Le Devoir
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- REVUE DES QUESTIONS SOCIALES
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- DEVOIR
- REVUE DES QUESTIONS SOCIALES
- CRÉÉE EN 1878
- par J.-Bte André GODIN,
- du Familistère de Guise
- Rédacteur en chef : M. J. PASGALY, Paris Directrice : Madame V*e J. Bte A. GODIN, née MORET
- Au Familistère , Guise (Aisne)
- 1906
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- Janvier 1900.
- DOCUMENTS POUR UNE BIOGRAPHIE COMPLÈTE
- de J. B. André GODIN (1)
- Glorification du Travail. — Emancipation du Travailleur.
- Deuocième partie.
- XXI
- 1870-1871. Publication de « Solutions sociales. » Poursuite des efforts sociaux de Godin à travers les difficultés de l’époque. Institution d’une commission administrative. Inauguration de la répartition des bénéfices au prorata des appointements. Trois lettres de Godin dont une adressée à Edme Leclaire. v
- Dès le mois de juin (2) 1870 , Godin avait livré à l’impression son premier volume « Solutions sociales » , à la rédaction duquel il s’employait depuis plusieurs années. Mais la guerre avec l’Allemagne, puis la guerre civile (évènements de la Commune) entraînèrent l’arrêt de l’impression; aussi l’ouvrage ne parut-il qu’en juin 1871 ; Y Avis au lecteur est daté 8 mai.,
- Un trait que nous pouvons relever concernant les gravures, spécialement la vue générale du « Familistère ou palais social » , (page 434, Solutions sociales) intéressera peut-être le lecteur :
- Cette vue porte l’indication : lmp. Lemercier et C"-,
- (1) — V. Appendice, p 60 , tome 26e, Le Devoir, janvier 1902.
- (2) « Solutions sociales «. Avis au lecteur, p. 1.
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- Paris. La maison Lemercier avait autrefois imprimé la « Vue générale (Pun phalanstère ou village sociétaire », d’après la théorie de Fourier, ce qui avait porté Godin à s’adresser à elle.
- Sans doute, M. Lemercier, dans sa carrière déjà longue, savait que les dessins relatifs à des essais sociaux ne représentent presque toujours que les conceptions des auteurs. Il écoutait Godin tout en suivant des yeux sur le croquis la description de l’emploi des bâtiments. Mais entendant Godin distinguer entre les constructions à faire et celles déjà faites : aile gauche et ses annexes, pavillon central, nourricerie et pouponnât, écoles et théâtre , bains et lavoirs, M. Lemercier redressé de surprise s’écria : « Comment, cela existe! » Mais oui, dit Godin , indiquant le chiffre de la population, etc. seulement tout n’est point achevé encore. . « Oh ! ce qui est fait suffit, » dit M. Lemercier, et appelant aussitôt un chef de service il lui mit le travail en mains, en spécifiant qu’il s’agissait d’une oeuvre exis“ tante et en recommandant la plus vigilante attention.
- Revenons aux efforts de Godin, à Guise.
- En août 1870, époque où nous ont amené les faits relatifs à la dernière répartition mensuelle (série des employés), la situation politique allait s’aggravant en France. Un mois plus tard l’empire sombrait, la République était proclamée; et le gouvernement de la Défense nationale procédait à des mesures préliminaires en vue de l’élection d’une Assemblée constituante.
- Nous avons relevé autrefois (1) l’action politique de Godin à cette époque ; dit comment il se porta candidat à l’Assemblée constituante, puis à l’Assemblée nationale où finalement les électeurs l’envoyèrent.
- Au cours des graves évènements de 1870, Godin
- (I)Le Devoir, tome 16e, 1892, p. 705 et s.
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- poursuivant ses efforts en vue de l’organisation du travail et de l’initiation du personnel à l’administration de l’établissement, avait, dès les premiers jours de septembre, invité cinq employés réunissant cette double condition : être habitant du Familistère et chef de service, à se constituer en commission administrative avec charge de s’occuper et des affaires de l’habitation commune ( : location des logements, entretien de la propriété, approvisionnements des magasins, etc.), et des affaires de l’usine.
- Ces cinq employés comprenaient deux membres des services de la comptabilité, deux des services des ateliers, un du service des approvisionnements généraux. Ils ont déjà été désignés dans ce travail par les signes : B, D. G, H, CA.
- Le lecteur pouvant s’étonner de ne point voir figurer parmi eux celui des principaux employés que nous avons désigné par la lettre M, disons que celui-ci fera partie de la commission, dès que la situation politique en France permettra la pleine reprise des opérations dans l’établissement. M n’était point habitant du Familistère et, dans l’occurence où nous sommes, ce sont des commissaires ayant la double qualité déjà dite : chef de fonction et habitant du palais social, qui sont nécessités.
- Le 12 septembre 1870, les employés ci-dessus désignés se constituèrent en commission, confiant à l’un d’eux le poste de secrétaire et déterminant au sort le tour de rôle de la vice-présidence entre les quatre autres.
- Pour indiquer les attributions de cette commission et surtout ses rapports avec les conseils élus dans l’habitation unitaire, nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ici ce qu’en a dit Godin dans son volume
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- Solutions sociales (1).
- Le chapitre XLIII (p. 619) est intitulé : « Système administratif 'a nous en détachons ce qui suit :
- « Le Familistère représente, sous le rapport de son organisation, une œuvre plus complète que beaucoup de ses visiteurs ne le pensent. Tâchons d’en exposer brièvement le mécanisme général, en négligeant les détails d’organisation qui fatigueraient le lecteur.
- « Une commission administrative est chargée de la direction des intérêts de l’industrie de l’usine, et en même temps des intérêts matériels du Familistère;... Elle se réunit au moins une fois par semaine pour délibérer sur tous les intérêts de l’industrie, et une autre fois pour s’occuper des approvisionnements et de toutes les choses qu’il est dans l’intérêt du Familistère d’entreprendre et de faire.
- « Cette commission surveille et contrôle les opérations du Palais, en se divisant la besogne, mais elle en délègue l’exécution au fonctionnaire qui prend le titre d’économe du Familistère ».
- Suit l’exposé : de la fonction d’économe, du mécanisme des divers services, des attributions des conseils élus (12 hommes, 12 femmes) par les habitants. On lit à ce propos :
- « Les conseils sont les arbitres des hautes questions d’ordre; ils sont appelés à se prononcer sur les infractions aux habitudes de bonne confraternité, sur les actes compromettant à un titre quelconque l’ordre du Familistère et surtout sur les causes qui pourraient motiver le renvoi d’un sociétaire.
- «Les attributions des conseils s’étendent aussi, par conséquent, aux encouragements qu’il convient de don-
- (i) Solutions sociales, éditeurs Guillaumin et G®, 14, rue Richelieu, Paris.
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- ner aux différents mérites qui se distinguent dans FUsine et dans le Familistère : ils signalent le zèle et l’exactitude dans les fonctions, comme l’oubli ou la négligence des fonctionnaires.
- « Les conseils rédigent des procès-verbaux de leurs réunions, dans lesquels la commission administrative puise des éléments de direction. »
- On conçoit que les choses ne marchèrent pas sans entraves dans la commission administrative. Toute fonction, même simple, exige un apprentissage, à plus forte raison la fonction d’administrateur.
- Plus d’une fois les commissaires se heurtèrent à des difficultés pratiques ; les dissentiments furent tels parfois entre eux, qu’il fallait suspendre le fonctionnement de la commission.
- La grande difficulté en matière d’administration ainsi concertée est, pour chacun des membres, d’arriver à reconnaître que le vrai moyen de s’initier les uns les autres à l’administration commune, est d’aller soi-même au devant de l’investigation légitime de tous dans le service de chacun. Organiser soi-même le contrôle de ce qu’on connaît bien et préparer ainsi son propre remplacement : tel doit être le soin constant de tout véritable administrateur.
- C’est du reste au milieu des plus graves événements nationaux (le territoire français étant envahi) que les faits se déroulent maintenant. Prévoyant la possibilité de son départ de Guise et son absence prolongée - puisqu’il s’était porté candidat à l’Assemblée dont l’élection était proche — J -B.-A. Godin en séance de la commission administrative, le 24 janvier 1871, détermine le fonctionnement de ce corps en son absence, disant qui des cinq commissaires aurait la présidence et à qui d’entre eux il déléguerait par procuration sa signature. On lit au procès-verbal :
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- « La commission prendrait les résolutions à la pluralité des voix et ses décisions seraient exécutoires. »
- Le 8 février suivant, Godin était élu député à l’Assemblée nationale. Il se rendit à son poste et ne rentra au Familistère, pour une quinzaine de jours, que le 23 juin suivant.
- . La paix était signée entre la France et l’Allemagne, mais l’armée allemande occupait toujours le territoire. On avait eu à Paris les graves événements dits de la' Commune et c’était « le cœur déchiré par le bruit du canon de la guerre civile » (1) que Godin avait écrit ’épilogue de son premier livre : « Solutions sociales. » La fête du Travail, nous l’avons déjà dit, ne fut pas cette année-là célébrée au Familistère ; mais les efforts de Godin se poursuivent sans arrêt en vue de l’application des principes de répartition des bénéfices, tels qu’il les avait exposés dans l’ouvrage livré alors au public et tout spécialement offert, ainsi qu’il va être dit, aux méditations des commissaires administrateurs.
- Le 5 juillet 1871, J.-B.-A. Godin fait la première adjonction à la commission : il y appelle (le lecteur en est prévenu) l’employé désigné en cette étude par la lettre M. Puis « il déclare » lit-on au procès-verbal « que le conseil (2) aura à se préoccuper— et il l’invite « à faire cette étude de la manière la plus sérieuse —
- « de la question de savoir quelles personnes il convien-« drait d’admettre à une participation dans les béné-« fices de l’usine; à discuter le mode de répartition en « prenant pour base de la discussion ce qui est dit à « ce sujet dans Solutions sociales, le tout en vue
- (1) Solutions sociales, p. 646.
- (2) A noter que dans les registres des procès verbaux les qualificatifs de conseil d’administration, commission administrative, comité, sont indifféremment usités.
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- « de pouvoir être appliqué aux résultats de l’inven-« taire du 31 décembre de Vannée courante. »
- A la séance suivante (12 juillet) présidée par un des employés commissaires, on lit au registre :
- « Lecture du procès-verbal,
- « Messieurs (quatre membres de la commission) de-« mandent une rectification au procès-verbal sur le « paragraphe de la répartition, le secrétaire ayant omis « de dire que M. Godin avait déclaré que les membres « du conseil étaient admis de droit à la répartition.
- « En conséquence la .rédaction de ce paragraphe est « rétablie ainsi :
- « M. Godin déclare que les membres du conseil sont « admis de droit à la répartition, que le conseil... (la « suite comme au procès-verbal). »
- Admis à la répartition des bénéfices et chargés de voir : 1° Quelles autres personnes pourraient être appelées à jouir du même avantage ; 2° quel mode de répartition cadrerait avec les indications de Solutions sociales, les conseillers se mettent à l’étude..
- Les essais de recours au suffrage dans l’ensemble du personnel à l’occasion des fêtes du Travail avaient enseigné que le mode de distinction des mérites échappant aux objections et conséquemment serrant de plus près l’équité aux yeux de tous, était le classement d’après les notes de fabrication. Il fallait donc s’efforcer de marcher en cette voie et tâcher de généraliser, dans les divers services, des mesures correspondantes. Aisée sur certains points la tâche était extrêmement obscure et ardue sur d’autres : exemple le travail courant des employés. Aussi la recherche d’une solution prêta-t-elle à des efforts divergents qui augmentèrent singulièrement les difficultés de fonctionnement du conseil. Nous verrons le fait au chapitre suivant. Rele-
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- vons ici de nouvelles mesures directement instituées en vue de saisir d’abord les œuvres effectives exceptionnelles et de les rémunérer selon leur valeur.
- Au procès-verbal de la séance de la commission administrative en date du 20 septembre 1871, séance présidée par J.-B.-A. Godin, on lit :
- « M. Godin demande qu’il soit ouvert un livre spé-« cial, où seront inscrits les actes exceptionnellement « méritants des employés et ouvriers dans les travaux « et l’organisation de l’usine.
- « Les inscriptions y seraient faites d’office, soit par le « chef de la maison, soit par le conseil après en avoir « délibéré.
- « Toutefois chaque prétendant à un mérite spécial « aurait le droit d’y faire inscrire son dire.
- « Ce livre deviendra un recueil précieux qui mettra « à même de juger le mérite véritable de chacun et « préparera ainsi la voie à l’application de l’équitable « répartition.
- « Une affiche annoncera aux intéressés la création « de ce livre. »
- Deux affiches parurent à ce sujet dans les ateliers, une le 6 novembre, l’autre le 2 décembre.
- La première disait :
- « Messieurs les ouvriers sont informés qu’un regis-« tre est ouvert afin de recevoir l’inscription de tous « ceux qui, parmi eux, se distingueront par une inno-« vation utile dans les travaux de l’établissement.
- « Une prime sera accordée à chacun d’eux, suivant « l’importance des perfectionnements qu’ils auraient « découverts.
- « La règle servant à déterminer ces primes &era « fixée ultérieurement par le conseil d’administration.
- « Dès à présent, il est alloué à (nom propre) la somme
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- « de 50 francs pour une nouvelle targette ; à (autre « nom propre) la somme de 50 francs pour une embase « aux arbres de torréfacteurs.
- « Vingt-cinq francs seront payés immédiatement et « vingt-cinq francs le 31 décembre prochain.
- « Le règlement définitif sera fait quand les économies « résultant de ces changements pourront être calcu-« lées. »
- La seconde, plus précise sur certains points, s’exprimait ainsi :
- « Messieurs les ouvriers sont prévenus qu’un livre « est ouvert au Bureau pour l’inscription de toutes « les choses utiles que les travailleurs de l’établisse-« ment pourront faire ou proposer pour le progrès du « travail dans l’usine.
- « Chacun y sera inscrit par ordre de date et une pre-« mière prime lui sera comptée quand la proposition « aura reçu son application; elle variera de 10 à25fr. « en attendant que l’importance de la récompense soit « arrêtée.
- « Les conditions de ces récompenses sont inscrites en « tète du livre déposé au bureau. Les intéressés peuvent « y demander leur inscription par l’organe de leur « chef d’atelier ou de (nom propre) qui est chargé de « la rédaction des inscriptions.
- « Les intéressés peuvent, en outre, demander com-« munication de ce livre tous les samedis, de 10 h. à « midi à (nom propre) qui procède à la régularisation « des récompenses.
- « Sont inscrits :
- (Suivent dix noms). Primes versées
- .................. .................... 25 francs
- ....................................... 25 —
- »
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- Autre mesure directe en vue de la distinction des mérites, mais cette fois dans le travail courant :
- Le 26 février 1872, fut affiché dans l’Usine un avis informant Messieurs les mouleurs qu’il serait dorénavant alloué dans chaque atelier de fonderie « une « prime d’encouragement de 5 francs deux fois par « mois aux deux ouvriers qui auraient produit le plus, « relativement, pendant 15 jours, tout en ayant fait le « travail le plus irréprochable. »
- Même récompense aux mouleurs à la machine.
- En outre , l’affiche disait :
- « Il sera accordé une prime de cinq francs deux fois « par mois, à l’ouvrier mouleur de chaque atelier de « fonderie qui fera les plus petits jets relativement aux « dimensions de ses pièces et qui gaspillera le moins « de fonte. »
- L’affiche terminait par ce paragraphe :
- « Le même mouleur pourra toucher la récompense « deux fois de suite, mais après il restera un mois sans « y avoir droit, afin qu’un plus grand nombre d’ou-« vriers puisse en profiter. »
- Mis en vigueur, ce système des primes d’encouragement suscita, chez les ouvriers ajusteurs, une demande d’application du même système dans leurs ateliers. (Procès-verbal de la séance du conseil de l’usine, 14 mars 1872). La proposition fut adoptée.
- Donnons maintenant trois lettres écrites par Godin à cette époque et qui se rattachent aux objets examinés ici. En juillet 1871, Godin cherchait à augmenter le personnel de son établissement.
- Correspondant avec des candidats, il écrivait à l’uh d’eux, à la date du 1er août 1871 :
- « Monsieur,
- « J’ai reçu votre lettre du 25 juillet. Je crois utile de
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- « vous donner immédiatement quelques explications sur « la manière dont procède rétablissement à Végard de « tous, les employés (1).
- « Leurs émoluments consistent en paiement unique-« ment pécuniaire ; l’employé paie le loyer de son loge-« ment et toutes les choses de consommation qu’il .peut « demander à l’établissement, conservant ainsi sa li-« berté de les choisir et de les prendre comme il l’entend, « suivant ses convenances et ses ressources. Il y aurait « donc lieu, si nous nous entendons, de déterminer de « votre part les appointements qui comprennent Léqui-« valent de ce à quoi vous prétendez.
- « Quant à la prime, quelques-uns de mes employés « jouissent déjà de cet avantage, mais la prime est « convertie en une part dans les bénéfices proportion-« nelle au chiffre des émoluments qui leur sont alloués.
- « Il est naturel que si un homme intelligent importait « dans l’établissement des ressources nouvelles comme « inventions, il pourrait être stipulé en sa faveur des « avantages particuliers à chacune de ces inventions. « Mais ce sont là des questions à résoudre suivant les « cas et qui, précisément, sont l’objet de mes études « sérieuses.
- « Je viens de publier un volume sur ces questions et « le conseil d’administration de mon établissement est « appelée par moi à chercher les solutions pratiques de « VAssociation du capital, du travail et de la capacité « dans ma propre industrie.. . »
- Ce sujet traité dans « Solutions sociales » : l’Association du capital, du travail et de la capacité, était de nature à susciter l’intérêt des hommes qui, des années auparavant avaient accueilli avec tant de ferveur et
- il) Quelques candidats concevaient au premier abord l’idée que la résidence au Familistère pouvait être et obligatoire et gratuite, etc...
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- d’espoir l’idée Fouriériste. Or, cette idée avait trouvé des partisans relativement nombreux aux Etats-Unis. Dès 1870, l’œuvre du Familistère avait déjà grand renom dans les pays de langue anglaise ; « Solutions sociales » y fut donc rapidement connu. Aussi l’année même de la publication de l’ouvrage, un Fouriériste des Etats-Unis, Edward Howland, demandait à Godin, en novembre 1871, l’autorisation de traduire et publier Solutions sociales en anglais. Godin donna l’autorisation demandée et de sa lettre, — datée Versailles 11 janvier 1872, — nous détachons ce qui suit :
- « Je ne veux pas contester que l’émulation soit « possible à introduire dans le travail humain, que « l’attrait même en devienne le principal ressort ; mais « je ne crois plus guère aux séries passionnées ; mon « livre a dû vous le prouver...
- « Fourier a trop pensé et trop dit que l’organisation « du travail devait résulter du fait naturel de la série : « c’est là une erreur.
- « Le travail ne s’organisera que par la science et la « volonté humaine. Il s’organisera surtout à mesure que « l’homme se pénétrera de l’idée religieuse que le tra-« vail est le tribut le plus sacré qu’il doit à la vie, « c’est-à-dire à lui-même, à ses semblables et à Dieu. « Quand le travail .sera sanctifié, quand l’homme le « considérera comme sa suprême mission sur la terre , « le travail cessera d’être une peine pour lui ; car il « sera alors entouré de ce respect et de cette auréole "« de gloire qui poussera tous les hommes à l’offrir en « hommage au Créateur.
- « Voilà, suivant moi, l’idée qui, bien plus que la série, « servira à organiser le travail ; et, en dehors de cette « idée, le travail se perpétuera au milieu des conflits et « des douleurs humaines, jusqu’à ce qu’il en ait opéré « la rédemption... »
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- Le poids dont l’esprit de Godin était chargé en face des résistances de tous genres à l’organisation du travail, se mesure à nouveau dans la troisième lettre qu’on va voir. Celle-ci est adressée ‘à Lun des premiers socialistes français pratiques : Edme Leclaire, le fondateur de la célèbre entreprise de peinture basée sur la participation des ouvriers aux bénéfices.
- Edme Leclaire avait envoyé à Godin divers documents et Godin lui écrivait de Versailles, le 7 septembre 1871 :
- « Cher Monsieur Leclaire,
- « J’ai reçu vos comptes-rendus et la bonne lettre « que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser. Merci « des paroles sympathiques qu’elle renferme ; elles ont « un grand prix pour moi, venant d’un homme comme « vous ; car cela me fait espérer que les hommes dé-« voués au bien social pourront, un jour, s’unir et s’en-€ tendre poffr l’accomplir.
- « Mais, non, je ne suis pas heureux comme voûs le « dites ; je suis triste au contraire de la profondeur du « mal social, dont je vois sans doute de trop près la « cause et je souffre des obstacles qui s’accumulent « pour empêcher l’application de tout remède ; et de « la pensée des crises redoutables qui en seront la « conséquence.
- « Je compte me rendre à Guise, demain dans la nuit,
- « pour assister dimanche à la distribution des récom-« penses accordées chaque année aux enfants des Eco-« les du Familistère... fête qui sera bien modeste cette « année, à cause de la présence des Prussiens dans la « ville.
- « A mon retour, je profiterai d’un moment favorable « pour aller vous serrer la main à Paris.
- «Veuillez agréer, cher Monsieur, l’assurance de « mes meilleurs sentiments. « Godin. »
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- Le compilateur de ces documents était présente lors de la première entrevue de Leclaire et de Godin. La rencontre eut lieu dans l'appartement de Godin à Versailles ; et l’image du vénérable Leclaire en cheveux blancs, les traits rayonnants de bonté, ses yeux bleus, lumineux, attendris, ses mains tendues vers Godin dès que les deux hommes furent en présence, se gravèrent ineffaçablement dans la mémoire du témoin, de même que ces paroles profondément émues de Leclaire :
- « Ah ! Monsieur Godin, j’ai eu tant de peines à sur-« monter pour réaliser le peu que j’ai fait, que de dou-« leurs vous avez dù rencontrer sur votre route ! »
- (A suivre).
- Vve J.-B.-A. Godin , née Moret.
- ERRATA.
- Documents biographiques. — Le Devoir, décembre 1905, p. 713, 2e ligne, lire : 2 f. 06 au lieu de 2 fr. 60 ; et, conséquemment, en 3e ligne, lire 0 fr. 20 au lieu de 0 fr. 26 ; en 19e ligne lire : 3e essai 0 fr. 20 représentant 2 fr. 00 au lieu de 0 fr. 26 représentant 2 fr. 60 ; aux totaux lire : 1 fr. 74 à la Re colonne et 17 fr. 40 à la 2e colonne ; enfin à la 24e ligne moyenne définitive lire : 0 fr. 35 au lieu de 0 fr. 36.
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- UNE CONFÉRENCE
- SUR
- la Coopération dans les lies britanniques
- Nota. — Il y a quatre ans déjà (1), dans un article dû à l’éminent professeur Ch. Gide et intitulé : « La Lanterne magique coopérative », nous avons attiré l’attention du lecteur sur l’auvre de M. Aug. Fahre : enseignement de l’économie sociale par des conférences avec projections lumineuses (2). Le texte d’une de ces conférences va suivre, sans les vues ; mais la masse de faits y condensés nous paraît suffire à intéresser vivement le penseur. Nous cédons la parole à M. Auguste Fabre.
- Introduction
- Si l’on embrasse d’un coup-d’œil général les progrès accomplis, pendant le XIXe siècle, en physique, chimie, géologie, biologie, etc., on est confondu de l’extension des modifications apportées dans ces diverses branches des connaissances humaines ; la première impression se traduit par cette question : Comment, en si peu de temps, a-t-on parcouru de telles étapes ? La réponse vient aussitôt : Par la méthode expérimentale.
- Eh ! oui, par la méthode expérimentale. Alors une autre impression succède et l’on se dit : il faut appliquer la même méthode à toutes les recherches , à dénouer toutes les énigmes, spécialement à résoudre les problèmes économiques et sociaux qui agitent et troublent si profondément les esprits aujourd’hui.
- D’accord , cher lecteur, mais réfléchissons que la méthode expérimentale ne se manœuvre pas comme la
- (1) Le Devoir, mars 1901, page 117 . Voir aussi « Evolution de l’enseignement », Le Devoir, avril 1904, p. 213.
- (2) S’adresser au besoin à M. Aug. Fabre, 14, rue Bourdaloue, Nimes (Gard).
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- légendaire pierre philosophale qui devait, par simple contact, changer immédiatement les plus vils métaux en or pur. La méthode expérimentale exige du temps, des précautions , beaucoup d’observations Appliquée à l’étude de la science physique , il lui a fallu tenir compte des pressions, de la chaleur, de la durée. Appliquée à la chimie, elle a dû noter la nature et les volumes des éléments mis en contact, l’ordre des réactions successives, les temps de transformation, les conditions d’ambiance favorables. C’est d’ailleurs ce que vous faites quand vous transformez en vin le jus de vos raisins, votre vin en alcool, votre alcool en vinaigre.
- Pour la géologie, le concours d’une foule d’explorateurs a été absolument nécessaire ; au péril de leur vie, ceux-ci ont parcouru les continents, noté la distribution des terrains, mesuré les superficies, indiqué les reliefs, précisé la nature du sol. A cet immense labeur ajoutons celui des explorateurs du monde souterrain, de ces milliers d’ouvriers qui passent des jours et des ans à percer les montagnes pour l’usage des voies ferrées, ou à creuser le sol pour en extraire des richesses, de l’or, du charbon, des diamants ; et nous aurons une vision rapide de la masse d’elforts à effectuer et de circonstances favorables à utiliser pour appliquer avec fruit la méthode expérimentale.
- Il en est de même de la biologie. Nous l’étudions aujourd’hui sur des animaux vivants ; car, sauf des cas fortuits : accidents ou blessures reçues à la guerre, il ne nous est pas possible de prendre l’homme comme objet de nos expériences et victime de notre scalpel. Là aussi, la méthode expérimentale a donné des résultats considérables. Rappelons-nous les travaux de Pasteur, le grand savant français qui a appliqué cette méthode et engagé dans cette voie une foule de brillants disciples.
- Si, dans toutes les branches des connaissances humaines, la méthode expérimentale a produit d’aussi bons fruits, il n’y a vraiment aucune raison pour ne pas
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- l’appliquer à la science sociale. Seulement cette dernière exige, comme ses sœurs aînées, des temps d’observation d’une longue durée et aussi des concours et des frais bien plus considérables. Ajoutons que son champ d’action est bien plus étendu puisque, à un point de vue général, on peut dire qu’elle comprend toutes les sciences , lesquelles par un côté ou un autre, directement ou indirectement, sont en contact avec l’homme et influencent ses intérêts, sa vie même. Un aussi large horizon nous ferait perdre de vue le but que nous poursuivons en publiant cette étude. Aussi croyons-nous devoir indiquer au lecteur que deux seulement des multiples faits de la science sociale vont être ici soumis à son attention : le premier, une profonde modification commerciale transférant la propriété du magasin d’approvisionnements aux mains des acheteurs ; le second, conséquence du premier, l’usine (et probablement plus tard, la terre considérée comme usine agricole) devenant aussi la propriété des consommateurs.
- Ce ne sont pas là des théories dues à l’imagination plus ou moins ardente ou logique de constructeurs de systèmes sociaux. Ce sont des faits comptant plus d’un demi-siècle d’existence , embrassant aujourd’hui les intérêts de plusieurs millions d’hommes et qui sont répétés avec succès dans presque tous les pays civilisés.
- Pour donner plus de précision à cette étude, nous recourrons à la photographie des lieux. Environ 35 vues diapositives, au moyen d’une lanterne à projection, offriront aux auditeurs une claire vision des magasins, usines, domaines servant de champ d’action à cette très-importante expérience.
- Aug. Fabre.
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- LA COOPÉRATION DANS LES ILES BRITANNIQUES
- Cette conférence est divisée en cinq parties. La première partie, jusqu’à la vue 6, contient l’histoire très abrégée des premières tentatives de coopération dans la Grande-Bretagne.
- La seconde partie contient l’histoire, très abrégée aussi, de la Cooperative Wholesale Society ou magasin de gros anglais, dont le principal siège est à Manchester (vues 7, 8, 9, 10).
- La troisième partie contient l’histoire succinte de quelques-unes des industries qui dépendent de la C. W. S. (vues lia 25).
- La quatrième partie donne quelques renseignements sur une entreprise nouvelle ayant pour but d’organiser sur des bases coopératives la culture intensive de la terre (vues 26 à 32).
- La cinquième partie esquisse la biographie du grand propagandiste en coopération, Yansittart Neale, et présente un tableau général de la coopération dans les Iles britanniques jusqu’à 1900 inclus.
- N. B. — A côté de la C. W. S. anglaise, il existe un autre magasin de gros dont le siège est en Ecosse, que l’on désigne par les initiales S. C. W. S. (Scottisch Cooperative Wholesale Society). Mais , pour ne pas allonger outre mesure cette conférence, nous laisserons momentanément de côté la S. C. W. S.
- Vue 1. Titre. — Organisation du commerce de détail.
- Vue 2. Origines du mouvement,
- d'après son historien, Georges-Jacob Holyoake.— Portrait de ce dernier.
- L’éminent historien du mouvement coopératif anglais est actuellement âgé de près de 90 ans. Il est certainement l’auteur le mieux renseigné sur l’objet qui nous occupe et son Histoire de la Coopération anglaise, en deux volumes, contient une foule de documents et de descriptions, ainsi que des renseignements intéressants
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- sur les journaux et les hommes qui furent les avocats et les pionniers de ce mouvement.
- Le plus ancien magasin coopératif qu’il a pu découvrir dans ses longues et laborieuses recherches, fut fondé à Mongewell, comté d’Oxford, par un nommé Barrington, évêque de Durham, peu de temps après la Révolution française. La façon dont Holyoake eut connaissance du fait est assez curieuse. Désirant écrire rhistoire de la coopération, il fit publier dans tous les journaux de langue anglaise un appel réclamant des renseignements sur ce sujet. Un correspondant du « New-York Tribvme » lui envoya du pied des monts Alleghanies (Etats-Unis d’Amérique) quelques pages d’une vieille revue qu’il avait jadis apportée d’Angleterre. Ces pages contenaient le récit de l’évêque sur cette coopérative et nous les résumons ainsi :
- « Le magasin qui fut fondé à Mongewell en 1794, dans l’intérêt de ce village et de trois petites paroisses adjacentes , était approvisionné seulement pour le nécessaire d’une semaine, et un vieillard illettré était chargé de débiter presque à prix coûtant ce petit stock de marchandises ; chaque semaine on faisait le compte des marchandises vendues et le relevé de caisse montrait que le pauvre infirme, tout illettré qu’il fût, avait exactement rempli sa mission. L’économie réalisée par les pauvres gens qui se servaient à ce petit magasin était évaluée à 20 0/o. Jamais plus humble berceau ne vit naître un plus grand mouvement. »
- Divers magasins se créèrent au cours du siècle, mais il ne semble pas que ces créations successives, au moins à leur début, aient eu l’ambition de transformer l’état de la société, tel qu’il était au temps de leur apparition. Leur naissance procéda plutôt de mobiles charitables que d’un haut idéal de justice sociale. Des personnes riches et généreuses fournissaient les capitaux nécessaires et agissaient ainsi en vue de venir en aide aux malheureux.
- Avec des alternatives de succès et de revers, le mou-
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- 'veinent coopératif se développa lentement pendant presque toute la première moitié du siècle. Nous arrivons à l’année 1844. C’est une date capitale dans l’histoire de lst coopération anglaise. Le plan coopératif se précise et se modifie considérablement, grâce à l’impulsion de quelques novateurs remarquables. Une ère nouvelle commence pour l’institution, dont les progrès désormais ne s’arrêteront plus. L’histoire vaut la peine d’être racontée.
- Vers la fin de 1843, les manufactures de flanelle de Rochdale étaient en pleine prospérité ; les ouvriers de ces établissements crurent le moment propice pour obtenir une augmentation de salaire et, après bien des hésitations, ils décidèrent d’aller chez les patrons et de leur exposer de vive voix leurs désirs. Deux de ces derniers consentirent à accorder l’augmentation demandée, mais sous la condition que là généralité de leurs confrères en ferait autant. Les autres patrons n’ayant pas consenti, l’affaire en resta là. Les tisserands, déçus dans leurs espérances, prirent le parti d’améliorer leur condition par un autre moyen. Ils se réunirent au nombre de 28 et décidèrent, après d’interminables discussions, d’organiser un magasin coopératif, suivant en cela l’idée mise à la mode par Robert Owen. Dépourvus du premier capital nécessaire, ils résolurent d’ouvrir une souscription pour se le procurer. Après vingt-deux appels aux actionnaires, ils ne possédaient pas encore assez d’argent pour acheter un sac de farine. 12 pauvres petits « capitalistes > se trouvèrent enfin qui consentirent à verser une cotisation de deux pences (20 centimes) par semaine; d’autres promirent d’ajouter à cette mise quelques fonds. Peu de temps après, nos coopérateurs se risquèrent à un coup d’audace : la cotisation, de quatre sous par semaine, fut élevée à six sous !
- Cependant, les associés tenaient des réunions fréquentes et discutaient ferme en vue de l’ouverture prochaine du magasin. Une de leurs premières résolutions fut d’appliquer, dans toute sa rigueur, le principe de
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- « la vente argent comptant » , et jamais, par la suite, ils ne se sont départis de cette ligne de conduite.
- Un obstacle auquel les entreprises ouvrières se heurtent infailliblement, c’est la difficulté de s’entendre sur le but à atteindre et de réunir des moyens d’action suf-sants. Pourtant la Société des Equitables Pionniers avait fini par trouver des adhérents nouveaux. De 28, le chiffre de ses membres s'était élevé à 40. Mais ils étaient dispersés dans tous les quartiers de la ville et les collecteurs avaient à parcourir au moins 20 - kilomètres pour recueillir les 40 souscriptions. Des apôtres seuls pouvaient entreprendre une tâche aussi fatigante et la mener à bien.
- A la fin, leur épargne s’éleva à 700 francs et c’est avec ce minuscule capital que nos Pionniers inaugurèrent le mode d’action coopérative dont ils étaient les inventeurs. A défaut de ressources importantes, ils possédaient de grandes ambitions. On en jugera par ces quelques extraits de leur programme :
- « La Société a pour but de féaliser un bénéfice pécuniaire et d’améliorer la condition privée et sociale de ses membres, au moyen de l’épargne d’un capital divisé en actions d’une livre (25 fr.). Elle se propose la réalisation des objets suivants : ouvrir un magasin pour la vente des approvisionnements, vêtements, etc., acheter ou édifier un certain nombre de maisons destinées aux membres, etc., entreprendre la fabrication de tels produits que la Société jugera convenables en vue de procurer un emploi à ceux de ses membres qui se trouveront sans ouvrage ou qui auront à souffrir de réductions répétées sur leurs salaires. Afin de donner à ses adhérents plus de sécurité et de bien-être, la Société achètera ou prendra à loyer une terre qui sera cultivée par les sociétaires sans ouvrage. »
- Venait ensuite un projet pour une meilleure organisation des grands services sociaux, production, distribution, éducation, etc., qui fut reproduit dans les publications de l’époque et que beaucoup de bons esprits
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- durent taxer de folie. Par les projections qui vont passer successivement sous vos yeux, vous jugerez dans quelle mesure il est permis de dire que ce plan, presque insensé à force d’être grandiose, a déjà été réalisé.
- Vue 3. Ouverture du vieux magasin.
- (2l décembre 1844).
- En 1844, il existait à Rochdale une ruelle dont le nom, Toad Lane, {la ruelle des Crapauds,) vous dit assez là propreté et l’agrément. Ce fut dans cette ruelle que nos réformateurs louèrent, au prix de 250 francs par an, un humble rez-de-chaussée destiné à leur servir de boutique. Le 21 décembre delà même année, par la plus longue des soirées d’hiver, nos Equitables Pionniers inaugurèrent leurs opérations. Ce ne fut pas une mince affaire que d’ouvrir cette boutique, pourtant modeste et médiocrement pourvue en marchandises. Quelques-uns de nos Pionniers, prenant des airs de conspirateurs, s’étaient clandestinement rassemblés dans la partie reculée du magasin et là, inquiets, hésitants, ils se demandaient qui aurait la témérité d’enlever les volets. A la fin, l’un d’eux, plus, hardi que ses camarades, sortit à la hâte et ôta les quelques planches qui fermaient la devanture. Il n’en fallut pas davantage pour mettre la ruelle des Crapauds en émoi.
- Il n’est pas de grande ville qui n’ait ses gavroches, toujours attentifs aux mille petits évènements de la rue. Les enfants de Rochdale, chargés de transporter les broches des filatures — on les appelle des doffers —, ne sont pas moins espiègles que leurs pareils des autres cités ouvrières ; le travail monotone auquel ils sont employés n’est guère fait pour les assagir et, dès leur sortie des filatures, ils sont prêts à toutes les polissonneries. Informés, on ne sait comment, de la soirée où pour la première fois devait s’ouvrir le magasin coopératif, les doffers étaient venus nombreux pour assister au spectacle. Disséminés d’un bout à l’autre de la ruelle, ils ne se firent pas faute de se communiquer à tue-tête
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- leurs impertinentes réflexions. D’autres, rassemblés devant la porte même du nouveau magasin, se répandirent en quolibets sur la pauvreté de ses approvisionnements. Le charivari se termina par ce cri' mille fois répété : « Ohé ! la boutique des vieux tisserands est ouverte ! »
- Les années ont passé, et depuis cette mémorable soirée du 21 décembre 1844, plusieurs générations de doflers ont acheté leur beurre et leur thé à la « boutique des vieux tisserands », et aussi d’autres aliments et de chauds vêtements qui, jamais, n’eussent été leur lot sans la prévoyante témérité des tisserands coopérateurs.
- Vue 4. Le magasin actuel des Pionniers de Rochdale.
- Quel changement en un demi-siècle et qu’ils sont loin les souvenirs que nous venons de retracer ! La sombre échoppe de la ruelle des Crapauds a disparu pour faire place à un magasin magnifique, où s’entassent des monceaux de marchandises qu’une armée de jeunes employés distribue à la foule des acheteurs. S’ils pouvaient revenir sur la terre et contempler ce spectacle, comme ils seraient fiers de leur oeuvre, les humbles et vieux tisserands de 1844, les 28 Equitables Pionniers de Rochdale, aujourd’hui célèbres dans l’histoire économique de l’Humanité !
- Vue 5. Progression des afïaires des Equitables Pionniers.
- ANNÉES Membres Capital social Chiffre d’affaires Bénéfices
- 1844 1845 1850 1860 1870 1880 1890 1900 28 74 600 3.400 5.500 10.600 11.300 12.700 700 4.500 57.000 924.000 2.000.000 7.000.000 9.000.000 10.000.000 17.000 399.000 3.800.000 5.500.000 7.000.000 6.700.000 11.000.000 500 22.000 397.000 630.000 1.213.000 1.194.000 !.815.000
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- Vue 6. Portrait de 13 des 16 survivants des Equitables Pionniers de Rochdale en 1865,
- En 1865, 16 des 28 Pionniers étaient encore en vie. L’un d’entre eux, M. James Smithies, voyant que leur nombre avait sérieusement diminué, pensa qu’il était sage de prendre leur photographie pour conserver à la postérité les traits de ces vaillants coopérateurs. Il se mit aussitôt en campagne et put former un groupe de 12 de ses collègues, sur les 16 qui vivaient encore. Voici les portraits de ces 13 survivants, y compris M. Smithies.
- En commençant par ceux qui sont debout et en allant de gauche à droite, nous pouvons lire les noms suivants : 1. James Manock, 2. John Collier, 3. Samuel Ashworth, 4. William Cooper, 5. James Tweedale, 6. Joseph Smith. Dans le même ordre, lisons les noms de ceux qui sont assis : 7. James Standring, 8. John Bent, 9. James Smithies, 10. Charles Howarth, II. David Brooks, 12. Benjamin Rudman, 13. John Scow-croft.
- D’une façon générale, c’étaient comme vous pouvez en juger, des hommes robustes, au visage intelligent ; leur physionomie révèle un tempérament ardent et une indomptable énergie. En 1865, l’âge avait depuis longtemps blanchi leurs cheveux et ridé leur front, mais sans apporter à ces vieillards autre chose qu’une sérénité souriante, indice d’une conscience satisfaite. Certes, leur vie a été, non pas une fête perpétuelle, mais un rude combat pour améliorer leur situation et celle des classes ouvrières. Et, bien que leurs efforts ne les aient pas beaucoup enrichis eux-mêmes, il est réjouissant de penser qu’ils ont profité à des milliers de leurs frères et que la lumière qui, comme l’étoile polaire, les dirigeait, brille toujours , guidant vers l’émancipation sociale des foules toujours plus nombreuses.
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- Vue 7. Titre. — Organisation du commerce de gros.
- (14 mars 1864).
- Le succès des coopératives de distribution provoqua de bonne heure la jalousie des négociants en détail et nombre de ces derniers se liguèrent pour empêcher les marchands en gros d’approvisionner les coopératives de consommation. Cette hostilité eut pour conséquence de montrer aux coopératives alors existantes-, la nécessité d’organiser des magasins de gros.
- Trois essais avaient été tentés successivement dans ce sens. Le premier avait eu pour promoteurs, en 1832, les partisans d’Owen. Le second avait été dirigé en 1850 par les socialistes chrétiens ; le troisième s’était produit, grâce à l’initiative des Equitables Pionniers de Rochdale, en 1855. Tous les trois avaient échoué ; mais le nombre et le chiffre d’affaires des magasins de détail augmentaient toujours. Sept ans après le dernier des échecs que nous venons de rappeler, on jugea le moment venu de faire une quatrième tentative. Pour la première fois, en 1862, une liste officielle des sociétés coopératives fut dressée. Il y en avait 450, fortes de 90,000 membres, possédant 11,500,000 francs, faisant 58,750,000 francs d’affaires 'et réalisant un bénéfice annuel de 4,150,000 francs. Une réunion des délégués des coopératives eut lieu à Oldham et le projet de création d’un magasin de gros fut adopté à l’unanimité.
- Vue 8, Manchester. — Magasin de gros.
- Les statuts de la fondation nouvelle furent enregistrés en 1863 et les opérations commencèrent en 1864. Tout au début et pendant le premier semestre, les organisateurs du magasin de gros firent de mauvaises affaires, mais dès le second semestre, ils soldèrent leurs pertes et distribuèrent, en fin d’année, un dividende de 15 fr. 75 o/o.
- Le capital du magasin de gros établi à Manchester s’élevait à 50,000 francs ; les frais généraux à 6,675 fr.;
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- le chiffre d’affaires à 1,500,000 francs. Deux ans après, en 1866, les ventes atteignaient un total de 4,380,000 francs ; en 1903, ce total a été de 247,600,000 francs.
- En 1869, la Cooperative Wholesale Society prit possession d'un magasin dans Balloon Street, destiné à devenir son centre permanent; mais les locaux qui répondaient à ses besoins étaient encore des plus modestes , c’est à peine s'ils couvraient une surface d’environ 192 mètres carrés. Ils n’occupaient qu’un des angles de l’édifice et leur façade comprenait tout juste cinq fenêtres dans Garden Street et six fenêtres dans Balloon Street. Quelques esprits timides se demandaient même s’il n’était pas imprudent de prendre un édifice aussi spacieux, tout en espérant que les parties non occupées pourraient être louées avec avantage. Mais ces appréhensions furent rapidement dissipées par le succès croissant de la C. W. S. Un détail suffira à établir ce succès : les magasins de la Société comptaient plus de 1.600 employés en 1903.
- Vue 9. Newcastle-on-Tyne. — Succursale du magasin
- de gros.
- Cette branche de la C. W. S. commença en petit ses opérations en 1872,. mais l’augmentation des ventes fut telle qu’il fallut agrandir les bâtiments pour contenir les rayons sans cesse croissants d’épicerie, de draperie, d'ameublement, de chaussures. Des blocs de magasins ont été érigés à l’ouest de Blandfort Street et un terrain a été acquis sur le quai même de Newcastle, en vue de nouvelles constructions. Plus de 1,350 employés composaient en 1903 le personnel occupé par cette branche de la C. W. S. Commencées en 1872, les affaires atteignaient en 1903 le chiffre de 102 millions de francs.
- Vue 10. Londres. — Succursale du magasin de gros.
- La C. W. S. possède à Londres une autre succursale fondée en 1874. Comme son aîné de Newcastle, ce magasin eut des commencements modestes et ses affai-
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- res, en 1876, ne s’élevaient qu’à la somme de 3,200,000 francs; elles augmentèrent peu à peu. En 1884, comme elles dépassaient le chiffre de 10 millions, le magasin dut s’agrandir et, en 1885, la Société entreprit d’édifier le bâtiment que montre la vue. L’édifice, situé dans un quartier très peuplé, contraste par sa beauté avec la pauvreté des constructions des environs. Il est un exemple frappant de l’influence exercée par la coopération dans une cité dominée par la concurrence.
- L’ouverture de ce nouvel établissement, qui couvre une surface de 1,674 mètres carrés, eut lieu en 1887. Il donna une vigoureuse impulsion à l’oeuvre delà C. W. S. dans le Sud. Le commerce de l’annexe de Londres en arriva, en effet, à dépasser 31 millions de francs en 1891, et cette veine de prospérité s’est poursuivie sans interruption puisque, en 1899, les ventes ont atteint le chiffre de 56,250,000 francs et, en 1903, de 88,600,000 francs. En 1903, le nombre de ses employés s’élevait à 1,330.
- Les opérations de la succursale londonienne ne se sont pas bornées strictement à la vente en gros. Elle a travaillé à la propagande coopérative, non sans rencontrer dans cette voie des difficultés considérables. Des efforts tout particuliers ont été faits par elle pour établir des sociétés de détail dans la Cité, mais sans empiéter jamais sur l’indépendance des consommateurs.
- Vue tl. Titre. — Organisation de l’industrie
- (janvier 1873).
- Vue 12. La fabrication de biscuits de Crumpsall.
- L’achat de ces usines, qui date de 1878, marque une date importante dans l’histoire de la Cooperative Wholesale Society. Jusqu’à ce moment, son rôle avait été purement distributif. Par cette acquisition, le mouvement prit une orientation nouvelle. La vue projetée sur l’écran vous donne l’aspect de ces usines au moment de l’achat, mais depuis lors elles ont acquis un tel dévelop-
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- pement qu’on a dû, au cours de ces trente dernières années, transférer plusieurs comptoirs dans d’autres localités, afin de créer assez de place pour répondre aux besoins de la vente Affectée à l’origine à la confection des biscuits et des sucreries, l’usine de Crumpsall annexa bientôt à ces produits la fabrication des confitures. Cette industrie a pris à son tour une telle extension qu’en 1896, il a fallu transporter à Middleton, dans une nouvelle usine, cette partie de la fabrication.
- Vue 13. Le Malaxeur de Crumpsall.
- Les principaux produits de Crumpsall sont donc aujourd’hui encore les biscuits, les gâteaux et les sucreries en tout genre. Le matériel dont on se sert est du type le plus moderne. La vue 13 nous montre une machine qui traite à la fois 200 kilos de pâte à gâteaux. Des bras fixés sur un arbre animé d’un mouvement de rotation pétrissent le mélange de farine et d’œufs battus et préparent la pâte qui, par la suite, se transformera en biscuits. Ce procédé a l’avantage d’éviter tout contact avec les mains. Les gâteaux, moulés mécaniquement, prennent les formes les plus variées : l’établissement en livre plus de 200 modèles différents à la consommation. Les fours qui servent à cette fabrication — il y en a douze — portent le nom de fours mobiles à cause des chaînes parallèles et sans fin qui transportent immédiatement les plateaux chargés de gâteaux dans l’intérieur des fours. Certains biscuits ne demandent que quatre minutes de cuisson ; d’autres en exigent dix, vingt et même quarante. Pendant leur passage dans le four, ils franchissent un espace de 15 à 20 mètres, à une température variant de 150 à 280 degrés centigrades.
- Vue 14. La mise en boîtes des biscuits à Crumpsall.
- La figure 14 nous montre des femmes et des jeunes filles occupées à peser, à compter, à plier et à mettre en boîtes les biscuits fabriqués par l’usine et destinés
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- à être expédiés exclusivement aux magasins coopératifs. En 1903, le chiffre d’affaires de Crumpsall s’est élevé à 4,120,000 francs et le nombre de ses employés était de 489.
- Vue 15. Middleton (Fabrique de confitures.)
- Cette fabrique qui, comme nous venons de le dire, est une branche détachée de celle de Crumpsall, a été ouverte en 1896. Admirablement aménagée en vue de sa destination spéciale, l’usine de Middleton a pu , dès la première année de sa fondation, fabriquer plus de 3,000 tonnes de produits divers et de confitures.
- Le travail annuel est divisé en trois périodes : en été et en automne c’est la saison des confitures; en hiver c'est celle des marmelades et des écorces glacées ; le printemps est consacré à la préparation des conserves au vinaigre.
- Son emplacement, situé entre Oldham et Manchester, à portée d'une station du chemin de fer du Lancashire et du Yorkshire, qu’un embranchement spécial de railway met en communication directe avec l’usine, lui permet de recevoir à six heures du matin les fruits qui étaient encore sur pied la veille à midi dans le Kent, à environ 250 milles de distance. Elle occupait 550 employés en 1903. Son chiffre d’affaires pour la même année s’est élevé à 7,090,000 francs.
- Vue 16. Middleton (ouvrières pelant les oranges).
- Les usines de Middleton, outre la confiture, préparent d’autres articles tels que les fruits en bouteilles, les' marmelades, les conserves au vinaigre, les écorces glacées, etc. Vous avez sous les yeux un atelier de femmes et de jeunes filles occupées à peler des oranges, dont la peau, convenablement lavée et cuite, servira à faire des écorces glacées par immersion dans un fort sirop de sucre.
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- Vue 17. Middleton (mise en pots des confitures).
- Voici maintenant un autre groupe de jeunes filles empilant dans des boîtes spéciales les pots de confiture. Quand les pots sont froids, on les recouvre de papier-toile afin de les préserver de la poussière. On les met ensuite en magasin jusqu’au moment de l’expédition. Une des manipulations les plus intéressantes pour le visiteur est celle que subissent les fruits lorsqu’on les apporte tout fraîchement cueillis dans une grande salle où travaillent en été plus de 400 femmes. Dès leur arrivée, des ouvrières les trient par espèces, débarrassent les pommes de leurs pépins, les prunes de leurs noyaux, les groseilles de leurs feuilles , enlèvent les parties gâtées, etc.; puis, par des trolleys, les envoient dans la salle d’ébullition où ils sont versés dans des chaudrons avec le mélange de sucre nécessaire selon leur maturité et leur espèce. Les chaudrons chauffés à la vapeur, sont à double enveloppe et suspendus de façon à ce que la masse, remuée sans interruption, puisse cuire régulièrement. Mais on a soin en même temps de ménager le fruit, qui a conservé sa forme lorsqu’il reçoit la gelée dans laquelle il doit baigner. On obtient ainsi un produit de belle apparence et de toute première qualité
- (A suivre).
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- Fin de session.
- « La Chambre mène actuellement de front le budget, les retraites ouvrières , les warrants agricoles , la marine marchande , sans compter les interpellations. Et aujourd’hui on veut bouleverser cet ordre du jour en y introduisant les questions les plus complexes sur lesquelles chacun a un avis différent. »
- C’est à propos d’un essai de mise à l’ordre du jour de propositions tendant à remanier le système électoral de la Chambre , qu’un député, M. Puech, faisait entendre cette protestation.
- A quelques jours de là, on pouvait lire dans le Temps les lignes suivantes :
- « La Chambre traverse une telle crise d’anarchie, un tel désordre sert de méthode pour les discussions quotidiennes, que les plus invraisemblables défis au bon sens n’ont plus rien qui doive surprendre. Si la raison pesait du moindre poids dans les délibérations parlementaires, un sujet dominerait, à l’heure présente : c’est le budget. Chacun subordonnerait ses préférences à la nécessité de faire aboutir, dans le plus bref délai possible, la loi de finances. Il est scandaleux que le 6 décembre le budget soit à peine commencé. M. le président du conseil exprimait hier la crainte que le budget ne fût pas voté par la Chambre actuelle, tant le débat est en retard. Ce serait la faillite du régime parlementaire. Eh bien, dans cette situation, que voit-on ? Les objets les plus divers se disputent le temps de la Chambre ; les séances ont beau se multiplier, l’enchevêtrement des questions ne diminue pas; même quand il s’agit du budget, et alors que la concision devrait être la loi générale, d’interminables discours, sur des inté_
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- rets locaux infimes, absorbent l’attention ; et comme s’il ne suffisait pas de ce gâchis pour compromettre les grands intérêts du pays, voici que sur la question du budget, on prétend greffer celle du rachat des chemins de fer. »
- Voici, en quels termes, le président du Conseil s’était exprimé, dans la séance du 4 décembre :
- « A l’heure actuelle, la question ne se pose plus de savoir si on aura le budget à la fin de l’année : chaque jour et même chaque heure qui s’écoule fait qu’on se demande si l’on aura le budget à la fin de février et même à la fin de la législature. Il n’y a donc pas de question plus pressante que celle qui, normalement, appelle les délibérations de l’assemblée. »
- Il se peut que M. Puech n’éprouve pas une tendresse excessive pour l’un quelconque des systèmes électoraux proposés ; mais les brèves raisons qu’il donne contre l’inopportunité de provoquer, en un pareil moment, un débat dont l’ampleur se devine, n’en conservent pas moins toute leur valeur.
- Sans doute, aussi, le Temps est loin d’être favorable au rachat des chemins de fer ; mais qui pourrait de bonne foi trouver la plus petite parcelle d’exagération au tableau tracé par son rédacteur de l’incohérence du travail législatif.
- Et, assurément, personne ne sera surpris de voir M. Rouvier, si soucieux du bon ordre de nos finances et de notre crédit public, mettre la Chambre en garde contre le danger que font courir au budget les interminables digressions et les innombrables diversions qui en empêchent le vote en temps utile.
- Tout le monde contribue à perpétuer et à aggraver cet état de choses déplorable : ceux qui parlent trop ou mal à propos ; les auditeurs bénévoles ou indifférents ; les laborieux des commissions, qui ne protestent pas assez souvent, ni assez haut, contre l’annihilation de leurs efforts ; et les ministres qui acceptent trop volontiers le renvoi de certaines interpellations au budget, quand ils ne le demandent pas eux-mêmes.
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- Ce qui rend difficile la prophylaxie de ce mal, c’est que, dans la complicité générale et la confusion des responsabilités, chacun trouve motif d’indulgence pour lui-même et pour autrui.
- Lorsque la session ordinaire de 1904 prit fin, vers le milieu de juillet, sept interpellations étaient à l’ordre du jour. Une trentaine de nouvelles interpellations avaient été envoyées à la présidence pendant les trois mois et demi d’intercession. Ce nombre ne pouvait que grossir une fois rouvertes les portes du Palais-Bourbon et ravivé le foyer des discussions et des intrigues.
- Les maigres après-midi du vendredi ne pouvaient suffire à écouler un pareil stock. D’où , l’inévitable reflux des interpellations comprimées vers le budget, où elles s’épanouissent exagérément, de nombreux orateurs s’étant fait inscrire pendant les périodes d’attente parfois très longues.
- Pauvre loi de finances ! M. H. Brisson rappelait naguère avec un humour un peu mélancolique, dans le Siècle, l’époque lointaine où le budget était voté avant la fin du mois de décembre.
- Le politique éminent qui dirigea si longtemps , et avec quelle autorité ! les travaux de la Chambre — on ne présidait pas alors à ses ébats — attribuait le mérite de cette ponctualité à ces moeurs parlementaires antédiluviennes en vertu desquelles le budget était le budget. « C’était », disait-il, « une affaire à part ; le projet de la loi de finances étant nécessairement, inévitablement le plus long, le plus ardu , de tous ceux qui nous étaient soumis, on se gardait de l’allonger et de l’alourdir. Sans doute, le budget est le centre de la politique et du régime parlementaire, c’est-à-dire du régime de la libre discussion ; c’est en lui que se concentre l’action respective et réciproque des deux pouvoirs, exécutif et législatif ; la question de confiance est, pour ainsi dire implicitement posée tout le temps que dure le débat ; elle commence à l’heure même où on le met à l’ordre du jour et ne se résout qu’au vote
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- définitif de la loi de finances ; mais précisément parce que le budget est cela, il est sans raison et contradictoire de l’encombrer de toutes les questions parasites sous lesquelles on Pétoufîe aujourd’hui. »
- Le budget des travaux publics notamment a payé cette année un large tribut aux mœurs parlementaires du jour. C’est ainsi, par exemple, qu’à la suite d’une autre interpellation annexée à l’examen de ce budget, vint en discussion, le 28 novembre, une interpellation relative à l’escompte par la Compagnie des chemins de fer d’Orléans, de valeurs du liquidateur d’une industrie sucrière, M. Cronier, tombé depuis en déconfiture.
- La question semblait résolue, puisqu’un accord était intervenu entre la Compagnie et le ministre des travaux publics, imputant les pertes (2 millions 800 francs) au compte de réserve de la Compagnie.
- Mais la Chambre estimant que cette solution ne sauvegardait pas suffisamment les intérêts de l’Etat, avec la garantie financière duquel la Compagnie d’Orléans exploite son monopole, a voté par 253 voix contre 203 un ordre du jour invitant le ministre des travaux publics à prendre les mesures propres à empêcher « le retour de semblables agissements, et à faire supporter par les administrateurs la perte résultant des opérations Cronier ».
- Cet incident a créé dans la Chambre un préjugé, ou tout au moins une atmosphère favorable à l’éclosion de proposition tendant à dessaisir les Compagnies de chemins de fer de leur monopole.
- Trois jours après, au beau milieu de la discussion, générale du budget des travaux publics, M. Lasies déposait un projet de résolution invitant le gouvernement à préparer immédiatement le rachat des chemins de fer.
- M. Lasies n’est pas, que nous sachions, un spécialiste en la matière. Adversaire déclaré du régime par-
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- lementaire et de la forme républicaine, il s’est fait une spécialité de provoquer tous incidents qu’il croit de nature à embarrasser les membres du gouvernement et à faire perdre le temps de la Chambre, où il représente un département de l’ancienne Gascogne. C’est la seule spécialité qu’on lui connaisse ; mais il y excelle, comme on a pu le voir à propos de l’incident des syndicats, qu’il avait soulevé quelques jours auparavant.
- En demandant au gouvernement de préparer immédiatement le rachat des chemins de fer, le député du Gers n’avait probablement pas l’intention d’ouvrir des lumières au ministre qui entrerait dans la voie indiquée.
- Mais M. Jean Bourrât qui a fait, comme on sait, de la question du rachat une étude approfondie, saisit la balle au bond. Toutefois, il déclare que la Chambre doit se borner, pour l’instant, à trancher la question du rachat de l’Ouest et du Midi.
- M. Lasies se rallie au rachat de ces deux réseaux. Nous verrons ensuite pour les autres, ajoute M. Bourrât, qui dépose, séance tenante, une motion tendant au rachat de l'Ouest et du Midi.
- Les partisans du rachat veulent que la Chambre se prononce immédiatement sur la question. Les adversaires de cette mesure s’efforcent d’éloigner ce calice de leurs lèvres. Ils soulèvent les objections de procédure et d’opportunité les plus diverses, pour faire écarter cette discussion inopinément soulevée sur une des plus grosses questions qu’un Parlement puisse avoir à résoudre : personne n’a été prévenu, on ne connaît ni l’avis du ministre des finances, ni celui de la commission des chemins de fer; aucun rapport n’a été déposé; on ne peut voter sur de simples communications verbales , etc.
- De tous les moyens ordinairement employés pour se délivrer d’une question justement inopportune ou simplement désagréable, le renvoi à la commission compétente est celui qui réussit le plus souvent. Malgré la
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- vive opposition de la commission des chemins de fer, alléguant l’inutilité de ce renvoi, son opinion étant faite sur le rachat, les propositions Lasies et Bourrât lui sont renvoyées par 268 voix contre 264.
- Pour se venger de cette contrainte et déjouer le calcul de ceux qui avaient pu croire la question enterrée par ce renvoi à la commission, celle-ci se met à l’œuvre sur le champ. Prudemment, elle restreint encore le programme de M. Bourrât et propose seulement le rachat de la compagnie de l’Ouest, qui avait déjà donné lieu, il y a deux ans, à un débat des plus étendus, resté sans issue, d’ailleurs, la proposition ayant été retirée par la commission.
- Le rapport de M. Janet est déposé au cours de la plus prochaine séance. Cependant, la commission n’est pas au bout de ses perplexités : elle se demande si , en sollicitant de la Chambre la mise à l’ordre du jour du rapport, elle ne court pas le risque d’un ajournement qui lui ferait perdre le bénéfice de son empressement à le déposer.
- M. Bourrât a une trouvaille ingénieuse. Le cours de la discussion des travaux publics va amener incessamment l’examen du budget des conventions avec les chemins de fer. ‘Aussitôt, M. Bourrât de déposer un amendement ayant pour objet de faire venir en tête du budget des conventions la question du rachat de l’Ouest. Cet amendement propose d’intercaler, dans la partie du budget des travaux publics qui concerne les conventions, un article 46 bis ainsi libellé :
- Art. 46 bis. — Annuité de rachat à la compagnie de l’Ouest (mémoire).
- Les adversaires du rachat critiqueront à leur aise cette expression : « mémoire », mise à la place ordinairement occupée par un chiffre dans les états budgétaires, la question du rachat n’en était pas moins introduite obligatoirement dans la discussion des conventions sans qu’il fût nécessaire d’en ordonner la jonction par un vote spécial, dont le résultat restait probléma-
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- tique. Et c’est ainsi que s’ouvrit, le 7 décembre, le débat sur le rachat de l’Ouest.
- Il prit quatre séances, dont la dernière n'a pas duré moins de cinq heures, à la Chambre, et se termina par l’adoption d’un ordre du jour ainsi conçu :
- « La Chambre décide de surseoir au vote sur le rachat des compagnies de chemins de fer jusqu’au vote définitif de la loi sur les retraites ouvrières ».
- La première partie de cet ordre du jour avait été adoptée par 285 voix contre 270, la seconde à mains levées.
- Ce qui précède ne vient que pour témoigner de la facilité avec laquelle se greffent les questions les plus diverses sur l’objet principal d’un débat qu’elles font totalement perdre de vue.
- L’ordre du jour adopté nous amène, à voir où en est la discussion du projet relatif aux retraites dont le vote définitif peut seul permettre à la Chambre de rouvrir le débat sur le rachat des chemins de fer. Voici : les premiers articles du projet étaient votés et l’examen du troisième commencé , lorsque la session a pris fin.
- Personne ne saurait de bonne foi reprocher à la Chambre d’avoir donné trop d’ampleur à l’examen des conditions du rachat éventuel des chemins de fer, ni d’apporter un soin trop minutieux à l’agencement des rouages d’une machine aussi complexe, aussi formidable que les retraites ouvrières. Mais la nécessité d’aborder la première question ne s’imposait pas de toute évidence, et, en ce qui concerne la seconde, s’il est permis à ses promoteurs de se réjouir, à bon droit, du vote des dispositions fixant les catégories des bénéficiaires de la retraite et la liste des institutions destinées à l’assurer ; par contre, la pauvreté relative de ce résultat appelle l’attention sur l’inconvénient de la procédure qui consiste dans l’éparpillement de la surabondante matière législative sur divers jours de la semaine.
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- Et encore, est-il à noter que, disposant de trois matinées consécutives : le mardi, le mercredi et le jeudi, la question des retraites était plus assurée de continuité que les questions d’agriculture et de commerce qui l'encadraient, le lundi matin étant consacré aux premières, le vendredi matin aux autres.
- Des protestations se sont fait entendre vers la fin de la session contre le danger de morceler ainsi les discussions : elles se sont perdues dans le bruit du tourbillon qui emporte la Chambre à l’approche des élections. En temps normal, il lui arrive de comprendre qu’il vaut mieux aborder et résoudre une réforme après l’autre, au lieu de les commencer toutes ensemble pour n’en terminer aucune. Chaque fois qu’elle a eu la sagesse d’agir ainsi, elle s’en est bien trouvé, et c’est de cette façon que la législature actuelle a pu mener à bonne fin un grand nombre de réformes, et des plus importantes, qu’aucune autre n’avait osé affronter : à preuve les lois sur l’enseignement laïque et la loi sur la séparation des Eglises et de l’Etat, qui vient d’être promulguée après avoir été adoptée par le Sénat sans le moindre changement.
- On remarquera comme une sorte de contradiction entre la fiévreuse activité qui pousse les législatures arrivant à expiration à mettre sur le chantier le plus d’affaires possible et la longueur de la discussion du budget, qui nuit à leur prompte liquidation. A la vérité, il y a dépense d’activité dans les deux cas, quoique sans profit pour le bien général. Mais le député qui, par ses interventions réitérées aura contribué d’autant à retarder le vote du budget, sait fort bien que non seulement le discrédit qui en résulte pour la collectivité dont il fait partie ne l’atteint pas, mais encore que le crédit dont il jouit dans sa circonscription se mesure au souci qu’il prend des intérêts locaux.
- Le grand coupable est le système électoral basé sur le scrutin uninominal de circonscription et le renouvellement intégral. La commission du suffrage univer-
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- sel proposait de le remplacer par le scrutin de liste avec ou sans représentation proportionnelle.
- La Chambre a inscrit cette réforme à la suite de la discussion sur les primes à la marine marchande, discussion qui menace d’épuiser tous les vendredis matin de la législature.
- La première partie des craintes de M. Rouvier s’est réalisée : nous avons renoué connaissance avec les douzièmes provisoires et cela dans les conditions les plus favorables à un rapide examen de la loi de finances, puisque le projet de budget ne comportait aucun changement dans l’assiette de l’impôt, aucune dépense extraordinaire nouvelle.
- A la discussion des douzièmes devait se joindre, sous forme d’interpellation, un débat sur le Maroc. Cette interpellation dont la seule annonce avait provoqué dans les milieux parlementaires une émotion considérable, n’a pas eu lieu. Tout s’est borné à la lecture d’une déclaration par laquelle M. Rouvier, président du Conseil, après avoir rappelé les négociations engagées entre la France et l’Allemagne au sujet de la conférence marocaine projetée, affirmait le droit de la France d’avoir une politique marocaine, son ferme désir d’entretenir avec tous des relations courtoises, et môme réciproquement confiantes, et sa ferme résolution de sauvegarder ses droits, ses intérêts et le plein exercice de sa liberté.
- Après quoi, à la majorité de 501 voix contre 51, la Chambre a décidé de n’ouvrir aucun débat sur ce sujet.
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- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX
- ALLEMAGNE
- Un ministère des colonies.
- Les affaires coloniales de l’empire allemand étaient jusqu’ici du ressort de la section coloniale, qui formait un des bureaux du ministère des affaires étrangères.
- Cette section va être détachée et formera un nouveau ministère : celui des colonies.
- Cette décision marque l’importance que l’empire attache de plus en plus à ses affaires d’Outre-mer.
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- ETATS-UNIS
- Projets d’assurances d’Etat.
- Après les scandales que l’on sait autour des compagnies américaines d’assurances sur la vie, convaincues de s’adonner à des opérations spéculatives plus que risquées, de pratiquer la corruption électorale, de servir à leurs directeurs des traitements énormes, constituant de véritables orgies — sans parler de leurs autres méfaits — il était à penser qu’il ne tarderait pas à se manifester un certain éloignement pour ces institutions. On pouvait prévoir, en particulier, l’entrée en scène des pouvoirs publics estimant qu’il leur appartient de favoriser l’épargne peu coûteuse et garantie contre les aventures d’administrateurs indignes. Ceci eût pu signifier seulement un contrôle officiel s’exerçant sur les assurances privées, ou bien c’était l’assurance pratiquée par l’Etat lui-même. Et pourquoi pas ?
- Or, voici précisément que le gouverneur Blanchard,
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- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX
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- de la Louisiane, se prononce pour une assurance d’Etat. 11 va introduire auprès de la Chambre provinciale un bill tendant à la création d’un département des assurances. Il poursuit en cela un double objet : réaliser l’assurance sur la vie à bon marché et, ce faisant, retenir au pays le montant énorme des primes que ses administrés paient aux compagnies d’assurances du dehors, et particulièrement à celles de New-York. Le bruit court que le gouvernement de la Floride va de meme instituer un bureau d’assurances d’Etat.
- (Journal de Genève).
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- FRANCE
- Le musée de prévention des accidents.
- Le Conservatoire des arts et métiers que M. Mille-rand, alors qu’il était ministre du commerce, a doté de deux grands services : le Laboratoire d’essais et l’Office national de la propriété industrielle, dont la création était vivement réclamée depuis plusieurs années par le monde des travailleurs, comprend maintenant, grâce à M. Trouillot, ministre du commerce, un troisième service non moins impatiemment attendu : le Musée de prévention des accidents, qui a été inauguré le 9 décembre , en présence du président de la République.
- Le but poursuivi est de mettre en évidence les moyens et procédés reconnus les meilleurs pour éviter-les accidents professionnels. A ce programme est venu se joindre celui de l’hygiène des travailleurs.
- Des musées de ce genre existent déjà à Zurich, à Amsterdam, à Vienne, à Munich et à Charlottenbourg, près de Berlin. Dans ces musées comme dans celui qui vient d’être installé à Paris, on expose non seulement des dessins et des modèles d’appareils protecteurs, mais autant que possible, ces appareils en vraie grandeur, montés sur les machines en marche auxquelles ils sont
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- LE DEVOIR
- destinés, de telle sorte que le visiteur peut juger du résultat obtenu et des facilités d’emploi. On y reçoit aussi et on y classe aussi méthodiquement tout ce qui se rapporte à l’hygiène de l’ouvrier et on vulgarise ainsi tous les documents de nature à atteindre le double but poursuivi.
- C’est à l’initiative de l’Association des industriels de France pour la prévention des accidents et à l’activité de son directeur M. Mamy, qu’est due la création du Musée qui est installé aujourd’hui au Conservatoire dans la galerie Vaucanson qui mesure 80 mètres de long sur 9 de large, et comporte un salon central et deux ailes latérales.
- Le travail dans les mines.
- La loi du 29 juin 1905 sur la durée du travail dans les mines est entrée en vigueur le 5 janvier 1906.
- En vue de l’application prochaine de cette loi, M. Gauthier, ministre des travaux publics, avait adressé une circulaire aux ingénieurs des mines.
- « Cette loi, « disait le ministre, » constitue une des mesures à coup sûr les plus importantes parmi nos lois sociales. Ce n’est rien moins, en effet, que le régime légal du travail de huit heures ; et, encore que l’on ne doive arriver à ce terme que dans quatre ans, que la loi ne touche directement qu’une catégorie d’ouvriers des seules mines de combustibles, on ne peut pas ne pas être frappé de la portée de ces nouvelles dispositions pour alléger le travail des ouvriers mineurs en France. »
- On sait que la loi ne s’applique qu’aux travaux souterrains des mines de combustibles, laissant de côté tous les ouvriers employés aux diverses opérations et manipulations exécutées au jour, et ceux qui seraient occupés même à l’abatage de la houille dans les chantiers à ciel ouvert, comme il en existe dans certains découverts.
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- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX
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- La journée légale des ouvriers employés à l’abatage, sous réserve des repos, c’est-à-dire leur temps de présence dans la mine, se calcule depuis l’entrée dans le puits des derniers ouvriers descendant jusqu’à l’arrivée au jour des premiers ouvriers remontant.
- C’est l’intervalle entre ces deux dernières heures qui constitue la présence dans la mine, celle-ci devant être successivement de 9, 8 1/2 et 8 heures augmentée tou-, tefois des repos réglementaires.
- Congrès de l’hygiène des travailleurs.
- Le Congrès de l’hygiène des travailleurs, qui s’est tenu aux Arts et Métiers, a étudié de nombreuses questions relatives à des améliorations ouvrières pratiques.
- Signalons parmi les vœux émis : application des lois ouvrières à tous les ateliers , industriels ou de famille ; introduction de l’élément ouvrier dans l’inspection du travail ; réglementation de l’emploi des femmes aux travaux durs de la blanchisserie ; amélioration de l’hygiène dos teintureries; extension de la journée de 8 heures, et reconnaissance du droit syndical à tous les salariés, même fonctionnaires de l’Etat.
- La dernière séance a été consacrée à l’adoption des statuts de la « Société de l’hygiène des Travailleurs et des Ateliers » , qui aura pour but d’assurer l’application des lois ouvrières, de provoquer des enquêtes syndicales sur les conditions du travail au point de vue de l’hygiène, enfin d’aboutir à une législation hygiénique complète du travail. Le prochain Congrès aura lieu, en 1906, à Marseille.
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- SUD-AFRICAIN
- Le travail jaune au Transvaal.
- Quelque temps avant la retraite du ministère dont il faisait partie en qualité de secrétaire d’Etat aux colonies , M. Alfred Lyttelton, a prononcé devant ses électeurs de Leamington, .un discours sur la question brûlante du travail jaune dans l’Afrique du Sud. M. Alfred Lyttelton a présenté la défense de l’expérience économique tentée par le gouvernement conservateur.
- Il a établi par des faits et des chiffres la supériorité de la main-d’œuvre chinoise sur la main-d’œuvre indigène. D’après lui, l’application intégrale des lois et règlements régissant les conditions de l’exploitation des mines par les Chinois, aurait donné d’excellents résultats. Sur 46.000 Célestes, 300 seulement ont commis des délits ou des crimes. Cette proportion ferait honneur à bon nombre d’agglomérations de blancs, même en Europe.
- On se rappelle l’opposition faite par les libéraux à l’emploi de la main d’œuvre chinoise au Transvaal. Les organes conservateurs ne se faisaient pas faute d’insinuer qu’une fois au pouvoir, leur attitude pourrait bien se modifier. La retraite du cabiûet Balfour n’a pas tardé à fournir au cabinet libéral qui l’a remplacé une occasion de fixer l’opinion publique à cet égard. En exposant le programme du cabinet qu’il venait de constituer, sir Henry Campbell Bannerman a déclaré que les instructions avaient été données à l’effet « d’arrêter immédiatement, autant que cela sera possible, l’embauchage et l’embarquement des coolies en Chine et ainsi l’importation en Afrique du Sud. »
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- La 2e Conférence de la Haye.
- L’initiative prise par le président Roosevelt en octobre 1904, et qui s’était heurtée au refus de la Russie, alors engagée dans la guerre d'Extrême-Orient, a été reprise par le tsar aussitôt après la conclusion de la paix.
- Substituant son action officielle à celle du président des Etats-Unis, le gouvernement russe a transmis aux représentants de la Russie à l’étranger une circulaire qui les charge d’inviter les gouvernements auprès desquels ils sont accrédités à participer, à la Haye, à une deuxième Conférence de la Paix.
- Les gouvernements de France, d’Angleterre, d’Allemagne, d’Italie, de Suisse, et d’autres encore, acceptèrent en principe cette invitation.
- Les négociations qui s’ouvrirent aussitôt en vue de la fixation d’une date pour la réunion de cette Conférence, subissent un temps d’arrêt. La raison en est que les détails du programme ne peuvent pas être terminés avant que la Suisse ait pris elle-même directement des mesures dans cette affaire.
- Il y a quelque temps, en effet, la Confédération suisse invitait les puissances à envoyer leurs délégués à Berne pour étudier certains amendements à la Convention de la Croix-Rouge de Genève. Quelques-uns des gouvernements qui avaient nommé des délégués ont fait observer qu’ils se trouveraient ainsi placés en face de la possibilité d’être obligés d’étudier deux fois les sujets qui seront soumis à cette Conférence. En conséquence on a proposé que la Suisse retirât cette invitation à aller à la Conférence de Berne, ou bien que les affaires
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- ayant trait à la Croix-Rouge fussent exclues des sujets qui seraient discutés à la conférence de la Haye.
- Le Congrès de Lucerne avait exprimé par un vote ( unanime son vif désir de voir figurer au programme de la seconde Conférence pour la Paix un certain nombre de questions concernant, notamment : la réduction des charges militaires ; l’institution d’une Assemblée internationale qui se réunirait, à des époques réguliè- • res, pour délibérer sur les questions qui sont d’un . intérêt général pour les nations ; l’organisation d’un , Bureau administratif chargé : 1° de l’application des décisions de l’Assemblée internationale, 2« de la préparation des travaux de cette assemblée ; l’adoption de mesures nécessaires pour codifier le Droit international ; l’obligation pour les puissances en conflit, de recourir aux procédures de conciliation prévues dans la Convention du 29 juillet 1899 pour le règlement pacifique des conflits internationaux ; la conclusion, entre toutes les nations représentées à la Conférence, d’un traité aussi général que possible d’arbitrage permanent et obligatoire, stipulant le recours suprême à la Cour permanente de la Haye. Communication ayant été donnée au président Roosevelt des résolutions i votées par le Congrès, M. Root, secrétaire d’Etat, a ; répondu que le gouvernement les prendra en considé- • ration quand seront préparées les instructions à donner aux délégués des Etats-Unis pour cette seconde ; Conférence.
- Le message du président Roosevelt.
- Le message adressé le 5 décembre aux deux Chambres du Congrès par le président Roosevelt, s’étend d’une manière toute particulière sur la brûlante question de la guerre et de la paix, de l’internationalisme et du pacifisme, qui est au premier rang des préoccupations du monde entier.
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- Apres avoir rappelé que le gouvernement des Etats-Unis avait pris l’initiative d’une nouvelle conférence de la Haye, le président énumère les questions que cette conférence devra traiter :
- 1 Les droits et les devoirs des neutres;
- 2o La limitation des armées de terre et de mer et des budgets militaires ;
- 3° L’usage des types nouveaux de canons en service dans les artilleries de terre et de mer ;
- 4° L’inviolabilité des propriétés privées en mer pendant une guerre ; le bombardement des ports, des cités et des villages par des forces navales ;
- Le président ne doute pas que tous les gouvernements du monde civilisé ne lui accordent leur appui en cette matière ; il manifeste l’espoir que la conférence se réunira à la Haye dans les délais les plus rapides, puis il s’exprime en ces termes :
- « Ceci m’amène à parler de l’attitude de ce gouvernement à l’égard de la paix.
- « Plus nous allons et plus la guerre est regardée comme une calamité lamentable. Une guerre inutile et voulue, une guerre d’agression — en un mot toute guerre commencée ou continuée avec préméditation,— doit être condamnée comme le crime le plus atroce que l’on puisse commettre contre toute l’humanité. Cependant nous ne pouvons rien faire qui serve, de manière permanente, la cause de la paix, si nous n’envisageons pas avec clarté les divers éléments du problème.
- « Le but qui doit nous dominer en toutes choses est la justice, mais il peut arriver que la paix et la justice entrent en conflit, et alors une nation grande et loyale ne doit pas hésiter un moment à suivre le sentier qui la mène vers la justice, alors même que ce sentier la conduirait à la guerre.
- « Il y a des gens qui prônent la paix à tout prix. Il y ena d’autres qui pensent que, parce qu’il n’est plus
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- nécsssaire, dans des pays civilisés, à des individus de défendre leurs droits par la force, il est également inutile à une nation d’être prête à défendre ses droits. Ceux qui raisonnent ainsi ferait un mal irréparable à tout pays qui adopterait leurs principes, et même, à l’heure actuelle, ils font un mal sérieux à la cause qu’ils défendent, en la rendant absurde aux yeux de tous les hommes de patriotisme et de bon sens.
- « 11 n’y a pas de plus grand ennemi de l’humanité en général et de son propre pays en particulier, que le démagogue de la guerre , que l’homme qui, par la folie ou par intérêt personnel, attaque et injurie continuellement les autres nations, cherche à exciter ses concitoyens contre les étrangers sous le prétexte le plus insignifiant, excite et enflamme la vanité nationale au point de la rendre perverse et agressive et cherche délibérément l’occasion de provoquer un conflit entre son pays et d’autres nations.
- « Mais il y a des démagogues de la paix comme il y a des démagogues de la guerre, et, dans un mouvement comme celui auquel nous assistons pour la conférence de La Haye, il est essentiel de ne pas se laisser emporter par un groupe d’extrémistes plutôt que par un autre.
- « Lorsqu’il est possible pour une nation ou pour un individu de travailler pour la paix, c’est un manquement au devoir de ne pas le faire ; mais si la guerre est nécessaire et juste l’homme ou la nation qui hésitent à la faire se rendent alors coupables d’une forfaiture au respect qu’ils se doivent à eux-mêmes. Nous ne devons pas avoir de sympathie pour les sentimenta-listes, qui préfèrent l’oppression à la souffrance physique, qui aiment mieux la paix honteuse que la douleur et le deuil nécessaires pour assurer une juste paix.
- « Dans l’état où est actuellement le monde, une nation n’est équipée pour la paix que si elle sait combattre, et une telle nation n’évitera jamais de combattre si la situation est telle que la guerre soit demandée au nom de la plus haute moralité.
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- « Mais bien que nous reconnaissions ce fait très clairement, il est néanmoins évident que notre devoir est de nous etforcer par tous les moyens possibles de rendre proche le moment où le glaive ne sera plus l’arbitre des nations.
- « H n’est pas possible d’obtenir rien qui ressemble à un désarmement immédiat, parce qu’il serait, avant tout, nécessaire de rechercher quels sont les pays qui, à l’heure actuelle, constituent une menace pour le reste de l’humanité, et il faudrait s’assurer, avant toute chose, que le désarmement des autres ne bénéficie pas à ces pays nuisibles : mais il peut être possible d’enrayer la tendance qui consiste à augmenter indéfiniment les budgets des dépenses militaires Cet effort peut réussir, s’il ne dépasse pas le but, et s’il est entrepris dans un esprit de sagesse, aussi éloigné que possible d’une pseudo-philanthropie hystérique.
- « Pour le moment, nous agirons d’une manière pratique en essayant de réduire au minimum les cas dans lesquels il doit être l’arbitre, et en offrant en outre à toutes les puissances civilisées, un procédé qui puisse remplacer la guerre, au moins dans un nombre considérable de cas. On pourra faire beaucoup dans ce sens par une autre conférence de la Haye et j’exhorte très sérieusement notre nation à faire tous ses efforts pour essayer de favoriser le mouvement dont il s’agit et de rendre efficaces les résultats des décisions de la conférence.
- « Je souhaite vivement que la conférence puisse faire de l’arbitrage le moyen usuel d’aplanissement des différends internationaux dans tous les cas, à l’exception de quelques-uns qu’elle limitera aussi strictement que le permet l’état gouvernemental et social actuel du monde. On devra, si cela est possible, négocier un traité général d’arbitrage qui sera conclu entre toutes les nations représentées à la conférence.
- « Les droits et les biens des neutres devront être protégés sur mer comme ils le sont sur terre. Il fau-
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- dra conclure une entente internationale à ce sujet et un arrangement semblable en vue de définir la contre-bande de guerre.
- « Je désire sincèrement et sérieusement la paix, et, je désire aussi réellement et vivement que la conférence de la Haye contribue grandement à assurer la paix et la justice dans le monde. Aucun sujet n’est plus digne de l’attention des hommes d’Etat éclairés, que l’établissement d’une méthode plus sûre que celle qui existe à présent pour garantir- la justice entre les nations, tant pour protéger les petites nations que pour prévenir la guerre entre les nations importantes. »
- Le président Roosevelt ne s’est pas borné dans son message à exposer dans quel esprit il comprenait que fût reprise l’oeuvre de la Conférence de la Haye ; il a naturellement passé en revue toutes les questions intéressant les Etats-Unis, oubliant toutefois, comme l’a fait remarquer dans un toast à Chicago notre ambassadeur aux Etats-Unis, « l’évènement le plus important de l’année, celui à côté duquel tous les autres sont insignifiants, c’est-à-dire la paix en Extrême Orient que le président a assurée ; évènement qui lui valut l’admiration et la reconnaissance du monde entier, et qui est une gloire durable pour lui et pour son pays. »
- Nous ne surprendrons personne en disant que le passage de ce discours présidentiel où il est question des « démagogues de la paix » a mis en liesse les détracteurs habituels du pacifisme.
- Pour le coup, oubliant de se reconnaître dans le portrait que M. Roosevelt vient de tracer des nationalistes de tout pays, ils s’extasient sur le bon sens pratique et l’esprit positif de l’ancien colonel des roughs riders, et reprennent à l’envi son mot célèbre sur les « nations à type flasques ».
- Or, quelques échos de ce concert de louanges s’étant répercutés sous forme d’interruptions, dans l’enceinte
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- du Palais-Bourbon, au moment où M. Jaurès parlait de l’initiative prise par le président Roosevelt, l’orateur socialiste, avec habileté, en a tiré argument au profit de la thèse pacifiste que les imprudents interrupteurs prétendaient ridiculiser.
- « Voici », leur a-t-il dit, « voici maintenant un président de la République américaine, dont vous dites vous-mêmes qu’il n’a pas un esprit chimérique, et dont vous savez qu’il a une volonté ferme, un homme qui ne formule un programme que parce qu’il a la résolution bien nette et l’espérance de le faire aboutir. Et quel est ce programme? C’est de proposer à nouveau, avec plus de précision que jamais, à la Conférence de la Haye, la limitation simultanée des armements, un ensemble de dispositions tendant à empêcher « que dans les conflits prochains l’épée soit l’arbitre des conflits entre les nations. »
- » Et il augmente sa flotte », crie dans une interruption un député nationaliste »
- Et M. Jaurès de répliquer : « Vous avez beau me dire <ju’il augmente sa flotte, qu’il accroît son armée. Plus vous proclamez qu’il est un impérialiste, qu’il est un homme d’esprit positif, tenant compte des réalités présentes, plus vous serez obligé d’attacher comme moi de l’importance à la motion par laquelle ce réaliste propose au monde le désarmement simultané et l’arbitrage international. »
- Le ministère libéral anglais et la paix.
- Sir Henry Campbell Bannerrnan, en exposant dans, un meeting, le 21 décembre, le programme du nouveau cabinet libéral qu’il préside, a fait sur le principe de l’arbitrage international et sur le danger des armements des déclarations dont il serait difficile d’exagérer 1 importance Jamais peut être, dans des circonstances aussi caractéristiques, chef de gouvernement n’avait
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- donné à l’idéal et à Faction pacifiste une adhésion plus accentuée, plus exempte de toute réserve.
- « Nous, libéraux » a dit sir Henry Campbell Banner-man, « sommes les héritiers d’une grande et noble tradition. Cette tradition naquit dans les jours où l’opinion publique était opposée à toute tentative de régler les différends par un appel à la raison et à la conscience de l’humanité.
- « M. Gladstone défia l’opinion publique de son temps. Il se plaçait sur un terrain plus élevé, et en -déférant la dispute de VAlabama à l’arbitrage, il établit un précédent d’une valeur inconnue pour l’humanité. {Applaudissements) .
- « Je me réjouis que depuis cette période, le principe de l’arbitrage, ait fait de grends progrès, et qu’au-jourd’hui on ne regarde plus comme une faiblesse de la part d’aucune des grandes puissances du monde de soumettre à un tribunal plus haut ces différends, qui autrefois eussent été réglés par la force.
- « Ah ! Messieurs, il est inutile de chercher la paix si vous n’agissez pas en conséquence. J’estime que l’accroissement des armements est un grand danger (Applaudissements) pour la paix du monde.
- « Une politique d’armements énormes soutient et alimente cette idée que la force est la première, sinon la seule solution des différends internationaux.
- « C’est une politique qui tend à rouvrir les vieilles plaies et à provoquer de nouvelles blessures. Etant donné que le principe de l’arbitrage pacifique fait des progrès, il devient une des tâches les plus nobles des hommes d’Etat de modifier ces armements sur la base d’une ère nouvelle et plus heureuse.
- « Y a-t-il un rôle plus noble pour ce grand pays que de se mettre, au moment actuel, à la tête d’une ligue de la paix par l’intermédiaire de laquelle cette œuvre pourrait être accomplie ?
- « Il nous faut un allègement du fardeau des taxes excessives, et en meme temps nous avons besoin d’ar-
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- o-ent pour subvenir à nos besoins domestiques. Comment parvenir à' ce but désirable si en temps de paix nos armements sont maintenus sur le pied de guerre ? Ne pensez pas à cette folie qui nous fait appeler les partisans de la petite Angleterre. Je suis au moins assez patriote pour ne pas désirer voir l’affaiblissement de mon pays par un gaspillage d’argent tel que nous le vîmes aux cours de ces dix dernières années.
- « Des dépenses nécessitent des taxes, et les taxes sont le jouet des « tarifï reformer » Militarisme, gaspillage, protection, sont des mauvaises herbes qui poussent dans le même champ, et si vous désirez débarrasser le champ pour le rendre apte aux cultures honnêtes, il faut arracher toutes les mauvaises herbes. »
- Le prix Nobel de la Paix pour 1905.
- Le comité Nobel du Storthing norvégien a, le 10 décembre, attribué le prix Nobel de la paix à Mme Bertha de Suttner. Ce choix est des plus heureux.
- Traités d’arbitrage.
- Un traité d’arbitrage entre l’Angleterre et le Danemark a été signé le 25 octobre à Londres.
- *
- Un traité d’arbitrage a été signé le 6 décembre, à Madrid , entre l’Espagne et le Danemark.
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- Par Paul et Victor MARGUERITTE
- ---Bse--
- ( Suite )
- Et comme elle s’écriait :
- — Je verrai, Josette ! Qui m’en empêchera ?
- — Vous-même, répondit-il.. . Ignorez-vous la loi ? Le danger d’une réconciliation même apparente .. ? Il se peut que l’on puisse la transporter de suite : dans ce cas, je l’exigerai en votre nom... Croyez-moi, j’ai l’expérience de ces cruelles situations...
- — Une mère peut toujours voir sa fille ! Cette maison est à moi autant qu’à lui! Plus même : ma dot l’a payée !
- M. Dutoil, sincèrement touché, lui dit :
- — Je vous comprends, je vous plains... mais la prudence ne gâte rien... Qu’est-ce qu’un peu de patience? Votre avoué, votre avocat, vos amis vous parleraient comme moi.
- Il se penchait à la portière, faisait arrêter. Tandis que Francine, trépidante, comptait une à une dix minutes à la petite horloge incrustée dans le panneau d’entrevitres, tandis que le cocher, figé sur le siège, lui présentait un impeccable dos, — qu’est-ce qui se passait dans l’esprit de ces témoins silencieux de la vie des maîtres, avec leurs yeux qui voient tout, leurs oreilles aux écoutes? — le docteur Dutoil reparaissait. Sa figure camuse était rouge de colère:
- — Une fracture simple, le docteur Larive me l’a affirmé. Votre fille est couchée ; elle ne souffre pas. Je n’ai pu la voir ; votre mari s’y est opposé formellement et j’ai reculé devant la violence, mais je lui ai dit son fait, et vertement !
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- Il retenait Francine, qui voulait s’élancer vers l’hôtel.
- ___Non, ce serait fou !... L’avoue !
- — Boulevard Malesherbes.
- Les clercs étaient partis. L’étude était fermée. La concierge donnait l’adresse d’Herbelot : avenue Montaigne. Il n’était pas rentré, et le valet de chambre» bien stylé, ajoutait :
- — On ne croit pas que M. dînera.
- N’importe, elle attendrait. Dans le salon voisin, elle entendait des gammes, des rires ; des pas furtifs traversaient le couloir : on devinait la vie d’une nombreuse famille ; le mobilier, sévère et cossu, attestait la clientèle riche, les douleurs et les chagrins de prix. Une demi-heure se passe... Dutoil s’excuse, prend congé ; il attendra qu’elle le prévienne. Des minutes encore, qui durent des heures... Une grosse dame avec une dignité bourgeoise, — on avait vu de la fenêtre stationner l’équipage ; et la carte en fin bristol : « Madame Fernand Le Hagre , » lui rappelait des allusions de son mari, — vient s’enquérir, compatit. Enfin ! voici Herbelot. Quoiqu’il n’eût pas l’habitude d’être relancé chez lui, — son home lui paraissait inviolable, — il se montra compatissant :
- — Eh bien, allons chez Tartre ; il est casanier, nous le trouverons.
- Et à sa femme, désolée (on doit aller à huit heures et demie à l’Opéra-Comique : Carmen !... Une loge de face !...)
- - Mettez-vous à table sans moi !
- Chez Tartre, pas de Tartre : sorti ! Herbelot consulta sa montre, avec un soupir : - justement, ils avaient une dinde truffée à dîner !
- — Voyons, chère madame, vous n’avez aucune inquiétude à avoir... Demain, à la première heure, je verrai mon confrère ; il agira sur son client : votre médecin sera admis auprès de Mlle Rosette, — Josette, pardon ! Le président — nous introduirons un référé s il le faut — autorisera le transfert de votre fille chez
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- vous... — Que nous allions chez M. Trassier, à cette heure-ci ?... y songez-vous ?... Non, non !... ce ne serait pas convenable... D’ailleurs, il ne nous recevrait pas : je sais qu’il dîne à l’Elysée .. Attendons demain !
- « Demain ! Et si Josette s’était gravement blessée, et si elle était mourante ! Demain ! ...»
- — Ma chère dame, je vous en prie, laissons ces hypothèses ; des hypothèses, heureusement. C’est pénible, je le sais... Un peu de courage... Songez que nous allons être au bout ! Songez que dans trois semaines au plus votre divorce sera prononcé et que, deux mois après, la transcription le rendra irrévocable.
- Maintenant, chez Dutoil ; encore un qu’elle . va déranger. Le dos du cocher se raidit, — toujours impeccable, — mais son fouet est plus nerveux : ça commence à l’ennuyer, ces va-et-vient ! il n’aime pas qu’on fatigue les chevaux. D’abord, Mme Le Hagre n’est pas sa maîtresse... il est au service de Mme Favié : il y a une nuance.
- Le docteur va se mettre à table : il constatera, quoi ? le refus de Le Hagre... il ira de nouveau, si elle l’exige, chez ce... monsieur... Accompagné d’un huissier ?... Mon Dieu, si elle y tient !... Mais cela ne fera qu’envenimer les choses, tandis que demain... Elle le sent refroidi, l’érnotion de tout à l’heure s’est évaporée... Chacun a sa vie, ses occupations...
- Allons à la maison ! Les chevaux sentent l’écurie et trottent haut. Mme Favié, qu’elle trouve dans un état d’agitation ,affreuse, au premier mot s’écrie :
- — C’est cela, allons-y. J’entrerai seule ; tu m’attendras dans la voiture...
- Toujours, alors ! Attendre, les bras croisés !... ces bras qui se tendent vers Josette.
- On ressort. Les chevaux résistent, et le cocher fait une vilaine tête en les cinglant ; ils démarrent enfin. Rue Murillo, Mme Favié parlemente. Comme elle est longue à revenir. Elle a vu Josette qui a un peu de fièvre et dort. La fracture est réduite, le bras dans les
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- atelles... Il y a une religieuse pour la veiller la nuit. Elle n’a vu que Mme Le Hague, qui paraît désolée.
- Une insomnie jusqu’à l’aube. Francine est à l’étude bien avant Herbelot. Sous ses yeux, il écrit à Me Tartre.
- Au bout d’une demi-heure, un clerc toquait à la porte: «Entrez! —Ah! voici la réponse... Prévenir... mnnmun .. m’entendre avec mon client, mnn-mun ! serez aussitôt avertis !... mnnmun ! » Bien. Le temps que votre mari réponde à Me Tartre, que vous fassiez prévenir M. Dutoil... vous aurez certainement, madame, des nouvelles de votre fille avant ce soir, et nous éviterons de déranger M. Trassier : ce qui vaudra beaucoup mieux... Tout se passera à l’amiable... »
- Autant de mots, autant de pointes de feu... Francine, décidément, ne se blasera jamais. Elle se lève et s’en va. Journée atroce : elle a une envie maladive, un besoin convulsif de voir sa fille... Tout son corps est attiré, aimanté, projeté... Elle ne comprend pas que dix fois, vingt fois, elle n’ait pas couru, comme une folle, bousculant tout... Enfin ! enfin ! Dutoil arrive...
- — Je vous en supplie, madame... mais ne vous tourmentez pas comme ça ! L’enfant ne va pas mal... je l’ai vue..Un peu de fièvre, c’était fatal... Il est préférable, de ne pas la transporter aujourd’hui. Mais je vous répète, je vous jure... Votre fille pense à vous ; elle m’a dit : « Où est maman ? »
- Ah ! le cri de Francine!... La pauvre chérie! elle' a dit : « Où est maman ? » Son coeur est retourné par ces simples mots. Encore ignorait-elle ce qu’on avait soigneusement caché à Dutoil : Josette, depuis la veille, ne se réveillant de son assoupissement que pour pleurer et répéter : « Je veux voir maman, je veux qu’on aille chercher maman ! » tandis que Mme Le Hagre très ennuyée, ne sachant que faire, murmure : « — Oui, ma chérie, dors ; elle va venir... Céline a été la cher., cher. »
- L’instinct tenaille Francine ; elle se sent qui déchire sa chair. Elle a mal à ses flancs, qui ont porté, qui ont
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- mis au monde. Des heures encore à se mordre les lèvres au sang, à mettre en charpie son mouchoir de dentelle : non, elle n’écoutera plus cette odieuse prudence. Son divorce, sa liberté, son avenir, sa haine, son dégoût... elle marche sur tout cela, elle le piétine... A-t-elle dîné?... a-t-elle dormi ?... Il fait nuit... Rêve-t-elle ?... est-elle éveillée ?...
- Onze heures et demie... Elle se glisse sans bruit hors de l’appartement, elle est dans la rue... Pas de voiture... Tes ténèbres, de tristes becs de gaz... Elle marche... Elle n’a qu’une idée : revoir sa fille... il arrivera ce qui voudra. — Et puis, quoi ? que peut-il arriver ? On lui cache quelque chose... De la fièvre ?... Et Josette qui a dit : « Où est maman ? »
- Elle arrive, elle sonne, elle se jette dans l’escalier. Déjà elle esta genoux, auprès du lit où Josette brûlante somnole, son bras rigide dans l’appareil. Une religieuse efîarée se dresse dans un fauteuil, et en bas la porte qu'elle a laissée ouverte, et que le portier levé en grommelant repousse, claque, comme une trappe !
- QUATRIÈME PARTIE
- « Les instincts d’un bourreau sont en germe dans chacun de nos contemporains. »
- Dostoiewsky.
- I
- Toute au bonheur d’avoir reconquis Josette, qu’au matin elle faisait transporter chez elle, Francine, les jours suivants, ne vécut que pour sa fille. Il lui restait, de cette nuit de cauchemar, un souvenir imprécis : les allées et venues silencieuses de Mme Le Hagre, la disparition de la religieuse, allant prendre du repos.
- (A suivre.)
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- ASSURANCES MUTUELLES
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- Société da Familistère. - Assurances Mutuelles
- MOUVEMENT DU MOIS DE JUILLET 1905, A GUISE
- ASSURANCE CONTRE XjA MALADIE
- Section des Hommes
- Cotisations des mutualistes..... 2.044 20
- Subvention de la Société......... 652 40
- Malfaçons et Divers.............. 380 60
- Dépenses......................................
- Déficit en juillet 1905
- 3.077 20
- 3.726 65 649 45
- Section des Dames
- Cotisations des mutualistes...... 498 95
- Subvention de la Société......... 246 27
- Divers.......................... .. 3 20
- Dépenses......................................
- Boni en juillet 1905
- 748 42
- 661 60 86 82
- ASSURANCE DES PENSIONS
- Subvention de la Société et Divers 5.066 91 1
- Intérêts des comptes courants et > 8.275 04
- du titre d’épargne.............. 3.208 13 j
- Dépenses :
- 128 Retraités définitifs.............. 8.815 47 \
- 5 — provisoires.................... 258 50 i
- Nécessaire à la subsistance........ 5.118 75 ; 15.019 67
- Allocations auxfamill9 des réservistes 3 50 i Divers, appointem., médecins, etc. 823 45 /
- Déficit en juillet 1905.............. 6.744 63
- CAISSE DE PHARMACIE
- Cotisations des mutualistes... 869 » ) , 9,Q /n
- Subvention de la Société...... 374 40 \
- Dépenses................................. 675 68
- Boni en juillet 1905.............. 567 72
- RÉSUMÉ
- Recettes sociales du 1er juillet 1904 au 30 juillet 1905 9.548 11 i
- » individuelles » » 3.795 95 ( 13.344 0b
- Dépenses » » _ ......... 20.083 60
- Excédent des dépenses sur les recettes.. 6.739 54
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- LE DEVOIR
- ÉTAT CIVIL AU FAMILISTÈRE DE GUISE
- MOIS DE JUILLET 1905.
- Naissances :
- 19 juillet : Nicolas Marcel, fils de Nicolas Henri et de Lambert Eugénie.
- 26 — Péteau Georges, fils de Péteau Emile et de
- Froment Marie.
- 28 — Bléron Madeleine, fille de Bléron Léon et '
- de Léguiller Georgette.
- Décès :
- 6 — Mlle Dieux Thérèse, âgée de 21 ans.
- 16 — MIIe Hamel Georgette, âgée de 22 ans.
- 17 — Mroe Lemaire-Baquet vve, âgée de 69 ans.
- Le Gérant : H. E. Buridant.
- Nîmes. — Typ. A. Chastanier, 12, ne PraJier.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES.
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- Février 1900.
- documents pour une biographie complète
- de J. B. André G O DI PT (1)
- Glorification du Travail. — du Travailleur.
- Deuxième partie.
- XXII
- 1871-1872. Adjonctions à la commission administrative. Comités divers. Propositions touchant le
- contrôle et l’organisation du travail des employés.
- Dissolution de la commission administrative.
- Le 2 décembre 1871, se tient, sous la présidence de J.-B.-A. Godin, une séance de la commission administrative à laquelle prennent part deux nouveaux membres, tous deux chefs d’ateliers et nouvellement admis dans l’établissement.
- La commission comporte donc désormais huit membres.
- Voici des extraits du procès-verbal de la réunion.
- « M. Godin explique que les séances sont reprises à dater de ce jour (2), qu’elles seront alternées et affectées, suivant les besoins, entre les affaires de l’Usine et celles du Familistère;
- « Que le mode de procéder de la commission administrative réunie en séance sera ainsi réglé :
- « La commission procédera, au commencement de
- 6) ^ • Appendice, p. 60 , tome 26e, Le Devoiv, janvier 1902.
- (2) Il y avait eu prorogation depuis le 18 octobre précédent. ,
- 1
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- chaque séance et sous le président de la séance précédente assisté du secrétaire de cette même séance, à la nomination d’un président et d’un secrétaire de la séance du jour...
- « Le président et le secrétaire sont toujours rééligibles. Cependant, M. Godin est d’avis qu’il y aurait avantage, au moins pour les premiers temps, à faire alterner les fonctions, afin de donner à toutes les facultés le moyen de se produire, et de mettre ainsi les membres du conseil à même de reconnaître et déjuger les mérites de chacun au point de vue de l’exercice de ces délicates fonctions.....
- « L’ordre du jour sera formé par les inscriptions faites entre la tenue des séances, par tout membre de la commission administrative, — sur un livre ad hoc déposé sur le bureau—, des faits ou questions qu’il entend soumettre aux décisions de la commission.
- « Il ne pourra rien être discuté en dehors de l’ordre du jour......
- « Création de comités.
- « M. Godin déclare instituer les comités suivants, sous toutes réserves d’en créer d’autres qui seraient reconnus utiles aux besoins du service, ou de modifier le personnel de ceux ci-après créés :
- « Comité d’industrie » :
- (Les 4 membres désignés font partie du conseil).
- « Comité des expéditions » :
- (3 membres dont deux ne font pas partie du conseil).
- « Comité des modèles » :
- (4 membres dont deux nommés en dehors du conseil).
- « Comité du contentieux. Recouvrement et litiges » :
- (5 membres dont trois nommés en dehors du conseil).
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 6?
- « Comité des approvisionnements » :
- (4 membres tous faisant partie du conseil). '
- « Comité des récompenses » :
- (5 membres tous conseillers). »
- Les six comités ainsi institués, composés de 3 à 5 membres chacun, représentaient, pris séparément, 25 titulaires et pris en bloc 15; certains des 8 conseillers se trouvant faire partie de 2, 3 et même 4 comités. 7 titulaires avaient été pris en dehors du conseil, et chacun d’eux n’était membre que d’un comité.
- Quatre jours après l’institution par Godin des comités ci-dessus énumérés, le 6 décembre 1871, la commission ou plutôt le conseil d’administration — c’est ainsi que 'le corps se désigne lui-même à cette époque — s’était réuni et nous lisons au procès-verbal de la séance.
- a Le conseil décide quant à l’organisation des comités, qu’ils jouiront de leur pleine autonomie et se régiront comme ils l’entendront pour leurs séances particulières. » Quant aux rapports des comités avec le conseil, il est décidé d’abord qu’on notifiera à chaque membre (1) sa nomination en tel ou tel comité; ensuite « que les rapports d’un comité avec le conseil ou avec les autres comités auront lieu par l’entremise d’une personne déléguée. »
- Enfin , le procès-verbal résume les attributions des comités en ces termes : « Préparer les décisions à prendre ; faire exécuter les décisions prises. »
- Bien que les renseignements nous manquent sur le fonctionnement de ces comités, nous en avons noté ici la création, parce qu’ils font partie des efforts de Godin en vue de l’initiation du personnel à la gouverne de l’établissement. La suite de ce travail nous amènera,
- (1) Quelques-uns, on le sait, ne faisaient pas partie du conseil.
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- du reste, à relever à titre de présomptions de capacités spéciales chez certains employés le fait d’avoir été appelé (élu) par Godin en qualité de membre de tel ou tel comité.
- Revenons aux efforts du conseil pour remplir la mission qui lui avait été assignée (1) touchant la répartition des bénéfices d’après les bases posées dans le volume Solutions sociales. Godin présentait quatre facteurs de la production : l’action de la nature, le capital, le travail, la capacité.
- Il montrait qu’au nom du premier se prélevaient sur les bénéfices annuels les frais de garantie de l’existence des faibles, les frais d’éducation, etc. Les parts respectives du second et du troisième facteurs étaient présentées comme devant être déterminées au prorata des intérêts convenus pour l’usage du capital et des salaires ou appointements convenus pour l’exécution du travail.
- Restait à déterminer la part spéciale du facteur : capacité; car, une fois les salaires ou appointements convenus, le travailleur apporte plus ou moins de vigilance, de ponctualité, d’habileté, d’économie de temps et de matières, etc., dans l’exécution de la besogne; toute une somme de mérites est donc à faire entrer en ligne de compte.
- Dans les ateliers de fonderie et ajustage, on saisissait mathématiquement une certaine part de ces mérites et les primes allouées à divers titres établissaient entre les travailleurs un commencement de la distinction voulue. Par quel mode instituer des mesures parallèles dans les autres services et spécialement dans les fonctions des employés?
- La participation aux bénéfices ayant déjà été étendue
- (1) Précédent chapitre, p. 10, Le Devoir, janvier 1906.
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- documents biographiques
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- parGodin à la plupart des travailleurs de cette catégorie (essais de répartitions mensuelles, janvier à mai 1870), c’était eux d’abord qu’il fallait appeler à la répartition des bénéfices de 1871, sous un mode en accord avec les indications du volume Solutions sociales.
- Les conseillers étaient là en présence d’un problème très-ardu. Les mesures générales qu’ils pourraient proposer s’appliqueraient tout naturellement à eux-mêmes, principaux employés. Enfin, on se mita l’oeuvre.
- Le désir d’unifier les mesures d’ordre fit songer d’abord à essayer de contrôler l’heure d’arrivée dans les bureaux comme on contrôlait l’heure d’arrivée dans les ateliers. On lit, en effet, au registre des procès-verbaux du conseil, séance du 4 janvier 1872 :
- .... « La question de l’émargement des employés est discutée au point de vue de la signature ou des jetons; cette dernière idée paraît obtenir la prédominance. Et le conseil tombe d’accord que dans la mesure à appliquer il n’y aura pas lieu de faire d’exceptions ».
- A remarquer ce dernier membre de phrase : les conseillers se plaçaient, on le voit, sous la règle proposée. La question n’est point résolue séance tenante, on la renvoie à huitaine.
- Sous le titre : « Emargement des employés » elle est ainsi remise de séance en séance jusqu’au 25 avril.
- Mais pendant ce délai s’opèrent deux nouveaux essais de recours au suffrage dans la série des employés , essais auxquels les conseillers prennent part et qui ont pour objet : l’un, le classement du personnel par lui-même, selon les mérites ; l’autre, la détermination des appointements. (Nous verrons chacun d’eux en un chapitre spécial). Ni l’un ni l’autre de ces essais Valaient fourni aide véritable à la solution du problème : répartition équitable des bénéfices ; le sujet demeurait
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- donc à l’étude, aussi à la séance du 25 avril, la question « d’Emargement des employés » est-elle englobée sous cette plus large formule : « Règlement général des employés et surveillants de l’usine. »
- Très-difficile à résoudre le problème était envisagé diversement par les conseillers ; les uns tenaient pour une refonte des bases du travail de l’employé ; les autres voulaient avancer pas à pas, réglant à mesure du possible chacun des éléments qui s’offriraient à l’esprit comme vraiment meilleurs que ceux en usage.
- A la séance du conseil, en date du 2 mai, l’ordre du jour reflète cette dernière opinion ; le sujet pendant y figure en ces termes : « Règlement général de l’entrée des employés et surveillants de l’usine et mode de contrôle. » On lit au registre :
- « Une commission de trois membres est nommée pour étudier la question et présenter un rapport; et au préalable pour s’assurer si cette mesure est susceptible de résultats pratiques. »
- Les conseillers dissidents se trouvaient comme en des camps opposés, leurs lettres à Godin en témoignent; et celui-ci par lettre adressée individuellement à l’un, à l’autre, s’efforcait de les mettre en garde contre leur propre entrainement.
- Deux sortes de documents vont peindre cet état des esprits : primo, les rapports déposés en conseil touchant le travail des employés ; secundo, une lettre de Godin au conseil. Bien que cette lettre ait été connue des destinataires le 28 mai, et que les rapports en question se soient produits en séance deux jours plus tard, le 30, nous ferons venir les rapports en premier lieu (un d’eux du reste était dressé dès le 15 mai), parce qu’établissant la situation, ils permettent de mieux comprendre la lettre de Godin et aussi la nou-
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- velle prorogation , plus exactement la dissolution du conseil, laquelle va s’imposer à un mois de là, malgré toute la bonne volonté dont, pris séparément, les conseillers pouvaient être animés.
- Nommée le 2 mai en conseil, la commission dite « du contrôle général du personnel » présente son rapport au conseil le 15 mai ; la discussion est renvoyée à huitaine; puis ajournée encore.
- Enfin, le 30 mai, le conseil s’occupe du sujet. Un des trois membres de la commission donne lecture du rapport.
- En voici le texte :
- « La commission a adopté après délibération qu’il y y avait lieu de diviser le personnel de l’usine en deux grandes catégories : ceux astreints aux heures de présence des bureaux et ceux astreints à celles des ateliers; que pour contrôler la présence à l’entrée du matin, la signature de chacun était le mode le plus convenable et qui présentait le plus de garanties pour pouvoir constater l’arrivée simultanée de plusieurs personnes, qui prennent alors le même numéro d’ordre ou de rang. Dans ce cas, ces personnes signeront toutes sur la même ligne et auront le même numéro.
- « Comme actuellement il y a 43 personnes devant arriver à l’heure d’entrée des ateliers et 43 à l’heure des bureaux, il a été décidé que deux livres seraient nécessaires : un pour chaque catégorie; et comme la chambre du concierge ne présente pas la facilité voulue pour faire signer les employés des ateliers, il est proposé de faire un appentis pour servir à cet usage, sur le terrain libre en avant du bureau de bascule.
- « Il n’y aura, quant à présent, de contrôle que pour l’entrée du matin ; s’il y avait abus pour les entrées de 10 heures et de 3 heures , il serait nécessaire d’étendre la mesure.
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- « Il est aussi décidé qu’il sera demandé une prime de 15 francs par mois, donnée à celui de chaque groupe qui aura eu le plus d’exactitude pendant tout le mois.
- « Seront compris dans les employés de bureaux, MM. les dessinateurs et les autres employés des bureaux de fabrication générale, dépouillement, etc., comme entrée à 7 h. du matin et sortie à 7 h. du soir. »
- « A ce dire de Monsieur (nom propre) » lit-on au registre, « Monsieur (un autre membre de la commission) répond par le dire que voici :
- « Nouvelle et plus radicale proposition :
- « J’ai l’honneur de soumettre au conseil la proposition suivante :
- « Attendu qu’un employé n’est qu’un ouvrier; qu’il lui est dû, dès lors, la concession des mêmes droits et avantages qui sont attachés à ceux-ci ;
- « Attendu qu’il est écrit dans «Solutions sociales », pages 19, 20, 21 et 22 :
- (Suit la copie in extenso de la section III : « Travail à l’heure et travail à forfait » du chapitre troisième). Après lecture, l’orateur continue :
- « Je prie le conseil de déclarer qu’il est d’avis: « 1° que le travail des employés sera réorganisé de façon à le mettre aux pièces, ce qui est beaucoup plus facile et plus pratique qu’on ne le pense à première vue; 2° subsidiairement, qu’en attendant l’application du travail aux pièces qui ne pourra s’établir qu’après l’élaboration d’un tarif, ratifié par le chef de la maison, le travail soit mis provisoirement à l’heure; 3° que le tiers du matin soit facultatif, avantage qui est accordé au dernier manœuvre de la cour ; 4° qu’afin qu’il ne puisse y avoir aucune surprise dans une discussion .aussi grave, puisqu’il ne s’agit de rien moins que de
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- l’application au travail de 90 personnes des principes posés par (compliments à l’adresse de J.-B.-A. Godin) l’auteur de Solutions sociales, la discussion soit renvoyée à huitaine afin de permettre cà chaque membre du conseil de bien mûrir son opinion.
- « Enfin, attendu que ma proposition est plus large que celle portée à l’ordre du jour, je prie le conseil de lui donner la priorité.
- «Telle est, Messieurs, la proposition que j’ai l’honneur de soumettre au conseil, je vous demande la permission de l’expliquer et de la justifier en quelques mots.
- « Mon assimilation de l’employé avec l’ouvrier ne me paraît pas contestable au point de vue familistérien.
- « Les autoritaires soutiendraient que l’employé est plus que l’ouvrier, mais nous ne sommes pas des autoritaires.
- « Aucune doctrine sociale n’a jamais dit que l’employé est moins que l’ouvrier ; donc, s’il ne peut être plus ou moins, il est égal,
- « Donc, mon assimilation est parfaitement fondée.
- « Personne, je suppose, ne tentera de dénier les vérités proclamées par (nouveaux compliments à l’adresse de J.-B.-A. Godin).
- L’orateur continue :
- « J’ai proposé l’établissement d’un tarif général pour la rémunération des travaux de direction et de comptabilité.
- « Il se peut que la chose soit trouvée d’abord singulière ; il en est ainsi de toute nouvelle conception qui sort des sentiers battus du vieux monde.
- « Mais j’espère bien que les Familistériens n’en repousseront pas l’examen par cette éternelle fin de non-recevoir : c’est impossible. Il n’y a d’impossible que ce qu’on ne veut absolument pas faire. Ce jugement:
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- c’est impossible, n’est jamais qu’une excuse que l’esprit se donne à lui-même pour justifier sa paresse native.
- « C’est difficile, oui, mais la tâche qui nous incombe à nous Familistériens n’est certes pas facile, car il s’agit de faire ce qui n’a jamais été fait.
- « Notre fondateur a posé les principes de l’éternelle justice, à nous d’en rechercher l’application par tout, à tous, en tout, toujours.
- « Pratiquement de quoi s’agit-il donc, au fond ? d’une simple question d’organisation matérielle, car l’organisation morale... (nouveaux compliments à l’adresse de M. Godin.)
- « Voyons donc quelle peut être cette organisation matérielle. Essayons.
- « Je propose de dire : Prenons une année moyenne de l’usine, 3 années si l’on veut pour en déduire une moyenne.
- « Faisons masse des affaires faites, des salaires payés, des matières employées, etc.
- Faisons masse des appointements payés. Comparons en masse.
- « Il va en ressortir une foule d’enseignements, je ne m’arrête qu’à un seul, capital : un certain chiffre d’affaires annuelles aura nécessité la dépense d’un certain chiffre en appointements, d’où nous tirons le tant pour cent des salaires qu’affectent cent francs de ventes.
- « Voici la base du tarif trouvé ; nous avons à répartir aux travaux de direction et de comptabilité tant pour cent des affaires faites.
- « Cette base fixée, reste la répartition, tant pour avoir fait tel acte, tant pour avoir dirigé la production de tant de travail, etc. Les détails appartiennent à l’étude pratique qui est à faire.
- « Mais dès à présent un jalon est planté : répartir
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- en raison du travail effectivement fait, la masse des appointements
- « Ici peut se placer une objection sérieuse, on peut dire : La base de notre tarif étant prise dans la proportionnalité du chiffre d’affaires avec le chiffre total des appointements, si la masse des affaires augmente, la masse des appointements croît en proportion.
- « Sans aucun doute. C’est une première évolution de l’association ; et il n’est pas douteux que lorsque 90 personnes déjà savent qu’il dépend de leur zèle, de leurs soins et de leur travail, de leur cordiale entente, de faire forcément augmenter la rétribution de tous et de chacun, il n’cst pas douteux que la masse des affaires s’augmentera d’une manière sérieuse.
- « On parle de surveillance du personnel! Quelle surveillance ce sera que celle de 90 personnes qui sentiront que tous leurs efforts ont un même but, qui sauront que la paresse, l’apathie ou l’incapacité d’un seul contribuera à faire baisser la valeur du travail de chacun
- « Je ne pense pas que personne dans le personnel repousse l’établissement d’un pareil tarif de travail effectif, productif.
- « Qui donc aurait intérêt à le faire, si ce n’est ceux qui vivraient parasitement d’un semblant de travail? Je ne pense pas que personne à l’usine soit dans ce cas, qu’il y ait parmi nous des âmes assez viles pour extorquer, dans un semblant d’action, le salaire qui leur est alloué.
- « Je compte donc et avec pleine confiance sur le concours loyal de tous, sur les lumières de tous, sur la justice de fous pour l’établissement de cet équitable tarif.
- (Suit le passage dont nous avons donné le début dans le chap. XX (Th le voici dans son entier) :
- (1) P. 713, Le Devoir, décembre 1905.
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- « J’ai demandé subsidiairement et à titre essentiellement transitoire l’établissement du paiement à l’heure, en attendant l’établissement du tarif général de direction et de comptabilité.
- « Je ne dirai que quelques mots sur cette mesure essentiellement transitoire, c’est qu’elle a des précédents dans l’usine : Ainsi, Messieurs (les noms suivent) trois hommes d’aptitudes très diverses, de mérites fort dissemblables, mais en tous cas trois chefs de service'sont payés à l’heure.
- « Or, il se trouve précisément que, bien certainement de l’avis de tous, ces Messieurs sont signalés d’une manière toute particulière à l’estime de chacun par la façon loyale, active, intelligente, productive dont ils dirigent les services confiés à leurs soins.
- « Je ne dirai pas que leur mérite dérive du mode de rémunération qui leur est appliqué, mais je puis bien logiquement en conclure qu’au moins ce mode de rémunération n’empêche pas l’examen des services rendus à l’usine. »
- « Quelques explications » lit-on au registre des procès-verbaux « s’échangent entre divers membres, à la suite desquelles la question est renvoyée à huitaine. »
- Voici maintenant la lettre ci-dessus annoncée de Godin.
- Convoqué par le président en séance spéciale, le conseil en eut connaissance le 28 mai :
- * Versailles, 26 mai 1872.
- « Messieurs de la commission administrative de l’usine,»
- « Je vois d’ici avec chagrin les divisions intestines qui « s’agitent parmi vous ; combien il est regrettable pour
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- « moi qu’un esprit de personnalité prenne la place de « toutes les questions sérieuses qui devraient vous « occuper.
- « L’oeuvre que je fonde à travers tous les obstacles « est digne d'être mieux interprétée. Mais pour s’en « faire l’interprète il faut réellement se débarrasser « de cet esprit de lutte qui est le propre des âges de « ténèbres et d’ignorance et qui a toujours servi à « foncier la tyrannie et la servitude humaines.
- « Pourrais-je donc jamais être condamné à tirer cette « conclusion terrible que je ne pourrai rencontrer sur « ma route des hommes capables de me comprendre ?
- « Je ne le crois pas et si je mets ma confiance en vous,
- « c’est parce que je crois que vous n’êtes pas inaccessi-« ble à ce sentiment d’amour du prochain qui dispose « l’homme à pardonner à ses semblables et qui, surtout,
- « peut l’animer du désir de réaliser par une action com-« mune le bien que l’union parmi les hommes peut « enfanter.
- « Jamais occasion de réaliser les prodiges que cette « union comporte n'a été offerte au sein de l’industrie « à d’autres comme à vous. Mais, je le déclare, l’action « qui vous incombe ne pourra produire de fruits salu-« taires qu’à la condition que vous placerez les ques-« tions d’intérêt général, d’émancipation et de frater-« nité humaines au-dessus des mesquines questions qui « se rattachent à votre amour-propre. Voudriez-vous « vous en déclarer incapables ? Non, sans doute. Et « pourtant, depuis un certain temps, les questions sé-« rieuses sont délaissées parmi vous, pour faire place * aux taquineries individuelles, et le sentiment qui « devrait animer des hommes désirant véritablement se « rendre utiles, n’apparaît dans vos réunions que d’une » façon secondaire.
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- « Je dois aviser à mettre un terme à cette situation. « Si, en faisant appel à votre dévouement, je ne puis « obtenir que par un retour sur vous-mêmes vous ne € croyiez être en état de continuer vos réunions avec le « calme et les bonnes intentions que vous devez y « apporter, et surtout si vos délibérations ne peuvent « se limiter aux choses véritablement utiles et néces-« saires au but final de l’association de t'usine et du « Familistère, je ne verrai alors d’autre remède que la « dissolution de votre commission.
- « Entrez donc dans la voie que je vous ai ouverte, si « vous avez réellement dans le cœur, comme je le crois, « les ressorts nécessaires ; et vous accomplirez une des « belles tâches dont les hommes puissent être charge gés. »
- Signé « Godin. »
- Cette lecture faite et après avoir demandé si personne ne voulait la parole « le président » lit-on au registre , « dit qu’on ne saurait rien ajouter à cette lettre; elle est l’expression véritable de la situation actuelle; chacun de nous peut en prendre sa part; et il est à désirer que dans l’avenir le conseil ait le bon esprit de faire justice des questions personnelles. »
- « Et la séance est levée. »
- Malgré tout le désir de bien faire, dont ces paroles témoignent, le courant ne put être remonté.
- Le conseil va procéder en juin à un troisième essai de recours au suffrage dans la série des employés. Ce sera le dernier du genre. Il se produira le 18 juin. (Nous en donnerons l’exposé au cours de ce travail.)
- Cinq jours après, le 23, aura lieu la fête du Travail (dont nous donnerons aussi le récit), puis le conseil sera prorogé, le 27 juin.
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- Achevons ce qui concerne le contrôle du travail des employés :
- A la séance du 6 juin, le sujet vient en tête de l’ordre du jour et la discussion est résumée en ces termes :
- « Contrôle général du personnel.
- « Le projet présenté par Monsieur (l’auteur de la 2e proposition) est partagé en deux parties pour en faciliter l’application immédiate :
- « A. Travail aux pièces.
- « B. Travail à l’heure.
- « Travail aux pièces. Adoption à l’unanimité de la prise en considération et de la mise à l’étude sans désemparer. Le conseil charge Messieurs (deux de ses membres) de lui fournir les renseignements statistiques nécessaires à l’élaboration des tarifs. On appellera la question à chaque séance, seulement pour ne pas la perdre de vue et savoir à quel point elle sera.
- « Travail à Vheure. Unanimité pour la prise en considération. Le conseil charge Messieurs (les mêmes que précédemment) de lui fournir à la huitaine les renseignements nécessaires, afin de procéder de suite à la discussion définitive et à l’application immédiate s’il y lieu. »
- Il n’y a pas trace que la question ait été reprise en conseil à la séance suivante, celle du 13 juin ; mais à la séance d’après, 20 juin, on lit :
- « Suite de la question de la transformation des appointements des employés.
- « Les membres du conseil chargés d’élaborer cette question ont commencé un travail qu’ils espèrent pouvoir livrer complètement sous quinzaine. »
- Avant écoulement de la quinzaine, c’est-à-dire à sept jours delà, le 27 juin, le conseil, on le sait, était dissous et la reconstitution « renvoyée à des temps plus propices. »
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- Un des registres donne une trace du travail qui eût dû venir en discussion. Ce sont des notes (au crayon) de la main de l’un des deux conseillers chargés du rapport. Voici le texte :
- « Sur le travail à l’heure :
- « lo Considérant que le changement proposé modifie profondément l’état de choses existant, qu’il y a entre l’établissement et les, employés aux appointements un contrat bilatéral qui ne doit être modifié que du consentement mutuel des parties: considérant qu’il est juste d’appeler tous les intéressés à donner leur avis, et utile de s’éclairer de leurs opinions respectives ; demande qu’il soit fait une assemblée générale des employés aux appointements pour leur soumettre cette proposition, qu’elle soit discutée et que le résultat des délibérations soit transmis au conseil;
- « 2° Considérant encore que le système du travail à l’heure exige un contrôle sérieux dont le mode n’est pas encore trouvé et un règlement d’ordre intérieur à déterminer pour le bien dr. service, soit qu’on adopte le système des amendes de non-présence ou de sortie appliqué aux ouvriers d’ateliers ou tout autre mode de règlement du travail ;
- « Demande que ces questions soient résolues avant toute application du système et, s’il y a adoption, qu’elles soient appliquées simultanément. »
- Le fond de la proposition dissidente, on le remarquera, n’est pas touché dans ces notes. Nul doute qu’il eût été critiqué si la discussion se fût ouverte.
- Le chiffre des affaires peut croître dans un établissement sans que le bénéfice suive une marche parallèle; il pourrait même y avoir perte finale. Mais, même dans le cas tout simple d’une baisse du chiffre des affaires, les employés eussent-ils sans conteste accepté la dimi-
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- I nution de leurs appointements? N’eussent-ils point ! cherché à expliquer cette baisse par des motifs dont ils ! se fussent montrés irresponsables ; matières premières , achetées à trop haut prix, etc., etc., en un mot, ils * eussent demandé la recherche des responsabilités.
- La proposition d’un équilibre proportionnel entre le chiffre des affaires et la masse des appointements tournait le dos à l’organisation de la responsabilité — ce stimulant des meilleurs efforts.
- La question n'alla pas plus loin, le conseil étant dissous. Ce qui précède suffit à montrer de combien d’obstacles est hérissée la recherche expérimentale de la méthode par laquelle seront contrôlées et vérifiées les œuvres effectives, afin d’établir la véritable égalité dans la rémunération du travail.
- (A suivre).
- Vve J.-B.-A. Godin, née Moret.
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- UNE CONFÉRENCE
- SUR
- la Coopération dans les lies britanniques
- {Suite. )
- Vue 18. Leicester (Fabrique de chaussures).
- La manufacture de chaussures de Leicester est une des plus importantes créations de la C. W. S. Ses progrès ont été extrêmement rapides. Fondée en 1873, elle ne tarda pas à se développer dans des proportions inespérées. Devant cette prospérité toujours croissante, le comité décida la construction d’une nouvelle fabrique qui s’ouvrit en 1891. Ce nouvel édifice (vue 18) a un caractère imposant : propreté, lumière, hygiène, bien-être, tels sont les avantages offerts aux travailleurs dans cette usine modèle. De vastes fenêtres laissent entrer l’air et le jour en abondance ; la nuit, des lampes électriques munies de globes en verre dépoli répandent dans les ateliers leur brillante clarté.
- Une des particularités de l’établissement, c’est que toutes les manipulations s’y font à l’abri de la poussière. Ce résultat est obtenu au moyen d’un puissant courant d’air qui, passant par des tuyaux rattachés aux diverses machines, aspire les infimes particules de cuir et les chasse hors de l’usine. Au cours d’une visite à l’usine de Leicester, on peut voir fonctionner les outils les plus modernes et se rendre compte des combinaisons mécaniques fort ingénieuses qui ont permis de réduire la main-d’œuvre au minimum. Prenons un exemple : l’opération qui consiste à mettre la trépointe exige le tiers d’une journée lorsqu’elle est
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- exécutée à la main ; avec la machine on peut, en moyenne, en mettre trois cents paires par jour.
- 9.3S0.OOO francs d’affaires pour un personnel de 2.674 ouvriers et employés, tel a été le bilan de la manufacture de Leicester en 1903.
- Vue 19. Leeds (Manufacture de vêtements).
- Fondée en juin 1890, cette fabrique, quoique d’un aspect peu imposant quand on la voit de l’extérieur, réserve plus d’une surprise agréable aux visiteurs. Ce n'est pas trop s’avancer d’affirmer que le comptoir de Leeds a été une des plus heureuses créations de la c. w. S.
- Depuis le début de cette industrie à Batley, en 1887, le chiffre des ouvriers a constamment augmenté. Il s’élevait au nombre de 596 en 1903 et les affaires, cette même année, dépassaient un million, exactement 1.240.000 francs. Ici encore on est surpris de la perfection de l’outillage. Rien de plus surprenant, par exemple, que la rapidité avec laquelle les machines exécutent la coupe du drap. Vingt ou trente épaisseurs d’étoffe sont tranchées en même temps par un couteau en acier qui passe sur des roues placées au-dessus et au-dessous de la table. La fabrication des boutonnières se fait de même à l’aide d’un adroit mécanisme.
- N’est-ce pas une cause de légitime satisfaction pour les acheteurs de la C. W. S. que de penser qu’aucun « esclave blanc » n’a peiné misérablement et dans un milieu malsain pour fabriquer les -vêtements livrés par elle ? La façon dont les salles spacieuses de la manufacture sont éclairées et meublées, la bonne humeur et la physionomie ouverte des ouvriers qu’elle emploie, justifient la prétention de la C. W. S. d’obtenir de ce personnel, traité avec tant d’humanité et de bienveillance, un travail en tous points irréprochable.
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- Vue 20. Irlam (Fabrique de bougies et de savons).
- Les sommes immenses que les fournisseurs de ce genre d’articles dépensent chaque jour en affiches multicolores et en réclame de toute sorte, doivent convaincre le consommateur que, dans cette partie, les bénéfices sont considérables. Le comité de la G. W. S. se rendit compte qu’il était possible, pour les coopérateurs, de s’assurer ces mêmes profits en fabriquant par leurs propres moyens les bougies et les savons qui leur étaient nécessaires. De cette résolution naquirent, en 1875, les usines de Durham. Les dépenses de construction et d’outillage finirent par atteindre, en 1894, la somme de 942.100 francs. Mais la demande ne cessant pas de dépasser la production et l’espace venant à faire défaut, laC. W. S. résolut d’acheter des terrains sur le canal navigable de Manchester et d’y édifier à partir du mois d’octobre 1895 la fabrique de savons, bougies et glycé-* rinequi porte aujourd’hui le nom d’Irlam.
- Le succès répondit pleinement aux prévisions des directeurs de la Société. Quelques chiffres le prouveront : la production moyenne de l’usine d’Irlam est actuellement de 200 tonnes par semaine. L’inventaire de 1903 nous apprend qu’elle occupait à cette époque 420 travailleurs et que son chiffre d’affaires s’est élevé à 9.490.000 francs pour l’année.
- La proximité du canal (proj. 20) procure à l’usine de grands avantages : les vaisseaux qui apportent de l’Amérique du Sud, d’Australie ou d’ailleurs, des cargaisons de suif ou de résine peuvent décharger ces matières directement sur les quais d’Irlam. De là, on le comprend, une grande économie dans la main-d’œuvre et les frais de transport. Dans le laboratoire de l’usine, des chimistes sont occupés à analyser les produits les plus variés et à en vérifier la qualité. On peut, grâce à leurs soins, affirmer que les savons d’Irlam sont égaux aux meilleurs articles offerts par les autres fabricants.
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- yue 21. Silvertown (Moulin à farine).
- C’est le second moulin créé par la C. W. S. (le* premier avait été construit à Dunston, en avril 1891). Bâti en juin 1900, il se trouve situé à quelques milles en aval de Londres, sur la rive septentrionale de la Tamise et presque en face de la ville de Woolwich. Le terrain sur lequel le moulin est construit longe la Tamise sur une étendue de 100 mètres et les vaisseaux peuvent y être solidement amarrés. D’autre part, un embranchement de voie ferrée le met en communication avec le Great Estera Railway. L’usine est pourvue d’un matériel capable de produire 24 sacs de farine par heure et les diverses machines sont choisies parmi celles qui réalisent les plus grands perfectionnements. En 1903, la production du moulin a dépassé dix millions de francs et ses ouvriers étaient au nombre de 97.
- Vue 22. Le « Progress » (steamer de la C. W. S.).
- Puisque nous venons d’indiquer que les bateaux arrivant de l’Amérique du Sud ou d’Australie peuvent débarquer leurs marchandises sur les quais même d’Irlam et de Silvertown, nous devons ajouter que la C. W. S. possède une flotte de 8 bateaux à vapeur dont le premier fut acheté en 1876; il naviguait entre Goole et Calais. En 1879, on en construisit un second destiné à desservir la ligne Calais-Liverpool. Par la suite, d’autres lignes furent successivement pourvues d’une flotte composée des steamers suivants : Pioneer, Progress, Equity, Fédération, Liberty, Dinah, Briton, Unity et Fraternity. La vue 22 représente le vapeur « Progress » , lancé en octobre 1884 et détruit par le feu à Hambourg en 1887. Un personnel de 113 hommes montait en 1903 les huit vapeurs de la C. W. S.
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- Vue 23. Tralee (Crémerie, beurres et fromages).
- Après ce coup d’oeil rapide jeté sur quelques-unes des entreprises industrielles de la C. W. S., il convient de dire un mot d’une crémerie qui, fondée en 1874, est aussi voisine de la production agricole que de la production industrielle. Deux ans après le début de ses opérations, en 1866, la C. W. S. avait établi un entrepôt à Tipperary pour l’achat direct des produits irlandais, non seulement en vue d’éliminer l’intermédiaire, mais aussi pour protéger ses consommateurs actionnaires contre la fraude et l’altération des produits. La tentative réussit et, peu après, d’autres dépôts furent établis à Limerick en 1869, à Armagh en 1873, à Tralee (vue 23) en 1874, à Cork en 1876, etc.
- Le C. W. S. possédait, en 1903, trente-sept crémeries et cinquante annexes en pleine activité. Elle fait de vigoureux efforts pour restaurer le commerce du beurre en Irlande. Les procédés usités pour la fabrication du beurre, aussi anciens que routiniers, mécontentaient les •consommateurs. En outre, chaque fermier faisait son propre beurre, en sorte qu’il était impossible d’assurer l’uniformité des produits. La technique adoptée dans les crémeries modernes écarte cette difficulté. Tout le lait apporté au dépôt est soumis à des épreuves scientifiquement établies, puis reçoit, sous la direction d’un spécialiste exercé, un traitement toujours identique.
- Vue 24. Portrait de J. Th. Mitchell, ex-directeur delà G. W. S.
- John Thomas Mitchell, dont vous voyez le portrait, est né en 1828, à Rochdale. Après être sorti de l’école communale à l’âge de quinze ans, il entre chez un industriel nommé Pagan, qui le prend dans ses bureaux et l’initie aux affaires. Quelque temps après, il reçoit la direction d’une fabrique de laine. Un peu plus tard, on le retrouve dirigeant pour son compte une manufacture de flanelle, mais il abandonne vite cette situation pour s’occuper de coopération.
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- En 1859, il entre dans la Société des Pionniers de Rochdale; Tannée suivante, il fait partie du conseil et s’y révèle administrateur de premier ordre. On le met à la tête d’une des industries fondées par la Société coopérative. Son succès y est tel, qu en 1869 la Société des Pionniers le désigne pour son représentant dans le Conseil d’administration de la Wholesale. En 1876, il est nommé directeur de ce Conseil, poste qu’il a conservé jusqu’à sa mort, qui a eu lieu en mars 1895.
- Mitchell aimait à parler de son humble origine et il disait : « La pauvreté n’est pas un déshonneur ; le « déshonneur n’existe qu’autant qu’on ne fait rien pour « améliorer sa situation. » La réforme de soi-même lui apparaissait comme la condition de toute reforme sociale. Abstinent convaincu, il ne buvait ni vin ni alcool. « Tachez de gagner tout ce que vous pourrez, » disait-il, « économisez le plus possible et donnez tout votre suce perdu. Celui qui fait du bien aux autres se fait du « bien à lui-même : le seul roi de droit divin, c’est le « roi Humanité. »
- Vue 25 Résultat des affaires delà Société coopérative de vente en gros d’Angleterre (C.W.S.)
- ANNÉES Sociétés fédérées Capital action, RÉSERVES, ASSURANCES Ventes
- fr. fr.
- 1864 50 24.975
- 1870 209 1.104.000 16.940.000
- 1880 604 14.140.000 83.490.000
- 1890 941 36.861.000 185 726.000
- 1900 1.078 79.700.000 401.100.000
- Vue 26. Titre. - Organisation de la coopération agricole.
- Aous avons retracé, dans les pages précédentes, la marche suivie par la coopération dans l’organisation du commerce de détail (1844), du commerce de gros
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- (1864) et de l’industrie (1873) sous ses formes les plus diverses. Nous allons voir maintenant la C. W. S. appliquant la même méthode à l’acquisition du sol et à l’organisation de l’agriculture.
- Vue 27. Roden. — Vue générale.
- Le désir d’aborder la conquête de la terre travaillait depuis plus de vingt ans l’esprit de nos coopérateurs. Aussi, le comité de la C. W. S. était-il à la recherche d’une propriété convenable et dont l’achat parût avantageux. A la première réunion trimestrielle de 1896, le comité annonça qu’une propriété de 300 hectares, semblant offrir toutes les qualités requises, était à vendre dans le Shropshire, et il conseilla vivement aux délégués de l’autoriser à l’acheter. Après une courte discussion, l’autorisation fut accordée presque sans opposition. Disons un mot de cette propriété. On acheta, en juin 1896, non seulement les terres, mais encore les maisons, les fermes, le château, bref, tout ce qui constituait le village de Roden.
- Vue 28. Roden — Le Manoir, maison de convalescence.
- Le château, agrandi peu après son acquisition, est devenu, en juillet 1901, une maison de convalescence pour les coopérateurs. Ce home confortable et même somptueux 'peut recevoir trente personnes ou plus encore. Le projet qui a abouti à la création de cette institution hospitalière a valu aux administrateurs de la C. W. S. les chaudes félicitations de la plupart des sociétés de consommation. Comme on peut le voir par l’image, l’édifice, d’un type moderne, est entouré de vertes pelouses et d’arbres magnifiques. On aurait peine à trouver une retraite plus tranquille, plus aimable, plus propre à procurer aux coopérateurs affaiblis par la maladie, à ceux des villes principalement, les bienfaits d’un repos réparateur.
- Comme pour ajouter encore aux charmes de ce
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- séjour, un vaste parc environne le manoir de ses fraîches verdures et de ses bosquets solitaires. A mesure que les convalescents recouvrent la santé , — et comment la santé pourrait-elle se faire longtemps attendre dans ce petit paradis ? — ceux qui aiment le tourisme ou les sports peuvent satisfaire librement leurs goûts, tandis que ceux qui préfèrent la pêche à la ligne n’ont qu’à se rendre aux bords de la rivière Roden qui baigne de ses eaux très poissonneuses les limites de la propriété.
- Vue 29. Roden. — Intérieur d’une serre à tomates.
- Disons maintenant un mot sur la mise en valeur de la propriété. La plus grande partie en est encore occupée par des locataires qui font valoir leurs fermes; le reste, soit 61 acres, est cultivé parla C.W. S. en fruits ou en légumes. On y voit des lignes de framboisiers, de groseilliers, de pruniers de Damas qui commencent à porter des fruits. En 1899, le rendement des fraises a été de 19 tonnes, celui des framboises de 7 tonnes, celui des groseilles de 4 tonnes et demie. La culture des tomates a été aussi très réussie. On a édifié récemment des serres couvrant un acre de terrain ; chacune d’elles mesure environ 90 mètres de long et 8 de large. Rien n’est plus séduisant pour le regard que de voir le rouge vif des fruits, tranchant sur le vert sombre des feuilles Les plants atteignent une hauteur de 2m50 et plus.
- Vue 30. Roden. — Les nouvelles maisons des cultivateurs.
- La C. W. S. a aussi considérablement amélioré les logements des travailleurs qu’elle emploie. Des cottages de construction récente comprennent deux chambres au rez-de-chaussée et trois chambres à l’étage supérieur. Ces logements sont loués au prix de 3 fr. 10 par semaine; une pareille habitation coûterait trois fois plus cher à la ville. Chaque locataire possède, en outre, un hangar pour ranger ses outils, mettre son charbon,
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- faire la lessive et un carré de terrain pour son usage particulier. En 1903, 77 travailleurs étaient en service à Roden, mais ce nombre se trouve de beaucoup dépassé à l’époque de certaines récoltes. Leurs gages sont aussi plus élevés que ceux payés chez les fermiers voisins.
- Pour conclure, nous dirons que cet essai d’entreprise agricole est trop récent pour qu’on puisse d’ores et déjà affirmer son succès final ; mais il mérite d’être suivi avec intérêt par tous ceux qui reconnaissent l’importance de la question agraire et qui désirent voir s’établir des relations cordiales entre le sol, le travail et le capital.
- Vue 31. Ceylan. — Plantation et manufacture de thé.
- La C. W. S. a acheté à Ceylan en 1902 une importante plantation de thé. Elle s’étend sur une superficie de 364 acres et n’a pas coûté moins de 245.000 francs. Par cette initiative hardie, la Wholesale s’est implantée en plein pays de production. La Chine avait, il y a un demi-siècle, le monopole du thé, le précieux végétal dont les Russes, les Anglais et les Américains font une si ample consommation. C’est ainsi que l’exportation chinoise en Angleterre atteignait en 1842, 18 millions de kilos. Or, soixante ans plus tard, en 1902-03, elle n’était plus que de 4 millions de kilos. Cet énorme abaissement provient de causes diverses, d’abord d’une augmentation des droits de sortie dont le thé est frappé par le Céleste Empire, droits qui s’élèvent aujourd’hui à près de 20 0/0 de la valeur de la marchandise, ensuite de ce que la culture du thé s’est développée dans l’Inde, à Ceylan, et surtout au Japon qui exporte aujourd’hui 28 millions de kilos au Canada et aux Etats-Unis. Il était naturel que la C. W. S., suivant sa politique ordinaire , s’organisât pour s’approvisionner aux lieux mêmes de la production. Elle avait, en 1902, 300 ouvriers et employés sur sa belle propriété de l’île de Ceylan.
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- yue 32. Vansittart Neale.
- Voici le portrait de Vansittart Neale, une des personnalités les plus remarquables du mouvement coopératif de la Grande-Bretagne. Vansittart Neale est né le 2 avril 1810 à Taplows Berks, d’une de ces vieilles familles anglaises qui ne croient pas déroger en s’occupant des intérêts populaires ; il fit ses études à l’Université d’Oxford en même temps que Manning et Gladstone. Devenu par la suite avocat distingué, il mit, jeune encore, ses connaissances juridiques au service des coopérateurs.
- La coopération lui paraissait le moyen le plus efficace pour relever les ouvrière de leur état d’infériorité et leur permettre d’arriver pratiquement et progressivement à une meilleure répartition des richesses. Riche lui-même, il mit sa fortune au service de la cause qui lui était chère et, dès 1848, il contribuait largement à la création d’assocations de production, dont la plupart, d’ailleurs, échouèrent. Instruit par ces coûteuses expériences, il s’appliqua dès lors à développer les associations coopératives de consommation.
- En 1869, il organisa et présida le Congrès des associations coopératives tenu à Londres. En 1872, il fut nommé secrétaire général de l’Union Coopérative et occupa ce poste jusqu’au Congrès de Lincoln qui eut lieu en mai 1891. A cette époque, la charge de secrétaire général devenant trop lourde pour ses forces (il avait alors 81 ans), Vansittart Neale démissionna de cette fonction et mourut à Bisham Abbey, le 16 septembre 1892, à l’âge de 82 ans. Aussitôt sa mort connue , toutes les sociétés coopératives d’Angleterre mirent leur drapeau en berne et toutes les sections envoyèrent à la famille de celui qui s’était dévoué corps et âme à la cause de la coopération, les plus touchants témoignages de regret et de sympathie.
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- L’Union Coopérative de la Grande-Bretagne. — Son organisation.
- Vue 33. Carte de l’Union Coopérative.
- Ebauchée en 1869 et fondée définitivement en 1873, Y Union Coopérative de la Grande-Bretague est une institution tout à fait à part de l’administration des Who-lesales et des sociétés de détail. Elle se propose, suivant sa propre définition, « de maintenir et de répan-« dre les principes qui sont la vie du mouvement « coopératif» . Elle exerce sur l’ensemble de la coopération anglaise une sorte de gouvernement moral dont l’influence et l’utilité ressortiront des détails qui vont suivre, détails que nous empruntons à l’excellent ouvrage écrit sur la Coopération anglaise, par M. Joseph Cernesson 1).
- V Union Coopérative consiste essentiellement en un Comité de 68 membres nommés par les sociétés de distribution, réparties en huit grandes sections territoriales : Centre (Midland), Nord, Nord-Ouest, Sud, Sud-Ouest, Ouest, Ecosse, Irlande. Chacune de ces sections élit un chiffre de délégués proportionnel au nombre de coopérateurs qu’elle possède. Le Midland en a 11, le Nord 7, le Nord-Ouest 15, le Sud 9, le Sud-Ouest 5, l’Ouest 5, l’Ecosse 10, l’Irlande 6, soit au total 68 délégués. En même temps qu’ils forment par leur réunion V Union Coopérative, ces divers groupes de délégués constituent, pris chacun à part, les Comités de Section (Sectional Committees), dotés d’attributions particulières.
- L’Union Coopérative a son siégea Manchester (Long] Millgate). Elle est administrée par un bureau exécutif| (United Board Office) composé de treize membres pris dans son sein et nommés par les Comités de Section qui 8 comptent, suivant leur importance, un, deux ou trois| membres dans l’United Board. Celui-ci choisit à son tour-le secrétaire général permanent (c’est actuellement
- (I) Les Sociétés coopératives anglaises, par Joseph Cernesson. — Paris, A. Rousseau, éditeur, 14, rue Soufflot, 1905, 558 p., 7 fr.
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- M. Gray)? qui a la haute main sur toute l’organisation. Les 68 membres de l’Union ne se retrouvent ensemble qu’une fois par an, au moment du Congrès annuel de la Coopération. En temps ordinaire, ils siègent dans leurs provinces respectives, comme membres du Comité de Section. Chaque section (ou province) se divise, en outre, en districts (ou départements) ayant à leur tête des Comités de district, dont la mission, analogue à celle des Comités de Section, consiste à organiser la propagande, à soutenir les Coopératives naissantes, à renseigner VUnion Coopérative et les Wholesales sur tous les faits qu’il leur importe de connaître.
- Vue 34. Budget de l’Uuion Coopérative en 190<lf
- Nombre et Nature des Sociétés existantes Sociétés adhérentes à l’Union Cotisations versées en 1903
- 1.481 Sociétés distributives 1.051 fr. 205.316
- 146 » de production 98 5.698
- 54 » agricoles 6 56
- 7 Supply Associations (l) 4 1.504
- 11 Spécial Associations (2) 4 570
- 1 Wholesale Anglaise 1 6.250
- 1 Wholesale Ecossaise 1 1.500
- 1.701 1.165 220.894
- Les cotisations annuelles des sociétés adhérentes (2 pences ou 20 centimes par membre) sont réparties dans la mesure de leurs besoins entre les Comités de district, les Comités de section et V Union Coopérative. Le budget dont dispose l’Union s’élève à environ 220,000 fr. par an.
- (1) Les Supply Associations sont des coopératives qui ne suivent pas tout à fait le plan de Rochdale et qui donnent les profits au capital.
- (2) Les Spécial Associations sont des coopératives qui ne sont ni soc.ete de distribution ni société de production, comme certaines buanderies.
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- L’Union se partage, en outre, en un certain nombre de comités spéciaux, ayant chacun leur rôle bien défini : Comité de renseignements, de production, de propagande, des expositions, des finances, d’éducation. Sous l’impulsion de ce dernier, le plus puissant de tous, l’Union a organisé un enseignement coopératif qui a été suivi en 1903 par 1805 étudiants, dont 288 jeunes filles, et qui a distribué 1709 diplômes. Elle a créé, en outre, un service de conférences avec projections lumineuses (lantern-lectures). 349 conférences de ce genre ont été données en 1901. Une sorte d’annexe féminine de l’Union, la Women’s Cooperative Guild, fondée en 1884, poursuit, parmi les femmes anglaises, une oeuvre parallèle d’éducation et de propagande. Cette société, exclusivement féminine, comptait, au 1er janvier 1904, 18,556 membres.
- Le Cooperative News, (d’ailleurs tout à fait indépendant de l’Union Coopérative), est un journal hebdomadaire qui contient de 24 à 36 pages, coûte un penny (10 centimes) le numéro et tire à 65,340 exemplaires. Quant au magazine mensuel illustré, le Wheatsheaf, moins volumineux que le précédent (16 pages de texte), il tire au chiffre formidable de 250,000 exemplaires. Nous ne parlons pas de journaux moins importants ou plus spécialement locaux, comme Scottish Co-operator (22,000 exemplaires). Ces quelques indications montrent assez l’importance du mouvement coopératif anglais.
- Vue 35. Progrès de la coopération dans les Iles Britanniques
- jusqu’à 1900.
- ANNÉES Sociétés Membres Ventes B ÉNÉFICES
- 1862 320 90.000 fr. 58.000.000 fr. 4.000.000
- 1870 748 248.000 181.000.000 13.000.000
- 1880 1.177 603.000 580.000.000 46.000.000
- 1890 1.631 1.138 000 1.091.000.000 106.000.000
- 1900 1.634 1.827.000 1.931.000.000 214.000.000
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- En commentant ce tableau, le conférencier devra faire remarquer que le chiffre de i .931.000.000 , deux milliards chiffres rond, aujourd’hui dépassé, contient environ un demi-milliard de ventes faites par les Sociétés de vente en gros anglaise et écossaise; ce demi-milliard doit être retranché si Von n’envisage que les sociétés de détail.
- Pour plus amples informations, lire l’excellent petit livre de M. Charles Gide « Les Sociétés coopératives de consommation » (Librairie Armand Colin, Paris, 5, rue de Mèzières, prix : 2 fr. 50 , ow Von trouvera des renseignements coopératifs du plus haut intérêt.
- Il est difficile de déterminer à coup sûr l’orientation que prendra dans un avenir éloigné la société humaine ; mais ce que l’examen de l’organisation de la C. W. S. anglaise nous permet de constater , c’est qu’elle réalise un régime économique dans lequel le droit de posséder cesse de se confondre avec le droit d’administrer. L’ancien droit de propriété ,tel que le concevaient les Romains, qui le définissaient le droit d’user et d’abuser (jus utendi et abutendi), se trouve ainsi modifié. On ne possède plus isolément un magasin ou un domaine, on le possède de moitié avec un certain nombre d’associés et on en délègue l'administration à une ou plusieurs personnes désignées à cet effet par l’ensemble des intéressés. On perd donc le droit personnel d’abuser, puisque l’on n’administre plus sa propriété qu’en accord avec un certain nombre de personnes, dont la volonté fait contre-poids à la vôtre.
- Cette transformation profonde date en réalité de la création des sociétés par actions. En effet, l’administration d’une société de ce genre n’est pas abandonnée à l’actionnaire ; elle est confiée à un directeur nommé par les ayants-droit votant ordinairement au prorata du nombre de leurs actions, le capital servant alors à mesurer le droit d’intervention dans le choix du directeur.
- Tlans la Société coopérative de distribution, la séparation entre le droit de posséder et celui d’administrer est
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- aggravée en ce sens que ce n’est plus le capital qui touche les bénéfices, mais bien les acheteurs au prorata de leurs achats et que le droit de désigner le Comité directeur ou le gérant est attaché à la personne de l’acheteur et non à l’importance de son capital-action. Nous constatons dans cette double innovation une tendance franchement démocratique. D’autre part, la coopération de consommation n’empêche pas la création des profits commerciaux, mais elle empêche l’accaparement de ces profits par une seule personne, puisqu’elle les répartit à chaque inventaire entre tous ceux qui ont contribué à les constituer, à l’exception de la partie destinée au fonds de réserve, qui est la propriété de l’ensemble des associés et non la propriété exclusive de chacun d’entre eux. Ici encore, le droit de participer au profit a pris une allure démocratique puisqu’il s’est étendu à une multitude de personnes.
- Qu’avons-nous à relever encore dans le processus adopté par la C. W. S. anglaise? C’est qu’après avoir organisé d’abord le commerce de détail, ensuite le commerce de gros, les coopératives anglaises sont en train d’organiser l’industrie et aussi l’agriculture d’après la même méthode démocratique. Elles possédaient, en 1903, 29 usines de genres très différents : fabriques de confitures, de biscuits, de vêtements, de meubles, imprimeries, moulins, etc. Comment ces usines sont-elles administrées et comment sont-elles possédées ? Elles sont possédées socialement, solidairement, par des groupes de coopérateurs. Chaque titre n’est pas la propriété d’un individu, comme cela a lieu pour les sociétés ordinaires par actions. La Wholesale n’admet pas l’action individuelle; elle ne fait des affaires qu’avec les Sociétés coopératives régulièrement formées d’après les principes de Rochdale. Chaque société adhérente doit prendre trois actions de 125 francs par chaque groupe de 20 sociétaires, ce qui fait 18 fr. 75 par coopérateur. Il suit de là que l’administration de la Wholesale est entre les mains, non d’actionnaires individuels, mais bien de sociétés. Aussi cha-
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- que société adhérente nomme-t-elle, par 500 membres ou fraction de 500 membres, un représentant chargé de participer à cette administration. Ainsi une société de 8.700 membres peut envoyer 18 délégués aux réunions trimestrielles de la Wholesale. La plus petite société a toujours droit d’envoyer un délégué. La direction générale de la Wholesale est confiée à un Comité de 16 membres avec deux représentants du Conseil d’administration de la succursale de Newcastle et deux de celle de Londres, en tout 20 membres, qui sont divisés en sous-commissions chargées chacune d’une branche commerciale du magasin de gros. Cette organisation a pour caractère d’enlever le droit d’administrer à l’individu et de le transférer à des délégués nommés par une élection au premier degré dans la société coopérative de distribution et par une élection au second degré en ce qui concerne l’organisation de production.
- Cette nouvelle conception économique a pour elle, nous venons de le voir, l’expérience pratiquée en Angleterre depuis plus de 60 ans par des millions d’hommes et à propos d’intérêts qui dépassent plusieurs centaines de millions de francs. Si elle se développe dans l’avenir en s’étendant à des multitudes de plus en plus considérables, comme il est permis de l’espérer, elle transformera profondément les conditions de l’existence humaine. Sans supprimer le ressort de l’intérêt personnel et la juste rétribution des capacités — car chacun recevra, comme travailleur, en proportion de ce qu’il aura produit et, comme consommateur, au prorata de ses achats,— elle fera passer peu à peu, grâce aux progrès de l’éducation coopérative, la gestion des intérêts sociaux aux mains des plus capables, elle répartira incessamment la richesse entre tous ceux qui auront contribué à la produire et elle remédiera progressivement, sans secousse Qi violence, aux maux innombrables qu’entraîne, dans l’état présent de la société, la poursuite insatiable et i’usage déréglé de la propriété individuelle.
- A. Fabre.
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- Etat des travaux législatifs. — Elections présidentielles. — La journée de neuf heures dans les manufactures de l’Etat.
- La session extraordinaire est par destination une session complémentaire. Son rôle est de remédier à l’insuffisance de la session ordinaire pour l’achèvement de l’oeuvre législative entreprise.
- Celle de 1905, — nous ne parlons que pour la Chambre, — a laissé beaucoup de choses en suspens. Faut-il faire exception pour la loi sur le régime du gaz à Paris ?
- On sait qu’une première fois le Sénat avait repoussé le système de la régie demandé par le conseil municipal de Paris.
- La Chambre a maintenu intégralement sa décision première, le Sénat a persisté dans la sienne, de sorte que la ville de Paris a dû chercher hâtivement une combinaison provisoire. La question reviendra de nouveau devant le Parlement.
- Malgré l’encombrement du chantier législatif la matière ouvrable ne cesse pas d’y affluer.
