réparation des oublis, qu'on avait cherché à organiser par les élections successives.
- En face de cet échec de la modification expérimentée en 1869 dans le mode de l’élection préparatoire, nous croyons devoir relever ici un passage du registre des conseils qui appelle des réflexions.
- Terminant le compte-rendu de la célébration de la fête, le secrétaire écrit (avant dernier alinéa, p. 122) :
- « Quoique les élections politiques de cette année aient absorbé l’attention et une partie du temps ordinairement consacrés à l’organisation de la fête du Travail, on a pu appliquer au vote préparatoire, de nouveaux
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- principes d’élection qui semblent être dans la vraie voie d’application du suffrage universel ; la population incertaine aux premières sections a compris ensuite le mécanisme et la portée de ce mode et l’intrigue et la cabale ont eu moins de succès qu’ordinairement »
- Nous avons relevé ci-dessus qu’après le vote de 6 sections , deux ouvriers seulement étaient arrivés au maximum , 30 voix. Les deux autres qui obtinrent 31 voix reçurent donc delà 7e et dernière section de votants l’appoint nécessaire. Sans doute, le secrétaire a ce fait dans l’esprit lorsqu’il écrit que la population a mieux compris à la fin de l’élection l’usage à faire du mode adopté.
- • Que l’intrigue et la cabale aient été contrecarrées par l’élargissement du corps électoral et la totalisation des suffrages émis en sections successives, c’est un point intéressant à noter; mais nous venons de voir que le but spécial visé par la modification n’avait pas été atteint : On n’avait pu élargir le champ et créer des sections successives d’électeurs qu’en faisant voter entre eux pour la désignation dés mérites, des travailleurs de professions très diverses. Or, plus diverses sont les fonctions, moins les électeurs sont en état (du moins dans les conditions présentes d’instruction générale) de s’apprécier les uns les autres au double point de vue du mérite professionnel et de l’élévation mentale. Aussi, malgré l’avis favorable consigné au registre, verrons-nous Godin dans son discours proclamer qu’un tout autre mode est à étudier pour la célébration de la fête l’année suivante.
- Poursuivons notre résumé des opérations accomplies en 1869.
- 166 ouvriers, en définitive, furent inscrits au .tableau des candidats aux primes d’honneur. Parmi eux se trouvaient :
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- 37 ouvriers distingués à la fois et par la capacité professionnelle et par l’élection ;
- 48 distingués par l’élection seule, mais avec les plus forts suffrages ;
- 81 distingués seulement par la capacité professionnelle.
- 166 Total conforme.
- Ces 166 ouvriers constituèrent sur le tableau des candidats, les 3e, 4e et 5e séries: Fonderie (4 groupes) ; Ajustage (5 groupes); Ateliers divers (7 groupes). En chacun des groupes de leur série professionnelle, les candidats étaient présentés dans l’ordre déjà indiqué (distinction par double ou simple motif) (1).
- Deuxième modification. L’expérience ayant montré (en 1868 comme en 1867) qu’il ne fallait point demander à des travailleurs de professions diverses l’appréciation respective de leurs mérites techniques, une nouvelle série dite : Administration générale fut instituée pour la célébration de la fête en 1869. En cette série classée 2e, furent réunis les employés de la comptabilité générale : (1er groupe) puis (en 2e, 3e et 4e groupes) les directeurs , contre-maîtres, commis aux écritures, etc., des trois divisions principales du travail dans les ateliers.
- Le Familistère continua d’occuper la lre série; mais celle-ci ne comprit plus désormais que le personnel strictement relié à l’habitation unitaire, soit : les agents de l’économat, 1er groupe; ceux des institutions enfantines et scolaires, 2e groupe ; ceux du commerce, 3* groupe; enfin ceux du travail d’entretien général, 4e groupe.
- Progressivement se resserre le lien entre le vote et
- (1) Chapitre XII. Le Devoir, juin 1904, p. 328.
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- la fonction ; ouvriers et employés vont, cette fois, voter en séries spéciales ; néanmoins, il y aura encore, dans les lre et 5e séries, un grand écart de ce principe à cause de l’exiguité du champ. En effet, la 5e série {Ateliers divers) comprenait des ouvriers de professions très différentes les unes des autres ; et la lre série (Familistère) appelait les électeurs, quelles que fussent leurs professions , à apprécier le personnel de services domestiques variés : économat, éducation et instruction, commerce, jardinage, soins des constructions, etc. ; appréciation bien difficile en l’absence générale, chez le votant, de connaissances techniques en chacune de ces branches.
- Démêler les vrais points d’exercice du suffrage et les vraies conditions de cet exercice est une œuvre urgente dans les pays où le suffrage universel est institué. Résumé du tableau définitif des candidats aux mentions honorables, à la fête du Travail célébrée le 30 mai 1869.
- Nombre des candidats :
- Travailleurs désignés en raison seule du poste occupé :
- lre série (4 groupes) : Familistère.... 60 2e — (4 — : Administration 55
- Travailleurs désignés et par la capacité et par l’élection :
- 3e série (4 groupes) : Fonderie.... 17
- 4« — (5 — : Ajustage..... 9 £ 37, ci. 37
- 5e — (7 — : Ateliers divers 11 J
- Travailleurs désignés par l’élection seule :
- 3e série (4 groupes) : Fonderie.... 12 .
- 4e — (5 — : Ajustage. . . 17 j 48, ci. 48
- 5e — (7 — : Ateliers divers 19 )
- A reporter....... 200, ci. 200
- 115, ci. 115
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- Report........ 200, ci 200
- Travailleurs désignés par capacité de 1er mérite :
- 3e série (4 groupes) : Fonderie .. 42 \
- 4e — (5 — : Ajustage... 22 j 81, ci * 81
- 5e — (7 — : Ateliers divers 17 )
- Total.. 281
- La 3e et dernière modification apportée en 1869 dans le mode de célébration de la fête du Travail consiste en ceci :
- Les Conseils ayant reconnu (Registre des délibérations, p. 79) la nécessité d’aviser « pour empêcher les spéculations et intrigues faites jusqu’alors pour obtenir de l’argent à dépenser en commun », décidèrent que la valeur pécuniaire attachée aux prix ou primes d’honneur au lieu d’être acquittée en argent le lendemain, pour ainsi dire, de la fête, serait représentée par un carnet d’épargne au nom du bénéficiaire. La somme inscrite au carnet devant être remboursée après un délai de six mois, ou au départ du titulaire si celui-ci venait à quitter l’établissement.
- Cette mesure est appréciée (Registre, p. 122) comme ayant contribué à « éloigner les coalitions d’intérêts personnels. »
- Vve J.-B.-A. Godin, née Moret.
- (A suivre).
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- Au Sénat : les patentes ; les accidents du travail,
- etc. — A la Chambre : lois d’assurance et de prévoyance.
- La loi sur les patentes votée en décembre dernier par la Chambre, a été adoptée par le Sénat dans les premiers jours de juin.
- Quelques modifications ont été faites au -texte de la Chambre. Elles ne portent pas sur les dispositions relatives aux sociétés coopératives que le Sénat, enchanté de voir disparaître l’éternelle pierre d’achoppement de la loi des patentes, a accueillies avec d’autant plus d’empressement qu’elles donnent satisfaction à l’esprit d’hostilité qu’il témoigne de plus en plus à la coopération.
- Voici le texte de ces dispositions qui forment les articles 9 et 10 de la loi.
- « Art. 9. — Les sociétés coopératives de consommation et les économats, lorsqu’ils possèdent des établissements , boutiques ou magasins pour la vente ou la livraison des denrées, produits ou marchandises, sont passibles des droits de patente au même titre que les sociétés ou particuliers possédant des établissements , boutiques ou magasins similaires.
- «Toutefois les syndicats, agricoles et les sociétés coopératives de consommation q’ui se bornent à grouper les commandes de leurs adhérents et à distribuer dans leurs magasins de dépôt les denrées, produits ou marchandises qui ont fait l’objet de ces commandes, ne sont pas soumis à la patente.
- « Art. 10. — Les adhérents des syndicats agricoles et des sociétés coopératives de consommation visés au dernier paragraphe de l’article précédent comprennent, en ce qui concerne les sociétés .coopératives, les seuls membres de ces sociétés qui ont la qualité d’associés. »
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
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- Si l’on se reporte à l’époque où le projet de loi sur les sociétés coopératives était encore l’objet de quelque sollicitude dans l’une ou l’autre section du Parlement français, on n’aura pas de peine à constater que le vote arraché à l’ignorance de la Chambre, à son détachement des choses de la coopération, marque, en ces matières, un recul du parti qui avait pris l’initiative d’une législation coopérative. Le parti radical a cessé d’être à la Chambre le représentant qualifié de la coopération dont il pouvait opposer la conception de self hélp à la théorie collectiviste.
- Il va sans dire que notre remarque ne s’inspire pas uniquement de l’adhésion donnée par la majorité de la Chambre au principe de la patente : une question sur laquelle les coopérateurs eux-mêmes sont si partagés, ne peut servir de pierre de touche pour distinguer les amis des adversaires de la coopération. Tout en tenant compte de ce fait que cette divergence d’opinions peut expliquer quelque mollesse dans l’opposition faite à l’application de la patente aux coopératives, nous fondons surtout notre observation sur l’insuffisante défense du principe coopératif malignement travesti par ses ennemis.
- Quant à la formule adoptée par la Chambre et ratifiée par le Sénat, elle n’est pas plus acceptable pour les coopérateurs partisans que pour les coopérateurs adversaires de la patente ; elle ne l’est pas davantage pour le législateur, même hostile à la coopération, mais simplement soucieux de ne pas mettre la loi en contradiction * avec la loi. La coopération de consommation qui ne vend qu’à ses membres, n’entre, e.n effet, dans aucune des trois catégories d’imposables au titre de la patente; elle n’est pas industrielle; elle n’est pas commerçante, et elle n’exerce aucune profession.
- Au point de vue des conséquences, elle est inique, car, en mettant sur un pied d’égalité pour l’exemption, les syndicats agricoles et les sociétés coopératives de consommation qui se bornent à grouper les commandes de
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- leurs adhérents, et à leur distribuer ensuite dans leurs magasins de dépôt les denrées, produits ou marchandises qui ( nt fait l’objet de ces commandes, elle favorise uniquement les riches syndicats agricoles, puisqu’il n’existe peut-être pas en France une seule coopérative remplissant les conditions exigées pour bénéficier de l’exemption.
- Nous ne voudrions pas décourager les coopérateurs de poursuivre le redressement des articles 9 et 10, dans un sens plus humain, plus conforme à la logique , à l’équité , et à la lettre même de la loi ; mais nous serions bien surpris, agréablement surpris, si la Chambre, qui doit examiner à nouveau la loi des patentes, consentait à revenir sur sa propre rédaction, alors que l’approbation qu’elle a reçue du Sénat, par la suppression de la plus grosse et de la plus ancienne cause de conflit, lui garantit l’imminente mise en vigueur de la réforme des patentes.
- Le Sénat a examiné, en première lecture, du 14 juin au 21 juin, les conclusions du rapport de M. Chovet sur les propositions de loi adoptées par la Chambre des députés et tendant : 1° à modifier divers articles de la loi du 9 avril 1898 sur les accidents du travail ; 2° à améliorer la même loi au profit des chauffeurs, mécaniciens et autres agents des compagnies de chemin de fer ; 3° à donner le droit à la responsabilité forfaitaire dans les accidents du travail.
- Sur trente articles composant la loi du 9 avril 1898, dix-huit avaient été, dès le 3 juin 1901, modifiés par la Chambre. Les modifications apportées aux articles 2, 7, 11, 12, 17, 18, 20, 22, ne touchaient qu’à des questions de forme et de procédure; elles furent acceptées, sans trop de difficultés par le Sénat, et transformées en loi le 22 mars 1902. Les dix autres modifications proposées, visant les articles 3, 4, 10, 15, 16, 19, 21, 24, 26, 27, 30, avaient été disjointes et réservées à un examen ultérieur pour ce motif qu’elles touchaient au principe même de la loi dont elles menaçaient d’aggraver les charges.
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- Ce sont ces modifications qui faisaient l’objet de la première des propositions de loi énumérées plus haut.
- La seconde proposition consistait à ajouter à la loi du 9 avril 1898 un paragraphe ainsi conçu : « Les chauffeurs, mécaniciens et autres agents des Compagnies de chemin de fer pourront assigner ces dites sociétés : 1° Devant le tribunal du lieu de leur siège social ; 2° Devant le tribunal du lieu où les faits dommageables se sont accomplis ; 3° Devant le tribunal du lieu le plus rapproché du domicile de la victime au jour de l’accident et dans lequel la compagnie aura une gare constituant pour elle une succursale. »
- Disons tout de suite que la Commission sénatoriale a accepté cette disposition, qu'elle a inséré dans l’article 15 de la loi sur les accidents, et que le sénat l’a adoptée.
- Quant à la 3e proposition tendant à permettre à tout employeur non assujetti à la loi du 9 avril 1898, de se placer sous le régime de la dite loi pour tous les accidents qui surviendraient à ses ouvriers et employés par le fait et à l’occasion du travail, elle a été écartée par la Commission sénatoriale parce que cette proposition, qui apporte à la loi de 1898 une extension considérable, ne lui a pas semblé suffisamment étudiée par la Chambre qui l’a adoptée, après déclaration d'urgence, avec discussion immédiate et sans qu’aucune observation se soit produite, et surtout, elle ne s’en cache pas, parce qu’elle éprouve le besoin de se recueillir devant le flot montant des propositions de loi tendant à modifier la loi encore bien récente du 9 avril 1898.
- En conséquence, elle se bornait, pour le moment, à demander au Sénat à se prononcer sur les modifications visant les articles 3, 4, 10, 15, 16, 19, 21, 24, 26, 27 et 30, et qui faisaient en sa plus grande partie l’objet du rapport de M. Chovet.
- Comme on pourra le voir par le rapide aperçu qui va suivre des modifications proposées à la sanction du Sénat, la Commission sénatoriale a tantôt accepté, restreint, modifié ou augmenté les propositions formulées par la Chambre des députés.
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- Sur l’article 3 relatif aux indemnités journalières attribuées à la victime de l’accident, aux rentes accordées aux membres de la famille de la victime, et aux ayants droit étrangers, la commission reporte au cinquième jour, après celui de l’accident, le droit de la victime à l’indemnité journalière que la loi de 1898 fixe au cinquième jour, y compris celui de l’accident, et que le nouveau texte de la Chambre faisait remonter au premier jour.*
- Elle réduit de seize à quinze jours, chiffre fixé par une disposition nouvelle de la Chambre, le délai de payement de l’indemnité ; maintient la condition supprimée par la Chambre, que les enfants, petits-enfants et ^ascendants appelés à bénéficier de la loi soient à la charge de la victime ; maintient également a 60 o/° le maximum du total des rentes dues à la veuve et aux enfants orphelins, que la Chambre avait porté à 100 °/°.
- En ce qui concerne les ouvriers étrangers , la loi de 1898 porte que « les ouvriers étrangers victimes d’accidents, qui cesseront de résider sur le territoire français recevront, pour toute indemnité, un capital égal à trois fois la rente qui leur avait été allouée. »
- La Chambre a étendu le bénéfice de cette clause aux ayants droit, à la condition toutefois que le capital ne pourrait dépasser le total des annuités restant à courir jusqu’à 16 ans.
- Cette dernière disposition relative aux enfants a pour but d’empêcher la petite spéculation à laquelle pourrait se livrer l’enfant d’un ouvrier étranger tué en France et arrivant à sa seizième année en déclarant vouloir cesser de résider en France, afin d’appréhender le capital fixé à trois fois la rente elle-même, sauf à ne point quitter la France ou à revenir le lendemain de l’encaissement. La commission accepte le texte de la Chambre.
- Enfin, aux termes de la loi de 1898 , les ayants droit étrangers n’ont droit à aucune indemnité s’ils ne résident pas en France au moment de l’accident.
- La Chambre atténue la rigueur de ce principe en fa-
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- veur des familles étrangères dont la législation du pays d’origine accorde aux travailleurs français des avantages équivalents.
- Ce cas devrait être prévu par un décret rendu en Conseil d’Etat, ou une convention internationale. Cette dernière addition est de la commission sénatoriale.
- L’article 4 est relatif aux frais médicaux, pharmaceutiques et funéraires.
- D’après la loi de 1898, lorsque la victime a fait choix elle-même de son médecin , le chef de l’entreprise n’est tenu que jusqu’à concurrence de la somme fixée par le juge de paix du canton , conformément aux tarifs adoptés dans chaque département pour l’assistance médicale gratuite.
- Le texte de la Chambre ajoute : « ou, à leur défaut, conformément aux usages locaux », et la commission sénatoriale : « ou à leur défaut conformément aux tarifs des départements voisins ».
- La loi de 1898 est muette sur la question des frais d’hospitalisation. Le projet de la Chambre les met, en totalité, à la charge du chef d’entreprise; la commission sénatoriale limite cette charge à 1 franc par jour (2 francs 50 pour Paris, 2 fr. pour les villes au-dessus de 100,000 habitants). La visite mensuelle sur l’état de la victime que prévoit le nouveau texte de la Chambre est transformée par la commission en visite hebdomadaire.
- Aucun changement n’est apporté dans l’article 10, (définition du salaire) à la légère rectification de rédaction apportée par la Chambre au texte de la loi de 1898.
- Les articles 15 et 16 du texte de la Chambre et de la commission sénatoriale précisent le rôle du juge de paix et du tribunal civil en attribuant au juge de paix: le droit de statuer, en outre des frais funéraires et des frais de maladie, sur les indemnités journalières, quelle que soit d’ailleurs l’infirmité permanente pouvant éventuellement résulter de l’accident ; au tribunal civil : le droit de statuer surtout ce qui toucheaux rentes; et sans plus, si l’on s’en tient au texte de la Chambre.
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- Mais la commission sénatoriale stipule que le juge de paix est dessaisi et transmet immédiatement le dossier au président du tribunal civil, lorsqu’il y a désaccord sur la date de la consolidation de la blessure qui est comme le point terminus entre l’indemnité temporaire et le point de départ du service de la pension.
- Commission et Chambre sont d’accord pour permettre le recours en cassation contre la décision des juges de paix.
- C’est dans l’article 15 comme nous l’avons dit que prend place la proposition relative aux chauffeurs , mécaniciens et agents des trains.
- La commission sénatoriale n’a pas cru devoir maintenir cette disposition du projet qui dit, qu’indépendam-ment du conseil commis par l’assistance judiciaire, la victime ou ses ayants droit peuvent se faire assister par une personne exerçant la même profession, ou l’ayant exercée pendant dix ans ; et ce, pour protéger l’ouvrier contre les manœuvres des agents d’affaires de bas étage qui sauraient trop facilement s’affubler du masque trompeur d’anciens professionnels.
- En outre , et contrairement au texte de la Chambre qui déclare que, « dans aucun cas, il ne peut y avoir lieu à répétition contre la victime de l’accident », la commission stipule que « dans le cas où les sommes payées entre la date de la consolidation de la blessure et celle de la fixation de la rente excéderaient l’importance des arrérages dus , il sera tenu compte du trop perçu , soit par imputation sur les trimestres à écheoir dans la proportion déterminée par le tribunal, soit en réduisant d’autant le capital constitutif de la rente viagère due à la victime ou à ses ayants droit », et ce, dit le rapporteur, pour empêcher une véritable injustice au détriment des chefs d’entreprise.
- L’article 19 de la commission complète le texte voté par la Chambre par des dispositions législatives de nature à fixer le caractère de l’action en révision qui sciait giardcment simplifiée. C’est ainsi que l’action en
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- révision serait déférée au tribunal devant lequel l’action principale a été portée, ce qui aurait pour conséquence de la dispenser de subir toutes les phases de procédure par lesquelles a depuis longtemps passé avant elle l’action principale dont elle dépend.
- La Commission a fait au texte de l’article 19 une addition tout en faveur du chef d’entreprise : elle consiste, par analogie avec l’article 4, à lui permettre au cours des trois années en dedans desquelles peut s’ouvrir l’action en révision , de désigner au juge de paix son représentant ou le médecin de son choix appelé à le renseigner sur l’état de la victime.
- En vertu de l’article 21 de la loi de 1898, « la pension— attribuée aux descendants ou ascendants dans les conditions de l’article 3 -- ne pourra être remplacée par le payement d’un capital que si elle n'est pas supérieure à 100 francs ». La Chambre ajoute : « et si le titulaire est majeur ».
- La Commission accepte l’addition qui a pour objet de protéger les mineurs contre les conséquences d’une tutelle malhonnête ou simplement imprudente,
- Le rachat, d’après la Chambre, ne pourrait être effectué que d’après le tarif établi conformément à l’article 28 par la caisse nationale des retraites; mais pour garantir l’ouvrier contre les abus de contrats léonins proposés par les compagnies d’assurances, contre le séduisant mirage d’une somme d’argent mise immédiatement à sa disposition, la commission a voulu donner une limite à la valeur du rachat, en décidant qu’il ne pourrait être effectué pour un chiffre inférieur de plus d’un sixième à celui qui résulterait de l’application du tarif officiel fixé à l’article 28.
- La seule modification apportée par la commission à l’article 26, consiste dans le report à l’article 27 d’une disposition nouvelle votée par la Chambre dans la pensée de couvrir le chef d’entreprise contre les conséquences de l’inexécution par l’assurance des conditions exigées par les décrets portant réglementation d’admi-
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- nistration publique prévus à l’article 27 (constitution de réserves ou cautionnements).
- La caisse nationale n’aura droit, dans ce cas, à un recours contre le chef de l’entreprise que pour les accidents survenus plus de quinze jours après la publication au Journal officiel de l’arrêté du ministre du commerce décidant que l’assureur a cessé de remplir les conditions prévues à l’article 27.
- D’un commun accord, la Chambre et la Commission ajoutent à l’article 30 de la loi de 1898 qui déclare nulle toute convention contraire à la loi, une disposition qui déclare nulle de plein droit et de nul elfet les obligations contractées pour rémunération de leurs services envers les intermédiaires qui se chargent, moyennant émoluments convenus à l’avance d’assurer aux victimes d’accidents ou à leurs ayants droit le bénéfice des instances ou des accords prévus aux articles 15, 16, 17 et 19.
- Le nombre des modifications apportées à la loi du 9 avril 1898 et sur lesquelles le Sénat avait à statuer ne s’élevait pas à moins de 45 ou 50 et l’on comprend que M. Chovet ait remis plusieurs fois son ouvrage sur le métier. Bien que les conclusions de son rapport aient subi de nombreux remaniements, le Sénat n’a pas cru devoir pour cela, se dispenser d’y jeter un certain trouble.
- On a tout d’abord bataillé autour de plusieurs amendements ayant trait à l’indemnité en cas d’incapacité temporaire. Finalement, c’est le fexte de M. Expert-Bezançon, approuvé d’ailleurs par M. Trouillot, ministre du commerce, et parla commission qui l’a emporté; il stipule que l’indemnité est due à partir du premier jour après l’accident, si l’incapacité de travail a duré plus de dix jours.
- Malgré sa Commission, le Sénat a ensuite adopté un amendement de MM. Piettre et Pedebidou, établissant que les-frais médicaux et pharmaceutiques seront fixés conformément aux tarifs ouvriers ou aux usages locaux au lieu de l’être conformément aux tarifs de l’assistance médicale gratuite.
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- Toute une séance a été prise par la discussion du nouvel article 4 sur la question des frais d’hospitalisation.
- M. Paul Strauss obtient que la majoration des frais mis à la charge du chef d’entreprise soit portée de 40 à 50 %.
- En somme, c’est surtout dans le sens des réformes opérées par la Chambre qu’ont été faites les modifications apportées par le Sénat au texte de sa commission.
- Immédiatement après le vote de la loi sur les accidents , le Sénat a abordé la discussion de la proposition de loi votée par la Chambre , et tendant à abroger les lois qui confèrent aux fabriques et aux consistoires le monopole des inhumations.
- Il interrompait bientôt cette discussion pour entreprendre l’examen d’une autre loi de laïcisation d’un caractère plus urgent, la loi portant suppression de l’enseignement congréganiste, qu’il adoptait sans apporter la moindre modification au texte voté par la Chambre. Cette loi devenue définitive et promulguée a été aussitôt mise en vigueur.
- Elle interdit en France aux congrégations renseignement. de tout ordre et de toute nature, ordonne leur suppression dans un delai maximum de dix ans, et décide qu’à partir de la promulgation de la loi, les congrégations enseignantes ne pourront plus recruter de nouveaux membres et que leurs noviciats seront dissous de plein droit, à l’exception de ceux qui sont destinés à former le personnel des écoles françaises à l’étranger, dans les colonies et dans les pays de protectorat.
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- On sait que la Chambre avait réservé ses séances matinales, à raison de deux par semaine, à la discussion des lois concernant l’assurance, la prévoyance et le travail.
- Le 16 juin elle a adopté, tel qu’il avait été voté par le Sénat, le projet de loi sur les enfants assistés, qui est ainsi devenu définitif,
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- Ensuite est venu un projet de loi soumis pour la première fois au Parlement et qui a donné lieu à un débat approfondi : le projet de loi relatif à la surveillance et au contrôle des Sociétés d’assurances sur la vie et de toutes les entreprises, dans, les opérations desquelles intervient la durée de la vie humaine.
- Les assurances de ce genre ont pris un développement considérable. D’après le rapporteur, M. Chaste-net, le total des capitaux assurés par les compagnies à primes fixes s’élève, à l’heure présente, à quatre milliards. Les primes touchées par l’ensemble des compagnies qui fonctionnent en France, s’élèvent à 20 ou 25 millions. En Allemagne, le chiffre des capitaux assurés est de 5 milliards, aux Etats-Unis de 16, en Angleterre de 30.
- Partout, sauf en France, les sociétés d’assurances sont soumises au contrôle et à la surveillance de l’Etat. Le projet de loi tend à soumettre toutes les sociétés qui fonctionnent dans notre pays, à l’enregistrement.
- On a fait remarquer que le développement de la mutualité pouvait être considérablement gêné par une des dispositions du projet portant que les sociétés françaises, à forme mutuelle ou à forme tontinière, doivent constituer un capital de garantie qui ne peut être inférieur à 200,000 francs. En fixant à un taux si élevé le capital à garantie, ne risquait-on pas de créer un monopole de fait? Ce chiffre était de 500,000 francs dans l’avant-projet.
- La Commission a accepté et le Sénat a voté les amendements qui pouvaient améliorer encore le projet de loi dans le sens des réclamations formulées par les mutualistes et a abaissé à 50,000 francs le chiffre de capital exigé pour les sociétés à forme mutuelle.
- La session ordinaire de 1904 a été close le 13 juillet, après l’indispensable vote, par les deux Chambres, des quatre contributions directes.
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- Le Congrès de Stratford.
- Le 36e Congrès de l’Union coopérative de Grande-Bretagne et d’Irlande a eu lieu, cette année à Stratford. « Cette ville était, il y a quelques années, aussi anticoopérative que possible, » a dit un des orateurs du Congrès. « Tout cela est changé , et maintenant Stratford est une des lumières les plus brillantes de la coopération à l’Est de Londres. »
- Et, en effet, ainsi que nous l’apprend M. de Boyve, dans VEmancipation, la Société coopérative de Stratford compte 13,000 membres, fait un chiffre d’affaires de 9,125,000 francs et a distribué, en 1903, 610,925 francs de bonis.
- La plus grande partie des frais du Congrès ont été couverts par cette Société, conformément à un usage constant.
- Le Conseil municipal avait mis à la disposition des organisateurs du Congrès les plus grandes salles de réunion de la rille En outre, la commission d’organisation avait loué un terrain sur lequel elle avait fait construire un bâtiment en bois pour l’exposition des produits des industries coopératives : coût 17,500 francs. Par un échange de bons procédés, les sommes formées par le payement d’un droit d’entrée de 10 centimes ont été versées dans la Caisse de l’hôpital de la localité.
- Pour la première fois un Congrès était reçu officiellement par une municipalité.
- Les Congressistes étaient au nombre d’environ 2,000.
- Le Congrès, c’est le parlement coopératif; chaque société peut s’y faire représenter par autant de délégués qu’elle verse de fois 100 fr. au Comité central et cette cotisation est basée, sur le nombre des sociétaires.
- Au total, le nombre des Sociétés coopératives, en
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- 1903, est de 1,701, contre 1,671 en 1902. Elles comptent 2,116,127 membres, soit une augmentation de 93,919 sur les chiffres de 1902.
- Les parts-actions tenues en 1903 représentent un total de 675,431,958 francs en augmentation de 27 millions 829,125 francs sur le total de 1902.
- Le total des ventes a été de 2,230,405,275 francs en accroissement de 90,737,875 francs sur le total des ventes en 1902.
- Les profits se sont montés à 246,834,625 francs en excédent de 6,976,200 sur les 239,858,825 fr. dé 1902.
- Le chiffre des ventes de la Wholesale anglaise a été de 483,325,000 francs avec un boni de 8,725,000 francs et celui de la Wholesale écossaise de 258,890,000 avec un boni de 6,351,875 fr.
- Il y a, en outre, 146 industries coopératives avec 24,283 employés, avec 197,682,500 francs d’affaires en 1903, et 9,792,800 de bonis.
- On sait qu’une association de production de 300 sociétaires du « North Wales » s’est créée à la suite d’une grève parfaitement justifiée; les Sociétés coopératives ont souscrit 350,000 francs.
- Le nombre des Sociétés coopératives agricoles de laiterie et de fermage a passé de 36 à 54, le total de leurs membres, de 1,605 à 3,104, avec un capital de 383,425 francs, un total de ventes de 2,050,900 francs et 38,475 francs de produits.
- On siglale une tendance croissante chez les fermiers à adopter la méthode coopérative pour leur consommation et l’achat des instruments de culture.
- Les Sociétés coopératives ont organisé des « penny Banks » (banques où l’on peut verser 10 centimes) 587 sociétés ont 570,886 déposants avec 24,895,450 francs.
- Les sommes assurées par les Compagnies d’assurances coopératives sont de 483,168,425 francs ; les sommes payées en 1903 ont été de 826,655 francs.
- Les chiffres suivants expriment le tirage des trois principaux journaux coopératifs : « Coopérative News »,
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- hebdomadaire, Manchester, 65,340 ; « Wheatsheaf », mensuel, Manchester , 250,000 ; « Labour-Co-Part-nership », Londres, 5,020.
- Dans l’Union, de nombreuses commissions s’occupent d’éducation, de la production, des questions internationales, -de propagande, d’entente entre syndidats ouvriers et associations coopératives, des questions parlementaires, des expositions, de défense coopérative.
- Le rapport du Comité central passe en revue les travaux de ces commissions.
- La Commission d’éducation a délivré 478 diplômes à la suite d’examens sur la coopération, la tenue des livres, l'histoire industrielle, les devoirs du citoyen. Elle a délivré aussi à de jeunes enfants de coopérateurs, 979 certificats de mérite et 1709 certificats de présence aux fêtes enfantines.
- Le Comité central a remis 250 francs à chaque section pour la préparation de candidats au professorat coopératif.
- L’Union coopérative possède six lanternes à projection ; les sociétés coopératives ont utilisé dans l’année 27,930 clichés.
- Plusieurs centres coopératifs ont organisé des cours à l’usage de ceux qui sont candidats aux fonctions de gérants de Magasins coopératifs.
- Le budget annuel de la mutualité coopérative est de 1,141,225 francs.
- Des maisons pour les coopérateurs convalescents sont ouvertes dans chacune des six sections de la Grande-Bretagne coopérative.
- Il y en a six qui peuvent recevoir à la fois 50 convalescents. Ces maisons sont placées, les unes sur les hauteurs, les autres au bord de la mer.
- Ces chiffres, cette activité, justifient amplement les considérations présentées par M. Edward Owen Green-ning sur les conséquences du développement de la coopération en Angleterre, c’est-à-dire sur les avantages
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- matériels et moraux qu’en retirent ses membres, et sur l’influence qu’elle exerce à ce'double point de vue dans le pays.
- Voici le discours de M. Greenning, tel qu’il a été traduit et résumé pour les lecteurs de Y Emancipation , par M. de Boyve, cet apôtre de la coopération française, qui a si bien compris l’âme de la coopération anglaise :
- « Le développement prodigieux de la coopération d’année en année n’est rien moins qu’un miracle social. Ni les mauvaises conditions industrielles ni la politique n’arrêtent ses progrès constants.
- « Les derniers chiffres statistiques indiquent que le chiffre d’affaires atteint un total annuel de 2,230,406,000; ce chiffre annuel d’affaires est plus élevé que celui de l’industrie entière de la Grande-Bretagne à l’époque où le mouvement coopératif prenait naissance. On compte maintenant 2,116,127 coopérateurs faisant partie de 1,701 sociétés, et probablement chaque adhérent représente une famille.
- « Des résultats aussi réjouissants peuvent être donnés sur les industries coopératives. Elles ont cependant supporté les effets désastreux de la guerre sud-africaine qui a fait perdre au pays 5 milliards 350 mille francs. M. Chamberlain a parlé de cette somme comme d’une quantité négligeable !
- « Cependant cette perte de plus de 5 milliards a fait baisser notre ' rédit de 25 % a arrêté les progrès de l’industrie nationale, a donné lieu à une diminution des salaires du travail, a doublé le nombre des sans-travail, et a fait naître l’incertitude et la crainte là où régnaient la confiance et la tranquillité. {Ecoutez, écoutez).
- « Les coopérateurs n’ont jamais varié quant à leur manière de comprendre le rôle du capital qui doit être le serviteur du genre humain et non son maître. A ce point de vue ils reconnaissent son utilité autant que n’importe quelle classe de la société.
- « Ils savent que sa conservation est indispensable au progrès et à la civilisation.
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- « Le progrès intellectuel remarquable de notre peuple est dû, sans nul doute, au bon emploi de nos fonds pour l’instruction coopérative, de même que la pratique de la solidarité a contribué à son éducation. Les hommes qui ont fondé les premières sociétés coopératives ont eu l’heureuse idée de réserver les 2 1/2 % sur les bonis. Et aujourd’hui les coopérateurs réunis ont un fonds pour l’éducation et la charité qui serait regardé par un souverain comme une splendide dotation.
- <k Les derniers chiffres sont, pour l’éducation, de 1,962,500 francs et pour les œnvres de relèvement et de charité de 1,141,225 francs.
- « Les premières librairies circulantes et les écoles professionnelles sont nées dans les milieux coopératifs. On compte aujourd’hui 800 centres où les fonds pour l’éducation sont administrés par des comités composés d’environ 10,000 personnes.
- « Si l’orateur était un homme riche, il couvrirait les quartiers les plus pauvres de Londres et des autres grandes villes de logements inondés de lumière et d’un aspect riant, où les enfants et les jeunes gens chanteraient, danseraient, réciteraient des vers, joueraient des pièces de théâtre, où ils feraient de la gymnastique, et se livreraient à des plaisirs sains sous une bonne influence, mais où le jeu et la boisson seraient proscrits. C’est ce que fera un jour la coopération. (Applaudissements répétés).
- « Le développement des meilleurs sentiments chez l’homme doit être la signification du mot éducation. L’instruction est une chose secondaire. C’est le caractère qu’il faut former et l’intelligence ; ce sont eux qui gouvernent le monde. Aussi faut-il un centre de lumière qui puisse donner une bonne direction à leurs efforts. Voilà pourquoi il importe que les sociétés consacrent une partie de leurs bénéfices pour atteindre ce but. Certaines sociétés versent le 5 °/o dans une caisse pour l’éducation de leurs membres. Toutes les sociétés doivent suivre cet exemple. »
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- L’orateur signale les résultats obtenus en Danemark dans la voie coopérative. Il rappelle que les industries coopératives de la Grande-Bretagne comptent 100,000 travailleurs sans compter ceux qui ont un emploi dans les sociétés agricoles irlandaises. Il signale les avantages de la participation des ouvriers aux bénéfices dans certaines grandes industries patronales , l’expérience si probante de la Compagnie métropolitaine du gaz et enfin, en France, l’exemple donné par le Familistère de Guise.
- « La participation doit être pratiquée dans la.coopération ; elle ne doit pas être repoussée sous prétexte que les bénéfices doivent revenir au consommateur et au capital collectif.
- « Les bénéfices industriels sont le résultat de l’activité de certaines qualités humaines.
- « Faites pénétrer ces qualités dans quelque entreprise que ce soit et vous la verrez grandir comme par miracle. Négligez-les et vous verrez l’industrie qui en sera privée dépérir et disparaître.
- « La coopération ne fait encore qu’essayer ses premiers pas. Elle espère un jour loger tous ses adhérents dans des maisons confortables, recueillir et relever les plus misérables citoyens, conquérir le cœur de Londres où il n’y a qu’un coopérateur sur 250 personnes. La coopération développera les goûts artistiques dans le travail, rendra impossible toute tentative de corruption, fera régner la vérité et la justice dans tous les rapports des hommes entre eux, ramènera les travailleurs à la terre où ils créeront des cités-jardins. {Applaudissements) .
- « L’admirable propagande de la ligue des femmes doit se développer davantage et les liens qui la rattachent à des ligues d’autres contrées doivent être renforcés.
- « Les coopérateurs, pour réaliser ce programme, doivent éviter toute cause de division et prendre garde de se laisser distraire par des influences étrangères.
- « Il n’est pas cependant toujours facile de tracer une
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- ligue de démarcation pour savoir où commence et où finit l’action politique.
- « Il y a des questions qui en approchent de très près, et c’est le cas de l’impôt proposé sur la nourriture.
- « Toute tentative de ce genre détruirait l’équilibre du budget du travailleur, et elle donnerait lieu à une telle opposition qu’aux prochaines élections le système protectionniste serait à jamais balayé du pays par un soulèvement général ».
- Ces paroles sont couvertes d’applaudissements.
- Des félicitations sont votées à l’orateur sur la proposition du doyen de la coopération, M. Holyoake.
- Le rapport lu au Congrès par M. Rae sur les meilleurs moyens de développer l’instruction dans les sociétés coopératives, est très intéressant.
- M, Rae exprime son admiration pour les principes exposés par les fondateurs du mouvement qui avaient déclaré que les leviers de toute amélioration morale et sociale étaient l’éducation et l’instruction. Dans ce but ils avaient créé des librairies et des cours d’instruction.
- Les coopérateurs disposent aujourd’hui pour l’instruction de 1,950,000 francs par an. Mais aujourd’hui, l’Etat met largement l’instruction à la portée des masses, et a multiplié les librairies. Il a créé des commissions de surveillance. Les coopérateurs doivent avoir soin que leurs adhérents en profitent largement.
- Mais il reste l’éducation coopérative. Le programme du Comité d’éducation coopérative énumère les différents cours qui sont donnés par des professeurs spéciaux. L’éducation coopérative consiste à former le caractère et l’esprit coopératif en rappelant l’histoire du passé. La foi devient plus grande quand elle se nourrit de la foi et il n’y a rien qui l’inspire davantage que la vie de ceux qui ont lutté avec un courage inouï contre tous les obstacles en vue de créer pour leurs semblables un état social meilleur. La coopération sera forte aussi longtemps qu’elle sera pénétrée de l’esprit du passé.
- Le point important, dit le rapporteur, c’est de former
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- l’esprit de nos enfants. Il fait l’éloge d’un petit livre qui a paru, dont l’auteur est Miss Nicholson, et qui est d’un grand secours. La Ligue coopérative des femmes rend de grands services à la cause de l’éducation ; elle doit être encouragée et louée.
- Quant aux adultes, ils doivent développer leur instruction coopérative dans des réunions amicales, dans des discussions fraternelles sur l’idéal coopératif et non sur les questions de dividendes qui doivent être reléguées à l’arrière-plan.
- Il conclut: 1<> Chaque société doit verser2 1/2 0/o, sur ses bonis pour l’éducation coopérative, et ces fonds doivent être administrés par un comité spécial. — 2° Chaque société doit avoir une bibliothèque spéciale coopérative. — 8® La Ligue coopérative des femmes doit être encouragée à former des cours sur la coopération pour les enfants. — 4° Des bourses seront données aux élèves les plus méritants, afin de leur permettre de suivre les cours des écoles secondaires et professionnelles. — 5° Des conférences et des concerts seront donnés régulièrement en hiver. — 6° Des rapports suivis seront entretenus avec les autorités scolaires. — 7® et 8°, des cours seront établis pour la formation de gérants et d’administrateurs des sociétés.
- Dans la discussion qui suit la lecture du rapport, plusieurs coopérateurs proposent la création d’une université coopérative. Cette question sera étudiée par les sections.
- Après plusieurs observations sur la meilleure méthode à employer pour l’éducation coopérative, le Congrès vote à l’unanimité les conclusions du rapport.
- La commission des questions internationales, et après elle le Congrès, a exprimé sa satisfaction du traité d’arbitrage franco-anglais.
- Les coopérateurs anglais n’en sont plus à compter les manifestations de l’esprit pacifique, qui est l’essence meme de la coopération, soit qu’ils approuvent la cordiale entente établie, soit qu’ils blâment l’attitude de
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- leur gouvernement, comme ils l’ont fait à l’occasion de la guerre sud-africaine.
- Voici le texte de la résolution que le vieux coopérateur Ludlow a fait adopter à l’unanimité par le Congrès de Stratford :
- « Le Congrès des coopérateurs, profondément convaincu des avantages de la paix internationale, croit qu’il est possible de régler les différends nationaux par l’arbitrage. 11 exprime donc sa satisfaction du traité signé entre la France et l’Angleterre et il espère qu’un traité semblable sera signé entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. »
- Les tendances protectionnistes du gouvernement ne sont pas en faveur auprès des coopérateurs.
- «Je ne suis pas d’avis de mêler la politique au mouvement coopératif, j’y suis même entièrement opposé », s’écrie M. Vivian, de la 6e section, « mais les coopérateurs seront obligés d’acheter des matières premières et des objets de consommation pour plus de 2 millions d’associés, sans compter leurs familles, et, quand un gouvernement, peu leur importe lequel, veut mettre un impôt sur ces objets, leur devoir est de se défendre contre ses prétentions ».
- M. Vivian propose le vote suivant :
- « Le Congrès confirme la décision prise par le Congrès de Doncaster de résister contre toute atteinte à la politique du libre-échange. 'Dans ce but, il autorise le Comité parlementaire à prendre toutes les mesures néces-• saires au Parlement ou en dehors du Parlement, pour empêcher que l’on ne revienne à la politique rétrograde de la protection. »
- Après une vive discussion dans laquelle presque tous les orateurs se sont élevés contre le système protectionniste qui cherche des profits et des monopoles au détriment des classes populaires, la proposition Vivian a été adoptée à l’unanimité moins 9 voix, vote d’autant plus significatif que la coopération, écartant tout credo politique, ses adhérents peuvent se recruter dans tous les partis politiques.
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- Dans le même ordre d’idées, signalons un vœu adopté en faveur de l’importation des bestiaux venant du Canada auquel le gouvernement fait, opposition sous prétexte de maladies bovines, quand, au fond, sa pensée est de favoriser les éleveurs.
- Diverses questions d’ordre intérieur ont été résolues par le Congrès. Les plus importantes ont fait l’objet d’un excellent rapport de M. Wood.
- Celui-ci fait ressortir les dangers que peut courir une société coopérative si, dans un moment de panique, les sociétaires ont le droit de retirer immédiatement leurs actions et les sommes en dépôt.
- Il propose, en s’appuyant sur les paroles du regretté Vansittard-Neale, qu’aucun retrait de fonds ne puisse être effectué avant que la situation financière de la Société ait été exposée devant une assemblée générale.
- Le rapporteur expose ensuite la question de la dépréciation des immeubles des coopérateurs ; il juge que les coopérateurs doivent amortir au bout d’un certain nombre d’années, les achats de terre, de maisons, de machines, de chevaux, en fixant un taux différent selon la rapidité de détérioration des objets précités.
- En tout cas, il considère qu’il est de bonne administration, qu’au bout d’un certain nombre d’années le prix d’achat de toute propriété de la société ne grève plus le budget.
- Pour la terre, l’amortissement doit se faire sur la propriété bâtie. Il juge qu’il faut compter 1 2p3 0p)par an, de manière qu’au bout de 60 à 80 ans, les propriétés bâties soient amorties. — Sur les machines, il indique 7 l\2 0p), sur les fours des boulangeries, aussi 7 Ii2 ; sur les chevaux, 60 0p).
- Le rapporteur aborde la troisième question de son travail : « De la nécessité du fonds de réserve >.Il fixe à 10 0p) la somme qui doit être prélevée. Il dit que les dons pour les institutions de charité ne doivent pas être pris dans ces fonds.
- Il communique un tableau de la situation générale
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- des Sociétés de consommation, de production, des associations agricoles, des Wholesales : le total de leurs fonds de réserve s’élève à 67,963,850 francs.
- Il fait ressortir les avantages des fonds de réserve. C’est grâce à eux que, dans quelques jours, les Sociétés coopératives ont pu réunir 2,500,000 francs pour former un comité de défense contre les commerçants.
- Il signale les responsabilités des administrateurs du mouvement coopératif qui ont la charge de 750 millions représentant le capital-action et de dépôt des coopérateurs.
- Le Congrès vote les conclusions du rapporteur:
- lo Invitation aux sociétés d’introduire dans leurs statuts un article qui les protège contre tout retrait immédiat des actions et des dépôts. — 2® Nécessité d’un amortissement annuel et régulier sur les biens et immeubles de l’association.— 3° Création d’une réserve suffisante pour faire face à toutes les éventualités.
- Un comité est nommé pour étudier les meilleurs systèmes d’exploitation de la terre.
- Enfin, le Congrès exprime son hostilité à tout système autorisant le crédit.
- Le Congrès a duré du 21 au 24 mai.
- L’Exposition habituelle des produits des sociétés de production a été inaugurée par le Révérend Lang, évêque de Stepney, lequel, dans un discours frénétiquement applaudi, a éloquemment engagé les coopérateurs à rester fidèles aux principes élevés delà coopération.
- Les Sociétés de consommation de l’Allemagne, la Wholesale allemande, l’Union coopérative suisse, l’Union coopérative danoise, l’Union nationale des instituteurs , l’Association des cités-jardins avaient envoyé des délégués qui ont successivement pris la parole.
- Le prochain Congrès aura lieu à Paisley.
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- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX
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- Les logements hygiéniques.
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- M. Trouillot, ministre du commerce, a présidé dernièrement l’inauguration du premier immeuble construit par la Société des logements hygiéniques à bon marché.
- Cet immeuble est situé dans le quartier de Montmartre, à Paris. Il a été construit sur un terrain de six cents mètres carrés et renferme un rez-de-chaussée, une université populaire et une coopérative élémentaire et dans ses cinq étages, vingt logements, composés chacun de trois chambres , d’une cuisine et d’un water closet.
- Les vingt logements sont déjà loués à des familles particulièrement dignes d’intérêt.
- Le président de la Société, M. Frantz Jourdain, a rendu hommage, dans son discours, à Mme Weill, qui, après avoir eu l’idée de cette Société, a combattu pendant trois ans, pour vaincre l’indifférence et l’inertie de ceux dont le concours était nécessaire et pour trouver les capitaux indispensables à la construction de l’immeuble.qu’on inaugure aujourd’hui.
- Il a remercié également l’assistance publique et en particulier M. Mesureur d’avoir bien voulu mettre à la disposition de la Société les fonds qui lui manquaient pour achever cette maison ouvrière.
- Après avoir montré la nécessité pour les ouvriers qui proportionnellement paient des logements insalubres trois et quatre fois plus cher que les gens riches ne paient leurs confortables appartements, de créer des habitations mieux aménagées et moins coûteuses. M.
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- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX
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- Frantz Jourdain a expliqué comment l’achitecte avait mis en pratique, dans cette maison ouvrière, les prescriptions hygiéniques madernes : pas de décorations inutiles, pas de parquet, corniches arrondies, murs lavables, escaliers très doux, etc.
- M. de Selves, préfet de la Seine, et M. Mesureur, directeur de l’Assistance publique, ont félicité les membres de la Société do 'l’œuvre éminemment sociale qu’ils ont entreprise.
- M. Trouillot, dans une courte allocution , a montré l’intérêt qu’il y avait tant au point de vue social qu’au point de vue moral à améliorer les conditions dans lesquelles logent les travailleurs.
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- GRANDE-BRETAGNE L’union des femmes libre-échangistes.
- L’agitation fiscale gagne le monde féminin. Lady Frances Balfour a fondé 1’ « Union des femmes libre-échangistes » , et fait appel aux dames libérales, conservatrices et unionistes, sans distinction de parti.
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- Le personnel des mines.
- Le nombre des personnes employées dans les mines de charbon en 1902, s’est élevé à 810,787 (soit 651,506 au fond et 159,282 à la surface); dans les mines de fer le total a atteint 12,392 au fond et 4,135 à la surface. Les autres mines ont occupé 28,288 personnes et les carrières 97,135 ouvriers.
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- PAYS DIVERS La lutte contre l’alcoolisme.
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- ’ L’alcoolisme dans les ateliers
- La lutte contre l’alcoolisme dans les ateliers a fait récemment l’objet d’une intéressante communication à
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- l’Alliance Syndicale du Commerce et de l’Industrie. On y a montré combien il importait d’apprendre à l’ouvrier les dangers que présente pour lui et les siens la consommation habituelle ou exagérée des boissons alcooliques, de faire, à cet égard, sou instruction spéciale.
- Certains patrons font distribuer à leur personnel de petites brochures où cette question est résumée avec clarté et précision. Dans beaucoup d’établissements on limite la quantité de boisson qui peut être introduite dans les ateliers, et l’on interdit d’y faire pénétrer des boissons autres que la bière et le vin. L’obligation de mettre de l’eau potable à la disposition des ouvriers est d’ailleurs imposée aux chefs de maisons, par l’article 8 du décret du 10 mars 10 mars 1894.
- • Un délégué de l’Alliance a exposé le système adopté dans ses usines par M. Pinard, maître de forges, président de l’Alliance syndicale. 11 vient d’y être fondé une brasserie coopérative, dont les actions sont réservées aux seuls ouvriers de l’établissement. Des avantages considérables sont résultés de cette organisation. Bon nombre d’ouvriers ont abandonné le cabaret pour consommer, en famille, une boisson saine et peu coûteuse . Cette intelligente initiative méritait d’être relatée : elle constitue une forme très heureuse de la lutte contre l’alcoolisme à l’atelier.
- (Moniteur des syndicats ouvriers)
- L’alcoolisme dans l’armée anglaise.
- Les statistiques de la Société militaire de tempérance disent que plus de 50,000 soldats anglais sont des abstinents et ne boivent aucune liqueur. A noter que c’est à peu près le quart de l’effectif de l’armée anglaise.
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- La propagande féminine
- Le chef du groupe de la Haute-Marne de jl’Alliance universelle des femmes pour la paix par l’éducation, Madame Claire Bauer, a lancé de Langres, le 19 mars dernier, une circulaire aux membres de ce groupe pour les engager instamment à redoubler d’efforts en vue de la propagation des idées pacifistes dans leur entourage. Ce que nous pouvons, est-il dit dans cette circulaire, c’est laisser lire à qui le voudra ce qu’un cœur de femme peut penser et souffrir des effrayants massacres qu’amène la guerre ; c’est inspirer autour de nous l’horreur d’une chose qui n’est autre que le meurtre, le meurtre d’hommes ayant des enfants, des femmes, des mères, des sœurs à nourrir et à protéger et que leur mort laissera dans une détresse physique et morale pire que la mort elle-même ; c’est surtout inculquer à nos enfants des idées de justice et de grandeur morale.
- Mademoiselle Césarine Lupati, de Milan, a donné, le 26 mars, à Torre Felice, sous les auspices de la Société de la Paix, une conférence en italien sur ce que sera demain (Verso il domani). Elle a montré que la civilisation si elle veut être digne de son nom, doit rejeter toute forme de violence et proclamer le respect absolu de la vie humaine. Elle a appelé de toute son âme le temps où la violence fera place à la justice parmi les hommes, où les différends qui surgiront entre les Etats seront résolus par des moyens juridiques et elle a parlé de l’instruction de la jeunesse, qui doit être dirigée dans ce sens. Enfin elle a parlé avec beaucoup de sentiment de l’aversion profonde, instinctive que les femmes doivent ressentir contre l’esprit guerrier,
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- La question pacifique eut les honneurs d’une grande séance publique au congrès féministe tenu à Berlin dans les premiers jours de juin. Telle était l’affluence que des centaines de personnes ne purent trouver place dans la salle et que les orateurs n’y pénétrèrent que grâce à un service d’ordre promptement établi.
- Et vraiment, dit un de nos confrères en rendant compte de cette imposante réunion, pour quiconque sait penser, le contraste était étrange en cette ville capora-lisée plus qu'aucune autre, dont chaque mouvement, chaque manifestation artistique est un hommage rendu à la force victorieuse, et cette foule suspendue, pleine d’enthousiasme, aux lèvres de ces femmes venant prêcher la paix.
- Après la baronne de Suttner, dont l’improvisation éloquente tint pendant une heure l’auditoire sous le charme, c’est Mme Isabelle Bogelot qui prend la parole.
- « Représentante du conseil français, je suis heureuse, dit-elle, d’apporter ici l’adhésion sincère des membres de notre association aux idées pacifiques.
- « Depuis trop longtemps les peuples n’ont admis pour régler leurs différends que l’emploi de la force.
- « Les femmes ne veulent plus qu’il en soit ainsi. Elles ne veulent plus que, pour régler les conflits internationaux, les champs de bataille se couvrent de blessés et de morts ; elles ne veulent plus que par la force brutale le droit des peuples soit violé et elles appellent de toutes leurs forces un tribunal d’arbitrage international.
- « La femme, en prenant conscience de son rôle, en élargissant son champ d’action, deviendra la force morale qui empêchera la force brutale de continuer ses ravages.
- « Oui, les femmes françaises sont pacifiques ; oui, elles sont décidées à dépenser le meilleur de leurs forces à établir la paix entre les nations. Et, si elles veulent la paix, si elles la désirent de toutes leurs forces, elles ne la conçoivent que dans la justice et le respect
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- du droit des peuples. Elles la veulent dans l’harmonie, établie par la volonté de tous et pour le plus grand bien de l’humanité. »
- De longs applaudissements saluent l’orateur lorsqu’elle cède la place à la comtesse d’Aberdeen qui vient au nom des femmes anglaises faire entendre quelques paroles de paix et d’amitié.
- <t Les femmes sont des pacifistes’», écrit à ce sujet Mme Maria Martin dans le Journal des femmes. « Des manifestations comme celles de Berlin en sont la preuve. Le Conseil international des Femmes, liant entre eux les différents Conseils nationaux, sera un puissant facteur pour l’avancement de la paix et de la civilisation de l’humanité. »
- Le traité d’arbitrage anglo-allemand
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- Une convention d’arbitrage entre l’Angleterre et l’Allemagne, analogue aux conventions que le premier de ces pays et la France ont conclu avec diverses puissances a été signée à Londres par lord Landsdowne, chef du Foreign Office et le comte M/olff Metternich, auprès de Sa Majesté britannique.
- Bien que la signature de ce traité ne fasse pas taire toutes les méfiances qui existent entre l’Allemagne et l’Angleterre, ce n’en est pas moins un heureux évènement en ce sens qu’il marque un pas en avant dans les idées de pacification. Et c’est uu succès appréciable si l’on songe quelle oonstante mauvaise volonté l’empereur Guillaume a manifesté à l’égard des résolutions de la Haye.
- * +
- La clause de l’arbitrage.
- Un article de la convention conclue le 6 avril entre la France et les Pays-Bas, en vue de la construction d’un câble sous-marin reliant Saïgon à la cote occidentale de Bonnes, stipule que tous les différends relatifs
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- au câble qui ne pourraient être réglés par la voie diplomatique seront soumis par les deux parties contractantes à la cour permanente d’arbitrage de la Haye.
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- Le traité d’arbitrage hispano-portugais
- Un traité d’arbitrage a été signé entre l’Espagne et le Portugal. Ce traité a été rédigé conformément à l’article 19 de la Convention de la Haye.
- Arbitrage entre la Suède et la Norwège
- Les cabinets de Stockholm et de Christiana se sont mis d’accord pour soumettre à quatre arbitres que départagera éventuellement un cinquième arbitre nommé par un souverain étranger la question de leurs eaux à l’entrée du fjord de Christiana, pendante depuis des années et qui, à cause des pêcheries, a souvent donné lieu à des conflits.
- Cette proposition a soulevé des discussions assez violentes dans chaque pays.
- Des commissions parlementaires ont été nommées pour étudier la question.
- La commission norvégienne approuve entièrement la proposition ; elle ajoute qu’elle aurait été également satisfaite si cette question avait été soumise au jugement du Tribunal de la Haye. La commission suédoise, au contraire, ne l’approuve qu’en partie. Elle craint notamment que le choix éventuel du cinquième arbitre par un chef d’Etat étranger ne donne lieu à des complications.
- La question sera débattue, prochainement, au Stort-hing et au Riksdag.
- L’arbitrage anglo-brésilien
- Le*roi Victor-Emmanuel a remis personnellement, le 14 juin,aux représentants diplomatiques de l’Angleterre
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- et du Brésil, sa sentence dans le différend de frontières entre la Guyane britannique et le Brésil, soumis à son arbitrage par le traité de Londres du 6 novembre 1901.
- Le différend portait sur la possession d’un territoire d’environ 35,000 kilomètres carrés presque entièrement en savanes, s’étendant entre les bassins de l’Amazone et de l’Essequibo et où se confondent presque les eaux des tributaires de ces fleuves.
- Tout Tinté rôt de la question était de savoir si l’Angleterre aurait un pied dans le bassin de l’Amazone.
- Le roi d’Italie, qui avait confié l’examen des volumineux mémoires des parties au marquis Visconti Venos-ta, ancien ministre des affaires étrangères, a tranché la question par une solution intermédiaire qui attribue à chacune des parties la moitié environ du territoire litigieux.
- En vertu de cette sentence, la frontière entre la Guyane britannique et le Brésil, suivra la ligne de partage des eaux de la source du Cotingo à celle du Mahu, puis le cours du Mahu jusqu’à son confluent avec le Tacutu, et remontera ce dernier jusqu’à sa source.
- Cette solution favorise plutôt la Guyane britannique en la faisant riveraine des affluents de l’Amazone.
- Le groupe parlementaire de l'arbitrage international réuni au Palais-Bourbon, sous la présidence de M. d’Estournelles, a décidé sur la proposition de son bureau de continuer l’hiver prochain la tradition de ses réceptions internationales et d’inviter cette fois une délégation des Parlements de Suède, de Norvège et du Danemark. Le programme de cette manifestation, analogue à celui de la réception des parlementaires anglais, comportera : un banquet, des réceptions au palais de l’Elysée, au Sénat, à la Chambre des députés, à l’Institut, à la Chambre de commerce de Paris, au Comité républi-
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- cain du commerce et de l’industrie, à la Banque de France, à Versailles, une fête à l’Automobile-Club, etc.
- La Ligue internationale de la Paix et de la Liberté a
- tenu le dimanche 1er mai à Berne, sous la présidence de M. Emile Arnaud, président, son assemblée générale annuelle, au cours de laquelle elle a voté diverses résolutions. Dans la première elle exprime au Président de la République française, M. Loubet, sa profonde reconnaissance pour avoir à l’occasion de la cérémonie en l’honneur de Victor Hugo, à Rome, rappelé la collaboration des fondateurs de la Ligue, Victor Hugo et Garibaldi, à l’œuvre de pacification universelle et de fraternité internationale.
- Dans une autre résolution, la Ligue adresse à M. Comtesse, Président de la Confédération, et depuis longtemps membre du Comité central de la Ligue, l’expression de ses très respectueuses sympathies.
- Elle a le plaisir de rappeler , à l’heure où se concluent de nombreux traités d’arbitrage permanent, que c’est en territoire suisse, à Genève, au VIF Congrès de la L. I. P. L. que fut discuté le premier mémoire présenté sur les Traités d'arbitrage permanent. Ce mémoire , dû à l’ancien et regretté Président de la Ligue, Charles Lemonnier, portait comme titre « Projet de traité d’arbitrage permanent entre la France et ’lAn-gleterre». Ce projet devait, 30 ans plus tard, être partiellement réalisé.
- La Ligue est heureuse de rappeler que le Gouvernement fédéral, alors présidé par un autre membre regretté du Comité central de la Ligue, Louis Ruchon-net, a le premier, en 1883, pris l’initiative de la négociation d’un traité d’arbitrage permanent.
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- Les Congrès féministes de Berlin.
- Les détails que nous avons publiés, il y a quelque temps, sur l’organisation des Congrès féministes de Berlin faisaient prévoir une splendide manifestation. Des comptes-rendus publiés par les journaux les moins suspects de tendresse exagérée pour les revendications féminines, il résulte que la réalité a dépassé tout ce qu’on pouvait attendre du zèle intelligent et si bien ordonné des organisatrices.
- Les dames berlinoises ne s’étaient pas contentées d’orner magnifiquement le local destiné au Congrès. Elles ont offert à leurs hôtes de magnifiques réceptions, concerts, garden-parties, courses en voiture et en bateau. Les plus beaux hôtels de Berlin, les plus charmantes villas des environs s’ouvraient aux congressistes. Le bourgmestre leur a offert un banquet de 600 couverts à l'hôtel de ville. Le chancelier de l’Empire et la comtesse de Bulow ont reçu ces dames dans leur palais. L’impératrice a donné audience au comité international.
- Une correspondance adressée au Journal de Genève raconte à cette occasion que miss Anthony, la vénérable championne américaine, ne baisa pas la main de Sa Majesté, mais la secoua vigoureusement. Puis confortablement installée dans un bon fauteuil, elle répondit aux questions de l'impératrice et comme conclusion eut lieu l’échange de paroles suivant :
- Miss A. : Ce que je viens de vous dire, il faut le raconter à l’empereur.
- L’impératrice : Mais les messieurs ne sont pas toujours disposés à tout entendre.
- Miss A. : Oh ! votre empereur et notre Roosevelt
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- sont deux hommes merveilleux; ils voudront bien écouter.
- Il y a bien d’autres conversions à opérer que celles de cet empereur et de ce président. Si grande que puisse être leur influence sur leurs sujets ou concitoyens, les femmes ne sont pas encore au bout de leur tâche. A la tête de chaque ménage, que voit-on ? un empereur ou un président usant avec plus ou moins de modération de l’autorité que lui confère la loi qui dit à peu près partout : « La femme doit obéissance à son mari ! »
- De ce que des réceptions gracieuses ou grandioses ont quotidiennement égayé la mémorable quinzaine féministe, Mme Jeanne Deflou, dans l’impressionnant tableau qu’elle en a fait pour le Journal des femmes (Juillet), demande qu’on n’en conclue pas à une perte de temps partielle, à des moments précieux consumés en futilités. Fort judicieusement elle remarque que c’est dans ces rencontres, où les coudées sont plus franches, que naissent les sympathies, que s’établissent les relations personnelles indispensables au travail commun, que point, dans le laisser-aller d’une conversation familière, le germe des projets qui plus tard surgiront au grand jour.
- La session du Conseil international des femmes a duré du 6 au 11 juin, et le Congrès international féministe, du 11 au 18 juin 1904. Les étrangères venues pour le Conseil ont donc été mises à même, sans nouveau déplacement, d’assister au Congrès et d’y participer. Nos lecteurs connaissent l’organisation et le but du Conseil international ; nous nous bornerons donc à rappeler que cette fédération de fédérations féministes nationales, a été fondée par Mrs Wright-Sewal , à Washington, le 31 mars 1888; qu’elle tient, tous les cinq ans, une assemblée générale où chaque Conseil national est représentée par trois déléguées et que la première de ces assemblées eut lieu à Chicago, en 1894, et la seconde, à Londres, en 1899. ,
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- Celle qui vient d’avoir lieu à Berlin est donc la troisième ; elle a été de beaucoup la plus importante. Durant les cinq années qui viennent de s’écouler, en effet, de nombreuses adhésions ont eu lieu, celles de l’Allemagne, de l’Argentine, de la Suisse, de la France, de la Hongrie. Dix-huit pays font aujourd’hui partie de cette immense fédération, et le nombre des adhérentes s’élève à près de dix mille.
- Les trois déléguées françaises étaient Mmes Sarah Monod, Bogelot, Avril de Sainte^Croix. L’approbation du gouvernement français avait en quelque sorte revêtu la mission de ces déléguées d’un caractère officiel.
- Les premiers travaux du Conseil ont porté sur les modifications que l’expérience avait suggéré d’apporter aux statuts sur divers points.
- C’est ainsi notamment que, pour éviter au Conseil exécutif des déplacements parfois coûteux , que lui impose l’obligation statutaire de siéger successivement dans les divers pays adhérents, le Conseil a décidé sur l’initiative de Mlle Sarah Monod, qu’un bureau central serait crée dans un pays neutre, la Suisse, par exemple, où seraient déposées les archives et tenues les réunions du Comité exécutif.
- Le mode de votation pour l’élection des cinq officières générales (dont le nombre est porté à sept par Fad-jonction de deux vice-présidentes) a été simplifié par la suppression de la clause portant que la liste des candidatures serait close trois mois avant la session quinquennale
- Voici la composition du bureau pour la nouvelle période de cinq ans (1904-1909) :
- Présidente : Lady Aberdeen (Angleterre) ;
- Vice-présidentes : Mmes Marie Stritt (Allemagne) ; Hierta Retzius (Suède) ; Siegfried (France) ;
- Trésorière : Mrs Sophia Sanford (Canada) ; ,
- Secrétaire des séances : Mme Martina Cramers (Hollande) ;
- Secrétaire correspondante : Mrs Ogilvie Gordon (Grande-Bretagne).
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- C’est la seconde fois que Lady Aberdeen, assume cette fonction, à la satisfaction unanime.
- ~ Le Canada qui a été la deuxième nation affiliée au Conseil international, sera le siège de la prochaine assemblée générale en 1909.
- Trois grandes assemblées publiques, alternant avec les séances du Conseil ont attiré à l’hôtel de la Philharmonie une foule que l’on peut évaluer chaque fois entre 700 et 1,000 assistantes, parmi lesquelles un petit nombre d’hommes.
- Dans ces réunions, les secrétaires générales des conseils nationaux ont été présentées au public et ont exposé les travaux accomplis par chaque conseil pendant les cinq dernières années.
- La dernière a été consacrée à la démonstration de l’intime connexité de la cause féministe et de la cause pacifiste.
- Le Congrès international avait été divisé en quatre sections : 1° Education des femmes; 2° Travail et professions des femmes ; 3° Œuvres et institutions sociales ; 4° Condition légale de la femme.
- Au cours des réunions de ces quatre sections, dans les quatre vastes salles de la Philharmonie, lecture a été donnée de 211 rapports.
- De nombreux discours ont été, en outre, prononcés dans cinq grandes assemblées générales publiques et dans une réunion consacrée spécialement aux jeunes filles.
- On évalue à trois mille, dit Mme J. Deflou, le nombre des congressistes pourvues d’une carte permanente. Il faut y ajouter les entrées quotidiennement délivrées pour une journée seulement, et c’est probablement rester au-dessous de la vérité que d’en porter le total à treize mille pour les six jours de la semaine.
- La tenue de ce Congrès a été absolument correcte, bien qu'il fût plus populaire que le Conseil international, lequel n’admettait, sauf aux réunions publiques
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- dont nous avons parlé, que les personnes qualifiées pour y assister.
- L’assistance énorme était attentive, silencieuse, disciplinée. La police des salles était faite par des jeunes filles, portant un brassard indicateur de leurs fonctions, dont la consigne consistait à interdire l’entrée pendant les discours et à rappeler au silence les rares bavards.
- Parlant du Congrès, le correspondant d’un grand journal français qui par ailleurs se montre surtout préoccupé d’occuper sa verve railleuse, dit sur un ton suffisamment sérieux : On y a parlé de tout, depuis la question des domestiques jusqu’à la nécessité pour la femme de se créer une conception spéciale de l’uuivers ( Wellanschauung), en passant par l’agriculture, l’éducation en commun des enfants, la situation juridique, le relèvement de la moralité, les institutions sociales, les études universitaires, la question de l’alcoolisme, le fonctionnariat accordé aux femmes, le droit de suffrage, les syndicats féminins, la carrière dans les arts et professions libérales, et d’autres questions secondaires.
- Il faudrait six ou sept volumes pour exposer en détail les actes du Congrès qui, véritable encyclopédie féminine, a tout embrassé, dit à son tour Mme J. Deflou, observatrice attentive et sympathique.
- Rapports et discours ont laissé aux assistants cette impression que le chemin parcouru est énorme. Comme on l’a justement fait remarquer, les féministes ne se contentent pas de désirer certaines lois, de prêcher certaines réformes. Ce qu’elles veulent, c’est le développement de la femme dans tous les domaines. Il n’y a plus seulement des questions féminines intéressant la femme, dans de certaines conditions, à des degrés divers ; il y a une question féministe, qui ne peut être résolue que par l’égalisation effective des droits de l’homme et de la femme.
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- La loi sur les syndicats et les femmes.
- On sait que M. Barthou, député, a déposé sur le bureau de la Chambre un rapport sur la réforme de la loi de 1884, su.r les syndicats professionnels. Les femmes mariées s’y trouvant oubliées, le groupe français d’études féministes a entrepris des démarches dans le monde parlementaire afin d’obtenir le dépôt d'un amendement conçu dans ce sens :
- « Que ‘les femmes mariées puissent, sans l’autorisation de leurs maris, faire partie des syndicats professionnels et recueillir les avantages y afférents. » '
- Dans la persuasion que ces démarches acquerraient un poids plus considérable si elles étaient appuyées par les intéressées mêmes, le groupe a demandé aux quatorze syndicats féminins, ou féminins mixtes, leur
- adhésion à la formule ci-dessus.
- * *
- Les Unions féminines de métiers à Chicago.
- Le trade unionisme américain est loin d’avoir cause gagnée. Il n’est pas parvenu encore au point de développement qu’il a atteint en Angleterre. Son principal obstacle est dans l’opposition systématique que lui font toujours les employeurs, et très particulièrement les grandes compagnies. L’enquête judiciaire instituée à la suite des gigantesques grèves des mines d’anthracite, il y a deux ans, a démontré qu’il y a ici un parti pris manifeste de refuser à des travailleurs le droit dont on jouit soi-même de s’associer avec ses pareils pour la défense de ses intérêts. Toutefois, les vieilles résistances commencent à s’user , et le mouvement trade-unio-niste fait des progrès manifestes.
- Chicago tient ici la tête. Non seulement les hommes y sont fortement organisés, mais les femmes sont entrées dans la même voie : seules les domestiques de maison et les sténographes sont encore sans organisation syndicale. Trente-cinq mille femmes sont enrôlées, qui
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- appartiennent à vingt-six professions. C’est la grande majorité des travailleuses de ces différentes catégories qui se sont syndiquées. Les effets généraux de cette forte discipline sont déjà palpables. Les salaires se sont élevés dans la proportion de dix à quarante pour cent, et la moyenne des heures de travail est de cinquante-trois par semaine au lieu de soixante et plus précédemment. Le travail des enfants a été supprimé presque entièrement. Les organisations ouvrières ont obtenu aussi par leurs efforts de grandes améliorations hygiéniques. Les unions féminines sont dotées d’agents (walking delegates), qui interviennent en leur nom dans les discussions de détail avec les patrons. Un patron ne peut renvoyer une apprentie sans que la déléguée que cela concerne se soit rendue aux raisons données pour justifier cette rupture de contrat. Les esprits impartiaux se plaisent à reconnaître que les unions féministes se sont montrées jusqu’ici très loyales dans leur manière de tenir leurs engagements.
- C’est un fait nouveau dans la littérature ouvrière que la mention d’une union des femmes de ménage et des portières, par exemple , mais ce qui a surtout attiré l’attention, c’est le syndicat des institutrices qui a pour administratrice une dame, Margaret Haley avec, sous ses ordres, dix personnes pour le travail de bureau . Quand ces vaillantes syndiquées n’ont pas trouvé bon accueil à Chicago même, elles sont allées assiéger les autorités de l’Etat de l'Illinois à Springfield. Ce sont des maîtresses tacticiennes.
- (,Tournai de Genève.)
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- VIE B’HÛTEL
- Par Henry GRÉVILLE
- —-ÏSQ&ZSÆ-—1
- ( Suite. )
- — Deux dépêches, réponse payée , dit-elle tout bas.
- — Ne vous inquiétez de rien, répondit sa nouvelle amie, prévenant le geste qui aurait pu avertir Mme Maubert.
- Elle partit, et Céphise recommença sa journée de la veille.
- — Tu as l’air malade, dit sa mère. Tu n’en peux plus, ma pauvre enfant ! Tu as dépensé toutes tes forces. C’est moi qui devrais te soigner. Heureusement, ton mari n’est plus bien loin.
- Cette parole, si naturelle, faillit ruiner l’édifice laborieusement érigé par la vaillante femme. Une suprême contraction resserra les muscles de son visage déjà crispés.
- — Cette horrible névralgie ! dit-elle, sans pouvoir tout à fait déguiser l’émotion de sa voix, je ne suis plus moi-même. As-tu entendu la mer cette nuit, maman ?
- — Je n’ai jamais si bien dormi, répondit placidement Mme Maubert. Monprat avait raison, c’est ici qu’il fallait venir pour trouver la vie et le sommeil. Tu ne vas pas pouvoir sortir aujourd’hui? je n’ai pas besoin de toi, si tu aimes mieux te reposer , je puis très bien seule...
- — C’est moi qui ne serais pas tranquille ! fit la jeune femme avec un sourire forcé. Figure-toi une bonne d’enfant qui aurait oublié le bébé auprès de la fosse aux ours...
- Mamie entra, divinement jolie, sous une'pâleur qu’on ne lui avait jamais connue; elle avait une nou-
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- VIE D*HÔTEL
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- velle à elle toute seule, mais elle ne pouvait pas la communiquer, et pourtant c’était jouer gros jeu que de la garder pour elle. Après avoir babillé un instant près de Mme Maubert, elle s’approcha de Céphise et lui dit tout bas :
- — J’ai peur que vous ne soyez pas contente, chère madame, et pourtant ce n’est pas ma faute... Votre frère nous a — elle n’osa dire que c’était bien à elle — télégraphié qu’il partait hier soir. Comment expliquer son arrivée à madame votre mère ?
- — Qu’il ne vienne pas ici, fit Céphise brusquement. Gardez-le à votre hôtel ; qu’il ne se montre pas avant que nous sachions l’exacte vérité.
- Mamie rougit; ses yeux baissés se relevèrent sur son juge, lui demandant très clairement : Que pensez-vous de moi ? Mais Mme Carval avait la tête à bien autre chose.
- — Et dire, murmura-t-elle entre ses dents, que nous n’aurons pas de réponse aux télégrammes avant demain au plus tôt!
- Mamie la regardait, ne sachant que dire, que faire, pour verger une goutte d’eau à cette âme altérée. Très respectueusement, elle se pencha avec un mouvement d’une grâce attendrissante, et effleura de ses lèvres Talliance qui brillait au doigt amaigri de Céphise.
- Celle-ci, surprise, émue, regarda les yeux bleus qui lui demandaient pardon, et soudain baisa le jeune front qu'elle attira vers elle.
- — Allons, dit-elle, soyons sérieuses, ne jouons pas avec le feu. Pendant que Mme Mertins fait des courses pour moi, vous allez sortir avec maman, ne la laissez communiquer avec personne.
- Mamie fit un signe de tête et aida Mme Maubert à revêtir les accessoires de sa toilette. C’est de neuf à onze heures du matin que les convalescents se promènent à Menton; pendant ces deux heures, le soleil chauffe le rivage dans toute sa clémence ; plus tard, la hrise de mer ôte beaucoup de douceur à l’atmosphère.
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- C’était une bien lourde responsabilité pour la jeune fille que de tenir à l’écart de tous la bienveillante et bonne Mme Maubert. A vingt reprises , la partie parut bien près d’être perdue, tant les rencontres se pressaient les unes contre les autres ; après une dame maigre, c’était une dame dodue, puis un gros monsieur chauve ; tout le monde saluait et, n’ayant rien à faire, avait envie de s’arrêter pour causer un peu. Que faire, le matin, sur le quai, si l’on ne cause pas les uns avec les autres ? Et tous ces gens parlaient entre eux du naufrage du Br amont, dont les journaux avaient apporté la nouvelle, avec d’horribles détails. Un moment, Mamie sentit le cœur lui manquer : Boss le tonitruant, tenant avec sa femme toute la largeur du trottoir, pérorait, forçant deux dames à marcher sur la chaussée, sillonnée de cyclistes et de petites voitures de commercants.
- — C’est le plus grand naufrage de ces temps, disait-il, avec des éclats de voix surprenants, c’est-à-dire à cause des passagers, parce que, vous comprenez, des naufrages — il prononçait nauvraches — d’équipages, cela ne compte pas. Ce sont des hommes de mer, ils sont engagés et payés pour cela.
- Mamie demanda à Mme Maubert si elle n’apercevait pas le bateau de Marseille à l’horizon, et lui fît traverser la chaussée tout exprès ; mais le bateau de Marseille n’arrivait pas ce jour-là, et la Méditerranée gardait immaculé son bleu d’outre-mer.
- — Le Bramont était un beau bateau , mais le capitaine...
- — Qui parle du Bramont? demanda Mme Maubert en se retournant.
- — Il parle du Drummont, du Drummont-Castle qui s’est perdu sur l’île d’Ouessant, vous savez bien ! dit Mamie avec une énergie désespérée. La reine d’Angleterre a envoyé des médailles à nos marins bretons. C'est une belle fête.
- Boss , qui avait l’ouïe aussi fine qu’une taupe, bien
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- qu’il fit semblant d’être sourd pour inspirer la confiance, allait rectifier avec son tact ordinaire ; mais Mlle de Greslin lai lança un regard foudroyant, et le vieux rapineur resta interdit devant la menace de cet œil d’ingénue. En ce moment, Mamie eût sauté sur lui, s’il avait signalé l’erreur volontaire qu’elle venait de commettre.
- — Restons en arrière, dit-elle à Mme Maubert ; ce vieux-là m’horripile , je ne puis le souffrir, il est faux comme un jeton, et sa femme joue la comédie, toutes les comédies ; c’est une fausse bonne femme.
- — Vous en savez bien long, Mamie ! A quoi reconnaissez-vous cela ?
- — A ce qu’elle a des expressions tout à fait différentes suivant qu’elle croit ou non qu’on la regarde. Il ne vaut pas cher, ce vieux malappris, mais elle, qui a des façons correctes, elle est aussi terrible que lui, pour le moins.
- — C’est singulier, musa sa compagne : Céphise dit comme vous. Je les ai bien peu étudiés d’ailleurs; ils ne m’intéressent pas...
- — Allons au marché, reprit la jeune gardienne ; maman m’a dit de lui rapporter des fleurs.
- Le marché de Menton n’est ni grand ni beau : des étals à peine protégés par des toiles contre le soleil, et pas du tout contre la pluie ; mais il recèle une si prodigieuse richesse de senteurs et de teintes sur l’unique comptoir bordant la rue, qu’un artiste y trouverait son compte, pourvu qu’il sût éteindre convenablement ce luxe débordant de coloris.
- — J’aime mieux acheter à ces femmes que dans les magasins, expliqua Mamie à Mme Maubert, pendant qu’elles traversaient, en soulevant le bord de leurs jupes, le marché populaire établi sur une place découverte, en plein soleil, puis une étroite et fraîche ruelle ; les fleurs sont peut-être moins parfaites, moins riches, mais elles sentent tout aussi bon, sont tout aussi jolies et coûtent beaucoup moins cher.
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- — Si économe, petite Mamie ? fit en riant Mme Maubert.
- — Il le faut bien, soupira la jeune fille. Nous avons été forcées de l’être pendant toute ma vie ; ce n’est pas à présent, un peu d’aisance nous étant venu, qu’il faut prendre de mauvaises habitudes. Ce serait d’abord très imprudent, et puis bête ! Nous aurions l’air de parvenues.
- Ce disant, elle fourra son nez dans un gros bouquet de violettes de Parme, en offrit un autre à sa compagne « pour Mme Carval » et donna soixante centimes à la marchande.
- — N’est-ce pas curieux, reprit-elle pendant qu’elles continuaient leur promenade, de se figurer que des dames, parce qu’elles sont riches, payent un franc ce qui vaut trente centimes ? On pourrait faire tant de bien avec ce qui se gaspille d’argent !
- — Mais cette différence nourrit les intermédiaires, mon enfant, fit observer Mme Maubert, en souriant de cette jeune sagesse.
- Mamie ne ressentait pas un intérêt très vif pour les intermédiaires, évidemment ; son économie politique, pour le présent, n’abordait la question de l’offre et de la demande que de la façon la plus synthétique. Au lieu de chercher à l’approfondir, elle emmena Mme Maubert dans un chemin « où il pleuvait des mandarines », ce qui lui paraissait le comble du Paradis terrestre.
- Entre temps, M. Boss et sa société avaient examiné la question : pourquoi Mlle de Greslin avait-elle jeté un regard si courroucé au vénérable habitant d’Amsterdam ? C’était ce qu’il importait de savoir sans retard. Peut-être avait-elle un amoureux sur le vaisseau naufragé ? Mais alors, elle n’eût pas eu l’esprit si libre. Mme Maubert était-elle intéressée dans l’affaire ? Perte d’argent ? c’était probable, et on voulait le lui cacher... En ce cas, le trio jugea qu’elle devait en être informée dans le plus bref délai.
- — C’est donc cela qu’on la tient en chartreuse, dit
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- Mme Grécourt. C’est fort mal pensé ; avertie à temps, la pauvre dame pourrait intervenir, et peut-être sauver quelque petite chose ; d’ailleurs, plaie d’argent n’est pas mortelle, à son âge elle doit l’avoir appris. Sa fille, cette Mme Carval, est vraiment intolérable avec cet air de domination qu’elle prend sur sa mère. Ce serait un service à rendre à la pauvre femme que de lui ouvrir les yeux.
- — Mais comment ? demanda Mme Boss, qui se sentait des facultés spéciales pour ce genre d’opération.
- — Lui parler de ce naufrage à la première occasion ; * ou en parler devant elle. Sa fille ne pourra pas toujours la chambrer comme elle fait depuis deux jours.
- Animé de ces charitables intentions, le groupe revint à l’hôtel, mais Mme Maubert était déjà remontée chez elle, et tout ce qu’on put apercevoir fut le costume gris de Mamie, s’effaçant au détour de la rue. Mme Mertins rentrait, libre de se consacrer désormais à ses amies. M. Boss l’arrêta au passage, souriant, amène, jouant avec son lorgnon , pas plus myope que sourd, mais se servant avec une égale habileté de ces deux prétendues infirmités.
- — Vous paraissez soucieuse, chère madame, lui dit-il de sa voix la plus melliflue. Aviez-vous quelqu’un sur le Bramont? On ne parle que de cela.
- La jeune femme le regarda bien en face, une flamme d’indignation dans ses yeux d’ordinaire si doux.
- — J’y avais toute ma famille, monsieur, répondit-elle d’un ton sévère; toute ma famille, tous mes domestiques et toute ma fortune.
- Elle passa sans le saluer, pendant qu’outrées de cette impudence, les deux dames échangeaient des regards pleins d’horreur. Boss ne se démontait pas pour si peu; au cours de son existence, il avait dû recevoir un nombre de coups de pied considérable dans les basques de ses vêtements. On a beau dire que cela ne laisse pas de traces, il n’en est pas moins vrai qu’au bout d’un certain temps, il est parfaitement aisé de distinguer un
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- homme qui ignore ce genre d’émotions d’un personnage qui en a pris l’habitude : celui-ci possède une souplesse qui manquera toujours à l’autre. Il courut après Mme Mertins.
- — Je ne voulais pas vous contrarier, madame, dit-il de son air le plus insinuant...
- Mais elle était déjà loin. Il revint vers ses compa gnes, et ces trois excellentes créatures déclarèrent que « tous ces Mauhert étaient de véritables pestes ».
- L’après-midi s’écoula très lente. Céphise regardait les aiguilles de la petite pendule, — qui sonnait bien maintenant, — avancer sur le cadran. Gaëtan était tout proche, il descendait de wagon, il était chez Mme de Greslin. Un immense désir de voir son frère, d’échanger avec ce compagnon de sa joyeuse jeunesse une de ces étreintes où l’âme fraternelle se fond, sans qu’il soit besoin de paroles, saisit la jeune femme; elle jeta un coup d’oeil sur sa mère, assise près de la fenêtre où elle essayait de lire aux dernières lueurs du jour mourant; on n’y voit guère, après trois heures et demie, en cette tardive saison. Elle eut envie de lui dire : Reste là, attends-moi, je sors pour un quart d’heure. Elle n’osa, sachant que son visage, après cette entrevue , porterait les traces de ce qu'elle aurait ressenti. Et si quelqu’un entrait en son absence ?
- — Elle est là, si tranquille ! pensa la pauvre Céphise. Que ferons-nous demain? que lui dirons-nous, s’il faut lui apprendre...
- Ses mains retombèrent inertes à ses côtés en songeant à ce qu’il faudrait peut-être lui apprendre. Une autre idée surgit, consolante dans son horreur.
- — Heureusement, ce n’est pas mon père ! Si c’était lui..•
- Ah, Céphise ! vous étiez faite pour vous tenailler le cœur de vos propres mains. Non contente de panser les plaies d’autrui, vous savez les oindre avec la vertu de votre propre corps, avec l’essence de votre propre vie. Pas une amertume ne vous sera épargnée, Céphise,
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- parce que vous avez trop souci de l’amertume des autres. ’
- La nuit tombait très vite : on apporta la lampe. Mme Maubert se rapprocha de la lumière pour continuer sa lecture, confortablement installée sur la chaise longue. Sa fille resta dans l’ombre, s’efforçant de ne pas penser, de ne pas rêver, contrainte jusqu’au supplice le plus douloureux.
- — Tu ne descendras pas pour dîner? demanda sa
- mère. >
- — S’il te plaît, maman, pas encore aujourd’hui, implora Céphise. Tu t’ennuies en haut ?
- — Non, mais en bas, c’est plus animé, plus gai.-. Enfin, Armand ne peut plus tarder. N’est-ce pas demain que le bateau est attendu à Bordeaux ?
- Céphise ne put répondre. Sa mère se tourna vers elle, l’interrogeant du regard.
- — Est-ce qu’il n’a pas été signalé aux Canaries ? C’est l’usage.
- — Il a été signalé, répondit Mme Carval, avec un effort qui tendit tout son être, comme un arc qu’on bande brusquement.
- — Aussi, je me disais qu’il ne pouvait être en retard...
- — Mère, veux-tu me donner un peu d’eau ? interrompit la jeune femme ; je meurs de soif. Je te demande pardon de te déranger, mais ma migraine ne diminue pas.
- — C’est la fièvre de l’attente, dit Mme Maubert en se levant paisiblement ; heureusement, cela ne peut plus durer.
- Elle présenta le verre à la main tremblante de sa fille, qui humecta ses lèvres et le lui rendit.
- — Si tu veux bien, maman, jusqu’au dîner je vais essayer de dormir. J’aimerais tant, chère mère adorée, que tu n’eusses pas à me soigner à ton tour !
- Sans comprendre tout ce que contenaient ces paroles, Mme Maubert baisa au front son ange gardien et retour-
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- na à sa lecture.
- Gaëtan était arrivé, blême et hagard comme aux pires jours de son adolescence, tel que ni Mamie ni les contemporains de sa seconde évolution ne l’avaient jamais vu. La bonne Mme de Greslin, par un mouvement de pitié très naturel, avait décidé d’aller le prendre à la gare. Dans le trouble et la douleur de cette catastrophe, son généreux sang irlandais bondissait par-dessus les barrières des convenances, pareil à celui de sa fille.
- — Mon cher monsieur Maubert, dit-elle chaleureusement, venez avec nous ; je tâcherai d’adoucir pour vous les tortures de l’anxiété ; si au moins on savait... mais vous ne pouvez pas voir votre mère, elle ne sait rien, ne se doute de rien.
- — O Céphise ! dit le jeune homme, elle lui a tout épargné, en gardant tout pour elle-même. Comment est-elle, ma pauvre sœur ?
- — Très courageuse, répondit Mamie, ses yeux bleus pleins de tendre compassion ; je ne sais pas comment elle peut faire pour cacher ce qu’elle souffre.
- — Personne n’a jamais été comme notre Céphise, dit Gaëtan avec une conviction qui à des étrangers eût semblé ridicule, et dont la simplicité était admirable.
- Il se laissa emmener, choyé par ces tendres cœurs de femmes, dorloté par la singulière miss Browley, faite de brusqueries et de chauds retours, de bouderies interminables et de sacrifices qui dépassaient la moyenne. Au fond, il se sentit très remonté, car il adorait les gâteries, peut-être parce qu’il n’en avait pas eu à profusion, excepté de la part de sa sœur.
- — Je n’y puis tenir, dit-il après le dîner ; il faut que je voie, sinon Céphise, du moins quelqu’un qui l’ait vue de près tout, à l’heure. Il fait nuit, personne ne me connait, je vais demander Mme Mertins à l’hôtel de maman. Elle me dira comment elles sont toutes les deux.
- — C’est une imprudence, fit observer Mamie.
- — Puisque personne ne me connaît! répliqua-t-il
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- avec un peu d’irritation. Je lui ferai dire qu’un monsieur la demande : un monsieur, ça peut être son cordonnier ! Tout le monde est des messieurs à présent pour les domestiques !
- On ne put l’en faire démordre. Après s’être renseigné, il s’en alla dans la nuit piquée d’étoiles, vers la demeure où veillait une douleur incommensurable et muette.
- Mme Mertins venait d’entrer au salon pour y reprendre son sac à ouvrage qu’elle y avait laissé dans l’après-midi, lorsqu’on lui annonça, suivant la formule, qu’un monsieur la demandait. Elle devina sur-le-champ et, rougissante d’inquiétude, se hâta vers la porte.
- — C’est un monsieur qui la demande, dit mystérieusement M. Boss, abandonnant la roulette où il était croupier,— on jouait pour des jetons, et cette innocente monnaie donnait souvent lieu à d’orageuses controverses , à la grande joie des spectateurs désabusés. Tenez, monsieur, je vous passe la main, ajouta-t-il en prélevant sur la banque une poignée de jetons qu’il mit dans sa poche, par distraction ou habitude ; je suis incommodé.
- Il sortit sans façon et, d’un pas plus jeune que ses années , gagna le hall où le « monsieur » causait avec Mme Mertins.
- Gaëtan lui parut très grand, très beau, très élégant; il parlait avec une ardeur étouffée, ses yeux débordant de larmes contenues se fixaient pleins de prière sur la jeune femme qui avait aussi grand’peine à se retenir de pleurer. Il voulait voir sa soeur, une minute seulement, et suppliait Mme Mertins de rester avec Mme Maubert, la porte fermée, pendant qu’il se glisserait dans la chambre de Céphise.
- — C’est impossible, mon cher monsieur, répondait-elle à voix basse. Comme il insistait, elle ajouta : C’est courir le risque de les tuer toutes les deux.
- 11 recula d’un pas, tout pâle, comprenant l’horreur de la situation.
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- — Vous avez raison, dit-il ; je suis un misérable égoïste ; je ne songe qu’à moi. Elles m’ont trop gâté, voyez-vous !
- Pleine de pitié, Mme Mertins lui prit la main et la garda entre les siennes pendant qu’elle le conduisait vers un ravin ombragé de palmiers. Le hall était désert à cette heure; le portier dans sa loge examinait ses comptes, les domestiques étaient dans le sous-sol : seul, le vénérable Boss, embusqué à l’angle du corridor, les guettait d'un oeil plein de perversités variées.
- — Il faut retourner à votre hôtel, disait la jeune femme avec une douceur persuasive. Demain matin, sans doute, nous aurons les réponses...
- Un jeune garçon entra avec une dépêche. Avant que le portier eût répondu à sa question, Yme Mertins avait saisi le papier bleu, qu’elle ouvrit en tremblant d’émotion.
- — De New-York, dit-elle, en tendant la dépêche à Gaëtan qui la lut avidement. Maubert désolé ne pouvait croire que son gendre fût au nombre des victimes : le laconisme de ces quelques mots semblait indiquer qu’il avait des raisons d’en douter.
- Il a peut-être eu communication d’une liste que nous ignorons encore, fît Gaëtan pensif. Ces Américains ne reculent devant aucune dépense. Je vais voir au Crédit Lyonnais, dit-il soudain. Peut-être y aurait-il quelque chose d’affiché.
- — Je vais avec vous, dit promptement Mme Mertins, s’enveloppant d’une dentelle noire qui pendait toujours à son bras.
- Ils sortirent brusquement. Boss se risqua dans le hall.
- — Eh bien ! dit-il avec une intonation candidement étonnée. Vous avez vu ?
- Ceci s’adressait au portier, qui répondit flegmatique-menUfLun signe de tête. Boss n’était pas le favori du personnel, ses gratifications se trouvant en nombre très inférieur à ses réprimandes.
- — Vous avez vu ? ils sont partis ensemble, après
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- avoir lu la dépêche! avec un jeune homme que personne ne connaît !
- — Elle le connaît probablement, fit remarquer le portier.
- — Je vous crois ! Mais il faudrait savoir si son mari le connaît aussi, ricana Boss, en montrant ses dents jaunes, largement espacées. Voilà des choses, ajouta ce profond moraliste, qui ne devraient pas être tolérées dans une maison qui se respecte !
- N'obtenant pas de réponse, il retourna à la roulette , les mains derrière son dos, s’arrêtant un peu chaque fois qu’il dépassait un groupe occupé à causer, pour happer quelques bribes de conversation, comme c’était son habitude, et se remettant en marche lorsqu’il se sentait observé, car tout le monde n’était pas dupe de ses façons, trop visiblement innocentes pour ne pas sentir un peu le fagot.
- Aucune nouvelle, la grille du Crédit Lyonnais était fermée; Gaëtan ramena Mme Mertins jusqu’à sa porte et retourna près de Mamie. Mme de Greslin l’engagea à aller se coucher , ce qui était fort sage, et il passa une nuit misérable à rêver tantôt qu’il faisait naufrage, tantôt que le train déraillait, tantôt que sa mère était morte et qu’on ne voulait pas le lui dire.
- Le matin apporta une immense consolation à quelques-uns de ceux qui, comme la famille Maubert, subissaient l’épreuve de l’attente. Une liste des survivants arrivée pendant la nuit s’affichait sur tous les endroits de l’Europe civilisée où se trouve un tableau de dépêches. Seuls, nos amis ne devaient pas connaître la joie du soulagement, car, soit erreur de transmission télégraphique, soit faute d’attention de l’expéditeur, le nom de Carval était remplacé par celui de Narval. Or, qui prouvait qu’il n’y eût pas eu un passager nommé Narval, à bord du Br amont ?
- Gaëtan piétina de rage à cette nouvelle et déclara que mieux valait n’en rien dire à sa soeur.
- — S’il faut qu’elle espère, argua-t-il, pour désespé-
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- rer ensuite, il sera plus charitable de lui épargner cette alternative : il me semble qu’elle a tout à fait assez souffert, sans qu'on lui ajoute une goutte de fiel.
- Mme Carval paraissait plongée dans une indifférence somnolente qui effrayait Mme Mertins , et dont Mme Maubert se montra soucieuse au point d’appeler le médecin. Celui-ci, ne se doutant de rien, annonça une dépression nerveuse, consécutive à des fatigues anciennes et prolongées, mais ne trouva rien de particulièrement inquiétant. Ces pauvres médecins , ce n'est pas toujours leur faute s’ils ne peuvent trouver la source de nos maux physiques, ni en favoriser la guérison! On ne leur en indique pas souvent la vraie cause morale.
- La promenade matinale de Mme Maubert fut empêchée par une série d’averses survenues fort à propos. Cépbise la retint auprès d’elle en lui disant que sa présence lui faisait du bien ; Mamie et Mme Mertins se montrèrent tour à tour , mais Mamie ne put échanger avec Mme Carval que des regards ; Céphise avait pourtant eu connaissance de la dépêche de son père, transcrite au crayon sur un papier qui lui fut glissé dans la main.
- Ceux qui n’ont pas passé par là ne peuvent s’imaginer l’épouvantable tension d'nn cerveau buté à une seule idée : ne pas laisser pénétrer la mauvaise nouvelle près d’un être cher. Chez soi, où l’on peut prendre mille précautions, c’est déjà difficile ; mais dans un hôtel où l'on est à la merci d’une porte entr’ouverte, d’une causerie dans le jardin, sous la fenêtre, d’un numéro de journal apporté par erreur , il y a de quoi 1 perdre la raison. Le charitable Boss, qui tenait à son idée, avait déjà à deux reprises prononcé le nom du navire perdu au-dessous du balcon de Mme Maubert. La première fois, Cépbise, dont l’oreille percevait le plus léger bruit, ferma la fenêtre sous prétexte d’humidité; la seconde fois, une brillante averse traversée de rayons dorés, mais très énergique tout de même, força l’orateur à rentrer avant qu’il pût s’expliquer.
- (A suivre.)
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- ASSURANCES MUTUELLES
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- Société du Familistère. - Assurances Mutuelles
- MOUVEMENT DU MOIS DE MARS 1904, A GUISE
- ASSURANCE CONTRE LA MALADIE
- Section des Hommes
- Cotisations des mutualistes....... 2.693 75 \
- Subvention de la Société.......... 860 77 î 4.044 62
- Malfaçons et Divers.............. 490 10 )
- Dépenses...................................... 4.114 95
- Déficit en mars 1904................ 70 33
- Section des Dames
- Cotisations des mutualistes........ 547 55 )
- Subvention de la Société........... ’ 206 75 [ 757 50
- Divers........................... .. 3 20 '
- Dépenses............ .......... ....................884 95
- Déficit en mars 1904.............. 127 45
- ASSURANCE DES PENSIONS
- Subvention de la Société et Divers 7.531 37 )
- Intérêts des comptes courants et j 12.008 72
- du titre d’épargne.......... 4.477 35 '
- Dépenses *
- 123 Retraités définitifs........ 8.397 72 \
- 5 — provisoires.............. 258 50 F
- Nécessaire à la subsistance..... 5.096 45 ? 14.209 72
- Allocations aux famill8 des réservistes 43 »\
- Divers, appointem., médecins, etc. 414 05'
- Déficit en mars 1904.......... 2.201
- CAISSE DE PHARMACIE
- Cotisations des mutualistes.. 714 30 )
- Subvention de la Société..... 232 12 f
- Dépenses...........................
- Déficit en mars 1904.......
- 946 42 1.089 76 143 34
- RÉSUMÉ
- Recettes sociales du 1er juillet 1903 au 31 mars 1904 114.288 83 ) ,.9 ,nQ » individuelles » » 38.820 40 j lbd*luy
- Dépenses » » ........ 172.062 28
- Excédent des dépenses sur les recettes.. 18.953 05
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- 512
- LE DEVOIR
- ÉTAT CIVIL AU FAMILISTÈRE DE GUISE
- MOIS DE MARS 1904.
- Naissances :
- Du 10 mars 1904 : Delzard André-Eugène , fils de
- Delzard Wilfrid et de Dubois Berthe. ^
- Du 24 — Hennequin Louise-Julienne , fille
- de Hennequin Jules-Victor et de Maillet Jeanne.
- Décès :
- Du 19 — Enfant mort-né deBléron-Léguiller.
- Du 23 — Mme Godériaux Elie, âgée de 52ans.
- Le Gérant : H. E. Buridant.
- Nimes. — Typ. A. Chastanier, 12, rue Pradier.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES.
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- Septembre 1904.
- COMPLETE
- Glorification du Travail. Emancipation du Travailleur.
- de J. B. André GODIN (1)
- XIII (suite).
- Troisième fête du Travail, mai 1869. Liste de notables ou candidats. L’élection au 1er degré pour une partie du personnel accomplie en sept opérations successives. Cinq séries d’électeurs pour la distribution des récompenses.
- \
- Célébration de la fête.
- Le 27 mai 1869 était apposée dans l’établissement une affiche (Registre des conseils , p. 95) donnant toutes les informations nécessaires et dont nous extrayons ce qui suit :
- « Résultat des délibérations des Conseils du Familistère relatives au but, à l’organisation et au fonctionnement du vote à émettre par les habitants du Familistère , le 30 mai 1869, jour de la fête du Travail, pour la répartition de 2.000 francs mis à leur disposition pour être attribués aux plus dignes dans les différents mérites du travail :
- « Mérite de direction dans l’emploi, la surveillance , le travail à faire.
- (1) Appendice, p. 60, 'Le Devoir, tome 26e, janvier 1902.
- 1
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- 514
- LE DEVOIR
- « Mérite de capacité, etc. (Voir les Mérites déjà énumérés ci-dessus (l)*
- « La somme de 2.000 francs sera divisée en :
- Grands prix de 50 francs avec mention honorable de 1re classe.
- Premiers » de 30 francs » » 2e »
- Deuxièmes prix de 15 francs avec bulletin de prime nominatif.
- Troisièmes » 10 francs » » »
- « Ces prix seront répartis entre le Familistère, Y Administration, la Fonderie, Y Ajustage et les Ateliers divers proportionnellement aux nombres de personnes méritantes dans chaque catégorie, et seront payables à six mois de date ou convertis en carnets d’épargne nominatifs.
- « Sont électeurs tous les habitants du Familistère participant à un titre quelconque aux travaux de l’Usine ou du Familistère.
- « Un tableau des votants est affiché aujourd’hui afin que chacun puisse vérifier son inscription et que les réclamations puissent se produire, s’il y à lieu.
- « Un tableau des candidats est aussi affiché. C’est sur les personnes qui y sont inscrites et sur celles-là seules, que doivent se porter les votes des électeurs. Les noms inscrits dans chaque atelier ou division d’atelier correspondent aux indications portées sur les bulletins de vote.
- « Toute voix dont le nom ne serait pas sur le tableau des candidats, ou qui n’appartiendrait pas à l’atelier ou division d’atelier dont il fait partie sur la liste, serait annulée.
- « Les bulletins de vote' seront distribués à domicile.
- « lre Série : Familistère
- votera avec un bulletin blanc portant le nombre de
- (1) Le Devoir, août 1904, p. 451.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 515
- voix à émettre pour chaque groupe de la série, c’est-à-dire :
- Administration ......... 1 voix
- Education générale .... 2 »
- Commerce................. 2 »
- Travail.................. 2 »
- Total............. 7 voix
- « 2e Série : Administration générale de V Usine votera avec un bulletin vert portant le nombre de voix à émettre dans chaque groupe comme suit :
- Comptabilité.............. 3 voix
- Fonderie...»............. 2 j>
- Ajustage...........*.... 2 »
- Ateliers divers........... 2 »
- Total............... 9 voix
- « 3e Série : Fonderie
- votera avec un bulletin bleu qui portera l’indication des divisions d’atelier comme suit :
- Mouleurs de modèles, mécanique et poterie 2 voix
- Mouleurs d’ornement....................».. 2 »
- Mouleurs de poêles et cuisinières....... 1 »
- Râperie, sables et cubilots............. 1 *
- Total.................. 7 voix
- « 4e Série : Ajustage
- votera avec un bulletin rose qui portera l’indication
- suivante des divisions d’atelier :
- Ajusteurs......................... 4 voix
- Mouleurs, forgerons, ébarbeurs . 1 »
- Emballage......................... 4 »
- Chargement........................ 1 »
- Total................... 7 voix
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- 5i6
- LE DEVOIË,
- « 5e Série : Ateliers divers
- Cette série votera avec un bulletin jaune ainsi conçu :
- Modèles..................»..... 1 voix
- Matériel........................ 2 »
- Emaillage....................... 1 »
- Fonte malléable et cuivrerie.... 1 »
- Menuiserie...................... 1 »
- Constructions................... 1 »
- Ecuries et frais généraux....... 1 »
- Total............... 8 voix
- « De plus, les électeurs des 2e, 3e, 4e et 5e séries recevront, avec le bulletin qui leur est spécial, un bulletin blanc de la 1™ série pour voter pour le Familistère , de sorte qu’ils auront 2 votes à émettre en 2 bulletins différents, un pour chacune des urnes placées sur l’estrade.
- « Les électeurs sont priés de remplir la totalité des voix inscrites au bulletin de vote et de mettre exactement les nom, prénoms ou qualité, de manière à éviter toute erreur ou fausse interprétation.
- « Les personnes qui seraient désireuses d’explications plus détaillées, sont priées de s’adresser à un des membres du conseil. Etc........»
- La liste des électeurs (publiée comme celle des candidats) contenait (Registre des conseils p. 92 à 94) 341 noms.
- 216 personnes étaient à la fois électeurs et éligibles, autrement dit candidats.
- Or la liste des candidats s’élevait, nous le savons, à 281 (1). Il y avait donc 65 travailleurs qui étaient éligibles aux primes d’honneur, mais qui, n’habitant pas
- (1) Le Devoir, août 1904, p. 459.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 517
- le Familistère, n’étaient pas électeurs au vote final. A l’opposé, si des 341 électeurs nous déduisons les 216 qui étaient en même temps candidats, nous voyons que 125 travailleurs habitant le Familistère étaient électeurs mais non éligibles.
- Dans le compte-rendu de la fête du 31 mai 1868, nous avons pu donner (Chap. XII) le nombre des électeurs et celui des votants en chacune des séries et nous* avons prié le lecteur de bien vouloir se souvenir que le chiffre des abstentions, en chacune des séries, avait été d’un huitième environ. Le chiffre des votants, nous l’avons dit, n’est pas indiqué au compte-rendu de la fête du Travail célébrée en 1869 et ne le sera pas davantage pour les deux essais du même système à voir encore.
- Le compte-rendu de la fête célébrée le 30 Mai 1869 nous fournit seulement la liste alphabétique des 341 électeurs. L’année d’avant et l’année d’après, le registre présente les électeurs classés en séries professionnelles. Il nous a donc été possible, en consultant ces lis" tes, de répartir dans leurs séries propres la plus forte part des 341 électeurs de 1869, soit :
- lre série Familistère...........
- 2e — Administration générale
- 3e — Fonderie..........
- 4e — Ajustage..........
- 5e — Ateliers divers...
- Total des électeurs....
- Membres identifiés Membres probables Total des électeurs
- 60 1 61
- 42 6 48
- 133 1 134
- 49 1 50
- 47 1 48
- 341
- Nous venons de rappeler qu’en 1868 un huitième environ des électeurs s’était abstenu, J.-B. A, Godin,
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- LE DEVOIR
- dans son discours à la fête de 1869 (Registre des conseils, p. 113; félicite la population de son vote ; le zèle des électeurs n’a donc pas été moindre qu’en 1868.
- Le vote s’opéra le dimanche, 30 mai, à dix heures du matin :
- Résultats généraux du vote.
- Candidats en vertu seule du poste occupé par eux.
- lre Série (4 groupes) : Familistère. Nombre des
- Electeurs inscrits : 341. Votants (?)
- Obtiennent de 2 à 9 voix.. 14 intéressés
- » 10 à 19 Y 16
- » 20 à 38 Y 16
- » 41 à 49 » 5
- » 51 à 64 Y 4
- » 73 à 92 Y 3
- » 109 et 156 » 2
- Total.. 60
- égal au nombre des candidats.
- 2e Série (4 groupes) : Administration gèïièrale Nom^e des
- CaïlCllClcltS •
- Electeurs inscrits : 48. Votants (?) 55
- Obtiennent lvoix.. 7 intéressés
- » 2 à 5 » 18
- » 6 à 9 » 15
- « 10 à 16 » 9
- > 22 et 27 » 2
- Ensemble... 51 N’ont pas obtenu de voix. 4
- Total...... 55
- égal au nombre des candidats.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES, 519
- Candidats en vertu et de la capacité et de l’élection, motifs pris ensemble ou séparément :
- 3e Série (4 groupes) : Fonderie. Nombre des
- candidats :
- Promus en vertu et de la capacité et de l’élection 17
- » de l’élection seule................ 12
- » de la capacité de 1er mérite... ___42______'
- Total.............. 71
- Electeurs inscrits : ÎH4. Votants (?)
- Obtiennent de là 9 voix.. 32 intéressés. » 10 à 19 » 21
- » 22 à 47 « 12
- Ensemble... 65
- N’obtiennent pas de voix. 6
- • Total........ 71
- égal au nombre des candidats.
- 4e Série (5 groupes) : Ajustage. Nombre des
- Cîinciiucits \
- Promus en vertu et de la capacité et de l’élection, 9
- » de l’élection seule... 17
- « de la capacité de 1er mérite.. 22
- . Total................. 48______________
- Electeurs inscrits : 50. Votants (?)
- Obtiennent de là 9 voix.. 28 intéressés » 10 à 24 » 10
- Ensemble... 38
- N’obtiennent pas de voix.. 10
- Total......... 48
- égal au nombre des candidats.
- 5° Série : (7 groupes) : Ateliers divers. Nombre des
- cauciicistts •
- Promus en vertu et de la capacité et de l’élection. 11
- » de l’élection seule........ 19
- « de la capacité de 1er mérite... 17
- Total.................... 47
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- LE DEVOIR
- Electeurs inscrits ; 48. Votants (?) Obtiennent de 1 à 9 voix.. 22 intéressés
- ' « 10 à 14 » 11
- Ensemble... 33
- N’obtiennent pas de voix. 14
- Total...... 47
- égal au nombre des candidats.
- Résumé : Obtiennent des voix au vote final : En lre série 60 candidats sur 60
- 2e » 51 » 55
- 3e » 65 » 71
- 4e » 38 » 48
- 5e » 33 » 47
- Soit : 247 candidats sur 281
- Les 34 candidats écartés au vote final comprennent :
- Employés........................................ 4
- Ouvriers candidats par élection seule............ 9
- « par capacité de 1er mérite..... 21
- Total................... 34
- Entre les 247 candidats désignés par le vote le jour . de la fête, 109 prix furent distribués et l’on descendit jusqu’aux élus par 3 voix seulement, pour l’attribution de ces prix. L’année d’avant, on avait distribué 108 prix en descendant jusqu’aux lauréats à 5 voix (chap. XII, p. 390).
- Etat des prix distribués à la fête du Travail célébrée le 30 mai 4869
- Catégorie des comptables, chefs d’atelier, contremaîtres , surveillants, gens des services du Familistère,
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 521
- au nombre de 115, tous candidats en vertu seule de la fonction :
- 5 grands prix de chacun 50 fr........ 250 fr.
- 9 premiers » 30 fr...... 270 fr.
- 14 deuxièmes » 15 fr...... 210 fr.
- 19 troisièmes » 10 fr...... 190 fr.
- 47 lauréats Total.920 fr.
- Catégorie des 166 ouvriers promus candidats en raison de la capacité vérifiée et de l’élection, motifs pris
- ensemble ou séparément :
- 13 premiers prix de chacun 30 fr...... 390 fr.
- 21 deuxièmes » 15 fr...... 315 fr.
- 28 troisièmes » 10 fr........ 280 fr.
- 62 lauréats 985 fr.
- Détail correspondant à celui fourni l’an dernier (1) : Ouvriers désignés candidats :
- Par l’élection et la capacité......... 37 Lauréats : 20
- Par l’élection seulement. ............ 48 » 19
- Par la capacité seule, mais en
- 1er mérite......................... 81 » 23
- Totaux : Candidats ouvriers... 166 Lauréats : 62
- C’est toujours la catégorie des ouvriers devenus candidats en raison seule de la capacité technique qui, faute de suffrages suffisants au vote final, obtient le moins de prix proportionnellement au nombre des candidats.
- La proclamation des lauréats se fit comme d’habitude l’après-midi. Le registre des conseils résume (p. 113) le discours prononcé en cette occasion par J.-B.-A. Godin.
- (1) Chap. XII, p. 393 , Le Devoir, juilletl904.
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- LE DEVOIR
- Nous on extrayons ce qui suit :
- « Il fit sentir les mérites du travail, ce qu’il apporte de bon et de bien dans la vie de l’humanité... Il dit qu’il cherchait les voies et moyens pour arriver à une juste et équitable répartition des fruits du travail ; que ces fêtes étaient des essais et des expériences ; qu’il y avait chaque année amélioration dans la manière dont elles s’efièctuaient. Il félicita la population du vote du jour ; dit qu’il semblait, comme résultat général, que la justice y avait participé pour une plus grande part. Néanmoins, il espérait pour la fête de l’année prochaine aborder un tout autre mode de répartition ; et il invitait tous ceux qui avaient confiance en lui et en l’avenir, à se réunir à lui dans le courant de l’année pour étudier ces questions. Il espérait que les plus méritants et les plus dignes pourraient être appelés à une participation plus directe aux résultats du travail... »
- La remarque faite par Godin « qu’il semble, comme résultat général, y avoir eu plus de justice dans le vote émis le jour de la fête » qui nous occupe, nous porte à rappeler la modification expérimentée en ce vote : inauguration d’une série spéciale aux employés, ceux-ci votant sur eux-mêmes, comme le faisaient de leur côté les ouvriers classés en séries spéciales selon les genres de travaux autant que possible. C’était là une chose évidemment nécessaire. Le contre-maître vigilant, strict à la discipline, attentif à ne point recevoir le travail mal exécuté, est exposé en des cas comme ceux qui nous occupent à voir se détourner de lui les votes des ouvriers contre lesquels son action s’exerce le plus souvent ; ou bien, autre cas, il peut se faire qu’un contre-maître abuse de sa situation pour organiser en sa faveur une somme de votes proprement dits forcés.
- L’expérience dirigeait donc — en fait de recours au
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 523
- suffrage — vers la spécialisation des champs de vote parallèlement à la spécialisation des champs de fonctions. Une contre-épreuve de la valeur de l’alignement avait été fournie (1) par l’essai tenté dans l’élection préparatoire en 1869.
- Mais Godin parle aussi d’inaugurer pour l’an prochain « un tout autre mode de répartition » afin d'appeler les plus méritants et les plus dignes « à une participation plus directe aux résultats du travail. ».
- C’est qu’en effet, après les essais réalisés en 1867, 1868, 1869, il n’était pas acquis que le suffrage eût à intervenir en fait de distinction et classement des mérites professionnels effectifs ; l’expérience montrait seulement que si l’on recourait au suffrage, mieux on proportionnait l’exercice du vote aux connaissances effectives de l’électeur, moins défectueux étaient les résultats.
- Le procédé qui demeurait debout en fait de vérification des mérites professionnels c’était le dépouillement des notes de fabrication.
- Mais de telles notes, base d’appréciation des valeurs emmagasinées dans la constitution des bénéfices, n’étaient organisées que pour les ateliers de fonderie et ajustage ; rien d’analogue n’avait été institué ni dans les ateliers qualifiés de divers, ni dans les bureaux.
- De tout temps, nous le savons, Godin avait voulu l’institution de mesures révélant en toute fonction les valeurs effectives du travailleur. Mais pour cela il lui fallait le concours de beaucoup de bonnes volontés ; et celles-ci ne pouvaient se former que par le partage de l’idéal qui animait Godin ; idéal dont la science expérimentale commence seulement à démontrer la justesse :
- (1) Le Devoir, août 1904, p. 455.
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- LE DEVOIR
- unifier vie et travail ; concevoir que tout être vaut selon sa capacité effective et sa subordination autonome au bien général.
- Quel tout autre mode de répartition Godin se proposait-il d’essayer en 1870? Les évènements, le lecteur le pressent, vont contrecarrer le novateur et cela pendant plusieurs années. Mais à travers les mesures qu’il instituera, dès janvier 1870 et au cours même des années qui vont le tenir éloigné de son oeuvre (1871-1875) (1) nous verrons se dessiner sa pensée : Rattacher le plus étroitement possible les attributions de salaires et les parts de bénéfices aux faits de travail vraiment effectifs, c’est-à-dire s’efforcer d’instituer une méthode ne prêtant point aux oublis, à la cabale, à la partialité et donnant au travailleur méritant la certitude de l’exercice de son droit.
- Vve J.-B.-A. Godin , née Moret.
- (A suivre).
- /
- (1) Mandat de député à l'Assemblée nationale.
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
- L’impôt sur le revenu, le budget de 1905 et les retraites ouvrières.
- 11 est bien entendu, cette fois, que dès la rentrée d’octobre on discutera l’impôt sur le revenu et, dès l’ouverture de la session ordinaire de 1905, la loi sur les retraites ouvrières. Entre les deux discussions prendra place l’examen du projet de budget.
- Plusieurs propositions d’impôt sur le revenu ont été au cours de cette législature, déposées sur le bureau de la Chambre. Elles ont été examinées par la commission de réforme fiscale et ont lait l’objet d’un rapport de M. René Renoult dont les conclusions serviront de base à la discussion.
- Avant d’exposer ces conclusions, jetons un coup d’œil sur les projets soumis à la commission.
- Le plus considérable par les ressources qu’il fournirait au Trésdr aussi bien que par l’étendue des remaniements apportés à l’assiette actuelle de l’impôt est le projet Maujan.
- Le député de la Seine entend remplacer le système complexe de nos impôts par trois séries de taxes.
- La première , basée sur la réduction des degrés successoraux à quatre et sur l’augmentation des droits afférents aux successions et donations entre-vifs, fournirait 884 millions.
- La seconde est basée sur l’attribution à l’Etat du monopole de rectification de l’alcool, dont l’auteur du projet évalue le rapport à 625 millions ; et la troisième, sur la création d’un impôt à taux variables portant simultanément sur les capitaux divisés en capitaux stérilisés (châteaux, hôtels, parcs, bijoux), passifs (maisons , jardins, meubles meublants), actifs (capitaux industriels et agricoles) et sur les revenus considérés
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- LÉ DEVOIR
- comme provenant du capital seul, de la collaboration du capital et du travail, et du travail seul.
- A cette troisième taxe viendraient s’ajouter deux impôts complémentaires, dont le premier, sous le nom de taxe civique, comprendrait une capitation de 1 fr. 50 frappant tout citoyen majeur non indigent ; et le second, un impôt personnel de 5 francs frappant tout étranger résidant en France depuis un an.
- Le rapport de ces derniers impôts et des capitations est estimé par M. Maujan à 978.850.000 francs. Sur eux seraient greffés les centimes additionnels destinés à alimenter les budgets départementaux et communaux.
- On arriverait ainsi à 2 milliards 500 millions environ. Or, les dépenses prévisionnelles dépassent, au budget de 1905, 3 milliards 600 millions. Il faudrait donc combler par le produit des monopoles d’Etat et des contributions indirectes la différence de plus de un milliard.
- La proposition Magniaudé tend à substituer aux quatre contributions directes un impôt sur le revenu global. Elle respecte le principe de l’exonération du minimum d’existence et contient des atténuations relatives à la condition du contribuable, au nombre des enfants dans la famille.
- Elle distingue les revenus en trois catégories suivant qu’ils proviennent du travail sans capital (salaires, traitements, honoraires des professions libérales), du capital et du travail (commerce, industrie, exploitations agricoles, offices et charges divers), du capital seul (actions, obligations, créances hypothécaires, propriétés immobilières), puis les divise par tranches.
- Les tranches afférentes aux diverses branches varient : lo avec la nature du revenu ; 2° avec la tranche considérée.
- D’après les prévisions de son auteur, l’impôt global ainsi compris rapporterait 540 millions et pourrait par suite remplacer les contributions directes évaluées pour 1905 à 501,589,564 francs.
- L’adjonction de centimes additionnels à cet impôt
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- Chronique parlementaire 527
- global permettrait de donner aux départements et aux communes les ressources dont ils ont besoin.
- Rappelons que le projet de M. Rouvier tend à supprimer deux des quatre contributions directes : la personnelle-mobilière et celle des portes et fenêtres, représentant à elles deux un produit de 162 millions.
- Il y substitue une taxe personnelle graduée d’après l’ensemble des facultés du contribuable devant donner 120 millions et une taxe d’habitation devant produire 42 millions.
- La taxe personnelle est établie par catégories conformément à un tarif déterminé. Elle est calculée uniformément et après les déductions spécifiées au tarif, à raison de 1,50 0/0 du revenu moyen de chaque catégorie. Tous les revenus jusqu’à 20,000 francs bénéficient, pour l’application de la taxe, d’une déduction qui est de 10 0/0 pour les revenus de 1,500 à 20,000 francs et de 85 0/0 pour les revenus de 500 à 1,000 francs.
- Les revenus inférieurs à un certain minimum variable avec la population sont complètement exemptés.
- Les contribuables ayant à leur charge plusieurs enfants sont, pour l’application de la taxe, classés dans une catégorie inférieure de 1,2 ou 3 degrés à celle à laquelle ils appartiennent par le chiffre de leurs revenus , suivant que le nombre de ces enfants est de 2 ou 3, 4 ou 5, ou de plus de 5.
- La taxe sur le loyer ou taxe d’habitation est basée sur l’importance du loyer , son taux est de 4 0/0 ; elle est calculée sur le loyer réel avec admission de réduction et d’atténuation.
- Dans les communes rurales où la plupart des maisons, bien qu’occupées par des personnes de fortune très différentes, ont une valeur sensiblement égale, M. Rouvier propose de faire dépendre le taux de la taxe de la catégorie dans laquelle le contribuable sera rangé par son chiffre de revenu.
- Avec la taxe personnelle-mobilière disparaîtraient les centimes qui les grèvent.
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- LE DEVOIE
- Pour les remplacer, on prendrait comme base de nouveaux centimes la taxe du loyer qu’on augmenterait du dixième. En outre, le cinquième de la contribution foncière de la propriété non bâtie serait attribuée aux budgets locaux.
- M. Merlou, par son projet supprime les mêmes contributions directes que M. Rouvier. Mais, en outre, il fait remise aux communes de l’impôt foncier sur les propriétés non bâties, actuellement perçu au profit de l’Etat, ce qui constituerait une perte supplémentaire pour le Trésor de 105 millions. Il propose cet abandon pour forcer les communes à. réviser les évaluations de la propriété non bâtie que l’Etat n’a pu jusqu’ici entreprendre et pour permettre, d’autre part, le rachat des prestations qui, actuellement, sont fondées sur une taxe vicinale qui manquerait d’assiette par la disparition des ceritimes additionnels aux contributions diretes supprimées.
- Pour compenser la perte du Trésor qui, dans son système serait de 267 millions (162 plus 105), M. Merlou conserve la taxe personnelle proposée par M. Rouvier ; mais en en portant le produit de 120 à 200 millions par l’élévation du taux de 1 fr. 50 à 2 fr. 50. Il supprime, d’autre part, la taxe d’habitation créée par M. Rouvier et propose, pour compenser la différence de 67 millions restant à couvrir, une taxe de 4 0/0 sur les créances hypothécaires et chirographaires, une taxe civique de 2 francs, un relèvement de 3 fr. 20 à 4 0/0 du taux de l’impôt sur les propriétés bâties, enfin l’élévation de 4 à 5 0/0 du taux de l’impôt sur les valeurs mobilières.
- Une taxe locale, dite taxe des loyers, dont le produit s’ajouterait au revenu de l’impôt sur les propriétés non bâties, fournirait aux départements et aux communes les autres sommes qui leur sont nécessaires.
- La commission a tout d’abord éliminé les combinaisons Maujan comme trop aléatoires, car elles substituent â des rentrées certaines des recettes hypothétiques.
- Elle a pensé que la proposition Magniaudé avait l’in-
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE 529
- convénient de présenter un caractère inquisitorial qui rendait son adoption incertaine.
- En effet, comme mode d’établissement, M. Magniaudé indique la déclaration obligatoire, avec droit de relèvement dans le cas où la commission de répartition la considérerait comme trop faible, sauf pour l’assujetti de prouver que le relèvement est arbitraire.
- Dans le projet Rouvier, au contraire, le résultat du classement serait communiqué aux intéressés, et en cas de réclamation, c’est à l’administration qu’il appartiendrait de prouver l’existence du revenu par elle attribué au contribuable. De son côté, le projet Merlou base l’assiette de l’impôt sur la déclaration facultative avec détermination par l’administration suivant les règles du projet gouvernemental en cas de non déclaration.
- La commission n’a retenu que ces deux derniers projets et nos lecteurs savent qu’elle a pris pour base de discussion le projet Merlou qui est une extension de celui du ministre.
- A la suite de cette décision, elle a entendu le ministre des finances. Celui-ci, sans méconnaître que certaines dispositions de M. Merlou pouvaient, dans l’avenir, être acceptées, a déclaré qu’à l’heure présente il croyait devoir s’en tenir strictement à son projet.
- Il est partisan d’un impôt sur le revenu modéré, ne supprimant qu’un certain nombre de ressources dont le remplacement est assuré. C’est, à son avis, tout ce qu’on peut faire aujourd’hui sans s’exposer à des expériences pouvant aboutir à des mécomptes. En tout cas, le gouvernement, dont le concours est indispensable pour assurer la réalisation de cette réforme, ne pourrait aller au-delà du projet qu’il a présenté.
- M. Rouvier, à l’appui de ses observations, a critiqué quelques-unes des taxes de remplacement proposées par M. Merlou. En particulier, il a combattu l’augmentation de 1 0/0 de la taxe des valeurs mobilières comme étant de nature à accroître la propension des capitaux français à se porter sur les fonds d’Etat étrangers exempts de charges.
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- Le devoir
- Le projet auquel s’est, arreté définitivement la commission est un système intermédiaire entre celui du ministre des finances et celui de M. Merlou.
- Elle supprime, conformément aux deux projets, la personnelle-mobilière et la contribution des portes et fenêtres, et fait remise aux départements et aux communes, non du cinquième de l’impôt foncier sur les propriétés non bâties, comme le propose M. Rouvier, mais de la totalité de cet impôt, comme le propose M. Merlou.
- Pour compenser la perte de 267 millions qui' en résulterait pour le Trésor, elle accepte la création proposée par le ministre d’une taxe personnelle, graduée. Mais au lieu d’en fixer le taux à 1 fr. 50, elle le porte à 3 0/0 ce qui donnera un produit de 220 millions.
- Pour le surplus, elle obtient 22 millions d’une élévation de 3 fr. 20 à 4 0/0 de l’impôt foncier sur. la propriété bâtie, 24 millions de la taxe nouvelle, proposée par M. Merlou, sur les créances hypothécaires et chirographaires.
- La commission a renoncé à l’élévation de 1 0/0 de la taxe des valeurs mobilières et à la création d’une taxe civique, que proposait M. Merlou ; mais elle repousse la taxe d’habitation que proposait le ministre, comme présentant 'trop d’analogie avec la personnelle-mobilière qu’il s’agit de supprimer.
- Comme base de la taxe graduée, la commission adopte la déclaration facultative, et, à son défaut, la taxation administrative avec la procédure du projet gouvernemental. Il y a lieu de noter que, par la déclaration facultative, le-contribuable assume la charge de la preuve de ses dires. On peut prévoir qu’il n’usera pas souvent de cette faculté; dès lor-s, la commission aurait bien pu s’en tenir au texte de M. Rouvier.
- Les centimes départementaux et communaux supprimés sont remplacés d’une part par l’abandon complet aux départements et aux communes de la contribution foncière sur la propriété non bâtie , de l’autre par l’éta-
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- Chronique parlementaire 53i
- blissement d’une taxe locale sur les loyers, conformément à la proposition de M. Merlou.
- L’ordre dans lequel vont se présenter devant la Chambre les trois questions que nous avons énumérées au début de cette chronique, revêt toutes les apparences d’une bonne logique.
- Il est tout naturel, en effet , que la réforme de l’impôt précède l’examen du budget qui doit en répartir les ressources et pourvoir à la contribution de l’Etat dans l’alimentation de la caisse des retraites.
- A la vérité, il n’existe pas la moindre connexité entre ces trois questions envisagées au point de vue de leur succession.
- L’établissement de l’impôt sur le revenu n’aura aucune action sur le prochain budget, caria loi qui doit l’introduire dans notre régime fiscal, ne peut recevoir son application qu’après l’expiration de l’année qui suivra sa promulgation. .
- D'autre part, en ce qui concerne la répercussion du budget sur les retraites ouvrières, il est à remarquer que le projet de budget ne prévoit, pour 1905, aucune dépense à cet effet.
- Le ministre des finances ne tient pas à compliquer la réforme sociale d’une question fiscale. A son avis, il faut poser en principe que les ressources nécessitées par le service des pensions de retraites seront demandées à des demi-décimes ou décimes à appliquer aux impôts tels qu’ils existeront au moment du fonctionnement de la loi. Si les calculs de la commission sont fondés , il faudrait évaluer la charge de l’Etat à 250 millions pour le moment de pleine activité de la loi, qui parviendra dans vingt-cinq ans.
- Il ne 'serait pas impossible d’arriver à ce chiffre, à raison de dix millions par an. Quant à la première année du fonctionnement, le ministre croit qu’on, pourra trouver dans les ressources ordinaires du budget la. moitié des 70 millions nécessaires, l’autre moitié devant
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- 532
- LE DEVOIR
- être demandée à l’augmentation d’impôt ci-dessus indiquée.
- Tous les rapports du futur budget avec la future loi d’assurance se bornent là ; et encore s’agit-il d’une hypothèse un peu optimiste, car les disponibilités budgétaires pourraient bien être moindres que ne le présumait, il y a déjà quelque temps le ministre. Quoiqu’il en soit, si le projet d’impôt sur le revenu était voté tel quel, il serait impossible, même dans l’avenir, de faire état des ressources qu’il doit procurer pour faire face à de nouveaux besoins, puisqu’il se contente de repartir autrement une partie des charges qui pèsent sur les contribuables sans les augmenter.
- Ceux qui se préoccupent avant tout de donner .satisfaction à ces nouveaux besoins, ne s’interdisent pas l’espérance d’obtenir des rendements plus grands par des modifications apportées à l’échelle du tarif une fois celui-ci substitué à la vieille assiette de nos impôts.
- Or, le ministre trouve dans l’extension de la nouvelle assiette, plus large, plus compréhensive que l’ancienne, la meilleure garantie contre toute tentative de faire dégénérer le nouvel impôt en un instrument de fiscalité oppressive. A qui l’avenir donnera-t-il satisfaction?
- Pour le moment et bien qu’il ne demande à l’impôt sur le revenu que la treizième partie des ressources que fournit à l’Etat l’ensemble des impôts, le projet donnera certainement lieu à de longues discussions.
- L’examen du budget pour 1905 en sera reculé d’autant.
- Gare aux douzièmes provisoires!
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- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX
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- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX
- ÉTATS-UNIS
- .La journée de huit heures.
- En outre du parti socialiste, qui réclame l’établissement de la journée légale de huit heures dans tous les pays où il est constitué, la Fédération américaine du travail, la plus importante des organisations ouvrières du Nouveau-monde, a inscrit cette mesure en tête de son programme, dans sa fondation en 1881 :
- « Que vous travailliez aux pièces, ou que vous travailliez à la journée, la réduction des heures de travail augmente le salaire » , lit-on sur la couverture du compte-rendu de la Convention de Boston, tenue du 9 au 23 novembre 1903.
- Les trois derniers congrès des Etats-Unis ont été saisis par la Fédération d’un bill établissant la journée de huit heures ; ce bill à même été voté à l’unanimité par la Chambre des représentants, mais il n’a pas encore été adopté par le Sénat.
- Cependant, en ce qui concerne les travaux exécutés pour le compte du gouvernement fédéral, une loi de 1868 (modifiée en 1902), l’oblige à appliquer la journée de huit heures.