- Durant la session extraordinaire de 1905, la Chambre a été saisie de 49 projets de loi d’intérêt général, de 30 projets de loi d’intérêt local, de 95 propositions d’initiative parlementaire et de 4 propositions provenant de l’initiative du Sénat.
- Une proposition de loi rentre dans la compétence de la commission du travail, celle que M. Vaillant a déposée le 27 novembre et qui a pour objet l’institution de la journée de huit heures et du salaire minimum pour
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- les ouvriers et ouvrières et pour tous les employés ou employées.
- Cinq propositions de loi rentrent dans la compétence de la commission de l’assurance et de la prévoyance sociales.
- Deux de ces propositions visent la question des retraites de vieillesse et d’invalidité actuellement soumise aux délibérations de la Chambre ; les trois autres déposées le 16 décembre 1905 par M. Steeg concernent : Die domicile de secours des enfants assistés; 2° la tutelle des enfants abandonnés et des enfants naturels ; 3° la déchéance de la puissance paternelle.
- Une proposition tend à la révision des lois constitutionnelles.
- Les autres projets et propositions sont du ressort des autres commissions.
- En joignant les 178 affaires nouvelles aux 2,030 qui provenaient des sessions antérieures, on arrive au chiffre de 2,208 depuis la réunion de la huitième législature ?
- Au moment où s’ouvrait la session ordinaire de 1906, la dernière de la législature, 1,178 affaires, y compris celles d’intérêt local, étaient complètement terminées. Parmi les affaires en cours, 56 projets d’intérêt général, 178 propositions provenant de l’initiative parlementaire, 2 provenant de l’initiative du Sénat, soit au total : 236, étaient à l’état de rapport sur le fond ; 15 propositions étaient à l’état de rapport sommaire ; 724 projets ou propositions étaient en commissions spéciales, 10 soumises aux commissions d’initiative, 15 en commission d’intérêt local et 5 resfaient à soumettre aux bureaux.
- Parmi les propositions qui sont Pobjet d’un rapport sur le fond et par conséquent pourraient être immédiatement discutées se trouvent :
- 1 Proposition de loi relative à la suppression de la publicité des exécutions capitales, proposition déjà adoptée par le Sénat et dont la discussion a été corn-
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- mencée par la Chambre au début de la législature, puis est restée en suspens;
- 9 Propositions de loi relatives aux sociétés d’assurances sur la vie , de rentes viagères , de capitalisation et d’épargne ;
- 1 Proposition de M. Raoul Péret, tendant à ajouter un alinéa à l’article 57 du Code civil, en ce qui concerne les actes de naissance des enfants naturels ;
- 1 Projet de loi relatif à la surveillance des établissements de bienfaisance privés ;
- 1 Projet de loi relatif à la création de chambres consultatives d’agriculture, le dernier d’une série de projets ou propositions identiques, quant à leur objet, qui ont été déposés sous les précédentes législatures ;
- 1 Pétition de citoyens français tendant à soumettre à un arbitrage leur différend avec le gouvernement portugais ;
- 5 Propositions de loi ayant pour objet la protection du travail national ;
- 4 Propositions de loi tendant à compléter et à modifier la loi du 21 mars 1884 sur les syndicats professionnels ;
- 1 Projet de loi relatif à taxe du pain et de la viande ;
- 1 Projet de loi tendant à la révision de la législation des établissements dangereux , insalubres ou incommodes ;
- 1 Proposition ayant pour but de supprimer les économats et d’interdire aux employeurs de vendre directement ou indirectement à leurs ouvriers et employés des denrées et marchandises de toute sorte ;
- 1 Projet de résolution ayant pour objet d’inviter le ministre des travaux publics à prescrire la fermeture des gares de petite vitesse les dimanches et jours fériés;
- 5 Projets ou propositions de loi portant réforme des codes de justice militaire ;
- 1 Projet de loi, adopté par le Sénat, sur l’enseignement secondaire privé ;
- 1 Proposition de loi tendant à modifier et à compléter
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- la loi du 7 juillet 1904, relative à la suppression de l’enseignement congréganiste;
- 4 Propositions boncernant les moyens de remédier au chômage ;
- 12 Propositions de loi relatives aux retraites ouvrières , dont la discussion, ouverte le 5 juillet 1905, a été suspendue le 14 décembre 1905;
- 1 Projet de loi conférant aux contrôleurs du travail des agents de chemins de fer, les attributions d’inspecteurs du travail pour la surveillance de Papplication de la loi des 12 juin 1893 et 11 juillet 1903, dans les établissements des chemins de fer d’intérêt général ;
- 1 Proposition de loi ayant pour but d’assurer aux employés limonadiers, restaurateurs et assimilés des deux sexes l’intégralité de leur salaire, par la suppression du versement qui leur est imposé par les employeurs sous la désignation de « frais » ;
- 3 Propositions de loi sur le règlement amiable des différends relatifs aux conditions du travail;
- 2 Propositions concernant la réduction des périodes d’instruction militaire de 28 jours et la réduction ou la suppression des périodes de 13 jours ;
- 1 Projet de loi sur la marine marchande;
- 1 Proposition de loi relative aux distributions d’énergie ;
- 1 Projet de loi autorisant des avances aux sociétés coopératives agricoles et 1 proposition de loi tendant à la création de sociétés coopératives en vue de la conservation, delà transformation et de la vente des produits agricoles ;
- 1 Projet de loi, adopté par le Sénat, relatif à la protection et à la tutelle des enfants naturels ;
- 18 Propositions concernant l’organisation des pouvoirs publics et l’exercice du suffrage universel;
- 25 Projets de résolution tendant à la révision du règ1 ement de la Chambre.
- Les chiffres de ces deux derniers paragraphes se passent de commentaires.
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- Même en retenant ce fait que la plupart des propositions ayant un objet analogue sont venues se fondre en une seule dans le creuset des commissions, il n’en reste pas moins que les textes législatifs définitivement arrêtés par les commissions représentent un chiffre assez respectable , puisqu’on n’en compte pas moins de 236.
- Nous n’avons signalé que ceux qui entrent plus spécialement dans le cadre des questions habituellement traitées par Le Devoir.
- Sans parler des propositions de loi dont les Chambres poursuivent en ce moment l’examen, d’autres ont un intérêt non moins considérable. Mais une prompte solution ne s’impose pas pour toutes.
- De la double constatation du nombre des propositions et de leur inégal caractère d’urgence, doit résulter pour la Chambre.l’obligation de faire un choix.
- Si la majorité républicaine ajoutait à son bagage déjà rondelet, le vote des projets de loi sur les retraites ouvrières et sur les syndicats, elle pourrait se présenter honorablement devant les électeurs, ses juges. Mais il lui faut de toute nécessité, liquider le budget de 1906 en temps utile.
- Dès la reprise des travaux parlementaires, M. Georges Cochery a fait, à cet égard, à la commission du budget dont il est le président, un exposé qui confirme en les complétant les considérations que nous avons présentées dans notre dernière chronique sur le danger de tout entreprendre à la fois.
- La Chambre a commencé la discussion du budget le 6 novembre dernier, a-t-il dit en substance. A l’heure actuelle, elle a procédé à la discussion générale et a voté les budgets des ministères de la Justice, du Commerce et des Travaux publics, ainsi que les budgets annexes de l’Imprimerie nationale, de la Légion d’honneur, de l’Ecole centrale des arts et manufactures, des chemins de fer de l’Etat. Il reste aujourd’hui à voter le budget de dix ministères et la loi de finances, ce qui a demandé l’an dernier trente-cinq séances.
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- Si la Chambre continue à ne consacrer au budget que quatre séances par semaine, en admettant que ces séances soient entièrement employées au budget et au seul budget, la discussion ne finira que le 22 mars. Or, Fan dernier, le budget a été voté à la Chambre le 8 mars, et le vote définitif n’a été acquis que le 21 avril.
- Au début de la session de 1906, les Chambres ont procédé, conformément aux lois constitutionnelles , au renouvellement de leurs bureaux respectifs.
- Le Sénat a réélu M. Fallières, qui depuis l’élection de son prédécesseur à la présidence de la République, occupe le fauteuil présidentiel ; la Chambre a réélu, pour la seconde fois, M. Doumer.
- Quelques jours après, le 17 janvier, les deux Chambres étaient convoquées en Assemblée nationale pour élire un président de la République, en remplacement de M. Loubet dont les pouvoirs arrivaient à expiration. Deux candidats seulement étaient en présence : le président du Sénat et le président de la Chambre.
- M Fallières, candidat des républicains, désigné la veille par une réunion plénière des gauches, a été élu par 449 voix, contre 371 à M. Doumer, candidat des droites, bien que républicain
- A la veille des élections générales, l’échec de M. Fallières eût été, à juste titre, considéré comme le reniement de l’oeurre laïque réalisée par les majorités républicaines des deux Assemblées.
- A noter que le 7 janvier, deux jours avant la rentrée du Parlement, avait eu lieu le renouvellement partiel triennal du Sénat, et que les collèges sénatoriaux appelés dans la proportion d’un tiers à élire leurs représentants, avaient, par le choix, donné leur indiscutable approbation à la politique suivie par l’Assemblée qui siège au Luxembourg.
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- Réduction de la journée de travail dans les manufactures de l’Etat
- Dans sa séance du 11 juillet 1905,1a Chambre avait adopté un projet de loi portant ouverture d’un crédit supplémentaire de 508.200 francs ayant pour objet la réduction de la journée de travail dans les manufactures de l’Etat. Ce projet adopté par le Sénat , est devenu la loi du 14 novembre 1905.
- Malgré l’intitulé général de son disposif, « Réduction du travail dans les manufactures de l’Etat », seuls, les ouvriers des manufactures des allumettes et des tabacs sont appelés à bénéficier de la réforme, qui ne s’applique pas notamment aux ouvriers de la Monnaie, bien que ceux-ci dépendent du ministre des finances. En effet, les chapitres 94, 95, 97 et 102 du budget du ministère des finances (exercice 1905) auxquels sont applicables les nouveaux crédits alloués par la loi du 4 novembre 1905, se rapportent exclusivement aux manufactures des tabacs et des allumettes.
- Afin de faire cesser cette inégalité de traitement, le ministre des finances et la commission du budget ont relevé de 38.000 francs, dans le projet de budget de 1906, le crédit affecté aux salaires des ouvriers de la Monnaie, afin de donner à l’administration la possibilité de leur attribuer le bénéfice de la journée de 9 heures, déjà accordé aux ouvriers des autres manufactures.
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- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX
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- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX
- FRANCE
- Le recensement de la population : profession et
- habitation.
- Le rapport présenté, le 27 novembre 1905, au ministre du Commerce, de l’Industrie, des Postes et Télégraphes par le Comité de contrôle et de publication des résultats du recensement de 1901, a donné comme population légale de France le chiffre de 38,961,945 habitants. (1)
- Sur ces 38,961,945 habitants, 19,715,075 forment la population, dite active de la France (armée comprise).
- On a classé dans la population active toutes les personnes qui exerçaient une’’ profession rémunérée à la date du recensement. Ces personnes ont été distinguées suivant qu’elles travaillent isolément ou en commun dans des établissements.
- L’établissement a été défini ainsi : un groupe de personnes travaillant dans une localité déterminée sous la direction d’un ou plusieurs représentants d’une même raison sociale, d’une même firme.
- On voit que les 19,700,000 personnes recensées le 24 mars 1901 comme exerçant une profession, composent 50, 6 O/o de la population totale de la France, tandis qu’en 1896, le nombre correspondant n’était que de 18,994,000, soit 49, 3 0/0 de la population totale.
- Sur les 19,700,000 habitants qui composent la population active, 12,911,000 appartiennent au sexe masculin : soit 68 O/o de la population masculine totale au lieu de 66 0/o en 1896.
- Pour le sexe féminin, le chiffre est de 6,805,000,
- 0) Bulletin de l’office du travail, décembre 1905.
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- (c’est-à-dire un peu plus de la moitié du précédent), soit 35 0/o de la population féminine totale au lieu de 33 0/q en 1896.
- Les travailleurs masculins ont donc augmenté depuis 1896, dans la même proportion que les travailleuses féminines.
- Ainsi, quel que soit le sexe, la proportion des personnes actives a augmenté Ces différences sont en grande partie l’effet d’une centralisation plus complète des bulletins des personnes actives.
- D’un tableau où la population active est répartie par sections professionnelles, nous extrayons les chiffres
- suivants :
- Profession non spécifiée....*. ........ 18 820
- Pêche...................................... 67.772
- Agriculture et forêts...... . 8.176.569
- Industries extractives.................... 266.351
- Industries de transformation........... 5 819.855
- Transport et manutention.................. 830.643
- Commerce................................ 1.822 620
- Professions libérales.................... 399.839
- Services personnels, domestiques....... 1.015 037
- Services publics (armée comprise)...... 1 297.569
- Sur 100 habitants, 21 sont occupés dans l’agriculture (pêche comprise) , 17 dans l’industrie privée (transports compris) ; plus de 4 dans le commerce ; plus de 2 sont affectés aux services personnels ou domestiques ; près de 5 appartiennent aux professions libérales ou aux services publics, un peu moins de la moitié (50) n’exercent pas de profession rémunérée.
- De 1896 à 1901, il y a légère modification dans la répartition, le nombre des personnes actives ayant diminué dans le groupe de la pêche et dans celui de l’agriculture, tandis qu’il a augmenté dans les autres catégories.
- Pour la pêche il convient de formuler des réserves quant à l’exactitude des chiffres comparés , car un grand nombre de bulletins portant la simple indication
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- marin ont été classés dans le groupe des transports alors que, peut être, ils se rattachaient plus exactement à la pèche.
- Dans le tableau auquel nous empruntons les chiffres qui précèdent, il y a augmentation relativement élevée par rapport aux nombres obtenus en 1896, pour les industries extractives : 266.351 personnes en 1901 au lieu de 226.815 en 1896: Ce qui fait une augmentation de 15 °/o
- — Augmentation élevée également pour le groupe du transport et de la manutention : 830.643 au lieu de 712 611 en 1896, soit 14,2 o/0 d’augmentation, — pour le commerce 1.822.620 au lieu de 1 603.817 en 1896, soit 13,5 % — et enfin pour les professions libérales : 399 839 personnes au lieu de 339.176, soit 15,1 % d’augmentation.
- Examinons maintenant le mouvement dans les principales industries.
- Le groupe industriel, de beaucoup le plus important, est celui du vêtement qui occupe environ 1.485.000 personnes au lieu de 1.300.000 en 1896, soit 38 habitants sur 1.000 au lieu de 34. Rappelons qu’à Paris seulement ces industries occupent 278.000 personnes, soit 102 habitants pour 1.000.
- Le groupe qui vient ensuite est celui des industries textiles proprement dites, qui occupe en 1901 : 892.000 personnes, chiffre légèrement inférieur à celui de 1896 : 902.000, soit 229 habitants sur 10.000 au lieu de 233 en 1896.
- Puis vient le groupe du travail des métaux, qui, avec ceux de la métallurgie des métaux fins, occupe 812.000 personnes, c’est-à-dire 21 habitants sur 1.000, en 1901, au lieu de 690.000, soit 18 habitants sur 1.000 en 1896.
- Ainsi, à part les industries textiles proprement dites, on observe pour tous les groupes professionnels une augmentation du nombre des personnes qui y sont rattachées.
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- Le groupe des mines compte 191.000 personnes actives contre 156.000 en 1896. Augmentation de 22 %.
- Les industries de Valimentation , toutes catégories réunies, comprennent, en 1901, 464.000 personnes, au lieu de 445.000 en 1896, soit une augmentation de 4%.
- Les industries chimiques (non compris celles qui sont classées dans d’autres groupes), ont 110.000 personnes dans leur sein, au lieu de 84.000 en 1896.
- Le groupe du caoutchouc et gutta et du papier comprend 70.000 personnes actives au lieu 58.000 en 1896, soit une augmentation de 20 °/0.
- Les industries polygraphiques comptent 99.000 personnes contre 83.000 en 1896, soit 20 % de plus ; presque toutes dans l’imprimerie.
- Citons encore le groupe du travail des étoffes et du vêtement qui occupe 1.484.000 ouvriers ou ouvrières au lieu de 1.304.000 en 1896, soit une augmentation de 13%.
- On comptait, en 1901, 216 grands établissements au lieu de 142 au recensement antérieur. Il est vrai qu’en 1901 on a compris dans ce groupe un certain nombre d’ouvroirs qui, en 1896, avaient été classés dans la population comptée à part.
- Dans le groupe des pailles, plumes, crins (vannerie, etc.), on a recensé en 1901 39.000 personnes, au lieu de 34.000 en 1896 (augmentation de 15 %).
- Les industries des cuirs et peaux occupent ensemble 338.000 personnes contre 335.000 en 1896.
- Pour les industries du bois on a recueilli un nombre de 709.000 personnes employées, au lieu de 678.000 en 1896, d’où augmentation de 4,5 <%.
- Le groupe de la taille des pierres précieuses a donné 5.000 personnes.
- Celui de la taille des pierres à bâtir et du bâtiment a donné 628.000 personnes contre 608.000 en 1896. (Juste 20.000 de plus). Soit une augmentation de 3 <%.
- Dans le groupe des transports {chemins de fer compris), on a recensé, en 1901, 498.000 personnes au lieu de 422.000 en 1896, d’où accroissement de 18 °/0.
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- Enfin, le groupe des commerces divers, à lui seul, a occupé 1.700 000 personnes en 1901 (dont 1.140.000pour les commerces de l’alimentation), tandis qu’il n’en avait employé en 1896 que 1.500.000, soit 13% d’augmentation.
- Nous avons dit que les personnes actives ont été distinguées suivant qu’elles sont occupées dans les établissements, ou suivant qu’elles travaillent isolément. Le personnel des établissements a été divisé en deux catégories : chefs et employés ou ouvriers. De plus le dépouillement a permis aussi de séparer les employés des ouvriers dans la plupart des catégories professionnelles.
- Toutes catégories professionnelles réunies, on a classé en 1901, dans la catégorie des chefs d’établissement, environ 4.870.000 personnes ; dans celle des employés et ouvriers 10.660.000 personnes (toutes les personnes au service de l’Etat, des départements ou des communes ont été rangées dans cette catégorie); dans celle des travailleurs isolés 4.130.000 personnes.
- Sur 100 personnes occupées à la date du recensement de 1901, on compte 25 chefs d’établissement, 54 employés ou ouvriers, 21 travailleurs isolés, proportion sensiblement égale à celle de 1896.
- Les proportions varient d’ailleurs suivant le groupe professionnel. Dans l’agriculture (pêche et forêts compris), 42 p. 100 des personnes actives ont été classées dans la catégorie des chefs d’établissement, au lieu de 12 p. 100 dans l’industrie et de 29 p. 100 dans le commerce. Le nombre proportionnel des employés et ouvriers s’élève de 36 dans l’agriculture, à 42 dans le commerce et à 65 dans l’industrie. Celui des travailleurs isolés n’est que de 22 p. 100 dans l’agriculture, parce que la plupart des petits cultivateurs ont été comptés comme chefs d’établissements familiaux ; il s’élève à 23 dans l’industrie et à 29 dans le commerce.
- D’après les chiffres de 1901, et pour l’ensemble des industries et professions, le sexe féminin compose 40 p.
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- 100 des personnes actives parmi les chefs d’établissements et les travailleurs isolés ; 30 p. 100 parmi les employés et ouvriers. Sur 100 employés et ouvriers, on compte, dans l’agriculture, 28 femmes; dans l’industrie, 27 ; dans le commerce, 25.
- Les proportions données pour les chefs d’établissements et les travailleurs isolés, ne comportent pas, d’après le rapport, la même certitude à cause de la difficulté d’établir un classement précis des femmes, soit parmi les personnes actives, soit parmi les personnes sans profession. Les voici : sur 100 chefs d’établissements, on compte, dans l’agriculture, 41 femmes; dans l’industrie, 31 ; dans le commerce, 42. Sur 100 travailleurs isolés, on compte, dans l’agriculture 23 femmes; dans l’industrie, 55; dans le commerce, 49.
- Les statistiques officielles sont lentes à voir le jour en France. La publication des résultats du recensement de 1901, en ce qui concerne le mouvement professionnel, ne précède que de quelques mois le dénombrement quinquennal, qui doit avoir lieu le 4 mars prochain exactement. Cette remarque faite, il convient de reconnaître que ces sortes d’enquête ont pris avec le temps une importance de plus en plus grande, et qu’on s’efforce d’y comprendre le plus possible des conditions de la vie moderne.
- Le dernier mot n’est pas encore dit à cet égard. Voici qu’il est question de faire fournir, par le prochain renouvellement, un renseignement supplémentaire que les précédentes opérations de statistique avaient, sinon totalement négligé, du moins insuffisamment recueilli; faute d’une intention formelle , d’un plan d’utilisation nettement arrêté. Il s’agit, en l’espèce, d’une enquête sommaire sur l’état de l’habitation, enquête ayant pour objet de dresser une statistique des logements trop peuplés ou insuffisamment salubres.
- Depuis 1846, tous les recensements quinquennaux ont dressé, parallèlement à la liste des habitants, celle des
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- maisons avec leurs étages et logements. Du rapprochement des chiffres globaux de la première catégorie avec ceux de la seconde, on faisait surgir des moyennes qui ne répondaient pas toujours à la réalité. Par exemple, la moyenne de 5 habitants par maison donnée par le recensement de 1896, convient-elle à Paris où l’on trouve des immeubles abritant des centaines d’habitants ?
- Il y a immeubles et immeubles, logements et logements; et il n’existe pas le moindre rapport entre les colossales constructions des quartiers luxueux du Paris moderne et la misérable hutte tapie contre un rocher des Alpes : un même vocable les désigne cependant.
- Au cours de la discussion de la loi sur les retraites ouvrières, un député dont toutes les sympathies sont acquises à l’oeuvre des habitations pour les travailleurs, M. Aynard s’est écrié dans une interruption : c< Le problème des logements n’existe que dans les grandes villes. 70 p. 100 des Français occupent leur propre maison ».
- D’après des statistiques du docteur Bertillon qui remontent à quelques années, et dont il est permis de faire encore état, la situation n’ayant pas dû sensiblement se modifier, sinon peut-être dans le sens du pire, 80.000 pièces à Paris seraient occupées par 364.000 personnes, ce qui fait plus de 4 personnes par pièce, 2 de plus que ne comporterait une suffisante hygiène.
- De telles constatations , d’un caractère indiscutable, sont bien faites pour donner un vernis d’exactitude à la première partie de l’observation deM. Aynard. Et cependant, en laissant de côté les riches habitants des fastueux immeubles parisiens dont ils n’ont pas la propriété, est-il possible d’affirmer que les locataires des immenses casernes ouvrières sont moins bien logés que tant de campagnards habitant au nombre de 3 ou 4, parfois avec le bétail, des maisons qui leur appartiennent, mais qui n’ont de la maison que le nom ?
- Il y a propriétaires et propriétaires, locataires et locataires. Il faut donc sérier menu, serrer de près les espèces, si l’on ne veut pas aboutir à d’étranges moyennes sans utilité pratique.
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- LE DEVOIK
- Personne n’était mieux qualifié que le Conseil supérieur des habitations pour donner un avis éclairé en ces matières. A son instigation et de concert avec son collègue du commerce, M. Dubief, ministre de l’intérieur, a adressé aux préfets une circulaire les invitant à faire remplir par les agents recenseurs, un tableau mentionnant la composition de chaque maison, les logements destinés à l’habitation, avec le nombre de locataires pour chacun d’eux, ainsi que le nombre de pièces afférant à chaque logement.
- D’autre part, les feuilles dites de « ménage », et que doivent remplir les chefs de famille, indiqueront le nombre de pièces destinées à l’habitation des membres du ménage.
- Une fois remplis, les tableaux relatifs aux maisons seront détachés, classés à part et conservés à la mairie, pour y être immédiatement, par les soins de l’agent recenseur, l’objet d’un dépouillement spécial, dont les résultats, consignés sur un état ad hoc, seront adressés, par l’entremise des préfets, au ministre du commerce. Les archives ainsi constituées pourront servir de point de départ à la recherche des conditions de l’amélioration de l’habitation.
- En limitant la mesure prescrite aux villes de cinq mille habitants et au-dessus, le gouvernement s’est, inspiré sans doute de cette opinion très répandue que le problème du logement n’existe que dans les grandes’ villes. S’il n’est pas démontré qu’il n’a pas voulu se buter à des difficultés d’ordre matériel, nous croyons qu’il est dans l’erreur. Mais en cette matière, comme en toutes les autres, il faut admettre un commencement, et nous croyons fermement que le procès de l’habitation sera un jour instruit dans son ensemble conformément à la logique d’une conception sociale plus largement compréhensive.
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- LA QUESTION DE LA PAIX
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- LA QUESTION DE LA PAIX
- La puissance morale des idées pacifiques
- M. Loubet, président de la République , recevant le corps diplomatique à Paris le jour de Pan, a répondu comme suit à l’ambassadeur d’Italie, qui, au nom de ses collègues, avait parlé de la consolidation de l’opinion pacifique dominante en France :
- « Comme vous venez de l’exprimer si éloquemment, c’est avec satisfaction que nous nous rappelonsles voeux par lesquels, ici même, l’an dernier, à pareille date, nous inaugurions l’année 1905. La Paix que nous appelions de tous nos désirs a été enfin rétablie.
- « La puissance morale que les idées pacifiques ont acquise dans le monde a eu la plus grande part à cet heureux résultat. Jamais peut-être leur autorité persuasive et bienfaisante ne s’était ainsi manifestée. Il nous est permis de tirer de là les plus favorables présages.
- « C’est dans cette pensée que je vous adresse, Messieurs, mes félicitations et mes souhaits sincères ».
- Entente municipale internationale
- Le Times du 27 décembre a publié une lettre de sir Edwin Cornwall, lettre bientôt reproduite par la plupart des grands journaux européens, et dans laquelle le président du County Council de Londres, propose un congrès des capitales d’Europe pour discuter les affaires municipales :
- « Etant donné, » dit-il, « que l’entente municipale entre Paris et Londres a déjà produit tant de bien, il m’a semblé que de meilleurs résultats encore suivraient si l’exemple donné par Paris et Londres était développé. Une façon d’atteindre ce but — et j’estime qu’elle sera
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- Lé devoir
- la plus pratique — serait d’instituer un congrès des capitales du monde civilisé. Un tel congrès devrait être tenu à des intervalles réguliers et pourrait se réunir, à chaque occasion, dans des capitales différentes.
- » Si cette proposition rencontre un accueil favorable, je voudrais proposer ensuite qu’à ce congrès participeraient seulement celles des capitales dont la population dépasse un demi-million d’habitants. Dans les capitales qui ont une population inférieure, les problèmes à résoudre ne sont pas les mêmes. Sur cette base, le congrès réunirait les représentants de Londres, Paris, Berlin, Vienne , Budapest, Rome, Saint-Pétersbourg, Madrid, Constantinople, et, si nos amis les Américains nous font le plaisir de se joindre à ce congrès, New-York, Chicago et Philadelphie.
- » Le premier but de ce congrès serait la discussion et l’examen des problèmes qui sont communs à toutes les ’ grandes villes ».
- Sir E. Cornwall propose que le premier congrès , si cette proposition est acceptée, se tienne à Londres.
- La réussite d’un tel projet constituerait un des nombreux bienfaits qu’a produits l’amitié intime de l’Angleterre avec le peuple français.
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- Conciliation anglo-allemande
- Des manifestations en faveur d’un rapprochement anglo-allemand ont eu lieu en Angleterre et en Allemagne. Dans de nombreuses réunions publiques organisées par les sociétés de la paix, on a acclamé les démarches faites des deux côtés du détroit, par des personnes autorisées, en vue de faire disparaître la tension existant actuellement entre les deux pays et protesté contre les excitations d’une presse déloyale qui sont un danger provoqué artificiellement de nature à troubler la paix entre les peuples.
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- Une pétition à M. Roosevelt
- Un grand nombre d’Européens des plus éminents ont adressé une pétition à M. Roosevelt pour lui demander d’employer ses bons offices, afin d’amener la réunion d’un congrès des puissances européennes, réunion au cours de laquelle il sera discuté des mesures à prendre pour que la paix et la tranquillité régnent désormais dans l’empire ottoman.
- Le président de la République des Etats-Unis a fait publier cette pétition, qui est signée par beaucoup d’hommes politiques européens , et notamment par M. Berthelot, ancien ministre des affaires étrangères de France, et par trente-un sénateurs et vingt-cinq députés français.
- Cette pétition demande également au président d’obtenir que le tribunal de la Haye, lors de sa prochaine session, s’occupe notamment des affaires arméniennes et des mesures à prendre pour améliorer le sort des Arméniens.
- Le militarisme en Australie
- Est-ce une conséquence de l'expansion japonaise ou un produit naturel du protectionnisme australien si prohibitif à l’égard des personnes? Quoiqu’il en soit, on annonce la prochaine création en Australie d'un corps de 50.000 cadets des armées de terre et de mer.
- Parmi les colonies anglaises, le Canada et le Natal ont déjà fait des efforts dans ce sens et la question est aussi, paraît-il, à l’étude dans la Nouvelle-Zélande.
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- LE MOUVEMENT FÉMINISTE
- Les élections américaines et les femmes
- Jusqu’à présent la vieille Amérique du littoral de l’Atlantique s’était montrée peu soucieuse d’accorder à la femme ses droits électoraux. Elle avait laissé ce soin aux jeunes communautés de l’Ouest comme le Wyoming et le Colorado. Mais à la veille des élections générales les plus décidés adversaires des franchises politiques de la femme l’ont fait sortir de la réserve où la confinait un vieux préjugé.
- A New-York, les femmes sont allées proclamer dans les quartiers pauvres les scandales de Tammany et les besoins de l’heure présente. A Philadelphie, où elles avaient- organisé un « quartier général » , elles se dépensèrent de la manière la plus efficace. Le comité électoral féminin ainsi constitué va devenir permanent.
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- Les femmes électeurs dans le protestantisme
- Le vote de la loi décrétant la séparation des Eglises et de l’Etat a mis le protestantisme français dans l’obligation de procéder à une nouvelle organisation ecclésiastique. Ce fut l’objet du Synode général tenu à Orléans par la fraction de l’Eglise protestante dite orthodoxe, laquelle, à la majorité de 60 voix contre 40, repoussa toute entente dogmatique avec la fraction dite libérale.
- La nécessité de renforcer la cohésion des effectifs réduits a provoqué une innovation hardie. Désormais, les femmes protestantes seront électeurs dans les mêmes conditions que les hommes. Sous le régime du concordat les hommes n’étaient électeurs qu’à trente ans. Tout le monde le sera à vingt et un ans.
- Le Synode n’a pourtant pas osé déclarer les femmes éligibles aux fonctions paroissiales.
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- LES DEUX VIES
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- LES DEUX VIES
- Par Paul et Victor MARGUERITTE -----------sse--
- ( Suite )
- Dans la pièce familière, où meubles et souvenirs étaient restés en place, elle pouvait croire que rien n’avait changé : cette chambre à côté était celle de Lischen ; en bas, juste au-dessous, sa propre chambre semblait l’attendre.
- Au petit jour, comme elle était seule, Fernand était entré. A peine Pavait-elle regardé ; sans paroles, il s’était approché, un instant était resté derrière elle, penché sur le petit lit, la frôlant de si près qu’elle en ressentait un malaise. Un bruit léger la faisait se retourner : la religieuse et Mme Le' Hagre venaient de rentrer, et il se retirait en silence. Il n’avait pas protesté, deux heures plus tard, quand elle avait dit : « J’emmène Josette. » Sa mère, au contraire,- avait essayé de gagner du temps ; mais, devant le regard décidé de sa belle-fille, elle avait plié, détournant la tête avec trouble ; car, depuis qu’elle connaissait les torts de son fils, elle ne pouvait étouffer en elle le sentiment de justice qui l’invitait à des compensations, impossibles malheureusement, puisque Francine exigeait le divorce, la seule chose que Mme Le Hagre repoussât, de toute sa foi religieuse et de toute sa conscience bourgeoise. Cependant, malgré son orgueil, malgré sa rancoeur envenimée par la lutte, elle eût voulu pouvoir prononcer un mot qui ne fût point de haine, un mot de tristesse et de trêve : elle ne put, se contenta d’embrasser Josette impatiente de partir, cramponnée à sa mère.
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- Allons ! les choses s’étaient correctement passées : Fernand lui avait épargné la scène qu’elle avait redoutée, quand il se tenait si près d’elle. Certes, elle avait senti pleinement ce que son retour, ce côte-à-côte glacial avaient de navrant : oui, l’inimitié de ceux qui eussent dû s’aimer en leur enfant avait quelque chose d’affreux ; mais qui donc plus qu’elle était impuissant à y remédier ; elle qui avait tout supporté, tout tenté, jusqu’à épuisement de forces ?
- Jamais la joie de posséder Josette ne lui fut plus vive : les sourires, les regards de sa fille la jetaient en extase ; l’allégresse exaltée de Mme Favié ne tenait pas en place. M. Dutoil augurait bien du petit bras ; le docteur Larive, avec ses longs cheveux et son beau masque, put tous les jours venir pontifier cinq minutes, pour la forme, au chevet de Josette : Francine lui en voulait moins, du moment que sa fille guérissait. Si Le Hagre eût demandé à rendre visite à l’enfant, elle eût consenti .. et pourtant !
- A peine si, absorbée dans la passion maternelle, elle songeait que, dans trois jours, son divorce serait plaidé. Aussi fut-elle stupéfiée de recevoir ce télégramme de Torson du Foudray : « Vous attends, deux heures, hôtel Bourdaloue. Ne comprends absolument rien lettre félicitations de Me Sépale. Vous vous êtes donc réconciliée avec votre mari ? »
- Elle hésitait à comprendre — (les recommandations d’Herbelot, ses anecdotes à l’appui !...), éprouvait soudain l’angoisse qu’on a dans les chutes vertigineuses du
- rêve ; mais on annonçait :
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- Mme deGuertes.
- La jeune femme, délicieusement habillée, portant avec assurance sa tête à l’évent, lui sauta au cou :
- — Quel bonheur ! Réconciliés ? Maxime est ravi : il prétendait que cela devait finir ainsi ?
- Francine la repoussait :
- — Tu es folle ! Qui ose dire cela ?
- — Qui ? mais ton mari, nos amis, tout le monde !
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- LES DEUX VIES
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- Comment, ce n’est pas vrai ? Mais Mme Pustienne affirmait hier devant vingt personnes que vous étiez partis ensemble pour l’Italie : une nouvelle lune de miel! Et Mme Lu rat a dit: « Ça ne m’étonne pas ; il n’y avait rien de sérieux, nous le savions ! »
- — C’est trop fort ! Et tu as cru cela, toi ?
- — Pourquoi pas ? Maxime le croit bien ! Moi, mais j’aurais pardonné déjà cent fois à mon mari !
- La porte s’ouvrait, et les Morland, rouges et outrés :
- — Qu’est-ce qu’on nous apprend ? Ce n’est pas possible ! Nous ne le croyons pas !
- — Et vous faites bien ! C’est une manœuvre abominable. ..
- — Mais quoi ? Que s’est-il passé ? Vous vous êtes donc rencontrés ?
- Elle racontait, criait la vérité. Les bras du commandant se levèrent ; dans sa redingote à la Déroulède, il parut atteindre le plafond :
- — Ah ! vous avez fait là un beau coup !
- Ainsi, ses amis la comprenaient* si peu : Henriette eût applaudi à la fin d’une guerre dont la fureur l’étonnait ; les Morland, sans songer à l’instinct maternel dont elle était victime, la blâmaient de son imprudence, comme ils s’étaient indignés d’abord à la pensée qu’elle faisait défection à leurs propres rancunes...
- Mme Favié, elle, songea : « Plût à Dieu que ce fût vrai ! > Plus la raison lui démontrait la nécessité du divorce, plus, par sentiment, elle l’exécrait : c’était trop odieux, cet enfant qu’on s’arrache !... «Oui, une réconciliation chrétienne, de cœur et d’âme, eût mieux valu! Quel malheur que Francine ne pût, ne voulût ! » Mais à peine risquait-elle une allusion, Francine bondissait :
- —- Tu accepterais que je reprenne une vie d’outrages, un sacrifice inutile de tous les instants, et pour qui, et pourquoi ?
- -- Pour Dieu, ma chérie, qui, dans son fils, a souffert une passion qu’aucune agonie humaine n’égalera.. • Tu
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- LE DEVOIR
- veux fuir la douleur, mais la vie n’est que douleur j pourquoi ne pas s’y résigner ?
- —- Parce que c’est injuste et que l’injustice me révolte !
- — Es-tu seule à souffrir ?
- — La douleur des autres ne me console pas, au contraire. Encore, si ces souffrances servaient à quelque chose ! Mais non, on m’inflige gratuitement un supplice imbécile. Crois-tu que la loi ne pourrait régler autrement le divorce ! Est-il impossible qu’on se sépare dignement ? Est-ce que ma volonté, librement exprimée, avec des délais suffisants, — devant un maire ou un notaire, pourquoi des juges ? — ne devrait pas me libérer ?De quel droit empoisonne-t-on ma vie ?Elle est à moi, je veux la vivre !
- - Ta vie ? Mais, ma pauvre Francine, la prends-tu si au sérieux? Oublies-tu qu’elle n’est pas à toi, mais à un maître qui compte nos minutes et nous en demandera l’emploi ! Ta vie, menacée par la maladie, les accidents, la mort... ta vie si courte !
- — Oui, ma vie si courte !... Pauvre maman, tu as changé, depuis quelques mois!... Mais ce n’est pas toi qui parles, c’est ton confesseur, c’est ton passé, quelque chose qui essaie en toi de revivre et qui n’y parviendra pas, je l’espère. Ab ! je la connais, cette théorie ; depuis assez longtemps elle paralyse la joie des êtres, flétrit la beauté des choses. Notre existence ? Une misère ; notre corps, nos instincts, nos passions : guenille ! Tout ce qui respire doit mourir ; nous ne sommes qu’une ombre qui passe ; et les quelques années où nous nous agitons dans le vide n’auraient aucun sens, n’est-ce pas, si la mort ne s’ouvrait sur la survie? Méprisons donc le présent, et assurons-nous l’avenir. Tuons en nous tout désir, tout rêve, toute volonté autres que d’obtenir la récompense et d’éviter le châtiment ; tendons tous nos efforts pour franchir en état de grâce le mystérieux passage qui conduit aux voluptés du ciel, aux épreuves du purgatoire ou aux
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- supplices de l’enfer ! Mais comment ne réfléchis-tu pas que ton Dieu, s’il existe...
- — S’il existe ! interrompit Mme Favié.
- — S’il existe avec les attributs humains que notre crédulité lui prête, n’est pas l’inerte fantôme, le croque-mitaine dont on te terrifie. Lui, intelligence, amour, perfection, infini, il nous aurait donné la vie comme un bien stérile, il nous l'aurait tendue comme un piège, et, pour des actes qui ne sont souvent que l’élan le plus légitime de la nature, il aurait institué des tortures dont la cruauté dépasserait celle des Néron et des Caligula, — des tortures éternelles !... Non, non ! Je le respecte davantage que toi, ce Dieu inconnu, ce mystère sans limites, en croyant que notre vie a un but, a un sens ; en vénérant, en admirant, en adorant ses énergies souveraines ; en la souhaitant pour chacun meilleure, plus belle, plus large, avec plus de soleil, plus de bien-être, plus de justice ; en rêvant l’épanouissement complet des créatures dans le travail, la solidarité, l’amour !
- — L’amour, répéta sa mère, comme si ce mot répondait à son âpre anxiété, ou à une prescience obscure de l’avenir de Francine, — mais l’amour, à moins qu’il ne s’élève à Dieu, n’est qu’un mirage de perdition. Hors du mariage, il est le pire des péchés, et le sacrement ne l’empêche pas toujours d’être un lien impur !
- — Non, non, dit Francine, l’Église n’a proscrit, traqué l’amour, que parce qu’il est la grande, la seule force, le ferment, le levain de la vie ! C’est en vain que la société prétend de son côté le limiter au mariage, dont il est si souvent exclu. Un péché, quelle sottise ! Cette horreur religieuse et soçiale de l’amour me choque comme une chose contre nature ! Je connais des pauvres gens qui s’aiment, et c’est beau, c’est sain, c'est vrai ! Ils ne sont pas mariés, après ? Qu’y a-t-il donc de méprisable à s’aimer ? Pourquoi ce sentiment si fort, si naturel, serait-il un crime ?
- Cette conviction effraya Mme Favié ; elle vit plus
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- loin que l’heure présente : Francine aimerait.
- — Il y a des vérités qui nous dépassent et auxquelles nous devons nous soumettre.
- — Je ne les reconnais pas ; qu’on les appelle religion, principes, coutumes, elles ne sont sorties que de cerveaux humains ; je ne crois qu’aux vérités que je constate en moi-même. Un mariage comme celui dans lequel j’étouffe ne fait plus partie de ces vérités.
- — Et tu m’accuses d’être changée ! Mais toi !
- — La douleur ouvre les yeux aux plus aveugles. J’entrevois ce qui hier me paraissait obscur. Quand on est victime des institutions mal faites, on comprend que ce ne sont pas elles qui donnent, aux actes qu’elles sanctionnent, leur noblesse, ou à ceux qu’elles réprouvent leur infamie, — mais le sentiment qui anime ces mêmes actés ! Le mariage n'est digne de ce nom que là où l’affection et le dévouement le réalisent. Sois sûre que cette dignité existe en dehors du mariage. Et je crois, décidément, que lorsqu’elle manque, il n’y a qu’une ignoble prostitution !
- — Nous ne nous comprenons plus, dit avec douleur Mme Favié ; car dans cette union que tu piétines, je sens la profondeur de tout ce qui est si cruellement absent, pour ta douleur et la mienne, et cela seul rend sacré à mes yeux ce noeud qu’en dépit de toi, divorcée ou non, tu ne pourras rompre, avant la mort!
- — Tu te trompes, reprit Francine ; il est rompu dès qu’il n’y a plus accord des âmes. Ce jour-là le divorce a lieu, irrévocable!... Je n’attendrai pas la mort pour me délivrer. Ce coeur, ce corps, cette volonté sont à moi ; je serai libre ! Pour rien au monde, je ne resterai, comme toi, la prisonnière de moi-même. Mais comprends donc qu’en ce moment tu n’es pas toi, la femme qui respirait, qui allait et venait avant cette crise de religiosité morbide; ne te rends pas esclave d’idées que ton intelligence sent fausses. Écoute moins le Père Anselme ! Ose vivre !
- — Je ne suis pas, comme toi, une orgueilleuse !
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- — Oui, je sais!... Le troupeau doit s’humilier, se prosterner... Orgueilleux, les révoltés, les opprimés, qui ne baisent pas la main divine qui les frappe , ou l’anneau pastoral qui les bénit ! Je préfère l’orgueil à la lâcheté.
- Mme Favié la contempla longuement ; son visage semblait pétri de douleur et de pitié :
- — Est-ce à mon adresse, cette belle môrale? « Ni Dieu ni maîtres, » sans doute ? Est-ce moi que tu trouves lâche?... Quand tu auras vécue ma vie, pauvre enfant, tu parleras...
- — Ta vie, que ne donnerais-je pour l’avoir! Tu es libre !
- — Et de quoi ! s’écria Mme Favié avec angoisse.
- — De tout. Tu peux agir selon ta volonté, ta conscience !
- — N’est-ce donc rien ?
- Et se révoltant, les yeux pleins de larmes :
- — Que dirais-tu donc, si je suivais tes conseils? Oser vivre? Mais songe à ce que ce mot comporte de tentations pour une femme qui sent sa jeunesse lui échapper, avec le bonheur qu’elle n’a jamais connu...
- Elle n’osa dire : avec l’amour... Francine le devina et murmura émue :
- — Je crois que je comprendrais aujourd’hui bien des choses qui m’eussent révoltée autrefois...
- — Révoltée? tu vois... Tu crois ? tu n’es pas sûre!
- Et Mme Favié devint pourpre, puis pâle.
- — Si ! je les comprendrais ! affirma Francine avec plus de fermeté. De quel droit même les juger, les connaître? Tout être peut et doit faire sa vie; oui, la plus complète, la plus large, lorsqu’il ne fait de tort à personne ; et cela ne regarde personne. On ne relève que de soi-même !
- — Tais-toi, dit Mme Favié avec agitation... Où irait-°u ? Que de fautes n’absoudrait-on pas ?
- — J’ai dit : lorsqu’on ne fait de tort à personne, répéta Francine, que ce sujet irritait. Pourquoi accepterions-
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- nous aveuglément, avec leurs abus, toutes les lois de la société? Nous avons droit de contrôle.
- — Et si l’on se trompe?... Ah! tais-toi, je t’en supplie ! s’écria désespérément Mme Favié.
- Des pensées inexprimables la violentaient... Et voilà que tout d’un coup elles s’embrassaient étroitement... Elles se comprenaient de moins en moins ; elles s’aimaient toujours.
- Francine partait quand Marchai arriva ; elle l’emmenait. Il savait déjà... avait couru chez l’avoué : Herbelot hors de soi, pour une conviction et à cause d’une cliente, était un spectacle qu’il ne lui avait jamais été donné de voir et qu’il ne reverrait sans doute jamais. Il n’eut pas le courage de la gronder, mais sa longue pression de main la plaignait. A quoi tient le hasard ? Qu’il l’eût rencontrée, attendue l’autre jour, jamais il ne lui aurait laissé risquer cette imprudence... Il lui apprit ses démarches et les bonnes dispositions déBroussin :
- — Il faut absolument que vous le voyiez, racontez lui tout.
- Il se garda de lui dire que le juge avait trouvé dans le cabinet de M. Trassier, et parlant avec chaleur, le vieux conseiller à la Cour de cassation, oncle de Le Hagre. Il la quittait, hôtel Bourdaloue.
- Me Torson du Foudray, dissimulant son dépit, eut un accueil plein de noblesse; la réconciliation soulageait sa conscience de chrétien, laissait un léger regret à l’avocat : une si touchante cause, de si beaux etfets oratoires... Et puis, la brusquerie de cette surprise était désagréable. Les choses remises au point :
- — Cette malheureuse sép .. ce divorce, veux-je dire,
- — il sourit : — je me résigne mal à prononcer ce mot,
- — reste donc en l’état. Mais toute notre stratégie va être modifiée. Me Herbelot, que j’attends, va vous l’expliquer. On frappe. . Entrez !
- Introduit avec componction par un domestique à tête de bedeau, Herbelot, soufflant, rougit à la vue de Francine : l’envie de lui faire des reproches, la mortification
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- de l’avoué que son client maladroit compromet, une pitié de brave homme malgré tout... Il dit seulement :
- — Ah ! madame ! on ne se permet pas ces fantaisies-là !
- — Non, dit Foudray avec un geste d’absolution, mais on les comprend... Dans la cruauté de pareils débats, combien cet admirable instinct maternel vous réconforte le coeur! C’est la mère... elle n’a qu’une idée, son enfant!... Ah! il y a un beau parti à en tirer!...
- Allait-il plaider? Elle eut une intuition brève de ridicule : candide, il continuait :
- — Ils diront : « La présence de Mme Le Hagre au foyer conjugal constitue à elle seule une intention manifeste de réconciliation... > —Et nous leur répondrons : « Non, hélas!... Non, messieurs ! Cette jeune et belle infortunée, qui, le visage baignée de larmes, implore la guérison, prosternée au chevet de sa fille, ce n’est pas l’épouse outragée : celle-là est restée dehors ; résolue dans son deuil, consciente de ses droits, elle attend votre justice; — non, celle qui sanglotait sur les ruines de ce foyer conjugal détruit à jamais, c’était la mère ! »
- Herbelot se gratta le nez avec vivacité et regarda de travers le maître.
- — En attendant ! couicl
- Elle se révoltait :
- — Mais c’est un mensonge ! Vous savez comme moi que l’idée d’une réconciliation est insensée. Comment oseront-ils?...
- — Oh! très bien, dit l’avoué, le mieux du monde; attendez un peu !
- — Mais les juges ne sont pas si...
- — Les juges ? Ils dresseront l’oreille comme un chat à qui l’on parle de souris! Trop heureux d’éviter un divorce et de vous apprendre à les déranger pour rien ! D’ailleurs, les apparences sont contre vous. Me du Foudray vous le dira; la réconciliation, en jurisprudence, n’a pas besoin d’être suivie d’effet ; il suffit que l’harmonie des volontés s’affirme: votre retour, votre présence toute une nuit sous le toit de votre mari vous accablent.
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- LE DEVOIE.
- N’eût-elle duré qu’une seconde, cette réconciliation présumée, vous en fussiez-vous immédiatement repentie, elle efface tout. Votre action en divorce, les torts de M. Le Hagre, fft ! plus rien ! Vous restez mariée, liée, enchaînée, bouclée !
- Il lui en revenait presque de la colère, à cette idée ; car Francine l’intéressait : une cliente si peu banale ! et il eût voulu qu’elle triomphât.
- Poussée à bout, elle s’écria :
- — Mais qu’on prouve ! qu’on prouve !
- Et sa révolte dépassait cette réconciliation mensongère, frauduleuse, protestait contre tant d’oppression : c’était révoltant, cette intrusion perpétuelle de la loi dans sa conscience! Et si même il lui avait plu de pardonner, tout en exigeant la cessation de la vie commune, de quel droit venir lui dire. «Vous ne divorcerez pas! » Ainsi le Code ne laissait nulle dignité à la rupture ; il' fallait que la haine l'empoisonnât, qu'elle fût un échange d’outrages. Le pardon, défendu ! Sitôt accordé, impossible de le reprendre. Il devient un bouclier, une arme contre vous. Le Christ, le Bouddha, la morale humaine et divine ont tort. Pardonner, quelle imprudence ! Tuer vaut mieux : on sera acquitté peut-être si l’on est l’épouse, presque sûrement si l’on est le mari : le Code excuse le meurtre, mais non le pardon.
- Pas de pitié, la loi traquenard, le mariage armé, sur le qui-vive : des témoins apostés, et aux premiers excès, sévice, injures, adultères, — vite l’avoué, l’huissier, le tribunal!... Mais, vraiment, en quoi cela regardait-il des juges? L’avait-on mariée devant le tribunal? Avait-elle donc aliéné à jamais sa liberté, son avenir, sa vie? N’était-il pas juste, suffisant qu’elle voulût, de tout son libre arbitre et de sa conscience, cesser d’appartenir à son mari, pour qu’il en fût ainsi?...
- Herbelot eut une moue résignée : qu’j faire ?
- — Mais ils ne pourront prouver l’impossible, enfin !
- Il haussa les épaules :
- {A suivre.)
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- ASSURANCES MUTUELLES
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- Société du Familistère. - Assurances Mutuelles
- MOUVEMENT DU MOIS D'AOUT 1905, A GUISE
- ASSURANCE CONTRE LA MALADIE
- Section des Hommes
- Cotisations des mutualistes........... 2.927 10
- Subvention de la Société................ 930 60
- Malfaçons et Divers..................... 568 95
- Dépenses.......................................
- Déficit en août 1905....................
- Section des Dames
- Cotisations des mutualistes............. 514 90
- Subvention de la Société................ 250 70
- Divers.................................... 6 75
- Dépenses........... ...........................
- Boni en août 1905..................
- 4.426 65
- 3.867 70 558 95
- 772 35
- 627 50 144 85
- ASSURANCE DES PENSIONS
- Subvention de la Société et Divers 7.784 62 î
- Intérêts des comptes courants et ( 10.992 75
- du titre d’épargne........... 3.208 13^
- Dépenses *
- 127 Retraités définitifs.......... 8.814 99
- 4 — provisoires................. 227 »
- Nécessaire à la subsistance..... 5.135 85 )> 14.719 54
- Allocations aux familP des réservistes 111 50 Divers, appointem., médecins, etc. 430 20
- Déficit en août 1905.............. 3.726 79
- CAISSE DE PHARMACIE
- Cotisations des mutualistes. 678
- Subvention de la Société. .. Dépenses...................
- Boni en août 1905.
- 364 75
- 1.042 75 589 10
- 453 65
- RÉSUMÉ
- Recettes sociales du 1er juillet 1905 au 31 août 1905 22.086 91 J Qn no
- » individuelles » » 8.491 65[ dU,o7b 5b
- Dépenses » » . 39.887 44
- Excédent des dépenses sur les recettes.. 9.308 88
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- LË DEVOIR
- ÉTAT CIVIL AU FAMILISTÈRE DE GUISE
- MOIS D’AOUT 1905.
- Naissance :
- 14 août Champenois Marcelle-Irène, fille de Champenois Aimé et de Legrand Pauline.
- Décès :
- 26 — Herny Zéphir, âgé de 14 ans.
- Le Gérant : H. E. Buridant.
- Nimes. — Typ. A. Chastanier, 12, rue Pradier.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES.
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- Mars 1900.
- DOCUMENTS POUR UNE BIOGRAPHIE COMPLÈTE
- de J. B. André GODIN (1)
- Glorification du Travail. — du Travailleur.
- Deuxième partie. XXIII
- Série des employés. Nouveaux essais de recours au suffrage pour la désignation des mérites et la détermination des appointements et parts de bénéfices.
- 1. — Essai de classement du personnel par lui-même en trois
- ordres de mérites, par attribution de rangs en groupes et série.
- Vote sur bulletin individuel. (28 février 1872).
- La reprise (2) de l’expérimentation du vote sur bulletin individuel dans la série des employés, ceux-ci étant groupés d’après la nature des travaux (proposition de B) (3), s’opéra au cours des six premiers mois de l’année 1872. Trois essais furent pratiqués chacun par un mode différent, mais toujours en poursuite du même but : le classement des mérites en vue de l’équitable répartition des appointements et parts de bénéfices.
- La question vint en conseil d’administration de l’usine, le 14 février 1872. Elle figurait déjà à l’ordre du jour du 8 février sous cette rubrique : « Formation de groupes homogènes entre les employés pour concou-
- (1) — V. Appendice, p. 60, tome 26e, Le Devoir, janvier 1902.
- (2) Ghap. XVII, page 516, Le Devoir, septembre 1905.
- (3) Chap. XV, page 5, Le Devoir, janvier 1905.
- 1
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- LE DEVOIR
- rir à une rémunération » et avait été renvoyée, d’abord, au lendemain, puis, au 14 du mois, pour étude en séance spéciale.
- En cette séance du 14 « le conseil examine » lit-on au registre des procès-verbaux « divers aperçus et arrête un tableau provisoire de la formation des groupes. »
- La nature des aperçus n’est pas indiquée. Quant à la composition des groupes, un point consigné au registre est à relever ici :
- <l Le Conseil est d’avis que ne pourront faire partie des groupes ni les trop jeunes gens (1), ni les adultes qui n’auraient pas trois mois de service dans Fusine. »
- Les divers essais du suffrage avaient donc amené une partie du personnel, les conseillers au moins, à redouter les votes des personnes insuffisamment éclairées.
- Le tableau provisoire de la formation des groupes comptait 48 employés répartis en huit groupes. Le secrétaire fut chargé d’envoyer le travail à M. Godin (2), en le priant de donner son avis. Nous n’avons pas trace de la réponse.
- Le 28 du mois eut lieu le vote. Il s’opéra dans les conditions suivantes :
- 48 employés de l’usine furent répartis en huit groupes :
- Conseil................ 8 membres ;
- Comptabilité......... 5 »
- Correspondance....... 6 »
- Expéditions ......... 6 »
- Quinzaines........... 7 »
- Etudes............... 7 »
- (1) On votait dès l’âge de 16 ans. Godin : Solutions sociales, p. 623.
- (2) Il siégeait alors à Versailles en qualité de membre de l’Assemblée nationale.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- Modèles.............. 5 membres;
- Fabrication.......... 12 »
- L’addition dorme cinquante-six membres parce que les 8 membres du conseil sont classés : 1° dans leur groupe spécial; 2® dans les groupes auxquels les rattachait la nature de leurs travaux.
- Ce double classement introduisit de la confusion dans les résultats de l’essai, non-seulement pour les 8 intéressés qui se trouvèrent classés en des rangs différents selon le groupe où on les considérait; mais aussi pour les co-intéressés dans les groupes : le rang accordé à celui ou ceux des conseillers qui se trouvaient dans le groupe modifiant forcément le rang des autres intéressés. Poursuivons :
- Chaque employé avait à remplir deux bulletins de vote : un contenant les noms des membres du groupe d’après la nature des travaux auquel appartenait l’employé lui-même; un contenant les noms des 48 membres de la série. Dans un cas comme dans l’autre, l’électeur trouvait donc son propre nom sur le bulletin et pouvait se donner un rang comme à chacun des inscrits. Rien ne révélait la personnalité de l’électeur. Ainsi le vote était secret. (On sait qu’au premier essai du système (1) le vote s’était opéré à bulletin ouvert.)
- Sur l’un comme sur l’autre bulletin — mais dans un, cas pour quelques collègues seulement et dans l’autre cas pour les 48, — l’électeur avait à porter en face des noms un numéro d’ordre, c’est-à-dire à classer 1er, 2e, 3e, 4e, etc., relativement les uns aux autres, les travailleurs inscrits sur le bulletin, selon le rang qu’il leur attribuait dans chacun des trois ordres de mérite portés en tête des colonnes du bulletin.
- L’extrait suivant du tableau : « Dépouillement du vote
- (1) Chap XVII, page 449, « Le Devoir », août 1905.
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- LE DEVOIR
- dans les groupes » montre ce qui était demandé aux électeurs. (Les noms des intéressés sont représentés par les signes déjà usités chap. XV à XX.)
- Classement du personnel par lui-même
- Vote des Groupes -- Dépouillement :
- Exactitude Capacité Loyauté et Ordre
- et et jnslice dans les de < H 5 Sa
- Boa travail intelligence relations du travail sortie O E-t JS
- BULLETINS
- Groupe 8° 4 1 nul 5 blancs 5 blancs
- 5 réguliers 1 régulier 1 régulier
- Expéditions
- membres):
- J A 26 6 6 6 6 6 18 6
- S A 22 2 5 5 2 5 12 4
- F E 8 1 3 1 1 3 5 1
- P E 14 3 t 2 3 1 6 2
- Y E 17 5 0 3 5 2 10 3
- Z E 18 4 4 4 4 4 12 5
- Un seul électeur sur six, on le voit, a exercé le vote dans les et 3e ordres de mérite.
- Observation : A la colonne « total » S A et Z E sortant l’un et l’autre avec le chiffre 12 devaient être portés à la colonne « Ciassentent » au même rang : le 4e. Le scrutateur a porté l’un 4e et l’autre 5e. De semblables égalités de chiffres se répétant sur le tableau de dépouillement des huit groupes et, chaque fois, le scrutateur ayant donné des rangs différents, nous avons cherché quelle règle il avait suivie et reconnu que, pour chaque cas, il avait classé par ordre alphabétique. Evidemment, ces chiffres eussent été redressés si l’essai eut servi de base à une répartition, mais il n’en fut pas ainsi : sans doute la défectuosité signalée dans la cons-
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- titution des, groupes et aussi le chiffre considérable, on va le voir, des abstentions de classement en deux colonnes de mérite firent qu’on procéda presque immédiatement au 2e essai (dont nous dirons plus loin les conditions) et d’après les résultats duquel exclusivement fut comptée en espèces aux intéressés, le 22 avril suivant, une lre répartition de bénéfices afférents à l’exercice écoulé : 1871. Une répartition complémentaire eut lieu le 22 août.
- Les pièces relatives aux essais 2e et 3e (bulletins de vote et tableau de dépouillement) sont en nos mains, mais du 1er essai nous ne possédons que les tableaux de dépouillement des votes : 1° dans les groupes ; 2° dans la série. Ils suffisent néanmoins, le lecteur a pu en juger, à nous révéler les conditions générales du vote.
- Le tableau de dépouillement des votes dans la série porte exactement le même texte (touchant l’ordre des mérites) que celui reproduit ci-dessus. Mais les chiffres relevés sont beaucoup plus forts puisqu'ils totalisent et les votes réguliers et les bulletins blancs ou nuis des 48 électeurs qui, tous, se présentèrent au scrutin. Or ce qui saute aux yeux à l’examen de ce tableau, (comme du reste à l’examen de l’extrait qui précède, mais là on pourrait croire à un fait accidentel) c’est le nombre des abstentions de vote dans les 2e et 3* ordres de mérite. 23 électeurs (sur 48) s’abstiennent de voter dans le 3e ordre ; et 21 s’abstiennent dans le 2e ordre. Il y a donc là un point instructif à dégager.
- Il est demandé au personnel de se classer lui-même d’après le total des rangs obtenus par chaque intéressé sur les 48 bulletins de liste, en chacun de ces trois ordres de mérite :
- 10 Exactitude et don travail.
- 2° Capacité et intelligence.
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- LE DEVOIR
- 3° Loyauté et justice dans les relations du travail.
- Le premier objet : Exactitude et bon travail ou, si l’on veut, présence au poste, besogne exactement remplie, donnant prise à constatation pour ainsi dire matérielle, puisqu’il y a toujours une certaine part de solidarité dans les besognes courantes , suscita peu d’abstentions relativement , celles-ci s’élevèrent au quart des classements à opérer (12 sur 48) ; mais dans les deux autres ordres de mérite, elles atteignirent : en 2e ordre les trois septièmes (21 sur 48) ; et en 3e ordre la moitié moins un des jugements à rendre (23 sur 48).
- Arrêtons-nous à ces deux ordres et voyons quel problème ils posaient à l’électeur consciencieux.
- « Capacité et intelligence » disait l’un d’eux. Que la capacité et l’intelligence suscitent des inventions utiles, d’habiles solutions de difficultés occasionnelles, etc., évidemment elles se révèlent alors d’une façon certaine; observons cependant que, même avec ces témoignages d’existence, il reste encore la difficile appréciation de la véritable valeur effective des œuvres et conséquemment du rang à donner à leurs auteurs. En dehors de témoignages effectifs, essayer de classer la capacité, l’intelligence, c’est risquer d’avantager les beaux parleurs au préjudice des vrais méritants. Et puisque les travailleurs qui enfantaient des œuvres exceptionnelles étaient déjà invités dans l’établissement à se faire connaître et qu’on les récompensait selon l’utilité de leurs œuvres, cela pouvait paraître suffisant et porter à l’abstention de tout classement en cet ordre de mérités l’électeur soucieux de bien remplir son mandat.
- Le dernier ordre de mérites : « Loyauté et justice dans les relations du travail » était d’une appréciation encore plus délicate parce que plus abstraite.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- Il est bien dit : « dans les relations du travail » et ceci semble ouvrir à l’électeur une voie pratique. Ne sait-il pas bien comment tels et tels en agissent généralement dans les faits du travail ; n’a-t-il pas à cet égard une expérience personnelle ? Précisément, il a une expérience personnelle et s’il veut juger impartialement il doit commencer par l’examen de sa propre conduite envers les autres ; il doit balancer et les torts qu’il a pu avoir envers tels et tels collègues et l’appréciation erronée qu’il a ainsi donnée de lui-même, appréciation qui à son tour a pu déterminer la conduite des autres à son égard.
- Moins sympathiques nous sont les gens, plus attentivement nous devons mesurer notre propre manière d’être envers eux, avant de porter sur eux un jugement ayant pour conséquence de les classer, sous le rapport du mérite, relativement à d’autres personnes qui peuvent nous être sympathiques.
- Cette introduction si légitime de la moralité sociale pratique dans les faits du travail déroutait tellement les habitudes, prenait si bien les gens au dépourvu, que la moitié seulement des employés consultés opéra le classement en ce troisième ordre.
- Cependant, il y avait cinq ans déjà (depuis l’inauguration des fêtes annuelles du travail en 1867) (1), que ces différents ordres de mérites étaient proposés à l’attention des électeurs.
- En effet, on avait lu sur les affiches annuelles de convocation l’énumération des mérites d’après lesquels devaient se déterminer les suffrages, soit :
- « Mérite de direction dans Vemploi, la surveillance, le travail à faire ;
- (1) Chap. XI, page 140, « Ze Devoir », mars 1904.
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- « Mérite de capacité, de bonne exécution dans le travail ;
- « Mérite d'invention ou de perfectionnement dans les procédés du travail ;
- « Mérite de zèle, assiduité au travail, dévouement à sa tâche. >
- Et sur les Mentions honorables distribuées après le vote on avait lu (1) :
- « A la capacité de direction pratique ;
- « Au talent et à l’invention ;
- « Au dévouement professionnel ;
- « A la bonne exécution du travail. > N
- Seulement jusque-là on avait pu considérer ces choses de loin, pour ainsi dire en bloc; c’était la première fois — et parce que l’essai se faisait exclusivement dans la partie la plus lettrée du personnel — qu’on demandait à chaque électeur d’attribuer directement un rang d’ordre à ses collègues et à lui-même en ces trois ordres de mérite bien spécifiés sur le bulletin :
- « Exactitude et bon travail ;
- « Capacité et intelligence ;
- « Loyauté et justice dans les relations du travail. »
- Posé ainsi, le problème était serré de plus près; chaque électeur pouvait mesurer combien, en l’état présent des choses, il était difficile au suffrage de réaliser une véritable hiérarchie des mérites et capacités.
- L’idée de présenter les ordres de mérite en colonnes spéciales sur le bulletin de vote est exprimée, on l’a vu, par B (2) dans sa proposition en réponse à l’invitation faite aux employés par J.-B.-A. Godin, le 31 janvier 1870. B proposait même, à ce sujet, deux sortes de bulletins : (un moins complexe que l’autre) mais tous deux
- (1) Ghap. XIV, page 642, « Le Devoir », novembre 1904.
- (2) Ghap. XV, page 5 à 11, « Le Devoir », janvier 1905.
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- demandant à l’électeur de juger les intéressés en chacun de ces mérites pris à part :
- (Sur le bulletin N° 1) :
- « Conduite.
- « Labeur.
- « Bonne exécution.
- « Intelligence et capacité.
- ,Sur le bulletin N<> 2 :
- « Conduite et travail.
- « Bonne exécution.
- « Intelligence et capacité.
- Avec l’un ou l’autre bulletin, B demandait que le classement final des employés résultât du1 nombre total de points obtenus par chacun d’eux en ces différents ordres de mérite.
- A l’essai tenté le 28 février, ce n’étaient pas des points que l’électeur avait eu à inscrire en regard de chaque nom, c’avait été un rang d’ordre. C’est la même chose comme résultat final ; cela pouvait paraître plus difficile en pratique ; l’électeur étant plus directement obligé de considérer simultanément les mérites d’un plus grand nombre d’intéressés pour classer ceux-ci en 1er, 2e ou 3e rangs, etc. .. les uns relativement aux autres.
- Aussi nous paraît-il à propos d’indiquer qu’au 3e essai (lequel se produira le 18 juin suivant) les électeurs seront appelés, comme le demandait B, (l’idée du reste avait eu écho dans les propositions de F et G) à inscrire en face de chaque nom une somme de points variant de tel à tel chiffre, suivant l’appréciation faite de l’intéressé par l’électeur dans les trois ordres de mérite déjà proposés à l’essai du 28 février et qui figureront à nouveau sur les bulletins afférents à l’essai du 18 juin.
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- Mais, entre ces deux votes sur bulletins spécialisant les mérites, il va s’opérer un autre vote (c’est le 2e essai à voir ici) ayant surtout pour but de faire procéder, sans nouveau délai, (comme nous l’avons indiqué plus haut) à une répartition de bénéfices, dans la série des employés, pour l’exercice écoulé : 1871.
- Avant de passer à ce 2e essai, indiquons quelques traits généraux du classement des employés par le vote du 28 février en groupes et en série.
- Sur le tableau « Dépouillement des votes dans les groupes » , tableau où les noms des 8 conseillers se trouvaient: 1° rassemblés en un groupe spécial; 2° épars dans les autres groupes, J.-B.-A. Godin a biffe au crayon les 8 noms épars dans les autres groupes, les laissant figurer seulement dans le 1er groupe : Conseil.
- En conséquence, rectifiant nous-même les chiffres de classement dans les groupes et aussi donnant le même rang d’ordre aux employés qui avaient obtenu un même chiffre total , nous relevons les traits suivants :v
- Il y avait 8 groupes, dans le 7e groupe deux employés obtenant égalité de rang se trouvent tous deux premiers ; ce qui donne au total pour les 8 groupes 9 employés classés premiers par leurs pairs.
- Ces 9 employés se trouvent classés comme suit dans le vote en série portant sur 48 employés et où, vu l’égalité de certains totaux, 41 rangs furent donnés :
- 1er Groupe Conseil le 1er élu est classé 32e en série
- 2e — Comptabilité 1 — — 33e
- 3e — Correspondance 1 — — 25e
- 4e — Expéditions 1 — — 15e
- 5e — Quinzaine 1 — — 7e
- 6e — Etudes 1 — — 5e
- 7e — ( 1 er Modèles | pr — 9e — 23e
- 8e — Fabrication 1er — — 8e
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- Quatre employés sur les neuf classés au premier rang dans les groupes ne font partie que de la 2e moitié du classement en série ; et au rang de ces quatre noms nous avons le conseiller classé premier par ses pairs. (Nous pouvons^ parler ainsi, les abstentions ayant été relativement moins fortes dans le groupe Conseil : sept électeurs sur huit avaient rempli la lre colonne et six les 2e et 3e.) Nous avons déjà visé ce vote dans notre chapitre XX. (1)
- Ceux qui obtiennent le 2e rang dans les groupes sont classés comme suit dans la série :
- 1er Groupe Conseil le 2e élu est classé 4e en série
- 2e — Comptabilité j 2e — 2e — — 40e - 5e
- 3e — Correspondance 2e — — 21e
- 4e — Expéditions 2e — — 21e
- 5e — Quinzaines 2e — — 26e
- 6e — Etudes 2e — — 17e
- 7e — Modèles 2 e — — 12e
- l 2e — — 14e
- 8e — Fabrication < ge — — 24e
- 1 2e — — 28e
- Cinq employés seulement sur onze parmi ceux élus au second rang dans les groupes passent en première moitié du classement dans la série. Un des onze est classé l’avant-dernier : 40e sur les 41 rangs attribués par le vote !
- On ne peut dire qu’une chose, c’est de l’incohérence.
- Remaniant donc les groupes et offrant aux électeurs un tout autre et simple objet de vote, on passa à un nouvel essai.
- (A suivre).
- Vve J.-B.-A. Godin, née Moret.
- (0 « Le Devoir r>, décembre 1905, page 714.
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- La discussion du budget. Les primes à la marine
- marchande. Les coopératives agricoles. Les retraites ouvrières.
- Après le chômage des fêtes officielles de Noël, des Jour de l’An et jours circonvoisins, après l’élection ét l’installation du bureau de la Chambre et l’élection du Président de la République, formalités exclusives de tout travail législatif, les discussions en cours ont été reprises à leur point exact de suspension.
- Aucune considération d’urgence n’avait pu faire modifier, en faveur du budget, le programme rédigé en un moment de trompeuse confiance dans la longueur du temps.
- Les protestations de dévouement à l’agriculture ont résonné de plus belle dans la solitude matinale des lundis et les intérêts de la marine marchande ont continué de réunir tous les vendredis matin une demi-douzaine de spécialistes et autant de représentants de nos ports.
- Deux mois d’interpellation sur l’antimilitarisme de la Bourse du travail n’avaient pas encore lassé la ferveur des habituées des après-midi du vendredi, jour chic, lorsque le budget a fini par déloger cet encombrant débat, qui depuis l’intervention des pouvoirs administratif et judiciaire n’avait plus aucune raison d’être, et dont l’utilité paraîtrait bien contestable s’il ne fallait considérer qu’à défaut d’une sanction effective, il a fourni une nouvelle preuve de la place considérable que le pacifisme tient dans les préoccupations de l’opinion publique.
- Enhardi par ce modeste avantage, le président du Conseil annonce que prochainement il demandera que
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- toutes les séances du matin soient consacrées à la discussion du budget. La rapidité de sa marche en sera-t-elle mieux assurée?
- « 11 faudrait », dit le président de la commission, M. Cochery, « que le gouvernement n’accepte pas que les questions lui soient posées au début des séances ».
- M. Sembat : « La vérité, c’est que le budget ne sera jamais fini, si nous ne nous imposons pas à nous-mêmes une méthode sévère, il faut que chaque orateur se borne à dire ce qu’il a à dire, en vingt minutes au plus. Dans les cas exceptionnels, la Chambre pourra autoriser tel ou tel orateur à parler davantage ». (Approbation).
- M. Beauquier: « Tous nos discours sur le budget sont, en ce moment, de pures manifestations électorales ».
- La veille, en discutant le budget des Beaux-Arts , chapitre des théâtres subventionnés, on avait consacré la moitié d’une séance à la lecture d’une pièce de théâtre et l’autre moitié à commenter le mérite de cette pièce qui avait été refusée à l’Opéra-Comique.
- Le lendemain, un troisième moyen d’obstruction est mis en jeu.
- M. Castillard dépose un projet de résolution en faveur duquel il demande l’urgence. La parole ne peut pas être refusée à un orateur qui demande l’urgence en faveur d’un projet de résolution. Le député de l’Aube dit que les petits bouilleurs ne peuvent se résigner plus longtemps à subir la législation draconienne inaugurée l’année dernière. Il faut qu’une décision intervienne.
- M. Rouvier: « Si la Chambre modifie ainsi chaque jour son ordre du jour, nous ne pourrons pas aboutir. Hier elle a décidé de continuer aujourd’hui la discussion du budget et voilà qu’on discute une motion qui devait venir à la loi des finances. Il faut que la Chambre sache que le budget ne pourra pas être voté si l’obstruction continue ainsi. Je fais appel à la majorité républicaine pour déjouer ces manoeuvres ».
- M. Castillard : « Si vous vous fâchez déjà, qu’est-ce que ce sera tout à l’heure » ?
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- Le défenseur du bouillage prend son temps. Il paraît sûr de la victoire qui se manifestera sous l’une ou l’autre de ces deux formes : la capitulation ou la défaite du gouvernement. Une crise ministérielle ne lui fait pas peur : le privilège des bouilleurs avant tout.
- Un membre : « Je demande le renvoi de cette discussion à la loi de finances ».
- M. Castillard : « Vous demandez le renvoi aux calendes grecques».
- Un autre membre : « Quoi? La vie nationale va-t-elle être suspendue au serpentin de l’alambic des bouilleurs de cru » ?
- M. Castillard : « Je continue ». Et il le fait, comme il l’avait dit.
- M. Rouvier : «Je demande en vertu de quel règlement ou par quelle absence de règlement, la discussion du, budget peut être constamment arrêtée. Je dis qu’il n’est que temps de revenir au budget ».
- Voix diverses : « Encore » !
- »
- M. Rouvier : « Comment encore? Mais il me semble qu’on devrait dire : Enfin ! On a mis trente séances à voter la loi sur les bouilleurs de cru, et on prétend vous la faire abroger en vingt minutes !
- «Je ne remplirais pas mon devoir, qui devient tous les jours plus pénible, si je ne disais à la Chambre ce qu’il y a de dangereux, de destructeur de l’intérêt national à vouloir voter sans débat. Arrêtez d’abord le budget des dépenses. Nous discuterons ensuite le privilège des bouilleurs de cru à sa place, dans la loi de finances ».
- Le débat se poursuit encore une heure durant sur le même ton et ne prend fin que sur la promesse formelle du gouvernement de ne. pas demander la disjonction des mesures proposées en faveur des bouilleurs de crû lorsqu’elles viendraient en discussion à leur heure. A cette condition la poigne qui l’étreint consent à se relâcher; un sursis lui est accordé. Et la Chambre revient au budget des beaux-arts, non sans avoir entendu cette
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- protestation d’un bouilleur peu résigné : Les danseuses du corps de ballet passent avant nos vignerons de France. Emphatique rapprochement de mots, peu justifiable, d’ailleurs, car le budget des beaux-arts, même avec ses superfétations est encore le budget qui doit passer avant tout ; c’est bien assez déjà qu’il s’occupe de tout, sans qu’on lui mette encore toute espèce de choses en travers.
- Parfois, cependant, et comme pour éviter à ceux qui ont besoin de ce viatique, de désapprendre la patience et de perdre leur foi dans la sagesse des nations qui a dit : tout vient à point à qui sait attendre, une discussion aboutit, une loi vient à terme.
- C’est ainsi que le 16 février, après plusieurs mois de gestation et onze vendredis de discussion, la loi sur la marine marchande a vu le jour. Par 318 voix contre 199, 84 nouveaux millions de primes ont été accordés aux constructeurs de bateaux et aux armateurs.
- C’est ainsi également que dans le domaine de la législation coopérative, où l’ivraie a devancé le bon grain, nous voyons apparaître la loi autorisant des avances aux coopératives agricoles.
- L’article premier de la loi du 31 mars 1899 stipule que l’avance de 40 millions et la redevance annuelle à verser au Trésor par la Banque de France, en vertu de la convention du 31 octobre 1896, approuvée par la loi du 17 novembre 1897, est mise à la disposition du gouvernement pour être attribuées à titre d’avances sans intérêts, aux Caisses régionales de crédit agricole mutuel constituées d’après les dispositions de la loi du 5 novembre 1894.
- Le projet de loi adopté par la Chambre le 29 janvier 1906 complète cet article en permettant au gouvernement de prélever, en outre, sur les redevances annuelles et de remettre gratuitement aux dites caisses régionales, des avances spéciales destinées aux sociétés coopératives agricoles et remboursables dans un délai maximum de vingt-cinq années.
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- Désormais, donc, les caisses régionales qui ont déjà pour but de faciliter les opérations concernant l’industrie agricole effectuées par les membres des sociétés locales de crédit agricole mutuel de leurs circonscriptions, seront également chargées de faciliter les opérations du même genre effectuées par les sociétés coopératives agricoles.
- Pourront seules recevoir les avances prévues par la loi, quel que soit d’ailleurs leur régime juridique, les sociétés coopératives agricoles constituées par tout ou partie des membres d’un ou plusieurs syndicats professionnels agricoles, en vue d’effectuer ou de faciliter toutes les opérations concernant : soit la production, soit la transformation, la conservation ou la vente des produits agricoles, provenant exclusivement des exploitations dés associés, soit l’exécution de travaux agricoles d’intérêt collectif sans que ces sociétés aient pour but de réaliser des bénéfices commerciaux.
- En déposant son projet de loi le gouvernement n’avait pas moins en vue de favoriser l’essor des coopératives agricoles, que de mettre un terme aux abus auquel a donné lieu le fonctionnement de certaines caisses de crédit agricole.
- Au cours de la discussion engagée devant la Chambre, M. Ruau, ministre de l’agriculture, a fait le récit suivant :
- « Une coopérative agricole s’adresse à un syndicat et par l’intermédiaire de ce syndicat, elle obtient le renouvellement de ses billets à trois mois. Une coopérative agricole de production de vin, par exemple, a besoin d’argent pour construire un cellier ; elle ne peut s’adresser directement à la caisse régionale; elle va trouver un syndicat et par l’intermédiaire de ce syndicat, comme par le jeu du renouvellement des effets de trois mois en trois mois, elle peut emprunter pour une période de cinq années et même davantage ».
- (Les avances faites aux membres des sociétés de cré-
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- dit agricole mutuel ne peuvent excéder cinq années ; elles peuvent être renouvelées).
- Et le ministre a ajouté : « C’est là une pratique qui est en marge de la loi ; elle n’est ni régulière ni légale au sens propre du mot ».
- La loi qui sépare le crédit à long terme du crédit à court terme, coupe l’abus dans sa racine.
- Un amendement tendant à étendre le bénéfice de la loi aux communes rurales a été écarté, le ministre ayant fait observer que la commune ne peut pas être assimilée à un syndicat.
- De 1898 à 1904, les fonds versés parla Banque de France pour être attribués à titre d’avance sans intérêt aux caisses régionales de crédit agricole mutuel dé France, indépendamment de l’avance de 40 millions faite en 1897 au moment du renouvellement de son privilège, se sont élevés à 31,133,072 fr. 80, soit environ 4 millions et demi par an. Sur ce total, il a été prélevé, de 1900 à 1904, une somme totale de 15,212,986 francs, qui donne une moyenne annuelle de 3 millions. Indépendamment du fonds de 40 millions intact, il restait donc au 1er janvier de l’année dernière, 15,920,087 fr. 80 non employés des redevances annuelles.
- Enfin, en dépit de tous les obstacles que peut opposer à un travail sérieux une mauvaise procédure, la Chambre vient de venir à bout d’une des réformes les plus considérables qu’il soit donné à un Parlement d’entreprendre. La loi sur les retraites ouvrières est votée. Il est vrai qu’en la circonstance, la complication provenait moins encore de la méthode de travail que de l’oeuvre même.
- Il n’y a presque pas un seul article du projet de loi sur les retraites ouvrières qui n’ait été remanié à plusieurs reprises par la commission ou au cours de la discussion devant la Chambre. Il serait donc parfaitement inutile de s’en référer à l’analyse qui en a été publiée ici, dans le numéro dejuin, si l’on voulait y chercher
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- autre chose que la preuve de la difficulté de mettre sur pied une loi de ce genre, et encore, pour rendre la démonstration plus sensible, faudrait-il mettre en alignement les innombrables modifications 'que le texte primitif a subies.
- Cette perpétuelle métamorphose expliquerait seule la longueur d’un débat que l’excellente direction du président de la commission, M. Millerand et la vigilance éclairée du rapporteur, M. Guieysse, ont fortement cou-tribué cependant à maintenir dans des limites assez raisonnables.
- Une discussion générale assez copieuse a eu lieu avant les grandes vacances. Un premier travail consistant dans l’élimination des nombreux contre-projets a commencé le 7 novembre et c’est seulement le 22 novembre qu’a commencé l’examen des articles, examen que sont venus alourdir les contre-projets repris en detail par leurs auteurs.
- Le premier article a été adopté le 6 décembre 1905 et le dernier, le 23 février 1906.
- Aux termes de l’article premier adopté à la presque unanimité de 542 voix contre 14 « tout employé, tout sociétaire ou auxiliaire employé par une association ouvrière, tout domestique attaché à la personne, a droit, dans les conditions déterminées par la présente loi, à une retraite de vieillesse à soixante ans, et le cas échéant, à une retraite d’invalidité v.
- Les domestiques attachés à la personne n’étaient pas visés dans le texte primitif de cet article; ils figuraient simplement au titre des retraites facultatives. C’est un contingent de 920.000 personnes environ qui vient s’ajouter aux 8.900.000 travailleurs des deux sexes âgés de moins de 60 ans qu’atteint le principe de l’obligation.
- Et de même ont été réunis aux ouvriers et employés de l’agriculture, qui font l’objet d’un titre spécial (art. 34), et sont soumis à l’assurance obligatoire, les colons partiaires ou métayers et fermiers travaillant seuls ou
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- n’employant que les membres de leur famille et un domestique et n’étant pas imposés à l’une des contributions directes pour une somme supérieure en principal à vingt francs.
- Les ouvriers et employés étrangers, immatriculés en conformité de la loi du 8 août 1893 et résidant en France, sont soumis au même régime que les ouvriers et employés français (art. 4). Toutefois ils ne peuvent bénéficier des versements patronaux ou des majorations budgétaires que si les dispositions de la loi à leur égard leur sont rendues en tout ou partie applicables par des traités avec les pays d’origine garantissant à nos nationaux des avantages équivalents, ou bien s’il s’est écoulé plus de cinq ans depuis leur immatriculation.
- Voilà pour les assurés au titre de l’obligation. Les dispositions relatives à la retraite facultative ont subi comme toutes les autres, au cours du débat, quelques modifications. Nous avons signalé l’exode de la catégorie des domestiques passée à l’obligation. Par contre, font retour au titre de la retraite facultative : l°les métayers ou colons partiaires et fermiers qui, par une déclaration faite à la mairie de leur domicile, auront fait connaître leur volonté d’être affranchis de l’obligation de la retraite ; 2° les ouvriers et employés visés aux articles de l’assurance obligatoire, qui auront cessé de se trouver dans les conditions prévues aux dits articles.
- En outre de ces deux catégories, sont admis à opérer des versements pour se constituer, ou constituer aux membres de leurs familles travaillant habituellement avec eux, des retraites de vieillesse, les artisans, façonniers, commerçants ou cultivateurs travaillant habituellement seuls ou n’employant que des membres de leur famille et généralement toutes personnes de nationalité française, non visées par les articles relatifs à l’assurance obligatoire, qui ne sont pas imposés à l’une des contributions directes pour une somme supérieure à vingt francs en principal, ainsi que leurs femmes ou veuves et les femmes ou veuves des associés régis par la nouvelle loi (art. 87).
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- L’article 2 laisse aux intéressés le choix entre divers organismes pouvant assurer les retraites. Ces organismes sont d’une part : la caisse nationale des retraites ouvrières à créer et la caisse nationale des retraites pour la vieillesse, d’autre part les sociétés de secours mutuels, les caisses patronales ou syndicales, les syndicats de garantie solidaire ou les syndicats professionnels. Les assurés ont toujours le droit, dans les conditions déterminées par la loi, de choisir entre ces différentes caisses.
- De la liste primitive de ces organismes, la commission obéissant à diverses considérations avait fait disparaître, avant toute discussion, la caisse d’épargne et les assurances sur la vie.
- La caisse nationale des retraites ouvrières, principal organe du service des retraites ouvrières, est gérée par la caisse des Dépôts et consignation (art. 6). Elle dirige et centralise les opérations des caisses départementales de retraites qui seront organisées dans chaque département avec des agences cantonales ou communales administrées par des comités de direction composés pour un tiers de représentants du gouvernement, pour un tiers de représentants élus des assurés et pour le troisième tiers de représentants élus des employeurs.
- La caisse nationale des retraites ouvrières fonctionne sous le contrôle d’un Conseil supérieur (art. 27), dans lequel, en dehorsdes membres de droit représentant les ministres du Commerce et des Finances, une certaine part est faite aux représentants du travail, patrons et ouvriers, et aux délégués des sociétés de secours mutuels.
- Comme la précédente institution, la caisse nationale des retraites pour la vieillesse créée en 1850 sous la garantie de l’Etat, est gérée par la caisse des Dépôts et consignations.
- Son organisation est réglée aujourd’hui par la loi du 21 juillet 1886.
- A côté de ces deux institutions officielles, quelle place
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- le législateur réserve-t-il aux sociétés de secours mutuels ?
- Dans quelles limites les institutions autonomes pourront-elles se m'ouvoir?
- Il faut croire que la solution intervenue en ce qui concerne les sociétés de secours mutuels leur donne satisfaction complète, puisque dès que le texte définitivement arrêté parla commission a été exposé, tous les amendements présentés par les mutualistes ont été retirés.
- La jloi nouvelle permettra aux sociétés de secours mutuels de faire un choix libre entre deux solutions. Elles auront le droit: ou de demeurer sous le même régime de la loi de 1898 et par conséquent de continuer à servir des retraites constituées comme aujourd’hui ; ou de devenir dans les conditions et avantages de la loi nouvelle des intermédiaires de la loi des retraites. Elles rempliront, dans ce cas, le rôle dévolu aux agences cantonales ou communales et les unions départementales, le rôle d’agences départementales.
- Les sociétés de secours mutuels qui accepteront la fonction •d’intermédiaires, devront s’engager à faire aux assurés qui s’adresseront à elles , les mêmes retraites qu’auraient ces assurés s’ils s’adressaient à d’autres intermédiaires, c’est-à-dire des retraites au moins égales à celles que produiraient les versements effectués d’après les tarifs en vigueur pour la caisse nationale des retraites ouvrières au moment des versements.
- En outre, si la société de secours mutuels réalise, en même temps que l’assurance contre la vieillesse, l’assurance contre la maladie et, le cas échéant, contre l’invalidité, les assurés peuvent à toute époque affecter au payement de leur cotisation d’assurance contre la maladie et l’invalidité soit le quart, soit la moitié des retenues opérées sur leur salaire en vue de la retraite régie par la nouvelle loi. L’intégralité des retenues effectuées sur le salaire peut être consacrée à cette affectation lorsque les assurés ont acquis pour l’âge nor-
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- mal d’entrée en jouissance déterminé par la loi une retraite éventuelle d’au moins 360 francs.
- , Tel est le sens des articles 11 à 15 de la nouvelle loi.
- Les institutions patronales ou syndicales sont visées par les articles suivants, qui ont été adoptés sans débat :
- Art. 16. Sont dispensés d’effectuer les versements ou les appositions de timbres visés à l’article 3:
- 1° Les chefs d’entreprise qui ont organisé des Caisses patronales ou adhéré à des Caisses syndicales de retraites ou constitué entre eux des syndicats de garantie solidaire, après approbation du Ministre du Commerce dans les conditions générales déterminées par décret rendu sur la proposition des Ministres du Commerce et des Finances, après avis du Conseil supérieur des retraites.
- L’arrêté approuvant chacune de ces institutions, doit constater qu’elle est alimentée, au moins jusqu’à concurrence de moitié, par les employeurs et qu’elle assure des retraites de vieillesse au moins égales à celles de la Caisse nationale des retraites ouvrières.
- Les arrêtés relatifs aux caisses patronales de retraite des chemins de fer sont pris d’accord avec le Ministre des Travaux publics.
- 2° Les établissements civils et militaires de l’Etat, les départements, les communes et les établissements publics qui organisent, pour tous ceux de leurs ouvriers et employés qui ne sont pas régis au point de vue de la retraite par des lois spéciales, des retraites remplissant les conditions spécifiées au 2e alinéa du paragraphe 1° ci-dessus, dans les conditions déterminées par décrets rendus sur la propostion du Ministre du Commerce, du Ministre des Finances et du Ministre intéressé.
- Dans les divers cas prévus au présent article, les retenues sur les salaires peuvent, du consentement des assurés, excéder 2 0{0, lorsque l’employeur verse au moins le double do la retenue complémentaire opéré sur le salaire.
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- Art. 17. Les institutions prévues au paragraphe premier de l’article précédent, ont le droit d’ester en justice et peuvent employer leurs fonds en placements déterminés par règlement d’administration publique rendu sur la proposition des Ministre du Commerce et des Finances, après avis du Conseil supérieur des retraites.
- Elles sont soumises à la même surveillance que les sociétés d’assurances et les syndicats de garantie fonctionnant en conformité de la loi du 9 avril 1898.
- Art. 18. Chacun des décrets ou arrêtés prévus à l’article 16, détermine le mode de liquidation des droits éventuels des bénéficiaires en vue du transfert de la valeur actuelle de ces droits à une autre des caisses visées par la présente loi, lorsque la caisse débitrice renonce à la constitution de la retraite. Ce transfert est opéré d’après les tarifs de la Caisse nationale des retraites ouvrières.
- L’assuré qui quitte l’entreprise correspondante ou affiliée à l’institution de retraites peut à toute époque requérir le transfert prévu par l’alinéa précédent. Toutefois, l’institution peut, si ses statuts approuvés l’y autorisent, limiter ce transfert à la valeur actuelle de la portion de retraite éventuelle provenant des retenues sur le salaire et rester, quant au surplus, débitrice de la retraite.
- En ce qui concerne les ouvriers et employés de l’Etat actuellement régis au point de vue de la retraite par des lois spéciales et quittant le service avant liquidation de pensions, des règlements d’administration publique rendus sur la proposition des Ministres du Commerce et des Finances et des Ministres intéresses déterminent, sur des bases analogues, le mode de liquidation à la charge de l’Etat des droits éventuels des bénéficiaires en vue du transfert de leur valeur actuelle à une des Caisses visées par la présente loi.
- Une disposition commune aux sociétés de secours
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- mutuels et aux institutions patronales ou syndicales, porte que, sur toutes les sommes reçues en conformité des articles qui les visent, les sociétés ou institutions doivent, en vue des déficits qui pourraient survenir dans leur gestion, effectuer immédiatement un prélèvement pour la constitution d’un fonds spécial de garantie dont la gestion administrative financière est assurée conformément aux dispositions de l’article 6 de la loi, qui vise la gestion du fonds des retraites par la Caisse des Dépôts et consignations.
- Pour compléter la liste des organismes pouvant garantir le service des retraites, ajoutons que les retraites des travailleurs agricoles peuvent être assurées (art. 36) par les syndicats professionnels agricoles constitués en conformité de la loi du 21 mars 1884, comportant des Conseils d’administration composés pour moitié au moins de représentants élus des assurés et agréés par le Ministre du Commerce dans les conditions déterminées par règlement d’administration publique.
- La retraite est constituée par un prélèvement sur le salaire de l’assuré, qui eJst de 2 °/0 du salaire, par un versement égal de l’employeur et par une majoration de l’Etat, laquelle est arrêtée au moment où la pension est liquidée, c’est-à-dire lorsque l’assuré a atteint l’âge de 60 ans.
- Les salaires inférieurs à 1 fr. 50 sont exemptés du prélèvement.
- Ces dispositions sont communes aux assurés agricoles et aux travailleurs de l’industrie et du commerce.
- “ La loi ne s’applique aux employés recevant des salaires supérieurs à 2,400 francs que jusqu’à concurrence de cette "somme.
- Sont seuls exemptés de tout versement, du côté patronal, les propriétaires ruraux dont la totalité des fermages perçus ne dépasse pas 500 francs.
- Les assurés ayant atteint l’âge de 60 ans ont le droit
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
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- de proroger l’entrée en jouissance de leur retraite d’année en année et de subir le prélèvement de 2 % sur leur salaire. Dans ce cas, le versement corrélatif de leurs employeurs continue également à être affecté à leur compte; dans le cas contraire, il est affecté au fonds de bonification.
- L’entrée en jouissance de la retraite est fixée à 55 ans pour les ouvriers et employés des exploitations minières. Elle peut être abaissée au-dessous de 60 ans jusqu’à 55 ans , pour les ouvriers et employés des compagnies de chemins de fer, ainsi que des industries reconnues insalubres.
- Tout assuré peut, à partir de 50 ans, réclamer la liquidation anticipée de sa retraite dès qu’elle atteint 360 francs. En ce cas, s’il continue à travailler, les versements de l’employeur sont affectés au fonds de bonifications (art. 3 et 5).
- Lorsque la retraite acquise à l’âge déterminé par la loi n’atteint pas 360 francs, elle est majorée jusqu’à concurrence de cette somme par l’Etat au moyen du fonds de bonifications, pourvu que des versements aient été effectués au compte du titulaire pendant trente années au moins, à raison de 250 jours de travail au minimum par année.
- Dans le cas où, comme nous l’avons dit plus haut, l’âge normal est abaissé, le nombre d’année exigible pour l’attribution de la majoration est abaissé d’un nombre égal d’années (art. 8).
- Enfin (art. 9), en cas de liquidation anticipée de la retraite pour incapacité absolue de travail, en dehors des cas régis par la loi du 9 avril 1898, la retraite anticipée sera bonifiée dans les limites des crédits spéciaux annuellement ouverts à cet effet par la loi de finances, sans qu’elle puisse devenir supérieure au triple de la liquidation ni excéder 360 francs, bonification comprise.
- Le texte primitif des dispositions relatives à la période transitoire fixait à 65 ans l’âge auquel, au moment de la
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- LE DEVOIR
- mise en vigueur de la loi, les ayants-droit justifiant de trente années de travail à raison de 250 journées par an, pourraient recevoir une allocation viagère. Cette limite a été ramenée à 60 ans.
- L’allocation est de 120 francs. Toutefois, si en s’ajoutant à la retraite calculée sur la base du capital aliéné, le total est supérieur aux maximas fixés par le barême ci-dessous, cette allocation sera réduite de la quantité nécessaire pour que le total ne dépasse pas les chiffres suivants :
- Zéro à cinq années de versement à une caisse de retraite autorisée, 150 francs ; cinq à dix années, 200 francs ; dix à quinze années, 250 francs ; quinze à vingt années, 300 francs; vingt à vingt-cinq années, 330 francs; vingt-cinq à trente années, 360 francs.
- L’article 39 prévoit les conditions dans lesquelles il sera fait face aux dépenses nécessitées par la loi. Les ressources sont de deux sortes: un crédit annuel ouvert à un budget annexe du budget du commerce, et un fonds de bonification alimenté par des ressources d’ordres divers (versements prévus aux divers articles, produit des amendes, capitaux tombés en déshérence, dons, legs, etc.)
- En dehors du mécanisme essentiel de la loi, il faut noter la disposition (art. 10) qui, dès le jour de sa promulgation, assure à la veuve de l’assuré non pourvue d’une retraite, ou à l’ensemble des orphelins de père et de mère âgés de moins de seize ans, une allocation mensuelle de cinquante francs pendant six mois, à compter du décès
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- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX
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- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX
- PAYS DIVERS
- Les conventions internationales sur le travail et la prévoyance sociale
- La convention conclue le 15 avril 1904 entre la France et l’Italie, ratifiée le 8 octobre 1904, tendait à assurer à la personne du travailleur des garanties de réciprocité analogues à celles que les traités de commerce ont prévues pour les produits du travail ; elle avait, d’une part, posé les bases générales de cette réciprocité et spécifié, d’autre part, l’étude et la conclusion ultérieures d’arrangements spéciaux.
- Le premier de ces arrangements avait été annexé à la convention elle-même et avait trait aux échanges de livrets entre les caisses nationales d’épargne des deux pays.
- Un deuxième arrangement , relatif à un service analogue de transferts de fonds entre les caisses d’épargne ordinaires des deux pays qui, notamment dans des grandes agglomérations industrielles ou dans des villes frontières, voudraient se prêter à l’organisation de ce service, vient d’être signé à Paris.
- Les transferts des dépôts et caisses d’épargne ordinaires des deux Etats pourront avoir lieu jusqu’à concurrence d’une somme de 1,500 francs.
- L’arrangement est conclu pour une durée de cinq années et sera prorogé d’année en année, sauf avis contraire d’une des deux parties contractantes.
- Les négociateurs désignés par le gouvernement italien et par le gouvernement français continuent d’ail-l’eurs à étudier les éléments d’un troisième arrangement, relatif à la situation qui pourrait être faite, au
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- LE DEVOIR
- regard de la législation sur les accidents du travail, aux ouvriers italiens victimes d’accidents en France ou réciproquement ; et il est à présumer que cet arrangement se trouvera préparé au moment, sans doute prochain, où le gouvernement italien aura réalisé son intention de compléter l’organisation de l’inspection du travail.
- Un quatrième arrangement, dont l’élaboration est très avancée, vise les garanties à prendre pour éviter les substitutions de personnes et les faux certificats grâce auxquels de jeunes ouvriers italiens, n’avant pas l’âge légal d’admission au travail, ont pu être embauchés dans dos usines françaises, trompant la bonne foi des maires, des consuls et des industriels.
- En ce qui concerne la Belgique, un projet de convention sur l’application des législations relatives aux accidents du travail se trouve tout près d’aboutir et un projette convention analogue avec le Luxembourg est dès maintenant à l’étude.
- Les chemins de fer du monde en 1903
- La longueur des lignes ferrées du monde entier à la fin de 1903 était de 857,733 kilomètres, en augmentation de 22,895 kilomètres ou de 2,5 0/o sur la longueur constatée à la fin de l’année précédente. Cette longueur kilométrique se subdivisait comme suit entre les diverses contrées :
- 1903 1902
- Amérique.................. Kil. 432.618 421.571
- Europe......................... 300.429 296.051
- Asie........................... 74 546 71.372
- Australie...................... 26 723 25.805
- Afrique........................ 23.417 20 039
- • Parmi les pays qui possèdent plus de 20,000 kilomètres de lignes ferrées, il faut citer :
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- 1903 1902
- Les Etats-Unis d’Amérique. Kil. 334.644 325.777
- L’Allemagne 54.426 53.700
- La Russie (Finlande comprise).. 53.258 52.339
- La France 45 226 44 654
- L’Inde anglaise 43.372 41.723
- L’Autriche-Hongrie 38.818 38.041
- La Grande-Bretagne 36.148 35.591
- Le Canada 30.696 »
- MONTENEGRO Le parlement monténégrin
- Le petit Monténégro entre à son tour dans le mouvement qui emporte décidément les derniers Etats gouvernés autocratiquement vers le régime des garanties constitutionnelles.
- Un manifeste publié le 5 novembre par le prince Nicolas annonçait l’établissement d’une assemblée représentative. Les élections ont eu lieu le 27 novembre et la première session de la nouvelle assemblée s’est ouverte le 19 décembre.
- Le prince Nicolas de Monténégro a prononcé, à cette occasion, un grand discours, dans lequel il a constaté que le Monténégro a toujours vécu heureux sous le régime autocratique et que l’idée d’une constitutien n’a germé dans le cerveau d’aucun de ses sujets ; mais a-t-il ajouté, le peuple a atteint un degré de maturité tel qu’il peut sans inconvénient participer à la direction des affaires.
- En terminant, le prince a conjuré les monténégrins de garder leur Constitution, de la défendre, et de se conduire conformément à ses prescriptions : « Il ne faut pas que le monde puisse dire que le vieux prince Nicolas s’est trop pressé de mettre entre les mains de son peuple un instrument trop perfectionné pour lui. »
- Cet intéressant discours prononcé devant la première
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- Assemblée nationale monténégrine, a été terminé par la prestation de serment du prince. Le silence émouvant qui accompagnait cet acte solennel a été suivi des manifestations d’un enthousiasme indescriptible, qui s’est aussitôt répandu dans la ville et dans tout le pays.
- L’autocrate de toutes les Russie se décidera-t-il bientôt à suivre le grand exemple que lui donne le petit souverain du Monténégro.
- ETATS-UNIS Le système métrique.
- Une vive campagne se poursuit actuellement aux Etats-Unis en faveur de l’adoption du système métrique. Tous les commerçants, et le public en général, la soutiennent cordialement, et un membre de la Chambre des représentants, M. Littauer, s’est chargé de porter la question devant le Congrès. En conséquence, il a déposé sur le bureau de la Chambre un projet de loi demandant qu’ « à partir du 1er juillet 1908, le système métrique soit l’unique système employé pour toutes les transactions que pourraient faire les différentes administrations dépendant du gouvernement des Etats-Unis. »
- Le projet de M. Littauer a de grandes chances d’être adopté. Néanmoins, si cette éventualité se réalise, elle ne satisfera pas complètement le public, car, comme le dit le New-York Herald, journal qui combat le plus énergiquement en faveur d’un nouveau système de poids et mesures , ce qu’il faudrait, c’est le vote par le Congrès d’une nouvelle loi rendant obligatoire l’usage du système métrique pour tous les Etats-Unis.
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- ALLEMAGNE
- L’indemnité parlementaire
- Une fois de plus la question de l’indemnité de séjour parlementaire et de la gratuité des parcours en chemin
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- de fer a été porté devant le Reichstag, qui a voté le projet qui lui était soumis à cet égard par l’initiative du centre et des nationaux libéraux, malgré l’opposition des conservateurs.
- Le projet a été envoyé à l’approbation du Conseil fédéral, habituel tombeau des propositions de ce genre.
- La réforme électorale en Wurtemberg
- Jusqu’à présent le Landtag comprenait 23 privilégiés, dont treize représentants de la noblesse, six du clergé protestant, trois du clergé catholique et un délégué de l’Université de Tubingen.
- La loi qui vient d’être votée par le Parlement Wur-tembourgeois, sur l’initiative du gouvernement, supprime ces sièges, qui seront transportés à la Chambre des seigneurs.
- Désormais le Landtag se composera de 75 députés élus au suffrage universel. Soixante-trois seront nommés par les districts, six par la ville de Stuttgart et un par chacune des villes de Tubingen, Ludwigsbourg, Ellwangen, Heilbronn, Ulm et Reutlingen.
- ALSACE-LORRAINE
- La lutte contre l’alcoolisme
- Le directeur général des chemins de fer d’Alsace-Lorraine a interdit, à partir du pr février, l’usage des boissons alcooliques pendant les heures de service à tous les employés et ouvriers des chemins de fer. Cette interdiction s’étend à tous les services sans exception et à toutes les heures de la journée.
- Toute contravention à cet ordre sera punie d’une mise à pied, et en cas de récidive du renvoi définitif de l’administration.
- Aux ateliers des chemins de fer d’Alsace-Lorraine, qui occupent à Montigny, près Metz, deux mille ou-
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- vriers, cette mesure a provoqué lundi une certaine effervescence ; mais la présence dans les ateliers des ingénieurs et des hauts fonctionnaires de l’administration, qui déclarèrent être, eux aussi, soumis aux mêmes prescriptions, la calma bientôt.
- Cette mesure a été prise à la suite des accidents trop fréquents qui se sont produits depuis un an, tant dans le service actif des chemins de fer que dans les ateliers.
- BELGIQUE
- L’interdiction de l’absinthe
- On se rappelle que la Chambre des représentants belge avait voté une loi interdisant la fabrication, le transport et la vente de la liqueur d’absinthe. Cette loi a été modifiée par le Sénat; la Chambre aura donc à l’examiner à nouveau. *
- HONGRIE
- Le suffrage universel
- Le projet de loi tendant à établir le suffrage universel avec scrutin secret a été publié le 19 décembre.
- D’après le projet, tout sujet hongrois du sexe masculin, âgé de plus de vingt-quatre ans et sachant lire et écrire, aura le droit de vote.
- CHINE
- La Chine aux chinois
- « Chat échaudé craint l’eau froide ».
- Le gouvernement chinois se propose de donner à toutes les concessions étrangères qui pourront être établies à l’avenir une situation différente de celles des ports ouverts depuis longtemps.
- Ces derniers ports sont, pour ainsi dire, territoires
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- étrangers, et le gouvernement chinois voudrait conserver dans une plus grande mesure le gouvernement des nouvelles concessions et imposer des restrictions aux privilèges accordés aux étrangers.
- Le trône a promulgué un règlement pour l’administration du port de Chinan-Fou, ouvert ces temps derniers, et ce règlement sera mis à exécution non seulement à Chinan-Fou, mais encore dans toute autre nouvelle concession. Il sera appliqué dans les seize villes mandchouriennes dont l’ouverture est établie dans le traité japonais.
- Le règlement porte que les étrangers ne doivent pas acheter de terres. Ils doivent seulement les prendre à bail, tandis que le gouvernement fixera le montant du bail et l’importance des terres que les étrangers auront le droit de posséder. Le bail ne doit pas dépasser une période de 30 ans, mais il pourra être renouvelé pour la même période.
- Les autorités chinoises doivent diriger la police, per-cevoir les impôts et exercer certains droits dans les services des postes et télégraphes et dans d’autres services et travaux publics.
- En outre, le trône a ordonné à tous les vice-rois de soumettre un rapport au sujet du nombre et de la nationalité des missionnaires dans les territoires soumis à leur juridiction et de signaler les biens que possèdent les missionnaires.
- Ces rapports serviraient de base pour calculer les indemnités dans le cas où il se produirait de nouveaux désordres analogues à ceux qui se sont produits à Lien-Tcheou.
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- Nous empruntons à « La Dépêche », Toulouse, 7 février, l’intéressant article qui suit :
- « Cinquante-six ouvriers vont entrer au prochain Parlement britannique; quatorze d’entre eux ont été directement nommés par les électeurs libéraux, et à titre d’élus du parti libéral. Sans doute, en tant qu’ouvriers, ils attestent leur sympathie pour le trade-unionisme, et il n’est pas douteux que dans les questions sociales, ils ne marchent d’accord avec leurs camarades d’origine. Viennent ensuite douze élus de la puissante fédération des mineurs ; mais le gros du parti ouvrier est formé par les trente députés du Labour-Party.
- « Il serait très difficile d’établir, en ce qui touche la doctrine sociale, une différence entre les élus du Labour-Party et ceux de la fédération des mineurs; peut-être même les quatorze ouvriers libéraux ont-ils, en cette matière, les mêmes opinions que leurs camarades. C’est au point de vue politique que la différence s’accuse. En effet, ces douze derniers font partie intégrante du parti libéral, tandis que les quatorze délégués mineurs entendent garder toute liberté d’action, mais se déclarent prêts, sur chaque question importante, à se concerter avec le parti libéral. Ils souhaitent vivre avec la majorité ministérielle sur le pied de l’entente cordiale. Au contraire, les trente élus du Labour-Party, affichent une indépendance complète vis-à-vis de tout parti bourgeois. Ils apporteront leurs suffrages à toute proposition, de quelque côté du Parlement qu’elle émane, qui leur apparaîtra juste et conforme au progrès, mais ils réserveront leur initiative propre pour les questions ouvrières et en particulier pour la réforme de la législation qui régit les Trades-Unions. C’est pour
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- eux d’ailleurs la question capitale, car la jurisprudence récente des hauts tribunaux britanniques, qui a consacré la responsabilité pécuniaires des syndicats dans tous les mouvements de grève organisés ou fomentés par ceux-ci, équivaut à l’écrasement du Trade-Unionisme.
- « Mais ces distinctions d’attitude politique entre les groupes du parti ouvrier intéressent moins l’opinion étrangère que la connaissance de leur programme social : le Trade-Unionisme anglais et le Syndicat français ont de très nombreux points communs, mais trois caractères distinguent profondément les premiers des seconds. Les syndicats anglais ne sont aucunement révolutionnaires ; les syndicats anglais ne font que le moins possible de politique proprement dite ; les syndicats anglais enfin n’ont aucune tendance communiste.
- « Il y a longtemps que le caractère purement évolutionniste et extrêmement prudent et modéré du tempérament ouvrier a été signalé en Angleterre. C’est par les voies strictement légales que la masse ouvrière anglaise entend se faire sa part ; et il semble bien d’ailleurs que le procédé lui réussit , mieux qu’aux ouvriers italiens celui de l’agitation révolutionnaire, et tout aussi bien au moins qu’aux ouvriers français et allemands, les menaces de grève générale et les revendications communistes. Le Trade-Unionisme en Angleterre n’effraie que les capitalistes industriels; il n’émeut aucunement l’Etat, et ne porte atteinte à aucun principe constitutionnel , à aucune condition de l’ordre public. Keir-Hardye, leader du Labour-Party, ne demande pas mieux que d’être gouvernemental, chaque fois que le gouvernement, en proposant quelque mesure utile au pays entier, lui en fournira l’occasion. C’est uniquement par application du principe de la division du travail, que les propositions émanées de Pextrême-gauche ouvrière, auront toutes trait aux seules ques-tionsintéressant les ouvriers.
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- « On conçoit que des organisations semblables s’abstiennent de toutes les questions purement politiques qui peuvent, ou jeter la division dans leur sein, ou compromettre leur crédit auprès des partis politiques. Il n’y a pas chez eux, ou du moins il y a moins qu’ail-leurs de ces louches politiciens, qui, passant d’un syndicat à l’autre, et intrigant tantôt ici et tantôt là, suscitent parfois des grèves sans motifs sérieux, agitations stériles qui servent trop bien la réaction pour que certains soupçons ne soient pas légitimes. Les tra-des-unions anglaises sont essentiellement professionnelles et indépendantes les unes des autres. C’est à l’abri d’excitations étrangères à elles que chacune délibère et décide en son sein ce qu’il convient de faire dans l’intérêt de la profession.
- « Le troisième caractère que les élections dernières viennent de mettre en singulier relief est encore plus important. On sait que Karl Marx résida longtemps à Londres. Il s’y fit des amis personnels et quelques disciples. Ceux-ci s’efforcèrent à leur tour d’organiser une propagande collectiviste, et l’on put croire, vers 1896, qu’ils allaient réussir à entraîner le socialisme anglais vers des solutions communistes. En effet, d’une part, une Social-Démocratie Association marxiste s’était constituée et voyait chaque jour accroître le nombre de ses membres ; d’autre part, le Congrès de Bradford, rompant avec la tradition des Congrès qui l’avaient précédé, proclamait la nationalisation du sol. Jusque-là, le parti socialiste anglais avait été simplement coo-pératiste. La coopération sous toutes ses formes, dans la production comme dans la consommation, lui avait paru la seule solution désirable. Un instant, Robert Owen avait orienté vers le communisme la conception coopérative ; mais l’esprit nettement individualisme et le sens pratique des Anglais avaient réagi, et depuis trente ans environ, il ne s’agissait plus dans les milieux ouvriers que de coopératives libres, organisées pour accroître l’initiative et la force productrice de l’indi-
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- vida coopérateur et non pour absorber celui-ci dans une communauté souveraine. En ce qui concerne le sol, le parti socialiste anglais avait toujours revendiqué, comme le font les morcellistes en France, la généralisation de la propriété paysanne substituée à la grande propriété, sauf aux propriétaires paysans à se grouper, à s’associer dans de libres coopératives pour l’achat des semences, des engrais, pour l’utilisation de machines communes, l’emmagasinage des produits, la publicité, etc.
- « A la tête du mouvement collectiviste se trouvaient John Burns, Tom Mann, Keir Hardye, Burt, Hynd-mann, etc. Mais l’enthousiasme ne fut pas de longue durée. John Burns et Tom Mann, que le principe de la conquête des pouvoirs publics avait surtout séduits, se détachèrent les premiers de la SociaLDemocratic à mesure que s’accusait le dogmatisme collectiviste de celle-ci ; Burt suivit bientôt, entraînant avec lui la défection de la Fédération des mineurs au néo-unionisme ; Keir Hardye à son tour, tout en maintenant le principe marxiste de la lutte de classes, revint à la conception purement coopérative de l’ancien socialisme anglais. La Social-Bemocratic Association perdit ainsi peu à peu son autorité et depuis deux ans surtout s’affaisse sur elle-même. Malgré les efforts de ses lieutenants, Jones, Queley, etc., Hyndmann, chef du parti socialiste, a été battu et a vu battre tous ses partisans aux élections dernières. Dans l’ancienne Chambre des Communes où le parti ouvrier ne comptait que 14 membres, six ou sept faisaient partie de la Social-Bemocra-tic Association et étaient considérés comme collectivistes. Dans la nouvelle Chambre, où le parti socialiste anglais a pu envoyer 42 de ses représentants, il n’y a plus un seul collectiviste.
- « Le leader du parti ouvrier, Keir Hardye, vient de formuler le programme de son groupe qui, revenant aux anciennes traditions socialistes anglaises, se borne à revendiquer la libre extension du trade-unionisme,
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- proclame l’excellence du principe coopératif et souhaite rétablissement de petites propriétés paysannes librement groupées dans des coopératives de production. C’est le désaveu de tout collectivisme et de tout com-* munisme.
- « Si on rapproche ce fait de celui des dernières élections suisses, où le parti collectiviste, qui comptait précédemment 10 députés au Parlement helvétique, a d’un seul coup perdu la totalité de ses sièges, on est bien obligé de reconnaître que, pour la théorie communiste, l’avenir s’annonce sous des présages fâcheux. Je dis pour la théorie communiste seulement, car le socialisme qui, au fond, n’est que la poursuite de la suppression du salariat et du capitalisme, fait dans l’opinion mondiale d’incontestables et de constants progrès.
- « L'essor du parti socialiste n’attend pour se produire en France qu’une meilleure politique syndicale. Que nos syndicats renoncent décidément à la politique révolutionnaire tapageuse qui leur aliène l’esprit public ; que comme leurs frères d’Angleterre, ils espèrent de l’évolution dirigée, et non de la révolution ; qu’ils inspirent à tous confiance dans leur modération et leur prudence ; qu’ils se guérissent enfin de la chimère communiste, à laquelle l’esprit français ne répugne pas moins que l’esprit anglais ; et ils ne tarderont pas, par la coopération, par la propriété paysanne, enfin par la socialisation de la grande industrie, à substituer en cas de besoin à la servitude capitaliste et au salariat prolétarien un régime de liberté et d’égalité dans le travail. »
- Camille Sabatier.
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- LA QUESTION DE LA PAIX
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- LA QUESTION DE LA PAIX
- Pour la paix
- Manifestation du 22 février
- Peuples, condamnez la Guerre !
- Peuples, Fédérez-vous !
- La guerre d’Extrême-Orient a démontré, une fois de plus, toutes les atrocités, toutes les infamies de la guerre.
- De si douloureuses leçons ne doivent pas être perdues !
- Peuples, il est temps d’organiser la paix.
- La deuxième Conférence de La Haye va vous en fournir l’occasion et le moyen. Hâtez sa réunion ! Préoccupez-vous de son programme?
- Signifiez à vos gouvernements, dans tous les pays, que vous ne voulez ni massacrer, ni vous faire massacrer, que vous ne voulez plus de la guerre, qui éternise, loin de les apaiser, les rivalités des Etats, qui ruine les finances de chaque nation par la dilapidation des ressources, l’accroissement énorme de l’impôt, l’humiliation de l’emprunt à l’étranger, suspend la vie générale, arrête le fonctionnnement des services publics , chasse le travail des usines, accapare les transports, ferme les débouchés, éloigne la clientèle au profit des autres pays, compromet le crédit, confisque les dépôts des Caisses d’épargne, amène le krach des valeurs, appauvrit le riche et fait du pauvre un misérable, réduit en cendres les biens matériels, pervertit la moralité humaine, organise le meurtre et l’anarchie, égorge, pille, incendie, viole et enfin, inévitablement — la Russie le montre comme la France l’a montré — jette, dans chaque nation, les citoyens les uns contre les autres, et s’appelle la guerre des classes après avoir pris le nom de guerre des races.
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- LE DEVOIR
- Pour vous pousser à la folie de la guerre, on vous parle de l’intérêt, du prestige et de l’honneur de la patrie.
- L’intérêt de la patrie est dans la paix, son prestige dans le bien qu’elle fait, son honneur dans le respect de la justice.
- Peuples! dites un mot, et le droit primera la force. La paix peut être assurée par le fonctionnement constant de la justice entre les nations, parla reconnaissance du droit des peuples de disposer librement d’eux-mêmes.
- Peuples! manifestez ensemble vos communs sentiments pacifiques. Faites comprendre à vos gouvernements, par un magnifique mouvement d’opinion, ce que vous exigez d’eux : vous exigez d’eux qu’ils abandonnent enfin les combinaisons belliqueuses, les convoitises criminelles, les coalitions équivoques, et qu’ils se consacrent à leur vraie mission: la conciliation internationale.
- Réclamez impérieusement de vos Gouvernements que leurs délégués à la IP Conférence de La Haye instituent l’obligation de l’arbitrage et préparent l’organisation de la Fédération internationale générale, chargée de la gestion concertée des intérêts communs des Etats. Cette Fédération internationale, dans laquelle la liberté et la souveraineté des autres nations, loin de porter atteinte à l’indépendance des patries, assurerait leur sécurité et permettrait leur progrès.
- Répondez à cet Appel Pacifiste! Que tous les honnêtes gens se lèvent, dans tous les pays, pour condamner la guerre !
- Allons ensemble vers la Paix par la Justice, par la Fédération Internationale des Peuples, autonomes dans la solidarité!
- (Suivent les signatures de membres de la Commission du Bureau international de la Paix).
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- LA QUESTION DE LA PAIX
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- Les instituteurs et le pacifisme en Italie
- Voici l’ordre du jour voté par le Congrès des instituteurs qui a eu lieu à Cagliari :
- « Les instituteurs des écoles élémentaires réunis à........ considérant que le but de l’école est d’incul-
- quer à la jeunesse des sentiments humains et courtois et d’enseigner la pratique de tous les devoirs, du respect de tous les droits, en premier lieu du respect de la vie humaine: considérant que, malgré l’élévation de la pensée et la noblesse de la conscience moderne il y a encore des contradictions profondes dans les manifestations de la vie en ce sens que des millions d’hommes qui ont horreur des délits soumis aux lois pénales assistent impassibles à l’immolation inutile et légale de leurs frères — décident de faire une propagande sérieuse et efficace pour que l’école, par tous les moyens et en toute occasion, développe ce nouveau sentiment du devoir, et ils expriment l’espoir que toutes les écoles, par des conférences et d’autres moyens, prendront part à la fête mondiale du 22 février, pour que le triomphe de la Paix, aujourd’hui rêve de quelques âmes généreuses, puisse devenir sous peu la certitude inébranlable de tous ».
- La 2e conférence de La Haye.
- Le Comité de la Société allemande de la Paix a décidé d’adresser une pétition au Reichstag pour l’engager à défendre les intérêts de la paix auprès du Gouvernement de l’Empire à l’occasion de la seconde conférence de La Haye, en lui proposant pour le programme des délibérations les sujets suivants :
- 1° Adoption d’un droit international qui permette une limitation des armements actuels.
- 2° Création d’une réunion intergouvemementale d’hommes d’Etat à des époques régulières, en vue de délibérer sur les questions ayant un intérêt commun pour toutes les nations,
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- LE DEVOIR
- 3o Organisation d'un Bureau qui aurait à préparer l’ordre du jour et à mettre à exécution les décisions de de cette assemblée internationale.
- 4° Nomination par les Etats d’une commission qui aurait à s’occuper de la codification du droit interna-national.
- 5° Engagement des puissances à avoir recours, en cas de conflit, aux moyens pacifiques stipulés dans la Convention du 29 juillet 1899.
- 6° Conclusion d’un traité d’arbitrage permanent obligatoire aussi large que possible, avec le tribunal de La Haye en dernière instance.
- Cette résolution a été envoyée à un grand nombre de journaux, et M. Umfrid s’est adressé au recteur de l’Université de Tubingen et au bourguemestre de Stuttgart en vue d’obtenir des démonstrations de sympathie pour l’Angleterre.
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- « L’alliance Iranco-britannique ».
- Dans une réunion tenue à Londres, le 23 janvier, sous la présidence de l’éminent médecin, sir William Broadbent, s’est constituée une branche anglaise de la société dite « l’Alliance franco-britannique».
- On a annoncé, au cours de la réunion, que l’Alliance franco-britannique organiserait une visite à Paris pour le mois de février. Sir Archibald Geikie, le distingué savant, fera une conférence à la Sorbonne.
- Le déficit colonial allemand
- Le mémoire sur la situation actuelle des colonies que le gouvernement a communiqué au Reichsiag, donne une idée précise de la portée limitée de la puissance coloniale allemande.
- Après avoir remarqué que, l’année dernière, il a fallu avoir recours aux armes pour réprimer la révolte dans toutes les colonies, et que les désordres continuent encore dans l’Afrique du Sud, dans l’Afrique de
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- LA QUESTION DE LA PAIX 171
- l’Est et dans le Cameroun, le mémoire donne un aperçu des conditions actuelles.
- Pour maintenir cet empire colonial, où 4,000 personnes font pour 60 millions d’affaires , on a dépensé, l’année dernière, 134 millions de marks sans compter les frais occasionnés par la révolte du Sud-Africain, qui se chiffrent à une centaine de millions par an.
- PAYS-BAS
- Une exposition internationale de la paix
- Il vient de se constituer à Utrecht une association dans le but d’organiser à La Haye, l’année de la dédicace du palais de l’arbitrage, une exposition internationale de la paix.
- Le comité prendra l’initiative d’une active propagande dans tous les pays en faveur de l’idée de la paix et s’efforcera de recruter des adhérents et de recueillir les fonds nécessaires à l’exposition projetée.
- ESPAGNE
- La question militaire
- Un projet de loi modifiant dans un sens de plus grande sévérité le code concernant les délits contre la patrie et l’armée a été déposé au Sénat par le président du conseil. Le ministre de la guerre aurait voulu qu’on soumît les délits d’injure contre la patrie et l’armée à la juridiction militaire. Ce dissentiment a failli provoquer une crise ministérielle. La crise me s’est pas produite parce qu’elle ne pouvait aboutir à aucun résultat. Quoiqu’on puisse penser de son projet, le président a agi conformément à la Constitution en réservant au Parlement le soin de trancher la question. Le Sénat s’est d’ailleurs, prononcé en faveur de sa thèse.
- Le premier Congrès national portugais de la Paix se réunira à Lisbonne, les 18, 19 et 20 mai 1906, sous la présidence de M. le docteur Magalhaës Lima.
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- LE DEVOIR
- LE MOUVEMENT FÉMINISTE
- Le suffrage des femmes aux États-Unis
- Une importante délégation féminine s’est présentée, le 15 février, devant le Comité sénatorial chargé d’élaborer un projet de loi déposé par le sénateur Warren et tendant à donner aux femmes le droit de prendre part à l’élection des membres de la Chambre des représentants.
- La salle du Comité était trop petite pour contenir toute la délégation féminine dont plusieurs membres ont prononcé des discours en faveur du projet de loi Warren.
- La protection des oiseaux
- Il s’est formé en divers pays — en Australie, en Angleterre, en Allemagne, en Autriche, en Hollande et en Suisse — des ligues pour la protection des oiseaux. Elles visent spécialement « la mode féminine qui, se dérobant aux lois, décime les oiseaux par millions pour en parer les chapeaux et les robes. »
- Le siège de la ligue de langue française est à Genève. Dans le prospectus qui fait connaître son but, elle fait remarquer qu’en- cette question « l’intérêt individuel est solidaire de la sauvegarde des grands intérêts agricoles. »
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- Une avocate devant le Tribunal fédéral suisse
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- Le Tribunal fédéral suisse (Cour suprême), a jugé dernièrement une affaire, où l’avocat d’une des parties,
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- LE MOUVEMENT FEMINISTE 173
- M. Guinand, était assisté de sa stagiaire, Mlle Nelly Favre, licenciée en droit et avocate.
- C’était la première fois qu’une avocate se présentait devant le Tribunal fédéral.
- Les femmes inventeurs
- Mrs Yolla Condory, de New-York, ayant inventé un système de distribution automatique des lettres par un procédé électrique qui a déjà fait ses preuves dans deux immenses immeubles à New-York, le « post-master-general », ou ministre des postes à Washington, a nommé une commission pour lui faire rapport sur la praticabilité de cette invention.
- La mission chinoise en Occident
- Les hauts commissaires chinois chargés d’étudier la civilisation occidentale sont partis hier de New-York pour Hambourg sur le vapeur Blücher.
- Cette commission, qui compte cinquante- quatre personnes, a pendant son séjour à New-York visité plusieurs établissements publics et usines. Les commissaires ont exprimé leur idée de transplanter en Chine nombre d’innovations sociales et politiques et d’applications industrielles dont ils ont été frappés. Ils ont, sur les recommandations de l’impératrice douairière, étudié spécialement le système d’éducation féminine en vue de la création de lycées de jeunes filles dans le Céleste Empire. {Le Temps).
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- George-Jacob Holyoake
- Un des plus vaillants lutteurs en faveur de la cause de l’émancipation ouvrière, George-Jacob Holyoake n’est plus. Il est décédé, le 22 janvier dernier, à l’âge de 89 ans, à Brighton, Angleterre.
- Nous empruntons au touchant article publié par E. de Boyve dans VEmancipation (Nimes, 15 février), les détails qui vont suivre :
- « G.-J. Holyoake est né à Birmingham, le 13 avril 1817, d’une famille d’ouvriers. Il apprit l’état de mécanicien dans une école professionnelle ou « institution ouvrière» {Mechanic’s Institution). Il reçut un’prix pour une paire de compas qu’il avait faits lui-même avec de l’acier brut et du cuivre.
- » Il fut chargé, peu de temps après, d’un cours dans l’institution.
- » En 1839, il fit la connaissance de Robert Owen, dont il devint le disciple, alla de ville en ville propager ses idées dans des conférences.
- « Une association de Manchester ayant offert cinq prix, de 250 francs chacun, pour le meilleur travail sur « l’instruction, la charité, la justice, la science et le progrès », Holyoake gagna les cinq prix à la fois sur soixante-dix-neuf concurrents !
- » Il vint à Rochdale avant la formation de la Société coopérative des Equitables Pionniers et devint l’ami des fondateurs.
- » Holyoake était alors l’éditeur du journal socialiste Spirit of the âge. Il collabora à divers journaux socialistes et fut journaliste intrépide. Il fut le plus courageux
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- NECROLOGIE
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- opposant de la taxe sur le papier et du timbre pour les journaux. Holyoake publiait alors le War Chronicle, journal hebdomadaire. Il supprima le timbre. Chaque numéro était passible d’une amende de 500 francs et les éditeurs encouraient la prison et la confiscation de tout le matériel de l’imprimerie. Il fut assigné ; le montant de l’amende s’élevait à 15 millions! Heureusement la loi sur le timbre fut bientôt supprimée et, grâce à l’intervention de M. Gladstone, Holyoake ne fut pas poursuivi.
- » En 1857 et en 1884, il fut candidat ouvrier, mais la première fois il se désista en faveur du candidat libéral et la seconde fois il échoua. 9
- » Holyoake était l’ami de tous les libéraux, de Mazzini, de Garibaldi, pour lequel il avait formé une légion anglaise. On venait s’enrôler dans son imprimerie de Fleet street, à Londres.
- «. En 1879 et en 1882, il a visité le Canada et les Etats-Unis, et il chercha sous l’inspiration de Hodgson Pratt, les moyens pratiques de fonder dans ces contrées des colonies coopératives. Il a publié plusieurs ouvrages sur l’économie politique. L’ouvrage le plus connu est VHistoire des Pionniers de Rochdale, publiée pour la première fois en 1857 dans le journal le Daily-News. William Cooper, un des plus distingués pionniers de Rochdale, dit que cet ouvrage contribua à la création de deux cent cinquante sociétés en deux ans. Il a été traduit dans toutes les langues. (1)
- « Holyoake a été membre du Comité central depuis sa création en 1869 et a été président du Congrès de Carlisle en 1887,
- « Il a été délégué en 1885 avec Vansittart Neale au premier Congrès coopératif français et a assisté avec Mlle Holyoake, sa fille, au Congrès de Tours.
- « M. Holyoake a publié aussi une Histoire de la Coopération en Angleterre et un volume The Cooperative
- 9) Le Devoir en a publié un résumé.
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- Movement to Bay (le Mouvement coopératif de ce jour). »
- Délégués en 1885,«ainsi que nous venons de le lire, au Congrès coopératif français, Edward Vansittart Neale (nom bien connu de nos lecteurs), et Georges-Jacob Holyoake vinrent ensemble, les 24-25 juillet, visiter le Familistère de Guise (1). Ami de J.-Bte.-André Godin, Ed. Vansittart Neale était heureux de présenter au fondateur du Familistère un tel appréciateur de l’œuvre que l’était G.-J. Holyoake.
- Unissant dans sa pensée les deux apôtres de la coopération en Angleterre, M. E. de Boyve écrit ces mots auxquels nous nous associons du fond du cœur :
- « Ils ont travaillé ensemble, avec le même zèle, avec le même désintéressement, à hâter l’avènement de la constitution coopérative. »
- Nous offrons à la famille et aux amis de G.-J. Holyoake nos bien vives condoléances.
- (1) Le Devoir, tome 9e, p. 541.
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- LES DEUX VIES
- Par Paul et Victor MARGUERITTE
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- ( Suite )
- — Eh! on prouve toujours! Ah ! vous m’avez valu de Me Tartre une lettre qui est un bijou d’ironie.
- — Celle de Sépale, dit du Foudray, n’en manque pas non plus.
- Il fit mine de la chercher sur son bureau, puis par délicatesse se contint.
- Elle devinait leur amour-propre vexé ; on n’est pas parfait : l’ironie de leurs adversaires les touchait plus que ses douleurs, ses hontes, ses dégoûts. Elle eut un geste las. Ils la regardaient avec plus de bienveillance et ne purent s’empêcher de sourire :
- — Ils obtiendront l’enquête, dit Herbelot à mi-voix.
- — Indubitablement.
- On eut un vers de douze pieds, tant l’avocat mit de solennelle condescendance.
- — A moins, reprit l’avoué, qu’on ne nous déboute court et net.
- A cette petite dureté, — qu’il regretta aussitôt, ~ elle pâlit : non, il n’était pas possible que le tribunal lui fit payer si cher... Me du Foudray ne le croyait pas non plus, mais l’enquête, qu’on espérait éviter, prolongerait de cinq ou six mois le procès :
- — Quel dommage ! fit-il, nous enlevions peut-être le divorce de piano. En quelques jours, c’était fini...
- — Nous pouvions parfaitement l’enlever ! fit Herbelot.
- Ils se prenaient à ce mirage qu’ils eussent écarté la veille.
- — Enfin, dit Me du Foudray en reconduisant la jeune
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- femme, plaçons la conscience au-dessus de tout. Quoi qu’il arrive, madame, vous êtes un noble coeur.
- Et il lui baisa la main.
- Pour que rien ne manquât, une lettre de Le Hagre attendait Francine à la maison : il lui exprimait sa joie extrême de songer qu’elle ne le haïssait plus; sa venue rue Murillo lui en avait donné l’assurance, et, puisque l’intérêt de leur pauvre petite fille les avait rapprochés, il comptait que leur réunion n’était plus qu’une question de jours. Il avisait en conséquence ses conseils de cesser toute procédure, tenait le procès pour éteint, et se disait : « De sa chère femme, le tendre et respectueux mari. »
- « Quel aplomb ! » La rage de Francine s’accrut d’une telle dérision : avec quel plaisir il avait dû peser chaque mot de cette lettre insultante ! Et sa mère, osait-elle bien croire à la réconciliation ? Sinon, comment permettait-elle ?...
- Non, Mme Le Hagre n’y croyait pas, mais, à défaut de réalité, elle se contentait de l’apparence ; on jouait serré : tant pis pour qui faisait une faute; rien ne forçait Francine de sortir des termes de la légalité. Josette n’était pas en danger, on l’eût bien soignée...
- L’émotion qu’elle avait ressentie alors, ses bonnes dispositions, le sentiment de justice qui se débattait en elle, elle les refoulait, plus- endurcie, depuis qu’on lui avait repris sa petite-fille... Et puis, elle s’en lavait les mains; c’était l’affaire de l’avoué, de l’avocat, des juges !... Toutes ses facultés étaient tendues à l’imminente décision du tribunal : qu’à aucun prix son fils ne perdît.
- II
- Ces trois derniers jours, Francine ne rêva que Sépale et que Tartre; la prévention de M. Trassier cessait d’être une chose abstraite : le président devenait un cerbère prêt à mordre, qu’elle eût voulu apaiser d’un gâteau
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- de miel. Si elle avait pu plaider elle-même sa cause, convaincre ses juges à force de sincérité ! N'avait-elle pas ému Broussin ? Il croyait en elle et, Marchai l’affir-mait, bataillerait chaleureusement. A quoi cela avait-il tenu, pourtant? A un rien, à ce que sa pitié chevaleresque avait été éveillée par un timbre de voix séduisant, une attitude heureuse ; parce qu’il avait été impressionné par sa grâce fière. Elle lui plaisait, et dès lors cette prévention favorable la servirait plus que l’équité de sa cause et l’impartialité du juge. Tout de même, que c’était étrange !
- Après-demain !... Demain !... Aujourd’hui !...
- Midi, une heure ! Là-bas, au Palais, dans le brouhaha des pas et des voix, dans le bourdonnement des réquisitoires et des plaidoiries, au déclic fatal de l’engrenage, on appelait son nom... La pendule du boudoir avait beau précipiter son tic tac, il semblait que le temps fût suspendu. En face de sa mère qui avait prié une grande partie de la nuit, fait un vœu, Francine comptait les délais écoulés. Etait-ce vrai que son sort se décidât ? Depuis octobre ? Et l’on était en mars.
- Elle apercevait le Bois qui bourgeonnait en des éclaircies bleues cinglées de giboulées et obscurcies de vols d’ombre. A Aygues-Vives, dans le gris de fumée mouillée, à peine le parc sortait-il de l’hiver : pourtant, les grands peupliers d’Italie devaient se teinter de jaune olive, les maronniers enfler, à chacune de leurs branches recourbées, un gros bourgeon verni. La campagne ressemblait à une aquarelle légère brouillée de pluie, effacée au loin. La Seine de boue allait s’animer de teintes fines et on verrait, à la première coulée, de soleil, des ombres frêles trembler dans les allées.
- Comme il ferait bon vivre à la campagne ! Francine s’y vit, avec Josette. Qu’avait de commun la jeune femme aux yeux clairs et au corps souple qui se promenait en robe de printemps sous les sapins noirs, et le personnage convenue, cette Mme Le Hagre dont l’avenir dépendait de l’intelligence ou de la sympathie
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- de ses juges, de la persuasion de son avocat ? Comment, pourquoi en était-il ainsi ? Quoi, son bonheur ou son malheur aboutissaient à une salle publique, à ces paroles prononcées, par un étranger devant des malveillants ou des curieux, à l’assentiment ou au refus de quelques messieurs qui ne la connaissaient pas : Tras-sier qu’elle n’avait vu que deux fois ; Broussin, une heure !... Les autres, entités aussi vagues que de mythologiques Minos, Eaque et Rhadamante !... A cette heure, son avocat parlait ; il racontait à tout venant comment son mari l’avait trompée, et avec qui : la grosse Lischen.... il ouvrait, fouillait leur maison, leur chambre, soulevait les draps du lit... Cela lui parut inconcevable ; de quoi la société se mêlait-elle ?
- Elle alla s’installer près de Josette et lui lut une histoire ; l’attention radieuse des beaux yeux, les merveilleux jeux d’âme sur ce visage de fleur ! Avec son bras immobile et ses joues pâlies, Josette, délivrée de son père, redevenait en sa chair et sa pensée la vraie fille de Francine... Quel regard limpide et confiant ?... « Elle comprendra, peut-être comprend-elle déjà ? » Et, de toute son âme, elle souhaita d’en finir.
- A quatre heures et demie, les Morland, puis les de Guertes, arrivèrent en bourrasque.
- — Magnifique, du Foudray, magnifique ! s’écria le commandant gonflé d’orgueil ; le prestige de son parent ne rejaillissait-il pas sur lui ? — Quand je vous le disais ! Il a aplati Sépale !
- M. de Guertes, avec son air abstrait et sa politesse froide, déclara :
- — On aurait dit une première, la salle pleine.... Mme Pustienne, comme de juste, à l’avant-scène. J’ai reconnu le dessinateur Flûte et trois reporters. Beaucoup d’avocats : on a entouré du Foudray.
- — Oui, s’écria Henriette, on n’entendait que : « Exquis, mon cher maître ! un régal ! » Sépale lui-même l’a complimenté. Et ce n’est pas terminé. Me du Foudray
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- conclura demain ... Il a fait de toi un portrait !... et de vous, madame, — elle regarda Mme Favié ; — c’était émouvant, je vous le jure ! Il n’v a pas adiré, c’est un succès !
- — Je ne lui reproche qu’une chose, dit Mme Mor-land : il n’a pas assez malmené votre mari.
- Francine courait chez Herbelot; il fallait s’y attendre : Me Tartre avait déposé des conclusions tendant au rejet de la demande; on lui en opposait d’autres déniant toute réconciliation.
- — Il sera bon que Me du Foudray insiste à ce sujet. Le tribunal l’a écouté avec déférence. Il parle bien, très bien. Quoique j’aie vu le moment où M. Fornette s’engourdissait... et moi-même... M. Broussin dessinait des bonshommes, M. Saint-Hélier semblait impressionné : il aime l’éloquence. Mais pour ce que ça nous rapportera ! Quant à M. Trassier, il avait son air d’intérêt morose... Ma fois, quand du Foudray a lu les lettres de Mlle Lischen, il a été très beau d’indignation ! Avec sa tête blanche et sa voix de basse on aurait dit Maubant... Il a ému la salle en racontant vos bontés pour cette jeune fille, comment vous l’aviez recueillie orpheline, comment vous l’aviez rapatriée du fond de l’Allemagne...
- Francine ouvrit de grands yeux : une orpheline de quarante ans, un peu mûre, alors?... Rapatriée? Lischen ?... Pas qu’elle sût ! il y avait erreur ! Elle eût été plus étonnée si elle avait assisté à l’audience : ah ! certes, elle n’aurait pas reconnu son histoire dans le mélodrame plein d’imagination dont Me du Foudray avait déroulé les périodes sonores. Elle y devenait une chrétienne martyre, une héroïne persécutée : on eût cru qu’il avait à la défendre. De son père, — que venait-il faire là ? — il avait rappelé « les nobles exemples de fidélité conjugale, ces traditions d’honneur et de famille que de père en fils les comtes Favié se transmettaient !... » Si c’est cela qu’Herbelot appelait mettre sa cause au point !
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- Elle remonta en voiture et arriva chez l’avocat. Chaud encore des éloges, le maître venait de changer de linge et de se réconforter d’un biscuit dans un verre de xérès ; le reporter du Matin l’avait interviewé et Flûte l’avait croqué de profil, de dos, de trois quarts ! Il tendit à Francine les deux mains, et l’attirant dans ses bras paternels :
- — Mon enfant vous pouvez être contente de moi : je me suis surpassé !
- Quand le lendemain Me Sépale se leva, élégant et blême, dardant sa tête pointue, un frisson de curiosité courut ; l’on entendit battre les portes de cuir par lesquelles se pressaient, pour l’entendre, des avocats et des jolies femmes. Derrière lui, Mme Pustienne, que des gens, à son air pénétré, prenaient pour Mme Le Hagre mère, s’installait. 11 se retourna et la salua respectueusement : cela faisait bien.
- On distinguait, côté Le Hagre, les Lurat, avec leur correction pleine de tact; côté adverse, M. de Guertes, Henriette, qui en l’honneur de son amie arborait un amour de chapeau, les Morland et la haute silhouette de Marchai. Sur l’estrade, les juges prenaient des poses commodes : M. Trassier s’accouda, M. Fomette s’arma du coupe-papier dont il s’enfoncait la pointe dans la paume, quand la somnolence de la digestion... le subs-tut Resne s’apprêtait à prendre des notes, Broussin fit un clin d’oeil à Marchai. Quant au greffier, il passa, en connaisseur, sa langue sur ses lèvres.
- Me Sépale parla. Tout de suite ce fut un charme : diction nette, intonations mordantes; on goûtait, à l’entendre, un réel plaisir. Sorti à demi de son banc, avec de perpétuels retroussements de manche, comme un jongleur de gobelets, escamotant les points dangereux et faisant parade des arguments utiles, attrapant au vol les dates, les noms que lui soufflait son secrétaire, sorte de compère à face louche, provoquant d’un geste sarcastique ou vengeur son « honorable » adversaire, Me Sépale échafauda sur le vide la plus brillante plaidoirie.
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- Tout ce que la méchanceté peut inventer de plus raffiné et la calomnie de plus ingénieux, il le fît, avec un art suprême, miroiter. Il fît rire de Francine, rire de Mme Favié ; il rendit intéressant Le ïïagre, « ce parfait gentilhomme... Ce procès, mais il serait odieux, s’il n’était ridicule ! Il ne reposait que sur des lettres fabriquées pour les besoins de la cause, insérées dans les vraies enveloppes, au lieu des courts bulletins de la santé de la petite fille, que Mlle Lischen adressait au père sur son ordre. Qu’on prouvât, oui, qu’on prouvât d’abord l’authenticité de ses lettres accusatrices !. Au surplus, la cause de son client fût-elle discutable en fait, en droit elle était excellente ! »
- A ce mot magique, M. Trassier dressa l’oreille ; Saint-Hélier croisa monastiquement les mains sous ses manches ; Broussin lui-même, qui se disait : « Quel toupet a ce Sépale ! » rajusta son lorgnon pour le mieux dévisager.
- — « Oui, en droit! Admettons même, concédons généreusement que Mlle Lischen ait cédé à un regrettable entraînement, fascinée par le charme, la distinction morale de son protecteur, de son maître, M. le comte Le Hagre... Supposons — hypothèse d’une seconde , messieurs! — que ces lettres soient réellement d’elle... Et depuis quand l’incapacité légale de l’épouse autorise-t-elle une si incroyable audace, ce secrétaire forcé, la violation du secret du mari?... »
- De ces lettres saisies dans une juste indignation, il faisait une histoire de vol, le chantage d’une femme astucieuse et d’ailleurs névrosée. Il bafouait, en regard de l’irréprochable conduite de Le Hagre , passé modèle de toutes les vertus, l’affreux caractère de cette jeune femme , si acariâtre que depuis deux ans — « ah ! pourquoi nous force-t-on à dévoiler les mystères de l’alcôve? » elle se refusait au devoir conjugal, imposait un supplice de Tantale à la continence discrète de son mari. Rires étouffés dans l’auditoire...— «Mais les véritables responsabilités, il fallait les faire remon-
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- ter à la coupable, l’éternelle ennemie du bonheur domestique, le type classique du vaudeville et parfois du drame, la belle-mère. Mme Favié avait incarné ce fléau. Ce divorce était son œuvre, elle l’avait conseillé ; c’est elle qui par une incroyable influence, une véritable captation mentale, forçait sa fille à le poursuivre, sa fille qui ne demandait qu’à pardonner !... Oh! il n’oublierait pas ce qu’il devait à la parfaite honorabilité de Mme la comtesse Favié; en dehors de son caractère despotique, irascible, bien connu de la haute société dont elle faisait partie, c’était, il le proclamait très haut, une femme digne de tous les respects ! »
- Là, une courbette d’Arlequin ; puis, se redressant, il démolissait, sous une volée de coups de batte, tous ces respects... Le plus fort, c’est qu’il rendait, à force d’habileté, ces diffamations plausibles, probables, évidentes .
- Les Morland, d’abord rouges d’indignation, ouvraient des yeux stupéfaits : en vérité, s’ils n’avaient pas si bien connu leurs amies ! Marchai ne se lassait pas d’admirer. « Quel virtuose ! Les juges en restent bouche bée !... Et dire que la souffrance de Francine, celle de tant de plaideurs, — ces misères qui devraient être soignées vite , silencieusement , tout cela n’est que matière à rhétorique, prétexte à jeux oratoires. Et tout se déforme ! L’amour-propre surexcité des avocats, pour la plus grande joie du public, s’escrime dans la salle d’audience comme en champ clos. La galerie marque les coups ; le tribunal s’influence. En cour d’assises, c’est pis encore. L’atmosphère surchauffée, l’opinion nerveuse pèsent sur le verdict !... C’est à un tournoi de paroles, à une bataille d’artifices, que tiennent la tête, le sort d’un homme! Puissance terrible des mots... Certes, c’est une belle chose que la liberté de la défense. C’est égal, on devrait régler, avec quelques bonnes claques, les honoraires de Sépale et consorts : l’impunité de la robe devient trop scandaleuse. »
- A ce moment, comme la salle s’égayait, une volupté
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- méchante anima le visage de l’avocat : d’abord, il fallait qu’il gagnât ! pourquoi, diable, ces femmes belles, honnêtes, ne s’étaient-elles pas adressées à lui ? Il eût plaidé tout aussi volontiers pour elles.
- Maintenant, au milieu d’une émotion communicative, il évoquait la beauté du mariage, l’amour de Le Hagre, les preuves délicates qu’il en avait toujours données ; il parla de l’amour biblique, de cette union que Dieu même... Mme de Guertes serra furtivement la main de Maxime.— Il opposa le scandale, la misère du divorce, cette rupture antisociale qui séparait à jamais des êtres si bien faits pour se comprendre et s’aimer, et qu’un faible, léger, imperceptible malentendu... Il montra Josette orpheline ; sans l’admirable grand’mère paternelle... Mme Pustienne, en train de respirer des sels, bénéficia de la sympathie de ceux qui la prenaient pour Mme Le Hagre mère.
- — « Qu’attendait-elle donc, s’écria-t-il, dans un généreux transport, cette jeune femme qu’une vie légitime et heureuse attendait au foyer conjugal ? Mais elle l’avait si bien compris qu’elle y était retournée, fascinée par le souvenir des beaux jours, l’illumination de cette vérité souveraine, qui lui criait, du fond de sa conscience : — Ton mari t’attend, il t’ouvre les bras, il va te serrer sur son cœur tendre et loyal. Ab ! Reste, reste dans la maison du bonheur! »
- Sur la réconciliation , il insistait avec une rare adresse, montrait, non sans témérité, le rapprochement scellé, affirma-t-il, d’une étreinte : la mère, la religieuse, les avaient ainsi surpris, couple charmant! Et maintenant, oserait-elle répudier cet élan de cœur , chercher à ce retour de son mari d’invraisembles excuses ? Allons donc !...
- Dans sa péroraison, tout le venin de ses dents creuses passa : à chaque mot, une morsure ! Et Marchai ricanait : «admirable façon de rapprocher les gens!... Plaider un divorce, mais c’est, à force d’outrages, le rendre indispensable. Comment, d’abord9 les juges ne
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- prononcent-ils pas toujours le huis-clos ? Comment ne rougit-on pas d’étaler tant de boue? .. Tyrannie des usages, cruauté des lois surannées, les Codes sont à refondre, les moeurs à refaire : cet énorme Palais de justice est une autre Bastille à démolir... Oui, va, évente-toi de ton mouchoir, fais le pitre !... »
- C’est à Sépale qu’il s’adressait mentalement, Sépale sorti de scène, accaparé de journalistes, de confrères, de demi-mondaines fardées, Sépale modeste , entre Tartre qui se frottait les mains et le secrétaire qui se trémoussait d’aise. Me du Foudray lui-même, à l’honnête sursaut des Morland, venait serrer la main de Sépale, avec l’effusion d’un grand coeur.
- Marchai se mit à la recherche de Broussin, ce qui le fît arriver tard chez Francine ; ses amis l’entouraient ; c’était le jour de Mme Favié, qui n’avait pu condamner sa porte atout le monde. Les Morland avaient jeté leur feu : quel scélérat que ce Sépale ! et maintenant, ils boudaient Francine ; donnant une soirée intime en l’honneur de du Foudray, ils eussent été fiers d’y montrer l’héroïne. Enfin, puisqu’elle ne voulait pas... Henriette de Guertes se reprochait l’intérêt qu’elle avait pris à cette affreuse plaidoirie, car elle s’y était amusée, et : — Il n’y avait pas à dire, avait déclaré M. de Guertes, Sépale était joliment fort... Francine et sa mère n’ignorèrent rien des perfidies et des mensonges auxquels elles avaient servi de cible : — du moment qu’elles voulaient savoir, et il était bon qu’elles sussent, pourquoi le leur cacher ?
- Marchai eut pitié d’elles :
- — Laissez, laissez cela, fit-il avec mépris.
- Et plus bas :
- — J’ai vu Broussin.. Le tribunal s’est diverti, mais, par compensation, il vous est sympathique. Sépale a forcé la note en contestant les lettres de Lischen. Tras-sier reconnaît l’adultère, Fomette aussi... Sans cette malheureuse réconciliation, il n’était pas impossible que le président — à qui le garde des sceaux a dit un mot
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- d’intérêt pour vous — prononçât à deux voix contre une, celle de Saint-Hélier, le divorce de piano.,. Enfin, courage !
- A huitaine, les conclusions du ministère public.
- Resne, qui voyait clair et parlait franc, Conclut à la non-réconciliation, traita Le Hagre comme il le méritait, et réclama le divorce pur et simple.
- A huitaine le jugement !
- Le cœur de Francine, celui de Mme Favié battaient mal ; elles ne dormaient plus. Broussin espéra un moment qu’on éviterait l’enquête : il y mettait tous ses efforts. Le ministère paraissait devoir durer jusqu’après les élections, et M. Trassier se montrait assez favorable. Le succès tenait à un fil. Mais, le jour du jugement, Fomette fut malade : à huitaine encore ! Dans l’intervalle le ministère s’effondra comme un château de cartes. Broussin vit aussitôt M. Trassier devenir maussade : cette inexplicable réconciliation voulait pourtant être éclaircie, car enfin !...
- Le jour venu, à l’ouverture de l’audience, le président lut le jugement qu’il avait rédigé : le tribunal ordonnait l’enquête sur les faits articulés par la dame Le Hagre, la contre-enquête sur la réconciliation invoquée par le sieur Le Hagre, en réservant à chaque partie la preuve contraire.
- Le premier mot de du Foudray, qui venait de déjeuner, invité par Sépale, avec quelques notabilités bien parisiennes, chez Paillard, — il eut la délicatesse de n’en point affliger Francine, — fut :
- — Maintenant chère amie, votre avocat rentre sous sa tente et n’en ressortira que pour les définitives plaidoiries.
- Et l’avoué :
- — Il va nous falloir préparer soigneusement l’enquête.
- Il précisa : il importait de convaincre les témoins de leur rôle, pour qu’ils insistassent là où il convenait, les mettre en garde contre toute question embarras-
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- santé, leur insuffler le sang-froid et la résolution ; car beaucoup, intimidés par l’appareil judiciaire, affaiblissaient leur déposition, ou, malades, s’excusaient par lettre...
- Le moment venu de «cuisiner » l’enquête, malicieux comme toujours, mais avec un sincère désir de venir en aide à sa cliente, il disait :
- — Voyons un peu la liste des témoins à assigner : madame votre mère cela va de soi... Marchai? Il est assez intelligent pour que nous ne nous occupions pas de lui ; M. Charlie deBréars, M. et Mme de Bouvières... Mlle Lischen ; celle-là, nous pouvons courir après !... Ab ! la religieuse, sœur Ambroisine ; le docteur Dutoil... Il est indispensable de citer les domestiques ; donnez-moi leurs petits noms, en attendant : — Nanette, Céline, Eugène...
- Et sans vouloir remarquer le rouge qui montait au front de Francine : ah ! que c’était humiliant, que c’était bas, que c’était vil !...
- — Eh bien, prenons les Morland. Avez-vous une idée précise de ce qu’ils ont vu, de ce qu’ils diront ?
- Et d’un air détaché, — à bon entendeur salut :
- — Moi, chère madame, il me semble que si j’étais eux, voici ce qu’en observant, cela va de soi, une scrupuleuse véracité, — mais encore faut-il, cette véracité, lui donner sa portée complète et son,, .efficacité... Tout est dans la manière, comprenez-le bien.,. — si j’étais le commandant Morland, homme d’honneur , allure franche et brusque, — c’est bien cela ? — voici comment je déposerais ..
- Francine sentait bien quel intérêt charitable dictait ces conseils, et en même temps elle s’étonnait de voir quelle insensible pente mène, de l’intransigeante droiture, aux plus flexibles accommodements de conscience.
- — Pour M. de Bréars, continuait-il avec la même bonhomie, c’est un ami d’enfance ? Eh bien, à sa place, je déclarerais...
- Ainsi de suite.
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- III
- Cédant à leur dégoût de Paris, à une nostalgie d’air pur, et profitant de ce que Le Hagre, absent pour affaires, avait fait prévenir qu’il était inutile de lui conduire sa fille avant nouvel ordre, les deux femmes, avec Josette, allèrent respirer pendant quelques jours à Aygues-Vives.
- On était en mai. Les grands iris croissaient au bord de l’étang. Les lilas avaient fleuri, les grappes blanches des lauriers-amande se fanaient ; mais la lovrécia drapait les vieux murs de ses corolles violettes, qui bourdonnaient d’abeilles ; les arbres de Judée secouaient une pluie rose sur les gazons naissants, les plates-bandes étaient fraîches de primevères, les sous-bois pleins de violettes. C’était le mois de la grande pousse : elle noyait tout de sa dentelle verte qui s’élargissait à vue d’œil en milliers de feuilles humides; une force irrésistible soulevait de terre le plus mince brin d’herbe... Et cette splendeur riante contrastait avec la misère de leurs âmes.
- Bientôt, par tous les pores, la bienfaisante paix des choses les baigna; leur cœur s’amollit. Le second soir, sur la terrasse, le « regardoir » où, enfants, l’une, puis l’autre, s’étaient accoudées au balustre, où maintenant Josette, entre elles deux, voyait couler le même fleuve vers le même horizon, elles assistaient au coucher du soleil.
- La Seine, démesurément large, absorbait l’éclat du jour, toute plate et d’or pâle avec de mourants reflets mauves. Le soleil, à demi disparu, allongeait dans le courant son reflet, un long fer rouge, de seconde en seconde plus incandescent. Le bac, chargé d’une charrette, traversait lentement, tout noir, ce lac de lumière. Quand il coupa la barre de feu, l’eau s’éparpilla en braises et rejaillit, étincelles qu’on vit peu à peu s’éteindre-, L’astre n’était plus qu’un point sur le coteau ;
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- il disparut. Un frisson passa. Le fleuve devint d’argent et insensiblement fonça, se rétrécit dans le noir de ses rives. Tant de sereine majesté, tant d’harmonie descendait avec le profond crépuscule, que Gabrielle et Francine, par-dessus l’enfant qu’elles tenaient blottie contre elles, se regardèrent, les larmes aux yeux, pénétrées jusqu’au fond de l’être.
- — Nous ne nous en irons plus? interrogea tout à coup Josette.
- — Pourquoi, chérie? répondit Mme Favié.
- — C’est plus beau qu’à Paris.
- Et elle ajouta :
- — Est=ce que papa pourrait venir me prendre, ici?
- Mme Favié tressaillit, et Francine :
- — Pourquoi demandes-tu cela?
- — Parce que je ne voudrais pas te quitter.