- D’après une statistique publiée par le Bulletin du Travail de F Etat de Massachussetts (janvier 1904) et reproduite par le Bulletin de l’Office du Travail (mars 1904), vingt-sept Etats ou Territoires de l’Union, en dehors du gouvernement fédéral, possèdent actuellement des dispositions législatives établissant pour certaines catégories de travaux la journée de huit heures.
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- Ces dispositions, toutefois, sont loin d’être uniformes et d’avoir partout la même application.
- Alors que divers Etats l’ont limitée aux travaux publics exécutés, soit en régie par l’Etat ou les communes, soit par des adjudicataires ou sous-adjudicataires, d’autres l’étendent à tous les travaux tant qu’une convention autre n’intervient pas entre les parties. Certains la prescrivent uniquement soit dans les mines et fonderies, soit dans les établissements pénitentiaires, soit dans les travaux d’irrigation ou sur'route. Quelques Etats la stipulent dans plusieurs de ces catégories de travaux.
- Les premiers Etats qui aient institué la journée de huit heures, sont le Connecticut et l’Illinois qui, dès 1867, ont déclaré d’une façon générale « que l’on considérerait comme journée légale, huit heures de travail accomplies le même jour, à moins d’une convention contraire entre les parties ». Cet exemple fut suivi, en 1894, par un troisième Etat, l’Indiana.
- C’est surtout en 1889 et, de 1901 à 1903, que la plupart des Etats sont entrés dans la même voie.
- Voici comment se répartissent les Etats ou territoires de l’Union , selon la catégorie de travaux à laquelle la journée de huit heures est applicable, avec indication de l’année où la loi a été votée ou modifiée :
- Journée de huit heures dans tous les travaux, à moins de convention contraire entre les parties : (6 Etats). Connecticut (1867), Illinois (1867], Indiana (1894), Missouri (1899), New-York (1899 et 1900), Pensylvanie (1868).
- Journée de huit heures dans les mines et fonderies : (7 Etats). Arizona (1903), Colorado (1899), Missouri (1901), Montana (1901), Névada (1903), Utah(4898), Wyoming (constitution).
- Journée de huit heures dans les travaux publics de l’Etat ou des communes : (19 Etats). Californie (1903), Colorado (1894), Colombie (1902), Hawaï (1903), Idaho (1899-1901), Indiana (1894), Kansas (1901), Maryland
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- (Baltimore) (1898), Minnesota (1901), Montana (1901), Nevada (1903), New-York (1899-1900), Ohio (1900), Pensylvanie (1897), Porto-Rico (1902), Utah (1903), Washington (1899), Virginie occidentale (1899), Wyo-ming (constitution), Gouvernement fédéral (1878).
- Travaux sur les routes (prisonniers ou comme corvée en payement de la taxe des routes) : (3 Etats). Missouri (1901), Nouveau Mexique (1901), Tennessee (1899).
- Travaux d’irrigation : Nevada (1903) et gouvernement fédéral (1902).
- Travaux des réservoirs : Ville de New-York (1902).
- Fabriques et ateliers, sauf convention contraire: Wisconsin (1899).
- Travaux dans les prisons : Pensylvanie (1891), Tennessee (1899), Utah (1903).
- Certaines dérogations à la journée de huit heures sont prévues dans les cas suivants par les lois des divers Etats :
- Dérogations prévues en cas d’urgence (9 Etats) : Arizona, Californie, Colombie, Hawaï, Kansas, Minnesota, Montana, New-York, Washington.
- Dans le Kansas, les heures supplémentaires doivent être payées selon le taux local courant ; dans le Washington, elles doivent être égales à 50 % en plus du salaire.
- Exception en faveur des domestiques et ouvriers de ferme (7 Etats) : Illinois, Indiana, Minnesota, Missouri, New-York, Ohio, Pensylvanie.
- En ce qui concerne les mesures d’application, certains Etats stipulent l’insertion de la clause des huit heures dans tous les contrats de travaux publics (Idaho, Minnesota, New-York, Ohio, Washington); d’autres édictent des pénalités pour infraction à la loi : Colombie, Maryland, Minnesota, Missouri, Nevada, Ohio, Pensylvanie, Utah, Washington, Virginie occidentale. Les amendes s’élèvent parfois à 50 francs par ouvrier et par jour, jusqu’à concurrence de 2,500 francs et même de 5,000 francs,
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- Dans l’Etat de Massachussetts , la journée est de neuf heures dans les travaux publics. Depuis plusieurs années, un mouvement existe en faveur de la réduction à huit heures; une loi de 1899, modifiée en 1900, porte que dans chaque localité, sur pétition signée d’un certain nombre d’électeurs (100 dans les villes et 25 dans les bourgs), la question sera réglée par voie de référendum. En 1903, une loi établissant les huit heures dans les travaux de l’Etat n’a pas été. ratifiée par le gouverneur, qui l’a déclarée anticonstitutionnelle et onéreuse pour l’Etat (cette opinion a, du reste, été admise par l’attorney général).
- De 1899 à 1902,44 villes ou bourgs de l’Etat de Massachussetts ont adopté les huit heures dans les travaux publics.
- L’application des lois sur la journée de huit heures dans les travaux publics et les mines a, dans plusieurs Etats, donné lieu à des procès au cours desquelles on a contesté la validité de ces dites lois.
- Et tout d’abord nous rappellerons que la législation fédérale elle-même a donné lieu au début à des contestations dont le résultat final a été d’empêcher la loi de se substituer aux us et coutumes des établissements dépendant du gouvernement des Etats-Unis.
- C’est ainsi que, dans l’affaire Martin contre les Etats-Unis, concernant le cas où les heures reglementaires de travail excèdent celles que stipule la loi, l’interprétation de la jurisprudence a été la suivante : l’ouvrier qui connaît ou qui est présumé connaître les règlements, les accepte par le fait même qu’il est employé et qu’il est payé. Ce n’est donc pas la loi qui est appliquée dans ce cas, mais un règlement particulier.
- Une jurisprudence analogue s’est établie dans les divers Etats.
- Aux termes de la loi, adoptée en 1870, dans l’Etat de New-York, concernant les travaux faits pour le compte de l’Etat ou des communes « huit heures de travail constituent une journée légale de travail pour toutes
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- les classes d’ouvriers, à l’exception de ceux qui travaillent dans les champs ou qui sont loués comme domestiques ; au surplus des heures de travail supplémentaires peuvent être stipulées moyennant un salaire additionnel ». Suivent des clauses pénales contre ceux qui violeraient ces dispositions.
- Le texte de la loi est des plus précis et il ne semble pas comporter deux interprétations. Cependant la Cour d’appel de New-York, qui est la plus haute autorité judiciaire de cet Etat, s’en référant à la garantie constitutionnelle des droits de l’individu représentés ici par le principe de la liberté de l’offre et de la demande, a jugé que la loi s’est proposé d’assurer un avantage à l’ouvrier, en fixant une limite aux heures de travail tout en lui laissant la liberté de s’en départir, s’il le désire; qu’elle n’a pas eu pour objet de rendre illégal tout travail qui serait fait en dehors des heures qu’elle a déterminées ; elle s’est proposé de mettre l’ouvrier à même de décider le nombre d’heures pendant lesquelles il entend travailler.
- Quant à la disposition relative aux heures supplémentaires, la Cour semble un peu plus à l’aise pour déclarer que « les termes employés n’autorisent pas à conclure que le texte entendait conférer à l’ouvrier le droit d’augmenter le prix de son salaire par les services rendus pendant la journée de travail. Au contraire, cette interprétation est contredite par la clause de l’acte qui autorise en termes formels, une compensation additionnelle quand elle est stipulée entre les parties. »
- Donc, lorsqu’un ouvrier réclamait un payement supplémentaire pour les heures pendant lesquelles il avait été employé au-delà de la journée légale, la jurisprudence lui répondait que du fait qu’il a été employé et payé découle pour lui la conséquence qu’il connaissait les règlements du patron et ses modes de paiement.
- Des modifications ont été apportées, en 1899 et 1900, à cette loi qui ne tirait pas sa signification de son texte, mais de l’interprétation, bien différente, que le juge lui avait donnée.
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- Pour donner une idée des lois qui régissent la matière dans les divers Etats qui ont légiféré sur les conditions du travail, nous citerons le texte de l’article 1er de la loi de l’Etat de New-York, tel qu’il résulte des dernières modifications :
- « Huit heures de travail constituent la journée légale pour tous les ouvriers employés dans l’Etat, excepté ceux employés comme domestiques ou dans les fermes, à moins de stipulations contraires.
- « Le présent article n’empêche pas les parties de s’entendre pour des heures supplémentaires, à un salaire supérieur, excepté dans les travaux publics exécutés en régie ou par des adjudicataires.
- « Tout contrat dans lequel l’Etat ou une commune est intéressé, impliquant l’emploi de main-d’œuvre, stipulera qu’aucun ouvrier occupé par l’employeur ne pourra ni ne devra faire plus de huit heures par jour, excepté dans les cas.de détresse (incendie, inondation ou danger).
- « Les salaires dus pour une journée légale dans les travaux publics ou pour la confection des articles nécessaires à l’exécution d’un contrat public, ne seront pas inférieurs au salaire courant dans l’industrie de la localité où le travail est exécuté ou à laquelle il est destiné. Le contrat portera une clause spéciale à cet effet. Il stipulera en outre que toute infraction au présent article sera cause de nullité.
- « Aucune somme ne pourra être payée à titre de travaux en cas de violation du dit contrat.
- « Le présent article n’est pas applicable aux personnes employées régulièrement dans les établissements de l’Etat, non plus qu’aux mécaniciens, électriciens et ouvriers des ascenseurs du service des bâtiments civils pendant la présente session législative ».
- Une loi de 1902 porte, en outre, que :
- « Lorsque la direction des aqueducs passera contrat pour la construction de nouveaux aqueducs, elle devra ne faire faire et ne laisser faire que huit heures de travail ».
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- Le texte de la loi primitive était modifié ; mais la cour de New-York n'a pas transformé sa jurisprudence. Elle a déclaré inconstitutionnelle la clause relative aux salaires courants. Les précisions même introduites dans la loi ont tourné contre celles-ci puisqu’elles ont permis à la Cour de faire au législateur le double reproche de les avoir poussées trop loin dans un sens, et de ne pas les avoir assez accentuées sur d’autres points. Elle estime, en effet, que la loi « ne dérive pas du droit de surveillance qu’a l’Etat, mais qu’elle établit à tort une distinction entre diverses catégories d’adjudicataires, ou même distingue pour un seul adjudicataire, selon qu'il travaille pour l’Etat ou pour un particulier. L’Etat a le droit de protéger les femmes et les enfants contre les travaux dangereux; la présente loi ne se préoccupe pas de la nature du travail, de l’âge, du sexe des ouvriers non plus que de la personnalité de l’entrepreneur.
- En ce qui concerne les travaux publics également la loi de huit heures a été déclarée inconstitutionnelle par la Cour suprême de l’Ohio.
- De son côté, la Cour suprême du’Colorado a, en 1899, déclaré inconstitutionnelle la loi de huit heures dans les mines et fonderies par le motif suivant :
- « La loi porte atteinte au droit qu’ont les patrons et ouvriers de s’entendre pour une affaire privée qui ne porte aucun préjudice à la collectivité ; elle lèse, en outre, injustement toute une classe de citoyens et leur impose certaines obligations, dont d’autres, dans des conditions analogues, se trouvent dispensés. »
- Par contre la Cour suprême de l’Utah, en 1896, à deux reprises, a admis la validité d’une loi analogue « parce qu'elle tend à sauvegarder la santé et la vie des ouvriers des mines » ; la Cour fédérale a sanctionné cet avis.
- Les cours du Kansas et du Wisconsin ont admis de leur côté, en 1899, la validité d’une disposition identique à celle qui n’a pas trouvé grâce devant les cours de l’Ohio et de New-York.
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- « Quelle qu’ait pu être l’idée inspiratrice de cette loi, ont-elles jugé, nul ne peut contester à l’Etat le droit d’imposer huit heures à ceux qui travaillent pour lui ; l’Etat, gardien des intérêts communs, doit dicter les conditions des travaux qu’il fait exécuter. Aucun tribunal ne peut l’en blâmer. »
- Et ailleurs :
- « Nul n’est obligé de soumissionner pour des travaux publics et aucun ouvrier n’est obligé de s’embaucher chez un adjudicataire ; il ne peut être ici question d’attentat à la liberté ; la loi n’est donc qu’une instruction donnée par l’Etat à ses agents et nul ne peut contester l’exercice d’un tel droit. »
- Les chiffres de l’inspection des fabriques en 1902 permettent de faire un rapprochement intéressant. Sur 800.000 ouvriers de l’industrie privée inspectés, 6 0/° ne font pas plus de 8 h. Q2 par jour, 32 otO de 9 heures à 9 h. 1{2, 59 otO 10 heures ou 10 h. Q2 et 2 oiO plus de 10 h. 1|2 par jour. Les journées de 10 heures (58 ou 60 heures par semaine) dominent dans la plupart des industries.
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- SUISSE
- La loi sur le repos hebdomadaire à Genève.
- Le 1er septembre est entrée en vigueur, dans le canton de Genève, la loi sur le repos hebdomadaire votée en troisième lecture, le 1er juin, parle Grand Conseil.
- « Cette loi porte que tout commerçant, qu’il soit inscrit ou non inscrit au Registre du commerce, ou industriel, est tenu d’accorder à toute personne employée par lui dans son commerce ou dans son industrie un jour entier de repos par semaine. Au moins une semaine sur deux, ce jour de congé devra être le dimanche. Les jours fériés sont considérés comme des dimanches, (Article 1er).
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- « Exceptionnellement, pour les commerces et industries dans lesquels cette répartition des jours de repos ne pourra être faite en conformité de la loi, le Département chargé de l’application de la loi pourra accorder, sur requête écrite et motivée, l’autorisation de modifier cette répartition et, au besoin, de fractionner les jours de repos sans que cependant ce fractionnement puisse être fait en périodes inférieures à douze heures consécutives commençant ou finissant à midi.
- « Ces autorisations spéciales seront autant que possible établies sur la même base pour les commerces et industries similaires après consultation des intéressés.
- « Elles seront toujours révocables. (Art. 2).
- « Les commerçants et industriels sont tenus de déclarer au Département compétent comment ils organisent, pour chacun de leurs employés, la répartition des jours de repos.
- « A l’exception de ceux qui auront déclaré ne jamais occuper aucun de leurs employés pendant une partie quelconque de la journée du dimanche, les commerçants et industriels doivent tenir à jour un état exact et détaillé des jours de repos accordés à chacun de leurs employés depuis le début de l’année courante, état dont la c ommunication pourra être exigée en tout temps par le département compétent. (Art. 3). »
- D’après une autre disposition, il ne pourra pas être fait de retenue du salaire du fait du repos hebdomadaire.
- Ce n’est pas la première fois que le canton de Genève légifère sur le repos hebdomadaire.
- Les lois de 1814 et 1837 fixaient au dimanche le jour de repos. Ces lois ont été abolies, en 1869, parce qu’elles étaient tombées en désuétude.
- La réforme qui vient de recevoir une solution était pendante depuis 1897 devant le Grand Conseil.
- Sur l’initiative de M. Thiébaud, qui l’a portée devant le Grand Conseil actuel, cette assemblée a tout d’abord adopté le principe d’un jour de repos par semaine ; elle
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- y a fait cette adjonction qu’au moins une semaine sur deux le jour de congé devra tomber un dimanche.
- Ces deux dispositions constituent le texte de l’article premier. Mais ce texte voté en deuxième lecture avait soulevé un certain nombre d’objections et de difficultés. On avait fait observer que dans certaines professions, par exemple celle de l’alimentation, les cafés, les coiffeurs, etc., il serait très difficile d’accorder un dimanche sur deux à tous les employés.
- Pour parer à ces inconvénients, divers amendements avaient été proposés.
- M. Thiébaud, notamment, tout en fixant le jour de repos obligatoire le dimanche, prévoyait les exceptions suivantes :
- « Pour les professions où le travail du dimanche est nécessaire, les intéressés, patrons ou employés, pourront s’entendre pour fixer un autre jour de repos ou pour le fractionner. Ce fractionnement ne pourra, en aucun cas, être d’une durée moindre de douze heures consécutives, commençant ou finissant à midi.
- « Dans cette entente, les intéressés pourront prévoir la fermeture de leurs magasins pendant tout ou partie de la journée du dimanche, et, dans ce cas, cette fermeture sera obligatoire pour tous ceux qui exercent la même profession. »
- Un long débat s'est engagé sur cet amendement qui finalement a été repoussé.
- Par 44 voix contre 25, le Grand Conseil s’est rallié à l’amendement de M. Maunoir, appuyé par une moitié de la commission, en particulier par son rapporteur, M. de Meuron, et qui est devenu le texte des articles 2 et 3 que nous avons reproduit plus haut.
- Au cours de la discussion, on a fait valoir contre le texte de M. Thiébaud, appuyé par les socialistes, qu’il entraînait non seulement pour celui qui fait travailler les autres, mais pour celui qui travaille lui-même et seul, l’obligation de fermer son magasin, qu’il était un acheminement direct aux syndicats obligatoires édic-
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- tant des dispositions auxquelles l’Etat donne force de loi ; qu’au surplus, il nécessiterait des formalités assez compliquées et tracassières, et aboutirait même à des impossibilités matérielles absolues.
- Les adversaires de l’amendement Thiébaud n’avaient pas trouvé un meilleur moyen de sauvegarder le principe de la liberté, dont ils se réclament, que de provoquer l’intervention de l’autorité pour autoriser le fractionnement et organiser le contrôle.
- A l’objection tirée de la liberté individuelle, — laquelle, dans ce cas, comme dans tous les autres où il est question d’intervention, n’est autre que la liberté du patron — les orateurs qui ont soutenu l’amendement Thiébaud répondaient qu’il y a quelque chose au-dessus de cette liberté, la liberté de tous, que personne ne devait être empêché de jouir du repos hebdomadaire, et qu’au lieu de laisser prévaloir la volonté de quelques-uns, il valait mieux aller au-devant des vœux de la majorité. A ce propos, M. Thiébaud a cité l’exemple des coiiïèurs qui, depuis dix ans, demandent la fermeture du dimanche après-midi et n’ont jamais pu l’obtenir par la faute de trois patrons.
- La thèse n’a pas prévalu. Question de principes à part, le système de M. Maunoir que le Grand Conseil a fait sien, est-il aussi exempt de complications que le prétendent ses partisans ? En tout cas le Département du commerce et de l’industrie a fait tout son possible pour en faciliter l’application.
- Par ses soins, tous les commerçants et industriels établis dans le canton, ont dû recevoir un questionnaire leur demandant les conditions dans lesquelles ils entendent se soumettre à la loi, et organiser, pour chacun de leurs employés, la répartition des jours de repos.
- Parmi les patrons intéressés, dit en substance une note du Département du commerce et de l’industrie communiquée aux journaux antérieurement à l’envoi du questionnaire, se trouvent des patrons déjà soumis
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- aux lois et arretés fédéraux sur les fabriques. Ceux-là n’auront à répondre au questionnaire qu’en ce qui concerne leurs employés de bureau qui ne sont pas soumis en effet à la loi fédérale.
- D’autres patrons se trouveront ainsi soumis pour certains de leurs employés à la nouvelle loi, tandis que, pour leurs apprentis, ouvriers ou employés mineurs, âgés de moins de 18 ans, ils sont déjà obligés de leur accorder congé tous les dimanches, en vertu de la loi sur le travail des mineurs du 25 novembre 1899. Us devront prendre leurs mesures pour assurer l’observation de ces deux lois.
- Mais la grande majorité des commerçants et industriels établis dans le canton n’auront en réalité à se conformer qu’à la nouvelle loi.
- Les patrons qui donnent congé à leurs employés le dimanche auront une réponse très simple à faire :
- « Le bureau ou le magasin, etc., est toujours fermé le dimanche ».
- Les voilà quittes' de toutes formalités tant qu’ils persisteront à s’abstenir de tout travail dominical.
- Par contre, tous les autres qui, habituellement ou occasionnellement, occuperont des employés le dimanche, pendant tout ou partie de la journée, devront établir la répartition des jours de repos, de manière à assurer l’observation de la loi et tenir en outre un état exact des jours de repos donnés à leurs employés depuis la mise en vigueur de la loi, afin de permettre en tout temps la vérification par le Département des congés effectivement donnés.
- Maintenant, comment procéder pour assurer à ses employés, chaque semaine, un jour de repos, et un dimanche sur deux de repos ? Le Département du commerce et de l’industrie prend un exemple dans les négociants en comestibles, qui ont l’habitude d’ouvrir leurs magasins tout ou partie du dimanche :
- « Si le patron désire continuer à ouvrir son magasin tout le dimanche, il pourra, par exemple, répondre au
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- questionnaire que ses employés auront congé un dimanche sur deux et prendront l'autre jour de repos dans la semaine qui suit ou qui précède. En admettant que ce patron occupe quatre employés, il pourrait organiser le tour de rotation suivant :
- A aura congé par exemple le premier dimanche (4 septembre) et le deuxième mardi (13 septembre) ; B aura congé le premier dimanche (4 septembre) et le deuxième mercredi (14 septembre); C aura congé le deuxième dimanche (11 septembre) et le premier mardi (6 septembre); D aura congé lé deuxième dimanche (11 septembre) et le premier mercredi (7 septembre). Et ainsi de suite, de semaine en semaine.
- Un état exact des jours de congé devra être tenu par le patron comme il est dit plus haut.
- Si le même patron désire fermer tous les dimanches à midi, et assurer ainsi à ses quatre employés le demi-dimanche chaque semaine, il poprra, par requête adressée au Département, obtenir de fractionner les jours de repos, et donner à chaque employé, outre ce demi-dimanche, une autre demi-journée en sus dans chaque semaine, ou une journée entière par quinzaine. C’est également ce que pourra faire le patron qui n'aurait qu’un employé, quitte à lui à rester seul l’après-midi du dimanche dans son magasin; s’il veut le tenir ouvert. Mais il ne saurait être admis à occuper ce seul employé tous les dimanches entiers et à lui faire accorder deux demi-journées dans la semaine. Ce serait contraire à l'esprit de la loi.
- Il n’y a guère que dans certains commerces d’alimentation (les cafés, hôtels, pensions, etc.), où il faudra peut-être accorder les jours de repos dans la semaine plutôt que le dimanche ; mais semblable autorisation ne serait accordée que devant la preuve d’une nécessité absolue.
- Le Département du commerce et de l’industrie conclut en exprimant le voeu que les négociants prennent l’initiative de réunions dans lesquelles l’application de
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- la loi serait discutée, au besoin avec les employés, afin d’arriver à faire des propositions aussi conformes que possible, propositions qui, pour autant qu’elles cadreront avec la volonté du législateur, seront accueillies avec bienveilance par le Département.
- 11 va sans dire que, même votées par une imposante majorité, de semblables propositions ne seront pas pour cela obligatoire pour le genre du commerce ou d’industrie auquel elles s’appliqueront, puisque le législateur a repoussé cette obligation, mais elle faciliteront la tâche des autorités compétentes, et les intéressés qui s’y rallieront pourront au moment où ils devront répondre au questionnaire se référer à cet arrangement, en disant par exemple : « Adhère à la décision de l’assemblée du... etc. »
- Nous avons donné un aperçu d’une discussion dans laquelle on a pu voir des législateurs poursuivant le même objectif, un objectif des plus précis , se couvrir des principes les plais opposés, et qui plus est, recourir, les adversaires constants de l’intervention, à l’action permanente de l’autorité, et ses tenants non moins résolus, à une sorte de self hel'p. Nous avons énuméré les minutieuses prescriptions de détail émanant d’une administration soucieuse de surmonter les difficultés d’application d’une réforme mûrie par sept années d’élaboration et parachevée dans un débat des plus approfondis. Par là, on peut se rendre compte que la question du repos hebdomadaire, en dépit de son apparence, est loin de présenter tous les caractères d’une parfaite simplicité. Et cependant le désir de la faire aboutir n’existe pas seulement chez des législateurs, même d’opinions les plus opposées quant à l’application ; la même aspiration se retrouve chez une masse de gens s’inspirant des motifs les plus divers, chez ceux qui veulent assurer un jour de repos par semaine aux salariés dans un but social, chez les partisans de la sanctification du repos du dimanche, chez tout le monde, enfin, à la condition que tout le monde soit soumis à la même règle.
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- C’est pourquoi nous avons vu sans étonnement la Chambre française des députés voter en quelques heures, au moment de partir en vacances, une loi sur le repos hebdomadaire, et c’est pourquoi également nous serions bien surpris si le Sénat, en lui supposant même , les meilleures dispositions du monde, ne consacrait pas plus de temps à son examen.
- SUISSE
- Réduction de la durée du travail
- Au cours de leur dernière session les Chambres ont réalisé en matière de protection ouvrière un progrès sensible. Elles ont voté un projet de révision de la loi sur les fabriques qui abaissent de dix à neuf heures la durée du travail le samedi. Dès que la nouvelle disposition entrera en vigueur, les établissements soumis à la loi sur les fabriques devront fermer leurs portes à cinq heures du soir le samedi.
- Cette réduction de soixante cinq à soixante quatre heures par semaine de la durée du travail constitue un premier pas vers l’institution de la journée de dix heures. Cependant les Chambres estiment que cette dernière réforme ne peut être réalisée tant qu’on n’aura pas posé au moins les premières bases d’une entente internationale.
- On sait que le Conseil fédéral songe à réunir en mai 1905 une conférence internationale à Berne, dans laquelle seront discutées les questions relatives au travail de nuit des femmes et à la fabrication du phosphore.
- Les gouvernements ont été pressentis et les invitations officielles seront envoyées dans le courant de l’automne. Le gouvernement fédéral est déjà assuré d’un accueil favorable de la part des principaux Etats industriels, tels que la France, l’Italie, la Belgique, l’Autriche-Hongrie, l’Allemagne, à l’exception de l’Angleterre qui, jusqu’ici, a fait la sourde oreille ; mais on espère que le gouvernement anglais ne persistera pas
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- dans son expectative. Son abstention, du reste, ne saurait nullement provoquer l’ajournement de la conférence.
- FRANCE
- L’hygiène et la sécurité des travailleurs
- Un décret du Président de la République, rendu en exécution de la loi du 11 juillet 1903 sur l’hygiène et la sécurité des travailleurs, détermine les conditions dans lesquelles doivent être installés les locaux affectés au couchage du personnel dans les locaux industriels. Le décret spécifie, notamment, que le cube d’air devra être au moins de 14 mètres par personne, suffisamment ventilés ; il donne la hauteur minimum des dortoirs ; interdit, sauf pour les gardiens de nuit, le couchage dans les ateliers ou magasins, etc. Le texte du décret et des indications concernant les mesures de prophylaxie contre la tuberculose devront être affichés dans chaque dortoir.
- * *
- Le Fouriérisme aux Etats-Unis d’Amérique.
- Nous lisons dans 1’ « Association ouvrière » :
- Le Ministre de l’instruction publique vient de charger M. J. Prudhommeaux, professeur au Lycée de Nimes , neveu par alliance de Mme Godin , la veuve du fondateur du Familistère de Guise,- d'une mission d’études à l’efiêt d’enquêter sur les applications du Fouriérisme aux Etats-Unis d’Amérique.
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- LA QUESTION DE LA PAIX
- Ressaisissez-vous
- Sous ce titre Tolstoï a écrit une brochure contre laN guerre que la Revue a publiée. C’est le plus ardent réquisitoire qui ait jamais été dressé contre la guerre.
- Voici le principe : •
- « Les hommes éclairés ne peuvent ignorer que les prétextes des guerres sont toujours tels, qu’ils ne valent pas qu’on dépense pour cela une seule vie humaine, ni même un centième des moyens dépensés maintenant pour la guerre. (La guerre pour l’émancipation des nègres a coûté plus qu’aurait coûté le rachat de tous les nègres du sud.) Tous savent et ne peuvent ignorer le principal : que les guerres provoquent en l’homme les passions les plus basses, les plus grossières, le dépravent et l’abrutissent ».
- Nul ne peut exciper de son ignorance :
- « Les Assyriens, les Romains pouvaient croire qu’en guerroyant, ils agissaient non seulement d’accord avec leur conscience, mais commettaient une œuvre pie. Mais que nous le voulions ou non, nous, chrétiens, quelque déformé que soit l’esprit général du christianisme, nous ne pouvons pas ne point nous élever à ce degré supérieur de la raison où il nous est impossible de ne pas sentir par tout notre être, non seulement l’insanité, la cruauté de la guerre, mais qu’elle est tout à fait contradictoire à ce que nous croyons bon et juste ».
- « Alors que faut-il faire ? » demande Tolstoï.
- « Chaque homme de notre temps et du monde chrétien doit se dire : « Avant d’être empereur, soldat, ministre, journaliste, je suis homme, c’est-à-dire un être borné, envoyé par la Volonté supérieure dans un monde
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- infini, dans le temps et l’espace, pour y rester un moment, puis mourir, c’est-à-dire disparaître.
- L’empereur doit se dire : « Avant qu’on m’ait couronné, avant qu’on m’ait reconnu empereur, avant que je me sois engagé à remplir mes devoirs de chef d’Etat, par le fait même que je vis, je devais remplir ce que voulait de moi cette Volonté supérieure qui m’a envoyé dans le monde : aimer mon prochain, le servir, agir envers lui comme je veux qu’il agisse envers moi ».
- Mais pour agir ainsi, il faut que les hommes de notre temps aient le sens de la vraie religion qu’ils n’ont pas, et, pour retremper leurs âmes à ces sources pures, Tolstoï conseille ceci :
- « Il faut qu’ils comprennent que cette religion existe déjà et vit dans le coeur des hommes de notre temps. Et que ceux qui, consciemment ou non, étourdissent le peuple par les superstitions ecclésiastiques, cessent de le faire et comprennent que dans le christianisme ce qui est important et obligatoire, c’est non le baptême, la communion, les dogmes, etc.., mais l’amour de Dieu et du prochain, l’accomplissement du précepte : agis envers les autres comme tu voudrais qu’on agit envers toi, et qu’en cela est toute la loi et les prophètes ».
- Le salut viendra par cette voie : ,
- « N’est-il pas clair que, s’il y a un moyen de salut de cette situation, il est unique ; c’est celui que nous indiqua Christ : « Cherchez le royaume de Dieu et sa Vérité, et le reste, c’est-à-dire tous les biens matériels auxquels peut aspirer l’homme, se réalisera de soi-même. »
- « Telle est la loi de la vie. Le bien matériel n’est pas atteint quand l’homme aspire à ce bien ; pareille aspiration, au contraire, le plus souvent, éloigne l’homme de l’atteinte de ce qu’il cherché ; c’est seulement quand l’homme, sans songer au bien matériel, aspire à l’accomplissement le plus complet de ce que, devant Dieu, devant le principe et la loi de sa vie, il croit obligatoire, qu’il atteint., incidemment, le bien matériel. »
- Le Petit Temps dit que l’étude de Tolstoï était écrite
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- lorsque le récit des premiers engagements sous Port-Arthur, le détail de la perte du Petropavlovsk lui est parvenu. Lorsque les premiers revers ont nécessité l’appel des réservistes et qu’il a vu dans les villages et sur les quais des gares de lamentables scènes de désespoir ; lorsqu’il reçut enfin des lettres d’où partaient de grands cris de détresse, alors, dit notre confrère, toutes ses théories se sont évanouies, toute sa sérénité évangélique s’est dissipée, et son cœur pitoyable n’a trouvé aux maux de la guerre présente que ce remède simpliste que tant d’obscurs cerveaux de paysans avaient déjà trouvé, que Pascal avait formulé au cours de ses douloureuses rêveries, la guerre faite par ceux-là seuls qui l’ont déclarée, ou à qui elle est profitable.
- Discours de distribution des prix.
- M. d’Estournelles de Constant a présidé la distribution des prix aux élèves du lycée Janson de Sailly et leur adressa, suivant l’usage, une allocution qu’ils ont fort applaudie.
- Quittant les sentiers battus , M. d’Estournelles de Constant se défend de vouloir indiquer à ses auditeurs le choix d’une carrière.
- « Le secret du succès, dit-il, c’est d’être prêt à tout accepter, à tout faire pour être utile, voilà le grand point, voilà la meilleure, la plus sûre de toutes les car- > rières, celle qui vous ménagera le moins de déceptions.
- « Soyez utiles, sans fausse honte, malgré l’ironie, le bel esprit ou la sottise des sceptiques ; soyez utiles à fond, jusqu’au ridicule. Vous aurez des moments pénibles à traverser, mais quelle revanche, quelle récompense vous attendront par la suite !
- « Vous serez utiles à votre pays, continue M. d’Estournelles de Constant, et par vous la France sera utile aux autres peuples.
- « La France fermée, maussade, hostile, ce n’est plus
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- la France ; non, la France doit être ouverte généreuse, pacifique.
- « La France pacifique, ce n’est pas la France désarmée, abaissée, résignée, oublieuse ; non, c’est la France sûre d’elle-même, confiante dans l’avenir et sachant attendre, dans le travail et le progrès, les réparations que jamais la guerre ne donnera, car la guerre est toujours à recommencer. La France « déclarant la paix au monde », selon la parole prophétique de1 Michelet, c’est la France appelant les peuples à mieux comprendre leur devoir et leur intérêt ; c’est la France utile par son exemple, par son accueil, par ses renseignements, par le rayonnement de son influence et de ses dons.
- « Voilà la vraie victoire, le vrai courage, la vraie mission.
- « Qu’on ne me dise pas que nous sommes des Français au « type flasque ». L’expression est de mon illustre ami, M. Roosevelt, mais à qui s’applique-t-elle ? A une certaine catégorie d’émigrants, chercheurs d’or ou d’argent, dont le patriotisme encore incertain, hésite entre le pays lointain qu’ils viennent de quitter en Europe et le pays nouveau où ils cherchent à s’établir. Comment songer à appliquer une telle expression à des Européens et surtout à nous, à des Français, incorrigibles impulsifs, coureurs d’aventures, de croisades, d’amour, de gloire, de chimères ?...
- « Appelez-nous plutôt des Don Quichotte si vous tenez à dépasser la mesure, car nous luttons contre l’esprit de brutalité et d’oppression, Don Quichotte de l’idéal et du sentiment, Don Quichotte de la paix, plus vaillants et plus désintéressés, après tout, que ces fiers-à-bras d’un soi-disant patriotisme qui ne dressent vers l’idéal que leurs moustaches, flamberges inoffensives ou plutôt hameçons savamment tendus pour accrocher les héritages et les dots plutôt que les ailes de moulins à vent. »
- A la distribution des prix du lycée de Cherbourg, le
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- professeur chargé du discours d’usage avait fait une allusion directe « à la haine des Anglais, innée dans le cœur des Normands ».
- Le maire, qui présidait cette cérémonie, a répondu à cette allusion dans son discours :
- « Aux vieilles rancunes séculaires, alimentées par un excès de chauvinisme irraisonné, succèdent aujourd’hui, entre nous et nos voisins d’outre-Manche, une amitié sincère et loyale, définitivement consacrée par des événements, récents encore. Et si le maire de Cherbourg, le maire actuel, se tourne aussi du côté des rives anglaises, ce n’est plus pour se répandre en imprécations, en violentes et menaçantes harangues. Non ! C’est, au contraire, pour envoyer, par-delà la Manche, aux citoyens anglais, le pacifique et amical salut de la population cherbourgeoise. »
- Ces paroles ont été saluées par une triple salve d’applaudissements.
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- Le 1er Congrès national italien de la paix.
- Les sociétés italiennes ont organisé à leur tour, après les sociétés françaises, un Congrès national qui s’est tenu du 29 au 31 mai à Turin.
- Dix sociétés de la paix étaient représentées ; dix autres avaient envoyé leur adhésion.
- Le président de la Corda Fratres représentait quarante consulats italiens et six sections étrangères.
- Et enfin — signe important des temps nouveaux — étaient représentées ou avaient envoyé leur adhésion : 84 sociétés ouvrières et secours mutuels, 31 chambres du travail, 14 universités populaires ou instituts d’enseignement , et 30 associations diverses, au nombre desquelles figure la Maçonnerie de Milan.
- Le ministre des affaires étrangères, M. Tittoni, s’était fait représenter. Trois autres ministres, quatre sous-secrétaires d’Etat, le président de la Chambre et
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- le président du Sénat, ainsi que de nombreux députés et sénateurs avaient envoyé leur adhésion.
- Au bureau, à côté de l’éminent Guglielmo Ferrero , qui préside, des membres de la Chambre de commerce, des députés, des professeurs, le syndic de Turin, et M. le chevalier A. I. Foa, secrétaire de la société de la Paix et du comité d’organisation du Congrès.
- Les Etats-Unis d'Europe (juin) ont rendu compte de cette belle manifestation.
- Après avoir salué les congressistes , le président G. Ferrero dit que la guerre est une force prompte à résoudre les questions les plus inextricables, mais terriblement aléatoire et capricieuse.
- Le caractère irrationnel et immoral de la guerre, ajoute-t-il, consiste essentiellement en ceci : les plus grands intérêts de millions d’hommes laborieusement consolidés pendant des centaines d’années sont ruinés en quelques mois, en quelques jours, en quelques heures. D’autant plus que l’issue de la guerre dépend souvent de petites causes, contingentes ou provisoires , d’un petit nombre de personnes échappant à toute responsabilité et à tout contrôle, et aussi parfois d’accidents tout fortuits.
- De très intéressantes résolutions ont été prises.
- MM. Ferrero et Pado ont fait adopter la résolution suivante qui applique aux revendications nationales la véritable doctrine pacifique :
- « Le 1er Congrès National des Sociétés de la Paix, considérant que l’irrédentisme, dans les formes qu’il a prises aujourd’hui, ne peut que créer des difficultés, déclare, à l’adresse du Gouvernement italien ainsi que des Provinces du Gouvernement d’Autriche, qu’il serait urgent et utile de faire connaître à la Nation italienne l’importance de Trieste et de sa nouvelle Université, comme centre de diffusion de la culture italienne dans la région Slavo-Balcanique.
- « Le Congrès juge aussi que les questions liées au principe de nationalité doivent être résolues pacifiquement
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- par le libre choix des nationalités et, en attendant, il acclame l’oeuvre de « Dante Alighieri » qui protège la langue et la culture italiennes. »
- D’autres voeux invitent les gouvernements à respecter les nationalités, affirment la nécessité d’établir la Paix, non seulement dans les rapports de l’Italie avec les autres nations, mais aussi dans les rapports des diverses classes de la population italienne par l’évolution progressiste des classes populaires vers un ordre social plus juste ; préconisent la collaboration des sociétés de l’enseignement scolaire qui sont les inspiratrices les plus naturelles des sentiments de solidarité humaine.
- « Considérant la nécessité de la diffusion des idées pacifiques au point de vue de leur influence pour les générations actuelles et futures ; considérant combien l’école primaire et secondaire, qui vise à former ou à modifier le caractère de l’enfant et de Fadolescent, peut contribuer à cette saine diffusion ; le Congrès (proposition Famo) fait des voeux pour que, dans toutes les branches, l’enseignement tende à développer le caractère pacifique chez les jeunes gens ; que les manuels d’enseignement soient pénétrés des idées pacifiques ; que le Gouvernement et les Communes s’emploient, avec tous les moyens didactiques, moraux et matériels dont on peut disposer , à favoriser l’application pratique du principe de l’arbitrage et de la solidarité humaine. »
- Dans le même ordre d’idées, le Congrès décide sur la proposition de M. Momighiano :
- 1° D’inaugurer une série de conférences spéciales, pour démontrer que l’idéal suprême de la Paix développe les plus nobles aspirations morales et sociales tout en tenant compte des conquêtes de la science moderne ;
- 2° De développer la correspondance épistolaire des étudiants de diverses nations, des séjours à l’étranger, les voyages, les congrès internationaux, et tout autre moyen qui puisse faire connaître par le commerce des idées les conditions de chaque pays, et consolider les liens de sympathie entre les étudiants ;
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- 3° D’engager toutes les Sociétés universitaires, à imiter le noble exemple de la Corda Fratres, qui par son élan généreux a collaboré efficacement à l’expansion de nos idées, et à affirmer dans leurs statuts le devoir de la solidarité comme une promesse de l’action future de ces jeunes gens vers la réalisation d’une sanction juridique de la solidarité entre les peuples.
- Sur la proposition de M. Giretti, le Congrès invite les chefs et les représentants du Parti agricole et spécialement ceux des Organisations ouvrières, à travailler avec les Sociétés de la Paix à la réalisation des objets communs de leurs programmes, qui peuvent se résumer ainsi :
- a) Résistance à tout mouvement qui engagerait l’Italie dans une politique de rivalité internationale ou de conquête territoriale.
- b) Diminution graduelle des charges militaires, soit par des économies qui limiteraient le budget aux seuls besoins de la défense nationale sous le contrôle sévère du Parlement et de l’opinion publique, soit par l’application de ce contrôle à toutes les phases et à toutes les manifestations de la politique étrangère.
- c) Politique de libre échange et de bons rapports commerciaux pour améliorer les conditions d’existence des classes ouvrières et éliminer les principales raisons de rivalités et de conflits internationaux; application progressive du principe de l’arbitrage international, dans le sens de la substitution de l’arbitrage général et obligatoire aux alliances partielles et instables des temps actuels, qui sont basées sur des considérations militaires.
- En ce qui concerne l’arbitrage, M. Corsi fait adopter un voeu pour que les traités qui rendront obligatoire l’arbitrage international entre l’Italie et les autres nations, s’appliquent sans restriction à toutes les questions actuelles et futures.
- Une autre résolution de M. Corsi, se basant sur l’article 3 du traité de travail franco-italien, sollicite la
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- convocation d'une conférence internationale pour l’unification des lois des différents Etats sur la protection ouvrière.
- On sait qu’il entre dans les intentions du gouvernement fédéral suisse de provoquer la convocation de cette conférence.
- Sur la proposition de M. T. Moneta, ancien rédacteur en chef du Secolo, aujourd’hui directeur de la vaillante revue la Vita Internazionale, le Congrès National des Sociétés de la Paix jugeant nécessaire que les Sociétés de la Paix puissent se présenter dans toutes les élections politiques et administratives pour affirmer pratiquement leurs idées et faire une propagande efficace, décide :
- 1° Que les Sociétés de la Paix se déclareront en faveur de ceux des candidats qui, par leur programme et leur passé, présenteront une sérieuse garantie de fidélité à la cause de la Paix ;
- 2° Qu’elles combattront énergiquement et sans distinction de partis tous les candidats qui suivraient une politique opposée à celle de la Paix ;
- 3° Que lorsqu'elles se trouveront en face de candidats pacifistes et de candidats militaristes, et que la victoire des uns ou des autres peut dépendre d’un compromis ou d’une alliance électorale entre des partis visant au même but, les Sociétés de la Paix feront tout ce qui est en leur pouvoir pour faciliter un tel compromis ou une alliance et assurer ainsi la victoire de leurs idées.
- Le Congrès National des Sociétés de la Paix, dans le but de faire une propagande active dans le sens indiqué ci-dessus, en vue aussi des prochaines élections politiques générales, autorise son Président, M. Moneta, et M. Guglielmo Ferrero, Vice-Président, à préparer un Manifeste qui sera adressé aux Sociétés et Organisations de caractère économique ou politique et à tous les électeurs.
- M. Emile Arnaud, président de la Ligue internationale de la paix et de la liberté, avait envoyé au Congrès
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- une lettre où il exprimait la conviction que les trois nations sœurs où se seront inaugurées les Assemblées Nationales de la Paix, la Suisse, la France et l’Italie, marcheront d’accord, et sans se laisser distancer, dans la voie qui conduit à la Justice et à la Liberté.
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- Le 1er Congrès National anglais de la Paix s'est tenu à Manchester les 22 et 23 juin 1904, sous la présidence de M. Léonard Courtney, membre du Parlement.
- Il avait réuni environ 240 délégués, dont 28 représentants de Sociétés qui n’ont pas la paix pour but essentiel.
- Sur la proposition de M. J. G. Alexander, une résolution a été votée à l’unanimité exprimant la vive satisfaction du Congrès de la conclusion de traités d’arbitrage permanent entre la Grande-Bretagne, la France, l’Italie et l’Espagne, et d’un traité plus complet, entre le Danemark et la Hollande.
- Le Congrès a regretté que tous les traités conclus par le Gouvernement britannique ne soient pas aussi généraux que ce dernier, et ne commandent pas le recours, pour tous différends sans restrictions, à la Cour d’arbitrage de La Haye. Le Congrès s'est félicité de la signature de l’arrangement franco-anglais, qui permettra aux Amis de la Paix de combattre avec succès les excitations à la guerre.
- M. le Dr Josiah Strong, représentant Y American Peace Association souhaite-la prochaine conclusion d’un traité d’arbitrage permanent entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis d’Amérique.
- Sir John Macdonell fait voter une résolution demandant que le Parlement soit autorisé à contrôler les relations du pays avec les autres nations, surtout par rapport aux déclarations de guerre, qui ne devraient pas émaner du pouvoir exécutif seul.
- M. le Dr Darby propose ensuite une résolution de-
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- mandant au gouvernement de faire des démarches en vue d’une nouvelle Conférence internationale dans le but d’amener une trêve, puis une réduction des armements.
- MM. Moscheles et Fox Bourne présentent l’un une résolution en vue de l’offre de bons offices dans la guerre actuelle, l’autre une résolution condamnant les expéditions répressives et le massacre des indigènes.
- Toutes ces propositions ont été adoptées ainsi que d’autres résolutions contre la guerre du Thibet, contre la proposition en faveur de la conscription militaire, contre l’introduction du militarisme dans les écoles.
- Une autre résolution fort applaudie est relative à la propagande pacifiste dans les milieux ouvriers et industriels.
- Appréciant les travaux du Congrès, notre excellent confrère des Etats-Unis d'Europe, émet les réflexions suivantes auxquelles nous nous associons de tout cœur :
- « Quiconque étudie sans parti-pris la situation internationale et les évènements contemporains, peut se convaincre du danger, pour les nations, de caresser des projets d’agrandissements indéfinis de territoire. Dès lors, il a le devoir de montrer la grandeur de ce danger.
- « Seuls le développement intellectuel et productiviste de la personnalité humaine, le travail, la probité nationale et internationale, le respect de la justice, en un mot le maximum de perfection morale assureront, à l’avenir, aux nations stabilité, prospérité et influence.
- <l C’est de ces considérations que s’est inspiré le premier Congrès de la Paix. C’est pour cela qu’il a fait œuvre éminemment utile. »
- M. Cremer et le prix Nobel de la Paix
- A Londres, un grand banquet a été oflert au dernier lauréat du Prix Nobel de la Paix, le député anglais M. W. R. Cremer.
- Le banquet était présidé par M. Thomas Burt, et corn-
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- prenait en outre l’évêque d’Hereford, M. Andrew Carnegie, Lord Monkswell, Sir W. Wedderburn, M. Philip Stanhope et un grand nombre de députés et d’hommes politiques appartenant a tous les partis.
- Après la lecture de lettres du Comité Nobel du Stor-ting norvégien, de Sir William Harcourt, de Lord Ave-bury, de M. d’Estournelles de Constant, etc., M. Cremer prit la parole.
- Il commença par rappeler la carrière du riche industriel suédois Nobel, fondateur du Prix de la Paix. Et au milieu de l'émotion générale, il annonça qu’il remettait à VInternational Arbitration League la totalité du prix qu’il avait reçu, soit 7.000 L (environ 175.000 fr.). La seule condition était que le conseil central de la Ligue ne pût jamais comprendre plus de 25 membres, dont les deux tiers devaient être des ouvriers. Il ajouta que son exemple entraînerait d’autres dons, afin qu’un fonds de 25.000 livres sterling (625.000 francs) fût constitué pour la propagande en faveur de la paix universelle.
- Ce bel acte de générosité fut salué par de chauds applaudissements. M. Howard Evans remercia au nom de VInternational Arbitration League.
- Après quelques paroles de M. Andrew Carnegie, qui fit l’éloge de M. Cremer, M. H. L. Brækstad a répondu au toast porté au Comité Nobel de la Paix.
- (IJ Européen).
- Traité d’arbitrage anglo-suédois
- Une convention d’arbitrage entre la Suède et la Nor-wège d’une part, et la Grande-Bretagne d’autre part, a été signée à Londres le 12 août 1904.
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- LE MOUVEMENT FÉMINISTE
- Ecoles ménagères.
- Partout s’ouvrent des écoles ménagères ; mais à cette institution il faut un complément : une préparation convenable au poste de directrice dans un de ces établissements.
- C’est pour combler cette lacune que l’Ecole ménagère de Fribourg a institué, cet été, des cours spéciaux préparant au diplôme de maîtresses d’Ecoles ménagères.
- Le programme sera parcouru en douze mois. Il comprend les branches suivantes : cuisine, tenue de la maison, blanchissage et repassage, coupe et confection, raccommodage, lingerie, comptabilité, hygiène et physiologie, hygiène spéciale de l’enfance, médecine pratique et pansements, physiologie de l’alimentation, physique et chimie, horticulture, dessin géométrique, pédagogie et méthodologie. Chacune de ces branches sera enseignée à la fois par la théorie et par la pratique. Dans les premiers mois, les élèves seront initiées à ces diverses connaissances ; dans le second semestre, elles enseigneront à leur tour ces mêmes branches aux jeunes filles de l’Ecole ménagère, sous la direction et le contrôle des directrices de cet établissement.
- La plupart de ces cours se donneront à l’Ecole ménagère : cependant, les élèves profiteront aussi de cer tains cours déjà organisés à Fribourg.
- Ainsi pourra s’ouvrir pour de nombreuses jeunes filles une nouvelle carrière leur offrant de réels avantages au point de vue matériel, en même temps que des occupations tout à fait en rapport avec les aptitudes féminines.
- « L’École pratique d’études sociales féminines » créée par « l’Union familiale », 172, rue de Charonne, à Paris,
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- vient d’établir également un nouveau cours normal pour la formation de maîtresses d’enseignement ménager.
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- Les femmes et les Beaux-Arts.
- Sur quatorze mentions honorables attribuées, cette année, par la sous-section des Arts décoratifs au Salon de peinture et de sculpture, cinq ont été accordées à des artistes femmes.
- Nous avons dit que l’Académie des Beaux-Arts avait admis en loge pour le prix de Rome (musique) six candidats parmi lesquels Mlle Fleury, et nous avons fait remarquer que c’était la première fois qu’une femme était admise à ce concours.
- Mlle Fleury ayant remporté un second prix sera pensionnaire de la villa Médicis.
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- Un conseil municipal féminin.
- A Haddon, dans l’Etat de Kansas (Etats-Unis), les femmes ont le droit de vote et d’éligibilité. Au récent renouvellement du City Council, la liste féminine ayant eu la majorité, tous les conseillers sont des femmes. La ville de Haddon va donc avoir à la tête de son administration une mairesse au lieu du maire.
- La clause d’obéissance.
- S’il faut en croire les journaux d’Amérique, le nouveau maire de New-York, M. Mac Clellan, aurait bien mérité du féminisme.
- Dans les mariages auxquels il procède, non seulement il omet de réclamer le « droit du maire », cet innocent droit du seigneur, qui consiste à donner un baiser à la mariée, mais il a supprimé le mot « obéir » dans l’énoncé des devoirs de la femme.
- Interrogé sur les motifs de cette omission, M. Mac Clellan a dit :
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- « Je n’ai jamais employé ce mot dans aucune cérémonie de mariage. Il se trouvait encore aujourd’hui, sur la formule que je lisais, mais je l’ai passé avec intention. Lorsque j’étais président du conseil municipal et le « grand marieur » de la ville, je n’ai jamais employé ce mot. C’est trop vieux, d’abord, et puis, en droit, il n’est pas considéré comme imposant une obligation à la femme. »
- * *
- Un secrétaire ouvrier féminin.
- La Fédération des syndicats ouvriers suisses avait dans son dernier congrès décidé la création d’un poste de secrétaire féminin de la Fédération.
- Le vote a eu lieu par sections. Mme Faas, de Berne, a été nommée par 4.116 voix contre 3.661 à Mme Williger, de Zurich.
- Les étudiantes en médecine en Suisse.
- Les étudiantes en médecine ont été, cette année, au nombre de 891. contre 763 hommes : Berne, 377 femmes ; Lausanne, 181 ; Zurich, 177 ; Genève, 151 ; Bâle, 5.
- Une femme-avocat en Suisse.
- Le Conseil d’Etat du canton de Genève a, dans sa séance du 6 avril, autorisé Mlle Hélène-Sophie-Caroline dite Nelly Favre, citoyenne genevoise, licenciée en droit de l’Université de Genève, à prêter le serment d’avocat.
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- Yim B’HOTEL,
- Par Henry GRÉVILLE ------——
- ( Suite. )
- — C’est singulier, dit Mme Maubert, depuis que nous attendons Armand, je crois entendre nommer son bateau par tout le monde ; ce que c’est qu’une idée fixe !
- Céphise eut envie de se jeter au cou de sa mère, de la supplier de l’épargner et de lui avouer l’horrible vérité, quoi qu’il dût en advenir. Ce serait un autre chagrin, au moins, pas toujours le même ! Elle se retint une fois encore, si près maintenant d’une réponse qui pouvait arriver d’un moment à l’autre.
- Le jour fut gris, après l’averse pailletée, et la nuit tomba de bonne heure ; un peu énervée par la réclusion, et aussi par quelque chose de mystérieux qu’elle percevait autour d’elle, sans bien s’en rendre compte, Mme Maubert ne pouvait tenir en place; vingt fois elle ouvrit la porte qui donnait sur le corridor, en disant qu’elle entendait venir quelqu’un. Enfin , au moment où elle sonnait pour la lampe, le domestique entra, la chambre s’éclaira brillamment, et Mme Mertins se montra, avec un sourire si angéliquement joyeux que Mme Maubert s’écria :
- — Votre mari vous annonce qu’il va venir?
- Céphise s’était levée, se retenant d’une main au
- dossier de son fauteuil.
- — Ce n’est pas mon mari, dit la jeune femme en la regardant avec des yeux débordant de lumière... — ces -chers pruneaux, ils brillaient comme des escarboucles, — c’est celui de Mme Carval qui va arriver , pas tout de suite.
- La vaillante Céphise fit un demi-tour sur elle-même
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- vie d’hôtel 565
- et tomba dans les bras de Mme Mertins, qui se trouvèrent entre elle et le tapis.
- — Mon enfant ! s’écria Mme Maubert. Qu’est-ce que cela veut dire? demanda»t-elle.
- Le visage de Gaëtan se montra à la porte. Céphise immobile, exsangue, ne donnait plus signe de vie ; le jeune homme s’éclipsa sans que sa mère l’eût aperçu , et courut chez le médecin.
- — On vous a caché bien des craintes et bien des peines, dit Mme Mertins après avoir déposé Céphise sur la chaise longue avec l’aide du domestique. Depuis trois jours, on croyait que M. Carval avait péri dans le naufrage de son navire...
- — Ma fille, dit Mme Maubert en s’agenouillant près de Céphise, mon héroïque enfant, ma muette martyre ! elle s’est tuée à la peine.
- Pieusement, avec un respect indicible, elle baisa la main maigre qui, pendant des jours et des nuits, des nuits et des jours , lui avait dispensé le repos, la consolation et la vie, cette main discrète qui avait su ouvrir et fermer pour elle les portes de la joie et celles de la douleur...
- — Jamais, reprit Mme Maubert, jamais fille ne fut ce qu’elle a été pour moi, mais aujourd’hui cela dépasse l’imagination humaine
- Elle appuya encore ses lèvres sur la pauvre main ouverte, qui ne tenait en ce moment la clef de rien , pas môme de sa propre existence, flottante sur elle et prête à s’envoler. La chaleur de ce baiser ou peut-être quelque fluide secret, de ceux que nous ignorerons sans doute toujours, passa-t-il de la mère à la fille? Céphise retira sa main, ouvrit les yeux et regarda dans le vague.
- — Il est vivant, dit très doucement Mme Mertins. Oh! que j’ai été imprudente ! Il est vivant, il a télégraphié lui-même, le gouverneur aussi ; les deux télégrammes sont arrivés ensemble. Vous avez compris, chère amie ? Il est vivant, sans blessures, il est en route, il vient à Marseille.
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- LE DEVOIR
- Céphise la regarda, et ses yeux exprimèrent qu’elle comprenait, mais il lui fut impossible de parler. Le médecin entra, Gaëtan le suivit, pareil à une ombre. Mme Maubert ne sembla pas surprise de le voir; rien ne l’étonnait plus, elle se sentait comme sur une autre planète, où rien n’eût suivi le cours normal des choses.
- Le docteur fit éloigner tout le monde, sauf Mme Mer-tins, qui lui parut apte à le seconder ; des sinapismes aux bras et aux jambes, une poche de glace sur la tête, un cordial dès que Céphise pourrait le prendre, c’était tout ce qu’il osait tenter ; le résultat des sinapismes fut excellent : dès qu’ils commencèrent à la piquer, Céphise retrouva la parole.
- — Surtout, n’allez pas recommencer, dit le docteur; ce n’est pas une chose à faire deux fois de suite. Et vous avez besoin de ménagements, plus que madame votre mère.
- — Vous ne me connaissez pas, docteur, répondit la jeune femme. A présent que le moral va bien, tout va bien. C’est l’angoisse qui m’a minée.
- Force fut de lui donner les télégrammes; Colette ne cessait d’en expédier à Gaëtan, qui lui fit connaître les nouvelles en une dépêche rédigée dans le plus pur « petit nègre » et cependant longue comme le bras.
- Une grande détente s’était faite soudain, et ces deux chambres d’hôtel semblaient un coin du paradis. Non sans un vague regret intime, Gaëtan se vit contraint de transporter ses pénates près de sa mère, sur-le-champ; Mme Maubert ne voulut plus que Céphise s’occupât de rien quoi que ce soit, son frère serait désormais chargé de toutes les corvées; d’ailleurs, il ne demandait pas mieux.
- Ce n’était pas encore le temps de s’expliquer bien des mystères; les questions viendraient plus tard; en attendant, on était heureux. La cloche du dîner sonna, Céphise déclara qu’elle voulait descendre et, malgré les supplications des siens, s’y obstina. La vue de la chambre où elle avait tant souffert lui était pénible, et
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- elle avait hâte de reposer ses yeux sur d’autres objets, même plus ou moins agréables.
- Leur entrée un peu tardive dans la salle à manger fut accueillie avec plaisir par la plupart des hôtes ; seul, le groupe Boss et compagnie haussa les sourcils en signe d’étonnement ; la vue de Gaëtan suivant sa mère et s’asseyant à côté de Mme Mertins fut le signal de toute une correspondance télégraphique entre diverses personnes. Mais Boss tenait son idée, et c’était un bien qu'il ne lâchait pas facilement, — pas plus .que tout autre bien terrestre.
- — Enfin, dit-il à haute voix, si haut que tous les regards, d’un bout à l’autre de la vaste salle, se tournèrent vers lui, encore qu’on fût habitué à ses cris, on a la liste des survivants de cet affreux naufrage.(
- Céphise qui se trouvait près de lui le regarda d’un air si stupéfait qu’il crut le moment venu de taper un bon coup de marteau sur la tête de son clou.
- — Dix-huit en tout, c’est peu, continua-t-il imperturbablement. Cela fait bien des familles dans la douleur. Vous n’êtes pas au courant, je crois, madame ? continua-t-il en s’adressant à Mme Maubert, tout en fourrant le coin de sa serviette dans son cou. C’est le Bramont qui s’est brisé sur la côte là-bas, comment donc ? enfin peu importe. Vous en avez entendu parler ?
- Gaëtan prit son assiette avec une si manifeste intention de l’envoyer à la tête de l’orateur que Mme Mertins sentit la nécessité de le tirer par la manche.
- Mme Maubert, dont le sang bouillait, le regarda sans lui répondre ; mais il ne se troublait pas pour si peu.
- — C’est une grande perte, une très grande perte, surtout pour ceux qui avaient des parents ou des amis abord. Je ne parle pas de la cargaison, quoique... mais enfin ce n’est que de l’argent; mais l’argent, c’est encore ce qu’il y a de plus utile.
- — D’où sort-il, celui-là ? demanda Gaëtan à sa voi-
- sine.
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- — D’Amsterdam , répondit-elle , mais il n’est pas Hollandais.
- —Je l’espère, parbleu, bien pour la Hollande! gronda le jeune homme.
- — Alors , madame , reprit l'imperturbable butor , s’adressant à Mme Maubert, vous n’aviez personne à bord ? pas d’intérêts non plus? cela vous est égal ?
- — Je vous demande pardon, monsieur, répondit l’interpellée d’une voix nette et claire. Mon gendre est parmi les survivants, et vous me paraissez ne pas avoir ignoré qu'il était parmi les naufragés.
- Un murmure de sympathie courut autour de la table ; des saluts discrets et des sourires s’adressèrent de toutes parts aux héros de cette aventure. Boss ne broncha pas. Il était d’une espèce, — on ne saurait dire une race, ce serait inexact, — qui accepte tous les camouflets et sait en tirer avantage,— à son point de vue.
- — Je suis heureux, madame, très heureux en vérité, d’apprendre que monsieur votre gendre est sorti de cette lamentable catastrophe. Je crois me faire l’interprète de toutes les personnes présentes en vous adressant des félicitations.
- Il saluait, rayonnant, le sourire large et l’œil rapetissé par l’excès de sa joie.
- — L’impudent personnage ! grommela Gaëtan. Mme Mertins sourit ; elle croyait savoir à quoi s’en tenir là-dessus, mais elle se trompait.
- Après le dîner, les têtes sages tinrent un conciliabule. Gaëtan était fils de Mme Maubert ; fort bien, mais que venait faire Mme Mertins là dedans ? Il s’occupait d’elle, c’était évident, la famille faisait semblant de ne pas s’en apercevoir. Que de vilaines choses il arrive en ce monde ! Et si les gens vertueux n’étaient pas là pour rétablir un peu d’ordre, que ne se passerait-il pas ? Les vénérables cheveux de M. Boss s’en hérissaient sur sa tête ; on résolut de veiller et au besoin d’agir :
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- XVIII
- Quelques jours devaient s’écouler avant l’arrivée d’Armand que Céphise avait résolu d’aller rencontrer à Marseille; ce furent des jours heureux, de ces jours couleur d’opale où les teintes sont harmonieusement fondues, où la lumière intérieure des âmes éclaire doucement la vie extérieure. Il faisait beau, pas trop, l’air était caressant, on eût dit qu’il effleurait avec une émotion discrète les êtres qui venaient de tant souffrir ; le soleil ne brûlait pas, une vapeur dorée comme Forient des perles enveloppait les contours de la côte, et les roses fleurissaient de leur mieux le long des murs ou des terrasses, en attendant une gelée qui détruirait leur fragile beauté.
- Mamie semblait une autre personne ; elle avait connu jadis la décente misère, elle venait maintenant de côtoyer la grande douleur, la muette épouvante ; quelque chose de ce contact était resté sur elle, la faisant plus femme, plus sérieuse. La liberté anglaise de son entourage actuel lui permettait de voir Gaëtan soit par hasard, soit autrement, plusieurs fois par jour. Elle ne rougissait plus aussi facilement, mais son joli regard bleu n’avait rien perdu de son velouté à devenir plus grave. Son fiancé l’examinait parfois avec un peu d’inquiétude, se demandant pourquoi ce n’était plus la Mamie de l’été précédent. Il n’eût pas osé maintenant, la tancer vertement : c’est plutôt elle qui l’aurait grondé,— et il se serait laissé faire.
- Un matin, il la rencontra qui revenait seule d’une promenade à pied, le long d’une grande avenue presque toujours déserte; elle marchait allègrement sous son petit chapeau orné d’ailes blanches, et lui sourit gentiment. Il se rangea à son côté, et ils ralentirent le pas.
- — Dites, Mamie, est-ce que je ne vous verrai plus jamais comme autrefois? fit l’amoureux Gaëtan, un peu seuls, nous deux? Toujours devant le monde, on ne peut plus se parler.
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- — Parloz-moi ! répondit-elle en un petit sourire railleur. Je suis tout oreilles.
- — La belle avance ! gronda-t-il ; ce n’est pas cela que je veux vous dire. Comme à La Suze, Mamie, où nous étions si heureux !
- Elle ralentit encore sa marche, regarda le gravier, puis le ciel et les maisons, et dit enfin résolument : — Eh bien, non !
- Il sursauta. Elle fixait sur lui ses yeux purs, pleins en ce moment de regret et de tendre compassion.
- — Non, reprit-elle, parce que ce n’était pas... ce n’est pas ce que je veux dire, ce ne serait pas bien.
- — Croyez-vous que je voudrais vous faire faire quelque chose de répréhensible? murmura Gaëtan dont la figure s’allongea considérablement, sous le reproche soudain de sa conscience.
- — Me le faire faire sciemment, oh ! non, cher .. cher ami, dit la jeune fille en reprenant son pas alerte. Mais nous avons agi comme des enfants ; ce n’était pas très mal, puisque nous ne le savions pas ; à présent, ce ne serait pas bien.
- Gaëtan, très froissé, non parce qu’elle avait raison, mais parce qu’il sentait en lui-même qu’elle avait raison, fouetta l’air de sa canne et proféra un sanglant reproche :
- — C’est depuis que vous êtes devenue une personne indépendante que vous avez fait cette découverte ?
- Mamie s’arrêta tout court, pâle comme les ailes de son chapeau.
- — Vous êtes méchant, dit-elle, je n’ai pas mérité cela !
- — Je vous demande pardon, fit-il humblement. C’est que j’ai eu peur de vous perdre ; c’est vrai que cette idée me rendrait méchant.
- Les yeux bleus s’emperlèrent de larmes qui restèrent tremblantes au bout des longs cils, car on ne peut pas essuyer ses pleurs, n’est-ce pas? sur une route où il passe du monde, même si ce monde est réduit à sa plus
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- simple expression : une vieille dame avec son toutou et un garçon bouclier conduisant sa voiture. Mamie, qui s’était éloignée, se rapprocha de Gaëtan.