- Dans le soir indistinct, le visage de la mère s’éclaira : est-ce que déjà... enfin... l’âme de la mignonne s’éveillait?... Josette, quand elle avait dû retourner chez son père, avait pleuré; au retour, l’élan avec lequel elle s’était jetée au cou de sa mère demandait aide et protection. N’était-ce qu’une préférence aveugle? Ou, par un merveilleux instinct, s°éloignait-elle de ce père qui ne la retenait qu’à force de cajoleries, de cette grand’mère compassée qui l’aimait pourtant, mais sans rien de l’adorable tendresse de Mme Favié? Devinait-elle d’une façon imprécise la dissimulation de ce milieu , où Fon avait l’air fourbe et fermé, alors que, près de sa mère, elle vivait dans une atmosphère de franchise, de confiance, de douleur vraie? /
- Pauvre petite, après les tiraillements d’un si injuste partage, elle allait souffrir des obligations que la loi lui imposait, du contact de ce mauvais père. Mais qui sait si cette crise fatale ne se dénouerait pas plus vite qu’on n’eût pu l’espérer? Déjà, elle semblait s’orienter, comme une plante mince, toute droite, vers la lumière.
- <â suivre.)
- /
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- ASSURANCES MUTUELLES
- 191
- Société du Familistère. - Assurances Mutuelles
- f
- MOUVEMENT DU MOIS DE SEPTEMBRE 1905, A GUISE
- ASSURANCE CONTRE LA MALADIE
- Section des Hommes
- Cotisations des mutualistes...... 2 978 60
- Subvention de la Société......... 1.069 70
- Malfaçons et Divers.............. 454 »
- Dépenses....................................
- Boni en septembre 1905...............
- Section des Dames
- Cotisations des mutualistes...... 519 15
- Subvention de la Société......... 260 78
- Divers.......................... .. » »
- Dépenses........... .........................
- Boni eu septembre 1905
- 4.502 30
- 3.705 65 796 65
- 779 93
- 608 80 171 13
- ASSURANCE DES PENSIONS
- Subvention de la Société et Divers 7.874 421 Intérêts des comptes courants et > 11.082 55
- du titre d’épargne............ 3.208 131
- 126 Retraités définitifs.............. 8.826 17 .
- 4 — provisoires.................... 227 » f
- Nécessaire à la subsistance........ 5.102 40 \ 15.414 92
- Allocations aux famill9 des réservistes 318 50 (
- Divers, appointera., médecins, etc. 940 85/_________________
- Déficit en septembre 1905................ 4 332 37
- CAISSE DE PHARMACIE
- Cotisations des mutualistes...... 760 85 )
- Subvention de la Société......... 340 50 \
- Dépenses.....................................
- Boni en septembre 1905
- 1.101 35 724 02 377 33
- RÉSUMÉ
- Recettes sociales du 1er juillet 1905 au 30 septemb. 1905 34.8 4 0 44 \ ,q nq » individuelles » » 13.204 25 (
- Dépenses » » ........ 60.340 83
- Excédent des dépenses sur les recettes.. 12.296 14
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- LE DEVOIR
- ÉTAT CIVIL AU FAMILISTÈRE DE GUISE
- MOIS DE SEPTEMBRE 1905.
- Naissance :
- Néant.
- Décès :
- 16 septembre Mme Petithomme-Grandin, âgée de 26 ans.
- ERRATUM
- Une conférence sur la Coopération dans les Iles Britanniques :
- « Le Devoir ï, février 1906, page 93, lire : Vue 34, Budget de l'Union coopérative en 1904 et non pas en 1906.
- Le Gérant : H. E. Buridant.
- Nimes. — Typ. A. Chastanier, 12, rue Pradier.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES.
- 1*93
- Avril 190(5.
- POUR UNE BIOGRAPHIE COMPLÈTE
- de J.-B. André GODIN (1)
- Glorification du Travail. — Emancipatio
- du Travailleur.
- Deuxième partie. XXIII (suite)
- Série des employés. Nouveaux essais de recours au suffrage pour la désignation des mérites et la détermination des appointements et parts de bénéfices.
- 2. — Vote des appointements annuels en vue de la répartition
- des bénéfices de 1871 (mars-avril 1872).
- « Formation de groupes homogènes entre les employés pour concourir à une rémunération » : tels sont les termes sous lesquels (avons-nous dit (2), avait été portée au registre du conseil d’administration (le 8 février 1872), la question d’ouverture de nouveaux essais du suffrage dans la série des employés.
- Ni une bonne formation des groupes , ni un concours suffisant en vue d’une rémunération n’avaient été fournis par l’essai réalisé le 28 février ; mais la question était posée et si l’on voulait procéder à une rémunération exceptionnelle pour l’exercice écoulé, 1871 , il fallait et remanier les groupes et proposer au vote un objet simple tendant au but d’une façon précise.
- (1) — V. Appendice, p 60, tome 26e, Le Devoir, janvier 1902.
- (2) Chap. précédent, p. 129.
- 1
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- LE DEVOIR
- Remaniement des groupes :
- 57 employés dont 42 des services de l’usine et 15 des services de l’habitation unitaire furent appelés à participer à ce 2e essai. Ils constituèrent deux séries : celle des employés de l’Usine, celle des employés du Familistère.
- Les 42 employés de l’Usine furent répartis en cinq
- groupes :
- 1er groupe Conseil d’administration 8 membres
- 2e y> Comptabilité et correspondance 9 —
- 3e » Expéditions et quinzaines.... 9 —
- 4e » Etudes et modèles... 8 —
- 5e » Fabrication 8 —
- Total....... 42 membres
- Les 15 employés du Familistère furent répartis en deux sections ou groupes :
- Groupe des hommes.................... 6 membres
- Groupe des femmes.... ................ 9 —
- Total........ 15 membres
- Ensemble 57
- Objet du vote :
- Totalisant les appointements annuels comptés au 31 décembre 1871, aux employés de chacune des deux
- séries, on obtint:
- Pour les 42 employés de l’Usine............ 88.540 f.
- Pour les 15 employés du Familistère.... (1) 13.770
- Ensemble.... .... 102 310 f.
- Les deux sommes se répartissaient comme suit entre les groupes de chaque série :
- (1) Voir page 209, renvoi.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 195
- Série des employés de V Usine :
- 1er groupe Conseil d’administration..... 31.800 f.
- > Comptabilité et correspondance... 14.700
- 3e » Expéditions et quinzaines. ...... 11.400
- 4e » Etudes et modèles............. 16.600
- 5e » Fabrication...................... 14.040
- Total........ 88.540 f.
- Série des employés du Familistère :
- Groupe des hommes... ..................... 7.780 f.
- Groupe des femmes.........................(1) 5.990
- Total........ 13.770 f.
- On résolut d’appeler chaque, groupe à répartir entre ses membres, par le vote, la somme totale qui revenait au groupe d’après les appointements en titre. Mais les tentatives réalisées en 1870 ayant enseigné qu’une somme totale à répartir pouvait être employée tout entière à l’avantage d’une partie seulement des intéressés, on arrêta un maximum et un minimum des attributions d’appointements dans chaque groupe.
- Des bulletins de vote spéciaux à chaque groupe et à destination de chacun des membres furent dressés : Voici le spécimen du bulletin distribué à chacun des membres du premier groupe (,Série de l’Usine).
- « Bulletin de vote « Pour servir à une répartition prochaine « 1er groupe. — Conseil d’administration.
- « 31.800 francs sont à répartir comme appointements annuels entre les huit personnes inscrites.
- « Le maximum ne pourra dépasser 7.000 francs.
- « Le minimum ne pourra descendre au-dessous de 2,000 francs.
- (1) Voir page 209, renvoi.
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- f
- 196 LE DEVOIR
- (Nous représentons les noms des conseillers par les signes déjà usités).
- M M.
- B — — —
- CA — — —
- G — — —
- HO — — —
- JO — — — —_
- H — — —
- D Fr. 31.800
- « N. B. — L’addition de la répartition devra reproduire 31.800 fr. »
- Pour les cinq groupes (série des employés de Vusine) et les deux groupes (série des employés du Familistère), ( total sept ) furent donc dressés sept modèles de bulletin ne différant entre eux que par l’intitulé du groupe, les sommes à répartir et les noms des membres. Au total 57 bulletins à destination de chacun des bénéficiaires.
- On vient de voir entre quels maximum et minimum devaient se répartir les 31,800 fr. d’appointements annuels dans le 1er groupe (série de VUsine.) Il nous faut dire entre quels maximum et minimum ils se trouvaient déjà répartis pour que le lecteur ait les éléments de comparaison. Ceci étant à faire pour chaque groupe procédons-y par le tableau suivant :
- Usine. Série des employés.
- Appointements annuels .au 31 décembre 1871.
- 1er groupe. Tammaxim. : 7.200. Au bulletin de vote: 7.000
- minim. 2.400 — — 2.000
- 2e — maxim. 2.000 — — 2.700
- minim. 1.100 — — 1.000
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 197
- 3e groupe. Taux maxim. : 1.800. Un bulletin de vote : 2.400 minim. 900 — — 900
- 4e — maxim. 3.000 — — 3.000
- minim. 1 500 — — 1.200
- 5e — maxim. 2.280 — — 2.400
- minim. 1.380 — — 1.200
- Familistère. Série des employés.
- Groupe des hommes, maxim. : 1.800. Au bulletin de vote : 2.000 minim. 900 — — 800
- Groupe des iemmes. maxim. 720 — — 800
- minim. 540 — — 500
- Dans les 2 groupes [série du Familistère) et dans les groupes n()S 2 et 5 [série de VUsine) total 4, le vote pouvait dépasser le taux servi déjà et descendre au-dessous du minimum déjà compté.
- Dans le groupe n° 3 [série de l’Usine), le vote pouvait dépasser le taux déjà servi, mais il ne pouvait indiquer des appointements inférieurs à ceux déjà comptés.
- Dans le groupe n° 4, c’était le contraire, le vote ne pouvait s’exercer qu’à égalité ou en dessous des appointements déjà servis.
- Evidemment, il y avait là une balance entre frais généraux des services. Ce point n’entrant pas dans la présente étude, laissons-le et venons au groupe n° 1 (série de l’Usine) où la limite maximum assignée au vote ne permettait pas même, cette fois, d’atteindre le taux d’appointements déjà comptés.
- En ce groupe n° 1, composé de huit membres : les Conseillers, comme en celui n° 4 composé de neuf membres adonnés aux Etudes et Modèles, qu’un intéressé ait obtenu l’allocation maximum à la presque unanimité de ses pairs, il est bien certain qu’un tel vote eût équivalu pour le chef de maison à une pro-
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- LE -DEVOIR
- clamation de mérite confirmant tout au moins la justesse des appointements déjà servis. Il n’en reste pas moins ce trait particulièrement suggestif que dans le groupe n° 1, nul conseiller ne pouvait inscrire en face d’un nom plus de 7,000 francs d’appointements annuels, bien que 7,200 francs fussent déjà comptés à l’un des membres du groupe.
- Le chef de maison ne pouvait plus nettement caractériser la situation tout à fait exceptionnelle du bénéficiaire en cause. Inutile de dire au lecteur — il le voit de reste — qu’il s’agit là du spécialiste désigné précédemment par la lettre M.
- Mais le vote ne s’exerça pas seulement dans chacun des sept groupes. Il s’exerça aussi dans chacune des deux séries.
- Série de l’Usine :
- Les 42 employés de l’usine exprimèrent sur eux-mêmes un vote dit général.
- Série du Familistère :
- Le vote général sur les 15 employés des services de Fhabitation unitaire fut exprimé par les 24 conseillers élus au Familistère (12 hommes, 12 femmes). Parmi les 12 hommes se trouvait un des employés appelés à la répartition et parmi les 12 femmes se trouvaient trois employées intéressées au même titre.
- Bulletin de série.
- Le bulletin de vote rempli à l’Usine par les 42 intéressés , au Familistère par les 24 conseillers élus, ne diffère du spécimen reproduit ci-dessus que comme ont différé entre eux les bulletins des divers groupes.
- En voici néanmoins le spécimen pour la série de l’Usine.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- « Bulletin de vote « Pour servir à une répartition prochaine « Vote général.
- « 88.540 francs sont à répartir comme appointements annuels entre les 42 personnes inscrites.
- « Le maximum ne peut dépasser 7.000 francs.
- « Le minimum ne peut descendre au-dessous de 900
- francs.
- (Suivent les noms des 42 intéresses dont 24 représentés ici par les signes convenus).
- I
- L — — — —
- M — — —
- BO — — — —
- DO — — — —
- FO — — —
- S — — — —
- F — — — —
- QI — — — —
- B — — — —
- CA — — — —
- HA — — — —
- GA — — — —
- JA — — — —
- LA — — — —
- G — .— — —
- RA — — — —
- SA — — — —
- TA — — — —
- VA — — — —
- TA — — — —
- QA — — — —
- HO — — — —
- FE * etc. Fr. 88.540 sassssssss-
- « N. B. — L’addition de la répartition devra reproduire 88.540 fr. »
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- Un bulletin analogue fut dressé pour la série du Familistère, la somme à répartir étant portée à 13,650 f. (1); le nombre des intéressés s’élevant à 15; le maximum à 2,000 et le minimum à 500 fr.
- Cette fois (abstraction faite de M qui, depuis le vote relatif à janvier 1870, avait systématiquement cessé de prendre parta quelque vote que ce fût), tous les électeurs sans exception remplirent chacun son bulletin de groupe et son bulletin de série en conformité du but poursuivi. C’est là un des côtés les plus intéressants de ce 2e essai.
- La date précise du jour où il s’opéra nous échappe. Aucune des pièces y relatives, ni bulletin de vote dans les groupes, ni bulletin de vote dans les séries, ni tableaux de dépouillement, rien n’est daté. Mais le 1er essai avait eu lieu le 28 février ; le lendemain on entrait en mars, et le 22 avril suivant, on comptait en espèces aux 42 employés {série de l’Usine) — un des livres de caisse en fait foi — une somme de 7,359 fr. 55, laquelle — nous avons en mains l’état dressé par le chef de la comptabilité — représentait au dixième la moyenne des appointements résultant pour chacun : 1<> du vote dans les groupes , 2» du vote dans les séries. C’est donc entre le 1er mars et le 22 avril que le vote s’est effectué. Très-probablement les opérations commencèrent et peut-être finirent-elles en mars.
- Voyons les résultats :
- L’état dressé par le chef de la comptabilité va nous fournir les éléments de comparaison ici nécessaires. En effet, il porte :
- En lr,; colonne, les noms des 57 bénéficiaires, selon l’ordre des plus forts appointements ressortis du vpte;
- ^1) Voir page 209, renvoi.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- En regard de chaque nom :
- En 2e colonne, les chiffres annuels d’appointements au 31 décembre 1871 ;
- En 3e colonne, les chiffres d’appointements reçus dans l’année (il y avait eu des fluctuations de traitements et des admissions au cours de l’exercice) ;
- En 4e, les appointements annuels votés dans les groupes;
- En 5e, les appointements annuels votés dans la série;
- En 6e, la moyenne résultant des deux votes ;
- En 7e, l’indication de la somme (10 % de la moyenne) à compter au bénéficiaire ;
- Une 8e colonne est consacrée aux observations ; les dates de certaines entrées , les augmentations déjà consenties, etc., y sont mentionnées. Un des premiers usages de ce document de comptabilité (1) est la comparaison entre les appointements touchés par tels et tels en 1871 et ceux indiqués à la moyenne résultant des votes. Et l’on voit ceci :
- Alors que les appointements en titre vont par sommes généralement arrondies : 7.200 , 4.800 , 3.000, 2.000, 1.800, 1.500, 1.000, 900, etc., les chiffres résultant des votes disent: 5.135, 4.509, 2.192, 1.933, 1.099 fr. 47, 751 fr. 35, etc. La colonne des moyennes offre à peine deux chiffres exactement semblables, tandis que la colonne des appointements en titre porte 2 fois le chiffre de 4 800 francs ; 3 fois le chiffre de 3.000 ; 9 fois celui de 1 800 ou de 900 francs, etc., etc.
- D’utiles informations ressortent de ce document lorsqu’on le rapproche des autres pièces du vote. Exemple :
- (1) Nous avons déjà visé ce document (chap. XVI, p. 260. Le Devoir, mai 1905), pour lui (mprunter des exemples : 1° de vote sur les ap-pointemenls ; 2° de répartition de bénéfices sur la base du dixième des appointements votés.
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- LE DEVOIR
- Extrayons de l’état comptable les noms des 9 employés du 3e groupe (série de l’usine) : Expéditions et quinzaines, et reconstituons le groupe :
- Nous avons en tête :
- 2 employés gagnantcliacun 1,800 f., ensemble f. 3.600 Puis :
- 1 employé gagnant.................'...... 1.500
- 3 » » chacun 1,200 f., ensemble 3.600
- 3 » » » 900 f. » 2.700
- Total.. ........f. 11.400
- La moyenne extraite des votes (groupe et série) a-t-elle modifié les rangs, mis en tête ou au milieu, ceux qui se trouvaient derniers ? Non, à travers le& modifications de chiffres, elle laisse premiers, moyens
- et derniers à leurs rangs respectifs.
- Voici les chiffres :
- 2 titulaires de 1,800 fr. à l’un..............fr. 1.933
- à l’autre........... 1.862
- Au titulaire de 1,500 fr. ..................... 1.640
- 3 titulaires de 1,200 fr. à l’un..... .............. 1.352
- à l’autre..... 1.351
- au 3e......... 1.316
- 3 titulaires de 900 fr. à l’un....... 1.138
- à l’autre. ....... 1.084
- au 3e.........t... 1.044
- Total...............fr. 12.720
- On avait eu à répartir dans le groupe 11,400 francs, mais on avait eu à répartir dans la série 88,540 francs et c’est le vote en.série qui fournit la différence au profit des neuf employés qui nous occupent. Achevons l’analvse des faits les concernant.
- Voici les chiffres du vote dans le groupe : (Limites : maximum 2,400, minimum 900.)
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 203
- 2 titulaires de 1,800 fr.; à l’un........fr. 1.766 66
- à l’autre ... 1.755 55
- Au titulaire de 1.500 fr.................. 1.488 88
- 3 titulaires de 1.200 fr.; à l’un...... 1.211 11
- à l’autre.... 1.200 »
- au 3e........ 1.200 »
- 3 titulaires de 900 fr.; à l’un...... 933 33
- à l’autre ... 922 20
- au 3e........ 922 20
- Total........fr. 11.399 93
- Ce vote donne un rang d’ordre à chacun des neuf membres du groupe, tout en laissant en place les premiers, les moyens et les derniers. Les classant d’après ce vote, voyons quelle part leur est faite dans les 88,540 francs à répartir au moyen du vote dans la série. (Taux : maximum 7,000 ; minimum 900 francs.)
- Ie** dans le groupe : fr. 1.766,66; dans la série : fr. 2.099,50
- 2e
- 3e
- 4e
- 5e
- 6e
- 7e
- 8e
- 9e
- 1.969, »
- 1.792, » 1.492, » 1.502, » 1.433, » 1 342, > 1 246, » 1.165, »
- 1.755,55;
- 1.488,88;
- 1.211,11;
- 1.200, » ;
- 1.200, » ;
- 933,33 ;
- 922,20 ;
- 922,20 ;
- Une seule modification de rang est indiquée par le vote dans la série ; le 5e membre du groupe se voit allouer 1.502 fr. le 4e en ayant 1.492. La combinaison des deux votes laisse le 4e en place avec 1.352 fr. et aussi le 5e avec 1.351 fr. La différence entre : 1° les appointements indiqués pour ce groupe par la moyenne
- des votes................................fr. 12 720
- 2° ceux comptés en fait................ 11 • 400
- est donc de..............................
- fr. 1.320
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- LE DEVOIR
- Naturellement, l’augmentation ainsi votée au groupe n° 3 (série de l’usine) était balancée — sur la somme totale à répartir: 88.540 fr. — par une diminution en un ou plusieurs groupes. Exemples : Le groupe n°4 (Etu-* des et modèles) est en diminution de 160 fr. ; le groupe n° 1 (Conseil) en diminution de 2.161 fr.
- Voici du reste l’état général.
- Série de Vusine.
- GROUPES Appointements en titre Appointements votés Moyenne finale Augmentation Diminution
- N° 1 N° 2 No 3 No 4 N° 5 fr. 31.800 14.700 11.400 16.600 14.040 fr. 29 639 15 492 12.720 16.440 14.220 fr 792 1.320 fr. 2.161
- 160
- 180
- Totaux fr. 88.540 fr. 88 511 fr. 2.292 fr. 2.321
- Série du Familistère.
- GROUPES Appointements en titre Appointements votés Moyenne finale Augmenta- tion Diminution
- Hommes Femmes fr. 7.780 (1) 5 870 fr 7 848,02 5.815,40 fr. 68,02 fr 54,60
- Totaux (1) fr. 13 650 fr. 13 663,42 fr. 68,02 fr. 54,60
- Le groupe des employés féminins (série du Familistère) le groupe des employés aux Etudes et Modèles et celui des conseillers d’administration (série de l’Usine)
- (1) Voir page 209, renvoi.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
- 205
- voient diminuer leurs parts respectives ; les quatre autres voient augmenter les leurs. Mais les dépouillements étant opérés et la moyenne extraite, on constate que les appointements individuels votés laissent les trois quarts des intéressés chacun à son rang relativement à ses collègues, ainsi que nous en avons donné ci dessus un exemple par l’analyse des votes dans le groupe N° 3.
- Etat récapitulatif pour les 57 employés :
- 43 sans changement.
- 6 demeurent en tête des groupes avec permutation entre occupants des 1er, 2e et 3« rangs.
- 2 un avant dernier et un dernier permutent.
- 6 occupant des milieux de groupes permutent entre eux au sein du groupe.
- 57 au total.
- Ceci, peut-on dire, est le résultat d’un double vote : 1° en groupe ; 2° en série. Or, dans le groupe non-seulement le vote s’exercait entre deux limites proportionnelles aux appointements comptés dans le groupe, mais encore il pouvait être influencé par la position respective des intéressés et par la prévision de répercussions possibles des appréciations faites en un champ si étroit qu’on devait (semble-t-il) pouvoir identifier les auteurs des bulletins.
- A cela on pourrait répondre : l’électeur qui se fut senti ainsi paralysé pour son vote en groupe n’eût pas manqué de donner essor à son vrai sentiment dans le vote en série où l’on avait, à la fois, beaucoup plus de marge pour les taux d’appointements et beaucoup moins de chances d’être identifié dans son vote.
- Le mieux est sans doute de consulter les moyennes d’appointements résultant pour chacun: l°du vote en groupe; 2° du vote en série.
- Les tableaux qui vont suivre fournissent ces éléments
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- LE DEVOIR
- de comparaison. Nous avons, en outre, répété les appointements en titre.
- l<>r Groupe : Conseil d’administration (Série de l’Usine).
- . «3 ici? » 8 rt'v g _ ts w .S SgS* Appointe- ments Appointements votés Moyenne ctf O S m 0, bDCS P
- O CO O 3 &E'0> c « £0.$^ en titre : Per le groupe Par la série : (D finale : 0) g'a & w « ®
- M 7,200 f. 5.H4 f .40 3.758 f. 4.436 f. 3*
- B 4.800 5.528 50 4.742 5.135 jer
- JO 4.800 4.871 45 4.146 4.509 2e
- G 4.200 3.914 30 3.548 3.731 4e
- HO 3.000 3.400 » 2.871 3.135 5e
- D 3.000 2.828 55 3.173 3.001 6e
- II 2.400 3.128 55 2.742 2.935 7."
- CA 2.400 3.014 30 2.500 2.757 8
- Totaux 31.800 f. 31.800 f. 05 27.480 f,
- 2e Groupe : Comptabilité et Correspondance.
- (Série de l’Usine.)
- Signes représentant desnoms des ! titulaires Appointe- ments en titre : Appointements votés Moyenne finale : 0) Rang final dans le groupe :
- Par le groupe: Par la série: (D
- FO 2.400 f. 2. 277 f. 85 2.518 f. 2.398 f. '[er
- . HA 2.400 2.055 55 2.328 2.192 2e
- BO 2.100 1.711 10 1.974 1.843 4e
- L 1.800 1.877 80 1.993 1.935 3
- XI 1.500 1.380 » 1.455 1.418 7e
- ZE 1.200 1.466 65 1.739 1.603 5e
- DO 1.200 1.533 30 1.600 1.567 6»
- F 1.080 1.177 75 1.367 1.272 8e
- YA 1.020 1.220 » 1.308 1.264 9e
- Totaux 14.700 f. 14.700 f. » 16.282 f.
- (1) Décimales supprimées.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- 3e Groupe : Expéditions et Quinzaines. (Série de l’Usine.)
- Signes représentant | les noms des titulaires Appointe- ments en titre : Appointem Par le groupe: ents votés Par la série : (1) Moyenne finale : (O Rang final, dans 1 le groupe : i
- I 1.800 f- 1.766 f. 65 2.099 f. 1.933 f. 1er
- FE 1.800 1.755 55 1.969 1.862 2e
- PE 1.500 1.488 88 1.792 1.640 3e
- SA 1.200 1.211 11 1.492 1.352 4e
- YE 1.200 1.200 » 1.502 1.351 5e
- MO 1.200 1 200 » 1.433 1.316 6e
- QE 900 933 33 1.342 1.138 7«
- SI 900 922 20 1.246 1.084 8«
- JA 900 922 20 1.165 1.044 9e
- Totaux 11.400 f. 11.399 f. 92 14.040 f.
- 4e Groupe : Études et Modèles. (Série de l’Usine).
- Signes représentant les noms des titulaires Appointe- ments en titre : Appointeme Par le groupe nts votés : Par la série : (P Moyenne finale : (1) Rang final dans le groupe :
- LA 3.000 f. 2.325 f. » 2.377 f. 2.351 f. 3e
- RE 2.600 2.450 » 2.379 2.415 2e
- S 2.400 2.837 50 2.941 2.889 1er
- TA 2.000 2.162 50 1.923 2.043 4e
- ZI 1.800 1.800 » 1.801 1.800 5e
- RA 1.800 1.643 75 1.482 1.563 8e
- MI 1.500 1.643 75 1.737 1.690 6e
- KO 1.500 1.687 50 1.691 1.689 7e
- Totaux 16.600 f. 16.550 f. 00 16.331 f.
- (1) Décimales supprimées.
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- LE DEVOIR
- 5e Groupe : Fabrication. (Sériede l’Usine.)
- Signes re- 1 présentant les noms des titulaires j Appointe- ments en titre : Appointent Par le groupe mts votés : Par la série : (1) Moyenne finale : '(O Rang final dans le groupe :
- JE 2 280 f. 1.940 f.65 2.520 f. 2.230 f. 1er
- VA 2.160 2.040 65 1.916 1.978 2e
- QA 1.800 1.752 50 1.689 1.721 5e
- SE 1.800 1.924 37 1.993 1.959 3e
- ME 1.620 1.620 1.692 50 1.679 1.686 6e
- QI 1.800 » 1.721 1.761 4e
- GA 1.380 1.466 35 1.549 1.508 7 e
- KF 1.380 1.423 75 1.331 1.377 8e
- Totaux 14.040 f. 14.040 f. 77 14.398 f,
- Groupe des hommes. (Série du Familistère.)
- Signes représentant les noms des titulaius 1 Appointe- ments en titre : Appointements votés Moyenne finale : Rang final dans le groupe :
- Par le groupe: Par la série :
- NO 1.800 f. 1.550 f. » 1.752 f. 10 1.651 f. 05 j or
- Q 1.680 1.638 33 1.630 40 1.634 36 2e
- Kl 1.500 1.351 66 1.508 35 1.430 01 3e
- TE 1.000 1.113 33 1.085 60 1.099 47 5e
- Z 900 1.116 66 1.122 50 1.119 58 4e
- PO 900 1.010 » 817 10 913 55 . 6e
- Totaux 7.780 f. 7.779 f. 98 7.916 f. 05
- (lj Décimales supprimées.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- Groupe des femmes. (Série du Familistère.)
- ._ CG i a ® » u rt ” a> +-* SQ Sh 03 fl C’H Appointe- Appointements votés Moyenne CS O jS » 2"
- 4) (jj G 03 G te 07; ÙOKD G S ments en titre : Par le groupe: Par la série ; finale : « 2 3 ^
- YO . 720 f. 726 f. 66 776 f. 05 751 f. 35 |re
- TO 720 730 » 636 25 683 12 2e
- GE 720 ' 647 77 679 15 663 46 3e
- FA 710 644 44 678 55 661 50 4°
- RO 660 640 » 659 80 649 90 5”.
- so 660 648 33 621 65 - 634 99 6e
- QO 660 636 66 599 60 618 13 7e
- xo 600 574 44 551 45 566 40 9e
- vo 540 621 66 558 35 586 55 8e
- Totaux 5.990 f. (P 5.869 f. 96 5.760 f.85 / *
- Observations touchant le vote en chacun des groupes et Vinfluente possible des positions.
- Groupe No 1. — Ce groupe étant composé de représentants des divers services, l’influence de position — s’il y en a une, — s’exerce au minimum. Le plus haut tement appointé des conseillers et deux autres voient abaisser leurs parts respectives, tous les autres voient augmenter les leurs.
- Groupes No s 2, 5, 4. — Pas d’influence de position ;
- (1) Chiffres fournis par le chef de la comptabilité (ci dessus, p. 200, 201). Rien n’a pu nous expliquer pourquoi le total : 5,990 francs avait été ramené à 5,870 dans le vote en groupe et dans le vote en série ; ce qui eut pour conséquence de fixer à 13,650 fr. au lieu de 13,770 fr. la somme totale à répartir dans la série du Familistère. La chose est, du reste, sans importance quant aux enseignements fournis par le vote.
- 2
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- LE DEVOIR
- les deux employés en tête de chacun des groupes voient diminuer leurs parts dans le vote en groupe ; à peine deux d’entre eux voient ils légèrement augmenter leurs appointements dans le vote en série.
- Groupe No 5. — Diminution aussi pour les premiers dans le vote en groupe.
- En résumé, s’il y a eu influence de position, elle a été trop légère pour laisser une trace.
- Quant aux deux groupes (hommes, femmes) de la série du Familistère, chacun des deux comptait des employés de divers services et à bien dire peu ou pas subordonnés les uns aux autres. Nous ne pouvons donc chercher là quelque influence de position.
- Observations touchant le montant des répartitions effectuées par le vote : 1o en groupe ; 2° en série.
- Vote en groupes :
- Série de l’usine : A répartir : Réparti : Augmentation : Diminution
- Groupe n° 1 31.800 f. 31.800 f. 05 0 f. 05 D »
- » n° 2 14 700 14.700 » » » » »
- » n° 3 11.400 11.399 92 » » Of. 08
- » n° 4 16.600 16.550 » » » 50 »
- » n° 5 14.040 14.040 77 . 0 77 » ï
- Série
- du Familistère :
- Hommes 7.780 f. 7.779 f. 98 , » » 0 f. 02
- Femmes 5.870 I 5.869 96 » » » 04
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- Vote en séries :
- (Dépouillement et reconstitution des groupes.)
- Série de l’usine : - A^répartir : Réparti : d) Augmenta- tion: Diminution : /
- Groupe n° 1 » n° 2 » n° 3 » 4 » n° 5 31.800 f. 14.700 11.400 16.600 14.040 27.480 f. 16 282 14.040 16.331 14.398 » 1.582f. 2.640 » 358 4.320 f. » 269 »
- Série
- du Familistère :
- Hommes Femmes 7.780 5.870 7.916 05 5.670 85 136 05 » » » » 109 f. 15
- Les différences entre les sommes à répartir et celles réparties sont négligeables dans le vote en groupe, sauf une exception : le groupe N° 4 série de l’usine. Mais elles ne sont pas négligeables dans le vote en série où l’une d’elles s’élève pour un des groupes à 4.320 francs ! La part du Conseil d’administration, celle des services Etudes et Modèles sont en diminution au profit des autres services, puisque la somme totale à répartir n’est pas dépassée ; elle n’est même atteinte, à l’Usine, ni dans le vote en groupes, ni dans le vote en série. Voici les chiffres :
- (1) Décimales supprimées en ce qui concerne Fusine.
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- LE DEVOIR
- A répartir : Réparti en groupes : Réparti en séries :
- Série et groupes de Fusiiie : ; 88.540 f. 88.490 f. 74 88.531 f.
- Série et groupes du Familistère : ; 13.650 13.649 94 13.676 90
- Totaux 102.190 f. 102.140 f. 68 ,102.207f. 90 l
- Observations touchant le sens du vote en groupe et en série à Végard des individus :
- Des employés — on l’a pu voir — sont à la fois appréciés en hausse par le vote dans leurs groupes respectifs et en baisse par le vote dans la série, ou vice-versà. On compte 17 exemples de cette différence de traitements ? y compris 3 cas de statu quo dans le
- groupe et augmentation dans la série , ci....... 17
- 24 employés dont 2 femmes sont l’objet de votes en augmentation de traitement à la fois dans le
- groupe et dans la série , ci.................... 24
- 16 y compris 6 femmes, sont l’objet de votes en diminution de traitements à la fois dan3 le groupe et dans la série, ci.................16
- Total................... 57
- chiffre conforme au nombre des intéressés.
- Or, parmi ces 16 se trouvent les trois employés (M, RE, QA) que nous avons déjà mis en vedette dans cette étude (1) en nous appuyant autant que possible sur les preuves effectives de leur capacité.
- Cependant, au vote, effectué le 28 février — il y avait un mois à peine — deux de ces employés (le 38
- (1) Ghap. XX, page 708 et s. Le Devoir, décembre 1905.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- n’était pas sur la liste des participants) avaient été classés chacun 1er en capacité dans son groupe respectif !
- Et au nouvel essai qui va se réaliser à trois mois de là, le 18 juin, M se retrouvera classé 1er par ses pairs en chacun des trois ordres de mérite ; RE sera classé 2e et QA 6e; c’est en l’année même (1872) où s’accomplissent ces votes que RE et QA se distinguent par les œuvres qui nous ont fait les mettre en vedette.
- A noter que la diminution qui frappe chacun d’eux dans le vote en groupe, s’accentue dans le vote en série : le verdict était demandé alors à un collège où dominaient les électeurs moins renseignés encore que les précédents sur les mérites des collègues à apprécier.
- Ceci vient donc à l’appui de ce que d’autres faits déjà ont mis en évidence : dans le cas où l’on ne peut instituer quelque mode plus sûr que le suffrage pour la mise en relief des mérites effectifs, attacher du moins le vote à la fonction. Bien se garder de convoquer l’électeur ignorant delà cause; et tâcher de ne point mettre en antagonisme l’intérêt pécuniaire de l’électeur avec le jugement à prononcer.
- La moyenne finale d’allocation individuelle résultant des deux sortes de vote fut dressée. Elle fournit les chiffres suivants :
- Série de l’Usine (42 employés :)
- à 27 d’entre eux allocations supérieures aux appointements en titre;
- à 14 — allocations inférieures aux appoin-
- tements en titre;
- à 1 — allocation égale aux appointements
- en titre.
- 42 au total.
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- LE DEVOIR
- Série du Familistère (15 employés :)
- à 5 d’entre eux allocations supérieures aux appointements en titre ;
- à 10 — allocations inférieures aux appoin-
- tements en titre.
- 15 au total.
- Ensemble : à 32 intéressés, allocations supérieures;
- à 24 — — inférieures ;
- à 1 — — égale.
- Total...... 57
- Inutile d’ajouter que les appointements en titres ne furent pas modifiés par cette consultation du suffrage; on en fit simplement application à l’objet même du vote : une répartition de bénéfices. Le total de cette répartition s’éleva à 11,814 fr. 50.
- Les trois quarts des intéressés étant, nous l’avons vu, demeurés chacun à son rang relativement à ses collègues, l’enseignement final de l’essai était en faveur de la répartition des bénéfices au prorata des salaires et appointements comme procédé expéditif et serrant de plus près l’équité que tout recours au suffrage, vu l’incertitude des résultats de tels recours, et la somme d’ignorance, de partialité ou d’oublis qui y sont inhérents. Mais la vraie méthode sera celle par laquelle les salaires et appointements, tout comme les primes aux inventions, etc., seront déterminés d’après l’utilité des oeuvres accomplies. Alors, plus d’oublis à redouter, plus d’intérêts antagonistes à prévoir; le bien général et la capacité individuelle trouveront un champ d’accord et l’équité des rémunérations allouées sera évidente.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
- 215
- A qui se sent en mesure de faire œuvre utile, de se distinguer au travail, la méthode sourira ; les autres, et c’est encore le plus grand nombre, préféreront un mode qui ne fasse point vraiment de l’œuvre effective la base des déterminations de salaires, appointements, primes, etc., jusqu’au jour où ils comprendront qu’eux-mêmes, producteurs peu actifs mais consommateurs ardents, ont le plus grand intérêt à l’instauration du mode qui, en mettant la capacité à son vrai rang, assurera cette abondance de richesses dont ils désirent une part et qu’ils seraient impuissants à créer et à entretenir.
- (A suivre).
- Yve J.-B.-A. Godin , née Moret.
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- LE DEVOIR
- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
- Les retraites ouvrières et les autres lois sociales
- au Sénat.
- La loi sur les retraites ouvrières (c’est le titre qu’elle portera désormais), a été transmise, le 6 mars, au Sénat qui en a confié l’examen à une commission de 18 membres.
- Quelques sénateurs avaient demandé son renvoi à la commission qui s’occupe ordinairement des questions se rattachant à l’assurance et à la prévoyance sociales ; mais le Sénat a jugé que ce n’était pas trop des soins exclusifs d’une commission nommée ad hoc pour une loi de cette importance. Et, en effet, les dispositions qui la constituent apparaissent à beaucoup de sénateurs comme difficilement réalisables dans la forme qu’elles ont revêtue. Cette opinion n’a pas cours seulement dans l’enceinte sénatoriale ; elle s’est manifestée à plusieurs reprises pendant la longue élaboration de la loi au Palais-Bourbon, et particulièrement vers la fin de la discussion. Les explications multiples qui ont accompagné le dernier vote, et qui n’émanent pas toutes d’adversaires de la loi, ne laissent aucun doute à cet égard
- En dernière analyse toutes les critiques formulées contre le texte définitif peuvent se ramener à deux : la difficulté de mettre la loi en pratique par suite des modifications considérables apportées à la proposition ; l’absence d’indications sur le mode de contribution auquel on devra recourir pour constituer les retraites.
- Il est certain que le projet primitif a été profondément amendé par un certain nombre de mesures : adjonction à la liste des assurés, d’une part, de la catégorie des domestiques, d’autre part, de la catégorie des
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- colons partiaires, métayers et fermiers ; assimilation aux travailleurs de l’industrie de toutes les catégories d’assurés agricoles au point de vue du prélèvement, du versement et de la bonification ; exemption de tout prélèvement sur le salaire des assurés ayant un salaire inférieur à 1 fr. 50 ; exemption de versement des petits propriétaires ; abaissement de 65 à 60 ans de l’âge fixé pour la période transitoire.
- Soit, en résumé : d’une part, généralisation des retraites et, d’autre part, diminution delà cotisation des assurés, entraînant une augmentation correspondante de la contribution de l’Etat pour laquelle aucune ressource n’a été indiquée.
- D’après les évaluations du rapporteur, M. Guieysse, les modifications apportées à la loi au cours de son examen ont fait passer la contribution annuelle de l’Etat de 58 à 248 millions pour la première année d’application, de 99 à 362 millions pour la dixième et de 93 à 157 millions pour la période de plein fonctionnement. Le ministre des finances, M. Merlou, à peu près d’accord avec la commission pour la période transitoire, obtenait pour la période de régime constant un chiffre de 316 millions.
- Il expliquait cet écart considérable par le fait que la commission n’avait pas tenu compte de certaines surcharges telles que celles qu’entraînerait l’allocation , aux mutualistes , des versements facultatifs prévus au titre YI et les frais de gestion.
- Mais, comme l’a dit après le ministre des finances, le président de la commission, M. Millerand « entre les prévisions du gouvernement et celles de la commission telles qu’elles ont été formulées par M. Guieysse, on ne peut pas juger aujourd’hui avec certitude de quel côté est la vérité. »
- De son côté, un orateur qui s’est livré à l’examen le plus minutieux des conséquences financières de la loi et a dirigé contre elle ses traits les plus acérés, M. Jules Roche fait reposer sa critique sur cette considération
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- qu’en de telles matières les calculs sont incertains, trop d’éléments entrent enjeu sur lesquels on ne peut avoir que des notions vagues. Il faudrait connaître exactement, aditM. Merlou, le nombre des bénéficiaires, la quotité des prélèvements et le taux de l’intérêt auquel se feront les capitalisations. Sur les deux premiers points, les statistiques ne nous renseignent que très imparfaitement; mais c’est surtout sur le troisième que l’aléa prend des proportions considérables. Le loyer de l’argent a des tendances marquées à baisser progressivement. Où s’arrêtera ce mouvement décroissant ? Comment se résoudra la difficulté d’effectuer sur des titres de premier choix, à revenus fixes, la capitalisation des sommes qui ne monteront pas à moins de 10 milliards après vingt-cinq ans et de 20 milliards en période constante, sans bouleverser de fond en comble le marché des capitaux et lancer les finances dë l’Etat dans l’inconnu ?
- A ces questions, il est vrai, M. Millerand, a répondu que les capitaux accumulés, la moitié tout au moins des 20 milliards prévus pourraient, sous la direction et le contrôle désintéressés et autorisés des chambres de commerce, servir par une innovation heureuse à l’exécution de grands travaux, à développer la richesse publique, de sorte que la loi ne serait pas seulement une loi sociale, mais une loi d’utilité nationale.
- L’ancien ministre du commerce et de l’industrie aura-t-il réussi à dissiper les craintes, à calmer les anxiétés ? Lorsqu’il était en présence du texte primitif de la commission, le gouvernement avait envisagé le problème financier, et c’est ainsi qu’il avait été amené à demander les ressources nécessaires à une série de relèvements portant sur les impôts de la propriété bâtie, les valeurs mobilières, et à une révision de la loi sur les successions.
- Le total de ces recettes s’élevait à 100 millions environ. Même en s’en tenant aux évaluations optimistes de la commission, ce chiffre était encore loin de répondre aux exigences nouvelles.
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- Il est donc tout naturel que le gouvernement, s’abstenant de proposer de nouvelles ressources, ait demandé à réfléchir. Il s’est retranché derrière cette raison que la loi n’était pas définitive ; ce qui peut se traduire ainsi: les modifications qu’un nouvel examen fera subir à la loi ramèneront le chiffre de la contribution de l’Etat à des proportions plus modestes, et alors on tâchera d'y pourvoir en renforçant les ressources ordinaires; ou bien, si la loi doit être un jour maintenue dans ses dispositions actuelles, ce jour est encore assez éloigné pour qu’on ait le temps d’aviser à créer, par une importante réforme fiscale, les réformes nécessaires à son fonctionnement.
- Au moment du vote, quelques députés tout en don" nant leur adhésion à la loi, ont formellement exprimé l’espoir qu’elle sera profondément modifiée.
- D’aucuns ont même déclaré que si elle devait être immédiatement exécutoire, ils se refuseraient à la voter. Rien n’autorise à croire qu’ils ont ainsi traduit la secrète pensée de la majorité de leurs collègues ; car il serait incompréhensible que la Chambre ait sanctionné par un vote presque unanime une loi qu’implicitement ou explicitement elle reconnaissait inapplicable, alors qu’il ne dépendait que d’elle de ne pas y accumuler ou de faire tomber les obstacles qui la rendent impraticable.
- Quoiqu’il en soit, pour le moment la tâche de la Chambre est accomplie, et c’est au Sénat qu’il appartient désormais de faire à la loi les retouches nécessaires ou de la soumettre à une refonte complète, quitte plus tard à la Chambre de la reprendre à son tour pour faire sienne ou repousser les modifications apportées à son texte par le Sénat et lui retourner, soit ce texte même, soit une nouvelle rédaction, pour un nouvel examen.
- A deux reprises la Chambre s’est trouvée en présence du problème des ressources nécessaires au fonctionnement de la loi : au moment d’en aborder la discussion et au moment d’y mettre la dernière main. Chaque fois elle a passé outre.
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- Sur le point d’entreprendre la réalisation d’une réforme depuis si longtemps ajournée, elle ne s’est pas laissé persuader qu’elle ferait une vaine manifestation en n’inscrivant pas, en regard des dépenses qu’elle provoque, les recettes correspondantes. Et l’on peut admettre que son abstention procède de cette pensée, que pour savoir quelles sommes exige l’application d'une loi, il est indispensable d’avoir commencé par adopter un système.
- De même, son œuvre une fois accomplie, il est bien compréhensible que la Chambre ait résisté à la sollicitation de remettre la loi sur le chantier, soit pour en accommoder les dispositions aux capacités contributives actuelles du pays, soit pour y incorporer une réforme fiscale,, et qu’elle ne se soit pas résignée par le retrait de l’urgence entraînant un nouvel examen, pour lequel elle ne disposait plus du temps nécessaire, à détruire délibérément le système échafaudé au prix de si longs efforts. Ici encore, on peut supposer que toute préoccupation électorale intéressée mise de côté, elle a trouvé bonne cette considération, formulée par M. Millerand, qu’à vouloir réaliser une réforme de cette importance et résoudre en même temps le problème financier qu’elle soulève, on prenait le chemin le plus sûr pour ne faire aboutir ni l’une ni l’autre.
- Donc, pas plus au moment d’aborder l’examen de la loi qu’au moment de l’achever, la Chambre n’a jugé à propos de voter les ressources nécessaires à son application.
- D’ailleurs, l’objection faite à la procédure suivie en cette circonstance, avait contre elle tous les précédents et l’opinion conforme d’un ministre peu suspect de complaisance pour toute mesure lui paraissant de nature à pousser le Trésor public aux aventures.
- M. Rouvier entendu par la commission d’Assuranee et de Prévoyance s’était exprimé en ces termes :
- « J’ai pensé qu’il y avait lieu de faire pour cette loi ce qui avait été fait pour d’autres lois, moins lourdes il
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- est vrai, mais qui ont influencé et qui continueront à influencer l’établissement de notre budget. Parlerai-je de la loi sur les instituteurs? Si, à l’époque où elle a été préparée, quelqu’un était venu dire : « Avec quoi payera-t-on? » peut-être eût-on reculé. On a fait la loi, on a vu ensuite comment elle se comportait. L’expérience n’a pas permis de la suivre dans tous les développements conçus par ses auteurs ; on en a sérié les effets. Il est permis de penser que les choses se passeront de même, s’agissant d’une opération qui roule sur un demi-siècle ».
- C’est pourquoi, en prévision de la nécessité d’en sérier les effets, comme on a dû le faire pour la loi relative aux instituteurs, la Chambre avait voté dans le dernier article du projet une disposition qui permet de voir fonctionner la loi pendant quelques années avant d’arrêter d’une manière définitive les ressources financières nécessaires.
- Cet article est ainsi conçu : « En cas d’insuffisance des ressources budgétaires, les sommes nécessaires aux services des dispositions transitoires pourront être fournies chaque année dans une proportion déterminée par la loi de finances, par la Caisse nationale des retraites ouvrières au taux d’intérêt annuel fixé par les tarifs de cette Caisse ».
- Autrement dit, pendant la période transitoire qui n'est pas moindre de trente ans, le système de la répartition pourra être appliqué; les versements fournis par les employeurs et employés pourront, en tant que de besoin, être utilisés au payement des dépenses nécessitées par le fonctionnement de la loi.
- Le ministre des finances, M. Merlou, a déclaré que pour son compte il ne ferait pas jouer cette clause.
- Que feront ses successeurs? Et tout d’abord, puisque le Sénat n’a pas dit encore son premier mot, quel accueil va-t-il faire aux dispositions votées par la Chambre, et résoudra-t-il, comme celle-ci, par la négative, la question préjudicielle des ressources financières?
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- Le Sénat, où les adversaires des institutions républicaines sont en nombre infime, reste encore dans sa majorité, hostile à certaines idées sociales, et l’on sait, en outre, que cette assemblée se montre d’autant plus sévère pour les prodigalités financières de la Chambre qu’elle ne possède à cet égard aucun droit d’initiative.
- En prenant possession de la présidence du groupe de la gauche démocratique, le 8 février, M. Léon Bourgeois énumérait les différentes réformes sociales dont il convenait de hâter la discussion devant le Sénat : conditions de réglementation du travail, repos hebdomadaire, payement des salaires, saisie-arrêt des salaires et des petits traitements, hygiène soit de certaines catégories de travailleurs (mineurs, peintres), soit de l’ensemble de l’habitation ouvrière, extension de la législation des accidents du travail aux exploitations commerciales, retraites des employés de chemins de fer et du personnel féminin des manufactures de l’Etat, assistance du premier âge, protection des mères et des nourrissons, codification des lois ouvrières, etc.
- Le 14 février, un nouveau groupe était fondé au Sénat, le groupe radical-socialiste, et M. Clémenceau, qui avait pris l’initiative de sa création, reprenait et complétait, en la commentant dans son discours inaugural, l’énumération des lois d’ordre social en souffrance: le projet de loi sur le repos hebdomadaire, adopté par la Chambre il y a quatre ans; la proposition de loi sur les sai* sies-arrêts des salaires, adoptée en première délibération le 3 novembre 1905; l’extension delà juridiction des prud’hommes aux employés de commerce et aux agriculteurs ; l’extension de l’électorat et de l’éligibilité à tous les patentables pour l’élection des Chambres de commerce ; la loi prohibant l’emploi meurtrier de la céruse en instance au Sénat depuis trois ans; le projet de loi sur la protection du salaire de la femme mariée, voté par la Chambre il y a huit ans.
- M. Clémenceau mentionne encore le projet sur les retraites des agents de chemin de fer, qui soulève à la
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- vérité de graves difficultés financières, et enregistre, comme un bon augure des dispositions du Sénat pour l’avenir, le vote de la loi récente sur l’assistance aux vieillards, aux incurables et aux infirmes, cette amorce de la loi des retraites ouvrières.
- Les deux groupes sénatoriaux qui ont pris , ainsi que nous venons de le voir, l’initiative de promouvoir les réformes sociales, se réclament l’un et l’autre de cette conception que « la démocratie n’est pas seulement une forme de gouvernement > ; qu’elle « est une forme d’organisation de la société tout entière » ; (Bourgeois) — que « l’oeuvre de notre transformation économique et sociale n’est pas moins essentielle que l’œuvre de notre transformation politique » , et qu’ « à la liberté accrue doit correspondre une somme croissante de justice sociale » ; (Clémenceau).
- La gauche démocratique est le plus nombreux de tous les groupes du Sénat, il ne compte pas moins de cent dix adhérents. Les membres de l’autre groupe n’entendent pas se séparer du premier, mais en arborant l’étiquette socialiste , ils ont voulu constituer un centre d’action plus nettement définie à l’avant-garde du parti démocratique.
- Le premier résultat de cette impulsion ne s’est pas fait attendre. Secouant la poussière de leurs cartons, les propositions de loi ont étalé aux yeux des commissaires leurs feuilles jaunies ; les rapports ont repris le chemin du bureau du Sénat ; on a battu le rappel des discussions interrompues, abrégé l’inutile sieste des projets entre deux délibérations.
- Si l’obligation où s’est trouvé le Sénat de se consacrer exclusivement à l’examen du budget, ne lui a pas permis d’obtenir avant la fin de la législature des résultats plus décisifs, du moins, l’appréciable système électoral qui assure à cette assemblée la permanence, lui donne les moyens de reprendre, dès la rentrée la discussion des propositions à son ordre du jour, alors que le renouvellement intégral de l’autre assemblée
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- législative fait tomber dans le néant toute l’oeuvre inachevée.
- A la suite d’une interpellation sur la procédure suivie dans les inventaires d’Eglises prescrits par la loi de séparation, la Chambre — tel est parfois le résultat de certaines rencontres de bulletins — a renversé le 7 mars, le cabines, dont elle venait d’approuver les explications en votant l’affichage du discours prononcé par le ministre compétent, le ministre de l’intérieur.
- Le nouveau ministère a été composé de manière à donner satisfaction à la majorité républicaine momentanément réduite et qui s’est vite reconstituée. Il est présidé par M. Sarrien, ministre de la justice. M. Bourgeois et M. Clémenceau en font partie, comme ministres des affaires étrangères et de l’intérieur.
- L’ancien rapporteur de la loi de séparation, M. Briand, est titulaire du portefeuille de l'instruction publique et des cultes. C’est la seconde fois qu’un socialiste est appelé à faire partie du gouvernement. Le nouveau ministre du commerce et de l’industrie, M. Doumergue, ajoute à ces vocables celui-ci : et du travail.
- Dans la déclaration ministérielle lue aux Chambres le 14 mars, il est dit que le gouvernement demandera au Sénat d’examiner avec tous les soins qu'elle mérite la question des retraites ouvrières, et qu’il fera tout ce qui dépendra de lui; pour que cette loi passe le plus rapidement possible du domaine des espérances dans celui des faits.
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- L’Institut international d’agriculture
- La conférence internationale réunie à Rome le 28 mai dernier, sur l’initiative du roi d’Italie, pour examiner les moyens de régler au point de vue international les questions concernant l’agriculture, aboutit, le 7 juin, comme on sait, à une convention qui fut soumise à l’approbation de tous les Etats représentés. On y décida la création, à Rome, d’un Institut international permanent d’agriculture, placé sous le patronage du roi Victor-Emmanuel III.
- Rappelons que l’action de l’Institut dans le domaine international doit être la suivante : concentrer, étudier et publier les renseignements statistiques techniques ou économiques concernant la culture, les productions tant animale que végétale, le commerce des produits agricoles et les prix pratiqués sur les différents marchés ; communiquer aux intéressés tous les renseignements dont il vient d’être parlé ; indiquer les salaires de la main-d’œuvre rurale ; faire connaître les nouvelles maladies des végétaux qui viendraient à paraître sur un point quelconque du globe; étudier les questions concernant la coopération, l’assurance et le crédit agricole.
- Le roi d’Italie a fait don à l’Institut d’une somme annuelle de 300 000 francs, revenu d’une de ses terres. Cette somme servira, avant tout, à la construction du palais où siégera l’Institut, qui pourra vraisemblablement commencer à fonctionner à la fin de 1907. 11 sera installé dans la merveilleuse villa Borghèse, sur un terrain que l’Etat s’est réservé après entente avec la municipalité de Rome.
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- L’organisation de rétablissement a été confiée à une commission nommée prr le roi et composée du sénateur Faino, du marquis Cepelli , des députés Chimirri et Gorio, et de M. Luzzafcti, ministre du Trésor. Cette commission, composée d’hommes éminemment compétents en matière d’économie agricole, doit représenter légalement l’Institut, pourvoir à sa création matérielle et préparer le programme de la première réunion des délégués internationaux, qui sera convoquée dès que l’Institut commencera à fonctionner-
- Jusqu’à présent, toutes les adhésions définitives à la convention du 7 juin ne sont pas encore parvenues, les Parlements n’ayant pas encore tous approuvé celles de leurs gouvernements.
- La situation actuelle est la suivante :
- 1° Etats qui ont signé la convention :
- Italie, France, Russie, Angleterre, Monténégro, Roumanie, Serbie, Belgique, Portugal, Suisse, Luxembourg, Bulgarie, Grèce, Espagne, Allemagne, Danemark, Suède, Pays-Bas, Uruguay, Perse, Salvador, Mexique, Japon, Equateur.
- 2° Etats qui ont annoncé leur adhésion, mais n’ont pas encore signé la convention :
- Etats-Unis, Pérou, Saint-Domingue, Guatemala, Chili, Ethiopie, Nicaragua.
- 3° Etats qui ne se sont pas encore prononcés :
- Brésil, Chine, Costa-Rica, Paraguay, Turquie.
- La législation actuelle.
- Le programme du ministère Sonnino, qui a pris la direction des affaires vers le milieu du mois de mars, envisage principalement les problèmes économiques et sociaux.
- Au sujet de la législation sociale, le nouveau ministère annonce plusieurs projets intéressant notamment la colonisation intérieure, les assurances ouvrières et la création d’un ministère du travail.
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- Ces projets auront égard à la nécessité primordiale de l’équilibre budgétaire.
- Ce serait folie, en effet, remarque M. Sonnino, après tant de sacrifices, de mettre en danger par trop d’impatience, l’équilibre des finances, condition essentielle du bon fonctionnement de l’organisme de tout Etat.
- GRANDE-BRETAGNE Les bilis ouvriers aux communes.
- Le 2 mars, à la Chambre des communes, a été discuté le premier bill présenté par le groupe ouvrier du Parlement. Ce bill avait pour objet de permettre aux autorités communales de donner un repas aux écoliers mal nourris. 11 a été adopté en deuxième lecture et renvoyé à une commission spéciale.
- La Chambre a abordé ensuite la discussion d’une proposition tendant à donner aux femmes les mêmes droits de vote qu’aux hommes, mais elle n’a donné aucune suite à cette proposition.
- Les retraites ouvrières.
- Une députation du « Comité parlementaire du Congrès des Trade-Unions » s’est présentée devant le premier ministre, assisté du chancelier de l’Echiquier, pour réclamer la création « d’un fonds national de retraites pour la vieillesse, d’application universelle à tous les citoyens des deux sexes arrivés à l’âge de 60 ans, retraites dont le quantum serait de 5 shillings (6 fr. 25) par semaine, à quoi pourvoirait l’impôt impérial ».
- Le premier ministre a affirmé qu’il pensait qu’une administration sage des finances publiques, une politique moins aventureuse, pourrait permettre d’aborder la solution du problème sans s’exposer à un effort financier excessif.
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- Mais il a eu soin de dire qu’il ne voyait pas comment, dès à présent, et sans préambule, on saurait y parvenir.
- Le chancelier de l’Echiquier, quant à lui, et tout en s’exprimant en termes sympathiques à l’endroit des désirs de la députation, a nettement déclaré que, responsable des finances du pays, il manquerait de la plus ordinaire honnêteté s’il laissait apercevoir la moindre promesse ou attente favorable. « Quant à présent, » a-t-il dit, « je ne possède pas les moyens d’apporter une solution, et je ne prévois pas de perspective raisonnable de les posséder. »
- La question est venue le 14 mars 1906 à la Chambre des communes. Un député ouvrier, M. O’ Grady, a présenté une résolution demandant l’introduction d’un projet de loi sur les retraites pour la vieillesse.
- M. Asquith, ministre de l’intérieur, a dit que le gouvernement acceptait le principe de la résolution, en se réservant d’examiner le temps, le mode et l’étendue de l’application.
- Il faut voir avant tout combien coûtera cette réforme, les réformes sociales dépendant de la réduction des dépenses publiques.
- La Chambre des communes a adopté à l’unanimité cette résolution.
- V
- L’indemnité parlementaire.,
- A la Chambre des communes, M. W. Lewer a développé un projet de loi qui accorde à tout député au Parlement une indemnité annuelle de 7.500 francs.
- Les fonctionnaires qui président à l’organisation des élections seraient également payés des deniers de l’Etat.
- L’opposition conservatrice a combattu le projet de loi en disant que les députés, gérants de la fortune publique, n’ont pas le droit de détournera leur bénéfice, fût-ce à titre d’indemnité dûment méritée, une partie des fonds de leur pays.
- Cette motion, qui est, quant au principe , une révolu-
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- tion dans les mœurs parlementaires anglaises, a été votée par 348 voix contre 110.
- Au cours de la discussion, sir Henry Campbell Ban-nerman s’est déclaré favorable au principe de la motion, mais a ajouté que le gouvernement n’avait ni le temps ni l’argent nécessaires pour mettre à exécution la mesure proposée.
- Au moment où le gouvernement se préoccupe d’économies, il lui serait impossible de faire aucune promesse qu’il se verrait dans l’impossibilité de tenir.
- BELGIQUE
- Un Office des classes moyennes.
- Un arrêté royal du 15 janvier 1906, a décidé l’institution, au ministère de l’Industrie et du Travail, d’un Office des classes moyennes.
- Cet office aura pour mission :
- 1° De recueillir et de coordonner des renseignements sur les conditions où s’exercent les petits métiers ou négoces, et, d’une manière générale, sur la situation économique des personnes appartenant aux classes moyennes, d’étudier les effets des lois qui les concernent, tant en Belgique qu’à l’étranger, et de concourir à la preparation.de lois ou de mesures nouvelles ;
- 2° De veiller à l’exécution des lois et règlements existants.
- Les services de l’enseignement industriel, professionnel, ménager, ont été rattachés par le même arrêté au nouvel Office.
- ÉTATS-UNIS
- Manifestation panaméricaine.
- L’ambassadeur du Brésil à Washington, M. Joaquim Nabuco, a offert un banquet en l’honneur des représen-
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- tants de toutes les républiques qui participeront au congrès panaméricain de Rio-de-Janeiro, au mois de juillet prochain.
- M. Root, secrétaire d’Etat américain, a fait dans ce banquet, l’importante déclaration suivante sur la doctrine de Monroe.
- « Quand Monroe, venant en aide à l'Amérique espagnole qui venait de s’émanciper, lança l’audacieuse proclamation qu’aucune partie des Amériques ne devait être soumise à la colonisation de la part d’une puissance européenne, il affirma cette proposition que les républiques américaines étaient capables d’avoir des gouvernements qui répondraient aux besoins de la civilisation, maintiendraient l’ordre et appliqueraient la loi en faisant justice et en remplissant toutes leurs obligations internationales.
- » A cette proposition nous restons engagés.
- » Je vous demande de boire à la fraternité des républiques américaines.
- Puissent l’indépendance, la liberté et les droits de la plus petite et de la plus faible être considérés à l’égal de ceux de la plus forte!
- » Puissions-nous tous participer à la formation d’une opinion américaine forte et éclairée qui fasse régner dans toutes les républiques d’Amérique la paix, l’ordre et la justice ! »
- Les représentants des Etats sud-américains ont discuté le discours de M. Root et ils déclarent qu’ils restent tous engagés par cette doctrine.
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- LA QUESTION DE LA PAIX
- L’Institut Nobel.
- On sait que le célèbre inventeur de la dynamite, l’ingénieur suédois Alfred Nobel, avait légué par testament environ 40 millions à une fondation portant son nom. L’intérêt de cette fortune devait être annuellement distribué à ceux qui auraient rendu, au cours de l’année écoulée, les plus grands services à l’humanité. Le montant devait être partagé en cinq parties égales attribuées : les trois premières à ceux qui auraient fait la plus importante découverte dans le domaine des sciences physique, chimique et physiologique ou médicale ; la quatrième à l’écrivain ayant produit l’œuvre la plus remarquable dans le sens de l’idéalisme: enfin la cinquième, à celui qui aurait fait le plus ou le mieux pour l’œuvre de la fraternité entre les peuples.
- C’est ce dernier prix qu’on appelle « le prix Nobel de la Paix ».
- Les quatre premiers prix sont conférés par des institutions suédoises ; mais M. Nobel a mis le prix de la paix entre les mains du Storthing Norwégien, parce qu’il était le premier parlement qui eût envoyé, aux frais de l’Etat, des délégués au congrès de la paix et parce qu’il avait donné une impulsion considérable à l’organisation de l’union interparlementaire.
- Un comité de cinq membres élus par le Storthing décide à qui le prix chaque année sera attribué. Il constitue le Conseil d’administration de 1’ « Institut Nobel de la paix ».
- Le montant du prix diffère un peu chaque année, mais s’élève à peu près à 200.000 francs. Le jour de la distribution est fixé au 10 décembre, jour anniversaire de la mort du donateur, et la séance à l’hotel de l’Institut est des plus solennelles.
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- Le prix a été conféré à : Henri Dunant et Frédéric Passy en 1901, Elie Ducommun et Albert Gobât en 1902, W. Randall Cremer, le fondateur de l’International Arbitration League en 1903, l’Institut de droit international en 1904, et à Mme de Suttner en 1905.
- Le Journal de Genève nous apprend que 1’ « Institut Nobel de la paix » vient de terminer son installation dans un élégant hôtel situé tout près du château de Christiania. Il contient une belle salle de conférences, pour la première fois utilisée l’été dernier par le congrès de « l’International Law Association », des bureaux pour le personnel de l’Institut, et, notamment, une bibliothèque, à laquelle est jointe .une salle de lecture, où l’on trouve les journaux et les revues les plus importantes. La bibliothèque contient surtout des oeuvres politiques, économiques, historiques et de droit international et toute la littérature relative au pacifisme et à la neutralité. Elle possède environ 7.000 volumes de choix et bien classés. Il va sans dire que le- choix est fait sans égard à l’origine nationale des oeuvres.
- Entente municipale internationale.
- Les membres du County Council ont rendu au Conseil municipal de Paris la visite que celui-ci avait faite à Londres. Et de même que les conseillers municipaux de Paris ont gardé le souvenir réjoui du bon accueil qu’ils ont reçu à Londres, leurs collègues d’Outre-Manche se souviendront longtemps de l’agréable semaine qu’ils ont passée dans notre capitale.
- Le président du County Council qui est, comme on sait, l’initiateur d’un projet d’entente municipale, a très éloquemment exposé les résultats qui peuvent naître de ces voyages successifs, et exposé comment de « l’entente municipale » entre Paris et Londres pourront naitre d’autres ententes avec les autres capitales : « Je crois de toute mon âme, » a-t-il dit, « qu’une fois notre congrès des capitales dûment établi, les ré-
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- sultats de cette coopération ne se borneront pas à ce que nous voyons aujourd’hui si clairement, mais seront immensément accrus, au-delà même de nos prévisions les plus enthousiastes. De même que nous profitons des progrès du passé, de même c’est notre gloire de contribuer au bonheur et à la prospérité des générations futures. Les critiques glacées des sceptiques ont souvent refroidi et flétri les rêves des optimistes ; mais, messieurs, l’avenir appartient aux optimistes, parce que seuls ils vivent dans l’avenir. Je ne suis pas venu prêcher l’amitié municipale au peuple parisien. La nation dont les efîorts titaniques ont fait accepter la doctrine de la fraternité humaine au monde entier n’a pas besoin d’être convertie. Mon appel s’adresse à tout l’univers. Ayant constaté les avantages de l’amitié entre nations, je demande aux autres de se joindre au mouvement. »
- M. Fallières et le pacifisme
- Le président de la Ligue internationale de la Paix et de la Liberté, et les membres du Bureau de la Délégation permanente des Sociétés de la Paix ont adressé au nouveau président de la République, M. Armand Fallières, leurs respectueuses félicitations et l’expression de leur satisfaction de voir appelé à la première magistrature du pays le président de la Conférence interparlementaire de 1900, qui dans dans une réunion solennelle a prononcé, sur la paix et l’arbitrage international, des paroles inoubliables.
- Voici en quels termes M. Fallières avait salué les parlementaires de tous pays réunis au Sénat français, sous sa présidence, le 31 juillet 1900:
- «i.....Grâce à vous, nous sommes déjà loin de l’épo-
- que où la conception de l’arbitrage était considérée comme un jeu de l’esprit ou une hardiesse condamnée par ce que l’on a coutume d’appeler, partout où se dresse une opposition injustifiée, la sagesse des nations. Au-
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- jourd’hui il faut faire la part de l’évidence. Des tentatives qui ont abouti, sont là pour démontrer qu’il en est des peuples comme des hommes, et que, pour les premiers comme pour les seconds, il n'y pas de résistance qui ne disparaisse, à la longue, devant la toute puissance d’une idée, quand cette idée puise sa force à la source sainte de la fraternité ! (Vifs applaudissements),
- » N’avons-nous pas vu, l’année dernière, siéger au Quai d’Orsay un tribunal arbitral qui, après des audiences laborieuses et des débats éclairés, a mis un terme au différend né d’une délimitation de frontière au Véné-zuéla, entre deux des plus grandes Nations du globe, l’Angleterre et les Etats-Unis de l’Amérique du Nord ?
- » N’est-ce pas à la même époque que la Conférence de La Haye, dont plusieurs d’entre vous faisaient partie, a ouvert un horizon nouveau à l’arbitrage international ? Il y a en a qui s’imaginent que consacrer un principe par une simple déclaration législative, sans en rendre l’application obligatoire, c’est ne rien faire d’utile à la cause que l’on prétend servir. A penser ainsi, on méconnaît et les leçons de l’histoire et la vertu d’attraction, qu’exercent autour d’eux ces foyers de lumière et de raison qu’à de certaines heures le génie ou la prévoyance des hommes allume sur les sommets pour éclairer la marche incertaine du progrès !
- ».....Nous avons trop l’expérience des choses pour
- nous leurrer du chimérique espoir que nous touchons au but. Mais que rien ne lasse notre patience ! Les préjugés, les appétits ne sont pas, partout et toujours, les seuls maîtres du monde. Il y a au-dessus d’eux, les dominant de toute la hauteur de la conscience humaine, le droit, l’équité, la justice !
- » Vous êtes des hommes de parole et de plume : vous avezla foi des apôtres ! Poursuivez cou rageusement votre œuvre ; faites comprendre aux nations qu’il y a plus de gloire pour elles à incliner leur toute puissance devant une simple décision arbitrale, qu’à rechercher sur le champ de bataille le triomphe sanglant de la force, et
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- vous aurez bien mérité de vos patries et de l'humanité! »
- (Salve d? applaudissements).
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- La conférence de Genève,
- La question de la révision de la convention de Genève, du 22 août 1864, pour l’amélioration du sort des militaires blessés pour les armées en campagnes , est à l’ordre du jour depuis plus de trente ans. Plusieurs tentatives ont été faites pour améliorer et compléter l’oeuvre de 1864, mais elles n’ont pas abouti. Les dispositions additionnelles adoptées dans une première conférence tenue à Genève en 1868, sont restées à l’état de projets, tous les Etats n’ayant pas ratifié cés articles.
- La conférence de Bruxelles pour la codification des usages de la guerre, réunie en 1874, s’était également occupée des modifications et améliorations qui pourraient être introduites, d’un commun accord, dans la convention de Genève. Communication fut faite aux gouvernements du projet élaboré à cet effet. Les choses en restèrent là.
- La première conférence internationale de la paix réunie à La Haye en 1899, avait arreté le texte d’une convention ayant pour but d’adapter à la guerre maritime les principes de la Convention de Genève, mais ne put s’occuper de la révision de cette dernière. Elle s’était donc bornée à émettre le vœu suivant :
- « La conférence, prenant en considération les démarches faites par le gouvernement fédéral suisse pour la révision de la Convention de Genève, émet le vœu qu’il soit procédé à la réunion d’une conférence spéciale ayant pour objet la révision de cette Convention. »
- Conformément à ce vœu, le Conseil fédéral, par une circulaire du 17 février 1903, invitait tous les Etats ayant adhéré à la Convention de 1864 à se faire représenter à une conférence qui devait se réunir à Genève le 14 septembre 1903. Le 24 juillet, comme il n’avait pas reçu de réponse de tous les gouvernements il déci-
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- dait d’ajourner la conférence à une date indéterminée. Comme on l’a su depuis, c’était le silence gardé par la Russie qui avait fait échouer la réunion de la conférence. En 1904, nouvelle tentative qui échoue par suite de l’état de guerre entre la Russie et le Japon. La guerre une fois terminée, le conseil fédéral, soucieux de remplir la mission que lui avait confié la conférence de La Haye remit la question à l’étude ; mais entre temps le tsar prenait l’initiative de convoquer la deuxième Conférence internationale de la paix à La Haye. Cette rencontre a nécessité de longues négociations, qui paraissent avoir abouti. Une entente est intervenue avec la Russie sur la question de priorité entre la deuxième Conférence de La Haye et la révision de la Convention de Genève.
- Le Conseil fédéral a décidé, le 10 mars, d’inviter les Etats signataires de la Convention à une Conférence qui se réunira à Genève, le 11 juin prochain.
- Le programme de cette Conférence, qui sera ouverte par le président de la Confédération, M. Louis Forrer, est le même, que celui élaboré pour celle de 1903 et sur lequel les Etats ont déjà eu l’occasion de se prononcer.
- Il va sans dire, que ces Etats ont déjà été consultés et que leur acceptation est obtenue en principe.
- Les Etats signataires de la Convention de Genève sont actuellement au nombre de trente-huit. En voici la liste :
- Allemagne, France, Belgique, Suisse, Pays-Bas, Italie , Espagne , Suède , Norvège, Danemark, Grèce , Grande-Bretagne, Turquie, Autriche-Hongrie, Portugal, Russie, Roumanie, Perse, San Salvador, Monténégro, Serbie, Bolivie, Chili, République Argentine, Pérou, Etats-Unis, Bulgarie, Japon, Luxembourg, Congo, Venezuela, Siam , Honduras, Nicaragua, Uruguay, Guatemala, Chine, Mexique.
- Traités d’arbitrage.
- Des traités d’arbitrage ont été conclus entre l’Espa-
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- gne et le Danemark ; entre le Brésil et la République Argentine ; entre l’Italie et le Danemark.
- Ces deux dernières puissances s’engagent à soumettre tous les litiges qui pourraient s’élever entre elles à la Cour de La Haye, à l’instar de l’arrangement conclu avec la Hollande. •
- Les traités d’arbitrage conclus entre le Chili et le Brésil, et entre la Belgique et la Roumanie ont été ratifiés .
- Le groupe anglais de l’union interparlementaire en
- faveur de la paix et de l’arbitrage, sous la présidence de lord Weardale, a voté une motion conseillant l’arbitrage si la conférence d’Algésiras échouait.
- Les socialistes et la guerre.
- Le bureau socialiste international s’est réuni, le 4 mars, en assemblée plénière à la Maison du Peuple de Bruxelles.
- Etaient présents : MM. Bebel et Kautsky, pour l’Allemagne ; Memec et Soucup, pour la Bohême ; Troeshstra, pour la Hollande ; Sygg, pour la Suisse ; Walter, pour le Luxembourg; Vaillant et Jaurès, pour la France; Sinola, pour la Finlande ; Keir Hardie et Nyndmann, pour l’Angleterre ; Emmanuel Ucarte, pour la République Argentine; Kuratek, pour la Pologne ; Garske, pour la Russie (parti socialiste letton); Lew, pour l’Arménie, ainsi que d’autres délégués.
- La séance était présidée par M. Emile Vandervelde, assisté de MM. Anseele et Huysmans, secrétaire.
- Après une longue discussion, la proposition Vaillant, relative à l’attitude du prolétariat international en cas de guerre, est adoptée. La proposition est ainsi libellée :
- « Dès que, secrets ou publics, les événements pourraient faire craindre un conflit entre gouvernements, rendre une guerre possible ou probable, les partis socialistes des pays visés devront de suite, spontanément, à
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- l’invitation du bureau socialiste international, entrer en rapports directs à l’effet de déterminer et concerter les moyens d’actions ouvriers et socialistes, communs et combinés, pour prévenir et empêcher la guerre. En même temps, les partis des autres pays seront avisés par le secrétaire du bureau, et une réunion du bureau socialiste international aura lieu aussitôt que possible à l’effet d’arrêter partout, par le parti socialiste international et la classe ouvrière organisée, l’action la plus propre à prévenir et à empêcher la guerre.
- La propagande antimilitaire.
- Le Conseil fédéral a voté, le 21 février, un arrêté en vertu duquel les étrangers qui incitent des citoyens suisses au refus du service militaire ou qui poussent les soldats au refus d’obéissance, seront expulsés du territoire suisse.
- Le Conseil fédéral base son arrêté sur l’article 70 de la Constitution fédérale, qui l’autorise à expulser les étrangers compromettant la sûreté intérieure ou extérieure de la Suisse, et sur l’article 102 § 9 et 10, qui le charge spécialement de veiller à la sûreté extérieure de la Suisse et au maintien de l’ordre à l’intérieur.
- Une circulaire adressée aux gouvernements cantonaux dit que sous le nom de propagande antimilitariste il faut entendre l’incitation au mépris du devoir militaire prescrit par la Constitution, ainsi que l’incitation au refus de la discipline militaire, mais non pas la simple discussion théorique sur la suppression de l’armée par la voie régulière de la révision constitutionnelle ou législative.
- A propos de la catastrophe de Courrières.
- De M. Frédéric Passy, dans Le Siècle :
- « Douze cents hommes, par une fatalité peut-être inévitable, en tout cas déplorée de tous et contre laquelle, si elle avait été prévue, rien n’aurait été négligé,
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- sont enlevés à leurs familles. Et le monde entier, d’une extrémité à l’autre, est bouleversé. C’est pour l’ensemble de l’humanité, sans distinction de langue, de couleur, de religion ou de forme politique, un deuil de famille, devant lequel, comme on me l’écrit d’Allemagne et comme le prouve l’élan généreux qui a amené en France les sauveteurs westphaliens, il n'y a plus de frontières. Qu’est-ce pourtant que douze cents hommes? Un bataillon, un petit bataillon, peu de chose (si l’on n’avait pas le respect absolu de la vie, si l’on ne savait pas que toute existence est sacrée), dans l’immense multitude des centaines de millions d’êtres semblables qui couvre notre planète. Et dans une bataille, si elle est de celles qui méritent qu’on en parle, ce n’est pas un bataillon, ce sont des régiments, des divisions qui sont anéantis...
- » Et ces massacres, ces ruines, ces tortures, ces divisions et ces haines qui surviennent, ce n’est pas un hasard aveugle qui les déchaîne ; c’est la volonté des malheureux qui les supportent, c’est leur faiblesse et leur passivité tout au moins à se laisser conduire les yeux bandés à l’abattoir, qui les ont comme à plaisir appelés. Et au lieu de gémir et de reculer d’horreur, on se glorifie ! »
- A cet ordre d’idées peuvent se rattacher les réflexions suivantes d’un rédacteur de la Dépêche, de Tours :
- « Ce n’est un secret pour personne que la France entretient des espions en Allemagne comme, au surplus, l’Allemagne en entretient en France. Pas plus tôt nos voisins ont un nouveau canon, un nouveau fusil, un nouvel engin de destruction que nos espions se le procurent à prix d’or et nous le livrent. Or, voilà des années que les mineurs allemands ont des engins admirables qui leur permettent de ravir à la mort des quantités de vies humaines et aucun de nos espions n’a songé à nous en procurer des échantillons ».
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- Miss Susan Anthony.
- Une des femmes qui revendiquèrent les premières les droits de la femme, miss Susan Anthony, vient de mourir aux Etats-Unis, à l’âge de quatre-vingt-six ans.
- Il y a trois ans, elle n’avait pas hésité, malgré son grand âge, à passer l’Atlantique pour venir au cœur de l’Europe assister au Congrès du Conseil international des femmes à Berlin.
- Fille d’un quaker, manufacturier du Massachusetts, qui avait ouvert une école dans sa maison pour ses enfants et ceux de ses voisins et amis, elle était elle-même professeur dès l’âge de quinze ans. En 1848, elle signait la déclaration de la première convention des droits de la femme, — à Seneca-Falls.
- Après s’être donnée tout entière à la cause de l’abolition de l’esclavage, elle avait pris la tête du mouvement en faveur de la participation de la femme au droit de suffrage et à la réforme sociale.
- Elle fut la promotrice de la Société de tempérance des femmes dans l’Etat de New-York. De 1870 à 1880, elle parcourut dans tous les sens les Etats de l’Union, parla en moyenne dans une centaine de meetings par an, lança un flot continu de pétitions, d’articles et de lettres, créa nombre de comités et d’associations ; fonda le journal le Revolutionist et écrivit l’Histoire du suffrage des femmes.
- Et portant sa propagande sur le terrain même des faits, elle vota aux élections de 1872, fut poursuivie et frappée d’une amende pour vote illégal.
- Cette rigide tempérante, cette rude agitatrice doublée d’une quakeress n’en était pas moins à ses moments perdus, d’ailleurs rares, un aimable humoriste. Elle
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- avoua un jour qu’elle avait bien éprouvé la passion de l’amour un millier de fois :
- — Mais, ajoutait-elle, cela n’a jamais duré. Je ne l’ai jamais sentie au point d’aliéner mon indépendance, au point de devenir la ménagère d’un homme.
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- Le droit d’association pour les femmes en Allemagne.
- Le Reichstag a adopté la proposition présentée par les libéraux tendant à faire supprimer par une loi d’Em-pire, les restrictions que les divers Etats confédérés allemands, usant de leur pouvoir législatif, ont apportées au droit d’association pour les femmes.
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- La traite des blanches.
- L’Association des chemins de fer suisses a consenti à ce que le personnel des chemins de fer contribue au service de surveillance sur les stations et dans les trains pour la suppression de la traite des blanches, dans le sens de la convention internationale du 18 juillet 1905. Elle a désigné dans ce but les chefs de stations et les chefs de trains qui devront être aidés par le personnel des stations et des trains. Les directions d’arrondissement des chemins de fer fédéraux ont reçu ' l’ordre de donner les instructions nécessaires au personnel en question.
- Une voyageuse intrépide.
- Miss Mary Hall est arrivée dernièrement au Caire après avoir accompli la première traversée (par une femme), de l’Afrique , du Cap au Caire.
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- LES DEUX VIES
- Par Paul et Victor MARGUERITTE
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- (Suite)
- Et ce choix instinctif et libre, il fallait qu’elle le fît seule, pour le complet épanouissement de son esprit et de son coeur. Car, qu’elle aimât plus tard également le père coupable et la mère innocente, cela eût révolté l’intelligence et violé la justice. Francine bénéficiait déjà de son éducation sans compromis, sans pression, sans mensonge.
- Étonnée de son silence, Josette attendait. Alors elle répondit :
- — Tu seras forcée de voir ton père jusqu’à ce que tu sois grande, mon enfant, mais jamais il ne pourra t’em-pècher de rester avec moi.
- — Et quand je serai grande?
- — Tu n’iras avec lui que si tu veux, tu seras libre.
- — Ab ! dit Josette pensive, frappée par ce mot mystérieux, tandis que Mme Favié, avec une réserve de blâme, contemplait le paysage où descendait la nuit.
- Le lendemain, les jours suivants, le charme de la campagne se fit plus ensorcelant. Pour la première fois depuis des mois, les deux femmes firent trêve à leur nervosité : elles s'étonnaient de leurs récentes dissensions, elles eurent l’ifiusion de s’aimer davantage. Leur souffrance se sentait fondre, comme en un bain balsamique ; jamais Aygue 5-Vives ne leur avait été aussi doux; les coins les plus familiers leur paraissaient nouveaux. Cet hiver cruel s’estompait, s’évanouissait comme un cauchemar à la splendeur du matin.
- Appréciant mieux l’intensité de leurs sensations dans
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- LÉS DEUX VIES
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- le recueillement, elles s’isolèrent peu à peu , ne mirent en commun que les repas et les promenades. Chacune se cherchait en soi-même et se trouvait changée. Le printemps, de son odeur, de sa griserie, ravivait en elles les énergies fécondes, le besoin de vivre , la joie d’agir, l’impérieux instinct qui porte les êtres à se développer, à se réaliser selon le rythme des lois éternelles : élans du cœur, force des sens.
- Mme Favié s’effrayait de ces ondes chaleureuses qui venaient battre à ses tempes , soulevaient son sein ; son miroir lui affirmait chaque jour qu’elle n’avait jamais été plus belle : son teint subtil avait la délicatesse de ces roses si éclatantes qu’elles semblent nues. Elle se réjouissait d’être encore jeune, tout en s’efforçant deale regretter. Il se faisait en elle comme une résurrection. Sous la lovrécia pâlie des murs fleurissait la pousse de grands pans de graminées jaunes ; ainsi réapparaissait l’autre Gabrielle, celle d’Aygues-Vives, à demi affranchie, à demi tournée vers des idées hardies.
- Prier, elle n’y parvenait guère, distraite ; ses méditations sévères s’évaporaient malgré elle ; elle ne retrouvait plus sa dévotion forcée. La peur du péché, l’horreur de la mort se dissipaient dans le soleil : elle communiait avec la paix grave des arbres, la grâce des gazons frais, l’océan frémissant des feuilles ; pendant des heures elle écoutait les incantations des oiseaux et des eaux. Les sources étincelantes qui serpentaient par tout le parc l’entouraient de leurs filets agiles; elle soupirait, le cœur gros, heureuse pourtant et sans savoir de quoi.
- Francine reprenait un peu de sa vivacité prime-sau-tière; elle n’avait plus cette empreinte d’on ne sait quel invisible servage ; des changements de coiffure, de toilette, un retour à d’anciens goûts indiquaient sa reprise d’elle-même : elle rouvrit son piano, relut avec bonheur ses livres d’autrefois. Le poids des mauvaises années s’allégeait, et quand elle se regardait dans la glace, elle aussi, il lui arrivait de sourire, malgré elle, à ses yeux clairs, à ce front plein de pensées, à ce jeune
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- corps robuste sous les robes plus souples. Alors s’élevait en elle un sourd appel vers la vie
- Ce n’était plus cette exubérance de l’enfant si précoce et si ignorante qu’elle avait été ; c’était un désir informulé et sérieux de femme assagie, mais ardente, faite pour vivre et non pour se renoncer, d’une femme déçue dans ses aspirations, étoufiée dans sa volonté, sevrée de tendresse, et qui ne demandait à l’existence que ce qu’elle peut donner, mais qui le voulait et saurait Je prendre. Sans aimer encore, elle avait soif de l’amour.
- Aussi revenait-elle plus souvent, comme aimantée, vers l’homme qui l’avait aimée, qui l’avait demandée en mariage, et qui sans doute ne pensait plus à elle... Elle avait fait prendre des informations au Ministère, à la Société de géographie, auprès de rares amis : Eparvié n’avait pas donné signe de vie depuis son passage au lac Tanganika ; ses dernières lettres remontaient à dix-huit mois... Et tout à coup, elle rougissait, comme s’il allait apparaître et la surprendre.
- Non, son avenir ne pouvait être brisé ainsi. Elle était encore trop près des mirages, du prestigieux essor de son adolescence ! Comme elle croyait alors en- elle ! La vie lui semblait un conte de fées, un ravissement perpétuel : une soif de connaître l’embrasait. Des espoirs confus faisaient chatoyer à ses yeux les mille formes du possible, pareilles à ces paysages de nuées où s’ébauchent des palais d’or et des bêtes fabuleuses. L’inconnu n’avait pas de limites. L’univers faisait partie d’elle; tout était bon, beau. La verdeur de son jeune sang, la richesse d’organes neufs, exaltaient, décuplaient en elle la puissance du rêve et de l’action; elle avait tant de force qu’elle la dépensait sans compter ; elle s’imaginait qu’elle ne vieillirait jamais, que la mort était une chose impossible.
- Un matin, comme elle venait de déjeuner et que Floss, délicate, happait entre les doigts blancs de Mme Favié un biscuit qu’elle croquait avec distinction, Francine décachetait son courrier renvoyé de Paris.
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- — Tiens, l’écriture de la bonne Mme de Bouvières... De Verdun ! Qu’est-ce qu’elle peut y faire?... Ckarlie!... Ah ! mon Dieu !...
- Elle voyait sa mère tremblante :
- — Non, non, rassure-toi! il vit. Un accident.
- Et bouleversée, elle lisait tout haut et bien vite la lettre , qui n’était destinée qu’à elle.
- « En terminant un raid brillant avec deux camarades, Charlie avait voulu traverser la Meuse à cheval ; il croyait tenir un gué, mais la rivière, grossie par les pluies, avait un fort courant, la bête perdait pied; c’est avec les plus grands efforts et au risque de sa vie qu’il avait pu aborder à l’autre rive, absolument trempé. Il n’avait pas voulu faire sécher ses habits dans une ferme, comme on l’en pressait. Résultat : une fièvre terrible dans la nuit. Au matin, il était si mal que le lieutenant de Cometroy télégraphiait aux Bouvières. Ils accouraient : la pneumonie s’était déclarée... Mme de Bouvières soignait Charlie dans un pavillon près du château des Cometroy ; ils n’avaient pas voulu qu’on le transportât à l’hôpital. Mais la fièvre montait à faire peur. Le médecin craignait une solution désespérée... Qu’elles se hâtassent si elles voulaient, pouvaient venir ! »
- Mme Favié demeurait pétrifiée : l’expression de son regard était si effrayante que Francine crut y voir vaciller la raison. Aussi, prenant sur-le-champ le seul parti qui fut possible et qui créât en même temps une salutaire diversion :
- — Partons tout de suite ! dit-elle. Je vais télégraphier à Mme de Bouvières et nous aurons sa réponse en traversant Paris.
- Avec une décision nette, elle organisa le départ, fît elle-même les malles. Mme Favié, sans larmes, sans parole, n’éfait plus, avec l’agitation de sa pauvre âme ballottée, qu’un oiseau perdu dans la rafale.
- Charlie!... Charlie, qu’elle croyait heureux, résolue à l’oublier, et pour qui, grâce à ces relations qui sont une franc-maçonnerie mondaine, elle s’enquérait en
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- secret des jeunes filles qui pourraient lui convenir, lui cherchant la bonne compagne ; Charlie, pour qui elle avait tant souffert, tant pleuré, tant prié... Charlie allait mourir!... Non, ce n’était pas possible!
- Elle avait lu, relu, terni dans ses doigts la lettre de Mme de Bouvières. Dans deux heures elle quitterait Aygues-Vives, prendrait le train à Rembleuse pour Paris; elle n’y croyait pas !... La torture qu’elle éprouvait était sèche , aride, intolérable ; une horreur noire la séparait du monde et des êtres; cette journée radieuse, ces feuillages d’ombre dans les allées de soleil, ces arbres de Judée roses, est-ce que cela existait? était-ce du rêve ou de la réalité ?
- Puis elle se trouvait broyée sous un inexorable poids. Non, Dieu ne permettrait pas que Charlie !... Une révolte la soulevait contre l’ironie du destin, l’absurdité du hasard : elle ne pouvait accepter que ce qui était fût : c’était trop inhumain !
- Ce réveil affreux la dépouillait soudain de tout ce qui était sa vie factice, respect du monde, principes de correction, terreurs religieuses même : elle n’était plus qu’une femme qui aime un homme beau, jeune, le meilleur et le plus charmant des hommes; une femme qui souffrait agonie et passion. Son amour étouffé, refoulé, revint en elle avec la violence de ces mascarets qui soulèvent les fleuves jusqu’à plusieurs lieues de la mer.
- Son silence, sa hâte fébrile affirmaient une telle violence d’amour que Francine en fut frappée d’étonnement ; des sentiments pareils la déconcertaient par leur profondeur : l’idée qu’on pût aimer ainsi la troublait comme un mystère ; elle se sentait émue d’une sorte de respect, comme devant ces douleurs si incommunicables qu’on ne peut pas plus les comprendre qu’on ne parvient à les consoler.. Mais elle sentit qu’il y avait là quelque chose de grand , et son affection pour sa mère redoubla; un sentiment plus humain, plus féminin que ce qu’elle avait jamais ressenti, à la fois tendre et poignant, s’élancait en elle : un déchirement
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- de pitié filiale, presque fraternelle.
- Comme elles montaient en voiture, on remit une dépêche. Francine ne parvenait pas, elle, si courageuse, à en rompre la bande : ce ne pouvait être qu’une affreuse nouvelle...
- — Ah bien ! s’écria-t-elle... c’est d’Herbelotî... Qu’est-ce que mon mari me veut encore?...
- L’avoué l’adjurait de rentrer immédiatement à Paris ; en quittant la demeure assignée par le président, elle s’était mise en rupture de ban. LeHagre, apprenant son départ, l’avait fait constater par huissier. Non seulement il refusait de payer la pension en retard du mois dernier, mais il allait saisir le tribunal.
- Francine se rappela — il était bien temps!... Le lien conjugal n’étant pas rompu, le mari conservait le droit et le devoir de la surveiller; l’espoir d’une réconciliation toujours possible, les nécessités de la procédure, exigeaient que la femme ne changeât point de résidence : c’était pour elle une astreinte obligatoire. Si on la déclarait non recevable à continuer le procès, tout serait à recommencer, temps et argent perdus, plaidoiries, démarches!
- Mais qui pouvait croire que ces courtes, ces innocentes vacances, que cette imprudence si excusable se termineraient si mal? Sentir le caveçon à ce moment, se rappeler qu’elle était esclave, lui fut une souffrance aiguë. Être attachée, ligotée, ne pouvoir faire un pas, un geste, sans être guettée, filée : car nul'doute que des agents payés n’eussent suivi sa voiture, monté dans le train, rôdé autour des murs du parc... Quoi, elle ne pouvait accompagner sa mère à Verdun?... Il lui faudrait, quand le temps passait, quand les secondes valaient des heures, mendier, par l’intermédiaire d’avoués, l’autorisation de M. Le Hagre... fléchir tout ce qu’il apportait de mauvaise foi, de ruse crochue, armé de textes de loi comme un scorpion de pinces... Ft Charlie à cette heure était mourant, mort peut-être... et M. Le Hagre vivait, M. Le Hagre se promenait allé-
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- grement au soleil, n’ayant qu’une idée, l’exaspérer, l’user, la briser. . Ah Dieu ! non! il n’y avait pas de justice !...
- Mais, cette, fois, elle ne ferait qu’à sa guise ! Tant pis ; dût-on lui retirer tous ses droits, elle en avait assez! Elle abandonnerait tout, elle... mais que ferait-elle au juste? Elle ne pouvait le dire : sa révolte n’était qu’un cri impuissant et désespéré.
- Le coupé de Mme Favié — elles avaient téléphoné de Rembleuse — les attendait gare Saint-Lazare. On n’avait reçu pour elles aucune dépêche. Elles rentraient dans l’appartement de la Muette, désemparées!.. Partir tout de suite, quand même?... Il était trop tard pour que Francine put entretenir Herbelot du danger qui la menaçait. Enfin, à six heures du soir, comme Mme Favié allait prendre seule l’express, un télégramme de Mme de Bouvières...
- « On espère sauver Charité. »
- Mme Favié, qui avait vieilli en ces quelques heures, ne parut pas comprendre d’abord ; puis une contraction douloureuse tirailla son visage ; la lumière se fit : Charlie pourrait vivre...
- Alors seulement elle pleura.
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- Francine l’avait conduite à la gare, mise dans le compartiment, et maintenant, éperdue, passant du découragement à l’espoir, puis au doute , Mme Favié se sentait irrésistiblement emportée vers Charlie. Prenant en pitié sa détresse, Francine lui avait conseillé de réclamer, d’attendre d’autres nouvelles : elle la voyait arrivant là-bas, le visage défait d’insomnie, forcée de se contraindre, de mesurer son chagrin à son rôle de parente et d’amie; et si Charlie n’avait qu’un mieux trompeur, si elle arrivait pour une catastrophe !
- En rentrant tristement seule, Francine se réjouissait
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- presque de voir que sa mère, par la seule logique impétueuse de la passion, avait franchi tant d’obstacles redoutables pour son esprit timoré, sa foi alarmée, osait agir comme l’exigeait un sentiment vrai et fort.
- Se plaçant vis-à-vis de sa propre conscience , elle essayait d’oublier tout ce que l’éducation et le milieu lui avaient enseigné, tant de préventions, de préjugés ; elle se disait : « Eh bien, elle aime Charlie... après!... c’est son droit, c’est un fait, c’est une fatalité du cœur et des circonstances... Et pourquoi ne l’aimerait-elle pas! Et en quoi est-ce mal?... » Quel chemin parcouru, depuis le jour où, en lisant la lettre qui proposait à Mme Favié le mariage, elle avait cherché, sans la trouver, une solution compatible avec les principes admis et les usages consacrés !
- Ces mots de mari et d’amant, qui la choquaient, la révoltaient presque alors, elle s’étonnait d’en avoir été si fâcheusement impressionnée , songeait à ce précipice de la mort, auprès duquel l’importance donnée aux actes semble bien vaine et dérisoire.
- Si Charlie mourait, que de regrets atroces pour la femme qui, ayant pu l’aimer, s’était figée dans une correction étroite, une attitude orgueilleuse ! Car, dans cette conception rigoureuse du devoir, ne fallait-il pas compter pour beaucoup le respect de l’opinion, le désir de rester soi-même respectée, une vertu où se glissait un égoïsme paré du nom d’honneur et de dignité, comme si l’honneur et la dignité suprêmes ne consistaient pas à être sincère avec soi-même et aussi courageux dans ses actes que dans ses pensées !
- Sa mère n’avait d’ailleurs pas obéi à ces seuls scrupules ; ce qui l’avait préservée, c’était le réveil de la crise, ce reflux atavique des idées religieuses sous lesquelles, depuis dix-neuf siècles, la femme s’humiliait, tremblante. La discipline ecclésiastique l’avait reprise en sa douce et forte main. Embusquée au confessionnal, la voix du prêtre lui avait chuchoté l’épouvante de la mort et l’espoir de la vie éternelle. L’amour s’était dès
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- lors transformé en cette chose arbitraire et monstrueuse : le péché. Il devenait, dans l’ombre de l’église, on ne sait quoi d’impur et de vil dont elle avait eu honte, l’âme catholique étant à ce point faussée qu’elle corrompait ce qu’il y a de sublime dans l’amour humain et en était elle-même corrompue.
- Voir le mal où il n’existait pas, contrarier la force universelle du monde, se tourner vers la mort quand la vie ardente éclatait de toute part, dénaturer la mort même, en en faisant, au lieu d’une loi de repos , de transformation fatale , une prolongation de la vie , un avenir hasardeux de joies ou de douleurs, quelle mutilation de l’intelligence, quelle déchéance d’autant plus navrante qu’elle était volontaire ! Francine, avec répulsion, admirait cette empreinte du passé croulant, ces influences séniles qui empoisonnaient encore les âmes.
- Qui allait vaincre, dans le cœur de sa mère, de l’être façonné par l’éducation sociale et religieuse, ou de la femme vraiment libre ! Et, malgré son audace, elle n’osait dégager l’inconnu du problème, et par piété, pudeur, en détournait les yeux...
- Avec un sourire attendri, elle se répétait comme autrefois, mais la nuance et l’accent n’étaient plus les mêmes : « Pauvre petite maman !... »
- Charlie, pendant ce temps, se débattait entre la puissance du mal et la vigueur de sa jeunesse : par moments, comme à un noyé qui se cramponne, l’air gonflait ses poumons; un jour, un jour étrange et incertain, remplissait ses prunelles; il aspirait le grand souffle qui frissonnait aux feuilles des peupliers , miroitait en mille plis sur le fleuve, car des visions de cauchemar se mêlaient à sa fièvre; puis le jour spectral s’éteignait, le paysage confus s’évanouissait; il perdait pied, desserrait les mains, descendait en des profondeurs, entraîné par d’invisibles remous.
- Il avait des minutes de conscience où il rouvrait les yeux sur cette chambre inconnue, essayait de sourire aux visages qui l’entouraient, et se rendait parfaitement
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- compte qu’il pouvait mourir et que rien n’était plus simple et plus facile. Stoïque, il regardait fixement son sort, en soldat, en chrétien. Mais ce n’était qu’un éclair dans son esprit noyé de ténèbres, pour son corps brûlant et affaibli. Une image persistait dans ce chaos : Gabrielle. Il appelait son nom dans le délire, puis : « Qu’elle ne sache pas... Il ne faut pas... » Puis encore : * Gabrielle, est-ce vous?... Vous êtes venue!...» Son seul grand amour s’attachait à lui en ces heures d’émiettement, et, s’il devait mourir, son amie, présente ou invisible, l’accompagnerait jusqu’au mystérieux seuil d’ombre.
- Depuis le matin brumeux, où la diane chantait dans les casernes, il avait eu bien des alternatives de courage et de défaillance. La sévérité de la province le sauva; et son meilleur soutien fut son métier très rempli. C’est dans le travail que Charlie cherchait le dérivatif des heures absorbées, le bienfaisant sommeil : pendant des jours et des semaines, il se consacrait à l’éducation militaire et morale des hommes de son peloton , ou, dans sa chambre, à la lueur de sa lampe; étudiait tard. Que de fois , pourtant, un cher visage surgissait, beaux yeux pensifs; la voix douce murmurait à son oreille! Obéissant, l’âme brisée, il n’avait pas écrit ; il n’était venu à Paris qu’une fois, avait résisté à l’obsession de la revoir. Seulement, bien avant dans la nuit, il avait rôdé autour de la maison, épiant une lueur aux rideaux fermés.
- Certains jours, son martyre était insoutenable; sa jeunesse s’insurgeait, Il avait des yeux de passion si intense, que des femmes le remarquèrent. 11 lui prenait des soifs.de danger, des fureurs d’aventure. Il galopait en casse-cou aux sauts d’obstacles, se tuait de fatigues: ne plus penser, être une brute ivre de vie !... Parfois il songeait à quitter la France : il pouvait être envoyé en mission; mais pourquoi fuir Gabrielle ? Ne savait-il pas qu’il l’emporterait dans son cœur?
- ... Ce matin-là, dans un de ces sommeils haletants
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- qui étaient pour lui un pénible repos, il faisait le rêve d’être à Aygues-Vives, enfant. Il errait dans les allées, cherchant Gabrielle et ne la trouvant pas : elle n’était ni sous la sapinière, ni au bord de l’étang aux cygnes, ni sous les treilles, ni le long des parterres de roses fanées; et il sentait croître une obscure angoisse. Parfois il prêtait l’oreille, croyant entendre le bruissement furtif de sa robe. Les feuilles.se détachaient des arbres, une à une, et tombaient si doucement qu’on les entendait à peine sur le sol, comme les pas d’un être invisible, les pas de l’automne jaune et pourpre en marche, et il ne percevait que cette continuelle, muette, légère et grave chute des feuilles. Et voilà qu’au détour d’un taillis, sur un banc, Gabrielle immobile lui apparaissait. Il s’approchait sur la pointe des pieds pour la surprendre et il voyait qu’elle avait dans les cheveux une feuille de hêtre rouge, sur ses genoux une feuille de platane fauve et sur un de ses pieds chaussés de cuir gris une petite feuille pâle debouleau.il lui prenait les mains et elle tournait sans étonnement les yeux vers lui en disant: «Il pleut des feuilles, Charlie... Mettez-vous près de moi et écoutons. » Alors de partout des feuilles descendaient en tournoyant, frôlaient leurs mains et leurs visages; et ils les entendaient, impalpables, se poser en heurts si faibles que c’était encore du silence.
- Charlie en était là de son rêve quand des chuchotements grandirent dans l’allée ; les feuilles soulevées par le vent menaient des rondes, le bruit s’accrut d’un mystère de voix : qui donc venait? Il serra plus fort les mains de Gabrielle et, se réveillant, il vit ses mains dans celles de son amie.
- L’illusion, la surprise, la joie furent si fortes qu’il referma bien vite les yeux afin de continuer son rêve. Mais déjà ce n’en était plus un. Mme Favié se tenait réellement à son chevet, et elle lui souriait à travers ses larmes. Il voulut faire un mouvement, mais les mains frêles et impérieuses l’avertirent d’être sage.
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- — Ne parlez pas, ne bougez pas, Charlie ; c’est moi, mon enfant.
- Il resta ainsi, incapable de soulever même ses paupières, envahi d’une paix si suave et si profonde qu’il souhaitait de mourir dans ce bien-être. Par instants seulement il remuait, à peine, le bout des doigts, pour s’assurer que les mains tièdes le tenaient, le protégaient contre les maléfices des ténèbres, de la dérive.
- Gabrielle, au bout d’une demi-heure, comprit le bienfait de sa présence et quel calme elle apportait : les mains de Charlie, de feu quand elle les avait saisies, devenaient moins chaudes ; la fièvre baissait...
- V
- Mme Favié ne restait à Verdun que quarante-huit heures. Malgré l’insistance cordiale des Cometroy, les yeux implorants de Charlie et le regret de la bonne Mme de Bouvières, elle avait hâte de se fuir : chaque minute qu’elle passait au chevet du malade était un aveu, par chacun de ses regards elle s’abandonnait : elle n’avait plus cette révolte et cette horreur du péché qui l’avaient détournée, et c’est de se sentir si reprise qui l’épouvantait. Sans doute la prostration de Charlie, si loin encore de la guérison, la rassurait contre tout danger immédiat ; ‘mais à quoi bon précipiter un péril qu’elle soupçonnait trop?
- Avaient-ils donc besoin de parler pour se comprendre, et n’entendait-elle pas le mystérieux langage des regards et des sourires, l’effusion muette de sa gratitude, l’adoration dont il entourait chacun de ses mouvements, le recueillement pénétré avec lequel il restait étendu, immobile, d’une sagesse exemplaire, pourvu qu’elle fût auprès de lui, qu’elle lui donnât sa potion, relevât son oreiller? Charlie convalescent, Charlie guéri, elle n’y pouvait penser sans grand trouble... La peur soudaine avait décuplé en elle l’amour de la vie, de sa vie à lui ; il lui en devenait tellement cher qu’elle détournait par-
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- fois ses yeux pleins de larmes, toute gonflée d’une joie indicible ; il était là, vivant, et il eût pu n’être qu’une chair inerte et froide, yeux clos pour l’éternité, avec l’horrible aspect de ceux qui ne voient plus, ne sentent plus, ne sont plus !...
- Et lui aussi renaissait avec une ferveur et un délice : vivre, était-il rien au monde de plus beau ? Ce soleil qui rayait la chambre d’une dansante poussière d’or, ce rythme d’une démarche de femme, ce bruit mourant de sa robe, l’éclat des cerises vermeilles qu’elle lui choisissait, dans cette, corbeille, une à une, leur fraîcheur à la bouche... Oui, la vie, le merveilleux été, le bleu du ciel, le vert des feuillages, la splendeur et la joie des choses les enveloppaient, et elle avait trop conscience de cet enivrement ; elle avait peur, à trembler, de lui, d’elle, de la complicité rayonnante du jour, de la douceur de l’ombre, de la fièvre des insomnies.
- Où était sa confiance, sa cuirasse de foi, sa fermeté ? De tout cela il ne restait que le souvenir d’un songe ; elle ne sentait plus que son amour qui l’accablait, la rendait soumise comme un enfant. Ah ! du moins, qu’il ne la vît pas, que personne ne la vît ainsi, débile et nue. Cette pudeur vis-à-vis d’elle-même restait sa dernière fierté..
- Quand Francine l’embrassa, la regarda en face avec une loyale tendresse, elle rougit comme si elle était coupable. L’idée d’une allusion, même délicate de sa fille, lui parut intolérable : mais Francine se garda de violer le mystère de cette âme qui ne concevait l’amour que comme un crime. Elle se jeta dans le récit des tracas que lui valait son escapade à Aygues-Vives ; Le Hagre voulait absolument porter l’incident devant le tribunal, affirmait sa rageuse volonté de rendre le divorce impossible.
- — Figure-toi, reprit-elle tout à coup avec plus de gaieté, la pauvre Jeanne Levai a obtenu le divorce et la garde de son enfant.
- suivre.)
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- ASSURANCES MUTUELLES
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- Société da Familistère. - Assurances Mutuelles
- MOUVEMENT DU MOIS D’OCTOBRE 1905, A GUISE
- ASSURANCE CONTRE LA MALADIE
- Section des Hommes
- Cotisations des mutualistes...... 2 972 30 J
- Subvention de la Société......... 995 80 | 4.474 55'
- Malfaçons et Divers.............. 506 15 \
- Dépenses..................................... 3.835 40
- Boni en octobre 1905.................. 638 85
- Section des Dames
- Cotisations des mutualistes....... 510 70 j
- Subvention de la Société.......... 255 35 ( 766 05
- Divers............................ » » )
- Dépenses........... ............ ..................651 90
- Boni en octobre 1905.................. 114 15
- ASSURANCE DES PENSIONS
- Subvention de la Société et Divers 8.259 86 1
- Intérêts des comptes courants et > 11.351 86
- du titre d’épargne............ 3.092 »'
- Dépenses :
- 128 Retraités définitifs........... 8.941 57 \
- 4 — provisoires.................. 227 »l
- Nécessaire à la subsistance........ 5.291 15 s 15.239 72
- Allocations aux famill8 des réservistes 52 50 i Divers, appointem., médecins, etc. 72/ 50/
- Déficit en octobre 1905 ................... 3 887 86
- CAISSE DE PHARMACIE
- Cotisations des mutualistes. 769 45 1 i inc nt
- Subvention de la Société.... 336 60 \ ‘ L
- Dépenses............................. 806 38
- Boni en octobre 1905.......... 299 67
- RÉSUMÉ
- Recettes sociales du 1er juillet 1905 au 31 octobre 1905 47.780 05 ; Ar 7/£)-Qn » individuelles » » 17.962 85 ( b0*yU
- Dépenses » » ........ 80.874 23
- Excédent des dépenses sur les recettes.. 15.13J 33
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- LE DEVOIR
- ÉTAT CIVIL AU FAMILISTÈRE DE GUISE
- MOIS D’OCTOBRE 1905.
- Naissance,:
- 21 octobre Léguiller André-Ernest, fils de.Léguiller Ernest et de Prévôt Georgette.
- Décès :
- 7 octobre De Roo Eugène, âgé de 68 ans. 27 — Blanquin Jules, âgé de 53 ans.
- Le Gérant : H. E. Buridànt.
- Nimes. — Typ. A. Chastanter, 12, rue Pradler.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES.
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- Mai 1906.
- DOCUMENTS POUR UNE
- COMPLÈTE
- de J. B. André GODIN (1)
- Glorification du Travail. — Emancipatio
- du Travailleur. Deuxième partie. XXIII (suite)
- Série des employés. Nouveaux essais de recours au suffrage pour la désignation des mérites et la détermination des appointements et parts de bénéfices.
- 3. — Répétition de l’essai de classement du personnel par lui-même en trois ordres de mérite. Bulletin individuel (18 juin 1872).
- Le lecteur sait déjà en quoi l’essai à voir maintenant (le dernier spécial à la série des employés) va différer de celui tenté le 28 février. Au lieu de se classer par le vote 1er, 2e, 3«, etc., relativement les uns aux autres entre membres de groupe ou de série, les employés vont inscrire, en regard des noms des intéressés, des points de 0 à 20, selon l’appréciation qu’ils feront de chaque individu en chacun des trois ordres de mérite inscrits en tête des colonnes du bulletin.
- Ce mode de désignation des mérites, outre qu’il était un des éléments essentiels de la proposition faite par B en 1870 (chapitre XV), avait trouvé écho dans le conseil élu du Familistère, au cours des préparatifs pour
- (1) — V. Appendice, p 60, tome 26®, Le Devoir, janvier 1902.
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- LE DEVOIR
- la célébration de la fête du travail (1): un des conseillers ayant proposé de substituer aux voix ayant une même valeur initiale pour chacun des candidats inscrits sur le bulletin de vote, des voix assignant à ces candidats des valeurs relatives. Le conseil jugeant, avons-nous dit alors, que la proposition « offrirait une « plus grande liberté à l’électeur et permettrait une « appréciation plus rapprochée de la justice, avait « décidé d’en faire l’étude pour la mettre en usage, s’il « y avait lieu ». (17 mai 1870). A cette époque, les évènements avaient empêché de poursuivre l’applica- ' tion de l’idée. En 1872, le moment parut venu d’en expérimenter la valeur. J.-B.-A. Godin invita donc le conseil d’administration à mettre la question à l’étude, en vue de la répartition des bénéfices de l’exercice courant (répartition qui ne pouvait intervenir qu’en 1873).
- Au compte-rendu de la séance du conseil datée 6 juin 1872, on lit : « Vote de classement du personnel devant servir à établir des moyennes pour aider à la répartition des bénéfices de Vexercice 1872. »
- « Un des conseillers (B) déclare qu’ayant été chargé spécialement par M. Godin d’élaborer un projet, il présente le suivant :
- Offrant à ses collègues un croquis de bulletin, (voir page suivante) « Chacun àl’usine aurait » dit-il « deux « bulletins de vote à remplir : 1° une liste de son grou-« pe ; 2° une liste du personnel tout entier. Le premier «jour, on voterait avec le premier bulletin; le deu-« xième jour, avec le deuxième bulletin. » Il y aurait cinq groupes à l’usine.
- Au Familistère, le personnel des services se répartirait en deux groupes (hommes, femmes); chaque groupe
- (1) Chap. XIV, p. 578 , 579, Le Devoir, octobre 1904.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- voterait pour soi comme au dernier essai; et le conseil élu remplirait, ainsi que précédemment, les bulletins de liste générale de ce même personnel.
- Le projet est renvoyé à M. Godin (siégeant alors à Versailles).
- Douze jours plus tard, le 18 juin, le vote proposé avait lieu. Les intéressés comprenaient 52 employés à l’Usine et 15 au Familistère ; ensemble 67.
- Les 15 du Familistère sont les mêmes qu’au précédent essai. A l’Usine, il y a onze employés de plus admis à la répartition, un des 42 intéressés au dernier vote a quitté l’établissement. Les onze nouveaux comprennent un sous-chef d’atelier gagnant 150 fr. par mois ; trois commis de bureaux gagnant chacun 125 fr.; six gagnant environ 100 fr. ; un apprenti.
- Le vote s’opéra sur bulletin dont voici un spécimen :
- Classement du personnel par lui-même.
- 1er Groupe.
- Conseil iïadministration.
- On doit inscrire en face de chaque nom, et dans les trois premières colonnes, un n° de classement variant de 0 à 20, suivant l’appréciation que l’on fait de chacun dans les trois ordres de mérite y mentionnés, le n<> 0 étant le minimum et le n° 20 le maximum de valeur. On additionne ensuite les trois nombres et on porte le total dans la 4e colonne.
- NOMS
- (représentés ici par les signes convenus)
- Exactitude
- et
- bon travail
- Capacité Justice
- dans les
- et relations du intelligence travail
- Classement
- total
- M .
- B..
- CA
- G. .
- HO
- JO.
- H.
- D.,
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- LE DEVOIR
- Si au lieu de la mention : « ier Groupe, Conseil d’administration » , on lit : « Vote général » ; et si au lieu des huit noms des conseillers, on se représente les cinquante-deux noms de la série des bénéficiaires, on aura une idée du bulletin de vote général. Les instructions pratiques et les entêtes de colonnes sont les mêmes exactement.
- On avait donc à voter en trois ordres de mérite comme à l’essai du 28 février précédent. A cette date , des abstentions nombreuses et variables avec les mérites à considérer s’étaient produites (1) soit :
- 1/4 sous la rubrique : Exactitude et bon travail ;
- 3/7 » Capacité et intelligence ;
- 1/2 » Justice dans les relations du
- travail.
- Pas de ces différences entre les ordres de mérite dans le vote réalisé le 18 juin; en outre, les dépôts de bulletins blancs et les abstentions ne s’élèvent ensemble, on va le voir, qu’à un dizième environ du chiffre des électeurs inscrits :
- (1) Présent chapitre, p. 134, Le Devoir mars 19 06.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- Vote au sein des groupes.
- - 1 Bulletins remplis Bulletins blancs Abstentions
- USINE »
- cinq groupes.
- 1er groupe : 8 électeurs inscrits 7 votants. 5 2 1
- 2e groupe : 11 électeurs inscrits 10 votants. 9 1 1
- 3e groupe : 13 électeurs inscrits 13 votants. 11 2
- 4e groupe : 8 électeurs inscrits 8 votants. 8
- 5e groupe : 12 électeurs inscrits 12 votants. 12
- FAMILISTÈRE '
- deux groupes.
- Hommes : 6 électeurs inscrits 6 votants. 6
- Femmes : 9 èleeteurs inscrits 9 votants. 9
- Totaux : 60 5 2
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- LE DEVOIR
- Vote général.
- Bulletins remplis Bulletins blancs Abstentions
- USINE 52 électeurs inscrits 51 notants. 47 4 1
- FAMILISTÈRE 24 électeurs inscrits 22 votants. 21 1 2
- Totaux : 68 5 3
- soit, dans le vote au sein des groupes : 60 bulletins remplis sur 67 demandés; et, dans le vote général : 68 sur 76. C’est, nous le répétons, grosso modo un dixième dans les deux cas.
- Les électeurs trouvèrent donc plus facile d’inscrire des points de mérite (maximum : 20; minimum : zéro) en regard des noms portés sur les bulletins, que d’y inscrire des chiffres classant directement 1er, 2e, 3e, etc., tel ou tel collègue, mettant celui-ci avant ou après celui-là, comme c’avait été le cas au vote exercé le 28 février. Une comparaison entre les intéressés était indispensable dans le vote des rangs directs; on pouvait écarter cette comparaison dans le vote des points de mérite et s’en remettre au dépouillement du scrutin pour le résultat.
- Tâchons d’extraire des votes le caractère de cette dernière tentative.
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- ' DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- Consultons un document intitulé :
- Classement du personnel par lui-même.
- Résultat du dépouillement par Groupe avec la moyenne du chiffre de points obtenus.
- Usine.
- 1er Groupe.
- Conseil d’administration.
- Signes représentant les noms des titulaires. Classement d’après la moyenne du chiffre de points obtenus.
- M 41.6
- D 33. )
- CA 31.1 f
- G 30.61
- H 30.4/
- B 16.4)
- JO., 15.8>
- HO 14.8)
- Trois divisions s’imposent en ce tableau des moyennes, nous les avons séparées par des accolades.
- Le groupe comprit 7 votants (1) dont 2 déposèrent chacun un bulletin blanc. 5 Conseillers remplirent les colonnes de leurs bulletins.
- Trois sur ces 5 déposèrent chacun un bulletin exactement semblable à celui-ci :
- (1) On sait que M avait cessé, depuis l’essai relatif à janvier 1870, de prendre part à aucune expérimentation du suffrage (chap. XX, p. 711, Le Devoir, décembre 1905.
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- LE DEVOIR
- Classement du personnel par lui-même. ier Groupe.
- Conseil d’administration.
- On doit inscrire.etc...
- Noms. (Signes convenus). Exactitude et bon travail. Capacité et intelligence Justice dans les relations du travail. Classement total.
- 1 M 20 20 20 60
- 5 B 0 0 0 0
- ^ CA 20 20 20 60
- G.. 20 20 20 60
- w HO 0 0 0 0
- £ JO 0 0 0 0
- g H 20 20 20 60
- p D 20 20 20 60
- Un seul mot caractérise ces troisj bulletins : passion ou parti-pris, c’est-à-dire aveuglement.
- Les deux autres bulletins sont-ils la contre-partie des trois dressés d’après le modèle qui précède? Non, voici leurs chiffres :
- M 20 20 20 60
- B .... 20 20 20 60
- «T CA 6 12 5 23
- td p G 8 10 5 23
- cd HO 18 18 20 56
- P JO 20 20 20 60
- H.... 6 14 5 25
- D 10 16 12 38
- M 14 19 18 51
- • B 19 20 16 55
- ai CA 3 12 0 15
- td e G 4 7 0 11
- CD HO ...... 17 15 16 48
- 5' JO 18 17 16 51
- H....>.... 0 8 0 8
- D 1 10 2 13
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-
- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- ' A remarquer les points votés à M. Quatre bulletins sur cinq offrent, en regard de son nom , le maximum : 20 en chacun des ordres de mérite ; et sur le cinquième bulletin M obtient les chiffres : 14, 19 , 18. Les conseillers en majorité se sont donc ici trouvés d’accord pour mettre en première ligne le travailleur si ordinairement négligé par le suffrage et qui, cette fois encore, au dépouillement du vote général, sortira classé dans la seconde moitié des 49 rangs attribués aux 52 intéressés. Le vote des conseillers en faveur de M est d’autant plus notable que le conseil se trouvait alors en proie à ces divisions intestines (chap. XXII) qui vont obliger Godin—à neuf jours de là, le 27 juin — à dissoudre le corps, la reconstitution étant « renvoyée à des temps plus propices ».
- Poursuivons l’analyse de ce qui concerne ce groupe des principaux employés :
- Classement d’après le total des points obtenus en chacun des ordres de mérite.
- Signes représentant les noms des titulaires Exactit bon t Points ude et ravail Rangs Capf et intel Points icité ligence Rangs Justice les relal tra-' Points dans ions du /ail Rangs Totaux des points et classement final
- M 94 1er 99 J er 98 1 er 291 1er
- B 39 6' 40 6* 36 4e 115 6®
- CA 69 4e 84 3e 65 3e 218 3e
- G 72 2e 77 5e 65 3e 214 4®
- HO 35 8e 35 8® 36 4® 106 8®
- JO 38 7® 37 7e 36 4e 111 7*
- H 66 5e 82 4e 65 3® 213 5®
- D 71 3® 86 2' 74 2® 231 2®
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- LE DEVOIR
- Rapprochons de ce résultat le classement dérivant des appointements servis aux intéressés en l’année qui nous occupe, 1872.
- Signes représentant lesnoms des titulaires Classement dérivant des appointements annuels Classement d’après les points obtenus le 18 juin
- Appointements Rangs Totaux des points Rangs
- M 7.200 f. jer 291 1er
- B 4.800) C)P 115 6«
- JO 4.80u) 111 7e
- G 4.200 3e 214 4e
- D 3.300) 231 2e
- HO 3.300) 4» 106 8e
- H 2.400) 213 5e
- CA 2.400) 0 218 3e
- D’après les appointements en titre, nous avons 5 rangs de mérite. L’occupant du 1er rang demeure en tête par le vote du 18 juin ; mais les deux occupants du 2e rang tombent 6e et 7e sur un groupe de huit membres. C’est contre eux en compagnie d’un troisième collègue que s’est exercée la passion dont les bulletins de vote nous ont fourni les témoignages. Passons.
- 2e Groupe. — Comptabilité et correspondance.
- Signes représentant les noms des titulaires Classement d’après la moyenne du chiffre de points obtenus Appointements annuels â l’époque
- FO 47.7 2.400 f.
- ZE 47.1 1.200
- BO 46.8 2.100
- KU 45.1 1.500
- L 44.8 1.800
- DO 42.9 1.200
- F 41 1.080
- YA 39.3 1.020
- DU 38.4 1.500
- HA 37.2 2 400
- eu 31.8 ?... (apprenti)
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- Au vote des appointements (en mars précédent) HA que l’essai du 18 juin précipite le 10e sur 11 était resté en tête avec FO 1().,’
- Examinons les votes à son égard le 18 juin. Neuf bulletins ayant été remplis dans les trois colonnes, c’est un total de 27 appréciations qui s’offre à nous.
- Exactitude et bon travail Capacité et intelligence Justice dans les relations du travail
- 20 20 20
- 10 15 8
- 20 20 20
- 20 20 10
- 1 2 1
- 10 15 10
- 12 14 14
- 15 16 14
- 15 20 10
- 18 appréciations classent HA au-dessus de la moyenne; neuf d’entre elles lui donnent le maximum. Par contre, sur les 9 restantes, 5 le classent juste à la moyenne de mérite (10), 1 le classe légèrement au-dessous (8) ; 3 le mettent presque à zéro.
- Y a-t-il eu un peu de passion dans ce vote? Le lecteur en jugera. Ajoutons que sur Y Etat du personnel appelé à participer aux bénéfices de Vannée 1872, HA figure au rang des 17 employés auxquels J.-B.-A. Godin fait compter des allocations exceptionnelles pour causes diverses: initiative, perfectionnements, direction, etc-
- Une somme de cent francs est allouée à HA pour « travail ».
- (1) Présent chapitre, p. 206, Le Devoir avril 1906.
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- LE DEVOIR
- 3e Groupe. — Expéditions et quinzaines.
- Signes représentant les noms des titulaires Classement d’après la moyenne du chiffre de points obtenus Appointements annuels à l’époque
- I 48.84 1 .800 f.
- FE 44.77 1.800
- PE 42 1 500
- MO 41.07 1.200
- JU 38.77 1.200 au moins,
- BU 37.30 1.200
- SI 37.15 1.200 environ
- SA 34.69 1.20 >
- 'GU 33.46 1.200 au plus
- YE 32.46 1.200
- JA 31.92 900
- QE 30.92 900
- FU 26.46 900 au moins
- Le vote , en général , semble avoir été très-mesuré dans ce groupe. A remarquer qu’il laisse en tête les trois mêmes employés qu’au vote réalisé en mars. Celui de tout premier rang est inscrit à cette époque sur le tableau des inventions. Aucune allocation n’est portée en regard de la proposition : mais sans doute l’employé se distingua par d’autres faits encore, car il est au rang des 17 à qui J.-B.-A. Godin fait compter des allocations exceptionnelles (en sus des 10 °/o du montant des appointements reçus au cours de l’exercice 1872), il figure au tableau avec cette mention : « Initiative, 100 francs ».
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- 4e Groupe. — Etudes et modèles.
- Signes représentant les noms des titulaires Classement d’après la moyenne du chiffre de points obtenus Appointements annuels à l’époque
- S 58.12 2.400 f.
- RE 56 2.600
- TA 54.37 2.000
- ZI 50.12 1.800
- KO 49.37 ) 1.500
- MI 49.37 j 1.500
- RA 40 62 1.800
- LA 37.50 3.000
- Le groupe compte 8 membres , cinq d'entre eux sont inscrits au tableau des auteurs d’innovations, et deux sont en même temps inscrits au rang des 17 bénéficiaires d’allocations exceptionnelles.
- Les deux inscrits à ce double titre sont RE et TA classés 2e et 3e sur 8 par le vote de leurs pairs. Les trois autres sont ZI, RA, LA classés par le suffrage 4e, 7e et 8e.
- En tête du groupe est le même employé qu’au précédent essai (1). Pourquoi le suffrage a-t-il précipité au dernier rang le titulaire de 3,000 francs d’appointements qu’il avait mis au 3e rang à l’essai réalisé en mars-avril? Est-ce un fait de passion?
- Extrayons des huit bulletins de vote ce qui concerne l’intéressé.
- fl) Présent chapitre, p. 207, Le Devoir, avril 1906.
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- LE DEVOIR
- Exactitude et bon travail Capacité et intelligence Justice dans les relations du travail
- 10 20 20
- 0 ' 0 10
- 15 10 20
- 20 26 20
- 10 10 10
- 20 15 15
- 00 00 00 (sic)
- 20 20 20
- Sur 24 appréciations LA a obtenu 'dix fois le maximum de mérite et 3 fois une appréciation au-dessus de la moyenne; total 13. On pourrait dire la majorité lui était favorable s’il n’y avait à tenir compte de l’appréciation au maximum que l’électeur pouvait inscrire en face de son propre nom sur le bulletin qu’il déposait.
- Aux 13 appréciations au-dessus de la moyenne s’ajoutent pour LA 6 appréciations le classant juste à la moyenne (10) ; puis 5 zéros : dénégation de tout mérite.
- Avait-il du mérite? N’en avait-il pas? Quels électeurs avaient raison , ceux qui lui votaient le maximum, ou ceux qui lui votaient zéro? Mais l’habileté professionnelle laisse des traces et LA figurait au tableau des auteurs d’innovations et d’innovations justifiées par l’usage, puisque des allocations lui avaient été comptées de ce chef. Deux versements l’un de 50 francs, l’autre de 25 francs sont inscrits en regard de son nom et du détail des propositions par lui faites. Il s’y trouve
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- aussi la mention : Parti; ce dernier trait est ajouté lorsque le tableau est consulté (en 1873) pour règlement définitif des bénéfices afférents à l’exercice 1872. LA avait donc alors quitté l’établissement.
- Pourquoi le suffrage qui, dans le groupe n« 4, avait su mettre en bons rangs : (2e, 3e et 4e), trois des cinq membres qui s’étaient distingués par des inventions utiles, n’avait-il pas procédé de même envers les deux autres? Le suffrage est un instrument trop facilement impressionnable pour que nous puissions démêler les causes de cette différence de traitement. Des découragements pouvaient en résulter. Combien supérieure sera la méthode par laquelle toute rémunération étant basée sur l’œuvre effective, le travailleur lui-même déterminera sa vraie part.
- Une dernière réflexion concernant le vote entre membres du groupe n° 4. On ne peut qu’être frappé de la parfaite concordance du chiffre de points obtenus par les deux titulaires de 1,500 francs d’appointements annuels. Et si l’on se reporte au vote des appointements (en mars précédent) on voit que déjà une part sensiblement égale avait été faite, dans le groupe, aux deux intéressés : l’un KO ayant obtenu une moyenne d’appointements de 1,687 fr. 50 et MI une moyenne de 1,643 fr. 75 (1).
- En deux votes subséquents , les collègues reconnaissaient donc l’équivalence des services et conséquemment le bien fondé de l’égalité des traitements des deux intéressés.
- (1) Présent chapitre, p. 207, Le Devoir, avril 1906.
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- LE DEVOIR
- 5e Groupe. — Fabrication.
- Signes représentant les noms des titulaires Classement d’après la moyenne du chiffre de points obtenus Appointements annuels à l’époque
- SE 47.50 1.800 f. au moins
- ME 43.42 1.620
- QI 43.16 1.620
- JE 43 2.280
- GA 42.41 1.380 au moins
- QA 42.16 2.000 au moins
- CE 41.58 1.000 environ
- VA 40.41 2.160
- HU 39.50 ?
- KE 36.58 1.380
- YI 36.25 500 au moins
- ZO 34.85 1.800 au moins
- En ce groupe aussi cinq des membres se trouvent inscrits sur le tableau des œuvres exceptionnelles et quatre d’entre eux ont reçu des sommes préliminaires allant de 10 à 60 fr. ; c’est dire que leurs innovations avaient été mises en pratique.
- Arrêtons-nous à ces quatre et aux travaux exceptionnels réalisés par eux avant l’époque du vote (18 juin 1872).
- GA est inscrit pour trois propositions et récompensé pour une des trois.
- QA est inscrit pour une proposition entraînant récompense.
- KE est inscrit et récompensé pour une proposition.
- ZO est inscrit pour quatre propositions dont une, en date du 4 mai, a déjà valu à son auteur trois allocations de 20 francs chacune, l’invention triomphait donc à l’expérience.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 273
- Sur l’autre document déjà consulté : « Etat du personnel appelé à participer aux bénéfices de Vannée 1872 » nous retrouvons deux des inventeurs ci-dessus, plus un autre membre du groupe Fabrication, et tous les trois bénéficient d’une allocation exceptionnelle. Voici
- ce qui les concerne :
- « QA » Initiative ........................ 120 fr.
- « KE » Travail......... .................. 74
- « JE » Initiative................. 118 I
- Direction.................. 118 (
- Nous reportant au résultat du vote entre les 12 membres du groupe Fabrication (le 18 juin), nous pouvons voir que les inventeurs en question y occupent les places 4e, 5e, 6e, 10e et 12e.
- La passion dont nous avons pu saisir précédemment quelque trace s’était-elle exercée là? Les bulletins n’offrent sous ce rapport rien de caractéristique.
- Voici les chiffres concernant les trois employés en cause (12 votants).
- Exactitude Capacité Justice
- et et dans les relations
- bon travail intelligence du travail
- (Concernant JE)
- 10 15 10
- 20 20 20
- 20 20 15
- 5 10 5
- 3 17 3
- 15 18 14
- 18 20 16
- 9 7 5
- 20 20 20
- 10 ' 10 10
- 20 20 20
- 15 19 17
- 2
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- LE DEVOIR
- (Concernant QA)
- 15 15 , 20
- 20 20 20
- 20 20 20
- 20 15 20
- 9 5 16
- 17 14 17
- 16 12 19
- 2 2 3
- 0 1 0
- 15 10 10
- 20 20 20
- 18 16 19
- (Concernant KE)
- 10 10 15
- 20 20 15
- 20 20 15
- 20 20 15
- 18 16 0
- 14 10 16
- 10 10 7
- 6 3 5
- 0 2 0
- 10 8 10 •
- 20 20 20
- 1 12 11 11
- Nous ne pouvons que le répéter :
- Autant le travailleur médiocre et d’intelligence bornée peut répugner à l’instauration de la méthode d’après laquelle chacun (sans incertitude, ni oubli, ni partialité possibles) recueillera ce qu’il aura semé, autrement dit sera son propre électeur ; autant le travailleur habile, le partisan éclairé du bien collectif tendra à l’instauration de cette méthode, véritable instrument d’équité dans la répartition des produits ,
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 275
- en même temps que véritable base de l’abondance sociale.
- Résumons pour ce qui concerne l’Usine : Le vote de points de mérite entre employés répartis en groupes d’après la nature des travaux, n’avait pas réalisé lé classement hiérarchique des capacités, au moins des capacités effectives.
- Familistère.
- Groupe des hommes Classement d’après la moyenne du chiffre de points obtenus Appointements annuels à l’époque
- Q 52.16 1.680 f.
- TE 50.33 1.000
- Z 49.33 900 au moins
- PO 45.66 900
- NO 44.33 1.800
- Kl 41.83 1.500
- Groupe des femmes Classement d’après la moyenne du chiffre de points obtenus Appointements annuels à l’époque
- TO 44.11 730 f.
- so 43.11 660
- YO 41.33 720
- QO 40.33 660
- RO 39.88 660
- PA 39.66 710
- VO 38.33 540
- GE 34.55 720
- XO 31.55 600
- Ici, l’étroitesse du champ et la rareté de nos éléments de démonstration effective de capacité* ne nous
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- LE DEVOIR
- donnent que ceci à soumettre à la méditation du lecteur :
- Dans le groupe des hommes NO, le titulaire de 1,800 francs d’appointements, classé l’avant-dernier du groupe par le vote de points de mérite*, est le seul entre ses collègues pour figurer au rang des auteurs de travaux exceptionnels (exercice 1872). Godin a fait porter en regard de son nom une allocation de 100 fr.
- (A suivre).
- Vve J.-B.-A. Godin, née Moret.
- ERRATUM.
- Documents biographiques. Le Devoir, avril 1906, p. 211. Vote en séries (tableau). En regard du mot Femmes, à la 2e colonne, lire 5.760,85 au lieu de 5.670,85.
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
- 277
- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
- Au Sénat : Extension de la loi sur les accidents. Codification des lois ouvrières. Repos hebdomadaire.
- A la Chambre : Conseils de révision. Syndicat de fonctionnaires. Réforme électorale.
- Dans une de ces séances de fin de législature que les Chambres consacrent à la liquidation de leur arriéré, pendant que le budget, comme le volant du jeu de raquette va de l’une à l’autre, jusqu’au moment où l’épuisement des concessions réciproques ne laisse place qu’à l’accord final, la Chambre a donné la sanction définitive à une loi votée par le Sénat, le 27 mars, la loi étendant aux entreprises commerciales la législation sur la responsabilité des accidents.
- Le texte primitif de la Chambre n’avait pas passé par le Sénat sans subir quelques retouches. La plus importante consiste dans l’exclusion des exploitations forestières et des professions agricoles de la liste des entreprises auxquelles la législation sera étendue.
- M. Clémenceau, dans le discours par lequel il inaugurait le groupe radical-socialiste du Sénat, faisait remarquer que « les rares propositions de réforme d’ordre social, que le Sénat a jusqu’ici sanctionnées, ne l’ont été qu’avec des restrictions, comme la loi sur les bureaux de placement ou la loi sur la durée du travail dans les mines. »
- Le projet de loi portant codification des lois ouvrières serait-il menacé de quelques retouches ?
- Lorsque la Chambre reçut communication, le 5 février 1905, du texte élaboré avec tant de science et de conscience par une commission extra parlementaire, le projet comportait quatre livres relatifs au Travail. Un
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- LE DEVOIR
- cinquième livre, concernant les Assurances ouvrières, fut déposé, le 21 février 1905. L’ensemble, conformément aux conclusions du remarquable rapport de M. Charles Benoist, fut adopté sans débat, le 15 avril 1905, et transmis au Sénat le 25 mai 1905.
- Depuis, la commission extra parlementaire de codification des lois ouvrières a achevé l’élaboration du VIe livre consacré à la Prévoyance, et qui traite des sociétés de secours mutuels, des sociétés de prévoyance à partage et à durée illimitée, de l’épargne, des habitations à bon marché, de la coopération de consommation et de la coopération de crédit. Comme les précédents, ce livre se borne à réunir dans un ordre logique et dans une cohésion naturelle les dispositions législatif ves éparses qui régissent déjà ces diverses matières.
- Le Sénat se trouvant déjà saisi des cinq premiers livres, le gouvernement avait jugé opportun de lui soumettre le sixième, avec la confiance qu’il voudrait bien joindre son examen à l’examen des livres précédents et mettre la Chambre à même de consacrer définitivement, avant la fin de la législature, le Code du Travail et de la Prévoyance sociale ainsi complété.
- Le Sénat avait à choisir entre deux procédures : celle à laquelle s’était ralliée à l’unanimité la Chambre des Députés, de la ratification en bloc, de l’homologation, par une sorte de vote de confiance, du travail de la commission de codification des lois ouvrières, ou bien celle de la discussion, à pied d’oeuvre et article par article du nouveau code.
- La première procédure la plus expéditive, qui avait pour elle la commission sénatoriale, a trouvé un adversaire résolu, dans la personne de M. Touron, de l’Aisne, industriel, membre du conseil supérieur du travail,
- L’ordre du jour ayant appelé le 20 mars, la discussion des conclusions de la commission, M. Touron en a demandé l’ajournement. A son avis, le projet ne se borne pas à codifier les lois ouvrières existantes, il y
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE 279
- introduit des modifications. M. Touron en cite deux exemples.
- En appliquant aux contraventions prévues par la loi sur l’hygiène et la sécurité des travailleurs (loi de 1893) les dispositions des lois de 1892 et 1900 sur le travail des femmes et des enfants, le projet de codification obligerait les tribunaux à multiplier les contraventions et l’amende par le nombre d’ouvriers présents dans Tusi-ne, alors que les tribunaux ont toujours interprété la loi sur l’bygiène en ce sens que le nombre des contraventions était égal au nombre des locaux de l’établissement.
- Sans doute, il en résulterait une aggravation de la pénalité en cas d’infraction aux prescriptions d’bygiène et de sécurité. A cela, le rapporteur du projet devant la Chambre a répondu d’avance que la codification des lois concernant la réglementation du travail implique naturellement l’unification des peines applicables à des infractions de même nature, et qu’actuellement, par exemple, les dispositions sur l’hygiène et la sécurité contenues dans la loi du 2 novembre 1892 permettent de dresser autant de contraventions qu’il y a d’enfants ou de femmes employés dans des conditions contraires à la loi, sans prévoir de maximum au cumul des amendes, alors que les maxima prévus par la loi de 1893 s’appliqueront désormais à toutes les contraventions.
- L’autre exemple cité par M. Touron concerne l’extension à la récidive en matière d’bygiène et de sécurité de la disposition de la loi de 1892 sur l’affichage facultatif du jugement. Cette extension constitue aux yeux du sénateur de l’Aisne une aggravation de pénalité inadmissible; à la commission de codification, qui l’a proposée dans une pensée d’unité, elle avait semblé d’une importance assez faible, puisqu’il ne s’agissait que d’une simple faculté donnée au tribunal correctionnel.
- Le projet comporte d’autres modifications de fond proposées, les unes, par la commission de codification,
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- LE DEVOIR
- les autres par la commission de la Chambre chargée d’examiner le projet.
- Elles se rapportent toutes à l’un des trois objets suivants : 1° harmoniser des dispositions disparates ; 2° trancher un doute d’interprétation quand il apparaît qu’un texte n’est pas appliqué dans le sens que le législateur a voulu lui donner ; 3° donner à une prescription législative la sanction qui lui manque plus ou moins, en renforçant les moyens de contrôle ou les pénalités.
- Les rapporteurs des deux commissions ont longuement et minutieusement commenté ces modifications.
- Le vote unanime de la Chambre n’a donc pas été un vote de surprise.
- En adoptant en bloc et sans débat un projet de Code ouvrier si scrupuleusement étudié, la Chambre a voulu éviter l’écueil que son rapporteur lui avait signalé.
- « Le Parlement, incompétent pour préparer la codification réclamée », disait M. Ch. Benoist, « pourrait faire échouer l’œuvre s’il prétendait la suivre et la reprendre dans tous ses détails, s’il en usait avec ce recueil de lois ainsi qu’il a coutume d’en user avec les lois nouvelles, à coup de propositions et de contre-propositions, s’il n’avait pas la sagesse de suspendre volontairement, dans l’occurrence, en considération de l’objet à réaliser, son droit d’initiative, que personne ne conteste, mais que, pour le succès d’un tel effort, tout le monde désire ne pas lui voir exercer. »
- M. Touron est d’avis que le Sénat ne peut échapper à l’obligation de revoir les si nombreux articles du projet de loi. Quant à lui, il ne demande pas mieux que de se livrer à ce travail de bénédictin.
- M. de Lamarzelle est tout à fait partisan de l’œuvre de codification proposée, et pour qu’elle aboutisse, il demande à la commission d’en supprimer toutes les nouveautés.
- La commission sénatoriale ne désespère pas de la faire aboutir dans son intégralité. Elle s’efforcera de
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
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- dissiper les appréhensions , les doutes et les scrupules qui ont pu assaillir l’esprit d’un certain nombre de sénateurs.
- En attendant, elle accepte PajQurnement demandé par MM. Touron et de Lamarzelle. Et voilà comment le projet, retiré de l’ordre du jour, n’a pas été voté, comme l’espérait le ministre du commerce, avant la fin de la législature.
- Du reste, le superbe élan qui avait fait surgir des cartons poussiéreux des commissions sénatoriales, comme sous la poussée d’un remords , un certain nombre de rapports, n’a pas survécu longtemps au départ pour le ministère de MM. Clémenceau et Bourgeois, les deux initiateurs de ce mouvement vers les réalisations sociales. Les groupes restent avec leurs programmes; mais pour l’oeuvre à accomplir il faut des ouvriers de bonne volonté persévérante.
- Nous nous demandions naguère quel accueil réservait le Sénat au projet de loi sur les retraites ouvrières. La réponse ne s’est pas fait attendre : sur les dix-huit membres dont se compose la commission chargée de l’examiner, treize sont hostiles au principe de l’obligation , fondement de la loi, et, parmi les cinq autres, il n’en est pas un seul qui accepte la loi telle qu’elle a été votée par la Chambre.
- L’absentéïsme qui sévit au Sénat aussi bien qu’à la Chambre est pour quelque chose dans ce résultat. Cet esprit d’inertie, voire de résistance, ne s’explique pas uniquement par le fait que les idées n’arrivent au Sénat que filtrées et un peu dénaturées par le suffrage indirect ; bien que le renouvellement partiel en atténue quelque peu l’inconvénient, la longue durée de leur mandat amoindrit, chez les sénateurs, le sentiment de leur responsabilité vis-à-vis du suffrage universel, lointaine assise du collège électoral dont ils émanent et qui disparaît l’élection une fois faite.
- L’intérêt public, il faut le reconnaître, n’a générale-
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- LE DEVOIR
- ment pas à souffrir de ce que le Sénat est moins aisément impressionné que la Chambre par les bruits du dehors : il y faut toutefois cette condition qu’il ne leur ferme pas volontairement, obstinément, ses oreilles.
- A l’inverse de la loi sur les retraites ouvrières, si longtemps étudiée et discutée, la loi sur le repos hebdomadaire avait été bâclée en quelques minutes dans les derniers instants d’une Chambre expirante. Là s’arrête la différence. Pas plus que l’autre, celle-ci n’avait rencontré grande faveur au Luxembourg.
- Dès sa première réunion, la commission chargée de l’examen s’était prononcée contre la proposition de loi qui lui était soumise. Certains de ses membres étaient hostiles à toute intervention du législateur en cette matière. La commission avait à résoudre le difficile problème d’exprimer dans un texte de loi des voeux en faveur d’une réforme qu’elle n’avait pas la volonté de réaliser. En dépit d’un vote du Sénat, survenu le 27 décembre 1903, invitant les commissions à déposer leurs rapports dans un délai de six mois, le Sénat ne fut saisi des conclusions du rapport qu’au bout de trois ans. La discussion suivit d’assez près le dépôt du rapport.
- On se rappelle que le projet fut renvoyé à la commission à la suite de la prise en considération d’un contre-projet déposé par M. Monis, ancien garde des sceaux, et qui constituait une sorte de transaction entre le système du gouvernement : repos collectif à jour fixe, et le système de la commission : repos alternatif ou par roulement.
- Le contre-projet de M. Monis établissait le repos collectif et dominical et faisait déterminer par un règlement administratif, après avis des commissions compétentes , les dérogations pouvant être admises, si elles sont justifiées par l’intérêt du public, le fonctionnement des industries, etc.
- C’est ce texte, du reste, à quelques modifications près, que la commission a soumis à l’approbation du Sénat.
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
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- Cette assemblée reprenait donc, le 3 avril, la première délibération de la proposition de loi relative au repos hebdomadaire interrompue depuis onze mois.
- L’article premier du projet n’a donné lieu à aucune discussion. Il est ainsi conçu :
- « Il est interdit d’occuper plus de six jours par semaine un même ouvrier ou employé dans un établissement industriel ou commercial ou dans ses dépendances, de quelque nature qu’il soit, public ou privé, laïque ou religieux, même lorsque cet établissement a un caractère d’enseignement professionnel ou de bienfaisance.
- « Le repos hebdomadaire devra avoir une durée de vingt-quatre heures consécutives. »
- Plusieurs observations ont, au contraire, été présentées au sujet de l’article 2. Cet article stipule que le repos hebdomadaire doit être donné le dimanche, ou exceptionnellement du dimanche midi au lundi midi. Le même article prévoit d’ailleurs des dérogations dans le cas où le repos simultané le dimanche de tout le personnel serait préjudiciable au public ou compromettrait le fonctionnement normal de l’établissement industriel ou commercial.
- Quelques membres se sont élevés contre ces exceptions et ont demandé au Sénat de se prononcer pour le repos dominical, général et absolu, comme en Angleterre.
- Le texte de la commission a été adopté.
- L’article 3 énumère les catégories d’établissements qui seront admis de droit à donner le repos hebdomadaire par roulement. La question de savoir si les hauts fourneaux [seront compris dans l’énumération donne lieu à un long débat.
- Finalement l’article est renvoyé à la commission. C’est le premier coup porté à la loi. Elle ne va pas tarder à se débattre, mais en vain, contre le mauvais vouloir du rapporteur chargé de la soutenir.
- Cependant, avant de lever la séance, on adopte l’ar-
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- ticle 4, qui admet la suspension du repos hebdomadaire en cas de travaux urgents.
- La trêve est bientôt rompue. Dans la première partie de la séance du surlendemain jeudi 5 avril, l’article 5 est réservé, lequel autorise la réduction du repos à une demi-journée dans certaines catégories d’établissements industriels et sous des conditions déterminées, et l’on adopte avec moiifîcations, l’article 6, qui stipule que, dans les entreprises où les intempéries déterminent des chômages, les repos forcés viendront, au cours de chaque mois, en déduction des jours de repos hebdomadaires.
- L’article 7, qui autorise la suspension du repos dans les établissements soumis au contrôle de l’Etat ne donne lieu à aucune observation.
- Mais, sur l’article 8, bataille. Il s’agit de savoir par qui devront être accordées les exceptions d’espèce au principe du repos hebdomadaire.
- Le rapporteur, M. Prevet, au nom de la commission, demande que les exceptions soient accordées par les chambres de commerce, dont les décisions motivées seraient rendues exécutoires par les préfets.
- M. Monis demande au Sénat de décider que les chambres de commerce ne soient appelées qu’à donner leur avis en laissant au préfet le soin de statuer par un arrêté motivé. Il trouve étrange de ne donner aux préfets, représentants du gouvernement, que le pouvoir de rendre exécutoires les décisions des chambres de commerce, de ne leur reconnaître aucun pouvoir de contrôle.
- Le ministre de l’industrie, du commerce et du travail, M. Doumergue, déclare, à son tour, qu’il est impossible d’accorder la décision à une chambre de commerce irresponsable dont les actes peuvent avoir des conséquences très graves au point de vue de l’ordre public. M. Doumergue ne se refuse pas à admettre un autre juge que celui proposé par M. Monis, mais il ne peut pas accepter les chambres de commerce qui
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- ne représentent que l’élément patronal.
- L’heure avançant, un accord n’intervenant pas, le président de la commission demande le renvoi de l’article à celle-ci. Le renvoi est de droit quand il est demandé par la commission.
- Ce nouvel ajournement d’une réforme universellement réclamée par le monde ouvrier marque la fin de l’oeuvre législative sociale accomplie par le Sénat au cours de la législature.
- Pendant les huit jours qui le séparait de la clôture de la session, il avait bien autre chose à faire ; il avait à examiner et à voter le budget de 1906 que la Chambre avait mis cinq mois à discuter.
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- Malgré l’incontestable activité qu’elle a déployée et la multiplication de ses séances, telle qu’aucune autre législature n’en a vu un aussi grand nombre et d’aussi longues, la Chambre est partie sans avoir solutionné les trois réformes par lesquelles elle avait semblé vouloir, un moment, couronner sa carrière : la suppression des conseils de guerre, la révision de la loi syndicale, la réforme électorale.
- On peut lui reprocher d’avoir laissé prendre à la discussion du budget, à ses discours électoraux, à ses amendements d’intérêt local, la place qui eût été plus utilement occupée par des questions d’intérêt général: on ne saurait lui faire un grief de n’avoir pas voulu risquer de ne donner à ces questions qu'une solution bâtarde, le temps lui manquant pour le débat approfondi qu’elles comportent.
- Au cours de la discussion du budget, M. Constans, député socialiste, avait demandé l’insertion dans la loi de finances d’un amendement édictant la suppression des conseils de guerre en temps de paix. A une majorité considérable, la Chambre a disjoint l’amendement. La réforme de la justice militaire ne pouvait être faite, en effet, par une simple déclaration de principe. L’adoption
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- de la formule Constans n’aurait pas fait avancer d’un pas le vote de la réforme. Elle comporte, en effet, l’introduction dans le code pénal et dans le code d’instruction criminelle , de modifications si nombreuses , que le projet de loi présenté à la Chambre ne comprenait pas moins de 370 articles, qui ont été ramenés à 240, chiffre encore respectable, par le rapporteur de la commission qui l’a examinée, M. Morlot.
- Ce sont les conclusions du rapport de M. Morlot que la majorité républicaine de la Chambre, outrée par les récents verdicts d’acquittement d’officiers poursuivis pour refus d’obéissance, acquittements qui jurent avec la sévérité déployée à l’égard de soldats coupables du même délit, avait résolu de mettre en discussion, sans se réserver, malheureusement, le temps nécessaire à un pareil débat.
- Un grand pas a été fait cependant. Un article inséré dans la loi de finances retire aux militaires, pour la confier à la Cour de cassation, la connaissance de la procédure de révision des arrêts des conseils de guerre.
- Comme l’a dit en termes éloquents M. H. Brisson : retirer aux soldats le jugement des vices de forme et l’interprétation souveraine du droit militaire, c’est, en principe, dénier à l’armée le droit de juger et refuser de reconnaître une autre justice que la justice. La Cour de cassation substituée aux conseils de révision pour juger de la légalité des jugements des conseils de guerre, c’est à brève échéance, la fin de la justice militaire.
- En ce qui concerne les syndicats professionnels, le problème ne se limite plus depuis longtemps à la question des entraves apportées par les patrons à l’exercice du droit syndical, par les ouvriers syndiqués à l’exercice du droit de travail de leurs camarades ; la formation de syndicats de fonctionnaires ajoute encore à ses complexités, en mettant en question l’autorité de l’Etat et le bon ordre des services publics.
- Peut-on interpréter la loi de 1884 en ce sens qu’elle
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- autoriserait la constitution de syndicats de fonctionnaires ?
- Sur ce point, l’opinion des fonctionnaires qui ont formé des groupements syndicaux est naturellement affirmative ; hésitante et contradictoire a été celle des ministres qui se sont succédé au pouvoir depuis que se sont formulées les premières revendications, réalisé les premières tentatives.
- Quant au Parlement, les efforts les plus considérables, les plus persévérants, les plus divers aussi dans leur objet, renouvelés au cours de cinq législatures n’ont pu le décider à changer une virgule au texte de la loi du 21 mars 1884. Les seules dispositions légales postérieures qui la visent sont celles qui étendent aux médecins, chirurgiens, dentistes, sages-femmes le droit de se constituer en associations syndicales (loi du 30 novembre 1892 sur l’exercice de la médecine), qui permettent aux syndicats professionnels de bénéficier des avantages de la loi du 1er avril 1898 relative aux sociétés de secours mutuels, et enfin la loi du Ie* juillet 1901 relative au contrat d’association qui déclare, dans son article 21, qu’il n’est en rien dérogé à la loi sur les syndicats.
- La question des syndicats de fonctionnaires fut posée incidemment devant la Chambre, le 7 novembre, à l’occasion des poursuitest dirigées contre les instituteurs qui avaient voulu se syndiquer, il n’en résulta que la suspension des poursuites et la promesse de discuter incessamment les conclusions du rapport de M. Barthou formulant, au nom de la commission du travail, les distinctions nécessaires.
- Cette promesse ne fut pas tenue.
- Lorsque le ministère nouvellement formé , dont fait partie M. Barthou comme ministre des travaux publics, des postes et télégraphes, se présenta devant la Chambre, le 14 mars, son président, M. Sarrien, en réponse à une demande d’explication sur ses intentions à l’égard des syndicats de fonctionnaires , déclara que, dans la
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- pensée du gouvernement, la loi de 1884 sur les syndicats professionnels ne s’étend pas aux fonctionnaires, et que le gouvernement s’engageait à étudier la question , tout en se réservant d’assurer les services de l’Etat.
- La déclaration ministérielle ne changeait rien au statu quo établi par le vote du 7 novembre. Or, le maintien du statu quo impliquait la tolérance des syndicats de fonctionnaires existants.
- Les explications présentées au Sénat, le 7 avril, par M. Briand, à l’occasion de la discussion du budget de l’instruction publique, et à la Chambre, le 12 avril, par-M. Bartbou , à l'occasion de l’interpellation de la grève des sous-agents des postes et télégraphes, ne laissent aucun doute à cet égard.
- Les deux ministres s’en référant à la déclaration du président du Conseil, ont affirmé sans la moindre hésitation que la loi de 1884 ne s’applique pas aux fonctionnaires.
- C’est pourquoi tout en tolérant pour se conformer à l’esprit de la décision du 7 novembre, les syndicats d’instituteurs, déjà constitués, M. Briand a refusé de recevoir, autrement qu’à titre individuel, même les délégués des syndicats formés en toute bonne foi.
- C’est pourquoi, de son côté, M. Bartbou, dans la séance du 12 avril, a déclaré nettement qu’il ne pouvait reconnaître le syndicat nouvellement formé des sous-agents des postes, encore moins accepter la demande d’augmentation des appointements, formulée par un syndicat illégal, exerçant par la grève une pression sur les pouvoirs publics.
- Par 442 voix contre 74, la Chambre a approuvé les déclarations faites par le ministre des postes et télégraphes au nom du gouvernement tout entier.
- Considérée en elle-même, indépendamment de son caractère impératif, la demande d’augmentation se traduisant par vingt millions de dépenses nouvelles, lui a paru irrecevable dans les circonstances où elle
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- se produisait, après le vote du budget, à la veille de la fin de la législature, et aussi à cause des conséquences qu’eût entraînées son acceptation : elle a pensé, avec le ministre, que quand la situation des sous-agents serait relevée, ce serait au tour des agents de réclamer, puis au tour de tous les agents de toutes les administrations de l’Etat, ce qui eût ajouté des centaines de millions de dépenses à un budget en déficit de près de 200 millions.
- La Chambre n’a pu su ou voulu donner une consécration définitive à la proposition de loi sur la liberté et la sécurité du vote.
- Cette loi, votée l’an dernier à la majorité énorme de 521 contre 10, comprenait, entre autres dispositions, l’obligation du vote sous enveloppe, l’établissement dans la salle du scrutin d’une cabine d’isolement où l’électeur devra mettre son bulletin sous enveloppe.
- Le Sénat repoussa la seconde de ces dispositions.
- L’exemple invoqué de l’expérience faite en Angleterre, en Belgique et en France même où la cabine d’isolement fonctionne pour l’élection des délégués mineurs, ne résista pas à quelques plaisanteries de table d’hôte.
- La loi revint devant la Chambre qui modifia, ça et là, son texte, mais maintint dans le projet la cabine d’isolement. Le Sénat cette fois céda sur ce point capital, mais il fit subir au texte de la Chambre quelques modifications.
- Il supprima notamment l’article qui autorisait tout candidat à avoir un représentant dans chaque bureau de vote pour surveiller et contrôler les opérations électorales.
- Par suite, nouveau retour du projet à la Chambre, où il n’en fût plus question, pas plus du reste, que du projet de loi voté par elle, amendé par le Sénat, sur la corruption électorale.
- Encore moins se résigna-t-elle à se débarrasser du
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- mode de scrutin dont les abus et les imperfections avaient inutilement provoqué le retour à ces palliatifs.
- Le mal ne peut être guéri que par une réforme électorale complète.
- La Commission du suffrage universel proposait le rétablissement du scrutin de liste avec représentation proportionnelle.
- Nous avons dit assez souvent ce que nous pensions de cette réforme pour n’avoir pas à y revenir en ce moment.
- Après l’avoir mise à son ordre du jour, la Chambre n’a pas persisté dans sa résolution. Mais l’évocation de cette question a permis à quelques avis de se faire jour qui viennent à l’appui de- la thèse affirmée par le Devoir depuis sa fondation ; nous nous contenterons d’en indiquer l’esprit.
- Les complications du système proposé ont saute aux yeux de quelques-uns des plus prévenus en sa faveur. Par contre, d’autres, qui n’avaient pour ce mode de scrutin que la moins exagérée des tendresses en admettraient l’application, si l’élargissement du collège électoral venait à faire disparaître les inconvénients entrevus par les premiers.