- — Je ne comprenais rien à rien, l’été dernier, dit-elle, si ce n’est que je vous aime. Depuis, j’ai vu souffrir votre mère et votre sœur, j’ai admiré comment elles se cachent l’une à l’autre leurs souffrances secrètes pour ne pas se causer de chagrins... comment dire? pas inutiles, mais peut-être superflus. Ces jours derniers, Mme Carval...
- — Dites Céphise, implora Gaëtan.
- — Céphise m’a enseigné par son exemple la fermeté, la prudence, une abnégation dont je n’avais pas la moindre idée... J’ai senti le grand honneur qu’elle m’avait fait en me confiant votre mère, et je me suis promis de ne plus tromper sa confiance. Il faut leur dire la vérité, Gaëtan.
- — Et si l’on nous sépare? objecta le jeune homme, qui de son côté avait fait les mêmes réflexions.
- — Eh bien... on nous séparera ! Est-ce que cela nous empêchera de nous aimer?
- Oh ! l’adorable Mamie ! Comme il se fût jeté à l’eau pour la repêcher, ou dans le feu pour lui faire plaisir ï
- — On ne peut pas nous empêcher de nous aimer, répéta la jeune fille avec l’énergie douce qui lui était particulière, ni même de nous marier plus tard. Il n’est pas possible que votre famille et la mienne ne se laissent pas toucher par notre constance. Tout ce que l’on peut, c’est de nous défendre de nous voir pendant quelque temps, pour nous éprouver.
- Elle parlait avec une telle confiance qu’il se sentit gagné. En effet, pourquoi leurs parents voudraient-ils leur imposer autre chose qu’une épreuve? Quels préjugés pourraient s’opposer au bonheur de deux êtres jeunes et courageux?
- — Seulement, continua Mamie, qui marchait à présent d’un bon pas en se rapprochant des endroits fréquentés, je ne suis pas riche, à peine de quoi manger du pain, — sans beurre, — et porter des petites robes a
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- bon marché, des petites confections...
- Gaëtan fit la grimace, les petites confections ne lui disaient rien du tout. «
- — M. Maubert me trouvera trop pauvre pour vous, conclut la jeune fille ; mes jolies robes, ce sont des cadeaux, vous savez.
- — Eh bien, déclara Gaëtan, je n’ai rien de fixe, c’est encore bien mieux !
- — Vous voyez bien qu’on ne nous laissera pas nous marier, conclut Mamie, pas pour le moment ; c’est pour cela qu’il faut tout dire à Céphise et à votre mère.
- Il eut bien envie d’avouer que Céphise n’avait rien à apprendre, mais il n’osa, de peur de mettre son amie dans l’embarras e
- — Ça ne va pas être commode, dit-il. Céphise passe encore, mais maman ?
- — Eh bien, je le lui dirai, moi, déclara Mamie.
- Ils échangèrent un regard si plein de tendresse et d’espoir qu’ils ne virent pas M. Boss, à deux pas d’eux. Depuis trois ou quatre minutes l’excellent homme les regardait venir et suivait leur conversation sur leurs visages.
- — Alors, tantôt ! fit la jeune fille. Je viendrai. Vous serez là, n’est-ce pas ?
- — Déjà?
- — Pas un jour à perdre, insista Mamie. C’est pour moi une situation intolérable, à présent qu’elles sont toutes deux si bonnes ; et puisque Céphise part demain...
- Comme il écoutait, le bon sourd ! Comme il y voyait, le bon myope ! Les amoureux passèrent sans l’avoir aperçu et se séparèrent au coin de la rue sur une étroite poignée de main. Boss rentra à l’hôtel, brûlant de communiquer les nouvelles.
- Vers trois heures, un peu avant l’heure de la lampe, Mlle de Greslin entra, timide, mais résolue ; Gaëtan était dans un coin, elle salua gentiment Mme Maubert, qui la baisa au front, puis Céphise, qui fit de même; elle donna un shake-hand à son ami, et s’assit toute droite sur une chaise.
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- — Chère madame, dit-elle, il faut que je vous dise quelque chose... vous avez été très bonne pour moi, toujours, j’espère que vous allez vous en souvenir, afin de ne pas être trop fâchée contre moi.
- Céphise la regarda et devina ; cette petite fille était décidément quelqu’un.
- — Fâchée contre vous, Mamie ? dit Mme Maubert en souriant, vous qui m’avez si bien défendue contre les bruits du dehors ?
- — Oh ! madame, c’est bien autre chose... Le regard de Mamie alla chercher le jeune homme dans son coin obscur ; il se rapprocha un peu. C’est que...
- Ici le courage lui manqua, et elle s’arrêta court. Gaëtan devint soudain très audacieux.
- — Chère maman, dit-il, ce n’est pas Mamie qui doit parler, c’est moi.
- Mme Maubert les regardait alternativement sans bien comprendre ; à ses yeux, c’étaient deux enfants bons pour jouer au croket ou au law-tennis ensemble, Mamie surtout. Céphise vint à leur secours.
- — Maman, dit-elle, tu ne vois donc pas qu’ils veulent se marier ?
- La perspicace et sensée Mme Maubert tomba des nues,
- — Ces deux moutards ? dit-elle.
- — Parfaitement ; ces deux moutards sont épris l’un de l’autre depuis quelque temps.
- — Presque un an ! dit Mamie avec orgueil.
- — Pas tout à fait, rectifia le méticuleux Gaëtan ; un peu plus de huit mois.
- Céphise éclata de rire à cette observation imprévue.
- — Vous marier ! disait Mme Maubert. Mais avec quoi, mes pauvres enfants ? C’est de la folie !
- — A cause de notre âge ? rétorqua son fils ; mais papa n’était pas si vieux que moi lorsqu’il t’a épousée!
- La prudente mère ne voulut pas dire qu’elle apportait une grande fortune, et que son mari, sans être riche, était bien pourvu de son côté.
- — Notre situation était assurée alors, dit-elle, mainte-
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- LE DEVOIR
- nant nous-mêmes ne sommes pas certains de l’avenir, vous...
- — Pardon, chère madame, dit Mamie, dont la voix était une caresse, j’ai de quoi vivre tout juste, tout juste, avec Gaëtan, et son travail nous apportera l’aisance ; moi aussi, je puis travailler. Et puis, si vous l’exigez, nous attendrons, mais ce serait si charitable de votre part de ne pas nous faire attendre trop... très longtemps. Si vous saviez comme je vous aime !
- Dans sa détresse, Mme Maubert regarda Céphise, qui n’avait rien dit.
- — Tu le savais ! s’écria-t-elle.
- — J’en conviens, répondit sa fille.
- — Et tu as laissé ces enfants s’engager dans une voie périlleuse... Je ne reconnais pas ta sagesse accoutumée.
- — Je l’ai su trop tard pour rien empêcher, et depuis ils n’ont eu l’occasion de se voir-qu’ici.... dans un moment où le secours de Mamie nous a été bien précieux, ma mère chérie.
- — Mamie, je ne vous ai pas encore remerciée,, fit Mme Maubert, et pourtant une enfant à moi n’aurait pas su mieux agir, ni avec plus de tendresse. Cependant, ce n’est pas une raison pour que mon mari donne son consentement. L’idée de voir Gaëtan marié va lui paraître si absurde !
- Le jeune homme allait demander pourquoi, Céphise le tira par la manche, et il resta silencienx.
- — Et votre mère, que dit-elle de tout cela ? reprit Mme Maubert, s’avisant tout à coup de l’existence de Mme de Greslin.
- — Si M. Maubert n’accorde pas son consentement sans difficulté, jamais ma mère ne donnera le sien, répliqua la jeune fille en se redressant avec une pointe de l’orgueil maternel dans les yeux et dans l’attitude. D’ailleurs, ajouta-t-elle avec une parfaite bonne foi, je pressens si bien de la résistance de sa part que je ne lui en ai pas encore parlé.
- (A suivre.)
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- ASSURANCES MUTUELLES
- M5
- Société du Familistère. - Assurances Mutuelles
- MOUVEMENT DU MOIS D’AVRIL 1904, A GUISE
- ASSURANCE CONTRE LA MALADIE
- Section des Hommes
- Cotisations des mutualistes... 2.737 651
- Subvention de la Société...... 874 03 > 4.117 48
- Malfaçons et Divers........... 505 80 )
- Dépenses................................ 4.146 80
- Déficit en avril 1904........... 29 32
- Section des Dames
- Cotisations des mutualistes........ 530 35 1
- Subvention de la Société........... 215 17 > 745 52
- Divers........................... .. » » ;
- Dépenses ........... .......................... 806 75
- Déficit en avril 1904.............. 61 23
- ASSURANCE DES PENSIONS
- Subvention de la Société et Divers 7.333 04 \
- Intérêts des comptes courants et j 11.810 39
- du titre d’épargne......... 4.477 35 )
- Dépenses :
- 123 Retraités définitifs.......... 8.492 42 J
- 5 — provisoires................ 258 50 f
- Nécessaire à la subsistance.... 4.800 75 / 14.362 62
- Allocations aux famill9 des réservistes 10 50 1 Divers, appointem., médecins, etc. 800 45 ^
- Déficit en avril 1904................ 2.552 23
- CAISSE DE PHARMACIE
- Cotisations des mutualistes....... 736 60 j
- Subvention de la Société.......... 232 11 \
- Dépenses......................................
- *Boni en avril 1904
- 968 71 922 91 45 80
- RÉSUMÉ
- Recettes sociales du 1er juillet 1903 au 30 avril 1904 127.420 53) QQ
- « individuelles » » 43.330 80 |
- Dépenses » » ........... 192.301 36
- Excédent des dépenses sur les recettes,.
- 21.550 03
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- 576
- LE DEVOIR
- ÉTAT CIVIL AU FAMILISTÈRE DE GUISE
- MOIS D’AVRIL 1904.
- Naissances :
- Néant.
- Décès :
- Néant.
- Le Gérant : H. E. Bu ridant
- Nîmes. — Typ. A. Chastanier, 12, rue Pradier.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES.
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- Octobre 1904.
- DOCUMENTS POUR UNE
- COMPLÈTE
- Glorification du Travail. Emancipatio
- de J.-33. André GODIN (1)
- du Travailleur.
- XIV
- Quatrième fête du Travail, juin 1870. Même système
- qu’en 1869 pour l’établissement de la liste des candidats et le vote final. Suppression de la valeur pécuniaire attachée jusque-là aux proclamations résultant du vote. Banquet familistérien.
- « Un tout autre mode de répartition est à essayer en 1870 », avait dit Godin dans son discours à la fête du Travail célébrée le 30 mai 1869. Et pour provoquer les études pratiques il invite, dès le mois de janvier suivant, les employés à déterminer comment pourraient s’opérer entre eux des répartitions mensuelles. Les employés se mettent à l’oeuvre et des répartitions sont usitées pendant cinq mois. Mais la situation politique troublée depuis l’an d’avant s’aggrave et maintient les esprits dans une effervescence tout à fait opposée au labeur patient, recueilli, qu’eussent nécessité de telles études expérimentales. Les opérations relatives au mois de mai s’achèvent dans les premiers jours d’août ; la guerre franco-allemande est déclarée depuis le 15 juillet et toute action du genre de celle que nous étudions ici est bientôt radicalement suspendue.
- (1) Appendice, p. 60, Le Devoir, tome 26e, janvier 1902.
- 1
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- Le devoië
- Nous exposerons les modes essayés pour les répartitions mensuelles dans la série des employés, après que nous avons relaté la célébration de la fête du Travail en 1870. Car la fête eut lieu le 5 juin, c’est-à-dire cinq semaines environ avant la déclaration de guerre. Disons tout de suite qu’il n'y eut pas de fête du Travail au Familistère en 1871, le territoire étant occupé par l’armée allemande.
- Restons en 1870 : au mois de mai, époque habituelle des préparatifs de la fête du Travail, que se passait-il au Familistère ? Voici : On s’occupait du plébiscite. Napoléon III appelait le peuple à se prononcer pour ou contre la nouvelle constitution qui eût affermi son pouvoir personnel ; et Godin publiait à Guise (le 8 mai) une circulaire engageant les électeurs du canton à voter : Non (1).
- Au milieu de ces graves préoccupations, les conseils du Familistère se réunissent néanmoins (le 17 mai) et examinent (Registre des délibérations, p. 152 et s.) ce qui est à faire pour la célébration de la fête habituelle du Travail. On se livre à des critiques sur les procédés suivis jusque-là. Malheureusement, ces critiques ne sont point précisées au compte rendu. Des innovations proposées on peut seulement tirer quelques inductions quant au fond des objections.
- Exemple : Proposer de substituer, aux voix ayant une même valeur pour chacun des candidats à inscrire sur le bulletin de vote, des voix assignant à ces candidats des valeurs relatives; n’était-ce pas faire entendre que sur le tableau des candidats (où certaines catégories de travailleurs : les employés et le personnel des services du Familistère, étaient portés en raison simple de leurs fonctions) il se trouvait des individus, * peut-
- (1) Le Devoir, tome 16e, 1892, pages 710 et s.
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- être des groupes, sans mérite hors ligne. Or, les électeurs étant priés (chap. XIII, p. 516) de remplir la totalité des voix demandées sur les bulletins de vote, et les voix n’ayant qu’une même valeur, rien ne révélait l’infériorité relative que l’électeur pouvait, en cas pareil, désirer exprimer : d’où la proposition en cause.
- La seconde présentée en conseil peut se résumer ainsi : Faire opérer — de concert entre les chefs et surveillants et des « délégués de chaque groupe naturel des ateliers » — l'examen et la discussion des mérites des ouvriers à porter au tableau des candidats afin d’obvier, dit la proposition, « aux inconvénients signalés l’an dernier tant dans les résultats des élections que dans les choix administratifs. » Ceci ne révèle-t-il pas que toute désignation faite en dehors de celle résultant des éléments mathématiques : dépouillement des notes de fabrication, pouvait paraître entachée ou d’intrigue ou de favoritisme ?
- Mais par quel mode satisfaisant désigner ces délégués eux-mêmes ? Ceci n’était pas indiqué.
- Trop incomplète pour qu’il y fût donné suite immédiate, la proposition est laissée de côté ; quant à la précédente, les conseils jugeant qu’elle offrirait une plus grande liberté à l’électeur et permettrait une appréciation plus rapprochée de la justice, décident d’en faire l’étude pour la mettre en usage, s’il y a lieu.
- Mais les circonstances politiques entretiennent les esprits dans un état tout à fait contraire à l’organisation de la fête. Les concours habituels se dérobent. Les conseils provoquent alors une réunion générale des habitants du Familistère d’où il résulte (lit-on au Registre, p. 155) « des modifications profondes aux errements jusque-là suivis. »
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- Un banquet général est demandé en remplacement des valeurs pécuniaires attachées précédemment aux primes d’honneur. On décernera simplement des mentions honorables par le vote préparatoire et le vote final habituels.
- Les conseils prennent des dispositions en conséquence. Avant de pousser plus loin, observons ceci : Dès le principe (chapitre XI) Godin n’était point partisan du versement en espèces des allocations exceptionnelles; il en concevait l’inscription à titre de parts d’intérêts dans le fonds social. Mais cette sorte d’association comportait, outre une étude sérieuse des conséquences légales, la nécessité de découvrir une méthode pratique : lo de distinction des ayants-droits ; 2° de fixation de la part équitable de chacun. D’où les essais suivis depuis plusieurs années à l’occasion des fêtes du Travail.
- Le premier essai : valeur pécuniaire attachée à chaque suffrage (1867) avait déterminé la plus grande dissémination possible des votes et des combinaisons d’intérêts personnels en opposition avec le but poursuivi.
- Le deuxième essai (1868) : liste de candidats entre lesquels exclusivement pouvaient être distribués des prix dont la valeur était déterminée , avait un peu amélioré les résultats, mais laissé encore place (chapitre XII) à des combinaisons personnelles préjudiciables à la mise en relief des mérites.
- Conséquemment, au troisième essai (1869) on avait décidé de ne verser aux titulaires la valeur pécuniaire attachée aux prix qu’après un délai de six mois. Dans le compte-rendu de la fête inscrit au registre des conseils, nous avons lu (1) que la mesure avait contribué à « éloigner les coalitions d’intérêts person-
- (l)Chap. XIII, Le Devoir, 1904, août, p. 459. {
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- nels ». Le temps avait-il apporté les éléments d'un avis contraire ? On peut le penser en face de la décision radicale prise en 1870.
- En tout cas, cette marche des choses appuie singulièrement. l’idée première du fondateur : inscrire les parts de bénéfices en parts d'intérêts dans le fonds social.
- Voyons maintenant si la suppression'de tout intérêt pécuniaire dans la distribution des mentions honorables, va faire accorder meilleur rang aux travailleurs dont le concours effectif pouvait être vérifié dans une certaine mesure.
- Le vote préparatoire s’exerça en 1870 comme l’année d’avant, c’est-à-dire en sept opérations successives dans l’ensemble des ateliers, les ouvriers étant appelés à désigner entre eux cent travailleurs des plus méritants. Nous avons évalué à 750 le chiffre total des ouvriers en 1868 (1), le registre des conseils nous a fourni le chiffre de 770 pour 1869 (2) ; le même chiffre environ, plutôt grossi que diminué peut être pris pour 1870. La même affiche (3) qu’en 1869 fut apposée dans les ateliers pour convoquer le personnel au vote préparatoire ; mais le registre des conseils (qui nous fournit cette information) ne donne ni le chiffre des votants dans les sections, ni le dépouillement des scrutins. Nous ne pouvons donc que relever les nombres totaux d’oùvriers portés au tableau des candidats pour tel ou tel motif. En vue de comparaison, groupons ces nombres avec ceux des années précédentes, 1867 excepté, aucune liste de candidats n’ayant été dressée au premier essai.
- *
- (1) Chap. XI et XII, Le Devoir, 1904, avril, p. 194 ; juin, p. 321.
- (2) Chap. XIII, Le Devoir, 1904, août, p. 450.
- (3) Chap. XIII, Le Devoir, 1904, août, p. 451.*
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- LE DEVOIR
- Candidats ouvriers désignés par l'élection ou la capacité, motifs pris ensemble ou séparément,
- années Désignés par la capacité et l’élection : Désignés par l’élection seule : Désignés par la capacité de 1er Mérite : TOTAUX :
- 1868 66 26 57 149(1)
- 1869 37 48 81 166
- 1870 24 58 116 198
- Moins radicalement mauvais que celui expérimenté en 1867, le mode de recours au suffrage essayé depuis 1868 ne peut se soutenir plus longtemps. En vain on a écarté des primes d’honneur toute valeur pécuniaire, les désignations faites par le suffrage, dès le premier degré s’écartent de plus en plus de celles dictées par le dépouillement des notes de fabrication ou, à défaut de telles notes , par l’appréciation des chefs et contremaîtres.
- Dira-t-on que le besoin de généraliser l’attribution des parts de bénéfices entrait pour quelque chose dans ces résultats ? Peut-être. Et observons, à ce propos, qu’en instituant dès le premier mois de l’année qui nous occupe des répartitions mensuelles entre tous les employés, J.-B.-A. Godin admet que l’attribution des parts de bénéfices soit une mesure générale; mais pour soutenir les efforts vraiment producteurs, efforts sans lesquels il n’y aurait aucun bénéfice à employer ni en garanties de prévoyance mutuelle d’abord, ni en inscriptions de parts d’intérêts individuelles dans le fonds social ensuite, pour soutenir les efforts vraiment créateurs des bénéfices, il faut faire revenir à chacun
- (1) 150 avec le candidat révélé au vote final et non classé (par oubli) sur le tableau spécial.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- une part proportionnelle à l’efficacité même de ses efforts; autremont l’équité est violée et le découragement suit.
- Telle était l’œuvre ardue que poursuivait Godin, cherchant par quel moyen il y ferait concourir le personnel. La vérification permanente de la valeur du travail dans les ateliers de fonderie et ajustage opérée par ce qu’on appelait : notes de fabrication ; cette vérification résistant à l’expérience, c’est-à-dire ne prêtant pas à critmue, bien que les électeurs ne s’en inspirassent gu^rÈ dans leurs choix, cette vérification était dans la voie de la solution du problème. C’était donc cette base de jugement qu’il fallait élargir, étendre aux fonctions qui en étaient encore dépourvues. Godin l’avait proclamé de tout temps. Mais comment en convaincre son entourage, les chefs d’abord et attacher la généralité des esprits à une idée qui sapait tout privilège de position et tendait en définitive à faire du travail effectif seulement, la base de toute allocation de salaires ou appointements.
- C’était pour faire toucher du doigt aux employés la difficulté du problème et pour les exercer à la recherche de la solution, que Godin avait inauguré les répartitions mensuelles, dont l’étude viendra après achèvement de la relation qui nous'occupe ici.
- Vve J.-B.-A. Godin , née Moret.
- (A suivre).
- ERRATUM
- Documents biographiques. Le Devoir, septembre 1904, page 515, ligne 21 «, lire : Mouleurs de poêles et cuisinières,... 2 voix et non pas 1 voix.
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
- Questions militaires, électorales, ouvrières.
- Le Sénat doit examiner, au cours de la session extraordinaire de 1904, les modifications apportées par la Chambre, au projet de loi qu’il avait adopté, sur l’initiative d’un de ses membres, et qui ramène à deux ans, en l’appliquant à tout le monde, la durée du service militaire.
- Ces modifications sont assez nombreuses ; elles portent notamment sur les modes d’adaptation du service militaire des grandes écoles destinées à former les officiers, et sur les périodes d’exercice des réservistes ou territoriaux. Des concessions réciproques faciliteront sans doute l’accord entre les deux Chambres dans un délai assez rapproché. Il est désirable que cette loi, qui substitue le principe d’égalité au régime des dispenses, reçoive bientôt sa sanction définitive. Malgré ses imperfections, elle constitue, au point de vue démocratique, un notable progrès sur les systèmes antérieurs, et marque une étape nécessaire dans la voie qui conduit à la suppression des armées permanentes.
- Napoléon 1er avait transformé l’armée de la Révolution en armée de métier, et cette transformation avait été régularisée, en quelque sorte, par la loi de 1832, qui consacra le service de sept ans.
- Le premier soin du gouvernement impérial, après 1852, fut de faire, de cette armée de métier, une armée prétorienne. La loi de 1855 y pourvut en substituant le rengagement au remplacement. Les sommes d’argent versées par les exonérés étaient versées dans une caisse dite de dotation de l’armée. Au moyen des fonds ainsi recueillis, l’empire rengageait de vieux soldats déjà assouplis par le rang et inféodés à ses voeux et se créait
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE 585
- l’armée la plus séparée de la population civile par les intérêts et par l’esprit.
- Le but était, d’ailleurs, hautement affiché : « On aura ainsi des soldats voués à la carrière des armes, en ayant le goût et la vocation, sans esprit de retour dans le foyer et le repos de la famille, » lisait-on dans l’exposé des motifs. Et plus loin : « Une armée solide et peu susceptible de se démoraliser est un point d’appui indispensable dans les circonstances présentes, où nous avons vu surgir des passions destructives de toute société et de toute civilisation. Avec quoi l’ordre est-il maintenu ? Avec la force, rien que par la force. »
- Ce langage exprime bien la pensée dominante d’un gouvernement uniquement préoccupé de conserver par la violence l’existence qu’il devait à la violence.
- Cependant après Sadowa, il fallut bien convenir qu’une telle armée péchait peut-être parle nombre. La loi de 1868 n’osa pas aller jusqu’à l’obligation du service militaire personnel. La conscription fut maintenue. Le quart du contingent annuel fixé à 100.000 hommes, restait cinq ans sous les drapeaux ; les autres accomplissaient deux ou trois périodes d’instruction d’une durée totale de six mois. Tous les jeunes gens propres au service, et non compris dans le contingent annuel, faisaient partie de la garde-mobile pour laquelle aucune période d’exercice n’était prévue. Le remplacement était rétabli.
- Les leçons de la guerre de 1870 firent entrer dans la loi l’obligation du service militaire. La durée du service fut ramenée de 5 à 3 ans. Avec la loi de 3 ans disparut le volontariat d’un an, et avec la loi de 2 ans, encore sur le chantier, vont disparaître les dernières inégalités maintenues jusqu’ici : les dispenses.
- A l’occasion de la discussion de cette loi devant la Chambre, M. Vaillant a prononcé un grand discours en faveur des milices et d’une organisation militaire purement défensive.
- Le député socialiste a dit entre autres : « Ce n’est pas
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- le désarmement que nous demandons, puisque le désarmement ne peut se faire qu’à la condition d’être simultané. Ce que nous voulons, c’est que la politique extérieure se transforme et qu’à la place d’une politique offensive nous ayons une politique défensive qui nous rendra inexpugnables à tous les points de vue. »
- M. Vaillant n’en a pas moins acquiescé à la réduction de la durée du service réalisée par la loi.
- De son côté, M. Messimv, après un parallèle très intéressant entre le système militaire français et les systèmes des autres puissances, a conclu :
- « Actuellement, nous sommes assez forts dans le monde, grâce à la République, pour pouvoir faire de notre armée une armée républicaine, non seulement par l’esprit de ses chefs, mais encore par ses mœurs, ses habitudes, ses lois. J’ai confiance que nos réformes apporteront un allègement notable au poids écrasant de la paix armée, qu’elles nous donneront une armée adéquate à nos ressources, adaptée à nos mœurs et à notre régime, et je crois fermement que cette armée sera plus puissante que la lourde machine actuelle. »
- A propos du titre concernant les dispositions pénales il a été beaucoup question des conseils de guerre sur lesquels l’attention a été appelée, il y a quelques années, par une affaire retentissante et retenue par des faits plus récents, qui ont rendu inévitable une prompte transformation de cette juridiction d’un autre âge.
- La Chambre était saisie depuis longtemps d’un projet de loi et de nombreusés propositions d’initiative parlementaire visant la réforme du Code de justice militaire.
- La commission chargée de les examiner a adopté le rapport de M. Morlot qui tend à la suppression des conseils de guerre, à la remise aux juridictions ordinaires de la connaissance de tous les délits et crimes de droit commun et à l’institution de conseils de discipline jugeant exclusivement les infractions militaires.
- Quand la Chambre disposera de quelques instants de
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- répit, elle pourra utilement les consacrer à l’examen des conclusions du rapport de M. Morlot.
- Mais les grosses questions s’accumulent à l’ordre du jour de la Chambre. Les moins lourdement chargées de prétentions budgétaires passent les premières. Au tour des autres maintenant.
- Il en est une cependant qui ne coûterait rien, et qui serait même productive en ce sens qu’elle empêcherait à la longue les autres de coûter autant qu’aujourd’hui, par le meilleur choix qu’elle permettrait de faire des hommes appelés à les voter en même temps qu’à pourvoir aux ressources qui leur sont indispensables. C’est la réforme du suffrage. Une très modeste portion de cette réforme est reléguée tout au bout de l’ordre du jour des travaux de la Chambre, sous la forme d’une proposition de loi tendant à assurer la liberté et la sécurité du vote.
- Les imperfections de notre régime électoral rendent indispensable la recherche des nombreux palliatifs de ce genre. Un groupe assez nombreux de députés appartenant à toutes les nuances de l’opinion s’est constitué dans le but de faire prévaloir devant la Chambre le système de la représentation proportionnelle; mais nous ne surprendrons personne en disant que le sentiment de la nécessité d’une organisation rationnelle de l’exercice du droit de suffrage n’a pas encore gagné la majorité du Parlement. Dans ces conditions, il est permis de s’étonner qu’une proposition aussi simple que celle que la commission du suffrage universel et le gouvernement ont acceptée — vote sous enveloppe, isolement préalable de l’électeur — n’ait pas encore reçu la sanction législative, alors qu’elle a uniquement pour but de mettre un terme aux abus universellement reconnus d’un système auquel la Chambre reste attachée.
- Ce n’est pas qu’on puisse faire à la législature actuelle le reproche d’avoir perdu son temps. Aucune
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- autre, peut-être, ne s’est plus dépensée en travaux variés, quoi qu’on en ait dit, et de première importance. Il suffît de rappeler quelques-unes des lois, dont il a été fait mention à cette place, les lois sur les bureaux déplacement, sur les enfants assistés, sur la laïcité de l’enseignement, pour ne parler que de celles qui sont devenues définitives.
- Diverses causes ont contribué à rendre son labeur fécond. Par un heureux concours de circonstances, que l’admirable sens politique de M. Waldeck-Rousseau, l’énergique ténacité de M. Combes, et la discipline volontaire de la majorité républicaine ont rendu possible et contribué à maintenir, une harmonie complète entre les deux Chambres et le gouvernement, permet en ce moment à la République de s’entourer de plus en plus d’institutions conformes à son génie.
- Les conflits qui divisèrent, jadis, la Chambre et le Sénat sur leurs attributions respectives en matière politique et financière, et paralysèrent si longtemps l’oeuvre législative, ne sont plus qu’un lointain souvenir.
- Cependant, il serait téméraire d’affirmer qu’ils ne renaîtront pas , avec moins d’âpreté dans la forme, sur le terrain économique et social, où se sont déjà manifestées, entre les deux assemblées, quelques divergences que nous avons signalées, notamment à propos des modifications apportées à la loi sur les accidents ouvriers et de la révision de la loi sur la durée du travail dans les établissements industriels.
- L’évolution économique, les revendications des ouvriers organisés en parti politique et représentés à la Chambre par un groupe très actif, l’expérience tirée de l’application des lois sociales, provoquent chaque jour l’éclosion de propositions ayant pour objet, les unes, de légiférer sur une matière nouvelle, les autres , de corriger les imperfections des lois existantes.
- A cette dernière catégorie appartient le projet de
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- loi déposé, avant la séparation des Chambres, par M. Trouillot, ministre du commerce, et relatif au contrôle de la durée du travail dans les établissements industriels.
- Ce projet a pour objet de rendre effectif le contrôle des inspecteurs du travail.
- La législation actuellement en vigueur sur le travail des ouvriers adultes n’impose aux chefs d’industrie aucun affichage d'horaire.
- Quant aux femmes et aux enfants, la loi du 2 novembre 1892, qui fixe à dix heures la durée du travail effectif prévoit bien l’obligation pour le chef d’industrie d’afficher « les heures auxquelles commencera et finira le travail, ainsi que les heures et la durée des repos » , et l’envoi d’un duplicata de cette affiche à l’inspecteur du travail ; mais, comme aucune disposition légale ne punit le. défaut de concordance entre le tableau affiché et le travail effectif, la jurisprudence de la Cour de cassation, encore confirmée par un arrêté récent, ne considère pas comme une contravention le fait de ne pas suivre les heures de travail et de repos indiquées par le tableau.
- De sorte qu’il est à peu près impossible aux inspecteurs du travail de dresser utilement procès-verbal pour emploi de femmes ou d’enfant au-delà du temps légal.
- C’est pour ces motifs qu’aux termes du projet, dans tous les établissements énumérés à l’article 1er de la loi du 2 novembre 1892, les chefs d’entreprise seront tenus désormais d’afficher un horaire général fixant d’une manière uniforme, pour chaque catégorie d’employés, les heures de travail et de repos, telles qu’elles résultent, tant de la loi que des dérogations légales dûment autorisées.
- La loi projetée dispose, en outre, que tout travailleur occupé en dehors des. heures fixées par les affiches d’horaire est de « plein droit » considéré comme employé en violation des dispositions de la loi. Ainsi se
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- trouvera établie la sanction pénale qui fait actuellement défaut.
- Les chefs d’entreprise pourront modifier leurs tableaux d’horaire toutes les fois que cela sera nécessaire, à la condition d’en envoyer un duplicata à l’inspecteur du travail.
- Les prescriptions qu’on vient de lire ne sont pas du goût des défenseurs habituels des vieilles prorogatives patronales. Cela se conçoit ; ils sont hostiles à la loi même qu’elles ont la prétention de rendre efficace, et ne voient dans toute loi d’obligation que la sujétion qu’elle entraine et la vexation qui l’accompagne parfois. En France, l’obligation est de fraîche date ; elle ne constitue pas toujours la règle, et quand elle existe, on cherche souvent à l’éluder.
- Il n’en est pas de même en Allemagne, où les lois de défense professionnelle et d’hygiène sociale sont rigoureusement appliquées. Les patrons ne négligent pas d’y souscrire. Il y a à cela une bonne raison : ce sont les syndicats professionnels formés des chefs des principales industries qui ont qualité pour réglementer les conditions et la mesure des prescriptions de sécurité ou d’hygiène des travailleurs. Leurs décisions sont prises avec le concours des délégués ouvriers et doivent être approuvées par l’office d’assurances.
- Ces mêmes syndicats possèdent le droit de faire surveiller l’exécution des règlements ainsi établis.
- Combien de grèves et de tâtonnements législatifs faudra-t-il encore, chez nous, pour arriver à l’établissement d'un consortium qu’il est si facile d’établir, sans perte de temps, ni d’argent, d’après l’expérience de l’étranger?
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- Le prochain Congrès national de l’Union coopérative des sociétés françaises de consommation se tiendra à Paris fin mai 1905.
- Les principales organisations coopératives de France et de l’étranger seront invitées à ce Congrès à l’ordre du jour duquel figureront des questions très importantes.
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- Le prochain Congrès des Associations ouvrières de
- production
- Au mois de novembre ^prochain, aura lieu le vingtième anniversaire de la Chambre consultative des Associations ouvrières de production.
- L’assemblée générale de la Chambre consultative a décidé de fêter avec le plus d’éclat possible cet anniversaire.
- Un Congrès des Associations ouvrières aura lieu à Paris à cette occasion, afin de régler un certain nombre de questions d’un intérêt général pour la coopération.
- On examinera notamment s’il n’y aurait pas lieu d’apporter les améliorations et les modifications indiquées par l’expérience aux statuts élaborés par le Congrès de Lyon, il y a trois ans, et qui n’ont pas toujours été d’une application facile.
- Le Congrès qui se tiendra les 11, 12 et 13 novembre, devra également étudier la possibilité d’insérer dans les statuts une disposition permettant aux Associations de province de désigner, toutes les fois qu’elles le pourront, un délégué permanent, à Paris, choisi parmi les coopérateurs, bien entendu, qui pourrait assister aux Assemblées générales ou les représenter aux Congrès, ce qui
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- permettrait aux coopérateurs des départements de prendre leur part des travaux et de participer à la direction de la Chambre consultative.
- Le premier Congrès coopératif américain.
- Ce Congrès, qui s’est ouvert le 16 juin, avait été organisé, à propos de l’Exposition de Saint-Louis, par des représentants des diverses formes du mouvement coopératif qui est loin d’avoir en Amérique la vigueur et la précision qu’on rencontre dans la coopération européenne. Les partisans des systèmes les plus variés s’y étaient donné rendez-vous. On y a entendu vanter les avantages du Trust du Peuple, sorte de banque d’échange inspirée par l’esprit proudhonnien, après un exposé sur les coopératives de fermiers pour la vente des grains dans le Kansas. Nous n’avons pas sous les yeux le compte-rendu du Congrès, mais il semble avoir laissé au rédacteur du journal VHumanité (27 août) qui s’y référé, une impression de désordre et de confusion.
- Les lectures de rapports se suivaient sans ordre et la plupart d’entre eux n'ont été suivis d'aucune discussion ni vote.
- Une place à part est faite par notre confrère au rapport de M. Moore sur un groupe de coopératives qui lui paraissent imbues du véritable esprit rochdalien.
- Ces coopératives qui prospèrent sur la côte du Pacifique, et dans l’Illinois et l’Ohio, sont au nombre d’une soixantaine. Elles sont surtout composées de fermiers et réalisent un chiffre d’affaires d’environ 15 millions.
- Les progrès de ce mouvement n’ont commencé qu'à partir de la fondation du magasin de gros (Rochdale, Wholesale Company), à San-Francisco, qui fournit aujourd’hui la plupart des sociétés coopératives de la région.
- Un comité a été nommé pour préparer un deuxième
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- Congrès national américain. Dans la liste des membres de ce comité nous lisons le nom de M. Nelson, le fondateur du village coopératif de ce nom.
- Les Sociétés coopératives anglaises de production
- en 1902.
- D’après la Labour Gazette (avril-mai 1904), le nombre des coopératives de production ayant adressé un rapport au département du travail en 1902, s’est élevé à 340. Ces sociétés se décomposent comme suit :
- Minoteries, 8 ; boulangeries et alimentation, 25 ; laiteries (Irlande), 177 ; autres sociétés, 130.
- Ces sociétés comprennent 64,089 membres, groupent 4,365 sociétés adhérentes, occupent 10,019 personnes, et possèdent directement un capital de 43,079,900 francs.
- A côté de ces sociétés exclusivement de production, 776 autres sont à la fois des sociétés de production et de consommation, occupant 31,392 personnes, possédant un capital de 43,864,125 francs.
- Sur les 340 coopératives de production, 309 ont fourni des renseignements sur le caractère de leurs membres, leur capital et la composition de leur conseil d’administration.
- Ces sociétés rangent leurs membres en trois catégories : les sociétaires employés, les sociétaires non employés et les sociétés adhérentes comptées chacune pour une unité.
- En 1902, sur un total de 60,937 membres, 3,586 appartenaient à la première catégorie, 53,473 à la deuxième et 3,878 à la troisième. En dehors des 3,586 membres employés, elles comptaient encore 5,440 auxiliaires.
- Au point de vue de la répartition du capital social, les trois catégories de membres figurent comme suit : les employés en possèdent le 7,7 p. 100, les sociétaires
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- non employés, le 34 p. 100, et les sociétés le 40,7p. 100; le reste soit 17,4 p. 100 représente les prêts consentis par des tiers ou des banques.
- Quant aux conseils d’administration, ils étaient composés comme suit : 8,4 p. 100 de leurs membres étaient des employés, 84,5 p. 100 des sociétaires non employés et 7,1 des représentants des sociétés actionnaires.
- Ces sociétés se répartissent comme suit : 106 en Angleterre, 20 en Ecosse et 183 en Irlande.
- Dans les sociétés d’Angleterre 56 p. 100 des employés sont sociétaires; dans celles d’Ecosse, on en compte 6,3 p. 100 et dans celles d’Irlande 9,3 pour 100 seulement.
- Le total des ventes de 332 sociétés s’est élevé à 68,935,350 francs ; 69,3 p. 100 de ce total représente les ventes de 228 sociétés dans lesquelles les employés ne faisaient pas partie des conseils d’administration, 12,4 p. 100 celles de 56 sociétés dans lesquelles les employés, tout en étant représentés, n’avaient pas la majorité aux conseils et 15,1 p. 100 celles des 25 sociétés où les employés étaient en majorité au conseil.
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- La presse coopérative
- L’Union suisse des sociétés de consommation publie, depuis le commencement de,cette année, un organe bi-,mensuel, intitulé la Coopération.
- Le nouveau journal se consacre à la propagande coopérative dans la Suisse française et à la défense des intérêts des coopératives de consommation. C’est un journal populaire s’adressant au grand public. C’est le succès de l’organe coopératif en langue allemande, le Genossenschaftliches Wolksblatt, qui a engagé le Comité central, assuré d’ailleurs de l’appui efficace d’un grand nombre de sociétés coopératives de consommation de la Suisse romande, à lancer un journal analogue en langue française.
- La Coopération nous apprend que le secrétariat de
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- l’Union reçoit régulièrement 5 publications coopératives en langue française, 12 en langue allemande, 5 en langue anglaise, 2 en langue italienne, 2 en langue hollandaise et 1 en langue danoise et en langue espagnole.
- Plusieurs de ces publications se tirent à un nombre d’exemplaires très considérable; c’est ainsi que les Co-operative News ont une édition de plus de 65,000 exemplaires par semaine; le Weatslieaft, journal populaire anglais, est tiré à 250,000 exemplaires par mois ; le Scottish cooperator , à 22,000 exemplaires et ainsi de suite. En Allemagne, c’est le Frauen-Genos-senschaftsblatt, journal populaire destiné aux femmes qui détient le record avec 130,000 exemplaires par numéro ; la Konsumgenossenschaftliche Rundschau , tire 6,000 exemplaires.
- En Suisse, indépendamment de la Coopération et de la Gen. Volksblatt, qui tire tous les quinze jours à 55,000 exemplaires, il existe une autre publication coopérative en langue allemande, la Schweizeriche Konsumverein qui paraît chaque semaine en 2,500 exemplaires.
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- Un anniversaire de la participation
- La Société fondée pour l’étude pratique de la participation du personnel aux bénéfices a fêté, cette année, le 25e anniversaire de sa création.
- A cette occasion, les membres et les adhérents de la Société s'étaient réunis en assemblée générale, au Musée social, sous la présidence de M. Emile Levasseur, membre de l’Institut, assisté de M. Delombre, député, ancien ministre du commerce, président de la société.
- M. Trombert, secrétaire général de la société, y a retracé l’historique de l’œuvre.
- Elle est due à l’initiative de quelques patrons qui, n’ayant qu’à se louer des heureux effets de la participation aux bénéfices, tinrent conseil et se demandèrent si leur exemple ne pourrait pas être suivi pour le plus
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- grand bien du pays. On était au lendemain de nos désastres et la paix du travail leur paraissait devoir être l’une des conditions essentielles du relèvement du pays. Or , comment mieux préparer cette paix qu’en assurant de bons rapports entre le capital et le travail ?
- Une première réunion préparatoire eut lieu , le 9 décembre 1873, chez M. Chaix. M. de Courcy la présidait. Parmi les assistants, signalons MM. Charles Robert, alors directeur de la branche vie de la compagnie d’assurance l’Union; A. Chaix, imprimeur-éditeur; Defourneaux, associé-gérant de la maison Leclaire; Goffinon, entrepreneur de travaux publics, etc.
- Cinq ans plus tard, le 30 mai 1879, MM. Charles Robert, Chaix et Goffinon ayant conduit à bon terme le projet d'organisation, — un arrêté du Préfet de police autorisait la Société. Le 12 mars 1889, elle était reconnue d’utilité publique.
- Depuis sa fondation, la Société mène une véritable enquête permanente sur la participation aux bénéfices.
- Son Bulletin périodique forme aujourd’hui vingt-cinq volumes où se trouve inscrite en quelque sorte, au jour le jour, l’histoire de la participation aux bénéfices dans le monde entier. Grâce à de généreuses donations, parmi lesquelles il convient de signaler une libéralité de 50,000 francs du comte de Chambrun, le fondateur du Musée social, la collection du Bulletin a pu être envoyée aux bibliothèques des principales Chambres de commerce et des principaux centres d’études. La Société a publié une remarquable traduction du grand ouvrage de M. Victor Bohmert sur la participation aux bénéfices, traduction due à M. Trombert. Le dévoué secrétaire de la société a fait paraître également un Guide pratique sur l’application de la participation aux bénéfices que tout chef d’industrie aurait avantage à consulter.
- Les deux Congrès internationaux de la participation (1889 et 1900) ont été organisés par la Société. Deux volumes ont conservé les débats complets, auxquels ces Congrès se livrèrent.
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- Une médaille de la Société a été frappée à l’effigie de Charles Robert qui fut son premier président. Des prix ont été institués, — et il en a été distribué dans la séance commémorative de la création de la société, — soit pour reconnaître quelque exemple de participation aux bénéfices, soit pour honorer une initiative méritoire, une fondation utile, un ouvrage remarquable, dans l’ordre des études où se complaisait Charles Robert.
- Traçant le programme d’action de la Société qu’il a présidée jusqu’à sa mort et à laquelle il avait consacré toute la puissance de son lumineux esprit et de son âme généreuse, Charles Robert écrivait ;
- « SI l’application intelligente de la participation a pu, dans telle ou telle maison, amener une notable économie dans la production et abaisser le prix de revient des matières fabriquées ; si, dans telle autre usine, Remploi judicieux des ressources que la participation procure a permis d’assurer l’avenir des ouvriers contre la misère, de leur servir des pensions de retraite, de leur créer un petit patrimoine, de tels faits ne doivent être, au temps où nous vivons, ni dédaignés, ni méconnus. Quiconque a sa part de responsabilité morale dans la destinée des populations ouvrières ou dans la prospérité de l’industrie, doit, au contraire, à un point de vue personnel comme dans l’intérêt du pays, observer ces résultats, les discuter, les contrôler, les examiner avec soin. »
- Ainsi donc l’admirable , l’infatigable propagandiste que fut Charles Robert avait voulu que la leçon des faits fût l’instrument par excellence de la propagande. Fidèle à ses indications, la Société qu’il avait fondée s’est assigné pour mission de recueillir des faits et c’est par la méthode expérimentale qu'elle entend servir et permettre déjuger la participation aux bénéfices.
- Comme la participation, la coopération ne veut être jugée que sur ses résultats. A la différence des groupes socialistes communistes, dont ils se rapprochent par une commune intention d’améliorer le sort des masses, coopérateurs et participationnistes maintiennent abso-
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- lument et le salaire individuel, comme ressort du travail, et la propriété privée , comme récompense de l’économie ou du talent personnel. Le maintien de ces deux éléments permet de ménager la transition du inonde actuel en marche vers le monde futur, et cela, sans menacer à la fois les intérêts et les situations acquises. Par suite, la propagande coopérative et par-ticipationniste repose sur une base solide et trouve un aliment constant dans une évolution continue. Si bien que la leçon même qui se dégage de la coopérative ou de la maison en participation qui sombre est aussi utile au mouvement que celle qu’on peut tirer de la prospérité de ces entreprises.
- La plus attrayante peinture de futurs Edens, la plus empreinte du souffle des généreuses convictions peut rencontrer des incrédules. Une affirmation positive n’a pas plus de valeur qu’une affirmation négative. Dans le domaine des réalités coopératives et participation-nistes, chaque conquête faite, chaque pas en avant, met le plus sceptique en face d’un fait accompli devant lequel il ne peut que s’incliner.
- Un fait est un fait et, si léger qu’il soit, il pèse plus lourd qu’une grande hypothèse.
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- Une grande coopérative.
- La société coopérative de Leeds compte 50,000 membres ; elle possède un domaine dans lequel elle fait, sur une grande échelle, la culture des légumes ; elle exploite également la laiterie, pour ses membres. La société a treize branches différentes d’industries. Elle a douze dépôts de charbons; elle possède vingt bateaux et près de quatre-vingts wagons sur les chemins de fer; en plus, un grand nombre de camions et d’autres véhicules.
- De la petite boutique de farines ouverte en 1847, les magasins se sont développés à tel point qu’actuellement la société a, à Leeds et ses environs, plus de quatre-vingts magasins, dont quelques-uns de dimensions co-
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- lossales. Ces magasins sont approvisionnés par les moulins, les fabriques, la ferme et l’abattoir de la société.
- La société a 1,500 ouvriers; avec leurs familles, ils forment une ville coopérative dans Leeds.
- La société a déjà fait construire sept cents maisons pour ses membres. Elle est assez riche pour réaliser de grandes choses. La vente annuelle de ses magasins atteint 1,500,000 livres sterling, et réalise un bénéfice d’environ 200,000 livres sterling par année.
- (UAvenir social.)
- On sait que la coopération, sans constituer un parti politique distinct, sait au besoin faire entendre sa grande voix pour donner aux gouvernants un avertissement salutaire , lorsqu’une mesure législative lui paraît devoir compromettre les intérêts primordiaux de la masse. Il serait intéressant de connaître l’influence que peut exercer une population coopérative de l’importance de celle de Leeds sur l’administration des affaires d’une grande cité.
- Le Congrès de l’Alliance coopérative internationale
- a eu lieu du 5 au 8 septembre à Budapest. On y a discuté le programme suivant :
- lo Organisation et fonctionnement d’Associations coopératives de consommation dans des districts ruraux.
- 2<> Devoir de l’Etat envers la coopération : doit-il la subventionner ou non, et de quelle manière ?
- 3° Centralisation du Crédit coopératif au moyen de caisses ou banques centrales.
- 4« Etat arriéré de la Coopération dans quelques pays de l’Europe orientale : ses causes et les remèdes. — Communication de M. Duca, directeur général du Crédit agricole de Roumanie.
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- PAYS DIVERS
- La lutte contre l’alcoolisme.
- L’élection présidentielle et les abstinents aux Etats-Unis.
- En vue du prochain renouvellement des pouvoirs présidentiels, les divers partis élaborent leur plateforme.
- Les délégués des prohibitionnistes ou partisans de de l’abstinence totale se sont réunis à Indianapolis et, comme s’ils comprenaient que l’abstinence ne peut suffire comme programme politique, ils ont fait entrer dans leur plateforme : l’arbitrage international, l’identité des lois pour les Etats-Unis et leurs dépendances, l’élection directe des sénateurs par le peuple, l’initiative et le referendum, le droit de vote basé sur les qualifications mentales et morales, etc.
- Sans doute les abstinents n’existent pas, politiquement parlant ; mais il serait bien désirable que les grands partis, susceptibles de l’emporter dans la lutte électorale, eussent une pareille plateforme.
- On a remarqué que, par tactique sans doute et malgré leur vive sympathie pour le féminisme, puisque plusieurs des grands avocats de la tempérance sont des femmes, ils n’ont pas cru devoir inscrire dans leurs principes le droit de suffrage des femmes.
- Le 5e Congrès bisannuel des abstinents Suisses
- réuni à Berne, le 12 juin, a pris la résolution d’aiguiller le mouvement antialcoolique dans la voie de l’option locale.
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- Ils ont adressé leurs plus vifs remerciements à M. le conseiller national Hilby, qui, le premier, a posé la question de l’option locale aux Chambres fédérales.
- Ce système consiste, on le sait, dans la faculté accordée aux communes d'interdire sur leur territoire tout débit de boissons enivrantes. En préservant certaines contrées de l’action néfaste du cabaret, l’option locale restreint non seulement l’étendue des ravages de l’alcoolisme, elle institue aussi une comparaison des plus éloquentes entre les localités prohibitionnistes et les autres. Dans tous les pays où l’option locale a pris pied, elle gagne sans cesse du terrain.
- Les abstinents suisses ne doutent pas du grand avenir réservé dans leur pays à ce procédé qui a déjà conquis la Suède, la Norwège, la Finlande, le Canada, les Etats-Unis, la Nouvelle-Zélande et qui existe même dans un coin de la Suisse, en Valais.
- Dans tous les pays qui ont admis ce système, la prohibition de la vente des spiritueux s’étend toujours davantage, et partout c’est à l’action de la femme qu’est dû cet heureux changement dans les mœurs. Cette action s’exerce directement là où la femme possède à l’égal de l’homme les droits électoraux.
- Elle est particulièrement sensible en Nouvelle-Zélande. Il y a quelques années, l’ivrognerie exerçait de terribles ravages daus cette contrée, et les hommes ne voulaient pas légiférer d’une manière énergique sur la matière. Les politiciens, cela se voit encore ailleurs, ménageaient les débitants dans un intérêt électoral. C’est alors que. les femmes entrèrent en lice, et, pour pouvoir exercer leur action, demandèrent le droit de vote, qu’elles obtinrent. On doit à leur initiative la loi d’option locale.
- Le résultat de l’extension de ce système a été, non pas seulement la diminution, mais quelquefois la disparition presque complète des délits et des crimes. Il est telle localité où la police a été à peu près entièrement supprimée.
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- L’antialcoolisme en Suède.
- On écrit de Stockholm au Journal de Genève :
- On sait que la Suède est un des pays où la lutte contre l’alcoolisme est menée avec le plus de vigueur, non seulement par les pouvoirs publics, mais par les particuliers aussi. Il résulte d’un article publié sur le sujet par une revue suédoise que 280,000 personnes environ, dans ce pays de cinq millions d’habitants, font partie d’une société d’abstinence. De cos sociétés, la plus ancienne en date, celle des Bons Templiers, qui célèbre cette année son 25e anniversaire, compte à elle seule 119,000 membres. Et ce chiffre serait plus considérable encore sans les scissions qui l’ont affaiblie et qui ont abouti, la première, à la constitution d’un Ordre national, fort aujourd’hui de 30,000 membres ; la seconde, à la fondation de l’Ordre de Vervandi. La Société des Bons Templiers repose, officiellement au moins, sur des principes religieux qui sont, d’ailleurs , souvent combattus , méconnus ou violés dans son sein. Le Ruban Bleu, la seconde par rang d’âge des sociétés d’abstinence, a, en revanche, une base nettement chrétienne. Elle correspond à peu près à la Croix Bleue suisse, dont elle n’a pas, pourtant, l’esprit de tolérance et de largeur. Son chiffre de membres est de 60 à 70 mille. Le nombre est grand, en outre, des personnes qui portent le ruban bleu en signe d’abstinence sans être affiliées à aucune société. Puis viennent, par ordre chronologique, la Société évangélique de tempérance des femmes suédoises, et le Ruban Blanc, une société internationale de dames fondée pour la lutte contre toutes les formes du mal, et qui compte en Suède 2000 membres environ.
- L’antialcoolisme gagne du terrain dans les établissements d’instruction. 4000 étudiants, élèves de lycées, écoles normales et primaires supérieures, font partie, à l’heure actuelle, de « l’Alliance d’abstinence de la jeunesse studieuse de Suède ». Il existe des associations professionnelles aussi, pour les médecins, les pasteurs, les instituteurs.
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- La plupart de ces sociétés publient un journal. Une revue, Mimer leur sert d’organe commun.
- On peut dire que la tempérance fait, depuis un certain nombre d’années, des progrès constants et considérables dans la partie cultivée de la nation. Malgré tout, cependant, on signale pour l’ensemble du pays, non pas une diminution et moins encore une disparition de l’intempérance, comme on le dit quelquefois à l’étranger, mais une recrudescence d’alcoolisme. Tout ce qu’on peut espérer, c’est qu’il s’agit d’une crise passagère, et qu’une fois comblées certaines lacunes de la législation, le mal sera de nouveau enrayé. Quoi qu’il en soit, tandis que la consommation de l’alcool était descendue en 1893 à 6,2 litres par tête, elle est remontée aujourd’hui à 9 litres environ. La consommation de la bière, qui était, dans les années 1860, de sept litres environ, s’élevait en 1902 à 38 litres. Aussi le nombre des délits d’ivresse jugés par les tribunaux a-t-il presque doublé depuis vingt-cinq ans, tandis que la population n’a augmenté que de 18 %> A. M.
- Alcoolisme et tuberculose.
- En France sur 10,000 habitants on compte :
- 30 à 40 décès par la tuberculose avec une consommation de 12 litres 47 d’alcool par tête.
- 40 à 50 décès par la tuberculose avec une consommation de 15 litres 12 d’alcool par tête.
- 50 à 60 décès par la tuberculose avec une consommation de 14 litres 72 d’alcool par 'tête.
- 60 à 70 décès par la tuberculose avec une consommation de 16 litres 36 d’alcool par tête.
- 70 à 80 décès par la tuberculose avec une consommation de 17 litres 16 d’alcool par tête.
- 80 à 90 décès par la tuberculose avec une consommation de 17 litres 30 d’alcool par tête.
- 99 décès et au-dessus par la tuberculose avec une consommation de 50 litres 70 d’alcool par tête.
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- Autrement dit, il est avéré que la mortalité par la tuberculose suit une ascension parallèle à la consommation de l’alcool, c’est-à-dire qu’elle provient en très grande partie d’une mauvaise alimentation.
- Dr Letulle.
- Concours de J’Union des Femmes Belges contre l’alcoolisme.
- L’Union des Femmes Belges contre l’alcoolisme avait ouvert un concours sur les six questions suivantes :
- 1° Le rôle de la femme, mère, épouse, fiancée, dans la lutte contre l’alcoolisme ;
- 2o Le rôle de l’enseignement, écoles primaires , moyennes , athénées, universités, écoles professionnelles, pensionnats religieux ou laïques, etc., dans la lutte contre l’alcoolisme ;
- 3o Le rôle des ministres de tous les cultes dans la lutte contre l’alcoolisme ;
- 4° Le rôle des chefs d’industrie et des grandes sociétés industrielles, tramways, voies ferrées, etc., dans la lutte contre l’alcoolisme ;
- 5° Le rôle des pouvoirs publics, conseils communaux et provinciaux , Chambres législatives , gouvernement, etc., dans la lutte contre l’alcoolisme ;
- 6° Le rôle des classes dirigeantes, noblesse, armée, savants, artistes, écrivains, presse, haute finance, magistrature, etc., dans la lutte contre l’alcoolisme.
- Des prix ont été ou vont être décernés au meilleur travail sur chacune de ces questions.
- FRANCE La mutualité.
- Du Mutualiste de la Seine, sous la signature de M. Léopold Mabilleau :
- Que reproche-t-on à la mutualité ? De n’être pas assez étendue quant à son domaine, ni assez efficace quant à ses œuvres. Tout le monde n’est pas mutualiste,
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- et les mutualistes eux-mêmes ne font pas assez pour la retraite.
- Pourquoi la loi n’interviendrait-elle pas pour compléter l’organisation ainsi ébauchée par la liberté ?
- Posez en principe si vous le jugez à propos, que tout travailleur doit être assuré ; mais ajoutez qu’un mutualiste est un assuré, pourvu qu’il fasse au souci de la retraite les sacrifices jugés nécessaires et suffisants. Maintenez à la mutualité les avantages que la loi lui accorde, constatez la supériorité que lui vaut sa constitution souple et variée, et surtout la possibilité de commencer l'œuvre de prévoyance dès les premières années de l’enfant, ce qui diminue considérablement le poids des cotisations ultérieures, et vous aurez mis la loi au service de la liberté, unifié les deux principes qui semblaient contradictoires et fait converger tous les efforts sociaux.
- Ce fut l’esprit de notre proposition au Congrès de Nantes, et elle obtint l’adhésion unanime des délégués.
- Le travail à domicile.
- La question du travail à domicile a été examinée par l’Association française pour la protection légale des travailleurs, dans sa dernière assemblée générale tenue, au Musée national, sous la présidence de M. Fontaine, directeur du Travail.
- La discussion s’est engagée sur les rapports de MM. Fagnot, enquêteur permanent de la direction, et Raoul Jay, professeur à la Faculté de droit.
- M. Jay s’est préoccupé des difficultés de cette réglementation.
- La concurrence que crée le travail à domicile aux industries centralisées, soumises, par conséquent, aux règles édictées par les lois de protection ouvrière, est considérable. Mais quel remède apporter à cet état de choses ? On ne peut, dit M. Jay, empêcher la femme, la fille d’un employé qui gagne moyennement l’existence
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- de sa famille, de fournir à certains entrepreneurs des travaux faits à bas prix, et pourtant cette intervention a pour conséquence regrettable : la baisse du salaire pour les professionnels.
- M. Jay ne voit de remède à la situation que dans rétablissement de minima de salaires qui seraient fixés, soit comme le demandait un récent congrès tenu en Allemagne, par les conseils de prud’hommes, soit, comme cela a été tenté à Victoria et en Nouvelle-Zélande, par des comités constitués sur l’initiative des pouvoirs publics.
- M. Millerand réclame une enquête, mais une enquête large, populaire, pour éclairer l’opinion publique sur une question qu’elle ne connaît pas assez.
- Il ne s’agit pas, selon lui, de combattre le travail, mais l’abus du travail à domicile, et il ne faut pas que personne puisse s’effrayer de la campagne menée.
- Mais, comme l’a dit un précédent orateur, le docteur Fauquet, il est nécessaire de mettre en regard le travail dispersé et le travail aggloméré. Ce dernier présente nombre d’avantages aux travailleurs qui, formés en collectivités, bénéficient des lois ouvrières sur les accidents, les assurances, la protection des femmes et des enfants.
- Qui profite surtout du travail à domicile ? demande M. Millerand. Les gros industriels qui se libèrent en faisant besogner beaucoup à l’extérieur , évitent de grands frais de local et conséquemment de patente et d’imposition.
- En réglementant, dans la mesure du possible, le travail à domicile, on favorisera le travail aggloméré, profitable plus que tout autre à la classe ouvrière.
- A la suite de cette discussion qui a été fort intéressante, les deux résolutions suivantes ont été prises :
- « 1® Demander au gouvernement de procéder à une enquête sur le travail à domicile, afin d’en pouvoir délimiter l’importance vis-à-vis du travail aggloméré ;
- 2® Demander le vote d’une loi exigeant des industriels
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- et propriétaires d’entreprises ouvrières, la liste des ouvriers travaillant hors de leurs maisons , afin de savoir exactement à quoi s’en tenir sur les conditions du travail disséminé. »
- La guerre russo-japonaise et sa répercussion sur le prix du papier. —. On lit dans le Papier Zeitung journal allemand : « La guerre qui a éclaté au commencement de février a provoqué une telle augmentation de tirage des journaux américains que, pour parer à des besoins imprévus, les Américains ont dû acheter toutes les réserves de pâte à papier de la Scandinavie, d’Allemagne et de Finlande.
- La « Great Northern, Paper et C° », obligée de limiter sa production par suite du manque de pâte mécanique, avait accaparé déjà tous les stocks disponibles des pâtes du Canada ; actuellement il n’y a plus de réserves de pâtes dans aucun pays, la production suffit à peine, et les prix ont monté d’une façon notable. Le papier ressent à son tour la répercussion du prix de la pâte ; la hausse américaine commence à se faire sentir en Allemagne et va s’étendre à toute l’Europe.
- On prévoit déjà que cette hausse ne se bornera pas au papier journal. Comme à défaut de pâte mécanique, on arrive à l’obligation d’employer d’autres pâtes, tous les papetiers sont donc obligés d’augmenter leurs prix. Nos renseignements particuliers nous permettent d’ajouter que les fabricants français se sont préoccupés de cette situation ».
- ALLEMAGNE
- Le 1er Congrès pour la protection du travail à domicile. — Un premier congrès s’est tenu à Berlin les 7, 8 et 9 mars 1904, pour la protection générale des travailleurs à domicile. L’ordre du jour traitait : 1° de la situation sociale desdits ouvriers et de la nécessité d’une protection légale en leur faveur ; 2° des dangers
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- de l’industrie à domicile pour les consommateurs. Les vœux émis de divers côtés lors de la discussion des rapports présentés sur ces deux points, furent renvoyés à une commission, qui, après un examen critique approfondi, les coordonna dans la résolution ci-dessous, adoptée par l’ensemble des congressistes :
- « Dans le système actuel de la production, l’industrie à domicile est une forme d’exploitation qui, du fait des faibles salaires et des longs temps de travail pratiqués, comporte pour les ouvriers et ouvrières les inconvénients les plus graves aux points de vue économique et sanitaire, et permet aux patrons de tourner les lois sur , la protection et l’assurance ouvrières. C’est, en raison des lieux de travail malsains, un foyer de maladies infectieuses, tant pour les producteurs que pour les consommateurs ; partant, un danger pour la santé de tout le monde. Devant ce péril général, le législateur a le devoir d’interdire le travail à domicile dans les industries particulièrement dangereuses, et en outre, de s’employer, par des mesures appropriées, à relever la situation économique des ouvriers et ouvrières à domicile ; à les préserver, avec l’ensemble du public, des dangers d’ordre sanitaire qu’offre cette forme d’exploitation, et à provoquer sa limitation progressive jusqu’à disparition complète. Aussi le Congrès réclame-t-il l’élaboration immédiate d’une loi protectrice des travailleurs à domicile sur les bases suivantes :
- « lo Sur la proposition des ouvriers ou de leurs organisations syndicales, établissement, par le conseil de prud’hommes érigé en comité de conciliation dans son ressort, de taux de salaires applicables pendant une période déterminée à la branche pour laquelle on aurait fait appel à cette juridiction. Dans les localités sans conseil de prud’hommes, instituer pour la même fin des commissions spéciales formées d’un nombre égal de représentants ouvriers et patronaux avec un délégué de l’Inspection du travail, président. Les taux de salaires ainsi arrêtés ne seraient pas inférieurs à ceux
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- pratiqués dans les fabriques et ateliers et auraient, aussitôt publiés, un caractère impératif pour les parties;
- «2° Ediction de prescriptions rigoureuses sur l’aménagement et l’état matériel des lieux de travail dans l’industrie à domicile, visant en particulier à obtenir qu’ils soient clairs, secs, faciles à chauffer et aérer, et qu’ils présentent aussi un volume d’air d’au moins 15 mètres cubes par personne y occupée. De plus, les lieux de travail ne doivent pas faire office de pièces d’habitation, de chambres à coucher ni de cuisines. On défendra l’utilisation, comme ateliers, de locaux immédiatement sous les toits ou bien en sous-sol ;
- « 3° Obligation pour tout industriel ou travailleur à domicile qui veut faire usage de locaux de la nature précitée, d’en aviser les autorités de l’endroit en leur fournissant un état descriptif desdits lieux. Elles délivreront dans les trois jours, en double exemplaire et sans frais, une pièce donnant acte de la déclaration et attestant de plus que les locaux se trouvent dans un état conforme aux dispositions légales. Cette attestation indiquera le cube du local à utiliser et le nombre des personnes qui pourront y être employées ;
- 4° Interdiction du travail à domicile dans des logements et des ateliers où se tiennent des personnes atteintes de maladies contagieuses ;
- « 5° Désinfection et, si nécessaire, destruction des matériaux et marchandises qui, malgré cette défense, sont entreposés ou travaillés dans des logements ou des ateliers où se tiennent des personnes atteintes de maladies contagieuses, les frais de ces opérations de salubrité étant supportés par le patron pour le compte de qui les matériaux et les marchandises sont mis en oeuvre ;
- « 6° Assujettissement des lieux où se pratique le travail à domicile, au contrôle de l’inspecteur du travail, dont les attributions seront, en l’espèce, déléguées à des agents spéciaux de l’un et l’autre sexe, pourvus de pleins pouvoirs et surtout recrutés, dans une proportion suffisante, parmi les ouvriers et les ouvrières syndiqués ;
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- « 7° Obligation pour les entrepreneurs ou sous-traitants de tenir une liste exacte des personnes par eux occupées comme ouvriers ou petits industriels à domicile, avec indication de leur demeure ; de mettre cet état constamment à jour et de le produire en tout temps aux agents de l’inspection du travail ;
- « 8Ü Adoption d’une marque distinctive convenable, que tout le monde puisse voir, pour toute marchandise même fabriquée partiellement par l’industrie à domicile. Cette marque distinctive ne pourra être enlevée qu’une fois la marchandise parvenue entre les mains du dernier acheteur ;
- « 9° Extension, à toute industrie à domicile des lois sur l’assurance contre la maladie, la vieillesse, l’invalidité et les accidents, et, en outre des dispositions de la Gewerbeordnung, touchant la durée du travail, le travail de nuit, le repos dominical, la protection des femmes en couches, le travail des enfants et les règlements d’ateliers ;
- « 10° Assujettissement, non pas seulement des ouvriers à domicile, mais aussi des industriels exerçant chez eux, à la juridiction des conseils de prud’hommes, pour les différends qui s’élèvent entre eux et les entrepreneurs (ou commerçants), au sujet des conditions du travail ;
- « 11° Mise en usage de livres de compte mentionnant la nature et l’étendue du travail, ainsi que les taux de salaire fixés quand la besogne a été donnée ;
- « 12° Défense de faire emporter aux ouvriers et ouvrières en atelier, du travail à exécuter chez eux ;
- « Les travaux de l’Empire, des divers Etats et des communes ne seront adjugés qu’aux entrepreneurs qui les font exécuter dans des exploitations leur appartenant en propre (à l’exclusion de tout sous-traitant) et qui observent les conditions de salaire et de travail fixées, soit par des conventions de tarifs, soit par les organisations professionnelles ouvrières, soit par les commissions prévues sous 1°. Les entrepreneurs con-
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- trevenant aux présentes dispositions seront exclus des marchés de fournitures ;
- « 13° Etablissement de pénalités efficaces pour infraction aux prescriptions légales, dont la non-observation engage en première ligne la responsabilité des entrepreneurs et sous-traitants.