- Nous avons toujours pensé qu’un collège électoral embrassant l’unanimité des citoyens pouvait seul donner une représentation exacte. Nous ne pouvions que nous réjouir de tout ce qui nous rapproche de cet idéal. Vienne l’expérimentation, elle accentuera le progrès qui se fait à cet égard dans les esprits.
- En attendant, les élections pour la nouvelle Chambre ont eu lieu les 6 et 19 mai conformément à la législation, condamnée tant de fois par des votes émis à des majorités considérables, mais dépourvus de toute efficacité, une sanction définitive leur faisant toujours défaut.
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- Premier congrès international contre le chômage.
- Le 1er Congrès international pour la lutte contre le chômage, se tiendra à Milan les 28 et 29 septembre 1906. Le Comité organisateur adresse au public l’appel suivant :
- « Fidèle aux voeux de P. M. Loria, son généreux fondateur, la Società Umanitaria emploie le demi-million de ses revenus à la réalisation des moyens le plus propres à éliminer ou atténuer les causes du chômage. A cet effet, elle a créé des Ecoles-ateliers, un Bureau de placement, un Fonds de chômage, un Bureau du Travail, un Office pour Sociétés coopératives agricoles, une Banque de crédit pour coopératives. Elle se prépare en outre à ouvrir deux Colonies agricoles pour les sans-travail et à convoquer à Milan le premier Congrès international du chômage.
- » Ce grave problème a pris dans tous les pays où l’industrie est la plus florissante une acuité et une ampleur telles que nous ne doutons point d’intéresser hautement les savants et les hommes d’Etat à un Congrès qui leur permettra d’échanger leurs vues sur les sujets suivants, inscrits à l’ordre du jour des séances : Causes du chômage ; moyens de le prévenir ; moyens d’en atténuer les conséquences.
- » Pour maintenir l’élévation du niveau des discussions, des personnages éminents : écrivains, conférenciers, délégués d’Œuvres pour la prévention du chômage s’étant déjà pratiquement occupés de la solution du problème, ont été priés de participer à nos travaux.
- » Le Congrès se réunira les 28 et 29 septembre prochain.
- » Afin d’obvier aux omissions qui ont pu se produire
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- dans l’envoi de circulaires, le Comité exécutif prie les personnes désireuses de lui apporter le résultat de leurs études ou de leurs expériences de s’adresser, pour plus amples renseignements, au Secrétariat du Congrès : « Segretariato del Congresso per la Lotta contro la Disoccupazione, via Manzoni, 9, Milano >.
- » La carte d’admission au congrès coûte 10 francs. Les imprimés ou manuscrits destinés au congrès doivent être envoyés avant le 30 juin et se rapporter strictement aux matières inscrites à l’Ordre du jour.
- » Le Comité de patronage, sous la présidence de M. G. B. Alessi, avocat, président du Conseil de l’Uma-nitaria, comprend :
- » Membres italiens. — Edoardo Pantano, ministre de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce ; Carlo F., Ferraris, professeur de Science des Finances à l’Université de Padcue; Achille Loria, professeur d’Economie Politique à l’Université de Turin; Luigi Luzzatti, ministre du Trésor; Giovanni Montermar-tini, directeur de l’Office national du Travail.
- » Membres français. — Fernand Dubief ancien Ministre ; Arthur Fontaine, directeur de l’Office du Travail au ministère du Commerce; Auguste Keufer, vice-président du Conseil national du Travail ; Léopold Mabilleau, directeur du Musée Social ; Alexandre Mil-lerand, député.
- » Membres belges. — Julien Francelle, ministre de l’Industrie et du Travail ; Hector Denis, membre de la Chambre des Représentants ; G. De Viart, membre de la Chambre des Représentants ; Louis Variez, président du Fonds intercommunal du Chômage de l’agglomération Gantoise.
- > Membres allemands. — E. Fràncke, directeur de la « Soziale Praxis » ; Frund, directeur de la Fédération des Bureaux de Placement ; G. Schantz, de l’Université de Wurzburg.
- » Membre autrichien. — Graf von Auersperg, Ministre du Commerce.
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- » Membres suisses. — Etienne Bauer, directeur de l’Office international du travail ; Herman Greulich, secrétaire ouvrier suisse.
- > Membre anglais. — Geoffrey Drage.
- » Membre hollandais. — G. A. Verrijen Stuart, directeur du Bureau central de Statistique.
- » Membres norvégiens. — A. N. Kiaer, chef de la Section Statistique du Chômage, au Bureau central de statistique ; Frederik Voss.
- » Membre danois. — Harald Westergaard, de l’Université de Copenhague.
- » Membres américains. — W. D. Bliss, Editeur de 1’ « Encyclopedia of Social Reform » ; Samuel Gompers, président de la Fédération américaine du travail. »
- FRANGE
- La catastrophe de Courrières et ses suites.
- En prenant la direction des affaires quelques jours après la catastrophe de Courrières, la cabinet présidé par M. Sarrien déclarait qu’il avait le devoir d’en rechercher impartialement les causes et les responsabilités et de porter sa vigilante attention sur les conditions du travail et sur les remèdes à employer pour éviter le retour de si effroyables calamités.
- Une enquête judiciaire et une enquête administrative furent ordonnées.
- Le 3 avril, répondant à une interpellation, le ministre des travaux publics, M. Barthou, faisait remarquer que la loi de 1810 sur le régime des mines est muette sur l’hygiène et la santé des ouvriers.
- Sur le rapport de M. Janet, une loi a été votée le 28 octobre 1904. Elle est actuellement devant le Sénat, dont la commission n’a pas encore déposé son rapport.
- Comme sanction de l’interpellation sur les causes de la catastrophe, le gouvernement a accepté et la Cham-
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- bre a voté, à l’unanimité de 542 votants, l’ordre du jour suivant :
- « La Chambre, approuvant les déclarations du gouvernement, et comptant sur sa fermeté pour rechercher toutes les responsabilités et, le cas échéant, appliquer toutes les sanctions, y compris celles insérées dans la loi de 1810, passe à l’ordre du jour. »
- Les explications échangées au cours de'l’interpellation ne laissent aucun doute sur ce point que la plus juste, la plus efficace des sanctions à intervenir serait la déchéance. Malheureusement, ni la loi de 1810, ni le décret de 1813 , ni la loi de 1838 ne prévoient la déchéance pour inexécution des travaux reconnus indispensables à la sécurité ou au sauvetage des mineurs.
- L’article 7 de la loi du 21 avril 1810 a fait des mines « une propriété perpétuelle, disponible et transmissible, comme tous les autres biens, et dont on ne peut être exproprié que dans les cas et selon les formes prescrites pour les autres propriétés. »
- Le comité de législation de 1810 avait prévu un titre de la loi qui devait s’appeler « de la vacance et de l’abandon des mines». Le titre fut supprimé de la loi sans doute dans le but de rendre plus complète l’assimilation entre la propriété des mines et celle des autres biens. Il n’a jamais été repris.
- 11 ne reste d’autre texte pour armer l’Etat contre les abus possibles que les articles 49 et 50 ainsi conçus : « Si l’exploitation est restreinte ou suspendue de manière à inquiéter la sûreté publique ou les besoins des consommateurs, les préfets, après avoir entendu les propriétaires, en rendront compte au Ministre de l’Intérieur, pour y être pourvu, ainsi qu’il appartiendra (art. 49). Si l’exploitation compromet la sûreté publique, la conservation des puits, la solidité des travaux, la sûreté des ouvriers mineurs ou des habitations de la surface, il y sera pourvu par le préfet, ainsi qu’il est pratiqué en matière de grande voirie et selon les lois, (art. 50). »
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- Ces articles ne contiennent que des remèdes fort insuffisants, puisqu’ils n’indiquent pas quels seraient les pouvoirs de l’administration et à quels moyens elle pourrait avoir recours en pareille circonstance.
- Le retrait de la concession n’est formellement prévu que dans deux cas, cas où les concessionnaires refuseraient de faire les travaux nécessaires pour prévenir une inondation ou y remédier (loi du 27 avril 1838); et le cas où les concessionnaires passeraient outre à l’interdiction de réunir à leur concession d’autres concessions de même nature, sans l’autorisation du gouvernement (décret du 23 octobre 1852).
- Bien des propositions ont été présentées aux Chambres en vue de combler les lacunes constatées dans la législation des mines.
- Le rapport rédigé par M, Piou en 1889 sur le projet déposé par le gouvernement en 1886 et divers autres propositions prévoyait la déchéance pour cause d’abandon de la concession. Il ne fut pas discuté.
- En 1893, M. Goblet proposait d’insérer dans la loi de 1810, la disposition suivante :
- « Dans les cas prévus par les articles 49 et 50, comme aussi dans le cas de grève, lorsque la cessation du travail se sera prolongée pendant plus de deux mois, sans qu’une proposition d’arbitrage ait été acceptée ou ait pu aboutir, l’Etat pourra reprendre possession de la mine. »
- Aucune suite ne fut donnée à cette proposition, ni à d’autres tendant à modifier le régime général des mines.
- Cependant, depuis 1810 nombre de règlements et ordonnances sont venus accroître l’action de l’administration et lui donner le droit de s’immiscer plus ou moins directement dans les exploitations minières ; et d’autre part les conditions du travail et d’existence des mineurs ont motivé le vote de quelques lois qui sont loin d’être dépourvues d’intérêt : loi sur les caisses de secours et de retraites, loi sur les délégués mineurs, loi sur la durée de la journée de travail, etc.
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- La catastrophe de Courrières, et son contre-coup économique, la longue grève qui l’a suivie, avec ses péripéties non moins tragiques, ont mis en opposition crue les graves manquements aux précautions nécessaires à la sécurité des travailleurs avec le perfectionnement général des moyens d’y pourvoir ; l’incontestable prospérité des entreprises minières, en ces dernières années, avec l’arrêt, le recul même des salaires du mineur pendant la même période.
- La nouvelle Chambre sera sollicitée de remanier la législation des mines.
- Faudra-t-il recourir à la nationalisation des mines avec exploitation directe ou exploitation en régie ? ou bien la propriété des mines sera-t-elle concédée à temps, comme l’avait voulu le législateur de 1791 ? et dans ce cas la concession devra-t-elle être faite à des sociétés civiles avec stipulation du partage des bénéfices entre l’Etat, les syndicats d’ouvriers et la société concessionnaire, ou à des associations ouvrières ?
- Ce sont là des problèmes qui mûrissent et qui vont se poser. A tout le moins, il faudra insérer dans la loi des clauses précises de déchéance. Le sacrifice des 1.200 victimes de la catastrophe de Courrières ne doit pas être perdu.
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- ITALIE
- L’agitation agraire.
- Les journaux italiens ont signalé une reprise de l’agitation agricole, dans les Pouilles.
- Cette agitation est provoquée par la prétention des propriétaires de retourner aux conditions de salaire et d’honoraire qui existaient avant les dernières grèves, les concessions faites par eux sur ces deux points ayant diminué sensiblement leurs profits.
- D’autre part les paysans sans travail ont recommencé à envahir partout les terrps des propriétaires
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- privés et des administrations publiques qui ne sont pas cultivées.
- Dans quelques endroits, ils se contentent d’exiger le payement des journées de travail qu’ils y passent, mais dans d’autres ils y restent, sans que les propriétaires ou les agents des administrations osent aller les chasser.
- ALLEMAGNE
- L’indemnité parlementaire.
- Le conseil fédéral de l’Empire s’est départi enfin de sa rigueur coutumière à l’égard du principe de l’indemnité parlementaire. Il a adopté le projet concernant l’indemnité à accorder aux membres du Reichstag. Ce projet, transmis immédiatement au Reichstag, stipule, entre autres dispositions, que les membres du Reichstag, en plus du permis de circulation gratuite sur les chemins de fer entre leur résidence et la ville où siège le Reichstag, recevront une indemnité de 3,000 marks par an pour frais de représentation. Il leur sera déduit 30 marks par jour d’absence de séance plénière.
- Le fait d’être membre d’un autre corps politique x n’entraînera pas en même temps une indemnité simultanée pendant une session simultanée. Autrement dit, un député qui appartiendra, par exemple, au Reichstag et à une autre Assemblée législative ne touchera
- qu’une des deux indemnités.
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- GRANDE-BRETAGNE Le libre-échange et le protectionnisme.
- La majorité libérale de la Chambre des communes avait hâte de consacrer par un débat et un vote la victoire du libre-échange aux dernières élections. Mais elle tenait à la présence de MM. Chamberlain et Bal-four, retenus loin de la Chambre par la maladie.
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- Le 12 mars, l’ancien premier et le promoteur du protectionnisme ayant fait leur rentrée, la résolution suivante fut proposée : . *
- « La Chambre reconnaissant qu’aux élections générales le peuple du Royaume-Uni avait démontré sa fidélité aux principes et à la pratique du libre-échange, repousse toute proposition tendant à établir le système protectionniste soit par des droits sur les blés étrangers, soit par l’établissement d’un tarif général des douanes pour les produits étrangers ».
- M. Balfour a critiqué la résolution ; M. Chamberlain a demandé au gouvernement de répondre aux explications de M. Balfour.
- Les ministres persistant à garder le silence, MM. Chamberlain et Balfour proposèrent l’ajournement du débat.
- L’ajournement fut repoussé par 405 voix contre 115.
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- La loi sur les trade-unions.
- L’activité parlementaire du parti ouvrier à la Chambre des communes ne se dément pas.
- On se rappelle qu’une jurisprudence de la Chambre des lords avait interprété les lois de 1871 et de 1875 dans le sens de la responsabilité financière des trade-unions dans les actes de leurs membres.
- Cette jurisprudence dont l’affaire bien connue des chemins de fer de la vallée de Taff est le prototype paralysait l’action des syndicats ouvriers dans les grèves et leur avait fait dans bien des cas renoncer à la propagande, par crainte de lourds dommages et intérêts à payer aux compagnies et industriels.
- Les libéraux, lorsqu’il étaient dans l’opposition protestèrent souvent contre cette jurisprudence, et leur premier soin, une fois arrivés au pouvoir devait être de la modifier. Mais le cabinet n’a pas été unanime sur l’opportunité d’accorder aux trade-unions une immunité financière absolue.
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- Un projet de loi reflétant la pensée de la fraction la plus modérée du cabinet a été déposé le 28 mars.
- Ce projet de loi, qui autorise le picketing pacifique et l’invitation à la grève, porte que les actes des trade-unions seront considérés comme légaux, autant que des actes semblables seront légaux de la part d’un particulier. Les syndicats n’avaient plus la responsabilité des actes de tous leurs membres ; mais ils restaient responsables des agissements de leurs délégués autorisés.
- Cette restriction provoqua des protestations de la part des députés ouvriers et de la gauche du parti libéral. Néanmoins, le projet de loi passa sans vote en première lecture.
- Mais le surlendemain les membres clu parti ouvrier présentèrent un amendement ainsi conçu :
- « Aucune action ne saurait être portée contre une trade-union ou une autre association, pour le recouvrement de dommages-intérêts, dans le cas de dommage subi par une ou plusieurs personnes du fait des agissements d’un ou plusieurs membres de ces trade-unions et associations. »
- Ce que nous demandons, déclara catégoriquement M. Walter Hudson, député ouvrier qui soutenait l’amendement de son parti, c’est l’immunité entière vis-à-vis de la loi.
- Sir Henri Campbell Bannerman ayant déclaré qu’«il ne voyait pas de raisons sous le soleil pour ne pas recommander au parlement le vote de la loi ainsi amendée », la seconde lecture de celle-ci fut votée par 416 voix contre 66.
- Le premier ministre s’est rangé d’autant plus facilement au texte du groupe ouvrier que le projet de loi primitif du gouvernement aurait abouti aux mêmes résultats de par l’élasticité de ses termes.
- 11 convient de dire que le texte primitif du gouvernement ne différait pas sensiblement du bill adopté en deuxième lecture, le 10 mars 1905, par la précédente
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- Chambre en majorité conservatrice.
- La nouvelle majorité libérale ne pouvait pas moins faire ; et si l’on se souvient de l’ardeur avec laquelle le parti libéral s’est, depuis quelques années, élevé contre la jurisprudence de la Chambre des lords dans l’affaire de la vallée de Taff, il n’y a pas à s’étonner que sir Henri Campbell Bannerman ait donné une satisfaction aussi complète au désirata des trade-unions.
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- SUISSE
- L’ « action directe » et les syndicats professionnels.
- Sur l’attitude à prendre vis-à-vis de l’action directe, tactique chère au syndicalisme révolutionnaire français, une longue discussion s’est engagée au congrès des syndicats professionnels suisses, réuni à Bâle le 14 avril.
- Les délégués des syndicats bernois ont présenté la résolution suivante :
- « Les délégués au congrès sont convaincus que la réduction de la durée du travail ne pourra être obtenue que par un travail d’organisation continue et pratique et non par l’action directe. En conséquence, le congrès recommande aux syndicats de s’en tenir à la tactique suivie jusqu’ici, convaincus que c’est là le seul moyen d’obtenir, dans un avenir prochain, la journée de huit heures et d’arriver un jour à la véritable liberté du peuple. Proclamer aujourd’hui l’action directe, ce serait mettre en jeu, en un seul instant, tout ce qui a été obtenu par des années de travail difficile et qui a demandé de nombreux sacrifices. Nos organisations ouvrières ne peuvent se permettre de perdre leur temps à poursuivre des problèmes irréalisables; elles doivent au contraire consacrer toute leur activité à concentrer et unir les ouvriers par une agitation infatigable. Dans les circonstances actuelles, l’action directe ne servirait pas les intérêts de l’organisation ouvrière, mais bien
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- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX 301
- plutôt ceux de ses adversaires. C’est ce que ne veulent pas ceux qui prennent au sérieux la cause ouvrière. En conséquence, le congrès refuse de s’occuper davantage de l’action directe et passe à l’ordre du jour. »
- La proposition des Bernois a été adoptée par 135 voix contre 18, mais avec suppression de la phrase : «Nos organisations ouvrières ne peuvent se permettre de perdre leur temps à poursuivre des problèmes irréalisables. » Suppression dans laquelle il serait difficile de voir autre chose qu’un acte de condescendance polie.
- JAPON
- Le rachat des chemins de fer.
- La Chambre des représentants de Tokio a voté, par 243 voix contre 109, la nationalisation des chemins de fer.
- On s’attend à ce qu’elle vote également l’achat par le gouvernement de la ligne de Séoul-Foussan.
- On évalue à 500 millions de yenn le coût total de l’achat des lignes intérieures du Japon. Le ministre des finances croit que cet achat peut être fait dans un délai de cinq ans sans apporter de perturbations sur le marché financier.
- Ssa^EsS-
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- LE DEVOIR
- LA QUESTION DE LA PAIX
- Les conférences de Genève, de Rio et de la Haye.
- En informant officiellement les puissances que la seconde conférence de la Haye aurait lieu dans la seconde quinzaine de juillet, la Russie leur soumettait le projet de programme suivant :
- « 1° Amélioration à apporter aux dispositions de la convention concernant le règlement pacifique des conflits internationaux et visant la cour d’arbitrage et la commission d’enquête internationale.
- « 2<> Dispositions complémentaires à ajouter aux dispositions de la convention de 1899 concernant les lois et usages de la guerre sur terre, et en particulier l’ouverture des hostilités et les droits des neutres, etc.
- « Révision des déclarations faites en 1899, étant donné qu’une de ces déclarations est devenue surannée.
- 3° Elaboration d’une convention concernant les lois et usages de la guerre sur mer relativement aux points suivants : opérations particulières de la guerre maritime, telles que le bombardement de ports, de villes, de villages, par la puissance belligérante ; pose de mines, etc. ; transformation de vaisseaux de commerce en vaisseaux de guerre ; propriété privée des belligérants sur mer.
- « Délai de faveur à accorder aux vaisseaux pour quitter les ports neutres ou les ports ennemis après Fouver-ture des hostilités ; droits et devoirs des neutres sur mer, et en particulier : questions de la contrebande, dispositions réglant la façon dont les vaisseaux belligérants auront à se comporter dans les ports neutres, destruction par une autorité supérieure des vaisseaux de commerce neutres saisis comme prises.
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- LA QUESTION DE LA PAIX
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- « Dans la convention indiquée et qui est à élaborer, il y aurait lieu d’adopter, pour la guerre sur terre, les dispositions qui trouveraient également leur application pour la guerre sur mer.
- « 4° Dispositions additionnelles à la convention de 1899 d’après lesquelles les principes généraux de la convention de Genève de 1864 seraient appliqués pour la guerre maritime. »
- Si ce programme ne soulève pas d’objections, l’époque de la réunion de la conférence en a provoqué une.
- Le secrétaire d'Etat américain, M. Root, a répondu au gouvernement russe que le mois de juillet, date proposée pour la réunion de la conférence de la Haye, présente des inconvénients pour les Etats-Unis et les autres républiques américaines.
- Cette date coïncide, en effet, avec celle du 21 juillet fixée pour la conférence panaméricaine de Rio-de-Janeiro. Pour donner satisfaction au désir exprimé par le gouvernement des Etats-Unis, la réunion de la Haye a été ajournée au printemps prochain.
- La Conférence de Rio est le troisième Congrès panaméricain. Le programme et les règlements de cette nouvelle réunion ont été élaborés par les représentants des différentes nations américaines auprès du gouvernement de Washington et par les membres du corps consulaire américain auprès de celles-là. Le président de la délégation américaine a été choisi en la personne de M. Buchanan, ancien ministre en Argentine, qui fut directeur général de l’exposition panaméricaine de Buffalo, organisée en l’honneur du premier Congrès panaméricain, et plus tard, il y a quatre ans, l’un des délégués de la seconde conférence panaméricaine convoquée à Mexico. Les autres délégués américains à Rio-de-Janeiro sont des juristes, des hommes politiques et plusieurs professeurs d’universités.
- Le secrétaire d’Etat, M. Root, se propose d’ailleurs d’y assister.
- Le programme de cette Conférence, approuvé par
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- LE DEVOIR
- l’unanimité des représentants des Républiques américaines comporte notamment l’adhésion des républiques au principe de l’arbitrage sur lequel elles expriment l’espoir de voir la seconde conférence de la Haye, adopter une convention générale. Il comprend aussi une résolution tendant à demander à la conférence de la Haye d’examiner dans quelle mesure une puissance peut recourir à la force pour recouvrer les dettes publiques et appuyer les réclamations ; ce recours est répudié par la doctrine Drago, que la République Argentine proclame à côté de la doctrine de Monroë.
- A côté de ces questions d’intérêt continental telles que la construction du chemin de fer panaméricain, la création de lignes de navigation subventionnées, l’établissement d’une banque panaméricaine, l’unification des règlements de douanes, de ports, de ces républiques, etc., le programme de la Conférence panaméricaine comprend donc des questions de droit international qui intéressent la conférence de la Haye et qui doivent être portées devant elle.
- On sait que c’est en conformité d’un voeu émis par la première Conférence de la Haye que le gouvernement fédéral suisse a invité les puissances signataires de la convention de Genève, à la Conférence qui doit se réunir le 11 juin à Genève, en vue d’adapter à la guerre maritime les règles de cette convention visant les armées en campagne.
- La Conférence de la paix pourra donc enregistrer les décisions prises par la Conférence de Genève.
- Le président Roosevelt enverra les mêmes délégués à l’une et l’autre Conférence.
- Pour la première fois les républiques du Sud et du Centre de l’Amérique, déjà adhérentes à la convention de Genève, se feront représenter à la Conférence de la Haye.
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- Une pétition
- L’Union patriotique de France pour la pacification et le désarmement (80, rue des Martyrs, 18e arrondissement, Paris) a mis tout récemment en circulation une pétition ainsi conçue, adressée au Gouvernement de la République française :
- « Les nobles et généreuses aspirations de la grande Révolution ne pouvant sanctionner une politique qui vise l’exploitation des nations faibles par celles qui sont plus avancées et mieux armées, et les principes républicains prescrivant, au contraire, le respect de la liberté et de l’indépendance de tous les peuples, les républicains, fidèles à ces principes, prient respectueusement leur Gouvernement de s’employer, dans la mesure du possible, à mettre un terme à la politiqne d’exploitation que l’on continue à poursuivre contre tous les peuples attardés. Cette politique est, en outre, une source intarissable de conflits internationaux. Par l’application constante de l’arbitrage et surtout par l’inauguration d’une politique internationale conforme à l’équité, le Gouvernement s’honorera et contribuera puissamment à la réalisation d’une paix solide et durable, condition essentielle du progrès de l’humanité. Dans ce but, les républicains prient le Gouvernement :
- « 1° De rappeler constamment à notre diplomatie que l’honneur et la dignité de la nation, aussi bien que les principes républicains, ne lui permettent pas de fouler aux pieds le principe de la liberté des peuples de disposer d’eux-mêmes, et que, par conséquent, le devoir de la diplomatie est de respecter et de faire respecter la liberté et l’autonomie de tous les peuples, sans aucune ingérance ni dans leur politique ni dans leurs affaires intérieures, ce qui nous évitera de voir la France engagée dans de honteuses querelles internationales, susceptibles de déchaîner la guerre, que la France républicaine ne saurait sanctionner, quels que soient les résultats des débats politico-économiques de la Conférence d’Algésiras ;
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- « 2° De soumettre à l’étude d’une conférence internationale la création d’une marine internationale pour la police des mers, déjà proposée par Auguste Comté, ayant pour but d’assurer la liberté du commerce international, la libre navigation sur toutes les voies maritimes, la répression de la piraterie et de la contrebande de guerre.
- « Les soussignés espèrent que le Gouvernement de la République Française ne restera pas indifférent aux sentiments qui les ont inspirés et voudra bien faire bon accueil à la présente pétition. »
- Le Secrétariat de l’Union patriotique (M. Edger) tient des exemplaires de cette pétition à la disposition de toutes les personnes qui voudraient les signer dans l’intérêt supérieur de la France et de l’Humanité. Des exemplaires ont été également envoyés à toutes les Universités populaires et autres groupements populai-laires, ainsi qu’aux journaux avancés.
- Le XVe Congrès universel de la paix.
- Le Bureau international permanent de Berne soumet aux sociétés de la Paix le projet d’ordre du jour provisoire suivant du XVe Congrès universel de la Paix, qui s’ouvrira à Milan le samedi 15 septembre prochain, à la Villa royale :
- 1° Rapport du Bureau sur les événements de l’année qui ont trait à la guerre et à la paix.
- 2° Enseignement international. (Rapport et propositions de la Commission spéciale).
- 3° Le Pacifisme et le Mouvement ouvrier. (Rapport et propositions de la Commission spéciale).
- 4° Question de droit international. (Deuxième Conférence de La Haye).
- 5° Questions de propagande.
- 6° Révision du Règlement pour les Congrès.
- 7° Siège et date du XVF Congrès universel de la Paix.
- 8° Appel aux Nations.
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- LE MOUVEMENT FÉMINISTE
- Un congrès féministe international se réunira à Copenhague du 6 au 11 août 1906. Il est convoqué par la fédération internationale pour la concession du droit politique aux femmes, constituée, en 1904, à Berlin, par le congrès du droit électoral des femmes , et à laquelle avaient adhéré les associations féministes d’Allemagne, d’Angleterre, de Hollande, de Suède, des Etats-Unis, ainsi que des délégués du Danemark, de la Nouvelle-Zélande, de la Norwège, de l’Autriche et de la Suisse.
- Une femme commandant de chantiers navals.
- Le président Roosevelt a nommé Mme Metcalfe commandant des chantiers navals de Sackett’s Harbor, sur le lac Ontario. Ce chantier n’a d’ailleurs qu’une importance historique. Mme Metcalfe est la veuve de l’ancien commandant. C’est la première fois dans l’histoire américaine qu’une femme est nommée à un poste de ce genre.
- *
- # #
- Victoire féministe.
- Jusqu’ici le concours pour les médecins des asiles d’aliénés était fermé aux femmes pourvues du titre de docteur en médecine. Mlle Madeleine Pelletier, docteur en médecine et interne à l’asile de Villejuif, avait demandé que cette exclusion soit supprimée. M. Mirman, directeur de l’Assistance et de l’Hygiène publiques au ministère de l’Intérieur, vient de lui donner gain de cause et de l’autoriser à prendre part au prochain concours « attendu, » dit-il, « qu’il n’y a aucune raison de mettre des barrières à l’activité des individus en raison de leur sexe, et que la capacité seule doit être prise en considération ».
- «OOCii
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- "JE DEVOIR
- LES DEUX VIES
- Par Paul et Victor MARGUERITTE —-----------&&&—---
- ( Suite )
- Oui, la cliente en noir d’Herbelot... Grâce à un avocat dont Francine avait payé les bons offices, elle venait d’avoir gain de cause contre son mari.
- — Elle est venue me voir hier avec Loulou et me remercier ; si tu avais vu sa joie !...
- — Elle va pouvoir épouser tout de suite son monsieur Brunet?
- — Dans dix mois , veux-tu dire, pas avant...
- Et avec une lassitude pesante :
- — Ah ! il ne faut pas mourir en route. Oui, après trois années , Jeanne Levai a son divorce !
- Qui lui eût dit qu’un jour elle envierait cette pauvre femme?...
- — Au reste, tout le monde divorce. Quand on est d’accord, ça va tout seul. C’est vrai, ce que disait Marchai. Après les Maubrée, voilà les Suchet qui viennent d’être libérés en deux mois; le mari s’est fait prendre avec une figurante de l’Olympia. On n’a même pas plaidé. Et comme l’homme a fait des lois commodes à son usage, il épouse la semaine prochaine la belle Mme Jumièges, divorcée elle-même. Aux uns tout est facile, aux autres...
- Le Hagre ayant fini par se convaincre, sur l’avis de Sépale, qu’il n’était pas de son intérêt de créer un nouveau différend, se contentait comme bonne leçon de ne plus payer la pension : il y gagnait encore. De plus, il s’assurait, par transaction, de Josette pendant le mois d’août; il l’emmènerait à la mer. Et, tranquille maintenant, il continuait, au grand désespoir de Me Charmois,
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- à traiter la communauté comme un bois en coupe, se livrant à des opérations fructueuses pour lui, mais dolosives pour sa femme. Et quand Me Charmois, indigné et agitant ses bras maigres, insistait pour que Francine réclamât du tribunal la désignation d’un administrateur provisoire aux biens, Herbelot, philosophe, haussait les épaules : « Me Charmois voulait donc que ce procès ne finit jamais? Ce serait déjà miracle si l’enquête pouvait se faire avant la clôture. >
- On y parvint pourtant, grâce à Broussin qui réussit à apitoyer Fomette, juge-commissaire désigné. Date fut fixée pour la fin de juillet, à grand renfort de papiers timbrés et de grimoires d’huissiers.
- Les recommandations d’Herbelot se faisaient plus précises :
- — Que vos témoins serrent de près la vérité ; ser-rons-la, serrons-la bien, ou sans cela elle s’échappera !
- Et il appuyait son pouce droit sur son poing gauche fermé, un gros poing mou et blanc, comme s’il vissait le bouchon d’un flacon d’esprit volatil, empêchait de s’évaporer la vérité inconsistante et fluide.
- Un silence :
- — Vos témoins sont en forme, n’ont ancune appréhension? Pas de défections probables?... Hem ! Avez-vous une idée de ce que les domestiques de M. Le Hagre?... Ils n’ont pas cherché à se faire acheter par vous?..-. Non? Et de votre côté, vous n’avez rien tenté?... Rien, naturellement? 11 est bien fâcheux que nos recherches pour retrouver la demoiselle Lischen n’aient pas abouti.
- Et, souriant, il ajoutait :
- — Si pénibles que doivent être ces entrevues, il faut vous armer de patience et de sang-froid. C’est avec le plus grand calme que je vous conseille d’affronter la discussion des faits en présence de votre mari, d’entendre les dépositions, même hostiles, des témoins cités à sa requête. Nous allons dépendre de M. Fomette et de ses dispositions bonnes ou mauvaises. Gardons-
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- nous de l’indisposer. Des interruptions violentes, des éclats de voix blessent le sentiment que le juge a de sa dignité : parfois même on fait sortir les plaideurs trop agités. L’enquête a tout intérêt à se passer en bonne compagnie.
- — Comment donc!... jeta Francine.
- De vrai, Herbelot, comme ses pareils, pensait surtout à sa tranquillité propre ; il ne tenait pas à être mêlé à des incidents trop vifs, et, vis-à-vis de son confrère et des juges, se tenait responsable des incartades de sa cliente : « Oh ! surtout, souhaitait-il, pas de larmes, pas d’attaques de nerfs, quoique... hé! hé!... il y a des juges que cela attendrit». Mais M. Fomette était un magistrat vertueux, neutre et racorni comme un vieux cuir. Au surplus, pas méchant...
- Francine avait beau faire appel à tout son courage, elle se défendait mal contre la grandissante angoisse que lui causait l’inconnu de ces débats, leur apprêt solennel; elle redouta de se trouver en face de son mari, tant la haine avait grandi entre eux, des affronts, des insultes dont il l’avait fait couvrir par Sépale. L’abîme qui les séparait s’était élargi de toute l’ignominie de cette procédure baveuse, de toutes les provocations, des propos rapportés, des médisances, des démentis, des éclaboussures que faisait rejaillir un pareil divorce.
- ' Cependant, le jour venu , elle se sentait, à force de volonté, maîtresse d’elle-même. Marchai, pendant le déjeuner, les réconfortait de son mieux, avec un humour caustique dont la bonne intention rachetait le léger cynisme :
- — Et vous savez, ma petite Francine, soyez gentille ; laissez-vous aller à votre charme naturel, à votre grâce touchante ; ne vous raidissez pas ; que ce juge ne vous sente pas immédiatement tendue, d’un énervement qui réagira sur lui sans qu’il le veuille. Tenez, Trassier... si vous aviez voulu... il fallait si peu de chose ! . Oui, ne soyez pas en garde, en révolte... Je vous choque?,..
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- C’est pour votre bien, croyez-le, conclut-il avec douceur.
- — Je sais, dit Francine dans les yeux de laquelle passait une souffrance, je sais; mais pardonnez-moi... C’est précisément d’être une femme, de n’être qu’une femme, qui m’humilie tant, devant ces hommes... Alors, il me semble qu’en usant même innocemment de mes moyens de femme, je me ravale encore... C’est plus fort que moi, ça me blesse Ce n’est pas comme femme que je demande justice, c’est comme un être humain sacrifié; à ces moments-là, je voudrais être un homme, avoir la force d’un homme. Une femme, est-ce que je devrais être une femme pour eux?... Votre Trassier, vous avez beau dire que cela n’engage à rien, eh bien, je ne pourrais définir ce que j’ai éprouvé, je serais incapable même de préciser un fait, une impression; il ne m’a rien dit, il m’a à peine regardée, et cependant, voyez-vous, Marchai, il y a eu là quelque chose qui m’a dégoûtée.
- Ame fière, dit Marchai... pauvre amie! Si toutes vous ressemblaient!...
- Et avec un soupir :
- Mettez donc que je n’aie rien dit. Quoique le bon Fomette ne soit pas bien redoutable...
- Mais Francine continuait :
- — Voilà ce qui me rend si pénible parfois la conscience de notre faiblesse : cette impuissance qui force la femme à ruser, à mentir, à plaire, comme vous dites; à commettre, — avec son regard, son sourire, ses attitudes, son silence, — ces milles petites prostitutions, innocentes ou non, qui toutes ont une arrière-pensée, un intérêt. Non, je ne veux pas recourir à ces bassesses ; elles supposent une âme d’esclave
- — Vous ne m’avez pas compris, dit Marchai; c’est une question de nuance.
- — Si, dit Francine, en dirigeant sur lui son clair regard si franc, si décidé; j’avais parfaitement saisi... Je n’admets pas cette nuance, voilà tout.
- Mme Favié parlait d’autre chose; ce propos la gê-
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- nait, elle si femme, si consciente de sa séduction , elle qui, d’instinct, dans le prestige de la mondaine adulée, respectée, entourée d’hommages, voyait une légitime revanche de l’infériorité où l’on tenait son sexe. En même temps, elle partageait, approuvait trop pour les blâmer, les scrupules de sa fille.
- On sortait de table quand, sur le sourire complice et respectueux du vieux Jean, qui se taisait d’un air entendu et ouvrait avec complaisance les portes du salon, quelqu’un, très pâle encore, se leva d’un fauteuil où il se reposait comme épuisé, la tête de Floss tendrement appuyée sur ses genoux.
- — Charlie! c’est vous ! Quelle imprudence! s’écria Mme Favié, d’un ton qui trahissait la surprise et l’angoisse.
- Il ne devait pas venir pour l’enquête, on en faisait son deuil : il était convenu qu’il enverrait son témoignage par lettre.
- — Cher ami, que c’est bien à vous, et que je suis touchée! dit Francine, dont il baisait la main, après avoir porté longuement, pieusement à ses lèvres celle de Mme Favié... Mais pourquoi risquer votre santé?
- Il répondit :
- — Parce que je suis votre ami, en effet, et que la place de vos amis est aujourd’hui près de vous. D’ailleurs, ne craignez rien, je vais mieux.
- Cependant il paraissait très affaibli, maigri dans sa tunique, qui le sanglait toujours comme un corset. Il s’étaifc mis en uniforme, pensant donner ainsi plus de poids à sa déposition : Parole d’officier. Marchai le contemplait avec un air d’affection; il jouissait du trouble de son exquise amie, répétait mentalement : «Mais aimez-le donc, Gabrielle ! ayez le courage de l’aimer!... »
- Se jugeant de trop, il s’esquiva, sans qu’on pût le retenir :
- — A tout à l’heure.
- Dans le coupé, serré entre les jupes des deux femmes,
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- Charlie se sentait heureux. Son sourire avait un charme de langueur, et son air de convalescent sorti trop tôt ne lui allait pas mal, avec ses yeux creux où la fièvre était mal éteinte. Mme Favié eût été plus sur la réserve, se fût davantage défiée de lui si elle avait vu devant elle l’ancien Charlie ; elle n’éprouvait pour celui-ci qu’une pitié, une bonté qui l’amollissaient. Il put même, il osa tout à coup, au moment où Francine regardait par la portière, saisir la fine main gantée de Mme Favié. Elle résista, empourprée soudain: comment osait-il? Elle se sentait si humiliée de la présence de sa fille qui allait voir, blâmer...
- Et pourtant, à sa honte se mêlait la profondeur d’une volupté qui lui faisait mal. En vain essayait-elle de se ressaisir ; il tenait bon et elle dut céder. Francine, en ce moment, tourna la tête vers eux, et elle leur sourit, avec une amitié grave , une pitié profonde. Alors, doucement, les yeux suppliants , Mme Favié retira sa main qu’il laissa aller. Un cahot de la voiture rapprochait leurs genoux; elle pâlit, oppressée, à ce contact. Charlie s’enivrait de la tendresse qui s’exhalait du visage ardent. Francine, absorbée, regardai! au dehors s’agiter la vie ; une émotion indéfinissable emplissait son cœur ignorant de l’amour...
- Mme Favié, tant l’âme de la femme est contradictoire, fut reprise d’un désespoir altier quand elle put enfin descendre : comme il avait abusé de l’intérêt qu’il inspirait ! Elle lui dit sans le regarder :
- — Je ne vous pardonnerai jamais !
- Et aussitôt elle eut regret de ces mots ; il la regardait avec de beaux yeux navrés, très pâle soudain, si prêt à défaillir qu’elle eut peur. Elle se rapprocha et prit son bras, sentit qu’en se faisant confiante, elle le raffermissait.
- Herbelot, en robe et rabat, la toque bordée de velours sur la tête, les attendait. Il les introduisit dans la salle des témoins. Deux groupes s’isolaient aux extrémités : les amis de Le Hagre et ceux de Francine. Tous parais-
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- saient préoccupés. Le Hagre et sa mère, assis sur une banquette, conféraient avec Tartre. Francine aperçut la robe noire et la cornette de sœur Ambroisine , les longs cheveux et le masque important du docteur Larive. Après une hésitation , il vint la saluer et retourna au camp opposé; ni Le Hagre ni sa mère n’avaient bronché : on eût pu croire des étrangers.
- Les domestiques se tenaient à l’écart, et Nanette toute seule à qui Mme Favié fit signe de se rapprocher. Les Morland étaient très rouges, les de Guertes au contraire semblaient contraints. Charlie fixait obstinément Le Hagre, qu’il avait cru voir sourire; il avait su par Mme de Bouvières quelles calomnies on avait déversées sur Gabrielle; sans la peur de la compromettre, quelle correction soignée il eût infligée à cet « individu ! » Sans compter qu’il vengerait Francine en même temps...
- Un léger émoi se produisit, les toques des avoués se soulevèrent : au milieu de l’attente et de la curiosité, M. Fomette, en robe, gagnait la pièce réservée à l’enquête où, non sans quelque cérémonie, Herbelot d’abord, puis Tartre conduisaient leurs clients. Debout devant la table verte, M. Fomette inclina la tête : il était trapu , rougeaud, un de ces fronts immenses dont on ne sait s’ils sont pleins de pensées ou vides, le sourire bonasse dans la barbe grise.
- — Veuillez vous asseoir, madame.
- Il invita Le Hagre à en faire autant. Les époux avec leurs avoués se placèrent vis-à-vis les uns des autres , le juge les séparant au bout; mais le greffier se faisait attendre.
- — Il n’arrive donc pas? demanda M. Fomette.
- Ce petit incident rompit la gravité de la situation ; comme en une récréation avant la classe, Fomette se plaignit à mi-voix à Herbelot de la chaleur : elle lui enlevait tout appétit, et lui donnait des vertiges stomacaux. En parlant, il épiait, à la dérobée, la femme, puis le mari. Habitué à juger sur textes et pièces, à résoudre abstraitement les causes, la présence des plaideurs lui
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- causait toujours un malaise; il se savait timide et s’efforcait de paraître d’autant plus majestueux. Décidément, ce greffier se faisait trop attendre !... Un peu plus, la dignité delà justice allait être compromise. Me Tartre s’offrait à aller à la recherche, quand, très vite, un petit homme à museau de renard entra, une serviette sous le bras, si précipitamment qu’il trébucha.
- — Voyons, greffier... voyons... dit M. Fomette.
- Et sans entendre ses excuses, il lui intima de prêter serment, ce que le petit homme fit en levant le bras, comme un fumeur qui va cracher; mais il s’en abstint. 11 se rassit très vite, en bousculant de grandes feuilles de papier Himbré, et en regardant tout le monde et particulièrement les plaideurs d’un air narquois et amusé.
- Francine ne perdait aucun détail, et l’amer comique de cette scène s’aiguisa en elle à voir l’air détaché dont Tartre lissait son rabat, le maintien ramassé de Le Hagre, prêt à l’attaque et à la riposte, le calme d’Herbelot, pareil, avec ses paupières en bourrelet mi closes , à un gros chat au guet. Francine sentit son sort se jouer : 11 était suspendu aux lèvres de ses témoins, des témoins de son mari, à leur aplomb. Un sérieux professionnel s’imprimait sur les traits de M. Fomette; il n’était pas jusqu’à ces robes sombres qui ne fissent impression. L’atmosphère de la pièce était imprégnée de sévérité, l’air s’était raréfié : on ne sait quel pénible inconnu pesait dans le silence.
- M. Fomette et le greffier échangeaient, dans une dictée et une relecture monotones, le formulaire vieillot, de sacramentelles paroles qui semblaient emprunter au passé de vagues contraintes, contenir d’obscures menaces :
- L’an mil... par-devant nous... a comparu Me Her-belot... ordonné que la dame Fernand Le Hagre ferait par témoins la preuve... d’autre part que... il importait que l’enquête fût commencée sans retard... sur quoi,
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- avons donné acte... etc.
- Déclaration faite et dûment constatée que Me Tartre ne s’opposait pas à l’audition des témoins, mais « sous les plus expresses réserves notamment de formuler les reproches qu’il jugeait utiles... », M. Fomette ordonna l’introduction du premier d’entre eux : Charlie de Bréars.
- Il entrait militairement, salua avec déférence le juge , puis s’inclina très bas devant Francine ; M. Fomette trouva qu’il soulignait un peu trop la différence... enfin! Et lui ayant demandé s’il n’était parent, allié, ni serviteur des parties :
- — Pardon, j’ai l’honneur, dit Charlie, d’être cousin ' au troisième degré de Mme Fernand Le Hagre.
- — Ah ! cousin ? dit M. Fomette que déconcerta cet accent trop respectueux et pénétré, et qui en conçut une imperceptible mauvaise humeur... Levez la main et jurez de dire la vérité.
- — Je le jure, dit Charlie avec plus de netteté tranchante qu’il n’était besoin.
- Le ton , innocent d’ailleurs, dont M. Fomette avait répété : «Ah! cousin?» le choquait comme une suspicion. Un peu de fièvre, — la fatigue du voyage, l’excitation de son âme, — se réveillait dans ses yeux ; il souffrait visiblement, et, comme Tartre chuchotait avec Le Hagre, il dirigea vers eux un regard irrité. Cela déplut à M. Fomette : « Ces jeunes gens, toujours les mêmes , prévenus , partiaux!... » Il n’aimait pas la jeu -nesse, ayant un grand fils frondeur dont le ton le froissait constamment, dans son amour-propre de père et de magistrat.
- — Veuillez dire ce que vous savez.
- Charlie savait beaucoup de choses; mais être ainsi pris au dépourvu et devant ces solennelles robes noires, cette femme malheureuse, cet « individu », il se fit en lui d’involontaires réactions nerveuses, et comme à une « colle d’examen » où tout à coup son savoir serait mis en déroute, il ne trouva dans sa cervelle que vide et néant.
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- LES DEUX VIES
- 317
- — S’il vous plaisait de m’interroger...
- — Nous pourrions, suggéra Herbelot, demander au témoin...
- Mais M. Fomette entendait mettre au pas ce petit officier qui ne lui avait cependant encore rien fait, et dont la tête, simplement, l’air fébrile et hautain ne lui revenaient pas...
- — Non, non, pardon, déclara-t-il avec entêtement ; que le témoin, qui est ici pour déposer, j’imagine, veuille bien dire ce qu’il sait...
- Court antagonisme... hostilité de deux castes orgueilleuses et autoritaires, heurt subit des âges et des caractères. Charlie commença :
- — Je connais Mme Fernand Le Hagre depuis son enfance.
- — Depuis quelle année? demanda Fomette.
- Il n’était pas d’homme plus inoffensif, mais son amour-propre venait d’être piqué comme une mouche invisible.
- Quelle année?... il fallait faire un calcul... Quelle année? Est-ce qu’on pense à des choses si simples? Charlie put préciser et continua, mais sans moelleux, d’une allure raide et agacée : il affirmait sa conviction. Mme Fernand Le Hagre, pour le caractère de laquelle ses amis professaient le plus profond, le plus absolu respect, avait subi un véritable martyre conjugal...
- — C’est une appréciation, dit le juge; je voudrais des faits. Mais avant que je condense ce que vous venez de dire , exprimez-vous bien toute votre pensée, ne la dépassez-vous pas par ces mots : un véritable martyre conjugal?
- — Non, monsieur, je l’atténue au contraire, dit Charlie avec une énergie contenue.
- — Tenez-vous bien à ce que j’enregistre cette expression? Oui? Soit! — Et comme à regret : — Je suis ici pour transcrire fidèlement votre pensée, ni plus ni moins ; vous avez bien dit : — un véritable martyr conj ugal ?
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- LE DEVOIR
- — Je l’ai dit et je le répète, dit Charlie avec vivacité en regardant Francine, et je tiens à ce que ma parole figure au procès-verbal.
- M. Fomette, d’un geste qui ne contestait pas la sincérité du dire, mais qui se réservait sur sa plausibilité, se retourna vers le greffier et commença à résumer la déposition de Charlie, s’interrompant par des : « Est-ce bien cela ?... »
- Néanmoins, et quoiqu’il s’y appliquât de son mieux, ce ne pouvait être exactement, minutieusement cela... Un phonographe, doublé d’un cinématographe, seul eût rendu les nuances de l’attitude et de l’accent... Il sembla à Charlie, à Francine, qu’à travers les périodes arrondies de Fomette, les phrases vibrantes du témoignage se décoloraient, s’affaiblissaient. C’était un à peu près ; ils s’en contentèrent, faute de mieux.
- — Veuillez continuer, dit Fomette en se renversant dans son fauteuil.
- Il passa sa main derrière sa nuque d’où elle remonta à son crâne vaste et descendit jusqu’à sa barbe. Il estimait ce geste imposant.
- Charlie, redevenu maître de lui, parlait d’abondanee. M. Fomette avait peine à le suivre; il dut prendre des notes : c’était l’heure de son petit engourdissement à l’audience. Au bout d’un quart d’heure, les muscles de sa bouche s’élargirent puis se resserrèrent dans un bâillement comprimé : « Il faisait chaud vraiment, il faisait bien chaud ! »
- — Attendez, dit-il, avec effort, que je condense.
- Et il dicta, tandis que la plume du greffier grinçait. Un solennel ennui, plus triste que le chagrin, plus écrasant que la douleur, tombait sur tous ces personnages immobiles, comme figés: seul, le museau du greffier, ses yeux malins riaient, et on n’entendait d’autre bruit que celui de sa plume sur les grandes feuilles blanches.
- (.A suivre.)
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- ASSURANCES MUTUELLES
- 319
- Société du Familistère. - Assurances mutuelles
- MOUVEMENT DU MOIS DE NOVEMBRE 1905, A GUISE
- ASSURANCE CONTRE LA MALADIE
- Section des Hommes
- Cotisations des mutualistes...... 2 690 30
- Subvention de la Société......... 992 15
- Malfaçons et Divers.............. 378 15
- Dépenses....................................
- Déficit en novembre 1905.......
- Section des Dames
- Cotisations des mutualistes...... 501 25
- Subvention de la Société......... 201 62
- Divers.......................... .. 2 »
- Dépenses........... .........................
- Boni en novembre 1905............
- 4.060 60
- 4.396 75 336 15
- 704 87
- 626 55. 78 32
- ASSURANCE DES PENSIONS
- Subvention de la Société et Divers 7.255 11 1
- Intérêts des comptes courants et > 10.347 11
- du titre d’épargne.............. 3.092 »]
- Dépenses :
- 127 Retraités définitifs............. 8.864 42 .
- 4 — provisoires................... 227
- Nécessaire à la subsistance....... 5.307 40 V 14.864 07
- Allocations aux famill5 des réservistes 49 »(
- Divers, appointem., médecins, etc. 416 25)
- Déficit en novembre 1905....... 4.516 96
- CAISSE DE PHARMACIE
- Cotisations des mutualistes.. 832 80 ) , nft
- Subvention de la Société..... 343 80 \
- Dépenses................................ 694 49
- Boni en novembre 1905........... .....482 11
- RÉSUMÉ
- Recettes sociales du 1er juillet 1905 au 30 membre 1905 59.664 73 i nnc)
- » individuelles » » 22.367 35 ( u»
- Dépenses » » ........ 101.456 09
- Excédent des dépenses sur les recettes.. 19.424 01
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-
- ââ o
- LE DEVOIR
- (
- ÉTAT CIVIL AU FAMILISTÈRE DE GUISE
- MOIS DE NOVEMBRE 1905.
- Naissances :
- 1er Novembre Cartigny Marcel-Jules, fils de Cartigny
- Jules et de Duchateau Pauline.
- %
- 9 — Roppé Cécile-Marie, fille de Roppé
- Albert et de Bisiaux Louise.
- 19 — Morlière René, fils de Morlière Zéphir
- et de Lemaire Aurélie.
- 24 — Froment Jeanne, fille de Froment
- César et de Anstelle Jeanne.
- Décès :
- 29 ' — Caure André, enfant mort-né.
- *
- Le Gérant : H. E. Buridant.
- Nimos. — Typ. A. Chastanier, 12, rue Pradier.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES.
- 321
- Juin 190G.
- POUR UNE BIOGRAPHIE COMPLÈTE
- de J. B. André GODIN (1)
- Glorification du Travail. — Emancipatic
- du Travailleur. Deuxième partie. XXIII (suite)
- Série des employés. Nouveaux essais de recours au suffrage pour la désignation des mérites et la détermination des appointements et parts de bénéfices.
- 3. — Répétition de l’essai de classement du personnel par lui-même en trois ordres de mérite. Bulletin individuel. (18 juin 1872).
- Passons à l’examen du vote général. L’élément passion dont les bulletins de vote entre membres de groupe fournissent des traces plus ou moins caractérisées, se retrouve naturellement dans les bulletins de vote entre membres de la série. Que sur une cinquantaine d’employés quelques-uns soient jugés par leurs collègues comme ne méritant aucun chiffre ni en travail, ni en intelligence, ni en justice dans les relations, c’est possible bien que sévère. Mais si une pareille dénégation de tout mérite absolument s’étend à un groupe assez nombreux et s’accompagne de l’attribution de tous les mérites et au point maximum uniformément pour un certain nombre d’autres collègues, il est manifeste
- (1) — V. Appendice, p, 60, tome 26®, Le Devoir, janvier 1902.
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- 322
- LE DEVOIR
- que le votant agit sous l’empire de la passion ou du parti-pris.
- Voici le bulletin le plus expressif sous ce rapport parmi ceux déposés le 18 juin, concernant le personnel ' de l’Usine :
- Classement du personnel par lui-même.
- Vote général.
- On doit inscrire en face de chaque nom, et dans les trois premières colonnes, un numéro de classement variant de 0 à 20, suivant l’appréciation que l’on fait de chacu a dans les trois ordres de mérite y mentionnés, le n° 0 étant le minimum et le n° 20 le maximum de valeur. On additionne ensuite les trois îombres et on porte le total dans la quatrième colonne.
- NOMS Exactitude et BON TRAVAIL Capacité et INTELLIGENCE Justice dans les relations du travail Classement TOTAL
- I 0 0 0 0
- L 0 0 0 0
- M 0 0 0 0
- BO 0 0 0 0
- DO 20 20 20 60
- FO 0 0 0 O
- ZO 0 0 0 0
- S 20 20 20 60
- F 0 0 0 0
- Qï 0 0 0 0
- B 0 0 0 0
- CA 20 20 20 60
- BU 0 0 0 0
- GA 0 0 0 0
- HA 0 0 0 0
- JA 0 0 0 0
- eu 0 0 0 0
- QA 0 0 0 0
- LA 20 20 20 60
- DU 0 0 0 0
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 323
- NOMS Exactitude et BON TRAVAIL Capacité et INTELLIGENCE Justice dans les relations du travail Classement TOTAL
- G 20 20 20 60
- RA 20 20 20 60
- SA 20 20 20 60
- TA 20 20 20 60
- VA 0 0 0 0
- FU 0 0 0 0
- YA 0 0 0 0
- CE 0 0 0 0
- GU 0 0 0 0
- HO 0 0 0 0
- FE 0 0 0 0
- JO 0 0 0 0
- JE 20 20 20 60
- KO 20 20 20 60
- KE 0 0 0 0
- H 20 20 20 60
- HU 0 0 0 0
- JU 0 0» 0 0
- ME 0 0 0 0
- PE 0 0 0 0
- YI 0 0 0 0
- QE 0 0 0 0
- RE 20 20 20 60
- SE 0 0 0 0
- ZI 20 20 20 60
- MO 0 0 0 0
- KU 0 0 0 0
- SI 0 0 0 0
- D 0 0 0 0
- YE 0 0 0 0
- ZE 0 0 0 0
- MI 20 20 20 60
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- LE DEVOIR
- *
- Prenant pour indice de passion le cas où un électeur n’a attribué aucun point de mérite ni en travail, ni n intelligence, ni en justice dans les relations du travail — nous ne dirons pas à 4,6, 7 collègues, dans cette mesure on accepterait, peut-être, — mais à plus de 10, nous obtenons l’état suivant :
- Sont déclarés, le 18 juin, sans valeur aucune :
- 38 employés sur 1 bulletin
- 34 » 1 »
- 30 » 1 *
- 26 » 2 *
- 21 » 2 * 14 bulletins.
- 19 » 1 »
- 17 » 1 » I
- 16 » 1 » 1
- 14 » 1 »
- 11 » 3 »
- 51 bulletins avaient été déposés. C’est donc plus d’un
- quart des jugements qui se trouve entaché de passion. Aveuglant le jugement, la passion exalte ou déprécie les individus au préjudice de la collectivité; elle sème le mécontentement, entretient la discorde, abat le courage individuel. C’est, avec l’ignorance, un des redoutables dangers du recours au suffrage—à l’heure actuelle — en vue de l’organisation des faits industriels ou sociaux.
- Pour donner une idée du trouble jeté dans le personnel par un tel vote, alors qu’il s’agissait d’obtenir un classement du personnel par lui-même, nous avons distingué, entre les cinquante-deux employés de l’Usine autant de personnes qu’il a été possible (26) dont la liste va suivre, présentant ces 26 en ordre décroissant par rapport aux 4 sortes de témoignages ou, tout au
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 325
- moins, présomptions de capacité dont nous avons pu accompagner leurs noms, soit :
- lo Avoir été appelé par J.-B.’A. Godin à faire partie du conseil d'>administration ;
- 2° Avoir été classé par le même dans un ou plusieurs des six comités adjoints au conseil;
- 30 Avoir réalisé une ou plusieurs inventions ou perfectionnements qui aient entraîné des récompenses pour leurs auteurs après vérification à Vusage;
- 4° Avoir obtenu de la part de Godin des allocations exceptionnelles touchant Vexercice 1872, pour travail, initiative, direction, etc.
- A la suite des témoignages ou présomptions de capacité dont chacun des 26 noms aura pu être accompagné, viendra le total des points de mérite obtenus par l’intéressé au vote du 18 juin ; puis le numéro de sortie au classement final résultant du vote.
- Enfin, nous ajouterons les rangs spéciaux de chacun des 26 dans les trois ordres de mérite énumérés sur les bulletins de vote : Exactitude et bon travail, capacité et intelligence, justice dans les relations du travail.
- Concernant les numéros de classement, le lecteur voudra bien prendre mémoire de ceci : A l’Usine, le vote porta sur 52 individus ; mais au dépouillement du scrutin, 6 employés occupant les 18e, 26e et 38e rangs se présentèrent deux à deux avec un même nombre de points : 49 rangs au lieu de 52 furent donc fournis par le vote. Une même cause opéra dans les trois ordres de mérite pris chacun à part et détermina :
- 48 rangs au lieu de 52 en Exactitude et bon travail.
- 50 » > Capacité et intelligence.
- 47 » * Justice dans les relations
- du travail.
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- LE DEVOIR
- (Bien entendu, nous continuons de représenter les noms propres par les signes convenus. A la suite du signe nominal, nous rappellerons le montant des appointements annuels.)
- Liste des 26 employés de l’Usine pouvant être caractérisés :
- G Appointements : 4.200 fr.
- Membre du Conseil d’administration ;
- » Comité d’industrie ;
- » » des modèles ;
- » » des approvisionnements ;
- » » des récompenses.
- Allocation exceptionnelle (1872) direction : 210 fr.
- Total des points de mérite ; 1.916.
- Rang général : 8e sur 49.
- Rang dans les spécialités de mérite :
- 16e sur 48 : Exactitude et bon travail.
- 7e » 50 : Capacité et intelligence.
- 8e » 47 : Justice dans les relations du travail.
- *
- # *
- B Appointements : 4.800 fr.
- Membre du Conseil d’administration :
- » Comité du contentieux des recouvrements et
- litiges ;
- » » des approvisionnements ;
- » » des récompenses.
- Allocation exceptionnelle (1872) direction: 250 fr.
- Total des points de mérite : 2 034.
- Rang général: 5e sur 49.
- Rang dans les spécialités de mérite :
- 1er sur 48 : Exactitude et bon travail,
- 4e » 50 : Capacité et intelligence,
- 12e » 47 : Justice dans les relations du travail.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
- 327
- OA Appointements : 2.400 fr.
- Membre du Conseil d’administration ;
- » Comité d’industrie ;
- » » des approvisionnements ;
- » » des récompenses.
- Allocation exceptionnelle (1872) direction : 120 fr. Total des points de mérite : 1.497.
- Rang général : 34e sur 49.
- Rang dans les spécialités de mérite :
- 31e sur 48 : Exactitude et bon travail,
- 33e » 50 : Capacité et intelligence,
- 35e » 47 : Justice dans les relations du travail,
- * *
- JO Appointements : 4.800 fr.
- Membre du Conseil d’administration ;
- > Comité d’industrie ;
- » » des approvisionnements ;
- » » des récompenses ;
- Total des points de mérite : 2.084.
- Rang générai : 2* sur 49.
- Rang dans les spécialités de mérite :
- 2« sur 48 : Exactitude et bon travail,
- 5e >» 50 : Capacité et intelligence,
- 5a » 47 : Justice dans les relations du travail.
- M Appointements : 7.200 fr.
- Membre du Conseil d’administration ;
- » Comité des modèles,
- Allocation exceptionnelle (1872) direction : 350 fr. Total des points démérité : 1.568.
- Rang général : 26e sur 49.
- Rang dans les spécialités de mérite :
- 39e sur 48 : Exactitude et bon travail,
- 15* » 50 : Capacité et intelligence,
- 38e » 47 : Justice dans les relations du travail.
- ¥ *
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- LE DEVOIR
- RE Appointements : 2.600 fr.
- Membre du Comité des modèles.
- Auteur d’inventions ayant entraîné des primes.
- Allocation exceptionnelle (1872) Initiative: 1.000 fr.
- Perfectionnements : 1.000 fr. Total des points de mérite : 2.041.
- Rang général : 4e sur 49.
- Rang dans les spécialités de mérite :
- 4e sur 48 : Exactitude et bon travail,
- 3® » 50 : Capacité et intelligence,
- 6e » 47 : Justice dans les relations du travail.
- HO Appointements : 3.000 f r.
- Membre du Conseil d’administration ;
- » Comité d’industrie ;
- » » des récompenses.
- Total des points de mérite : 1.739.
- Rang général : 17e sur 49.
- ' Rang dans les spécialités de mérite :
- 24e sur 48 : Exactitude et bon travail,
- 13e » 50 : Capacité et intelligence,
- 16® » 47 : Justice dans les relations du travail.
- TA Appointements: 2.000 fr.
- Auteur d’inventions dont 1 a entraîné des primes. Allocation exceptionnelle (1872) Direction : 100 fr.
- Initiative : 200 fr. Total des points de mérite 1.693.
- Rang général : 20e sur 49.
- Rang dans les spécialités de mérite :
- 19e sur 48 : Exactitude et bon travail,
- 16e » 50 : Capacité et intelligence,
- 43e » 47 : Justice dans les relations du travail,
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 329
- HA Appointements : 2.400 fr.
- Membre du Comité du contentieux, des recouvrements et litiges.
- Allocation exceptionnelle (1872) Travail : 130 fr.
- Total des points de mérite : 1..509.
- Rang général : 33e sur 49.
- Rang dans les spécialités de mérite :
- 23* sur 48 : Exactitude et bon travail,
- 29e » 50 : Capacité et intelligence,
- 43e » 47 : Justice dans les relations du travail,
- QA Appointements: 1.800 fr.
- Auteur d’inventions dont 1 a entraîné des primes. Allocation exceptionnelle (1872) Initiative : 120 fr. Total des points de mérite : 1.877.
- Rang général : 11e sur 49.
- Rang dans les spécialités de mérite :
- 17* sur 48 : Exactitude et bon travail,
- 8e » 50 : Capacité et intelligence,
- 14e > 47 : Justice dans les relations du travail.
- LA Apppointements : 3.000 fr.
- Membre du Comité des modèles.
- Auteur d’inventions dont 1 a entraîné des primes. Total des points de mérite : 1.585.
- Rang général : 24e sur 49.
- Rang dans les spécialités de mérite :
- 30e sur 48 : Exactitude et bon travail,
- 30e » 50 : Capacité et intelligence,
- 19* » 47 : Justice dans les relations du travail.
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- LE DEVOIR
- KE Appointements : 1.380 fr.
- Auteur d’une invention ayant entraîné récompense. Allocation exceptionnelle (1872) Travail : 74 fr.
- Total des points de mérite : 1.279.
- Rang général : 48® sur 49.
- Rang dans les spécialités de mérite :
- 44* sur 48 : Exactitude et bon travail,
- 44e » 50 : Capacité et intelligence.
- 46* » 47 : Justice dans les relations du travail.
- D Appointements : 3.000 fr.
- Membre du Conseil d’administration.
- » Comité du contentieux, des recouvrements et litiges.
- Total des pointsjle mérite : 2.058.
- Rang général : 3e sur 49.
- Rang dans les spécialités de mérite :
- 6e sur 48 : Exactitude et bon travail,
- 6e » 50 : Capacité et intelligence,
- 3* » 47 : Justice dans les relations du travail,
- H Appointements : 2.400 fr.
- Membre du Conseil d’administration.
- » Comité des expéditions.
- Total des points de mérite : 1.944.
- Rang général : 7e sur49.
- Rang dans les spécialités de mérite :
- 14e sur 48 : Exactitude et bon travail,
- 2e » 50 : Capacité et intelligence, lie ï 47 : Justice dans les relations du travail.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQU ES
- 331
- JA Appointements : 900 fr.
- Auteur d’inventions dont 1 a entraîné des primes. Total des points de mérite : 1.483.
- Rang général : 35e sur 49.
- Rang dans les spécialités de mérite :
- 40e sur 48 : Exactitude et bon travail,
- 40e » 50 : Capacité et intelligence,
- 23e » 47 : Justice dans les relations du travail.
- *
- * 4
- JE Appointements : 2.280 fr.
- Allocation exceptionnelle (1872) Initiative : 118 fr.
- , Direction : 118 fr.
- Total des points de mérite : 1.821.
- Rang général : 14e sur 49.
- Rang dans les spécialités de mérite :
- 9" sur 48 : Exactitude et bon travail,
- 1 le » 50 : Capacité et intelligence,
- 24e » 47 : Justice dans les relations du travail.
- I Appointements : 1.800 fr.
- Allocation exceptionnelle (1872) Initiative : 100 fr. Total des points de mérite : 1.886.
- Rang général : 10e sur 49.
- Rang dans les spécialités de mérite :
- 15e sur 48 : Exactitude et bon travail,
- 12e » 50 : Capacité et intelligence,
- 8e » 47 : Justice dans les relations du travail.
- JU Appointements : 1.500 fr.
- Allocation exceptionnelle (1872) Initiative : 70 fr. Total des points de mérite : 1.423.
- Rang général : 41e sur 49.
- Rang dans les spécialités de mérite :
- 28e sur 48 Exactitude et bon travail,
- 47e » 50 : Capacité et intelligence.
- 28e » 47 : Justice dans les relations du travail.
- 4 4
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- 332
- LE DEVOIR
- RA Appointements: 1.800 fr.
- Auteur d’inventions dont 1 a entraîné des primes.
- Total des points de mérite : 1.466.
- Rang général : 38e sur 49.
- Rang dans les spécialités de mérite :
- 42e sur 48 : Exactitude et bon travail,
- 39e » 50 : Capacité et intelligence,
- 22* » 47 : Justice dans les relations du travail.
- #
- # #
- GA Appointements: 1.380 fr.
- Auteur d’inventions dont 1 a entraîné des primes.
- Total des points de mérite : 1.475.
- Rang général : 36® sur 49.
- Rang dans les spécialités de mérite :
- 24° sur 48 : Exactitude et bon travail,
- 35e » 50 : Capacité et intelligence,
- 42* » 47 : Justice dans les relations du travail.
- ZO Appointements : 1.800 fr. au moins (travaillait à l'heure.) Auteur d’inventions dont 1 a entraîné des primes.
- Total des points de mérite : 1.375.
- Rang général : 43* sur 49.
- Rang dans les spécialités de mérite :
- 46e sur 48 : Exactitude et bon travail.
- 35e » 50 : Capacité et intelligence.
- 40e » 47 : Justice dans les relations du travail.
- ZI Appointements: 1.800 fr.
- Auteur d’une invention ayant entrainé prime.
- Total des points de mérite : 1.661.
- Rang générai : 23* sur 49.
- Rang dans les spécialités de mérite :
- 20e sur 48 : Exactitude et bon travail,
- 22e » 50 : Capacité et intelligence,
- 26® » 47 : Justice dans les relations du travail.
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-
- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
- 333
- pE Appointements: 1,800 fr.
- Membre du Comité des expéditions.
- Total des points de mérite : 1.545.
- Rang général : 28e sur 49.
- Rang dans les spécialités de mérite :
- 13e sur 48 : Exactitude et bon travail,
- 30® * 50 : Capacité et intelligence,
- 45e » 47 : Justice dans les relations du travail.
- VA Appointements : 2.160 fr.
- Membre du Comité des expéditions.
- Total des points de mérite : 1.581.
- Rang général : 25® sur 49.
- Rang dans les spécialités de mérite :
- 2i® sur 48 : Exactitude et bon travail,
- 26® » 50 ; Capacité et intelligence,
- 34® » 47 : Justice dans les relations du travail.
- BO Appointements : 2.100fr.
- Membre du Comité du contentieux, des recouvrements et litiges.
- Total des points de mérite : 1.696.
- Rang général : 19® sur 49.
- Rang dans les spécialités de mérite :
- 368 sur 48 : Exactitude et bon travail,
- 20® » 50 : Capacité et intelligence,
- 12e » 47 : Justice dans les relations du travail.
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- LE DEVOIR
- FO Appointements : 2.400 fr.
- Membre du Comité du contentieux, des recouvrements et litiges.
- Total des points de mérite : 1.568.
- Rang général : 26® sur 49.
- Rang dans les spécialités de mérite :
- 22e sur 48 : Exactitude et bon travail,
- 27e » 50 : Capacité et intelligence,
- 38e » 47 : Justice dans les relations du travail.
- -¥
- * *
- Les rangs généraux passés sous nos yeux sont les suivants : 2 à 5, 7, 8, 10, 11, 14, 17, 19, 20, 23 à 26 (ce dernier deux fois), 28, 33 à 36,38, 41, 43, 48; par conséquent, des 26 employés offrant traces caractérisa tiques de capacité, 12 sont relégués dans la seconde moitié du classement, du 25e au 48e rangs !
- A l’essai réalisé le 28 février précédent, et où 41 rangs (pour 48 intéressés), avaient été déterminés par le vote, 10 des mêmes employés avaient été relégués encore dans la seconde moitié du classement, du 21e au 39e rangs.
- Enfin, au vote des appointements (réalisé en mars-avril) , 15 et des plus notables parmi les mêmes employés, s’étaient vu appréciés par le suffrage en déchéance de rémunération.
- Groupant le résultat de ces trois essais pour les 26 employés qu’il a été possible de caractériser un peu, nous obtenons le tableau suivant :
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- Classement du personnel par lui-même (Usine)
- Signes représentatifs des 26 caractérisés 18 7 2
- 28 février Vote général : * 41 rangs (48 intéressés) Mars-Avril Vote des appointements annuels 18 juin Vote général : 49 rangs (52 intéressés)
- G 4e (1) — 652 fr. 8e
- B 3e — 58 5e
- CA 11e + 100 34e
- JO Jer — 654 2e
- M 32e — 3.442 26e
- RE 9e — 221 4e
- HO 19e — 129 17e
- TA 12e — 77 20e
- HA 21e — 72 33e
- QA non participant — 111 11e
- LA 23e — 623 24e
- KE 39e 49 48e
- D 2e 4- 173 3e
- H 6e + 342 7e
- JA 36e + 265 35e
- JE 8e + 240 14e
- I 7e + 299 50 10e
- JU non participant non participant 41e
- RA 35e —. 318 38e
- GA 33e -L_ 169 36e
- ZO non participant non participant 43e
- ZI 22e H- 1 23e
- FE 15e 4- 169 28e
- VA 28e — 244 25e
- BO 20e _ 126 19e
- FO 33e + 118 26e
- (1) Les signes : +, — indiquent le vote en augmentation ou diminution des appointements de l’importance de la somme portée en francs et centimes.
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- Conclusion : En un champ aussi restreint que celui de l’établissement et même en ne s’adressant qu’à la partie la plus cultivée du personnel, il n’était pas possible, quant à présent du moins, de confier au suffrage la fonction d’appeler et maintenir aux premiers rangs les capacités techniques, même effectives. C'était là un enseignement de toute première utilité pour la rédaction du futur pacte d’association.
- Familistère.
- Parmi les 15 employés du Familistère appelés à la répartition des bénéfices de l’exercice 1872, un seul se trouve revêtu de l’un des témoignages de capacité visés ci-dessus ; c’est NO. Une allocation exceptionnelle de 100 francs pour l’exercice 1872 est inscrite à son nom. Il sort classé 2e sur 15 par le vote non de ses collègues, mais des conseillers élus dans l’habitation unitaire.
- Une observation s’impose à ce sujet : NO est mieux classé par le vote exercé dans le champ général qu’il ne l’avait, été par le vote entre membres du groupe (1). En effet, le suffrage dans le groupe l’avait mis à l’avant-dernier rang. C’est en apparence l’opposé delà lre leçon pratique recueillie dans cette étude d’expérimentation du suffrage : Assortir le plus possible les électeurs et les éligibles. Est-elle donc contredite par le cas de NO?
- Allons au fond des choses. Les employés des services du Familistère, appelés à participer à l’essai qui nous occupe, se répartissaient en 2 groupes seulement : celui des hommes au nombre de 6 ; celui des femmes au nombre de 9. Chacun de ces 15 intéressés était occupé dans des services spéciaux et son travail ne le mettait point en rapports étroits avec les autres membres du groupe, comme c’était le cas, par exemple,
- (1) Le Devoir, mai 1906, p. 276.
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- pour les employés des 2e et 3e groupes (Usine) : « Comptabilité et correspondance », ou « Expéditions et quinzaines »,. etc.
- Groupés en raison de leur petit nombre, non en raison de la similitude de leurs travaux, les employés susdits : hommes d’une part, femmes d’autre part ne votaient pas en connaissance de cause. Aussi, pour atténuer cette défectuosité, avait-on appelé les conseillers élus (12 hommes, 12 femmes, ensemble 24) à exercer le vote sur l’ensemble des intéressés. Tenus, au moins d’une façon générale, au courant de la marche des services , les conseillers pouvaient apporter dans leurs votes une certaine connaissance des mérites relatifs des employés à apprécier. Ainsi s’explique le vote concernant NO.
- Cette troisième et dernière expérimentation du suffrage dans la série spéciale des employés avait été tentée en vue de la répartition des bénéfices de l’exercice en cours, 1872. La répartition s’opéra en mai 1873 sans mention des résultats du vote dont nous venons de faire l’exposé, et tout simplement sur la base de la rémunération annuelle de chacun des participants. Nous verrons le fait plus loin, chap. XXV. ^
- Vve J.-B.-A. Godin , née Moret.
- (A suivre).
- ERRATUM
- Documents biographiques. Le Devoir, mai 1906, page 270, dans le tableau, à la colonne capacité et intelligence, 4e ligne, lire 20 au lieu de 26.
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- les élections législatives de 1906 et le programme de la majorité radicale.
- Le régime républicain est sorti fortifié des élections des 6 et 20 mai.
- Nulle part, d’ailleurs, il n’avait été sérieusement l’objet d’une attaque directe. C’est par des voies détournées que ses adversaires avaient espéré l’atteindre. L’opposition réactionnaire avait cru devoir engager la lutte sur la question cléricale, où elle pouvait compter sur le concours de l’opposition républicaine modérée qui l’avait constamment soutenue dans sa résistance aux lois de laïcité. Ce concours ne lui a pas fait défaut. Résultat : une double défaite pour les partisans masqués des régimes déchus et pour les partisans modérés du régime actuel.
- « La France ne veut pas du cléricalisme » : telle est la conclusion que, dès le lendemain du 1er tour de scrutin, le grand journal modéré Le Temps tirait de cette * campagne qu’il n’avait pas conseillée, bien qu’il se soit toujours montré hostile aux mesures législatives qui avaient rompu le lien attachant l’Eglise à l’Etat.
- Donc, finie l’équivoque libérale ; finie également l’équivoque nationaliste, car, si les partis franchement réactionnaires ou modérés, ont subi des pertes, le parti sans nom s’est véritablement efîondré.
- Les avantages remportés au premier tour de scrutin par les trois fractions de gauche : alliance républicaine démocratique, parti radical et radical socialiste, parti
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- socialiste, se sont accrus au second tour, grâce à la règle adoptée par elles et rigoureusement appliquée, d’après laquelle celui des candidats de gauche qui avait obtenu le plus grand nombre de voix au tour devait bénéficier de cette désignation du suffrage universel.
- Ce qui se dégage des élections de 1906, c’est le maintien de cette forte unité républicaine, qui, depuis*sept ans, a permis de montrer la République en action. C’est le triomphe du Bloc.
- « A une heure où tous les ennemis de la République croyaient pouvoir exploiter contre elle le concours des circonstances les plus propres à alarmer le pays : émeutes cléricales, sous prétexte d’inventaires ; grèves du Nord ; douloureuse effervescence trop excusée , hélas ! par la catastrophe de Courrières ; annonces sinistres-pour le 1er mai, le pays s’est montré parfaitement maître de lui, plein de sang-froid et de clairvoyance, réfractaire au soupçon, à la panique et à la calomnie, plus que jamais confiant dans la République, plus que jamais décidé à l’orientation franchement dans le sens démocratique. » Ainsi s’exprime le manifeste lancé entre les deux tours de scrutin, par le parti radical et radical socialiste , présidé par l’ancien président du conseil, M. Combes.
- Le parti radical et radical socialiste qui constituait, dans l’ancienne Chambre, le groupe le plus nombreux de la majorité est aujourd’hui considérablement renforcé. Il était hier au pouvoir, il s’y trouve aujourd’hui consolidé. Ses responsabilités ont grandi d’autant.
- Si l’on s’en rapporte au manifeste que nous venons de citer, et au programme publié, en vue des élections, c’est particulièrement aux réformes économiques et sociales que ce parti devra consacrer désormais ses efforts.
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- L’œuvre de laïcisation, commencée par la dispersion des congrégations et par l’abolition de leur enseignement a été, en effet, couronnée par la rupture du Concordat. Or, le parti radical et radical-socialiste considère cette œuvre d’ « émancipation intellectuelle et morale de la nation » comme « la préface et la préparation nécessaire de son émancipation économique et sociale », qu’il se félicite, d’ailleurs, d’avoir amorcée.
- Le programme radical et radical-socialiste s’exprime ainsi sur les solutions qu’il entend faire prévaloir à cet. égard :
- « Séparés des socialistes-collectivistes sur le principe de la propriété individuelle, que nous entendons maintenir, tandis qu’ils prétendent la supprimer, nous ne sommes ni moins résolus, ni moins passionnés qu’eux pour assurer et hâter l’évolution sociale qui doit réaliser le relèvement définitif de la démocratie laborieuse.
- « Contre l’école égoïste du laisser-faire, nous affirmons le droit de l’Etat d’intervenir dans les rapports du capital et du travail pour établir les conditions nécessaires de la justice. Nous voulons créer, pour le prolétariat, par le jeu pacifique des institutions, une situation où celui-ci pourra trouver dans une législation basée sur le principe de la solidarité sociale les moyens de mieux défendre ses intérêts, de faire valoir plus efficacement ses droits.
- « Nous voulons, en attendant la transformation nécessaire du salariat, qu’il puisse recevoir la part qui lui revient en équité sur la valeur du produit récolté ou fabriqué.
- « C’est dire que nous entendons favoriser le large courant qui porte vers l’organisation syndicale les travailleurs de tous les milieux; nous les aiderons à acqué-
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- rir pour le développement de cette organisation syndicale, instrument légal de l’émancipation prolétarienne, toutes les libertés et toutes les garanties qu’ils sont en droit d’attendre de la République.
- « Nous nous efforcerons de prévenir les conflits douloureux qu’entraîne trop souvent la grève, en établissant des procédures d’arbitrages.
- « Nous nous attacherons à résoudre les problèmes complexes du chômage, de la réduction des heures de travail, de la participation aux bénéfices ; loin de nous enfermer dans un égoïsme de classe qui nous apparaîtrait comme une banqueroute républicaine, nous tendrons, prolétaires nous-mêmes, fraternellement la main au prolétariat pour la conquête de ses droits, pour sa complète émancipation intellectuelle, morale et matérielle.
- « La République, fondée au prix de leur sang par les travailleurs, a contracté envers eux une dette sociale que nous ne laisserons pas prescrire !
- « De même nous défendrons l’ouvrier contre le péril que lui cause son isolement en présence d’une industrie de plus en plus centralisée, qui met aux mains de quelques privilégiés des capitaux immenses. Nous le défendrons contre les trusts ; nous ferons rentrer dans le domaine de l’Etat, en tenant compte de tous les droits, la plupart des industries monopolisées, mines, chemins de fer, assurances, crédit, au fur et à mesure que l’intérêt général du pays, le souci de sa défense nationale, les besoins de sa production industrielle et agricole le permettront.
- « A la démocratie rurale nous donnerons enfin l’impôt progressif sur le revenu, qui, en frappant chacun selon ses facultés, exonérera les petits de la charge écrasante qu’ils supportent. Nous assurerons au petit proprié-
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- taire, au cultivateur durement éprouvés par des crises trop répétées , une meilleure organisation du crédit agricole et des conditions plus justes de circulation, de vente et de production de ses produits.
- « Les masses rurales sont l’immense majorité de la nation et la force de la République; nous nous efforcerons, par une politique économique imbue d’un large esprit démocratique, par la suppression de l’impôt foncier pour les petites cotes, par la diminution des frais judiciaires, par la réforme des droits d’héritage, enfin par la réalisation des grands travaux d’intérêt général depuis longtemps réclamés des diverses régions de la France, de créer des conditions nouvelles de bien-être et de prospérité, qui donnent à la démocratie rurale la preuve manifeste et tangible de la gratitude que lui a vouée la République.
- « Les élus de notre parti ne se montreront pas moins dévoués aux intérêts des petits commerçants, et de la masse des employés de chemins de fer, des employés de commerce et de l’industrie, des milliers de petits fonctionnaires, facteurs, cantonniers, et commis des diverses administrations dont le sort est si digne d’intérêt.
- « Décidé à pratiquer une politique sévère d’économies, le parti républicain radical et radical-socialiste ne supportera pas, cependant, que celles-ci soient faites aux dépens des humbles. Il y a assez d’abus à supprimer par ailleurs, pour que les droits des petits ne soient ni méconnus ni lésés.
- « Le parti radical et radical-socialiste est un parti de justice et de solidarité sociale.
- « Il ne poursuit qu’un but : le développement et le triomphe des idées de liberté, d’égalité et de fraternité que la France moderne a recueillies de l’impérissable tradition de la Révolution française.
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- « Repoussant toute solidarité avec certaines doctrines, il veut la patrie grande pour la paix, le développement de l’arbitrage international, l’armée respectée mais fidèle à ses devoirs et obéissante aux lois.
- « Il veut en un mot une République de travail, de liberté et de progrès ».
- On pourrait reprocher à ce programme d’être un peu diffus, si l’on oubliait qu’il ne s’agit de rien d’assimilable à ces épures, qui sont le dernier terme du travail préparatoire d’une construction, mais d’un appel destiné à rallier le plus grand nombre d’hommes possible à un plan de réalisation assez vaste pour que chacun, suivant ses sentiments ou ses intérêts particuliers, puisse y rattacher quelque lambeau de ses espérances.
- Ce n’est donc pas la manière flottante de ce document qui le distinguerait des autres documents du même genre rédigés par de simples candidats ou des comités locaux, mais ce fait qu’il émane du groupement politique le plus considérable et représente le plan d’action de la majorité qui va faire la loi.
- Précis sur certains points, vague sur d’autres , il embrasse dans son ampleur des intérêts multiples, s’ils ne vont pas toujours ensemble sans quelque contradiction ; et, en outre, tel que ses prédilections politiques disposeraient à le lire avec sympathie pourrait bien regretter d’y trouver quelques lacunes.
- Précis, il l’est par l’affirmation du principe de la propriété individuelle; par l’affirmation de la possibilité de l’émancipation légale du prolétariat; par l’affirmation du droit de l’Etat d’intervenir dans les rapports du capital et du travail, et de faire rentrer dans son domaine, en tenant compte de tous les droits, la plupart des industries monopolisées.
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- Nous trouvons encore dans le manifeste l’affirmation très nette que le prolétariat doit recevoir la part qui lui revient en toute équité sur la valeur du produit récolté ou fabriqué. Un peu plus loin, la participation aux bénéfices est citée dans une énumération des problèmes à résoudre.
- La question est posée depuis longtemps devant le Parlement, et la Chambre défunte elle-même en avait été saisie sous la forme de trois propositions de loi : l’une de MM. Ernest Roche et Faillot, concernant spécialement l’industrie minière, la seconde de M. Ballande visant les entreprises concédées à une société anonyme, et la troisième de M. Doumer, d’une application générale.
- La première qui vient d’entrer dans sa troisième législature n’est pas sortie des cartons de la commission d’enquête sur les mines à laquelle on l’avait renvoyée contre toute raison , cette commission n’ayant pas qualité pour rapporter des propositions de loi ; la seconde n’a été l’objet d’aucun rapport de la commission du travail, et quant à la dernière en date, celle de M. Doumer, elle n’a pas même été renvoyée pour examen sommaire aux bureaux, son auteur, élu président de la Chambre, s’étant désintéressé , sans doute, de son sort, qui n’a pas ému davantage ses cosignataires.
- Dans quel esprit le parti radical abordera-t-il la solution de ce problème? Aurait-il fait un choix entre la participation obligatoire et la participation facultative réglementée? Les pratiquants de la participation, assez peu nombreux encore, sont généralement hostiles à l’intervention même atténuée du législateur en cette matière, à plus forte raison à l’obligation. En dehors d’eux, et la part faite aux sympathies d’une grande
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- partie du monde coopératif et des syndicalistes non-révolutionnaires (les socialistes n’exigeant que des coopératives la pratique de la participation) il n’existe en faveur de ce système aucun courant populaire bien tranché, ni bien homogène.
- Les initiateurs ont le champ libre. Et qui sait ? Peut-être dans le cadre d’une loi conforme aux données de l’expérience, la participation pourra-t-elle se développer et réaliser dans le monde du travail l’idéal d’équité qu’elle comporte.
- La forme donnée par M. Doumer à sa proposition est des plus avantageuses. Elle laisse en dehors de la loi la participation bénévole, et soumet à ses prescriptions, sauf stipulations contraires, la participation contractuelle.
- Si nous louons fort cette conception, nous aurions mauvaise grâce à élever la moindre objection contre la formule de répartition proposée par son auteur à la sanction législative, elle n’est autre, en effet,-que la formule préconisée par Godin dans ses ouvrages, notamment dans Solutions sociales et qui, depuis une trentaine d’années, sert de règle au partage des bénéfices dans l’Association du Familistère : répartition du bénéfice net de l’entreprise entre le capital et le travail proportionnellement à l’intérêt versé au capital et au salaire alloué au travail. M. Doumer reprendra-t-il sa proposition ? Le parti radical la fera-t-il sienne ?
- En ce qui concerne les syndicats professionnels, le programme du parti radical reste dans/un vague qu’expliquent suffisamment les opinions contradictoires qui se sont manifestées, tout récemment, au sujet de la prétention de certaines catégories de fonctionnaires à bénéficier de la loi de 1884. C’est pour permettre à la réflexion de mûrir les solutions qu’en présence de la sou-
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- daine poussée des revendications nouvelles, la Chambre précédente avait ajourné tout débat sur ce point. La consultation populaire aura-t-elle apporté quelque lumière dans les esprits ?
- En tous cas c’est là une de ces questions dont la solution ne saurait être longtemps différée ; et puisque le parti radical admet que l’organisation syndicale doit devenir entre les mains du salariat l’instrument légal et pacifique de rémancipation ouvrière, il est urgent que la loi intervienne pour la fixer d’une manière.qui ne laisse aucune prise aux divergences d’interprétation.
- Les conclusions du rapport Barthou complétées par les indications de la commission extraparlementaire, qui étudie en ce moment la question spéciale de l’extension des droits syndicaux aux fonctionnaires, pourront, si l’on veut, dès les premiers jours de la reprise des travaux parlementaires servir de base à une discussion.
- Du reste, si la majorité radicale a la ferme volonté d’aboutir, elle sera amené à prendre les questions dans l’ordre même où le point de préparation atteint par chacune d’elles, permet d’obtenir la solution la plus rapide. Or, sa bonne fortune a voulu que les questions dont le caractère d’urgence est le plus indéniable soient également celles dont la préparation est la plus avancée.
- Tel est le cas, parmi quelques autres exemples, du projet déposé par M. Millerand sous le ministère Waldeck-Rousseau et qui vise le règlement amiable des conflits du travail.
- Une réforme qui ne paraît pas avoir aux yeux des rédacteurs du manifeste un caractère d’urgence, c’est la réforme électorale. Le manifeste n’en souffle pas mot. A plus forte raison, ne se préocupe-t-il pas de l’extension du suffrage aux femmes. Sur ce point, les radicaux qui ont voté la séparation des Eglises et de l’Etat, res-
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- tent pour la plupart, en parfaite communion d’idées avec le pape. Qu’il nous soit permis en passant de rappeler qu’un certain nombre de questions qui intéressent les femmes, sans menacer le monopole électoral des hommes, sont encore en souffrance au Palais-Bourbon, aussi bien qu’au Luxembourg ?
- La question des retraites ouvrières est pour le moment sortie de la sphère d’action de la Chambre. On sait quels obstacles elle rencontre au Sénat. Le devoir du gouvernement issu d’une majorité plus compacte encore que celle qui a voté la loi, sera de s’efforcer d’obtenir du Sénat tout au moins l’indispensable adhésion au principe de l’obligation, pivot de la réforme, ou de présenter des dispositions nouvelles précises dont il soit possible de discuter la valeur et de mesurer le coût.
- Quand nous lisons dans le manifeste que les élus du parti se montreront dévoués aux intérêts des petits commerçants, nous ne sommes pas surpris de ne pas y trouver un seul mot en faveur de la coopération ; non pas que nous estimions que les intérêts du petit commerce ne méritent pas la sollicitude du Parlement, mais le législateur se doit à l’équité, et nous nous souvenons que c’est pour sauvegarder les intérêts du petit commerce que la majorité de la Chambre, défunte au mépris de toute justice, imposa de la patente les coopératives non-commerciales, après une discussion où s’était étalée en plein son ignorance absolue non pas seulement du rôle social de la coopération, mais des conditions même de son fonctionnement. Et, cependant quelles économies de réforme n’apporterait-elle pas dans l’organisme social, si les pouvoirs publics au lieu
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- de lai déclarer la guerre et d’en contrarier l’effort consentaient à lui accorder la seule chose qu’elle leur demande : la laisser tranquille !
- Si les réformes sociales sont coûteuses, la politique des armements l’est bien davantage encore. On ne sait pas ce que vaudra à l’épreuve la profession de sympathie pour l’arbitrage de la majorité radicale que nous trouvons dans le manifeste. Continuera-t-elle à maintenir liés ensemble le budget du passé et le budget de l’avenir.X’un et l’autre grossissent à qui mieux mieux. Le résultat des combinaisons fiscales à laquelle la Chambre nouvelle va se livrer lui permettra-t-elle de faire face à cette double charge ?
- ***
- En réunissant les résultats des deux tours de scrutin, on constate que la Chambre nouvelle se compose ainsi :
- Conservateurs......................... 46
- Nationalistes......................... 26
- Libéraux.............................. 38
- Progressistes......................... 70
- Républicains ....................... 70
- Radicaux............................. 269
- Socialistes......................... 20
- Socialistes unifiés .................... 54
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- LA COOPÉRATION ET LA PARTICIPATION
- Congrès des Sociétés coopératives socialistes belges.
- Ce Congrès s’est tenu pendant les journées des 24 et 25 mars dernier à la Maison du Peuple de Bruxelles.
- D’après le rapport administratif communiqué à l’assemblée , la Fédération créée depuis cinq ans, a fait, en 1901 , pour 769,356 fr. 35 c. d’affaires ; en 1902, 1,211,439 fr. 19 c. ; en 1903, 1,485,572 fr. 92 c. ; en 1904, 1,608,475 francs et l’an dernier, 2,217,842 fr. 28, soit une augmentation de 600,000 francs.
- Le nombre des sociétés clientes est de 171.
- L’augmentation du débit de marchandises provient : 1° d’un accroissement des sorties du magasin central (240,371 fr. 60 c. en 1904 et 310,723 fr. 50 c. en 1905); 2» de la vente plus grande des beurres, 25,000 francs; 3° de la vente de nouveaux articles : oeufs, tissus de laine ; 4° de la torréfaction des cafés, 26,000 francs ; 5° de la vente progressive des sociétés de production (300,000 francs environ).
- L’administration compte organiser d’ici peu une laiterie fédérale et l’achat en gros des oeufs du pays et de l’étranger.
- Vente actuelle du beurre : 1 million de francs ; des œufs : 300,000 francs.
- De nombreuses transformations et d’importants projets ont été acceptés par le Congrès, notamment : l’établissement d’une mouture d’épices et d’une fabrique de moutarde, la constitution d’un département agricole.
- La question des vins préoccupe également le comité fédéral. A raison du débouché qui existe dans les sociétés et de la présence de coopératives vinicoles sérieuses fonctionnant en France, le comité propose d’organiser ce commerce. La question sera examinée par les Congrès
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- Le devoir
- régionaux au cours de cette année. Une commission chargée de se mettre en rapport avec les coopératives vinicoles de France, à l’effet d'acheter en gros les vins, sera désignée par le Conseil.
- Disons à ce sujet que, d’après une liste dressée par le Musée social, les sociétés coopératives de vinification ou de vente des vins, se répartissent ainsi : Algérie 1, Yar 1, Gard 2, Hérault 3, Aude 1, Haute-Garonne 2, Tarn 1, Dordogne 1, Indre-et-Loire 1, Jura 2, Dijon 1, Bordeaux 1, Champagne 1. D’autres sociétés sont en voie de formation.
- La coopérative De Arbeid (châles et couvre-lits) est reprise à titre d’essai par la Fédération.
- Une commission chargée de préparer l’organisation de l’assurance contre les accidents du travail, pour les ouvriers et employés des sociétés coopératives, sous la forme de caisse mutuelle ou de société coopérative, ou sous toute autre forme, sera désignée par le Conseil d’administration.
- Un Congrès spécial se tiendra cette année pour la discussion de la pension aux vieux coopérateurs:
- Les coopératives sont invitées à adhérer à l’Alliance coopérative internationale et à faire parvenir leur adhésion à la Fédération.
- Les Fédérations coopératives d’achat se développent d’une façon plus ou moins rapide, mais elles suivent toutes une marche progressive.
- Le tableau suivant en est la preuve :
- Chiffre d’affaires en
- Wholesale anglaise : Fédération de Hambourg : Grande centrale danoise : Union coopérative suisse : Fédération belge :
- Office coopératif de Paris :
- 1904
- 495.225.000 fr. 42.411.000 fr. 31.075.000 fr. 5.005.000 fr. 1.633.000 fr. 679.000 fr.
- 1905
- 519.975.000 fr. 47.893.000 fr. 35.190 000 fr. 7.671.000 fr. 2.000.000 fr. 809.000 fr.
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- Fabrique fédérale de savon.
- La Fédération des sociétés coopératives Allemandes est sur le point de construire sa fabrique de savon à Aken-sur-Elbe.
- On sait que des difficultés provenant du mauvais vouloir de l’administration de cette localité, avaient jusqu’à présent retardé l’exécution de ce projet.
- • • *
- Les Sociétés coopératives italiennes tiendront leur congrès annuel à Milan les 1er et 2 juillet.
- D’après une statistique qui vient d’être établie dans le pays à la veille de l’Exposition de Milan, 400 sociétés recensées accusent 62,813 membres, un capital de 14,386,699 fr. 01, un fonds de réserve et de prévision de 1,583,985 fr. 39, un total d’affaires annuel de 26 millions 326,930 fr. 61 , un ensemble de bénéfices de 408,036 fr. 33 et une perte de 2,823 fr. 58.
- L’hôtel populaire de Milan.
- Un rédacteur de la Coopération qui a visité VAlbergo popolare (hôtel populaire) de Milan, publie ses impressions sur ce remarquable restaurant coopératif.
- Inauguré le 17 juin 1901, VAlbergo popolare, exclusivement réservé aux hommes, occupe une superficie de 2,000 mètres carrés ; il a coûté 800,000 fr.
- Au rez-de-chaussée se trouvent une vaste salle à manger où 250 personnes peuvent prendre place à leur aise, une salle de lecture avec livres et journaux et une salle de jeux qui sert en même temps de fumoir. Dans une autre salle spéciale toujours au rez-de-chaussée, sont disposées 600 petites armoires où les hôtes peuvent déposer leurs vêtements, moyennant une location de 30 centimes pour la durée de leur séjour.
- Au sous-sol sont situés 8 grands lavabos en marbre avec miroir, munis de 6 grandes cuvettes avec chacune deux robinets : eau froide et eau chaude.
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- LE DEVOIR
- Dans une autre partie les hôtes ont à leur disposition des cabines de bains et de douche et des baignoires spéciales pour bains de pieds à raison de 30 centimes le bain et 10 la douche. Enfin, un lavoir à vapeur où se lavent chaque jour 500 draps de lit et le linge de corps des pensionnaires.
- Les cinq étages supérieurs contiennent 530 chambres, chacune de ses chambres mesure 3m20 de hauteur, 2m20 de longueur et lm70 de largeur, possède une fenêtre et accède sur un vaste corridor contenant 2 lave-mains et 4 cabinets d’aisance. Le mobilier se compose d’un lit en fer, une chaise, un porte-manteau, une petite lampe électrique. Des tuyaux de chauffage complètent cette installation simple mais confortable.
- Dans le vestibule d'entrée se trouve un guichet où les hôtes prennent en passant leur billet de logement au prix de 60 centimes par jour y compris le linge ou 3 fr. par semaine.
- Les mets variés que l’on sert à table sont excessivement bon marché : la viande de 30 à 60 centimes la portion ; les légumes et le fromage de 10 à 15 centimes.
- Il est permis de passer toute la journée à l’hôtel populaire. Toutefois, le règlement prescrit qu’il faut quitter la chambre à 9 heures du matin et ne pas s’y rendre avant 8 heures du soir.
- En 1903, YAlbergo popolare a reçu 143,463 personnes, soit une moyenne de 393 par jour.
- On a distribué la même année aux porteurs d’actions un intérêt de 4 0/0. De sorte que les bailleurs de fonds qui ont aidé à la création du restaurant coopératif de Milan, ont fait une bonne afîaire en même temps qu’une bonne œuvre.
- La loi suisse sur les falsifications des denrées alimentaires.
- L’Union suisse des sociétés coopératives a pris l’initiative d’une campagne référendaire à propos de cette
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- loi qu’elle combat parce qu’elle ne protège pas le consommateur contre la fraude, qu’elle a un caractère fiscal, qu’elle a pour mobile de mettre des entraves à l’entrée des produits en Suisse et ainsi de favoriser le renchérissement des produits au grand avantage des agriculteurs protectionnistes de la Suisse.
- Les Chambres de commerce de plusieurs villes et le parti socialiste s’étaient associés à cette campagne dont le résultat a dépassé l’attente de ses promoteurs.
- Les différents comités référendaires ont réuni 62,454 signatures, soit plus, du double du nombre nécessaire pour provoquer une consultation populaire.
- Le referendum n’aura probablement pas lieu avant l’automne.
- La participation aux bénéfices.
- La vingt-septième assemblée générale annuelle de la Société pour l’étude pratique de la participation du personnel dans les bénéfices, s’est tenue au Musée social, sous la présidence de M. Paul Delombre, ancien ministre, président de la société.
- La Société pour l’étude pratique de la participation du personnel dans les bénéfices a constitué une bibliothèque ; elle a des archives, où sont réunis tous les documents de nature à faciliter aux chefs d’industrie les informations qu’ils seraient désireux d’avoir sur la question. Elle a publié un Guide pratique excellent. Elle s’occupe de le compléter.
- M. Albert Trombert, secrétaire, a fait connaître les travaux de la Société pendant l’année 1905. Elle a poursuivi l’enquête permanente qui est l’objet principal de sa mission, résumé ses constatations dans l’intéressant Bulletin qu’elle publie régulièrement, organisé des conférences, veillé à l’installation de la classe de la participation aux bénéfices à l’exposition de Liège, et Pris part à cette exposition, où le jury international lui
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- a décerné la plus haute récompense dont il disposât. La Société exposera de même à Milan et à Tourcoing, afin de développer son oeuvre d’étude et de propagande.
- La participation aux bénéfices apparaît comme l’un des moyens les plus précieux de rapprochement et d’union du capital et du travail. Dans une allocution vivement applaudie, M. Paul Delombre en a rappelé les principes, tels que les ont mis en lumière et précisés les congrès internationaux de 1889 et de 1900. Mieux intéressé aux résultats de l’entreprise, incité à déployer toute son initiative et son activité, l’employé apporte certainement à l’employeur, grâce à la participation aux bénéfices, une plus-value qui exclut de cette institution tout caractère blessant de générosité : ce sont des intérêts et des droits mieux compris qui sont en présence ; c’est une solidarité plus étroite qui s’affirme.
- La participation aux bénéfices éveille l’esprit de prévoyance, substitue à la vie au jour le jour les pensées d’avenir, apporte plus de sécurité et de stabilité à l’industrie et à la famille ouvrière. Plus largement répandue, elle contribuerait à prévenir les grèves en proportionnant mieux et sans secousse la rémunération du travail aux profits des entreprises. Elle est, à ce titre, un élément de paix sociale et de progrès démocratique auquel on ne saurait accorder trop d’attention.
- Deux Grands prix.
- A l’exposition internationale de Liège, le Grand Prix a été décerné à deux Fédérations coopératives :
- U Union coopérative des sociétés françaises de consommation et la Fédération des sociétés coopératives socialistes de Belgique.
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- RUSSIE.
- La Douma.
- Le 10 mai 1906 comptera parmi les journées historiques de la Russie et comme un évènement considérable dans l’histoire du monde. Ce jour-là, en effet, la Russie s’est inscrite au nombre des nations constitutionelles. Devant une assemblée composée de délégués élus par les paysans, les ouvriers, les marchands, les nobles, le tsar a prononcé des paroles qui doivent être retenues.
- « Le soin de la prospérité de la patrie que m’a confié la divine Providence m’a amené à convoquer des élus du peuple pour collaborer aux travaux de législation.
- » C’est avec une ardente croyance en un avenir serein pour la Russie que je salue dans vos personnes les hommes les plus capables, que j’ai commandé à mes chers sujets d’élire.
- » Des travaux difficiles et compliqués vous attendent. Je suis persuadé que l’amour de la patrie et un chaleureux désir de lui être utile dicteront vos actes et vous uniront,
- » Pour ma part, je protégerai d’une manière inébranlable les institutions que j’ai accordées, fermement convaincu que je suis que vous emploierez toutes vos forces à servir avec dévouement la patrie, pour donner satisfaction aux besoins des paysans, si chers à mon cœur, à l’éducation du peuple et au développement de sa prospérité, en vous rappelant que, pour qu’un État prospère véritablement, il ne lui faut pas seulement la liberté, mais aussi l’ordre, basé sur les principes de la Constitution.
- » Puissent se réaliser mes souhaits ardents de voir mon peuple heureux et de laisser en héritage à mon
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- fils un Etat solide, bien organisé et pénétré de civilisation ! Que Dieu bénisse la tâche qui est devant moi, en collaboration avec le conseil de Fempire et la Douma, et puisse ce jour de rajeunissement du pays russe au point de vue moral marquer la renaissance de forces nouvelles !
- » Allez à la tâche pour laquelle je vous ai convoqués et justifiez pleinement la confiance du tsar et du peuple russe ! Que Dieu m’aide et vous aide ! »
- Trois mots résument ce programme : liberté, ordre, constitution. Trois choses nouvelles en Russie.
- Sans doute dans l’esprit de celui qui les a prononcés, ces mots n’ont pas la signification que nous leur attribuons. Pas plus que la Douma n’est un parlement au sens que l’on attache à ce mot dans les pays constitutionnels, la Constitution, telle que l’entend l’autocrate russe, n’a pas le caractère d’une loi suprême placée au dessus de tous, souverains et sujets.
- A la veille de l’ouverture de la Douma, le tsar a promulgué des « lois fondamentales » qui ont pour but d’établir nettement quels sont les droits législatifs que le souverain se réserve vis-à-vis de son parlement. Ces lois affirment l’autocratie du tsar. L’initiative légale et l’approbation des lois sont attribués sans réserve à l’empereur. Lui seul peut ordonner la révision des lois fondamentales par le conseil de l’empire et la Douma. » Le droit de paix et de guerre, la disposition exclusive de la force armée restent les prérogatives absolues du monarque. Celui-ci choisit les ministres et les hauts dignitaires, et il peut les congédier sans intervention de la Douma. L’empereur peut dissoudre la Douma et fixer la date des nouvelles élections. Dans l’intervalle des sessions, il peut faire et promulguer des lois. C’est le régime des ordonnances. Enfin les lois fondamentales consacrant les promesses antérieures sur l’octroi des libertés civiles, l’inviolabilité de la personne, la nécessité d’un mouvement en forme pour motiver une arrestation, le droit d’association, de réunion, etc., sont remi-
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- ses en question par un article spécifiant que des exceptions pourront être édictées soit vis-à-vis des militaires et des fonctionnaires, soit vis-à-vis des localités déclarées en état de siège.
- On voit par là que la constitution fait une part inégale au pouvoir exécutif qui vient de Dieu et au pouvoir législatif qui nait de la volonté du souverain.
- Faut-il en conclure qu’il n’y a rien, ou à peu près rien, de changé en Russie ? Ce serait fermer les yeux à l’évidence même. L’autocrate russe n’a pas été le maître des circonstances d’où est sorti l’irresistible mouvement qui l’a contraint de convoquer une assemblée des représentants de la nation. Le tsar peut affirmer son autocratie, en réalité l’autocratie a vécu. Tel qu’il est sorti des urnes, à travers le filtre d’un scrutin à trois degrés, le parlement appartient en majorité au parti démocrate, parti des réformes, qu’on nomme le parti des « Cadets » (de la première lettre des mots : constitutionnel étant remplacé par un K, d’après l’orthographe allemande) et qui trouve en face de lui le parti du 30 octobre modéré, mais libéral lui aussi, puisqu’il a pour programme le manifeste en date de ce jour, déclarant inviolable la personne, le domicile, la propriété, la liberté de réunion et d’association. On peut donc dire que la grande majorité de la Douma est en opposition avec les éléments qui entourent le souverain et qui ont sur lui la plus grande influence.
- Dès le premier moment la lutte s’est engagée entre le gouvernement et la Douma.
- La cérémonie d’ouverture de la Douma avait eu lieu au Palais d’hiver dans le plus grand apparat. Avec les membres de la Douma étaient présents les membres du Conseil de l’empire, transformé par l’introduction d’un élément élu, les grands dignitaires, etc. Le silence profond dans lequel les députés ont écouté le discours de l’empereur a fait contraste avec la tempête d’applaudissements que ses déclarations ont provoqués de la part des représentants de la Cour et de la bureaucratie.
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- C’est là un fait significatif et qui traduit éloquemment l’opinion des éléments politiques en présence sur la portée de l’allocution impériale.
- A cinq heures s’ouvrit, au Palais de la Tauride , la première séance de la Douma. Elle fut marquée par Détection à la présidence du professeur Mouromtseff, constitutionnel démocrate, qui fut nommé au milieu d’acclamations enthousiastes, à la quasi-unanimité de 426 voix contre 6.
- Le premier acte du nouveau président fut de faire sortir de la salle tous les fonctionnaires qui n’avaient pas le droit d’y assister, et le premier discours prononcé fut en faveur de l’amnistie politique.
- Le lendemain et les jours suivants furent consacrés à la discussion de l’adresse en réponse au discours du trône.
- L’adresse déclare que pour répondre à la volonté bien arrêtée du monarque de maintenir inébranlablement les institutions par lesquelles le peuple a été appelé à exercer le pouvoir législatif, la Douma fera tout ce qui est en son pouvoir pour réaliser les principes de la représentation populaire et pour soumettre à l’empereur une loi concernant cette représentation nationale et basée sur le suffrage universel, conformément à la volonté populaire unanimement exprimée.
- Le pays a déclaré unanimement et bien haut que le renouvellement de la vie nationale n’est possible que sur les principes de la liberté et de la participation personnelle du peuple au pouvoir législatif et au contrôle sur le pouvoir exécutif.
- En conséquence l’adresse demande la fin de l’arbitrage administratif, l’établissement de la responsabilité ministérielle vis-à-vis de la représentation populaire. C’est alors seulement que l’idée de l’irresponsabilité du monarque pourra prendre racine dans les esprits. Il faut que toute cloison entre l’empereur et son peuple soit supprimée. Il ne saurait non plus y avoir, dans la législation, de domaine qui reste copstamment fermé à
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- une libre révision par la représentation populaire de concert avec le monarque.
- Le peuple ne doit pas trouver entre le trône et lui le Conseil de l’Empire, que composent des dignitaires nommés par l’empereur et des membres élus par les plus hautes classes de la population. Des lois spéciales ne doivent pas limiter la compétence législative de la représentation populaire. Une loi précise doit confirmer l’activité législative réservée à la Douma.
- Il est indispensable également d’assurer par voie législative l’inviolabilité de la personne, la liberté de conscience, la liberté de la parole, la liberté de la presse, ainsi que le droit de réunion, d’association et de grève. Ni la liberté, ni l’ordre ne peuvent être affermis sans l’égalité de tous les citoyens, égalité réalisable par une loi. Cette loi que la Douma élaborera, décrétera en même temps la suppression de tous les privilèges provinciaux et nationaux, ainsi que les privilèges religieux.
- La Douma considère comme le premier de ses devoirs défaire une loi qui donnera satisfaction aux besoins des paysans au moyen des apanages de la couronne, des biens des communautés religieuses et par l’expropriation des propriétaires fonciers. Elle envisage également comme une nécessité de garantir à tous les travailleurs la liberté d’organisation et la libre initiative en vue d’assurer leur bien-être matériel et moral.
- La Douma met également au nombre des devoirs urgents qui s’imposent à elle la nécessité de pourvoir à l’instruction du peuple, de résoudre aussi la question de la satisfaction à accorder aux revendications depuis longtemps mûries des nationalités particulières.
- L’adresse se termine par la revendication d’une amnistie politique complète qui serait le gage de l’entente entre le tsar et le peuple.
- Une délégation devait présenter à l’empereur la réponse de la Douma au discours du trône. Mais par un avis officiel le président de la Douma a été informé que
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- l’adresse devait être envoyée par l’entremise du ministre de la cour. La Douma ne s’est pas montrée autrement froissée du procédé et elle a voté un ordre du jour par lequel elle déclare que l’importance de l’adresse consiste dans son contenu et non dans la façon dont elle est transmise.
- FRANGE.
- Les syndicats de fonctionnaires.
- Une commission instituée par le gouvernement étudie en ce moment les moyens de combiner les lois de 1901 sur les Associations et de 1884 sur les syndicats professionnels, en vue de résoudre la question des syndicats de fonctionnaires.
- Le projet de loi, qui sortira de ses délibérations sera soumis à la nouvelle Chambre.
- Sur cette question des syndicats de fonctionnaires, le président du conseil, M. Sarrien, s’exprimait ainsi dans le discours qu’il prononçait devant ses électeurs, le 29 avril, à Paray-le-Monial :
- « La loi de 1884, qui a autorisé les syndicats (il est impossible de le contester), ne s’applique ni à l’ensemble des citoyens ni à plus forte raison aux fonctionnaires et un gouvernement républicain ne peut que faire respecter la loi tant qu’elle n’a pas été modifiée. Nous faisons, sur la demande même de la .commission du travail de la Chambre des députés, étudier les modifications qu’il convient d’apporter à la loi de 1884 sur les syndicats, afin de mettre en harmonie le.droit spécial des groupements professionnels et le droit des associations offert à l’ensemble des citoyens ; mais nous pensons, et nous tenons à le dirç nettement, que les fonctionnaires ont des devoirs particuliers vis-à-vis de la nation. Il n’y a d’ailleurs aucune confusion possible entre le droit d’association qui leur est reconnu et le droit de grève que leur refuse la loi. Le gouvernement n’a pas le droit de suspendre les services publics et d’arrêter la vie même
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- de la nation. Il est tenu de remplacer les fonctionnaires publics qui abandonnent leurs postes : Il ne s’agit plus, quand les fonctionnaires se mettent en grève, d’un différend entre des intérêts privés, mais d’un conflit entre l’intérêt privé des fonctionnaires et l’intérêt public. Nous entendons d’ailleurs examiner leurs réclamations, accueillir celles qui sont légitimes et donner comme nous l’avons dit dans la déclaration ministérielle, des garanties contre l’arbitraire et le favoritisme. »
- La réforme du code civil.
- On sait qu’à la suite de la célébration du centenaire du Code civil, en octobre 1904, M. Yallé, garde des sceaux, constitua une commission extraparlementaire de soixante membres, chargée de l’étude des réformes qu’il conviendrait d’apporter au Code civil.
- Cette commission s’est subdivisée en six sous-commissions de dix membres chacune.
- Afin de hâter l’achèvement des études préliminaires et de garantir une meilleure méthode de travail, un comité central pris dans la commission vient de se constituer sous la présidence de M. Ballot-Beaupré, premier président de la Cour de cassation. Ce comité arrête un questionnaire des plus complets, embrassant tous les points dont les sous-commissions auront à s’occuper.
- Ce comité a d’abord décidé qu’il n’y avait pas lieu de procéder à la confection d’un Code civil nouveau, mais qu’il convenait de réformer le Code de 1804, en tenant compte des besoins et des pratiques nouvelles, ainsi que
- des meilleures solutions de la jurisprudence.
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- L’arbitrage en matière de travaux publics.
- Un article de la loi de finances décide que : « Pour la liquidation de leurs dépenses de travaux publics et de fournitures, l’Etat, les départements et les communes
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- pourront recourir à l’arbitrage tel qu’il est réglé par le livre III du Code de procédure civile. »
- Cette décision mettra fin aux interminables lenteurs et aux abus delà procédure administrative en matière de travaux publics.
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- ÉTATS-UNIS
- La socialisation des transports.
- Depuis quelques années la question du rachat et de l’exploitation des tramways par les municipalités est à Tordre du jour aux Etats-Unis. Au commencement d’avril les électeurs municipaux de Chicago avaient à se prononcer sur cette question en ce qui concerne leur ville. Par une légère majorité, 110,008 voix contre 106,669, ils se sont prononcés en faveur du rachat, et par 120,911 voix contre 110,260 pour le principe de l’exploitation par la ville. Toutefois, sur cette seconde question, la majorité pour aboutir eût dû être des trois cinquièmes du chiffre total des votants; et il s’en manque de .17,000.
- La bataille reste donc indécise. La majorité a été surtout constituée par les unions ouvrières. Au contraire, le monde des affaires et les éléments conservateurs se sont prononcés contre le rachat.
- La municipalisation entière ou diluée des industries d’éclairage ou de transports, a été d’ailleurs la caractéristique d’un grand nombre de scrutins dans les élections municipales de la première semaine d’avril.
- Là où le rachat n’a pas triomphé, la volonté du peuple de soumettre les services publics à un contrôle plus sévère que par le passé s’est affirmée nettement.
- % »
- Le président Roosevelt et les grandes fortunes.
- M. Roosevelt a présidé dernièrement la cérémonie de la pose de la première pierre d’un bâtiment annexe
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- du palais du Congrès et a prononcé un discours. Tout en critiquant la tendance à accuser de corruption, parce qu’ils sont riches ou occupent de hautes fonctions, des citoyens honnêtes, il a manifesté l’opinion que l’énorme accroissement des fortunes aux Etats-Unis était un mal social qui appellerait tôt ou tard un remède :
- « Nous traversons en ce moment, » a dit le président, « une période de grande agitation sociale, politique et industrielle ; pour que cette agitation soit bonne, il faut qu’elle soit le résultat d^un désir sincère d’obtenir l’amélioration du sort de chaque personne individuellement et de la nation tout entière. »
- Parlant ensuite des énormes fortunes des grandes associations capitalistes et commerciales aux Etats-Unis, M. Roosevelt a prononcé les paroles suivantes :
- « Je suis personnellement d’avis que nous devrons envisager plus tard l’adoption d’un projet quelconque, tel que celui d’un impôt progressif sur toutes les fortunes dont le montant dépassera une certaine somme ; cet impôt frappera naturellement surtout les legs ou la transmission de ces fortunes grossies au delà d’une saine limite.
- « Le gouvernement national doit aussi exercer une certaine surveillance sur les grandes corporations, de manière à ce qu’il soit possible de faire face aux grands maux de la surcapitalisation. On a déjà commencé à faire des efforts pour arriver au réglement de ces questions économiques, en soumettant au Congrès un projet de loi relatif à la réglementation du prix des transports par chemins de fer. Ce projet de loi, s’il est bien conçu, aura, lorsqu’il sera adopté, les meilleurs résultats, d’autant plus qu’il sera considéré comme un premier pas dans la direction d’une politique de surveillance et de contrôle de ces riches corporations engagées dans le commerce et l’industrie, politique tendant à parer aux funestes effets de la surcapitalisation. »
- En terminant, le président a dit que le bien-être des
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- ouvriers des villes et des champs ne résulterait pas de la chute des classes riches, mais qu’au contraire la réussite de ceux qui cherchent à soulever le peuple contre l’ordre de choses existant plongerait les populations dans un abîme de maux plus profond qu’aucun de ceux qui peuvent exister actuellement.
- BELGIQUE
- La concession des mines aux associations ouvrières.
- A l’occasion de la discussion de la loi sur les mines et de l’attitude à prendre par le gouvernement au sujet des mines récemment découvertes dans le Limbourg et la province d’Anvers, M. Waroqué, député, a déposé à la Chambre des représentants une proposition de loi instituant une commission spéciale chargée d’élaborer un projet qui permettrait l’exploitation de concessions minières par des associations ouvrières. Le gouvernement serait autorisé à accorder des concessions minières à des groupements ouvriers présentant toutes les garanties exigées pour l’obtention de ces concessions.
- « Il est certain, » dit l’auteur de la proposition, « qu’en reprochant aux capitalistes des bénéfices faussement exagérés et l’accaparement du sous-sol, les porte-parole de la classe ouvrière réclament pour celle-ci le droit de profiter des richesses naturelles de notre pays. Depuis la découverte du bassin houiller de la Campine, les reproches, devenus plus vifs et plus fréquents, alimentent ce perpétuel procès de tendance entre le travail et le capital.
- « Le gouvernement doit prévenir ces conflits et les enrayer lorsqu’ils existent. Nous pensons lui fournir ce moyen en proposant la constitution d'une commission spéciale chargée d’élaborer un projet ayant pour but de permettre l’exploitation de concessions minières à des associations ouvrières, et d’examiner les moyens pratiques d’avancer à ces associations, dans le cas où elles ne pourraient les fournir par elles-mêmes, les
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- capitaux nécessaires à la dite exploitation. Ces mesures pourront consister notamment, semble-t-il, en la constitution d’un fonds spécial ou en l’autorisation octroyée à la Caisse d’épargne de faire, moyennant des garanties à déterminer, les avances nécessaires aux exploitants.
- « En attendant, rien n’empêche les associations ouvrières, telles que les coopératives présentant des garanties suffisantes, de réclamer l’octroi d’une concession minière et rien n’empêche le Gouvernement de faire droit à ces requêtes.
- « Nous ne nous dissimulons pas l’arduité du problème que nous soumettons au Parlement. Mais, d’autre part, nous sommes ^onvaincu qu’il aura à coeur de faire une œuvre économique et sociale dont la portée sera considérable. »
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- La législation du travail.
- La loi du 13 décembre 1889, sur le travail des enfants et des femmes âgées de moins de 21 ans, fixe la durée maximum du travail des personnes protégées à 12 heures, dans les mines, manufactures, fabriques, etc. Le gouvernement peut, par arrêté royal, limiter plus étroitement la durée du travail. C’est ainsi que par une série d’arrêtés, postérieurs à la loi, la durée maximum du travail a été fixée à 11 heures par jour dans l’industrie du lin, du chanvre et du jute ; 66 heures par semaine dans l’industrie du coton (1904) ; 11 h. 1|4 dans l’industrie lainière (1892) ; 10 heures dans les papeteries (1905) ; 10 h. 1|2 dans les fabriques d’allumettes (1892); 12 heures dans les briqueteries, etc.
- Aucune disposition légale ne limite la durée du travail des hommes et des femmes adultes, sauf la loi qui entrera en vigueur le 1er juillet 1906, interdisant le travail du dimanche pour les ouvriers, et donnant une demi-journée de repos dominical aux employés de commerce.
- Des propositions de loi limitant la durée du travail des
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- adultes ont été admises en principe par la section centrale de la Chambre des représentants, mais le gouvernement oppose sa force d’inertie à toutes tentatives de les faire discuter. (Avenir social.)
- GRANDE-BRETAGNE
- Les accidents du travail et maladies professionnelles.
- M. Herbert Gladstone, ministre de l’intérieur, a déposé aux Communes un projet de loi sur les accidents du travail (Workmen’s Compensation Bill). La loi, qui a été acceptée sans opposition en première lecture, prévoit des indemnités en cas d’accident pour toute personne « n’étant pas un constable de police, un secrétaire, un domestique ou un membre de la famille de l’employeur » ayant contracté maladie dans les locaux de l’employeur. L’emploi d’un ouvrier depuis quinze jours lui donne des titres à une réclamation. Un maximum de 625 francs de pension peut être payé en cas de mort et 12 fr. 50 par jour pendant le chômage par suite d’accident. Les veuves reconnues coupables d'immoralité seront privées du bénéfice de la pension. Seuls les patrons employant un minimum de cinq ouvriers sont assujettis à la nouvelle loi, qui comprend de nombreuses catégories d’employés jusqu’ici exclus du bénéfice de la loi, tels que les pêcheurs, postiers, matelots.
- Dans son discours, M. Gladstone a demandé que non seulement les ouvriers et employés victimes d’un accident violent bénéficient de la nouvelle loi, mais encore ceux qui, au service d’un patron, ont contracté une maladie ou une infirmité résultant d’un empoisonnement, telles que anthrax, empoisonnement par le plomb, l’arsenic ou le phosphore.
- Le bill établit les responsabilités des patrons qui ont successivement occupé les ouvriers atteints de ces infirmités.
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- LA QUESTION DE LA PAIX
- Après Algésiras.
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- L’entente anxieusement désirée est intervenue entre les Puissances européennes dans les affaires du Maroc. Le protocole d’Algésiras a été signée le 7 avril.
- Cet arrangement a été accueilli avec un grand sentiment de soulagement dans toutes les classes des populations qui auraient en plus particulièrement à souffrir d’une guerre. Les chefs de gouvernements 'ont exprimé leur satisfaction à la tribune de leurs parlements respectifs. Comme le conflit qui avait motivé la convocation de la conférence d’Algésiras avait surgi entre la France et l’Allemagne, nous nous en tiendrons aux paroles par lesquelles MM. de Bulow et Bourgeois, le chancelier de l’empire allemand, et le ministre des affaires étrangères français, ont marqué leur contentement.
- M. de Bulow : « La conférence d’Algésiras s’est terminée d’une façon également satisfaisante pour l’Allemagne et pour la France, d’une façon utile à tous les pays civilisés, »
- M. Bourgeois : « En parvenant à s’accorder après de si longs et si difficiles débats, sur les termes d’une transaction honorables pour tous, fondée sur la raison et l’équité, toutes les puissances présentes ont manifesté leur volonté de subordonner leur vues particulières aux nécessités de la bonne entente générale et d’assurer pour l’avenir au monde ce calme et cette confiance que donne l’état normal des relations internationales. »
- Tout est bien qui finit bien : et il n’y a pas à chicaner sur la longueur et la difficulté de négociations qu’un peu de patience eussent rendues inutiles. Il convient de ne retenir que ce fait réconfortant : les vues
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- particulières des puissances se subordonnant aux nécessités de la bonne entente générale.
- Le défaut d’entente, c’était le conflit aigri, la guerre peut-être. Les masses laborieuses, vouées au mino-taure, ont vu avec satisfaction se détourner d’elles le péril, et se sont réjouies de l’accord établi. Elles réclament avec ardeur et persistance, l’établissement d’un état de choses qui rende impossible le retour de pareils dangers et substitue l’entente universelle et permanente aux accords partiels, transitoires, nés des circonstances et restant à leur merci.
- Les conseils de guerre en Angleterre.
- Comme dans d’autres pays , il y a en Angleterre une question des conseils de guerre. Mais à la différence d’autres peuples, plus prompts d’ordinaires aux changements, les Anglais sont en passe de transformer cette institution.
- S’il faut en croire le Daily Mail, la prison pour délits exclusivement militaires sera bientôt supprimée dans l’armée anglaise et on ne punira d’emprisonnement que les hommes coupables de délits graves. Les prisons militaires cesseront matériellement d’exister en Angleterre, sauf à Douvres et à Curragh.
- Dorénavant, ni les conseils de régiment, ni les officiers n’auront le droit d’infliger de la prison , seuls les conseils de guerre généraux et les conseils de district y seront autorisés.
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- le Mouvement féministe
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- LE MOUVEMENT FÉMINISTE
- Pie X et le féminisme.
- Le Neues Wiener Tagblatt a reçu de Rome le compte rendu d’une audience privée que le pape a accordée à une des notabilités du mouvement féministe autrichien, Mlle Thiemer. Celle-ci a demandé au souverain pontife s’il approuvait le mouvement féministe.
- — Mais certainement, certainement, aurait répondu Pie X, je l’approuve, en tant qu’il n’est pas en contradiction avec la morale chrétienne.
- — Votre Sainteté a’a-t-elle rien à redire non plus à ce que les femmes étudient ?
- — Mais pourquoi, pourquoi ? Bien au contraire, il faut qu’elles étudient ; à l’exception de la théologie naturellement, elles peuvent tout étudier avec confiance ! C’est ma manière de voir. Elles doivent devenir avocates et doctoresses. Cette dernière profession leur convient particulièrement. La femme médecin a, dans les soins à donner aux femmes et aux enfants, un champ d’action considérable ; elle peut y faire beaucoup de bien. Il en est de même pour l’enseignement. La femme n’est-ejle pas la première éducatrice de l’enfant, et par suite de l’humanité ?
- Mais le pape a insisté particulièrement sur ce qu’il considère comme la vocation la plus naturelle à la femme, c’est-à-dire la charité publique, le soin des pauvres. Arrivant à la participation de la femme à la vie politique, le pape la condamne purement et simplement d’un ton très péremptoire :
- — Elettrici deputatesse, o no ! Les femmes dans les Parlements, il ne manquerait plus que cela ! Les hommes seuls y font déjà bien assez de gâchis. Pas de femmes politiciennes...
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- La chaire de Curie.
- Pour la première fois une chaire de haut enseignement vient d’être confiée à une femme.
- A la Sorbonne, la chaire de Curie, l’inventeur du radium, victime d’un accident de voiture, sera maintenue et confiée à sa veuve en qualité de chargée de cours.
- Mme Curie, qui est docteur ès-seiences, fut, on le sait, la zélée collaboratrice de son mari.
- L’arrêté du ministre a été pris sur la proposition du Conseil de la Faculté des sciences et du Conseil supérieur de l’Université. Son choix est unanimement applaudi.
- Une profession de foi féministe.
- M. Georges Martin, ancien sénateur delà Seine, était candidat aux élections législatives dans le Loir-et-Cher.
- Le Journal des Femmes a publié sa belle profession de foi. Nous y lisons :
- « L’étude des civilisations anciennes et modernes, démontre que les peuples qui ont le plus approché de la justice sociale sont ceux chez lesquels, soit en vertu de la loi, soit par l’effet du progrès naturel des moeurs, la femme a possédé la plus grande somme de droits et de liberté.....
- « La proclamation des Droits de l’homme et du citoyen a été une étape dans la voie du progrès, mais, après un siècle, la France doit parcourir une autre étape en proclamant le « Droit humain », qui comporte l’égalité intégrale de droits pour les deux sexes.
- « Depuis que j’ai l’âge de raison je suis féministe, c’est-à-dire partisan pour la femme des mêmes droits que ceux acquis à l’homme dans les Codes.
- « Je n’ai jamais compris pourquoi ma mère, à qui je dois d’exister, qui m’a élevé, qui a fait mon éducation, à
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- LE MOUVEMENT FEMINISTE Stl
- qui je dois d’être ce que je suis, qui avait à l’époque de ma majorité civile et politique 21 années d’expérience de plus que moi, était mineure, aussi bien aux termes des lois civiles que des lois politiques, alors que j’étais majeur, moi qui entrais dans la vie, pourtant encore inexpérimenté, et qui me trouvais cependant pourvu parla société, du jour au lendemain, de tous les droits, simplement parce que j’étais homme !
- « Ma mère, mise en fait par la loi au même rang que les enfants ou que les hommes qui ont perdu leurs droits à la suite de condamnations infamantes, a toujours été pour moi une raison de révolte contre cette infamie de la loi, et d’antipathie pour ceux des autres hommes qui, à mon encontre, trouvent cela tout naturel.
- « Ce que ma raison réprouve, lorsqu’il s’agit de ma mère, elle le réprouve non moins quand il s’agit de ma femme, de celle que j’ai choisie comme compagne de ma vie, qui partage mes joies, mais aussi mes peines ; elle le réprouve enfin, qu’il s’agisse de ma soeur ou de n’importe quelle femme. »
- La femme doit voter.
- Pendant la période électorale, sur les murs de la capitale parmi les multicolores et interminables profession de foi des candidats, une affiche tranchait par sa sobriété. Elle contenait trois phrases, la première en très gros caractères : La femme doit voter. Elle est soumise aux lois. — Elle paye l’impôt.
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- DE DEVOIR
- LES DEUX VIES
- Par Paul et Victor MA.RGUERITTE ------------ess——-
- (Suite)
- M. Fomette regardait Herbelot impassible et Tartre qui d’un air innocent cherchait à attraper une mouche, à l’abri de sa toque posée sur la table, puis Francine, puis Le Hagre, d’un air étonné et vague, qui semblait dire: « Que diable faites-vous ici? Est-ce que cela vous amuse; est-ce que vous tenez réellement à divorcer? » Et il écoutait Charlie et il l’interrompait pour résumer encore; et il semblait que cela durât depuis des heures, et dût ne finir jamais.
- Quand on en vint au récit de la scène, Francine réfugiée à Aygues-Vives avec sa fille, apportant les preuves de l’adultère, les fameuses lettres, M> Tartre, qui généreusement venait de rendre la liberté à sa mouche, eut un sourire insidieux , et très poliment :
- — Le témoin a-t-il jamais assisté à une scène entre la demanderesse et son mari ?
- Charlie se retourna comme si on lui tapait sur l’épaule, et très brusque :
- — Non, monsieur, je n’ai jamais été le témoin que de l’indignation , de la douleur de Mme Fern...
- — C’est à moi, non à Me Tartre, que vous devez parler !
- Et sur la constatation que Charlie n’avait assisté à aucune scène d’excès, de sévices ou d’injure grave, — ne pouvoir mentir, être loyal, et sentir que cette loyauté nuit à ceux qu’on voudrait servir, cela était cruel ! — M. Fomette reprit avec un soupir d’allégement :
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- — Est-ce bien tout ?
- — Je crois avoir justifié ici, dit Charlie, mon complet mépris pour l’homme qui,..
- — Arrêtez-vous ! cria Fomette soudain très rouge.
- Et pris de colère :
- — Vous n’avez rien à justifier. . sinon je vous inviterai à vous retirer !... Attendez, il faut que je vous lise votre déposition !...
- Et, lecture faite, le témoin ayant déclaré « persister dans sa déposition, n’avoir rien à changer ou ajouter » , le greffier, — on eût dit qu’il jappait, demanda :
- — Requérez-vous la taxe?
- Herbelot eut un geste de protestation ; évidemment M de Bréars n’entendait pas qu’on lui payât le déplacement...
- Charlie ne daigna pas répondre; M. Fomette se méprit et, étonné :
- — Vous ne requérez pas la taxe, sans doute?
- — Non, monsieur, dit Charlie gravement.
- — Alors, vous pouvez vous retirer.
- Charlie lui fit une inclination de tête correcte et un nouveau salut très profond à Francine : M. Fomette attendit en tapotant du doigt qu’il se fût retiré; il était fort mécontent. « Ces jeunes gèns décidément n’avaient aucune pondération, aucun sentiment de ce respect qui, que... Ce beau monsieur à particule et façons cavalières, est-ce qu’il s’imaginait, parce qu’il portait l’uniforme?... Et quelle partialité!» Francine restait muette, atteinte, elle le sentait, par le ressentiment inconscient du juge. Quant à Le Hagre, il regardait le plafond, dont la corniche semblait l’intéresser au plus haut point.
- — Passons au second témoin, dit M. Fomette avec dignité.
- Et tandis qu’Herbelot, faisant le gros dos, ramenait le commandant, il murmura pour tout le monde, sans regarder personne :
- — Où irions-nous, vraiment!...
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- Ça commençait mal
- Avec Morland, cela se gâta : sa prestation de serment d’un geste emphatique, sa voix sonore, son nez à la don Quichotte... Trop de militaires, décidément !... Il n’y avait qu’à le voir, qu’à l’entendre, pour ne pas douter de sa partialité, à celui-là aussi ; et quand il déposa « l’hommage de sa vénération » aux pieds de la jeune femme :
- — Oui, oui, dit M. Fomette ; passons aux faits, si vous le voulez bien !
- Le commandant ainsi bousculé ouvrit de grands yeux. Des faits, mais... des faits... rien de difficile, réellement, comme de... D’ailleurs il n’avait assisté, lui non plus, à aucune scène : quand on invite les gens à dîner , ce n’est pas évidemment pour se jeter les plats à la tête. Il témoigna pourtant de la froideur du ménage : « La plaignante avait passé six ans de sa vie dans un abominable enfer domestique. »
- — Le mot n’exagérait-il pas sa pensée ? s’enquit le juge avec bonhomie.
- Et Fomette eut un invisible haussement d’épaules.
- — Du tout! c’était encore au-dessous de la vérité.
- Et quand le commandant, si crâne en arrivant, si
- déconfit maintenant, eut péniblement articulé deux ou trois reproches plutôt pauvres, et que Tartre l’eut tourné et retourné sur le gril, et qu’Herbelot lui eut tendu en vain la perche, il se retrouva, sa déposition lue et signée, hors de la salle, sans savoir comment, furieux contre le juge, qu’il accusait de prévention: « On ne l’avait pas laissé parler ! » encore plus furieux contre lui-même : « J’aurais préféré, » déclara-t-il aux de Guertes qui en conçurent une sorte de trac, « charger comme à Rezonville les hussards de Brunswick ! »
- Francine regardait fixément devant elle : la bonne volonté de ses amis lui nuisait au lieu de la servir... Et pourtant ces mots : « enfer et martyre » ne traduisaient que la stricte, l’humble, la misérable vérité.
- — Passons au troisième témoin, dit M. Fomette avec résignation,
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- Son estomac le tiraillait, il commençait à voir trouble; l’heure s’avançait, mais le devoir... Jusqu’à sept heures, il tiendrait bon.
- Cette fois Mme Favié parut : tout son sang lui refluait au cœur; elle s’avançait par un grand effort de volonté, et le supplice d’être là se peignait sur son visage. Elle n’avait pas rencontré son gendre depuis le procès : à le voir grimaçant, de la laideur de son âme à nu, à voir Francine si pâle, si droite, qui se mordait les lèvres de souffrance, elle réprouva de tout son instinct la lamentable rupture qu’elle allait aggraver encore, contribuer à rendre irréparable, elle qui eût voulu l’impossible pardon, l’étreinte de paix et d’oubli...
- — Voulez-vous dire ce que vous savez...
- Ce fut très long, très angoissant : la voix monotone de Fomette dictait, la plume grinçait, et Francine se sentait ensevelie sous ces phrases comme sous des pelletées de terre ; on enterrait sa vie passée, ses espoirs, ses illusions, sa jeunesse. Pauvre mère!... Avec quelle douloureuse éloquence, modérée pourtant, mais qui paraissait encore trop partiale, elle parlait !...
- Et Tartre interpellait et Herbelot intervenait, et M. Fomette se congestionnait de plus en plus de migraine, la main à son immense front, d’où elle ne descendait plus, comme s’il gémissait intérieurement : « Oh ! ma tête ! >
- VI
- Le lendemain et le surlendemain se continuèrent les interminables séances. Francine, maîtrisant ses nerfs, assista au défilé. Elle vit à tous le même petit étranglement d’émotion, lorsque ayant levé la main et juré vérité, ils durent répondre au : « Dites ce que vous savez ! « Elle vit le beau visage en ruine, les yeux sarcastiques de Marchai ; elle entendit la voix rauque de la vieille Nanette ; elle comprit ce que la volonté de vaincre peut mettre de rigueur et d’inflexible dureté
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- sur un visage, à contempler les traits de sa belle-mère, pendant qu’elle parlait d’une voix martelée, pesant chaque mot. Elle eut des alertes, elle eut des découragements ; elle eut des rages froides devant l’ait* d’ironie haineuse que prenait Le Hagre quand il triomphait d’une réponse. Constamment il se penchait à l’oreille de Tartre, et cela se traduisait en questions perfides, en re marques de mauvaise foi.
- La figure animée, dans le vif du combat, les deux avoués s’ingéniaient à embrouiller, à capter, avec leur faconde agile, rompue à la connaissance des caractères, au maniement journalier des intérêts et de la vie, cet homme épais, assis au haut bout de la table, arbitre souverain, alourdi par vingt ans d’immobiles audiences, au bredouillement des Codes.
- Francine eut des élans de reconnaissance pour Her-belot, qui deux ou trois fois embarrassa Mme Le Hagre mère, et elle lui en voulut de ce que pour d’autres témoins il se désintéressait, s’abstenait. Des ripostes lui venaient, qu’elle n’osait dire, des explications qu’elle eût criées de toute sa bonne foi : mais Herbelot ne lui avait-il pas conseillé le silence et le calme ? Tout à coup, une altercation violente, — Le Hagre osait affirmer qu’elle s’était réconciliée, qu’ils étaient seuls, qu’il lui avait enveloppé la taille de son bras après un baiser de paix ; elle cria : « Vous mentez !... Vous mentez !... f> et sa fureur fut telle qu’elle souhaita sa mort.
- A grand’peine Fomette fit taire Le Hagre : seuls les avoués devaient porter la parole... Francine crut qu’elle allait avoir une crise de nerfs, tant son exaspération et en même temps, la misère, la démence de tout cela l’anéantissaient. Comment, pour la libérer, il fallait un semblable appareil, cette farce lugubre, les déclarations des uns, des autres, leurs altérations, inconscientes ou non, de la vérité, les mensonges, gratuits ou achetés, des faux témoignages ; son avenir ne dépendait ni d’elle-même, ni de la justice de sa cause, mais de l’impression que s’en faisait ce juge, déjà prévenu par
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- l’opinion du président ; ce juge assommé d’ennui, indifférent,. énervé de chaleur, souffrant de vertiges, qui savourait déjà le : ouf! qu’il pousserait, l’enquête puis la contre-enquête closes.
- Herbelot, à chaque sortie des séances, faisait devant Francine des pointages, supputait l’effet produit par les témoins. Tel avait paru impressionner M. Fomette : ainsi le témoignage de la jolie Mme de Guertés avait porté. Il y avait eu des surprises ; les Bouvières, pris de paresse ou de peur, s’excusaient par lettre : malades.. Les Lurat, cherchant à déguiser, avec tact, leur trahison et à ménager leur alliance nouvelle, avaient fait grand tort à Francine en déclarant que Mme Favié, lors de la rupture, ne croyait pas le divorce imminent ni indispensable... Et Francine se rendait compte combien ces enquêtes, instituées en vue de la pure justice, l’égaraient, la falsifiaient.
- On finissait, dans ce chaos de phrases contradictoires, ces nuances disparates d’idées et de sensations, à ne plus s’y reconnaître ; puis c’était la fatigue d’une tension de nerfs et d’esprit, des fléchissements soudains de la volonté , l’hypnose créée par la table verte, les intervalles de silence, l’atmosphère d’asphyxie morale.
- Tandis que Mme Favié, malade de ces secousses, gardait la chambre, — Charlie était reparti le premier soir pour Verdun, - Francine passait des nuits affreuses. Son insomnie ravivait chaque geste, chaque parole, le mauvais sourire des domestiques et leur air de faux respect : Céline affirmant qu’elle no croyait pas du tout que Lischen se fût mal conduite ! — le valet de chambre, Eugène, déclarant ne se souvenir de rien... Et c’était la vieille Nanette, marmonnant: « Non, Monsieur, bien sûr, n’aimait pas sa fille !» — et aussitôt arrêtée, admonestée par le juge : « Vraiment, c’était invraisemblable ! »... M. Fomette croyait aux sentiments convenus : un mari infidèle peut être un très bon père. Tartre se gonflait les joues, comme d’un propos de
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- folle ; Le Hagre souriait avec la pitié d’une grande âme.
- C’était encore sa belle-mère, sur interpellation d’Her-belot : « Avait-elle su l’adultère de son fils ? » répondant, pâle et ferme : « — Je ne l’ai su que par ce que j’en ai entendu dire, mais je n’en ai jamais eu la preuve matérielle.» Mais morale?... Et c’était une femme réputée honorable, une femme religieuse qui, dans son horreur du divorce, mentait ainsi ; car comment qualifier pareille restriction mentale ?
- Mais c’est à la contre-enquête, sur la réconciliation — car prouvée, elle ruinait l’espoir du divorce, — qu’eut lieu l’acharné, définitif duel. Était-ce d’un mirage ou non que la vieille dame était dupe, quand Fomette s'enquérant :
- — Au petit jour, vous êtes rentrée avec la sœur dans la chambre de votre petite-fille ; qu’avez-vous vu ?
- ... elle répondait :
- — Mon fils se tenait derrière sa femme, le bras autour de sa taille, et aussi près l’un de l’autre que des époux réconciliés peuvent être. ..
- Même question à la sœur Ambroisine, robuste religieuse aux yeux têtus, au visage carré; même réponse.
- « Ce serait trop abominable qu’elles mentent ! » se disait Francine. « Mon mari aurait-il allongé le bras derrière moi au moment où sa mère et la religieuse rentraient?... » Et à peine cette inspiration lui fut-elle venue quà le voir sourire, elle en fut sûre.
- Enfin, au soulagement visible de Fomette, du greffier, des avoués et des parties, on touchait au terme. Les dernières formules prononcées par le juge-commissaire : « Desquels dires, nous, juge enquêteur, assisté de notre greffier... avons déclaré clos le présent procès-verbal d’enquête, lors de laquelle ont été observées les formalités édictées par les articles du Code de procédure civile... et ont... signé la présente clôture... à six heures vingt minutes de relevée, en la salle des enquêtes, le... »
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- — Votre nom ici, madame, avait-il dit... A vous, Me Herbelot, et vous, monsieur ; maintenant Me Tartre, le greffier... A mon tour...
- Et, la plume passée de main en main, Fomette avait demandé d’autres signatures à Francine, et partout Le Hagre avait mis la sienne côte à côte, si bien qu’elle se sentait liée encore, toujours à cet homme, jusque dans la boucle frêle de ces écritures. Puis an salut de juge, des révérences ; c’était fini. Le Hagre s’en allait d’un côté, Francine de l’autre ; mais l’invisible lien se distendait entre eux sans se rompre, et Francine, quoique délivrée du joug odieux de ces contrats et de ces colloques, restait toujours esclave, -plus peut-être encore, après l’humiliation de pareilles heures.
- Ce soir-là, le Palais était vide ; ses pas et ceuxd’Her-belot sonnaient dans ce désert comme six mois auparavant, après l’entrevue de conciliation. Dans l’engrenage de la lente et terrible machine, Francine était presque entièrement entrée : y resterait-elle broyée ? échapperait-elle, meurtrie, mais sauve ? L’écho fatidique de son pas sur les dalles ne sut le lui dire, et Herbelot gardait le silence.
- Il venait de s’esquiver quand une femme en noir, qui attendait dans la rue, un petit bouquet de roses aux doigts, s’avança. Jeanne Levai, n’ayant pas le courage de rentrer dans ce palais de justice qui lui demeurait si redoutable, guettait Francine depuis deux heures afin de lui dire au moins sa sympathie :
- — Est-ce fini ? demanda t-elle. Que je vous ai plainte, mon Dieu !
- — Vous êtes bonne, Jeanne, et je vous remercie.
- Les mains de l’ouvrière pressaient celles de la jeune femme, y faisaient passer toute la tendresse d’une autre ame qui a aimé, pleuré, souffert ; Francine sentait, comme une caresse, le contact de l’index un peu rude, piqué d’aiguilles. Jeanne Levai délicatement balbutia un adieu rapide et se sauva.
- A bout de forces, Francine montait dans le coupé.
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- Dès que les chevaux piaffants partirent, elle s’abandonna, pour la première fois, à une détente affreuse ; et contre ses poings fermés, qui se crispaient encore sur les roses, elle se mit à sangloter, comme elle ne l’avait jamais fait dans les bras de sa mère ; à sangloter à coeur perdu, ainsi que la dernière et la plus malheureuse des femmes...
- Quand elle fut arrivée à la Muette, les jambes coupées, elle monta l’escalier, entra dans sa chambre, se laissa décoiffer par Nanette silencieuse : ce mutisme même la plaignait et la vieille semblait avoir vieilli de tout cela.
- — Où est Josette ? demanda la jeune femme d’une voix brisée.
- — Elle vient d’aller au salon près-de sa grand’mère et d’un monsieur que Madame trouvera bien changé : ah, oui ! mais qui a l’air content tout de même d’être revenu... Il y a deux heures qu’il cause avec Madame.
- Le coeur de Francine battit.. Allons, c’était absurde ; pourquoi serait-ce lui ? Mais alors pourquoi ne s’informait-elle pas ? Le nom, elle croyait le lire dans les yeux usés, au sourire réchigné de la vieille servante. C’était lui! C’était lui!... Un bond soudain la porta ; un élan d’affection, d’espoir.. Il apparaissait comme un réconfort ; c’était un véritable, un sûr ami, brave, fier, loyal... Puis un doute la traversa : l’aimait-il encore? Qui sait même, s’il était marié? Puis, même libre, que pouvait-il ? Bien qu’un malaise poignant l’eût saisie, un effort, voyons! Elle se traîna jusqu’au salon.
- Un homme aux cheveux gris, visage brun, corps maigre et ferme, s’avançait au-devant d’elle, les yeux émus : son sourire mâle savait tout, la plaignait.
- — Éparvié !...
- Et désespérée, toute son impuissance dans la gorge :
- — Ah ! mon ami !...
- Et lui :
- — Francine !... Faut-il donc que je vous revoie ainsi !
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- VII
- Éparvié se retrouva dans la rue, ivre d’émotions brusques : une fièvre précipitait ses pensées. Il était bouleversé d’avoir revu Francine. Arrivé de la veille, il avait appris, d’un ami rencontré par hasard, l’instance en divorce de celle qu’il avait désirée au point de vouloir l’épouser.
- Petite secousse indéfinissable. Une plaie invisible se rouvrait.
- Il avait pourtant bien cru que cet amour était éteint ; voilà des années qu’il s’efforcait de n’y plus penser : à son âge, il traînait tant d’illusions mortes... une de plus, une de moins !... Pourtant le souvenir de l’étrange jeune fille ne l’avait jamais quitté. En ce long et pénible voyage où tout son être, cerveau et membres, était pris par le but à atteindre, cette traversée de l’Afrique équatoriale, de l’un à l’autre océan, du Zambèze au Congo, au milieu des mille occupations d’où dépendaient sa vie et le sort de l’expédition, route à repérer, camp à défendre, surveillance des porteurs de charges, chasses pleines de péril ; tandis qu’il était forcé d’être tour à tour ingénieur, naturaliste, médecin, savant, dans les matins d’étapes, sous le morne soleil de plomb, dans les nuits grondantes de rugissements de fauves, par ces solitudes où, de village en village, avec son ami Luyss, il s’avançait à travers les peuplades cruelles, - un léger fantôme de loin en loin était venu s’interposer entre le sauvage qu’il redevenait en pleine nature et la vieille Europe qu’il regrettait parfois.
- Durant des mois, il ne pensait pas plus à Francine que si elle n’avait pas existé ; ou alors, elle lui apparaissait dans un tel recul, si vague qu’elle se confondait avec les pâles visions du sommeil. Elle lui rappelait une existence qu’il aurait vécue jadis, dans une autre planète. C’était passé , mort. Il se sentait lui-même un homme si différent : quel rapport avait avec le club-
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- LE DEVOIR
- man en habit noir et gardénia à la boutonnière, qui applaudissait à Londres Irwing, Bartet à Paris ou la Duseà Florence, cet individu râblé et musclé, qui, bras nus et jambes nues, sous un maillot et une culotte de coton brun, coiffé d’un casque, s’en allait au milieu de delà brousse, dans les sentiers d’épines et les fourrés de dards, abattre un rhinocéros ou ub éléphant d’un coup de carabine à gros calibre ?
- Qui eût reconnu un Parisien affiné, dans le nomade qui vivait d’un peu de bouillie de sorgho ou de lanières séchées de beltong, couchait presque toute l’année à la belle étoile; pour qui il n’y avait plus de jours ni de semaines, qui ne recevait de nouvelles qu’à des mois d’intervalle ?... Alors c’était fête et résurrection. Pendant des heures, lentement, ligne à ligne, Éparvié dégustait, savourait ces volumineux courriers : il y avait donc un Paris, une France, d’autres continents que ces pays noirs dont il aimait la puissante vie végétale et la terrible et grouillante vermine, les parfums troubles, les rivières de boue, les berges visqueuses, les sèches saisons, les pluies diluviennes, l’espace infini, l’incommensurable liberté.
- Quand lettres et journaux avaient été lus et relus à satiété, empaquetés dans de vieilles boîtes de fer-blanc, il en avait pour deux ou trois jours de tristesse , il songeait à Francine. Était-elle heureuse ? Certainement elle ne pensait pas à lui. Quand elle avait appris sa démarche, avait-elle eu même un regret? Un étonnement amical peut-être : « Tiens ! Eparvié m’aimait ! Comment le deviner?... » Elle avait dû l’oublier... ou bien elle le voyait si loin, si effacé lui*même...
- Avec une singulière netteté, le mince visage de la jeune fille, presque enfant, l’obsédait ; car il avait beau faire, il ne pouvait la concevoir mère de famille. C’est pour son charme garçonnier, sa soif de connaître, sa compréhension vive qu’il l’avait aimée. Des dons si précieux, de si belles promesses !...
- (A suivre*)
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- ASSURANCES MUTUELLES
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- Société do Familistère. - Assurances Moinelles
- MOUVEMENT DU MOIS DE DÉCEMBRE 1905, A GUISE
- 1.114 88 434 85
- 4.540 58 5.070 58
- ASSURANCE] CONTRE LA MALADIE
- Section des Hommes
- Cotisations des mutualistes... 2 990 85
- Subvention de la Société....
- Malfaçons et Divers...........
- Dépenses...........................
- Déficit en décembre 1905......
- Section des Dames
- Cotisations des mutualistes...
- Subvention de la Société......
- Divers........................
- Dépenses......... .................
- Déficit en décembre 1905....
- 530 »
- 532 50 )
- 249 55 798 75
- 16 70
- 897 77
- 99 02
- ASSURANCE DES PENSIONS
- Subvention de la Société et Divers 7.901 16 Intérêts des comptes courants et } 10.993 16
- du titre d’épargne......... 3.092 »
- Dépenses :
- 126 Retraités définitifs....... 8.824 57
- 4 — provisoires............ 227 »
- Nécessaire à la subsistance..... 5.382 55 / 15.456 37
- Allocations aux famill8 des réservistes » »
- Divers, appointem., médecins, etc. 1.022 25
- Déficit en décembre 1905 ....... 4.463 21
- CAISSE DE PHARMACIE
- Cotisations des mutualistes....
- Subvention de la Société.......
- Dépenses.......................
- Boni en décembre 1905.
- 792 40 348 30
- 1.140 70 913 14
- 227 56
- RÉSUME
- Kecettessociales du 1er juillet 1905 au 31 décembre 1905 72.370 62 J QQ rne 97
- » individuelles » » 27.134 65 \ y ,£>u
- Dépenses » » .......... 123.793 95
- Excédent des dépenses sur les recettes.. 24.288 68
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- LE DEVOIR
- ÉTAT CIVIL AU FAMILISTÈRE DE GUISE
- MOIS DE DÉCEMBRE 1905.
- Naissances :
- 7 Décembre Lanoy Fernand, fils de Lanoy Fernand et de Lefèvre Marguerite.
- 11 — Hennequin Henriette-Adeline , fille de
- Hennequin Gustave et de Dorge Laure. 16 — Beaurain Marcel-Pierre, fils de Beaurain
- Marcel et de Lairloup Marie.
- 27 — Lanoy Georges, fils de Lanoy Alfred et de
- Favry Marie.
- Décès :
- Néant.
- Le Gérant : H. E. Buridant.
- Nimes. — Typ. A. Chastanier, 12, rue Pradier.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES.
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- Juillet 1906.
- de J.-B. André GODIN (1)
- Glorification du Travail. — Emancipation du Travailleur.
- Deuxième partie.
- XXIV
- Reprise de la fête annuelle du Travail, 23 juin 1872. Dernière application du système de recours au suffrage essayé, avec quelques variantes , depuis 1868. Deuxième banquet familistérien.
- Le mode par lequel au moyen du suffrage (direct pour la catégorie des employés et des gens de service de l’habitation unitaire, à deux degrés pour la catégorie des ouvriers) on distribuait les prix ou mentions honorables aux fêtes annuelles du Travail, ce mode, essayé depuis l’année 1868, avait été jugé par Godin, après l’essai répété en 1869, comme devant faire place à un tout autre mode de répartition (2), afin d’appeler « les plus méritants et les plus dignes à une participation plus directe aux résultats du travail ». Néanmoins , les circonstances avaient conduit à un 3e essai du même système en 1870; et elles conduisent en 1872 à un 4e et dernier essai dont l’exposé esf l’objet de ce chapitre.
- (1) _ y. Appendice, p , 60, tome 26*, Le Devoir, janvier 1902.
- (2) Discours de J.-B.-A. Godin, à la fête célébrée en 1869, chap. XIII, p. 522, Le Devoir, septembre 1904.
- 1
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- LE DEVOIR
- La dernière tentative de recours au suffrage dans la série des employés (précédent chapitre) avait eu lieu le 18 juin. Depuis le 6 du mois se poursuivaient dans rétablissement les opérations relatives à la préparation de la fête annuelle du Travail. La célébration devait avoir lieu le 23 juin.
- C’était une reprise , la situation politique ayant empêché de célébrer la fête en 1871. Aussi, le conseil élu au Familistère désirait-il donner un certain éclat à la cérémonie, bien qu’on ne fût pas encore en mesure de s’écarter des errements habituels tout insuffisants qu’on les eût trouvés à l’usage (1).
- On avait jugé à propos, en 1870, d’employer en un banquet familistérien la somme jusque-là affectée aux allocations pécuniaires attachées aux mentions honorables. Le même plan est suivi en 1872, seulement on décide que le banquet au lieu de compter comme précédemment 500 à 600 convives, en pourra compter 800.
- Le trait le plus intéressant du système appliqué ici pour la dernière fois est ce qui concerne la désignation .des candidats ouvriers’, parce qu’une certaine vérification des capacités effectives s’exercait pour cette catégorie d’éligibles aux mentions honorables, tandis que les employés proprement dits et les personnes attachées aux services de l’habitation unitaire étaient tous uniformément candidats en raison seule du poste occupé par eux.
- Attachons-nous donc à dégager l’enseignement qui ressort de ce trait important :
- On sait que depuis 1868 les ouvriers distingués : 1° par leurs œuvres effectives, deux degrés de mérite;
- (1) Chap. XIV, p. 578, Le Devoir, octobre 1904.
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- 2<> par une élection préparatoire effectuée dans les ateliers, étaient portés sur la liste des candidats avec la désignation de la cause ou des causes déterminant l’inscription. C’est à dire ils étaient portés, dans le 1er cas, sous la rubrique : choisis ; dans le 2e, sous la rubrique : élus. Venaient en tête les candidats à la fois choisis et élus ; puis ceux simplement élus, mais ayant recueilli le plus de suffrages, ou étant habitants du Familistère ; enfin, ceux simplement choisis mais classés en 1er mérite.
- En 1872, une nouvelle rubrique figure au tableau : celle des ouvriers 'primés, conséquence toute naturelle des primes mensuelles que nous avons vu instituer (1) en faveur des meilleurs travaux de fonderie et ajustage.
- On voit donc au tableau des candidats figurer des ouvriers à la fois primés et choisis ou primés et élus, etc. Les primes s’appliquant à l’œuvre effective, révélaient mathématiquement la capacité comme le faisaient déjà, les notes de fabrication d’après lesquelles s’était opéré, jusque-là, le choix des travailleurs dans les ateliers de fonderie et ajustage. L’obtention des primes spéciales en question était un élément de plus pour le choix des travailleurs dans les ateliers susdits.
- Des mesures parallèles n’étaient point encore réalisées pour les travailleurs des ateliers dits ateliers divers. Là, le choix des ouvriers méritants par leur œuvre quotidienne continuait de relever uniquement de l’avis des chefs, surveillants, etc. L’infériorité du procédé saute aux yeux. Qu’un de ces intéressés soit à la fois écarté par le suffrage de ses pairs à l’élection de 1er degré et oublié (ou écarté pour motif quelconque) par ses chefs, il ne pouvait invoquer aucun contrôle
- (1) Clhap. XXI, p. 14, Le Devoir, janvier 1906.
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- LE DEVOIR
- direct organisé de sa capacité journalière effective pour se faire rendre justice, s’il lui plaisait de présenter une réclamation.
- Cependant un besoin de contrôle existait à l'égard des classements ou de certains classements opérés dans les ateliers, puisque au cours des discussions préparatoires de la fête en 1870 (1) nous avons vu se produire en conseil la proposition « de faire opérer — de concert entre les chefs et surveillants d’une part et des délégués de chaque groupe naturel des ateliers, d’autre part — l’examen et la discussion des mérites des ouvriers à porter au tableau des candidats ». Mais augmenter le nombre des appréciateurs, véritables électeurs en cas pareil, n’eût pas changé le fond des choses ; l’incertitude du résultat eût été la même pour l’ouvrier intéressé.
- Bien mieux valait développer et perfectionner le contrôle des capacités par le mode mathématique.
- L’institution en septembre 1871 et en février 1872 (chap. XXI) de primes pour : 1° les innovations utiles, travaux exceptionnels, etc., dans les services généraux de l’établissement; 2° les meilleurs travaux en fonderie et ajustage, cette institution avait justement ce mérite pratique, dans le premier cas, de tenir à jour les œuvres marquantes où qu’elles se produisissent; dans le second cas, de tenir également à jour, parallèlement aux notes de fabrication, les noms des meilleurs mouleurs et ajusteurs; et, dans les deux cas, d’appeler des rémunérations correspondantes aux œuvres.
- A ce propos, il est à observer que pour exercer le contrôle des primes ou des notes relatives à son travail, l’ouvrier doit être, au préalable, cultivé intellectuelle-
- (1) Chap. XIV, p. 578, Le Devoir, octobre 1904.
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- ment. Ainsi s’enchaînent les mesures tendant à l’organisation véridique des meilleures conditions sociales.
- Le 6 juin, fut apposée dans les ateliers l'affiche habituelle annonçant la fête et, en même temps, informant les ouvriers qu’ils allaient être appelés à désigner parmi eux au moyen du suffrage, les candidats aux mentions honorables.
- Le surlendemain fut apposée la seconde affiche, habituelle aussi, celle convoquant à jour dit les électeurs pour la désignation de cent candidats. L’établissement comptait alors un millier d’ouvriers au moins. Sauf la division de ce personnel en huit sections au lieu de sept, le texte de l’affiche est exactement le même que celui donné chap, XIII, à l’exposé de la fête célébrée en 1869; le même encore que celui reproduit l’an d’après, 1870. On augmente le nombre des sections, mais non celui des candidats à élire. Il demeure fixé à 100. L’usage semblait dire qu’il suffisait.
- Ayant à procéder en ce chapitre à un résumé des 4 tentatives, rappelons la lre application du système. En 1868, le dépouillement des notes de fabrication ou la désignation des chefs et contre-maîtres ayant fourni une liste de 150 ouvriers de 1er et 2e mérites, le conseil avait décidé de demander au suffrage dans les ateliers la désignation des 150 meilleurs ouvriers. Mais, prévoyant qu’il y aurait d’inévitables écarts entre les désignations faites par le suffrage et celles résultant des notes de fabrication ou de l’appréciation des chefs , le conseil avait décidé de procéder comme suit à l’établissement de la liste définitive des 150 candidats ouvriers .
- Comparer : Primo la liste portant 150 ouvriers classés en deux sections : A premier mérite : B deuxième
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- mérite ; Secundo celle portant (classés d'après le chiffre des suffrages) les noms des ouvriers désignés à l’élection ; cela fait, inscrire sur l’état définitif d'abord les ouvriers portés sur les deux listes ; puis les ouvriers distingués par le travail seul mais classés en 1er mérite (lettre A), enfin compléter le chiffre de 150 en prenant sur la liste des ouvriers simplement élus ceux qui auraient le plus de voix ou ceux qui seraient habitants du Familistère.
- La décision avait été appliquée. Mais il est à observer que, sur le tableau des candidats, les ouvriers furent présentés dans cet ordre :
- D’abord ceux à la fois élus et choisis ; puis ceux simplement élus ; enfin ceux choisis en vertu de la capacité de 1er mérite.
- L’an d’après, 1869, on avait abaissé de 150 à 100 le chiffre des candidats ouvriers à désigner par le suffrage et l'on s’était tenu à ce même chiffre pour la répétition de la fête en 1870, de même pour celle à voir ici, 1872.
- Ce nombre de 100 avait suffi jusque-là, puisque 92 candidats ouvriers en 1868, 85 en 1869, 82 en 1870, (c’est-à-dire moins d’une centaine chaque fois) étaient arrivés au poste de candidat du chef d’élection combinée ou non avec la capacité, le nombre total des candidats ouvriers ayant été de 150 en 1868.
- 166 en 1869.
- 198 en 1870.
- Ce nombre total va s’élever à 230 en 1872 et cette fois du chef d’élection combinée ou non avec la capacité on extraiera du scrutin plus de 100 candidats, soit 125.
- Le dépouillement du scrutin ne figurant pas au registre du conseil, nous ne pouvons dire par quel nombre de voix furent élus les 125 candidats désignés en 1872.
- A juger des chiffres relevés uniquement pour l’année
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- 1869, les voix s’éparpillaient beaucoup et les nominations se faisaient à un chiffre très faible. On était descendu à 4 voix, en 1869 (1). Peut-être ce fait aussi avait-il été pour quelque chose dans la réduction du nombre des candidats ouvriers demandé à l’élection (150 en 1868 et 100 depuis lors.)
- Rassemblant les motifs de distinction des candidats ouvriers, nous obtenons, pour les quatre essais, le tableau récapitulatif suivant :
- ANNÉES Elections combinées ou non avec la capacité. Promotions sans intervention du suffrage. Oublis ' révélés au vote final Totaux des candidats ouvriers
- 1868 92 57 1 1 150
- 1869 85 81 166
- 1870 82 116 198
- 1872 125 103 2 230
- Notre but tout spécial étant la recherche de l’enseignement des faits, divisons, pour chacun des essais tentés depuis 1868, les candidats ouvriers en deux principales catégories : r
- lo Celle des travailleurs distingués par la capacité, abstraction faite des voix qu’ils recueillent ou non à l’élection préparatoire ;
- 2° Celle des ouvriers arrivant au tableau des candidats du chef de l’élection préparatoire et sans s’être, au préalable, distingués par la capacité.
- Voici le tableau qui en résulte :
- (1) Chap. XIII, page 454. Le Devoir, août 1904,
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- lre Catégorie : Candidats arrivant avec la mention de capacité.
- (iQu’ils obtiennent ou non des voice à Vélection préparatoire.)
- 1868 — 123 (1)
- 1869 — 118 différence en moins 5
- 1870 — 140 » plus 22
- 1872 — 161 (2) » » 21
- 2e Catégorie : Candidats arrivant par élection, exclusivement.
- 1868 — 26 (1)
- 1869 — 48 différence en plus 22
- 1870 — 58 » » 10
- 1872 — 67 (2) » » 9
- Ascension croissante depuis 1869 pour la lre catégorie; depuis Forigine pour la 2e. Mais dans cette der» nière il y a tendance à diminution, les différences d’une année sur l’autre se présentant comme suit : 22, 10, 9. C’est le contraire dans la lre catégorie où nous lisons : 5, 22, 21. (Les deux derniers chiffres sont à peu près égaux et il faut tenir compte que des deux ouvriers non classés par oubli, un au moins pouvait faire partie de cette catégorie ; celui qui a été proclamé lauréat le jour de la fête.)
- La voie du classement par la capacité est la voie sûre pour l’homme de mérite. L’ouvrier va lui-même au but; il est son propre électeur. Que le suffrage, si l’on y a recours, ratifie ou non le classement dû à la capacité vérifiée, cela importe peu ; le jugement de fond est sauf, la capacité est à sa place. Tant mieux pour le
- (1) Pour l’obtention du chiffre total 150 tenir compte qu’il y eût un ouvrier oublié sur le tableau des candidats et révélé au vote final.
- (2) Pour l’obtention du chiffre total 230 tenir compte qu’il y eût deux ouvriers oubliés sur le tableau des candidats et révélés comme ci-dessus.
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- suffrage s’il est assez clairvoyant pour prononcer en ce sens ; tant pis pour lui s’il ne sait pas le faire ; il témoigne alors de sa méconnaissance du véritable intérêt collectif.
- L’ouvrier de talent, cela n’est pas douteux, préférera de beaucoup le classement d’après la capacité vérifiée— classement qui sauvegarde sa dignité personnelle et son intérêt légitime — au classement d’après l’élection, lequel est entaché d’ignorance, prompt à l’oubli du mérite modeste, enclin au favoritisme... etc., et par lequel, enfin, le bon ouvrier lui-même ne peut jamais être sûr d’être apprécié selon ses œuvres.
- Le compte-rendu de la fête du Travail en 1872, inséré au registre du Conseil du Familistère, est défectueux sous plusieurs rapports, sans que les légères discordances constatées entre les divers documents puissent, néanmoins, modifier l’enseignement de fond à tirer de l’essai. Il est noté au registre que le secrétaire du conseil (période d’août 1871 à août 1872) n’avait point rempli son office et que ce fut seulement après son départ (il quittait alors l’établissement) que la lacune fut comblée dans la mesure du possible.
- Peut-être cette circonstance explique-t-elle que pas un mot ne soit dit des ouvriers ou employés qui à l’épo-que de la fête du Travail s’étaient distingués par des innovations utiles et travaux exceptionnels et avaient de ce chef obtenu les primes spéciales instituées en septembre 1871.
- Pourtant, si l’on consulte la liste des innovations réalisées depuis l’ouverture du registre ad hoc jusqu’en juin 1872, on compte 13 bénéficiaires de primes pour innovations vérifiées à l’usage et parmi eux au moins 4 ouvriers. Voici l’état de ces 13 intéressés :
- 8 — sont contre-maîtres ou chefs de service.
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- 1 — parti de l’établissement depuis peu et devant j rentrer après quelques mois, ne peut être classé par nous. Rien ne nous dit s’il était simple ouvrier ou surveillant d’atelier.
- 4 — sont des ouvriers. Trois parmi eux sont inscrits au tableau des candidats à titre simplement d’ouvriers choisis et le quatrième à titre d’ouvrier primé en compagnie de bénéficiaires de primes mensuelles. L’intéressé pouvait du reste être aussi au rang de ces bénéficiaires.
- Revenons à l’élection préparatoire effectuée en 1872 dans les ateliers.
- Cette élection s’opéra (en 8 sections) les 12, 13, 14 et 15 juin 1872. Le registre du Conseil ne nous fournit de renseignement ni sur le chiffre des électeurs inscrits, ni sur le chiffre des votants. Le dépouillement de l’état définitif des candidats aux mentions honorable (p. 198 à 202) montre qu’on dégage du scrutin 125 ouvriers, lesquels figurent au tableau sous les rubriques suivantes :
- A titre d'élus simplement.............. 67 ouvriers
- à titre d'élus et primés .................. 21 »
- à titre à’élus et choisis.................. 37 »
- Total......... ... 125 »
- Figurent, en outre (sans mention d’élection)
- à titire d s primés simplement.............. 36 »
- à titre de primés et choisis.... ......... 10 ouvriers
- à titre de choisis » . . ..... 57 »
- Total..............~ 103 »
- Ensemble : du chef d’élection combiné ou non avec
- la capacité................ 125 ouvriers
- du chef de capacité sans le concours du
- suffrage................................. 103 »
- oubliés au tableau des candidats et révélés au vote final........................ 2 »
- Total des candidats ouvriers en 1872.. 230 »
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- Déjà nous avons (1) rassemblé les résultats des trois essais opérés en 1868, 1869, 1870. Reprenons le sujet en y ajoutant les résultats de l’essai opéré en 1872 :
- Candidats ouvriers désignés par Vélection ou la capacité, motifs pris ensemble ou séparément.
- APÉES : Désignés par la capacité et l'élection : Désignés par l’élection seule : Désignés par la capacité de 1er Mérite Oubliés sur le tableau et révélés au vote final : TOTAUX :
- 1868 66 26 57 1 150
- 1869 37 48 81 166
- 1870 24 58 116 198
- 1872 58 67 103 2 230
- Le nombre des ouvriers désignés candidats en raison seule des suffrages obtenus par eux continue son ascension : 26, 48, 58, 67 ; mais la poussée tend à diminuer. L’écart entre les chiffres s’amoindrit d’une année à l’autre : de 26 en 1868 on était monté à 48 en 1869 ; différence 22. L’an d’après le chiffre ne s’élève que de 10, passant de 48 à 58. Et, en 1872, il ne s’élève que de 9 (58 4- 9 = 67).
- C’était là une constatation encourageante et il fallait aider à l’évolution. Il semble bien que l’institution des primes mensuelles pour les meilleurs travaux en fonderie et ajustage s’exerçât en ce sens; car nous voyons brusquement, en 1872, le chiffre des ouvriers capables appréciés à l’élection préparatoire — chiffre qui de 66 en 1868 était tombé à 37 en 1869, à 24 en 1870 — s’élever à 58 ! Différence en plus 34. Malheureusement nous ne savons pas s’il y eut, et en quel nombre, des ouvriers de premier mérite (lettre A) parmi ces 34.
- (1) Ghap. XIV, p. 582, Le Devoir, octobre 1904.
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- LE DEVOIR
- Quoi qu’il en soit, la faillite du suffrage, manifeste par les chiffres précédents, est ici atténuée. Les primes mensuelles accordées, disait l’affiche, aux ouvriers désignés « par leur bonne manière de travailler » devaient secouer l’indifférence, déterminer certaines bonnes volontés et aussi les indécis à voter pour tels et tels puisqu’il s’agissait de nommer les plus capables. Cette approbation tacite du classement, par la capacité vérifiée, était précieuse en l’état des choses, aussi s’attachera-t-on, en 1873, à baser sur la seule capacité effective, le classement des candidats ouvriers. Les auteurs d’innovations utiles constitueront un groupe à part; nous verrons ces faits en leur temps.
- La proclamation par le suffrage en 1872 d’un plus grand nombre d’ouvriers désignés déjà p$r la capacité, se balance, naturellement, par un mouvement en sens contraire dans la colonne des ouvriers promus candidats du chef seul de capacité, sans le concours du suffrage.
- Jusque-là le nombre de ces délaissés à l’élection préparatoire avait été croissant : 57 en 1868, 81 en 1869, 116 en 1870; le nombre se réduit à 103 en 1872; c’est la contrepartie de l’évolution vers la reconnaissance des capacités.
- D’autre part (nous l’avons vu plus haut), le nombre des ouvriers s’efforçant de se classer eux-mêmes candidats par le déploiement des capacités allait croissant d’une année à l’autre. C’était donc bien vers l’enregistrement mathématique des capacités de tous ordres qu’il fallait diriger les efforts, afin de faire à chacun sa juste part.
- Vve J.-B.-A. Godin, née Moret.
- (A suivre).
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
- La rentrée des Chambres. Le programme du gouvernement. Le repos hebdomadaire. Les habitations à bon marché.
- La première session de la neuvième législature a été ouverte le 1er juin. A l’énorme majorité de près des trois quarts des voix, M. Brisson, la plus haute, la plus vraiment représentative personnalité du parti radical, en majorité dans la nouvelle Chambre, a été appelé au fauteuil de la présidence.
- Une fois la Chambre constituée — elle ne peut l’être que lorsque la moitié plus un des élus ont été validés — le ministère s’est présenté devant elle avec son programme.
- La déclaration ministérielle a été lue le 12 juin devant la Chambre, par M. Sarrien, président du Conseil, ministre de la justice, devant le Sénat par M. Clémen-ceau, ministre de l’intérieur. C’est une copieuse nomenclature des questions qui doivent solliciter l’attention et la vigilance des Chambres.
- Au premier rang se placent naturellement celles que soulève l’impérieuse nécessité de rétablir sans nouveaux expédients l’équilibre budgétaire : économies à réaliser sur l’ensemble des crédits, simplifications administratives, établissement de l’impôt sur le revenu.
- Dans un autre ordre d’idées, le gouvernement s’engage à appliquer avec fermeté, sans arrière-pensée de représailles, dans l’esprit même où elle a été votée par le Parlement et ratifiée par le pays, la loi sur la séparation des Eglises et de l’Etat. Il poursuivra méthodiquement la laïcisation complète des écoles. Il demandera l’abrogation définitive de la loi Falloux déjà acceptée par le Sénat et l’établissement d’un régime
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- LE DEVOIR
- donnant à l’Etat toutes garanties de contrôle sur cet enseignement.
- En outre, pour répondre aux indications de l’opinion publique vivement émue par certains arrêts de la justice militaire le gouvernement proposera aux Chambres la réforme des conseils de guerre et des tribunaux maritimes.
- La déclaration ajoute :
- « Nous vous demanderons aussi de modifier la loi de 1884, en supprimant les délits et les pénalités et en accordant aux syndicats le droit de posséder et la capacité commerciale,
- « Nous vous proposerons d’étendre le bénéfice de cette loi à d’autres catégories de citoyens.
- « En refusant aux fonctionnaires le droit de grève, qui ne saurait leur être attribué sans péril pour l’intérêt public, nous vous proposerons de leur donner des garanties contre l’arbitraire par un statut régulier.
- « Les conflits entre le capital et le travail deviennent chaque jour plus fréquents et plus aigus ; ils risquent de porter atteinte à la prospérité du commerce et de l’industrie, et nous croyons qu’il est temps d’étudier sérieusement les moyens d’en prévenir le retour.
- « Il nous paraît nécessaire de définir, dans une loi, les obligations et les droits résultant du contrat de travail. x
- « Il y a lieu d’édicter certaines règles d’ordre public relatives à la formation, aux effets, à la rupture de ce contrat, et de définir les caractères du contrat collectif de travail, qui, de toutes parts et un peu confusément, fait son apparition.
- « C’est à l’abri de la loi, dans le magnifique développement de l’industrie moderne, qu’ouvriers et patrons pourront concilier les nécessités économiques, la liberté individuelle, et cette protection des faibles que tout le monde reconnaît nécessaire.
- « C’est du même esprit que s’inspirera un autre projet de loi sur la durée légale du travail.
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
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- « Sans perdre de vue les exigences de la concurrence mondiale, sans méconnaître que certains progrès doivent se faire en même temps chez tous les peuples concurrents et que les traités de travail deviennent une nécessité inéluctable, il est possible, cependant, de donner satisfaction aux exigences d’une démocratie laborieuse dont les membres veulent avoir le loisir d’être des citoyens.
- « Nous estimons encore qu’il est temps de donner aux employés, en matière de durée du travail, la protection dont jouissent les ouvriers.
- « En même temps que ces projets, nous comptons faire aboutir les réformes préparées par nos prédécesseurs sur le repos hebdomadaire, l’extension de la prud’homie aux employés, le payement des salaires.
- « En votant au mois de février dernier le projet d’organisation des retraites ouvrières, la Chambre précédente a nettement affirmé les principes essentiels sur lesquels cette organisation devra reposer. Le gouvernement les soutiendra devant le Sénat, avec le vif désir de faire aboutir une réforme réclamée par la démocratie.
- « La catastrophe de Courrières, dont les causes sont l’objet d’une instruction judiciaire, que l’état des lieux prolonge et rend difficile, a appelé l’attention du gouvernement sur l’insuffisance de la loi de 1810.
- « Nous déposerons un projet de loi qui aura pour objet d’en corriger les imperfections principales, soit en donnant à l’Etat un droit plus étendu de déchéance, qui sera à la fois l’expression de son pouvoir souverain et la garantie de son contrôle, soit en entourant les rétrocessions de conditions, dont l’absence peut constituer un véritable danger.
- « Nous voulons aussi assurer au capital et au travail une rémunération plus équitable de leurs efforts.
- « En appelant les ouvriers de la mine dans les concessions futures au partage des bénéfices, nous obéirons au double souci de réaliser un progrès nécessaire de justi-
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- ce sociale et de donner à toute les industries un exemple susceptible, s’il est suivi, de prévenir les malentendus et les conflits. »
- Tel est, sur le terrain des questions ouvrières, le programme du gouvernement.
- Il va sans dire que les intérêts de l’agriculture et ceux de nos colonies n’échappent pas à sa sollicitude.
- En ce qui concerne les affaires extérieures, le gouvernement, convaincu « que l’exercice des droits et le développement normal des intérêts vitaux du pays peuvent être assurés sans porter atteinte à ceux d’aucune puissance », affirme à nouveau « l’esprit de justice et de paix » dans lequel la France envisage les divers problèmes posés devant la nation.
- Pour ne laisser planer aucune équivoque sur la pensée du gouvernement en une matière aussi délicate, nous reproduisons textuellement cette partie de la déclaration du 12 juin.
- « Nous comptons ne pas nous écarter de cette politique dont l’heureuse solution de la Conférence d’Algési-ras, honorable pour tous, a démontré la sagesse.
- « Grâce à elle, nous maintiendrons et nous fortifierons l’alliance et les amitiés qui nous ont été si précieuses et dont les objets s’accordent avec l’objet même de notre politique.
- « Grâce à elle, nous diminuerons dans l’avenir les risques de troubles et de conflits, et nous nous trouverons dans les conditions les meilleures pour en résoudre équitablement les difficultés.
- « Mettant son entière confiance dans une armée et dans une marine dont la valeur et la force garantissent pleinement sa sécurité et lui assurent le rang qui lui appartient dans le monde, la France espère que, comme elle-même, les nations s’attacheront toujours davantage aux solutions fondées sur le respect du droit, et elle souhaite que le progrès en ce sens de l’opinion universelle auquel elle aura ainsi contribué, permette aux nations de regarder comme possible l’allègement des
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- charges militaires que les Etats représentés à La Haye « ont déclaré grandement désirable pour l’accroissement du bien-être matériel et moral de l’humanité ».
- « Au reste, les questions politiques sont loin d’être les seules qui intéressent l’action extérieure des Etats. Les problèmes économiques jouent chaque jour un rôle plus considérable dans l’équilibre du monde.
- « Et certaines questions sociales ne peuvent être complètement résolues par les législations intérieures sans une entente internationale.
- « Un premier pas vient d’être fait dans cette voie. Sur l’initiative du Comité de l’Association internationale pour la protection légale des travailleurs, une convention a été élaborée en vue d’assurer l’interdiction pour les femmes du travail industriel de nuit, ainsi que la prohibition de l’emploi du phosphore blanc dans la fabrication des allumettes. Le 5 avril dernier, nous avons fait connaître que le gouvernement de la République donnait son adhésion définitive et sans réserve à cette convention.
- « Nous chercherons à étendre progressivement le domaine de ces ententes internationales sur les questions du travail. Ainsi, dans le domaine économique et social, comme dans le domaine de la politique proprement dite, nous croirons servir à la fois la cause de la paix intérieure de la République et celle de la paix universelle ».
- Aussitôt après la lecture de la déclaration ministérielle, s’est ouverte à la Chambre, sous forme d’interpellation, un débat qui a duré plusieurs jours , et au cours duquel ce document a été diversement commenté. Certains orateurs en ont critiqué la longueur; d’autres lui ont reproché de n’être qu’une sèche nomenclature dépourvue de toute indication sur les moyens que le ministère compte employer pour réaliser ses intentions; d’autres enfin en ont montré les lacunes.
- Comparé au programme du parti radical, qui fournit
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- à lui seul une majorité au gouvernement, le programme ministériel présente, en effet, quelques lacunes. C’est ainsi, et M. Jaurès a particulièrement insisté sur ce point, que la déclaration est muette sur la question du rachat des chemins de fer, muette également sur la question de la nationalisation des mines. Le même silence est gardé par le programme ministériel sur la réforme du suffrage. Cette fois, c’est M. Charles Benoist, le protagoniste de la représentation proportionnelle qui fait un grief au gouvernement de cet oubli peut-être excusable si l’on songe qu’il appartenait surtout à la majorité gouvernementale de l’inscrire elle-même dans son programme et qu’elle ne l’a pas fait, sans doute par reconnaissance pour le scrutin dont elle est issue.
- Quant au développement des divers articles du programme du cabinet, quant aux voies et moyens, on les trouvera dans les projets de loi que le gouvernement a élaborés et dont il a déposé un certain nombre sur le bureau des deux Chambres.
- N’est-ce pas en projets de loi que M. Jaurès se réserve de concréter, d’ici quatre ou cinq mois, l’organisation socialiste dont il n’a tracé que la brillante esquisse?
- D’ailleurs, la déclaration dit expressément ; « Le programme que nous venons dé vous indiquer n’est point un programme fermé. Nous inspirant sans cesse des voeux et des sentiments du pays , nous serons toujours prêts à examiner et à résoudre avec vous les problèmes qui se posent chaque jour devant l’opinion publique »
- Le Sénat, exempt de toutes les formalités qui s’imposent à une assemblée nouvellement élue, n’a pas attendu que la Chambre ait pris connaissance d’elle-même pour se mettre à l’oeuvre. Il faut lui rendre cette justice que ses premiers actes semblent indiquer une propension à exercer son activité sur des sujets qui touchent de près le monde ouvrier.
- Dès les premiers jours des commissions arrêtent
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- leurs conclusions, des rapports sont déposés, et l’on peut enregistrer un demi-résultat.
- C’est ainsi que la commission, chargée d’examiner la proposition adoptée par la Chambre, déterminant la juridiction des prud’hommes en ce qui concerne le contrat de louage dans le commerce et l’industrie, a adopté, sur le rapport de M. Strauss, le texte suivant :
- « Article unique. — Les lois qui déterminent la juridiction des Conseils de prud’hommes sont applicables aux différends qui s’élèvent, à l’occasion du contrat de louage d’ouvrage dans le commerce et l’industrie, entre les patrons ou leurs représentants et les employés, ouvriers et apprentis de l’un ou de l’autre sexe. »
- D’autre part, M. Pedebidou a déposé un rapport sur l’emploi des composés du plomb dans les travaux de peinture en bâtiment, et M. Chautemps, un rapport sur le projet de loi tendant à la révision de la législation sur les établissements insalubres et dangereux.
- Le demi résultat, c’est le vote en première lecture de la proposition de loi relative au repos hebdomadaire.
- On se rappelle que, dans la séance du 5 avril, la discussion de cette proposition avait été suspendue par suite de l’impossibilité de s’entendre sur le point de savoir à qui serait dévolu le pouvoir d’accorder les dérogations au repos dominical prévues par l’article 2 de la loi.
- Cette question a passé par des phases diverses. Après avoir renoncé successivement à donner le droit d’autoriser les dérogations à la loi aux Chambres de commerce seules, puis aux Commissions départementales seules, on s’est accordé pour conférer ce droit au Préfet. Mais on a voulu que le Préfet s’entourât d’avis autorisés. A qui demander ces avis? La commission d’abord favorable à l’attribution aux Chambres de commerce seules du pouvoir d’attribuer les dérogations, a fini par se rallier à la manière de voir du gouvernement et a consenti à admettre les Chambres de commerce et, conjointement avec elles, les syndicats ou-
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- vriers et patronaux, à donner leur avis au Préfet. Ainsi a pris fin le désaccord qui avait motivé la suspension de la discussion.
- Après un long débat sur l’organisation du contrôle, au cours duquel le rapporteur, M. Prevet, a multiplié ses efforts pour faire échec à la loi, le Sénat a décidé, dans sa séance du 14 juin, qu’il passerait à une seconde délibération.
- Entre les deux délibérations, la commission devra revoir afin d’en améliorer le sens et les termes , les dispositions relatives au repos pour les employés et ouvriers travaillant la nuit, et aux dérogations pour le travail des femmes et des enfants.
- La proposition adoptée exclut les coiffeurs des corporations admises de droit au repos hebdomadaire par roulement.
- Au début de cette séance du 14 juin, le Sénat a adopté sans débat, telle qu’elle avait été votée par la Chambre, également sans débat, dans les derniers jours de la législature, une proposition de loi sur les distributions d’énergie.
- Aussitôt après ce vote, M. Chautemps, rapporteur de la précédente proposition;' en a déposé une autre qui en est en quelque sorte le complément, et qui est relative au transport de l’énergie électrique à l’étranger.
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- Faisons un retour sur la précédente législature; nous aurons peut-être d’autres occasions d’y revenir.
- Parmi les projets de loi définitivement adoptés pendant la huitième législature se trouve un projet modifiant sur plusieurs points la loi de 1894 sur les habitations à bon marché.
- Les principales dispositions de la nouvelle loi sont les suivantes :
- L’article 1er du projet prévoit, dans chaque département, la création obligatoire, au lieu de facultative
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- qu’elle était, d’un ou plusieurs comités de patronage des habitations à bon marché, qui deviennent des « comités de patronage des habitations à bon marché et de la prévoyance sociale » ayant pour mission d’encourager toutes les manifestations de la prévoyance sociale.
- Le projet étend les encouragements fiscaux accordés aux constructeurs d’habitations à bon marché, notamment en relevant les maxima de valeur locative prévus pour l’application aux maisons de la loi du 30 novembre 1894 et en portant de cinq à douze ans la durée d’exemption des contributions foncières et des portes et fenêtres.
- Il accroît l’action des bureaux de bienfaisance, hospices et hôpitaux et donne aux communes et aux départements la faculté d’intervenir dans la construction des habitations à bon marché.
- Enfin, le projet assimile à la construction d’habitations à bon marché, en ce qui concerne les facultés d’emploi de la fortune personnelle des caisses d’épargne , l’établissement de bains-douches et la création de jardins ouvriers.
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- Le Congrès de Birmingham.
- C’est à Birmingham, patrie du grand coopérateur Holyoake, mort y a quelques mois, que le 38e Congrès des sociétés coopératives de la Grande Bretagne et d’Irlande a tenu ses assises dans les premiers jours de juin.
- Les délégués régulièrement nommés par les sociétés coopératives étaient au nombre de 1.600. La salle dans laquelle s’en réunie Je Congrès, le New Central Hall pouvait contenir 3.000 personnes au moins ; la salle était comble.
- Le Congrès était présidé par M. Maxwell, président de la Wholesale anglaise. Le discours d’ouverture a été prononcé par M. Gray, secrétaire général de l’Union coopérative. Dans son discours M. Gray a fait ressortir l’importance des Congrès et le nombre des adhérents à l’union coopérative qui s’élève à 2 millions 259.479, qui font, avec leurs familles, 9 millions d’âmes. Il a cité le professeur Marshall qui disait : « La coopération a ce privilège qu’elle, développe les énergies de l’individu et le prépare à l’action colletcive en vue de fins collectives. » Il a cité encore ces mots de Vansit-tart-Neale : « Tout peut être changé non par la révolution, mais par l’évolution. »
- Après un vote de remerciements à M. Gray pour son beau discours, les délégués étrangers ont pris successivement la parole. C’étaient, pour l’Union coopérative de France, M. de Boyve, qui a publié dans le journal de l’Union un compte-rendu du Congrès auquel nous empruntons ces brèves indications, pour la Wholesale allemande, M. Scherling, pour l’Union coopérative allemande, M. Kaufmann, pour l’Union coopérative autrichienne, M. Exner. Tous ces discours donnant des
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- détails très intéressants sur l’état de la coopération dans les divers pays représentés ont reçu le meilleur accueil.
- Voici d’après le rapport du Comité central quelques chiffres qui en disent long sur le développement de la coopération en Angleterre :
- Le chiffre des coopérateurs s’élève, en 1905, à 2.259. 479. Il était, en 1904, de 2 205.942. Les ventes sont, en 1905, de 2 milliards 354.937.850 francs contre 2 milliards 297 millions 104.950 francs en 1904. Les bonis s’élèvent, en 1905 à 261.454.075 francs contre 258. 567.450 francs en 1904.
- La Wholesale anglaise compte 1.150 sociétés adhérentes et les ventes se sont élevées, de 1904 à 1905, de 495.229.300 francs à 519.636.725 francs.
- La Wholesale écossaise passe de 170.031.800 francs à 173.493.450 francs.
- Les bonis des deux Wholesales se sont élevés à 15.896.875 francs.
- Les affaires générales des industries coopératives ont passé de 88.279.875 francs en 1904 à 94.240.525 francs en 1905.
- Les différentes sections du Comité central de l’Union coopérative sont les suivantes : section de l’Education, section de la Production, section des Rapports internationaux , section de la Propagande coopérative, section des Syndiqués et des Coopérateurs, section parlementaire, section des Expositions, section de Défense coopérative.
- Les coopérateurs anglais ont dépensé, en 1905, la somme de 2.081.450 francs pour la propagande et il n’a pas été prêté moins de 23.246 clichés pour les conférences avec projections.
- Le comité central a dépensé 277,575 francs en frais de congrès, traitements des membres du comité exécutif, imprimés, propagande, frais de bureau, etc.
- M. James Johnston a lu un rapport sur les dangers de la concurrence entre coopératives.
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- Cette concurrence s’exerce entre sociétés coopératives de production, par des sociétés coopératives de production cherchant à s’emparer de la clientèle des sociétés coopératives de consommation, et par des sociétés coopératives de consommation créant des succursales là où une autre société en a déjà établi et s’efforçant d’attirer les membres de cette dernière au moyen de dividendes plus élevée.
- Le rapport propose la nomination d’une commission centrale qui serait chargée de régler tous ces différends et serait investie à cet effet de l’autorité nécessaire.
- Une discussion s’est engagée sur la proposition de M. Bisset, d’Aberdeen, demandant que les coopérateurs prennent une plus grande part dans les questions politiques et aient des représentants à la Chambre des communes.
- Plusieurs orateurs ont fait remarquer que l’introduction des questions politiques dans les sociétés aurait pour effet de diviser les coopérateurs. Pour être élu membre de la Chambre, a dit M. Taylor, il faut être un homme de parti. Si on se présentait sans couleur de parti, en simple coopérateur, on n’aurait pas 50 voix.
- La proposition de M. Bisset est mise aux voix : 769 voix se prononcent contre et 327 pour.
- Rappelons qhe l’année dernière au Congrès de Paisley, 654 voix (contre 271) avaient bien reconnu « l’urgence pour le mouvement coopératif de prendre une part active dans la direction du gouvernement au point de vue législatif et administratif » , mais que par 801 voix (contre 135, données à la proposition de se rallier au Labour Party), le Congrès avait déclaré que, dans son opinion « il n’est pas désirable que le mouvement s’allie d’une manière étroite à aucun parti politique ».
- Parmi les manifestations du Congrès de Birmingham il convient de signaler le vote par lequel il a été décidé que le souvenir de M. Holyoake sera perpétué par la création d’un établissement qui servira à l’extension du mouvement coopératif ; la décision concernant l’en-
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- couragement à la construction de cités-jardins, Fap-probation donnée au rapport de M. Wolf relatif à la création de coopératives au moyen du capital des banques d’épargne, et l’adoption de la proposition de M. Vivian, comme membre ouvrier de la Chambre des communes, tendant à la nomination d’une commission composée de membres de l’Union coopérative et de la Société agricole qui aurait pour objet de rechercher les moyens de développer la coopération dans les districts ruraux.
- Le prochain Congrès aura lieu à Preston.
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- Congrès de l’Union suisse des sociétés de consommation.
- Le 12 mai s’est réunie dans-la salle du Grand Conseil, à Berne, la dix-septième assemblée ordinaire des délégués des sociétés suisses de consommation.
- Le président central, M. le Dr Rod Kündig, a ouvert l’assemblée par un exposé dans lequel il a constaté que 1905 a été pour l’Union une année de développement normal et de consolidation. L’Union comprend actuellement tous les cantons, mais, malgré ce succès évident, elle a le devoir de ne pas en rester là. L’orateur exprime la nécessité de serrer davantage les rangs dans un esprit de concorde et de franchise. Il a ensuite défendu FUnion à laquelle on reproche de pousser à la lutte des classes. Ce ne sont pas les intérêts spéciaux des sociétés de consommation qui les ont amenées à lutter contre le nouveau tarif douanier et la loi sur la police des denrées alimentaires. En terminant, le président souhaite la bienvenue au représentant du gouvernement de Berne, M. de Steiger, et aux délégations venues de l’étranger.
- L’Allemagne est représentée par MM. Lorenz (Augs-bourg), Koch (Leipzig), et Schmit ; la France, par M. Gide (Paris); la Grande-Bretagne, par MM. Fairbro-ther, Hines et Hemingway, et l’Autriche, par M. Exner.
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- L’Assemblée a élu comme vice-président M. Tscham-per, de Berne. Celui-ci, au nom de la Société de consommation de Berne, a souhaité la bienvenue aux nombreux délégués et invités.
- L’assemblée discute d’abord le rapport annuel et les comptes de 1905. M. Angst (Bâle), rapporte. Après une longue discussion de détail, le projet ainsi que les propositions concernant la répartition de l’excédent de l’entreprise, 87,140 francs, sont approuvés.
- L’assemblée des délégués de l’Union des Sociétés suisses de consommation a accordé, en outre, les crédits demandés par le comité central pour l’achat d’un terrain à Pratteln au prix de 16.000 fr. et pour la construction d’un dépôt à Pratteln devisé 4 450.000 fr. En ce qui concerne ce dernier crédit, il a été émis le postulat, qu’il faudra inscrire dans le contrat des travaux la clause qu’il sera payé aux ouvriers qui construiront ce dépôt les salaires convenus avec les syndicats.
- Les cinq membres du comité central sortant déchargé ont été réélus pour une nouvelle période ; ce sont MM. Angst, Bowald, Frey, Kundig el Perrenoud.
- La séance de dimanche matin a été consacrée presque entièrement à la discussion de la loi sur la police des denrées alimentaires. Le Dr Hans Müller a fait une conférence d’une heure et demie, dans laquelle il adonné les raisons qui militent en faveur du rejet de la loi.
- Au nom des sections de Duhendorf, Eglisau et Pfâffi-kon-Hittnau, le pasteur Straumann a recommandé l’acceptation de la loi. Cette proposition a été défendue en langue française par M. Pronier, de Lausanne, ainsi que par deux autres délégués de la Suisse romande.
- M. Hablutzel, de Frauenfeld, a proposé de ne pas prendre de décision et de laisser aux sections le soin de décider quelle attitude elles prendront vis-à-vis de la loi.
- Après une discussion animée, au cours de laquelle les représentants de la Suisse romande, entre autres, ont protesté à plusieurs reprises contre l’attitude du
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- comité central et contre les restrictions apportées à la liberté de discussion, on a passé au vote.
- La proposition Hablutzel a été d’abord opposée en votation éventuelle à la proposition Straumann et adoptée. Puis, par 164 voix contre 62, la proposition du comité central a été votée. La minorité a voté pour la proposition Hablutzel.
- Après la séance, les délégués se sont rendus au Gur-ten, où un banquet leur a été servir
- D’après les comptes pour 1905, approuvés par l’assemblée, le débit du bureau central s’est élevé à 9 millions 143,129 fr. 19 contre 7 millions 673,238 francs en 1904, ce qui constitue une augmentation considérable de 1,469,891 fr. 19 ou 19,18 p. c. Le bureau central a livré pour 8,803,865 fr. 20 de marchandises aux sociétés adhérentes (1904, 7,296,139 fr. 15) ou pour 39,536 francs à 25 sociétés de consommation non adhérentes; il a vendu en outre en gros et à différentes coopératives de gros de l’étranger pour 299,727 fr. 99 de marchandises.
- Les achats de la plupart des sociétés adhérentes sont en augmentation, cependant 32 sociétés ont acheté en 1905 au bureau central pour une somme moindre qu’en 1904; il est du reste probable que ces sociétés n’ont pas dû retirer un grand avantage de leur manque de fidélité coopérative. D’autre part, un grand nombre de sociétés et parmi les plus florissantes, ont considérablement augmenté leur chiffre d’affaires avec le bureau central; par exemple, la société de consommation de Soleure a triplé son chiffre d’affaires avec le bureau central, celle de Berne a passé au second rang avec fr. 678,245,50 d’affaires, laissant bien loin derrière elle les sociétés de Zurich et de Lucerne. Un certain nombre de sociétés de la Suisse française sont également en progrès marqués dans leurs relations d’affaires avec le bureau central : Genève, La Chaux-de-Fonds, Neuchâtel, Vevey, Sion.
- Le nombre des sociétés ayant acheté au bureau cen-
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- tral pour plus de 100,000 francs a passé de 14 à 16; 14 sociétés lui ont acheté pour fr. 50 — 100,('00, 54 pour moins de 10,000 francs. Un certain nombre de sociétés non adhérentes, en relations d’affaires avec le bureau central sont entrées dans l’Union depuis le nouvel an, d’autres y entreront prochainement.
- Les frais généraux d’administration ont passé de fr. 12,701 en 1904 à fr. 16,945.95 en 1905; l’augmentation résulte des frais d’impression de l’annuaire statistique et d’un supplément de traitement accordé à la famille de feu M. Beriger.
- Le compte d’exploitation du bureau central accuse fr. 141,439.97 pour frais d’administration et fr. 27,719.48 pour intérêts ; l’excédent est de fr. 110,039.30 (1904: fr. 93,649.77).
- Ij6 secrétariat de l’Union a obtenu en 1905 pour fr. 87,620,92 de recettes avec la publication des trois organes de l’Union (Schioeiz Konsumverein , Genos-senschaftliches Volksblatt, La Coopération). Les frais du secrétariat et la publication des journaux ayant absorbé fr. 91,162.97, il reste un solde de fr. 3,542,05 à la charge de l’Union.
- Le compte d’exploitation de V Union boucle avec un excédent net de fr7 87,140.17 (1904 : fr. 85,633.89) dont le comité central propose la répartition suivante :
- Amortissements sur immeubles, meubles, bibliothè-
- que, etc............................... fr. 40,838.50
- Attributions au fond de réserve de l’Union 30,000. — » à la caisse de secours du
- personnel..................... ...... 10,000. —
- Indemnité au comité directeur...... „ 3,000.—
- Le solde de......................... 3,301.67
- à porter à compte nouveau.
- Grâce aux attributions sus-mentionnées, le fonds de réserve de l’Union se montera à fr. 180,000 et le fonds de la caisse de secours à fr. 30,000.
- Pour terminer, nous reproduisons les principaux postes du bilan.
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- Actif.
- Marchandises........................ fr. 770,000.—
- Mobilier............................ 10,000.—
- Traites en portefeuille................. 60,917.85
- Débiteurs........................... 617,564.07
- Compte garanties.................... 176,000. —
- Titres.................................. 95,685.96
- Immeubles........................... 382,000. —
- Passif.
- Capital social de l’Union .......... fr. 413,000.—
- Créanciers............................. 946,833.25
- Dépôts................................ 225,796.70
- Hypothèques......................... 110,000. —
- Obligations......................... 298,500. —
- Acceptations.................»...... 120,367.67
- Fonds de secours.................... 30,000.—
- Congrès régional de la coopération socialiste française.
- C’est à Wathelos que s’est tenu ce congrès, le 11 février dernier. Voici les résolutions prises : 1° adhésion de la Fédération du Nord à la Bourse des coopératives socialistes de France; 2° obligation pour les sociétés de faire parvenir chaque mois, au bureau fédéral et aussi à chaque période d’inventaire, la balance des comptes, ces balances seront classées et le bureau de la Fédération pourra, à son gré, les faire vérifier par un comptable expert agréé par la Fédération ; les sociétés qui solliciteraient le concours d’un comptable auraient à supporter tous .les frais de déplacement et autres;. 3° tenue d’un congrès régional par année; 4° édition de brochures de propagande en faveur de la coopération socialiste.
- La coopération au Parlement anglais.
- Depuis les récentes élections qui ont amené une majorité libérale, le Parlement anglais compte d’actifs
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- pionniers ou des partisans connus du mouvement coopératif : Henry Vivian, député libéral de Birkenhead et secrétaire de l’association coopérative du travail ; F. Richards (du parti du travail), membre de la coopérative de Leicester; G.-H. Roberts (parti du travail), membre delà coopérative de Norwich ; Russel Réa (libéral); Harold Cox (libéral); G.-J. Wardle (parti du travail), membre d’une coopérative de Londres; R. Bell (du parti du travail), membre d’une imprimerie coopérative à Londres ; F. Maddison (du parti du travail), membre de la coopérative de Battersea ; G.-D. Kelley (parti du travail), membre de la coopérative d’imprimerie de Manchester; C. Duncan (parti du travail), président de la coopérative de Villesden; T. Burt (parti du travail); J. Burns (libéral); J.-R. Macdonald, W. Bowerman, P. Snowden, tous trois du Labour Party; W. Joweth (du parti du travail), directeur de la cité coopérative manufacturière de Airedalo; C. Steadman (du parti du travail). Au total, 17 députés coopérateurs.
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- FRANGE
- La journée de huit heures et les associations de production.
- La Chambre consultative des Associations ouvrières de production a tenu, aux Arts et Métiers, une réunion pour étudier la question de la journée de huit heures. Il s’agissait de savoir si la coopération de production pouvait appliquer, sans courir de danger, cette importante réforme dont les associations ouvrières réclament l’application pour toute l’industrie privée.
- Après une discussion, où la question a été examinée sous toutes ses faces, l’Assemblée a décidé qu’un questionnaire serait envoyé à toutes les associations ouvrières de production.
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- LA LUTTE CONTRE L’ALCOOLISME
- En conformité d'un vote de la Chambre invitant le gouvernement à faire procéder à une enquête sur la possibilité d’établir le monopole de l’alcool, une commission extraparlementaire avait été instituée. Les conclusions de cette commission ont été dernièrement publiées ; elles envisagent les diverses questions se rattachant au régime de l’alcool.
- La commission repousse absolument le monopole intégral aussi bien que les monopoles partiels de production, de rectification de vente, ainsi que tous les monopoles combinés.
- A son avis, l’augmentation du rendement, la répression de la fraude, désirables au point de vue fiscal, et au besoin la diminution de la consommation, peuvent être obtenues, sans monopole, par des mesures législatives. Parmi les mesures fiscales qu’elle propose, se trouve la suppression radicale du privilège des bouilleurs de cru.
- La plus grande partie des conclusions de la commission est consacrée au contrôle hygiénique de l'alcool, vins et spiritueux. Indépendamment des mesures visant le contrôle des vins et alcools offerts à la consommation, et l’interdiction de l’emploi des essences artificielles pour la fabrication des boissons alcooliques, les remèdes d’ordre social proposés comportent des moyens préventifs et des moyens curatifs.
- 1° Moyens préventifs.
- I. — Etant donné que c’est surtout en agissant sur l’enfant qu’on a le plus de chance d’ensemencer les bonnes habitudes et d’extirper les mauvaises, il y a lieu de constituer, dans l’école et hors l’école, un enseignement spécial, c’est-à-dire un ensemble de con-
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- seils spéciaux et de recommandations spéciales contre les dangers de l’abus de l’alcool sous toutes ses formes, et notamment des liqueurs à essences, à la condition expresse que cet enseignement se borne à prêcher la tempérance et la modération, en s’abstenant de toute exagération susceptible d’en compromettre le succès ou d’en dénaturer le sens.
- II. — Il y a lieu, pour les pouvoirs publics et pour l’initiative privée, d’entreprendre et de poursuivre une série de réformes économiques et sociales de nature à rendre aux populations laborieuses la vie plus facile, plus hygiénique, plus attrayante, moins précaire et moins pénible, grâce à une alimentation plus copieuse et plus appétissante, à une habitation plus saine et plus gaie, à une sécurité mieux garantie ; par tous les moyens, en un mot, de nature à attacher davantage le travailleur à son foyer, à sa famille, et à lui faire perdre le goût des plaisirs grossiers et des basses consolations dont il ne sentira plus aussi vivement le besoin tentateur.
- Parmi ces moyens, on doit mentionner, à titre indicatif :
- A) Construction de maisons salubres ;
- B) Assainissement méthodique des maisons existantes ;
- C) Application rigoureuse de la loi du 15 février 1902 sur la santé publique ;
- D) Expropriation des zones infectées, lorsque la mortalité y atteint un certain taux ;
- E) Ouverture du droit, pour le propriétaire et pour le locataire, d’invoquer la salubrité comme cause de résiliation de bail ;
- F) Surveillance sévère de l’hygiène et de l’aération des ateliers, usines, bureaux, magasins, etc...;
- G) Tarifications réduites pour les petits logements au point de vue, par exemple, de la distribution de l’eau ;
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- H) Perfectionnement de l’outillage sanitaire de la maison (éviers, fourneaux, séchoirs, évacuation des ordures ménagères, water-closets, bains-douches, cours, armoires, etc...), de façon à rendre les logements ouvriers faciles à bien tenir et agréables à habiter ;
- I) Orientation de l’enseignement primaire, en' lui donnant pour but la formation de la ménagère et en le couronnant par l’enseignement ménager sous toutes ses formes ;
- J) Développement incessant des moyens de transports rapides et économiques permettant de déverser aisément, et aux moindres frais, dans la campagne le trop-plein des grandes villes encombrées ;
- K) Encouragement effectif aux sociétés qui entreprennent la création d’habitations à bon marché, de jardins d’ouvriers et de cités-jardins ;
- L) Dégrèvement des denrées alimentaires, telles que viande, beurre, sucre, café, etc.;
- M) Précautions judicieuses en vue de la distribution des heures de travail et des jours de paye, afin de favoriser le plus possible la vie de famille ;
- N) Consécration légale du repos hebdomadaire, fixé de préférence au dimanche, dans les conditions compatibles avec les exigences des services publics et de la vie sociale, et complété par la faculté de disposer, à la mode anglaise, de l’après-midi du samedi, afin de permettre à l’ouvrier de s’occuper de ses affaires personnelles, et à la ménagère de faire ses emplettes, la fermeture des magasins le dimanche étant devenus ainsi pratiquement possible ;
- O) Distribution de café (ou de thé) chaud et froid dans les ateliers des pays froids et humides ;
- P) Création de cercles régimentaires à l’intérieur des casernes ;
- Q) Encouragement aux sociétés de sport, de gymnastique, de tir, aux orphéons, sociétés chorales ou musi-
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- LE DEVOIR
- cales, bibliothèques et théâtres populaires, salles de lecture ou de conférences, etc. ;
- R) Institutions de prévoyance contre le chômage et de défense contre les crises de la vie : sociétés d’épargne, retraites ouvrières, assurances contre le chômage ou la maladie, assurance en cas de décès, etc.
- III. Parallèlement à ces réformes, il y a lieu de développer et de modifier les programmes scolaires en vue d’enseigner aux enfants comme aux adultes à dominer leurs instincts, à n’abuser de rien et à garder toujours et partout le respect d’eux-mêmes et d’autrui, de façon , en un mot, à faire l’éducation du caractère et de la volonté.
- 2° Moyens curatifs.
- Parmi ces moyens, il convient de citer les suivants :
- I. Réglementation rigoureuse des débits de boissons, au point de vue de la fraude, des abus et de la moralité, avec la suspension ou la fermeture comme sanction des délits constatés.
- II. Application stricte de la loi de 1880, complétée par la reconnaissance d’un caractère d’obligation impérative à l’article 9, qui donne aux pouvoirs administratifs le droit de constituer des zones « préservées » en dedans desquelles aucun débit nouveau ne pourra s’établir.
- III. Organisation d’une surveillance sévère des commerces auxquels est annexé un débit de boissons (épiciers, charbonniers, buralistes), en particulier au point de vue du jeu clandestin.
- IV. Application effective de la loi de 1872 sur la répression de l’ivresse publique.
- V. Créations d’asiles spéciaux où seraient soignés comme des malades les alcooliques de bonne volonté, désireux de guérir, et aussi les ivrognes récidivistes, condamnés à l’emprisonnement pour infraction à la loi de 1872.
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- VI. Assimilation de l’intempérance habituelle aux causes légales du divorce et à celles qui entraînent la déchéance de la puissance paternelle.
- VIL Octroi aux médecins inspecteurs du droit de retirer d’office le livret de garde ou de nourrice à toute femme convaincue d’intempérance, ou coupable d’avoir introduit de l’alcool dans l’alimentation des nourrissons ou des petits enfants confiés à ses soins.
- VIII. Interdiction du payement de tout ou partie de salaire en alcool, tout payement de ce genre, considéré comme nul et non avenu, pouvant toujours être répété par le créancier.
- IX. C’est l’exagération du taux de l’impôt qui rend l’alcool de consommation plus nocif. Une sage réduction de ce taux serait aussi profitable au Trésor qu’à la santé publique, car elle ferait disparaître la fraude fiscale et supprimerait à la fois les produits inférieurs et nuisibles.
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- PAYS DIVERS
- Les conventions internationales sur le travail et la prévoyance sociale.
- Nous avons dit, dans notre numéro de mars, qu’en vertu de la convention franco-italienne du 15 avril 1904, deux arrangements avaient été conclus concernant la caisse nationale d’épargne de France et la caisse d’épargne postale d’Italie.
- Le premier de ces arrangements ayant trait aux échanges de livrets entre les caisses nationales d’épargne des deux pays, et annexé à la convention elle-même, avait pu être ratifié avec elle par le président de la République, en vertu des pouvoirs que lui confère l’article 8, premier alinéa, de la loi constitutionnelle du 16 j uillet 1875.
- Pour le second arrangement, conclu le 26 janvier 1906, relatif à un service analogue de transfert de fonds entre les caisses d’épargne ordinaires des deux pays qui voudraient se prêter à l’organisation de' ce service, l’intervention du Parlement était nécessaire, conformément aux dispositions du 2« alinéa de l’article 8 de la loi du 16 juillet 1875 ainsi conçu : « Les traités de paix, de commerce, les traités qui engagent les finances de l’Etat, ceux qui sont relatifs à l’état des personnes et au droit de propriété des Français à l’étranger, ne sont définitifs qu’après avoir été votés par les deux Chambres ».
- Dans son article 5, en effet, cet arrangement accorde la franchise aux mandats de poste envoyés par une caisse d’épargne d’un pays à une caisse d’épargne de l’autre pays contractant. Le régime des mandats de poste internationaux est réglé par la convention de
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- Washington du 15 juin 1897, approuvée par le Parlement français. En même temps qu’elle fixe, dans son article 3, la taxe générale à payer par l’expéditeur pour chaque envoi de fonds et qu’elle crée une catégorie spéciale de mandats, dits « mandats d’office », exemptés de tous frais, cette convention autorise, par son article 8, certaines dérogations aux stipulations qu’elle prévoit. L’article 5 de l’arrangement franco-italien du 20 janvier 1906 introduit dans le régime postal établi entre la France et l’Italie une de ces exceptions, ayant pour objet de considérer comme « mandats d’office » les mandats de poste échangés entre les caisses d’épargne ordinaires des deux pays. A ce point de vue, cet arrangement apporte une dérogation aux dispositions de l’article 19 de la loi du 20 juillet 1895 sur les caisses d’épargne ordinaires, qui ne prévoit pas cette exemption, et il ne peut devenir définitif qu’après avoir été soumis à l’approbation du Parlement.
- Dans l’ensemble de ses dispositions, au surplus, l’arrangement du 20 janvier se conforme aux principes essentiels de la loi susvisée du 20 juillet 1895 relative aux caisses d’épargne. Il adopte, quant à la procédure que devront suivre les intéressés, les règles qui figurent dans l’arrangement du 15 avril 1904 relatif aux transferts entre la Caisse nationale d’épargne française et la
- Caisse d’épargne postale italienne.
- * *
- Au cours de la discussion du budget des Affaires étrangères, à la Chambre des députés, en réponse à M. Gervais, rapporteur, qui lui avait demandé de prendre l’initiative de conférences internationales touchant la réglementation des conditions du travail, M. Léon Bourgeois, ministre des Affaires étrangères, a fait la déclaration suivante :
- « Lorsqu’un gouvernement prend l’initiative de la réunion d’une conférence internationale, il doit d’abord mesurer les difficultés de l’entreprise et les chances de succès.
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- « Je vous demande donc la permission de dire que •j’examinerai dans quelles conditions il est possible d’obtenir le consentement des autres nations à une conférence ayant pour but d’étudier la réglementation du travail, et, d’une manière générale, les questions dont vous parlez. C’est mon devoir. Le ministre des affaires étrangères ne doit pas prendre, au nom de la France, une initiative qui aboutirait à un échec.
- « Ces réserves nécessaires et de formes faites, je n’ai pas besoin de dire que je suis tout à fait favorable à l’idée de M. Gervais. Je crois, en effet, que dans toutes ces questions qui touchent à l’organisation et à la durée du travail, aux conditions du fonctionnement de la vie économique, une des plus grosses difficultés du progrès social, est précisément l’inégalité de situation et de traitement qui existe entre les conditions de la production des différents pays. Il y a là des questions de concurrence qu’il est extrêmement difficile de régler sans une entente. Un pays qui désire lui-même faire ponr ses ouvriers certains efforts, consentir certains sacrifices, diminuer les heures de travail, ne manque pas de faire observer que s’il entreprend chez lui cette modification de sa législation intérieure, il en résultera une aggravation des conditions de la production, une augmentation du prix de revient et que, par conséquent, il ne peut le faire tant que le voisin ne le fera pas.
- « Cette aggravation se manifestera , non pas seulement au point de vue du capital qui sera moins rémunéré, mais même au point de vue de la main-d’œuvre ouvrière qui sera bien moins payée. Tout le monde est intéressé à ce que sur ces questions, des tentatives d’accord et des accords, si possible, se produisent. Je pense donc sur le fond comme M. le rapporteur. Il serait très heureux que l’on pût causer, chercher à s’entendre sur l’organisation des conditions du travail.
- « Par conséquent, sous la réserve que j’indiquais, d’une enquête préalable afin de savoir quel accueil une proposition de ce genre trouverait auprès des autres
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- nations, je suis tout disposé à étudier et à examiner cette question et tout prêt à en poursuivre la solution si j’estime que les conditions sont favorables. »
- A une observation de M. Ferdinand Buisson, qui demandait au ministre d’entreprendre, dès maintenant, les études techniques nécessaires à la préparation des conventions de réciprocité prévues par le projet de loi sur les retraites ouvrières voté par la Chambre des députés, M. Léon Bourgeois a répondu en ces termes :
- . « M. Buisson a fait lui-même à l’avance ma réponse à sa question. Il a dit ou il a laissé entendre que ce n’était qu’après le vote par le Parlement français d’une législation sur les retraites ouvrières, qu’une base existerait pour pouvoir discuter avec d’autres pays sur les conditions de réciprocité au sujet de cette question de retraites.
- « Quand à présent, M. Buisson ne me demande en somme qu’une préparation dans nos services, une étude préalable de la question. Je la ferai volontiers, d’autant plus que j’estime que la solution du problème des retraites, comme du problème d’organisation du travail, présente un intérêt international, une réciprocité ; une similitude de traitement est utile entre les travailleurs des différents pays. »
- * *
- On sait qu’à la conférence internationale qui s'est tenue à Berne, du 8 au 16 mai 1905, les bases de deux conventions internationales concernant l’une, l’interdiction de l’emploi du phosphore blanc (jaune) dans l’industrie des allumettes, l’autre l’interdiction du travail de nuit des femmes employées dans l’industrie, ont été adoptés par les délégués de la grande majorité des gouvernements représentés.
- Les délégués de la Grande-Bretagne s’abstinrent dans le vote final sur les deux textes.
- En ce qui concerne le phosphore blanc, le chef de la délégation britannique déclare que ce que son gouvernement considérait comme nécessaire, ce n’était pas
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- « la prohibition complète de l’usage du phosphore jaune », mais « l’application des règlements et spécialement la visite obligatoire des dents "des ouvriers ».
- En ce qui concerne le travail de nuit des ouvrières, il déclara que « la délégation britannique n’était pas munie de pouvoirs lui permettant d’engager la Grande-Bretagne dans cette question; que cela n’était d’ailleurs pas nécessaire, les lois anglaises actuelles assurant à toutes les ouvrières un temps de repos excédant onze heures. »
- Dans la séance de la Chambre des communes du 5 mars 1905, en réponse à sir Charles Dilke qui avait critiqué l’attitude du dernier cabinet à l’égard des conférences internationales, et notamment de celle de Berne, le secrétaire d’Etat à l’Intérieur, M. Gladstone, fit la déclaration suivante :
- « Je reconnais très volontiers, avec mon honorable ami, sir Charles Dilke, qu’en ce qui concerne les conférences internationales, les autres pays nous ont de beaucoup distancés. Quand je suis arrivé au pouvoir, mon honorable prédécesseur allait faire certaines propositions que sa chute l’a empêché de mener à bien.
- « Nous avons répondu au gouvernement suisse que le gouvernement de Sa Majesté acceptait en principe de se faire représenter à la conférence internationale et qu’il était prêt, sous certaines conditions , à prendre part à la discussion des questions ouvrières et industrielles. Ces conférences ne peuvent avoir que de bons résultats, et l’on ne peut guère comprendre pourquoi nous avons attendu si longtemps avant d’admettre le principe de notre participation.
- Cette déclaration a été soulignée par les applaudissements de l’assemblée. »
- La conférence à laquelle le gouvernement a donné son adhésion, est la conférence diplomatique qui sera chargée d’arrêter définitivement le texte des conventions internationales dont les bases ont été arrêtées par la conférence de Berne.
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- Le commerce du monde.
- Quelle est la valeur du mouvement commercial du monde? U Office de statistique universelle d’Anvers vient de nous la faire connaître. Elle s’élève, pour 1904, à 130,324,897,184 fr. En 1903, elle n’avait atteint que le chiffre de 125,577,090,665 fr. C’est donc, pour 1904, une augmentation de 4,747,806,519 fr. Ces chiffres énormes comprennent naturellement les importations et les exportations. Les totaux importations de 1904 ont été de 66,915,712,743 fr. ; ceux des exportations, de 63,409,184,441 fr. La différence entre les chiffres des importations et des exportations ne varie pas dans une large mesure. Elle était en 1904 de 3,506,528,302 fr. en faveur des importations; elle avait été, en 1903, de 3,695,459,469 fr. Pour des chiffres aussi élevés, la différence n’est pas considérable. 11,en est du commerce comme de l’astronomie ; dans le premier, on y compte les francs par milliards et dans l’autre ce sont les kilomètres.
- Maintenant, dans ce chiffre colossal de 130 milliards, quelle est la part qui revient à chaque partie du monde?
- L’Europe, en 1904, a importé pour 45,722,577,077 fr. et exporté pour 37,549,318,907 fr. ; l’Asie, dans la même année, a importé pour 4,936,182,762 fr et exporté pour 5,538,877,045 fr. ; les importations de l’Afrique ont été de 2,943,028,684 fr. et ses exportations de 2,922,681,301 fr. ; l’Amérique a importé-pour 10,374,357,047 fr. et exporté pour 13 milliards 752, 296,481 fr. et l’Océanie a enregistré 2 milliards 939,566, 173 fr. d’importations et 3,545,000,707 f. d’exportations.
- On peut se rendre compte, par ces chiffres, de l’énorme disproportion qui existe au point de vue commercial entre l’Europe et les autres parties du monde.
- L’Europe est pour ainsi dire la véritable consommatrice de tous les produits du monde.
- Il n’est pas sans intérêt d’envisager le commerce mondial dans ses rapports avec les diverses puissances.
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- Au point de vue des importations, la Grande-Bretagne vient en tête avec 13,775,965,700 fr. ; l’Allemagne la suit avec 8,486 millions ; les Etats-Unis viennent en troisième place avec 5,587 millions 1 /2 ; les Pays-Bas en quatrième avec 4,783 millions ; la France en cinquième avec 4,536,443,000 fr. ; puis viennent ensuite la Belgique avec 2,782 millions ; l’Autriche-Hongrie avec 2,147 millions; l’Italie avec 1,818 millions ; la Russie avec 1,552 millions; l’Hindoustan avec 1,413 millions; la Chine avec 1,300 millions ; le Canada avec 1,296 millions; la Suisse avec 1,240 millions, etc.
- Sous le rapport des exportations, l’ordre des puissances est interverti. La Grande-Bretagne tient toujours la tête avec 9,275 millions de francs, mais ce n’est plus l’Allemagne qui vient au second rang, mais les Etats-Unis avec 7,592 millions, tandis que l’Allemagne n’atteint que 6,574 millions. La France gagne un rang avec 4,475 millions et les Pays-Bas en perdent un avec 4,097 millions. Puis viennent dans l’ordre suivant: l’Hindoustan avec 2,497 millions, la Russie avec 2,540, la Belgique avec 2,183, l’Autriche-Hongrie avec 2,173, l’Italie avec 1,615, l’Australie avec 1,438; la République Argentine s.vec 1,320, le Canada avec 1,067.
- On peut remarquer que la plupart de ces pays ont une somme d’achats supérieure à leur somme de ventes. Quelques-uns, cependant, sont des vendeurs de premier ordre comme les Etats-Unis, dont les exportations dépassent les importations de 2,005 millions, la Russie qui vend pour plus de 988 millions de plus qu’elle n’achète et même l’Autriche-Hongrie dont l’exportation dépasse de 26 millions l’importation.
- Il n’y a rien de plus aride que les chiffres, mais ils n’en sont pas moins intéressants quelquefois. La valeur du commerce du monde est une chose curieuse à connaître. Quand on songe que, dans le courant d’une année, une somme de 130 milliards 325 millions circule dans les mains du monde entier, on est effrayé de cette masse énorme de richesses commerciales et on reste
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- un peu rêveur quand on réfléchit qu’après avoir passé dans tant de mains, il en reste si peu dans le plus grand nombre. (La Coopération).
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- FRANGE
- Unification du Droit de la mer.
- A u commencement de juin s’est réunie à Paris, au siège du Comité central des armateurs de France, une commissiin nommée par le Comité maritime international, en conformité des résolutions prises à la conférence de Liverpool en 1905.
- Les travaux de cette commission, dirigés avec l’autorité qui lui appartient, par le président de l’Association française du droit maritime, M. F.-C. Autran, avocat, ont affirmé la continuité des vues avec laquelle se poursuit Fœuvre de l’unification du droit de la mer.
- On sait qu’à cette oeuvre coopèrent avec méthode, depuis 1897, quatorze associations nationales auxquelles le Comité maritime international sert de lien permanent.
- Déjà les efforts de ce groupement ont abouti à la réunion, à Bruxelles, de délégués officiels des gouvernements, qui ont mis au point des projets de traités sur l’abordage et sur l’assistance maritime.
- D’autres matières sont à l’étude, qui font l’objet des travaux du Comité maritime international. Telles sont celles qui ont été examinées par la commission internationale réunie à Paris, à savoir : la responsabilité des propriétaires de navires et les privilèges et hypothèques maritimes.
- Les discussions auxquelles ces matières viennent de donner lieu sur les points de détail réservés par la conférence de Liverpool ne peuvent manquer d’avoir contribué grandement au succès de la tâche entreprise, si l’on se réfère au nom des membres de la commission, parmi lesquels se trouvaient avec des jurisconsultes tels que MM. F. C. Autran, Ch. Lyon-Caen et L. de Valroger
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- pour la France ; Louis Frank pour la Belgique; Mar-ghieri et Berlingkieri pour l’Italie; Acland pour l’Angleterre ; Loder pour la Hollande; des hommes ayant une grande expérience des affaires maritimes, tels que MM. Le Jeune, d’Anvers, vice-président du Comité maritime international ; Simpson, de la Banque de Liver-pool; Owen, de l’Alliance marine Insurance Company, etc.
- Le 1er mai jour férié.
- Le conseil municipal de Paris, à la presque unanimité, a voté le 6 juin la proposition suivante :
- « Le conseil, considérant qu’il appartient aux pouvoirs publics de donner satisfaction, dans l’intérêt de la paix sociale et de l’union entre tous les Français, au désir légitime du monde du travail, émet le vœu que le 1er mai soit considéré comme jour férié. »
- GRANDE-BRETAGNE.
- Le 17e congrès international des mineurs a eu lieu $ Londres au commencement de juin.
- Plusieurs membres du Parlement Anglais ont participé au Congrès.
- Le député Edwards, président, en ouvrant la première séance, a prononcé quelques paroles de bienvenue. Il a souligné le fait de l’élection dans différents Parlements, de députés représentant la classe ouvrière. Il a rappelé les récents échanges de visites avec les délégations d’ouvriers français et allemands ; et il a terminé en demandant le vote d’un ordre du jour de sympathie pour les victimes de Courrières.
- Cette motion a été votée à l’unanimité parles assistants qui se sont levés en silence.
- M. Lamendin, député français, a remercié le président et le congrès de ce vote de sympathie qui vient s’ajouter aux autres manifestations de solidarité internationale de la part des ouvriers.
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- Après M. Lamendin, M. Marville,. député du Parlement belge, a félicité le parti ouvrier de ses succès parlementaires aux dernières élections.
- Un ordre du jour de sympathie pour les ouvriers russes dans leurs luttes pour la liberté économique et politique , a été voté par acclamation.
- La vérification des pouvoirs a permis de constater que les 119 députés présents représentent 1,408,000 ouvriers, total qui n’avait pas encore été atteint dans les précédents congrès.
- Les ordres du jour votés dans cette séance et dans les suivantes, visent : les mesures législatives à prendre pour diminuer le nombre des accidents dans les mines, augmenter le nombre des inspecteurs qui seraient choisis par les ouvriers et payés par l’Etat, et qui pourraient se livrer à autant d’inspections que les ouvriers le demanderaient.
- Sur la proposition de la délégation allemande, le congrès a voté une motion tendant à interdire totalement l’emploi des femmes dans l’industrie minière. L’interdiction du travail des enfants de moins de quatorze ans proposée par la même délégation a été également votée, malgré l’abstention des français et des belges qui n'avaient pas reçu de mandat de leurs fédérations respectives.
- Une motion en faveur de la journée de huit heures dans les mines a été votée à la presque unanimité , ainsi qu’une motion en faveur de l’établissement d’un salaire minimum.
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- Les trade-unions et la législation.
- La Chambre des lords a rendu un important jugement en faveur des trade-unions. L’affaire est celle des mines de Denaby, qui, depuis 1902, a suscité d’innombrables polémiques au même titre que l’affaire non moins fameuse des chemins de fer de la vallée de Taff,
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- Dans ce dernier cas, cependant, la Chambre des lords avait condamné le syndicat ouvrier.
- Dans l’affaire des mines de Denaby, la compagnie réclamait 3,750,000 francs de dommages-intérêts au syndicat, pour lui avoir causé préjudice en employant les fonds du syndicat, considérés comme fonds de secours mutuels, à entretenir la grève;.pour avoir encouragé les mineurs à quitter la mine et leur avoir illégalement conseillé de continuer à faire usage des habitations ouvrières construites par la compagnie minière pour ses ouvriers, alors qu’ils s’étaient mis en grève et avaient en fait rompu le contrat de travail, dont la jouissance des immeubles était le corollaire.
- Le lord chancelier estime dans ses attendus qu’un plébiscite de tous les membres du syndicat n’est pas indispensable à la déclaration de la grève ; quant au fait que le syndicat a disposé de ses fonds dans un but de grève, alors que ses statuts interdisent cet emploi, le lord chancelier estime que les patrons n’étant pas partie contractante dans le contrat qui lie le comité du syndicat à ses membres, ils sont sans titre pour protester contre une contravention à des règlements d’une association privée. Les membres du syndicat sont seuls qualifiés pour attaquer le comité.
- La compagnie est déboutée et condamnée aux frais.
- ÉTATS-UNIS
- Le contrôle des chemins de fer.
- Le Sénat a voté hier par 71 voix contre 3, le bill instituant le contrôle de l’Etat sur les tarifs de transport des compagnies de chemins de fer.
- Ce bill est plus radical que celui voté par la Chambre. Toutefois, il comporte l’appel devant les tribunaux contre les tarifs fixés par la commission qui exercera le contrôle du commerce entre Etats.
- Les amendements apportés au projet de loi par le
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- Sénat placent également sous le contrôle de la commission, les canalisations pour le transport du pétrole et les lignes de tramways et interdisent aux entreprises de transport d’être en même temps productrices des marchandises qu’elles transportent. Ils ajoutent de plus la peine d’emprisonnement aux amendes, et frappent les compagnies qui consentent des réductions
- secrètes de tarifs ou ceux qui les acceptent.
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- BELGIQUE.
- Les élections qui viennent d’avoir lieu en Belgique, ont trompé l’attente des libéraux et des socialistes, qui escomptaient la fin du gouvernement catholique. La nouvelle Chambre comprendra 89 catholiques, 46 libéraux et radicaux, 30 socialistes et 1 démocrate chrétien.
- Les libéraux gagnent 3 sièges et les socialistes 2 soit en tout 5, dont 4 au détriment des catholiques et au détriment des démocrates chrétiens.
- Le gouvernement conserve une majorité de 12 voix sur les partis d’opposition.
- Un nouveau syndicat de l’industrie textile.
- A la Maison du Peuple • de Bruxelles s’est réunie dernièrement une conférence des ouvriers des industries textiles. Tous les pays textiles étaient représentés : Belgique, Pays-Bas, Angleterre, Suisse, Allemagne, Autriche. Cette sorte de syndicat international des ouvriers de la filature a arrêté ses statuts et créé un important fonds de grève, qui sera employé d’après le principe de l’entr’aide, c’est-à-dire à soutenir toute grève des tisserands en quelque pays qu’elle ait lieu.
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- LA QUESTION DE LA PAIX
- La deuxième conférence de La Haye.
- En exécution d’une décision du XIVe congrès universel de la Paix, tenu à Lucerne en septembre 1905, le Bureau international permanent de la Paix s’est adressé le 18 octobre aux ministres des Affaires étrangères de trente Etats pour recommander à leur bienveillante attention les questions suivantes, qui pourraient être avantageusement introduites dans l’ordre du jour de la deuxième conférence de La Haye.
- « La réduction des charges militaires qui pèsent actuellement sur le monde, par la limitation des forces armées de terre et de mer et des budgets de guerre ;
- « Et, pour parvenir au désarmement, qui sera la conséquence finale de l’ordre juridique international établi:
- « L’institution d’une Assemblée internationale qui se réunira à des époques régulières pour délibérer sur les questions qui sont d’un intérêt général pour les nations;
- « L’organisation d’un Bureau administratif chargé :
- 1° De l’application des décisions de l’Assemblée internationale ;
- 2° De la préparation des travaux de cette assemblée, et spécialement de l’étude des moyens propres à établir la gestion des intérêts communs des Etats, ainsi que le développement et le perfectionnement de la vie internationale ;
- « L’adoption des mesures nécessaires pour codifier le Droit international ;
- « L’obligation, pour les puissances en conflit, de recourir aux procédures de conciliations prévues dans la Convention du 29 juillet 1899 pour le règlement pacifique des conflits internationaux ;
- « Et la conclusion, entre toutes les nations représen-
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- LA QUESTION DE LA PAIX
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- tées à la Conférence, d’un traité aussi général que possible d’arbitrage permanent et obligatoire, stipulant le recours suprême à la Cour permanente d’arbitrage de La Haye s.
- D’autre part, la 13e Conférence interparlementaire tenue à Bruxelles du 28 au 31 août 1905, avait adopté la résolution suivante :
- « Il est désirable qu’une nouvelle Conférence de la Paix mette en délibération :
- 1° Les points renvoyés par l’assemblée de 1899 à une conférence ultérieure, savoir :
- a) Les droits et les devoirs des neutres ;
- V) La limitation des forces armées de terre et de mer et des budgets militaires ;
- c) L’usage de nouveaux types et calibres de fusils et canons de marine ;
- d) L’inviolabilité de la propriété privée dans la guerre sur mer;
- e) Le bombardement des ports, villes et villages par une force navale.
- 2° Le renouvellement des conventions de La Haye déjà expirées.
- 3° L’organisation de l’offre de bons offices.
- 4<> La périodicité des Conférences générales des Etats ;
- 5° La suite adonner aux vœux et décisions de ces conférences et la préparation des conférences suivantes.
- 6<> L’élaboration d’un modèle de traité général d’arbitrage. »
- La Conférence interparlementaire avait, en outre, adopté les vœux suivants du comte Apponyi :
- 1° Que la prochaine Conférence de La Haye reprenne la proposition primitive de la Russie, rendant en certains cas, par une convention générale, l’arbitrage obligatoire, abstraction faite des traités particuliers;
- 2° Que la convention de La Haye soit ouverte à toutes les puissances qui désireraient y adhérer.
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- LE DEVOIR
- L’Union interparlementaire.
- Le Conseil de l’Union interparlementaire s’est réuni le 2 juin à Bruxelles. Le président M. Bernaert, ministre d’Etat, a annoncé que le cabinet anglais avait manifesté le désir que l’Union interparlementaire se réunisse à Londres, vers la fin de juillet. Le Conseil a décidé que cette réunion aurait lieu du 23 au 25 juillet. Elle sera ouverte par Sir Henry Campbell Bannermann, premier ministre, qui prononcera un important discours.
- Le programme de la conférence a été arrêté. A l’ordre du jour figure la question de la limitation conventionnelle des armements, et par voie de conséquence, des budgets militaires.
- Les convocations ont été lancées le jour même. Parmi les parlements invités figure la Douma nationale russe.
- Programme du XVe Congrès universel de la Paix.
- La Commission du Bureau international de la Paix a arrêté de la manière suivante l’ordre du jour définitif du XVe Congrès universel de la Paix qui doit se tenir en septembre, à Milan :
- 1. Rapport du Bureau sur les évènements de Vannée qui ont trait à la guerre et à la paix.
- 2. Enseignement international et Education pacifiste (Rapport et propositions de la Commission spéciale.)
- 3. Le Pacifisme et le Mouvement ouvrier (Rapport et propositions de la Commission spéciale.)
- 4. Questions de Droit international, y compris 2° Conférence de La Haye, — et sanctions civiles des sentences arbitrales. (Rapport M. Jacques Dumas.)
- 5. Questions de propagande.
- 6. Révision de Règlement pour les Congrès.
- 7. Siège et date du XVIe Congrès universel de la Paix# (La Commission proposera Munich.)
- 8. Appel aux Nations.
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- LE MOUVEMENT FÉMINISTE
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- LE MOUVEMENT FÉMINISTE
- La protection de la femme isolée et de la jeune fille
- mineure.
- Parmi les sujets proposés à l’étude du Congrès de l’assistance de Milan, se trouvait le suivant : « Des institutions ayant pour objet de protéger et d’assister la jeune fille et la femme isolée ».
- Le rapporteur général était M. Ferdinand Dreyfus, qui s’est exprimé en ces termes :
- « La question qui nous occupe est une question de préservation sociale, et, en ces matières-là, il n’y a pas de cloisons étanches, tout se tient. L’assistance doit s’organiser, devenir scientifique et méthodique, scruter les causes du paupérisme. Des travaux très consciencieux ont établi l’insuffisance des salaires féminins. Dans bien des cas, il est vrai, le salaire de la femme n'est qu’un appoint dans le ménage, mais lorsqu’il s’agit de la jeune fille isolée ou de la veuve, cette insuffisance est une cause de misères atroces.
- « Il est bien difficile de provoquer une hausse des salaires lorsque les ouvrières elles-mêmes ne le réclament pas ; mais l’on peut leur venir en aide par les « homes » et par les restaurants foyers, et supprimer ainsi dans bien des cas le taudis et la gargotte, ces deux ennemis de la santé et de la moralité féminines.
- « C’est dans ces questions que la femme a un rôle magnifique à remplir : là elle est supérieure à l’homme, car elle comprend, car elle peut sympathiser, recevoir des confessions, donner des conseils. Là, celles qui ne sont pas mères trouvent une maternité sociale. Il est évident que chaque problème que l’on croit résoudre en amène d’autres plus difficiles encore ; plus on travaille,
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- LE DEVOIR
- plus le champ s’élargit; mais c’est le propre de toute évolution. Comme l’a dit Victor Hugo : « On avance toujours, on n’arrive jamais. »
- Mme Pierre Froment aborde le sujet si complexe du travail à domicile avec son terrible corollaire : l’exploitation de l’ouvrière, le sweating System :
- « On a cru, dit-elle, que le'travail à domicile était la reconstitution de la famille, dissociée par le travail de fabrique. Les faits ont montré que c’était une erreur : quelle vie de famille est possible avec une mère travaillant seize heures par jour, obligée de se faire aider par ses fillettes en bas âge, et tout cela pour gagner quelques sous? L’agent du sweating System tente l’ouvrière parce qu’il assure un gain permanent; avec lui pas de chômage !
- « Et le chômage, c’est l’ennemi, le pourvoyeur de la maladie et de la prostitution. Ces questions ne sont pas nouvelles : c’est pour les résoudre que le moyen-âge avait fondé tant de maisons de retraite, couvents ou béguinages. Un autre moyen s’ofire à la société moderne : que les ouvrières se syndiquent afin de n’accepter de travail qu’avec un salaire honorable. Malheureusement, la femme du peuple ne comprend pas encore la nécessité du syndicat, »
- Mme Froment émet plusieurs voeux, dont le dernier est celui de l’abolition du sweating System par des syndicats féminins.
- Mlle Maria Grassi-Koenen parle des asiles de nuit (dormitorio) fondés par des jeunes filles en Italie et Mlle Esther Richard, de l’oeuvre des Amies de la jeune fille, qui a aujourd’hui des ramifications partout.
- M. Jean Hébrard donne quelques renseignements sur les ateliers de morte saison, auxquels on juxtapose un enseignement social et un enseignement professionnel. Les victimes du chômage sont surtout celles qu’on appelle à Paris les « secondes mains », ouvrières médiocres figées dans une spécialité. On tâchera donc de les perfectionner dans leur métier, afin qu’elles ne
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- LE MOUVEMENT FEMINISTE 437
- soient pas mises au rebut à chaque changement de saison.
- M. André de Maday réclame l’extension des lois protectrices du travail à domicile, par conséquent le droit d’inspecter les ateliers particuliers, et l’admission des femmes à l’inspection. Il préconise une éducation développant l’individualité de la femme comme celle de l’homme, c’est-à-dire la coéducation des deux sexes.
- Mlle Cleofe Pellegrini voudrait voir mieux observer la loi qui, en Italie, oblige les enfants à rester à l’école jusqu’à 12 ans.
- M. Muller-Simonis attire l’attention du Congrès sur une classe de jeunes filles qui ont grand besoin de protection : ce sont les jeunes servantes que l’odieux système moderne relègue au 6e étage, dans une promiscuité dangereuse avec les domestiques de toute la maison. Aujourd’hui que les ascenseurs donnent une valeur égale à tous les étages — ceux d’en haut ayant même l’avantage de l’air et de la lumière — on pourrait placer les chambres de domestiques à tous les étages* C’est, hélas ! ce qu’on ne fait guère, et la faute en est autant aux locataires qu’aux architectes.
- M. Minod, de Genève, demande une protection graduée et progressive pour la jeune fille mineure, c’est-à-dire changeant de caractère à mesure que l’enfant grandit. L’autorité doit remplacer les parents lorsqu’ils sont indignes ; pour cela l’assistance privée doit venir en aide à l’assistance publique.
- M. Luzzati fait entendre un son de cloche un peu différent; il trouve qu’il est fâcheux déconsidérer la femme comme un être à protéger; une fois majeure, elle doit être libre et responsable.
- Finalement, le Congrès approuve toutes les mesures ayant pour but de protéger la femme isolée et obligée de gagner sa vie et la jeune fille mineure.
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- LE DEVOIR
- LES DEUX VIES
- Par Paul et Victor MARGUERITTE
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- ( Suite )
- Elle ressemblait si peu aux autres !... Qu’est-ce que tout cela serait devenu, plié, modelé aux usages, aux conventions du mariage et du monde ? II n’y voulait pas songer.
- Le lendemain il reprenait sa vie aventureuse. Il tuait un lion à l’affût, il palabrait avec des anthropophages, il escaladait des précipices ou s’embarquait sur les eaux bleues du Tanganika ; et les jours succédaient aux jours, les dangers aux dangers ; une nuit, il fallait se défendre avec des tisons contre l’invasion d’une armée de fourmis carnivores ; ou bien, des feux sur les hauteurs et les ronflements des grands tambours creusés dans les troncs d’arbres annonçaient la poursuite d’une peuplade ennemie. On naviguait en pirogue, les noirs chantaient de mélancoliques chansons en s’accompagnant du claquement de leurs mains.
- Parfois on rencontrait des convois d’esclaves, on s’arrêtait à des postes d’exploitations européennes, tenus par des agents belges, allemands, des Pères blancs ; puis de nouveau les solitudes à perte de vue, les mois entiers occupés à relever le cours des fleuves et l’orientation des montagnes, à naturaliser des dépouilles d’animaux pour le Muséum. En atteignant la prodigieuse forêt équatoriale, où règne un couvert si épais qu’on ne voit plus le soleil et qu’on marche pendant des éternités dans une ombre humide et grise, Eparvié avait eu la douleur de perdre son ami Luyss, qui depuis longtemps grelottait la fièvre, réduit à une maigreur de
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- LES DEUX VIES
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- squelette. Vingt fois ils avaient risqué la mort l’un pour l’autre ; une fraternité d’homme à homme, plus puissante que l’amour, les avait liés, seuls blancs dans ces immensités. Il lui sembla que la moitié de lui-môme l’abandonnait.
- Après vingt-quatre heures d’abattement passées sans manger, gisant, le front dans ses bras repliés, son indomptable volonté le redressait ; il répondait de cette centaine de vies qui l’accompagnaient, de ses humbles et dévoués compagnons noirs ; il voulait communiquer à la Société de géographie le résultat de ses découvertes, la reconnaissance qu’après son émule, Édouard Foà, il avait faite des sources du haut Congo. Comme l’intrépide chasseur de fauves, il rapportait sur* les Tinguis-tinguis, les fameux Pygmées de Stanley, sur la zone anthropophage, des observations d’un intérêt précieux.
- Maintenant une pirogue l’emportait au fil du fleuve, le long des berges où trempaient de monstrueuses racines et des lianes, sur la lisière de la gigantesque forêt sombre, entre les îles. Puis c’était, après l’Équateur, des plaines marécageuses d’herbes jaunes, hérissées çà et là de palmiers à huiles, le lac Stanley, le chemin de fer, la civilisation reparue; et un matin de juin, par l’éblouissant soleil en vagues d’or sur l’Atlantique, Éparvié voyait se rétrécir sous sa semelle, jusqu’à n’être plus qu’une bande de sable ourlée d’écume, cette ténébreuse Afrique dont il avait franchi les monts, les plaines, les fleuves et les lacs, luttant contre le climat, les hommes, les bêtes, la maladie. Longtemps il resta debout, contemplant la vaste nappe d’eau, songeant aux derniers regards qu’il avait jetés à l’océan Indien , il y avait des années de cela... des années !
- Et maintenant une soixantaine de jours de mer, de Libreville à Ténériffe et de Ténériffe au Havre, et il débarquait en France, sans famille, oublié de presque tous ses amis, vieilli, mais encore vigoureux, l’esprit
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- LE DEVOIR
- alerte, plus jeune que beaucoup de ceux qu’il avait laissés du même âge. Il allait apprendre des morts, trouver bien des choses changées : et la première nouvelle attrapée au vol sur le boulevard concernait cette petite Francine qu’il n’avait jamais oubliée, et que son coeur endurci par les épreuves chérissait encore, sans qu’il se l’avouât, sans qu’il y crût même.
- Il s’était présenté inopinément chez Mme Favié , et, tombé des profondeurs de l’Afrique et du large de l’Océan dans ce petit salon où deux femmes pleuraient, il participait soudain à l’intimité poignante de cette crise, de toute son âme fidèle, de sa tendresse réveillée. Éparvié, jusqu’à ce qu’il fût épris de Francine, n’avait jamais connu l’amour. Depuis, pas davantage. Sa vie de voyageur solitaire ne lui permettait aucune chance de passion; des plaisirs tout au plus, et encore avec la mélancolie d’une tendresse ravalée à de fugitives rencontres. L’amitié virile, la communauté du péril, du biscuit, des cartouches avaient tenu une autre place dans sa vie : pauvre et brave Luyss, frère de souffrance et de privations, compagnon sûr!
- « Voyons, murmura-t-il, voyons... il ne s’agit pas de se conduire comme un enfant ! » Mais en vain se défendait-il contre une sensibilité qu’il croyait disparue et qui n’était que refoulée, elle débordait comme un fleuve souterrain jaillit à la lumière. Tout ce que Mme Favié lui avait dit, l’apparition de Francine, leur entrevue, faisaient surgir, avec les illusions et les regrets du passé, d’imprécis espoirs, aussitôt chassés.
- « Voilà ce qu’il ne faut pas !... C’est le piège prévu , le leurre sentimental qui attend le malheureux sauvage redevenu trop soudainement civilisé... Non , non, des fantaisies tant que tu voudras, mais point d’amour. Éparvié, mon ami, ce n’est pas à ton âge qu’on peut commettre des folies !... Aimerais-tu, que cela ne t’avancerait guère si tu n’es pas aimé. Francine ne pensait pas à toi autrefois; ce n’est pas quand sept ans et plus ont ridé ton visage et blanchi tes tempes que tu vas lui
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- plaire... Elle est bien charmante, autre : plus belle, aussi ardente... Quel élan spontané dans sa poignée demain!... Il me semblait que j’entendais battre son coeur... Pauvre femme!... La vie est bête, injuste!... La retrouver malheureuse, et pas même libre !... Quelle jolie fillette elle a!... » Il revoyait les boucles d’or soyeuses de Josette, ses yeux purs... Il aurait adoré avoir une enfant pareille, toute à lui. Au lieu de cela, il était seul au monde... — « Bah, qu’allait-il rêver? »
- Son optimisme de lutteur reprit le dessus : il était familiarisé avec les situations les plus désespérées; frôler la mort à toute heure avait développé en lui un singulier fatalisme, une insouciance héroïque. D’ailleurs il ne voyait rien là de pénible que la souffrance de Francine, car pour sa liberté même les choses s’arrangeraient. On ne pouvait lui refuser son divorce. Elle se referait une existence : avec qui?... Il sentit un petit élancement au coeur; jalousie informulée, suppositions absurdes : « Ne pensons pas, ne pensons plus à cela... Me voilà à Paris; j’ai une existence à reprendre , mes notes à mettre à jour, le ministre à voir pour lui rendre compte de ma mission. Dînons d’abord ; il ést huit heures et demie. » Non qu’il eût faim, mais il reprenait les habitudes du vieux monde.
- Au restaurant, ce fut avec un amusement de nouveauté qu’il vit apparaître sur la table blanche, par l’empressement des garçons, des mets délicats dont il avait oublié la saveur : il pensa aux filets d’élan , aux ragoûts de pied d’éléphant dont il se régalait sur les bords du Chiré.
- Et tout à coup il eut la vision très nette des campements retranchés dans les palissades d’épines, de l’amoncellement des ballots en pyramide, des grands feux entourés de dormeurs noirs, des parfums de la terre exotique, des étoiles inconnues. Regret bref, nostalgie poignante. Là-bas, plus de lois ni de contraintes, rien de ce qui enveloppait ici l’homme d’un réseau aux mailles serrées. L’autorité morale, la volonté seules
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- LE DEVOIR
- créaient le perpétuel miracle ; un rifle infaillible vous défendait des animaux, plus dangereux que les sauvages. Il s’avisa que la terre était ridiculement petite et les hommes bien médiocres. Cependant il s’entendait en cuisine et ces ris d’agneau en caisse avaient de la délicatesse, ce vieux vin de Vouvray exhalait une âme chaleureuse. Il appréciait déjà mieux la civilisation quand la douleur de Francine revint l’obséder et lui gâta son plaisir.
- Cependant il avait envie de se retremper dans cette humanité bourdonnante qui se répandait sur les boulevards lumineux, s’amassait en essaims aux tables des cafés. Il avait soif de contempler les visages de jolies femmes, de respirer Paris, dans l’âcre et lourde odeur de cette nuit de juillet qui desséchait les feuilles des platanes à la flamme des réverbères. Il sortit du restaurant et vit flamboyer en lettres de gaz les affiches des music-halls : Paris à cette heure n’était que fête,
- Un moment, devant une colonne Morris, il étudia les spectacles, hésitant : où irait-il entendre un acte?— A la Comédie française, Brandès prêtait son charme vibrant au Passé de Porto-Riche. A l’Opéra, Siegfried... L’éclatante fanfare du forgement de l’Epée chanta dans sa mémoire. Réjane était en Amérique. Le théâtre Sarah-Bernhardt, les Variétés, fermés. Partout ailleurs, des vaudevilles ineptes. A l’Ambigu, le mélodrame entassait ses meurtres. Boulevard Sébastopol, les cafés-concerts devaient regorger : une épilepsie délirante secouait les tics des pitres et les jupes des chanteuses ; des ballets faisaient tourner en musique des femmes nues. La chaleur et le bruit le rebutèrent d’avance.
- Partout des filles peintes se répandaient aux terrasses des brasseries. Une immense prostitution emplissait- la Ville. Mais déjà Éparvié sentait tomber sa griserie : au fond, sous le fard et les lumières, à travers la stridence des archets et des cuivres, le feu d’une lampée d’alcool, c’est toujours à la même prosaïque décevance que se réduisait la recherche de la volupté, qu’il l’eût, en ses
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- voyages, cherchée aux bras de ces Espagnoles dont la danse a des tordions lascifs, dans la brûlante langueur des créoles ou la docilité des Africaines.
- Il héla une voiture et acheva sa soirée au Bois, cherchant la fraîcheur des arbres, fuyant cette humanité dont le mirage un moment l’avait reconquis. Pourquoi se tromper soi-même? Il était seul, il ne possédait plus ce merveilleux don d’illusion qui enivre la jeunesse. Il avait besoin d'une affection plus profonde, d’un repos plus durable qu’une fantaisie d’une nuit ou un caprice de plusieurs semaines. Toute sa mâle pitié s’émut; il comprit qu’il ne pouvait échapper à l’envoûtement de la souffrance de Francine, au charme de ses yeux intenses, à l’étreinte de sa petite main. Cette pensée le harcelait, importune, intolérable : « Elle est malheureuse!... » Il ne s’y résignait pas... « Oui, réparer cette injustice du sort, effacer les mauvaises années, renouer la trame du passé à l’avenir. Ah ! si cela se pouvait!... si elle voulait bien !... »
- La voiture roulait sans bruit dans les allées de silence oû l’on distinguait confusément, çà et là, un couple enlacé... Une douceur flottait parle Bois sombre, les lacs étaient bleus et l’on distinguait comme une tache blanche un cygne endormi... Un attendrissement subit noya le cœur d’Éparvié ; il voyait clair enfin :
- — Mais je l’aime... je l’aime toujours...
- La conquête de Francine lui apparut une victoire digne de lui, qui valait la peine de souffrir , la joie de vivre.
- VIII
- — Vous tenez beaucoup à connaître mon opinion ? disait huit jours plus tard M. Fomette à Broussin... Eh bien ! cette jeune femme ferait mieux do retourner chez son mari qui l’adore , et qu’elle aime.
- Et comme Broussin, s’exclamant, le poussait au moins à dire ses raisons, Fomette se piqua :
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- LE DEVOIR
- — Les avez-vous vu? Avez-vous conduit l’enquête? Non, n’est-ce pas!... Voyez-vous, il y a une chose qui ne trompe pas un vieux routier comme moi : c’est l’attitude des parties. Ce sont des nuances, que seuls un œil exercé, une oreille attentive surprennent. Ce mari, il est visible qu’il n’a qu’une idée : se faire pardonner et aimer encore. Cette jeune femme se débat contre des influences regrettables qui l’écartent de son ménage, mais elle sent bien au fond que le bonheur pour elle est là. Il n’y a qu’à voir son maintien tour à tour contraint, agité, son émotion excessive...
- Il parlait avec une telle satisfaction de lui-même, si gonflé d’assurance, que Broussin, stupéfait lui dit :
- — Alors, vous croyez qu’après l’éclat d’une instance, plaidoiries, enquête, la reprise de la vie commune est une chose souhaitable, possible?
- — Pourquoi pas, si le divorce est refusé?
- — Mais comment le serait-il? L’adultère est patent.
- — La réconciliation ne l’est pas moins...
- — Oh ! voyons !...
- — Il n’y a pas de voyons... Deux témoins, la mère et la religieuse, ont affirmé le caractère d’intimité de cette réconciliation ; elle ne fait aucun doute pour ceux qui étaient bien placés pour la connaître, le docteur Larive, les domestiques; je retiens, cinq témoignages catégoriques...
- — Mais c’est absurde, fit Broussin. Il est évident, non seulement qu’aucune réconciliation n’a eu lieu, mais que Mme Fernand Le Hagre n’a pour son mari qu’hor-reur et que haine!...
- — Prenez garde, conseilla Fomette avec une bienveillante malice, de céder à quelque inconsciente partialité. Moi qui n'ai aucune prévention, — car je me place à un point de vue d’indifférence parfaite, — mais je crois posséder une certaine connaissance du cœur humain, — je ne donne pas trois mois à la demanderesse, le divorce rejeté, pour revivre en bonne harmonie avec son mari. Vous m'entendez : pas trois mois!
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- LES BEUX VIES 445
- — Votre confiance m’effraie, dit Broussin... car admettez que vous vous trompiez...
- Aucune hypothèse ne pouvait être plus désagréable à un homme dont la conviction était faite et qu’un entêtement obtus fortifiait dans son erreur :
- — Si vous aviez conduit l’enquête, répliqua-t-il avec importance, vous penseriez comme moi. Comme moi, vous auriez été frappé de l’exagération des témoignages apportés contre le mari; vous auriez compris que cette femme, — eh ! mon Dieu, y a-t-il rien de moins personnel qu’une femme? elles ne sont qu’un reflet, un écho, — (la sienne le menait par le bout du nez) — que cette femme est montée, excitée par son entourage, par sa mère surtout, — voyons, les belles-mères sont toutes les mêmes ! — (celle de Fomette était insupportable) — mais laissez faire le temps, et vous verrez s’il ne me donne pas raison ! Je suis tellement tranquille que si le tribunal penchait en faveur du divorce, — ce qui m’étonnerait, entre nous, — j’insisterais de toutes mes forces pour qu’on prononçât un sursis de six mois.
- — Au fait, concéda Broussin, — comprenant un peu tard qu’il ne fallait pas le heurter de front — vous avez peut-être raison. Ce que j’en disais... Je n’ai pas, c’est vpai, dirigé l’enquête où vos qualités si appréciées vous ont permis...
- Et avec une imperceptible ironie :
- — Quel tact, quelle divination, pourtant, il faut avoir!
- — Un peu d’habitude, dit bonnement Fomette.
- Diable ! ce ne sera pas chose aisée de le faire changer
- d’avis!... Enfin, avec des travaux d’approche et des sapes prudentes ?... Malheureusement les vacances venaient interrompre ses efforts : il partait pour une croisière en Norvège; Fomette allait excursionner à Cernay-les-Vaux, Marchai retournait à Vichy, Herbelot à sa propriété de Fontainebleau. Un moment Francine avait espéré que M. Trassier consentirait à juger sur pièces, l’enquête en main : mais le président avait
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- LE DEVOIR
- refusé. Renvoyée à octobre, l’affaire ne serait terminée qu’en décembre au plus tôt.
- Avec l’assentiment, cette fois, de Le Hagre, Francine put se retirer à Aygues-Vives ; mais auparavant, et à sa grande douleur, elle dut livrer Josette. L’enfant pleura beaucoup, s’accrocha désespérément à elle au moment du départ ; ce fut là encore une heure déchirante.
- Triste séjour que cet été torride, à la campagne. Un accablement pesait sur Aygues-Vives, des sources à demi taries aux gazons fanés, des allées fendillées de sécheresse aux terrasses désertes. Pas un souffle à travers le parc; les cimes des hauts peupliers d’Italie eux-mêmes ne frémissaient plus, de leurs mille petites feuilles. La Seine réverbérait de l’or en fusion ; les crépuscules, à travers les sapins noirs, étaient rouges d’incendie; la nuit même ne ramenait pas la fraîcheur.
- L’atroce mois d’août! Francine s’inquiétait sans cause, voyait Josette malade, perdue... Depuis l’accident, le petit bras cassé, elle n’avait plus aucune sécurité. Sur des lettres de l’enfant, il ne fallait pas compter; les siennes mêmes, Le Hagre les intercepterait. Dans son idée fixe, revoir sa fille, elle ne réagissait plus, ne s’intéressait à rien, et Mme Favié subissait l’influence de ce découragement. Elles vivaient dans une solitude complète, retirées du monde et absorbées dans leurs pensées : chacune en proie à la crise d’âme qui devait déterminer leur destin.
- Mme Favié s’abandonnait, malgré elle, à l’amour qui maintenant la dominait, comme elle avait subi avec vertige, quelques mois auparavant, le retour de foi qui l’exaltait alors vers un idéal de sacrifice.
- suivre.)
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- ASSURANCES MUTUELLES
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- Société du Familistère. - Assurances Mutuelles
- MOUVEMENT DU MOIS DE JANVIER 1906, A GUISE
- ASSURANCE CONTRE LA MALADIE
- Section des Hommes
- Cotisations des mutualistes....... 2.930 50 \
- Subvention de la Société.......... 1.189 50 j 4.399 75
- Malfaçons et Divers............... 279 75 ;
- Dépenses...................................... 6.032 95
- Déficit en janvier 1906................ 1.633 20
- Section des Dames
- Cotisations des mutualistes........ 506 85 )
- Subvention de la Société........... 242 27 > 760 27
- Divers............................. 11 15)
- Dépenses........... .......... ................ 882 15
- Déficit en janvier 1906........................121 88
- ASSURANCE DES PENSIONS
- Subvention de la Société et Divers 7.746 63 j
- Intérêts des comptes courants et v 10.838 63
- du titre d’épargne.......... 3.092
- Dépenses :
- 127 Retraités définitifs........ 8.893 54 \
- 4 — provisoires............ 227 » /
- Nécessaire à la subsistance..... 5.470 95 ) 15.572 54
- Allocations aux famill8 des réservistes »
- Divers, appointem., médecins, etc. 981 05 /
- Déficit en janvier 1906.......... 4,733 91
- CAISSE DE PHARMACIE
- Cotisations des mutualistes. 737 55 i , n77
- Subvention de la Société.... 339 60 j
- Dépenses.............................. 937 46
- Boni en janvier 1906.......... .....139 69
- RÉSUMÉ
- Recettes sociales du Ier juillet 1905 au 31 janvier 1906. 84.980 62 ... n»
- » individuelles » » 31.600 45
- Dépenses » » 147.21905
- Excédent des dépenses sur les recettes.. 30.637 98
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- LE DEVOIR
- ÉTAT CIVIL AU FAMILISTÈRE DE GUISE
- MOIS DE JANVIER 1906.
- Naissances :
- 16 Janvier Masset Raymonde, fille de Masset Emile-Armand et de Magnier Jeanne.
- 26 — Thoret Alfreda, fille de Thoret Alfred et de
- Lhote Clémence.
- Décès :
- 5 — Jumeaux Emile, âgé de 47 ans.
- Le Gérant : H. E. Buridànt.
- Nimes. — Typ. A. Chastanier, 12, rue Pradier.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES.
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- Août 1900.
- DOCUMENTS POUR PNE BIOGRAPHIE COMPLÈTE
- de J. B. André GODIN (1)
- Glorification du Travail. — Emancipation du Travailleur.
- Deuxième partie.
- XXIV (suite)
- Reprise de la fête annuelle du Travail, 23 juin 1872. Dernière application du système de recours au suffrage essayé, avec quelques variantes , depuis 1868. Deuxième banquet familistérien.
- Les 230 candidats ouvriers, dont nous avons donné l’état, constituaient les 3e, 4e et 5e séries (.Fonderie — Ajustage — Ateliers divers) sur le tableau général des candidats aux mentions honorables à la fête du Travail du 23 juin 1872. Les lre et 2e séries comprenaient ensemble 160 personnes. Voici le résumé du tableau :
- lre Série Familistère....................... 71 candidats
- 2e » Administration générale. 89 »
- 3e » Fonderie........................... 99 »
- 4e » Ajustage......*................... 52 »
- 5e » Ateliers divers.................... 77 »
- 388
- Oublié au rang des candidats de la 4« série.. 1 »
- idem de la 5e série.. 1 »
- Total.. ................ 390 candidats
- (1) — V. Appendice, p , 60, tome 26e, Le Devoir, janvier 1902.
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- 450
- LE DEVOIR
- C’étaient (on le sait), exclusivement, les travailleurs habitant le Familistère qui prononçaient en dernier ressort sur l’attribution des mentions honorables dans le système dont nous voyons ici la dernière application.
- Les chiffres totaux des candidats, d’une part, et des électeurs habitant le Familistère, d’autre part, se présentent comme suit, depuis 1868 :
- ANNÉES Electeurs inscrits habitants du Familistère Candidats employés et ouvriers logés ou non au Familistère Candidats- électeurs
- 1868 333 264 214
- 1869 341 281 216
- 1870 361 347 248
- 1872 337 390 235
- Nous venons de montrer comment, en 1872, les 390 candidats se répartissaient en 5 séries. Voici l’état correspondant pour les 337 électeurs :
- lre Série : Familistère........... 74 électeurs.
- 2e » : Administration générale. 66 »
- 3e » : Fonderie 109 »
- 4e » : Ajustage 31 »
- 5e > : Ateliers divers. 57 »
- 337 »
- Mais on sait (1) que les électeurs des 2e, 3e:
- 5e séries émettaient deux votes : un dans leur série professionnelle; un dans la lrü série, Familistère, c’est-^ à-dire dans ce qui avait trait aux services de l’habitation unitaire que tous pouvaient apprécier. Conséquemment, les lauréats de la lre série obtenaient des chiffres relativement plus forts.
- Le registre du Conseil a encore laissé en blanc, en
- (1) Ghap. XIII, p. 516, Le Devoir, septembre 1904.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
- 451
- 1872, la place réservée pour l’inscription des chiffres des votants en chaque série. Ces chiffres ne nous ont été donnés que pour la fête célébrée en 1868 (1) et nous avons vu qu’il y avait eu grosso-modo, en chaque série, un huitième d’abstentions parmi les électeurs.
- Résultats généraux du vote.
- Candidats en vertu seule du poste occupé par eux.
- lre Série (4 groupes) Familistère. Nombre de
- ' ° ri * candidats :
- Electeurs inscrits : 337. Votants (?) 71
- Obtiennent 1 à 9 voix..
- » 12 à 19 »
- » 20 à 53 »
- » 73 et 92 »
- 112 »
- 22 intéressés 13 »
- o y>
- 2 »
- 1
- Ensemble... 63 »
- N’obtiennent pas de voix... 8 »
- Total....... 71
- égal au chiffre des candidats.
- 2e Série (4 groupes) Administration générale. Nombre de
- candidats \
- Electeurs inscrits : 66. Votants (?) 89
- Obtiennent 1 voix.. 17 intéressés
- » 2 à 9 » 40 »
- » 10 à 33 » 13 »
- Ensemble.. 70 »
- N’obtiennent pas de voix... 19 »
- Total...... 89
- égal au chiffre des candidats.
- (1) Chap. XII, p. 386, Le Devoir, juillet 1904.
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- 452
- Le devoir
- Candidats en vertu et de la capacité et de l’élection, motifs pris
- ensemble ou séparément ;
- 3e Série (4 groupes) : Fonderie. Nombre de
- ' ' candidats :
- Promus en vertu et de la capacité et de l’élection. 23
- » en vertu de l’élection seule............. 24
- » en vertu de la capacité de 1er mérite ou
- en vertu de travaux primés.......... 52
- Total.................. 99
- Electeurs inscrits : 109. Votants (?)
- Obtiennent 1 à 9 voix.. 45 intéressés
- » 10 à 23 » 11 »
- Ensemble.... 56 »
- N’obtiennent pas de voix... 43 »
- Total...... 99 »
- égal au chiffre des candidats.
- 4e Série (4 groupes) : Ajustage. Nombre de
- candidats *
- Promus en vertu et de la capacité et de l’élection.. 13
- » en vertu de l’élection seule.................. 25
- » en vertu de la capacité de 1er mérite ou
- de travaux primés.................... . 14
- Total................ 52
- Electeurs inscrits : 31. Votants (?)
- Obtiennent 1 à 9 voix.. 28 intéressées
- » 11,19,29 » 3 »
- Ensemble...... 31
- N’obtiennent pas de voix.. .. 21
- Total................ 52
- égal au chiffre des candidats.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
- 453
- 5e Série (7 groupes) : Ateliers divers. Nombre de
- candidats :
- Promus en vertu et de la capacité et de l’élection. 22
- » en vertu de l’élection seule........................... 18
- » en vertu de la capacité de 1er mérite.,.. 37
- Total..................... 77
- Electeurs inscrits :57. Votants (?)
- Obtiennent 1 à 9 voix.. 34 intéresés » 10 à 24 » 8 »
- Ensemble.... 42 »
- N’obtiennent pas de voix... 35 »
- Total.......... 77 »
- égal au chiffre des candidats.
- Résumé : Obtiennent des voix au vote final :
- En lre Série 63 candidats sur 71
- 2e » 70 » 89
- 3e » 56 » 99
- 4e » 31 » 52
- 5e » 42 » 77
- 262 388
- Ajouté : 2 ouvriers, ci. 2 non classés sur la liste
- Soit : 264 candidats sur 390 des candidats et révélés
- au vote final.
- Différence : 126.
- Les 126 candidats écartés (1) au vote final comprennent :
- (1) Le dépouillement de certains documents donnerait ici cinq unités de plus (131 au lieu de 126) ; nous avons déjà dit ci-dessus qu’il y eut quelques erreurs dans le relevé porté au registre du conseil : mais le contradictions sont trop minimes pour modifier l’enseignement final,
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- 454 LE DEVOIR
- Employés et gens de service du Familistère................. 27
- Ouvriers candidats par capacité et élection.................... 18
- » » par élection seule.......................... 26
- » » par capacité de ler mérite ou travaux primés 55
- Total............................... 126
- En traitant de l’établissement de la liste des candidats aux mentions honorables pour 1872, nous avons montré que le nombre des ouvriers s’efforçant de se classer eux-mêmes candidats par le déploiement des capacités, allait croissant d’un essai à l’autre depuis 1869, c’est-à-dire que les faits portaient vers un mode autrement sûr et fécond que celui du recours au suffrage, pour arriver à l’organisation du travail.
- Les résultats du vote final pour l’attribution des mentions honorables le jour de la fête, étaient bien de nature à pousser dans la même direction. Voici, en effet, le tableau récapitulatif du sort fait aux ouvriers promus candidats du chef exclusif de capacité de 1er mérite (Lettre A) depuis la première application du système jusque et y comprise celle à l’étude ici.
- AXKÉES Ouvriers candidats par capacité de 1er mérite Sans voix au vote final Ecartés des mentions' honorables Proportion grosso-modo
- 1868 57 11 Un cinquième.
- 1869 81 21 Un quart.
- 1870 116 54 Presque la moitié.
- 1872 103 55 Un peu plus de la moitié.
- Le tableau se passe de commentaires. Ajoutons que nombre des candidats accueillis par le suffrage n’obtenaient, du reste, qu’un chiffre de voix tout à fait insignifiant. L’établissement des listes de lauréats en témoigne. Descendant jusqu’aux candidats proclamés,
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
- 455
- en certaines séries, par 5 voix, on avait, en 1868, réparti 1.860 francs entre 108 lauréats; en 1869, il avait fallu descendre jusqu’aux nominations faites par 3 voix pour distribuer 1.905 francs entre 109 lauréats; et l’on était descendu au même chiffre en 1870 pour distribuer 105 mentions honorables, la somme habituellement affectée aux prix étant employée en un banquet. Le même emploi de la somme se répète en 1872 ; quant au nombre des lauréats, il s’élève à 95 descendant jusqu’aux désignations par 5 voix.
- Sollicitées par le nombre croissant des candidats, les voix s’éparpillaient de plus en plus ; aussi le nombre des lauréats va-t-il baissant, du moins depuis 1869 :
- ANNÉES Nombre des lauréats Nombre des candidats
- 1868 108 264
- 1869 109 281
- 1870 105 347
- 1872 95 390
- L’insignifiance des désignations à la qualité de lauréats par 3 ou 5 voix devait aider à faire comprendre à tous l’incomparabte supériorité du procédé par lequel toute proclamation de mérite sera basée sur une œuvre effective incontestable.
- Reprenons l’état récapitulatif des lauréats déjà fourni (1) pour les années 1868,1869,1870 ; et ajoutons-y les chiffres afférents à 1872, lesquels sur certains points instructifs à relever, s’écartent de l’alignement des années précédentes.
- (1) Chap. XIV, Le Devoir, novembre 1904, p. 649.
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- LE DEVOIR
- PRIX OU MENTIONS HONORABLES
- décernés par le vote aux fêtes annuelles du Travail.
- EMPLOYÉS c£ rt Grands [ers * 2e s w> 1
- candidats en vertu seule -rs Années 3eS «
- de la fonction S = <=> *3 prix prix prix prix trm 1
- ( Gens des servi-1 ces de l’habita -j tion unitaire. 59 1868 3 2 10 8 23
- Familis- tère 60 70 71 1869 1870 1872 3 3 2 5 4 4 6 8 6 8 7 9 22 22 21
- Usine ^ Chefs d’ateliers, < comptables, jsurveillants, etc. 55 55 79 89 1868 1869 1870 1872 3 2 1 4 5 4 6 6 6 8 9 6 13 11 9 10 27 25 25 26
- OUVRIERS (1)
- candidats en vertu de la capacité ou de l’élection, motifs pris ensemble ou séparément
- Désignés par capacité et élection
- Usine
- Désignés
- par
- élection seule
- Désignés par capacité de 1er mérite
- 66 1868 9 14 9 32
- 37 1869 6 5 9 20
- 24 1870 6 3 4 13
- 58 1872 7 5 7 19
- 26 1868 2 2 6 10
- 48 1869 3 8 8 19
- 58 1870 6 7 7 20
- 67 1872 2 6 12 20
- 57 1868 5 5 6 16
- 81 1869 4 8 11 23
- 116 1870 2 9 14 25
- 103 1872 1 6 2 9
- (1) Rappel. — Un candidat ouvrier en 1868 et deux en 1872 ayant été oubliés sur les tableaux reproduits au registre des conseils, les chiffres afférents à 1868 donnent un total de 149 candidats ouvriers au lieu de 150 ; et ceux afférents à 1872, un total de 228 au lieu de 230 qu’il y eut en fait.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 457
- Laissant de côté les travailleurs candidats en vertu seule de la fonction, attachons-nous à ceux dans la promotion desquels, au titre de candidats, intervenaient, séparés ou combinés, les deux motifs : Capacité vérifiée, élection.
- Le nombre des lauréats parmi les ouvriers promus candidats du chef seul de l’élection est en baisse relativement au nombre total des candidats : 10 sur 26 .(plus d’un tiers) étaient lauréats en 1868 ; on n’en élit plus que 20 sur 67 (pas le tiers) en 1872; et ce sont surtout des troisièmes prix qu’on leur alloue, comme si le suffrage était confus lui-même de son choix. Mais l’impuissance est manifeste, car il y a baisse également dans la catégorie des ouvriers promus candidats du chef seul de capacité de 1er mérite. Près d’un tiers parmi les intéressés de cette dernière catégorie, 16 sur 57 étaient lauréats en 1868 ; on n’en élit plus que 9 sur 103 (pas un onzième) en 1872!.
- L’enseignement fourni par les 4 essais du système appliqué ici pour la dernière fois est donc le même que celui fourni parles essais de diverses natures réalisés dans la série des employés (1) : il fallait cesser de demander au suffrage le classement hiérarchique des capacités qui n’est pas de son ressort, et dont la vraie base est fournie sans conteste par les œuvres effectuées.
- Dernière observation touchant le tableau ci-dessus : La répartition des suffrages ne permit l'allocation d’aucun grand prix, de 1868 à 1872, dans le personnel ouvrier. En eût-il été de même si les prix eussent été déterminés d’après l’effectivité des œuvres ?
- Nous reprendrons le sujet à l’occasion du nouveau
- (l)Ciiap. XV à XX et chap. XXIII.
- I
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- LE DEVOIR
- mode de distribution des récompenses qui sera appliqué en 1873.
- Il avait été prévu par le Conseil du Familistère que le banquet complémentaire de la fête du Travail en 1872, aurait lieu le lundi 24 juin et pourrait compter 800 convives. Devaient y assister : (Registre du Conseil, p. 207) : 1° « Toutes les personnes remplissant au Familistère une fonction rétribuée ;
- 2° Tous les habitants du Familistère travaillant à l’usine ;
- 3° Les personnes remplissant une fonction de dévouement ou d’utilité générale; les conseils ; les comités des caisses de secours et de pharmacie du Familistère (1) ; la société théâtrale ; les musiciens ; la chorale ; les pompiers ;
- 4° Tous les enfants fréquentant les écoles ;
- 5° Les délégués à l’administration du fonds de secours mutuels de l’usine (1) ;
- 6° Le comité des délégués pour les réclamations (1);
- 7° Les employés, chefs d’ateliers et surveillants de l’établissement ;
- 8° Cinquante ouvriers les plus anciens de l’usine et n’habitant pas le Familistère ;
- 9° Cinquante ouvriers étrangers au Familistère et désignés par le vote. »
- Plusieurs des fonctions énumérées ci-dessus se trom vaient remplies par de mêmes personnes ; exemple :
- (I) L’énumération de Comités spéciaux : 1° à l’administration des caisses de secours et pharmacie au Familistère ; 2° à l’administration du fonds de secours mutuels à l’usine ; 3e aux réclamations dans les questions de travail, montre qu’il y avait, à cette époque, division de fonctions antérieurement confiées à un unique Comité. Le sujet sera traité dans le chapitre XXVI.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- travail à l’usine, fonction de conseiller au Familistère, membre d’un comité ou d’une société quelconque.
- On lit, en outre, au registre du Conseil : « Les personnes non désignées ci-dessus, habitant le Familistère, peuvent assister au banquet en payant une somme qui sera indiquée très prochainement... » (Ceci était affiché quelques jours avant la fête.)
- Finalement, le banquet comprit 796 convives. (1)
- Soit : 612 adultes.
- 156 écoliers. '
- 28 bambins.
- 796 total conforme.
- On conçoit quel temps précieux était distrait du travail courant pour l’organisation de pareils banquets par un personnel dont ce n’était point le métier. Aussi les résultats étaient-ils assez défectueux. En réunion du conseil l’an d'après, au cours des préparatifs de la fête à célébrer en 1873, il est rappelé « que le dernier banquet a donné peu de satisfaction, que notamment les enfants n’ont même pas été servis... »
- La fête du Travail célébrée en 1870 (2) avait compris aussi un banquet et le compte-rendu inséré au registre des procès-verbaux du conseil (p. 154 à 190) avait clos en observant que, célébrée ainsi, la fête n’était plus une étude pratique des moyens d’arriver à la répartition des bénéfices de la production, proportionnellement à Vefficacitè des concours.
- Le compte-rendu de la fête célébrée en 1872 se termine (p. 231 du registre) par ces mots :
- « En résumé, la fête a eu toute la solennité voulue, quoiqu’on puisse dire cependant que l’idée philosophique
- (1) Il y en avait eu 541 en 1870.
- (ï) Chap. XIV, Le Devoir, tome 28e, novembre 1904, p. 651.
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- LE DEVOIR
- et pratique de la répartition des fruits du travail est totalement éliminée de cette fête. »
- Le moment était venu d’essayer un tout autre mode que le recours au suffrage expérimenté sous des modes si divers depuis 1867 et dans l’ensemble des travailleurs à l’occasion des fêtes annuelles du Travail et dans la série spéciale des employés. Du reste, à partir de Tannée où nous sommes, 1872, où fut répartie à 57 employés une somme de 11,814 fr. 50 à titre de participation aux bénéfices de l’exercice 1871 (1), selon les principes posés par J.-B.-A. Godin dans son volume « Solutions sociales », l’application de ces principes va aller s’étendant à un nombre progressif d’intéressés jusqu’à la constitution de l’association, 1880.
- Simultanément, des primes pour innovations utiles ou travaux exceptionnels seront annuellement décernées aux ayants-droits et proclamées aux fêtes du Travail.
- Yve J.-B.-A. Godin, née Moret.
- (A suivre).
- (1) Ghap. XXIII, p. 214, Le Devoir, avril 1906.
- ERRATUM
- Documents biographiques, Le Devoir, juin 1906, page 334, avant-dernier alinéa, 2e ligne, lire 14 au lieu de 15.
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
- 461
- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
- Les grandes commissions et la réforme du suffrage.
- Lois ouvrières.
- Les Chambres se sont séparées pour trois mois au moins, après avoir siégé environ six semaines.
- En ce qui concerne la Chambre des députés, cette courte session a été presque entièrement remplie par les formalités inséparables de la constitution d’une Chambre nouvellement élue : vérification des pouvoirs de ses membres, nomination et installation des commissions chargées d’élaborer la besogne législative.
- La perte de temps qui en résulte constitue un grief sérieux contre le système du renouvellement intégral de la Chambre. Ce grief n’est pas isolé. On s’est efforcé d’apporter une atténuation à l’un des plus graves inconvénients de ce système, au point de vue de la bonne marche du travail législatif : la caducité qui frappe les propositions de loi non résolues à la fin de chaque législature.
- Et, en effet, une modification apportée à l’article 18 du règlement de la Chambre, stipule qu’après le renouvellement intégral de cette assemblée, « les rapports sur le fond déposés par les commissions de la précédente législature peuvent être repris et renvoyés aux commissions nouvelles, soit, sur l’initiative des commissions elles-mêmes, soit sur l’initiative de 20 membres. »
- Cette modification, réclamée depuis bien des années , n’a été votée que dans la séance du 16 juin 1903.
- Il en a été fait usage pour la première fois pendant la session écoulée. C’est ainsi que le rapport, fait au cours de la précédente législature, au nom de la commission du suffrage universel, sur la proposition de loi ayant
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- 462
- LE DEVOIR
- pour objet le rétablissement du scrutin de liste, a été renvoyé à la nouvelle commission du suffrage universel, sur une demande portant la signature de 20 députés.
- La commission du suffrage universel se compose de 22 membres, parmi lesquels 17 sont partisans de la représentation proportionnelle.
- Si une commission nommée par la Chambre reflétait exactement, dans ses diverses nuances, l’opinion de cette Chambre, une telle majorité permettrait de concevoir l’espoir d’une prochaine réalisation de cette réforme. Mais cette majorité, comme celle des autres commissions, est due pour la plus grande part au hasard.
- On sait comment se nomment les commissions. Un tirage au sort répartit les membres de la Chambre en onze bureaux : ce sont les collèges électoraux qui nomment les commissions grandes ou petites. Il y en a de 11 membres, de 22 membres, de 33 membres. Chaque bureau nomme donc, suivant le cas, un, deux ou trois commissaires. Seize grandes commissions correspondant à peu prés à la division des grands services publics, sont nommées pour toute la durée de la législature.
- Le mode de nomination des commissions, et particulièrement des grandes commissions permanentes, a souvent donné lieu à des critiques dont il serait difficile de contester le bien-fondé. La raison, la justice ne commandent-elles pas de substituer la volonté des députés aux caprices du tirage au sort des bureaux, de permettre à toutes les compétences de s’affirmer, à tous les partis d’être représentés dans les diverses commissions proportionnellement au nombre de leurs adhérents ?
- Diverses propositions, dans ce sens, ont été faites au début de la législature à l’occasion de la nomination des grandes commissions permanentes. Celle de M. Jules-Louis Breton, portant que pour faire partie de l’une de ces commissions il suffit d’y être délégué par 15 membres de la Chambre. Tout député ne pourrait donner qu’une fois sa délégation pour une même com-
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- Chronique rarlementaire 463
- mission. Chaque commission serait régulièrement constituée dès qu’elle comprendrait plus de 20 membres.
- L’échec de cette proposition et de quelques propositions analogues, le maintien du statu quo, l’exclusivisme montré dans le choix des commissaires, toutes ces manifestations de l’esprit majoritaire, rendent bien douteuses les chances d’une substitution de la représentation proportionnelle au mode de suffrage actuel. Ses plus chaleureux partisans ne se font pas d’illusions à cet égard. Ils savent qu’elle a de très nombreux adversaires dans cette Chambre, qu’ils auront fort à faire pour y faire adopter leurs idées, et qu’ils n’y parviendront que par des efforts constants et en procédant méthodiquement.
- La commission du suffrage universel tentera que l’on fasse un premier essai de la représentation proportionnelle dans deux ans pour les élections municipales. Si elle y réussit, la réforme pourrait bien s’étendre, plus tôt ou plus tard, aux élections législatives.
- Le groupe de la réforme électorale qui s’est reconstitué dès les premiers jours de la reprise des travaux parlementaires, stimulera l’ardeur de la commission. Ce groupe, avant toute séance, comptait 188 adhésions venant de tous les partis politiques.
- C’est de bon augure, si l’on considère que les partisans de la représentation proportionnelle comptaient à peine quelques unités dans la Chambre, il y a dix ans.
- Les syndicats professionnels et les différends relatifs aux conditions du travail. — Aussitôt les grandes commissions constituées, l’initiative gouvernementale et l’initiative parlementaire se sont manifestées par le dépôt d’un certain nombre de projets.
- Parmi les propositions émanant de l’initiative parlementaire, citons en première ligne deux propositions de M. Millerand, l’une sur les syndicats professionnels, l’autre concernant les différends relatifs aux conditions du travail.
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- 464
- LE DEVOIE
- Ces deux projets avaient été présentés au Parlement, le premier en 1899, le second en 1900, à titre de projets de loi, M. Millerand étant alors ministre du commerce.
- La législature ayant pris fin avant que ces projets eussent pu venir en discussion, M. Millerand en avaient repris les dispositions, sous forme de propositions de loi déposées, le 14 octobre 1902.
- La huitième législature s’est à son tour écoulée sans que ces propositions ait été débattues. Néanmoins elles avaient été l’objet l’une et l’autre de rapports favorables, présentés au nom de la commission du travail, sur la première proposition, par M. Barthou, sur la seconde parM. Colliard. Les événements qui se sont déroulés depuis le dépôt des projets primitifs ont mis davantage en lumière leur intérêt et leur urgence.
- Ces deux propositions ont renvoyées à la commission du travail qui a choisi M. Millerand comme président. On ne peut douter qu’il ne mette à leur service les grandes qualités qui lui ont permis de faire aboutir, sous la précédente législature, la loi sur les retraites ouvrières, alors qu’il était président de la commission d’assurance et de prévoyance.
- La coopération ouvrière de 'production et la participation aux bénéfices.— M. Doumer a repris sa proposition de loi relative à la coopération ouvrière de production et à la participation aux bénéfices qu’il avait présentée dans la précédente législature, à la fin de l’année 1904.
- La proposition comprend deux parties, dont la première tend à faciliter la création et le développement des associations d’ouvriers comme il en existe déjà un grand nombre, qui font directement et sans intermédiaires des entreprises industrielles dont l'intégralité des produits est partagée entre les coopérateurs.
- La seconde partie traite de la participation du personnel aux bénéfices dans les entreprises patronales, dans les sociétés ou compagnies. Les divers genres de participation y sont définis et rendus légaux, et un code
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE 465
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- facultatif de la participation y est établi pour faire la loi entre le patron et ses employés et ouvriers, dans les maisons où la participation aux bénéfices est instituée, et, sauf stipulation contraire, portée au contrat de participation .
- En outre, la participation du personnel aux bénéfices est rendue obligatoire pour les entreprises résultant de concessions données à l’avenir par l’Etat, les départements et les communes.
- La proposition de loi présentée par M. Doumer est signée par un grand nombre de députés : MM. Siegfried, Pierre Baudin, Puech, Lockroy, Guieysse, Mille-rand, Lubief, Clémentel, Klotz, Astier, Ajam, Drelon, Thierry, Krantz, Chaigne, Le Bail, etc.
- Les maladies professionnelles. — Le gouvernement avait déposé, au cours de la présente législature, un projet de loi relatif aux maladies professionnelles reproduisant le texte délibéré et adopté, après une étude approfondie de la question par le comité consultatif des assurances contre les accidents du travail.
- Sous réserve de trois modifications de détail introduites à la demande de l’administration des finances, le gouvernement n’a pas cru pouvoir mieux faire que de soumettre de nouveau à l’étude de la Chambre le texte antérieurement déposé et dont nous avons fait connaître les grandes lignes.
- La principale occupation du Sénat, durant la courte session parlementaire qui a suivi le renouvellement de la Chambre, a été l’examen de la proposition de loi sur le repos hebdomadaire.
- Cet examen laborieux lui a pris la plupart des séances, très-espacées, qu’il a bien voulu accorder au travail législatif. Votée en première lecture le 14 juin , la proposition fut remise en délibération le 29 juin. Pour cette seconde lecture, la commission avait arrêté un nouveau texte , dont il est inutile d’indiquer les dispositions,
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- Le devoir
- car elles ont subies maints remaniements avant même d’être mises en discussion.
- L’article premier, qui consacre le principe d’un repos hebdomadaire d’une durée minima de vingt-quatre heures, a été adopté sans modification.
- L’article 2, qui fixe le repos au dimanche, mais en autorisant de nombreuses dérogations, a donné lieu, encore une fois, à une très longue discussion. Finalement , le Sénat, par 258 voix contre 45, a décidé que le repos peut être donné, soit constamment, soit, à certaines époques de l’année, un autre jour que le dimanche à tout le personnel de rétablissement.
- La faculté donnée par la commission de faire le repos du dimanche midi au lundi midi, a soulevé quelques protestations, qui n’ont pas influé sur le sort de l’article 2, lequel a été voté sans modification, ainsi que l’article 3, énumérant les catégories d’établissements dans lesquels le repos par roulement sera de droit, et l’article 4 qui autorise la suspension du repos pour le personnel nécessaire à l’exécution des travaux urgents.
- Une modification importante a été apportée au texte de l’article 5, qui réduirait le repos à une demi-journée pour les personnes employées à la conduite des générateurs et des machines motrices, au graissage et à la visite des transmissions, au nettoyage des ateliers,-magasins ou bureaux, ainsi que pour les gardiens ou concierges. Il a été stipulé qu’une réduction ne pourra être apportée au nettoyage des locaux industriels que dans le cas où l’exploitation normale de l’entreprise ne permettrait pas de faire ce travail les autres jours de la semaine.
- Un article additionnel n’accorde aux jeunes gens employés dans certains établissements de vente de denrées alimentaires au détail, que le repos de l’après-midi du dimanche, mais avec un repos compensateur d’une demi-journée par semaine.
- Pas de débat sur les articles suivants qui autorisent la suspension du repos hebdomadaire dans certains cas
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
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- et pour certaines industries, notamment pour les industries en plein air et pour les établissements soumis au contrôle de l’Etat. Par contre, l’article 8, qui concerne la procédure des dérogations individuelles, a dû subir une nouvelle modification.
- De concession en concession, la commission sénatoriale avait fini par admettre, conjointement avec les Chambres de commerce, les syndicats patronaux et ouvriers, à donner leur avis au Préfet, investi par la loi du droit de statuer sur les demandes de dérogation.
- Le maximum de l’amende en cas de première contravention est ramené de 1000 à 500 francs.
- Enfin, l’article 18 qui vise spécialement le repos des ouvriers boulangers a donné lieu à une assez longue discussion. x
- Aux termes de cet article, les ouvriers auraient le droit de remplacer le repos hebdomadaire par roulement prévu à l’article 3 de la loi par treize jours de repos tous les trois mois à prendre en une fois ou par fraction, suivant accord avec les patrons.
- Quoiqu’en ait dit le rapporteur, la juste interprétation des résultats d’une consultation générale des ouvriers , ne laisse guère de doute sur le peu d’inclination de la grande majorité des intéressés à accepter le cadeau que la commission voulait leur faire. L’obligation d’un accord préalable avec les patrons ne leur "paraissait pas sans danger, alors que la loi commune du repos hebdomadaire avec roulement leur donnait, au contraire , toute garantie en écartant les risques d’un désaccord.
- Bien qu’il ne l’attribue qu’à la minorité des ouvriers, cette résistance n’en préoccupe pas moins le rapporteur. lien cherche la cause et croit la trouver dans cette supposition qu’en poursuivant l’application d’une règle commune, objectif du socialisme syndical, à une profession soumise à des conditions aussi particulières que la boulangerie, les opposants ont voulu obliger une industrie arriérée à se transformer de manière à ren-
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- dre possible la fermeture de l’établissement à jour fixe.
- La transformation désirée ne pourrait s’opérer que dans le sens de la création de grandes usines. Aussitôt le rapporteur de dénoncer les conséquences désastreuses de la réalisation d’un plan qui ne pouvait germer que dans des cervelles socialistes, disparition d’une foule de petits patrons et création non moins regrettable d’une énorme population flottante d’ouvriers sans patron déterminé, changeant d’emploi tous les jours, bref, d’un prolétariat, au second degré, toutes choses dont la nouveauté ne devait sans aucun doute pas manquer d’impressionner les esprits.
- Pour que le Sénat se sentît rassuré il a fallu que M. Monis démontrât que l’application du repos hebdomadaire avec roulement pouvait se faire sans qu’il fût nécessaire de faire subir à l’industrie de la boulangerie la plus petite transformation.
- A la suite de cette intervention l’article 18a été rejeté par 170 voix contre 113. Il ne restait plus qu’à mettre d’accord les dispositions de la loi avec celles de le loi de 1892 sur le travail des femmes et des enfants dans les établissements industriels, ce qui faisait l’objet de l’article 19 et dernier qui a été voté, ainsi que l’ensemble de la loi.
- Pans ba seance du 10 juillet, la Chambre, à l’unanimité moins une voix, a adopté sans modification le projet voté parle Sénat sur le repos hebdomadaire. Le Parlement ne pouvait donner une meilleure préface à une législature que doivent caractériser les réformes sociales.
- La loi étant devenue définitive, nons en donnons ci-après le texte.
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- LOI SUR LE REPOS HERDOMADAIRE
- Article premier. — Il est interdit d’occuper plus de six jours par semaine un même employé ou ouvrier dans un établissement industriel ou commercial ou dans ses dépendances, de quelque nature qu’il soit, public ou privé, laïque ou religieux, même s’il a un caractère d’enseignement professionnel ou de bienfaisance.
- Le repos hebdomadaire devra avoir une durée minima de vingt-quatre heures consécutives.
- Art. 2. — Le repos hebdomadaire doit être donné le dimanche.
- Toutefois, lorsqu’il est établi que le repos simultané, le dimanche, de tout le personnel d’un établissement serait préjudiciable au public ou compromettrait le fonctionnement normal de cet établissement, le repos peut être donné, soit constamment, soit à certaines époques de l’année seulement, ou bien :
- a) Un autre jour que le dimanche à tout le personnel de l’établissement;
- b) Du dimanche midi au lundi midi ;
- c) he dimanche après-midi avec un repos compensateur d’une journée par roulement et par quinzaine;
- d) Par roulement à tout ou partie du personnel.
- Des autorisations nécessaires devront être demandées et obtenues conformément aux prescriptions des articles 8 et 9 de la présente loi.
- Art. 3. — Sont admis de droit à donner le repos hebdomadaire par roulement les établissements appartenant aux catégories suivantes :
- 1° Fabrication de produits alimentaires destinés à la consommation immédiate;
- 2° Hôtels, restaurants et débits de boissons; •
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- 3° Débits de tabac et magasins de fleurs naturelles;
- 4° Hôpitaux, hospices, asiles, maisons de retraite et d’aliénés, dispensaires, maisons de santé, pharmacies, drogueries, magasins d’appareils médicaux et chirurgicaux ;
- 5° Etablissements de bains ;
- 6° Entreprises de journaux, d’informations et de spectacles, musées et expositions;
- 7° Entreprises de location de livres, de chaises; de moyens de locomotion;
- 8° Entreprises d’éclairage et de distribution d’eau ou de force motrice;
- 9° Entreprises de transport par terre autres que les chemins de fer, travaux de chargement et de déchargement dans les ports, débarcadères et stations ;
- 10° Industries où sont mises en œuvre des matières susceptibles d’altération très rapide;.
- 11° Industries dans lesquelles toute interruption de travail entraînerait la perte ou la dépréciation du produit en cours de fabrication.
- Un règlement d’administration publique énumérera la nomenclature des industries comprises dans les catégories figurant sous les numéros 10 et 11, ainsi que les autres catégories d’établissements qui pourront bénéficier du droit de donner le repos hebdomadaire par roulement.
- Un autre règlement d’administration publique déterminera également des dérogations particulières au repos des spécialistes occupés dans les usines à feu continu, telles que hauts-fourneaux.
- Art. 4. — En cas de travaux urgents, dont l’exécution immédiate est nécessaire pour organiser des mesures de sauvetage, pour prévenir des accidents imminents ou réparer des accidents survenus au matériel, aux installations ou aux bâtiments de l’établissement, le repos hebdomadaire pourra être suspendu pour le personnel nécessaire à l’exécution des travaux ur-
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- gents. Cette faculté de suspension s’applique non seulement aux ouvriers de l’entreprise où les travaux urgents sont nécessaires, mais aussi à ceux d’une autre entreprise faisant les réparations pour le compte de la première. Dans cette seconde entreprisë, chaque ouvrier devra jouir d’un repos compensateur d’une durée égale au repos supprimé.
- Art. 5. — Dans tout établissement qui aura le repos hebdomadaire au même jour pour tout le personnel, le repos hebdomadaire pourra être réduit à une demi-journée pour les personnes employées à la conduite des générateurs et des machines motrices, aü graissage et à la visite des transmissions, au nettoyage des locaux industriels, magasins ou bureaux, ainsi que pour les gardiens et concierges.
- Dans les établisssements de vente de denrées alimentaires au détail, le repos pourra être donné le dimanche après-midi, avec un repos compensateur, par roulement et par semaine, d’une autre après-midi pour les employés âgés de moins de vingt et un ans et logés chez leurs patrons, et par roulement et par quinzaine, d’une journée entière pour les autres employés.
- Dans les établissements occupant moins de cinq ouvriers ou employés et admis à donner le repos par roulement, le repos d’une journée par semaine pourra être remplacé par deux repos d’une demi-journée, représentant ensemble la durée d’une journée complète de travail.
- Dans tout établissement où s’exerce un commerce de détail et dans lequel le repos hebdomadaire aura lieu un dimanche , ce repos pourra être supprimé lorsqu’il coïncidera avec un jour de fête locale ou de quartier désigné par un arrêté municipal.
- Art. 6. — Dans toutes les catégories d’entreprises où les intempéries déterminent des chômages, les repos forcés viendront, au cours de chaque mois, en déduction des jours de repos hebdomadaire.
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- Les industries en plein air, celles qui ne travaillent qu’à certaines époques de l’année, pourront suspendre le repos hebdomadaire quinze fois par an.
- Celles qui emploient des matières périssables, celles qui ont à répondre, à certains moments, à un surcroît extraordinaire de travail, et qui ont fixé le repos hebdomadaire au même jour pour tout le personnel, pourront également suspendre le repos hebdomadaire quinze fois par an. Mais pour ces deux dernières catégories d’industrie, l’employé ou l’ouvrier devra jouir au moins de deux jours de repos par mois.
- Art. 7. — Dans les établissements soumis au contrôle de l’Etat, ainsi que dans ceux .où sont exécutés les travaux pour le compte de l’Etat et dans l’intérêt de la défense nationale, les ministres intéressés pourront suspendre le repos hebdomadaire quinze fois par an.
- Art. 8. — Lorsqu’un établissement quelconque voudra bénéficier de l’une des exceptions prévues au paragraphe 2 de l’article 2, il sera tenu d’adresser une demande au préfet du département.
- Celui-ci devra demander d’urgence les avis du Conseil municipal, de la Chambre de commerce de la région et des syndicats patronaux et ouvriers intéressés de la commune. Ces avis devront être donnés dans le délai d’un mois .
- Le préfet statuera ensuite par un arrêté motivé qu’il notifiera dans la huitaine .
- L’autorisation accordée à un établissement devra être étendue aux établissements de la même ville faisant le même genre d’affaires et s’adressant à la même clientèle.
- Art. 9. — L’arrêté préfectoral pourra être déféré au Conseil d’Etat, dans la quinzaine de sa notification aux intéressés.
- Le Conseil d’Etat statuera dans le mois qui suivra la date du recours, qui sera suspensif.
- Art. 10. —- Des règlements d’administration publi-
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- que organiseront le contrôle des jours de repos pour tous les établissements, que le repos hebdomadaire soit collectif ou qu’il soit organisé par roulement.
- Ils détermineront également les conditions du préavis qui devra être adressé à l’inspecteur du travail par le chef de tout établissement qui bénéficiera des dérogations.
- Art. 11. — Les inspecteurs et inspectrices du travail sont chargés, concurremment avec tous officiers de police judiciaire, de constater les infractions à la présente loi.
- Dans les établissements soumis au contrôle du Ministre des Travaux publics, l’exécution de la loi est assurée par les fonctionnaires chargés de ce contrôle placés à cet effet sous l’autorité du Ministre du Commerce et de l’Industrie. Les délégués mineurs signalent les infractions sur leur rapport.
- Art 12. — Les contraventions sont constatées dans des procès-verbaux qui font foi jusqu’à preuve contraire.
- Ces procès-verbaux sont dressés en double exemplaire dont l’un est envoyé au préfet du département et l’autre déposé au parquet.
- Art. 13. — Les chefs d’entreprises, directeurs ou gérants qui auront contrevenu aux prescriptions de la présente loi et des règlements d’administration publique relatifs à son exécution, seront poursuivis devant le tribunal de simple police et passibles d’une amende de cinq à quinze francs (5 à 15 fr.).
- L’amende sera appliquée autant de fois qu’il y aura de personnes occupées dans des conditions contraires à la présente loi, sans toutefois que le maximum puisse dépasser cinq cents francs (500 fr.).
- Art. 14. - - Les chefs d’entreprises seront civilement responsables des condamnations prononcées contre leurs directeurs ou gérants.
- Art. 15. — En cas de récidive, le contrevenant sera poursuivi devant le tribunal correctionnel et puni d’une amende de seize à cent francs (16 à 100 fr.).
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- Il y a récidive, lorsque dans les douze mois antérieurs au fait poursuivi le contrevenant a déjà subi une condamnation pour une contravention identique.
- En cas de pluralité de contraventions entraînant ces peines de la récidive, l’amende sera appliquée autant de fois qu’il aura été relevée de nouvelles contraventions, sans toutefois que le maximum puisse dépasser trois mille francs (3.000 fr.).
- Ar. 16. — Est puni d’une amende de cent à cinq cents francs (100 à 500 fr.) quiconque aura mis obstacle à l’accomplissement du service d’un inspecteur.
- En cas de récidive dans les délais spécifiés à l’article précédent, l’amende sera portée de cinq cents à mille francs (500 à 1.000 fr.).
- L’article 463 du Code pénal est applicable aux condamnations prononcées en vertu de cet article et des articles 13, 14 et 15.
- Art. 17.— Les dispositions de la présente loi ne sont pas applicables aux employés et ouvriers des entreprises de transports par eau, non plus qu’à ceux des chemins de fer, dont les repos sont réglés par des dispositions spéciales.
- Art. 18. — Sont abrogées les dispositions des articles 5 et 7 de la loi du 2 novembre 1892 en ce qui touche le repos hebdomadaire.
- Les dérogations prévues à l’article 4 et au premier paragraphe de l’article 5 de la présente loi ne sont pas applicables aux enfants de moins de dix-huit ans et aux filles mineures.
- Les dérogations prévues au paragraphe 3 de l’article 5 ne sont pas applicables aux personnes protégées par la loi du 2novembre 1892.
- Un règlement d’administration publique établira la nomenclature des industries particulières qui devront être comprises dans les catégories générales énoncées à l’article 6 de la présente loi en ce qui concerne les femmes et les enfants.
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- Les conventions internationales sur le travail et la prévoyance sociale.
- La Conférence internationale pour la protection ouvrière, réunie à Berne en mai 1905, a pris certaines décisions au sujet de l’interdiction du travail de nuit des femmes dans l’industrie et celle de l’emploi du phosphore blanc dans la fabrication des allumettes. Mais pour transformer ces décisions en conventions, une conférence diplomatique paraît indispensable. Aussi le Conseil fédéral a-t-il demandé, par note circulaire du 26 juin 1905, aux gouvernements représentés à la conférence pour la protection ouvrière, de lui faire savoir s’ils étaient d’accord avec lui sur ce point et, dans l’affirmative, de lui communiquer leur manière de voir touchant le lieu et la date de la conférence diplomatique.
- Les réponses ont été un peu longues à venir, mais elles ont fini par arriver.
- A la fin de juin dernier, le Conseil fédéral avait :
- a) Sur la question du travail de nuit, treize acceptations, un refus (la Norvège) et un Etat dont la décision n’est pas encore intervenue (l’Espagne);
- b) Sur la question du phosphore, dix acceptations , deux refus (Norvège et Suède) et trois Etats dont la décision n’est pas encore intervenue (Grande-Bretagne, Portugal, Espagneh
- La Grande-Bretagne est d’accord en ce qui concerne une convention portant restriction du travail de nuit des femmes, aux conditions suivantes :
- a) Que tous les Etats dont la concurrence dans les industries touchées par les couventions paraît sérieuse, adhèrent auxdites conventions et qu’on laisse la faculté
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- aux Etats non représentés à la conférence et dont certaines industries viendraient à se développer d’adhérer ultérieurement aux conventions;
- b) Que des garanties suffisantes soient données par les Etats signataires en vue d’une application rigoureuse des restrictions stipulées par les conventions.
- La Grande-Bretagne demande que l’on examine encore les questions suivantes :
- a) S’il n’y avait pas lieu de fixer une limite à la durée des conventions. (Le gouvernement britannique se réserve de soulever cette question à la conférence);
- b) S’il ne conviendrait pas de constituer un tribunal ou une commission qui puisse être saisi des cas où serait relevée la non observation, par un Etat, des règles acceptées, ainsi que de ceux où une modification à ces règles serait proposée à la suite de nouvelles dé' couvertes chimiques ou mécaniques.
- Le gouvernement britannique considère comme désirable que la conférence examine les conditions de la réunion des conférences ultérieures et de la conclusion de conventions futures. Il exprime l’avis, qu’à l’avenir, les enquêtes et les recherches précédant nécessairement la conclusion d’arrangements internationaux devraient être entreprises, non par une association privée, mais par les organes officiels des gouvernements intéressés.
- Le résultat de la .consultation à laquelle il a procédé paraît très satisfaisante au Conseil fédéral, dit à ce sujet le Journal de Genève auquel nous empruntons ces détails, — car il marque, de la part d’un nombre important d’Etats, la ferme volonté de régler, par voie de conventions internationales, certainés questions de protection ouvrières. La pierre angulaire une fois posée, on pourra compter sur un heureux développement de la protection ouvrière internationale et, par conséquent aussi, nationale.
- Rien ne s’opposant plus à la conclusion d’une convention internationale au sujet de l’interdiction du travail de nuit des, femmes employées dans l’industrie ,
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- le Conseil fédéral a cru devoir préparer le projet d’une convention à ce sujet.
- Ce projet, qui doit être considéré comme un simple programme pour les délibérations de la conférence diplomatique, reproduit, dans ses parties essentielles, le texte même des décisions auxquelles la conférence diplomatique pourra naturellement apporter des modifications. Le Conseil fédéral y a ajouté certaines dispositions qui constituent la partie «formelle » delà convention. Quant aux propositions du gouvernement britannique, il appartiendra également à la conférence elle-même d’en décider.
- Pour l’interdiction de l’emploi du phosphore, les perspectives sont moins favorables.
- D’après l’article 4 des « Bases », la mise en vigueur d’une convention sur cette question serait subordonnée à l’adhésion de tous les Etats représentés à la conférence de 1905, ainsi que du Japon. Or, certains de ces Etats ont déclaré qu’ils ne signeraient pas la convention et le Japon se trouve dans le même cas. Dans ces conditions, les gouvernements des Etats intéressés auront à décider s’il convient de poursuivre, entre'un nombre restreint d’Etat, la conclusion d’une convention sur la question du phosphore ou d’y renoncer.
- Le Conseil fédéral ne se croit pas en droit de retrancher du programme de la conférence diplomatique cette question du phosphore, dont le sort résultera des instructions apportées à la conférence par les représentants des Etats; la préparation d’un projet de convention sur la matière ne lui a pas paru opportune.
- Le projet de convention sur le travail de nuit des femmes dans l’industrie, a été adressé aux gouvernements des Etats suivants : Allemagne, Autriche-Hongrie, Belgique, Danemark, Espagne, France, Grande-Bretagne, Japon, Italie, Luxembourg. Pays-Bas, Portugal et Suède.
- La conférence internationale diplomatique pour la protection ouvrière se réunira le 17 septembre 1906
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- dans la salle du Conseil des Etats, à Berne.
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- A la Chambre des communes, M. Wedgewood a demandé au président du Conseil si son attention avait été appelée sur les propositions de M. Clémenceau, au sujet de l’intervention de l’Etat' dans les conflits industriels et dans la législation du contrat de travail.
- Le succès de cette proposition dépend, a-t-il dit, dans une large mesure, de la coopération internationale. Le gouvernement anglais se mettra-t-il en rapport avec les gouvernements d’Allemagne et de France afin de voir s’il serait possible de proposer simultanément dans les trois pays des mesures législatives dans ce sens?
- Sir H. Campbell Bannerman a répondu qu’aucun projet de loi dans ce sens n’a été encore déposé à la Chambre française. Il n’existe donc aucune base matérielle pour prendre une décision sur l’opportunité d’une législation simultanée à propos de cette question.
- Le premier ministre estime qu’il y a beaucoup de questions pour lesquelles une coopération internationale rendrait de grands services en améliorant les conditions du travail, mais la question particulière du règlement des différends industriels est tellement influencée par les conditions différentes des deux pays qu’une action conjointe lui semble difficile.
- GRANDE-BRETAGNE Les projets de retraites ouvrières.
- Un rédacteur de la Revue philanthropique a extrait d’un volume sur les pensions de vieillesse en Angleterre , les quelques renseignements sur les travaux de la commission chargée d’examiner les projets de Retraites ouvrières.
- Cette commission, présidée par lord Rothschild, a écarté tout d’abord les projets de pension universelle, tels que celui de M. Charles Bootb, qui tendent à l’attribution d’une pension à toutes tes personnes âgées de
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- plus de soixante-cinq ans, quelle que soit leur situation. On a calculé que le paiement d’une pension de 5 shillings (6 fr. 25) par semaine à tous ces vieillards occasionnerait, pour le Royaume-Uni, une dépense annuelle qui serait actuellement de 625,000,000 de francs et dépasserait un milliard en 1941.
- La commission a étudié ensuite le « projet du Parlement » qui assurerait une pension de 5 shillings à soixante-cinq ans, au moyen des trois combinaisons suivantes :
- a. Versement unique de 61 fr. 50 à l’âge de vingt-cinq ans, puis versement annuel de 12 fr. 50 jusqu’à soixante-cinq ans; l’Etat créditerait le déposant d’une somme de 250 francs lors de son premier versement.
- b. Combinaison analogue à la première, mais le versement unique serait de 125 francs; la contribution de l’Etat de 375 francs, et le versement annuel de 25 fr. Ce projet assurerait, en plus de la rente de 5 shillings à soixante-cinq ans, une pension aux veuves et aux orphelins des assurés ;
- c. Versement unique, à la Caisse d’épargne postale, d’une somme de 37 fr. 50 par homme, ou de 31 fr. 25 par femme, et assurance, contractée auprès d’une Compagnie quelconque, garantissant une annuité de 162 fr. 50 par homme, ou de 92 fr. 50 par femme ; l’Etat doublerait cette annuité.
- Le projet de sir Rankin assure le paiement par l’Etat d’une annuité de 162 fr. 50 à toute personne âgée de soixante-cinq ans et titulaire d’une pension de même somme.
- Le projet de sir Burdett classe les travailleurs en deux catégories : ceux gagnant de 18 fr. 75 à 25 fr. par semaine, ceux gagnant moins de 18 francs 75 par semaine. Les travailleurs de la première catégorie verseraient chaque semaine 1 fr. 25, et ceux de la deuxième catégorie, 0 fr. 80. Sur ces versements, l’Etat prélèverait 17 fr. 50 qui seraient remis à une Société de secours mutuels chargée d’assurer à l’intéressé les
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- soins médicaux en cas de maladie. L’autre partie des versements, capitalisée à 2 fr. 50 pour 100, donnerait aux déposants, à l’âge de soixante ans, une rente annuelle de 289 fr. 30 pour la première catégorie, et de 198 francs pour la seconde. L’Etat compléterait ces rentes pour les porter à 400 francs.
- Un « parti national prohibitionniste ».
- Une ligue vient de se créer en Angleterre dans le but d’arriver à la suppression légale de la fabrication* de l’alcool. Le moyen : la formation d’un nouveau parti politique indépendant des grands partis actuels. Ce « parti national prohibitionniste » a l’intention d’avoir ses candidats aux prochaines élections, et, beaucoup sont persuadés que ses efforts ne resteront pas vains.
- Les « parce que » de Robert Owen.
- En pleine agitation des 8 heures, en 1833, en Angleterre, au «pourquoi» la journée de 8 heures, Owen répondit par les « parce que » suivants :
- « 1) Parce que c’est la durée de travail la plus longue que l’espèce humaine — en tenant compte de la vigueur moyenne et en accordant aux faibles le droit à l’existence comme aux forts — puisse endurer et rester en bonne santé, intelligente et heureuse ;
- « 2) Parce que les découvertes modernes en chimie et en mécanique suppriment la nécessité de demander un plus long effort physique ;
- , « 3) Parce que 8 heures de travail et une bonne organisation du travail peuvent créer une surabondance de richesses ponr tous ;
- « 4) Parce que personne n’a le droit d’exiger de ées semblables un plus long travail que celui qui est en général nécessaire à la société, simplement dans le but de s’enrichir en faisant beaucoup de pauvres ;
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- 'c 5) Parce que le véritable intérêt de chacun est que tous les êtres humains soient bien portants, intelligents, contents et riches ».
- SUISSE
- La Landsgemeinde de Trogen.
- La Landsgemeinde d’Appenzell Rhodes Extérieures de 1906, a été une des plus fréquentées. Elle comprenait, au bas mot, 12,000 participants. La place, lorsqu’elle est déserte, paraît plutôt petite ; elle semble très grande lorsqu’elle est ainsi remplie et que le Ring (le cercle des citoyens) est entouré d’une masse de spectateurs qui déborde dans toutes les rues, à toutes les fenêtres et jusque sur les pentes de la montagne. Lorsque, avant l’arrivée du cortège officiel, 12,000 voix ont, sous le bâton de commandement deM. le directeur Som, chanté d’une seule âme la belle Ode à Bien, d’Henri Tobler {Ailes Seben Shômet aus dir...) ; lorsque 12,000 têtes se sont découvertes à l’arrivée du vénérable lan-dammann, qui portait en colonne le bicorne et était revêtu du grand manteau noir, et des membres du gouvernement qu’escortaient les vieux Suisses et les huissiers, lorsque 12,000 chapeaux se sont abaissés sur les visages pour la prière silencieuse ; lorsque, à maintes reprises, 12,000 mains se sont levées pour élire ou voter ; lorsque 12,000 bouches ont, mot à mot, répété le serment de fidélité que le peuple prête en mains de son landamman, il y avait tant de simplicité touchante, de sincérité solennelle et de grandeur dans ces actes collectifs, que plusieurs n’ont pu cacher ni leur émotion, ni même leurs larmes. C’est de cette émotion que le président du Cercle s’est fait l’interprète, à la fin du repas qui a suivi dans la même salie, en portant un toast « au peuple souverain d’Appenzell Rhodes-Exté-rieures. » {Journal de Genève.)
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- Le travail à domicile et les ateliers communs pour tailleurs à façon.