- « Enfin, vu le danger que l’industrie à domicile présente à un degré également élevé pour tous les Etats civilisés, le Congrès invite le gouvernement allemand à prendre l’initiative de conférences internationales. »
- Au Congrès était jointe une exposition de produits du travail à domicile. Cette exposition permettait de se rendre compte des conditions particulières dans lesquelles ces produits étaient fabriqués. En particulier, elle faisait voir le degré de dépréciation des salaires, ainsi que la façon dont se divisait le travail.
- (.Bulletin de l’Office du travail, mai 1904, d’après la Social Rundshau, mars 1904).
- Le travail à l’heure ou à la tâche.
- L’office de statistique allemand vient de publier les premiers résultats de l’enquête qu’il a entreprise sur le mode de payement des salaires dans l’industrie de l’agriculture en Allemagne. Il constate que presque partout on tend à remplacer le salaire à la tâche par le salaire à l’heure ou à la journée; cette tendance se manifeste surtout dans la grande industrie où les salaires à l’heure dominent de plus en plus, tandis que le salaire à la tâche reste encore prépondérant dans la moyenne et petite entreprise.
- Le Bulletin de VOffice d,u travail français résume ainsi cette statistique allemande :
- « Dans certains métiers, l’évolution est maintenant un fait accompli : c’est le cas notamment dans l’industrie de la construction et les professions qui s’y rattachent (peintres, couvreurs et carreleurs), où l’on ne
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- connaît plus guère que le tarif à l’heure. Le travail n’exigeant ici aucune adresse particulière, il est facile de former en peu de temps de bons ouvriers, fournissant un travail sensiblement égal, et on a pu ainsi établir facilement un salaire moyen basé sur le temps de travail. Les salaires des ouvriers du bâtiment — variant naturellement suivant la localité et le coût de l’existence — sont, d’une façon générale, peu élevés dans les provinces de l’Ouest et augmentent à mesure qu’on s’avance vers l’Est. C’est ainsi qu’un maçon reçoit 0 fr. 56 l’heure à Cassel, 0 fr. 68 à Elberfeld , 0 fr. 86 à Hambourg et 0 fr. 87 à Berlin; un charpentier touche 0 fr. 56 à Créfeld, 0 fr. 62 à Solingen, 0 fr. 68 à Spandau , 0 fr. 87 à Berlin.
- « Par contre, il est tout un groupe d’ouvriers pour lesquels l’élément d’appréciation est très variable et pour qui l’on ne peut régler uniformément les salaires et les conditions du travail. Chez les ébénistes, les tailleurs, les cordonniers, les tailleurs de pierres et les tonneliers par exemple, l’habileté personnelle joue un rôle trop considérable pour qu’on puisse établir un tarif moyen et payer également les ouvriers exercés ou non. La spécialisation des salaires s’impose ici et le travail se règle à la tâche ou aux pièces.
- « Entre ces deux groupes se placent les industries de la verrerie et la métallurgie, dans lesquelles le payement à l’heure remplace peu à peu le payement à la tâche. Chez les verriers, un tiers des tarifs est déjà établi à l’heure ou à la journée et dans les grandes industries métallurgistes, seuls, les spécialistes sont réglés à la tâche.
- « Les tarifs à l’heure sont naturellement basés sur un tarif moyen. Toutefois, dans les contrats établis pour une certaine durée — c’est le cas pour les charpentiers, maçons, peintres, etc. — on prévoit généralement des augmentations au bout de certaines périodes. L’heure est ordinairement prise pour unité de temps ; chez les brasseurs cependant on règle à la semaine ou
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- au mois; chez les tailleurs et les cordonniers, on emploie indifféremment le tarif à l’heure ou à la journée. Dans toutes les industries, il existe un tarif spécial pour les apprentis et les vieux ouvriers qui ne peuvent fournir une somme de travail équivalente à la moyenne.
- « Pour le travail à la tâche, il est difficile de comparer les salaires, par suite des grandes différences qui se rencontrent dans une même industrie0 -En général, on garantit le salaire moyen de l’heure comme minimum de salaire à la tâche. Le tarif est d’autant plus spécialisé qu'on exige plus de capacité de l’ouvrier; il est très variable, notamment chez les tailleurs de pierres, les cordonniers et les tailleurs, chez lesquels l’habileté personnelle est un facteur prépondérant ; il est, au contraire, presque fixe dans les métiers comme la tonnellerie, où la besogne de l'ouvrier est relativement simple et uniforme.
- Les Conseils de prud’hommes commerciaux.
- L’extension aux employés de la juridiction prud’hom-male que réclament en vain les employés français et qui existe dans quelques cantons suisses vient d’être votée en Allemagne.
- A dater du 1er janvier 1905, fonctionneront obligatoirement dans les communes de plus de 20,000 âmes, et facultativement dans les autres, des conseils de prud’hommes commerciaux.
- Ces conseils, qui auront un caractère mixte et qui réuniront sous la présidence d’un juriste, quatre assesseurs, dont deux patrons et deux employés, connaîtront de l’exécution du contrat de louage , des demandes
- d’indemnités, restitutions de certificats, etc.
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- DANEMARCK.
- Association internationale contre la tuberculose
- Ainsi sera dénommé, à l’avenir, le groupement qui,
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- hier, s’appelait « la Conférence internationale pour la lutte contre la tuberculose » et qui s’est réunie du 26-29 mai à Copenhague, sous la présidence de M. le professeur Brouardel.
- En mai 1903, on s’en souvient, la conférence avait réuni à Paris les représentants les plus distingués de presque tous les pays, médecins, hygiénistes, économistes, philantropes, etc.
- Plusieurs questions à l’étude, pour la lutte contre la tuberculose, mal social, avaient alors trouvé leurs solutions, qui, transmises aux gouvernements de tous les. pays, inspirèrent des mesures d’hygiène générales de la plus haute importance.
- Telle fut celle, par exemple, prise par M. le président du Conseil, en France, contenue dans une pirculaire ministérielle du 15 février 1904, enjoignant aux préfets de prendre d’urgence toutes les dispositions nécessaires, dans les hôpitaux généraux et hospices, pour que l’isolement des tuberculeux y soit réalisé, dans un but de prophylaxie, la fréquence de la contagion de la tuberculose dans les salles d’hôpital ne faisant plus de doute pour personne.
- Cette année, des travaux de la Conférence internationale réunie à Copenhague, il ressort des conclusions non moins importantes :
- 1° Des dispositions doivent être prises pour rendre obligatoire la déclaration des décés par tuberculose pulmonaire et laryngée ;
- 2° La tuberculose étant une maladie transmise par les bacilles contenus dans les expectorations, par tous les moyens possibles il devra être défendu de cracher sur le sol de tout lieu fréquenté par le public en général.
- Dans un rapport très souvent couvert d’applaudissements enthousiastes, M. le professeur Brouardel à montré qu’on France, en dehors de la décision ministérielle qui assurera l’isolement des tuberculeux dans les établissements de l’Assistance publique, l’année qui vient de s’écouler compte à son actif la constitution défi-
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- nitive et le fonctionnement de la Fédération antituberculeuse française, unissant trente-huit œuvres fondées par l’initiative privée , et puissamment outillée, — la constitution de l’Alliance d’hygiène sociale, sous la présidence de M. Casimir-Péeier, et à laquelle la Fédération antituberculeuse française a apporté son adhésion.
- Le docteur Derecq, médecin en chef du dispensaire de l’Œuvre des enfants tuberculeux (Œuvre d’Ormesson), a fait une importante communication sur la nécessité de l’adoption générale d’un livret sanitaire individuel, dont l’étude a été mis à l’ordre du jour pour la prochaine réunion des membres de l’Association internationale contre la tuberculose, qui se tiendra à Paris, en septembre 1905, peu de temps avant le Congrès international de la tuberculose dont le docteur Léon Derecq est un des organisateur en sa qualité de secrétaire général adjoint au docteur Letulle, médecin de l’hôpital Bouci-caut, (Débats.)
- ÉTATS-UNIS.
- L’Institut de technologie de Boston.
- Il existe à Boston une excellente école polytechnique sous le nom d’institut de Technologie, et cette école se signale depuis quelques années par un esprit philantropique qui lui a acquis, dans la région, une popularité méritée. Partant du principe qu’elle ne devait pas être seulement une fabrique de techniciens, mais une collaboratrice du Bureau de salubrité, elle a prêté son concours éclairé à ce dernier dans diverses réformes récentes. Il s’agissait notamment de l’établissement d’un système rationnel d’égouts. Il y a un certain temps, des maîtres et des élèves de l’École visitaient une usine. Le temps était superbe, et ils furent tous frappés du ‘contraste entre la pureté de l’air extérieur et l’impureté de l’air de l’usine, où l’on avait peine à respirer. Ils se rendirent compte que, même dans les locaux qui semblent bien installés, les poussières peuvent n'être pas
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- éliminées ainsi qu’il conviendrait. Une petite statistique publiée l’an dernier dans le Bulletin du Bureau du Travail montrait d’ailleurs avec une évidence douloureusement éloquente, qu’il doit y avoir dans les exploitations industrielles des causes de mort mal connues ou mal combattues qui, jour après jour, s’attaquent à l’ouvrier. 11 ressortait, en effet, de la statistique en question que, dans l’Etat du Massachusetts, tandis que la longévité du cultivateur qui vit au grand air des champs s’élève à 65,3 ans, celle de l’ouvrier de fabrique s’arrête à 39,3. On cite une usine de taillanderie à Boston qui avait développé parmi son personnel une forme particulière de la phtisie, et qui eut successivement comme ouvriers des Américains qui pouvaient fournir 18 à 20 ans de travail , puis des Canadiens français qui ne dépassaient guère 12 ans, et enfin des Finlandais et des Polonais, ses employés actuels, qui durent encore sensiblement moins. L’Institut de technologie agite l’opinion sur ces graves problèmes. Il demande que l’on profite du census, ou recensement d’Etat, de l’année prochaine, pour obtenir des données statistiques qui manquent encore sur la condition des différentes catégories des travailleurs, et que le législateur remette sur le chantier la loi sur les fabriques qui doit profiter des lumières nouvelles de la science. Le grand organe de la Nouvelle Angleterre, le Springfield Rèpublican, se fait l’interprète de la reconnaissance du public envers l’Institut de technologie et particulièrement l’un de ses professeurs, M. Winslow, qui a pris en main la question des réformes sanitaires. Il se félicite de voir cette école présenter « les traits caractéristiques de l’esprit universitaire, savoir une active et large coopération aux œuvres de bien public. » (Journal de Genève.)
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- LA QUESTION DE LA PAIX
- La France et la paix.
- Extrait du discours prononcé le 25 juillet 1904 à Carcassonne, par M. Emile Combes, président du Conseil des ministres de la République française :
- « Nous avons la joie patriotique de constater que jamais la France n’a joui dans le monde d’une plus grande considération et d’un plus grand respect. Jamais son alliance et son amitié n’ont été plus appréciées ni plus recherchées. Jamais la franchise et la loyauté de sa diplomatie n’ont été plus hautement reconnues. Jamais ses conseils, inspirés par le constant souci de la paix du monde, n’ont été écoutés avec plus de déférence. (Double salve d’applaudissements.)
- « Messieurs, je me garderai bien d’en faire honneur uniquement, ni même, si vous le voulez, principalement au ministère actuel. Mais on me concédera bien que si les ministères antérieurs ont eu une part légitime dans la situation que je signale, le ministère actuel est bienvenue à revendiquer la sienne, et peut-être ne sera-t-il pas taxé de fatuité, s’il l’estime prépondérante.
- « En tout cas, c’est lui qui a eu le mérite de signer les premiers traités d’arbitrage, qui ont donné corps aux doctrines de paix théoriquement émises par la conférence de La Haye. Et, non content d’apposer la signature de la France au bas de ces traités, il en a pris occasion pour faire disparaître entre l’Angleterre et nous les causes anciennes ou nouvelles de conflits toujours à craindre. Si l’opposition nous refuse son approbation , nous nous en consolerons facilement au spectacle de la joie sincère que les peuples témoignent de la tendance pacifique de notre diplomatie. » (Bravos répétés.) '
- M. Combes ajoute, que « les sentiments intimes
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- des peuples sont en harmonie complète avec les vues de la diplomatie pour regarder les conventions nouvelles, non seulement comme des gages assurés, mais aussi comme des instruments efficaces d’une paix universelle. Car, en dépit des bruits de guerre qui retentissent au loin, la paix demeure notre premier besoin comme notre ferme résolution. » (Nouveaux applaudissements.)
- Antérieurement, M. Loubet, président de la République, avait dit à Arras où il avait présidé, le 23 mai, aux fêtes de gymnastique :
- « Quelles qu’aient été les vicissitudes de notre politique intérieure, les hommes d’Etat qui ont été appelés à constituer des ministères ont tous été animés d’un même sentiment, l’amour du pays, et ce qu’on oublie parfois dans Pacrimonie et les injustices des polémiques, tous ont eu pour but la grandeur de la République et de la France, le maintien de la paix, l’affermissement de nos alliances, de nos amitiés, de nos relations, avec la Russie d’abord, avec l’Angleterre, avec l’Italie, avec d’autres demain. »
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- La Ligue latine de France #et des Républiques américaines.
- V « Indépendance belge » a annoncé la fondation d’une association qui se propose de rendre plus étroites les relations politiques, commerciales et industrielles entre la France et les Républiqües latines d’Amérique et d’établir des liens d’intimité entre l’élite intellectuelle des pays latins. Cette société a pris le titre de <r Ligue latine de France et des Républiques américaines. »
- Elle a choisi pour président M. de Lanessan, ancien ministre de la marine, et pour vice-présidents MM. Maurice Faure et Pauliat, sénateurs.
- On s’occupe dès à présent à réunir à Paris pour 1906 ou 1907 un congrès de parlementaires composé de députés des parlements des Républiques latines et de
- députés et sénateurs français.
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- LA QUESTION DE LA PAIX
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- Le traité d’arbitrage franco-suédois.
- Un traité d’arbitrage a été conclu le 10 juillet 1904 entre la France et le royaume de Suède et Norwège.
- A l’occasion de ce traité, M. Lagerheim, ministre des affaires étrangères de Suède et Norwège, a envoyé à M. le baron d’Estournelles de Constant un télégramme par lequel il félicite le Groupe parlementaire français de l’arbitrage de son travail énergique et incessant pour l’oeuvre de la Paix entre les nations.
- M. d’Estournelles a répondu en exprimant l’espoir que M. Lagerheim pourra assister à la réunion qui, le 26 novembre prochain, verra réunis à Paris les membres des quatre Parlements suédois, norvégien, danois et français, pour célébrer, à la même date que l’an dernier, les irrésistibles progrès de la justice internationale.
- * *
- Le 5e Congrès Scandinave de la paix a voté une résolution invitant les associations Scandinaves à émettre auprès de leurs gouvernements et de leurs parlements, le voeu qu’il soit conclu, avant tout entre les trois royaumes Scandinaves, des traités d’arbitrage comme celui qui a été signé le 12 février 1904 par le Danemark et les Pays-Bas.
- Par une autre résolution, les associations des pays Scandinaves sont invitées à faire parvenir une circulaire bien motivée à tous les maîtres d’école, non seulement des écoles primaires, mais aussi des lycées et des universités, pour qu’ils fassent de la « pacilogie »
- dans les leçons de religion et d’histoire.
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- Contre la guerre.
- Le Congrès socialiste international qui s’est réuni le 14 août à Amsterdam a commencé par une démonstration contre la guerre russo-japonaise.
- Les délégués ont fait une longue ovation au socialiste japonais Katayama et au socialiste russe Plekanofï.
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- Coux-ci ont prononce des discours contre leurs gouvernements respectifs présentés comme des ennemis de leurs peuples.
- Le Congrès a voté à l’unanimité une motion enjoignant aux socialistes de s’opposer par tous les moyens à l’extension de la guerre.
- * Toutes les nuances du parti socialiste étaient représentées au Congrès.
- Le budget de la guerre allemand.
- On lit dans les Streiflichter, à propos du budget de'la guerre en Allemagne : « Le budget de la guerre et de la marine a atteint pour l’exercice écoulé 47 pour cent de toutes les dépenses de l'Empire, soit 1,002 millions de marks ou 18 marks par habitants. En Allemagne, environ 95 0/o des habitants ont un revenu annuel de moins de 3,000 marks, 80 0/o gagnent environ 900 marks par année ; il n’est donc pas étonnant que notre pays tout comme les autres Etats militaires, risque d’être écrasé par les armements, tandis que les œuvres sociales restent inachevées. »
- L’accord franco-anglais.
- Le 12 août 1904, la Chambre des Communes saluait de ses applaudissements le vote en troisième lecture du bill ratifiant l’accord franco-anglais, que la Chambre des Lords adoptait ensuite à l’unanimité.
- Le Congrès anti-militariste international d’Amsterdam a décidé de constituer une Association antimilitariste internationale, dont le secrétariat général serait établi à Amsterdam, sous la présidence de M. Domela Nieuwenhuis.
- Le Conseil fédéral suisse et l’arbitrage.
- Le Conseil fédéral suisse a autorisé M. le président de la Confédération Comtesse à ouvrir des négociations avec les principaux Etats en vue de conclure des traités d’arbitrage permanent.
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- NOUVELLES DU FAMILISTERE
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- NOUVELLES
- DE LA
- SOCIÉTÉ 1)1 FAMILISTÈRE DE GUISE
- 42e FÊTE DE L’ENFANCE
- Dimanche 4 et lundi 5 septembre i904
- PROGRAMME DE LA CÉRÉMONIE AU THÉÂTRE
- Dimanche 4 septembre, à 8 heures du soir
- P L'Aiglon, allegro............................... A. Boisson.
- 2° £>e Chant des Moissonneurs, chœur par les élèves.. A. Dupont. 3° Etoile de Mer, valse........................... G. Allier.
- 4° Discours de M. l’Administrateur-Gérant.
- 5® Frivolité, morceau de genre.................... F. Stoupan.
- 6° Le Beau Danube Bleu, célèbre valse chantée par les
- élèves avec accompagnement de symphonie....... J. Strauss.
- 7® Distribution des Prix.
- SORTIE DU THÉÂTRE
- I
- 8® (Dans la cour de l’Aile droite) ClémentMarot, ouverture Paul Kelsen.
- A l'issue de la cérémonie, Place du Familistère, Mouvements d'ensemble par la Société de Gymnastique « La Pacifique »
- A 8 heures du soir, FÊTE DE NUIT sur la Pelouse près l’Aile droite.
- Grandes Illuminations
- De 8 heures à 9 heures, CONCERT PAR L’HARMONIE.
- PROGRAMME
- 1® Allegro.
- 2* Clément Marot, ouverture...................... Paul Kelsen.
- 3° Confidences, gavotte.......................... E. Wesly.
- 4® Câline, valse............................... L. Chomel.
- A 9 heures, FEU D’ARTIFICE tiré sur le remblai du chemin de fer A l’issue du Feu d’Artifice, Bal à grand orchestre.
- Lundi 5 septembre
- De 3 à 4 heures, Bal d’enfants dans la cour du Pavillon central.
- A l’issue du Bal, les Enfants se rendront sous la surveillance des Maîtres et Maîtresses, dans la cour de l’Aile gauche, où une collation et des rafraîchissements leur seront servis.
- Les travaux des Elèves seront exposés au Foyer du Théâtre
- Une fête analogue a été célébrée pour la 15° fois, huit jours auparavant, au Familistère de Schaerbeek-Bruxelles.
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- Discours de II. L.-V. Colin, Administrateur-Gérant.
- Chers Élèves ,
- Nous voici encore réunis pour votre jolie fête.
- N'allez pas croire que ce mot « encore » cache chez moi quelque ennui de me retrouver ici; ma mission éphémère de président de distribution de prix est de celles que j’accomplis avec le plus de plaisir. Ce mot vient simplement constater une chose qui en soi ne m’est guère agréable : c’est qu'une année est très vite passée.
- Je suis bien méchant, pensez-vous, de dire effrontément que l’année fut trop courte alors qu'elle vous parut si longue, trop longue puisque vous voulez déjà tous être grands garçons et grandes filles, puisque vous courez éperdument vers le destin inconnu, entrevu ou cherché.
- C’est Renan, je crois, qui a dit : « La jeunesse est la découverte d’une chose excellente qui est la vie. » Eh bien, dès que vous l’aurez découverte cette chose excellente qui vous dévouera cependant comme nous tous à des maux amers, à des luttes âpres et incessantes, vous vous apercevrez qu’elle court beaucoup trop vite et vous demanderez, mais inutilement, à marcher au pas.
- Aussi je ne vous veux pas le mal de désirer que vous fussiez déjà des hommes en flattant votre envie de le devenir plus vite que le temps. Croyez-moi, vive l’âge où l’on peut dire tout ce que l’on pense, courir autant qu’on veut, rire de tout son cœur, commettre des fautes sans voir autour de soi s’épuiser l’indulgence, certain qu’on est d’être pardonné dès qu’on est accusé.
- Notre grand poète n’a-t-il pas dit :
- « Vous qui ne savez pas combien l'enfance est belle » Enfant, n’enviez point notre âge de douleurs » Où le coeur tour à tour est esclave et rebelle,
- » Où le rire est souvent plus triste que vos pleurs.
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- NOUVELLES DU FAMILISTÈRE
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- Et plus loin :
- « Oh ! ne vous hâtez point de mûrir vos pensées !
- Jouissez du matin, jouissez du printemps ;
- » Vos heures sont des fleurs l’une à l’autre enlacées ;
- » Ne les effeuillez pas plus vite que le temps.
- Mes amis, si les plus petits d’entre vous ne m’écoutent pas ; je les y autorise d’autant mieux qu’ils en prennent avec raison la permission, les plus âgés ne paraissent m’entendre qu’à demi-mot, ils sont sceptiques; je ne les convaincrai pas malgré mes efforts : ils veulent être vite des hommes.
- Laissons donc là ces choses trop sérieuses, puisque nous ne sommes pas d’accord et puisqu’aussi bien nous ne pouvons que prendre le temps comme il vient.
- Mais écoutez encore un instant, écoutez la proclamation des principaux résultats de l’année scolaire et applaudissez de vos jolies petites mains aux succès de vos camarades, de ceux que vous appelez les grands :
- Aux examens du certificat d’études primaires, nous avons présenté 27 élèves de la cinquième année (classe dirigée par M. Dehorter) dont 10 garçons et 17 filles ; 26 élèves : 10 garçons et 16 filles ont été reçus.
- A l’orphelinat de Lemé, l’élève Duthois Suzanne a subi l’examen dans le canton de Sains et a obtenu son certificat d’études.
- 3 élèves : Louis Eugène, Migrenne Marcel et Lanciaux Germaine de la première section du (cours complémentaire, professeur M. Chassagne, et une élève Lairloup Léontine, de la section spéciale du même cours, ont subi avec succès, devant la commission qui siège à Bui-ronfosse pour l’arrondissement de Vervins, l’examen pour l'obtention du certificat d’études complémentaires.
- (Applaudissements.)
- Les deux élèves Lecrux Lucie et Carpentier Angèle de la section spéciale ont obtenu le brevet élémentaire devant la commission à Laon.
- Les deux mêmes élèves ont concouru pour l'admission à l’école normale d’institutrices de Laon avec un,
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- plein succès. Au total 78 jeunes filles ont pris part à ce concours et 20 seulement peuvent être admises ; Carpentier Angèle est reçue la septième et Lecrux Lucie la première du département. Il faut les féliciter par des bravos.
- (Applaudissements.)
- Lejeune Lanciaux Maurice a magnifiquement terminé sa deuxième année à l’école professionnelle de Reims, section commerciale; comme l’année dernière il a remporté le prix d’honneur et le prix d’excellence avec de nombreux premiers prix, en tout quinze nominations. Ne lui ménagez pas vos applaudissements, joignez-les aux félicitations unanimes qu’il a déjà reçues et que pour ma part je lui renouvelle ici avec plaisir. (.Applaudissements.),
- A l’école nationale professionnelle d’Armentières, Anstell Paul a terminé sa troisième année et Roy Julien sa deuxième ; tous deux ont passé les examens écrits et oraux pour l’admission à l’école des Arts et Métiers de Lille et sont reçus définitivement. Les voilà maintenant au pied du mur, qu’ils nous montrent que les sacrifices faits pour leur instruction porteront leurs fruits.
- Je ne voudrais pas terminer cette énumération, si éloquente pour la cause de nos classes, sans adresser aux vaillants artisans de ces succès, à ceux qui vous distribuent si courageusement l’instruction , à ceux dont la tâche est la plus difficile, la plus nécessaire de toutes, à vos maîtresses et à vos maîtres, les remerciements sincères qu’ils méritent. Il m’est bien agréable de le leur dire au milieu d’une si belle réunion, certain que vous tous, parents, amis et entants, les admirez dans le rôle si ingrat mais si beau qui leur est dévolu.
- Maintenant, mes petits amis, je vous permets de ne plus m’entendre ; je vais m’adresser à vos parents, leur dire des choses qu’ils n’approuveront peut-être pas, mais qui sont de nature à arrêter leur attention. Ils me sauront gré quand même, je le crois, de mon franc-parler.
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- Posons-nous une simple question : A quoi doit servir l'instruction que nous faisons donner à nos enfants ?
- Posons-là d’une façon générale, ne la limitons pas aux enfants du Familistère ; parlons-en surtout en raison de la manière dont on la résout dans la classe bourgeoise.
- Dans l’esprit de beaucoup de parents, le but de l’école n’est pas de mettre à la disposition de leurs enfants un fonds de connaissances propres à leur faire choisir librement une voie, à les armer pour la bataille de la vie qu’ils vont engager ; le but est tout simplement de leur faire obtenir un petit diplôme, tout petit mais suffisant pour les éloigner des besognes manuelles, pour leur faire croire que la lutte est finie alors qu’elle commence, pour leur procurer une place, même si elle n’est pas en rapport avec leurs aptitudes, pourvu que ce soit une petite place !
- Que l’enfant quitte les classes à quatorze ou quinze ans ou qu’il poursuive plus loin ses études, l'idéal est de faire de lui un fonctionnaire ; la fonction fût-elle modeste et d’avenir restreint, il sera fonctionnaire.
- Loin de moi la pensée de voir dans les fonctionnaires des gens inutiles ; ils sont généralement fort honorables, nécessaires, appréciables et souvent appréciés ; mais combien n’ayant pas les capacités voulues sont obligés de limiter leurs espérances et en souffrent.
- Il n’est pas rare le fonctionnaire mal rétribué, astreint à des obligations onéreuses, qui doit être vêtu convenablement, qui doit représenter, en un mot, gardant pour soi seul le secret de ses misères.
- D’autre part, tout le monde ne peut pas être fonctionnaire, l’extension des attributions dans les services publics ou dans les administrations même privées a des bornes qui sont trop rapprochées au regard du nombre toujours croissant des compétiteurs.
- Et que risque l’employé médiocre ? D’attendre son avancement de la bienveillance ou de l'influence d’un supérieur et le plus souvent de la durée de ses servi-
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- ces. Ses parents n’eussent-ils pas été mieux inspirés en faisant de lui un bon cultivateur, un bon commerçant, un bon industriel, un bon artisan, voire même un bon ouvrier?
- Malheureusement, une sotte opinion prévaut encore : c’est qu’un commerçant avisé, un cultivateur capable, un artisan habile, un ouvrier instruit, occupent dans la collectivité une profession d’ordre inférieur. On se figure toujours le fonctionnaire comme un aristocrate. Il fait autre chose que les autres et voilà tout. Il ne participe à la puissance publique que proportionnellement à sa valeur individuelle.
- De cette illusion est venue la conception détestable qu’on a de l’instruction ; conception qui porte les parents à croire que leur enfant en sortant de l’école, surtout d’une école quelque peu officielle, peut prétendre à tout; qu’il lui suffit d’y passer une année ou deux pour avoir une place, sans se demander s’il possède seulement une partie des connaissances suffisantes pour occuper tel ou tel poste entrevu ou convoité, et s’il ne végétera pas dans l’attente continuelle d’un avancement immérité.
- Cet état d’esprit général qui, toutes proportions gardées , s’acclimate ici, tient à ce sentiment bien humain qu’on veut épargner à ses enfants toutes les peines du début, toutes les incertitudes des positions dans le commerce, dans l’industrie, dans l’agriculture; qu’on redoute pour eux les séparations nécessitées par les apprentissages au loin, les voyages, etc..., en un mot cela tient à ce qu’on aime beaucoup ses enfants, mais qu’on ne les aime pas toujours bien.
- Ne serait-ce pas surtout chez la mère que la façon d’aimer ses enfants est critiquable ?
- Nous concevons bien que l’amour maternel se traduise par un souci constant d’épargner à l’enfant les accidents, les peines corporelles , de ménager sa santé; mais cela sans pousser les choses à l’excès , sans faire de lui un être qui ne pourra plus se guider dès que sa
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- maman ne sera plus là, un être que la maman voudra toujours garder près d’elle parce qu’il est « si délicat », parce « qu’il ne faut pas tous les biens du monde pour vivre, qu’il en gagnera assez pourvu qu’il n’ait pas de peines », etc..., etc...
- Le paradoxal Jean-Jacques disait : « Souffrir est la première chose que l’enfant doit apprendre, c’est celle qu’il aura le plus grand besoin de savoir. » Ceci est peut-être excessif. Si nous ne devons pas apprendre l’enfant à souffrir, du moins devons-nous lui montrer qu’un jour il sera à la peine et que l’instruction que nous lui faisons distribuer ne sera jamais assez complète pour le garantir des aléas de la vie.
- Nous devons surtout lui apprendre à ne compter que sur lui-même, lui montrer qu’il ne s’élèvera que peu à peu, à force de travail, d’activité et de ténacité.
- Nous devons diriger son instruction et son éducation dans le sens vrai de la vie moderne, éclairer son jugement, éloigner de lui la présomption et le faux savoir, la tyrannie des mots et des formules ; ne pas le bercer dans un rêve de quiétude qui endormirait son énergie ; ne pas exagérer sa valeur, au contraire, exciter son initiative, lui ouvrir une voie en rapport avec son instruction et son vrai mérite, et lui en montrer tous les écueils pour le préparer à l’action.
- Nous devons en un mot faire de l’élève d'aujourd’hui le citoyen de demain , mais le citoyen actif, agissant et responsable, qui apportera sa contribution de mouvement et de vie à ce grand tout qu’est la nation, à cette cause de civilisation et de progrès qui est la plus noble de toutes et qui est unique puisqu’il n’y a qu’une France. {Applaudissements,)
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- Yim B’HOTÜL, .
- Par Henry GRÉVILLE
- (Suite. )
- Ce moyen naïf de vivre en paix parut si drôle à Céphise, étant donné que les jeunes gens se considéraient comme fiancés depuis plusieurs mois, qu’elle étoufia un sourire ; mais la fine Mamie l’avait vu, elle entoura de ses bras le cou de Mme(Carval en lui disant :
- — Si vous le voulez, votre maman le voudra, et si elle le veut, votre père consentira.
- C’était un peu l’avis de Mme Maubert , mais elle n’osait pourtant prendre sur elle de l’affirmer. Jadis, au temps de leur fortune, c’eût été bien plus aisé ; l’assentiment de M. Maubert était plus douteux, à présent qu’il n’était plus en état de fournir à son dernier enfant le revenu qu’il avait assuré aux aînés, sans prélever sur ce qui lui restait, plus que ne le comportait la nécessité de vivre en faisant une certaine figure.
- — Mamie, dit Céphise, vous avez montré en ces jours d’épreuves un dévouement et une décision qui vous ont gagné notre estime. Pourquoi faut-il que vous ayez tenu secret ce que vous auriez dû nous avouer tout d’abord ?
- — Vous avez raison, répondit la jeune fille, avec cet abandon spontané qui était un de ses charmes ; cela, c’est la faute de Gaëtan ; quand je me suis aperçue que c’était mal, — il n*y a pas longtemps, — j'ai décidé de vous parler, et je suis venue tout de suite. Et puis on m’a élevée un peu à l’anglaise, vous savez, et en Angleterre ce n’aurait pas été si mal du tout.
- — Fi, Gaëtan ! dit Céphise. Toujours cachottier, comme autrefois.
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- VIEr d’hÔTEL
- Sa mère la regarda d’un air de reproche, car dans la voix sévère on discernait une folle envie de rire. Alors, elle n’y tint plus et éclata.
- —• Maman, dit-elle quand cette crise de gaieté fut passée, au milieu de l’inexprimable confusion des jeunes gens, pardonne-moi, je t’en prie, mais j’ai tant pleure que je ne puis m’empêcher de rire à présent, c’est nerveux. Quand on pense que nous sommes, suivant l’expression de mon frère, un tas de gens vénérables, et que cette petite masque, avec ce gamin, nous ont tous trompés, y compris Mme de Greslin, Colette et Roger , je trouve cela très drôle.
- — Alors , tu es avec eux contre les parents ? demanda sa mère à demi désarmée.
- — Comment veux-tu qu’il en soit autrement? Gaëtan est têtu comme une mule, il n’en démordra jamais , je le c'onnais ; seulement il sera de mauvaise humeur jusqu’à ce qu’il soit marié ! Or, Gaëtan de mauvaise humeur... tu ne connais pas cela, maman — ou bien tu l’as oublié, ajouta-t-elle sur un geste qui affirmait la connaissance de cet « état d’âme », mais je m’en souviens. Puisse Mamie ne jamais s’y frotter !
- — Oh ! mais je le connais très bien, affirma la jeune fille avec candeur. Il est très désagréable, surtout quand il est jaloux.
- Gaëtan regarda Mamie avec des yeux furibonds , et cette fois ce fut Mme Maubert qui perdit son sérieux.
- — Voyons, dit-elle, nous sommes plus enfants que vous, et cela n’a pas le sens commun. Attendons le retour de mon mari, qui ne peut tarder, avant de nous engager plus avant.
- — Alors, rien de changé? demanda le jeune homme.
- — Rien, sauf qu’à mon avis Mme de Greslin devrait être informée...
- — Ce sera la fin du monde! déclara Mamie en laissant tomber ses bras consternés; elle va m’emmener...
- — C’est ce qu’elle aurait de mieux à faire, dit Céphise, sérieuse cette fois.
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- La jeune fille hésita un instant, puis prenant son parti :
- — Vous avez raison, dit-elle. Nous allons passer à Rome, ou ailleurs, le temps nécessaire au retour de M. Maubert, et nous reviendrons quand vous me rappellerez.
- — Eh bien ! et moi ? dit Gaëtan déconfit.
- — Vous ? vous allez vous rendre utile à votre maman et à votre soeur et à monsieur votre beau-frère, et vous allez faire des dessins pour les journaux illustrés, des canards si vous voulez, ajouta-t-elle avec un regard de côté tout à fait comique. Je vous ai promis de vous aimer toujours et malgré tout, je renouvelle mon serment devant votre mère et votre sœur — qui sont vraiment bien bonnes pour un petit oiseau écervelé comme moi...
- Sa voix s’était fondue en un murmure caressant en achevant sa phrase, et elle s’était laissée glisser à genoux près de Mme Maubert.
- — Je tâcherai d’être bonne, courageuse et fidèle comme vous, — elle tendait une main vers Céphise, — afin de mériter mon grand bonheur, et le grand honneur d’entrer dans votre famille.
- On frappa à la porte ; c’était la lampe. Mamie fut sur ses pieds avant que Céphise eût pu dire : Entrez. Dans le corridor éclairé disparut la silhouette de M. Boss, les mains derrière le dos.
- — Il écoutait, dit Gaëtan. Sûrement je lui casserai une canne sur l’échine !
- — Il doit y être habitué, répondit Céphise ; laisse-le tranquille, ça te coûterait une canne. Mamie, je compte sur vous pour l’empêcher de faire des dépenses inutiles.
- Le jeune homme fut autorisé à conduire Mamie chez sa mère. Les coutumes cosmopolites de Menton ne défendaient pas cet acte de courtoisie, surtout à la nuit tombante. Ils sortirent ensemble et marchèrent le long des rues peu fréquentées, bien éclairées, comme si o’eût été la route du ciel.
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- VIE D’HÔTEL
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- En rentrant, Gaëtan trouva Mme Mertins dans le hall. Il avait besoin de conter sa joie, et les beaux yeux noirs ne demandaient qu’à la partager. Confidentiellement, en montant l’escalier, car ils partageaient une commune antipathie à l’endroit de l’ascenseur, il raconta son bonheur, ses espérances et les quelques craintes que lui inspirait encore la résistance possible de son père.
- — Nous l’implorerons tous ! dit la bonne madame Mertins.
- Le lendemain soir, Céphise était à Marseille, et une heure après son mari débarquait. Ce que fut leur rencontre, nul ne peut ni ne doit le dire ; ceux-là seuls qui ont traversé les ténèbres de la mort et cru à la disparition de la meilleure part d’eux-mêmes peuvent le savoir. Si la tendresse humaine est limitée aux bornes étroites de la terre, il n’en est pas moins vrai qu’à de certains moments elle peut franchir toute barrière, et comme un aérostat s’élever jusqu’à l’éther, — dût-elle regagner ensuite sans secousse son point de départ.
- Les deux époux revinrent à Menton sans perdre de temps. C’était pour le moment le nid familial où le voyageur allait se reposer de ses angoisses. Il avait souffert autant que sa femme, de la pensée de ce qu’elle endurait. L’idée qu’elle pouvait le croire perdu était pour lui comme une pointe aiguë dans sa chair. Il avait reçu des blessui^es réelles, quoique sans gravité; mais l’eau de mer et les vêtements de laine les avaient cruellement avivées ; il assura que ces souffrances physiques lui avaient semblé un bienfait, lorsqu’à de certains moments elles l’occupaient assez pour qu’il pût en oublier son souci moral.
- Non sans peine, à force de le questionner, Gaëtan finit par lui faire avouer que, lors du naufrage, il avait secouru plusieurs des hommes sauvés, en leur sacrifiant les épaves auxquelles il s’était successivement accroché.
- — Eh bien ! et toi, comment as-tu fait, quand il n’y a
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- LE DEVOIR
- plus eu personne à munir ? demanda son beau-frère.
- — J’ai nagé, répondit simplement Carval.
- On n’attendait plus que M. Maubert : les jours s’écoulaient, lents pour sa femme, presque aussi lents pour son fils, qui ne trouvaient de réelle consolation à ses ennuis que dans d’interminables confidences à Mme Mertins.
- — Tu ne la connais pas, disait-il à Carval, ce n’est pas la peine que je t’en parle. L’avoir vue, ce n’est pas la connaître !
- — Quand on pense, répondait Armand en regardant Céphise, que nous avons tous été comme lui !
- Cependant M. Boss et son groupe s’étaient déclaré entre eux que la conduite de Gaëtan était tout à fait scandaleuse. Fiancé a cette petite jeune fille, M. Boss en était certain, une sotte pécore, d’ailleurs, puisqu’elle avait regardé de travers le vénérable vieillard, n’avait-il pas continué la plus méprisable intrigue avec Mme Mertins ? On les voyait toujours ensemble, à la promenade, dans le hall ; à table, il était son voisin et ne cessait de lui parler tout bas. Est-ce que le mari de cette créature n’arriverait pas un jour, pour qu’on le mît au courant d’une situation qui déconsidérait l’hôtel ?
- Mamie avait tenu parole; soudainement, miss Browley et Mme de Greslin s’étaient senties prises d’un irrésistible besoin d’aller à Florence. (Mamie avait craint que Rome ne fût trop loin, et aussi que les attractions de cette ville sacrée ne fussent de redoutables empêchements quand il s’agirait d’un prochain retour.) En vingt-quatre heures, le trio de voyageuses avait fait ses malles et pris le train, malgré les avis contraires des connaisseurs qui les engageaient à visiter Florence seulement au printemps. Il s’agissait bien de printemps. Mamie avait dans l’âme toutes les teintes de l’aurore et toutes les douceurs d’avril. Après avoir aimé sans espérance, dans la vague tristesse de sa jeune âme à son insu prisonnière, elle s’épanouissait maintenant comme les roses de Provence et d’Italie sous le soleil, encore captif, lui
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- aussi, du solstice d’hiver, mais qui allait reprendre dans le ciel la course des jours de plus en plus prolongés.
- Elle allait et venait dans sa chambre d’hôtel, maniant les objets avec une adresse gracieuse, une sûreté de main qui charmait sa mère ; c’est que, dans tout ce qu’elle touchait, elle voyait les compagnons, les témoins de son futur bonheur : ce qui plairait à Gaëtan, ce qui amuserait sa nouvelle famille.
- — Je suis sûre, à présent, dit elle un jour, que je ne brûlerais plus la soupe au lait !
- Mme de Greslin ne saisit pas l’à-propos de cette réflexion pourtant si profonde, et regarda sa fille d’un air un peu inquiet ; mais Mamie savait très bien ce qu’elle voulait dire.
- — Si tu voyais, maman, reprit-elle, toujours sans que sa mère pût trouver ombre de suite en ses discours, comme Mme Maubert et Oéphise sont bonnes !
- — Tu appelles Mme Carval par son petit nom ? fît l’excellente femme interdite.
- — Quelquefois, répondit sa fille d'un air sagace, en parlant d’elle principalement. Maman, qu’est-ce que j’ai, au juste, en fait de fortune ?
- La tête de Mme de Greslin s’embrouillait à la suivre. Elle chercha un peu à comprendre, puis y renonça et dit d’un air résigné :
- — Miss Browley t’a donné six cents livres sterling de capital, ce qui fait environ cinq mille francs de rente.
- — Eh ! mais, c’est très gentil ! Je ne m’en étais jamais bien rendu compte.
- -- Comme chiffre, c’est très gentil; pour vivre, c’est peu ; cela ne payerait pas des voyages en Italie, mon enfant.
- — On n’a pas besoin d’aller deux fois en Italie, maman.
- — Et puis j’en ai autant, soupira Mme de Greslin ; cela t’appartiendra plus tard.
- — Ça, ça ne compte pas, fit Mamie en embrassant sa mère.
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- LE DEVOIR
- — Comment, ça ne compte pas ? Pour vivre ensemble, cela compte !
- — Tu as raison, maman ; allons voir une nouvelle galerie de tableaux.
- — Encore une ? Je croyais que nous devions nous reposer aujourd’hui ? Tu nous fais avaler les galeries les unes après les autres, comme si nous étions pressées ! Nous avons tout l’hiver devant nous.
- — Les jours sont si courts ! expliqua Mamie.
- C’était une de ces phrases que Mme de Greslin ne
- pouvait rattacher à aucun lien. Elle constata, d’une façon assez vague , pourtant, que Mamie s’exprimait comme un oracle, et mit son chapeau pour aller voir « encore une galerie ».
- Jean Maubert arriva la veille du jour de l’an, hâlé, tanné par le soleil du tropique et le blizzard des Etats-Unis , mais l’œil vif, l’air assuré; sa belle prestance d’autrefois avait remplacé l’apparence inquiète et soucieuse des temps plus récents. Avec le succès, il avait retrouvé la confiance en lui-même, sans laquelle nul travailleur ne peut vivre.
- — Ils ont voulu me rouler, dit-il, mais ils ont trouvé à qui parler. Oh ! me rouler honnêtement ; du moins, cela en avait l’air, et probablement ils se croyaient sans reproche. Ce n’est pas difficile de se persuader qu’on est intègre, quand on en a bien envie. C’était un fameux moraliste, celui qui a érigé en principe que la fin justifie les moyens ! Bref, je reviens avec mon chemin de fer, et... un autre ! celui-ci en Europe. Je n’irai plus là-bas qu’une fois, pour la vérification. J’ai trouvé des hommes sur qui je puis compter. Sans Armand, je dois convenir que je n’en serais jamais venu à bout ; j’allais tout abandonner.
- Le regard de l’ingénieur se posa sur son gendre avec cette fermeté affectueuse si belle dans des yeux d’homme. Gaëtan hasarda un mot :
- — Un autre chemin de fer ? Mais alors, père, tu es riche ?
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- — Riche ! pas comme je l’ai été, mais je refais une fortune : j’espère vivre assez pour que nul de vous ne soit jamais dans le besoin.
- Mme Maubert, qui savait déjà ces nouvelles, portait sur son beau visage, rajeuni, rafraîchi, une expression de paix radieuse qui attira sur elle l’attention de ses enfants.
- — Comme tu ressembles à ton portrait par Henner î dit Céphise. Il y a vingt ans qu’il est fait, et je ne t’ai jamais vue plus pareille à lui qu’aujourd’hui.
- — C’est que le grand art ne s’attache pas aux détails, dit Gaëtan ; il suit les formes, la structure ; quand c’est bien dessiné, ça reste toujours ressemblant, malgré l’âge.. • Et puis, depuis l’opération, maman est redevenue si jeune !
- — Tiens, tu dis des choses raisonnables ! fit M. Maubert un peu étonné. Tu te connais en peinture, à présent ?
- — Guère ! on fait ce qu’on peut.
- Céphise apporta sur la table, devant son père, un portefeuille, où Gaëtan avait réuni les épreuves de ses dessins. M. Maubert jeta un coup d’œil distrait, puis regarda plus attentivement le premier.
- — C’est drôle, dit-il, un peu gauche, mais il y a quelque chose ..
- Avec sa rapide perception, il ajouta :
- — C’est toi qui as fait cela, galopin ?
- — C’est moi, avoua modestement le jeune homme, aussi figé qu’un glaçon à l’extérieur, mais au fond aussi ému qu’un conscrit qui va au feu.
- — Tu dessines au lieu de piocher l’agrégation ? En voilà un qui n’est pas mal.
- — Je pioche l’agrégation aussi, répondit le dessinateur. Il y en a un après qui est mieux, papa.
- — Ça te coûte cher, animal, de faire tirer des épreuves sur chine ! Enfin, maintenant tu pourras te payer ce luxe-là.
- — Ça ne me coûte rien, papa, ça me rapporte, déclara
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- LE'DEVOIR
- Gaëtan, dont les oreilles'étaient rouges comme braise.
- — Ça te rapporte ? fît M. Maubert en tournant sur sa chaise. On te paye tes dessins ? '
- — Oui, papa, et les légendes aussi. C’est incroyable que tu ne les aies pas vues dans les journaux illustrés.
- — J’avais bien le temps de voir les journaux illustrés ! On te paye ? Combien ?
- Ça dépend : des fois cinquante francs, des fois cent ; je ne travaille pas au rabais.
- — Tu fais bien. Et tu as gagné ?...
- — Jusqu’à présent seize cent cinquante francs, papa. Sans ma licence, j’en aurais fait bien davantage.
- — Ce clampin-là ! dit M. Maubert abasourdi. Et ta vocation de philologue, qu’est-ce que tu en fais ?
- — Ça mollit, mais ça tient toujours, si ça peut te faire plaisir, papa, répondit respectueusement son fils.
- — Alors, ça te fait deux vocations, jusqu’à présent !
- — Il en a une troisième, père, dit Céphise, que les regards désespérés de son frère suppliaient d’intervenir.
- — Tant que ça ? Voyons la troisième.
- — Le mariage.
- — Pouf! fit M. Maubert en levant les bras au ciel.* Eh bien, si je m’attendais à cela !
- — Mais, papa, rétorqua le jeune homme, j’ai fait mon service militaire, je suis licencié ès lettres, je puis gagner ma vie, comme tu le vois, et je suis plus âgé que tu ne l’étais quand tu t’es marié !
- — Voyez-vous cela ! C’est qu’il raisonne puissamment ! Mais j’étais un homme, moi, et toi -.
- — Les parents disent toujours cela ! fit Gaëtan refro-
- gné. ^ «
- Céphise se mit à rire.
- — Papa, l’objet de son choix est encore plus bébé que lui ; je t’assure qu’ils sont très amusants tous les deux, et puis elle a été très, très gentille, lorsque Armand...
- Il fallut raconter par le menu beaucoup de choses que M. Maubert n’ayait pu apprendre. Quand le récit fut terminé et les explications données, il resta pensif ; tous
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- VIE D’HÔTEL
- les siens le regardaient en silence.
- — Eh bien ! dit-il lentement, après tout, pourquoi pas? Sait-on jamais ce qu’il y a dans une femme, avant de l’avoir vue à l’épreuve ? Si celle-ci s’est vaillamment conduite, elle en vaut une autre, elle vaut mieux qu’une autre.,, et pour la fortune... je sais ce que c’est, à présent. J’ai su en jouir, et j’ai appris à m’en passer... Qu’ils commencent petitement, c’est le meilleur moyen de s’assimiler le bien-être par degrés, le vrai, celui qu’on ne doit qu’à soi-même. Ce qui m’a le plus coûté, ce qui m’avait écrasé, c’était d’avoir engagé dans mes travaux la dot de votre mère, mes enfants; elle l’avait voulu, mais mon devoir était de ne pas accepter... Heureusement, maintenant, elle ne manquera plus jamais de rien.
- On n’osa troubler son silence. Après un instant il reprit :
- — Eh bien, cette fiancée, on ne peut pas la voir ? Où est-elle ?
- — Je vais au télégraphe ! dit Gaëtan avec un bond.
- Il était déjà près de la porte. Tout à coup il s’arrêta, revint d’un pas normal, embrassa son père très convenablement en lui disant :
- — Papa, tu es très bon, et je te remercie. Après quoi il sauta au cou de Céphise et s’enfuit à toutes jambes en criant : Vivat ! les pans de sa jaquette soulevés par sa course folle. La porte se referma, et on l’entendit dégringoler l’escalier pendant que M. Maubert disait :
- — Quel drôle de mari cela fera !
- — Peut-être pas si drôle ! Et puis sa petite femme saura très bien le mener par le bout du nez, répondit Céphise.
- Son père prit un air sceptique.
- — Gaëtan ? par le bout du nez ? Ce garçon-là, au fond, n’a jamais fait que ce qui lui plaisait et il en est toujours venu à bout.
- — Mamie est plus forte que lui, elle sait le prendre.
- — Elle est d’une jolie force, alors !
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- LE DEVOIR
- En revenant du télégraphe, Gaëtan n’était pas encore calmé ; son sang bouillonnait joyeusement dans ses veines: il avait envie de crier, il eût embrassé les passants, s’il avait rencontré seulement une Mentonnaise. Le malheur voulut qu’au bas de l’escalier il se trouvât nez à nez avec Mme Mertins. Sans cérémonie, il l’attrapa par les épaules et lui planta sur la joue un baiser de nourrice en disant : — C’est fait !
- La jeune femme se dégagea en riant et répondit à demi-voix :
- — Votre père consent ?
- — Tout le monde consent ! Ah ! au fait, non... il y a encore la mère Greslin — ma future belle-mère, veux-je dire ; mais, bah ! Mamie saura bien s’en arranger.
- Boss n’avait pas entendu, mais Boss avait vu ; c’est-à-dire que, penché sur la rampe de l’escalier, il avait vu et entendu le baiser, sinon le reste, et ce ne fut pas du bien perdu. Seulement la famille Maubert ne dînait plus à table, on la servait au restaurant ; force tut d’interrompre le cours des observations.
- Le surlendemain, vers quatre heures, alors que Gaëtan piétinait rageusement en déclarant que Mamie n’arriverait jamais, qu’un télégramme portant pour toute explication : «Je viens », n’était pas une réponse, et qu’elle ne témoignait vraiment pas assez d’intérêt à sa misère morale, le portier annonça Mlle de Greslin, et Mamie apparut, venant droit de la gare.
- Emmitouflée de fourrures , car l’hiver était arrivé avant elle, une petite toque noire sur ses cheveux cendrés, une fine voilette sur son museau mignon, elle était jolie au point que M. Maubert en resta ébahi.
- Elle alla droit à Mme Maubert, l’embrassa avec une effusion respectueuse, pleine de tact et de mesure, fit une révérence à M. Maubert et échangea un baiser avec Céphise ; ensuite, elle se tint toute droite devant sa nouvelle famille : rien pour Gaëtan.
- — Toute seule, Mamie ? demanda Mme Maubert.
- (A suivre.)
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- ASSURANCES MUTUELLES
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- Société du Familistère. - Assurances Mutuelles
- MOUVEMENT DU MOIS I)E MAI 1904 , A GUISE
- ASSURANCE CONTRE LA MALADIE
- Section des Hommes
- Cotisations des mutualistes...... 2.605 45
- Subvention de la Société......... 918 73
- Malfaçons et Divers.............. 388 »
- Dépenses....................................
- Boni en mai 1904.............
- Section des Dames
- Cotisations des mutualistes...... 508 »
- Subvention de la Société......... 248 95
- Divers......................... .. 5 05
- Dépenses........... ......... ..............
- Boni en mai 1904
- 3.912 18
- 3.335 25 576 93
- SSBSSfiB
- 762 »
- 649 20 112 80
- ASSURANCE DES PENSIONS
- Subvention de la Société et Divers 6.893 83)
- Intérêts des comptes courants et I 11.371 18
- du titre d’épargne............ 4.477 35 /
- Dépenses :
- 122 Retraités définitifs............. 8.371 97 )
- 5 — provisoires.................. 258 50 r
- Nécessaire à la subsistance........ 4.855 15 / 13.950 67
- Allocations aux famill8 des réservistes » »\
- Divers, appointem., médecins, etc. 465 05 '
- Déficit en mai 1904............. 2.579 49
- CAISSE DE PHARMACIE
- Cotisations des mutualistes...... 750 50 )
- Subvention de la Société......... 230 49 >
- Dépenses....................................
- Boni en mai 1904
- 980 99 963 86 17 13
- RÉSUMÉ
- Recettes sociales da 1er juillet 1903 au 31 mai 1904 140.189 88 ) ea
- » individuelles » » 47.587 80 \
- Dépenses » » ........... 211.200 34
- Excédent des dépenses sur les recettes.. 23.422 66
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- 540
- Le devoir
- ÉTAT CIVIL AU FAMILISTÈRE DE GUISE
- MOIS DE MAI 1904.
- Naissances :
- Du 1er niai Lanoy Robert-André, fils de Lanoy Victor et de Favril Georgette.
- Du 6 — Roppé Eugénie-Jeanne, fille de Roppé
- Albert et de Bisiaux Louise.
- Du 28 — Gravet Pierre-Guillaume, fils de Gravet Léon et de Grosch Honorine.
- Décès :
- Du 8 mai Mme Fortin Hector, âgée de 50 ans.
- Le Gérant : H. E. Buridant.
- Nimes.^- Typ. A.;Cbastaûierfjl,2, rue ^radier.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES.
- 641
- Novembre 1904.
- DOCUMENTS POUR UNE BIOGRAPHIE COMPLÈTE
- de J.-B. André GODIN (1)
- Glorification du Travail. Emancipation % du Travailleur.
- XIV (suite)
- Quatrième fête du Travail, juin 1870. Même système qu’en 1869 pour l’établissement de la liste des candidats et le vote final. Suppression de la valeur pécuniaire attachée jusque-là aux proclamations résultant du vote. Banquet familistérien.
- Les prix à distribuer par le vote final (Grands prix, 1ers, 2èm*8 et 3èmes prix) dits aussi Mentions honorables étaient, en 1870, sur le vœu de la population, dépourvus de toute valeur pécuniaire. Chaque titulaire n’avait donc à recevoir qu’un titre en papier.
- Pour distinguer entre les degrés de mérite on avait décidé la création d’un nouveau modèle de titre, lequel serait affecté aux Grands prix et 1ers prix; l’ancien modèle demeurant affecté aux 2èmes et 3èraes prix.
- Peut-être quelques mots descriptifs de ces titres peuvent-ils venir ici.
- Premier modèle : carré de papier blanc, souple et solide , mesurant 24 centimètres sur 30 et portant des impressions en trois couleurs. Encadrement en bleu (guirlande de fleurs , paysages aux quatre coins). En tête un écusson où se lisaient ces paroles significa-
- (1) Appendice, p. 60, Le Devoir, tome 26e, janvier 1908.
- 1
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- 642
- LE DEVOIR
- tives : « Etude pratique des voies et moyens pour obtenir l’équité dans la répartition des fruits du Travail ».
- A la suite (imprimées en bleu, rouge ou noir, de façon à les bien détacher les unes des autres), venaient ces inscriptions :
- Emulation. Progrès. Liberté.
- Au Travail
- du Familistère et de sa manufacture Récompenses.
- A la capacité de direction pratique Au talent et à l’invention
- Au dévouement professionnel A la bonne exécution du travail
- Mention honorable Classe
- délivrée par les suffrages des du Familistère
- à M. qui a obtenu
- Fête du Travail du Familistère de Guise , du
- Signé : Godin.
- Le modèle nouveau, mesurant 40 centimètres sur 50, était encadré d’ornements dorés. Les mots : Emulation, Progrès, Liberté s’y détachaient en tête : lettres blanches sur banderolle rouge et noire. En belle place était reproduite la vue du Familistère (aile gauche, pavillon central et bâtiments annexes) décrite précédemment (1). Venaient en dessous les mêmes inscriptions que celles données ci-dessus.
- Le vote pour l’allocation des distinctions honorifiques fut, comme d’habitude, le premier acte de la fête. C’était le dimanche , 5 juin 1870. Le scrutin s’ouvrit à 10 heures du matin, dans la cour de l’aile gauche.
- Des affiches, comme l’année d’avant (chap. XIII) avaient donné toutes les informations nécessaires ,. en commençant par le rappel des mérites à considérer
- (1) Ghap. VII, p. 450, Le Devoir, août 1903.
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- documents biographiques 643
- dans la détermination des suffrages en faveur de tels ou tels candidats.
- Comme toujours, les travailleurs résidant au Familistère étaient seuls électeurs le jour de la fête. La liste des électeurs, la liste des candidats étaient, toutes deux, affichées selon l’usage.
- Sur leur liste spéciale, les électeurs étaient présentés chacun dans sa série professionnelle. Voici les chiffres :
- lre Série : Familistère........... 66 électeurs.
- 2e » : Administration....... 58 »
- 3e » : Fonderie.............. 147 »
- 4e » : Ajustage............... 40 »
- 5e » : Ateliers divers........ 50 »
- Total...... 361 »
- Les électeurs des 2e, 3e, et 5e séries avaient, comme précédemment, deux votes à émettre : 1° un dans la série professionnelle ; 2° un dans la série des services de l’habitation unitaire, soit la lre série; celle-ci comprenait donc le total des électeurs : 361.
- Parmi ces 361 électeurs, 248 se trouvaient en outre candidats.
- Résumé du tableau des candidats , à la fête du Trarail célébrée le 5 juin 1870.
- Travailleurs désignés en raison seule Nombre des du poste occupé :
- lre série (4 groupes) : Familistère.... 70 J 2« — (4 — : Administration 79 \ ’ C1*
- Travailleurs désignés et par la capacité et par l’élection :
- 3e série (4 groupes) : Fonderie...... 6 \
- 4e — (4 — : Ajustage....... 10 j 24, ci. 24
- 5* — (6 — : Ateliers divers. 8 ’
- A reporter
- 173, ci. 173
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- 644
- tt DÉVOÎft
- Report........... 173, ci. 173
- Travailleurs désignés par l’élection seule :
- 3e série (4 groupes) : Fonderie.... t 22 \
- 4*î — (4 — : Ajustage...... 15 î 58, ci. 58
- 5e — (6 — : Ateliers divers. 21 /
- Travailleurs désignés par capacité de 1er mérite :
- 3e série (4 groupes) : Fonderie..... 64 \
- 4e — (4 — : Ajustage...... 27 j 116, ci. 116
- 5« — (6 — : Ateliers divers. 25 ]
- Total...... 347
- Pas plus que dans le compte-rendu de la fête célébrée en 1869, nous ne pouvons indiquer le chiffre des votants le jour de la célébration en 1870. La place réservée pour cette inscription sur le registre des conseils est restée en blanc. Bornons-nous donc à rappeler que le chiffre des abstentions en chacune des séries avait été d’environ un huitième en 1868.
- Résultats généraux du vote.
- Candidats en vertu seule du poste occupé par eux.
- lr« Série (4 groupes) : Familistère. Nombre des
- Electeurs inscrits <: 361. Votants (?) *70
- Obtiennent de 1 à 9 voix.. 30 intéressés
- » 10 à 19 » 14 »
- y> 21 à 29 > 8 »
- » 30 à 46 » 7 »
- Obtiennent 59, 68, 74 D 3 »
- » 91, 108, 167 » 3 »
- Ensemble...... 65
- N’obtiennent pas de voix..........5
- Total......... 70
- égal au nombre des candidats.
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-
-
- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
- 645
- 2e Série (4 groupes : Administration. Electeurs inscrits : 58. Votants (?)
- Obtiennent de 1 à 9 voix 47 intéressés
- » 11 à 19 » 11 »
- Obtiennent 29, 35 » 2 »
- Ensemble ..... 60 »
- N’obtiennent pas de voix.... 19 »
- Total....... 79
- Nombre des candidats : 79
- égal au nombre des candidats.
- Candidats en vertu de la capacité et de l’élection, motifs pris
- ensemble ou séparément :
- 3e Série (4 groupes) : Fonderie. ^aSidai»6-8
- Promus en vertu et de la capacité et de l’élection 6
- » de l’élection seule........ 22
- » de la capacité' de 1er mérite... 64
- Total............. 92
- Electeurs inscrits : 147. Votants (?) Obtiennent de 1 à 9 voix.. 40 intéressés
- » 11 à 17 » 11 »
- » 22 à 27 » 4 »
- Ensemble... 55 »
- N’obtiennent pas de voix..... 37 »
- Total.................. 92
- égal au nombre des candidats.
- 4e Série (4 groupes) : Ajustage.
- Promus en vertu et de la capacité et de l’élection
- » de l’élection seule.......
- » de la capacité de 1er mérite..
- »
- Nombre des candidats :
- 10
- 15
- 27
- Total
- 52
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- 646
- LE DEVOIR
- Electeurs inscrits : 40. Votants. (?) Obtiennent de 1 à 9 voix.. 27 intéressés
- » de 10 à 20 » 5 »
- Ensemble... 32 »
- N’obtiennent pas de voix. 20 »
- Total.... 52 »
- égal au nombre des candidats.
- 5e Série (6 groupes) : Ateliers divers. Nombre des v ° 1 7 ' candidats
- Promus en vertu et de la capacité et de l’élection. B
- » de l’élection seule............ 21
- » de la capacité de 1er mérite... 25
- Total............... 54
- Electeurs inscrits : 50. Votants (?)
- Obtiennent de 1 à 9 voix.... 31 intéressés
- » 12 à 21 '» 7 »
- Ensemble........ 38 »
- N'obtiennent pas de voix..... 16 »
- Total.......... 54 »
- égal au nombre des candidats.
- Résumé : Obtiennent des voix au vote final.
- En lre Série 65 candidats sur 70 2e » 60 » 79
- 3e » 55 » 92 •
- 4® » 32 » 52
- 5e » 38 » 54
- Soit : 250 candidats sur 347, différence : 97.
- Les 97 candidats écartés au vote final comprennent :
- Employés et personnes des services du Familistère. 24
- Ouvrier candidat par capacité et élection.................. 1
- Ouvriers candidats par élection seule...................... 18
- Ouvriers candidats par capacité de 1er mérite.............. 54
- Total.... i...... 97
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 647
- 54 candidats ouvriers de 1er mérite laissés sans voix le jour de la fête ! Ce chiffre frappera le lecteur. Nous reprendrons le sujet en récapitulant les chiffres des quatre tentatives au dernier essai du système en 1872. Mais nous croyons utile d’observer que les cinq essais de répartitions mensuelles (1870) dans la série des employés et trois essais de classement et rémunération des mérites, dans la même série et au moyen du suffrage, devront passer auparavant.
- 105 mentions honorables , qualifiées : Grands prix, 1ers, 2e et 3e prix, furent distribués à la fête célébrée le 5 juin 1870 ; et pour atteindre ce nombre il fallut descendre jusqu’aux lauréats désignés par 3 voix !
- Le même fait s’était produit en 1869 pour la distribution de 109 prix. En 1868, on avait distribué 108 prix en descendant jusqu’aux désignations par 5 suffrages. En 1867, le système usité ayant été tout différent, nous nous bornerons à rappeler : 1° que la plus haute récompense : « Mention honorable hors classe » avait été décernée à un ouvrier « vu ses longs et loyaux services dans l’usine » et bien qu’il n’ait pas obtenu le chiffre de suffrages voulu pour cette distinction. (Le Devoir Mai 1904, p. 263) ; 2° Que cinq autres lauréats seulement — au total 6 — avaient reçu l’un une mention honorable de lère classe et les quatre autres chacun une mention de 2e classe.
- Laissant de côté cette année-là, vu la particularité du système essayé, et qui fut du reste condamné d’emblée, nous pouvons — en prenant les trois années (1868-69-70) où un même système fut appliqué avec légères variantes — dresser le tableau récapitulatif qui va suivre.
- Observation préalable. Le chiffre total des travailleurs rangés dans la catégorie des employés (1° à l’usine ;
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- chefs d’ateliers, comptables, surveillants, etc ; 2° au Familistère : gens de l’économat et des services de l’habitation unitaire) s’éleva, en 1868, à 114 ; et en 1869 à 115. Ce dernier chiffre est régulièrement décomposé :
- 60 série du Familistère 55 > de l’Administration
- Total.... 115
- dans le classement adopté pour 1869 (chap. XIII, p. 458. Le Devoir , août 1904.) Il n’en est pas de même du chiffre 114, à cause de la confusion faite en 1868, entre « employés de la comptabilité générale (Usine) et gens des services du Familistère » qui, tous ensemble constituèrent une série spéciale (la lre) comprenant 76 candidats. Les employés restants : 38 (ensemble 114) étant répartis dans les 2e, 3e et 4e séries où ils occupaient le 1er groupe de chaque série (chap. XII, p. 386 et s. Le Devoir, juillet 1904.)
- Décomposant cette lre série afin d’en écarter la confusion, nous voyons que 59 membres sur 76 appartenaient aux services du Familistère ; les 17 membres restants ajoutés aux 38 classés dans les 2e, 3e et 4e séries donnant le total de 55 employés à l’usine. En définitive il faut donc compter pour 1868 :
- 59 travailleurs catégorie des employés au Familistère
- 55 » » à l’Usine.
- 114
- au total.
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- PRIX OU MENTIONS HONORABLES décernés par le vote aux fêtes annuelles du Travail.
- EMPLOYÉS CA CA •ë-S innées |ers 2e 8 3es «8 ig ci
- candidats en raison seule de la fonction -3 12 ££ prix prix prix prix *c3 » 5-a
- Familis- tère (Gens des servi-l ces de l’habita- 59 60 1S68 1869 3 3 2 5 10 6 8 8 23 22
- | tion unitaire. 70 1870 3 4 8 7 22
- 1 (Chefs d’ateliers, 55 1868 3 5 6 13 27
- Usine ? comptables, 55 1869 2 4 8 11 25
- /surveillants, etc 79 1870 1 6 9 9 25
- OUVRIERS (1) 1
- candidats en raison de la capacité ou de l’élection ,
- motifs pris ensemble
- ou séparément
- Désignés 66 1868 9 14 9 32
- par capacité 37 1869 6 5 9 20
- et élection 24 1870 6 3 4 13
- Usine ] Désignés 26 1868 2 2 6 10
- / par 48 1869 3 8 8 19
- élection seule 58 1870 6 7 7 20
- Désignés par 57 1868 5 5 6 16
- capacité de 81 1869 4 8 11 23
- 1er mérite. \ 116 1870 2 9 14 25
- (1) Rappel. — Un candidat ouvrier ayant été oublié sur le tableau
- de classement pour 1868 (reproduit au registre des conseils), les
- chiffres afférents à cette annee-la donnent un total de 149 can-
- didats ouvriers, au lieu des 150 qu’il y eut en fait,
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- LE DEVOIR
- Observations suscitées par le tableau.
- 1° La répartition des suffrages n’a permis ni en 1868, ni en 1869, ni en 1870, l’allocation de Grands prix aux candidats ouvriers.
- 2° Le total des allocations (1ers, 2e et 3e prix) va croissant pour les candidats ouvriers désignés seulement par l’élection.
- 3° Pour les candidats désignés en vertu et de la capacité effective et de l’élection, les attributions de prix vont diminuant; de 32 prix alloués en 1868, on tombe à 13 en 1870.
- 4° Aux candidats ouvriers désignés en raison seule de la capacité effective, mais classés en 1er mérite, on alloue 23 prix en 1869 et 25 prix en 1870 contre 16 seulement en 1868; mais les suffrages accordés à ces candidats sont si restreints que c’est par l’allocation surtout de 3es prix que cette élévation du chiffre total est obtenue. Quant aux premiers prix, ils vont diminuant dans cette mesure : 5, 4, 2.
- Conclusion : Les résultats du vote final en 1870 confirment la leçon déjà tirée (1) du vote préparatoire; l’écart s’accentue entre les désignations résultant de la capacité effective et celles résultant du suffrage. Il semble donc bien qu’on demandait au suffrage une chose qui n’était pas — présentement du moins — dans ses véritables attributions et qu’il fallait chercher à obtenir par un autre procédé.
- Lequel? Tout effort efficace marque son empreinte; n’était-ce pas cette empreinte qu’il fallait, dans toutes les branches des services , saisir et mesurer. Comme l’avait proclamé Godin dans son discours à la fête du
- (1) « Le Devoir #, octobre 1904, p. 583.
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- Travail en 1869 , il fallait marcher au but par une voie tout autre que celle suivie jusque-là.
- La proclamation des lauréats à la fête célébrée en 1870 se fit au théâtre : c’était l’inauguration de l’édifice. Nous n’avons pas malheureusement le texte du discours prononcé en cette occasion par le fondateur. Dans son volume « Solutions sociales » (1), il considère (p. 569) le théâtre comme devant être, au palais social, une salle d’enseignement et de conférences, un temple de la Religion du Travail.
- * 4
- Le banquet demandé par la population en remplacement des valeurs pécuniaires jusque-là attachées aux proclamations de mérites, eut lieu le lundi, 6 juin, dans la cour de l’aile gauche. Il comprit 541 convives (registre des conseils, p. 166 et 230), soit : les travailleurs, hommes et femmes, habitants du Familistère et les enfants des écoles âgés d’au moins deux ans ; les membres des conseils, comités ou sociétés particulières ; les employés et chefs d’ateliers appelés aux répartitions mensuelles (2) ; enfin, cinquante ouvriers de l’usine non résidents au Familistère et qui avaient été désignés par le suffrage de leurs camarades. Nous n’avons pas le chiffre des participants à ce vote.
- 22 ouvriers furent élus par 7 à 9 voix.
- 25 » » 10 à 19 »
- 3 » » 21,22,25 »
- Total 50
- 37 de ces intéressés n’avaient obtenu aucune voix au vote pour la désignation des candidats aux primes
- (1) Edité l’an d’après, chez Guillaumin, 14, rue Richelieu, Paris.
- (2) « Le Devoir », octobre 1904, p. 577.
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- d'honneur et n’étaient point davantage au rang des
- ouvriers distingués par la capacité effective, ci. .. 37
- 4 avaient obtenu quelques voix au vote primaire , ci ......... ................................. 4
- 9 étaient au rang des travailleurs distingués par les notes de fabrication ; ci......................... 9
- Total égal......... 50
- Le désir d’étendre au plus grand nombre possible, sous une forme ou sous une autre, quelques-uns des. avantages de la fête, semble .donc se révéler dans ces choix.
- Le secrétaire des conseils termine le compte-rendu de l’essai réalisé les 5-6 juin 1870, en observant (p. 189 et s. du registre) : 1° que l’intérêt personnel pécunier a été remplacé par l’émulation honorifique; 2° que la solidarité entre tous les travailleurs (employés et ouvriers) a été exprimée par une agape fraternelle ; mais , ajoute-t-il « célébrée ainsi, la fête n’est plus une étude pratique des moyens d’arriver à la répartition des bénéfices de la production, proportionnellement à l’efficacité des concours. »
- Vve J.-B.-A. Godin , née Moret.
- (A suivre).
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- Société du Familistère de Guise, Colin etCie
- ASSEMBLEE GENERALE ORDINAIRE
- du 35 Septembre 1904
- Extraits du procès-verbal
- Présidence de M. COLIN ^ Administrateur-Gérant
- Ordre du jour :
- 1® Rapport de M. l’Administrateur-Gérant sur la situation morale , industrielle et financière de l’Association.
- 2° Rapport du Conseil de surveillance sur le même sujet.
- 3° Approbation du Rapport de la Gérance et de celui du Conseil de surveillance.
- 4° Rapport de M. l’Administrateur-Gérant sur le projet de vente, d’achat et d’échange de diverses parcelles de terrain, lieux dits les Coutures, la Fosse à Morue, au-dessus de la Justice, terroir de Guise, et ce, dans le but d’agrandir l’usine de Guise.
- 5° L’Assemblée est-elle d’avis que M. l'Administrateur-Gérant peut vendre, acheter et échanger les terrains dont il est question dans le rapport qui vient d’être lu?
- 6° Admission ou rejet comme associés (pour l’exercice 1904-1905) de MM. (suit la liste des noms) : 17 personnes de l’usine de Guise et 1 personne de l’usine de Schaerbeek.
- Sont présents ou représentés 399 associés sur 402 inscrits , ainsi qu’en témoigne la liste de présence annexée au procès-verbal.
- Présents............. 309 )
- Représentés....... 90 > 402
- Absents................ 3 y
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- Le devoir
- Le bureau est composé de :
- M. Colin , Administrateur-Gérant, président, et des Conseillers de gérance ci-après, ayant qualité d’associé, savoir :
- Mme Godin , MM. Alizard , Bailliot, Blanquin, Dirson, Dupont, Hennequin, Lemaire, Petithomme, Quent et Sékutowicz.
- M. Alizard remplit ses fonctions de secrétaire.
- Après l’appel nominal, M. le Président déclare la séance ouverte.
- Il constate que toutes les formalités d’affichage ont été remplies à Guise et à Schaerbeek pour la convocation de l’Assemblée.
- L’Assemblée se composant de 399 membres présents ou représentés , la majorité sera : pour le vote sur les rapports et pour la question d’achat, de vente et d'échange de terrains , des 2/3 des membres présents ou régulièrement représentés , soit : 266 voix.
- Et pour le vote relatif à l’admission des nouveaux associés , de la majorité absolue des membres présents ou représentés, soit : 200 voix.
- L’ordre du jour est abordé.
- 1° Rapport de M. T Administrateur-Gérant sur la situation morale , industrielle et financière de la Société.
- M. le Président donne lecture de la lre partie de son rapport et s’exprime ainsi :
- Mesdames, Messieurs,
- J’ai l’honneur de soumettre à l’Assemblée générale mon rapport sur la situation morale, industrielle et financière de l’association pour l’exercice écoulé du 1er juillet 1903 au 30 juin 1904, et ce, conformément aux prescriptions des articles 60 et 73 des statuts.
- Au point de vue moral la situation reste la même. Je
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- ne puis pas dire qu’elle est mauvaise, mais je ne suis pas exigeant en la souhaitant meilleure, notamment en ce qui concerne la présence au travail, car nombreuses sont encore les absences non motivées ou plutôt motivées par la boisson, surtout à l’usine de Guise. Combien la santé de notre personnel s'en trouverait mieux si l’on fréquentait un peu moins l’estaminet.
- Vous verrez tout à l’heure, à la lecture de la situation de vos caisses mutuelles de secours et de pensions que nous avons encore beaucoup d’invalides prématurés (peut-être quelques-uns le sont-ils un peu par persuasion) qui sont à la charge de budgets déjà si lourds à équilibrer. Vos comités sont fort sages de lutter contre les abus, car moins les caisses mutuelles seront pauvres, plus il sera facile au Conseil de Gérance de secourir exceptionnellement les vrais nécessiteux. *
- Relativement à l’habitation il m’est impossible de ne pas vous signaler que la propreté est de moins en moins en honneur au Familistère ; le résultat s’aperçoit dans le rendement net du service locatif qui est de plus en plus chargé de frais d’entretien et de nettoyage.
- Dans nos écoles, les résultats de l’année ont été excellents, surtout à Guise ; je vous les ai signalés à la distribution des prix. Une bonne chose est à noter à la louange de nos maîtres, c’est qu’un effort sérieux a été fait du côté éducatif: la politesse et la bonne tenue des enfants se sont affirmées sérieusement.
- Les rapports mutuels dans les usines ont été courtois et bienveillants, aucun heurt n’est venu troubler la bonne harmonie de notre organisation qui a continué à vivre dans une paix parfaite ; aussi voyez les résultats : D’un côté, une administration qui peut dans le calme nécessaire s’attacher à la partie commerciale et industrielle si importante, et poursuivre lentement mais avec ténacité le but qu’elle s’est donné d’augmenter la production dans des limites voulues pour maintenir les bénéfices. De l’autre, un personnel qui travaille avec satisfaction dans l’espoir que l’année se terminera par une plus-value au bilan digne des efforts de tous.
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- LE DEVOIR
- Souvenez-vous toujours des mots de Godin gravés sur son tombeau :
- « Tant que la paix régnera parmi vous, la prospérité vous suivra. »
- Les résultats que je vous apporte sont bien faits pour vous le prouver.
- Je me permets, maintenant, une observation : je constate chez beaucoup d’ouvriers un amoindrissement de l’amour-propre dans le travail ; on néglige le fini de la besogne, on ne pense qu’à produire vite. Je vous déclare que je continuerai à sévir contre ce funeste penchant. Vous ne devez pas ignorer que nous vendons cher, un peu plus cher que nos concurrents ; mais à une condition, c’est de motiver la différence de prix par du bon travail mieux fait, mieux fini. Par conséquent, si vous voulez des résultats, appliquez-vous à maintenir notre bon renom.
- A l’extérieur, notre organisation se connaît de plus en plus ; elle est d’autant plus appréciée qu’elle prospère et qu’on la sait vivre dans une harmonie enviée. Continuons donc à laisser tout ce qui divise à la porte de l’usine pour ne faire à l’intérieur que de bons produits, pour ne penser qu’à notre clientèle qui est notre maîtresse.
- J’aborde maintenant la situation industrielle, commerciale et financière.
- Le total des commandes en fourneaux et appareils de chauffage reçues pendant l’exercice 1903-1904, s’est élevé :
- A l’usine de Guise à.... 133.171
- A l’usine de Schaerbeek.. 36.256
- 169.427 fourneaux.
- De ce chiffre doivent être déduits les 1.060 fourneaux commandés par Tusinede Schaerbeek à l’usine de Guise, qui se trouvent comptés dans les deux usines.
- Le total réel est donc de 168.367 fourneaux.
- L’année dernière ce chiffre était de:
- A l’usine de Guise...... 129.745
- A l’usine de Schaerbeek. 37.806
- 167.551 fourneaux.
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- assemblée générale ordinaire
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- Moins les 681 fourneaux commandés par l’usine de
- Schaerbeek, restait un total de.... 166.870 fourneaux,
- soit donc cette année une différence
- en plus de..........*.............. 1.497
- se décomposant comme suit :
- A l’usine de Guise, en plus..
- A l’usine de Schaerbeek, en moins.
- Différence sur produits français à retrancher............
- Différence en plus dans les commandes....................
- 3.426
- 1.550
- 379
- d°
- d°
- d°
- d°
- 1.497
- d°
- Le nombre de fourneaux et appareils de chauffage expédiés dans les deux usines a été de :
- A l’usine de Guise.... 133.503 ( _ __ __n _
- A l’usine de Scharbeek . 35.425 » ' oumeaux.
- A déduire les fourneaux expédiés de Guise à Schaerbeek . et comptés dans les deux chiffres, soit 1.060 fourneaux.
- Le total des fourneaux expédiés
- est donc de...................... 167.868 d°
- Il était l’année dernière de :
- A l’usine de Guise........... 128.140 d°
- A l’usine de Schaerbeek... 36.508 d°
- 164.648 d°
- A déduire : fourneaux expédiés à Schaerbeek... 806 163.842 d°
- Soit une différence en plus
- de, 4.026 fourneaux
- Se décomposant ainsi ; A l’usine de Guise, en plus 5.363 d°
- A l’usine de Schaerbeek en moins 1.083 d°
- Différence des produits français à retrancher 254 d°
- Différence en plus en fourneaux et appareils de chauffage expédiés dans les deux usines pendant l’exer- -cice 1903-1904 . 4.026 fourneaux
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- LE DEVOIR
- Ce supplément de ventes s’est porté surtout sur les appareils de la septième série pour les deux usines et sur les buanderies pour Guise, tandis qu’au contraire à Schaerbeek la diminution provient des buanderies dont il y a évidemment surproduction sur le marché belge et hollandais. La diminution sur....................
- Nos ventes diverses se sont maintenues comme chiffres, ou à peu près, sauf............... qui diminue
- sérieusement en articles ..............., mais qui, par
- contre, augmente en articles...............
- Affaires industrielles.
- Le chiffre net d’affaires industrielles se décompose ainsi :
- Usine de Guise, total net des ventes des produits figurant aux albums, non compris celles faites à Tusine
- de Schaerbeek......................fr. 4.558.791 88
- Il y a lieu d’ajouter à ce chiffre les ventes en fontes mécaniques, fontes
- malléables et fontes diverses pour, .. fr._82,991 30
- Le total net des ventes à Guise est
- donc de.........................fr. 4.641.783 18
- Le total net des ventes à Schaerbeek
- est de..................*........ ... fr. 1.397.250 05
- Le total net des affaires industrielles
- est donc de ............ ..........fr. 5 839.033 23
- Pendant l’exercice précédent, ce chiffre a été de .. ..................fr. 5.692.452 29
- Soit en plus pour l’exercice 1903-
- 1904................................. fr. 146.580 94
- qui se décomposent ainsi :
- A l’usine de Guise, en 1902-1903.. fr. 4.496*332 91
- » » en 1903-1904.. fr. 4.641*783 18
- Soit en plus cette année ... ... fr. 145.450 27
- A l’usine de Schaerbeek, en 1902-1903 fr. 1.196.119 38 » » en 1903-1904 fr. 1.197.250 Oc
- Soit en plus cette année........fr. 1 130 67
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- ASSEMBLEE GENERALE ORDINAIRE
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- Magasins de consommation.
- Le montant des ventes dans les magasins de consommation des familistères s’est élevé, cette année :
- \ familistère de Guise o fr. 935.378 70
- Il était l’année dernière de.. . . . - » fr. 950.126 20
- Soit en moins pour l’exercice écoulé ; fr. 14.747 50
- Au familistère de Schaerbeek, à -. fr. 48.886 18
- Il était Tannée dernière de.. fr. 46.010 94
- Soit en plus cette année.... fr. 2.875 24
- Le montant total a donc été de... fr. 984.264 88
- Contre l’année dernière... '. fr. 996.137 14
- Soit en moins cette année.. fr. 11.872 26
- Cette diminution d’affaires vient en
- grande partie de la diminution du prix du sucre.
- Les bénéfices réalisés dans les magasins de consommation ont été cette année de.............................fr.
- Les 85 % de ces bénéfices forment une somme de.......................fr.
- Cette somme appliquée au chiffre total des ventes, à Guise et à Schaerbeek, nous donne une répartition de 12.29 pour cent, qui sera faite comme remise aux acheteurs sur carnets et produira :
- A Guise, une somme de...........fr.
- A Schaerbeek, une somme de . .. fr.
- Soit au total..........fr.
- Affaires locatives.
- Le produit ^des loyers s’est élevé pendant cet exercice :
- A Guise, à..................... fr.
- A Schaerbeek, à.................fr.
- Le rendement net des loyers est de :
- A Guise...........fr. 39.854 15 \
- A Schaerbeek......... 6.362 03 )
- 142.340 74
- 120.989 62
- 105.371 35 3.432 54 108.803 89
- 101.505 71 14.157 02
- Total
- fr.
- 46.216 18
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- 660 LE DEVOIR
- Affaires totales.
- Nos affaires se décomposent ainsi pour l’exercice 1903-1904 :
- Affaires industrielles.............fr. 5.839.033 23
- Affaires commerciales dans les magasins de consommation dont 85 % des bénéfices seront versés comme remises
- aux acheteurs..........«..............fr. 984.264 88
- Affaires locatives................ fr. 115.662 73
- Total de nos affaires. fr. 6.938.960 84
- Bénéfices.
- Les bénéfices se décomposent ainsi : Bénéfices industriels à l’usine de Guise fr. Bénéfices industriels à l’usine de Schaer-
- beek.........*. .................fr.
- Familistère de Guise, services commerciaux et loyers, 178,425 fr. 80, moins la remise aux acheteurs sur carnets,
- 105,371 fr. 35. Reste net..........fr.
- Familistère de Schaerbeek , services commerciaux et loyers , 10,131 fr. 12, moins la remise aux acheteurs sur carnets, 3,432 fr. 54. Reste net......fr.
- 803.203 97 179.749 70
- 73.054 45
- 6 698 58
- Total des bénéfices bruts pour l’exercice écoulé 1903-1904 ..............fr. 1.062.706 70
- Si du produit net des magasins et des loyers, soit 79,753 fr. 03. .. 79.753 03
- on retranche les frais d’éducation qui s’élèvent. à fr 38.417 54
- il reste comme produit absolument net des familistères de Guise et de Schaerbeek.....................fr. 41 .335 49
- Les amortissements, le solde du compte,
- A reporter. ...... fr. 1.062 706 70
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- ASSEMBLEE GENERALE ORDINAIRE 661
- Report.........fr. 1.062.706 70
- charges et revenus sociaux et les frais d’éducation s’élèvent à la somme de. fr. 322.162 64
- Les bénéfices nets totaux de la Société (plus-value au bilan) s’élèvent donc à fr. 740.544 06
- Ils étaient, l’année dernière, de.., fr. 514.573 40
- Soit en plus pour l’exercice écoulé
- 1903-1904....................... ... fr. 225.970 66
- Après avoir prélevé sur cette somme l’intérêt à 5 pour cent du capital social qui est de cinq millions, soit 250,000 francs, il reste comme dividendes à partager...............................fr. 490.544 06
- Cette somme était l’année dernière de..................................fr. 265 049 85
- Soit en plus pour cette année....fr. 225.494 21
- En dehors de ces intérêts et de ces dividendes, il ne faut pas oublier la remise de 12.29 % à faire comme remise aux acheteurs dans les magasins de consommation, qui se chiffre comme je le
- disais plus haut à.................fr. 108.803 89
- Mesdames et Messieurs, je n’ai pas besoin d’attirer davantage votre attention sur ces résultats, je n’ai qu’à vous faire remarquer que c’est, comme bénéfices bruts, le plus bel exercice de l’association après l’exercice 1880-1881 et, comme bénéfices nets, l’une des quatre plus belles années.
- Je vais maintenant vous dire un mot des principaux services de nos usines.
- Service des Modèles.
- Comme toujours, nous nous attachons à la création de nouveaux appareils, pour répondre autant que possible aux besoins de notre nombreuse clientèle, aussi ce service est-il continuellement surmené.
- Nous avons commencé cette année de nouvelles séries
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- LE DEVOIR
- de cuisinières bourgeoises en tôle et fonte et de cuisinières en fonte pour restaurants.
- Nous avons complété nos séries de Foyers hygiéniques et de Calorifères hygiéniques. Plusieurs appareils spéciaux pour l’usage du bois (cheminées et calorifères) ont été établis.
- Nous continuons nos modèles d’appareils............;
- la collection va être mise en vente sous peu et tout nous fait prévoir que nous aurons là un débouché sérieux et intéressant de notre fabrication, d’autant plus intéressant qu’à côté de la question de fabrication il y a la question technique que nous ne négligerons pas et avec laquelle notre directeur commercial et le directeur des modèles sont déjà familiarisés.
- Service Commercial.
- Ce service a fonctionné d’une façon satisfaisante malgré les difficultés survenues par suite de l’affluence des ordres. Le chiffre d’affaires élevé que nous avons traité, nous a fait voir la nécessité de moderniser...........
- La publicité faite par nos concurrents nous oblige à augmenter notre budget ou tout au moins à ne pas le diminuer. Nous sommes conduits à donner à nos publications commerciales : albums, circulaires, brochures, etc -.. le plus de luxe possible.
- En France, la vente de nos articles à bon marché continue à s’étendre et notre tonnage devient suffisant pour balancer l'augmentation de nos prix de revient.
- En Hollande, la question du nouveau tarif douanier n’a pas avancé ; une opposition sérieuse s’est faite dans le pays, cependant nous ne savons pas quel sort sera réservé au projet de loi ; en tout cas, nous ne ferons rien avant qu’elle soit promulguée.
- Service du matériel et des constructions.
- Nous procédons actuellement à l’installation de la machine ïi° 6 destinée au remplacement depuis si long-
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- ASSEMBLÉE GENERALE ORDINAIRE
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- temps attendu de la machine n° 4, dont la consommation énorme et dispendieuse de vapeur par cheval-heure, augmente encore avec le travail exigé du moteur, travail qui est maintenant à sa limite. Cette machine nous permettra de réaliser ce dont je vous parlais l’an dernier : monter l’eau de l’Oise avec une pompe électrique dans le bassin du réfrigérant et la distribuer à tous les moteurs, par conséquent laisser toute l’eau du sondage aux habitations et ne plus avoir à Fusine que des machines à vapeur à condensation, qui sont plus économiques.
- De plus, cette machine, qui nous apportera un surcroît de force motrice, nous permettra plus tard l’installation. ............. dans la fonderie n° 2.
- Pour obvier aux aléas du service des transports, nous avons acquis une deuxième locomotive, la machine no 7, qui nous permettra un emploi alternatif très profitable à la durée des foyers et à l’exécution des réparations.
- Nous allons procéder au montage d’une grande........
- pour le moulage mécanique, ce qui nous procurera un travail plus régulier et mieux fait.
- A l’ajustage, nous avons installé un marteau à planer, une nouvelle fraiseuse et une troisième perceuse horizontale.
- Nous achevons en ce moment la construction de l’agrandissement du magasin aux châssis, devenu urgent par suite de l’augmentation toujours croissante de nos modèles.
- Le peu d’emplacement dont nous disposons maintenant à l’usine, nous obligeant à une main-d’œuvre onéreuse et dangereuse pour l’emmagasinage des bois en grume, des sables, des fontes et de toutes les grosses matières, nous sommes forcés d’agrandir notre propriété. Nous avons acheté, pour 600 francs, la nue propriété d’un terrain tenant à l’usine et mis en vente par licitation (héritiers Martin, parcelle n<> 205 et 206 du cadastre).
- Nous avons acquis en toute propriété, pour 5000
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- LE DEVOIR
- francs, de M. Ernest Godet, une partie de terrain de 36 à 37 ares environ, tenant de deux côtés à notre parc à bois. C’est pour parer aux agrandissements futurs que nous avons décidé, sous la réserve d’un avis favorable de l’assemblée générale, de faire avec M. Emile Godin l’échange de terrain dont vous allez avoir à vous intéresser, puisque la question est à l’ordre du jour de cette réunion.
- Service des ateliers.
- Fonderies. — Toutes les fonderies ont marché en plein pendant cet exercice, nous avons même dû transformer une halle de magasin en atelier pour l'agrandissement de la fonderie n<> 4.
- Le tonnage passé au cubilot est de beaucoup le plus grand qui ait été réalisé, aussi les résultats dus à cette importante production se font-ils sentir avantageusement.
- Ajustage. — La fabrication dans ce service a également dépassé les exercices les plus favorisés et cela, dans de bonnes conditions. L’outillage de cet atelier nous permet, maintenant, de faire face aux besoins que nous amènerait un grand hiver. L’atelier de terre réfractaire, dont la production augmente tous les ans, va être pourvu d’une installation supplémentaire de broyeur et mélangeur qui est construit et dont ie montage sera fait pendant l’exercice prochain.
- Emaillage. — Ce service nous a donné cette année des résultats encore meilleurs que pendant l’exercice précédent ; son compte s’est soldé avec un trop haut sérieux dû surtout à la bonne marche de nos fours. Nos émaux sont toujours bien goûtés de la clientèle.
- Service de la fabrication.
- Comme toujours, la fabrication a été menée avec la prévoyance et l’activité voulues. Malgré la grande production, rien n’a été négligé pour donner satisfaction à nos clients,
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- ASSEMBLÉE GENERALE ORDINAIRE 665
- La multiplicité des modèles et le nombre toujours croissant de nos articles, n’ont pas nui à la bonne organisation de la production, de l’emmagasinage et des expéditions. L’écoulement de nos produits fragiles (poteries et buanderies), qui eût été si difficile avec nos anciens modes de transports, se fait dans d’excellentes conditions avec notre raccordement.
- Approvisionnements
- Nos achats sont toujours faits convenablement, les cours étant suivis de très près et les stocks réalisés au moment opportun. Peu de fluctuations se sont produites pendant cet exercice. Il est à désirer, pour le bien de notre industrie, que les prix ne fléchissent pas au moment de l’établissement de nos tarifs de 1905 et de la conclusion des marchés avec la clientèle.
- Service de la comptabilité.
- La même méthode ponctuelle et régulière a présidé à la rédaction de nos écritures. Le conseil de surveillance a pu se rendre compte que nos livres sont toujours tenus à jour, à Schaerbeck comme à Guise et que nos inventaires ont été faits aussi consciencieusement que possible. Ces Messieurs ont pu se convaincre de la sincérité des résultats de l’exercice.
- Economat.
- Les services locatifs, scolaires et commerciaux des familistères ont fonctionné avec leur régularité habituelle. Le résultat de la répartition (12.29 °p,)? à faire comme remise aux acheteurs sur carnets, vous montre que rien n’est négligé.
- Il faut constater, cependant, que l’entretien et le nettoyage de nos habitations vont toujours croissant, en raison non seulement de la vétusté, mais aussi de la diminution regrettable des habitudes de propreté au familistère.
- Quand notre pompe d’alimentation de l’usine fonc-
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- 666
- LE DEVOIR
- Donnera, nous n’emploirons plus l’eau du sondage ; nous espérons que les familistères, à Guise, ne manqueront plus d’eau potable aux étages supérieurs.
- Usine de Schaerbeek.
- Malgré la concurrence effrénée et un hiver plutôt insignifiant, nous avons pu cette année, y faire le meme chiffre d’affaires que l’année dernière : notre publicité n’y est pas étrangère.
- Nous continuons à perfectionner notre outillage, dans la mesure où la chose est pratique ; nous avons main- -
- tenant................................................
- qui fonctionnent à notre satisfaction. Nous y établirons,
- prochainement une.......................................
- si celle de Guise répond à nos désirs.
- Nous avons ajourné notre étude sur les mesures à prendre par suite du futur tarif douanier hollandais qui, comme je vous l’ai déjà dit, n’est pas encore voté. Dès que le nouveau régime sera établi et que nous saurons exactement comment nous sommes frappés, nous aviserons.
- Cette usine va être bientôt surchargée par l’application de la loi sur les accidents du travail, qui est maintenant votée et ne tardera pas à entrer en vigueur. Nous prendrons les dispositions nécessaires pour que son fonctionnement se réalise au mieux des intérêts réciproques.
- Je termine ici, Mesdames et Messieurs, la première partie de mon rapport.
- Je remercie sincèrement Messieurs Blanquin Jules, Dupont Louis et Petithomme Eugène, membres du Conseil de Gérance, qui vont bientôt nous quitter, de la façon aimable, ponctuelle et courtoise dont ils se sont acquittés de leur mandat.
- Je remercie également Messieurs Anstell Paul, Joseph Toussaint et Lhote Charles, membres du Conseil de Surveillance, du soin et de l’exactitude qu’ils ont mis à remplir leur mission.
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- ASSEMBLÉE GENERALE ORDINAIRE
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- Je donne maintenant la parole à Monsieur Alizard, directeur de la Comptabilité et secrétaire de l’Assemblée générale, qui va vous lire la partie financière de mon rapport : (Applaudissements).
- PERSONNEL DE L’ASSOCIATION
- au 30 juin 1904.
- Ce personnel comprend les membres nommés pendant le mois de juin 1904 et prenant part à la répartition de 1903-1904 :
- Membres actifs : Associés à Guise......361 )
- d° à Schaerbeek. 43 \
- — Sociétaires à Guise............. 87 )
- — d° à Schaerbeek. 19 (
- — Participants à Guise....... 595 (
- d° à Schaerbeek. 116 (
- Propriétaires de titres d’épargnes ne prenant
- plus part aux travaux de l’association......... 700
- Auxiliaires prenant ou ayant pris part aux
- travaux de l’association........................... 691
- Total........................ 2.612
- MUTATIONS DU PERSONNEL.
- Les mutations qui se sont produites au cours de l’exercice sont les suivantes :
- ASSOCIÉS.
- Nombre existant au commencement de l’exercice .......................................... 396
- Elus sur leur demande par l’assemblée pendant l’exercice................................. 12
- Total......................... 408
- A déduire. Décédés............................... 4
- Associés existant au 30 juin 1904.............. 404
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- 668
- LE DEVOIR
- SOCIÉTAIRES.
- Nombre existant au commencement de l’exercice .....................................
- Nommés pendant l’exercice................
- Total.....................
- A déduire : Sociétaires devenus associés.
- » partis ou décédés. » redevenu participant.
- 12
- 12
- 1
- Sociétaires existants au 30 juin 1904
- 118
- 13
- 131
- 25
- 106
- PARTICIPANTS.
- Nombre existant au commencement de l’exer-
- cice................................................. 716
- Nommés pendant l’exercice........................... 44
- Sociétaire redevenu participant...................... 1
- Total.................... 761
- A déduire : participants devenus sociétaires 13 \
- > > auxiliaires 5 > 50
- » partis ou décédés. 32 )
- Participants existants au 30 juin 1904........... 711
- RETRAITÉS.
- Pensionnés jouissant de la retraite au 1er juillet 1903 :
- A titre définitif........................ 134 134
- « provisoire........................... 7
- Décédés pendant l’exercice..................... 9
- Mis à la retraite pendant l’exercice..... 4
- Total des pensionnés définitivement au 30
- juin 1904........................................ 129
- ♦ ___________
- Se répartissant en 127 à Guise et 9 à Schaerbeek.
- Dont 129 à titre définitif et 7 à titre provisoire.
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- ASSEMBLEE GENERALE ORDINAIRE 669
- SITUATION GÉNÉRALE DES ASSURANCES MUTUELLES ASSURANCE DES PENSIONS ET DU NÉCESSAIRE
- L’assurance des pensions et du nécessaire à la subsistance des familles dans le besoin possédait, au 1er juillet 1903, un certificat d’épargne (part de capital) de
- la Société, s’élevant à............fr. 712.966 y>
- Nous allons avoir à ajouter la part attributive du travail des auxiliaires pendant l’exercice écoulé, 1903-1904
- soit............................. .... fr. 43.066 »
- Plus les annulations d’épargnes réservées...............................fr. 313 »
- Total....fr. 756 345 »
- Il y aura à retrancher d’autre part le remboursement d’épargnes résultant de
- l’exercice 1903-1904, soit....... fr. 82.263 »
- La valeur du certificat d’épargnes sera donc pour l’entrée dans l’exercice 1904-
- 1905 de........................... fr. 674.082 »
- Le solde du compte-courant de l’assu rance des pensions et du nécessaire était créditeur au 30 juin 1904
- de....................f r.
- La répartition de cet exercice va y ajouter les intérêts et dividendes revenant au certificat d’épargnes , soit,........... fr.
- Le remboursement d’épargnes résultant de l’exercice étant de.........fr.
- Il résulte que le compte-courant sera créditeur à nouveau dans la caisse de
- l’Association de......fr. 248 184 84 248.184 84
- A reporter.......fr. 922.266 84
- 126.993 89
- 38.927 95
- 82.263 >
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- 670
- LE DEVOIR
- Report...........fr.
- après l’application des résultats de l’in-
- ventaire.
- Le montant du dépôt à la caisse des Dépôts et Consignations, valeurs et capital disponible, (les valeurs étant comptées à leur prix d’achat) est, au 30 juin
- 1904, de...............................fr.
- Plus une somme de 6.752 fr. 64 montant des coupons et intérêts du 1er semestre de 1904, évalués et portés par la caisse des Dépôts en augmentation du capital disponible..................
- L’assurance des pensions possède donc
- un capital de.............k.........fr.
- 922.266 84
- 477.231 71
- 6.752 64
- 1.406.251 19
- RECETTES ET DÉPENSES DE L’ASSURANCE DES PENSIONS ET DU NÉCESSAIRE PENDANT L’EXERCICE ÉCOULÉ.
- 1° Recettes effectives :
- Subvention statutaire équivalente à 2 0/0 des salaires et appointements de
- l’exercice, soit....................fr. 55.590 82
- Supplément de subvention facultatif équivalent à 1 0/0 des salaires et appointements.............................fr. 27.795 41
- Intérêts et dividendes du certificat
- d’épargnes pour 1903-1904. .........fr. 38 927 95
- Intérêts sur somme disponible (conseillers de gérance non en exercice)
- laissés à la caisse des pensions..fr. 6.961 40
- Intérêts du compte-courant de l’assurance............................. fr. 4.209 92
- Rentrées diverses...............fr. 2 682 25
- Total____ fr. 136.167 75
- 2° Recettes comptables.
- La part attributive des auxiliaires
- A reporter...... fr. 136.167 75
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- ASSEMBLÉE GENERALE ORDINAIRE
- Report........fr.
- pendant l’exercice 1903-1904 portée en augmentation du titre d’épargnes... fr.
- Les annulations d’épargnes réservées portées en augmentation du titre., fr.
- Les intérêts et coupons encaissés par la caisse des Dépôts et Consignations, non touchés et portés par la dite caisse en augmentation du capital disponible pour être réemployés en achats de va-
- leurs .......... ................. fr.
- Total général......fr.
- Le montant total des dépenses a été
- de...................................fr.
- 671
- 136.167 75 43.066 » 313 »
- 13.798 14 193.344 89
- 165.967 03
- Augmentation du capital de la caisse des pensions...................... fr. 27.377 86
- Ce capital était en effet l’année dernière de.........................fr. 1.378.873 33
- Il est cette année de.........fr. 1.406.251 19
- Différence égale.... fr. 27 377 86
- L’excédent des dépenses de la caisse des pensions sur les recettes effectives est donc de 165.967 fr. 03 cent, moins
- 136.167 fr. 75 cent. = fr. 29.799 28
- ASSURANCE MUTUELLE CONTRE LA MALADIE.
- à Guise. — Section des hommes.
- Solde créditeur au 1er juillet 1903. fr. 3.469.56 Recettes de l’exercice 1903-1904.. fr. 46.744 40
- Total.......fr. 50.213 96
- Dépenses de l’exercice..........fr. 46.161 98
- Solde créditeur au Ie** juillet 1904. fr. 4.051 98
- Excédent des recettes sur les dépenses fr. 582 42
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-
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- 672
- LE DEVOIR
- à Guise. — Section des dames.
- Solde créditeur au 1er juillet 1903. fr. 4.143 85
- Recettes de l’exercice 1903-1904.. fr. 9.407 10
- Total.......fr. 13.550 95
- Dépenses de l’exercice...............fr. 9.298 »
- Solde créditeur au 30 juin 1904.. fr. 4.252 95
- Excédent des recettes sur les dépenses fr. 109 10
- Usine de Schaerbeek. — Assurance contre la maladie.
- Solde créditeur au 1er juillet 1903. fr. 3. .619 36
- Recettes de l’exercice 1903-1904.. fr. 8. .049 12
- Total fr. 11. .668 48
- Dépenses de l’exercice fr. 7 .677 57
- Solde créditeur au 30 juin 1904. . fr. 3, .990 91
- Excédent des recettes sur les dépenses fr. 371 55
- ASSURANCE SPÉCIALE A LA PHARMACIE.
- à Guise.
- Recettes de l’exercice 1903-1904.. fr. IL .744 09
- Dépenses de l’exercice fr. 11, .059 03
- Solde créditeur au 30 juin 1904... fr. 685 06
- Excédent des recettes sur les dépenses fr. 685 06
- à Schaerbeek.
- Solde créditeur au 1er juillet 1093. fr. ; 691 81
- Recettes de l’exercice 1903-1904. . fr. 2. ,894 29
- Total fr. 3. ,586 10
- Dépenses de l’exercice fr. 2. ,693 09
- Solde créditeur au 30 juin 1904.. fr. 893 01
- Excédent des recettes sur les dépenses fr. 201 20
- ASSURANCES RÉUNIES.
- Le montant général des recettes de
- nos diverses assurances est de....fr. 228.804 89
- celui des dépenses est de.........fr. 242.856 70'
- Excédent des dépenses sur les recettes fr.
- 14.051 81
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-
-
- ASSEMBLÉE GENERALE ORDINAIRE 673
- Il y a lieu de remarquer ici que, sauf pour la caisse des pensions, toutes nos caisses mutuelles se soldent par un léger boni, mais trop léger en comparaison de l’augmentation de subvention.
- En etfet, en conformité de la décision prise par le Conseil de Gérance dans sa séance du 29 décembre 1903, par application de l’article 99 des statuts, la part de l’association, subvention, amendes, casse, mal façon, etc., est égale à 50 pour cent des cotisations des mutualistes.
- Si ces subventions ne suffisaient plus, il deviendrait nécessaire d’augmenter encore les cotisations et de diminuer les allocations.
- RÉSUMÉ GÉNÉRAL DES ASSURANCES MUTUELLES
- Les 242.856 fr. 70 de dépenses des assurances mutuelles se décomposent ainsi :
- ASSURANCE CONTRE LA MALADIE
- Payé aux malades pendant l’exercice 1903-1904 :
- A Guise. — Section des hommes.
- Pour 21,409 journées de maladie à 825 malades........................ fr.
- A Guise. — Section des dames.
- Pour 6,970 journées de maladie à 225 malades.............................fr.
- A Schaerbeek.— Section unique.
- Pour 2.226 journées de maladie à 215 malades.............................fr.
- Pour les sections réunies, frais de pharmacie.
- A Guise............fr. 11.059 03 j
- A Schaerbeek ...... fr. 2.693 09 j
- A reporter.......fr. 66.061 29
- 3
- 41.034 80
- 5.759 55
- 5.514 82
- 13.752 12
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-
-
-
- 674
- LE DEVOIR
- Report.......fr.
- Payé aux médecins :
- A Guise............fr. 8.152 90 \
- A Schaerbeek.......... 2.132 75 J
- Divers à Guise........ 512 73 (
- Divers à Schaerbeek.... 30 »
- ASSURANCE DES PENSIONS ET DU NÉCESSAIRE.
- Payé à 130 pensionnés, dont 42 au familistère et 88 au-dehors, fr. 95.706 25 Payé à 8 pensionnés à
- Schaerbeek...........fr. 3.956 15
- Payé à 7 retraités provisoirement, plus 34 malades depuis plus d’un an
- francs................. 30.308 87
- Payé à 45 familles pour le nécessaire à la subsistance :
- A Guise...........fr. 12.007 35
- A Schaerbeek .... fr. 683 14
- A 92 familles à titre d’allocation temporairef. 13.789 65
- Payé aux réservistes fr. 972 »
- Payé aux médecins et
- aux sages - femmes à
- Guise et à Schaerbeek fr. 3,166 10
- Payé à l’hospice de
- Guise fr. 970 65
- Appointements du se-
- crétaire fr. 1.826 28
- Frais divers fr. 1.080 09
- Payé aux asiles de
- Lemé. fr. 1.500 50
- Total fr. 165.967 03
- Total g énéral. fr.
- 66.061 29
- 10.828 38
- 165.967 03 242.856 70
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-
-
-
- assemblée générale ordinaire
- 675
- DÉPENSES POUR FRAIS D’ÉDUCATION ET D’INSTRUCTION
- Nourricerie (enfants au berceau).. fr. 5.017 81
- Ecoles maternelles (l^e année, poupon-
- nat) * . fr. 1.413 28
- Ecoles maternelles (2e, 3e et 4® années,
- bambinat) . fr. 3.577 06
- Ecoles primaires (6 classes) . fr. 22.113 16
- Ecoles de Schaerbeek . fr. 6.296 23
- Total . fr. 38.417 54
- Ces dépenses se décomposent ainsi : Appointements et salaires...................fr. 27.865 01
- Frais de nourriture et fournitures scolaires.... fr. 10.552 53
- 38.417 54
- RÉSUMÉ DES DÉPENSES CONSACRÉES A LA MUTUALITÉ
- Subventions aux malades à Guise... fr.
- Subventions aux malades à Schaer-beek.................................fr.
- Pensions aux retraités dé- J
- finitifs............. . fr. 99.662 40 /
- Pensions aux retraités pro- i
- visoires............fr. 30.308 87 ]
- Allocations temporaires, secours aux familles et divers.....................fr.
- Frais d’éducation et d’instruction... fr.
- Total.......fr.
- Ce chiffre était l’année dernière de.. fr.
- Soit une différence en plus de.......fr.
- 66.519 01 10.370 66
- 129.971 27
- 35.995 76 38.417 54
- 281.274 24 275.454 57
- 5 819 67
- AFFAIRES INDUSTRIELLES, COMMERCIALES ET LOCATIVES AFFAIRES INDUSTRIELLES.
- Le total net des ventes à Guise en articles de la fabrication courante a
- été de..........................fr. 4.558.791 88
- A ajouter : fonte mécanique, malléable
- A reporter.....fr. 4.558.791 88
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-
-
-
- 676
- LE DEVOIR
- Report..........fr. 4.558.791 88
- et fontes diverses..................fr. 82.991 30
- Le total net des ventes à Schaerbeek a été de..............................fr. 1,197.250 05
- Total des affaires industrielles, fr. 5.839.033 23
- AFFAIRES COMMERCIALES ET LOCATIVES
- Ventes des services commerciaux à Guise., fr. 935.378 70 Ventes des services commerciaux à Schaerbeek fr. 48.886 18
- Total des affaires commerciales dont 15 0/0 seulement des bénéfices restant à l’association.. fr. 984.264 88 984.264 88
- Produit brut des loyers à Guise.... fr. 101.505 71 Produit brut des loyers à Schaerbeek fr. 14.157 02
- Total.........fr. 6-938.960 84
- COMPOSITION ET RÉPARTITION DES BÉNÉFICES Les bénéfices industriels, commerciaux et locatifs
- 73.054 45
- 6.698 58
- 803.203 97 179.749 70
- Total des bénéfices bruts... fr. 1.062.706 70 A reporter...............fr. 1.062.706 70
- de l’exercice, sont les suivants :
- Familistère de Guise, services commerciaux et
- loyers.................fr. 178.425 80
- Moins remise aux acheteurs sur carnets..... fr. 105.371 35
- Familistère de Schaerbeek , services commerciaux et loyers........fr. 10.131 12
- Moins remise aux acheteurs..................fr. 3.432 54
- Usine de Guise......................fr.
- Usine de Schaerbeek.................fr.
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-
-
-
- ASSEMBLÉE GENERALE ORDINAIRE '677
- Report....... fr. 1.062.706 70
- dont il faut déduire les charges suivantes :
- Amortissements statutaires.....................fr. 160.457 13
- Frais d’éducation.....fr. 38.417 54
- Solde débiteur du compte charges et revenus sociaux................. fr. 123.287 97
- Total à déduire .. fr. 322.162 64 322.162 64 Les bénéfices nets, plus-value au bilan,
- sont donc de........................fr. 740.544 06
- Après avoir prélevé pour les intérêts à 5 0/0 du capital social qui est de
- 5.000.000 fr., la somme de..........fr. 250.000 »
- Il reste comme dividende à partager, fr: 490.544 06 Soit, conformément à l’article 128 des statuts :
- Aux intérêts du capital et au travail 75 0/0 moins 953 fr.au fonds de réserve.............. .......fr.
- Au fonds de réserve, fr.
- A l’Administrateur - Gérant 4 0/0..............fr.
- Aux onze conseillers de gérance en fonctions «. fr.
- 5 0/0 aux conseillers de gérance non en fonctions fr.
- Préparation et entretien d’élèves aux écoles de l’Etat 10/0....................fr.
- A la disposition du conseil pour récompenser les inventions utiles 2 0/o • fr.
- Au conseil de surveillance 2 0/o........... fr,
- 366.955 » j 953 »
- 19.622 »
- 53.963 » ^
- ) 490.544 06
- 24.524 »
- 4.906 06
- 9.811 »
- 9.810 » 1
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-
- 678
- LE DEVOIR
- La somme de 366,955 francs représentant les 75 Ojo revenant au capital et- au travail est répartie dans la proportion des concours suivants i Salaires payés par le Familistère de
- Guise..............................fr. 115.563 55
- Salaires payés par le Familistère de
- Schaerbeek.........................fr. 9.180 77
- Salaires payés par l’usine de Guise fr. 2.239.938 23 Salaires payés par l’usine de Schaerbeek .............................. fr 414 038 51
- Total des salaires.. .. fr. 2.778.721 06
- Concours supplémentaire des asso-
- ciés .. fr. 737.828 10
- Concours supplémentaire des socié-
- taires . • fr. 68.415 32
- Concours supplémentaire des membres
- ayant plus de vingt années de service et
- participant au même titre :
- Que les associés. .. fr. 46.329 05
- Que les sociétaires .. fr. 112.318 05
- Concours du capital. .. fr. 250.000 »
- Evaluation des services rendus ser-
- vant de base à la répartition .. fr. 3.993.611 58
- TAUX DE LA RÉPARTITION
- Les 366,955 francs attribués au capital et au travail, divisés par le montant des concours et services rendus représentés par les salaires des travailleurs et les intérêts du capital, donnent un taux de répartition de 9,188 0/o.
- soit pour les participants.. 9.188 0/o-pour les sociétaires.. . 13.78 0/q.
- pour les associés..... 18.37 0/0.
- Cette répartition est faite dans la proportion des services rendus établis de la manière suivante :
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- ASSEMBLEE GENERALE ORDINAIRE
- Salaires des associés.............fr. 737.828 10
- Supplément.......................... 737.828 10
- Salaires des sociétaires............ 136.830 65 l
- Supplément........................... 68.415 32 j
- Salaires des participants......................
- Suivant article 129 des statuts :
- Au taux des associés................. 46.329 05 1
- Supplément.......................... 46.329 05 )
- Au taux des sociétaires........... . 224.636 10
- Supplément.......................... 112.318 05
- Salaires des épargnes réservées................
- Salaires des auxiliaires.......................
- Intérêts du capital social.....................
- AIRE r 679
- 1.475.656 20 = 135.583
- 205.245 97 = 18.858
- 919.685 65 = 84.501
- 92.658 10 = 8.514
- 336.954 15 = 30.959
- 243.782 20 = 22.399
- 469.468 30 = 43.171
- 250.000 » = 22.970
- fr. 366.955
- TAUX DE L’INTERET DIJ CAPITAL SOCIAL
- L’intérêt à payer au capital social à 5 °/o sur un capital de 5.000 000 francs s’élève à 250.000 francs.
- Le dividende du capital à9.188°/o sur ces 250.000fr. est de 22.970, ce qui donne une somme totale d’intérêts de 272.970 fr., soit :
- 272.970 X 100 _ p; A(K „mir,
- 5.0007000--D’4b Pour cenl-
- comme taux de l’intérêt du capital social.
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-
-
- 680
- LE DEVOIR
- BILAN AU
- ACTIF
- FAMILISTERE DE GUISE
- Immeubles statutaires......fr.
- Matériel statutaire...........
- Marchandises..................
- Valeurs diverses..............
- Comptes débiteurs.............
- FAMILISTÈRE DE SCHAERBEEK
- 959.445 71 36.662 79 272.846 90 1.765 90 12.629 79
- Marchandises . fr. 46. 467 75 )
- Comptes débiteurs. 150 »
- Valeurs diverses... 911 51 )
- USINE DE GUISE
- Immeubles statutaires... 431 754 89 \
- Matériel statutaire.. 687. 396 36
- Matières premières et fabrication
- en cours 1 .757 253 16 1
- Marchandises. 1 .076 486 99 (
- * / En caisse. . fr. § 1 En banque.... 1 38 800 91 \
- .352 508 61 j
- W < En portefeuille 95. 460 81 f 1 .686 781 88
- ^ i Actions et Bons i
- > \ divers 11 55 /
- Comptes débiteurs. .... . fr. 1 .299 .508 89
- USINE DE SCHAERBEEK
- Immeubles statutaires.......fr. 120.000 »
- Matériel statutaire................ 53.123 69
- Matières premières et fabrication
- en cours..................... 347.166 55
- Marchandises...................... 345.522 94
- Valeurs diverses............... 4 449 55
- Comptes débiteurs................. 257.039 17
- COMPTABILITÉ SOCIALE
- Comptes débiteurs........................fr.
- Constructions et matériel créés depuis la fondation de l’Association ................fr.
- 1.283.351
- 47.529
- 6.939.182 17
- 1.127.301
- 2.305
- 7.014.697
- Total. Fr. 16.414.367 34
- AISEMBLÉE GENERALE ORDINAIRE
- 681
- 30 JUIN 1904
- PASSIF
- FAMILISTÈRE DE GUISE
- Comptes créditeurs.....................fr.
- FAMILISTÈRE DE SCHAERBEEK Comptes créditeurs......................fr.
- USINE DE GUISE
- Comptes créditeurs.,........fr. 1.751.126 67 \
- Assurances mutuelles Hommes et /
- Dames.....................fr. 8.304 93 /
- Assurances des pensions..... fr. 126.993 89 \
- Caisse de pharmacie.........fr. 685 06 /
- USINE DE SCHAERBEEK
- Comptes créditeurs..........fr. 37.481 09 )
- Assurances mutuelles et pharmacie 4.883 92 >
- Sociétés diverses............. 1.302 60 )
- COMPTABILITÉ SOCIALE
- Comptes ) Divers . .........fr. 602.606 40 ^
- créditeurs! Héritiers Godin...fr. 1.400.000 » j Amortissements,Immeubles, maté- )
- riel et modèles ............ 5.865.682 96 j
- Fonds de réserve............... 499.047 » '
- CAPITAL SOCIAL
- Epargnes aux membres de l’Asso- \
- dation (parts du capital) y com- 1
- pris celles des intéressés... Ir. 4.257.438 » r
- Epargnes (parts du capital) de >
- l’assurance des pensions.... fr. 674.082 » l
- Epargnes (parts du capital) de la j
- Société................• ••• , 68.480 » /
- Plus-value de l’exercice, bénéfices nets...
- Total... Fr.
- 367.725 93
- 7.982 83
- 1.887.110 55
- 43.667 61
- 2.002.606 40 6.364.729 96
- 5.000.000 »
- fr. 740.544 06 16.414.367 34
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- 682
- LE DEVOIR
- BILAN AU 30 JUIN 1904
- de l’assurance des pensions et du nécessaire à la subsistance
- sans l'application des résultats de l'exercice 1903-190k.
- Actif
- Passif
- Compte-courant , usine
- de Guise.............
- Caisse des dépôts et ) consignations, fonds £
- disponibles.........)
- Valeurs diverses en J dépôt à la Caisse des ! Dépôts et Consigna- [
- tions................\
- * Titre d’épargne de la ] Société du Familis- > tère de Guise...... )
- 126.993 89
- 46.810 22
- 437.174 13
- 712.966 » 1.323.944 24
- Capital. 1.323.944 24
- 1.323.944 24
- Après l’application des résultats de l’inventaire au 30 Juin 1904, le capital de la Caisse des pensions sera augmenté, comme il est dit plus haut, de 27.377 f. 86.
- Nous avons versé au mois de janvier 1904, à la Caisse des Dépôts et Consignations, une somme de 53.000 fr. prise sur le compte courant de l’assurance des pensions et représentant le solde de la subvention obligatoire de l’exercice 1902-1903, plus une partie de la subvention de l’exercice 1903-1904. Cette somme augmentée des intérêts et coupons de l’année 1903, a été convertie en valeurs sembables à celles existantes, soit en 146 obligations.
- Après l’application des résultats de l’exercice écoulé, le compte courant de la Caisse des pensions dans la Société du Familistère sera de 248 184 fr. 84.
- Pour nous conformer à la décision de l’Assemblée générale, nous allons verser à ia Caisse des Dépôts l’équivalent de la subvention obligatoire de l’exercice
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- ASSEMBLEE GENERALE ORDINAIRE 683
- écoulé, soit 56.000 fr. environ, ce qui réduira le compte courant à 192.000 francs environ.
- Au moment de la promulgation de la loi sur les caisses de retraites industrielles (Décembre 1895) ce compte courant était, comme je l’ai établi dans mon rapport de l’an dernier, de 275.608 fr, 74. Nous restons donc d’accord avec la loi puisque ce compte-courant est de beaucoup inférieur à ce qu'il était en Décembre 1895. Toutes les sommes non utilisées pour le fonctionnement de la caisse des pensions, depuis Vapplication de la loi, ont donc été déposées.
- Pendant l’exercice, une obligation (Ville de Paris) est sortie au tirage et a été remboursée pour 399 fr.18.
- Il existe donc, au 30 Juin 1904, 819 -f 146-1=964
- obligations se décomposant en :
- Obligations communales du Crédit foncier.... 118
- » de la ville de Paris................ 155
- » du chemin de fer du Nord...... 110
- » du chemin de fer de l’Est......... 110
- » du chemin de fer de P.-L.-M........ 120
- » du chemin de fer du Midi........... 130
- » du chemin de fer d’Orléans....... 111
- » du chemin de fer de l’Ouest....... 110
- Total................... 964
- Nous avons détaché du bilan général de la société toutes les sommes ou valeurs appartenant à l’assurance des pensions, déposées en dehors de nos caisses, et nous avons établi un bilan spécial pour mieux préciser la situation de cette assurance, situation qui sera complétée par une annexe à ce rapport contenant les noms des ayants-droit, c’est-à-dire des retraités.
- La lecture de la partie financière étant terminée M. l’Administrateur-gérant reprend la parole et conclut ainsi qu’il suit :
- Mesdames, Messieurs,
- J’espère que nous ne nous plaindrons pas des résultats de cet exercice qui nous donnent comme produit
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- 684
- LE DEVOIR
- net un pourcentage de...............................,
- de notre capital social.
- Les 490.544 fr. 06 de dividendes à partager nous donnent un remboursement de 415.984 francs. Il portera sur le reste des épargnes de l’exercice 1888-1884,
- soit...............................fr. 107.950 »
- sur toutes les épargnes de l’exercice
- 1884-85, soit......................fr. 245.591 »
- sur 60.187 % des épargnes distribuées pendant l’exercice 1885-1886, qui étaient au total de 103.748 f., soit 103-748* 60’18,= 62.443 »
- Total........fr. 415.984 »
- Il restera donc à rembourser 41.305 fr. de l’exercice 1885-1886.
- .................Nous avons remboursé cette année
- une somme de cent mille francs de.......................
- plus un paiement anticipé de 72.494 fr. 30, ce qui réduit .................... A dater de 1904 les remboursements sont de cent cinquante mille francs tous les deux ans, sans préjudice des paiements anticipés que nous ne manquerons pas d’effectuer toutes les fois que notre fonds de roulement nous le permettra.
- Valeurs de Panama. En raison du rachat, par les Etats-Unis, du canal de Panama, nous avons dû produire à la liquidation et, après avis pris du Conseil de Gérance, nous avons remis à la Société Générale toutes les valeurs susceptibles de répartitions, c’est-à-dire toutes les obligations, soit : 23 obligations 3 °jo au porteur, 12 obligations 6 °10 nominatives et 225 obligations nominatives 4 <q0 : ces obligations figurent encore dans notre comptabilité pour la même valeur que lors de la succession de M. Godin ; quant aux actions dont le nombre est de 569, elles n’ont aucune valeur ; nous les avons annulées au bilan.
- Je termine, Mesdames et Messieurs, en vous remer-
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- ASSEMBLÉE GENERALE ORDINAIRE 685
- ciant de l’attention que vous avez bien voulu apporter à la lecture de mon rapport. Comme d’usage, je l’ai établi consciencieusement ; il vous expose la situation exacte de notre société. Ne soyez pas trop optimistes à sa lecture, car si notre affaire est belle, je vous le dis toujours, un bien petit accroc peut l’enlaidir. Deux choses surtout sont à craindre : la concurrence qui n’a pas nos lourdes charges et le désordre intérieur qui ne dépend pas seulement de ma fermeté, mais encore de votre sagesse.
- En vous présentant ces résultats, je suis heureux : parce qu’ils matérialisent la vraie manière d'honorer la mémoire de Godin.
- J’ai, pour ma part, la satisfaction non seulement d’avoir apporté à la conduite de son oeuvre tout le travail et toute l’énergie dont je suis capable, mais encore de constater que j’ai dans beaucoup d’entre vous de vrais collaborateurs : ceux qui ont agi comme moi et que je me fais un devoir de remercier sincèremenf.
- (Applaudissements prolongés)
- L’Assemblée juge inutile la lecture de la liste des retraités annexée au rapport de Mr l’Administrateur-gérant.
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- 686 LE DEVOIR
- ANNEXE AU BILAN DE L’ASSURANCE DES PENSIONS
- Liste des pensionnés au 30 juin 1904.
- NOMS
- PRENOMS
- Pensionnés au Familistère.
- Mme Dirson.
- Mme Gordien.......
- Mm8 Roger.......
- Mathieu.........
- Mme Liénard.....
- Dassonville.....
- Mme Prudhomme.
- Noizet..........
- Mme Lemaire ....
- Mme Nicolas.....
- Mm# Govin.......
- Mme#Mathieux ....
- Ténière.........
- Huile...........
- Andrieux........
- Mme Braillon....
- Jacquet.........
- Josquin ........
- Mme Josquin.....
- Poquet..........
- Liénard.....
- Dirson..........
- Louis...........
- Mme Huile.......
- Maréchal........
- Alavoine........
- Casseleux.........
- Leclaire
- Yenet...........
- Cartigny........
- Godériaux.......
- Lanoy ..........
- Mme Ténière
- Becquet.....
- Proix...........
- L amoureux......
- Plinguet.........
- Mme Andrieux...
- Monaque veuve.. Alphonse veuve.. Pruvost veuve...
- Eugène.......
- Locqueneux...
- Charles père Alexandre veuve.
- Joseph.......
- Baquet.......
- Dubois veuve....
- veuve .......
- Leroux.......
- Adrien.......
- Germain......
- Edouard père. Méresse veuve.
- Eugène.......
- César........
- Malderez.....
- Ernest.......
- Edouard......
- Jean-Baptiste , Edmond père,
- Fontaine.....
- Florent......
- Ernest.......
- Arsène.......
- Eugène.......
- Joseph.......
- Jules père...
- Elie.........
- François.....
- Bachelin.....
- Joseph.......
- Denis........
- Prosper......
- Irénée......
- Thiéfaine....
- TAUX
- mensuel.
- Fr. c.
- 35 » 33 » 45 » 75 » 45 » 75 » 18 » 75 » 21 » 45 » 45 » 22.50 75 » 75 » 75 » 45 » 75 » 75 »
- 22.50 75 » 75 » 75 » 75 »
- 36 » 75 » 75 »
- 73.50 75 » 75 » 75 » 75 » 60 »
- 22.50 75 » 75 » 75 » 75 » 35 »
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- ASSEMBLÉE GENERALE ORDINAIRE
- 687
- NOMS PRÉNOMS TAUX mensuel.
- Pensionnés au dehors, à Guise ü Fr. c.
- Damiens Constant père: . . . 69 »
- Fouconnier Armand 37.50
- Joseph Garbe 34.50
- Poulet Auguste 54 «
- Sénateur J.-Jacques 75 »»
- Damiens Louis 75 »
- Monvoisin père 75 »
- Rabot , Jules ^ 75 »
- Hennequin Vandois (Mrae) 19.50
- Fanielle Edouard père 67,. 50
- Dénimal Auguste 75 »
- Besançon Victor 73 50
- Meunier Gustave 66 »
- Damiens Jules 75 »
- Gaucher Ernest 60 »
- Guérin Eugène 73.50
- Fouconnier Prosper. 57 »
- Fosse Eugène 64.50
- Pernin Antoine 75 »
- Milaret , Amédée 54 »
- Maréchal Armand 60 »
- André Eugène 75 »
- Gatnache Zéphirin 75 »
- Ailliot *.. Jules 75 »
- Casseleux Constant 73.50
- Boussus Prudent 51 »
- Commun François 75 «
- Coupé Louis aîné 75 »
- Dupont Joseph 75 »
- Husson Victor 70.50
- Leroy Léon. 61.50
- Parmentier Emile 51 »
- Poulain Louis 75 »
- Collart Louis 75 »
- Dagnicourt Clovis 70.50
- Damiens Auguste 75 »
- Lefèvre Louis 61.50
- Nozal Eugène 73.50
- Sarrazin ,., Jules *. 73.50
- Duquenne. Firmin ..... 75 »
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- 688
- LE DEVOIR
- NOMS PRÉNOMS TAUX mensuel.
- Dassonville J.-Baptiste Fr. c. 66 »
- Allaire Ernest 61.50
- Hennequin Amédée 73.50 75 »
- Bleuze Zéphirin
- Dandrimont Vital 75 » 58.50 1 60 » 75 »
- Dieux Henri ..
- Duval Alfred
- Magnier Constant
- Poulain Joseph 75 » 45 » 75 » 55.50 51 » 75 »
- Pruvot Arthur
- Labrasse Edouard
- Dron Eugène
- Lanoy, * Désir é père
- Dequenne François
- Diot Alexandre 73.50 51 » 75 » 58.50 75 » 75 » 69 » 75 » 70.50 75 » 60 » 43.50 75 * 73.50 75 73.50 49.50 64.50 75 » 70.50 48 » 63 » 46.50 55.50 \ 75 » 60 » 54 »
- Dutilloy Frédéric
- Masse A ri st.i de
- Dubois * Alphonse
- Roger Ernest
- Bouchard (rirstave
- Froment Alexandre
- Lambert... Jolv
- Leclercq Zacharie
- Jouron Léonard
- Parisse Alphonse
- Sarrazin Ernest
- Coupé Alexis
- Delzard Jules
- Tardier Joseph
- Malderez. Pierre
- Minette Charles père
- Pruvot Louis
- Masure Sidomire
- Leleu Augustin
- Dagnicourt Pierre
- Legrand Emile
- Hocquet .. Henri
- Mérieux Alfred
- Dassonville Victor
- Pire Jules père
- Ponthieu Armand
- Schwartz Louis père 51 »
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- ASSEMBLÉE GENERALE ORDINAIRE
- 689
- NOMS PRÉNOMS TAUX mensuel.