- Les graves inconvénients que présente le travail à domicile au point de vue de l’hygiène ont conduit certains pays étrangers à créer pour les artisans des ateliers communs. En Suisse particulièrement, il existe, depuis plusieurs années, à Zurich, à Genève et à Lausanne, des ateliers de couture, surveillés souvent par des sœurs, aux frais et sous le contrôle des syndicats d’ouvriers et parfois des maîtres tailleurs.
- Le Dr Léo Wittmayer publie, dans la Soziale Praxis du 25 janvier, des détails intéressants sur un de ces ateliers ouvert en 1903 par le conseil municipal de Berne, et qui, cette année même, doit être rétrocédé au syndicat des tailleurs.
- Il est placé sous l’autorité d’un conseil de cinq membres : le chef de la police municipale, deux conseillers municipaux, deux délégués du syndicat.
- Aux termes du règlement, sont admis seulement les tailleurs à façon qui travaillent chez eux dans des conditions anti-hygiéniques. La préférence est donnée aux ouvriers dont le logement est le moins salubre. Les artisans atteints de maladies contagieuses ne sont pas admis.
- La ville de Berne a avancé tous les frais de premier établissement, 50 pour 100 de ces dépenses lui seront remboursées par le syndicat en quatre versements, après lesquels le syndicat deviendra seul propriétaire du mobilier, des machines et de tout l’outillage. Les # Irais d’entretien et d’exploitation (éclairage, chauffage, réparation des machines et outils) sont à la charge du syndicat, qui perçoit pour se couvrir de ses frais : 1° une taxe de 50 cent, par place en été et de 1 franc en hiver; 2° une redevance payée par ceux qui font usage des machines à coudre. Cette redevance est calculée à la pièce : 20 centimes pour un gilet, 90 centimes pour une redingote ou un habit.
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- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX
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- L’atelier, placé sous la surveillance d'un chef d’atelier nommé par le syndicat, est divisé en quatre salles : deux grandes qui comprennent chacune huit sièges, deux petites qui en comprennent quatre. Au total vingt-quatre ouvriers à façon peuvent s’y installer. Ce sont presque tous des artisans travaillant pour la clientèle bourgeoise. Le travail de nuit n’est autorisé qu’ex-ceptionnellement et après permission du chef de la police. Le repos dominical est strictement observé.
- Il va de soi que l’atelier commun ne laisse rien à désirer en ce qui touche l'hygiène. Il est bien aéré, bien ventilé et éclairé à la lumière électrique. On a observé que le travail en commun a développé chez les tailleurs le sentiment delà solidarité.
- (Questionspratiques de législation ouvrière et d’économie sociale. Revue mensuelle, Lyon.)
- DANEMARK ' Elections législatives.
- /T
- Le fait saillant des récentes élections danoises pour le Folkething (Chambre basse) est le succès relatif des socialistes. Ceux-ci ont en effet gagné 9 sièges et en ont perdu 1, tandis que la droite ne gagnait que 1 siège et que le parti du gouvernement en perdait 2, la gauche modérée 3 et les radicaux 4.
- Les membres du Folkething nouvellement élus seront ainsi répartis : Parti du gouvernement, 55 ; socialistes, 24 ; droite, 13 ; gauche modérée, 9 ; radicaux, 11 ; indépendants, 2.
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- Le Congrès International de la Paix de Milan
- Le XVe Congrès Universel de la Paix, qui aura lieu, comme on sait, à Milan, du 15 au 22 septembre 1906, vient d’entrer dans la période d’organisation. La circulaire envoyée par le Comité préparatoire, dirigé par notre éminent collègue M. Moneta donne sur le Congrès des renseignements intéressants. Cette circulaire est ainsi conçue :
- « Cette année se réunira à Milan, du 15 au 22 septem-tembre prochain, le XVe Congrès Universel de la Paix. Ce sera un nouvel anneau qui viendra se souder à la longue chaîne de nos Congrès. Ce sera une nouvelle démonstration des progrès réalisés par notre brillant idéal après les Congrès de Paris (1889), de Londres (1890), de Rome (1891), jusqu’à celui de Lucerne, qui a été le dernier, venant après les Congrès de Berne, Chicago, Anvers, Budapest, Hambourg, Paris, Glasgow, Monaco, Rouen et Boston.
- « Nous ne connaissons pas de période, dans l’histoire de notre temps, qui soit mieux préparée que la période actuelle aux œuvres fécondes de la Paix. Après la fin de la guerre russo-japonaise, dont les horribles souvenirs nous font encore frémir, après la conférence d’Algésiras, où la solidarité internationale et le désir de la Paix ont empêché à l’ancienne rivalité franco-allemande de brusquer les choses, le vieux continent est complètement rentré dans l’ordre. La Paix est bien mieux assurée encore au-delà de l’Océan Atlantique. Les jeunes républiques du Sud, de même que les Etats-Unis, s’apprêtent à envoyer leurs représentants à la troisième conférence Pan-Américaine, petit commencement de la grande union sociale et morale de l’Amérique, de la plus grande Amérique de demain. Voilà où nous en sommes,
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- voilà les premiers heureux symptômes de cette trêve entre les nations que nous avons signalée plus haut et que nous souhaitons durable pour le progrès de tous les peuples.
- « La Triplice d’un côté et FAlliance franco-russe de l’autre ne revêtent plus aujourd’hui leur ancien caractère belliqueux. Aussi bien le premier que le second de ces deux groupes d’alliance laissent pleine faculté à chacune des nations qui en fait partie de se rapprocher à tout autre nation dans un but de sincère amitié. Le commerce en profite et l’accroissement des échanges fait ressortir avec plus de force la nécessité de la solidarité internationale, dont les bienfaits commencent à être appréciés même par les classes les plus pauvres de la population, débarrassées, au fur et à mesure que progresse l’instruction, de tous les anciens préjugés.
- « En cette heureuse période de la .vie internationale nous voyons mûrir des promesses solennelles et des œuvres d’une portée immense.
- «Dans l’attente de la deuxième Conférence de La Haye, le Gouvernement anglais lance hardiment à la face de la diplomatie européenne sa proposition pour la réduction simultanée et progressive des armements. Le Gouvernement italien, par la voix de son ministre des affaires étrangères, s’associe de tout coeur à la proposition anglaise. Même l’Empereur d’Allemagne reconnaissait ouvertement, il n’y a pas longtemps, le grand besoin de la paix pour l’Europe.
- « Ceci doit nous remplir d’espoir. C’est la preuve évidente qu’on est en train de renoncer, seus la pression de l’opinion publique, aux anciens errements. Les gouvernements qui, dans le passé, étaient parfois hostiles et plus souvent indifférents envers le mouvement pacifiste, aujourd’hui l’envisagent bien autrement. Ils s’intéressent à son développement, ils cherchent même à réaliser certaines de ses aspirations les plus pressantes.
- «Aidons donc à notre tour les gouvernements, sou-tenons-les de notre mieux en ce moment décisif !
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- Soyons unis, nous les hommes de la Paix du monde entier, en nous donnant tous rendez-vous au Congrès de Milan ! Cette nouvelle réunion doit être imposante, elle sera la manifestation de la conscience universelle, qui aspire à la paix durable !
- « L’Italie, cette jeune nation qui a conquis son indépendance au prix d’énormes sacrifices, n’a qu’une seule ambition: c’est d’aider les peuples du monde entier à s’unir dans la paix et dans la justice.
- « La ville de Milan s’associe de toutes ses forces à ce rendez-vous humanitaire, Milan, où a été proclamé, au commencement du Moyen-Age, Pédit de la Paix religieuse, où s’est affirmé en toute sa rigueur le principe de la liberté des Communes, et où pendant la révolution de 1848 sont écloses les plus hautes aspirations de fraternité européenne et mondiale, invite tous les apôtres de la Paix à ce Congrès, au milieu de la grande Exposition du Simplon, par laquelle on fête le triomphe du travail sur les forces hostiles de la nature.
- « Acceptez donc son invitation, hommes généreux de tous les pays, et trouvez-vous dans ses murs pour y sceller, avec le XVe Congrès Universel de la Paix, l’union de l’humanité dans l’idéal le plus grand de civilisation et de progrès ! »
- Le Congrès aura lieu sous le patronage d’un Comité d’honneur, présidé par S E. Tomaso Tittoni, ministre des affaires étrangères, et par le Sénateur Marquis Ettore Ponti, maire de Milan.
- La première séance du Congrès aura lieu le samedi 15 septembre, à 9 heures du matin, dans la grande salle de lu Villa Reale au Jardin public.
- L’Exposition de Milan.
- Le pavillon élevé en l’honneur de la Paix par les soins de V Union Lombarde a ouvert ses portes au public qui accourt de plus en plus nombreux à l’exposition
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- de Milan. Situé à peu de distance de l’entrée principale, dans un cadre de verdure et de fleurs, ce pavillon, œuvre de l’architecte G. B. Bossi, attire et séduit le visiteur par l’harmonie de ses lignes et l’heureux arrangement de son ornementation. Deux beaux groupes du sculpteur Brianzi en décorent la façade. L’un, dit la Vita internazionale, représente le Travail qui réconcilie, l’autre, la Justice qui protège. Des inscriptions appropriées se lisent sur les pilastres et sur le fronton du monument: Non ucciderai ; Amatevi l’un Valtro; Siam F. ratelli, siam stretti ad un patto, et enfin le beau vers du Dante : Fatti non foste a viver corne bruti,
- A l’intérieur, des graphiques, des portraits, des tableaux, des albums, des collections de journaux en toutes langues, des autographes de Mazzini, Garibaldi, Nobel, V. Hugo, Fr. Passy, Spencer, Bonomelli, Sclo-pis, Stuart Mill, etc., etc., remplissent les vitrines ou couvrent les murs. Toutes ces richesses ont été disposées avec un soin pieux par notre très sympathique collègue, M. Moneta.
- Les pacifistes qui se rendront, en septembre prochain, au Congrès de Milan, ne manqueront pas de féliciter V Union Lombarde de cette belle œuvre de propagande, qui est un des attraits de l’exposition milanaise.
- Le groupe parlementaire français de l’arbitrage.
- Aussitôt après la réunion de la nouvelle Chambre, le groupe parlementaire de l’arbitrage international s’est reconstitué. Il a tenu sa première réunion, le 21 juin, sous la présidence de M. d’Estournelle de Constant.
- Le nombre des adhérents au groupe (sénateurs et députés) atteint le chiffre de 403.
- Le groupe a nommé à l’unanimité M. de Freycinet, président d’honneur, en remplacement de M. Waldeck-Rousseau, décédé,
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- Au Japon.
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- Le ministre de la guerre japonais publie la liste officielle des pertes nippones occasionnées par la guerre de Mandchourie.
- Le nombre des tués s’élève à 47.152. Les décès causés par les blessures à 11,424 et les morts par suite de maladie à 21,802, soit un total de 80,378 morts. Ce total comprend 2,113 officiers, 76,908 sous-officiers et soldats et. 1,357 non combattants.
- — L’advocate of Peace et War or Brotherhood annoncent la fondation d’une Société de la Paix au Japon, dont le noyau a été formé, il y a un an, par quelques amis de la Paix d’Amérique et par M. George Braithwaite. Cette association, dont le siège est à Tokio, a pris le nom de « Council of the Friends of Peace and Arbitration » : Président M. K. Huka, président du collège presbytérien ; secrétaire japonais, M. Hirazava, membre du Tribunal de Tokio ; secrétaire anglais, M. Gilbert Bowles.
- — On annonce, d’autre part, qu’un groupe relativement nombreux de députés au Parlement japonais vient d’adhérer à l’Union interparlementaire.
- La désinfection des troupes japonaises.
- Les Japonais nous servent d’instructeurs après s’être instruits chez nous. Les missions militaires d’Europe qui ont été envoyées à la suite de leurs troupes ont eu beaucoup à apprendre. L’hygiène militaire a elle aussi utilement glané en Mandchourie. Le médecin-major Matignon, qui a déjà entretenu l’Académie de certains sujets très importants d’hygiène militaire, fruits de ses observations pendant sa campagne à l’armée d’Oyama, communique par l’intermédaire du professeur Laveran une note sur les précautions prises par le service de santé japonais pour empêcher les troupes victorieuses,
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- rentrant de Mandchourie, de porter avec elles des germes d’épidémie.
- Tous les soldats et tous les effets revenant du « front » furent méticuleusement désinfectés dans des établissements quarantenaires construits à cet effet.
- Il n’y avait pas eu de maladies épidémiques sur l’armée pendant les dix-huit mois de campagne. Ces précautions pourraient donc paraitre inutiles Mais comme le fait remarquer M. Matignon, tout était préparé pour la désinfection, on s’en est servi, et les médecins japonais ont fait, sur une très grande échelle, de très instructives manœuvres d’hygiène.
- L’arbitrage du Pape entre la Colombie et le Pérou.
- Une note de VOsservatore romano annonce que Pie X a accepté d’être l’arbitre dans la question de la zone contestée de Putumayo, entre la Colombie et le Pérou, mais à la condition préalable que les deux républiques retirassent leurs troupes en présence dans ce territoire litigieux.
- Les deux gouvernements y ont consenti.
- Conventions internationales établies récemment :
- — Entre le Brésil et la République Argentine, traité permanent d’arbitrage permanent.
- — Ratification de la convention arbitrale entre le Chili et le Brésil.
- — Traités de commerce entre la France et la Russie — l’Allemagne et les Etats-Unis.
- — La Grèce propose que les questions litigieuses entre elle et la Roumanie soient soumises au Tribunal de la Haye.
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- La conférence du conseil international des femmes.
- Le Conseil international des femmes, fondé en 1888, à Washington, dans le but d’établir une communication constante entre les associations de femmes de tous les pays, de leur fournir des occasions de se rencontrer, de délibérer sur toutes les questions qui intéressent l’amélioration du sort de la femme au point de vue éducatif, économique, social, moral, philanthropique ou politique et qui compte actuellement dix millions d’adhérentes, a tenu, le 15 et jours suivants, à Paris, sous la présidence de lady Aberdeen, femme du vice-roi d’Irlande, une conférence destinée à préparer les travaux de son congrès quinquennal qui doit avoir lieu, dans deux ans, au Canada.
- La plupart des vingt conseils nationaux qui sont affiliés au conseil international ont envoyé des délégués à cette conférence préparatoire : Mme la comtesse Spaleti Rasponi représente l’Italie ; Mme Maria Strett, l’Allemagne; Mme Hurta Retzius, femme du grand savant suédois, la Suède ; Mme Eîgen Ferenez, la Hongrie ; Mme Dabson, la Tasmanie ; Mme Earpers, l’Amérique. Quant à la France elle est représentée par Mlle Sarah Monod, présidente du conseil français, Mme Jules Siegfried, vice-présidente ; Mme Avril de Sainte-Croix, secrétaire générale, et Mme Frank-Puaux.
- La conférence a discuté des rapports sur le développement du mouvement en faveur de l’arbitrage international, la suppression de la traite des blanches, l’obtention pour les femmes du droit de suffrage dans tous les pays où il existe un gouvernement représentatif.
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- Le groupe de la Défense des droits de la femme.
- La Chambre française compte un nouveau groupe : celui de la Défense des droits de la femme. Son fondateur, M. Henry Chéron, député du Calvados, esprit ouvert à tous les progrès, et dont l’initiative s’est déjà exercée dans le champ de la coopération, a écrit dans le Matin, pour expliquer le but et les idées de ce groupe, un article que nous reproduisons ci-après :
- « On parle beaucoup de l’œuvre démocratique et sociale qui s’impose à la nouvelle Chambre. Comment pourrait-on oublier, dans cet ordre idées, la défense des droits de la femme ?
- » Depuis trop longtemps, nos lois imposent à la femme des infériorités de toute nature : infériorités dans l’éducation, infériorités politiques, infériorités dans sa capacité civile, infériorités économiques enfin.
- » Les législations qui ont ouvert à la femme l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur sont insuffisantes, puisque l’accès de certaines carrières lui est rigoureusement fermé.
- » Au point de vue politique, pourrait-on raisonnablement expliquer comment la femme, qui est justiciable de toutes nos lois, demeure étrangère à tout contrôle sur les actes qui l’obligent ou qui engagent sa fortune. Tout au plus lui a-t-on fait une place sur les listes électorales au tribunal de commerce. Elle n’exerce autrement aucune part de la souveraineté populaire.
- » Notre législation française est fort en retard, sur ce point comme sur beaucoup d’autres, par rapport aux législations étrangères.
- » En Angleterre, la femme prend part aux élections municipales. La loi lui donne le droit électoral pour les conseils de district et de comté, qui correspondent à nos conseils d’arrondissement et à nos conseils généraux.
- » Tout le monde sait que, dans la plus grande partie
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- de l’Australie, les droits électoraux des deux sexes sont identiques.
- » Faut-il rappeler enfin qu’en Amérique, depuis un certain nombre d’années déjà, un grand nombre de femmes exercent les droits politiques ?
- » N’est-ce pas la représentation d’un des Etats de la Confédération des Etats-Unis, le Wyoming, qui a publié la déclaration des « droits de la femme », affirmant que le suffrage féminin « a contribué à bannir du pays la criminalité, le paupérisme et le vice, qu’il a assuré la paix et l’ordre dans les élections et donné à l’Etat un bon gouvernement » ?
- » Chez nous, on en est encore à discuter ces principes proclamés ailleurs. La femme n’a pas le droit de voter. Tout une partie de la nation demeure ainsi en dehors de la souveraineté. Le suffrage n’est pas universel.
- > La situation faite à la femme par notre législation eivile'n’est pas moins pénible.
- » II devient banal de parler du formalisme excessif qui entrave le mariage ou qui aggrave les conditions du divorce ; de la question de la dot, si redoutable pour les jeunes filles du peuple ; de la puissance absolue de l’époux dans le mariage; des abus du régime de la communauté légale, qui s’impose de plein droit à la femme pauvre et mariée sans contrat, et qui met à la disposition du mari toutes les ressources du ménage.
- » Obligée de travailler pour gagner sa vie, la femme n’a même pas la propriété de son salaire. Contre les excès de pouvoir de son mari, engageant ses ressources, elle n’a d’autre remède que la séparation de biens, institution d’un accès difficile, qui ne produit ses effets qu’après une longue procédure et jette plus ou moins le désordre dans le ménage.
- » D’une manière générale, l’incapacité légale de la femme mariée est absolue, et c’est bien chez nous qu’on pourrait répéter la fameuse parole de Stuart Mill, si souvent citée : « Le mariage est à présent le
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- seul esclavage reconnu par la loi. »
- » La question des droits de la femme ne se pose pas moins rigoureusement au point de vue économique et social.
- » Le développement du machinisme a éloigné l’ouvrière de son foyer. Voici qu’il lui faut travailler dans la grande usine, parfois sans air et sans hygiène. Souvent, elle ne reçoit qu’un salaire de famine. Et pourtant quelle vie est la sienne !
- » Devient-elle mère? Il lui a fallu, pendant sa grossesse, alors qu’elle avait tant besoin de repos, se livrer jusqu’au dernier moment aux travaux les plus pénibles. Puis il lui faudra se relever prématurément, compromettre ainsi sa santé pour l’avenir, tandis qu’elle se trouvera empêchée de donner au nouveau-né l’allaitement maternel, si indispensable à la vie et au développement de l’enfant.
- » Et si, mère, elle devient veuve, il lui faudra pourvoir seule à l’entretien de ses petits enfants. Aucune obligation sociale ne consacre l’assurance au décès ; la veuve est abandonnée aux hasards de l’Assistance publique, d’ailleurs purement facultative.
- » Donc, à quelque point de vue qu’on se place, les revendications de la femme présentent un caractère indéniable de légitimité et d’urgence.
- » Le Parlement républicain, issu de la démocratie, ne s’honorerait-il point en faisant une place aussi large qu’ils le méritent, aux problèmes féministes ?
- » Nous l’avons cru. Deux de mes plus aimables collègues, MM. Gérald et François Carnot, et moi, nous prenons hardiment l’initiative de la formation d’un « groupe parlementaire de défense des droits de la femme ».
- » Ce groupe aura pour but d’étudier toutes les questions qui concerne la femme, aux divers points de vue qui viennent d’être traités.
- » Il faut enfin qu’elle soit défendue ; elle le sera, modestement peut-être, mais avec énergie et conviction.
- » Et nous serons trop heureux si nous obtenons qu’on
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- ne puisse plus dire aux représentants du peuple que les hommes font uniquement la loi pour eux.
- > En démocratie, il faut qu’elle soit faite pour tous, surtout pour vous, mesdames, qui avez trop longtemps obéi et souffert.
- » Il faut clore le roman trop vrai de l’éternelle sacrifiée.
- d Henry Chéron,
- » député du Calvados. »
- Dès sa première réunion, le groupe s’est mis à l’œuvre :
- M. Cruppi a donné lecture d’une proposition de loi tendant à accorder à la femme la propriété de son salaire.
- M. Engerand a donné connaissance d’une proposition de loi ayant pour objet d’empêcher la rupture du contrat de louage de service, pendant les deux mois qui précèdent le terme présumé de la grossesse, et pendant le mois qui suit l’accouchement, et à augmenter le crédit alloué aux veuves de mutualistes et d’assistance maternelle.
- Enfin, M. Yiviani a exposé une proposition de loi tendant à abroger l’article 340 du code civil, à instituer l’action en recherche de la paternité et à réglementer l’usage de cette action.
- Le groupe a accordé son adhésion à ces intéressantes propositions*
- Deux cents adhésions environ sont déjà parvenues au groupe.
- Une lettre de Mme Curie.
- Un comité de dames avait pensé à faire une manifestation en l’honneur de Mme Curie, sous la forme d’un hommage à la mémoire de son illustre mari.
- A ce sujet, Mme Curie écrit à un de nos confrères du Petit Parisien :
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- « Je puis vous dire d’avance que je ne désire aucune manifestation publique de ce genre. Tout en étant très reconnaissante aux personnes qui souhaitent me témoigner leur sympathie, en m’olfrant un buste, un médaillon ou un livre couvert de signatures, je les prie de renoncer à leur projet.
- » M. Curie et moi, nous avons toujours désiré vivre dans le silence et à l’abri de toute publicité, même la plus sympathique. J’ai, aujourd’hui encore, bien plus besoin de calme et d’isolement que par le passé. Enfin, je ne puis oublier que, d’une manière générale, M. Curie était contraire à l’habitude d’honorer la mémoire des défunts au moyen de monuments, de médailles ou de bustes : je lui dois de respecter les opinions qu’il a si souvent exprimées.
- » Agréez, etc.
- » M. Curie. »
- Nouvelle doctoresse.
- On lit dans VHumanité :
- « La dernière doctoresse de la session de juillet, à la Faculté de médecine de Paris, a été reçue jeudi (19 du mois), après une soutenance absolument remarquable, qui a fait regretter au jury, composé de M. les professeurs de Lapersonne, président ; Poirier, Hartmann et Launois, agrégés, de n'avoir pas à sa disposition une mention supérieure à « très bien » pour récompenser dignement la thèse de Mlle Sophie Toufesco sur « le Cristallin normal et pathologique ». Le travail de la nouvelle doctoresse, laquelle est russe d’origine, a été l’objet des éloges les plus vifs et les mieux motivés des membres du jury, qui l’ont déclaré de tout premier ordre, contenant des recherches et des résultats considérables par leur portée, et en ont loué le style clair, concis et pur.
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- Par Paul et Victor MARGUERITTE
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- (Suite)
- Mais, dans cet amour mystique et harcelé de remords, elle ne trouvait aucune paix : des tentations l’assaillaient, qui étaient pour elle un supplice: elle s’avouait qu’elle aimait éperdument Charlie, mais elle se jurait aussi de ne lui appartenir jamais; et elle s’enfoncait en des méditations mornes, sur sa vie manquée et sa jeunesse expirante, cette beauté menacée qui jetait un suprême éclat, mais à laquelle elle ne voulait plus croire. Le déclin, lointain encore, l’obsédait. La certitude de vieillir et la terreur de mourir hantaient d'images sombres ses lentes promenades dans les retraits ombreux du parc.
- Elle luttait contre une tendresse irréalisable, contre un renoncement impossible; elle avait honte d’elle-même et peur de Charlie. Par moments, il lui semblait que, s’il apparaissait brusquement, elle ne pourrait s’empêcher de défaillir entre ses bras, et, à cette idée, elle se révoltait, tentait de prier, implorait Dieu : en vain, c’était fini. Sa piété était morte. Elle ne comprenait même pas qu’elle eût pu s’humilier ainsi, revenir aux pratiques du passé : la Gabrielle à demi affranchie avait pris le pas sur l’autre; que ne s’affranchissait-elle alors entièrement ? Francine l’eût comprise, approuvée peut-être ?
- Mais cette idée la blessait, lui causait une aversion farouche ; elle ne voulait point admettre que l’amour pût être un sentiment innocent, une force irrésistible : elle préférait le haïr et l’adorer, l'appeler et le fuir avec
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- épouvante. Toute absolution lui semblait immorale et, venant de sa fille, sacrilège.
- Ce qui la mettait au supplice, était de s’avouer qu’elle était sans forces, capable de se tuer peut-être, pour se punir d’avoir cédé, si Charlie... Que de fois elle tressaillait, pâle, les mains glacées, à un pressentiment terrifié : attente inavouée de sa venue ! Que de fois, la nuit, elle avait, dans les trahisons du sommeil, entendu sa voix, reçu ses baisers !... Une fièvre la dévorait. Elle avait, son verrou tiré, dans le noir des volets clos, des crises de larmes, sans qu’elle sût au juste si un tel désespoir appelait Charlie ou le chassait loin d’elle.
- Lui souffrait, mais en homme. Il s’était de nouveau ressaisi avec l’effroi d’une mauvaise action, le dégoût d’un scandale à craindre. Il repoussait l’assaut du désir comme une obsession d’inceste. Il se défendait de la volupté comme d’une chose lâche. Il se voulait une âme inflexible : « Qu’il y a de faiblesse dans l’amour!... se disait-il avec une humiliation irritée ; mais je serai fort ! J’aime Gabrielle d’un amour si haut que rien ne pourra le faire déchoir. J’ai déjà trop à me reprocher ! Je ne faillirai plus. Je n’abuserai plus de sa divine bonté, si je dois saigner, si j’éprouve une douleur plus cruelle que toutes les douleurs, qu’importe ! Nul ne le saura, surtout elle ! »
- Septembre ramena Josette; et Francine, rassérénée par sa tendresse, par ses interminables récits, par sa confiance, se sentit moins malheureuse. Jusqu’à présent, sa fille seule lui avait manqué ; elle l’avait cru du moins. Elle s’avisa qu’Épervié, depuis leur départ, n’avait pas écrit ; il avait annoncé sa visite et n’était pas venu. Cela valait mieux, sans doute... Sa présence eût inquiété Mme Favié, prompte à s’alarmer de périls imaginaires; d’ailleurs, Francine le reconnaissait, le souci de sa réputation exigeait qu’elle fût très prudente, reçut peu, ne prêtât à aucun commentaire de médisance : tant de curiosités la guettaient!...
- Elle trouva pourtant qu’Éparvié forçait un peu la
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- note; leurs rapports, pour être espacés, pouvaient garder une naturelle franchise. Et d’ailleurs, n’éprouvant rien qu’elle ne pût avouer, elle entendait conformer sa conduite à ses idées. Eparvié craignait-il de la compromettre? S’était-elle méprise sur le ton affectueux de leurs conversations ? Non, elle se rappelait leurs dernières entrevues, si cordiales.
- Faisant violence à sa nature, car il parlait peu, mais en traits vifs, imagés, il lui avait raconté cette vie de liberté sauvage, à laquelle il trouvait si âpre goût. Il lui disait Fétrange dédoublement qui se faisait en son âme de nomade, s’enfuyant du fond de la brousse vers Paris, et, sitôt en Europe, s’ennuyant de la frivolité des coutumes et de la mesquinerie des sentiments, il lui avait fait comprendre l’ivresse de l’immensité, le frisson du péril ; un jour, chargé par un rhinocéros, il avait senti passer le souffle de la mort sur sa nuque. Quand Luyss s’était éteint, il s’était senti infirme, amputé , muet; il avait connu l’incommunicable de toute pensée, le silence forcé, sensation si' pénible que pour y échapper il récitait en marchant des pages d’auteurs classiques, servi par cette mémoire qui lui faisait parler, avec l’arabe et le souhali, plusieurs idiomes de l’Afrique centrale. Il lui avait chanté, en s’accompagnant au piano, de mélancoliques complaintes de femmes noires, des refrains des canotiers du haut Zambèze.
- Francine s’émerveillait de le voir, après ces années rudes, resté bon, simple, si maître de lui que, même pour sa défense, il n’avait jamais blessé une vie humaine. Elle admirait son énergie, sa droiture, et goûtait une sécurité bien rare; elle n’avait ni à se défier de lui ni à se surveiller, se montrait telle qu’elle était, en toute loyauté et abandon. Elle le trouvait beau, malgré ses tempes grises, son teint hâlé, car il portait aux yeux une âme de passion et de volonté et tous ses lestes mouvements exprimaient la force. Elle lui savait gré de sa délicatesse, car, bien qu’il s’abstint de tout aveu, elle le devinait prêt à l’aimer, l’aimant déjà,
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- encore, toujours. Cette fidélité la touchait. Quelle différence entre les hommes!... Le Hagre et lui!... Mais elle ne comprenait qu’aujourd’hui, développée par la souffrance, ce charme viril. La vie a des circuits souterrains, des tournants qu’on ne peut devancer...
- Un matin, une lettre de son ami lui expliqua cette réserve dont elle allait s’inquiéter : il se confessait avec une sincérité brusque, une netteté d’homme d’action. Il ne prétendait à rien, sinon à ce qu’elle sut son dévouement entier, à l’écart; il la suppliait seulement de se souvenir, le jour prochain où elle serait libre, qu’il était là, respectueux, dévoué, prêt à lui consacrer toute une existence, si elle l’en jugeait digne. Qu’elle lui pardonnât, en attendant, une témérité qui s’efforcerait de n’être pas indiscrète, Des intérêts d’affaires l’appelaient dans le Midi, pour un voyage de deux ou trois mois. Un signe, il accourrait.
- Pas un mot d’amour, pas une phrase de roman; quelqu’un qui sait et dit ce qu’il veut, Longtemps, Francine, songeuse, regarda l’horizon enflammé du fleuve et de la plaine.
- Mme*Favié qui s’approchait remarqua la rêverie de sa fille, la lettre qu’elle tenait aux doigts.
- — Tiens, lis, dit Francine avec un calme heureux , car l’amour qui naissait en elle était grave, profond comme l’amitié, sans trouble,
- Mme Favié montrait un visage consterné : la franchise d’Éparvié la choquait comme ün acte prématuré, hors des convenances : tout remariage l’effrayait aussi au sortir d’une si lamentable épreuve. Puis Josette?... Et si le malheur voulait que le tribunal... Enfin , cette jalousie obscure, inavouée des mères, contre l’homme qui vient leur prendre leurs filles.
- Elle sourit pourtant, trop tendre pour ne pas vouloir le bonheur de Francine à tout prix, mais comme toujours tourmentée de scrupules, s’effrayant :
- — Notre vieil ami est toujours aussi fou... Tu ne dis rien?... Tu l’approuves donc?... Sérieusement, tu lui
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- confierais ton sort, celui de ton enfant?
- — Oui.
- Et Francine s’étonna d’avoir répondu tout de suite, sans hésitation ni regret.
- — Éparvié est plus âgé que toi... Son caractère entier... Réfléchis avant de lui répondre... Songe qu’avant tu n’engageais que toi quand tu as épousé ce malheureux Fernand ; maintenant vous êtes deux : il y a Josette... Un beau-père. . Mais ne parlons pas encore de ces choses! reprit-elle en baissant la voix... si cela te portait malheur!.,.
- Francine, d’un air de défi, contemplait, au-delà de la plaine de lumière et du fleuve brasillant, l’avenir, l’espace.
- Passé l’automne, au commencement de l’hiver, après les démarches de Marchai, les tentatives de Broussin, les plaidoiries de Sépale et de du Foudray, les renvois à huitaine, les conclusions du ministère public, par un triste jour de brume jaune, gros de neige suspendue , M. Trassier lut le jugement par lequel le tribnnal :
- « Attendu que, sur le chef d’adultère, il ne saurait exister aucun doute et que cet adultère à lui seul serait de nature à faire accorder le divorce ;
- « Mais attendu que le sieur Le Hagre opposait une réconciliation ;
- « Attendu qu’on ne s’expliquerait pas sans cela le retour de la dame Fernand Le Hagre sous le toit conjugal..
- « Attendu que les témoins en ont fait foi...
- « Déboute la demanderesse et la condamne aux dépens. »
- Tout l’espoir de Francine s’effondrait.
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- CINQUIÈME PARTIE
- « Faites ce que vous voulez, mais soyez d’abord de ceux qui peuvent vouloir. »
- Nietsche.
- « Il me semble absurde qu’une femme soit bannie de la société pour avoir eu un amant, tandis qu’elle peut aller partout étant avare, fausse et méchante. » Mérimée.
- « Le foyer est partout où l’enfant se sent aimé, instruit et respecté. »
- L. Descaves.
- I
- Mme Favié, depuis une semaine, restait sous le coup qui les assommait. Elle avait condamné sa porte ; le visage des amis les plus familiers l’importunait. Leur impuissance lui inspirait un doute, fait d’ironie et d’amertume, sur leur amitié même : quoi, pas un qui tentât de les sauver ? — Comment, elle ne savait, rêvait de dévouements chevaleresques, impossibles. Être plainte ne la consolait pas, l’irritait plutôt. Elle aimait trop sa fille pour ne pas percevoir, dans leur entourage, des nuances de blâme, des silences réticents, les : « Si vous aviez suivi mes conseils... « les :,« Je l’avais bien dit!... > — Qu’on les laissât souffrir, c’est tout ce qu’elle demandait.
- Elle assistait au triomphe de l’ennemi, se représentait la joie diabolique de Fernand, la satisfaction contenue de la mère. Les faux bruits allaient courir, couraient déjà : les Lu rat assurant que Francine retournait chez son mari, ajoutant : « Comme on est méchant ! Ne disait.on pas que M. Éparvié était un assidu de la maison ? » Elle surprenait en imagination des sourires
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- perfides, ulcérée par l’opinion de ce monde qu’elle mofl prisait pourtant.
- En vain se redressait-elle, elle ne pouvait s’empêcherj de déplorer les maladresses commises par trop d’hon-î nêteté, en revenait à la cause première, ce divorce *qui| lui paraissait plus abject encore à présent. Tant de souf-l france pour rien ! Revenir en arrière, était-ce possible?| S’entêter: où irait-on? Elle avait beau chercher, en um désarroi pire que celui de Francine, dont elle admirait^ le courage, une solution qui lui apportât quelque consolation, un espoir, si faibles fussent-ils !... Quel comble au mauvais destin, qu’Éparvié fût rentré trop tôt dans la vie dé sa fille ! Il y avait de quoi faire trembler, avec, la méchanceté du monde et le caractère de Francine.
- Si elle ne pouvait épouser un. jour l’homme qu’elle aimait, qu’elle aimait de plus en plus, — car elle lavait dit, elle n’était pas de celles qui se résignent, — que de J douleurs en perspective! C’était affreux d’être broyée J dans un pareil étau, par la faute d’une loi mal faite d’un tribunal inintelligent.
- Ces juges, elle n’y pouvait penser sans un bouleverse-J ment : ce Fomette, dont elle revoyait, à l’enquête, Fé-JJ norme front, les yeux saillants, la bonne foi inepte, cet \ homme qui ne comprenait rien à rien, la regardait avec une stupéfaction ennuyée, l’interrompait, discutait ses paroles, ne les dictait qu’à regret, en les atténuant! On n’avait pu vaincre son obstination. Broussin s’était usé contre ce mur.
- Et ce Trâssier, cet « homme éminent », qui montrait dans ses opinions une telle réserve que M. du Foudray le tenait pour « une noble conscience de chrétien », et qu’Herbelot le croyait franc-maçon , ce Trâssier qui, par sa haute situation, son rôle de président parisien, devait être averti, et qu’en tout cas les discrètes influences de Marchai avaient mis au fait, — comme il fallait que sa prévention, sa partialité eussent été tenaces! A quelles considérations avait-il obéi? Dans quelles mesures les fluides pressions du sénateur Mo rot
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- et de l’oncle Le Hagre, conseiller à la Cour suprême , d’autres peut-être, plus élevées, avaient-elles accentué son parti pris? Qui pouvait analyser les impondérables mobiles auxquels s’était butée sa mauvaise volonté ombrageuse?
- Un heurt léger à la porte :
- — Puis-je entrer? dit une voix bien connue.
- Charlie avait forcé la consigne et refusé qu’on l’annonçât; ce n’était pas la faute du vieux Jean : qu’on le grondât, lui.
- — Non, Charlie, vous avez bien fait. Francine, qui va rentrer, sera enchantée de vous voir.
- Elle n’ajouta pas : « Je le suis! » son visage l’en dispensait. Depuis le jour de l’enquête et la scène du coupé, elle s’était arrangée pour ne le recevoir, à deux ou trois occasions, qu’en présence de tiers. Elle l’admira, gracieux et robuste, avec sa pâleur d’ambre et ses yeux chaleureux, son fier sourire qui, plus éloquent que toute parole, lui disait sa tendresse et son dévouement.
- Quel bonheur de la trouver seule ! Il n’avait pu , en apprenant le déni de justice, résister à venir leur dire combien il les plaignait ; mais sa pitié, comme sa révolte, allaient surtout vers elle ; elle le sentit au premier mot et en fut réchauffée.
- — Quel tourment pour moi de vous savoir malheureuse : rester les bras croisés, quand depuis dix-huit mois vous luttez seule, sans défense !
- C’était là le plus pénible : sans la peur de les compromettre, sans les convenances qui le retenaient, sans le sentiment de son impuissance, il... Ce n’étaient pas les tentations qui lui avaient manqué... mais que faire ?... Provoquer Le Hagre serait une insigne folie, un scandale dont seules les deux femmes souffriraient... la vengeance de cet homme les poursuivrait d’autant plus haineusement... Le tuer, oui, comme au moyen âge, le jugement de Dieu... bon débarras!... Mais comment, lui, Charlie, avec son respect des principes
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- et ses scrupules, eût-il pu se jeter dans cette aventure? A quel titre? De quel droit ?
- Mais, du moins, Mme Favié ne doutait pas de lui, oh non! Et elle lui raconta, par diversion, que les Pon-giboz, les derniers cousins qui leur restassent, avaient attendu le rejet du divorce pour briser avec elles, au nom de la religion et de la morale outragées.
- — Ah ! murmura-t-il, comme l’on étouffe de ne pouvoir crier aux gens ce qu'on pense d’eux !... L’humanité est laide... Sans vous, sans votre radieuse conscience qui illumine la mienne, je serais parfois le plus découragé des hommes.
- — Ne dites pas cela, Charlie ! votre vie sera belle...
- — Elle eût pu l’être si vous aviez voulu. .
- — Elle le sera, vous serez aimé...
- — Un seul être m’importe !
- Il la contemplait avec une ardeur si tendre et si passionnée qu’elle soupira, avec quelle vraie et profonde mélancolie :
- — Charlie, demain je serai une vieille femme... Ne me regardez pas ainsi, je croirais que vous découvrez un cheveu blanc ou une première ride...
- Il s’irrita, et elle jouit de son reproche :
- — Jamais vons n’avez été plus belle. Pourquoi me faites-vous souffrir?...
- Et la gorge serrée d’émotion :
- — Vous savez bien que vous êtes pour moi la bonté parfaite et la splendeur des choses. Trop d’affinités nous lient pour que je cesse de vous adorer, mais il y a dans cette joie une véritable souffrance; et ne comprenez-vous pas que j’en meurs?
- De la main elle lui fermait la bouche, presque durement ; à ce contact, défaillante d’un baiser qu’elle sentit descendre en elle, et sans qu’elle sût comment, saisie, emportée par une force irrésistible, elle se trouvait dans les bras du jeune homme :
- — Gabrielle bien-aimée...
- — Charlie aimé...
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- Si bas que ce fût, un souffle, ce mot suave il l’entendit, le recueillit dans le cœur de son cœur. Cette heure de crise et ces secousses, tant d’émotions douces et amères les unissaient à l’improviste ! Ils communiaient à travers les épreuves passées présentes, à venir...
- Il soupira :
- — Ma vie... mon bien...
- — Pitié, Charlie !
- Il la ressaisissait plus ardemment, oubliant tout, l’instant, la surprise ; d’un effort désespéré, elle s’arc-boutait, s’efforçait d’écarter ces lèvres qui la cherchaient, ces bras qui d’autant plus étroitement la serraient à la taille.
- — Vous me perdez !... on vient...
- Ils se séparèrent ; Francine les trouva pétrifiés , éperdus encore ; mais elle n’y prit garde, tant sa propre angoisse l’absorbait. Les premiers mots affectueux échangés avec Charlie, elle demandait à sa mère :
- — Pas de dépêche pour moi ?
- Elle avait télégraphié à Éparvié. Il arriva le lendemain.
- C’était l’heure où Josette allait être conduite à son père. Elle regardait sa mère avec des yeux tristes.
- « Pourquoi ne me gardes-tu pas avec toi? » semblait-elle dire. Quand*on annonça Éparvié, transfigurée de plaisir elle lui sauta au cou : il était déjà son grand ami. Que d’histoires merveilleuses il lui racontait, avec quelle confiance elle sentait obscurément que celui-là pourrait la protéger!
- — Savez-vous ce que Josette vient de me demander tout bas? répéta Francine quand elle eut remis l’enîant à la gouvernante qui la conduisait chez Le Hagre :
- « Est-ce que M. Éparvié sera encore là quand je reviendrai ? » Elle parle souvent de vous; l’autre nuit, elle rêvait de cette chasse au lion qui l’avait impressionnée si fort. Elle vous aime.
- — Pauvre petite ! répondit-il ; je le lui rends.
- Francine mettait sa main dans la sienne avec franchise.
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- — Cher ami, qu’allons-nous faire ?
- Sous son ferme regard, il lut l’affreux désempare-ment. Elle se débattait au milieu d’avis opposés : qu’il la conseillât. A qui entendre ?
- Marchai était net :
- — Ma chère enfant, avez-vous du courage ? Vous élèverez-vous au-dessus de l’opinion ? Vaincrez-vous votre orgueil, vos répugnances? Voulez-vous en sortir?... — C’est radical : retournez rue Murillo, reprenez ostensiblement votre place. Les juges vous condamnent à rester la femme de cet homme, très bien ; convainquez-les de leur erreur ! Avec de la résolution, si vous dominez vos nerfs, en quelques semaines, en quelques mois au plus, vous aurez, en poussant votre mari à bout, tous les griefs valables, injures graves ou sévices, et devant témoins cette fois; sans parler de l’adultère, car il a remplacé Lischen par des bonnes fortunes intermittentes : on peut le surprendre.
- Francine avait eu un rire nerveux : ah ! non, c’était peut-être sage, pratique, héroïque, mais elle ne pouvait pas jouer cette comédie, elle répudiait ces arrière-pensées et ces ruses. Jamais elle ne se retrouverait en présence de son mari : au point où elle en était, c’était trop dangereux pour elle, pour lui, pour Josette... La voyait-on mêlée à ces abominables scènes? — Autre chose î
- — Alors , allez en appel !
- C’est ce que conseillait du Foudray, mais en transformant sa demande en poursuite de séparation de corps :
- — On vous refuserait « le plus » chère et malheureuse amie... on vous accordera « le moins ».
- Malgré sa reconnaissance sincère, Francine n’écoutait pas sans agacement ce ton d’emphase optimiste.
- — Vous obtenez, admettons-le, la séparation; trois ans après, vous demandez au tribunal de la convertir divorce : il y a de grandes chances pour qu’on vous l’accorde. Dans quatre ans vous serez libre, dans cinq
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- ans vous pourrez vous remarier... c’est seulement une hypothèse que je me permets d’émettre, reprit-il avec une galanterie majestueuse. En courant le divorce, craignons de lâcher la proie pour l’ombre.
- Refroidi par le premier échec, il admettait donc la possibilité d’un second?
- Mais Herbelot désapprouvait :
- — C’est précisément parce que vous avez exigé le plus que vous ne pouvez demander le moins. Vous obtiendrez le divorce tout autant que la séparation.
- Il y avait donc doute? Et quand elle s’en fut assurée , — Herbelot levait les bras au ciel : — « Comment voulait-elle qu’il pût en répondre?... il n’était pas la Cour d’appel à lui seul !... » eh bien, non, décidément, elle ne recommencerait pas ce répugnant débat, elle ne prolongerait pas pendant une année encore, ou plus, tant d’inutiles douleurs ; son parti était pris , arriverait que pourrait; elle ne croyait plus à la justice!
- Herbelot, qui l’avait écoutée avec une compassion sincère, peu à peu s’était échauffé, avait tenté de l’interrompre. Il se mettait en colère :
- — Vraiment, madame , eh bien, permettez-moi de vous le dire, vous aurez tort, grand tort. Veus n’avez pas le droit d’agir ainsi, ni pour vous, ni pour votre enfant! La justice... vous vous permettez d’en douter, alors qu’il reste encore des tribunaux pour la rendre?... Quand on commence un procès, on le continue ! Quand on a un moyen légal de faire reconnaître le bien fondé de sa cause, on l’emploie!. Après le tribunal, on va en appel, après l’appel on va en cassation, après la cassation, si le vice de forme est reconnu, on retourne en appel!... Cela dure dix ans s’il le faut... on épuise toutes les juridictions!... on meurt à la peine, sion ne peut pas faire autrement, mais on prouve qu’on a du caractère ! Et voulez-vous que je vous dise ce qui adviendra ? c’est que vous tournez le dos au salut, vous vous jetez dans la gueule du loup !...
- Et se calmant, car sa bonhomie reprenait la dessus,
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- — et il se reprochait de prendre si au sérieux l’intérêt d’une cliente ; il ne pouvait se permettre de troubler ainsi l’économie de son organisme : voulait-il mourir d’une maladie de cœur ?
- — Comprenez-moi bien, chère dame ; dans deux mois, le délai d’appel expiré, qu’arrivera-t-il ? M. Le Hagre vous fera sommation de réintégrer le domicile conjugal. Or, vous êtes tenue d’obéir, rappelez-vous : monsieur le maire ! article 214 : « La femme est obligée d’habiter avec le mari, et de le suivre partout où il juge à propos de résider! » Autrefois, M. Le Hagre vous aurait envoyé les gendarmes et fait ramener manu militaci...
- — Aujourd’hui ?
- — Il s’adressera aux tribunaux qui vous condamneront à retourner auprès de lui...
- — Et si je refuse, la prison ?.. •
- — Non, mais des astreintes pécuniaires, de plus en plus lourdes, à chaque jour de retard. Et, pour commencer, votre mari vous prend votre fille.
- — Oh ! ca !...
- — C’est son droit. Article 373 : » Le père seul exerce l’autorité durant le mariage. » Le commissaire de police lui prêterait main-forte au besoin.
- — Je puis quitter la France !
- — La sanction des tribunaux, ordonnant que l’enfant vous soit enlevé, vous suivra partout ; Veæequatur, par voie diplomatique ou judiciaire, est de règle dans presque tous les pays.
- — Le monde est grand !
- — 11 est clair que si vous allez au bout du monde !... et incognito, bien entendu... Mais on ne s’exile pas seule à votre âge, et à vrai dire on ne s’exile jamais. On n’emporte pas, comme dit l’autre, la patrie à la semelle de ses souliers... Tenez, madame, j’ai pour vous une respectueuse estime et, j’ose le dire, une réelle sympathie : souffrez que je vous parle en confesseur, en conseil, si vous préférez. Un vieil avoué, si sceptique,
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- si racorni qu’il semble, — oui, je sais que vous devez me juger ainsi, — un vieil avoué connaît cependant la vie... Si vous partiez, madame, vous ne pourriez partir seule avec Mlle Josette ; il vous faudrait un parent... ou un ami.. . pour vous aidez dans mille difficultés de voyage,'de séjour, où une femme est dépaysée, volée, sans appui... quelqu’un pour vous protéger contre les interprétations malveillantes ou les empressements trop vifs... pour vous défendre au besoin... Eh bien, madame, songez à votre jeunesse, à votre beauté, et voyez si ce que vous dites est possible... Votre réputation !... Si vous aimiez un jour... — Dieu me garde de vous blesser ; il n’y a rien de plus naturel, de plus probable, de plus légitime... — quelle vie serait la vôtre?... A l’étranger !... Mais vous ne pourriez, Française et mariée en France, contracter une nouvelle union sans bigamie... Alors quoi !... Et votre fille, dans tout cela !... Croyez-moi, madame, ayez la vaillance de souffrir encore ; allez en appel ! M. La Carrière est un galant homme, très parisien ; il y a cent à parier qu’il cassera ce jugement de M. Trassier comme il casse tous les autres... Une fois divorcée, la vie se rouvre pour vous, droite, facile, avec tout le bonheur que je vous souhaite !... Voyons, madame, je vous en prie, faites cela pour moi ! Je serais si content de vous voir gagner !
- De l’avis de M. de Guertes : reprendre avec soumission la vie conjugale à l’essai, — il y tenait décidément, — il n’y a qu’à hausser les épaules. Les Morland conseillaient des choses impraticables et compliquées : de soudoyer une courtisane, — le commandant faisait vibrer Vrrr comme un Méridional — qui, nouvelle Dalila, livrerait Samson-Le Hagre, à l’instant pathétique du flagrant délit... Quoi encore? Broussin conseillant tout bas à Marchai l’expectative, le refus de rentrer au domicile conjugal et de livrer Josette: tactique dangereuse, qui blesserait les magistrats dans leur orgueil, mais d’où pouvaient sortir d’imprévus incidents, les « faits
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- nouveaux » indispensables à un recommencement du procès. Francine inclinait à ce parti, qu’Herbelot, Marchai et du Foudray jugeaient sans issue.
- Après avoir mis Épervié au courant, elle redemanda :
- — Que dois-je faire?
- — Votre mari ne vous vendrait à aucun prix votre liberté et votre fille, une possibilité de divorce quelconque? Voulez-vous que j’aille le trouver?
- — Pour lui dire?...
- — Que je vous aime , qu’il ne peut prétendre à garder une femme qui le hait; que c’est absurde, inique,.grotesque...
- Mais Francine, souriant malgré elle à l’imprévu de cette démarche qui ne manquerait pas au moins de franchise et d’aplomb, — elle voyait d’ici la figure de son mari ! — démontrait à Éparvié l’inutilité d’un tel acte : on n’intimiderait pas Le Hagre, parce qu’il savait que la loi le protégerait ; on ne le forcerait pas davantage à se battre ; en revanche on donnerait corps à une jalousie qui errait encore à tâtons, suspectant chacun, et s'enrageant des fausses pistes où la lançaient les rapports des espions. Non ! ce serait enfoncer le clou de son idée fixe : que Francine ne fût jamais libre, aimée, heureuse.
- — Ma foi, dit Éparvié, avec une brusque bonne foi, et ses yeux bons et braves étaient pleins d’espoir quand même, — pourtant à lui aussi le coup était rude, — je ne vois rien d’autre, ou alors tentez vous-même de le convaincre, devant des amis ou des hommes d’alfaires pouvant certifier au besoin le caractère officiel de cette entrevue.
- — Moi! Que je... Ah! mon pauvre ami !...
- (A suivre.)
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- ASSURANCES MUTUELLES
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- Société dn Familistère. - Assurances mutuelles
- MOUVEMENT DU MOIS DE FÉVRIER 1906, A GUISE
- ASSURANCE CONTRE LA MALADIE
- Section des Hommes
- Cotisations des mutualistes... 2.737 50 \
- Subvention de la Société...... 1.060 55 5 4.155 90
- Malfaçons et Divers........... 357 85 ;
- Dépenses.................................... 6.313 65
- Déficit en février 1906...... .... __JjM5_j^/5
- Section des Dames
- Cotisations des mutualistes... 506 50 1
- Subvention de la Société...... 253 25 > 759 75
- Divers................................. » » )
- Dépenses..................................... 965 20
- Déficit en février 1906................. 205 45
- ASSURANCE DES PENSIONS
- Subvention de la Société et Divers 7.373 98 i
- Intérêts des comptes courants et > 10.465 98
- du titre d’épargne............. 3.092 » 1
- Dépenses *
- 128 Retraités définitifs........... 8.920 53
- 4 — provisoires................. 227 »
- Nécessaire à la subsistance... 5.368 90^ 15.057 18
- Allocations aux famill8 des réservistes » »
- Divers, appointem., médecins, etc. 540 75
- Déficit en février 1906............ 4,591 20
- CAISSE DE PHARMACIE
- Cotisations des mutualistes... 777 05 } 1 iir nt;
- Subvention de la Société......... 339 » )
- Dépenses..................................... 1.168 44
- Déficit en février 1906........... .....52 39
- RÉSUMÉ
- Recettes sociales do. 1er juillet 1905 au 2& îèvrrier 1906. 97.099 40 ),Qq n7Q hk » individuelles » » 35.979 35 jldd,U'8
- Dépenses » » 170.723 52
- Excédent des dépenses sur les recettes,." 37.644 77
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- LE DEVOIR
- ÉTAT CIVIL AU FAMILISTÈRE DE GUISE
- MOIS DE FÉVRIER 1906.
- Naissances :
- Néant.
- Décès :
- 20 février : Ténière Adrien, âgé de 74 ans.
- Le Gérant : H. E. Buridant.
- Nîmes. — Typ. A. Chastanier, 12, rue Pradier.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES.
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- Septembre 1906.
- DOCUMENT DmiR mv rniiDi ète
- Glorification du Travail. — Emancipation du Travailleur.
- Deuxième partie.
- XXV
- Participation du personnel aux bénéfices de l’exercice 1872. Première convention entre J.-B.-A. Godin et les employés de son établissement relative à la participation aux bénéfices, en attendant la rédaction définitive du pacte d’association. — Allocations exceptionnelles pour innovations utiles. 1873.
- Faire revenir au travail un tant pour cent des bénéfices annuels , au prorata des salaires et appointements et des allocations pour travaux exceptionnels ou innovations vérifiées à l’usage : telle était la méthode de répartition des produits qui, après tant d’essais de recours au suffrage, s’imposait comme serrant de plus près l’équité. Tout d’abord, elle ne laissait personne dans l’oubli ; ensuite, son application aux travaux exceptionnels et innovations vérifiées à l’usage, devait porter les gens à comprendre que le taux initial de la rémunération courante (salaires et appointements) devrait, lui aussi, être l’expression constante des va-
- (1) — V. Appendice, p, 60, tome 26e, Le Devoir, janvier 1902.
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- 514 LE DEVOIR
- leurs quotidiennes effectives. L’abondance sociale est à ce prix.
- En attendant que chacun comprît que c’était là le vrai principe de la pacification sociale et s’efforçât d’aider à sa réalisation, Godin en poursuivit l’application dans la mesure de ce qui lui était possible. La plus grande partie des employés avait, en 1872, participé aux bénéfices de l’exercice 1871. Il s’agissait de répéter le fait en 1873 touchant les bénéfices de l’exercice écoulé; la volonté du fondateur étant de continuer ainsi en élargissant progressivement le cercle des bénéficiaires. Simultanément, il lui fallait se réserver la liberté d’action indispensable pour assurer] le mouvement dans une voie aussi neuve et en continuant de chercher à déterminer les vraies conditions du pacte définitif d’association, à réaliser quand le moment serait venu.
- Parlant de ce pacte (1), après signature légale, le 22 mai 1881, dans une conférence donnée par lui aux associés , Godin dit : « J’y ai travaillé pendant sept ans, en prenant souvent sur mes nuits, et pas une mesure n’a été prise sans des raisonnements longuement établis. »
- Cette période de sept années s’est donc ouverte à l’époque où nous sommes, 1873; et le premier document que nous ayons en mains et où soit visée la double action de J.-B.-A. Godin, d’une part, et des bénéficiaires de primes, d’autre part, ce premier document est une convention passée, le 24 février 1873, entre Godin et la partie du personnel déjà appelée par lui à la participation aux bénéfices, c’est-à-dire les employés. Voici la pièce :
- (1) Le Devoir, tome 5e, 1881, p. 372.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- « Convention générale et règlementaire arrêtée entre M. Godin et tous les employés auæ appointements rattachés à ses établissements.
- « Article premier. — Tous les employés en entrant dans l’un des établissements de M. Godin arrêtent, d’accord avec le patron ou ses représentants, le chiffre des appointements pour lesquels ils accordent leurs services, en se conformant aux règles établies pour la fonction qu’ils acceptent.
- « Article 2. — Les appointements sont fixés au mois et payés à chaque fin de mois.
- « Article 3. — 11 n’est rien dû à l’employé en dehors des appointements fixes, convenus, et payés chaque mois, à moins de conventions stipulant personnellement au profit d’un employé [des avantages particuliers, et par un acte spécial en dehors des livres de la comptabilité.
- « Article 4. — L’employé et le patron peuvent réciproquement se donner congé, sans délai, et sans qu’il y ait lieu à aucune indemnité de part ni d’autre ; le compte se borne au règlement du travail effectué et des avances ou dettes, s’il y en a.
- « Articles.— Les primes, gratifications ou récompenses périodiques qu’il peut convenir à M. Godin d’accorder à ses employés ou ouvriers en sus de leurs appointements, ne constituent aucun droit, ni aucune obligation pour l’avenir. L’employé acceptant son emploi au prix débattu des appointements qu’il doit toucher, les primes ou gratifications restent libres et facultatives de la part de M. Godin, sous n’importe quelle forme et pour quel motif que ce soit.
- « Article 6. — En cas de contestation entre le patron et un ou plusieurs des employés, la question en litige
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- sera portée devant le Conseil des prud’hommes de la ville de Guise. Cette juridiction est choisie pour faciliter les moyens d’entente et de conciliation, et la prompte solution des différends.
- « Article 7. — Un exemplaire de ce règlement est soumis à la lecture et à la signature de tout employé à son entrée dans un des établissements de M. Godin.
- « Article 8. — La présente convention réglementaire a pour but d’éviter que des employés ou, en leur nom, des tiers mal intentionnés ou mécontents ne cherchent à rendre obligatoires par action judiciaire certains essais d’amélioration et d’encouragement que M. Godin peut spontanément apporter dans la condition de ses employés. Les prétentions et les exigences de ces mécontents ne pouvant avoir d’autre conséquence que de rendre les gratifications, les primes et autres expériences d’amélioration impossibles en faveur des employés.
- « Article 9. — Un exemplaire de cette convention réglementaire est toujours dans les bureaux mis à la disposition de chaque employé qui veut en consulter les articles.
- « Fait et arrêté à Guise, le 24 février 1873.
- « Pour approbation de ce règlement,
- « Signé : Godin.
- « Pour approbation de la convention réglementaire du 24 février 1873, inscrite en neuf articles sur le premier feuillet en tête de ce cahier. »
- Suivent : 89 signatures. r
- Cette convention est une vraie garde contre les abus pendant l’inévitable période d’essais ; cinq ans plus tard, en 1878, la question a mûri assez pour que le fondateur, dans son discours à la fête du Travail célébrée, cette année-là, le 5 mai — après avoir dit que le
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- dividende serait pour chacun de 8 0/o des appointements ou salaires touchés dans l’année (il ne s’agit plus alors des employés spécialement, mais d’une forte part des travailleurs en général, employés ou ouvriers) — ajoute (1) :
- « Sous peu vous seront remis les titres de rente qui vous confèrent le droit de participer aux intérêts, divi-vendes, revenus et produits du Familistère et de l’Usine. Un échange d’engagements déterminera la forme de vos droits ainsi que les garanties nécessaires entre l’Association et les sociétaires participants. »
- Ce n’était pas encore l’association légale et définitive ; mais le moment était proche où cette association, devenue personne civile, remplacerait Godin, et celui-ci s’efforçait de plus en plus de dégager des essais les vraies conditions du pacte à intervenir.
- « Avant de constituer définitivement l’association » était-il inscrit sur les titres de participation aux bénéfices (titres de rente) délivrés par Godin aux travailleurs de son établissement en 1878, «je veux faire l’expérience de la participation aux bénéfices combinée avec le nouveau système d’administration y correspondant, que j’ai mis à l’essai dans le but de faire sortir de cette expérience les modifications dont elle enseignera l’utilité, et les conditions régulières d’une bonne direction des affaires, d’un bon fonctionnement industriel et commercial de Fassociation qui sera réalisée aussitôt l’expérience faite...»
- Les lecteurs en possession de la collection du Devoir depuis l’année 1893, ont pu suivre ces efforts redoublés de Godin, à partir de mai 1877 et durant toute la tentative de Représentation du Travail par les Groupes,
- (1) Le Devoir, tome 1er, 1878, page 180.
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- Unions de groupes et Conseils d’unions (1) pour amener le personnel à s’occuper activement des conditions pratiques de la future association.
- Le 31 mars 1873, le chef de la comptabilité, sous l’inspiration de Godin, avait dressé un document intitulé :
- « Etude de répartition du produit net de Vusine et du Familistère, au 31 décembre 1872, entre le travail, le capital et le talent, en prenant pour base la rémunération annuelle. »
- Le travail débute par la « constitution du capital au 1er janvier 1872 (déduction faite de la répartition des bénéfices afférents à 1871) » et il clôt par la détermination de la somme à répartir. Il est accompagné d’une pièce dressée par le même chef de comptabilité et dont voici le titre :
- « Etat du personnel appelé à recevoir une répartition de 10 0/0 du montant des appointements reçus dans Vannée 1872. »
- Mais la rémunération du travail courant n était point la seule chose à consulter; il y avait aussi le livre d’inscription des œuvres exceptionnelles ou Livre des mérites (2) institué depuis 1871.
- Pour la mise à jour de cette sorte de documents, Godin fit apposer dans les bureaux delà comptabilité et des ateliers, l’affiche suivante destinée à suppléer, s’il y avait lieu, à la non-inscription des œuvres exceptionnelles au livre susdit.
- (Affiche n° 283)
- « 17 avril 1873.
- » Messieurs les employés sont invités à me signaler,
- (1) Le Devoir, avril 1893 à janvier 1897 (tome 17e page 193 à- tome 21e page 16). Voir aussi janvier 1902 (tome 26e) p. 10, 11.
- (2) Chap. XXI, Le Devoir, janvier 1906, page 12.
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- dans une note particulière les améliorations que chacun d’eux pense avoir apportées dans le travail de leur fonction, au cours de l’année 1872; et les faits d’initiative utile qu’ils ont pu prendre. »
- Un certain nombre de mémoires (nous en possédons neuf) furent remis à Godin. D’après ces éléments complémentaires du Livre des mérites et aussi d’après le livre môme fut dressée la liste des 31 travailleurs (employés pour la plupart) ayant— au cours de l’exercice 1872 — réalisé quelque œuvre méritant examen.
- En regard de chaque nom sont portées :
- lo La nature et la date de l’œuvre ou des œuvres exceptionnelles (perfectionnement, invention, etc.);
- 2® (Sous la rubrique : versements) la ou les sommes déjà attribuées à l’auteur, dans les cas où l’expérience avait prononcé en faveur de l’innovation.
- L’étude de cette liste détermina l’allocation de récompenses exceptionnelles à 17 bénéficiaires. La plus faible de ces récompenses s’éleva à 52 francs et la plus forte à 2,000 francs, dont mille pour « initiative » et mille pour « perfectionnements. » (Au cours du chapitre XXIII, nous avons visé ces récompenses au rang des indices de capacité effective chez tels ou tels intéressés).
- Comment s’opéra la détermination du taux des allocations exceptionnelles ? Godin dût en délibérer avec les principaux chefs de services; mais nous n’avons d’autres traces à ce sujet qu’une note au crayon — de la main de Godin — accompagnant, dans nos dossiers, les documents susdits.
- Godin y relève les principaux chiffres de l’inventaire, spécialement :
- l«Le montant des sommes déjà employées en frais d’assurances mutuelles, pensions de retraite, éducation , etc.
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- 2° Le montant de la somme à répartir.
- Puis, il condense quelques pensées comme pour déterminer le ton d’une discussion qui pouvait être difficile. Le lecteur a vu (chap. XXII) combien les principaux chefs se trouvaient alors divisés. Du reste, c’est ici une matière tellement délicate qu’elle ne peut être abordée qu’avec grande attention : il ne faut pas décourager les inventeurs ; cependant, l’innovation pratique est extrêmement rare ; quantité de propositions n’ont aucune valeur; celles utilisables nécessitent presque toujours des modifications pour devenir pratiques. Mais si l’inventeur manque du savoir technique voulu pour féconder lui-même son idée première, il ne peut mesurer le labeur qu’on y ajoute et croit facilement qu’on n’est intervenu que pour lui enlever le mérite de l'invention.
- Faire la part équitable de chacun, est toujours le difficile problème.
- Godin écrit :
- « L’invention doit produire des bénéfices : autrement elle est sans valeur. Elle doit donc prélever une « part sur les bénéfices en première ligne , si elle n’a « été payée d’avance comme travail. »
- (Ceci visait certains spécialistes, exemple: le sculpteur dont la fonction était, précisément, la recherche du nouveau. On conçoit aussi que dans les appointements élevés comptés aux chefs de services, une certaine part est faite comme rémunération anticipée des combinaisons nouvelles, mesures de prévoyance, etc., inhérentes à toute direction ; réserve faite des mérites hors ligne dont l’appréciation revient surtout au chef de l’établissement.)
- Ayant posé ce premier jalon qui déterminait le champ d’examen, Godin passe au suivant touchant le ton de la discussion à intervenir :
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- « Discuter les œuvres pour en faire ressortir les « mérites oubliés, mais ne pas permettre de les dépré-
- « cier. »
- « Les œuvres ne doivent être examinées que dans « leurs côtés utiles lorsqu’il s’agit de la répartition. »
- (Une œuvre sans côté utile devait donc être passée sous silence.)
- La note fournit cette distinction entre les propositions et les œuvres :
- « Les propositions peuvent être discutées dans leurs inconvénients. »
- Nous lisons encore :
- « La bonne direction résulte de la prévoyance.
- « Comment constater les faits de prévoyance? Que « leurs auteurs les déclarent.
- « Le progrès résulte des idées. »
- En résumé, la discussion était alignée de façon à ne se soutenir que par l’examen des faits utiles.
- Un tableau récapitulatif des innovations inscrites au 31 décembre 1872 contient, en regard de chacune de celles-ci, des mentions indiquant leur sort au moment de l’examen. Exemples :
- Assemblage des manivelles bordelaises :
- Fours aux poêles 53, 54, 55 :
- Transformation des cuisinières 53 à 57:
- Modifications aux coulées en métal :
- Appareils à dresser les flottes :
- Continue à servir a la fabrication.
- Paraissent d'unevente facile
- En cours d'exécution.
- Présente des inconvénients en élargissant les extrémités des coulées.
- A été essayé. Pourrait donner des résultats avec modifications.
- Etc.
- Etc.
- En marge de quelques propositions, nous relevons ces mentions par Godin :
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- Modèle imparfait; » ou bien : « Utilisé ; » ou encore: « Voir », etc., etc.
- L’examen se termina, on le sait, par l’attribution de 17 allocations exceptionnelles (allant de 52 francs à 2.000 francs.) Ces allocations s’ajoutèrent aux primes individuelles (10 0/o du montant des salaires et appointements) qui furent servies aux intéressés à titre de participation aux bénéfices.
- Le chiffre total de cette répartition s’éleva (1) à 14.243 fr. 28 centimes. Le paiement s’en effectua dans le mois de mai, peu de jours avant la célébration de la fête annuelle du Travail, laquelle eut lieu le 1er juin (Nous en ferons le récit au chapitre suivant). Au rang des lauréats — qui furent surtout des ouvriers — nous retrouverons quatre des employés déjà appelés à la répartition de bénéfices ici relevée. Soit :
- Un des instituteurs du Familistère à qui sera attribué un « Grand prix » ;
- Trois auteurs d’innovations ou de perfectionnements auxquels seront attribués des « Price d'inventeurs. »
- Vve J.-B.-A. Godin, née Moret.
- (A suivre').
- SHK-
- (1) Livre spécial à M. Godin (Chap. XX, Le Devoir, décembre 1905, page 716.)
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- UN INGÉNIEUR SOCIAL
- JEAN-EDME LECLAIRE
- Introduction.
- A une époque où l’organisation ouvrière se développe dans tous les pays industriels, où, sous la direction des syndicats, la lutte entre patrons et ouvriers prend des proportions de plus en plus considérables, où, par la grève méthodiquement organisée, le travail manifeste l’intention d’intervenir dans l’organisation de l’atelier, soit par la réduction du temps de présence (journée de huit heures), soit par le relèvement des salaires, soit par les contrats collectifs, il n’est pas sans intérêt d’examiner ce qui a déjà été fait par des expérimentateurs d’extrême avant-garde pour donner une solution rationnelle à ce conflit grandissant et augoissant entre l’employeur et l’employé ou, pour nous servir d’un terme plus générique, entre le capital et le travail.
- Les annales de l’industrie placent au rang des grands inventeurs des hommes qui, ayant scruté la nature et l’action des forces inanimées, ont su les utiliser, dotant ainsi leurs contemporains d’instruments merveilleux, tels que les Watt, les Papin, les Stephenson, les Seguin, les Jacquart et bien d’autres encore. Mais ceux qui ont scruté la nature et l’action des forces vivantes de l’ouvrier considéré comme producteur industriel, qui ont vécu sa vie, partagé ses peines, ses désirs, ses espoirs, constaté sa dépendance économique, l’insécurité de son salaire et celle de son lendemain, et qui, à tous ces maux, ont cherché et trouvé un remède, ceux-là où les placerons-nous ? Quel nom leur donnerons nous ?
- Les Américains ont trouvé la formule : ils les nom-
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- ment des ingénieurs sociaux. Et ce titre est bien mérité quand il s’applique à des hommes comme les Leclaire, les Godin, les Yan Marken. Tous trois, en effet, ont cherché à organiser, à utiliser des forces vivantes ; tous trois n’ont pas seulement voulu augmenter la sécurité et le bien-être individuel de leurs ouvriers ; donnant au monde des exemples variés et aisément imitables, ils ont voulu accroître le bonheur de tous ceux qui travaillent à la production des richesses, ils se sont proposé d’introduire plus de justice et plus d’harmonie dans les relations nécessaires entre salariant et salarié.
- Alors surgit cette question : Pourquoi n’ont-ils pas été imités ? Parce qu’ils sont peu connus encore. Parce qu’il n’est pas usuel de voir des privilégiés de la fortune, même sortis du peuple, céder à leurs collaborateurs les positions prééminentes qu’ils ont conquises de haute lutte par leur activité et leur intelligence. Et aussi parce, que l’instruction publique, surtout l’instruction primaire qui s’applique aux masses, est foncièrement insuffisante. Etablie d’après des programmes officiels qui accordent à l’histoire d’un passé légendaire une place encombrante — songez à Clovis, au vase de Soissons, à Charlemagne, aux vieilles reliques du même genre, — elle ignore absolument et laisse dans une nuit profonde les solutions, sporadiques sans doute mais pratiques, que des hommes d’avant-garde ont données aux problèmes économiques qui agitent si profondément les hommes de notre époque. Il n’y a pas une circonscription électorale française où les candidats aux élections législatives de 1906 n’aient parlé de mutualité, de caisse de retraites, de participation aux bénéfices, d’impôt sur le revenu et de bien d’autres choses. Il n’y a pas une école publique où les expériences déjà faites sur ces divers objets soient enseignées. Pourtant nous vivons au XXe siècle et ce sont ces graves problèmes du temps présent que nous aurions surtout besoin d’étudier.
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- Sur ces divers sujets, notre enseignement est criblé de lacunes et c’est pour remédier à une au moins de ces lacunes que nous allons exposer comment Leclaire, peintre en bâtiments, organisa jadis le secours mutuel, la participation aux bénéfices industriels, les pensions de retraite et la copropriété de l’usine pour les ouvriers et employés de son industrie.
- I
- Il y a plus de cent ans —* c’était exactement le 15 mai 1801 —qu’à Aisy-sur-Armançon, petit village du département de l’Yonne, naquit chez un pauvre cordonnier l’enfant qui fut Jean-Edme Leclaire.
- Comme tous ceux de sa condition et de son temps, il ne fit que passer à l’école. A dix ans, sachant à peine lire et écrire, il dut garder les porcs, les moutons et les vaches. De douze à dix-sept ans, il s’essaya dans plusieurs métiers : il fut apprenti maçon, batteur en grange, moissonneur. Il se décida enfin à partir pour Paris avec un groupe de moissonneurs qu’il avait accompagnés d’Aisÿà Auxerre. Il avait juste de quoi payer sa place dans le coche qui l’amena dans la capitale.
- Le voici sur le port du Mail à Paris, sans argent et ne sachant trop que faire. Un entrepreneur de peinture en bâtiments lui offre un emploi comme apprenti. Le jeune homme accepte et le voilà qui s’occupe à broyer des couleurs, à traîner la charrette, à faire des courses. Comme salaire, il reçoit le matin un morceau de pain et deux sous, un pour chacun des deux repas qu’il fera dans la journée; le soir, il soupe et couche chez le patron, suivant l’usage de cette époque. Il travaille ferme, ne se plaint jamais et garde une bonne conduite. Le patron satisfait lui donne un franc par quinzaine et cent francs de gratification à la fin de la première année, 200 francs à la fin de la seconde et 300 francs à la fin de la troisième. -
- Mais l’apprenti a grandi. Leclaire a vingt ans, il est
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- déjà bon ouvrier. Il demande à son patron 3 fr. 50 par jour, moyennant quoi on ne le nourrira plus. Leclaire veut être son maître. Le patron y consent non sans quelque hésitation. Sur son maigre salaire, le jeune ouvrier, doué d’une forte volonté, économise en un an la somme de 600 francs qui lui sert à s’affranchir du service militaire.
- A 22 ans il se marie et partage sa vie entre son foyer domestique et l’atelier. Il veut s’instruire, emprunte des livres, en achète et, travaillant ferme, fait dans sa profession de rapides progrès. Il devient bientôt décorateur et voit son gain s’élever à 6 francs, puis à 8 francs par jour.
- Enfin, à 25ans, il s’établit comme entrepreneur de peinture et de vitrerie et loue, pour 300 francs l’an, une petite boutique rue Cassette, 15. Nous sommes en 1826, date réelle de la fondation de la maison Leclaire.
- Un entrepreneur de maçonnerie, M. Combes, avait pris à forfait la construction de sept maisons. Obligé de s’adresser à divers corps de métier pour les travaux étrangers à sa profession, il proposa à divers peintres de se charger de la peinture, de la vitrerie et des papiers de tenture de ses immeubles pour la somme globale de 20.000 francs, mais ces industriels, trouvant cette somme trop faible, répondirent par un refus aux propositions de M. Combes. C’est alors que ce dernier fit appeler Leclaire qu’il avait connu apprenti et lui dit: « Tu « n’as rien, je n’aurai pas la peine de faire de toi un « gueux. Je te sais débrouillard, charge-toi de mes sept « maisons. A la fin de chaque mois je te paierai les qua-« tre cinquièmes des travaux exécutés, et, aussitôt mes « sept maisons reçues par les architectes, je te solderai « le reste. >
- Recevoir à la fin de chaque mois les quatre cinquièmes du prix convenu pour un travail, c’est être payé comptant : Leclaire accepta. À un marchand de couleurs qui vint lui faire une scène pour avoir traité à vil prix, il répondit en lui remettant séance tenante le billet sui-
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- vant : « Je soussigné, reconnais devoir à M. Lucas, marchand de couleurs, la somme de 3.000 francs, payable à sa demande ». « Voilà pour ce que je vous dois, » dit Leclaire; « mais ce n’est pas tout, » ajouta-t-il, « demain il me faut de la marchandise ». Là-dessus le marchand se confondit en excuses.
- Fort du marché passé avec M. Combes, Leclaire se présente, contrat en poche, chez d’autres fournisseurs, traite à trente jours et dans les meilleures conditions. Puis il embauche des ouvriers, qu’il paye 5 francs au lieu de 4 francs. Ils se mettent à l’ouvrage, Leclaire en tête. Selon l’expression de celui-ci, ils n’allaient pas au travail, ils se jetaient dessus. Quelques mois après tout était terminé, les maisons finies et livrées à M. Combes. L’opération avait laissé à Leclaire 6.000 francs de bénéfices nets.
- Ce travail bien fait et promptement exécuté attira sur Leclaire l’attention des architectes. La réputation du jeune entrepreneur peintre était faite. Les commandes affluent de tous côtés. Il travaille pour de riches propriétaires, de grandes administrations. La Banque de France, les Compagnies de Chemin de fer, plusieurs Ministères lui donnent leur clientèle.
- Lejeune homme qui, à 17 ans, débarquait à Paris sans métier et sans argent et qui s’établissait entrepreneur de peinture à 25 ans, occupait en 1838 de 60 à 80 ouvriers. 11 avait alors 37 ans: douze années lui avaient suffi pour devenir patron, et patron remarqué.
- Leclaire, qui était l’honnêteté même, pensait avec raison que le meilleur moyen d’assurer les progrès et la prospérité de sa maison était de conquérir une réputation de bon aloi, établie sur le travail consciencieusement exécuté.
- « Une condition essentielle à mon sens, » dit-il dans une de ses brochures de propagande, « celle que je con-« sidérais comme la base principale pour atteindre mon « but, c’est que l’honnêteté la plus grande devait exis-* ter dans tous les rapports possibles avec quiconque
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- « s’adressait à la maison et, pour qu’il ne pût venir à « l’idée d’aucun ouvrier ou employé de s’écarter de ces « principes, je jugeai nécessaire, par une grande publi-« cité, de dévoiler les fraudes qui ont lieu dans l’indus-« trie de la peinture, dorure, tenture et vitrerie. »
- En même temps qu’il révèle le secret de toutes les fraudes en usage dans sa profession, il établit un règlement très sévère pour ses ouvriers, en ce qui concerne leurs relations avec la clientèle. Pour frapper davantage l’esprit de cette dernière, il a l’idée de publier des comptes-rendus sur son entreprise, sur l’organisation de sa maison , sur les améliorations qu’il a introduites parmi le personnel qu’il emploie , et ces comptes-rendus, il les adresse à chacun de ses clients afin de les intéresser à ses innovations. Il les envoie tout particulièrement aux personnes qui s’occupent des questions économiques et sociales pour avoir leur avis et solliciter leurs conseils. Cette façon originale de s’adresser au public ne tarda pas à porter ses fruits. La maison devint tous les jours de plus en plus prospère.
- II
- Mais Leclaire n’était pas seulement un ouvrier laborieux et compétent, un entrepreneur hardi et habile. C’était un homme de cœur, sans cesse préoccupé de l’intérêt et du bonheur des ouvriers et employés placés sous ses ordres. Ayant été tour à tour ouvrier et patron, l’expérience lui avait montré les terribles conséquences qu’entraîne pour les ouvriers peintres en bâtiments l’emploi du blanc decéruse. Cette couleur, dont le plomb forme la base, est en réalité un poison. Les caractères de la maladie qu’elle engendre sont d’abord des coliques affreuses, des vomissements et la paralysie plus ou moins intense des mains et des doigts. Vient enfin l’intoxication saturnine proprement dite, suivie bien souvent d’une mort prématurée.
- Une société de secours mutuels, qui fonctionnait
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- dans sa maison depuis 1888, lui permit de constater que sur 63 sociétaires malades, 19, soit le tiers environ, étaient atteints de coliques saturnines. Cette constatation lui suggéra aussitôt l’idée de remplacer le blanc de céruse par un autre produit dont l’emploi fût sans danger. 11 multiplie les recherches et les essais et, aidé des conseils de l’illustre Chevreul, il découvre en 1844 le moyen de remplacer l’oxvde de plomb dangereux par l’oxyde de zinc inoffensif. Cette découverte, qui supprime la cause d’une maladie professionnelle et rend un service important à l’hygiène publique, lui vaut de nombreuses distinctions : une médaille d’or de l’Institut, un prix Montyon, la croix de la Légion d’honneur.
- Nous venons de dire combien Leclaire était préoccupé des maladies qui affectaient ses ouvriers et comment, en en recherchant les origines, il fut conduit à l’emploi du blanc de zinc. Mais bien d’autres causes encore menaçaient la santé de son personnel. Atteint lui-même du choléra en 1832, il avait appris, par sa propre expérience, à compatir aux douleurs d’autrui. C’est de cette préoccupation qu’était née la Société de secours mutuels dont il a été question plus haut ; elle avait pour but de procurer à ses collaborateurs les soins médicaux et les remèdes nécessaires.
- Cette Société, autorisée dès le 28 septembre 1838, tirait ses principales ressources des cotisations des sociétaires, fixées à 2 francs par mois ; sa durée statutaire était de 15 ans. A l’expiration "de ce délai les sociétaires pouvaient réclamer le partage des fonds, et ils n’y manquèrent pas. En novembre 1853, 29 ayants-droit se partagèrent les 15.834 fr. qui se trouvaient dans la caisse, ce qui leur fournit à chacun une part de 546 francs. Ainsi par la faute et l’imprévoyance de la majorité de ses membres, cette Société de prévoyance et de secours mutuels disparaissait, réduisant ainsi à néant, pour le moment du moins, les meilleures intentions de son fondateur.
- Mais Leclaire n’était pas homme à se laisser arrêter
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- pour si peu, nous le verrons par la suite. Son idée maîtresse, celle qu’il a mise le premier en pratique, consistait en un système de participation aux bénéfices s’ajoutant au salaire normal, de façon à déterminer d’une part une amélioration du travail et, d’autre part, à assurer les ouvriers contre la misère toujours si cruelle pour les vieillards, par la création à leur profit, grâce à cette participation, d’une ingénieuse caisse de retraite. Dans sa pensée « la Société de secours mutuels était pour ainsi dire la mère des pensions de retraite ». (1)
- Le renvoi des vieux ouvriers l’avait toujours profondément ému, mais il le considérait comme une conséquence inévitable de la cession de la clientèle, et c’est contre cette fatalité qu’il cherchait un remède. Deux mots d’explication sont ici nécessaires : demandons-les à Leclaire lui-même. Dans une de ses brochures , il explique ainsi les préoccupations qui Fagitaient et comment il fut amené à la participation des ouvriers aux bénéfices :
- « Tout chef d’industrie qui, après avoir fait fortune, quitte les affaires, dresse une liste de ce qu’il appelle ses clients ; il met en tête les plus beaux noms, il soumet cette liste à celui qui se propose de lui succéder. Le vendeur fait ressortir les profits qu’il retire de tel ou tel client en faisant ses travaux. Bref, on se met d’accord sur le prix de la clientèle et on fixe les époques de paiement. Le successeur fait fortune à son tour, revend la même clientèle à un nouveau venu et ainsi de suite.
- « L’acquéreur de la clientèle garde le bon ouvrier et l’employé dont l’aspect n’annonce pas encore la vétérance ; mais ceux dont l’apparence décèle un amoindrissement de forces sont impitoyablement renvoyés. Chaque successeur en fait de même ; il n’a évidemment aucun motif d’agir autrement. Un renvoi de cette na-
- (1) De la misère et des moyens de la faire cesser, broch. Leclaire. Compte rendu aux clients de la maison (1865).
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- ture porte un coup terrible à l’ouvrier qui le subit... A dater de ce jour fatal, il acquiert la triste conviction que partout où il ira demander de l’ouvrage on jugera de prime abord, à sa figure, à son maintien, qu’il est trop vieux pour s’en bien acquitter.
- « Alors que deviennent ces hommes intelligents qui naguère formaient le nerf, le noyau de l’établissement, ce bataillon sacré qui, sur un mot, sur un signe même, comprenait la volonté du patron ?...
- « Que deviennent ces collaborateurs dont le dévouement permettait de faire les choses les plus difficiles et qui, par leur exemple, forçaient à l’activité les ouvriers qui ne travaillaient à la maison que momentanément ?...
- « Que pourrait-on faire pour ces nobles débris d’atelier qu’on repousse de toutes parts comme des outils devenus impropres à aucun service?... »
- Et plus loin, toujours dans le même compte-rendu, Lcclaire ajoute :
- « Devenu patron, je n’ai point oublié ce dont j’ai été témoin en faits de tout genre et plus ou moins fâcheux qui se sont produits sous mes yeux lorsque j’étais ouvrier, et je me suis souvenu de toutes les privations que le salarié qui a de l’ordre est forcé de s’imposer pour subvenir à ses besoins de tous les jours, pour parer au temps de chômage et de maladie. Je me suis rappelé également qu’avec un salaire journalier, il était impossible à un ouvrier, qui avait presque toujours de vieux parents à sa charge ou des enfants à élever, de faire la moindre économie pour le temps de la vieillesse. Je subissais cette impression que le jour où je prendrais ma retraite les ouvriers stables qui me seraient restés fidèlement attachés ne pourraient pas en faire autant et que mon successeur ferait d’eux ce que vous savez. Je pensais alors que je ne jouirais pas d’un bonheur complet en me souvenant du sort que devaient avoir ceux qui auraient contribué à me mettre à même de couler mes vieux jours heureux. D’un autre côté, les affaires de
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- mon entreprise prenaient du développement, mes forces physiques et intellectuelles n’étaient plus suffisantes pour les diriger à mon gré. En outre, une longue maladie m’avait fait comprendre l’importance qu’il y aurait à pouvoir être remplacé au besoin. Agité ainsi au physique et au moral, je lisais avec avidité tous les écrits ayant trait à des questions d’économie politique et sociale; j’espérais y trouver des moyens pratiques d’organisation qui me tireraient d’embarras.
- » J’étais dans cette situation d’esprit, lorsque l’honorable M. Frégier, à l’époque où il faisait son livre ayant pour titre : Des classes dangereuses, vint à moi pour avoir des renseignements sur les mœurs des ouvriers peintres que j’employais. Ses visites étaient fréquentes et nos entretiens ne roulaient que sur cette question importante : des rapports de Vouvrier avec le patron.
- » A tous les développements dans lesquels j’entrais pour lui expliquer combien les difficultés étaient grandes pour arriver à faire disparaître l’antagonisme qui existe entre l’ouvrier et le patron, M. Frégier répondait qu’il ne voyait de solution que dans la participation de l’ouvrier aux bénéfices du patron.
- » C’était en 1835. J’avais la tête trop farcie de toutes les idées émises par les économistes et les réformateurs du temps pour goûter cette proposition; elle me paraissait tout à fait impraticable. Aussi la rejetais-je très loin. Je pouvais d’autant moins la comprendre que M. Frégier l’émettait sans formuler la manière de l’appliquer.
- » Pendant ce temps, je continuais à être embarrassé par la difficulté de répondre à toutes les commandes de travaux. A mesure qu’elles m’arrivaient, les idées de M. Frégier prenaient racine et se développaient dans mon cerveau. J’aperçus tout à coup (en 1840, cinq ans après !) qu’en l’appliquant, je pouvais servir mes intérêts et être utile aux ouvriers et employés qui s’attacheraient à ma destinée.
- » Je me mis donc à l’œuvre résolument sur ce terrain
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- de la participation de l’ouvrier aux bénéfices du patron. Sans m’en douter j’étais préparé pour cela: j’avais déjà un noyau de bons ouvriers que reliait ensemble une société de secours mutuels que j’avais fondée en 1838. En 1835, je n’avais pas compris, et ce n’est qu’à force de me frapper le front que la chose m’a paru possible et des plus simples à mettre en pratique. »
- III
- Dès que l’idée de faire participer ses ouvriers aux bénéfices de l’industrie eut pris corps dans sa pensée, Leclaire se mit à l’œuvre. Il demanda et obtint l’autorisation de réunir chez lui les 80 ou 90 ouvriers qu’il désirait préparer pour former le noyau de sa maison. Un rapport au préfet de police constate que tout s’est bien passé. Cette réunion avait eu lieu en juin 1840. Pendant l’année 1841, Leclaire complète l’organisation administrative de ses ateliers et de ses bureaux. Le 15 février, il publie une note intitulée: Un mot à nos ouvriers, dans laquelle il expose qu’il veut mettre en pratique un projet d’amélioration du sort de ses collaborateurs. « Ce que j’ai fait dans le passé, dit-il, doit vous répondre de l’avenir... Ce n’est point une association que je forme ; j’ignore même si la loi me le permettrait. Il s’agit tout simplement de distribuer à un certain nombre de mes ouvriers qui sauront mériter cet avantage, une part des bénéfices produits par le travail ». Suivent des statuts en 21 articles , datés du 15 février 1842 et intitulés : Règlement d’administration et de répartition des bénéfices produits par le travail, entre les employés et les ouvriers composant le noyau de la maison Leclaire, mis en vigueur le 1** janvier 1842.
- Mais quand Leclaire voulut ‘innover ce mode de répartition parmi ses ouvriers, des obstacles de diverses natures se dressèrent soudain devant lui, venant les uns de la méfiance des ouvriers , les autres de la défiance des pouvoirs publics. Nous allons donner des
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- échantillons des uns et des autres, afin de bien montrer la nature des heurts et des pierres d’achoppement que toute idée nouvelle rencontre sur son chemin.
- Dès que Leclaire eut publié son nouveau règlement, une scission d’opinion se produisit parmi ses ouvriers. Les uns étaient convaincus des bonnes intentions du patron, les autres, soupçonneux, obéissaient aux suggestions du journal VAtelier qui accusait Leclaire d’agir ainsi pour faire baisser les salaires. Cette accusation était absolument gratuite, puisque Leclaire avait toujours payé de forts salaires à ses ouvriers et même des gratifications assez importantes, mais cette résistance de la routine aux idées nouvelles est une chose si commune, si humaine, qu’on la retrouve à l’heure actuelle dans les Trade-unions anglaises où un parti est encore opposé à la participation aux bénéfices, alléguant que la participation tend à diminuer l’influence et la discipline des Trade-unions.
- Quoi qu’il en soit, Leclaire avait parmi ses ouvriers un groupe d’opposants tenaces. Un de ceux-ci, qui arriva plus tard à une haute position, était parmi les plus hostiles. Voici le stratagème qu’employa Leclaire pour le gagner. La maison venait de quitter la rive gauche pour s’établir rue Saint-Georges, 11, où elle est encore. Pour pouvoir réunir commodément ses collaborateurs, le patron avait fait construire dans ses magasins de la rue Cardinet, aux Batignolles, un grand local qui sert encore au même usage. 11 chargea l’ouvrier opposant de diviser le mur delà grande salle de réunion en panneaux destinés à recevoir la reproduction des statuts proposés. L’ouvrier ne put désobéir au patron et dut, pour faVe ce travail, compter le nombre de lettres que pouvait contenir chaque panneau. Il fut ainsi obligé de lire les statuts, ce à quoi il s’était absolument refusé jusqu’alors. Quand Leclaire revint près de son employé, ce dernier se confondit en excuses, en lui déclarant qu’à l’avenir il serait son plus dévoué auxiliaire. Celui-là avait compris.
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- Mais d’autres se demandaient si la participation promise serait réellement payée et s’ils n’étaient pas les jouets d’une vulgaire tromperie. Pour dissiper ces impressions plutôt fâcheuses, Leclaire procéda avec sa résolution habituelle. L’inventaire de l’année 1841 venait d’être dressé et bon était au début de l’année
- 1842. Il réunit ses ouvriers et, jetant sur la table un sac rempli d’or, il l’ouvrit et remit à chacun la part qui lui revenait. Le total des sommes distribuées s’élevait à 11,.886 francs. Devant de telles leçons de choses, toute hésitation disparut.
- Mais les obstacles résultant des préjugés répandus parmi les ouvriers ne furent pas les seuls que Leclaire eut à surmonter. Des entraves surgirent du côté de l’administration. En voici un exemple. En septembre
- 1843, Leclaire adressait au préfet de police une demande d’audience ainsi motivée :
- « Les difficultés qu’on éprouve, surtout depuis quelques années, pour exercer sa profession dans mon industrie , m’ont déterminé à organiser ma maison non-seulement de manière à rendre ma tâche facile et fructueuse pour le présent, mais encore de manière à assurer la conservation de ce qui m’a coûté tant de sueurs et tant de veilles à acquérir. Les moyens que j’emploie pour atteindre ce but, Monsieur le Préfet, sont consignés dans le petit ouvrage que j’ai l’honneur de vous adresser, ouvrage auquel je joins le compte des opérations faites en 1842. Les résultats de mon organisation ayant pleinement répondu à mon attente, j’aurais besoin, Monsieur le Préfet, de réunir dans un de mes ateliers, quatre ou cinq fois par an, ceux de mes employés ou ouvriers auxquels j’accorde une part proportionnelle dans les bénéfices produits par le travail. Ces réunions n’auraient qu’un seul et unique but, celui d’expliquer et bien faire comprendre à ces employés et ouvriers quelle est la conduite que chacun doit tenir tant dans scs rapports avec les personnes qui m’honorent de leur confiance que dans ses rapports intérieurs
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- avec ses camarades et aussi de leur donner des instructions sur la manière dont ils doivent procéder dans l’exécution des travaux qui me sont confiés; en un mot, Monsieur le Préfet, il s’agit, si j’ose me servir de cette expression, de faire un cours de morale, de peinture pratique et d’administration. Mon profond respect pour l’autorité m’a empêché et m’empêchera toujours de recourir à une voie détournée pour réunir mes ouvriers, même chez moi, si je n’y suis peint positivement autorisé. »
- En réponse à cette demande pleine de déférence pour l’autorité, Loclaire reçut un refus formel et si étrangement motivé que nous croyons devoir le donner in extenso pour bien montrer l’état mental de l’administration de l’époque. Le rapport, daté du 21 septembre 1843, contient en marge l’observation suivante :
- « Il y a danger pour les classes ouvrières et abus d’autoriser les réunions des ouvriers du sieur Leclaire , entrepreneur de peinture , pour s’entendre sur le partage des bénéfices résultant de l’entreprise ».
- Voici maintenant le texte du rapport :
- Rapport
- « Les ouvriers peintres du sieur Leclaire se sont formés en association de secours mutuels. Une décision ministérielle du 28 septembre 1838 autorise leur association et approuve leur règlement.
- » Le sieur Leclaire , maître-entrepreneur, est leur président honoraire et leur trésorier tout à la fois. Le règlement de cette association ne comporte aucune clause qui admette les ouvriers à participer aux bénéfices des travaux entrepris par le sieur Leclaire. Déjà, au mois de mars 1842, le sieur Leclaire a demandé à M. le préfet l’autorisation de réunir dans ses ateliers de 60 à 80 ouvriers, M. le préfet a refusé ou plutôt défendu la réunion ; le sieur Leclaire s’est conformé à ses or-
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- dres et la réunion n’a pas eu lieu dans le but indiqué dans la demande qu’il reproduit cette année.
- ï> Le sieur Leclaire, dans l’année 1842, n’en a pas moins réparti entre quarante-quatre de ses ouvriers une somme de 11.886 francs, produit des bénéfices de son travail. C’est ce genre d’association en participation qu’il veut renouveler cette année et, pour y parvenir, il sollicite l’autorisation de réunir quatre ou cinq fois l’année, ses ouvriers au-delà du nombre de vingt.
- ï Nous pensons, dans les circonstances où se place cet entrepreneur, que son intention n’est autre que d’embaucher des ouvriers pour assurer l’extension de ses travaux en leur donnant des chances de partage dans les bénéfices qu’il retire de ses travaux.
- » C’est là une question de règlement de salaires d’ouvriers qui ne nous paraît pas devoir être encouragée et qui est même défendue par les lois; l’ouvrier doit rester entièrement libre de fixer et régler son salaire et il ne doit pas pactiser avec le maître, et c’est à quoi le sieur Leclaire vise aujourd’hui.
- » Sous ce rapport, les autorisations qu’il sollicite nous paraissent devoir lui être refusées, surtout si l’on considère que, par l’association dans les bénéfices, l’ouvrier s’engage avec le maître au-delà d’une année, ce qui est défendu par l’article 15 de la loi du 22 germinal an XI.
- » Par ces motifs, nous estimons et nous proposons de refuser l’autorisation sollicitée par le sieur Leclaire.
- * » Le chef,
- » signé : illisible. »
- Aug. Fabre. (A suivre).
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- Pendant que le Parlement est en vacances, on lui prépare de la besogne. Il est entendu que la législature actuelle doit étudier et résoudre la plupart des grands problèmes économiques et sociaux que la lutte contre les empiètements de l’Eglise avait fait jusqu’ici reléguer au second rang
- A cette œuvre sociale, le ministre du Commerce, de l’Industrie et du Travail devait naturellement apporter une large contribution. Conformément aux promesses qu’il avait fait introduire dans la déclaration ministérielle, M. Doumergue a déjà présenté au Parlement un projet sur* le contrat de travail, un autre sur l’extension aux industries exploitées par l’Etat de la loi sur les accidents du travail, enfin un projet réduisant uniformément à 10 heures la durée de la journée de travail.
- Le contrat du travail.
- Voici l’exposé des motifs de ce projet qui en fait connaître le caractère et la portée :
- Le projet de loi a pour objet de préciser le mode de formation, les effets et le mode de résolution du contrat de travail.
- Répondant à révolution des usages professionnels, il se propose également de définir juridiquement et de favoriser les conventions collectives qui permettent aux ouvriers de la grande industrie, aux employés du grand commerce, de conclure avec leurs employeurs, sur un pied de réelle égalité, leurs contrats de travail.
- Le contrat de travail est l’un des plus usuels et l’un des plus importants des contrats. Outre qu’il règle, cha-
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- que jour, les conditions d’existence d’un grand nombre de citoyens, il est le fondement de toute l’organisation économique, le ressort de la vie industrielle du pays.
- Cependant, la fréquence croissante des conflits auxquels J1 donne lieu, montre combien est mal défini le lien contractuel qui unit les employeurs et les employés, et il semble que rien n’est plus urgent que de fixer par une loi les obligations réciproques des parties.
- On a maintes fois signalé l’insuffisance des dispositions législatives applicables, en France, au contrat de travail. Le Code civil, dans le chapitre de louage d’ouvrage et d’industrie, ne consacre au « louage des domestiques et des ouvriers » que deux articles : l’un, relatif à la preuve, est abrogé; l’autre (art. 1780), qui ne permet d’engager ses services qu’à temps et pour une entreprise déterminée, affirme simplement l’inaliénabilité de la personne humaine et ne définit pas la forme de l’enga-gagement. La loi du 21 décembre 1890 a complété l’article 1780 en y inscrivant la faculté pour chacune des parties de provoquer la résolution du contrat de travail à durée indéterminée. Mais d’autre part, cette loi qui, pour répondre aux vœux si souvent exprimés par la classe ouvrière, a supprimé l’obligation des livrets d’ouvriers, a du même coup rendu malaisée dans beaucoup de cas la preuve de la formation du contrat.
- Le Code civil est muet sur les obligations qui naissent, pour les parties, de la formation du contrat de travail, et l’ignorance dans laquelle se trouvent les contractants de la portée exacte de leurs droits et de leurs devoirs n’est sans doute pas étrangère à la multiplicité des conflits qui surgissent à l’occasion de ce contrat.
- La persistance des usages antérieurs, le caractère encore familial des ateliers à cette époque dans le plus grand nombre des industries expliquent, dans une certaine mesure, le silence du Code civil sur ce point. Aujourd’hui que par l’application de plus en plus répan -due du machinisme, la concentration industrielle s’accentue de jour en jour, l’inégalité des parties appelées
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- à contracter est flagrante. Dans ces grands établissements qui occupent des centaines d’ouvriers, l’ouvrier isolé est sans défense en face de l’employeur, qui n’est souvent lui-même que le représentant appointé d’une société anonyme.
- La garantie que présentait autrefois pour l’ouvrier l’existence d’usages professionnels ou locaux cesse par l’effet des règlements d’atelier que l’employeur impose à son personnel. C’est par voie de règlements d’atelier que certains patrons ont pu substituer à des usages courants des dispositions dérogatoires au droit commun, telle que la suppression de l’obligation réciproque du délai-congé. Les modifications apportées par des règlements d’atelier aux conditions implicites du contrat de travail (heures d’entrée et de sortie, intervalle de repos pour les repas, procédure de répartition et de remise du travail, etc.) sont une source constante de conflits.
- Un des objets du projet de loi sera précisément de fixer, en même temps que les conditions de validité du contrat de travail, les conditions de validité du règlement d’atelier, complément du contrat de travail. La convention collective de travail est une forme nouvelle de contrat, qui n’a pas encore reçu une consécration légale, mais qui tend à se répandre de plus en plus.
- Elle ne constitue pas un contrat de travail, mais détermine les conditions générales auxquelles devront satisfaire les contrats de travail individuels passés entre employeurs et employés, parties à la convention. Il faut donc se garder de confondre la « convention collective de travail », souvent appelée à tort contrat collectif de travail, avec la convention qui s’établit entre un employeur et une collectivité d’employés pour l’exécution d’un travail déterminé, contrat défini sous le nom de « contrat d’équipe » au titre 1er du projet.
- La convention collective de travail, très populaire parmi les ouvriers, n’a pas été moins favorablement accueillie par les patrons de certaines industries, désireux de limiter les excès d’une concurrence ruineuse.
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- C’est ainsi qu’à Armentières, en 1889, ce sont les fabricants de toiles qui ont pris l’initiative de l’unification des tarifs de main-d’œuvre.
- Les accords passés par devant les juges de paix, agissant en vertu de la loi du 27 décembre 1892 sur la conciliation et l’arbitrage, affectent fréquemment la forme de conventions collectives, et dans les centres industriels où existent des syndicats patronaux et ouvriers groupant la majorité des membres de la profession, des conventions collectives ont été souvent passées entre les deux syndicats.
- Dans une matière aussi délicate, on ne saurait prétendre avoir fait œuvre définitive. La convention collective n’est encore qu’en voie d’évolution. On a essayé de tenir compte de ce qu’elle est déjà et de ce qu’elle apparaît devoir être dans un avenir prochain. Ses conséquences pourront se développer au-delà des principes posés et entraîner de nouvelles réformes. Ce sera l’œuvre de demain.
- Dès aujourd’hui, il a paru qu’une loi sur le contrat de travail ne serait pas complète si elle ne visait, en un titre spécial les conditions d’établissement et de validité de ces conventions.
- D’autres questions, telles que la fixation des conditions de payement des salaires, la réglementation de la saisie-arrêt sur les salaires et les petits traitements, la réglementation des amendes, la conciliation et l’arbitrage dans les différends collectifs, qui font l’objet de lois spéciales ou de propositions actuellement soumises au Parlement n’ont pas été reprises dans le projet. Ces lois spéciales trouveront leur place dans le futur Code du travail. Cette façon deprocéder a été adoptée dans divers pays étrangers, notamment en Belgique, où, par exemple, les dispositions de la loi du 15 juin 1896 sur les règlements d’atelier ont été laissées de côté dans la rédaction de la loi du 10 mars 1900 sur le contrat de travail.
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- FRANGE
- La loi sur l’assistance aux vieillards, votée et promulguée au mois de juillet 1905, doit entrer en vigueur le 1er janvier 1907.
- Un des articles de cette loi, l’article 33 , stipule que pour les trois années 1907, 1908, 1909, la loi de finances de chaque exercice déterminera la somme que le ministre de l’intérieur sera autorisé à engager pour les subventions allouées aux départements et aux communes en exécution de la loi. Que la loi de finances, pendant une période de transition détermine à l’avance la part contributive de l’Etat, afin que celui-ci connaissant exactement ses engagements, puisse prévoir les ressources correspondantes, il n’y a là rien d’anormal.
- On ne s’attendait guère à ce que le gouvernement prit texte de cet article pour proposer au vote du Parlement une subvention si minime que la loi en serait en quelque sorte frappée de stérilité.
- Sans doute, le désir de restreindre au minimum le coût de la loi pendant l’année 1907, a été inspiré au gouvernement par la considération des nécessités budgétaires ; mais, comme l’a fait remarquer un des hommes qui ont pris une part des plus grandes à la confection des lois sociales, M. Strauss, sénateur, pour qu’une pension de vieillesse soit réellement efficace, elle doit, pour le moins, assurer au bénéficiaire le secours alimentaire proprement dit. S’il en était autrement, ce serait encourager l’hospitalisation et par conséquent rendre la loi plus coûteuse.
- Donc, au point de vue budgétaire où s’est placé le ministre des finances, ' la restriction de l'assistance à
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- domicile serait préjudiciable à l’Etat ; elle lui ferait perdre d’un côté en journée d’hospice, tout ce qu’il aurait pu gagner, de l’autre, en pensions supprimées.
- La loi d’assistance, telle qu’elle avait été votée par la Chambre, comportait une dépense annuellede66.700.000 francs environ, d’après les évaluations, de la commission sénatoriale des finances. Cette dépense devait se répartir ainsi : 31.300.000 francs à la charge des communes, 18.400.000 francs à la charge des départements, et 17 millions seulement à la charge de l’Etat.
- Mais, dans la discussion qui a eu lieu au Sénat, plusieurs orateurs ont fait remarquer que les charges qui incombaient aux départements et aux communes étaient extrêmement lourdes, qu’il serait très difficile de déterminer les départements et les communes à voter les impositions nécessaires, et qu’au surplus ce serait toujours les contribuables qui paieraient. Le Sénat frappé de ces observations, a adopté un amendement de M. Milliès-Lacroix, qui en modifiant d’ailleurs les barêmes, diminuait la contribution communale et départementale et accroissait, au contraire fortement celle de l’Etat. Les évaluations ont été, par suite, ainsi modifiées : communes, 18.083.450 fr. ; départements, 11.083.000 fr. ; Etat, 37.600.250 francs.
- L’article 33, a déclaré M. Poincaré, a été voté au Sénat pour permettre l’échelonnement de la dépense de l’Etat sur trois exercices et pour limiter, pendant ce délai, la subvention budgétaire au crédit qui pourraitêtre inscrit au ministère de l’intérieur. Le ministre reconnaît volontiers que, lorsque la loi est revenue à la Chambre, la portée de cet article n’a pas été nettement expliquée ; mais il n’en est pas moins formel et s’il n’est pas modifié par l’accord des deux Chambres, il est certain que le concours de l’Etat est, pendant trois ans, limité au crédit budgétaire qui sera voté. Le gouvernement a proposé de le fixer pour 1907-à 10 millions. La commission du budget s’est recriée; elle a demandé que'dès 1907 la loi fût appliquée intégralement. Si telle était la volonté
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- du Parlement, ce qui ne paraît pas douteux, le dernier mot devait rester à celui-ci. Mais alors c’était le conflit entre la commission et le gouvernement, une complication dans rétablissement du budget. L’accord a pu se faire et la commission a décidé d’inscrire au chapitre44 du budget de l’intérieur les crédits nécessaires pour assurer, dès l’exercice 1907, l’application intégrale de la loi du 14 juillet 1905 sur l’assistance aux vieillards infirmes et incurables.
- Les forces des partis. ~
- D’une statistique très complète, il ressort qu’au premier tour de scrutin des élections législatives, le seul qui réflète les nuances de l’opinion, les suffrages exprimés se sont ainsi répartis :
- Collectivistes révolutionnaires, 761.828; Socialistes indépendants, 311.779 ; Radicaux socialistes, 1 million 151.323 ; Radicaux, 1.589.249 ; Républicains de Gauche, 1.125.123 ; Progressistes, 1.036.368 ; Nationalistes, 535.688 ; Royalistes, conservateurs', 1.638.524.
- Les partisans de la politique du Bloc ont réuni un total de 4.939.302 suffrages, tandis que les diverses fractions de l’opposition en ont réuni 3.200.000. C’est une majorité de près de 2 millions de suffrages en faveur des Républicains, en considérant les Progressistes comme faisant bloc avec les réactionnaires.
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- L’entente cordiale.
- Une exposition anglo-française sera, dit. le Petit Bleu de Bruxelles, organisée à Londres pour l’an prochain, à titre de manifestation nouvelle de l’entente cordiale et pour activer encore l’échange des produits entre les deux pays.
- Une réunion de promoteurs de ce projet vient d’avoir lieu à Londres, sous la présidence du duc d’Ar-
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- gyll ; il a été décidé de constituer immédiatement un fonds de garantie, et if a été proposé de consacrer tous les bénéfices éventuels de l’exposition à des œuvres de charité des deux pays.
- RUSSIE
- La Douma dissoute.
- La lutte engagée par la Douma réformatrice contre , un ministère irresponsable au service d’une bureaucratie occulte, ne pouvait durer longtemps.
- Par un ukase du 22 juillet la Douma a été dissoute. Pour donner une apparence de légitimité à ce coup d’Etat, il fallait accuser la Douma. Le manifeste impérial n’y manque pas. Les regrets hypocrites se mêlent aux reproches injustifiés dans ce document à la fois larmoyant et rageur.
- « Les représentants de la nation, au lieu de s’occuper de faire œuvre législative sont sortis de la sphère qui était de leur compétence et se sont occupés de se livrer à des enquêtes sur les actes des pouvoirs locaux établis par nous ; à signaler les imperfections des lois fondamentales, qui ne sauraient être modifiées que par notre volonté impériale. »
- On reproche à la Douma de n’avoir pas fait œuvre législative. Mais comme le fait remarquer avec raison le journal le Temps « où, quand, sous quelle forme y a-t-elle été pratiquement conviée par le gouvernement ? Toutes les fois que la Douma a pris l’initiative d’une proposition de loi, elle a rencontré devant elle l’hostilité résolue du gouvernement. Quant au contrôle qu’elle a essayé d’exercer sur les actes des pouvoirs locaux, elle tenait de sa charte constitutive le droit d’interpellation. »
- L’ukase ajoute :
- « Enfin, les représentants de la nation se sont livrés à des actes vraiment illégaux comme l’appel à la nation
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- de la part de la Douma. Les paysans, troublés par de telles anomalies et n’attendant pas une amélioration de leur sort par des moyens légaux, se sont livrés dans une série de districts à un pillage ouvert, à la destruction des propriétés, à la désobéissance aux lois et aux autorités légales. Mais nos sujets doivent se rappeler que l’amélioration du sort du peuple n’est possible qu’à la condition que l’ordre et la tranquillité régnent entièrement.
- » Nous n’admettrons pas des actes arbitraires ou illégaux et par toute la force de la puissance légale, nous imposerons notre volonté impériale aux désobéissants. »
- Ne dirait-on pas, à lire ces lignes, que l’origine de l’agitation paysanne est postérieure à la réunion de la Douma et que les haines ont attendu pour faire explosion l’apparition de l’appel au peuple !
- Il est bien souvent question, dans cet étrange document, de la loi, de l’autorité légale et du respect qui leur sont dû. Mais où est la loi en Russie, et si la loi n’est autre que la volonté de l’autocrate, que ne la respecte-t-il tout au moins lui-même, puisque les faits démontrent qu’il est incapable d’obtenir l’obéissance de ses propres fonctionnaires !
- Les journaux russes ont publié des renseignements statistiques sur la Douma défunte. Il s’en suit qu’au cours de la session ainsi brusquement close, 267 orateurs ont pris la parole au Palais de Tauride et ont prononcé au total 1,096 discours. Pendant sa courte durée de deux mois , la Douma a émis 695 votes , entendu 133 différentes propositions et fait 336 interpellations. Onze sections comprenant 441 membres et 6 commissions spéciales ont travaillé à l’élaboration des lois. Ces sections et commissions ont préparé ou étaient en train de préparer des lois sur l’abrogation de la peine de mort, l’égalité civile, l’inviolabilité personnelle, la réforme agraire, la réforme judiciaire, la liberté de conscience, etc. Il fallait arrêter ce flux de paroles, qui criait à tous la misère du peuple russe et lui donnait, à
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- lui, la conscience exacte de sa longue compression. Il fallait empêcher que ne se grave dans son cerveau la formule précise, dès lors indélébile, des réformes.
- Aussitôt après la dissolution de la Douma, la plupart de ses membres se retirèrent à Viborg en Finlande et rédigèrent un manifeste à la nation qui fut signé de tous les membres présents à l’exception de deux.
- Ce manifeste dit :
- « Conformément à vos instructions et à notre devoir, nous avons rédigé des lois pour assurer la liberté au peuple. Nous avons exigé le départ des ministres irresponsables qui, transgressant les lois avec impunité, oppriment la liberté. »
- Le manifeste engage les citoyens à se lever pour la défense de leur droit à une représentation populaire et conclut ainsi :
- « Jusqu’à ce que les représentants populaires soient convoqués ne donnez pas un kopeck au trône, ni un soldat à l’armée. Soyez ferme dans votre refus. Aucune puissance ne peut résister à la volonté unique et inflexible d’une nation. »
- Les adversaires de la Douma annonçaient triomphalement que la dissolution de cette assemblée ramènerait l’ordre dans l’empire. La Douma est dissoute et le désordre ne fut jamais plus grand. Mais que les amis des institutions libérales se rassurent, le ministre qui a assumé devant l’histoire la responsabilité d’étouffer l’embryon de gouvernement qu’était la Douma, dans un pays qui depuis longtemps n’a plus de gouvernement, et de restaurer le pire de régimes, l’arbitraire, M. Stolypine est en passe de faire un bloc de toutes les oppositions qui conspirent contre l’autocratie : les libéraux, qui se contenteraient de certaines garanties contre l’arbitraire ; les paysans, qui se trouvent à l’étroit sur leurs terres; les ouvriers, qui se plaignent de leur situation économique; les Polonais et les Caucasiens, qui s’insurgent contre la ratification à outrance. « Aucune puissance ne peut résister à la volonté unique et inflexible d’une nation. »
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- LE DEVOIR
- ALLEMAGNE
- Les budgets de l’Empire et des Etats allemands.
- D’après les documents officiels, les budgets de l’Empire et des Etats confédérés représentent en dépense un total de 6.800 millions de marcs, couverts par les revenus, les impôts ou même les emprunts. L’Empire entre dans ce total pour 2.400 millions, et les 26 États qu’il comprend pour 4.400 millions.
- La principale source de recettes sont les revenus des exploitations des Etats : chemins de fer, télégraphes, mines, biens domaniaux, etc., qui représentent environ 3 milliards de marcs, dépassant de 850 millions de marcs les dépenses. Le seul bénéfice résultant des chemins de fer atteint près de 650 millions.
- Les impôts directs prélevés par les Etats atteignent 614 millions de marcs, auxquels vient s’ajouter un peu plus d’un milliard, produit des impôts indirects et des douanes perçus au nom de l’Empire. Les charges fiscales gouvernementales qui pèsent sur le contribuable allemand s’élèvent donc à 1.600 millions, sans compter les impositions et taxes municipales.
- Les propriétés domaniales mesurent 700 mille hectares ; les forêts fiscales près de 5 millions d’hectares. La dette publique des Etats est de 12.181 millions de marcs, celle de l’Empire de 3,024 millions, soit en tout 15 milliards 200 millions. Les dettes flottantes se chiffrent par 244 millions de marcs, dont 180pour l’Empire et 46 pour Hambourg.
- ETATS-UNIS
- Nettoyage des rues par les entants.
- La municipalité de New-York fait en ce moment une expérience curieuse. Elle emploie dix mille enfants des quartiers pauvres d’East-side. au balayage et au nettoyage des rues.
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- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX
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- Le public s’amuse beaucoup des observations sévères que les jeunes balayeurs, prenant leurs fonctions très sérieusement, adressent aux personnes qui jettent du papier sur la voie publique, et se soumet de bonne grâce à leurs observations.
- Le nombre d’arrestations d’enfants dans les rues pour vagabondage a beaucoup diminué.
- Le quarante-sixième Etat américain.
- Le président Roosevelt vient de signer le décret en vertu duquel l’Oklahoma et le territoire des Peaux-Rouges formeront le quarante-sixième Etat fédéral américain. Les deux districts ainsi réunis ont un territoire étendu.
- L’Oklahoma comptait, d’après le dernier recensement général de 1900, 308,331, et le territoire des Peaux-Rouges 392,000 habitants. Les populations de ces districts ont augmenté dans les cinq dernières années d’une façon surprenante ; on peut les estimer actuellement à un million et demi d’habitants.
- L’Etat nouveau dispose déjà de 79 banques de caractère national et de 247 banques d’initiative privée, qui possèdent des dépôts pour un chiffre de 22 millions de dollars. Les 2,192 écoles communales donnent l’instruction à 191,433 enfants.
- Le territoire des Peaux-Rouges fut créé en 1834 pour y transporter les tribus qui, dans les Etats de l’Est, harcelaient les colons.
- , D’autre part le Congrès vient de donner aux territoires d’Arizona et du Nouveau-Mexique l’autorisation de voter sur la question de savoir s’ils désirent suivre l’exemple des deux territoires précités et être à leur
- tour au sein de la fédération réunis en un seul Etat,
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- LE DEVOIR
- LA QUESTION DE LA PAIX
- La Conférence interparlementaire de Londres.
- La XIVe Conférence interparlementaire s’est réunie à Londres le lundi, 23 juillet, dans la galerie Royale du Parlement.
- Indépendamment des membres de la Chambre des communes et de la Chambre des Lords, très nombreux, environ 570 membres de nationalités étrangères ont pris part à ses travaux.
- L’Italie était représentée par 119 députés ou sénateurs ; la France, par 101. La Belgique avait envoyé 73 délégués ; la Hongrie, 52 ; la Hollande, 40 ; l’Allemagne, 36 ; l’Autriche, 34 ; la Roumanie, 26 ; la Finlande, 18 ; le Danemark, 14 ; la Grèce, 11 ; la Norvège, 10 ; la Suède, 5 ; les Etats-Unis, 9 ; la Russie, 6 ; ces derniers désignés par un vote de leurs collègues de la Douma. Citons encore parmi les nations qui avaient envoyé des délégués, le Mexique, l’Espagne, le Portugal, la Serbie, la Suisse et le Canada. Il convient de rappeler ici que c’est sur le désir exprimé par le gouvernement anglais que les Parlements du monde entier s’étaient donné rendez-vous à Londres, et la suite va montrer que cette invitation n’était pas de pure forme.
- Lorsque par un train spécial arrivèrent à la gare de Charing Cross la plupart des délégués étrangers, ils furent reçus sur le quai par quelques membres du groupe anglais ayant à leur tête lord Weardale, son président, et par M. H. Gladstone, ministre de l’intérieur.
- Dès l’ouverture de la première séance, le chef du cabinet britannique, sir Campbell Bannerman, a prononcé en français un discours de bienvenue qui restera
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- LA QUESTION DE LA PAIX
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- parmi les plus belles pages de l’histoire de la libérale Angleterre et de l’histoire du pacifisme mondial.
- « C’est, » a-t-il dit, « comme chef du gouvernement de Sa Majesté le roi que j’ai le grand honneur de vous souhaiter la bienvenue.
- » Je suis très fier à la fois et très heureux, je vous l’avoue, de pouvoir vous accueillir et vous tendre la main au nom du gouvenement et de la nation britanniques.
- « C’est aussi au nom de cette Assemblée qu’on a appelée la « mère des Parlements » que je vous reçois, et c’est sur son seuil vénérable que je vous vois rassemblés, messieurs, vous qui représentez une vingtaine de Parlements.
- « J’ai l’honneur de vous annoncer que Sa Majesté le roi m’a autorisé à vous offrir l’hospitalité en son nom et à vous assurer de tout l’intérêt qu’il porte à cette réunion désormais historique...
- « Je tiens à vous dire, messieurs, que le gouvernement de Sa Majesté, connaissant l’objet de votre mission, s’y associe de tout cœur et sans réserve. Personne plus que nous ne désire que vos délibérations contribuent à amener une entente de plus en plus intime entre toutes les nations du monde. Votre tâche vient à peine de commencer, et déjà vous avez réussi à ce que ce désir général d’une paix universelle prenne forme et devienne bientôt — espérons-le — une réalité.
- « Le temps, pourtant, n’est pas si loin où une réunion comme celle d’aujourd’hui n’eût fait qu’exciter les railleries des personnes qui se jugent être pratiques. Vous eussiez passé pour des rêveurs dans votre ardeur à vouloir remplacer les luttes barbares et stupides de la guerre par des conférences soucieuses de respecter le bon droit et l’équité.
- « Oublions, messieurs, ces âges sombres, et soyons charitables envers nos semblables, victime de leur époque. Nous sommes, tous tant que nous sommes, les esclaves de nos façons de penser et d’agir. Or, mes-
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- LE DEVOîfi
- sieurs, en habituant le monde à l’idée.de voir dés arbitrages pacifiques régler des différends que la diplomatie ne peut régler, vous faites tomber les écailles des yeux du genre humain. »
- L’orateur cite les paroles adressées, en 1900, aux membres de l’Union interparlementaire, par M. Fal-lières, alors président du Sénat, aujourd’hui, président de la République française :
- « Grâce à vous, disait M. Fallières, nous sommes déjà loin de l’époque où la conception de l’arbitrage était considérée comme un jeu de l’esprit ou une hardiesse condamnée par ce que l’on a coutume d’appeler, partout où se dresse une opposition injustifiée , la « sagesse des nations ». Aujourd’hui, il faut faire la part de l’évidence. Des tentatives qui ont abouti sont là pour démontrer qu’il en est des peuples comme des hommes, et que pour les premiers comme pour les seconds, il n’y a pas de résistance qui ne disparaisse, à la longue, devant la toute-puissance d’une idée, quand cette idée puise sa force à la source sainte de la fraternité ! »
- Sir Camphell Bannerman montre par des exemples que depuis que ces paroles ont été prononcées, l’idée d’une paix universelle s’est acheminée à grands pas vers sa réalisation. Trente-huit conventions d’arbitrage ont été conclues et l’Angleterre, sous le gouvernement conservateur, en a signé dix.
- Le Premier ne méconnaît pas que « l’importance de ces traités est limitée par la clause qui empêche de soumettre à l’arbitrage tout sujet touchant aux intérêts vitaux, à l’indépendance ou à l’honneur de deux puissances contractantes », mais il estime qu’il y a quelque avantage, et même quelque gloire, à conclure de tels accords et que d’ailleurs, « bientôt le principe de l’arbitrage saura pénétrer assez profondément dans l’esprit des gens pour justifier son application dans un champ encore plus étendu. »
- « Nous avojis déjà vu», dit-il, «comment des questions
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- qui avaient excité au début les passions populaires avaient abouti à une solution pacifique, non pas nécessairement grâce à Farbitrage, si l’on prend ce mot dans son sens le plus strict, mais parce qu’elles avaient été soumises à un tribunal, tel que celui que nous avons vu fonctionner dans l’incident de la mer du Nord, et je viens vous demander ici, messieurs, s’il ne serait pas fort utile d’examiner attentivement — avant que le prochain congrès se réunisse à La Haye — les formes variées sous lesquelles on soumettrait à ce tribunal tous les différends ; car il convient d’ouvrir une porte aussi grande que possible à tous les moyens qui d’une façon ou d’une autre, peuvent contribuer à apaiser ou accommoder ces différends. »
- L’arbitrage et la réduction des armements sont les deux principales questions du programme pacifiste. Le chef du gouvernement anglais n’est pas moins explicite sur la seconde que sur la première.
- « Mais, messieurs, toute médaille, dit-on, a son revers. Et nous devons admettre que, malgré tous les efforts et des gouvernements et des peuples, le monde continue de présenter l’aspect d’un vaste camp retranché. S’il nous faut constater quelque changements, disons qu’il va de mal en pis. A en juger par les budgets des grandes puissances navales et militaires, on se croirait dans un monde dont le seul moyen de régler les querelles serait d’avoir recours à la force brutale, et où les mots « arbitrage » et « conciliation » seraient inconnus. Le langage qu’a tenu Sa Majesté l’empereur de Russie en convoquant le premier Congrès de La Haye peut s’appliquer toujours à la situation actuelle :
- « Les charges financières qui résultent d’un tel état de choses portent atteinte à la prospérité publique dans sa source même. La force intellectuelle et physique des nations, le travail et le capital sont détournés de leurs applications naturelles et se consument sans profit pour personne. Des centaines de millions sont
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- LE DEVOIR
- consacrés à acheter des engins terribles de destruction que Ton considère aujourd’hui comme le dernier mot de la science, et qui demain sont destinés à perdre toute valeur , par suite d’une découverte nouvelle dans le même champ. »
- «Tel est, messieurs, l’état des choses aujourd’hui. D’un côté nous voyons l’Europe qui pense se déclarer de plus en plus en faveur de la paix; et de l’autre côté nous voyons ces préparatifs de guerre qui, par leur étendue et par leur puissance réelle, sembleraient annoncer que seul le désir de verser du sang anime encore une partie de la société moderne. Comment peut-on s’empêcher, messieurs, d’être plus que découragés, d’être consternés devant un tel paradoxe qui confond notre raison et abaisse notre dignité d’hommes civilisés.
- « Lorsque nous nous demandons — comme nous devons le faire tôt ou tard — si, vraiment, le but de ces préparatifs est atteint, quelle réponse pouvons-nous faire?
- « Quelqu’un d’entre nous peut-il oser dire que de tels sacrifices en argent et en hommes, que cette atteinte à notre idéal et à notre dignité civique ont été compensés par le sentiment intime de notre sécurité? N’est-il pas évident que ces armements simultanés et progressifs à la fois manquent leur but? La violence appelle la violence, les paniques engendrent les paniques. N’est-ce pas que nous nous élançons à la poursuite d’un fantôme de sécurité qui s’évanouit sans cesse à notre approche?
- « Si nous pensons avec M. Hay, l’homme d’Etat américain, dont nous n’avons pas encore cessé de pleurer la perte, que la « guerre est la plus vaine et la plus féroce des folies humaines » , que devons-nous penser de la futilité d’un raisonnement qui nous fait épuiser la vigueur et les ressources d’une nation en des préparatifs de guerre qui ne semblent ni devoir prendre fin ni aboutir à des alliances qu’une sage diplomatie pour-
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- rait conclure, et qui consument ces réserves sur lesquelles un Etat doit compter à l’heure du danger, — si vraiment cette heure doit sonner, — c’est-à-dire le bien-être, l’énergie, la vitalité de ses citoyens?
- «Ne vous imaginez pas, messieurs, que je désire vous décourager en mettant en contraste les faits brutaux de la réalité avec les aspirations que je partage avec vous. Loin de moi une telle pensée ! J’ai pleine confiance en l’avenir.
- « Et d’abord, il n’y a pas si longtemps que la paix er-rait'sur la face de la terre, proscrite et à chaque instant exposée à tous les outrages ; et si les guerres et les apprêts guerriers n’ont pas cessé depuis qu’elle a pu trouver un lieu de repos à La Haye, c’est qu'il faut du temps pour faire naître la confiance des gens en un nouvel ordre de choses, c’est qu’il faut tenir compte de toutes les influences du passé qui pressent de tout leur poids sur le présent et retardent sa marche.
- « Rappelons-nous aussi que le peuple est de notre côté On dit, je ne l’ignore pas, que la démocratie est aussi belliqueuse que toute autre forme de gouvernement. Mais la démocratie, telle que nous la connaissons, est un fruit tardif du progrès humain : à peine a-t-elle eu le temps d’avoir le sentiment de la vraie puissance qui la caractérise, et encore moins d’exercer cette puissance d’une façon efficace dans ses relations extérieures.
- « Des liens faits d’amitié et d’estime mutuelles unissent de plus en plus les peuples entre eux ; et l’heure approche où rien ne pourra leur dissimuler ce fait qu’ils sont les victimes de la guerre et du militarisme, que la guerre, avec ses apprêts, dissipe les fruits de leur travail, arrête le progrès dans sa marche, et convertit on une force meurtrière cette belle énergie créatrice qui fait la gloire de l'humanité. »
- Sir Henry salue ici la présence des députés russes représentant le plus jeune des Parlements, la Douma, dont le premier acte officiel dans ses rapports avec
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- l’étranger a été d’autoriser des délégués à venir à Westminster « pour affirmer ces grands principes de paix et d’entente auxquels le chef de l’empire russe a fait faire de si grands pas en convoquant la première conférence de La Haye et en la prenant sous sa proteetion ».
- Les télégrammes annonçant la dissolution de la Douma étaient parvenus à Londres dans la matinée.
- « Je ne fais pas^de commentaire sur les nouvelles qui ont éclaté ce matin : ce n’en est ni le lieu ni le moment. Nous n’avons pas une assez grande connaissance des faits pour pouvoir blâmer ou louer.
- « Mais ceci du moins nous pouvons le dire, nous qui fondons notre confiance et nos espoirs sur le régime parlementaire :
- « Les nouvelles institutions ont souvent une jeunesse accidentée, sinon orageuse. La Douma krevivra d’une forme ou d’une autre.
- « Nous pouvons dire avec toute sincérité : « La Douma est morte, ^vive la Douma ! »
- Sir Henry conclut :
- « Je vois arriver le moment, que nous attendons tous avec tant d’intérêt, d’espoir et d’anxiété, où les délégués de vos différentes nations se trouveront une fois de plus à La Haye pour recommencer leurs travaux en faveur de la paix.
- « Qu’il me soit permis de terminer comme j’ai commencé, en souhaitant le plus grand succès possible à vos délibérations. Puissent-elles préparer les voies à un acte généreux dont les conséquences seront incalculables pour le bien de l’humanité !
- « Une fois de retour dans vos patries, messieurs, veuillez dire à vos gouvernements respectifs ce que les membres du Parlement britannique que je vois devant moi ne se lasse jamais de me dire à moi : Que les exemples valent mieux que les préceptes, que les actes parlent plus fortement que les paroles. Insistez au nom de l’humanité, pour que vous vous rendiez à cette conférence de la Haye, comme nous-mêmes espérons y aller,
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- dans le dessein de diminuer les charges des budgets de la guerre et de la marine. Priez vos gouvernements, messieurs, de se rendre à cette conférence avec une confiance pleine et entière dans les bons sentiments des nations les unes envers les autres, dans ces sentiments qui vous animent, messieurs, vous qui représentez les Parlements d’Occident ; et lorsque vous vous rassemblerez dans un an d’ici, que votre récompense soit de voir, comme résultat de vos travaux, briller le flambeau de la paix d’une flamme encore plus pure et plus rayonnante ! »
- Un frémissement parcourt toute la salle. Les délégués se lèvent, applaudissent et acclament longuement sir Henry.
- Quand le président du conseil eut achevé son discours, un membre de l’Assemblée demanda la parole et gagna la tribune: c’était le professeur Kovalowski, membre de la Douma. Il se fit parmi tous les délégués un mouvement de sympathique curiosité. Une véritable tempête d’applaudissements éclata et, pendant plusieurs minutes, ce fut un crépitement ininterrompu de bravos frénétiques.
- Visiblement ému, l’orateur fit un signe et le silence se faisant enfin, il parla :
- « Au nom du peuple russe, nous sommes venus ici prendre notre part à la grande œuvre de droit et de justice à laquelle nous étions conviés.
- « Le peuple russe, qui fait en ce moment son dur apprentissage de peuple naissant à la liberté, voulait vous exprimer ses sentiments pacifiques par la voix de ses représentants.
- « La Douma d’empire avait pour mission de sauver un grand pays d’un régime arbitraire et violent. Elle venait d’assurer le progrès pacifique du peuple russe en préparant à l’Etat de nouvelles lois assurant ses libertés.
- « Notre première Assemblée législative nous avait chargés de la représenter à votre conférence et nous
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- espérions pouvoir prendre une part active à vos travaux, confirmant ainsi le désir formel du Parlement russe et de la nation dont nous sommes les représentants fidèles. Notre mission est brusquement terminée, mais rien n’est changé dans les sentiments dont notre nation et nous-mêmes sommes animés pour votre grande oeuvre.
- « Nous retournons dans notre pays avec la résolution inébranlable de continuer la grande lutte engagée pour la liberté et pour la paix du monde si intimement liée à la liberté ! »
- Une émotion indicible s’empara en ce moment de l’Assemblée. Toute la salle débout acclamait les délégués russes, qui tremblant d’émotion, débordés par cet élan formidable de sympathie, balbutiaient des paroles de remerciements inintelligibles.
- M. Lafontaine, délégué belge, supplie, au nom de la conférence, les délégués russes de rester et de prendre part aux travaux de la conférence dont les membres les considèrent toujours comme leurs collègues. Les membres de la Douma, toutefois, font un signe négatif, et passant au milieu de leurs collègues, qui les saluent et les acclament, ils s’en vont.
- Par les applaudissements unanimes qui ont accompagné le vivat du chef du gouvernement anglais en l’honneur de la Douma ; par leurs acclamations, par leurs instances auprès des délégués russes pour les engager à siéger parmi eux, les délégués des autres nations ont tenu à montrer leur réprobation de l’acte inqualifiable inspiré au tsar sans volonté par de néfastes conseillers, et dont la première conséquence, par une singulière ironie, était d’empêcher les représentants de la nation russe de poursuivre avec les représentants du monde civilisé l’œuvre de paix et d’union ébauchée par ce même tsar.
- Lorsque l’émotion causée par l’allocution du chef du gouvernement anglais et par l’exode des délégués de
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- la Douma s’est un peu calmée, la conférence aborde l’examen du rapport de la commission nommée par la 13e conférence de Bruxelles pour examiner la proposition faite par les Etats-Unis de créer un Parlement international.
- M. Lafontaine, sénateur belge, donne lecture du rapport.
- A la suite d’une longue discussion les résolutions suivantes sont adoptées :
- « La conférence émet le vœu qu’il soit accordé aux conférences de La Haye une influence plus réelle et que les puissances s’entendent pour établir une réunion périodique de cette conférence.
- « La conférence émet le vœu que les puissances , en nommant leurs représentants à la seconde conférence de La Haye, attirent leur attention sur l’utilité qu’il y aurait à constituer un conseil consultatif permanent chargé de compléter et d’étendre le code de droit international. »
- Le baron de Plener, membre de la Chambre haute d’Autriche, présente ensuite le rapport de la commission nommée pour examiner les termes d’un traité modèle d’arbitrage.
- L’ordre du jour suivant est proposé :
- € La conférence interparlementaire émet le vœu que, dans tout traité d’arbitrage, tout en réservant leur indépendance nationale et leurs intérêts vitaux, les puissances insèrent la clause suivante, que les Etats-Unis et l’Angleterre ont admise dans leurs projets de traité de 1897 :
- « Si quelque désaccord survenait entre les parties contractantes, désaccord que, d’après les termes du traité d’arbitrage, il n’est pas nécessaire de soumettre à l’arbitrage, elles n’auront pas recours aux hostilités avant d’avoir demandé la médiation d’une ou de plusieurs puissances amies. »
- M. W. J. Bryan, député des Etats-Unis, ancien candidat et candidat éventuel à la présidence de ce pays ,
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- propose, à titre d’amendement, de modifier ainsi la fin du vœu : « ... soumettront le différend au tribunal de La Haye ou à quelque autre tribunal international impartial pour faire une enquête et un rapport, chaque partie se réservant le droit d’agir indépendamment ensuite. »
- La discussion de cet amendement a été renvoyée au lendemain.
- Deuxième journée. M. Bryan développe son amendement.
- L’orateur dit que l’amendement qu’il a soumis à la conférence ne contient pas une idée nouvelle, car semblable vœu a été déjà présenté autrefois par M. Bar-tholdt, et qu’il lui est, de plus, inspiré par le discours de sir Henry qui, hier, exprimait l’espoir de voir s’étendre davantage les pouvoirs de l’arbitrage! On refuse actuellement de soumettre à l’arbitrage les questions qui intéressent l’amour-propre ou l’honneur d’un pays, alors que ce sont celles-là qui, le plus souvent, amènent la guerre. Combien de conflits sanglants seraient évités si l’on soumettait à une enquête sérieuse des différends qui paraissent insolubles ! De plus, tant que durerait l’enquête, l’opinion publique serait saisie de la question, et elle serait, de part et d’autre, l’obstacle le plus sérieux à un conflit.
- Si les faits peuvent être séparés de la question d’honneur, il y aura cent chances contre une de régler les faits et la question d’honneur.
- Dans une éloquente péroraison, M. Bryan appelle le jour, qu’il croit prochain, où tous les différends, seront solutionnés par la raison et non par la force, et où la conscience des peuples, les sentiments humanitaires et la solidarité universelle triompheront de la guerre.
- M. le baron de Plener, rapporteur, au nom de la Commission soumet à la Conférence une nouvelle résolution combinant l’amendemeni de M. Bryan et les propositions de la Commission.
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- Cette résolution est ainsi conçue :
- « S’il se produit entre les parties contractantes un désaccord qui ne soit pas de nature à être soumis à l’arbitrage, les parties ne recourront pas aux actes d’hostilité avant qu’individuellement ou en commun elles aient provoqué, suivant les cas, la formation d’une Commission internationale d’enquête ou la médiation d’une ou de plusieurs puissances amies.
- « Une requête aura lieu s’il est nécessaire selon l’article 8 de la convention de La Haye sur les règlements pacifiques des conflits internationaux. »
- Cette résolution est adoptée.
- Sur la question de la limitation des armements, M. d’Estournelles de Constant développe cette thèse dont il s’est fait l’infatigable champion à la tribune du Parlement, et dans la presse, à savoir : que tout gouvernement doit avoir la politique de sa population et de ses ressources ; qu’une organisation militaire et navale au-dessus des forces d’une nation, au lieu de la fortifier, l’affaiblit et la ruine ; qu’il est par conséquent de l’intérêt de toutes les nations de limiter les dépenses improductives)
- Presque tous les Etats, d’ailleurs, ont déjà proclamé cet intérêt. La Russie, d’abord, en 1898; l’Angleterre, en 1899, puis en 1903, en 1905, en 1906 ; l’Italie, au mois de juin dernier et la France.
- Cette limitation d’ailleurs, qu’il ne faut pas confondre avec le désarmement n’affaiblira pas, elle fortifiera dans tous les pays la défense nationale. Si les puissances ne veulent pas écouter la voix de leurs intérêts communs, elles y seront un jour obligées, d’abord par la faillite, et ensuite par la révolution.
- On fait une véritable ovation à M. d’Estournelles de Constant, qui reçoit en descendant de la tribuno les félicitations d’un grand nombre de ses collègues.
- M. Messimy, autre délégué français, signale l’importance du nouveau courant d’opinion qui se forme maintenant ; il exprime l’espoir que les autres pays sui-
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- vront l’Angleterre qui semble toute disposée à donner au monde le signal d’une politique nouvelle.
- M. Bernaert, député belge, dit qu’il y a en ce moment en Europe six millions de jeunes gens sous les armes, qui travailleraient utilement pour la propsérité du monde et pour le progrès. L’entretien de cette armée immense coûte 14 milliards, et tout cet argent, tous ces efforts sont dépensés en pure perte. 11 est temps qu’on s’arrête.
- Troisième et dernière journée. Conformément aux conclusions de M. d’Estournelles de Constant, sur la limitation des armements, le vœu suivant a été adopté à l’unanimité :
- « La Conférence interparlementaire, considérant que l’accroissement des dépenses navales et militaires qui pèsent sur le monde est universellement reconnu comme intolérable, émet formellement le vœu que la question de la limitation des armements soit inscrite au programme de la prochaine Conférence de La Haye.
- « La Conférence décide que chaque groupe faisant partie de l’Union interparlementaire saisira sans délai de cette résolution le gouvernemènt de son pays, et qu’il exercera son action la plus pressante sur le Parlement auquel il appartient pour que la question de la limitation soit l’objet d’une étude nationale nécessaire au succès ultérieur de' la discussion internationale. »
- M. Gobât (Suisse) propose que les droits des neutres, qui ne sont définis que relativement à la Belgique et à la Suisse, fassent l’objet d’une étude de la prochaine Conférence de La Haye.
- Une proposition de M. Franck (Belgique) demande que le prochain Congrès de La Haye : 1° étudie la limitation de la contrebande de guerre aux armes et munitions de guerre et aux explosifs ; 2° affirme à nouveau que ni le navire portant la contrebande, ni les autres marchandises licites, chargées sur le navire, ne soient
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- détruits ; 3° garantisse l’immunité en mer de la propriété privée.
- Ces deux motions sont adoptées, ainsi qu’une résolution de M. Lorand (Belgique) demandant que le Congrès de La Haye prenne des mesures pour amener la Turquie à observer ses traités et à accorder aux Arméniens les mêmes droits qu’aux Européens.
- La Conférence a été saisie ensuite d’un projet présenté à titre personnel par MM. d’Estournelles de Constant (France) et Bartholdt (Etat-Unis), projet soutenu par MM. Apponyi, Bernaert, lord Weardale et plusieurs autres membres, en faveur de la création d’un budget international de la paix. Ce budget serait formé par une subvention très minime de chaque pays. Par exemple, un millième des dépenses de guerre suffirait à la création d’une caisse destinée à couvrir les frais de l’organisation interparlementaire, des visites, des manifestations et publications d’un caractère international.
- Cette proposition déjà appliquée en fait en Angleterre, où le gouvernement a très largement subventionné le groupe britannique de l’arbitrage, a été adoptée par acclamation.
- La séance a pris fin par le vote d’une adresse de remerciements au groupe anglais, organisateur de la Conférence.
- A l’issue des travaux de la Conférence interparlementaire, les délégués ont assisté à un déjeuner présidé par le lord-chancelier, dans le hall de Westminster.
- Les ambassadeurs de France, de Russie, des Etats. Unis, d’Autriche, d’Espagne, les ministres de Norvège, de Belgique, de Portugal, de Danemark, de Grèce et de Serbie y assistaient, ainsi que plusieurs ministres anglais.
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- LES DEUX VIES
- Par Paul et Victor MARGUERITTE
- ( Suite )
- Ses épaules fléchirent de découragement: si elle avait pu le persuader, ce serait fait... Maintenant : trop tard! L’impasse. Pour en sortir, un seul moyen , mais si désespéré qu’il ferait peur à mparvié lui-même ; et si, ce qui eût été pis, il allait la mal juger, s’il conservait, lui libre, ces préjugés de morale bourgeoise dont elle-même était imbue, avant que l’injustice et la douleur l’eussent affranchie! N’importe, elle oserait! Et d’un ton simple mais grave, où l’anxiété perçait :
- — M’aimez-vous vraiment ?
- — Pourquoi me demandez-vous cela?
- — M’aimez vous au point de braver les préjugés ? Mais non, reprit-elle désolée, je ne suis pas seule... Comment sacrifier Josette ? je ne puis, je ne veux pas la perdre ! ..Et ma mère...
- — Mais à quoi songez-vous donc ! répéta-t-il, craignant de comprendre et s’effrayant, pour elle et non pour lui, car il eût accepté sans crainte les pires épreuves...
- — Ab ! si j’étais seule au monde, — répéta-t-elle avec une conviction navrée, qui la rendit plus belle, en son charme orageux, — je vous dirais : « Emmenez-moi d’ici, conduisez-moi où vous voudrez ; je n’appartiens plus à cet homme ; si vous le voulez, je suis à vous... »
- — Francine !
- Il s’était incliné et lui baisait la main avec ferveur, saisi d’une telle émotion qu’il ne put d’abord répondre ; et quand il parla, ce fut d’une voix mal assurée, car il
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- ressentait le plus superbe orgueil et la plus grande joie de sa vie.
- — Francine, je n’ai pas mérité cet honneur, mais j’en serai digne... C’est avec une piété, avec une reconnaissance infinies que j’assumerais de vous garder, de vous défendre aux yeux de tous... oui, ce serait plus loyal, plus fier d’agir ainsi ; je vous admire, je vous vénère d’avoir eu cette inspiration ; mais, vous le reconnaissez vous-même, il ne faut pas... vous vous devez à votre fille, à votre mère, à cette société dont les représentants légaux ont refusé de reconnaître vos droits. Épuisez d’abord toutes les chances qui vous restent ; que vous puissiez dire que vous avez jusqu’à la dernière minute, réclamé justice.
- -•On me l’a refusée ; pourquoi me l’accorderait-on ? Je suis lasse, écœurée de dépendre d’étrangers ; ni les juges, ni mon ex-mari, ni personne ne peuvent disposer ainsi de ma vie, de ma personne : il me tarde de m’évader, et d’être moi, enfin moi et rien que moi !
- — Je suis à vos ordres, Francine, n’en doutez pas, prêta recevoir à genoux le don de votre destinée, puisque vous m’estimez assez pour me la confier ; mais je ne voudrais pas qu’un jour vous puissiez me reprocher mon imprévoyance ou ma témérité : pour ceux que vous aimez et qui vous aiment, il faut que vous demeuriez respectée, honorée.
- — D’une société hypocrite et lâche ? Je ne m’en soucie pas !
- — Vous en souffririez pourtant. Songez au scandale créé, exploité par cet homme. Songez à ses droits...
- Ne me racontiez-vous pas, dans une de vos dernières lettres, une lamentable histoire ? cette ouvrière ; comment l’appelez-vous ?...
- — Jeanne Levai ?
- — Son mari, malgré le prononcé du divorce, ne l’a-t-il pas fait prendre en flagrant délit, elle et ce brave homme avec qui elle vivait depuis des années ?
- — Oui, murmura Francine indignée, et comme elle
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- n’a pas fait transcrire à temps, dans le délai des deux mois, son divorce, elle reste bel et bien mariée, pis que cela, condamnée ! Quinze jours de prison pour elle, cent francs d’amende pour lui ; leur pauvre bonheur flétri, sali... Sa liberté détruite, quatre ans de procès perdus, le joug qui l’écrase à nouveau !...
- — Conclusion : jamais, même si elle parvenait à redivorcer, elle ne pourra se marier avec le véritable père de son enfant ; la loi immorale s’oppose à ce qu’on épouse le complice. A perpétuité, ces deux êtres, d’une noblesse au-dessus de leur misère, resteront rivés au concubinage : rien ne les délivrera, pas même la mort de leur bourreau.
- — Vraiment, c’est trop ignoble ! dit Francine. Lois, juges, coutumes, quel nouveau 92 balayera tout cela ? Et on s’étonne qu’il y ait des anarchistes ! J’admire, moi, qu’il y en ait si peu.
- — Francine, dit Eparvié, si imparfait que soit le pacte social, si injuste qu’il soit pour nous, ne le rompons pas avant d’avoir tout tenté.
- Elle le regardait en face :
- — Vous l’exigez, soit !... Mais qui sait, fit-elle avec une tristesse prophétique dont il demeura frappé, si nous ne reculons pas pour mieux sauter ?
- Il répondit :
- — Faisons notre devoir jusqu’au bout.
- — Ah ! le devoir !... mot tout fait, jamais approfondi, qu’on impose toujours à autrui, presque jamais à soi-même !... Est-ce que les juges l’ont fait, leur devoir ?... Le connaît-on seulement ? Êtes-vous sûr que ce parti soit le meilleur ?
- Eparvié dit simplement :
- — Oui, car c’est celui qui me coûte le plus.
- Déchirée, partagée entre l’incrédulité et l’espoir,
- après des doutes, des révoltes qui la menèrent jusqu’à la veille du délai de procédure, elle interjeta appel,
- Le soir même, Eparvié partit pour l’Italie. Il se savait suivi, espionné ; il ne voulait pas nuire davan-
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- tage à Francine : peut-être déjà avait-il trop tardé.
- II
- L’engrenage la reprit, mais les rouages avaient changé.
- Elle faisait arrêter sa voiture de l’autre côté du Palais, devant le large escalier de pierre blanche qui se déploie en perron d’honneur, place Dauphine. Congédiée par une porte, elle avait l’impression de rentrer par l’autre, d’affronter une autre face de la Justice, à double et triple masque. Elle errait en de solennelles avenues dallées, sous des arceaux de pierre ; les couloirs plus vastes et plus silencieux disaient l’importance accrue de la judicature Elle remarqua que la salle d’attente du cabinet présidentiel était plus imposante et l’huissier à chaîne plus gourmé que chez M Trassier.
- M. La Carrière l’avait accueillie favorablement, soit que le charme de la jeune femme lui agréât autant que lui avait déplu la tête de Le Hagre, soit qu’il envisageât sans regret l’espoir de casser un jugement rédigé par un homme qui était sa bête noire.
- Ce n’est plus chez Herbelot que Francine se rendait, mais chez l’avoué d’appel qu’il lui avait fait prendre : Me Rowney, un praticien « de première force ». Si le silence et la morgue diplomatique étaient un signe de suprématie, nul doute que Rowney ne fût un maître.
- A côté de la rondeur d’ïïerbelot, c’était un singulier contraste que cette sécheresse, soulignée par la maigreur d’un long corps britannique. Avec cela, une luci- * dité, une précision coupantes. Il semblait toujours que l’affaire se réduisît à un point de droit, un thème abstrait, tant il avait peu l’air d’admettre qu’elle tînt douloureusement à l’âme et à la chair. Il avait la poignée de main froide d’un opérateur.
- La nouvelle procédure s’échangeait, non plus au nom de AH Tartre, mais de Me Varcher, un homme gros et
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- bruyant du Midi, qui n’avait pas l’air méchant et qui personnifiait pourtant 1’ « ennemi &.
- Quant à Me Charmois, il ne protestait plus, mais sa politesse glacée affirmait son blâme : du moment qu’on ne suivait pas ses conseils ?... Pressentant peut-être que les dispositions du nouveau président ne lui seraient pas aussi facilement acquises, Le Hagre opposait toutes les chicanes expertes, tous les atermoiements d’usage. Double avantage : il exaspérait l’impatience de sa femme et reculait ainsi un arrêt qui pouvait lui être contraire.
- — Mais ces temporisations, déclarait du Foudray, n’ont rien qui doive nous alarmer. Plus il s’écoulera de délais, plus s’avérera l’impossibilité fondamentale qui vous sépare.
- Et Me Rowney faisait écho : — « La hâte nuit, la lenteur jamais. »
- Elle constatait à nouveau cette foi secrète des hommes d’affaires en la vertu du temps qui marche, jour à jour, qui use de ses grains de sable le roc le plus dur : les caractères se modifient, les évènements tournent, et parfois, heureux hasard qu’on n’escompte point tout haut, la mort entre en scène et tire le rideau.
- Pendant ce temps, la gigantesque machine du Palais continuait à moudre ses causes. Les feuilles des marronniers avaient verdi, séché, se détachaient déjà dans l’automne précoce que font aux arbres de Paris, dans leur grillage de fer, le pavé chaud, l’air lourd. On temporisait si bien que l’affaire, appelée en juillet, était renvoyée après les vacances ; et cette année encore, il fallait livrer Josette tout un mois.
- Aygues-Vives ouvrait â l’anxieuse détresse des deux femmes son refuge d’ombre, avec la radieuse féerie de ses roses et le concert de ses eaux.
- Jamais Mme Favié n’avait entendu avec plus d’angoisse ces voix chuchotantes et câlines qui lui conseillaient de saisir le bonheur, avant que l’âge ne fît d’elle la soeur vieillie, l’image incertaine de l'apparition lumi-
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- neuse que lui renvoyait le miroir aux cygnes, dans le cinglement neigeux des grands oiseaux.
- Ces six derniers mois, elle les avait vécus dans l’enivrement de ses remords et le grandissant supplice d’une passion qui ne se maintenait innocente qu’à force d’hérôïsme : car, si elle n’avait pas eu le courage d’interdire à Charlie de la voir, elle l’avait empêché du moins de franchir cette réserve qu’une pudeur presque sacrée dressait dorénavant entre eux. Mais leurs regards s’attiraient malgré eux, leurs mains, leurs lèvres brûlaient de se joindre irrésistiblement. Tout le désir refoulé, le mysticisme de l’âme, la revanche des sens méconnus, ravalés par l’éducation catholique, la consumaient à l’octobre de sa vie.
- Charlie appartenait, lui aussi, à ces forces redoutables de la nature qui exaltent si haut l’âme qu’elles font oublier l’instinct. Les séductions éternelles de la femme, le mystère de ses robes et le parfum de sa chair, tout ce qui rend fiévreuse l’insomnie et corrompt les pensées les plus chastes, se confondait, dans un vertige , avec l’image de cette Gabrielle qu’il savait si pure. A la violence do son désir il opposait alors la certitude de ce sentiment infini : « Elle m’aime, je sais qu’elle m’aime; que puis-je désirer de plus?... Je suis heureux !... » Qu’était ce lien fragile de la chair à côté delà splendeur immatérielle des regards, des sourires?
- Cependant Mme Favié maigrissait, ses beaux yeux se cernaient; Francine s’inquiéta.
- Marchai, venu passer quelques jours auprès d’elles, s’attristait : « Cette vertu, pensait-il, a quelque chose de trop noble pour qu’on n’en soit pas touché. Et cependant combien, au lieu de cette immolation stérile, ne préférerais-je pas que Gabrielle se relâchât de ses principes et de ses préjugés! Son bonheur fût-il court, elle aurait vécu sa vie. Ce n’est plus la religion qui la retient, mais la terreur de vieillir et le respect de cette société qui n’est pas si terrible, et qui fermerait les yeux avec indulgence sur un secret suffisamment
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- gardé. Ce Charlie aussi est par trop d’an autre temps!. . Sacrifiez-vous, mes amis ! » — Et avec un haussement d'épaules : « — C’est pitoyable d’être forcé de les plaindre, et de les admirer encore ! »
- Il avait dit à Francine :
- — Figurez-vous que j’ai eu la bonne fortune, en retournant à Vichy, de lier de bons rapports avec le président La Carrière ; à plusieurs reprises je l’ai entretenu de vous. Il m’a promis, il ne pouvait davantage, de faire plaider au plus tôt l’afîaire, et si Sépale se dérobe, de lui dire le seul mot qui compte avec ses messieurs : « En voilà assez : finissons ! » Et quand vous serez délivrée, ma petite Francine, ajouta-t-il en souriant, vous vous rappellerez que le vieux Marchai vous a conseillé de reprendre votre liberté, pour le jour où vous en auriez besoin... Comment va notre ami Eparvié? Est-il toujours en Sicile ?
- A la rentrée des tribunaux, l’afîaire Le Hagro revint, disparut et reparut comme le bouchon sur la vague. Novembre, décembre. . • On comptait sur les premiers jours de janvier ; M. La Carrière se montrait de mieux en mieux disposé, et cette fois ce n’était plus des illusions, mais des espoirs justifiés qu’entretenait Francine au grand contentement des Morland et au papotage exubérant d’Henriette de Guertes, quand M. La Carrière fut enlevé, d’une façon presque foudroyante, par une appendicite non opérée à temps.
- — Voilà un grand malheur, dit Herbelot avec flegme ; (Francine de temps à autre retournait prendre conseil auprès de lui) — outre que M. La Carrière rendait aimable une fonction sévère, je doute que son successeur le fasse oublier.
- Sur M. Malouve, nommé de la veille, et dont on annonçait l’imminente installation, toutes chambres réunies en solennelles robes rouges, il porta le jugement que ratifiait déjà la voix du Palais et du public : ce magistrat, à qui la politique avait fourni trop d’occasions de se rendre utile, et dont l’avancement précédait
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- à grand pas le mérite, passait, dit-il, pour indépendant à cause de sa vivacité cassante et de son visage revêche. Pure apparence : s’il était dur aux faibles, les puissants le trouvaient souple.
- Herbelot hochait la tête : — « Voilà le pire des maux dont la justice était minée i Plaie ancienne, qui avait existé sous tous les régimes, et qui aujourd’hui avec la décomposition des moeurs, tournait en gangrène : les magistrats ballottés au gré du remous politique, se souciant moins de leur»* condition même que de celles de leur avancement, dociles au maître d’aujourd’hui, et ménageant dans celui d’hier celui de-demain... »
- M. Malouve commença par remanier le rôle, modifiant le tour d’appel des procès, selon diverses influences dont c’était bien le moins que, si fraîchement en place, il tînt compte, ne fût-ce que pour acquit. Le renvoi de sa cause de mois en mois fut, pour Francine, un mauvais son de cloche.
- Elle espérait pourtant.
- La santé de sa mère l’alarmait de plus en plus : Mme Favié succombait à un tourment trop lourd. Charlie, en dépit de son stoïcisme, était malheureux. Sentir qu’elle seule pouvait lui donner le bonheur et le lui refuser par devoir, par honneur, par sagesse désespérée, par prudence amère, le lui refuser sans joie, sans orgueil de renoncement, elle en mourait. Francine assistait, avec la tristesse de n’y pouvoir remédier, à cette agonie d’un grand coeur. Un soir, où sa pitié avait été la plus forte, elle lui avait dit, dans une étreinte d’affection, — le crépuscule, avant qu’on allumât les lampes, mettait entre elles une ombre de complicité ; elle ne pouvait voir rougir sa mère ..
- — Pourquoi ne l’épouses-tu pas, malgré tout ?...
- Et sur la dénégation étouffée de Mme Favié, qui fuyait avec une sorte de terreur toute explication, très bas Francine reprenait :
- — 11 t’aime... vous souffrez... pourquoi prolonges-tu ce martyre ?
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- Mais une plainte lui répondait, dans le silence, comme un sanglot très doux.
- — Pourtant tu t’appartiens... tu es un être conscient, responsable... libre... 11 y a des bonheurs dont la tristesse et la joie sont notre bien propre, et que personne...
- — Tu me blesses... tu me déchires ! dit la voix meurtrie. Ah ! que tu me fais mal !...