- Ilaureiz Victor Fr. c. 75 »
- Ribeaux Alexis 75 »
- Pensionnés à Schaerbeek.
- V.-D. Veken Gérard 64.50
- Deverem Adolphe 39 »
- Delaet Guillaume 75 »
- Van Muylder Pierre 45 »
- Van Hoof Pierre 72 «
- Appelmans Pierre 40 »
- Gebreurs ... Martin 75 »
- 2» Rapport du Conseil de Surveillance sur la situation morale, industrielle et financière de l’exercice 1903-1904 présenté à l’Assemblée générale le 25 Septembre 1904.
- Mesdames, Messieurs,
- Dans votre assemblée générale du 17 Octobre 1903, vous avez bien voulu nous confier le mandat de conseillers de Surveillance pour Tannée 1903-1904.
- Nous venons ici vous en remercier et vous rendre compte de notre mission en vous présentant notre rapport sur la situation morale, industrielle et financière de la Société pour l’exercice écoulé.
- Ainsi que M. FAdministrateur-Gérant Fa constaté, la situation morale reste bonne, nous n’avons à regretter aucune note discordante.
- Conformément à l’article 109 des statuts, nous nous sommes assurés de la bonne tenue des écritures.
- Nous avons le plaisir de remarquer cette année que
- 4
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- 690
- LE DEVOIR
- nos caisses de mutualité se soldent avec un léger boni, ce qui constitue une amélioration appréciable sur les années précédentes, nous en sommes heureux et souhaitons que ce mieux s’accentue encore.
- Le rapport si explicite de M. l’Administrateu r-Gérant vous a fait connaître les beaux résultats de l’exercice.
- Il ressort des chiffres dont on vient de vous donner lecture que le dividende net à partager en plus des intérêts du capital social est de 490,544,06 ce qui produit : pour les participants 9,188 0/°
- » les sociétaires. 13,78 0/°
- » les associés ... 18,37 0/°
- L’intérêt à servir au capital social sera de 5,46 pour cent.
- Ainsi que vous le voyez, comme bénéfices bruts, c’est le plus bel exercice de l’association, après l’exercice 1880-1881, et comme bénéfices nets, l’une des quatre plus belles années.
- Ce magnifique résultat, obtenu à Guise comme à Schaerbeek, est dû incontestablement, à l’énergie et à la grande activité de notre Administrateur-Gérant qui apporte à la direction de notre affaire ses soins éclairés et tout son dévouement.
- Continuons tous à faire notre possible pour l’aider dans sa tâche et maintenir ainsi la prospérité de l’œuvre que notre fondateur nous a léguée.
- L’extension de notre industrie a rendu indispensables la transformation et l’augmentation de notre force motrice, ce que nous ne pouvons qu’approuver.
- Comme vous l’a dit M. l’Administrateur-Gérant, l’agrandissement de notre propriété est devenu une obligation pressante ; nous ne doutons pas que vous donnerez un avis favorable à la transaction projetée avec M. Emile Godin, pour l’échange de terrains, et à l’achat des diverses parcelles qui complétera cet échange.
- Avant de terminer nous tenons à remercier M. l’Administrateur-Gérant des excellents rapports qui n’ont cessé d’exister entre nous; nous remercions également le
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- ASSEMBLÉE GENERALE ORDINAIRE
- 691'
- personnel de la comptabilité qui s’est toujours montré bienveillant à notre égard et nous a facilité l’accomplissement de notre tâche, aussi bien à Guise qu’à Schaer-beek.
- Nous vous remercions aussi, Mesdames et Messieurs, de l’attention que vous avez apportée à la lecture de notre rapport en vous affirmant que les résultats que nous vous soumettons sont l’expression exacte de la vérité. Nous vous demandons, en conséquence, de vouloir bien adopter le rapport de M. l’Administrateur-Gérant ainsi que le nôtre. (Applaudissements).
- Vu et approuvé :
- Les conseillers de Le Rapporteur,
- surveillance, anstell Paul.
- Lhote Charles, Joseph Toussaint.
- 3° Approbation du rapport de la Gérance et de celui du Conseil de surveillance
- M. le président demande, à plusieurs reprises, si quelqu’un désire la parole.
- Personne ne demandant la parole, M. le Président déclare la discussion close.
- M. le Président demande alors si Ton désire voter à bulletins secrets ou à mains levées sur l’approbation des rapports de M. l’Administrateur-Gérant et du Conseil de surveillance.
- A l’unanimité, après épreuve et contre-épreuve, l’As semblée décide de voter à mains levées.
- M. le Président invite alors l’Assemblée à approuver ou improuver les rapports dont il vient d’être donné lecture.
- A Tunanimité, après épreuve et contre-épreuve, ces rapports sont approuvés.
- M. le Président reprend l’ordre du jour.
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- LE DEVOIR
- 4° Rapport de M. l’Administrateur-gérant sur le projet de vente, d’achat et d’échange de diverses parcelles de terrain..........................
- 5<> L’assemblée est-elle d’avis que M. l’Administra-teur-gérant peut vendre, acheter et échanger........
- 6o Admission ou rejet comme associés, pour l’exercice 1904-1905 de MM.; suivent les noms de 18 candidats.
- Le vote donne les résultats suivants :
- MM. Bray Alphonse................... 367 voix
- Caure Jules.......... ......... 336 »
- Cottenest Paul................. 339 »
- Dieux Albert-Jules............. 362 »
- Froment César...... ........... 336 »
- Gacoin Charles................. 188 »
- Joachim Jules-Albert... .... 377 »
- Lavabre Fernand................ 3è0 »
- Léguillier Albert............. ,270 »
- Léguillier Ernest.............. 335 »
- Létrier Alfred................. 361 »
- Mne Lobjois Gabrielle .............. 184 »
- MM. Louis Georges-Désiré........... >337 »
- Mismaque Jules-Léon.......... 360 »
- Roppé Albert.................. 212 »
- Rousseaux Louis.... ........... 371 »
- ,Rousselle Paul-Emile......... , 361 »
- Mertens André................. 315 »
- En conséquence, MM. Bray Alphonse, Caure Jules,
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- ASSEMBLÉE GENERALE ORDINAIRE
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- Cottenest Paul, Dieux Albert-Jules, Froment César, Joachim Jules-Albert, Lavabre Fernand, Léguillier Albert, Léguillier Ernest, Létrier Alfred, Louis Géorges-Désiré, Mismaque Jules-Léon, Roppé Albert, Rousseaux Louis, Rousselle Paul-Emile et Mertens André ayant obtenu la- majorité requise de 200 voix, M. le Président les proclame associés a dater de l'exercice 1904-1905.
- M. le Président informe ensuite l’Assemblée que le paiement des intérêts et des remboursements se fera dans le bureau des approvisionnements pour Guise, de la façon suivante :
- A Schaerbeck, le paiement des intérêts et remboursements aura lieu à partir du mercredi 28 septembre, selon les dispositions prises par M. Dequenne.
- La répartition des remises aux acheteurs sur carnets se fera, à Guise du 26 septembre au 14 octobre et à Schaerbeek dans le courant de la semaine prochaine.
- L’ordre du jour étant épuisé, M. le Président‘donne la parole au Secrétaire pour la lecture du procès-verbal.
- Après cette lecture, M. le Président demande si quelqu’un a des observations à faire sur le procès-verbal.
- Aucune observation n’étant formulée, le procès-verbal est adopté.
- La séance est levée.
- Le Secrétaire, J. Alizard.
- Le Président, L. Colin.
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- LE DEVOIR
- Nouvelles de la Société du Familistère de Guise
- Admission de Participants et de Sociétaires.
- Dans sa séance du 22 juin 1904, le Conseil de Gérance a conféré la qualité de participants à 40 travailleurs : 36 hommes, 4 femmes de l’usine de Guise et à 4 membres de l’usine de Schaerbeek.
- Dans la même séance, il a admis en qualité de sociétaires , 13 membres nouveaux, hommes, résidant au Familistère de Guise.
- Comité de Conciliation.
- Conformément aux prescriptions statutaires, les membres de la Société du Familistère de Guise, associés sociétaires et participants, ont été appelés, le 16 août 1904, à désigner, par le vote à bulletin secret, les trois membres du Comité de conciliation, pour l’exercice 1904-1905.
- Ont été élus :
- MM. Quent Aimé.
- Bailliot Virgile.
- Alizard Jules.
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- NOUVELLES DE LA SOCIETE DU FAMILISTèRE 695
- Elections aux Conseils de Gérance et de Surveillance
- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE EXTRAORDINAIRE
- du 8 Octobre 1904
- Présidence de M. COLIN * , Administrateur-Gérant
- Vote pour la nomination de 3 commissaires-rapporteurs devant former le Conseil de Surveillance et de 3 conseillers de Gérance pour l’exercice 1904-1905.
- Conseil de Surveillance.
- 1er Tour de scrutin
- MM. Allart Alfred-Edouard.......... 363 voix Elu
- Flamant Ernest................ 212 » Elu
- Delavenne Jules............... 188 > non Elu
- Ancelet Joseph ........ . . 183 » » »
- Méresse Jules... .•........ 139 » » »
- Fosse Adolphe.............. 51 » » »
- 2° TOUR DE SCRUTIN
- MM. Ancelet Joseph................ 182 voix Elu
- Delavenne Jules............... 109 »
- Méresse Jules.................. 61 »
- Fosse Adolphe................... 9 »
- Conseil de Gérance
- lor TOUR DE SCRUTIN
- MM. Braillon Adolphe....... ........ 301 voix Elu
- Thoret Emile.................. 228 » Elu
- Louis Eugène.................. 201 » non Elu
- Dagnicourt Edmond............. 162 » » »
- Défontaine Alfred père...... 105 » » »
- Disant Jules «................. 43 » » »
- 2e TOUR DE SCRUTIN
- MM. Louis Eugène.................... 196 voix Elu
- Dagnicourt Edmond............. 116 »
- Défontaine Alfred père...... 41 »
- Disant Jules................ 10 »
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- LE DEVOIR
- Par Henry GRÉVILLE
- (Suite.)
- — Toute seule. Maman dit que c’est à M. Maubert d’aller lui demander ma main pour son fils.
- — Elle a absolument raison ! fit Maubert abasourdi. Mais vous, mademoiselle, on vous a laissée venir ici ?
- — Je viens voir Mme Carval, ma meilleure, ma plus sûre amie, répondit la jeune fille en regardant Céphise comme les dévots regardent leurs saints.
- — Très anglais et très drôle. Et si je vais demander votre main à madame votre mère, à Florence, me l’ac-cordera-t-elle ?
- — Elle vous l’accordera, monsieur. Elle eût préféré me voir épouser mon cousin au vingt-deuxième degré, le fils de lord Merrybury, qui sera pair un jour ; mais je ne le connais pas, et c’est Gaëtan que j’aime. Alors, maman consent.
- — Il me semble, Gaëtan, dit M. Maubert, non sans une secrète envie de rire, que nous n'avons qu’une chose à faire, — il regarda sa montre, — prendre le train, s’il y en a un, et partir pour Florence.
- — Demain, dit posément son fils ; à présent que Mamie est ici, ce n’est plus si pressé.
- On s’embrassa : tout à coup Céphise s’avisa d’un détail.
- — Où allez-vous demeurer, Mamie ?
- — Ici, je pense, si vous voulez bien me permettre de demander une chambre. Pendant que M. Maubert et mon fiancé seront à Florence, ce ne sera pas inconvenant, et je suis persuadée qu’ils ramèneront maman avec eux,
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- vie d’hôtel 697
- — Et on vous a laissée venir seule retrouver votre future famille ? demanda M. Maubert.
- — Cela se fait en Angleterre, monsieur. Vous n’en êtes pas fâché ? Au fond, je crois que si je n’étais pas venue, ma chère maman n’aurait jamais voulu renoncer à mon vingt-deuxième cousin à cause du titre.
- — Ah, ah ! vous avez agi au lieu de discuter? Gaëtan, tu as trouvé ton maître ! dit malicieusement M. Maubert.
- — Moi, son maître? fit Mamie avec candeur. Oh! monsieur, c’est lui qui est le mien, je ne suis qu’une petite nigaude, et dans votre famille tout le monde est tellement supérieur ! Et puis, lui, c’est un grand artiste !
- — Attrape, Gaëtan ! Tu épouses un joli pastel.
- — Becquemont père disait que c’est un Greuze, fit orgueilleusement le fiancé. Mamie, il n’y a que moi qui ne vous ai pas embrassée.
- Avec un geste digne et charmant , elle lui tendit la main rapidement dégantée, et c’est tout ce qu’il obtint ce jour-là, à la satisfaction muette et intime de M. Maubert, qui décidément était enchanté de sa future belle-fille.
- On ne vit pas les Boss ce jour-là; le lendemain, la famille Maubert, y compris Mamie et Mme Mertins, ayant déjeuné comme de coutume dans une salle particulière avant l’heure de la table d’hôte, se trouva tra“ verser le salon au moment où le charitable cénacle y était rassemblé.
- Un muet échange de saints concis était tout ce qui se pouvait permettre, malgré la large aménité du souriant M. Boss ; mais Mamie venant la dernière, le vénérable vieillard s’avança de façon à lui barrer le passage ; il prit le bouton de la porte entre ses doigts et la tint à demi fermée, comme si, désireux de sortir, il attendait un peu. Fort polie de son naturel, Mamie resta debout à quelque distance, espérant qu’il se déciderait. La voix profonde de Mme Grécourt résonna derrière elle.
- — Qu’une jeune fille pure et bien élevée épouse un
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- LE DEVOIR
- homme sans cœur, cela ne peut se permettre ; que cet homme, en l’absence de sa fiancée, ait une intrigue avec une femme de rien, la prétendue amie de sa famille -..
- Mamie se retourna brusquement, une flamme inquiétante dans les yeux.
- — Que voulez-vous dire, madame? fit-elle. C’est de moi que vous parlez, je suppose?
- — Mademoiselle , votre fiancé a une intrigue avec cette femme qui accompagne la famille Maubert. Hier encore, il l’a embrassée dans l’escalier.
- — Hier? demanda Mamie ; je crois que vous vous trompez.
- — Avant-hier, peut-être, qu’importe ?
- — C’était mardi, en revenant du télégraphe ; il venait de m’envoyer la dépêche où il m’annonçait le consentement de son père à notre mariage. Vous avez raison, madame, il a embrassé Mme Mertins, tant il était content; je le sais, et puis ?
- — Laissez donc mademoiselle, dit la sage Mme Boss s’interposant. Vous voyez bien qu’il est inutile de chercher à lui ouvrir les yeux.
- Les hôtes entraient l’un après l’autre dans le salon par la porte du jardin, car la cloche du déjeuner tintait depuis un moment. Mamie contempla l’assistance d’un air placide , puis, s’adressant au vénérable vieillard d’une voix claire comme le chant d’un jeune merle :
- — Vous savez tout, monsieur Boss, parce que vous avez toujours l’oreille aux portes et les yeux aux aguets. Vous étiez derrière la porte à nous écouter quand mon mariage a été résolu, vous n’êtes ni sourd ni myope ; seulement, vous trichez au jeu,— je vous ai vu faire. Vous espionnez tout le monde dans tous les coins, ça doit être une habitude. Vous prétendez que vous êtes Alsacien, je ne sais pas d’où vous êtes, mais pour sûr vous n’êtes pas né sur le sol français ; mon futur beau-frère s’est informé, et vous n’avez pas opté. Mon fiancé disait hier que vous avez dù être espion, mais à cela M. Carval a répondu : Ceux qui l’ont employé
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- VIE D’HÔTEL
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- n’en ont pas eu pour leur argent, car il est trop bête. Il y a trois hommes dans la famille, si je vous ai offensé, monsieur sans-patrie, ni Français ni Hollandais, ni rien du tout, mais de ceux-là seuls qu’on rencontre sur nos frontières avec de faux passeports, allez donc leur en demander raison.
- Boss avait depuis longtemps lâché le bouton de la porte : Gaëtan parut sur le seuil : surpris de ne pas voir Mamie, il venait la chercher ; elle salua dignement les personnes présentes, hormis le groupe Boss, et sortit, au bras de son fiancé.
- — Nous ne pouvons pas rester ici, à moins qu’on ne chasse ces gens-là, déclara M. Maubert.
- — Si on les a tolérés depuis deux ou trois mois, dit sa femme, c’est qu’on veut les garder ; tout le monde les a en horreur dans l’hôtel ; mais leur argent vaut celui des autres.
- — Alors, je vais vous chercher une villa, déclara le chef de famille. Le train de Florence ne part que ce soir, j’ai le temps de vous installer.
- Une heure et demie plus tard, il avait trouvé ce qu’il désirait ; Mamie et Céphise , avec Mme Mertins, qui devait les suivre dans leur nouvelle installation, sortirent pour aller visiter la maison. Mamie, ayant oublié quelque chose, les pria de l’attendre un instant. En ce moment, Boss, le lorgnon sur le nez, se présenta à la grille du jardin.
- Son ressentiment était considérable, car l’injure reçue avait été publique.
- Les deux jeunes femmes étant sans protecteur, il pouvait se donner le luxe d’être insolent. Il les toisa donc, de son plus grand air ; Céphise, ayant par hasard tourné les yeux de son côté, l’aperçut dans sa posture à la Lauzun.
- — Ah çà, mais, il m’ennuie, ce grossier bonhomme ! dit-elle ; un mouvement d’humeur lui ayant fait lâcher son ombrelle, d’un geste rapide elle la ressaisit pour l’empêcher de tomber.
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- LE DEVOIR
- Boss crut'probablement qu’elle voulait Ten frapper, car, pareil à un lièvre, il prit la fuite avec tant de précipitation qu’il ne s’arrêta qu’à l’autre extrémité du hall, à l’abri derrière la porte vitrée, protégé par la présence du portier ébahi. Céphise riait si fort qu’elle s’appuya au porche pour être plus à Taise. Son père et son* mari se montraient au même instant, Boss disparut, sans qu’on pût savoir par où il s’était évaporé.
- — Et moi qui ai dissuadé Gaëtan de le caresser de sa canne ! Etait-ce pour le voir s’enfuir devant mon ombrelle? dit Céphise.
- -- La morale de tout cela, fit M. Maubert dégoûté, c’est que lorsqu’on a vécu toute sa vie avec des gens bien élevés, il faudrait être à l’hôtel comme un œuf dans sa coque. Te voilà enfin, Gaëtan, plions, dépêchons; si nous manquions le train ce soir, Mme de Greslin serait capable de te refuser sa fille.
- —* Oh ! .fit l’illustrateur tranquillement, ça ne ferait rien du tout ; puisque Mamie de veut, même si elle la refusait d’abord, elle me la donnerait tout de même.
- FIN
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- AVANT-PROPOS
- L’individu qui souffre d’une cruauté des mœurs ou d’une injustice des lois a-t-il le droit de se révolter contre la société ?
- Son devoir au contraire est-il, de se sacrifier ?
- i
- Tel est le problème que nous posons.
- Il nous a semblé que les légitimes aspirations du féminisme,, et les réformes dont de récents scandales ont montré l’urgence, dans le code‘dans Va magistrature, dans le barreau, donneraient, à notre double sujet, un cadre intéressant.
- Puisse «'ce livre de bonnef foi », où glus d’une femme retroutera peut-être un écho de ses réflexions ou de s.es douleurs, rie pas être une oeuvre inutile.
- P. et *V. M.
- Paris-Vétheuil. 1901-1902.
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- LES DEUX VIES
- Par Paul et Victor MARGUERITTE
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- PREMIÈRE PARTIE ‘
- « Je ne sais si le premier amour est le plus ardent, mais le plus grand, à coup sûr, le plus profond, c’est le dernier. » Michelet.
- « Les événements qui viennent projettent leurs ombres en avant. >
- Thomas Campbell.
- 1
- Charlie de Bréars s’éveilla : il n’était pas dans sa couchette d’officier, au rez-de-chaussée d’un vieil hôtel noirâtre de Versailles, mais au château de Bouvières. Après un dîner de venaison lourde et de champagne, il avait mal dormi, dans ce lit trop large, à la chaleur du calorifère dont cependant il avait fermé les plaques. Ah ! ses excellents cousins s’entendaient en bien-être !
- Un bouton : l’électricité jaillit. La chambre mauve, spectrale dans ce jour de lune, l’amusa : cette cheminée à brûler des arbres, ces fauteuils profonds, ces tapis mous, et, dans le cabinet de toilette, les jeux des robinets à douche et des sonneries de service. Non, décidément, ce que tout ce confort supposait d’égoïsme ingénieux et douillet choquait ses goûts de simplicité, d’austérité presque ; car, quoiqu’il appartînt à un monde de luxe et de plaisir, il affectait, sincèrement, un sérieux hors de son âge. Il menait une vie sobre, pure, active, lisait, étudiait et faisait son métier avec zèle. Un lieutenant de dragons qui se pique d’apostolat, on s’en amusait bien entre camarades, mais à mots couverts, Char-lie étant d’humeur chatouilleuse.
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- LES DEUX VIES
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- Il revoyait, en s’habillant, des matins de ténèbres pareils. Les sabots d’Algarve tintaient sur les pavés de la cour. Botté, sanglé dans sa tunique, il s’enlevait en selle : « A neuf heures au quartier, Jacquet. —Bien, mon lieutenant. » L’aube livide blêmissait les vastes avenues ; un vent froid soufflait, une à une, les étoiles. Cet air âpre aux poumons, c’était la vie. Vraiment ici on étouffait ! Ces pauvres Bouvières ! Ils étaient si affectueux pour lui, ils avaient tant aimé sa mère ! — Bourrés d’idées convenues, de préjugés, comment ne se fussent-ils pas engourdis dans une torpeur béate ? Quand on ne souffre pas, l’âme s’émousse. Ils avaient trop de graisse autour du cœur.
- Des glaces reflétaient ses gestes prompts, sa maigreur élégante; il avait une peau ambrée, des mains de femme; de toute sa personne se dégageait une séduction très particulière, cet on ne sait quoi qui est la race et qui vient du passé, en perpétue les mystérieuses tendances et en incarne les secret instincts. Son visage rappelait quelque lointain ancêtre : figure mince aux traits nets, teint pâle, des yeux noirs et chaleureux, une expression concentrée, que l’émotion rendait grave. Il était très beau, mais pas pour tout le monde, d’une beauté qu’il fallait découvrir à la réflexion.
- Tout son être, en cette minute, savourait le plaisir de l’escapade résolue la veille. Il allait surprendre, à trente-cinq lieues d’ici, quelqu’un qui ne l’attendait pas ; il était joyeux à l’idée du cri qu’on pousserait : « Cbarlie, quelle bonne idée ! » En souriant il s’attardait à limer, à polir minutieusement ses ongles ; et son sourire allait à la seule femme pour qui il se mit en frais de coquetterie, sa cousine, la comtesse Favié,— Gabrielle, — une amie divine, une de ces natures d’élite qu’on s’étonne de voir subir les conditions et les souffrances de leur sexe, tant leur bonté, leur, grâce ont quelque chose d’exquis.
- Il descendit. Dans une remise, sa voiturette, laquée blanc comme un meuble anglais, était garée. Mise en
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- LE DEVOIR
- pression, elle trépida vivante, dans toute son armature de métal. Il s’installa, lentement fila le long des pelouses et des corbeilles, que le jet des lanternes avivait d’une clarté courante. Derrière lui, le château se dressait obscur, fenêtres closes. L’eau d'un bassin miroita ; il lui semblait traverser un parc enchanté, dans un royaume de silence. Soudain le gravier cria : une petite grille, puis l’avenue majestueuse des marronniers ; il rasait le tournant d’un mur et, sitôt sur la grande route, se lança.
- A l’orient, une vague lueur se levait dans l’océan noir du ciel, sur le chaos pétrifié des arbres. Courante, la bise cinglait ; à travers ses gants il sentait le guidon gelé. Petit malaise, plaisir aigu : il respirait, enfin ! Dire qu’il avait détesté si longtemps les automobiles, par horreur du progrès industriel... il raffolait maintenant de ces courses d’espace : le vent aux joues, la saveur du risque ! La voiturette frôlait le sol avec une légèreté d’oiseau ; et lui, lié à ses cahots souples et à son élan frémissant, courbé en avant, ne faisait qu’un avec elle. Il avait envie de siffler, de chanter et de rire. Le cher étonnement de Gabrielle !... Il arriverait pour déjeuner. Serait-elle contente! Et lui donc !...
- C’est que la comtesse Favié, à ses yeux, n’était pas une femme, mais la Femme, avec l’énigme adorable de son inconnu, de son prestige d’âme et de corps, tout un monde de sensations complexes et de sentiments profonds. Il ne concevait pas qu’une autre pût être aussi intelligente, plus noble, meilleure : elle était restée celle qu’enfant il chérissait, celle qui enfiévrait sa trouble adolescence, et qu’à force de volonté il en était venu à respecter avec une pudeur ombrageuse et jalouse.
- (A suivre.)
- Le Gérant : H. E. Buridant.
- Nimes. — Typ. A. Chastanier, 12, rue Pradier.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES.
- Décembre 1904.
- POUR UNE
- COMPLETE
- de J.-B. André QODIIST (1)
- Glorification du Travail. Emancipation &
- du Travailleur.
- XV
- Série des employés. — Inauguration de répartitions, mensuelles indicatives du mérite. — Adresse de Godin aux intéressés, janvier 1870 — Propositions en réponse par Messieurs A, B, G, D, E, F, G. — Rapport sur ces propositions.
- Le 31 janvier 1870, ^adresse suivante, signée par J.-B.-A. Godin, était placardée dans l’établissement :
- « J’ai Thonneur de prévenir Messieurs les employés « à la comptabilité qu’une somme de 400 francs sera à « répartir, chaque mois, entre eux, depuis le 1er janvier « de cette année.
- « Ma santé ne m’a pas permis de m’occuper des « moyens de répartition de cette somme ; je livre cette « question dès maintenant à leur examen.
- « Une somme proportionnelle sera affectée aux em-« ployés des ateliers. »
- Depuis l’institution de la fête annuelle du Travail (1867), l’impuissance du suffrage à distinguer les mérites s’était révélée d’une façon constante, — le lecteur
- (1) Appendice, p. 60, Le Devoir, tome 26e, janvier 190g.
- 1
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- LE DEVOIR
- en a vu les témoignages, — à travers les divers modes essayés. Des oublis graves, des cas de cabales entre électeurs pour accaparer les récompenses au préjudice de personnes plus méritantes avaient donné lieu à observations au registre de procès-verbaux des séances des Conseils. Le seul mode de proclamation des mérites résistant à l’expérience était le dépouillement des notes de fabrication, autrement dit le contrôle du travail effectif.
- On ne s’en inspirait guère dans les attributions de récompenses par le suffrage, n’importe : l’inscription au tableau des candidats en raison de ce contrôle était comme un point lumineux faisant ressortir l’insuffisance des autres modes de proclamation de mérite.
- Introduire une telle vérification du travail effectif dans toutes les fonctions et en faire la base de la répartition des bénéfices, avait toujours été, on le sait, l’idée de Godin. Il y voyait le vrai point de départ de l’organisation du travail, le seul moyen de pacifier les esprits et de faire converger les efforts de chacun vers le bien collectif.
- Mais, pour élargir ce qu'il avait déjà tenté en ce sens, et, surtout, pour introduire une telle méthode dans de nouvelles branches de travaux, il lui fallait, nous le répétons, le concours des chefs et employés, puisqu’il s’agissait d’amener ceux-ci à reconnaître la nécessité d’un contrôle plus serré de leur oeuvre quotidienne, si l’on voulait arriver à la rémunération équitable des travaux courants et à la participation aux bénéfices selon l’efficacité démontrée du concours de chacun des facteurs de la production.
- Or, malgré l’enseignement des faits, aucune recherche de la part des chefs de fonctions n’avait lieu dans cette voie, parce que la nécessité n’en était pas encore
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 707
- comprise, au moins d’un nombre suffisant de personnes.
- L'adresse de Godin aux employés était pour ceux-ci une mise en demeure de s’occuper du sujet. Aucune préférence n’y était,indiquée pour un plan quelconque; c’était aux intéressés à révéler les modes les plus propres selon eux à atteindre le but. Et si les plans par eux imaginés et appliqués échouaient, au moins pouvait-on espérer que les gens de bonne volonté se mettraient â la recherche de la vraie méthode, celle par laquelle s’établirait mathématiquement et de façon évidente pour l’observateur, la part équitable à allouer à chaque travailleur, ouvrier ou employé, directeur ou simple manoeuvre.
- Saisis de la question, les employés se mirent à l’œuvre et, dans le courant du mois de février, sept d’entre eux déposèrent des propositions. Celles-ci provenant de membres attachés aux services et de la comptabilité générale, et des ateliers , et de l’habitation unitaire, montrent que l’invitation de Godin avait été répétée dans l’ensemble des services.
- La somme à répartir pour le mois de janvier 1870 s’éleva à 888 francs (nous le verrons plus loin) et elle représenta au dixième le total des appointements comptés à cette époque aux employés des branches ci-dessus énumérées :
- 1° Comptabilité générale ;
- 2° Bureaux d'ateliers :
- 3° Service de l’habitation unitaire.
- Le nombre des employés était alors de 66. Nous désignerons par les lettres A, B, C, D, E, F, G, les sept d’entre eux qui répondirent à l’appel de Godin en présentant chacun un projet de répartition. L’un d’eux F. dressa même deux projets. Aucun ne proposa autre chose que le recours au suffrage. Sortir de cette voie était si la-
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- LE DEVOIE
- borieux ! Et pour essayer quoi ? La vérification mathématique du travail accompli ; le contrôle de la bonne ou mauvaise exécution... Comment y procéder en fait de travaux de bureaux, de surveillance ou de direction ? Et puis, c’était tout d’abord l’abandon d’un privilège de position ; et, si modeste que soit un prévilège, on y tient généralement. Enfin, l’idée défaire régler par le suffrage les points sociaux embarrassants (c’est-à-dire non encore ouverts au contrôle scientifique) cette idée a de profondes racines dans l’esprit public. Charles Fourier lui-même fait du suffrage rémunérant la fonction, un des pivots de sa théorie. Mais que de choses dans la théorie de Fourier ne trouveront leur vrai champ d’application qu’au prix de progrès considérables dans toutes les branches de l’activité humaine !
- Ne nous écartons pas de notre sujet.
- Un des employés, nous dirons H., récapitula les travaux de A, B, C, D, E, F, G, puis les propositions furent examinées, discutées et, finalement, on en dégagea deux modes de consultation ,‘du suffrage à mettre à l’essai.
- Avànt d’indiquer ces deux modes, il nous paraît utile de reproduire les propositions originales ainsi que le mémoire récapitulatif. Si aucune des propositions n’a été appliquée telle quelle, pourquoi cette reproduction, dira-t-on peut-être ? Pour ceci : En sociologie la connaissance de toute expérience est profitable. Or, ces propositions sont la réponse au mouvement d’avant-garde provoqué par Godin. Des documents de cette nature sont encore excessivement rares ; et certainement les chefs d’industrie ou les philosophes préoccupés des méthodes à introduire dans l’organisation du travail,'trouveront intérêt à les consulter, ne serait-ce que comme signe des lieux et des temps.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- Trois de ces documents sont dates 10, 14, 15 février ; trois ne portent point de date ; les deux d’un même auteur : F, sont datés 7 et 25 février. Le mémoire du rapporteur est daté 21 février. Conséquement le deuxième projet présenté par F vint après le travail de récapitulation. Nous donnerons, néanmoins, à la suite l’un de l’autre les deux projets dus à F.
- Dans l’ordre adopté pour présenter ici ces documents nous nous sommes inspiré et des dates et du groupement des pièces selon leur longueur. Va venir en tête le projet déposé le 10 février, auteur: A; puis celui déposé le 13, auteur: B; et, successivement, ceux non datés, auteurs : C, D, E ; les deux dus à un même auteur: F; celui déposé le 15, auteur G ; enfin le mémoire du rapporteur : H.
- Voici :
- A
- Projet de répartition de la somme allouée par Monsieur Godin.
- « L’importance de l'Etablissement ne permet guère un vote général. Pour que les appréciations soient sérieuses et portées avec connaissance de cause, il conviendrait de diviser le personnel par groupes résultant du genre de travail ou tout au moins des rapports que peuyent avoir différents services entre eux. Ainsi on pourrait adopter 3 groupes principaux qui seraient :
- « 1° La fabrication et les ateliers divers ;
- 2° Le bureau central ;
- 3° Le Familistère.
- « On supposerait la somme attribuée à chaque groupe partagée en autant de fois 10 parts égales qu'il y aurait d’ayants droits. En cas de subdivisions dans le groupe,
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- LE DEVOIR
- comme pour les ateliers par exemple, un nombre de parts proportionnel au chiffre du traitement serait affecté à chacune. Chaque votant serait alors chargé d’en faire la distribution suivant son appréciation en tenant compte des différents titres à la récompense, comme par exemple :
- a La capacité ;
- L’importance du service dont on est chargé ;
- L’exactitude et le bon emploi du temps ;
- La pondération des traitements, comparaison faite du service confié à chacun ;
- L’ancienneté, à mérite égal d’ailleurs;
- Etc.
- «Un maximum que l’on pourrait évaluer à 50 parts, ne devrait pas être dépassé dans le chiffre à attribuer à chaque individu.
- « Afin d’annuler l’effet des votes pour soi-même qui pourraient se produire, le bulletin contiendrait les noms de toutes les personnes faisant partie du groupe et le votant aurait à attribuer à son nom le maximum fixé, c’est-à-dire 50 parts. On comprend que ce chiffre, figurant sur toutes les listes, s’annulerait par lui-même relativement à chaque individu.
- « La répartition de la somme se ferait au prorata des parts obtenues.
- a Guise, 10 février 1870. »
- Vve J.-B.-A. Godin , née Moret.
- (A suivre).
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
- La participation aux bénéfices. — Le secret du vote.
- — Waldeck-Rousseau. — La journée de huit heures
- dans les mines.
- La session extraordinaire de 1904 a commencé le 18 octobre.
- Ce jour-là, toute la séance, à la Chambre, a été prise par l’énumération des demandes d’interpellation formulées avant et surtout pendant les vacances, et aux débats soulevés par les auteurs de ces demandes pour la fixation de la date de leur discussion.
- A les entendre , la sauvegarde du droit d’interpellation exigeait qu’elles fussent discutées sans désemparer. Pourquoi pas toutes à la fois? A quel moment serait venue la discussion des importants projets de réforme dont la solution intéresse le pays au moins autant que la satisfaction donnée aux amateurs de joutes oratoires mouvementées et du jeu de massacre ministériel.
- Il fallait donc canaliser. Point n’était besoin de se mettre en campagne pour en trouver le moyen. On n’avait qu’à recourir à une institution déjà vieille, puisqu’elle avait été imaginée par le parti politique aujourd’hui dans l’opposition et qui subit aujourd’hui, non sans récriminer, la loi qu’il a lui-même faite.
- Le difficile était d’assigner un numéro d’ordre à chaque interpellation. La chose ne se fit pas sans tiraillements. Cependant le président du Conseil eut la pensée de déblayer le terrain en sollicitant une discussion générale sur les relations du gouvernement de la République avec le Vatican. Une majorité supérieure à toutes celles qu’il avait obtenues jusqu'ici, 325 voix contre 237, approuva les explications données par le gouvernement sur les causes de la rupture de ses relations avec
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- le Saint-Siège et sa promesse d’adhésion à l’inévitable dénonciation du Concordat.
- Cette majorité se retrouvera-t-elle quand il s’agira de donner une sanction définitive à cette indication ?
- L’impôt sur le revenu ne pouvant être discuté tout d’abord, pas plus que le budget, par suite du mauvais état de santé du ministre des finances, un tour de faveur a été donné au projet de loi relatif à l’exploitation du gaz à Paris.
- La discussion a pris trois séances (20, 24 et 25 octobre). Tous les arguments de principe ou d’occasions favorables ou défavorables à la régie directe, qui fait l’objet du projet, ont défilé devant la Chambre. Les différents aspects de la question de la régie directe ayant été examinés ici-même nous ne retiendrons du débat que ce qui a trait à la question de la participation aux bénéfices soulevée à l’occasion du revenu de l’exploitation. M. Failliot, député de la Seine, proposait de prélever sur le bénéfice net annuel une part de 10 o|o pour être répartie entre tous les ouvriers et employés du personnel permanent dont le salaire ou traitement ne dépassera pas cinq mille francs, La répartition serait faite proportionnellement au salaire ou traitement de chacun des bénéficiaires.
- L’argumentation de M. Failliot peut se résumer ainsi : Nos affaires industrielles, par l'intensité même du progrès, se développant chaque jour, elles ne pourront se soutenir qu’à la condition d’allier les deux forces en présence : le travail et le capital. Il sera peut-être difficile par une loi spéciale, encore que la discussion doive en venir prochainement à la Chambre, de faire passer dans nos mains cette méthode. Le petit commerce, la petite industrie doivent rester libres d’apprécier selon leurs ressources les charges qui leur incombent et les engagements à tenir. Mais la loi en discussion fait de la ville une immense société industrielle qui peut, à l’avance, dès l’élaboration de ses statuts et de ses engagements, fixer un minimum irréductible du prix de
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- vente de ses produits, et escompter, sans déception possible, les bénéfices futurs. Pourquoi ne profiterait-on pas de cette circonstance pour introduire dans cette loi un commencement de ce principe : la participation du travail aux bénéfices du capital?
- Quant au taux de 10 o{o pour le prélèvement du bénéfice à répartir, il n’a été proposé qu’à titre d’indication ; il pourra être modifié lorsqu’on connaîtra tous les éléments d’appréciation : frais généraux, frais d’exploitation, frais de main-d’œuvre.
- A l’objection faite par le gouvernement et la commission, que le Parlement n’a pas le droit d'imposer à une municipalité une méthode de distribution de salaires, M. Failliot répond que dans l’article 7 on a déjà fixé, et avec raison, suivant lui, un minimum de salaire, et l’emploi d’une partie des bénéfices.
- Le président de la commission se déclare favorable au principe de la participation ; mais il se retranche derrière une question déformé: C’est le Conseil municipal de Paris qui a introduit dans le projet la réserve d’un minimum de salaire, on ne peut lui substituer la volonté du Parlement. On ne saurait d’ailleurs revenir sur l’article 7 qui est voté.
- A quoi M. Failliot répond que c’est précisément pour tenir compte de ce vote qu’il a donné à sa proposition la forme d’un article additionnel que le conseil muni-pal accepterait volontiers, étant données ses précédentes manifestations à cet égard.
- Une nouvelle objection est formulée par un autre adepte de la participation — car il semble qu’une déclaration préalable d’adhésion au principe de la participation, peut seule conférer à un orateur l’autorité nécessaire pour en faire écarter la mise en pratique.
- M. Louis Puech apporte au débat mieux qu’une profession de foi, la preuve d’une foi qui agit. Lorsqu'il était conseiller municipal de Paris, il n’a jamais manqué une occasion de voter l’application de participation aux entreprises industrielles concédées.
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- Mais aujourd’hui, dit-il, la situation n’est plus la même. Il ne s’agit pas d’une concession, ni des obligations d’un concessionnaire, mais des rapports de la commune de Paris avec son personnel ; car les employés et ouvriers du gaz ont demandé eux-mêmes et obtenu l’assimilation avec les employés et ouvriers de la ville de Paris, ils ne formeront demain avec ces derniers qu’un seul et même personnel. Si, après l’assimilation, vous consentez à faire un nouveau pas en avant pour les employés et ouvriers du gaz, il faudra par répercussion accorder la même faveur à tous les employés de la ville.
- M. Tournade répond : Dans les autres services, comme les eaux ou les égouts, aucun bénéfice n’est réalisé, par conséquent il n’y a rien à partager. Tandis que pour le gaz, la ville prélève un bénéfice qui a été de 17 millions, qui, cette année, atteindra 21 millions, paraît-il. Il y a donc un bénéfice, et alors il est juste que le personnel qui concourt à la production en ait sa part.
- M. Adrien Veber : Nous ne voulons pas imposer la participation aux bénéfices à une collectivité communale, parce que les services publics appartiennent à la commune, c’est-à-dire à la communauté des habitants et par conséquent servent à tout le monde. On ne peut pas assimiler un service public à une industrie privée. En prenant le service du gaz, la ville assure un service public ; c’est le commencement de la série des services publics, qui seront successivement, du fait du progrès, annexés à l’administration municipale dans toutes les communes. Nous ne voulons pas créer une catégorie de privilégiés. Nous voulons l’extension du domaine communal pour le profit commun de tous les habitants de la commune et par conséquent pour le profit du budget de cette commune.
- M. Edmond Lepelletier : Il s’agit de savoir si, oui ou non, l’exploitation du gaz dans une ville comme Paris, est un service municipal analogue à celui des hôpitaux, des marchés, des égoûts...
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- M. Adrien Veber : Oui !
- M. L. Puech ; C’est évident.
- M. E. Lepelletier : ... Ou un service industriel, une entreprise comme les chemins de fer. Il est bien évident que l’entreprise du gaz fonctionne depuis de nombreuses années comme une maison de commerce et qu’elle ne cessera pas de fonctionner ainsi parce qu’elle sera administrée par des conseillers municipaux, par des fonctionnaires... Si vous assimilez les travailleurs du gaz aux travailleurs municipaux, leur condition sera améliorée sans avantage pour la ville. On en fera des employés qui travailleront tout juste le temps nécessaire pour ne pas se trouver en faute.
- Si, au contraire, vous établissez au profit des ouvriers la participation aux bénéfices, si vous les assimilez à des employés de grandes maisons de commerce privées, intéressés aux bénéfices de leur patron, vous en retirerez un grand avantage au point de vue du rendement de l’industrie.
- Il y a là justement un essai excessivement intéressant à faire, et la ville de Paris qui deviendra industrielle, vendeuse de gaz, vendeuse d’éclairage, deviendrait une bonne patronne en associant ses travailleurs aux bénéfices d’exploitation.
- M. Albert Congy a clos la discussion par ces mots : Que ce soit sous le régime capitaliste ou sous le régime collectiviste que vous allez instituer dans la ville de Paris et que je me refuse à voter, j’estime que vous devez établir cette participation aux bénéfices.
- Le résultat du scrutin n’a pas été favorable à cette revendication. L’amendement Failliot, repoussé par 345 voix contre 124, n’a eu pour lui que les opposants de droite et les opposants nationalistes. Les abstentionnistes se sont recrutés comme d’habitude dans tous les camps.
- Si nous faisons état de la classification ordinaire des partis pour le vote émis sur une proposition qui n’a rien en soi de politique, c’est parce que nous avons
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- constaté que pas un des membres de la majorité ministérielle n’a donné son appui à l’amendement qui n’a, du reste, été présenté et défendu que par des nationalistes arborant, pour la circonstance, la qualification de socialistes modérés. Faut-il en conclure qu’il ne se trouve pas dans la majorité actuelle un seul partisan convaincu de la participation ? Ce serait de mauvais augure pour le sort des propositions de loi qui visent spécialement ce système de rémunération. Il vaut mieux croire, et c’est l’explication la plus plausible, que les ministériels n'ont pas voulu laisser introduire une modification aussi importante dans un projet sur lequel le gouvernement et le conseil municipal se sont mis d’accord, afin de ne pas retarder encore une solution qui ne saurait être plus longtemps différée.
- On peut attribuer au même motif l'attitude des membres de l’opposition républicaine qui ont confondu leurs bulletins avec ceux des radicaux, radicaux-socialistes et socialistes, car on ne pouvait raisonnablement admettre qu’ils aient voulu faire acte d’adhésion à « l’idéal administratif communiste » préconisé par M. A. Yeber.
- La persistance de la maladie du ministre des finances rendant impossible la discussion de l’impôt sur le revenu ou du budget, la Chambre s’est enfin décidée à s’occuper du secret du vote.
- En une séance, celle du 27 octobre , la question si longtemps ajournée parce qu’elle paraissait devoir soulever des difficultés inextricables, a été vidée.
- Par exemple, le texte présenté par la commission n’est pas sorti du débat sans quelques accrocs, bien qu’il n’eût pas la prétention de transformer de fond en comble les méthodes employées jusqu’à ce jour dans les différentes élections.
- Les changements introduits dans la législation existante ne portent que sur des points de détail, dont voici les principaux : dans toutes les élections, le vote aura lieu sous enveloppes non fermées ; dans chaque
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- salle de vote, il sera établi un ou plusieurs « dispositifs » pour permettre à l’électeur de s’isoler et mettre son bulletin dans l’enveloppe. Les enveloppes seront opaques, timbrées au sceau de l’Etat, non gommées et à type uniforme.
- Elles seront envoyées au maire cinq jours au moins avant l’élection et mises à la disposition de l’électeur à son entrée dans la salle.
- Après avoir fait connaître son identité, l’électeur prendra une enveloppe, puis il s’isolera pour mettre son bulletin dans l’enveloppe. Après que le président aura, sans la toucher, constaté que l’électeur tient une seule enveloppe, celui-ci l’introduira dans la boîte du scrutin.
- Les autres articles édictent des pénalités.
- La loi a été adoptée par 520 voix contre 24.
- Elle ne constitue qu’une modeste partie de l’ensemble des mesures destinées à prévenir les fraudes électorales.
- Pour que le but poursuivi par ses initiateurs soit atteint, quelques-unes de ses dispositions devront être modifiées. Il est certain, par exemple, que le terme « dispositif » laisse à désirer, et qu’il devra être remplacé par « cabine ».
- Est-ce pour éviter l’écueil imaginaire d’une dépense au-dessus des moyens d’une modeste commune, que la commission a substitué à la prescription d’une cabine, celle d’un simple dispositif qui peut n’être représenté que par un simple rideau à la merci d’un courant d’air. N'est-ce pas à ce mince écueil que la réforme s’était brisée une première fois?
- Mais, peut-être s’avisera-t-on un jour que si chaque précaution amène une complication, et que si chaque complication en engendre d’autres, il sera plus simple de recourir à un mode de scrutin qui rendra inutile précautions et complications, en assurant à l’électeur la pleine liberté et la pleine efficacité de son vote.
- La séance de rentrée du Sénat a été uniquement consacrée à l’audition de l’éloge1 funèbre de ses membres
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- décédés pendant les vacances. Il y en avait trois, parmi lesquels M. Waldeck-Rousseau.
- Le président du Sénat, M. Fallières, a fait dans les meilleurs termes l’éloge de l’orateur qui « atteignit du premier coup au sommet de l’art de bien dire », et s’y maintint; dont le discours se déroulait « merveilleux de simplicité, de distinction soutenue et de lumineuse clarté ; » de l’homme politique qui, en donnant un coup de barre décisif à gauche, et en ouvrant délibérément les voies à l’organisation pacifique du travail, a exercé sur les destinées de la République la plus heureuse des influences.
- De l’éloge funèbre de l’ancien président du Conseil, nous détachons les passages suivants :
- « Waldeck-Rousseau a emporté dans la tombe les regrets de la démocratie toute entière. Personne, il faut le dire, ne l’a servie avec plus d’éclat, plus de passion et plus de fidélité que lui.
- « Pendant qu’avec l’intrépidité de son tempérament et la mâle fermeté de ses convictions, Jules Ferry défendait dans une lutte, qu’il y a lieu de rappeler aujourd’hui, la prédominance de la puissance civile contre les entreprises de l’esprit confessionnel, pendant qu’il travaillait à consolider les fondements de notre enseignement laïque, véritable libérateur de la pensée humaine, et d’où dépendent les destinées d’une démocratie issue delà Révolution, Waldeck-Rousseau, à ses côtés, vaillant et résolu, les yeux fixés sur l’avenir, faisait voter la loi sur les syndicats professionnels. (.Applaudissements.)
- « Que cette loi n’ait pas prévenu ou apaisé tous les conflits, qui ne remuent que trop lé monde du travail, qui pourrait en être surpris? Quelle est la liberté conquise de haute lutte, qui, pour asseoir définitivement son empire, n’est contrainte de subir les incertitudes d’un difficile apprentissage ? Il faut avoir la patience de laisser le temps collaborer à son oeuvre, et ce ne sera pas, dans tous les cas, un des moindres honneurs de la
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- carrière de Waldeck-Rousseau que d’avoir attaché son nom à une loi qui restera comme un indéniable instrument de pacification sociale. » (Nouvelle approbation.)
- Après avoir rappelé avec quel dévouement sans réserve, dans un moment troublé, Waldeck-Rousseau mit au service du parti républicain ses incomparables facultés, en acceptant, sans discuter, la présidence du conseil, M Fallières ajoute :
- « Dans ce poste d’honneur qu’il dominait de la hauteur de son caractère et de son talent, il montra ce qu’un homme d’Etat vraiment digne de ce nom peut inspirer de confiance, lorsque, à la vue nette des choses, s’ajoutent le sentiment du devoir et le parti-pris de ne rien entreprendre sans la résolution d’aboutir. Tant que dura son ministère, on ne cessa de sentir l’impression d’une force gouvernementale dirigeante, et, pendant qu'au delà de la frontière on nous marquait des égards auxquels nous sommes encore habitués aujourd’hui, à l’intérieur la politique de concentration républicaine à gauche nous ramenait à une période de calme et de stabilité, à laquelle ne devait pas mettre fin son abandon volontaire du pouvoir.
- « C’est grâce à cette politique, c’est grâce aux efforts persévérants d’une éloquence qui grandissait avec les obstacles, qu’a été votée cette loi sur les associations, depuis si longtemps attendue, et dont l’application partielle, qui a subi tant de résistances et soulevé tant de controverses, a ouvert la voie à une politique de sécularisation, qu’a fortifiée l’adhésion de la majorité dans les deux Chambres.
- « Cette loi, par ailleurs, et ce sera là sa grande portée dans l’avenir, a consacré une de nos libertés fondamentales, et mis aux mains de la démocratie l’instrument de progrès le plus puissant et le plus fécond qu’il soit possible de lui donner. »
- Le Sénat s'est ensuite ajourné au 25 octobre. A cette dernière date toute son activité s’est bornée à décider
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- qu’il se réunirait le 28 pour écouter une interpellation. Après une très courte séance, nouvel ajournement au vendredi 4 novembre. Ce jour-là on a siégé juste le temps de se donner rendez-vous au mardi suivant. La séance du mardi 8 novembre a été remplie d’une manière beaucoup plus satisfaisante.
- On y a discuté et adopté après avoir déclaré l’urgence, ce qui supprime la formalité d’une deuxième déclaration, le projet de loi fixant à huit heures la durée de la journée de travail dans les mines. *
- Grave affaire, a dit M. le rapporteur Boudenoot dans son exposé, grave d’abord en elle-même, ensuite par ses répercussions probables ou possible. La commission sénatoriale a étudié la question avec le plus grand soin : elle s’est rendue dans les centres miniers et a recueilli de nombreuses dépositions. La commission s’est trouvée d’abord devant l’objection classique qui consiste à soutenir que le législateur n’a pas le droit d’intervenir pour réglementer le travail des adultes.
- A cette objection il a été répondu par la nécessité de protéger l’ouvrier contre l’abus, même consenti, de ses propres forces, de même qu’on le protège déjà contre les accidents et les maladies. D’ailleurs le droit d’intervention de l’Etat a été proclamé par l’auteur de la loi de 1810.
- La Commission s’est préoccupée ensuite de la répercussion de la loi sur l’industrie. Cette répercussion est certaine. Mais outre que les patrons peuvent la supporter, il faut considérer qu’il y a actuellement surproduction dans les mines, d’où des chômages de deux ou trois jours par mois.
- L’abrégement de la journée atténuera cette situation en rétablissant l’équilibre.
- Si l’on établit législativement la journée de huit heures pour les mineurs, ne devra-t-on pas l’appliquer avant peu aux autres corps d’état?
- L’orateur ne s’effraye pas outre mesure de cette pers-
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- pective. Chaque chose arrive à son heure. En ce moment, il ne s’agit que des mineurs ; mais si un jour comme on peut le prévoir, la réforme à eux octroyée, est réclamée par leurs camarades des autres professions, et si les Chambres estiment alors que l’extension en est justifiée par les circonstances économiques, rien, non rien, il faut en convenir, ne s’opposera à ce qu’elle soit appliquée au monde entier du travail.
- Faut-il redouter cette évolution ? Non, certes. Il faut, au contraire, la souhaiter, sous la réserve, bien entendu, de ne rien brusquer, car elle sera manifestement un immense bienfait, non seulement pour les travailleurs eux-mêmes, mais pour la société. Le premier besoin de la société est assurément la paix publique.
- Il est évident que le meilleur moyen d’amener peu à peu les travailleurs à renoncer à des réclamations ou excessives ou violentes, de les amener à préférer la voie de la négociation à la voie de la grève, lorsqu’ils sont en dissidence avec le patronat, consiste à leur laisser le temps de réfléchir, de s’instruire, de se rendre compte de la complexité des intérêts. La journée de huit heures, si prématurée qu’elle puisse paraître, doit donc être entrevue comme une solution d’avenir.
- Le rapporteur dit, en terminant, qu’il a confiance dans le libéralisme du Sénat pour l’adoption d’une réforme nécessaire.
- On applaudit.
- M. Maruéjouls, ministre des travaux publics, acquiesce, au nom du gouvernement, à tout ce qu’a dit M. Boudenoot.
- Le ministre estime que la question de principe est jugée et qu’il n’y a plus à se préoccuper que des conditions d’application.
- La loi n’amènera aucune crise économique. Lorsqu’elle battra son plein, la réduction maxima de la production sera de 2 millions et demi de tonnes, et ce chiffre pourra être atténué.
- La loi s’est montrée très prudente et a procédé par
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- paliers : D’abord pendant deux ans, la journée de neuf heures puis pendant deux ans la journée de huit heures et demie. En tenant compte du temps qui se sera écoulé entre le dépôt de la proposition de loi et le vote définitif de la loi, l’industriel aura, au moins, huit ans pour parer aux inconvénients qui pourraient résulter pour lui de cette loi.
- Le ministre termine en disant : Lorsqu’on nous demande de sanctionner une chose qui est bonne nous devons ouvrir à ces réclamations non seulement notre oreille et notre esprit mais notre coeur.
- On applaudit encore.
- Le texte de la Commission est ensuite adopté presque sans débat, après une vaine tentative du ministre pour faire étendre à tous les ouvriers de la mine, conformément au vote de la Chambre, le principe de la journée de huit heures que le Sénat n’applique qu’aux ouvriers de l’abattage.
- Le projet reviendra donc devant la Chambre.
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- La fête de la Mutualité.
- Grâce à loi du 1er avril 1898, qui les a libérées de l’arbitraire administratif, les sociétés de secours mutuels ont pu se grouper en unions départementales, afin de se fortifier les unes par les autres et aborder ensemble les services qu’elles étaient incapables d’assurer en restant isolées. Les unions départementales ont formé des fédérations régionales dont le réseau est à la veille de s’achever. Enfin, le 10 novembre 1902, la Mutualité française complétait son organisation par la constitution d'une fédération nationale.
- Une grande fête de la Mutualité a été organisée par les soins de la Fédération nationale avec le concours d’un grand journal quotidien, « Le Matin ».
- Elle a eu lieu le 30 octobre à Paris. Une cérémonie grandiose, dont l’éclat était encore rehaussé par la présence du premier magistrat de la République, des ministres, des députés et sénateurs, des hauts fonctionnaires et des représentants des puissances étrangères ; des attractions variées, parmi lesquelles un banquet monstre de 30.000 couverts, laisseront dans l’esprit des assistants un souvenir ineffaçable.
- Le président de la Fédération nationale de la Mutualité, M. L. Mabilleau, directeur du Musée social, le vice-président du Conseil supérieur de la Mutualité, M. Lour-ties, sénateur, ancien ministre et, après eux, le Président de la République,. ont énuméré les progrès de l’œuvre entreprise.
- « Depuis moins d’un siècle», a dit M. Loubet », la Mutualité est née ; depuis moins de six ans elle est
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- libre : et pourtant déjà vous avez 420 millions de patrimoine, 4 millions de membres participants ; déjà vous servez 120.000 pensions à vos membres vieux ou infirmes. Chaque année, vous recrutez près de 600.000 adhérents nouveaux, par la seule action de la parole et de l’exemple, sans aucune obligation ni contrainte. »
- Ainsi s’accentue la puissance de ce mouvement qui marquera certainement de son empreinte, en la facilitant, l’œuvre législative imminente des retraites ouvrières.
- Le coût d’une grève
- Le Petit Marseillais établit, d’après les chiffres officiels, le bilan des dernières grèves maritimes de Marseille. C’est le résultat d’un rapport rédigé par M. Artaud, président de la Société pour la défense du commerce et qui a paru sous ce titre : Aperçu des pertes infligées à l’industrie et au commerce marseillais par les grèves d’août-octobre 1904.
- M. Artaud met comme titre analytique â son premier chapitre la phrase suivante : «Quatre-vingts millions ravis à l’activité nationale».
- Nous nous sommes efforcés, dit-il, de prendre la marchandise à son point de départ, de la suivre dans toutes ses manipulations et d’atteindre à la fois la réexportation par Marseille et la consommation de la place. Autant que nous l’avons pu, et sauf pour des opérations ne le permettant pas, nous avons chiffré l’activité globale annuelle de la profession en cause, et nous avons ramené cette activité à l’unité quotidienne.
- Partant de ce principe, M. Adrien Artaud a spécifié d’un côté la perte sèche définitive et irrémédiable éprouvée par chaque branche de l’industrie et du commerce, et, de l’autre, la réduction d’activité subie par elle, qui pourra peut-être se rattrapper avec le temps, et surtout avec des conditions moins tourmentées et moins aléatoires de travail.
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- Voici le tableau des pertes :
- L’armement en général — national et international — subit en pertes sèches, 562,500 francs par jour. Le personnel perd 23,200 fr. ; le port, avec ses divers services, est atteint pour 33,210 fr.
- Le commerce d’importation perd à lui seul 135,300 fr. ; l’Etat subit un déficit de perceptions diverses de 116,285 fr. ; le commerce d’exportation perd 138,350 fr. ; la manutention des marchandises avec ses services annexes, camionnage compris, subit la perte énorme de 230,620 fr.
- Les grosses industries sont atteintes dans leur ensemble pour 343,550 fr.
- L’alimentation s’inscrit, dans cette lugubre énumération, pour 123,992 francs.
- Les divers commerces de gros y sont portés pour 66,950 fr. ; et le commerce de détail pour 205,430 fr.
- Tout cela additionné, joint aux trois millions et demi de déficit probable sur l’échéance des loyers de la Saint-Michel, donne bien le total primitivement entrevu de quatre-vingts millions.
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- ALLEMAGNE La télégraphie sans fil.
- Une conférence internationale doit se réunir prochainement à Berlin, en vue d’établir une entente entre les différentes puissances pour Tutilisation de la télégraphie sans fil sur les côtes.
- Il s’agit de poser des règles pour que les navires de toute nature et de toute nationalité puissent échanger des télégrammes avec les stations radiographiques côtières dans le monde entier.
- Pour atteindre ce résultat, il est nécessaire que les puissances s’entendent pour fixer les emplacements de leurs stations à affecter au service public et établir des règles d’emploi des appareils électriques, de façon que les communications ne se gênent pas entre elles,
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- Une conférence de même nature, réunie à Saint-Pétersbourg en 1875, a d’ailleurs établi une entente semblable pour l’utilisation des communications télé» graphiques avec fil ; les communications sous-marines ont également fait l’objet d’une convention qui a été signée à Paris en 1884.
- La délégation française qui doit prendre part aux travaux de la conférence de Berlin comprendra des représentants des départements ministériels intéressés,
- GRANDE-BRETAGNE Le tabac et les enfants.
- Plusieurs membres du Parlement anglais se sont émus de l’abus du tabac fait par les enfants. De tous jeunes enfants achètent des cigarettes de mauvaise qualité et prennent, dès six ou sept ans, l’habitude de fumer. Il n’est pas rare d’en rencontrer à Londres et dans les grandes villes anglaises. M. Richard Riss, appuyé par plusieurs de ses collègues, a déposé une proposition de loi tendant à interdire la vente du tabac aux enfants de moins de seize ans. En cas de contravention, les débitants et les parents de l’enfant seraient frappés d’une amende. Cette proposition de loi est généralement approuvée par l’opinion britannique.
- SUISSE
- L’élection des juges par le peuple.
- Dans sa séance du 22 octobre 1904, le Grand Conseil de Genève a décidé, par 68 voix contre 9 et une abstention, de recommander aux électeurs le principe de l’élection populaire des juges.
- Il y a longtemps que l’élection des juges par le peuple était à l’ordre du jour de Genève. La Constituante de 1862 l’a longuement discutée, mais elle n’a pu se déci-
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- der à accepter aucun des trois projets qui lui avaient été soumis. En 1881, une proposition de M. Favon a été votée par le Grand Conseil, mais repoussée par le peuple, par suite de l’introduction d’un amendement portant que l’élection aurait lieu dans un seul collège. Reprise deux ans après, elle avait été écartée par le Grand Conseil sous prétexte qu’il ne fallait pas poser de nouveau au peuple une question qu’il avait tranchée peu de temps auparavant dans un sens négatif.
- On a évité cette fois les causes qui avaient fait échouer les précédentes tentatives. Tous les partisans du projet s’étaient ralliés, quelles que fussent leurs préférences sur des points secondaires, au texte présenté par le Grand Conseil.
- Il était inévitable qu’on opposerait au projet l’argument de l’intrusion de la politique dans les élections judiciaires. Les initiateurs ont exprimé lenr confiance dans la maturité politique du peuple qui saura faire la distinction entre les élections politiques et les élections judiciaires. Ils se sont placés sur le terrain constitutionnel de la séparation des pouvoirs, et, comme conséquence, de l’origine commune des autorités exécutives, législatives et judiciaires.
- Le Journal de Genève qui n’est pas suspect de tendresse pour la moindre apparence de tendance démagogique, approuve hautement la décision prise par le Grand Conseil.
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- LA QUESTION DE LA PAIX
- Conférence interparlementaire
- La XIIe conférence interparlementaire de la Paix qui s’est tenue à Saint-Louis, a été une manifestation de la plus grande importance.
- Deux cent cinquante députés et sénateurs européens représentant quatorze parlements avaient répondu à une invitation particulièrement remarquable, émanant du Groupe interparlementaire du Congrès des Etats-Unis, ainsi que du Gouvernement et du président Roosevelt.
- Ouverte le 12 septembre, la conférence présidée par M. Richard Bartholdt, membre du Congrès des Etats-Unis entendit d’abord un discours de bienvenue du représentant du gouvernement, M. Franklin B. Loomis, premier adjoint du secrétaire d’Etat, puis les allocutions des présidents des différents groupes.
- Sur la proposition de M. Gobât (Suisse), la conférence a adressé au président Roosevelt un télégramme disant que la conférence se félicitait de siéger dans un pays dont le premier magistrat est considéré par toutes les nations comme le champion de la justice internationale.
- Les résolutions suivantes préparées par le Conseil interparlementaire furent ensuite votées :
- 1. (Rapporteur : M. le comte Goblet d’Alviella, député belge).
- » La Conférence interparlementaire, émue par les horreurs de la guerre qui se poursuit en Extrême-Orient entre deux Etats civilisés, et regrettant que les puissances signataires des conventions de la Haye n’aient pu avoir recours aux clauses qui les invitent à offrir leur médiation dès l’ouverture des hostilités,
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- » Prie les puissances signataires des conventions de la Haye d’intervenir, collectivement ou individuellement, auprès des belligérants, pour faciliter le rétablissement de la paix, et charge le Bureau interparlementaire de porter la présente résolution à la connaissance des dites puissances ».
- 2. (Rapporteur : M. Gobât, conseiller national suisse).
- » La Conférence exprime sa vive satisfaction au sujet
- du développement des idées pacifiques pendant l’année dernière, notamment de la conclusion de traités d’arbitrage entre la France et la Grande-Bretagne, la France et l’Italie, la France et l’Espagne, la France et les Pays-Bas, la Grande-Bretagne et l’Italie, la Grande-Bretagne et l’Espagne, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la Suède et la Norvège, le Danemark et les Pays-Bas, l’Espagne et le Portugal, qui doivent être suivis de conventions d’arbitrage entre d’autres Etats ; elle voit dans les accords récemment conclus entre la France et la Grande-Bretagne pour l’arrangement des questions coloniales qui étaient litigieuses depuis longtemps entre ces deux puissances, un évènement heureux et important et invite les autres gouvernements à procéder de la même manière, en supprimant, si faire se peut, d’un commun accord, des différends invétérés qui pourraient amener un jour de graves complications s’ils n’étaient arrangés à temps par une entente mutuelle ».
- 3. (Rapporteur : M. Burton, député au Congrès des Etats-Unis).
- « Considérant que l’opinion publique éclairée et l’esprit de la civilisation moderne exigent que les différends entre nations soient réglés de la même manière que les contestations entre individus, c’est-à-dire par des cours de justice et conformément à des principes légaux reconnus.