- — Je te délivre... moi, ta Francine, moi qui te respecte, moi qui t’estime, moi qui t’aime ! Charlie est à toi... ose être à lui... Ta vie a été un long renoncement .. tu as droit au bonheur.. .
- — Il est trop tard !
- La pièce s’enténébrait davantage ; les deux femmes n’étaient plus que des formes indécises déjà noyées dans le noir. *
- - Il n’est jamais trop tard...
- — Demain, je serai vieille !
- — Tu auras aimé -..
- — Francine, quelle fille parlerait ainsi ? que penserait-elle de sa mère- ?
- — Rien que de bon, de vrai et d’humain, ma chérie !...
- Et la voix de Francine se fit câline et douce comme si son cœur fondait de tendresse.
- — Tais-toi, mon enfant... Si tu savais ce que j’éprouve... Je voudrais mourir ! j’ai si honte !...
- — Pourquoi as-tu honte ?... tu ne fais rien de mal... Tu trembles, petite maman... tes pauvres mains...
- Dans la détresse de ce noir, Francine sentit sa mère lui échapper. Mme Favié, à tâtons, le visage ruisselant de larmes, cherchait la porte pour s’enfuir ; une minute de plus, elle perdait connaissance. Enfermée dans sa chambre, elle resta longtemps prostrée ; elle comprenait que cela ne pouvait durer ainsi : être à lui, s’arracher de lui, ou mourir !...
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- Madame Faviê à Charlie de Bréars.
- « Charlie, je viens me confier à vous : sauvez-rnoi ! Je suis sans forces contre mon adoration, vous avez fait de moi votre esclave ; j’ai lutté, Dieu m’en est témoin : je ne puis plus, je suis brisée. Je suis à vous, beaucoup plus que si vous vous enorgueillissiez d’une victoire trop facile maintenant... Mon ami, je le répète, je suis toute à vous ; je le serai demain si vous l’exigez ! Mais vous ne l’exigerez pas... Vous serez généreux ; vous ne voudrez pas faire de cette Gabrielle que vous aimez, qui vous aime depuis tant d’années que c’est comme depuis toujours, une misérable chose, un objet d’avilissement et de dégoût. Je vous connais, mon aimé ; je me connais trop... nous ne serions pas heureux, nous ne pouvons l’être : le monde s’interposera toujours entre nous et notre fierté, et si même nous pouvions ne pas souffrir par lui, il resterait l’irréparable qu’il faut que je vous rappelle, puisque vous ne voulez pas le voir, dans votre tendresse aveugle... Mais vous le savez, vous le savez comme moi, — ne dites pas non ! je suis venue trop tard !... Trop tard ! Charlie... ce mot est affreux, il empoisonnerait notre ivresse d’un instant...
- « Je vous en supplie de toute mon âme, cher, très cher aimé, montrez un courage que je n’ai pas, renoncez en homme à celle qui vous donne ici plus que son corps, son âme immortelle qui ne respire que pour vous et par vous... Aurai-je la force de terminer ?... Charlie, si vous m’avez aimé, dites-moi adieu... Je vous demande là une souffrance nouvelle, mais votre noblesse peut la comprendre, votre coeur viril saura la supporter... Votre souvenir restera ma vie !... et sans honte, sans remords, je pourrai vous bénir comme un enfant qu’on a trop aimé et qu’on reverra peut-être un jour, sur cette terre de souffrance ou par delà le mystère. .. Charlie, ayez pitié de moi !
- « Gabrielle. >
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- Des jours encore, de tristes jours où Mme Favié ressemblait à la convalescente d’une longue maladie, où Francine buvait la lie du calice...
- Comme Herbelot, Me Rowney pas une fois ne lui parlait de la justice de sa cause, mais des chances bonnes ou mauvaises, du pointage des juges. Broussin, avec une constance méritoire et un généreux dévouement, lui ralliait des sympathies.
- Le substitut Resne, nommé depuis la rentrée à la Cour d’appel, avait, de toute sa conviction, éclairé l’avocat général qui siégerait pour l’affaire, M. Robe-roy. C’était une belle figure d’exception que celle de ce magistrat encore jeune, vraiment humain, sans morgue de caste, ouvert à toutes les idées de progrès, et s’efforçant, ce que beaucoup lui reprochaient, d’interpréter la loi en esprit, sans fausser la lettre, de mettre d’accord le droit et l’équité. Travailleur intègre, il avait étudié à fond le dossier. Il avait été frappé surtout de l’absurdité de la réconciliation et de la mauvaise foi inconsciente avec laquelle le jugement passait sous silence les affirmations positives de tous les témoins de Francine.
- Des cinq juges, on savait que M. de Fontlustre et M. Grappon seraient irréductibles. En effet, M. de Fontlustre, beau vieillard à tête blanche et nez bourbonien, familier des coulisses de l’Opéra et protecteur de la petite Zirli, réprouvait, comme moraliste et chrétien, le divorce. Quant à M. Grappon, il avait publié un énorme in-octavo sur le Caractère de la réconciliation en matière de séparation de corps et de divorce. Ce légiste à tête carrée et sans cou, massivement enfoncée dans les épaules, poursuivait d’un sourcilleux parti pris la réconciliation sous toutes ses formes, réelle, apparente ou imaginaire. Ce n’est pas que le divorce, l’adultère ou le mariage le touchassent : il était vieux garçon, et bourru, maniaque, avait les femmes en horreur.
- En revanche, Broussin était l’ami de M. Vibel, con-
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- seiller à la Cour depuis peu, esprit fin et cœur tendre, lettré délicat, qui partageait son goût pour les arts et la musique. M. Vibel, par cet amour des choses nobles, avait gardé un cerveau libre, point asservi à la desséchante doctrine. Restait M. Grim-Favart, un de ces hommes riches qui, pour orner de quelque considération leurs loisirs, deviennent magistrats comme ils seraient aussi bien diplomates ou préfets, et qui pas une seconde n’envisagent la responsabilité d’une fonction qu’ils croient remplir en conscience, dès qu’ils y apportent un détachement froid et une affabilité un peu dédaigneuse. M. Grim-Favart montait à cheval, jouait à la Bourse,, vivait de pain de gluten, se pesait deux fois par jour, et restait maigre. Son indifférence garantissait sa neutralité.
- Quant à M. Malouye, rien ne faisait supposer que son opinion serait injuste, si aucun intérêt divergent ne faisait poids.
- Au commencement de juillet, les plaidories vinrent.
- Me du Foudray, soit que la majesté de l’enceinte le mît plus à l’aise, soit qu’il fût mieux en possession de la cause, plaida avec une véritable éloquence. Il sembla que Sépale fût moins brillant ; son venin était-il affaibli, ou si les chaleurs ne lui réussissaient pas ? Marchai et Herbelot épiaient les juges : M. Malouve et son air d’insolent ennui, M. Grim-Favart calculant des parts d’actions et crayonnant des reports, la figure intelligente et attentive de M. Vibel. MM. de Fontlustre et Grappon se communiquaient leurs impressions, et ce dernier prenait des notes avec un mécontentement rageur qui annonçait un danger.
- Cette quinzaine, ce furent la ruée et l’assaut suprêmes, efforts désespérés de Le Hagre, démarches têtues de Marchai. Il trouvait le moyen d’intéresser la Zirli, et M. de Fontlustre, en suçant une pastille, écouta la belle enfant de son air le plus gentilhomme et lui pinça le menton. De son côté, M. Grim-Favart était serré de près par le sénateur Morot. M. Grappon, sollicité des
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- deux côtés, donna un coup de boutoir à droite, un autre, à gauche. Puisqu’il y avait ré-con-ci-li-a-tion !... M. Vibel trouva à plusieurs reprises, en rentrant chez lui, une carte cornée : comte Fernand Le Hagre ; et Mme Vibel mère essaya de l’attendrir sur la vieille Mme Le Hagre, dame patronnesse de la même œuvre qu’elle : « Le Petit Pain. »
- Quand M. Roberoy se leva, — Me Tartre et le secrétaire de Sépale à côté du gros et soufflant Varcher, étaient venus l’écouter, — Marchai sentit son cœur battre plus vite. — A ce moment, une main prit la sienne et la serra ; Éparvié, discrètement, s’asseyait à côté de lui. Marchai s’émut, et tout bas:
- — De retour ! Depuis quand?
- — J’arrive.
- Il avait voulu être là, quoi qu’il advînt.
- M. Roberoy développa ses conclusions avec une science consommée, une conviction tour à tour ironique et émouvante. Il conclut si nettement pour Francine, démontrant avec une telle évidence l’ineptie, même juridique, d’une réconciliation, que Marchai, accouru à la Muette, embrassa la jeune femme sur les deux joues :
- — Allons, partie gagnée!
- IJerbelot, qui vint ensuite, ne voulut pas gâter cet espoir : le fait est qu’on avait vu M. Malouve hocher la tête comme s’il approuvait, aux bons endroits ; M. Grim-Favart, chose inouïe, avait daigné écouter pendant un quart d’heure, sans distraction ! M. de Fontlustre lui-même avait répondu sans entrain aux griffonnages véhéments que lui passait M. Grappon.
- Et cependant !...
- (.A suivre).
- Le Gérant : H. E. Buridant.
- Nimes. — Typ. A. Chastanier, î2, rue Pradier.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES.
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- Octobre 1906,
- POUR ONE BIOGRAPHIE COMPLÈTE
- Glorification du Travail. — Emancipation du Travailleur.
- de J. B. André GODIN (1)
- Deuxième partie.
- XXVI
- Fête du travail en 1873. Nouveau mode de détermination des Lauréats. Relevé des travaux les plus effectifs. Concours fourni, pour le classement des mérites, par le comité des délégués ouvriers. Coup-d’œil sur le mouvement général des comités de délégués ouvriers dans l’établissement.
- Cinq fois la fête du Travail avait été célébrée au Familistère depuis son inauguration en 1867 et, à partir de la seconde célébration jusqu’à l’époque où nous voici , soit aux fêtes de 1868-69-70-72, les primes d’honneur avaient été décernées , le jour de la fête , au moyen d’un vote portant sur des candidats déterminés. Rien de pareil n’est plus usité à partir de la fête célébrée le 1er juin 1873. Les noms proclamés par voie d’affiche avant la fête sont ceux mêmes des lauréats (au nombre de 109 pour 111 prix; deux ouvriers ayant chacun 2 prix). Invitation même est faite aux lauréats de toucher, s’il leur plaît, le montant de leurs primes d’honneur avant le jour de la cérémonie (2).
- (1) — V. Appendice, p 60, tome 26e, Le Devoir, janvier 1902.
- (2) Livre des affiches , n°s 302 , 303.
- 1
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- Comment la désignation de ces bénéficiaires s’était-elle opérée? C’est là le point sur lequel nous ne pourrons donner autant de détails pratiques que nous le voudrions, nos documents n’étant point complets sous certains rapports.
- Avantde passer à l’examen de ces documents , peut-être n’est-il pas inutile de rappeler que la célébration de la fête en 1873 s’opéra presque au lendemain du 24 mai, c’est-à-dire sous le coup d’évènements politiques qui vont déterminer en France une crise .industrielle et commerciale d’une durée d’environ deux ans. Aussi, les fêtes du Travail célébrées quand même au Familistère en 1874 et 1875 seront-elles modifiées en ce sens que la somme habituellement consacrée aux réjouissances se distribuera en secours exceptionnels aux familles les plus nécessiteuses.
- Occupons-nous de la fête célébrée le 1er juin 1873 :
- Furent distribuées :
- 1 prix d’excellence hors classe.
- 3 grands prix.
- 14 premiers prix.
- 25 deuxièmes »
- 59 troisièmes »
- 102 auxquelles furent ajoutés :
- 9 prix à autant d’inventeurs.
- 111 au total.
- Des mentions honorables accompagnaient ces prix ; 22 de ces mentions sont en nos dossiers ; les titulaires s’étant trouvé empêchés pour motif quelconque d’assister à la fête et n’ayant point ensuite demandé délivrance de ces titres purement honorifiques et dont, très probablement, ils avaient, déjà, des exemplaires obtenus aux fêtes précédentes.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
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- Voyons ces traces de l’opération d’alors.
- Etat des 22 Mentions restées aux dossiers :
- 3 à destination de trois inventeurs;
- 19 à destination d’ouvriers mouleurs, ajusteurs, menuisier, chauffeur, mécanicien, etc.
- 22 au total.
- Décrivant les types de Mentions honorables (chap. XIV) (1), nous avons dit que le texte imprimé se terminait ainsi :
- Mention honorable Classe
- délivrée par les suffrages des du Familistère
- à M qui a obtenu
- Fête du Travail du Familistère de Guise, du (date).
- Sur les mentions établies en 1873 on a inscrit dans le blanc de la 2e ligne non plus les mots : « travailleurs habitants » mais le mot « Conseils » (sous-entendant le conseil des hommes et le conseil des femmes) et et l’on a ajouté en ligne supplémentaire (vu le manque d’espace) : « et des délégués des ouvriers. » On lit donc : « Mention délivrée par les suffrages des Conseils du « Familistère et des délégués des ouvriers. » Puis, viennent ces paroles justificatives de la proclamation du nom :
- (Sur les mentions à destination d* inventeur s)
- « A un tel qui a obtenu un (ou plusieurs) versement « de cinquante francs (ou de trente-cinq francs, etc) « avant le jour de la fête...
- (Sur les mentions à destination d?ouvriers mouleurs, ajusteurs ou autres)
- « A un tel qui a obtenu le numéro 8 (ou 10, 14, 16,
- (1) Le Devoir, tome 28e, novembre 1904, p. 642.
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- « 22.. etc.) au classement de la fonderie (ou de l’ajus-« tage, etc). »
- On s’applique à faire voir que la distinction repose sur le mérite effectif, non sur un chiffre de suffrages, Cependant, le mot suffrages figure sur les Mentions. Quelle opération représente-t-il ? En fait, nous allons voir que les Conseils du Familistère se contentèrent d’accepter la liste des lauréats présentée par les délégués des ouvriers, et que cette liste résultait de tels éléments probants de capacité ou de mérite, que les conseils purent bien y faire adjoindre un travailleur dit oublié ; mais ne purent en écarter un dont ils avaient d’abord demandé l’exclusion pour faire place au précédent ; le numéro de classement final de celui qu’on voulait exclure étant très supérieur à celui du lauréat ajouté.
- Sous les termes : suffrages des Conseils du Familistère et des délégués des ouvriers, nous devons donc entendre un examen et dépouillement des gages de travaux les plus effectifs. C’est d’après ces gages qu’on se détermine, non d’après des suffrages proprement dits. En effet, les conseillers était au nombre de 24 et les délégués des ouvriers n’étaient qu’au nombre de 20 ainsi que nous allons l’établir ; et, cependant, c’est la décision de ceux-ci qui prévaut. Avant d’aller plus loin, il nous faut dire par qui et pour quels objets les délégués en cause avaient été nommés.
- On se rappelle que lors des préparatifs de la fête du Travail en 1870 (1) s’était produite, en séance des Conseils du Familistère, la proposition de « faire opérer, de concert entre les chefs et surveillants et des délégués de chaque groupe naturel des ateliers, l’examen et la discussion des mérites des ouvriers à porter au tableau
- (1) Chap. XIV, Le Devoir, tome 28e, octobre 1904, p. 579.
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- des candidats, afin d’obvier » disait le proposant, « aux inconvénients signalés l’an d’avant, tant dans les résultats des élections que dans les choix administratifs. > Mais par quel mode irréprochable désigner de tels délégués. Rien n’était dit à ce sujet. Nous nous sommes efforcé de montrer, dans la suite du travail (spécialement chap. XXI et XXIV) les mesures instituées pour répondre au besoin de contrôle absolument légitime en pareille matière et, en même temps, parer à la partialité, à l’incertitude , aux oublis inhérents à l’exercice du suffrage. La proposition n’était pas moins restée sur le tapis ; et nous savons avec quelle sollicitude Godin veillait à ce que toute idée de ce genre fût relevée et utilisée si possible. Du reste, les mesures instituées pour saisir les travaux effectifs permettaient d’éclairer le jugement des • examinateurs. 11 parut donc utile, à Godin, de relever en 1873 l’idée de recours à des délégués des ouvriers ; et il le fit dans les circonstances que nous allons exposer.
- En mai 1873 fonctionnait à l’usine un comité de 20 délégués-ouvriers composé de façon à répondre à la formule susdite : « délégués de chaque groupe naturel des ateliers. »
- En effet, ce comité comprenait 20 membres élus chacun par les travailleurs de sa profession, exclusivement, soit :
- 8 mouleurs,
- 4 ajusteurs,
- 1 émailleur,
- 3 mécaniciens-forgerons,
- 1 constructeur de modèles,
- 1 menuisier,
- 2 manoeuvriers.
- 20, total conforme.
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- Ces délégués avaient été nommés pour connaître des questions de travail et de prévoyance. Il était donc naturel de recourir à eux si l’on voulait vérifier le mérite de la proposition relevée plus haut.
- Vers la fin du chapitre XXIV, nous avons dit que des explications seraient données sur la division accidentelle (1870-1872) des fonctions : 1° d’administrateurs des caisses de secours et pharmacie au Familistère ; 2° d’administrateurs du fonds de secours mutuels à l’Usine ; 3° de représentants des ouvriers dans les questions de travail, fonctions précédemment et ultérieurement unifiées.
- N’eussions-nous pas eu à expliquer la présence, au banquet familistérien en 1872, des titulaires (spécialement désignés) de ces diverses fonctions, que nous n’aurions pas moins été conduits à traiter le sujet, vu la part spéciale que prennent ces délégués à la désignation des lauréats de la fête du Travail en 1873.
- Un coup d’œil sur le mouvement général des comités de délégués-ouvriers est donc indispensable ici. Nous prions le lecteur de nous accorder patience et bienveillance. Ce coup-d’oeil s’étendra de la fondation de l’établissement à l’état présent réglé par les statuts d’association.
- * *
- Le règlement d’ateliers, daté 31 janvier 1857, nous a montré (1) comment s’opérait depuis l'origine, spécialement depuis 1852, l’administration du fonds de secours et la représentation des ouvriers dans les questions de travail.
- Etaient chargés de cette double mission : 6 délégués élus par tous les ouvriers et ouvrières de l’établissement et choisis :
- (1) Chap. IV, Le Devoir, tome 27®, mars 1903, p. 129.
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- 2 parmi les mouleurs ;
- 2 parmi les ajusteurs ; et 2 parmi les travailleurs des ateliers divers.
- Le nombre des ouvriers croissant, il en fut de même du nombre des délégués. Un registre des affiches apposées dans l’usine nous montre qu’en 1866 les délégués étaient au nombre de 10; et deux ans plus tard au nombre de 12 répartis comme suit : (affiche n° 92). t 4 membres choisis et élus par la fonderie ;
- « 4 » » » l’ajustage;
- « 4 » » » les autres ateliers. »
- Jusqu’au 1er avril 1870 le fonds de secours dit € Caisse mutuelle de prévoyance de l’Usine » est à destination de tous les travailleurs, sans distinction entre ceux qui résident au Familistère et ceux logés ailleurs. Mais à partir du 1er avril 1870 fonctionne au Familistère une caisse spéciale dite « Caisse générale de prévoyance du Familistère » , laquelle est administrée :
- l°En ce qui concerne les secours en cas de maladie par 12 hommes pour la section spéciale aux hommes ; et par 12 femmes pour la section spéciale aux femmes ;
- 2° En ce qui concerne l’étude pratique des autres cas de prévoyance : pharmacie, secours aux veuves, orphelins, retraités, etc. par les 24 membres réunis. (Mandat renouvelable trimestriellement, tour à tour pour un quart des membres.)
- Il se trouve donc alors :
- Un comité de 12 hommes, employés ou ouvriers élus au Familistère , pour l’administration du fonds dont nous venons de parler ; et
- Un comité de 12 ouviers élus à l’Usine pour l’administration du fonds primitif de secours. A ce dernier échéait depuis l’origine la représentation du personnel
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- dans les questions de travail et règlement d’ateliers. Fallait-il pour cet objet fusionner les deux comités ? Mais les délégués élus au Familistère n’étaient pas, comme ceux élus dans les ateliers, des ouvriers exclusivement.
- Sans explication sur ce point (on sait quelle perturbation la guerre franco-allemande jetait à cette époque dans les faits d’organisation industrielle) nous voyons — dans nos documents — figurer en 1870 un comité d’ouvriers élus tout spécialement pour représenter leurs collègues dans les questions de travail et règlements d’ateliers. Ce comité est dit : « Comité des réclamations. »
- Le registre des affiches apposées à l’Usine (période de 1863-1876), montre qu’en février 1872 le mandat des délégués aux réclamations était expiré et qu’en mars suivant, il en était de même du mandat des délégués à Vadministration de la caisse de secours de V Usine.
- L’affiche (N° 211), en date du 17 février, convoque les électeurs à renouveler « le mandat des délégués « chargés d’examiner et de présenter les réclamations « ou propositions que les ouvriers auraient à faire au « conseil (1). »
- Dix-sept délégués sont à nommer, dont :
- 6 à la fonderie,
- 4 à l’ajustage, .
- 7 aux ateliers divers.
- 17 total conforme.
- L’affiche précise qu’on peut être à la fois délégué aux
- (1) Conseil d’administration en fonction pendant le séjour de J.-B.-A. Godin à l’Assemblée nationale. Chap. XXI, XXII « Le Devoir #, janvier, février 1906.
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- réclamations et délégué à l’administration du fonds de secours ou prévoyance de l’Usine.
- L’élection s’opère , les résultats sont consignés au registre ; et le 7 mars suivant, les mêmes électeurs sont à nouveau convoqués pour renouveler le mandat des 17 délégués à l’administration de la caisse de secours. Ces 17 membres à nommer sont répartis dans les ateliers exactement comme les précédents ; et la nouvelle affiche de convocation (n°217) répété qu’on peut être à la fois délégué aux réclamations et délégué à l’administration de la caisse de secours de l’Usine. Les résultats de l’élection sont portés au registre des affiches.
- Plus de la moitié des élus : 11 sur 17 font partie des deux comités.
- Même année, le 26 septembre, les deux comités réunis votent leur fusion en un seul comité qui sera composé de 20 membres, dont :
- 8 élus à la fonderie,
- 4 » à l’ajustage,
- 8 » aux ateliers divers.
- Total.. 20
- La réunion du 26 septembre avait eu lieu en la salle du théâtre du Familistère, sous la présidence de J.-B.-A. Godin. On y avait fixé au 8 octobre l’élection du nouveau comité et déterminé, comme suit, les conditions de l’élection.
- « Réunir un nombre de voix égal au moins au huitième des électeurs inscrits ; être âgé de 21 ans accomplis. »
- L'affiche (n° 255) informant les intéressés, ajoute :
- « Le renouvellement du comité se fera désormais par tiers, de quatre mois en quatre mois. » (La sortie des premiers membres fut déterminée par le tirage au sort.)
- Les faits suivirent en conséquence. Le registre des
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- affiches donne l’état des élections successives jusqu’à celles opérées le 4 février 1876. Le registre s’arrête (étant rempli) au 1er avril suivant ;
- Le comité qui nous occupe, dit : « Comité de la caisse mutuelle de prévoyance de t'usine et des réclamations » demeura en vigueur jusqu’à la constitution légale delà société du Familistère, 13 août 1880.
- A cette époque, il fut remplacé (articles 73, 76 des assurances mutuelles, statuts 2e partie ; art. 67, syndicat du travail, règlement, statuts 3e partie) par un comité de 18 membres dont neuf élus au Familistère, parmi les associés et sociétaires, exclusivement; et neuf, à l’Usine, parmi les travailleurs indistinctement. Ces neuf derniers étant répartis comme suit :
- Fonderie et râperie............. 3 délégués
- Ajustage et magasins........... 2 »
- Ateliers divers................. 3 »
- Bureaux........................ 1 »
- Total....... 9
- Le mandat des 18 délégués se renouvelle annuellement en mars, pour 10 d’entre eux ; en septembre pour les 8 autres.
- Afin de compléter l’indication générale du fonctionnement des Assurances mutuelles dans l’association, ajoutons que les neuf délégués (hommes) élus au Familistère parmi les associés et sociétaires exclusivement, réunis à neuf déléguées femmes (celles-ci élues aussi au Familistère pour l’administration spéciale de l’assurance contre la maladie, section des femmes, art. 58 des assurances mutuelles, statuts 2e partie) constituent le comité de l’assurance des pensions et du nécessaire et du fonds de pharmacie.
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- Quinze jours après la constitution légale de l’association, le 30 septembre 1880, J.-B.-A. Godin donna à la population du Familistère une conférence (1) où furent résumés les faits constitutifs du nouvel état de choses et où il indiqua, précisément, ce qui était à faire pour le renouvellement des anciens comités, les élections devant avoir lieu le dimanche suivant.
- Ayant dit les opérations par lesquelles une nouvelle personne civile, la Société du Familistère, était instituée, Godin ajoute : « Aujourd’hui, je voudrais moi-« même changer cette situation que je ne le pourrais « plus. La Société du Familistère est fondée pour 99 « ans et d’une façon inébranlable. J’ai pris à ce sujet « les mesures les plus sûres, et vous pouvez vous « reposer sur elles absolument.
- « J’ai cru devoir entrer avec vous dans ces explica-« cations pour vous faire mieux comprendre combien « il importe que vous prêtiez attention au vote que « vous allez exprimer dimanche prochain. Vous allez « constituer les comités des assurances mutuelles « concernant les allocations en cas de maladie, et les « pensions de retraite.
- « Songez que si, dans le passé, vous avez cru parfois « que c’étaient surtout les éléments batailleurs qui « étaient à leur place dans ces comités, où vous pou-« viez croire que vos intérêts différaient de ceux de « l’établissement, il n’en est plus de même aujourd’hui. « Il n’y a qu’un seul intérêt ici, celui de l’association « en général ; ce qu’il nous faut, ce sont donc des « hommes réfléchis, prévoyants et surtout sympathi-« ques à la voie dans laquelle nous devons marcher « désormais. »
- (1) En partie reproduite dans Le Devoir, tome 4e, 1880 p. 650 à 652.
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- Ici se termine le coup d’œil que nous devions jeter sur le mouvement général des comités de délégués des ouvriers. Il nous a fait voir qu’en mai 1873, époque de la préparation de la fête annuelle du Travail, se trouvait en exercice un comité de 20 délégués (8 élus à la fonderie ; 4, à l’ajustage ; 8, aux ateliers divers) chargés — selon la décision du 26 septembre 1872 — de la double mission : administrer le fonds de secours mutuels (Usine) et représenter tous leurs collègues dans les questions de travail.
- Voyons, maintenant, la part que prirent ces délégués, à l’organisation de la fête du Travail en 1873.
- Vve J.-B.-A. Godin , née Moret.
- (A suivre).
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- JEAN-EDME LECLAIRE
- (Suite) (1).
- Ces résistances administratives, que nous trouvons étranges aujourd’hui, mais qui indiquent l’état d’esprit du gouvernement de l’époque, auraient bien surpris le législateur de l’an XI s’il avait pu prévoir qu’une loi dirigée contre les anciennes corporations servirait plus tard, par une déviation inexcusable, à restreindre la liberté qu’il avait voulu protéger.
- Leclaire n’en poursuivit pas moins son œuvre. S’il lui était interdit de réunir ses ouvriers, on ne pouvait pas lui empêcher de leur distribuer une partie des sommes résultant des profits faits dans l’entreprise.
- Une brochure qu’il publia en 1845 sous ce titre : Répartition des bénéfices du travail, indique que son personnel a reçu comme participation 19.714 francs pour l’année 1843, et 20.060 francs pour 1844.
- L’expérience prouvait que le système de la participation était bon en soi et d’application réalisable. Voici sur quel raisonnement s’appuyait Leclaire pour défendre le principe qui lui tenait tant à cœur :
- « En me décidant à recourir à la participation, je me disais que dans tous les métiers dont les bénéfices dépendent de la main-d’œuvre payée à la journée, les profits peuvent varier beaucoup ; et si l’on opère sur des masses importantes les différences sont considérables.
- « Dans notre industrie un ouvrier peut-il, par son
- (1) Le Devoir, septembre 1906.
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- activité, sa bonne volonté et un emploi plus intelligent de son temps, produire dans le même laps de temps, un jour, un surcroît de travail équivalent à une heure, c’est-à-dire à 60 centimes, ce qui est le taux actuel de l’heure ?
- « Peut-il, en outre , économiser 25 centimes par jour en évitant la perte des marchandises qui lui sont confiées et en apportant des soins à la conservation des outils?
- « Tous répondent affirmativement.
- « Donc, si un seul ouvrier peut donner ce résultat, de réaliser pour le compte de l’entrepreneur une éco-mie de 85 centimes par jour — ce qui produit, pour 300 jours de travail, 255 francs — et * si l’on suppose que la moyenne des ouvriers occupés par la maison est de 300, on obtient une économie^annuelle de 76.500 francs.
- « Or, c’est à l’aide de cette économie que, d’une part, notre Société de secours mutuels grossit tous les ans son capital et peut faire des pensions aux vieux ouvriers et que, d’autre part, elle peut répartir des bénéfices à ceux qui contribuent à les produire. »
- Mais pour faire accepter cette idée de la participation et pour la mettre en pratique, que de difficultés il avait fallu surmonter ! Que de résistances obstinées il avait fallu vaincre !
- IV
- Nous avons laissé la première Société de secours mutuels, celle de 1838, au moment où, en 1853, la majorité des membres, s’autorisant d’un article des statuts, venait de prononcer sa dissolution et de partager le fonds social.
- Leclaire , qui comptait baser sur la Société de secours mutuels le fonctionnement de la participation aux bénéfices, s’empressa de reconstituer, mais sur d’autres bases, une nouvelle société. Dès 1854, celle-ci
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- fut mise sur pied pour une nouvelle période de 15 années. Les cotisations mensuelles de 2 francs étaient supprimées et les ressources de la société devaient consister surtout dans la somme prise sur les bénéfices que donnerait bénévolement, chaque année, la maison Leclaire dans le cas où les résultats de l’inventaire le permettraient. De plus, le patron se réservait le droit de suspendre ces allocations annuelles et d’admettre un nombre illimité de sociétaires, s’il le jugeait nécessaire.
- En 1860, Leclaire, qui n’avait pas cessé de mûrir ses plans en les étudiant sous toutes leurs faces, proposa à ses ouvriers de renoncer à tout projet de partage du fonds de secours mutuels et d’organiser les pensions de retraite. Mais un capital de 40.000 francs se trouvait déjà accumulé, et l’esprit égoïste qui avait inspiré l’opération du premier partage veillait toujours. Une vive opposition accueillit la proposition nouvelle ; un grand nombre de sociétaires résistaient en invoquant les statuts et leur droit. Leclaire leur annonça alors qu’au nom du sien il allait non seulement supprimer les subventions bénévoles, mais encore, en vertu des pouvoirs qu’il tenait du règlement, introduire dans la société des fournées de sociétaires nouveaux, ce qui aurait pour effet de réduire considérablement la part de chacun.
- Devant cette menace, dont l’exécution était certaine, il fallut bien céder. Les pensions de retraite furent créées et la société de secours mutuels reçut une durée illimitée.
- Dans la séance générale du 20 janvier 1861, Leclaire disait aux ouvriers sociétaires :
- « Je vous félicite de votre détermination et vous remercie de la confiance que vous m’accordez... Depuis que nous nous connaissons j’ai eu bien souvent à lutter avec vous ; rarement vos idées se sont rencontrées avec les miennes ; j’en ai toujours compris la raison, elle est toute naturelle : chacun de vous ne pense qu’à lui et moi je pense à tous... Disons-le bien haut, il n’y a que l’égoïsme aveugle qui peut faire préférer un partage
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- misérable à la pension de retraite. Les pensions, en faisant disparaître l’antipathie entre le patron et l’ouvrier, créent la stabilité et l’harmonie dans l’atelier... Si j’en juge par plusieurs opinions émises, vous vous êtes préoccupés de cette idée que le jour où la mort sera venue me séparer de vous, ce sera fini ; le désordre se mettra parmi mes associés, la maison Leclaire se disloquera , chacun de ses membres voudra en avoir un lambeau et votre société de secours mutuels disparaîtra. .< Je ne partage nullement votre opinion ; mes associés sont des hommes de coeur qui auront à honneur de perpétuer un monument qu’ils m’auront aidé à élever... Messieurs, quand on veut la fin d’une chose, il faut en vouloir les moyens... Si avant peu, il ne m’est pas démontré qu’après moi les choses subsisteront, il ne me restera plus qu’à abandonner la lutte, attendu que si les forces physiques et intellectuelles ont leurs limites, le courage a aussi les siennes ».
- La nouvelle société de secours mutuels fut approuvée le 29 juillet 1863 par le Ministre de l’Intérieur et, déjà propriétaire d’un capital de 116.442 francs, elle acquit la personnalité civile.
- Un acte notarié fut passé, aux termes duquel la société de secours mutuels ainsi transformée devint commanditaire de la maison Leclaire. Elle apportait 100.000 francs et recevait à titre de commanditaire l’intérêt de ce versement à 5 0/0, plus 20 0/0 des bénéfices annuels. 30 0/0 de ces mêmes bénéfices étaient distribués aux ouvriers en espèces comme dividende. C’était une création tout à fait neuve; c’était un grand pas de plus fait par Leclaire vers le but qu’il entrevoyait.
- En 1864, en remettant les nouveaux statuts aux intéressés, il leur disait :
- « Les membres de la société de secours mutuels ne sont plus de simples journaliers qui agissent machinalement et quittent l’ouvrage avant que l’horloge ait frappé le dernier coup de marteau.Tou s sont devenus
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- des associés qui travaillent pour leur propre compte; à ce titre, rien dans l’atelier ne doit leur être indifférent : tous doivent veiller aux soins des outils et des marchandises, comme s’ils en étaient spécialement les gardiens. »
- Et il terminait par ces paroles :
- « Si vous voulez que je parte de ce monde le cœur content, il faut que vous ayez réalisé le rêve de toute ma vie ; il faut qu’après une conduite régulière et un travail assidh, un ouvrier et sa femme puissent, dans leur vieillesse, avoir de quoi vivre tranquilles, sans être à charge à personne. »
- C’était bien pensé et bien dit. Pourtant Leclaire, dont le cœur débordait de bonté, ne s'arrêta pas là. De nouveaux statuts notariés, passés en 1869 devant M*sLefébure de Saint-Mauret son collègue, notaires à Paris, vinrent modifier le contrat de 1863.
- La part de la société de secours mutuels dans les bénéfices annuels fut portée à 25 0/0 et celle des ouvriers à 50 0/0. De plus, le principe de l’élection des gérants fut posé et le droit jadis illimité du chef devint un droit constitutionnel.
- A Leclaire, qui, depuis quelques années, cherchait à se retirer des affaires, on adjoignit Jean-Baptiste-Alfred Defournaux, qui partagea la gérance avec le fondateur de la maison. Dans cet acte du 6 janvier 1869, la société est en nom collectif à l’égard de MM. Leclaire et Defournaux, et en commandite à l’égard de la société de secours mutuels des ouvriers et employés de la maison Leclaire, cette dernière représentée par son président, M. Charles Robert, conseiller d’Etat, secrétaire général du Ministère de l’Instruction publique.
- A partir de ce moment, et d’une façon générale, les fonctions se précisent et l’œuvre admirable de Leclaire prend un caractère impersonnel qui assure la solidité de l’édifice (1). D’ailleurs, le créateur de cette remar-
- (1) Pour plus amples renseignements, consulter l’acte de société de 1869, intitulé : Maison Leclaire, A. Defournaux et Cie, Paris, imp. et libr, Bouchard-Uzard.
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- quable institution faisait tout son possible pour trouver des successeurs et assurer la vitalité et la durée de son œuvre.
- Dans une lettre, en date du 14 janvier 1863, adressée à ses principaux collaborateurs, il leur disait :
- « Si, parmi ceux qui ont vieilli avec moi, il s’en trouve qui ont réfléchi à la manière dont j’ai procédé toute ma vie, ils ont dû reconnaître que mes efforts constants et incessants ont toujours tendu à me faire disparaître, c’est-à-dire à ce que la machine puisse fonctionner sans ma participation. Le but a-t-il été atteint ? Je n’hésite pas à me prononcer pour l’affirmative ».
- Plus tard, en août 1865, établi à Herblay, il écrit à son ami et associé Alfred Defournaux :
- « Je vous en prie, soyez constamment préoccupé de la nécessité de me mettre à la porte de la maison. Chaque fois que vous me voyez à Paris, dites moi : « Mais que venez-vous faire ici ? Restez donc à Herblay, allez vous promener, faites des voyages ; nous n’avons pas besoin de vous ; vous oubliez que vous avez soixante-cinq ans, que vous jouissez de vos jours de grâce et qu’il faut absolument que l’on s’habitue dans la maison à ne plus vous voir... »
- « Vous m’avez aidé à fonder une œuvre qui, à mesure qu’on l’étudiera, sera plus appréciée et aura un retentissement plus considérable... Une œuvre qui se développera et prendra des proportions dont il est difficile de se douter quant à présent. Croyez bien que je ne me fais pas illusion. »
- Peu de temps après, en 1866, Leclaire donna sa démission de président de la société de secours mutuels et présenta lui-même comme son successeur Charles Robert, l’apôtre éclairé et convaincu des bienfaits de la participation des ouvriers aux bénéfices de l’industrie; il ne pouvait faire un meilleur choix (1).
- (1) — Nous devons à l’honorable conseiller d’Etat la Biographie d'un homme utile : Leclaire,peintre en bâtiments (chez Sandoz et Fischba-cher, Paris) dans laquelle on trouvera les détails les plus précis et les plus circonstanciés sur l’œuvre de Leclaire. Nous avons largement puisé dans cet excellent travail.
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- Fidèle à la ligne de conduite qu’il avait adoptée, Leclaire abandonna progressivement l’administration de sa société afin de bien montrer dès son vivant que son œuvre pouvait prospérer sans lui. Retiré à Herblay, où il devint maire du village, il continua à y propager parmi ses administrés, sans grand succès d’ailleurs, les idées de participation et de justice qui avaient été l’idéal de toute sa vie. Il y mourut en juillet 1872, entouré de l’estime universelle.
- En 1893, pour perpétuer sa mémoire, le conseil municipal de Paris donna son nom à une rue du XVII® arrondissement. Enfin, au centre de ce même quartier, dans le square des Epinettes, les amis et les admirateurs de Leclaire ont assisté, en octobre 1896, à l’inauguration d’un groupe monumental, œuvre du sculpteur Dalou, qui représente notre héros relevant un ouvrier et l’attirant à lui d’un geste doucement fraternel.
- Comme nous voilà loin de l’époque où le pauvre petit travailleur inconnu qui s’appelait Jean-Edme Leclaire, débarquait à Paris sur le port du Mail, sans appuis, sans amis, sans argent, mais riche de tous les trésors d’honnêteté, de courage et d’amour pour ses semblables, qui remplissaient son âme juvénile !
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- Voilà, en quelques pages, la biographie d’un véritable ingénieur social, d’un homme qui a passé sa vie à organiser, presque malgré eux, ses propres ouvriers, selon une méthode qui leur assurait en même temps une plus juste répartition des fruits du travail et une retraite suffisante pour leur vieillesse.
- Récapitulons en quelques mots les points essentiels du long travail de Leclaire et nous trouvons :
- 1° La Société de secours mutuels fondée en 1838 ;
- 2» Sa disparition en 1853 et le partage de son capital ayant pour cause l’imprévoyance des ouvriers qui la composaient ;
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- 3° L’introduction en 1842, sous forme de gratification, de la participation des ouvriers les plus anciens et les plus méritants aux bénéfices du patron ;
- 4° La reconstitution en 1854 de la Société de secours disparue en 1853, mais avec de profondes modifications statutaires ;
- 5° En 1860, la proposition de Leclaire à ses ouvriers pour les faire renoncer à tout espoir de partage des fonds de la Société de secours mutuels et les amener à faire de celle-ci la commanditaire de la maison de peinture ;
- 6° L’approbation de la nouvelle Société de secours mutuels par le Ministre de l’Intérieur; son acquisition de la personnalité civile et l’acte notarié passé en 1863 par lequel elle devient commanditaire de la maison Leclaire ;
- 7° Enfin, les statuts notariés de 1869 qui sont en quelque sorte le couronnement de l’édifice, car ils élargissent le taux des profits alloués aux ouvriers et employés et ceux attribués à la Société de secours mutuels. Et nouvel aiguillage : ils introduisent le principe parlementaire de l’élection des gérants remplaçant le droit jadis héréditaire et illimité du patron.
- Voilà, il nous semble, les stades principaux de cette longue, laborieuse et instructive expérience dont la préparation et les étapes successives (1838 à 1869) ont demandé trente-un ans d’efforts incessants avant d’avoir atteint la constitution définitive sous laquelle elle marche régulièrement aujourd’hui.
- Quelques mots sont encore nécessaires pour donner un schéma approximatif de l’oeuvre de Leclaire. La mort de Leclaire (1872) n’a rien changé au plan qu’il avait conçu et voici la liste des gérants successifs qui ont dirigé ou dirigent actuellement la maison.
- Fondée en 1826, l’oeuvre de Leclaire prit, en 1864, comme raison sociale : Leclaire et Cie.
- En 1869, Leclaire, A. Defournaux et Cie.
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- ÜN INGENIEUR SOCIAL
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- En 1872 (mort de Leclaire) : A. Defournauæ et Cie, auquel les sociétaires adjoignent Redouly.
- En 1875, à la mort de Defournaux, la raison sociale devint Redouly et Cie, auquel on adjoignit Marquot.
- En 1890, décès de Marquot ; Valmé et Beudin le rem-placent.
- En 1897, Beudin se retire et la raison sociale devient Redouly, Valmé et Cie ; telle elle est encore.
- Les présidents de la société de secours mutuels commanditaire de la maison ont été : Leclaire en 1838, Charles Robert en 1866 et, à son décès, Léopold Mabil-leau élu en 1899.
- L’avoir de la société au 1er janvier 1900, était de 3 198.761 francs. A la même époque le nombre des membres actifs était de 130.
- Pour être membre actif il faut faire partie du noyau, avoir cinq ans révolus de présence dans la maison, être d’une bonne conduite et d’une bonne moralité.
- Voici les avantages accordés par la société de secours mutuels. Les sociétaires ont droit aux soins du médecin, aux médicaments et à une indemnité de 3 fr. 50 par jour de maladie. Les femmes des sociétaires et leurs enfants, les rentiers, leurs femmes et leurs enfants ont droit au médecin et aux médicaments.
- Tout sociétaire ayant cinquante ans d’âge et vingt ans de présence dans la maison a droit à une pension viagère de 1.500 francs par an.
- Les veuves de sociétaires, et orphelins jusqu’à leur majorité, ont droit à la moitié de la somme ci-dessus.
- Les ouvriers non sociétaires, blessés au travail et incapables de travailler ont droit à la pension de 1 500 francs. Les veuves d’ouvriers tués au travail et les orphelins de ces ouvriers ont droit à la demi-pension.
- Tout ouvrier et employé auxiliaire peut obtenir à l’âge de 50 ans une allocation annuelle de 1.000 francs réversible par moitié sur la tête de sa veuve.
- Voilà à grands traits l’organisation de la société Leclaire.
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- Ancienne Maison LEGLAIRE
- CJT
- ------------- CO
- HEDOULY, VA.L.MÉ & Cie °°
- 11, rue Saint-Georges, — PARIS
- PARTICIPATION DANS LES BÉNÉFICES DE 1842 A 1900
- ANNÉES PARTICIPATION DANS LES BÉNÉFICES MONTANT total des salaires annuels donnant droit à une participation NOMBRE des ouvriers et employés parties prenantes PROPORTION des chiffres des bénéfices au montant des salaires o/o
- SOMMES attribuées à la Société de Secours mutuels SOMMES distribuées en espèces au personnel TOTAL
- 1842 à 1864 1865 1866 1867 1868 1869 1870 1871 1872 1873 1874 25.233 f. 48.470 38.832 73.975 45.000 30.812 33.750 44.125 32.250 39.500 24.855 f. 31.530 26.035 26.025 90.000 61.625 67.500 88.250 64.500 79.000 460.000 f. 50.088 80.000 64.867 100.000 135.000 92.437 101.250 132.375 96.750 118.500 » » » » » 558.028 f. 406.414 556.495 695.429 508.167 600.293 » » » » » » 758 1.038 976 633 827 * » » » 16 f. 13 o/o 14 33 12 12 12 31 12 69 13 14
- 1875
- 1876
- 1877
- 1878
- 1879
- 1880 1881 1882
- 1883
- 1884
- 1885
- 1886
- 1887
- 1888
- 1889
- 1890
- 1891
- 1892
- 1893
- 1894
- 1895
- 1896
- 1897
- 1898
- 1899
- 1900
- 50.000 100.000 150.000 696.569 1.052 14 35
- 56.250 112.500 168.750 685.575 1.081 16 31 i
- 57.500 115.000 172.500 645.484 826 17 81
- 65.500 130.000 195.500 713.644 1.032 18 21
- 80.000 160.000 240.000 867.870 1.125 18 43
- 95.000 190.000 285.000 972.424 949 19 53
- 107.500 215.000 322.500 1.068.607 1.125 20 11
- 120.375 240.750 361.125 1.069.979 998 22 50
- 112.500 225.000 337.500 966.908 838 23 27
- 115.000 230.000 345.000 967.606 824 23 77
- 91 250 182.500 273.750 869.050 710 21 00
- 91.250 182.500 273.750 869.000 716 21 00
- 95.000 190.000 285.000 896.330 780 21 19
- 110.000 220.000 330.000 980.363 889 22 44
- 114.000 228.000 342.000 1.085 230 959 21 00
- 118.750 237.500 356.250 998.268 954 23 75
- 107.500 215.000 322.500 958.228 833 22 43
- -103.750 207.500 311.250 1.088.748 936 19 04
- 87.500 175.000 262.500 1.026.343 854 17 05
- 76.388 152.777 229.165 921.315 761 16 58
- 85.233 170.446 255.679 1.004.328 933 16 97
- 83.844 167.689 251 533 976.719 727 17 16
- 99.310 158.896 258.206 1.012.744 787 15 68
- 93.294 149.271 242.565 990.915 807 15 06
- 103.125 165.000 268.125 1.174.040 1.013 14 05
- 102.251 163.602 265.853 1.122.161 821 14 59
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- LE DEVOIR
- Le tableau ci-dessus donne l’état annuel détaillé des sommes attribuées de 1864 à 1900 à la Société de secours mutuels et celles attribuées en espèces au personnel. De plus, à partir de 1869, date des derniers statuts, nous y trouvons le montant des salaires annuels qui donnent droit à la participation et le nombre des ouvriers qui ont pris part à ces distributions. Enfin, une dernière colonne nous indique de combien pour cent chaque année les salaires individuels ont été augmentés par ces distributions de bénéfices.
- Cette lecture, un peu longue peut-être, mais très intéressante par sa précision, nous montre de combien le plan que Leclaire a conçu et réalisé est supérieur, au fond et dans la forme, aux caisses de retraite effectuées ou en projet dans les divers pays d’Europe.
- Faire supporter à une industrie, à un commerce ou à la terre la charge et l’amortissement de son matériel est une nécessité que nul ne conteste. Mais, lui faire supporter la charge et l’entretien de son matériel humain, ou, pour plus de précision, les pensions de retraite des hommes qui ont été la chair et le sang de ces industries, est une idée jeune encore, incomprise : beaucoup la disent ou la croient impossible. Mais, s’il est vrai en principe que la terre doit nourrir et entretenir les paysans jeunes et vieux qui la cultivent, il n’y a pas de raison de fond pour qu’il n’en soit pas de même en commerce et en industrie.
- Leclaire, un des premiers, a donné au monde un magnifique exemple de prévoyance et de justice: les générations présentes auront à le comprendre et à Limiter.
- Auguste Fabre.
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
- La règlementation du travail.
- Dans l’exposé des motifs qui précède le dispositif légal du projet, le ministre du commerce définit ainsi qu’il suit le but de la loi soumise à l’approbation du Parlement :
- « Le projet réduit au maximum de dix heures, sous réserves de dérogation limitées en nombre, la journée normale de travail, de tous les ouvriers adultes dans l’industrie ; il étend la règlementation du travail des enfants et des femmes aux petits métiers de l’alimentation, qu’un avis du Conseil d’Etat, en 1894, avait considérés comme étant en dehors de l’industrie proprement dite, et qui cependant sont parmi les plus pénibles et les plus fatigants ; il apporte une première et prudente limitation au travail des magasins et des bureaux, en spécifiant la durée du grand repos ininterrompu accordé aux employés pour réparer leurs forces entre deux journées de travail ; enfin il tend par des dispositions accessoires à rendre plus facile et plus efficace l’application des lois du 2 novembre 1892 et du 30 mars 1900. »
- En ce qui concerne le régime des dérogations en vertu duquel actuellement l’inspecteur divisionnaire accorde les heures supplémentaires qui lui paraissent justifiées, son droit n’étant pas limité par la loi, mais par les simples circulaires ministérielles qui ont fixé le maximum de durée de ces dérogations, l’exposé des motifs s’exprime ainsi :
- « Il existe un très grand nombre d’industries dont la production journalière ne peut être invariablement réglée, en dépit des efforts des industriels. Ce ne sont pas seulement celles, très nombreuses, qui dépendent de la mode ou du retour des saisons, comme les industries du chauffage ou des vêtements, ou celles qui doi-
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- 602 Le devoir
- vent traiter rapidement des matières premières d’origine végétale ou animale, comme la fabrication des conserves de légumes ou de poissons ; ce sont aussi toutes celles, de plus en plus nombreuses, dont les périodes d’activité dépendent d’achats en grand sur le marché international, de commandes que les grands acheteurs se font livrer d’un pays ou d’un autre.
- * Aussi que s’est-il produit ? C’est que l’irrégularité croissante de la production a forcé de grossir la nomenclature des industries pouvant bénéficier des dérogations. C’est que, actuellement, dans la circonscription de Paris, on compte une proportion de 710,000 personnes qui travaillent sous ce régime contre 200,000 qui n’ont point droit aux*dérogations. Et ces 200,000 ne font cependant pas des travaux plus pénibles ni tout à fait exempts d’irrégularité. » *
- La distinction entre les industries d’après la seule donnée de leur caractère saisonnier, outre qu’elle rend difficile la tâche des inspecteurs du travail, donne lieu à de nombreuses critiques de la part des intéressés.
- Mieux vaut, d’après l’auteur du projet, autoriser toutes les industries à user de dérogations, mais de dérogations légalement limitées en nombre et en durée et ne faire d’exception que pour les travailleurs les plus faibles.
- « On excepterait des dérogations le travail des mineurs de seize ans, aujourd’hui soumis à toutes les prolongations de durée de travail autorisées pour le reste du personnel, protégé par la loi de 1892. On réduirait de deux heures à une, l’augmentation journalière éventuelle de la durée de travail. Ce jeu d’une heure supplémentaire suffisait de 1892 à 1902, alors que la durée du travail était pratiquement de onze heures. Et ce sera la loi elle-même qui fixera à 60 le nombre maximum annuel des jours de dérogation; seuls les travaux de plein air, s’ils ne sont ni insalubres ni fatigants, auquel cas ils sont déjà interdits aux adolescents et aux femmes, pourront bénéficier de 90 jours
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
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- de dérogation, comme actuellement. Ce sera en définitive un nombre d’heures supplémentaires annuelles qui ne sera certainement pas supérieur à celui actuellement prévu par les circulaires ministérielles, mais qui sera plus rationnellement réparti.
- « On supprimera du même coup la décision de l’inspecteur divisionnaire du travail qui a donné lieu à de nombreuses difficultés. Ces fonctionnaires se trouvant dans l’impossibilité de faire des enquêtes sur les multiples demandes dont ils sont saisis, et craignant le reproche de partialité, sont obligés d’accueillir ces demandes, sauf circonstances exceptionnelles, dans tous les cas jusqu’à la limite qui leur a été fixée par la circulaire ministérielle.
- « La substitution d’un préavis de l’industriel faisant usage d’un droit défini et limité aux correspondances considérables dont faisaient l’objet les demandes d’autorisation , permettra d’ailleurs aux inspecteurs de consacrer plus de temps à leur mission essentielle de contrôle. On évitera également des réclamations continuelles portant sur le retard apporté par les inspecteurs à accorder des autorisations, parfois urgentes, mais dont les demandes ne parvenaient que trop tard lorsqu’ils étaient en tournées.
- « En résumé, le nouveau régime n’accroîtra point l’ensemble des heures supplémentaires actuellement en usage, il est mieux adapté aux nécessités industrielles et plus conforme au principe directeur qui a inspiré toute la réglementation du travail et qui est de protéger le faihle en raison et dans la mesure de sa faiblesse. Enfin, il laissera toute liberté à l'inspection du travail pour exercer d’une façon plus suivie sa mission de contrôle ».
- Suit le texte du projet qui est ainsi conçu :
- Travail des ouvriers adultes.
- Article premier. — Dans les manufactures, fabriques, usines, ateliers et chantiers, dans les mines, minières et carrières pour lesquels la durée dutravail n’est pas
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- LÉ DEVOIR
- réglée par des lois spéciales* dans les entreprises de chargement et de déchargement, ainsi que dans les dépendances de tous ces établissements, de quelque nature qu’ils soient, publics ou privés, laïques ou religieux, même lorsqu’ils ont un caractère d’enseignement professionnel ou de bienfaisance, le travail effectif des ouvriers adultes ne peut dépasser dix heures par jour.
- La disposition qui précède ne sera applicable que quatre ans à dater de la promulgation de la présente loi aux ouvriers adultes occupés en dehors des locaux où travaillent des femmes et des enfants. A partir de cette promulgation la durée de leur travail effectif ne pourra dépasser onze heures, et elle sera réduite à dix heures et demie dans un délai de deux ans.
- Art. 2. — Les chefs d’établissements, directeurs, gérants ou préposés afficheront, dans les limites autorisées par la loi pour la durée du travail, les heures auxquelles commence et finit le travail, ainsi que les heures des repos. Un duplicata de cette affiche doit être envoyé à l’inspecteur.
- Toute modification apportée à l’horaire doit être affichée, et un duplicata de l’affiche envoyé à l’inspecteur avant sa mise en service, à moins que la modification ne soit nécessitée par un accident grave survenu dans la journée. L’horaire n’est réputé modifié que si des ouvriers sont occupés en dehors des heures qu’il fixe pour le travail.
- Les paragraphes^ ci-dessus ne s’appliquent pas aux travaux exécutés par postes ou équipes successives dans les usines à feu continu ou à marche nécessairement continue, ni aux travaux qui ne peuvent être interrompus à heures fixes. La nomenclature de ces établissements et travaux est donnée par un règlement d’administration publique qui prescrit les moyens de contrôle.
- Art. 3. — Dans tout établissement visé à l’article premier, le travail effectif des ouvriers adultes peut être prolongé jusqu’à 12 heures par jour pendant 60 jours par an.
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- chronique parlementaire
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- Cette faculté peut être portée à 90 jours par an pour les industries de plein air désignées par règlement d’administration publique. Le même règlement détermine les exceptions qu’il y a lieu d’apporter aux dispositions de l’article premier, à raison de la nature de certains travaux préparatoires ou complémentaires, dans les cas d’accident, ou pour cause de force majeure.
- Il détermine également les formes dans lesquelles l’inspection du travail doit être préalablement avisée des dérogations utilisées en application du présent article, ainsi que les moyens de contrôle.
- Art. 4. — Le décret-loi du 9 septembre 1848 modifié par l’article 2 de la loi du 30 mars 1900 est abrogé.
- Dispositions relatives aux établissements de commerce,
- aux entreprises de transport et au travail à domicile.
- Art. 5. — Dans les magasins, boutiques, bureaux du commerce et de l’industrie et leurs dépendances, le travail journalier de toute personne employée doit être suivi d’un repos ininterrompu, dont la durée ne peût être inférieure à dix heures
- Une affiche apposée dans chaque établissement indique les heures de repos accordées en vertu de la disposition qui précède.
- Art. 6. — Les cahiers des charges des entreprises de transport en commun, autres que les chemins de fer et la navigation maritime, devront obligatoirement fixer la durée du travail du personnel.
- Les chefs d’entreprises sont tenus d observer les stipulations relatives au travail inscrites dans leurs cahiers des charges. Us doivent en outre adresser au ministre du commerce un extrait certifié conforme de ces stipulations.
- Art. 7. — Les chefs d’établissements , directeurs , gérants ou préposés , des manufactures, fabriques , usines et ateliers qui emploient aux travaux de leur industrie, en dehors de leur établissement ou de ses dépendances directes, des ouvriers ou ouvrières, sous-
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- LE DEVOIR
- entrepreneurs ou sous-entrepreneuses, travaillant soit en atelier, soit à leur domicile, doivent* tenir à jour un registre indiquant les noms et domiciles de toutes les personnes directement occupées par eux dans les conditions qui précèdent.
- Ce registre doit être présenté à l’inspecteur du travail à toute réquisition.
- Les sous-entrepreneurs sont soumis aux obligations déterminées par le paragraphe précédent en ce qui concerne les personnes qu’ils emploient dans les conditions prévues par le dit paragraphe.
- L’article 8 prévoit les pénalités.
- L’article 9 réglemente le travail des femmes et des enfants et impose pour eux les mêmes conditions de durée de travail que pour les ouvriers adultes.
- Il prescrit en outre, que leur journée de travail doit être coupée par un ou plusieurs repos dont la durée ne peut être inférieure à une heure, et pendant lesquels le travail est interdit. Ces repos doivent être fixés de façon que le personnel protégé ne puisse être employé à un travail de plus de six heures consécutives sans une interruption dont la durée sera au moins d’une demi-heure. Cependant si le travail effectif de la journée ne dépassait pas sept heures, il pourrait être fait sans interruption.
- Dans chaque établissement, sauf les usines à feu continu et les mines, minières et carrières, les repos doivent avoir lieu aux mêmes heures pour toutes les personnes protégées par la présente loi.
- La signification générale du projet de loi est la suivante :
- Sous l’empire de la législation actuellement en vigueur, la durée maximum du travail quotidien est pour les ouvriers adultes fixée à douze heures (décret-loi de 1848). Cette durée est abaissée à dix heures pour les ouvriers adultes qui travaillent avec des femmes et des enfants dans les mêmes locaux (loi Millerand-Colliard) interprétée par la Cour de Cassation.
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- Si le projet de loi de M. Doumergue, est adopté par les Chambres, tous les ouvriers seront assimilés à la catégorie visée par la loi Millerand. Autrement dit, hommes, femmes et enfants ne pourront pas travailler plus de dix heures par jour, sauf les dérogations prévues et limitées par le projet.
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- L’application de la loi sur les accidents aux exploitations de l’Etat.
- L’article 1er de la loi du 9 avril 1898 ne distingue, pour les industries qu’il énumère, ni entre les employeurs responsables, ni entre les employés bénéficiaires. D’où il est permis de conclure qu’elle doit s’appliquer non seulement aux entreprises privées énumérées à l’article premier de la loi, mais aussi aux entreprises similaires de l’Etat, des départements et des communes. Cette solution a été généralement suivie par la jurisprudence, néanmoins, des difficultés s’étant produites, il a paru indispensable au gouvernement de mettre fin aux incertitudes et aux doutes par une intervention législative. De là le projet de loi soumis à la Chambre par M. Doumergue.
- En ce qui touche le principe de l’assujettissement, l’application de la loi de 1898 à tous ies ouvriers de l’Etat ne fait ni difficulté, ni question. Quant aux employés, le ministre estime qu’il ne saurait s’agir pour le moment d’appeler au bénéfice de la loi de 1898 ceux qui, dans les administrations centrales ou dans les emplois sédentaires, ne participent pas directemeut à l’exploitation industrielle et ne se trouvent pas exposés normalement à plus de risques que leurs collègues de toutes les autres administrations de l’Etat. Il en est autrement des employés qui, par des services d’exécution ou desurveillance, concourent immédiatement aux travaux des ouvriers et partagent à quelques degrés leurs risques.
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- LE DEVOIR
- Comme entre ces deux catégories le départ est délicat, qu’il doit être étudié séparément pour chaque administration et qu’il doit pouvoir être successivement modifié d’après les modifications mêmes des exploitations envisagées, le projet en remet le soin à un règlement d’administration publique, qui sera rendu après avis du comité consultatif des assurances contre les accidents du travail.
- En ce qui concerne l’attribution de la pension ou des indemnités, si la victime d’accident se trouve placée sous le régime des pensions civiles ou militaires et si elle compte le temps de services nécessaire pour obtenir à ce titre une pension d’ancienneté, elle aura simultanément droit à ladite pension et aux indemnités prévues par la loi du 9 avril 1898, dans les formes et suivant les procédures respectivement applicables, sans toutefois que le montant des indemnités et de la pension puisse dépasser le dernier traitement d’activité ni excéder en aucun cas six mille francs (6,000 fr.).
- Si elle ne compte point le temps de services nécessaire pour obtenir une pension d’ancienneté, elle peut opter entre la pension à laquelle elle aurait droit pour le cas d’accident en vertu de la législation sur les pensions civiles ou militaires et la rente à laquelle lui donne droit la loi du 9 avril 1898.
- Le droit d’option de la victime est épuisé, soit lorsqu’elle a obtenu du Ministre compétent la liquidation de sa pension, soit lorsqu’elle a saisi le tribunal visé par l’article 16 de la loi du 9 avril 1898, à fin d’obtention de rente ou qu’il y a eu accord à cette fin entre elle et l’Etat, dans les termes du dit article.
- Les droits des représentants de la victime sont déterminés d’après la législation pour laquelle elle a opté.
- En cas de décès de la victime sans qu’elle ait exercé son droit d’option, ses représentants pourront chacun se prévaloir du bénéfice de l’une ou de l’autre législation, dans les conditions spécifiées au dernier alinéa de l’article 2. S’ils n’ont pas tous opté pour l’application de la
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- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE 609
- même législation, leurs droits respectifs seront établis au regard de chaque législation à appliquer comme si tous les ayants droit s’étaient réclamés d’elle.
- Pour mettre les agents de l’Etat sur le même pied que les agents de l’industrie privée assujettis à la législation sur les accidents du travail, le projet supprime pour eux la formalité de la production d’un mémoire, production obligatoire dans toute instance contre l’Etat.
- Enfin, pour lever toute incertitude en ce qui concerne le£ ouvriers, apprentis et journaliers appartenant aux ateliers de la marine et les ouvriers immatriculés des manufactures d’armes dépendant du ministère de la guerre, une disposition expresse abroge formellement l’article 32 de la loi du 9 avril 1898 qui les soustrait à l’application de la loi.
- Telles sont les dispositions par lesquelles le gouvernement propose de réaliser, en la matière, l’unité de traitement entre les agents des exploitations privées et ceux des exploitations de l’Etat, sans faire perdre à ces derniers les droits préférables que, dans certains cas exceptionnels, ils pourraient tenir des lois en vigueur et sans imposer, en principe, au budget d’autres sacrifices que ceux qu’il doit supporter de ce chef au même titre que l’industrie.
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- LE DEVOIR
- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX
- Conventions internationales concernant la réparation des accidents du travail.
- Beaucoup de législations nationales sur la réparation des accidents du travail attribuent aux ouvriers étrangers victimes d’accidents ou à leurs ayants-droit des indemnités inférieures à celles qu’elles attribuent aux nationaux.
- Le traité de travail franco-italien du 15 avril 1904 a le premier prévu un arrangement ayant pour objet d’assurer un traitement plus équitable aux ouvriers italiens travaillant en France ainsi qu’aux ouvriers français travaillant en Italie.
- A l’exemple de ce traité, les récents traités de commerce italo-suisse , italo-allemand et austro-allemand ont prévu la conclusion d’arrangements ultérieurs dans le but d’assurer réciproquement aux ouvriers d’un des pays contractants travaillant dans l’autre pays, un traitement autant que possible équivalent au point de vue des assurances ouvrières.
- Depuis, un certain nombre d’arrangements de cette nature ont été conclus entre la Belgique et le Grand-Duché de Luxembourg (15 avril 1905), entre l’Empire allemand et le Grand-Duché de Luxembourg (2 septembre 1905), entre la France et la Belgiqué (21 février 1906), entre l’Empire allemand et la Belgique (22 février 1906).
- ITALIE
- La convention postale uni/erselle de Rome.
- Une convention postale internationale a été signée
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- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX 611
- à Rome le 26 mai dernier, à la suite du Congrès postal qui s’est tenu dans cette ville.
- A l’exception de la Chine et de l’Ethiopie, qui se réservent d’entrer dans l’Union postale à partir d’une date à fixer ultérieurement, tous les pays représentés au Congrès ont signé la convention, et les quelques pays non représentés signeront, sans aucun doute, sur présentation des actes.
- L’article 4 fixe le principe de la liberté de transit sur tout le territoire de l’Union, et règle le coût des frais de transit, en tenant compte de la longueur des parcours ; il consacre d’importantes réductions sur les taux actuellement en vigueur.
- L’article 5 élève à 20 grammes le poids d’une lettre simple, dont l’affranchissement reste fixé à 25 centimes, et il réduit à 15 centimes le taux d’affranchissement pour chaques poids^de 20 grammes, en sus des 20 premiers grammes. Exemple : une lettre pesant 40 grammes paie actuellement 75 centimes d’affranchissement ; elle ne paiera plus, au taux nouveau, que 40 centimes.
- L’article 11 règle la question, depuis si longtemps en suspens, d’un timhre-poste international, permettant à l’expéditeur d’une lettre de joindre à sa missive le montant du coût d’affranchissement de la réponse. Il est créé à cet effet, par le Bureau international des postes à Berne, un coupon-réponse, coûtant 28 centimes et échangeable contre un timbre de 25 centimes dans les bureaux de poste de tous les pays de l’Union, qui acceptent ce nouveau service.
- L’article 13 fixe à 30 centimes la taxe spéciale de remise à domicile des envois qualifiés « exprès » ; elle est payable d’avance en timbre-poste, en sus de l’affranchissement ordinaire.
- L’article 20 permet aux différents pays de l’Union de prendre entre eux des arrangements au sujet de questions qui ne concernent pas l’ensemble de l’Union, mais sans déroger à la convention ; de fixer en outre des
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- taxes réduites pour leur correspondance réciproque dans un rayon de 30 kilomètres. De plus, l’article 26 ouvre la voie à des arrangements applicables à plusieurs pays, résultant d’un échange de vues entre ces pays, par l’intermédiaire du Bureau international des postes, pendant la période qui s’écoule entre la réunion de deux congrès.
- Exemple : l’Angleterre ayant réussi à se faire concéder le droit d’accepter comme lettre simple de 20 grammes, affranchie de 25 cent., la lettre du poids de 28 gr. 3465 (une once anglaise), sous prétexte que la Grande-Bretagne n’a pas le système décimal métrique et qu’elle ne connaît que l’once et la demi-once, il en résultera pour le commerce britannique un avantage énorme. (Article V du règlement d’exécution).
- II saute aux yeux que les pays concurrents de l’Angleterre, en première ligne l’Allemagne, chercheront sans retard à s’assurer, dans l’intérêt de leur commerce, le bénéfice de cette mesure d’exception, en préconisant l’élévation de 20 à 25 ou même à 30 grammes du poids de la lettre simple. Une proposition dans ce sens, à laquelle la Suisse sera des premières à s’associer, si elle n’en prend pas elle-même l’initiative, paraît assurée d’un bon accueil général.
- Cartes postales. D’après l’article XVI du règlement d’exécution de la convention, les dimensions des cartes postales ne peuvent, en service international, dépasser 14 centimètres en longueur et 9 centimètres en largeur, ni être inférieures à 10 centimètres en longueur et 7 en largeur.
- L’expéditeur dispose, pour ses communications, du verso et de la partie gauche du recto de la carte postale.
- Mandats de poste. L’arrangement spécial concernant le service des mandats de poste, réduit à 25 centimes par 50 fr., uniformément, la taxe à payer par l’expéditeur d’un mandat (article 3), tandis que cette taxe était précédemment de 25 centimes par 25 francs,
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- jusqu’à 100 fr., et seulement au delà de 100 fr., de 25 centimes par 50 francs.
- La convention internationale entrera en vigueur le le 1er octobre 1907.
- RUSSIE
- Les Japonais en Russie.
- Les Japonais s’installent en Russie sur plusieurs points et s’efforcent d’ouvrir les marchés russes aux produits japonais.
- A Odessa viennent de s’établir ces dernières semaines trois grandes maisons japonaises, qui ont affrété deux vapeurs de la flotte volontaire pour transporter leurs produits du Japon. A la foire de Nijni-Novgorod, un certain nombre d’exportateurs japonais ont essayé d’entrer en relations commerciales directes avec les négociants russes.
- On annonce de Tiflis que malgré la stagnation qui qui règne depuis quelque temps dans les affaires , les voyageurs de commerce japonais ont su recueillir à Tiflis, à Bakou et à Batoum d’importantes commandes pour les maisons qu’ils représentent.
- Bien plus considérable encore est l’invasion économique des Japonais dans toute la Sibérie. Les représentants japonais ont notamment écoulé des quantités énormes de marchandises à la foire d’hiver d’Irbit. On mande de Moscou que les grandes fabriques d’indienne et de calicot de la région expriment la crainte de se voir disputer jusqu’aux marchés russes de l’intérieur par la concurrence japonaise. On estime en général que les importations japonaises en Russie ont à peu près doublé en deux ans.
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- AFRIQUE AUSTRALE La constitution du Transvaal.
- Le Transvaal ne fera pas l’expérience de la constitution du 24 avril 1905. Dans la pensée du gouvernement conservateur qui l’avait octroyée, elle marquait la première des étapes qui devaient aboutir à l’établissement d’une autonomie plus complète. Les libéraux fidèles à leur doctrine d’autrefois ont brûlé les étapes et la constitution soumise le 31 juillet aux Lords et aux Communes, par sir Henry Campbell Bannerman , accorde au Transvaal sa complète autonomie.
- La constitution de 1905 établissait des catégories pour l’électorat, basé d’ailleurs, pour une grande part sur le cens; elle laissait en outre au gouvernement seul le droit de proposer des lois en matière financière, et imposait Fobligation d'une autorisation pour faire usage de la langue hollandaise.
- Le principe fondamental de la nouvelle constitution est l’égalité des sujets boers et anglais. Tous les hommes de vingt et un ans ayant au moins six mois de séjour, seront électeurs, à l’exception des soldats de la garnison anglaise. Malgré l’espoir formulé par d’ardents propagandistes, les femmes ne participeront pas à l’électorat. La Chambre, au lieu de 44 membres, dont 35 élus et 9 nommés parla couronne, comprendra 69 membres élus pour cinq ans, 34 sièges seront attribués au Rand, 6 à Prétoria et 29 au reste du pays.
- Cette répartition des circonscriptions électorales n’est pas sans émouvoir fortement l’opinion. Les conditions économiques du Transvaal groupent les électeurs en deux catégories distinctes : d’une part, la communauté anglaise, composée presque uniquement de célibataires, massée dans les centres industriels et commerciaux ; de l’autre, les fermiers boers et leurs familles, souvent nombreuses. Répartir les sièges d’après la population globale était donner un avantage à ces derniers.
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- Le gouvernement s’en est tenu aux vieilles divisions naturelles du pays boer, dont les anciens districts de juridiction servent de cadres aux diverses circonscriptions, mais il a donné pour base à la délimitation des circonscriptions le nombre des électeurs au lieu du chiffre de la population.
- Que donneront les élections d’après la répartition adoptée ? Que le Rand envoie 34 députés anglais et Prétoria, 3, la majorité est acquise à l’élément anglais.
- Les choses se passeront ainsi, si les Boers ne présentent pas de candidats dans les circonscriptions du Rand. Or, ils n’en présenteront pas s’ils se considèrent comme liés par le compromis consenti par leurs dirigeants dans le but de faciliter l’exécution rapide des intentions du cabinet libéral.
- En dépit de la base de la répartition adoptée, l’incertitude qui règne ^ur ce dernier point n’est pas faite pour calmer les fureurs que l’audacieuse tentative du cabinet libéral a provoquées dans l’opposition.
- L’anglais et le hollandais seront indifféremment employés dans les débats de la Chambre, qui aura en outre pleins pouvoirs législatifs. Une Chambre Haute complétera le Parlement transvaalien. Cette Chambre, pour le premier Parlement, sera nommée par la couronne ; la Haute Chambre qui suivra sera nommée par un scrutin dont les bases restent à déterminer.
- Le recrutement de la main-d’œuvre chinoise en Chine cessera à partir du 13 novembre. La constitution contient un article abrogeant, après un délai raisonnable, l’ordonnance relative à la main-d’œuvre chinoise.
- Sur ce point encore, le cabinet libéral est resté fidèle à son programme.
- Enfin, le gouvernement au lieu d’être de nomination royale, sera formé parlementai rement : il sera entièrement responsable.
- La seule entorse à l’indépendance octroyée consiste en ce que la métropole so réserve le droit de casser toute loi rétablissant au Transvaal le travail servile.
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- GRANDE-BRETAGNE L’Education bill.
- En dépit des efforts faits par l’opposition, à laquelle s’étaient joints, pour la circonstance, les nationalistes irlandais, sous la direction de leur leader, M. Redmond, la loi sur l’éducation a été votée finalement en dernière lecture par 369 voix contre 197. Elle entrera en vigueur le 1er janvier 1908, à moins que les Lords ne l’arrêtent au passage : encore ne le peuvent-ils qu’une fois.
- On sait qu’en Angleterre, depuis 1870, les écoles primaires pouvaient être classées en deux catégories : les board schools, écoles officielles, dépendant des conseils scolaires élus par les chefs de famille de la circonscription, et les voluntary schools, écoles libres, subventionnées par des Eglises et soumises à la direction d’un clergé. Les voluntary schools recevaient des allocations de l’Etat lorsqu’elles acceptaient l’inspection, mais ne bénéficiaient pas de l’impôt communal (rates) comme les board schools. Dans les écoles libres l’enseignement religieux n’était pas facultatif, mais obligatoire, et le catéchisme de l’Eglise anglicane y occupait la place d’honneur. En 1902, il y avait en Angleterre 14,294 écoles libres instruisant 3,200,000 enfants, alors que les écoles officielles n’avaient que 2,600,000 élèves. Le régime établi en 1870 par la loi Forster ne l’avait été qu’après une lutte acharnée entre conservateurs anglicans et libéraux, et l’Eglise anglicane avait, malgré tout, conservé un privilège important puisqu’il y avait, en 1902, 8,000 communes anglaises où il n’y avait pas d’autre école primaire que l’école anglicane à laquelle les non-conformistes se trouvaient dans l’obligation d’envoyer leurs enfants.
- Le ministère Balfour détruisit, en 1902, l’oeuvre de 1870, en ajoutant encore aux privilèges des voluntary schools, en abolissant les conseils scolaires (schools boards) et en plaçant l’instruction primaire officielle
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- sous la direction des conseils de comté, généralement composés de propriétaires ruraux, conservateurs et anglicans. La loi de 1902 défrayait complètement les écoles professionnelles : comme pour les écoles officielles, c’était les rates qui équilibraient les budgets. L’Etat semblait, en récompense de ce don, soumettre ces écoles, comme les siennes propres, à l’autorité communale; en réalité, il les laissait libres de tout contrôle efficace, spécialement en ce qui concerne le caractère religieux de l’instruction. C’était l’école confessionnelle érigée en école publique ; c’était aussi, sous couleur d’impartialité et de libéralisme envers les diverses sectes, un appoint considérable donné aux Eglises anglicane et catholique, seules assez riches pour avoir partout leurs écoles , dans les localités même où il n’y a aucune école de l’Etat.
- Dans les localités où la seule école existante était celle de l’Eglise anglicane, les contribuables appartenant à d’autres Eglises se voyaient ainsi obligés d’envoyer leurs enfants dans une école où on leur enseignait une religion différente de celle de leurs parents et sur laquelle ils n’avaient aucun contrôle, puisque deux seulement sur six administrateurs étaient nommés par l’autorité officielle.
- Cette législation trop ouvertement favorable à la main mise de la haute Eglise sur l’éducation primaire, provoqua un mouvement considérable d’opinion. La protestation des libéraux non-conformistes se manifesta par une résistance passive sans précédent. Les protestataires , au nombre de plusieurs dizaines de mille, refusèrent de payer l’impôt et se firent saisir, vendre ou condamner à la prison plutôt que d’entretenir de leur argent des écoles confessionnelles où l’on enseignait un credo différent du leur. L’acuité de la crise, les scènes regrettables auquelles elle donna lieu, favorisèrent même une campagne en faveur de la séparation de l’Eglise et de l’Etat.
- En arrivant au pouvoir, sir Henry Campbell Banner-
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- man devait nécessairement inscrire en tête de son programme la révision de la loi de 1902. De là le projet déposé par M. Birell, ministre de l’instruction publique, et dont la discussion a duré cinq mois.
- Voici l’économie du projet tel qu’il est sorti des délibérations :
- Dorénavant, l’Etat et les communes ne reconnaîtront comme écoles « publiques », — c’est-à-dire ne subventionneront désormais — que celles sur lesquelles l’autorité municipale exerce un contrôle effectif.
- D’où les propriétaires d’écoles confessionnelles libres ont deux voies ouvertes : ou persévérer dans la même ligne avec leurs seules forces, ou entrer en arrangement avec la commune, qui reprendra l’école à son compte.
- Le propriétaire qui déclare vouloir maintenir l’école confessionnelle doit s’engager à le faire pour une durée d’au moins cinq années, ceci pour assurer la continuité de l’enseignement scolaire , et empêcher qu’on ne puisse tourner la loi par une fermeture générale des écoles libres.
- Quant aux écoles cédées aux communes parles associations ecclésiastiques, l’enseignement religieux y sera réglé de la façon suivante :
- Dans la règle, instruction semblable à celle des écoles fondées par l’Etat : c’est-à-dire lecture et explication objective de la Bible, sans interprétation dogmatique ; morale chrétienne commune à toutes les confessions.
- Cependant la société religieuse jusqu’ici propriétaire de l’école peut, dans l’acte de concession, exiger un catéchisme confessionel de sa couleur, qui aura lieu deux jours au plus par semaine, et ne sera pas donné par les maîtres ordinaires, mais par des envoyés de l’association, payés par elle.
- Enfin une concession plus grande encore est faite aux écoles libres reprises par les communes. Si les quatre cinquièmes des parents en font la demande,
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- l’enseignement confessionnel sera maintenu tel qu’il était jusqu’ici, illimité et donné par les maîtres ordinaires, quoique non aux frais des contribuables. Cette instruction sera la seule donnée à l’école, et les élèves dont les parents professent d’autres croyances, devront comme par le passé se pourvoir ailleurs. Seulement la liberté de conscience est désormais assurée à la minorité, par ce principe que nul enfant n’est tenu d’assister aux heures d’instruction religieuse. Dissidents comme libres-penseurs ont donc, pour la première fois, leurs coudées franches dans toute l’Angleterre.
- Ce maintien à peu près complet de l’école confessionnelle ne pourra avoir lieu que dans les « bourgs » et « districts urbains » dont la population atteint 5,000 habitants; réserve qui est là pour sanctionner cette autre : les enfants de la minorité doivent avoir à portée une autre école où ils puissent aller prendre leur catéchisme, s’ils ne peuvent accepter celui de la majorité.
- Les maîtres de toutes les écoles subventionnées sont nommés par l’autorité communale, sur présentation de ces écoles, qui peuvent, si elles sont restées confessionnelles, faire agréer tel régent de leur bord.
- Toutes les contestations seront portées à une commission de trois membres, nommée par le gouvernement.
- Aux particularités de la loi que nous avons déjà indiquées, il faut ajouter la suppression de l’examen confessionnel pour les professeurs.
- Dans le projet primitif l’enseignement religieux ne pouvait être donné qu’en dehors des heures déclassé. L’initiative d’une dérogation à cette règle est venue du gouvernement lui-même qui l’a proposée dans un esprit de conciliation.
- Un amendement tendant à abolir tout enseignement religieux a été repoussé par 414 voix contre 63. On peut juger par là dans quelle mesure le peuple anglais entend laïciser son enseignement.
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- La nouvelle loi coûtera 25 millions de francs par an, à l’Etat, mais M. Birell estime qu’elle sera populaire auprès des administrations communales dont elle diminuera les charges.
- La loi s’appliquera* à l’Angleterre proprement dite et au pays de Galles, où un conseil national de Féduca-tion sera institué, mais non à l’Ecosse qui a son régime scolaire particulier comme l’Irlande.
- BELGIQUE
- La loi sur le repos dominical votée par les Chambres au cours de la dernière session est entrée en vigueur le 29 juillet 1906.
- Cette loi, comme toutes les lois de ce genre, comporte de nombreuses dérogations. Elle n’est pas applicable aux garçons decafé, qui disposent d’ailleurs d’un congé régulier : elle ne l’est pas davantage aux industries à trois équipes, celle des verriers, par exem-
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- LA QUESTION DE LA PAIX
- Le IIIe Congrès national des sociétés anglaises de la paix qui s’est tenu vers le milieu de juin à Birmingham, a apporté une précieuse contribution à l’étude des rapports à établir entre les pacifistes et les sociétés ouvrières.
- Une proposition de M. W.-A. Appleton, délégué des Operative lacemakers, conseillant un échange de délégués entre les Congrès de la Paix et de la Coopération, et des Trades-Unions, a été votée à l’unanimité. Là où cet échange ne peut se faire, la résolution adoptée recommande la distribution d’écrits et la discussion des principes pacifistes dans les meetings.
- Le Congrès renouvelle ses instances auprès des ouvriers anglais, pour les engager à unir leurs efforts à ceux de leurs collègues à l’étranger en vue de combattre la guerre et le militarisme, qui sont opposés aux intérêts vitaux de leur classe.
- Parmi les résolutions adoptées signalons : une protestation contre l’éducation militaire obligatoire, introduite dans les écoles anglaises d'après le système de lord Roberts ; la nomination d’un comité chargé de s’occuper de l’enseignement de l’arbitrage dans les Universités.
- Le Congrès, à propos de la prochaine réunion de la Conférence internationale de La Haye, émet le vœu que ces réunions de délégués du gouvernement du monde entier deviennent une institution annuelle régulière, en vue de l’adoption de nouveaux actes de législation internationale et de la mise en exécution des traités déjà conclus et que cette grande association représentative prenne peu à peu l’extension et l’auto-rité d’un corps législatif, appelé à s’occuper de problèmes généraux et de questions internationales.
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- D’autres résolutions visent les questions qui pourraient être soumises à la Conférence La Haye, notamment celle de la délimitation des armements.
- Une réunion interparlementaire Scandinave a eu
- lieu à Copenhague les 16 et 17 juillet. Son but était de créer des relations plus étroites entre les groupes interparlementaires des trois Etats Scandinaves. Trois membres de chacun des trois groupes ont pris part à cette réunion.
- La résolution suivante a été adoptée.
- « La réunion spéciale des neuf interparlementaires émet le voeu d’une coopération entre les groupes interparlementaires Scandinaves, en partie pour la défense de leurs intérêts communs et l’entente cordiale entre les nations Scandinaves, en partie pour la préparation de leur attitude commune à l’égard de questions internationales dans les conférences interparlementaires de la paix.
- « La réunion est d’avis que de grands intérêts se rattachent à ce travail, et elle invite les groupes des trois royaumes à préparer une conférence interparlementaire Scandinave à Copenhague pour 1907 ».
- Le Congrès de la Ligue des Droits de l’Homme
- réuni à Paris, les 2 et 3 juin, a pris la résolution suivante qui affirme l’adhésion de cette Ligue au mouvement pacifiste.
- « Le Congrès, considérant qu’il importe pour le triomphe des idées de pacification et d’arbitrage entre les nations d’associer à cette œuvre l’esprit du peuple lui-même, décide que la Ligue aidera au développement des idées pacifistes par tous les moyens dont elle dispose : brochures, conférences, manifestations, etc. et surtout en demandant l’introduction, dans l’enseignement à tous les degrés, des méthodes tendant à ce
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- but ; décide également que la Ligue des Droits de l’Homme s’associera, autant que possible, aux manifestations pacifistes et particulièrement aux Congrès nationaux et internationaux de la Paix en s’y faisant représenter par des délégués officiels. »
- Congrès internationaux.
- Congrès de l’Institut international de Sociologie.
- En réponse à une lettre adressée par la Commission du Bureau international de la Paix à VInstitut international de Sociologie , le Bureau international de Berne a reçu la communication suivante de M. René Worms, secrétaire général de cet Institut :
- « J’ai la satisfaction de vous informer que votre aimable suggestion a été favorablement accueillie. Notre 6e Congrès, réuni à l’Université de Londres, a décidé que le 7e se tiendra à Berne, en 1909. Son sujet sera : « La solidarité sociale ». Les partisans de la paix pourront, sur ce sujet, développer les idées qui leur sont justement chères. »
- Congrès international de la Mutualité.
- Le Comité exécutif du 3e Congrès international de la Mutualité, qui a eu lieu à Milan du 21 au 23 septembre, avait invité les représentants du Bureau international de la Paix à assister à ce Congrès. En favorisant les connaissances personnelles, les échanges de vues et la cordiale entente entre les propagateurs d’une doctrine de solidarité civile, disait le Comité, ce Congrès coopérera grandement à la paix universelle et à la fraternité des peuples.
- L’idéal de la paix perpétuelle et la question sociale,
- par A. Chagaud des Granges , avocat. Traduction
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- française de l’ouvrage allemand , publié par le Dr Ludwig Kein, professeurs l’Université de Berne.
- Cet ouvrage, écrit à un point de vue philosophique très élevé, traite les sujets suivants : 1° Origine de l’idée de la Paix perpétuelle ; 2° la Paix perpétuelle considérée comme un postulat religieux , politique , juridique et philosophique ; 3° le projet de Kant « pour la Paix perpétuelle » examiné à la lumière des temps présents; 4° la Paix perpétuelle et la question sociale.
- On peut se 'procurer cette brochure, de 72 pages in-8°, au Bureau international de la Paix â Berne, au prix de
- 1 fr. 20 Vexemplaire, port compris.
- *
- • * *
- Le Pacifisme et ses Détracteurs, Réponse au général Langlois , à M. le Dr Huchard, à MM. Brunetière, Alexandre Ribot et Paul Deschanel, par Emile Arnaud. Brochure publiée par la Grande Revue, extraite de la Grande Revue et de la Revue du Palais du 15 janvier 1906.
- En vente : aux Bureaux de la Ligue internationale de la Paix et de la Liberté, 2, place du Théâtre, à Berne (Suisse) ; aux Bureaux de la Grande Revue, 9, rue Bleue, Paris ; et chez l’auteur, à Luzarches (Seine-et-Oise).
- Prix : 50 centimes, franco. Par 20 exemplaires, 5 francs.
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- NOUVELLES DU FAMILISTERE
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- NOUVELLES
- DE LA
- SOCIÉTÉ DU FAMILISTERE DE GUISE
- 44e fête de l’enfance
- Dimanche 2 et Lundi 3 Septembre 1906
- PROGRAMME DE LA CÉRÉMONIE AU THÉÂTRE
- Dimanche 2 Septembre, â 3 heures
- 1. Pari* Aew-York Allegro (Harmonie)............. Allier.
- 2. Les mineurs, Chœur par les élèves des écoles.. A. Dupont.
- 3. menuet poudré (Harmonie)...................... Andrieux.
- 4. Discours de 191. l’Administrateur-Gérant.
- .5. L’Exeentrique, Polka (Harmonie)............ Hemmerlé.
- 6. Sur le Lac de Platfen, célèbre valse chantée par les
- Elèves avec accompagnement de Symphonie...... Fahrbacc.
- 7. Distribution des Prix.
- SORTIE DU THEATRE
- 8. (Dans la Cour de l’aile droite) Badinage par l’harmonie F. Poulain. A l’issue delà cérémonie, Place du Familistère, Mouvements d’ensemble par la Société de Gymnastique « La Pacifique »
- A 8 heures du soir, FÊTE DE NUIT sur la Pelouse près l’Aile droite
- Grandes Illuminations De 8 à 9 heures CONCERT PAR L’HARMONIE
- PROGRAMME
- 1. Paris rVewlfork................................ Allier.
- 2. Ire Suite d’Orehestre................'....... Borel.
- 3. Une soirée d’Été dans les Alpes, (Fantaisie).. Klino.
- 4. Brises d’Amour, (valse)...................... Allier.
- A neuf heures, FEU D’ARTIFICE tiré au milieu de la prairie communale, derrière le Pavillon central du Familistère A l’issue du Feu d’Artifice, Bal à grand orchestre
- Lundi 3 Septembre
- De 3 à 4 heures, Cour du Pavillon Central, Bal d’Enfants A l’issue du Bal, les Enfants se rendront, sous la surveillance des Maîtres et Maîtresses, dans la cour de l’Aile gauche, où une collation et des rafraîchissements leur seront servis.
- Les Travaux des Elèves seront exposés au Foyer du Théâtre
- Une fête analogue avait été cétébrée pour la 17* fois, huit jours auparavant, au Familistère de Schaerbeeh-Bruxelles
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- 62Ô
- LÉ DEVOIR
- Discours de M. L.-V. Colin, Adminisirateur-Gcrant.
- Chers Elèves,
- Un jour, un président de distribution de prix commençait ainsi son discours :
- « Pendant que les moissonneurs fauchent dans les « campagnes le blé d’où nous tirerons notre pain, dans « les villes des orateurs improvisés président aux dis-« tributions de prix et se croient obligés de ravager des « champs de pavots pour endormir la jeunesse. »
- La date tardive de notre cérémonie nous empêche de parler des moissonneurs qui ont fini leur besogne. Je n’ai donc plus de champs de pavots à ravager pour vous endormir puisqu’aussi bien tous le^ champs sont coupés.
- On prétend que rien ne ressemble à un discours de distribution de prix comme un autre discours de distribution de prix. Il paraît même impossible de dire autre chose de ce qu’on a toujours dit.
- D’après cela je n’ai pas le choix, je dois me répéter et par conséquent vous endormir. Je ne le ferai pas, le sujet est assez vaste pour offrir toujours du nouveau et je n’ai jamais essayé de vous bercer. Vous avez la mine si fraîche, l’œil si vif et l’air si décidé, que je perdrais mon temps.
- Vous écouterez mes quelques paroles sans attention peut-être, mais suffisamment éveillés par l’impatience avec laquelle vous attendez la proclamation de votre nom, par la juste fierté du mérite qu’on va applaudir, par l’envie bien naturelle que développe chez vous la vue de ces rangées de volumes qui jouissent encore du privilège de récompenser la jeunesse studieuse. Je dis encore, car on discute sérieusement ce privilège, on veut la décadence de la dorure sur tranches, on parle de supprimer les distributions de prix. C’est une question pleine d’actualité qui, avec celle de l’avancement
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- NOUVELLES DU FAMILISTERE 627
- de la date des vacances scolaires, ont mis aux prises cette année nos académiciens, nos universitaires, voire même et surtout nos journalistes.
- Pour les uns, il faut s’affranchir de ce qu’ils sont convenus d’appeler les vieux errements. C’est le progrès, la marche en avant, dont on parle si souvent, sans savoir parfois ce que cela veut dire.
- Pour les autres, c’est la parodie du progrès ; c’est tout simplement faire du nouveau. Rien, disent-ils, ne motive ces réformes, que le besoin de réformer quelque chose. Et ils sont si nombreux les réformateurs ! Qui du reste n’a rien innové ne peut plus paraître, surtout en matière d’enseignement.
- Un humoriste écrivait dernièrement ?
- « Notre siècle ressemble à une classe pendant que le « maître est sorti. On y bouleverse tout, on y bouscule « tout, on change toutes les affaires de place ; il suffit « qu’une chose soit pour qu’on la remplace par une « autre. Nous trouvons des vacances à une époque, « nous voulons les mettre ailleurs. Pourquoi ? Tout « bonnement parce qu’elles sont là. Croyez que lors-« qu’on les aura déplacées, nous trouverons d’excel-« lentes raisons pour les remettre où elles étaient. »
- Les avis sont donc partagés, et de ce partage résulte le plus fâcheux désordre.
- A titre d’essai, certains établissements viennent d’avancer facultativement les vacances d’une ou plusieurs semaines. On dit que vers le milieu de juillet les deux tiers de leurs élèves étaient envolés vers la mer, la montagne ou les champs.
- L’un des plus distingués réformateurs qui prétend que le temps passé à l’école en juillet est du temps perdu, n’aboutissant qu’à anémier entre quatre murs des êtres, professeurs et élèves, avides d’air et de détente, trouve l’expérience probante et conclut que la réforme est indispensable et urgente puisque la généralité des familles l’approuve.
- Ce n’est évidemment pas dans le seul intérêt de
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- LE DEVOIR
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- l’élève que les familles agissent ainsi. Il est plus logique de voir dans les habitudes de bien-être de la vie moderne : villégiatures, voyages, excursions, etc. qui commencent d’ordinaire en juillet, la nécessité d’avoir les enfants libres plus tôt. C’est l’intérêt des parents qui est en jeu et la discussion n’en est que plus vive.
- Pour ma part je souris , persuadé que l’accord se fera finalement de la façon suivante :
- On fermera les classes dès le mois de juillet pour ne les rouvrir que le 1er octobre.
- Trois mois de liberté pour réparer les dégâts du surmenage ! Ce sera un vrai progrès !
- Les professeurs et les élèves soucieux de répondre en neuf mois au lieu de dix à un programme de plus en plus chargé, ne seront sûrement pas tous de cet avis. Plus de travail en moins de temps pour plus de repos, n’est peut-être qu’un dangereux déplacement.
- Quant à ceux que le programme n’empêche pas de dormir, ils applaudiront tous au nouveau régime ; et comme ils sont le nombre, on en conclura que tout le monde est content. Je m’égare dans une question peu intéressante pour vous, mes petits amis, qui n’avez pas de vacances dans la vraie acception du mot ; je devrais plutôt vous parler de cette distribution des prix sur laquelle on s’acharne comme sur toute chose vieillotte.
- Les transformateurs à outrance veulent d’abord supprimer les prix. Plus de couvertures rouges, plus de tranches dorées, on remplacerait la cérémonie par une simple lecture de palmarès faite en classe. Quelques-uns même ne veulent plus de palmarès du tout. A quoi bon, disent-ils, proclamer le mérite de ceux qui ont la chance d’être intelligents ou travailleurs, puisqu’en même temps on inflige un blâme à ceux moins bien doués qui ne sont pas toujours responsables de leur infériorité.
- Mais alors c’est l’égalité forcée dans le travail, c’est la destruction de l’émulation. Si c’est là le progrès, je
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- n’en suis plus. J’approuve la marche en avant, mais pas celle qui jetterait l’éteignoir sur le mérite car elle ne serait que la marche en avant des paresseux.
- Voyons donc par quoi on remplacera l’édifice quand on l’aura démoli.
- On propose d’affecter la somme dépensée chaque année pour les prix à l’envoi des élèves pauvres et malades au bord de la mer ou dans la montagne. C’est du badinage , car la valeur des volumes est minime à côté des frais qu’exigerait l’exodé des enfants pauvres. Qu’on fasse la chose, bravo, mais qu’on ne supprime pas pour cela les prix, le jeu n’en vaut pas la chandelle.
- D’autre part, on essaie d’organiser une grande fête de famille gratuite et publique, avec jeux, danses, tombola, etc., à l’exemple de ce qui se fait en Suisse. On l’a déjà baptisée fête de l’adolescence ou fête de la famille. Mais je ne vois pas en quoi la cérémonie de la distribution et l’achat relativement peu onéreux des prix empêchent la fête de l’adolescence. Est-ce que Godin n’a pas bien fait de les réunir ici ? Notre distribution est le prodrome de la fête et voilà tout.
- Une autre raison milite en faveur du statu-quo :
- Les élèves reçoivent ordinairement comme prix, après le certificat d’études primaires, des ouvrages scientifiques qui, s’ils n’ont plus de couvertures rouges ou de tranches dorées , leur sont d’une utilité incontestable .
- Combien de nous, pour ne pas dire, tous, ont lu, relu et soigneusement conservé ces volumes, embryons de leur bibliothèque. On ne peut nier qu’ils aient contribué à nous développer le goût de la lecture et de l’étude.
- Que conclure de cette discussion, sinon ceci : Nous voudrions marcher en avant et perfectionner quelque chose, en réalité nous ne ferions qu’un tour de valse ; mais le plus grand nombre en serait peut-être satisfait, tant il est vrai qu’on mène toujours l’humanité avec des
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- réformes, même quand elles ne sont due des déménagements.
- Nous autres, mes amis, nous persévérerons dans notre bonne vieille tradition ; aussi vais-je proclamer bien haut les principaux résultats de l’année, certain que vous y applaudirez de vos jolies petites menottes potelées.
- Aux examens du certificat d’études primaires, 32 élèves de la classe de M. Dehorter ont été présentés, tous ont été reçus.
- (Applaudissements).
- Ont été reçus aux examens du certificat d’études complémentaires les 5 élèves suivants de la classe de M. Damalix :
- Lafollé Gaston,
- Seret Henri,
- Donnet Fernande,
- Jumeaux Ida, et Lermoyeux Hèlène.
- (.Applaudissements).
- Rappelons qu’à la session d’octobre dernier, Migrenne Marcel a subi avec succès les épreuves du brevet élémentaire.
- r Lairloup Léontine est entrée à l’Ecole normale d'institutrices de Laon au mois d’octobre 1905, ce qui porte à 5 le nombre de nos élèves à cette école pendant l’année 1905-1906. L’une d’elles, Buridant Marie, vient d’y terminer ses trois années d’études après avoir obtenu son brevet supérieur.
- (.Applaudissements).
- Lanciaux Germaine a quitté nos classes au mois de novembre 1905 pour entrer avec une demi-bourse au Lycée de Saint-Quentin. Elle vient d’y remporter le prix d’excellence et le premier prix d’honneur et de subir avec succès les examens du brevet élémentaire à la récente session de juin.
- Son frère Lanciaux Maurice a terminé sa quatrième année d’études à l’Ecole professionnelle de Reims
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- dans d’excellentes conditions. Il va passer ses examens d’entrée à l’Ecole des hautes études commerciales à Paris, nous ne doutons pas de son succès.
- (Applaudissements).
- Pour terminer cette harangue que vous ne trouverez pas trop longue, je l’espère, permettez-moi de repéter que je ne crois pas encore à la disparition des distributions de prix, car, argument suprême, on ne trouvera jamais à remplacer des réunions aussi belles que celles-ci.
- Nous vous aimons et nous n’avons qu’une occasion de vous aimer tous à la fois, en vous réunissant, grands, petits et tout petits, dans la fraîcheur de vos beaux atours, dans le calme de cette solennité qui précède les ébats de notre gaie et attrayante fête de l’enfance. Nous ne laisserons jamais perdre cette occasion.
- Non, on ne trouvera rien de plus joli, de plus réjouissant que cet ensemble de minois roses et joufflus, aux cheveux bouclés et dorés qui nous invitent à redire les magnifiques vers de Victor Hugo :
- « Il est si beau l’enfant avec son doux sourire ;
- « Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire,
- « Ses pleurs vite apaisés.
- « Laissant errer sa vue étonnée et ravie,
- « Offrant de toutes parts sa jeune àme à la vie,
- « Et sa bouche aux baisers !
- (Vifs applaudissements).
- Guise, le 2 septembre 1906.
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- Par Paul et Victor MARGUERITTE ---------—bse----
- {Suite)
- Le jour du jugement, Francine attendit avec une atroce angoisse le retour d’Eparvié ; il eût dû déjà être là... Tout à coup, des pas, des voix, la porte s’ouvrit. Suivi de Marchai défait, Eparvié entrait pâle ; sans dire un mot, il déposait sur une table son chapeau, et tendant les mains :
- — Ma pauvre amie...
- Le cri de douleur de Francine :
- — Ils ont osé !...
- — Courage, mon amie... répétait Eparvié, en lui serrant les mains à les briser.
- Mme Favié apparut, livide :
- — Non, non, ce n’est pas possible ?
- Marchai détourna la tête, avec une pitié infinie.
- III
- —> Voilà, disait le lendemain Marchai à Herbelot, un de ces cas où la loi rend l’adultère excusable ; qu’est-ce que je dis ? presque obligatoire ! Que diantre veut-on que devienne une femme jeune et belle, digne d’aimer et d’être aimée, et à qui on ne laisse que ce choix : la reprise d’un mariage immonde ou un veuvage absurde et forcé ? Après tout, l’adultère est si commode, en France ! Les moeurs l’absolvent, les lois l’ignorent tant qu’un des époux ne porte pas plainte. Avec quelques précautions et en dehors des heures de constat, l’adultère est insaisissable ! Quand on condamne une femme
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- innocente à l’horreur d’une situation fausse, qui oserait lui reprocher de se réfugier dans la seule impasse qui lui reste : un triste amour clandestin ?
- — Personne, dit Herhelot, tant qu’on pourra feindre de l’ignorer ; tout le monde, le jour du scandale ! Seulement, de toute façon, le père reprendra sa fille et gardera la fortune de sa femme. C’est un vol, c’est un rapt : mais légaux, archi-légaux !
- — Cela prouve-t-il assez, ricana Marchai, la nécessité de refaire au plus tôt la loi du divorce et de rétablir, outre le consentement mutuel, la volonté d’un seul ! A-t-on idée de ces juges ? Fontlustre, marié, père de cinq enfants, grand-père, et qui trouve le divorce immoral; Zirli l’est moins, sans doute !... Et Grappon, bourré de textes comme un sanglier de glands !... Car ce sont eux qui à toute force, et aussi pour faire pièce à Roberoy, ont exigé le déboutement. Grim-Favart a suivi ; et quand Malouve a vu Vibel tout seul, il l’a lâché. Ça n’a pas traîné. Ils n’ont même pas, — Vibel l’a confié à Broussin, — discuté si la réconciliation était vraie ou fausse : le mot a emporté la chose ! Et voilà, — fit-il avec colère, — comme on brise une vie !
- Il ajouta :
- — Ah ! ils sont rares, ceux qui, comme le président Magnaud, font entrer dans leur jugement de la clairvoyance et de la bonté ! Presque tous ne se considèrent que comme les applicateurs mécaniques de la loi. Ou supprimons du Code toute liberté d’appréciation : le juge ne sera plus qu’un agent de vérification, de contrôle, et modifions, dans le sens le plus large, la lettre d’une grande partie des lois ! Ou animons la magistrature d’un esprit nouveau ; brisons-en l’étroitesse et la dureté, soufflons-y l’âme généreuse qui vivifia les Codes de la Révolution !
- Herbelot risqua, sceptique :
- — Si elle allait en cassation ?
- — Voyons ! tu n’y crois pas ?... Le fond est jugé. Et
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- tu sais mieux que moi que, dans les procès de divorce, le vice de forme ne se rencontre pour ainsi dire jamais. On traînera cinq, six mois ; et après ?
- — Ce sera toujours cela ! Est-ce qu’on sait ?... On prend bien sans y croire des billets pour le gros lot.
- Marchai haussa les épaules : tous les mêmes, ces avoués, avec leur procédure acharnée, leur foi superstitieuse au hasard, à la chance !...
- — C’est malheureux, reprit Herbelot avec une bonhomie convaincue. J’aimais beaucoup Mme Le Hagre. Des clientes lo-ïales comme elle, c’est rare.
- D’ailleurs l’arrêt ne l’étonnait pas : après trente ans de Palais, on est blasé.
- Francine, sur l’insistance d’Eparvié, plus sage qu’elle, — elle le lui reprochait avec un affectueux étonnement : quoi, elle, la civilisée, était donc plus brave que lui, le sauvage ?... présenta requête. Son nouvel avocat, Me Lahustré, vieillard malicieux à tête de singe, ne lui avait laissé aucun espoir : il trouverait un « moyen » de cassation, — on en trouve toujours, — le développerait dans un mémoire ampliatif ; un conseiller rapporteur l’étudierait gravement ; un des deux avocats généraux conclurait non moins gravement ; la Chambre des requêtes statuerait, encore plus gravement ; si, par miracle, le pourvoi était reconnu admissible, la Chambre civile trancherait de façon définitive, on ne peut plus gravement. Mais la vérité est que rapporteur, avocat général et Chambre des requêtes balayeraient la cause, d’une pichenette !
- La prédiction s’accomplit de point en point, et par haute faveur, en trois mois seulement. A la fin de novembre, tout était fini. Le divorce de Francine n’avait duré que deux ans et deux mois, et n’avait pas coûté plus de douze mille francs. Le jour où la Chambre des requêtes repoussa le pourvoi, Charlie se présentait chez Mme Favié.
- Dominant le désespoir où l’avait jeté la lettre de son amie, il avait trouvé, dans sa fierté généreuse et son
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- sentiment du devoir, le courage affreux de renoncer à elle. Il avait obtenu d’être désigné comme attaché militaire à l’ambassade de Saint-Pétersbourg et venait le lui annoncer : c’était un premier pas vers l’exil, car il songeait à aller ensuite au Tonkin. Cette entrevue allait être la dernière avant de longues années.
- Leurs adieux eurent la noblesse et la beauté qu’y pouvaient mettre ccs deux âmes d’élite, victimes d’une fatalité si cruelle : c’est dire qu’ils furent simples et purs, vivifiés par la douloureuse conscience d’un amour qui, fait de leur chair et de leur sang, ne mourrait qu’avec eux-mêmes ; assombris par l’inconnu qui pesait sur une séparation pareille, si amère qu’elle avait un avant-goût de la mort.
- Mais'il s’élevait aussi en eux l’enthousiasme d’un tel sacrifice à l’idéal, la vertu brûlante de la douleur qui purifie toute scorie. Plus rien de terrestre et de charnel ne palpita dans leufi étreinte, sinon ce qu’il y a de plus humain dans l’être, les paupières grosses de larmes, le triste coeur défaillant. Elles durent pourtant se desserrer, ces mains qui se joignaient encore :
- — Adieu, Gabrielle, et pour tout le bonheur que vous m’avez donné, merci. Vous seule avez rempli ma vie ; je ne pourrai plus aimer personne.
- — Si, Charlie, vous aimerez une femme digne de vous; je le veux, promettez-le-moi... Adieu, mon cher ami... Adieu !
- Ils se détournaient l’un de l’autre, pour ne pas sangloter ; ils évitaient de se regarder, pour ne pas céder à la tentation de s’abîmer poitrine contre poitrine.
- — Partez, Charlie.
- Leur dernier regard fut obscurci de larmes, leur suprême poignée de main fut brusque comme un arrachement. Un pas décrût, une porte se ferma. Charlie pour Gabrielle, Gabrielle pour Charlie n’étaient plus.
- Quand Francine rentra dans la pièce, elle s’étonna de trouver sa mère presque calme ; on apportait les lampes ; la lumière tomba sur le visage do Mme Favié
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- et Francine retint un cri : la femme qu’elle avait devant les yeux avait étrangement vieilli.
- Dans l’orbite creusée, dans le sourire désenchanté, dans le grain strié des tempes, par tout le visage, elle portait la griffe d’une de ces convulsions qui ravagent à fond d’âme une créature, la laissent marquée pour le proche et grandissant déclin. Francine s’agenouilla auprès de sa mère et lui baisa les mains : si une telle abnégation était folie, cette folie était bien près du sublime. Mais Mme Favié déjà ne voulait plus être plainte ; elle entrait dans le renoncement et dédaignait de vivre pour elle-même.
- — Ma chérie, dit-elle, plus d’espoir pour toi, n’est-ce pas ?...
- — L’arrêt était prévu, dit Francine, plus courageuse qu’elle ne l'espérait, et avec cette dignité qui grandit dans les épreuves.
- Oui, tant que la lutte avait duré, elle en avait eu l’amertume dans la gorge et la flamme aux yeux : maintenant sa rage était tombée, elle n’éprouvait même plus de colère, rien qu’une révolte glacée. Son ironie faisait place à ce calme qu’on s’étonne d’avoir dans les catastrophes imméritées :
- — Pauvre Francine, dit la mère, tu souffres bien injustement, tu méritais mieux... Sauras-tu te résigner?...
- Et elle caressait les cheveux, le front de sa fiilé, comme si celle-ci était encore enfant.
- — Non, maman, je n’ai pas ta vertu, ta foi... Pourquoi faut-il que je ne puisse vivre la vie qui m’est faite, qu’en te désolant? Mais ma résolution est arrêtée; je serai libre malgré tout, malgré tous... Et pour commencer, Josette ne retournera plus là-bas.
- Tu seras vaincue dans cette lutte... As-tu même le droit de priver Josette de voir son père?
- — Tu en doutes? Interroge-la toi-même...
- Elle sonnait, faisait appeler la petite fille, la prenait sur ses genoux. Josette avait l’air ému, auxieux; elle
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- savait, comprenait à sa manière que sa mère avait un nouveau chagrin, et que ce chagrin était injuste.
- — Mon enfant, écoute bien ce que je vais te dire. Que préfères-tu, aller avec ton père, ou rester toujours avec moi? Tu es libre de dire ce que tu aimes le mieux... Tu peux choisir entre ton papa et ta maman.
- Josette se cramponna à son cou, et avec une passion précoce, tendre , et douloureuse, elle jeta ce cri qui fit mal à la grand’mère :
- — Je ne veux plus voir papa, jamais... Je ne l’aime pas; il est méchant, méchant! Je n’aime que toi, et toi !... fit-elle en s’élançant ensuite sur Mme Favié qui, suppliante, murmura :
- — Oh ! c’est mal ! non !
- Cela lui semblait contre nature, tant le mensonge social incrustait en elle son servage. Ah! que l’enfant pût ignorer, vécût candide jusqu’à sa majorité, en dehors de ces misères et de ces plaies!... Comme si c’était possible ! comme si Josette pouvait ne rien voir , entendre, sentir ; comme si cette correction , toute de surface, n’était pas la dissimulation même, plus dangereuse mille fois, le refoulement d’une petite âme, faussée peut-être pour la vie. Non, non, la vérité, toujours, quand même! Et Francine, avec de beaux yeux d’orgueil, voyait là au contraire une revanche de la justice :
- — Ecoute , Josette. Dans notre pays, en France, ton père pourra te prendre de force s’il le veut. Veux-tu que nous restions ou que nous partions?
- — Non ! s’écria l’enfant bouleversée, non, allons-nous-en bien loin!... Et toi aussi, tu viendras avec nous... fit-elle avec un si adorable élan que Mme Favié ne put s’empêcher de sourire tristement.
- Éparvié entrait.
- — Vous entendez, mon ami, dit Francine.
- Mais déjà Josette lui sautait au cqu :
- — Vous nous emmènerez! Papa voudrait me pren-
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- dre, mais alors nous irons bien loin, et il ne nous trouvera jamais !...
- — La vérité, dit Francine à sa mère, parle par la bouche des petits...
- — Mais cette innocente ne sait pas !. . protesta Mme Favié.
- — Elle saura... dit Francine avec autorité. A mesure qu’elle sera en âge de discerner, elle trouvèra légitimes , naturelles, les malheureuses conditions de notre vie nouvelle. Elle comprendra que nous ne les avons pas choisies et qu’elles n’entachent en rien notre honneur, notre probité ; elle se rendra compte que ceux qui nous blâment n’ont aucun mandat, et que leur verdict n’est qu’une hypocrisie de plus. Entre deux éducations, celle que lui donnerait son père, le respect de la façade, mais non le respect de soi-même, et celle que je lui donnerai, que nous lui donnerons, — elle regarda franchement, loyalement Éparvié,—Josette suivra le bon chemin. Ce qui importe, c’est de lui faire une âme libre, une conscience droite, et qu’elle ne rougisse un jour que de ce qui est vraiment bas. Elle sera entourée d’affection et de soins ; son avenir matériel est garanti, et son avenir moral, nous saurons le lui assurer.
- Elle embrassa Josette tendrement :
- — Et maintenant, va, ma chérie.
- Quand sa fille fut sortie :
- — Doutes-tu encore?...
- — Elle souffrira.,.
- — Oui, de l’injustice dont nous souffrons tous; il n’y a ni honte, ni mal à cela. Sois sûre, si elle a le cœur bien placé, qu’elle ne nous en aimera que plus... Que ferait d’elle un Le Hagre ? On frémit d’y songer...
- Mais Mme Favié ne discuta point ce qu’elle se refusait à croire. Non , non , il y avait là l’impossible , un mur : on y était acculé; on ne le franchirait pas !
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- IV
- Francine à son mari.
- « Je veux essayer de vous écrire sans haine, comme il convient à une heure solennelle de notre vie, et je souhaiterais, — je n’y compte pas, — que vous puissiez m’entendre, sinon de sang-froid, du moins avec assez d’indifférence pour prendre des choses une notion exacte. Vous êtes parvenu à me faire refuser le divorce, et cela contre toute justice et toute loyauté ; mais vous n’espérez pas une minute que je retourne vivre à votre côté. Vous ne pouvez rien m’offrir qui répare ma vie perdue, et je ne suis pas non plus la femme ou les femmes qu’il vous faut. Voici ce que je vous offre : une séparation officielle sinon légale, qui vous laissera votre liberté et me laissera la mienne ; je garderai Josette et vous conserverez l’administration de mes biens en me donnant toutes les garanties d’une pension suffisante.
- Vous me connaissez assez pour savoir que vous ne me réduirez point et vous avez assez de sens pour apprécier les avantages de cette transaction. Désormais étrangers l’un à l’autre, vous pouvez trouver là un mode de vie qui soit de nature à satisfaire vos principes religieux et mondains. Vous remarquerez que je ne parle que de vous et non de moi, qui saurai me faire mon sort quel qu’il soit et à quelque extrémité que je me trouve réduite ..
- « Francine Favié. »
- Ce fut la vieille Mme Le Hagre qui apporta la réponse de son fils à Mme Favié. La rencontre fut émouvante de gravité et de rancoeur entre ces deux femmes également mères et grand’mères, concentrées dans une égale passion pour l’enfant que chacune avait mis au monde, élevé, voué à la calamité d’une semblable union.
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- Mais là où Mme Favié montrait un pur et beau visage d’émotion, Mme Le Hagre, aigrie par ces deux ans de lutte sans noblesse, mécontente de son fils et d’elle-même, sentant bien que ce triomphe ne remédiait à rien et pouvait entraîner de nouvelles ruines, tourmentée obscurément peut-être en sa conscience, opposait à son adversaire une figure glacée de puritaine. Tandis que Mme Favié laissait percer sa douleur en mots simples et vrais, Mme Le Hagre s’armait de prudence et pesait chaque syllabe, la martelait d’un ton rigide :
- « Pour la seconde et dernière fois, malgré le scandale causé par Francine, elle ne venait pas en ennemie. Là lettre outrageante de sa belle-fille, elle préférait n’en point parler : aucune discussion là-dessus n’était possible. Voici ce que Fernand exigeait, — c’était l’extrême limite de ses concessions que Francine revînt, chrétiennement, vivre auprès de lui, tînt sa maison, portât son nom avec une correction irréprochable ; elle retrouverait en lui un ami indulgent, un mari dévoué, qui pousserait la délicatesse jusqu’à ne pas imposer ses droits conjugaux. Josette serait mise en pension dans un couvent, où sa mère la verrait chaque dimanche. Si Francine se refusait à revenir, elle témoignerait ainsi que son éloignement pour son mari avait d’autres causes peut-être que celles qu’elle invoquait, et Fernand, autant pour donner à sa fille une éducation morale et catholique que pour la soustraire à des influences pernicieuses, reprendrait Josette et ne permettrait plus à la mère de la voir. Quant à un arrangement pécuniaire, il va de soi que Francine n’y pourrait prétendre ; le confort, le luxe l’attendaient rue Murillo ; en dehors, rien. Chef de la communauté, le mari n’était tenu qu’à recevoir et à entretenir sa femme, mais chez lui, et non pour qu’elle vécût hors du foyer, à sa guise, seule ou accompagnée.»
- (A suivre).
- Le Gérant : H. E. Buridant.
- Nimes. — Typ. A. Chastanier, 12, rue Pradier.
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- documents biographiques.
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- Novembre 1906.
- DOCUMENTS POUR UNE
- COMPLETE
- de J. B. André GODIN (1)
- Glorification du Travail. — Emancipation du Travailleur.
- Deuxième 'partie.
- XXVI (suite)
- Fête du travail en 1873. Nouveau mode de détermination des lauréats. Relevé des travaux les plus effectifs. Concours^ fourni, pour le classement des mérites, par le comité des délégués ouvriers. Coup-d’œil sur le mouvement général des comités de délégués ouvriers dans l’établissement.
- Les vacances parlementaires, ouvertes pour la session des Conseils généraux, avaient permis à Godin de se trouver à Guise, dès les premiers jours de mai. Le 4 du mois, il préside la séance des Conseils du Familistère. »
- Ordre du jour : Célébration de la fête du Travail. Rappelant le mode appliqué en 1870 et 1872, Godin dit que « donner un banquet n’est pas le meilleur moyen d’honorer le travail; que c’est beaucoup s’éloigner de l’idée qui lui a fait instituer la fête. » Il signale les embarras et pertes de temps occasionnés par ces banquets de 500 à 600 personnes... Au dernier, les enfants n’ont même pas été servis. Il se propose de donner 2 ou 3 conférences aux ouvriers en vue de rappeler
- (i) — V. Appendice, p,.60, tome 26e, Le Devoir, janvier 1902.
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- le sens moral de la fête et de voir quel serait le meilleur mode de célébration. Il voudrait que les ouvriers prissent plus de part à la cérémonie.
- Six jours plus tard, le 10 mai, (livre des affiches, n<> 284) « Messieurs les délégués sont convoqués à la « salle du théâtre pour causer de la fête du Travail ». L’affiche invite les ouvriers à assister à la causerie, s’il leur plaît. Nous n’avons pas trace de ce qui fut dit à la réunion ; mais nous savons comment Godin cherchait alors la solution du problème : mise en relief des capacités.
- Les notes de fabrication en usage depuis l’origine de la maison ; les primes mensuelles instituées en février 1872 (1) pour les meilleurs travaux de fonderie et ajustage; le livre des mérites, innovations utiles, etc., ouvert depuis 1871 (2); les versements provisoires, répétés ou non, après contrôle de la valeur pratique des inventions ou perfectionnements, etc. : toutes ces mesures instituées pour arriver à saisir les œuvres vraiment fécondes en bénéfice, furent naturellement le fond de la causerie entre Godin et les délégués des ouvriers.
- Au rang des pièces dressées pour être soumises par le fondateur à l’attention des intéressés afin d’éclairer leur jugement, s’en trouve une extrêmement significative : elle est datée du 10 avril 1873, signée du chef de la comptabilité et donne les noms des « ouvriers mouleurs ayant touché dans l’année 1872 un salaire de 1.400 francs et au-dessus. » Ces ouvriers sont au nombre de 47 ; le 1er ayant touché 2.132 fr. 35; et le 47e, 1.422 fr. 50.
- Cette pièce servit si bien à la désignation des lau-
- (1) Ghap. XXI, page 14, Le Devoir, janvier 1906.
- (2) Chap. XXI, page 12, Le Devoir, janvier 1906.
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- Documents biographiques 643
- réats parmi les ouvriers mouleurs que le titulaire d’un des trois grands prix (1 dans les ateliers de fonderie, 1 dans les ateliers d’ajustage, 1 dans les services de l’habitation unitaire) décernés à la Fête du Travail célébrée le 1er juin 1873, est précisément l’ouvrier qui vient en tête des 47.
- Vingt prix furent répartis entre les mouleurs
- signalés ainsi :
- Le grand prix susdit ci........... 1
- Deux premiers prix ci----*........ 2
- Cinq deuxièmes » ci ............. 5
- Douze troisièmes » ci............. 12
- Total........... 20
- Mais la pièce en question ne fut pas le seul document consulté ; autrement, les vingt prix eussent été délivrés aux vingt premiers mouleurs inscrits, tandis que, relativement aux 47 rangs indiqués par les gains des intéressés en 1872 , les prix sont décernés aux mouleurs classés : 1er, 3e 4 5^ 7e 4 12e, 19e, 21e, 25e, 26e, 28e, 29e, 31e, 35e, 37e, 38e.
- Les raisons d’après lesquelles se déterminèrent les délégués, dans leur désignation des lauréats, eurent par devers elles une telle force probante qu’elles l’emportèrent — nous l’avons déjà dit — sur une proposition, la seule, émise par les Conseils élus du Familistère, d’écarter un lauréat pour faire place à un autre. Voyons le fait :
- Dodin était retourné à Versailles peu de jours après sa conférence (10 mai) avec les délégués des ouvriers. Quelques jours plus tard (le temps pour les délégués d’examiner les documents qui avaient pu leur être remis, de dresser la liste des lauréats et de remettre cette liste au président des Conseils du Familistère)
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- LE DEVOIR
- une réunion des Conseils (hommes, femmes) a lieu. C’était le 21 mai. Comme 6e question à l’ordre du jour figure :
- La fête du Travail.
- Le secrétaire s’est borné à relever d’abord la nomination de deux commissions prises dans le sein des Conseils : une pour la décoration delà cour du pavillon central ; une pour l’organisation des jeux.
- On lit ensuite :
- « Etablissement des prix à distribuer ». (Nous résumons la liste, car les prévisions des Conseils ne se vérifièrent pas.)
- 5 Grands prix dont un d’excellence. Ce dernier valeur 100 fr. Chacun des quatre autres, va-
- » leur 50 fr.
- Ensemble............. 300 fr.
- 14 Premiers prix de 25 fr. chacun .... 350
- 30 Deuxièmes prix de 15 fr. chacun... . 450
- 47 Troisièmes prix de 10 fr. chacun.... 470
- 96 prix. Valeur totale............ ... 1.570 fr.
- De ces 96 prix, 17 étaient à destination des services du Familistère et les 79 autres à destination des
- services de l’Usine.
- En fait furent distribués :
- 9 prix dans les services du Familistère, ci 9 prix
- 9 » à autant d’inventeurs, ci........... 9
- 93 » à des ouvriers ou ouvrières de
- l’Usine, ci.......................... 93
- 111 prix
- Total
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 645
- Dont :
- 1 Prix d’excellence , valeur.......... 100 fr.
- 3 Grands prix valeur 50 fr. chacun.. 150
- 14 Premiers » » 25 fr. chacun.. 350
- 25 Deuxièmes » » 15 fr. chacun.. 375
- 59 Troisièmes » » 10 fr. chacun.. 590
- Total'............... 1.565 fr.
- i — —j
- A ce total fut ajouté : 9 prix décernés à autant d’inventeurs. (Ils viennent les derniers sur la liste de proclamation.)
- Quelle valeur fut donnée à chacun de ces 9 prix ? Probablement 50 francs puisqu’ils furent accompagnés comme les Grands prix de Mentions honorables de lre classe. Trois de ces Mentions à destination d’inventeurs sont par devers nousî^
- Achevons notre objet. Le procès-verbal de la séance des Conseils du Familistère où fut arrêté ce qui concernait la fête du Travail, se termine sans préambule aucun, après l’arrêt des prix, par ces trois lignes touchant les destinataires des prix (page 264 du registre des procès-verbaux) :
- « Les conseils adoptent la liste des delègues en remplaçant, seulement par {nom propre) LU {1) qui avait ètè oublie MU ( 1) dont le nom sera supprimé. »
- LU était habitant du Familistère ; MU ne l’était pas. Sur la liste des mouleurs ayant gagné les plus hauts salaires, LU arrive 8e, tandis que MU arrive 35e. Sans doute, ce fait très frappant au premier abord a motivé la proposition des conseils , puisqu’on est sur le terrain des mérites vérifiés. Mais une fois vu l’ensemble des éléments d’infoPmations, il se trouva que MU ne pou-
- (1) Suite des représentations alphabétiques adoptées pour les besoins du travail.
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- 646
- LE DEVOIR
- vait être écarté : en effet, au classement final, — nous avons en mains la Mention honorable le concernant — MU est porté lie, bien en avance sur LU, dont nous ignorons, il est vrai, le rang définitif ; mais nous savons que ce rang est au-delà de 28 , l’ouvrier mouleur classé 28e ayant la préséance sur LU dans la liste des 59 lauréats de troisièmes prix, liste où ces lauréats figurent par ordre de mérites.
- Tout petit qu’il soit, le fait auquel nous venons de nous arrêter démontre que les attributions de prix, en 1873, reposèrent sur la solide base des travaux effectués. Aussi les Conseils sachant cela adoptaient-ils tout simplement la liste présentée par les délégués, se bornant à signaler un cas d’oubli apparent , à faire redresser ce qu’ils croyaient une erreur.
- Amener et les Conseils élus du Familistère et les délégués des ouvriers à constater expérimentalement comment les œuvres les plus effectives pouvaient être saisies au moyen de la comptabilité et devenir la base des rémunérations : c’était là une chose d’intérêt primordial dans le plan poursuivi par Godin; le lecteur en mesure la portée.
- Autre aspect de la même question : Chap. XXIV (1), on a pu observer que la répartition des suffrages n’avait permis l’allocation d’aucun Grand-prix à des ouvriers aux fêtes du Travail célébrées en 1868, 1869, 1870, 1872. En serait-il de même, disions-nous, si les prix étaient déterminés d’après réflectivité des œuvres?
- Examinons donc ce que peut nous apprendre à ce sujet le mode de célébration de la fête en 1873. Part spéciale avait été faite , dira-t-on aux employés, puisqu’ils avaient été appelés à participer àux bénéfices et que les auteurs parmi eux d’innovations utiles avaient
- (1) Le Devoir , août 1906, page 456.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES
- 647
- reçu des allocations exceptionnelles (cliap. XXV), les prix (Grands ou autres) ne pouvaient donc échoir qu’à des ouvriers.
- Oui, mais aux ouvriers qui, en 1873,.sont lauréats en vertu de leurs œuvres effectives, quelle part le suffrage avait-il faite antécédemment ? C’est là ce qu’il peut être instructif de rechercher.
- Un Prix $excellence hors classe est délivré, en 1873, à un ouvrier. .
- Consultant nos documents, nous voyons que cet ouvrier (de l’atelier du matériel) avait été classé en 1870 et en 1872 au rang des candidats aux primes par raison seule de capacité de 1er mérite ; il n’était pas habitant du Familistère ; il avait assisté au banquet de la fête du Travail en 1872, comme étant au rang des plus anciens dans l’établissement. Son sort avait été le suivant aux fêtes du Travail antécédentes :
- 1867.................. 1 voix.
- 1868 .................. pas de prix.
- 1869 ................ »
- 1870 ................ deuxième prix.
- 1872.................... pas de prix.
- Les trois lauréats des Grands prix décernés en 1873
- sont : un des instituteurs (Ecole du Familistère) ; un ouvrier mouleur ; un ouvrier ajusteur. Arrêtons-nous à ces deux derniers :
- L’ouvrier mouleur est des plus anciens habitants du Familistère.
- L’ouvrier ajusteur a, vu son ancienneté, assisté au banquet familistérien en 1872.
- Sort de l’un et de l’autre aux fêtes antécédentes du Travail :
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- 648
- LE DEVOIR
- Pour l’ouvrier mouleur :
- 1867 3 voix.
- 1868 3e prix.
- 1869 2e prix.
- 1870 pas de prix
- 1872 3e prix.
- Pour l’ouvrier ajusteur :
- 1867 .............. .. pas de voix.
- 1868 ................. pas de prix (4 voix).
- 1869 ....................... » (1 voix).
- 1870 ....................... »
- 1872......................... » (3 voix).
- Ces exemples se passent de commentaires quant à la supériorité du classement des hommes d’après leurs œuvres personnelles et non d’après le suffrage.
- Etat général des prix distribués à la fête dn travail célébrée le 1er juin 1813. (1)
- Usine.
- Ouvriers et ouvrières.
- Prix d’excellence hors classe Grands prix............
- ! Premiers prix, dont un à
- une ouvrière............
- Deuxièmes prix, dont deqx
- à des ouvrières.........
- Troisièmes prix dont quatre i à des ouvrières..........
- 1
- 2
- 12
- l 102
- 56
- Total........ 93
- Inventeurs i
- contre-maîtres ou ) prix spéciaux.................... 9
- ouvriers. I
- A reporter......... 102
- (lj Voir ci-dessus, p. 645, pour la valeur pécuniaire attachée à ces prix.
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- DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 649
- Report........ 102
- familistère.
- Un des instituteurs
- Femmes ou jeunes filles des services de l'habitation
- Grand prix.... Premiers prix Deuxièmes » Troisièmes »
- 1
- 2
- 3
- 3
- 9
- Total.........• 111
- Ces 111 prix furent acquis à 109 bénéficiaires ; deux ouvriers : l’un mouleur, l’autre ajusteur étant chacun lauréat à double titre, soit d’un des prix spéciaux aux inventeurs et d’un autre prix. '
- Vve J.-B.-A. Godin , née Moret.
- (A suivre).
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- 650
- LE DEVOIR
- Société du Familistère de Guise, Colin et O
- ASSEMBLEE GENERALE ORDINAIRE
- du 30 Septembre 1906
- Extraits du 'procès-verbal
- Présidence de M. COLIN , Administrateur Gérant
- Ordre du jour :
- 1° Sanction de la modification proposée au règlement de l’assurance mutuelle contre la maladie (hommes, dames et pharmacie) par les comités et adoptée par le Conseil de Gérance, savoir :
- 2° Rapport de M. l’Administrateur-Gérant sur la situation morale, industrielle et financière de l’Association, pour l’exercice 1905-1906.
- 3° Rapport du Conseil de surveillance sur le même sujet.
- 4° Approbation du rapport de M. l’Administrateur-Gérant et de celui du Conseil de surveillance.
- 5° Admission ou rejet comme associés (pour l’exercice 1906-1907) de MM. (suit la liste des noms : 21 personnes de l’usine de Guise et 4 personnes de l’usine de Sckaerbeek).
- Sont présents ou représentés, 398 associés sur 407 inscrits, ainsi qu’en témoigne la liste de présence annexée au procès-verbal.
- Présents................. 296
- Représentés..,........... 102
- Absents... • •............. 9
- 407
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- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE 651
- Le bureau est composé de :
- M. Colin, Administrateur-gérant, président, et des conseillers de gérance ci-après, ayant qualité d’associé, savoir :
- Mme Godin, MM. Alizard, Bailliot, Bu ridant, Coutel-lier, Dagnicourt, Béfontaine, Hennequin, Lemaire, Quent et Sékutowicz.
- M. Alizard remplit les fonctions de secrétaire.
- Après l’appel nominal, M. le Président déclare la séance ouverte.
- Il constate que toutes les formalités d’affichage ont été remplies à Guise et à Schaerbeek, pour la convocation de l’Assemblée.
- L’Assemblée se composant de 398 membres présents ou représentés, la majorité sera :
- Pour les votes sur la modification au règlement de l’assurance mutuelkyet sur les rapports de M. l’Admi-nistrateur-gérant et du Conseil de surveillance, des 2/3 des membres présents ou régulièrement représentés, soit 266 voix,
- Et pour le vote relatif à l’admission des nouveaux associés, de la majorité absolue des membres présents ou régulièrement représentés, soit 200 voix.
- L’ordre du jour est abordé.
- 1°................................................
- 2° Rapport de M. l’Administrateur gérant sur la situation morale, industrielle et financière de l’Association, pour l’exercice 1905-1906.
- M. l’Administrateur-gérant donne lecture de la première partie de son rapport et s’exprime ainsi :
- Mesdames, Messieurs,
- Je viens vous soumettre mon rapport sur la situation morale, industrielle et financière de notre Société pen-
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- 652
- LE DEVOIR
- dant l’exercice écoulé du 1er juillet 1905 au 30 juin 1906.
- Au point de vue moral je ne puis que vous répéter ce que je vous disais l’année dernière, ce que je vous dis d’ailleurs tous les ans.
- De la prospérité industrielle et commerciale de notre affaire découle l’amélioration matérielle indiscutable dont profite tout notre personnel, mais l’amélioration morale n’est tangible que dans une proportion insuffisante.
- La simulation et l’exagération de la maladie écrasent nos caisses d’assurances mutuelles dont les ressources sont comme d’usage trop faibles ; ce qui m'oblige à répéter que la mutualité, pratiquement parlant, n’est pas faite pour ceux qui le méritent le plus.
- Chez les enfants du Familistère, à Guise comme à Schaerbeek le côté instruction nous donne satisfaction, le côté éducation laisse toujours à désirer surtout en ce qui concerne le respect des personnes et des choses qui fait souvent défaut.
- Tout cela, Mesdames et Messieurs, vous inquiète peu, tant que vous avez de beaux bénéfices vous ne pouvez songer à rien d’autre, mais demandez-vous donc si cela durera toujours et si, quand le côté commercial et industriel vous donnera des soucis, il ne sera pas trop tard pour..............«...................................
- Je dois cependant reconnaître, et je le fais avec plaisir, que le plus grand calme a régné dans notre affaire, comme d’ailleurs les années précédentes. Cette paix intérieure n’est pas étrangère, croyez-le bien, aux magnifiques résultats industriels et financiers que je vous apporte aujourd’hui.
- J’aborde maintenant la question commerciale, industrielle et financière.
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- ASSEMBLEE GENERALE ORDINAIRE
- 653
- Commandes
- Le total des commandes de fourneaux et appareils de chauffage complets pendant l’exercice 1905-1906 s’est élevé :
- A l’usine de Guise à.... 138.545)
- A l’usine de Schaerbeek à 37.417* 175.962 appareils
- A déduire 1.096 appareils commandés par l’usine de Schaerbeek à l’usine de Guise et comptés en double................................ 1.096 d°
- Le total réel est donc de...... 174.866 d°
- L’exercice, précédent ces chiffres étaient de :
- A Tusine de Guise....... 135.417.
- A l’usine de Schaerbeek. 36.242j * D
- A déduire 1.063 appareils commandés par l’usine de Schaerbeek à l’usine de Guise et comptés en double 1.063 d°
- Restait un total de.............. 170.596 d°
- Soit donc cette année une différence en plus de...................... 4.270 d°
- Se décomposant ainsi :
- A l’usine de Guise en plus............ 3.128 d°
- A l’usine de Schaerbeek en plus.... 1.175 d°
- Différence sur produits demandés à Guise par Schaerbeek à retrancher 33 d°
- Différence en plus dans les commandes .......................... 4.270 d<>
- Expéditions
- Le nombre de fourneaux et appareils de chauffage complets expédiés pendant Fexercice a été de :
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- 654 LE DEVOIR
- A l’usine de Guise..... 136.244) ___ . ir
- A l’usine de Schaerbeek. 36.201) ' apparei s
- A déduire les appareils expédiés de Guise à Schaerbeek et comptés
- dans les deux chiffres.......... 1.096 d°
- Le total des appareils expédiés est
- donc de......................... . 171.349 d°
- Il était l’année dernière de :
- A l’usine de Guise..... 134.023j .
- A l’usine de Schaerbeek. 35.1211
- A déduire les appareils expédiés
- de Guise à Schaerbeek et comptés dans les deux chiffres............ 1 063 d°
- Restait un total de............. 168.081 d°
- Soit donc cette année une diffé-
- rence en plus de................... 3.268 d«
- Se décomposant comme suit :
- A l’usine de Guise en plus. ......2.221 do
- A l'usine de Schaerbeek en plus.... 1.080 d°
- Différence sur produits expédiés de Guise à Schaerbeek à retrancher 33 d°
- Différence en plus dans les expéditions. .......................... 3.268 do
- Il y a lieu de remarquer que pendant cet exercice, la fabrication à l’usine de Guise a été supérieure à la vente, ce qui nous a permis de reconstituer notre stock qui était plutôt faible.
- La production à Guise a été de Onze mille tonnes de bonnes pièces fabriquées, caffuts déduits.
- Le poids brut d’expéditions à Guise s’est élevé à Onze mille neuf cents tonnes.
- C’est de beaucoup la plus forte fabrication et la plus grande vente qui aient jamais été atteintes.
- Notons encore une augmentation très sérieuse dans la vente de.........................................
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-
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- ASSEMBLÉE GENERALE ORDINAIRE 655
- Affaires industrielles
- Le chiffre net d’affaires industrielles se décompose ainsi :
- Usine de Guise, total net des ventes des produits figurant aux albums, toutes remises, bonifications et indemnités déduites, sans y comprendre les marchandises livrées à l’Usine de Scbaerbeek. fr. 4.686.260 10 Il faut ajouter à ce chiffre le total net des ventes en fontes mécaniques, malléables et diverses qui est de. fr. 190.260 45
- Total net des ventes à Guise.....fr. 4.876.520 55
- Le total net des ventes à l’Usine de Schaerbeek a été de................ fr. 1.273.206 20
- Le total net des affaires industrielles
- estdonc de......................... fr. 6.149.726 75
- Ce chiffre était l’année dernière de fr. 5.827.877 06
- Soit en plus cette année......... fr. 321.849 69
- se décomposant comme suit :
- A Guise, en 1904-1905. f. 4.643.045 75 » 1905-1906. f. 4.876.520 55
- Soit en plus cette'année f. 233.474 80 233 474.80
- A Schaerbeek,en 1904-1905 f. 1.184.831 31 » 1905-1906 f. 1.273.206 20
- Soit en plus cette année f. 88.374 89 88 374 89
- Au total en plus pour l’exercice, fr. 321.849.69
- Magasins de consommation.
- Le montant des ventes dans les magasins de consommation des Familistères a été pendant l’exercice 1905-1906 de :
- Au Familistère de Guise f. 876.180.50
- Il était Tannée dernière de..................... f. 902.754 40
- Soit en moins........ f. 26.573.90
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- 656
- LE DEVOIR
- Au Familistère de Schaer-beek............ ......f. 49.260 69
- Il était l’année dernière de..................... f, 47.428 61
- Soit en plus........... f. \. 832 08
- Le montant total des ventes a donc été de............................ fr.
- Il était l’année dernière de.... . fr.
- Soit donc une diminution de.... fr.
- Les bénéfices réalisés dans les magasins de consommation s’élèvent à... fr.
- Les 85 pour cent de ces bénéfices forment une somme de francs 85.106.23 qui, appliquée au total des ventes, donne une répartition de 9.20 pour cent. Cette répartition sera faite comme remise aux acheteurs sur carnets et produira :
- A Guise ....................... fr.
- A Schaerbeek................... fr.
- Total....... fr.
- 925.441 19 950 183 01
- 24.741 82
- 100.124 98
- 72.860 83 2.859 55
- 75.720.38
- Affaires locatives.
- Le produit brut des loyers s’est élevé pendant l’exercice 1905-1906 :
- A Guise, à.... fr. 100.359 83
- A Schaerbeek, à. fr. 13.803 10
- Le rendement net des loyers est de :
- A Guise....... fr. 45.708 91
- A Schaerbeek... fr. 4 624 10
- 114.162 93
- 50.333 01
- Affaires totales.
- Nos affaires se décomposent ainsi :
- Affaires industrielles.......... fr. 6.149.726 75
- Affaires commerciales dans les maga-
- A reporter....... 6.149.726 75
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- ASSEMBLÉE GENERALE ORDINAIRE 657
- Report.......... 6.149.726 75
- sins de consommation dont les bénéfices ‘sont en partie employés comme remise
- aux acheteurs.................... fr. 925.441 19
- Affaires locatives (produit brut des loyers)........................... fr. 114.162 93
- Total............. fr. 7.189.330 87
- Bénéfices.
- Les bénéfices se décomposent ainsi : Bénéfices industriels à l’usine de
- Guise........... ................ fr.
- Bénéfices industriels à Tusine de
- Schaerbeek....................... fr.
- Familistère de Guise, services commerciaux et
- loyers............... fr. 161.680 61
- A déduire remise aux
- acheteurs....... .....fr. 72.860 83
- Familistère de Schaerbeek , services commer-
- ciaux et loyers, perte. fr. 11.048 72 A déduire, remise aux acheteurs....... .... fr. 2.859.55
- Total à déduire... fr. 86.769 10 Reste bénéfice net........ ...... fr.
- 74.911 51
- Total des bénéfices bruts pour l’exercice 1905-1906 .. ................... fr...............
- L'année dernière ce chiffre était
- de.................................. fr. 1.070.428 13
- Soit en plus..................... fr................
- Remarquons que si des bénéfices produits par les Familistères, on retranche les frais d’éducation, qui se montent à
- A reporter
- 1.070.428 13 3
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- LE DEVOIR
- Report.......... 1.070.428 13
- fr. 35.271 63, il reste un bien faible revenu de fr. 39,639 88.
- Les amortissements, le solde du compte, « charges et revenus sociaux. » et les frais d’éducation s’élèvent à la
- somme de...........................fr. 340.406 59
- La plus-value au bilan ou bénéfices nets totaux, y compris l’intérêt du capital est de......................... fr...............
- Elle était Tannée dernière de.... fr. 731.233 49 Soit en plus cette année........ fr. .............
- Après avoir prélevé sur cette somme Tintérêt à 5 »/o du capital social , soit 250,000 fr., il reste comme bénéfices nets à partager............... fr.
- Cette somme était Tannée dernière
- de................................ fr. 481.233 49
- Soit en plus cette année........ fr.............
- En résumé, comme bénéfices bruts, c’est...........
- la plus belle année qui ait jamais été faite.
- Je vais, maintenant, examiner les principales divisions des usines et des Familistères.
- Service des modèles et des études.
- Ce service est de plus en plus chargé. En dehors des créations de modèles pour notre industrie, il est appelé journellement à discuter et à réaliser les modifications demandées par la clientèle, surtout dans l’article de bâtiment ; à mettre au point et à faire construire généralement à l’extérieur, les modèles de pièces spéciales étrangères à la fabrication courante qui se livrent en séries par grandes quantités ; il doit en outre étudier les
- devis.................. et en surveiller l’exécution.
- Cette année nous avons notamment établi deux séries
- complètes .............................; modifié nos
- séries de........., construit une série importante de
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-
- ASSEMBLEE GENERALE ORDINAIRE 659
- ........................., complété par de grands
- modèles pour .....................................
- et continué nos modèles de....'...................
- Nous avons encore fait, pendant cet exercice, plusieurs installations...................................,
- ce qui nous permet de former, à l’atelier des modèles, un personnel de monteurs qui se spécialiseront dans cet article.
- A Schaerbeek, nous ne pourrons nous lancer que
- quand ce genre.............. .. sera bien en route à Guise
- et que notre outillage sera capable de nous permettre
- des prix de revient, surtout dans les.............. , en
- rapport avec les prix de vente de la concurrence.
- L’atelier d’ajustage-quincaillerie se développe beaucoup, par suite des commandes importantes que nous avons obtenues en dehors de la fabrication ordinaire. Nous espérons prendre une place sérieuse comme producteurs de pièces en fontes minces et spéciales pour
- Service commercial.
- Les résultats de l’exercice, surtout le chiffre d’affaires industrielles, suffisent à montrer que ce service est l’objet de toute notre attention. La direction veille à ce que la correspondance soit toujours souple et ferme. Les voyageurs sont suivis attentivement et conduits avec à-propos..............a été judicieusement aug-
- mentée en France et en Belgique. Le nombre de nos
- ......est aussi plus élevé, ce qui grossit quelque peu
- le capital improductif, mais ce dont nous retirons le plus grand profit.
- En Hollande, la modification douanière est heureusement ajournée. En Suisse et en Espagne, l’augmentation des droits d’entrée nous portera un réel préjudice, mais nous espérons que des accords internationaux vont maintenir les anciennes taxes.
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- 660
- LE DEVOIR.
- Service du matériel et des constructions.
- L’outillage et le matériel installés, les années précédentes nous ont permis , cette année , d’arriver à une production énorme dans d’excellentes conditions. Je ne puis énumérer tous les travaux faits ou toutes les modifications apportées dans les usines ; je signale seulement
- à Guise la construction de..................., d’un quai
- spécial pour les chargements grande vitesse et de nouveaux bureaux pour les expéditions.
- Nous avons décidé en outre et commencé le déplacement de l’atelier de broyage des sables neufs 'qui va être établi dans les magasins au sable, derrière l’usine, au moyen d’un transport électrique de force.
- Nous allons monter à l’émaillerie de Guise, ........
- .............................................et spécial
- pour les gros articles sanitaires et de bâtiment.
- A Scbaerbeek, nous avons installé plusieurs nouvelles
- machines.................................................
- Nous allons commencer la construction d’un deuxième four pour la cuisson des terres réfractaires.
- Fonderies.
- A Guise comme à Scbaerbeek, l’apport de nos.........
- ........................ nous a permis d’arriver au plus
- fort tonnage atteint jusqu’ici (à Guise, onze mille tonnes de bonnes pièces, caffuts déduits).
- C’est vous dire que nos fonderies ont été en pleine activité ; nous espérons bien avoir à écouler, pour l’exercice prochain, une production égale sinon supérieure.
- Ateliers de montage.
- Ces ateliers ont également donné leur maximum. Il
- a été monté à Guise...........appareils complets. La
- façon dont nous avons disposé notre outillage et la célérité avec laquelle nous pouvons exécuter des gros
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-
- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE
- 661
- chiffres d’appareils sur une même série, nous donnent tous nos apaisements en cas d’hiver rigoureux; nous saurions suffire aux besoins exceptionnels et immédiats d’une clientèle difficile qui cherche à mettre de moins en moins de produits en magasin et à être servie à la lettre.
- Emaillerie.
- Les ateliers d’émaillerie de Guise, quoique déjà très grands, deviennent insuffisants. Nous avons construit
- de nouveaux............., un nouveau ......... nous
- allons en monter un deuxième ; nous avons séparé nos
- groupes de fours en augmentant................ .....
- ................................................ et nous commençons l’installation d’un..............Nous pourrons ainsi répondre
- aux demandes de la clientèle qui se porte de plus en plus vers les articles..............................
- Service de la Fabrication.
- Ce service a de plus en plus de besogne. Le nombre des modèles augmente, la vente en dehors des produits des albums se développe beaucoup, la clientèle s’approvisionne plutôt moins pendant l’été, et le magasin ne peut arriver à tenir prêts à l’avance une vente établie sur un aussi grand nombre de types différents d’appareils de mêmes modèles.
- Malgré toutes ces difficultés, le service de la fabrication, à Guise, a expédié cette année, sans perturbations, sans accrocs, le joli tonnage de douze millions de kilogrammes.
- A Schaerbeek, la fabrication a expédié....... appa-
- reils, chiffre qui n’avait jamais été atteint.
- Approvisionnements.
- Nos achats annuels ont été renouvelés en temps opportun, à des prix...........«.... de ceux de l’année
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- 662
- LE DEVOIR
- précédente, nous avons profité du mouvement...........
- l’établissement de nos tarifs 1906, alors que nous
- lui avons.............*........ pour nos achats, cette
- situation n’est pas étrangère aux résultats de l’exercice:
- Je tiens aussi à vous rappeler qu’au moment de la grève générale des mines, vous aviez en stock, à Guise, plusieurs centaines de wagons de charbons et de coke, qui vous ont fait oublier que, pendant deux mois, de nombreuses usines chômaient faute de combustibles.
- Service de la comptabilité.
- Votre conseil de surveillance a pu constater qu’à Schaerbeek comme à Guise, nos écritures sont régulières et tenues avec toute la ponctualité voulue.
- Je ne manquerai pas de vous répéter que nous avons de plus en plus de besogne et d’ennuis avec les saisies-arrêts sur salaires et les oppositions sur titres dont le nombre augmente toujours.
- Les opérations d’inventaire se compliquent en raison même de la multiplicité des modèles et des produits, mais tous les soins sont apportés dans la vérification des relevés, rien n’est négligé.
- Economat.
- Les services commerciaux de l’Economat, à Guise, ont dû subir, cette année, des concurrences qui ont fait fléchir le chiffre d’affaires.
- A Schaerbeek, nous avons changé deux fois d’économe ; l’un nous a....................... quittés, le
- suivant a dû être....................................,
- le troisième qui est en place actuellement, nous donnera j’espère satisfaction.
- D’autre part la concurrence est terrible et le faible nombre de familles qui s’alimentent à l’économat (trente ou quarante) ne nous permet pas de faire des achats
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- ASSEMBLÉE GENERALE ORDINAIRE
- 663
- dans de bonnes conditions ou alors la quantité des marchandises rebutées et avariées devient trop grande.
- Toutes ces raisons ont motivé, cette année, la diminution de bénéfices dans l’exploitation des familistères.
- Usine de Schaerbeek.
- Cette usine nous a donné des résultats magnifiques comme chiffre réalisé et comme bénéfices. Tant qu’aucune modification douanière ne viendra paralyser ses exportations, nous pourrons escompter son apport sérieux dans la plus value au bilan et le maintien de son chiffre d’affaires. Nous venons d’y réinstaller la salle d’exposition permanente des produits qui fait
- maintenant aussi bonne figure que................. ;
- c’est un moyen........................................
- A partir de cet hiver, nous aurons en Belgique une
- ..................*......., copiée sur celle qui existe
- en France, nous ne doutons pas de son bon effet.
- Je termine, Mesdames et Messsieurs, la première partie de mon rapport, en remerciant de leur concours sympathique et dévoué nos collaborateurs d’une année du conseil de gérance, Messieurs Coutellier, Dagnicourt et Défontaine, je leur sais gré de l’amabilité et de l’esprit de concorde qu’ils ont apporté dans nos délibérations.
- Je tiens à remercier très vivement les membres de votre conseil de surveillance, Messieurs Delavenne, Fosse et Grosch, qui se sont acquittés de leurs fonctions avec beaucoup de tact.
- Je donne la parole au secrétaire de notre assemblée, Monsieur Alizard, Directeur de la comptabilité et du contrôle , qui va vous donner lecture de la partie financière de mon rapport, celle, je n’en doute pas, qui vous intéresse le plus.
- (Applaudissements)
- Monsieur Alizard s’exprime ainsi :
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-
-
-
- 664
- LE DEVOIR
- PERSONNEL DE L'ASSOCIATION
- au 30 juin 1906.
- Ce personnel comprend les membres nommés au commencement de juillet 1906 et prenant part à la répartition de l’exercice 1905-1906 :
- Membres actifs : Associés à Guise........ 365)
- » à Schaerbeek 44 )
- Sociétaires à Guise..... 68
- » à Schaerbeek 15
- Participants à Guise.... 622 )
- » à Schaerbeek 126 |
- Propriétaires de titres d’épargnes ne prenant
- plus part aux travaux.......................... 681
- Auxiliaires prenant ou ayant pris part aux travaux dans le cours de l’exercice............ 869
- Total................... 2.790
- MUTATIONS DU PERSONNEL
- Les mutations qui se sont produites au cours de l’année 1905-1906, sont les suivantes :
- ASSOCIÉS
- Existants au commencement de l’exercice... 407
- Elus sur leur demande..................... 12
- Total..
- A déduire : décédés.................... 5 j
- » démissionnaires . ............. 5 j
- 419
- 10
- Associés existants au 30 juin 1906
- 409
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-
-
- ASSEMBLÉE GENERALE ORDINAIRE
- 665
- SOCIÉTAIRES.
- Existants au commencement de l’exercice... 91
- Nommés pendant l’exercice...................... 7
- Total............... 98
- A déduire: Sociétaires devenus associés. 12 ]
- » Partis ou décédés........... 2[ 15
- » Redevenu participant. ........ 1 )
- Sociétaires existants au 30 juin 1906......... 83
- PARTICIPANTS.
- Existants au commencement de l'exercice.... 700
- Nommés pendant l’exercice...................... 85
- Sociétaire redevenu participant................ 1
- Total................... 786
- A déduire : Participants devenus sociétaires 7 \
- » devenus auxiliaires 6> 38
- » partis ou décédés.. 25 J
- Participants existants au 30 juin 1906...... 748
- RETRAITÉS.
- Pensionnés jouissant de la retraite au 1er juillet 1905 :
- A titre définitif....... .................... 134
- A titre provisoire ................ 7
- Mis à la retraite pendant l’exercice.... 16 j .
- Décédés ................................ 12 (
- Total au 30 juin 1906........................ 138
- se répartissant en 131 à Guise et 7 à Schaerbeek.
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-
-
- 666
- LE DEVOIR
- SITUATION GÉNÉRALE DES ASSURANCES MUTUELLES ASSURANCE DES PENSIONS ET DU NECESSAIRE.
- L’Assurance des pensions et du nécessaire à la subsistance possédait, au 1er juillet 1905, un certificat d’épargnes (part de capital de la Société) s’élevant à.......................... fr. 653.695 »
- Plus pour annulation d’épargnes indûment attribuées............... fr. 64 »
- Nous allons avoir à y ajouter la part de bénéfices de l’exercice 1905-1906 représentée par le travail des auxiliaires, soit....................... fr. 64.995 »
- Plus les annulations d’épargnes réservées .......... ................ fr. 3 176 »
- Total.......• fr. 721.930 »
- Il y aura à retrancher d’autre part le remboursement d’épargnes résultant de l’exercice écoulé 1905-1906 qui sera de.............................. fr. 98.223 »
- La valeur du certificat d’épargnes sera donc pour l’entrée dans l’exercice
- 1906-1907 de...................... fr. 623.707 »
- Le solde du compte courant de l’assurance des pensions et du nécessaire était créditeur au 30 juin 1906
- de.................. fr. 85.650 10
- La répartition de cet exercice va y ajouter les intérêts et dividendes revenant au certificat d’épargnes, soit............fr. 36,349 »
- Le remboursement d’épargnes de l’exercice était de................. fr. 98.223 »
- A reporter....... 623.707 »
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-
-
- ASSEMBLÉE GENERALE ORDINAIRE 667
- Report......... 623.707 »
- Il résulte que le compte courant sera créditeur à nouveau dans la caisse de la Société après l’application des résultats de l’in-
- ventaire de........... fr. 220.222 10
- Le montant du dépôt à la Caisse des Dépôts et Consignations, valeurs et capital disponible (les valeurs étant comptées à leur prix d’achat) est au 30 juin 1906 de..............................fr.
- Plus une somme de fr. 8.616 48, montant évalué des coupons et intérêts du premier semestre de 1906 qui seront ajoutés par la Caisse des Dépôts et Consignations au capital disponible et réemployés en achat de valeurs semblables à celles existantes................... fr.
- L’assurance des pensions et du nécessaire possède donc au 1er juillet 1906, après l’application des résultats de l’inventaire, un capital de..............fr.
- 220.222 10
- 615.728 04
- 8.616 48
- 1.468.273 62
- RECETTES ET DEPENSES DE L’ASSURANCE DES PENSIONS.
- 1° Recettes effectives :
- Subvention statutaire équivalente à 2 %des salaires et appointements payés pendant l’exercice................ fr.
- Supplément de subvention facultatif équivalent à 1 % des salaires et appointements .......................... fr.
- Intérêts et dividendes du certificat d’épargnes ......................... fr.
- Intérêts sur somme disponible (Con-
- A reporter........
- 58.864 36
- 29.432 18 36.349 »
- 124.645 54
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-
-
- 668
- LE DEVOIR
- Report.......
- seillers de gérance non en exercice) laissés à l’assurance des pensions... fr. Intérêts du compte courant dans la
- Société............................. fr.
- Rentrées diverses................. fr.
- Total des recettes effectives., fr.
- 2° Recettes en valeurs :
- Part de bénéfices représentée par le travail des auxiliaires, portée en augmentation du titre d’épargnes........ fr.
- Annulations d’épargnes réservées portées en augmentation du titre d’épargnes................................. fr.
- Intérêts et coupons d’une année encaissés par la Caisse des Dépôts et Consignations, non touchés par l’assurance, et portés par ladite Caisse en augmentation du capital disponible pour être réemployés en achats de valeurs... fr.
- Prime sur une obligation remboursée à 1.000 fr., défalcation faite de 8 % fr*
- Total...... fr.
- Le montant des dépenses a été de. fr.
- Augmentation du capital de la
- caisse............................. fr.
- Ce capital était l’année dernière
- de..................»............. fr.
- Il sera cette année de.......... fr.
- Différence égale ......... fr.
- L’excédent des dépenses de la caisse
- L’excédent des dépenses de la caisse des pensions sur les recettes effectives
- est donc de. fr. 184.537 39
- Moins.... fr. 137.564 35
- Soit. fr. 46.973 04
- Soit donc près de 47.000 fr. qui ont
- dû être prélevés sur le compte courant.
- 124.645 54
- 7.424 22
- 2.573 69 2.920 90 137.564 35
- 64.995 d
- 3.176 »
- 16.968 87
- 460 >> 223.164 22 184.537 39
- 38 626 83
- 1.429.646 79 1.468.273 62 38 626 83
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-
-
- ASSEMBLÉE GENERALE ORDINAIRE 669
- ASSURANCE MUTUELLE CONTRE LA MALADIE.
- à Guise. — Section des hommes.
- Solde créditeur au 1er juillet 1905. fr. 260 75
- Recettes de l’exercice fr. 52.080 30
- Total fr. 52.341 05
- Dépenses de l’exercice fr. 53.508 48
- Solde débiteur au 30 juin 1906... fr. 1.167 43
- Excédent des dépenses sur les re-
- cettes fr. 1.428 18
- A Guise. — Section des dames.
- Solde créditeur au 1er Juillet 1905 fr. 4.227 47
- Recettes de l’exercice fr. 9.206 70
- Total fr. 13 434 17
- Dépenses de l’exercice fr. 8.789 52
- Solde créditeur au 30 Juin 1906.. fr. 4.644 65
- Excédent des recettes sur les dé-
- penses. fr. 417 18
- Usine de Schaerbeek. — Assurance contre la maladie.
- Solde créditeur au 1er Juillet 1905. fr. 4 037 84
- Recettes de l’exercice fr. 8.477 76
- Total fr. 12.515 60
- Dépenses de l’exercice fr. 8.344 45
- Solde créditeur au 30 Juin 1906.. fr. 4.171 15
- Excédent des recettes sur les dé-
- penses * fr. 133 31
- ASSURANCE SPÉCIALE A LA PHARMACIE
- à Guise
- Solde créditeur au 1» Juillet 1905 fr. 2.897 10
- Recettes de l’exercice fr. 13.404 65
- Total > fr. 16.301 75
- Dépenses de l’exercice fr. 9.253 02
- Solde créditeur au 30 Juin 1906.. fr. 7.048 73
- Excédent des recettes sur les dé-
- penses .. fr. 4,151 63
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-
-
- 670
- LE DEVOIR
- à Scliaerbeek
- Solde créditeur au 1er Juillet 1905 .. fr. 904 89
- Recettes de l’exercice. fr. 2.942 59
- Total fr. 3.847 48
- Dépenses de l’exercice fr. 2.850 18
- Solde créditeur au 30 Juin 1906.. fr- 997 30
- Excédent des recettes sur les dé-
- penses fr. 92 41
- ASSURANCES RÉUNIES5
- Le montant général des recettes effectives de nos Caisses d’assurances est
- de fr. 223.676 35
- Celui des dépenses est de. fr. 267.283 04
- Excédent des dépenses sur les re-
- cettes fr. 43.606 69
- En considérant que l’assurance des pensions ne touche pas les intérêts des valeurs de la Caisse des Dépôts qui s’y capitalisent, soit une somme de fr.
- 16.968 87 + 460 = 17.428 87 l’excédent des dépenses sur les recettes est
- de..................... ............ fr. 27.177 82
- Les dépenses totales qui étaient l’année dernière de francs 262.176 04 ont donc augmenté encore cette année de fr. 5.107 » RÉSUMÉ GÉNÉRAL DES ASSURANCES Les dépenses de francs : 267.283 04 se décomposent ainsi :
- ASSURANCE CONTRE LA MALADIE Payé aux malades pendant l’exercice 1905-1906 :
- A Guise. —Section des hommes.
- Pour 23.841 journées de
- maladie à 933 malades fr. 48.423 60 48.423 60
- A Guise. — Section des dames.
- Pour 5.733 journées de
- maladie à 240 malades fr. 5.229 40 5.229 40
- A Schaerbeek. — Section unique.
- Pour 2.376 journées de
- maladie à 241 malades fr. 6.338 05 6.338 05
- A reporter....... 59.991 05
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-
-
-
- ASSEMBLEE GENERALE ORDINAIRE
- Report
- Sections réunies — Frais de pharmacie
- A Guise ... fr. 9.253 02 |
- A Schaerbeek ... fr. 2.850 18 (
- Payé aux médecins :
- A Guise .... fr. 8.434 40
- A Schaerbeek... .... fr. 1.976 »
- Divers à Guise.. .... fr. 210 60
- Divers à Schaerbeek. fr. 30 40
- ASSURANCE DES PENSIONS
- Payé à 143 pensionnés dont 48 au Familistère et 95 au dehors.1
- A Guise.. *. ....». fr.
- Payé à 7 pensionnés à Schaerbeek............ fr.
- Payé à 7 retraités provisoirement et à 57 malades depuis plus d’une année fr.
- Payé à 49 familles pour le nécessaire à la subsistance à Guise.............fr.
- Payé à 2 familles pour le nécessaire à la subsistance à Schaerbeek ......... fr.
- Payé à 91 malades à titre de secours exceptionnels fr.
- Payé aux réservistes, fr.
- Payé aux médecins et aux sages-femmes à Guise et à Schaerbeek....... fr.
- Payé à l’hospice de Guise.................... fr.
- Appointements du secrétaire................. fr.
- Frais divers........fr.
- Payé aux asiles de Lemé francs................... 1.330 »
- 100.256 90
- 4.591 75
- 42.169 34
- 12.659 »
- 464 »
- 13 744 02 888 50
- 3.316 10
- 871 85
- 1.970 40 2.275 53
- 671
- 59.991 05 12.103 20
- 10.651 40
- 184.537 39
- Total
- fr. 267.283 04
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-
-
-
- 672
- LE DEVOIR
- DÉPENSES POUR L’INSTRUCTION ET L’ÉDUCATION.
- Nourricerie (enfants au berceau), fr. Ecoles maternelles (Ire année pouponnât) ........................... fr.
- Ecoles maternelles (2e et 3e année,
- bambinat)....................... fr.
- Ecoles primaires (6 classes)fr. Ecoles de Schaerbeek........ fr.
- Total...........fr.
- Ces dépenses se décomposent ainsi : Appointements et salai- \
- res................ fr. 28.249 90 f
- Frais de nourriture et fou r- 1
- nitures scolaires.... fr. 7.021 73 )
- 4.066 41
- 1.330 30
- 3.420 48 20.398 68 6.055 76
- 35.271 63
- 35.271 63
- RÉSUMÉ DES DÉPENSES CONSACRÉES A LA MUTUALITÉ
- Allocations et frais de maladie à Guise fr. Allocations et frais de maladie à Schaer-
- beek............................. fr.
- Pensions définitives.................fr.
- Pensions provisoires et malades depuis
- plus d’une année................. fr.
- Nécessaire à la subsistance , secours temporaires et divers............... fr.
- Frais d’instruction et d’éducation., fr.
- Total.... fr.
- Ce chiffre était l’année dernière de. fr. Différence en plus cette année...... fr.
- 71.551 02
- 11.194 63 104.848 65
- 42.169 34
- 37.519 40 35.271 63
- 302.554 67 298.125 63
- 4.429 04
- AFFAIRES INDUSTRIELLES, COMMERCIALES ET LOCATIVES AFFAIRES INDUSTRIELLES
- Le total net des ventes en articles de fabrication courante a été à Guise de fr. 4.686.260 10
- A reporter
- 4*686.260 10
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-
-
-
- ASSEMBLEE GENERALE ORDINAIRE 673
- Report...... 4.686.260 10
- A ajouter : fontes mécaniques, fontes
- malléables et pièces diverses... fr. 190.260 45
- Le total net des ventes à Schaerbeek a
- été de............................ fr. 1.273.206 20
- Total des affaires industrielles . fr. 6.149.726 75
- AFFAIRES COMMERCIALES ET LOCATIVES
- Vente des services commerciaux à Guise fr..
- Vente des services commerciaux à Schaerbeek................ fr.
- Total des ventes dont 85 o/0 des bénéfices produits par les achats sur carnets sont versés comme remise aux acheteurs........... fr.
- Produit brut des loyers à Guise............. fr.
- Produit brut des loyers à Schaerbeek.»..........
- Total... fr.
- 876.180 50
- 49.260 69
- 925.441 19
- 100.359 83
- 13.803 10 1.039.604 12
- Total de toutes les affaires.... fr.
- 1.039.604 12 7.189.330 87
- COMPOSITION ET RÉPARTITION DES BÉNÉFICES
- Les bénéfices industriels, commerciaux et locatifs de l’exercice écoulé 1905-1906 sont les suivants :
- Familistère de Guise, services commerciaux et loyers.. fr. 161.680 61 )
- Moins remise aux ache- v 88.819.78
- teurs..................fr. 72.860 83 )
- A reporter... 88.819 78
- 3
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-
-
-
- 674
- LE DEVOIR
- Report........... 88.819 78
- Familistère de Sehaerbeek, services commerciaux et loyers.
- Perte................ fr. 11.048 72
- Remise aux acheteurs fr. 2.859 55
- A déduire, fr. 13.908 27
- Reste.................. fr. 74.911 51
- Bénéfices bruts, Usine de Guise.. fr. .............
- Bénéfices bruts, Usine de Schaer-beek............................... fr............
- Total des bénéfices bruts..... fr...............
- Dont il faut déduire les charges suivantes :
- Amortissements statu-
- taires fr. 169.332 63
- Frais d’éducation à
- Guise fr. 29.215 87
- Frais d’éducation à
- Schaerbeek fr. 6.055 76
- Solde débiteur du compte
- « Charges et revenus so-
- ciaux » fr. 135.802 33
- Total à déduire, fr. 340.406 59 340.406 59
- Le produit net de l’exercice, plus-
- value au bilan est donc de......... fr. ..............
- Après avoir prélevé les intérêts à 5 °/0 du capital social qui est de 5 millions,
- soit une somme de.................. fr. 250.000 »
- Il reste comme bénéfices nets à partager une somme de................... fr..............
- Cette somme, conformément à l’article 128 des Statuts sera répartie en titres d’épargnes pour le travail et en espèces pour le capital, comme suit :
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-
-
-
- ASSEMBLÉE GENERALE ORDINAIRE
- 675
- Aux intérêts du capital et du travail 75 <>/% soit f.
- A l’Administrateur-Gérant 4«/0............... f.
- Aux douze conseillers de gérance en fonctions 12 °/0 f.
- Aux conseillers non en fonctions 4 %,, soit...f.
- Aux membres du conseil de surveillance, 2 %... f.
- A la disposition du Conseil pour récompenser les services exceptionnels, 2 % f.
- Préparation et entretien d’élèves aux écoles de l’Etat................. f.
- Total..... f.
- La somme de........,. francs, représentant les 75 °/
- revenant au capital et au travail, est répartie dans la proportion des concours suivants :
- Salaires payés par le Familistère de Guise... f. 117.927 70 Salaires payés par le Familistère de Schaerbeek f. 9.739 97 Salaires payés par l’Usine de Guise.............. f. 2.383.727 33
- 2.957.585 36
- Salaires payés par l’usine
- de Schaerbeek.......... f. 446.190 36
- Salaires du capital (ses intérêts)..... f. 250.000 »
- Concours supplémentaire des associé^ fr. 738.046 40
- Concours supplémentaire des sociétaires fr. 50.708 65
- Concours supplémentaire des sociétaires et des participants du Familistère
- A reporter......
- 3.996.340 41
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-
-
-
- 676
- LE DEVOIR
- Report........ 3.996.340 41
- ayant plus de vingt années de services et placés au taux des associés.... fr.
- Concours supplémentaire des participants ayant plus de vingt années de services et placés au taux des sociétaires fr.
- Evaluation des services rendus prenant part à la répartition........ fr. 4.157.821 31
- 45.013 »
- 116 467.90
- TAUX DE LA REPARTITION
- La somme de...................... attribuée au capital et
- au travail, divisée par le montant des concours et services rendus par le travail et par les intérêts du
- capital, ’ donne un taux de répartition de................pour
- cent, soit :
- Pour les participants....................
- Pour les sociétaires.....................
- Pour les associés........................
- Cette répartition est faite dans la proposition des services rendus établis de la manière suivante :
- Salaires des associés.........fr. *738.046 40
- Supplément..................... 738.046 40
- Salaires des sociétaires....... 101.417 30
- Supplément...................... 50.708 65
- Salaires des participants.... 1.022.662 30
- Intérêts du capital............. 250.000 »
- Suivant article 129 des statuts :
- Au taux des associés............ 45.103 »
- Supplément....................... 45.103 »
- Au taux des sociétaires......... 232.935 80
- Supplément..................... 116.467 90
- Salaires des épargnes réservées. 244.313 70
- Salaires des auxiliaires....... 573.196 86
- j 1.476.092 80 = ........
- J 152.125 95 = ...........
- 1.022.662 30 = .......
- 250.000 » = .........
- J 90.026 » = ....
- J 349.403 70 = ...........
- 244.313 70 = ........
- 573.196 86 = ........
- Totaux.
- fr. 4.157.821 31 =.
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-
-
-
- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE
- 677
- TAUX DE L’INTÉRÊT DU CAPITAL SOCIAL
- L’intérêt à 5 0/0 sur cinq millions s’élève à 250.000 francs.
- Le dividende du capital à ......0/0 sur ces 250.000
- francs est de ......francs , soit un total d’intérêts de
- .......francs, soit
- comme taux de l’intérêt du capital social.
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-
-
- 678
- LE DEVOIR
- BILAN AU
- ACTIF
- FAMILISTÈRE DE GUISE
- Immeubles statutaires.......fr. 959.445 71
- Matériel statutaire............... 36.662 79
- Marchandises..................... 279.572 47
- Valeurs diverses................... 1.230 55
- Comptes débiteurs.................. 7.331 02
- Nouveau matériel..................... 322 10
- FAMILISTÈRE DE SCHAERBEEK
- Marchandises..................fr.
- Comptes débiteurs................
- Valeurs diverses.................
- 21.497.57 )
- ......... 199 65
- ......... 740 98 )
- USINE DE GUISE
- Immeubles statutaires..........fr. 431.754 89
- Matériel statutaire.................. 687.396 36
- Matières premières et fabrication
- encours.......................... 1.817.698 59
- Marchandises....................... 1.149.644 57
- & i En caisse......................... 44.199 03
- En banque...................... 1.138.703 27
- En dépôt à la Banque de France 255.711 70
- En portefeuille................... 80.834 08
- Action et Bons divers.........
- .... 11 55
- Comptes débiteurs.......... 1.148.032 09
- USINE DE SCHAERBEEK
- 1.284.564
- 22.4;
- 6.753.
- Immeubles statutaires........fr. 120 000 »
- Matériel statutaire................. 53.123 69
- Matières premières et fabrication
- encours.......................... 471.020 95
- Marchandises..................... 487.320 45
- Valeurs diverses..................... 9.232 18
- Comptes débiteurs.................. 277.059 79
- COMPTABILITÉ SOCIALE
- Construction et matériel créés depuis la fondation de l’Association.....................fr.
- . Total. Fr.
- 1.417.757
- ASSEMBLÉE GENERALE ORDINAIRE
- 679
- 30 JUIN 1906
- PASSIF
- FAMILISTÈRE DE GUISE
- Comptes créditeurs...............fr-
- FAMILISTÈRE DE SCHAERBEEK Comptes créditeurs...............fr-
- USINE DE GUISE Comptes créditeurs et intérêts
- de la créance.......*.......fr-
- Héritiers Godin............. fr.
- !des Dames.........fr.
- de la pharmacie., fr.
- des pensions......fr.
- Succession de M. Godin (compte créditeur pour ordre).........................................
- 384.043 69 1.230.000 » 4.644 65 /7.048 73 ^85.650 10
- USINE DE SCHAERBEEK
- Comptes créditeurs...
- Assurances mutuelles
- Sociétés diverses..
- Caisse de pharmacie.
- fr. 60.550 67
- fr. 4.171 15
- fr. 1.134 55
- fr. 997 30
- COMPTABILITÉ SOCIALE
- Comptes créditeurs............'
- Amortissements, Immeubles et
- matériel.....................
- Ponds de réserve...............
- 595.380 64 j
- 6.356.501 44 ( 500.000 » J
- CAPITAL SOCIAL
- Epargnes aux membres de la So-..............................fr- 4.344.106 »
- Epargnes de l’assurance des
- pensions.....................fr-
- Epargnes de la Société........fr- ,
- Plus-value de l’exercice, bénéfices nets, interets
- du capital non prélevés...................
- Total
- 653.759
- 2.135
- fr. ^ Fr.
- 403.280 58
- 6.705 63
- 1.711.387 17
- 1.468.380 45
- 66.853 67
- 7.451.882 08
- 5.000.000 »
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-
- 680
- LE DEVOIR
- BILAN AU 30 JUIN 1906.
- de l’assurance des pensions et du nécessaire à la subsistance
- sans Vapplication des résultats de l'exercice 1905-1906.
- Actif Passif
- Compte courant, usine Capital de
- de Guise fr. 85.650 10 la Caisse
- Caisse des dépôts et Con- des pen-
- signations, fonds dis- sions. fr. 1.363.689 62
- ponibles......... . fr. ’ 43.385 70
- Valeurs diverses en dé-
- pôt à la Caisse des
- dépôts fr. 580.958 82
- Titre d’épargnes, part
- de capital de la Société
- du Familistère... . fr. 653.695 f
- 1.363.689 62 fr. 1.363.689 62
- Après l’application des résultats de l'inventaire, le capital de la caisse des pensions sera, comme il est dit précédemment, de 1.468.273 fr. 62, en augmentation de 38.626 fr. 83 sur celui de l’année dernière.
- Dans le courant de l’exercice, le compte fonds disponibles à la Caisse des Dépôts ayant dépassé le maximum de 50,000 francs, il a été acheté le 8 novembre 1905, vingt obligations semblables à celles existantes pour une somme de 9.391 fr. 20.
- D’autre part, au mois de janvier 1906, nous avons versé à la Caisse des Dépôts une somme de 52.000 francs prise sur le compte courant de l’assurance des pensions et représentant le solde de la subvention obligatoire de l’exercice 1904-1905. Cette somme, avec le complément nécessaire pris sur les fonds disponibles à la Caisse des Dépôts a été convertie en 147 obligations semblables à celles existantes.
- Les intérêts et coupons des valeurs déposées à la
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- ASSEMBLÉE GENERALE ORDINAIRE 681
- Caisse des Dépôts et Consignations, ainsi que les intérêts du compte fonds disponibles qu’elle nous sert, sont comme d’usage portes par elle au crédit du dit compte fonds disponibles et réemployés en achats de valeurs.
- Les intérêts du compte courant dans la Société sont comme toujours portés au crédit de ce compte comme recettes.
- Au 30 juin 1906, le compte courant de l’assurance des pensions dans la Société est créditeur de 85.650 fr. 10 avant l’application des résultats de l’inventaire, il sera créditeur de 220.222 fr. 10 après l’application.
- Nous allons verser à la Caisse des Dépôts une somme de 58 à 60.000 francs équivalente à la subvention obligatoire de 1905-1906 , ce qui réduira le compte courant à 160,000 francs environ.
- Au moment de la promulgation de la loi de décembre 1895 sur les caisses de retraites industrielles, le compte courant de l’assurance des pensions dans la Société était créditeur de 275.608 fr. 71 (après l’application de l’inventaire de 1895). Nous restons donc d’accord avec la loi puisque le solde créditeur est de beaucoup inférieur à cette somme.
- Donc toutes les sommes non utilisées pour le fonctionnement de la caisse des pensions, depuis décembre 1895, ont été déposées.
- Pendant l’exercice écoulé, 14 obligations (2 communales 1879, 1 communale 1892, 2 Nord anciennes, 2 Midi anciennes, 1 P.-L.-M. nouvelle , et 6 Est anciennes) sont sorties au tirage et ont été remboursées pour 7.377 fr. 85.
- Il existait l’année dernière 1126 obligations, il en a été acheté 20 + 147 = 167, il en a été remboursé 14 , reste 1126+ 167 — 14 = 1279 se décomposant comme suit :
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- 682 LE DEVOIR
- Obligations communales du Crédit Foncier.... 125
- » de la Ville de Paris............... 166
- » du Chemin de fer du Nord............ 155
- » » » de l’Est............. 144
- » y> ' » de P.-L.-M....... 169
- » » » du Midi.............. 170
- » » » d’Orléans............ 140
- » » » de l’Ouest....... 210
- Total........... 1.279
- La lecture de la partie financière étant terminée, M. l’Administrateur-Gérant conclut ainsi qu’il suit :
- Mesdames, Messieurs,
- M. Alizard ayant terminé la lecture de la partie financière de mon rapport, il ne me reste plus qu’à conclure.
- Les ............... de dividendes à partager nous
- donnent un chiffre de création de titres et par conséquent un remboursement de.................
- Il portera sur le reste des épargnes de l’exercice
- 1887-1888, soit....... .............. fr.
- et sur 65.90 pour cent des épargnes de
- l’exercice 1888-1889, soit.............fr.
- Total........... fr7
- En 1888-1889, il a été réparti un chiffre d’épargnes
- de fr........, il restera donc à rembourser francs
- ......., ou 34.10 pour cent de cet exercice.
- Je tiens maintenant à attirer comme d’usage, votre attention sur les dépenses énormes des Assurances mutuelles, vous avez vu que les dépenses totales sont augmentées encore cette année de 5.107 francs et que l’excédent des dépenses sur les recettes est de francs 27.177.82, tout cela malgré la contribution de l’Association, motivée par la loi sur les accidents et qui a atteint 50 pour cent des cotisations aux caisses de maladie (hommes, dames et pharmacie). L’heure va sonner où il faudra absolument prendre des mesures,
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- ASSEMBLÉE GENERALE ORDINAIRE
- 683
- une seule mauvaise année de bénéfices ne nous donnant que peu de remboursements à la caisse des pensions, ferait disparaître le compte-courant de cette assurance.
- *..................... — Nous avons fait au mois
- de janvier 1906 le premier des paiements de 150.000 francs,....................................
- Je dois vous signaler que ce........................
- .................au regard du grand chiffre d’affaires
- que nous traitons maintenant et surtout en raison ....
- Valeurs de Panama. — Nous avons encaissé un acompte de 10 pour cent sur la valeur attribuée aux obligations à la liquidation. Le reliquat, s’il y en a, sera touché prochainement. Les obligations figurent donc encore au bilan pour le même prix que lors de la succession de M. Godin.
- Je termine, Mesdames et Messieurs, ce rapport établi aussi consciencieusement que possible, j’aime à croire que les beaux résultats qu’il vous expose sont de nature à vous plaire. Ils sont le fait non-seulement du travail de tous, mais encore de l’ordre et de la paix qui ont régné parmi nous, de l’harmonie qui existe entre les membres du Conseil de Gérance, de la confiante collaboration qu’ils apportent à PAdministrateur-Gérant.
- Je les en remercie sincèrement, heureux si mon administration répond à leur confiance et aux espérances de tous ceux qui placent la leur dans l’avenir de notre asssociation. [Applaudissements prolongés).
- L’Assemblée juge inutile la lecture de la liste des retraités annexée au rapport de M. l’Administrateur-Gérant.
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- 684 LE DEVOIR
- ANNEXE AU BILAN DE L’ASSURANCE DES PENSIONS
- Liste des pensionnés au 30 juin 1906
- NOMS PRÉNOMS TAUX mensuel.
- Pensionnés Mme Dirson au Familistère. Monaque veuve.... Fr. c. 35 »
- Mme Gordien . Alphonse veuve . .. 33 - »
- Mme Roger Pruvost veuve 45 »
- Mathieu Eugène 75 »
- Mme Liénard Locqueneux 45 »
- Dassonville Charles père 75 »
- Mme Prudhomme Alexandre veuve... 18 »
- Noizet Joseph 75 » 45 » 45 » 22 50 75 *» 75 « 45 »
- Mme Nicolas Duhois veuve.
- Mmc Govin ? Veuve
- Mme Mathieu Leroux
- Huile Germain
- Andrieux Edouard père
- Mme Braillon Méresse veuve ....
- Jacquet Eue-ène 75 » 75 » 22 50 75 »
- i Josquin . César.
- Mme Josquin Malderez
- Poquet Ernest.
- T liénard Edouard......... 75 »
- Dirson .lean-Raptiste .. 75 »
- T louis Edmond père 75 »
- Mme Huile Eontaine 3fi >>
- Maréchal Elorent. 75 »
- Al avoine Ernest 75 »
- T i col aire Eue-ène 75 »
- V en et, Joseph 75 »
- Cîartipny Jules père 75 »
- T,anoy Eraneois 60 »
- Mine Ténière Bachelin 22 50
- Becquet , Joseph 75 »
- Proix Denis 75 »
- Lamoureux Prosper 75 »
- Plinguet Trénée 75 »
- Mme Andrieux Thiéfaine 35 »
- Berdouillard Maxime. 70 50
- Allard Eue-ène 75 »
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-
-
- ASSEMBLÉE GENERALE ORDINAIRE
- 685
- NOMS PRÉNOMS TAUX mensuel.
- Petithomme F/imène Fr. c. 75 »
- Allard Pierre 60 »
- Baquet Plorns 75 »
- Alavoine Marcellin 75 »
- Legrand Jules père 75 »
- Louis Léon père 75 »
- Proix ... Martial 75 »
- Mme Proix Pascal 18 »
- Pensionnés au dehors, à Guise
- Damiens... Fouconnier. Joseph. Damiens ... Monvoisin.. Fanielle Denimal ... Besançon.. Meunier... Damiens ..„ Gaucher... Guérin.... Fouconnier
- Fosse.....
- Pernin....
- Maréchal ..
- André.....
- Gamache..
- Alliot....
- Boussus .. . Commun... Dupont....
- Leroy.....
- Poulain .... Collart.... Godériaux. Damiens ... Lefèvre
- Nozal.....
- Sarrazin ,..
- Constant père
- Armand......
- Garbe.......
- Louis.......
- père........
- Edouard père.
- Auguste.....
- Victor......
- Gustave.....
- Jules.......
- Ernest......
- Eugène......
- Prosper.....
- Eugène......
- Antoine,.,. ...
- Armand......
- Eugène .....
- Zéphirin....
- Jules'......
- Prudent.....
- François....
- Joseph......
- Léon........
- Louis........
- Louis.......
- Elie........
- Auguste.....
- Louis.......
- Eugène......
- Jules.......
- 69 »
- 37 50 34 50 75 »
- 75 »
- 67 50 75 »
- 73 50 66 » 75 »
- 60 » 73 50 57 »
- 64 50 75 »
- 60 » 75 »
- 75 »
- 75 »
- 51 »
- 75 »
- 75 »
- 61 50 75 »
- 75 »
- 75 »
- 75 »
- 61 50 73 50 73 50
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- 686
- LE DEVOIR
- NOMS PRÉNOMS TAUX mensuel.
- Duquenne Firmin Fr. c. 75 »
- Dassonville J. Raptiste ^ 66 »
- Allaire...» Ernest 61 50
- Hennequin Amédée 73 50
- Rleuze Zéphirin 75 »
- Dandrimont Vital 75 »
- Dieux Henri 58 50
- Duval. Alfred 60 - j>
- Magnier Constant 75 »
- Poulain Joseph 75 »
- Pruvot Arthur 45 »
- Lanoy Désiré père 51 »
- Dequenne François 75 »
- Diot Alexandre 73 50
- Dutilloy Frédéric 51 »
- Masse Aristide „. 75 »
- Dubois Alphonse . 58 50
- Roger Ernest 75 «
- Bouchard Oustave 75 »
- Froment Alexandre 69 »
- Lambert •Tolv. 75 »
- Leclercq Zacharie 70 50
- Jouron Tiéonard 75 »
- Parisse Alphonse 60 »
- Sarrazin Ernest 43 50
- Coupé Alexis 75 )>
- Delzard Jules 73 50
- Tardier • Joseph 75 »
- Maldérez Pierre 73 50
- Minette Charles père. .. . 49 50
- Pruvot Louis 64 50
- Masure Sidomire 75 »
- Leleu Augustin 70 50
- Dagnicourt Pierre 48 »
- Legrand Emile 63 »
- Mérieux Alfred 55 50
- Dassonville Victor 75 »
- Piré Jules père 60 »
- Ponthieu Armand 54 »
- Schwartz Louis père 51 »
- Alavoine François.......... 57 »
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-
-
- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE 687
- NOMS PRÉNOMS TAUX mensuel.
- Fr. c.
- Abraham Ulysse 63 »
- Chantreux Jules père . ... 75 »
- Hénin Marcellin . . . 51 »
- Fontaine Alexis.... .... 72 »
- Haureiz Victor 75 »
- Ribeaux . Alexis 75 »
- Bridoux François. 72 »
- Coupé Alfred 75 »
- Derlet Alexandre 63 »
- Fanielle Arsène 75 »
- Froment Louis
- Garnier Victor père.. 75 »
- Leduc Jules 72 »
- Legros Louis dit Marin,... 75 »
- Merliot Jean-Baptiste 60 »
- Moyat Louis 75 »
- Pensionn és à Schaerbeek #
- V. D. Veken Gérard
- Deverem Adolphe . 39 »
- Delaet r-ruillaurne - 75 »
- Van Muylden Pierre
- Van Hoof Pierre 72 »
- Gebreurs Martin , 75 »
- De Cuyper Pierre , 45 »
- 3° Rapport du Conseil de surveillance :
- M. le Président donne ensuite la parole à M. Grosche Guillaume, rapporteur du Conseil de Surveillance, pour la lecture de son rapport.
- M. Grosche s’exprime ainsi :
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-
- 638
- LE DEVOIR
- Mesdames et Messieurs.
- Le Conseil de surveillance vient, conformément aux statuts, vous rendre compte du mandat que vous lui avez fait l’honneur de lui confier dans l’Assemblée générale du 14 octobre 1905.
- Son rôle est des plus agréables aujourd’hui, puisque le bilan qui vous est soumis dénote la prospérité toujours croissante de l’œuvre édifiée par le vénéré fondateur du Familistère.
- Comme nous, vous jugerez sans doute inutile que nous rappelions ici les chiffres si complets contenus dans le rapport de M. l’Administrateur-Gérant.
- Qu’il nous soit permis cependant, de retenir un instant votre attention sur les magnifiques résultats qu’il nous fait connaître.
- Ainsi que l’indique ce rapport, nos deux Usines ont réalisé cette année 321.849 fr. 69 en plus d’affaires que l’exercice dernier qui, pourtant, était déjà très satisfaisant.
- Comme bénéfices bruts c’est.......................
- la plus forte année depuis Forigine de la Société.
- Le dividende net à partager est de...........ce qui
- donne..........pour les Participants,..................
- pour les Sociétaires et ...... pour les Associés. L’intérêt du Capital social est de...pour cent.
- Cette situation excellente, ne peut qu’ajouter au renom de notre maison par l’effet moral qu’elle produira.
- Nous" sommes convaincus d’être les interprètes de l’Assemblée tout entière en adressant nos félicitations à notre Administrateur-Gérant, qui par ses aptitudes, son activité et son dévouement, a su si bien justifier la confiance et l’espoir que nous avions mis en lui.
- Témoignons lui-en nos sincères remerciements, ainsi qu’aux membres du Conseil de Gérance.
- Inutile de dire le plaisir que nous avons eu à constater le véritable accord qui n’a cessé de régner parmi tous les membres de notre Association ; faisons des
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- ASSEMBLÉE GENERALE ORDINAIRE 689
- vœux pour que ce bon esprit de concorde ne s’affaiblisse point, car l’avenir de notre œuvre en dépend.
- Les diverses institutions de la Société fonctionnent toujours bien dans leur ensemble. Nous regrettons toutefois d’être obligés de faire une restriction en ce qui concerne la marche des caisses mutuelles contre la maladie, de la section des hommes notamment, qui, il y a quelques mois, était arrivée à avoir un déficit supérieur à 3.600 francs.
- Il faut nécessairement rétablir l’équilibre et empêcher par des mesures qui seront soumises à votre approbation, le retour d’un état de choses aussi déplorable ; à ce sujet, nous ne saurions trop nous joindre aux exhortations de notre Administrateur-Gérant.
- Nous nous plaisons à reconnaître l’ordre parfait des écritures, qui concordent en tous points avec les pièces justificatives qui nous ont été présentées à l’appui, et nous sommes heureux de remercier ici les divers services de l’Association, qui nous ont facilité notre tâche en apportant la plus grande complaisance à nous fournir les renseignements dont nous avions besoin.
- Nos vérifications nous permettent d’affirmer que les chiffres figurant au bilan général du 30 juin 1906, dont la lecture vient de vous être donnée, sont l’expression de la vérité.
- En conséquence, nous vous demandons, Mesdames et Messieurs, d’approuver le rapport de M. l’Administrateur-Gérant et le nôtre. (Applaudissements.)
- Les Conseillers de surveillance ,
- Delavenne , Fosse et Grosche.
- 4° Approbation du rapport de M. l’Administrateur-Gérant et de celui du Conseil de Surveillance.
- M. le Président demandera plusieurs reprises, si quelqu’un désire la parole,
- Personne ne demandant la parole, M. le Président déclare la discussion close.
- 4
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-
- 690 LE DEVOIR
- M. le Président demande ensuite si l’on désire voter à bulletin secret ou à main levée sur l’approbation des rapports de M. l’Administrateur-Gérant et du Conseil de Surveillance.
- A l’unanimité, à mains levées, après épreuve et contre-épreuve, l’assemblée décide de voter à mains levées.
- M. le président invite alors l’assemblée à approuver ou improuver les rapports dont il vient d’être donné lecture.
- A l’unanimité, après épreuve et contre-épreuve, les rapports sont approuvés.
- L’ordre du jour est suivi.
- 5o Admission ou rejet.............................
- L’ordre du jour étant épuisé, Monsieur le Président donne la parole au usecrétaire pour la lecture du procès-verbal.
- Après cette lecture, M. le Président demande si quelqu’un a des observations à faire sur le procès-verbal.
- Aucune observation n’étant formulée, le procès-verbal est adopté.
- La séance est levée.
- Le Secrétaire, Le Président,
- J. Alizard. L.-V. Colin.
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- NOUVELLES DE LA. SOCIETE DU FAMILISTÈRE 691
- Nouvelles de la Société du Familistère de Guise
- Admission d’associés
- En Assemblée générale ordinaire du 30 septembre 1906, ont été nommés associés, à partir de l’exercice 1906-1907.
- Usine de Guise :
- MM. Bekague Louis.
- Carlier Etienne.
- Cartigny Jules-Armand.
- Caure Ernest.
- Chimot Arthur.
- Evens Léopold.
- Godériaux Georges.
- Hamel Auguste.
- Jumeaux Georges.
- Lamart Paul.
- Lanoy Fernand,
- Lommert Emile.
- Marchand Désiré-Jules.
- Morlière Zéphir-Eugène.
- Masset Emile-Armand.
- Meurant Emile.
- Pennelier Ernest-Célestin,
- Petithomme Camille.
- Usine de Schaerbeek :
- ' MM. Capitaine Edmond.
- Gilson Adolphe.
- Pire Octave.
- Admission de Participants et de Sociétaires
- Dans la séance du 7 juillet 1906, le Conseil de Gérance a conféré la qualité de participants à 85 travailleurs, savoir :
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- 692
- LÉ DEVOIR
- A Guise...... 68 hommes,
- A Schaerbeek. 16 » 1 femme.
- Total.... 84 hommes 1 femme.
- Dans la même séance, le Conseil a conféré la qualité de sociétaires à 7 travailleurs, savoir :
- A Guise...... 6 hommes.
- A Schaerbeek. 1 »
- Total.... 7 hommes.
- Comité de Conciliation
- Conformément aux prescriptions statutaires , les membres de la Société du Familistère de Guise, associés, sociétaires et participants, ont été appelés, le 9 août 1906, à désigner, par le vote à bulletin secret, les trois •membres du Comité de conciliation, pour l’exercice 1906-1907.
- Résultats du scrutin :
- Votants .... 258
- Bulletins blancs et nuis. ... 81
- Suffrages exprimés .... 177
- Majorité absolue 89
- obtenu :
- MM. Bailliot Virgile 126 voix Elu
- Quent Aimé 119 » »
- Alizard Jules 101 » »
- Fête du Travail
- La fête du Travail a été célébrée, au Familistère de Guise, à sa date statutaire, premier dimanche de mai. Aucune récompense exceptionnelle ne fut allouée.
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- NOUVELLES DE LA SOCIETE DU FAMILISTÈRE 693
- Elections aux Conseils de Gérance et Surveillance
- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE EXTRAORDINAIRE
- du 20 Octobre 1906
- Présidence de M. COLIN #, Administrateur-Gérant
- Vote pour la nomination de 3 commissaires-rapporteurs devant former le Conseil de Surveillance et de 3 Conseillers de Gérance pour l’exercice 1906-1907.
- Conseil de Surveillance
- Disant Jules .......... 281 voix Elu
- Lecrux Eugène.... 278 » »
- Maillet Jules 209 » »
- Méresse Jules 189 »
- Flamant Charles... 81 »
- Braillon Georges .., 70 »
- Evens Jean 69 »
- Conseil de Gérance
- Dégagny Edouard.. 371 voix Elu
- Guerbé Gustave,.. 378 » »
- Walton Louis 376 » »
- La même Assemblée générale, du 20 octobre 1906, a ratifié, àFunanimité, la décision prise par le Conseil de Gérance, déentretenir pendant trois ans, le jeune Faure Gaston, du Familistère de Schaerbeek, dans une école moyenne de VEtat Belge et, si le Conseil de Gérance Ven juge digne , ensuite, dans une école commerciale ou industrielle.
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- 694
- LE DEVOIR
- LES DEUX VIES
- Par Paul et Victor MARGUERITTE
- ----eee-----
- (Suite)
- Mme Favié ne releva pas ces insinuations, ne perdit pas son temps à essayer de convaincre l’obstination butée de la vieille dame : Le Hague voulait l’argent, sa fille et sa femme par-dessus le marché; c’était net!
- - C’est votre dernier mot?
- — C’est son dernier mot !
- — Vous engagez, reprit Mme Favié, terriblement l’avenir. Pourquoi vouloir rapprocher deux êtres qui se haïssent? Surtout quand deux ans de procès ont encore élargi l’abîme?
- — La place d’une honnête femme est chez son mari. En s’adressant aux tribunaux, votre fille s’est engagée à respecter leur décision.
- Même injuste? Mme Favié ne releva pas le sophisme, digne du Père Venosa ; et ferme , elle déclara :
- — Nous sommes, vous et moi, deux vieilles femmes : nos destinées sont finies; nous ne pouvons plus avoir de joie et d’amertume que dans nos enfants, dans cette petite Josette que vous aimez pourtant...
- Les yeux de Mme Le Hague eurent un éclair sombre : « Si elle l’aimait, cette petite qu’elles lui volaient! »
- — Ne poussez pas Francine à l’irréparable ; laissez-lui sa liberté, sa fille : elle en restera digne. Ne peut-on convenir que le père verra Josette comme si le divorce était prononcé ?
- — Il ne l’a pas été, grâce à Dieu , — Mme Le Hagre se redressa de toute sa taille, — il y a encore des juges à
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- Paris ! Mon fils est le maître, et Francine doit se soumettre ! En voilà assez : tout ou rien !
- — Et vous vous dites chrétienne! murmura Mme Favié...
- Cette dureté l’épouvantait; elle en était toute tremblante quand, après le départ de Mme Le Hagre, Francine et Éparvié, qui étaient sortis ensemble, revinrent.
- — Allons, fit-il, c’était à prévoir.
- — Nous aurons tout tenté, dit Francine ; ne le désiriez-vous pas!
- Cet ami tendre et sérieux, ce compagnon de souffrance, si prudent jadis, acceptait maintenant avec une froide résolution la responsabilité d’un parti extrême, le seul qui leur resterait, quand toute négociation aurait échoué.
- Si Francine voulait rompre avec éclat sa chaîne, il était prêt â défendre celle qu’il considérait déjà comme sa-femme, de quelque nom qu’on dût l’appeler, maîtresse ou amie ; il était prêt,à l’emmener si elle le voulait au bout de la terre avec Josette. Il serait tout pour elles, leur soutien, leur défenseur; il saurait les faire respecter, et son immense affection leur tiendrait lieu de famille et de patrie.
- Rude tâche qu’il affronterait, le cœur haut. Il ne s’attardait pas à maudire l’absurdité des lois et l’injustice des hommes : il savait, vingt ans de voyages et d’expérience le lui avaient appris, qu’aucune société n’est parfaite, et qu’en définitive, une seule force triomphe de tous les obstacles, la volonté. Cette volonté sage et réfléchie, tenace et résistante, il la possédait : le mépris des sots ne l’atteignait pas ; à force de voir les dangers, il les traitait avec un dédain familier; le bonheur voulait qu’il eût la fortune qui facilite tout.
- Ah ? sans doute, il eût rêvé pour Francine une autre existence; mais s’il se fût reproché de l’encourager à la révolte, s’il s’était fait un cas de conscience d’insister pour qu’elle combattit dans la légalité jusqu’au bout, il ne se reconnaissait plus maintenant le droit de lui con-
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- seiller une soumission abjecte. Son devoir était tracé : l’aider à faire de Josette une fille de cœur et de raison, une honnête femme, comme sa mère ; partager avec elles l’inconnu d’une vie où il y aurait, à côté de beaucoup de douleur, beaucoup de fierté. Mais certainement ce ne serait pas avant d’avoir eu avec Le Hagre un entretien définitif.
- A l’insu de Francine, — car à quoi bon l’avertir d’une démarche dont sa délicatesse, aussi bien vis-à-vis de son mari que de lui, se fût alarmée, il se résolvait à aller trouver cet homme, qui, inacessible à la raison tant qu’avait duré l’entêtement du combat, pouvait, au lendemain d’une victoire si complète qu’elle en. était embarrassante, avoir réfléchi. Dût-il se heurter à une obstination irréductible, il aurait du moins accompli son devoir, en l’informant de ses projets. Oui, ce serait plus loyal. Et puis il ne serait pas fâché de lui dire ce qu’il avait sur le cœur.
- Le Hagre, ce matin-là, en se rôtissant les semelles à un bon feu, savourait à menues gorgées une tasse de chocolat, — il s’octroyait ainsi de légères collations supplémentaires, soignant douillettement sa santé assez pauvrè, — quand une petite femme de chambre, — Céline, qui se donnait les airs d’être indispensable, avait été congédiée depuis six mois, — vint lui confier qu’un monsieur, qui ne voulait pas dire son nom, insistait pour voir monsieur. Le Hagre supposa qu’il s’agissait d’une communication pressante faite par M. Tampin-Coleuil (renseignements confidentiels, discrétion absolue) ou par un de ses acolytes, et dit :
- — Faites entrer ici.
- Mais au lieu de la benoîte figure de M. Tampin-Coleuil, un « filateur » invraisemblable de bonhomie, qu’on aurait jamais supposé se livrer au métier délicat de suivre les gens et de surprendre leurs secrets ; au lieu de son second, M. Ruche, air militaire, énorme moustache, tête de policier congédié de la Préfecture, ce fut Eparvié qui parut, paisible, mais déterminé.
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- Le Hagre le dévisagea et pâlit. Il songea que sa mère était absente, retenue pour toute la matinée à l’oeuvre du « Petit Pain » ; que le valet de chambre avait été envoyé en courses à l’autre bout de Paris ; que la cuisinière était aux Halles, — jour de grand marché, — et qu’il n’avait pour le défendre que cette jeune fille inexistante.
- — J’espère, dit Eparvié, courtois, n’être pas indiscret... Ni mon nom ni ma personne ne vous sont, je crois, inconnus, bien que nos relations soient restées très superficielles.
- Et comme Le Hagre ne lui offrait pas de siège, il en prit un.
- — La dernière fois que j’ai eu l’honneur de vous voir, c’était il y a neuf ans, vous alliez vous marier, — je l’ignorais, — et je venais de demander à Mme Favié la main de sa fille...
- Le Hagre s’était rapproché de la cheminée, cherchant le bouton de la sonnerie électrique : avait-il affaire à un fou dangereux ?... Eparvié allait-il le provoquer en duel ? Il n’ignorait pas son assiduité chez Francine ; d’abord, le départ de l’explorateur pour l’Italie l’avait rassuré, mais son retour lui avait donné à penser. Ce n’est pas tant ce qu’il venait d’entendre, ce qu’il allait peut-être entendre qui l’étonnait ; mais que ce monsieur, qu’il ne connaissait presque pas, eût l’invraisemblable audace de venir s’asseoir chez lui, de s’immiscer dans sa vie, et de lui parler de sa femme à lui, Le Hagre ! Cela, par exemple, c’était fort !
- — Pardon, fit-il en reprenant quelque aplomb, je ne démêle pas bien ce qui vous amène.
- — Oh ! quelque chose de très simple, monsieur. J’ai l’honneur d’aimer avec le plus profond respect Mme Le Hagre et ..
- Le Hagre, si avisé qu’il fût ne pouvait prévoir... La foudre, tombant sur lui, ne l’eût pas plus surpris.
- — Voilà, s’écria-t-il aigrement, une plaisanterie !...
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- — Ce n’est nullement une plaisanterie, reprit Epar-vié avec un flegme résolu, qui n’excluait pas l’humour. A qui pourrais je m’adresser, sinon à vous qui êtes le détenteur légal d’un bien aussi précieux ? Il m’a semblé, ceci pour excuser au regard des convenances ma visite, que vous n’appréciez pas votre bonheur à son prix. Je n’ignore pas, les échos du Palais me l’ont appris, que de sérieux malentendus vous divisent ; dès lors, ayant rêvé jadis de mettre aux pieds de Mme Fernand Le Hagre, lorsqu’elle était encore Mlle Favié, l’hommage de ma vie, ne soyez pas surpris qu’aujoür-d’hui je vienne m’entretenir d’elle avec vous, en toute franchise et simplicité.
- — Vous m’insultez !
- — Pas le moins du monde. En quoi ?... Mme Le Hagre a bien voulu confier à l’ami dévoué que je suis resté pour elle, sa volonté formelle de ne pas reprendre une existence dont elle ne goûte point le charme Dès lors, je viens vous dire : « Pourquoi ne rendez-vous pas à votre femme son nom, sa liberté ? Pourquoi ne divorcez-vous pas à l’amiable ? Vous ne pouvez raisonnablement tenir à un être qui vous hait et que vous haïssez ? »
- — Ma femme est à moi, dit Le Hagre avec un singulier mélange de fureur et de sarcasme, — car du moment qu’Éparvié n’était pas fou, et ne le provoquait pas, on pouvait causer... Ah! s’il avait eu assez de biceps pour le précipiter dans les escaliers ou le jeter par la fenêtre !... mais l’explorateur alerte , musclé , l’œil attentif, l’oreille au guet, paraissait un redoutable gaillard...
- — Ma femme est à moi, reprit-il plus insolemment; vous voudrez bien l’admettre?
- — Eh bien, voila ! reprit Éparvié avec un commencement d’irritation qu’il réprima, voilà justement ! .. Ne pensez-vous pas que vous l’avez épousée en prenant certains engagements de galant homme?
- — Cela ne regarde personne ! trancha Le Hagre.
- — Pardon, cela me regarde, moi ! Du moment que
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- vous avez failli à ce qui était pour vous un devoir d’honneur, je viens reprendre ma place. Vous manquez au contrat, c’est votre affaire. Moi je suis là, prêt à le remplir.
- — C’est très drôle ! dit Le Hagre de plus en plus grimaçant.
- Il haussait le ton, agressif, tout en se demandant comment cela allait finir :
- — Le malheur, mon cher monsieur , c’est que je n’ai aucune intention de me dessaisir volontairement de ce qui m’appartient. Or, Mme Fernand Le Hagre porte mon nom ! Je ne vois pas bien comment vous vous opposerez à ce que je la garde.
- — Alors, railla Éparvié, vous croyez que l’on possède comme cela un être, vivant, pensant, que l’on peut, au vingtième siècle, conserver une femme, à soi, malgré elle, comme un marchand arabe s’attribue droit de vie et de mort sur quelque négresse, volée dans une razzia?
- — Mes principes religieux — Le Hagre eut un air confit — sont opposés au divorce !
- — Ne le sont-ils pas aussi à l’adultère, à l’avarice, au mensonge?
- Le HaSre fit la sourde oreille :
- — Pourquoi divorcerais-je? La loi, loin de m’y contraindre, fortifie mes droits. Le Code investit le mari...
- Éparvié, que le dégoût gagnait, ne put s’empêcher de l’interrompre durement :
- — L’idée ne vous est-elle jamais venue, en dépit du Code et de l’Église, de vous regarder comme un coquin? Personne ne vous l’a dit? Eh bien, je suis tout aise de vous l’apprendre !
- — Monsieur!
- Le Hagre verdit, il eut peur : insulté, chez lui, par un rival dont il s’enrageait de subir l’ascendant, et qu’il exécrait, à la pensée de Francine, avec une humiliation et une frénésie jalouses :
- — Monsieur, répéta-t-il, livide, si vous avez l’inten-
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- tion de me provoquer, je ne me battrai pas , je vous en préviens ! Je n’irai pas tomber dans un piège aussi grossier, risquer ma vie ! Ne me touchez pas ! Je ne me défendrais pas, si vous me frappiez!
- Éparvié rougit à ridée de se commettre avec un lâche, il regrettait déjà sa vivacité :
- — N’ayez donc pas peur !
- Le mains de Hagre tremblaient :
- — Non, monsieur, et je ne céderai ni aux menaces ni aux outrages. J’ai la loi pour moi. Si vous avez compté m’intimider, — sa voix s’entrecoupa, suffoquée, — vous vous êtes trompé : on me tuerait plutôt que de me faire plier. Je vois que vous ne me connaissez pas !... Ah ! vous aimez ma femme ! elle vous aime ! vous voudriez l’épouser !... C’est elle qui vous envoie, n’est-ce pas ?... — (Eparviéhaussa les épaules) — Que de tact, de vertu dans ce procédé !... Eh bien, vous pouvez faire ce que vous voulez d’elle, je ne puis l’empêcher de se déshonorer. Couchez avec, si ça vous fait plaisir ! Enlevez-la ! Mais renoncer à mes droits, jamais Non jamais*! jamais !
- Faire fléchir ce maniaque, impossible ; et quant à se disculper, relever des injures aussi basses !... Eparvié comprit l’inutilité de toute insistance, en eut l’écœurement. Il voulut du moins justifier l’avenir :
- — Soit, vous ne vous étonnerez pas alors de nous voir user d’une liberté à laquelle vous-même nous forcez de recourir.
- — Il y a des tribunaux, songez-y, rugit Le Hagre, hors de lui, il y a des tribunaux !
- Puis, tombant à une détente subite, il gémit d’une voix faible, la main sur son foie ; — Ah ! que je suis malade !
- Et se réexictant à mesure :
- — Tenez, monsieur, allez-vous-en, ayez pitié de moi ! Je souffre, je suis un homme très malheureux, mais dussé-je crever de tous les ennuis que je prévois, je ne divorcerai pas... Je ne di-vor-ce-rai pas !
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- Il hurla presque ces mots, d’une voix si aiguë qu’on l’entendit jusqu’à l’office et qu’Eugène, qui rentrait, dit à la petite femme de chambre, sans bouger du reste :
- — Est-ce qu’on assassinerait monsieur, par hasard ?
- Éparvié, qui le regardait avec répulsion, dit enfin :
- — Oui, j’ai pitié de vous.
- Puis achevant, comme pour lui-même, d’expliquer sa démarche :
- — J’ai jugé honnête de vous avertir. Libre à vous de prendre maintenant toutes les mesures que vous voudrez... Quoi qu’il arrive, vous ne m’accuserez pas de fausseté.
- Le Hagre ouvrait déjà la porte :
- — J’ai bien l’honneur...
- Et brutalement :
- — Eugène ! reconduisez !
- Quand il se retrouva seul dans son cabinet de travail, il contempla le guéridon, le service à chocolat, la tasse aux trois quarts vide, et d’un formidable coup de pied renversa le tout, piétinant, écrasant à coups de talon les débris. Il finit, prostré, par une crise de larmes.
- Huit jours après, il faisait, par exploit signé Harpace, huissier, sommation à sa femme de réintégrer avec sa fille le domicile conjugal.
- Quinze jours après, il obtenait par voie de référé que. Josette lui fût reconduite dans les vingt-quatre heures.
- Cinq jours après, le commissaire de police se présentait chez Mme Favié et lui réclamait l’enfant.
- Prévenue à temps, Francine venait d’enlever Josette et de se réfugier chez les Morland, à Lyon.
- V
- Elle souffrait déjà de la déconsidération qui s’attache à l’insuccès. Certes, les Morland, avec véhémence, l’encourageaient à résister, mais l’idée de se mettre en opposition avec la justice les refroidissait : une intrusion delà force publique chez eux, si bien posés, leur
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- souriait peu. Leur éminent cousin du Foudray, qui voulut bien ne pas ménager ses conseils, ne dissimula pas l’impossibilité de la lutte,
- — Le mariage subsiste, toute l’autorité appartient à l’homme. Il ne reste d’autre ressource à cette belle affligée que de se soumettre humblement à son seigneur et maître.
- Et il ajouta d’un geste désolé :
- — Dura lex ! Sed lex !
- Mot qui, sous le poncif, n’exprimait que trop la vérité. Le Hagre, en soi, n’était rien ; en tant que mari, fort de la loi, il pouvait tout. La puissante machine sociale, pour garantir ses droits — iniques, qu’importait ? — avec ses implacables arrêts et ses exécuteurs aveugles, huissiers, juges, agents de la force publique, fonctionnait.
- Sur qui compter ?
- Les de Guertes s’étaient, en somme, honorablement conduits; mais le bon droit de leur amie leur semblait moins évident, de n’avoir su triompher. Herbelot, — et Rowney donc! se détachaient d’une cause qu’ils ne pouvaient plus défendre ; Broussin et Vibel, après avoir déploré leur impuissance, étaient revenus à leurs occupations : la vie marchait, rien n’était modifié. Marchai lui-même, si bon, si dévoué, ne pouvait rien.
- 11 le sentait tellement, avec une telle tristesse, qu’il vint confier à Mme Favié ses craintes et ses doutes. Il put se convaincre qu’ils n’avaient rien d’exagéré, à certaines allées et venues suspectes devant la maison.
- — Diable, fit-il, vous êtes bien gardée; on vous file jusque dans l’escalier , et un agent de la Sûreté rôde dans l’avenue.
- Quand elle l’eut mis an courant, il lui prit les mains avec une émotion profonde :
- — Pauvre amie... il faut en finir. Francine ne peut jouer ainsi à cache-cache avec la justice, se sauver avec Josette, chez l’un, chez l’autre. J’ai bien une sœur en Bretagne, dans un coin perdu , où pendant
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- six semaines on peut dépister les recherches : mais après?... Francine est sous la meule, elle sera broyée si elle reste.
- Dans la soirée, Francine et Josette revinrent de Lyon; une lettre du parquet les traquait déjà.
- — Mon Dieu, s’écria Mme Favié, pourquoi es-tu retenue? Dans une heure ton mari saura ta présence ; il va accourir, accompagné du commissaire. Veux-tu donc qu’il nous prenne Josette?
- — Oh ! dit Francine avec ironie, rien à craindre jusqu’à demain matin : l’heure légale est passée. La loi, Dieu merci, a le respect des formes, et messieurs les commissaires dorment la nuit comme de simples particuliers. Demain, Josette sera à Bruxelles ; Eparvié va venir, je lui confie ma fille. Tout est préparé. Demain je vois Me Charmois, je prends mes dernières dispositions et je les rejoins.
- Triste, inappréciable bonheur encore, en cette extrémité, d’avoir ce levier puissant de l’argent, qui lui ouvrait une dernière porte. Quand tant de malheureuses. ..
- — Tu pars ! s’écria Mme Favié. Non, ce n’est pas possible !
- Elle l’avait prévu, elle s’attendait à ce coup terrible ; Marchai venait de l’y préparer ; l’évidence était là ; et cependant elle demeurait atterrée. Son passé, ses principes, ses convictions, ses préjugés, tout ce qui lui restait de religion, son sentiment de l’honneur, sa terreur de l’opinion protestaient :
- — Non, tu ne peux partir ainsi !
- — Préfères-tu, dit Francine, qu’on m’enlève ma fille?— tu le disais toi-même ; — ou dois-je, pour ne pas la perdre, l’accompagner chez mon mari, reprendre la place d’esclave qu’on m’offre, dans ma propre maison ?
- — Ah ! tout vaudrait mieux... Francine, ne pars pas !... En ce moment, on te plaint... demain, il n’y aura qu’une voix pour te blâmer.
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- — Oui, je connais le monde... Sauvez les apparences ... Qu’Eparvié soit mon amant discret, rien de mieux... Que je m’affiche, quelle horreur La faute n’est rien, le scandale est tout. Ah ! malheureusement, je n’ai pas le choix !
- — Songe à ce que tu perds, ta réputation, le nom de ta fille !...
- — J’aime mieux voir sur elle cette ombre passagère que de la livrer à cet homme : le mal que je fais â Josette involontairement, toute une vie de dévouement et de tendresse le réparera ; le mal que lui ferait son père en la pourrissant de mensonge et de cafarderie, en essayant de la plier à son exemple, serait irréparable.
- — Sauf Marchai, qui est un cœur sûr, mais un dangereux esprit, personne ne t’approuvera.
- — Je m’approuverai, moi, dit simplement Francine.
- — Mais partir, partir avec cet homme !... Tout le monde dira que c’est ton amant !
- — On ne dira que la vérité, dit Francine avec calme : il l’est.
- Et elle devint pourpre, mais non de honte, car une fierté courageuse se mêlait à sa pudeur de femme.
- — Il m’a accompagnée à Lyon... Désormais, c’est le compagnon de ma vie. Oh ! ne crois pas une minute que j’aie cédé à un acte d’affolement ou de désespoir. Non, c’est librement, de toute ma conscience et en toute réflexion, que je me suis donnée à ce noble ami. Oui il est mon amant et je ne m’en cache pas...
- Mme Favié la contemplait avec une stupeur où il y avait de la répulsion, de l’admiration, et où se pressaient mille craintes éperdues : elle s’étonnait de voir Francine si maîtresse d’elle, si peu changée, la même, avec ses yeux clairs, sa beauté d’énergie et de franchise ; et elle répétait, car ce mot fatidique contenait quelque chose de terrible et d’ignominieux, pour elle qui n’avait osé franchir le précipice : (.A suivre).
- Le Gérant : H. E. Buridant.
- Nimes. — Typ. A. Chastanier, 12, rue Pradier.
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- Décembre 1906.
- DOCUMENTS POUR UNE BIOGRAPHIE COMPLÈTE
- de J B. André GODIN (1)
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- Glorification du Travail. — Emancipation du Travailleur.
- Deuxième partie.
- XXVII
- 1874-1875. Grise industrielle due à la politique.— Séparation de l’Assemblée nationale, Godin renonce à la vie parlementaire, 1876. — Période engrenant l’Association.
- Les essais de recours au suffrage, classés en 4e ordre dans la vue générale chap. X(2) et pratiqués sous tant de modes depuis 1867, afin de tâcher d’obtenir des intéressés eux-mêmes la distinction des mérites en vue de l’équitable rémunération du travail courant et de la répartition équitable des bénéfices de la production, avaient — on l’a vu — conduit le fondateur à s’arrêter aux mesures suivantes :
- 1° Appeler le travailleur, employé ou ouvrier, à la répartition des bénéfices au prorata des salaires et appointements ;
- 2° Attribuer des récompenses spéciales aux auteurs d’inventions ou perfectionnements jugés bons à l’usage. Autrement dit : ne point demander au suffrage la détermination des valeurs effectives, quand il est possible de
- (1) — V. Appendice, p 60, tome 26e, Le Devoir, janvier 1902.
- (2) «Le Devoir », février 1904, p. 65,
- 1
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- saisir mathématiquement ces valeurs par une méthode qui ne prête ni à l’incertitude, ni à la partialité, ni aux oublis inhérents à l’exercice du suffrage.
- Démontrées les plus expéditives à l’usage, et serrant de plus près l’équité en l’état présent des choses, ces mesures (appliquées pour la généralité des employés en 1872 relativement à l’exercice 1871 et en 1878 relativement à l’exercice 1872) iront se généralisant pour tous les travailleurs de l’établissement après la reprise des affaires. Car, en 1874-1875, sévit en France une grave crise industrielle, suite des événements politiques du 24 mai 1873, et dont résultèrent de grandes souffrances pour le monde ouvrier. Le Familistère et l’Usine en ressentirent les atteintes ; aussi la fête du Travail en 1874 donna-t-elle lieu surtout à une distribution de secours exceptionnels aux familles les plus nécessiteuses.
- Simultanément s’opérèrent : 1° les allocations pour inventions ou perfectionnements utiles réalisés au cours de l’exercice 1873 ; 2° les gratifications habituelles en faveur de la plupart des employés.
- Nous possédons l’état dressé à ce sujet par le chef de la comptabilité. Sont portés sur ce document 85 employés (Usine et Familistère). En regard de chaque nom figure : 1° Le taux des appointements mensuels ; 2° le total des salaires acquis en 1873 ; 3<> le montant d’une prime comptée à 6 fr. 13 0/0 ; 4° le montant de l’allocation exceptionnelle (quand il y a lieu) pour innovations ou perfectionnements accordée par M. Godin ;
- 5° enfin le rappel (si motif il y a) de l’allocation correspondante servie l’année d’avant.
- 13 allocations exceptionnelles sont inscrites comme afférentes à l’exercice 1873. La plus faible est de 80 francs; la plus forte, de 3.000 francs. 12 de cesbénéfi
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- ciaires ont, déjà, l’an d’avant, été l’objet d’allocations de même nature. Le 13e est un nouveau venu dans l’établissement.
- D’autres pièces de comptabilité établissent que de ces 85 employés, 60 y compris les 13 auteurs de travaux exceptionnels, bénéficièrent de primes pour une somme totale de 11.208 francs.
- La crise industrielle alla s’aggravant en 1874 ; des lettres de Godin nous en témoignent ; néanmoins, il répartit relativement à ce fâcheux exercice quelques gratifications (à 23 employés) en avril 1875. La fête annuelle du Travail donna lieu, comme en 1874, à une distribution de secours exceptionnels.
- A la fin de l’année 1875 eut lieu la séparation de l’Assemblée nationale; puis, tout au début de l’année 1876, les électeurs furent convoqués pour nommer leurs députés au Parlement. Les lecteurs de ces documents ont vu (1) la circulaire adressée, à ce sujet, par Godin, le 31 janvier 1876, aux électeurs de la 2e circonscription de l’arrondissement de Vervins, pour leur faire connaître les motifs qui l’engageaient à ne point poser sa candidature.
- « Depuis cinq ans », disait-il, « mon mandat à l’As-« semblée nationale m’a distrait des soins que j’avais « à donner à l’industrie que j’ai créée à Guise et « à l’œuvre que j’y ai entreprise en vue d’améliorer « le sort de la classe ouvrière.
- « Je ne pourrais continuer à remplir le mandat de « député qu’en imposant de nouveaux sacrifices à ces « entreprises, et en négligeant celles qui me restent à « fonder....»
- Celles à fonder se résument en un mot : l’association
- (1) « Le Devoir », tome 17e, 1893, p. 129.
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- du travail et du capital, but des efforts de toute la vie de Godin.
- Deux conditions préalables s’imposaient au fondateur du Familistère :
- 1° Etablir définitivement, pour son instruction propre en vue de la rédaction du pacte statutaire et par une nouvelle et très originale tentative de recours au suffrage, ce qu’on pouvait, à l’heure actuelle, demander à la généralité des travailleurs en fait d’administration et direction du travail ;
- 2° Recouvrer la liberté d’action qu’entravait, depuis treize ans, le procès en séparation de corps et de biens pendant entre lui et sa première femme.
- Ce deuxième point va se trouver réglé le 11 mars 1877 (1) et, dès la fin du mois, Godin inaugure une nouvelle série de Conférences avec les habitants du Familistère, au cours desquelles « il examinera » dit-il, « sur quels principes, sur quelles bases doit être fon-« dée l'Association pratique du capital et du travail, « des ouvriers et du patron. »
- A partir de cette époque nos renseignements abondent pour suivre le mouvement des choses ; mais ils nous font défaut concernant l’année 1876, même en ce qui a trait à la célébration de la fête du Travail. Cependant avec l’année 1876 s’ouvre la période (1876-1880) où l’Association de fait se transforme en Association de droit. Consultons Godin lui-même sur ce point.
- Dans son premier rapport à l’Assemblée générale des associés (séance du 26 décembre 1880), le fondateur s’exprime en ces termes : (2)
- (1) « Le Devoir », tome 17e, 1893, p. 132.
- (2) Le Devoir, tome 5e, 1881, p. 68.
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- (.< Amis et chers collaborateurs,
- « Le rapport que je viehs présenter à cette assemblée « générale a pour objet de compléter (1) l’installation « de notre société et l’application des formalités statu-« taires, sous la protection desquelles doit vivre notre ~j<c association.
- « Depuis l’année 1876, l’association existait de fait « entre nous.
- « Mes déclarations répétées vous l’affirmaient. Pen-« dant les années 1877, 1878 et 1879, un registre-réper-« toire recevait régulièrement l’inscription de vos « droits de participation. Les titres que je vous délivrais « vous garantissaient la valeur de ces droits ; mais les « règles écrites et les formalités légales étaient néces-« saires à cette association pour assurer sa durée.
- « Maintenant toutes ces formalités étant remplies, les « titres provisoires que je vous ai délivrés sont échan-« gés contre des certificats d’inscription d’épargne déta-« cbés des registres à souche de l’association. Ces certi-« ficats représentent le montant des sommes pour « lesquelles chacun de vous est inscrit aux livres de la « Société, et constituent ma libération définitive envers « vous....»
- Le texte de ces titres provisoires a sa place marquée dans cet historique. Car les personnes qui suivent de près le mouvement des choses dans l’œuvre de Godin, n’ont pas perdu de vue qu’il y eut refus momentané de titres de participation par nombre de travailleurs, avant signature de Pacte social, Godin ayant relevé le fait lui-même dans une conférence en date du 20 décembre 1882 (2).
- (1) Les statuts avaient été signés le 13 août précédent et publiés selon la loi : etc.
- (2) Le Devoir, tome 7e, 1883, p. 10,
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- Les titres ainsi refusés au premier abord et demandés ensuite furent ceux créés en 1878 relativement à l’exercice 1877. Car, il y eut deux modèles de titres provisoires :
- Un sur papier libre, créé en 1877, relativement à l’exercice 1876 ;
- Un sur papier timbré créé en 1878 relativement à l’exercice 1877. Ce deuxième modèle comportait échange d’engagements de la part du bénéficiaire, tout comme l’entrée dans l’association aujourd’hui comporte, un engagement d’honneur.
- [Premier titre provisoire).
- « Usines et manufacture d’appareils de chauffage « de Guise, Aisne.
- « Bon pour la somme de francs,
- « allouée à
- «par M. Godin, soussigné, manufacturier à Guise, « à titre de gratification.
- « Cette somme de francs
- « est conservée par M. Godin et donnera au bénéficiaire « droit à un capital équivalent dans l’association en « projet du Familistère et de l’usine de Guise.
- « Le présent bon sera échangé contre un titre régu-« lier aussitôt la constitution de cette association et « remboursable en argent dans le cas où l’association « ne serait pas réalisée dans le délai de deux ans; il « participera proportionnellement et jusque-là au re-« venu locatif et commercial du Familistère.
- « Guise, le mai 1877. »
- (Répétition de la somme en toutes lettres, puis signature : )
- Godin,
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- Relevons ces deux traits : *
- 1° Les gratifications, primes , etc., cessaient d’être comptées en espèces ;
- 2° Le capital ainsi constitué en parts d’intérêts participait au revenu locatif et commercial du Familistère. (II n’est pas question de l’usine. La clause de participation s’élargira avec le deuxième modèle de titres provisoires.)
- Cinquante personnes : 49 hommes et 1 femme bénéficièrent'de la répartition afférente à l’exercice 1876, pour une somme totale dépassant onze mille francs. La somme est fixée à 11.907 francs dans le rapport de l’Administrateur-Gérant à l’Assemblée générale ordinaire du 7 octobre 1894 (1), époque où ces titres les premiers en date de création (parmi les certificats d’épargne) arrivaient aussi les premiers en remboursement.
- (Deuxième titre provisoire. Les faits nous ont déjà conduits à dire un mot de ce document et à en donner un extrait, ci-dessus, chapitre XXV». Voici in extenso l’engagement et le contre-engagement) :
- « Essai d’association entre le capital et le travail tenté par M. Godin, dans le Familistère et son usine de Guise.
- « Titre de participation aux bénéfices.
- « Je, soussigné, Jean-Baptiste-André Godin, manufacturier, demeurant à Guise,
- « Déclare constituer au profit de M. un titre de rente lui conférant le droit de participer dans la même proportion que
- de capital, aux intérêts, dividendes, revenus et produits du Familistère et de mes usines à Guise? tels qu’ils
- (1) Le Devoir, tome 18e, 1894 ? p. 662.
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- résulteront des inventaires annuels et des règlements arrêtés en vue du partage annuel de ces valeurs par l’administration des dits Familistère et Usines.
- « Cet avantage est bénévolement accordé par moi à M. pour représenter par un
- capital productif, mais destiné à rester dans l’association en projet, la part attributive à mondit sieur dans les bénéfices de l’exercice clos le 31
- 4
- décembre , à lacondition expresse que je ne lui confère par cette libéralité aucun droit d’immixtion autrement que par voie d’avis officieux dans les affaires soit du Familistère, soit de l’usine, et qu’il s’abstiendra de toute contestation sur les inventaires *et règlements annuels ou autres dressés par l’administration ; je me réserve formellement pour le cas où il prétendrait en agir autrement, le droit de le désintéresser en lui versant 50 0/0 du capital ci-dessus indiqué comme servant de base au calcul des droits qu’il tient de ma libéralité.
- « Le présent titre n’est ni. cessible, ni transférable à des tiers sans mon agrément écrit; le capital qui en fait l’objet ne sera pas saisissable et il ne confère ni au titulaire, ni à aucun de ses ayants-cause, aucun des droits résultants des art. 815 et suivants et de l’art. 1166 du code civil.
- « En cas de décès de M. ou de tout autre
- événement le dessaisissant de ses biens , je me réserve, après avoir consulté les conseils d’administration du Familistère ou de l’usine, la faculté , soit de consentir à ce que le présent titre passe à l’un de ses ayants-droit sous les conditions que j’y ai attachées7, soit d’en effectuer le remboursement au taux ci-dessus fixé de 50 0/0 du capital nominal, déclarant que, dans ce cas, je ferai inscrire le surplus du dit capital au profit de la caisse de prévoyance de l’association coopérative que
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- j’ai fondée de fait entre le Familistère et mes usines, laquelle jouira dans la même proportion des avantages ci-dessus spécifiés.
- « Le présent titre et les autres semblables que j’accorde ou que je pourrai accorder à mes employés et ouvriers sont délivrés pour être ultérieurement convertis en actions dans une association qui aura pour objet de conférer définitivement aux titulaires le droit de participation à la direction et aux bénéfices de mes établissements de Guise.
- « Mais avant de constituer définitivement cette association, je veux faire l’expérience delà participation aux bénéfices, combinée avec le nouveau système d’administration y correspondant que j’ai mis à l’essai, dans le but de faire sortir de cette expérience les modifications dont elle enseignera l’utilité et les conditions régulières d’une bonne direction des affaires, d’un bon fonctionnement industriel et commercial de l’association qui sera réalisée aussitôt l’expérience faite.
- « Dans le cas où une cause étrangère à ma volonté et contraire aux intérêts des titulaires de la présente libéralité viendrait entraver l’expérience préalable de participation ou empêcher la réalisation de l’association , je déclare formellement m’obliger et obliger mes ayants-droit à verser à M. la somme
- de pour remboursement du pré-
- sent titre et à lui faire compte des avantages ci-dessus stipulés qui lui seront acquis au jour de remboursement.
- «Guise, le ».
- Approuvé
- Signé : Godin.
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- « Essai d’association entre le capital et le travail tenté par M. Godin
- dans le Familistère et son Usine de Guise
- « Je soussigné reconnais et déclare
- expressément :
- « 1° Que les titres qui m’ont été et pourront à l’avenir m’être accordés et délivrés par M. Godin, pour représenter la participation à laquelle il m’admet dans les bénéfices du Familistère et de son Usine de Guise, ne me confèrent d’autre droit que de toucher les intérêts, dividendes, produits et revenus qui seront chaque année attribués au capital qui y est indiqué ;
- « 2° Que la libéralité dont je suis l’objet ne confère, ni à moi, ni à aucun de mes ayants-droit,tels que créanciers ou héritiers, aucun des droits résultant des art. 815 et suivants, et de l’article 1166 du code civil, mais qu’elle se limite aux avantages spécifiés au titre ;
- « 3° Qu’en particulier elle ne constitue à mon profit aucun droit à être maintenu dans ma fonction et ne peut devenir le prétexte d’une demande d’indemnité au cas où je serais congédié ; qu’en conséquence je me considère comme restant tenu et obligé par la tradition et les règlements de l’établissement dont je fais partie, lesquels, à moins de conventions exceptionnelles, consistent à se prévenir réciproquement un mois à l’avance ;
- « 4° Que je me considère comme obligé, sur l’honneur, à respecter les décisions prises et à prendre par les conseils électifs du Familistère et de l’Usine au sujet soit de la direction générale des affaires industrielles et commerciales, soit du règlement des intérêts individuels ou collectifs dans l’association des dits Familistère et Usine,
- « Guise, le »
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- Avec ce deuxième titre, on le voit, ce n’est plus seulement au revenu locatif et commercial du Familistère que participe le bénéficiaire ; c’est aux revenus et produits du Familistère et de l’Usine. Cette distinction explique ce qui, autrement, pourrait apparaître comme une contradiction : A l’assemblée générale des associés (le 26 décembre 1880) Godin résumant les faits, a dit : Depuis l’année 1876, «l’association existait défait entre nous. » Dans le discours qu’il avait prononcé à la fête du Travail, le 5 mai 1878, il avait fixé au premier janvier 1877 la généralisation de l’association. Mais, en même temps, il avait caractérisé la situation créée à cette époque par la remise des nouveaux titres provisoires en ces termes explicites : (1) « le fonctionnement de l’asso-« ciation ne s’appliquera plus seulement à des faits de « prévoyance et de solidarité générale, il s’étendra à la « participation aux bénéfices industriels de l’Usine et « aux bénéfices commerciaux du Familistère. L’associa-« tion sera ainsi généralisée de fait entre nous depuis le « premier janvier 1877. »
- Il n’y a donc pas contradiction. Généralisée à partir de janvier 1877, l’Association a bien existé à partir de 1876, puisque les titres créés à cette occasion ont été reportés sur les certificats d’épargne, lors de la constitution légale de la Société.
- Etablissant dans le discours susdit les , chiffres des bénéfices à partager relativement à l’exercice 1877 entre le capital et le travail (ouvriers et employés), Godin dit : « Chacun de vous, mes amis, peut ainsi évaluer dès « aujourd’hui le chiffre de son dividende à raison de « 8 centimes par franc de ses appointements ou de ses « salaires de l’année.
- (1) Le Devoir, tome lflr, 1878, p. 180, 181.
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- « Sous peu vous seront remis les titres de rente (1) « qui vous confèrent le droit de participer aux intérêts, « dividendes, revenus et produits du Familistère et « de l’Usine. Un échange d’engagements déterminera « la forme de vos droits ainsi que les garanties néces-« saires entre l’Association et les Sociétaires partici-« pants.... »
- En août 1878, appréciant (dans une conférence avec les intéressés) les deux spécimens de titres provisoires, Godin en commentait les dispositions générales en ces termes. (Après lecture du 1er spécimen délivré l’an d’avant) :
- « Ce titre était court, explicite: il disait quejevou-« lais faire de vous des associés. Je donnais aux béné-« ficiaires une part proportionnelle aux appointements. « Pourquoi ? Parce que les appointements représentent « la mesure des services rendus dans l’établissement.
- « Beaucoup parmi vous n’entrevoyant pas la « portée du caractère d’associé dont les revêtirait « l’oeuvre que je poursuis, auraient préféré toucher en « espèces la somme que je leur allouais.
- « Mais ce que je vous avais promis, c’était de faire de « vous des associés et non de vous distribuer de simples « gratifications.... »
- (Passant au 2e spécimen.)
- « J’ai voulu, cette année, vous donner pour la répar-« tition des bénéfices du dernier exercice (1877) un « titre sérieusement étudié... La rédaction nécessite « entre nous quelques explications. Je donne à X 200 « francs. Mais mon intention étant de constituer une « association, j’ai à prendre des mesures contre les « abus qui pourraient être faits de ma libéralité...
- « Il faut que la participation aux bénéfices que je
- (1) Ceux dont le texte précède.
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- « vous accorde n’engendre ni désordre, ni mauvaises « querelles pour l’Association elle-même. Je veux' vous «. reconnaître des droits, mais des droits limités, afin « que le fonctionnement de l’administration soit poser sible... »
- Quantjau fait que le titre n’est ni cessible, ni transférable sans la volonté du donateur, « si je n’avais pris « cette mesure, » dit Godin, « des personnes pourraient « se substituer à vous dans la possession de ces titres, « tandis que c’est à vous, travailleurs de l’établisse-« ment et non à d’autres, que je veux les donner. »
- Il dit encore :
- « Je me réserve le droit de rembourser les titres à « 50 0/0. Pourquoi ? Parce que si je trouve bon de faire « de vous des associés, je me dis aussi que vous pouvez « mourir demain et qu’il serait inique et déraisonnable « d’appeler des héritiers qui pourraient n’avoir aucun « lien avec l’établissement, à participer à nos bénéfices « au même titre que les membres travailleurs. Donner « à de tels héritiers 50 0/0 me paraît être ce que peut « commander, en cas semblable, le respect du droit « d’hérédité. Les autres 50 0/0 seraient versés au « compte de la Caisse générale de prévoyance, ainsi « qu’il est dit au titre. En donnant, j’ai le droit de
- « faire mes conditions...»
- Touchant le contre-engagement, il signale que la marche indiquée est de toute prudence et qu’il est « sage de faire les conditions propres à sauvegarder « l’avenir et à prévenir les querelles intestines. »
- Trois semaines environ avant la date de cette conférence, dans le courant de juillet 1878, le nouveau titre : — engagement de la part de Godin, contre-enga-ment de la part du bénéficiaire — avait été offert à plusieurs centaines de personnes. Sauf 2 ouvriers et 2
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- employés, tous avaient hésité à accepter ; plus de 400 néanmoins avaient réclamé le titre et signé le contre-engagement avant la fin du mois ; les autres suivirent. Une somme de 66.419 francs fut ainsi répartie entre 608 bénéficiaires (595 hommes et 13 femmes).
- L’année d’après (c’est-à-dire en 1879) furent inscrits, au dos des mêmes titres, les bénéfices afférents à l’exercice 1878. Le total fut un peu moindre : 64.983 francs en faveur de 476 hommes et 28 femmes. (Il y avait encore eu crise industrielle après les événements politiques du 16 mai 1877).
- En cette même année (1879) s’opéra la modification par laquelle l’exercice commercial — qui jusque-là courait du 1er janvier au 31 décembre —s’ouvrit désormais le 1er juillet et comprit ainsi le second semestre d’une année et le premier semestre de l’année d’après. Le 30 juin 1879 eut lieu un inventaire semestriel réglant les choses pour les six premiers mois de l’année en cours. Par suite, une nouvelle répartition des bénéfices s’élevant au total de 40.716 francs fut inscrite toujours au dos des mêmes titres provisoires et en faveur de 475 hommes et 28 femmes.
- Ce fut la dernière inscription sur cette sorte de titres. Les bénéfices afférents à l’exercice du 1er juillet 1879 au 30 juin 1880, furent inscrits directement, sur les certi-cats d’épargne détachés des livres à souche de la Société, avec le montant des parts antérieurement accordées , selon les paroles de Godin relevées ci-dessus (p. 709).
- Le montant des dividendes répartis au travail et à la direction (en sus des salaires et appointements) s’éleva, pour l’exercice 1879-1880 (1) à 383.354 fr. 61.
- En outre, une somme de 11.454 fr. 37 représentant
- (1) « Le Devoir », tome 5e, 1881, p. 85.
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- conformément aux statuts 2 0/0 des bénéfices, fut mise à la disposition du Conseil de Gérance pour les récompenses exceptionnelles. 8.980 francs furent, de ce chef, attribués à 76 travailleurs dont 5 femmes.
- Le capital, en sus des intérêts à 5 0/0, reçut à titre de dividendes 34.730 fr.
- A l’exercice suivant: 1880-1881 (1) le montant des dividendes répartis au travail et à la direction (en*sus des salaires et appointements) s’éleva à 621.184 fr. 92 ; et la somme mise à la disposition du Conseil de Gérance pour les récompenses exceptionnelles s’éleva à 17.018 fr. 76. Sur cette somme 13.965 fr. furent attribués à 153 bénéficiaires, y compris 8 femmes.
- Le capital, de son côté, reçut à titre de dividende (en sus des intérêts à 5 0/0/ 42.780 fr.
- Tous les détails voulus pour suivre le mouvement des choses depuis lors, se trouvent dans le journal « Le Devoir ». Consulter spécialement les rapports de l’Ad-ministrateur-Gérant aux Assemblées générales ordinaires et, durant la vie de Godin, les fêtes du Travail.
- Devant ces résultats, lorsqu’on se reporte au refus des titres en 1878, on est un moment confondu. Cependant, l’hésitation du travailleur en face de toute proposition de modifier profondément l’organisation dont il tire les moyens de subsistance pour lui et sa famille, se comprend. Aussi, des faits de même nature s’étaient-ils produits ailleurs.
- Jean-Edme Leclaire, le premier chef de Maison qui appela, en France, ses ouvriers à la participation aux bénéfices dut attendre, lui aussi, que l’idée fut comprise, acceptée par ceux à qui il s’adressait.
- g Le 10 août 1840 i> a-t-il écrit (2), «j’ai proposé aux
- (1) « Le Devoir », tome 5e, 1881, p. 662-663.
- (2) Biographie d’un homme utile. Leclaire, peintre en bâtiments. Conférence faite, le 1er septembre 1878, par Charles Robert.
- Paris. Librairie Fischbacher, 33, rue de Seine. (Page 43),
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- « anciens ouvriers de ma maison de les faire participer « dans les bénéfices que produit le travail. Cette propose sition n’a pas été goûtée comme j’avais lieu de l’espé-« rer ; les idées n’y étaient point préparées : il était trop « tôt. » Deux ans plus tard, il revint à la charge et les ouvriers acceptèrent. *
- Lui-même, Leclaire, avait dû méditer pendant cinq ans (de 1835 à 1840) l’idée de la participation de l’ouvrier aux bénéfices du patron pour arriver à trouver la chose « possible et des plus simples à mettre en pratique (1). »
- Il est vrai qu’il avait, durant ce temps, cherché la formule d’application, tandis que ses ouvriers n’avaient qu’à accepter les gratifications offertes. Mais des journaux de l’époque, entre autres « VAtelier (2) accusait Leclaire de manœuvrer .ainsi pour faire baisser les salaires, et les incrédules se demandaient si la participation promise serait réellement payée et s’ils n’étaient pas les jouets d’une vulgaire tromperie. »
- A chaque pas en avant Leclaire dût compter avec la résistance de ceux que, finalement, il entraînait.
- « Rarement vos idées se sont rencontrées avec les « miennes», disait-il en 1861 à ses ouvriers sociétaires (3). (Il s’agissait alors d’obtenir le concours du personnel pour l’organisation des pensions de retraite dans l’établissement) « J’en ai toujours compris la raison, elle « est toute naturelle : chacun de vous ne pense qu’à lui « et moi je pense à tous... »
- L’œuvre de Godin était plus complexe que celle de Leclaire ; elle ne pouvait donc que se heurter à plus d’obstacles.
- Non-seulement des faits d’industrie et des faits de prévoyance mutuelle, mais aussi des faits commerciaux et d’économie domestique (éducation , etc.) dans les
- (1), (2), (3), Même ouvrage, pages 24, 30, 62.
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- services du Familistère s’imposaient à l’administration. Comment, sous le régime de l’association projetée , organiser les pouvoirs sans porter atteinte à l’unité de direction indispensable à la bonne marche,à la durée de l’entreprise. Plus d’un intéressé pouvait, du fond du coeur, douter du succès.
- Mais c’est précisément pour se fixer sur ce qu’on pouvait à l’heure actuelle demander aux travailleurs en général — en fait de direction industrielle, commerciale, économique, etc. — que Godin provoquait l’essai du système de représentation du travail et d’administration à l’étude duquel nous allons passer (1).
- Les anciens lecteurs du Devoir connaissent déjà l’enseignement qui en ressortit, c’est-à-dire qu’en l’état des choses l’insuffisance des capacités, le manque de sens administratif, le manque d’amour humanitaire chez la plupart des individus, empêchaient qu’on s’en remît au suffrage pour la direction de l’établissement et la mise en valeur de ses sources de prospérité.
- Les statuts furent donc rédigés en conséquence.
- Parlant de ses efforts à l’époque qui nous occupe (2), « Je croyais » a dit Godin « atteindre mon but plus tôt. « Lorsqu’en 1877 je vous ai fait des conférences, je « croyais certainement toucher au but (la signature de « l’Association) en quelques mois. J’espérais aussi trouer ver en vous des concours actifs, dévoués ; sur ce « point, je m’étais trompé. J’ai dû créer moi-même et « de toutes pièces les rouages de notre association ; » et nulle foi, nulle persévérance ne m’ont été prêtées « par vous. Dans le domaine industriel seul, j’ai été aidé.
- (1) Représentation générale du travail. 6e ordre des faits principaux de recours au suffrage. Vue générale, chapitre Xe.
- (2) Conférence du 30 septembre 1880, reproduite en partie seulement dans « Le Devoir », tome 4e, 1830, p. 650. Le passage qui va suivre était demeuré inédit,
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- LE DEVOIR
- « Là, je le reconnais, vous m’avez apporté concours et « dévouement. Mais ce que j’avais espéré en 1877 c’était « éveiller en vous assez d’amour pour l’association. « pour que vous vous attachiez réellement à me seconde der dans la préparation de cette œuvre ; je n’ai « recueilli que votre indifférence. Dans ces conditions et « malgré vous, je puis le dire, j’ai fait l’association. « Et aujourd’hui j’espère encore que l’avenir trouvera « enfin de votre part le concours et le dévouement qui « ont manqué dans le passé. »
- Il y eut donc concours et dévouement au moins sous le rapport industriel de la part des ouvriers et employés classés dans l’essai que nous avons à voir maintenant et qui sera publié en volume spécial. (Voir ci-contre l’avis aux lecteurs.)
- Vye J.-B.-A. Godin , née Moret.
- (A suivre).
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- AUX LECTEURS DU « DEVOIR. »
- L’âge et diverses circonstances nous obligeant à nous en tenir désormais à la publication des «Documents pour une biographie complète de Jean -Raptiste- André Godin », la revue « Le Devoir » prend fin avec le présent fascicule, décembre 1906. La suite des « Documents biographiques » paraîtra en un ou plusieurs volumes spéciaux de même format et d’à peu près même grosseur que ceux d’une année du « Devoir ».
- La publication continuera d’être offerte en hommage aux Bibliothèques publiques et Etablissements divers de tous pays qui nous ont fait le très grand honneur de donner place aux volumes du « Devoir » et de les collectionner, ce dont nous leur renouvelons ici l’expression de notre vive gratitude. La liste de ces Bibliothèques et Etablissements, augmentée depuis la publication analogue faite en janvier 1902 figure page 742, du présent numéro. Les personnes qui s’intéressent aux travaux du fondateur du Familistère de Guise voudront donc bien s’adressera tels de ces Etablissements qui leur seraient accessibles, la publication à suivre n’étant pas en vente.
- Vve J.-B.-A. Godin.
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- LE DEVOIR
- LA COOPÉRATION
- Congrès de la Fédération des coopératives allemandes de consommation.
- Dans son rapport au congrès de Stettin, le secrétaire fédéral, M. Kaufmann , montre l’importance des progrès réalisés par la Fédération.
- La Fédération, en 1902, comptait 585 sociétés affiliées ; 685 sociétés en 1903; 760 en 1904 et 855 eh 1905.
- En 1902, la statistique donne 503 sociétés comptant 480,916 membres ; en 1903 : 639 sociétés, 575,449 membres; en 1904 : 725 sociétés, 649,588 membres , et en 1905 : 808 sociétés, 719,239 membres.
- Au 1er janvier 1905, le total des sociétés de consommation allemandes était d’environ 2,000, ayant à peu près 1,100,000 membres.
- Les 808 sociétés qui ont fait un rapport sur leur chiffre d’affaire atteignent, en 1905, le total respectable de 230,645,440 marcs. En un an , leur chiffre d’affaires est monté de 28,010,251 marcs, soit de 14
- p. 100.
- En 1905, les coopératives de production produisent pour 20,911,598 marcs de marchandises contre 17 mil-dions 092,086, en 1904, soit une augmentation de 22
- p. 100.
- La valeur des propriétés appartenant aux sociétés affiliées* atteint, en 1905, 30millions'469,036 marcs, soit une augmentation de 4 millions 622,596 marcs ou 18 p. 100 sur celle de l’année précédente.
- Les sociétés possèdent un capital de 22 millions 307,573 marcs, (1904: 19,561,210 marcs), soit une augmentation de 2,636,363 marcs ou 13 p. 100.
- La dette hypothécaire atteint 16 millions 193,379 marcs. Les membres ont déposé dans les caisses des
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- LA COOPÉRATION
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- sociétés 11,135,859 marcs. Par l’importance de cette somme, on voit que les coopérateurs ont entière confiance en leurs oeuvres.
- Le rapporteur fait un appel aux coopératrices pour les engager à tout acheter à leur coopérative, vu que là, elles obtiennent des marchandises plus pures et à un prix moindre que chez les particuliers.
- Le bénéfice net fut de 18,268,773 marcs en 1905 (de 16,767,778 marcs en 1904). Ces millions ont été perdus pour le commerce de détail privé et gagnés par les consommateurs.
- Le nombre des magasins centraux qui était de 97 en 1904 est monté à 121, et le nombre de magasins de vente de 1,840 à 2,115. En 1904, le personnel était de 6,686, soit 2,712 hommes et 3,974 femmes ; en 1905, il est de 7,661, soit 3,070 hommes et4,591 femmes. Dans les coopératives de production, 1,545 hommes et 383 femmes sont occupés , soit 1,928 personnes contre 1,595 en 1904. Donc, près de 10,000 personnes gagnent leur pain dans les sociétés affiliées à la Fédération. Toutes ces personnes travaillent dans des circonstances plus favorables que dans le commerce privé.
- Le journal fédéral Konsùmgenossenschaftlichen Rundschau est tiré à 6,800 exemplaires et le tirage du journal pour les coopératrices Frauen-genossenscha-flsblattes est monté de 146,000 à 157,000 exemplaires.
- Nous avons à nous réjouir de ce progrès, déclare le rapporteur ; un grand nombre de brochures ont été publiées. Dans les ateliers de publicité, 12 personnes sont occupées et ont produit pour 250,000 marcs d’imprimés contre 200,000 en 1904.
- Toutes les branches de l’organisation sont en progrès. -i
- Une initiative communale en matière de coopération
- ouvrière.
- Pour remédier à la crise économique profonde que
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- LE DEVOIR
- traverse depuis de longues années la ville de Lisieux qu’il administre, M. Chéron, aujourd’hui député, a proposé et fait voter par le conseil municipal de cette ville, un projet de création de quatre coopératives ouvrières de production dont le capital de création serait fourni par une loterie dont l’autorisation sera demandée à la Chambre.
- D’après le plan de M Chéron, et de la municipalité lexovienne, cette loterie devrait produire un capital net de un million ce qui permettrait de mettre 250.000 francs à la disposition de chacune des quatre coopératives.
- Chaque projet qui lui sera communiqué devra comprendre des détails précis sur l’industrie proposée (places, devis de premier établissement, budget approximatif de son fonctionnement) ; les noms et références des personnes compétentes proposant leur collaboration ; les statuts de la future coopérative.
- 11 ne sera alloué aucune indemnité pour les projets ainsi soumis et qui seront examinés par une commission nommée par le conseil municipal.
- La municipalité de Lisieux désire que les auteurs des projets ne perdent pas de vue :
- 1° Qu’il est bon de choisir des industries ne réclamant pas pour leur fonctionnement des capitaux trop considérables ;
- 2° Que des industries utilisant les produits agricoles de la vallée d’Auge paraissent tout particulièrement indiquées ;
- 3e Enfin, que l’expérience tentée par la ville de Lisieux présentant un véritable intérêt au point de vue social, les statuts des futures coopératives devront être conçus de manière à constituer, pour les ouvriers qui en feront partie, un instrument d’égalité et d’émancipation. Elles devront être et demeurer des associations d’ouvriers possédant à titre de co-propriétaire et dirigeant eux-mêmes, sous le contrôle d’un conseil d’administration élu par eux, leur industrie. Les règles statutaires
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- LA COOPERATION
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- devront être assez précises et assez sévères pour que la coopérative ne puisse dévier de son but et créer, à une heure donnée, à côté d’une catégorie de privilégiés, une catégorie de salariés.
- Pour les marins-pêcheurs. — Pour atténuer la crise que traversent depuis plusieurs années les pêcheurs bretons de sardines, le Musée social de Paris et la Société d’enseignement professionnel ont constitué un comité d’initiative qui va étudier les mesures à prendre , et spécialement :
- 1° Les moyens de procurer à meilleur compte les appâts (et notamment la rogue, pour les pêcheurs sardiniers) et les engins de pêche, tant par la concentration des achats que par l’organisation coopérative du crédit, avec le concours, s’il y a lieu, de la mutualité ;
- 2° La construction de bateaux de plus fort tonnage, avec moteurs, permettant d’exploiter les fonds plus au large ;
- 3° La vente directe du poisson sur les marchés de consommation, avec amélioration des moyens employés pour le transport.
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- LE DEVOIR
- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX
- GRANDE-BRETAGNE.
- Le travail des enfants.
- Le conseil du comté de Londres vient de ratifier les nouveaux règlements de la loi de 1903 sur le travail des enfants, quia pour but de régulariser et de réformer l’emploi de personnes âgées de moins de seize ans dans les commerces qui s’exercent dans la rue et les lieux publics. Lorsque ces règlements au ront été confirmés par le secrétaire d’Etat, il sera défendu d’employer à n’importe quel travail un enfant âgé de moins de onze ans. L’usage des enfants capables de fréquenter l’école sera limité dans l’industrie. Les salons de coiffure ne pourront se servir d’enfants âgés de moins de douze ans pour savonner ou faire d’autres besognes similaires. Les débits de boissons toxiques ne pourront, en aucune façon, recourir aux services des enfants, et il ne sera fait d’exception que si ces liqueurs sont vendues en fioles cachetées.
- Pour ce qui concerne les commerces de la rue, ces règlements interdisent l’usage de filles de moins de seize ans, à moins qu’elles ne soient accompagnées de leurs parents ou d’un gardien. Aucun enfant ne pourra faire du commerce sur la voie publique avant six heures du matin et après neuf heures du soir.
- * *
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- La Journée de huit heures dans les Arsenaux.
- L’Amirauté anglaise vient de publier un décret en vertu duquel les heures de travail dans les arsenaux royaux sont abaissées à 48 heures par semaine, ce qui fait 8 heures par jour.
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- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX 729
- C’est une expérience que l’Amirauté veut faire pendant un an. Les autorités navales adresseront plusieurs rapports au ministère, sur les résultats de l’expérience au mois de mai prochain.
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- ALLEMAGNE
- Une coalition internationale de patrons.
- La Gazette des patrons allemands a annoncé, il y a quelque temps , qu’une coalition internationale de patrons était en voie de formation , dans le but de s’opposer à la tactique socialiste qui consiste à jeter, en cas de grève, les ouvriers syndiqués en masse par-delà la frontière pour leur procurer du travail jusqu’à la fin de la grève : « En engageant des éléments étrangers » , disait la Gazette, « on fait non-seulement du tort aux patrons f étrangers, puisqu’on les prive de leurs forces de résistance, mais on se fait aussi du tort à soi-même, en permettant de s’introduire dans le pays à des éléments indisciplinés qui ne pensent qu’à servir les intérêts de l’organisation internationale des ouvriers. »
- Des pourparlers ont été échangés entre les patrons allemands et autrichiens. Bien entendu l’entente proposée n’implique nullement la suppression de la concurrence internationale.
- La future internationale patronale doit se borner uniquement à monter la garde aux frontières pour empêcher la transmigration de l’élément ouvrier. Il n’est peut-être pas facile de concilier cette interdiction avec le maintien de la concurrence internationale. Quoiqu'il en soit, si les patrons parviennent à faire observer un pareil engagement à leurs adhérents, ce sera une victoire peu banale de la solidarité sur l’esprit commercial.
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- LE DEVOIR
- L’Association agricole.
- En Allemagne, on a vu le principe originel de l’association , lentement et progressivement mûri par l’expérience, réaliser toutes ses phases et donner à l’agriculture une puissance économique jusqu’alors insoupçonnée.
- Quand on visite un village bavarois, on est frappé de la différence capitale qui le distingue de nos communes de France. L’association de crédit, la petite banque met à la portée de tous l’usage du capital, et, filiales ou voisines de celles-là, d’autres associations se répartissent les services les plus divers de la mutualité. Le paysan a pris l’habitude de tous ces rouages nouveaux qu’il ignorait autrefois. Il les déclare indispensables. Bien différent de notre petit cultivateur, que son isolement livre à tous les préjugés, à tous les hasards, il se repose en toute connaissance, en toute confiance sur le groupe rural dont il est membre. Il est en rapport immédiat avec les puissances les plus efficaces de 'la science et de la richesse. Tous les progrès lui deviennent accessibles.
- Et cela d’autant mieux que les groupements locaux étendent davantage leur champ d’action en se complétant, se prolongeant, pour ainsi dire, des services des fédérations régionales. Puis, ces fédérations ne pouvant achever leur œuvre que centralisées, elles aussi, une Union des associations rurales de toute l’Allemagne constitue le troisième degré de l’édifice syndical. Administrant les comités locaux et régionaux, sociétaires et fédératifs, cette Union concentre toutes les forces coopératives rurales en un groupement unique.
- L’association agricole représente donc un système complet. C’est un véritable Etat constitué.
- {Revue politique et parlementaire).
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- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX
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- SUISSE
- Lb représentation proportionnelle est actuellement appliquée dans les cantons de Bâle, Soleure, Neuchâtel, Genève, Tessin et Schwytz.
- Ce système vient de subir un nouvel échec dans le canton de Saint-Gall.
- En 1893 , la représentation proportionnelle était repoussée par 21,597 voix contre 19,875.
- En 1901, 24,931 électeurs la rejetaient encore, tandis que 24,417 citoyens s’y ralliaient.
- Le 22 juillet 26,701 suffrages contre ont été exprimés et 26,153 pour.
- La majorité rejetante est la même à quelques voix près, que lors de la dernière tentative en 1901; mais le nombre des votants, de part et d’autre, a été beaucoup plus considérable que dans la précédente consultation populaire. La lutte a été très vive. La majorité radicale, actuellement au pouvoir a fait flèche de tout bois , contre la représentation proportionnelle réclamée par la coalition des minorités conservatrice, catholique et socialiste.
- Loi sur les conflits collectifs.
- La motion suivante, déposée par un député socialiste de Saint-Gall, a été prise en considération au cours de la dernière session des Chambres fédérales.
- « Le Conseil fédéral est invité à présenter un rapport et des propositions sur la question de savoir s’il n’y aurait pas lieu de créer, dans le domaine fédéral, des institutions qui auraient pour mandat d’interve-vir, afin de les aplanir, dans les conflits collectifs entre ouvriers et entrepreneurs.
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- LE DEVOIR
- LES DEUX VIES
- Par Paul et Victor MARGUERITTE
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- ( Suite et fin )
- — Ton amant...
- — Oui, mon amant, puisqu’il n’y a pas d’autre terme que ce mot, dont les imbéciles, les envieux, les hypocrites flétriront notre affection si haute ; oui, mon amant, puisque le nom de mari, avec les prérogatives qui s’y rattachent, affection loyale, fidélité, protection, est réservé à l’honorable M. Le Hagre ; oui, mon amant, mon amant !
- Et Francine répéta ce mot avec une exaltation sauvage, une provocation farouche, où toute sa souffrance criait.
- Mme Favié avait laissé retomber sa tête dans ses mains ; elle pleurait, silencieusement, pleurait sa fille, se pleurait elle-même, pleurait toutes ses illusions, foutes ses idées détruites, pleurait la honte dont elle se sentait pénétrée.
- — Pauvre mère, je te désespérerai jusqu’à la fin, dit avec douceur Francine en l’embrassant, — et elle lui relevait de force le visage afin d’essuyer ses larmes... — Comme tu maudis ta Francine, n’est-ce pas ?
- — Le puis-je ? Je t’aime trop, ma pauvre enfant, je m’incline devant le fait accompli ; à quoi servirait de te faire des reproches ? Tu me répondrais que ta conscience. .. Mais la mienne, vois-tu, juge autrement. J’ai été élevée avec d’autres idées, en un autre temps... Je te plains, je t’adore, mais je ne puis t’approuver... et c’est ce qui me déchire.
- — Tu crois donc que je devais repousser l’appui pro-
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- LES DEUX VIES
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- videntiel d’Eparvié ? A cet homme qui me sauve, qui sauve Josette, je devais dire : « Allez-vous-en ! » Tu crois donc — oh ! maman ! comment peux-tu admettre cela?— que je devais revenir chez mon mari, subir sa tyrannie, ses maîtresses, voir mon enfant malheureuse, séparée de moi, dans un couvent?
- — Ah ! c’est affreux, s’écria Mme Favié, mais pourtant, oui, je le crois !... Tu es mariée pour la vie, pour la mort ! Ce lien n’est pas rompu aux yeux de la société... et je ne parle même pas de Dieu !
- — Vraiment ! Tu ne comprends pas que nous nous appartenions à nous-mêmes, avant de nous abdiquer pour autrui sans raison ?
- — Non, je ne le comprends pas. Nous nous devons à cette société dont nous faisons partie; et plus nous sommes des privilégiés par le luxe, le nom, le rang, plus nous devons l’exemple. Il est odieux, désolant, que la conception de l’honneur soit aussi rigoureuse, discutable, arbitraire; mais, telle qu’elle est, je la respecte pour la beauté morale qu’elle contient : il peut être juste de souffrir, même pour une cause injuste, au nom des principes qu’elle affirme, même lorsqu’elle les trahit. Dès qu’on se sacrifie, on a conscience de remplir un devoir.
- — Non, mille fois non ! protesta Francine. La société aussi a ses devoirs envers moi : elle doit me protéger, m’arracher à des souffrances imméritées ; elle s’y refuse ! C’est elle qui a rompu le pacte, c’est elle qui me fait libre, de force et malgré moi ! Crois-tu que je perde sans déchirement ma situation, que je brise mes amitiés, les égards, la considération qui nous entourent ? Abandon du monde, dédains, hostilités, je sais à quoi je m’expose. Du moins, j’aurai le courage de mes actes. Je ne réclamerai rien. Je veux souffrir pour la justice, mais non pour l’injustice : la beauté que tu proclames n’est qu’une vertu d’esclave.
- — Je suis donc une esclave, dit Mme Favié avec une ferveur résignée et touchante... Je ne me trompe
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- LÉ DEVOIR
- pourtant pas à la douloureuse joie que j’éprouve à avoir étouffé mon cœur, mes instincts, mes sens. Ce n’est pas dans la poursuite du bonheur qu’est le bonheur. Mon enfant, je souhaite ardemment que tu ne t’en convainques pas bien vite !
- — Je ne cherche pas un bonheur méprisable, dit Francine ; je ne veux que le droit de vivre librement, d’élever librement ma fille, d’aimer librement, d’être librement aimée, de me réaliser, malgré tous les obstacles, de toute ma volonté et de toute mon âme.
- — Ah !... la liberté ! exclama Mme Favié avec un doute poignant et sardonique, plein de désillusion, de reproche et de tristesse.
- — Oui, dit Francine d’une voix grave, la liberté : celle à laquelle tout être conscient a droit, puissant ou faible, pauvre ou riche, femme ou enfant. Tu parles d’exemple. J’en aurai donné un.
- — Personne ne t’imitera, et on te confondra avec les éhontées...
- — Pas toi, pas Eparvié, pas Marchai, pas Charlie, quelque blâme que ses idées... Qu’est-ce donc que l’opinion, sinon celle de deux ou trois personnes que nous aimons et estimons ?... Va, ma conscience ne me trompe pas !
- — Que tu le veuilles ou non, tu avilis le mariage, union sainte et sacrée...
- — Les mots ne changent rien aux faits ; l’union libre vaut mieux qu’un mariage comme le mien.
- — Tu blasphèmes !
- Oui, l’union libre, reprit-elle avec une véhémence contenue. Qu’a-t-il donc enfin de plus pour lui, le mariage ? Apprends-le-moi ! Ce n’est pas le monopole de l’amour, du dévouement, du respect de soi, du sacrifice envers les enfants : tout cela existe aussi bien dans une affection sans contrat. Ce qui l’avantage, c’est la prime de considération qu’il confère, à quiconque même indigne entre ou reste dans ses liens, cette considération qui couvre les adultères discrets et ne redoute que le scan-
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- les deux Vies
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- dale; car la jeune fille qui dispose de soi en faveur de l’homme qu’elle aime est vouée à l’opprobre et aussi la femme qui déclare un amant, mais non celle qui en prend plusieurs en secret. Hors de là, dis-moi donc ce que le mariage a de plus ? Il enregistre les fortunes, c’est entendu ; il légitime les enfants en vue des successions ; il place la femme en tutelle ; il l’expose sans défense aux pires avanies et aux plus mortelles insultes, et quand elle veut s’en aller, en prenant sa fille par la main, la loi peut lui dire : « Halte-là : mariés vous êtes, mariés vous resterez ! » Ah ! non ! ce mariage qui me paralyse, m’étouffe, m’étrangle en pleine jeunesse, en pleine force, je l’exècre, je le réprouve de toute mon âme.
- — Quand on a ces idées, on est anarchiste, on ne se marie pas !
- — On ne se marie pas !... Mais savons-nous, jeunes filles, ce que c’est que le mariage ? Me l’as-tu appris ? Ne m’as-tu pas livrée vierge et ne sachant rien de l’existence à ce goujat ? Mon père m’a-t-il expliqué la loi ? Me Charmois, quand il m’a présenté la plume le soir du contrat, m’a-t-il fait un cours sur les droits de l’homme et la nullité des miens ? Ai-je fait autre chose que passer de l’autorité de mon père à celle de mon mari ? Les jeunes filles savent-elles que c’est leur esclavage qu’elles signent sur les grands livres de la mairie ou de l’église ? Mais non, elles ignorent tout de la vie, des moeurs. On a capté leur signature. Malheureuses, elles peuvent, elles doivent la désavouer : c’est un dol ! Et nous sommes des milliers comme cela !
- — Que veux-tu ? on nous a élevées ainsi, nous, les mères... Changerez-vous la société? Je le souhaite; faites mieux que nous, mes pauvres enfants. Ce dont tu ne peux douter, c’est de mon amour. Ah ! si je t’aimais moins, serais-je à la torture ?
- — Pauvre mère !
- Ne plus vous voir, toi et Josette !
- —* Accompagne-nous...
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- Le devoir
- — Je ne puis.. Oh. ! Francine, ne crois pas que j’aurais peur... non, près de toi, je ne craindrais aucun blâme. Tant que j’ai pu, je t’ai secondée, et cependant j’étais opposée à tes idées !... Mais je ne puis... Ta vie n’est plus ici ; je ne dois pas me placer entre celui que tu as choisi et toi... Je ne lui en veux pas... il t’aime, il est bon et sûr... Mais tu pars, jeune encore, avec ton existence à refaire, entre ta fille et ton... ami... Moi, le passé me retient .. je ne puis... Oh ! mon enfant, des semaines, des mois sans nouvelles de toi, toutes les inquiétudes ! Si tu étais malade, - si Josette... Èt cet homme vous poursuivra... il fera tout pour reprendre sa fille... S’il y parvenait ! Vous devrez vous cacher comme des coupables. . Mon Dieu, mon Dieu!., qu’avons-nous fait pour que nous souffrions ainsi ?...
- — Courage, pauvre maman. Ta Francine pensera à toi chaque jour. Qui sait ce que réserve l’avenir !...
- — Mais la France te sera fermée...
- — Tu viendras nous embrasser à la frontière, nous retrouver en Italie, ou en Suisse...
- —* Mais si ton mari fait constater... ta situation, Mme Favié prononça ce mot avec une visible souffrance...— si c’est lui qui réclame le divorce, il l’obtiendra, jamais tu ne pourras épouser Éparvié !
- — Oui, comme Jeanne Levai, comme bien d’autres, je serai victime d’une loi absurde ! Eh bien, je ne l’épouserai pas, voilà tout !
- — Il obtiendra la garde de sa fille ; les tribunaux te frapperont d’amende, de prison, — de prison .. toi!
- — Mère, voyons, en ton âme, à tes yeux, suis-je, serai-je moins une honnête femme ?
- Pour toute réponse, Mme Favié se jeta dans ses bras en sanglotant.
- La présence d’Eparvié renouvela la douleur de la mère. Il y eut là de cruelles minutes ; mais, à force de volonté, de douceur, de fermeté tendre et respectueuse, il parvint à rendre un peu de courage et d’espoif
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- LÉS DEUX VIES
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- à cette âme désemparée. Sans bruit, on réveilla, on habilla Josette qui dormait, et à trois heures du matin, — personne ne surveillait plus la maison ; lezèle le mieux payé a ses limites, — Eparvié emporta dans ses bras la petite endormie. Une voiture à l’entrée du Bois les attendait ; et fouette, cocher ?
- Le lendemain, Francine, que torturaient de grands doutes au sujet de sa fortune, car jusqu’à présent sa mère lui avait aplani toutes difficultés — (Me Charmois ne lui avait donné que des explications embrouillées, et dans son ignorance de la loi elle espérait pouvoir reprendre sinon tous ses biens, au moins une partie, par emprunt ou autrement), — Francine apprit avec consternation, de la bouche solennelle du notaire, que si Le Hagre lui coupait tout subside, il en était parfaitement le maître. En refusant de rentrer au domicile conjugal, elle le déliait de toute obligation ; mariée sous le régime de la communauté, elle ne pouvait acheter, vendre, aliéner, disposer du moindre fétu. Emprunter, quelle caution donnerait-elle? Hypothéquer, sur quoi? Les usuriers évidemment lui viendraient en aide, mais à quel taux !... Ah ! si on l’avait écouté, on eût du moins arrêté les déprédations du mari. Rien n’empêchait Le Hagre, non soulement de garder ~sa fortune à elle, mais de la gaspiller. Que Mme Favié vînt à mourir, il mettrait la main'sur l’héritage. Sans doute elle pouvait demander la séparation de biens ; alors elle disposerait de tous ses effets mobiliers, et administrerait ses biens propres, mais sous cette férule perpétuelle : l’autorisation du mari. L’obtiendrait-elle même, la séparation de biens ?...
- Francine, écrasée, ne l’écoutait pas, ne voyait qu’une chose : c’est que, riche, elle se trouvait ruinée ; son mari lui volait son argent, et il en avait le droit ; elle restait dévalisée, en face du coffre-fort scellé dans le mur du cabinet de travail de Le Hagre, rue Murillo, ce coffre-fort qu’elle avait à moitié rempli. Pour ressources, des expédients dangereux, onéreux, — ou accepter,
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- LÉ DEVOIR
- ce qui répugnait autant à sa tendresse qu’à sa fierté, d’être à charge à Éparvié, et partager son luxe, son toit, son pain ; qu’il fut le « protecteur » dans toute l’étendue du terme.
- Comment avait-elle pu ne pas voir cette évidence ? Par quel aveuglement ? Grâce à quelles illusions ?... Des larmes lui vinrent aux yeux. Elle se rendit compte qu’Éparvié le savait, et par une infinie délicatesse, dont elle lui en voulait pourtant, s’était gardé de l’éclairer. Et maintenant tout était consommé, et, par la force des choses, les joies et les peines, jusqu’aux difficultés prosaïques de la vie, devaient leur être communes. N’était-il pas son vrai mari? Poussant plus loin, elle s’avouait que réduite, acculée à cette dure nécessité, elle eût accepté le partage qu’il lui offrait par un silence simple et si naturel. Oui, elle l’eût accepté, car, riche, n’eût-elle pas aussi bien accueilli le dévouement d’Eparvié pauvre ? Mais elle en souffrait atrocement, révoltée dans ses instincts d’indépendance et d’orgueil.
- Mme Favié, qui était présente à ce douloureux débat, s’éleva alors, d’un de ces éians admirables qui faisaient d’elle la plus noble des femmes, à un sacrifice absolu. Que lui fallait-il pour vivre ? Quelques milliers de francs... Elle comptait se retirer à Aygues-Vives et s’y murer en une définitive retraite. Qu’elle se réservât de quoi faire un peu de bien ; ses goûts étaient simples et une femme seule n’avait pas de grands besoins : elle se priverait, pour Francine, d’une fortune dont le poids serait désormais un fardeau et non une jouissance.
- Francine refusa, bouleversée ; non, ce serait trop injuste que sa mère se dépouillât, pour une cause qu’elle désapprouvait. Cette touchante émulation dura des heures. Mais Mme Favié l’exigea :
- — Je serai ton banquier, dit-elle... Pour ta dignité, pour celle de Josette encore plus, accepte, mon enfant. Qu’est-ce que l’argent entre nous ?... Tu seras riche, Josette aussi... le jour où ton mari — n’y pensons pas,
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- LES DEUX VIES
- ce serait coupable — rendra ses comptes à quelqu’un de plus puissant que nous...
- Sans même rentrer à la Muette, de peur d’y trouver des gens de police, elles partirent pour Bruxelles. Ce fut avec soulagement, avec douleur aussi, qu’elles franchirent la frontière, la douane, le ruban de terre invisible qui sépare l’étranger de la patrie.
- Josette et Éparvié les attendaient sur le quai : l’enfant leur tendit les bras : quelle étreinte ! quels baisers !
- Par la fraîche splendeur d’un dimanche de mai, dans Aygues-Vives bruissant de toutes ses feuilles neuves, au chant des oiseaux et des sources, Mme Favié, en robe simple et foncée, faisait, précédée de Floss, sa promenade du matin.
- Elle marchait avec lenteur, comme affaiblie ; elle avait, en ce renouveau, un charme mûr et poignant d’automne, — belle encore, mais de cette beauté meurtrie où la chair s’imprègne de souffrance invisible, de secrète lassitude, annonce les transformations lentes, invincibles de l’âge. Les roses allaient fleurir, elle vieillirait !
- Elle errait distraite, sans voir les cygnes de l’étang ni la fraîcheur des pelouses, dans l’allée plus sombre des sapins. Sa pensée était loin ; elle revoyait, sur le quai de Hambourg, le grand steamer partant pour la Norvège, et sur la passerelle Francine et Josette, avec Eparvié un peu en arrière, qui lui jetaient des gestes d’adieu. Elle rééprouvait les affres de ce déchirement sans nom.
- Elle les suivait sur l’eau grise et la houle. Ils vivraient désormais leur vie et elle la sienne. Ils partaient dans l’espace libre, au vent du large, résolus à voyager au gré de leurs caprices et de leur curiosité, avant de se fixer sur quelque coin de terre inconnu. Elle, revenait s’attacher à ce domaine où elle était née, où s’étaient écoulées les péripéties et les souffrances de sa vie, son mariage, l’amour de Charlie, et où s’écoulerait sa solitude jusqu’à l’heure de la mort.
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- Elle comparaît son existence à celle de sa fille, leurs principes différents, leurs actes opposés ; qui, de l’une, qui, de l’autre, avait eu raison ? Fallait-il s’immoler à la société, ou l’individu avait-il le droit de vivre pour lui-même? Elle écarta le problème, insoluble pour son esprit, mais non pour son cœur. Le souvenir des absents ses pauvres, tout le bien qu’elle pourrait faire, c’était dorénavant sa vie. Elle ne se repentait de rien. Francine non plus.
- Elle, à demi affranchie, restait en route ; Francine libérée accomplissait l’étape... Elles étaient autres, et de plus en plus les mères et les filles verraient croître l’écart : c’était triste, c’était ainsi.
- Elle avait voulu ignorer ce que le monde avait dit, et n’avait interrogé ni Marchai, ni Morland, ni les de Guertes. Grand émoi, pourtant, dans les salons que cette double nouvelle, la fuite de Francine, la retraite de Mme Favié. On les avait plaintes, condamnées, approuvées, selon le caractère et l’humeur des gens. Mme Pustienne avait répandu des ignominies dont on avait souri, complaisamment. Les Morland, Marchai avaient défendu leurs amies, et l’on avait souri, poliment. Ceux qui admiraient Francine n’osèrent le dire. On estima que Mme Favié avait agi comme elle le devait, et qu’en s’éloignant du monde, elle rendait hommage à la correction. On déclara Le Hagre un vilain monsieur, et on continua de lui serrer la main. Eparvié fut envié, dénigré ; somme toute, il avait le beau rôle, mais le scandale est toujours déplorable.
- Puis on parla d’autre chose, la vie continuait. Le tsar et la tsarine étaient venus en France, une banqueroute de dix-sept millions avait fait diversion ; l’histoire de Francine s’oubliait...
- Mme Favié regardait sa fille et Josette s’éloigner sur la passerelle ; la brise agitait leurs manteaux. Elles avaient les yeux rouges et elles souriaient en pleurant. Eparvié l’avait saluée, d’un geste tendre et grave.
- Une vieille cloche sonna, distante, dans l’air bleue, la
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- LES DEUX VIES
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- cloche fêlée de la petite église du village ; elle annonçait la sortie de la grand’messe. Mme Favié, s’arrêtant, écouta mourir les vibrations ; elles s’éteignaient douces, elles semblaient l’inviter. Elle revit l’humble église, son ombre fraîche, ses bancs de bois ; le recueillement y était facile. .
- Et se sentant plus seule encore, elle caressa Floss et continua son chemin.
- FIN
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- LE DEVOIR
- LISTE DES BIBLIOTHÈQUES PUBLIQUES
- ET ÉTABLISSEMENTS DIVERS
- où se trouve, avec les principaux écrits de J. B. A. Godin et plusieurs ouvrages relatifs au Familistère, la collection plus ou moins complète de la revue « Le Devoir ». (1)
- En France :
- ** Paris............ Au Conservatoire national des
- Arts et Métiers, 292, rue Saint-Martin.
- ** Paris............ à la Bibliothèque Nationale, 58,
- rue de Richelieu.
- Paris............ à la Bibliothèque Sainte-Gene-
- viève, 8, place du Panthéon.
- Paris............ à l’Académie des Sciences morales
- et politiques, 23,quai Conti.
- Paris........... à l’Association philotechnique, 47,
- rue Saint-André des Arts.
- Paris............ à l’Association des anciens élèves
- de l’école centrale, 1, rue de Stockholm.
- Paris............ à la Bibliothèque de la Chambre
- de Commerce, 2, place de la Bourse.
- Paris............ à l’Ecole libre des sciences politi-
- ques, 27, rue Saint-Guillaume.
- Paris............ à la bibliothèque de la Faculté de
- Droit, 10, place du Panthéon.
- (1) Nous indiquons par ** les Bibliothèques ou Etablissements possédant la collection complète et par * ceux dont la collection remonte au moins jusqu’à l’entrée en matières de la sorte de Documents biographiques (Glorification du travail, Emancipation du travailleur) dont la publication çontipue.
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- LISTE DES BIBLIOTHÈQUES
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- Paris............ à la bibliothèque de la*Faculté des
- sciences, 15, rue de la Sorbonne.
- Paris............ à la Faculté de théologie protes-
- tante, 83, boulevard Arago.
- Paris............ au Musée pédagogique et biblio-
- thèque de l’enseignement pri-
- . maire, 41, rue Gay-Lussac.
- Paris.au Musée social, 5, rue Las-Cases.
- Paris.............. à la Société pour l’étude pratique
- de la participation du personnel dans les bénéfices, 20, rue Bergère.
- Aix-en-Provence, à la bibliothèque Méjanes.
- Aix-en-Provence, à la bibliothèque de l’Université
- d’Aix-Marseille.
- Amiens .......... à la bibliothèque communale, rue
- de la République.
- Angers........... à la bibliothèque de la ville, 10,
- rue du Musée.
- Angoulême........ à la bibliothèque de la ville, au
- Palais de justice.
- Arras............ à la bibliothèque de la ville, au
- Palais de Saint-Waast.
- Avignon ......... à la bibliothèque de la ville et
- Musée Calvet, 65, rue Joseph-Vernet.
- Besançon......... à la bibliothèque de l’Université.
- Besançon......... à la bibliothèque publique, rue de
- la Bibliothèque,
- Bordeaux ........ à la bibliothèque de l’Université.
- section de Droit, place Pey-Berland.
- Bordeaux......... à la bibliothèque de la ville, 3,
- ' rue Mably.
- Bordeaux......... à la bibliothèque populaire, 117,
- rue Notre-Dame.
- Caen............. à la bibliothèque .de l’Université,
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-
-
-
- 744 LE DEVOIR
- Carcassonne..... à la bibliothèque municipale, 1,
- Grande Rue.
- Clermont-Ferrand à la bibliothèque de la ville. Clermont-Ferrand à la bibliothèque universitaire, au
- palais de l’Université
- Corbeil.......... à la bibliothèque communale.
- Dijon............ à la bibliothèque de l’Université.
- * Dijon............ à la bibliothèque publique.
- Douai............ à la bibliothèque publique com-
- munale, rue Fortier.
- Grenoble......... à la bibliothèque de la ville, place
- de la Constitution.
- Grenoble........... à la bibliothèque de l’Université.
- ** Guise.............. à la bibliothèque de la ville.
- ** Guise............. à la bibliothèque du Familistère.
- ** Guise...... .... à la Société du Familistère de
- Guise.
- * La Rochelle...... à la bibliothèque communale, rue
- Gargoulleau.
- * Le Havre......... à la bibliothèque publique, place
- des Pilotes.
- * Lille............ à la bibliothèque communale.
- Limoges ....... à la bibliothèque de la ville, place
- de la Préfecture.
- ** Lyon............. à la bibliothèque de la Chambre
- du Commerce , Palais de la Bourse.
- Lyon............. à la bibliothèque de l’Université,
- 18, quai Claude Bernard.
- Mâcon............ à la bibliothèque de la Ville.
- Marseille........ à la bibliothèque de la Ville, bou-
- levard du Musée.
- Marseille........ à la bibliothèque de la Faculté
- marseillaise libre de Droit, 62, boulevard de la Corderie.
- Montauban........ à la bibliothèque de la Faculté de
- théologie.
- Montpellier...... à la bibliothèque universitaire,
- Palais de l’Université.
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-
-
-
- LISTE DES BIBLIOTHÈQUES 745
- Montpellier .... . à la bibliothèque de la ville, au musée Fabre.
- * Nancy .. . à la bibliothèque de la ville, 43, rue Stanislas.
- Nancy Nantes . à la bibliothèque de l’Université, . à la bibliothèque de la ville, rue Gambetta.
- Narbonne Nice , à la bibliothèque publique. . à la bibliothèque de la ville, 2,
- Nimes Orléans rue Saint-François de Paule. . à la bibliothèque municipale. , à la bibliothèque de la ville, 2, rue Guillaume Prousteau.
- Pau . à la bibliothèque de la ville, aux halles.
- Perpignan Poitiers . à la bibliothèque de la ville, à la bibliothèque de la ville, rue du Marché-Notre-Dame.
- Reims Rennes Rennes Rodez. . à la bibliothèque de la ville. . à la bibliothèque de la ville. . à la bibliothèque de l’Université. . à la bibliothèque de la ville, an-cien séminaire.
- Roubaix . à la bibliothèque de la ville, à l’Ecole des arts industriels.
- Rouen , à la bibliothèque publique de la ville.
- Saint-Etienne.... , à la. bibliothèque publique, au
- Toulon palais des Arts. . à la bibliothèque de la ville, bou-levard de Strasbourg*.
- Toulouse à la bibliothèque publique, 1, rue Lakanal.
- Toulouse Tours à la bibliothèque de l’Université. , à la bibliothèque municipale, 90, rue Nationale.
- Troyes à la bibliothèque de la ville, rue Saint-Loup.
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-
-
- 746
- LE DEVOIR
- Versailles....... à la bibliothèque de la ville, rue
- Gambetta.
- En Belgique:
- ** Bruxelles....... à la bibliothèque de l’Hôtel de
- ville.
- Bruxelles........ à l’Office du Travail, au ministère
- de l’Industrie et du Travail.
- Schaerbeek-Bruxelles à la Société du Familistère de
- Guise, 158, quai des Usines.
- Anvers........... à la bibliothèque communale, place
- Conscience.
- Anvers........... à la bibliothèque populaire com-
- munale, rue des Aveugles.
- Gand............. à la bibliothèque de l’Université,
- place Saint-Jacques.
- Liège............ â la bibliothèque populaire cen-
- trale, rue de la Halle.
- Liège............ à la bibliothèque de l’Université.
- En Suisse :
- Bâle............. à l’Union suisse des sociétés de
- consommation , Thiersteineral-lee, 14.
- Bâle............. à l’Office international du Tra-
- vail.
- Bâle............. Universitats-bibliothek.
- Berne............ au Bureau international perma-
- nent de la paix , Kanoneuweg, 12.
- Genève........... à la bibliothèque publique delà
- ville.
- Lausanne......... à la bibliothèque cantonale et
- universitaire.
- Lucerne.......... à la bibliothèque cantonale.
- Zurich........... Stadtbibliothek.
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-
-
-
- LISTE DES BIBLIOTHEQUES 747
- En Angleterre :
- ** London W. G.... British Muséum.
- London S. W..., Labor department, Board of trade,
- 43, Parliament street.
- London W. G.... International co-opérative alliance
- 19, southampton Row.
- London W. t.... Library of the Kensington branch
- of the New Church, 4, old oak Road, Shepherds bush.
- London S. E..... Amalgamated society of Engi-
- neers, 110, Peckham Road.
- Cambridge....... University library.
- Manchester... . Free reference Library, king
- % street.
- ** Oxford.......... Bodleian Library.
- En Ecosse :
- Edinburg........ The advocates’Library.
- Edinburg........ The University Library.
- Glasgow......... The University Library.
- En Irlande :
- Dublin.......... Trinity college, the Library.
- En Hollande :
- Amsterdam....... à la bibliothèque de l’Université.
- Amsterdam....... à l’Académie royale des Sciences.
- La Haye......... Centraal bu reau voor de statistick.
- En Allemagne :
- ** Berlin W..... à la bibliothèque royale, Behrens-
- trasse, 40.
- Berlin...... ..... Konigliche akademie der wissens-
- chaften.
- Berlin............ Kaiserlichen statistischen amt.
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-
-
- 748 LE DEVOIR
- Bonn-sur-Rhin .. K. Universitats-Bibliothek.
- Frankfurt a M .. Soziales Muséum (c. v.) Borsens-
- trasse 19, p.
- Freiburg in Br . Universitaets Bibliothek.
- Gottingen ...... Konigliche Gesellschaft der Wis-
- senschaften.
- Hall a. s....... K. Universitats Bibliothek.
- Hamburg 8 .. .. Zentralverbandes Deutscher Kon-
- sumvereine, Groningerstrasse
- (Asia-Haus)
- Heidelberg...... Universitats-Bibliothek.
- Iéna............ Universitats-Bibliothek.
- Leipzig......... Universitats-Bibliothek.
- Muenchen........ K. Hof-und Staatsbibliothek.
- München......... Konigliche Baverische Akademie
- der Wissenschaften.
- Strassburg...... K. Universitats-und Landesbiblio-
- thek.
- Tübingen........ K. Universitatsbibliothek.
- En Danemark :
- Copenhague .... Académie royale des Sciences.
- Copenhague...... Bureau de statistique de l’Etat.
- Copenhague N... Dansk-Freds-Bureau Blegdamsvej
- 24.
- En IVorwège :
- ** Christiana ...... Det statistiche Central-Bureau.
- Christiana...... Académie des Sciences et des Let-
- tres.
- En Suède :
- * Stockholm. .... Académie royale suédoise des
- Sciences.
- En Russie :
- * Saint-Pétersbourg Académie impériale des Sciences.
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-
-
- LISTE DES BIBLIOTHEQUES
- Eli Autriche :
- 749
- Wien I........... K. K. Arbeitsstatistiches Amt irn
- Handelsministerium , Bibers-trase Nr 2.
- Wien .... ^...... Académie impériale des Sciences.
- En Italie :
- ** Rome. ............ R. Accademia dei Lincei.
- Rome............. Ufficio del Lavoro. Ministero di
- agricultura Indu stria e com-mercio.
- Rome............. Unione Militare. Biblioteca e sala
- di Lettura.
- Milan............ Unione cooperativa, Palazzo Pro-
- prio, via Meravigli, 9-11.
- En Espagne :
- Madrid......... Instituto de Reformas sociales,
- Calle Mayor nùm 93)
- Aux Etats-Unis d’Amérique :
- Washington City.... Washington City.... ** Washington City.... Albany, New York...
- Amherst, Mass......
- Baltimore, Maryland.
- Boston, Mass.......
- * Boston Mass........
- Cambridge, Mass.... Chicago, 111.......
- Department of Labor..
- National academy of sciences.
- Smithsonian institution.
- Bureau of Labor statistics.'
- Amherst college Library.
- Library of the Johns Hopkins University.
- Bureau of statistics of Labor Rooms 250-258, state House.
- American statistical association, care of public Library, copley square.
- Harvard college Library.
- University Library.
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-
-
- 750
- LE DEVOIR
- Ithaca, New York .... Cornhell University Library. Philadelphia, Pa .. . University of Pennsylvania,
- the Library.
- Poughkeepsie, N. J. . Vassar college Library.
- New Haven Connecticut.. Yale University Library. New York City......... Columbia University Library.
- Dominion du Canada :
- Montréal........ Mac Gill University Library.
- * Ottawa .... ... Departement of Labor.
- Toronto, Ontario. Bureau of Labor.
- En Australie :
- Melbourne, Victoria..... Public Library.
- Perth, Western Australia. Registrar of Friendly
- societies.
- ** Sydney, New South Wales Department of Labor and
- Industry, 48, Young Street.
- Sydney » University Library.
- En Nouvelle Zélande :
- Wellington...... Department of Labor.
- Au Japon :
- Hongo, Tokyo... Library of Tokyo Teikoku-Daiga-
- ku. (Impérial University of Tokyo).
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-
- AUX COLLECTIONNEURS DU « DEVOIR »
- 751
- Aux collectionneurs du « DEVOIR »
- Réponse à quelques demandes et observations :
- Fondé le 3 mars 1878 ,, le journal paraît d’abord hebdomadairement, format in-4°.
- Le 1er volume comprend six mois; il s’arrête au 8 septembre 1878.
- Le 2e volume va du 15 septembre 1878 au 30 mars 1879.
- Le 3e volume terminé l’année 1879.
- A partir de 1880 les tomes du Devoir se succèdent avec les années.
- Par erreur, le numéro du 1er janvier 1882 a été ajouté à l’année 1881 et relevé dans la table des matières de ladite année. En conséquence le 6e volume s’ouvre à la date du 8 janvier 1882.
- Le 12e volume, année 1888, termine la série du Devoir hebdomadaire.
- Le 13e volume, année 1889, ouvre donc la série (format grand in-8°) du Devoir mensuel. Cette série s’achève avec la présente année 1906 (30e volume).
- La numérotation portée en tête des numéros du Devoir pour la série hebdomadaire, et en tête de la couverture pour la série mensuelle jusque et y compris le numéro 713, janvier 1901, cette numérotation est inexacte. Elle ne peut donc être utilement consultée pour les collections.
- En regard des dates de publication de chacun des numéros du Devoir depuis la fondation, voici l’état de cette numérotation erronée :
- Numéro programme:
- 3 mars 1878.......................... pas de chiffre.
- Numéros hebdomadaires :
- 17 mars au 8 septembre 1878.......... chiffres 2 à 27
- 15 septembre 1878 au 15 janvier 1882. chiffres 1 à 175
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- 752
- LE DEVOIR
- 22 janvier 1882....................... chiffre 3 au lieu de 176
- 29 janvier 1882 au 30 mars 1884............. chiffres 177 à 290
- 6 avril 1884......... répétition du chiffre 290 au lieu de 291
- 13 avril 1884 au 30 mai 1886................ chiffres 292 à 403
- 6 juin 1886.......... inscription du chiffre 405 au lieu de 404
- 13 juin 1886........................ répétition du chiffre 405
- 20 juin 1886 au 4 septembre 1887............ chiffres 406 à 469
- 11 septembre 1887...... répétition du chiffre 469 au lieu de 470
- 18 septembre 1887 au 30 décembre 1888....... chiffres 471 à 538
- Numéros mensuels:
- Janvier 1889 à novembre 1899............. chiffres 539 à ( 1) 669
- Décembre 1899.. lacune des chiffres 670 à 699; on a inscrit 700
- Janvier 1900 à janvier 1901................. chiffres 701 à 713
- Février 1901. — Suppression de la numérotation On s’est borné depuis lors jusqu’aujourd’hui à indiquer, pour les collections : 1° le tome ; 2° le mois et l’année.
- (1) Par erreur, il a été, dit 569 au lieu de 669 dans la publication antécédente de ce même avis.
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- VOLUMES OU BROCHURES
- 753
- VOLUMES OU BROCHURES DUS A JEAN-BAPTISTE ANDRÉ GODIN
- {par ordre de dates)
- 1871. — Solutions sociales. Ouvrage de doctrine philosophique et sociale concernant les réformes nécessaires aux classes laborieuses, à la conciliation des intérêts du travail et du capital, à l’amélioration des rapports entre les chefs d’industrie et les ouvriers. Description complète du Familistère de Guise. Vue générale de l’établissement, vues intérieures, plans et nombreuses gravures.
- Deux éditions ; une in-8°, une in-18° ; volume de 650 pages.
- 1874. — Les socialistes et les droits du travail. (Extrait de Solutions sociales), Brochure in-32% 192 pages.
- 1874.— La richesse au service du peuple. (Extrait de Solutions sociales). Brochure in-32% 192 pages.
- 1874. — La souveraineté et les droits du peuple.
- Brochure in-32% 192 pages.
- 1875. — La politique du travail et la politique des
- privilèges. Brochure in-32<>, 192 pages.
- 1878. — « Le Devoir » , journal hebdomadaire , 16 pages in-4°. Nombreux articles.
- Citons entre autres :
- (Dans le tome premier)
- La question sociale, pages 18, 34.
- Les écoles publiques, pages 23, 40, 53, 70, 85, 100, 116.
- 4
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- 754
- LE DEVOIR
- Une caisse générale des. mines et de Vindustrie, page 26.
- Le paupérisme, page 49.
- La morale et les institutions sociales, page 65.
- Les obstacles au progrès, page 81.
- Travail et répartition, page 113.
- Les grèves et Vorganisation du travail, p. 193.
- L’Exposition universelle et le travail, p. 209.
- Caisses d’assistance sociale et caisses de retraite, page 241.
- Caisse nationale dé assistance des travailleurs, pages 257, 289.
- Les grèves et le moyen de les prévenir, page 337.
- La réduction des salaires et le chômage, page 353.
- Les classes laborieuses et la société, p. 369.
- (Dans le tome deuxième)
- Le droit à l’existence, page 18.
- Choix et nomination des pouvoirs publics. Le concours et l*élection, page 66.
- Du rôle social de la religion, page 130.
- Le droit à l’existence, réponse aux objections, pages 225, 241, 260.
- Les conditions du travail dans le passé et dans le présent, page 353.
- Le travail et les obstacles à son èmancipa-pation, pages 387, 401.
- (Dans le tome troisième)
- La vraie base de la science sociale et Vasso-ciation, page 481.
- Les protectionnistes et les consommateurs, page 513.
- Association et participation des ouvriers aux bénéfices de l’industrie, page 593.
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- VOLUMES OU BROCHURES 755
- L’association, complément nécessaire des progrès de la civilisation, page 705.
- Instruction primaire, page 817.
- (Dans le tome quatrième)
- Etudes sociales sur le gouvernement, pages 465, 481, 497, 545, 561, 593, 611, 619, 657, 673, 689, 705, 737, 753, 769, 801.
- Aux coopèrateurs anglais, pages 513, 529.
- (Dans le tome cinquième)
- Etudes sociales sur le gouvernement, pages 17, 33, 49, 65, 81, 97, 127, 177, 209, 225, 241, 257.
- Le ministère de M. Gambetta, page 721.
- Programme sommaire des réformes sociales nécessaires, page 737.
- Fédération pour la paix, pages 753, 769, 785, 801, 817, 833.
- (Dans le tome sixième)
- Les écoles primaires, page 545.
- Etc., etc......
- Pour les discours et conférences de J.-B.-A. Godin intimement rattachés à l’oeuvre du Familistère, et insérés dans la collection du « Devoir », rappelons l’état détaillé qui en a été fourni dans le numéro de janvier 1902, page 60.
- 1880. — Mutualité sociale et association du capital et du travail , statuts et règlements de la société du Familistère de Guise ; Notions préliminaires doctrinales. Volume in-8% 250 pages.
- 1883. — Le Gouvernement, ce qu’il a été , ce qu’il doit être et le vrai socialisme en action. Ce volume met en lumière le rôle des pouvoirs, les principes des droits de l’homme , les garanties dues à la vie humaine, l’organisation
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- 756
- LE DEVOIR
- de la paix européenne, l’association des ouvriers aux bénéfices de l’industrie, les habitations ouvrières, etc.
- Volume in-8°, 550 pages.
- 1883. — Mutualité nationale contre la misère.
- Pétition et proposition de loi de la Chambre des députés.
- Volume in-8°, 120 pages.
- 1884. — La réforme électorale et la révision consti-
- tutionnelle. Brochure in-4°, 16 pages.
- 1884. — L’hérédité de l’Etat ou la réforme des im-
- pôts. Brochure in-4°, 16 pages.
- 1885. — Déposition à l’enquête extraparlementaire de
- la commission des Associations ouvrières, au ministère de l’Intérieur.
- Brochure in-4°, 16 pages.
- 1886. — Ni impôts, ni emprunts. L’hérédité de
- l’Etat dans les successions, base des ressources publiques. Brochure in-4<>, 16 pages.
- 1886. — Travail et consommation par l’hérédité
- nationale. Brochure in-4°, 16 pages.
- 1887. — L’hérédité nationale. Objections, questions
- et réponses. Brochure in-4°, 16 pages.
- 1887. — Scrutin national au bulletin de liste et renouvellement partiel, annuel.
- Brochure in-4° 16, pages.
- Ouvrage posthume
- 1889. — La République du travail et la réforme parlementaire. Ce volume contient l’exposé des trois réformes urgentes à notre époque et des moyens pratiques de les réaliser sans troubles sociaux ni conflits d’aucune sorte. Ces réformes '• sont : 1° Vorganisation vraie de la puissance sociale ; 2° rétablissement équitable des ressources de l’Etat et l’organisation du droit de vivre ; 3° l’organisation et l’émancipation du travail. Volume in-8°, 550 pages.
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- VOLUMES OU BROCHURES
- 757
- Ouvrages relatifs à l’œuvre de J.-B. A. GODIN
- 1889. — Le Familistère de Guise, association du capital et du travail et son fondateur, Jean-Baptiste André Godin. Etude faite au nom de la société du Familistère de Guise, Dequenne et Cîe, par F. Bernardot, membre du conseil de gérance.
- Ce livre est une réponse au Questionnaire de la section $ Economie sociale, à l’Exposition universelle, Paris, 1889.
- 1900. — Le Familistère illustré, par D. F. P.
- Brochure équivalant, avec ses 60 vues et ses données claires et rapides, à une véritable visite de l’établissement.
- Reproduite en anglais (1903), par the Labour co-partnership Association , sous le titre :
- Twenty years of co-partnership at Guise.
- 1900.— Notice sur la Société du Familistère de Guise. Association du capital et du travail. Brochure illustrée de 5 vues.
- 1900. — Album de 20 vues : Ancienne Maison Godin. Société du Familistère, Colin et Cie, Guise, Aisne.
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- 758
- LE DEVOIR
- TABLE DES MATIÈRES
- DtJ TOME TRENTIÈME
- ANNÉE 1906
- JEAN-BAPTISTE-ANDRÉ GODIN.
- Documents pour une biographie complète.
- Association (Période engrenant 1’) 1876-1880...... 708
- Banquet familistérien (Deuxième).................... 458
- Certificats d’inscription d’épargne détachés des livres à souche de la Société du Familistère (premières inscriptions de parts de bénéfices et récompenses exceptionnelles au profit des travailleurs)............ 709
- Comités (Création de)............................. 66
- Commission administrative pour l’Usine et le Familis- '
- tère (1870-1872).................. 7 à 11, 65, 68 à 81
- Convention (Première) entre J.-B.-A. Godin et les employés de son établissement, relative à la participation aux bénéfices en attendant la rédaction définitive du
- pacte d’association (1873)................. 513, 515
- Crise industrielle due à la politique (1874-1875). Séparation de l’Assemblée nationale. Godin renonce à la vie parlementaire (1876). Période engrenant l’association
- 705 à 722
- Délégués ouvriers. Coup-d’œil sur le mouvement général des comités de délégués*ouvriers dans l’établissement......................................... 582 à 588
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-
-
- TABLE DES MATIERES DU TOME TRENTIEME 759
- Documents pour une biographie complète de J.-B.-A. Godin. 5, 65, 129, 193, 257, 321, 385, 449, 513, 577, 641,
- 705
- Essai de vote des appointements annuels en vue de la répartition des bénéfices de l’année 1871 (mars-avril
- 1872)................................................. 193
- Essais de recours au suffrage (Conclusion des) pour la distinction des mérites en vue de l’équitable rémunération du travail....................................... 705
- Essais (Deux) de classement du personnel par lui-même en trois ordres de mérite (18 janvier et 18 juin 1872).
- Bulletins de vote individuels.............. 129,257, 321
- Fête annuelle du Travail 1872. Dernière application du système essayé avec quelques variantes depuis 1868.
- 385, 449
- Fête annuelle du Travail 1873. — Nouveau mode de détermination des lauréats. Relevé des travaux les plus effectifs ; concours fourni, pour le classement des mérites, par le comité des délégués ouvriers.. 577, 641
- Fêtes annuelles du Travail 1874, 1875. Retentissement
- de la crise industrielle due à la politique......... 706
- Inventaire annuel dans l’établissement. Modification de
- la date usuelle (1879).............................. 718
- Leclaire (Jean-Edme) (Lettre de Godin à) et rencontre
- de Leclaire et Godin à Versailles............ 17, 18
- Le Devoir. Fin de la revue périodique, et poursuite, en volumes spéciaux, des Documents pour une biographie complète de J.-B.-André Godin.................... 723
- Livre des mérites (Ouverture du) 1871.................. 12
- 'Mesures pour saisir les œuvres utiles........ 12, 14, 642
- Parts de bénéfices et allocations exceptionnelles pour innovations utiles au cours des exercices 1872, 1873,
- etc., etc..................... 513, 518 à 522, 706 à 719
- Primes (Institution des) aux meilleurs travaux.......... 14
- Prix ou mentions honorables décernés par le vote aux fêtes annuelles du Travail (1868, 1869, 1870, 1872)... 456
- Renonciation de J.-B.-A. Godin à la vie parlementaire,
- janvier 1876........................................ 707
- Répartition des bénéfices au prorata des salaires ou
- appointements......... 10, ,68, 513, 518 à 522, 706 à 719
- Représentation du travail — 1877 -1879 — dans le gou-
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-
-
-
- 760
- LE DEVOIR
- vernement de l’industrie (Un mot sur l’essai de), à voir en volume spécial, la revue Le Devoir prenant fin. 721 Titres (individuels, provisoires) de participation aux bénéfices (1er modèle) délivrés par Godin en vue de
- l’association....................................... 710
- Titres (individuels, provisoires) de participation aux bénéfices (29 modèle) délivrés par Godin en vue de
- l’association....................................... 711
- Titres (individuels, provisoires) de participation aux bénéfices. Observations sur le refus momentané des
- titres, en 1878, par les intéressés................. 719
- Séries passionnées de Charles Fourier. Mot de Godin à ce sujet dans une lettre à un socialiste américain (11
- janvier 1872)....................................... 16
- Solutions sociales, premier volume dû à Godin. Publication en 1871.................................. 5, 6
- Volumes ou brochures dus à J.-B.-A. Godin, par ordre
- de dates............................................ 753
- Ouvrages relatifs à l’œuvre de J.-B.-A. Godin.......... 757
- ÉCONOMIE POLITIQUE ET SOCIALE
- Coopération (La) dans les Iles Britanniques. Conférence,
- par Auguste Fabre............................ 19, 82
- Elections (Les) législatives de 1906 et le programme de
- la majorité radicale................................ 338
- Ingénieur (Un) social, Jean-Edme Leclaire, conférence,
- par Auguste Fabre............................ 523, 589
- Socialistes (Les) anglais, par C. Sabatier............. 162
- ASSOCIATION Dü FAMILISTÈRE
- Admissions dans la société...................... 691, 692
- Assemblée générale ordinaire.......................... 650
- Assurance des pensions. (Liste des pensionnés au 30
- juin 1906)....................................... 684
- Assurances mutuelles au Familistère de Guise 63,127, 191,
- 255, 319, 383, 447, 511
- 692
- 693 693
- Comité de conciliation. Conseil de gérance.... Conseil de surveillance
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- TABLE DES MATIERES DU TOME TRENTIÈME 761
- Etat-civil au Familistère de Guise.. 64, 128,192,256, 820,
- 384,448, 512
- Fête de l'Enfance et discours de l’Administrateur-Gérant 625,
- 626
- Fête du Travail.................................... 692
- CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
- Accidents du travail. Application de la loi aux exploitations de l’Etat................................... 607
- Accidents du travail (Extension de la loi sur les) au
- Sénat............................................. 277
- Budget (Discussion du)................................. 140
- Codification des lois ouvrières........................ 277
- Conseils de révision des arrêts des conseils de guerre.. . 286
- Contrat (Le) du travail.............................. 538
- Coopération (La) ouvrière de production et la participation aux bénéfices.................................. 464
- Coopératives (Les) agricoles....................... 143
- Elections présidentielles.............................. 103
- Fin de session.......................................... 35
- Grandes (Les) commissions et la réforme du suffrage.. 461
- Groupe radical-socialiste au Sénat..................... 222
- Habitations (Les) à bon marché......................... 405
- Journée de neuf heures dans les manufactures de l’Etat. 104 Juridiction des prud’hommes en ce qni concerne le contrat de louage........................................ 403
- Lois sociales au Sénat................................. 222
- Maladies professionnelles............................ 465
- Primes à la marine marchande........................... 143
- Programme du gouvernement.............................. 397
- Réforme électorale.............................. 289, 463
- Réglementation (La) du travail....................... 601
- Rentrée des Chambres.................................. 397
- Repos hebdomadaire.................... 282, 403, 465, 469
- Retraites (Les) ouvrières................ 145, 216, 281
- Syndicats de fonctionnaires............................ 286
- Syndicats (Les) professionnels et les différends relatifs
- aux conditions du travail........................... 463
- Travaux législatifs (Etat des).......................... 98
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- 762
- LE DEVOIR
- FAITS POLITIQUES ET SOCIAUX Afrique Australe
- La constitution du Transvaal................... 614
- Allemagne
- Association (L’) agricole..................,.......... 730
- Budgets (Les) de l’Empire et des Etats allemands...... 548
- Coalition (Une) internationale des patrons. .......... 729
- Indemnité parlementaire........................ 158, 297
- Ministère des colonies................................ 44
- Réforme électorale en Wurtemberg...................... 159
- Alsace-Lorraine
- Lutte contre l’alcoolisme.................... ........ 159
- Belgique
- Concession des mines aux associations ouvrières. Elections (Les)
- Interdiction de l’absinthe.....................
- Législation du travail.........................
- Office des classes moyennes....................
- Repos dominical (Loi)..........................
- Syndicat (Nouveau) de l’industrie textile......
- 364 431 160
- 365 229 620 431
- Chine
- La Chine aux Chinois
- 160
- Danemark
- Elections législatives....... ....................... 483
- États-Unis d’Amérique
- Assurances d’Etats (Projets)........................... 44
- Contrôle des chemins de fer........................... 430
- Manifestation panaméricaine....................... 229
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- TABLE DES MATIÈRES DU TOME TRENTIÈME 768
- Nettoyage des rues par les enfants.................. 548
- Président (Le) Roosevelt et les grandes fortunes.... 362
- Qurante-sixième (Le) Etat américain.... „.....*..... 549
- Socialisation des transports........................ 362
- Système métrique.................................... 158
- ^ France
- / •
- Arbitrage (L’) en matière de travaux publics........ 361
- Assistance aux vieillards (Loi)..................... 542
- Catastrophe (La) de Courrières et ses suites........ 293
- Congrès de l’hygiène des travailleurs............... 47
- Entente (L’) cordiale................................. 544
- Forces (Les) des partis............................. 544
- Lutte contre l’alcoolisme............................. 415
- Musée de prévention des accidents................... 45
- Premier mai, jour férié............................... 428
- Recensement de la population : profession et habitation. 105
- Réforme du Code civil............................... 361
- Syndicats de fonctionnaires........................... 360
- Travail dans les mines................................ 46
- ‘Unification du Droit de la mer..................... 427
- Grande-Bretagne
- Accidents du travail et maladies professionnelles... 366
- Bills ouvriers aux Communes........................... 227
- Congrès (XVIIe) international des mineurs............. 428
- Education Bill...................................... 616
- Indemnité parlementaire............................... 228
- Journée (La) de huit heures dans les arsenaux....... 728
- Libre échange et protectionnisme...................... 297
- Parti national prohibitionniste....................... 480
- Retraites ouvrières........................... 227, 478
- Robert Owen (Les « parce que » de).................. 480
- Trade-Unions (La loi sur les).................. 298, 429
- Travail des enfants................................... 728
- Hongrie
- Suffrage universel.................................. 160
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- 764
- LE DEVOIR
- Italie
- Agitation agraire.................................... 296
- Convention postale universelle de Rome............. 610
- Institut national d’agriculture...................... 225
- Législation actuelle ................................ 226
- Japon
- Rachat des chemins de fer........................... 301
- Monténégro
- Parlement monténégrin.............................. 157
- Pays divers
- Chemins de fer (Les) du monde en 1903............... 156
- Commerce du monde.................................... 425
- Congrès (Ier) international contre le chômage........ 291.
- Conventions internationales concernant la réparation
- des accidents du travail.......................... . 610
- Conventions internationales sur le travail et la prévoyance ................................. 155, 420, 475
- Russie
- Douma (La)................................... 355, 545
- Japonais (Les) en Russie............................. 613
- Sud-Africain
- Travail jaune au Transvaal........................... 48
- Suisse
- Action directe (L’) et les syndicats professionnels. 300
- Conflits collectifs (Loi sur les)................... 731
- Landsgemeinde (La) de Trogen......................... 481
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- TABLE DES MATIÈRES DU TOME TRENTIÈME 765
- Représentation proportionnelle.......................... 731
- Travail (Le) à domicile et les ateliers communs pour tailleurs à façon................................. 482
- COOPÉRATION ET PARTICIPATION
- Allemagne. —Congrès de la fédération des coopératives allemandes de consommation.... 724
- » Fabrique fédérale de savon............ 351
- Angleterre. — Coopération (La) au Parlement.......... 413
- Belgique. — Congrès des sociétés coo-pératives socialistes belges....................................... 349
- » Exposition internationale de Liège. Deux
- grands prix à deux fédérations coopératives............................. 354
- France. — Assemblée générale (XXVIIe) de la Société pour l’étude pratique de la participation
- aux bénéfices.............................. 353
- » Congrès régional de la coopération socialiste 413
- » Initiative (Une) communale en matière de
- coopération ouvrière....................... 725
- » Journée (La) de huit heures et les associations de production............................... 414
- » Pour les marins-pêcheurs............... 727
- Grande-Bretagne. —Congrès de Birmingham................. 406
- Italie. — Congrès des sociétés coopératives............. 351
- » Hôtel populaire de Milan.................. 351
- Suisse. — Congrès de l’union des sociétés de consommation ............................................... 409
- » Loi sur les falsifications des denrées alimentaires 352
- Pays divers. — Fédérations coopératives d’achat...... 350
- PAIX ET ARBITRAGE INTERNATIONAL
- Allemagne. — Déficit colonial........................... 170
- Alliance franco-britannique............................. 170
- Angleterre. — Congrès national (IIIe) des Sociétés anglaises de la paix.................................... 621
- » Conseils (Les) de guerre.............. 368
- » Ministère (Le) libéral anglais et la paix. 55
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- Î66 LE DEVOIR
- Après Algésiras....................................... 367
- Arbitrage (Traités d’)............................ 57, 236
- Arbitrage du Pape entre la Colombie et le Pérou......... 489
- Australie. — Militarisme................................ 115
- Bibliographie................................... 623, 624
- Conciliation anglo*allemande.......................... 114
- Conférence de Genève.............................. 235, 303
- Conférence de La Haye (Deuxième)....... 49, 169, 302, 432
- Conférence de Rio....................................... 303
- Conférence interparlementaire de Londres................ 550
- Congrès internationaux*(sociologie, mutualité).......... 623
- Congrès (XVe) universel de la paix......... 306, 434, 484_
- Conventions internationales............................. 489
- Courrières. A propos de la catastrophe.................. 238
- Entente municipale internationale.............. 113, s 232
- Espagne. — La question militaire........................ 171
- France. — Congrès de la Ligue des droits de l’homme.. 622
- » Fallières et le pacifisme.................... 233
- » Groupe parlementaire de l’arbitrage.......... 487
- Italie. — Exposition de Milan.......................... 486
- » Les instituteurs et le pacifisme............... 169
- Japon. — Députés adhérents à l’Union interparlementaire................................................... 488
- » Désinfection des troupes après la guerre de
- Mandchourie................................ 488
- » Fondation d’une société de la paix.. -....... 488
- » Pertes occasionnées par la guerre de Mandchourie ........................................... 488
- Nobel (Institut)...................................... 231
- » Prix de la paix pour 1905.......................... 57
- Pays-Bas. — Exposition internationale de la paix........ 171
- Pétition à M. Roosevelt................................. 115
- Pétition (Une).................................»........ 305
- Portugal. — Premier congrès national de la paix......... 171
- Pour la Paix. Manifestation du 22 février............... 167
- Propagande antimilitariste.............................. 238
- Puissance morale des idées pacifiques................... 113
- Réunion interparlementaire Scandinave................... 622
- Roosevelt (Message du président)......................... 50
- Socialistes (Les) et la guerre.......................... 237
- Union interparlementaire....................... 237, 434
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- TABLE DES MATIÈRES DU TOME TRENTIÈME 767
- MOUVEMENT FÉMINISTE
- Allemagne. — Droit d’association pour les femmes.... 241
- Angleterre. —- Voyageuse intrépide............. 241
- Chine. — Mission chinoise en Occident............. 173
- Etats-Unis d’Amérique. — Elections (Les) américaines
- et les femmes.... 116, 172
- » Femme commandant de
- chantiers navals... 307
- » Femme inventeur....... 173
- » Susan Anthony (Miss)...... 240
- France. — Chaire (La) de Curie........................ 370
- » Curie (Une lettre de Madame)................ 494
- » Femme (La) doit voter..................... 371
- » Femmes (Les) électeurs dans le protestantisme. .. *.................................... 116
- » Groupe de la défense des droits delà femme. 491
- » Profession de foi féministe................. 370
- » Nouvelle doctoresse en médecine............. 495
- » Victoire féministe.......................... 307
- Italie. — Pie Xetle féminisme..................... 369
- ï Protection de la femme isolée et de la jeune
- fille mineure............................ 435
- Pays divers. — Congrès féministe international.... 307
- » Conseil international des femmes (Conférence du)................................... 490
- » Protection des oiseaux............. 172
- Suisse. — Avocate (Une) devant le Tribunal fédéral.... 172
- » Traite des blanches......................... 241
- NÉCROLOGIE
- Holyoake George-Jacob............................. 174
- ROMAN
- Les deux Vies, par Paul et Victor Margueritte. 58, 177, 242, 308, 372, 438, 496, 564, 632, 694,
- 117,
- 732
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- 768
- LE DEVOIR
- AVIS DIVERS
- Aux collectionneurs du Devoir................. 559, 751
- Aux lecteurs du Devoir touchant la fin de la revue périodique et la poursuite des « Documents biographiques»
- en volumes spéciaux....... ....................... 723
- Errata (Documents biographiques)...... 18, 276, 337, 460
- Erratum (Coopération dans les Iles Britanniques).... 192
- Liste des Bibliothèques et Etablissements publics où se trouvent les principaux écrits de J.-B.-A. Godin et la collection plus ou moins complète de la revue Le
- Devoir. ........................................... 742
- Table des matières du tome trentième................. 758
- rSvffi-
- Le Gérant : H. E. Buridant.
- Nimes. — Typ. A. Chastanier, 12, rue Pradier.
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- p.n.n. - vue 768/768
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