- « La conférence demande que les divers gouvernements du monde entier délèguent des représentants à une conférence internationale, qui devra se réunir à
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- l’époque et au lieu désignés par eux, pour délibérer sur les questions suivantes, savoir :
- « a) Les points ajournés par la conférence de la Haye, « b) La négociation de traités d’arbitrage entre les nations qui seront représentées à cette conférence ,
- « c) L’opportunité de créer un Congrès international qui se réunirait périodiquement pour discuter les questions internationales,
- et décide de prier respectueusement et instamment le président des Etats-Unis d’inviter toutes les nations à se faire représenter à cette conférence ».
- 4. (Rapporteur : M. Gobât.)
- « Dans le but de renforcer l’action de l’Union interparlementaire, il est désirable :
- « a) Que les groupes interparlementaires aient une forte organisation, qu’ils s’occupent spécialement des questions internationales et qu’ils concertent des actions préparatoires ou décisives dans leurs parlements ;
- « b) Qu’il soit reconnu que les membres des groupes interparlementaires sont, en vue des actions concertées, solidaires, sans distinction des fractions politiques auxquelles ils peuvent appartenir ;
- « c) Que les groupes interparlementaires répandent dans leurs parlements, traduites dans la langue du pays, toutes les communications qui leur seront faites par les organes de l’Union interparlementaire ;
- « d) Que le Bureau interparlementaire soit organisé de telle'sorte qu’il puisse centraliser et coordonner tous les documents relatifs aux affaires diplomatiques et en communiquer des extraits utiles quand il le jugera nécessaire ;
- « e) Que le Bureau interparlementaire soit constitué en personne juridique.
- « Le Conseil interparlementaire est invité à exécuter immédiatement cette dernière résolution et pour le surplus, en tant que besoin, à soumettre des propositions à la prochaine conférence. »
- Après avoir procédé à la nomination des membres du
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- Conseil, l’assemblée décida qu’il y aura, en 1905, une conférence à Bruxelles.
- Les membres de l’Union interparlementaire ont été reçus, le 24 septembre, à la Maison Blanche, par le président Roosevelt.
- M. Richard Bartoldt a présenté ses collègues à M. Roo-' sevelt, après quoi M. le docteur Gobât a remis au président des Etats-Unis la résolution concernant la convocation d’un deuxième Congrès général des Etats.
- En présentant la résolution à M. Roosevelt, M. Gobât a rappelé que la Conférence de La Haye avait réalisé le désir formulé par le Congrès interparlementaire de Rome en 1891 ; que de ce premier aréopage des nations sont issues trois conventions dont l’une concernant le règlement pacifique des conflits internationaux est de la plus haute importance ; mais que, malheureusement, la Conférence de La Haye avait dù ajourner plusieurs questions qu’elle s’était proposé de discuter, notamment la plus importante de toutes, surtout pour l’Europe, la limitation des armements. C’est pour cela que l’Union interparlementaire a décidé de réclamer la convocation d’une deuxième conférence, car elle considère l’œuvre de La Haye comme le point de départ de l’évolution la plus considérable que l’humanité ait jamais faite.
- « La conférence internationale de Saint-Louis, » dit en terminant M. Gobât, « a estimé que vous êtes parfaitement qualifié , Monsieur le Président, pour prendre l’initiative d’une deuxième assemblée générale.
- « Pareille mission appartient naturellement au chef d’un Etat où siège chaque année, là, sous la coupole du capitole, un congrès de 45 Etats. Nous savons d’ailleurs qu’en nous adressant à vous, nous parlons à un partisan convaincu de la justice internationale et nous n’oublions pas que vous fûtes le premier chef d’Etat qui orienta le gouvernement vers la Cour permanente de La Haye. »
- M. le président Roosevelt répondit en ces termes :
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- « Messieurs de l’Union interparlementaire,
- « Je salue en vous avec un profond plaisir les représentants, dans une acception particulière, du grand mouvement international dont l’objet est la paix et la bienveillance entre toutes les nations de la terre. Les Américains se félicitent de ce que nous ayons eu l’honneur de vous recevoir ici à titre d’hôtes de la nation. Vous êtes des hommes versés, en vos différentes contrées, dans les œuvres de gouvernement et cette circonstance donne du poids à vos efforts en faveur de la justice internationale. Je vous remercie de votre bienveillante allusion concernant ce que le gouvernement des Etats-Unis a accompli pour la politique qui vous tient à cœur et je vous assure que le gouvernement maintiendra cette attitude intégralement à l’avenir. Nous sommes actuellement en négociations pour conclure des traités d’arbitrage avec les gouvernements disposés à entrer dans nos vues à cet égard.
- « Ma réponse à votre résolution est, que je demanderai prochainement aux autres nations de prendre parta un second Congrès à La Haye. Je sens et vous sentez certainement que nos efforts doivent viser à donner une impulsion pour compléter l’œuvre commencée à La Haye, et tout ce qui se fait actuellement, doit être considéré non pas comme une chose nouvelle, mais comme une suite.
- <l La première Conférence de La Haye n’a point traité certaines questions et il a été entendu expressément qu’une deuxième aurait lieu. Plusieurs années s’étant écoulées depuis lors, je crois que vous avez raison de considérer la convocation de la deuxième conférence comme actuellement nécessaire, afin de compléter l’œuvre de la première. Ce serait peut-être une illusion d’attendre un succès immédiat pour la grande cause que vous défendez ; mais nous pourrons réaliser des progrès notable;; si, résolûment et avec du bon sens, nous visons au but, qui consiste à éveiller parmi les nations, comme parmi les individus, le sentiment de la
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- responsabilité de l’une envers les autres et à obtenir que chacune reconnaisse les droits de l’autre. Le droit et la responsabilité doivent être inséparables. Il ne faut pas cesser un instant de lutter, afin d’inculquer à toute nation le respect du droit des autres et de renforcer le sentiment de sa propre responsabilité.
- « Je ferai prochainement un appel pour la Conférence que vous réclamez. Encore une fois je vous salue, je vous souhaite la bienvenue au nom du peuple américain et je désire que vos efforts pour le bien commun de l’humanité aient un heureux succès. »
- XIIIe Congrès universel de la Paix
- Le XIIIe Congrès universel de la Paix s’est ouvert à Boston le ludi 3 octobre, au Trémont Temple.
- M. Collins, maire de la ville, M. Bâtes, gouverneur du Massachusetts, et M. Hay, secrétaire d’Etat, au nom du gouvernement national, ont souhaité la bienvenue aux délégués.
- M. Hay a déclaré que le gouvernement américain accorde toute sa sympathie aux idées dont s’occupe le Congrès. A propos de l’arbitrage international, il s’est exprimé comme suit : « Nous continuerons à préconiser et à mettre en œuvre autant que possible, les principes de l’arbitrage dans les questions qui ne peuvent être réglées par voie diplomatique.
- « Le président examine actuellement la négociation de traités d’arbitrage avec les puissances européennes disposées à conclure des arrangements de cette nature, et il espère soumettre les traités au Sénat l’hiver prochain.
- « Ces temps derniers, en réponse à une demande du Congrès parlementaire international, le président a promis d’inviter les nations à une seconde conférence à la Haye afin de continuer l’œuvre bienfaisante de la conférence de 1899 ». Faisant ensuite allusion à l’ordre du jour adopté par le Parlement américain, ordre du jour
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- qui proposait que les cargaisons appartenant à des particuliers et ne consistant pas en contrebande [de guerre fussent mises à l’abri de la saisie, M. Haya dit :
- « Le président n’a pas cru devoir, pendant l’été, attirer sur ce projet l’attention des puissances dont deux au moins n’auraient envisagé la question qu’au point de vue de la portée de la règlementation proposée sur le conflit déplorable qui ensanglante l’Extrême-Orient.
- « Mais » a ajouté M. Hay, « comme nous prions sincèrement pour que la paix ne tarde pas à être rétablie entre les deux nations, auxquelles nous rattachent de nombreux liens historiques, nous pouvons espérer avec confiance que nous pourrons, à une date prochaine, appeler l’attention des nations sur cette question >.
- L’assemblée a constitué son bureau. M. Robert Treat Paine, un philanthrope bien connu, a été élu président du Congrès.
- Dans le discours qu’il a prononcé à cette occasion, M. Paine a dit qu’il croyait que le moment où la paix régnerait dans le monde entier n’était pas si éloigné qu’on le croyait généralement. Parlant d’un câblogramme envoyé par sir Thomas Barclay à PAssociation des chambres de commerce, câblogramme annonçant qu’une résolution des plus amicales avait été adopté à l’unanimité par le Congrès des Chambres de Commerce anglaises réuni à Manchester, en faveur d’un traité d’arbitrage avec les Etats-Unis, M. Paine a exprimé l’espoir que le Congrès réussira à provoquer là signature de traités d’arbitrage anglo-américain, germano-américain, franco-américain, ainsi que d’autres traités avec d’autres nations, et qu’il cimentera ainsi la paix mondiale.
- Des discours ont été prononcés ensuite par des délégués des diverses nations représentées, puis on a donné lecture du rapport du Bureau international de la Paix sur les évènements de l’année ayant trait à la paix et à la guerre.
- Ce document rappelle les efforts qui ont été faits sans succès pour décider la Russie et le Japon à recourir à
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- une solution pacifique de leur différend, ce document expose que les puissances désireuses de voir la fin de ce ruineux et sanglant conflit ont à leur disposition certains moyens de coercition, dont le plus efficace pourrait bien être celui qui consisterait à fermer rigoureusement leur bourse aux prochains appels de la Russie et du Japon pour de nouveaux emprunts de guerre.
- Après avoir touché aux questions toujours brûlantes de l’Arménie et de la Macédoine, le rapport, comme contraste aux sombres tableaux que nous offre, au point de vue du mouvement pacifiste, Tannée qui vient de s’écouler, énumère dans leur ordre chronologique les conventions qui font de cette année une année exceptionnelle au point de vue de l’acheminement des peuples et des gouvernements au régime de l’arbitrage international.
- Le Congrès a voté diverses résolutions élaborées par ses commissions des actualités, de propagande et de droit international.
- A signaler une résolution invitant la Russie et le Japon à mettre fin à la guerre et demandant aux puissances signataires de la convention de La Haye de faire comprendre à la Russie et au Japon l’importance qu’il y a à terminer la lutte.
- Par d’autres résolutions, le Congrès :
- Exprime sa gratitude au président des Etats-Unis pour la promesse qu’il a faite de prendre l’initiative des premières démarches en vue de la convocation d’une nouvelle conférence de la Paix ;
- Félicite les gouvernements des différents pays qui ont conclu des traités d’arbitrage, d’avoir ainsi fait un pas important en avant dans la voie des relations juridiques entre nations, ouverte par la convention de la Haye ;
- Recommande comme modèle pour tous les traités d’arbitrage à conclure, le traité signé par le Danemark et les Pays-Bas, qui ne contient aucune réserve ;
- Insiste auprès des gouvernements pour que les clauses d’arbitrage introduites dans leurs divers traités défè-
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- rent au tribunal de la Haye les litiges que peut soulever l’interprétation de ces traités ;
- Appuie cordialement la recommandation faite par les deux Chambres législatives de Massachussets en faveur « d’un Congrès international qui se réunirait à des époques fixes pour délibérer sur des questions d’intérêt commun entre les nations et pour faire des recommandations à ce sujet aux gouvernements», proposition récemment adoptée par la Conférence interparlementaire réunie à Saint-Louis.
- D’autres résolutions réitèrent les vœux déjà formulés en faveur des populations de l’Arménie et de la Macédoine, des nations faibles et des races indigènes, et demandent qu’on établisse la situation du Congo, vis-à-vis de la loi internationale,
- Le Congrès a renvoyé au bureau de la paix, à Berne, la question d’un rapprochement franco-allemand, la question de savoir s’il ne serait pas matériellement possible de limiter les ravages de la guerre en étendant à d’autres contrées dans le monde le principe de neutralité appliqué à certains territoires et à certaines eaux navigables et la question d’une langue universelle.
- D’excellentes mesures ont été prises en vue de la propagande des idées pacifiques.
- Pour la rendre plus efficace, on a décidé la création d’un centre de propagande dans les grandes capitales du monde. Ces centres affiliés aux sociétés de la Paix se trouveront en relations harmoniques avec le bureau de Berne.
- Un comité américain dont la création a été décidée, agira conjointement avec le Bureau international de Berne en vue de la création d’un fonds de propagande pacifiste.
- Une proposition sera soumise au Sénat et à la Chambre des représentants des Etats, à l’effet d’autoriser et d’inviter le secrétaire du commerce et du travail à dresser, en la classant par nations, la statistique des frais de guerre depuis 1880.
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- Enfin, sur le rapport présenté par M. J. Prudhommaux au nom du Comité spécial chargé d’examiner les causes économiques des guerres, les résolutions suivantes ont été adoptées :
- Considérant que dans le passé les guerres avaient pour cause essentielle l’antagonisme des intérêts des monarques ou des peuples ;
- Considérant que depuis le milieu du XIXe siècle les guerres ont revêtu plus particulièrement le caractère d’une appropriation hâtive et brutale des grands marchés du monde inexploités jusqu’alors, par des nations puissantes, au point de vue industriel ou sous le rapport commercial ;
- Considérant que les conflits internationaux peuvent être réglés à l’amiable avec une meilleure organisation des relations entre peuples et qu’à l’avenir ils seront prévenus par les efforts qui seront faits dans le sens d’une conciliation des intérêts humains, individuels aussi bien que collectifs ;
- Le XIIIe Congrès universel de la Paix déclare qu’il est du devoir des amis de la Paix d’étudier avec le plus grand soin tous les mouvements économiques et sociaux (trades-unions, coopération, trusts, etc.) qui tendent à la réalisation, inconsciente et parfois même contraire à la volonté de leurs promoteurs, d’une organisation plus rationnelle de la production, de la consommation et de l’échange ;
- Et il charge le Bureau de Berne de recueillir des informations aussi complètes que possibles sur ces questions, pour autant qu'elles se rapportent au problème de la pacification internationale.
- Le prochain Congrès aura lieu en 1905, à Lucerne (Suisse).
- Conventions arbitrales.
- Le texte du traité de paix et d’amitié signé à Santiago entre le Chili et la Bolivie désigne l’empereur
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- d’Allemagne comme arbitre dans les difficultés qui pourraient survenir.
- Le point capital du traité est l’acceptation de la souveraineté définitive du Chili sur l’ancienne province bolivienne d’Antofogasta.
- Le Chili garantira la construction d’un chemin de fer sur ce territoire, et la Bolivie garantira la construction d’une voie ferrée d’Arica à la Paz.
- La section située sur le territoire bolivien deviendrait la propriété de la Bolivie au bout de vingt ans.
- Ces chemins de fer assurent à la Bolivie des débouchés sur le Pacifique en compensation de la perte de son littoral maritime.
- En ce qu i concerne le tarif douanier, le Chili jouira en Bolivie de la clause de la nation la plus favorisée.
- C’est également à l’empereur d’Allemagne que seront soumis, en vertu d’un récent traité, les différends de frontières qui pourraient surgir entre les Républiques de l’Equateur et delà Colombie.
- Les présidents du Honduras et du Nicaragua ont soumis la délimitation de leurs frontières à l’arbitrage du roi d’Espagne.
- Les traités d’arbitrage franco-américain et russo-
- belge.
- Des traités d’arbitrage calqués sur la convention anglo-française ont été signés le 2 novembre, entre la France et les Etats-Unis, et le 3 novembre entre la Russie et la Belgique.
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- LE MOUVEMENT FÉMINISTE
- Le centenaire du Code civil a été pompeusement ' célébré le 29 octobre à Paris.
- Le garde des sceaux a raconté les luttes séculaires pour l’établissement d’un Code unique, et déclaré que si « en 1804 il fallait résumer le droit, en 1904 il faut l’élargir. »
- Certains groupes féministes ont protesté de diverses façons contre le solennel hommage rendu à un Code qui dit :
- La fille à partir de quinze ans, répond seule de sa vertu.
- La séduction n’est pas un délit.
- La corruption, même d’une fille mineure, n’est pas un délit.
- La recherche de la paternité est interdite.
- La recherche de la maternité est permise.
- Les enfants naturels sont à la charge de la mère seule.
- Toute promesse de mariage est nulle, — fût-elle suivie de l’abandon de l’enfant.
- L’homme, dans le mariage , exerce seul l’autorité paternelle.
- Pour marier les enfants, le consentement du père suffit ; si la mère refuse le sien, on passe outre.
- Le mari a l’administration des biens personnels de sa femme.
- Le mari peut vendre, si cela lui plaît, le mobilier conjugal.
- Il peut disposer de tous les effets mobiliers, valeurs, meubles, bijoux, etc., sans consulter sa femme, et cela même à titre gratuit, même au profit d’une tierce personne (lisez : d’une concubine.)
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- LE DEVOIE
- La femme ne peut ni faire, ni recevoir une donation, fût*ce d’un membre de sa famille, sans le consentement de son mari.
- Ne peuvent être tuteurs ni membres d'un conseil de famille, les mineurs, les interdits, les hommes d’une inconduite notoire, les individus condamnés à une peine infamante....et les femmes !
- L'adultère du mari, perpétré en dehors du domicile conjugal, n’est pas punissable.
- L’adultère de la femme, en quelque lieu qu’il ait été consommé, est punissable.
- Le meurtre commis par l’époux sur l’épouse ainsi que sur le complice, à l’instant où il les surprend en flagrant délit dans la maison conjugale, est excusable.
- Le meurtre commis par l’épouse, dans les mêmes circonstances, n’est pas excusable.
- L’énumération qui précède est empruntée au programme du journal le Droit des femmes fondé le 10 avril 1869 par Léon Richer. Nous n’en avons retranché qu’un article, celui qui refusait aux femmes le droit d’être témoin dans les actes de l’état civil, puisque cette exception a fort heureusement disparu. Mais il en reste malheureusement assez pour justifier la campagne entreprise contre les iniquités du Code par les groupements féministes.
- L’enseignement secondaire des jeunes filles.
- Le ministre de l’instruction publique publie dans son Bulletin administratif du 26 novembre une statistique particulièrement intéressante sur la situation scolaire des lycées, collèges et cours secondaires de jeunes filles au 5 novembre des années 1903 et 1904.
- De l’ensemble de ce travail, il résulte que la population scolaire, qui était, en 1903, de 24,162 élèves, est, au 5 novembre courant, de 28,207, soit, 4,045 élèves en plus. Cette augmentation d’élèves se répartit ainsi :
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- LE MOUVEMENT FÉMINISTE.
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- 1,368 pour les lycées; 1,737 pour les collèges ; 940 pour les cours secondaires. Les académies où l’augmentation est la plus forte sont celles de Paris (4,469 élèves); Lille (3,060 élèves) ; Toulouse (2,430 élèves). Celles où l’augmentation est la plue faible sont : Chambéry (496 élèves); Nancy (915 élèves) ; Besançon (961 élèves), etc.
- Cette élévation d’élèves a nécessité la création de neuf collèges nouveaux et de quatorze cours secondaires.
- Les collèges sont ceux de Coutances, Le Mans, Douai, Carcassonne, Saint-Dié, Bourges, Orléans, Poitiers, Rochefort.
- Les cours secondaires sont ceux de : Avranches, Riom,Beaune, Montélimar, Rethel, Neufchâteau, Paris (quinzième arrondissement), Provins, Vanves, Vendôme, La Rochelle, Cholet, Quimper, Saint-Brieuc.
- * *
- L’externat et l’internat des hôpitaux.
- Le concours pour l’externat des hôpitaux qui s’est ouvert vers le milieu d’octobre pour durer jusqu’en décembre, présente cette particularité intéressante que cette fois le nombre des doctoresses concurrentes atteint la proportion de 5 %•
- Jamais, a-t-on déclaré à l’Assistance publique à un rédacteur du Temps, jamais un pareil chitfre n’avait été enregistré. On nous annonce d’ailleurs que nous aurons aussi un grand nombre de candidates pour le concours de l’interna^, que nous ouvrirons le troisième lundi de décembre et qui durera jusqu’aux environs de Pâques.
- Nous n’avons d’ailleurs qu’à nous louer des services rendus par les femmes qui sont internes ou externes dans nos hôpitaux.
- Depuis leur admission au même titre que les hommes, nous avons eu six femmes internes : Mlle Klumpka, qui a épousé le docteur Déjerine, professeur à la Faculté de médecine ; Mlle Edwards, devenue Mme Pillet ; Mlle
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- Wilbouchevitch, qui est aujourd’hui Mme Nageotte ; Mlle Mouroux, qui vient de quitter son service à la Maternité pour se marier avec le docteur Darcanne ; Mlle Francillon et Mlle Mangeret qui sont toujours en service, la première à l’hôpital Saint-Antoine, la seconde à la Charité.
- Nous n’avons jamais compté qu’une femme interne en pharmacie, Mlle Mazot.
- Quant aux femmes externes, il y en a actuellement dans nos hôpitaux parisiens dix-neuf, au nombre desquelles Mlle Debat-Ponsan, fille du célèbre peintre.
- Les femmes à la Faculté de médecine et à la Faculté
- de droit.
- La Faculté de médecine de Paris compte, depuis le 10 novembre, deux nouvelles doctoresses : Mme Dar-canne-Mouroux et Mlle Bonnin , qui ont été reçues avec la mention : « très bien satisfait » , la plus élevée qu’il soit possible d’obtenir.
- Les cours de la Faculté de droit sont toujours suivis par un nombreux public féminin. Parmi les jeunes filles qui ont passé avec succès leur examen pour la licence en droit, au cours de la session de juillet, nous relevons avec plaisir le nom de Mlle Martin, fille de Mme Maria Martin, directrice du Journal des Femmes.
- Le syndicat des femmes professeurs et compositeurs
- de musique.
- Une nouvelle association syndicale vient de se former, sous le nom d’Union des Femmes professeurs et compositeurs de musique, comprenant les professeurs, les compositeurs, les concertistes, les accompagnateurs,
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- BIBLIOGRAPHIE
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- BIBLIOGRAPHIE
- Coopération et Pacification par Prudhommeaux, Agrégé de l’Université, secrétaire de l’Association de la Paix par le Droit (1).
- Les théoriciens et les apôtres de la coopération, Francesco Vigano, Vansittart-Neale, Hodgson Pratt, Godin, Charles Gide, Aug. Fabre, de Boyve, ont été en même temps des pacifistes d’avant-garde. Les coopérateurs dans tous leurs congrès manifestent leur sympathie en faveur de la paix entre nations. Et c’est là chose toute naturelle ; l’esprit pacifique étant l’essence même de la coopération. Aussi M. Prudhommeaux n’aurait-il pas eu besoin d’écrire sa brochure s’il n’avait en vue que de convertir les coopérateurs au pacifisme. Mais le but de notre ami est tout autre, il cherche à gagner les pacifistes à la coopération en leur démontrant que le meilleur moyen d'assurer la paix internationale est d’établir l’harmonie économique et la paix sociale par la solidarité des intérêts.
- M. Prudhommeaux pense qu’il est temps pour les pacifistes d’abandonner « la propagande dans le bleu, celle qui dédaigne le terre à terre des faits pour se perdre dans la sphère éthérée des sentiments, celle qui croit avoir tout gagné quand elle s’est épanchée en diatribes contre l’horreur des champs de bataille et en évocations idylliques des bienfaits de la paix. »
- Pour lui « la guerre est un fléau qui a ses causes, les unes prochaines et facilement saisissables, les autres profondes et moins accessibles ». Et ajoute-t-il, « c’est à la recherche scientifique de ces causes, c’est à leur élimination ou leur transformation patiente que les amis de la paix doivent s’employer. » Joignant l’exemple au précepte, M. Prudhommeaux étudie ensuite les causes
- (1) Bibliothèque pacifiste internationale ; seconde série, 7, Editeurs ; V, Giard et E. Brière, 16, rue goufflot, Paris.
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- des guerres modernes. Il n’a pas de peine à démontrer que depuis les croisades pour lesquelles on a commencé à partir au cri de « Dieu le veut ! » jusqu’aux plus récentes de nos expéditions coloniales , la gloire des armes, l’amour-propre des chefs d’Etat, le désir d’imposer une religion ou une civilisation prétendues supérieures , n’ont été que des motifs secondaires, de simples prétextes même et que toutes les luttes nationales ont été déchaînées par des conflits d’appétits et d’intérêts.
- Ce point admis, si les guerres sont la conséquence de conflits économiques, l’action des pacifiques est tout indiquée. Sans rien négliger de tout ce qui peut amener « l’ère sans violence » ; éducation, tribunaux d’arbitrage, code international, les amis de la paix doivent s’attacher surtout à « réaliser des conditions économiques telles que les hommes aient tout à gagner par la paix, tout à perdre par la guerre. »
- Cet idéal, ajoute M. Prudhommeaux, sera réalisé par la coopération et ne peut l’être que par elle.
- La grande loi de la division du travail en amenant la spécialisation de l’industrie et encore plus celle de la production agricole, accroît bien l’interdépendance des nations, mais sous le régime de la compétition elle provoque l’établissement de tarifs douaniers prohibitifs, et souvent aussi amène la guerre. L’internalisation des capitaux en établissant , au moyen des sociétés par actions, une forme de propriété où peuvent communier, des citoyens de différentes patries et de pays hostiles, contribue puissamment à la pacification de l’humanité. Mais après les exemples tout récents de guerres suscitées par des intérêts industriels ou financiers, il faudrait nier l’évidence pour voir dans ce mode de propriété le moyen de réaliser la paix universelle.
- Les ententes commerciales et industrielles : comptoirs, syndicats, cartels ou trusts en régularisant la production et l’échange, introduisent bien un élément de sécurité et de paix, mais à la façon dont les grands
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- BIBLIOGRAPHIE
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- Etats modernes ont réduit la guerre en le substituant peu à peu au monde féodal où elle existait à l’état permanent. L’organisation des travailleurs en groupements professionnels, unions nationales, fédérations internationales, est à encourager, certes. Elle est appelée à réaliser de très grands progrès vers la paix, Mais elle ne saurait assurer la réconciliation des intérêts humains, condition essentielle de la pacification des peuples. Instrument de lutte au service de Fégoïsine corporatif ; lutte contre le patronat ; lutte contre les non-syndiqués; lutte contre l’envahissement de la profession par les femmes et les nouveaux apprentis, le syndicat groupe les ouvriers en tant que producteurs. Il ne vit et se développe qu’au prix de luttes acharnées et sanglantes ; même triomphant, il demeure en lutte permanente avec le consommateur.
- Non seulement la coopération réalise les mêmes avantages de la société par actions, et des ententes patron-nales ou ouvrières, mais elle en amène de plus nombreux et de plus importants encore. Mettre la consommation et non la production à la base de la vie économique, c’est établir une harmonie, un ordre rationel qui élimine le profit individuel, la spéculation, c’est-à-dire les plus puissants ferments de violences et d’iniquités. La souveraineté que la coopération reporte du producteur au consommateur, oblige ce dernier à s’occuper nécessairement .et presque malgré lui de son éducation économique. Et l’on peut être sûr que lorsque les gens se rendront compte du vrai prix des choses, et de la gloire, leur choix sera bientôt fait.
- La coopération qui naît et se développe sans heurt et sans violence, a pour but de faire disparaître la lutte sous toutes ses formes en supprimant les combattants, lutte entre vendeurs et acheteurs (les coopérateurs deviennent leur propre fournisseur) ; — lutte entre créancier et débiteur (les coopérateurs sont leur propre banquier) ; — lutte entre propriétaire et locataire (les copérateurs logent dans leur propre maison) ; — lutte
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- entre employeurs et employés (les coopérateurs se trouvent leur propre patron) ; — lutte entre nations (les coopérateurs sont citoyens d’une unique République, celle des consommateurs).
- Les coopérateurs sont des pacifiques convaincus. Après la lecture de cette brochure nul doute que les pacifistes à qui elle s’adresse ne deviennent à leur tour de zélés coopérateurs. Et cette nouvelle entente cordiale ne saurait donner que des heureux fruits.
- {IJEmancipation). J, Granpadès.
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- Le Lendemainjde la^Révolution Sociale.
- Supposons, si vous le voulez, camarades, que la révolution sociale soit faite dès demain (1). La sanglante journée est terminée et elle a réussi; le peuple a triomphé sur toute la ligne; la bourgeoisie a été supprimée en tant que classe ; la propriété individuelle a été abolie ; le sol, sous-sol, usines, machines, magasins, chemins de fer, banques et encaisse des banques, tout est dans les mains du peuple: vous voyez que je vous fais la partie belle. Vous vous êtes couchés dans les lits des bourgeois, et des rêves dorés y ont bercé votre sommeil..... Et après?
- Ces fermes, ces usines, ces chemins de fer, ces banques, ces magasins, iFfaut les faire marcher. Il s’agit de remettre en mouvement [.tout cet ."immense appareil économique : appareil [de production, de circulation et de répartition qui entretient au jour le jour la vie économique du pays, et qui, s’iLvenait à s’arrêter un seul jour, entraînerait la mort du_corps social tout entier, de même quç l’arrêt dans la circulation du sang entraînerait instantanément la suppression de la vie. Et ne . dites pas que cela se fera petit à petit, 'que vous prendrez votre temps, que vous ferez votre apprentissage. Non, non, les exigences de la vie ne vousraccorderont
- M) Extrait de la Coopération, conférences de propagande coopérative, 1 beau volume relié, G fr,, à V Union coopérative, 1, rue Christine,
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- BIBLIOGRAPHIE
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- pas un jour, pas une minute! C’est sur l’heure qu’il vous faudra prendre la direction économique et en assumer la responsabilité, sinon la société périra, ou, plutôt non, elle ne périra pas; mais, dans un spasme d’agonie, elle rejettera l’ordre de choses nouveau qui l’étouffe et reprendra son ancienne vie.
- Rappelez-vous que quel que soit le parti qui arrive au pouvoir, s’il n’est pas en mesure d’assurer sans interruption la continuation de la vie économique du pays, il est condamné ! Les socialistes révolutionnaires peuvent être vainqueurs dans cent batailles, les légions ouvrières peuvent promener de capitale en capitale le drapeau rouge victorieux, si elles ne sont pas en mesure de remplacer sur l’heure les propriétaires, capitalistes, entrepreneurs, commerçants, par des hommes tirés de leur propre sein, tout cela ne servira à rien et tout sera à recommencer.
- Et ce n’est pas moi qui parle de la sorte, c’est un des pères du nihilisme, Herzen, qui écrivait : « Quand même la poudre (il ne connaissait pas encore la dynamite) ferait sauter aujourd’hui ce vieux monde, on le verrait renaître de ses cendres, hélas ! toujours bourgeois ! »
- Eh bien, vous sentez-vous en état de remplacer ainsi, du jour au lendemain, la classe qui a exercé jusqu’à ce jour la direction économique?
- Si vous me répondez oui, je me permettrai de penser que vous n’êtes pas modeste. Ne me dites pas, en effet, que, pour la production et la fabrication des richesses, vous en saurez autant que les patrons, puisque ces richesses, c’est vous-même qui les produisez ! Mais songez que la fabrication n’est qu’un côté secondaire de l’entreprise : c’est la partie commerciale qui est la plus importante et qui seule décide du succès ou de la ruine. Or, cette science du commerce, cette administration des capitaux dans laquelle il suffit d’une erreur de quelques centimes sur les prévisions 'pour entraîner des différences de plusieurs centaines de mille francs dans les résultats? cet art si parisien qui consiste à épier les
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- caprices de la mode, à deviner et au besoin même à faire naître les demandes du public et des consommateurs qui se trouvent peut-être à l’autre extrémité du monde, les possédez-vous ? Et la classe ouvrière, au lendemain d’une révolution et encore dans la première ivresse du triomphe, saura-t-elle s’assujettir librement et instantanément à cette discipline et à cette régularité dans le travail qui est la condition indispensable de toute entreprise collective ?
- Et ne me dites pas que vous l’apprendrez bien parce que vous êtes aussi intelligent que les bourgeois. Je le crois, je ne suis pas de ceux qui pensent que la direction patronale suppose des mérites transcendants ; mais, encore une fois, où et comment l’apprendrez-vous ?
- Ce ne sera pas en travaillant comme salariés ; ce ne sera pas non plus par renseignement gratuit et obligatoire, ni même par l’enseignement intégral que l’on réclame dans certains programmes, comme si l’on prêtait à ce mot une vertu magique. Permettez à un professeur qui, comme moi, a déjà fait passer pas mal d’examens dans sa vie, d’être assez sceptique à l’endroit de ce qu’on, peut apprendre sur les bancs de l’école en fait d’enseignement pratique.
- Il n’y a qu’une seule façon, pour la classe ouvrière, de s’exercer au maniement des capitaux, à la pratique commerciale, au mécanisme des entreprises collectives, c’est d’apprendre à faire elle-même ses alfaires pour son propre compte, c’est-à-dire à s’organiser en Associations coopératives. Et ce sont ces Associations coopératives de consommation, de crédit ou de production qui fourniront à la classe ouvrière, au jour voulu, les cadres dont elle aura besoin. Le principal avantage pratique de la Coopération, le voilà ! C’est de faire l’éducation économique des travailleurs, c’est de leur conférer les connaissances techniques et les hautes facultés morales sans lesquelles jamais ils ne réussiront à occuper dans l’ordre social la place à laquelle ils aspirent et à laquelle ils ont droit.
- (UAssociation ouvrière). Charles Gide.
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- Par Paul et Victor MARGUERITTE
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- ( Suite. )
- S’affirmer qu’il ne subissait plus jamais de tentations involontaires ; qu’il échappait aux suggessions insidieuses du sommeil, restait aveugle au charme infini de sa voix, de son sourire, de son regard ; qu’il évitait ces mille trahisons inconscientes de l’attitude et des mouvements, où la femme se révèle à travers l’harmonie des lignes et le fuyant des contours, ce n’eût point été vrai, ni possible. Charlie était jeune, il était homme. Mais du moins il l’adorait sans croire qu’elle pût jamais devenir plus qu’une amie, une grande sœur, celle qui pouvait le mieux, malgré l’éclat durable de sa jeunesse, suppléer à la mère incomparable qu’il avait perdue, deux ans auparavant : douleur atroce, inconsolée ! Comme Gabrielle avait été bonne pour lui !
- Il passait en éclair sur un pont, longeait une rivière. Des bornes blanches fuyaient ; il dévala une pente, gravit une colline. Des villages se succédaient : seul, l’aboi d’un chien le poursuivait sur les plateaux déserts. Il jouissait de fouler à toute vitesse cette terre indistincte, plongée dans les limbes du repos. L’aube montait, les étoiles pâlirent, l’ombre fondit comme une vapeur se dissipe; et Charlie éprouvait une allégresse à courir vers le jour.
- Comment ne l’eût-il pas aimée ?... Cela venait de si loin : dans le recul de son enfance, elle était la belle fée de ce vieux parc et de cette séculaire demeure d’Ay-gues-Vives ; chaque année elle les invitait, et n’était-ce rien que cet accueil fait à des cousins alors pauvres, et fiers ? Il revit la ferme bretonne, pompeusement déco-
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- rée du nom de château, où il était né. Son père, le commandant de Bréars, un héros de 70, l’avait élevé, avec une tendresse rude, pour la revanche.
- Sévères années, entre cet homme taciturne, une mère silencieuse. Sa franchise mâle, sa sensibilité contenue venaient de là. A douze ans il perdait son père- Mme de Bréars, depuis toujours vêtue de noir, avait su être une admirable mère chrétienne. Auprès d’elle, préservé des plaisirs et de la coruption de la grande ville par leur existence retirée au fond de l’île Saint-Louis, Char-lie travaillait assidûment, externe à Louis-le-Grand : les examens, Saint-Cyr. . le premier galon, l’entrée dans le monde. Là, une surprise : l’héritage considérable de la tante Elodie, soeur de son père.
- Riche, après le dur enseignement d’une vie stricte, isolée, il put admirer d’immédiates voltes-faces ; égards, batteries. La fortune ne le grisa point : ce n’est pas lui qu’on saluait, mais son argent ; il continua donc de mépriser tout ce qui manquait de fierté. Puritanisme ingénu, que Mme Favié avait adouci de grâce, de fine malice. Il lui devait des vues plus justes sur la société, de la tolérance pour les idées qu’il ne partageait pas : il lui devait de garder surtout ce trop-plein de jeunesse, cette fougue d’un coeur vierge.
- Encore une rivière, la route s’éclairait. L’horizon se teintait d’or citrin, de rose, de lilas; les nuages de pourpre et de soufre devenaient éclatants. Le temps s’annonçait superbe ; déjà la fin de septembre. C’était le premier jour de l’automne.
- Une joie robuste l’emplit ; c’était bon de fendre en flèche l’air et le vent. A peine ralentissait-il aux villages, fonçant dans la campagne immense. Elle s’étendait rase, avec des taches noires de bois, des tapis de chaume et des bandes de labours. Puis ce furent des taillis perlés de rosée, des nappes légères d’asperges, Plus vite ! Il laissait sur sa gauche une ville, des toits, des clochers. Plus vite ! Un lapin gris en fuite coupait la route, disparaissait sous les bruyères tendues de toi-
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- les d’araignées pareilles à des mousselines d’argent. Sous un ciel vert et vif, l’orient s’embrasait ; soudain, à ras de plaine, un trait de feu courut ; le soleil émergea, rouge.
- Il montait lentement ; on ne voyait que lui, cœur en flammes de l’univers. Des carreaux de fermes flamboyèrent ; la clarté subite irisait les mille gouttes d’eau des herbes, dorait les chaumes. Charlie sentait la caresse de ce bain fluide sur son visage. Un coq chanta. Des troupeaux de moutons coulèrent entre des barrières de parcs. La vie !... Ses yeux ne pouvaient déjà plus supporter l’éblouissement de l’astre. Tout autour, le ciel brûlait bleu, et le soleil montait en une indicible gloire. D’une adoration muette, il le salua dans sa magnificence et son éternité, roi des germes et de la sève, fécondateur de la matière et source de la vie, invincible comme l'amour. L’amour ? pourquoi pensait-il à l’amour ?
- 11 sentit son cœur se gonfler ; une énergie souveraine l’exalta, comme si toute la chaleur bienfaisante entrait en lui. Ivre d’aurore, il courait dans un vertige, sur cette route qui l’entraînait vers un destin inconnu, droit au soleil.
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- Aygues-Vives n’était que lumière.
- Le domaine suivait la pente d’un coteau, s’élargissait en île de verdure le long du fleuve. Les lames d’ardoise des tourelles, le sable micacé des allées étincelaient. Un frémissement continu agitait les petites feuilles des peupliers blancs. Tout rayonnait : terrasses, plates-bandes, le parc avec ses pelouses veloutées et son étang, le verger, le sapinière, et surtout et partout les eaux qui donnaient leur nom au pays, la cascade jaillie du rocher à bouillons d’écume, les sources qui ondulaient et bruissaient en mailles de feu liquide.
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- Un royal parterre, devant le château, s’étendait. Des roses et des roses, innombrables, épanouies à plein cœur, exhalant la suavité de leur chair féminine, irradiaient, de leurs pétales soufre, paille, cuisse de nymphe, rose foncé, cerise, carmin, grenat s’éteignant jusqu’à l’éclat du charbon qui meurt. Les feuillages dans les frondaisons en dôme, de verts subtils, avaient la la transclucidité d’émeraudes que traverse le soleil. Des vignes vierges s’arrondissaient en tonnelles rouge vif. La décoloration de l’automne gagnait de proche en proche ; çà et là, des taches fauves ; les bouleaux mi-partie se diapraient d’or et de vert. L’azur limpide était presque gris.
- Atténuée de souffles frais et de courants tièdes, mais sourde et puissante, et s’échauffant à mesure que le torrent du soleil se déversait de plus haut, l’ardeur de septembre resplendissait. La magnificence d’un tel jour rappelait ce qu’il avait de fugace, et qu’on entrait dans la saison précaire où les ciels délicats, les ombres graves du fleuve, les soirs d’incendie, les arbres changeants, tout proclame, bien avant qu’elle ait commencé, l’agonie splendide de l’année.
- Ce qu’un tel instant résume d’exaltation et de regrets, de nostalgie poignante, personne ne l’éprouvait autant que la femme en blanc, qui, abritée d’une ombrelle blanche, d’une capeline ruchée autour de ses cheveux blonds un peu fauves, des mitaines de dentelle aux mains, relevant sa jupe sur ses chevilles que pointillaient des bas de soie blanche à jour, passait et repassait entre les bosquets, comme un lumineux fantôme de neige.
- Un moment elle se retourna, et d’une fraîche voix d’enfant, d’une voix délicieuse, appela :
- — Floss !
- Une chienne de race pure au pelage feu, au long museau de renard, au collier de fourrure, se précipita, jappante.
- — Ah ! Floss !
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- Et c’était un reproche, avec de l’indulgence ; Floss, quand son nom l’avait rattrapée, se coulait sournoisement derrière un massif, allait regagner d’un galop les dalles chaudes du perron.
- — Tu me flattes, à présent !
- La chienne, d’une échine si souple que son corps se recourbait en arc, l’enveloppait de bonds caressants. Elle avait des yeux infiniment tendres, l’air faux ; elle était peureuse et ingrate, mais si belle, qu’on se contentait à l’admirer. Mme Favié se sentit plus triste.
- Chaque année, elle se replongeait avec délices dans le calme profond de cette nature. Sitôt les malles débouclées, le service repris par les vieux domestiques, elle se livrait toute à cette demeure dont les recoins lui étaient familiers, à ces jardins dont elle connaissait chaque détour d’allée. Quelle délivrance à dépouiller l’être artificiel qu’elle devenait à Paris, et dont elle avait horreur, dans sa franchise innée ! Pour quelques mois, c'était fini de voir mentir les autres et de se mentir par bienséance, complicité, dédain d’entrer en lutte. Elle échappait à cette atmosphère de vanité, de médisance, où elle gardait, sinon la liberté entière de ses jugements, du moins la sincérité du silence et se montrait tout à fait bonne. A l’étourdissement des visites, expositions, premières, succédaient les longues journées de lecture, de rêverie, qui lui permettaient la repossession de soi.
- MaisJ cette fois, la mystérieuse communion entre elle et Aygues-Vives ne se rétablissait pas. Singulièrement lasse, elle ne se découvrait que vide, l’angoisse d’un ennui qu’elle ne comblait point. Elle redoutait ces heures de stérilité, où la solitude qu’elle recherchait tant l'oppressait. La présence de ses amis les Lurat, loin de la distraire, lui rendait l’hospitalité à charge. Leurs insinuations d’hier l’avaient inquiétée. Mais non, c’était un potin absurde : encore cette peste de Mme Pustien-ne !... Si Charlie avait en vue ce mariage, elle le saurait. Il lui confiait tout, ses flirts pour rire et jusqu’au
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- nom d'une petite amie de passage, dont elle le taquinait avec bienveillance, jalouse au fond, mais elle s’en cachait : qu’aurait-il été croire ?
- Charlie se marier ? Allons donc !... Après tout, pourquoi pas ? Marthe Fauche était insolemment belle. Si c’était vrai ?... Celle-là ou une autre, il se marierait. Si désintéressée que fût sa tendresse, cela l’étreignit de penser qu’il se donnerait à une femme qui deviendrait tout, l’absorberait au point de lui faire oublier ses meilleures affections, tâcherait peut-être de les détruire. Elle pâlit d’une vision : sous ces mêmes arbres, le beau jeune couple enlacé... Non, pas une de celles qu’elle connaissait n’était digne de donner à Charlie le bonheur, pas une ne saurait! Une seule, peut-être... qu’elle ne distingua que dans un recul du passé, de dix ans plus jeune, et dont elle se détournait en soupirant. ..
- Le rythme de sa démarche était plein de langueur. En cette éphémère clarté qui rendait plus éthérée la joie de vivre, elle errait aveugle et sourde à ce qu’elle adorait le plus, l’émerveillement des roses et les voix du parc solitaire, les voix des oiseaux et des sources. Aygues-Vives chantait du matin au soir, et dans les nuits d’argent, sur la paix de la campagne et du fleuve, cette musique, accordée aux trilles du rossignol, s’élevait avec une douceur si pénétrante, que Mme Favié, parfois, en avait le cœur saisi d’une volupté qui lui faisait mal.
- Elle atteignait, au bout de la charmille, la terrasse d’où l’on découvre la Seine et les lentes descentes des chalands. C’est sur ces bancs, rongés par la lèpre des mousses, que jadis se tenaient ses grands-parents maternels. Elle n’avait connu qu'eux : sa mère était morte en la mettant au monde, et son père la même année avait été tué, à la tête d’un régiment, à Magenta. Les Maillane l’avaient élévée, bonne-maman Herminie en ménagère pieuse qu’elle était, bon-papa Jacques en philosophe.
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- Cette éducation laissait en elle d’inconciliables disparates : ainsi, elle était religieuse et ne pratiquait plus qu’à de long intervalles, par crises ; elle estimait que l’on ne relevait que sa conscience et elle redoutait l’opinion ; à ses yeux, l’amour était tout : elle en eût plaint chez autrui les plus douloureuses erreurs, et, déçue dans son dévouement conjugal, elle s’était interdit de céder à la passion qui l’eût vengée, et consolée peut-être. Son âme, à demi affranchie, se débattait contre les idées acquises, les sentiments imposés dès l’enfance et acceptés à l’usage, qui la tenaient prisonnière des autres et d’elle-même. Et c’étaient ces aspirations refoulées, son impuissance à se réaliser pleinement, qui retombaient en elle et l’étouffaient.
- Elle contempla le fleuve qui paraissait immobile. L’eau languissante emportait une feuille qui gagnait le bord et remontait avec la même lenteur, pour redescendre dans un tournoiement insensible et sans but. Elle soupira : n’était-ce pas bien la vie, ses arrêts monotones et son insensible descente vers la mer sans rivage et sans fond où avaient déjà sombré tant des siens, et le mari qui l’avait fait souffrir, et l’ami qu’elle avait repoussé et qui était mort loin d’elle ! Comme il avait dû la maudire ! pauvre, pauvre Marcel !...
- Sa détresse augmenta ; elle s’aperçut que Floss l’avait quittée.
- Elle s’enfonça dans les bois de sapins ; ses souliers blancs glissaient sur les aiguilles rousses. A travers les rameaux vert sombre, le ciel semblait plus bleu et plus pur. C’est par une journée pareille qu’Henri Favié lui avait pris la main ; défaillante, elle s’était appuyée contre cet arbre : elle se rappelait les découpures des ramilles sur le sol d’or, les fourmis noires qui traversaient le sentier ; et lui, cavalier et charmant, lui jurait une éternelle tendresse. Cinq mois de mariage, et il la trompait avec une de ses amies intimes. Revenue à Aygues-Vives, seule, les yeux brûlés de larmes, que de mornes semaines promenées sous ces arbres, quelle
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- Le devoir
- lutte entre sa fierté et l'agonie de son amour ! Elle allait bientôt devenir mère ; suppliée par ses grands-parents, brisée par la souffrance de couches si cruelles qu’elle faillit mourir, quand elle sut que Francine vivait quand elle entendit son premier cri, elle permit d’un signe de tête épuisé, que son mari entrât dans la chambre ; elle pardonnait.
- C’est à sa fille qu’elle se sacrifiait. Elle crut que l’enfant rappellerait à lui-même cet homme léger, fougueux, mais point méchant, sans doute. C’était mal le connaître. Il avait renoué sa liaison adultère et, quand elle l’apprit, il avait déjà une autre maîtresse. Elle voulut rompre... mais Francine l’absorbait toute ; elle ne vivait que pour cette petite dont l’intérêt, une fois encore, prima le sien. Une séparation légale l’eût privée d’un appui, d’une affection qui même, chez un père coupable, conservait des droits et surtout des devoirs. L’influence de son confesseur la fortifia dans cette résolution ; religieuse, elle estimait ne pouvoir révoquer le serment juré devant l’autel. Sa dignité, celle de sa fille, se confondaient avec la dignité du mariage. Elle demeura, pour le monde, la comtesse Favié ; pour son mari, une étrangère. Unis en apparence et se traitant avec courtoisie, ils vécurent dans le mensonge social. Libre à lui de se perdre en un tourbillon de jeu, de dettes, de folies ; elle, avec une irréprochable tenue, une rigoureuse loyauté, se vouait à sa mission, c’est-à-dire à sa fille.
- Années fébriles, dur calvaire, et que sa jeunesse et sa beauté eussent rendu périlleux à plus d’une, entourée d’hommes intelligents, dont certains, comme le vieux jurisconsulte Marchai, l’avaient adorée. Mais elle passait intacte au travers du feu. Faite pour l’amour, la peur qu’elle en avait désormais la garda, et aussi sa révolte contre l’égoïsme et la cruauté de l’homme.
- (A suivre.)
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- ASSURANCES MUTUELLES
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- Société du Familistère. - Assurances Mutuelles
- MOUVEMENT DU MOIS DE JUIN 1904 , A GUISE
- ASSURANCE! CONTRE! LA MALADIE!
- Section des Hommes
- Cotisations des mutualistes .. 2.626 80 x
- Subvention de la Société 839 45 3.992 75
- Malfaçons et Divers 526 50)
- Dépenses 3.638 10
- Boni en juin 1904.., 354 65
- Section des Dames
- Cotisations des mutualistes 546 85,
- Subvention de la Société 273 43 820 28
- Divers . . » » )
- Dépenses , . 682 85
- Boni en juin 1904... 137 43
- ASSURANCE! DES PEÏNSIONS
- Subvention de la Société et Divers 8.841 29 j
- Intérêts des comptes courants et ? 13.318 64
- du titre d’épargne......... 4.477 35 \
- Dépenses :
- 122 Retraités définitifs....... 8.586 97
- 0 — provisoires Nécessaire à la subsistance Allocations auxfamill8 des réservistes Divers, appointem., médecins, etc. zoo ou 1 4.751 »> 240 50 \ 846 45 / 14.683 42
- Déficit en juin 1904.... 1.364 78
- CAISSE! DE! PHARMACIE!
- Cotisations des mutualistes Subvention de la Société 762 65 / 233 95 \ 996 60 896 15
- Boni en juin 1904 100 45
- RÉSUMÉ
- Recettes sociales du 1er juillet 1903 au 30juinJI904 154.855 35 ( ^Qg ogg 95 » individuelles » » 52.050 60 1
- Dépenses » » ......... 231.100 86
- Excédent des dépenses sur les recettes,, 24.194 91
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- LE DEVOIR
- ÉTAT CIVIL AU FAMILISTÈRE DE GUISE
- MOIS DE JUIN 1904.
- (
- Naissances :
- 11 Juin 1904 Dieux Marie-Zélie, fille de Dieux Albert et de Chrétien Zélie.
- 28 — Lavabre Marcel-André, fils de Lavabre
- Fernand et de Bouchez Marie.
- Décès :
- 5 — Poulain André-Eugène, âgé de 6 mois.
- Le Gérant : H. E. Btjridant.
- finies. — Typ. A. Chastanier, 12? rue Pradier,
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- TABLE DES MATIÈRES DU TOME VINGT-HUITIÈME 759
- TABLE DES MATIÈRES
- DU TOME VINGT-HUITIÈME
- ANNÉE 1904
- JEAN-BAPTISTE-ANDRÉ GODIN.
- Documents pour une biographie complète.
- Associated homes, première biographie de J.-B.-A. Godin,
- due à Ed. Vansittart Neale....................... 7
- Banquet familistérien............................... 651
- Documents pour une biographie complète, 5, 65, 129, 193, 257, 321 385, 449, 513, 577, 641, 705 Discours de Godin aux fêtes du Travail.... 258, 391, 522
- Familistère illustré (Le), traduction en anglais.... 8
- Fête de l’Enfance en 1865......................... 132
- Fêtes annuelles (premières) au Familistère.......... 129
- Fêtes du Travail en 1867, 1868, 1869, 1870.... 129, 193,
- 257, 321, 385, 449, 513, 577 Mentions honorables délivrées aux fêtes du Travail (Description.....................................-....... 641
- Répartitions mensuelles indicatives du mérite, 1870
- (série des employés)............................. 705
- Suffrage (Essais de recours au) en vue de la glorification des mérites effectifs et de l’équitable rémunération du travail.. 138, 193, 257, 321, 385, 449, 511, 577,
- 643, 705
- Suffrage. Vue générale des sept ordres de faits principaux qui ont été ou sont des champs d’exercice du suffrage dans l’établissement fondé par Godin.......
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- 760 LE DEVOIR
- Traits de l’œuvre de Godin reproduisibles en coopération.................................................... 5
- Twenty Years of co-partnership at Guise.............. 8
- Unité de but entre l’œuvre de Godin et l’œuvre des chefs du mouvement coopératif en Grande-Bretagne.......... 7
- ÉCONOMIE POLITIQUE ET SOCIALE
- Evolution de l’enseignement............................ 213
- Houille blanche. Papier de bois................. 213, 274
- Traité de travail franco-italien....................... 405
- ASSOCIATION DU FAMILISTÈRE
- Admissions dans la société...................... 692, 694
- Assemblée générale ordinaire........................... 653
- Assurance des pensions (Liste des pensionnés au 30 juin
- 1904)............................................... 686
- Assurances mutuelles au Familistère de Guise... 63, 127, 191, 255, 319, 383, 447, 514, 575, 639, 757
- Comité de conciliation................................. 694
- Conseil de Gérance.................................... 695
- Conseil de surveillance................................ 695
- Etat-civil au Familistère de Guise.,.. 64, 128, 192, 256,
- 320, 384, 448, 512, 576, 640, 758
- Fête de l’Enfance et discours de l’Administrateur-Gérant 621
- Fêtes du Travail. Récompenses exceptionnelles. 362
- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
- Accidents du travail............................... 462
- Arbitrage et désarmement............................ 18
- Assurance contre les accidents du travail.......... 396
- Assurance sur la vie............................... 470
- Bouilleurs de crû................................. 13
- Budget................................;.... 13, 16, 531
- Budget pour 1905 ........ ........................ 271
- Bureaux de placement.................. 14, 143, 206, 226
- Chemins de fer algériens.......................... 208
- Conseils de prud’hommes........................ » 205
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- TABLE DES MATIÈRES DU TOME VINGT-HUITIÈME 761
- Dessins, écrits , objets portant atteinte aux bonnes
- mœurs............................................ 501
- Durée du travail...................................... 264
- Enfants assistés........................... 200, 402, 469
- Enseignement congréganiste.............. 76, 210, 268, 469
- Enseignement secondaire........................., 202
- Falloux (abrogation de la loi)....................... 33
- Impôt sur le revenu............................. 272, 525
- Industrie textile et conditions des ouvriers tisseurs
- (Enquête)........................................... 15
- Inhumations........................................... 469
- Interpellations ........................ 13, 15, 17, 332
- Journée de huit heures dans les mines... k............. 720
- Justioes de paix....................................... 207
- Lois sociales.......................................... 336
- Mères et enfants assistés............................. 33
- Participation (La) aux bénéfices....................... 711
- Patentes............................................... 460
- Programme de la session.............................. 75
- Questions électorales...,.....•..................... 587
- » militaires...................................... 584
- » ouvrières....................................... 588
- Rachat des chemins de fer............................. 148
- Retraites ouvrières.................................. 212
- Service de deux ans .................................. 403
- Session extraordinaire de 1903....................... 13
- Syndicats professionnels............................... 78
- Tuberculose (La) et l’armée............................ 23
- Union interparlementaire pour l’arbitrage international. 404
- Vote (secret du)...................................... 716
- Waldeck-Rousseau....................................... 718
- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX Allemagne
- Conseils de prud’hommes commerciaux.................... 613
- Illettrés (Le*) dans l’armée prussienne ............... 358
- Pour les innocents frappés par la justice.............. 299
- Syndicats des ouvriers allemands....................... 426
- Télégraphie sans fil............. .................. 725
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- LE DEVOIR
- 762
- Travail à domicile (premier congrès pour la protection
- du)................................................ 607
- Travail à l’heure ou à la tâche..................... 611
- Angleterre
- Alcoolisme dans l'armée............................. 484
- Australie
- Parti ouvrier (Le) au pouvoir......................... 358
- Programme du ministère ouvrier........................ 429
- Belgique
- Congrès de l’union des femmes contre l'alcoolisme.... 604
- Loi sur les accidents du travail....................... 83
- Danemark
- Association internationale contre la tuberculose...... 613
- Etats-Unis d’Amérique
- Cour suprême (La) et les Trusts..................... 236
- Election (L’) présidentielle et les abstinents...... 600
- Institut de technologie, de Boston.................... 615
- Journée de huit heures.............................. 533
- Législation ouvrière.................................. 234
- Pensions militaires................................. 296
- Question des Chinois.................................. 356
- Question de Nègres.................................... 237
- France
- Accidents du travail (Jurisprudence)................ 292
- Alcoolisme et tuberculose............................. 603
- Conférence sanitaire internationale.................... 82
- Congrès des municipalités socialistes.................. 82
- Congrès national mutualiste........................... 422
- Conseils du travail................................. 159
- Coût d’une grève.................................... 724
- Essai de réduction de la durée du travail dans les ateliers de l’Etat.................................... 423
- Fouriérisme aux Etats-Unis (Mission d’étude).......... 548
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- TABLE DES MATIERES DU TOME VINGT-HUITIÈME 763
- Hygiène et sécurité des travailleurs................. 548
- Hygiène sociale (Premier congrès national)............. 424
- « Jaunes » (Le parti des).............................. 359
- Licence en droit (Réforme)........................... 231
- Logements hygiéniques.................................. 482
- Mutualité............................. 167, 230, 604, 723
- Placement (Le)......................................... 292
- Réglementation du travail............................ 165
- Sociétés d’habitations à bon marché.................... 294
- Travail (Le) à domicile................................ 605
- Grande-Bretagne
- Campagne antinicotinique............................... 361
- Parti ouvrier (Le) et la réforme douanière........... 164
- Personnel des mines.................................... 483
- Repos dominical..................................... 90
- Tabac (Le) et les enfants.............................. 726
- Union des femmes libre-échangistes..................... 483
- Italie
- Instruction primaire............................... 234
- Pays-Bas
- Vente des boissons alcooliques.......................... 87
- Pays divers
- Crise cotonnière.....................................• 164
- Guerre russo-japonaise et sa répercussion sur le prix du
- papier............................................ 607
- Lutte contre l’alcoolisme. Alcoolisme dans les ateliers........................................... 483, 600
- Russie
- Accidents du travail (Loi sur les)..................... 231
- Délégués ouvriers (Institution de)..................... 357
- Deux conséquences sociales de la guerre russo-japonaise 427 Lutte contre l’alcoolisme.............................. 355
- Suède
- Lutte contre l’alcoolisme....................... 354, 602
- Réforme électorale.................................... 428
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- 764
- LE DEVOIR
- Suisse
- Alcoolisme (L’) et l’allaitement maternel.......... 89
- Election des juges par le peuple................... 726
- Cinquième congrès bisannuel des abstinents.............. 600
- Protection du travail................................... 355
- Réduction de la durée du travail................... 547
- Repos hebdomadaire...................................... 540
- Syndicats ouvriers (Congrès des)........................ 298
- COOPÉRATION ET PARTICIPATION Allemagne
- Production coopérative par les sociétés de consommation.......................................... £46
- Angleterre
- Congrès de Stratford.................................... 471
- Coopération. Une ardoisière aux ardoisiers.............. 37
- Participation (La)...................................... 35
- Sociétés anglaises de production en 1902. ;........ 593
- Une grande coopérative................„............ 598
- Belgique
- Fédération des sociétés coopératives.................... 348
- Etats-Unis d’Amérique
- Premier congrès coopératif américain.................... 592
- Espagne
- Coopération (La)...,..................................... 38
- France
- Anniversaire (Un) de la participation................... 595
- Congrès des associations/ouvrières de production... 591
- Congrès national de l’union coopérative des sociétés de
- consommation...................................... 591
- Coopération ouvrière (Nécessité d’une loi sur la)....... 343
- Mine aux mineurs (Cessation d’une)...................... 351
- 4 Moissonneuse » (fin de la)....................... 350
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- TABLE DES MATIERES DU TOME VINGT-HUITIÈME
- Participation (La)........................... 36,
- Programme d’études................................
- Société « Le travail »............................
- Irlande
- Sociétés coopératives agricoles (Les)..................
- Italie
- Congrès de la fédération des coopératives italiennes...
- Pays divers
- Alliance coopérative internationale.............. 343,
- Presse (La) coopérative ...............................
- Suisse
- Production coopérative par les sociétés de consommation ..............................................
- PAIX ET ARBITRAGE INTERNATIONAL
- Accord anglo-français......................... 307,
- Allemagne. — Budget de la guerre...................
- Angleterre. — Chambres de commerce (Les) et les traités d’arbitrage...................................
- « Cremer et le prix Nobel de la paix.....
- « Premier congrès national anglais de la
- paix..............................
- Arbitrage (Clause de 1’)...........................
- # (Convention d’) entre la France et l’Italie..
- » Conventions arbitrales.......................
- » International (Groupe parlementaire de 1’)...
- » Vénézuélien (frais)..........................
- » (Traités d’.)39, 238,307,309,487,488,560,619,
- Boers (Les)........................................
- Budget de la paix......................................
- Conférence (XIIe) interparlementaire.............. 365,
- Conflit russo-japonais (Le) et les amis de la paix.. 91,
- Congrès anti-militariste international.................
- Congrès Scandinave (5®)*de la paix.....................
- Congrès universel (XIIIe) de la paix.............. 240,
- 765
- 343
- 352
- 347
- 37
- 599
- 594
- 346
- 620
- 620
- 239
- 559
- 558
- 487
- 62
- 737 489 364
- 738 102 364 728 175 620 619 733
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- 766 LE DEVOIÊ
- Contre la guerre...................................... 619
- Conventions arbitrales................................ 737
- Cour de la Haye. Sentence sur le conflit Vénézuélien.. 174
- Danemark. — Groupe interparlementaire................. 169
- » Neutralisation......................... 102
- Etats-Unis d’Amérique. — Budget militaire............. 309
- » Mouvement en faveur de l’arbitrage.................................. 168
- » Roosevelt (M.) et l’arbitrage. 105
- France. —Canon monstre................................ 241
- » Combes (M.) et la paix..................... 100
- » Combes (M.) et l'arbitrage................... 51
- » Commerce anglais (Les délégués du) a Paris. 40
- » Congrès de Nimes......................... 301
- » Discours de distribution de prix............ 551
- » France (La) et la paix..................... 617
- a Groupe d’étudiants étrangers pour la paix.. 173
- » Guise (Une conférence à).................... 172
- » Jouets militaires........................... 241
- » Manifestation du 22 février à Paris......... 177
- » Parlementaires anglais (Visite des) en France 42
- » Propagande féminine......................... 485
- Grande-Bretagne.—Budget militaire...................... 365
- » Discours (Le) du trône et l’arbitrage 169
- Italie. — Premier congrès national italien de la paix... 553
- « Japanese House Tax »............................... 172
- Japon. — Socialistes (Les) japonais et la guerre contre
- la Russie................................. 180
- Ligue internationale de la paix et de la liberté...... 490
- Ligue latine de B’rance et des Républiques américaines. 688
- Méditerranée (Neutralisation de la).................... 101
- Neutralité des pays Scandinaves........................ 364
- Nobel (prix)................................... 106, 559
- Norwège — Institut Nobel pour l’étude du Droit international. ... .......................................... 174
- Pacifisme et enseignement............................. 430
- Paroles pacifiques................................... 363
- Pays-Bas. — Les Pays-Bas et les traités d’arbitrage permanent ................................................. 238
- Philippines. — Ce que coûtent les Philippines.......... 174
- Ressaisissez-vous..............................*...... 549
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- TABLE DES MATIÈRES DU TOME VINGT-HUITIÈME 767
- Suisse, — Conseil fédéral (Le) et l’arbitrage.............. 620
- » Section de l’Alliance universelle des femmes
- par l’Education............................. 309
- MOUVEMENT FÉMINISTE
- Allemagne. — Congrès (Deux) internationaux.... 109, 491
- Angleterre. — Suffrage des femmes à la Chambre des
- communes.......................... 242
- Australie. —• Elections............................... 111
- Danemark. — Suffrage communal des femmes.............. 111
- Ecoles ménagères...................................... 561
- Etats-Unis d’Amérique. — Clause (La) d’obéissance.... 562
- » Conditions du mariage....... 372
- » Conseil municipal féminin. . 562
- » Fête curieuse ............... 371
- » Femme-juré................... 371
- » Unions féminines de métiers. 496
- France. — Beaux-Arts (Les) elles femmes...... ........ 562
- » Bilan de 1903.......................... 368
- » Centenaire du Code civil............... 739
- » Enseignement secondaire des jeunes filles.. 740
- » Etudiantes (Les)..................... 111, 367
- » Externat et internat des hôpitaux...... 741
- » Femmes à la Faculté de Médecine et à la
- Faculté de Droit..................... 742
- » Mesure injustifiable.......................... 366
- » Prix de Rome (Musique) Femme concourant......................................... 370, 562
- Programme de 1904....................... 107
- » Roman féminin (Le)..................... 243
- » Syndicat des femmes professeurs et compositeurs de musique................................ 742
- » Syndicats (Les) et les femmes (Loi). 496
- Norwège. — Droit politique des femmes................. 115
- » Femme avocat (La)........................ 244
- » Fonctions publiques (Femmes dans les).... 109
- Suisse. — Alliance nationale des sociétés féminines
- suisses............................... 112
- » Association centrale des sociétés d’ouvrières 370
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- 768 LE DEVOIR
- » Etudiantes en médecine................. 563
- » Femme avocat........................... 563
- » Secrétaire ouvrier féminin............... 563
- ROMANS
- Vie d’hôtel, par Henry Gréville (suite et fin). 54, 116, 182,
- 245, 310, 373, 434, 498, 564, 628, 696 Les deux vies, par Paul et Victor Margueritte.... 701, 749
- BIBLIOGRAPHIE
- Coopération et Pacification, par J. Prudommeaux, Agrégé
- de l’Université.................................. 181
- Coopération. Conférences de propagande coopérative, par Ch. Gide .................................. 746
- AVIS DIVERS
- Erratum (Documents biographiques)................... 583
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